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L'Express_-_12_12_2018_-_18_12_2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
CLIMAT « À L’EUROPE D’AGIR ! »
L’INTERVIEW CHOC DE NICOLAS HULOT
lexpress.fr • no 3419 semaine du 12 au 18 décembre 2018
LA HAINE
Le risque d’un président-momie
Macron face à l’épreuve
M 01722 - 3519 - F: 4,50 E
D’OÙ VIENT-ELLE ?
JUSQU’OÙ IRA-T-ELLE ?
’:HIKLRC=WUYZUV:?d@p@b@j@k"
ANTI-MACRON
belgique : 5 € • Afrique CfA : 3 200 CfA • TOM : 780 XPf • esPAgne, grÈCe, DOM, AnDOrre, PAys-bAs : 4,70 € • iTAlie, POrTugAl, finlAnDe : 4,80 € • luXeMbOurg : 4,90 € • AuTriChe : 5,10 € • AlleMAgne : 5,50 € • CAnADA : 6,99 CAD • usA : 6,99 uDs • MArOC : 37 MAD • Tunisie : 4,80 TnD • suisse : 6,50 Chf
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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Cette semaine
dans
Les « Manu, on vient
te chercher » ont fleuri
sur les réseaux sociaux
et sur les murs vandalisés
de la capitale
page 30
“J'ai posé
en douce une
appli sur son
téléphone et
j'ai découvert
des dizaines
de messages à
l'eau de rose”
La semaine
10 On en parle, la planète express…
11 Les exclusifs
18 Le roman du président,
par Christophe Barbier
Opinions
22 Christian Makarian, Nicolas
Bouzou, Laurent Alexandre,
Jacques Attali
Le dossier de l’express
CRÉDIT PHOTOS DE UNE : P. WOJAZER/REUTERS - P.-E. RASTOIN POUR L’EXPRESS
S. MAHE/REUTERS - G. PAGNI/COSTUME 3 PIÈCES - G. WELTERS POUR L’EXPRESS - K. KISHORE/REUTERS - P.-E. RASTOIN POUR L’EXPRESS
30 La haine anti-Macron : d’où
vient-elle ? Jusqu’où ira-t-elle ?
 Les raisons d’un divorce
 “Macron, on va tout casser
chez toi !”
 Qui veut l’insurrection ?
 Et lui, qu’est-ce qu’il en pense ?
 Le malaise policier
 La stratégie mezza voce
de Marine Le Pen
 Le président, le chômeur
et les mots qui blessent
France
52 Je t’aime, je te surveille
56 Alexander Vinnik, escroc
mondial du bitcoin
Monde
60 Berlin veut rester bohème
64 Vu du Japon : “Faire avouer
page 52
Les gens d’ici en ont assez de voir leur
environnement et leur mode de vie dénaturés par
la gentrification et la hausse des loyers
page 60
DISNEY POURRA ACCOMPAGNER
LES SPECTATEURS DU MONDE
ENTIER, À TOUS LES ÂGES
DE LA VIE, DE 7 À 77 ANS
page 66
Carlos Ghosn ? Une affaire
d’honneur national”
Economie
66 Disney ensorcelle aussi
les grands
72 BNP Paribas : le blues
des banquiers
74 Déchiffrage
L’Europe a besoin d’un nouveau
souffle. La lutte contre
le changement climatique nous
donne une opportunité
de nous retrouver sur l’essentiel
page 76
Découverte
76 Nicolas Hulot : “A l’Europe
de prendre ses responsabilités”
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
7
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Cette semaine
dans
Un « conservateur »
« qui carbure plus vite
que tout le monde »,
et qui, pénétré par
le sentiment
de posséder toute
la vérité, n’écoute pas
page 82
Le récit de l’express
82 Philippe Barbarin,
Je voulais
écrire l’histoire
de personnes vivant
en communauté
et qui ne seraient
pas forcément
de la même famille
page 92
BRUEGEL,
LE CORBUSIER,
HERGÉ,
WILLY RONIS,
CABU,
HARRY POTTER,
VENISE…
LES BEAUX
LIVRES À OFFRIR
OU À S’OFFRIR
S. HAMED/AFP - J. DANIEL POUR L’EXPRESS - P. PARCHET POUR L’EXPRESS - HUFTONCROW
page 97
Audacieuce et séduisante, l’annexe
du Victoria & Albert Museum redonne vie
et fierté à la ville de Dundee, en Ecosse
page 122
au nom de l’Eglise
Culture
92 Hirokazu Kore-eda : “La famille
97
110
est un organisme vivant”
La librairie de L’Express :
spécial beaux livres
Le guide des arts et spectacles
Idées
116 Luc Ferry : “Ne confondons
118
120
121
pas trans- et posthumanisme”
Interview de David Grossman
Euthanasie : les vraies questions
C’était dans L’Express…
Nucléaire, le risque
insupportable (1987)
Styles
122
124
126
128
130
132
138
L’évasion : Dundee inédit
Le parfum : volutes inspirées
L’auto : Ford Mustang Bullitt
La montre : Louis Vuitton,
Tambour All Black & Gold
Les tables : cinq brasseries
parisiennes passées au gril
Les spiritueux : vodka et gin
Le style de… Luc Plamondon
Ce numéro, toutes éditions confondues, a été tiré
à 258 950 exemplaires.
L’Express : cahier no 1 (édition générale : 140 pages).
Déposé : publiscopie 48 pages Entreprises sur une
sélection d’abonnés.
L’Express diX : spécial Saveurs (134 pages)
en ligne
Les éditions numériques de L’Express
sont disponibles sur votre tablette
ou votre smartphone.
8
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
L E P R E M I E R S I N G L E M A LT
VIEILLI EN FÛTS DE
BIÈRE ARTISANALE
#01 IPA EXPERIMENT
L’ A B U S D ’ A L C O O L E S T D A N G E R E U X P O U R L A S A N T É , À C O N S O M M E R A V E C M O D É R AT I O N.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
la semaine
LE SONDAGE
L
e fossé apparaît béant.
Une enquête menée par
l’Institut Viavoice pour
la Fédération de l’hospitalisation
privée*, publiée en exclusivité
par L’Express et France Info,
montre un net décalage entre
les perceptions des Français en
matière de santé et les projets
du gouvernement. Ainsi,
un des objectifs du plan présenté
en septembre, qui doit être
mis en musique par une loi
attendue au début de 2019,
est de désengorger les urgences.
Sauf que plus de 80 %
des patients passés par un de
ces services affirment y avoir
eu recours à bon escient.
Les convaincre de se tourner
vers la médecine libérale
demandera donc une solide
organisation pour l’accueil
des « consultations non
programmées », mais aussi
beaucoup de pédagogie, un
terme cher au gouvernement ces
derniers jours… Autre ambition
du ministère de la Santé, réduire
les soins « inutiles ». Sur ce point,
l’expérience des Français
conforte en partie l’analyse des
pouvoirs publics : 31 % d’entre
eux disent en effet avoir déjà eu
une consultation, un examen
ou une opération non justifiée.
Mais, dans le même temps,
les personnes interrogées sont
encore plus nombreuses (38 %)
à estimer que ces actes n’ont
pas été réalisés quand ils étaient
nécessaires. S’attaquer
à la question de la « pertinence
des soins » ne générera donc
pas forcément les économies
espérées. Elles seront d’autant
10
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
Flux Un des objectifs
du plan « Ma santé 2022 »
est de désengorger les urgences.
plus difficiles à atteindre
que plus de 1 Français sur 2
estime que le système
de soins souffre d’un manque
de moyens financiers.
71 % de nos concitoyens
dénoncent en outre une pénurie
de personnels soignants.
Si ce constat doit être relativisé
(voir ci-contre), il n’en
demeure pas moins que 40 %
des personnes interrogées
rencontrent des difficultés
géographiques d’accès aux soins.
Pour lutter contre les déserts
médicaux, le gouvernement
mise sur l’exercice de groupe
et les recrutements
de généralistes dans les hôpitaux
de proximité. Pas sûr que cela
suffise à répondre aux attentes
des malades, les trois quarts
d’entre eux préfèrant avoir
un généraliste à moins de
quinze minutes de chez eux,
plutôt qu’un centre de soins plus
éloigné mais offrant une prise en
charge complète. Stéphanie Benz
*Etude d’opinion réalisée en ligne
du 16 au 22 octobre 2017 auprès
d’un échantillon de 1 019 personnes,
représentatif de la population âgée
de 18 ans et plus.
ON EN PARLE
L. VENANCE/AFP
Réformes
de santé :
le grand
malentendu
La France manque-t-elle
vraiment de médecins?
Ils n’ont jamais été aussi
nombreux (217000 en 2018,
contre 214000 en 2007),
d’après la dernière édition
de l’Atlas de la démographie
médicale de l’ordre des
médecins. Le nombre de
docteurs par habitant reste en
revanche stable depuis 2000,
et légèrement inférieur
à la moyenne des autres pays
développés, selon l’OCDE.
Pourquoi parle-t-on
de pénurie?
A cause d’un problème
de répartition géographique
des médecins, et aussi entre
spécialités. Si le nombre
de spécialistes augmente, celui
des généralistes ne cesse de
diminuer (- 6,8 % depuis 2000).
Que préconise l’ordre
des médecins?
Il demande davantage de
places de stage pour les internes
dans les cabinets libéraux,
loin des centres hospitalouniversitaires. Avec une idée
derrière la tête : faire découvrir
ces régions et ce mode
d’exercice aux futurs médecins,
en espérant en séduire certains.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Même Royal change
d’avis sur Orelsan
Sur son compte Instagram,
Ségolène Royal (photo)
a posté deux clichés
du spectacle d’Orelsan
à l’AccorHotels Arena
(ex-Bercy)
le 6 décembre, en saluant
« un concert plein
d’énergies positives ! »,
après un #reconciliation.
En 2009, alors présidente
de la région
Poitou-Charentes,
elle s’était en effet félicitée
de l’annulation
de la présence du rappeur
aux Francofolies
de La Rochelle, après
la polémique sur la chanson
Sale Pute. « La lutte contre
la violence faite
aux femmes ne souffre
aucune faiblesse et aucun
compromis », disait-elle
à l’époque, tout en
démentant avoir fait
pression pour obtenir
l’annulation
du concert. E. K.
Ça marche… malgré
tout !
En pleine tempête
des gilets jaunes,
La République en marche
(LREM), désormais dirigée
par Stanislas Guérini,
affirme connaître un pic
d’adhésions sans précédent
depuis trois semaines :
plus de 1 000 par semaine.
Soit plus du double
du rythme de ces derniers
mois. Les départs, eux,
restent stables sur la même
période : environ 200
par semaine. C. L.
La drogue
Sarkozy
Nicolas Sarkozy
(photo)
continue d’être
une référence
à droite,
y compris
pour les jeunes
députés Les
Républicains.
Une dizaine
d’entre eux
– Aurélien Pradié
(Lot), Virginie
Duby-Muller
(Haute-Savoie),
Pierre-Henri Dumont
(Pas-de-Calais),
Raphaël
Schellenberger
(Haut-Rhin) et Robin
Reda (Essonne),
entre autres – ont
demandé une date
pour déjeuner avec
l’ancien président de
la République. « Nicolas
Sarkozy aime jouer ce rôle
de sage, confie
l’un des intéressés.
Mais il fait aussi des
propositions constructives,
comme dans son récent
entretien dans Le Point.
Nous, on vient chercher
auprès de lui un shoot
d’énergie ! » T. Du.
A l’époque, le général Pierre de Villiers (photo) était
déjà un auteur à succès (Servir, chez Fayard), mais
pas encore celui qu’un gilet jaune voulait envoyer
à Matignon. Au début de juin, un rendez-vous
discret se déroule dans une brasserie parisienne, à
l’abri des regards : Laurent Wauquiez a souhaité
prendre un verre avec l’ex-chef d’état-major des
armées. Le président des Républicains tente une
manœuvre d’approche dans l’optique des élections
européennes de 2019. Mais Villiers refuse de saisir
la perche qui lui est tendue. Un peu plus tard, c’est
Bruno Retailleau qui entreprend une démarche
auprès d’Arnaud Danjean : le président du groupe
LR au Sénat cherche à convaincre le député européen de prendre la tête du combat ; celui-ci décline
la proposition. François-Xavier Bellamy (qui vient
de publier Demeure, chez Grasset) finira-t-il par
être la tête de liste idoine ? Son nom ne fait pas
l’unanimité : le président du Sénat, Gérard Larcher,
est monté au créneau pour dire tout le mal qu’il
pensait de cette idée. E. M.
L. BOYER/HANS LUCAS/AFP
E. PIERMONT/AFP
Européennes : quand
Wauquiez démarchait
le général de Villiers
Terrorisme :
suivez l’argent
En matière de terrorisme
comme dans les dossiers
criminels, la piste de
l’argent donne souvent
des résultats probants.
Un quart des procédures
actuellement ouvertes
par le parquet de Paris
pour faits de terrorisme
auraient pour point
de départ une note signée
de Tracfin, la cellule
antiblanchiment du
ministère de l’Economie
et des Finances. C’est
le patron de ce service,
le magistrat Bruno Dalles,
qui l’affirme. A. V.
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
11
Y. VALAT/ POOL/AFP
LES EXCLUSIFS
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K. PFAFFENBACH/REUTERS
la semaine
LA PLANÈTE EXPRESS
plutôt que de choisir la rupture
proposée par son adversaire,
Friedrich Merz, un conservateur
libéral pur et dur. A elle, désormais,
de préparer les prochaines élections
et la succession de « Mutti »,
qui ne se représentera pas en 2021.
La ministre-présidente de Sarre
est souvent présentée comme
le double ouest-allemand de Merkel,
native de l’ex-RDA. « Merkel bis »,
« mini-Merkel », autant de surnoms
qu’elle a tenté de gommer
pendant la campagne interne.
« J’ai 56 ans, trois enfants
aujourd’hui adultes, et une longue
carrière derrière moi, a-t-elle
AKK :
ne l’appelez plus
la « mini-Merkel »
C
’est donc une femme
qui succède à Angela Merkel
à la tête de la CDU. Annegret
Kramp-Karrenbauer (photo),
alias AKK, a été élue, le 7 décembre,
avec 51,7 % des voix, par les délégués
du parti chrétien-démocrate.
Ces derniers ont préféré rester dans
la continuité des années Merkel,
déclaré. Il n’y a rien de mini
chez moi ! » La chancelière
l’a intégrée, au début de 2018,
à sa petite équipe de négociateurs
lors du renouvellement
de la grande coalition avec les
sociaux-démocrates (SPD). En mars,
elle l’avait nommée au poste clef
de secrétaire générale du parti,
tremplin pour sa succession. Proche
des gens, plutôt centriste, cette
catholique pratiquante est toutefois
une conservatrice sur les questions
de société. Elle sera surtout plus
conciliante avec la chancelière que
ne l’aurait été Friedrich Merz,
vieil adversaire de Merkel. R. Ro.
LA DÉCOUVERTE
F. TANNEAU/AFP
Le premier vaccin pour les abeilles
12
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
Et si les prochaines campagnes de vaccination ne concernaient
ni les enfants ni les personnes âgées? Deux chercheurs de l’université
d’Helsinki, en Finlande, viennent de mettre au point un vaccin inédit,
nommé PrimeBEE, permettant aux abeilles de lutter contre la maladie
mortelle de la loque américaine, qui contamine les larves via des bactéries
infectant leur nourriture. Le sérum est simplement injecté dans
un morceau de sucre, dont raffole la reine de la ruche. Comme l’espèce
ne dispose pas d’anticorps, contrairement à l’homme, ce vaccin fonctionne
autrement : il se fixe sur une de ses protéines naturelles, la vitellogénine.
La reine la transmet alors à la génération suivante, vaccinant la colonie.
Une bonne nouvelle pour l’espèce, déjà malmenée par les pesticides,
la dégradation de l’environnement et les espèces invasives. C. J.
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SHAN HE/IMAGECHINA/AFP
la semaine
L’HISTOIRE ÉCO
Huawei, prisonnier
de guerre économique
14
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
PHOTO 12/ARCHIVES SNARK/AFP
C
ette arrestation à Vancouver
tend un peu plus les relations
économiques entre les Etats-Unis
et la Chine. Meng Wanzhou, directrice
financière et fille du fondateur de
l’équipementier de télécommunications
Huawei, a été interpellée le 1er septembre
au Canada à la suite d’une demande
d’extradition des Etats-Unis.
Les autorités soupçonnent l’entreprise
d’avoir violé la loi en exportant
du matériel américain vers l’Iran,
pays sous embargo de Washington.
« Cette extraterritorialité du droit
est devenue une arme de sidération
à l’égard des entreprises depuis
les amendes en milliards de dollars
infligées à BNP Paribas ou à la Société
générale, analyse Philippe Bonnecarrère,
sénateur à l’origine d’un récent
rapport d’information sur le sujet.
Mais, dans le cas de Huawei,
les Etats-Unis franchissent une nouvelle
étape et s’en prennent à une personne
physique, sans craindre de susciter
la colère de la Chine. » Pékin a aussitôt
demandé de « corriger immédiatement
cette faute » et de libérer
Meng Wanzhou. Faute de quoi,
le Canada s’exposerait à de « graves
conséquences ». Déjà soupçonné
d’atteinte à la sécurité nationale pour
espionnage des communications,
le groupe s’enfonce dans la crise. Une
crise qui survient en pleins pourparlers
entre la Chine et les Etats-Unis sur fond
de tensions économiques. E. Pa.
LA PERSONNALITÉ
L’Arsène Lupin
de la Manche
Un gentleman cambrioleur qui braque
le roi des corsaires. Le 12 décembre,
devant le tribunal de Coutances (Manche),
comparaîtra l’homme suspecté d’avoir
volé les pistolets gravés au nom de l’illustre Robert Surcouf,
en septembre 2017, au musée de Saint-Malo. Ces armes, qui datent
de 1825 et dont la valeur est estimée à 10000 euros, avaient
disparu pendant les horaires d’ouverture du musée et sans effraction.
Pour cet employé de grande surface de 36 ans, dont l’identité n’a
pas été révélée, ce fric-frac n’était pas une première : il est poursuivi
pour avoir dérobé entre 400 et 500 documents ou objets d’art
à la médiathèque de Granville et aux archives de la Manche,
ainsi qu’une statue de la Vierge de 1 mètre de hauteur dans une chapelle
de Donville-les-Bains. Il s’est trahi à la mi-novembre en tentant
de vendre à un libraire parisien un ouvrage de 1848 sur le MontSaint-Michel portant le tampon de la médiathèque de Granville.
Il risque jusqu’à sept ans de prison et 100000 euros d’amende. A. L.
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LES EXCLUSIFS
GETTY IMAGES/ISTOCKPHOTO
MODERNITÉS
Un médecin
aux assises ?
C’est un drame de la maltraitance qui
prend une tournure rare, soulignent
plusieurs associations de défense de
l’enfance. A Limoges (Haute-Vienne),
une juge d’instruction a ordonné
le renvoi devant la cour d’assises
d’un médecin de famille pour
non-assistance à personne en danger.
L’affaire remonte à 2013, quand
les urgences de la clinique de MoutierRozeille (Creuse) constatent le décès
d’un enfant de 22 mois, Gabin.
Les expertises démontrent qu’il est
mort à la suite d’un défaut de soins
et d’alimentation chronique. En outre,
ses parents, sans emploi et surendettés,
manifestaient un « désintérêt »
pour leur fils, selon les conclusions
de la juge. Celle-ci a décidé leur mise
en accusation pour privation de soins
ayant entraîné la mort. Mais, pour
la magistrate, la responsabilité
du médecin devra aussi être jugée :
les signes de ces mauvais traitements
étant flagrants, « Gabin aurait dû être
orienté vers une équipe pédiatrique
dès juin 2012 », affirme un expert.
Des « négligences graves et fautives »
dont le docteur se défend. Son avocat
a d’ailleurs fait appel de la mise en
accusation. Si le dossier allait jusqu’au
procès, il pourrait prendre un caractère
emblématique. « Cet enfant aurait
pu être sauvé, assure Yves Crespin,
avocat de l’association l’Enfant
bleu. Il faut qu’on discute de la
responsabilité des médecins, qui sont
les premiers en mesure d’intervenir.
C’est à eux de faire un signalement
aux services sociaux. » T. S.
16
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
A quand
un code du like ?
L
e vrai problème des
réseaux sociaux, c’est
qu’il n’existe pas encore
de règles de politesse pour les
communications numériques.
Exemple : sur Facebook, il n’y a
pas de « code du like » auquel
nous pourrions nous référer
en cas de doute. Je ne parle pas
du nombre de likes que certains
guettent de manière compulsive
et puérile, tout contents lorsqu’ils
battent leur record personnel
(« Ma nouvelle photo de profil
a 120 likes, tu te rends compte !
– Et si tu te mets à poil, tu en
auras le double, vas-y, fonce »).
Je parle de situations plus subtiles
et plus délicates à négocier.
C’est entendu, personne (à part
les blogueuses mode) n’aurait
l’idée de liker ses propres
publications. Ce serait comme
se caresser en public, on sait
bien que c’est mal vu. Mais si
quelqu’un reposte l’une de vos
publications, pouvez-vous
la liker ? Ou est-ce vulgaire ?
Car, dans ce cas, le pouce levé
peut s’interpréter de deux
manières : « C’est vrai que c’est
super ce que j’ai écrit, tu as raison
de relever que je suis formidable »
ou « Merci de m’avoir relayé,
la vérité ça fait plaisir ». Un pouce,
deux mondes. Et un océan
de malentendus potentiels.
Autre exemple, autre motif
d’inquiétude : vous écrivez
un commentaire sous
la publication d’un de vos amis.
Et rien. Non seulement l’ami
ne répond pas, mais il ne lève
même pas le pouce pour signifier
qu’il vous a vu. Il vous a refusé
ce geste qui ne lui coûtait
qu’un clic. Est-ce que votre
commentaire était si nul?
Ou, pire, inapproprié? Vous venez
de vivre l’équivalent virtuel
Par
Elodie Emery
Chroniqueuse
d’une situation somme toute
assez commune : vous avez lancé
une phrase dans un groupe
de personnes qui discutent,
mais personne n’a relevé votre
intervention. Vous êtes seul
au milieu d’une foule.
Vous tentez de vous rassurer :
après tout, peut-être qu’ils
n’ont pas entendu ? Peut-être
que votre message s’est perdu
dans le flot des commentaires ?
GETTY IMAGES/ISTOCKPHOTO
la semaine
Si, en revanche, il s’agit
d’une conversation privée
dans laquelle vous n’êtes que
deux à intervenir, inutile de lui
chercher des excuses : votre
interlocuteur vous snobe,
c’est sûr et certain. Pour confirmer
que vous êtes victime d’une
humiliation, Facebook insiste
en indiquant que votre message
a été « lu ». Et donc ignoré.
Vous pouvez laisser libre cours
à votre imagination et vous
figurer votre ami qui vous lit
en haussant les épaules, puis
ferme la fenêtre en soufflant :
« Quel message de m… »
Si j’étais complotiste, je penserais
que Facebook fait exprès
de nous insécuriser pour que
nous cherchions pathétiquement
du réconfort… En comptant
le nombre de likes sous notre
photo de profil, par exemple.
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The Breitling Cinema Squad
L’Escadron Breitling Cinéma
Brad Pitt
Adam Driver
Charlize Theron
TERRE
PREMIER
AIR
ME
R
#SQUADONAMISSION
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la (fausse) semaine
Le journal, mi-réel, mi-rêvé, de la vie d’Emmanuel Macron.
LE ROMAN
DU PRÉSIDENT
Où le chef de l’Etat constate que, face aux gilets jaunes,
il ne peut compter sur personne… Episode LXXXI.
Le Noël de Castaner
2 décembre, 22h15
Le président, assis sur son lit, enlève son soulier gauche. Un bruit
dans la salle de bains – Brigitte
est là. « Je suis crevé, Bibi. Si tu
savais ce que j’ai vu à l’Arc de
triomphe. Un désastre. Je me demande si je dois pas virer Castaner. Avec le décalage horaire de
l’Argentine, je suis vraiment fatigué… » « Et nous? » Le président
se lève d’un bond : cette voix
mâle et rocailleuse n’est pas celle
de sa femme. Un immense grognard du Premier Empire, aux
moustaches rousses et au bonnet
en poils d’ours, se dresse devant
lui. « Et nous, nous, les petits, les
obscurs, les sans-grade / Nous
qui marchions fourbus, blessés,
crottés, malades/Sans espoir de
duchés ni de dotations/ Nous qui
marchions toujours et jamais
n’avancions [...] / Marchant et
nous battant, maigres, nus, noirs
et gais… / Nous, nous ne l’étions
pas, peut-être, fatigués ? » C’est
Jean-Pierre-Séraphin Flambeau,
dit « le Flambard », sorti de L’Aiglon, d’Edmond Rostand. Rostand, mort le 2 décembre 1918…
« C’est toi qui fais tout ce bruit,
Biquet ? » Brigitte entre dans la
chambre, le fantôme de Flambeau s’évanouit…
18
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
3 décembre, 11h38
Edouard Philippe réprime une
envie de bâiller et se rend
compte qu’il ne sait plus qui est
en face de lui. Recevant tous les
chefs de partis, il voit défiler
depuis l’aube des gens qui lui
donnent des leçons alors qu’ils
ont perdu toutes les élections
des cinq dernières années. Mais
celui-là, avec son sourire ironique et sa barbe de trois jours,
impossible de l’identifier. D’un
sourcil, il interroge son directeur de cabinet, qui lui envoie
un texto : « David Cormand,
EELV. » Les Verts ? Le Premier
ministre pensait qu’ils n’existaient plus…

4 décembre, 16h39
« Alors, cette suppression de la
hausse des taxes ? C’est pour
quand ? » Emmanuel Macron a
une voix de glace. Edouard Philippe se racle la gorge. « Eh bien,
je propose une suspension de
six mois. On laisse passer les
européennes, on surveille les
cours du pétrole et, le 1er juillet,
on siphonne. » « Qu’en dit
Bercy ? », relance Macron en
pinçant les lèvres. « Pour limiter
les pertes de recettes au plus
raisonnable, répond Gérald
Darmanin, je suggère une suspension de dix-sept minutes
et huit secondes. » « Pardon ? »
« A partir du 1er janvier à minuit
dix-sept minutes et huit secondes, on augmente les taxes.
Les Français n’auront qu’à faire
le plein juste après le réveillon.
Si le moratoire dépasse ce délai,
on ne tiendra pas les 3 % de
déficit en 2019. »

5 décembre, 16h03
Edouard Philippe n’est pas mécontent : son discours devant
l’Assemblée nationale annonçant le moratoire sur la hausse
des taxes est bien passé. Avant
de regagner sa voiture, le Premier ministre passe par les toilettes. Soudain, une silhouette
massive vient s’encastrer dans
l’urinoir voisin. « Vous êtes
foutu, marmonne Jean-Luc Mélenchon. Quand on est obligé
d’avaler son chapeau comme
vous l’avez fait, on ne reste pas
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la (fausse) semaine
Le journal, mi-réel, mi-rêvé, de la vie d’Emmanuel Macron.
longtemps à Matignon. Après
les européennes, au mieux,
vous serez viré. Comme Ayrault
après les municipales de 2014 :
c’est le recul face aux bonnets
rouges sur l’écotaxe qui l’a tué.
Et comme Mauroy en 1984 :
chassé après les européennes,
mais flingué avant par l’échec
de la réforme de l’école libre.
Le destin d’un Premier ministre, c’est d’être un ancien Premier ministre. Regarde les
derniers : Cazeneuve, Valls, Ayrault, Fillon, Villepin… Plus un
seul ne fait de la politique en
France. Il reste Raffarin, mais
personne ne se souvient qu’il a
été Premier ministre. » Edouard
J.-P. PELISSIER/REUTERS
« Comment vous
faites, vous, pour gérer
les émeutes, dans
la bande de Gaza,
par exemple ? »
8 décembre, 10h47
Philippe remonte sa braguette
et sort ; il se lavera les mains à
Matignon…

7 décembre, 15h29
« Comment vous faites, vous,
pour gérer les émeutes, dans la
bande de Gaza, par exemple ? »
Edouard Philippe sourit à son
invité, le Premier ministre palestinien. Rami Hamdallah lui
rend son sourire et murmure :
« Nous sous-traitons le problème à l’armée israélienne… »
Par
Christophe
Barbier
A retrouver
du lundi
au vendredi
à 6 h 50 et
à 7 h 50 sur
Christophe Castaner regarde sa
fiche : tout est coché, ou presque.
Face aux gilets jaunes, il a vu en
action les gendarmes à équipement lourd, les policiers légers
et rapides, la section canine et
la brigade montée, les canons à
eau et les blindés à lame. Le ministre de l’Intérieur sourit : c’est
Noël… Avec un peu de chance,
cet après-midi, il pourra envoyer les hélicoptères, quelques
Rafale et peut-être un avionradar Awacs…
A suivre…
Droit de réponse
Philippe de Villiers fait valoir son
droit de réponse concernant la parution dans L’Express du 14 novembre 2018 du Roman du président de Christophe Barbier.
L’article s’est voulu humoristique.
Mais, quand on veut s’essayer à l’humour sur la souffrance des deux
guerres mondiales, mieux vaut choisir
sa cible, avant de se livrer à la salissure.
Ma famille ne correspond en rien aux
sous-entendus indignes du papier en
cause car elle a payé un lourd tribut
dans sa chair, lors des deux grandes
épreuves :
Lors de la Première Guerre mondiale,
mon grand-père du côté paternel – le
capitaine Louis de Villiers – fut tué à la
20
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
bataille du Grand-Couronné, à Nancy,
le 10 septembre 1914. Mon grand-père
du côté maternel – le capitaine Joseph
d’Arexy – fut gazé dans plusieurs tranchées. Il en est mort après la fin du
conflit. Ils étaient tous deux officiers
français – capitaines de l’infanterie et
de la cavalerie –, leurs états de service
étaient admirables. Ils sont montés au
feu en entraînant leurs hommes.
Lors du second conflit mondial, mon
père, le lieutenant Jacques de Villiers,
se comporta lui aussi en héros. Toutes
les décorations qu’il a reçues – dont la
croix du Combattant volontaire de la
Résistance – témoignent d’un état d’esprit de résistance à l’ennemi sans faille.
Il a fini sa guerre au camp de représailles de Lübeck, où étaient enfermés
« les fortes têtes et les officiers juifs ».
Cela a valu à ses fils, aux côtés du
grand rabbin Haïm Korsia, des frères
Rothschild, de Jean-Paul Sudaka, etc.,
d’être appelés à entrer dans l’Association des enfants de Lübeck, qui regroupe les descendants directs de ces
victimes du nazisme.
Votre article blesse la vérité historique
d’une famille. J’en appelle à votre
déontologie pour que vos lecteurs accèdent précisément à la vérité.
Je regrette d’avoir pu, bien involontairement, blesser la famille Villiers par
ce passage du Roman du président qui,
comme son nom l’indique, est une fiction à but humoristique, usant parfois
de la satire et de la caricature. C. B.
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N’EST PAS
LIPSTER
QUI VEUT
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OPINIONS
AFFAIRES ÉTRANGÈRES, PAR
CHRISTIAN MAKARIAN
MERKEL-MACRON :
LA FIN DU TEMPS BÉNI
E
u égard aux événements qui secouent la
France, l’Europe n’est sûrement pas la première préoccupation des citoyens. Elle est
pourtant la principale victime collatérale de la
double conjonction qui aboutit simultanément à l’affaiblissement du président français et à la
fin programmée du règne de la chancelière allemande.
Sans spéculer sur la durée d’Angela Merkel à son
poste actuel, car on aurait tort de minimiser sa capacité
de résilience (comme vient encore de le prouver l’élection de sa favorite, Annegret Kramp-Karrenbauer, à la
tête de la CDU, voir page 12), cette dernière va s’effacer
progressivement en tant que personnalité dominante
au sein de l’Union européenne. Or une grande partie
de sa force venait non tant du fameux « couple francoallemand » – expression convenue dont il ne faut
attendre aucune réalité fusionnelle – que de son tandem assez unique en son genre avec quatre présidents
français successifs (Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy,
François Hollande, Emmanuel Macron).
Autant dire qu’elle avait acCe n’était
quis un know-how appréciable
que son successeur n’aura
pas une lune
vraisemblablement pas ; et
de miel,
qu’Emmanuel Macron verra
mais qui peut
ses propres difficultés internes
accompagnées à l’extérieur
parier sur
par la relativisation inéluctala suite ?
ble de l’appui allemand. Ce
n’était pas une lune de miel par tacite reconduction,
loin s’en faut, mais qui peut parier sur la suite ?
Face aux nouveaux défis sociaux et économiques
auxquels Macron est confronté, qui feront passer le
stade national à un tel niveau de priorité que son action internationale glissera fatalement au second plan,
l’appui de l’Allemagne ne sera plus une donnée sécurisée. Déjà son statut de président modèle du camp occidental vient subitement d’enregistrer un recul sensible au sein des élites politiques allemandes; ses projets
de réforme européens risquent d’en pâtir directement.
A l’inverse, le (la) successeur(e) d’Angela Merkel
à la chancellerie va se trouver comme libéré(e) de la
22
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
litanie franco-allemande. Les mauvais chiffres de la
France contribuent à alimenter l’inquiétude, ou la
perte de confiance, à Berlin ; et les logiques respectives œuvrent contre les forces d’un couplage qui
repose fortement sur les relations personnelles
entre dirigeants.
Pour exemple, Olaf Scholz, actuellement vicechancelier et ministre des Finances social-démocrate,
a lancé un pavé dans la mare en proposant que la
France renonce à son siège de membre permanent du
Conseil de sécurité de l’ONU au profit de l’Union européenne. En clair, ce siège reviendrait aux 27 membres
de l’UE par rotation (le droit de veto deviendrait celui
de l’UE). Ce n’est là qu’une vue de l’esprit, impraticable, qui a évidemment été rejetée par la France,
laquelle a son propre plan de réforme du Conseil de
sécurité, avec l’arrivée de nouveaux membres permanents (Allemagne, Japon, Inde et deux pays africains). On n’en est pas là…
I
l reste qu’avec le Brexit et la sortie du RoyaumeUni de l’Union européenne, si toutefois ce
schéma se voyait définitivement acté, la France
de Macron se retrouvera d’ici peu le seul pays de
l’UE à disposer à la fois d’un siège permanent au
Conseil de sécurité et de la dissuasion nucléaire. Loin
d’être seulement une position de force, ce statut historiquement inédit demandera à Paris une nouvelle
argumentation à l’égard de ses partenaires européens
et, peut-être, de nouveaux concepts stratégiques.
L’axe traditionnel Paris-Berlin sera-t-il alors un
soutien ou se transformera-t-il en une nouvelle complexité ? La reine de l’Europe va vers la sortie, tandis
que le prince héritier cumule les ennuis. Une phase est
en cours d’achèvement – même si un nouveau traité
de l’Elysée entre Paris et Berlin est prévu prochainement et si un accord a été finalement trouvé entre les
deux au sujet de la taxation future des Gafa – et l’«effet
de renouvellement» viendra cette fois d’outre-Rhin…
Christian Makarian est directeur de la rédaction délégué
à L’Express et éditorialiste.
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OPINIONS
L
mais au point où nous en sommes…). Seule cette baisse
a France est punie par là où elle a péché. D’une
de dépense publique permettra de diminuer les impôts
part, elle paie une incapacité à régler des
sur les ménages. Il serait absurde de diminuer la TVA
problèmes d’emplois et de fiscalité qui, sur le
et la CSG, qui sont nos meilleurs impôts, c’est-à-dire
papier, ne sont pas insurmontables. Ce ne sont
ceux qui rapportent le plus en abîmant le moins l’écopas les solutions qui manquent, mais la lucinomie. C’est donc l’allégement de l’impôt sur le revenu
dité et le courage. D’autre part, notre pays souffre d’une
qui doit primer. Pour les méimpréparation des réformes.
nages les plus fragiles, je proNous avons été quelques-uns à
pose une revalorisation sensible
le répéter pendant la campagne
de la prime d’activité et des créprésidentielle : un programme
dits d’impôts destinés à réaliser
doit être complet et détaillé,
des économies d’énergie.
sinon le mandat sombre dans le
Deuxième sujet : celui du
désordre et le chaos. Pour notre
chômage. Les ordonnances
malheur, les candidats aux proPénicaud sont excellentes, mais
grammes les plus sérieux ont été
il faut maintenant des résultats.
renvoyés chez eux (pour qu’on
La réforme de l’assurancecomprenne « d’où je parle »,
chômage doit servir à cela. Les
j’avais soutenu Alain Juppé à la
demandeurs d’emploi doivent
primaire de la droite). Proposer
être formés dès leur premier
une exonération de la taxe d’hajour de chômage et non pas
bitation pour 80 % des ménages
LIBRE-ÉCHANGE, PAR
au bout de six mois. C’est
était surtout un slogan politique,
aujourd’hui que les entreprises
ce que l’exécutif paie aujourd’hui
ont besoin de main-d’œuvre.
au prix fort. Evidemment, notre
Une dégressivité de l’indemnifiscalité locale est inefficace et
sation doit être introduite au
injuste. C’est pourquoi la réforbout de douze mois.
mer demande un travail en
amont méticuleux, articulé avec
une vision de la décentralisanfin, la majorité doit
tion. La loi sur le reste à charge
annoncer un nouvel
zéro dans l’optique va aussi déacte de décentralisacevoir les Français quand ils se
tion. Notre pays crève
rendront compte que, pour la
de sa centralisation
plupart d’entre eux, ce reste à
parisienne et des enchevêtrecharge va augmenter.
ments de responsabilités au niCela dit, on ne refera pas le
veau local. Dès 1968, dans son
passé. Comment sortir de ce clidiscours du 24 mars à la foire de
mat révolutionnaire qui va malLyon, le général de Gaulle avait
heureusement si bien à la
porté cette analyse dont la perFrance ? La seconde partie du quinquennat doit être
tinence est aujourd’hui totale : « L’effort multisécuconsacrée à trois sujets. Premier sujet : celui de la fiscalaire de centralisation, qui lui fut longtemps néceslité, évidemment. Le ras-le-bol fiscal est justifié, et il est
saire [à la France] pour réaliser et maintenir son unité
puéril d’opposer les catégories les unes aux autres.
malgré les divergences des provinces qui lui étaient
Tout le monde paie énormément de prélèvements
successivement rattachées, ne s’impose plus désorobligatoires dans notre pays, pour une qualité de sermais. Au contraire, ce sont les activités régionales qui
vices publics qui est bonne mais pas excellente. Gérald
apparaissent comme les ressorts de sa puissance écoDarmanin doit donc accélérer
nomique de demain. […] Tandis que notre unité prola mise en œuvre du plan de
fonde est, désormais, bien assurée, la transformation
Seule la baisse départ volontaire dans la foncqui tend à mieux répartir toutes nos activités sur
tion publique et appliquer une
toutes les terres de notre peuple avive, du même coup,
des dépenses
ambitieuse
politique
d’extertoutes les sources de notre existence. »
publiques peut
nalisation de « l’administration
faire diminuer de l’administration » (ce qui
Economiste et essayiste, Nicolas Bouzou est fondateur
les impôts
et directeur du cabinet de conseil Asterès.
suscitera grèves et résistances,
NICOLAS
BOUZOU
TROIS
RÉFORMES
À ENGAGER
D’URGENCE
24
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
E
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OPINIONS
DEMAIN SERA VERTIGINEUX, PAR
LAURENT
ALEXANDRE
face aux données, ce qui en
retour la renforce : big data et IA
se font mutuellement la courte
échelle, et le cerveau humain est
souvent distancé. L’IA dépasse
notre cerveau dans un nombre
croissant de secteurs, mais la
course entre le neurone et le silicium est très incertaine, et il y a de profonds désaccords entre les experts sur l’issue de ce combat.
