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Le_Monde_Magazine_-_24_02_2018

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M Le magazine du Monde no 336. Supplément au Monde no 22743/2000 C 81975 — SaMedi 24 février 2018.
Ne peut être vendu séparément. disponible en france métropolitaine, Belgique et Luxembourg.
rem
KooLhaas
radicaLe,
cérébraLe,
commerciaLe
L’architecture
seLon
Les héritiers
ont bien changé.
Les temps changent, ce que l’on attend d’une banque privée aussi.
On ne la choisit plus simplement pour valoriser et transmettre son patrimoine.
On la choisit aussi pour aider et protéger ses enfants à chaque étape de leur vie :
études, 1er logement, projet professionnel…
Renseignez-vous auprès de votre Caisse régionale ou sur credit-agricole.fr/banque-privee
12/2017 – Édité par Crédit Agricole S.A., agréé en tant qu’établissement de crédit – Siège social : 12, place des États-Unis, 92127 Montrouge Cedex – Capital social : 8 538 313 578 € – 784 608 416 RCS Nanterre.
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
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3
carte blanche à
Jean-Philippe Delhomme.
cet illustrateur, célèbre pour sa manière tendre et acérée de croquer
le microcosme des branchés, s’est recentré sur la peinture. pour “m”,
il tient jusqu’en mars un “journal de bord, visuel et spontané”.
Jean-Philippe Delhomme
Lomane et Kala.
« Il y a dans l’expression de celui ou de celle qui pose une certaine gravité, qui n’est pas
celle des gens d’autrefois se tenant solennels devant l’appareil photo, mais plutôt celle
d’un abandon à ses pensées, tout en continuant à être présent à l’échange de regard
avec le peintre. Ce n’est pas le cas, par exemple, des modèles qui posent dans les écoles
de dessin et dont le regard s’absente tout à fait, tandis que le corps devient statue. »
24 février 2018 — M Le magazine du Monde
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De la rue, on ne voit pas granD-chose. Mais, quand on entre, la lumière s’installe, venue
du ciel, et un univers s’ouvre, une parenthèse, une bulle. Dans Paris, mais à part…
Les quelques privilégiés qui ont eu la chance de visiter Lafayette Anticipations, la fondation
d’art des Galeries Lafayette dont l’ouverture aura lieu le 10 mars, en sont sortis séduits.
Pas conquis comme par certains bâtiments monumentaux qui vous prennent par le col,
plutôt charmés par ce lieu qui cultive une élégance subtile et impose une puissance calme.
Parmi ces chanceux, Clément Ghys a eu, en outre, l’honneur de rencontrer, pour ce numéro
de M Le magazine du Monde, l’architecte du bâtiment, le Néerlandais Rem Koolhaas, 73 ans,
grand oiseau sec dont l’aura est immense. Dire qu’il est une star de l’architecture est un peu
mesquin : il est bien plus que cela. D’ailleurs, il récuse ce terme et peut, pour un mot de travers, congédier un journaliste ou malmener un client. Ces jours-ci, l’oiseau plane. Au-dessus
de la mêlée, bien sûr, mais aussi porté par la joie d’avoir pu enfin construire à Paris cette
réalisation qu’il qualifie avec une belle franchise de « modeste ». Sa carrière l’a mené à Pékin
pour l’immeuble de la télévision chinoise (CCTV), à Milan pour faire sortir de terre la
Fondation Prada et dans une liste étourdissante d’endroits. Mais il n’avait eu jusque-là que
des rendez-vous manqués avec la ville d’Haussmann. Il rêvait d’elle. Avec Lafayette Anticipations, sans effet spectaculaire, il lui rend un bel hommage. C’est dire son bonheur…
Au passage, il faut souligner que cette ouverture constitue la première étape d’un renouveau
majeur du centre de Paris. D’ici à quelques années, la Bourse du commerce deviendra la
Fondation Pinault avec l’architecte Tadao Ando, quand la Samaritaine et La Poste du Louvre
renaîtront sous la forme de grands hôtels. Ce qui permettra à la ville de rivaliser avec les autres
capitales mondiales. Peut-être parlera-t-on, enfin, d’autre chose que des embouteillages, des
rats et des voies sur berges. Marie-Pierre LanneLongue
M Le magazine du Monde — 24 février 2018
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde
4
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
Ils ont participé à ce numéro.
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde. Clément Ghys. Maciek Pozoga. Le Monde. Jordi Ruiz Cirera. Shelby Duncan. Molly Matalon
Journaliste — Photographe — Illustrateur
Styliste — Chroniqueur — Grand reporter
Clément ghys est journaliste à M.
Cette semaine, il dresse le portrait de
l’architecte néerlandais Rem Koolhaas,
à l’occasion de l’ouverture du siège de la
fondation Lafayette Anticipations, son
premier bâtiment à Paris. « La France a
mis longtemps à accepter cet architecte
connu pour son intransigeance et sa
radicalité. Son parcours, à la fois de
théoricien et de constructeur, est celui
d’un Le Corbusier contemporain, d’un
penseur pris dans la nasse de la mondialisation et du néolibéralisme. » (p. 27)
maCiek pozoga, photographe
touche-à-tout, s’est spécialisé dans le
portrait et le documentaire. Son dernier
en date, Cérémonies, réalisé entre 2013
et 2016, l’a amené à observer les cours
d’éducation physique et sportive de
collèges et lycées français, de banlieue,
centre-ville et zone rurale. Il collabore
notamment avec le magazine du quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, le
New York Times et Le Monde. Son
regard s’est porté pour M sur les travaux
de l’architecte Rem Koolhaas, dont il
réalise le portrait. (p. 27)
marilyne baumard est journaliste
au Monde, où elle écrit sur les migrations.
Intriguée par les villes-frontières, elle
s’est arrêtée à Tapachula, aux confins du
Mexique et du Guatemala. Là, à la
croisée des routes migratoires, elle a
rencontré des Érythréens partis pour les
État-Unis et des Salvadoriens décidés à
refaire leur vie dans le Chiapas. Pour M,
elle a eu envie de partager l’énergie de ce
lieu où se croise la planète entière. Une
ville qui subit par ricochet les effets de
l’Europe forteresse et de l’Amérique de
Donald Trump. (p. 36)
jordi ruiz Cirera est un
photographe espagnol qui vit actuellement au Mexique. Plusieurs fois primé,
il collabore avec de nombreux titres de
presse (El País, The Guardian, The
Sunday Times Magazine, Newsweek…)
ainsi qu’avec des ONG (Médecins sans
frontières, Save the Children…). Il s’est
rendu pour M dans le Sud mexicain, à
Tapachula, ville étape pour les migrants
d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie,
sur la route du rêve américain. (p. 36)
Clémentine goldszal, journaliste,
a passé quelques jours dans une maison
de retraite de Los Angeles qui accueille
les vétérans d’Hollywood. « Dans cet
endroit un peu hors du temps, les
pensionnaires continuent de vivre par et
pour le cinéma. Ils ont travaillé avec les
plus grands, et n’ont qu’une envie, celle
de raconter leur histoire. C’est passionnant car ils sont, en un sens, les derniers
témoins d’un monde disparu. » (p. 44)
damien maloney est un photographe américain habitué des pages
de M. Il travaille également avec de
nombreux autres titres, tels que Vice,
Esquire, ZEITmagazin… Basé en
Californie, il a rendu visite pour ce
numéro aux heureux pensionnaires de
Woodland Hills, à Los Angeles. Des
retraités de l’industrie du cinéma qui
coulent des jours tranquilles à l’ombre
des grands studios. (p. 44)
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6
l’invitation
Exposition « MargiEla /
galliEra, 1989-2009 »,
au palais galliEra (paris),
du 3 Mars au 15 juillEt 2018.
sur présEntation dE cEttE
pagE Et jusqu’au 13 Mai 2018,
1 EntréE achEtéE = 1 EntréE
offErtE (billEt plEin tarif).
M Le magazine du Monde — 24 février 2018
qui ont façonné sa légende. À l’occasion
de la rétrospective parisienne que lui
consacre le Musée Galliera à partir du
3 mars, le créateur sort de son long silence
en écrivant sur des photos. De celle-ci,
prise en 2004, s’échappe une tension
sexuelle assez rare. Mais aussi une
confusion, fondatrice d’un style. Cette
collection, dite «horizontale», invite à voir
les choses autrement. Inclinée à 90 degrés,
la robe n’est plus une robe mais une jupe
asymétrique. Le styliste secoue nos
usages, donne de la profondeur, voit
le potentiel du moindre bout de Nylon,
fait de collants résille une combinaison,
joue avec l’ordre établi des habits, sort
les vêtements de leur typologie. Et il ne
se contente pas de pencher la tête.
Dès 1990, Margiela hisse le recyclage
au rang d’artisanat, faisant bien sûr du neuf
avec du vieux, mais qualifiant surtout
l’ordinaire de précieux.
par
Caroline rousseau
jonathan hallam
Martin
Margiela
—
Martin Margiela a bien voulu commenter
M
pour “M” quelques-unes des silhouettes
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24 février 2018
Les chroniques
La semaine
18
13
Elle est comme ça…
Anne Hidalgo.
Mathias Vicherat,
le VRP du rail.
16
Jean-Marie Le Pen édité
par un catholique ultra.
24
Le grand défilé
Nelson Monfort.
25
20
Qui est vraiment ?
Anaïs Romand.
Il fallait oser
Hallalyday.
21
26
En Turquie, la morale
islamique défie la raison.
22
Hors champ
Des hauts et des Baltes.
25
Les faux followers
de l’homme fort
du Cambodge.
36
J’y étais
Cercle polaire.
Le magazine
27
Rem Koolhaas,
libre bâtisseur.
À 73 ans, l’architecte star
appose enfin sa patte sur
Paris avec la fondation
d’art contemporain
des Galeries Lafayette.
36
Tapachula,
carrefour des exilés.
La cité mexicaine est
une étape obligée pour
les migrants d’Amérique
latine, d’Afrique et d’Asie
en route vers les ÉtatsUnis. Une escale qui a
tendance à s’allonger.
44
Happy end.
Des vétérans
d’Hollywood coulent
des jours paisibles à
Woodland Hills, une maison de retraite financée
par l’industrie du cinéma.
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9
Le portfolio
50
Épopée pop.
La Cité de la mode et
du design rend hommage
au Suisse Peter Knapp,
qui a révolutionné
la photo de mode dans
les années 1960-1970.
Le style
61
80
63
Garden-party
Jeune première.
64
Une affaire de goût
Patates douces.
Eaux de gamme.
Variations
Sauve qui peau.
Fétiche
Jeu de logo.
81
82
65
Dessous de table
Bonjour finesse.
66
Frais de bouche
Feu de joie.
Posts et postures
#squadgoal.
Illustrations Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde. Jordi Ruiz Cirera pour M Le magazine du Monde. Matthias Reichelt/VG Bild-Kunst
La culture
Librement inspiré
Jour de fête.
67
Ligne de mire
Oiseau rare.
83
84
Cinéma
Timothée Chalamet.
Et aussi: danse, art
contemporain, peinture.
92
Le DVD
de Samuel Blumenfeld
“À cor et à cri”,
de Charles Crichton.
96
Les jeux
98
Le totem
Le Pinocchio
d’Oliviero Toscani.
68
Tête chercheuse
Victime de la mode.
69
D’où ça sort ?
Les soins par le son.
70
Un peu de tenues
Fantaisie militaire.
76
Fil conducteur
Prague bohème.
78
Éléments de langage
Le spiral.
79
91
Rencontre
Luc Dubanchet,
fondateur de la revue
“Omnivore”.
La photographie de couverture
a été réalisée par Maciek Pozoga
pour M Le magazine du Monde.
Coordonnées de la série Un peu de tenues « Fantaisie militaire », p. 70. collection gauthier borsarello : www.gauthierborsarello.com —
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sandro : fr.sandro-paris.com — simone rocha : simonerocha.com — x-bionic : www.x-bionic.com
24 février 2018 — M Le magazine du Monde
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10
Président du directoire, directeur de la publication : Louis Dreyfus
Directeur du Monde, directeur délégué de la publication, membre du directoire : Jérôme Fenoglio
Directeur de la rédaction : Luc Bronner
Directrice déléguée à l’organisation des rédactions : Françoise Tovo
Directeur de l’innovation éditoriale : Alexis Delcambre
Directeurs adjoints de la rédaction : Benoît Hopquin, Virginie Malingre, Cécile Prieur, Philippe Broussard
Secrétaire générale du groupe : Marguerite Moleux
Secrétaire générale de la rédaction : Christine Laget
directrice adjointe de la rédaction — Marie-Pierre Lannelongue
directeur de la création — Jean-Baptiste Talbourdet-Napoleone
directrice de la mode — Suzanne Koller
rédactrice en chef du magazine — Camille Seeuws
rédaction en chef adjointe — Agnès Gautheron, Pierre Jaxel-Truer
rédaction
Carine Bizet, Samuel Blumenfeld, Philippe Ridet, Laurent Telo, Vanessa Schneider, Zineb Dryef.
Style-mode — Chloé Aeberhardt (chef adjointe Style), Vicky Chahine (chef adjointe Mode),
Fiona Khalifa (coordinatrice Mode), avec Maud Gabrielson, Laëtitia Leporcq,
Ray Tetauira (assistant direction Mode)
Culture — Clément Ghys (chef adjoint), Émilie Grangeray
Chroniqueurs — Marc Beaugé, Guillemette Faure, Jean-Michel Normand, Philippe Ridet, François Simon
Assistante — Christine Doreau
Rédaction numérique — Marlène Duretz, François Bostnavaron, Thomas Doustaly,
Pascale Krémer, Véronique Lorelle, Jean-Michel Normand, Catherine Rollot
Assistante — Marie-France Willaume
département visuel
Photo — Lucy Conticello et Laurence Lagrange (direction),
Hélène Bénard-Chizari, Federica Rossi
Graphisme — Audrey Ravelli (chef de studio),
Marielle Vandamme (adjointe). Avec Helena Kadji
Assistante — Françoise Dutech
Photogravure — Fadi Fayed, Philippe Laure. Avec Gilles Kebiri-Damour et Ingrid Maillard
Documentation : Sébastien Carganico
(chef de service), Muriel Godeau et Vincent Nouvet
Infographie : Le Monde
Directeur de la diffusion et de la production :
Hervé Bonnaud
Fabrication : Éric Carle (directeur industriel),
Jean-Marc Moreau (chef de fabrication), Alex Monnet
Directeur développement produits le monde
interactif : Édouard Andrieu
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Informatique éditoriale : Samy Chérifi, Christian
Clerc, Emmanuel De Matos, Igor Flamain,
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M Le magazine du Monde — 24 février 2018
diffusion et promotion
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M Le magazine du Monde est édité par la
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Malesherbes.
Origine du papier : Italie. Taux de fibres
recyclées : 0%. Ce magazine est imprimé chez
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Dépôt légal à parution. ISSN 0395-2037
Commission paritaire 0712C81975. Agrément
CPPAP : 2000 C 81975. Distribution Presstalis.
Routage France routage.
Dans ce numéro, un encart « Relance
abonnement » destiné à la vente au numéro
France métropolitaine ; un encart
« The Good Life » destiné aux abonnés
France métropolitaine.
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde
édition
Anne Hazard (chef d’édition), avec Stéphanie Grin, Julien Guintard (adjoints)
et Paula Ravaux (adjointe numérique). Et Boris Bastide, Béatrice Boisserie, Nadir Chougar, Agnès Rastouil.
Avec Olivier Aubrée et Maud Guillet. Thouria Adouani, Valérie Lépine-Henarejos,
Maud Obels (édition numérique). Avec Joël Métreau et Thomas Richet
Révision — Ninon Rosell (chef de section) et Adélaïde Ducreux-Picon. Avec Jean-Luc Favreau
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12
Le M de
la semaine.
«Sur une plage de L’Île-Rousse, en Corse.»
Pour envoyer vos photographies de M : lemdelasemaine@lemonde.fr (sans oublier
de télécharger l’autorisation de publication sur www.lemonde.fr/m-le-mag, la galerie).
Pour nous écrire : mediateur@lemonde.fr ou M Le magazine du Monde,
courrier des lecteurs, 80, bd Auguste-Blanqui, 75707 Paris Cedex 13.
M Le magazine du Monde — 24 février 2018
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde. Françoise Folacci
Françoise Folacci
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Mathias Vicherat vient de fêter
sa première année à la SNCF,
dont il est le directeur général
adjoint (ici, à la gare du Nord,
à Paris, le 9 février).
1 — Mathias Vicherat,
le VRP du rail.
Parfois, le job de Porte-Parole consiste à
se taire. C’est
l’option prise par le directeur
général adjoint de la SNCF, Mathias
Vicherat, la semaine dernière, quand
l’explosif rapport Spinetta, qui prône
notamment la fin du statut des cheminots,
a mis le feu aux syndicats. Une minicure de
silence pour l’énarque de 39 ans (promo
Léopold Sédar Senghor, la fameuse cuvée
Macron) qui vient de fêter sa première
année dans l’entreprise publique. Porter la
parole de la SNCF est, reconnaissons-le,
une mission à empêcher de dormir un
moine bouddhiste: des polémiques à la
chaîne, des conflits sociaux en pagaille,
des usagers en colère et des galères
en cascade. Et ces derniers jours donc,
suite au rapport Spinetta, le lancement
par le gouvernement d’une réforme
controversée de la compagnie nationale.
Depuis qu’il occupe ses fonctions, l’ancien
directeur de cabinet de Bertrand Delanoë
puis d’Anne Hidalgo à la Mairie de Paris n’a
pas eu l’occasion de s’assoupir : grogne sur
la suppression des iDTGV, panne électrique à la gare Montparnasse l’été dernier,
arrêt des trains à Saint-Lazare, inondations
puis neige, la totale. « Avant, dans
les dîners, on me parlait des voies sur
berges, aujourd’hui, on me parle des trains
en retard. La SNCF, c’est deux milliards
de passagers par an, tout le monde
se sent concerné. » Côté stratégie – l’autre
casquette de Mathias Vicherat –, le travail
ne manque pas non plus avec un
personnel (250 000 salariés) inquiet de
l’ouverture à la concurrence et des
usagers de plus en plus exigeants.
Des préoccupations qui lui parlent. Issu
d’une famille de militants de gauche,
Mathias Vicherat traverse l’adolescence
davantage intéressé par les manifs et •••
Photos Luke Paige pour M Le magazine du Monde
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Malgré toutes les qualités dont ses aMis et
son arrivée à
la SNCF n’a pas été une partie de plaisir.
Dans le monde du rail, où les ingénieurs
règnent en maîtres, on ne raffole pas
de ce qui brille. Un énarque, novice en
ferroviaire, passé par la politique, abonné
aux «unes» de Voici pour cause de
compagnonnage avec la journaliste Marie
Drucker, ça faisait un peu beaucoup.
La série de portraits flatteurs qui accompagne sa nomination et le présente en
jeune homme brillant et cool (il est fan
de rap, auquel il a consacré un livre) n’a
pas arrangé les choses. D’autant qu’il s’est
un temps laissé affubler du qualificatif
de numéro 2. Or, à la SNCF… il n’y a pas
de numéro 2. Depuis, Vicherat a intégré
les codes. Il a fait ce qu’il sait faire, travailler comme un dératé, multipliant les
déplacements, ingurgitant les dossiers. En
un an, il est devenu un parfait VRP du rail :
« Avec le service national, le chemin de fer
a façonné la nation, c’est un morceau de
anciens collègues le parent,
la preMière fois
que le Monde
a écrit…
Alors que son patron, Guillaume Pepy,
est fragilisé, Mathias Vicherat prend
avantageusement la lumière.
France», s’enthousiasme-t-il. Et il ne
manque pas de dresser les louanges des
cheminots, ces «collègues formidables».
Résultat: ceux qui, en interne, le regardaient
avec circonspection l’ont adopté. Lui, même
s’il n’en dit rien, n’est pas fâché d’avoir
quitté la politique pour l’entreprise, surtout
au vu de la tournure douloureuse prise par
le mandat d’Anne Hidalgo.
S’il y a un truc que n’avait pas vu venir
Mathias Vicherat, en revanche, c’est
l’ascension fulgurante de son copain de
promo Emmanuel Macron. Pendant qu’il
prenait tranquillement le train, son pote
grimpait dans sa fusée, direction l’Élysée.
« Je suis ébahi par ce qu’il a fait, avoue-t-il.
Aucun de nous ne fera aussi bien. Il a tué le
match. » Président de la République, c’est
déjà pris, alors pourquoi pas de la SNCF ?
Après dix ans de règne, Guillaume Pepy
est fragilisé depuis qu’il a été convoqué
au vu et au su de tout le pays par la
ministre des transports, Élisabeth Borne,
comme un mauvais élève qui se rend
dans le bureau du dirlo. Le puissant
patron avait ses entrées chez Sarkozy
et Hollande ; le nouveau monde le regarde
avec moins de tendresse. « Il y a une
campagne de dénigrement très dure
contre lui, c’est injuste, estime Vicherat.
Guillaume Pepy a transformé cette boîte,
c’est le meilleur connaisseur du monde
ferroviaire, il bosse comme un dingue,
il était là non-stop pendant les crises. »
Bon, d’accord, mais s’il venait à sauter ?
« Le sujet n’est pas d’actualité. Je suis
pleinement dans mon job », clôt le quadra.
Il a appris, on vous dit. Vanessa Schneider
Photos Luke Paige pour M Le magazine du Monde — 24 février 2018
dublinés. pour
certains, c’est l’italie,
pour d’autres, la Hongrie.
À une époque plus
lointaine, c’était la
pologne ou la slovaquie.
À chaque crise
migratoire, sa porte
d’entrée en europe.
et depuis 2003, ses
« dublinés », du nom
du règlement dit
« dublin ii » qui veut que
le premier pays de l’ue
où un demandeur d’asile
pose le pied (et les
empreintes) est celui
où son dossier doit être
instruit. « Pour avoir
tenté de s’installer
ailleurs, en Europe de
l’Ouest, et s’y être fait
pincer, voilà les Dublinés
renvoyés à la case
départ », raconte
catherine simon dans
un article du Monde
du 12 janvier 2011, qui
retrace le parcours de
roslan et Karina, un
couple tchétchène
renvoyé en pologne :
« On croyait que le plus
dur, c’était de passer la
frontière et d’arriver en
France. On n’avait rien
compris ! », sourit tristement roslan. sept ans
plus tard, « l’errance
ordinaire des rejetés
du droit d’asile » est la
même. seuls diffèrent les
itinéraires. et en france,
le sujet provoque toujours autant de remous.
le projet de loi asile et
immigration présenté
en conseil des ministres
cette semaine n’en
est qu’une illustration.
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde
••• son engagement à Attac que par les
cours. Il se réveille à l’orée du bac après
une visite d’élèves de l’ENA venus présenter leur école dans son lycée parisien. Il
enquille alors Sciences Po et l’ENA, tout
en continuant à militer à l’UNEF puis à la
CFDT, dont il crée, avec d’autres, une
antenne à l’ENA. Il travaille un temps
pour Jean-Luc Mélenchon, alors ministre
du gouvernement Jospin. À sa sortie de
l’ENA, il entre dans la préfectorale, d’abord
en tant que directeur de cabinet du préfet
de la région Picardie puis comme souspréfet à Bobigny. Il s’implique dans le
dialogue avec la jeunesse après les
émeutes de 2005, ainsi que dans la lutte
contre les marchands de sommeil. Il
rejoint ensuite en 2008 le très sarkozyste
Frédéric Péchenard à la direction de la
police nationale, avant de se mettre
au service de Bertrand Delanoë.
Partout où il passe, Mathias Vicherat
semble laisser un bon souvenir. « Un souspréfet presque parfait », note Claude
Baland, ancien préfet de Seine-SaintDenis, qui le décrit comme « travailleur,
diplomate, courageux et loyal ». « C’est
un bon camarade de vie, il est cultivé,
il aime s’amuser et, surtout, il sait être là
dans les moments difficiles », souligne
Gaspard Gantzer, l’ancien conseiller en
communication de François Hollande. « Il
ne s’enferme pas dans l’entre-soi, abonde
le député Boris Vallaud. Il a de vraies
racines à gauche, mais a toujours été
entouré de gens venant d’horizons différents, il est ouvert et extraordinairement
fidèle. Il aime les challenges et ne se satisfait jamais de la facilité et du confort. »
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
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Jean-Marie
Le Pen édité par
un catholique ultra.
2—
JEan-MariE lE pEn proMEttait sEs MéMoirEs dEpuis
si longtEMps que
même ses derniers fidèles n’y croyaient
plus. L’ancien président du Front national, 89 ans, en sortira le premier tome le 28 février. Il a pensé l’intituler
« Le Temps des épreuves », puis a opté pour Fils de
la nation. Sur 450 pages, et pour 22,90 euros, ce volume
couvrira la période 1928-1972, de sa naissance en
Bretagne à la fondation du FN.
L’ouvrage sera en rayon dix jours avant le congrès au cours
duquel sa fille Marine doit réclamer le changement de nom
du parti, une garantie d’exposition médiatique. Pour la
sortie en librairie, l’éditeur évoque une mise en place de
40000 exemplaires. Étonnant pour une maison jusqu’ici
inconnue. Les Éditions Muller n’ont rien publié depuis 2014.
Elles ne figurent plus au registre du commerce et leur
fondateur ne cache pas son embarras devant ce qui
pourrait devenir le premier best-seller de la maison.
Joseph Muller a 84 ans. Chef d’entreprise et officier
de réserve, il crée sa maison d’édition en 1990 pour
publier des récits militaires. « On ne trouvait que les
livres écrits par des généraux. Je voulais que les obscurs
racontent l’histoire qu’ils avaient vécue », explique-t-il.
Joseph Muller sort aussi plusieurs éditions de son
Guide Muller, une mine de renseignements sur l’armée
et ses métiers. C’est par la chambre de commerce
des Hauts-de-Seine qu’il aurait trouvé un repreneur.
