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Les Echos Week-end - 23 02 2018

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N° 111. SUPPLÉMENT AU N° 22 642 DU QUOTIDIEN « LES ÉCHOS » DES 23 ET 24 FÉVRIER 2018. NE PEUT ÊTRE VENDU SÉPARÉMENT. 4,70 €
BUSINESS STORY / CULTURE / STYLE / ... ET MOI
LE PROJET SLIMANE
Pourquoi l’arrivée d’Hedi Slimane à la tête de la création
et de l’image de Céline fait frémir l’industrie du luxe.
INTERNET
Le mandarin qui défie
la Silicon Valley
+
MODE FEMME
Noir comme le pouvoir
VOYAGES
Le tour du monde
du pourboire
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
SOMMAIRE
23 FÉVRIER 2018
10 ESPRIT WEEK-END
56 MODE ALL NOIR
Vestiaire militant, à l’heure où Hollywood
fait du noir une couleur-manifeste.
EN COUVERTURE ET CI-DESSUS : Y.R
DR
CRAIG BARRITT/GETTY IMAGES FOR NATIONAL RETAIL FEDERATION/AFP
SAVONNERIE MARIUS FABRE
CAROLE BARRAUD POUR LES ECHOS WEEK-END
18 LE DIMANCHE IDÉAL DE…
Le chef Alain Passard.
72 GRAND FROID
BUSINESS STORY
73 RETOUR VERS LE PASSÉ
Veste de ski Lofoten, de Norrøna.
La montre Panerai Radiomir California.
19 TENCENT, LE MANDARIN DE L’INTERNET
74 LEEUWARDEN, POUR MATA HARI
ET LA MER DE WADDEN
Méconnu en Occident, le propriétaire
du réseau social chinois WeChat, leader
mondial des jeux vidéo, a bâti un empire
digital tentaculaire. Si puissant que Pékin
commence même à s’en inquiéter.
Capitale culturelle européenne en 2018,
la cité frisonne dédie une expo à la célèbre
espionne, enfant du pays.
76 GASTRONOMIE
28 6 BUSINESS KIDS
Ils ont 12, 13 ans, voire à peine
7, ils ont déjà lancé leur
entreprise… Aux
États-Unis, le sens
des affaires
n’attend pas
le nombre
des années.
30 DUMONTET, DE CANTELOUP À MACRON
Engagé auprès du candidat en 2017,
Jean-Marc Dumontet, producteur
à succès désormais à la tête de six salles
de spectacle parisiennes, continue
de couver le président de son œil de pro.
34 GRAINES DE DISCORDE
Loin des allées du Salon de l’agriculture,
un réseau de cultivateurs rebelles tente
de redonner vie aux « semences paysannes »
oubliées, contestant le cadre légal dans
lequel prospère l’industrie semencière.
38 SAVON DE MARSEILLE,
ET QUI VEUT LE RESTER !
Pour préserver un savoir-faire ancestral,
les fabricants se mobilisent… en ordre
dispersé. Savonniers du
« 13 », de Paca et de l’Ouest
s’écharpent, tandis
que les ersatz turcs
ou asiatiques montent
en puissance.
Après être passé par Dior et Saint Laurent,
Hedi Slimane arrive chez Céline.
CULTURE
41 LA FEMME AFRICAINE,
AVENIR DE LA PHOTO
Engagées, militantes et surtout
talentueuses, la Sud-Africaine Zanele
Muholi et l’Éthiopienne Aïda Muluneh
donnent à voir leur puissance créatrice,
l’une à Zurich, l’autre à New York.
78 PIQUANTE À SOUHAIT
La nouvelle Citroën C4 Cactus,
une berline au charme de SUV.
…ET MOI
79 LE CASSE-TÊTE DU POURBOIRE
Les globe-trotters connaissent bien le
problème : faut-il laisser, à qui et combien ?
D’un pays à l’autre, les usages diffèrent
et le sujet peut se révéler très sensible…
84 DÉLICES D’INITIÉS
46 LIVRE, DANSE, MUSIQUE, CINÉMA
Sélection de l’actualité culturelle.
STYLE
49 EN COUVERTURE :
LE PROJET SLIMANE
C’est une nomination qui a mis la planète
mode en émoi : du nouveau directeur
de la création artistique et de l’image
de Céline, et de ses ambitions
« holistiques », le secteur tout entier
attend rien moins qu’une révolution.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 7
86 BIEN-ÊTRE
Sans se faire tirer l’oreille.
87 CLAP DE FIN
La chronique de Marc Dugain.
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
ÉDITO
23 FÉVRIER 2018
CULTURE
23 FÉVRIER 2018
LA FEMME
AFRICAINE,
AVENIR
DE LA PHOTO
BUSINESS STORY
STYLE
Par Michèle Warnet
23 FÉVRIER 2018
ET MOI…
2018 AÏDA MULUNEH/COURTESY THE ARTIST AND DAVID KRUT PROJECTS, NEW YORK AND JOHANNESBURG
23 FÉVRIER 2018
TENCENT, LE MANDARIN
DE L'INTERNET
Par Frédéric Schaeffer
23 FÉVRIER 2017
All in One, d’Aïda
Muluneh (2016), photo
de la série « The
world is 9 », exposée
au MoMA à New York,
dans le cadre
de « Being : New
Photography 2018 ».
LE PROJET SLIMANE
Par Gilles Denis
LES ECHOS WEEK-END – 41
Y. R
JASON LEE/REUTERS
Dans une boutique de Pékin,
est affiché le QR Code pour
payer via WeChat, l’appli
à tout faire de Tencent.
LES ECHOS WEEK-END – 19
LES ECHOS WEEK-END – 49
LE POURBOIRE
UN VRAI CASSE-TÊTE
Par Florence Bauchard
Illustrations : Simone Massoni
L’ANTHROPOLOGUE
Qui n’a entendu citer la fameuse phrase
d’André Malraux : « Par ailleurs, le cinéma est
une industrie ». De la mode, l’écrivain aurait pu
dire que c’est une industrie qui se veut « par
ailleurs » un art. Du moins est-ce ainsi que
la profession se rêve, et la multiplication des
expositions qui lui sont consacrées dans les plus
vénérables musées du monde tendrait plutôt
à la conforter sur cette voie. Le problème, pour
les principaux acteurs du secteur, c’est de
trouver les personnes capables d’évoluer sur
ce terrain paradoxal, celles qui réunissent
les talents conceptuels du stratège et la part
Directeur de la publication,
président de la SAS Les Echos : Francis Morel
Directeur des rédactions : Nicolas Barré
ILLUSTRATION FABIEN CLAIREFOND
RÉDACTION
Directeur : Henri Gibier (7249)
Directeur de création : Fabien Laborde (7273)
Assistante : Maria Lopez-Pissarra (7325)
Rédacteurs en chef : Gilles Denis (7221),
Karl De Meyer (7219), Lucie Robequain (7340)
Rédacteurs en chef adjoints :
Mariana Reali (7335), Claude Vincent (7361)
Chef d’édition : Anne-Sophie Pellerin (7322)
Directrice artistique : Cécile Texeraud (7354)
Directrice artistique adjointe:
Alice Lagarde (7276)
Chef de service photo: Jany Bianco-Mula (7170)
Conseillers éditoriaux : Daniel Fortin (7240),
Pascal Pogam (7326)
Rédaction : Philippe Chevilley (7192),
Thierry Gandillot (7246) (chefs de service),
Isabelle Lesniak (7290), Florence Bauchard
(7162), Stefano Lupieri (7295)
(chefs de rubrique), Pierre de Gasquet (7215)
(grand reporter)
Editrice Web : Cécilia Delporte (7218)
Edition : Véronique Broutard (7183),
Emmanuelle Chabert (7187), Annette Lacour (7275)
d’irrationnel sans laquelle il n’y a pas de
créateur. Ils sont rares, et bien sûr rémunérés
à prix d’or, les designers à qui les grandes
maisons reconnaissent cette double aptitude.
Incontestablement, Hedi Slimane appartient à
ce cercle très étroit. À voir l’émoi qu’a provoqué
l’annonce de son arrivée chez Céline, il se situe
même en son épicentre. Il n’y a sans doute pas
d’autre exemple de styliste rappelé, chaque fois
à plus d’une décennie de distance, par la même
marque, comme ce fut le cas pour Yves Saint
Laurent, puis par le même employeur, comme
aujourd’hui avec LVMH. Ce n’est pas une
Maquette : Christine Liber (7291)
Service photo : Clémentine Neupont (7317),
Constance Paindavoine (7320)
Infographies:
service infographie des « Echos »
Documentation : Anne Flateau (7239)
Ont collaboré à ce numéro :
Marie Barbelet (maquette), Jérôme Berger,
Philippe Besson, Ludovic Bischoff, Frank
Declerck, Marc Dugain, Jean-Denis Errard,
Astrid Faguer, Romin Favre, Cédric Fréour,
Adrien Gombeaud, Laurent Guez, Laure et
Sarah, Cécile Michel, Philippe Noisette,
Alice d’Orgeval, Jean-Francis Pécresse,
Frédéric Schaeffer, Thomas Schenk,
Dominique de la Tour, Paolo Turina, Michèle
Warnet, Nadège Winter.
Pour obtenir votre correspondant,
composez le 01 87 39 suivi
des quatre chiffres entre parenthèses.
Les adresses e-mail se construisent ainsi :
initiale du prénomnom@lesechos.fr
LES ECHOS WEEK-END – 79
fashionista mais un gourou de la Harvard
Business Review qui l’a baptisé « le Steve Jobs
de la mode », saluant son don pour articuler une
vision globale à une attention maniaque pour
les détails, et aussi son obsession du secret.
Dans sa passion pour le rock et la photographie,
Slimane a su, en outre, trouver les ressorts
pour reconnecter le luxe avec la culture jeune
– le Graal du marketing. Il a dit une fois qu’un
défilé de mode était pour lui « comme de la pure
anthropologie ». Une science de l’homme et
de la femme, mais celle-là tournée moins vers
l’origine que vers le futur. Henri Gibier
Editrice : Bérénice Lajouanie
Editrice déléguée :
Capucine Marraud des Grottes
Directeur de la diffusion et du marketing
clients : Etienne Porteaux
Directeur Stratégie & Communication :
Fabrice Février
PUBLICITÉ - Team Média
Tél. : 01 87 39 78 00
Présidente : Corinne Mrejen
Directrice générale : Cécile Colomb (7508)
Directrice commerciale du pôle Lifestyle :
Anne-Valérie Oesterlé (1545)
Directrice adjointe du pôle Lifestyle :
Sophie Chartier (7501)
Directrice adjointe du pôle BtoB :
Muriel Porte Chapuy (7548)
Directeur du pôle Réseaux, International
et Régions : Nicolas Grivon (7526)
Pour obtenir votre correspondant,
composez le 01 87 39 suivi
des quatre chiffres entre parenthèses.
SERVICE ABONNEMENTS
4, rue de Mouchy, 60438 Noailles Cedex
Du lundi au vendredi de 9 h à 17 h30
au 01 70 37 61 36. serviceclients@lesechos.fr
LE S E CHOS WE E K- E ND – 9
FABRICATION
Directeur : Jérôme Mancellon (7444)
Responsable fabrication groupe :
Sandrine Lebreton (7442),
assistée de Jean-Claude Lainé (7129)
Photogravure : Key Graphic
Impression : Maury SA, Malesherbes
Origine du papier : Finlande. Taux de fibres
recyclées : 0 %. Le papier de ce magazine
est issu de forêts gérées durablement.
Ptot 0.011kg/tonne
Les Echos Week-End est une publication
hebdomadaire du Groupe Les Echos.
ISSN 2430-7599. CPPAP 0421 C 83015.
Dépôt légal : février 2018
Ce numéro comprend un catalogue
Le Bon Marché de 32 pages, jeté, pour
les abonnés postés et portés 75 et 92.
Principal associé : Ufipar (LVMH)
Président-directeur général : Francis Morel
Directeur général délégué : Christophe Victor
Directeur délégué : Bernard Villeneuve
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ESPRIT WEEK-END
23 FÉVRIER 2018
L'AGENDA EN FRANCE
Colonne de boîtes
à effets, de Nicolas
Schöffer (1969).
SAINT-NICOLAS-LA-CHAPELLE
Cabanes savoyardes
Dans le Val d’Arly, en Savoie, les trois cabanes
construites par Nicolas Boisrame jouent la carte
du raffinement et de l’originalité. Dans le Nid,
tout en rondeur et recouvert de branchages,
on passe la nuit à deux, perché dans un arbre.
La chambre Mont-Blanc, avec son sauna
qui donne sur les montagnes, peut accueillir,
elle, une famille. Des cabanes d’artisan
haut de gamme à partir de 350 euros la nuit.
www.cabanes-entreterreetciel.fr
U
JUSQU’A
IL
27 AVR
Cinéma haut de gamme
La ville des frères Lumière accueille
une nouvelle petite révolution du cinéma
avec la seconde salle de France équipée
de la technologie Dolby Cinema. Après
le Pathé-Massy, en Île-de-France, c’est donc
au Pathé-Vaise que l’on peut s’allonger
dans des « sièges lits » inclinables dignes
d’un vol en classe affaires pour dévorer
un film aux contrastes de couleurs
et à la sonorisation inédits.
www.dolby.cinemasgaumontpathe.com
ERSTEIN
Hélène de Beauvoir dans son atelier
à Goxwiller, en Alsace.
Beauvoir, la sœur
À l’occasion de ses dix ans, le Musée Würth,
près de Strasbourg, organise la première
rétrospective muséale consacrée à Hélène
de Beauvoir, sœur cadette de Simone
de Beauvoir. On y découvre les peintures
d’une femme engagée pour la cause féministe,
l’environnement et les grandes questions
sociétales de son époque. Jusqu’au 9 septembre.
www.musee-wurth.fr
10 – LE S E CHOS WE E K- E ND
IL EST TEMPS DE RÉSERVER
UNE NUIT DANS UNE DAMEUSE
Dormir dans une dameuse en haut des
pistes de ski ? C’est possible à La Plagne.
Au terme d’une balade nocturne, avec
un conducteur professionnel, à bord de
l’engin reconverti en chambre douillette,
on se retrouve à 2 400 mètres d’altitude,
face au Mont-Blanc. Avec champagne,
macarons et musique, blotti dans un
grand lit d’où l’on observe le ciel par le toit
vitré, bien au chaud dans cette « love
chenillette » stationnée à côté d’une salle
de bains avec baignoire balnéo. Une offre
unique au monde, accessible cet hiver
pour 320 euros la nuit. www.skipasslaplagne.com/fr/forfait-ski/over-the-moon
STUDIO K / CHRISTIAN KEMPF
DR
LYON
N. DEWITTE/LAM/ ADAGP, PARIS/ÉLÉONORE DE LAVANDEYRA-SCHÖFFER, 2018
VILLENEUVE -D’ASCQ
Art rétro-futuriste
Le LaM célèbre l’œuvre prospective de Nicolas
Schöffer. Au carrefour des sciences et des
technologies, notamment de la cybernétique,
l’art de Schöffer aura porté tous les espoirs
et les visions les plus optimistes des Trente
Glorieuses. Une expo rétro-futuriste à parcourir
dès ce week-end et jusqu’au 20 mai.
www.musee-lam.fr
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РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
ESPRIT WEEK-END
Maquette du Channel,
scène nationale
de Calais, par Patrick
Bouchain (2003-2007).
FÉCAMP
par le vent. Dans le cadre de la Nuit
des jardins de lumière, le parc du château
se métamorphose et offre un spectacle
nocturne onirique, féerique et gratuit.
www.chateauluneville.meurthe-et-moselle.fr
LE CATEAU-CAMBRÉSIS
NANTES
Rock city
La scène musicale nantaise est reconnue
comme l’une des plus riches de France,
avec des artistes aussi divers que Dominique A,
Elmer Food Beat, Jeanne Cherhal, C2C
ou Christine and The Queens… L’expo « Rock !
une histoire nantaise » retrace une histoire
artistique et politique qui s’est écrite dans
les locaux de répétition, les studios, les bars
et les salles nantaises... Au château des ducs
de Bretagne, du 24 février au 10 novembre.
www.chateaunantes.fr
Biennale d’architecture
La première Biennale d’architecture d’Orléans
invite plus de 70 architectes et artistes à croiser
leurs regards sur la construction du monde
de demain. Un parcours dans divers lieux de
la région, dont le Centre d’art contemporain
Les Tanneries à Amilly, le Transpalette
de Bourges ou le Frac Centre-Val de Loire,
qui invite l’architecte et scénographe Patrick
Bouchain à commenter son travail. Jusqu’au
1er avril. www.biennale-orleans.fr
AU
DU 10
IL
R
V
A
2
1
Elmer Food
Beat, groupe
nantais fondé
en 1986,
célèbre pour
son hymne
au plastique.
IL EST TEMPS DE RÉSERVER
JAZZ À VAL THORENS
Le festival Jazz à Vienne prend de la hauteur
et s’installe dans la plus haute station
de ski d’Europe. Du 10 au 12 avril, se tiendra
la première édition du festival Jazz à Val
Thorens avec une programmation jazz
aux inspirations de bossa-nova, soul, blues,
hip-hop et funk… De quoi fêter le ski de
printemps avec de multiples concerts sur
les pistes et dans la station. Et trois têtes
d’affiche alléchantes : Barrio Combo, China
Moses (photo) et Kyle Eastwood.
www.valthorens.com
12 – LE S E CHOS WE E K- E ND
HUSSEIN ADIL
Jardins de lumières
Ce samedi, le château des Lumières vous invite
à déambuler dans ses jardins au milieu des
installations lumineuses de la compagnie Porté
ANGOULÊME
BD du monde arabe
La Cité internationale de la bande dessinée
propose de découvrir la nouvelle génération
d’auteurs arabes qui signent le renouveau
de la BD contemporaine en Algérie (Collectif 12
tours), Égypte (Collectif TokTok), Irak (Collectif
Masaha), Liban (Collectif Samandal), Maroc
(Collectif Skefkef), etc. Une belle découverte
artistique, jusqu’au 4 novembre.
www.citebd.org Ludovic Bischoff
DR
LUNÉVILLE
Matisse et Godon
Le musée Matisse du Cateau-Cambrésis invite
le peintre et sculpteur Alain Godon à exposer
son travail pour mettre en relief l’importance
du voyage dans l’œuvre de Matisse. L’exposition
« New-York - Tahiti, L’Architecture du rêve »
apporte une vision colorée et contemporaine
qui dialogue avec celle du maître des lieux.
Jusqu’au 18 mars. www.museematisse.lenord.fr
Cookie saveur poudre à canon,
de l’Irakien Hussein Adil.
F. LAUGINIE/FRAC CENTRE-VAL DE LOIRE
ORLÉANS
Vies de pêcheurs
Le musée des Pêcheries vient tout juste d’être
inauguré. Sur le port de Fécamp, dans une
ancienne sécherie de morue, il invite à la
découverte du métier de marin-pêcheur
à travers les siècles. L’exposition inaugurale
(jusqu’au 29 avril) dévoile le travail de François
Kollar, qui a photographié les pêcheurs dans
tous les ports de France durant les années 30.
www.ville-fecamp.fr
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Photo Michel Gibert, non contractuelle.
French Art de Vivre
Agape. Table de repas, design Sacha Lakic.
Lift. Buffet-bar, design Sacha Lakic.
Ava. Bridges, design Song Wen Zhong.
French : français
www.roche-bobois.com
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ESPRIT WEEK-END
L'AGENDA À PARIS
Toucans, de
Josette HébertCoëffin (1935),
sur un décor de
Julien Colombier.
SALLE D'ATTENTE
DERNIÈRE CHANCE
RAMEN POUR CULOTTES COURTES
U
JUSQU’A R
RIE
24 FÉV
Cuisiner des cupcakes, c’est bien… Savoir faire
ses propres ramen, c’est tellement mieux ! La Maison
du Japon propose cette semaine l’atelier des petits
chefs, un programme de cours de cuisine (2 h 30)
réunissant enfants (à partir de 6 ans) et adultes
autour d’un bol de farine. Au programme, la recette
des fameuses nouilles japonaises dans leur bouillon
et celles des raviolis gyoza au porc. Dernière séance
ce samedi. Réservation sur www.mcjp.fr
14 – LE S E CHOS WE E K- E ND
ILLUSTRATION FABIEN CLAIREFOND POUR LES ECHOS WEEK-END
L’art anonyme sort de l’ombre
Dans ce monde voué à la starification,
l’exposition « Mon nom est personne », qui
débute cette semaine aux Magasins généraux
de Pantin, ne devrait pas passer inaperçue…
L’artiste Alexandre Périgot a réuni 800 œuvres
(peintures, photos, dessins…) non signées
et issues de grandes collections nationales,
invitant le visiteur à s’interroger sur l’intérêt de
la notoriété. Jusqu’au 22 avril. www.cneai.com
Alice d’Orgeval
MARAGA/SHUTTERSTOCK
DESIGN ITALIEN
Sottsass à l’honneur
Disparu en 2007, le
designer italien Ettore
Sottsass devait faire l’objet
EXPOSITION
ADRIEN DIDIERJEAN/RMN-GRAND PALAIS
PORCELAINE
Bestiaire arty
Quand la faune en porcelaine de la Manufacture
de Sèvres rencontre la jeune création
contemporaine, la poésie est au rendez-vous.
La galerie de Sèvres, au 4, place André Malraux
dans le Ier arrondissement, a ainsi convié Julien
Colombier à habiller de ses jungles luxuriantes
les élégantes sculptures de toucans, paons,
chats, crapauds et autres ours. Jusqu’au 5 mai.
www.sevresciteceramique.fr
ETTORE SOTTSASS
MUSÉE
Napoléon en son palais
Fermé depuis mai dernier,
le musée Napoléon de
Fontainebleau rouvre
ses portes ce dimanche
après plusieurs mois
de remodelage de sa
scénographie. L’occasion de
redécouvrir le seul palais de France comprenant
encore une salle du Trône, et une collection
d’œuvres (également enrichie) témoignant
du règne fulgurant de l’empereur français.
www.musee-chateau-fontainebleau.fr
Quatorze ans après la fin de « Sex and
the City », Kim Cattrall dit tout
le mal qu’elle pense de Sarah Jessica
Parker. Dans un post, celle qui
incarnait Samantha Jones dans la série
s’adresse à son ancienne collègue et,
comme le rapporte Public, « dénonce
son hypocrisie après la mort de
son frère Christopher ». Le post est
assassin : « Tes tentatives répétées
d’entrer en contact avec moi sont un
rappel douloureux de ta méchanceté
de l’époque comme d’aujourd’hui.
Laisse-moi être très claire : tu n’es
pas mon amie. Je n’ai pas besoin de
ton soutien. Et arrête d’exploiter
notre tragédie dans le but de redorer
ton image de fille sympa. » C’est clair,
en effet. Comme du cristal. Brisé.
Vachard aussi, Christian Clavier,
qui, sur France 5, s’est chargé de
dézinguer les Césars par avance :
« L’émission devrait faire un audimat
extraordinaire comme aux Oscars ; or
là, c’est un audimat pathétique. On
fait plus de 200 millions d’entrées au
cinéma, il n’y a aucune raison qu’on
ne fasse pas entre 6 et 7 millions à la
télévision. Là vous faites 1,2 million
et tout le monde dit “c’était une belle
soirée, ça s’est bien passé”. Cela veut
dire qu’il y a quelque chose qui ne
fonctionne pas. » Pas faux…
Pour finir, un mot à propos de
l’héritage contesté de Johnny : au-delà
de la gêne provoquée par le déballage
intime, comment ne pas être atterré
par les commentaires, avis, babillages
des experts autoproclamés,
des avocats qui ne connaissent pas
le dossier, des amis qui n’en sont
plus, des journalistes en mal de buzz,
des biographes refourguant leur
came, des fouilleurs de poubelles
et même des sosies de l’idole ?
On croyait avoir touché le fond lors
des obsèques. On se trompait :
désormais, on creuse. Et profond.
GERARD JONCA/SEVRES
au printemps d’une importante rétrospective au
Stedelijk d’Amsterdam, annulée pour cause de
désaccord avec les héritiers. Consolation dès ce
week-end à l’Institut italien, qui expose jusqu’au
28 mars une très jolie collection d’émaux
(photo) du fondateur du courant Memphis.
www.iicparigi.esteri.it
La revue impertinente
de la presse people
par Philippe Besson
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
ESPRIT
L'AGENDA AILLEURS
MILAN
La saga du « Made in Italy »
En pleine fashion week milanaise, le Palazzo
Reale inaugure un grand panorama
de la mode italienne, de 1971 à 2001. Produite
par la Chambre nationale de la mode italienne,
l’exposition-événement, qui présente aussi bien
de l’art contemporain que de la photographie
ou encore du design, revient dans le détail
sur cet âge d’or des grandes maisons, leurs
acteurs, leurs succès et leur influence
par-delà les frontières. Jusqu’au 6 mai.
www.palazzorealemilano.it
DANEMARK
Madoura au pays
du design
Louisiana, le joli musée
à voir à 30 kilomètres
de la capitale danoise,
consacre son exposition
de l’hiver à la céramique
de Picasso (ci-contre :
Femme à l’amphore).
Première présentation
majeure en pays nordique
de cette collection créée
à Vallauris, dans l’atelier
Madoura, après la Seconde
Guerre mondiale.
Jusqu’au 27 mai. www.
louisiana.dk
ANVERS
IL EST TEMPS DE RÉSERVER
RENOIR DE PÈRE EN FILS
À PHILADELPHIE
La fondation Barnes de Philadelphie lance
en mai une rétrospective sur Jean Renoir
traitée sous l’angle de la relation éclairée
que le cinéaste entretint avec son père,
le célèbre Auguste. La complicité
incessante et passionnante entre
les deux hommes sert de fil conducteur
à l’exploration de la carrière de l’auteur
de La Règle du jeu qu’Orson Welles qualifiait
de « plus grand des réalisateurs ». L’occasion
de redécouvrir Renoir fils
dans ses passions de jeunesse.
Jusqu’au 3 septembre.
www.barnesfoundation.org
Reproduction de la
Hôtel cool
robe de Catherine
En plein quartier vibrant de Het Zuid, ouverture
Hessling dans
du Pilar Hotel dans le Anvers historique.
le film Nana de
Cette nouvelle pétillante adresse de 17 chambres
Jean Renoir (1926).
donne à la ville le refuge urbain qui manquait.
Un lieu de mixité (le « foodbar » accueille autant
les voyageurs que les voisins), d’exposition
U
JUSQU’A RE
(son concept store) et de vie (l’été en terrasse)
B
EPTEM
S
3
qui respire bon l’époque. www.hotelpilar.be
Bienvenue au foodbar
du Pilar Hotel.
16 – L E S E CHOS WE E K- E ND
SUCCESSION PICASSO/ VISDA 2018/RMN-GRAND PALAIS (MUSÉE NATIONAL PICASSO-PARIS)/GÉRARD BLOT
Photographies d’Oliviero Toscani, tirées d’une série mode « Unilook » pour Uomo Vogue (1971).
Expo Justin Bieber
À peine 24 ans et déjà une exposition hommage.
L’écomusée de Stratford, ville natale de Justin
Bieber, en Ontario, présente une rétrospective
sur la courte mais néanmoins glorieuse carrière
de « sa » popstar. D’une lettre de Michelle
Obama à sa première tenue de hockey,
la famille Bieber déballe tous ses souvenirs.