Une chose semble certaine : une IA capable d’apprendre à partir de petits volumes de données est improbable avant 2050. Son nom est donc usurpé : elle
n’est pas intelligente quand il y a peu de données. Elle
est incapable d’apprendre à partir de quelques exemples, comme le fait un bébé humain, et rien ne permet
d’affirmer que cela sera possible au XXIe siècle. Notre
royaume intellectuel est donc constitué de domaines
avec peu de données. Partout où il y a beaucoup de
données pour éduquer les IA, elles vont nous écraser.
Partout où il y a peu de données, nous resterons les
maîtres du monde, et pour longtemps.
Il y a des raisons darwiniennes à notre écrasante
supériorité intellectuelle lorsqu’il y a peu d’informations. Si nous sommes vivants aujourd’hui, c’est parce
que le cerveau de nos ancêtres était capable d’analyser le monde à partir d’une poignée de données. Si,
pendant leur enfance, nos ancêtres avaient eu besoin
de 1 000 milliards d’informations – comme une IA –
pour deviner qu’un lion ou un ours des cavernes se
cachait derrière un buisson, ils ne seraient pas arrivés
à la puberté…
FUYEZ
LE BIG DATA !
L
’association de gigantesques bases de données, d’une immense puissance informatique (l’ordinateur le plus performant réalise
143 millions de milliards d’opérations par
seconde), et d’algorithmes de deep learning,
réunis exclusivement chez les géants du numérique
américains et chinois – les Gafa et les BATX –, a fait
décoller l’intelligence artificielle (IA). Le deep learning lui permet d’apprendre à se représenter le
monde grâce à un réseau de « neurones virtuels ».
Par sa capacité à manier des montagnes de données à des vitesses vertigineuses, l’IA dépassera notre
cerveau dans beaucoup de cas. Yann Le Cun, patron
de l’unité dédiée chez Facebook, l’explique avec
cruauté : « Nous allons vite nous apercevoir que l’intelligence humaine est limitée. »
De plus en plus de tâches sont mieux effectuées
par le deep learning que par nous, mais l’IA ne peut
réaliser que des tâches bien spécifiées. Le créateur de
Google Brain, Andrew Ng, explique que si l’on pense
à l’IA, il ne faut pas imaginer une conscience artificielle, mais un automatisme dopé aux stéroïdes. Par
nature, l’IA – même sans conscience artificielle –
concurrence le cerveau humain. Elle peut challenger,
voire remplacer, des ingénieurs, des managers ou
bien encore des médecins dans les disciplines les plus
pointues. L’IA opérera mieux, conduira mieux,
analysera un scanner mieux que nous.
Si l’IA se développe si rapidement, c’est qu’elle a
bénéficié d’un effet boule de neige. L’explosion de
la production de données la rend indispensable.
En 2025, chaque être humain
produira 100 milliards
L’IA n’est pas
d’informations numériques
chaque jour. Or ces monintelligente
tagnes
de données sont préciquand il y a
sément ce dont l’IA a besoin
peu de
pour s’éduquer ! Plus l’IA
données
progresse, meilleure elle est
26
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
L
a capacité de notre cerveau à prédire le
monde à partir d’une poignée de données
est stupéfiante. C’est notre immense force !
Naïvement, tout le monde se précipite pour
travailler dans les métiers où il y a du big
data, c’est-à-dire dans la tanière de l’ogre IA, qui
nous dépassera toujours dès lors qu’il existe beaucoup de données pour l’éduquer. Fuyez le big data
ou l’IA va vous dévorer ! Allez là ou nos neurones
sont imbattables : quand il faut décider avec une
poignée d’informations.
Chirurgien, énarque, entrepreneur,
Laurent Alexandre est aujourd’hui business angel.
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OPINIONS
B
ien sûr, il appartient d’abord
PERSPECTIVES, PAR
au président de la République de dire ce qu’il compte
demander au gouvernement
et au Parlement de faire pour
réconcilier la nation. Et beaucoup,
sinon l’essentiel, était, est et sera de la
responsabilité des élus d’aujourd’hui. Il
leur faudra réduire très vite les injustices salariales, fiscales, sociales, éducatives, culturelles, écologiques, institutionnelles, qui gangrènent depuis si
longtemps l’unité de notre pays.
Il ne faudra pas cependant oublier
la responsabilité des élus d’hier, nostalEnsuite encore, les collectivités territoriales et les
giques de pouvoirs passés, et de ceux qui, n’ayant jaautres institutions chargées de la formation profesmais gouverné, n’ont fait jusqu’ici qu’appeler au pire,
sionnelle pourraient considérer comme prioritaire de
en espérant y trouver leur chance d’avoir accès aux déformer à de nouveaux métiers ceux qui aujourd’hui
licieux vertiges du pouvoir. Mais il ne faut pas non
sont au chômage ou touchent des bas salaires, pour
plus retomber dans le piège de tout attendre du pouqu’ils puissent obtenir des rémunérations plus élevoir : on ne sortira donc pas de cette crise sans comvées, sans rien attendre de personne.
prendre que nous en sommes tous, ou presque tous,
Ensuite encore aux journalistes et aux instances
responsables. Et que chacun de nous peut beaucoup.
de régulation de prendre enfin des mesures fortes
On ne peut à la fois reprocher au pouvoir actuel sa
pour que le public ne soit plus victime de fausses nouverticalité et tout attendre de lui. Le moment est venu
velles et que les chaînes d’info en continu et les répour chacun de nous, à sa place, de comprendre qu’il
seaux sociaux cessent de véhiculer insultes, calomn’a pas intérêt au malheur de l’autre, et de faire ce
nies et menaces en toute impunité.
qu’il peut pour que la France, si riche, donne enfin sa
chance à tous ses enfants.
D’abord, et surtout, les plus riches des personnes
nfin, chacun d’entre nous, employeur ou emprivées (en particulier celles qui ont gagné des fortunes
ployé, fonctionnaire ou salarié du privé,
en Bourse) peuvent, sans qu’on
jeune étudiant ou retraité, gilet jaune ou non,
l’exige d’eux, agir rapidement.
doit réfléchir à ce qu’il peut faire pour les auA nous de
On peut, par exemple, imagitres, dans ce pays. Les Français sont déjà très
mieux écouter ner que tous les ménages qui
nombreux, par le biais de l’engagement politique,
payaient l’ISF, au temps où il
syndical et associatif, et par la générosité pour les
les besoins
existait, fassent une contribugrandes causes et pour leurs voisins, à avoir compris
criants des
tion équivalente annuelle à des
que chacun à intérêt au bonheur des autres. Mais
plus fragiles
ONG luttant contre la pauvreté
nous devons faire plus. A nous de mieux écouter les
ou pour l’environnement et
besoins criants des plus fragiles.
créant des emplois. Ou investissent une somme dans
Il ne s’agit pas de remplacer la solidarité institudes entreprises travaillant dans ce même sens.
tionnelle par la charité privée. Mais de comprendre
Ensuite, les plus riches des entreprises, celles, par
que l’avenir d’une société ne dépend pas seulement
exemple, ayant plus de 1 milliard de chiffres d’afde décisions politiques centrales. Et que plus les cifaires, peuvent toutes décider, sans que l’Etat les y
toyens feront beaucoup les uns pour les autres, plus
contraigne, de créer des emplois un peu au-dessus du
ils pourront exiger de ceux qu’ils ont élus de faire plus
smic à hauteur de 5 % de leur effectif actuel, en s’enencore en termes de solidarité avec les vivants et avec
gageant à former elles-mêmes les nouveaux recrutés
les générations futures.
à leurs métiers. Ou, pour une somme équivalente, à
Aujourd’hui est un moment de vérité pour un
augmenter leurs plus bas salaires d’au moins 5 %.
homme, dans un palais national, et pour chaque
Ensuite encore, les organismes chargés de gérer
Français, à sa place. En cela, cette crise est bienvenue.
les retraites pourraient décider d’une revalorisation
des pensions, au moins pour compenser l’inflation,
Ecrivain, auteur de nombreux romans et essais,
Jacques Attali est président de la fondation Positive Planet.
dans le passé et à l’avenir.
JACQUES
ATTALI
CE QUE CHACUN
DE NOUS DOIT FAIRE
E
28
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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Perception Le président
s’est enfermé dans
une image de monarque
arrogant, indifférent
aux souffrances
de son peuple.
S’il ne se sort pas de cette impopularité
qui a viré à la détestation, le chef de l’Etat
risque de devenir un président-momie.
par Anne Rosencher
La haine
anti-Macron
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L. MARIN/POOL/REUTERS
«
L
a France, championne des
ronds-points. » Cette tête
de classement mondial
– qu’aucun pays n’est jamais venu nous contester – illustre depuis des
décennies les aberrations d’un argent
public mal dépensé. Comme dans une
allégorie, c’est sur ces fameux rondspoints qu’a coagulé, il y a un mois, une
colère française en gilet jaune, dont le
point de départ fut l’expression d’un
« ras-le-bol fiscal » allumée par une
nouvelle taxe sur le carburant. Depuis,
la liste des doléances s’est allongée,
jusqu’à former le diagnostic d’un malaise général qui ne date pas d’hier, et
la protestation s’est radicalisée par
endroits, au point de prendre des airs
séditieux dans la capitale – mais aussi
à Bordeaux, à Toulouse, à SaintEtienne… –, où casseurs et pilleurs ont
encore mis les forces de l’ordre à rude
épreuve le week-end dernier.
Difficile d’y voir clair dans ce mouvement hétérogène, parfois chaotique,
combinant « saine colère » ici et comportements insurrectionnels là. Difficile de démêler l’écheveau des malêtre – choisissez : trop-plein d’impôts,
de normes ou de bureaucratie, recul
des services publics, anémie des salaires, désindustrialisation, chômage
de masse, fractures territoriales, humiliation culturelle, insécurité… Mais
l’un des fils rouges apparus au fur et à
mesure des jours de mobilisation semble être la focalisation du ressentiment
sur le président lui-même, que l’on savait impopulaire et que l’on découvre
haï. Depuis les slogans déversés par
milliers sur les réseaux sociaux
jusqu’aux appels au meurtre en passant par les insultes, les effigies maltraitées et les interpellations griffonnées sur les gilets fluo, Emmanuel
Macron se révèle être le seul interlocuteur accepté par la foule, en même
temps que la cible d’une détestation –
d’une violence parfois inouïe.
« Il cristallise trente ans de colère,
constate le sociologue Jean-Pierre
Le Goff. En cela, on peut dire qu’il a
un côté bouc émissaire. Mais, dans la
façon dont il a tenu sa fonction depuis
un an et demi, il s’est lui-même offert
seul à la vindicte. » Depuis son élection, le président – qui avait théorisé
naguère le « vide émotionnel, imaginaire, collectif » causé par la disparition de la figure du roi (1) – n’a en effet
laissé se déployer aucune personnalité politique d’envergure à ses côtés,
et singulièrement ni ministres ni
Premier ministre, à qui il n’a cessé de
voler la vedette. Jupiter sans paratonnerre, il s’est désigné lui-même à la
foudre.
Comme ce 24 juillet dernier, en
pleine « affaire Benalla » : au cours
d’une réunion privée devant des parlementaires de sa majorité, le président avait lancé, bravache – sans
qu’on sache vraiment à qui il s’adressait : « S’ils cherchent un responsable,
le seul responsable, c’est moi et moi
seul. Qu’ils viennent me chercher. »
Comme en écho, trois mois plus tard,
les « Manu, on vient te chercher » ont
fleuri sur les réseaux sociaux et sur les
murs vandalisés de la capitale.
L’EFFET DÉVASTATEUR
DES « PETITES PHRASES »
Car, dans la crise sociale qui s’est enkystée depuis un mois, les « petites
phrases présidentielles » occupent
une place de choix. Elles furent l’un
des vecteurs du passage de l’impopularité à la détestation : « le pognon de
dingue », « les Gaulois réfractaires »,
l’horticulteur qui pourrait trouver un
travail en « traversant la rue » (voir
page 50)… Toutes sont citées et retenues à charge sur les ronds-points de
la colère – et leurs équivalents numériques. « Durant la campagne, ces petites phrases avaient un autre sens, explique le philosophe Marcel Gauchet.
Celui d’un type qui parle net et qui
peut exagérer dans l’échange. Mais
Emmanuel Macron était alors dans un
rapport d’interlocution, à égalité avec
son débatteur : dès lors, chacun avait le
droit de dire des bêtises. Désormais,
cette parole est la parole du pouvoir.
Une parole qui commande. » Et qui fut
reçue comme une insulte. D’autant
plus que certaines de ces phrases
furent prononcées depuis l’étranger.
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
« Le symbolique, ça parle au peuple,
met en garde Jean-Pierre Le Goff.
Même quand ils n’en viennent pas, les
gouvernants doivent savoir parler au
peuple. Or c’est une tendance depuis
de nombreuses années : la politique a
souvent été remplacée par la communication et le management dans le
rapport entre gouvernants et gouvernés. La com’ et le management, pourquoi pas ? Mais dans l’entreprise ! »
Certes, le passage de bête-decampagne-victorieuse à présidentde-tous-les-Français a toujours été
une étape délicate. Emmanuel Macron n’a pas échappé à ces écueils, et
le faible socle électoral qui l’a fait élire
ne lui a pas servi d’alerte : cet homme,
qui ne déteste rien tant que de céder
face à la pression, a cru qu’il pouvait
prolonger dans l’exercice du pouvoir
cette certitude de savoir mieux que les
sceptiques… Aujourd’hui, cette même
force de conviction l’a comme « citadellisé » dans l’image d’un jeune monarque arrogant, indifférent aux souffrances de son peuple.
Et, maintenant, que faire ? Les
problèmes dont hérite le président ne
datent pas d’hier, on l’a dit, et il ne les
résoudra pas du jour au lendemain…
Ce qui est certain, c’est qu’il ne peut
persévérer dans la posture de celui
qui a raison, mais qui n’a pas assez
bien expliqué – posture qui lui a tenu
lieu de seul aggiornamento depuis un
an et demi. A l’heure où nous bouclons ces pages, le président s’apprête
à parler à la nation depuis l’Elysée. A
bien des égards, Emmanuel Macron
va devoir tenir certaines promesses
du macronisme qui tardent à se réaliser. Mais il va devoir aussi intégrer
désormais un diagnostic qui s’impose à lui et qui, sur certains points,
lui demande un virage à 180 degrés.
« Toute la question est de savoir s’il
est capable de l’entendre, résume
Marcel Gauchet. Ou alors, il risque de
devenir un président momie qui ne
peut même plus sortir sur son territoire.» Et le quinquennat serait d’ores
et déjà joué. A. R.
(1) Le 1 du 8 juillet 2016.
32
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
LES RAISONS
D’UN DIVORCE
D’après les différents instituts de sondage, la haine contre
Macron vient d’une accumulation. Explications.
Par Elise Karlin
L
e plongeon commence avec
la piscine. Jean-Daniel Lévy,
directeur du département
Politique & Opinion chez
Harris
Interactive,
le
constate dès le début de l’été : pour lui,
la première forte baisse de la cote de
confiance d’Emmanuel Macron ne
correspond pas aux mensonges et aux
non-dits de l’affaire Benalla, mais à
l’accumulation d’informations qui
touchent personnellement le couple
présidentiel. La création d’une piscine
hors-sol au fort de Brégançon, l’utilisation du Falcon pour parcourir 110 kilomètres entre la Vendée et la Charente-Maritime, la commande d’un
nouveau service de vaisselle destiné à
l’Elysée pour plusieurs centaines de
milliers d’euros : « Les Français ont eu
le sentiment que le chef de l’Etat et
son épouse se servaient au lieu de les
servir, résume Jean-Daniel Lévy, que
le couple profitait surtout de sa position pour améliorer son cadre de vie.
Le président a perdu sept points d’un
coup dans notre baromètre. »
Emmanuel Macron commence
donc à chuter sur un comportement
personnel – les problèmes politiques
viendront plus tard. Les Français attendaient une autre attitude de cet
homme qu’ils choisissent en mai 2017
parce qu’ils le jugent différent des autres, plus libre, plus indépendant du
système et des partis. Dix-sept mois
plus tard, interrogés par L’Express en
octobre 2018, ils sont nombreux qui
ne voient plus que son « arrogance » et
pointent sa « déconnexion ». De plus
en plus de Français lui reprochent de
ne pas les comprendre, de ne pas savoir leur parler.
Macron a su camper la stature
présidentielle dès son élection, avec
sa déambulation dans les couloirs du
Louvre. Il n’a pas réussi à conjuguer
cette distance avec la proximité indispensable à la confiance, et a fini par
exaspérer une majorité de Français,
ceux-là qui disent aujourd’hui comprendre et soutenir le mouvement des
gilets jaunes. « Beaucoup se retrouvent dans cette contestation, ni partisane ni syndicale, et perçue comme
relevant de l’intérêt général », analyse
Bernard Sananès, à la tête de l’institut
Elabe. « Les revendications, très hétérogènes, agrègent toute une série de
mécontentements », confirme Brice
Teinturier, directeur général délégué
d’Ipsos : « En un an, le nombre de
Français qui rejettent à la fois l’action
du chef de l’Etat et sa personnalité a
augmenté de 17 %. »
« Le starter du mouvement, ce
sont les taxes ; le moteur, c’est le pou-
“Une contestation
ni partisane ni
syndicale, et perçue
comme relevant
de l’intérêt général”
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
B. TESSIER/REUTERS
La haine anti-Macron
Dégringolade « En six mois, le pourcentage de Français qui disent qu’ils n’ont plus du tout confiance en Macron est passé de 24 à 44 %. »
voir d’achat ; l’accélérateur, c’est l’hostilité envers Emmanuel Macron »,
poursuit Bernard Sananès. Selon lui,
les phrases à l’emporte-pièce du président, depuis le début du quinquennat, ont participé à la cristallisation
progressive de ces mécontentements :
« En six mois, le pourcentage de Français qui disent qu’ils n’ont plus du
tout confiance en Macron est passé de
24 à 44 %. » Nicolas Sarkozy et François Hollande ont atteint les mêmes
seuils, mais pas aussi rapidement.
Il faut dire que le président y a mis
du sien. De « On met un pognon de
dingue dans les minima sociaux » à
« Je traverse la rue et je vous trouve un
travail ! », en passant par le « Gaulois
réfractaire au changement », l’effet
d’accumulation est très net. Au point
de susciter une violence verbale perceptible avant le 17 novembre et la
première manifestation des gilets
jaunes (voir l’encadré page 34)… Un
déplacement à la rencontre des Français comme l’itinérance mémorielle,
organisée début novembre dans l’est
du pays, serait-il encore possible aujourd’hui ? Le 4 décembre, en sortant
de la préfecture du Puy-en-Velay, le
président est hué, insulté par
quelques manifestants. Lui, d’ordinaire si prompt à aller au contact, ne
s’approchera pas d’eux.
RETOUR DE BOOMERANG
POUR UN COUPLE GLAMOUR
Même son épouse, plutôt épargnée
jusqu’ici, est prise dans la tourmente,
régulièrement comparée à Marie-Antoinette par des manifestants exaspérés. Une longue enquête sur les travaux de réfection entrepris à l’Elysée,
publiée dans Le Monde daté du 1er dé-
cembre, tombe particulièrement mal,
renforçant le sentiment que le couple
présidentiel n’évolue pas dans le
même monde que l’opinion : pendant
que des Français réclament de pouvoir vivre décemment, Brigitte Macron modernise l’ameublement du
palais et choisit une nouvelle moquette. « Ils ont construit leur histoire
sur leur couple, analyse Jean-Daniel
Lévy. Elle est très présente à ses côtés,
les Français savent par exemple
qu’elle participait au dîner d’explication avec Gérard Collomb [NDLR : le
17 septembre], qu’elle peut donner des
conseils à son mari, voire le recadrer
parfois. Automatiquement, s’il chute,
elle chute avec lui. »
En couple, ils ont mis en scène du
glamour ; en couple, ils subissent le
retour du boomerang, la haine de
ceux qui jugent avoir été floués, mal
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
“Un fort sentiment de déception”
A
ccoudé au zinc, David
tient une bière ambrée
de sa main gauche, son
smartphone de la main
droite. Son pouce fait
défiler le mur de son profil
Facebook, où s’entassent
vidéos, visuels et dessins
anti-Macron.
Ce 13 novembre, à Chauny
(Aisne), la première
mobilisation des gilets
jaunes n’a pas encore eu
lieu et, déjà, la colère
gronde en ligne. « On
ouvre Facebook, on ne voit
que du Macron », constate
ce fonctionnaire hospitalier
de 44 ans. Pour la première
fois de sa vie, il envisage de
participer à une
manifestation. « J’en ai
marre, je suis ponctionné
de tous les côtés. » Rien
de nouveau, mais la
personnalité du président
de la République ne passe
pas chez lui. « Il se prend
pour un Dieu vivant.
Hollande, au moins, on
l’entendait moins parler. »
Comme ses amis, il trouve
que Marine Le Pen « a chié
son débat ». Mais, aux
considérés, mal traités, voire totalement ignorés. « Au lieu d’arrondir les
angles, le président les a avivés », souligne Jérôme Fourquet, directeur du
département Opinions de l’Ifop : « Les
fractures sociales et territoriales ne
cessent de s’accentuer depuis 1995.
En matière de fiscalité, la barque
s’alourdit depuis longtemps ! La situation était inflammable, la multiplica-
prochaines élections, il
revotera pour elle. La haine
anti-Macron écrase tout.
Pas besoin de discuter
longtemps pour que les
noms d’oiseau volent au
sujet du chef de l’Etat.
Petite ville picarde touchée
par la désindustrialisation,
Chauny a pourtant laissé
une chance à Emmanuel
Macron. Après avoir voté
majoritairement pour la
présidente du FN au second
tour de la présidentielle
(50,64 %), les Chaunois ont
élu un député LREM.
tion de décisions politiques aussi
symboliques que la suppression de
l’ISF ou la baisse de 5 euros des APL a
fini par la faire exploser. »
« UNE CÉCITÉ SOCIALE SANS
PRÉCÉDENT »
Au premier tour de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron a recueilli moins de voix que François
S. ORTOLA/REA
Démesure Le 14 juin, l’avion présidentiel a été utilisé pour un trajet de 110 kilomètres.
34
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
« Il y a un fort sentiment
de déception par rapport
au comportement
de Macron », explique
l’entourage du maire
centriste et Macroncompatible. De l’aveu même
de la municipalité, l’affaire
Benalla et la petite phrase
sur la rue à traverser pour
trouver un emploi dans
cette zone à l’économie
sinistrée ont fait beaucoup
de dégâts. « Comme ils
disent dans les cafés, il faut
qu’il arrête très vite ses
conneries… » Alexandre Sulzer
Hollande en 2012 et Nicolas Sarkozy
en 2007. Au second tour, malgré un
débat raté, Marine Le Pen a gagné
presque 13 points. Et l’abstention a été
exceptionnellement élevée au second
tour du scrutin législatif. Non seulement il n’y a jamais eu d’engouement
à l’égard du président, mais encore
son attitude, ses mots, ses choix politiques ont renforcé le sentiment que
le chef de l’Etat était aveugle à la détresse grandissante de toute une partie du pays : « Avec l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, la rupture
entre le pouvoir politique et les Français, la cécité sociale ont atteint des
niveaux sans précédent », constate
Jérôme Fourquet.
D’après une information d’Europe 1, le chef de l’Etat a reconnu ses
erreurs devant quelques élus des Yvelines, reçus à l’Elysée le 7 : « On lui a
dit qu’il y avait certaines phrases parfois malheureuses et à ne pas prononcer. Il nous a dit en être conscient », a
raconté le maire (LR) de Poissy, Karl
Olive. D’après lui, pourtant, Macron
aurait ajouté : « Vous n’imaginez pas
comme je ne suis pas aidé… » Une
phrase surprenante de la part d’un
homme qui, depuis le début du quinquennat, répète comme un mantra
qu’il « assume » tous ses actes. E. K.
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M
«
acron, invite-nous
au Fouquet’s! Et que
Brigitte fasse le service avec de la vaisselle en or! » Le cri a
jailli sur les Champs-Elysées, samedi,
au milieu d’une nuée de gilets jaunes
qui avaient reflué devant le célèbre
restaurant dans les vapeurs des
bombes lacrymogènes. A elle seule,
cette clameur concentre tout ce que
les milliers de manifestants sont
venus hurler au président de la République. Bien plus que la fonction, c’est
l’homme (et son épouse, donc) qui attise une haine viscérale, totale, définitive. Les taxes, le pouvoir d’achat, le
smic, bien sûr. Mais c’est avant tout à
« Manu » qu’on en veut. La vaisselle
de l’Elysée, la moquette de l’Elysée, la
piscine de Brégançon, tous ces frais
engagés par la présidence de la République, à mille lieues des fins de mois
difficiles des gilets jaunes, reviennent en boucle au pied de l’Arc de
triomphe. « Macron devrait regarder
ce que vient de faire le président du
Mexique : il a vendu son jet. Pourquoi
il ferait pas pareil, lui ? Ça en ferait, de
l’argent à redistribuer ! » assène une
jeune femme arrivée des Vosges en covoiturage pendant la nuit. « Je connais
des retraités qui doivent continuer à
travailler à 80 ans ! De l’argent, y en a !
Il n’a qu’à arrêter d’acheter des robes
à Brigitte ! » ajoute une manifestante,
la cinquantaine, masque de plongée
rose à la main, venue de Marmande
(Lot-et-Garonne), où elle « tient » un
rond-point depuis trois semaines.
“MACRON,
ON VA TOUT
CASSER
CHEZ TOI!”
Par Gérald Andrieu, Jean-Luc Barberi et Jérôme Dupuis
S. GUILLEMIN/H. LUCAS/AFP
La manifestation de ce samedi
a montré combien la détestation du couple
présidentiel a atteint un niveau
sans précédent chez les gilets jaunes.
LES MÉTAPHORES
MONARCHIQUES ABONDENT
Une autre ajoute, les yeux rougis par
les « lacrymo » : « Brigitte, elle s’en
fout, elle a sept chauffeurs ! » Elle a lu
ce chiffre sur l’un de ces centaines de
milliers de posts Facebook qui, depuis quelques semaines, servent à la
fois de point de ralliement, de défouloir anti-Macron et de machine à propager des fake news. Au hit-parade
des pages vues, une vidéo dans laquelle le président, vêtu d’un gilet
jaune, danse dans la cour de l’Elysée,
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La haine anti-Macron
Ce n’est sans doute pas un hasard si les
métaphores monarchiques sont dans
toutes les bouches : « A bas Sa Majesté
Macron! », « Dégage, Macron Ier ! », etc.
Sur les planches en contreplaqué qui
protègent une agence de la Société
générale, un gros « A » anarchiste a été
inscrit, assorti d’un tag : « Macron, décapitation ». Ailleurs en France, sur un
rond-point du Puy-en-Velay (HauteLoire), on a déjà dressé un gigantesque
échafaud, avec un Macron en tissu
sous la lame rougie… C’est comme si
on voulait couper la tête de celui qui
assurait, bien avant d’être candidat à la
présidentielle, que « dans la politique
française » il y avait un « absent » : « La
figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas
voulu la mort… »
d’être le président. « Manu, regarde ta
Rolex, il est l’heure de partir! » a écrit
un homme au dos de son gilet jaune.
« La dette, la dette, mais Macron
nous raconte des histoires ! Il parle
comme un Rothschild ! » assène un
conférencier improvisé au milieu de
l’avenue. Le nom de la banque par
laquelle Macron est passé revient tout
le temps dans les conversations. Et pas
seulement chez les militants anticapitalistes, avec leur banderole « contre
les banksters »… « C’est Macron qui va
payer ma chaudière ? s’indigne un
Antillais d’Aulnay-sous-Bois (SeineSaint-Denis). Il ferait mieux de s’occuper de nos fins de mois plutôt que de
vouloir sauver les abeilles… » Et à
peine les lacrymo dissipés, la foule remonte les Champs-Elysées aux cris
redoublés de « Macron, démission !
Macron, démission! »
UN SENTIMENT DE MÉPRIS
Du côté des casseurs, Macron n’a
DE CLASSE TRÈS PRÉSENT
pas la cote non plus, on s’en doute. Plus
« Il veut même pas nous parler, vous
tard, dans l’après-midi, au milieu des
vous rendez compte? lâche un élu du
grenades assourdissantes, 300 ultras
Val-de-Marne (jadis chevènementiste)
et jeunes de banlieue partent à l’assaut
venu manifester. Alors, s’il ne veut pas
d’un Monoprix, rue de Lisbonne. Des
négocier, qu’il enclenche la dissolution
chaussures de femme volent dans les
ou qu’il rende l’oseille, sinon il va être
airs. « Voilà des Louboutin pour la pute
très mal, je vous le dis! » Le sentiment
à Macron! » hurle un manifestant. La
du mépris de classe est très présent
foule se marre. Evidemment, ce ne
chez tous les gilets jaunes. Pour eux,
sont pas des Louboutin.
Macron est un « riche » avant même
Et puis il y a toutes ces
« petites phrases » du début
de quinquennat qui, déciBoomerang Les « petites phrases » qui, décidément, ne passent pas, reviennent dans les slogans.
dément, ne passent pas.
« Tu vas voir, Manu, on va
traverser la rue pour venir
chez toi ! C’est toi qui vas
devoir te trouver un travail! »
crie un gilet jaune. « Tu sais,
on est là, on va venir te chercher chez toi ! » ajoute un
autre en montrant la direction de l’Elysée sous les acclamations de ses copains
arrivés de Melun (Seine-etMarne). Soudain, un petit
comique qui connaît ses
classiques lance : « Hé,
Manu, tu descends ? » Et,
au fond, derrière la boutade,
c’est peut-être lui qui a le
mieux résumé la situation…
L. BARIOUET/AFP
au son d’un zouk réclamant « Macron, démission ! »…
Mais, au fil des heures, le « Macron,
démission ! » qui monte de toutes les
gorges devant les magasins de luxe des
Champs-Elysées se transforme en un
plus direct « Macron, on t’encule ! »
rageusement scandé. Et bientôt, entre
deux charges de CRS, c’est l’air de la
chanson en l’honneur de Benjamin Pavard, l’arrière de l’équipe de France de
football, célébré ici même par tout un
peuple ivre de bonheur en juillet, qui
s’invite dans une version customisée :
« Emmanuel Macron / On va tout casser chez toi / Emmanuel Macron / T’es
qu’un gros bâtard ! » Sans parler des
attaques au-dessous de la ceinture,
réactivant les rumeurs de la campagne
présidentielle : « Brigitte, je te baiserais
bien! Parce que je sais que Manu s’occupe pas beaucoup de toi ! » hurle un
gilet jaune, déclenchant des rires. Ou
encore : « Il est où, Benalla ? » Le fait
que l’épouse du président soit si souvent associée aux slogans anti-Macron
en dit long sur la haine personnelle
suscitée par le couple présidentiel.
C’est comme si ce peuple s’invitant
sur les Champs-Elysées et l’homme
qui habite un peu plus bas « dans son
château », « avec sa vaisselle en or », vivaient sur deux planètes différentes.
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ET LUI,
QU’EST-CE
QU’IL EN
PENSE ?
Le président vit cette tension
entre l’intelligence
et le caractère. Ce que la tête
comprend, le cœur
ne l’admet pas toujours.
Par Corinne Lhaïk
L
e 17 avril 2017, Emmanuel
Macron donne son ultime
meeting avant le premier
tour de la présidentielle, à
l’AccorHotels Arena de
Bercy. Il marque l’un de ses temps de
silence qui permettent à la foule de
savourer le moment, à l’orateur de
préparer ses effets. Et dans cette zone
blanche, une petite voix s’élève : « Je
t’aime, Monsieur Macron. » Le candidat lui adresse un baiser, met la main
sur le cœur et sourit.
Vingt mois plus tard, le président
n’entend plus des voix, mais des cris.
De souffrance, de colère et, parfois, de
haine. Bien avant cette fin d’année
houleuse qui voit l’exécutif vaciller, il
lui est arrivé de confier : « Je n’ai pas
apaisé le pays, et les Français ne comprennent pas qui je suis. » La révolte
des gilets jaunes, la détestation dont il
fait l’objet donnent raison à sa lucidité. Comme tout le monde, Emmanuel Macron vit cette tension entre
l’intelligence et le caractère : ce que la
raison comprend, le cœur ne l’admet
pas toujours. Chez un président de la
République, cette bataille est homé-
38
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
rique car il est supposé très intelligent
et doté d’un puissant caractère. Aurait-il conquis le pouvoir sinon ?
Il a donc conscience de la perception les Français : chez lui, ils ne ressentent ni proximité ni empathie. Il
sait qu’une partie d’entre eux veut sa
peau, pas celle d’Edouard Philippe. Il
comprend la haine qu’il peut inspirer,
mais ne se reconnaît pas dans l’image
qu’elle lui renvoie. « Tout sentiment
« Ce qui le blesse,
c’est l’idée
qu’il ne comprend
pas les gens
modestes »
de mépris lui est étranger, plaide un
ténor de la majorité. Quand il parle à
Jonathan, l’horticulteur en recherche
d’emploi, il le met à sa hauteur. Il ne
reconnaît qu’une chose dans la vie, le
travail. » Un autre complète : « Ce qui
le blesse, c’est l’idée qu’il ne comprend pas les gens modestes, confrontés à de graves difficultés. Qu’on
l’imagine en président des riches. »
Mais le même ajoute : « S’il pouvait
arrêter de faire des petites phrases ! »
Le président a le goût de la provocation, de la confrontation. Il n’est
jamais dans l’évitement, dans la
recherche du consensus. Cela ne lui a
pas trop mal réussi durant la campagne. Sa phrase sur les costards
choque ? Son mouvement En marche !
fait réaliser un sondage : l’opinion ne
lui en tient pas rigueur. Entre les deux
tours de la présidentielle, il va « au
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Apprentissage Emmanuel Macron,
un jeune président « perturbé
par une adversité qu’il n’a
jamais rencontrée dans sa vie
professionnelle ».
contact », comme on dit, avec les
salariés de Whirlpool. C’est franc,
rugueux, on félicite son courage.
IL A NÉGLIGÉ LES ALARMES
Désormais, il est en responsabilité,
président de tous les Français, et ce
qui était autorisé au candidat est interdit au plus haut personnage de la
nation. Il ne se résout pas à cette mue :
c’est là où le caractère percute l’intelligence… Ses intimes eux-mêmes ont
du mal à décrypter ce mystère psychologique. L’un d’entre eux explique :
« Ce type réussit des trucs inimaginables, et il les pollue avec des propos sur
Pétain ou son histoire de traverser la
rue pour trouver du travail. Il me fait
penser à un mec qui fait un gros boulot sur Word, mais oublie de le sauvegarder. » Un autre proche renchérit :
« Quand il parle à Jonathan, il donne
P. WOJAZER/AFP
La haine anti-Macron
le sentiment que, horticulteur ou serveur, c’est rien et c’est pareil. Et, dans
le même temps, il fait une réforme de
la formation professionnelle pour
valoriser les métiers ! »
Le président a été alerté, souvent
et tôt, par ceux qui osent lui parler
franchement. Il a négligé les alarmes.
Puis il a commencé à faire acte de
contrition, d’abord dans son discours
au Congrès, le 9 juillet ; puis lors de
son déplacement aux Antilles ; de
nouveau dans sa déclaration télévisée
du 16 octobre, après le remaniement ;
encore une fois lors de son intervention sur TF1, le 14 novembre, devant
Gilles Bouleau. Mais il est toujours
rattrapé par cette part de lui-même
qui veut convaincre et avoir raison.