L’affaire est conclue en 2009 pour 20 000 euros, selon
les documents déposés au tribunal de commerce.
L’acheteur s’appelle Guillaume de Thieulloy, 44 ans
Jean-Marie Le Pen (ici, en octobre 2017) publie ses Mémoires aux éditions Muller,
détenues par le propriétaire du site traditionaliste Le Salon Beige.
M Le magazine du Monde — 24 février 2018
aujourd’hui. À l’époque, il est assistant du sénateur UMP
Jean-Claude Gaudin. C’est aussi l’auteur, chez Gallimard,
d’une biographie du philosophe catholique Jacques
Maritain. En 2013, Le Monde révèle qu’il dirige
une lettre d’information islamophobe, Islam confidentiel.
Depuis, il se consacre à son groupe de presse,
GT Éditions. Selon les derniers comptes disponibles,
il a réalisé en 2015 un chiffre d’affaires de 580 000 euros.
Il détient notamment plusieurs sites, comme Le Salon
Beige, la référence de l’extrême droite catholique,
ou L’Observatoire de la christianophobie.
Thieulloy a vite dissous les Éditions Muller mais a continué à utiliser leur marque pour sortir quelques livres,
comme 10 très bonnes raisons de restaurer la monarchie.
« On n’a pas du tout la même sensibilité, explique Joseph
Muller. On avait une excellente réputation, on vendait
tous nos livres, les auteurs étaient heureux. Ça me gêne
beaucoup. Il a acheté une réputation. » Au passage,
le nouvel éditeur a aussi mis la main sur un fichier de
plus de 50 000 lecteurs à démarcher.
Guillaume de Thieulloy n’a pas souhaité répondre à nos
questions. «Ce gros coup m’est “tombé dessus”, sans que
je l’aie cherché», a-t-il expliqué au quotidien d’extrême
droite Présent. «Étant plus libre que la moyenne de mes
confrères par rapport aux oukases de la bien-pensance, j’ai
volontiers accepté de m’en charger», a-t-il justifié dans une
interview à ses employés du Salon Beige. Il fallait rassurer
un public qui, chez les Le Pen, juge Jean-Marie trop peu
catholique et préfère sa petite-fille Marion.
Lorrain de Saint Affrique, fidèle conseiller du patriarche,
assure que le manuscrit a circulé « entre deux ou trois
éditeurs » qui l’auraient refusé après « toutes sortes de
pressions ». D’Albin Michel à Robert Laffont, on dément
catégoriquement avoir reçu le texte ou envisagé un seul
instant de le publier. De toute façon, l’auteur serait
heureux chez cet éditeur discret. « Pour un premier
roman à 25 ans, la collection “Blanche” de Gallimard, c’est
formidable, explique son conseiller. Là, l’identification
se fait sur Jean-Marie Le Pen. Vous avez moins besoin
de la notoriété de la maison d’édition. » Le livre peut déjà
être précommandé en ligne chez Amazon ou la Fnac.
Il sera diffusé en librairie par Hachette Livre.
En 1975, pour s’occupEr pEndant un voyagE En voiliEr, JeanMarie Le Pen aurait commencé à rédiger des souvenirs
de jeunesse. En 2013, il aurait repris l’écriture, poussé
par ses fidèles. Marie-Christine Arnautu, qui siège à ses
côtés au Parlement européen, s’est chargée de taper
ses notes. « Les gens vont découvrir un Jean-Marie
Le Pen qu’ils ne soupçonnent pas », s’enthousiasmet-elle. « Il y aura un côté Cyrano de Bergerac, breton
et pas gascon, promet de son côté Saint Affrique. Mais
le vrai scoop, c’est le ton, le style. » La question nous
démangeant, il précise que, non, « il n’y a pas de nègre ».
Le second tome serait en cours d’écriture. Il couvrira les
grandes heures du FN et le récit « s’arrêtera à la minute
où on le remettra à l’éditeur ». Ce qui permettra d’y
inclure, au hasard, les ultimes rebondissements du conflit
père - fille. Il reste à savoir si ces Mémoires trouveront des
lecteurs. « Si c’est écrit comme un roman d’aventures,
quelqu’un qui a eu une vie aussi riche peut faire un bon
livre, juge un des principaux éditeurs de non-fiction
parisiens. À cette réserve près que les électeurs du FN
ne sont pas réputés être de gros lecteurs. Il y a un
décalage entre électorat et lectorat… » François Krug
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde. Sarah Alcalay/Sipa
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18
La Mairie de Paris avait
choisi son camp: oui à une
exposition sur Che Guevara,
non aux restes de Michel
Déon au Père-Lachaise.
Prenons maintenant l’affaire Michel Déon, un
écrivain, né à Paris en 1919 et décédé en 2016
à Galway (Irlande), dont la famille souhaitait
obtenir une sépulture dans un des cimetières
de la capitale pour y déposer ses cendres.
Proche de Charles Maurras pendant la guerre,
membre du courant littéraire des «Hussards»
dans les années 1950 et 1960 (des jeunes gens
qui avaient le goût du style, des femmes, des
idées et des alcools forts), il n’aurait jamais voté
Hidalgo. D’autant qu’il a passé la majeure partie de sa vie aux États-Unis, au Canada, au
Portugal, en Grèce et, pour finir, en Irlande. à
l’inverse, Anne Hidalgo n’a probablement
jamais lu une ligne de Déon. Avec une sécheresse de ton que même les contrôleurs de la
SNCF n’ont plus, les services compétents de
la Ville ont fait savoir que l’écrivain, n’étant pas
domicilié à Paris,n’étant pas inscrit sur les listes
électorales et n’y possédant pas de caveau,
n’avait donc aucun droit à y être enterré. Demande d’asile refusée. Certains soupçonnent
derrière ses arguments juridiques une bonne
dose de mauvaise foi et une décision guidée
par un ressentiment purement idéologique,
digne de l’ancien monde. Choisis ton camp,
camarade, comme on disait en 68! La Mairie
de Paris avait choisi le sien: oui à une exposition consacrée à Che Guevara à l’Hôtel de
Ville, non aux restes de Michel Déon au
Père-Lachaise.
elle est comme ça…
Fallait-il que les proches de l’auteur d’Un taxi
mauve bivouaquent dans une tente Quechua
devant l’entrée d’un cimetière pour attirer l’attention sur leur cause? Ils ont trouvé mieux.
Une pétition signée d’une centaine d’écrivains
p a r philippe ridet — i l l u s t r a t i o n damien Cuypers
et d’éditeurs – hommes, femmes, de gauche,
de droite ou de nulle part – et publiée par
Le Figaro. «Son œuvre, sa personnalité et son
Parfois on se demande si elle ne le fait Pas
plus un Vélib’ dans un rayon de trois kilomètres rayonnement international ne méritent pas cette
exPrès. Comme si, généreuse et provocatrice,
depuis que la Ville a changé de gestionnaire; et situation déplorable », écrivent-ils, hissant
elle voulait donner à tout le monde une raison pour les automobilistes privés d’accès. Jusqu’à Michel Déon au niveau de Stendhal, Proust et
de la détester. On parle d’Anne Hidalgo, bien présent, l’édile avait habilement joué les uns Baudelaire, ce qui est sans doute exagéré.
sûr. Juste un exemple. Sur la photo de son contre les autres, consciente que les premiers Miracle! Vingt-quatre heures plus tard, Anne
profil Facebook,la maire de Paris pédale gaillar- étaient plus nombreux (et donc électoralement Hidalgo rendait les armes. Malgré la saturation
dement en tenant son guidon d’une main pen- plus puissants) que les seconds. Mais, depuis des cimetières parisiens (5 000 demandes,
dant que de l’autre elle salue une foule absente, quelques semaines, la machine à cliver, version 150 places disponibles), la maire promet de
tout sourire sur une portion de quai de Seine ancien monde, semble moins bien fonctionner. pousser les morts et de faire une place et une
qu’elle est seule à fréquenter.Personne devant, Un Parisien croisant la route d’un des 4 à 6 mil- « heureuse exception » pour le « grand écripersonne derrière. Le bonheur… Une double lions de rats qui ont pris leur quartier dans la vain ». C’est fou comme tout est plus simple
quand on retire ses œillères.
provocation: pour les cyclistes qui ne trouvent ville est-il de droite ou de gauche?
3—
Anne Hidalgo.
M Le magazine du Monde — 24 février 2018
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qui est vraiment ?
Anaïs
Romand.
4—
La costumière du fiLm
“Les Gardiennes”, de Xavier
Beauvois, est nommée
pour La quatrième année
d’affiLée auX césars,
dont La cérémonie
se dérouLe Le 2 mars.
femme de théâtre. Après des
débuts dans la peinture
décorative, Anaïs Romand
fait la rencontre du couple de
costumiers italiens de théâtre
Ezio Frigerio et Franca
Squarciapino, qui collaborent
notamment avec les metteurs
en scène Giorgio Strehler et
Peter Brook. Ils lui apprennent
le métier. Depuis 1999, elle travaille surtout pour le cinéma
(Olivier Assayas, Bertrand
Bonello, Benoît Jacquot,
Leos Carax…). Elle est la
costumière du très attendu
Un peuple et son roi, de Pierre
Schoeller, dont la sortie est
prévue en septembre.
tisseuse de Liens.
Elle garde
un souvenir réjouissant du
tournage des Gardiennes, de
Xavier Beauvois, qui lui vaut
une nomination aux Césars
cette année. Notamment avec
les figurants – des paysans
qui ont trouvé « agréables »
ces « costumes de travail ! » –
et avec la jeune Iris Bry,
révélation du film : « C’était
merveilleux de lui faire découvrir mon travail, l’élaboration
de costumes et de l’aider ainsi
à entrer dans le personnage. »
Elle ajoute : « Je ne suis pas
une folle du vêtement : ce qui
me passionne, c’est de rendre
un univers vivant et crédible. »
historienne.
Anaïs Romand
est réputée pour la rigueur
et la créativité qu’elle déploie
dans les films d’époque. «Pour
une histoire qui se déroule au
xvie siècle, on doit tout recréer
puisqu’on ne trouve plus de
tissus, d’accessoires, etc. Mais
un film contemporain, c’est
aussi du costume, de la dramaturgie, du mouvement.»
Guillaume Nicloux (La Clef,
La Religieuse, Valley of Love)
est l’un des rares réalisateurs
qui lui demande du contemporain. «Travailler avec lui
est très ludique: il sait exprimer avec précision l’univers
qu’il raconte.»
Zineb Dryef
césarisée. L’Apollonide (2012),
Saint Laurent (2015) et
La Danseuse (2017) lui ont
déjà valu trois trophées.
Pour le biopic de Bertrand
Bonello, elle n’avait pas pu
disposer des trésors conservés par la Fondation Pierre
Bergé – Yves Saint Laurent.
« J’ai collaboré avec le collectionneur Olivier Châtenet et
j’ai eu accès à une documentation exceptionnelle. C’était
difficile, mais j’ai finalement
eu beaucoup plus de liberté
que si on avait eu des pièces
de musée, dans lesquelles les
acteurs ne peuvent pas
se mouvoir. »
Bertrand Guay/AFP
par
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21
Sous la houlette du président turc Erdogan, le voile a fait
son retour à l’université. Certains l’accusent de vouloir remettre
en cause les principes de laïcité (ici, en 2016, avec des étudiants).
En Turquie, la morale
islamique défie la raison.
5—
“L’épiLation est-eLLe un péché ?”, “Je me suis
fait une teinture des cheveux, mon Jeûne est-iL
Yasin Bulbul/AP/Sipa
vaLabLe ?”, « Puis-je
mâcher un chewinggum pendant le ramadan ? »,« Les rapports sexuels sont-ils autorisés pendant
le mois sacré ? » Voici le genre de
questions qui arrivent sur le standard
d’« Allô Fatwa », une ligne verte disponible
24 heures sur 24 en Turquie, que Diyanet
met à la disposition du public. Créée
en 1924 afin de contrôler la religion
musulmane, la direction des affaires
religieuses est devenue, au fil des ans,
un véritable instrument d’ingénierie
sociale aux mains du gouvernement
islamo-conservateur, déterminé à façonner « une génération pieuse ».
Grâce à Diyanet, les couples peuvent
désormais divorcer d’un simple claquement de doigts. Un appel téléphonique,
un fax, une lettre, un e-mail ou même
un simple SMS suffisent à défaire les liens
du mariage, selon la décision prise
en décembre 2017 par la direction des
affaires religieuses. Mais, la plupart du
temps, l’institution, devenue le référent
numéro un en termes de moralité islamique, ne brille pas par son progressisme.
Le 3 février, Diyanet a rappelé sur son site
qu’il faut utiliser la main droite et unique-
ment la main droite pour manger.
Seuls « les démons mangent et boivent
de la main gauche », rappelle le
« ministère de la vertu islamique ».
Kadir, un artisan du quartier de Sisli,
à Istanbul, qui fréquente assidûment
la mosquée, n’a pas aimé cette dernière
fatwa. « J’ai même songé un instant à
porter plainte contre Diyanet ! Ma fille est
gauchère, est-ce à dire qu’elle est
un démon ? » Certes, Diyanet tolère l’usage
de la main gauche pour ceux qui ne peuvent faire autrement mais, selon Kadir,
« une telle stigmatisation des gauchers
est contre-productive et rétrograde ».
Ce n’est pas la première fois que les avis
émis par Diyanet suscitent l’indignation
de l’opinion publique. À l’automne,
le site officiel de l’institution avait publié
un « dictionnaire des concepts religieux »,
dans lequel il était énoncé que les petites
filles pouvaient être mariées dès l’âge de
9 ans. Face à la colère qui s’était répandue
comme une traînée de poudre sur les
réseaux sociaux ainsi que dans les milieux
kémalistes et laïcs, Diyanet a été forcé de
retirer les passages contestés de son site,
tout en jurant n’avoir jamais voulu dire cela.
Recep Tayyip Erdogan ne s’en est sans
doute guère ému. Avec son numéro vert,
sa page Facebook, sa chaîne de télévision,
son budget colossal (l’équivalent de près
de 2 milliards de dollars, soit 1,6 milliard
d’euros) et ses 140 000 fonctionnaires,
Diyanet est incontestablement la réussite
idéologique la plus accomplie du président turc, au pouvoir depuis 2003. Musulman pratiquant, conservateur aux vues
rétrogrades, surtout en ce qui concerne
le rôle des femmes dans la société,
Erdogan est accusé par le camp kémaliste
de vouloir en finir avec les principes de laïcité en vigueur depuis la création de
la République, en 1923. Quand il n’incite
pas les femmes à faire « trois enfants
au minimum », le voilà qui s’oppose à
la contraception, condamne l’avortement,
déclare « contre nature » l’égalité hommesfemmes. Ces dernières années, son gouvernement a autorisé le port du voile
islamique dans les universités, dans
la fonction publique, au sein de l’armée
et aussi dans le secondaire, dès la sixième.
Des cours d’initiation à l’islam sunnite sont
désormais obligatoires à l’école publique ;
depuis peu, des locaux réservés à la prière
ont été systématiquement ouverts au sein
des universités ; et, bien que la Turquie soit
dotée de nombreuses mosquées (85 000),
Diyanet a l’intention d’en construire de
nouvelles au sein de quatre-vingts établissements universitaires du pays. De quoi
faire rayonner une certaine vision du
savoir et des sciences ?
« La Terre est plate », constatait récemment Tolgay Demir, le chef des jeunes
stambouliotes au sein du Parti de la justice et du développement (AKP, islamoconservateur) dans un article publié sur
le site du parti. Selon lui, ceux qui pensent
que la Terre est ronde « se sont fait mener
en bateau » par la « franc-maçonnerie » et
par les « photos truquées » de la NASA.
La palme de l’absurde revient sans
conteste à l’universitaire Yavuz Örnek,
qui s’est illustré en affirmant en direct
le 5 janvier sur la chaîne turque TRT 1
que Noé avait pu joindre son fils au moyen
d’un téléphone portable juste avant
le Déluge. « Noé et son fils se trouvaient
à plusieurs kilomètres l’un de l’autre.
Le Coran dit que Noé a parlé avec son fils.
Mais comment ont-ils pu communiquer ?
Par quel miracle ? Nous pensons qu’ils ont
utilisé un téléphone portable. » Une théorie
que M. Örnek, qui prétend « parler au nom
de la science », a tout le loisir d’enseigner
aux étudiants de la faculté des sciences
de la mer de l’université d’Istanbul, où il
donne des cours. Marie Jégo
24 février 2018 — M Le magazine du Monde
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22
hors champ
6—
Des hauts et des Baltes.
photo
Birgit Püve
Siège du gouvernement eStonien, colline de toompea, tallinn, 19 février 2018, 20 h 15. L’indépendance
du plus petit des trois pays baltes est faite de soubresauts tels qu’il en célébrera le centenaire durant
trois ans. Débutées en avril, cent ans après les premières manifestations en faveur de l’autonomie,
les commémorations s’achèveront en 2020, un siècle après le traité de Tartu signé entre Tallinn
et la Russie bolchevique. Mais, dans le chaos que constituent pour la région la révolution russe,
puis la défaite allemande, le 24 février 1918 reste la date officielle de l’indépendance du pays. C’est
également un 24 février (1989) que le drapeau rouge de l’Estonie soviétique qui flottait sur la colline
de Toompea fut remplacé par le drapeau national estonien bleu-noir-blanc, avant la restauration
de l’indépendance le 20 août 1991. Tout un symbole…
M Le magazine du Monde — 24 février 2018
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II
2002, combIné
tragIque.
Le savoureux nelson
garde le sourire, malgré
l’énorme scandale qui a
entaché les compétitions
de patinage aux jo de
salt Lake city et cette
première place litigieuse
attribuée à un couple
russe. Gageons que
le confort de cette
étonnante association
entre un pull gris moyen
à col roulé et un blazer
en flanelle lie-de-vin y
soit pour quelque chose.
dans le sourire, pas dans
le scandale. quoique.
I
1997, terraIn glIssant.
il se destinait à la finance, il a fini journaliste, et comment ne pas s’en
réjouir ? À 44 ans, après des années de presse écrite, nelson monfort
offre aux téléspectateurs de France télévisions, un flow et un
polyglottisme délicieux. sans parler de cette improbable dégaine.
de fait, malgré sa pose de punk, le commentateur affiche ici la
panoplie conservatrice et ultradésuète d’un membre du rotary :
blazer à écusson et boutons dorés, repp tie, chemise en oxford,
pull col en v et pantalon en flanelle grise, à revers (cinq centimètres,
évidemment). même les patins à glace sont d’un autre âge.
Nelson
Monfort.
7—
Le journaListe, qui commente en corée du sud
Les septièmes jo d’hiver de sa carrière,
a un styLe inimitabLe. et c’est tant mieux.
par
marc beaugé
III
IV
2015, doublé
acrobatIque.
nelson est
à nouveau de sortie.
avec son épouse,
dominique, il assiste
à la première du film
Life d’anton corbijn,
programmé lors du
Festival du cinéma
américain de deauville.
or, comment ne pas se
lâcher dans un tel cadre ?
Le journaliste porte
l’archétype de ce que les
anglo-saxons appellent
un « billionaire pants »,
à savoir un chino de
couleur criarde généralement porté par des gens
fortunés et complètement décomplexés vis-àvis du regard extérieur.
pour la fortune, on ne sait
pas. pour le reste, cela
pourrait correspondre.
2007, slalom néant.
nelson, accompagné de sa fille victoria, assiste à la première
de la comédie musicale Le Roi Lion. pour l’occasion, il n’a pas
lésiné sur la toilette, arborant un costume du soir aux boutons
couverts (de tissu, il s’entend), un nœud papillon noué
à la main (diablement plus élégant qu’un nœud prénoué)
et un gilet savamment déboutonné aux extrémités (même
si le bouton du haut aurait pu être fermé). preuve qu’il ne
suffit pas de respecter les règles pour avoir de l’allure.
V
2018, Programme désynchronIsé.
quelques jours avant de s’envoler pour
les jo de pyeongchang, nelson profitait de
ses derniers instants parisiens pour assister à
l’avant-première du film Moi, Tonya, consacré
à la disgrâce de la patineuse tonya harding.
déformation professionnelle ? sans doute,
mais ce n’est rien en comparaison de la
déformation stylistique consistant à assortir
sa pochette en soie à ce qui ressemble bien
à un sous-pull en Lycra. impayable, nelson !
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde. Alain Benainous/Gamma-Rapho via Getty Images. Frédéric Souloy/Gamma-Rapho
via Getty Images. Gilbert Garrigue/WireImage/Getty Images. Stéphane Cardinale/Corbis via Getty Images. Marc Piasecki/WireImage/Getty Images
le grand défilé
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25
l’avait emporté de justesse, enregistrant son
pire score depuis quinze ans. L’opposition
avait manifesté contre une vaste fraude
électorale. Le monopole du pouvoir de Hun
Sen avait alors semblé s’effriter. Le dirigeant
a, depuis, résolu d’occuper le cyberespace.
Le leader de l’opposition, Sam Rainsy, vit
en exil à Paris depuis qu’il a été condamné
par la justice cambodgienne pour diffamation pour des posts et vidéos publiés
sur Facebook – verdict qu’il dénonce
comme une grossière machination pour
le neutraliser politiquement.
Le 8 février, Sam Rainsy a riposté à travers
une procédure, cette fois devant la justice
californienne, contre l’usage que l’homme
fort du Cambodge fait du réseau de Mark
Il n’en a pas l’aIr comme ça, maIs le premIer
Zuckerberg. Il reprenait pour cela les
mInIstre du cambodge est un homme branché.
accusations portées en 2016 par un cabinet
à 65 ans, dont un peu plus de la moitié
d’étude des réseaux sociaux, Socialbakers.
(trente-trois années et un mois) au pouvoir,
Ce dernier avait fait un étrange constat
Hun Sen sait à quel point les réseaux
en passant en revue les internautes suivant
sociaux sont cruciaux s’il entend prolonger
le profil du premier ministre sur Facebook :
l’aventure au-delà des élections générales
seulement 55 % de ses 5 millions de
de juillet. Les chances sont de son côté
followers viennent du Cambodge, alors que
depuis que, en novembre, la Cour suprême
Hun Sen l’autocrate n’est pas particulièrea interdit d’activité politique, pour les
ment populaire à
l’étranger. Un chiffre
à comparer aux
82 % de fans de Sam
Rainsy vivant
au Cambodge alors
que lui-même est à
l’étranger. Pointant
les origines indienne
et philippine de
ces fans du premier
ministre du
Cambodge, l’étude
concluait à un
ample recours à
des « fermes à clics »,
qui permettent
artificiellement de
gonfler sa popularité
Le premier ministre cambodgien Hun Sen utiliserait des « fermes
apparente en ligne,
à clics » en Inde et aux Philippines pour gonfler artificiellement
contre rémunération.
sa popularité sur Facebook (ici, à Phnom Penh, en janvier 2017).
« Nous comptons
sur Facebook
pour faire la lumière sur la manipulation de
cinq années à venir, le principal parti
la technologie
d’opposition et 118 de ses représentants.
par le régime, a déclaré Sam Rainsy. Le
Le combat politique lui a déjà coûté un œil,
peuple cambodgien et la communauté
perdu au côté de la guérilla des Khmers
rouges à la veille de la prise de Phnom Penh, internationale ont droit à la vérité. »
Le conseiller du chef de gouvernement
en avril 1975. « Il tance souvent les fonction­
dément catégoriquement avoir recouru à
naires en disant que, si lui sait utiliser un
de faux fans. «Des fermes à clics, qu’est­ce
smartphone, un iPad et un ordinateur, eux
que c’est?, demande-t-il naïvement, s’il y
aussi doivent y arriver, avec leurs deux
avait eu quoi que ce soit, Facebook ne l’aurait
yeux », s’amuse Duong Dara, le responsable
de la stratégie Facebook du chef de gouver- pas toléré», puisque le réseau social dit lutter
nement. Ce conseiller date l’engouement du contre les faux comptes. Il préfère qualifier
l’opposant de «rigolo qui n’y connaît rien à la
premier ministre aux mois qui suivirent le
technologie». Harold Thibault
dernier scrutin national, en 2013 : son parti
Les faux
followers de
l’homme fort
du Cambodge.
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde. Tang Chhin Sothy/AFP
8—
il fallait oser
Hallalyday.
par
jean-michel normand
après Jérôme cahuzac, l’ombrageux Éric Dupond-Moretti devrait en toute logique être appelé
à défendre les intérêts d’un autre
personnage que l’on aime détester : Laeticia Hallyday. En deux
mois à peine, l’épouse de Johnny
est passée du statut de veuve
éplorée à celui de veuve noire. On
l’accuse publiquement d’usurpation d’héritage, de folie des
grandeurs, de la jouer perso pour
mettre le grappin sur le magot.
Piratée, sa page Wikipedia la définit comme « une femme vénale
française », les fans la regardent
de travers et les people ne se
bousculent pas pour prendre sa
défense. « Elle va en chier, la
Laeticia », a sobrement résumé
Gérard Depardieu. Et personne
pour discerner la dimension
sexiste dans ce Laeticia bashing
qui s’indigne qu’une blonde ait
pris le pouvoir au sein du clan.
Derrière ses lunettes aviateur,
Mme Smet se dit « écœurée ». La
recluse de L.A. ne cadre plus avec
la figure de lolita docilement installée dans l’ombre de son grand
artiste de mari. Manageuse
de facto de Johnny, dont elle a
géré l’existence au quotidien
pendant plus de vingt ans (et ce
n’était pas de tout repos), la voilà
transformée en marâtre de
Blanche-Neige habillée en Prada.
On sonne l’hallalyday contre la
veuve du Taulier, qui a confié la
gestion du Johnny business à
sa grand-mère, Élyette Boudou,
alias « Mamie Rock ». Dans la
famille, on est très girl power.
