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Le Figaro - 15 12 2018 - 16 12 2018

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samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018 LE FIGARO - N° 23 123 - www.lefigaro.fr - France métropolitaine uniquement
Première édition
lefigaro.fr
« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » Beaumarchais
DANSE
DES BALLETS POUR
ENCHANTER LES FÊTES
PAGES 32 ET 33
L’UDI lance
sa propre liste
PAGE 9
BRUXELLES
Macron veut
rassurer ses
partenaires
PAGE 10
YÉMEN
Une lueur d’espoir
pour sortir
de la guerre
PAGE 11
L’exécutif lance un grand débat national pour faire
remonter les doléances. Objectif : apaiser la colère des
« gilets jaunes », qui se mobilisent à nouveau ce samedi.
AMÉRIQUE
LATINE
Le Nicaragua
sous la coupe
des Ortega
PAGE 12
FAMILLE
Bruno Le Maire :
« La France taxera
les géants du numérique
en 2019 »
PAGE 14
PATRIMOINE
Ils font entrer
les châteaux
dans le 2.0
CHAMPS LIBRES
PAGE 35
La tribune
de Jean-Éric
Schoettl
La chronique
de Mathieu
Bock-Côté
La tribune
de Jacques
de Saint Victor
n
n
n
PAGES 20 ET 21
@
FIGARO OUI
FIGARO NON
Réponses à la question
de vendredi :
Les « gilets jaunes »
doivent-ils renoncer à
manifester samedi ?
NON
34 %
OUI
66 %
TOTAL DE VOTANTS : 112 467
M 00108 - 1215 - F: 2,60 E
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Votez aujourd’hui
sur lefigaro.fr
Emmanuel Macron a-t-il
eu raison de lancer
une grande concertation
nationale pour sortir de la
crise des « gilets jaunes » ?
COREY SIPKIN/UPI/MAXPPP - ALAIN
JOCARD/AFP - TCE
JC MARMARA / LE FIGARO
TRANSPORT
Combien seront-ils dans les
rues, ce samedi, pour l’acte V
de la mobilisation des « gilets
jaunes » ? Face au risque toujours présent de débordements, le gouvernement a
mobilisé un dispositif de sécurité d’ampleur, similaire à
celui de la semaine passée.
L’exécutif appelle désormais
clairement à la fin du mouve-
ment et mise sur sa grande
consultation, qui démarre ce
samedi, pour calmer les esprits. Piloté par Chantal
Jouanno, ce grand débat, qui
se jouera au niveau local,
s’articule autour de quatre
grands thèmes. Initialement
évoqué par Emmanuel Macron, le sujet de l’immigration n’en fait plus partie.
è JOUANNO, PILOTE
D’UN PROJET « TITANESQUE »
è IMBROGLIO SUR LA PLACE
DE L’IMMIGRATION
è UNE INTUITION DE MACRON
CONTRECARRÉE PAR LES SIENS
è À PARIS, 8 000 FORCES
DE SÉCURITÉ MOBILISÉES
POUR ENCADRER L’ACTE V
PAGES 2 À 7 ET L’ÉDITORIAL
Strasbourg : après la mort du
terroriste, la police cherche
d’éventuelles complicités
Le ministre des Finances détaille dans un entretien au Figaro
les pistes pour combler en partie les dépenses liées au « plan
gilets jaunes ». Il souhaite combiner « le rétablissement des
finances publiques, le respect de nos engagements européens
et la nécessité absolue de renforcer la compétitivité
de nos entreprises pour créer des emplois en France ». PAGE 8
De nombreuses questions se posaient vendredi aux enquêteurs :
le délinquant a-t-il prémédité
son acte ou agi dans l’urgence ?
Qui lui a fourni son arme à feu ?
Avait-il des connexions avec
l’État islamique, qui, dès l’an-
nonce de sa mort, le présentait
comme un de ses « soldats » ?
Vendredi, sept personnes de
l’entourage de Chérif Chekatt
étaient placées en garde à vue :
des membres de sa famille, des
proches. PAGE 13
ÉDITORIAL par Yves Thréard ythreard@lefigaro.fr
A
Sans tabous
u théâtre, l’acte V marque la fin
de la pièce. Les « gilets jaunes »
seraient bien inspirés de respecter cette règle qui ménage la fatigue des spectateurs et acteurs.
Cet « automne français », avec son cortège de
violences et ses effets désastreux sur l’économie, n’a que trop duré. Après les mesures financières alignées pour les salariés et les retraités, il est temps de renouer le fil du
dialogue. Pourquoi ne pas participer à la
concertation nationale proposée par Emmanuel Macron ?
L’exercice, qui a un petit goût historique,
pourrait avoir le mérite de mettre de l’ordre
dans le maquis des doléances exprimées. Sa
conduite, décentralisée, est néanmoins périlleuse. L’affaire peut virer à la foire d’empoigne, donner naissance à quelques émules
de Fouquier-Tinville et transformer la démocratie dite participative en terrifiants règlements de comptes.
En lançant l’idée, le chef de l’État a répondu à
une demande des « gilets jaunes ». Mais, audelà, qu’a-t-il en tête ? Le débat sur l’identité
nationale ouvert par Nicolas Sarkozy en 2009
a montré que, sans objectif clair, pareille expérience ne sert à rien, sauf à électriser les
foules. Si Emmanuel Macron se saisit de l’occasion pour justifier le report des réformes
inscrites à l’agenda de 2019 – retraites, assurance-chômage… –, le procès en immobilisme et en « enfumage » qu’a connu son prédécesseur lui sera fait.
Attention aussi à ne pas écarter les sujets tabous. Déjà, celui de l’immigration se voit
marginalisé, sous la pression de quelques
chaisières de la bien-pensance dont le patron
de la CFDT. Grave
erreur. Comme si la
révolte des rondspoints, avec ses
nombreux drapeaux
tricolores brandis,
n’était pas également celle d’une
France enracinée,
attachée à ses traditions et à sa culture. Celle
de gens qui en ont assez de cotiser et de payer
des impôts pour les autres. Et puisqu’elle réclame plus de justice et d’égalité, ne faut-il
pas enfin se pencher sur les droits acquis de la
fonction publique ? Vaste programme sans
doute, mais s’il était ainsi engagé, le mouvement des « gilets jaunes » n’aurait pas été
tout à fait inutile… ■
IWC PORTUGIESER.
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PARMI LES ICÔNES.
La révolte
des rondspoints est
aussi celle
d’une France
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ISSN 0182.5852
Portugieser Chronographe. Réf. 3714
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A
Les Françaises
font de moins
en moins de bébés
PAGES 24 ET 25
MICHAEL COHEN, EX-AVOCAT
ET TALON D’ACHILLE
DE DONALD TRUMP PAGE 19
Macron mise sur
la concertation
pour éteindre
la contestation
EUROPÉENNES
La mobilité,
nouvel eldorado
des plateformes
Internet
RÉCIT
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samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018 LE FIGARO
L'ÉVÉNEMENT
«
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
L’emprise de la
technostructure, parfois
de la complexité des choses,
nous a empêchés d’avancer
suffisamment vite. C’est fini
STANISLAS GUERINI, DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL
DE LA RÉPUBLIQUE EN MARCHE
»
«
1er
mars
Date à laquelle
la consultation nationale
lancée par l’exécutif
s’achèvera
Nous sommes prêts
à participer à ce débat,
mais celui-ci relève de la seule
responsabilité du chef de l’État.
C’est sa crise
F. BOUCHON/LE FIGARO
2
»
ANDRÉ LAIGNEL, VICE-PRÉSIDENT
DE L’ASSOCIATION DES MAIRES DE FRANCE
Un grand débat pour sortir de la crise
Une consultation de dix semaines s’ouvre ce samedi, alors que l’acte V des « gilets jaunes » est prévu.
ARTHUR BERDAH £@arthurberdah
UN ACTE V décisif pour les « gilets jaunes ». Et un acte II crucial pour la riposte
de l’exécutif. Cinq jours après les premières réponses apportées par Emmanuel
Macron pour tenter de résoudre la crise
qui fait rage depuis plus d’un mois, le
« débat national » qu’il a appelé de ses
vœux doit être lancé ce samedi. Cette
consultation, qui a été confiée à la présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP), Chantal Jouanno, (lire
ci-dessous) doit durer jusqu’au 1er mars.
Au total, quatre grands thèmes ont été
retenus : transition écologique, fiscalité,
services publics et débat démocratique.
Ils se traduiront par quatre grandes questions, qui seront posées aux Français sur
le terrain. Pour le reste, le flou domine
autour de cette concertation dont l’organisation a été improvisée à la dernière
minute sur demande du président de la
République. Des questions demeurent sur
la forme, d’abord, puisque les modalités
et le séquençage doivent encore être précisés ce samedi. Mais sur le fond, aussi,
comme en témoigne le couac autour de la
question de l’immigration (lire page 4).
Résultat, les différents acteurs impli-
qués dans cette consultation se refilent la
patate chaude. L’Élysée, qui est à l’origine du projet, renvoie vers Matignon, qui
est chargé d’en piloter la mise en œuvre.
Mais Matignon, qui ne souhaite pas déflorer les contours du débat avant son lancement officiel, renvoie de son côté vers
Chantal Jouanno. Laquelle refuse de s’exprimer pour l’instant…
« Kits » de communication
Une chose est sûre, en tout cas : l’exécutif
ne souhaite pas s’impliquer outre mesure
dans la consultation. « Chantal Jouanno
en sera à la fois l’architecte et la figure incarnante », explique-t-on. L’action du
gouvernement devrait donc se limiter à
l’envoi, dans les prochains jours, de
« kits » de communication destinés aux
36 000 maires de France. Ces documents
viseront à aiguiller l’ensemble des édiles
pour leur permettre de répondre de manière factuelle sur différents sujets, comme la dépense publique par exemple.
« On va passer du rond-point à la mairie », veut croire un proche du premier
ministre. « Nous sommes dans une période de baisse des tensions. Mais le débat
n’est pas épuisé », ajoute-t-on.
En attendant, le niveau de la mobilisation des « gilets jaunes » prévue ce sa-
medi sera particulièrement scruté. Estimant avoir « apporté une réponse » aux
revendications qui s’expriment, Emmanuel Macron a jugé vendredi, depuis
Bruxelles, que la France avait « besoin de
calme, d’ordre, et de retrouver un fonctionnement normal ». « Je pense que le
sens de l’intérêt général conduira chacun à
s’inscrire dans un débat national, et
échanger avec (son) maire, pour formuler
des propositions politiques et sincères », at-il ajouté.
Avant lui, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, et le président de l’Assemblée nationale, Richard
Ferrand, étaient montés au créneau pour
tenir le même discours. « Nous ne pouvons évidemment pas interdire les manifestations, et encore moins prononcer
nous-mêmes la fin du mouvement. Alors
nous tentons d’apporter des réponses. Celles de court terme ont été annoncées lundi
par le président. Et celles de moyen-long
terme résulteront du débat », espère un
conseiller gouvernemental. Selon lui,
« on nous décrit un pays en crise, mais il
n’y a ni grande grève, ni blocage, ni mobilisation massive… Il n’y a que 130 000 personnes dans la rue. Et une liste “gilets jaunes” aux européennes, c’est 12 %. Voilà la
réalité ». ■
EMMANUEL GALIERO egaliero@lefigaro.fr
EN JUILLET 2017, lorsque Chantal
Jouanno, alors sénatrice UDI de Paris exLR, avait décidé de quitter la vie politique, elle avait expliqué que la diversité
des rencontres était « exactement » ce
qu’elle avait le plus aimé durant son parcours d’élue. En se retrouvant aujourd’hui à la tête de la « coordination opérationnelle » du « grand débat national »
voulu par Emmanuel Macron, l’ex-ministre des Sports ne sera pas déçue, car
des rencontres, en deux mois et demi, il y
en aura beaucoup ! Et la présidente de la
Commission nationale du débat public,
qui fut nommée à ce poste par le chef de
l’État au mois de mars, aura du pain sur la
planche.
Ce débat national, dont elle réglait encore la méthode vendredi à Matignon
avec le premier ministre, vise à traiter
quatre thèmes (lire ci-dessus). Jeudi, à
l’Assemblée nationale, Édouard Philippe
a finalement expliqué que la problématique de l’immigration ne serait pas inscrite au menu.
Au-delà du contexte inflammable des
« gilets jaunes », l’ampleur et la complexité des sujets exigent un moral de
sportif habitué aux challenges. Chantal
Jouanno, ex-ministre de Nicolas Sarkozy
(son mentor qu’elle conseilla sur les questions du développement durable), a présidé l’Agence de l’environnement et de la
maîtrise de l’énergie, avant d’être nommée secrétaire d’État à l’Écologie en janvier 2009. Parmi ses satisfactions personnelles, l’ex-championne de karaté cite
volontiers le Grenelle de l’environnement,
notamment la loi Grenelle 2 qu’elle défendit à l’Assemblée nationale avec JeanLouis Borloo, alors ministre de l’Écologie.
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La mise en place d’une vaste consultation
citoyenne, qui prétend s’appuyer sur
l’ensemble des corps intermédiaires pour
élaborer les politiques publiques, ne sera
pas de tout repos. Mettre en musique une
telle discussion nationale nécessite une
grande maîtrise des échanges et un calme
olympien. Dans les territoires, certains
élus se disent sceptiques sur l’efficacité
réelle de ces consultations délocalisées.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
Jouanno, pilote d’un projet « titanesque »
Chantal Jouanno (ici en 2017 dans son bureau du Sénat) « sera à la fois l’architecte
et la figure incarnante » du grand débat national voulu par Emmanuel Macron.
Ils craignent que ce volontarisme affiché
ostensiblement ne soit qu’un habillage
destiné à donner du temps au gouvernement, sachant, disent-ils, que toutes
leurs attentes sont déjà sur la table du
chef de l’État depuis de longs mois.
Pour atteindre les objectifs fixés,
Jouanno sera épaulée par un collège de
garants, une équipe interministérielle
ainsi que des moyens financiers, juridiques, administratifs et techniques, comme cela lui a été certifié dans la lettre de
mission signée par le premier ministre,
vendredi. Mais les ambitions du président
de la République sont immenses et lorsque fut découvert l’éventail thématique
du débat au sein des ministères concernés, certaines voix ont jugé le projet « titanesque ». La présidente de la CNDP
(Commission nationale du débat public)
est chargée de s’en emparer dans un climat social, politique et territorial extrêmement tendu. Tel un chef d’orchestre
découvrant une partition, Chantal
Jouanno doit relever plusieurs défis. Elle
a jusqu’au 1er mars pour réussir et éviter
que le mouvement des « gilets jaunes »,
déçu, ne resurgisse au printemps. ■
A
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Attal : « J’irai moi-même sur le terrain
pour entendre les Français »
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INVITÉ de l’émission « Le Talk Le Figaro », Gabriel Attal, secrétaire d’État
auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, sifflerait
bien la fin de la récré. « Le mouvement est né de l’augmentation de la
taxe carbone, le président de la République a entendu. Il a annoncé toute une
série de mesures pour améliorer le pouvoir
d’achat des Français. Il faut être responsable, maintenant, et ne pas s’entêter au
sein d’un mouvement qui ne vise plus qu’à
casser. » Autrement dit, il faut savoir arrêter les manifestations, et, si l’on a des
doléances à formuler, des idées à porter,
il est urgent de déserter les ronds-points
pour s’investir dans les débats qui vont
naître de la fameuse grande consultation
annoncée par le président. Avec la possibilité d’y croiser le benjamin du gouvernement - il a 29 ans. « J’y serai. Je
compte me rendre moi-même sur le terrain. Il n’y a pas de sujet tabou. Je veux
entendre cette France-là, celle qu’Emmanuel Macron avait identifiée pendant la
campagne électorale en opposition à une
France plus mobile, plus urbaine. Il
“
Il faut
que les gens
s’expriment
et que nous
répondions
à leurs interrogations
”
GABRIEL ATTAL, VENDREDI AU « TALK »
faut que les gens s’expriment et que nous
répondions à leurs interrogations. »
Malgré la crise sociale qui secoue le
pays depuis plusieurs semaines, Gabriel
Attal se veut optimiste sur la suite du
quinquennat, soulignant le grand nom-
bre de CDI signés en 2018, « du jamaisvu », la bonne santé des levées de fonds
pour les start-up ou encore les réformes
de ParcoursSup, du bac ou du service
national universel. Ce marcheur de la
première heure souhaite que d’autres
chantiers soient engagés si tels sont les
souhaits des « gilets jaunes ». Tout doit
être mis sur la table : le vote blanc, « vers
lequel on pourrait avancer », le tirage au
sort de certains citoyens qui pourraient
travailler avec le Conseil économique,
social et environnemental » et même
l’immigration pour répondre aux inquiétudes des Français. « Je ne suis fermé
à rien, mais, si on ouvre le débat, il faudra
naturellement en tenir compte »,
confie-t-il. Avant d’inciter les associations, les élus locaux, mais aussi les syndicats, à participer aux débats qui vont
s’engager pendant trois mois dans le
pays. « Même si le mouvement des “gilets
jaunes” éprouve de la défiance à l’égard
des corps intermédiaires. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018 LE FIGARO
4
L'ÉVÉNEMENT
Imbroglio sur la place de l’immigration
Critiqué par les oppositions de gauche, le gouvernement a renoncé à en faire un thème à part du grand débat.
LORIS BOICHOT £@lboichot
ET MATHILDE SIRAUD £@mathilde_Sd
À LA TABLE du « débat sans précédent »
détaillé par le chef de l’État (lire page 2)
pour répondre à la colère, l’immigration
fait figure de convive inattendue. « Je
veux aussi que nous mettions d’accord la
nation avec elle-même sur ce qu’est son
identité profonde, que nous abordions la
question de l’immigration. Il nous faut l’affronter », a déclaré le président, peu familier de ce registre, dans son intervention télévisée, lundi. Mais il restait encore
à définir la place de la thématique dans le
débat national.
Mercredi, un document présenté en
Conseil des ministres rapporte cinq sujets : transition écologique, fiscalité, services publics, démocratie… et immigration. « Quelles sont les attentes et les
inquiétudes des Français relatives à l’immigration, dans un contexte de mondialisation et de laïcité parfois bousculée ? »,
énonce le libellé du thème, diffusé sur le
site Internet du gouvernement.
« Au cœur des européennes »
Mais à 10 heures, autour de la table du salon Murat, à l’Élysée, l’exécutif s’apprête
à renoncer de faire de l’immigration un
thème distinct. « Pourquoi en faire un sujet à part, alors qu’on a mis ensemble dépense publique et fiscalité ? », demandent
des membres du gouvernement. « Les
ministres sont entrés à l’Élysée avec cinq
thèmes, ils en sont ressortis avec quatre »,
résume l’entourage du premier ministre.
L’immigration a été retirée et a intégré le
volet « démocratie-citoyenneté ». « On
parlera d’immigration, on ne s’interdit
aucun sujet, explique un conseiller à Matignon. Ce qui n’est pas dit ressort comme
une névrose. »
Le soir, devant les maires de l’association Villes de France, le premier ministre
n’énonce dans son discours que les quatre
premiers thèmes. Mais sur le site Internet
du gouvernement, jeudi, l’immigration
figure toujours en cinquième position - sa
mention a été supprimée vendredi. Matignon plaide « une erreur ». «Je n’ai pas
numéroté ce qui était au débat », a minimisé Emmanuel Macron vendredi, lors
d’une conférence de presse à Bruxelles.
Avant de laisser entendre que l’immigration devrait bien en faire partie : « Il est
évident que les sujets importants pour nos
compatriotes peuvent être discutés. » « On
Le premier ministre
Édouard Philippe
quitte l’Élysée
après une réunion
ministérielle,
le 12 décembre.
LUDOVIC MARIN/AFP
improvise un peu », reconnaît un membre
du gouvernement, quand un ministre de
premier plan juge que l’immigration
« mérite des prises de décisions fortes du
politique, plutôt qu’un débat ouvert ».
« C’est un sujet dans la société française, il ne faut pas le nier, avance le ministre
des Relations avec le Parlement, Marc
Fesneau. Mais il ne faut pas que ce soit un
élément qui vienne soit tronquer le débat,
soit empêcher certains d’y participer. »
« L’immigration ne me semble pas en haut
de la pile des revendications des “gilets
jaunes”, avance pour sa part un proche
du chef de l’État. Même si le thème, c’est
vrai, sera au cœur des européennes. »
Cette valse-hésitation n’aide pas à
éteindre les vives réactions, à gauche,
mais aussi dans la majorité. Le député La
République en marche (LaREM) Aurélien
Taché s’en émeut, rejoint par son collègue
Matthieu Orphelin : « Le grand débat […]
est une excellente idée », mais « la question
autour de l’immigration n’y a pas sa place », a-t-il estimé jeudi.
En coulisses, certains élus LaREM déploraient jeudi soir un « lobbying intense
des (députés LaREM) Bisounours qui
censurent un thème pourtant au cœur des
préoccupations des Français et des “gilets
jaunes” ». Un tract du parti macroniste
comportant la notion « d’identité nationale », a même été modifié in extremis.
Malgré le revirement de l’exécutif, la
nomination d’un député LaREM chargé
de l’immigration, parmi cinq référents
thématiques nommés pour accompagner
le débat, a été évoquée dans une réunion
interne aux députés de la majorité, jeudi
soir. Les élus ont fini par se plier à la
décision du gouvernement. Sans mentionner l’immigration. ■
Le monde rural envoie ses « cahiers
de doléances » au chef de l’État
PAULINE BOYER £@Paulineboyer33
BORDEAUX
A
IL NE SAIT pas encore combien de cahiers
il recevra, combien de mairies auront
ouvert leurs portes pour recueillir la parole des citoyens. Répondant à l’appel de
l’Association des maires ruraux de France
(AMRF), Daniel Barbe, son représentant
en Gironde, a envoyé aux 464 édiles de
son département une page modèle pour
constituer des « cahiers de doléances et de
propositions » à installer dans les mairies.
Depuis samedi 8 décembre, les registres
sont disponibles en mairie, accessibles à
tous. Dans les prochains jours, chaque
responsable départemental transmettra
une synthèse des écrits au siège national
de l’association, à Lyon. « Le maire est un
élu apprécié, pense Daniel Barbe, maire de
Blasimon, 950 habitants. On s’est dit qu’on
pouvait être des gens modérateurs dans
cette crise. Les citoyens nous connaissent,
on parle de leurs soucis, qui sont aussi les
nôtres, on connaît la réalité. C’est nécessaire de faire remonter leur parole. »
À quelques kilomètres, dans la commune de Targon, 2 100 habitants, le maire
Richard Pezat a invité ses administrés,
notamment via la newsletter de la ville, à
venir s’exprimer en mairie. « C’est un
exutoire, analyse-t-il. Leur donner la parole, ça fait retomber un peu le soufflé. Ils se
sentent pris en considération. » Dans ses
premières lectures, le maire a observé des
doléances « réalisables, et d’autres qui relèvent de l’utopie, mais dans l’ensemble intéressantes. Surtout beaucoup de demandes
autour du pouvoir d’achat. » Le retour de
l’ISF est aussi évoqué, ainsi que la CSG et le
référendum d’initiative citoyenne.
À Blasimon, un collectif de « gilets jaunes » local a déposé une liste de revendications précises : l’augmentation du smic
à 1 800 € net, celle des retraites et des
bourses pour les étudiants, l’encadrement
des loyers, la simplification des démarches administratives. De son côté, le
« collectif des petits patrons et artisans » a
écrit une lettre dans laquelle il regrette un
« exécutif parfois devenu sourd à notre bon
sens paysan ». Et puis il y a aussi « des cris
du cœur », témoigne Daniel Barbe. « Il est
impossible de vivre avec ces miettes »,
« des promesses et encore des promesses »,
« on nous ment tous les jours et on nous
prend pour des ânes et des moutons »,
peut-on lire. « Cette crise, on la voyait venir, se désole l’élu. Il y a une fracture territoriale, une déconnexion totale des politiques et du citoyen. »
L’initiative prend fin ce samedi soir.
« On s’attend à un flux assez considérable
de retours », avance Cédric Szabo, directeur de l’AMRF. Sans doute plusieurs milliers de mairies auront offert une page
blanche à leurs habitants. « 100 % des
contributions seront analysées et rapportées, nous allons travailler avec des chercheurs pour cela », ajoute Cédric Szabo.
Les synthèses seront remises prochainement aux présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, ainsi qu’au premier
ministre. Et localement, aux préfets et aux
parlementaires. Avec l’annonce d’Emmanuel Macron lundi dernier d’une rencontre « région par région » avec les maires de France, « on a une fenêtre de tir
inespérée », veut croire Cédric Szabo,
pour faire de « l’urgence territoriale » un
débat national. ■
+
» Lire aussi PAGE 21
CONTRE-POINT
PAR GUILLAUME TABARD £@GTabard
Une intuition de Macron
contrecarrée par les siens
L
es macronistes ne sont pas
tous macroniens. On le voit
sur l’immigration. Là où le
chef de l’État veut combattre
les tabous et regarder la réalité en
face, plusieurs de ses fidèles jouent
les disciples du « petit père » Queuille ;
celui qui soutenait qu’« il n’est pas de
problème dont une absence de solution
ne finisse par venir à bout ». Cachez ce
débat que l’on ne veut pas avoir.
Ces indignés-là ont gagné : l’exécutif
a accepté de se déjuger en retirant
l’immigration de la liste des thèmes
de la grande consultation nationale.
Rien à voir avec la crise des
« gilets jaunes », arguent ceux qui ne
voulaient pas de ce thème. Est-ce eux
qui sont dans le déni ? Ou Emmanuel
Macron qui pratique l’amalgame ?
Dans son intervention télévisée,
le président ne s’était pas contenté
d’en faire une des questions parmi
d’autres à aborder pour répondre
au « mal vivre » exprimé ces dernières
semaines. C’est la seule sur laquelle
il a tenu à préciser : « il nous faut
l’affronter ». Et compte tenu de
l’attente qui pesait sur ce discours,
on peut tout plaider sauf la maladresse
ou l’inattention.
C’est bien de manière intentionnelle
que le chef de l’État a lié la réflexion
sur « l’identité profonde de la Nation »
et la question de l’immigration.
Dès le lendemain, d’ailleurs,
Laurent Berger, le patron de la CFDT,
s’était insurgé contre cette phrase,
suivi par des figures de la gauche
et des représentants de l’aile gauche
de La République en marche. Certes,
on est loin du pouvoir d’achat.
Mais précisément. Si un consensus
s’est dégagé au fil de la crise, c’est bien
pour admettre qu’elle dépasse
largement un enjeu de pouvoir
d’achat pour exprimer une véritable
angoisse existentielle. Or difficile
de nier que, à tort ou à raison,
de manière réelle ou fantasmée,
l’immigration fasse partie des sujets
qui troublent les Français. Si on admet
que les « gilets jaunes »
sont un des visages de cette fameuse
« France périphérique » qui se sent
reléguée, on ne peut occulter
que bien des départs en zone rurale
s’expliquent aussi par des
incompatibilités entre populations
d’histoire ou de culture différentes.
Justement, ceux qui ont obtenu
le retrait du sujet immigration
redoutaient une expression
débordante, sinon raciste, dans
le cadre de la grande concertation.
Ce qui pose la question de ce que l’on
attend de ce dialogue-là. S’agit-il
de « libérer la parole » en permettant
aux citoyens de dire tout ce qu’ils ont
sur le cœur ? Ou d’un dérivatif aux
manifestations destiné à habiller
des mesures qui relèveraient
du seul champ social ?
Cette polémique traduit en fait un
clivage au sein de la majorité, tel qu’il
était déjà apparu lors de la loi asileimmigration de Gérard Collomb.
Une aile gauche est vent debout
contre tout penchant « sécuritaire »
ou « identitaire ». Les concessions
« sociales » faites aux « gilets jaunes »
lui conviennent dans la mesure
où elles valident la « jambe gauche »
qu’elle réclame. Mais cette aile gauche
entend bloquer toute concession
« identitaire ». Qu’Emmanuel Macron
ait dû leur céder souligne sa difficulté
à reprendre pleinement la main.
Alors qu’il avait eu l’intuition que
prendre au sérieux cette crise
impliquait de n’éluder aucune
question. Même dérangeante. ■
Cette
polémique sur
la question de
l’immigration
traduit en fait
un clivage
au sein de la
majorité, tel
qu’il était déjà
apparu lors
de la loi asileimmigration
de Gérard
Collomb
»
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samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018 LE FIGARO
6
L'ÉVÉNEMENT
À Paris, 8 000 forces
de sécurité mobilisées
pour encadrer l’acte V
lice parisienne. Les mots-clés, c’est
quadrillage, mobilité, réactivité. » Près
d’une cinquantaine de « forces lourdes », provenant des compagnies réFACE à des « gilets jaunes » qui ne dépublicaines de sécurité (CRS) et des essarment pas, la préfecture de police
cadrons de gendarmerie mobile
(PP) de Paris se prépare à affronter un
(EGM), vont se prépositionner sur les
samedi
hautement
inflammable,
« secteurs sensibles », aux premiers
même si la mobilisation reste difficile à
rangs desquels figurent la Concorde, le
évaluer. L’analyse des appels aux raspalais présidentiel, la place Beauvau,
semblements sur Facebook, elle, pourMatignon ou encore l’Assemblée narait laisser augurer un tassement de la
tionale. Outre les brigades équestres et
participation. Avec de longues pincetcynophiles, quatorze véhicules blindés
tes et quelques conditionnels, les anaà roues de la gendarmerie (VBRG),
lystes vont jusqu’à évoquer un repli de
équipés de lames, vien20 %. « Les annonces présidront en appui pour dédentielles, l’attentat de
blayer les barricades et
Strasbourg, l’effritement du
protéger la progression
soutien populaire ainsi que
des pelotons d’intervenl’apparition de dissensions
tion.
internes sont autant de posPour limiter les « scènes
sibles facteurs de démobilide casse et de pillage par
sation », note un responsades délinquants d’opportuble policier qui observe en
à roues de la
nité et d’appropriation »
revanche une « radicalisation des éléments les plus dé- gendarmerie, déployés constatées la semaine dersamedi dans la capitale nière, Michel Delpuech
terminés ».
assure : « Notre objectif
« Nous allons déployer un
sera de mieux maîtriser ce phénomène. »
dispositif assez semblable à celui de la
Sur les fronts de la « mobilité » et de la
semaine passée pour nous préparer à la
« réactivité », tous les services de polisituation qui pourrait être la pire, a préce de la capitale et de la proche couvenu vendredi sur RTL le préfet de poronne ont été sollicités. Missions ?
lice, Michel Delpuech. Les gens qui
Constituer 50 détachements d’action
viennent à Paris, leur cible, c’est Paris,
rapide (DAR). Composés chacun de
lieu de pouvoir, en particulier la prési20 à 25 policiers expérimentés, issus
dence de la République, l’Élysée. Et Paris
des brigades anticriminalité (BAC), des
lieu de richesse, voilà les deux cibles . »
compagnies de sécurisation et d’interAu total, 8 000 membres des forces
vention et de brigade spécialisées de
de l’ordre seront sur le pied de guerre.
terrain, ces unités seront projetées au
« Notre stratégie, c’est une adaptation
contact des casseurs. « Casqués et équipermanente, résume le patron de la poCHRISTOPHE CORNEVIN £@ccornevin
14
Véhicules
blindés
pés de boucliers légers, ces fonctionnaires experts dans le “saute dessus” n’ont
qu’une mission : interpeller, interpeller
et encore interpeller », confie un policier qui note qu’« environ 80 membres
de la brigade de recherche et d’intervention (BRI, antigang, NDLR) » vont muscler le dispositif. « Davantage préservées pour la fin de l’après-midi, où les
tentatives de violences s’intensifient »,
comme l’a précisé le préfet de police,
les DAR ont été samedi dernier à l’origine de près de 80 % des 1 082 interpellations réalisées. En outre, « plusieurs
dizaines de personnes ont fait l’objet
d’une “interdiction de paraître” à la manifestation parisienne samedi », confie
une source informée.
Sur le volet préventif, des « comités
d’accueil » seront mis en place dans les
gares, où, selon nos informations,
140 casseurs potentiels ont été interpellés il y a huit jours. Des contrôles et
des fouilles se multiplieront en outre
dans les bus, péages et aires de repos
autoroutiers de la région Île-de-France. Des boules de pétanque, harpons et
autres engins incendiaires avaient été
saisis lors de l’acte IV. En revanche, les
forces de l’ordre ne devraient plus
confisquer cette fois les casques de vélos et les masques en papier. Soucieux
de « ne pas tomber dans une logique de
“Paris, ville morte” », le préfet de police
a annoncé que de nombreux musées de
la capitale seront ouverts, contrairement à samedi dernier où la tour Eiffel,
le Louvre et les commerces avaient fermé rideau. À dix jours de Noël, la capitale n’entend plus arrêter de vivre. ■
ÉRIC FEFERBERG/AFP
Face aux casseurs, 50 détachements d’action rapide seront
déployés avec une mission : interpeller encore et encore.
Les forces de l’ordre
interviennent contre
les casseurs lors
de la manifestation
des « gilets jaunes »
le 8 décembre à Paris.
Saturée de missions, la police
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
« LES CONGRATULATIONS de la classe
politique ne suffisent pas, les policiers en
ont assez ! » Alliance, syndicat majoritaire chez les gradés et gardiens de la police
nationale, est en colère et l’acte V du
mouvement des « gilets jaunes » ne risque pas d’apaiser le climat. Lasse des débordements passés, qui ont causé nombre de victimes chez les policiers et
gendarmes, cette organisation souhaite
« que les “gilets jaunes” fassent preuve de
responsabilité dans l’organisation de leurs
manifestations. » La police visiblement
n’en peut plus des casseurs.
Ce samedi est tout aussi redouté que les
précédents dans les rangs des forces de
sécurité. Et l’accumulation des missions
pose problème, car à la sécurisation des
mouvements de protestation qui se répète
week-end après week-end, il a fallu ajouter en semaine la fronde lycéenne, toujours imprévisible, puis le renforcement
du dispositif antiterroriste à travers tout le
Le casse-tête des assurances
pour les commerçants
A
CORINNE CAILLAUD £@corinnecaillaud
LA FACTURE n’en finit pas de s’alourdir
pour l’économie française. Selon Markit,
l’activité du secteur privé est tombée en
décembre à son plus bas niveau en deux
ans et demi. Il y a une semaine la Fédération du commerce et de la distribution
(FCD) évaluait le manque à gagner à plus
d’un milliard d’euros, qu’elle estime
aujourd’hui « plus proche des 2 milliards
pour l’ensemble du commerce de détail ».
De son côté, l’Union des entreprises de
proximité (U2P) évoque des pertes de
chiffres d’affaires allant de 20 % à 50 %.
La situation est d’autant plus préoccupante que nombre de petites entreprises
n’ont pas souscrit d’assurance « pertes
d’exploitation » leur permettant de compenser leur baisse de chiffre d’affaires et
de faire face à leurs charges fixes. Et
même lorsqu’elles sont couvertes par ce
type d’assurance, celle-ci se limite à des
événements particuliers (incendie, dégât
des eaux, bris de machine, émeutes et
mouvements populaires, etc.). Rares sont
celles qui bénéficient d’une extension de
garantie prévoyant l’impossibilité d’accéder à leurs locaux. Cette extension est
en outre restrictive puisqu’elle est liée à
un dommage naturel, à une interdiction
administrative, ou à un barrage mis en
place par les forces de sécurité. Pas à des
« gilets jaunes ». C’est ce qu’à découvert
Dominique Gazeau à la tête du magasin
Basket Connection à Angers (Maine). « Je
suis couvert pour incapacité à utiliser
l’outil de travail, or je peux l’utiliser car je
n’ai pas été victime de dégradation ; mais il
n’y a pas de clients puisqu’ils ne peuvent
pas arriver jusqu’à mon commerce. » Samedi 17 novembre, il n’a pas vu une seule
voiture dans sa zone commerciale. Si les
samedis suivants, le trafic n’a été interrompu que quelques heures, peu de
clients se sont déplacés. Il évalue sa baisse
de chiffre d’affaires entre 20 % et 25 %.
La situation est pire à Aubenas, où le
rond-point desservant un axe principal
est quotidiennement bloqué. « Le premier
samedi ma recette a été de 88 euros contre
7 000 euros habituellement, raconte un
commerçant qui veut garder l’anonymat.
Mon assurance perte d’exploitation ne va
pas me servir, mais ce que je réclame avant
tout c’est de pouvoir travailler. Ces gens-là
ne font pas la différence entre un indépendant ardéchois et un patron du CAC 40. Un
de nos collègues au bord du gouffre risque
de commettre l’irréparable. »
Problème de franchise
Philippe Dié, du cabinet Equatis et Associés, le courtier de la Fédération nationale
de l’habillement, remarque que « sauf en
cas de fermeture de l’établissement sur ordre des autorités, la perte d’exploitation est
généralement la conséquence d’un sinistre,
et elle doit être clairement matérialisée. Les
assureurs ne peuvent évidemment pas
compenser financièrement l’absence de
clients sauf à démontrer, éventuellement,
l’impossibilité d’accès ». Autre écueil, les
entreprises dûment couvertes, impactées
trois samedis de suite vont devoir payer
trois fois la franchise car l’assureur va
considérer qu’il s’agit de trois événements isolés et indépendants. Enfin,
puisqu’il s’agit de sinistres séparés, il risque aussi de résilier le contrat unilatéralement. « Le commerçant aura du mal à
replacer son risque ou alors avec une surprime », pointe le courtier.
« On aimerait que les assureurs soient
plus proactifs sur ce genre de problème »,
plaide de son côté Estelle Josso, administratrice de l’Association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise. Cette structure vient de réaliser
avec le Medef Deux-Sèvres un guide pratique et un site (www.macartodesrisques.fr)
pour inciter les PME et ETI à identifier et à
traiter les risques auxquels elles sont susceptibles d’être exposées. Pour cette spécialiste, les sinistrés peuvent tenter des recours contre l’État. Un autre assureur
estime pour sa part « que le gouvernement
peut décider d’une dotation spécifique, comme lors des catastrophes naturelles, ou inciter les banquiers à financer la trésorerie
manquante pour permettre la survie de l’entreprise. Faute de quoi, elles seront nombreuses à mettre la clé sous la porte ». ■
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LE FIGARO
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
7
Des « gilets jaunes »
mobilisés mais hésitants
à rejoindre la capitale
ANGÉLIQUE NÉGRONI
anegroni@lefigaro.fr
n’en peut plus de la violence des casseurs
pays, après le drame de Strasbourg, le
11 décembre. « La vigilance ne s’est pas relâchée après la mort ce jeudi du tueur du
marché de Noël », rappelle un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur.
« Des forces de sécurité
exténuées »
Les syndicats de policiers avaient appelé
les « gilets jaunes » à renoncer à leurs manifestations samedi. En vain. Patrice Ribeiro, patron de Synergie-Officiers, le
dit, pour sa part : « Les forces de sécurité
sont exténuées. Non seulement elles sont
mobilisées sur tous les fronts, mais elles seront largement exclues des mesures censées améliorer le pouvoir d’achat annoncées par le chef de l’État. C’est un comble ! »
À l’Unsa Police, Philippe Capon met en
garde : « Pendant que les forces de l’ordre
courent éteindre partout des incendies, elles n’ont pas le temps de s’occuper comme
il faudrait de la police du quotidien, notamment dans les quartiers les plus exposés à
la délinquance et aux trafics. » Et cela ne
sera pas sans conséquence sur l’insécuri-
té. La dernière enquête de victimation de
l’Observatoire national de la délinquance
et des réponses pénales (ONDRP) atteste
d’une explosion de nombreuses catégories de crimes et délits, comme les cambriolages ou les vols. Sans parler de la
hausse du sentiment d’insécurité.
« Les CRS feront leur travail samedi, en
bons professionnels », assure un chef
d’unité. Mais il ne faudrait pas, selon lui,
que « la routine de la violence » s’installe.
Beauvau cherche plus que jamais une issue à ces dérives. ■
SI LE MOUVEMENT des « gilets jaunes »
est loin de faiblir, certains manifestants
ont renoncé à se rendre à Paris, ce samedi. « On est au 15 du mois et on n’a plus un
sou », relate Jack*, à Digne-les-Bains,
où tous, dans cette ville des Alpes-deHaute-Provence, ont décidé de ne pas se
déplacer. Même Michel Panaïas ne sera
pas du voyage. Avec quelques vétérans,
cet « ancien para » s’était rendu, samedi
dernier, dans la capitale, pour protéger
la flamme du Soldat inconnu, sous l’Arc
de triomphe, menacée par les casseurs
une semaine plus tôt. « J’y serais bien retourné, mais c’est coûteux », dit-il.
Entre fatigue et crainte des gardes à
vue, dont le nombre a frôlé les 2 000 la
semaine dernière, d’autres ont également décidé de ne pas faire l’acte V.
Après un mois de mobilisation, ils font
une pause, malgré les appels lancés par
Éric Drouet, l’un des porte-parole les
plus virulents du mouvement. Sur sa
dernière vidéo sur Facebook, celui-ci
exhorte à maintenir la pression : « C’est
le moment où justement, il ne faut pas lâcher. » Mais à Lorient notamment, les
candidats au départ semblent moins
nombreux. Au lieu de deux bus, un seul
est affrété. En survolant les pages dédiées
au mouvement sur les réseaux sociaux,
André Bourlard, l’un des membres actifs
dans le Morbihan, a l’impression qu’on
hésitait davantage à faire le déplacement. « Les théories complotistes accusant l’État d’avoir fomenté l’attentat à
Strasbourg ont surpris des manifestants
qui ont pris leurs distances », dit-il.
Mais aucun des « gilets jaunes » ne met
en avant un satisfecit à l’égard du chef de
l’État pour justifier une pause dans la mobilisation à Paris. « Au contraire. Ses annonces, plus que décevantes, ont renforcé
le mouvement », certifie Christophe, à
Carpentras, qui décrit des ronds-points
du Vaucluse plus jaunes que jamais. « Des
nouveaux venus sont là », dit-il.
Pour faire entendre à nouveau leur
colère, beaucoup seront tout de même à
Paris, rejoints par une quinzaine d’organisations de gauche, dont le Nouveau
Parti anticapitaliste (NPA) ou encore
Droit au logement. Place de la République pourrait être un point de convergence de tous ces manifestants. Un
groupe de « gilets jaunes » a déposé une
déclaration pour s’y rassembler à partir
de 14 heures tandis que ces quinze nouveaux venus ont fait savoir qu’ils s’y
rendaient au même moment.
Si d’autres adresses sont évoquées
dans Paris, les Champs-Élysées restent
pour les « gilets jaunes » le principal lieu
de ralliement. Pour déjouer les contrôles
aux portes de la capitale qui, dès ce samedi matin, très tôt, vont être menés
par les forces de l’ordre, certains ont
pris les devants et sont arrivés dès jeudi.
“
J’y serais bien retourné,
mais c’est coûteux
”
MICHEL PANAÏAS, « GILET JAUNE »
Partant de Haute-Savoie vendredi matin, Steven Lebee, un fidèle d’Éric
Drouet, devait, quant à lui, rejoindre
Paris en fin de journée. Pour voyager, ce
père au foyer de 31 ans a dû se rabattre
sur une ligne de bus régulière. « De
nombreuses compagnies ont renoncé à
affréter spécialement des cars pour les
manifestants car ces derniers ont été bloqués en cours de route par la police samedi dernier », dit-il. À Montauban, où la
mobilisation ne faiblit pas, une centaine
de contestataires a recouru au covoiturage et au train. Guilhem Boudon, pasteur de 49 ans à Mirepoix dans l’Ariège, a
lui aussi rejoint Paris. « Avec d’autres
pasteurs, je mobilise les chrétiens en
France, dit-il. Nombre de revendications
rejoignent les principes de justice et
d’équité défendus par la Bible. » Pour la
deuxième fois, celui-ci va donc revêtir
le gilet jaune.. ■
* Un surnom a été utilisé
“MON PETIT PROJET
EST DEVENU UNE
GRANDE AVENTURE
LUCIE, ENTREPRENEUR
ENTREPRENANTE
“
marégionBOUGEpourmoi.fr
A
Crédit photo : Valérie Archeno.
Pour Lucie, comme pour 8 000 startups et entreprises,
la Région finance leurs projets de création,
d’innovation et de croissance
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samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018 LE FIGARO
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L'ÉVÉNEMENT
LA CGT A PEU MOBILISÉ
L’appel de la CGT à descendre dans la rue vendredi a été relativement peu entendu.
Quelques milliers de personnes ont manifesté dans toute la France. Les manifestants étaient
15 000 à Paris, selon le syndicat, déboussolé par le mouvement des « gilets jaunes ». À Lyon,
où ils étaient 2 500 selon la police, Saint-Etienne, Grenoble (1 400 personnes dans chaque
ville, selon des sources policière et préfectorale), Bordeaux ou encore au Puy-en-Velay,
les manifestants s’étaient ralliés au mot d’ordre du jour : « Tous mobilisés pour le libre accès
à l’éducation, l’emploi, les salaires, les services publics, la retraite par répartition. »
Bruno Le Maire,
ministre
de l’Économie
et des Finances,
répond aux
questions du Figaro,
vendredi, dans son
bureau de Bercy.
J.-C. MARMARA/LE FIGARO
Bruno Le Maire : « Il n’y a
pas de succès économique
sans justice sociale »
Face à la crise, le ministre de l’Économie assure que l’exécutif a
fait les gestes nécessaires et entend revoir sa relation aux Français.
PROPOS RECUEILLIS PAR
GUILLAUME GUICHARD £@guillaume_gui
ANNE DE GUIGNÉ £@adeguigne
MARC LANDRÉ £@marclandre
MARCELO WESFREID £@mwesfreid
Bruno Le Maire, ministre de l’Économie
et des Finances, vise un déficit budgétaire
en 2019 proche de 3 %.
LE FIGARO. – Vous vous apprêtez à
laisser filer le déficit l’année prochaine.
Pourquoi un tel changement de cap ?
Bruno LE MAIRE. – Le rétablissement
des finances publiques, le respect de nos
engagements européens, comme la nécessité absolue de renforcer la compétitivité de nos entreprises pour créer des
emplois en France reste notre ligne de
force. Mais il y a une urgence économique et sociale. Nous y répondons avec
des mesures favorisant la meilleure rémunération de tous ceux qui travaillent.
Sur le volet finances publiques, notre
objectif en 2019 est de nous rapprocher
le plus près possible des 3 % de déficit
public.
Par quelles mesures ?
Nous allons d’abord mettre en place pour
2019 une taxation des géants du numérique. J’espère qu’elle s’inscrira dans un
cadre européen. Mais en tout état de cause, la taxation française aura un champ
d’application plus large. La taxation
européenne ne concerne que les revenus
de la publicité, nous voulons aussi taxer
les revenus tirés des plateformes et de
l’utilisation des données personnelles.
Cela rapporterait environ 500 millions
d’euros en année pleine. Il y a en deuxième lieu des propositions de la majorité
sur les plus grandes entreprises. Notre
objectif de diminuer l’impôt sur les sociétés de 33,3 % à 25 % d’ici 2022 ne
change pas. Des parlementaires ont suggéré une baisse plus lente en 2019 pour les
grandes entreprises qui ont un chiffre
d’affaires supérieur à un milliard d’euros.
Nous allons l’étudier. Une modification
de la niche Copé est aussi à l’étude tout
comme le report de trois mois, en janvier 2020, des quatre points supplémentaires de baisse de cotisations au niveau
du smic. Enfin, nous allons poursuivre la
réduction des dépenses publiques.
Doit-on parler d’un tournant social ?
Je récuse cette opposition entre les tenants d’un volet social et les tenants de la
compétitivité économique. Il n’y a pas de
succès économique sans justice sociale et
pas de justice sociale sans succès économique. Nous avons pris des décisions qui
visent à répondre à cette soif de justice.
Nous avons fait en sorte que la participation et l’intéressement concernent le plus
grand nombre de personnes. Au 1er janvier 2019, la taxe de 20 % qui pèse sur
l’intéressement et la participation sera
supprimée pour toutes les entreprises de
moins de 250 salariés. Nous avons développé l’actionnariat salarié. Quand je me
bats pour Ascoval ou à Blanquefort,
n’est-ce pas de la justice sociale ? Ne séparons pas ce qui fait l’ADN de cette majorité : privilégier le travail et mettre ensemble la justice et la compétitivité
économique. Je suis favorable à une accélération de la baisse des impôts mais
cela suppose une accélération de la baisse
des dépenses publiques. Le grand débat
qui s’ouvre aura cette immense vertu de
mettre cette vérité sur la table.
Que préconisez-vous pour
que les Français se sentent écoutés ?
J’avais fait des propositions quand j’étais
candidat à la primaire de la droite. Pourquoi ne prévoirait-on pas que des citoyens puissent amender un texte présenté au Parlement, en accompagnant ce
processus de verrous bien évidemment ?
Pourquoi n’envisagerait-on pas des
chambres avec des citoyens tirés au
sort ? Notamment les conseils économiques et sociaux régionaux. Soyons imaginatifs. D’une crise doit sortir de l’ambition. Cela valide encore plus mon choix
de soutenir et de rejoindre Emmanuel
Macron, en 2017. Il a été élu face aux extrêmes. Ce qui était une réalité dans les
urnes est désormais devenu une réalité
sur le terrain. La leçon de la crise que
nous traversons est que nous devons
adapter notre méthode, dans notre façon
d’écouter et de respecter les Français, et
«
pour plus de justice. Le problème européen vient de notre incapacité à prendre
les décisions nécessaires pour faire face
aux grands défis de la planète : climatiques, économiques, technologiques et
migratoires.
Pierre Moscovici semble
particulièrement clément…
Nous ne demandons aucune clémence
particulière. J’ai rappelé à la Commission
européenne qu’en 2019 nous avions prévu dans le budget 2,8 % de déficit public
mais, en réalité 1,9 % de déficit sans
l’opération de transformation du CICE en
allègement de charges qui est, par nature, exceptionnelle.
Avez-vous fixé le contour de la prime
exceptionnelle ?
Oui, il n’y aura sur cette prime facultative
ni impôt, ni cotisation, ni CSG, ni CRDS.
Ces avantages concerneront les primes
jusqu’à 1 000 euros pour les salariés rémunérés jusqu’à trois smics. Les délais de
versement courent
du 15 décembre jusJe suis favorable à une accélération
qu’à fin mars. 18 millions de salariés sont
de la baisse des impôts
potentiellement
mais cela suppose une accélération
concernés.
de la baisse des dépenses publiques
BRUNO LE MAIRE
avec Alexis Brézet
Directeur des Rédactions du Figaro
CROISIÈRE DE LA RÉDACTION DU FIGARO
F.-X. Bellamy
M. De Jaeghere
É. de Montety
J. de Saint-Victor
D. Rondeau
I. Schmitz
S. Tesson
Y. Thréard
EMBARQUEZ AVEC LA RÉDACTION DU FIGARO
En compagnie de vos journalistes et éditorialistes favoris, le Figaro vous invite
pour une croisière exceptionnelle à bord du
, affrété spécifiquement
pour nos lecteurs.
Vous découvrirez des sites exceptionnels, tels que la cité byzantine de Mystras,
Syracuse, ou encore la ville de Taormine avec l’Etna en toile de fond... Venez
partager le temps d’une croisière tout l’esprit de notre - de votre - cher Figaro.
Du 6 au 13 mai 2019
JOURS / NUITS
Tarif à partir de :
/ pers*
ITALIE
NAPLES
Amali/Sorrento
GRÈCE
ATHÈNES
Sicile Catane
Syracuse
RENSEIGNEMENTS ET RÉSERVATIONS
N°Indigo 0 820 20 41 28
0,09 TTC/MN
A
La colère des « gilets jaunes », qui
défilent aujourd’hui, est-elle encore
légitime après les gestes de l’exécutif ?
L’urgence est de retrouver l’unité de la
nation. L’acte V doit être le dialogue. Il ne
doit pas se jouer dans la rue mais autour
de la table des négociations.
Que révèle cette crise ?
C’est une crise sociale, de tous ceux qui
travaillent et vivent mal de leur travail,
notamment les femmes seules. C’est une
crise démocratique aussi : des millions de
personnes ne se sentent pas représentées ; ni par les élus, ni par le gouvernement. Ce divorce a une racine claire : le
référendum de 2005, quand une majorité
de Français a dit “non” à l’Europe. Il y a
enfin une crise de la Nation, qui souffre
de déchirures territoriales. Elle se vit
comme laïque et souffre de la montée de
l’islam politique, qui est insupportable à
nos compatriotes et demande des réponses fermes.
Gythion
LaValette
MALTE
notre façon de gouverner. Nous pouvons
et nous devons faire beaucoup mieux.