Par ce besoin d’expliquer la complexité, tout le temps et à tout le
monde. Lui en fait le signe de son refus
de la démagogie. Ceux qui reçoivent
le message y voient un manque de
compassion, de compréhension.
A l’Elysée, le sujet est vite évacué.
La haine anti-Macron ? : « Notre système institutionnel fait que la personne jugée responsable dans notre
pays est toujours le président de la République, estime l’un de ses conseillers. Cette crise, il n’en est pas responsable, elle prend ses racines au
moment de sa naissance [1977]. Il doit
en gérer les conséquences. » Sans
états d’âme : « Il ne se demande pas si
les gens l’aiment ou ne l’aiment pas.
Ses pensées sont tournées vers la
résorption de la crise. Il dit qu’il ne
faut pas perdre le nord magnétique. »
Là est la difficulté quand on a
40 ans, une petite expérience de gouvernant. « Il est perturbé par une adversité qu’il n’a jamais rencontrée
dans sa vie professionnelle, il n’a pas
la peau épaisse d’un Mitterrand ou
d’un Chirac, tannés par les épreuves »,
affirme l’un de ses interlocuteurs réguliers. Qu’a-t-il connu comme difficultés, habitué qu’il est à séduire sans
résistance ? Un échec à Normale sup.
Une mise en concurrence avec JeanPierre Jouyet, devenu secrétaire général de l’Elysée, en avril 2014, alors que
Macron est adjoint à cette fonction.
Les banderilles de Manuel Valls, Premier ministre, entre 2014 et 2016.
Vingt mois après son élection, le
président est toujours en apprentissage. Mal armé, lui qui est si rationnel,
face à une crise totalement inédite.
Son Premier ministre, lui aussi, est
un néophyte, et les deux hommes se
découvrent. Ils n’ont jamais travaillé
ensemble. Xavier Bertrand, président
de la région Hauts-de-France, ne se
prive pas de pointer ce noviciat. « Je
croyais que tu étais beaucoup plus préparé », dit-il à Emmanuel Macron lors
d’un tête à tête, le 19 octobre.
Depuis, Macron se bat, à la fois pugnace et inquiet. Il dort de moins en
moins. Déstabilisé? « Je ne sais pas, répond prudemment un intime, il ne se
plaint jamais. » Le mardi 4 décembre,
il rentre du Puy-en-Velay. Une visite
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
surprise après l’incendie de la préfecture lors de la manifestation du 1er décembre. Le président vient d’être
conspué, insulté, sa voiture coursée, il
a dû remonter la vitre… Il en parle
avec Richard Ferrand. Le président de
l’Assemblée nationale l’interroge sur
ces images de haine. « Ce que les gens
n’ont pas vu, c’est que j’ai aussi parlé
avec beaucoup d’autres personnes »,
répond-il. Avec la sous-préfète, qui
s’est entendu dire par des manifestants, à travers une vitre : « Vous allez
griller comme des poulets. » Avec les
gendarmes, qui ont attendu longtemps les renforts. Il y a eu de l’émotion, de l’empathie. Mais ce qui reste,
c’est l’impression d’un président qui
ne peut plus sortir.
Où est passée
l’empathie qu’il
montrait durant
la campagne ?
L. MARIN/AFP
tous passés par l’ENA, les cabinets,
l’entreprise privée, tous de la même
génération ou presque : le chef de
l’Etat et le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler ; le Premier ministre et son directeur de cabinet, Benoît
Ribadeau-Dumas. Le credo de cette
équipe : l’efficacité. Il faut des résultats pour convaincre les Français,
donc il faut aller vite. « Le problème
avec les gens très diplômés et très inCertains n’envisagent une telle
telligents, c’est qu’ils pensent qu’une
solution que si la situation du pays
juxtaposition de mesures intellidevenait totalement hors de contrôle.
gentes fait une bonne politique, sou« Sinon, je ne le vois pas partir, assure
ligne un responsable de la majorité
un proche. Compte tenu de sa persontrès proche de Macron. Je leur dis :
nalité, de son sens très poussé des ins“Arrêtez de faire les intelligents, soyez
titutions. Il tiendra. Il considère qu’il
des dirigeants !”»
a une responsabilité quant à l’avenir
Elu sur une promesse de dialogue
du pays. » Que l’on se pose la question
et d’écoute, l’ancien candidat préfère
révèle la fragilité de ce mandat. Elu
donc le blitzkrieg aux Grenelle, agir
contre Marine Le Pen au second tour,
« IL TIENDRA»
plutôt que palabrer. Ça passe pendant
avec 40 % des voix aux extrêmes au
Et qui ne doit plus parler ? Le jeudi
un an, puis ça casse. Alexis Kohler
premier tour, ce président dispose
6 décembre, Macron consulte Ferconcentre en particulier les critiques
d’un socle électoral faible. Même la
rand. Le président de l’Assemblée nade tous ceux qui ont à faire avec l’Elyprotection des institutions – rien ne
tionale est persuadé que Macron fait
sée. Ce « vice-président » est d’autant
peut l’atteindre – apparaît comme un
partie des irritants, que, dans cette
plus puissant, davantage qu’Edouard
fragile bouclier : il ne tiendrait que
phase, il est urgent de se taire. Le diaPhilippe, qu’Emmanuel Macron l’adgrâce à cette protection juridique…
logue est cash, comme souvent entre
mire et le juge plus intelligent que lui.
Où est passée l’empathie qu’il
les deux hommes :
Les deux hommes ont mené campagne
montrait durant la campagne ? La dis– Richard Ferrand : « Tu la fermes
ensemble, ce qui n’est pas le cas pour le
ruption, cet art de renverser la table,
jusqu’à dimanche ! »
Premier ministre, recruté en mai 2017.
chère au macronisme ? Asphyxiées
– Emmanuel Macron : « D’accord, tu
Comme Edouard Philippe, le sesous l’éteignoir du pouvoir et de la
as raison. »
crétaire général est donc devenu le
technocratie. Quatre personnages
– Richard Ferrand : « Je vais le dire, il
bouc émissaire de ceux qui n’osent
écrivent le script du quinquennat,
faut que ça se sache. »
pas attaquer le président :
Ce sera fait par une dési l’exécutif s’y est repris à
pêche de l’AFP, diffusée au
trois fois avant d’annuler la
petit matin du 7 décembre.
hausse des taxes sur le carLe président se bat pour
burant, c’est parce que Kohsauver son quinquennat
ler – et Philippe – s’y oppoet… contre le fantôme d’un
sait. « Quand on mange
mandat inachevé. L’idée
son chapeau, il faut le faire
d’une démission – réclaen une seule fois », soupire
mée par une partie des giun conseiller de l’Elysée.
lets jaunes – effleure aussi
Un visiteur du soir reconl’esprit de certains de ses
naît : « Oui, Macron a perdu
soutiens. « Si cela devait se
de sa capacité disruptive
passer très, très mal, c’est
parce qu’il est entouré de
une hypothèse. Au fond de
gens qui ne le sont pas. Et
moi, je me dis que ce n’est
il est obligé de gérer les afpas impossible », lâche l’un
faires avec eux. » Mais que
d’eux. « Vu l’état du pays,
doit-il réformer, son entouon peut avoir un quinquenDisruption ? Edouard Philippe et Alexis Kohler, secrétaire
rage, son propre logiciel,
nat qui ne va pas jusqu’au
général de l’Elysée, concentrent les critiques sur les dérives
technocratiques du pouvoir, aux dépens de l’audace promise.
ou sa personnalité ? C. L.
bout », ajoute un autre.
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L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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Chaos Le 8 décembre,
ultras et casseurs ont causé
plus de dégâts que
le week-end précédent.
QUI VEUT
L’INSURRECTION ?
L’extrême droite radicale et l’ultragauche poussent les gilets
jaunes à l’émeute. Pillards et complotistes ajoutent à la
confusion. Par Thibaut Solano et Boris Thiolay, avec Alexandre Sulzer
U
ne trentaine de gilets
jaunes, tout de noir vêtus,
organisés en peloton, remontent l’avenue Hoche
(VIIIe arrondissement de
Paris) au pas cadencé. L’Arc de
triomphe et la place de l’Etoile, à
100 mètres, sont verrouillés depuis
l’aube par des fourgons de police et de
gendarmerie. Il est 11 heures, samedi
8 décembre. A priori, aucune chance
de passer… En fait, ce petit groupe n’a
que faire du prix du diesel. Il arbore
un drapeau bleu à fleurs de lys et
hurle : « A bas la République ! » et
« Français ! Européens ! » Dans ses
rangs, des militants de l’Action fran-
42
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
çaise, mouvement d’extrême droite
royaliste, nationaliste et maurrassien.
Et de « purs » néonazis, crâne ras,
pantalon de treillis camouflage et
chaussures coquées.
Une demi-heure plus tard, au
même endroit, déboule une cinquantaine d’autres gilets jaunes. Ceux-là
crient : « A poil ! A poil ! », menace lancée aux grands bourgeois qui habitent
le quartier, l’un des plus huppés de la
capitale. Un meneur de ce groupe
d’ultragauche lance : « Dans 50 mètres, on charge ! » Tentative vouée à
l’échec, elle aussi.
L’insurrection générale, voire la
« tentative de putsch » dénoncée par
François Patriat, patron des
sénateurs La République en
marche (LREM), n’ont pas eu
lieu ce 8 décembre. Des informations provenant de l’Elysée et
faisant état de « milliers de personnes » prêtes à converger vers
Paris pour « casser et tuer » ont
fuité dans la presse. Cela pour
dissuader les manifestants ordinaires de venir à la capitale. Ces
signaux alarmistes se sont révélés, a minima, très exagérés. Car
les forces de l’ordre, armées de
moyens exceptionnels, sont parvenues, à Paris comme en province, à
contenir et à disperser des groupes
décidés à semer le chaos. Parmi ces
derniers, on trouve aussi bien des ultras et des casseurs que de vrais gilets
jaunes n’ayant « plus rien à perdre ».
Ainsi que des pillards venus « faire
leurs courses » en dévalisant des commerces barricadés.
Ce samedi, à la nuit tombée, porte
Saint-Denis (Xe arrondissement), des
manifestants masqués, capuche noire
sur la tête et lourds projectiles à la
main, tiennent toujours position,
comme s’ils étaient prêts à frapper de
nouveau. Plus loin, sur les Grands
Boulevards, des jeunes s’engouffrent
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
dans la vitrine explosée d’un magasin
de vêtements, sur lequel une main
anonyme a tagué : « Cadeaux de
Noël »…
« Toutes les organisations “ultras”,
de gauche comme de droite, ont apporté leur soutien aux gilets jaunes,
mais ces derniers n’en sont pas responsables », explique le politologue
Jean-Yves Camus, spécialiste des
mouvements radicaux, notamment
d’extrême droite. « Ces organisations
rassemblent peu d’adhérents, mais
elles profitent de l’ampleur de la colère populaire pour distiller leur idéologie, manipuler les personnes non
politisées et attiser le feu, poursuit-il.
Leurs buts sont connus. Mais un autre
phénomène est plus inquiétant : l’influence de messages complotistes
et d’appels explicites à la violence qui
inondent Internet et les réseaux
sociaux. »
DÉTRUIRE L’ÉTAT
ET LE SYSTÈME CAPITALISTE
« Ces organisations
profitent de la colère
populaire pour distiller
leur idéologie »
– dissoute en 2013 après la mort de
Clément Méric, 18 ans, militant antifasciste tué dans une bagarre avec des
néonazis – soufflent aussi sur les
braises. Yvan Benedetti, 53 ans, chef
de L’Œuvre, désormais interdite, a
multiplié les appels violents : « Ne
comptez pas sur nous pour sauver [...]
leur République au service des coteries et des banquiers […] mais plutôt
pour lui donner le coup de grâce ! »
Quelques meneurs « identitaires »,
comme Damien Rieu ou Richard Roudier, ont choisi, eux, d’occuper des
ronds-points, dans le Gard ou l’Hérault, aux côtés des gilets jaunes. Pour
se fondre dans la masse et diffuser
leurs thèses complotistes.
Aux antipodes de l’échiquier politique, la mouvance d’ultragauche
agrège plus de monde dans les rassemblements, y compris des casseurs
aguerris. Son mot d’ordre est immuable : détruire l’Etat et le système capitaliste, en passant par une phase insurrectionnelle. « Il ne s’agit pas d’une
manifestation, mais d’un soulève-
A l’ultradroite, l’appel à renverser la
République est une vieille lune. Sa référence ultime reste le 6 février 1934,
journée sanglante durant laquelle les
ligues de droite et d’extrême droite
ont réellement tenté de renverser le
pouvoir et de prendre d’assaut l’Assemblée nationale. A l’époque, l’Action française est déjà en première
ligne. Aujourd’hui, le porte-parole du
mouvement, Antoine Berth, explique
à L’Express : « Nous ne voulons
pas la violence, mais nous y recourons contre les forces de l’ordre, car l’Etat est extrêmement
violent. » Avant de poursuivre,
via une litote provocatrice : « On
se réserve tous les moyens pour
renverser les institutions, y compris les moyens légaux. » L’Action française, qui revendique
2 000 militants, disposerait d’un
noyau dur de 200 personnes,
prêtes à aller « au contact » dans
les rues de Paris et de quelques
métropoles régionales.
Installés à Lyon, les leaders
Ultranationaliste Yvan Benedetti, le leader
de L’Œuvre française, rêve de donner
ultranationalistes du Bastion
le « coup de grâce » à la République.
social et de L’Œuvre française
Y. CASTANIER/H. LUCAS/AFP
N. TUCAT/AFP
La haine anti-Macron
ment », rappelait un site militant,
vendredi dernier. Si elle abhorre le
culte du chef, la galaxie des anarchoautonomes, antifas et autres « décoloniaux » s’appuie sur quelques figures
charismatiques. Parmi celles-ci, Julien Coupat, relaxé au printemps dernier dans le procès dit « de Tarnac »,
interpellé à Paris, samedi dernier,
avant même d’avoir rejoint la manifestation… Mais aussi le sociologue
Frédéric Lordon qui, le 29 novembre,
appelait à se rendre à l’Elysée pour
dire à Emmanuel Macron : « Eh bien,
maintenant, casse-toi ! » On retrouve
également le romancier Edouard
Louis, apôtre de la convergence des
luttes avec la banlieue. Et, semble-t-il,
Antonin Bernanos (arrière-petit-fils
de l’écrivain), condamné à de la
prison ferme pour avoir frappé un
policier dans une voiture de service,
en marge d’une manifestation, en
mai 2016.
Les violences engendrées par le
mouvement des gilets jaunes impliquent aussi des personnes désespérées, manifestant pour la première
fois et grisées par l’atmosphère
d’émeute. Chauffées à blanc par des
agitateurs, elles peuvent « dégoupiller ». Etait-ce le but prémédité d’Eric
Drouet et de Maxime Nicolle, deux
figures autoproclamées des gilets
jaunes, quand ils ont diffusé le 3 décembre, sur Facebook, une conversation délirante et totalement conspirationniste ? Au cours de celle-ci,
ils expliquaient que le pacte de
Marrakech, texte de l’ONU sur
l’immigration, consistait à « vendre la France », en obligeant
« huit pays à accueillir 480 millions de migrants »…
Samedi dernier, dans la foule
des gilets jaunes, Bruno, 45 ans,
venu de l’Aisne pour exprimer
son ras-le-bol, paraissait plus réfléchi. Au chômage, il voulait
prendre la défense des ruraux et
des retraités modestes. Avant de
lâcher spontanément, sur un ton
égal : « S’il fallait supprimer
Macron, je crois que je pourrais
le faire… »
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
43
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
SOUS L’UNIFORME,
LE DÉSARROI
Fatigués, dégoûtés, les flics sont nombreux à voir dans le mouvement des gilets jaunes
le reflet de leur propre malaise. Au point de se mobiliser à leur tour ?
Par Benoist Fechner, Claire Hache et Anne Vidalie
J
e suis las de servir de chair à
canon et d’endosser la responsabilité des choix qui
sont les vôtres. Las de protéger vos bureaux dorés,
plutôt que nos concitoyens. » L’initiative est personnelle, mais c’est tout
sauf un geste isolé. Thomas*, la trentaine, gardien de la paix dans un commissariat du Nord parisien, a décidé
de prendre la plume. Sa prose, additionnée à celle de dizaines de ses collègues sur les réseaux sociaux, a
valeur d’avertissement : « Vos forces
de l’ordre sont à bout de souffle et la
«
barrière infranchissable que nous
étions cède doucement à force d’épuisement, à force de questionnement
sur le sens de notre mission. »
Les mots sont durs, le ras-le-bol
est palpable. Les policiers qui se sont
confiés à L’Express, hommes et
femmes, gradés et gardiens, provinciaux et parisiens, parlent de « désarroi », de « sentiment d’abandon », de
« détresse ». Ces trois derniers samedis, Marie*, membre d’une brigade anticriminalité (BAC) parisienne, a été
mobilisée en urgence, comme des milliers de ses collègues. Elle relate douze
heures sans pause, au contact des
manifestants les plus violents. « Cette
haine de l’uniforme, cette volonté de
tuer, le gouvernement a l’air de la découvrir, alors qu’on la dénonce depuis
deux ans », renchérit Perrine Sallé,
porte-parole de l’association Femmes
des forces de l’ordre en colère.
Pourtant, tous s’accrochent à leur
sens du devoir. « Heureusement, les
policiers ont encore la foi, même si,
côté moral, c’est compliqué », expose
froidement un commissaire en poste
dans le sud de la France. Des gilets
jaunes aux gilets bleus, il n’y aurait
A. JOCARD/AFP
Qui-vive Sur les Champs-Elysées, le samedi 1er décembre. Douze heures sans pause, au contact de manifestants violents.
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
G. FUENTES/REUTERS
donc qu’un pas? Marie en est convainque les flics vivent depuis trois seLe rapport souligne aussi l’« explocue : « On encaisse, on se contient.
maines est sidérant, parce que c’est la
sion des heures supplémentaires », qui
Mais, une fois les manifestations passomme de tous ces problèmes que
dépassent les 22 millions, et avec elle
sées, ce sera notre tour de nous faire
nous avons soulevés, portés à un
l’« épuisement professionnel ». « Deentendre. »
degré paroxystique. » Son rapport n’y
puis le début du mouvement, certains
Le syndicat ultraminoritaire Vigi
va pas par quatre chemins. « Les forces
CRS ont enchaîné vingt et un jours
n’a pas attendu. Il a déposé un préavis
de l’ordre traversent une crise qui met
sans repos et sans voir leur famille,
de grève pour le 8 décembre à l’adresse
en péril le bon fonctionnement du sersouligne Marie, une représentante du
des personnels administratifs du
vice public de la sécurité [...], prévientMPC. Ils enchaînent : gilets jaunes, lyministère de l’Intérieur. Et si l’organiil. L’existence d’un taux de suicide
céens, agriculteurs, ambulanciers... »
sation apparaît très isolée, au lendeanormalement élevé [...] n’est que la
L’assassinat d’un couple de foncmain des élections professionnelles,
partie émergée d’un état moral globationnaires de police, chez lui, à
qui l’ont créditée de 0,4 % des voix, son
lement dégradé. » Depuis vingt ans,
Magnanville (Yvelines), en juin 2016,
message l’est moins. « Un mouvement
chaque année, ils sont entre 60 et
a fait voler en éclats la frontière entre
chez nous ? Je ne sais
famille et travail, alipas sous quelle forme,
mentant le malaise
mais ça en prend le
policier. « Les menaces
chemin, expose un
et injures contre leurs
gardien de la paix
proches sont très dures
membre d’une compaà vivre pour les polignie de sécurisation et
ciers, insiste Perrine
d’inter vention. Ça
Sallé. Depuis le début
gronde dans les rangs,
des manifestations,
et les collègues pournous avons dû prendre
raient bientôt agir
quatre modérateurs
en déposant massivepour gérer la page Fament des arrêts de tracebook de notre assovail. » Plus grave peutciation. Certains mesêtre : « Nombreux sont
sages font froid dans
celles et ceux qui envile dos. » Exemple :
sagent de quitter la
« Matraquer les enfants
Crise « On encaisse. Mais, une fois les manifestations passées, ce sera
profession. »
de flics et de CRS, déà notre tour de nous faire entendre », prévient une policière.
Les policiers sontfoncée les [sic] ou vous
ils prêts à descendre dans la rue,
70 policiers et gendarmes à commetles trouver, peut être quand les CRS
comme ils l’ont fait à l’automne 2016 ?
tre l’irréparable. 2018 ne fera pas menqui sont parents verront leurs enfants
« Nous sommes encore plus remontés
tir les statistiques : 63 fonctionnaires
sans dents et aveugle, ils comprenqu’à l’époque », tranche Guillaume
ont mis fin à leurs jours depuis janvier.
dront le mal qu’ils font [sic]. »
Lebeau, l’un des dirigeants de l’assoAu ministère de l’Intérieur, on asciation Mobilisation des policiers en
sure « écouter les retours de la base :
PLUS DE 22 MILLIONS
colère (MPC), née de ces manifestaChristophe Castaner et Laurent Nuñez
D’HEURES SUPPLÉMENTAIRES
tions et de la défiance à l’égard des
vont au contact direct des troupes ». On
Et de cibler « le grand dénuement masyndicats. Pour ce brigadier en poste
insiste aussi sur les mesures adoptées :
tériel des services », dont « découle une
à la BAC de Gennevilliers (Hauts-ded’abord, le versement, à l’étude, d’une
impression de déclassement qui peut
Seine), rien n’a changé depuis : « Ceux
prime pour tous les fonctionnaires moaffecter durablement le moral des
qui sont tout là-haut comprennent-ils
bilisés lors des manifestations; ensuite,
agents ». « Le 1er décembre, à Paris, des
ce qui se passe ?, s’inquiète l’auteur
les 10000 postes de policiers et de genpoliciers appelés en renfort ont fait du
de Colère de flic [Flammarion]. Audarmes créés d’ici à la fin du quinquenmaintien de l’ordre avec des casques
nat, ainsi que les investissements
de vélo et des protège-tibias de foot »,
jourd’hui, nul ne peut ignorer l’état
immobiliers et les moyens matériels
témoigne l’un d’eux. Perrine Sallé, elle,
dans lequel se trouve la police. Voyez
promis. « Il faut le temps qu’on mette
s’inquiète pour son compagnon : « Une
le tableau qu’en dressait l’été dernier
tout cela en œuvre », plaide-t-on Place
fois, il est parti sur une manif, en prele rapport de la commission sénatoBeauvau. Pas sûr que les policiers aient
nant, par sécurité, deux radios de
riale d’enquête sur l’état des forces de
la patience d’attendre.
police et deux batteries de rechange.
sécurité intérieures. »
Arrivé sur le terrain, il a constaté
Le sénateur (LR) François Grosdi* Les prénoms ont été modifiés.
qu’aucune ne fonctionnait... »
dier, rédacteur du texte, abonde : « Ce
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LA STRATÉGIE
MEZZA VOCE DE
MARINE LE PEN
Tout en appuyant le mouvement de protestation, la présidente
du Rassemblement national garde ses distances avec lui...
pour mieux le récupérer. Par Alexandre Sulzer
48
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
J. DEMARTHON/AFP
S
ous les pavés, la plage
avant. Si Marine Le Pen
a choisi de ne pas s’afficher dans la rue aux
côtés des gilets jaunes
– « Ce n’est pas la place pour un
chef de parti » –, elle a étalé
la chasuble fluo, bien en vue,
derrière le pare-brise de son
monospace Citroën. Comme un
symbole de son positionnement
politique vis-à-vis de cette contestation populaire qu’elle appuie
sans réserve, mais avec une légère
distance. « On soutient sans ambiguïté, on ne cherche pas à se
l’approprier », résume un cadre
du Rassemblement national (RN,
ex-FN). Un positionnement stratégique qui a été arrêté lors d’un
bureau exécutif à Nanterre le
Mode opératoire Gravité, solennité
19 novembre.
et modération : la cheffe du RN espère
retrouver une posture de présidentiable.
Il faut dire qu’un soutien
trop appuyé du RN aurait pu être
un baiser de la mort pour les gilets jaunes. Dès leur genèse, ils sont
qu’il niera imprudemment plus tard –
soupçonnés d’être manipulés par l’exet à Nicolas Dupont-Aignan celui
trême droite. Alors que certains des
d’exiger en vain de diffuser son entrevisages les plus médiatisés du mouvetien du 3 décembre en direct sur Facement se révèlent avoir eu des liens
book. « Faire des coups d’esbroufe
avec le RN ou Debout la France (DLF),
pour faire parler de soi, ce n’est pas ce
d’autres clament haut et fort leur
que les gens attendent, glisse un stravolonté de ne pas être récupérés. Un
tège du RN. Dans cette période, il y a
message que Marine Le Pen reçoit
un devoir de sérieux. »
5 sur 5. Elle laisse à Laurent Wauquiez
Surtout pour une Marine Le Pen
le soin d’enfiler un gilet jaune – ce
dont la stature de présidentiable a été
largement écornée lors de la présidentielle. Gravité, solennité, modération doivent donc être les marqueurs
de sa communication de crise. Quitte
à en faire un peu trop : sur le plateau
de TF1, le 3 décembre, elle tourne subitement la tête et plante ses yeux dans
la caméra pour s’adresser théâtralement à Emmanuel Macron : « Je vous
demande […] solennellement de renoncer à votre politique fiscale dont
les Français ne veulent plus […]. Ne
croyez pas que ce sera analysé comme
un aveu de faiblesse. Ce sera analysé
comme le geste d’un homme d’Etat
responsable qui écoute les Français, les
respecte. » Marine Le Pen qui donne
des conseils de hauteur de vue à
Emmanuel Macron, ou la tentative de revanche après le débat
de l’entre-deux-tours. « Les gens
se disent : “Chez Le Pen, il y a
une forme de solidité qu’on ne
retrouve pas ailleurs” », se félicite
la présidente du RN.
Même si elle appelle à la dissolution de l’Assemblée nationale, dont elle ne cesse de contester la représentativité en raison
du mode de scrutin, elle ne demande pas la démission du chef
de l’Etat. Elle en avait pourtant
pris l’habitude. En 2010, elle réclame la tête de Nicolas Sarkozy
en pleine affaire Bettencourt ; en
2013, celle de François Hollande
lors de la crise « Leonarda ». Cette
fois, pas question d’être accusée
de souffler sur les braises. Le RN
ne veut pas monter sur le ring de
catch que Christophe Castaner a
dressé en accusant Marine Le Pen,
dès le 24 novembre, d’être à l’origine de la présence de « séditieux »
sur les Champs-Elysées. A Hénin-Beaumont, la députée du Pas-de-Calais a
rencontré récemment une délégation
de gilets jaunes pour discuter avec
eux. Mais sans caméras ni trompettes.
A l’appui de cette stratégie, la
conviction profonde que le RN sera de
toute façon le réceptacle politique le
plus naturel pour les gilets jaunes. Cet
accessoire, fait pour être vu, ne symbolise-t-il pas de manière évidente
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La haine anti-Macron
cette France des oubliés au nom de laquelle Marine Le Pen prétend parler
depuis des années ? Pour rappeler que
le parti a toujours dénoncé la « baisse
du pouvoir d’achat » et le « mépris des
Français », plusieurs cadres ont publié
sur Twitter une affiche du parti,
vieille de dix ans, qui représente un
coq déplumé.
« Les gilets jaunes, ce sont les
mecs de chez nous. Je reconnais mes
électeurs de Calais », assure le principal conseiller de Marine Le Pen,
Philippe Olivier, après s’être rendu à
deux reprises sur les ChampsElysées les jours de manif. « On fait
confiance aux gilets jaunes pour faire
le bon choix dans le secret de l’isoloir. Nous n’avons pas besoin d’en
rajouter, c’est une évidence », abonde
le porte-parole du RN Sébastien
Chenu. Les faits leur donnent partiellement raison. Selon un sondage
Elabe, 36 % des personnes se définissant comme gilets jaunes ont voté
pour Marine Le Pen au premier tour
de l’élection présidentielle. Certes,
selon la même étude, 28 % d’entre
eux ont choisi Jean-Luc Mélenchon.
Mais « le sujet migratoire, très présent parmi les gilets jaunes, empêchera les insoumis de récupérer le
mouvement », table un dirigeant du
RN. « Le fait que ce mouvement soit
hors parti est aussi intéressant pour
“ On fait confiance
aux gilets jaunes
pour faire le bon
choix dans l’isoloir”
Sébastien Chenu, porte-parole du RN
nous, il permet d’élargir notre assise », observe un autre cadre. En
clair : avec les gilets jaunes, le RN espère repolitiser une partie des Français tombés depuis des années dans
la dépolitisation. « Le pire pour nous,
c’est l’abstention, poursuit le même.
Or on assiste là à un retour de l’envie
politique chez bon nombre de Français. S’ils doivent revoter, ce sera
majoritairement pour nous. »
Il reste un dernier paramètre,
reconnaît l’un des principaux dirigeants. « Ce mouvement est spontané. Avant de trop s’y associer, il faut
voir comment les choses tournent… »
Même au RN, la nervosité du reste de
la classe politique gagne les troupes.
Dans les couloirs du Carré, à Nanterre, une phrase se fait désormais entendre : « On sait comment naissent
les révolutions, on ne sait pas comment elles se terminent… » A. S.
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LE PRÉSIDENT,
LE CHÔMEUR ET LES MOTS
QUI BLESSENT
Au départ, un échange
presque anodin. A l’arrivée,
une formule qui reste
ô combien nuisible
pour Emmanuel Macron.
Par Eric Mandonnet
R
etour à l’envoyeur. Le
1er décembre, la violence
est aussi verbale. Pendant
que l’Arc de triomphe
subit d’importantes dégradations, une banque est brûlée,
une boutique de luxe, à deux pas de
l’Elysée, est pillée, puis les deux sont
taguées des mêmes mots : « OK Manu
on traverse ». Emmanuel Macron
candidat était le champion du francparler. Emmanuel Macron président
traîne comme un boulet ses improvisations verbales tonitruantes – et qui,
de fait, retentissent dans le pays
davantage que n’importe lequel de ses
discours. Ce chef de l’Etat en prononce souvent de beaux, même ses
opposants en conviennent. Mais, de
lui, on ne retient que les punchlines,
et ses mots sont devenus des armes
qui se retournent contre lui.
«Fainéants », « pognon de dingue »,
« Gaulois réfractaires »… Un président
ne devrait pas dire cela, saison 2, épisode 10. On pensait Emmanuel Macron mieux placé que tout autre pour
savoir qu’un chef de l’Etat devait tenir
sa langue. Le 15 septembre, le palais de
l’Elysée est ouvert au public pour les
Journées du patrimoine. Juste avant
16 h 30, il apparaît dans les jardins et
50
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
commence son bain de foule. C’est à
16 h 52 qu’il croise Jonathan. Il a
25 ans, habite à Beaune-la-Rolande,
dans le Loiret, est accompagné de sa
mère et pénètre en ces lieux pour la
première fois. Il interpelle le président : « J’ai beau envoyer des CV, des
lettres de motivation, ça ne sert à rien.
– Vous voulez travailler dans quel secteur? – Moi, je suis horticulteur, j’ai envoyé partout, dans les mairies, ils ne
prennent pas. – Si vous êtes prêt et motivé… Hôtels, cafés, restaurants, je traverse la rue, je vous en trouve, ils veulent simplement des gens qui sont
prêts à travailler avec les contraintes du
métier. – Moi, personnellement, ça ne
me pose pas de problème. – Ne perdez
L'Elysée tente de
défendre une méthode
tout en cherchant à
dégonflerla baudruche
pas de temps à m’écrire à moi. Vous
faites une rue, à Montparnasse, avec
tous les restos et les cafés, je suis sûr
qu’il y en a 1 sur 2 qui recrute en ce
moment. Donc allez-y ! – Entendu,
merci. – Merci à vous. » L’échange est
courtois, le chef de l’Etat poursuit sa
promenade jusqu’à 17 h 30. Sauf que…
Sauf qu’une caméra de télévision
a saisi l’échange, de même qu’un journaliste du Figaro, dont la vidéo sera
vue 2,3 millions de fois. Pendant trois
jours, le débat public ne tourne plus
qu’autour d’un seul sujet, les réseaux
sociaux s’en donnent à cœur joie,
Jonathan connaît son quart d’heure
warholien, invité sur tous les plateaux
télé. Responsables politiques et éditorialistes débattent à longueur d’antenne, « c’est le moment Leonarda de
Macron », écrit L’Obs (en référence à la
collégienne expulsée au Kosovo qui
avait directement répondu à François
Hollande). Même L’Equipe trouve le
moyen d’y consacrer sa Une : le jour
du match Liverpool-PSG, avec une
photo parodiant les Beatles, le quotidien met quatre vedettes du club parisien avec ce titre : « Une route à traverser ». Dans son bureau, Agnès
Buzyn maudit les vents contraires :
déjà, son plan pauvreté n’a pas franchi
le mur du son, cette fois, c’est son plan
santé, présenté le 18 septembre, qui
passera en dehors des radars.
La machine est devenue folle, incontrôlable. L’Elysée tente de défendre une méthode tout en cherchant à
dégonfler la baudruche. « C’est la
grammaire du président, on n’y changera rien, avance un conseiller. Lui se
dit qu’il tient un discours de vérité. »
« Quand il rencontre Jonathan, il
vient de passer trois heures à remonter la file des visiteurs [en réalité, un
peu moins d’une demi-heure], il a eu
des dizaines d’interactions avec les
gens, on ne va tout de même pas dire
que le président ne doit pas leur parler ! » note un autre. Dans le même
temps, la présidence se transforme en
Pôle emploi et charge la Fédération
nationale des producteurs de l’horti-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
culture et des pépinières (FNPHP) de
trouver une solution. « Nous avons
appelé Jonathan, mesuré les freins
objectifs à l’accès à l’emploi qu’il rencontrait, comme l’absence de permis,
évoqué avec lui la bonne attitude à
avoir vis-à-vis d’un employeur, raconte le directeur de la FNPHP, Julien
Legrix. En quelques jours, nous avons
rassemblé entre 20 et 30 offres d’emploi dans son département, le Loiret,
dont certaines accompagnées de propositions de logement. » Le début
d’une solution ? Pas vraiment. « Il a eu
des offres d’emploi entre les mains,
nous n’avons pas senti une immense
motivation de sa part, il y avait aussi
un enjeu de rémunération, c’est vrai
que ce n’était pas mirobolant. » Plusieurs messages sont laissés sur le
répondeur téléphonique de celui qui
est titulaire d’un CAP horticulture,
sans qu’il retourne les appels. Lui s’en
défend : « Soi-disant, je recevais des
propositions, mais je n’ai reçu que
celles où j’avais déjà été recalé. »
A l’Elysée, la conseillère agriculture, pêche, forêt et développement
rural du chef de l’Etat est mobilisée.
Elle reçoit un compte rendu de la
FNPHP : « Il manque de travail, pas de
culot ! Il n’est pas disponible pour des
entretiens d’embauche. » Devant le
déferlement médiatique, la présidence incite à regarder le profil de
l’intéressé. Lors de son parcours scolaire, Jonathan, avant l’horticulture,
avait privilégié… la restauration, la
piste évoquée devant lui par Emmanuel Macron pour trouver du boulot
« en traversant la rue ». Le voilà qui
demande désormais plus d’aide et
évoque notamment son scooter cassé
qui l’empêche de se déplacer.
“J’avais raison de lui
dire ça. Je m'emporte
parfois avec
les gens parce que
je suis naturel”
CAPTURE D’ÉCRAN BFM TV
La haine anti-Macron
Punchlines Le 15 septembre, dans les jardins de l’Elysée : quand les improvisations verbales
du chef de l’Etat retentissent davantage que ses discours…
Quelques jours plus tard, Synergie, une agence de travail intérimaire
de Montargis, lui trouve un travail de
cariste. Deux missions successives de
quinze jours, avant le retour de la précarité. Car, cette fois, ce sont les gilets
jaunes qui s’en mêlent, comme un résumé de cet automne catastrophique
pour le président. « Je suis à fond
pour eux, dit Jonathan à L’Express,
mais ils devraient laisser passer les camions, ne pas bloquer le rond-point à
côté de chez moi, car je ne peux plus
bosser. » Il n’a jamais voté, ce n’est pas
demain qu’il commencera : « Macron,
c’est le pire des présidents. La transition écologique, c’est bien beau, mais
il ne parle pas d’emploi. »
Ce n’est plus seulement l’histoire
de la France d’en haut et de la France
d’en bas, c’est celle du président et
de la France d’en face, et il n’est pas
certain que l’on y gagne au change :
deux univers qui ne se comprennent
plus. Violence de situation. Le chef
de l’Etat n’a pas tort dans ce qu’il indique cet après-midi-là sur la pelouse de l’Elysée, Jonathan n’a pas
tort d’avoir la sensation de rester sur
le bord du chemin, de ne pas avoir
les clefs pour s’en sortir. Alors,
quand les mots blessent… Plus tard,
au cours d’un déplacement à SaintMartin, aux Antilles, dans une séquence qui se voulait empathique, le
président reviendra lui-même sur
cet épisode : « Ce jeune homme,
j’avais raison de lui dire ça. […] Je
regrette si parfois c’est mal compris,
mais je ne regrette pas de le dire. Je
m’emporte parfois avec les gens
parce que je suis naturel. »
Entre l’échange de l’Elysée et les
manifestations du 8 décembre, l’écrivain Kamel Daoud écrira (Le Point du
15 novembre) : « Du voyeurisme politique, Macron est aujourd’hui un sujet
de choix. S’il ne parle pas, il incarne
le roi dans sa divinité, son indifférence ; s’il parle, il rejoue la décapitation avec sa tête dans le panier. […] Le
buzz peut être qualifié comme nouvelle religion. Cliquer, c’est voter. Partager, c’est dénoncer ou même lapider. La seule façon, pour le moment,
d’échapper à la fracture numérique
quand on est politicien, c’est de faire
le clown. Le buzz devient alors un bénéfice et non pas un procès. Trump le
sait. Macron doit trouver une autre
solution et réinventer la communication présidentielle à l’heure de la
paresse et de l’impossibilité de tout
contrôler. » E. M.