À moins d’un accord amiable, le
psychodrame Hallyday s’achèvera
par un vaste déballage à la barre
des tribunaux. Un exercice de
droit comparé portant sur la recevabilité de la réserve héréditaire
en droit des successions. Décidément, toute cette histoire n’est pas
très rock’n’roll.
24 février 2018 — M Le magazine du Monde
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j’y étais
Cercle polaire.
Samedi 17 février, fête deS 10 anS
de “tara” à la galerie du jour agnèS B
Guillemette Faure
Une grande maquette d’un deux-mâts trône dans l’entrée de la
Galerie agnès b., dans le 10e arrondissement de Paris. C’est celle de
Tara, le bateau qui se laissa dériver pendant cinq cents sept jours
dans les glaces. Une fête de l’Arctique chez Agnès B.? Compte-t-elle
aller vendre des gilets pression sur la banquise ? Non, mais son fils,
Étienne Bourgois, est l’armateur de la goélette. Ce soir, sa mère n’est
pas là, pas plus qu’il n’y a de représentant du showbiz ou de la politique. Ce soir, on fête les 10 ans d’une épopée et ses héros : un marin
pêcheur de l’île d’Yeu, force de la nature increvable ; un mécanicien
qui avait rencontré l’amour avant de partir ; un Azerbaïdjanais logisticien polaire ; un scientifique baba cool capable de tout réparer…
Ceux qui ont contribué à cette équipée n’étaient pas tous à bord.
Hélène Santener, la rousse déjà chargée de l’intendance des expéditions de Jean-Louis Étienne, leur avait prévu huit tonnes de nourriture pour deux ans. « Du quinoa, je n’en ai plus jamais mangé »,
raconte Denys Bourget, le médecin, qui se souvient des quantités
de Tabasco utilisées pour donner du goût à ce qui en manquait.
L’équipage partageait un poulet chaque dimanche, planquait les
pots de miel pour limiter leur disparition. Ce soir, on sert une pissaladière sur laquelle «Tara » est inscrit en tomates.
Un petit groupe discute à l’écart. Il faut être enclin à se mettre un peu
à l’écart pour partir sur la banquise pendant cinq cents sept jours, un
voyage qui aurait pu durer plus longtemps encore. Parce qu’en laissant
leur bateau se faire prendre par les glaces pour en mesurer la dérive
ces hommes ne savaient pas quand ils en seraient éjectés, ils n’étaient
même pas certains que leur cocon résisterait. Fallait-il être givré pour
prendre part à cette expédition, qui exigeait parfois d’emmener
un fusil aux toilettes, en cas de rencontre avec un ours. Viktor, qui n’a
pas pu venir, envoie un message de Russie. Il ne savait pas faire cuire
un œuf, mais il était capable de résister à tous les froids. C’est lui
qui allait chercher de la glace pour la transformer en eau. Étienne
Bourgois est monté sur la table. Sur l’épaule, il tient un jerrican.
« Il y a quoi dedans ? crie-t-il. Du gazole ? de l’essence ? » « Non,
crient les autres, de la vodka ! » De là-haut, bidon sur l’épaule, il
M Le magazine du Monde — 24 février 2018
raconte à nouveau l’histoire de la piste d’atterrissage. Au printemps,
il fallut chercher un endroit pour accueillir la relève sur la banquise.
Un kilomètre de long sur trente mètres de large. Les hivernants
partent à pied en exploration, envoient des photos à Paris, ça n’est
jamais assez plat… Quand ils trouvent enfin, ils font des quarts jour
et nuit sur le bulldozer parce qu’un moteur, par – 40 °C, on ne prend
pas le risque de l’arrêter. Ils continuent à piocher à la main quand la
machine tombe en panne. Et, alors qu’ils ont presque fini, la banquise se fend et il faut recommencer. « Mathieu, tu te souviens la
piste… – La glace, c’était comme du béton… – Maintenant, ils
auraient des drones pour aller chercher une piste… »
Dans un film tourné à bord projeté pendant la soirée, on voit un
djembé. Comment peut-on s’enfermer des mois sur un bateau de
36 mètres avec huit personnes, deux chiens et un djembé ? La première tempête a soudé l’équipage. La routine tendait l’ambiance.
« Heureusement, les anniversaires étaient bien répartis dans le
temps… », se souvient Denys, le médecin, qui s’était déguisé en
Neptune pour le centième jour de dérive. Viktor, le Russe, lui, avait
joué le Père Noël et on s’était échangé des petits cadeaux (« Oh, des
chaussettes, il était temps ! »). Quand le soleil a disparu pour entrer
dans la nuit polaire, ils ont créé des Jeux olympiques de la banquise,
avec épreuves de lancer de poisson congelé. Ce soir, on se croirait dans
une de ces réunions de famille où des gens tellement différents se
réjouissent de se retrouver malgré leurs incompatibilités.
Directeur de la Fondation Tara Expéditions, Romain Troublé, qui gérait
la logistique à l’époque, tente ce soir d’appeler le bateau, actuellement
en mer de Chine pour une mission d’étude sur le corail et le réchauffement climatique. On remplit les verres de vodka. On se reparle du
dégel, de l’inquiétude pour cette quille de glace qui s’était formée sous
le bateau, des plongeurs partant remettre les safrans de 800 kilos. L’explorateur Jean-Louis Étienne passe en fin de soirée. Le capitaine Hervé
Bourmaud, marin pêcheur sur l’île d’Yeu, vit à Tahiti. Jean-Claude
Gascard, alors coordinateur du programme scientifique Damocles, est
en train de construire une tyrolienne de 60 mètres pour son petit-fils.
Le mécanicien Nicolas Quentin va partir faire du kayak au Groenland.
En quelque sorte, les voilà revenus à des vies normales.
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde
par
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
Rem Koolhaas, à
la Fondation Lafayette
Anticipations, à Paris,
le 10 janvier 2018.
Rem Koolhaas, libre bâtisseur. L’expression
“starchitecte” l’irrite au plus haut point. Ne lui en déplaise, l’ombrageux néerlandais
est pourtant une pointure dans sa discipline. Auteur de la Fondation Prada à Milan ou du
monumental siège de la chaîne de télévision chinoise à Pékin, il revendique une absence
de style “signature”. Et balaie les critiques de ceux qui reprochent à ce théoricien de
l’architecture de se conformer à la mondialisation et au néolibéralisme. à 73 ans,
Rem Koolhaas trouve enfin sa place à Paris, qui s’était longtemps refusée à lui, avec
le bâtiment de Lafayette Anticipations, la fondation d’art des Galeries Lafayette.
par
Clément Ghys —
photos
maCiek PozoGa
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La maquette
de la Fondation Lafayette
Anticipations.
“Traiter un architecte comme une célébrité,
c’est supposer qu’il méprise l’humain,
la société, ses clients. Je déteste l’idée
de l’architecture comme une signature.”
Rem Koolhaas
L
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
29
es architectes ne portent pas de cravate. On les
reconnaît à leurs sous-pulls noirs dans cette
foule qui s’est endimanchée un jeudi soir. Ce
8 février, au 9 rue du Plâtre, à Paris, est inauguré en petit comité Lafayette Anticipations,
la fondation d’art des Galeries Lafayette. Un
lieu,nouvelle étape du parcours des fondations
privées de la capitale (Cartier, Ricard, Vuitton
et,bientôt,Pinault),que le grand public découvrira dès le 10 mars. Dans ce bâtiment du
xixe siècle, situé dans le Marais, et réinventé
par l’OMA (Office for Metropolitan Architecture), l’agence de l’architecte
néerlandais Rem Koolhaas, des artistes invités présenteront leurs œuvres et en
créeront d’autres dans un atelier au sous-sol. Selon la programmation, cet
espace de 2500 mètres carrés évoluera sans cesse, une audacieuse crémaillère
permettant de déplacer les planchers mobiles des salles d’exposition. Mais en
attendant, ce 8 février, la crémaillère, il faut la pendre. Et le bâtiment à peine
fini est un terrain de jeux et de selfies pour deux anciens ministres de la culture
(Jean-Jacques Aillagon et Renaud Donnedieu de Vabres), un adjoint à la maire
de Paris (Bruno Julliard), un plasticien représentant de la France à la récente
Biennale de Venise (Xavier Veilhan), une actrice césarisée (Carole Bouquet),
un futur ex-président de Radio France (Mathieu Gallet), une philosophe
monégasque (Charlotte Casiraghi) et Rem Koolhaas.
Il est architecte. Il est donc en noir et sans cravate, comme Jean Nouvel, venu en
ami. Ses proches, dont sa compagne, la designer Petra Blaisse, sont à quelques
mètres de lui. Rem Koolhaas se tient devant un pupitre où Guillaume Houzé,
président de LafayetteAnticipations,le remercie abondamment.Il sourit.Houzé
passe le micro à Françoise Nyssen. La ministre de la culture fait l’éloge du
Néerlandais de 73 ans, qui sourit à nouveau. Il a la tête plongée dans ses notes,
comme un collégien stressé avant un contrôle. Il la relève quand la ministre
mentionne son lien avec la France.Monté sur scène,il courbe son immense corps
sec pour recevoir l’insigne de commandeur desArts et Lettres.Les rayures vertes
du ruban tranchent avec son total look noir, mais peu importe. Dans son discours,
en français, il parle (en bien) d’Emmanuel Macron, de l’Europe, du patrimoine
parisien. Il pose pour les photographes puis dîne d’un céleri-rave au foie gras et
d’une bouillabaisse mitonnés parAlain Passard.La soirée s’achève par un concert
de Gérard Depardieu récitant Barbara. Au micro, entre deux chansons tristes,
l’acteur répète: « Merci Rem Koolhaas, merci. » Il sourit.
Cela n’arrive pas tous les jours. Ni dans son agence, basée à Rotterdam, où
l’architecte a la réputation d’être peu commode. Ni avec les décideurs – Alain
Juppé, maire de Bordeaux (où Koolhaas a construit), le juge « pas facile de caractère », tout en se disant « admiratif ». Et encore moins avec les journalistes – de
nombreux critiques d’architecture ont eu droit à des entretiens houleux, quand
ils n’étaient pas annulés au dernier moment. S’il sourit ce 8 février, ce n’est pas
pour la médaille ou le discours de Nyssen. Les honneurs, il en a l’habitude. Prix
Pritzker en 2000 (considéré comme le Nobel du milieu), Praemium Imperiale
japonais en 2003, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le Lion d’or à la
Biennale de Venise en 2010. Sans compter les compliments qui ne tarissent pas
depuis qu’il a cofondé son agence, OMA, en 1975 et s’est imposé comme l’un
des architectes emblématiques des dernières décennies, avec des bâtiments
reconnus comme la Casa da Música à Porto, la Fondation Prada à Milan, le plan
d’urbanisme d’Euralille ou le monstre de 234 mètres de haut qu’est le siège de
la chaîne de télévision CCTV à Pékin. Une architecture de béton à laquelle s’est
adjointe une autre,de papier,avec des livres-essais comme New York Délire (1978),
ou S,M,L,XL (1995), considérés comme des ouvrages majeurs.
Rem Koolhaas déstabilise les observateurs tant il est difficile à ranger : architecte chargé de chantiers immenses, conférencier habitué aux joutes intellectuelles, membre de l’intelligentsia dorée, fondateur d’une agence de
400 employés aujourd’hui, répartis entre Rotterdam, New York, Hongkong,
Dubaï, Brisbane, Doha ou Pékin. Une pointure dans son domaine qui, depuis
Amsterdam, où il vit, comme depuis Rotterdam, où son bureau est installé dans
un immeuble des années 1960, a l’aura d’une star.
Un « starchitecte ». Rien n’énerve plus Koolhaas que cette expression, souvent
utilisée à son égard, comme à celui de ses confrères Frank Gehry, Jean Nouvel,
Tadao Ando, Norman Foster ou Zaha Hadid, morte en 2016. « C’est un terme
vicieux, qui ne veut rien dire, assurait-il mi-janvier, de passage à Paris. Traiter un architecte
comme une célébrité, c’est supposer qu’il méprise
l’humain, la société, ses clients. Je déteste l’idée de
l’architecture comme une signature. » Lui fait
tout pour ne pas avoir son propre style.Ses bâtiments ne se ressemblent pas. Seuls les puristes
y lisent des occurrences,comme les murs laissés
bruts ou le soin apporté aux escaliers – ce qui le
distingue des architectes vus par Flaubert dans
son Dictionnaire des idées reçues : « Tous imbéciles. Oublient toujours l’escalier des maisons. »
Quand Tadao Ando a son béton brut, Frank
Gehry ses courbes, Zaha Hadid ses zigzags,
Rem Koolhaas n’a rien, sinon sa propre image,
apparue jusque dans les Simpson.
Mais il obtient enfin ce que beaucoup de ses
rivaux avaient déjà : un bâtiment à Paris. En
France, Koolhaas a dessiné plusieurs projets,
dont les récents campus de l’école CentraleSupélec, à Saclay, dans l’Essonne, ou la bibliothèque Alexis-de-Tocqueville à Caen. Ou
encore de prestigieuses propriétés privées,
comme la villa dall’Ava, à Saint-Cloud, près de
Paris, ou la maison Lemoine, à Bordeaux, ville
où, en 2020, il livrera le pont Simone-Veil.
Mais, dans la capitale française, il n’avait
dessiné qu’un restaurant (Le Dauphin, dans
le 11e arrondissement) et une boutique (celle
de la marque de joaillerie Repossi, place
Vendôme). Lafayette Anticipations est
son premier immeuble.
Mi-janvier, ce francophile ne cachait
lui qui a appris
la langue enfant avec sa grand-mère, venait en
vacances en Normandie, s’est retrouvé par
hasard dans le Paris bloqué de Mai 68 et a
dévoré Derrida, Deleuze et autres auteurs de
la French Theory. La joie semble sincère tant
il pèse chaque mot, corrige ses interlocuteurs
en cas d’imprécision et n’est jamais dans l’emphase. Avec cette fondation, il chasse une
amertume. Celle d’être passé à côté de Paris,
et notamment des grands travaux de François
Mitterrand. En 1982, son projet pour le parc
de La Villette est retoqué, au profit de celui de
Bernard Tschumi. Idem pour sa Très Grande
Bibliothèque en 1989, refusée pour laisser
place à celle d’un Dominique Perrault plus
Mitterrand-compatible. Il passe aussi à côté
de la bibliothèque de Jussieu (1993), du projet
des Halles (2003), de la Défense (2008) et du
nouveau Palais de justice de Paris (2011).
Rem Koolhaas appose enfin une patte, même
« modeste » à ses yeux, sur la ville haussmannienne. « Paris a toujours été le but ultime
pour les architectes du monde entier », dit-il.
Pour lui, comme pour un de ses prédécesseurs,
Le Corbusier, qui proposa de raser une partie
de la rive droite pour y ériger des gratte-ciel
cruciformes. Mais construisit finalement assez
peu dans la capitale, disséminant partout
ailleurs ses villas luxueuses et ses grands
ensembles, publiant des dizaines de livres,
mêlant architecture, design et urbanisme, •••
pas « son iMMense satisfaction »,
24 février 2018 — Photos Maciek Pozoga pour M Le magazine du Monde
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
30
••• faisant scandale et se voyant imité et pastiché. Ce même « Corbu » dont il
serait la version contemporaine. Selon François Chaslin, architecte et critique,
connaisseur de l’œuvre de Koolhaas et auteur d’Un Corbusier (Éd. du Seuil,
2015), « le parallèle entre les deux est évident. Koolhaas est le seul à avoir la même
image, le même poids, que Le Corbusier de son vivant. Ils se sont construit le même
parcours, s’imposant d’abord dans les lettres, à l’avant-garde, puis créant des
œuvres immenses, atteignant une reconnaissance et une influence majeures. »
à chacun son moment et sa méthode. Le Corbusier avait son Modulor, système
de mesures à l’échelle humaine, qui dicta notamment sa Cité radieuse de
Marseille. L’époque était alors à la foi dans le progrès et le collectif. Koolhaas
ne s’attaque pas aux principes du maître franco-suisse. Il s’est trouvé ses propres
sujets en se passionnant pour le rôle des Escalator, de l’air conditionné ou
l’organisation de villes chaotiques, comme Lagos, au Nigeria… Autant de
réalités jamais étudiées auparavant et qui ont permis, selon François Chaslin,
« de faire passer l’architecture à un nouvel âge ». Aujourd’hui, ses confrères et
concurrents ont tous en tête ses recherches quand ils conçoivent gares, aéroports ou centres commerciaux. Ce travail, il l’a réalisé seul, parfois avec des
étudiants de Harvard, où il enseigne depuis vingt ans, et surtout au sein de
AMO, structure miroir de son agence, OMA, qui, comme un laboratoire de
recherche, produit depuis 1999 des rapports faisant appel à des architectes,
sociologues, éditeurs, biologistes, historiens… Penser pour mieux construire
ensuite. En 2012, quand le projet de Lafayette Anticipations n’en était qu’à ses
frémissements, les équipes de l’AMO ont conçu, à partir des archives des Galeries Lafayette, l’exposition « 1912-2012: Chroniques d’un parcours créatif »,
qui retraçait les évolutions du magasin des Grands Boulevards. Se pencher sur
l’histoire de l’entreprise leur a permis de concevoir la fondation. Guillaume
Houzé se souvient de « discussions qui partaient tous azimuts, de rendez-vous
réguliers où nous parlions autant de philosophie que de la couleur d’un mur ».
C
e travail intellectuel attire les clients. à l’image de la créa-
trice de haute joaillerie Gaia Repossi, qui voulait rénover sa
boutique de la placeVendôme à Paris.Après avoir rencontré
Koolhaas dans un dîner, elle a été reçue, « pour qu’il décide
si oui ou non il allait travailler sur le lieu ». A suivi un travail
d’enquête de ses équipes, analysant la démographie des
clients de bijoux, leurs comportements. Des sessions mensuelles ont été organisées au cours desquelles, « entre des propositions pratiques sur l’agencement de la
boutique, étaient lancées des pistes théoriques ou des références à des films contemporains », se souvient Repossi, pour qui l’intervention de Koolhaas a permis de
« repenser notre identité de marque, et pas seulement une boutique ».
Le Corbusier dessinait de grands ensembles pour accueillir les classes populaires
dans l’urgence de l’après-guerre. Koolhaas est un mercenaire qui s’accommode
d’un monde néolibéral, où le secteur privé a parfois remplacé l’État. à l’image
de sa proximité avec la marque Prada, et sa créatrice, Miuccia. Par e-mail,
l’Italienne se souvient l’avoir approché à la fin des années 1990: « Nous réfléchissions à de nouvelles formes pour nos espaces de shopping. À l’époque, il travaillait
sur des sujets similaires, avec ses étudiants de Harvard. J’aime sa manière de
toujours penser et travailler dans une perspective différente. » Pour la griffe milanaise, Koolhaas a conçu, pêle-mêle, des magasins à New York et à Los Angeles,
le siège de la marque à Milan, des décors de défilés, un gilet carapace multipoche
en Nylon noir pour la prochaine collection masculine… Mais le grand œuvre du
tandem mécène-architecte,le faire-part des noces entre le luxe et la culture,c’est
la Fondation Prada, ouverte en mai 2015 dans le sud-est de Milan: une ancienne
distillerie reconvertie en galeries et en bureaux, avec un bar dessiné par le
cinéaste Wes Anderson, une tour couverte d’or… En avril sera inaugurée une
autre tour – 60 mètres de béton blanc –, dernière touche de ces 18000 mètres
carrés qui incarnent l’esprit de cette haute bourgeoisie qui veut éclairer le monde
à coups d’expositions d’art contemporain et de concepts.
Rem Koolhaas construit aussi bien pour Prada que pour la chaîne de télévision
officielle chinoise, pour les États du Golfe que pour l’État néerlandais. Et il
continue d’écrire des essais dénonciateurs sur le monde et le néolibéralisme. Un
jour à la table de Miuccia Prada, un autre à celle du philosophe Bruno Latour, il
est mondain et radical, théoricien et opportuniste. Et souvent accusé de grands
écarts et de revirements. Selon l’architecte et théoricien américain Peter
Eisenman, 85 ans, « Rem vaut mieux que ça ». Dans les années 1970, le NewPhotos Maciek Pozoga pour M Le magazine du Monde — 24 février 2018
Yorkais rencontrait un jeune Néerlandais fraîchement diplômé de l’Architectural Association de Londres et de l’université Cornell, dans
l’État de New York. Il l’aida, en allant demander 10 000 dollars au géant du mouvement
moderne et du postmodernisme Philip
Johnson pour financer l’impression de son essai
New York Délire. « Celui que j’ai connu, le héros
qui pourfendait les immobilismes de son époque,
l’auteur de textes aussi marquants, n’était pas
programmé pour devenir un architecte commercial. » Koolhaas, très habile pour balayer les
critiques, affirme: « Je suis surpris quand on me
dit que je n’ai pas d’opinion, que je change toujours d’avis. Au contraire, ma carrière est
linéaire, ennuyeuse. J’ai commencé en tant que
journaliste. Je le suis encore. »
Au milieu des années 1960, Rem Koolhaas a
une vingtaine d’années et s’appelle encore
Remment. Il est petit-fils d’architecte, fils
d’écrivain.D’Amsterdam,il suit les bouillonnements parisien et londonien, lit les auteurs
situationnistes,surréalistes et Sade.Il écrit pour
un hebdomadaire, De Haagse Post, sur le
cinéma,le sport,la politique,l’art… Son modèle
est Armando, peintre néerlandais et collaborateur de la revue, qui incite les journalistes à
« écrire chaque phrase avec la même force qu’un
boxeur », à supprimer tout commentaire. En
parallèle de sa petite carrière dans la presse,
Koolhaas écrit des scénarios de film, dont un
pour Russ Meyer, le roi du cinéma érotique de
mauvais goût (qui ne sera jamais tourné). C’est
par hasard, assure-t-il, qu’il atterrit dans un
cours d’architecture, pour voir un ami. « Je fais
la même chose qu’à mes débuts. Je regarde le
monde et j’essaie de le comprendre. » Stephan
Petermann, son ancien assistant aujourd’hui
associé de l’agence, qui collabore à AMO,
confirme: « Rem est, premièrement, un intervieweur. Deuxièmement, un architecte. Troisièmement, un rédacteur en chef. Il n’a jamais
délaissé son ancrage intellectuel des
années 1960. » Même si les écrits corrosifs
d’hier n’affolent plus les entreprises et les gouvernements qui veulent de beaux bâtiments.
Quand la mondialisation triomphante des
années 1990 a ouvert la Chine et la Russie, fait
émerger les « tigres » asiatiques, Rem Koolhaas
y a trouvé des clients et s’est mis à voyager. Il a
passé dix ans à aller tous les mois à Pékin pour
CCTV, fait aujourd’hui de même au Qatar, où
il achève la bibliothèque nationale, ou à Taipei,
pour le chantier du Performing Arts Center.
« Il n’y a plus d’architectes strictement parisiens
ou new-yorkais. Il faut voyager », dit-il. Il est
fini le temps où un architecte pouvait, depuis
son bureau, fantasmer des villes nouvelles à
l’autre bout du monde et dessiner, comme
Le Corbusier, une Chandigarh, en Inde, en y
mettant à peine les pieds. Le Néerlandais, qui
a passé une partie de son enfance en Indonésie,
où son père, partisan de l’indépendance,
occupait un poste dans la nouvelle République
du président Sukarno, a été habitué au
dépaysement très tôt. (Suite page 35) •••
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
Ici, des matériaux
archivés chez OMA.
En bas à gauche,
un atelier de l’agence
destiné aux maquettes.
Ci-dessous,
son célèbre ensemble
« De Rotterdam »,
inauguré fin 2013.
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
33
La planète architecture est peuplée de bébés
OMA (son agence) qui, comme lui, citent
Baudrillard en choisissant des matériaux,
troquent leur casquette de théoricien contre
celle de VRP et imitent sa façon de s’habiller.
En haut, dans l’atelier
de maquettes de l’agence
OMA, à Rotterdam.
Ci-contre, son best-seller
New York Délire, et un de ses
fameux stylos Bic rouges.
24 février 2018 — Photos Maciek Pozoga pour M Le magazine du Monde
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Ici, le projet refusé de Rem Koolhaas
pour la Bibliothèque François-Mitterrand.
Ci-dessous, ses maquettes pour la Fondation Prada
à Milan (à gauche) et pour la chaîne CCTV à Pékin.
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
35
Le souvenir de l’uniforme en batik porté à l’école, de l’odeur des
jouets en bois, le retour dans une Amsterdam
grise l’ont « modelé ».
Il passe des centaines de nuits par an dans des
hôtels, qu’il choisit en fonction de leur piscine,
son rituel étant la nage matinale. Il aime cette
vie de caravansérail, passée à « découvrir toujours des choses ». Sur place, il rencontre ses
clients,les équipes de chantier,des penseurs ou
universitaires locaux. En avion, il peut réfléchir.
Avant d’embarquer, ses collaborateurs le voient
acheter des piles de journaux. La nuit, dans la
cabine, il est souvent le seul passager éveillé,
feuillette revues d’architecture, quotidiens,
tabloïds ou magazines de mode. Un assistant se
souvient l’avoir vu lire l’édition japonaise de
Vogue dans un long-courrier. « Il a bien dû en
tirer une image, une idée. » Clément Périssé,
architecte français à OMA, qui a notamment
travaillé sur Lafayette Anticipations, estime
qu’il « ratisse tout ce qui est bon à prendre. Il n’a
aucun sens de la hiérarchie des savoirs ».
Rem Koolhaas n’est pas Frank Gehry, qui
dessine une forme et attend de ses équipes
qu’elles ajoutent les aspects techniques, murs
porteurs ou canalisations. À Rotterdam, son
bureau n’en est pas un. C’est une salle de
réunions où les équipes discutent des projets.