C’est également des questions qui seront
mises sur la table lors du grand débat.
Mer Méditerranée
* Tarif par personne sur la base d’une occupation double. Excursions offertes. Plus d’informations dans la rubrique «Nos mentions légales»
www.ponant.com. Crédits photos : © PONANT - Adobe Stock / Stephan Gladieu / Sébastien Soriano / JF Paga / Michel Andalousie /
François Bouchon / Jean-Christophe Marmara / Philip Plisson.
En partenariat avec
La France est-elle encore crédible
en Europe ?
Je ne crois pas que le problème de l’Europe soit la France, surtout pas une France
qui respecte ses engagements européens
et qui reste déterminée à poursuivre sa
transformation économique et sociale
»
Vous avez manifesté
votre fureur devant
la décision de Ford
à Blanquefort. Pouvez-vous encore
faire quelque chose pour
les 840 salariés de l’usine ?
Quand les entreprises sont responsables,
nous trouvons ensemble de bonnes décisions pour nos compatriotes. Il y a aussi
quelques groupes qui se comportent de
manière lâche et irresponsable. C’est le
cas de Ford. Accepter le plan de reprise
de Punch demandait des efforts considérables aux salariés. Mais Ford n’est préoccupé que de son cours de bourse. J’ai eu
le président de Ford au téléphone, je lui ai
dit ce que l’État français pense de l’attitude de son groupe. Si son souhait est de
quitter le plus rapidement possible le territoire français, le mieux pour lui est
d’accepter l’offre de Punch.
Carlos Ghosn peut-il rester PDG
de Renault ?
Renault a eu un certain nombre d’informations qui confirment que les faits reprochés à Carlos Ghosn sont relatifs à une
absence de transparence sur la partie différée de sa rémunération. L’enquête a été
lancée depuis juin 2018. N’ayant pas été
soumises à la contradiction de la défense,
ces informations ne justifient pas d’une
décision immédiate. La gouvernance
temporaire de Renault se poursuivra
donc. En revanche si Carlos Ghosn devait
être durablement empêché, le conseil
d’administration de Renault devrait
prendre les décisions nécessaires pour
garantir une gouvernance stable à Renault et à l’Alliance. ■
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LE FIGARO
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018
POLITIQUE
9
Européennes : l’UDI lance sa propre liste
Réuni ce samedi, le parti devrait suivre à l’unanimité la stratégie de son président, Jean-Christophe Lagarde.
ÉLECTIONS Jean-Christophe Lagarde,
président de l’UDI, veut porter une liste
indépendante aux européennes de 2019.
Dix-neuf mois après l’élection d’Emmanuel Macron, il ne cache pas sa « profonde
déception ». Pour lui, le chef de l’État a
échoué « sur tous ses dossiers européens »
et oublié ses propres paroles du 7 mai 2017,
lorsqu’il s’était engagé à écouter ceux qui
avaient voté pour lui au deuxième tour
sans l’avoir fait au premier.
Après avoir animé un débat au sein des
fédérations de l’UDI durant trois mois, le
député de Seine-Saint-Denis constate
une incompatibilité entre le projet européen de son parti et celui de l’Élysée.
Dans un premier temps, il avait jugé séduisante l’idée de constituer une liste
centrale pour défendre l’Europe, impulsée par l’axe Juppé-Macron-Bayrou.
Mais aujourd’hui la question ne se pose
plus et sauf surprise, le congrès extraordinaire d’Issy-les-Moulineaux samedi,
votera à l’unanimité en faveur d’une liste
indépendante pour le scrutin du 26 mai
2019. D’ailleurs, le président de l’UDI
souhaite prendre la tête de cette liste.
Une « vision de l’Europe »
Jean-Christophe Lagarde se dit « agacé
depuis un an » par ceux qui parlent de
« tactique » avant de se consacrer au
« projet ». « C’est vrai de Mélenchon et de
Le Pen qui veulent en faire un référendum
anti-Macron, c’est vrai aussi de Macron
qui veut rassembler derrière lui sous couvert d’Europe pour en faire un soutien à sa
politique nationale », dénonce Lagarde.
Transformer l’échéance européenne en
« instrument » au service d’une politique
intérieure lui apparaît comme une « erreur » compte tenu de l’urgence. Il ne
veut pas que les électeurs soient piégés
« Le projet d’Emmanuel
Macron est un projet
ultralibéral de l’Europe des
marchés. Pour nous, le
marché peut être un moyen
mais pas une fin », estime
Jean-Christophe Lagarde.
par un bulletin proeuropéen les obligeant
à valider une « politique nationale à laquelle ils n’adhèrent pas. » « L’Europe est
extrêmement abîmée. Elle risque de mourir. Veut-on la reconstruire ou la voir disparaître ? Cette élection ne peut pas être
un référendum pour ou contre Macron »,
juge-t-il en invitant les Français à défendre d’abord une « vision de l’Europe ».
Xavier Bertrand, président des Hautsde-France et invité du congrès samedi,
pourrait-il rejoindre le projet européen
de l’UDI ? « Cette liste sera ouverte à tous
les responsables politiques et membres de
la société civile partageant notre vision
d’une Europe loyale et protectrice envers
ses membres, capable de s’imposer face
aux grandes puissances continentales qui
dictent leur loi », répond le parlementaire, avant d’ajouter au sujet de Bertrand :
« Nos différences sur l’Europe sont nettement moins grandes que celles que nous
pouvons avoir avec Laurent Wauquiez ».
L’UDI, crédité de 3 % dans les derniers
sondages Ifop et BVA consacrés aux
SÉBASTIEN SORIANO/LE FIGARO
EMMANUEL GALIERO egaliero@lefigaro.fr
européennes (lire ci-dessous), recevra les
candidatures jusqu’au 15 février et publiera sa liste en mars.
Jean-Christophe Lagarde assure que la
décision prise samedi ne changera pas
jusqu’aux élections. « Le projet d’Emmanuel Macron, souligne-t-il, est un projet
ultralibéral de l’Europe des marchés. Pour
nous, le marché peut être un moyen mais
pas une fin. » À l’UDI, on a également
dressé la liste des échecs européens du
président de la République : son isolement sur la scène européenne, le problème persistant des travailleurs détachés,
l’idée d’un budget européen refusé par
l’Allemagne, l’absence d’instruments de
protection en matière d’immigration…
« Chaque pays doit décider du nombre
d’étrangers qu’il souhaite accueillir et nos
frontières doivent être protégées en commun », plaide Lagarde.
Aux Marcheurs qui lui reprocheraient
de tourner casaque à cause des difficultés
actuelles de Macron, Lagarde réplique
qu’ils « n’ont jamais voulu écouter » les
conseils de l’UDI. « Ils se sont comportés
comme les quatre autres majorités que j’ai
vu se succéder à l’Assemblée nationale depuis que je suis député. Au lendemain de
l’élection, le pseudo-nouveau monde
ayant eu la majorité absolue, a cru qu’il
avait raison sur tout, tout seul. C’est un
gâchis terrible », déplore le président de
l’UDI, sans dissimuler une amertume
qu’il affirme percevoir ailleurs, notamment chez les « constructifs » d’Agir. ■
Le Pen et DupontAignan profitent
des « gilets jaunes »
PIERRE LEPELLETIER £@PierreLepel
OPINION Pour toutes les oppositions à
Emmanuel Macron, l’exercice est subtil.
Comment profiter de la séquence des
« gilets jaunes » tout en évitant les accusations de récupération ? Au vu des derniers sondages, le Rassemblement national (ex-FN) semble avoir tiré son épingle
du jeu. Le parti de Marine Le Pen se situe
toujours en tête pour les européennes, et
creuse même parfois franchement
l’écart avec la liste de La République en
marche, soutenue par le MoDem. Selon
une enquête Ifop, publiée jeudi par
L’Opinion, le RN obtiendrait 24 % des
voix, contre seulement 18 % pour la majorité présidentielle.
Surtout, le Rassemblement national
distance de loin le reste de l’opposition.
Selon un dernier sondage BVA publié
vendredi par la presse régionale,
Selon une enquête Ipsos,
une liste « gilets jaunes »
pourrait recueillir
12 % des voix
Les Républicains et La France Insoumise
se placent loin derrière. Le parti de Laurent Wauquiez ne décroche que 12 % des
suffrages et le mouvement de Jean-Luc
Mélenchon, qui se veut pourtant en
première ligne des « gilets jaunes », stagne, lui, à 10 %.
L’autre grand gagnant de la séquence
est le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan. La liste de l’allié de
Marine Le Pen au second tour de la présidentielle est jaugée entre 7 % (BVA) et
8 % (Ifop) et talonne désormais les Insoumis. Faut-il y voir une stratégie payante
menée au fil des semaines de contestation ? En plus de s’afficher chaque samedi
aux côtés des « gilets jaunes », Nicolas
Dupont Aignan a réalisé plusieurs coups
d’éclat. Parmi eux, la mise en scène de
son refus d’échanger hors caméra avec
Édouard Philippe début décembre. Également, sa formule choc sur « les petits
casseurs de monsieur Castaner », qui
auraient, selon lui, vandalisé l’Arc de
triomphe le 1er décembre dernier. Les
polémiques qui ont suivi ne l’auront pas
fragilisé dans les sondages, bien au
contraire.
Le coup dur est pour le Parti socialiste,
qui n’obtient que 5 % des voix dans le
dernier sondage BVA. Le PS se voit
concurrencer par Génération.s, le mouvement de Benoît Hamon, qui se hausse
au même score. Le parti d’Épinay est également dépassé par Europe-ÉcologieLes Verts (7 %). La liste UDI, que souhaite
mener Jean-Christophe Lagarde (voir cidessus), ne récolte pour l’instant que 3 %
des suffrages. Le PCF et Résistons ! (le
mouvement de Jean Lassalle) obtiennent
2 %. L’UPR de François Asselineau, le
Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et les
Patriotes de Florian Philippot ne parviennent pas à décoller et restent cloués à 1 %.
Les mouvements de l’opposition doivent aussi se méfier de la création d’une
liste « gilets jaunes ». Selon une enquête
Ipsos publiée dimanche dernier dans
le JDD, une telle initiative pourrait recueillir 12 % des voix… Et ainsi venir
grappiller l’électorat du Rassemblement
national et de La France insoumise. Tête
de liste LFI aux européennes, Manuel
Bompard ne croit pas à un tel scénario.
« Ils peuvent essayer de monter une liste,
mais ils vont se heurter à un certain nombre de difficultés. On le voit déjà avec la délicate nomination de leurs représentants… », estime-t-il.
Si elles sont souvent boudées par les
Français, les européennes semblent
aujourd’hui avoir la cote. Selon le sondage BVA, 62 % des interrogés se disent
« intéressés » par le scrutin. Ils n’étaient
que 54 % en 2009. ■
A
Dans les sondages sur les européennes, le RN
se situe en tête devant LaREM. Le PS est au plus bas.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018 LE FIGARO
10
INTERNATIONAL
UE : Macron veut rassurer ses partenaires
Lors du Conseil européen, le chef de l’État a tenté de démontrer son attachement à l’Europe et à ses règles.
ANNE ROVAN arovan@lefigaro.fr
CORRESPONDANTE À BRUXELLES
EUROPE Le Conseil européen, qui s’est
achevé vendredi à Bruxelles, n’était certainement pas le plus confortable auquel
ait participé Emmanuel Macron. Et, sans
surprise, le président français n’a pas
ménagé sa peine sur place pour démontrer que son attachement à l’Europe – à
ses valeurs et à ses règles – était intact.
Au final, l’opération a plutôt bien fonctionné. Beaucoup mieux en tout cas que
pour la première ministre britannique
Theresa May qui a essuyé jeudi soir une
fin de non-recevoir des Vingt-Sept
concernant une éventuelle renégociation du Brexit.
Ce n’était pas gagné d’avance pour le
président de la République au regard du
dérapage prochain des déficits publics lié
aux mesures équivalentes à quelque
10 milliards d’euros pour calmer la colère des « gilets jaunes ». Et alors même
que de nouvelles manifestations sont
programmées ce samedi à Paris et un peu
partout en province. « Il n’y a pas d’inquiétude chez nos partenaires. Nous avons
chacun la responsabilité de prendre les
décisions conformes à nos engagements
démocratiques dans chacun de nos pays et
de conduire la politique qui est bonne pour
chacun de nos pays », a tenté de rassurer
Emmanuel Macron lors de la conférence
de presse qu’il a tenue à l’issue du sommet, avant de s’envoler pour Strasbourg
où il devait rencontrer les familles victimes de l’attentat de mardi soir.
d’ouverture. Mais il ne faut pas hypothéquer l’avenir des futures générations en
distribuant aujourd’hui, après moi le déluge ! », a insisté Xavier Bettel.
Rassurer les partenaires européens sur
le rythme des réformes en France. Et démontrer, à ceux qui en doutent désormais, la place centrale qu’il occupe en
Europe. Tel était aussi l’objectif du prési-
dent au cours de ces deux jours et alors
que certains le pensent maintenant trop
affaibli pour jouer un rôle moteur au sein
de l’Union. Emmanuel Macron a donc
vanté « un Conseil de résultats », en
cherchant à démontrer que la France
avait été à la manœuvre sur beaucoup de
dossiers ces derniers mois. À commencer par le budget de la zone euro dont
l’ambition est, à ce stade, sans commune
mesure avec l’objectif initial. « Pour la
première fois, un mandat clair donné aux
ministres européens des Finances. Il y a un
an, beaucoup considéraient que c’était
impossible ! », s’est-il réjoui, ajoutant
qu’il n’abandonnait « ni l’idée ni la volonté » d’aller plus loin. Puis il a énuméré
d’autres dossiers sur lesquels l’Union
avait avancé avec le soutien de Paris :
l’Europe de la Défense dans laquelle la
France est très présente, l’accord sur le
transport routier dans le prolongement
de la bataille à laquelle s’était livré le
président sur le travail détaché… Comme
s’il n’était pas question pour lui de laisser
s’installer, à Bruxelles, l’image d’un président en perte de vitesse. ■
Emmanuel Macron,
vendredi à Bruxelles,
lors de la conférence de presse
organisée à l’issue
du Conseil européen.
PIROSCHKA VAN DE WOUW/REUTERS
Poursuivre les réformes
« Qu’ai-je annoncé en début de semaine ?
Des mesures fortes pour répondre à des
demandes qui me sont apparues légitimes
et sincères » et qui « correspondent à une
accélération et une amplification pour la
quasi-totalité d’entre elles de mesures qui
elles faisaient partie du programme présidentiel mais qui avaient été trop étalées
dans le temps », a-t-il encore argumenté. Comme il l’avait fait en début de début de semaine, Emmanuel Macron a
rappelé qu’il entendait poursuivre les
réformes en France. Ce dont, à Bruxelles, certains doutent. Ne serait-ce que
parce que ces réformes portent sur des
dossiers aussi explosifs que les retraites
et l’indemnisation du chômage.
D’ailleurs, vendredi matin, certains
dirigeants européens ont fait état à haute
voix de leurs inquiétudes sur la situation
française. Le chancelier autrichien Sebastian Kurz a, sans citer la France et
songeant bien évidemment aussi à l’Italie, fait part de ses réticences sur le budget de la zone euro, appelant les États
membres à respecter « les règles ». À
son arrivée au Conseil, le premier ministre luxembourgeois a carrément mis les
pieds dans le plat. Ce qui est étonnant de
la part d’un responsable européen que
l’on sait plutôt proche du président français. « Emmanuel Macron a fait preuve de
compréhension et donne un message
Feu vert pour un budget de la zone euro… sans enveloppe
LORELINE MERELLE £@MLoreline
BRUXELLES
POUR Emmanuel Macron, aucun
doute, ce sommet a bien été « celui
des résultats ». « Ce conseil a acté
la création d’un budget de la zone
euro », assure-t-il face aux caméras, à la sortie de la réunion. « Il y a
un an beaucoup considéraient que
c’était impossible », justifie le chef
de l’État, évoquant le travail de
conviction mené auprès de ses
partenaires, en particulier les pays
d’Europe du Nord et les Pays-Bas,
opposés à toute idée de mutualisation des risques dans la zone euro.
Mais pour obtenir cet accord de
principe sur un budget réservé
aux 19 pays de la zone euro, Paris a
dû faire bon nombre de compromis. D’abord, le rôle de ce budget
est réduit à des objectifs de
« convergence et de compétitivi-
On ne parle
« pas
d’un budget
d’une
centaine
de milliards
d’euros
»
UN DIPLOMATE
EUROPÉEN,
SOULIGNANT
LE MODESTE MONTANT
DE LA FUTURE
ENVELOPPE
té ». Il pourra financer des investissements dans les infrastructures, mais ne servira pas à aider un
pays en difficulté financière. Cette
fonction dite de « stabilisation »
voulue par Paris est passée à la
trappe. Même si Emmanuel Macron assure « ne pas abandonner
l’idée ni la volonté ».
Question de sémantique
Autre nuance apportée, dans leurs
conclusions communes, les dirigeants de la zone euro évoquent
un « instrument budgétaire » et
non un « budget » à proprement
parler. Une question de sémantique loin d’être anodine pour les
Pays-Bas ou l’Autriche qui ne
voulaient pas de ce terme noir sur
blanc. Enfin, sur le fond tout reste
à faire. Les discussions sur son
montant et son financement sont
reportées à juin prochain, c’est-àdire après les élections européen-
nes. Seule certitude, il ne s’agira
pas d’un montant très important.
« On ne parle pas d’un budget
d’une centaine de milliards
d’euros », explique un diplomate
européen. Le budget de la zone
euro ne disposera pas non plus de
ligne autonome, mais sera au
contraire inscrit dans le carcan du
budget européen des 27 États, fixé
sur cinq ans. Ce qui pourrait empêcher toute augmentation significative à terme. Et potentiellement entraîner des conflits
budgétaires avec les pays nonmembres de la zone euro.
Si les ambitions d’Emmanuel
Macron ne sont pas satisfaites sur
ce budget, les dirigeants de la zone
euro ont mis de l’huile dans les
rouages pour mieux protéger
l’union monétaire en cas de défaillance bancaire. Ils ont en effet
donné leur feu vert au filet de sécurité bancaire. Des liquidités se-
ront toujours disponibles dans le
fonds de résolution unique, destiné à secourir les banques en cas de
crise. Surtout, cette enveloppe de
secours pourra être déboursée
dans les 12 à 24 heures. Une réactivité indispensable en cas de crise.
Autre avancée, le garant de la
stabilité financière de la zone euro,
le MES (Mécanisme européen de
stabilité) acquiert de nouvelles
compétences pour assurer la surveillance et la coordination en ultime recours.
Mais ce sommet a comme un
goût de trop peu. Les dirigeants de
la zone euro n’ont pas pu se mettre
d’accord sur un système européen
de garantie des dépôts qui puisse
protéger les clients d’une banque
en faillite où qu’ils soient. Trop de
pays de la zone euro refusent toujours de prendre le risque de devoir payer pour les autres en cas de
nouvelle crise. ■
AKK face au défi de l’unité de la CDU
Élue à la tête des conservateurs allemands, la dauphine d’Angela Merkel doit réconcilier les différents courants du parti.
DAVID PHILIPPOT £@DavPhilippot
A
BERLIN
ALLEMAGNE Le premier problème à
résoudre pour Annegret Kramp-Karrenbauer est le plus simple : celui de son
salaire. Présider le parti chrétien-démocrate (CDU) est considéré comme un
honneur, pas comme une charge. Angela Merkel n’a pas perçu un euro pour
l’avoir dirigé pendant dix-huit ans. Ce
parti conservateur se targue de voir à sa
tête une femme succéder à une femme,
une première au niveau européen et
probablement mondial. La CDU ne voudrait pas briser l’effet d’image, en laissant croire que sa présidente vit aux
crochets de son époux, Helmut, ingénieur minier. Aux dernières nouvelles,
il était question de lui attribuer une solde équivalente à celle d’un député du
Bundestag, soit 9 800 €. Un problème
qui ne se posait pas quand elle était numéro 2 du parti, dont elle était salariée.
« Un secrétaire général de parti a toujours deux options », commentait un
journaliste allemand dans les allées du
congrès du week-end dernier : « Soit
rester secrétaire, soit devenir général. »
À peine élevée au grade supérieur,
s’ouvrent en même temps devant elle
plusieurs fronts : unifier la CDU, aider à
stabiliser la coalition gouvernementale
brinquebalante, développer son profil à
l’international, préparer son parti à
quatre élections régionales difficiles en
2019 et se préparer aux prochaines législatives. Devant l’ampleur des tâches,
AKK repousse l’idée de coupler sa fonction avec celle de ministre.
La « générale » Kramp-Karrenbauer
a remporté la bataille de Hambourg
mais les rangs derrière elle ne forment
pas une armée unie. Son score obtenu à
l’arraché (52 % contre 48 %) a laissé apparaître une profonde fissure entre son
camp socialo-conservateur et l’aile libérale représentée par Friedrich Merz.
Du camp des perdants ont fusé les accusations, dont celle d’avoir baissé la modulation du micro lors de son discours
de candidature, pour le rendre moins
percutant. Grand classique des lendemains de congrès disputés, la Sarroise
doit s’atteler au rassemblement. « Elle a
déjà prouvé qu’elle était fiable, pragmatique et travailleuse au service du parti »,
observe un vieil électeur CDU. Elle doit
maintenant prouver qu’elle peut faire la
synthèse des positions, qu’elle peut enthousiasmer le parti et le faire progresser. » Pour tenter de calmer la grogne,
elle a habilement nommé no 2 du parti
un merkelo-sceptique dénommé Paul
Ziemiak.
Dans un parti peuplé de mâles dominants, le fait qu’une femme ait à nouveau ravi la présidence du parti est resté
ANNEGRET KRAMP-KARRENBAUER
SECRÉTAIRE GÉNÉRALE DE LA CDU
«
Nous sommes comme la dernière licorne d’Europe :
le dernier grand parti populaire existant
IMAGO STOCK&PEOPLE/IMAGO / PANORAMIC
»
en travers de plusieurs pommes
d’Adam. La nouvelle présidente, seulement quatrième à ce poste depuis quarante-cinq ans, se voit confrontée à un
dilemme. L’appelant sur scène à ses côtés au soir de la victoire, elle a demandé
à son rival déchu Merz de l’aider dans sa
tâche. Doit-elle pour autant laisser celui
qui lorgne l’Économie prendre un ministère ? Ce qui lui donnerait une position d’attente idéale, en cas d’échec
d’AKK. L’an prochain, de mauvais résultats lors des européennes et surtout
lors des trois élections régionales dans
l’Est, où l’AfD part favori, pourraient
fragiliser son assise.
Dans son discours prononcé à Hambourg, Annegret Kramp-Karrenbauer a
qualifié son parti de « licorne » : le dernier grand parti populaire en Europe. Le
dompter ne suffira pas à la stabiliser. La
faiblesse du partenaire de coalition, le
Parti social-démocrate (SPD), en crise
existentielle, pourrait le pousser à provoquer de nouvelles élections en cassant
cette alliance avec les conservateurs que
beaucoup considèrent comme mortifère. Un dossier parmi d’autres empoisonne la relation des deux alliés : le droit
pour les médecins pratiquant l’avortement d’en faire publicité. L’article 219a
du Code pénal sanctionne la pratique : la
catholique AKK exige son maintien, le
SPD veut sa suppression. Dans un compromis bancal trouvé cette semaine, les
deux partis se sont engagés à le réformer. Sans résoudre le problème de fond.
Le politologue Gero Neugebauer émet
un pronostic réservé : « Le SPD doit
trouver, à un moment, un moyen de sortir
de la spirale qui l’entraîne vers le fond. Un
échec cinglant aux européennes pourrait
être le déclencheur. » En cas d’éclatement de la coalition, Angela Merkel et sa
dauphine, qu’on a vu trinquer ensemble
pour célébrer « leur » victoire, auraient
déjà trouvé la parade. Selon des confidences recueillies par le journal Bild
dans les rangs du parti conservateur, la
CDU formerait un gouvernement minoritaire. Afin de laisser le temps au parti
de la mettre en orbite pour la Chancellerie, en garante de l’héritage. Aux yeux
des électeurs, la licorne a réussi sa mue
post-Merkel : après des semaines de
chute, la CDU repart à la hausse dans les
sondages, à 31 % des intentions de
vote. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018
INTERNATIONAL
11
Les belligérants de la guerre qui a tué plus
de 90 000 civils ont conclu un cessez-lefeu lors des pourparlers de paix en Suède.
MOYEN-ORIENT Ce n’est pas encore la fin
de la guerre, mais c’est un signe encourageant. Au terme d’une semaine ou presque de discussions en Suède entre belligérants, le chef de l’ONU, Antonio Guterres,
a annoncé un « cessez-le-feu » dans la
ville portuaire d’al-Hodeïda et une facilitation de l’aide humanitaire à Taizz, autre
point de fixation d’un conflit qui menace
de plonger le Yémen dans la famine.
Les rebelles houthistes, qui occupaient
Hodeïda sur la mer Rouge, et les forces
gouvernementales, qui les attaquaient
depuis juin, devront se retirer de la ville et
du port, par où est acheminée une grande
partie de l’aide humanitaire à une population épuisée par plus de trois ans de guerre. L’ONU jouera un « rôle clé » dans le
contrôle du port, a précisé le secrétaire
général de l’ONU, qui s’était déplacé jeudi
en Suède pour pousser les deux camps au
compromis.
Le sort d’al-Hodeïda constituait le principal litige entre les houthistes, soutenus
par l’Iran, et les loyalistes, appuyés sur le
terrain par l’Arabie saoudite et par les
Émirats arabes unis et militairement par
les États-Unis, la Grande-Bretagne mais
aussi la France. Jusque-là, les loyalistes –
et leur parrain émirien présent dans les
combats à Hodeïda - refusaient toute autre
solution qu’un retrait pur et simple des
houthistes de la ville et du port et le retour
de ces deux entités sous l’autorité du gouvernement légitime. Conscients de l’enjeu
– en cas d’échec des pourparlers, les violences risquaient de redoubler – les ministres des Affaires étrangères saoudien, émirien mais aussi britannique avaient fait le
déplacement en Suède.
Les États-Unis, par la voix de leur secrétaire d’État, Mike Pompeo, ont salué
cet accord, estimant que la paix était désormais « possible ». « Ces consultations
[…] marquent un premier pas crucial », a
déclaré Mike Pompeo.
Pour maintenir cette dynamique, de
« Comment la guerre
a façonné la France »
Olivier Wieviorka, coauteur d’« Histoire militaire
de la France » (Perrin), invité du « Talk stratégique ».
ALAIN BARLUET £@abarluet
DÉFENSE Depuis les origines, « la guerre
et l’armée ont structuré la France », explique l’historien Olivier Wieviorka, qui
a codirigé avec Hervé Drévillon Histoire
militaire de la France - deux volumes parus récemment aux Éditions Perrin. Si le
territoire français a ainsi acquis la forme
d’hexagone que nous lui connaissons
aujourd’hui, c’est en raison des guerres.
« Il y a eu, notamment à l’époque moderne, toute une ambition nationale pour
aboutir aux “frontières naturelles” du
pays, sur le Rhin, les Pyrénées, qui donnent à la France son faciès actuel », explique Olivier Wieviorka, invité vendredi
au « Talk stratégique Le Figaro ». Son interview est à retrouver en intégralité sur
www.lefigaro.fr. Par ailleurs, « l’armée
a également contribué à faire la France en
raison de son lien indissoluble avec le pouvoir et les impôts », poursuit l’historien.
« Le consentement à l’impôt est d’abord
un consentement à l’armée, souligne-t-il,
et c’est à partir de l’armée que l’impôt va
s’imposer à tous les Français. »
Les guerres et l’armée ont également
OLIVIER WIEVIORKA,
hier, dans le studio du Figaro.
BERTRAND RIOTORD/LE FIGARO
eu leur rôle dans l’émergence d’un sentiment national. « On estime traditionnellement que le sentiment patriotique est
né avec la Révolution française et la bataille de Valmy - lorsqu’on ne s’est plus
battu pour le roi mais pour la patrie »,
rappelle l’historien. En fait, ajoute Olivier Wieviorka, l’émergence de ce que
l’on appellera le patriotisme est bien antérieure et s’apparente à la défense
contre les envahisseurs. « Au XVIIe et au
XVIIIe siècle, la royauté a rempli sa mission en défendant le territoire, qui ne sera
pas dévasté, comme plus tard au XXe siècle durant les deux guerres mondiales. Et
le consentement à l’impôt, en devenant un
acte civique, va permettre de financer
l’armée et de défendre le territoire »,
poursuit-il.
Au côté du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, jeudi à Stockholm (Suède), Mohammed Abdulsalam (à gauche), à la tête
d’une délégation houthiste et le ministre des Affaires étrangères du Yémen, Khaled al-Yamani, scellent un accord de cessez-le-feu.
nouvelles consultations se tiendront en
janvier entre les deux camps, probablement au Moyen-Orient. Beaucoup de chemin reste à parcourir avant que les armes
se taisent. Houthistes et forces gouvernementales ne sont pas parvenus à se mettre
d’accord sur la réouverture de l’aéroport
de Sanaa - la capitale aux mains des rebelles pro-iraniens -, qui est fermé depuis
trois ans. « Il faudra attendre avant de voir
si cette détente se traduira réellement sur le
terrain », prévient le spécialiste Gregory
Johnsen.
Des images de dévastation
Jusqu’ici, toutes les tentatives pour mettre
fin au conflit avaient échoué, et la situation humanitaire ne cesse de se dégrader
au Yémen, où près de 20 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire.
Plusieurs mesures de confiance avaient
été avalisées par les deux parties, avant
l’ouverture de ces consultations : l’évacuation début décembre de 50 rebelles
blessés vers Oman et un accord préliminaire d’échange de prisonniers, une priorité pour les houthistes. Une liste de 15 000
noms de détenus a ainsi été établie.
Ces accords vont « améliorer la vie de
millions de Yéménites », s’est félicité Antonio Guterres, dont l’émissaire spécial, le
Britannique Martin Griffiths, était à la
manœuvre depuis des mois pour ramener
autour d’une même table houthistes et
loyalistes. Au-delà de cette première
avancée, l’ONU cherche un accord durable sur une désescalade de la violence,
après quatre ans de guerre, durant laquelle
plus de 80 000 enfants sont morts de faim
ou dans les combats qui ont tué plus de
10 000 civils.
Martin Griffiths a remis aux belligérants
une batterie de propositions sur un « cadre politique » de règlement du conflit, en
particulier sur les litiges persistants, comme la réouverture de l’aéroport de Sanaa
et le redressement économique du pays.
Le résultat des pourparlers de Suède devait être présenté ce vendredi au Conseil
de sécurité de l’ONU à New York.
Les images de dévastation provoquées
par les raids aériens de la coalition saoudo-émirienne et celles de la crise humanitaire ont finalement convaincu les grandes
puissances de faire pression sur leurs alliés
à Riyad et à Abu Dhabi pour accélérer un
règlement du drame yéménite. Washington avait appelé, il y a un mois, à l’arrêt
des violences et au lancement de pourparlers de paix. Le Pentagone avait également
stoppé de ravitailler en vol les avions de
combat saoudiens qui allaient frapper des
positions houthistes au Yémen. Mercredi,
le Sénat avait envoyé un nouvel avertissement à Donald Trump et à l’Arabie en
autorisant la tenue d’un vote sur une résolution visant à interdire tout soutien militaire à Riyad dans la guerre au Yémen. ■
EN BREF
Tibet : Pékin fustige
l’ingérence américaine
La Chine a fermement protesté
vendredi après l’adoption d’un
projet de loi américain qui exige
un accès sans entrave au Tibet
pour les ressortissants américains
et elle a dénoncé « une ingérence
flagrante » dans les affaires
intérieures chinoises.
Sri Lanka : démission
du premier ministre
Le premier ministre controversé
Mahinda Rajapaksa va
démissionner, a annoncé
vendredi son fils, dernier épisode
en date dans la lutte de pouvoir
qui paralyse depuis sept semaines
le pouvoir au Sri Lanka.
Un Palestinien tué
par des tirs israéliens
Un Palestinien a été tué vendredi
par des tirs israéliens lors de
heurts en Cisjordanie, a indiqué le
ministère palestinien de la Santé.
Les mouvements palestiniens,
dont les islamistes du Hamas,
avaient appelé à une journée de
manifestations contre Israël.
100% numérique
1€ le premier mois*
sans engagement
Une armée républicaine
Au fil des siècles, les liens unissant le
triptyque armée-État-nation ont fluctué, analyse l’invité du « Talk stratégique ». « Avant la conscription, au
XIXe siècle, le lien entre l’armée et la nation était assez lâche, encore que l’obligation militaire était déjà présente sous l’Ancien Régime », dit Wieviorka. Ensuite,
« ce lien s’est renforcé un peu en 1870,
puis énormément en 1914-18 », ajoute-til. Ces dernières décennies, avec la suspension du service militaire, « l’armée a
eu moins de liens avec la société civile »,
affirme-t-il. « Les Français respectent et
aiment leur armée, mais les liens sont
moins étroits qu’il y a une trentaine d’années », observe l’historien. Une armée
qui, certes, au fil des siècles, a pu revendiquer en France une part de pouvoir
mais dont Olivier Wieviorka pointe
aujourd’hui le caractère extrêmement
républicain - conformément au principe
des « armes cédant à la toge ».
« La guerre n’a pas disparu du paysage
national et international même si l’intensité des menaces n’est pas la même »,
souligne l’historien. Parmi les éléments
de longue durée, figure la légitimité que
la guerre confère au monarque - et
aujourd’hui au chef de l’État, chef des
armées. « Même François Hollande, dont
ce n’était pourtant pas l’horizon, n’a pas
dédaigné d’apparaître comme un chef de
guerre », relève Olivier Wieviorka. ■
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A
GEORGES MALBRUNOT £@Malbrunot
PONTUS LUNDAHL/AP
Yémen : une
lueur d’espoir
pour sortir
du conflit
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018 LE FIGARO
12
INTERNATIONAL
Le Nicaragua sous la coupe des Ortega
Ex-révolutionnaire
devenu président,
Daniel Ortega
s’est mué en tyran.
Il gouverne par la
peur et la violence.
ALIX HARDY £@Alixhar
ENVOYÉE SPÉCIALE À MANAGUA
AMÉRIQUE LATINE Devant la prison
pour femmes La Esperanza, à 40 km à
l’est de Managua, des familles de détenues s’affairent : le mardi matin, elles
viennent déposer des vivres aux prisonnières. Mais ce jour-là, nouvelle règle :
les sacs en plastique bleus ou blancs, couleur du drapeau national, mais surtout du
mouvement d’opposition au président
Daniel Ortega, ne sont plus autorisés pour
les prisonnières politiques.
Daniel Esquivel, mari de l’une d’entre elles, est vert de rage : il s’est vu refuser l’entrée de ses colis. « On se croirait en
URSS ! », fulmine-t-il en traversant la route poussiéreuse pour acheter des emballages réglementaires à l’échoppe en tôle qui
fait face à la prison. La Esperanza compte
une vingtaine de prisonnières politiques,
tenues à l’écart de celles de droit commun.
Cloîtrées dans leur cellule, elles tissent des
bracelets bleu et blanc en signe de résistance au régime. Le plastique des sacs de provisions était leur matière première.
Plus de 500 dissidents politiques ont été
arrêtés et emprisonnés ces derniers mois
au Nicaragua. Ils encourent jusqu’à vingtcinq ans de prison pour avoir manifesté
contre le pouvoir en place, mais la presse
officielle les présente déjà comme des
« terroristes », auteurs d’une « tentative
de coup d’État ». Un coup d’État raté :
c’est la version officielle que donne le gouvernement pour expliquer les troubles qui
agitent le pays depuis huit mois. Le 18 avril
dernier, l’annonce d’une baisse des retraites a mis le feu aux poudres à un mouvement beaucoup plus large, qui réclame
Le président sandiniste Daniel Ortega (au centre), lors du 197e anniversaire de l’indépendance du Nicaragua, le 15 septembre à Managua.
le départ du président. Ce dernier a glacé
la population et choqué à l’international
en envoyant policiers et paramilitaires,
lourdement armés, réprimer les manifestations, précipitant le pays dans le chaos.
Amnesty International recense plus de
320 morts, parmi lesquels de nombreux
jeunes, en première ligne du mouvement.
Le 20 avril, Alvaro Conrado, 15 ans tout
juste, a rejoint les manifestants de la capitale. Il leur distribuait de l’eau quand il a
reçu une balle des forces prorégimes, venues réprimer la marche. Ses derniers
mots, « J’ai mal quand je respire », sont
désormais un des slogans de la contestation. Sa mère, Liseth Davila, se bat depuis
des mois aux côtés d’autres familles de
victimes pour que les circonstances du
décès soient éclaircies. Elle et les autres
s’interrogent toujours, des mois plus
tard : « On ne comprend pas pourquoi le
pouvoir a pris la décision d’envoyer tuer
des jeunes. On dirait qu’ils sont fous. »
Arely Guevara, qui a perdu son frère en
mai, lors d’une manifestation où pas
moins de neuf personnes ont péri, reprend : « Ils se sentent puissants, car ils
ont les armes. Mais nous, nous avons l’appui du peuple. Et ça les tue, de voir que le
peuple ne les suit plus, ne les aime plus. »
Car Daniel Ortega n’a pas toujours été
considéré par une large partie de la population comme un dictateur sanguinaire.
Quand, en 1979, le Front sandiniste, un
mouvement nationaliste inspiré par la
révolution cubaine, renverse le dictateur
Anastasio Somoza, le peuple est en liesse.
Daniel Ortega, qui coordonne la transition, s’impose à la tête du pays durant
une décennie. Il reviendra au pouvoir en
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À VOS
PLUMES,
REJOIGNEZ
LES ATELIERS
D’ÉCRITURE
DU FIGARO
LITTÉRAIRE !
  © B﹒ CHAROY
« Nous portons tous un livre en nous,
un désir de texte pour soi ou à partager.
Le Figaro littéraire a ouvert de nouveaux
ateliers pour celles et ceux qui sont attirés
par la formidable aventure de l’écriture. »
Prochain atelier
GRÉGOIRE
DELACOURT
Écrivain, auteur de La Liste
de mes envies, immense succès
qui a fait l’objet d’une adaptation
au théâtre et sur grand écran.
Il a publié L’Écrivain de la famille,
La Première chose qu’on regarde,
On ne voyait que le bonheur,
Les quatre saisons de l’été, Danser
au bord de l’abîme et, récemment,
La femme qui ne vieillissait pas.
Les lundis
21 janvier/4 février/11 février
18 février/11 mars/18 mars
A
de 18h à 22h
Dans les locaux du Figaro, 14 bd Haussmann, Paris 9ème.
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JORGE TORRES/EFE/MAXPPP
2007 pour ne plus le quitter. Sous sa gou250 km
vernance, l’économie se maintient à flot.
« Il faut lui reconnaître cela : il a su prendre
les bonnes décisions macroéconomiques »,
admet Luis Carrion, qui a longtemps milité à ses côtés avant de passer à l’opposition il y a vingt ans. Avant la crise, le pays
MEX.
Mer des Caraïbes
bénéficiait d’une croissance qui frisait les
5 %, quand en 2018, le FMI prévoit une
B.
contraction de 4 à 5 points du PIB.
Mais sous la stabilité couve le méconGUA.
HONDURAS
tentement. Les mandats s’accumulant, la
démocratie perd du terrain. À trois repriSAL.
NICARAGUA
ses, Daniel Ortega fait amender la Constitution pour assurer sa réélection. Sa fortune personnelle augmente au rythme
Managua
des aides versées par le Venezuela, destiCOSTA RICA
nées à solder la dette du pays. Le système
PANAMA
médiatique est cadenassé, contrôlé par la
OCÉAN PACIFIQUE
famille du président.
Peu à peu, le Front sandiniste se fragmente. Sur les neuf dirigeants originels,
cinq quittent le navire pour rejoindre
Infographie
l’opposition. Carrion est l’un d’entre eux.
En allumant une cigarette sur une terrasse
reste / Tant pis pour les putschistes / Tant
de la capitale, il développe : « Daniel Orpis pour les terroristes ! » La chanson,
tega s’est approprié le sandinisme : le discomposée pour l’occasion, tourne en boucours, les symboles, les morts… Le mouvecle sur la sono de plein air. « On vient
ment originel n’avait pas pour but de placer
épauler notre Commandant et montrer à
un homme au pouvoir et de l’y maintenir
tous que la paix et la tranquillité sont revecoûte que coûte. Il y avait un programme,
nues au Nicaragua », s’époumone Gladis,
des principes… Il les a tous violés. »
52 ans, sous l’œil attentif du chef de rondLes déserteurs créent le Mouvement de
point. À 16 h 45 tapantes, le groupe quitte
rénovation sandiniste. Désormais, c’est
pourtant les lieux comme on pointerait à la
sandinisme contre sandinisme, et chacun
sortie de l’usine. La plupart sont en fait des
se targue d’en détenir la bonne interprétravailleurs de l’État, sommés d’être prétation. Erasmo Torres, 23 ans, est un des
sents sous peine de perdre leur travail.
leaders étudiants de la contestation.
La vice-présidente, Rosario Murillo,
Aujourd’hui, il se cache. « Je me suis touépouse de Daniel Ortega, orjours revendiqué sandiniste,
chestre cette mise en scène.
martèle-t-il depuis la maiAutrefois poétesse, elle gère
son reculée où il vit dans la
désormais d’une main de fer la
clandestinité. Daniel Ortega
communication du régime.
n’a pas le monopole du sanChaque jour, drapée dans de
dinisme. Il a combattu un
longs châles qui lui donnent de
dictateur, mais c’est devenu
faux airs de cartomancienne,
un tyran. »
ont été arrêtés
elle monologue sur les chaînes
Après la répression sances derniers mois
glante des manifestations, le en raison des mesure télévisées de l’État, mêlant rérégime s’est attelé à bâillon- répressives instaurées férences bibliques et cosmiques. Après les premières maner toute forme de contestapar le régime
nifestations, elle a traité à
tion. Depuis début octobre,
de Daniel Ortega
l’antenne les opposants de
les rassemblements de l’op« vampires assoiffés de sang »
position sont interdits. Les
et les a accusés d’avoir « fabriqué » les
leaders du mouvement sont traqués jusque
morts tombés sous les balles des forces
dans leurs maisons, rapportait une mission
pro-régime. Dans des e-mails, révélés réde l’ONU en août. Une chape de plomb
cemment, on peut lire qu’elle ordonne de
s’est abattue sur le pays. À la tombée du
freiner « coûte que coûte » la contestation.
jour, les rues se vident. Touristes et inves« Nous ne les laisserons pas nous voler la
tisseurs ont fui le pays, où chaque jour aprévolution ! », écrit-elle encore.
porte son lot d’arrestations arbitraires.
En parallèle, le pouvoir en place a repris
La démesure de la répression a sidéré
possession de l’espace public. Sur les murs
une grande partie de la population, qui
de la capitale, les tags anti-Ortega ont disvaque désormais à ses occupations quoparu. À leur place, comme à travers un
tidiennes en silence. Daniela (le prénom
miroir déformant, la rhétorique officielle
a été modifié à sa demande), 25 ans, acest partout, peinte au spray rouge et noir
cepte néanmoins de s’arrêter quelques
sur les trottoirs et les lampadaires de la cainstants dans une rue peu passante de
pitale, esquissant un autre récit de la criManagua. « J’aurais voulu participer aux
se : « Le Nicaragua veut la paix », « Le
manifestations, de tout mon cœur, mais si
Commandant Ortega reste au pouvoir ».
j’y allais, je mettais ma vie est en danger »,
Car le gouvernement n’a pas ménagé ses
regrette-t-elle à voix basse. « Le simple
efforts pour étayer la version officielle, qui
fait de vous parler peut m’attirer des entient en trois mots : « Tout est normal. »
nuis. » Au début du soulèvement, elle
En témoignent ces groupes de militants
postait sur Facebook l’espoir que lui insplantés chaque jour sur les ronds-points
piraient les manifestations. Désormais,
de la capitale. Munis de drapeaux noir et
sur les conseils d’un oncle, elle se
rouge du parti au pouvoir, ils viennent decontente de photos de famille. « Ici, nous
puis deux mois, sous la pluie ou le cagnard,
sommes très nombreux à être en désacafficher leur soutien au président. « Dacord avec le gouvernement, assure-t-elle.
niel, le peuple est avec lui / Le Commandant
Mais il y a la peur. » ■
500
dissidents
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018
SOCIÉTÉ
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Strasbourg : après la mort du terroriste,
la recherche d’éventuels complices
Les enquêteurs s’emploient à savoir si Chérif Chekatt avait des connexions, directes ou indirectes, avec Daech.
JEAN CHICHIZOLA
TERRORISME Après le temps de la traque, celui de l’enquête et des questions,
dont certaines demeureront peut-être à
jamais sans réponse. Vendredi, le procureur de la République de Paris, Rémy
Heitz, a déclaré que, après la mort de
Chérif Chekatt jeudi soir, les investigations allaient se poursuivre « pour identifier d’éventuels complices ou coauteurs
susceptibles de l’avoir aidé ou encouragé
dans la préparation de son passage à
l’acte ». Vendredi en fin d’après-midi,
sept personnes étaient placées en garde
à vue : les parents du terroriste, deux de
ses frères et trois membres de son entourage, dont deux interpellés dans la
nuit de jeudi à vendredi, après la mort de
Chekatt. Enfin, le parquet de Paris a,
dans les heures ayant suivi l’attentat,
décerné un mandat de recherche contre
un troisième frère, Sami, âgé de 34 ans,
pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.
L’homme est fiché S pour sa radicalisation et ses contacts avec les milieux islamistes strasbourgeois. De sources proches du dossier, il aurait été interpellé en
Algérie. Ces gardes à vue permettront
peut-être de mieux comprendre le passage à l’acte de Chérif Chekatt, son engagement dans l’islam radical. A-t-il
prémédité son acte ou a-t-il agi dans
l’urgence, après la perquisition à son
domicile, mardi matin, dans une affaire
de vol à main armée et de tentative
d’homicide ? Ce jour-là, le délinquant
islamiste et violent n’était pas à son domicile. Où se trouvait-il alors, pourquoi
se promenait-il avec un couteau et un
revolver d’ordonnance modèle 1892, et
qui lui a fourni cette arme à feu ?
Revendication « opportuniste »
Les enquêteurs s’intéressent également
à d’éventuelles connexions, directes ou
indirectes, avec l’État islamique ou avec
des sympathisants qui auraient pu le
pousser à agir. Dès l’annonce de la mort
du terroriste jeudi soir, Daech le revendiquait comme un de ses « soldats » et
précisait qu’il avait répondu « à l’appel à
viser les citoyens de la coalition internationale ». Une revendication qualifiée de
« totalement opportuniste » par le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner.
Depuis ses déboires sur le terrain, Daech
se livre en effet à d’apparentes récupérations, comme celle de la tuerie de
Las Vegas en octobre 2017 ou du triple
meurtre de Trappes le 23 août 2018. Ce
jour-là, un homme fiché S et inscrit au
fichier des radicalisés avait tué au couteau sa mère, sa sœur et une voisine
avant d’être abattu par des policiers qu’il
menaçait. Un fait divers « hybride » sur
fond de haine familiale, dont le parquet
antiterroriste ne s’est pas saisi, et a priori
loin d’une action de l’État islamique.
L’hypothèse selon laquelle, à Strasbourg, le terroriste Chérif Chekatt, fiché, surveillé et ne donnant pas de signe
d’une volonté de passer à l’acte, a tué
4 personnes de sa propre initiative est au
demeurant peut-être la plus inquiétante. Elle confirmerait que Daech parvient
à faire prospérer ce « terrorisme d’inspiration » décrit depuis longtemps par
les spécialistes de l’antiterrorisme. Et
que d’autres Chérif Chekatt, mus par
leur haine de la justice, de la police, de la
France, des mécréants, pourraient demain suivre son exemple. ■
Emmanuel Macron est venu déposer une rose sur le monument dédié aux victimes du marché de Noël, vendredi à Strasbourg. JEAN-FRANÇOIS BADIAS/AP
YOLANDE BALDEWECK
STRASBOURG
LE SOULAGEMENT après l’angoisse.
Après le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, reparti de Strasbourg en
milieu de journée, le président de la République est venu apporter, vendredi
dans la soirée, son soutien aux forces de
l’ordre ayant neutralisé jeudi soir le terroriste qui a endeuillé la ville. Une quatrième victime est morte vendredi tandis
que d’autres, grièvement blessées, luttent encore pour leur survie.
Revenant du Conseil européen de
Bruxelles, Emmanuel Macron s’est recueilli, place Kléber, où de nombreux
Strasbourgeois ont déposé des roses, des
bougies et des messages, non loin du
grand sapin. Après une minute de silence et La Marseillaise, il devait se rendre
au centre d’accueil des familles de victimes et rencontrer les proches de Pascal
Verdenne, un jeune retraité abattu froidement alors qu’il sortait d’un restaurant… Aux côtés du chef de l’État, le
maire de Strasbourg, Roland Ries, tenait
à nouveau à défendre « l’existence du
marché de Noël de Strasbourg, devenu le
symbole d’un art de vivre qui concerne
tous les citoyens, quelles que soient leurs
croyances ».
« C’est pour défendre cet art de vivre,
contesté par les terroristes, que notre ville résiste », avait expliqué le maire,
vendredi matin, au ministre de l’Intérieur, lors de la visite des marchés de
Noël, restés fermés durant deux jours en
signe de deuil. Depuis, la surveillance a
été renforcée, y compris sur les ponts
menant à la Grande-Ile, et le nombre
d’accès a été réduit. Des policiers sont
désormais présents aux côtés des vigiles
qui contrôlent les sacs. Et les militaires
de l’opération « Sentinelle » sont, à
nouveau, très visibles.
Accompagné de plusieurs élus, Christophe Castaner a longé, vendredi, les allées du « Christkindelmärik » de la place
Broglie, en serrant des mains et en
échangeant quelques paroles. « Laissezmoi déambuler tranquillement, je veux
parler aux Strasbourgeois », avait-il demandé avant d’avancer devant un mur
de caméras. Des visiteurs présents, souvent des touristes, mais aussi les marchands qui attendaient la réouverture
avec impatience, l’ont applaudi. « Félicitations à la police », a lancé une dame,
« soulagée que cet individu ne puisse plus
nuire ». Place de la Cathédrale, une
“
Les gens sont soulagés
que le terroriste ait été
neutralisé
”
CLAUDE HUTCHEN, PASTEUR PROTESTANT
DEPUIS SEIZE ANS AU NEUDORF
commerçante l’a remercié de « permettre que la vie continue ».
« J’ai senti le soulagement, du bonheur,
de la fierté pour nos forces de police », a
souligné Christophe Castaner, après une
bonne heure de « déambulation » au
cœur de ville. « Ce marché de Noël, c’est
notre histoire, il appartient à tous les
Français », a-t-il relevé en voulant
« penser aussi aux victimes ».
Avant de repartir, il a rencontré des
élus et les représentants de la chambre
de commerce et d’industrie d’Alsace
Métropole. « Nous sommes en état de
choc économique, avec 30 % de pertes »,
a affirmé son président, Jean-Luc Heimburger en expliquant que « derrière les
hôteliers, les restaurateurs et les commerçants, il y a tout un écosystème autour du
marché de Noël ». Avant d’insister : « Il
faut donner l’envie aux touristes de revenir à Strasbourg. »
Dans les rues du Neudorf, où Chérif
Chekatt s’est caché durant deux jours,
certains habitants avaient « toujours
peur » vendredi matin. « Tout le monde
regardait tout le monde. Ma voisine avait
mis ses enfants à l’abri chez ses parents »,
raconte une jeune femme. Jeudi matin,
l’adjoint de quartier, Philippe Bies,
s’était rendu « discrètement » à l’école
que le terroriste avait fréquentée durant
sa jeunesse. « Les parents, les enseignants étaient sous le choc », témoignet-il. L’après-midi, lors de la traque, les
enfants étaient restés confinés deux
heures à l’intérieur.
« Les gens sont soulagés que le terroriste ait été neutralisé », confie JehanClaude Hutchen, pasteur protestant depuis seize ans au Neudorf. Son temple est
à l’autre bout de la rue du Lazaret où
l’homme a été abattu. Lors d’une célébration, un paroissien lui a dit : « Des
comme celui-là, il y en a beaucoup. » Selon le pasteur, « il existe un islamisme
rampant. Des femmes qui travaillaient
avec nous à la plateforme de solidarité,
mise en place avec la paroisse catholique,
sont aujourd’hui voilées. Il y a des imams
autoproclamés, mais aussi des gens d’une
secte qui endoctrinent des jeunes Maghrébins qui n’ont pas réussi à s’intégrer ». Le
pasteur évoque aussi les trafics de stupéfiants sous ses fenêtres. Pourtant, des
rencontres ont lieu avec des musulmans,
mais « ces derniers ne sont qu’une minorité, la grande majorité reste fermée ».