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
51
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
france
JE T’AIME,
JE TE
SURVEILLE!
Stylos-caméras,
mouchards GPS, logiciels espions
dans le smartphone…
Epier un proche, c’est moche,
mais simple comme un clic.
C
omment Diego* en
est-il arrivé là ? Annabelle ne se l’explique
pas. Quand ils se sont
rencontrés, elle avait
bien remarqué qu’il
était un poil jaloux. En tout cas, plus
que ses ex. Sur le coup, la jeune
femme avait d’ailleurs trouvé cela
plutôt touchant. Après tout, s’il était
suspicieux, c’était peut-être le signe
qu’il l’aimait. Mais le trentenaire a très
vite viré parano. « Il me téléphonait
plusieurs fois par jour pour vérifier
que j’étais bien là où je devais me trouver, raconte la comédienne. Et si je ne
décrochais pas, la moutarde lui montait illico au nez. Dans la demi-heure
qui suivait, j’avais une bonne dizaine
d’appels en absence. »
Lorsque Annabelle sort avec ses
copines, elle a droit à un véritable
interrogatoire : « C’est qui cette
52
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
Léonore ? » ; « Pourquoi son frère commente toujours tes selfies ? » ; « T’es
pas sapée un peu trop sexy ? » Et
encore, ce n’est rien, comparé à leurs
virées en amoureux. « Dans la rue, il
était persuadé que tous les hommes
me reluquaient, poursuit-elle. Pis, il
était sûr que ça me plaisait. » Un soir,
Diego est même à deux doigts d’exploser la tête d’un serveur qui a offert une
bière à Annabelle. Ce jour-là, la jeune
femme lui pose un ultimatum : « Tu
changes. Ou je me tire. » Le message
semble passé. Plus de reproches, plus
de sous-entendus. Mais voilà qu’un
matin, Diego lâche un « coool… » en
fixant le poignet de sa dulcinée. Elle :
« Quoi ? » Lui : « Ben… tu l’as retrouvée ? » Un échange banal, en apparence. Sauf qu’Annabelle en est sûre :
elle n’a jamais dit à son compagnon
qu’elle a égaré sa montre. Seule Léonore, sa bonne copine, sait. Silence
GIANPAOLO PAGNI/COSTUME 3 PIÈCES
Par Virginie Skrzyniarz
llustrations : Gianpaolo Pagni
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
france
embarrassant. Interrogatoire façon
police. Diego finit par cracher le morceau : il a placé une appli dans le
smartphone de sa moitié et lit ses SMS
et ses courriels. C’en est trop. La jeune
femme déguerpit.
L’histoire d’Annabelle est, hélas,
tristement banale. Tout comme celle
de cette trentenaire qui a déposé
plainte contre son ex-compagnon
pour avoir installé une balise GPS
sous son véhicule. Pendant plus d’un
an, il suivait à la trace le moindre de
ses déplacements. L’espion en herbe
comparaît devant le tribunal correctionnel de Lorient ce mercredi 12 décembre. Car inutile d’attendre que
son conjoint soit sous la douche pour
aller fouiner dans son mobile – plus
de 1 Français sur 5 s’adonnerait
à cette pratique, révélait un sondage
réalisé par Yahoo en 2012. Aujourd’hui, traquer son partenaire est
devenu un jeu d’enfant.
Il suffit de pousser la porte d’une
boutique spécialisée pour s’en
convaincre. Du stylo-espion à la caméra numérique dernier cri – branchée sur une box, elle permet de regarder depuis n’importe quel
ordinateur ce qu’il se passe chez soi
ou ailleurs –, en passant par la boîte
à mouchoirs et le réveil équipés d’un
micro, on peut s’offrir, en moins
de temps qu’il ne faut pour
le dire, la panoplie complète du James Bond amateur. Et pour l’artillerie
lourde ? Rien de mieux que
la Toile. Faites le test et
tapez : « Espionner son
mari/sa femme ». Une foultitude d’applications et de
logiciels, dont les noms
contiennent presque toujours le
terme « spy », permet de surveiller à
distance un mobile ou un ordinateur.
Pour quelques centaines d’euros,
voire beaucoup moins, on peut suivre les communications et les déplacements de son partenaire. Les logiciels les plus sophistiqués
permettent non seulement de
bloquer certains appels entrants,
mais aussi d’activer à distance un
micro, voire d’enregistrer les touches
tapées sur un clavier ou de réaliser
des captures d’écran des sites Internet visités.
L’utilisation de ces logiciels espions se démocratise à la vitesse
grand V. En cause, le prix, donc. Mais
aussi leur facilité d’installation. Nul
besoin d’être un crack en informatique : en trois minutes, le tour est
joué ! Pour les moins doués, il existe
même des tutos. Une fois en place,
l’intrus est quasi indétectable.
DES PRATIQUES
INTERDITES PAR LA LOI
Pourquoi diable un tel engouement
pour ce matériel d’espionnage ?
« Certes, la jalousie est un sentiment
vieux comme le monde, rappelle la
sociologue Catherine Lejealle. Mais
la société a changé. D’un côté, la
cellule familiale s’est resserrée autour du conjoint et des enfants. Les
hommes et les femmes s’investissent
davantage dans leur couple. Ils veulent tout partager. De l’autre, les portables se sont immiscés dans la vie
conjugale. Chacun conserve désormais une sphère d’autonomie qui
peut, dans certains cas, exacerber la
jalousie de l’autre (« C’est quoi ce
texto qui le fait sourire ? » ; « Pourquoi
répond-elle toujours aussi vite aux
“JE PRÉFÈRE DÉCOUVRIR
QU’ON ME TROMPE PLUTÔT
QUE DE L’APPRENDRE
PAR UNE VOISINE”
54
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
MMS de son ex ? »…). D’où le besoin
pour certains d’aller stalker (épier sur
les réseaux sociaux) leur moitié – on
regarde, l’air de rien, les nouveaux
amis ajoutés sur Facebook ou les
photos postées sur Instagram. Ou
d’installer un mouchard pour tout
connaître de sa vie numérique. Les
mobiles catalysent beaucoup de
fantasmes chez les individus qui
manquent de confiance en eux. »
Cécile est une jalouse maladive.
C’est elle qui le dit. La jeune femme a
toujours fait les poches de ses chéris
successifs – elle sait que c’est moche,
merci ! –, à la recherche d’un numéro
de téléphone griffonné, d’un cheveu
suspect, voire d’une trace de maquillage. « C’est plus fort que moi, ça me
démange les doigts, reconnaît-elle, Et
puis, je préfère découvrir que mon
mec me trompe plutôt que de l’apprendre de la bouche d’une voisine
ou d’une collègue “bien intentionnée”. » Jusqu’à récemment, Cécile
n’avait pas vraiment de raisons de
s’inquiéter. Le doute s’est fait plus important l’an dernier, quand elle a vu
Romuald aller systématiquement aux
toilettes avec son iPhone à la main.
« J’ai posé en douce une appli sur son
téléphone, ça n’a pas raté : j’ai découvert des dizaines de textos à l’eau de
rose adressés à une certaine Alexia. »
Le soir même, elle balançait tout. Fin
de l’histoire.
Placer un mouchard sur le mobile
de son conjoint permet parfois juste
de se rassurer. Quand Pierre-Hugo a
compris qu’il n’avait pas de raisons de
douter – il était avec quelqu’un de
sérieux –, il a rapidement cessé de
consulter les messages destinés à son
compagnon. A la première occasion,
il s’est d’ailleurs promis de s’emparer
du téléphone de Maxence pour
désinstaller le logiciel.
Dans son cabinet d’Enghien-lesBains, Arnaud Pelletier voit défiler un
nombre croissant d’hommes et de
femmes brandissant des preuves
d’adultère numériques. « Quand ils
viennent me voir, 95 % d’entre eux
sont déjà au courant de l’infidélité de
leur conjoint, confirme le détective.
Les soupçons sont presque toujours
justifiés. Mais la plupart de mes
clients savent aussi que les méthodes
qu’ils ont utilisées ne sont pas légales.
A moi de prouver l’adultère en respectant les règles pour qu’ils puissent
entamer un divorce. »
Que dit en effet la loi ? L’espionnage est une atteinte à la vie privée
et au respect de l’intimité. « Il est interdit d’entrer par fraude dans un
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
GIANPAOLO PAGNI/COSTUME 3 PIÈCES
Je t’aime, je te surveille !
ordinateur ou dans un téléphone,
confirme Camille Mogan, avocate
bordelaise spécialisée dans le droit
des nouvelles technologies. Poser un
GPS sur le véhicule de quelqu’un ou
le filmer sans son accord est tout
aussi répréhensible. Les contrevenants risquent un an de prison et
45 000 euros d’amende selon le Code
pénal. En revanche, si vous accédez à
une information non protégée, sur
une boîte mail commune, par exemple, ou si vous lisez les mails d’un
compte resté connecté, il n’y a pas
de problème. »
Officiellement, ces logiciels ne
sont pas vendus pour surveiller les
conjoints. Ils sont conçus pour les entreprises ou pour les parents un tantinet stressés. Ceux qui, par exemple,
achètent des montres connectées à
leur bambin de 6 ans ou glissent une
clef USB dotée d’un micro dans la
doublure de leur doudoune. Roxane
est l’une de ces mamans qui a toujours besoin d’être rassurée. « J’ai
acheté un téléphone portable à Gaspard quand il est entré en classe de
sixième, explique cette jeune ergothérapeute. Mais il me snobait chaque
fois que j’essayais de le joindre. Du
coup, je me suis décidée à commander ce logiciel qui bloque son mobile
s’il ne répond pas à mes appels. Ça
marche du tonnerre : Gaspard a tellement peur de ne plus pouvoir consulter ses “like” sur Facebook qu’il décroche maintenant au quart de tour. »
Agnès, elle, dégaine chaque matin
son téléphone portable dès que
Jeanne, la petite dernière (11 ans),
claque la porte de l’appartement parisien. Elle ouvre alors son appli FindMyKids et suit le cheminement de sa
fille jusqu’au collège. « L’autre jour,
elle a tourné à droite au lieu de traverser le carrefour, explique cette mère
de quatre adolescentes. Je l’ai aussitôt
appelée pour savoir ce qu’il se passait.
Elle avait oublié de me prévenir
qu’elle avait promis à sa copine Sarah
d’aller la chercher. »
Du haut de ses 13 ans, Eliott, lui,
menace de quitter le pavillon familial
si ses parents s’amusaient à ce petit
jeu-là. « Est-ce que moi je vais regarder dans leurs affaires ? Franchement,
ça me donnerait encore moins envie
de leur raconter des choses. »
«Les parents sont plus angoissés
qu’autrefois, analyse Claire Balleys,
spécialiste des sociabilités adolescentes. Ils sont persuadés, souvent à
tort, que la société d’aujourd’hui est
plus dangereuse que celle d’hier. En
fouillant dans le portable de leurs ados,
ils s’immiscent dans leur vie privée. La
plupart des jeunes en arrivent à effacer
les historiques, alors qu’ils adorent
conserver les messages et photos de
leurs amis et amoureux. C’est regrettable, car on a tous besoin de créer ces
liens intimes pour grandir. »
La parade pour échapper aux espions de la maison ? Acheter un autre
portable ? Se créer une adresse mail
clandestine que l’on consulterait à
partir d’un ordinateur hors surveillance ? Mieux encore : espionner l’espion. Il finit souvent par lâcher une
info qu’il n’est pas censé connaître.
Souvenez-vous, Diego en a fait les
frais. Dans ce cas, fuyez ! V. S.
* La plupart des prénoms ont été changés.
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
55
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Fin de parcours Arrêté en
juillet 2017 en Grèce, le Russe
de 39 ans y est toujours
emprisonné.
A. AVRAMIDIS/REUTERS
france
Alexander Vinnik,
escroc mondial du bitcoin
Son site Internet aurait permis à de nombreux criminels de blanchir des
milliards d’euros grâce aux cryptomonnaies. Cet as de l’informatique est
réclamé par la France, mais aussi par la Russie et les Etats-Unis. Par Anne Vidalie
N
om : Vinnik. Prénom :
Alexander. Inconnu du
grand public, ce Russe
blond et athlétique est
pourtant
l’un
des
hommes les plus convoités de l’hémisphère Nord. Trois puissances, les
Etats-Unis, la Russie et la France,
veulent obtenir l’extradition de ce
génie de l’informatique soupçonné
d’avoir blanchi des milliards de
dollars d’avoirs criminels à travers sa
plateforme d’échange de cryptomonnaies, BTC-e. Ce site Internet permettait de transformer très discrètement
des milliards de dollars, de roubles ou
d’euros en devises numériques – bitcoin, ethereum ou litecoin –, ou l’inverse, ou encore de convertir ses
56
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
fonds d’une monnaie virtuelle dans
une autre. Un tour de passe-passe
entre ordinateurs et serveurs dans
lequel les lignes de code remplacent
l’argent. « C’était la plus grosse lessiveuse de la planète », résume un bon
connaisseur du sujet. C’est aussi une
affaire de cybercriminalité classée
ultraconfidentielle, sur fond de rivalités politico-diplomatiques.
Du protagoniste de ce cyber polar,
on ne sait rien, ou si peu. D’où vient-il?
Où a-t-il fait ses armes ? Quel est son
train de vie ? Qui sont ses complices ?
Autant de mystères dont seuls les
Russes détiennent, vraisemblablement, la clef. C’est le 25 juillet 2017,
alors qu’il savourait ses vacances en
famille dans un petit village de
pêcheurs, dans le nord de la Grèce,
qu’Alexander Vinnik, 39 ans, a été
arrêté. Depuis, il attend dans sa geôle
d’Athènes que la justice décide de le
mettre dans un avion pour Washington, Moscou ou Paris. Il nie toutes les
accusations portées contre lui et
reconnaît tout juste avoir prodigué
quelques conseils techniques à BTC-e.
Qui jure, de son côté, n’avoir jamais
employé le Russe.
C’est outre-Atlantique qu’ont démarré les investigations, avant que la
France ne s’en mêle. Aux Etats-Unis,
quatre agences fédérales – le FBI, le
Secret Service, le Trésor et la Sécurité
intérieure – se sont alliées pour les
besoins de l’enquête. Résultat : les
21 chefs d’accusation qui pèsent sur le
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
hackeur aux airs de gendre idéal
pourraient lui valoir cinquante-cinq
années d’emprisonnement et une
amende de 12 millions de dollars, sans
compter celle de 110 millions infligée
au site BTC-e et à la société qui le pilotait, Canton Business Corporation.
33 MILLIARDS DE DOLLARS
PASSÉS PAR LA PLATEFORME
Le réquisitoire dressé par le procureur
fédéral Brian Stretch est accablant.
« Les efforts déployés par Vinnik ont
fait de BTC-e l’un des principaux outils utilisés par les cybercriminels du
monde entier pour blanchir le produit
de leurs activités illégales, assène-t-il.
Ainsi, BTC-e a facilité la commission
de crimes et de délits, tels le piratage
informatique, l’escroquerie, l’usurpation d’identité, la fraude au remboursement d’impôt, le trafic de drogue et
la corruption d’agents publics. »
Dépeinte comme une « entreprise
criminelle » depuis sa création, en
2011, BTC-e a savamment brouillé les
pistes : des serveurs en Californie ; un
site Internet basé en Bulgarie, régi
officiellement par la loi chypriote ;
une société, Canton Business Corporation, installée aux Seychelles, mais
dotée d’une ligne téléphonique russe ;
des noms de domaine Web enregistrés en France, à Singapour, en Nouvelle-Zélande et dans les îles Vierges
britanniques.
Entre 2011 et 2017, quelque
700 000 clients auraient eu recours
aux services du site maléfique. Les
sommes ayant transité par les
comptes associés à cette plateforme
sont colossales : 9,4 millions de bitcoins, soit 33 milliards d’euros au
cours actuel. Sans comptabiliser les
transactions réalisées dans d’autres
cryptomonnaies comme le litecoin.
BTC-e avait tout pour plaire aux
paranoïaques et aux criminels. Inutile
de fournir une pièce d’identité pour
ouvrir un compte. Un nom d’utilisateur, un mot de passe et une adresse
électronique suffisaient. Les intitulés
de certains comptes en disent long sur
le profil de leurs détenteurs. Exemples : « ISIS » (l’ancienne désignation
anglophone de l’Etat islamique), « CocaineCowboys » ou « Hacker4Hire »
(« pirate informatique cherche job »).
Pour renforcer l’opacité des flux financiers, le site proposait le recours à la
cryptomonnaie Dash, 100 % anonyme, et un service « bitcoin mixer »,
consistant à mélanger des sommes
libellées dans différentes devises numériques pour les rendre encore plus
difficiles à tracer.
Parmi les clients de BTC-e figuraient les cyberpirates de CryptoWall,
l’un de ces logiciels qui chiffrent les
données d’un ordinateur à l’insu
de son utilisateur. Pour récupérer ses
précieux fichiers, la victime n’a
A. BIANCHI/REUTERS
Principe Des dollars convertis en devises virtuelles, en toute discrétion.
e
Gare aux
cryptomonnaies !
P
ublié le 28 novembre,
le dernier rapport
de Tracfin, la cellule
antiblanchiment du ministère
de l’Economie et des Finances,
dresse une cartographie
préoccupante des multiples
dévoiements auxquels se
prêtent les devises virtuelles :
fraude fiscale via la conversion
de fonds en monnaie
numérique ; escroqueries aux
faux sites d’investissement
en bitcoins qui font miroiter
des gains mirifiques aux
épargnants, à grand renfort
de publicité en ligne ou de
démarchage téléphonique ;
achat et vente de stupéfiants,
armes, coordonnées bancaires
volées, faux documents
d’identité et vidéos
pédopornographiques sur les
plateformes cachées dans les
profondeurs du « dark Web ».
Et la liste n’est pas exhaustive…
qu’une solution : verser une rançon à
ces preneurs d’otages numériques.
Les promoteurs du logiciel auraient
blanchi des centaines de milliers de
dollars grâce au portail de Vinnik.
Comme l’ont fait deux agents fédéraux corrompus, adeptes de l’extorsion et du vol, que l’enquête américaine a démasqués au passage.
Vinnik ne se serait pas contenté
de lessiver l’argent des autres. Luimême aurait été le bénéficiaire de
plusieurs comptes, comme celui
facétieusement baptisé Vamnedam
– l’équivalent phonétique de « je ne
te le donnerai pas » en russe. Il est
également soupçonné d’avoir participé au casse du siècle : le braquage
de la plateforme concurrente Mt.
Gox, dépouillée de 650 000 bitcoins.
Une partie du butin aurait approvisionné trois comptes hébergés par
BTC-e, dont le fameux Vamnedam,
auquel il avait accès. En prime, la déroute de Mt. Gox a permis à BTC-e de
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
se tailler la part du lion sur le marché
des échanges de cryptodevises.
En France, c’est un autre logiciel
malveillant, Locky, qui a trahi BTC-e.
Celui-là a assailli les ordinateurs de
l’Hexagone en juin 2016, puis a récidivé un an plus tard. Dans le sudouest de la France, notamment en
Gironde, des dizaines de petits patrons déposent alors plainte. Une enquête est ouverte par le parquet de
Paris spécialisé dans la grande délinquance financière et confiée à la section de recherches de gendarmerie de
Bordeaux.
BATAILLE DIPLOMATIQUE 2.0
De fil en aiguille, les militaires, appuyés par leurs collègues du Centre
de lutte contre les criminalités numériques, constatent que la plateforme
BTC-e reçoit l’essentiel des rançons
versées. La piste des bénéficiaires
mène en Ukraine et en Russie. En
effet, des retraits d’argent sont effectués à Moscou, au moyen de cartes
permettant de tirer des roubles à partir de comptes en devises virtuelles.
Des factures de caviar sont réglées en
Sibérie. Une requête d’entraide adressée par les magistrats français à la
Russie reste lettre morte. Côté américain, le FBI ne se montre pas plus
coopératif. Les gendarmes
s’en étonnent…
En juillet 2017, la police
grecque interpelle Alexander Vinnik à la demande des
Etats-Unis. Ses téléphones
portables et son ordinateur
sont saisis, comme les serveurs californiens du site.
Une mine d’or numérique… L’affaire
tourne alors à la bataille diplomatique
version 2.0. Les Russes exigent le retour de leur ressortissant, qu’ils accusent d’une fraude de 12 millions de dollars sur leur territoire. Les Américains
aussi sont bien décidés à mettre la
main sur le Russe et ses secrets. En octobre 2017, ils obtiennent d’une cour de
Thessalonique le feu vert à son extradition – une décision immédiatement
contestée par les avocats, qui déposent
un recours devant la Cour suprême.
A. WONG/GETTY IMAGES/AFP
france
Impatient Le procureur fédéral américain Brian Stretch rêve d’entendre Vinnik.
Les Français, eux, ont compris : le
pirate derrière BTC-e, c’est donc lui,
Vinnik. Et ils ont la ferme intention
de le juger. Une information judiciaire est ouverte à Paris, préalable
nécessaire à l’émission d’un arrêt européen. En juillet 2018, les juges de
Thessalonique tranchent en faveur
de Paris. Les Russes sont furieux, les
Américains également. Les Grecs, en
délicatesse avec le Kremlin depuis
l’expulsion de deux diplomates
russes, ne savent plus comment
résoudre ce casse-tête politicojudiciaire. « Paris a mis le souk dans
la procédure d’extradition », assène
un observateur. Coup de théâtre
quelques semaines plus tard : la cour
de Thessalonique, qui n’en est pas à
PARIS A MIS LE SOUK
DANS LA PROCÉDURE
D’EXTRADITION
58
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
un revirement près, donne son aval à
une extradition vers la Russie.
On ne se laisse pas démonter dans
le camp français. Au début de l’automne 2018, un juge d’instruction et
des enquêteurs font le voyage pour interroger Vinnik. Mais l’audition n’aurait finalement pas eu lieu, les avocats
du Russe exigeant, en vain, la présence simultanée de deux interprètes,
l’un gréco-russe, l’autre gréco-français. Les Américains auraient une
autre raison, moins avouable, de s’in-
téresser à Vinnik : ils pensent que le
Moscovite pourrait leur livrer de précieuses informations sur les ingérences russes dans la campagne présidentielle de 2016. L’extradition, plus
tôt cette année, de deux hackeurs
russes, l’un d’Espagne, l’autre de République tchèque, aurait répondu aux
mêmes motivations. Vinnik, lui, n’a
aucune envie d’atterrir dans une prison des Etats-Unis. « La Russie examinera la question de ma culpabilité,
alors que la France et les Etats-Unis
ne seront pas en mesure de le faire,
puisqu’il n’existe pas d’équité dans
ces pays », a-t-il déclaré à l’agence de
presse moscovite Tass.
Désormais, c’est à la Cour suprême grecque de décider de son sort.
En coulisse, tractations et pressions
continuent. « Attention à la désinformation dans cette affaire ultraconfidentielle », avertit une source proche
du dossier, citant en exemple le projet
d’assassinat de Vinnik découvert par
la police grecque. « Pure invention. »
En attendant, par la voix de ses avocats, dont l’ex-présidente du Parlement
hellénique, le Russe proteste contre ses
conditions de détention. Contre les
multiples allers-retours entre la prison
d’Athènes et le palais de justice de
Thessalonique dans de petites voitures
inconfortables. L’absence de soins médicaux et dentaires. Les nuits passées
sur le sol de sa cellule, faute de couchette disponible. La difficulté de s’approvisionner correctement en nourriture. La semaine dernière, il a entamé
une grève de la faim. Ce qu’il veut ?
« Un procès juste ou la mort. » A. V.
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monde
BERLIN
VEUT RESTER
BOHÈME
Alternatif Commerces, crèche,
studios, restaurants... Le long
de la Spree, le Holzmarkt, un village
aux allures de bric-à-brac qui
fonctionne comme une coopérative.
60
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
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I
Après avoir empêché l’arrivée
d’un « campus Google »,
des Berlinois font bloc contre
la gentrification de la capitale.
G. WELTERS POUR L’EXPRESS
De notre envoyé spécial, Axel Gyldén,
avec Gordon Welters (photos)
ls ont le sens de la formule, les gens de
« Fuck off Google ! » (Va te faire foutre, Google !). Ils ont aussi le triomphe modeste.
Après leur victoire hautement symbolique
contre le géant de la Silicon Valley, voilà
un mois et demi, les membres de ce collectif se sont abstenus de fanfaronner.
Il y avait de quoi, pourtant. La multinationale
californienne venait en effet de renoncer à son
projet de septième « campus Google », sorte d’incubateur de start-up comme il en existe à Tel Aviv,
Zurich, Londres, Varsovie, Madrid et Sao Paulo.
Théoriquement, celui-ci aurait dû ouvrir ses portes
dans un bâtiment industriel sur 3 000 mètres
carrés, au bord d’un canal, dans l’arrondissement
branché de Kreuzberg. C’était compter sans la
mobilisation des habitants alentour.
« Les gens d’ici en ont assez de voir leur environnement et leur mode de vie dénaturés par la
gentrification et la hausse des loyers », explique
Larry Blankpage, un hacker qui a rejoint le mouvement Fuck off Google !, où se mêlent anarchistes,
gauchistes, écologistes, punks, commerçants, parents d’élèves, geeks ou encore chômeurs. « Alors,
nous avons mené campagne dans le quartier et sur
les réseaux sociaux, balancé de la peinture sur
la façade du bâtiment, organisé des concerts de
casseroles, imprimé des autocollants et des brochures, rédigé des articles, mis l’accent sur l’évasion fiscale façon Google, dénoncé leur coopération avec l’industrie des drones militaires et créé le
site Fuckoffgoogle.de. »
Au bout du compte, tout le voisinage s’est mobilisé. En témoignent les graffitis et affiches antiGoogle un peu partout dans le quartier clamant
« Google ist kein guter Nachbarn » (Google n’est pas
un bon voisin). Au final, la firme américaine a
compris que la résistance locale nuirait à son
image internationale. Elle a donc (provisoirement ? ) jeté l’éponge. « Ils ont bien fait, juge le
militant anti-Google, car l’inauguration aurait à
coup sûr été accompagnée de jets de tomates. »
Ce n’est pas un hasard si cette défaite du géant
du Web s’est produite à Berlin, et plus précisément à
Kreuzberg. Berceau de la contestation à l’allemande,
c’est ici que sont nées, pour le meilleur (l’écologie)
comme pour le pire (l’organisation terroriste Fraction armée rouge), nombre d’utopies des années
1970. L’agitation intellectuelle, politique, sociale et
artistique est alors très intense dans ce quartier
adossé au mur de Berlin et assidûment fréquenté
par David Bowie, Iggy Pop ou Nina Hagen. Elle
atteint son apogée avec le mouvement des squatteurs, entre 1979 et 1981. Lorsque la police entre
dans la danse, 20 000 manifestants descendent
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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monde
Victoire A Kreuzberg, berceau des mouvements contestataires et de la contreculture, tout le monde s’est mobilisé : Google n’y ouvrira pas de « campus ».
dans la rue pour les affronter et défendre le droit au logement.
«Aujourd’hui, il reste 200 immeubles autogérés à Berlin où les habitants
vivent en communauté », témoigne
l’historien Michael Sontheimer, cofondateur du journal alternatif berlinois
Tageszeitung en 1979 et auteur de Berlin-Stadt der Revolte (2018, non traduit). « Cette “ville de révolte” est devenue assez ennuyeuse à mon goût, mais
il reste quelque chose de son esprit
alternatif et protestataire, sans doute
grâce à la présence de Berlinois dans
mon genre et de leurs enfants qui ont
baigné dans ce biotope. »
Une chose est sûre : Berlin s’embourgeoise. Comme Londres, New York
ou Paris avant elle, la capitale subit la
hausse des loyers, la spéculation immobilière, le phénomène Airbnb, le tourisme de masse. « La spécificité, ici, c’est
le retard à l’allumage et l’intensité actuelle de la flambée des prix, observe le
géographe Boris Grésillon, du Centre
Marc Bloch, à Berlin. Après la chute du
Mur, Berlin s’est consacré à raccorder
les voies ferrées, les réseaux électriques
ou d’assainissement, tandis que restaient inviolées les friches urbaines, figées par la Seconde Guerre mondiale et
la guerre froide. A l’époque, les prix des
loyers étaient exceptionnellement bas,
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L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
se souvient le géographe. En 1993, à
Prenzlauer Berg, dans l’est de la ville, le
mien s’élevait à 65 euros pour 35 mètres
carrés. » Une époque révolue.
Depuis cinq ans, en effet, les arrondissements tombent comme des dominos. Après Mitte (au milieu, comme
son nom l’indique), le branché Prenzlauer Berg (au nord) et le naguère
décati Friedrichshain (à l’est), c’est
maintenant le populaire Kreuzberg
(sud-est) qui se métamorphose et,
aussi, le turcophone Neukölln (sud),
où les prix de l’immobilier ont triplé en
huit ans. Même l’ennuyeux Charlottenbourg (ouest) n’est pas épargné.
« Autrefois, notre loyer représentait
10 % de nos revenus; aujourd’hui, c’est
30 %, disent Frank et Sabina Hacker,
qui résident dans ce quartier. Nos enfants, eux, ne pourront pas rester dans
le quartier longtemps. »
L’inflation n’épargne personne. A
Neukölln, le café hippie-anarchiste
Syndikat est dans la ligne de mire de
son propriétaire… multimillionnaire.
Géré par un collectif de huit utopistes,
qui se partagent la recette à parts
égales, cet établissement typique de
Berlin est devenu en trente et un ans
une institution, à la fois local associatif, bar de nuit et salle de séjour pour
les voisins qui n’en disposent pas.
En dépit de leur look punk rock,
les serveurs sont des pacifistes bon
enfant : ils reversent tous les pourboires aux gens dans le besoin, qu’il
s’agisse d’un projet au Sri Lanka, de
l’avocat d’un ami en prison ou de
familles de réfugiés dans le voisinage.
«AVANT, ON NOUS AURAIT
TRAITÉS DE COMMUNISTES»
Voilà six mois, le Syndikat a reçu une
lettre annonçant sans explication la
cessation de son bail à compter du
1er janvier prochain. « Alors, nous
avons fait des recherches pour découvrir que notre propriétaire était une
boîte aux lettres basée au Luxembourg
appartenant en réalité à la famille britannique Pears, dont la particularité
est d’être plus riche que la reine Elisabeth II, racontent Christian et Lukas,
deux des huit cogérants. A Berlin, les
Pears possèdent plus de 6 000 biens
immobiliers. Nous avons tenté de joindre leur société, mais personne ne
veut nous parler. » Le Syndikat vient
d’entamer une procédure juridique.
Ailleurs, sur une rive de la Spree,
le collectif Spreepublik préconise, lui,
l’action directe. Depuis peu, ses membres occupent une grande barge qui
fut naguère un local associatif pour la
jeunesse. Elle est attenante à un terrain vague peuplé de SDF. Or c’est là
qu’un investisseur veut construire un
aquarium géant, Coral World, semblable à celui de Palma, en Espagne.
« C’est toujours la même histoire,
raconte Maximilien Boehme, l’un des
squatteurs de la barge qui n’a nulle
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Berlin veut rester bohème
Astucieux Mario
Husten, président du
«village» Holzmarkt,
sanctuarisé grâce à
un deal avec un fonds
de pension suisse
« vertueux ».
Bras de fer Menacés d’expulsion,
les gérants du café Syndikat
entament une procédure juridique
contre leur propriétaire.
intention de déguerpir. L’investisseur
se présente comme un type cool parce
qu’il affirme vouloir sauver la barrière
de corail, mais, en fait, il n’est là que
pour l’argent. Nous disons : sauver les
océans, c’est bien, mais déplacer des
gens en situation précaire et les jeter
à la rue, ça l’est moins », sourit-il.
Lorsqu’on demande s’il espère obtenir gain de cause, la réponse du jeune
homme, galvanisé par le précédent de
Google, fuse : « Carrément ! »
L’opinion publique est de son côté.
La preuve, le militant Marco Clausen la
voit dans l’existence même d’un projet
de référendum d’initiative citoyenne,
en cours d’élaboration par des activistes, visant à exproprier les superriches. « Il ne s’agit pas d’expropriations sèches, précise ce hipster qui
gère à Kreuzberg le jardin urbain associatif Prinzessinnengarten, mais d’un
seuil au-delà duquel la concentration
d’actifs immobiliers ne serait plus possible. Quoi qu’il en soit, la simple utilisation du vocable « expropriation » est
aujourd’hui possible, alors que, voilà
quelques années, elle nous aurait valu
d’être traités de communistes. C’est un
signe : les gens commencent à comprendre que les fonds de pension ou
les sociétés internationales désireuses
d’acheter tout Berlin et de dicter le prix
des loyers sont allés trop loin. »
Face à cette prise de conscience
citoyenne, illustrée par une manifes-
Activiste Avec d’autres militants, Marco Clausen élabore un projet de
référendum citoyen pour «exproprier» les investisseurs trop gourmands.
tation de 25 000 locataires, en avril
dernier, les investisseurs s’adaptent.
« A Kreuzberg, par exemple, ils recourent souvent à des agences de communication afin de se faire accepter,
reprend Marco Clausen. Ainsi, dans la
période précédant les travaux, ils font
ami-ami avec les artistes en leur prêtant des espaces vacants afin que ces
derniers puissent y répéter et présenter des spectacles. Je ne sais pas si les
artistes comprennent que le logo de
ces “gentils investisseurs” se retrouve
ensuite sur les flyers et les affiches de
leurs spectacles… »
AUTRE SOLUTION : JOUER
LE JEU DU CAPITALISME
Sur l’autre rive de la Spree, les inventifs
gérants du Holzmarkt – un village aux
allures de bric-à-brac qui fonctionne
sur le mode d’une coopérative structurée – ont quant à eux décidé de ne pas
jouer les idiots utiles. Ce qui ne les empêche pas de jouer le jeu du capitalisme, au risque d’agacer les « puristes ». Sur l’ancien terrain vague où se
trouvait la célèbre discothèque Bar25,
ils ont d’abord squatté le terrain. Puis
ils ont demandé à la municipalité de le
leur céder. Menacés d’expulsion, ces
bourgeois bohèmes astucieux ont finalement participé à l’appel d’offres
lancé par la mairie désireuse de se séparer de cet espace public idéalement
situé au bord de l’eau.
« Comme nous ne disposions pas
d’argent, nous avons contacté, en
Suisse, un fonds de pension vertueux,
explique le président du Holzmarkt,
Mario Husten. A ses dirigeants nous
avons exposé notre projet, lequel
agrège des commerces, une crèche,
des studios de musique, des restaurants, des espaces culturels, une discothèque, et qui fait vivre 200 personnes. Séduits, les Suisses ont acquis
un bail emphytéotique d’une durée de
soixante-quinze ans ; nous sommes
leurs locataires. Dans vingt-cinq ans,
eux seront rentrés dans leur frais et il
leur restera cinquante années de gains
nets à engranger, détaille-t-il. Le plus
important tient dans deux clauses du
contrat. Premièrement, si le fonds
suisse décide de vendre le terrain, il
doit nous être proposé en priorité,
sans que le vendeur ne réalise aucune
plus-value. Deuxièmement, si à notre
tour nous le revendons, toute plusvalue nous est également interdite. »
L’éventuel appât du gain des successeurs de Mario Husten est ainsi
neutralisé, tandis que le pittoresque
Holzmarkt, qui perpétue la tradition
alternative de la capitale, est sanctuarisé. Ce genre de montage juridique
serait-il l’antidote à une gentrification excessive ? Si oui, l’esprit rebelle
de Berlin et son âme de bohème ne
sont peut-être pas tout à fait condamnés à l’extinction. A. G.
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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monde
“Faire avouer Ghosn? Une
Qu’y a-t-il derrière l’affaire Ghosn ? L’analyse de Jean-Marie Bouissou,
historien et grand connaisseur du Japon. Propos recueillis par Charles Haquet, à Tokyo
C
arlos Ghosn n’est pas sorti
d’affaire. Trois semaines
après son arrestation surprise à Tokyo, le PDG de
Renault reste en prison.
Il a été mis en examen, le 10 décembre, pour dissimulation de revenus
sur cinq ans – après avoir caché, selon
les autorités boursières, environ
5 milliards de yens (38 millions d’euros). Ghosn a été démis de ses fonctions de président des conseils d’administration de Nissan et de Mitsubishi Motors. Que représente cette
affaire pour les Japonais ? Rencontre
à Tokyo avec l’historien Jean-Marie
Bouissou, représentant de Sciences po
au Japon et spécialiste de ce pays (1).
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L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
l’express Comment l’affaire Ghosn
est-elle perçue par les Japonais ?