Devant lui, un pot de stylos Bic rouges, dont il
se sert pour griffonner. Il ne décrète rien,
abreuve de questions ses collaborateurs.
Stephan Petermann : « Tout le monde parle,
c’est un ping-pong permanent. » Clément
Périssé : « Il attend de nous qu’on lui donne
quelque chose. Il ne vient jamais avec un diktat
ou un croquis. » Un ancien employé ajoute :
« Il est très malin. Il sait manipuler, donner
l’illusion de la liberté. » Et c’est seulement
quand la conversation s’effiloche qu’il relance
le débat, contredit ce qui vient d’être énoncé,
parfois par lui-même, donne une direction,
évoque un ouvrage ancien ou une image. Ces
réunions se prolongent par e-mail ou texto.
Les pontes d’OMA ne sont pas les seuls à avoir
son oreille. Dans cette agence, dont la
moyenne d’âge est de 35 ans, tout le monde
peut parler.À condition d’avoir quelque chose
à dire, et d’accepter les reproches et les
engueulades homériques. Au début des
années 2000, le Français Clément Blanchet,
fraîchement diplômé, y était stagiaire. Pendant
une réunion, il a exprimé son désaccord avec
Koolhaas. « Le lendemain, j’étais convoqué.
J’ai cru que j’allais me faire virer. » Il a été
chargé d’un gros projet à Londres et a passé dix
ans au sein de l’agence. « Il faut du temps pour
comprendre l’ambiance d’OMA, voir les vertus
du conflit. » Koolhaas résume: « Le consensus
n’est pas ma méthode. » Peter Eisenman peut
en attester. Il se souvient de « son farouche
combat contre les tenants du postmodernisme »
dans le New York des années 1970. François
Chaslin cite quelques-uns des esclandres,
notamment au moment d’Euralille, « quand
les hommes politiques lillois, Mauroy en tête,
••• (Suite de la page 30)
pensaient qu’un architecte du Nord imaginerait un ensemble néo-flamand en
brique rouge et ont vu débarquer un homme plus qu’intransigeant ».
Aujourd’hui, Rem Koolhaas sent que les jeunes architectes de l’OMA n’osent
pas assez le contredire. Hors de son agence, il est considéré comme un maître,
fait salle comble dans ses conférences. Les images et maquettes de ses projets,
construits ou non, circulent dans les écoles et revues spécialisées. Ses essais ont
été des best-sellers. The Monicelli Press, premier éditeur de S,M,L,XL, estime
que l’ouvrage s’est vendu à un tirage à « six chiffres. Du jamais-vu pour un livre
d’architecture ». Beaucoup de ses anciens collaborateurs ont ensuite ouvert leurs
agences avec succès. Comme Zaha Hadid, qui travailla avec lui dans les
années 1970 et reçut le Pritzker en 2004. Ou d’autres : Ole Scheeren, Bjarke
Ingels, Julien De Smedt… La planète architecture est peuplée de bébés OMA
qui, comme lui, citent Baudrillard en choisissant des matériaux, troquent leur
casquette de théoricien dans des débats contre celle de VRP auprès de clients et
poussent parfois le mimétisme jusqu’à s’habiller comme lui.
C
e Le Corbusier Contemporain a beau affirmer « détester Les
dogmes et Les modèLes », iL en est devenu un. Que faire ?
Continuer à construire partout comme le maître
moderne ? Koolhaas ne veut pas. Du moins pas autant
qu’avant. Il participe de moins en moins aux projets
d’OMA. Sur la petite centaine d’affaires en cours, il n’est
impliqué que sur une douzaine. Il sélectionne ce qui lui tient à cœur, délaisse
les considérations commerciales, la gestion des employés, les relations avec les
clients, se détache de la logique qu’il a lui-même enclenchée. Quant à la structure de l’agence, il n’en est, depuis 2009, que l’un des neuf associés. Parmi eux,
David Gianotten, directeur général, estime que « la force d’OMA et sa bonne
santé financière tiennent aux capacités de tous ses associés, et pas seulement au
prestige de Rem ». Au fil des ans, celui-ci a pris ses distances avec l’agence-mère
pour en garantir le futur, quand il ne sera plus là, et s’est concentré sur AMO.
Le think tank reçoit une part importante du chiffre d’affaires de l’agence (qui
n’est pas rendu public). Une somme qui fait jaser en interne ceux qui pensent
qu’OMA devrait se concentrer sur des projets lucratifs. Mais Koolhaas s’en
moque. Avec ses équipes, il lance des enquêtes et des rapports sur des sujets
aussi divers que les serres agricoles de la région de Rotterdam ou les villages
du Kerala transformés par l’argent des travailleurs émigrés au Moyen-Orient.
De la recherche pure qui, souligne Stephan Petermann, apporte à OMA de
« la visibilité, des publications académiques, de la presse ». Et qui entretiennent
la postérité de Koolhaas lui-même. En 2012, il était commissaire d’une
Biennale de Venise qui a fait sensation. Et, depuis quelques mois, le monde
de l’architecture bruisse de la grande exposition qu’il prépare pour le Musée
Guggenheim de New York pour l’automne 2019. Celui qui a travaillé la
question de la ville pendant des décennies va s’intéresser à la campagne.
Agriculture robotisée, terrains aplanis pour les cultures du soja, « toutes ces
zones, qui constituent 98 % de la surface terrestre et qu’aucun architecte n’a
encore étudiées », il veut être le premier à les explorer.
Sa discipline le rend « sceptique ». Il déplore qu’elle « ne fasse plus débat »,
comme pendant sa jeunesse.Alors, il disparaît de plus en plus, lui qui, malgré son
emploi du temps très dense,jure être « très bon pour débrancher ». Il part souvent
à la Maddalena, île sauvage au large de la Sardaigne, où il a une « hutte »: « Làbas, je ne fais rien. Je réfléchis. » Il y oublie l’agence, les chantiers et les clients,
son propre travail. Comme autrefois Le Corbusier à Roquebrune-Cap-Martin.
Au début des années 1950, celui que les Marseillais surnommaient « le fada »
découvre ce coin des Alpes-Maritimes et y construit un cabanon de 16 mètres
carrés en, écrivit-il, « se foutant des règles du Modulor ». Plusieurs semaines par
an, il y mène une vie ascétique, réfléchit à son métier, imagine des projets.
Il meurt à 77 ans, en août 1965, sur la plage du Buse, à quelques dizaines de
mètres de son cabanon, après sa séance de natation.
À la Maddalena, Koolhaas ne dessine pas de bâtiments. Le septuagénaire a un
grand projet: écrire un roman. « Je me suis déjà approché de la littérature dans
mes essais. Mais je caresse l’idée de m’y mettre sérieusement. » Rem Koolhaas a
une connaissance trop encyclopédique de l’architecture pour ignorer que le
béton se fissure plus vite que les écrits. Il sait que les Cités radieuses d’hier sont
aujourd’hui poussiéreuses. Et, comme le résume son vieux complice Peter
Eisenman, qu’« en architecture, le temps des héros est fini».
24 février 2018 — Photos Maciek Pozoga pour M Le magazine du Monde
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
Ci-dessous, la rivière Suchiate,
entre le Guatemala et
le Mexique, est un point
d’entrée très emprunté par
les migrants. Sur ses deux rives,
le trafic s’organise.
Page de droite, des cireurs
de chaussures, pour la plupart
originaires du Guatemala,
sur la place Miguel-Hidalgo,
dans le centre de Tapachula.
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
37
Arriver à Tapachula, c’est apercevoir le bout du tunnel. Cette ville frontière du sud du
Mexique offre un répit à des centaines de milliers de réfugiés en route vers les États-Unis.
Beaucoup viennent d’Amérique latine, mais aussi, depuis que l’Europe se barricade,
d’Afrique ou d’Asie. Et, avec Donald Trump et son projet de mur, ce qui ne devait être
qu’une escale se transforme en fin de parcours. Maryline BauMard
Jordi ruiz cirera
par
—
photos
Tapachula, carrefour des exilés.
24 février 2018 — M Le magazine du Monde
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
38
à
de fleur, à la tombée du jour, elle ôte sa blouse
de travail et enfile sa tenue de soirée. Partout,
orteil et l’ongle du
elle allume des néons à faire pâlir les étoiles,
pouce. À gauche, des
ne lésinant sur rien: lumière rouge par-ci, flash
cicatrices lézardent sa rose par-là, comme un écho visuel aux klaxons,
peau. Les pieds de au haut-parleur criard du vendeur de journaux
Samvin, 32 ans, racontent trois années ou à l’artiste installé dans le kiosque du parc
d’odyssée sur deux continents. De l’Érythrée, du Bicentenaire. La ville pulse jusque tard
au nord-est de l’Afrique, à la Tanzanie, plus au dans la nuit d’une énergie solaire, une force
sud ; du Brésil au Mexique, le demandeur bien supérieure à la somme de ses 300000 habid’asile a parcouru près de huit mille kilomètres tants. Et pour peu qu’il ait besoin d’un remonà pied, en bus ou en camion, ne s’envolant tant pour sa dernière étape, le migrant peut
«qu’entre la Tanzanie et Brasilia-la-Généreuse, compter sur le pox, une eau-de-vie traditioncelle qui accorde même des visas aux Afri- nelle à base de sucre de canne, qui enivre
cains», sourit-il. Depuis mille jours déjà, il use promptement, créant l’illusion éphémère
ses semelles pour fuir la dictature érythréenne d’avoir déjà réalisé son rêve américain.
et tenter le rêve américain. Tout commence Forte de tous ces atouts, ces dernières années,
début 2015. Samvin doit disparaître pour avoir la traditionnelle escale d’un soir s’est allongée.
déserté l’armée de son pays. Si l’Europe sonne Tapachula a commencé, à l’aube de 2016, à
comme une évidence à ses oreilles de réfugié garder plus longtemps des hôtes de plus en
potentiel, l’enseignant refuse la traversée de la plus cosmopolites. « Avant les années 1990,
Méditerranée, qu’il compare à une « trop les populations immigrées qui arrivaient
funeste loterie » depuis que son frère « dort à au Mexique venaient essentiellement des pays
jamais auprès des poissons ». Samvin décide en guerre d’Amérique centrale, comme
alors avec huit amis de rejoindre l’Amérique. le Guatemala, le Salvador et le Nicaragua.
Ils visent même Washington, où ils ont des Ensuite, cela s’est diversifié, avec des
connaissances dans la communauté éthio- Équatoriens, des Cubains, des Brésiliens et
pienne. Espoir insensé auquel ils font sem- surtout de nombreux Honduriens », observe
blant de s’accrocher au départ mais qui, au fil Jean Clot, docteur en études régionales à
l’Université autonome du Chiapas. Ce spéciades jours et des kilomètres, prend corps.
En posant son sac à Tapachula, une ville du liste des migrations mexicaines précise aussi
sud du Mexique adossée à la frontière qu’« il a fallu attendre 2014 pour que les
guatémaltèque, l’Érythréen respire. Dans sa migrants d’Afrique de l’Est et d’Asie du Sud
géographie intérieure, les États-Unis sortent viennent grossir ces flux », découragés par une
de la case du lointain mirage. « Plus que trois Europe devenue forteresse.
mille cinq cents kilomètres et on y est. On est La légende veut qu’une vague en provepartis à neuf et on va arriver tous vivants. Dieu nance d’Asie ait préparé le terrain, installant
soit loué ! », ajoute-t-il de sa voix triste un restaurant dans chaque rue de la ville,
d’Africain déraciné qui a tout vu, le pire et le au début du siècle dernier, quand la Califormeilleur ; suçant des tiges de canne à sucre nie a fermé la porte à l’immigration chinoise.
pour survivre sur le chemin, payant les racket- Mais les nouveaux venus du Bangladesh ou
teurs avec ses derniers sous, travaillant sur les d’Inde n’ont pas l’intention de perpétuer
chantiers de Brasilia ou dans les plantations de cette tradition. Sur la place centrale de la
café. Le voici donc à Tapachula, où une bonne ville, le soir, plusieurs groupes, en bermuda
part des 500000 migrants qui traversent chaque et polo de marque, jouent les touristes en
année le Mexique font, comme lui, escale. La attendant de partir vers Seattle, où ils espèPerle de Soconusco, du nom de cette région rent rejoindre des proches. « Dans chaque
côtière, attire comme un aimant, parce qu’«elle ville, mon passeur me donne par téléphone
est sur la route la moins violente de l’Amérique des consignes pour repartir, explique Fahim,
centrale», la «route du Pacifique», rappellent Bangladais de 29 ans, après un selfie avec ses
les spécialistes des migrations. Mais aussi parce amis. Cette fois, il me réclame cinq cents dolqu’en une nuit, un mois ou un peu plus parfois lars de plus alors que mon voyage a déjà
elle sait gommer les violences du chemin et coûté quinze mille dollars depuis le Bangladesh et est censé être intégralement réglé. » Le
noyer les pires douleurs.
Il faut dire que Tapachula-la-Magicienne a jeune homme doit ainsi patienter le temps
plus d’un argument. Si le matin elle com- que lui soit envoyé depuis son pays le commence sa journée laborieuse, vendant à plément d’argent supposé lui assurer la trachaque coin de rue ses maïs blancs, bleus ou versée de la frontière américaine. Un clasverts et ses mangues prédécoupées en forme sique. C’est toujours à Tapachula, au moment
droite, il lui manque la
phalange du deuxième
Photos Jordi Ruiz Cirera pour M Le magazine du Monde — 24 février 2018
où le voyageur s’estime quasiment sorti d’affaire, que le « coyote » (passeur) exige sa
« rallonge ». Avant, les rues des quartiers
populaires comptaient beaucoup de petites
agences de voyages, des tijuaneras , qui
emmenaient vers les villes frontières de
Tijuana ou de Ciudad Juárez. Mais la mode
est un peu passée de ces échoppes qui datent
de l’époque où les Chiapalais eux-mêmes
migraient. Aujourd’hui, le business de la ruée
vers le Nord est entre les mêmes mains que
le narcotrafic. « Au Mexique, le migrant est
une marchandise comme une autre », résume
Enrique Coraza de los Santos, de l’institut de
recherches Ecosur, qui travaille sur ce sujet.
Tous ceux qui tentent de franchir de nuit
le fleuve Suchiate, qui sépare le Guatemala
du Mexique, le savent bien. Outre le danger
d’être transporté sur le même radeau
qu’un stock d’armes ou de drogues, les passagers nocturnes doivent débourser cent à
deux cents dollars alors que, de jour, la traversée se monnaie le prix de deux cigarettes
(dix pesos). Mais les passeurs se gardent bien
de le dire aux migrants.
contrairement aux apparences, cette
frontière n’en est pas vraiment une. Depuis des
décennies, Guatémaltèques et Mexicains du
Chiapas vivent à cheval sur la ligne imaginaire
en l’ignorant. Une fresque murale, sur la rive
mexicaine, rappelle à ceux qui voudraient
l’oublier que, « si dans le ciel y a pas de frontières, sur terre rien ne nous arrête». L’affaire
est si bien entendue que des radeaux de fortune assurent même une noria régulière au vu
et au su de tous, à cent mètres à peine du
poste-frontière flambant neuf. Ici, les
Guatémaltèques viennent acheter ce qui se
vend moins cher que chez eux. Et les
Mexicains leur fourguent en retour tout ce
qu’ils peuvent avant qu’ils ne repassent les
eaux. Aucune présence policière ne contrôle
ces traversées illicites. «Personne n’a intérêt à
stopper les flux commerciaux entre les deux
pays, rappelle Enrique Coraza de los Santos.
Mais comme les États-Unis financent depuis
2014 le programme Frontière Sud, censé créer
là un premier filtre sur la route entre l’Amérique
centrale et Washington, la Migra (la police des
frontières mexicaine) multiplie les barrages
ensuite, entre Tapachula et Mexico.»
Dès la sortie de la ville, sur la route 200 qui file
vers le nord, des hommes et des femmes en
polo blanc et pantalon kaki multiplient les
contrôles, remplissant sans mal les neuf cent
soixante-dix places du plus grand centre de
rétention du pays (situé à Tapachula). Les malvenus guatémaltèques, (Suite page 43) •••
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
À Tapachula (1), Mama Africa (2)
est une figure bien connue
parmi les migrants. La patronne
de l’hôtel San Miguel accueille
les plus modestes pour cinq euros
la chambre et s’est engagée à protéger
1
2
3
4
les Africains, pas toujours bienvenus
ailleurs (3). Pour les hommes comme
pour les marchandises, la traversée (4)
entre le Mexique et le Guatemala
s’opère à une centaine de mètres
seulement du poste-frontière.
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
40
1
2
3
4
En attendant une réponse à sa
demande d’asile, Juan Carlos
Junior loge et travaille au San Miguel.
Menacé par un gang, il a fui le
Salvador avec son père et sa mère (1).
Ces femmes guatémaltèques
se rendent à Tapachula une fois
par semaine pour faire des achats (2).
Photos Jordi Ruiz Cirera pour M Le magazine du Monde — 24 février 2018
La cathédrale sert de point
de rencontres (3).
Originaire du Népal, Sharmila
voyage depuis quatre mois.
Elle s’offre une halte au San Miguel
avant de rejoindre les États-Unis (4).
Page de droite, un vendeur ambulant.
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
Chaque fois que Trump fait les gros yeux,
Tapachula se tétanise un peu plus,
retenant son souffle, et ses migrants.
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
Le passage de la
frontière se fait
sur des embarcations bricolées.
Peu à peu, le Mexique, traditionnelle
terre d’émigration, est en train
de basculer dans le camp des pays d’asile.
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
43
salvadoriens ou honduriens sont ensuite reconduits de l’autre côté
de la frontière ; 155 000 Centraméricains ont
été arrêtés en 2017, et plus encore l’année
précédente. Paulo, lui, ne risque pas le renvoi.
À condition qu’il travaille en marchant. Il fait
partie des vendeurs ambulants, une souscatégorie des travailleurs pendulaires qui
viennent gagner quelques milliers de pesos
dans le centre de Tapachula puis rentrent
dans les villages indiens du Guatemala. Le
petit camelot ajuste régulièrement la sangle
du présentoir portable qui blesse son épaule,
et repart. Remplie d’une dizaine de paquets
de cigarettes, de bonbons et autres sucreries,
sa modeste boutique portative pèse son poids.
La Marlboro que l’acheteur vient de tirer
d’un des paquets, contre cinq pesos, n’allège
pas vraiment sa charge. Mais la pièce qui tinte
dans sa poche lui redonne le sourire, et
marque une nouvelle étape vers les cent
pesos qu’il s’est fixés comme minimum quotidien. Une condition pour rentrer fièrement
au pays, dans deux semaines.
À Tapachula, les petits luxes se vendent à
l’unité, rappelant qu’on est bien au Chiapas,
l’État le plus pauvre du Mexique. Même si
la ville cache sa misère derrière une
débauche de couleurs : au bleu pacifique
imposé par la présence voisine de l’océan
répondent les murs jaunes, mauves, ocre des
maisons basses, striées du méli-mélo des fils
électriques, les devantures encombrées
des boutiques et les jupes traditionnelles
des femmes dans la rue. Ici, chacune porte
les couleurs de sa région. Sauf Carla, qui s’est
affranchie de ce code comme d’autres pour
gagner sa vie en se prostituant.
Quand elle est arrivée dans la cité frontière, il
y a cinq ans, en provenance du Guatemala,
Carla ne pensait pas qu’elle y ferait sa vie; que,
le soir, elle aguicherait le badaud, un œil sur le
sommet du Tacaná, un des plus beaux volcans
du Chiapas, visible depuis la place centrale de
la ville. Carla visait le sable blanc des plages de
Floride, mais la vie a voulu que sa fillette
naisse là, alors elle est restée, comme tant
d’autres. Aujourd’hui, elle monnaie ses
charmes en indépendante, plutôt que de « se
faire exploiter par un patron… Si tu veux un
travail salarié, ici, c’est facile. Je suis migrante,
illettrée, si en plus je n’avais pas de téléphone,
le patron se sentirait bien tranquille pour m’exploiter à cent pesos la longue journée »,
explique la jeune femme. Soleil Gomez, qui
pour Médecins du monde aide ces travailleuses du sexe à s’organiser pour faire
valoir leurs droits, confirme que « 90 % des
danseuses et des serveuses de bar sont des étrangères». Au quotidien, elle veut leur permettre
de relever la tête, souvent en les accompagnant dans leur demande d’asile, grande nouveauté au Mexique que Carla a utilisée.
••• (Suite de la page 38)
s’aggrave, et comme l’effet Trump semble s’estomper, la migration est repartie », observe
Diego Lorente, du mouvement de défense
des droits de l’homme Fray Matías. Pas une
semaine sans que son ONG ne récupère des
familles en provenance du Honduras, en proie
à des violences après la réélection contestée
du président, Juan Orlando Hernández. Car,
là-bas, c’est la route ou le chaos.
Bien qu’ancrée dans ses propres réalités
locales, accrochée à ses murs, Mama Africa
vit le contrecoup de tous ces mouvements.
Cette Mexicaine dont le nom circule sur les
pages Facebook des migrants, rappelant
qu’elle accepte les plus démunis à quatre ou
plus dans une chambre à cent cinquante
pesos (environ cinq euros) la nuit, est en
train d’ouvrir un deuxième hôtel, aidé par les
eu à peu, le Mexique, tradeux Juan Carlos. Depuis le début de l’anditionnelle terre d’éMinée, en effet, la demande de chambres pas
gration, avec sa diaschères est repartie à la hausse et Mama Africa
pora de douze millions déteste laisser l’exilé dehors, elle qui a choisi
de personnes déjà aux de protéger les Africains, ceux dont les autres
États-Unis, est en ne veulent pas. Durant l’été 2015, l’Institut
train de basculer dans national de la migration (INM) du Mexique
le camp des pays d’asile. Encore réduite à en a comptabilisé 12 000 en provenance du
3 500 dossiers en 2015, la demande est mon- Congo, du Ghana, du Sénégal, de Somalie ou
tée en flèche l’an dernier et quelque d’Érythrée. Compte tenu de la situation
14 000 dossiers ont été déposés en 2017, dont dans leur pays d’origine, Samvin et ses amis,
la moitié dans la seule ville de Tapachula. À qui logent chez elle, auraient pu demander
une autre époque, Juan Carlos père et fils l’asile à Tapachula, si la vie y était plus cléseraient sûrement montés directement aux mente pour un Africain. Quand les premiers
États-Unis où vivent 1,3 million de Salvado- ont débarqué un peu massivement, l’univerriens. Mais le père concède que Donald sitaire Jean Clot se souvient de l’émoi des
Trump fait « quand même un peu peur », populations, et de la pression pour que « ces
donnant raison au dictateur Porfirio Díaz, qui gens, qui à coup sûr apportaient le virus
se désolait, il y a un siècle déjà, de son Ebola », repartent au plus vite. Depuis, les
« pauvre Mexique, si loin de Dieu, si près des choses n’ont guère changé : les regards dans
États-Unis ». Et la famille de Juan Carlos la rue, l’accueil qui leur est réservé dans les
n’est pas une exception. Chaque fois que le magasins, le refus des petites agences de bus
président américain fait les gros yeux, de leur vendre des billets. Tous les habitants
Tapachula se tétanise un peu plus, retenant de Tapachula n’ont pas l’hospitalité de
son souffle, et ses migrants.
Mama Africa.
Depuis le 20 janvier 2017, date de son inves- Car dans la ville cosmopolite, où chacun
titure à la Maison Blanche, Donald Trump a semble a priori trouver sa place, du cireur de
lancé la croisade anti-immigration promise chaussures guatémaltèque aux ouvriers des
lors de sa campagne. Aux décrets interdisant plantations de café, un vent anti-étranger s’est
l’entrée des ressortissants de sept pays musul- mis à souffler. Dans certains quartiers ont fleuri
mans a succédé la fin du statut de protection des affiches aux slogans hostiles. Il se murmure
temporaire (TPS) qui bénéficiait à près de même que les migrants sont à l’origine de la
60000 Haïtiens, plus de 5000 Nicaraguayens flambée de délinquance de ces derniers mois.
et surtout 200000 Salvadoriens. Aujourd’hui, Le militant des droits de l’homme Diego
on a plutôt glissé vers un grand marchandage Lorente, lui, y voit plutôt la conséquence
avec la proposition de Donald Trump de régu- directe du non-paiement de la police municilariser 1,8 million de sans-papiers contre le pale depuis neuf mois. De quoi rappeler que,
financement par le Congrès du mur de la fron- malgré ses spécificités de ville frontière et
tière mexicaine.
métissée, Tapachula se trouve bel et bien au
Les échos de ces déclarations tonitruantes Mexique, un pays classé par Transparency
arrivent jusqu’à Tapachula. « En 2017, tout le International au 123e rang mondial (sur 176)
monde attendait de voir ce qu’allait donner pour la corruption. Une terre d’émigration qui
la politique de Trump. Les passeurs avaient se découvre terre d’asile et cède, comme
monté les prix, alors les flux ont baissé. Mais d’autres, à la facilité de voir dans l’immigration
comme la situation en Amérique centrale un problème de sécurité nationale.
Hébergé à l’Hôtel San Miguel,comme Samvin,
Juan Carlos Junior, un Salvadorien débarqué
en ville un soir tard, il y a trois mois, se rêve
aussi réfugié. Il attend une réponse à sa
demande d’asile en travaillant dans l’hôtel où
il loge. Lui, son père, Juan Carlos, et sa mère
ont eu maille à partir avec le gang de leur ville.
Après une querelle de voisinage avec un
membre d’une mara, père et fils ont compris
que leurs têtes étaient mises à prix et ont
embarqué à la hâte dans un taxi collectif, laissant toute leur vie derrière eux.Au Salvador, les
maras font la loi. Leur résister, c’est signer son
arrêt de mort, raconte-t-il en balayant le couloir
chez Mama Africa, la patronne du San Miguel.