Invasion de fans attendue ! Jusqu’à
fin décembre. www.stratfordperthmuseum.ca
PHILIPPE CORTHOUT/EVENBEELD
CANADA 2
COURTESY CONDÉ NAST ITALIA ARCHIVES
Hot spot à suivre
Nouvelle destination arty, la petite ville
de Saskatoon émerge grâce l’inauguration
du Remai. Remarqué mondialement pour
son élégante architecture en forme de vaisseau
spatial, le nouveau musée d’art qui porte
le nom de ses principaux donateurs ne possède
pas moins de 8 000 œuvres (moderne
et contemporain) et un programme ambitieux
d’expositions temporaires, dédiées notamment
aux populations autochtones. remaimodern.org
JAÏME OCAMPO RANGEL/LA CINÉMATHÈQUE FRANÇAISE, PARIS
CANADA 1
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
WEEK-END
Indestructible
Object, de Man
Ray (première
réalisation
en 1923).
VIENNE
La face cachée de Man Ray
Réputé pour sa photographie, Man Ray l’est
moins pour ses textes, films, objets et peintures.
Le Kunstforum rend hommage à cet artiste
total. En exposant 150 œuvres, incluant collages
et films expérimentaux, le musée tire le fil
d’une personnalité artistique énigmatique
et complexe, à l’origine de l’art d’aujourd’hui.
Jusqu’au 24 juin. www.kunstforumwien.at
MALAGA
Federico et Pablo
Fellini et Picasso réunis au Museo Picasso : c’est
le thème de l’exposition « Et Fellini a rêvé
de Picasso », clin d’œil aux rencontres oniriques
FINE ARTS MUSEUMS OF SAN FRANCISCO
MAN RAY TRUST/BILDRECHT, WIEN, 2017-18/MARC DOMAGE, COURTESY GALERIE EVA MEYER, PARIS.
DR
UNITED ARCHIVES/LEEMAGE
Thalia, muse de la comédie, de Jean-Marc
Nattier (1739).
que le cinéaste décrit dans Le Livre de mes rêves.
Une conversation au sommet entre deux âmes
libres à travers un choix de dessins, photos,
sculptures et tableaux. Jusqu’au 13 mai.
www.museopicassomalaga.org
Alice d’Orgeval
DERNIÈRE CHANCE
FESTIVAL INDIEN
SAN FRANCISCO
Welcome Casanova
Comment aborder le mythe de Casanova dans
l’Amérique de l’affaire #metoo ? Démonstration
concrète avec l’exposition « Casanova :
The Seduction of Europe » qui entreprend
de raconter la vie du séducteur le plus connu
de tous les temps à travers ses fréquentations,
nombreux voyages et passions… Jusqu’au
28 mai, au musée de la Légion d’honneur,
face au Golden Gate Bridge, puis au musée des
Beaux-Arts de Boston. legionofhonor.famsf.org
Burning Man trop vu ? Le Rajasthan offre
sa propre version du festival dans le désert.
À 40 km de Jaisalmer, dans un paysage
spectaculaire de dunes, c’est la troisième
édition de « Ragasthan » : trois jours
de danses, concerts, installations,
projections, yoga et campement de tentes.
Avec une cinquantaine d’artistes invités,
« chai » et « pani » (thé et eau) à volonté.
Jusqu’à lundi. www.ragasthan.com
LA PLAYLIST DE L'ACTU
Pour ouvrir en fanfare le 55e Salon de l’Agriculture ce samedi à Paris.
ANIMAL FARMS
par les Kinks
Extrait du meilleur
album de ce
formidable groupe,
« The Kinks Are
the Village Green
Preservation
Society », en 1968,
le titre nous
rappelle ce qu’est
d’abord le Salon :
la plus grande
ferme de France.
L’HYMNE DE
NOS CAMPAGNES
par Tryo
Cette chanson
de 1998 oppose
la vie campagnarde,
ses rivières, ses
montagnes, ses
animaux, à « l’odeur
de zone » des HLM :
hymne à cette
ruralité idéalisée
qu’incarne le Salon
une fois par an.
JUSQU’À
LUNDI
FOR ALL THE COWS
par Foo Fighters
Cette année,
la vache égérie
du Salon s’appelle
Haute et vient
de l’Aubrac, elle
aurait « un regard
qui semble maquillé
de khôl ». Comme
disaient les Foo,
en 1995, elle est là
« pour toutes
les vaches ».
PAYSAN
par Pierre Bachelet
Contre les notaires,
les banquiers,
les ministres
bien négligents
pour nos
agriculteurs,
Bachelet rétorquait
de sa grosse voix
en 1998 : « Paysan
tu es, On te tuera
pas ». Le mantra
du Salon en somme.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 17
FARMER’S ALMANAC
par Johnny Cash
Sur le calendrier
agricole épluché
par Cash en 1989,
ce vers : « Les
visiteurs comme les
poissons sentent
après trois jours ».
Qui vise-t-il parmi
les 600000 visiteurs
d’un Salon
très prisé des
politiques ?
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
ESPRIT WEEK-END
LE DIMANCHE IDÉAL DE …
Le dimanche, sport ou jardin ?
J’ai fait beaucoup de saut en parachute,
mon père était passionné et m’a fait sauter
à 18 ans. J’en fais moins désormais. Le week-end,
c’est surtout le jardin, dans la Sarthe ou dans
l’Eure. Ce sont des lieux propices à la créativité.
Je peux avoir rendez-vous avec un arbre,
une pierre… Je lis des ouvrages sur les fleurs,
les fruits, les racines, j’épluche les catalogues
de semences… Et j’adore travailler l’espace :
où planter tel arbre, où installer telle sculpture.
Farniente ou boulot ?
Je n’aime pas les vacances, elles sont faites pour
les gens qui travaillent. Je suis habité depuis
45 ans par la passion, chaque jour est un jour
nouveau. Je n’ai aucune envie de décrocher
ni de raccrocher ! Mais dans ce métier,
on travaille tard, L’Arpège, c’est 600 personnes
par semaine et je vis sur la pointe des pieds toute
l’année. Mon rêve, c’est me mettre sous la couette
à 20 heures, avec un bon feu de cheminée,
une bonne musique, une BD d’Enki Bilal
ou de Christophe Blain. J’aime aussi écrire.
Uniquement au crayon, pas de clavier !
ALAIN PASSARD
Pour le chef triplement étoilé de « L’Arpège », il fait toujours beau
le dimanche ! Surtout dans ses jardins potagers et fruitiers de
l’Eure et de la Sarthe, havres de paix pour des dimanches créatifs.
Quels souvenirs gardez-vous de vos dimanches
d’enfant ?
Familiaux et bien remplis ! C’était la pêche
en rivière, à La Guerche-de-Bretagne,
et les balades dans les fournils, les pâtisseries…
Mais c’était d’abord l’école des sens. Avec
ma mère, qui adorait la couture, je travaillais
les matières et les patrons. Avec mon grand-père,
sculpteur et rotinier-vannier, c’était le travail
de l’osier, du bois. Avec mon père, musicien,
c’était l’oreille, et ma grand-mère m’a appris
à regarder, à écouter, à apprécier un plat…
Et aujourd’hui ?
Je suis toujours dans cette quête de sens par
les sens. En sortant de l’expo Basquiat, au Grand
Palais, j’avais mal à la mâchoire tant j’avais serré
les dents, tant la tension dans sa peinture était
forte. Côté musique, j’aime aussi Lionel
Belmondo, Dexter Gordon, Stan Getz, Sonny
Rollins ou Coltrane… Chaque matin j’essaye
de jouer un peu de saxo. Mon père était
clarinettiste, saxophoniste, batteur et joueur
de scie musicale… Le dimanche, quand
je l’accompagnais, il me mettait aux maracas !
18 – L E S E CHOS WE E K- E ND
Le rêve type d’un d’hyperactif, en fait…
Ce que je suis, oui ! Mais les moments où on
prend son temps, où on pense à soi et à se faire
plaisir sont importants. Ce sont des envies de
peindre, de coller, de travailler l’argile, de jouer
du piano, du saxo… Je peux aussi me prendre
la tête sur un plat. C’est l’histoire de ma tarte
aux pommes bouquet de roses, je ne pouvais pas
imaginer faire des quartiers et des tranches
de pommes toute ma vie.
Plutôt dimanche d’été ou dimanche d’hiver ?
La réalité, c’est que je ne les vis pas de la même
manière, je ne mange pas la même chose,
je ne vois pas les mêmes gens, je ne vais pas
aux mêmes endroits selon les saisons… L’hiver,
ce sera la soupe à l’oignon avec des petites
brisures de truffe, ou des gratins. Le printemps,
j’irais plus facilement vers des rencontres
désaltérantes. Là, ce sont les asperges, les petits
pois, les morilles… L’été, c’est le déjeuner
du dimanche en extérieur, plus de camaraderie.
L’automne, c’est le partage quand vient le temps
de la cueillette : les vendanges, les châtaignes,
les noisettes et les noix, les pommes,
les champignons… Au fait, vous avez remarqué
qu’il fait toujours beau le dimanche ?
Propos recueillis par Claude Vincent
Photographe : Roberto Frankenberg
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BUSINESS STORY
23 FÉVRIER 2018
TENCENT, LE MANDARIN
DE L'INTERNET
Par Frédéric Schaeffer
JASON LEE/REUTERS
Dans une boutique de Pékin,
est affiché le QR Code pour
payer via WeChat, l’appli
à tout faire de Tencent.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 19
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
BUSINESS STORY
ls sont plus de 40 000 spectateurs
déchaînés, ce samedi de novembre, dans le « Nid
d’oiseau », l’emblématique stade olympique de
Pékin. Et plus de 75 millions connectés à travers
le monde pour suivre l’événement sur Internet.
« Nous vivons un moment historique ! »
s’enflamme l’animateur, à proximité du trophée
tant convoité. Les gros tambours rouges
traditionnels s’interrompent soudain, les cris
saturent les gradins : les joueurs viennent
d’apparaître. La finale des Mondiaux de League
of Legends, l’un des jeux vidéo multijoueurs les
plus pratiqués de la planète, peut commencer.
Les tickets se sont arrachés en quelques
minutes dès leur mise en vente. Aux abords
du stade, certains se sont revendus plus
de 10 000 yuans (1 300 euros). En coulisse, un
groupe se frotte les mains. Il prévoit d’investir
100 milliards de yuans (13 milliards d’euros)
dans l’e-sport ces prochaines années, allant
jusqu’à créer un parc industriel avec stades
et terrains d’entraînement à Wuhu, une ville
perdue à 350 km de Shanghai. Propriétaire de
League of Legends, il n’a pourtant inscrit son
nom nulle part dans l’enceinte du Nid d’oiseau.
Et parmi les 100 millions de joueurs qui
s’adonnent chaque mois à ce jeu, ceux qui ne
vivent pas en Chine ne soupçonnent peut-être
même pas son existence. Tencent – puisqu’il
s’agit de lui – s’est pourtant imposé comme
20 – LE S E CHOS WE E K- E ND
YUAN KEJIA/IMAGINECHINA/AFP
I
PAUL YEUNG/BLOOMBERG
La modeste messagerie lancée
il y a vingt ans dans le sud
de la Chine par le discret Pony
Ma est devenue un mastodonte
digital qui rivalise en Bourse
avec les Gafam américains.
Leader mondial des jeux vidéo
et propriétaire de WeChat,
le réseau social d’un milliard
de Chinois, Tencent est à la tête
d’un gigantesque stock de
données. Son succès est tel qu’il
commence à inquiéter Pékin.
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
TENCENT, LE MANDARIN DE L’INTERNET
YUAN KEJIA/ZUMA PRESS/ZUMA/REA
RI XI/IMAGINECHINA/AFP
Honor of Kings est
le plus populaire
des jeux sur mobile,
donnant lieu à
des compétitions
(à gauche, en
juillet 2017,
à Chengdu).
Certains jours,
il réunit jusqu’à
80 millions de
Chinois (ci-dessous,
dans la gare
de Shenzhen).
En décembre,
Chengdu accueillait
le Tencent Game
Carnival (ci-contre).
En bas, Ma Huateng,
alias Pony Ma,
le patron-fondateur
de Tencent.
le leader mondial des jeux vidéo. Le jeu le plus
populaire sur PC ? Il est à Tencent, depuis
son rachat de Riot Games, l’éditeur américain
de League of Legends. Le plus pratiqué
sur mobile ? Encore à Tencent, avec Honor
of Kings, des combats de héros médiévaux
(voir encadré page 24). Parmi les jeux
les plus en vogue du moment, Clash of Clans
et Clash Royale sont aussi dans son giron
depuis que Tencent a déboursé 8,6 milliards
de dollars pour s’emparer du studio finlandais
Supercell en 2016.
Véritables machines à cash, ces activités
ludiques ont largement contribué à faire
exploser les revenus du groupe chinois, qui ont
décuplé depuis 2010. Et à aiguiser l’intérêt des
investisseurs. Tencent s’est offert une notoriété
mondiale, fin novembre, quand il a dépassé
l’américain Facebook en termes de capitalisation
boursière, faisant irruption dans le club des cinq
plus grands groupes cotés au monde, jusque-là
composé des « Gafam » (Google, Apple,
Facebook, Amazon, Microsoft). Il est la
première entreprise asiatique valorisée plus de
500 milliards de dollars. À lui seul, le groupe
incarne l’irrésistible ascension de la high-tech
chinoise et de ses « BAT » (Baidu, Alibaba,
Tencent). Réseaux sociaux, portails Internet,
musique, vidéo, littérature, e-commerce,
banque… En moins de vingt ans, Tencent est
LE S E CHOS WE E K- E ND – 2 1
devenu l’un des principaux points d’entrée
de l’Internet chinois. Pour se figurer au mieux
le géant polymorphe, il faut imaginer
Facebook, YouTube, Netflix, Spotify et le Kindle
– entre autres services – réunis sous
une même ombrelle…
« COPIER N’EST PAS MAL »
Rien ne laisse présager pareille réussite quand
Ma Huateng (alias Pony Ma), 27 ans à l’époque,
lance sa start-up, fin 1998, dans un petit
appartement prêté par un ami dans le quartier
des produits électroniques de Shenzhen, ville
nouvelle du sud de la Chine. « Le nom Tencent
(Tengxun, en chinois) fait référence au coût
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
BUSINESS STORY
d’expédition d’un SMS à l’époque, soit 10 centimes
de yuan », explique Duncan Clark, fondateur
de la société de conseils BDA China à Pékin.
Avec trois anciens camarades d’université
et un ami, le jeune ingénieur en informatique
découvre la messagerie instantanée israélienne
ICQ et décide d’en créer une version chinoise.
Même le nom, OICQ, en est largement inspiré,
avant qu’une action en justice ne contraigne
la jeune pousse à en changer – ce sera QQ.
« Copier n’est pas mal », justifiera par la suite
Pony Ma, accusé à plusieurs reprises de piquer
les idées des autres. « Tencent a certes beaucoup
répliqué, mais comme de nombreuses entreprises
chinoises à leurs débuts », défend Edward Tse,
président de la société de conseil Gao Feng
et auteur d’un livre sur les géants chinois du Net
(China’s Disruptors).
LES CHIFFRES CLÉS D’UN GÉANT DE LA TECH
Chiffre d’affaires 2016 :
19,38 MILLIARDS D’EUROS (+48%).
Bénéfice net 2016 :
5,29 MILLIARDS D’EUROS (+42%).
Capitalisation boursière :
540,7 MILLIARDS DE DOLLARS,
soit 437,6 milliards d’euros, au 20 février 2018.
Effectif :
32 000 SALARIÉS, dont plus de 50% dans la R&D.
Nombre d’abonnés actifs à QQ : 843 MILLIONS.
Nombre d’abonnés actifs à WeChat :
980 MILLIONS.
2 2 – LE S E CHOS WE E K- E ND
de visite de ses interlocuteurs chinois.
La société du Cap s’empare en 2001 de la moitié
du capital de Tencent pour… 32 millions de
dollars. Elle ne le sait pas encore mais elle vient
de réaliser un des coups les plus fumants
du nouveau siècle : le tiers du capital qu’elle
possède encore vaut aujourd’hui dans
les 170 milliards de dollars ! Tencent cherche
toujours son « business model » mais a les reins
suffisamment solides pour survivre
à l’éclatement de la bulle Internet et continuer
à engranger les utilisateurs. L’entreprise
en compte 100 millions en 2002, au moment
où elle décide de faire payer l’inscription
à sa messagerie.
Devant l’énorme tollé que cette décision
provoque, elle préfère reculer. À un détail près :
s’inspirant d’une messagerie sud-coréenne,
Tencent choisit tout de même de facturer
quelques centimes les petits accessoires virtuels
et émoticônes dont les Chinois sont friands
KIM KYUNG HOON/REUTERS
Le succès est rapide, massif. Neuf mois après
son lancement, la messagerie affiche déjà
1 million d’utilisateurs. À l’heure où les jeunes
Chinois découvrent Internet depuis
un cybercafé, ils s’émerveillent de pouvoir
se connecter les uns aux autres, former des
groupes d’amis, s’envoyer des photos. « Dans
un pays où le mail n’a jamais décollé, QQ a
parfaitement répondu au goût des Chinois pour
les échanges directs et informels », explique
Séverine Arsène, sinologue et rédactrice en chef
au Asia Global Institute à Hong Kong
University. Plus léger qu’ICQ, le logiciel QQ a
aussi l’immense avantage d’être alors facilement
téléchargeable malgré le faible débit du Web
chinois. Mais la messagerie est gratuite et
le peu d’argent dont disposent les fondateurs
de Tencent passe dans des achats de serveurs,
qu’ils se mettront à fabriquer eux-mêmes
pour réduire les coûts. « Comme les serveurs
tombaient tout le temps en panne, ils devaient
rester joignables 24 heures sur 24 et n’osaient
même plus aller à la piscine », rapporte l’auteur
Wu Xiaobo dans un livre sur Tencent.
« À l’époque, il n’y avait pas de fonds
d’investissement en Chine et les sociétés Internet
avaient du mal à trouver des financements »,
se souvient Ding Daoshi, un vétéran de
l’Internet chinois. Difficile de se faire connaître
des investisseurs anglo-saxons pour Pony Ma,
qui n’a pas fait d’études à l’étranger, maîtrise
mal l’anglais, n’a pas les bons réseaux.
Aussi timide que brillant, le fondateur passe
ses nuits à construire des sites Web pour
des entreprises et institutions locales. Comme
cela ne suffit pas, il songe à vendre sa société.
Le salut viendra du groupe de médias sudafricain Naspers, dont l’un des dirigeants
remarque les numéros QQ sur toutes les cartes
SHUTTERSTOCK
LE JACKPOT DE L’INVESTISSEUR SUD-AFRICAIN
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TENCENT, LE MANDARIN DE L’INTERNET
GIULIA MARCHI/THE NEW YORK TIMES-REDUX-REA
BLANCHES/IMAGINECHINA/AFP
À gauche, une animation
lors de la Global Mobile
Internet Conference
à Pékin, en 2014.
Ci-contre, deux jeunes
entrepreneurs chinois
jouent à Honor of Kings.
Ci-dessous, des salariés
de Tencent, en
février 2017, au siège
du groupe, à Shenzhen,
attendant la remise
des « enveloppes
rouges », don d’argent
traditionnel offert
pour le Nouvel An.
pour agrémenter leur profil en ligne.
Cette offre « freemium » (un produit de base
gratuit qu’on peut améliorer moyennant
finances) fait bingo. La recette se transformera
en véritable poule aux œufs d’or quand Tencent
l’appliquera aux jeux vidéo à partir de 2004.
La société, qui vient de s’introduire à la Bourse
de Hong Kong, commence une ascension
spectaculaire. « Tencent exploitait deux
tendances qui allaient transformer l’Internet
chinois : la diffusion de contenus sur téléphone
portable et les jeux en ligne sur ordinateur »,
explique Duncan Clark.
UNE AGRESSIVITÉ CRITIQUÉE
À Hangzhou, à 1 200 kilomètres de là, un autre
entrepreneur chinois suit cette aventure
de très près. Jack Ma a créé Alibaba quelques
mois avant la naissance de Tencent dans l’idée
de dynamiter le commerce en Chine. « Dans
quelle société Internet chinoise, hormis Alibaba,
UN SERVICE GRATUIT ET DES
ACCESSOIRES VIRTUELS
PAYANTS : LA RECETTE
DE TENCENT VA SE RÉVÉLER
EXTRÊMEMENT LUCRATIVE.
pensez-vous que nous devrions chercher à
investir ? », lui demande un banquier de Morgan
Stanley au cours d’un dîner en 2004. Jack Ma
répond sans hésiter : « Tencent. Ce qu’ils ont créé
est vraiment précieux. Mais personne ne semble
encore s’en rendre compte », rapporte Porter
Erisman, ancien salarié d’Alibaba, dans son
livre Six Billion Shoppers. Issus d’univers très
LE S E CHOS WE E K- E ND – 23
différents, Jack Ma et Pony Ma ne cesseront
plus de se croiser.
QQ va faire partie intégrante de la culture
pop des années 2000 en Chine, où tout le monde
connaît sa mascotte, un pingouin arborant
une écharpe rouge. Cette décennie est marquée
par une politique de recrutement massif
pour tous les services et applications que le
groupe déploie (portails, moteur de recherche,
microblogging…). Mais ce rythme d’expansion
effréné commence à irriter. On reproche
à Tencent son manque d’originalité et de
créativité, voire son agressivité pour couler la
concurrence. « Non seulement Tencent mangeait
toute la viande dans la soupe mais il ne laissait
pas non plus une goutte de soupe aux autres »,
se souvient l’analyste Ding Daoshi. Un magazine
informatique va même jusqu’à consacrer
un numéro spécial à une descente en règle
du modèle Tencent, représentant en une
son pingouin sanguinolent. Les dirigeants
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BUSINESS STORY TENCENT, LE MANDARIN DE L’INTERNET
de groupe accusent le coup. Des réunions
critiques sont mises en place. Parmi les
70 spécialistes d’Internet conviés, certains
n’hésitent pas à asséner ses quatre vérités
à l’état-major ! Personne ne sait qu’une petite
équipe d’ingénieurs basée à Canton travaille
dans le plus grand secret à un nouveau service
qui va considérablement changer l’image
de l’entreprise. Et, accessoirement, la vie
quotidienne des Chinois.
HONOR OF KINGS, NOUVEL OPIUM DU PEUPLE
Honor of Kings, adapté
de League of Legends, met
en scène les combats de héros
de la tradition médiévale
chinoise. Certains jours, ce jeu
sur mobile est joué par plus
de 80 millions de Chinois,
l’équivalent de la population
allemande ! Il s’est attiré
les foudres du gouvernement
l’été dernier, accusé d’être
la cause d’accidents vasculaires
cérébraux, voire de décès,
chez des adolescents ayant
passé des nuits entières à jouer.
L’Armée populaire de libération
s’est inquiétée de son succès
auprès des soldats, estimant
qu’il pourrait saper leur
combativité. Comparé à un
« poison » addictif portant
préjudice aux « valeurs
sociales » par le très officiel
Quotidien du peuple, le jeu
a été bridé par Tencent,
qui en a limité l’accès pour
les plus jeunes. Une décision
qui a fait perdre plus de 4%
en Bourse à l’entreprise le jour
de l’annonce.
2 4 – LE S E CHOS WE E K- E ND
reste extrêmement sino-centrée : 95% de son
chiffre d’affaires est réalisé en Chine ! Hors
de son pays d’origine, WeChat par exemple fait
face à des acteurs déjà bien installés : Line au
Japon, Kakao Talk en Corée du Sud, Facebook
et WhatsApp en Occident. L’expansion
internationale de Tencent se fait donc jusqu’ici
moins via ses produits que par des
investissements. Le groupe a pris des parts dans
des messageries locales en Indonésie, Thaïlande
et Malaisie ou encore dans le site d’e-commerce
indien Flipkart, afin de contrer les ambitions
d’Alibaba. Plus récemment, Tencent s’est fait
remarquer en entrant au capital du fabricant
de voitures électriques Tesla et en devenant l’un
des premiers actionnaires de l’appli américaine
Snap. Le chinois a aussi investi dans des
dizaines de start-up de la Silicon Valley ces
VCG/ GETTY IMAGES
Quand WeChat débarque, il y a sept ans,
ce devait juste être une messagerie instantanée
purement mobile. Le timing est parfait, avec
le décollage du marché des smartphones.
Mais l’app va devenir le « couteau suisse » digital
de près de 1 milliard de Chinois, en combinant
les possibilités de Facebook, Skype, WhatsApp,
PayPal ou encore Instagram. La numérisation
des « enveloppes rouges » que les Chinois
s’échangent traditionnellement lors du Nouvel
An va faire décoller le paiement mobile dans
le pays. Quelque 600 millions de personnes
utilisent aujourd’hui WeChat pour régler leurs
achats en ligne ou en magasin, payer leurs
factures, commander un taxi ou débloquer
un vélo partagé en scannant un QR Code.
« Aucune application au monde ne concentre
autant de services que WeChat », assure Edward
Tse. Avec le temps, Tencent devient expert
dans la monétisation de son audience. « Tencent
a fait de WeChat la porte d’entrée vers les jeux
vidéo pour mobile, ce qui lui a permis de
distribuer toute sa gamme de jeux à une énorme
base de clients », explique Chi Tsang, analyste
chez HSBC. Plus de la moitié des revenus de
Tencent proviennent des jeux. Honor of Kings
dégagerait ainsi à lui seul près de 1 milliard
de dollars par… trimestre.
Tencent a eu, c’est indéniable, le talent
d’accompagner de manière très spécifique
les Chinois dans l’adoption au quotidien
des nouveaux usages d’Internet. Il a aussi,
évidemment, profité de l’absence de ses rivaux
américains Facebook, Google ou Twitter,
censurés par le régime communiste. Sera-t-il
capable maintenant d’exporter son modèle ?
C’est désormais toute la question, car l’entreprise
JNDSB/IMAGINECHINA/AFP
UN « COUTEAU SUISSE » DIGITAL
SHUTTERSTOCK
Véritable phénomène
de société,
le jeu en ligne
League of Legends
a ses compétitions
officielles
(ci-contre
à Nanchang,
en octobre 2017)
et même son
championnat
du monde, qui
s’est déroulé
de septembre
à novembre 2017
dans plusieurs villes
de Chine (ci-dessous
Wuhan, illuminée
pour l’occasion).
La vie de château
n’est plus ce qu’elle était.
Les temps changent, ce que l’on attend d’une banque privée aussi.
On ne la choisit plus simplement pour valoriser son patrimoine.
On la choisit aussi pour être accompagné dans les projets immobiliers qui nous tiennent
à cœur et bénéficier d’expertises techniques, financières et fiscales.
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12/2017 – Édité par Crédit Agricole S.A., agréé en tant qu’établissement de crédit – Siège social : 12, place des États-Unis, 92127 Montrouge Cedex – Capital social : 8 538 313 578 € – 784 608 416 RCS Nanterre.Crédit Photo : cocoontree.com.
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BUSINESS STORY TENCENT, LE MANDARIN DE L’INTERNET
PONY MA VERSUS JACK MA
Le fondateur de
Tencent et celui
d’Alibaba portent
le même nom (« Ma »
signifie « cheval »
en chinois) mais n’ont
pas de liens familiaux.