Jean-Marie Bouissou Personne ne l’a
vue venir. Une fois la surprise passée,
les médias ont tout de suite commencé
le lynchage. Télévision publique
en tête, ils ont accablé Carlos Ghosn :
cupidité et arrogance – deux péchés
capitaux dans le confucianisme –,
manque d’écoute et de concertation,
mégalomanie… En réalité, l’emblématique sauveur de Nissan, devenu héros
de manga, n’est pas le premier manager étranger à connaître une telle
chute. En 2015, l’Américaine Julie
Hamp, nommée directrice générale de
la communication de Toyota, a été
mise en garde à vue six semaines après
son arrivée. Son père lui avait envoyé
un analgésique à base d’opioïdes pour
soigner son genou, sans qu’elle eût
d’ordonnance d’un médecin japonais… Trafic de drogue! Elle a « avoué »
au douzième jour de garde à vue. Pour
l’avoir défendue publiquement, le président de Toyota, alors classé 29e personnalité la plus puissante du monde
par Forbes, a vu ses bureaux perquisitionnés. Après avoir mis en cause le
management traditionnel des entreprises japonaises durant la crise, les
autorités semblent aujourd’hui considérer qu’il ne faut plus le bousculer.
Carlos Ghosn serait donc rejeté
par le système ?
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J.-M. B. Le dossier est très mince. Un
moment évoquée, l’accusation de
fraude fiscale a disparu. L’abus de
bien social pourrait tenir la route
– appartements acquis à l’usage de
Carlos Ghosn, rémunération de sa
sœur –, mais le parquet le garde en
réserve. Reste le report du versement
d’une partie de sa rémunération au
moment où il quittera ses fonctions.
Ce n’est pas plus illégal au Japon
qu’ailleurs, mais ce n’est pas apparu
dans les documents remis aux actionnaires. En droit occidental, cela ne
pèserait toutefois pas lourd… Ce que
paie vraiment Carlos Ghosn, c’est
d’incarner un modèle de gouvernance « non japonais ». Nissan est le
pilier de l’alliance, ses résultats et sa
capitalisation sont très supérieurs à
ceux de Renault, mais il n’a pas de
droit de vote au sein du groupe français, contrairement à ce dernier, qui
profite en outre gratuitement de sa
technologie ! Les Japonais ont d’autant plus le sentiment d’être dépouillés qu’ils ont perdu, ces dernières
plutôt dans le bon sens, le chômage a
disparu, la criminalité est au plus bas.
Les Japonais peuvent, à juste titre, se
réjouir de leurs performances. Le
monde aura les yeux fixés sur eux
avec la Coupe du monde de rugby
(2019), les Jeux olympiques de Tokyo
(2020) et l’Exposition universelle
d’Osaka (2025). Derrière l’éviction de
Carlos Ghosn, il y a ce retour de la
fierté nationale.
A quoi joue la justice japonaise ?
J.-M. B. Pour les procureurs qui ont
mis Carlos Ghosn en garde à vue, le
faire avouer est une affaire d’honneur
national. S’ils échouent, le Japon
perdra la face devant les médias internationaux, qui critiquent à tout-va
son système judiciaire. Il y a d’ailleurs
de quoi ! Ici, un suspect qui refuse
d’avouer peut rester trois semaines
en garde à vue, reclus dans une cellule de trois tatamis (5 mètres carrés).
La nourriture est spartiate, les visites
sont rares et surveillées. Il est livré
aux enquêteurs douze heures par
rait, dans le meilleur des cas, être
libéré en payant une très lourde caution. Sinon, il restera en prison jusqu’à
son procès, au prétexte qu’il pourrait
« détruire des preuves ». Si minces
que soient les charges, Carlos Ghosn
ne doit attendre aucune clémence de
la justice japonaise. En 2006, Takafumi Horie, jeune start-upper provocant et (trop) populaire, avait commis
le crime de vouloir bousculer l’oligopole médiatique en rachetant une
chaîne de télévision. Il a été
condamné à deux ans et demi de
prison pour un motif proche de celui
qui est reproché à Carlos Ghosn –
avoir trompé les investisseurs. Sa
détention l’a fait maigrir de 30 kilos et
rentrer dans le rang. L’avocat du PDG
de Renault est bien placé pour lui
rappeler cette leçon : il était le procureur qui a fait condamner Takafumi
Horie ! Cet expert s’emploie certainement à convaincre son client de plaider coupable. Il éviterait ainsi le procès et la prison. Mais Carlos Ghosn
est un dur…
affaire d’honneur national”
années, plusieurs joyaux industriels,
comme Takata, le leader mondial de
l’airbag, Toshiba et une partie du
groupe Sharp, tombés aux mains
d’intérêts américains et taïwanais.
K. NOGI/AFP
De là à « tuer » le sauveur
de Nissan…
J.-M. B. Après sa réouverture forcée
au monde en 1868, le Japon avait fait
venir des experts étrangers en grand
nombre. Sitôt sa modernisation réussie, il les a mis à la porte. C’est exactement ce qui se produit dans l’affaire
Nissan. Carlos Ghosn est arrivé en
2000, en pleine crise économique et
politique, au moment où le Japon
comprenait qu’il devait prendre le virage de la mondialisation. Il incarnait
un nouveau modèle de gouvernance
dont le pays pensait avoir besoin. Aujourd’hui, le gouvernement est stable,
les indicateurs économiques vont
jour, seul face à eux. Son avocat n’assiste pas aux interrogatoires, et il ne
peut s’entretenir avec lui que dans
des périodes fixées par les enquêteurs. L’instruction se fait uniquement à charge. Si le suspect n’a pas
avoué au terme de la première garde
à vue, le Code pénal prévoit qu’il est
libéré, mais n’interdit pas de l’y
remettre aussitôt, sous un motif
à peine différent. Dans le cas de
Carlos Ghosn, le parquet a « saucissonné » les charges. On l’a d’abord
interrogé sur la période 2015-2018,
et maintenant on s’attaque à celle
de 2012 à 2014. La manœuvre peut se
reproduire jusqu’à dix fois !
Que risque Carlos Ghosn ?
J.-M. B. Sans « aveux », il peut rester
en garde à vue jusqu’en 2019. Les
procureurs l’ont mis en examen sur la
base du seul dossier actuel. Il pour-
Peut-il bénéficier d’appuis
diplomatiques ? L’Etat français est
le premier actionnaire de Renault…
J.-M. B. L’ambassade de France fait
son travail dans des conditions difficiles, mais l’affaire se joue plus haut.
Dans le contexte français actuel, il est
difficile d’imaginer Emmanuel Macron
voler au secours d’un patron soupçonné d’avoir dissimulé l’équivalent de
40 millions d’euros. Côté japonais, le
très nationaliste Shinzo Abe a d’autant
moins de raison de faire un geste que
l’opinion est très hostile à Carlos
Ghosn. Le Premier ministre japonais
ne veut pas donner l’impression de
céder aux attaques des médias occidentaux. Pour les deux chefs d’Etat,
il n’y a que des coups à prendre…
(1) Jean-Marie Bouissou est l’auteur de
Géopolitique du Japon (PUF, 2014) et des
Leçons japonaises. Un pays très incorrect
(à paraître chez Fayard en 2019).
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
économie
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DISNEY
POUR
LA VIE
En se mariant avec la 21st Century Fox,
les studios enrichissent leur catalogue pour
séduire les spectateurs de tous les âges.
Par Emmanuel Paquette et Corinne Scemama
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L
’attitude est légèrement
guindée, le sourire un
peu crispé, mais la satisfaction bien réelle. En ce
27 février 2018, le président Macron reçoit sous
les ors de l’Elysée Robert Iger, le PDG
de l’empire Disney. La discussion – en
anglais – est agréable, et les deux
hommes évoquent tour à tour la situation économique, la formation et les
partenariats public-privé. Le chef de
l’Etat avoue même à « Bob » que ses
petits-enfants sont fans de Mickey. Le
patron américain, ravi, dévoile alors
l’objet de son voyage à Paris : la Walt
Disney Company va investir 2 milliards d’euros à Disneyland Paris.
Révélé en primeur au président de la
République, ce montant colossal est
un record jamais atteint depuis l’ouverture du parc d’attractions de
Marne-la-Vallée, en 1992.
Mais cette manne, qui signe « le
2000. Aujourd’hui, les sauveurs du
très fort engagement » de Disney et sa
groupe américain vont être rejoints
« confiance, montrant que la France
par un quatrième larron, la 21st Cenest de retour! » – selon un tweet plutôt
tury Fox, dont les créations, comme
enthousiaste d’Emmanuel Macron
Les Simpson, Avatar ou Alien, sont
après l’entretien – ne concerne aucun
destinées à une cible plus adulte. Un
des personnages historiques du
pari autrement plus audacieux :
groupe de Burbank (Californie). Pas un
Mickey a dû payer 71,3 milliards de
sou pour l’oncle Picsou, Dingo, Pinocdollars pour racheter la major hollychio ou la Belle au bois dormant. La
woodienne.
somme sera entièrement consacrée à
À CHAQUE ÂGE, SON HÉROS
la création de trois nouveaux univers,
ET SES INTRIGUES
le premier pour la Reine des Neiges, le
Grâce à elle, la maison Disney pourra
deuxième pour les super-héros Marvel
désormais accompagner les spectaet, enfin, le dernier autour de Lucasteurs du monde entier, à tous les âges
film et de la saga Star Wars.
de la vie, de 7 à 77 ans. Sans exception.
Aucun d’entre eux n’aurait pu voir
Les jeunes enfants, les millennials, les
le jour si Bob Iger n’avait pas mis la
quadras, quinquas ou seniors… à chamain au porte-monnaie pour se payer
cun son univers, à chacun ses protale studio d’animation Pixar en 2006
gonistes et ses intrigues. Nul ne
(7,4 milliards de dollars), les personpourra plus échapper à l’empire de la
nages des comics Marvel trois ans
souris. Cette omniprésence, doublée
plus tard (4 milliards de dollars), puis
d’une puissance exles Jedi de Lucasfilm,
ceptionnelle, va égaleen 2012 (4 milliards
La firme aux
ment permettre au
de dollars). Trois emgrandes oreilles
géant américain de repires, dont les persona dû payer
pousser les assauts
nages iconiques dédes nouveaux titans
poussièrent l’image
71,3 milliards de
issus de la Toile, Netde la souris et élargisdollars pour la Fox
flix et Amazon. Et de
sent son audience.
faire enfin rentrer la
Avec une belle synerpetite souris dans l’âge adulte.
gie entre le grand écran, la télévision
« Bienvenue dans la famille,
et les parcs de loisirs (150 millions de
mec ! » A l’annonce du rachat de la
visiteurs en 2018), dont la fréquenta21st Century Fox par Disney, fin 2017,
tion est dynamisée par le succès des
le réalisateur et scénariste américain
nouveaux venus.
du dessin animé Les Simpson, James
Ces emplettes ont déjà permis de
L. Brooks, accompagne son message
relancer une machine à bout de soufsur Twitter d’une image violente : on
fle après l’époque mouvementée de
y voit Homer en train d’étrangler
Michael Eisner, au début des années
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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KAMAL KISHORE/REUTERS - MARVEL ENTREPRISES/TWENTIETH CENTURY FOX FILM CORPORATION/COLL. CHRISTOPHEL/AFP - TWENTIETH CENTURY FOX FILM CORPORATION/LIGHTSTORM
ENTERTAINMENT/COOL. CHRISTOPHEL/AFP - WALT DISNEY PICTURES/LUCASFILM/RAM BERGMAN PRODUCTIONS/COLL. CHRISTOPHEL/AFP - THE WALT DISNEY COMPANY FRANCE - FOX/COLL.
CHRISTOPHEL/AFP - 2017 20ST CENTTURY FOX/NEW REGENCY. ALL RIGHT RESERVED - AMERICAN BROADCASTING COMPANIES/SHONDALAND/THE MARK GORDON COMPANY/COLL. CHRISTOPHEL/AFP
- G. KRAYCHYK/HULU - FOX/COLL. CHRISTOPHEL/AFP - FOX - ARCHIVES DU 7E ART/ABC/PHOTO12/AFP - ARCHIVES DU 7E ART/20TH CENTURY FOX TELEVISION/PHOTO12/AFP
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Choc des cultures 1. Le super-héros Deadpool, de Marvel. 2. Les Na’vi d’Avatar.
3. Rey, la dernière Jedi de Star Wars. 4. La version Disney de Casse-Noisette.
5. Les espions russes de The Americans. 6. Le biopic de Freddie Mercury,
Bohemian Rhapsody. 7. La série médicale Grey’s Anatomy. 8. Le feuilleton
d’anticipation La Servante écarlate. 9. La série American Horror Story.
10. Le film d’action Kingsman. 11. Le conte de fées pour adultes Once Upon a Time. 12. La famille
déjantée des Simpson.
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économie
enquête
d’Alien et de Predator ? Et enfin, comment les séries Good Doctor ou Once
Upon a Time vont-elles coexister avec
Lucifer et American Horror Story ?
Un chiffre résume à lui tout seul
les paradoxes de ce mariage hors
norme : outre-Atlantique, près d’un
film sur deux distribué par la Fox en
2018 était interdit aux moins de
17 ans. Chez Mickey, aucun. Cependant, « dire que les héros des Simpson
ou de Family Guy sont à l’opposé des
personnages de Disney serait trop réducteur, juge Emmanuel Ethis, sociologue du cinéma. La force du groupe
a toujours été d’être en phase avec les
attentes de son époque. Après les rachats de Pixar, de Marvel ou de Lucasfilm, tout le monde pensait que ceuxci allaient se « disneyifier » et que leur
mort était annoncée. C’est tout l’inverse qui s’est produit ! On peut imaginer que la même stratégie sera
déployée avec Fox. »
Les nouvelles stars des parcs Disney
P
our les admirateurs des Na’vi,
ces habitants aux visages bleus
et aux yeux de biche de la planète
Pandora imaginés par James
Cameron (Avatar), c’est le
bonheur. Depuis le printemps 2017,
Orlando propose deux attractions
directement tirées du film produit
par la Fox. Cette incursion dans le
réel des héros du plus grand
succès de l’histoire du cinéma
constitue, pour sûr, un vrai
avantage pour le géant américain.
« Il a la chance de pouvoir
s’appuyer sur des univers connus
du grand public pour doper la
fréquentation de ses parcs, même
s’il ne s’agit pas de son activité la
plus rentable », affirme Frédéric
Fréry, professeur à l’ESCP Europe.
Certes, avec un chiffre d’affaires
de 20,2 milliards de dollars en
2018, en hausse de 10 %, les six
royaumes enchantés sont
effectivement moins juteux que
les chaînes de télévision, les
studios et les produits dérivés.
Mais « les nouveaux personnages,
comme ceux de Star Wars, vont
permettre de reconquérir non
seulement les millennials – les
jeunes de 12 à 35 ans –, mais
également les 50 ans et plus »,
observe Didier Arino, directeur
général de Protourisme. Mickey
et ses amis ne suffisaient plus
pour toucher l’ensemble des
clients, et pas uniquement les
familles avec de jeunes enfants. »
Un signe de maturité.
Univers A Orlando, deux
attractions sont consacrées
au film Avatar de James
Cameron, depuis 2017.
Mickey, yeux exorbités, langue sortie,
en lieu et place de son fils Bart, victime habituelle de la colère de son
père. Porter la main sur sa progéniture, tout un symbole pour cette série,
presque trentenaire, dont la réputation s’est construite sur l’irrévérence
et le politiquement incorrect. Tout
l’inverse des valeurs familiales et pacifiques prônées par la célèbre souris.
En réalité, c’est un peu l’alliance
de la carpe et du lapin, ou plutôt, de la
souris et du renard (Fox) ! Certes, la
68
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
DISNEY
UN TIERS DES ENTRÉES
EN SALLES AUX ÉTATS-UNIS
famille américaine à la peau jaune a
elle aussi son attraction dans le parc
Universal Studios, à Hollywood. Mais
là-bas, pas de parade « enchantée »,
on y découvre plutôt un univers tourmenté, avec un King Kong en action
ou des morts-vivants sortis de The
Walking Dead. Comment Bob Iger vat-il faire cohabiter des personnages
d’animation aussi différents sous une
même ombrelle ? Comment La Belle
et la Bête ou Mary Poppins vont-ils
survivre aux monstres sanglants
C’est tout l’intérêt de ce rachat : créer
un mastodonte avec des offres suffisamment diversifiées pour capter des
publics aux goûts différents. Ensemble, Disney et Fox représenteront plus
d’un tiers des entrées en salles aux
Etats-Unis, et près d’un quart des
tickets de cinéma vendus en France,
très loin devant leur premier concurrent, Universal (10,5 %). Avec la richesse de leurs catalogues respectifs,
ils peuvent séduire le spectateur à
chaque période de sa vie : dans sa
prime jeunesse avec les dessins animés, à l’adolescence avec les superhéros, une fois devenu jeune adulte
grâce aux Jedi, et à plus de 30 ans avec
les films d’auteurs oscarisés, comme
Three Billboards.
Une palette si riche qu’elle donne
le sourire à Jean-François Camilleri.
Yeux bleus rieurs, cheveux courts poivre et sel, le dirigeant du groupe Disney en France et dans les pays
d’Afrique francophones ne boude pas
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
MARVEL STUDIOS/WALT DISNEY PICTURES/COLLECTION CHRISTOPHEL/AFP
économie
enquête
Blockbuster Black Panther est un phénomène culturel aux Etats-Unis. Ici, l’acteur
principal, Chadwick Boseman, est le premier super-héros noir créé par Marvel.
son plaisir. Le film Star Wars - Le Rédirectement aux consommateurs sur
veil de la force (épisode 7) continue
Internet. « Le groupe a un boulevard
d’enregistrer de très bons résultats
devant lui », estime Frédéric Fréry,
dans l’Hexagone. Tandis que le dessin
professeur à l’ESCP Europe.
animé Coco affiche chez nous le troisième meilleur démarrage derrière le
LA STRATÉGIE
Mexique et le Japon, et que Black
DE L’ENCERCLEMENT
Panther – et son super-héros noir –
Sauf que les adversaires sont coriaces
bat des records en Afrique. Ce n’est
et riches à milliards. Certes, ni Netflix
qu’un début. « Nous sommes des
ni Amazon ne détiennent de telles
créateurs de contenus pour adultes
marques phares. Cela ne les empêche
ou pour enfants. Nous nous adaptons
pas d’investir des montants exorbiaux nouvelles envies et aux nouveaux
tants dans la production de contenus
modes de consommation, sans crainet de rafler des récompenses. « Ce
dre le changement », affirme-t-il.
nouveau concurrent ne nous effraie
En cette fin d’anpas, indique Georgia
née 2018, le temps
Brown, responsable
La maison de
presse. Le secteur trad’Amazon Studios, en
Mickey va enfin
verse de grands bouleEurope. D’ailleurs,
pouvoir attaquer
nous achetons cerversements. De plus
en plus de spectateurs
taines de leurs séries,
Netlix et Amazon
comme Cloak and
se détournent, en
Prime Video
effet, du flux des
Dagger, que nous difchaînes de télévision
fusons en exclusivité. »
traditionnelles, pour se connecter à
Mais pour combien de temps encore?
des plateformes à la demande,
Le service en ligne destiné aux familles, Disney +, sera lancé fin 2019
comme Netflix (137 millions de foyers
abonnés dans le monde) et Amazon
aux Etats-Unis puis à l’international.
Il proposera le catalogue Marvel,
Prime Video. Avec un catalogue aussi
Pixar et Star Wars, mais aussi les doétoffé et divers, Disney va enfin poucumentaires de National Geographic
voir rivaliser et s’adresser, lui aussi,
70
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
(propriété de la Fox). Bob Iger a également dévoilé qu’une seconde plateforme, Hulu, sera lancée à travers le
monde. Créée en 2007 par les majors
de Hollywood, elle sera détenue à
60 % par Disney après la fusion.
Disposant de plus de 20 millions
d’abonnés, elle propose des séries
adultes comme La Servante écarlate
ou Castle Rock, produit par Stephen
King. Pourquoi multiplier les services ? « Si Netflix propose de tout
pour tout le monde, Bob Iger, lui, a
une stratégie bien différente », répond
un proche du dossier. Le patron
compte commercialiser non pas une
seule plateforme mais plusieurs
services, en fonction de la cible qu’il
cherche à séduire. »
Mickey préfère en effet la stratégie
de l’encerclement plutôt que celle de
l’affrontement direct. Moins violente,
elle peut s’avérer plus dangereuse
pour les chaînes de télé traditionnelles, qui cherchent à attirer tous les
publics en même temps. D’autant plus
que « de moins en moins de groupes
de médias produisent les contenus
puis contrôlent leur diffusion », analyse Augustin Reyna, responsable au
sein du Bureau européen des unions de
consommateurs (Beuc). A long terme,
Disney pourrait tuer ses concurrents
en limitant fortement l’accès à ses
œuvres et en se réservant l’exclusivité
des droits de diffusion sur le Net. Cela
signifierait moins de choix pour le
téléspectateur et une hausse des prix
des abonnements sur Disney +. »
Plusieurs chaînes françaises ont
déjà fait part de leurs craintes devant
l’attitude du géant de Burbank, qui
risque d’assécher le marché mondial
des séries afin de garder ses feuilletons pour son usage personnel. Ce
scénario noir n’est pas encore écrit.
Mickey, qui vient de fêter ses 90 ans le
18 novembre, a le temps pour lui.
Même nonagénaire, la petite souris
est plus que jamais d’attaque pour terrasser les géants du divertissement.
A n’importe quel prix. E. P. et C. S.
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économie
enquête
BNP Paribas
Même les banquiers
ont le blues
Fermeture d’agences, réduction d’effectifs…
le désaroi des employés de la première
banque française face à la digitalisation
prend de l’ampleur.
Par Sébastien Pommier
«
V
ous avez l’application
A BNP Paribas, la révolution nuBNP Paribas ? On va
mérique est déjà bien enclenchée
avec 8 millions de clients dits « digiregarder dessus ce que
taux », c’est-à-dire en contact avec
l’on peut faire pour
l’application de la banque, mais aussi
vous. » A l’accueil d’une
400 000 clients qui ont opté pour la
agence parisienne, on utilise presque
petite sœur entièrement dématérialiautant la tablette ou le smartphone
sée, Hello Bank. Une évolution rapide
du client que l’ordinateur du guichedes usages qui a des répercussions
tier. C’est un effet visible de l’offennotamment sur le réseau. Ainsi,
sive digitale lancée depuis dix-huit
entre 2016 et 2020, le groupe aura
mois chez le premier groupe bancaire
fermé plus de 10 % de ses agences,
français et européen.
conformément aux engagements
Seulement, cet important plan de
de son plan stratégique. Mais son
transformation numérique a des récas n’est pas isolé puisque, d’après
percussions moins clinquantes sur les
le cabinet de conseil Sia Partners,
métiers de ceux qui sont au contact de
sur la même période,
la clientèle, comme
le nombre d’agences
Pierre*, un banquier
« Trop, c’est trop.
bancaires françaises
d’une trentaine d’anLe groupe ferme
devrait chuter de
nées installé dès po50 agences
37 261 à 32 500
tron-minet derrière
(- 12,6 %), alimentant
son comptoir du
par an, et ça va
par là même la crainte
XVe arrondissement.
continuer »
« Cela fait trois ans que
des syndicats de voir
les effectifs fondre. La
je travaille ici, on voit
direction de BNP Paribas se montre
bien que l’intensité est un peu plus faimoins alarmiste, confirmant une réble qu’avant, on a un peu moins de
duction naturelle de l’ordre de 2 à 4 %
clients qui viennent, mais ils ont des
par an, sans départs contraints. Pas sufbesoins différents. Il faut s’adapter,
fisant pour rassurer les salariés. « Trop,
mais c’est vrai que le secteur bancaire
c’est trop. Le groupe ferme 50 agences
subit la transformation. »
72
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
par an et ça va continuer. Nous avons
des démissions, des abandons de
poste. Les tâches des conseillers
changent en permanence », explique
Charles Legros, délégué national FO,
qui va fêter ses quarante années passées dans la maison de la rue d’Antin,
et se demande ce que vont devenir ses
collègues.
STRESS AU TRAVAIL
Cette exaspération a poussé les élus à
appeler à un mouvement social généralisé le 4 décembre dernier. Du jamais-vu depuis plus de vingt ans, parole de syndicalistes. « Il n’y a pas que
les agences, toutes les couches de l’entreprise sont touchées », indique François Besnard, délégué national CGT.
« Cette digitalisation, est-ce qu’on la
fait avec les salariés ou à la hussarde ?
Des réorganisations dans la banque,
on en a subi beaucoup, et il est temps
d’apporter de la visibilité au personnel », ajoute Joël Debeausse, délégué
national adjoint du SNB, première
force syndicale du secteur. Chaude
ambiance chez les cols blancs.
Si le vent de la colère semble se
lever, difficile pour autant de saisir
l’ampleur du mouvement car, dans la
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
L. VENANCE/AFP
accord lors des dernières
Et des salariés qui quittent l’entreNAO [négociations anprise après quarante-deux ans avec
nuelles obligatoires],
un salaire annuel de 30 000 euros
mais nous maintenons le
également », affirme l’élu.
dialogue ouvert, et un
Pour répondre à ce malaise, la
autre rendez-vous sera
direction indique qu’elle a lancé une
proposé à la mi-décempolitique de prévention des risques
bre », fait-on valoir au
psychosociaux, avec des outils de mesiège, où l’on rappelle
sure mis en place par un cabinet extéque le groupe a tout de
rieur. Pas question de tomber dans
Malaise
même convenu d’une enun syndrome à la France Télécom.
L’intersyndicale
veloppe de 1,5 % pour les
« Nous avons aussi 60 personnels de
a souhaité que le
augmentations
indivisanté disponibles au niveau national,
mouvement social
duelles cette année, sur
40 assistants sociaux et une ligne dédu 4 décembre
une
masse
salariale
glodiée pour contacter un psychologue »,
au sein de la banque,
bale
estimée
à
1,9
mildétaille-t-on.
déjà ciblée par
liard
d’euros
fin
2017.
les casseurs,
Sur les conditions de
NOUVELLE CONCURRENCE
reste discret.
travail, autre grief syndiMais, sur le terrain, une certaine
cal, la situation reste tenforme de résignation pointe, même
due. « Surstress », « vioparmi les jeunes troupes du groupe.
lence », « dégradation de la qualité de
« Dans cinq ou dix ans, on ne sera plus
banque, on compte les liasses du
vie », la transformation pèse sur les
là, ou alors on fera autre chose, démécontentement loin du regard des
salariés, si l’on en croit la plateforme
plore Paul*, un conseiller clientèle de
clients. Pas de pancarte sur les devanrevendicative de l’intersyndicale. Il
29 ans, croisé en train de griller une
tures, encore moins de messages exfaut dire que, depuis la crise financigarette sur le trottoir d’une agence
plicatifs sur les paperboards à l’entrée
cière de 2008, les banquiers encaisparisienne. De toute façon, on va vers
des agences, la grogne des banquiers
sent. « Le secteur continue de privila disparition des agences. »
est larvée. Et même l’intersyndicale
légier les activités de
Pour BNP Paribas
(CFTC, CGT, FO et SNB/CFE-CGC),
marché, plus rentacomme pour les autres
bien que très unie, avait expressément
Une forme
bles, aux activités de
acteurs du secteur, de
demandé qu’aucun rassemblement
de résignation
détail. Et, quelque
nouveaux défis s’anpublic n’ait lieu, histoire de ne pas
pointe, même
part, les salariés sont
noncent, et la transforcogner avec l’image des casseurs ou
traités comme leurs
mation est loin d’être
des gilets jaunes, pour qui les banques
parmi les jeunes
clients. Ils ont été en
terminée. Le dévelopsont justement des cibles de choix.
troupes
première ligne penpement fulgurant des
Il n’empêche que le malaise est
dant la crise, et c’est
fintech (start-up finanréel, comme en témoignent les chifla même chose avec l’adaptation au
cières) accélère le mouvement, pousfres de la mobilisation : « 8 % en équinumérique. C’est un peu cette soufsant ces grands établissements à saisir
valent temps plein », selon les calculs
france qui s’exprime », résume l’écoles opportunités. Comme le Compte
de la direction, « mais 40 % des salanomiste spécialiste de la banque
Nickel, une banque sans agences
riés ont cessé le travail au moins une
Jézabel Couppey-Soubeyran.
rachetée par BNP Paribas en 2017. Ou
heure, c’est une grande réussite »,
Sur le terrain, les syndicats tirent
encore le programme d’intelligence
souligne un leader syndical.
donc la sonnette d’alarme. « Des burnartificielle Watson (IBM), un conseiller
Parmi les principales revendiout ? Oui, on en a. Des dépressions
virtuel, capable de délivrer des prêts à
cations des élus, la question des
aussi. On a des gens qui viennent trala consommation pour les clients
salaires revient souvent et la direcd’Orange Bank. Autant d’outils censés
vailler parce qu’ils n’ont pas le choix.
tion peine toujours à rassurer les
Mais dans quelles conditions », défaciliter la vie des clients, mais qui ne
40 000 employés de BNP Paribas SA,
plore Charles Legros, qui veut casser le
vont pas rassurer les banquiers du
la branche regroupant les fonctions
quotidien. S. P.
mythe du « banquier de Wall Street ».
support, la banque de détail et les
« Des guichetiers à 25 000 euros par
activités entreprises. « C’est vrai que
an, il y en a plus que vous le pensez.
nous ne sommes pas parvenus à un
* Les prénoms ont été modifiés.
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
73
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
économie
déchiffrage
B. KELIN - IMAGINECHINA/AFP
L’ENGOUEMENT
LE BRAS DE FER
LE DÉBARQUEMENT
« Je n’ai besoin de
la permission de personne »
74
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
T. SAMSON/AFP
A. HILABI/AFP
Khaled al-Faleh, ministre saoudien de l’Energie,
le jeudi 6 décembre lors du sommet
de l’Opep, à Vienne, en Autriche.
ALORS QUE RIYAD EST CONTRAINT À UN DÉLICAT JEU
D’ÉQUILIBRISTE avec son allié américain, le ministre
saoudien a assuré ne pas vouloir se laisser dicter
sa conduite. Le président américain, Donald Trump,
avait en effet exhorté dans un tweet l’Opep à « maintenir
sa production en l’état » afin de ne pas mécontenter
les automobilistes américains, satisfaits de la chute
récente des cours du pétrole. Las, après des discussions
tendues, l’Opep et ses alliés, dont la Russie, sont tombés
d’accord pour réduire de 1,2 million de barils
par jour leur production au cours des six prochains mois.
La bataille avec les Etats-Unis est relancée.
Les consommatrices chinoises
s’enflamment pour les cosmétiques.
De plus en plus sophistiquées
et urbaines, elles privilégient
les marques de beauté de luxe
comme Lancôme, n° 1 dans l’empire
du Milieu, et font exploser les
ventes sur Internet. « Nous surfons
sur un tsunami digital », observe
Stéphane Rinderknech, patron
de la filiale chinoise de L’Oréal,
qui a vu ses commandes en ligne
s’envoler, passant de 1 % en 2013
à 30 % en 2018. Et le boom
va se poursuivre tant le potentiel
est énorme : entre les millennials,
qui dépensent sans compter pour
se maquiller, et la classe moyenne,
qui, avide de consommation,
va être multipliée par 9 d’ici à 2030,
les géants du secteur peuvent
se réjouir. Sans fard.
LE PRÉSIDENT DU SNPL D’AIR
FRANCE, le puissant syndicat
de pilotes, n’est plus Philippe
Evain (photo). Le bureau sortant
s’est en effet fait balayer lors
des élections professionnelles :
le leader de la contestation
lors de la grève du printemps
dernier n’arrivant qu’à une
modeste 41e place sur 48 élus.
C’est un virage important
pour la compagnie et son
PDG, le Canadien Ben Smith,
puisque l’équipage Evain
incarnait une ligne très
dure, où le rapport de force
avec l’ancienne direction
était permanent. Tout
un symbole, c’est même
un pilote détaché au sein
de la filiale low-cost
Transavia, Guillaume
Gestas, qui reprend
le manche. Plutôt de bon
augure dans la perspective
de futurs déploiements pour
la marque au pavillon vert.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LA LIBRAIRIE DE L’ÉCO
PAR JEAN-MARC DANIEL
Pourquoi le Brexit
était prévisible
LA COURSE-POURSUITE
Les téléphones chinois n’en finissent plus de gagner du
terrain. Après avoir dépassé Apple au deuxième trimestre,
Huawei a désormais le leader mondial Samsung dans sa ligne
de mire. Xiaomi, qui n’a été fondé qu’en 2010, se rapproche
de la marque à la pomme, avec une part de marché de 8,5 %
au troisième trimestre 2018, contre 1 % à ses débuts,
en 2012. Des fabricants qui sont avant tout soutenus par leur
gigantesque marché intérieur, mais qui se développent à
marche forcée à l’international. Au global, avec 389,1 millions
d’appareils écoulés de juillet à septembre, le marché des
smartphones continue, lui, de progresser légèrement (+ 1,4 %).
Part de marché des cinq plus grands fabricants
de smartphones dans le monde
(en %)
22,3
22,3 %
18,9
18,9 %
13,4
13,4
11,8 11,8
9,5
9,5
7
S
amsung
Samsung
Hua
wei
Huawei
Apple
TTroisième
roisième trimestre
trimestre 2017
2017
189
8,5
7,
7,77
Xiaomi
7,9
7,9
Oppo
TTroisième
roisième trime
stre 22018
018
trimestre
C’EST LE MONTANT DE L’AMENDE infligée
à six grands fabricants d’électroménager
par l’Autorité de la concurrence pour
s’être concertés sur une hausse de prix
commune à deux reprises, entre 2006 et
2009. L’entente portait sur des « produits
blancs » : réfrigérateurs, congélateurs,
lave-linge, cuisinières, fours… L’allemand
BSH (Bosch et Siemens), l’américain
Whirlpool, le suédois Electrolux, les italiens
Candy Hoover et Indesit (détenu par
Whirlpool) et le français Eberhardt Frères ont tous reconnu les faits,
et accepté une procédure de transaction, prévue par la « loi
Macron », leur permettant de fixer avec l’Autorité de la concurrence
les montants maximal et minimal de la sanction encourue.
Ces six entreprises représentent près de 70 % du marché français.
MILLIONS
D’EUROS
D
ans son dernier ouvrage, l’historien Kevin
O’Rourke adopte une perspective longue
pour expliquer la sortie du Royaume-Uni de
l’Union européenne. Ayant achevé son livre en
septembre 2018, il précise d’emblée que la situation est si confuse qu’il est impossible d’établir des scénarios sur ce que seront les relations
futures entre les deux. Dès lors, il revient principalement sur le passé.
Un passé marqué chez les Britanniques par
un débat récurrent entre la pertinence du libreéchange choisi en 1846 et l’affirmation de la
puissance puis de la préférence impériale. Côté
Europe continentale, la création du Marché
commun a correspondu avec la double volonté, politique d’abord, d’effacer les affrontements meurtriers des années 1914-1945 ; économique ensuite, d’éliminer un protectionnisme
synonyme de routine. L’adhésion britannique
dans les années 1970, bien que clairement assumée puisque le score en sa faveur (67 %) lors du
référendum de 1975 fut net, a reposé sur une
ambiguïté : elle était en accord avec le projet de
libéralisation économique. En revanche, le
pays était hostile à tout ce qui pouvait écorner
son statut de grande puissance. Cela a nourri
un sentiment de dépossession de sa souveraineté, qui a été conforté lors de la crise du système monétaire européen de 1992 par le refus
allemand de défendre la livre.
Si le Brexit était donc logique – même s’il
serait réducteur de considérer qu’il était inéluctable –, il n’en reste pas moins que personne
ne l’avait anticipé. D’où des incertitudes et la
cristallisation durable sur la frontière entre
l’Irlande du Nord et l’Irlande du Sud. Bien
documenté, le texte aborde avec clarté ce dossier du Brexit, sur lequel
tant d’opinions contradictoires et parfois farfelues circulent.
UNE BRÈVE
HISTOIRE DU BREXIT
pAR KEvIN O’ROURKE,
tRAD. DE L’ANgLAIS
pAR CHRIStOpHE JAqUEt.
ODILE JACOB, 304 p., 22,90 €.
La Librairie de l’éco, par Jean-Marc Daniel,
le vendredi, à 21 heures, sur BFM Business.
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
75
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
découverte
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
NICOLAS HULOT
“CLIMAT : À L’EUROPE
DE PRENDRE SES
RESPONSABILITÉS”
Pour l’ancien ministre de la Transition écologique, la lutte contre
le réchauffement climatique peut être une valeur cardinale pour
les 27 pays de l’Union Européenne, en première ligne face à l’urgence.
D
epuis son départ du gouvernement, fin août, la parole de Nicolas Hulot est
rare. A l’heure où la conférence internationale sur le
climat COP 24 s’achève à Katowice
(Pologne) et que le Conseil européen
se réunit à Bruxelles pour un rendezvous crucial, l’ex-ministre de la Transition écologique lance un appel
solennel pour que la lutte contre le
réchauffement climatique prenne
une nouvelle dimension.
l’express La COP 24, qui s’achève
le 14 décembre, n’a cessé de reprendre
les constats alarmistes de différents
rapports scientifiques parus cette
année – ceux du Groupe d’experts
intergouvernemental sur l’évolution
du climat (Giec) ou de l’Europe.
Que vous ont-ils appris ?
Nicolas Hulot Ils sont éminemment
précieux pour la récurrence de ce qu’ils
dénoncent, à savoir le réchauffement
climatique et ses effets désastreux.