P
24 février 2018 — Photos Jordi Ruiz Cirera pour M Le magazine du Monde
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
Dans la roseraie
de Woodland Hills,
une statue représentant
Roddy McDowall en
Cornelius dans La Planète
des singes (1968).
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
45
L’acteur Ben Derden,
un des 170 résidents
de la maison de retraite
du Motion Picture
& Television Fund.
Happy end.
La course aux Oscars ne les concerne plus. Mais ils ont contribué
en leur temps à l’âge d’or d’Hollywood. Ces anciens preneurs de son,
décorateurs, documentalistes et même acteurs coulent des jours
paisibles à Woodland Hills. Non loin des grands studios, cette maison
de retraite financée par l’industrie du cinéma leur garantit une fin
de vie dorée. Un lieu hors du temps, où l’on partage des souvenirs
de tournage en se repassant de vieux films.
par
Clémentine Goldszal —
photos
damien maloney
24 février 2018 — M Le magazine du Monde
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
C
46
’est un jeudi matin comme un autre,
à la maison de retraite du motion
Picture & television Fund (mPtF),
à Woodland Hills, un quartier
cossu planté sur les collines du
nord de Los Angeles. Un peu avant 10 heures, une quinzaine
de résidents papotent autour d’un café chaud, servi dans des
gobelets en polystyrène, en attendant que commence leur
cours d’«écriture créative».Arrive une vieille dame pimpante,
qui pousse son yorkshire dans une poussette. Un octogénaire
la suit, aidé d’un déambulateur. Un autre s’avance vaillamment,
appuyé sur des béquilles. Et voilà «Liz», hiératique dans son
fauteuil roulant électrique. Baskets rose vif, lunettes de soleil,
veste noire imitation astrakan, longs ongles à la manucure fatiguée et rouge à lèvres irisé sommairement appliqué, Lisabeth
Hush, 83 ans, est partiellement paralysée, mais elle a de l’allure.
« Vous étiez actrice ? », tente-t-on timidement. « Tapez mon
nom dans Google!» Une cinquantaine d’occurrences figure en
effet sur sa page IMDb, la base de données de référence de
l’industrie du cinéma: dans les années 1960 et 1970, Liz était
bien une vedette du petit écran. Elle a joué dans les séries
Mission impossible et Perry Mason, et partagé l’affiche sur
grand écran avec Richard Bronson, dans Le Cercle noir (1973),
et Julie Andrews, dans Millie (1967).
De tels personnages, cette maison de retraite pas comme les
autres en a vu passer beaucoup depuis sa création, il y a
soixante-seize ans. Fondé en 1921 par Charlie Chaplin, Mary
Pickford, Douglas Fairbanks et D.W. Griffith, le MPTF est à
ses débuts une simple cagnotte caritative, conçue pour venir en
aide aux travailleurs du cinéma en difficulté. À la fin des
années 1920, le fonds porte secours aux employés mis au chômage par le passage du muet au parlant. En 1940, enfin, il
acquiert le terrain sur lequel sera inauguré, deux ans plus tard,
le Motion Picture & Television Country House and Hospital,
où près de 170 vétérans de l’industrie d’Hollywood coulent
aujourd’hui des jours heureux après une vie de bons et loyaux
services devant ou derrière la caméra. L’endroit porte la marque
de ses donateurs, laissée au fil du temps. Une petite chapelle
que l’on croirait sortie de l’un de ses westerns a été offerte par
John Ford. Elle a été transférée telle quelle depuis son ranch
californien. La piscine, qui accueille les résidents pour des
cours d’aquagym, est un cadeau de Jodie Foster. Kirk Douglas
et son épouse Anne ont, quant à eux, fait don, dans les
années 1980, d’un million de dollars qui a servi à financer un
service consacré aux malades d’Alzheimer.
À Woodland Hills, les références au cinéma pullulent. Une roseraie circulaire a été érigée en l’honneur de l’acteur anglais
Roddy McDowall, connu pour avoir joué dans l’original de
La Planète des singes, en 1968. Des photos en noir et blanc de
vedettes de l’âge d’or hollywoodien parent les murs des couloirs. Le parc à chiens est baptisé «Doggywood» et, à l’entrée
de chaque chambre, des plaques en métal sont gravées du nom
des mécènes (la chambre «Warren Beatty et Annette Bening»
jouxte ainsi la suite «Michael et Summer Mann»).Acteurs, scénaristes, réalisateurs, mais aussi machinistes ou projectionnistes,
tous les résidents ont dû, pour se voir attribuer une place, certifier de vingt ans de carrière dans l’industrie du divertissement,
dont au moins dix dans la région de Los Angeles.
Au déjeuner, derrière les baies vitrées de l’une des salles à
manger, une trentaine de personnes plus ou moins valides
dégustent, parfois avec l’aide d’une infirmière, une quesadilla
au poulet ou une soupe de légumes. « À ma table, je suis en
général la seule qui entend correctement, donc je passe mon
temps à crier aux uns et aux autres ce qui vient de se dire ! »,
lance Lillian Michelson, 89 ans. Lillian est arrivée à Woodland
Hills il y a six ans. Coupe au carré, cardigan impeccable, souliers à boucle et voix fluette, elle est une célébrité ici: en 2015,
un documentaire a été consacré au couple qu’elle formait
avec son mari, Harold, mort en 2007. Produit par Danny
DeVito, Harold and Lillian, A Hollywood Love Story a reçu
des critiques enthousiastes, a été présenté dans plusieurs festivals (dont Cannes). Storyboarder, directeur artistique et chef
décorateur, Harold a travaillé sur des dizaines de films, collaboré avec Alfred Hitchcock, Martin Scorsese et Mel Brooks,
et même imaginé le plan mythique du Lauréat, de Mike
Nichols, où Dustin Hoffman apparaît encadré par la jambe
d’Anne Bancroft, alias Mrs. Robinson. Il a été nommé deux
fois aux Oscars (pour Star Trek, en 1979, et Tendres passions,
en 1983). Lillian, elle, a commencé à travailler à 33 ans au
service documentation de la MGM. Elle a fini par racheter ce
fonds documentaire, qui l’a suivie durant sa carrière dans
divers studios, avant d’atterrir en 1995 chez DreamWorks,
fraîchement créé par Steven Spielberg et Jeffrey Katzenberg.
Les centaines de livres et les dizaines de milliers de coupures
de presse, photos et dessins qu’elle a collectés ont fourni •••
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
“Je ne peux pas
me rapprocher
des hommes,
je deviendrais
un sujet de
rumeur. J’ai une
réputation à tenir,
vous savez. Ici,
c’est comme le
lycée, mais en
chaise roulante!”
Lillian Michelson, ex-documentaliste et résidente
de Woodland Hills
Ancienne documentaliste spécialisée dans le cinéma,
Lillian Michelson, 89 ans, est la star de la maison de
retraite (ci-dessus) : son histoire d’amour avec son mari,
Harold, a fait l’objet d’un documentaire en 2015.
L’institution bénéficie de multiples équipements,
dont une piscine et une salle de gymnastique.
Ci-contre, la zone réservée aux chiens, baptisée
Doggywood. À gauche, Frank Fassnacht, ancien
projectionniste chez Disney, avec son chien Wink.
24 février 2018 — Photos Damien Maloney pour M Le magazine du Monde
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
Le septième
art est célébré
partout dans
l’établissement.
Ci-dessous, des
photos de stars
accrochées dans
la salle à manger.
Ci-contre,
Ray Peterson,
un des résidents.
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49
••• aux réalisateurs idées, images et références. « Je pensais
À Woodland Hills, les résidents qui peuvent se le permettre
s’acquittent d’un loyer mensuel (4 500 dollars en moyenne,
soit environ 3 600 euros, un montant aligné sur les prix du
marché des maisons de retraite, et qui couvre le logement, les
repas, les activités, l’accès à la piscine et à la salle de gym, les
soins étant couverts par l’assurance personnelle), mais le fonds
les prend en charge s’ils se retrouvent à court d’argent et ne
peuvent plus payer. Le slogan du MPTF, « Nous prenons soin
des nôtres », est source de fierté pour une industrie souvent
accusée d’individualisme et de cynisme. «Hollywood n’a pas
toujours bonne réputation, poursuit Bob Beitcher, surtout en
ce moment. Mais il y a aussi des gens généreux, qui comprennent
que c’est un business dur et très précaire. Ceux qui ont la chance
de s’en sortir ont le devoir d’aider les autres. Le MPTF est ce
que cette industrie a de meilleur. »
Pour arrondir les fins de mois – et parce qu’ils en ont diablement envie –, certains résidents de Woodland Hills continuent
de travailler. C’est le cas d’Anne Faulkner, pétaradante actrice
de 87 ans, vue à la télé dans les séries Roseanne ou 7 à la maison
et qui continue de courir les castings. Quand elle est arrivée ici
il y a huit ans, elle a immédiatement repris en main la programmation de Channel 22, la chaîne de télévision maison, qui diffuse vingt-quatre heures sur vingt-quatre des films, des séries
ainsi que du contenu original. Une grande source de fierté pour
cet endroit peuplé de vétérans créatifs. Les résidents y écrivent,
réalisent et produisent des talk-shows, des documentaires, des
courts-métrages et même des séries.Tout est produit sur place,
dans un bâtiment aménagé comme une chaîne de télé locale,
avec studio d’enregistrement et salle de montage. Anne
Faulkner y travaille quatre jours par semaine. Dans la grille des
programmes, elle mêle les séries du moment (Curb Your
Enthusiasm, de Larry David) et des rediffusions (The Twilight
Zone), des séances de gym, des films (quatre par jour) et des
portraits des résidents. «L’après-midi, je programme toujours
un film auquel l’un des résidents a participé, s’enorgueillit-elle.
Cette semaine, on a La Maison du lac, avec Katharine Hepburn,
Henry et Jane Fonda, réalisé par Mark Rydell. Dès qu’un nouveau arrive, j’étudie sa fiche IMDb, et je vois si l’on peut faire
un petit documentaire sur lui pour que les autres résidents
apprennent à le connaître. C’est l’occasion pour eux de s’apereffrey Katzenberg, l’un des hommes les plus
cevoir qu’ils se sont croisés sur un plateau il y a quarante ou
puissants du cinéma mondial, ancien de chez
cinquante ans, une manière de créer des liens.»
Disney et cofondateur de DreamWorks,est Stephen Koehler, 89 ans, a fait cette expérience. «Ma première
monté au créneau. Depuis vingt ans, il semaine ici, se rappelle-t-il, quelqu’un dans la salle à manger
milite pour le MPTF, organise des levées m’a crié : “Eh, vous ! Je vous connais ! Vous avez travaillé à
de fonds, rallie ses amis célèbres pour faire Boston sur un film avec Liza Minnelli? Le type était preneur de
connaître l’institution. George Clooney son sur ce tournage, et il se souvenait de moi ! On rencontre plein
siège au conseil d’administration, Elton John est un donateur de gens sympathiques ici, mais on m’a conseillé de ne pas trop
régulier, et Tony Goldwyn (acteur vu dans Ghost et dans la série m’attacher, au risque d’être vraiment triste quand l’un d’eux
Scandal, et petit-fils du producteur Samuel Goldwyn) est meurt. » Natif d’Hawaï, Stephen a débarqué à Los Angeles
chargé de passer le mot auprès des jeunes pour recruter une dans les années 1950 et travaillé en tant qu’assistant décorateur
nouvelle génération de volontaires et de bienfaiteurs… Chaque sur une ribambelle de classiques (Docteur Jivago, La Conquête
année, le gala de charité The Night Before, passage obligé pour de l’Ouest, Le Roi des rois, Le Kid de Cincinnati, La Reine du
les stars en campagne et le gratin du business, se tient la veille Colorado…). À Woodland Hills, il a mis sa passion de la décode la cérémonie des Oscars (qui a lieu le 4 mars) dans un grand ration au service de son intérieur : dans son bungalow, il a
hôtel de Los Angeles, et rapporte plus de 5 millions de dollars… repeint les murs, fait installer du parquet et acheté des fleurs
« Tous les ans, les studios organisent aussi leur charity day, tropicales pour son petit jardin. Impressionnés, d’autres résiexplique Bob Beitcher. Ils accueillent dans leurs locaux des dents lui ont demandé de décorer leurs appartements, ce qu’il
dizaines d’associations qui viennent présenter leur activité. Il y a a fait avec plaisir, avant que de graves problèmes de dos ne le
ceux qui veulent sauver les baleines, d’autres qui aident les enfants contraignent à des journées plus calmes. «Nous ne sommes pas
défavorisés… Nous essayons en général d’avoir une table à côté des vieillards comme les autres! », déclarait, en 1939, Michel
des associations qui s’occupent des chiens, car on sait que tout le Simon dans La Fin du jour, ce film de Julien Duvivier avec
monde vient les voir. » Le budget (55 millions de dollars) est Louis Jouvet sur une autre maison de retraite pour comédiens
aujourd’hui à l’équilibre et finance toutes les activités du MPTF. au bord de la banqueroute. La réplique n’a pas pris une ride.
mourir à mon bureau, dit-elle aujourd’hui, mais je me suis
abîmé l’épaule il y a quelques années, et j’ai été forcée de
prendre ma retraite. »
Souriante et volubile, Lillian garde pourtant ses distances avec
les autres résidents. Car les cancans de la maison de retraite
valent presque ceux d’Hollywood. «Beaucoup des femmes ici
ont eu des vies d’épouses très protégées, dit-elle, je n’ai pas beaucoup d’affinités avec elles.» Et les hommes? «Oh! Ils font mine
de vouloir être amis, mais c’est souvent autre chose qui les intéresse. Je ne peux pas me rapprocher d’eux, je deviendrais un sujet
de rumeur. J’ai une réputation à tenir, vous savez. Ici, c’est
comme le lycée, mais en chaise roulante!» Bob Beitcher, le directeur de cette institution, a d’ailleurs organisé un bal au mois de
novembre. «Je voulais que ce soit comme la fête de fin d’année
du lycée, mais pour les seniors, dit-il. C’était une vraie soirée de
gala, avec un tapis rouge…» Le département costumes de la
Warner a prêté des robes de soirée et des smokings, et a envoyé
des volontaires pour prendre les mesures de tout le monde, faire
les retouches, et aider les résidents à s’habiller le jour J. «Un DJ
jouait les tubes de leur époque, ajoute-t-il. Connie Sawyer, l’une
de nos vétérans, a dansé toute la soirée!» Elle est morte peu de
temps après, en janvier, à l’âge de 105 ans.
Bob Beitcher a été nommé directeur général du MPTF en
2011, à l’occasion d’une grave crise budgétaire, dont les médias
spécialisés se sont abondamment fait l’écho. Comptant sur la
culture du mécénat, incontournable aux États-Unis, le fonds
récoltait encore, dans les années 1980, près de 10 millions de
dollars par an rien qu’avec le payroll pledge. Ce système permettait de ponctionner chaque mois (avec leur accord) de 0,5 %
à 2 % sur le salaire de milliers d’employés d’Hollywood. Mais,
depuis les années 1990, des dizaines d’associations se disputent
la générosité des employés, qui ne savent plus où donner du
portefeuille. «L’an dernier, cette section nous a rapporté seulement 400000 dollars», regrette Bob Beitcher.En 2009,le krach
boursier a fait le reste. Le fonds a perdu 20 % de ses réserves
monétaires et la maison de retraite s’est retrouvée en déficit.
Mais Hollywood s’est mobilisé pour sauver Woodland Hills.
J
24 février 2018 — Photos Damien Maloney pour M Le magazine du Monde
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50
Épopée pop.
Il a révolutionné la photo de mode. Dans les années 1960-1970,
le Suisse Peter Knapp, qui fut directeur artistique de “Elle” puis
de “Vogue Italia”, émancipe les pages des magazines avec des séries
où les mannequins sortent dans la rue sans gants ni chapeaux.
La Cité de la mode et du design, à Paris, rend hommage à cet artiste
qui fut aussi le réalisateur de l’émission culte “Dim Dam Dom”.
photos
peter knapp —
texte
clément ghys
Photo réalisée pour
Pierre Cardin, Paris, 1970.
M Le magazine du Monde — 24 février 2018
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Peter Knapp
D
Rita Scherrer
pour Elle,
Paris, 1969.
es mannequins qui
marchent dans la rue
ou qui posent sur la
plage, une main qui
étend une semelle
dans une chaussure
en Plexiglas, des
visages camouflés ou flous… À première vue,
les images de ce portfolio sont des photographies de mode comme les autres. De très
beaux clichés, comme on en voit régulièrement dans la presse magazine. Mais, pour
comprendre leur force, il faut détourner les
yeux des imprimés des robes ou des décors
pop, et lire les légendes. Ces photos ont été
prises pour la plupart dans les années 1960
et 1970. À l’époque, elles étaient révolutionnaires.Tout comme leur auteur, Peter Knapp,
exposé à la Cité de la mode et du design, à
Paris, à partir du 9 mars, et objet d’une monographie aux Éditions du Chêne.
En 1951, ce Suisse de 20 ans débarque à Paris.
Il a étudié les arts appliqués à Zurich, et a en
tête les principes du Bauhaus. Il ne les suivra
ni en architecture ni en design, mais sur le
papier. Il travaille pour des magazines comme
Le Nouveau Femina, pour les Galeries
Lafayette ou encore pour Gallimard et la Nouvelle Revue française, dont il redessine le logo.
En 1959, Hélène Lazareff le nomme directeur
artistique du magazine Elle, qu’elle a fondé
quinze ans plus tôt. «Elle voulait un journal
exigeant et sophistiqué, se souvient Peter
Knapp, au téléphone, depuis la Suisse. Et elle
me laissait très libre. Surtout, elle rêvait que
Paris change. » Pour résumer, que la mode
française se décoince. À l’époque, dans les
pages des magazines, règnent encore la haute
couture et ses codes, déconnectés d’une jeunesse qui s’émancipe doucement, rêve d’aller
dans des surprises-parties, de fumer, danser et
flirter. Peter Knapp s’amuse encore de « cette
journaliste de mode qui pensait qu’un look
sportif signifiait s’habiller pour promener son
chien avenue Montaigne».
Dans les séries photo, qu’il signe lui-même ou
commande à d’autres photographes, il
demande aux mannequins de retirer gants et
chapeaux. Il les emmène dans la rue ou sur la
plage. Du jamais-vu. Dans son bureau d’Elle,
Knapp lit les journaux anglo-saxons, Esquire
ou Harper’s Bazaar, et tente d’insuffler la
même liberté à son magazine, de dessiner les
contours d’une modernité inédite en France.
C’est l’époque où Yves Saint Laurent invente
le prêt-à-porter, et André Courrèges la mode
du futur. Au même moment, Gainsbourg
fait chanter les jeunes filles, Sagan raconte
leurs drames, Truffaut et Godard les filment.
S’il ne se sent pas seul, Peter Knapp note
pourtant : « Il y avait beaucoup moins de
créateurs de mode qu’aujourd’hui. On devait
être inventifs avec le peu qu’on avait. » Il se
sert du magazine Elle comme d’un laboratoire
d’expérimentations, qui trouvent un écho
populaire, allant jusqu’à séduire deux millions
de lectrices par semaine. Sur les conseils de
Lazareff, il fait travailler des artistes. « Le
meilleur critère était qu’ils ne viennent pas de
la mode. » Les pages de l’hebdomadaire attireront, entre autres, le photographe américain
Robert Frank ou l’illustrateur Roland Topor.
En 1966, il quitte Elle, où il retournera dans
les années 1970. Entre-temps, il lance Vogue
Italia avec le futur directeur artistique de
Benetton, Oliviero Toscani. Surtout, il participe à un autre jalon de la culture pop française, en réalisant, à la demande de la journaliste Daisy de Galard, l’émission de télévision
« Dim Dam Dom ». Il y filme les actrices et
chanteuses du moment: Mireille Darc, France
Gall, Marie-France Pisier, Claude Jade,
Françoise Hardy, Dominique Sanda… Autant
de personnalités à l’élégance encore imitée.
À 86 ans, Peter Knapp n’a aucune nostalgie de
cette époque, contrairement à beaucoup qui
ne l’ont pas connue. « Toutes ces photographies me semblent lointaines », dit celui qui se
consacre aujourd’hui au dessin. Il garde une
tendresse pour ces images pop, mais peut citer
les imprimés Prada de la saison dernière ou les
magazines de mode actuels. Il remarque avec
humour qu’« aujourd’hui une image de mode
parfaite, c’est Kate Moss en pantoufles qui
achète des poireaux. Pourquoi pas ? » Peter
Knapp sait que la tâche du directeur artistique
et du photographe est de s’adapter à la commande d’une rédaction en chef, mais surtout
à celle d’un lectorat et d’une époque. S’il est
heureux de voir son travail salué, il dit: « Il ne
faut pas exagérer. On fait des arts appliqués,
rien de plus. On n’est pas Rembrandt. »
« Dancing in the Street. Peter Knapp et
la mode 1960-1970 », Cité de la mode et du design,
34, quai d’Austerlitz, Paris 13e. Du 9 mars au 10 juin.
Dancing in the Street. Peter Knapp et la mode,
de Peter Knapp et François Cheval,
Éditions du Chêne, 304 p., 45 €. En librairie le 7 mars.
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5
6
7
Zazie et
Christiana en
Pierre Cardin
pour Elle,
Paris, 1970 (1).
Rita Scherrer
pour Vogue,
Paris, 1967
(5 et 8) et en
haute couture
Klosters,
1967 (2).
Pour Courrèges,
Paris, 1967 (3).
Planche-contact
pour Pierre
Cardin, 1969 (4).
Dominique Sanda
pour Stern,
Berlin, 1967 (6).
Peter Knapp
Marcie Hunt
pour Courrèges,
Deauville,
1981 (7).
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Peter Knapp
Page de gauche,
Nicole
de Lamargé,
Paris, 1968.
Ci-contre,
Pat Cleveland
et Donna Jordan
pour le
Sunday Times,
prêt-à-porter,
Londres, 1972.
24 février 2018 — M Le magazine du Monde
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Birgit Larsen
en Dorothée Bis
pour Elle,
Paris, 1971 (1).
Dorothy Walsh
et Germaine
Blondel pour
Elle, SaintesMaries-de-la-Mer,
1960 (2).
Cathee Dahmen
sur un défilé
de prêt-à-porter,
pour Marie
Claire, Paris,
1972 (3).
Christiana
Steidten en
Daniel Hechter,
pour Marie
Claire, Paris,
1972 (4).
Page de droite,
chaussure
Roger Vivier,
Paris, 1966.
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24 février 2018 — M Le magazine du Monde
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde
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Hôtel de Crillon, A Rosewood Hotel
La piscine du
Crillon, parée
d’une mosaïque
comprenant
dix-sept mille
pièces.
Eaux de gamme.
spa et piscine deviennent en 2010 une condition pour bénéficier
du titre de palace. bassins somptueux, soins d’exception… les grands
hôtels parisiens rivalisent sans compter dans cette ruée vers l’eau.
par
ÉlÉonore Thery
24 février 2018 — M Le magazine du Monde
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L
es bâches publicitaires ont été retirées,
mais les ouvriers s’activent encore derrière
la façade Art nouveau du Lutetia. Le célèbre
hôtel du sixième arrondissement parisien
rouvrira en avril après quatre ans de travaux.
L’un des chantiers-phares a été la création d’un troisième
sous-sol destiné à abriter un spa de sept cents mètres
carrés et une piscine de dix-sept mètres – jusqu’ici, il n’y
en avait pas. « C’était une nécessité pour offrir à nos
clients un espace bien-être à la hauteur de l’établissement»,
estime le directeur général Jean-Luc Cousty. Un investissement d’autant plus indispensable pour ce futur
5-étoiles que, depuis 2010, les prétendants à la distinction
« palace » doivent être dotés d’une piscine et d’un spa.
Après les chambres, le restaurant, le bar, la conciergerie,
la guerre des hôtels de luxe parisiens se joue désormais
dans l’eau. Alors on creuse, et on réaménage…
Inauguré l’été dernier, le nouveau Crillon a été augmenté
de deux niveaux destinés au bassin et au spa ; le GeorgeV ouvrira en juin des espaces aquatiques complètement
repensés. Il s’agit pour les anciens de tenir tête aux plus
modernes, les Shangri-La, Mandarin Oriental et Peninsula,
dont les équipements fastueux, déjà testés et approuvés
en Asie, ont haussé le niveau. « Au cours des années 1970,
la présence d’une piscine est devenue un élément distinctif
pour un hôtel. Dans les années 2000, il s’est produit la
même chose avec le spa. Aujourd’hui, les clients sont plus
soucieux de leur bien-être et s’attendent à ce que ces
installations existent même s’ils ne les utilisent pas forcément », indique Demian Hodari, professeur de gestion
stratégique à l’École hôtelière de Lausanne.
Les standards sont à la hauteur du prestige des établissements. À chaque hôtel son élément spectaculaire :
enchâssée dans du teck façon bateau, la piscine du Bristol
offre une incroyable vue panoramique sur Paris. Le Royal
Monceau propose un bassin de vingt-trois mètres (le plus
grand des hôtels parisiens), tandis qu’au Peninsula une
cascade dégringole du plafond. Dix-sept mille éléments
de mosaïque en écaille de poisson habillent le fond de
la piscine du Crillon. Le Ritz, quant à lui, diffuse de la
musique sous l’eau. Dans ces bassins de luxe, le port
du short de bain et du tanga est autorisé, le seul impératif demeurant la douche. Pour compenser cette
contrainte, le personnel est aux petits soins : serviette
chauffée, jus hibiscus-menthe, bouillotte pour le cou…
Un déluge d’attentions qui se poursuit au spa, souvent
associé à une marque de cosmétiques prestigieuse. Pour
le Bristol, La Prairie a imaginé un soin pour le visage au
« caviar volumisant » ; aux hôtes du Plaza Athénée, Dior
propose une « micro-abrasion aux cristaux de saphir »…
Le Crillon, lui, joue la carte événementielle, en faisant
venir des invités de renom. « Certains clients ont réservé
des chambres en raison de la présence du maître international de Kiyindo Shiatsu ce printemps », assure la directrice du spa Sophie Demaret. De son côté, le Lutetia
développera une approche globale : le spa sera un centre
« holistique » où la natation se doublera de séances
de méditation, de yoga et de nutrition.
pour rentabiliser les équipements, certains palaces
tentent d’attirer la clientèle parisienne. Cet hiver, le Shangri-La proposait une formule post-réveillon composée
de soins « resculptants », de cours d’aquagym et de
tisanes bio. Les membres du Ritz Club ont accès à
la piscine et aux installations toute l’année moyennant
7 000 euros, et ce, après une sélection drastique sur
laquelle l’hôtel refuse de communiquer. « Nous rencontrons les clients plusieurs fois, puis nous décidons des
admissions en fonction d’un dossier de candidature », se
contente de dire la directrice du club Katia Schaffhauser.