S’ils ont des points
communs, ils ont
aussi des personnalités
très différentes.
Deux hommes
d’origine modeste
Natif de la ville
de Shantou (dans
la province du
Guangdong), Pony Ma
(46 ans) est issu,
comme Jack Ma, d’une
famille plutôt modeste.
Le père de Pony Ma
est comptable dans le
port de l’île de Hainan
avant d’être muté
à Shenzhen. Le père
de Jack Ma (53 ans)
est photographe
à Hangzhou (au sud
de Shanghai), où
sa mère est ouvrière.
Deux Chinois
éduqués au pays
Ni Pony Ma ni Jack Ma
n’ont étudié à
l’étranger, tous deux
ont intégré des
universités locales.
Le premier suit des
études d’informatique
à Shenzhen après
avoir brillamment
réussi le gaokao
(le bac chinois).
Le second entre
péniblement dans une
université d’anglais
à Hangzhou après
avoir enchaîné
des petits boulots.
Sur le podium des
multimilliardaires
Les deux hommes ont
créé leur entreprise
à quelques mois
d’intervalle et en sont
toujours actionnaires.
Selon le classement
du magazine chinois
Hurun, Pony Ma est
aujourd’hui le deuxième
homme le plus riche de
Chine (après Xu Jiayin,
patron du promoteur
Evergrande), avec
une fortune estimée
à 37 milliards de dollars.
Jack Ma arrive juste
derrière (30 milliards).
L’un cherche l’ombre,
l’autre la lumière
Pony Ma est l’un des
patrons les plus secrets
du capitalisme chinois,
fuyant les médias, ne
dévoilant rien de sa vie
privée, quand Jack Ma
excelle sous la lumière
des projecteurs, a un
charisme naturel, parle
souvent sans notes et
aime s’afficher avec les
leaders de la planète.
Pony Ma est peu à l’aise
en anglais, cette langue
des affaires que
l’expansif Jack Ma
maîtrise parfaitement.
Le « geek »
et le visionnaire
« Pony Ma est un
ingénieur dans l’âme
quand Jack Ma arbore
son ignorance de la
technologie comme
une décoration »,
indique Duncan Clark,
auteur d’un ouvrage
sur Alibaba. Pony Ma
dépense beaucoup
d’énergie à chercher
comment améliorer
les produits et services
de son empire, alors
que Jack Ma est bien
plus un visionnaire
excentrique.
cinq dernières années. Selon les cas, l’objectif
est de rapatrier des services vers
la Chine ou de tester les marchés étrangers.
26 – L E S E CHOS WE E K- E ND
parti. Tencent ne l’a pas oublié à l’occasion du
sacre de Xi Jinping au congrès quinquennal du
PCC, en octobre. Un jeu sur WeChat permettait
alors aux centaines de millions d’utilisateurs
d’applaudir, fût-ce en différé, le discours de
l’homme fort du régime. Baptisé « Applaudis Xi
Jinping : un grand discours », le jeu a enregistré,
en 24 heures, un milliard de claps…
Plus d’infos sur www.lesechos.fr/we
QILAI SHEN/BLOOMBERG
des Chinois et donc de sa légitimité », explique
Séverine Arsène. Même si, aujourd’hui, les
dimensions, les leviers d’influence et les moyens
financiers de l’hydre Tencent commencent à
inquiéter Pékin. Le pouvoir cherche à contrôler
davantage les géants du secteur, par le biais
de participations au capital et surtout d’un siège
au conseil d’administration, révélait le Wall
Street Journal cet automne. Même privée, une
entreprise doit savoir montrer sa loyauté au
PAUL YEUNG/BLOOMBERG
Les QR Codes de jeux de Tencent affichés lors d’un événement WeChat, à Guangzhou, en janvier.
QILAI SHEN/BLOOMBERG
« DATA MINING » DE L’EXTRÊME
Les poches bien pleines, Tencent multiplie aussi
les emplettes en Chine, étendant son emprise
dans l’e-commerce (JD.com), la restauration
à domicile (Meituan-Dianping), la mobilité
(les taxis Didi ou les vélos Mobike), la vidéo
(Kuaishou), la voiture du futur (Nio), etc. Les
gisements de croissance restent immenses
dans le pays, croient fermement ses dirigeants.
« Le plus gros moteur de croissance viendra de
l’exploitation de l’immense base de données des
980 millions d’utilisateurs actifs de WeChat, dont
600 millions se servent déjà de son système de
paiement mobile, estime Chi Tsang de HSBC.
Tencent peut, à partir de là, proposer des produits
d’investissement, de crédit, et des assurances qui
sont très rentables. » Le récent partenariat que
Tencent a passé avec Alphabet, maison mère
de Google, est à lire dans ce contexte de data
mining de l’extrême. Quant à l’alliance nouée
avec Carrefour, une des grandes chaînes de
distribution en Chine, elle vise à nourrir le stock
de données. Et, accessoirement, à concurrencer
Alibaba, qui s’est lui acoquiné avec Auchan.
Bien entendu, l’édification de cet empire
n’aurait pu se faire sans la bienveillance du Parti
communiste chinois. Favoriser une application
chinoise comme principal lieu de discussions
sur la Toile, c’est le meilleur moyen de contrôler
tout ce qui s’y dit. Le gouvernement a aussi
besoin de ces géants de la tech pour réorienter
l’économie vers les services et la consommation
intérieure. « Le développement d’Internet est une
priorité du gouvernement car c’est un élément
essentiel de l’amélioration des conditions de vie
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
BUSINESS STORY
01
Âge : 12 ans
Secteur : édition
Âge : 15 ans
Secteur : confection
Il vient tout juste de signer un partenariat avec
la puissante fédération américaine du basket,
la NBA. Un exploit de plus pour Moziah Bridges,
qui peut déjà se prévaloir d’un beau parcours :
ce fan de Justin Bieber a créé son entreprise
à 9 ans. Pour ressembler à son idole, il veut alors
porter des nœuds papillons, mais ceux qu’il
trouve dans le commerce ne lui conviennent
pas. Aidé par sa grand-mère, une ancienne
couturière, il décide alors de dessiner
et fabriquer ses modèles. Puis de les vendre
à ses camarades d’école, séduits par son look.
C’est ainsi que Mo’s Bows voit le jour à Memphis.
Soutenu par l’investisseur Daymond John
qui lui ouvre ses réseaux, Moziah voit
ses créations faire leur entrée dans
les magasins Bloomingdale’s
et Neiman Marcus. Cité en exemple
par Oprah Winfrey, invité
à la Maison-Blanche, il espère
un jour créer toute une ligne
de vêtements. En attendant, il vient
donc d’obtenir la licence pour
commercialiser des nœuds pap
aux couleurs des clubs de la NBA.
Aux États-Unis, on le sait, l’esprit
d’entreprise est une vertu cardinale,
encouragée dès le kindergarten.
Guère étonnant donc que des enfants
s’y lancent dans les affaires très jeunes
et soient pris très au sérieux. Les plus
brillants de ces « Kidpreneurs » sont
invités dans les shows télévisés, voire
à la Maison-Blanche. Même si leurs
parents sont souvent derrière la
success story pour encadrer l’activité
et enjoliver le récit, leur esprit de
conquête ne laisse pas d’impressionner.
En voici six qui nous ont interpellés.
Par Stefano Lupieri
2 8 – L E S E CHOS WE E K- E ND
CRAIG BARRITT/GETTY IMAGES FOR NATIONAL RETAIL FEDERATION/AFP
BUSINESS
KIDS
04
MOZIAH BRIDGES
PETIT PRINCE DU NŒUD PAP
SHUTTERSTOCK
Elle est la plus jeune dans le dernier classement
Forbes des entrepreneurs de l’année dans
la catégorie « under 30 ». Élevée dans
une banlieue de New York, au New Jersey,
Marley Dias s’est fait remarquer avec
sa campagne en faveur de la diversité
en littérature « #1000BlackGirlBooks ».
L’initiative est née d’une frustration :
passionnée de lecture, cette jeune écolière
afro-américaine enrageait qu’on ne lui
propose en classe que des livres mettant
en scène des jeunes garçons blancs…
à qui elle ne pouvait guère s’identifier.
Elle lance du coup une plate-forme dans
le but de récupérer au moins un millier
d’ouvrages qui ont pour héroïnes
des femmes de couleur. L’objectif sera
largement dépassé. Dans la foulée, cette
entrepreneuse sociale s’est attelée
à l’écriture d’un ouvrage qui sortira cette
année pour encourager les adolescents
à s’engager au service d’une cause. Le titre,
en toute simplicité : Marley Diaz gets it done :
and so can you !
DIA DIPASUPIL/GETTY IMAGES/AFP
6
MARLEY DIAS
PASIONARIA DES HÉROÏNES BLACK
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
LA LISTE
RYAN
STAR DE L’UNBOXING
Âge : 7 ans
Secteur : divertissement
02
03
SHUTTERSTOCK
DR
ROB KIM/GETTY IMAGES FOR TRIBECA FILM FESTIVAL/AFP
YOUTUBE
Âge : 13 ans
Secteur : confiserie
« Papa, pourquoi ne pas inventer une sucette
qui n’abîme pas les dents ? » C’est après avoir
été mise en garde à maintes reprises par
son père sur les dangers des sucreries qu’Alina
Morse a eu cette idée. Chef d’entreprise dans
le Michigan, son papa l’incite alors à étudier
elle-même le projet. Il en sort un prototype
de sucette à base de stevia, sans OGM, sans
gluten et qui réduit l’acidité en bouche
et diminue donc les risques de caries. Mais il faut
7 500 dollars pour lancer l’activité. La fillette
investit ses propres économies dans l’affaire
– et sa famille complète. Aujourd’hui,
ses Zollipops sont vendues sur Amazon,
chez Whole Foods, Toys’R’Us et dans
les supermarchés Kroger. Visage de la marque,
Alina s’implique surtout, d’après sa mère, une
professionnelle du marketing, dans le packaging
des produits. Qui mieux qu’elle peut comprendre
les coupables penchants de ses jeunes clients ?
Âge : 13 ans
Secteur : apiculture
« Je serai bientôt à nouveau sur le marché
de l’emploi. J’espère qu’elle embauchera ! »
Cette boutade lâchée par Barack Obama
lors du sommet United State of Women,
organisé quelques mois avant son départ
de la Maison-Blanche, en dit long
sur la renommée de Mikaila Ulmer, invitée
ce jour-là à témoigner sur son aventure.
Sa success story commence par deux piqûres
d’abeille, alors que la petite Texane
n’a pas 5 ans. Curieuse, la gamine découvre
que ces butineuses sont en voie d’extinction.
Encouragée par ses parents, elle se lance
alors dans l’apiculture et crée une marque
de limonade au miel, Me & The Bees, dont
une partie des profits devra être consacrée
à leur protection. Vendu d’abord dans
son jardin, ce breuvage est aujourd’hui
distribué dans plusieurs États. Entre-temps,
la jeune fille a levé 60 000 dollars auprès
d’un investisseur grâce à l’émission
de téléréalité Shark Tank. Et ses géniteurs
ont quitté leur emploi pour s’investir à temps
plein dans le développement de l’entreprise.
Il est l’un des plus jeunes et des plus riches
youtubeurs du monde. Selon le classement
de Forbes publié il y a quelques semaines,
ses vidéos ont rapporté l’an dernier près
de 11 millions de dollars en publicité.
Sa chaîne, Ryan ToysReview, cumule depuis
sa création, en mars 2015, près de 20 milliards
de vues. Tout juste âgé de 7 ans, cet espiègle
et très expressif petit garçon s’est imposé comme
la star incontestée de « l’unboxing ». Une pratique
très en vogue outre-Atlantique
qui consiste à filmer
des personnes en train
de déballer des produits,
ici des jouets. Les parents
de Ryan jurent que l’idée
de la chaîne YouTube est
venue de lui. Face au succès,
sa mère a tout de même quitté
son emploi pour se consacrer
à la « carrière » de son fils. Elle assure
que les vidéos sont tournées le week-end
pour ne pas perturber la scolarité
de son talentueux bambin.
ALINA MORSE
LES SUCETTES SANS LES CARIES
MIKAILA ULMER
REINE DES ABEILLES
05
06
ASIA NEWSON
SUPER BUSINESS GIRL DE LA BOUGIE
Âge : 14 ans
Secteur : décoration
À Détroit, elle est connue comme la « Super
Business Girl ». Un sobriquet qu’elle s’est
elle-même trouvé. C’est aussi le nom qu’Asia
Newson a donné au site Internet où elle
commercialise toute une gamme de bougies,
son produit fétiche. Elle a commencé dans
le « métier » dès l’âge de 5 ans, en accompagnant
son père, représentant en porte-à-porte. Très
vite, elle veut voler de ses propres ailes, misant
sur sa bouille et son bagou pour revendre
ses bougies dix fois plus cher que leur prix
de gros, dans la rue ou les lieux publics. C’est
là qu’elle rencontre Dan Gilbert, fondateur
de Quicken Loans, l’un des entrepreneurs
les plus puissants de Motor City, celui-ci
tombe sous le charme et aide
la petite fille à structurer
son activité. Avec un succès si rapide
qu’Asia finira sur le plateau d’Ellen
DeGeneres sur NBC. Aujourd’hui,
Asia dirige l’affaire avec ses parents.
Mais surtout, elle a commencé
à former d’autres enfants de Détroit
à devenir entrepreneurs et à gagner
de l’argent par eux-mêmes.
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BUSINESS STORY
Jean-Marc
Dumontet
au Théâtre
Antoine,
acquis en 2011
et qu’il
codirige
avec Laurent
Ruquier.
30 – LE S E CHOS WE E K- E ND
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
JEAN-MARC DUMONTET
E
ntrer dans le bureau
de Jean-Marc Dumontet, c’est un peu comme
franchir le seuil d’une galerie d’art. La pièce
regorge d’œuvres de street art. Il y en a partout.
Au mur, au sol, sur les fauteuils. Avec,
visiblement, une affection prononcée pour
Shepard Fairey (Obey) et Klet Abraham. C’est
une passion récente, mais lorsque ce producteur
de spectacles se pique d’intérêt pour quelque
chose, il ne le fait jamais à moitié – il assume
sans aucun problème son appétit d’ogre.
Son ascension sur la scène parisienne
en témoigne. Après avoir démarré à la fin
des années 90 ayant pour premier poulain
un jeune inconnu, un certain Nicolas Canteloup,
Jean-Marc Dumontet est aujourd’hui l’un
des poids lourds de la place. Pierre Richard,
Alex Lutz, François-Xavier Demaison,
Bérengère Krief, Fary, Vérino, Les Coquettes…
ont rejoint l’écurie. Pour mieux
les accompagner, le producteur a acheté
un premier théâtre en 2006. Puis un autre,
et un autre encore. Déjà à la tête du Point
Virgule, de Bobino, du Théâtre Antoine,
du Grand Point Virgule, il a cru bon, il y a
quelques semaines, d’ajouter à son tableau
de chasse le Comedia et le Sentier des Halles.
« J’ai la chance ou la malchance d’être
un insatisfait chronique, en permanence happé
par l’aventure suivante, confesse ce développeur
de talents. Ça favorise l’action, mais c’est un puits
sans fond. » Son terrain de jeu n’est d’ailleurs
pas limité au spectacle vivant. Le dernier
« stand-upper » pour lequel il s’est pris de passion
n’est autre… qu’Emmanuel Macron. Diplômé
de sciences Po Bordeaux, ce fils et petit-fils
de notaires aquitains a contracté très tôt le virus
de la politique. En 1988, à 22 ans à peine, il anime
un meeting de Jacques Chirac devant 15 000
personnes à Bordeaux. L’année suivante,
il est sur la liste du maire de la capitale
girondine, Jacques Chaban-Delmas,
aux municipales (en position non éligible).
DUMONTET,
DE CANTELOUP À MACRON
Avec le Comedia et le Sentier des Halles, dont il vient
de s’emparer, Jean-Marc Dumontet contrôle désormais six salles
parisiennes. Arrivé sur le tard dans le spectacle vivant, l’heureux
producteur de Nicolas Canteloup et d’Alex Lutz en a bousculé
les usages et les méthodes. Fidèle soutien d’Emmanuel Macron,
il continue d’avoir l’oreille du président.
Par Stefano Lupieri – Photographe : Manuel Braun
Son goût pour l’entreprenariat va ensuite
l’entraîner vers d’autres horizons, mais l’intérêt
pour la chose publique persiste. Le jeune
candidat d’En Marche, dont il fait
la connaissance au Théâtre Antoine, va réveiller
la flamme : « J’ai été d’emblée séduit par
sa détermination à sortir de l’impuissance
publique. Et par le renouvellement total de l’offre
politique incarné par son projet. » Jean-Marc
Dumontet décide alors de s’engager avec
les Marcheurs. Comme à son habitude, sans
réserve. Il participe à tous les meetings, met
son « œil » de producteur de spectacles
au service du disrupteur de 2017 pour analyser,
décortiquer et améliorer ses prestations.
Au point que beaucoup le voient comme
un coach. L’intéressé rejette le terme : « J’ai joué
un rôle infinitésimal. » Il n’empêche. À mesure
que les chances d’Emmanuel Macron
se précisent, son nom circule comme potentiel
ministre de la Culture. N’a-t-il pas le profil
de l’entrepreneur à succès cher au fondateur
de La République en Marche ? « Je n’ai rien
demandé et on ne m’a rien proposé », assure-t-il.
Il figure tout de même parmi les quelques
invités non officiels de la cérémonie
d’investiture à l’Élysée. Preuve que le président
a apprécié son travail. « Je pense qu’il a été
sensible à mon engagement et à ma franchise »,
concède le producteur.
« J’AI LA CHANCE
OU LA MALCHANCE D’ÊTRE
UN INSATISFAIT CHRONIQUE,
EN PERMANENCE HAPPÉ
PAR L’AVENTURE SUIVANTE. »
LE S E CHOS WE E K- E ND – 31
Deux qualités constitutives du personnage.
« C’est un monstre d’énergie », dit de lui Philippe
Tesson, qui l’a vu un jour débouler dans son
bureau au Quotidien de Paris, alors qu’il était
encore étudiant, pour revendiquer le poste
de correspondant à Bordeaux. « Il y avait chez lui
un feu, une folie, tempérée par de l’éducation
et de la culture qui portait déjà la promesse
d’un avenir. » Reste que l’homme s’est longtemps
cherché. Il lance à 22 ans une agence
de communication. Libéral assumé, il prend
en charge les relations presse du président RPR
du Conseil régional d’Aquitaine, Jean Tavernier.
Opportuniste, il anticipe l’explosion du marché
des pin’s au début des années 90 et lance
une petite « boîte » qui prospère rapidement,
affichant à son apogée un chiffre d’affaires
de 22 millions de francs (3,4 millions d’euros)
et 4 millions de francs (610 000 euros)
de bénéfices. Une manne qui va lui permettre
de financer de nombreux autres projets nés dans
son esprit fécond. Coup sur coup, il reprend
et redresse un hebdomadaire économique local,
Objectif Aquitaine, lance une entreprise
de livraison de pizzas, Pizza Coyote, ouvre
deux restaurants… Autant d’activités qu’il mène
de front : « Entre 1990 et 2000, j’ai appris
mon métier d’entrepreneur. »
COUP D’ESSAI, COUP DE MAÎTRE
Entre deux projets d’entreprises, il trouve
le temps de s’initier à la production de spectacle.
Sa première incursion dans ce milieu a lieu
en 1991 avec La Java des mémoires, une pièce
découverte au fin fond du Lot-et-Garonne,
au Théâtre de Poche de Monclar. Il l’emmène
jusqu’au Théâtre de la Renaissance, à Paris,
où elle reste à l’affiche huit mois – elle est même
nommée aux Molières. Pour un coup d’essai,
c’est un coup de maître. Rebelote en 1995 avec
Les Années Twist, qui décroche cette fois
le Molière du spectacle musical de l’année. Mais
c’est avec Nicolas Canteloup, dont il fait
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
BUSINESS STORY
Parmi ses poulains,
les humoristes Bérengère
Krief et Alex Lutz.
En bas : avec Emmanuel
Macron le soir du 7 mai
2017 au QG de campagne.
la connaissance lors d’une convention
d’entreprise, en 1998, pour l’un des clients
de son agence de com, que sa carrière
de producteur prend véritablement tournure.
« Nicolas était chargé de parodier la journée.
J’ai tout de suite été frappé par son talent »,
se rappelle Jean-Marc Dumontet. En près
de vingt ans de compagnonnage, les deux
hommes ont développé une relation quasi
fraternelle. En dépit du succès, aucun contrat
écrit ne les lie : tout marche à la confiance.
« Jean-Marc est une personne d’une grande
droiture, assure l’imitateur. Il n’hésite jamais
à vous dire ce qu’il pense, quitte à vous bousculer,
mais c’est toujours fait avec respect
et bienveillance. Il séduit par son élégance. »
Ancien directeur de la rédaction d’Europe 1,
Fabien Namias confirme : « Lors des petitsdéjeuners organisés avec les candidats à l’élection
présidentielle de 2017, après leur passage dans
la matinale où officie Canteloup, je l’ai vu
s’écharper avec Nicolas Sarkozy, alors candidat
à la primaire de la droite, et défendre bec et ongles
ses arguments à propos des jeunes de banlieue
et de leur rapport à la laïcité. » Intrigué par
l’aplomb de ce « Dumontet » qui lui tient tête,
l’ancien président demande à Denis Olivennes,
directeur de la station, d’organiser un déjeuner
avec l’intéressé la semaine suivante.
« Je ne l’ai jamais vu en situation d’échec,
souligne Nicolas Canteloup. Jean-Marc sait
prendre des risques tout en ne laissant rien
au hasard. C’est un homme de solutions. »
Et l’humoriste sait de quoi il parle ! Au début
des années 2000, sa carrière tarde à décoller. Son
producteur tente alors un coup de force : il loue
l’Olympia pour un soir, le 10 mars 2003, remplit
la salle via son réseau de comités d’entreprise
et, grâce au prestige du lieu, parvient à faire
venir journalistes et programmateurs. Le talent
du comédien fait le reste. Quelques semaines
plus tard, il est invité chez Drucker. Les portes
du succès s’ouvrent à lui. L’épisode annonce
la manière dont Jean-Marc Dumontet va investir
et bousculer le milieu du spectacle vivant.
En 2005, il accepte de prendre la direction
du Théâtre des Variétés. « Je comprends alors
que posséder une salle donne beaucoup plus
de liberté de production », souligne-t-il.
Dès l’année suivante, il achète le Point Virgule,
dont il va faire un lieu de découverte de jeunes
humoristes. Mais il faudra attendre la fin
des années 2000 pour que ce touche-à-tout
abandonne ses autres affaires et s’investisse
à fond dans la production. En 2010, il reprend
Bobino. Il en profite aussi pour quitter son
Bordeaux natal et « monter » à la capitale.
L’année suivante, c’est le tour du Théâtre
Antoine, dont il partage la direction avec Laurent
Ruquier. Puis il fait l’acquisition du cinéma
Gaumont Bienvenue, qu’il transforme en Grand
Point Virgule. Repris en perdition, tous ces lieux
retrouvent avec lui une seconde jeunesse.
« J’ai, avec Emmanuel Macron,
un peu le même rapport
qu’avec mes artistes.
Je lui dis tout avec tendresse
et bienveillance. Même
si je ne sais pas exactement
à quoi mes observations
lui servent. » Le leader
de La République en Marche
a réussi à réveiller la fibre
militante de l’ancien jeune
chiraquien épris d’intérêt
général. « J’ai été conquis par
son volontarisme à réconcilier
les Français avec la politique. »
Le producteur s’est fendu
l’an dernier de plusieurs tribunes
dans Le Point pour défendre
la politique du gouvernement,
par exemple sur la réforme
de l’ISF. « Au début de son
mandat, les Français
32 – LE S E CHOS WE E K- E ND
ne le connaissaient pas
et doutaient peut-être
de son autorité. Ce qui explique
sa chute dans les sondages.
Mais depuis, ils ont pu constater
sa détermination à combattre
l’impuissance publique.
Et qu’en dépit de son apparence
juvénile, il fait preuve
de beaucoup de sang-froid.
Un président qui préside. »
MIREILLE AMPILHAC/ABACAPRESS
FAN DE MACRON
JULIEN REYNAUD/APS-MEDIAS/ABACAPRESS
Son secret : « Je me focalise d’emblée sur
la gestion avant qu’elle ne me rattrape. » En clair,
il diminue les coûts fixes en favorisant
la polyvalence du personnel, augmente
la productivité en multipliant les séances, voire
en louant ses salles pour des conventions.
Surtout, il cultive ce qu’il appelle « l’obsession
commerciale ». « À chaque spectacle, nous
récupérons environ 30% des adresses mails
de nos clients, grâce notamment à des jeux
concours. » Au début, la profession l’a un peu
regardé comme un ovni. Parler d’une pièce
de théâtre ou d’un artiste comme d’un produit,
ça ne se fait pas. « Ses méthodes décomplexées
d’entrepreneur sont loin de faire l’unanimité.
Mais sa réussite force le respect », concède
Stéphane Hillel, directeur du Théâtre de Paris.
DOMINIQUE JACOVIDES/SEBASTIEN VALIELA/BESTIMAGE
« L’OBSESSION COMMERCIALE »
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
JEAN-MARC DUMONTET
PAPIXS/ABACAPRESS
Nicolas Canteloup
a rencontré JeanMarc Dumontet
en 1998. Depuis,
ils ne se sont
plus quittés.
De fait, c’est vers lui que la profession se tourne,
il y a quatre ans, pour relancer la cérémonie des
Molières, interrompue pour cause de rivalités
intestines, en particulier au sein du théâtre privé.
Une fois de plus, le sauvetage réussit.
Son langage abrupt ne l’empêche pas d’être
authentiquement ému par les artistes qu’il
produit. C’est pour lui une condition sine
qua non de leur association. Une fois conquis,
il se montre très exigeant. « Il nous a poussés
à sortir d’un registre purement “coquin” et donner
plus de fond à notre spectacle, raconte Marie
Facundo, du trio des Coquettes. On a eu des
propositions financièrement plus intéressantes
de la part d’autres producteurs, mais on a compris
qu’avec lui on allait grandir. » Avec Nicolas
Canteloup, il fait carrément office de rédacteur
en chef. Rien n’est dit à l’antenne d’Europe 1
ou de TF1 sans que Jean-Marc Dumontet
l’ait lu et éventuellement amendé. « Il déteste
l’humour facile », confie l’humoriste.
Si le producteur n’hésite pas à monter au front
pour défendre son poulain lorsqu’il est attaqué,
il sait aussi faire amende honorable si nécessaire.
Comme en février dernier, après l’affaire
du jeune Théo, violenté par des policiers à
Aulnay-sous-Bois : le rebond sur Europe 1 était
raté, voire déplacé. « Je crois aux vertus
de la franchise et de l’honnêteté », répète
l’intéressé. Une attitude qui lui a plutôt réussi
jusqu’à présent : l’an dernier, ses spectacles
ont totalisé près de 700 000 entrées, pour
un chiffre d’affaires global de 35 millions d’euros.
Des chiffres qui lui facilitent l’accès au crédit
pour financer ses achats de salles.