Mais, finalement, le diagnostic a été
posé dès le début des années 1970 avec
le Club de Rome. Puis on a perdu du
temps et la prise de conscience a été
très lente. Le sommet de Rio remonte
à 1992 avec pour mot d’ordre « Trente
ans pour agir ». De trente ans utiles, on
a fait trente ans futiles. Aujourd’hui, ce
que souligne le dernier rapport du
Giec, c’est que notre dernière possibilité d’agir se joue dans les deux ou trois
prochaines années. Nous sommes déjà
dans le changement climatique et ses
conséquences, notamment en termes
d’inégalités sociales. A travers le
monde, il y a trois fois plus de déplacés
à cause du climat qu’à cause des
conflits ; de même, les conséquences
P.-E.RASTOIN POUR L’EXPRESS
Propos recueillis par Emmanuel Botta et Bruno D. Cot, avec Pierre-Emmanuel Rastoin (photos)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
découverte
économiques des catastrophes naturelles (sécheresses, incendies, tempêtes) ont augmenté de
250 % en moins de vingt
ans [NDLR : 2 908 milliards de dollars entre
1998 et 2017]. Vous rendez-vous compte du
changement d’échelle auquel on assiste?
N. H. Pour la première
fois dans l’histoire de
l’humanité, nous
sommes confrontés à un
enjeu mondial. Avec la
crise climatique, toutes
les populations du globe
se trouvent concernées.
Il faut donc une réponse
universelle, que l’on a
pensé tenir avec la COP 21,
à Paris, où s’est opérée
une prise de conscience
internationale. Or qu’en
est-il aujourd’hui? Ce fut
une réussite diplomatique mais,
comme aucune décision n’était
contraignante, nous avons reculé. En
2017, et du fait de la reprise économique, les émissions de CO2 sont
reparties à la hausse : + 2,7 %. Aujourd’hui, je suis persuadé que nous
pouvons encore agir. Pas au niveau
d’un seul ou de tous les Etats de la planète, mais, si un groupe de pays s’unit,
il finira par entraîner les autres. Ce
groupe, pour reprendre l’expression de
Victor Hugo dans un discours
d’août 1849, ce sont les « Etats-Unis
d’Europe ». Nous sommes à un tournant. D’un côté, il ne faut pas nier ce
qui a été fait ni avoir « l’Europe honteuse », comme le rappelle Michel Barnier. Elle nous a apporté de la stabilité
et surtout la paix, qui n’est jamais un
acquis définitif. De l’autre, l’Europe,
gangrenée par les populismes, a besoin
PHOTOS : P.-E. RASTOIN POUR L’EXPRESS
Votre départ du
gouvernement vous a-t-il
conduit à conclure que
la transition écologique
ne peut se faire au niveau
d’un seul pays ?
LA JUSTICE SOCIALE EST
UN ACCÉLÉRATEUR
DE TRANSITION ÉCOLOGIQUE
78
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
faces d’une même pièce.
Qui pollue le plus ? Les
plus aisés. Qui subit
le plus les désastres climatiques ? Les classes
moyennes et les plus fragiles. Le mouvement des
gilets jaunes rappelle à
tous les fractures sociales
et territoriales que l’on a
laissées grandir. Il met
en évidence, de manière
criante, que le pétrole,
notamment le diesel, est
devenu un piège dans lequel on a enfermé peu à
peu les moins aisés. Ce
mouvement renvoie surtout à l’impasse budgétaire dans laquelle l’Europe s’est enfermée. Sous
la pression des paradis
fiscaux et de la concurrence fiscale, le budget
est devenu un gruyère
fait d’exemptions et
de niches, inégalitaire
et inefficace. J’y ai été
confronté comme ministre. Je n’ai cessé de dire
une chose : la justice sociale est un accélérateur
de transition écologique.
Donner de l’air et de vraies marges
budgétaires pour faire la transition
écologique et solidaire est une condition à notre sortie de crise. A Paris
comme à Bruxelles. A ce titre, j’attends beaucoup du couple francoallemand. Emmanuel Macron, qui
terminera son mandat en 2022, alors
que la France se trouvera à la tête de
l’Europe, doit repenser ses priorités et
entrer de plain-pied dans la transition
écologique. Et je crois que lui, comme
les autres, n’aura pas le choix, parce
que le rapport avec les peuples a été
bouleversé en quelques décennies.
d’un nouveau souffle, d’un nouvel
idéal et je pense que la lutte contre le
changement climatique nous donne
une opportunité de nous retrouver sur
l’essentiel, parce que nous serons tous
gagnants ou tous perdants. Le 13 décembre se tient à Bruxelles un Conseil
européen crucial. J’appelle nos chefs
d’Etat à prendre leurs responsabilités.
Nos élus ne peuvent plus dire qu’ils ne
savaient pas. Ils ont un devoir historique. S’ils ne font rien, ils tomberont
dans les limbes. S’ils agissent, ils apparaîtront comme des visionnaires.
Cette urgence à agir est-elle
audible, alors que tous les regards
sont portés sur les tensions sociales
qui traversent un pays comme
la France ?
N. H. Je le répète, la transition écologique et la justice sociale sont les deux
Qu’entendez-vous par là ?
N. H. Nous vivons dans un monde qui
s’est brutalement connecté par la mobilité, la télévision, la radio et, plus récemment, Internet. Il s’est connecté,
mais pas relié, c’est-à-dire qu’en se
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Nicolas Hulot : “A l’Europe de prendre ses responsabilités”
rapprochant les hommes
ont cru pouvoir réduire
les inégalités. En réalité,
ce monde ne les a pas
réduites, mais il les a
confrontées avec une vue
directe des exclus sur les
inclus. Conséquence : à
l’exclusion s’est ajouté le
sentiment explosif qu’est
l’humiliation. Cela se
vérifie tristement, chez
nous, avec la crise des
gilets jaunes et le rôle des
réseaux sociaux, non
seulement mobilisateurs
mais aussi cristallisateurs des injustices, au
premier rang desquelles
la fiscalité. Cela se vérifie
aussi chaque jour à travers le monde, où un
habitant des côtes des
Philippines, subissant
son quatrième typhon de
l’année, sait pertinemment où sont les causes
et qui sont les responsables. Tout cela est source
de frustrations et de rancœurs exacerbées. Désormais, la pauvreté des uns
menacera toujours la
prospérité des autres. En ce sens, la
solidarité n’est plus une question de
morale ni une option, elle est la condition première à la paix : si l’on veut un
monde apaisé, il faudra apprendre à
mieux partager. En Europe comme en
France, ce nouveau paradigme est
incontournable et, à 27, je reste persuadé que nous avons encore les
cartes en main. Dans cet esprit, nous
gagnerons ou nous perdrons avec
l’Afrique, et nous n’avons d’autre
choix que de faire un pacte de réussite
commun avec ce continent.
Pour cela, il faudrait
commencer à s’entendre
entre l’Allemagne,
qui sort du nucléaire,
la France, qui prolonge
sa filière, ou des pays
comme la Pologne, qui
n’ont pas encore accès
à l’atome et se basent
sur le charbon…
NOUS DEVONS FAIRE
UN PACTE DE RÉUSSITE
COMMUN AVEC L’AFRIQUE
Par où commencer, alors que
l’absence de politique européenne en
matière d’environnement est criante ?
N. H. La crise écologique nous oblige
à nous affranchir des énergies fossiles, pour des raisons climatiques
évidemment, mais également parce
que nous en avons peu dans notre périmètre. De la même façon, elle nous
oblige à une souveraineté alimentaire. Ces deux perspectives doivent
nous enthousiasmer. Prenez l’autonomie énergétique, elle nous tend
les bras grâce au renouvelable. J’y
crois beaucoup et pas de façon béate.
Son point faible aujourd’hui est peutêtre encore le stockage, mais l’Europe
doit mettre les moyens dans la recherche, notamment dans l’hydrogène, comme l’Asie le fait. Demain, on
pourra être autonome en produisant
notre propre énergie, à l’intérieur de
nos frontières et avec des sources
gratuites – le vent, le solaire, la géothermie, les courants, etc. Tout est là,
à disposition. Ce saut quantitatif en
passant à l’échelle européenne est
une injonction à donner du sens
au progrès.
N. H. En Europe, il faut
arrêter de faire les choses
chacun dans son coin et
coordonner les efforts.
D’autant qu’il est possible de s’appuyer sur ce
qui marche. La Suède,
par exemple, atteindra
ses objectifs en matière
de gaz à effets de serre
(GES) dès 2020, au lieu
de 2030. La Norvège
a construit sa formidable
puissance hydroélectrique grâce à ses nombreux barrages, tout
comme la Suisse ; les
Pays-Bas ferment leurs
centrales à charbon ; au
Portugal, 66 % de l’électricité en 2016 était d’origine renouvelable. Après
avoir été pieds et poings
liés avec la Chine sur le photovoltaïque, évitons de l’être avec les batteries électriques ou les piles à combustible. C’est à l’Europe de faire naître
au plus vite des géants industriels
dans ces domaines, parce que nous
avons les compétences. Ensuite, audelà des solutions technologiques,
nous avons collectivement à travailler
sur l’efficacité énergétique et notamment la rénovation thermique des bâtiments. Les bâtiments, c’est 40 % de
la consommation d’énergie en Europe
alors que, individuellement, nous
pourrions diviser d’un tiers notre facture. Là encore, c’est à l’Etat de montrer l’exemple, avec les bâtiments publics. J’ai le souvenir que mon propre
ministère était la pire passoire thermique de la place parisienne… Pour
s’attaquer à cette problématique, il
faut voir les choses en grand et
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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découverte
investir dans l’avenir en décrétant un
véritable plan Marshall pour la transition énergétique.
Pour lancer un tel plan, il faut
de l’argent, donc des investissements.
Doit-on renverser la table et faire
exploser les traités européens qui
nous obligent notamment à contenir
la dette ?
N. H. Nous n’avons plus le temps, si
bien qu’il faut utiliser les règles de
flexibilité existantes pour dégager des
marges. Prenez le traité de Maastricht
et ses fameux critères qui obligent les
Etats à maintenir leurs déficits publics au-dessous du seuil de 3 %. Ne
pourrait-on pas extraire de ce calcul
les investissements dont la vertu serait d’économiser des dépenses énergétiques et d’entrer totalement dans
la transition écologique ? Cette proposition, portée par les économistes
Alain Grandjean et Gaël Giraud, me
semble frappée au coin du bon sens.
Mais l’autre grande piste qui me paraît incontournable consiste maintenant à faire revenir dans le périmètre
de l’impôt la finance spéculative et les
multinationales, dont les bénéfices
sont incroyablement peu taxés,
quand ce sont les classes moyennes,
les PME, les TPE et les artisans qui ont
payé les dégâts de la crise de 2008. Là,
je pense plus particulièrement à la
taxation des Gafa, sur laquelle les 27
doivent s’entendre. Il faut aussi
remettre à plat le marché carbone européen pour que le prix de la tonne
payé par les géants de l’industrie
décolle vraiment, y aller à fond sur la
fraude fiscale, sur les paradis fiscaux,
dont on n’assume pas le nom mais qui
perdurent dans l’espace européen, sur
l’optimisation fiscale et, enfin, sur la
taxe sur les transactions financières
(pour freiner la spéculation boursière), qui n’a jamais été aussi pertinente. Cette dernière doit servir à
deux choses : aider les pays du Sud à
se développer sans passer par la case
des énergies fossiles, parce que nos
destins sont étroitement liés, et nous
permettre de financer la transition
écologique.
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L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
Cela ne suffira pas. Il y a une
nécessité à trouver aussi de nouvelles
recettes. Où ?
N. H. Dans ce domaine-là, le temps de
l’utopie est arrivé. L’utopie, c’est ce qui
n’a pas encore été essayé. Je prends un
exemple : il existe un instrument extrêmement simple et efficace pour
structurer les modes de consommation et de production à l’aune des impératifs écologiques, c’est la TVA. Si on
avait une TVA immédiatement incitative pour les biens et les services qui
ont un faible impact sur l’environnement et une TVA progressivement dissuasive pour les autres, le temps de
laisser aux gens la possibilité d’évoluer,
nous changerions totalement le mode
de production et de consommation de
l’Europe en vingt ans. Après, il faut
aussi oser taxer les secteurs du transport les plus polluants, et qui sont les
plus inégaux. Un automobiliste qui
prend sa voiture tous les jours pour
aller travailler ne peut pas faire autrement. En revanche, ceux qui prennent
l’avion pour partir en vacances ont le
choix. Il serait plus juste qu’ils soient
mis à contribution par une taxe sur le
kérosène, comme le font déjà certains
pays, à l’instar de la Suède. Si, individuellement, je dépense 1 tonne de carbone en voyageant par les airs, il faudrait me contraindre à fixer 3 tonnes
de carbone. Sortir de la neutralité et
aller vers une compensation positive.
Cela doit avoir un prix. Ces mesures,
comme celles qui peuvent s’appliquer
aussi aux camions – on voit des routiers allemands venir travailler en
France pour échapper aux taxes dans
leur pays – ou au transport maritime,
afin de pousser les armateurs à s’équiper en moteurs GPL, doivent être
prises par l’ensemble des pays d’Europe pour être efficaces.
Ne faut-il pas mettre
en œuvre un véritable plan
massif d’investissements,
comme le proposent l’économiste
Pierre Larrouturou et le climatologue
Jean Jouzel ?
N. H. Je suis en total accord avec leur
idée d’investir chaque année 100 mil-
liards d’euros de plus en Europe pour
soutenir l’économie de demain. Un
plan basé d’un côté sur la mise en
place d’un budget d’investissements
dédié, financé par des impôts européens prélevés sur les entreprises qui,
ces dernières années, ont profité de la
concurrence fiscale entre les Etats ; de
l’autre, au niveau de la Banque européenne d’investissement, la mise en
place de prêts à taux zéro pour chaque
Etat en fonction de son PIB [à hauteur
de 2 %] pour des projets liés à la transition écologique. La question qui se
pose finalement est : l’Europe peutelle investir massivement pour le
climat, comme elle l’a fait pour les
banques ? A l’issue de la crise de 2008,
2 500 milliards ont été créés pour les
sauver. C’était une nécessité, même si
l’on peut rétrospectivement regretter
que l’essentiel de ces fonds a servi à
alimenter la spéculation. Mais, ce qui
m’agace, c’est que faire la même chose
pour la catastrophe humanitaire
annoncée semble tabou à Bruxelles.
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Nicolas Hulot : “A l’Europe de prendre ses responsabilités”
La politique agricole commune (PAC)
reste le principal poste de dépense de
l’Europe. Ne faudrait-il pas en prendre
une partie pour accélérer la transition
écologique ?
N. H. Personnellement, je ne suis pas
pour réduire son budget, mais pour
le consacrer entièrement à la transition agricole et alimentaire. Car le
système qui a poussé pendant des
décennies l’agriculture vers un modèle productiviste peut tout autant
participer à sa conversion totale.
Mais il faut au préalable se fixer trois
objectifs forts qui conditionneront
les aides de la PAC : une autonomie
alimentaire, une alimentation de
proximité et de qualité, mais surtout
une agriculture tournée vers la transition écologique, notamment en
protégeant la biodiversité. De même,
un mode d’élevage moins intensif
permettra une bien meilleure prise
en compte de la souffrance animale.
Il s’agit d’un renversement total,
mais le contexte n’a jamais été aussi
favorable : partout en Europe les
gens veulent une alimentation de
qualité, issue d’exploitations de
proximité et qui permettrait aux agriculteurs de vivre décemment. Pour
cela, il faut les accompagner dans
cette mutation, notamment avec
l’abandon dans trois ans du glyphosate, pour lequel les alternatives existent. Notre plus belle certitude est la
taille de notre marché : imaginez que
les 27 pays d’Europe fixent à leur restauration collective l’objectif qu’au
moins 50 % de leurs achats soient
issus de cette nouvelle agriculture .
Dans ce cas, je peux vous assurer que
L’EUROPE PEUT-ELLE INVESTIR
POUR LE CLIMAT COMME ELLE L’A FAIT
POUR LES BANQUES EN 2008 ?
notre modèle se transformera en
moins de vingt ans.
En s’imposant des standards
environnementaux élevés, l’économie
européenne ne risque-t-elle pas
de perdre en compétitivité face
à des pays comme les Etats-Unis
ou le Brésil ?
N. H. Je regrette surtout que, à l’heure
de l’urgence climatique, lorsque le
monde aurait besoin de Nelson Mandela ou de Vaclav Havel, il assiste
impuissant au triomphe de Donald
Trump aux Etats-Unis ou de Jair Bolsonaro au Brésil. Ce sont de très mauvaises nouvelles pour la lutte contre le
réchauffement climatique, mais c’est
une raison supplémentaire pour que
l’Europe s’unifie. Notre position sera
tenable à partir du moment où l’on se
protégera, en mettant des écluses fiscales, sociales et environnementales
à nos frontières. C’est aujourd’hui
possible d’opposer à ce renoncement
une vision d’avenir grâce aux accords
de commerce en cours de négociation : l’Europe pourrait conditionner
ces accords à la mise en œuvre réelle
de l’accord de Paris. A partir de là, je
fais le pari d’une forme d’intelligence
collective qui amènera les autres
grandes puissances à se mettre au
niveau de nos standards.
P.-E. RASTOIN POUR L’EXPRESS
Ce combat que vous portez
pour engager la lutte contre le
réchauffement climatique au niveau
de l’Europe vous amène-t-il à vous
interroger sur un possible avenir
à Bruxelles ?
N. H. Ce que je crois, c’est que le scrutin du mois de mai 2019 sera primordial pour notre futur collectif. Et,
même si je ne soutiendrai pas tel ou
tel parti, je compte bien faire entendre
ma voix. Aujourd’hui, je prends le
temps de la réflexion : à notre échelle,
je suis surpris par le nombre d’initiatives innovantes qui méritent d’être
mises en lumière, dans tous les milieux, associatifs, économiques et politiques. Ce sont des signaux positifs
qui m’enthousiasment. Et si je peux
aider à les coordonner, je le ferai.
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Ils sont des personnages de l’époque.
Voici leurs quêtes, cheminements,
révélations, combats et raclées.
le récit de lexpress
Pénitence Le cardinal
Barbarin a demandé
«personnellement pardon»
aux victimes de prêtres
pédophiles, lors d’une messe
de la Semaine sainte, en 2016.
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L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
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Le 7 janvier 2019, le cardinal
Barbarin comparaîtra devant le
tribunal correctionnel de Lyon pour
non-dénonciation d’abus sexuel.
Portant la responsabilité dans une
affaire qui salit l’Eglise. Par Henri Tincq
P h i l i p p e
B a r b a r i n
Au nom de l’Eglise
Episode 1
R. PRATTA/REUTERS
OÙ L’ON SUIT LES PREMIERS PAS DE PHILIPPE
BARBARIN DANS LE CLERGÉ, PLUS PROCHE
D’UN CATHOLICISME DE TRADITION QUE DE
L’ENGAGEMENT SOCIAL DES PRÊTRES-OUVRIERS
Je croyais rencontrer un homme abattu, portant comme
une croix sur ses épaules le crime des abus sexuels dans
l’Eglise. Un archevêque, vu comme le plus brillant de sa génération, devenu le symbole d’une pédophilie doublement
criminelle, car commise par des hommes de Dieu. Mais
face au tribunal de l’opinion et à la justice civile, Philippe
Barbarin se tient droit. Il cite la neuvième béatitude du
Sermon sur la montagne : « Heureux êtes-vous si l’on vous
insulte, si l’on vous persécute, si l’on vous calomnie à cause
de moi! » Et ajoute, sans provocation : « Mon seul juge, c’est
Lui », parlant d’un dieu auquel il a consacré sa vie. Un
temps, je me dis alors que je viens de retrouver le jeune
aumônier que j’ai connu il y a longtemps dans le Val-deMarne, un surdoué toujours à vif, séducteur mais raide,
brillant mais clivant, souvent dans l’affect, porté à l’hubris
comme ceux à qui tout réussit. Adoré ou détesté. Une
liqueur trop forte pour les petits appétits.
De son enfance au Maroc, il se souvient des plages de
Rabat, de l’appel du muezzin marié aux cloches des
églises, du respect pour le musulman inculqué par sa
mère, grande et belle femme, beaucoup d’allure. Il jouait
à « dire la messe » déjà, rangeant les chaises, improvisant
des autels et des sermons. Mais devenir prêtre pour de
bon, dans les années 1970, le rester, résister, ne va pas de
soi ! Y compris dans les familles nombreuses comme la
sienne (11 enfants), traditionnelle mais pas bigote, pourvoyeuse de vocations (il a trois sœurs religieuses).
Le futur cardinal Barbarin appartient, ne jamais
l’oublier, à une génération de rescapés d’un clergé
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
bousculé par les suites tortueuses de Vatican II (19621965), la guéguerre entre « intégristes » et « progressistes » qui s’est ensuivie, par Mai 1968, l’hémorragie des
fidèles, la trahison des clercs, la polémique née autour
d’Humanae Vitae, l’encyclique de Paul VI condamnant
la pilule. Il s’en sort avec des réflexes de survivant, un
brin de fougue et d’arrogance, le sentiment d’avoir raison contre tout le monde. A la Sorbonne, l’étudiant de
philo se plie aux rites d’un temps où les chrétiens se font
plus rares, reçoivent en pleine figure la concurrence du
marxisme triomphant. Le jeune Barbarin se réfugie dans
les prières d’adoration, les réunions Bible, les montées
nocturnes à Montmartre à travers les rues de Pigalle, les
pèlerinages à Chartres, Rome ou en Terre sainte.
A Montmartre, il fréquente les groupes Résurrection
du recteur Maxime Charles, ancien aumônier de la
Sorbonne, idole des étudiants chrétiens des années 1950.
Il y croise de jeunes talents comme Jean-Luc Marion
(aujourd’hui à l’Académie française), Jean-Robert Armogathe, Rémi Brague, qui fondent l’édition française de
la revue Communio, lancée en Allemagne par Joseph
Ratzinger, futur Benoît XVI.
En 1973, il entre au séminaire des Carmes. Le séminariste Barbarin choisit son camp, celui d’un catholicisme de rigueur et de tradition, héritier de Vatican II,
mais dépouillé de ses scories et de ses excès. Ses références sont le théologien Hans Urs von Balthasar, qu’il
promène dans les rues de Paris, ou le jésuite Henri de
Lubac, à qui il rend des visites. Déjà, il passe pour un
élève brillant mais agaçant. Jean-Claude Eslin, spécialiste d’Augustin et d’Hannah Arendt, lui rend un jour
une copie en disant : « Je ne suis pas d’accord avec vos
idées, mais je vous donne quand même un 19 ! » Longtemps après, Barbarin deviendra, derrière son aîné JeanMarie Lustiger à Paris, derrière Jean-Paul II, qui en a fait
un évêque, le champion d’un catholicisme de « restauration », ce mot du jargon d’Eglise qui désigne la riposte
au cléricalisme de gauche des années 1960.
De fait, quand il devient aumônier de grands lycées
publics comme Hector-Berlioz à Vincennes ou Marcelin-Berthelot à Saint-Maur, son obsession est d’aider les
jeunes croyants à affronter un monde déchristianisé, à
se réapproprier les textes bibliques, à prendre leur place
dans la société civile et politique. Il crée à Vincennes
l’« équipe Saint-Louis », qui réunit de jeunes professionnels, futurs cadres d’entreprise, médecins, prêtres, à qui
il propose des rencontres avec des célébrités de l’époque
et des voyages en Pologne, en pleine tempête de Solida-
Son obsession est d’aider
les jeunes croyants à affronter
un monde déchristianisé, à se
réapproprier les textes bibliques
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L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
P. AUGROS/PHOTO PQR/LE PROGRÈS/MAXPPP
le récit de lexpress
nosc, et en Terre sainte. Il a du succès, une réputation de
gourou, une mémoire phénoménale des noms et
prénoms. Des décennies plus tard, il est capable de citer
ceux de vos enfants et de leurs amis qu’il a croisés à
Vincennes, Alfortville, Saint-Maur ou Boissy. Il tient des
fiches, se souvient des études de l’un, des épousailles de
l’autre, n’oublie aucun anniversaire, aucun baptême,
mariage, deuil. Capable de dérouler des tirades entières
de Racine et de Corneille, il est aussi bon prédicateur.
Comme le souligne Stéphane Aulard, vicaire épiscopal
de Créteil, qui le connaît depuis ses visites à l’église des
Sœurs blanches du pont de Charenton : « Philippe
prêche toujours sans notes et pourtant tout est clair et
structuré. Il vous donne l’impression que vous êtes seul
à l’écouter et le seul pour lui à compter. »
Mais par ses origines – père militaire au Maroc,
reconverti dans la banque –, par ses « fulgurances »
pastorales, le jeune Barbarin détonne dans le clergé du
Val-de-Marne, où il passe pour un « zombie », dit avec
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Philippe Barbarin Au nom de l’Eglise
Episode 2
OÙ PHILIPPE BARBARIN SUBJUGUE SES
PAROISSIENS LYONNAIS AVEC SA PRATIQUE
DU SPORT, SA PROXIMITÉ AVEC
GÉRARD COLLOMB ET SON AMITIÉ
AVEC LE PAPE FRANÇOIS
Charisme A son arrivée à Lyon, en 2002,
l’archevêque passionné de course à pied,
baptisé « Marathon Man », séduit les Lyonnais.
humour Jean-Luc Mairot, qui lui a succédé dans les banlieues chics de Vincennes ou de Saint-Maur. Loin des
bastions ouvriers et communistes d’Ivry, de Vitry, de
Champigny, Barbarin est à des années-lumière d’un
clergé et de mouvements – Action catholique ouvrière,
Jeunesse ouvrière chrétienne – qui, dans la banlieue
rouge, soutiennent les luttes des prolétaires. Il n’a pas les
codes d’une Eglise marquée ici par l’aventure des prêtresouvriers, condamnés par Rome en 1954, ou le souvenir
d’une Madeleine Delbrêl, cette femme en voie de canonisation, « éblouie par Dieu », disait-elle, à travers son travail social dans la banlieue communiste d’Ivry-sur-Seine.
Mais il est loyal. Il sent monter une distance méfiante, une jalousie pesante. Alors, à la surprise de tous,
il s’éloigne, pour quatre ans (1994-1998), à Madagascar.
Il est professeur de théologie au grand séminaire de Fianarantsoa, mais le choc avec la pauvreté, avec une Eglise
démunie de tout, fébrile et joyeuse, lui fait gravir une
marche : celle de la maturité.
A son arrivée à Lyon, en 2002, les photographes le mitraillent sur une passerelle de la Saône, dans sa tenue running,
collants noirs, bandeau, Nike fluo aux pieds, avec en fond
la basilique de Fourvière. La ville découvre son nouvel
archevêque, aussitôt baptisé « Marathon Man ». C’est
l’époque bénie où, après la visite en coup de vent du ministre de l’Intérieur, il hérite de l’étiquette de « Sarko de
l’Eglise ». Où s’esquisse une amitié, qui résistera à toutes
les fâcheries, entre le maire et le cardinal, entre Gérard
Collomb et Philippe Barbarin, les deux personnes qui
comptent dans une ville qui est à la fois la plus francmaçonne et la plus catholique de France. La bonne bourgeoisie du quartier d’Ainay s’entiche de cet archevêque de
51 ans, sportif, fraternel, fonceur, un brin touche-à-tout,
une réputation déjà d’homme de com’.
Philippe Barbarin succède à trois cardinaux, Albert
Decourtray, Jean Balland, Louis-Marie Billé, emportés
en moins de huit ans, terrassés le premier par un AVC,
les deux autres par un cancer. A l’époque, on met en
cause les antennes du haut de la colline, leurs mauvaises
ondes, leur pouvoir maléfique sur les archevêques !
Alors le Vatican choisit Barbarin pour sa jeunesse, sa
santé, sa « baraka », et les Lyonnais lui offrent des paires
de baskets comme autant de grigris. Mais le jeune prodige joue avec leurs nerfs. C’est la jambe dans le plâtre,
après une vilaine chute, qu’il prend possession, le 14 septembre 2002, de Saint-Jean, sa cathédrale.
Tout Lyon découvre vite ses marottes. Du lycée Gouraud, à Rabat, où il est né et a vécu jusqu’à l’âge de 10 ans,
où il côtoyait la fille du roi Hassan II, il a hérité l’amour
des langues. Il récite encore, chaque jour, le « Notre
Père » en araméen. Féru de littérature et d’astronomie,
éclectique, il collectionne aussi les albums d’Hergé, dont
il détient des éditions rares, syriaque, japonaise, hébraïque, arabe. Et, quand il voyage, il se fait fort d’apprendre et de prononcer les prières en langue locale,
chaldéen, arménien, polonais, chinois, etc. Sa passion
pour Tintin n’est pas qu’une coquetterie. Tintin lui ressemble. « Il est sympathique, curieux de tout, intrépide,
électron libre, pas très gauchiste. Barbarin, c’est le Tintin
de l’épiscopat français », dit l’un de ses amis prêtres.
Madagascar, il en parle tous les jours, hanté par sa rencontre d’hier avec « la pauvreté du monde » concentrée
dans l’île de l’océan Indien. Il lui envoie des kilos de vivres
et de livres, y retourne pour faire le tour des séminaires,
célébrer des baptêmes dans les villages les plus reculés.
C’est un évêque à l’aise avec l’argent, chose rare, et il se
lance dans des collectes records pour Madagascar ou les
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le récit de lexpress
OSSERVATORE ROMANO/REUTERS
chrétiens d’Orient. Il se veut dans la ligne
du catholicisme social, dont Lyon est le
berceau, celui du cardinal de Bonald, un
aristocrate qui prit la défense des canuts.
Un social loin de la lutte des classes.
Dimanche 18 novembre 2018, Journée
mondiale de la pauvreté, il entre à l’église
Saint-Bonaventure, où sont réunies des
dizaines de familles de démunis, servies
par les plus grands cuistots lyonnais. Il enfile un long tablier rouge, se laisse photographier, puis traverse les tables, salue
chacun des 800 invités. Christian Delorme,
ancien « curé des Minguettes », aujourd’hui dans les quartiers populaires
d’Oullins et Pierre-Bénite, a ce mot qui résume son charisme : « Barbarin, c’est le
fils de Jean-Paul II et le cousin, par mésalliance, du pape François. » Fils de JeanPaul II, parce que c’est un évêque de la
« restauration » postconciliaire, investissant dans la formation, la communication, bâtisseur d’églises, de séminaires,
« évangélisateur », chantant les louanges
dans la rue, distribuant des évangiles,
plus à l’aise avec les communautés charismatiques, soucieuses de tradition, de
visibilité, de discipline, qu’avec les mouvements d’action catholique.
Quant au pape François, il a une « ligne
directe » avec la résidence Sainte-Marthe
et, pour cela aussi, Barbarin fait des jaloux.
Nomination Philippe
Il a pour lui une vraie affection, que l’on
Barbarin, archevêque de
dit, à Rome, partagée. Il répercute les apLyon et Primat des Gaules,
pels de François pour l’accueil des réfugiés,
est créé cardinal par le
mobilise pour eux les paroisses lyonnaises,
pape Jean-Paul II, en 2003.
« retourne » son clergé, de tradition frondeuse, qu’il emmène au Vatican voir le
pape. Mais c’est une amitié « paradoxale ».
Plutôt un « conservateur » « qui carbure plus vite
Barbarin, cousin « par mésalliance » du pape latino-améque tout le monde », et qui, pénétré par le sentiment de
ricain, est absent des luttes sociales. Il s’entoure de prêtres
posséder toute la vérité, n’écoute pas. Une attitude qui,
et de laïcs le plus souvent issus de la bourgeoisie d’affaires
dans l’affaire du mariage pour tous et dans celle de
et des grandes familles, les Mérieux, les La Tour d’Artaise,
pédophilie, lui vaudra des désillusions.
qui sont à Lyon le « troisième pouvoir ».
Il se fâche avec les associations proches, mais indépendantes de l’Eglise, comme Habitat et Humanisme
Episode 3
du prêtre Bernard Devert. Ou la Fondation Fourvière,
qui récolte des fonds importants, dont l’ancien présiOÙ PHILIPPE BARBARIN SE LAISSE ALLER À DE
dent Jean-Dominique Durand, grand historien cathoREGRETTABLES ÉCARTS DE LANGAGE, EMPORTÉ
lique devenu adjoint au maire, dépeint son archevêque
PAR SON ENTHOUSIASME POUR LES VALEURS
comme audacieux, courageux, mais méfiant vis-à-vis
DÉFENDUES PAR LA MANIF POUR TOUS
de la sphère publique et laïque, typique d’un nouvel
épiscopat voulant à nouveau tout contrôler, comme au
Jusqu’au bout, il a cru que la loi Taubira ne passerait pas.
temps de l’hégémonie cléricale. Barbarin n’est pas un
Place Bellecour, le 17 novembre 2012, puis le 13 janvier
« restaurateur » pur et dur, comme en compte l’épiscopat.
suivant, le cardinal Barbarin est à la tête des manifesta-
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L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
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Philippe Barbarin Au nom de l’Eglise
C. SIMON/CIRIC
tions lyonnaises contre le mariage gay. A côté de Kamel
Kabtane, recteur de la mosquée, il se fait photographier
au milieu des élus de droite, des groupes « pro-vie », des
troupes bon chic bon genre de l’enseignement catholique, des litanies de prêtres en soutane, de paroissiens
en Barbour et jupes plissées, de parents en sweat cool et
leurs poussettes d’enfants. La Manif pour tous rallie tout
ce que la droite catholique compte alors d’amis de François Fillon et de Sens commun, de chapelles tradis, de
militants radicaux contre l’avortement, la PMA, la GPA,
l’idéologie du genre, les LGBT. Des banderoles dressées
contre la loi Taubira, certaines sont fort sages : « Un père,
une mère, c’est élémentaire ! » « Touche pas à nos stéréotypes de genre ! » Mais d’autres sont d’un goût détestable :
« On veut du sexe, pas du genre » ; « Y a pas d’ovules dans
les testicules » ; « Les enfants naissent dans les choux, les
roses, pas dans les arcs-en-ciel. » Dans les rues de Lyon,
on entend de la vulgate la plus homophobe à la mauvaise
foi partisane, du conservatisme le plus rétrograde au
moralisme le plus plat.
Bon client des médias, le cardinal lance des formules
qui font le buzz : « Quand un Parlement perd la tête, je ne
suis pas obligé de perdre la tête avec lui. » Ou ce proverbe
qu’il a ramené de Madagascar : « On peut affirmer qu’une
fourmi est un baobab, mais ce n’est pas la vérité ! » Mais
on s’étonne qu’il s’affiche avec Frigide Barjot, cette
convertie à la foi catholique, humoriste qui chantait au
Banana Café, à Paris, entourée de drag queens, des
refrains du genre : « Fais-moi l’amour avec deux doigts,
parce qu’avec trois ça rentre pas ! » Après avoir renoncé à
la pilule, raconte-t-elle, elle s’autoproclame « porte-parole
de Jésus » et, sur un site Internet, fait campagne pour
Benoît XVI, attaqué dans le monde entier sur la question
du préservatif. Barbarin ne déteste pas ces figures marginales – il y en a plein l’Evangile ! – mais ne
mesure pas les dégâts provoqués par cette
proximité – vue à la télé – avec une telle
manifestante en minijupe et perruque rose
sur fond de discours homophobe. Ou avec
des groupuscules d’extrême droite, GUD,
Bloc identitaire. Pas un jour ne passe sans
qu’un évêque, un rabbin, un protestant, un
juif, un musulman ne mettent en garde
contre le mariage gay.
Mais Barbarin en fait une affaire personnelle, envahit les plateaux de télévision, sillonne les paroisses, squatte les
sites, s’adresse aux élus, va chercher des
soutiens dans la communauté musulmane auprès de radicaux comme les
Frères musulmans, les plus influents dans
les mosquées. Et il finit par déraper. Le
13 septembre, sur TLM, chaîne télévisée
lyonnaise, il affirme que, si des repères
anthropologiques aussi fondamentaux
que le mariage entre un homme et une femme sautent,
d’autres « demandes incroyables » surgiront, comme la
suppression de l’interdit de l’inceste, les « unions à plusieurs », le « polyamour » ou la polygamie.
L’après-midi même, une dépêche AFP rapporte que
Manuel Valls et Bertrand Delanoë sont scandalisés. Des
catholiques s’insurgent, choqués par la dérive populiste
du cardinal, par « son anti-intellectualisme qui ne ressemble pas au catholicisme de Bernanos, de Claudel,
Maritain, Péguy ». Pourtant, dans les coups durs, le cardinal peut toujours compter sur Gérard Collomb. Un jour
de manif, le maire réunit à déjeuner, à l’hôtel de ville, ses
présidents de groupe. Un élu des Verts prend la parole :
« Monsieur le maire, il faut quand même faire quelque
chose sur Barbarin. Il en va de l’image de la ville. »
Gérard Collomb fait le sourd. Un autre élu, de gauche,
repose peu après la question. Le maire s’emporte devant
ses convives : « Vous voulez quoi ? Que j’entre en guerre
contre le cardinal ? Mais vous ne voyez pas que la moitié
des manifestants sont nos électeurs ? »
Pas sûr qu’à Lyon tout le monde fasse preuve d’autant de mansuétude. Dans une ville « qui se gouverne
au centre », Barbarin avait réussi à brouiller les frontières droite-gauche. Mais après un parcours sans faute,
son engagement dans la Manif pour tous est un tournant. Sa réputation n’avait jamais dépassé le périmètre
de Lyon et du Roannais. Après les mobilisations, il devient « l’évêque le plus connu et le plus haï de France »,
comme l’écrit Frédéric Martel, journaliste qui connaît
bien les milieux LGBT. Depuis, bien avant celle de la
pédophilie, l’affaire de la Manif pour tous le poursuit.
Son heure de gloire est passée. Barbarin ? On l’adore ou
on le hait, dit-on depuis à Lyon. Sa « Passion » ne fait
que commencer.