Au marché de Noël, Abdel, muni
d’une petite pancarte « Merci aux forces
de l’ordre », tenait à « rendre hommage
aux victimes » car, dit-il avec indignation, « je ne veux pas qu’on nous confonde, nous musulmans, avec ces islamistes ». Il semblait malgré tout bien isolé. ■
La BST, une police secours
musclée et bien équipée
JEAN-MARC LECLERC £@leclercjm
LA PATROUILLE des trois agents en
mission de police secours qui a mis
hors d’état de nuire, jeudi, le tueur du
marché de Noël, à Strasbourg, a été
placée au repos. L’administration veut
à tout prix ménager ces fonctionnaires, sachant la pression qui pèse sur
leurs épaules depuis leur intervention
salutaire. « Ils ont eu accès aux soutiens
psychologiques mis en place dans ce
genre de situation, sans parler de la nécessiter de débriefer les équipes après
chaque intervention critique », explique
un syndicaliste, qui connaît très bien le
contexte local.
Selon lui, « les islamistes radicaux
sont nombreux dans la ville et plusieurs
quartiers peuvent connaître des tensions
après ces événements ». Au reste, dit-il,
« on ne peut exclure que certains individus soient animés par un désir de vengeance ». La prudence est donc de mise
dans les rangs de la police strasbourgeoise, alors que des enquêtes de police
judiciaire se poursuivent dans l’entourage du tueur, à Paris et en province.
« Nous sommes soulagés. » C’est le
climat qui prévaut au sein de la Sécurité publique de la capitale alsacienne.
Les trois policiers qui ont stoppé l’équipée meurtrière de ce braqueur tombé
dans l’islamisme radical appartiennent
à la Brigade spécialisée de terrain
(BST). Un service de la police du quotidien inventé en 2010 par l’ex-ministre
Brice Hortefeux sur les décombres de la
« police de proximité » tant décriée.
L’idée était de sortir d’une police
d’affichage, consommatrice en effectifs et peu efficace, pour la transformer
en vraie police d’intervention qui
connaît les secteurs qu’elle sillonne.
Composées d’une vingtaine d’effectifs
chacune, les BST ont remplacé les
éphémères UTeQ (unités territoriales
de quartier) créées sous Michèle Alliot-Marie. Leur champ d’action est
beaucoup plus étendu.
Désormais, les BST sont affectées à
une zone et non plus seulement à un
quartier. C’est le bassin criminel qui
est pris en compte. Ce qui offre plus de
souplesse sur la zone à couvrir. Leur
rôle est avant tout d’appréhender des
malfaiteurs et de réduire l’insécurité.
Une police de proximité plus musclée
en somme. Elle est composée de policiers volontaires et titulaires, c’est-àdire possédant au moins un an d’expérience après l’école de police.
Blason redoré
En France, il existe 43 BST, dont une
quinzaine en région parisienne. Leurs
équipes travaillent souvent à pied, par
petits groupes, et disposent de tout
l’équipement offensif et défensif nécessaire pour le maintien de l’ordre :
uniforme noir, casque, lanceur de balles de défense, grenades de désencerclement ainsi que leur arme de service.
Ces agents reçoivent une formation
pour apprendre les gestes techniques
d’intervention et sont amenés à rencontrer les partenaires locaux, élus,
services municipaux, associations. Ils
ont pour mission prioritaire la lutte
contre la petite délinquance et le trafic, sans perdre de vue le lien de
confiance qu’ils doivent tisser avec la
population et les commerçants. En février 2017, c’est une BST qui fut accusée de violences contre Théo, un habitant d’Aulnay-sous-Bois. Le succès de
celle de Strasbourg redore le blason de
cette police d’intervention que
d’aucuns voulaient enterrer. ■
A
Dans la « capitale de Noël », les habitants
rendent hommage aux forces de l’ordre
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018 LE FIGARO
14
SOCIÉTÉ
Les Françaises
font de moins
en moins
de bébés
ZOOM
Lille : un détenu évadé
de Rennes depuis juin crée
son entreprise de VTC…
non déclarée
Évadé de sa prison bretonne
depuis juin, un détenu, soupçonné
d’avoir créé une société de VTC
non déclarée, a été interpellé
mardi. Après avoir créé
une société de transport près
de Rennes en 2009, il avait été
condamné pour escroquerie et
abus de confiance. L’homme
de 28 ans n’avait pas réintégré
la prison après une permission
de sortie en juin dernier et avait
refait sa vie à Lille en dirigeant une
société de VTC, sans inscription
au registre du commerce.
La fécondité des femmes immigrées,
elle, reste stable.
AGNÈS LECLAIR £@AgnesLeclair
FAMILLE Quel que soit leur profil, les
Françaises font moins de bébés. L’âge d’or
des berceaux serait-il terminé ? L’indicateur conjoncturel de fécondité est de
1,92 enfant par femme en 2016, relève une
étude de l’Insee publiée jeudi. Cette inflexion de la fécondité a débuté en 2015
« après neuf années de relative stabilité »,
soit la période de 2006 à 2014, où l’indice
oscillait autour de deux enfants par femme.
Cette baisse de la fécondité concerne
tous les âges mais touche plus fortement
les femmes de moins de 35 ans depuis
2015. Entre 35 et 39 ans, la fécondité a également commencé à décliner depuis 2016.
Seules les quadragénaires affichent une
fécondité légèrement plus élevée que
l’année précédente. « Le mouvement de
retard des naissances continue de se prolonger », résume Laurent Toulemon, démographe à l’Ined. In fine, les mères qui
accouchent sont de plus en plus âgées,
avec un âge moyen à la naissance des enfants qui atteint aujourd’hui 30,5 ans alors
qu’il était de moins de 30 ans jusqu’en
2010. De surcroît, la chute de la fécondité
concerne désormais des femmes de tous
niveaux de vie. Une tendance qui, en 2015,
avait tout d’abord été observée parmi les
femmes des milieux modestes et très modestes. En 2016, ce phénomène s’est étendu à la moitié des femmes aux niveaux de
vie les plus élevées, souligne l’Insee.
« Maternités tardives »
« La baisse de la fécondité s’explique avant
tout par l’âge plus élevé des femmes à la
naissance des enfants. Cet âge continue de
reculer, notamment chez les femmes des
catégories populaires qui avaient auparavant tendance à faire des enfants plus jeunes. Le modèle des maternités plus tardives
des femmes cadres se répand dans l’ensemble des couches de la société, commente le
géographe Laurent Chalard, membre du
think-tank European Centre for International Affairs. Les nouvelles générations
veulent profiter plus longtemps de leur jeunesse. Cela ne veut pas forcément dire que
le désir d’enfant est moindre mais ces comportements ont un impact global sur l’indice de fécondité. »
La fécondité des femmes immigrées
reste en revanche stable avec environ
« 2,7 enfants par femme en 2015 et 2016,
EN BREF
La baisse de la fécondité concerne tous les âges mais touche plus fortement
les femmes de moins de 35 ans depuis 2015. HUBERT RAGUET/LE FIGARO MAGAZINE
Stèles juives profanées
en Alsace : Castaner évoque
un « groupuscule »
d’ultradroite
Baisse de la fécondité en France
Évolution du nombre d'enfants par femme*
2
La profanation en début de
semaine d’un cimetière juif
à Herrlisheim (Bas-Rhin) pourrait
avoir été commise par un
« groupuscule » d’ultradroite
qui n’a pas encore été identifié,
a indiqué vendredi sur place
le ministre de l’Intérieur,
Christophe Castaner. Au total,
37 stèles et le monument aux
martyrs de la Shoah de ce cimetière
israélite, situé à une vingtaine de
kilomètres de Strasbourg, ont été
recouverts de graffitis antisémites
dans la nuit de lundi à mardi.
1,92
1,89
1,9
1,8
2,03
1,94
1,73
1,7
1,6
1995
Source : Insee
2000
2005
2010
soit un niveau comparable à celui des années 2012 à 2014 ». Leur contribution à la
fécondité en France reste « limitée » selon
l’Insee, soit de l’ordre de 0,1 enfant par
femme. Malgré cette baisse, la France garde sa médaille de championne d’Europe
des bébés. Un « titre » qui incite les démographes à relativiser ce fléchissement.
« On ne peut pas dire que la fécondité est à
un niveau bas en France. Elle a baissé dans
tous les pays de l’OCDE après la crise de
2016
Provisoire
*France, hors Mayotte jusqu’en 2013, y compris Mayotte à partir de 2014.
2008, fortement touchés par le chômage,
mais s’est maintenue en France à un niveau
élevé jusqu’en 2014, peut-être grâce à la
politique sociale et familiale, souligne Laurent Toulemon. Cette baisse arrive donc
tard chez nous alors que d’autres pays
commencent à voir leur fécondité remonter.
En France, le système d’amortissement
permet peut-être de mieux résister aux
chocs mais nous avons également plus de
mal à sortir des crises. » ■
Un homme de 20 ans tué à
coups de couteau à Marseille
Un homme de 20 ans connu pour
des problèmes de stupéfiants a été
tué à coups de couteau jeudi soir
à Marseille, près du Vieux-Port.
Blanquer rappelle aux enseignants leur devoir de réserve
Une disposition du projet de loi sur « l’école de la confiance » suscite les craintes de certains syndicats,
qui redoutent que le ministre de l’Éducation ne veuille faire taire toute critique sur l’institution scolaire.
MARIE-ESTELLE PECH £@MariEstellPech
PHOTO : F. BUKAJLO/ SIPA PRESS POUR RTL
A
ÉCOLES Le ministre de l’Éducation nationale veut-il faire taire les enseignants,
prompts à donner leur avis, parfois très
virulent, sur les réseaux sociaux ou dans
les salles de profs ? C’est ce que craignent
les syndicats, circonspects au sujet d’un
article du projet de loi Blanquer sur
« l’école de la confiance ». « Nos collègues
pourront-ils encore fustiger leur hiérarchie
et l’institution scolaire ? Ils l’ont fait
récemment sur Internet concernant la
violence scolaire avec le phénomène
#pasdevagues… », interroge Frédérique
Rolet, secrétaire générale du Snes. Ils le
font aussi régulièrement contre telle ou
telle réforme. Le projet de loi « pour une
école de la confiance » demande d’insérer
un article dans le Code de l’éducation :
«Par leur engagement et leur exemplarité,
les personnels de la communauté éducative
contribuent à l’établissement du lien de
confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l’Éducation […]. »
Rien d’extraordinaire dans ce passage.
Mais l’étude d’impact du projet de loi précise que « le gouvernement souhaite inscrire, dans la loi, la nécessaire protection de ce
lien de confiance […] ». « Les dispositions
de la présente mesure pourront être invoquées […] dans le cadre d’affaires disciplinaires concernant des personnels de l’éducation nationale s’étant rendus coupables
de faits portant atteinte à la réputation du
service public. » Un enseignant ayant
commis une agression sexuelle en dehors
de l’école sera bien entendu révoqué.
L’étude donne d’autres exemples. « Il
en ira ainsi lorsque des personnels de la
communauté éducative chercheront à dénigrer auprès du public par des propos
gravement mensongers ou diffamatoires
leurs collègues et de manière générale
l’institution scolaire. Ces dispositions pourront également être utilement invoquées
par l’administration dans les cas de violences contre les personnels de la communauté
éducative ou d’atteintes au droit au respect
de leur vie privée, notamment par le biais de
publications sur des réseaux sociaux. »
Toute critique pourrait-elle être légalement sanctionnée ? Pour Jean-Rémi Girard, du Snalc, « si ce texte passe et est utilisé non plus par rapport à des faits jugés,
mais de façon très large, ça pose problème.
Évidemment, si un collègue formule des cri-
tiques de façon non diffamatoire, on prendra
sa défense ». Pour cet autre enseignant qui
s’est vu, dans le passé, menacé de radiation
pour avoir exprimé sur Internet un doute
juridique sur la notation au bac, « l’inscription dans la loi ouvre grand la porte aux
vengeances de certains hiérarques ».
Simple « rappel »
Fantasmes, répond le ministère, selon qui
cet article de loi ne rajoute « rien à l’existant. De nombreux textes précisent déjà ce
qu’est le devoir de réserve des fonctionnaires. Ils doivent conserver une forme de modération dans leur expression que ce soit au
travail ou sur les réseaux sociaux. Ils ne
doivent pas non plus insulter le ministre, ou
attaquer l’institution. C’est pareil pour le
guichetier de préfecture vis-à-vis du ministre de l’Intérieur ! », insiste-t-on. La
« relation de confiance » que propose la
loi s’adosse à ce devoir de réserve. Il
s’agirait donc d’un simple « rappel ».
L’agent public pourra-t-il encore déverser ses critiques sur les réseaux sociaux ? « Il a une liberté d’opinion. En revanche, il doit s’exprimer de façon
pondérée et ne pas exprimer de propos
mensongers », explique-t-on au ministère de l’Éducation. ■
Jean-Michel Blanquer, ministre de
l’Éducation nationale. F. BOUCHON/LE FIGARO
La mobilisation lycéenne s’essouffle partout en France
Quelques
« poches
de violences
demeurent
LE MINISTÈRE
DE L’ÉDUCATION
NATIONALE
»
ENTRE soixante et cent lycées ont
été perturbés en France vendredi,
dont une trentaine totalement, selon le ministère de l’Éducation nationale, dans le cadre du mouvement de contestation des lycéens
qui ont rejoint les manifestations
de la CGT et de syndicats d’enseignants. L’ampleur de la mobilisation était en baisse, comme la
veille. Au plus fort du mouvement,
la semaine dernière et jusqu’à lundi, on comptait jusqu’à 450 établissements perturbés (sur 4 000
lycées en France). Est-ce le froid ?
L’approche des vacances de Noël,
l’attentat de Strasbourg, les violences provenant du mouvement
des « gilets jaunes » ? « On
constate une forme d’essoufflement,
sans doute lié aux appels au calme
lancés par les parents et les provi-
seurs. Mais nous restons prudents », dit-on dans l’entourage
du ministre de l’Éducation, JeanMichel Blanquer.
Le mouvement lycéen, né il y a
deux semaines dans le sillage de la
colère protéiforme des « gilets
jaunes », proteste notamment
contre la réforme du bac, qui introduit une part de contrôle continu dans les notes de l’examen,
mais aussi contre la plateforme
d’accès à l’enseignement supérieur Parcoursup et le service national universel (SNU).
Les régions les plus touchées
sont les académies de Versailles,
Créteil, Montpellier et Marseille.
« Quelques poches de violences demeurent », précise-t-on au ministère. Jeudi, par exemple, trois
pompiers ont été agressés devant
un lycée de Rennes alors qu’ils intervenaient pour éteindre des feux
de poubelles devant l’établissement bloqué par les jeunes.
Brefs incidents
Après quelques jours agités, la situation était en revanche calme à
Strasbourg. Des lycéens ont participé à des manifestations organisées à l’appel de la CGT, Solidaires
et la fédération FSU, notamment au
Puy-en-Velay et à Grenoble, ont
indiqué les préfectures locales. Au
Puy, la manifestation d’un demimillier de participants comptait
quelque 150 lycéens, selon la préfecture. Lyon a vu quelques rassemblements devant des établissements et de brefs incidents, ainsi
qu’à Valence, mais sans commune
mesure avec la semaine dernière.
JEAN-LUC MÉLENCHON
DÉPUTÉ DES BOUCHES-DU-RHÔNE / PRÉSIDENT DU GROUPE
« LA FRANCE INSOUMISE » À L’ASSEMBLÉE NATIONALE
Dimanche 16 décembre • 12H-13H
Benjamin SPORTOUCH • RTL
Alexis BREZET • LE FIGARO Christophe JAKUBYSZYN • TF1/LCI
En Seine-Saint-Denis, le rectorat a signalé 21 lycées perturbés,
soit trois fois moins qu’en début de
semaine. Il y a eu quelques feux de
poubelles mais pas de voiture brûlée ou renversée. Les lycéens affichant des banderoles comme
« Sélection, piège à cons ».
« ParcourSup, c’est vraiment
galère. On a beaucoup d’amis qui
sont déscolarisés cette année parce
qu’ils n’ont pas eu ce qu’ils voulaient
après le bac », a expliqué à l’AFP
Elya Rebet, 17 ans, en première année de droit à Lyon-III.
À Paris, des dizaines de lycéens
se mettaient en scène, s’agenouillant mains sur la tête, en écho
aux interpellations de Mantes-laJolie la semaine dernière, avec une
pancarte : « Alors les CRS, ça
gaze ? » ■
M.-E. P.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018
SCIENCES
15
Un accord très délicat débattu à la COP24
À Katowice, les pays
bataillaient vendredi
sur un projet de
texte de 144 pages
pour fixer les règles
de l’accord de Paris.
CLIMAT À Katowice (Pologne), après
deux semaines de négociations lors de la
24e réunion des pays (COP24) de la Convention-cadre des Nations unies sur les
changements climatiques, qui devait
s’achever vendredi soir, plusieurs observateurs attendaient que les discussions se poursuivent tout le week-end.
De rares optimistes espéraient encore
une conclusion dans la nuit de vendredi
à samedi.
Mais les discussions risquent de s’éterniser. Un signe ? La validité des badges
d’accès des participants a été prolongée
jusqu’à dimanche. Surtout, la présidence
polonaise de la COP24 devait encore proposer vendredi soir, après 19 heures,
« une nouvelle version du texte de 144 pages qui comporte encore 185 options »,
précisent des observateurs au Figaro. Ce
document est fondamental. Il vise à fixer
les règles pour « mettre en musique l’accord de Paris sur le climat », avait indiqué
Michal Kurtyka, le président de la COP24
dans nos colonnes.
Cette réunion internationale est la plus
importante depuis 2015. À l’époque, lors
de la COP21 présidée par Laurent Fabius,
les pays s’étaient engagés, à l’unanimité,
à limiter le réchauffement de la planète
au-dessous de 2 °C par rapport à l’ère
préindustrielle et à viser, si possible,
1,5 °C. Au rythme actuel, la hausse du
thermomètre attendue à la fin du siècle
se situe plutôt entre 3 °C et 4 °C. Mais la
formulation de l’objectif le plus ambitieux a été affadie pour obtenir le con-
Le président de la COP24, Michal Kurtyka (à gauche), et le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, en pleine discussion, mercredi à Katowice.
sensus le plus large possible. Quatre pays
(États-Unis, Arabie saoudite, Russie et
Koweït) refusaient d’inscrire un « accueil favorable » aux conclusions du rapport spécial du Giec (Groupe d’experts
intergouvernemental sur l’évolution du
climat) pour limiter le réchauffement à
1,5 °C.
Mais « un point a été inscrit dans le projet de décision qui fera plaisir aux experts
du Giec, la réduction des émissions de gaz
à effet de serre en 2030, quantifiée explicitement entre 25 et 30 milliards de tonnes de
CO2 à partir de 2030, tel que prévu dans le
rapport spécial du Giec de 1,5 °C », précise
Lola Vallejo, directrice du programme
climat de l’Iddri (Institut de développement durable et des relations internationales). Or le dernier texte discuté
contient plus de 60 références au Giec,
pour « fonder les objectifs des pays sur des
bases scientifiques », précise un expert
d’une ONG.
En outre, « plusieurs points font encore
polémique : avec quelle force le texte va
appeler à un relèvement de l’ambition des
pays, le mécanisme pour la mise en place
d’un marché carbone international et les
“pertes et dommages” réclamés par les
pays les plus vulnérables », ajoute Lola
Vallejo. Afin d’inciter les pays à relever
avant 2020 leurs objectifs nationaux de
réduction d’émissions de gaz à effet de
serre et à fixer un objectif pour 2050, Antonio Guterres, le secrétaire général des
Nations unies est revenu trois fois en Pologne. Il a invité les pays à se retrouver
sur cette question à New York fin 2019.
STR/AP
De plus, une « coalition de la haute ambition » (qui réunit les pays les plus vulnérables, l’Union européenne, le Canada et
la Chine) espère des engagements massifs
et rapides. Enfin, les États-Unis feront,
comme par le passé, obstruction sur les
« pertes et dommages », car ils risqueraient d’indemniser des pays submergés
par la hausse du niveau des mers. ■ M. C.
MARC CHERKI £@mcherki
ENVOYÉ SPÉCIAL À BOULOGNE-SUR-MER
MÊME SI les espoirs des hydroliennes
françaises sont douchés à cause des difficultés de Naval Group (ex-DCNS) dont la
filiale pour les énormes turbines sous les
mers a été mise en liquidation judiciaire,
un nouveau projet de la jeune pousse
française Eel Energy progresse rapidement. À Boulogne-sur-Mer, dans le bassin d’essai de l’Ifremer, son étonnante
machine se présente sous la forme d’un
petit tapis flexible qui ondule au fil de
l’eau. Elle sert même à alimenter une petite pompe à eau, preuve qu’elle produit
de l’électricité. Un premier prototype,
inspiré du mouvement d’une anguille (eel
en anglais) dans l’eau, avait déjà été
conçu pour les mers. Mais ce dernier est
coûteux, « du fait de ses six générateurs
d’énergie placés sur la membrane, qui doivent être étanches », explique Franck Sylvain, le patron de la société. Ce n’est pas
“
Dès que le courant atteint
0,4 m/s, notre hydrolienne
« bio » produit de l’énergie.
Tandis que les pales
des grosses hydroliennes
tournent à partir
d’un courant de 2 m/s
JEAN-BAPTISTE DREVET
”
le cas du prototype de rivière, car le générateur d’énergie est placé hors de l’eau.
Un axe vertical qui monte et descend, au
gré des mouvements verticaux du tapis
flexible, actionne le mécanisme.
L’idée est donc venue aux concepteurs
du premier engin, dont le modèle marin
de 2,5 mètres de côté a été certifié par le
bureau Veritas, d’en élaborer un autre
plus adapté aux fleuves et aux larges rivières. « Dès que le courant atteint 0,4 m/s,
notre hydrolienne “bio” produit de l’énergie. Tandis que les pales des grosses hydroliennes tournent à partir d’un courant
de 2 m/s », détaille Jean-Baptiste Drevet,
le concepteur de cette technologie. La
dernière machine « verte » de la jeune
pousse française a fait l’objet d’un dépôt
de brevet en octobre. Elle est dite « ver-
te » car la membrane sera produite à partir de matériaux recyclables, une résine
acrylique fournie par le chimiste Arkema, en pointe sur les composés issus de
matériaux recyclés ou de ligno-cellulose.
Cette caractéristique crée un atout commercial de poids au projet.
Ce prototype est de petite dimension
(0,80 m de large sur 1,2 m de long), par
rapport à la future version commerciale
(5 m de large sur 7 de long), qui devrait
avoir une puissance maximale de 30 kW.
« La première pour la mer ressemblait à
une anguille, celle-là à une pibale (une anguille juvénile NDLR) », plaisante son
concepteur. La société a été repérée lors
d’un salon sur le biomimétisme (les équipements inspirés de la nature) par le
3DExperienceLab, de Dassault Systèmes*,
qui l’a pris sous son aile comme une quinzaine d’autres pousses européennes. De
ce fait, la société bénéficie gratuitement
de logiciels de conception et de simulations en 3D. Ainsi, les nouveaux matériaux utilisés pour la membrane, dont le
squelette est rigidifié avec de la fibre de
verre, ont pu être testés sur ordinateur.
Mieux encore, la superposition des
couches de résine a pu être optimisée,
afin que la membrane présente les meilleures caractéristiques de faible masse et
de grande résistance mécanique. « Ce qui
nous procure un avantage compétitif, au
cas où d’éventuels concurrents voudraient
copier le concept », explique Astrid Déporte, qui a été embauchée dans l’entreprise après y avoir passé son doctorat en
modélisant l’engin. Par ailleurs, Hutchinson, une filiale de Total spécialisée
dans les caoutchoucs, élabore avec la
PME un revêtement de surface d’antifouling, pour éviter que des mollusques ou
des plantes adhèrent à la membrane et
réduisent ses performances.
Il reste à démontrer le potentiel commercial de ces avancées. L’entreprise a
déjà investi, sur ses fonds propres, 4 millions d’euros. Le prototype marin qui devait avoir 1 MW de puissance n’a pas été
fabriqué. Les fondateurs d’Eel Energy ont
bon espoir de signer leurs premiers contrats autour de 2020, après des marques
d’intérêt pour ses technologies manifestées par le Chili, le Japon et plusieurs pays
d’Afrique. ■
* Filiale du Groupe Dassault, également
propriétaire du « Figaro ».
A
Une hydrolienne à placer
dans les fleuves et rivières
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018 LE FIGARO
16
SPORT
Jean-Éric Vergne :
« La Formule E,
c’est la guerre
à chaque instant »
Le Français entame la défense de son titre
mondial, ce samedi en Arabie saoudite,
au sein de l’équipe officielle DS-Techeetah.
quand il est derrière le volant. Ce ne sont
pas les ingénieurs et un constructeur avec
des moyens énormes qui décident du sort
du championnat. La saison passée, nous
avions le plus petit budget du plateau et on
SPORT AUTOMOBILE L’ancien pilote de F1
a gagné des courses et le titre. En Formuentame sa cinquième saison en Formule E
le 1, ce serait clairement impossible. Bon,
(E comme électrique), la discipline en vone rêvons pas, dans les années à venir, ce
gue du sport auto, selon lui. Confidences…
sera de plus en plus difficile
de créer cet exploit avec l’arLE FIGARO. - Quel souvenir
rivée en force des marques
gardez-vous de votre sacre
dans la discipline.
obtenu le même jour
que celui des Bleus
Riyad (Arabie S.)
L’arrivée en nombre
à la Coupe du monde ?
15 décembre.
Jean-Éric VERGNE. - Beaudes constructeurs coïncide
Marrakech (Maroc)
coup de personnes ont suivi
avec de grandes nouveautés
12 janvier 2019.
le titre mondial à New York,
sur la monoplace…
Santiago du Chili
mais ma malchance, c’est efLa discipline n’a que cinq ans,
(Chili)
fectivement qu’il est tombé
mais elle évolue très vite.
26 janvier.
le jour où la France a gagné la
Grâce à une capacité doublée
Mexico (Mexique)
Coupe du monde. C’est imdes batteries nous n’aurons
16 février.
possible de lutter contre le
plus besoin que d’une voiture
Hongkong (Chine)
football (rires) et du coup,
pour couvrir un E-Prix (jus10 mars.
c’est vrai que ma victoire est
que-là, les pilotes changeaient
Sanya (Chine)
passée un peu aux oubliettes
de monoplace en course). On
23 mars.
en France. Heureusement
pourra utiliser 25 % de puisRome (Italie)
que les Bleus ont gagné, la
sance moteur supplémentai13 avril.
pastille a été moins dure à
re, ce qui nous permettra
Paris
avaler, car on parle quand
d’atteindre les 280 km/h en
27 avril.
même de la plus belle ligne
bout de ligne droite sur cerMonaco
de mon palmarès.
tains tracés.
11 mai.
Berlin (Allemagne)
Pour cette nouvelle saison,
Cette puissance
25 mai.
vous intégrez une équipe
supplémentaire ne va-t-elle
Berne (Suisse)
d’usine, DS Automobilepas compliquer la tâche
22 juin.
Techeetah, qu’est-ce
des pilotes sur des tracés
New York (E.-U.)
que cela change pour vous ?
en ville ?
13 et 14 juillet.
On dispose de plus de resJustement, c’est encore plus
sources pour la recherche et le développeexcitant ! Ces voitures sont extrêmement
ment, mais aussi plus de personnels. Cette
compliquées à piloter. Elles sont encore
année, on ne sera plus considéré comme la
lourdes, n’ont pas de grip aérodynamique
petite équipe privée, mais comme un
et le système de freinage est difficile à
constructeur. C’est aussi ce qui était sympa
maîtriser. Quand vous partez sur un tour
avec Techeetah, l’an dernier, car en Forde qualification dans les rues de Paris ou
mule E, c’est un peu au pilote de tout faire
de Hongkong avec des routes bosselées,
PROPOS RECUEILLIS PAR
GILLES FESTOR gfestor@lefigaro.fr
LES 12
E-PRIX
« Le futur, c’est l’hydrogène. Je crois énormément dans cette technologie qui existe déjà pour les voitures de série »,
déclare Jean-Éric Vergne (ici le 14 juillet 2018 à New York, lors de la conquête du titre mondial). GREGORY LENORMAND/DPPI
étroites et le risque de partir dans le décor
à la moindre erreur, les sensations sont
bien là. Surtout que les différences de performances entre les équipes sont encore
assez faibles. Donc, on est tout le temps
obligé d’être au maximum.
Qu’est ce qui fait le sel du pilotage ?
La baston dans le trafic c’est ce qu’il y a de
mieux ! C’est la guerre à chaque instant. Je
me souviens que Pierre Gasly, qui avait
fait juste la course à New York l’an dernier, avait halluciné. L’avantage que nous
avons sur la Formule 1 sur le plan du grip
aérodynamique, c’est qu’il est possible de
suivre un adversaire de très près sans
avoir de perte d’adhérence. Cela offre
beaucoup de spectacle.
Peut-on considérer la Formule E
comme la discipline de demain ?
Pourquoi demain ? C’est la discipline du
présent ! Regardez la Formule 1, combien
avez-vous de constructeurs engagés ? Il y
en a quatre, voire cinq, si on inclut Honda
en tant que motoriste. Ils sont onze en
Formule E. Porsche a quitté l’Endurance
pour nous rejoindre la saison prochaine,
À l’affiche dans un long-métrage
produit par DiCaprio
Star au volant sur les E-Prix,
Jean-Éric Vergne aura aussi sa petite
heure de gloire sous les projecteurs
lors du prochain Festival de Cannes.
Le Francilien sera l’un des personnages
principaux d’un documentaire sur
la Formule E présenté à l’occasion
de la 72e édition, produit par Leonardo
DiCaprio et réalisé par Fisher Stevens.
« Ils ont interviewé tous les pilotes
au début de la saison passée et ont
retenu mon coéquipier et moi. Ils ont
apprécié notre franc-parler, et, par
chance, c’était la saison du titre »,
explique le pilote. « Jev » n’a pas eu
à forcer le trait tout au long de cette
nouvelle expérience. « Si je pète
un plomb à l’écran, c’est que c’est
vraiment moi. Je n’ai jamais joué les
acteurs. C’était un peu mon problème
en Formule 1, d’ailleurs. On me disait
ce qu’il fallait faire, ce qu’il fallait dire,
comment être coiffé ou habillé,
ça m’agaçait », sourit le champion
du monde qui a rencontré plusieurs
fois DiCaprio, « un garçon très sympa
et très impliqué dans la cause
environnementale ». Une thématique
aujourd’hui chère au Français.
« Je vais être honnête avec vous, j’ai
longtemps trouvé que l’écologie était
un sujet barbant. Le fait d’être en
Formule E, de chercher à comprendre
ce qui se passe et de contribuer
à trouver des solutions m’a fait
m’investir sur le sujet », assure
l’ancien pilote d’essai de la Scuderia
Ferrari.
G. F.
Si le début de saison du club varois a été poussif, les améliorations constatées ces dernières semaines
ont nourri l’espoir. Les annonces fortes de Mourad Boudjellal ont achevé de rebooster le moral du RCT.
A
RUGBY Mourad Boudjellal est sûr de lui.
Certain que son RCT va retrouver sans
tarder les sommets délaissés depuis trois
saisons. La preuve ? Cette « promotion »
à l’adresse des supporteurs. Ceux qui
prennent un abonnement de quatre ans
pour le stade Mayol se verront offrir une
cinquième année si le club varois n’a pas
décroché de titre sur la période. Un joli
coup de com comme les aime le malicieux patron. Mais pas un coup de poker,
tant le plan de relance présenté en grande pompe jeudi soir recèle d’atouts.
Premier d’entre eux, l’argent. En s’associant en juin dernier avec Bernard Lemaître, richissime mécène ayant fait
fortune dans le matériel médical, Mourad Boudjellal a réussi un joli coup. L’ancien entrepreneur, aujourd’hui âgé de 80
ans, va participer grandement à la recapitalisation de la SASP à hauteur de
10 millions d’euros. Des fonds pour mener à bien le double projet : un recrutement haut de gamme et une formation
maison d’excellence.
Le premier volet est bien lancé. Vont
arriver, entre autres, au RC Toulon Eben
Etzebeth, deuxième-ligne et capitaine
des Springboks (27 ans, 76 sélections), le
demi de mêlée remplaçant des All Blacks
Nehe Milner-Skudder (27 ans, 13 sélections) ou encore le demi de mêlée international de Bordeaux, Baptiste Serin. Le
premier nommé est assurément une
énorme prise. « C’est le successeur de
4E JOURNÉE CHAMPIONS CUP
samedi
14h
16h15
18h30
dimanche
P. 4 LEICESTER (3)
14h
P. 5 MONTPELLIER (3) 16h15 Fr.2
P. 3 GLASGOW (2)
LYON (4)
P. 1 TOULOUSE (1)
P. 2 CASTRES (3)
WASPS (4)
MUNSTER (1)
RACING (1)
TOULON (4)
Tous les matchs en direct sur beIN Sports
Raphaël Lakafia résiste aux placages des Montpelliérains, le 8 décembre, lors de la
victoire de Toulon contre Montpellier en Champions Cup. ALEXANDRE DIMOU/ICON SPORT
Bakkies Botha chez les Springboks, il en
sera de même au RCT », résume, logiquement, Mourad Boudjellal. Le futur a
également été consolidé par le prolongement des contrats des jeunes pépites
(Belleau, Carbonel…) mais aussi des talents les plus convoités (l’Argentin Facundo Isa…).
Le second volet débutera fin mai avec
les premiers coups de pioche pour, en
juillet 2020, disposer d’un centre d’entraînement et de formation enfin digne
du haut niveau.
L’avenir est donc assuré. Reste, en attendant les fruits de ces investissements,
à retrouver du lustre après un début de
saison poussif (10e du Top 14 avec seulement quatre victoires en 11 journées).
Toulon a longtemps fait le dos rond, le
temps que Patrice Collazo imprime sa
marque, débloque la machine. Mais le
léger mieux entrevu ces dernières semaines nourrit de nouveau l’ambition.
Dont celle, dès ce dimanche, de s’imposer à Montpellier pour se relancer totalement dans la course aux quarts de finale
À 28 ans, avez-vous définitivement
abandonné tout espoir de revenir en F1 ?
(Catégorique) Pas question que je revienne.
Évidemment, la Formule 1 reste un rêve
pour n’importe quel pilote. J’ai fait trois
saisons (entre 2012 et 2014), avec des hauts
et des bas et je me suis brûlé les ailes. Retourner là-bas afin de satisfaire mon ego,
comme certains pilotes, et y faire de la figuration tout en espérant réaliser un exploit, ça ne m’intéresse pas. Ce challenge
ne vaudrait le coup que si j’ai la chance de
me battre pour des podiums et me battre
pour la victoire dans le championnat.
Le sport auto doit se réinventer
avec le défi des énergies dites « vertes »,
comment voyez-vous la carte de ce sport
dans une vingtaine années ?
Le futur, c’est l’hydrogène. Je crois énormément dans cette technologie qui existe
déjà pour les voitures de série, mais elle
n’est pas encore assez développée. Pourquoi ne pas imaginer des voitures hybrides hydrogène-électrique avec des monoplaces qui seront plus légères
qu’aujourd’hui ? Les constructeurs seront
obligés d’aller dans cette direction-là. Le
sport auto doit rester une vitrine pour les
voitures de monsieur Tout-le-Monde… ■
EN BREF
Toulon : après le dos rond, les ambitions
DAVID REYRAT £@DavidReyrat
comme Mercedes a lâché le DTM pour
venir aussi, Jaguar revient en sports auto
après dix ans d’inactivité, BMW est là
aussi, comme DS. C’est aujourd’hui le
seul championnat au monde où aucun
des pilotes n’est obligé de payer avec ses
sponsors pour rouler. Regardez la F1, la
moitié des pilotes ramène des millions
grâce à leur famille, leur pays pour terminer 15e d’un Grand Prix…
de la Champions Cup. Un rendez-vous
que le nouveau manager n’entend pas
galvauder.
«C’est très bien de parler du futur, car
un projet, ça se construit. Mais le plus important, c’est ce qui se passe maintenant.
La priorité reste la saison actuelle. L’objectif du moment, c’est ce match. Puis, à
partir de janvier, un nouveau championnat commence avec la phase retour, balance, appuyé d’un sourire entendu, Patrice Collazo. Il ne faut pas oublier
l’essentiel. » Des objectifs à court terme
que valident Mourad Boudjellal. « Nous
ne sommes pas morts. Toulon a toujours
de l’ambition cette saison. On espère encore accrocher le bon wagon. »
Pour cela, il faut s’imposer dimanche à
Montpellier pour confirmer la victoire,
bonifiée, de la semaine passée à Toulon
(38-28). « Le match aller a servi à enclencher une dynamique, assure le jeune demi
d’ouverture, Louis Carbonel. Nous devons garder en tête cette idée de s’inscrire
dans une spirale positive. Et ainsi aborder
le Top 14 d’une nouvelle manière. » Tout
le monde est prévenu. Toulon est déterminé à ne plus rien lâcher. ■
JO : Marie-Amélie Le Fur
élue présidente du comité
paralympique
Marie-Amélie Le Fur (30 ans)
a été élue présidente du Comité
paralympique et sportif
français, ce vendredi. La triple
championne paralympique
aux Jeux de Londres (2012)
et de Rio (2016) succède
à Emmanuelle Assmann,
présidente depuis 2013.
Biathlon : Martin Fourcade
rebondit
Une semaine après être passé
au travers à Pokljuka, Martin
Fourcade s’est ressaisi
à Hochfilzen. Le Français a pris
la 2e place du sprint, sans avoir
commis une seule erreur au tir.
Il n’a été devancé que par
le Norvégien Johannes Boe,
le leader de la Coupe du monde.
Football : quatre matchs
de Ligue 1 maintenus
Suite au mouvement
des « gilets jaunes » six matchs
de la 18e journée de L1 ont été
reportés, quatre matchs étant
maintenus (un organisé
ce samedi et trois autres
dimanche). La semaine
dernière, six matchs avaient
déjà été reportés.
18E JOURNÉE LIGUE 1
samedi
20 h
dimanche
15h
NICE 17h C+
LYON 21h C+
REIMS
STRASBOURG
NÎMES
LILLE
ST-ÉTIENNE
MONACO
Les quatre matchs en direct sur beIN Sports
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018
LE CARNET DU JOUR
Le service reçoit
les annonces
tous les dimanches
et jours fériés de
9 heures à 13 heures
(excepté les 1er janvier,
1er mai, 15 août, 1er novembre
25 décembre)
par téléphone
Le marquis et la marquise
de LA COSTE-MESSELIÈRE
ont la joie d'annoncer
la naissance de leur petite-fille
Domitille
le 29 octobre 2018, chez
le comte et la comtesse
Marc de CATHELINEAU
01 56 52 27 27
par télécopie
01 56 52 20 90
par courriel
carnetdujour@media.figaro.fr
Tarif de la ligne TTC :
Du lundi au jeudi
25 € jusqu'à 25 lignes
23 € à partir de 26 lignes
Vendredi ou samedi
28 € jusqu'à 25 lignes
26 € à partir de 26 lignes
M. Timothée LE NAIL
et Mme, née
Héloïse Donon-Maigret,
partagent
avec Victoire et Charles, la joie
d'annoncer la naissance de
Louise
le 5 décembre 2018, à Paris.
Réduction à nos abonnés : nous consulter
Reprise des annonces sur :
www.carnetdujour.lefigaro.fr
www.dansnoscoeurs.fr
Mme Jean-Pierre THIOLON
en union avec
M. Jean-Pierre Thiolon (†)
a la grande joie d'annoncer
la naissance de sa petite-fille
Rosemarie
fiançailles
Le comte et la comtesse
Benoît de LA BRETESCHE
M. et Mme
Dominique de SORAS
ont la joie de faire part
des fiançailles de leurs enfants
Blandine et Côme
le 7 décembre 2018,
sœur de Joséphine, Gustave
et Séraphin, chez
Jean-Baptiste et Charlotte
THIOLON
signatures
La librairie Le Parchemin
vous invite
à une rencontre avec
M. David de SCHRYNMAKERS
de DORMAEL
et Mme, née
Stéphanie Bauchau,
M. MERIGOT de TREIGNY
et Mme, née Martine du Lac,
sont heureux de faire part
des fiançailles de leurs enfants
Margaux et Pierre
naissances
Vladimir FEDOROVSKI
pour son livre,
Le roman vrai
de la manipulation
ce samedi 15 décembre 2018
de 11 heures à 13 heures,
176, rue de Grenelle, Paris (7e).
M. Arnaud BOLLAËRT
ont la joie d'annoncer
la naissance de leur petit-fils
Lazare
le 11 septembre 2018, chez
Félix et Juliette BOLLAËRT
communications
Autour du Piano
présente la 18 saison des
concerts « Jacquemart-André
en musique...
dans l'intimité des Salons ».
Découvrez ces 11 soirées
d'exception, cocktail, visite
et concert en février.
Le vendredi 8 février 2019,
à 19 heures,
Philippe Entremont
piano,
Beethoven, Chopin.
Le samedi 9 février 2019,
à 19 heures,
M. Wallerand BOULNOIS
et Mme, née
Maria Ibañez Lana,
sont heureux de faire part
de la naissance de
Casilda
le 10 décembre 2018,
à Uccle (Belgique).
François-Joël Thiollier
piano,
Debussy, Tchaïkovski...
Le dimanche 10 février 2019,
à 19 heures,
Françoise Buffet
piano,
Nicolas Arsenijevic
saxophone,
Piazzola, Villa-Lobos.
Réservations : 01 43 71 60 71,
www.autourdupiano.com
M. Charles COUTARD
et Mme, née Catherine Ruget,
ont la grande joie
d'annoncer la naissance
de leurs petits-enfants
Ange
le 16 avril 2018, à Lyon, fils de
Arthur COUTARD
et Virginie DELPUECH
Elisabeth
le 12 juin 2018, à Paris, fille de
Victoria et Jordi ECHE
Le comte et la comtesse
ESTEVE
ont la grande joie
d'annoncer la naissance de
leurs 13e et 14e petits-enfants
Oscar
le 27 mai 2018, à Paris, chez
Urban et Laëtitia STIRNBERG
Maximilien
le 6 décembre 2018,
à Genève, chez
© shutterstock
François et Véronique
von ENGELBRECHTEN
vous propose des :
Cours de théologie
ouverts au public
enseignement universitaire
diplômant par des experts
dans les disciplines phares
de la théologie :
Bible, histoire, liturgie,
spiritualité, catéchèse,
œcuménisme...
En journée, en soirée,
à distance.
Inscriptions pour janvier 2019 :
www.icp.fr/cours-publictheologie
Tarifs et renseignements :
téléphone : 01 44 39 60 00
contact.theologicum@icp.fr
commémoration
Commémoration de la
déportation des Juifs de France
par l'association
Les Fils et Filles
des Déportés Juifs de France
et le Mémorial de la Shoah,
avec le soutien de la Fondation
pour la Mémoire de la Shoah.
Une cérémonie rappellera la
mémoire des 850 déportés du
convoi n° 63
partis, il y a 75 ans,
du camp de Drancy
pour le camp d'extermination
d'Auschwitz-Birkenau,
le lundi 17 décembre 2018,
à 12 heures,
au Mémorial de la Shoah,
17, rue Geoffroy-l'Asnier,
Paris (4e).
Les noms des déportés
du convoi n° 63
seront lus à cette occasion.
Renseignements :
téléphone : 01 53 01 17 18,
courriel :
lieux@memorialdelashoah.org
deuils
Bernadette et Daniel Gratecap,
Elisabeth et Gérard Kitten,
Nicole et Jacques Lambert,
Rémi Auguste (†),
Bruno et Patricia Auguste,
Claire et Jean-Denis Camard,
Benoît Auguste,
ses enfants,
Xavier, Eric, Véronique
Xavier, Christine,
Jean-François et Nathalie,
Stéphanie et Sylvère,
Julien, Patrick et Laurence,
Rémi et Céline,
Nicolas et Chloé, Arnaud,
Vincent (†),
Bénédicte et Arnaud,
Mathieu et Edith,
François et Florence,
Sophie et Stéphane, Etienne,
Olivier et Caroline,
Christophe, Isabelle et Nicolas,
Anne-Cécile et Alexandre,
Thomas et Mariana,
ses petits-enfants,
à l'âge de 97 ans.
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de leur mère,
Odette BOUCHER
née de Montagu,
Corentin,
Mathurin et Capucine,
Benjamin, Emeline, Marie,
Marius, Valentine et Hugo,
Charlotte et Célestine,
Thomas et Clément,
Alexandre et Alice,
Gabrielle,
Baptiste, Timothée,
Valentin et Zélie, Léo et Adam,
ses arrière-petits-enfants,
Julie et Alexis, Anaëlle,
M. et Mme François Géraud,
son beau-frère et sa belle-sœur,
ses neveux et nièces
Un concert de Noël
pour trompes de chasse
et orchestre
sera donné le dimanche
16 décembre 2018, à 16 h 30,
en la cathédrale Saint-Louis
des Invalides, Paris (7e),
avec le Rallye Atlantique
sous la direction
de Nicolas Dromer
et la Musique des Troupes
de Marine.
Œuvres de Mouret, Boieldieu
et du répertoire traditionnel
pour grand ensemble
de trompes.
Avec le soutien
du musée de l'Armée,
de la Fondation
pour le rayonnement
de la trompe musicale et de la
Fondation François Sommer.
Billetterie sur place
ou réservation sur le site :
www.musee-armee.fr
Grande conférencière
de 1971 à 2005,
lienciée en art et archéologie,
diplômée de l'École du Louvre.
Avec ses cycles de conférences
« Antiquité vivante »
présentée avec diapositives,
elle débuta au
Palais de Chaillot en 1971
puis pendant plus de trente ans
a donné des conférences, pour :
Paris et son histoire,
Connaissance du Monde,
Clio les Amis de l'histoire,
les forums du Club Med,
les clubs Alliance française
en Europe,
plusieurs clubs d'archéologies
en France,
le Tourisme français,
les mairies de
Boulogne-sur-Seine,
Neuilly-sur-Seine,
Paris VIe,
le Club 44 en Suisse
(sur internet ses archives
audio).
Elle a aussi accompagné
ses auditeurs dans des voyages
en Europe, Afrique
et Moyen-Orient.
Elle a été inhumée
le 12 décembre 2018,
au cimetière de Couches
en Bourgogne.
Les Montagu ont été
propriétaires du château
de Couches jusqu'en 1946.
ainsi que toute la famille
vous font part
du rappel à Dieu de
Mme Bernard AUGUSTE
née Geneviève Mellot,
le 10 décembre 2018,
dans sa 99e année.
Nicolas et Laurence Chaudun,
son fils et sa belle-fille,
Stanislas, Mahaut et Isaure,
ses petits-enfants,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 17 décembre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Michel-de-Gargan,
à Livry-Gargan
(Seine-Saint-Denis).
ont la douleur
de faire part du décès de
Nicole CHAUDUN
née Philippet,
Ni fleurs ni couronnes.
survenu le 11 décembre 2018.
Vierzon (Cher).
e
et Mme, née
Bénédicte Wemaëre,
Theologicum
la faculté de théologie
et de sciences religieuses
de l'Institut Catholique
de Paris
17
Dans l'espérance
de la Résurrection,
Anne Bartin,
son épouse,
Chantal Bartin,
Bénédicte et Gilles
Bissonnier,
Vincent Bartin,
Elisabeth Bartin,
Véronique Bartin
et Jean-Pierre Tiffon,
ses enfants,
Perrine, Claire,
Baptiste et Pauline,
Grégoire, Martin, Ombeline,
Constance et Nicolas,
Eléonore, Pierre, Pia,
Anaïs, Clara,
ses petits-enfants,
et ses 5 arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Jean BARTIN
endormi dans
la Paix du Seigneur,
à l'âge de 95 ans.
La messe d'à Dieu sera célébrée
le lundi 17 décembre, à 14 h 30,
en l'église Notre-Dame
de Vierzon.
Henry
le Beschu de Champsavin,
son époux,
Alexis et Marie Amélie,
Xavier et Marie,
Edouard et Isabelle,
Barthélémy et Pauline,
ses fils et belles-filles,
Camille et Madeleine,
Louise, Félicité et Anatole,
Augustin, Aliénor et Victoire,
Colette et Joséphine,
ses petits-enfants,
ainsi que toute la famille
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès de
Véronique
le BESCHU de CHAMPSAVIN
née Williamson,
le 12 décembre 2018.
La cérémonie religieuse
aura lieu en la cathédrale
Saint-Pierre-et-Saint-Paul de
Nantes, le mardi 18 décembre,
à 14 h 30, suivie de l'inhumation
au cimetière de Miséricorde.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de Beaufay (Sarthe),
dans l'intimité familiale,
le lundi 17 décembre, à 10 h 30.
Laure et Dominique Lompré,
Wanda et François de la Batut,
Grégoire et Elisabeth
Boissonnet,
ses enfants,
ses treize petits-enfants,
ses quatorze
arrière-petits-enfants
6 bis, rue Campagne-Première,
75014 Paris.
Jacques Collardey,
son époux,
Pierre-Yves Collardey
et Evelyne Leheutre,
ses enfants,
Héloïse, Eric, Elodie, Domitille,
Donatienne,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants
Robert BOISSONNET
le 10 décembre 2018.
Yolande
son épouse, rappelée
dans la Paix du Seigneur,
le 20 octobre 2018.
ont la douleur
de faire part du décès de
L'inhumation a eu lieu
le vendredi 14 décembre,
à Ollioules (Var).
Cinette COLLARDEY
née Legoff,
survenu le 27 novembre 2018,
à l'âge de 94 ans, à Antony.
La cérémonie religieuse
a été célébrée en l'église
Saint-Rémi, à Maisons-Alfort,
dans l'intimité familiale.
Daniel Burnand,
son époux,
Hervé et Caroline Lesieur,
Eric et Valérie Burnand,
France Burnand-Journel,
ses enfants,
ses neuf petits-enfants
et deux arrière-petites-filles
Marly-le-Roi (Yvelines).
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
François Decoster,
Marianne et Petri
Decoster Taivalkoski,
Pierre-Charles et Laurence
Decoster,
ses enfants,
Catherine BURNAND
née Laurain,
Raphaëlle, Andres, Jehan, Elsa,
Maria Cristina,
ses petits-enfants,
et toute la famille
survenu le 14 décembre 2018,
à l'âge de 84 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée le mercredi
19 décembre, à 11 heures,
en l'église Saint-Pierre,
90, avenue du Roule,
à Neuilly-sur-Seine,
suivie de l'inhumation,
au cimetière de Tourgéville
(Calvados), dans
la stricte intimité familiale.
ont la tristesse
de faire part du décès de
Béatrice DECOSTER MALLET
survenu le 9 décembre 2018,
à l'âge de 81 ans.
Ni fleurs ni couronnes, des
dons sont possibles à Artic
association-artic.org
pour la lutte contre le cancer.
Cet avis tient lieu de faire-part.
100, boulevard Victor-Hugo,
92200 Neuilly-sur-Seine.
burnand.daniel@gmail.com
Anne et Dominique
de Margerie,
Laurence
du Crest de Villeneuve,
Yves du Crest de Villeneuve (†),
ses enfants,
Isabelle et Benoît
de Chateauvieux,
Maxime et Guillemette
de Margerie,
Pauline et Jean-Christophe
Bodin,
Jean et Clémence
de Margerie,
Raphaël Pannier,
Emmanuel et Tomoko Pannier,
ses petits-enfants,
Malo, Alix, Camille, Violette,
Valentine, Antonin, Chloé,
Clémentine, Eloïse, Bianca,
Naé, Joa, Taé, Kazuki,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part du décès du
Guy et Dominique
Durand-Viel,
Yves et Béatrice Durand-Viel,
Colette et Hubert d'Aligny,
ses enfants,
ses petits-enfants
et ses 27 arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Mme Jean-Pierre
DURAND-VIEL
née Simone Vieux-Rochas,
« Moune »,
le 27 octobre 2018,
dans sa 97e année.
La cérémonie religieuse
a eu lieu le 2 novembre,
à Saint-Jean-de-Luz.
Une messe sera célébrée
le vendredi 21 décembre,
à 18 h 45, en l'église
Saint-Sulpice, Paris (6e),
à son intention
et à celle des défunts
de la famille Durand-Viel.
comte Xavier
du CREST de VILLENEUVE
commandeur
de la Légion d'honneur,
médaille militaire,
croix de guerre 1939-1945,
croix de guerre des TOE,
survenu le 13 décembre 2018,
dans sa 95e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mardi 18 décembre, à 14 h 30,
en l'église Saint-Pierre
de Vendeuvre-sur-Barse (Aube).