Pourquoi lui fallait-il absolument deux
théâtres de plus ? « Une salle se programme
un an et demi à l’avance. Une fois le planning
établi, c’en est fini des nouveaux projets, expliquet-il, désolé. Pour la pièce “À droite, à gauche”
que j’ai produite l’an dernier, j’ai dû réserver
QUAND LES SALLES ATTIRENT LES GRANDS GROUPES
L’irruption de l’entrepreneur Jean-Marc
Dumontet sur la scène du spectacle vivant
a préfiguré un mouvement de concentration
du secteur. De Fimalac (la Madeleine, la PorteSaint-Martin, Marigny) à Lagardère (Folies
Bergères, Casino de Paris), en passant
par Vente-privee.com (Théâtre de Paris, Bouffes
Parisiens, Michodière) ou encore Vivendi
(Théâtre de l’Œuvre), plusieurs grands groupes
ont fondu ces dernières années sur ce marché
sous-capitalisé. Avec souvent des logiques
d’intégration verticale, en lien avec leurs activités
de billetterie en ligne (Vente-privee, Lagardère)
ou la production d’artistes (Lagardère, Vivendi,
Fimalac). Pour Jean-Marc Dumontet, on pourrait
assister à un retour en arrière d’ici quelques
années : « Le théâtre reste avant tout
un métier d’artisans, avec un modèle économique
aléatoire et de faibles rentabilités. » De fait,
c’est à Fimalac qu’il vient de reprendre
le Comedia et le Sentier des Halles.
200 dates dans un théâtre extérieur au groupe. »
Trop frustrant pour ce boulimique. Si le Sentier
des Halles a vocation à venir renforcer le Point
Virgule sur la scène humoristique, le Comedia
devrait lui donner de la marge pour sa future
programmation théâtrale. De quoi l’occuper
toute cette année et chasser tout soupçon
de blues. Car Jean-Marc Dumontet admet avoir
subi le contrecoup de la fin de la campagne
présidentielle : « J’étais un peu en deuil. » A-t-il
coupé le lien avec Emmanuel Macron ? Non –
la relation se poursuit. Mais le producteur
ne le concède que du bout des lèvres, de peur
sans doute qu’on lui reproche une forme
de fatuité. Pourtant, « il a incontestablement
un contact privilégié avec le président », assure
Fabien Namias. Lors de la première interview
télévisée du président après son élection,
sur TF1 en octobre dernier, Jean-Marc
Dumontet était là pour scruter la prestation.
Comme il le fait avec tous les talents dans
lesquels il croit – et qu’il souhaite voir réussir.
Plus d’infos sur www.lesechos.fr/we
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РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
GRAINES DE DISCORDE
Pendant que l’agriculture « conventionnelle » tient salon,
à partir de samedi, à Paris, porte de Versailles,
un réseau de cultivateurs rebelles tente de redonner vie
aux « semences paysannes », proscrites depuis les années 50.
Un combat mené au nom de la biodiversité.
Par Stefano Lupieri
34 – LE S E CHOS WE E K- E ND
cette époque de l’année, rien ne
distingue encore vraiment les variétés de blé
que Laurence Henriot et son mari font pousser
sur leur ferme bio de Villebichot, dans le sud de
la Côte-d’Or, de celles des exploitations voisines.
Le profane n’y voit que de l’herbe. Il faudra
attendre l’été pour que les épis de leur Chiddam
d’automne et autres Alauda ou blé autrichien se
parent de leurs couleurs brun-rouge et de leurs
barbes distinctives, culminant à près de 1,50 m
de haut. Des céréales que l’on n’a plus l’habitude
de voir dans nos campagnes. Beaucoup moins
productives que celles de l’industrie semencière,
ces variétés anciennes issues de semences
dites « paysannes » sont des vestiges du passé,
que l’on croyait naguère condamnés pour
toujours aux banques de graines à vocation
conservatoire. Depuis une quinzaine d’années,
pourtant, des groupements de paysans
passionnés, assistés par quelques chercheurs
agronomes, leur font retrouver le chemin des
champs. « Au début, on a ressemé une poignée
de graines, principalement par curiosité et pour
le plaisir de voir repousser ces blés anciens,
raconte Laurence Henriot. Aujourd’hui, ce sont
près de sept hectares que nous cultivons ainsi. »
Depuis l’an dernier, le couple a trouvé
le moyen de valoriser sa récolte. Pionnier
de l’alimentation bio en France, le groupe
Celnat leur a acheté leur blé « paysan » à
605 euros la tonne. Soit presque 50% de plus
THIERRY ARDOUIN/TENDANCE FLOUE
BUSINESS STORY
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GRAINES DE DISCORDE
Photos extraites
de la série « La bonne
mauvaise graine ? »,
de Thierry Ardouin,
mêlant « portraits »
de semences paysannes
« illégales » et de
graines certifiées
et donc « légales ».
que le blé bio à 430 euros. Loin de relever
d’une simple nostalgie, ce type de culture
commence donc à trouver ses premiers
débouchés. « Notre action vise d’abord à lutter
contre la perte de biodiversité », souligne Patrick
de Kochko, coordinateur du Réseau des
semences paysannes (RSP), qui fédère la plupart
des initiatives dans ce domaine. Selon la FAO
(l’organisation des Nations Unies pour
l’alimentation et l’agriculture), en un siècle, 75%
de la diversité génétique des cultures a disparu.
« Dans notre région, on ne sème plus qu’une
dizaine de variétés de blé », regrette Laurence
Henriot, dont la démarche est regardée par ses
voisins agriculteurs avec un brin de curiosité.
L’uniformisation s’est mise en place à partir
des années 50. « Soucieux de produire plus
avec moins de bras, l’État gaulliste a favorisé via
l’Inra le développement de semences dites “élites”
sélectionnées pour leur rendement », raconte
Guy Kastler, de la Confédération paysanne.
Pour inciter l’industrie semencière à investir
dans des recherches longues et coûteuses, l’État
lui a offert un cadre protecteur via la création
en 1962 du Certificat d’obtention végétale (COV).
Pour obtenir ce sésame indispensable à leur
commercialisation, les semences doivent être
à la fois « homogènes et stables ». De fait, dans
les nouvelles variétés « industrielles », toutes les
graines sont, d’un point de vue génétique, des
clones de l’« individu » le plus performant issu
75%
Le recul de la diversité
génétique des cultures
en un siècle, selon la FAO.
du travail de sélection. Tout l’inverse des variétés
paysannes, dans lesquelles chaque graine
est différente. Une « hétérogénéité » qui ne leur
donne donc pas droit de cité au catalogue
officiel géré par le GNIS (Groupement national
interprofessionnel des semences). Alléchée par
la promesse de rendement, toute l’agriculture
française s’est tournée d’un bloc vers ces
nouvelles semences, abandonnant les variétés
locales. Mais, ce faisant, elle s’est enfermée dans
un modèle agricole pernicieux qui installera sa
dépendance à l’égard des vendeurs de semences
et d’engrais. « À l’inverse des graines paysannes,
dont la diversité génétique permet une adaptation
naturelle au terroir et une plus forte résilience aux
maladies, les semences sélectionnées en laboratoire
ont besoin, pour s’acclimater à la nature du sol
et exprimer leur potentiel, d’être traitées aux
engrais et aux pesticides », explique Guy Kastler.
COMMERCE INTERDIT
Les croisés des semences paysannes se battent
aujourd’hui aussi pour que les agriculteurs
retrouvent une forme d’autonomie.
Le mouvement s’est formalisé en 2003 avec
la création du RSP. À l’époque, il a fallu repartir
de zéro en multipliant des échantillons de
graines récupérées partout où on les conservait
encore. Tout en renouant avec des savoir-faire
perdus. « Les semences paysannes demandent un
travail régulier de sélection, précise Véronique
LE S E CHOS WE E K- E ND – 35
Tout à gauche : semence
naturelle de courge
calebasse. Au centre :
graines naturelles de
maïs (rose à pop-corn
et, sur fond noir,
Navajo Robins Egg).
À droite, semence
de maïs certifiée.
Chable, l’une des rares agronomes de l’Inra
à s’être associée, dès le début, à ce mouvement.
Le cultivateur doit réapprendre à observer son
champ, composer avec lui et ne pas considérer
forcément les maladies comme une catastrophe. »
C’est la voie qu’a suivie Olivier Ranke dans
la ferme de 350 hectares qu’il exploite dans
le Vexin. En dix ans, cet ingénieur agronome
a testé près de 40 variétés de semences
paysannes. Faute de trouver l’idéale, il utilise
aujourd’hui un mélange de cinq d’entre elles
qu’il a planté sur une trentaine d’hectares.
« Ça m’assure une certaine régularité de
rendement, car toutes les variétés ne réagissent
pas de la même manière aux aléas climatiques. »
La même approche vaut pour les cultures
potagères. Fils de maraîcher breton, René Léa
s’est mis aux graines paysannes lorsqu’il
a pris conscience que, même en bio, la grande
majorité des semences étaient des hybrides
issus de l’industrie. « Je n’ai fait que reproduire
les gestes que mon père exécutait avant que
l’industrie s’empare du marché, explique-t-il.
Sur un champ de 1 000 choux, j’en sélectionne
sept ou huit pour faire de la graine. Ceux dont le
système racinaire est le plus développé et dont la
“pomme” a le plus bel aspect et le meilleur goût. »
S’il a le droit de vendre sa récolte, le
cultivateur ne peut en revanche faire commerce
de ses graines. Seule la vente de toutes
petites quantités, au titre de la recherche
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BUSINESS STORY GRAINES DE DISCORDE
Ci-contre : l’opération
« Le marché interdit »,
lancée par Carrefour
au nom de la défense
des semences oubliées,
a fait polémique.
En bas : semence naturelle
de haricot Starazagorski
issue de l’association
Kokopelli.
agronomique, est autorisée. Ce qui freine
les conversions. Le rigide édifice réglementaire
est tout de même en train de se lézarder. Depuis
la loi sur la biodiversité de 2016, les paysans
ont désormais la possibilité de s’échanger
ces semences d’antan au titre de « l’entraide ».
Le nouveau règlement européen sur
l’agriculture biologique, en cours de validation
à Bruxelles, pourrait même ouvrir une brèche
plus grande encore en autorisant l’inscription
au catalogue de semences « hétérogènes ».
Une évolution qui ne réjouit pas le GNIS.
Au siège de ce groupement, qui a fait l’objet
d’une occupation en 2014 par la Confédération
paysanne, on récuse le procès fait à l’industrie
semencière de s’être « approprié le vivant » et
d’avoir créé une sorte de monopole. « Ce cadre
a été voulu par l’État pour répondre aux enjeux
de production et de sécurité alimentaire »,
souligne François Burgaud, son porte-parole.
À l’en croire, il n’y a pas eu de persécution des
épigones du RSP via la répression des fraudes.
« Aujourd’hui, ils ont le droit de sélectionner
et de s’échanger toutes les semences qu’ils veulent,
assure-t-il. S’ils avaient mis au point une variété
à la fois productive et résistante aux maladies
sans recours aux pesticides, ça se saurait ! »
Pour lui, « plus que jamais, nous avons besoin
de la génétique pour nourrir la planète ».
KOKOPELLI, CROISÉ DE LA SEMENCE LIBRE
Avec la fin de l’hiver qui s’annonce, les livraisons
tournent déjà à plein régime chez Kokopelli. Dans
ses locaux tout neufs de 1 300 m2 au Mas-d’Azil,
en Ariège, le plus connu des distributeurs
de semences paysannes répond à plus de
500 commandes par jour. Fondée par Dominique
Guillet, un autodidacte passionné de botanique,
cette association dispose aujourd’hui d’une
collection de plus de 2 000 variétés et de près
de 150 000 comptes clients, pour l’essentiel
des jardiniers amateurs. Ce qui lui a permis
d’afficher en 2016 un chiffre d’affaires de
2,8 millions d’euros. Considérée par certains
comme un bastion de la semence libre et par
d’autres comme une « petite multinationale »,
l’association a gagné ses galons en étant la cible
des deux principaux procès intentés par
l’industrie semencière. « Nous revendiquons d’agir
dans l’illégalité », affirme Ananda Guillet, qui a
pris la suite de son père à la tête de la structure.
36 – L E S E CHOS WE E K- E ND
Cette opération aura au moins permis de
secouer le cocotier. Piqué au vif par l’initiave
de Carrefour, qui lui a brûlé la politesse alors
qu’il collabore lui-même avec le RSP depuis
dix ans, le réseau Biocoop devrait, d’ici à
la fin de l’année, proposer à son tour ce type
de légumes. « Nous allons choisir quelques
références pour lesquelles l’ensemble de l’offre
des points de vente d’une région sera estampillé
“semences paysannes” », explique Patrick
Marguerie, chargé de la communication
de l’enseigne. Les transformateurs s’intéressent
aussi de plus en plus à cette filière. En
particulier les meuniers, et jusqu’aux grands
noms de la boulange. « Nous sommes sur le point
d’ouvrir un magasin au-dessus de la gare
d’Austerlitz où tous les pains seront pétris
avec de la farine fabriquée à partir de ces blés
anciens », dévoile Éric Kayser, le célèbre
boulanger. Chaque jour, c’est entre 200 et 300 kg
qui seront ainsi transformés. Pas encore de quoi
changer le visage de l’agriculture française,
mais certainement assez pour donner des idées
aux concurrents. Et creuser le sillon du label
« semences paysannes » qui pourrait bientôt…
germer et monter en graine dans l’esprit
des consommateurs, aux côtés du bio.
Plus d’infos sur www.lesechos.fr/we
DR
Mais, même du côté de l’État, le vent semble
tourner. Pour accompagner la tenue des États
généraux de l’alimentation, le gouvernement a
demandé à l’automne dernier au GNIS d’établir
un plan de filière qui s’inscrive dans un nouveau
modèle agricole fondé sur moins de pesticides
et d’engrais. Rédigé dans l’urgence, le document
promet d’accentuer la recherche sur des
variétés moins gourmandes en produits
phytosanitaires. Dans la foulée, le groupement
évoque même le « développement de méthodes
de bio-contrôle ». Au RSP, on reste très méfiant,
n’y voyant que de la « poudre aux yeux ».
Pour sortir des circuits alternatifs, les
défenseurs des semences paysannes ont avant
tout besoin de clients pour leurs productions.
On aurait donc pu penser que l’opération
« Le marché interdit », lancée en octobre dernier
par le géant Carrefour, les ferait sauter de joie.
Choux-fleurs de la Saint-Balthazar, courges
Kaboche, potimarrons Angélique et autres
oignons rosés d’Armorique… durant toute la
UNE BOULANGERIE DÉDIÉE AUX BLÉS ANCIENS
THIERRY ARDOUIN/TENDANCE FLOUE
L’INITIATIVE CONTROVERSÉE DE CARREFOUR
saison automne-hiver, près de 150 points de
vente d’Île-de-France ont proposé à leurs clients
de découvrir les saveurs oubliées de légumes
issus de semences paysannes. L’enseigne s’est
en outre fendue d’une pétition sur change.org
pour réclamer l’ouverture du catalogue
aux semences hétérogènes. L’initiative
du distributeur a pourtant suscité une vive
polémique dans la filière. Appuyée par Guy
Kastler de la Confédération paysanne, elle a
été condamnée par le RSP, qui l’a vécue comme
une OPA hostile. « On ne peut pas laisser
la grande distribution, principale responsable
de la standardisation de la production agricole,
prendre aujourd’hui la tête de la croisade pour
la biodiversité », s’insurge Patrick de Kochko.
L’enseigne, elle, voit les choses autrement.
« Après le lancement des filières Qualité Carrefour,
le combat contre les OGM, la démocratisation
du bio, nous sommes aujourd’hui légitimes à
nous mobiliser sur ce sujet », affirme Bruno
Lebon, directeur des produits frais Carrefour.
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BUSINESS STORY
SAVON DE
MARSEILLE,
ET QUI VEUT
LE RESTER !
Né en Provence, le célèbre savon
est désormais largement
produit sur la côte Atlantique
et à l’étranger. Les Marseillais
réclament la mise en place
d’une indication géographique
– l’équivalent des AOC pour
le vin – qui permettrait
de protéger leur savoir-faire.
Par Florence Bauchard
D
epuis 1900, la savonnerie Marius
Fabre a certes fait de nombreux investissements.
Le bois et le fuel qui alimentaient la chaudière
ont cédé la place au gaz naturel. L’inox a
remplacé l’acier sur la paroi des chaudrons.
Mais pour la fabrication de la pâte à savon,
rien de nouveau : elle nécessite toujours
une dizaine de jours. Le maître savonnier
Jean-Pierre Denne – vingt-trois ans de maison –
surveille le magma sombre aux reflets verts
qui remplit un gigantesque chaudron. Après
avoir refroidi, cette pâte est étalée sur une
épaisseur de 6 cm, laissée deux jours à sécher
puis découpée en pains de 30 kg. Ceux-ci sont
estampillés à la main, emballés puis expédiés
dans une trentaine de pays, jusqu’au Japon,
qui en raffole. « Avec toutes ses fenêtres au nord,
côté mistral, la salle est bien orientée pour
accélérer le processus », indique Julie BousquetFabre, qui représente avec sa sœur la quatrième
génération de la dynastie Fabre, à la tête de
l’une des deux dernières savonneries présentes
à Salon-de-Provence. C’est ce procédé artisanal
et ancestral que la maison Marius Fabre
cherche à protéger. Elle s’est associée à trois
autres savonneries de la région – Le Sérail,
la Savonnerie du Midi et Fer à cheval – pour
former l’Union des professionnels du savon
de Marseille (UPSM). Leurs adversaires ?
Les entreprises, petites ou grandes, qui utilisent
l’appellation malgré une production au-delà
des Bouches-du-Rhône.
Car, contrairement au granit de Bretagne et
à la porcelaine de Limoges, le savon de Marseille
n’a plus grand-chose à voir avec la ville dont
il se réclame. Et depuis longtemps. « Comme
la Javel ou l’eau de Cologne, il s’agit d’un produit
générique, fabriqué de longue date ailleurs
que dans la cité phocéenne », souligne Pascal
Marchal, l’un des repreneurs de la Savonnerie
38 – L E S E CHOS WE E K- E ND
La savonnerie
Marius Fabre,
à Salon-de-Provence,
à 50 km au nord
de Marseille,
fabrique depuis
plus d’un siècle le
même savon à base
d’huile d’olive.
Les barres de savon
sont estampillées
à la main (photo
ci-dessus) à l’aide de
tampons (ci-contre).
Une façon de
marquer clairement,
sur le produit, une
tradition artisanale.
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LE SAVON DE MARSEILLE
GUILLAUME HORCAJUELO/EPA/MAXPPP
ROLLINGER-ANA/ONLYFRANCE.FR/AFP
ERIC FABRER/DIVERGENCE
À droite, des cubes
de savon mis
à sécher dans
la savonnerie
Le Sérail, fondée
en 1949, dans
le quartier de
Sainte-Marthe,
à Marseille.
de l’Atlantique (SDA) à Rezé, non loin de Nantes.
Les villes portuaires de Nantes, Bordeaux,
Le Havre et Rouen sont ainsi devenues
productrices à leur tour, alimentées par les
arrivages d’huile d’olive, de coprah et de palme
en provenance de Méditerranée et de contrées
lointaines. Le profil des producteurs n’est
pas totalement identique : « À Marseille,
les savonneries étaient aux mains de négociants
en huile qui y voyaient essentiellement un moyen
de valoriser leurs marchandises. Les productions
des autres régions françaises étaient le fait
d’industriels », explique Emmanuelle Dutertre,
professeur de sociologie à l’Essca d’Angers,
qui a étudié l’histoire de ce savoir-faire pour
son doctorat. Ces industriels ont modernisé
et optimisé la production, profitant des
découvertes de la chimie. Grâce à la récente
introduction de l’atomiseur sous vide, la durée
de séchage se compte ainsi en minutes, et non
plus en journées. Les fabricants se sont
également mis à produire depuis une vingtaine
d’années des savons liquides, très populaires
auprès des consommateurs. Il suffit de voir
le succès de la Compagnie de Provence, que ses
fondateurs ont récemment cédée à un groupe
de produits dermatologiques italiens.
DES ERSATZ VENUS DE TURQUIE OU D’ASIE
Cette industrialisation a fait des victimes : « Au
xixe siècle, la France comptait 400 savonneries »,
observe Pascal Marchal. L’essor des lessives
chimiques et la mondialisation ont changé
la donne : les entreprises qui saponifient – et ne
se contentent pas de transformer des nouilles de
savon importées – sont désormais moins d’une
dizaine en France, éparpillées entre l’Ouest et le
Sud-Est. Et la rentabilité du secteur est fragilisée
par la montée en puissance de concurrents turcs
et asiatiques très compétitifs malgré une qualité
parfois douteuse. « J’ai vu des savons colorés à
l’aide de bombes aérosols », raconte, consterné,
un artisan savonnier marseillais. De la poignée
LE S E CHOS WE E K- E ND – 39
de savonneries encore en activité à Marseille,
deux ont failli disparaître au cours de la dernière
décennie : Fer à cheval et la Savonnerie du Midi.
Le regain d’intérêt des consommateurs français
et étrangers a toutefois convaincu certains
investisseurs de racheter les actifs et de relancer
la production. Le 13 février dernier, Guillaume
Fiévet, héritier d’une dynastie industrielle
de l’hygiène, a ainsi annoncé 1,5 million d’euros
d’investissements pour la Savonnerie du Midi,
située aux Aygalades, dans les quartiers nord
de Marseille. Sa priorité est d’ouvrir un musée
et une boutique, et plus encore de réactiver les
chaudrons. Objectif : revenir au produit le plus
brut possible, à savoir un « savon cubique fabriqué
en chaudron à partir d’huiles végétales sans
colorant ni conservateur ou parfum ». Un retour
aux sources, qui tranche avec la période récente :
la production était assurée jusqu’ici à partir
de granulés de savon fournis par un sous-traitant
marseillais. Il ne restait plus qu’à les mettre
en forme et à les emballer, sous l’une
de ses marques, telle La Corvette.
Dans les locaux de La Licorne, un savonnier
installé sur le cours Julien, à Marseille, le PDG
Serge Bruna ne comprend pas ce jusqu’auboutisme. Et pour cause : les savonnettes
parfumées représentent une part essentielle
de son chiffre d’affaires, comme pour la plupart
de ses confrères. « En 1907, on trouvait déjà
des savons de Marseille parfumés à la lavande
ou à la violette », s’exclame-t-il entre deux coups
de sonnette à la porte de la boutique. « Je ne dis
pas qu’il ne faut pas protéger le savon brut, mais
il faut un cahier des charges qui puisse satisfaire
tout le monde, y compris les fabricants de
gammes parfumées », ajoute ce grand mince
dans son bureau vitré coincé entre la boutique
et son atelier. Il semble acquis que les fabricants
de savonnettes parfumées devront, tôt ou tard,
troquer « Marseille » contre un autre terme sur
l’étiquette de leurs emballages. « C’est un combat
d’arrière-garde » s’exclame un industriel.
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BUSINESS STORY LE SAVON DE MARSEILLE
sont bien prévues par la loi Hamon de 2014. Le
granit de Bretagne, la porcelaine de Limoges et
le siège de Liffol ont attendu moins d’un an pour
décrocher le précieux label (lire en encadré).
Mais, compte tenu de leurs divisions, les
fabricants de savon de Marseille n’ont pas obtenu
la moindre avancée. « C’est aux industriels de se
concerter », se contente d’indiquer le porte-parole
de l’Inpi, qui préfère se donner du temps
« pour prendre une décision solide sur le fond ».
La salle d’ébullition
d’une usine de savon
dans la cité phocéenne
vers 1870.
Aujourd’hui encore,
les savonneries
traditionnelles
continuent de cuire
la pâte à savon
dans d’immenses
chaudrons. Et
certains fabricants
veulent voir ce
procédé retenu comme
l’un des critères
définissant le
« véritable » savon
de Marseille.
TROIS DOSSIERS CONCURRENTS À L’INPI
Les désaccords portent non seulement sur
le procédé, mais aussi sur le territoire concerné.
Tel David contre Goliath, la maison Fabre
(8,5 millions d’euros de chiffre d’affaires
et 36 salariés) réclame la mise en place d’une
indication géographique, équivalente aux AOC
qui régissent le monde des vins. Avec les trois
autres producteurs membres de l’UPSM,
elle aimerait cantonner la production des savons
de Marseille aux Bouches-du-Rhône. Les
transformateurs-fabricants (L’Occitane, La
Licorne, etc., réunis au sein de l’AFSM) plaident
pour un territoire un peu plus large : la région
Provence-Alpes-Côte d’Azur. La troisième
association (Savon de Marseille France), menée
par la Savonnerie de l’Atlantique, veut étendre
la production à toute la France. Trois dossiers
concurrents ont donc été déposés auprès
de l’Inpi – le gendarme français de la propriété
intellectuelle. Les indications géographiques
des produits industriels et artisanaux (Igpia)
L’INDICATION GÉOGRAPHIQUE, UN LABEL CONVOITÉ
Le siège de Liffol (Lorraine),
le granit de Bretagne et la
porcelaine de Limoges sont
les premiers produits artisanaux
non alimentaires à avoir
su protéger leur territoire
géographique, via la loi Hamon
de 2014. C’est une garantie
de qualité et d’authenticité très
monnayable à l’exportation,
mais aussi une protection
contre la multiplication des
contrefaçons en provenance
d’Asie et ailleurs. Aujourd’hui,
les candidats se pressent
pour décrocher ce fameux label
décerné par l’Inpi, le gendarme
français de la propriété
intellectuelle. Outre le savon
de Marseille, la pierre de
Bourgogne est l’autre dossier
officiellement examiné. Les
parapluies d’Aurillac, les vases
d’Anduze, les émaux de Longwy
et les grenats de Perpignan s’y
préparent eux aussi. Comme les
savons de Marseille, les santons
de Provence et les couteaux de
Laguiole font l’objet de plusieurs
initiatives concurrentes.
40 – LE S E CHOS WE E K- E ND
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GRANGER NYC/RUE DES ARCHIVES
« Personne n’a rien à y gagner si ce n’est
la concurrence étrangère venue de Turquie,
d’Asie, voire d’Allemagne, où le groupe Kappus
fabrique aussi au chaudron », renchérit un autre.
« Ils veulent transformer le savon de Marseille
en produit de luxe », estime Pascal Marchal,
le cogérant de SDA.
Philosophe, Julie Bousquet-Fabre, qui vient
d’ouvrir sa première boutique parisienne
à côté de la place des Vosges, « ne table pas sur
une conclusion positive en 2018 ». Les lessiviers
comme Johnson & Johnson – propriétaire
du Petit Marseillais – ne sont certainement
pas pressés de voir le dossier aboutir ! Cette
guéguerre franco-française inquiète certains
acheteurs étrangers, qui menacent d’être plus
sélectifs dans le choix de leurs fournisseurs.
En France, le débat interpelle aussi les
consommateurs, de plus en plus soucieux de
l’origine et de la qualité des produits qui leur
sont proposés. Il est vrai que les dérives sont
nombreuses. Il suffit de voir les savons aux
couleurs arc-en-ciel vendus sur les marchés,
y compris à Marseille, sous l’appellation savon
de Marseille. « L’adoption d’un label d’État aurait
le mérite de clarifier la situation », affirme
Jean-Louis Plot, PDG de Rampal Latour,
la deuxième savonnerie de Salon-de-Provence.