Tournant Après un
parcours sans faute,
son engagement dans
la Manif pour tous va
déclencher la polémique.
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
le récit de lexpress
Episode 4
Accusé François
Devaux, de La
Parole libérée,
a déposé plusieurs
plaintes contre
le cardinal.
OÙ PHILIPPE BARBARIN,
AU NOM DE L’HONNEUR
DE L’ÉGLISE, ET COMME
BEAUCOUP D’AUTRES
MEMBRES DU CLERGÉ
LYONNAIS, LAISSE IMPUNI
UN CRIME DE PÉDOPHILIE
F. COFFRINI/AFP
Dans le salon de l’archevêque, audessus d’une rangée de fauteuils
damassés de couleur pourpre,
une galerie de portraits présente
les cardinaux de Lyon passés à la
postérité : Louis-Jacques-Maurice
de Bonald, fils du théoricien de la
Contre-Révolution, grande figure
de l’ultramontanisme; Jean
Villot, futur secrétaire d’Etat de
trois papes, Paul VI, Jean-Paul Ier et Jean-Paul II ; PierreMarie Gerlier, l’auteur du fameux « Pétain, c’est la
France et la France, aujourd’hui, c’est Pétain ». Le même
qui, pour avoir sauvé des juifs, reçut d’Israël le titre de
Juste parmi les nations. Quand le jeune Barbarin, frais
émoulu de la banlieue parisienne et du modeste diocèse
de Moulins, succède à Lyon à ces grands prélats, les ricaneurs s’éclatent : une marche trop haute pour lui ! Il faudra qu’il arrête de jouer l’aumônier de lycée ! Quinze ans
après, les mêmes reviennent : on vous l’avait bien dit !
Dans cette galerie de portraits, il y a une icône qu’on
se hâterait aujourd’hui de déboulonner. Dès 1990, Albert
Decourtray est le premier à entendre les rumeurs d’attouchements visant un prêtre de son diocèse, Bernard
Preynat, curé et aumônier de la troupe scoute de SainteFoy, dans la métropole lyonnaise. Il reste des témoins de
cette époque. Ils jurent tous que le cardinal était furieux,
sur le point de décrocher son téléphone et d’alerter la
police. Decourtray ne manquait pas de courage. Il en a
montré dans l’affaire Touvier, dans celle du carmel
d’Auschwitz, dans ses passes d’armes avec Jean-Marie
Le Pen. Mais, cette fois, il renonce à rendre public le
scandale Preynat. Pour l’honneur de l’Eglise ? Pas seulement. « Pour l’honneur de notre nom et de nos familles », demandent la quinzaine de parents de scouts
venus se plaindre auprès de lui, qui réclament la mise à
l’écart du prédateur, mais surtout le silence. Albert
Decourtray grommelle : « C’est la dernière fois. » Et il
déplace Preynat, lui donnant une dernière chance.
Quand ils ressortent cette histoire, les curés qui
fréquentaient Fourvière à l’époque ont les yeux dans les
talons. « Nous, les curés, on savait tous pour Preynat et,
parce qu’on passe du temps en confession, presque tout
des confrères qui tripotaient les gamins. » Mais ils
gardent le silence et passent l’éponge. « Cette vieille
habitude de tout pardonner, de taire les secrets, de rester
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L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
dans la bienveillance », dit l’un
d’eux. Le résultat du formatage
opéré par les séminaires d’antan,
ajouté à la peur des évêques, devant les bâtisses vides des noviciats et le désert des vocations.
Cet aveuglement n’est pas
propre à l’Eglise. Cependant, à
l’époque, à Sainte-Foy-lès-Lyon
comme ailleurs, personne ne
porte plainte pour pédophilie. Ni
l’évêque ni les familles, encore
moins les victimes, à qui les parents demandent le plus souvent
de se taire. Personne n’est
même formé à recueillir la parole de l’enfant et n’a conscience
des suites pour lui. Peu savent
même qu’un pédophile récidive
presque toujours. Peu s’étonnent que la sanction la plus
courante pour un prêtre accusé à l’époque soit de l’envoyer trois jours au monastère ! Aujourd’hui à Lyon, sans
dégager la responsabilité du cardinal Barbarin, les
langues se délient : « Il faut rappeler que le salopard,
c’est Preynat. Et que des prêtres qui savaient n’ont pas
dénoncé des faits qu’ils étaient incapables de qualifier. »
A son bureau, Philippe Barbarin me tend le livre
d’Adélaïde Bon, La petite fille sur la banquise, terrible
confession d’une enfant de 9 ans violée dans sa cage
d’escalier. Il est bouleversé par le récit de cette écrivaine,
qui conclut : « Un enfant n’a pas de mots pour désigner
la violence et la sexualité, ni de barrière mentale sur ce
qui est mal ou secret. » Devant ce qui est maintenant
pour lui une évidence, les insultes, les joutes médiatiques, les batailles judiciaires ne semblent plus avoir de
prise. Comme Adélaïde Bon, Barbarin est dans la confession toute simple et il me dit : « Avant, je voyais la pédophilie uniquement du côté des prêtres et de l’Eglise.
Comme une faute lamentable, une trahison, une indignité. Je n’avais pas conscience de la souffrance des victimes, de leur blessure jamais guérie. Pour comprendre,
il a fallu que j’écoute, que je voie, les yeux dans les yeux,
les Olivier, Bertrand, Alexandre, Laurent, violés dans
leur enfance, leurs femmes, leurs enfants. »
Quand Philippe Barbarin débarque à Fourvière au
début des années 2000, il est informé des soupçons
qui pèsent sur Preynat, comme sur un petit nombre
d’autres prêtres. Mais, dans les évêchés, au début, on
se sépare de collaborateurs qui ont fait leur temps et
ceux qui ont la mémoire, comme un Christian Ponson
à Lyon, qui a assuré l’intérim à la tête du diocèse
avant l’arrivée de Barbarin. Le nouvel archevêque
nomme donc des hommes neufs, comme Hervé
Giraud ou Thierry Brac de La Perrière, et l’état des
lieux n’est pas complet, les transmissions ne sont pas
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Philippe Barbarin Au nom de l’Eglise
toutes faites. Un ancien de la maison s’étonne :
« Quand on arrive dans un diocèse, la première
des choses à faire, c’est de chercher les cadavres
dans le placard ! C’est de l’élémentaire gestion. »
Un évêque doit être un « grand spirituel », un orthodoxe bon teint, un homme de lien, un bon communicant, un super-DRH. A cette aune, Barbarin est
un mauvais gestionnaire. « Mais ce sont tous les évêques
qui ne sont pas formés au management, dit Etienne Piquet-Gauthier, son collaborateur. On leur donnerait tous
les coachs de la terre qu’ils resteraient bien seuls. » L’archevêque de Lyon a fait table rase. Il gouverne, disent les
mauvaises langues, avec ses « Barbarin’s boys », des
hommes qui lui ressemblent. Il consulte, mais décide
seul, se cabre quand on cherche à trop l’influencer. Il se
compare au pape François, qu’il a élu au conclave
de 2013 : « Le pape est quelqu’un qui a gardé le sens du
contact personnel et ne se laisse pas enfermer par l’institution », dit-il dans un livre d’entretiens avec l’écrivain
Marc Leboucher, paru chez Salvator.
Le catholicisme à Lyon, c’est une longue histoire.
Exaltante et compliquée. Avec du social, de l’œcumé-
Après les mobilisations
de la Manif pour tous,
il devient l’évêque qui divise
S. HAMED/AFP
nisme, une université puissante, des courants de gauche
critique et de charismatiques béni-oui-oui. Avec un
clergé frondeur et divisé. Mais Philippe Barbarin est
« comme les Américains », dit plaisamment son ancien
porte-parole, Vincent Feroldi : « Avant eux, il n’y a pas
d’histoire. » Pour les Lyonnais, ce qui résume le mieux
leur archevêque, c’est l’heure qu’il passe, chaque vendredi soir, assis sur une chaise, au fond de sa cathédrale,
pour entendre, sans protocole, qui veut lui parler,
étudiant ou femme de ménage. Son point fort, c’est ce
contact personnel. Le collectif, ce n’est pas sa tasse de
thé. Depuis le Val-de-Marne, on le voit faire son courrier
pendant les réunions.
En 2015, lors d’une fête du diocèse de Lyon dans les
pavillons d’Eurexpo, Alexandre revoit pour la première
fois l’abbé Bernard Preynat, l’aumônier
qui l’avait agressé dans sa jeunesse scoute,
au premier plan d’un chœur de prêtres. Il
n’en revient pas, pensait qu’il avait été depuis longtemps écarté. Il en parle autour
de lui et commence alors l’histoire de l’association La Parole libérée, de François
Devaux, avec des dépôts de plaintes et autres actions visant le cardinal. On apprend
que Preynat est resté curé pendant vingtcinq ans. Que partout où il est passé,
nommé à Neulise, à Cours-la-Ville par le
cardinal Billé – pourtant président des
évêques de France ! –, au Coteau, en banlieue de Roanne, il a donné satisfaction,
comme écrit Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef de La Croix, auteure de l’enquête la plus fouillée (Histoire d’un
silence, Seuil). Michel Mercier, maire catholique de Thizy-les-Bourgs, sénateur
centriste, ancien ministre de la Justice,
complimente Preynat devant son archevêque : « C’est un vrai pasteur » !
La première faute de Philippe Barbarin
est de ne pas recevoir les victimes. Il les
renvoie à Régine Maire, chargée à l’archevêché d’accueillir les personnes « blessées
Symbole En 2017,
par l’Eglise ». Elle ne trouve rien de mieux
Philippe Barbarin
que de faire se rencontrer Bernard Preynat
se rend à Mossoul,
et l’une de ses victimes, restée catholique,
la deuxième ville
de les réunir par une… prière ! L’agresseur
d’Irak, qui vient
n’a pas eu un seul mot de regret, et Régine
d’être libérée par
les djihadistes.
Maire, bonne théologienne, avoue sa
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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le récit de lexpress
naïveté. « C’est une femme, et on l’a envoyée au cassepipe », dit un responsable de mouvement qui ne décolère pas contre son évêque.
Les médias révèlent que de 1972 à 1991, l’ancien
aumônier scout de Sainte-Foy-lès-Lyon a abusé au total
de 65 à 100 victimes ! Le scandale devient national,
remonte jusqu’au Vatican, qui tarde à répondre au cardinal, laissant ainsi en place le curé pédophile. Barbarin,
qui a toujours misé sur la communication, l’image, reçoit le boomerang en pleine figure. Il aggrave son cas par
Philippe Barbarin reconnaît
n’avoir pas mesuré l’étendue
du crime de Bernard Preynat ni
la dévastation de ses victimes
un dérapage resté dans les mémoires, quand, à un micro,
voulant dire qu’il est pressé de régler la situation, il a ce
mot malheureux : « Dieu merci, les faits sont prescrits. »
Comme dans l’affaire du mariage pour tous, il se laisse
griser par sa parole abondante.
Il plaide pourtant que, à son arrivée à Lyon, il était sûr
que l’affaire Preynat avait été « réglée ». Avant le premier
procès en 2000 de l’évêque Pierre Pican (Bayeux-Lisieux),
et sa condamnation dans une affaire de pédophilie, la
hiérarchie catholique était quasi inactive. Après, elle a
adopté des procédures plus strictes de signalement à la
justice. Philippe Barbarin s’y est conformé. Ces dernières
années, il a renvoyé quatre prêtres de son diocèse. Reste
le mystère que décrit Jeanine Paloulian, ancienne journaliste du Progrès : à une époque de tolérance zéro, pourquoi le cardinal a-t-il distingué « les cas anciens de
pédophilie, où il n’a pas été vigilant, et les cas récents, où
il a fait preuve d’une absolue sévérité » ?
Episode 5
OÙ PHILIPPE BARBARIN CHERCHE
SA RÉDEMPTION EN PUISANT DANS L’EXEMPLE
DU MARTYRE DES CHRÉTIENS D’ORIENT
21 février 2007, Philippe Barbarin est en Algérie. Il s’incline devant les tombes des moines de Tibhirine assassinés un peu plus de dix ans plus tôt. A ses côtés, Azzedine
Gaci, recteur de la mosquée de Villeurbanne. L’imam se
prosterne face à la tombe de frère Luc, le médecin de la
communauté cistercienne qui soignait tout le village
musulman. Il palpe longuement de la main la plaque de
marbre commémorative et, les larmes aux yeux, entraîne
l’archevêque dans une prière à deux pour implorer la miséricorde de Dieu. A la Toussaint 2016, Barbarin ira visiter
le dernier survivant du massacre, le frère Jean-Pierre,
90
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
Martyre En 2007, Azzedine
Gaci, chef du Conseil
régional musulman de Lyon,
et le cardinal Barbarin
rendent hommage aux
moines de Tibhirine, en
Algérie, assassinés en 1996.
dans son monastère proche de Midelt, au Maroc. Le martyre des moines de Tibhirine est un jalon sur le parcours
spirituel de cet évêque né en terre maghrébine.
Il n’est pas le seul. Le 25 juillet 2017, dans sa soutane
noire et sa ceinture rouge de cardinal, Barbarin traverse
les rues de Mossoul, la deuxième ville d’Irak, qui vient
d’être libérée après trois années de terreur et d’occupation par Daech. Le cardinal se met à escalader le fronton
de l’ancienne cathédrale et, à bout de bras, dépose en
haut d’une niche une réplique de la statue de la Vierge
de Fourvière. « Maintenant, je peux mourir ! » dit-il,
théâtral. Il a réalisé sa promesse, celle qu’il avait faite
aux chrétiens d’Irak et au patriarche chaldéen, Louis
Raphaël Sako, de revenir dans Mossoul libérée.
A quatre reprises, Philippe Barbarin ira à Qaraqosh,
la plus grande ville chrétienne d’Irak, et dans cette
plaine martyre de Ninive, où des dizaines d’églises et de
monastères ont été incendiés, des maisons saccagées,
des manuscrits sacrés profanés. Où des milliers de
familles, chrétiennes et musulmanes, ont dû fuir, par
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F. NURELDINE/AFP
Philippe Barbarin Au nom de l’Eglise
exemple, à Erbil, la capitale du Kurdistan, où le cardinal
se rend, dès juillet 2014, comme envoyé spécial du pape.
Il arpente les villages de tentes où s’entassent des réfugiés, hommes, femmes, enfants, vieillards. Ce qui le
frappe le plus, dit-il dans les micros, c’est qu’ils ne renient jamais leur foi chrétienne et se gardent de tout
appel à la vengeance et à la haine.
Tôt dans son itinéraire à Lyon, Barbarin a cultivé le
culte du « martyre ». Dès le lendemain de son installation, il gravit la Croix-Rousse pour un pèlerinage à l’amphithéâtre des Trois-Gaules, où il vénère saint Pothin,
sainte Blandine et les 42 premiers chrétiens de Lyon torturés, livrés aux fauves en l’an 177. Une manière à lui de
rappeler que, dans la Gaule, le christianisme est né dans
le sang. Et un même désir d’associer ces premiers chrétiens aux « martyrs » du temps présent. Il s’agenouille,
place Bellecour, devant le Veilleur de pierre, le célèbre
monument de la ville érigé à la mémoire de cinq jeunes
résistants fusillés en juillet 1944. Hanté tardivement par
la souffrance des jeunes victimes d’un prêtre pédophile
qu’il n’a renvoyé qu’à l’été 2015, rattrapé par la tourmente
médiatique et judiciaire, pressé de toutes parts de démissionner, Philippe Barbarin a troqué son costume de
« Marathon Man » pour l’habit du « martyr ». De ces martyrs de Lyon au IIe siècle, de Tibhirine en 1996, de Mossoul et Qaraqosh en 2014. « Le martyre chrétien est une
histoire qui se répète quasiment à l’identique depuis
vingt siècles », écrivait-il, en 2017, dans la préface d’un
livre consacré à la tragédie des chrétiens d’Orient.
Philippe Barbarin se sait l’homme d’Eglise le plus haï
de France. « C’est la première fois que je me vois obligé
de porter, moi, le péché d’un autre », me dit-il, sourire
plus crispé qu’à l’ordinaire, gorge nouée. Une pétition en
ligne réclamant sa démission, lancée par un prêtre
contestataire de Valence, a recueilli plus de 100 000 signatures. A Lyon, on le soutient. Mais certains se disent
lassés de ce feuilleton à rebondissements. Pour ses
« frères » évêques, pas tous très charitables, il est un alibi
commode. Il porte le chapeau d’une faute collective.
Seule la garde rapprochée d’anciens collaborateurs,
comme Jean-Pierre Batut, évêque de Blois, ou PierreYves Michel, de Valence, prend sa défense dans des
tribunes de presse.
Philippe Barbarin se bat. Il lit, médite la « parole de
Dieu », fait toujours ses 5 kilomètres par jour de course
à pied, le tour de ses paroisses, des résidences de personnes âgées, de handicapés, ses chroniques sur RCF
(Radio chrétienne en France). Pour décompresser, il
passe du temps dans ses monastères préférés, Ligugé,
Landévennec, Sept-Fons. S’échappe en Suisse, chaque
été, avec un petit groupe d’amis prêtres. Et, dans les
courses en montagne, malgré sa santé fragilisée (pontages cardiaques, cancer de la prostate), il est toujours
devant. Le soir, me raconte-t-il en plaisantant, « on dit
la messe, on boit de la bière, on joue au Scrabble ! »
Sa hantise n’est sans doute pas tant le verdict du
prochain procès, mais le point de savoir s’il peut continuer à remplir sa mission. Il n’a pas formellement
donné sa lettre de démission au pape, mais l’a interrogé
sur sa capacité à rester en charge des catholiques lyonnais. En 2016, le tribunal de grande instance de Lyon
avait classé sans suite l’affaire qui le vise. La justice
n’avait reconnu ni le délit d’omission de porter secours,
ni celui de non-dénonciation d’agressions sexuelles.
Depuis, face à la procédure de citation directe qui le
conduira à nouveau, le 7 janvier, devant le juge, il reconnaît n’avoir pas mesuré à temps l’étendue du crime de
Preynat, ni la dévastation de ses victimes, mais se défend d’avoir « couvert » quoi que ce soit. « Aucun enfant
n’a été maltraité de mon fait », assure-t-il.
A quelques semaines de ce procès, Philippe Barbarin
se dit « dans la main de Dieu ». Il sait que seule sa
condamnation apaisera les victimes et la vindicte de La
Parole libérée. Et cette issue, il l’acceptera, assurent ses
proches, qui croient pourtant à sa relaxe. H. T.
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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culture
Griffe Le cinéaste japonais,
56 ans, aime creuser
le thème de la filiation,
avec une fibre humaniste.
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C
et homme qui s’avance en
tendant la main, se pliant
humblement à la coutume
locale quand, chez lui, au
Japon, on salue avec un
petit hochement de tête, est
le plus grand cinéaste nippon vivant. Rien
de moins. Pourtant, c’est lui, Hirokazu
Kore-eda, 56 ans, réalisateur des sublimes
Nobody Knows, Tel père, tel fils ou de la
palme d’or 2018, Une affaire de famille, qui
fait le premier pas : il s’excuse presque
d’être là, obéit docilement aux demandes
du photographe, vous prie de le suivre dans
un salon privé de l’hôtel parisien où il loge.
Avec Une affaire de famille, palme d'or 2018, Hirokazu Kore-eda
signe son plus beau film. Rencontre avec un maître du cinéma.
"LA FAMILLE
EST UN ORGANISME
VIVANT"
Kore-eda est empreint de la simplicité
qu’il insuffle à ses films, dont la plupart
abordent la filiation sous toutes ses
formes. Il y a tout juste vingt ans, on découvrait sa griffe singulièrement humaniste à
travers After Life, où une dizaine de morts
devaient choisir un seul souvenir à emporter au paradis. Le film intriguait et donnait
immédiatement envie de suivre ce cinéaste
qui a gardé, de sa longue expérience dans le
documentaire, une appétence pour une
narration factuelle. Sobre et efficace, donc,
mais d’une sensibilité mêlée à une grande
retenue. La preuve avec Nobody Knows, où
une fratrie se retrouve livrée à elle-même
dans un appartement après un abandon de
J. DANIEL POUR L’EXPRESS
PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTOPHE CARRIÈRE
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culture
l’express Compte tenu du titre,
qui s’inscrit dans votre
thématique favorite,
pensez-vous que la
« famille normale » existe ?
Une affaire de famille, 2018.
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L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
Hirokazu Kore-eda Non. La « faplongé dans les faits divers qui ont
mille normale » relève d’une idée
défrayé la chronique au Japon, ces
reçue, le modèle le plus classique
dernières années. Ce qui ressortait
étant un couple uni avec
principalement, ce sont
deux enfants. Beaucoup
les arnaques à la re« Je ne sais
y voient une image
traite : beaucoup de gens
pas pourquoi
d’Epinal et se mettent
ne déclarent pas le décès
la solitude de
une pression insoutede leurs parents pour
l’enfant me tient
nable pour l’atteindre.
continuer à toucher leur
tant à cœur »
Alors qu’il y a un décapension. Je suis égalelage entre ce fantasme
ment tombé sur de nomet la réalité. La famille, ce n’est pas
breux articles où il était question de
quelque chose de figé. Elle évolue
parents qui apprennent à voler à leurs
comme un organisme vivant. Et, jusenfants pour revendre des marchantement, ce qui m’intéresse, c’est de
dises afin de payer leurs factures.
raconter ce mouvement.
Une affaire de famille est-il tiré
d’une histoire vraie ?
H. K. Non, c’est une fiction. Je voulais écrire l’histoire de diverses personnes vivant en communauté et qui
ne seraient pas forcément liées par le
sang, mais par autre chose. Cette
autre chose, c’est le crime. Il me restait à définir lequel précisément. J’ai
donc fait des recherches et me suis
Vos films expriment tous une grande
solitude chez l’enfant. Pourquoi ?
H. K. C’est un thème qui me tient à
cœur, mais je suis bien en peine de
répondre à votre question. Il est vrai
que, dans Nobody Knows, les enfants
sont abandonnés par leurs parents,
dans Notre petite sœur aussi… Je n’ai
hélas pas d’explications à vous
donner. Si encore, petit, j’avais été
délaissé, mais même pas !
LE PACTE/SDP
poste de leur mère. C’est à partir de ce
film que Kore-eda va se faire un nom
et une réputation dans le monde
entier. Coup de cœur du Festival de
Cannes 2004 (et prix d’interprétation
masculine pour le jeune Yuya Yagira),
Nobody Knows est le premier d’un
parcours (presque) sans faute, où les
enfants montrent le chemin aux
adultes, où Kore-eda, comme il le fait
dire à un gamin dans I Wish, nos vœux
secrets (deux frères séparés à cause
d’un divorce…), « choisit le monde
plutôt que la famille ». Dans le genre,
Une affaire de famille, justement,
lancé dans la course aux Oscars, est
un chef-d’œuvre. On le lui dit. Il ne
répond rien. Sourit. Un peu gêné.
Pressé qu’on lui pose une question
pour se sortir de ce moment embarrassant. Il n’y a qu’à demander.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Vous avez oublié de citer
Tel père, tel fils, où il est
question d’un échange
d’enfants à la naissance…
Ce film-là était tiré
d’une histoire vraie, non ?
H. K. A l’origine de ce film,
il y a une question très intime et personnelle : est-on
parent parce qu’on est lié
par le sang avec des enfants
ou parce qu’on les élève en
passant du temps ensemble ? Je m’interrogeais sur
mon rôle de père, ayant une
fille de 11 ans que je vois
assez peu du fait de mon
emploi du temps. Au moment où je réfléchissais à
cette idée, je suis tombé sur
cette histoire d’échange de
bébés dans des maternités
japonaises dans les années
1970, à la suite d’une mauvaise gestion des cliniques.
Je tenais mon scénario.
Et vous teniez votre
réponse sur votre rôle
de père ?
H. K. Pas spécialement. Je
suis très heureux d’être
père, mais c’est arrivé plutôt
tard : quand j’ai rencontré Kirin Kiki
[comédienne japonaise, décédée en
septembre dernier, qui joue la grandmère dans Une affaire de famille], avec
qui j’ai toujours travaillé. Elle m’avait
recommandé de me marier et d’avoir
un enfant, quitte à ne pas m’en occuper, parce qu’elle considérait que je
dirigerais mieux mes comédiens. Elle
n’avait pas confiance dans les réalisateurs célibataires et sans enfants !
J’avais trouvé sa réflexion déplacée,
mais maintenant que je suis père de
famille et époux, je me rends compte
que mon regard sur les relations conjugales et parents-enfants s’est diversifié.
Où situez-vous vos films à part,
comme Air Doll [2009], où une poupée
gonflable prend vie, ou The Third
Murder [2017], chronique
du procès d’un meurtrier ?
I Wish, 2011.
Tel père, tel fils, 2013.
Nobody Knows, 2004.
H. K. Pour ceux qui me considèrent
comme un réalisateur « familial »,
ces films passent sans doute pour
deux vilains petits canards. Mais
on aime d’autant plus ses enfants
quand ils sont rejetés par les autres.
J’éprouve donc beaucoup d’affection
pour Air Doll et The Third Murder,
qui ont, en ce qui me concerne,
chacun leur importance et leur
influence. On parlait trois langues
sur le plateau d’Air Doll : taïwanais
pour le chef opérateur, coréen pour
l’actrice principale et japonais pour
le reste de l’équipe. C’est cette expérience qui m’a permis de me rendre
compte que la langue était accessoire, tant qu’on avait tous la même
vision du film. Et cela m’a donné
confiance pour The Truth, que je
tourne actuellement en France. The
Third Murder, lui, m’a permis d’abor-
ARCHIVES DU 7E ART/BANDAI VISUAL COMPANY/AFP - LE PACTE/GAGA CORPORATION/COLLECTION CHRISTOPHEL - BANDAI VISUAL COMPANY/COLLECTION CHRISTOPHEL
Hirokazu Kore-eda
der plus sereinement les
scènes d’interrogatoire à la
fin d’Une affaire de famille.
Comme vous l’avez
évoqué, vous êtes
maintenant obligé d’en dire
plus sur le film que vous
tournez à Paris, The Truth,
avec Ethan Hawke, Juliette
Binoche et Catherine
Deneuve, le casting le plus
chic du moment !
H. K. C’est surtout le casting dont je rêvais en écrivant ! Même au Japon, cela
ne m’est jamais arrivé d’obtenir à ce point ce que je désirais. Il y a un axe central
basé sur la relation d’une
mère avec sa fille, le film
parle donc encore de filiation, oui, mais il y a un
autre thème important
autour du jeu d’acteur, car
Catherine Deneuve joue
une célèbre comédienne –
qui n’a rien à voir avec elle,
tient-elle à préciser.
Après avoir été
de nombreuses fois primé
à Cannes, vous avez enfin
décroché la palme d’or…
Cela change-t-il quelque chose ?
H. K. La palme d’or est une récompense sans équivalent. J’en suis donc
extrêmement fier et heureux d’autant
plus que cela faisait vingt ans que le
Japon ne l’avait pas eue [vingt et un
ans, en fait, depuis L’Anguille, de Shohei Imamura, en 1997]! D’où énormément d’articles et de reportages à l’origine d’un changement notable dans
mon quotidien : on me reconnaît dans
la rue. Hier encore, ici, à Paris, alors
que je me trouvais dans une crêperie
dans le quartier de Montparnasse, des
touristes japonais m’ont demandé un
selfie. J’espère qu’il en ira de même
dans ma vie professionnelle et que l’on
me permettra de faire passer des projets que les producteurs m’ont refusés
jusqu’à présent.
Entretien traduit par Léa Ledimna.
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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VOUS RÊVEZ DE FAIRE PARTIE
D’UN JURY LITTÉRAIRE ?
DEVENEZ MEMBRE DU JURY DU 6E PRIX DES LECTEURS
L’EXPRESS / BFMTV
PRÉSIDÉ PAR LEÏLA SLIMANI
PRIX GONCOURT 2016
© Photo Catherine Hélie © Éditions Gallimard
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et vous voulez partager votre passion de la littérature ?
Pour rejoindre le jury, merci de nous adresser une lettre de motivation, une
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n’excédant pas 10 lignes, d’un de vos romans préférés de la rentrée littéraire de
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Sophie Roy-Boxhorn
2 rue du Général Alain de Boissieu
75015 Paris
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la librairie de l’express
Bruegel, Le Corbusier, Hergé, Willy Ronis, Cabu, Harry Potter, le loup à travers les arts et les
âges, le dessous des cartes à jouer, l’âge d’or de Venise… L’Express a sélectionné pour vous
plus d’une vingtaine de beaux livres à offrir ou à s’offrir. Tous genres, tous formats, tous prix.
Beaux
livres
JEAN-MICHEL BASQUIAT
par Hans Werner HolzWartH
et eleanor nairne.
tascHen, 500 p., 150 €.
PATRICK PARCHET POUR L’EXPRESS
Spécial
les peintures rugissantes
de Basquiat fourmillent de signes
mystérieux, de textes cryptiques.
a défaut de posséder une de ses
toiles dans son salon, c’est donc
un bonheur utile de pouvoir
scruter ses écrits de près dans
cette monographie au format
XXXl. Une taille qui garantit
aussi une explosion des couleurs
et du trait épileptique de l’artiste,
mort à 27 ans. orchestré par
l’éditeur Hans Werner Holzwarth,
Jean-Michel Basquiat retrace
le parcours fulgurant de « l’enfant
radieux » de l’art contemporain
américain, à travers de très
nombreuses reproductions
de toiles, dessins et croquis,
présentés chronologiquement,
et un essai de l’historienne d’art
eleanor nairne. les œuvres de
Basquiat, renversé par une voiture
à l’âge de 7 ans, ressemblent
à des accidents. s’y télescopent
la naïveté et le danger,
la provocation et l’humour,
une conscience noire et le marché
de l’art, la vie urbaine et l’imagerie
africaine. pour son complice
Keith Haring, le peintre incarnait
« le poète suprême », dont
chaque geste était un symbole,
chaque action un événement.
cette édition en est la preuve. J. B.
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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LES TRIOMPHES DE
PÉTRARQUE ILLUSTRÉS
PAR LE VITRAIL DE
L’AUBE AU XVIE SIECLE (1)
BRUEGEL :
L’ŒUVRE COMPLET (2)
par JürGen müller et tHomas
collectif, traD. par Jean-Yves
masson. éD. Diane De selliers,
324 p., 195 €.
après Dante et Boccace, Diane
de selliers jette son dévolu sur
pétrarque (1304-1374), le troisième
grand maître de la poésie italienne
du trecento. et publie ses fameux
Triomphes, six allégories de près
de 2 000 vers, nés au lendemain
de la mort, en 1348, de laure,
l’être aimé et glorifié depuis
que pétrarque l’aperçut, en 1327,
dans une église d’avignon. Hymne
à l’amour absolu, le poème fleuve
est notamment illustré par le
vitrail d’ervy-le-châtel (aube),
interprétation unique au monde
et chef-d’œuvre du savoir-faire
français commandé par la noble
Jehanne leclerc, au début du
xvie siècle. les sonnets, traduits à
la perfection par Jean-Yves masson
(la dernière traduction, partielle,
datait de 1934) et accompagnés
d’un imposant appareil critique,
sont livrés dans un coffret qui frise
l’élégance suprême. M. P.
L’ARBRE DANS
LA PEINTURE (4)
par zenon mezinsKi. citaDelles
PATRICK PARCHET POUR L’EXPRESS
et mazenoD, 192 p., 59 €.
souvent placé à l’arrière-plan
des tableaux, il sait se faire discret
mais indispensable. feuillu,
fleuri ou dégarni, solitaire ou
accompagné de ses semblables,
l’arbre, ce « muscle du paysage »,
est une figure incontournable
de la palette des peintres. Dürer,
Bruegel, van Dyck, rembrandt,
monet, courbet, caillebotte,
Klimt, cézanne… tous l’ont
observé et interprété, à leur façon
et selon les codes de l’époque.
objet de crainte au moyen age,
symbole de connaissance
et d’harmonie à la renaissance,
il devient une star sous le pinceau
des impressionnistes. en se
penchant sur l’évolution de ses
représentations, de l’antiquité
jusqu’au xxe siècle, zenon
mezinski raconte une histoire
picturale de notre rapport à la
nature. Des analyses accessibles
et précises accompagnent une
belle sélection iconographique.
l’art ne cache plus la forêt ! E. Le.
2
1
3
4
5
6
ARTISTES. LEUR VIE
ET LEURS ŒUVRES (3)
scHauerte. tascHen, 492 p., 150 €.
collectif. larousse,
360 p., 34,95 €.
c’est un colosse de 492 pages
et presque 6 kilos, quasi aussi
imposant que l’œuvre qu’il
expose. réunissant l’ensemble
de ses 40 peintures, 65 dessins
et 89 gravures sur cuivre, ce
Bruegel xxl a été pensé pour
donner sa pleine mesure au génie
du peintre flamand du xvie siècle.
imprimée en très haute définition
sur du papier glacé, chaque
reproduction invite à de longues
immersions au cœur des toiles :
scènes de foire, de chasse, de
guerre, farandoles de buveurs
et paysans aux corps rougis
et potelés, villages en flammes,
visages hagards, épisodes
bibliques aux accents
surnaturels… Habités par des
géométries carnavalesques
et une attention inouïe au détail,
les univers créés par Bruegel
émerveillent par leur vitalité,
leur inventivité et leur richesse.
capturée dans les pages
de cet ouvrage, toute la magie
d’un artiste exceptionnel. E. Le.
Quelquefois, la simplicité a du
bon. tout est clair, précis et chic
dans cet ouvrage britannique qui
décline les grands peintres du
xiiie siècle à nos jours, soit de Giotto
à takashi murakami. chaque
maître, à l’instar de Delacroix,
dispose de deux ou quatre pages
s’ouvrant sur un autoportrait
grand format (avéré ou présumé),
suivi d’une biographie ponctuée
de tableaux mettant en exergue sa
spécificité par rapport au contexte
de son époque. les courants
artistiques défilent, l’œil s’arrête
sur la mélancolie du Greco, saute
sur une encre de Wang Hui,
s’attarde sur le téméraire de
turner, admire le regard sombre
de caravage et celui, scrutateur,
de Botticelli, s’amuse des sept
doigts de chagall et du chapeau
de paille d’elisabeth vigée
le Brun… aussi didactique
qu’élégante, cette plongée dans
l’œuvre de 80 artistes s’adresse
autant aux esthètes
qu’aux néophytes. M. P.
MYTHIQUE VENISE (5)
LES SAISONS PAR LES
GRANDS MAÎTRES DE
L’ESTAMPE JAPONAISE (6)
par GérarD Denizeau.
larousse, 128 p., 12,90 €.
francesco Guardi et canaletto,
les génies de la veduta (vue) ;
pietro longhi, le portraitiste du
quotidien ; Giambattista tiepolo,
le peintre rococo des cours
européennes ; vivaldi, le
compositeur vedette ; Goldoni,
le virtuose des planches… la vie
et les œuvres de ces témoins
du siècle des lumières à venise
sont éclairées, au fil de pages
superbement illustrées,
par l’historien de l’art et
musicologue Gérard Denizeau.
a l’époque, la sérénissime
connaît un déclin militaire et
économique, mais rayonne dans
le monde sur le front artistique.
c’est un véritable âge d’or
culturel qui voit l’architecture,
la peinture, la sculpture,
la musique, le théâtre de rue,
ou encore les fêtes masquées
du célèbre carnaval refléter
le faste et les splendeurs
de l’éblouissante cité lacustre.
cette plongée dans la lagune est
un régal pour les yeux. L. Da.
par amélie Balcou.
Hazan, 226 p., 19,95 €.
la culture japonaise chérit
le cycle de la nature, et ce depuis
des lustres. Dès le vie siècle,
les poètes nippons associent
le printemps à la floraison
des cerisiers, l’été au soleil,
l’automne aux feuilles d’érable
et à la lune, l’hiver à la neige. les
saisons se retrouvent magnifiées
sous le pinceau des estampeurs
emblématiques de l’époque d’edo
(1616-1868) : Hokusai, Hiroshige
ou Kuniyoshi captent les
variations du paysage, jusqu’à
influencer – et pas qu’un peu –
les futurs impressionnistes de
l’ouest. plus tard, voilà ce thème
intemporel réactualisé à la sauce
moderne d’une société en pleine
mutation dans les estampes
d’Hasui Kawase (1883-1957).
le coffret dépliable, rassemblant
des œuvres phares et un livret
explicatif, explore avec brio
ce genre paysagiste qui fit tant
de petits… L. Da.
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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la librairie de l’express
WILLY RONIS
PAR WILLY RONIS (2)
LE MONDE PERDU
DES PHARES (1)
par Jean GuicHard,
FlaMMarion, 600 p., 75 €.
texteS de Vincent GuiGueno.
éd. de la Martinière, 256 p., 35 €.
les gens normaux s’en méfient.
Jean Guichard, lui, vit au rythme
des tempêtes. toujours prêt
à sauter dans un hélicoptère
à la rencontre d’une « belle
dépression », il aime montrer la
confrontation entre la mer en furie
et le phare inamovible, magnifié
par la culture populaire depuis
la fin du xixe siècle, lorsque les
gardiens étaient encore les maîtres
des feux. pionnier dès les années
1990, Jean Guichard est devenu
au fil du temps le Monsieur phares
de la pellicule. des côtes-d’armor
au Finistère, de la Haute-corse
à la corse-du-Sud, rares sont ceux
qui lui ont échappé. de même, les
sémaphores des îles britanniques,
des etats-unis ou des pays
nordiques sont-ils tombés
dans son escarcelle. a travers
son objectif, c’est le monde d’hier
qui resurgit. et toute la violence
et la beauté de la nature qui
éclaboussent notre quiétude. M. P.