Pas sûr que cela suffise. « Les investissements, l’entretien
et le personnel coûtent très cher, note Demian Hodari.
En général, le retour sur investissement est assez mince. »
L’eau n’a pas toutes les vertus.
Markus Gortz. Jamie Beck. Jérôme Galland
Ci-contre, de
haut en bas, le
bassin de l’Hôtel
Shangri-La, et
l’Institut Dior du
Plaza Athénée.
Ci-dessous,
au Bristol, avec
une vue panoramique sur Paris.
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variations
Sauve qui peau.
En Corée, les femmes peuvent s’appliquer un masque cosmétique sur le visage
tous les jours. Pour leur permettre de varier les plaisirs et les bienfaits, les laboratoires
ont imaginé des monodoses conçues en tissus imprégnés, la forme la plus performante
pour diffuser une grande quantité d’actifs dans l’épiderme. Ces masques sont
distribués aujourd’hui en Occident. La marque Tony Moly, qui s’est fait connaître
en France grâce à ses packagings en forme de panda ou de banane, revendique une
action peau fraîche purifiée grâce à un complexe d’algues, tandis que le masque
revitalisant de Leaders apaise les peaux agressées par la pollution. Oh K! mise, quant
à elle, sur un gel infusé de particules d’or pour donner de l’éclat. Dans le même
esprit perfecteur, la marque franco-coréenne Erborian a imaginé un masque à effet
lissant censé « flouter » le grain de peau, à appliquer quinze minutes le matin. C.Dh.
de gauche à droite, i am real SeaweedS maSk Sheet, tony moly, 5,50 €. www.Sephora.fr
BB Shot maSk, erBorian, 6,90 €. fr.erBorian.com
maSque revitaliSant amazonian açaï 7 wonderS, leaderS, 7,50 €. feelunique.com
maSque gel éclat feuille d’or, oh k!, 7,90 €. www.24SevreS.com
24 février 2018 — Photo François Coquerel pour M Le magazine du Monde. Stylisme Laëtitia Leporcq
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fétiche
Jeu de logo.
Inévitable dans la mode bling-bling des années 1990, le logo s’est fait plus
discret dans la décennie suivante, marquée par la crise économique et le retour
au minimalisme. Depuis peu, il réapparaît dans le prêt-à-porter, dans des maisons
prestigieuses (Balenciaga, Dior) comme du côté des jeunes créateurs. À l’occasion
de l’exposition « Let’s go logo », qui s’ouvre le 26 février, en pleine Semaine de la
mode à Paris, Le Bon Marché le met à l’honneur dans un espace de 300 mètres carrés
imaginé par le label lifestyle Lola James Harper. Au total, 130 marques de mode
(Céline, Carven, Isabel Marant), de beauté (Kiehl’s, Guerlain, Bumble and Bumble)
et d’épicerie (Évian, Le chocolat des Français) ont été invitées à réinterpréter
leur logo. Parmi elles, la maison grecque Kalios a dopé le graphisme de
sa bouteille d’huile d’olive, troquant l’épure du blanc et des caractères étroits
contre une étiquette bleue barrée d’envahissantes lettres capitales. L. Le.
Bouteille d’huile d’olive vierge extra Kalios pour « let’s go logo », 17,50 € les 500 ml.
www.myKalios.com ; www.lagrandeepicerie.com
Photo François Coquerel pour M Le magazine du Monde. Stylisme Laëtitia Leporcq — 24 février 2018
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posts et postures
#squadgoal.
Les accros des réseaux sociaux ne cessent
de mettre en scène Leur vie à coups de
hashtags et de seLfies, Lançant La tendance
(ou pas). cette semaine, Les bandes de copains.
par
Carine Bizet —
illustration
parfait biotope pour La
les réseaux sociaux
fêtent un esprit grégaire désincarné à coups de #squadgoal
(« je veux la même bande », en
français). Faut-il vraiment envier
les usagers de #squadgoal? Seulement si, comme eux, on aspire à
évoluer dans une série de téléréalité de MTV, sans tout à fait
mesurer les conséquences dans la
«vraie vie». Dans la version «préparations au mariage», les bandes
posent façon soirée pyjama ou
virée au club de strip-tease. Deux
bons clichés télévisuels qui dérapent vite : se balader à plus de
30 ans déguisé(e) en Mon Petit
Poney ou arracher des fleurs du
string d’un effeuilleur avec les
dents peut s’avérer plus humiliant-dégoûtant que ce qu’on
pourrait croire. Et puis la tentation du soap opera n’est jamais
loin. Dans toutes les séries, un
des membres du groupe couche
forcément avec un des futurs
vie en bande,
aline zalko
conjoints. Du coup, avec quatorze vodkas dans le corps, la crise
de paranoïa alcoolisée guette et
ses séquelles peuvent être redoutables (fâcherie à vie, tentative
d’énucléation, etc.). Pour
d’autres, le #squadgoal est de
nature sportive. Tout cela sent la
bonne montée d’endorphines
collective et on porte fièrement le
même maillot sur les photos.
Jusqu’à ce que l’on réalise qu’on
n’est pas à la télé : aucun entraîneur miracle ne va transformer
vos potes amateurs de ballons
plus ou moins ronds en sportifs
de haut niveau. Personne ne sera
l’outsider qui gagne des médailles
olympiques. La bande continuera d’être nulle et deviendra
de plus en plus amère en regardant les compétitions sportives
sur le canapé. Et, bien sûr, pas de
#squadgoal sans option vacances:
un mix de Spring Break à l’américaine et d’émission de rencontres amoureuses. Dommage
que, sans directeur de casting, la
plage soit, dans la réalité, beaucoup moins pourvue en canons
de tous bords. Pour oublier les
ventrus chauves poilus, la bande
boit. Tout le monde les bras en
l’air, le verre qui déborde, cela fait
de belles photos Instagram. On
déconseille d’aller jusqu’à la
bagarre avec la police locale, on
ne vomit pas non plus dans leur
voiture. Le réveil en cellule sous
les tropiques, ce n’est pas du
cinéma. Au final, il n’y a qu’un
seul hashtag squadgoal à imiter :
celui accolé à des photos de
chiens, toujours beaucoup moins
cabots que les humains.
théorème
Nike. Levi’s
Panier garni.
Jordan brand
Levi’s
passe de deux
Détenue par Nike, la marque au logo
d’un basketteur a été créée en 1997
à la suite du succès des Air Jordan,
chaussures de sport imaginées pour
Michael Jordan, alors star de l’équipe
des Chicago Bulls de la NBA. Jordan
Brand vient de signer les maillots
du All-Star Game 2018 de la NBA.
Du pantalon des chercheurs d’or est
né le blue-jeans en 1873, puis le
mythique 501 sept ans plus tard. Dans
l’entre-deux-guerres, le jeans intègre
le vestiaire urbain, avant d’être prisé
par James Dean ou Elvis Presley. La
marque collabore aujourd’hui avec
Vetements, Supreme ou Off White.
La marque de jeans a rhabillé de sa
toile denim les baskets Air Jordan 4.
Quant à la cinquantenaire veste
Trucker, elle abrite des empiècements
façon Air Jordan. Sur les deux, un
écusson avec les chevaux de Levi’s et
le basketteur de Jordan Brand. V. Ch.
Entre 180 et 250 €. www.levi.com
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esprit des lieux
Divine
comédie.
Le vestiaire idéal pour
jouer à “My Fair Lady”,
salle Favart à Paris,
les 28 février et 1er mars.
par
Laëtitia LeporCq
librement inspiré
LA DesiGneR MARie-Lise FéRy A conçu son
LustRe 10 en souveniR D’une AttRAction
FoRAine qu’eLLe ADoRAit : LA MAchine à Pince.
par
marie godfrain
Parmi tous les souvenirs qui
ont marqué son enfance, la
designer parisienne MarieLise Féry retient surtout les
après-midi passés à la Foire
du Trône où elle allait chaque
année. Il y a trois ans, elle a
fondé Magic Circus, une maison d’édition spécialisée dans
les luminaires, une typologie
d’objets qui lui font revivre
ces moments magiques. « La
lumière a quelque chose de
féerique et théâtral qui relève
presque du miracle, comme le
cirque. C’est un médium idéal
pour titiller l’imaginaire, ce
à quoi je m’emploie dans
chacune de mes créations,
qu’elle s’inspire des lanternes
Le Chapeau.
Lady Ibiza à gros ruban,
Sensi Studio, 245 €.
www.sensistudio.com
La Chemise.
En popeline avec volants,
Maje, 175 €. fr.maje.com
Lustre 10, Magic Circus, 2396 euros.
www.magic-circus.fr
vu sur le net
Exquises esquisses.
Avant d’être fabriqués, les bijoux de haute joaillerie sont dessinés
sous forme de croquis, comme les vêtements des créateurs de
mode. Pourtant très belles, ces esquisses techniques appelées
« gouachés » finissent en général aux archives, ignorées du
public. La maison Dael & Grau leur rend justice en dévoilant à
Roubaix près de 700 dessins préparatoires datés de 1900 à 1950.
Bagues émeraude sur or gris subtilement taillé, broches aux
courbes gracieuses, bracelet à la symétrie rigoureuse… Le
moindre mouvement ou détail est transcrit au crayon et à la peinture dans ces documents de travail fascinants de précision. V.Pe.
« Les gouachés : un art unique et ignoré », La Piscine, 23, rue de l’Espérance, Roubaix
(Nord). Jusqu’au 1er avril. 5,50 € l’entrée (billet couplé avec les expositions permanentes).
www.roubaix-lapiscine.com
L’eau de CoLogne.
À la violette, La société
parisienne de savons, 52 €.
www.lasocieteparisienne
desavons.com
Le guide.
Pourquoi place-t-on
la fourchette à gauche
et le couteau à droite ?,
de Sabine Denuelle, 4,99 €.
www.editions-larousse.fr
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde. Didier Goupy/Signatures. Pierrick Verny. Collection Dael & Grau
Jour de fête.
chinoises ou des satellites
Spoutnik . » À la Foire du
Trône, ses attractions fétiches
étaient les machines à pince,
censées permettre de gagner
des peluches ou d’autres
objets de pacotille. Son
lustre 10 leur rend hommage :
« J’ai voulu réinterpréter de
façon poétique cet objet à la
fois rassurant, familier et festif.
La machine à pince s’en trouve
comme anoblie. » Seuls les
grands enfants reconnaîtront
l’attraction de fête foraine ;
les autres verront un lustre
en laiton et verre sable aux
accents subtilement Art déco.
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
67
ligne de mire
Oiseau rare.
jean-michel tixier
Illustration Jean-Michel Tixier/Talkie Walkie pour M Le magazine du Monde
par
24 février 2018 — M Le magazine du Monde
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
tête chercheuse
Victime de la mode.
d’époque, photographies d’archives, extraits de magazines)
sur son compte Twitter. « Les
réseaux sociaux permettent
de désenclaver l’histoire de la
mode et de toucher un public
élargi », explique la trentenaire.
En 2016, elle est choisie pour
superviser les archives de la
Fédération de la haute couture
et de la mode. Une opportunité
pour celle qui milite pour la
reconnaissance académique de
la discipline. Son exposition
« Mode & Femmes, 14/18 »,
dévoilée à la bibliothèque
Forney, à Paris, en 2017, sera
présentée au Bard Graduate
Center, à New York, en
février 2019. Preuve de la
reconnaissance internationale
de ses travaux. S. At.
Exposition historique
(en haut, à gauche,
« Mode et femmes,
14/18 »), séminaire
pour le CNRS (ci-dessus)… L’universitaire
Sophie Kurkdjian
milite pour une
reconnaissance académique de la mode.
http://histoiredemode.hypotheses.org
vu sur le net
Lignes intérieures.
Baptisé en hommage à Arne Jacobsen, le concept store en ligne Arne Concept
livre une vision contemporaine des préceptes de fonctionnalité et d’épure
édictés par le maître du design danois. Le site, situé en France, propose une
sélection joyeuse et accessible de meubles et d’objets décoratifs conçus par
des designers en herbe et par des marques émergentes qui revendiquent
son héritage. Parmi les quelque 800 références classées par verbes (meubler,
décorer…), une échelle se mue en rangement à chaussures (99 €), les rallonges
électriques font bourgeonner des tulipes (29,95 €) et les patères bicolores
(16,90 €) jouent sur la superposition de couleurs franches. M.Go.
www.arneconcept.com
Sophie Kurkdjian. Benoît Alegre. Jeff Gaudinet-Atelier Indépendant-Paris. Arne Concept
Auteure d’une thèse soutenue à
l’université Paris-I sur l’histoire
de la presse féminine du début
du xxe siècle, Sophie Kurkdjian
fait partie de cette nouvelle
génération de chercheurs désireux de valoriser une approche
intellectuelle de la mode en
France. Depuis 2012, elle codirige une fois par mois, avec
l’historienne Maude BassKrueger, le séminaire « Histoire
et mode » à l’Institut d’histoire
du temps présent. Devant un
public de plus en plus vaste,
elles évoquent des sujets de
conférence variés tels que la
mode et la révolution russe,
1917-2017, la mode d’Iran ou la
haute couture dans les
années 1980. Passionnée, la
chercheuse partage ses trouvailles quotidiennes (croquis
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
69
2
1
d’où ça sort
?
Les soins
par le son.
bols chantants, gongs relaxants…
les vibrations sonores procureraient
de multiples bienfaits. une pratique
qui suscite de l’engouement.
Aline Faucheur. Jérémie Lusseau/Hans Lucas. Marie-Rose Poujardieu
I
par
3
Claire Dhouailly
l y a encore cinq ans,
et
les massages au son
des bols tibétains
étaient l’apanage de
quelques initiés volontiers considérés comme des
illuminés. Aujourd’hui, les studios de yoga pointus (Le Tigre
Yoga Club, Yoga Village, Rasa
Yoga à Paris), les spas (Spas
Nuxe), les thalassothérapies
(Thalazur Bandol) ainsi que les
instituts classiques les intègrent dans leurs protocoles.
Certaines entreprises n’hésitent plus à organiser des
séances de bols chantants
pour leurs salariés. « Depuis
deux ans, on assiste à un réel
engouement pour les ateliers
de méditation au son des
gongs ou des bols, confirme
Élodie Garamond, la fondatrice
du Tigre Yoga Club, à Paris.
Ce type de relaxation attire
de plus en plus de curieux,
qui y adhèrent rapidement. »
« Les personnes non réceptives
sont celles qui craignent de
perdre le contrôle. J’aime
l’idée que l’on ne puisse pas
se soustraire à la vibration. »,
confie Aline Faucheur. Depuis
les “bains de gong”
cette année, cette masseuse
se sert dans ses séances d’un
bol de cristal pour « amplifier
la détente ».Contrairement à la
méditation, qui demande de
l’entraînement, voire des
efforts, les thérapies vibratoires ne requièrent aucune
capacité ni volonté : le lâcherprise survient naturellement.
« Le corps émet un champ
vibratoire et énergétique, qui se
réharmonise au contact des
ondes émises », explique MarieRose Poujardieu, praticienne
de reiki (soin énergétique japonais par imposition des mains)
et de bols tibétains, qui intervient au Tigre Yoga Club. Pour
espérer un résultat, un minimum de quinze minutes serait
nécessaire. D’où l’émergence
des « massages sonores » : pendant une heure, le thérapeute
fait chanter un bol
au-dessus du corps par
glissement d’un bâton sur
son pourtour. « C’est une
approche intéressante pour
les personnes très stressées,
qui sollicitent énormément
leur cerveau et ont tendance
à oublier leur corps et à
verrouiller leurs émotions »,
précise Marie-Rose Poujardieu.
auteur du “guide pratique
de la cohérence cardiaque”, le
Patrick Drouot, qui
étudie ces phénomènes depuis
des années, en valide les bienfaits : « Ces sons, qu’on appelle
“cohérents”, induisent un
physicien
De plus en plus de personnes testent
les massages vibratoires au son des
bols tibétains et en cristal (1 et 3) ou
du gong (2, lors de la Journée mondiale du yoga, à Nantes, en 2017).
ralentissement des ondes
cérébrales. On quitte l’activité
ordinaire, d’environ 20 Hz, pour
descendre vers 8 à 10 Hz,
premiers stades méditatifs.
Cela favorise la synchronisation
des hémisphères droit et
gauche du cerveau, ce qui stimule les capacités cognitives. »
Autre bénéfice, la production
d’hormones du bien-être,
enképhalines et bêta-endorphines, serait amplifiée, de
même que celle de l’ocytocine,
l’hormone de l’attachement
et du lien social. « Ces sons ne
sont pas des baguettes
magiques capables de tout
résoudre mais des outils à
notre disposition, comme le
sport, la méditation, le
massage, pour nous aider à
nous recentrer. Nous sommes
sans cesse sursollicités et de ce
fait de plus en plus éparpillés »,
estime Aline Faucheur.
Le milieu médical s’ouvre
même à ces techniques pour
améliorer le bien-être des
patients dans les hôpitaux.
Les vibrations n’ont pas fini
de faire du bruit.
24 février 2018 — M Le magazine du Monde
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un peu de tenues
Fantaisie militaire.
Manteaux parachute, vestes uniforMes, les silhouettes
s’équipent pour affronter les derniers friMas.
photos
CoCo CapitÁn —
stylisme
Élodie david touboul
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71
Page de
gauche,
Manteau
Parachute
en Polyester,
Juun.J. gilet
Militaire
Perforé et
caPuche de
gilet en coton
caMouflage,
ColleCtion
Gauthier
Borsarello.
Pull en laine,
sandro.
Pantalon en
crêPe de laine
stretch, GuCCi.
ci-contre,
BoMBer en
Polyester, et
tee-shirt en
coton et lin,
ColleCtion
Gauthier
Borsarello.
cheMise en
laine, Joseph.
24 février 2018 — M Le magazine du Monde
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72
Manteau en
coton ciré,
Craig green.
Pull en
cacheMire
à col roulé,
ÉriC Bompard.
chaussettes en
lycra, X-BioniC.
chaussures
en fausse
fourrure,
Simone roCha.
M Le magazine du Monde — 24 février 2018
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РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
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75
Page de
gauche,
Manteau en
laine sèche,
Margaret
Howell.
Manteau
en coton usé
et tee-shirt
en coton,
ColleCtion
gautHier
Borsarello.
ci-contre,
gilet Militaire
Perforé,
caPuche de
gilet en coton
caMouflage et
Veste Militaire
en laine,
ColleCtion
gautHier
Borsarello.
Pantalon en
draP de laine,
JosepH. chaussures en cuir,
golden goose
deluxe Brand.
Mannequin :
Katlin @woMen
assistants
PhotograPhes :
Barney couch
et oscar duMas
assistants
stylistes :
Julien schMitt,
Pauline
charriere
et Mathias
tichadou
Maquillage :
satoKo
watanaBe
@artlist
coiffure :
JosePh PuJalte
@artlist
Production :
white dot.
roMain
Violleau
24 février 2018 — M Le magazine du Monde
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fil conducteur
Prague bohème.
Le quartier réhabiLité de hoLesovice est devenu Le paradis des artistes
et des aspirants hipsters. boutiques de designers, saLLes de spectacLe
et bonnes tabLes ont investi d’anciennes usines du XiXe siècLe.
par
Blaise Gauquelin —
illustration
l’atelier CartoGraphik
1
1 — jeu de construction à hoLesovicky pivovar
Des tonnes de houblon ont été transformées
dans cette brasserie du xixe siècle, reconvertie
de manière exemplaire. Le complexe abrite
aujourd’hui des bureaux, des logements ainsi
que des boutiques intéressantes comme
Megapixel, destinée aux photographes amateurs. Parsemées de sculptures, les cours intérieures mêlent styles romantique, gothique,
Renaissance et contemporain. L’ensemble a
été classé aux monuments nationaux.
Komunardu, 1584/42. Entrée libre.
2 — soirée mousses chez avion58
Dans l’ambiance patinée de cette ancienne
brasserie toute de brique, de métal et de bois,
on déjeune et on dîne thaï ou tchèque, au
choix. Évidemment, la bière coule à flots
– Pilsner, Kobel, et des pressions maison. Le
canard mariné au miel d’acacia, au gingembre
frais et aux cinq épices est particulièrement
recommandé.
Komunardu, 1584/42 . 7 € le plat env. Du lundi
au vendredi de 8 h à minuit, samedi de 10 h à 1 h
et dimanche de 11 h à 23 h. www.avion58.cz
2
3 — haLte design à hoLport
On peut se perdre dans cette fabrique à métaux
de 2200 m2, devenue un haut lieu du design
tchèque et international. Les restaurants les
plus en vue y achètent leur mobilier, comme
les particuliers, qui depuis le boom économique local s’autorisent le cocooning. Ne pas
manquer l’impressionnant showroom du
verrier Lasvit, qui fournit les palaces du monde
entier en lustres spectaculaires.
Komunardu, 894/32. Du lundi au vendredi de 9 h
à 18 h et samedi de 10 h à 15 h. www.holport.com/en
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77
3
4
4 — scènes locales à la Fabrika
Tout en métal et en poutres apparentes, ce
centre culturel installé depuis 2007 aurait pu
n’être qu’une jolie coquille vide. Heureusement, la programmation en danse, théâtre et
musique est pointue, et valorise la création
tchèque, slovaque et polonaise. Après le spectacle, on peut boire un verre au bar ou, encore
mieux, sur le toit-terrasse, dominé par une cheminée d’usine en brique rouge.
Komunardu, 1001/30. www.lafabrika.cz/en
5 — révolutions au bitcoin coFFee
Ce quartier se vit comme une bulle alternative
dans un pays gouverné par un président populiste, prorusse et pro-Trump. Dans ce café, on
refait le monde autour de débats sur l’intelligence artificielle, le transhumanisme… On
apprend même aux clients à pirater des données informatiques pour devenir lanceurs
d’alerte. Les cafés se paient en couronnes
tchèques ou en cryptomonnaie.
Delnicka, 43. Ouvert du mardi au vendredi de 8 h
à 20 h et du samedi au dimanche de 12 h à 21 h.
5
carnet pratique
y aller
En avion : A/R Paris Orly-Prague
à partir de 39 € avec Transavia.
www.transavia.com
Au départ de Lyon, à partir de 77 €
avec HOP ! www.hop.com
dormir
Le Absolutum Boutique Hotel, pour
son style épuré et son prix raisonnable (à partir de 44 € la chambre
double avec le petit-déjeuner).
Jablonskeho 639/4.
www.absolutumhotel.cz/en
24 février 2018 — M Le magazine du Monde
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
78
éléments de langage
Le spiral.
Ce minusCule ressort, aussi fin qu’un Cheveu, est
le Cœur des montres méCaniques dont il assure la régularité.
par
DaviD Chokron —
illustration
non seulement on le Connaît peu, mais, même
quand on le Connaît, il
n’est pas rare qu’on
l’orthographie mal. Pourtant, le spiral (sans « e »)
est l’élément fondamental du mouvement
des montres mécaniques depuis son invention
par le physicien hollandais Christian Huygens
en 1675. Ce minuscule ressort métallique
enroulé à plat n’est rien moins que le cerveau
de la montre, son horloge-mère, le lieu où
s’opère la découpe du temps. Couplé à une
roue, nommée balancier, qui transmet au ressort l’énergie stockée dans le mouvement, ses
spires s’écartent et se rapprochent selon un
cycle régulier. Cette alternance est la source
du tic-tac et de la précision de la montre.
On dit que le spiral bat, ou qu’il respire.
Épais d’environ 0,02 mm, pesant à peine un
milligramme, il est fragile et soumis à toutes les
influences possibles. La science horlogère n’a
eu de cesse de l’immuniser contre les variations
de température et de pression atmosphérique.
M Le magazine du Monde — 24 février 2018
Jesùs PruDenCio
Contre la déformation, la magnétisation,
l’oxydation et la casse. Longtemps, la parade
fut métallurgique : on recourait à des alliages
de métaux obscurs comme le niobium ou le
molybdène. La dernière avancée consiste à
façonner le spiral dans du cristal de silicium,
le même matériau utilisé pour fabriquer les
microprocesseurs.
Sa forme a fait l’objet de multiples expérimentations. Il existe des spiraux plats (à courbe
terminale plate ou en 3D), cylindriques et même
sphériques. Toutes ces géométries et formulations visent au même objectif : rendre les battements de la montre plus réguliers, plus fiables,
en améliorant ce petit ressort plus fin qu’un
cheveu, qui oscille 500 millions de fois par an.
De gauche à droite, un spiral plat de Patek Philippe, en silicium.
Le même spiral monté sur son balancier.
L’ensemble est à l’origine de la régulation du temps
de cette Patek Philippe Aquanaut Travel Time (réf. 5650).
Prix sur demande. www.patek.com
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
rencontre
“Le chef doit créer
un lien citoyen,
et pas juste marchand.”
fOndateur de la revue “OmnivOre”, luc dubanchet
met à l’hOnneur dePuis quinze ans la “jeune cuisine”
française. et Organise, chaque année, un festival
célébrant les chefs et leurs créatiOns.
propos recueillis par
ClémenCe de Blasi
Où en est aujOurd’hui
la “jeune cuisine” que
vOus avez vOulu mettre
en avant avec “OmnivOre” ?