Soucieux de préserver une tradition artisanale
ancestrale, le repreneur de cette entreprise
fondée en 1828 redoute que la définition du savon
de Marseille devienne trop restrictive, ce qui
figerait le savoir-faire et l’empêcherait d’évoluer.
Rampal Latour a notamment breveté un
nouveau procédé qui rend le savon de Marseille
plus hydratant en utilisant la glycérine produite
naturellement par la saponification tout
en économisant significativement les quantités
d’eau – pour laver les impuretés de la pâte –
et d’énergie nécessaires à la fabrication en
chaudron. Ce n’est pas rien, quand on sait que
la température doit être maintenue autour de
100 à 120° C pendant toute la phase de cuisson !
« Il ne faut pas se tromper d’échelle. C’est
un enjeu mondial », affirme Jean-Louis Plot.
À ce titre, il vaudrait mieux que les industriels
français s’entendent pour partir à la conquête
du monde, ajoute-t-il. Car si les fabricants
marseillais parvenaient à imposer leur
définition, à savoir un « savon cubique fabriqué
en chaudron à partir d’huiles végétales sans
colorant ni conservateur ou parfum », ils ne
seraient même pas en capacité de satisfaire la
demande. « Dans certains cas, le savoir-faire est
perdu. Il ne suffit pas d’avoir l’outil industriel »,
affirme Alex Chauvin, PDG de la savonnerie
Sandralex à Peypin, près d’Aubagne. À vouloir
être trop rigoriste, il serait dommage de jeter
ce savon avec l’eau du bain.
SAVONNERIE MARIUS FABRE
ENTRE TRADITION ET INNOVATION
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CULTURE
23 FÉVRIER 2018
LA FEMME
AFRICAINE,
AVENIR
DE LA PHOTO
2018 AÏDA MULUNEH/COURTESY THE ARTIST AND DAVID KRUT PROJECTS, NEW YORK AND JOHANNESBURG
Par Michèle Warnet
All in One, d’Aïda
Muluneh (2016), photo
de la série « The
world is 9 », exposée
au MoMA à New York,
dans le cadre
de « Being : New
Photography 2018 ».
LE S E CHOS WE E K- E ND – 41
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
CULTURE
Aïda Muluneh et Zanele Muholi.
Deux femmes puissantes
qui sont les figures de proue
africaines d’une photographie
contemporaine libre, engagée
et furieusement créative.
Ces deux artistes noires
lumineuses s’exposent
à New York et à Zurich.
roches par la petite musique de leurs
noms, et les deux années seulement
qui séparent leur naissance, Aïda Muluneh
et Zanele Muholi sont deux grandes
photographes africaines, au style
et aux combats différents. Car combat, il y a.
La première œuvre en Éthiopie pour
le développement et l’éducation par l’art visuel.
La seconde, elle, se bat pour le respect
des minorités LGBTI (sigle anglais désignant
la communauté homosexuelle, bisexuelle,
transgenre ou intersexe) en Afrique du Sud.
Lesbienne dans un pays tristement connu
pour les viols « correctifs » et les meurtres dont
elles sont victimes, Zanele Muholi continue
de préférer au qualificatif de photographe celui
de « militante visuelle ». Cette ancienne
coiffeuse, née en 1972, est montée, depuis
son township d’Umlazi près de Durban, jusqu’à
Johannesbourg, dans les années 90. L’Afrique
du Sud brise alors les chaînes de l’apartheid
et Muholi s’affranchit, elle, du tressage, pour
découvrir la photographie au Market Photo
Workshop, école, fondée par David Goldblatt,
le grand photographe documentaire
de l’apartheid, exposé au centre Pompidou
en ce moment même (et jusqu’au 7 mai).
De ce terreau a germé toute une scène
photographique sud-africaine, dont Zanele
Muholi est l’une des plus en vue. Après Arles
en 2016, la fondation LUMA lui ouvre ses portes
à Zurich, jusqu’au 13 mai. Et la France lui a
remis les insignes de Chevalier de l’ordre
des Arts et des Lettres, en novembre dernier.
« Ce qui caractérise les artistes africaines
est souvent l’engagement », explique Marie-Ann
Yemsi, commissaire de la onzième édition
des Rencontres de Bamako, biennale africaine
de la photographie qui vient de fermer ses portes
au Mali. « Mais Aïda Muluneh et Zanele Muholi
sont, au-delà de ça, deux talents immenses qui
s’inscrivent dans une histoire de l’art qui n’est pas
occidentale », précise-t-elle. D’une créativité
débridée et remplies de signes et de symboles,
leurs photos nous donnent à voir un ailleurs,
autrement, sans qu’il ne soit défini.
42 – LE S E CHOS WE E K- E ND
Visage noirci aux pigments et regard habité,
la série des autoportraits de Zanele Muholi,
titrée « Somnyama Ngonyama », qui signifie
« Salut à toi, lionne noire » en zoulou, traverse
le cadre pour toucher l’âme. L’artiste interroge
et défie autant qu’elle désamorce, en s’ornant
d’objets inattendus, depuis la toison animale
jusqu’aux chambres à air, en passant
par des tampons à récurer. Drôle et inquiétant
ZANELE MUHOLI COURTESY OF STEVENSON, CAPE TOWN/JOHANNESBURG AND YANCEY RICHARDSON, NEW YORK
P
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
PHOTOGRAPHIE AFRICAINE
à la fois. « Zanele Muholi milite 24 heures
sur 24. Elle vit constamment entourée
de sa communauté de femmes », raconte
Anna-Alix Koffi, l’éditrice de la revue culturelle
et artistique Something we Africans got.
Elle a rencontré la photographe au Cap pour
la publier dans son dernier numéro. « Pour
moi, Zanele est représentative de la force
de la femme africaine », souligne-t-elle.
Photos de la série
« Somnyama
Ngonyama » (« Salut
à toi, lionne noire »),
réalisées par Zanele
Muholi. De gauche
à droite et de haut
en bas : Simtembile I,
East London (2016),
Maid II, Atlanta
(2017), Thulile II,
Umlazi, Durban
(2016), Thuleleni,
Bijlmer,
Amsterdam (2017).
La photographe
sud-africaine
a réalisé
LE S E CHOS WE E K- E ND – 43
ces autoportraits
dans quinze villes
différentes sur tous
les continents
et toujours avec
des « accessoires »
inattendus.
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CULTURE
C’est à cette femme qu’Aïda Muluneh rend
hommage à travers sa série « The world is 9 ».
« Le monde a 9 ans, il n’est jamais complet,
il n’est jamais parfait », avait coutume de dire
sa grand-mère. Des mots qui n’ont pas quitté
la petite Éthiopienne, née en 1974, mais partie
dès ses 5 ans pour le Yémen, puis l’Angleterre
et le Canada. Elle y aura deux révélations : celle
de la photographie à 16 ans, en section d’art au
lycée de Calgary ; et la nécessité, seize ans plus
tard, en 2007, de revenir s’installer en Éthiopie.
Elle est alors photojournaliste, notamment pour
le Washington Post, et veut corriger l’image de
son pays, stigmatisé par la famine qui l’a touché
dans les années 80. Elle-même, enfant, a menti
sur ses origines, préférant échapper aux mines
navrées que provoquait le simple nom
d’Éthiopie, en déclarant venir… d’Afrique
du Sud. « Sans former des photographes locaux,
nous ne pourrons pas changer la façon dont on
considère ce pays », martèle Aïda Muluneh.
Elle le fait, en s’appuyant sur l’entreprise qu’elle
a fondée, Desta (Developing and Educating
Society Through Art) for Africa, à travers
des ateliers, des expositions et, depuis 2010,
la biennale Addis Foto Fest, dont la prochaine
édition se tient cette année. Artistiquement,
ce retour à la terre d’origine « a été un défi et
une source d’inspiration », témoigne-t-elle.
Ses travaux créatifs s’enrichissent
et adoptent la couleur, quand ses séries
documentaires conservent le noir et blanc.
Corps et visages peints, couleurs primaires
saturées, bras et mains surnuméraires, sont
les éléments qui composent les scènes oniriques
qu’elle produit. La force de ses images résidant
dans la profondeur de lecture qu’elles offrent.
« Les visages peints interpellent en premier celui
qui regarde, mais mon objectif, à travers
des niveaux successifs d’interprétation, est
de partager non seulement une expérience
esthétique mais aussi de délivrer des messages »,
commente Aïda Muluneh. Elle est au cœur
de la nouvelle édition de l’exposition-événement
sur la « nouvelle photographie », qui réunit
dix-sept talents au MoMA de New York, à partir
Extraits de la série
très colorée
de l’Éthiopienne
Aïda Muluneh
« The world is 9 » :
The Distant Gaze
(2016), ci-dessus,
et The Morning Bride
(2016), ci-contre.
44 – L E S E CHOS WE E K- E ND
2018 AÏDA MULUNEH/COURTESY THE ARTIST AND DAVID KRUT PROJECTS, NEW YORK AND JOHANNESBURG
« AÏDA MULUNEH S’EMPARE
DE L’HÉRITAGE ARTISTIQUE
AFRICAIN POUR CRÉER
UNE REPRÉSENTATION
CONTEMPORAINE
ET EXTRAORDINAIRE
DE L’INDIVIDU. »
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
PHOTOGRAPHIE AFRICAINE
De gauche à droite
et de haut en bas :
Rule of Engagement
(2016), Strength
in Honor (2016),
The Departure (2016).
du 18 mars et jusqu’au 19 août. « Dans son œuvre,
un est multiple. La façon dont elle s’empare
de l’héritage artistique africain, avec les peintures
corporelles et les étoffes, pour créer une
représentation contemporaine et extraordinaire
de l’individu, a sans doute à voir avec sa propre
relation avec l’Éthiopie », analyse Lucy Gallun,
la commissaire de cette expo baptisée « Being :
New Photography 2018 ».
Deux femmes, deux photographes, deux
militantes dont le travail est salué – presque –
partout dans le monde. Presque, car si elles ont
choisi de vivre et de travailler sur le continent,
ce n’est pas toujours aisé. « La place de l’Afrique
fait que ses artistes continuent d’être plus connus
en Occident », déplore Anna-Alix Koffi. Zanele
Muholi fait face, en Afrique du Sud, à la difficulté
de documenter une vérité qui dérange. Jusqu’à la
ministre de la Culture, Lulama Xingwana, qui, en
2009, a déclaré une de ses expositions « immorale
et contraire à l’esprit de la nation ». Aïda Muluneh
parle, elle, de la « suspicion » que provoque, dans
les rues d’Addis-Abeba, le simple fait de sortir un
appareil photo. Pas de quoi décourager ces deux
artistes qui excellent à plonger dans leurs racines
pour mieux atteindre l’universel.
« Being : New Photography 2018 », avec Aïda
Muluneh, du 18 mars au 19 août 2018, au MoMa
à New York. « Zanele Muholi », jusqu’au 13 mai
2018, LUMA Westbau, à Zurich.
Plus d’infos sur www.lesechos.fr/we
LE S E CHOS WE E K- E ND – 45
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CULTURE
LA SÉLECTION
Par Philippe Chevilley, Thierry Gandillot, Henri Gibier, Adrien Gombeaud et Philippe Noisette
LE COUP DE FOUDRE
L'AMOUR ET LA VIOLENCE DES HOMMES
L’écrivain américain
Alexander Maksik,
photographié
en janvier 2018.
Alors qu’il file des jours heureux avec
sa fiancée, il apprend que sa mère a tué
un homme. Elle n’a pas supporté de voir un mari
violent frapper sa femme devant ses enfants
sur le parking d’un supermarché et l’a occis
de sept coups de marteau. Si elle s’était contentée
d’un seul coup, le jury se serait peut-être montré
clément, mais son acharnement lui vaut
une condamnation à perpétuité. Joe laisse alors
tomber sa « love affair » pour retrouver son père
installé à White Pine, près de la prison
où la meurtrière est enfermée. Son horizon
semble à jamais barré, quand Tess vient le
retrouver sans crier gare. Guidée par l’affection
qu’elle ressent pour ce garçon étrange,
tout autant que par la colère de voir la mère
de Joe clouée au pilori alors qu’aucun cas n’est
fait du sort des femmes battues.
Le roman commence des années plus tard,
dans le havre d’une maison forestière, alors que
Joe vient d’être abandonné par Tess. Le récit
s’élabore librement, au gré de subtils va-et-vient
dans le temps. Alexander Maksik joue avec
la chronologie, ne cherche pas à construire
46 – L E S E CHOS WE E K- E ND
une intrigue serrée, use de répétitions, voire
de leitmotiv. Son héros s’adresse à différents
auditoires : Tess, ses parents, Claire… le lecteur.
Écrit dans un style lyrique, intense, L’Oiseau,
le goudron et l’extase est un flux bouillonnant,
qui emporte le lecteur vers des contrées
périlleuses, où se posent les questions de
l’efficacité du militantisme, de l’usure du désir,
de la peur de vivre. Derrière le pessimisme
d’Alexander Maksik, se cache néanmoins
un brin d’espoir. Si l’extase ne saurait
compenser la déprime, l’amour qui (re)vient
de loin n’a jamais dit son dernier mot. Ph. C.
L’Oiseau, le goudron
et l’extase,
d’Alexander
Maksik, traduit
de l’américain
par Sarah Tardy,
464 p., 21,50 €.
DR
pas aux autres. Peut-être parce que c’est
la première fois qu’Alexander Maksik,
« romancier-monde » (auteur de La Mesure
de la dérive) situe l’action de son livre aux
États-Unis, dans l’État de Washington et dans
l’Oregon pendant les années 90. Shelter in Place,
joliment traduit en français par L’Oiseau, le
goudron et l’extase, conjugue un sujet fort – celui
de la violence faite aux femmes –, et une histoire
d’amour absolue qui défie le temps. Le monde,
ses illuminations et ses douleurs passent
par le filtre de l’esprit hypersensible de Joe
March. Le héros, frappé d’extase quand
il se livre sans merci à la femme qu’il aime, est
régulièrement paralysé par un fulgurant mal
de vivre – « un épais goudron » qui s’infiltre dans
son corps et devient un « oiseau bleu-noir » dont
les serres « perforent ses poumons ».
Originaire de Seattle, Joe est tombé follement
amoureux de Tess à 20 ans dans un bar de Canon
Ball (Oregon). Il aime sa famille aussi : son père
menuisier, sa mère infirmière et même sa sœur
Claire, partie à Londres vivre avec un golden boy.
JULIEN FAURE/LEEXTRA VIA LEEMAGE
ROMAN Cette histoire d’Amérique ne ressemble
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SORTIES
Lucette Destouches
en 1947, avec
Louis-Ferdinand
et le chat Bébert,
en exil à Copenhague.
EN VUE
LE SACRE DE SYLVAIN GROUD
GRÉGOIRE KORGANOW
COLL. PART/DR
DR
DANSE Sylvain Groud fait partie des discrets
de la danse française. Cela risque de changer.
Après la création récente de Trois Sacres, repris
cet hiver à Paris, Sylvain Groud vient d’être
nommé à la tête du Centre chorégraphique
national de Roubaix, mettant ainsi ses pas dans
ceux d’illustres aînés comme Carolyn Carlson
ou Olivier Dubois. Une vraie reconnaissance.
Après une décennie en tant que danseur auprès
d’Angelin Prejlocaj, Groud décide de voler
de ses propres ailes. Chorégraphe, directeur
de sa compagnie MAD, il fait feu de tout bois.
Si vous voulez bien me suivre en 2007 fait
son petit effet. Depuis, les amateurs de danse
sont de plus en plus nombreux à le suivre.
Des projets in situ, des créations au croisement
de la danse et de la musique (à l’image de Cordes,
commande de l’Opéra de Rouen). Normal pour
ce passionné de Steve Reich, compositeur
minimaliste américain très prisé du milieu
chorégraphique. Groud se frotte également
au hip-hop avec Elles et partage la scène avec
l’auteure Maylis de Kerangal. Ce goût de l’autre,
il en a fait le moteur de Trois Sacres, jolie réussite
où il danse avec Bérénice Béjo (photo), vedette
de The Artist. Pas un caprice de star, mais une
véritable rencontre se traduisant par une belle
complicité sur le plateau. Sylvain Groud déjoue
les pièges d’un énième Sacre du printemps sur
la partition d’Igor Stravinsky. Ici, un dispositif
réduit à sa plus simple expression, la musique
en pointillé et des bribes de texte. Ces derniers
sont signés Anne Bert, Françoise Simpère
ou Olivier et Christine Walter. Trois Sacres n’est
pas un spectacle bavard pour autant. Il explore
les états d’âme d’un couple. À un moment,
on entend ces quelques mots : « Il respire trop fort
– pour deux » dans la bouche de Bérénice Bejo.
Du souffle, Sylvain Groud va en avoir besoin
pour donner un nouvel élan au CCN Roubaix,
qui a connu quelques soubresauts ces derniers
temps. On sent chez cet artiste, serein, un réel
engagement. En attendant, il danse. Ph. N.
Trois Sacres, de Sylvain Groud, au 13ème Art
Paris (www.le13emeart.com), du 23 février
au 4 mars, puis à Evreux (le 3 avril)
et Marseille (du 10 au 14 avril).
Madame Céline,
par David Alliot.
Éditions Taillandier,
430 p., 20,90 €.
L’INSTANT DE RÉFLEXION
ELLE AIMA CÉLINE JUSQU'AU BOUT DE SES NUITS
LIVRE Lucette Destouches, la seconde épouse
de Louis-Ferdinand Céline, a aujourd’hui
105 ans. Après la mort de son illustre mari,
en 1961, elle est devenue une figure du petit
monde des lettres, recevant écrivains
et journalistes dans le pavillon de Meudon,
25 ter, route des Gardes, où le couple avait
emménagé en 1951. « Nous sommes ici vraiment
mal tombés !… Tout nous est hostile… »,
se lamente, comme à son habitude, l’auteur
du Voyage au bout de la nuit, lorsqu’il arrive
dans ce qui sera la dernière demeure d’une vie
d’errance, ses peu reluisantes années de guerre
donnant quelques haut-le-cœur au voisinage.
À côté de la plaque du « docteur Destouches »,
la jeune femme appose la sienne : « Lucette
Almanzor, danses orientales et de caractère ».
Danseuse classique dans le ballet de l’OpéraComique à ses débuts, elle prodiguera jusqu’au
très grand âge des cours dans cette villa Maïtou.
Ses premières élèves redoutaient surtout
le moment où elles devaient passer, intimidées,
devant le maître des lieux, installé dans
un fauteuil au bas de l’escalier, et qui lançait
de temps en temps à l’une ou à l’autre : « Allons !
Mademoiselle, une petite révérence… »
Grand spécialiste de Céline, David Alliot a choisi
de revenir sur son sujet de prédilection
en racontant le destin hors du commun de cette
LE S E CHOS WE E K- E ND – 47
fille d’un marchand de broderies et dentelles
qui rencontra le médecin romancier, déjà
au sommet de sa gloire, en 1936. Après une brève
liaison clandestine, elle va l’accompagner dans
tous ses périples et jusqu’au bout de ses délires.
A-t-elle partagé l’antisémitisme forcené
de Céline ? Sur ce plan, le biographe nous
laisse sur notre faim. Le récit de la vie
des deux amoureux sous l’Occupation, puis
de l’invraisemblable fuite vers le Danemark,
après le séjour à Sigmaringen, que Céline
a raconté à sa façon dans sa trilogie (Nord, D’un
château l’autre, Rigodon), laisse pantois.
On s’étonne des trésors d’abnégation que
manifeste Lucette auprès d’un compagnon
si incommode. Après guerre, Meudon va devenir
un lieu de pèlerinage littéraire. De Malle
à Godard, tous veulent faire un film du Voyage :
Audiard s’attaque à l’adaptation, pressent Fellini
pour la réalisation et Belmondo pour le rôle de
Bardamu ! Mais décidément cette œuvre est un
diamant qui ne se laisse pas tailler. D’Aznavour
à Modiano, les visiteurs de marque continueront
de se succéder auprès de Lucette longtemps
après la mort de l’écrivain. « Écrire la vie de
Lucette, c’est également écrire celle d’une fidélité »,
observe David Alliot. C’est ce qui fait le charme
de son livre, par ailleurs bourré d’informations
inédites sur le personnage Céline. H. G.
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CULTURE SORTIES
LE MOMENT DE PLAISIR
ALELA DIANE, FOLK D'HIVER
L'actualité cinématographique
de la semaine
vue par Thierry Gandillot.
48 – L E S E CHOS WE E K- E ND
Après l’eau, la glace. En 1994,
la patinoire de Lillehammer fut le
théâtre d’une compétition sanglante
entre deux championnes américaines.
Élevée à la dure, mariée à une brute,
Tonya Harding avait l’audace
et la technique. Née dans un milieu
privilégié, Nancy Kerrigan avait
le charme et l’élégance. Quelques
semaines avant la compétition,
on a tenté de lui briser les rotules.
Moi, Tonya est caustique, cruel, drôle,
mais le film de Craig Gillespie ne fait
qu’effleurer son sujet. Il est surtout
une rampe de lancement pour Margot
Robbie aux oscars.
TWENTIETH CENTURY FOX
CINÉMA Nul n’est plus heureux en France qu’un
personnage de cinéma américain. Les classiques
d’Hollywood trouvent du charme aux râleurs
parisiens et voient dans nos appartements mal
isolés le cadre de bohèmes romantiques. Ainsi,
dans Sérénade à trois d’Ernst Lubitsch, Gary
Cooper et Fredric March interprètent deux
artistes qui tirent le diable par la queue au
royaume de Marivaux. L’un est peintre sans
galerie et l’autre dramaturge sans théâtre. Dans
un train qui revient de Marseille, ils rencontrent
une craquante caricaturiste jouée par Miriam
Hopkins. Aussitôt, elle tombe amoureuse…
des deux. Alors ils optent pour ce qui ne s’appelle
pas encore une colocation, un mode vie
soigneusement scellé par un « gentlemen’s
agreement » : « no sex ». Sauf que, susurrera-t-elle
en s’étirant : « I am no gentleman ! » Au xxie siècle,
cet éloge fripon du vivre-ensemble saisit encore
par son audace et son élégance. Lubitsch jongle
avec un dialogue piquant, scandé de répliques
mythiques, dont le sujet de philo : « La délicatesse
est une peau de banane sous le pied de la vérité ».
Dans un noir et blanc argenté, il façonne un
monde gentiment dévergondé et furieusement
chic. Ainsi file le film, léger comme la main de
Gary Cooper sur la cheville de Miriam Hopkins.
Tandis que Lubitsch sifflotait sa Sérénade à Los
Angeles, le sénateur Hays burinait son code
à Washington. À partir de 1934, Hollywood
marchera au pas cadencé de l’ordre moral. Et cet
éloge du ménage à trois prendra la saveur d’un
dernier verre avant la fermeture du bar. A. G.
Sérénade à trois, d’Ernst Lubitsch (1933),
avec Gary Cooper, Fredric March, Miriam
Hopkins. Version restaurée.
SPLENDOR FILMS
LA REDÉCOUVERTE
MÉNAGE À TROIS
Avec treize nominations aux oscars,
La Forme de l’eau (photo) fait figure
de grand favori. Une reconnaissance
pour Guillermo del Toro, jusqu’ici
catalogué dans la rubrique films
de genre. Elisa, jeune femme muette
au cœur tendre, fait le ménage dans
un laboratoire d’expérimentations
de l’armée américaine. Un jour, elle
surprend un officier des services
secrets aux prises avec un monstre
amphibien. Après de subtiles
manœuvres d’approche, Elisa finit par
apprivoiser la créature, capturée
en Amazonie, où elle est considérée
comme un dieu. Les scientifiques
voudraient s’emparer de ses pouvoirs
surnaturels par la force, mais c’est
compter sans la jeune femme. Celle-ci
réussit à exfiltrer la créature
et à la transférer dans sa baignoire.
L’aventure ne fait que commencer.
Inspirée de L’Étrange Créature du lac
noir et de La Belle et la Bête, ce film
est d’une beauté et d’une poésie
à couper le souffle.
JACLYN CAMPANARO
MUSIQUE À la première écoute, le nouvel album
studio d’Alela Diane (son septième) pourrait
sembler un rien vintage, mais il suffit de tendre
l’oreille pour saisir toute sa profondeur et sa
délicatesse. Avec « Cusp », l’artiste américaine
de 34 ans pratique un folk hors d’âge qui ne
s’embarrasse pas d’orchestrations clinquantes ou
de grigris électros. Dans des interviews suivant la
sortie de l’album, la chanteuse révèle qu’elle s’est
cassé l’ongle du pouce lors de sa composition.
D’où cette prédominance du piano – agrémenté
tout de même de quelques harmonies à la
guitare et parfois de cordes. On est d’abord
frappé par la chaleur de la voix d’Alela, par la
rondeur de ses graves, la légèreté de ses aigus.
Puis s’impose la richesse de ses mélodies. Enfin
ses textes, inspirés en partie par sa maternité,
s’avèrent des modèles d’élégance poétique.
La chanson Émigré vaut tous les protest-songs
et pamphlets enflammés évoquant la tragédie
des migrants perdus en mer. L’excellence
de sa diction permet même à l’auditeur qui n’est
pas « fluent in english » de saisir ses paroles
poignantes. Globalement, les onze titres
respirent la mélancolie, mais une mélancolie
éclairée d’un doux soleil voilé. Album de la
maturité, « Cusp » distille la sérénité qui a baigné
sa création : Alela Diane s’était retirée dans une
résidence aux abords d’une forêt près de
Portland pour trouver l’inspiration. Entre feu
de bois, décor verdoyant ou de neige, ciels cobalt
ou d’argent, elle a trouvé les mots et les notes
justes pour réchauffer notre hiver. Ph. C.
« Cusp », d’Alela Diane. AllPoints/Believe.
En concert en avril : Tourcoing, le 24 ;
Paris, le 26 ; Bourges, le 27 et Lyon, le 28.
SALLES OBSCURES
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STYLE
23 FÉVRIER 2018
LE PROJET SLIMANE
Y. R
Par Gilles Denis
LE S E CHOS WE E K- E ND – 49
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STYLE
La nomination d’Hedi Slimane
à la tête de la création artistique
et de l’image de Céline fait
frémir l’industrie. Sans doute
car l’homme ne se contente
pas d’être un designer.
Il est de ceux qui dessinent
les frontières du luxe. Voici
comment et pourquoi.
e « synopsis
Céline » ne risque pas d’être publié ni dans
les prochaines semaines ni même dans
les prochains mois. Non qu’il ait un lien
quelconque avec Louis-Ferdinand Destouches
et que sa parution entre dans quelque
polémique que ce soit. Non, le « synopsis
Céline » est tout simplement le document
le plus secret et le plus recherché de l’industrie
du luxe. Peu l’ont vu, peu l’ont lu.
Mais il vaut de l’or. Et si son existence même
n’a fait l’objet d’aucune communication, elle
n’est sans doute guère contestable, son auteur
ayant confessé en 2015, lors d’une rare
interview à Yahoo, avoir rédigé des documents
similaires pour ses entreprises passées :
quelques pages, à la typographie
minutieusement choisie et déjà signifiante,
déployant précisément une stratégie globale
de refondation et de déploiement. Mieux qu’un
plan de bataille, un programme systémique.