Ni fleurs ni couronnes.
Viviane Derive,
son épouse,
et toute la famille
ont la douleur
de vous faire part du décès,
le 11 décembre 2018, de
Claude DERIVE
ingénieur civil des Mines,
ingénieur EDF.
La messe d'obsèques aura lieu
en l'église Saint-Gilles
de Bourg-la-Reine
(Hauts-de-Seine), à 14 heures,
le lundi 17 décembre.
Mme Mireille Fouquet,
son épouse,
ses enfants,
ses petits-enfants
et toute sa famille
ont la douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
M. Claude FOUQUET
ministre plénipotentiaire,
le 2 décembre 2018,
à l'âge de 83 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 19 décembre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-François-Xavier,
place du Président-Mithouard,
Paris (7e).
Mme Astrid Mery Gramblat,
son épouse,
Mme Laure Abdeni,
née Gramblat, sa fille,
M. Alexis Gramblat,
son fils,
Margot, Maxime, Charlotte,
Céleste et Charles,
ses petits-enfants,
ont la douleur
de faire part du décès de
ont la profonde douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
Il a rejoint
La comtesse
Xavier du Crest de Villeneuve,
son épouse,
Les obsèques auront lieu
au cimetière de la Genêtrière,
route de Saint-Cyr,
à Marly-le-Roi,
le samedi 22 décembre, à 9 h 30,
suivies à 11 heures,
d'un culte d'action de grâces
au temple protestant
du Vésinet,
1, route du Grand-Pont.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Sylvie Desmottes,
son épouse,
Julien et Karen Desmottes,
ses enfants,
Luc GRAMBLAT
survenu le 13 décembre 2018,
à Genève.
Luc, son petit-fils,
ont la profonde tristesse
de vous faire part du décès de
Marc DESMOTTES
survenu le 12 décembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 19 décembre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Wandrille du Pecq.
L'inhumation aura lieu
le jeudi 20 décembre,
à 10 heures, à l'ancien
cimetière de Loix-en-Ré.
M. et Mme Sylvain Goiran,
M. et Mme
Pierre-Olivier Goiran,
M. et Mme
Jean-Michel Goiran
ainsi que leurs enfants
ont la douleur
de faire part du décès du
docteur Paulette DUC-GOIRAN
médecin biologiste,
veuve du
docteur Jean-Pierre Goiran
survenu le 12 décembre 2018,
à l'âge de 82 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
Notre-Dame-d'Auteuil,
à Paris (16e),
ce samedi 15 décembre 2018,
à 10 h 30, suivie de l'inhumation
au cimetière de Montmartre.
Evénements heureux
Vous avez fiancé, marié des enfants, vous avez eu des petits-enfants,
rassemblez ces événements dans notre rubrique
« annonces familiales »
Contactez-nous
Téléphone : 01 56 52 27 27 E-mail : carnetdujour@media.figaro.fr
Nous sommes priés
de vous faire part du décès de
Mme Pierrette HAMONNIÈRE
survenu le 9 décembre 2018,
à l'âge de 103 ans.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 19 décembre,
à 10 h 30, en l'église
Saint-François-de-Sales,
6, rue Brémontier,
à Paris (17e).
Maman aimait beaucoup
les fleurs, mais les dons
pour la recherche sur le cancer
seront les bienvenus.
De la part de
sa fille,
Mme Michèle Chenot,
née Hamonnière,
et de tous ses amis.
Un remerciement
particulier à son médecin
traitant le docteur Adamé
et à son pneumologue
le docteur Rousseau
Brackers de Hugo.
Une pensée pour
son époux Jean Hamonnière
(† 2003),
et son gendre Joseph Chenot
(† 2007).
Mme Michèle Chenot,
94, rue Pierre-Demours,
75017 Paris.
le carnet du jour
suite en page 18
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samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018
18
LE CARNET DU JOUR
Heidi Havard,
son épouse,
Paulette Mélan-Moutet,
son épouse,
Arnaud et Christine Havard,
son frère et sa belle-sœur,
Marine et Gilles Crespel,
Mathias et Sophie
Mélan-Moutet,
ses enfants,
Vincent, Thibaud, Anne,
Delphine, Fabien,
ses neveux,
ont la profonde tristesse
de vous faire part du décès de
Jean-Loup HAVARD
survenu le 6 décembre 2018,
à son domicile,
à la suite d'une longue maladie.
L'inhumation a eu lieu
le samedi 8 décembre,
au cimetière européen
de Marrakech.
M. Nicolas Le Gal,
son mari,
Baptiste et François,
leurs fils,
M. et Mme Bernard Rousseau,
ses parents,
M. et Mme
Jean-François Rousseau,
son frère et sa belle-sœur,
M. et Mme Jean-Yves Roux,
ses beaux-parents,
et toute sa famille
vous font part du décès de
Mme Nicolas LE GAL
née Emmanuelle Rousseau.
La cérémonie religieuse
aura lieu
le mardi 18 décembre 2018,
à 10 h 30, en l'église
Saint-Saturnin, à Antony
(Hauts-de-Seine).
Roger et Françoise Lehmann,
Jean-Claude et Christine
Lehmann,
Monique Garbarg
et Robin Ganellin,
ses enfants,
ses petits-enfants,
ses arrière-petits-enfants,
Odette Spingarn,
sa sœur,
ainsi que toute la famille
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Alice LEHMANN
née Spingarn,
survenu le 12 décembre 2018,
à l'âge de 103 ans.
Les obsèques auront lieu
le lundi 17 décembre,
à 15 heures, au cimetière
du Montparnasse,
à Paris (14e).
Mme Francis Martin-Lavigne,
née Guillemette Roger,
son épouse,
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Denis MÉLAN-MOUTET
survenu à Reims,
le 9 décembre 2018.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le lundi 17 décembre, à 10 h 30,
en l'église de Pignans (Var).
Lassay-sur-Croisne
(Loir-et-Cher).
M. et Mme Henri Motte,
M. et Mme Patrick Motte,
M. et Mme Jean-François
Arrighi de Casanova,
Mme Nathalie Motte,
ses enfants,
ses 12 petits-enfants,
ses 23 arrière-petits-enfants
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Mme Raymond MOTTE
née Marie-Solange
de La Vaissière de Lavergne,
La cérémonie religieuse
sera célébrée
ce samedi 15 décembre 2018,
à 15 heures, en l'église
Saint-Etienne de Romorantin
(Loir-et-Cher),
suivie de l'inhumation
au cimetière
de Lassay-sur-Croisne.
Saint-Cyr,
promotion Laperrine,
chevalier
de la Légion d'honneur,
médaille des Nations unies,
La messe d'obsèques aura lieu
le mardi 18 décembre 2018,
à 11 heures, en l'église
Saint-Florent, à Orange,
suivie de l'inhumation
au cimetière d'Alès (Gard).
Résidence Antony Real,
84100 Orange.
Julie et Lise,
Coralie, Amaury, Alban,
Laetitia, Priscille, Alexis,
ses petits-enfants,
et leurs conjoints,
ses dix-huit
arrière-petits-enfants
ont la douleur de vous
faire part du rappel à Dieu,
munie des sacrements
de l'Église de
Mme Guy SABIN
née Anne Gorsse,
veuve en premières noces de
le 12 décembre 2018,
à Castres (Tarn), dans
sa quatrième-vingt-seizième
année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée en l'église
de Vielmur-sur-Agoût (Tarn),
le mardi 18 décembre,
à 10 h 30, suivie de l'inhumation
à 15 heures, au cimetière
de Senouillac (Tarn).
11, rue de Vaugirard,
75006 Paris.
« La Lauze »,
81570 Vielmur-sur-Agoût.
Ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants
ont la grande tristesse
de vous faire part du décès
dans sa 100e année, de
M. et Mme Philippe Schaison,
M. Patrick Schaison,
Mme Olivia Cochet Schaison,
ses enfants,
Mme Olga RIFFARD
Aurélie, Florian et Maxime,
ses petits-enfants,
née Moïse,
Mme Elisabeth Rigault,
sa compagne,
survenu à Cannes,
le 9 décembre 2018,
auprès de sa fille Elisabeth.
ont la tristesse
de vous faire part du décès du
messes
et anniversaires
Pour le dixième anniversaire
du rappel à Dieu de
René BUCCO-RIBOULAT
professeur
des Hôpitaux de Paris,
chevalier
de la Légion d'honneur,
survenu le 14 décembre 2018,
à l'âge de 87 ans.
Mme Frédéric
Rodrigues Henriques,
M. et Mme
Axel Rodrigues Henriques,
ses enfants,
L'inhumation aura lieu
au cimetière du Montparnasse,
3, boulevard Edgar-Quinet,
Paris (14e),
le mercredi 19 décembre,
à 14 h 30.
Ni fleurs ni couronnes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
auxquels s'associe
la famille Lavenir
Guy RODRIGUES HENRIQUES
Essec 1950,
officier de l'ordre
des Palmes académiques,
pieusement décédé
le 13 décembre 2018,
dans sa 94e année.
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le jeudi 20 décembre 2018,
à 14 h 30, en l'église
Saint-Pierre-du-Gros-Caillou,
92, rue Saint-Dominique,
Paris (7e).
La cérémonie religieuse
sera célébrée
en l'église Saint-Nicolas,
à La Haye-Malherbe (Eure),
le mercredi 19 décembre 2018,
à 14 heures,
suivie de l'inhumation
au cimetière.
L'inhumation aura lieu
au cimetière du Père-Lachaise.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Cet avis tient lieu de faire-part.
Le vicomte et la vicomtesse
Philippe de Vanssay,
le vicomte
Bertrand d e Vanssay,
ses enfants,
Françoise, Evelyne, Marine
et Pol Marie,
ses petits-enfants,
Hyacinthe, Camille,
Philomène, Clémence, Pierre,
ses arrière-petits-enfants,
ont la tristesse
de vous faire part
du rappel à Dieu,
le 12 décembre 2018, de la
vous font part
du rappel à Dieu de
née Christiane de Souancé.
Recevez le FigaRo chaque jouR chez vous
née Parant,
Pour ceux
qui l'ont connue et aimée,
une messe à la mémoire de
le mardi 11 décembre 2018,
à l'âge de 87 ans.
Mme Christian
PREVOST-MARCILHACY
La messe de sépulture
sera célébrée
ce samedi 15 décembre 2018,
à 10 heures,
en l'église de Pruillé-le-Chétif.
née Monique Radius,
décédée le 17 décembre 2016,
sera célébrée
le lundi 17 décembre 2018,
à 18 h 30, dans la chapelle
basse Saint-Etienne de l'église
de la Madeleine, Paris (8e).
Ni fleurs ni plaques,
des prières et des messes.
Cet avis tient lieu de faire-part.
souvenirs
Mme Jacques Verdeil,
ses enfants, petits-enfants
et arrière-petits-enfants
En souvenir de
ont la tristesse
de vous faire part du décès de
Marie-Edith DESCAMPS
née Levieux,
Me Jacques VERDEIL
décédée le 19 décembre 2008,
une messe sera célébrée
le mercredi 19 décembre 2018,
à 19 heures, en l'église
Sainte-Jeanne-de-Chantal,
à Paris (16e).
survenu à Paris,
le 8 décembre 2018.
Ses obsèques ont eu lieu
dans l'intimité familiale.
De la part de
sa famille et ses proches.
remerciements
La Fondation ESSEC
Le 15 décembre 2012,
sous l'égide de
la Fondation de France
Maria Francisca
MOURIER MARTINEZ
exprime
toute sa reconnaissance à
née Martinez y Gonzalez,
chevalier de l'ordre
des Palmes académiques,
M. Christian PECQUEUR
Essec 80,
nous quittait.
décédé le 27 septembre 2016,
Que tous ceux
qui l'ont connue et aimée
aient une pensée pour elle.
qui, grâce à son legs généreux
et selon son intention, permet
la création d'un cours
d'histoire de la comptabilité
au sein
de ESSEC Business School.
Madre del Perpetuo Socorro,
ruega por nosotros.
Notre Dame
du Perpétuel Secours,
priez pour nous.
La comtesse Roger
Verdier de Flaux,
Le 16 décembre 1968,
très touchée des marques
de sympathie que vous lui avez
témoignées lors du d
écès,
le 1er décembre 2018, du
Guislaine
TESTASECCA de LESTRADE
« Guigui »,
nous quittait.
comte Roger
VERDIER de FLAUX
Alain et Sophie
en union avec
Serge, Erick et Laurent
invitent ceux qui l'ont connue
et aimée à se souvenir.
vous prie de trouver ici,
ses sincères remerciements.
Une messe à son intention,
sera célébrée
ce dimanche 16 décembre 2018,
à 11 h 15,
en l'église de Bouillargues.
Le 17 décembre 2017, le
colonel (e.r.) Bernard WEIGEL
messes
était rappelé à Dieu.
Une messe sera célébrée
à Paris (6e), en l'église
Saint-Germain-des-Prés,
le jeudi 20 décembre 2018,
à 19 heures, à l'intention de
Je ne meurs pas,
j'entre dans la Vie.
Sainte Thérèse
de l'Enfant Jésus.
Ta vie était notre joie,
ta morale sera notre force.
Saint Augustin.
M. Yves BOIRET
et de
Mme Yves BOIRET
Bernard ton souvenir lumineux
vivra pour toujours dans
le cœur de ceux qui t'ont aimé.
née Donatienne Dauchez,
rappelés à Dieu respectivement
les 25 mars 2018
et 20 décembre 2017.
Mme Christiane Lot-Weigel,
288, rue Saint-Jacques,
75005 Paris.
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Edmond Simeoni,
père du nationalisme corse
Mme Nicole THORIN
vicomtesse
François de VANSSAY
La cérémonie religieuse
sera célébrée
le mercredi 19 décembre,
à 14 heures, en l'église
de La Mesnière (Orne).
Disparition
une messe sera célébrée
ce dimanche 16 décembre 2018,
à 18 h 30,
en la chapelle Notre-Damedu-Saint-Sacrement,
rue Cortambert, Paris (16e).
professeur Gérard SCHAISON
Mme Régine
Rodrigues Henriques,
son épouse,
ont la profonde douleur
de vous faire part
du rappel à Dieu de
survenu le 11 décembre 2018.
lieutenant-colonel Jean-Marie
des PREZ de LA MORLAIS
M. François GEORGE
le 12 décembre 2018,
à l'âge de 90 ans.
Eléonore, Ugo, Charles,
Gaspard, Ferdinand, Pia,
Timothée, Théodore, Domitille,
Diane, Tiphaine,
Soizic et Gaëtan,
ses petits-enfants,
architecte DPLG,
M. Marc Thorin,
son époux,
Jeannine et Charles Barnouin,
sœur Marie-Pia Thorin,
François-Xavier et Joëlle
Thorin,
Bernadette et Jean-Marie
Boiteau,
Michelle et Didier Dubédat,
sa sœur, ses beaux-frères
et belles-sœurs,
ses neveux, nièces
et toute la famille
M. et Mme
Christian George,
M. et Mme Thierry Sabin,
ses fils et belles-filles,
Camille, Marine, Stanislas,
Aurore,
ses petits-enfants,
Loup, Ulysse, Solal,
ses arrière-petits-enfants,
M. Francis MARTIN-LAVIGNE
Pruillé-le-Chétif (Sarthe).
ont la douleur
de vous faire part du décès du
Eugénie, Marina, Apolline,
Octave, Maximilien,
ses petits-enfants,
Delphine et Rémi
Lanoy Martin-Lavigne,
Yann Martin-Lavigne,
Aurélie et Stéphane Lamare,
Jean-Eudes et Mathilde
Martin-Lavigne,
Quentin Martin-Lavigne,
ses enfants,
ont la douleur
de faire part du décès de
Orange.
La vicomtesse Jean-Marie
des Prez de La Morlais,
son épouse,
Fabrice et Thomas,
ses fils,
OUI, Je m’abonne à la Formule Club pour 209e au lieu de 473,20e,
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Edmond Simeoni.
PASCAL POCHARD-CASABIANCA/AFP
LORIS BOICHOT
lboichot@lefigaro.fr
ET EMMANUEL GALIERO
egaliero@lefigaro.fr
LE PÈRE du nationalisme
corse s’est éteint vendredi
à Ajaccio à l’âge de 84 ans.
Il rejoindra Lozzi, son village de montagne en Haute-Corse, au centre de l’île,
où de nombreux Corses lui
rendront hommage, probablement lundi. « Sa mort
est un événement considérable. Edmond est un personnage historique. Il disparaît aujourd’hui de la vie
publique corse, mais il disparaît pour entrer dans
l’histoire », insiste JeanGuy Talamoni, le président
indépendantiste de l’Assemblée de Corse, avec lequel il s’entretenait encore
récemment. Simeoni voulait l’inviter à la cérémonie
des Coppieters Awards
2018 organisée à Ajaccio
pour saluer son engagement en faveur du droit à
l’autodétermination
des
peuples d’Europe.
Dans les années 1980,
peu de temps après l’arrivée de François Mitterrand
au pouvoir, le médecin Simeoni, gastro-entérologue
de formation, lança cette
phrase au chef de l’État :
«Si vous nous donnez l’éducation et la formation, vous
serez par terre, nous arriverons au pouvoir. » Près de
quarante années plus tard,
le 13 décembre 2015, une
liste autonomiste et nationaliste a obtenu la majorité
absolue. Et le fils d’Edmond Simeoni, Gilles, s’est
retrouvé à la tête de la collectivité territoriale de
Corse après avoir formé
une coalition avec la liste
de Talamoni, chef de file de
Corsica Libera.
Pour les « natios », Simeoni père, né à Corte le
6 août 1934, est considéré
comme un éveilleur de
consciences. Entouré de
jeunes, il fut le premier à
parler de la Corse comme
d’une nation. « Alors que la
plupart de Corses ne le savaient même plus », rappelle Talamoni. Simeoni a
connu des divergences
avec les différents courants
nationalistes,
beaucoup
l’ont toujours considéré
comme un homme de dialogue. Et certains le voient
également comme le père
du nationalisme modéré,
puisqu’il n’avait pas cautionné la création du FLNC
en 1976, ni la clandestinité
et les promoteurs de la lutte armée.
Le 21 août 1975, Edmond
Simeoni et une douzaine de
militants armés avaient
occupé une cave près
d’Aléria
(Haute-Corse)
pour dénoncer l’attribution par l’État de terres viticoles aux rapatriés d’Algérie. Cette confrontation
avec les autorités restera le
moment le plus emblématique de son combat, endeuillé par deux morts du
côté des forces de l’ordre et
un blessé grave dans les
rangs de l’Arc (Action régionaliste corse fondée par
Max Simeoni, frère d’Edmond).
L’impasse de la lutte
armée
Après Aléria, Edmond Simeoni considère la lutte
armée comme une impasse, mais les nationalistes les
plus radicaux choisissent la
violence. « Entre 1977
et 1980, nous avons subi 62
attentats de Francia (Front
d’action nouvelle contre
l’indépendance et l’autonomie, un mouvement
clandestin anti-autonomiste, NDLR) », confiait-il
en février, en évoquant un
sentiment de danger permanent. « Nous n’avons jamais utilisé la violence, nous
l’avons toujours combattue », ajoutait-il.
Jean-Guy
Talamoni
n’oubliera jamais les paroles
d’Edmond Simeoni, prononcées sous un chapiteau à
Corte. C’était quelques jours
avant les événements d’Aléria pour lesquels le père du
« peuple
corse »
sera
condamné à cinq ans de prison, dont trois ans ferme.
« Si nous sommes tués, serezvous prêts à continuer la lutte ? », avait alors lancé le
médecin nationaliste dans
un contexte très tendu.
Pour Jean-Jacques Pannunzi, sénateur LR de Corse
du Sud, Edmond Simeoni
restera une figure incontournable du paysage politique corse, notamment parce
qu’il avait su inspirer un certain respect, au-delà des
convictions de chacun et des
clivages partisans. « J’ai pu
combattre ses idées, mais je
respectais beaucoup l’homme, confie le parlementaire.
Il était pour l’autonomie, pas
pour l’indépendance. Il aimait
profondément la Corse. Il s’est
dévoué pour elle. Il lui a sacrifié sa vie, familiale et privée.
Edmond Simeoni était un humaniste. » ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018
CHAMPS LIBRES
ENQUÊTE
19
Michael Cohen, le talon d’Achille
de Donald Trump
Les confessions judiciaires
de l’ancien avocat
du président américain,
qui vient d’être condamné
à trois ans de prison,
renforcent l’hypothèse
d’un procès en destitution
ou de poursuites
contre le citoyen Trump
après son départ
de la Maison-Blanche.
Caribe, longtemps fréquenté par les mafias russe et
ukrainienne. Médecin, « l’oncle Morty » soignait
aussi les membres du clan sicilien Lucchese et fut
soupçonné d’avoir financé la cavale d’un parrain en
rachetant sa maison. Son beau-père, Fima Shusterman, un immigré ukrainien enrichi dans les taxis, a
été poursuivi en 1993 pour blanchiment d’argent.
Lorsque Michael s’est lancé sur ses traces - s’équipant d’un pistolet à la cheville -, il s’est associé successivement avec Simon Garber, « roi des taxis »
d’origine ukrainienne, condamné pour malversations financières ; puis au Russe Evgeny Friedman,
accusé d’avoir détourné 60 millions de dollars. En
explorant le business médical au début des années
2000, il s’est aussi acoquiné avec deux médecins
condamnés pour escroquerie aux assurances.
Cet homme « lié aux gens les plus cupides et les
moins scrupuleux », selon le responsable d’un syndicat de taxis, n’avait d’autre modèle que Donald
Trump depuis qu’il avait lu deux fois de suite L’Art du
deal au lycée. En 2001, il investit un million de dollars
dans un appartement de la Trump World Tower, face
à l’ONU, et plus tard 5 millions dans sa tour de Park
Avenue. Sur ses conseils, ses beaux-parents achètent
trois appartements à Trump pour 7,7 millions de dollars. En cinq ans, les proches de Cohen investissent
chez lui 17,3 millions de dollars au total. De quoi se
faire remarquer par le promoteur : «Michael Cohen
connaît très bien le marché, déclare-t-il en 2007. Il a
investi dans mes immeubles parce qu’il aime gagner de
l’argent et y réussit. »
Philippe Gélie
pgelie@lefigaro.fr
correspondant à Washington
Des connexions russes
Michael Cohen vouait à Donald Trump une fidélité
qu’il croyait réciproque. Derrière le titre ronflant de
vice-président exécutif de la Trump Organization, il
expliquait son rôle plus prosaïquement : «Si quelqu’un fait quelque chose à M. Trump, je fais tout ce qui
est en mon pouvoir pour régler ça en sa faveur, disaitil en 2011 sur ABC. Si vous faites quelque chose de mal,
je vais vous tomber dessus, vous attraper par le collet et
je ne vais pas vous lâcher avant d’en avoir fini avec
vous. » En 2015, il avait menacé un journaliste en ces
termes : «Je te préviens, fais bien attention où tu mets
les pieds parce que ce que je vais te faire ça ne sera pas
joli, tu saisis ? »
Cohen le « fixeur » était prêt « à prendre une balle » pour son patron. « Je protégerai toujours M.
Trump », jurait-il. Le président le croyait : «La plupart des gens sont prêts à retourner leur veste pour que
le gouvernement les laisse tranquilles […], tweetait
Trump au printemps dernier. Désolé, mais je ne vois
pas Michael faire ça. » Il venait de recevoir un appel
de ce « bon gars » ainsi rapporté par le Wall Street
Journal : «Boss, vous me manquez tellement ! Je voudrais être là-bas (à Washington) avec vous, c’est
vraiment dur pour moi d’être ici. » Dans « Saturday
Night Live », Ben Stiller le représentait comme un
toutou de Trump passé au détecteur de mensonges
par le terrifiant procureur Mueller/Robert De Niro.
L’ancien avocat de Donald Trump,
Michael Cohen, le 12 décembre,
à la sortie du tribunal fédéral
de Manhattan où il a été condamné
à trois années de prison ferme.
NATAN DVIR/POLARIS/STARFACE
COLLECTION PERSONNELLE
Pas un enfant de chœur
Quelques jours plus tôt, le 9 avril 2018, le FBI avait
fait une descente au bureau, au domicile, à la banque
et même dans l’hôtel de New York où l’avocat et sa
famille logeaient durant la rénovation de leur appartement. Les enquêteurs étaient repartis avec huit
boîtes de documents, une trentaine de téléphones
portables, de tablettes et d’ordinateurs, ainsi que le
contenu d’un broyeur à papiers. Ce n’était pas Robert Mueller qui était à la manœuvre, mais le parquet
de New York, auquel le procureur spécial avait délégué des soupçons de malversations visant Cohen,
sans connexion directe avec son enquête.
De fait, en lui imposant trois ans de prison à partir
du 6 mars prochain et près de deux millions de dollars de pénalités et de restitutions financières, le juge
William Pauley ne s’est pas tant appuyé sur les réquisitions de Mueller : celui-ci estime que Cohen a honnêtement coopéré, « fournissant des informations
utiles et pertinentes » sur les relations du clan Trump
avec la Russie et les soupçons d’entraves à la justice.
Le district attorney de New York, en revanche,
considère qu’il est loin d’avoir tout dit : «Il a
constamment refusé de fournir des informations complètes sur l’ampleur d’autres activités criminelles dans
lesquelles il a pu être engagé ou dont il a pu avoir
connaissance. »
Car Michael Cohen n’est pas un enfant de chœur. Il
a de tout temps nagé dans des eaux troubles et fréquenté des personnages douteux. Son plus grand talent, jusqu’ici, était d’avoir échappé à la justice quand
tant d’autres autour de lui se faisaient prendre. Fils
d’un médecin et d’une infirmière, élevé en banlieue
de New York, diplômé de droit d’une des universités
les moins cotées du pays, il avait débuté comme avocat « chasseur d’ambulances », terme péjoratif pour
désigner ceux qui courent après les indemnités d’assurances. Avant d’entrer dans le groupe Trump, son
cabinet lui rapportait 75 000 dollars par an, la moitié
de ce que gagne un juriste débutant à New York.
Heureusement, il avait de juteux à-côtés.
Jusqu’en 2016, Cohen était actionnaire minoritaire
d’un cercle appartenant à son oncle à Brooklyn, El
L’avocat entre dans le groupe la même année, après
avoir réglé une dispute de copropriétaires au bénéfice de Trump. Il passe d’un projet de golf inabouti en
Californie à une brève incursion dans les spectacles
d’arts martiaux. Parallèlement, il exploite ses
connexions personnelles pour des projets en Russie,
en Géorgie, au Kazakhstan… Ses réseaux sont aussi
mis à profit en Floride, où le complexe de Sunny Isles, au nord de Miami Beach, devient un véritable
« Little Moscow » : 63 Russes y achètent pour
98,4 millions de dollars d’appartements, sans compter ceux qui se cachent derrière des sociétés à responsabilité limitée.
En octobre 2015, les efforts de Cohen semblent
près d’aboutir : Trump signe une lettre d’intention
pour construire une tour à Moscou, financée par une
banque russe frappée de sanctions américaines. En
novembre, Felix Sater, intercesseur russo-américain
dans ce projet, lui écrit : «Notre homme peut devenir
président des États-Unis et nous pouvons en être les
agents. Je vais rallier toute l’équipe de Poutine là-dessus. » Un an plus tard, cet objectif atteint, Cohen
n’en retire pas les bénéfices espérés. Alors il crée Essential Consultants et vend son « accès » au président : 1,2 million de dollars au groupe suisse Novartis, 600 000 dollars à AT&T, 500 000 à Squire Patton
Boggs… « Je casse la baraque ! », se vante-t-il en
2017.
Plus dure sera la chute. C’est un homme reniflant
et pleurnichard qui déclare au juge avoir « vécu dans
un enfermement mental depuis le jour fatal où (il a) accepté de travailler pour un fameux magnat de l’immobilier dont (il) admirai(t) sincèrement le sens des affaires. Je sais aujourd’hui qu’il n’y avait pas grand-chose
à admirer. » Peu avant les élections de novembre,
Michael Cohen avait confié à Vanity Fair avoir souvent entendu Donald Trump faire des remarques racistes. « J’aurais dû partir à ce moment-là », disait-il,
en annonçant voter contre le président. « Ma vraie
faiblesse a été ma loyauté aveugle », s’est-il défendu
au tribunal.
Un pitbull qui se retourne contre son maître reste
capable de mordre. « Donald a fait son maximum
pour le traiter comme de la merde », l’excuse Roger
Stone, un vieux complice de Trump. « Lorsqu’il a été
viré de la Trump Organization (après la perquisition
du FBI, NDLR), j’ai dit à Michael : ouvre les yeux, il n’a
aucune loyauté envers quiconque, il joue avec les favoris, il n’aura pas de reconnaissance, a raconté Sam
Nunberg, un ancien responsable de la campagne. Je
lui ai dit qu’il ne devait pas aller en prison pour ce qu’il
avait fait pour Trump. »
Cohen prétend justement payer pour les fautes
d’un autre : «J’avais constamment le sentiment que
c’était mon devoir de couvrir ses magouilles », dit-il.
« Je n’ai jamais ordonné à Michael Cohen de violer la
loi, rétorque le président. Il est censé connaître le droit,
c’est pour ça qu’on le paie. » La justice n’est pas dupe,
qui a surtout condamné l’avocat pour ses malversations personnelles. « Il a sélectionné les informations
qu’il a divulguées au gouvernement », a estimé le juge
Pauley. Mais Michael Cohen « entend qu’on ne se souvienne pas de (lui) comme du méchant dans cette histoire. » La promesse de futures confessions ? ■
Il a sélectionné les informations qu’il a
divulguées au gouvernement. Mais Michael
Cohen entend qu’on ne se souvienne pas de
(lui) comme du méchant dans cette histoire
WILLIAM PAULEY ,
DISTRICT ATTORNEY DE NEW YORK
»
A
U
n jour de 2016, attablé chez Freds,
l’un de ses restaurants favoris à
Manhattan, Michael Cohen est
apostrophé par un autre habitué :
«Alors qu’est-ce que tu espères retirer de tout ça ? », demande le
voisin de table en référence à la
campagne présidentielle. « Oh ! Si Donald gagne, je serai secrétaire général de la Maison-Blanche », répond
l’imperturbable acolyte du promoteur immobilier.
Deux ans plus tard, Donald Trump est président et
Michael Cohen vient d’être condamné à trois ans de
prison. Il a plaidé coupable de violations de la loi
électorale, de fraudes bancaires et fiscales, ainsi que
de parjure pour avoir menti sous serment. Mais en
dépit des apparences - l’ascension de l’un, la chute
de l’autre -, leurs destins restent inextricablement
liés. Pour l’ancien avocat de 52 ans, c’est l’histoire
d’une dévotion mal récompensée, presque d’un
amour déçu. Pour l’ex-homme d’affaires à la crinière jaune, Cohen n’était qu’un simple pion qu’il ne
coûtait rien de sacrifier. Un pion depuis si longtemps
dans son jeu qu’il en connaissait tous les secrets…
Dans ses confessions aux autorités judiciaires, Michael Cohen a connecté le président à quatre agissements potentiellement illégaux : le paiement de
280 000 dollars au total à deux anciennes maîtresses
pour acheter leur silence à la veille de l’élection ; la
coordination d’un faux témoignage avec la MaisonBlanche à l’été 2017 ; le mensonge au Congrès sur les
efforts du candidat jusqu’en juin 2016 pour construire un hôtel à Moscou, payés de retour par une offre
russe de « synergie politique » ; et le projet de « faire
cadeau » à Vladimir Poutine d’un appartement de
50 millions de dollars dans une future Tour Trump
moscovite.
Infraction au financement des campagnes électorales, fraude en vue d’influencer le scrutin, subornation
de témoins, parjure, tentative de corruption : avec le
témoignage de Cohen, l’hypothèse d’un procès en
destitution (impeachment) reprend de la vigueur - ou,
à défaut, celle de poursuites contre le citoyen Trump
après son départ de la Maison-Blanche. Son ancien
avocat, loyal serviteur du scintillant promoteur, est-il
devenu le talon d’Achille du président ?
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018 LE FIGARO
20
CHAMPS LIBRES
DÉBATS
Islam : ne touchons pas à la loi de 1905 !
insi donc, pour
« construire un islam
qui ait toute sa place
en France, qui soit délié
des influences étrangères
et qui soit moteur pour
faire reculer les idées radicales,
en particulier chez les jeunes », selon
les termes du ministre de l’Intérieur,
il faudrait modifier la loi « concernant
la séparation des Églises et de l’État »
du 9 décembre 1905.
« La loi de 1905 est un faux totem »,
assure-t-on dans l’entourage
du président. « La loi de 1905 n’est pas
taboue », renchérit Christophe
Castaner. « Elle a déjà été amendée
dix-sept fois », dédramatisent
en chœur la garde des Sceaux
et le ministre de l’Intérieur.
Quel projet annoncent ces propos
péremptoires ?
Rappelons que, tout en garantissant
la liberté de conscience et - sous
réserve de l’ordre public - le libre
exercice des cultes, la loi de 1905
interdit à la République de
« reconnaître, subventionner ou salarier
aucun culte ». La liberté d’exercice
du culte est encadrée. Ainsi, le titre IV
de la loi crée les « associations
cultuelles », qui devront « avoir
exclusivement pour objet l’exercice
d’un culte ».
En quoi cet ancien, imposant
et solide édifice qu’est la loi de 1905
serait-il remanié par le projet
gouvernemental ? Faute de texte,
et pour autant qu’on dégage la logique
sous-tendant les premiers éléments
distillés aux médias par les entourages
ministériels, tout semble reposer
sur l’idée d’« association à qualité
cultuelle ». Du moins dans l’épure
initiale, car on assiste, depuis
le demi-dévoilement de celle-ci,
à un « rétropédalage »
gouvernemental, comme en
témoignent les propos tenus
par le ministre de l’Intérieur lors
de la rencontre, le 9 décembre, des
sept grandes fédérations de mosquées.
« Qualité cultuelle », qu’est-ce
à dire ? Les activités religieuses
devraient se couler dans un nouveau
moule, construit sur la base
de l’« association cultuelle » du titre IV
de la loi de 1905, mais dont le statut
serait rendu à la fois plus incitatif
A
JEAN-ÉRIC SCHOETTL
Afin de lutter contre
l’intégrisme islamiste,
le gouvernement envisage
de réformer le régime
et la police des cultes, institués
par la loi du 9 décembre 1905
sur la séparation des Églises
et de l’État. Le dispositif imaginé, complexe, serait inefficace
et donc inutile, argumente
l’ancien secrétaire général
du Conseil constitutionnel*.
il permet de combiner plusieurs objets
19 novembre 2004 du Conseil
sociaux (culte, activités culturelles,
constitutionnel ; question prioritaire
lieu d’échanges et de sociabilité) ;
de constitutionnalité du 21 février
il impose des obligations comptables
2013). On peut voir en elle le code
moins contraignantes.
de la laïcité à la française.
Le dessein d’obliger le culte
Il est par ailleurs fallacieux
musulman à adopter un statut
de prétendre qu’elle a déjà été « tant
associatif déterminé, pour mieux
de fois » amendée. À l’exception
le contrôler, peut paraître séduisant
de la loi de 1907, qui fait corps avec la
aux esprits technocratiques. Toutefois,
loi de 1905, les quelques modifications
à supposer levés les obstacles
intervenues se réduisent en effet
constitutionnels et de droit
à des ajustements et actualisations
international auxquels il se heurterait
techniques (formalités afférentes
(sur le terrain de la liberté religieuse,
à la vie associative, référence aux
de la liberté d’association ou du
établissements publics de coopération
principe de laïcité lui-même), son
intercommunale, incidences
exécution susciterait d’innombrables
rédactionnelles de la codification,
tensions locales. La remise à plat des
libellé des unités monétaires),
statuts n’irait pas de soi. En pratique,
n’affectant ni son économie générale
les préfets ne seraient en mesure ni
ni ses règles de fond. Les dérogations,
d’obliger les associations musulmanes
quant à elles, sont ponctuelles
existantes
et portent sur des questions
à scinder leurs
exclusivement immobilières (loi
Le retrait du label « qualité cultuelle »
activités
du 19 août 1920 ayant permis la
cultuelles
et
construction de la Grande Mosquée
qu’on se propose de créer n’apporterait
culturelles, ni de
de Paris pour rendre hommage aux
aucune garantie contre les dérapages
les contraindre
combattants musulmans morts pour
au respect
la France pendant la Première Guerre
intégristes, tout en compliquant la vie
d’un « label »,
mondiale, baux emphytéotiques).
des Églises qui ne posent aucun problème ni même
Plutôt que de nous doter d’un
à la République
de recenser
marteau-pilon qui n’écrase aucune
l’ensemble des
mouche, intensifions la lutte contre
groupements concernés.
Les problèmes soulevés par un tel
le terrorisme, le communautarisme
Pour sa part, l’islam radical
projet, si celui-ci était maintenu,
et les discours de haine. La réponse
échappera toujours aux cadres
sont rédhibitoires.
au péril intégriste consiste non
institutionnels érigés par les politiques
Tout d’abord, l’idée de label officiel
à modifier la loi de 1905, mais
pour le contenir : il s’en tiendra à
décerné à un groupement religieux
à combattre le fanatisme religieux,
l’écart ou tentera de les infiltrer.
conduirait l’État à se mêler de religion
que ce soit dans le domaine éducatif
La régulation imaginée en matière
en complète contradiction avec
(l’école) ou régalien (développement
de financements étrangers, si on en
le principe de séparation.
du renseignement, information des
juge par les déclarations officielles,
Tous les cultes seraient soumis
responsables publics, renforcement
serait à la fois lourde
à de nouvelles exigences légales
des possibilités de fermeture de
administrativement et de portée
(contrôle renforcé des comptes,
mosquées radicales).
cosmétique,
car,
d’une
part,
maintien du label), alors qu’on
Le projet de refonder le régime et la
l’opposition de l’État à un don (d’un
ne cherche à lutter que contre
police des cultes - qui représentent un
montant supérieur à 10 000 euros) ne
le fondamentalisme.
bon tiers de la loi de 1905 - semble
serait possible que dans des
On ne s’en trouverait pas moins
renouer avec le rêve de « nouveau
hypothèses exceptionnelles (raisons
dans l’impossibilité juridique
concordat » caressé par Emmanuel
sérieuses de penser que le donataire
et pratique d’obliger les groupes
Macron au début de l’année. Or toute
est susceptible de commettre des
réfractaires à adopter le régime
perspective concordataire se heurte à
infractions graves), d’autre part, cette
de l’association à « qualité cultuelle »,
deux obstacles incontournables, l’un
régulation supposerait que le groupe
lorsque leur activité religieuse se
juridique, l’autre culturel.
religieux ait adopté le statut
déroule hors statut ou dans le cadre
Tout d’abord, l’article 1er de la
d’association à « qualité cultuelle »,
d’une association de la loi de 1901.
Constitution, qui dispose que la France
qu’il y tienne et qu’il s’y tienne.
Quelle serait en effet la sanction
est une République laïque, ferme
Plus généralement, le suivi du
d’un refus du nouveau statut ?
la voie à tout concordat. Le régime
nouveau régime des associations à
L’interdiction de pratiquer ? Va-t-on
des cultes en vigueur en Alsace et en
créer un délit de pratique religieuse
Moselle est un
hors cadre ? Comme c’est impensable
héritage historique
Il est fallacieux de prétendre
et qu’on n’y pense donc pas,
admis seulement
le dispositif serait inopérant, car
à titre exceptionnel
que la loi de 1905 a déjà été « tant
dépourvu de sanction effective.
et transitoire par
de fois » amendée. Les quelques
Pour les mêmes motifs, on ne
le Conseil
pourrait interdire la pratique
modifications intervenues se réduisent constitutionnel
religieuse à un groupe ayant perdu
(question
à des ajustements techniques
son label « qualité cultuelle ». Le retrait
prioritaire de
de celui-ci n’apporterait donc aucune
constitutionnalité
« qualité cultuelle » serait une usine à
garantie contre les dérapages
du 21 février 2013). En outre, et en tout
gaz excédant les capacités de
intégristes, tout en compliquant la vie
état de cause, l’institutionnalisation
l’administration.
des Églises qui ne posent aucun
du culte musulman, censée donner
Quant au volet incitatif de la
problème à la République.
à l’État un interlocuteur capable
réforme, il paraît reposer sur
Un tel dispositif de contrôle
d’engager l’ensemble des fidèles
la conviction que, faute de majorer
susciterait la méfiance de toutes les
à adopter une conception tempérée
leurs ressources d’origine nationale,
Églises. Il inquiéterait au premier chef
de la religion, compatible avec
les groupements musulmans ne
les musulmans qui, même lorsqu’ils
les valeurs de la République, butte
pourront s’affranchir des
jouent le jeu du dialogue avec l’État,
– comme l’expérience du Conseil
financements étrangers (saoudiens
éprouvent une grande répugnance
français du culte musulman l’a
en particulier) et sont dès lors
à l’égard de tout empiétement
montré – sur les divisions multiples
économiquement condamnés à subir
de celui-ci sur leur pratique. Ahmet
et l’absence de hiérarchie dans l’islam
de mauvaises influences. C’est
Ogras, président du Conseil français
sunnite. L’État ne peut pas inventer
méconnaître
que
ces
groupements
ne
du culte musulman, l’a clairement
une Église qui n’existe pas.
sont aujourd’hui nullement interdits
indiqué : « Cela va engendrer des
En second lieu, le principe de laïcité,
d’accès aux ressources nationales,
crispations qui vont favoriser les lieux
tel que codifié par la Constitution,
y compris publiques. Les dons
de culte clandestins d’un islam
par la loi de séparation et par la
des particuliers aux associations
radical » (Le Figaro du
jurisprudence, fait l’objet d’un très
cultuelles ouvrent déjà droit
6 novembre 2018).
large consensus national, y compris de
à réduction d’impôt (article 200
Contrairement aux
la part de l’Église catholique, comme
du Code général des impôts) ;
Églises
en atteste la lettre ouverte des évêques
la construction des mosquées
historiquement
de France pour le centenaire de la loi
bénéficie déjà de la garantie des
établies en France,
de séparation. Si tous accepteraient
emprunts du Code général des
depuis longtemps
la possibilité nouvelle, pour les
collectivités territoriales (article L
organisées sous
associations cultuelles, de gérer des
1311-2), ainsi que des baux
forme de
immeubles de rapport (en imaginant
emphytéotiques
du
même
code
congrégations,
que le projet du gouvernement se
(article L. 2252-4) ; les associations
d’associations
réduise finalement à cette retouche),
religieuses, comme n’importe quel
diocésaines et
personne, en dehors de courants
autre organisme, peuvent déjà se voir
d’associations
radicaux et d’apprentis sorciers,
octroyer des subventions publiques
cultuelles, le culte
n’est demandeur d’un véritable
destinées à couvrir des dépenses
musulman
aggiornamento. Pourquoi alors ouvrir
d’intérêt général de caractère non
présente la forme
cette boîte de Pandore ?
directement confessionnel (pour
soit d’associations
La loi de 1905 est une matière
s’en tenir aux cas validés par la
de droit commun
symboliquement inflammable.
jurisprudence : accompagnement
(loi de 1901), ce que
Elle a garanti la cohabitation paisible
sanitaire de l’abattage rituel,
permet la loi du
de la croyance et de l’incroyance,
installation d’une chaudière ou
2 janvier 1907 sur
et autorisé agnostiques et fidèles
d’un ascenseur, etc.).
l’exercice des
de diverses religions à « faire société »
Va-t-on, pour concocter un remède
cultes, soit
dans une respectueuse retenue
illusoire - car il serait sans effet
de groupements
mutuelle. Elle est en partie de rang
sur le mal que l’on prétend traiter :
de fait. Le statut
constitutionnel. Même pour
le radicalisme islamiste -, modifier
d’association
des changements mineurs, qui
pour la première fois, au travers
de droit commun
ne remettraient en cause ni ses
du statut des associations cultuelles,
offre aux
principes essentiels, ni son économie
la substance de la loi de 1905 ?
musulmans deux
générale, il ne faut y toucher
Celle-ci, loin d’être une loi
principaux
que d’une main tremblante.
ordinaire, est en partie de niveau
avantages sur
constitutionnel (décision du
l’association cultuelle :
* Conseiller d’État honoraire.
et plus contraignant. Plus incitatif par
l’extension de l’objet de l’association
(gestion d’immeubles de rapport) ;
plus contraignant du point de vue
de la reddition des comptes,
du financement par l’étranger
et du respect de l’ordre public.
L’acquisition et la conservation
du label « qualité cultuelle » (un peu
comme pour une appellation agricole)
se feraient, dans un cadre contractuel,
avec cahier des charges, bail
quinquennal renouvelable, bilan
périodique et possible retrait du label
en cas de carence ou de dérive
sectaire.
L’association « à qualité cultuelle »
serait ainsi l’instrument qui manquait
à ce jour pour encadrer, surveiller et
contenir les mouvances religieuses
radicales.
«
»
«
DESSIN CLAIREFON
A
»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018
CHAMPS LIBRES
OPINIONS
Mathieu Bock-Côté
Le nouveau puritanisme américain progresse
ux États-Unis, la chanson
Baby it’s Cold Outside est
considérée comme un
classique de Noël. Datant
de 1948, elle raconte
l’histoire d’un homme
cherchant à séduire une femme et l’invitant
à rester chez lui en prétextant qu’il fait froid
dehors et qu’elle ne devrait pas s’y risquer.
A
@
100 000 citations
et proverbes sur evene.fr
ENTRE GUILLEMETS
15 décembre 1840 : retour des cendres de l’Empereur à Paris.
Victor Hugo
MARY EVANS/RUE DES ARCHIVES
Le char s’est remis
en marche, les
tambours battent
aux champs,
le canon redouble.
Napoléon est
devant la grille des
Invalides. Il est deux
heures moins
dix minutes
»
Il insiste, elle hésite, il pousse sa chance,
elle joue avec lui et se laisse finalement
tenter. Mais début décembre, on apprenait
que plusieurs stations de radio américaines
décidaient de bannir cette chanson
des ondes. Elle banaliserait apparemment
le harcèlement sexuel contre les femmes,
désormais jugé intolérable dans
un contexte post #MeToo. Des stations
de radio du Canada anglais firent de même.
Cette censure a toutefois engendré une
vraie protestation populaire, qui a poussé
certaines radios à rétropédaler, le commun
des mortels s’exaspérant de cette nouvelle
affaire de censure.
Les histoires de censure à l’américaine
répondent à peu près toujours au même
scénario. Une œuvre est ciblée par un lobby
victimaire prétendant qu’elle lui rappelle
sur le mode traumatique son oppression
historique. Puis l’autorité responsable
se soumet. Un nouveau droit prend forme :
celui de ne pas être offusqué.
C’est l’hypersensibilité des victimes
professionnelles qui fixera les frontières
de ce qui peut être dit dans l’espace public.
Ce nouveau droit s’accompagne d’un
programme, la déconstruction de la culture
« dominante » pour révéler les schèmes
de domination qu’elle reconduirait
et légitimerait. Par exemple, la virilité est
réduite à une forme de masculinité toxique.
Tout ce qui appartient à l’ancien monde
peut devenir la cible de cette passion
déconstructrice qui réduit les rapports
sociaux au simple clivage entre
les dominants et les dominés.
Concrètement, la culture doit être
expurgée. On en avait vu une manifestation
en 2017 quand, aux États-Unis,
des militants antiracistes avaient plaidé
pour le déboulonnement de statues se
référant à la Confédération, comme si leur
simple présence témoignait moins de la
complexité des mémoires s’entremêlant
dans la cité que d’une célébration
décomplexée de l’esclavage. Dans le cadre
de cette même controverse, un festival
de cinéma de Memphis avait déprogrammé
Autant en emporte le vent. On pourrait
multiplier les histoires semblables dans les
universités, où cette entreprise d’épuration
idéologique se mène sous le couvert des
« postcolonial studies ». Au nom de la lutte
contre le racisme, le sexisme et
l’homophobie, c’est à une entreprise
d’éradication symbolique de la civilisation
occidentale qu’on s’adonne. Faudra-t-il
dans ce monde contrôlé un nouvel index
répertoriant les œuvres autorisées
et celles à proscrire ?
Cette entreprise de rééducation
idéologique d’une ampleur inégalée
dans les sociétés démocratiques est souvent
relayée par le système scolaire, qui éduque
moins qu’il ne déséduque, comme s’il
confondait l’émancipation des nouvelles
générations et leur désoccidentalisation.
Le nouvel homme nouveau doit émerger,
sans racines ni mémoire, lavé de l’ancien
monde, parfaitement manipulable,
et reprenant chaque mot d’ordre
du progressisme. Le nouveau monde
s’impose en jetant le soupçon sur tout
ce qui se présente sous le signe
de l’héritage.
La censure de Baby it’s Cold Outside
a néanmoins une dimension
Ce que furent vraiment
les cahiers de doléances de 1789
CLAIREFOND
+
ans L’Ancien Régime et la
Révolution, Tocqueville a
écrit que les 60 000 cahiers
de doléances rédigés dans
la perspective de l’élection
des députés aux états
généraux de 1789 exprimaient
« le testament de l’ancienne société
française ». En effet, ils ont plus une valeur
testamentaire qu’ils n’annoncent
la révolution à venir. Non qu’ils ne
demandent certaines réformes
d’envergure. Même les cahiers des ordres
privilégiés, en particulier ceux de
la noblesse, acceptent majoritairement
de sacrifier leurs privilèges fiscaux (de ce
point de vue, les élites honnies de l’Ancien
Régime se montrèrent plus généreuses,
comme l’a rappelé Tocqueville, que les
notables du XIXe siècle, pour ne pas parler
des défenseurs actuels de toutes les
acrobaties en matière « d’optimisation
fiscale »). Mais ces cahiers ne réclamaient
en aucun cas la révolution juridique
de l’été 1789. Ils restaient dans leur très
grande majorité attachés au roi, regardé
comme le « Père du peuple ». On critiquait
le « despotisme ministériel », on réclamait
la liberté individuelle (habeas corpus)
et la liberté de la presse, la fin des droits
féodaux mais non une remise en cause
de la personne du roi et de la monarchie
elle-même.
Comment ont été rédigés ces cahiers
de doléances qui, dans l’esprit de
l’ancienne monarchie, devaient servir
de mandats impératifs, c’est-à-dire qu’ils
liaient les députés des états généraux ?
Ces derniers n’étaient pas des
« représentants »,
comme ils
le deviendront en
juillet 1789, mais de
Les cahiers de doléances se multiplient dans le pays
simples mandataires
de leur ordre (même
dans le cadre de la fronde des « gilets jaunes ».
si le règlement royal
Le terme fait référence, bien sûr, aux cahiers
demandait de
de doléances rédigés en vue de la convocation
donner une grande
des états généraux en 1789. Le professeur d’histoire
liberté aux élus des
du droit à l’université Paris -XIII et au Cnam* raconte trois ordres, le tiers
cet épisode célèbre de notre histoire.
ayant obtenu le
» Lire aussi PAGE 4
D
JACQUES DE SAINT VICTOR
Dassault Médias
14, boulevard Haussmann
75009 Paris
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Anne-Sophie von Claer
directeur de la publication (Style, Art de vivre, So Figaro),
Marc Feuillée
Anne Huet-Wuillème (Édition,
Photo, Révision),
doublement de ses députés). Pour les
ordres privilégiés, le système était assez
simple. À l’occasion de l’élection de leurs
députés, le clergé et la noblesse, y compris
les femmes possédant fief, se réunirent
au chef-lieu de leur bailliage (ou
sénéchaussée), l’équivalent plus ou moins
des futurs départements, pour y rédiger
un cahier de doléances qu’ils donnèrent
ensuite à ceux qu’ils avaient élus.
À charge pour ces derniers de respecter
scrupuleusement ces doléances aux états
généraux lors de leur réunion à Versailles.
Pour le tiers état, la procédure fut plus
complexe car elle se faisait à deux degrés.
Dans chaque paroisse, les habitants
rédigeaient leurs doléances, qui étaient
souvent très locales (concernant le droit
de chasse, la question du moulin banal,
du four seigneurial ou du péage). Déjà,
à ce stade, la parole du laboureur (paysan
propriétaire) l’emportait sur celle du
manouvrier (l’ouvrier agricole). Ensuite,
ces doléances faisaient l’objet d’une
synthèse au niveau du bailliage,
essentiellement dominé par l’élite du tiers,
donnant ainsi à la bourgeoisie urbaine
une capacité de filtrage et d’orientation
des doléances rurales. Les cahiers
des bailliages sont, par exemple, bien plus
hostiles dans l’Ouest au clergé qu’au
niveau des cahiers paroissiaux. C’est
ce qui nourrira les critiques de la part des
aristocrates. Ces derniers estimaient qu’en
possédant de nombreuses seigneuries
rurales, ils représentaient comme
« corps intermédiaires », selon le mot
de Montesquieu, aussi bien, sinon mieux,
les campagnes que les élites urbaines,
soutenant avant tout les intérêts des villes.