Elle est tiraillée entre les
contraintes esthétiques
imposées par Instagram
et les questions de
santé publique. Je suis
convaincu que, dans dix
ou vingt ans, les chefs ne
pourront plus s’exonérer
de soutenir les producteurs. Il faut qu’ils prennent la parole, car ce sont
les relais naturels entre
les agriculteurs et les
consommateurs. Pour
ne pas devenir un fusible,
le chef doit créer un
lien citoyen, et pas
uniquement marchand.
est-ce le rôle du festival
que vOus avez lancé
en 2006 de créer ce lien ?
La Flandre est l’invitée du festival Paris 2018 (ci-dessus, un waterzooi de sole et
endives du restaurant Bon Bon à Bruxelles). En haut, Anne-Sophie Pic en 2016.
C’est sa raison d’être.
La scène « artisans » met
en valeur les producteurs,
éleveurs, artisans qui
viennent raconter leur
histoire, expliquer
leur démarche et, bien
sûr, faire goûter leurs produits. Les chefs présents
dans le public deviennent
souvent des soutiens,
voire des clients. Avec
ses débats, la scène
« avant-garde » est là pour
bousculer : qui sont les
nouveaux mangeurs ?
réédition
Stéphane Bahic. Stanislas Liban. Bon Bon. Pier Laurenza
Feuille d’alu.
le designer vietnamien quasar Khanh (1934-2016) n’a cessé d’inventer des
formes en rupture avec son époque : dans les années 1960, une voiture cubique
en Plexiglas, un mobilier en plastique gonflable… en 1975, « il abandonne le
plastique pour la fonte d’aluminium, qu’il adapte à son idéal de légèreté,
explique son fils Othello Khanh. Pour dessiner la collection Nervure, il s’est
inspiré des feuilles d’alocasia, souvenir de son enfance au Vietnam.» la collection demeure à l’état de projet jusqu’en 1994, lorsqu’il débusque un atelier
de fonderie d’aluminium à saïgon et produit enfin nervure, dont les lignes
organiques rappellent l’art nouveau. vingt-quatre ans plus tard, son fils réédite
ces pièces, fabriquées dans un atelier du vietnam, où il vit. M.Go.
Fauteuil Nervure, de Quasar Khanh. En exclusivité chez Sophie Séguéla Intérieurs, 1 105 €.
www.sophieseguela.com
Comment communiquer
avec la génération Y ?
Pour les chefs invités,
comme Jean-François
Piège, Sébastien Bras ou
Anne-Sophie Pic, il ne
s’agit pas simplement
d’exécuter des prouesses
techniques sur scène,
mais de parler de leur
vision de la cuisine.
POurquOi avez-vOus chOisi
de mettre la flandre à
l’hOnneur de cette éditiOn ?
Cette région méconnue
des Français possède une
tradition culinaire assez
pauvre mais, depuis une
dizaine d’années, il s’en
dégage une énergie forte.
De nombreuses tables
créatives ont essaimé, par
exemple le Bon Bon à
Bruxelles ou le Couvert
Couvert à Heverlee. Elles
ont en commun cette
volonté de rendre
contemporains des plats
classiques, l’anguille
au vert, les moules à la
marollienne ou les gaufres
à la vergeoise, en
retravaillant le visuel, en
allégeant et en rendant
les goûts très nets.
Festival Paris 2018,
du 4 au 6 mars.
Maison de la Mutualité,
24, rue Saint-Victor, Paris 5e.
Passe journée : 39 € ; passe 3 jours :
99 €. Réservation sur
www.omnivore.com
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80
garden-party
Jeune première.
par
John Tebbs,
jardinier anglais
mon œil
a été attiré par un bouquet de fleurs
placé au milieu des fruits et légumes.
C’était un ravissement inattendu
– des jonquilles encore en boutons,
qui m’ont rappelé les Cornouailles.
À la fin du xixe siècle, ce comté de
l’extrême sud-ouest de l’Angleterre
devint célèbre grâce à sa production
de jonquilles. En raison de la douceur
du climat, le printemps s’y presse un
bon mois plus tôt que dans le reste
du Royaume-Uni. Et les Britanniques
de l’ère victorienne ne s’y trompèrent
pas. Les Cornouailles développèrent
les cultures de bulbes et se lancèrent
dans l’organisation de foires – le premier Salon de la jonquille de Truro se
tint en mars 1897 et des manifestations du même ordre firent leur apparition dans d’autres villes du comté,
attirant des experts et amplifiant l’intérêt du public. De plus en plus de
paysans se consacrèrent à cette
culture, si bien qu’à la fin du xixe siècle
des trains spécifiques, surnommés
« Daffodil trains » (« jonquilles
express »), traversaient le pays de nuit
pour que ces brassées de printemps
fleurissent les marchés des grandes
villes d’Angleterre. Les Cornouailles
jouissent toujours de cette belle
réputation.
À une époque où l’on dispose de tout
en toute saison, comme des fleurs
coupées provenant de serres chauffées ou de l’autre bout du monde, une
simple jonquille peut encore procurer
de la joie, comme c’était le cas sous
le règne de Victoria. C’est aussi
le signe que le printemps est arrivé,
quelque part à l’ouest…
Traduction : Agnès Rastouil
Fin janvier, chez le primeur,
Photo Jack Davison pour M Le magazine du Monde — 24 février 2018
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le philosophe
de pierrebrice lebrun
Pour 4 personnes
IngrédIents
1 kg de pommes
de terre
20 cl de lait
1 c. à s. de crème fraîche
1 œuf
50 g de beurre
sel, noix de muscade
(optionnel)
500 g de viande hachée
(bœuf, veau, porc
ou un mélange)
1 échalote émincée
1 noix de beurre
250 g de gruyère râpé
sel, poivre
une affaire de goût
Patates douces.
l’écrivain et Juriste Pierre-Brice leBrun a
signé une cinquantaine d’ouvrages gourmands,
sur les Pommes de terre notamment. la variante
de hachis Parmentier que lui PréParait une amie
de sa famille est restée chère à son cœur.
par
camille labro
contrairement à ce que
l’on Pourrait croire,
Antoine Augustin Parmentier n’a
pas créé le hachis qui porte son
nom, et il a encore moins fait
découvrir la pomme de terre
aux Français. Il en est ainsi de la
majorité des plats populaires: on
ignore qui a inventé les pommes
dauphines, la purée ou même les
frites. Parmentier, né en 1737, était
originaire de la Somme: on mangeait et on cultivait des pommes
de terre dans sa région au moins
un siècle avant sa naissance. Cet
apothicaire s’est surtout intéressé
aux transformations de l’amidon
de pomme de terre et à sa panification possible. Expériences qui
se sont, pour la plupart, avérées
infructueuses. Quant au hachis
parmentier, on n’en trouve aucune
trace dans les ouvrages culinaires
ou littéraires avant le début
du xxe siècle. C’est certainement
un cuisinier qui a imaginé ce nom,
probablement en référence au
pharmacien patatophile.
En ce qui me concerne, je suis
belge, et les pommes de terre,
surtout sous forme de frites, font
partie de mon ADN. J’ai même
suivi une formation de « frituriste »
pour en comprendre les ressorts.
Aucun repas ne vaudra jamais à
mes yeux les boulettes de ma
grand-mère accompagnées de
frites belges taillées, cuites et servies comme il faut. Les frites sont
l’identité même des Belges. À l’inverse, le hachis parmentier était
quasiment inconnu chez nous. Et
pourtant, c’est une sorte de parmentier mélangé (la viande est
incorporée à la purée, et le tout
est cuit sur la gazinière sans passer au four) qui est resté l’un des
plats emblématiques de mon
enfance, moi qui ai toujours adoré
manger et jouer au critique gastronomique.
Le «philosophe», comme on
appelait curieusement cette
purée agrémentée de viande
hachée, était la recette fétiche
de tante Momo, une amie de mes
parents qui n’était pas une vraie
tante, mais chez qui nous allions
souvent. Tante Momo avait deux
filles avec qui j’étais assez copain,
et son philosophe ne faisait jamais
long feu avec nous, nous en
avalions des plâtrées. J’ai trouvé
sur Internet pas mal de recettes,
et aucune ne correspond. J’ai
essayé de la recomposer plusieurs
dizaines d’années plus tard. Le
résultat est assez proche, mais
rien n’égalera, dans mon souvenir
en tout cas, le plat original.
c’est un Peu mes coquillettes au
JamBon, le Bon Plat facile à faire,
à réchauffer et à manger. Pour
moi qui ai eu une enfance assez
triste, solitaire, sans beaucoup
de confort ni de tendresse, les
repas dans le bel appartement
bruxellois de tante Momo étaient
toujours une fête. Il y avait
une ambiance familiale que
je ne connaissais pas, et une
certaine douceur. Surtout, le philosophe était préparé pour
notre plaisir, les enfants étaient
au centre du repas.
C’est sans doute pour
cela que je l’ai tant aimé.
i
Préparer une purée
selon son habitude :
éplucher les pommes
de terre avant ou après
la cuisson à l’eau salée
ou au lait, les détailler
en morceaux, les
écraser. Incorporer plus
ou moins de beurre, de
lait, de crème, voire un
œuf, selon la texture
souhaitée. La purée de
tante Momo était très
onctueuse, généreusement agrémentée de
tous ces éléments.
ii
Faire revenir à la poêle
dans un peu de beurre
l’échalote et la viande
hachée. saler, poivrer.
dans une cocotte,
mélanger la purée, la
viande et le fromage
râpé. Laisser cuire
quelques minutes à feu
très doux, en remuant
pour que les ingrédients
se lient et que le
fromage fonde.
Ce philosophe ne va
pas au four. déguster
avec une salade verte.
iii
selon l’humeur et
ce qu’on a en cuisine,
on peut améliorer avec
de la graisse de canard,
des oignons doux de
trébons, de la viande
de canard confit, des
rattes pour la purée,
du comté ou du cantal
jeune plutôt que
du gruyère…
Petit traité de la pomme de terre
et de la frite, Pierre-Brice Lebrun,
éditions Le Sureau, 2016, 25 €.
Photos Julie Balagué pour M Le magazine du Monde
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
dessous de table
par
françois simon
nfin la cuisine japonaise dans sa vraie complexité
s’immisce à paris. Certes
perdurent encore en
nombre les simili-Nippons bradant leur mauvais
saumon, mais depuis l’irruption des sushis en 1958,
avec Takara, rue Molière, la capitale a accueilli une
vague talentueuse de chefs biculturels (aux Kei, Sot-l’y-Laisse,
Toyo…). On ne compte plus les restaurants de nouilles (ramen),
soba, teppanyaki, bento, gyoza, suivis des izakayas qui pointent
leur frimousse. Alliant des petits plats simples à la dégustation
du saké, ce sont les pendants de nos bistrots. Aujourd’hui,
un pas de plus vient d’être franchi avec Sagan, à deux pas de
l’Odéon. Ce restaurant étroit distribué sur deux rangées
(comptoir, puis, derrière, tables hautes) propose une cuisine
kappo, ce qui signifie
« cuire » et « couper ».
Tandis que la cuisine
kaiseki est assujettie à
un ordonnancement
bien précis, régi par la
méthode de cuisson
(plat mijoté, plat grillé,
bouillon…), la kappo
respire. Elle a plus de
liberté de tons et de plats. Sagan a été imaginé par les créateurs
de Lengué (à présent rebaptisé Beige). Vêtus de délicieuses
petites vestes blanches à liserés bleutés, ils font déjà un tabac
avec une cuisine fort simple (la plus difficile à réaliser) et franchement bonne. Quitte à faire hennir les âmes sensibles, disons
que le sashimi de cheval est fameux avec un accompagnement
calme (chips d’ail, gingembre, sauce soja aux algues), tout
comme l’aubergine confite dans sa sauce de miso rouge (un
régal). Habile, la salade d’endives avec encornet et poutargue
touche son but. On réalise alors que dans un restaurant, si les
plats sont bons et clairs, tout passe. On en oublierait presque
l’éclairage quelque peu dru, loin de ce qui nous a longtemps
fasciné au Japon, l’ombre et son éloge fait par Tanizaki (1933,
retraduit il y a peu par
Ryoko Sekiguchi).
Les néons et les lumières
crues sont passés
par là. La clientèle,
affûtée, apporte la
discrète certification
d’une adresse plus
que valable. L’expérience
du mois.
Dans un cadre dépouillé, le Sagan
fait la part belle aux plats traditionnels
japonais. Ci-dessus, l’aubergine confite
dans sa sauce miso rouge.
place de choix
Au comptoir bien sûr,
mais le deuxième rang
de tables hautes n’est pas
à bouder. Réservation
impérative.
dommage
Pas assez de
vins abordables.
à emporter
Les cartes de l’autre
adresse maison, Beige
Rive Gauche (ex-Lengué),
adorable izakaya situé dans
le quartier de la Huchette.
p a s s a g e à l’a c t e
Sagan, Kappo & vins,
8, rue Casimir-Delavigne, Paris 6e.
Tél. : 06-69-37-82-19.
Fermé dimanche et lundi.
Décibels
75 dB.
Mercure
21 °C.
Addition
En faisant attention aux vins,
comptez 50 € par personne.
Minimum syndical
Une entrée, un plat 30 € environ.
Verdict
Ah, oui !
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde. Getty images x3. Sagan x2
E
Bonjour finesse.
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83
frais de bouche
€
Feu de joie.
40,00
Cette semaine, “m” vous propose
un dîner à 40 euros.
Le plaisir peut parfois être simple. dès que
l’on entre dans le restaurant Carbón, près du
musée picasso, à paris, c’est l’odeur du bois
consumé. un hêtre coule ses dernières heures
dans les fourneaux de ce restaurant animé par
sabrina Goldin et stéphane abby (the asado
Club et l’empanaderia). sous la houlette de
david Kjellstenius (ex-au passage), le bois
donne une touche fumée, arrondie à tout ce
qu’il approche : demi-poularde fermière,
épaule d’agneau de Clavisy, poulpe - fenouil ;
ou encore, le canard, soutenu par des carottes
apaisées par le miel et relancées par le piment.
Les assiettes ont le détour plaisant (saintjacques - chou de Bruxelles - petit-lait) et la
touche précise (huîtres fumées aux écorces de
bouleau - bergamote). au final, le pain perdu,
confiture de pomme et chantilly des familles
donne une note sereine et gourmande à un
repas tactile, bienfaisant. Fr.S.
Saint-jacques - chou de Bruxelles, 8 € + canard - carotte - miel piment, 22 € + pain perdu, 10 € = 40 €.
Restaurant Carbón, 14, rue Charlot, Paris 3e. Tél.: 01-42-72-49-12.
Fermé dimanche soir et lundi. www.carbonparis.com
union libre
Coq en pâte.
Château sainCrit, FouGue,
domaine de Briante,
Bordeaux supérieur, 2015
natureLLement, mouLin-à-vent, 2013
Avec une terrine de volaille,
les textures structurées des
bordeaux supérieurs sont
indiquées. Attention, cependant, tous ne se valent pas.
Celui-ci n’a pas volé son nom
de fougueux : sa fluidité respire
l’énergie, le fruit, la sensualité.
L’accord d’une terrine de volaille
avec un cru du beaujolais est
plus classique. Mais quel délice
que celui-ci, avec ses notes de
violette et de cerise… Élevé en
fût pendant quinze mois, il présente une trame bien dessinée.
Un mariage prometteur. L.G.
7,90 €. Tél.: 06-07-16-47-53.
14 €. Tél.: 04-74-66-72-34.
Pages réalisées par Chloé Aeberhardt, Vicky Chahine et Laëtitia Leporcq (stylisme). Et aussi Sophie Abriat, Carine Bizet,
David Chokron, Claire Dhouailly, Clémence de Blasi, Laure Gasparotto, Blaise Gauquelin, Marie Godfrain,
Camille Labro, Valentin Pérez, François Simon, John Tebbs, Eléonore Thery et Jean-Michel Tixier.
24 février 2018 — Illustrations Satoshi Hashimoto et Førtifem pour M Le magazine du Monde
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Timothée Chalamet,
le 25 janvier, à Paris.
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85
Il a joué dans “Interstellar”, de
Christopher Nolan, ou encore dans
la série “Homeland”… À 22 ans,
Timothée
Chalamet
est la nouvelle coqueluche d’Hollywood.
L’acteur est à l’affiche de deux films
en salle mercredi 28 février :
“Lady Bird”, de Greta Gerwig, et
surtout “Call Me by Your Name”, de
Luca Guadagnino, qui lui vaut d’être
nommé pour l’Oscar du meilleur acteur.
Par Maroussia Dubreuil — Photos Romain Sellier
24 février 2018 — M Le magazine du Monde
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
86
Thimothée
Chalamet
commence
à maîtriser
les codes
d’Hollywood.
L’affaire
Woody Allen
vient de
le montrer.
Hollywood s’est trouvé une nouvelle coquelucHe : Timothée Chalamet, 22 ans, jeune
comédien aux yeux verts, à la mèche
rebelle et aux faux airs de James Dean.
Mais, à l’écran, l’acteur incarne tout le
contraire de celui qui mourut au volant de
sa Porsche 550 Spyder un jour de septembre 1955. Dans ses rôles, Chalamet est
du genre cultivé, enthousiaste et bien aimé.
À l’image de son personnage dans Call Me
by Your Name (en salle le 28 février), de
l’Italien Luca Guadagnino, qui lui vaut d’être
nommé pour l’Oscar du meilleur acteur. Il y
joue Elio, 17 ans, lecteur invétéré et musicien entouré d’une famille bienveillante, qui,
lors d’un été en Italie, vit son premier amour
avec un étudiant américain. Le 4 mars, la
90e cérémonie des Oscars sera aussi pour
lui l’occasion de soutenir l’équipe de Lady
Bird, première réalisation de l’actrice Greta
G er wig (qui sor t aussi le 28 février),
nommée dans cinq catégories, et dans
laquelle il interprète également le rôle d’un
jeune érudit. «Timothée est assez intimidant,
confie la réalisatrice. J’ai pensé que son
intelligence conviendrait bien au personnage
de Kyle, dont les idées peuvent faire rire
mais sont toujours fondées sur une réelle
réflexion. »
Dans ce palace parisien, fin janvier, Timothée
Chalamet parle et rit en même temps. S’emballe et soudain se tait. Français par son
père, américain par sa mère, le jeune
homme passe d’une langue à l’autre. Même
s’il est plus à l’aise en anglais. La France, il l’a
surtout connue l’été, dans la maison de sa
grand-mère à Saint-Agrève, un petit village
d’Ardèche. « Mes vacances en France ? s’interroge-t-il. Cela consistait à aller jouer
dehors pendant que les adultes prenaient le
café, et puis à coacher des petits au foot. Je
dois mon sens de l’observation à mon côté
français, tandis que mes origines américaines m’ont davantage poussé au métier
d’acteur. » Il a grandi à New York, dans le
quartier branché de Hell’s Kitchen, entouré
de son oncle réalisateur Rodman Flender et
de sa tante Amy Lippman, qui a récemment
écrit et produit la série Masters of Sex. Tout
petit, il apparaît dans des publicités. « Adolescent, je me suis retrouvé abonné à l’emploi du garçon assassiné ! », s’amuse-t-il. Il
joue alors des rôles de victimes dans des
séries comme New York, Police judiciaire.
« Quand tu es à New York, c’est un passage
obligé. Tous les acteurs de Broadway l’ont
fait. » Mais, sur les planches, il ne joue pas
que les trépassés. Son rôle dans la bien
nommée pièce de John Patrick Stanley, Prodigal Son, lui permet de décrocher en 2016
un Lucille Lortel Award, qui récompense le
meilleur comédien du Off-Broadway.
Très vite, les productions hollywoodiennes
s’intéressent au jeune acteur. Il donne
la réplique à Claire Danes dans la deuxième
saison de Homeland – il y incarne
Finn Walden, le fils rebelle du vice-président des États-Unis –, puis à Matthew
M c C o n a u g h e y d a n s I n te r ste l l a r, d e
Christopher Nolan, et apparaît dans Men,
Women and Children, de Jason Reitman.
Son nom français n’est alors pas toujours
bien orthographié aux génériques de fin.
Sa mère envoie des lettres de réclamation
aux sociétés de production ; Timothée, lui,
ne s’en émeut pas.
Il poursuit sa scolarité à la LaGuardia High
School of Music & Art and Performing Arts
à New York, restée célèbre pour avoir inspiré la série Fame. « C’est formidable de
pouvoir se concentrer sur l’art dramatique
entre 13 et 17 ans, au moment où tu commences à te développer, explique-t-il. Jouer
devient ta seconde nature ! » Et ça marche.
Pour le vérifier, il suffit de le regarder, là,
sur ce canapé : il n’en finit plus de faire tressauter son grand corps longiligne. Régulièrement, il passe la main dans son épaisse
Photos Romain Sellier pour M Le magazine du Monde — 24 février 2018
chevelure, lâchant son interlocuteur des
yeux avant de le retrouver avec comme un
soupir de soulagement. « Ce qui compte
pour moi, c’est lorsque les corps entrent en
scène. Dans Call Me by Your Name, j’aime
l’idée qu’Elio tourne autour de son amant
avant de faire l’amour avec lui pour la première fois comme s’il cherchait à comprendre ce qui allait se passer », décrit
Chalamet.
se retournant sur sa jeune carrière déjà bien
il évoque Christopher Nolan et les
anonymes qui ont compté pour lui. Parmi
lesquels Harry Shifman, son professeur de
théâtre à LaGuardia, « qui ne dit jamais
comment jouer mais sait emmener les
acteurs où il faut », son coach de dialecte
canadien sur une publicité Disney ou son
copain Codie, qui est « nul en danse mais
hilarant ». Puis il cite James Ivory, le réalisateur de 89 ans qui a scénarisé Call Me by
Your Name. Il garde un souvenir précieux
de leurs conversations. « Quand il me
parlait d’Ismail Merchant, son défunt mari
et producteur, j’avais vraiment l’impression
qu’ils avaient vécu la vie d’artistes rêvée,
confie-t-il dans un mélange de tendresse
et d’émerveillement. On leur doit Chambre
avec vue, Retour à Howards End, Les Vestiges du jour, des succès pour lesquels ils
n ’o n t j a m a i s r e n i é l e u r i n t é g r i t é . »
Jason Noto, réalisateur du court-métrage
fournie,
Call Me By your NaMe (2 h 11), de Luca GuadaGnino,
avec armie hammer, TimoThée chaLameT,
amira casar… en saLLe Le 28 février.
lady Bird (1 h 34), de GreTa GerwiG,
avec saoirse ronan, Laurie meTcaLf,
TimoThée chaLameT… en saLLe Le 28 février.
Hunter, le chant
nocturne des chiens
Marc Lainé
7 – 16 mars 2018
théâtre
1 place du Trocadéro, Paris
www.theatre-chaillot.fr
Photo: Tristan Jeanne-Valès
d’horreur Sweet Tooth (2008), le premier
f ilm d a n s l e q u e l a to u r n é Tim oth é e
Chalamet, raconte qu’il a récemment mis la
main sur une vidéo tournée entre les prises.
« Il s’est mis à danser Thriller de Michael
Jackson devant toute l’équipe, raconte-t-il.
Cela le représente totalement. Il n’a peur de
rien.» Le jeune homme assume ses envies et
ses choix. «Alors que je préparais Call Me by
Your Name en Italie, j’ai reçu un coup de fil
de la production: “Le montage financier n’est
pas terminé. Comme tu n’as pas encore signé
de contrat, tu peux rentrer chez toi.” J’ai tout
de suite pensé : “Non ! C’est bien ici… Je me
perfectionne en piano, j’apprends à jouer de
la guitare et à parler italien ! Pourquoi
partirais-je?» Il est resté.
Chalamet, qui partagera bientôt l’affiche de
Hostiles, de Scott Cooper, avec Christian
Bale, puis incarnera un jeune drogué dans
Beautiful Boy, de Felix van Groeningen, au
côté de Steve Carell, commence à maîtriser
les codes d’Hollywood. L’affaire Woody
Allen vient de le montrer. L’acteur a joué
dans le prochain film du réalisateur, A Rainy
Day in New York (date de sortie inconnue).
Alors que le monde du cinéma prête pour
la première fois une oreille attentive à
Dylan Farrow, la fille adoptive du réalisateur
qui l’accuse d’agression sexuelle, Timothée,
en pleine campagne pour les Oscars, a prudemment envoyé en janvier un communiqué à ses 900 000 abonnés Instagram :
« Jusqu’à présent, j’ai choisi mes rôles tel un
jeune acteur cherchant à marcher dans les
pas de ceux que j’admire. J’ai désormais
appris qu’un bon personnage ne devait pas
être mon seul critère de sélection. »
On ne saura pas qui, de ses agents ou de
lui-même, a écrit le communiqué. Interdiction formelle pendant cette interview de
poser une question sur Woody Allen.
Assise dans le fond de la pièce, son attachée de presse américaine veille au grain.
Chalamet l’a promis : il reversera son
cachet à plusieurs associations de soutien
aux victimes de viol et de harcèlement,
dont Time’s Up et le centre LGBT de New
York. La ressemblance avec James Dean
s’arrête décidément au physique.
Photo : Simon Gosselin
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
Élise Vigier
Marcial Di Fonzo Bo
M comme Méliès
22 – 29 mars 2018
théâtre, cinéma, pour la jeunesse
1 place du Trocadéro, Paris
www.theatre-chaillot.fr
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
88
D’un coup d’ailes.
Par Rosita Boisseau
Elles sont petites, délicates, et posées
dans le dos des danseuses en tutu. Ces
ailes, fabriquées à partir d’une structure
en corde à piano et en organza, sont les
attributs surnaturels des danseuses du
ballet Chopiniana, chorégraphié en 1908
par le Russe Mikhaïl Fokine sur des
musiques de Chopin et de Stravinsky.