Après le « synopsis Dior Homme » – la
création d’une maison de luxe masculin –, puis
le « synopsis Saint Laurent » – la renaissance
1968 Naissance
à Paris.
1989 Études à l’École
du Louvre.
1996-2000 Chez Yves
Saint Laurent, dont
il dirigera les
collections masculines.
2000-07 Directeur
artistique de Dior
Homme (LVMH).
2007-12 Part vivre
à Los Angeles, où
il poursuit son activité
de photographe.
2011 Expose son travail
au MoCA de
Los Angeles.
2012-16 Directeur
artistique de Saint
Laurent (Kering).
2018 Nommé
directeur artistique
de Céline (LVMH).
d’une légende et 1 milliard d’euros de chiffre
d’affaires lors de son départ –, c’est le « synopsis
Céline » qu’Hedi Slimane a probablement rédigé
pour Bernard Arnault, patron de LVMH
(propriétaire du groupe Les Echos) qui lui a
confié la direction de la création et de l’image
de l’honorable maison Céline. Sa mission ?
Développer le prêt-à-porter féminin
et masculin, la couture, les accessoires
et les parfums. En un mot, faire de la griffe
de souliers créée en 1945 par Céline Vipiana,
transformée depuis dix ans par la créatrice
anglaise Phoebe Philo en love brand de la gent
féminine minimaliste, une marque globale.
Une surprise car son retour était donné gagnant
dans nombre d’autres maisons. Et une ambition
aux allures de défi autant stylistique
qu’entrepreneurial.
On sait déjà qu’il s’agit d’un « projet
holistique » pour reprendre les mots d’Hedi
Slimane lors de l’annonce de sa nomination.
Holistique c’est-à-dire aussi global que précis.
Cette perspective fait frémir tout le secteur,
tant les précédentes aventures de l’homme
50 – L E S E CHOS WE E K- E ND
CARLOS MUNOZ YAGUE/DIVERGENCE
L
HEDI SLIMANE EN DATES
L’époque Dior
Homme (2000-2007)
ou la création
d’une marque de luxe
masculine.
Un projet intégré,
du studio (ci-dessus)
aux défilés (automnehiver 2004-2005,
en haut à droite).
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FRANCOIS MORI/AP/SIPA
HEDI SLIMANE
– finalement peu connu du grand public mais
tout à la fois adulé et craint dans le monde
de la mode – ont rencontré un succès
commercial sans précédent et chamboulé
les frontières du luxe.
En 2000, en créant Dior Homme, chez LVMH
déjà, Hedi Slimane ne se contente pas
de développer une marque. Il ne fait pas
que révolutionner la notion de mode masculine,
qu’il a déjà abordée en s’occupant de l’Homme
d’Yves Saint Laurent de 1996 à 2000,
sous le regard lointain mais protecteur
du fondateur qui honorera d’ailleurs
de sa présence le premier défilé Dior Homme.
Un premier show qui définira une silhouette
reconnaissable entre toutes, réquisitionnant
sans complexe le costume que l’on croyait rangé
au vestiaire des patrons du CAC40 pour en faire,
coupes serrées, revers étroits et épaules tenues
aidant, la nouvelle icône de la modernité,
irriguée par le rock. Pour se glisser dans
cette silhouette « slim », Karl Lagerfeld se mettra
à la diète, perdra 40 kg et demeure un fan,
applaudissant le retour de l’enfant non pas
prodigue mais prodige. Avec lui toute
une génération découvre les joies de la mode
masculine grâce à cette esthétique résonnant
avec son temps : les hommes ont reconquis
leurs corps, Slimane leur offre un style.
Plébiscité également par les femmes
qui s’arrachent les petites tailles.
LA MODE COMME SYSTÈME
Mais Hedi Slimane qui n’a d’ailleurs pas
de formation de couturier – il se rêvait
journaliste avant de faire l’École du Louvre –
n’est pas qu’un styliste. Chez Dior Homme,
il définit tout et s’occupe de tout, du choix
des mannequins au shooting des campagnes,
du visual merchandising au développement
des premières colognes de la maison,
de la réalisation des dossiers de presse aux
allures de manifestes au tournage des publicités
– dont celle pour le parfum Dior Homme, avec
en star Jamie Dornan, sublimé par la voix
de Pete Doherty –, du travail de l’atelier
au processus industriel, du développement
d’une ligne de cosmétiques – Dermo System –
LE S E CHOS WE E K- E ND – 51
à la définition des boutiques. En innovant
à chaque fois. Il sera par exemple le premier
à rompre avec le paradigme dominant
en proposant des « expériences » différentes
selon les boutiques, en imaginant les cabines
d’essayage comme des laboratoires – à Paris,
une œuvre d’art les orne ; à Tokyo, un jeu
de caméras permet de se regarder sous toutes
les coutures ; à New York, une immersion sonore
donne l’impression d’être entré dans son propre
souffle. Une conception panoptique révélant
une obsession du contrôle ? Il s’en est toujours
défendu. « Créer les parfums, les accessoires
ou les campagnes publicitaires, c’est une manière
d’éviter les malentendus et les distorsions
d’intention. À ne pas confondre avec ce que
les Anglais appellent “damage control” », précisaitil dès 2004. Ce qui, en creux, dessine
une définition du luxe comme une recherche
d’équilibre parfait.
Goût des perspectives, de l’alignement,
le projet Slimane a une allure bien française
d’ordonnancement magno-ludovicien, mâtiné
de Roland Barthes, dont on se plaît à croire
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que le jeune Slimane l’a lu lors de son année
d’hypokhâgne. En 1967, un an avant sa naissance,
le père du structuralisme fait paraître un essai,
sobrement intitulé, Système de mode. Dans
un entretien accordé alors au Monde, Roland
tentera de faire du Barthes sans peine
en expliquant :« Pour moi la mode est bien
un système. Contrairement au mythe
de l’improvisation, du caprice, de la fantaisie,
de la création libre, on s’aperçoit que la mode
est fortement codifiée. C’est une combinatoire,
qui a une réserve finie d’éléments et des règles
de transformation. L’ensemble des traits de mode
est puisé chaque année dans un ensemble de traits
qui a ses contraintes et ses règles, comme
la grammaire. Ce sont des règles purement
formelles. Par exemple, il y a des associations
d’éléments de vêtements qui sont permises,
d’autres qui sont interdites. Si la mode nous
apparaît à nous imprévisible, c’est que nous nous
plaçons au niveau d’une petite mémoire humaine.
Dès qu’on l’agrandit à sa dimension historique,
on retrouve une régularité très profonde. »
Slimane applique ce systématisme, cette
régularité, cette croyance dans la force
du signifiant et les joies de la métonymie
– la cohérence de la marque se lit aussi bien
dans le choix d’un bouton que dans le dessin
d’une porte. L’ordonnance organique
de l’ensemble s’exprime jusqu’au produit final.
Chez Dior Homme, en interrogeant les codes
de l’élégance masculine, Hedi Slimane va ainsi
créer des nouveaux essentiels, de la chemise
blanche au costume, en leur donnant un grand
frisson glam rock. Quelques années plus tard,
il plongera mine de rien dans les archives
d’Yves Saint Laurent et en ressortira cabans
et smoking. Des intemporels féminins
et masculins qui, bien après son départ,
continuent de faire les beaux jours commerciaux
des maisons qu’il a remodelées.
LE DÉFILÉ COMME MANIFESTE
Ces transformations radicales ont pu susciter
quelques remous. Comme lorsqu’il reprend
en 2012 les rênes de la maison Yves Saint Laurent
où il a fait ses premières armes. Pour la première
fois, les dents vont grincer, les critiques fuser,
la tension monter. Les médias sont désarçonnés
par le parti pris stylistique regardant du côté
de la scène grunge et indé de Los Angeles où s’est
installé le directeur artistique. Un tropisme
nomade et transgressif que n’aurait pourtant
sans doute pas renié le fondateur, qui avait fait
d’une manière d’exotisme vintage et du scandale
un des ressorts de la marque depuis son origine.
Mais quand Yves rêvait le temps perdu
de Marie-Laure de Noailles puis la dérive
de Talitha Getty, Slimane, qui n’a guère d’appétit
pour l’auteur de La Recherche, interprète
un tempo rock, celui d’une jeunesse post-Kurt
Cobain. Les clients suivent, les ventes s’affolent
et le chiffre d’affaires bondit de 75% entre 2013
et 2015. Au passage, le nom de la ligne
de prêt-à-porter change. « Yves Saint Laurent »
devient « Saint Laurent Paris ». On crie
au meurtre du père, à la destruction de l’héritage,
la querelle des Anciens et des Modernes devient
la nouvelle bataille d’Hernani de la mode.
Hedi Slimane ne répond rien.
Logique : une fois encore tout a été prévu,
écrit, expliqué, de la charte graphique
au merchandising, dans le « synopsis Saint
Laurent », remis à l’actionnaire – Kering –
et non rendu public. Il faudra attendre 2015,
quelques mois avant son départ, pour
comprendre : Hedi Slimane réserve le nom
« Yves Saint Laurent » pour la couture
qu’il relance alors. À la manière dont finalement
Yves lui-même avait voulu faire la différence
52 – L E S E CHOS WE E K- E ND
entre « Rive Gauche » – son prêt-à-porter –
et la couture. Pierre Bergé, à qui Slimane
voue une véritable amitié, en rit d’aise sur
les premiers rangs, la presse prend assez mal
de découvrir au fur et à mesure le grand
dessein. Lui-même avouera à Yahoo :
« Le consensuel n’aurait pas fait sens chez
Yves Saint Laurent. »
Il faut dire que si Slimane connaît Barthes,
il a sans doute feuilleté également Saint-Simon.
Un cocktail qui peut s’avérer épicé sinon
explosif pour ceux qui n’ont lu ni le gourou
du Collège de France ni le duc mémorialiste.
Surtout quand le défilé devient le symbole
d’un système de cour. À Versailles, à l’aube
du xviiie, on courtisait pour une invitation
à Marly. À Paris, à l’aube du xxie, on se bat
pour assister aux défilés Dior Homme.
On va supplier, pleurer, menacer pour être
de ceux de Saint Laurent. La rumeur urbaine
ED/JL/SAINT LAURENT/CAMERAPRESS/GAMMA RAPHO
STYLE
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
HEDI SLIMANE
CHRISTOPHE GUIBBAUD/ABACA
HENDRIK BALLHAUSEN/DPA/PHOTONONSTOP
L’époque Saint
Laurent (2012-2015)
ou la renaissance
d’une légende
du prêt-à-porter
(ci-contre de haut
en bas : printempsété 2013 et automnehiver 2014-2015),
à la couture
dans un lieu
totalement dédié,
rue de l’Université
(photo à gauche).
parle alors de bonnes et de mauvaises listes,
les uns sont exclus, les autres admis.
Les fashion dramas se multiplient, les crises
de nerfs s’amplifient. Hedi ne plie pas. Sans
doute car cette hystérisation du système est liée
à la manière dont Slimane envisage le défilé
comme l’acmé de tout projet. Ce moment est
là pour créer l’image de lifestyle global
de la maison qui par la suite se déclinera
en produits. La fonction de machine
à désirabilité du show est exacerbée. Ce sont
des grands spectacles conçus comme
des concerts de rock – la passion intime d’Hedi
Slimane. Il commande des bandes-son exclusives
aux groupes les plus pointus du moment,
qu’il contribue ainsi à lancer. De Beck aux
New Puritans, de Razorlight aux Swimmers,
le générique ferait pâlir n’importe
quel producteur et révèle au passage
une connaissance intime de cette scène-là
et l’évolution de son propre goût du rock indie
anglais au son californien des dernières années.
Les mannequins ne ressemblent à aucuns
autres. Souvent issus de castings de rues,
ils sont jeunes, loin des canons dominants,
suscitent le débat. Ils déboulent vite, très vite,
avec une intensité qui est celle du live, avec
une authenticité dans la manière de s’emparer
des vêtements. En dramaturge, le directeur
artistique ménage les effets, surprend
par le stylisme, envoyant de spectaculaires
pièces brodées, ne cédant pas à la tentation
d’accessoiriser les silhouettes : le produit
est presque secondaire, l’intention prime.
Au passage, Slimane joue la surprise pour créer
la mémoire de la marque – la planète mode
se souvient encore de ce final Dior Homme aux
ateliers Berthier où des batteurs se répondaient
dans la nuit parisienne. Le signifiant qu’est
le show sera décliné en signifié dans
LE S E CHOS WE E K- E ND – 53
les show-rooms, pour parler comme Barthes.
Dans cette « liturgie », comme dit Slimane,
se lit l’équation qu’il a posée : « mode = musique
+ jeunesse + sexe ». Une combinaison organique.
Qu’il explique peu.
L’EFFACEMENT VOLONTAIRE
Hedi Slimane s’est en effet peu à peu retiré de la
scène publique. En Howard Hugues de la mode,
il protège sa vie professionnelle avec le même
soin jaloux que sa vie privée – une protection
aux allures de luxe ultime dans une époque
de transparence totale. Sa discrétion
est légendaire. Aux entretiens en tête à tête
au Flore qu’il donnait au début des années Dior
Homme, avec une politesse d’un autre siècle
et une précision non dénuée d’humour,
ont succédé de rares interviews par mail.
Seule certitude, contrairement à nombre
de ses « confrères », c’est bien lui qui répond
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
STYLE
VIE PARALLÈLE
« La musique est la syntaxe derrière mon style
en photographie, mais également derrière ma
mode depuis vingt ans », avouait Hedi Slimane
en août 2017 au journaliste Luke Leitch dans
une rare interview. Une imbrication qui date sans
doute de son premier éblouissement stylistique
et musical, avec sa découverte de David Bowie
et la couverture de son album « David Live ». Il en
restera une fascination pour l’artiste, en particulier
pour la période « Thin White Duke » ce qui amènera
Slimane à Berlin, ville chère à la trilogie
de Bowie, et où il sera en résidence d’artiste.
Il la documentera en photographie, comme par
la suite la scène indie londonienne, qui sera aussi
la bande-son de ses années Dior Homme
et donnera naissance à deux recueils de photos,
Stage et London Birth of a Cult. Quelques années
plus tard, il publiera une anthologie par ville de ses
clichés. Cette double passion se poursuit avec
la Californie, où il s’installe, et sa scène émergente ;
avec également une série de portraits d’icônes,
de Courtney Love à Lou Reed, qui seront exposées
en 2014 à la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint
Laurent, sous le titre « Sonic ». Il initiera aussi chez
Saint Laurent un projet musical mêlant campagne
et bande-son. Il n’a de fait jamais posé son appareil
et demeure un fidèle des festivals de musique,
où il capte l’essence de la jeunesse.
54 – L E S E CHOS WE E K- E ND
il poste chaque jour ou presque, sans
commentaire, des photos sur ce site, où l’on
retrouve aussi ses contributions éditoriales
et ses bandes-son. Une documentation du temps
et dans l’air du temps : l’immédiateté et la mise
en commun de ce fonds sonnent désormais,
à l’heure d’Instagram, comme une évidence.
Slimane a depuis toujours établi
des frontières entre cette œuvre en construction,
sa passion musicale et son activité pour le luxe.
Mais paradoxalement – et sans doute à son corps
défendant –, cette séparation des genres
exacerbe le sens des produits qu’il conçoit. En
achetant une paire de sneakers, une robe ou des
jeans dont Hedi Slimane a supervisé la création,
le client n’achète pas « que » du Dior Homme,
du Saint Laurent ou demain du Céline. Il acquiert
aussi du Hedi Slimane, et une part d’un projet
HEDI SLIMANE
à ces demandes-là et non ses services de presse.
Et puis, il opte pour des médias
non traditionnels : sa plus longue interview
en quinze ans a été donnée à Yahoo en 2015.
Il est également un adepte de Twitter : c’est via
ce réseau social qu’il remet les points sur les i.
Surtout à l’époque Saint Laurent, qu’il s’agisse
d’une dispute avec la journaliste Cathy Horyn
du New York Times, ou d’une communication
de ses avocats sur son utilisation du logo
historique d’YSL signé Cassandre.
À cet effacement de la scène médiatique
traditionnelle répondent des choix personnels
d’éloignement géographique. Explorant la scène
musicale et artistique, Hedi Slimane a vécu
à Berlin et Londres alors qu’il travaillait
chez Dior Homme. Depuis, il s’est installé
à Los Angeles et y résiderait toujours.
Une distance qui va à un homme avouant aimer
le calme et correspond à son mode de travail,
en commando, avec des équipes resserrées
et fidèles. Ce qui évite toute distraction du projet
et toute distorsion de l’intention.
Cette mise à distance lui permet en parallèle
de poursuivre son travail de photographe.
Depuis son adolescence, il « archive » le monde
et son époque. Il y a un caractère systémique
dans ce travail en noir et blanc – une convention
de la scène rock qu’il shoote, comme
il a photographié les attributs esthétiques
de Londres, de Los Angeles, les tribus
de surfeurs, des monstres sacrés comme
Courtney Love ou, il y a longtemps, les rideaux
des chambres d’hôtels qu’il occupait. C’est
à ce travail personnel qu’il réserve l’usage
de son nom. Sa « marque », si souvent attendue
dans le prêt-à-porter, existe en fait sur Internet
à travers son « Diary ». Hedi Slimane Diary
est un projet global datant de plus de dix ans :
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HEDI SLIMANE
HEDI SLIMANE
En 2006, il crée
le Hedi Slimane
Diary : un site
qu’il alimente
quotidiennement
de ses clichés
personnels.
Ici, une sélection
d’août 2017
à janvier 2018,
entre Californie
et festival
de rock.
culturel qui s’exprime ailleurs, indépendamment
et en toute liberté. Une part de cool intelligent
aux allures d’effet secondaire – peut-être la seule
part d’imprévu ou d’accident du système. Un pas
de côté aux allures d’attention particulière et un
atout certain pour les millennials – et les autres
d’ailleurs. Et bien mieux qu’une « expérience »
décidée par des marketeurs, une intuition de la
modernité du luxe, en interaction avec différents
champs culturels. Une des seules certitudes
entourant l’arrivée d’Hedi Slimane chez Céline
est qu’il n’abandonnera pas cette passion
parallèle. Mais qu’elle nourrira sans doute,
de manière organique, son projet, l’approche
systémique étant la même dans les deux cas.
Reste que si le retour de Slimane dans
le monde du luxe émeut aujourd’hui, c’est qu’il
interroge directement deux tabous : le cycle
de vie des produits et le cycle de vie des marques.
Dans un monde à variables constantes,
de combien de temps dispose-t-on pour
s’imposer et proposer une nouvelle offre ?
Au bout de combien d’années, de saisons, faut-il
la renouveler ? Certains craignent plus ou moins
ouvertement que le synopsis Slimane chez
Céline remette à plat tout le travail accompli
précédemment et pleurent Phoebe Philo.
Faut-il réellement s’en inquiéter ?
Les marques ne sont-elles pas mortelles
si on ne les renouvelle pas constamment ?
Hedi Slimane n’a pas livré son plan aux
observateurs que déjà, les commentaires fusent
sur le « Peter Pan in skinny jeans », comme
le surnomme le Financial Times. Si les retailers
s’étranglent d’aise à la perspective du succès
annoncé, de Barneys au Printemps, d’autres
LE S E CHOS WE E K- E ND – 55
interrogent sa nomination à l’aune
des évolutions de la société, dont le nouveau
pouvoir des femmes – une question posée par
The Washington Post. L’heure n’est pas encore
aux réponses. Elles sont attendues rapidement.
Elles seront scrutées, commentées, analysées
comme des cas d’école, tant l’ambition
est grande. Premier rendez-vous connu,
le mois de septembre avec l’acte I des collections
féminines et masculines – une grande première
pour une maison qui n’a pas d’univers masculin
et dont l’héritage est a priori moins fécond
que d’autres. Gageons que comme l’un des rares
héros qu’Hedi Slimane se reconnaisse,
David Bowie, expert ès métamorphoses,
son nouveau projet sera déroutant. Et payant.
Plus d’infos sur www.lesechos.fr/we
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ALL NOIR
Cette saison, le noir n’est pas
qu’un intemporel : il s’est mué
en manifeste contre toute
forme de harcèlement.
Mieux qu’une figure de style,
une prise de pouvoir.
Photographe : Thomas Schenk
Réalisation : Paolo Turina
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STYLE MODE
À gauche, Zuleica :
veste de smoking
entièrement brodée
de sequins,
short taille haute
en cuir et daim,
et bottes Yéti en velours
et plumes,
SAINT LAURENT
PAR ANTHONY
VACCARELLO.
Bandana en cuir vintage.
Georgia : pantalon,
chemise, veste en cuir,
LOUIS VUITTON.
Mono boucle Swing
en argent et vermeil,
CHARLOTTE CHESNAIS
(sur toutes les photos).
LE S E CHOS WE E K- E ND – 57
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Robe en soie de twill
légère et cuir
et bottines en gros grain
et python, CÉLINE.
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Blazer en laine
et mohair, BURBERRY.
Chemise en voile
de coton, UNIQLO.
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Veste en cuir de veau,
CHANEL.
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Robe mi-longue plissée
à pans et tulle, GIVENCHY.
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Robe brodée
paillettes noires
et bottes lacées
en veau velours
et résille noire, DIOR.
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Top et robe en
stretch viscose,
VALENTINO.
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Manteau en laine,
chaussettes en soie,
escarpins
en cuir nappa,
BOTTEGA VENETA.
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Robe en satin de soie,
GUCCI.
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Top et jupe
en cuir d’agneau
frangé, LONGCHAMP.
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Costume en stretch
laine, chemise en
popeline de coton,
DOLCE & GABBANA.
Escarpins en cuir,
TABITHA SIMMONS.
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Veste un bouton
et poches appliquées,
pantalon droit, le tout
en laine entièrement
brodée de sequins,
GIORGIO ARMANI.
Mules en cuir d’agneau
avec bijoux strass,
ROGER VIVIER.
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Veste Rafael en laine,
JACQUEMUS.
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Trucker noir en 100% coton
et jean 501 S en coton
mélangé, LEVI’S.
Bottines en gros grain
et python, CÉLINE.
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Robe en cachemire,
BOMPARD.
Veste et robe en tulle,
N21.
Escarpins en cuir,
TABITHA SIMMONS.
Modèles : Zuleica Eliana @Women Management
& Georgia Howorth @ Viva
Maquilleuse : Annabelle Petit @ ASG
Coiffeuse : Tomoko Ohama @ Calliste Agency
Manucure : Béatrice Eni @ ASG
Assistante styliste : Magali Martin
Assistante photo : Louise Reinke
Assistant digital : Bruce Koppe
Casting : Corinne Piton
Production : Cécile Michel.
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STYLE MODE
L’OBJET
LA CHRONIQUE
GRAND FROID
Signifiant en vieux norrois « la vieille dame
qui a connu beaucoup d’hivers », la société
familiale norvégienne Norrøna créée
par Jørgen Jorgensen en 1929 a forgé
sa réputation sur la fabrication de vêtements
et d’accessoires outdoor. Reprise en 2001
par le descendant de la quatrième génération
– qui s’appelle également Jørgen Jorgensen –,
la marque articule principalement son travail
autour du développement de la gamme
Lofoten, entre innovation technique et design
fonctionnel. Issue de cette gamme, cette veste
de 620 grammes à la coupe fittée en Gore-Tex
72 – L E S E CHOS WE E K- E ND
et matière recyclée ultrarésistante est devenue
la pièce free-ride par excellence qui s’adapte
aux conditions climatiques extrêmes.
Une avancée technique et stylistique forte
qui participe à la croissance de la marque
nordique : cette dernière est passée
d’un chiffre d’affaires de 12 millions d’euros
en 2001 à 57 millions d’euros en 2017.
COMBIEN ?
Veste de ski Lofoten, Norrøna, 699 €.
Texte : Astrid Faguer
Photographes : Laure et Sarah
ILLUSTRATION FABIEN CLAIREFOND
1972. « Ce n’est pas une emmerdeuse,
mais une femme emmerdée de ne pas
savoir choisir. » Claude Sautet définit
ainsi le personnage féminin
de son film César et Rosalie. De Sète
à Noirmoutier, on assiste au triangle
amoureux entre Romy SchneiderRosalie, Yves Montand-César et Sami
Frey-David. César bat le rythme
en vivant et roulant à 1 000 km/heure.
David ralentit le tempo avec sa voix
grave, son regard ténébreux et ses
silences. Et puis il y a Romy. Sautet
disait : « (Elle) est altière comme
un allegro de Mozart, et consciente
du pouvoir de son corps et de
sa sensualité. » Avec Rosalie, Sautet
fabrique un personnage puissant
malgré son hésitation. Son caractère
ne sera pas seul à devenir
indémodable. Regarder Rosalie évoluer
dans ses costumes en velours orange
brique et marron chocolat, sa peau
lainée assortie au col roulé crème,
ses foulards imprimés noués de mille
façons, la saharienne, le jean flare
et la chemise en soie ajustée, la robe
en mousseline de soie imprimée noire
et blanche au dos ajouré, le chapeau
de paille parfaitement calé, le petit
pull marin blanc boutonné sur
l’épaule, le ciré jaune et les bottes
en caoutchouc bleu, puis la silhouette
de fin, un tailleur noir gansé de blanc,
c’est s’offrir la quintessence
des années 70. Femme séductrice,
femme en action, femme nonchalante,
femme amoureuse, femme perdue mais
femme habillée par Yves Saint
Laurent. Rosalie porte
les uniformes de ses
émotions. Et nous,
il suffit de cocher
chaque silhouette
pour créer un dressing
idéal. Merci Rosalie.
*Cofondatrice du
magazine « Twenty ».
FILDEBROC/UPF/MEGA FILM/DR/PROD DB
Nadège Winter* a regardé Romy
Schneider dans « César et Rosalie ».
Une femme moderne.
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STYLE HORLOGERIE
CADRANS
RETOUR VERS
LE PASSÉ
DESIGN
Chez Panerai, la Radiomir est une icône qui
s’inspire directement du prototype créé par la
manufacture en 1936 pour les plongeurs de la
marine royale italienne. Elle possède une boîte
étanche de forme coussin, munie de fines anses
à fil et d’une couronne conique. D’une lisibilité
optimale, son cadran noir épuré est contrasté
d’éléments recouverts de matière luminescente.
Le radium utilisé à l’époque (d’où le nom de la
montre) a été remplacé par le Superluminova.
SIGNES PARTICULIERS
Dans la collection, cette version « California »
en acier est la seule à présenter une surprenante
alternance d’index, de chiffres arabes
et romains. Selon les archives de la maison,
cette originalité distinguait le premier cadran
associé au boîtier Radiomir. Une particularité,
à laquelle cette édition ajoute un guichet de date
à 3 h, le logo historique Officine Panerai à 6 h
et un rehaut gravé California à midi.
MOUVEMENT
Visible au dos, le calibre à remontage manuel
est doté de deux barillets offrant trois jours
de réserve de marche.
CARACTÉRISTIQUES
Étanchéité : 100 m.
Diamètre : 47 mm.
Bracelet en cuir de veau, avec boucle ardillon.
COMBIEN ?
7 500 euros.
Frank Declerck
Photographe : Romin Favre
LE MOT
BARILLET Indispensable aux
calibres mécaniques, le barillet
remplit le même rôle qu’une pile
pour les montres à quartz :
il fournit l’énergie nécessaire
au garde-temps pour fonctionner.