Mais la bourgeoisie réussira à ridiculiser
cette prétention, Rivarol écrivant
ironiquement que les aristocrates sont des
« intermédiaires » entre le roi et le peuple
« comme le chasseur est un intermédiaire
entre le fusil et sa proie ». Beaucoup
d’encre a coulé sur le rôle de certains
« cahiers-type », rédigés par des hommes
d’influence du tiers (l’auteur des Liaisons
dangereuses, Choderlos de Laclos, l’avocat
Thouret, etc.). Ces « modèles » ont existé
Arnaud de La Grange
(International),
Étienne de Montety
(Figaro Littéraire),
Bertrand de Saint-Vincent
(Culture, Figaroscope, Télévision),
Yves Thréard (Enquêtes,
Opérations spéciales, Sports,
Sciences),
Vincent Trémolet de Villers
(Politique, Société, Débats Opinions)
Directeur artistique
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Rédacteur en chef
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Directeur délégué
du pôle news
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Éditeurs
Robert Mergui
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Directeur de la
diversification éditoriale
Pierre Doncieux
mais ils n’ont pas empêché les paysans
de faire entendre leurs voix, notamment
à propos de l’abolition des droits féodaux,
revendication absente des cahiers urbains.
Déjà la différence se faisait sentir entre
la ville et le « plat pays », comme on disait
alors pour parler des périphéries…
Au total, toutes ces doléances
évoquaient le profond désir d’une réforme
de la monarchie absolue en une
« monarchie limitée », avec un droit
national de consentir l’impôt, mais
en aucun cas une révolution. Toutefois,
et la remarque présente son intérêt
aujourd’hui, certains historiens soulignent
que c’est au moment même de la rédaction
de ces cahiers, durant l’hiver 1788-1789,
que la prise de parole va jouer le rôle d’une
« prise de conscience » : la bourgeoisie
« nationale » sent monter en elle un fort
sentiment de frustration sociale qui
la pousse vers la radicalité. Il aurait fallu
toute l’habileté d’un Richelieu ou d’un
Mazarin pour gérer cette poudrière
qui échappe complètement à la
compréhension d’un banquier comme
Necker ; or le roi a eu la maladresse
de le choisir durant l’été 1788 comme
« premier ministre ». Louis XVI va alors
accumuler les erreurs avant même la
réunion des états généraux le 5 mai 1789.
Il finira par proposer une réforme
de la monarchie dans son discours
du 23 juin, mais il était trop tard.
La question était passée d’un désir
de réforme (résoudre la question
financière) à un débat politicophilosophique : mettre fin à la société
d’ordres et assurer le passage
de la souveraineté royale à la souveraineté
nationale. En cela, les députés élus
en 1789 sont allés sciemment bien au-delà
de leurs cahiers de doléances. C’est ce qui
s’appelle une révolution juridique qui aura
été en partie le fruit des atermoiements
du pouvoir.
*Auteur des « Antipolitiques »
(Grasset, 2014) et, avec Thomas Branthôme,
d’« Histoire de la République en France,
des origines à la Ve République »
(Economica, 2018).
FIGAROMEDIAS
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direction.redaction@lefigaro.fr
supplémentaire: elle révèle une mutation
du rapport entre les sexes dans
une Amérique qui voit remonter
à la surface sa vieille tentation puritaine.
C’est désormais la séduction, associée
à une forme de tromperie et d’agression
inavouée, qu’il faut condamner.
À ce compte, c’est l’histoire de la littérature
qu’il faudra congédier. Le féminisme
prétend rééduquer intégralement
la logique du désir, à partir d’une sociologie
paranoïaque qui s’imagine partout
un patriarcat prédateur créant et banalisant
tout à la fois une culture du viol.
C’est aux plis les plus intimes de la culture
qu’on s’en prend.
C’est ainsi qu’on comprendra l’obsession
nouvelle pour le consentement.
Au sens strict, le consentement va de soi:
comment pourrait-on s’opposer
à cette exigence élémentaire ? Mais
sa radicalisation nous fait basculer dans
l’univers du contractualisme intégral,
comme si le désir pouvait devenir
absolument transparent à lui-même.
Certaines applications téléchargeables
sur téléphone portable entendent ainsi
formaliser chaque étape du consentement
sexuel. Ce monde aseptisé, sans péché
ni zone grise, est simplement un monde
inhumain. Il faut lui résister en chantant
des chansons paillardes, des chansons
grivoises et des chansons sensuelles comme
Baby it’s Cold Outside. Chantons même
des chansons d’amour. Même les plus
mielleuses comprennent mieux la bête
humaine que ces nouveaux commissaires
idéologiques au service du néoféminisme
purificateur.
VOX
… UNIVERSITÉ
« Éviction d’un sociologue
qui s’était opposé aux
‘‘décolonialistes’’ :
l’université en péril »,
par Laurent Bouvet,
professeur de science
politique, auteur
de « La Gauche zombie.
Chroniques d’une
malédiction politique »
(Lemieux éditeur, 2017)
… AFFAIRE RONALDO
« Divulguer le secret
professionnel d’un avocat,
c’est bafouer la justice »,
par Me Hervé Temime,
auteur de « La Défense
dans la peau » (Stock, 2012)
Les rencontres
du
FIGARO
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MICHEL ONFRAY
le mardi 22 janvier
2019 à 20 heures
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21
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SE RENFORCE DANS
LE TOURISME DE LUXE PAGE 28
BOURSE
POURQUOI LES PETITES
ET MOYENNES VALEURS
ONT DÉCROCHÉ EN 2018 PAGE 29
La mobilité, nouvel eldorado
des plateformes d’Internet
Les sociétés américaines Uber et Lyft accélèrent leur projet d’introduction en
Bourse. La SNCF prépare de nouveaux outils pour faciliter la mobilité de ses clients.
Uber et Lyft espèrent entrer en
Bourse en début d’année prochaine
à des valorisations vertigineuses.
On parle de 120 milliards de dollars
en ce qui concerne Uber. Les plateformes affolent les marchés parce
qu’elles devraient être capables de
mettre en relation tous les interve-
nants d’un écosystème, ce qui laisse
entrevoir des revenus absolument
considérables.
Dans un entretien au Figaro,
Guillaume Pepy, patron de la SNCF,
juge que « les plateformes, ces “couteaux suisses” de la mobilité, sont une
révolution » et que le transporteur
èUN ENTRETIEN
AVEC GUILLAUME PEPY
èUBER ET LYFT À L’ASSAUT
DE LA BOURSE è POURQUOI LES
PLATEFORMES SONT LE GRAAL DES
INVESTISSEURS èLA BLOCKCHAIN
CONTESTE L’HÉGÉMONIE DES
PLATEFORMES PAGES 24 ET 25
peut s’imposer comme l’une de ces
plateformes de la mobilité. « Nous
allons lancer pour l’été prochain notre
“assistant personnel de mobilité”, qui
facilitera la vie de nos clients en proposant des déplacements “porte à porte”
et qui combinera plusieurs services de
transport », ajoute le dirigeant.
L’EPR
entame
sa carrière
commerciale
en Chine
EDF; RICHARD JAMES TAYLOR; JORDAN STRAUSS/INVISION/AP
Raccordé au réseau
il y a quelques mois,
le réacteur nucléaire
EPR Taishan 1 est
le premier dans le
monde à être exploité
commercialement.
Il a été développé par
EDF et CGN. En France,
celui de Flamanville
doit être prêt en 2020
BLANQUEFORT :
MACRON FURIEUX
CONTRE FORD
« Hostile et inacceptable ». Emmanuel Macron a sévèrement critiqué
vendredi la décision de Ford de fermer l’usine de Blanquefort (Gironde) en dépit d’une offre de reprise
du groupe franco-belge Punch
Powerglide. Ce site, implanté dans
la banlieue bordelaise depuis 1972
et spécialisé dans la fabrication des
boîtes de vitesses, emploie 850
personnes. Sa fermeture est prévue en août 2019. « Je crois à une
économie sociale de marché, mais
je ne crois pas au cynisme et je
considère que le geste fait hier par
Ford est un geste hostile et inacceptable », a affirmé le président
français en marge d’un sommet
européen à Bruxelles.
Le chef de l’État a notamment souligné qu’un travail assidu avait été
réalisé avec le gouvernement pour
trouver un repreneur. En complément, l’État et des autorités locales
devaient apporter un « soutien financier de 15 millions d’euros » à ce
projet. Emmanuel Macron a estimé
que Ford ne pouvait refuser de
considérer cette proposition ainsi
appuyée par le gouvernement français. Au passage, il n’a pas manqué
de souligner le travail des élus locaux et le « grand sens de responsabilité des partenaires sociaux ».
Estimant que le projet de reprise
destiné à sauver 400 emplois, était
depuis le départ trop fragile, le
groupe américain a jugé qu’un plan
social était préférable.
Les syndicats Ford Blanquefort qui
avaient appuyé ce plan, en acceptant un gel de salaire pendant trois
ans, la perte de trois jours de repos
et une modulation du temps de travail, fustigent l’attitude américaine.
Ainsi, le numéro un de la CGT, Philippe Martinez a demandé vendredi
au groupe américain de rembourser
l’argent public qu’il a reçu, et préconisé de réquisitionner l’usine de Gironde. « Il faut la prendre, c’est
l’emploi de centaines de familles qui
est en jeu. »
Pour le ministre des Finances
Bruno Le Maire, il s’agit tout simplement d’une « trahison ». Il devait s’entretenir vendredi soir avec
le responsable de Ford Europe pour
évoquer l’avenir du site bordelais.
CH. G.
PAGE 27
L’Éthiopie
accélère sa mue
industrielle
PAGE 26
LA SÉANCE
DU VENDREDI 14 DÉCEMBRE 2018
CAC 40
4853,70 -0,88%
DOW JONES (18h)
24133,89 -1,88%
ONCE D’OR
1242,75 (1242,75)
PÉTROLE (lond)
60,190 (60,770)
EUROSTOXX 50
3088,70 -0,75%
FOOTSIE
6845,17 -0,47%
NASDAQ (18h)
6644,93 -1,82%
NIKKEI
21374,83 -2,02%
En Californie, une bonne appli
vaut mieux qu’un mauvais procès
S
ean Parker, 39 ans, est l’un
des jeunes prodiges de la Silicon
Valley. Cofondateur de Napster,
ex-président de Facebook,
il surfe sur les milliards du Net.
Pour son mariage voici cinq ans
avec Alexandra Lenas,
il rêve d’un univers
grandiose. Il privatise le
Ventana Inn à proximité
de la plage de Big Sur,
à 45 kilomètres au sud
de Carmel, en Californie.
Un décorateur
de Hollywood plante
un véritable décor de film
dans un parc de séquoias
qui jouxte l’hôtel, situé
en bord de mer.
Fausses ruines romaines,
pont, mares, sont créés
pour l’occasion…
Rien n’est trop beau pour
éblouir les invités
de cette fête à 4 millions
de dollars. Las, le retour
à la réalité est brutal :
le parc est protégé par
la loi. La Commission du littoral menace,
les réseaux sociaux s’indignent et les ennuis
judiciaires se profilent. Mais, en Californie
aussi, un bon arrangement vaut mieux
qu’un mauvais procès. En échange
de l’abandon des poursuites, le tourtereau
accepte de créer
une application, YourCoast,
qui recense 1 563 accès à la
mer sur 2 000 kilomètres
de côtes californiennes.
Surfeurs et pêcheurs, ravis,
découvrent ainsi des spots
secrets. Ils peuvent aussi
indiquer d’éventuelles
violations à la loi littoral.
Sean Parker a aussi
accepté de payer
2,5 millions de dollars
au profit de programmes
de conservation du littoral.
La généreuse corbeille de
la mariée a même bénéficié
à la ligue de protection des
séquoias afin de reboiser
une parcelle détruite par un
incendie cinq ans plus tôt. ■
CHARLES GAUTIER
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L'HISTOIRE
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le PLUS du
FIGARO ÉCO
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018 LE FIGARO
24
L'ÉVÉNEMENT
Les grands
acteurs
du VTC doivent
financer
une croissance
à marche forcée
et une course
sans fin
à l’innovation.
EMMANUEL EGLOFF £@eegloff
TRANSPORT Cent vingt milliards
de dollars ! C’est la capitalisation
un brin extravagante que vise
Uber pour son introduction en
Bourse, l’année prochaine. Extravagante, car la société n’a réalisé
que 7,5 milliards de dollars de
chiffre d’affaires en 2017… et dégagé 4,5 milliards de pertes ! Sur
la ligne de départ de cette course à
la Bourse, Uber n’est pas seul :
Lyft, son concurrent aux ÉtatsUnis, a la même ambition. Il a déposé son document d’introduction quelques jours avant son
grand rival. L’objectif visé est plus
modeste, avec « seulement »
15 milliards de dollars de capitalisation pour 1 milliard de chiffre
d’affaires l’an dernier. Lyft est
donc clairement le challenger,
ambitieux et dynamique. La
société, créée en 2012, est le
concurrent
nord-américain
d’Uber.
Sur chaque zone géographique
où il est présent, Uber affronte un
compétiteur local national très
solide. En Amérique du Nord,
c’est Lyft, qui, compte tenu de la
taille du marché, a déjà atteint une
taille très importante : il n’a cessé
de grignoter des parts de marché,
profitant des problèmes d’image
d’Uber. Lyft serait aujourd’hui à
environ 35 % des réservations de
VTC aux États-Unis.
Cette entrée en Bourse n’est pas
forcément une nécessité du strict
point de vue financier. Uber comme Lyft ont un vrai talent pour le-
Uber et Lyft
à l’assaut
de la Bourse
ver de l’argent. Depuis sa création, le premier a mobilisé
21 milliards de dollars auprès de
fonds d’investissement ; le second, 5,1 milliards. Grâce à l’introduction en Bourse, l’un et
l’autre fidéliseront mieux leurs
équipes, très démarchées dans la
Silicon Valley, en leur proposant
des actions facilement cessibles.
Partenariat avec les villes
Pour Nicolas Louvet, président du
bureau de recherche 6t, « être
coté en Bourse permettra surtout
d’effectuer des acquisitions sans
sortir de cash, mais en utilisant
l’échange d’actions ». Un intérêt
d’autant plus fort que ces grands
acteurs du VTC multiplient actuellement les acquisitions à des
prix très élevés. Uber serait en
discussion avec les gestionnaires
de trottinettes électriques en libre-service Bird ou Lime, sur des
valorisations dépassant le milliard
de dollars. Deux entreprises qui ne
gagnent évidemment pas d’ar-
gent. Vélos en libre-service, trottinettes électriques… Uber et Lyft
ne négligent aucun de ces nouveaux modes de transport. « Les
marges de ces activités sont faibles
et ils doivent s’intéresser à tous les
concurrents nouveaux, analyse Nicolas Louvet. C’est ce qui s’est un
peu passé avec l’émergence des
cars “Macron” pour Blablacar. »
Le métier de ces appli de VTC
reste difficile aujourd’hui, même
pour un géant comme Uber. « Le
premier VTC qui entre sur une ville
doit beaucoup investir, pour créer
le marché en attirant les chauffeurs et les clients, explique Maxime Coupez, directeur chez Fabernovel Innovate. Mais par la
suite, les barrières à l’entrée sont
légères: les clients comme les
chauffeurs peuvent facilement
passer d’une plateforme à
l’autre. » Ce qui explique l’existence de concurrents locaux solides, comme Taxify en Europe, ou
Chauffeur Privé en France.
Les pertes de la plupart des ap-
Lyft est le concurrent
d’Uber aux États-Unis.
JUSTIN LANE/EFE
Les chiffres
clés
CHIFFRE D'AFFAIRES
En milliards de dollars
Uber
Lyft
7,5
6,5
1
0,7
2016
2017
NOMBRE
DE CHAUFFEURS
En millions
3
1,4
Uber
Lyft
plis de VTC s’expliquent ainsi. Les
marges sont faibles et les investissements pour ouvrir de nouvelles
villes ou développer la technologie, importants. Pour autant,
« perdre de l’argent n’est pas un
souci s’il est possible de crédibiliser
la trajectoire de développement futur », estime Joël Hazan, directeur
associé au Boston Consulting
Group. Le modèle économique
n’est pas stabilisé, mais la direction semble aujourd’hui bien définie. « Le business model actuel repose sur les commissions prises sur
les courses encaissées par un
chauffeur, poursuit Joël Hazan.
Mais la plupart des grands acteurs
se dirigent vers une offre multimodale et une intégration dans les politiques de transport des villes. »
Cette idée de partenariat peut
sembler étonnante, notamment
pour Uber qui s’est un peu
construit contre les municipalités.
Mais son nouveau patron, Dara
Khosrowshahi, a résolument
changé de stratégie en la matière.
À Londres, il va aider ses chauffeurs à passer à la voiture électrique pour contribuer à la réduction
des émissions polluantes. À Nice,
il complétera certaines lignes de
bus de nuit, avec un coût partiellement pris en charge par la régie
de transport.
Aux États-Unis, dans certaines
villes, l’application Lyft intègre les
services de transports publics. Ce
mouvement bouleversera le modèle économique de ces acteurs.
« Les plateformes de VTC ne sont
pas les seuls acteurs à viser ce marché, mais ils semblent aujourd’hui
bien placés pour gagner cette bataille, analyse Joël Hazan. Ils disposent souvent d’une marque forte,
d’une base de clients, d’un outil
technologique au point et d’une organisation par ville. » Ce modèle
sera encore plus facile à mettre en
œuvre avec la mise en service de
robots taxis. Ce qui justifie les investissements d’Uber et Lyft dans
les technologies du véhicule autonome. ■
ARGENT LEVÉ
DEPUIS LA CRÉATION
Pourquoi les plateformes sont devenues
le Graal des investisseurs
En milliards de dollars
Uber
213
Lyft
Et si la blockchain rebattait
les cartes
5,1
A
MATHILDE VISSEYRIAS
£@MVisseyrias
Hégémoniques, les plateformes
(Amazon, Uber, Airbnb, Facebook…) caracolent en tête des sociétés les plus chères du monde.
Airbnb référence plus de 5 millions
de logements dans le monde, sans
en posséder un seul. La société
américaine est valorisée 35 milliards de dollars, trois fois plus
qu’AccorHotels et ses 4 500 hôtels.
Uber n’a pas de voiture, fait travailler des chauffeurs indépendants, et prépare une introduction
en Bourse à 120 milliards de dollars.
« La valorisation des plateformes
n’est pas liée à leurs revenus, leurs
résultats ou même leurs actifs puisque la plupart en ont peu, insiste
Emmanuel Jusserand directeur
exécutif chez Accenture Strategy.
Leur richesse est ailleurs. En étant
capables de mettre en relation tous
les intervenants d’un écosystème
(clients, fournisseurs…), elles offrent
à terme la perspective de revenus exponentiels. » Pour les investisseurs,
c’est la promesse de démultiplier
leur mise à condition de miser sur le
bon cheval. C’est le risque à prendre : « Winner takes all ».
Dans cette course folle, il y a eu
des morts. Il y en aura encore. Les
plus grands concurrents des plateformes sont… d’autres plateformes.
Exemple en France, dans la livraison à domicile : Foodora a quitté le
pays, faute d’être en tête. Deliveroo
a l’exclusivité de la livraison à domicile de Burger King, Uber Eats
celle de McDo. Il y aura un gagnant
au duel.
En lançant Amazon, Jeff Bezos
avait prévenu les investisseurs : gagner de l’argent prendra du temps.
Il a fallu neuf ans. Les investisseurs
ont suivi. Airbnb, qui fête son
dixième anniversaire, a atteint la
rentabilité opérationnelle l’an dernier. La confiance d’investisseurs
privés (Andreessen Horowitz, Sequoia Capital…), ayant accepté
d’injecter des milliards pour alimenter leur poulain, a payé. Airbnb
a mondialement imposé sa marque.
Le site compte attirer un milliard de
voyageurs par an d’ici à 2028.
Des monopoles naturels
« Pour toutes les plateformes, la logique est la même : construire en
5-10 ans les bases d’un trafic qui se
chiffre en dizaines de millions de
consommateurs, sur un marché très
spécifique au début (VTC, location
saisonnière d’appartements, livraison de repas à domicile…) », explique Morgann Lesné, associé chez
Cambon Partners. La Bourse prend
le relais du capital-risque une fois
que ces nouveaux champions sont
capables de rendre des comptes
tous les trimestres.
Nous y sommes. Avec Uber, dont
l’introduction en Bourse pourrait
être la plus importante de 2019.
Avec Airbnb, qui s’y prépare. Ces
5
millions
Nombre de logements
dans le monde référencés
par Airbnb
opérations doivent permettre la
mise à feu du deuxième étage de la
fusée. « Les plateformes ont créé des
monopoles naturels. Elles tirent de
leur écosystème une force absolue,
grâce à leur connaissance des comportements des clients. Améliorer et
élargir leur offre leur coûte de moins
en moins cher », affirme Nicolas
Glady, professeur à l’Essec. En toute logique, Airbnb déploie ses ailes
dans les voyages. Uber dans la mobilité. Amazon dans l’e-commerce
et maintenant aussi la santé, qui
concerne tous ses utilisateurs.
En plus de la location d’appartements, Airbnb offre déjà des expériences aux voyageurs ; propose de
réserver une table au restaurant
aux États-Unis. La plateforme référence même des chambres d’hôtels. Brian Chesky, cofondateur, a
promis qu’à l’avenir Airbnb commercialiserait aussi des billets
d’avion. Il a les moyens de s’offrir
une compagnie aérienne.
Uber Eats est devenu la pépite
d’Uber. Tout porte à croire que le
géant ne se contentera pas de livrer
uniquement des repas, à domicile.
En Chine, la start-up MeituanDianping s’est introduite en Bourse
en septembre, à… 50 milliards de
dollars. À l’origine spécialisée dans
la livraison de repas à domicile et
les achats groupés, c’est aujourd’hui une « killer app », qui compte plus de 320 millions d’utilisateurs. Elle permet de réserver des
voyages, commander un VTC,
acheter un ticket de cinéma, des
billets de train… La plateforme
vient même de dépasser Ctrip, la
plus grande agence chinoise de
voyages, en nombre de nuitées hôtelières vendues cette année. ■
Sources : sociétés
DÉCRYPTAGE
Infographie
Enguérand Renault
ernault@lefigaro.fr
Les
« plateformes
tirent de leur
écosystème
une force
absolue,
grâce
à leur
connaissance
des
comportements
des clients.
Améliorer
et élargir
leur offre
leur coûte
de moins en
moins cher
»
NICOLAS GLADY,
PROFESSEUR À L’ESSEC
Blockchains contre plateformes. Un
affrontement quasi philosophique
est en train de se dessiner. Depuis
une décennie, les plateformes ont
construit leur puissance sur la centralisation de l’offre et de la demande. Les millions d’utilisateurs
d’Uber, d’Airbnb, ou les milliards
de Facebook et d’Amazon ont façonné de nouveaux modes de déplacement, d’hébergement, de
communication ou de commerce.
Leur adoption massive par la population repose sur une très grande facilité d’usage, la fameuse « user experience ». Mais, en contrepartie,
les plateformes se sont arrogé le
pouvoir de définir elles-mêmes
leurs règles, de les changer à leur
guise et de les imposer à tout le
monde. En quelques années, ces
plateformes se sont construit de véritables rentes et disposent d’un
pouvoir de marché tel qu’il est bien
difficile pour les États de les réguler.
Si les États ont du mal à lutter, ces
plateformes ont tout de même un
talon d’Achille. Créatures technologiques, elles pourraient être mises
à mal par une autre technologie : la
blockchain.
Dans sa conception même, cette
dernière prend l’exact contre-pied
des plateformes. La blockchain est
une technologie de stockage et de
transmission d’informations, permettant la constitution de registres
totalement décentralisés - sans organe central de contrôle - sécurisés
et totalement transparents. Les
principes de fonctionnement des
blockchains sont fixés dans un protocole informatique et ne peuvent
être changés unilatéralement.
Les blockchains ont conduit à la
création de crypto-monnaies comme le bitcoin ou l’ether. Mais elles
peuvent également faciliter la création de « contrats intelligents »
(smart contracts) qui permettent à
des personnes physiques ou morales d’échanger des biens et des services sans l’intermédiaire d’une
plateforme. Ces échanges de pair à
pair peuvent être réglés par des
tokens ou monnaies virtuelles.
« Smart contracts »
Dès lors, on pourrait voir émerger
des contrats intelligents pour la publicité directement entre annonceurs et médias, d’autres entre
loueurs et locataires de logements
ou encore entre particuliers et
chauffeurs privés. On voit aujourd’hui se développer des alternatives
à Uber comme Arcade.city. Créée
en 2015 à Portsmouth par Christopher David, un ancien chauffeur
Uber Arcade.city est aujourd’hui
présent dans 150 villes de 35 pays
différents. Cette application permet
de mettre directement en relation
un utilisateur et un chauffeur. Le
premier peut choisir son chauffeur
et ce dernier définit lui-même son
tarif. Face à Airbnb, Slock.it développe des smart contracts qui permettent à un locataire d’ouvrir la
serrure connectée d’un logement
mis en location sur une blockchain.
Les exemples vont se multiplier. La
rapidité de l’émergence des plateformes permet de penser qu’elles
peuvent tout aussi rapidement être
contestées. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
GUILLAUME
PEPY
toujours 5 heures pour aller de Paris à Lyon en voiture et deux heures
en TGV. Si on remplaçait une ligne
de RER par un véhicule autonome,
il faudrait une autoroute à deux fois
vingt voies ! Un seul train est capable de transporter entre 200 et
1 300 personnes. Il y a une place
pour chacun. En outre, le train
autonome arrivera avant le véhicule autonome. Les premiers trains
pilotés à distance, une première
étape, rouleront à partir de 2019. À
partir de 2023, les premiers trains
frets et TER autonomes circuleront
sur le réseau ferré national, en milieu « ouvert ». Mais rappelons que
le train autonome, ce n’est pas forcément un train sans conducteur.
C’est avant tout de la conduite
automatisée. Ce train calculera
tout seul sa vitesse idéale, ce qui
permettra de faire circuler 20 % de
train en plus sur une même infrastructure et d’économiser 20 %
d’énergie.
PRÉSIDENT DU DIRECTOIRE
DE LA SNCF
PROPOS RECUEILLIS PAR
VALERIE COLLET £@V_Collet
JACQUES-OLIVIER MARTIN £@jocjom
Alors que les plateformes de transport et les véhicules autonomes se
développent, le PDG de la SNCF
explique sa stratégie en matière de
mobilité.
LE FIGARO. – Les plateformes
mondiales de mobilité, comme
Uber ou encore le projet Flow
de Google, qui veulent agréger
tous les types de transport,
ne sont-elles pas une menace
pour une entreprise comme
la vôtre ?
Guillaume PEPY. – C’est d’abord
une chance pour les clients qui
n’ont jamais eu autant de choix en
matière de mobilité. Ils vont peu à
peu avoir accès, en temps réel, à la
totalité des offres de transport sur
leur smartphone avec des fonctions nouvelles : choix des itinéraires, réservation, paiement et billet.
Les plateformes, ces « couteaux
suisses » de la mobilité, sont une
révolution. Mais contrairement à
d’autres acteurs, notre métier chez
SNCF est double : produire des
trains et des offres de transports, et
en même temps offrir la plateforme
la plus ouverte et la plus efficace
possible. La SNCF ne sera donc jamais « une entreprise sans usine ».
Pourquoi la SNCF serait-elle
mieux placée que les autres
acteurs de la mobilité ?
Voyages-SNCF.com,
rebaptisée
OUI.sncf, est une marque de
confiance. C’est le premier site
français de e-commerce dont l’application a été téléchargée par
17 millions de personnes. Nous
sommes partis les premiers en
2000, l’année de la création de Google en France. Aujourd’hui, nous
sommes à la pointe de l’innovation
dans les domaines de l’intelligence
artificielle et du conversationnel.
Tous les jours nous travaillons à
améliorer notre expérience client.
Notre plateforme sera en concurrence avec d’autres, bien sûr, mais
nous sommes reconnus et aimés.
Comment améliorer l’offre
de solutions simples et fluides
de transports collectifs ?
Nous allons lancer pour l’été prochain notre « assistant personnel
de mobilité » qui facilitera la vie de
nos clients en proposant des déplacements « porte à porte » qui
combinent plusieurs services de
transport. Notre objectif est simple
mais ambitieux : faire reculer
l’usage de la voiture individuelle.
Aujourd’hui, ce sont les aléas, les
perturbations, la complexité qui
font renoncer les voyageurs occasionnels en transport collectif. Notre « offre » pourra se reconfigurer
Si on
« remplaçait
une ligne
de RER par
un véhicule
autonome,
il faudrait une
autoroute
à deux fois
vingt voies !
Allez-vous investir
financièrement
dans la voiture autonome ?
Nous voulons être présents dans
toutes les mobilités partagées, les
taxis robots comme les navettes
autonomes. Nous sommes déjà au
capital de Navya au même niveau
que Valeo. Ces navettes 100 %
électriques offrent des services de
complément 24/24 à coût quasiment nul et en toute sécurité. Depuis la gare de La Défense, par
exemple, un véhicule desservira
toutes les tours de bureaux.
»
« La SNCF veut
être présente dans
toutes les mobilités
partagées »
automatiquement en cas de perturbations… D’autres itinéraires et
des modes alternatifs seront proposés aux voyageurs.
Vous proposez donc
aux autres opérateurs de venir
sur votre plateforme ?
Oui ! Mais nous n’avons pas de visée hégémonique. Il y aura d’autres
plateformes ! Au printemps, vous
verrez nos premiers partenaires :
aux côtés de Ouibus et de BlaBlaCar, des VTC, des acteurs de
l’autopartage, du transport urbain.
Certains noms pourraient peutêtre même surprendre. Tout est
envisageable ! Seul le transport aérien ne sera pas proposé sur notre
application. Il n’est pas assez écologique et durable.
Le véhicule autonome sera
bientôt déployé en France.
Ne va-t-il pas concurrencer
tous les autres modes de transports
et notamment le train ?
Le train est irremplaçable. Il faudra
Avez-vous les moyens
de financer vos développements
dans les nouvelles mobilités ?
Ces investissements dans les nouvelles mobilités sont très raisonnables. Il s’agit de quelques centaines
de millions d’euros par an pour un
groupe qui investit 6 à 7 milliards
d’euros par an. Au total, 90 % de
nos investissements sont consacrés
aux trains et 85 % sont localisés en
France. L’essentiel de ces investissements va d’ailleurs à la rénovation du réseau grâce à la réforme
ferroviaire. Cela représente quand
même 46 milliards d’euros de 2019
à 2026.
Quelles sont les sociétés
innovantes qui vous inspirent ?
Nous regardons ce que fait MTR,
la société chinoise qui exploite le
métro de Hongkong. La qualité de
service de leurs métros et RER
compte parmi les meilleures du
monde. Nous nous intéressons
aussi aux grandes entreprises de
fret ferroviaire au niveau mondial. Nous serons les premiers à
lancer un train de fret digital, qui
permettra de gagner en productivité et d’améliorer réellement le
service client. L’enjeu est immense. Nous avons choisi la technologie de Traxens, l’une des
5 000 start-up de notre écosystème digital, pour réaliser ce projet.
Nos métiers évoluent fortement
du fait des nouveaux usages et du
digital. À la SNCF, nous sommes
en train de réinventer nos métiers
tout en inventant les mobilités de
demain. ■
25
Bio
EXPRESS
1995
Directeur général
adjoint chargé
du développement
du groupe Sofres.
1997
Guillaume Pepy
prend la direction
des grandes lignes
chez SNCF, puis celles
de toutes les activités
voyageurs. Il crée
voyages-sncf.com
dont il est président
de 1998 à 2006.
2008
Il devient président
du directoire de SNCF.
Les
plateformes,
ces « couteaux
suisses »
de la mobilité,
sont une
révolution
GUILLAUME PEPY
»
90 %
des
investissements
de la SNCF sont consacrés
aux trains et 85 % sont
localisés en France
EN VIDÉO SUR
www.lefigaro.fr
Le chantier du CDG Express sous le feu des critiques
Décidément, le CDG Express - qui
doit relier Paris à l’aéroport de
Roissy - est maudit ! Après la polémique sur l’appel d’offres remporté par Keolis et RATP pour
l’exploitation de la future ligne
mais contesté par Transdev, le
concurrent éconduit, voici la
fronde des élus d’Île-de-France.
Malgré leurs divergences politiques, ils expriment une même
crainte : que les travaux de ce
chantier empoisonnent la vie des
« voyageurs du quotidien » pendant deux à trois ans.
En effet, plusieurs chantiers devraient se dérouler en même
temps au nord de la capitale alors
que le trafic ferroviaire y est déjà
saturé. Mercredi, Valérie Pécresse, la présidente de la région également à la tête d’Île-de-France
Mobilités, a déclenché le signal
d’alarme. Elle demande à l’État de
priorité
« neLa peut
pas
être donnée
à cette ligne
qui va
concerner
24 000
passagers
par jour alors
que le RER B
concerne
850 000
voyageurs
quotidiens
»
STÉPHANE BEAUDET,
VICE-PRÉSIDENT
DE LA RÉGION
ÎLE-DE-FRANCE
EN CHARGE
DES TRANSPORTS
suspendre les travaux de cette ligne pour apporter toutes les garanties : « Même si les bénéfices du
CDG Express pour l’attractivité de
notre région sont réels, les travaux
générés par ce projet dans son calendrier actuel pourraient durablement détériorer la vie quotidienne
de millions de Français. »
Le lendemain, la maire de Paris,
Anne Hidalgo, et le président de la
Seine-Saint-Denis,
Stéphane
Troussel, lui emboîtaient le pas.
Tous deux rappellent que « leur
détermination à faire de Paris et de
la Seine-Saint-Denis des territoires
attractifs pour les touristes et les
investisseurs reste intacte », mais
que « rien ne vient démontrer
aujourd’hui que le CDG Express y
contribuerait significativement ».
Ce n’est pas la position des élus de
la région : « Nous sommes favorables au CDG Express, rappelle
Stéphane Beaudet, vice-président
de la région Île-de-France en
charge des transports. Mais nous
pensons que la priorité ne peut pas
être donnée à cette ligne qui va
concerner 24 000 passagers par
jour alors que le RER B concerne
850 000 voyageurs quotidiens. »
Précipiter les décisions
Les promoteurs du CDG Express
avaient espéré mettre la ligne en
service en 2024 au moment des
Jeux olympiques, mais ce calendrier ambitieux mérite-t-il d’être
maintenu s’il met en péril le fonctionnement des transports d’une
bonne partie de l’Île-de-France ?
Le préfet de la région a réuni il y a
un mois un comité de pilotage
pour évaluer l’échelonnement des
travaux. Il se réunira à nouveau en
février.
Mais, d’ici là, l’État doit signer
avec Keolis et la RATP le contrat
d’exploitation de la ligne. Impossible de précipiter les décisions.
D’autant que la ministre des
Transports a martelé ces derniers
mois son credo - et la loi mobilités
- en faveur des transports du quotidien… La SNCF se retrouve tiraillée entre les deux camps. D’un
côté, les dirigeants de la branche
de la SNCF qui exploite les trains
d’Île-de-France réclament un
coup de frein sur le CDG Express.
De l’autre, SNCF Réseau est l’un
des trois partenaires - aux côtés
d’Aéroports de Paris et de la Caisse des dépôts - de la société chargée de concevoir, de financer, de
réaliser et d’entretenir l’infrastructure du CDG Express…
Ces derniers sont même
conscients que les travaux auront
un impact sur la circulation des
trains en Île-de-France. Aéroport
de Paris a répondu par voie de
communiqué à Valérie Pécresse
en affirmant que « toutes les mesures seront prises pour limiter
l’impact des travaux nécessaires au
projet tant pour les riverains que
pour les usagers des transports collectifs ». Mais le gestionnaire de
l’aéroport paraît bien seul. ■
La plupart
des grands
acteurs comme
Uber se dirigent
vers une offre
multimodale
et une
intégration
dans
les politiques
de transport
des villes
»
JOËL HAZAN, DIRECTEUR
ASSOCIÉ AU BOSTON
CONSULTING GROUP
A
VALÉRIE COLLET £@V_Collet
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018 LE FIGARO
26 ENTREPRISES
La Bundesbank plus pessimiste pour l’économie allemande
La banque centrale ne prévoit plus que 1,6 % de croissance en 2019 pour ce pays ouvert sur un monde incertain.
DAVID PHILIPPOT£@DavPhilippot
BERLIN
Le président
de la Bundesbank,
Jens Weidmann.
H. HANSCHKE/REUTERS
EUROPE La Bundesbank a rejoint
la cohorte des pessimistes. Dans
son rapport semestriel rendu public vendredi, l’institution de
Francfort modère significativement ses prévisions de croissance
pour cette année. L’accroissement
du PIB s’élèverait à 1,5 %, et non
plus 2 % comme le pronostiquait
le rapport du premier semestre.
Même si elle anticipe également
un fléchissement pour l’an prochain (1,6 % contre 1,9 % au printemps), la « Buba » n’abaisse pas
autant ses prévisions que l’institut
IFO : 1,1 % seulement ! L’institut
de Munich a d’abord fait référence
dans son rapport prévisionnel publié jeudi aux « effets de la crise
automobile qui vont se prolonger
jusqu’en 2019 ». Son responsable
de la conjoncture, Timo Wollmershäuser, a pointé de multiples
facteurs d’incertitudes : en premier lieu le Brexit, l’Italie et la politique commerciale des ÉtatsUnis. Ce qui trouble les
perspectives des entreprises allemandes, dépendantes des exportations.
D’autres grands instituts économiques allemands ainsi que la
Banque centrale européenne
(BCE) ont également corrigé à la
baisse leurs prévisions. Malgré le
recul surprise du PIB allemand
enregistré au troisième trimestre
(-0,2 %), le premier depuis 2015,
tous s’accordent sur un point :
une récession ne serait pas en vue.
Motif d’espoir selon les économistes de la Bundesbank, « la demande intérieure demeure soutenue grâce à la consommation des
ménages, non seulement portée par
une forte hausse des salaires, mais
également par la politique budgétaire expansive. En outre, les nouvelles prévisions tablent sur un environnement extérieur stable ».
Douche écossaise
Mais ces corrections à la baisse
renforcent l’incertitude des marchés et la difficulté de prévoir.
Après la longue période d’expansion économique marquée par le
faible loyer de l’argent, gare à la
douche écossaise. La vice-prési-
dente de la Bundesbank, Claudia
Buch, appelle le secteur financier
allemand à « renforcer sa capacité
de résistance et constituer des réserves pour des périodes plus difficiles ». Les rumeurs de fusion ces
derniers mois entre la Deutsche et
la Commerzbank participent du
sentiment d’insécurité générale.
La vulnérabilité financière n’est
que l’un des trois facteurs d’instabilité identifiés par la banque fédérale dans son rapport, avec une
survalorisation des actifs, en particulier dans l’immobilier, combinée aux risques liés à une hausse
des taux. Leur concomitance inquiète, associée au coup de frein
de la conjoncture.
Par ailleurs, le manque de
main-d’œuvre, talon d’Achille de
L’Éthiopie
accélère sa
mue en usine
de l’Afrique
Le gouvernement mise
sur l’avantage compétitif des bas
salaires pour attirer les capitaux.
NATHALIE TISSOT £@Nathalie_Tissot
ADDIS-ABEBA
AFRIQUE DE L’EST De l’extérieur,
les bâtiments ressemblent à ceux
d’un quartier résidentiel paisible
au nord d’Addis-Abeba. Pourtant,
au deuxième étage d’un des immeubles du quartier d’Addisu Gebeya, une quarantaine d’ouvriers
s’affairent sur leur machine à coudre. Ils produisent quotidiennement entre 1000 et 1500 uniformes
basiques, confectionnés à partir de
tissus importés et destinés au marché local. Hayelom et Aster ont
monté leur atelier de couture il y a
six ans. Le chef d’entreprise éthiopien dit ne pas avoir de problème
de fidélité de la main-d’œuvre,
souci récurrent dans les parcs industriels, car selon lui, « ils sont
bien payés »: 2 000 birrs (63 euros)
par mois auxquels s’ajoute une part
variable en fonction de la production. Dans les usines de cuir, le salaire moyen est de 40 euros par
mois, selon la Commission éthiopienne d’investissement. C’est
l’avantage comparatif qu’utilise le
pays pour attirer les investisseurs
étrangers dans le textile, le cuir,
l’agro-industrie et bientôt l’industrie pharmaceutique. « 85 millions
d’emplois vont être délocalisés de
Chine dans les années qui viennent », se félicite Fitsum Arega, le
commissaire à l’investissement.
Dix parcs industriels publics et
privés sont encore en construction
sur tout le territoire à côté des six
déjà terminés. Parmi eux, celui
d’Hawassa, situé à 300 kilomètres
au sud d’Addis-Abeba, est souvent
présenté en modèle. Pourtant, il
n’atteint toujours pas la totalité de
sa pleine capacité. « On ne pousse
pas pour l’utilisation maximum du
parc, car nous avons un défi : celui du
logement à prix raisonnable pour les
personnes arrivant d’autres villes »,
justifie Fitsum Arega. Près de
20 000 ouvriers travaillent déjà sur
De jeunes ouvrières
dans une usine
d’habillement
autour de la capitale,
Addis-Abeba.
DPA/ABC/ANDIA.FR
le site. Malgré les salaires très compétitifs par rapport à d’autres pays
africains et des incitations fiscales,
la formation de la main-d’œuvre,
sa pérennité dans l’entreprise et les
connexions routières restent des
défis majeurs pour les investisseurs.
Financements européens
En Éthiopie, le secteur industriel
contribue à moins de 17 % du PIB,
selon un rapport de l’Institut
éthiopien de recherche sur le développement, en retard sur le plan
quinquennal.
Les récentes annonces de libéralisation du gouvernement éthiopien, qui espère entrer à l’Organi-
Une nuit pour entreprendre
à l’école des Ponts Paris Tech
L’école d’ingénieurs a créé un événement nocturne
pour sensibiliser les étudiants à la création d’entreprise.
A
CORINNE CAILLAUD £@corinnecaillaud
ENTREPRISE
L’ex-cantine de
l’école des Ponts Paris Tech, devenue une vaste salle de travail à l’architecture moderne, a des allures de
ruche. Même la mezzanine a été investie par les étudiants, venus
concourir à la cinquième édition
d’« Une nuit pour entreprendre »,
organisée par la prestigieuse école
d’ingénieurs. L’objectif : sensibiliser
les jeunes à la création d’entreprise.
La manifestation - qui se déroule
traditionnellement en décembre rassemble cette année 70 étudiants.
Ouverte à 23 autres établissements de l’enseignement supérieur, dont HEC, CentraleSupélec
ou encore l’École nationale supérieure des arts décoratifs, « elle est
de plus en plus prisée et monte en
puissance », indique Sophie Mougard à la tête de l’institution. Le défi
consiste à élaborer en 12 heures un
projet qu’ils présenteront au petit
matin sous la forme d’un film vidéo
de 30 secondes, d’un PowerPoint et
d’un pitch de 3 minutes. Ce 5 décembre, la séance est ouverte dès
19 h 15 par une conférence d’Arnaud Giraudon, directeur général
de Nickel, venu témoigner de son
expérience d’entrepreneur.
À partir de 20 heures, les étudiants choisissent leur thématique
parmi les 7 proposées, forment une
équipe et ébauchent une première
idée. Julian, étudiant en première
année à l’école des Ponts a opté
pour « mobilité et transport ». Un
sujet lui tient à cœur : comment
mettre à profit les temps de trajets
dans les transports en commun.
Une réflexion qui inspire cinq de ses
condisciples, dont Mathis, qui
s’avoue passionné par l’entrepreneuriat et a déjà participé au programme Graine d’entrepreneur de
la Fondation Entreprendre. « L’idée
d’inventer quelque chose qui n’existe
pas et de changer le quotidien des
gens est stimulante. J’aime me voir
visionnaire », confie ce grand brun
au sourire charmeur. Alice, étudiante en 2e année, sera la seule fille
de l’équipe - cette nuit-là, les jeunes femmes se comptent sur les
doigts des deux mains. Son objectif
est de « tirer le maximum d’enseignements de cette démarche de travail en mode projet ».
Une révélation
Onze autres groupes se sont formés
autour d’eux, tous coachés par des
professionnels et des collaborateurs
de l’école. L’équipe de Julian est gâtée : c’est Marie-Mathieu Pruvost,
directrice de l’enseignement de
l’école qui encadre leur équipe.
Cette dynamique blonde est à l’initiative de la manifestation. « Pour
beaucoup d’étudiants, cette nuit est
une révélation. Ils s’aperçoivent
qu’on n’est pas obligé d’être le super-créatif de la bande pour apporter
sa pierre à l’édifice, et qu’il faut savoir écouter pour avancer. » Ses
questions bousculent un peu le
Séance
de « brainstorming »
pendant la cinquième
édition d’« Une nuit
pour entreprendre »,
à l’école des Ponts
Paris Tech.
ÉCOLE DES PONTS
PARIS TECH
Repli des créations
d’entreprise
Le nombre de créations d’entreprise
en France a reculé de 5,3 %
en novembre, mettant fin à trois
mois de hausse, selon les données
publiées ce vendredi par l’Insee.
Le mois dernier, ce sont ainsi quelque
58 667 entités qui ont été créées.
Les immatriculations de microentrepreneurs sont en forte baisse
de 11,2 %, après avoir enregistré un
bond de 8,9 % le mois précédent. Les
créations d’entreprise classique sont
en très léger recul (- 0,2 %), après
une hausse de 0,8 % en octobre.
Sur un an, les créations restent
en progression (+ 17,3 %), même
si le rythme ralentit légèrement.
l’économie allemande, pourrait
s’accentuer : selon une étude de
l’institut économique allemand
IW publiée jeudi, la moitié des immigrés entrés l’an dernier sont
déjà repartis de la République fédérale. En majorité des personnes
qualifiées.
Le président de la « Buba »,
Jens Weidmann, tout en estimant
l’économie solide à court terme, a
d’ailleurs replacé ces prévisions
dans le cadre de long terme de
l’évolution démographique. Le
vieillissement de l’Allemagne
« contribue à une pénurie de plus
en plus prononcée sur le marché du
travail et, concernant la demande,
(il) freine le besoin en logements et
la tendance des entreprises à investir ». ■
sation mondiale du commerce
(OMC) d’ici à 2020, ouvrent de
nouvelles perspectives. La Banque
mondiale a récemment annoncé
1,2 milliard d’aides pour soutenir
ces réformes. Selon l’institution,
l’industrie est le secteur à la plus
forte croissance. « Avec son énorme
population, sa politique de création
d’emplois fondée sur l’agro-industrie, ce pays est un bon exemple d’industrialisation », confirme Li Yong,
le directeur général de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (Onudi).
La Banque européenne d’investissement (BEI), autre bailleur important, a un encours de prêts
autour de 450 millions d’euros sur
une trentaine de projets. « Notre
activité en Éthiopie a beaucoup augmenté ces dernières années », explique son vice-président, Ambroise Fayolle, en visite le mois
dernier à Addis-Abeba pour une
conférence sur l’industrialisation
en Afrique.
Contrairement à la plupart des
PME éthiopiennes, qui peinent à
trouver des financements, Hayelom et Aster ont obtenu un prêt
d’une banque locale grâce à l’aide
de la BEI. « Les microentreprises
sont celles qui se heurtent aux plus
grandes difficultés, note l’institution dans son dernier rapport sur le
secteur bancaire en Afrique, 70 %
d’entre elles déclarent avoir du mal
à accéder au crédit alors que 40 %
des PME évoquent cet obstacle. »
Aujourd’hui le couple d’entrepreneurs cherche à nouveau des soutiens financiers pour importer de
nouvelles machines, augmenter et
diversifier sa production avec l’espoir d’intégrer un jour un parc industriel. ■
groupe, vite gagné par son enthousiasme communicatif. « Vous devez
benchmarker votre projet, réaliser
une étude de faisabilité et dresser votre plan d’action pour la nuit pour
que vos livrables soient prêts demain
matin à 7 heures. » Les étudiants
lancent leurs recherches sur leurs
ordinateurs respectifs, tandis que
Julian note les données clés sur un
paperboard. Très vite la petite bande s’oriente vers le développement
d’une appli proposant des services.
À 22 heures passées, les six étudiants tournent en rond. Heureusement, l’imposant buffet dressé dans
la salle où ils puisent à volonté permet de recharger les batteries.
L’idée, finalement, sera de créer
une appli qui permette à la fois de
choisir son RER ou train en fonction
de l’affluence et de pouvoir y retrouver des amis. Au fil des heures
Mathis s’affirme naturellement en
leader. Thomas et Romain, les deux
geeks du groupe, préparent le prototype de l’appli et créent des visuels. Ils s’interrompent le temps
d’un « brainstorming » pour trouver le nom de l’appli - elle sera finalement baptisée « Friendway ».
À 7 heures, tout est fin prêt pour
la présentation au jury. Malgré toute l’énergie mise dans « Friendway », le premier prix est décerné à
un projet concurrent: «Vigidrone », qui vise l’intervention rapide
des secours sur les zones accidentogènes des autoroutes grâce à des
drones intelligents. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018
ENTREPRISES
27
Nucléaire : l’EPR chinois entre en scène
Pour la première fois, un réacteur de nouvelle génération fournit de l’électricité. Un événement pour toute
la filière. Associé au projet en Chine, EDF prévoit de pouvoir faire de même en 2020 pour celui de Flamanville.
feuille de route des pouvoirs publics sur la période 2018-2028
présentée début décembre, laisse
en suspens la relance éventuelle
du programme nucléaire en
France : une décision sera prise en
2021, après qu’EDF aura apporté la
preuve que la construction d’une
série d’EPR réduit significativement les coûts. Pour l’électricien,
cette gamme doit remplacer à terme les réacteurs actuels.
FRÉDÉRIC DE MONICAULT
fdemonicault@lefigaro.fr
Un écart de moyens
nieurs chinois ont rallié la Normandie pour travailler sur le prototype français. À Flamanville, le
premier chargement en combustible est attendu au troisième trimestre de 2019, pour une mise en
service commerciale au début de
2020.
À Paris, Jean-Bernard Lévy, le
PDG d’EDF, a salué « un succès de
toute la filière nucléaire françai-
se ». Présent en Chine depuis
trente-cinq ans, l’électricien entraîne dans son sillage de nombreux
fournisseurs
français
d’équipements (générateurs de
vapeur, tubes, robinets…) et de
services : à Taishan, pas moins de
37 entreprises tricolores ont participé à la construction du réacteur.
Mais quelles que soient la réussite
technologique - l’EPR est un pro-
EDF
jet franco-allemand à l’origine et sa traduction en succès industriel, la mise en route de Taishan 1
s’inscrit forcément en contrepoint
des difficultés de Flamanville.
L’EPR français sera livré avec
presque dix ans de retard et la facture aura au moins triplé, à plus de
11 milliards d’euros. Dans ce
contexte, la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE),
Merck & Co rachète la pépite bretonne Antelliq
Le laboratoire américain débourse 3,25 milliards d’euros pour mettre la main sur ce groupe
dont les étiquettes et les puces identifient 500 millions d’animaux dans le monde.
ANNE BODESCOT
abodescot@lefigaro.fr
SANTÉ ANIMALE Le français
Antelliq va changer de mains. Le
laboratoire américain Merck & Co a
annoncé vendredi avoir racheté
cette PME installée à Vitré (Ille-etVilaine). Elle fabrique notamment
depuis des dizaines d’années les
étiquettes colorées qui ornent les
oreilles des vaches, en France et
dans de nombreux pays, afin de les
identifier et d’assurer la traçabilité
de la viande. Aujourd’hui, la révolution numérique est passée par là,
et Antelliq ambitionne de devenir le
leader mondial de l’intelligence
animale, grâce à ses puces électroniques et ses appareils connectés.
Plus de 5,5 millions de vaches
dans le monde sont équipées avec
ces produits qui permettent même
aux éleveurs de détecter les soucis
de santé ou de mesurer l’évolution
de la production de lait de chaque
bête. Les puces de la PME bretonne
ont aussi été glissées sous la peau de
millions de chats et de chiens, pour
les identifier sans erreur. Elles permettent même de suivre les migrations des poissons et les mœurs de
quelque 20 000 tortues menacées
par la pollution. L’une de ses dernières innovations est celle du collier connecté Animo, grâce auquel
les maîtres 4.0 peuvent suivre la vie
et les aboiements de leur toutou à
distance sur leur smartphone.