La sylphide, créature fantastique, est la
gardienne des airs. Dans Chopiniana, les
sylphides entourent un poète romantique
comme les émanations hallucinées de
son esprit enfiévré. Sur scène, ces paires
d’ailes rendent les mouvements vaporeux
et la danse devient planante et légère.
Chopiniana, de Mikhaïl Fokine. Ballet et Orchestre de Saint-Pétersbourg. Théâtre des Champs-élysées,
15, av. Montaigne, Paris 8 e. Les 24 et 25 février. www.theatrechampselysees.fr
M Le magazine du Monde — 24 février 2018
Nina Alovert. Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde
Le sens du détail.
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
Violaine Lochu,
polyphonique.
Jeune pousse.
Konstantin Lunarine
Par Roxana Azimi
Est-elle femme oiseau ou femme à barbe,
chanteuse klezmer ou artiste féministe? Violaine Lochu est tout cela à la fois. Une identité
plurielle qui contribue à la petite renommée
de cette performeuse de 30 ans, qui a fait de
la voix son instrument. Lauréate du dernier
prix Aware, qui récompense les artistes
femmes, elle expose actuellement au Centre
d’art contemporain Chanot, à Clamart.
Petite, elle jouait du piano, sans prétention.
À 18 ans, elle veut sortir du carcan classique.
Étudiante aux beaux-arts de Cergy, elle
passe ses étés à sillonner l’Europe, accordéon en bandoulière, en quête d’autres
sonorités. À Lecce, dans les Pouilles, elle
succombe à la pizzica pizzica, une danse
dérivée de la tarentelle. En Bulgarie, la voilà
sous le charme des polyphonies. À 24 ans,
elle embrasse la musique klezmer, apprend
le yiddish, avant de s’immerger… chez les
Sami de Laponie.
Aujourd’hui, elle se nourrit tout autant aux
sons de Nina Hagen, Cathy Berberian et
Meredith Monk. Sa force ? Une curiosité
tous azimuts, doublée d’une
grande empathie. « Je me
plonge à 500 % dans les
choses, je me laisse peupler
par les sons et j’en ressors
avec des formes, résumet-elle. Je ne cherche pas
une synthèse, mais un point de jonction,
quand ma voix et celle de l’autre finissent
par former une troisième voix. » Dans ses
performances proches de la poésie sonore,
sa voix se fait élastique, culmine dans les
aigus, crisse en larsen ou chuinte en murmure. Tout aussi agile, son corps devient
tour à tour minéral, animal ou végétal,
brouille les identités. Les questions de
genre la taraudent. Dans la performance
T(h)race, elle réinvente la langue des Amazones à partir d’Histoires d’Hérodote et de
l’essai Ce sexe qui n’en est pas un, de la linguiste féministe Luce Irigaray. « Mon féminisme, c’est celui d’Irigaray ou de Donna
Haraway, explique la jeune femme. Je refuse
la domination dans son ensemble, d’un sexe
BARON NOIR
SAISON 2
En coffret 3 DVD et coffret 3 Blu-ray
© KWAÏ – CANAL+ –PICTANOVO – BED –2017. Photos : © Jean-Claude Lother. Tous droits réservés.
TM
sur un autre, mais aussi de l’homme sur la
nature, les animaux. »
Selon elle, l’art se conjugue au pluriel, avec
des complices tels que le musicien Julien
Desprez ou l’artiste Guillaume Constantin,
qui a mis en espace son exposition à
Clamart. L’esprit collectif infuse d’ailleurs sa
performance Le Cri du chœur, qui aura lieu
le 16 mars à l’espace d’art contemporain
La Terrasse, à Nanterre, dans le cadre des
commémorations de Mai 68. Ou comment,
résume-t-elle, « un cri peut faire voix commune, corps commun ».
« Hypnorama », de Violaine Lochu, Centre d’art
contemporain Chanot, 33, rue Brissard,
Clamart (Hauts-de-Seine). Jusqu’au 25 mars.
www.clamart.fr
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
90
au sudest de Stockholm, avec de grandes maisons d’architecte et
la vue sur l’archipel de la capitale. C’est aussi la série télévisée qui a fait pleurer de rire les Suédois tous les vendredis
soir entre 2010 et 2015 sur la chaîne TV4. Et, depuis le
1er décembre 2017, c’est un film, adapté de la série, qui a
battu au box-office suédois le retour de Luke Skywalker sur
les écrans, avec déjà plus de un million de spectateurs en
salle, soit 10 % de la population du royaume.
La clé du succès ? Un comique de situation qui se moque
allègrement des Suédois, de leur crainte maladive du
conflit et de leur envie irrépressible de sauver les apparences. Impossible, pour beaucoup, de ne pas se reconnaître dans les personnages. Au point que, interrogés à la
fin de la seconde saison, plus de 85 % des téléspectateurs
disaient s’identifier au personnage d’Alex, interprété par
Felix Herngren, le créateur de la série. « Quand on y pense,
c’est un peu triste qu’il y ait une telle uniformité », raille ce
dernier, qui avoue pourtant avoir mis « au moins 70 % » de
lui-même dans ce rôle. Dans le film et la série, il est Alex, un
dentiste qui revient dans le Solsidan de son enfance pour
vivre dans la maison de ses parents avec son épouse.
Originaire de province, Anna se rêve anticonformiste mais
forme avec Alex l’archétype du couple de Svensson, les
M et Mme Tout-le-Monde suédois. Autour d’eux, deux autres
duos : le roi de la finance, Fredde, meilleur ami d’Alex,
obsédé par l’argent, et son épouse, Mickan, “desperate
housewife” peroxydée qui pense que Che Guevara est un
Pokémon. De l’autre, Ove et Anette. Pingres et ennuyeux à
“Solsidan”,
ou l’art de rire
de soi.
Vu de Suède.
Par Anne-Françoise Hivert
Série télévisée
satirique à succès,
Solsidan est devenue un film qui a
déjà attiré dans
les salles un million
de Suédois, soit
10 % de la population du royaume.
M Le magazine du Monde — 24 février 2018
mourir, dépourvus du moindre sens des conventions
sociales, avec un talent certain pour mettre les pieds dans
le plat. Le premier épisode de la série a été diffusé en janvier 2010. La droite, revenue au pouvoir en 2006, gouvernait le pays depuis quatre ans. La Suède entrait dans une
année électorale, à peine affectée par la crise financière
mondiale. Au programme de la coalition de centre droit,
surnommée « l’Alliance bourgeoise » : des réductions fiscales et l’extension du crédit d’impôt, permettant d’embaucher une femme de ménage à moitié prix. « On parlait alors
beaucoup de la difficulté de combiner le travail et la vie de
famille », explique Felix Herngren.
La série et aujourd’hui le film
se moquent d’une société
qui demande à ses membres
de s’épanouir au boulot,
de disposer d’un intérieur
impeccablement décoré,
d’une progéniture brillante
et équilibrée, d’un corps sain,
d’une sexualité au top
et, surtout, d’amis qui vous
“likent” sur Facebook.
La chaîne TV4 a parfois tremblé quand la satire est devenue
grinçante : comme lorsqu’un des personnages principaux,
confronté à un immigré qui parle mal suédois, fait son maximum pour communiquer
avec lui et finit par passer pour raciste.
« C’est la pire chose qu’un Suédois puisse
imaginer », s’amuse Herngren. Mais ses
congénères aiment se moquer d’euxmêmes. Le film Solsidan commence le jour
du réveillon. Un événement hypercodifié en
Suède : coup d’envoi des festivités à
15 heures pétantes, depuis 1960, devant
« Kalle Anka » – une heure d’extraits de films
de Walt Disney, que toute la famille regarde
religieusement avant l’arrivée du Père Noël,
en fin d’après-midi. Tout est parfait, jusqu’à
ce qu’Alex et Anna annoncent à leurs amis
qu’ils divorcent. Elle l’a trompé avec un autre.
Plusieurs pays préparent des remakes. Mais
des ajustements de scénario seront nécessaires, pour en ôter quelques caractéristiques
typiquement suédoises. Comme le précise
Felix Herngren : « Les Américains, notamment, ne comprenaient pas que le personnage de Fredde, qui travaille dans la finance,
passe autant de temps à la maison.»
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde. Capture d’écran. Ceija Stojka, Adagp 2017, collection Antoine de Galbert
“SolSidan” – en SuédoiS, le “côté enSoleillé” –, c’eSt ce
quartier trèS riche de la petite ville de SaltSjöbaden,
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
Dessins et sauf.
Par Roxana Azimi
Ceija Stojka, à laquelle La Maison rouge, à Paris, rend hommage,
après une rétrospective à la Friche la Belle-de-Mai à Marseille
en 2017, fut une rescapée (M Le magazine du Monde, no 284).
Des camps de concentration tout d’abord, où l’enfant rom est
déportée en 1943, à l’âge de 10 ans. Elle survit par miracle à
Auschwitz, Ravensbrück et Bergen-Belsen. Elle a échappé aussi
à l’oubli qui frappe les témoins les plus démunis. Grâce à ses
écrits, ses dessins et à l’appui de quelques journalistes, la marchande ambulante de tissus a su faire entendre la voix des
Tziganes. Ce n’est qu’en 1988 que Ceija Stojka commence à
peindre, ravivant ses souvenirs enfouis. L’ultranationaliste Jörg
Haider avait commencé son ascension en Autriche. Les peuples
apatrides n’étaient pas en odeur de sainteté. « L’accumulation
de souffrance et de silence n’était plus vivable, explique Xavier
Marchand, cocommissaire de l’exposition à La Maison rouge.
Les vannes se sont ouvertes, et elle ne s’est plus arrêtée de dessiner. » Sur les mille œuvres réalisées jusqu’à sa mort, en 2013,
plus de trois cents sont liées à la période concentrationnaire.
La violence visuelle, sonore et physique que Ceija Stojka a
endurée dans les camps s’exprime pudiquement en quelques
motifs, à hauteur d’enfant. Tel ce paysage verdoyant, barré d’un
mirador. L’horreur est suggérée, par la fumée blanche du four
crématoire ou par ce vol de corbeaux qui, dans la tradition rom,
agissent en messagers entre les morts et les vivants.
« Ceija Stojka », La Maison rouge, 10, bd de la Bastille, Paris 12e.
Jusqu’au 20 mai. www.lamaisonrouge.org
“ Un immense chef-d’œUvre. ”
Rolling Stone
“ magistral. ”
“ Une expérience de cinéma d’Une
pUissance dévastatrice. ”
Le Point
en DVD, Blu-Ray et suR
tm
Le Monde
© 2017 SHEPARD DOG, LLC. Tous droits réservés. Conception graphique : © 2018 Studiocanal.
Plein les yeux.
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
92
“À cor et à cri”.
D’aborD, il y a Ce nom qui s’affiChe
en leTTres CapiTales sur un mur
d’À cor
et à cri : celui des studios
londoniens Ealing, une marque
de fabrique de la comédie
britannique qui illuminera
le cinéma d’après-guerre, sous
la houlette de son patron, Michael Balcon,
grand-père de l’acteur Daniel Day-Lewis. Mais,
en 1947, les studios Ealing et sa brillante équipe
ne sont pas encore le centre de la comédie – ils
le deviendront justement à partir d’À cor et à cri.
Son scénariste, T.E.B. Clarke, travaillera plus tard
sur Passeport pour Pimlico, De l’or en barre et
Tortillard pour Titfield. Le réalisateur, Charles
Crichton, signera ces deux derniers avant de
disparaître, dans les années 1960, à la télévision,
puis d’effectuer un retour inattendu, en 1988,
avec Un poisson nommé Wanda. Quant à
Michael Balcon, il se chargera, avec les studios
Ealing, de certaines des comédies les plus parfaites jamais réalisées : Noblesse oblige, L’Homme
au complet blanc, Tueurs de dames.
À cor et à cri avance sur un territoire très particulier : le Londres en ruine de l’après-guerre.
Un cadre peu propice aux éclats de rire, que
filment au plus près Charles Crichton, issu du
au DébuT Du générique
Le film de
Charles Crichton
est tourné
en 1947, alors
que Londres est
encore en ruine.
cinéma documentaire anglais des années 1940,
et son directeur photo, Douglas Slocombe, qui
a travaillé sur les films d’actualités – ce sera
le chef opérateur de Steven Spielberg sur
les trois premiers Indiana Jones.
Dans le film, des gamins des rues tentent
de mettre fin aux agissements d’un escroc
qui pirate les bandes dessinées d’un journal,
étrangement nommé “The Trump”, pour
transmettre des messages codés à une
organisation criminelle. À cor et à cri dresse
une cartographie de la capitale britannique et
un état des lieux d’une ville en partie détruite.
Cette comédie aurait pu
être tournée en studio,
comme la plupart des
productions britanniques
de la décennie. Mais
son réalisateur est frappé
par l’état dans lequel
se trouve Londres.
À l’évidence, il est
influencé par le premier
grand film néoréaliste
– “Rome ville ouverte”,
de Roberto Rossellini,
sorti en 1945 en Italie.
À bien des égards, Charles Crichton tient à
filmer son « Londres année zéro », une année
avant Allemagne année zéro, du même
Rossellini. Et deux ans avant Le Troisième
homme, de Carol Reed, tourné à Vienne.
Dans tous ces films, réside la même idée
d’une capitale dévastée, et sur le point d’être
reconstruite, alors que tous ses démons n’ont
pas encore été éradiqués. À cor et à cri hérite
d’une tradition expressionniste fascinée par
les fantômes et le cauchemar de l’enfance, tout
en se montrant séduit par l’esthétique de son
époque, où le réalisme, plus qu’une mode,
devient une obligation. Ce qu’on peut appeler
un film moderne.
À cor et à cri (1 h 22), de Charles Crichton,
édité en DVD par Tamasa.
Pages coordonnées parClément Ghys, avec émilie Grangeray
M Le magazine du Monde — 24 février 2018
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde. Studiocanal/The Kobal Collection/Aurimages
Le DVD de Samuel Blumenfeld.
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
© 2018 Pink Floyd Music Ltd. Visuels non contractuels. Hachette Collections SNC, 58 rue Jean Bleuzen – CS 70007 - 92178 Vanves Cedex – 395 291 644RCS Nanterre. La collection est composée de 18 numéros.
Chaque Numéro est vendu au prix de 9,99€, à l’exception des Numéros comprenant 2 CDs dont le prix de vente est de 12,99€, et du Numéro double DVD « Pulse » à 14,99€. Albums ne pouvant être vendus en dehors de la collection Hachette.
PINK FLOYD
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R E M AST E R I SÉ E
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LE N°6 : LE DOUBLE ALBUM 12,99€
SEULEMENT
UMMAGUMMA
Paru en 1969, Ummagumma est un mélange éclectique de live
et d’enregistrements studio. Premier double album des Pink Floyd,
sa pochette avec ses miroirs en cascades reste parmi les plus
iconiques du groupe. Et au fait que signifie Ummagumma ?
Après plus de quatre décennies, le mystère reste entier…
LA COLLECTION :
The Piper
at the Gates
of Dawn
A Saucerful
of Secrets
Soundtrack
from the Film
More
Ummagumma
Atom Heart
Mother
Meddle
Obscured
by Clouds
The Dark Side
of the Moon
Wish You
Were Here
Animals
The Wall
The Final Cut
A Momentary
Lapse of
Reason
Delicate Sound
of Thunder
(Live)
The Division
Bell
P•U•L•S•E
A Foot in the
Door
The Endless
River
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L'al bum
94
pink floyd
“Ummagumma”,
notes personnelles.
“Le Monde” propose une coLLection de dixhuit aLbuMs du groupe britannique. cette
seMaine, un doubLe 33-tours où se MêLent
anciens Morceaux et titres expériMentaux.
par
yann Plougastel
Paru le 25 octobre 1969, Ummagumma est le quatrième album
de Pink Floyd. Il fut, sans doute,
celui qui révéla le groupe au
grand public, quittant l’under­
ground londonien de ses débuts
pour tutoyer les sommets et se
muer en une sorte d’équivalent
psychédélique des Beatles.
Pourtant, l’affaire n’était pas
gagnée d’avance. Certains des
musiciens, tels David Gilmour,
n’hésitaient pas à le juger fort
médiocre et envisageaient de le
réenregistrer. La maison de
disques réfléchit même à ne pas
le sortir, sceptique sur les
capacités commerciales de ce
double 33­tours hybride, mêlant
versions en public d’anciens
PINK
FLOYD
LA COLLECTION
REMASTER ISÉE
© 2018 Pink Floyd Music Ltd. Visuels non contractuels. Hachette Collections SNC, 58 rue Jean Bleuzen – CS 70007 - 92178 Vanves Cedex – 395
291 644RCS Nanterre. La collection est composée de 18 numéros.
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morceaux et titres expéri­
mentaux enregistrés en studio. Il
e s t v ra i q u e l ’a t m o s p h è re
d’Ummagumma a de quoi
surprendre. Ne serait­ce que par
son titre, expression argotique
signifiant « tirer son coup »,
employée à tort et à travers par
les anciens étudiants de Cam­
bridge et bien loin de l’image
romantique accolée à la
musique de Pink Floyd…
Début septembre 1968, en s’ins­
tallant au studio Abbey Road,
où, l’année précédente, les Beat­
les avaient mis au point
Sgt. Pepper ’s Lonely Hearts
Club Band, le groupe n’a aucun
m o rce a u n o u ve a u d a n s s a
besace. Que faire ? Wright pro­
pose que chacun d’entre eux se
livre dans son coin à ses propres
expérimentations sans se préoc­
cuper d’une unité commune.
Ensuite, ils réuniront l’ensemble.
Chaque musicien dispose d’une
demi­face de 33­tours, soit envi­
ron une quinzaine de minutes
de musique… Résultat, un
poème symphonique en quatre
parties (Sysyphus, de Wright),
une ballade élégiaque avec
bruissement d’abeille (Grantchester Meadows, de Waters),
un exercice de virtuosité guita­
ristique (The Narrow Way, de
Gilmour) et une tempête de
percussions (The Grand Vizier’s
Garden Party, de Mason). Le
tout n’est pas sans évoquer l’im­
mense collage sonore, Revolution 9, réalisé par Lennon pour
le White Album des Fab Four.
Plus facile d’accès, le second
33­tours propose quatre titres
déjà connus (Astronomy
Domine, A Saucerful of Secrets,
Set the Controls for the Heart of
the Sun, Careful with that Axe,
Eugene) enregistrés en live à
Birmingham et à Manchester
les 27 avril et 2 mai 1969.
Le succès d’Ummagumma doit
é g a l e m e n t b e a u co u p à s a
pochette, conçue par Storm
Thorgerson et l’agence Hipgno­
sis. Surréaliste et mystérieuse,
elle s’appuie, pour le recto, sur
l’effet Droste, qui consiste à
répéter à l’infini le motif de la
première image à l’intérieur
d’autres images, avec des varia­
tions subtiles à chaque fois. Le
verso présente tout le matériel
du groupe, pris en photo sur
une piste de l’aéroport londo­
nien de Biggin Hill, avec les
deux roadies.
UmmagUmma, ColleCtion Pink Floyd,
2 Cd, 12,99 €. en kiosque.
La semaine prochaine :
The Division Bell
Ullstein Bild/Getty
David Gilmour, Roger Waters,
Nick Mason et Richard Wright
(de gauche à droite), en 1969, ont
travaillé leurs morceaux chacun de
leur côté avant de les juxtaposer.
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LE DOUBLE
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ALBUM N°6 : SEULEMENT
UMMAGUMMA
Paru en 1969, Ummagumma est un mélange éclectique de live
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96
Mots croisés
Sudoku
g r i l l e no 336
PhiliPPe duPuis
1
2
3
4
no 336
-
difficile
yan georget
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
Compléter toute
la grille avec des
chiffres allant de 1
à 9. Chacun ne doit
être utilisé qu’une
seule fois par ligne,
par colonne et par
carré de neuf cases.
I
II
III
IV
V
VI
Solution de la grille
VII
précédente
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
Horizontalement I écrivent l’histoire du temps et des affaires de demain. II Remaniai tant
bien que mal. Seuls les initiés la verront. III Conduits par Ambiorix, ils se révoltèrent contre
César. Candidat socialiste à la présidence de la République de 1848. IV Une voix de Radio
Londres. Rêveur. Part de gâteau. V Part d’ensemble. Sur la rose. Donne de l’intérêt à la partie.
VI Brille faussement. Obtenue par mélange. VII Titrée chez Elizabeth. Accord au Sud. Fait
masse. VIII Peuple du Nigeria. Prendrai contact avec Séléné. IX Toujours à gauche. Sans
retenue. X A su écrire avant les autres. Verts toute l’année. Article. XI Possessif. Découpage du
temps. Démonstratif XII En feu. Réserve naturelle. à suivre pour tracer. XIII Dans la poche
du Suédois. Patron en région. Physiologiste américain nobélisé. XIV Couverture froide.
Aéroport de Papeete. Dans les décors au théâtre. XV Facilite la réception.
Verticalement 1 Penchants naturels. 2 Facilite le massacre. Accueille favorablement.
3 Chasserions les petites bêtes. Refus berlinois. 4 Mou et allongé. Chargée de glaise. En gros.
5 également. Casse la croûte. Bâtisseur de pyramides. 6 Bonne occasion pour lever le coude.
Ouvre la bête chez le boucher. 7 C’est là qu’Alexandre rencontra Darius. Habillait artistes et
paysans. Marque de mépris. 8 Travaille en usine. Bien rebondi. Pas mieux. 9 Prise d’air.
Travaillerai sur la pièce. 10 Fis l’innocent. Atome. Grognas comme un greffier. 11 Ont beaucoup reproduit au bureau. Divin porteur de disque solaire. 12 Attaquent à la base. Au centre
de l’atrium. Impeccable. 13 Mit à mal. évité aujourd’hui par le consommateur écolo. Bon, il
évite la force. 14 Bien dressé. Attend le retour de l’aigle. Entre les mains du carrier. 15 Tout à
fait répugnants. Avoir confiance.
Solution de la grille no 335
Horizontalement I Incompréhensifs. II Noiseraie. Ornée. III Vue. Sensuel. Cas. IV Rires. Germinal. V Algues.
Nessus. VI Ilet. échu. Esses. VII Se. Ha. Boxer.Ars. VIII Cash. Cambré. IX Mainteneur. élan. X Binait. Raillent.
XI Legs. Rf. étui. Ti. XII. Liteau. Un. Fée. XIII Niées. Intruse. XIV Clé. Art. Télétel. XV Essorées. Séléné.
Verticalement 1 Invraisemblance. 2 Nouille.Aïe. Ils. 3 Cierge. Cinglées. 4 Os. Euthanasie. 5 Messe.Asti.Tsar.
6 Pré. Se. Hêtre. Rê. 7 Rang. CB. Faîte. 8 Eisenhower. Un. 9 Heureux. Uae (eau). Tt. 10 Ems. écritures.
11 Nolisera. Lunule. 12 Sr. Nus. Méli. Sel. 13 Incassable. Fêté. 14 Féal. Errante. En. 15 Ses. Essentielle.
M Le magazine du Monde — 24 février 2018
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98
Le Pinocchio
d’Oliviero Toscani.
l’auteur des publicités benetton, qui ont marqué les années 1990,
est le parrain de la première édition de Venezia photo. pour
la nouVelle campagne de la marque, le photographe italien
met en scène pinocchio, dont il possède toute une collection.
Parfois, j’ai honte d’appartenir
à la race humaine. Je suis né dans
un pays allié aux nazis et, depuis mon
enfance je me rends compte que, bien
souvent, la vie d’un homme n’a pas plus
de valeur que celle d’une mouche, ce
qui m’embarrasse beaucoup. Lorsque je
vois les agissements de mes congénères,
je préférerais ne pas être fait de chair
– comme Pinocchio, né sous les doigts
d’un menuisier, un métier fantastique.
J’ai toujours été fasciné par son histoire.
À l’heure où mes camarades rêvaient
de James Dean et Marlon Brando, mon
héros, c’était Pinocchio. Pas celui de
Disney, un vrai désastre, mais plutôt
l’original, né de l’imagination de l’écrivain
italien Carlo Collodi (1826-1890). On dit
que c’est un pantin menteur et voleur,
mais c’est surtout un être empli d’humanité,
généreux, naïf, simple, primaire. Il ne se
sentait pas bien à l’école, comme moi
à l’époque. Il avait de l’imagination, ce
qui n’était pas conforme aux codes de la
société dans laquelle il vivait. Comme
M Le magazine du Monde — 24 février 2018
Marie Godfrain
d’autres connaissent par cœur La Divine
Comédie ou Don Quichotte, moi, je peux
citer sans problème Pinocchio, car,
dans mon existence, je me suis servi de
cette histoire comme d’une bible. J’aimerais
voir la vie avec son honnêteté, son innocence. Je l’ai choisi comme figure centrale
de ma dernière campagne pour Benetton,
dans laquelle une maîtresse d’école fait
la lecture du livre de Pinocchio entourée
d’élèves. J’avais déjà utilisé ce personnage
pour Benetton en 1991 : je mettais en
scène cinq Pinocchio, sculptés dans différentes essences de bois, de la plus claire
à la plus foncée, pour montrer son
universalité. J’en possède toute une collection. Ils sont assis sur une table de menuisier, ce sont un peu comme mes enfants.
Pour moi, qui suis athée, Pinocchio représente un directeur de conscience. Je me
confie à lui, c’est beaucoup mieux qu’un
psychanalyste. Il est d’une modernité
incroyable et je suis persuadé que,
dans deux cents ans, son discours
sera toujours aussi fort.
à voir
Venezia photo,
île de san
serVolo, Venise.
Jusqu’au 5 mars.
Venezia-photo.
com
Oliviero Toscani
propos recueillis par
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