Cet élément prend la forme
d’un disque, relié aux rouages
par une dentelure extérieure.
Il renferme un ressort enroulé à plat,
qui se remonte via la couronne.
C’est en se déployant que celui-ci
transmet la force nécessaire
LA COTE
au barillet pour entraîner
les engrenages du mouvement.
À l’autre extrémité des rouages,
l’organe réglant (véritable cœur
des montres mécaniques)
régule cette force pour cadencer
le rythme de rotation des roues
qui animent les aiguilles. Plus
le ressort est long, plus la réserve
de marche est grande. Certaines
maisons additionnent aussi les
barillets pour conférer au calibre
une autonomie plus conséquente.
4 420 EUROS
Le 17 janvier au Yacht
Club de Monaco, chez
Artcurial, le lot 23 était
une Jaeger-LeCoultre
Memovox en or jaune
(2000). Cette montre
automatique à fonction
alarme a dépassé
son estimation haute
(3 000 euros) avec
un prix d’adjudication
à 4 420 euros.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 73
29 900 EUROS
Lors de cette même
vente Artcurial, une
Patek Philippe à
quantième perpétuel
en or jaune de 1993
était estimée entre
18 000 et 25 000 euros.
Estampillée Poinçon
de Genève, cette pièce
automatique à
micro-rotor en or a été
adjugée 29 900 euros.
2 189 EUROS
À Monaco toujours,
la vente Antiquorum
du 17 janvier comptait
une Cartier Tank
Américaine en or jaune
des années 90.
Adjugée 2 189 euros,
cette édition
automatique a fait
mieux que sa
fourchette d’estimation
(1 300-1 800 euros).
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STYLE VOYAGES
LEEUWARDEN,
POUR MATA HARI
ET LA MER
DE WADDEN
La cité frisonne a été élue
capitale culturelle européenne
2018. De quoi découvrir la ville,
l’exposition Mata Hari,
ses canaux et ses lacs.
Par Dominique de la Tour
Dans le centre historique de Leeuwarden, ville de canaux, comme il se doit…
mouvants – accompagné impérativement
par des guides aguerris ! Aussi humide
qu’inoubliable, surtout lorsqu’on tombe nez
à museau avec les phoques.
www.wadlopen.net/english/englis-home
Cette jolie boutique d’antiquités est le musée
secret de Leeuwarden. Lancé par Anna
Veensma et Jozias Verstraten, un déballage
élégant et joyeux d’objets impossibles,
entre sixties, Asie et curiosités 1900. Du mardi
au samedi de midi à 17 h 30, Tuinen Straat 13.
http://pantarei-antiek.nl/
Bâtie au xvie, veillant sur les canaux, l’édifice
de brique s’incline à 5° : plus que la tour de Pise !
Comme on a continué à bâtir à la verticale
lorsqu’elle s’est enfoncée dans les marnes,
la tour penchée est devenue… tordue.
Reproduite partout comme des armoiries,
elle est aujourd’hui le symblole de la ville.
Par beau temps, son sommet (40 m) offre
un panorama jusqu’aux îles de Wadden.
www.oldehove.eu/en/opening-hours
LA TABLE «GRAND CAFÉ»
En centre-ville, c’est la brasserie très chic
de l’hôtel Post-Plaza, qui occupe l’ancien bureau
de poste à la charpente découpée Jugendstil.
Au menu franco-italo-batave avec
des ingrédients toujours frais : huîtres, bar
de ligne, bœuf frison maturé, fromages locaux.
www.post-plaza.nl/en/index.html
LA SURPRISE LE WADLOPEN
Y ALLER
En Thalys depuis Paris jusqu’à Amsterdam,
puis en Intercity pour Leeuwarden.
www.thalys.com www.holland.com
Mata Hari photographiée à Vienne en 1907.
74 – L E S E CHOS WE E K- E ND
Plus d’infos sur www.lesechos.fr/we
MUSEUM OF FRIESLAND COLLECTION, LEEUWARDEN
L’HÔTEL « HAMPSHIRE-HOTEL »
Située près de St. Nicolaasga, cette boutique
hôtel nichée au cœur du golf 18 trous est
environnée de lacs à sillonner en canoë.
Design sobre, cuisine locavore, sauna
et piscine extérieure (chauffée) : la simplicité
sans sacrifier au confort. Chambre double
autour de 80 euros.
www.hampshire-hotels.com/en
L’INCONTOURNABLE LA TOUR OLDEHOVE
La mer de Wadden sépare la côte des trois îles
homonymes. Pour une expérience 100%
frisonne (c’est-à-dire un rien déconnectée),
il faut oser le wadlopen, la randonnée à marée
basse à travers bancs de sable et sables
LA BOUTIQUE PANTA REI
ROBERT B. FISHMAN/DPA/AFP
LE PRÉTEXTE LEEUWARDEN-FRYSLÂN 2018
Près de 200 manifestations officielles et 100
du « mienskipsprogramma » (entendez le off )
sont annoncées. Premier succès avec les expos
Mata Hari (née Margaretha Zelle à Leeuwarden)
– jusqu’au 2 avril – et son compatriote Escher,
qui poussa la logique de la perspective jusqu’à
l’illusion d’optique. Jadis, une course en patins
sur canaux gelés reliait les cités de Frise.
Le changement climatique l’a suspendue depuis
1997. En hommage, chacune des onze cités
a commandé à un artiste une fontaine de 3 m
à son image, celle-ci soufflant de l’eau – clin d’œil
au passé baleinier –, celle-là de la buée – rappel
d’un brouillard qui s’entête. www.2018.nl
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LÀ OÙ
392 ESPÈCES
D’OISEAUX,
DES SENTIERS EN
PLEINE NATURE ET
LA VILLE-JARDIN SE
RENCONTRENT.
La réserve Sungei Buloh Wetland est l’escapade parfaite pour une bouffée
d’air frais. Dans cet écosystème diversifié, vous y rencontrerez Subaraj
Rajathurai, guide nature, en quête d’inspiration pour ses prochaines
excursions. Explorez le vaste réseau de sentiers de Sungei Buloh ou
promenez-vous dans l’un des nombreux jardins de la cité-Etat. Laissez-vous
absorber par les espaces naturels et les nombreux parcs de Singapour
aux côtés d’explorateurs comme Subaraj. Flanez entre jungle et ville sur
VisitSingapore.com et sur la page Facebook: VisitSingapore/FR.
MUDSKIPPER POD
SUNGEI BULOH WETLAND RESERVE
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STYLE
LES PETITS PLATS
DANS LES GRANDS
Correct, sans plus
Bonne adresse de quartier
Très belle table
Cuisine, décor : tout y est
PAR LAURENT GUEZ
Attention : table d’exception
CAFÉ TRAMA,
LE BON GOÛT
Illustrations : Lapin
C’est le restau de quartier
qu’on aimerait avoir en bas de chez soi, pour
y descendre les jours de flemme ou dès que
le frigo est vide. Au Café Trama, c’est simple,
le bon goût a envahi la carte, de la charcuterie
artisanale au dessert, en passant par les plats
bien troussés et les fromages affriolants.
On se sent vite à l’aise dans ce décor de bistrot
moderne, ambiance familiale et service
souriant inclus, avant même de percevoir
la qualité des assiettes. En entrée, lors de notre
récent déjeuner, le menu affichait des coques
en marinière au basilic, de jeunes poireaux
vinaigrette au foie gras, un beau ceviche de
mulet noir (un poisson bon marché qui gagne
à être connu et dégusté), aromatisé d’un coulis
de fruits de la passion. Plus simple, mais
ô combien réjouissant avec un verre de rouge
– en l’occurrence un agréable pic-saint-loup –,
le saucisson de cochon noir nous a mis en joie
et en appétit. Il faut savoir que les charcuteries
viennent de chez Gilles Vérot, l’artiste
du jambon et du pâté installé tout près, rue
Notre-Dame-des-Champs. Les viandes sont
elles aussi impeccables, comme le tartare
d’Aubrac au couteau, le ris de veau croustillant
ou le généreux pot-au-feu de paleron de bœuf
et d’échine de cochon servi avec sa moelle
(illustration). Si vous n’avez pas mis le fromage
au ban de votre alimentation, goûtez donc
le parmesan affiné 36 mois au miel et poivre,
ou son cousin espagnol, le manchego, servi avec
un confit de cerise noire. Un dernier conseil :
si vous aimez les petits plats de « snack » et
n’avez pas une faim de loup, pourquoi ne pas
commander en direct un croque-monsieur ?
Confectionné avec du pain de Jean-Luc
Poujauran au sel de truffe, celui du Café Trama
est somptueusement gonflé et doré, au bon goût
de jambon et de fromage fermier fondu,
flanqué de quelques feuilles de laitue. Il fera
votre journée, comme disent les Américains.
Café Trama, 83, rue du Cherche-Midi,
75006 Paris. Tél. : 01 45 48 33 71.
Comptez environ 50 € pour deux plats, un verre
de vin et un café.
LA RÉDACTION DES « ÉCHOS » A TESTÉ
À PARIS, APRÈS, JUNGLE FEVER CHIC
À RIGA, VINCENTS, NID D’ESPIONS
Un havre dans la « jungle urbaine » postapocalypse : c’est le motto d’Après, le restaurant
du Kube Hôtel Paris, à deux pas de la Porte de la
Villette. Essai transformé avec une déco (tables,
fauteuils, vaisselle) option « récup » chic nichée
dans une riche végétation tropicale. On peut
attaquer – ou non – par un cocktail (belle carte,
sans alcool aussi), suivre avec un velouté de
courges rôties à l’huile d’argan / chèvre frais,
puis un Bourguignon de joue de bœuf / purée
– plutôt réussi – et finir par une brioche perdue /
myrtilles. Les moins frileux s’encanailleront
alors à l’Ice Kube Bar, seul bar à glace de Paris.
Doudoune et gants fournis pour une expérience
inédite à –20 °C. Attention au choc thermoalcoolique à la sortie ! Claude Vincent
Connu comme une des meilleures tables, voire
la meilleure, de la capitale lettone, Vincents
déteste la trivialité et cherche à toujours
dramatiser l’arrivée de ses plats à table. On a
ainsi pu déguster un carpaccio de Saint-Jacques
sous une cloche de glace dans laquelle le serveur
a creusé une ouverture grâce à son chalumeau.
À cette latitude élevée, sur le 57e parallèle,
on aime jouer avec le chaud et le froid – le chef
est un expert de l’azote liquide. Sur l’une des plus
belles rues du quartier Art Nouveau, qui abrite
de nombreuses ambassades, on parle beaucoup
russe et anglais (american english) en salle
– ambiance John Le Carré garantie. La musique,
atmosphérique jusqu’à l’évanescence, provoque
un agréable sentiment d’irréalité. Karl De Meyer
Combien : cocktail 9 €, entrées 8 €, plats 20 €
Combien : entrée entre 20 et 30 €, plats
et desserts 10 €.
C’est où : 1, passage Ruelle, 75018 Paris (restaurant
ouvert le soir uniquement). Tél. : 01 42 05 20 00.
entre 30 et 70 €.
C’est où : Elizabetes iela 19, Riga.
Tél. : +371 67 332 830.
76 – LE S E CHOS WE E K- E ND
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GASTRONOMIE
LA CHRONIQUE VIN DE JEAN-FRANCIS PÉCRESSE
LE GRAND MAYNE
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
Longtemps, il fut l’homme qui
n’aimait pas le vin. Jusqu’à ce verre de
Latour à Pomerol 1993, goûté du bout
des lèvres un jour de 1997, il refusa de
communier au sang de la vigne, cette
religion de l’État de Bordeaux. Tandis
que tout l’y jetait – son histoire, son milieu –
et que tous l’y poussaient – sa famille, ses amis –,
lui se dérobait à son destin. Car, au fond,
il a voulu choisir son sort, plutôt que de le subir.
Né sous Giscard de l’une de ces lignées
de Haute-Corrèze descendues entre les grandes
guerres de leur rude plateau des Millevaches
pour fonder, dans le vignoble bordelais,
de sobres et tenaces dynasties de négociants
et de vignerons, Jean-Antoine Nony fut cet enfant
rebelle de Grand Mayne. Comme un enfant gâté
qui renierait l’héritage des siens. Dans tout
cadeau, n’y a-t-il pas un poison ? Alors, quand le
cadeau est trop beau, et qu’il vous tombe dessus
à 20 ans, au décès brutal d’un hyper-père…
Ce n’est pas n’importe quel domaine, Grand
Mayne. Un somptueux manoir du xvie siècle,
à la chaude façade de pierre calcaire équipée
de fines tourelles d’angle, impeccable vestige
d’un passé rayonnant. Et, surtout, tout autour,
une quinzaine d’hectares dans l’un des joyaux
de la rive droite, ce plateau argilo-calcaire de
Saint-Émilion, dont naissent des vins de grande
race. Grand Mayne en garde l’extrémité ouest.
Au sud, en contrebas, ses vignes rejoignent celles
d’Angélus, voisin de jardin mais pas de cour.
Sur la scène nationale, sa réputation reste à faire.
Car, petit, Mayne a grandi à l’étranger, beaucoup
dans ces pays autrefois étiquettés Benelux,
marchés ouverts à tout bordeaux par les
marchands de vins corréziens. Ce bel enfant
de Saint-Émilion commence à prendre l’accent
français et c’est un émerveillement. Car non
seulement Grand Mayne revient vers nous, mais
il devient plus aimable dans ses jeunes années,
corrigeant une tendance à se renfermer dans
l’enfance de sa vie. C’est le travail de Louis
Mitjavile, dieu de L’Aurage, thérapeute du vin,
que Jean-Antoine Nony a appelé à son côté
en 2014. Grand Mayne, en attendant, se révèle
avec le temps, rappellant combien la patience est
une vertu. Grande réussite du millésime, Grand
Mayne 2005 offre, ainsi, aujourd’hui, une palette
de saveurs d’une grande richesse et une suavité
charmeuse dont la note de légère surmaturité
est heureusement rafraîchie en fin de bouche.
Château Grand Mayne 2005, saint-émilion
grand cru classé. 57 € la bouteille. www.vivino.com
LE REPAIRE
BÜRGENSTOCK, RENAISSANCE D'UN MYTHE
LE GRAIN DE SEL DE
CHRISTOPHE BACQUIÉ
Depuis le 5 février, une 3e étoile Michelin brille
au-dessus du Restaurant Christophe Bacquié de
l’Hôtel du Castellet. Une fierté. Une motivation
aussi. « Il va falloir confirmer ! » En fil rouge, « une
cuisine créative, inspirée par le terroir provençal
et la Méditerranée, à l’image de l’aïoli de poulpe ».
Le fruit d’un parcours jalonné d’expériences
décisives : L’Oasis à Mandelieu ; le mess du
cabinet du ministre de la Défense et sa brigade
d’anthologie ; Prunier, époque Gabriel Biscay et
sa technicité légendaire, et La Villa, à Calvi. Dans
l’hôtel varois, le dernier déclic est venu du décor.
En 2015, il est entièrement revu, épuré à souhait.
« Ma cuisine a suivi. » L’étoile aussi.
Hôtel du Castellet : 3001, route des Hauts du
Camp, 83330 Le Castellet. Tél. : 04 94 98 37 77.
Un produit « L’asperge, dès mars, à travailler
rôtie. Avec un beurre de roquette et du prisuttu. »
Une association « Le citron, en zeste ou confit,
afin de rehausser un produit de la mer, telles
des gambas de Palamos. »
Un ustensile « La cocotte, pour rôtir, cuire
à l’étouffée, au four… On peut tout y faire ! »
Jérôme Berger
On vient au Bürgenstock Hotel & Alpine Spa
pour le calme et la sérénité toute suisse des
lieux. Perché sur la montagne, ce palace domine
le lac des Quatre-Cantons et offre un panorama
à couper le souffle. Mais ce refuge de luxe
se mérite. Pour l’atteindre, il faudra prendre
le train pour Lucerne, puis monter à bord
d’un élégant bateau pour voguer de l’autre côté
du lac. Là, il s’agira encore d’embarquer dans
un funiculaire rouge gentiment rétro pour
gravir, à flanc de colline, les 500 mètres qui
mènent à ce village hôtelier flambant neuf où
la tradition hôtelière suisse s’écrit depuis 1873.
Date à laquelle un premier établissement ouvrit
ses fenêtres sur ces paysages idylliques. Au
siècle suivant, la jet-set des années 60 y passait
ses vacances. Charlie Chaplin aimait s’y reposer.
Audrey Hepburn s’y maria. Sean Connery
y incarna le plus célèbre des espions dans
Goldfinger. Quant à Sophia Loren, elle apprécia
tellement son séjour qu’elle se fit construire une
villa à côté du palace de l’époque. Aujourd’hui,
la bâtisse abrite un restaurant oriental, qui
complète l’offre gastronomique du resort aux
côtés d’une table asiatique, d’un grill façon
hacienda, d’une taverne suisse… Il a fallu neuf
ans de travaux et près de 500 millions d’euros
pour donner vie à ce nouveau complexe hôtelier
dont la pièce maîtresse est un cinq-étoiles
tout en verre et roche. Dans chacune des
102 chambres, une grande baignoire bordée
d’une cheminée donne l’impression de flotter
LE S E CHOS WE E K- E ND – 77
dans les eaux calmes du lac que l’on surplombe
depuis une baie vitrée. L’impression est encore
plus époustouflante depuis le bassin extérieur
de l’immense spa de 10 000 m2 accroché à la
colline. Le Bürgenstock Hotel propose aussi une
patinoire et une salle de cinéma de 60 places.
Depuis ce piton rocheux, les heures s’égrènent
à un rythme lent et feutré. Pour ceux qui y
perdraient toute notion du temps, une boutique
propose tous les garde-temps du groupe Swatch
(Breguet, Blancpain, Omega, Longines, Rado…).
Suissité oblige. Ludovic Bischoff
www.buergenstock.ch
La bonne chambre : la 301 ou l’une des trois
spa-suites pour bénéficier du hammam privé.
Le bon goût : une bratkäse, une sorte de raclette
locale qui consiste à faire fondre du fromage
avec du vin blanc dans une poêle.
Combien : à partir de 560 € la chambre de 45 m2.
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STYLE AUTO
PIQUANTE À SOUHAIT
Peut-être un peu moins
« différente » que la première
version, la Citroën C4 Cactus
2018 n’en est pas moins élégante.
Par Cédric Fréour
NOTRE PRÉFÉRÉE
CITROËN C4 CACTUS PURETECH
130 S & S BVM6 SHINE
Puissance : 130 ch
De 0 à 100 km/h : 9,1 s.
Longueur : 4,17 m.
Rejets de CO2 : 110 g/km
Consommation : 4,8 l/100 km
Prix : 23 450 euros
ABORDABLE
Certes, les vitres arrière demeurent
à compas. Autrement dit, elles
ne s’ouvrent pas entièrement, elles
s’entrebâillent… Mais l’essentiel
est ailleurs. En particulier dans cette
offre qui, autour de 20 000 euros,
propose une berline aux charmes
de SUV ne copiant personne, joliment
dotée en équipements (deux écrans
numériques !), accueillante (pour cinq)
et pas mal finie. Un bel esprit.
CONFORTABLE
DR
Sous son capot, les chevaux sont moins
nombreux que chez d’autres
constructeurs, mais ils sont tous
là. Du coup, on ne s’ennuie pas
au volant. D’autant plus que la boîte
automatique est d’une agréable douceur
quand elle est mariée aux trois
cylindres essence de 110 ch. Quant
aux consommations, elles ne manquent
pas d’éducation en restant dans
les limites du raisonnable.
78 – LE S E CHOS WE E K- E ND
ASTUCE PRODUCTIONS
AGRÉABLE
SUV ? Berline ? L’important réside
d’abord dans son originalité. Et même
si certains (peu nombreux en réalité)
regrettent la quasi-disparition
des airbumps sur ses flancs, la laque
noire plus présente et le dessin plus
chic des feux mariés à des coloris plutôt
inhabituels confèrent à l’objet une vraie
gaieté et, même, une certaine élégance.
WILLIAM CROZES/PLANIMONTEUR
ALTERNATIVE
« Butée hydraulique progressive » ! Trois
mots pour désigner un amortissement
inédit marié à des sièges moelleux
à souhait. Et une nouvelle signature,
en forme de réminiscence d’un passé
pas si lointain, où le confort Citroën
était la référence. Et puis il y a aussi
les coloris clairs ou mauve qui drapent
les sièges. Tout simplement créatif
et festif ; 100% Citroën.
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
ET MOI…
23 FÉVRIER 2017
LE POURBOIRE
UN VRAI CASSE-TÊTE
Par Florence Bauchard
Illustrations : Simone Massoni
LE S E CHOS WE E K- E ND – 79
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
ET MOI…
Faut-il laisser
quelques pièces ?
Un billet ?
Au serveur,
au taxi,
au coiffeur ?
Obligation
« légale » dans
certains pays,
le pourboire est
une faute
de goût dans
d’autres…
Comment gérer
cette pratique,
fruit complexe
de l’histoire,
des codes
sociaux et des
législations ?
« Je me souviendrais toujours de la colère
de la serveuse à la fin de notre dîner à l’aéroport
de Dallas. » En transit aux États-Unis à leur
retour du Guatemala, Meryem et une dizaine
d’amis avaient décidé d’écluser au restaurant
leurs derniers dollars. Bronzés et détendus,
ces Français avaient toutefois omis d’intégrer
dans leurs calculs non seulement les taxes
de l’État du Texas mais surtout le service,
principale source de rémunération du
personnel en salle. Quelle ne fut pas leur
surprise en voyant arriver la note ! « En grattant
le fond de nos poches, nous sommes bien arrivés
à payer les taxes, mais nous n’avions plus
rien pour le service. » Un faux pas incompris
par la jeune fille qui pensait n’avoir pas
démérité. Au contraire. Dans un pays où
le consommateur fait office de juge de paix
de la qualité du service, cette absence de
reconnaissance est nécessairement très mal
vécue. Si tous les clients ne sont pas aussi
généreux que l’acteur Bruce Willis, réputé pour
avoir gratifié de 100 dollars un marchand de
sapins de Noël, les tips, qui cumulent le service
et le pourboire, s’étalent outre-Atlantique
généralement entre 10 et 25%. Si Meryem a bien
compris le désarroi de la serveuse, pour autant
ni elle ni ses amis n’ont cherché un distributeur
80 – L E S E CHOS WE E K- E ND
pour s’acquitter de cet extra « obligatoire ».
De quoi conforter la réputation de pingrerie
des touristes français.
INCOMPRÉHENSIONS ET QUIPROQUOS
Très diverse selon les pays et les cultures, cette
pratique peut facilement tourner au véritable
casse-tête. Historiquement, on la doit à un
tavernier anglais du xviiie siècle qui mettait
à la disposition de ses clients pressés un pot sur
son comptoir sur lequel était écrit « To insure
a prompt service » – tips. Ceux-ci pouvaient y
glisser quelques pièces pour obtenir un service
plus rapide. Sur le continent, c’est au début du
siècle suivant qu’apparaissent le pourboire
français, le Trinkgeld allemand ou le gorjeta
portugais. Initialement, le client payait un coup
à boire au serveur en fin de service, mais la
coutume a évolué en faveur de quelque menue
monnaie. Exclu en Islande, au Danemark
et au Japon, le pourboire est la norme
en Amérique du Nord, en Grande-Bretagne,
en Autriche, une pratique courante en Afrique
et en Amérique du Sud, et grandissante en Asie,
avec la mondialisation du tourisme. Mais c’est
une exception en France, où depuis 1987 un
service de 15% est inclus automatiquement dans
le prix et mentionné sur la note. Idem pour
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
LE CASSE-TÊTE DU POURBOIRE
un salaire déguisé, un signe de corruption,
une faveur, un remerciement, un signe de
reconnaissance ou… une insulte ». Une source
potentielle d’incompréhensions et de
quiproquos. À Berlin, la Française Julia
a attendu vainement sa monnaie après avoir
tendu au serveur la note et un gros billet
ponctué d’un « Danke ». Pour le serveur, l’emploi
de cette expression de politesse courante
à ce moment précis signifiait manifestement
qu’il pouvait garder la monnaie. À Manhattan,
où elle a travaillé plusieurs années en début
de carrière, Lise a été un peu surprise,
au lendemain d’avoir remis des étrennes
au gardien du parking, que celui-ci lui claque
la bise et lui fasse des confidence sur sa vie
privée à chaque fois qu’elle venait récupérer sa
voiture. Un brin gênant… Pas toujours évident
de savoir quand, combien et comment donner.
DES PROFESSIONS RÉMUNÉRÉES AU POURBOIRE
la Belgique. À chacun donc de se renseigner
sur les pratiques des uns et des autres.
Les globe-trotters auront ainsi profit à lire
certains guides comme l’incontournable Routard
ou son pendant anglo-saxon Lonely Planet qui
consacrent des chapitres entiers à la question !
D’un éditeur à l’autre, les fourchettes indiquées
sont toutefois sujettes à des variations parfois
significatives. Internet peut également être une
bonne source de renseignement. Outre les sites
des offices de tourisme – la version française
du japonais et du suédois est particulièrement
informative sur ce point – les applications plus
ou moins simples à utiliser fleurissent.
Difficile cependant d’être exhaustif dans un
domaine qui est loin d’être une science exacte.
D’autant plus, comme le souligne Saskia Cousin,
anthropologue à l’université Paris-Descartes,
que « le pourboire relève plus de l’histoire sociale,
du rapport au travail, mais aussi aux dons, aux
cadeaux et à l’expression de la reconnaissance
des pays concernés. Selon les pays et selon
les catégories sociales au sein d’un même État,
le pourboire sera perçu comme une obligation,
Tiraillé entre sa réticence à verser une obole
perçue comme offensante ou superfétatoire
et le désir de s’adapter aux coutumes locales,
le Français a toujours peur de payer « trop ».
«Dans une société égalitariste, les Français
ont tendance à considérer que le salaire doit
être évalué objectivement et non soumis au libre
arbitre du client. Le versement d’une obole
rabaisse la personne qui reçoit et, de facto, génère
un rapport inégalitaire entre celui qui donne
et le récipiendaire. Pourtant, à part au Japon où
il semble que ce soit perçu comme insultant, en
France comme ailleurs, les pourboires sont de fait
reçus comme un signe de reconnaissance du travail
et du service rendu », souligne Saskia Cousin.
Dans le doute, mieux vaut laisser un
pourboire que de s’abstenir. Et ne pas hésiter
à solliciter l’avis de la personne qui vous rend
service, notamment sur les modalités. Est-il
préférable de laisser l’argent sur la table, de
le donner discrètement à la personne concernée
ou au contraire de le glisser ostensiblement
dans la robe de la danseuse du ventre ? Soucieux
de se simplifier la tâche, Marc a tendance
à adopter la même stratégie en France qu’à
l’étranger : il arrondit systématiquement
COMMENT SE RENSEIGNER
Les applis Pour les consommateurs les plus
technophiles, une série d’applications, le plus
souvent gratuites, permet de calculer rapidement
le pourboire recommandé en fonction de la note,
de l’appréciation du service et du pays. Gratuity,
Tip Calculator Free et Calculator Pourboire sont
disponibles gratuitement sur Apple. Simple Tip
Calculator est accessible à la fois sur Apple et
Android. Certains trouveront également utiles
XE Currency pour éviter de payer son taxi dix fois
trop cher ou de laisser une obole ridicule, sans
oublier Tipulator (Android, Apple) pour partager
l’addition entre amis.