Il y a plus de cinq ans, en
mai 2013, le fonds d’investissement
BC Partners avait réussi, avec
beaucoup de patience, à mettre la
main sur cette pépite, qui s’appelait alors encore Allflex et était valorisée 1 milliard d’euros. Il en était
jusqu’à présent resté l’actionnaire
majoritaire avec, à ses côtés, l’un
des plus grands fonds de pension
canadien, PSP Investments, et la
banque suisse Pictet.
Pour mettre la main sur cette pépite, Merck & Co a accepté de dé-
« estLe marché
soutenu
par
la demande
croissante
pour
les protéines
animales,
la traçabilité
des aliments
et la sécurité
alimentaire
MERCK&CO
»
bourser 3,25 milliards d’euros : il
versera 2,1 milliards d’euros en numéraire et prendra en charge la
dette de 1,15 milliard d’euros de
l’entreprise, qu’il compte rembourser peu de temps après la finalisation de l’opération, attendue au
deuxième trimestre 2019.
Un marché prometteur
Le laboratoire américain espère
ainsi renforcer son pôle santé animale, en poussant ses pions sur le
segment le plus dynamique du
marché, celui de l’utilisation des
technologies numériques dans
l’élevage. Un marché soutenu « par
la demande croissante pour les protéines animales, la traçabilité des
aliments et la sécurité alimentaire »,
explique la société américaine.
Antelliq, qui ne réalise qu’une
petite partie de son chiffre d’affaires en Europe, restera une filiale à
part entière, gérée séparément au
sein de la division Merck Animal
Health.
Elle a en tout cas parcouru un
long chemin depuis 1989, date à
laquelle le français SFII avait racheté la société néo-zélandaise
Allflex, déjà bien implantée en
Australie, aux États-Unis et en
Europe. Après la crise de la vache
folle, en 1997, le lancement de solutions d’identification sécurisées
lui avait ouvert de nouveaux marchés, au moment où les réglementations sanitaires se durcissaient.
Cette année, elle a réalisé un chiffre d’affaires de 360 millions
d’euros sur les 12 mois clos au
30 septembre, contre moins de
200 millions d’euros fin 2014.
Mais Antelliq est de moins en
moins bretonne. Elle est dirigée
depuis 2016 par Stefan Weiskop,
un vétérinaire allemand. Il a fait
sa carrière dans l’industrie de la
santé animale outre-Rhin et en
Asie et s’est entouré d’AngloSaxons. Outre Vitré, elle a aussi
des centres de décision à Dallas et
à Londres. ■
ZOOM
PAS D’ENQUÊTE
SUR LE RAFALE
EN INDE
£ La Cour suprême indienne
a établi vendredi l’absence
d’irrégularités dans
le processus concernant
l’achat de 36 Rafale de
Dassault Aviation* par l’Inde.
Elle a refusé « d’interférer »
dans l’affaire, assurant
« ne pas avoir de doute quant
au processus » et n’avoir trouvé
« aucun élément substantiel
prouvant des pratiques de
favoritisme commercial ».
« L’accord est totalement
conforme aux lois et règles
indiennes, comme je l’ai déjà
déclaré, et le premier élément de
Falcon vient de sortir de notre
usine de Nagpur pour être
livré », a déclaré Éric Trappier,
le PDG de Dassault Aviation.
Selon les termes du contrat,
l’industriel français produira
en Inde par le biais du
joint-venture Dassault Reliance
à Nagpur, et fera appel
à des dizaines de sous-traitants
locaux.
* Le Groupe Dassault
est propriétaire du « Figaro ».
1
Après plusieurs mois d’essais, le réacteur nucléaire EPR de Taishan 1 (Chine) entre en exploitation commerciale.
Régulièrement interrogé sur la
comparaison entre Taishan 1 et
Flamanville 3, EDF pointe la différence en matière de « dynamique industrielle » : alors que la
France a mis en route sa dernière
centrale en 2002, la Chine
construit actuellement une quinzaine de nouveaux réacteurs. Ses
compétences sont donc en permanence réactivées, alors que le
groupe français a été contraint de
reconstruire des équipes. EDF
souligne aussi que le retour d’expérience de Flamanville 3 a largement bénéficié à Taishan. Enfin, il
y a très clairement un écart de
moyens : CGN a été capable de
mobiliser plus de 15 000 personnes pour deux réacteurs en chantier, soit trois fois plus qu’EDF sur
le chantier de Flamanville à son
pic d’activité. Aujourd’hui, la
Chine a pris de l’avance, mais la
France ne désespère pas de combler son retard. ■
A
ÉNERGIE C’est le dernier parti
dans la course et c’est pourtant le
premier arrivé : l’EPR de Taishan 1
– dont le chantier a démarré en
2009, après Flamanville 3 (Manche) et Olkiluoto 3 (Finlande) –
entre en exploitation commerciale. L’information a été communiquée vendredi à Pékin, après que
le dernier test de fonctionnement
s’est révélé concluant (nos éditions
du 8 juin). Les essais ont duré plusieurs mois à Taishan et leur issue
positive était guettée avec impatience, pour un équipement industriel capable avec Taishan 2
(dont la mise en service est attendue
en
2019)
d’alimenter
cinq millions de Chinois en électricité. Pour l’électricien CGN –
mais aussi pour EDF, associé au
projet depuis l’origine -, le feu
vert officialisé vendredi est une
excellente nouvelle : la technologie EPR, souvent décriée en raison
des retards accumulés en Europe,
est sur les rails.
Le groupe français, aux côtés de
CGN à Pékin, rappelle volontiers
que plus de 200 ingénieurs français ont collaboré depuis le début
au dossier Taishan. Dix d’entre
eux rattachés habituellement à
Flamanville ont directement participé à la campagne d’essais de
Taishan. En contrepartie, 16 ingé-
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samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018 LE FIGARO
28 ENTREPRISES
LVMH à l’offensive dans le tourisme de luxe
Il s’offre Belmond (Cipriani, Copacabana Palace, Venice Simplon - Orient-Express…) pour 2,6 milliards de dollars.
dérant que c’est un actif clé dans le
segment ultraluxe. Parmi les opportunités de croissance, le futur propriétaire de Belmond, dont le siège
administratif restera à Londres, a
identifié « la sous-pénétration de la
clientèle asiatique et moyen-orientale » (11 % du total).
IVAN LETESSIER £@IvanLetessier
« deL’acquisition
Belmond,
parfaitement
complémentaire de nos
maisons
Cheval Blanc
et des
activités
hôtelières
de Bulgari,
renforcera
significativement
la présence
de LVMH
dans l’univers
de l’hôtellerie
d’exception
»
BERNARD ARNAULT,
PDG DE LVMH
LUXE Douze ans après avoir inauguré l’hôtel Cheval Blanc à Courchevel, LVMH accélère dans le luxe
« expérientiel ». Il va débourser
2,6 milliards de dollars pour racheter Belmond. Propriétaire de 33 hôtels mythiques (3 100 chambres au
total), tels le Cipriani (Venise), le
Grand Timeo (Taormina), le Copacabana Palace (Rio de Janeiro), le
Grand Hotel Europe (Saint-Pétersbourg) et le Splendido (Portofino), le
groupe propose aussi « des expériences de voyages exceptionnels dans
des destinations parmi les plus inspirantes du monde ». Belmond exploite ainsi le Venice Simplon - OrientExpress et d’autres trains de luxe,
tels ceux reliant Cusco au Machu
Picchu (Pérou) ; il organise des croisières fluviales en Bourgogne et en
Birmanie, et possède trois Safari
Lodges au Botswana.
LVMH va payer le prix fort pour
s’offrir ce groupe valorisé plus de 18
fois les bénéfices réalisés sur les 12
mois à fin septembre, soit 140 millions de dollars, pour un chiffre d’affaires de 572 millions. En ajoutant
Belmond aux quatre hôtels Cheval
Blanc opérés par le groupe (le cinquième ouvrira début 2020 à la Samaritaine, à Paris) et aux six hôtels
Bulgari (exploités par des tiers en
contrepartie de royalties versées à sa
Potentiel important
Le train de luxe Venice Simplon Orient Express est un des fleurons du groupe Belmond.
marque de joaillerie), LVMH va enfin atteindre la masse critique dont il
avait besoin dans le segment de
l’hôtellerie ultraluxe.
« Les trois marques hôtelières vivront en parallèle, a assuré un porteparole du groupe lors d’une confé-
rence téléphonique destinée aux
analystes et aux investisseurs. Nos
priorités seront de développer la
marque Belmond et d’augmenter sa
profitabilité », inférieure à celle de
ces rivaux du segment, selon des
analystes financiers.
GROUPE BELMOND
La priorité du futur propriétaire
n’est pas d’acheter de nouveaux hôtels, même s’il reste ouvert à des opportunités de contrats de management d’établissements détenus par
des tiers. Mais LVMH ne compte pas
se séparer des murs d’hôtels, consi-
Selon nombre d’experts du secteur,
le potentiel de croissance du luxe
expérientiel (hôtels, restaurants,
voyages) est encore plus important
que celui des biens de luxe, avec lesquels LVMH réalise l’essentiel de son
activité. Avec Belmond, le groupe
est bien placé pour profiter de la
croissance du tourisme haut de
gamme et la quête d’expériences exceptionnelles des plus riches.
LVMH n’a pas encore décidé s’il
allait créer une sixième division dédiée à l’hôtellerie, au côté des parfums & cosmétiques, mode & maroquinerie, distribution sélective, vins
& spiritueux et montres & l’horlogerie. Mais il mise sur la « cross fertilisation » entre ses activités hôtelières et les autres, à commencer par
les vins et spiritueux, qui pourraient
trouver un débouché privilégié chez
Belmond, comme c’est déjà le cas
dans les hôtels Cheval Blanc. Les
griffes de mode et de maroquinerie
pourraient également y ouvrir des
boutiques, et celles de cosmétiques
être partenaires des spas. ■
Groupe Bertrand s’invite à la table d’Elior
Le propriétaire d’Hippopotamus en France détient plus de 5 % du capital du groupe de restauration collective.
MATHILDE VISSEYRIAS
£@MVisseyrias
RESTAURATION Les investisseurs ont apprécié l’arrivée d’un
nouvel actionnaire chez Elior. Il
s’est pourtant invité alors que
personne ne l’attendait. Groupe
Bertrand (Quick, Burger King
France, Hippopotamus, Groupe
Flo…) a franchi le seuil de 5 % du
capital et des droits de vote du
groupe de restauration collective
et de concession, le 12 décembre.
La nouvelle a provoqué une envolée du cours de Bourse de 5,3 %, à
12,70 euros, vendredi. « Ce franchissement résulte de la conclusion
de contrats financiers à dénoue-
ment physique portant sur les actions Elior », indique l’Autorité
des marchés financiers (AMF).
Selon nos informations, l’arrivée de Groupe Bertrand ne s’est
pas faite en concertation avec
BIM, le holding de Robert Zolade,
qui détient 22,6 % du capital
d’Elior. « Groupe Bertrand considère que le groupe Elior représente
aujourd’hui une des opportunités
d’investissement les plus intéressantes du secteur de la restauration
collective et concédée », explique
le poids lourd de la restauration en
France. Il pourrait poursuivre ses
achats en fonction des conditions
de marché et de l’évolution
d’Elior. Revendiquant un chiffre
d’affaires de 1,9 milliard d’euros
LES DÉCIDEURS
Entré dans le groupe familial italien en mars
2017, le transfuge du groupe d’appareillage
auditif Amplifon quittera le 11 janvier la direction financière de la maison. La CEO Micaela
Le Divelec, ex-Gucci, en a entrepris le redressement depuis le mois de septembre.
A
â JACQUES FAURENS
Capitales de grands
vignobles
Bon connaisseur de l’œnotourisme, le
promoteur immobilier, patron de
Domofrance, est élu à la présidence de l’organisation réunissant dix villes étroitement liées
au vin dans le monde. Le réseau a été fondé en
1999 à l’initiative de la chambre de commerce
et d’industrie de Bordeaux. À charge pour le
nouveau président durant ce mandat de
deux ans de fêter les 20 ans du réseau et de
dévoiler sa stratégie pour 2025. Homme de
l’international, Jacques Faurens est par
ailleurs administrateur de Kedge Business
School, où il a, lors d’un précédent mandat à la
CCI Bordeaux Gironde, été chargé des dossiers
formation et plus particulièrement du suivi des
écoles Worldsom et IPC Vins. C’est l’Australienne Jo Collins qui assurera à ses côtés les
fonctions de vice-présidente du réseau pendant une période de deux ans également.
« Échanger
avec la société »
Olivier Bertrand, son fondateur
et PDG, est réputé pour avoir racheté des sociétés mal en point
(comme les brasseries des Frères
Blanc), en limitant les sorties de
numéraire grâce à des montages
financiers habiles. Rendue possi-
ble par l’achat de contrats financiers à terme (call options), la
montée au capital d’Elior à hauteur de 5 % est un investissement qui se chiffre en dizaines de
millions d’euros, financé grâce à
la « trésorerie disponible » de
l’entreprise.
Après trois profit warnings depuis novembre 2017, et la prévision d’une croissance molle pour
l’avenir (nos éditions du 5 décembre), le cours de Bourse d’Elior est
dans une spirale baissière. Mais la
capitalisation du numéro 4 mondial de la restauration collective et
numéro 3 mondial de la restauration de concession, dépasse les
2,2 milliards d’euros en Bourse.
Aucune des parties concernées n’a
â STÉPHANE FIÉVET
JO Paris 2024
Martin Bouygues : son parcours sans faute
consacré par le Grand Chaptal de l’Industrie
mission, celle de dévelopC’est une haute distinction
per un fleuron de l’indusrécompensant les persontrie française. » Comme
nalités ayant signé de
Martin Bouygues, dont le
grandes réussites éconopère Francis avait
miques ou industrielles
d’ailleurs proposé à Olifrançaises. Chaque année,
vier Dassault de le rejoinla Société d’encouragedre alors qu’après avoir
ment pour l’industrie Thierry de la Tour d'Artaise, Olivier
Dassault,
Martin
Bouygues,
Claude
Bébéar
travaillé avec son grandnationale, fondée en 1801
père, celui-ci venait de
par Napoléon Bonaparte, et Olivier Mousson (de gauche à droite).
créer son groupe de comdécerne à l’Hôtel de
munication. Le client au cœur de l’entreprise,
l’Industrie, à Paris, les Chaptal de l’Industrie. Le
tout comme l’homme et son épanouissement, la
plus souvent à des entreprises familiales,
performance, la défense de la participation des
« modèle économique de réussite et de conquête
salariés : le député LR de l’Oise, qui s’est félicité
des marchés incontournable ». En présence du
d’avoir été entendu sur ce point par le gouverprésident Olivier Mousson et devant une assemnement et le président de la République, a relevé
blée de chefs d’entreprise, de savants, de cher« des points communs extraordinaires » entre
cheurs, d’intellectuels, c’est le PDG Martin
son père et son ami d’enfance.
Bouygues qui pour ce cru s’est vu décerner la
Autodidacte mais fin stratège doué d’un solide
prestigieuse médaille par les ex-lauréats Thierry
bon sens, Martin Bouygues, devenu à 37 ans
de la Tour d’Artaise (SEB) et Claude Bébéar
PDG du groupe de BTP familial, a su faire pros(Axa). Olivier Dassault, de son côté, a « ouvert »
pérer la construction et l’immobilier, les médias
la cérémonie avec un vibrant hommage à son
avec TF1, mais aussi fonder en 1996 l’opérateur
père Serge Dassault, président du groupe DasBouygues Telecom, sa grande fierté. Parcours
sault, disparu en mai, qui avait lui-même reçu le
sans faute, donc, pour ce père de trois enfants,
Chaptal en 1997. « J’ai réalisé que je n’étais pas
tous dans l’entreprise, qui a voulu dédier ce prix
prêt à sa disparition, a dit le fils aîné du grand
à ses 115 530 collaborateurs : « Sans eux, je
industriel, j’ai compris toute la force de notre lien.
n’aurais pas réussi cette aventure, et le groupe ne
Malgré sa pudeur, sa retenue, sa maladresse souserait pas ce qu’il est aujourd’hui. »
vent, sa brusquerie parfois, il était investi d’une
C. B.
souhaité faire de commentaires.
Partageant avec Elior sa « vision
de long terme de création de valeur
dans le secteur de la restauration », Groupe Bertrand « serait
intéressé à échanger avec la société
sur sa vision du marché et ses enjeux ». Pour redresser la barre,
Elior a décidé de se recentrer sur
la restauration collective en se séparant d’Areas, sa filiale de restauration de concession (aéroports, autoroutes, gares…). Le
4 décembre, sa direction a prévenu que la croissance du groupe
fondrait des deux tiers en 20182019, pour s’établir aux alentours
de 1 %, contre 3 % l’exercice passé. Le bénéfice net annuel a chuté
de 70 %, à 34 millions d’euros. ■
www.lefigaro.fr/decideurs
PAR Carole Bellemare avec Amaury Bucco
À l’occasion de la deuxième réunion des partenaires de l’organisation, le Comité international
olympique et paralympique a annoncé l’arrivée
d’un nouveau directeur de la culture, « dimension importante du projet […] pour promouvoir et
faire rayonner dans le monde les arts et les savoir-faire de la France ». Comédien et metteur
en scène, Stéphane Fiévet avait rejoint en 2014
la maire de Paris, Anne Hidalgo, comme
conseiller spécial chargé des grands événements, après avoir dirigé le Centre national du
théâtre. Autre nouvelle recrue de ce comité
d’organisation, la communicante Marie-Catherine Ettori, qui devient directrice déléguée des
productions, des événements et des éditions.
â PHILIPPE GOMBERT
Relais & Châteaux
DE COURREGES
â UGO GIORCELLI
Salvatore Ferragamo
sous enseigne en 2018, Groupe
Bertrand compte près d’un millier
d’adresses, allant des brasseries
parisiennes (Lipp, Bofinger, La
Coupole) au fast-food. Il gère aussi
la restauration concédée par des
lieux comme le château de Versailles, le jardin des Tuileries, la
Cité des sciences ou le Printemps
Haussmann.
Le président de l’association d’hôtels
et de restaurants d’exception recrute
treize nouvelles maisons, dont quatre
ouvriront leurs portes en 2019. Le Palais Ronsard à Marrakech (Maroc), le Blackberry Mountain, Tennessee (États-Unis), l’hôtel Plaza e de
Russie, Viareggio (Italie) et le Grantley Hall,
Grantley (Royaume-Uni) bénéficieront d’emblée de la qualification Relais & Châteaux. Celleci n’était accordée jusqu’à présent qu’après plusieurs années d’ouverture.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018
MARCHÉS
29
Les valeurs petites
et moyennes
ont décroché en 2018
QUESTIONS
D’ARGENT AVEC
Faut-il pousser la porte
d’un conseiller en gestion
de patrimoine ?
Les « small caps » ont deux fois plus baissé que les
actions du CAC 40. Du jamais-vu depuis la crise de 2008.
ANALYSE
ROLAND LASKINE £@RolandLaskine
MARCHÉ Avec une baisse de 19 %
de l’indice CAC Mid&Small représentatif des valeurs petites et
moyennes cotées à la Bourse de
Paris, l’année 2018 se termine par
une énorme déception sur ce comportement longtemps considéré
comme le plus performant de la
cote. Même si les petites capitalisations conservent une belle avance
de 41 % sur les cinq ans passés, la
baisse intervenue cette année a été
d’une rare violence. À titre de comparaison, l’indice CAC 40 est parvenu à limiter sa perte autour de 8 %
depuis le 1er janvier.
Pour retrouver un tel écart entre
les « grandes » et les « petites » valeurs, il faut remonter dix ans en arrière avec un effondrement de 50 %
de l’indice Mid&Small entre le printemps 2007 et le mois de mars 2009.
Les investisseurs, effrayés par la
plus importante crise financière depuis les années 1930, avaient alors
liquidé leurs positions sans aucun
discernement après la faillite de la
banque américaine Lehman Brothers. Rien de tout cela cette année,
mais les dégâts constatés dans les
portefeuilles commencent à menacer les sociétés de gestion spécialisées qui voient partir leurs clients à
une vitesse inquiétante.
Il faut dire que les chutes sur
certains titres sont spectaculaires :
-68 % pour la célèbre anisette
Marie Brizard, -66 % pour le spécialiste français des résidences de
loisirs Pierre et Vacances, -65 %
pour le groupe Papetier Sequana,
-59 % pour Showroomprivé, le
site de vente en ligne introduit en
Bourse en octobre 2015. Le plasturgiste Plastivaloire, très présent
dans la sous-traitance automobile,
a fondu de 58 %, Derichebourg,
spécialisé dans le recyclage des
métaux, et Vallourec dans les services parapétroliers ont tous baissé
de plus de 50 %.
Si certaines chutes de cours s’expliquent par des accidents de parcours spécifiques, l’essentiel de la
baisse a été alimenté par la grande
vulnérabilité de ces valeurs en période de retournement des marchés.
« Les Mid&Small ont toujours été
considérées comme plus dynamiques
et plus innovantes que les blue chips
dans les périodes économiquement
favorables. En revanche, les choses se
compliquent lorsque l’activité ralentit », explique Max Hamelin, gérant
du fonds Trusteam Roc PME. Les
dernières publications de résultats
n’ont dans l’ensemble pas donné
lieu à de très mauvaises surprises,
mais après près huit années de
hausse, les investisseurs ont préféré
concrétiser leurs plus-values, plutôt
que de prendre le risque d’affronter
une conjoncture moins porteuse.
La baisse des cours est aussi alimentée par un renversement complet de flux de liquidités. « Au cours
de ces dernières années, l’afflux
d’argent frais a tiré les valorisations
des small caps à des niveaux très élevés, puis la source s’est tarie dès la
rentrée de septembre », confirment
les analystes de Raymond James
Deuxième plus grosse correction en 20 ans
ÉVOLUTION DE L’INDICE MID&SMALL, en points
14 000
12 000
13 667
10 000
8 000
6 000
4 000
2 000
Janvier 2000
14 décembre 2018
Source : Bloomberg
Infographie
AM. Octobre a été l’un des pires
mois de décollecte de ces six dernières années pour les small caps, avec
450 millions d’euros de rachat de
positions. La crainte de se retrouver
coincé sur des marchés trop étroits,
avec un flottant (part du capital en
Bourse) beaucoup plus faible que
celui des sociétés du CAC 40, a
contribué à accélérer les retraits.
« De nombreux gérants de fonds ne
connaissant pas vraiment les petites
valeurs étaient venus profiter d’un
effet d’aubaine sur ce compartiment,
dans le seul but de stimuler leurs performances. Dès la première alerte, ils
ont vendu en masse sans se soucier
des dégâts qu’allait causer leur sortie
précipitée », confirme Jean-François Gilles, président du directoire
d’Erasmus Gestion.
Une correction
finalement assez saine
Toute la question est maintenant de
savoir si, après la purge intervenue
ces derniers mois, les small caps ont
une chance de repartir à la hausse.
De l’avis général, le contexte actuel
de ralentissement de la croissance
mondiale n’est pas idéal pour envisager un rebond général de ce type
de valeurs. Il faut s’attendre à un
marché volatil et très sélectif, avec
un retour très progressif des investisseurs sur les sociétés les plus solides et offrant de réelles perspectives
de croissance. Cette réserve mise à
part, plusieurs facteurs plaident en
leur faveur.
Parmi ceux-ci, figure un niveau
de valorisation attractif, de l’ordre
de 12 fois les profits attendus pour
2018 et de 11,8 ceux de 2019. À ce
stade, les small caps se traitent sous
les ratios constatés sur les sociétés
du CAC 40, alors qu’historiquement
elles se paient avec une prime de 15
à 20 %. Au final, cette correction est
considérée comme saine par les
analystes de Raymond James.
« C’est une classe d’actifs qu’il faut
absolument avoir en portefeuille, elle
donne d’excellentes performances à
moyen-long terme » concluent-ils.
Ce sentiment est confirmé par une
étude récente réalisée par les analystes de la société S&P Dow Jones
Index promotrice des célèbres indices boursiers à Wall Street. Depuis
1991 l’indice S&P MidCap 400 a enregistré un retour annuel total de
11,1 %, contre 7,9 % par an pour
l’indice large S&P 500. Un écart significatif qui permet de relativiser
la baisse de ces derniers mois. ■
à suivre sur
lefigaro.fr/bourse
n
Les matières
premières et les
produits dérivés
n Le crible
des sicav
et des fonds
n Les portefeuilles
de Roland Laskine
n Les cotations
en direct
sur iPhone
PLACEMENTS Un conseiller en
gestion de patrimoine indépendant
propose des stratégies pour préparer sa retraite, défiscaliser, transmettre ses biens… Mais peut-on lui
faire confiance ? Les questions sont
fréquentes sur ces professionnels
mal connus. Entre les banques classiques, les banques privées et les réseaux de conseillers financiers, il
existe une autre voie, encore méconnue pour gérer votre patrimoine : celle des conseillers en gestion
de patrimoine (CGP), indépendants.
Leur originalité ? Ils ont une approche globale, des compétences
juridiques, des connaissances financières étendues et sélectionnent librement les investissements qu’ils
préconisent puisqu’ils exercent sous
leurs propres couleurs. Implantés
dans toute la France, ils se présentent comme les médecins généralistes du patrimoine, capables d’en
diagnostiquer les points faibles,
mais aussi comme des pharmaciens
capables d’apporter des remèdes.
1
Peuvent-ils vous apporter
des réponses sur mesure ?
Le propre d’un CGP est de commencer sa relation par une analyse
de votre patrimoine, une étude de
vos besoins et de votre situation civile, puis de proposer des solutions
permettant d’atteindre au mieux les
différents objectifs visés, et, enfin,
de vous accompagner dans la durée.
Il dispose de toutes les solutions patrimoniales possibles, puisqu’il
exerce sous plusieurs statuts : il est à
fois conseiller en investissement financier (CIF), courtier en assurances, intermédiaire en opérations
bancaires, voire agent immobilier. Il
dispose donc d’une vision globale
qui lui permet d’intervenir aussi
bien pour les placements (assurance-vie, PEA…) que pour la retraite,
le crédit ou l’immobilier locatif défiscalisé. Dans la réalité, il ne faut
pas s’y tromper, tous les CGP - ou
qui se revendiquent comme tels n’exercent pas cette analyse de manière toujours approfondie, sauf
pour les « cas » les plus courants.
Ces CGP libéraux ne boxent pas
dans la même catégorie que les
banques privées et sont plus accessibles. L’importance du « ticket
d’entrée » dans un cabinet dépend
de l’importance de la structure et
peut aller de quelques milliers
d’euros dans les plus petites, à
100 000 euros au moins dans les
plus grandes. « En moyenne, un CGP
conseille sur des actifs de 120 000 à
140 000 euros par client », confie
Benoist Lombard, président de la
Chambre nationale des conseillers
en gestion de patrimoine (CNCGP).
2
Leurs prestations
sont-elles chères ?
Passer par un CGP, cela coûte de l’argent. C’est la contrepartie
d’une approche et d’un service
personnalisés. Les coûts sont de
deux ordres : les commissions et
les honoraires. Les commissions
sont basées sur les frais prélevés
au sein des placements souscrits
par son intermédiaire. Le CGP
touche par exemple la quasi-totalité des frais sur versements d’une
assurance-vie, et près de la moitié
des frais de gestion. À noter que
les frais des produits vendus par
les CGP figurant souvent parmi les
plus élevés du marché… C’est cependant la seule rémunération
versée au CGP pour ses missions
courantes. Les honoraires, eux,
sont éventuellement facturés pour
des missions ponctuelles, par
exemple un bilan patrimonial
complexe ou une déclaration de
revenus.
Ces frais sont clairement indiqués,
que ce soit dans la lettre d’entrée en
relation qui vous sera remise lors du
premier contact, ou par la présentation d’un devis pour les honoraires. En contrepartie, leurs clients
accèdent à des produits originaux,
introuvables dans d’autres réseaux
financiers, et les placements distribués sont plutôt de bonne qualité.
3
Sont-ils compétents ?
Pour devenir CGP, un professionnel doit satisfaire à un
certain nombre d’obligations, par
exemple être titulaire d’un diplôme
universitaire de gestion de patrimoine et justifier d’un certain nombre d’heures de formation initiale et
d’autres au titre de la formation
continue. Le respect de ces obligations est vérifié par les associations
professionnelles et les différentes
autorités qui les contrôlent.
Mais tous les CGP ne se valent pas,
même les associations professionnelles reconnaissent qu’il peut y
avoir des défaillances. En cas de
problème, les clients disposent cependant d’une protection : les CGP
doivent souscrire une assurance de
responsabilité civile professionnelle qui a pour but d’indemniser
les clients s’ils subissent un préjudice. Les montants garantis peuvent atteindre 12 millions par sinistre et par client pour les
adhérents de la Chambre Nationale
des CGP. Les associations professionnelles de référence des CGP
ont aussi des services de médiation
pour tenter de trouver une solution
lorsqu’un client est en conflit avec
un CGP. ■
ÉRIC LEROUX
LA SÉANCE DU VENDREDI 14 DÉCEMBRE 2018
JOUR
%VAR.
-0,47
-0,19
-1,44
-0,6
-2,12
-0,61
-1,41
-0,21
-1,63
-2
-1,03
-0,37
-4,11
+1,02
-0,63
-0,96
-1,7
-1,3
-0,46
-1,52
+HAUTJOUR
37,91
107,8
89,79
19,488
70
19,258
42,045
33,2
95,32
15,13
10,15
64,47
108,75
12,905
110,45
488,3
408,6
207
50,14
253,85
+BAS JOUR %CAP.ECH 31/12
37,37
106,05
88,32
18,864
67,94
18,96
40,945
32,63
93,32
14,86
9,93
63,72
104,7
12,68
109,75
480,7
399,8
203,3
49,5
248
0,315
0,208
0,272
0,154
0,424
0,337
0,343
0,22
0,341
0,442
0,212
0,229
0,193
0,298
0,487
0,077
0,208
0,123
0,313
0,165
-12,16
+2,05
+6,83
-28,38
-42,97
-22,39
-33,18
-23,57
-4,72
-17,27
-26,55
-8,39
+18,64
-9,98
+8,86
+10,71
+10,46
-22,59
+2,67
JOUR
%VAR.
♣
MICHELIN ..............................................
87,1
-1,6
ORANGE ..............................................14,54 -0,38
PERNOD RICARD ..................................
148,4
+0,13
PEUGEOT ..............................................
18,235 -0,33
♣ 49,98 +0,64
PUBLICIS GROUPE SA .............................
RENAULT ..............................................
55,65 -2,49
SAFRAN ..............................................
108,2
-0,37
SAINT GOBAIN ..................................
29,595 -2,41
SANOFI ..............................................78,24 -0,46
SCHNEIDER ELECTRIC .............................
61
-2,93
SOCIETE GENERALE ♣
..................................
29,85 -2,08
SODEXO ..............................................90,44 -1,12
STMICROELECTRONICS .............................
12,23 -0,04
TECHNIPFMC ..................................18,385 -1,18
TOTAL .............................................. 49,1
+0,33
UNIBAIL-RODAMCO-WE .............................
144,62 -1,04
VALEO .............................................. 24,02 -4,15
VEOLIA ENVIRON. ..................................
18,515 -0,46
VINCI♣.............................................. 73,52 -1,32
VIVENDI ..............................................21,29 -0,79
+HAUTJOUR +BAS JOUR
87,98
14,585
149,7
18,275
50,16
56,47
108,9
30,02
78,82
62,18
30,435
91,5
12,3
18,955
49,495
145,34
24,81
18,57
73,92
21,49
85,56
14,425
146,5
17,76
49,14
54,85
107
29,42
77,73
60,72
29,665
89,86
11,81
18,315
48,605
142,7
23,71
18,32
73,02
21,16
%CAP.ECH
0,366
0,285
0,193
0,348
0,299
0,603
0,169
0,319
0,205
0,402
0,561
0,222
0,36
0
0,326
0,374
2,253
0,341
0,214
0,204
LE CAC 40 NE PARVIENT PAS À REMONTER LA PENTE
Le « rally » de fin d’année se fait attendre. À la Bourse de Paris, les valeurs
françaises, qui avaient bénéficié d’un joli
rebond mardi et mercredi, sont reparties
à la baisse jeudi et vendredi. À
4 853,70 points à la clôture en fin de
semaine, l’indice CAC 40 ne parvient pas à
véritablement remonter la pente. Les investisseurs paraissent de plus en plus
préoccupés par les risques de ralentissement de l’économie mondiale l’an prochain. L’impression dominante est que la
trêve commerciale décidée pendant
trois mois entre les États-Unis et la Chine
arrive un peu tard. Les dégâts causés par
plusieurs mois de menaces de guerre
commerciale totale proférées par le président américain Donald Trump sont déjà
31/12
-27,14
+0,45
+12,47
+7,55
-11,77
-33,68
+25,95
-35,64
+8,89
-13,91
-30,66
-19,29
-32,82
-28,88
+6,63
-61,43
-12,97
-13,66
-5,04
LES DEVISES
MONNAIE
AUSTRALIE ................................................................................
DOLLAR AUSTRALIEN
CANADA ................................................................................
DOLLAR CANADIEN
GDE BRETAGNE ................................................................................
LIVRE STERLING
HONG KONG ................................................................................
DOLLAR DE HONG KONG
JAPON ................................................................................
YEN
SUISSE ................................................................................
FRANC SUISSE
ETATS-UNIS ................................................................................
DOLLAR
TUNISIE ................................................................................
DINAR TUNISIEN
MAROC ................................................................................
DIHRAM
TURQUIE ................................................................................
NOUVELLE LIVRE TURQUE
EGYPTE ................................................................................
LIVRE EGYPTIENNE
CHINE ................................................................................
YUAN
INDE ................................................................................
ROUPIE
ALGERIE ................................................................................
DINAR ALGERIEN
1 EURO=
1,5753
1,5095
0,8984
8,8168
128,13
1,1254
1,1285
3,3718
11,103
6,0799
20,2613
7,788
81,225
134,261
AUD
CAD
GBP
HKD
JPY
CHF
USD
TND
MAD
TRY
EGP
CNY
INR
DZD
L’OR
JOUR
VEILLE
31/12
COTATION QUOTIDIENNE ASSURÉE PAR TESSI-CPOR
www.cpordevises.com
LINGOT DE 1KG ENV .....................................................
35970
35500
+3,51
NAPOLEON ..................................................... 213,7
211,9
+3,29
PIECE 10 DOL USA .....................................................
600
600
+2,04
PIECE 10 FLORINS .....................................................
213
211,5
+0,09
PIECE 20 DOLLARS .....................................................
1183
1183
+1,28
PIECE 20F TUNISIE .....................................................
213
213
+4,41
PIECE 5 DOL US (H) .....................................................
310
310
+1,64
PIECE 50 PESOS MEX .....................................................
1318
1318
+0,61
PIECE FR 10 FR (H) .....................................................
118
114
+7,47
PIECE SUISSE 20F .....................................................
208,2
208,2
+2,71
PIECE LATINE 20F .....................................................
204
200
+0,54
SOUVERAIN ..................................................... 259,3
267
-0,54
KRUGERRAND .....................................................1169
1169
+4,49
SICAV ET FCP
VALEURS LIQUIDATIVES EN EUROS (OU EN DEVISES), HORS FRAIS
VALEUR
DATE DE
LIQUID. VALORISAT.
42 rue d’Anjou,
75008 Paris
Tél. : 01 55 27 94 94
www.palatine.fr
SICAV
UNI HOCHE C ................................................
253,64
12/12/18
Cybèle Asset Management
37 av. des Champs-Elysées
75008 Paris
Tel. : 01 56 43 62 50
BETELGEUSE ................................................
45,60
12/12/18
BELLATRIX C ................................................
314,45
12/12/18
SIRIUS ................................................51,83
12/12/18
RETROUVEZ
SITE D’INFORMATIONS EXCLUSIVES
WWW.WANSQUARE.COM
rlaskine@lefigaro.fr
importants. La baisse des ventes de détail
en Chine en novembre et le ralentissement de la production industrielle dans
l’empire du Milieu sont autant de signes
jugés préoccupants. L’annonce, en zone
euro, d’un ralentissement de la croissance
du secteur privé, au plus bas depuis quatre ans, va dans ce sens. La dernière note
publiée par le gestionnaire d’actifs suisse
Pictet AM, intitulée Fermez les écoutilles,
en dit long sur l’état l’esprit du marché.
L’annonce, vendredi matin, d’une chute
des immatriculations automobiles en
Europe a pesé sur le secteur : Valeo perd
4,11 % sur la semaine et Renault 3,34 %.
Hors CAC 40, en dépit de la forte hausse
de jeudi, Plastic Omnium affiche un score
hebdomadaire de -6,08 %. La faiblesse du
prix de baril de pétrole à 60 dollars a
continué de pénaliser le groupe de services parapétroliers TehnipFMC, en repli de
près de 4 %. Recul aussi des valeurs financières : Axa (-2,65 %) et Société générale (-1,99 %). En revanche, le cours de
Pernod Ricard, secoué par l’intrusion dans
son capital d’un fonds activiste, bondit de
7,54 % sur la semaine. ■
A
LE CAC
ACCOR .............................................. 37,77
♣
AIR LIQUIDE ..................................
107,2
AIRBUS .............................................. 88,67
ARCELORMITTAL SA ..................................
19,42
ATOS .............................................. 69,2
AXA ..............................................
19,198
BNP PARIBAS ACT.A ..................................
41,595
BOUYGUES ..............................................
33,1
CAPGEMINI ..............................................
94,22
CARREFOUR ..............................................
14,925
CREDIT AGRICOLE ..................................
10,136
DANONE ..............................................64,08
DASSAULT SYSTEMES ..................................
105,1
ENGIE .............................................. 12,905
ESSILORLUXOTTICA ..................................
110,05
HERMES INTL ..................................485,8
KERING ..............................................404,4
L'OREAL ..............................................
204,3
LEGRAND ..............................................49,69
LVMH .............................................. 251,95
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samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018 LE FIGARO
30
MÉDIAS et PUBLICITÉ
Les biens culturels victimes des « gilets jaunes »
Le mouvement a pesé sur les ventes de livres ou encore de CD dans les magasins, créant un effet d’aubaine
pour le secteur de la vente en ligne. Au final, Amazon pourrait bien rafler la mise.
va se jouer sur la dernière ligne droite », indique un acteur du marché.
« Le jeu vidéo a très bien profité du
Black Friday, et il pourra y avoir des
reports la semaine des étrennes, début janvier, qui est traditionnellement intéressante pour notre secteur, tempère un concurrent. Mais
pour la période de Noël, c’est la vente en ligne qui devrait tirer son épingle du jeu. »
CAROLINE SALLÉ ET CHLOÉ WOITIER
£@carolinesalle @W_Chloe
« lesÀ Paris,
librairies
du centre
ont plongé,
alors que
les librairies
de quartier
des
arrondissements
périphériques
s’en sortent
bien.
Les gens
sont restés
près
de chez eux
»
GUILLAUME HUSSON,
DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL
DU SYNDICAT
DE LA LIBRAIRIE
MÉDIAS Les blocages des « gilets
jaunes » et les manifestations qui se
sont succédé ces dernières semaines ont détourné les Français des
magasins, parfois inaccessibles ou
fermés par peur des dégradations.
Les biens culturels n’ont pas été
épargnés. La majorité des secteurs
interrogés par Le Figaro font état
d’un recul, plus ou moins marqué,
de leur activité. Ce ralentissement
inquiète les professionnels à dix
jours des fêtes de Noël.
Cadeau préféré des Français, le
livre est touché par un recul des
ventes oscillant entre -4 et -9 %
selon les semaines, d’après l’institut GfK. Les achats dans les hypermarchés sont les plus touchés
(-16 %). La librairie s’en sort un
peu mieux (-5 % la semaine dernière) mais, selon l’Observatoire
de la librairie, les achats ont chuté
de 8,3 % le week-end des 1er et
2 décembre, et de 13,8 % le weekend suivant, lors de l’acte IV.
« À Paris, les librairies du centre
ont plongé, alors que les librairies de
quartier des arrondissements périphériques s’en sortent bien. Les gens
sont restés près de chez eux », note
Guillaume Husson, délégué général
du syndicat de la librairie, pour qui
le phénomène s’est reproduit dans
d’autres grandes villes. Du côté de
la presse, les marchands de journaux ont déploré un recul de 41 %
de leur chiffre d’affaires les 24 et
25 novembre (acte II) selon Culture
Presse (ex-UNDP). « Aujourd’hui
encore, nous sommes bien en des-
Achats de proximité
Une librairie du boulevard Haussmann, à Paris, se retranche pour éviter la casse après le maintien
de l’appel à manifester des « gilets jaunes » samedi 15 décembre dans la capitale. FACEBOOK
sous des fréquentations habituelles,
souligne Daniel Panetto, président
de Culture Presse. Les “gilets jaunes” n’ont pas suscité un retour aux
kiosques pour comprendre ce qu’il se
passe. »
Le secteur de la musique est aussi
bousculé. D’après les estimations
du Snep, les ventes de CD et de disques ont chuté d’environ « 15 à
20 %, selon les enseignes et les régions. Le Nord et le Sud-Ouest, où
les “gilets jaunes” sont plus actifs,
ont été plus touchés », observe le
principal syndicat de producteurs
de musique. « À cette période, le
samedi est le jour où l’on vend le
plus. Entre les consommateurs qui
sont restés rivés devant les chaînes
d’info et les commerces qui ont tiré
leurs rideaux, la chute a pu atteindre
-45 % à certains endroits. Heureusement, le report d’une partie des
ventes le vendredi et le lundi a permis
d’amortir ce trou d’air », confie
Thierry Chassagne, le président de
Warner Music.
En revanche, l’impact sur la fréquentation des cinémas a été limité,
selon le CNC. À Paris, un fléchissement des entrées de l’ordre de 10 %
a bien été constaté samedi dernier.
« Beaucoup de stations de métro et
de RER étaient fermées, ce qui a limi-
té les déplacements, indique l’établissement public. Mais, globalement, le marché n’a pas enregistré
de réelle baisse les week-ends précédents. » Si le secteur a bien résisté,
il le doit surtout aux deux locomotives qui tirent actuellement le boxoffice. Astérix – Le Secret de la potion magique, qui vient de franchir
le cap symbolique du million d’entrées et juste derrière, Le Grinch.
Chez M6, producteur du dernier
Astérix, on estime toutefois à environ 50 000 le nombre d’entrées
perdues samedi dernier.
Le secteur du jeu vidéo ne communique, lui, aucun chiffre. « Tout
Amazon est, en effet, désigné par
les professionnels comme le grand
gagnant du conflit des “gilets jaunes”. Selon Les Échos, les ventes de
la plateforme américaine auraient
bondi de 30 % le week-end dernier. La situation est au point que la
secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie, Agnès PannierRunacher, a prié les Français de se
détourner des achats sur Internet.
« Si l’on veut aider les commerçants
à passer ce cap, c’est à nous, Français, de faire nos achats de Noël chez
nos commerçants de proximité, chez
nos artisans, plutôt que de faire appel à une grande plateforme internationale qui ne paie pas d’impôt en
France », a-t-elle déclaré sur RTL.
« On peut aussi espérer qu’à mesure que se rapproche Noël, les
Français ne prendront pas le risque
d’une livraison en retard et reviendront en magasin », avance
Guillaume Husson. Cela suffira-t-il
à rattraper le manque à gagner ?
Peu y croient réellement. « Juste
après les attentats perpétrés fin novembre 2015, les ventes de disques
s’étaient arrêtées net. Elles n’ont jamais récupéré par la suite », se souvient Thierry Chassagne. ■
Facebook veut vendre des abonnements HBO à ses utilisateurs
Le réseau social discute avec des services de télévision payants pour diffuser leurs contenus sur sa plateforme.
INGRID VERGARA £Vergara_i
400
millions
d’utilisateurs mensuels
sur le portail Watch,
lancé en août
par Facebook
VIDÉOS Regarder la dernière saison de Game of Thrones sur Facebook ? L’hypothèse n’est peutêtre pas si farfelue. Le réseau
social discuterait depuis plusieurs
mois avec HBO et d’autres chaînes
de télévision payantes américaines afin de vendre des abonnements et de permettre à ses utilisateurs d’accéder aux contenus
depuis sa plateforme. D’après des
sources du média Recode, les discussions sont suffisamment avancées pour évoquer un possible
lancement de la fonctionnalité au
premier semestre 2019.
La vidéo est un des trois piliers
de la croissance de Facebook.
Lancé au niveau mondial en août
dernier, son portail Watch revendique en décembre 400 millions
d’utilisateurs mensuels, à mettre
en regard des 2,3 milliards d’utilisateurs actifs mensuels de l’application. Pour en attirer davantage,
le groupe investit dans des contenus originaux (Do Us a Favor, Red
Table Talk) mais sans rencontrer
le succès d’un House of Cards des
débuts de Netflix ou de The Grand
Tour (Amazon). Il essaye également de se positionner sur des
droits de retransmissions d’événements sportifs populaires, là
encore sans avoir pour l’instant
réussi de grand coup. Sa stratégie
comprend aussi désormais la gestion des abonnements pour les
éditeurs de contenus avec l’idée
de mettre à leur disposition sa
puissance de distribution. Amazon le fait depuis plusieurs années,
en proposant les chaînes HBO,
Showtime, ou Starz avec son
abonnement premium.
À double tranchant
Un nouveau levier d’autant plus
nécessaire que la croissance de la
publicité digitale va ralentir dans les
prochaines années (de 17,7 % en
2018, elle n’atteindrait plus que
8,6 % en 2021 selon le cabinet
eMarketer). Facebook doit donc
trouver d’autres relais de croissance et profiter à leur manière du succès de modèle de l’abonnement.
Pour les chaînes payantes et les
services de VOD, l’intérêt est à
double tranchant. D’un côté, la
puissance de la plateforme leur
permet de toucher de nouveaux
publics qui ne viendraient pas naturellement à eux. Facebook fait
d’ailleurs valoir que ces services
dépensent déjà des montants
substantiels en tant qu’annonceurs pour attirer de nouveaux
abonnés. D’un point de vue financier, elles pourraient donc s’y retrouver en faisant baisser leur coût
de recrutement, et ce même en
abandonnant un pourcentage de
Apple cherche une porte de sortie face à Qualcomm
Le fabricant de composants prive le constructeur de l’iPhone de ses plus grands marchés.
A
ELA BEMBARON £@elsabembaron
ÉLECTRONIQUE Une crise peut en
cacher une autre. D’un côté, il y a la
guerre commerciale entre les ÉtatsUnis et la Chine. De l’autre, une
guerre fratricide entre deux américains, Apple et Qualcomm. Au milieu se joue l’avenir d’Apple en
Chine.
Après la décision d’un tribunal
chinois visant à interdire la commercialisation de certains modèles
d’iPhone en Chine, Apple tente de
faire retomber la tension. Le groupe
de Tim Cook a fait savoir qu’il procéderait à des mises à jour en début
de semaine prochaine sur « les
fonctionnalités mineures » incriminées dans le jugement chinois.
L’une permet d’afficher une photo
en mode portrait ou paysage en
fonction de l’orientation de l’écran
et l’autre est destinée à la gestion
d’applications sur un écran tactile.
Apple a tout intérêt à calmer le jeu
dans ce dossier, alors que la Chine
(incluant Taïwan et Hongkong) représente près de 20 % de son chiffre
d’affaires mondial. Toutefois, l’affaire ne devrait pas en rester là. La
réponse d’Apple est loin de satisfaire aux attentes de Qualcomm. Ce
dernier devrait retourner devant
les tribunaux. Il chercherait à faire
interdire de vente les modèles les
plus récents d’iPhone, les XR et XS,
qui n’étaient pas concernés par la
première décision chinoise.
Le dossier est d’autant plus sensible que le jugement de Fuzhou
pourrait faire tache d’huile. Qualcomm ayant porté l’affaire devant
d’autres tribunaux, notamment en
Allemagne. Celui de Munich doit
rendre son jugement jeudi prochain. Cinq brevets sont concernés,
quatre portent sur des logiciels et un
sur une puce. Le litige porte notam-
ment sur l’utilisation de la « recherche spotlight » une fonction qui
permet, à partir de l’écran d’accueil
d’un iPhone et d’un glissement de
doigt, d’accèder à des contacts et
dont Qualcomm revendique la propriété. Fonction qu’Apple aurait retirée des iPhone utilisés en Allemagne depuis le mois de septembre !
Revenus des brevets
Pour Qualcomm, il s’agit aussi de
démontrer qu’il n’est pas uniquement un fabricant de puces, mais
bien un important fournisseur de
solutions logicielles. L’entreprise
revendique la paternité de plusieurs
fonctions clés utilisées dans les
smartphones, comme le mode
avion, l’optimisation des batteries
ou dans des solutions de paiement
mobile… À l’heure où les premiers
smartphones embarquant la 5G
vont arriver sur le marché, domaine où Qualcomm dispose de nom-
breux brevets, la juste rémunération de ceux-ci est cruciale pour
l’entreprise. La commercialisation
de ses brevets représente près du
quart de ses 22 milliards de dollars
de revenus annuels. Au fil des ans,
Qualcomm a signé des accords
commerciaux avec la plupart des
fabricants de smartphones utilisant
ses technologies et portant sur l’exploitation de brevets non essentiels.
À l’exception d’Apple.
La situation d’Apple en Chine est
aggravée par les tensions entre Pékin et Washington. La sanction du
tribunal de Fuzhou a sonné pour
beaucoup d’observateurs comme
une réponse aux attaques américaines à l’encontre du géant chinois de
la téléphonie Huawei. En fermant
son marché à Apple, la Chine ne
fera que répondre aux États-Unis
qui tentent de fermer le leur, et celui de leurs alliés (nos éditions du
14 décembre), à Huawei. ■
leurs revenus d’abonnement. Par
ailleurs, pour ces services, une des
clés de la création de valeur est de
pouvoir proposer aux utilisateurs
des recommandations personnalisées et extrêmement pertinentes.
Or en matière de ciblage, Facebook a une expertise séduisante.
Reste à savoir ce que de tels accords impliquent pour les chaînes
en termes de maîtrise des données. Certains éditeurs de presse,
que Facebook veut aussi « aider à
gérer des abonnements », refusent
de participer au service proposé
par le groupe de crainte de perdre
la maîtrise de certaines données.
D’autres, dont le Washington Post,
ont décidé de tenter l’aventure. ■
EN BREF
PUBLICIS : CONTRAT
D’UN MILLIARD
AVEC FIAT-CHYSLER
£ Starcom et SapientRazorfish,
deux agences du groupe Publicis,
ont remporté le budget d’achats
d’espaces publicitaires et le
média-planning de Fiat Chrysler
aux États-Unis, au Canada
et au Mexique pour un montant
estimé à 1 milliard de dollars.
» Sur
« L’ACTUALITÉ
DES MÉDIAS »
dans le 17h-19h
par Catherine Pottier
et Enguérand Renault
chaque dimanche
à 17h25
et sur franceinfo.fr
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samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018 LE FIGARO - N° 23 123 - Cahier N° 3 - Ne peut être vendu séparément - www.lefigaro.fr
VIN
LA GRANDE OFFENSIVE
DES AUSTRALIENS POUR
SÉDUIRE LES PLUS JEUNES PAGE 36
GASTRONOMIE
DES TRUFFES BLANCHES
D’ALBA NUMÉROTÉES
ET DOTÉES D’UN QR CODE PAGE 37
Coup de ballet pour les fêtes !
À côté de l’éternel
« Casse-noisette »,
programmé en
cette fin d’année,
les œuvres capables
d’enchanter
un large public
sont rares.
Alors certaines
compagnies
se lancent dans
la création.
ALEXANDER GOULIAEV
PAGES 32 ET 33
Don Quichotte, de Kader Belarbi,
avec le Ballet du Capitole de Toulouse.
Deauville s’investit
dans la culture
PATRIMOINE Rénové par Moatti-Rivière,
l’ancien couvent des Franciscaines va devenir
un « lieu de vie » attractif pour la région.
est un projet d’envergure qui va propulser
Deauville (3 700 habitants) sur la scène
culturelle. L’ancien
couvent des Franciscaines, que la ville
a racheté pour en faire un « lieu de
vie » hyperconnecté et interactif, avec
toutes les technologies de pointe permettant d’appréhender l’art autrement, ouvrira au printemps 2020. Son
maire, Philippe Augier, l’a annoncé, le
13 décembre, à l’agence Moatti-Rivière (Paris Xe), en charge de ce chantier
d’envergure. « À deux heures de Paris,
trois de Bruxelles, ce lieu est un élément
d’attractivité pour un territoire, et nous
tablons sur pas moins de 80 000 visiteurs par an », a confirmé ce dernier.