Internet Fondé en 2006 au Danemark, Momondo,
moteur de recherche et comparateur de voyages,
LE S E CHOS WE E K- E ND – 81
propose aussi un guide très précis des
pourboires pour le taxi, la restauration
et l’hôtellerie dans plus d’une trentaine de
pays. Géré par une filiale de Priceline Group,
il est recommandé par les magazines
américains Forbes et Time.
www.momondo.fr/inspiration/guide-dupourboire
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ET MOI…
HEP, TAXI !
au chiffre supérieur les petites sommes et laisse
généralement 10% de pourboire quand il est
très satisfait du service, quitte à passer pour
un goujat au Japon ou en Islande, où cette
pratique est tout simplement proscrite. Au pays
du Soleil-Levant, servir un client est considéré
comme un honneur…
Par contre, en Amérique du Nord, ce 10%
risque de lui attirer les foudres non seulement
des serveurs, mais également des taxis, et dans
une moindre mesure des gardiens de parking,
des livreurs… Au restaurant, le client doit
inscrire sur l’addition le montant du pourboire,
en choisissant sur une échelle de 15 à 25%
suivant son degré de satisfaction. Une trentaine
de métiers de service vivent essentiellement
de cette économie du pourboire – estimée
en 2008 à quelques 44 milliards de dollars,
selon l’économiste Ofer Azar. Contrairement
à l’étymologie du mot pourboire en français,
il ne s’agit pas d’une petite gratte pour se payer
un coup à boire, mais d’un réel complément
de salaire qui, dans le cas de la restauration,
est même calculé de façon forfaitaire par
l’administration fiscale américaine. D’ailleurs,
pour éviter tout malentendu, il n’est pas rare
de trouver un rappel des règles élémentaires
en la matière de façon écrite ou tacite, par
la mise en évidence d’un pot sur le comptoir.
Un clin d’œil au réceptacle d’origine du
xviiie siècle ! Aujourd’hui, il arrive même
que les serveurs les plus avertis se livrent
à une véritable explication de texte auprès
de la clientèle afin de lever toute ambiguïté.
Les plus zélés vont même jusqu’à intégrer
d’office 17 à 20% de pourboire habituellement
réservé aux groupes pour s’assurer de percevoir
quelque chose. Attention à ne pas payer
deux fois : le système de paiement par carte
s’est adapté et une ligne spécifique est prévue
à cet effet.
Après le douanier, le taxi est souvent, pour
le visiteur, le premier contact avec la culture
d’un pays, et l’expérience se révèle plus ou moins
satisfaisante... Les États-Unis détiennent
la palme des chauffeurs les plus gourmands :
il est de coutume de leur laisser 15 à 20%
de pourboire, autant qu’au restaurant. Idem pour
la Grande-Bretagne, selon le Guide du routard.
Pour le reste de l’Europe, c’est très variable.
L’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie et la Russie
tournent autour de 10%, quand il suffit d’arrondir
la note en Belgique, en Italie, au Portugal,
en Espagne ou encore en Turquie. En Europe
du Nord, le pourboire se fait rare. En revanche, au
Brésil, au Mexique, comme au Canada, comptez
10 à 15%. Conseillé en Afrique et au MoyenOrient, il peut atteindre jusqu’à 10% au Sénégal
et en Jordanie. En Asie, la pratique se développe
avec l’essor du tourisme, constate le site
Momondo. S’il est apprécié en Inde, au Laos,
au Vietnam, au Cambodge, en Indonésie et aux
Philippines, aucune gratification n’est toutefois
attendue en Chine, Thaïlande ou Birmanie.
LE CLIENT DOIT PARFOIS SE JUSTIFIER
Nul besoin d’être fort en maths pour s’acquitter
d’une gratification décente. Forte de l’expérience
de ses deux ans de vie new-yorkaise, Elsa
recommande une astuce simple : « Il suffit
de multiplier par deux le montant de la taxe
de l’État. » Certes, mais la méthode devra être
ajustée dans les autres États américains
à la fiscalité généralement plus faible. « Il n’est
pas rare de devoir se justifier », ajoute Antoine,
cadre d’une grande banque française, qui se
souvient d’avoir dû expliquer son choix de 15%
à un serveur « ni bon ni mauvais » dans une
steak house à New York. La conversation avait
été nette et franche, sans acrimonie, mais
pas sûr que cela donne envie de revenir dans
l’établissement… Pourtant, ce type d’échanges
82 – L E S E CHOS WE E K- E ND
n’est manifestement pas rare outre-Atlantique,
où les clients comme les serveurs peuvent
être assez directs. Le système est-il plus vertueux
par rapport à ce qui se pratique ailleurs ?
« Certes, cela oblige le serveur à être plus
attentionné, observe Antoine, mais poussée à
l’extrême, sa célérité devient parfois envahissante,
voire carrément pénible quand il surgit toutes les
deux minutes pour s’enquérir de votre bien-être. »
QUAND PROUST SE FAISAIT REMARQUER
En France, à quelques exceptions près, depuis
l’intégration du service dans l’addition par
un arrêté de 1987, le pourboire est tombé
en désuétude, même si les seniors ont tendance
à être plus généreux que les jeunes. Le reliquat
de pratiques d’une autre époque sans doute.
« L’essor des paiements par carte bancaire
a indubitablement accéléré cette évolution »,
constate Bernard Boutboul, de Gira Conseil.
Les clients ont de moins en moins de liquide
sur eux. « Plus de 90% des notes sont réglées
par carte bleue ou tickets-restaurant », poursuit
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LE CASSE-TÊTE DU POURBOIRE
le consultant. Et depuis l’abaissement
à 1 euro du minimum exigé par McDo pour
les paiements par carte, le mouvement
s’étend aussi au fast-food. Jusqu’à présent,
à la différence des États-Unis ou de la Suède,
les lecteurs de cartes français n’offrent pas
la possibilité à ce jour d’inclure un éventuel
pourboire. Quelques métiers résistent encore.
Outre les ouvreurs des théâtres ou des salles
de concert privés comme Gaveau, entièrement
rémunérés au pourboire, la traditionnelle
segmentation des tâches au sein du salon
de coiffure – depuis la préposée à l’accueil,
la shampooineuse, etc. – constitue autant
d’appels à la générosité des clients. Valérie,
qui refait sa couleur une fois par trimestre,
laisse généralement à sa coiffeuse habituelle
15 euros en plus des 200 euros. « Ma crinière
donne bien du travail. Il y en a pour toute
une matinée et c’est un métier mal payé », estime
cette quinquagénaire, qui apprécie également
qu’on s’occupe d’elle. Comme Marc,
qui laisse plus volontiers un pourboire dans
les restaurants où il est le plus assidu : « C’est
une façon d’encourager le maintien de la qualité
de l’accueil d’une fois sur l’autre. Et pour l’heure,
je n’ai jamais été déçu. Il arrive régulièrement
que le serveur prenne ma commande avant celle
de mes voisins, même si je suis le dernier arrivé »,
explique ce bon vivant tout sourire.
À part ces quelques exceptions, tout dépend
du standing de la prestation. Le haut de gamme
synonyme d’un service de qualité personnalisé
se défend encore, soutenu par la générosité de
la clientèle étrangère, Américains et Brésiliens
en tête, habitués à cette culture dans leur pays.
« Les voituriers et les concierges en sont les
principaux bénéficiaires », constate Vincent,
stagiaire au service commercial d’un hôtel
cinq étoiles dans le quartier de l’Opéra. Et gare
au client indélicat qui ose demander la monnaie
de 5 euros sur un billet de 50 en guise d’obole !
Sa réputation est faite. Dans cette catégorie
d’établissements, le pourboire participe aussi à
l’affirmation d’un statut. Ce dont aiment jouer
les « overtippers ». À l’image de Marcel Proust,
qui n’hésitait pas à retourner sur ses pas après
être sorti du restaurant ou de l’hôtel pour
compléter son pourboire, au vu et au su de tous.
UNE HABITUDE QUI A LA VIE DURE
Si les Français se comportent souvent à
l’étranger comme chez eux – quitte à passer
pour radins –, les Américains auraient tendance
à pécher dans l’autre extrême. Installée depuis
vingt ans à Barcelone, l’Américaine Marina
a fini par adopter les règles d’usage en Espagne,
où le service est généralement compris.
Mais, en dépit de son coaching, ses visiteurs
CHIFFRES CLÉS
19% de la note, c’est
la moyenne des
pourboires versés
aux États-Unis, selon
une enquête du guide
américain Zagat.
C’est au Colorado
que les clients sont
les plus généreux
(19,6%), suivis par
les habitants de Long
Island, Minneapolis
et Philadelphie.
Les plus pingres
se trouvent à
San Francisco (18,4%),
Los Angeles et San
Diego (18,5% chacun).
Pas étonnant : le
pourboire obligatoire
a théoriquement été
supprimé dans l’État
de Californie.
25% des voyageurs
considèrent le sujet
du pourboire comme
fastidieux, selon
un sondage Expedia.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 83
venus des États-Unis ont toutes les peines
du monde à renoncer à donner un généreux
pourboire. « Combien de fois n’ai-je pas surpris
mes amis à laisser un billet de 10 euros en
partant ! » s’exclame cette professeure d’anglais
aujourd’hui aussi à l’aise en espagnol ou
en catalan que dans sa lanque maternelle.
« Ils se sentent horriblement coupables. »
La preuve que la rémunération du service,
véritable norme, bénéficie d’un fort consensus
social outre-Atlantique.
Ce qui expliquerait aussi pourquoi l’initiative
lancée en 2015 par Danny Meyer, une des
vedettes de la restauration à New York, a fait
si peu d’émules. Le patron de l’Union Square
Hospitality Group, un poids lourd du secteur,
a décidé de supprimer le pourboire dans
ses établissements au nom de l’égalité
de traitement entre le personnel en salle
et celui en cuisine, qui n’en bénéficie pas.
Pour compenser le manque à gagner de ses
serveurs, Danny Meyer a fortement augmenté
les tarifs de ses menus, que ce soit au Gramercy
Tavern, dans « Downtown », ou au Cafe 2,
le restaurant du MoMa. Une partie de
la clientèle a suivi – les plus fortunés et donc
les moins sensibles à l’évolution des prix –,
les autres n’ont pas apprécié. Le personnel
non plus, à en juger par les démissions
en chaîne observées dans ces établissements.
Après avoir emboîté le pas à Danny Meyer,
certains restaurateurs new-yorkais ont fait
marche arrière…
Pas simple de faire évoluer les pratiques,
même au nom d’une meilleure justice sociale.
Ce débat a également surgi au Québec
l’été dernier. Michael Lynn, professeur
de psychologie à l’université de Cornell, n’est
pas surpris. « Une fois la norme sociale en place,
c’est très compliqué de la bouleverser », explique
l’auteur d’une thèse sur les ressorts normatifs
du pourboire. Même en Californie, où il a
été théoriquement abandonné, les clients
continuent à en laisser. Car leurs motivations
sont multiples. Si 70% des consommateurs
américains le font par altruisme pour venir
en aide à une profession mal payée, la
récompense du service, la volonté d’assurer
un service de qualité dans le futur, le souci
de son image et de son statut, ainsi que la force
de la norme sociale jouent également un rôle
significatif. En revanche, conformément à
une proposition du président Trump en cours
d’examen, la situation pourrait bien évoluer.
Le patron qui paierait un salaire minimum
ramasserait les tips. De quoi faire réfléchir
le client à deux fois !
Plus d’infos sur www.lesechos.fr/we
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ET MOI…
DÉLICES D'INITIÉS
Six idées pour rêver, faire fructifier son argent. Ou dépenser futé.
Par Jean-Denis Errard
02
SCPI : DILUER LE RISQUE
MISE DE DÉPART :
H IIII
PROFIL DE RISQUE :
MM
Quel peut être l’intérêt de louer un bien,
lorsqu’en achetant des parts d’une société civile
de placement immobilier (SCPI) on a l’assurance
d’un bon rendement sans souci de gestion ?
Pour la sixième année consécutive, la société
Corum AM, qui gère plus de 1,5 milliard d’euros
d’immobilier loué à des entreprises, va servir un
rendement locatif de plus de 6%. À savoir 6,45%
de performance en 2017 pour Corum (immobilier
en zone euro). Une stratégie extrêmement
diversifiée puisque, commente Frédéric Puzin,
président de cette société de gestion, cette SCPI
détient « 94 immeubles de bureaux dans 11 pays
d’Europe, avec 161 locataires, ce qui permet une
dilution des risques extraordinaire pour ce type
de placement ». Le taux de rentabilité (plus-value
incluse) est de 5,53% à fin 2017 sur cinq ans.
La nouvelle SCPI Corum XL (en immobilier
international), lancée en avril 2017, permet, elle,
6,58%. Son objectif est de « proposer à l’épargnant
une performance de 10% sur dix ans ».
03
DEGAS IN LONDON
ALMIRALL, À FLEUR DE PEAU
MISE DE DÉPART :
HHHHI
PROFIL DE RISQUE :
M
MISE DE DÉPART :
H IIII
PROFIL DE RISQUE :
MMMM
À Londres, le 27 février, Christie’s organise
une adjudication prometteuse sur le thème
« Impressionist and Modern Art ». Les regards
se tourneront sans doute vers ce remarquable
et rare pastel sur toile de lin d’Edgar Degas
Dans les coulisses (celles de l’Opéra de Paris). Une
œuvre estimée entre 8 et 12 millions de livres
(de 9,1 à 13,7 millions d’euros), toujours restée
dans la famille Rouart – proche du peintre –
jusqu’en 1997. Cette vente sera particulièrement
intéressante dans la mesure où son pastel
Après le bain évalué entre 4 et 6 millions d’euros
a été adjugé à peine 3,17 millions chez Sotheby’s
à New York le 14 novembre dernier. Au même
moment, trois autres pastels présentés
par Christie’s NY avaient été eux aussi boudés
par les investisseurs. Cette réalisation originale
(Degas a utilisé le lin au lieu du papier comme
support), exécutée entre 1882 et 1885, pourrait
toutefois enflammer les enchères. À suivre.
84 – L E S E CHOS WE E K- E ND
Le pari est sans doute audacieux mais, pour
votre portefeuille, intéressez-vous au laboratoire
catalan Almirall. Fondé en 1943 à Barcelone,
ce groupe important (800 millions d’euros
de chiffre d’affaires) spécialisé en dermatologie
a fortement déçu les investisseurs l’année
dernière, le titre dévissant brusquement de près
de 50%. Après deux années de développement
soutenu, la Bourse a surréagi à des déceptions,
entre autres aux États-Unis avec Aqua
CHRISTIE’S IMAGES LTD. 2018
01
Dans les
coulisses,
pastel sur
toile de lin
d’Edgar Degas.
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MON ARGENT
MISE DE DÉPART :
Presque rien
Très faible
Significative
Importante
Très élevée
PROFIL DE RISQUE :
Nul
Très faible
Faible
Significatif
Important
Très élevé
Pharmaceuticals, racheté fin 2013. L’arrivée
d’un nouveau manager réputé, Peter Guenter,
venu de Sanofi (où il a été l’artisan de son
développement en Chine), et les restructurations
entreprises permettent d’escompter le retour
à un profil de croissance grâce notamment
à deux nouveaux traitements contre le psoriasis.
Le bilan d’Almirall est sain. Le 26 février,
le groupe annoncera ses résultats 2017. Achat
possible vers 8 euros à la Bourse de Madrid.
04
DES FONDS PATRIMONIAUX
DR
MISE DE DÉPART :
HIIII
PROFIL DE RISQUE :
MMM
Tous les fonds boursiers ne sont pas forcément
à haut risque ! Il existe une famille de fonds
dits « patrimoniaux » dont le gérant cherche
à préserver le capital en jouant sur les
opportunités : types de valeurs, devises, zones
géographiques… La performance est variable
selon les sociétés de gestion et le degré
de prudence. Carmignac Patrimoine ou Afer
Patrimoine (géré par Aviva) par exemple ont fait
0% en 2017, quand d’autres ont bien valorisé
l’épargne. Créé fin 2014, le fonds Lazard
Patrimoine (Lazare Frères Gestion), a tenu
sa promesse avec +12,2% après trois ans et +6,5%
l’an dernier, avec un risque modéré (niveau 3 sur
7). Comme l’observe Matthieu Grouès, associé
gérant, « c’est une solution de diversification aux
fonds en euros d’assurance-vie. L’originalité de
notre fonds, qui investit à l’échelle internationale
pour capter la croissance là où elle se trouve, réside
dans les marges de manœuvre laissées au gérant
pour s’adapter à l’environnement ».
05
PROVENCE TOSCANE
MISE DE DÉPART :
HHHHH
PROFIL DE RISQUE :
MM
Cette bâtisse contemporaine aux murs rose
fuchsia, au toit de tuiles et aux volets vert olive,
entourée de palmiers, de cyprès et d’oliviers a
une belle allure italienne. Et pourtant, nous
sommes dans le Var, près de Salernes et de
Sillans-la-Cascade. Cette propriété de 400 m2
très bien rénovée par des artisans romains
a un charme fou. Le parc de près de 2,4 hectares
comprend un arboretum, une oliveraie
d’une centaine d’arbres, un grand verger avec
des amandiers, pêchers, abricotiers, figuiers,
cerisiers, et de très beaux rosiers anciens.
Une ancienne bergerie de pierres, une grande
piscine avec son bastidon, une grotte et une
source naturelle, une chapelle et une cave à vins
toutes deux taillées dans la roche… L’intérieur
est des plus confortables à vivre. Un achat coup
de cœur que propose l’agence Émile Garcin
à Aix-en-Provence pour 1,86 million d’euros.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 85
06
FAUVE QUI PEUT
MISE DE DÉPART :
HHHH I
PROFIL DE RISQUE :
M
À l’occasion du soixantième anniversaire de la
mort de Maurice Vlaminck, le musée Soumaya
de Mexico consacre une exposition au héros du
fauvisme aux côtés d’Henri Matisse et d’André
Derain. Celui qui scandalisa le Tout-Paris au
Salon d’automne de 1905, par la vigueur de son
pinceau et l’éclat chromatique de son expression,
ne fait plus beaucoup parler de lui en salles des
ventes. Ses créations fauvistes circulent très peu
(c’est en 2011 que Paysage de banlieue était parti
à 22,4 millions de dollars chez Christie’s NY).
Les post-fauvistes des années 1920-40, beaucoup
moins recherchés, se négocient à 25 00035 000 dollars, encore moins pour les natures
mortes. Des occasions peuvent se présenter pour
moins de 10 000 dollars, comme cette aquarelle
Village au bord de rivière vendue l’été dernier à
Brest, par la maison de ventes Thierry-Lannon &
Associés. Les amateurs moins en fonds peuvent
se consoler avec les lithographies, adjugées
souvent à moins de 400 dollars. À suivre : ses
créations en céramique, assez peu connues.
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ET MOI… BIEN-ÊTRE
SANS SE FAIRE TIRER L'OREILLE
Par Claude Vincent – Illustrations : Carole Barraud
Q
DES PANIERS POIDS LÉGER
Des paniers « healthy » prêts à cuisiner, livrés
gratuitement à domicile avec un livret de recettes
pas à pas, sur abonnement et sans engagement :
c’est ce que propose depuis peu le site Illico
Fresco. Pour compléter son offre, la branche
e-alimentation du groupe de médias en ligne
Webedia s’est en effet associée à Weight Watchers
– spécialiste bien connu de la « minceur » –
et à ses diététiciens pour élaborer les paniers
sur la base de la méthode nutritionnelle du géant
mondial. Ingrédients frais, viandes maigres
prioritairement françaises, pêche Pavillon France
durable, crémerie et épicerie essentiellement
bio, AOP ou IGP promet illico fresco… Deux
formules pour quatre recettes : une offre « solo »
à 48 euros/semaine et une offre « duo »
à 69,50 euros/semaine.
www.illicofresco.com
uinze mille ! C’est le nombre de cellules
ciliées dont nous disposons à la naissance.
Or ces microfilaments qui tapissent la cochlée,
dans l’oreille interne, ont un rôle clé.
Ils amplifient les vibrations sonores, les trient
par fréquence et les codent pour leur
transmission au cerveau à travers le nerf auditif.
Le tout en quelques millisecondes. Il s’agit là
d’un capital « son » d’autant plus précieux que
ces « cils » ne repoussent pas. Leur destruction
est progressive et irrémédiable. L’un des ennemis
est bien sûr le bruit, désigné comme un enjeu
de société par 90% des Français. La prise
de conscience n’est pas nouvelle : voilà cent ans
que Quies a inventé les premières boules en cire
et coton. Depuis, l’entreprise familiale française,
qui en vend 60 millions par an, n’a cessé
d’innover pour coller à l’évolution des pratiques
et des technologies. À commencer par l’écoute
de la musique à pleine puissance en « live » ou via
les oreillettes. Prévenez les ados : penser qu’on
va « éduquer » ses oreilles à force d’écoute plein
pot est un leurre, assurent les spécialistes. Il est
préférable de les protéger. Une simple boule
Quies diminue de 29 dB l’intensité perçue :
de quoi passer du niveau d’un rock écouté à fond
dans son baladeur à celui d’un aspirateur,
par exemple. Pas si mal. De nombreux filtres
conçus pour la musique sont aujourd’hui
disponibles dans le commerce, proposés aussi
par Quies (Quies musique) ou Alpine (PartyPlug).
Et les protections auditives adaptées aux diverses
situations de la vie courante – avion et train, eau,
sommeil, ronflements… – sont désormais
nombreuses. Info : la prochaine Journée
nationale de l’audition, le 8 mars prochain,
placée sous le signe des acouphènes
et de l’hyperacousie, sera l’occasion de tester
ses capacités auditives. Sans se faire tirer l’oreille.
www.journee-audition.org
LE CURCUMA MÉNAGE LES MÉNINGES
Qu’on le nomme « safran des Indes » pour sa belle
couleur orangée, turmeric en anglais ou haldi
en hindi, le curcuma – un rhizome de la même famille
que le gingembre – est paré de nombreuses vertus
anti-inflammatoires, antioxydantes et digestives.
Une belle étude de l’UCLA (Los Angeles) confirme
cette fois ses propriétés anti-âge (American Journal
of Geriatric Psychiatry). Supplémentées
en curcumine – le principe actif – pendant dix-huit
mois, des personnes de 50 à 90 ans atteintes de
troubles neurologiques ont vu leurs performances
(mémoire, attention) notablement améliorées (28%)
par rapport au groupe témoin placebo. Rappelons
que diverses études récentes, conseillent,
pour optimiser son absorption et ses effets,
de l’associer au poivre noir dans l’alimentation.
86 – LE S E CHOS WE E K- E ND
LE SMARTPHONE TUE-BONHEUR
Plus les adolescents passent de temps
les yeux scotchés à l’écran de leur smartphone
(à jouer, consulter les réseaux sociaux, envoyer
des SMS, participer à des chats vidéo…)
moins ils sont heureux ! C’est du moins
la conclusion de chercheurs en psychologie
de l’université de San Diego. Ils ont interrogé
plus de 1 million de jeunes, âgés de 13 à 17 ans,
en leur demandant de décrire leurs pratiques
de l’engin, leurs interactions sociales
« de chair et d’os », leurs loisirs hors écrans
(sports, lecture…) et d’estimer leur niveau
global de bonheur (Emotion, publication de
l’American Psychological Association,
janvier 2018). Verdict de l’analyse des données :
les ados les plus « heureux » seraient
ceux passant moins d’une heure par jour
devant les écrans. Au-delà, cela se gâte,
mais reste raisonnable tant qu’on ne dépasse
pas les deux heures. Mais attention,
l’abstinence totale n’est pas non plus gage
de bonheur absolu.
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
CLAP DE FIN
ILLUSTRATION PORTRAIT : FABIEN CLAIREFOND
MARC DUGAIN
TRANSES D'INFO
Certains médias vont mal. Il suffit de les
observer de l’extérieur pour s’en rendre compte.
Ce contre-pouvoir indispensable semble par
endroits perdre pied, victime d’un mystérieux
emballement, à une époque où le politique,
lui, s’améliore sous l’influence de Macron.
Dans le système tel qu’il est, c’est-à-dire
foncièrement marchand, le président réussit
plutôt bien. Une chose est certaine, il faut
remonter loin dans notre histoire récente
pour trouver un président habité de fortes
convictions réformatrices et qui s’attelle
à les concrétiser. Qu’on adhère ou pas à son
programme, Macron s’attache à faire ce qu’il
a promis et c’est déjà beaucoup en politique.
Du coup, le débat a perdu de son ancienne
ferveur. Exit les socialistes, Le Pen et
Mélenchon sont à la peine et Wauquiez en est
réduit à se pâmer devant son succès à deux
législatives partielles où 20% du corps électoral
était présent. Après la grande vague terroriste
et l’affaire Fillon, il est plus difficile de mobiliser
le consommateur d’infos. Il faut dire que la
concurrence qui règne dans le milieu est féroce
alors que la presse écrite peine à se maintenir
au niveau déjà critique où la révolution
numérique l’a plongée. L’avènement des chaînes
en continu et leur multiplication les obligent
à se nourrir en permanence et à entretenir
des polémiques en temps réel par
le recrutement de deux ou trois spécialistes
bénévoles heureux de passer d’un plateau
à l’autre pour exprimer une opinion forgée
dans l’urgence. Pas de scoop pas d’audience,
pas d’audience pas de pub, pas de pub pas
d’argent, pas d’argent on vire, voilà résumé
le modèle économique d’une partie du système.
Il y a des sujets rentables comme Johnny.
D’abord sa mort, qui n’est pas rien, et puis juste
derrière, au moment où le sujet entrait dans
LE PROBLÈME DES ÉPISODES
MÉDIATIQUES FIÉVREUX,
C’EST QU’ILS FINISSENT
PAR LASSER, ET
DE PLUS EN PLUS VITE.
LE TRAIT
LE S E CHOS WE E K- E ND – 87
sa phase d’obsolescence, la veuve éplorée
spolie les enfants génétiques du défunt.
Libérer sa parole c’est bien, mais mettre la main
sur l’héritage en silence c’est mieux. Entre
les deux épisodes, on a quand même eu
un creux heureusement comblé par les affaires
Darmanin et Hulot. Hulot, c’était l’aubaine
pour un journal qui se monte et qui a un besoin
pressant d’exister dans une mer de médias.
Le risque, c’était que Hulot attaque en justice,
c’est ce qu’il a fait, mais les dommages et
intérêts qu’il pourrait percevoir dans quelques
années ne seront rien comparés aux profits
immédiats d’une entreprise de destruction
massive d’un politique issu lui-même
des médias. Le problème de ces épisodes
médiatiques fiévreux, c’est qu’ils finissent
par lasser, et de plus en plus vite. Et puis,
on ne va pas pouvoir éternellement faire
passer des vessies pour des lanternes,
ce qui, traduit en version moderne, donne
« des fake news volontairement mensongères
pour des informations sérieuses ».
L’investigation, c’est un métier exigeant
et coûteux, ce n’est pas des rumeurs qu’on
accrédite au gré de ses appétits de profits
faciles.
РЕЛИЗ ГРУППЫ "What's News" VK.COM/WSNWS
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