L’engagement est de taille : 23 millions d’euros de budget dont 8 financés
par l’État, la région Normandie et le
département du Calvados. Les 15 restants étant à la charge de la ville et
d’entreprises mécènes. La Caisse du
Crédit agricole de Normandie va injecter 150 000 euros sur trois ans pour son
fonctionnement, estimé autour de 4 à
4,5 millions d’euros par an. « Jusquelà, on construisait des médiathèques et
des musées séparés mais jamais on
n’avait imaginé réunir les deux en un
espace offrant plusieurs thématiques, de
la mémoire de Deauville au cheval, en
passant par l’art de vivre, le cinéma, le
C’
spectacle et la photographie. C’est un
lieu culturel d’un type nouveau, avec un
auditorium de 250 places dans l’ancienne chapelle, dont je ne connais pas
d’équivalent », a expliqué l’architecte
Alain Moatti.
Un lustre de 18 000 tubes
Celui qui a emporté la compétition,
contre notamment Rudy Ricciotti et
l’Atelier novembre (auteur du Centquatre à Paris), a déjà fait ses preuves
en matière de réhabilitation. Il a
œuvré au Musée de la dentelle à Calais, celui des Arts décoratifs à Paris et
de la Mode à Marseille. Sans oublier le
premier étage de la tour Eiffel. Pour
les 6 000 m2 du couvent des Franciscaines, dont il ne reste que la carcasse
et son cloître avec ses murs en pierres
apparentes, il a couvert les deux cours
jumelles de 450 m2 (salles polyvalentes pour des réceptions et expositions
temporaires) séparées par une allée
centrale avec des passerelles en verre.
L’élément fort dans l’une d’elles est
un gigantesque lustre de 18 000 tubes
en polycarbonate. L’accent a été mis
sur la couleur pour distinguer chaque
thématique, comme le bleu, emblème
de la ville, le beige sable, le brun cuir
des selles de cheval. La ville dispose
déjà d’un fonds de 70 000 livres et
10 000 films, de centaines de photographies de Sarah Moon, Massimo
Vitali ou Kishin Shinoyama et surtout
de 536 toiles de Hambourg légués par
sa veuve à la ville. Une donation en
2011 qui a déclenché le projet. ■
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO, JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/ LE FIGARO
A
BÉATRICE DE ROCHEBOUËT
bderochebouet@lefigaro.fr
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samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018 LE FIGARO
32
L'ÉVÉNEMENT
DANSE À
Noël,
tous les talents
des compagnies
s’unissent
pour donner
le meilleur
d’eux-mêmes.
Y compris loin
du sempiternel
« Casse-noisette ».
Les étoiles sont de sortie
C’
est un rituel : les théâtres sortent pour Noël justaucorps,
pointes et tutus. Ces accessoires du ballet classique sont des icônes de la fête.
Parce qu’ils font rêver. Parce qu’ils
ouvrent des mondes enchantés que l’on
peut goûter en famille. Les petits dorment un peu, les adultes se rincent
l’œil, les mères de famille se shootent
au surplus de grâce qui prend la scène
et leur donnera des ailes pour traverser
les 364 jours de quotidien à suivre ; tout
le monde sort boosté, les yeux remplis
d’étoiles. Place au ballet classique !
Dans les compagnies, sauf à Strasbourg où par tradition c’est l’opéra qui
tient la scène pour Noël, le ballet des fêtes est un sujet qui mobilise. Longtemps
à l’avance, on réfléchit au titre à programmer : « Comment échapper au sempiternel Casse-Noisette ? » demande
Éric Vu-An, directeur du Ballet de Nice,
résumant la problématique qui se pose à
chaque directeur de compagnie ou de
théâtre en France. Contrairement à la
tradition anglo-saxonne, on n’y sacrifie
pas de manière obligée au rite « cassenoisettien » qui voit à Londres l’English
National Opera et le Royal Ballet programmer chacun leur version. À Paris,
DOMINIQUE JAUSSEIN
ARIANE BAVELIER
£@arianebavelier
Avec Les Deux Pigeons,
le Ballet de Nice joue
la carte de l’originalité.
ce ballet construit autour de l’arbre de
Noël et de la danse des flocons sera tout
de même présenté par le Ballet de Kiev
au Théâtre des Champs-Élysées.
Au vrai, les directeurs de compagnie
n’ont guère l’embarras du choix. Tous
les ballets classiques ne conviennent
pas pour les fêtes, moment où le « happy end » est souhaitable. Exit donc
Le Lac des cygnes, Giselle et La Sylphide,
où l’on pleure beaucoup - ceux qui
tiennent aux larmes pourront tout de
même aller au Palais Garnier voir
La Dame aux camélias. Restent Cendrillon à l’Opéra Bastille, Don Quichotte
au Ballet du Capitole, La Fille mal gardée
au Ballet de Bordeaux, qui reprend la
production champêtre d’Ashton grâce
à un partenariat avec l’Opéra de Paris,
qui vient de le donner en juillet.
Obligation de jouer et de briller
À Monaco, on a eu droit à une relecture
des Ballets russes, pays auquel les frimas seyent à merveille. Certaines années ont vu La Belle au bois dormant ou
Raymonda à l’affiche. Mais le premier,
ballet des ballets, réclame une excellence et des effectifs inhabituels. Et le
second possède une réputation d’ennui.
Bref, le stock du genre « ballet des fêtes » reste un peu court. La prime à
l’originalité va cette année au Ballet de
Nice : « J’ai voulu miser sur une musique
L’Andalousie en croisière
Culture et traditions sur le Guadalquivir
CROISIÈRE
CROI
RE DE 8 JOURS / 7 NUITS • DÉPARTS : 14 ET 21 FÉVRIER 2019
à bord du MS LA BELLE DE CADIX, bateau 5 ancres
festive. Je programme Les Deux Pigeons
sur une somptueuse musique de Messager et Le Ballet de Faust que je chorégraphie sur celle de Gounod. Le spectacle
donné avec l’Orchestre philharmonique
de Nice crée une grande fête de la musique française », confie Éric Vu-An.
Dans les maisons d’opéra, le ballet de
Noël est aussi le moment où toutes les
forces artistiques se retrouvent pour
travailler en synergie. Les danseurs
avec l’orchestre, et les étoiles avec le
corps de ballet enfin rassemblé. Trentecinq danseurs et trois surnuméraires à
Toulouse, vingt-six danseurs et quatorze surnuméraires à Nice, trente-cinq
danseurs et dix-huit surnuméraires à
Bordeaux. Ici et là, les plannings sont en
folie, les studios ont la fièvre, on prépare des remplaçants en cas de blessure,
les ateliers costumes ressemblent à une
ruche, les éclairagistes s’affairent, les
décors sont dépoussiérés tant bien que
mal. À l’Opéra Bastille, celui du Cendrillon de Noureev, conçu il y a trentedeux ans, semble plombé.
« L’impact sur la compagnie est énorme », explique Kader Belarbi, directeur
du Ballet du Capitole et chorégraphe. Il
a convié Antonio Najarro, danseur de
flamenco et directeur du Ballet national
d’Espagne, pour faire travailler les danseurs sur sa version de Don Quichotte,
qu’il a délibérément tirée du côté de
l’Espagne. Najarro leur a appris comment tenir l’éventail, relever sa robe,
placer la tête, aiguiser le regard, travailler avec le poids, la spirale, les rythmes… pour qu’un authentique duende
fasse frémir les danseurs dans cette
production menacée, selon Kader Belarbi, par la bêtise du pastiche. À l’orchestre, Belarbi a donné une partition
revisitée avec des morceaux de Minkus
qui retrouvent leur sang espagnol et
font la part belle aux sévillannes, séguedilles et fandangos. Najarro a en
outre appris à Basilio à manier la muleta. Dans cette version, Belarbi l’a voulu
le plus beau toréador du monde, et non
plus, comme dans la tradition, Barbier
désargenté.
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Les distributions rétablissent entre les
danseurs l’obligation de jouer et de
briller. De devenir ce pour quoi il s’est
formé : un danseur acteur capable de
raconter l’histoire à sa manière, avec
des gestes dont l’élégance appartient à
l’histoire de l’art.
Chacun attend ses dates le cœur
battant. À Toulouse, Kader Belarbi
distribuera ses quatre étoiles : Julie
Charlet, Natalia de Froberville, Davit
Galstyan et Ramiro Gomez Samon. À
Nice, Éric Vu-An mettra en valeur
Marlene Fuertes et Luis Valle, ses deux
étoiles cubaines, ainsi que Calogero
Failla, nouveau venu dans la compagnie. À Paris, la plupart des étoiles
sont de sortie, ce qui est devenu extrêmement rare, hormis les jours de gala
pour le Grand Défilé du corps de ballet. À Bordeaux, l’Opéra de Paris envoie ses danseurs, Léonore Baulac et
Paul Marque, pour trois des vingt et un
spectacles de La Fille mal gardée : « Ils
sont venus répéter quatre jours avec
leur distribution, et se sont montrés
adorables et très disponibles. On attend
qu’ils reviennent », dit Éric Quilleré,
directeur du Ballet de Bordeaux, qui,
plutôt que de briguer son autonomie,
travaille dans un main-à-main inédit
avec deux géants : Angelin Preljocaj
d’une part et, de l’autre, Aurélie Dupont, directrice du Ballet de l’Opéra
de Paris. « Aurélie est venue voir la prégénérale, puis a passé une matinée à
faire travailler nos danseurs. » Car les
solistes de Bordeaux sont aussi distribués, ainsi qu’un couple de jeunes
Brésiliens prometteurs. Le coup d’envoi est donné. Au public de se rendre
paré et joyeux pour la fête ! ■
Au Ballet de Bordeaux, La Fille mal gardée est une
« La Fille mal gar
C’est la fenaison. L’aurore aux doigts de
rose accompagne le départ des paysans,
fourche à l’épaule. Dans la basse cour, le
coq et ses quatre poulettes s’ébrouent et
sortent de l’ombre. Ils portent des bas
rayés jaune et vert. La mère Simone découvrant que Colin fait la cour à sa fille Lise
le bombarde de choux, poireaux et pots de
fleurs. Elle destine la petite à Alain, fils imbécile d’un riche voisin, qui n’a d’yeux
que pour son parapluie rouge. Aucun détail qui ne fasse mouche dans cette pastorale créée à Bordeaux le 1er juillet 1789 et
revue par le génial chorégraphe anglais
Frederick Ashton en 1960. La scénographie, signée sir Osbert Lancaster, le Sempé
anglais, n’a pas pris une ride, de même que
la partition retricotée par John Lanchbery
à partir de celle de Herold et de chansons
populaires. Les plus grandes compagnies
du monde l’ont inscrite depuis longtemps
à leur répertoire.
L’Opéra de Paris ne l’a fait qu’en 2007,
et l’a encore dansé en juillet dernier. Éric
Quilleré, nouveau directeur du Ballet de
Bordeaux, succédant à Charles Jude, dont
il était maître de ballet, a choisi ce ballet
pour les fêtes, appliquant le partenariat
avec l’Opéra de Paris, qui signe sa direction artistique. Les costumes viennent de
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LE FIGARO
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018
L'ÉVÉNEMENT
YONATHAN KELLERMAN
Le Cendrillon de Noureev
à l’Opéra Bastille
aurait besoin d’un lifting.
À Paris, une « Cendrillon » hollywoodienne
qui manque de finesse
vient une machine à rêves ? Les simples
fleurs des planches, d’un coup de caméra, se transforment en stars mondiales.
la marâtre – incarnée par un homme
sur pointes - se préparent avec l’aide
d’un maître à danser pour l’audition
organisée dans les studios. Il s’agit de
trouver la nouvelle star. Celle qui accompagnera l’acteur vedette. Le producteur entraîne Cendrillon dans les
studios de Hollywood, la transforme
en diva glamour et l’enchantement
rosé succède à la demeure couleur de
cendres.
Trop pressé pour les détails
Tout est parfaitement pensé dans cette
version actuellement donnée à l’Opéra
Bastille : un producteur, un peu magicien, déboule d’un bolide accidenté
dans la sinistre maison où les sœurs et
UN BALLET
PEUT EN CACHER
UN AUTRE
Sous le label « Ballet et
Orchestre de Russie », les
artistes du Théâtre de
Rostov-sur-le-Don sont en
tournée dans les Zénith et
Arena de France. Ils dansent
Casse-noisette. La convention
qui permet d’utiliser ce label
précise que le producteur peut
embaucher l’orchestre de son
choix. Les danseurs, eux,
viennent bien de Rostov-surle-Don, qui ne brille pas parmi
les troupes russes.
Agenda
Jusqu’au 2 janvier
« Cendrillon »
De Rudolf Noureev à l’Opéra
Bastille (Paris XIIe).
Jusqu’au 3 janvier
« La Dame
aux camélias »
De John Neumeier
au Palais Garnier (Paris IXe).
Jusqu’au 31 décembre
« La Fille mal gardée »
De Frederick Ashton,
avec le Ballet de Bordeaux.
Du 21 au 31 décembre
« Don Quichotte »
De Kader Belarbi,
avec le Ballet du Capitole
de Toulouse.
Du 22 au 31 décembre
« Les Deux Pigeons »
et « Le Ballet
de Faust »
D’Éric Vu-An
à l’Opéra de Nice.
Du 23 décembre au 6 janvier
« Casse-noisette »
Par le Ballet de Kiev,
sans orchestre, au Théâtre
des Champs-Élysées.
JULIEN BENHAMOU
L’idée - géniale - ne vient pas de Noureev mais de son décorateur Petrika Ionesco. Puisque dans toutes les civilisations, Cendrillon parle de devenir ce que
l’on est en trouvant chaussure à son
pied, pourquoi ne pas situer le ballet
dans les décors de Hollywood ? Dans les
années 1930-1940, contemporaines de
la somptueuse partition de Prokoviev ?
Lorsque le cinéma, pris dans l’industrie
enchantée des comédies musicales de-
Le scénario est génial. À la création en
1986, avec Sylvie Guillem et Charles
Jude dans les rôles principaux, on prédisait une longue vie à cette relecture de
Cendrillon, dont il n’existe pas de version chorégraphique classique faisant
autorité. Aujourd’hui, on sent les tunnels. On attend indéfiniment l’arrivée
de l’acteur vedette, surtout incarné par
Germain Louvet. Quand il apparaît enfin, il descend le grand escalier et on
suspend son souffle : il donne à sa variation une beauté ample, fluide, doublée
d’une assurance inouïe. La perfection,
portée d’abord avec un mordant, un
éclat qui malheureusement perd un peu
de son intensité à mesure des variations.
Sa partenaire, Ludmila Pagliero, lui va
comme un gant. L’étoile argentine possède une qualité rare : sa technique se
dilue dans un mouvement sans fin. Elle
n’enchaîne pas des positions mais danse
vraiment, ce qui est rare. Ensemble, ces
deux-là ont le même ascendant que
Fred Astaire et Ginger Rogers. Ils déroulent le temps au rythme de leurs
glissades, et lui donnent, avec leurs déhanchements, la couleur du plaisir.
Mais ils ne sont pas là tout le temps.
De même que les deux méchantes
sœurs, Émilie Cozette en rose, vraiment
godiche et drôle, et la bleue, merveilleuse Ida Viikinkoski, peste à souhait mais aussi envoûtante dans la taverne espagnole du troisième acte.
Entre ces moments forts, il faut subir les
parties de corps de ballet attifé des costumes complètement has been de Hanae Mori. Les scènes qu’il interprète
s’inspirent des hits de Hollywood : King
Kong, l’évasion du prisonnier, la parade burlesque… Ce devrait être drôle, ciselé, enlevé. Faute de conviction, c’est
juste d’un ennui terrible. On atteint
peut-être ici les limites d’une production où Noureev travaille seul, sans le
soutien de la tradition : le danseur était
trop pressé pour soigner les détails. Il
plâtrait les variations du corps de ballet
à la va-vite et comptait sur l’air du
temps et l’incroyable énergie qu’il insufflait à la compagnie pour leur donner
sens et vie. Vingt ans après sa mort, le
lifting s’impose. ■
A. B.
33
reprise de la production champêtre d’Ashton grâce à un partenariat avec l’Opéra de Paris.
Paris, les décors ont été refaits aux dimensions de la scène du Grand Théâtre de
Bordeaux et « pourront servir aussi à
l’Opéra de Paris pour danser la pièce dans
des théâtres à cette taille », dit Quilleré.
De la neige bleue
Le sublime escalier du Grand Théâtre de
Bordeaux s’orne de bacs dans lesquels
poussent du blé et de l’épeautre tandis
qu’une vidéo fait tomber du plafond de la
neige bleue. C’est Noël ! Sur la scène, les
deux heures de cette délicieuse pastorale
pleine de rubans et de malice passent
comme un souffle et laissent les Bordelais
en liesse. Jean-Pierre Gasquet, l’ayant
droit d’Ashton pour cette production,
veille depuis soixante ans sur La Fille mal
gardée. Il est tous les soirs dans la salle et
préside aux répétitions. « Je ne suis pas
danseur, mais je fais travailler le jeu d’acteur entre les interprètes », dit-il. La Fille
lui doit son extrême fraîcheur, sa drôlerie,
sa vivacité sans cesse réinventées, alors
qu’à 60 ans elle devrait se faner. Et les
danseurs du Ballet de Bordeaux s’en donnent à cœur joie. Diane Le Floc’h est une
Lise piquante, avec un joli travail de pieds
et d’équilibre ; Neven Ritmanic, un Colin
charismatique dont les sauts et les tours
traduisent l’enthousiasme. Le succès est
là, incontestablement, et la qualité également. Il n’en reste pas moins que la nouvelle formule de la programmation du
Ballet de Bordeaux laisse perplexe.
Quilleré a signé un partenariat avec le
Ballet de l’Opéra de Paris et Angelin
Preljocaj. Sur les quatre programmes de la
saison, un seul, Quatre tendances, lui appartient en propre. Bordeaux a ouvert
avec Blanche-Neige de Preljocaj, avec lequel le chorégraphe a déjà ratissé la France
et le monde ; il dansera Notre-Dame de
Paris, production de l’Opéra de Paris,
après La Fille. Rappelons que dans son cahier des charges, le Ballet de l’Opéra de
Paris doit tourner ses productions en province. Il ne le fait pas, mais est-ce pour
autant à Bordeaux de le remplacer dans
cette tâche ? Quant à Preljocaj, il devrait
signer d’ici à deux ans une création rassemblant des danseurs de Bordeaux et de
Paris sous la baguette de Marc Minkowski,
justement directeur de l’Opéra de Bordeaux. Le spectacle serait donné au moins
dans les Opéras de Paris et de Bordeaux.
S’appellera-t-il « Petits arrangements entre amis » ? Une chose est sûre : le Ballet de
Bordeaux a peu ou prou bradé son
originalité. ■
A. B.
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ, À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
A
dée », toujours drôle et vive
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samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018 LE FIGARO
34
CULTURE
Patrick Chesnais :
« Commenter,
c’est le nouveau
truc démocratique »
ENTRETIEN À l’écran dans « Ma mère est folle » et bientôt
dans « L’Empereur de Paris », le comédien joue au théâtre
« Tu te souviendras de moi ». Rencontre avec un intranquille.
T
PROPOS RECUEILLIS PAR
NATHALIE SIMON
nsimon@lefigaro.fr
iens, vous avez reconnu
Ferdinand ! », s’étonne Patrick Chesnais
en regardant sur son téléphone la photographie de son fils mort à 20 ans dans un
accident de voiture en 2006. À l’affiche
dans Ma mère est folle, de Diane Kurys, et
le 19 décembre dans L’Empereur de Paris,
de Jean-François Richet, cet homme
pressé multiplie les projets. En mars 2019,
on le verra à deux reprises. Il sera un révolutionnaire « un peu fatigué » dans Damien
veut changer le monde, de Xavier de Choudens, et incarnera le père de Sandrine Kiberlain, un « dragueur », dans Mon bébé, le
nouveau film de Lisa Azuelos. « Même
quand on me propose des rôles de grandpère, ce sont des séducteurs. Je le prends
plutôt bien », s’esclaffe celui qui est aussi
« attiré » par une jeune femme dans un
projet de l’Israélien Haim Bouzaglo. Jusqu’au 31 décembre, il joue au théâtre un
universitaire célèbre qui perd la mémoire
dans Tu te souviendras de moi, une pièce de
François Archambault, avec sa fille Émilie.
LE FIGARO. – Vous dites qu’il y a
une partie de vous dans vos rôles…
Patrick CHESNAIS. – On est multiple.
Moi peut-être un peu plus que d’autres, je
n’en sais rien. Dans certains films ou pièces, je me sers beaucoup de certains éléments personnels. Je me sens bien dans la
comédie, les têtes en l’air dépassées par
les événements. Mais je peux aussi être un
mafioso implacable.
Ou un narcotrafiquant dans Ma mère
est folle. Vous refusez des rôles parfois ?
Pas souvent. J’aime tourner, je suis un
peu influençable. Arrivé où je suis, si je
n’ai pas une activité intense, je flippe.
Non pas par manque de travail, mais je
gamberge. Je pense aux célèbres divertissements de Pascal. Travailler intensément empêche de penser à l’affliction de
la condition humaine, à la maladie, à la
mort, j’aime mettre les mains dans le
cambouis pour éviter de trop y penser.
Sinon vous « flippez »…
Toutes les mauvaises choses de la condition humaine remontent à la surface, la
perte de mon fils, mes parents… Et la peur
de diminuer, la maladie. Quand je tourne, quand je joue, je me dis (Il frappe fort
dans ses mains) : « Putain, mais je suis en
forme ! » On a peur de perdre des facultés. Moi, ça va très bien, mais ça ne va pas
continuer comme ça. La libido, par
exemple, va en prendre un coup (Rires).
Dans Tu te souviendras de moi,
votre personnage, Édouard,
millésimé
« Travailler intensément
empêche de penser
à l’affliction
de la condition humaine,
à la maladie, à la mort,
j’aime mettre les mains
dans le cambouis
pour éviter de trop
y penser », estime
Patrick Chesnais.
BERNARD RICHEBÉ
perd justement la mémoire…
Oui, c’est un homme intelligent qui a de
l’humour et déconne un peu avec sa maladie. Je m’en rends plus compte maintenant, mais c’est une pièce aussi assez optimiste. Les spectateurs me le disent. À un
moment, Édouard bascule dans un état
particulier, un présent où il se sent bien,
la maladie le fait accéder à une autre dimension de la vie. À la fin, les gens font
une standing ovation les larmes aux yeux.
Les films, les pièces sont le miroir des activités humaines, ils touchent en parlant
de sujets qui concernent tout le monde.
Le temps qui passe vous rend-il
plus serein ?
Non, je suis de plus en plus dans l’intranquillité. Pas pour ma carrière ou mon activité artistique, mais le monde en général, ma famille, moi, bien sûr, tout ce qui
est d’ordre social, de la difficulté de la
planète, de l’angoisse de ce que vont faire
mes enfants, leur avenir. Je maîtrise
presque tout ce qui concerne le métier.
J’y prends du plaisir. Au début, c’était
plus difficile, j’étais plus angoissé, je ne
savais pas gérer. Mais non, je ne suis toujours pas tranquille. En plus, je suis hypocondriaque. Ce matin, j’ai encore fait un
examen, les voies urinaires… Bon, ce
n’est pas grave.
Est-ce que la politique actuelle,
les attentats, les « gilets jaunes »
ajoutent à vos inquiétudes ?
La politique d’Emmanuel Macron ne me
stresse pas, les « gilets jaunes » un peu.
Oui, j’ai voté Macron, il n’était ni de droite, ni de gauche, ça fait un bien fou ! Cette
espèce de système politique d’abrutis où
si on est de droite, toute la gauche dit
c’est nul, et si on est de gauche, la droite
dit c’est de la merde. J’ai lu Victor Hugo,
il parlait d’insurrection, d’émeutes et des
secousses populaires. Ces dernières font
partie de l’ADN français. Après les soulèvements, tout rentre dans l’ordre, parfois, ça peut être le désordre. Quand il y a
trop de chaos, c’est l’État qui en tire les
bénéfices. Il y a une espèce de dynamique
qui fait que tout le monde s’agrège dessus
et veut en découdre, puis ça retombe.
A
champagne-castelnau.fr
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ, À CONSOMMER AVEC MODÉRATION
C’est du désespoir aussi…
Oui,vous savez, il y a des gens qui touchent
800 euros et ne sont pas désespérés. L’injustice des données humaines ne se calcule
pas toujours en fonction de l’argent. Il y a
des gens riches qui ont des enfants handicapés, la vie est injuste. Il faut entendre les
cris de la colère et de la misère, mais il faut
se méfier de la récupération, de la fascisation, du racisme, de la radicalisation bornée. Je crois que le gouvernement l’entendra et changera les choses.
Participez-vous aux réseaux sociaux ?
Non, je ne suis rien du tout. J’ai des mails
et des SMS, je ne fais pas de selfies. J’écris
un bouquin aussi. (En 2008, Patrick Chesnais avait publié Il est où, Ferdinand.
Journal d’un père orphelin, Michel Lafon,
NDLR). Je dois rendre ma copie fin juin
aux Éditions de l’Archipel. Habituellement, ils publient des hommes politiques, je suis le premier « people » à écrire
pour eux. J’écris tous les jours, je laisse
glisser mon stylo, j’en suis à 200 pages.
C’est comme un journal, ma vie, mon
œuvre, mes humeurs, mes sensations sur
le temps qui passe, la famille, le monde, la
vie, le métier. Ma femme (la comédienne
Josiane Stoléru, NDLR) me relit, me recadre. C’est indispensable.
Vous discutez avec votre fille, Émilie ?
Par moments, elle a des accès, des humeurs, des idées dans lesquelles je me reconnais. Parfois, elle est elle-même, originale. Les enfants nous ressemblent,
mais sont différents, heureusement. Avec
Émilie, on échange parfois. Pas énormément, mais dans Tu te souviendras de moi,
je lui dis : « Il faut aller plus vite, là, tu
prends un temps, calme un peu le jeu. » Elle
m’écoute. Elle est toujours constructive
dans la critique : « Aujourd’hui, c’était
bien, hein papa, ça faisait rire. »
Vous-même avez été marqué
par Michel Bouquet…
J’ai joué deux pièces d’Anouilh au Théâtre de Paris, L’Alouette, où la semaine,
j’interprétais Charles VII. Michel Bouquet
l’incarnait le dimanche après-midi. La
semaine suivante, j’avais une scène avec
lui dans Pauvre Bitos. En attendant que
ma petite amie ouvreuse de l’époque finisse son service, j’allais voir Bouquet
jouer. Je l’ai vu 80 fois. J’ai énormément
appris. C’est un acteur d’instinct absolu
avec une réflexion derrière.
Vos films vous ont-ils aidé
à vous construire ?
Oui, les mauvais aussi. J’ai fait beaucoup
de conneries. J’ai la réputation d’être un
mec assez radical, ce qui est totalement
faux.
D’où vient-elle ?
Je ne sais pas. Je me souviens quand le regretté José Arthur me recevait au « PopClub », il disait : « Ah, voilà Patrick Chesnais ! Alors, lui, faut pas l’emmerder ! » Par
exemple, j’ai d’abord refusé de tourner
dans le très mauvais Feu sur le candidat au
début des années 1990. Mais un mec est
arrivé avec un chèque dont j’ai vu le
montant et j’ai changé d’avis. Je n’aurais
jamais dû le faire, comme d’autres qui
n’ont pas amélioré ma carrière. Stéphane
Brizé m’a dit une fois quand j’hésitais à
tourner un film : « À cause des dix que tu
vas toucher là, tu vas perdre les vingt sur le
prochain film qu’on ne te proposera pas à
cause de celui-là. » Il avait raison.
Au théâtre aussi ?
J’ai accepté des pièces pour d’autres raisons que l’argent. Pour jouer avec ma
femme, par exemple, dans Toutou, qui est
mauvaise et n’a pas marché. Il ne faut pas
faire de sentiments et être à fond dans le
projet artistique. L’an dernier, je tournais
L’Empereur de Paris à une heure de la capitale, et le soir, je jouais Tant qu’il y a de
l’amour, une comédie de Bob Martet qui a
été démolie par la critique. Pourtant on
explosait les jauges.
Les critiques vous affectent-elles ?
Non, ce qui m’attriste c’est quand il y a
peu de monde dans la salle. Les critiques,
je n’en fais pas une maladie. Avant j’étais
content quand j’en avais une bonne et je
m’en fichais quand j’en avais une mauvaise. Vraiment. Là, un peu moins.
Quand j’en ai de bonnes, je m’en fiche
un peu, quand elles sont mauvaises, je
m’en fiche moins. Avant, les mauvaises,
je ne dis pas qu’elles m’excitaient, mais
cela me plaisait que quelqu’un ait une vision de moi. Promis, j’en parlerai à mon
psy! En fait, je ne les attends pas, je tombe parfois dessus dans les hôtels. Avant,
une critique positive pouvait transformer un spectacle en succès. Maintenant
tout est noyé par les articles, les images,
les réseaux sociaux et la critique « officielle » est devenue minoritaire. Aujourd’hui, les commentaires sont plus importants que les critiques. Le moindre
fait est commenté. Tout le monde donne
son avis sur tout. C’est le nouveau truc
démocratique.
Au début des années 2000, vous avez
réalisé un long-métrage et un téléfilm.
Pensez-vous à revenir à la réalisation ?
Il y a un bout de temps, j’ai écrit un beau
scénario, je crois, avec Éric Assous, mais
je n’ai plus envie de le tourner. Ça va
peut-être revenir. Je vais peut-être
jouer une pièce de lui d’ailleurs. Je pense
aussi tourner un documentaire sur un
anonyme pour une série d’Arte. Réaliser
un long-métrage doit être une nécessité
vitale, une envie, un besoin, l’impossibilité de faire autrement. Pour le moment, je suis embarqué dans le théâtre.
J’ai adoré jouer Tant qu’il y a de l’amour,
espèce de boulevard incandescent qui
nous emmène vers le burlesque et la folie et qui a trouvé un public énorme. On
partira en tournée en 2019. Je vais peutêtre également jouer du Guitry. J’ai envie de faire plein de trucs, faut que je
m’y mette parce qu’après, il sera trop
tard.
Vous avez encore vingt ans devant vous !
Dans quel état ! Il n’y aura pas de retraite.
Regardez Michel Bouquet, 93 ans. ■
Tu te souviendras de moi, Théâtre de Paris
(IXe), jusqu’au 31 décembre.
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LE FIGARO
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018
CULTURE 35
Ils font entrer
les châteaux
dans le 2.0
PATRIMOINE Des centaines de petites
entreprises apportent le digital dans la
gestion des monuments. Et leur permettent
d’être plus visibles et de penser l’avenir.
Des services à inventer
JeFile a révolutionné la gestion de la file
d’attente devant les tours de Notre-Dame
de Paris, et les chatbot d’Ask Mona aident
le Grand Palais ou la Villa Savoy à répondre aux questions récurrentes des visiteurs. Quant à Rêve de châteaux, elle
permet à des Américains de trouver une
chambre d’hôte d’exception, que ne proposerait pas un site comme booking.com.
Le marché ne demande qu’à éclore,
d’autant que certains services n’ont
même pas encore été inventés. « L’univers numérique repose sur le test et l’évolution », remarque Laure Pressac, responsable de l’incubateur du patrimoine mis
en place par le Centre des monuments
nationaux, il y a six mois. « La grande
force de ces structures, c’est de se dire que
tout est possible. »
Portées par des digital natives, ceux qui
sont nés avec un ordinateur dans la main,
À Épinal, la photo passe
par la petite porte
EXPOSITION « Images sur les murs »
s’interroge sur la façon dont les Français
décoraient leurs intérieurs au XIXe siècle.
ISABELLE STASSART istassart@lefigaro.fr
ENVOYÉE SPÉCIALE À ÉPINAL (VOSGES)
a découverte exceptionnelle en
1976 d’une cloison de bois ornée
de soixante estampes, certaines
datant du début du XVIIe siècle,
dans une maison du village de
Bessans, dans la Haute Maurienne, est à
l’origine d’une exposition foisonnante
proposée par le Musée de l’image, à Épinal. La cloison qui séparait deux chambres ainsi que les portes de la cage d’escalier prêtés par le Musée savoisien de
Chambéry nous éclairent sur le rapport
intime que les familles entretenaient avec
les images bien avant que nos ados placardent leurs héros sur leurs murs.
On y trouve le portrait maladroit
d’Anne d’Autriche probablement repris
d’un ancien bois gravé de Marie de Médicis, une très jolie représentation de saint
Jean-Baptiste auquel on vouait un culte
MUSÉE DE L’IMAGE - VILLE D’EPINAL/ H. ROUYER
L
Pierre-Édouard Frère, Les Images,
lithographie du recueil Les Expositions
de Paris, salon de 1857,
textes de Théophile Gautier.
dans la région, un cantique spirituel mêlant poésie religieuse et air laïque à chanter ainsi qu’une rarissime lettre d’indulgence vendue au porte-à-porte par les
missionnaires afin d’économiser quelques années au purgatoire.
Protéger, enseigner, décorer
Une fois ce décor posé, on découvre des
peintures dites réalistes, un genre qui
s’épanouit au milieu du XIXe siècle. Ces
sujets campagnards représentent l’intérieur de foyers modestes où les images
accrochées au mur protègent, enseignent
et surtout décorent. Voilà l’occasion de
plonger aux sources des images d’Épinal
moquées par Balzac et Flaubert qui y
voyaient des clichés criards et de mauvais
goût. Ces feuilles volantes aux couleurs
pétaradantes, vendues un sou par les colporteurs ont connu un véritable succès
populaire au XIXe siècle. Saints, rois et
reines, contes moraux étaient affichés
dans les cuisines, près des cheminées ou
dans les chambres. Le sens des affaires de
Jean-Charles Pellerin, un ancien fabricant de cartes à jouer d’Épinal passionné
par l’épopée napoléonienne, a su doper
dès 1809 les ventes sur tout le territoire
français.
Ces estampes décriées ont inspiré les
peintres de l’école de Pont-Aven. Émile
Bernard, Paul Gauguin ont emprunté les
codes de l’image d’Épinal, devenue un
terme générique pour désigner des clichés naïfs. Traits noirs, couleurs à base de
rose fuchsia, jaune d’or et bleu de cobalt,
ils se sont réapproprié cette imagerie et
l’ont replacée sur le devant de la scène.
L’incursion timide de photographies
contemporaines, comme celles de Luigi
Ghirri ou Thomas Struth, rythme la scénographie de ce très beau musée. ■
« Images sur les murs de Bessans
à Pont-Aven », au Musée de l’image
à Épinal (88), jusqu’au 29 septembre 2019.
www.museedelimage.fr
La plateforme de financement participatif Dartagnans a réussi à faire acheter par 18 000 personnes le château
de la Mothe-Chandeniers (Vienne). FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
ces start-up n’ont en général pas de bureaux fixes. Colas travaille entre Paris et
Bordeaux et ses deux associées naviguent
entre Paris et Arras – ils font leurs réunions sur Skype ou dans les locaux de
l’association Vieilles maisons françaises.
Certaines structures trouvent refuge dans
des espaces de coworking, pratiques et
anonymes – tout l’inverse d’un château,
qui est précisément ancré dans un territoire et affiche parfois mille ans de traditions. Il n’est d’ailleurs pas toujours facile
d’apporter de l’innovation dans un monde séculaire, qui n’a pas forcément beaucoup d’argent. Combien de ces jeunes pa-
trons se sont entendus dire : « Internet ?
Ce sont mes enfants qui s’en occupent,
quand ils viennent le week-end. » Or, pour
qu’une page Facebook ou un système de
gestion en ligne fonctionnent, il faut s’en
occuper, martèle Christian Clarke de
Dromantin, fondateur de Patrivia. Sans
compter que « dans les campagnes où se
trouvent souvent les monuments, c’est parfois le désert digital », ajoute Julien Marquis, d’Adopte un château. Avec Florent
de Carolis (J’aime mon patrimoine) et
Christian Clarke de Dromantin, Julien
Marquis a créé l’année dernière Patrimoine 2.0, un club d’échange de bonnes pra-
tiques, qui rassemble une centaine de
membres. En avril, ils ont remis une lettre
à Emmanuel Macron, censé être derrière
tout ce petit monde, pour plaider leur
cause : ces jeunes structures se battent
contre les géants du Net, dans un univers
mouvant. Personne, pour autant, n’a envie de raccrocher ses gants. « J’ai travaillé
dans l’e-commerce de jeux vidéo, un secteur qui ne regarde jamais en arrière. Le
patrimoine puise en revanche sa légitimité
dans le passé, tout en se cherchant un avenir. Cela donne du sens à ce que l’on fait, et
on sait pourquoi on se bat », conclut Florent de Carolis. ■
-15%
SUR TOUS LES CAFÉS **
DU 12 AU 15 DÉCEMBRE
*
A
hâtelains, sachez-le ! Votre livre d’or à reliure de cuir, dans lequel
des générations de visiteurs ont laissé un
commentaire, est totalement out .
« L’avenir, affirme Colas Guyonnaud,
fondateur de la plateforme de réservation
en ligne Rêve de châteaux, c’est le rating. » Ce mercredi, la dizaine de propriétaires réunis pour suivre une formation sur la maîtrise des outils digitaux, en
est bien convaincu, ou presque. Mais plusieurs questions demeurent : comment
décrocher ces avis sur Internet ? Comment faire pour qu’ils ne soient pas négatifs ? Ou même trop positifs au risque
d’apparaître comme louches ? Devant
son PowerPoint, Colas Guyonnaud,
31 ans, enfonce le clou : « Le support papier, c’est pour les plus de 40 ans, et les dépliants servent surtout de souvenirs après
la visite. On peut souvent s’en passer. »
Bienvenue dans le monde des start-up
du patrimoine ! En deux ans, elles ont
poussé comme des champignons, en tentant de pénétrer le monde a priori immuable du patrimoine. Un ordinateur,
une maîtrise des réseaux sociaux – art
plus savant que l’on pourrait croire –, une
idée, de la souplesse et la capacité à manger des pâtes tant que sa boîte n’a pas dé-
collé : ces entrepreneurs sont en train de
faire basculer châteaux et monuments
dans le monde 2.0. Avec quelques succès :
la plateforme de financement en ligne
Dartagnans a réussi à faire acheter collectivement le château de la Mothe-Chandeniers (Vienne) et celui de l’Ebaupinay
(Deux-Sèvres). Patrivia, système de réservation en ligne, travaille pour
300 clients dont le château de la FertéSaint-Aubin (Loiret) ou l’abbaye de Longues (Calvados).
*Quoi d’autre ? **Ofre valable en France métropolitaine, voir modalités complètes sur www.nespresso.com NESPRESSO FRANCE SAS - SIREN 382 597 821 - RCS PARIS
C
CLAIRE BOMMELAER
cbommelaer@lefigaro.fr
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samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018 LE FIGARO
VINEYARD COLDSTREAM, J.-C. MARMARA/ LE FIGARO, CASTELNAU
36
VIN
Le vignoble Coldstream,
près de Melbourne.
Les Australiens
inventent le vin
qui parle
COUP DE CŒUR
CHAMPAGNE CASTELNAU
BRUT RÉSERVE
En 1916, un groupe
d’entrepreneurs de la région
d’Épernay décide de fonder
et développer la marque
Champagne de Castelnau.
En hommage au général
de Curières de Castelnau,
qui s’était illustré à l’occasion
de la Première Guerre mondiale.
En 2003, la Coopérative
régionale des vins
de Champagne (CRVC)
acquiert la marque,
supprime la particule et
renomme le fleuron de sa
coopérative Champagne
Castelnau. De 180 000
bouteilles en 2007,
la commercialisation
est passée à 800 000
en 2017 et à 900 000
flacons en 2018.
Quant à la CRVC, riche
de 900 hectares et
de 750 vignerons, elle
possède 28 millions
de bouteilles en cave.
Alors que la durée légale
de maturation sur lies des
champagnes brut sans année
est de douze mois, la plupart
des maisons les faisant vieillir
deux à trois ans, ce Brut
Réserve, d’un joli rapport
qualité-prix, repose six ans
en cave. Le nez, qui dégage
des notes de thym, est aussi
complexe que la bouche est
charnue, ronde, mûre, crémeuse.
Elle s’étire en finale vive
et fraîche.
Valérie Faust
28,32 € sur champagnecastelnau.fr
INNOVATION En recourant à la réalité augmentée sur ses étiquettes, le groupe
Treasury Wine Estate donne un grand coup de fouet à ses ventes de crus à petit prix.
L
STÉPHANE REYNAUD
sreynaud@lefigaro.fr
e « 19 Crimes », un nom improbable. Rouge ou blanc, ce vin fait référence à une liste d’infractions - recel, bigamie, vol avec effraction, destruction
d’arbres, usurpation d’identité… - passibles, en Angleterre, à partir du XVIIIe et
jusqu’au début du XXe siècle, de mort ou
d’une peine de substitution considérée
comme presque aussi terrible : l’exil en
Australie, alors sous domination britannique. Les condamnés qui y sont envoyés,
s’ils survivent au périple maritime, doivent endurer les travaux forcés.
Le groupe australien Treasury Wine Estates, mastodonte du secteur (propriétaire de 13 000 hectares de vignes dans le
monde, producteur de plus de 400 millions de bouteilles), reprend ce mythe national du bagnard-colon pour créer une
nouvelle cuvée ultra-innovante du point
de vue du marketing. L’idée revendiquée
par l’entreprise : séduire les moins de
40 ans, dont les très courtisés millennials,
toute cette partie de la population qui voit
le smartphone comme un prolongement
naturel de la main. Comment ? Avec le
packaging. Dans cette affaire, le contenant prime sur le contenu. Le vin, cépage
unique de cabernet sauvignon, de shiraz
ou de chardonnay ou encore assemblage,
selon les cas, passe au second plan.
Reconnaissons que l’emballage ne laisse
personne indifférent. L’étiquette jaune
pâle, collée sur les bouteilles en verre
noir mat, présente la photographie sépia
de jeunes hommes en tenue de bagnard.
Ils s’appellent John Boyle O’Reilly, Michael Harrington, Cornelius Dwyer
Kane… Tous ont été condamnés à
l’exil. Le graphisme est original, très
réussi. Mais la vraie surprise n’est
pas là. Elle commence après téléchargement de l’application dédiée
Living Wine Labels. Il suffit de diriger l’objectif de l’appareil photo du
smartphone vers l’étiquette pour
voir sur l’écran le bagnard s’animer
et raconter son histoire. Bluffant.
Pour l’instant, la commercialisation
de 19 Crimes n’est pas autorisée en
France, le message n’étant pas jugé
conforme aux dispositions de la loi
Évin, puisque le personnage mis en avant
sur l’étiquette n’a pas de lien direct avec
l’exploitation viticole.
Les Français ne devraient pas plus avoir
accès à l’autre succès de Treasury Wine : la
cuvée Walking Dead, ainsi baptisée en référence à la série d’anticipation à succès
qui met en scène une petite communauté
confrontée à d’affreux zombies. Dans la
version flacon, l’étiquette, une fois scannée, laisse s’échapper les morts-vivants.
Mieux : il suffit que deux bouteilles de Walking Dead Wine soient réunies pour que
les atroces personnages issus de chacune
d’entre elle s’écharpent. L’engouement a
été tout aussi fort, avec des tarifs pourtant supérieurs de 60 % à ceux pratiqués
en moyenne dans cette catégorie.
Un énorme impact
commercial
Le procédé de réalité augmentée,
sous une forme un peu moins spectaculaire, est étendu à trois autres cuvées qui sont d’ores et déjà disponibles sur notre territoire, en grande
distribution. Dont le Wolf Blass Yellow Label, produit dans le sud de
l’Australie, un chardonnay généreux
en bouche (10,50 euros). Le Lindeman’s Bin 65 2017, un autre chardonnay, quant à lui plus fruité (7 euros), et le
Matua, un sauvignon blanc de NouvelleZélande tendu, aux notes d’agrumes
(10 euros). Des vins très aromatiques,
techniques, sans charme particulier. Mais,
pour chacun de ces crus, tout un monde
de réalité augmentée est proposé. Il peut
s’agir des codes visuels de la marque,
comme les fleurs associées à Lindeman’s,
qui peuvent être dupliqués sur des selfies
ou autres visuels et postés sur les réseaux
sociaux comme Instagram. Il peut aussi
être question d’une découverte aérienne
de la propriété, ce que met en avant Wolf
Blass, ou d’une ambiance polaire, pour
Matua, qui doit être bu frais.
Le coût de tels outils technologiques,
avec son lot de mises à jour successives,
n’est pas négligeable. Et le lancement de
l’application devant les médias a été réalisé en grande pompe dans chaque pays
concerné. Aux États-Unis, pour présenter 19 Crimes, Treasury Wine Estate a privatisé la prison américaine d’Alcatraz.
Tout ce dispositif n’est pas toujours d’un
goût très sûr, mais il semble que l’impact
commercial soit colossal « En dix-huit
mois, les seules ventes de 19 Crimes sont
passées de 4 millions à 18 millions de bouteilles, affirme Gregory Joos de ter Beerst,
en charge de la distribution en Europe de
Treasury Wine. L’application plaît énormément. Nous tablons sur 1 milliard de téléchargements en 2020. » Parions que cette technologie sera vite adoptée par
certains vignerons français. ■
+ @ SUR LE WEB
» L’artiste sud-africain William
Kentridge signe l’étiquette bachique
de Château Mouton-Rothschild 2016
avis-vin.lefigaro.fr
« Le monde du cognac
est en pleine forme »
ENTRETIEN Jean-Pierre Cointreau,
acteur indépendant du monde des spiritueux
et du champagne, analyse le succès du secteur.
Quels sont les marchés du cognac Frapin ?
Aux États-Unis, nous vendons plus de
cognacs d’entrée de gamme. En Asie,
nous vendons des produits plus valorisés.
L’Afrique reste compliquée. Et l’Europe
demeure un bon socle de consommation.
D’ailleurs, il ne faut pas négliger la France, qui reste dans le top 10 des pays
consommateurs.
LE FIGARO. - Votre entreprise produit
le cognac Frapin, le champagne Gosset,
mais aussi liqueurs et sirops.
Les indicateurs sont-ils
au beau fixe pour les trois
secteurs ?
Jean-Pierre COINTREAU. À des degrés différents. Le
monde du cognac est, en effet, en pleine forme, comme
jamais il ne le fut ces cinquante dernières années. Les
volumes de cognac vendus
Les
ont augmenté d’un tiers duvolumes
rant la dernière décennie.
de cognac
Cette année, le rendement
autorisé d’alcool pur par
vendus ont
hectare (14,64 hl AP/ha) n’a
augmenté
jamais été aussi haut.
d’un tiers
B. DESPREZ
Fabien, Winemaker
Jean-Pierre Cointreau dirige l’entreprise
Renaud Cointreau, une PME au chiffre
d’affaires de 50 millions, qui produit le cognac Frapin, le champagne Gosset, mais
aussi des liqueurs prisées par les mixologistes, ainsi que des sirops. Il évoque le
succès de l’eau-de-vie de Charente.
La demande est très forte.
Y a-t-il des risques
de ruptures de stock ?
Gérer la pénurie peut parfois
être une solution pour créer de
la valeur. Mais la maison Frapin ne se pose pas la question,
car ici nous n’avons pas d’approvisionnements extérieurs.
Nous travaillons avec les seules
et uniques ressources de notre
vignoble de cognac (240 ha en
Grande Champagne, NDLR),
dont nous sommes propriétaires. Notre modèle ne correspond pas au modèle cognaçais
classique. Mais je reconnais
que nous bénéficions du coup
de projecteur qui est mis sur le
monde du cognac.
Quelle est la cause
durant
de l’augmentation
la dernière
de la demande ?
décennie
La raison principale, c’est la
Pensez-vous qu’il va falloir
mode de la mixologie, des
étendre l’aire d’appellation
JEAN-PIERRE
cocktails remis au goût du
pour pouvoir répondre
COINTREAU
jour par les Américains, il y a
à la demande croissante ?
une vingtaine d’années. Deux tiers du coTout le monde semble être d’accord sur le
gnac se consomme en cocktail. Même s’il
fait qu’une démarche de plantation est
s’agit parfois de couper l’eau-de-vie avec
indispensable. Mais il faut le faire avec
de l’eau gazeuse.
prudence.
»
A
Suivez-nous sur
@smithhautlafitte
R e n d e z - n o u s v i s i t e : w w w. s m i t h - h a u t - l a f i t t e . c o m / v i s i t e s
L’A B U S D ’A L C O O L E S T D A N G E R E U X P O U R L A S A N T É . À C O N S O M M E R A V E C M O D É R AT I O N .
Comment Frapin répond à cette mode ?
Cette année, nous avons développé et mis
sur le marché le 1270, un produit qui se
situe entre notre VS et notre VSOP (eaude-vie d’au moins 2 et 4 ans, NDLR). Nous
le destinons à l’ensemble de nos marchés.
Le cognac sait-il se réinventer ?
Chez Frapin, nous sommes opposés au finishing, qui consiste à ajouter des arômes.
Nous considérons que le cognac dispose
de qualités intrinsèques qui font naturellement de lui un produit luxueux. ■
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE FIGARO
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018
À TABLE
37
La truffe blanche d’Alba, trésor du Piémont
GASTRONOMIE La Maison de la Truffe propose en exclusivité à Paris ce champignon mythique,
pour la première fois certifié d’origine et numéroté.
LA MAISON DE LA TRUFFE, F. BOUCHON / LE FIGARO
A
«
ALICE BOSIO
£@alicebosio
ENVOYÉE SPÉCIALE À ALBA (ITALIE)
llez, ramasse ! » Michele harangue en dialecte piémontais ses
deux chiens. Perla et Macchia, des bâtards croisés entre labrador, braque et
chien d’eau romagnol - race réputée
truffière - hument le sol, creusent, jusqu’à déterrer le diamant blanc. Et hop,
un gâteau en guise de récompense.
Contrairement aux Français, coutumiers
des cochons pour le cavage de la truffe
noire, les Italiens préfèrent les chiens.
Dressés dès le plus jeune âge – les mamelles de la mère sont badigeonnées
d’huile de truffe, dans laquelle trempe
également le bouchon de liège qui leur
sert de jouet -, ils sont des alliés précieux,
que leurs maîtres doivent protéger des
attaques meurtrières des concurrents. La
chasse a lieu de préférence la nuit, à l’abri
des regards. Une fois la truffe cavée, le
trou est rebouché et dissimulé par des
feuilles. On ne plaisante pas avec la Tuber
magnatum pico. Vendue de fin septembre
à fin janvier, entre 2 000 et 6 000 euros le
kilo, selon la rareté, la qualité et le poids
de la pièce, la truffe blanche d’Alba est
l’un des produits les plus prisés au monde. Qui souffre toutefois de l’absence
d’appellation d’origine protégée par
l’Union européenne. La région des Langhes lui confère, grâce à l’humidité, le
pH et la composition de la terre, un bouquet unique, qui mêle noisette, miel,
cèpe, ail, artichaut… Et pourtant, une
truffe blanche récoltée dans le centre de
l’Italie ou même dans les Balkans peut se
faire passer pour une truffe d’Alba.
Traçabilité optimale
Pour contrer ces usurpations et favoriser
l’obtention du label européen, la principale société de commercialisation de truffe d’Alba, Tartuflanghe, qui fournit truffes
fraîches, lyophilisées et produits dérivés à
Truffe blanche certifiée et numérotée
de la Maison de la Truffe.
Chasse à la truffe blanche dans une truffière de la société Tartuflanghe, à Alba.
des grands chefs (Gaston Acurio, Albert
Adria, Enrico Crippa) et des épiceries fines aux quatre coins du globe (dont le
géant Eataly), a développé cette année,
en exclusivité pour la Maison de la Truffe,
une certification d’origine et de qualité.
L’enseigne de luxe, propriété du groupe
Caviar Kaspia depuis 2007, propose ainsi
de déguster et d’acheter dans ses quatre
restaurants parisiens (Madeleine, Marbeuf, la Grande Épicerie et Galeries
Lafayette Gourmet) des truffes d’exception (25 g minimum), numérotées et dotées d’un QR code. Ce dernier permet de
lire sur son smartphone une vidéo, réalisée à l’aide d’un drone, de l’endroit précis où elles ont été trouvées. Une traçabilité 2.0 pour en attester la valeur.
Tartuflanghe compte une trentaine de
petites tartufaie (« truffières ») dans la
région (dont trois certifiées bio), qu’elle
bichonne pour obtenir le meilleur produit possible. Car si le tartufo bianco reste
impossible à cultiver, on peut favoriser sa
croissance. Paolo Montanaro, qui dirige
la société familiale avec sa sœur, explique : « Pendant des années, on ne connaissait des truffes que ce que voulaient bien
nous en dire les chasseurs. C’est pourquoi
nous avons travaillé avec les universités
agricoles de Turin et Padoue pour en savoir
plus et mettre en place de meilleures conditions de développement. » Un espacement
idéal entre les arbres de 5 à 6 mètres, des
branches coupées régulièrement pour
favoriser la repousse des racines avec
lesquelles les truffes vivent en symbiose,
le « nettoyage » du terrain aux beaux
jours par une cinquantaine d’ânes qui
broutent les mauvaises herbes… L’eau is-
sue du nettoyage des truffes est même
reversée sur les tartufaie au cas où elle
contiendrait encore des spores.
Une année faste
Outre ses truffières, Tartuflanghe travaille avec plus de 300 chasseurs, vieux
paysans ou retraités connaisseurs des
bois régionaux, qui arrondissent confortablement leurs fins de mois. « Ce sont
eux qui fixent les prix. Nous nous engageons à leur acheter tout ce qu’ils nous
rapportent », détaille Paolo Montanaro.
Une fois ramassée, la truffe est d’abord
lavée dans une machine pour retirer
80 % de la terre, puis brossée à la main, à
l’aide d’un petit couteau ad hoc, avant
d’être triée. Le tubercule devant être
consommé au plus tard dans les huit
jours après sa récolte, les invendus et les
pièces abîmées ou de petites tailles sont
mis en bocaux, lyophilisés (ce qui permet
d’en conserver toutes les propriétés organoleptiques) ou utilisés pour confectionner huile, sel, miel, beurre, purée ou
mayonnaise.
Bonne nouvelle : contrairement à l’an
dernier, 2018 est une année faste. Les
prix connaissent une baisse jamais vue
depuis dix ans. Les pluies estivales abondantes sur les collines ont permis aux
champignons prisés de se développer en
nombre autour des racines des chênes,
tilleuls et saules de la région (Langhe,
Roero et Monferrato), dont les paysages
viticoles ont été classés au patrimoine
mondial de l’Unesco en 2014. La vente
aux enchères de truffes qui a lieu en novembre depuis dix-neuf ans au château
de Grinzane Cavour a vu cette année un
spécimen de 850 grammes adjugé
85 000 euros à un jeune entrepreneur de
Hongkong. De quoi râper de généreuses
lamelles de ce tubercule qui se déguste
cru, traditionnellement sur des œufs cocotte, du tartare de veau au couteau, des
tagliolini (longues pâtes fraîches), de la
fonduta (crème de fromage fondu) ou du
risotto. ■
Ramon Mac-Crohon :
« La truffe blanche
se marie bien avec tout ! »
LE FIGARO. - Combien de truffes
blanches commandez-vous par saison ?
Ramon MAC-CROHON. - Cela dépend
des années, mais je dirai environ
100 kg, entre octobre et décembre,
pour nos quatre boutiques et restaurants parisiens.
Qu’apporte la certification mise
en place pour vous par Tartuflanghe ?
Elle sert à rassurer le client sur la traçabilité du produit. Il est sûr ainsi que
la truffe a bien été cavée à Alba. Nous
proposons aussi de la truffe blanche
achetée ailleurs en Italie, à un prix
inférieur, mais le nez, la saveur
et le bouquet ne sont pas les
mêmes.
Comment servez-vous la truffe
blanche dans vos restaurants ?
Nous avons un volet de plats
classiques sur lesquels elle est
râpée : œufs brouillés, omelette,
risotto, pâtes. Mais on la
sert aussi dans des recettes plus décalées :
pizza, noix de SaintJacques, camembert, riz au lait.
La truffe blanche se marie
bien avec
tout ! Chaque
chef
s’exprime à
sa façon dans
son adresse.
Qu’est-ce que la truffe
blanche a de plus
que la noire ?
Absolument rien ! C’est une question
de goût. La blanche ne peut pas être
cultivée, c’est un produit rare et mythique, mais la noire n’a rien à lui envier. C’est comme pour le caviar : le
beluga coûte plus cher, mais ce n’est
pas le meilleur pour autant. Ce sont
deux produits différents, qui ont
l’avantage d’arriver à maturité en décalé. La Melanosporum se récolte de
novembre à février. La période de chevauchement est courte.
Quelles sont vos meilleures ventes ?
L’huile d’olive, à la truffe noire ou
blanche, est notre best-seller. C’est
délicieux juste sur un morceau de pain
avec un peu de sel ! Le sel à la truffe
est d’ailleurs notre seconde meilleure
vente. Nous avons plus de 80 références : purée, pelures, brisures, jus
de truffe, mais aussi tagliatelles, risotto, moutarde ou mayonnaise à la
truffe.
Et si l’on vous demandait une
idée de cadeau pour les fêtes ?
Notre moulin à sel à la truffe
d’été (69 €) est un très bel objet. Nous avons aussi un coffret
autour du livre La Truffe, édité
pour les 80 ans de la Maison, il y a six ans, qui
rassemble 80 recettes de 14 chefs
étoilés, accompagné d’un rasoir à
truffe en olivier,
de sel, d’huile et
d’une truffe noire
en bocal (189 €). ■
PROPOS RECUEILLIS
PAR A. B.
Ramon Mac-Crohon,
propriétaire
de la Maison
de la Truffe.
A
Le directeur général de Caviar Kaspia,
d’origine espagnole, a racheté la Maison de la truffe il y a onze ans. Il
travaille depuis sur l’image, la charte
graphique, la gamme et le sourcing des
produits pour asseoir la marque dans
l’univers de l’alimentation de luxe.
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samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018 LE FIGARO
38
AUTOMOBILE
La familiale électrique se démocratise
ESSAI Avec son crossover compact e-Niro, le constructeur coréen Kia peut se targuer de proposer
au plus grand nombre un véhicule électrique abouti.
I
Sous le capot
SYLVAIN REISSER
sreisser@lefigaro.fr
Moteur
l aurait été dommage de passer à
côté. Kia s’est assuré les services de Robert
De Niro… pour lancer son Niro électrique.
Sur un ton humoristique, l’acteur américain joue les ambassadeurs de choc dans
un spot publicitaire diffusé en début d’année prochaine. Le Niro méritait bien ce
concours inattendu. Si la berline Hyundai
Ioniq a montré la voie avant lui, le Niro est
le premier crossover au monde à offrir le
choix entre trois types de groupes propulseurs électrifiés : hybride, hybride rechargeable et électrique pur. Cette dernière
proposition bouleverse les idées reçues.
Pour un tarif légèrement supérieur à
40 000 euros – hors bonus de 6 000 euros
et prime –, Kia commercialise sous une
enveloppe séduisante de compacte familiale (4,37 m) une offre qui devrait changer
notre rapport à la voiture électrique. Tout
à son défi de démocratiser cette technologie, Kia propose même un prix d’appel à
38 500 euros avec la petite batterie de
39,2 kWh associée au moteur de 100 kW
(136 ch). Le modèle de 150 kW (204 ch)
couplé à la batterie 64 kWh, que nous
avons essayé, représente l’essentiel des
cinq cents premières commandes enregistrées en France. Le constructeur prévoit de convertir 3 000 automobilistes
français au e-Niro dès 2019. Les performances du véhicule l’aideront à réaliser
cet objectif.
vraie familiale
u Une
Calandre obturée logeant
la trappe
d’accès à la prise de recharge, prises d’air
en forme de flèche, signature lumineuse
bleu : le e-Niro se reconnaît au premier
coup d’œil. Autre différence avec le modèle hybride : l’installation du pack de
batteries dans le soubassement caréné relève le véhicule de 25 mm. Cela est perceptible en s’installant à bord. On est assis
plus haut qu’à l’accoutumée et les passagers arrière perdent 36 mm de hauteur
sous pavillon. L’habitabilité n’en demeure
pas moins supérieure à la Nissan Leaf, sa
principale concurrente. En revanche, le
dessin des assises n’assure pas un excellent maintien. Quant au volume du coffre
(451 litres), il est moins généreux que celui
d’un modèle à moteur thermique. À
l’avant, l’impression de qualité prédomine autour de la planche de bord bien pen-
Type
Puissance
Couple
Transmission
Type
Boîte
L/l/h
Coffre
Poids
A
N. TUCAT/AFP, W. DE TERA/OPALE/LEEMAGE, TH. MORITZ/ABACA, S. SORIANO/LE FIGARO, P. BOURDET, J.-J. DATCHARY/ABACA
4 375 x 1 805 x 1 570 mm
451 litres
1 791 kg
Performances
0-100 km/h
Vitesse
7,8 secondes
167 km/h
Consommation/autonomie
Mixte UE
Autonomie
Prix
15,9 kWh/100 km
455 km (norme WLTP)
À partir de 42 500 €
Le constructeur prévoit
de convertir 3 000 automobilistes
français au e-Niro dès 2019. KIA
sée mais dénuée d’originalité. Le tunnel
central en lévitation accueille un frein de
parking électrique et un bouton rotatif
commandant la transmission (D, N, R).
u Quatre modes de conduite
C’est sans idée préconçue mais avec la
volonté de vérifier l’autonomie annoncée
par Kia que nous lançons le e-Niro sur les
routes exigeantes du massif de l’Esterel,
dans le sud de la France. Le constructeur
revendique une autonomie de 455 km
(norme WLTP) portée à 615 km si l’on ne
sort pas des frontières de la ville. Des valeurs flatteuses pour un véhicule embarquant une batterie lithium-ion polymère
de 64 kWh et facturé moitié moins cher
que les crossovers premium d’Audi et de
Jaguar. Au démarrage, l’ordinateur de
bord indique une autonomie de 404 km en
mode Eco+ ; 390 km en mode Normal.
Quatre niveaux sont disponibles (Eco+,
Eco, Normal et Sport). Le premier préserve
l’autonomie en réduisant la consommation électrique des périphériques et en bridant la capacité d’accélération et la vitesse
à 90 km/h. Le deuxième permet d’atteindre 120 km/h. Au troisième niveau, le Niro
se comporte normalement. Le mode Sport
modifie la réponse à l’accélérateur et les
lois de la direction. Le choix du mode est
laissé à l’appréciation du conducteur mais
l’on sélectionnera le premier en ville et le
dernier dès que la route virevolte. Sur les
deux derniers, on retrouve ce qui fait le sel
d’une voiture électrique : une poussée instantanée et vigoureuse dès que l’on appuie
sur la pédale d’accélérateur. Les performances du e-Niro sont loin d’être ridicules. Certes, il plafonne à 167 km/h mais il
les atteint rapidement. Il ne demande que
7,8 secondes pour franchir le cap des
100 km/h, tandis que les reprises sont assez convaincantes : 2,8 secondes pour passer de 30 à 70 km/h, 3,8 secondes pour
l’exercice 60-100 km/h. Au fil des kilomètres, le Niro livre une copie parfaitement
aboutie. Plus que les caractéristiques d’accélération de ce crossover, on salue la performance du système de récupération de
l’énergie à la décélération et au freinage
œuvrant sur quatre niveaux et commandé
depuis les palettes au volant. Le dispositif
est si efficace que, dans la plupart des cas et
à condition d’anticiper les événements,
l’on finit par se dispenser de freiner, se
contentant d’actionner la palette de gauche pour moduler l’intensité du freinage
virtuel.
zénitude électrique
u La
Le e-Niro n’a rien d’une voiture sporti-
ve mais il n’est pas non plus un pachyderme indolent. Dans le massif de l’Esterel, il mène bon train et il faudra une GTi
affûtée pour suivre le rythme, malgré son
poids. Autre bon point : les bruits aérodynamiques et de roulement sont parfaitement maîtrisés. Même sur l’autoroute,
rien ne vient contrarier le silence monacal
qui règne à bord. Les ingénieurs ont gagné
un décibel par rapport à la version hybride. Le Niro tire aussi profit de sa structure
rigidifiée. À l’arrivée d’un trajet varié de
120 km, le Niro tient ses promesses au niveau de la consommation, oscillant entre
15,5 et 23 kWh (sur autoroute). L’ordinateur indiquait une autonomie résiduelle
variant de 253 km (Sport) à 267 km (Eco+).
Parcourir plus de 400 km avec une seule
charge est donc tout à fait réaliste. Sauf sur
l’autoroute où l’autonomie se réduit à
278 km. Reste alors l’épineux sujet de la
recharge. Kia annonce pouvoir récupérer
100 km d’autonomie en 2 h 30 sur une borne monophasée en courant alternatif
d’une puissance de 7,4 kW ; 5 h 45 sur une
prise domestique 3,2 kW. Pour une charge
complète, il faudra alors patienter quasiment une journée entière ! Sur une borne
de 100 kW pour le moment inexistante en
France, la vitesse de charge est portée à
77 kW/heure, ce qui permet de récupérer
100 km en 15 minutes.
Pour encourager le passage à l’électrique,
Kia remet une carte KiWhi prête à l’emploi à la livraison. Ce réseau compte
10 000 points de charge répartis dans
l’Hexagone. Le constructeur coréen a aussi
signé un partenariat avec le partenaire
ZEborne pour faciliter l’installation d’une
wallbox à domicile. Une offre à 397 euros
par mois sur 49 mois (LLD) et 40 000 km,
avec un apport de 1 150 euros, et une formule d’entretien réduite à 7 euros par mois
sur 36 mois (hors pièces d’usure) sont également déployées. Enfin, le e-Niro bénéficie d’une prime à la conversion de
2 500 euros qui s’ajoute au bonus de
6 000 euros, d’une exonération partielle
ou totale de la carte grise et d’une mise à
jour gratuite de la cartographie pendant
sept ans, ce qui représente un avantage
client de 1 350 euros. Les entreprises sont
exonérées de TVS. Par rapport à un diesel
de niveau comparable, l’économie fiscale
sur quatre ans (15 000 km/an) est de
6 190 euros.
 NOTRE AVIS
Kia a réussi son coup. Son crossover électrique n’est pas loin de s’affirmer, dans de
nombreux cas, comme une alternative
crédible au véhicule thermique. Les prestations sont quasiment identiques notamment en agrément de conduite et en performances. Pour un surcoût acceptable. Et
l’autonomie annoncée est réaliste grâce à
une parfaite gestion de l’électricité. Avec le
e-Niro, le véhicule électrique franchit une
étape capitale vers sa démocratisation. ■
LES PERSONNAGES
Aux innombrables biographies
sur Johnny, Rémi Bouet ajoute
une « émographie », c’est-à-dire son histoire dictée par les
sentiments des membres d’un
fan-club qu’il préside depuis
quinze ans. Leurs témoignages
sont réunis dans De l’amour et du
rock (Glénat). Les fans racontent
que, depuis le temps de L’Idole
des jeunes, ils n’ont jamais cessé
de considérer le chanteur comme un ami de la famille. Certains, qui avaient moins de
10 ans quand ils ont écouté ses
premières chansons, jurent leur
fidélité à celui qui les a empêchés
de vieillir. L’un d’entre eux
révèle que, juste après son décès, il a réservé la dernière
chambre libre dans un hôtel
dont les fenêtres donnaient sur
l’église de la Madeleine. « Nous
le pensions immortel, il est en
passe de devenir éternel », ajoute
l’auteur en lui adressant une lettre symbolique et virtuelle :
« Gardez-nous des tickets pour
votre prochain concert, là-haut.
Et si vous pouviez inviter Jimi
Hendrix, ce serait un duo d’enfer.
Ou de paradis, selon l’endroit où
vous vous trouvez. » ■
Traction
mono rapport à réducteur
Dimensions/poids
EN BREF
Par Jacques Pessis
Johnny : le livre
de son fan-club
Électrique synchrone
204 ch de 3 800 à 8 000 tr/min
395 Nm de 0 à 3 600 tr/min
Vincent Ferniot
victime des casseurs
Albert II : un
dictionnaire du Nord
Barloyd :
jazz en appartement
Boco, le restaurant de Vincent
Ferniot, rue des
Mathurins, a été
saccagé samedi
dernier par des
casseurs. Ils ont
cassé la vitrine, vidé la caisse et
la cave à vin, avant de lancer les
fauteuils sur les CRS. Le journaliste a colmaté les brèches avec
des planches, devant ses habitués, venus lui dire leur solidarité. « Des témoins m’ont raconté qu’ils étaient six et riaient
comme s’ils étaient devant un jeu
vidéo », dit-il, en soupirant. ■
Le Dictionnaire
amoureux
du
Nord (Plon) est à
Monaco. Le livre
de
Jean-Louis
Fournier a été
offert au prince
Albert par Erick Ducrocq, chef
de l’école Sévigné-Compiègne.
Le prince souverain s’y est rendu à l’issue d’une visite à la
clairière de Rethondes, où a été
signé l’Armistice. « J’ai voulu,
par ce cadeau, lui faire découvrir un territoire dont on ignore
parfois la grandeur des petits
princes », dit Erick Ducrocq. ■
Pendant
six
mois, Barloyd,
un pianiste de
jazz, a eu dans
son salon un
Steinway
de
concert restauré
par Bastien Herbin, un maître
accordeur. Le musicien a invité
neuf confrères à profiter de ce
clavier pour enregistrer les
morceaux de leur choix. Un
coffret de 9 CD réunit 114 d’entre eux. Ils ont été réalisés selon
la règle des trois unités. Le
principe du théâtre, avec des
pièces musicales. ■
Trois Français sur dix caressent le rêve d’écrire.
Pourtant, les jeunes lisent de moins en moins.
Le livre est-il amené à disparaître ? Si c’était
le cas, comment les générations à venir
développeront-elles une réflexion indépendante,
non formatée ?
THIBAULT DE MONTALEMBERT- « ET LE VERBE SE FAIT CHAIR » - L’OBSERVATOIRE
Fredericks, Goldman
et Jones en coulisses
C’est en voiture, au cours d’une
tournée, qu’est née, dans l’esprit de Jean-Jacques Goldman,
l’idée d’un groupe avec une
fille. Dans Fredericks Goldman
Jones, de l’intérieur (Gründ),
Alexandre Fiévé
raconte
comment le nom de la
chanteuse s’est
imposé. Quand
elle a évoqué ce
projet devant des
amis, ils ne l’ont pas crue. Dans
leur esprit, il était impossible
qu’un artiste français choisisse
de partager son nom avec
d’autres. Le chanteur leur a démontré le contraire en précisant qu’il considérait cet album
comme le bilan d’un homme
qui venait d’avoir 40 ans. Un
CD d’anniversaire devenu un
cadeau pour le public. ■
LA PRINCESSE MARIE DU
DANEMARK a été l’invitée
d’honneur de la nouvelle boutique de Mauboussin, rue de
Rivoli. Elle a découvert le diadème royal réalisé pour elle
par le joaillier.
Alexis Gruss :
les 250 ans de la piste
À la fin du week-end dernier,
Alexis Gruss a poussé un soupir
de soulagement. Les manifestations n’ont pas touché les représentations sous son chapiteau, porte de Passy. En deux
jours, 18 000 personnes ont applaudi Origines, à l’affiche à
Paris jusqu’en mars. Il y célèbre
les 250 ans de la création de la
piste, par un écuyer anglais,
Philip Astley. Des mois de recherche dans les bibliothèques,
avec l’aide d’une historienne,
lui ont permis de retrouver les
traces exactes d’un sujet méconnu, essentiellement transmis par une tradition orale.
« Cette naissance est souvent
confondue avec celle du cirque,
dont l’origine remonte à l’Antiquité », dit-il. Des scènes rendent aussi hommage à Antonio
Franconi, qui, en 1798, a installé à Rouen le premier chapiteau
en rond, et à François Baucher,
pionnier de l’équitation. Si ce
spectacle de cirque est mené
par les quatre fils d’Alexis, le
père est également présent.
« Mes enfants m’ont signé un
contrat à durée indéterminée. Je
n’ai que 75 ans. » ■
JEAN-PASCAL HESSE évoque, en photos, dans Luberon,
Provence secrète, des villages méconnus, des sites et
des maisons fermés au public
et auxquels il a exceptionnellement eu accès (Gourcuff
Gradenigo).
MARC PASTEGER raconte
dans Surprises de Noël dix
histoires
contemporaines
authentiques et inattendues.
Un lien vers une page Facebook permet de découvrir,
jusqu’au 25 décembre, un récit quotidien inédit (Weyrich).
LES DINOSAURES, à l’AccorHotels Arena du 4 au 6 janvier.
Un spectacle, La Marche des
dinosaures, en réunit 18, grandeur nature. Des conseillers
scientifiques sont intervenus
afin qu’ils ressemblent à ceux
qui vivaient voilà 200 millions
d’années.
PHILIPPE BESSON signe
Un certain Paul Darrigrand, un
roman dans lequel il rapporte
des événements réels qui lui
ont inspiré Son frère, adapté
au cinéma par Patrice Chéreau
(Julliard).
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samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018
39
Un bien d’exception à la montagne
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Une villa, un loft, un studio ?
Pour investir en région ou à l’étranger,
nos experts immobiliers répondent
directement chaque semaine dans le Figaro.
Chaque semaine, quatre professionnels de l’immobilier nous présentent un bien aux caractéristiques exceptionnelles
ou atypiques. Aujourd’hui, notre sélection concerne un bien d’exception à la montagne.
Par Stéphanie de Balorre
Au cœur
« de
la vallée
Proche
« du
centre ville
»
RAPHAËL COMTE
BARNES MÉRIBEL :
Situé dans le charmant hameau du
Raffort, ce chalet de plus de 260 m2
a fait l’objet d’une rénovation complète, soignée
jusque dans les moindres détails et alliant authenticité des matériaux et modernité. Ce lieu de vie
chaleureux est notamment équipé de 5 chambres en
suite, d’un bureau, d’un home cinéma, d’un sauna,
d’un espace de jeux, d’un ski-room et de cinq places
de parking. De plus, sa grande terrasse exposée sud
ajoute au bénéfice d’un bon ensoleillement, une
magnifique vue panoramique sur la Saulire.
BRIGITTE COMTE
AGENCE AIM CHAMONIX MONT BLANC :
A Chamonix Mont-Blanc, dans un
secteur prisé proche du centre ville,
cette propriété est bâtie sur un terrain paysagé de
609 m². Le chalet principal se répartit sur 2 niveaux.
A l’entresol, studio entièrement équipé. A l’étage, de
plein pied avec une terrasse et le jardin, beau
salon/salle à manger, cuisine équipée, chambre avec
balcon et salle de bains. Un petit chalet de type
« Mazot » (salon, espace chambre, cuisine, salle de
douche) complète la propriété. Vue splendide et
exceptionnelle sur le Massif du Mont-Blanc.
LOCALISATION :
Méribel
SURFACE :
267,96 m2
PRIX :
3 100 000 €
CONTACT :
04 79 08 90 00
« Chalet neuf »
»
ANTONIN ALLARD
ANTONIN IMMOBILIER :
Idéalement situé au pied des pistes
de ski du Jaillet et à 15 mn du village, ce luxueux chalet neuf permet à chacun de
vivre à son rythme. Il offre cinq chambres avec salle
de bain en suite, une vaste pièce à vivre avec cheminée, belle hauteur sous plafond, large balcon filant et
cuisine équipée ouvrant sur l’espace salle à manger.
Il bénéficie de prestations haut de gamme : espace
spa avec piscine intérieure et hammam. Il est vendu
meublé et décoré. Vue imprenable et ensoleillement
maximum. Sous-sol, garage.
LOCALISATION :
Chamonix
Mont-Blanc
SURFACE :
130 m2
PRIX :
1 380 000€
CONTACT :
04 50 53 10 57
« Vue panoramique »
EMMANUEL BOAN
AGENCE BOAN :
A 500 m du village de Combloux,
dans un quartier résidentiel, ce superbe chalet de style savoyard profite d'une vue panoramique sur le Mont-Blanc. Au 1er étage, la vaste
pièce à vivre (salon et salle à manger) avec cheminée
et coin billard s’ouvre sur une vaste terrasse d’angle
orientée sud est. Dans les combles aménagées, mezzanine, chambre de maître avec salle de bains, cheminée, dressing et balcon. En rez-de-jardin,
2 chambres et espace détente (jacuzzi, hammam).
Grande cave, cave à vins climatisée. Ski room.
LOCALISATION :
Megève
SURFACE :
357 m2
PRIX :
4 950 000€
CONTACT :
04 50 90 60 16
LOCALISATION :
Combloux
SURFACE :
280 m2
PRIX :
2 600 000 €
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04 50 91 09 97
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samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018 LE FIGARO
40
TÉLÉVISION
Il était une petite fois Sergio Leone
BIEN VU
François Aubel
faubel@lefigaro.fr
Malaise télé
Jean-François Giré évoque le cinéaste romain de façon un peu convenue, dans un documentaire qui reste
une honnête introduction à l’exposition proposée actuellement à la Cinémathèque française de Paris.
« Édition spéciale »
ÉTIENNE SORIN esorin@lefigaro.fr
BFMTV | 22 h 21-22 h 23 | Jeudi
I
l est 22 h 21, plus d’une heure
après la mort de Chérif Chekatt,
l’auteur de l’attaque meurtrière
de Strasbourg, lorsque des notes
de reggae s’invitent sur le plateau
de BFMTV. Pas n’importe
lesquelles, puisqu’il s’agit
de I Shot the Sheriff de Bob Marley,
dont la voix traînante sourd
derrière celle de Bruce Toussaint
et de ses « consultants
police-justice ». « L’homme le plus
recherché de France » a été abattu
au 74 de la rue du Lazaret dans le
quartier du Neudorf, à Strasbourg.
À la télévision, on préfère employer
le si captieux et sans doute moins
sanglant « neutraliser ».
Chérif Chekatt, 29 ans, a été tué,
et l’hymne rastafari vole
deux minutes d’antenne.
C’est long parfois deux minutes.
L’indécence les rend cette fois
interminables. Le son vient-il
de la rue ? De l’enceinte portable
d’un badaud vengeur et cynique ?
Hélas, non. Il arrive dans
nos téléviseurs, en direct de la régie
de BFMTV, qui semble toute
à sa joie de voir la traque enfin
terminée. Au point d’oser une si
mauvaise farce, un gag proprement
nauséabond ? De pouvoir sourire
du tragique de cette situation ?
« Partout dans ma ville natale/ Ils
essaient de me traquer/ Ils disent
qu’ils veulent me faire prisonnier,
coupable. » Écho déplorable
des paroles de cette chanson…
« L’équipe technique chargée du son
a reconnu être à l’origine de cet
incident grave et plaide une “erreur
de manipulation” », a expliqué
la chaîne dans un communiqué.
Joint par téléphone, Hervé Béroud,
le directeur général de BFMTV, qui
a présenté ses excuses, en a pris acte
avant de diligenter une enquête
interne. « J’espère qu’il ne s’agit que
d’une erreur humaine », nous a-t-il
confié, n’excluant visiblement pas
le sabotage. « Les équipes de
la rédaction ont mis du temps avant
de comprendre d’où cela venait. En
plateau, ils avaient aussi la chanson
mais, heureusement, leur discussion
s’est poursuivie », conclut-il,
espérant pouvoir neutraliser
définitivement Bob Marley.
aire tenir la vie et l’œuvre de
Sergio Leone en 52 minutes, la
démarche est ironique. Le cinéaste italien n’a eu de cesse
de faire exploser les formats et
les carcans. Sa version d’Il était une fois
en Amérique dure plus de quatre heures
avant que les producteurs américains
ne charcutent le film pour le réduire à
deux heures dans un montage linéaire.
Il faut dire que Robert De Niro tourne sa
petite cuillère pendant soixante-trois
secondes avant de boire son café. Douze
minutes, c’est le temps qu’il faut à
Charles Bronson pour flinguer les trois
bandits qui l’attendent à sa descente du
train dans la magistrale séquence
d’ouverture d’Il était une fois dans
l’Ouest, modèle de combustion lente,
d’attente et de suspense, de mise en
scène du temps et de l’espace. Et le cinéma, au fond, ce n’est que ça.
Sergio Leone a révolutionné la manière de filmer le temps et l’espace,
donc de raconter des
○○¡¡
histoires. Jean-François
Giré ne révolutionne pas
le documentaire ni la manière de raconter Sergio Leone. Il déroule sagement la
biographie et la carrière du réalisateur.
Création d’une star
Ceux qui ne savent pas grand-chose du
cinéaste romain apprendront l’essentiel. Leone naît en 1929 dans le quartier
du Trastevere dans une famille d’artistes. Son père Vincenzo Leone est l’un
des pionniers du cinéma italien, un réalisateur reconnu mais peu porté sur le
fascisme. Son refus de mettre en scène
un médiocre roman de Benito Mussolini
lui vaut vingt ans de mise à l’écart et de
vaches maigres. En 1944, les Américains libèrent Rome et leur cinéma en-
22.45
Henry Fonda, Claudia Cardinale, Sergio Leone, Charles Bronson et Jason Robards (de gauche à droite)
posent lors du tournage d’Il était une fois dans l’Ouest, en 1968.
Morricone. « La musique est l’expression de l’âme du personnage », dit Leone
dans l’un des nombreux extraits d’interview et dans un excellent français. La
critique éreinte le film (trop violent,
trop baroque), le public se précipite
dans les salles. Suivront une poignée de
longs-métrages devenus des classiques :
Le Bon, la Brute, et le Truand, Il était une
fois dans l’Ouest, Il était une fois la révolution et le testamentaire Il était une fois
l’Amérique, fresque sur des gangsters
juifs de Brooklyn. Leone meurt à 60 ans
en regardant un film de Robert Wise, I
Want to Live (Je veux vivre).
Bien que superficiel, le documentaire de Jean-François Giré fait office
vahit les écrans. Le jeune Leone se passionne pour les films de gangsters. Il
abandonne le droit pour devenir l’assistant de Vittorio De Sica. Les studios hollywoodiens viennent tourner des péplums. Leone se rend indispensable. La
légende veut qu’il ait réalisé la course de
char de Ben-Hur.
Leone déteste le péplum. Il adore le
western. Il dépoussière le genre avec
Pour une poignée de dollars, production
fauchée, mais petite révolution avec son
héros ambigu inspiré d’Arlequin serviteur de deux maîtres de Goldoni. Leone
créé une star, Clint Eastwood (découvert dans la série Rawhide) et retrouve
un ancien camarade de classe, Ennio
d’honnête introduction à l’exposition
et à la rétrospective en cour à la
Cinémathèque française, Il était une
fois Sergio Leone, jusqu’au 27 janvier.
Pour ceux qui voudront approfondir le
sujet, on conseillera le catalogue, La
Révolution Sergio Leone, sous la direction de Gian Luca Farinelli, directeur
de la Cinémathèque de Bologne et
commissaire de l’exposition, et de
Christopher Frayling (La Table ronde/
La Cinémathèque française). Frayling
n’est autre que l’auteur d’une monumentale biographie, enfin traduite
pour l’Institut Lumière et Actes Sud,
Sergio Leone. Quelque chose à voir avec
la mort. ■
Trente candidates rêvent de succéder à Maëva Coucke, Miss France 2018.
i certaines veulent simplement
réaliser un rêve de petite fille,
d’autres, comme Miss Provence,
souhaitent « faire réagir le monde
et marquer l’histoire ». Elles sont
trente prétendantes, âgées de 18 à 24 ans,
au titre de Miss France 2019, qui sera décerné lors de la 89e élection de l’histoire
du concours, diffusée ce samedi sur TF1.
Un casting issu des élections régionales
qui ont eu lieu de fin juin à fin octobre.
Chacune a son parcours ou son histoire. Miss Lorraine investit son temps libre
en participant à la réserve opérationnelle
de l’armée de l’air tandis que Miss Gua-
S
Le jury de la cérémonie, présidé par
Line Renaud, choisira les cinq finalistes
avec le public. LAURENT VU/SIPA
MOTS CROISÉS
Par Louis Morand
1
PROBLÈME N° 4910
2
3
4
5
6
7
8
1
HORIZONTALEMENT
1. C a u s e b ie n d e s t r a c a s .- 2. E a u d i
s t illé e .
2
- 3. A c c u m u le le s b o u let t e s .- 4. G r o u p e m e n t f é m in in .Y v e s a u p ia n o o u M a r ie 3
J o s é à l’éc r a n .- 5. T r a n c h é p a r la « c r a v a t e
à C a p e t » .I la d e s g o û t s t r è s e n f a n t in s . 4
- 6. A v a n t im p o s tiio n .P e int p a r M u n c h ,
5
r é a lisé p a r A n t o n io n i.- 7. P e t tie s o t t e .- 8.
F o r t f a ib le .V o lca n p h ilip p in a u c œ u r d u
J a p o n .- 9. C h a le u r e u x o u d é m o n s t r a t fi, 6
s e lo n le s e n s .N ’a s û r e m e n t p a s lu le
7
c o n t r a t s o c ia l.- 10. C o u r o n n e o c c u l
te .
P a s s a g e p o u r p iét o n s d a n s u n e c ric u lat io n
8
fl u id e .- 11. E n d o m m a g é p a r la c h u t e d e
g la c e .F r é q u e n t é p a r le s p ê c h e u r s à la
9
lig n e .- 12. E n v o y é e s p a tîr e u n p e u p lu s
10
h a ut.
11
revanche sur la vie » après avoir perdu
beaucoup de poids, et Miss LanguedocRoussillon, sportive de 19 ans qui œuvre
pour la défense de l’environnement, font
partie des favorites. Seuls les téléspectateurs voteront pour les finalistes.
L’an dernier, 7,6 millions de téléspectateurs, soit 36 % du public, ont répondu présent : 44 % des femmes de moins
de 50 ans responsables des achats, 42 %
des 25-49 ans, 48 % des 25-34 ans, 63 %
des 15-24 ans et même 58 % des
4-14 ans. Le programme coprésenté par
Jean-Pierre Foucault et
Sylvie Tellier rassemble
un public beaucoup plus
jeune que l’on pourrait
imaginer… ■
deloupe, née de parents sourds, espère
défendre la cause des malentendants si
elle est élue.
ROMAIN DELACROIX £@romaindlx
» Jean-Luc Lemoine quitte C8
» The Mandalorian : le casting
de la série Star Wars enfin dévoilé
» Coulisses, favorites, photos, vidéos...
Suivez en direct toute l’élection
de Miss France 2019 dès 20 heures,
samedi
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Cinq finalistes
Dix-huit d’entre elles sont déjà éliminées
d’office. Un jury de présélection en a retenu douze ce mercredi. Celui de la cérémonie, présidé par Line Renaud et pour la
première fois 100 % féminin, choisira,
avec le public, les cinq finalistes. Miss
Nord-Pas-de-Calais, 19 ans, sœur du
champion du monde Raphaël Varane,
Miss Franche-Comté,
brillante étudiante en
prépa HEC (18 ans),
Miss Tahiti, 24 ans, qui
compte prendre « une
SAMEDI
21.00
SU DO KU
En partant des chifres déjà placés, remplissez les grilles de manière à ce que chaque ligne,
chaque colonne, et chaque carré de 3 x 3 contienne une seule et unique fois tous les chifres de 1 à 9.
GRILLE 2755 FACILE
5
4
2 3 4 1
7
4 2
8 6
3
5
6
9
6
9
Chaque jour un peu plus difficile
GRILLE 2756 CHAMPION
2 6
7
5
5
1
1
7 9
2
7
8
3
5 4 8
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8
SOLUTION DU PROBLÈME N° 4909
HORIZONTALEMENT 1. G e r b a u tl.- 2. É q u a t e u r .
- 3. O u a t é .C i.- 4. R a d ô m e .- 5. G r e n ier s .- 6. E r s .
S T O .- 7. S i.I S F .- 8. P s y c h o s e .- 9. É s o n .N e m .
- 10. R a y é e .R i.- 11. E g o .R e in .- 12. C e .H é v é a .
VERTICALEMENT 1. G e o r g e s P e r e c . - 2.
É q u a r r iss a g e .- 3. R u a d e s .Y o - y o .- 4. B â t o n .
A c n é .- 5. A t é m is .È r e .- 6. U E .E e t io n .E V .- 7.
L u c .R o s s e r ie .- 8. T r ips .F e m in a .
SOLUTION DU N° 2754
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A
DIMANCHE
Miss France, le bal des favorites
+ @ SUR LE WEB
VERTICALEMENT
s m o d ifi e n t
1. T r a tie m e n t d e f a v e u r s .- 2.I l
n o t r e c o n s c ien c e d e s c h o s e s .- 3. M o u illeu r
d e m in e .N e t r a n s p rie p a s .- 4. P e int r e d e
B o n a p a r t e .D o u z e à t a b le .N o b le p r é n o m
a r a b e .- 5. É t e r n e lv o y a g e u r .V is tie u r d e
p a v illo n s .É v tie la t o u r n é e o ffi c ie lle .- 6. L e
p a r f u m s u a v e d e s C o m o r e s .- 7. P lat e
b a n d e .P r ê t e a s s ist a n c e o u s ’a p p r ê t e à
a b a t t r e .- 8. P r e n d r e le d e s s u s .P r e m ier s
o m b ra g e s .
WWW.BRIDGEMANIMAGES.COM
F
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018
LE FIGARO
TÉLÉVISION
MÉTÉO
41
PAR
ÉPHÉMÉRIDE Ste-Ninon
Soleil : Lever 08h37 - Coucher 16h54 - Lune croissante
19.05 50’ Inside. Magazine 20.00 Le
20h 0.50 Quotidien express. Talkshow. Présentation : Yann Barthès.
18.40 N’oubliez pas les paroles !
Jeu. Prés. : Nagui 20.00 20 heures
20.40 Un si grand soleil. Feuilleton.
19.00 19/20 20.00 Vu. Magazine
20.15 Zorro. Série. Le farceur 20.40
Tout le sport. Magazine.
21.00
21.00
21.00
Gala
Divertissement
Série. Policière
19.10 Embarquement immédiat pour
Noël. Film TV. Comédie sentimentale.
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SAMEDI
20.55 Chroniques criminelles
2
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22.40 Chroniques criminelles. Magazine. Présentation : Magali Lunel.
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bouleversé leur vie D o c u m e n -
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Les années bonheur
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I n é d it .
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S é b a sgra n d s
23.20 On n’est pas couché T a l k -
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2.15 Guerre et paix. Série.

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20.50 Échappées belles
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22.30 Mongeville
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:
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« L e s
22.25 Les naufragés du Fol Espoir.
Spectacle 1.30 L’œil et la main. Mag.
d o u t e 0.00 Soir/3
0.30 La Traviata. Opéra.
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DIMANCHE
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18.55 Canal Sport Club (C) 19.40
Bonsoir ! Le mag de l’époque (C)
20.40 Groland le Zapoï (C).
19.30 Le dessous des cartes. Magazine 19.45 Arte journal 20.05
28 minutes samedi. Magazine.
19.45 Le 19.45. Prés. : Nathalie Renoux. Invité : Vincent Cassel. 20.25
Scènes de ménages. Série.
21.00
20.50
21.00
Film. Thriller
Série documentaire. Société
Magazine. Culinaire
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18.55 Alerte Cobra. Série. Un monde
meilleur (1 et 2/2).
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20.55 The Big Bang Theory
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é p is o d e s .
p l a i s ri ,
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60
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14
22.35 The Big Bang Theory. Série.
Avec Jim Parsons. 8 épisodes.
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30
10
19.20 Voitures à la casse. Le moment tant attendu - Travail d’équipe.
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A v e c Eth
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P a u l
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c h arg é
22.35 A Beautiful Day
0.00 Lucy, la nou-
velle secrétaire.
Monuments
sacrés
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B ru n o
et
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superpouvoirs des animaux
23.15 Streetphilosophy
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20.50 Into The Wild : Alaska
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2 015 .
À
forêt
1
22.40 Into The Wild : Alaska. Série
doc. 23.30 Seuls face à l’Alaska
22.50 Cauchemar en cuisine
:
19.25 Norbert commis d’office.
Magazine. Prés. : Norbert Tarayre.
19.05 On a échangé nos Noëls.
Film TV. Comédie.
19.25 Les Terriens du samedi ! Invité,
notamment : Gilles Kepel.
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!
* 22.50 Les experts : Miami. Série.
Avec David Caruso. 3 épisodes.
22.45 Les Simpson. Série. Animation. 7 épisodes.
23.10 Les Chevaliers du Fiel dynamitent l’année 2018. Spectacle.
21.00 Columbo
S ér
P o l ic i è r
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3 .
p o l ir e ç o ti
21.00 Les Simpson
é p is o d e s .
a n n o n c é
r é c h a u ff e -
TA KU ZU
21.00 Les Chevaliers du Fiel :
«Noël d’enfer !»
2
L a m b e rt ,
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TRANSFORMATION
D’ATOME
GIRONDINE
TAILLES
LA VIGNE
AMAS DE
CAILLOUX
BOUT
D’ÈRE
8/12
Par téléphone :
0
0 0
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PRISE
ILLÉGALE
D’UN LIEU
1
U
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UV
O
BIJOU
présente
Volume
19
ATTRAPÉ
AMI
DE FERRY
BOIRE
COMME
UN CHAT
1
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0 0
0 0
0
La Chaîne Météo
RECONSIDÉRER
C’EST
UN FAIT !
0 0
1 1
’A P P LI
GRATUITE
A FAIT
APPEL
SORTIR
D’UN COUP
1
Sur L
11/13
N
CLOÎTRE
PEAU
DE SAC
FAÇON
D’ÊTRE
CELLULE
0
LIVE 24/24
2,99 €/appel
LAVER
LE LIN
METTRE
AU POINT
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la c h a i n e m e t e o .c
Tous les programmes
dans TV Magazine
et sur l’appli TV Mag
GRILLE 596 FACILE
0
6/11
22.50 Hawaii 5-0. Série. Avec Scott
Caan. 4 épisodes.
ARBRE
AUX
BONNES
VERTUS
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7/10
FORCE 3
FAIRE
LE TOUR
UN BON
MOMENT
FLAGORNÉE
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1/6
5/10
MOTS FLÉCHÉS N°2154
Remplir la grille avec les chiffres 0 et 1. Chaque
ligne et chaque colonne doit contenir autant de 0
que de 1. Les lignes ou colonnes identiques sont
interdites. Il ne doit pas y avoir plus de deux 0 ou 1
placés l’un à côté ou en dessous de l’autre.
À L’ÉTAT
BRUT
PRINCESSES
COUP
DE BAR
AGENT QUI
RELÈVE
CÔTIER
DU NORD
ÉLUE
ABRÉGÉE
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ATHÈNES
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BUDAPEST
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s u d e nfa nts
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AMSTERDAM
BELGRADE
BRUXELLES
DUBLIN
MADRID
ROME
LUNDI
21.00 Hawaii 5-0
18.50 Les mystères de l’amour. Série. Avec H. Rollès. 2 épisodes.
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ALGER
BARCELONE
BERNE
COPENHAGUE
LONDRES
RABAT
10 à 20 20 à 30 30 à >40
0 à 10
PRONOM
ÉTANT
DANS
LA REVUE
BIENHEUREUX EN
NORMANDIE
FILLE
QUI A BIEN
TOURNÉ
BIEN
ÉTABLIE
ANCIEN
ROI
GROUPE
HUMANITAIRE
LETTRES
POUR
LES DIPLOMATES
FIS UNE
GREFFE
ACCORD
DU COMTE
DE
TOULOUSE
EST DANS
L’ÈRE
DU TEMPS
NUL NE
L’IGNORE
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POUR TOI
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DÉFILÉ DE
MASQUES
AU JAPON
ART DE
BON GOÛT
HOMME
EN PLEIN
MILIEU
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SOLUTION DU NUMÉRO PRÉCÉDENT
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Édition Collector
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EN VENTE ACTUELLEMENT
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Élection
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4
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
samedi 15 - dimanche 16 décembre 2018 LE FIGARO
42
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
Pierre de Villiers,
de son propre chef
SUCCÈS Après le succès de son premier livre, paru après sa démission,
l’ancien chef d’état-major des armées vient d’en publier un deuxième au titre
opportunément choisi, « Qu’est-ce qu’un chef ? » Petit précis d’autorité.
Anne Fulda
afulda@lefigaro.fr
«
Q
uand je suis remonté ce jour-là,
dans ma voiture, à 19 heures, je me
suis effondré. J’ai pleuré. » Quand
iI parle de « ce jour-là », de ce
premier jour du reste de sa vie où
il a démissionné de ses fonctions
de chef d’état-major des armées,
le général de Villiers qui a commandé, de 2014 à 2017, la première armée d’Europe, le reconnaît sans peine : il a été
touché au cœur, presque « tétanisé » par cette espèce
de valse aux adieux à laquelle il a eu droit tout au long
de la journée. « J’ai rarement eu une émotion pareille »,
reconnaît-il. Cette haie d’honneur de plusieurs cen-
taines de militaires de tous grades venus saluer une
dernière fois leur général, qui, après avoir été désavoué publiquement par le chef de l’État, quittait ses
fonctions, il s’en souviendra toute sa vie. Un départ
sans discours, ni prise d’armes. Avec pour solde de
tout compte des applaudissements, de longues salves
d’applaudissements, à trois reprises dans la journée.
« De loin ma plus belle médaille, ma plus belle récompense. Après ça, tout le reste c’est bonus. »
Bachelier à 16 ans
Pierre de Villiers est un militaire atypique. Loin des
clichés, le frère cadet du souverainiste Philippe de
Villiers est souvent où l’on ne l’attend pas. « J’ai un
style », reconnaît-il. Nommé chef d’état-major par
François Hollande, alors que l’on aurait plutôt imaginé que ce soit Nicolas Sarkozy qui le fit, s’exprimant
d’une voix presque douce, défendant l’autorité mais
aussi, ardemment, « la dimension humaine de l’armée » à ses yeux trop méconnue, le général assume sa
singularité et combat les idées reçues. « On est des affectifs. Lyautey disait : “Quand j’entends les talons cla-
quer je vois les esprits qui se ferment” », sourit-il en assurant « qu’il y a plus de liberté de parole » dans
l’armée que dans le monde de l’entreprise.
Est-ce parce qu’ils ont apprécié sa droiture et sa
– relative – liberté de parole que les Français ont plébiscité son premier livre, Servir (Fayard), ce « livre de
convictions et de tripes », écrit dans la foulée de son
départ et vendu 140 000 exemplaires ? En tout cas,
c’est à cette occasion et au fil d’une tournée de dédicaces dans une trentaine de villes de province que le
général a compris qu’il y avait « un phénomène », un
besoin d’autorité dans le pays. Comme si les valeurs
prônées par l’armée revenaient à la mode, apparaissant paradoxalement « modernes », y compris chez
les jeunes qui « avant, entraient chez nous pour de
l’aventure, trouver un boulot, et maintenant, avant tout,
pour servir une cause, trouver une fraternité d’armes.
Un supplément d’âme aussi ». Ce constat a incité ce
père de six enfants à reprendre la plume pour écrire
son deuxième ouvrage qui vient de paraître : Qu’estce qu’un chef ? (Fayard). Le général de Villiers y donne
quelques clés, utilisables dans la vie civile, sur l’art
Bio
EXPRESS
MUST BE MOËT & CHANDON*
*MOËT IMPÉRIAL, À L’ÉVIDENCE MOËT & CHANDON
1956
Naissance à Boulogne
(Vendée).
1975
Admis à Saint-Cyr.
1999
Commandant du bataillon
d’infanterie mécanisée au
Kosovo.
2006
Commande le Regional
Command Capital en
Afghanistan.
2014
Nommé chef d’état-major
des armées.
2017
Démissionne et publie
Servir (Fayard).
2018
Publie Qu’est-ce qu’un
chef ? (Fayard).
d’être un bon chef. Une vertu qui se travaille car,
martèle-t-il, « on ne naît pas chef on le devient, en
écoutant et en obtenant la confiance de ses subordonnés
par la recherche de l’adhésion. D’ailleurs autoritas,
l’autorité, c’est faire grandir, élever vers, accroître ».
Évidemment, en pleine crise des « gilets jaunes »
– « le signe, peut-être, que certains Français cherchent
de l’autorité – pas de l’autoritarisme – et de la considération », juge-t-il, cet ouvrage « tombe à pic ». Pas
question pour autant de critiquer le président de la
République avec qui il a eu, dit-il, « un désaccord de
fond » ou d’exprimer une quelconque amertume.
Loyal, Pierre de Villiers précise : « Emmanuel Macron
est chef de l’État, chef des armées et, en aucun cas, je
n’affaiblirai mon pays au travers d’attaques ou de polémiques. » Pas question non plus d’imaginer pour lui
un avenir politique, comme l’y a encouragé un représentant des « gilets jaunes » qui l’aurait bien vu à Matignon. « Je ne serai pas le général Boulanger, tranchet-il, en souriant. Je suis un soldat, c’est mon métier. Les
responsabilités m’intéressent mais pas le pouvoir. »
Une aptitude innée à diriger ? Pierre de Villiers s’en
défend. Quatrième d’une famille de cinq enfants
« avec de fortes personnalités », il reconnaît cependant avoir appris de son père, ancien officier sous les
ordres du général de Lattre de Tassigny – l’un de ses
maîtres à penser avec Lyautey – puis maire et
conseiller général, le « sens du mot servir ». Ce sont
ensuite l’armée et le football qui ont forgé sa personnalité. Bachelier à 16 ans, ayant rapidement intégré
Saint-Cyr, de Villiers a connu la solitude des garnisons, « loin de la Vendée, de ses bases », tout occupé –
à la grande époque du Pacte de Varsovie – à préparer
« une guerre improbable ». Il a alors noué des « amitiés
magnifiques », créant partout où il passait une équipe
de football. Ah ! le foot… Pierre de Villiers, qui a notamment combattu au Kosovo et à Kaboul, est intarissable sur le sujet. « C’est là que j’ai compris que la valeur de quelqu’un n’est pas liée à ses diplômes, à son
milieu social mais à sa nature, assure-t-il. Le football
m’a aidé à maîtriser mon stress, à avoir le sens du collectif. Il m’a aussi appris la défaite, la déception cruelle,
les larmes dans le vestiaire. Et m’a permis de comprendre que c’est dans les grandes défaites que l’on construit
les grandes victoires. » Aujourd’hui désormais dans le
civil, Pierre de Villiers, qui a créé sa société de conseil
en stratégie, a d’ailleurs décidé qu’il pouvait « enfin
assouvir librement » sa passion en travaillant avec
l’Union nationale des footballeurs professionnels… ■
UN DERNIER MOT
Par Étienne de Montety
edemontety@lefigaro.fr
Concertation [kon-ser-ta-sion] n. f.
Mélodie en sursaut.
mmanuel Macron a annoncé une grande concertation nationale
pour mettre fin à la crise des « gilets jaunes ».
Le mot vient du verbe latin concertare, et signifie agir dans un but commun
même si son étymologie (cum certare) signifie initialement combattre.
C’est au contraire pour éviter les pugilats que le président a décrété la concertation.
Cette méthode fait suite à la contestation, à laquelle il avait répondu
par la dissertation, qui avouons-le, avait trouvé ses limites.
Le concert de mécontentement, pour ne pas parler des klaxons, auquel la France
a assisté durant un mois a surpris tout le monde.
Il a même profondément déconcerté. Il appelait donc la concertation.
C’est-à-dire une occasion pour tout le monde de discuter, de réfléchir et même
de décider ensemble : de conserve et de concert. Passons sur les conserves…
En revanche, dans les semaines à venir, on espère assister à un concert qui fasse
entendre non plus le bruit des orgues de Barbarie mais le son de l’harmonie. ■
A
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ, À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
FIGARO-CI ... FIGARO-LÀ
Nicolas Baverez obtient le prix Vauban
L’essayiste s’est vu remettre le prix Vauban, décerné
par l’association des auditeurs de l’Institut des hautes études
de défense nationale (IHEDN) pour son ouvrage Violence
et passions – défendre la liberté à l’âge de l’histoire universelle.
Lors de la cérémonie, à l’École militaire, à Paris,
Nicolas Baverez s’est dit touché de voir son ouvrage associé
au souvenir de Vauban, grand serviteur de l’État,
économiste soucieux du bien public et esprit libre.
Et il a salué l’IHEDN, « souvent imité, jamais égalé ».
Muriel Pénicaud, femme d’influence politique 2018
C’est la ministre du Travail qui sera couronnée le 17 décembre, à l’occasion
de la cinquième édition du Prix de la femme d’influence politique, fondé
par Patricia Chapelotte. Saluée par un grand nombre de chefs d’entreprise,
elle sera récompensée, lors d’une cérémonie au palais Brongniart, à Paris,
pour la création d’un index qui doit favoriser la transparence de l’égalité salariale
entre femmes et hommes. Gabriel Attal, Jacques Toubon, Stéphane Richard
et Christiane Lambert faisaient notamment partie du jury 2018.
FRANÇOIS BOUCHON/LE FIGARO
MHD SAS, 105 Bvd de la Mission Marchand, 92400 Courbevoie – B 337 080 055 RCS Nanterre
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