1
2
MASAHISA FUKASE (3)
éd. xaVier Barral, 416 p., 65 €.
Quelle somme magistrale! inédite,
aussi. Soit 590 photos du grand
Willy ronis (1910-2009), ses
préférées, choisies et commentées
par ses soins – souvenirs,
anecdotes, conditions de prises
de vue, etc. cette figure majeure
de la photographie française dite
« humaniste », à l’égal d’edouard
Boubat et de robert doisneau,
les avait réunies en six albums
quand il a fait don de son œuvre
à l’etat, en 1983 puis en 1989.
des albums reproduits ici
pour la première fois dans leur
intégralité et chronologiquement,
dessinant le portrait, par
lui-même, de ce chasseur
de « tranches de vie ordinaire ».
de 1926 à 2001, défilent aussi
bien les images de son
engagement auprès des plus
démunis, des ouvriers, que
du quotidien des parisiens,
des provinciaux et de ses voyages
dans le monde. le puissant récit
illustré d’une carrière de reporter
fraternel. D. P.
photographe de génie,
Masahisa Fukase (1934-2012)
est l’un des plus grands artistes
japonais contemporains.
Sa vie et son œuvre furent
brutalement interrompues,
en 1992, à la suite d’un grave
accident vasculaire cérébral
qui le plongea dans le coma
pendant vingt ans. personnalité
outrageusement créative,
il bouscule les conventions,
expérimentant toutes les formes
et les textures : noir et blanc,
couleur, peinture, collage,
découpage, surimpression.
Fantasque et radical, il crée
un style unique, où se joue
sa vie personnelle : autoportraits
grimaçants, portrait de son
chat adoré, célèbre série
sur les corbeaux, alter ego
de sa propre solitude à la suite
d’un chagrin d’amour…
ce recueil rassemble toutes
les visions de cet artiste au
destin tragique, dont les
images traduisent une vitalité
jamais égalée. N. M.
ANNIE LEIBOVITZ :
THE EARLY YEARS.
1970-1983 (5)
GRAFFITI, 50 ANS
D’INTERACTIONS
URBAINES (6)
Faut-il encore présenter l’une
des portraitistes américaines
les plus célèbres au monde ?
probablement pas. Faut-il revoir
ses débuts comme reporter ? Sans
aucun doute. dans les années
1970, la jeune femme couvre
pour le magazine Rolling Stone
les manifestations contre la
guerre du Vietnam, le lancement
d’Apollo 17, la campagne
présidentielle de 1972, la
démission de nixon, la tournée
des rolling Stones de 1975. au fil
de ses pérégrinations, annie
leibovitz côtoie Mohamed ali,
norman Mailer, arnold
Schwarzenegger, andy Warhol,
John lennon et Yoko ono…
ce sont des célébrités, mais, dans
son cadre, elle en fait des icônes.
ce livre, premier volet d’une
plongée dans ses archives,
rassemble des planches-contacts
en noir et blanc et des polaroid.
le récit vibrant d’une décennie
charnière de l’histoire
des etats-unis. J. B.
dans les années 1980, le sale
gosse lokiss, alias Vincent elka,
« bombait » les murs du quartier
la chapelle, à paris.
il est l’un des premiers graffeurs
made in France, bien placé
pour dresser le bilan de cinq
décennies de culture graffiti,
« l’art des vandales », à ne pas
confondre avec le Street art.
du métro new-yorkais
des seventies aux monuments
de la planète, l’ouvrage, qu’il a
concocté aux côtés de nicolas
Gzeley, de Stéphanie lemoine
et de Julie Vaslin, décrypte
le writing sous toutes les
coutures : artistique, culturelle,
sociale. une saga très riche,
rythmée, passionnante, qui
associe témoignages, analyses
et photographies. cerise sur
le gâteau urbain, lokiss retrace,
dans un blackbook imaginaire,
la multitude de styles inventés
par ses camarades writers.
de la bombe ! L. Da.
3
SouS la direction
d’oliVier loiSeaux.
Glénat/BnF éd., 240 p., 35 €.
en 1921 est créée à paris la
première Société de géographie
du monde, et, en 1826, nicéphore
niepce invente la photographie.
deux mondes qui ne pouvaient
que se rejoindre très vite. Grâce à
niepce puis à daguerre, les grands
voyageurs d’hier, Maxime du
camp, Hippolyte arnoux ou
philipp remelé rapportent de
passionnants clichés des régions
extrêmes du globe. Mission
archéologique en egypte,
expédition dans le niger,
voyage scientifique au cap Horn,
traversée de l’amazonie,
découverte de Yellowstone
ou aventure du transsibérien
répondent à la soif de
connaissances et à la passion pour
l’inventaire qui caractérisent le
xixe siècle. témoins d’un monde
en changement, les photos sépia
ou noir et blanc de cet album
invitent à la méditation. M. P.
100
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
4
5
6
taScHen, 180 p., 40 €.
SouS la direction de lokiSS.
Hazan, 336 p., 50 €.
P. PARCHET POUR L’EXPRESS
LES PREMIERS
VOYAGEURS
PHOTOGRAPHES :
1850-1914 (4)
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la librairie de l’express
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ANIMAL. EXPLORER
LE MONDE ZOOLOGIQUE (1)
THREE TRAVEL
SKETCHBOOKS. VENICE,
INDIA, SENEGAL (2)
collectiF, introduction
de James hanken.
phaidon, 352 p., 49,95 €.
l’affiche des Dents de la mer,
king kong au sommet de
l’empire state building, un tigre
peint par eugène delacroix,
une sculpture de mouflon
en marbre issue d’une des plus
vieilles civilisations du monde,
des photos haute définition
d’abeilles recouvertes de grains
de pollen, une gravure
de rhinocéros signée albrecht
dürer… cet ouvrage, aussi beau
qu’instructif, est un drôle de zoo
qui montre la fascination
qu’exercent les animaux sur
les artistes et les scientifiques.
les images sont organisées par
paires dans des doubles pages
surprenantes. parfois,
des similitudes apparaissent
à plusieurs centaines
de kilomètres ou à des siècles
de distance. ainsi, ce face-à-face
entre des peintures rupestres de
bisons découvertes dans la grotte
d’altamira, au nord de l’espagne,
et des lithographies de taureaux
de pablo picasso. J. B.
LE CORBUSIER. TOUT
L’ŒUVRE CONSTRUIT (4)
par Jean-louis cohen (texte)
et richard pare (photos).
PATRICK PARCHET POUR L’EXPRESS
Flammarion, 480 p., 99 €.
une « petite maison puriste »
ouverte sur les rives du lac léman,
sept maisons ouvrières dans
le bassin d’arcachon, des ateliers
d’artistes à boulogne-billancourt,
un château d’eau à podensac, un
atelier à anvers, le centrosoyouz
à moscou, l’immeuble clarté à
Genève, l’unité d’habitation de
marseille, une villa et des musées
en inde… leur point commun?
le corbusier, célèbre architecte,
qui érigea, de 1907 à 1965, des
centaines d’habitations. pendant
près de dix ans, le photographe
britannique richard pare
a arpenté le monde pour capter
de l’extérieur et de l’intérieur
ces bâtisses, le plus souvent
inaccessibles au public. tandis
que l’historien Jean-louis cohen
s’attache à rappeler les espérances
et les déceptions de l’architecte
urbaniste qui déclencha tant
de polémiques. un must! M. P.
par Françoise Gilot.
tashen, 364 p., 150 €.
2
1
3
4
5
6
celle qui partagea la vie de
picasso, de 1943 à 1953, donne elle
aussi du crayon dès le plus jeune
âge. eprise d’art autant que de
voyages, Françoise Gilot aime
entremêler sur le papier formes
et lettres pour transcrire
ses émotions esthétiques.
démonstration avec le sublime
coffret renfermant trois carnets
de croquis en édition fac-similée,
qu’elle a réalisés au cours
de périples entre 1974 et 1981.
le premier, à Venise, sur les traces
du titien et de Véronèse.
le deuxième, en inde, dans une
ode à la beauté des femmes
en sari : « de cette latente
métamorphose jaillit la poésie
des courbes galbées », écrit-elle
en marge d’un dessin. le
dernier, au sénégal, où s’exprime
la figuration abstraite très
inspirée de Gilot. un entretien
avec l’artiste et la transcription
de ses notes manuscrites
introduisent ces délicieux carnets,
restitués à la tache près. L. Da.
CHARLES ET
MARIE-LAURE DE
NOAILLES. MÉCÈNES
DU XXE SIÈCLE (3)
par stéphane boudin-lestienne
et alexandre mare.
bernard chauVeau ed., 336 p., 52 €.
sans eux, Le Sang d’un poète, de
cocteau, et L’Age d’or, de buñuel,
n’auraient peut-être jamais vu
le jour. ce qui leur valut de se
retrouver au cœur d’un des grands
scandales de l’histoire du cinéma
(L’Age d’or fut interdit de
projection). a la fois producteurs
et collectionneurs, charles
et marie-laure de noailles ont
soutenu, entre 1923 et 1973,
les grands artistes, notamment les
surréalistes. architecture (robert
mallet-stevens a signé leur villa
d’hyères), musique, mode,
littérature et même ethnographie
(le vicomte s’investira beaucoup
dans le musée du trocadéro),
ces mécènes modernes ont fait de
l’interdisciplinarité leur marque de
fabrique, en écho à l’effervescence
intellectuelle de la fin des années
1920. ce beau livre retrace sous
toutes les facettes l’engagement
de ce couple qui aimait aussi
l’amusement. C. Br.
LE LOUP. UNE HISTOIRE
CULTURELLE (5)
FABULEUSES CARTES
À JOUER (6)
seuil, 158 p., 19,90 €.
Gallimard/bnF, 252 p., 39 €.
par michel pastoureau.
Jetez-vous dans la gueule du loup!
et quel meilleur guide, pour cela,
que michel pastoureau, historien
reconnu de l’ours et des couleurs?
cette promenade iconographique
sur les traces du fauve, qui court
de la louve romaine au loup
lubrique de tex avery, nous
confronte directement à une peur
ancestrale (ah, ce tableau
saisissant représentant charles
le téméraire dévoré par les loups
dans la neige!). de l’héraldique
médiévale au Petit Chaperon
rouge illustré par le grand arthur
rackham, en passant par
un chapitre consacré à la bête
du Gévaudan, les images
impeccablement sélectionnées
font délicieusement frémir.
ajoutons que l’équilibre
texte/image de cet ouvrage à taille
humaine est parfait. il se lit
et il se regarde. et, en le
refermant, on se surprendrait
presque à aimer les loups… J. D.
sous la direction de Jude talbot.
ce bel ouvrage porte bien son
nom. c’est vrai qu’elles sont
« fabuleuses », les cartes à jouer !
et leur histoire est largement
méconnue des non-initiés. tenez,
par exemple, saviez-vous que
le jeu des sept familles a fait ses
premiers pas en 1851, lors de la
première exposition universelle,
à londres, sous la forme des
Happy Families, présentées alors
par le cartier britannique John
Jaques ? Que le dos des cartes,
blanc uni jusqu’au début
du xixe siècle, a servi de billet
de correspondance, de fiche de
travail (Voltaire et rousseau y ont
couché des idées de bouquins),
de bristol, de quittance, ou encore
de bon alimentaire ? tarots
enluminés, jeux de coucou,
cartomancie, cartes rondes,
belote de comptoir… de la perse
à l’europe, un voyage de sept
siècles dévoile (tous) les dessous
des cartes. L. Da.
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
103
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la librairie de l’express
e/p/a. 320 p., 39,90 €.
comment a été créé le polaroïd
de la pochette d’Imagine ? dans
quelle pièce de tittenhurst park,
leur maison dans la campagne
anglaise, John Lennon et yoko
ono ont-ils enregistré cet album
mythique, en 1971 ? Quels
arbres étaient plantés dans
le jardin ? Imagine John Yoko
répond à toutes ces questions
et à bien d’autres encore.
L’ouvrage raconte dans le détail
la création du second album
solo de l’ex-beatles, et de l’un
des morceaux du siècle,
à travers de nombreuses photos,
reproductions de textes
manuscrits et témoignages.
Le livre, qui reprend notamment
des images du documentaire
Gimme Some Truth, retrace aussi
la relation entre le chanteur
anglais et l’artiste japonaise,
créditée en 2017 comme coauteur
de l’hymne à la paix Imagine.
John Lennon a confié en 1980
s’être inspiré de son livre
d’art conceptuel Grapefruit,
paru en 1964. J. B.
LÉGUMES (4)
paR JeReMy fox.
phaidoN, 320 p., 39,95 €.
a l’heure où la communauté
scientifique incite à réduire
drastiquement notre
consommation de viande, quoi
de mieux qu’une ode aux légumes
pour prendre à rebrousse-poil
nos habitudes carnivores ?
a l’écart de la tendance un brin
moralisatrice du « manger
sain », le chef étoilé Jeremy fox
propose de les cuisiner
de la graine à la tige, de façon
à libérer des saveurs inexplorées.
petits pois et chocolat blanc,
cèpes en papillote à la crème
d’épluchures, artichauts frits,
betteraves rôties et fruits rouges,
radis blancs braisés, mini-kiwis
ou curry froid au melon…
alternant simplicité et
sophistication, la toque de Los
angeles habille le légume
d’une élégance terrestre. a lire,
avant de filer en cuisine,
l’introduction dans laquelle
le chef évoque ses addictions,
ses troubles de l’attention et
sa dépression au sommet
de la gloire. E. Le.
HISTOIRE DES MODES ET
DU VÊTEMENT, DU MOYEN
ÂGE AU XXIE SIÈCLE (2)
MEZZE. ASSIETTES
DU MOYEN-ORIENT
À PARTAGER (3)
textueL, 500 p., 55 €.
phaidoN, 272 p., 34,95 €.
paR deNiS bRuNa et chLoé deMey.
1
2
3
4
5
6
paR SaLMa haGe.
connaissez-vous les Jeunes-france,
ces parisiens des années 1830
adeptes de lord byron qui
piochaient dans la garde-robe
de l’histoire et de l’orient,
gilets-pourpoints, fraises, dagues
de tolède et bijoux, pour faire
sensation? Savez-vous que le corps
de la garçonne, idéalement plat
et faussement libéré, nécessitait
corsets réducteurs de poitrine et
autres ceintures de hanches ? plus
qu’une énième encyclopédie sur
le costume des élites, cet ouvrage
fascinant dirigé par deux experts
du musée des arts décoratifs
explore la diversité des modes et
les différents usages du vêtement,
du Moyen age jusqu’à nos jours.
de la femme à l’enfant en passant
par l’homme, de la haute couture
aux contre-cultures... on se
divertit et on apprend beaucoup
à la lecture de ces articles
insolites et richement illustrés.
Sous le chiffon, la raison ! C. Br.
Symbole de la convivialité et
du partage à l’orientale, les mezzes
sont un état d’esprit. La preuve
avec ce superbe livre aux couleurs
qui fusent. c’est un arc-en-ciel
de plats, de l’apéritif jusqu’au
dessert, et l’on salive devant
la beauté généreuse de ces mets
familiaux. Le rose des bâtonnets
de navet au vinaigre, le blanc
crémeux de la sauce tahini ou
au yaourt, l’orange des poivrons
farcis à la feta, le violet profond
de la confiture de figues, le vert
des haricots à l’aneth et noisettes
torréfiées… et le jaune revigorant
de ce rondouillard citron confit
au laurier et à la cannelle !
ce joyeux festin est arrosé de vin
aux agrumes, d’infusion à la rose
ou de thé d’hibiscus servis sur
de petits plateaux en argent orné…
Libanaise d’origine installée
aux etats-unis, Salma hage
a ouvert une caverne aux trésors
culinaires. tous à table ! E. Le.
LGBT+. ARCHIVES
DES MOUVEMENTS
LGBT+; UNE HISTOIRE
DE LUTTES DE 1890
À NOS JOURS (5)
MARGUERITE
YOURCENAR, PORTRAIT
INTIME (6)
paR achMy haLLey,
paR aNtoiNe idieR.
pRéface d’aMéLie NothoMb.
fLaMMaRioN, 208 p., 29,90 €.
« Le projet d’une collection
d’archives des minoritaires sexuels
est hanté par l’absence », avertit
antoine idier dans son
introduction. a travers ces tracts,
dessins, photographies, affiches,
couvertures de revue et tribunes
publiées dans la presse,
l’historien trace les contours
des luttes qui, bien qu’invisibles,
ont mobilisé les mouvements
LGbt+ depuis plus d’un siècle.
frappante est l’énergie qui se
dégage de ces 200 documents,
pour la plupart inédits. elle donne
à sentir la création d’un splendide
espace d’expression. on croise
Jean Genet, colette, christiane
taubira… Mais surtout, en creux,
les corps et les voix des gays,
lesbiennes, trans et bisexuel(le)s
anonymes qui, des années 1890
à aujourd’hui, se sont battus pour
passer de la honte à la fierté, et
du silence à l’action. E. Le.
Les monographies illustrées
d’écrivains sont un genre
casse-gueule. on y trouve souvent
des compilations de documents
déjà vus et revus. avec ce Portrait
intime de Marguerite yourcenar,
on est aux antipodes de ce type
d’ouvrage : des photographies
de jeunesse émouvantes de cette
« pauvre petite fille riche » née
Marguerite cleenewerck
de crayencour aux portraits avec
châle des dernières années,
toute l’iconographie révèle avec
empathie des pans de sa vie.
on a même droit à un chapitre
gourmand sur les spécialités
pâtissières de la romancière, qui
a donné son nom à une gaufre
de la maison lilloise Méert.
Vivants et informatifs, les textes
d’achmy halley, ancien directeur
de la Villa Marguerite-yourcenar,
dans les flandres, achèvent
de faire de ce livre une agréable
promenade biographique. J. D.
textueL, 260 p., 39 €.
Retrouvez les journalistes de L’Express dans La Compagnie des auteurs,
présentée par Matthieu Garrigou-Lagrange le mardi à 15 heures sur France Culture.
PATRICK PARCHET POUR L’EXPRESS
IMAGINE JOHN YOKO (1)
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la librairie de l’express
42e RUE. LA GRANDE
HISTOIRE DES COMÉDIES
MUSICALES (1)
par Laurent VaLière.
Marabout, 285 p., 35 €.
pas sûr qu’il y ait un meilleur
spécialiste de la comédie musicale
en France. producteur et
animateur sur France Musique
de 42e Rue, Laurent Valière, élevé
avec des claquettes à la place
des chaussons, a mis son savoir
populaire au service d’un album
dense et dansant sur ce genre
qui envahit les planches et le grand
écran. L’auteur s’en tient aux etatsunis (Hollywood et broadway),
à la Grande-bretagne (West end) et
à la France (de Demy à Starmania),
ce qui fait déjà du boulot. D’autant
qu’il brasse historiquement large :
de l’opéra-bouffe au hip-hop
en passant par Gershwin et
West Side Story. Laurent Valière
a l’enthousiasme communicatif
et il ne mégote pas sur le texte.
L’icono suit le mouvement
et le livre se clôt par une photo
de Damien Chazelle, le réalisateur
de La La Land, deux oscars en
main. The show goes on. E. L.
HERGÉ. LE FEUILLETON
INTÉGRAL, TOME VIII
(1938-1940) (2)
aVeC Les Contributions
De Jean-Marie eMbs, pHiLippe
P. PARCHET POUR L’EXPRESS
MeLLot et benoît peeters.
CasterMan/MouLinsart. 496 p., 80 €.
106
L’EXPRESS XX MOIS 2018
Quelle splendeur ! avec
ce 8e volume du Feuilleton intégral,
entreprise titanesque qui se
propose d’éditer tous les albums
d’Hergé « dans leur jus », tels qu’ils
ont été publiés dans la presse
à l’origine, on aborde la période
1938-1940, celle du Sceptre
d’Ottokar. La fameuse ligne claire,
ici en noir et blanc, est à son
meilleur. sont intercalées au fur
et à mesure les sublimes unes du
Petit Vingtième, périodique dans
lequel cette aventure fut éditée.
on y trouvera aussi Tintin au pays
de l’or noir avec des Dupondt
tournant en rond dans une jeep
aux couleurs psychédéliques
d’époque. un dossier richement
illustré de 100 pages agrémente
ce volume à la fabrication
particulièrement soignée. a noter
que paraissent simultanément
Les Tribulations de Tintin
au Congo (Casterman/Moulinsart,
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220 p., 31,50 €), une variante
commentée de la célèbre – et
controversée – aventure du héros
à la houppette dans la colonie
belge d’alors. J. D.
HARRY POTTER.
LE GRAND LIVRE POP-UP
DE POUDLARD (3)
1
2
par Matthew reinhart
et Kevin M. wilson.
GalliMard Jeunesse, 20 p., 70 €.
si la prolifération de livres et
de produits dérivés autour
de Harry Potter peut exaspérer,
il faut avouer que cet ouvrage-là
laisse baba : un extraordinaire
pop-up qui fait surgir en 3d
le célèbre pensionnat de poudlard
et ses environs. du château, qui
accueille les apprentis sorciers,
à la terrifiante forêt interdite,
en passant par le terrain
de quidditch, où s’affrontent
les quatre maisons – serdaigle,
poufsouffle, Gryffondor et
serpentard –, les lieux mythiques
de la saga sont formidablement
reconstitués en cinq doubles
pages. Mieux encore, celles-ci
se déplient entièrement pour
former une carte géante (un bon
mètre carré) avec les cinq lieux,
agrémentés de tout petits pop-up
originaux et d’illustrations tirées
des films, rappelant les scènes
les plus mémorables. la magie
opère vraiment avec cet objet
collector. D. P.
3
CABU. UNE VIE
DE DESSINATEUR (4)
4
par Jean-luC porquet.
GalliMard, 384 p., 39 €.
après toutes les mauvaises
nouvelles qui ont éclos ici ou
là en cette fin d’année, il en est
une qui aura enfin fait sourire :
l’inauguration, le 1er décembre,
à Châlons-en-Champagne
(Marne), d’une duduchothèque.
un nom aux odeurs de doudou
et aux saveurs d’enfance, allusion
au Grand duduche, personnage
créé par le dessinateur Cabu,
mort lors de l’attentat contre
Charlie Hebdo. Jean Cabut, pour
l’état civil, bouille et rire de gamin,
s’est longtemps caché derrière
son héros avant de devenir, parmi
les dessinateurs de presse,
une référence – mot dont il avait
horreur. Jean-luc porquet,
son collègue de bureau au Canard
enchaîné, lui consacre un bel
et gros album riche de photos
intimes, d’archives, de dessins
et de crobards en tout genre,
nourri par un texte qui laisse
poindre l’émotion tout en
racontant la vie d’un homme bon.
républicain pur et dur à la main
toujours tendue aux autres. E. L.
Guide réalisé par Eric Libiot,
avec Julien Bordier, Charlotte Brunel,
Letizia Dannery, Jérôme Dupuis,
Estelle Lenartowicz, Nathalie Marchetti,
Marianne Payot et Delphine Peras
TRUMP
BOB WOODWARD
PAR
LA PRÉSIDENCE TRUMP
VUE DE L'INTÉRIEUR
C'EST PLUS GRAVE
QUE VOUS NE LE PENSEZ
PLUS D'1 MILLION D'EXEMPLAIRES VENDUS
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la librairie de l’express
Palmarès Les meilleures
L
Russe, Iranien... ?
Non
Aquitain !
e ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner,
serait bien inspiré de scruter plus souvent notre
classement des meilleures ventes d’essais et documents. Il pourrait y lire entre les lignes la montée des
inquiétudes dans notre pays. Certains succès de cet
hiver semblent en effet particulièrement en résonance avec le mouvement des gilets jaunes. A commencer par Une histoire populaire de la France, de
Gérard Noiriel, publié par les éditions Agone, clairement engagées à gauche. L’historien y revient sur la
place du peuple face à l’Etat dans les révolutions et
les crises économiques, du Moyen Age à nos jours.
Dans un genre plus « bobo », le succès des Enfants du
vide, avec son sous-titre explicite : De l’impasse individualiste au réveil citoyen, de Raphaël Glucksmann,
explore aussi ces failles de la société française. Le
jeune essayiste a déjà séduit 40 000 lecteurs. Hasard
du calendrier, l’humoriste Muriel Robin, qui a officiellement déclaré son soutien aux gilets jaunes,
gagne neuf places dans notre classement avec Fragile,
son autobiographie. Enfin, il s’est trouvé quelques
gilets jaunes pour demander que le général Pierre de
Villiers soit appelé à Matignon. Son nouvel ouvrage,
Qu’est-ce qu’un chef ? – titre qui sonne un peu ironiquement en ces temps troublés – s’est installé dans
le peloton de tête de notre classement. Après les
gilets jaunes, les livres jaunes ?
L’ARBRE-MONDE
PAR RICHARD POWERS.
Des valeurs,
Des hommes,
Un Caviar.
D’une certaine manière, on pourrait dire
que ce livre choral est la version
romanesque du fabuleux succès
de librairie de Peter Wohlleben,
La Vie secrète des arbres. A travers
neuf destins très variés, le grand
romancier américain – on se souvient
de Trois fermiers s’en vont au bal,
en 2004 – raconte une vaste prise de conscience
écologique face à l’exploitation intensive des forêts.
Le Grand prix de littérature américaine 2018,
qui lui a été décerné, a de nouveau propulsé le roman
dans notre classement.
LA SAGESSE EXPLIQUÉE
À CEUX QUI LA CHERCHENT
PAR FRÉDÉRIC LENOIR.
www.caviar-aquitaine.org
POUR VOTRE SANTÉ, MANGER AU MOINS CINQ FRUITS ET LÉGUMES PAR JOUR. WWWMANGERBOUGER.FR
Un peu d’esprit positif dans ce monde
brutal, avec Frédéric Lenoir, abonné
aux best-sellers, qui réussit l’exploit
de placer également un second livre
dans notre classement, Méditer à cœur
ouvert. Deux ouvrages plutôt brefs,
deux antidotes aux angoisses
du temps. J. D.
Retrouvez le palmarès le mercredi, à 9 heures, avec
Les livres ont la parole, une émission animée par
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Un roman inspirant,
un succès incroyable
ventes de livres en France
N°
Nbr
Cla
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Titre Auteur (Editeur)
FICTIONS
1 8
1 ➙ Leurs enfants après eux Nicolas Mathieu (Actes Sud)
2 4
2 ➙ 13 à table ! Des écrivains s’engagent Collectif (Pocket)
3 30
3 ➙ Le Lambeau Philippe Lançon (Gallimard)
4 5
4 ➙ Frère d’âme David Diop (Seuil)
5 6
5 ➙ Le Signal Maxime Chattam (Albin Michel)
11 8
6 ➚ J’ai encore menti ! Gilles Legardinier (Flammarion)
7 ➚ Je te promets la liberté Laurent Gounelle (Calmann-Lévy) 8 7
6 2
8 ➘ Feu et sang (t. I) George R. R. Martin (Pygmalion)
15 9
9 ➚ Par accident Harlan Coben (Belfond)
– 2
10 ➚ L’Arbre-monde Richard Powers (Cherche Midi)
18 4
11 ➚ Amours solitaires Morgane Ortin (Albin Michel)
12 9
12 ➙ Salina. Les trois exils Laurent Gaudé (Actes Sud)
10 8
13 ➘ Le Meurtre du Commandeur (t. I). Une idée apparaît
Haruki Murakami (Belfond)
14 ➚ La Disparition de Stephanie Mailer Joël Dicker (De Fallois) – 33
15 ➚ La Jeune Fille et la nuit Guillaume Musso (Calmann-Lévy) – 20
16 ➘ Le Sillon Valérie Manteau (Le Tripode)
7 2
17 ➘ La Vraie Vie Adeline Dieudonné (L’Iconoclaste)
14 13
18 ➘ Les Animaux fantastiques (t. II). Les crimes
9 3
de Grindelwald J. K. Rowling (Gallimard Jeunesse)
19 ➲ De si belles fiançailles Mary Higgins Clark (Albin Michel)
–
1
20 ➘ L’Eté des quatre rois Camille Pascal (Plon)
19 4
ESSAIS-DOCUMENTS
1
1 ➙ Un hosanna sans fin
Jean d’Ormesson (Héloïse d’Ormesson)
2
2 ➙ Devenir Michelle Obama (Fayard)
3
3 ➙ Idiss Robert Badinter (Fayard)
4
4 ➙ Qu’est-ce qu’un chef ? Pierre de Villiers (Fayard)
5
5 ➙ 21 leçons pour le XXIe siècle
Yuval Noah Harari (Albin Michel)
6
6 ➙ Sapiens. Une brève histoire de l’humanité
Yuval Noah Harari (Albin Michel)
9
7 ➚ La Sagesse expliquée à ceux qui la cherchent
Frédéric Lenoir (Seuil)
8
8 ➙ Sorcières. La puissance invaincue des femmes
Mona Chollet (Zones)
18
9 ➚ Fragile Muriel Robin (XO)
7
10 ➘ Les Enfants du vide. De l’impasse individualiste
au réveil citoyen Raphaël Glucksmann (Allary éd.)
11 ➚ Dealer du tout Paris Gérard Faure (Nouveau Monde éd.) 12
15
12 ➚ Méditer à cœur ouvert Frédéric Lenoir (Nil)
17
13 ➚ Psychologie de la connerie
Sous la direction de Jean-François Marmion
(Editions Siences Humaines)
11
14 ➘ Romanesque. La folle aventure de la langue française
Lorànt Deutsch (Michel Lafon)
10
15 ➘ Ce que je peux enfin dire Ségolène Royal (Fayard)
–
16 ➚ Une histoire populaire de la France
Gérard Noiriel (Agone)
–
17 ➚ La Vie secrète des arbres Peter Wohlleben (Les Arènes)
18 ➘ Le Dictionnaire moderne Mcfly et Carlito (Michel Lafon) 14
19 ➘ Dictionnaire amoureux de la philosophie Luc Ferry (Plon) 13
20 ➙ Brèves réponses aux grandes questions
20
Stephen Hawking (Odile Jacob)
Retrouvez tous les chiffres de l’édition sur www.edistat.com
Réalisé par Edistat, du 26 novembre au 2 décembre 2018, à partir de 800
points de vente, librairies, grandes surfaces spécialisées et sites Internet.
en hausse
pas de changement
en baisse
Yves Calvi, dans Laissez-vous tenter, et dans
Bernard Lehut, le dimanche, à 7 h 40, sur RTL.
nouvelle entrée
3
3
6
3
10
136
3
12
Déjà plus
de 40 000
lecteurs
6
8
4
3
2
6
5
3
84
9
3
7
Le livre phénomène !
Un roman d’apprentissage
pour prendre enfin sa vie en main
et réaliser ses rêves les plus fous
Par le web entrepreneur Anthony Nevo
alias Vie de dingue
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le guide des arts et spectacles
UTOYA, 22 JUILLET
D’ERIK POPPE. AVEC ANDREA
BERNTZEN, ELLI RHIANNON MÜLLER
OSBORNE… 1 H 30.
17/20
Lien et l’autre
La palme d’or réveille souvent le public pour l’emmener
vers un cinéaste jusque-là trop méconnu – ce fut le cas, entre
autres, pour Nuri Bilge Ceylan (Winter Sleep), Michael Haneke (Le Ruban blanc), Gus Van Sant (Elephant) ou Abbas
Kiarostami (Le Goût de la cerise). Il est fort probable qu’elle
pousse à découvrir Hirokazu Kore-eda, immense cinéaste
japonais, vu en France au milieu des années 1990 et justement célébré, en 2003, à Cannes déjà, avec Nobody Knows
– l’option n’est d’ailleurs pas négociable, Une affaire de
famille est à voir immédiatement, merci.
L’homme est discret, son succès aussi, et il faut se réjouir
de ce coup de projecteur porté sur un réalisateur qui, la plupart du temps, peint le tableau des relations familiales, ou ce
qu’il en reste, dans un monde qui redistribue les liens du sang
et les liens du sol, les migrations et les adoptions, les hasards
et les nécessités. C’est un cinéaste impressionniste, comme
les peintres peuvent l’être, qui raconte une histoire en de
petits faits et gestes. Parce que chaque scène y est si précise,
si imbriquée dans l’ensemble, si insignifiante et si importante,
le cinéma de Kore-eda crée des situations d’une singularité
extrême (elle n’est sûrement pas celle que chacun vit), mais
il dit aussi que le monde se construit bon an mal an à partir
de cet ensemble de particularités. L’universalité est laissée
aux films qui brassent du romanesque grand large, Kore-eda,
lui, raconte l’importance du pas grand-chose. Dans les deux
cas, si réussite il y a, c’est de la condition humaine qu’il s’agit
(chacun fait comme il peut), qui a besoin de l’imaginaire et
du bitume pour avancer.
Une affaire de famille réunit sous un même toit branlant
une grand-mère, un couple, un fils, et bientôt une gamine trouvée une nuit dans la
rue et recueillie au sein de cette famille qui
travaille (un peu) et vole (surtout). La vie
comme elle va, entre affection réelle, survie,
sourires, quotidien à la con et avenir pas
forcément meilleur. Que c’est banal d’écrire
ça… Et pourtant ce film ferait croire au
miracle. Cette saga de l’intime se transforme sans en avoir l’air en drame émouvant nourri par un suspense que personne
ne voit venir. Et, à la fin, une seule question :
mais comment fait Kore-eda pour faire
surgir l’essentiel, planqué sous le tapis ?
Voir l’interview d’Hirokazu Kore-eda page 92.
UNE AFFAIRE DE FAMILLE
D’HIROKAZU KORE-EDA. 2 H 01.
18/20
Retrouvez Eric Libiot le vendredi, dans l’émission
Grand bien vous fasse! sur France Inter, de 10 à 11 heures.
Dans le genre
« j’adopte un point
de vue et je ne le
lâche pas », Utoya,
22 juillet est le
gagnant du mois et
même de l’année.
Un plan-séquence
de 1 h 22 pour suivre en temps
réel le calvaire de Kaja
(impressionnante Andrea
Berntzen, dont c’est le premier
rôle au cinéma), une jeune
travailliste parmi quelque
500 autres venus sur l’île d’Utoya
(Norvège) en camp d’été, pris
sous le feu du militant d’extrême
droite Anders Breivik. Le
massacre, survenu en 2011, a fait
69 morts, 33 blessés, et laissé
les survivants dans un état
traumatique. Ou pas, justement.
D’où la première phrase de Kaja,
face caméra : « Vous ne
comprendrez jamais. » L’instant
d’après, on se rend compte qu’elle
parle en réalité avec ses parents
au téléphone, mais la réplique
n’est pas innocente. Le film,
lui, n’est coupable d’aucun
voyeurisme et évite tout écueil
sensationnaliste. En ne montrant
pas le tueur (si ce n’est deux fois,
de loin, en silhouette), Erik Poppe
retranscrit in situ le cauchemar
de ces jeunes pris au piège. Pas
de musique, pas d’effets. Bref, pas
d’échappatoire. C’est anxiogène,
éprouvant, mais au bout du
compte édifiant. Car, dans
un carton final, où il dénonce
la montée des extrémismes
et populismes de tout poil,
le cinéaste ne cache pas
son intention citoyenne : dire
où mènent inéluctablement les
racines du mal. Osez voir. C. Ca.
CINÉMA
LE CHOIX CINÉ D’ÉRIC LIBIOT
RÉMI SANS FAMILLE
D’ANTOINE BLOSSIER. AVEC DANIEL
AUTEUIL, MALEAUME PAQUIN,
VIRGINIE LEDOYEN… 1 H 49.
4/20
Adaptation très édulcorée
du roman d’Hector Malot,
incontournable classique de
la Bibliothèque rose, adapté
au cinéma (1934, 1958), puis
massacré par un dessin animé
japonais (dans les années 1970).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Cette fois, le périple
tragique et
initiatique de rémi,
abandonné à sa
naissance, recueilli
par un couple
de miséreux
avant d’être vendu à un vieux
saltimbanque affectueux, est
traité de la manière la plus mièvre
qui soit. Les gentils sont très
gentils et les méchants très
méchants. rien ne tâche, tout est
propre, de la neige blanche aux
costumes impeccables… A-t-on
jamais vu des malheureux jetés
sur les routes autant briller
comme des sous neufs ? ! Les
enfants n’y verront sans doute
que du feu, à moins qu’ils ne
lisent l’œuvre originale, ou,
plus simplement, jettent un œil
sur l’actualité, et mesurent à quel
point on leur fait prendre des
vessies pour des lanternes. C. Ca.
SDP
INSTRUCTIF ET POÉTIQUE
Incas d’école
L
a folle aventure du turbulent
Tepulpaï et de la sage Naïra,
gamins lancés à la poursuite d’un
totem volé par les Incas, euxmêmes menacés par les Conquistadores. Voilà un dessin animé formidable d’imagination et de poésie,
qui embrasse un discours à la fois
écologique et historique. D’un côté,
il y a la Pachamama, entité qui
protège le bien-être de la Terre; de
l’autre, la réalité dans toute son
horreur, représentée par l’avidité de
nantis inconscients et la cruauté
d’envahisseurs venus d’un monde
dit « moderne ». Juan Antin, réalisateur du méconnu et pourtant
excellent et très irrévérencieux
Mercano le Martien (2002), a la
SPIDER-MAN :
NEW GENERATION
De bob PerSICheTTI, PeTer rAMSey
eT roDNey roThMAN. AVeC LeS VoIx
FrANçAISeS De STéPhANe bAk,
CAMéLIA JorDANA… 1 h 50.
15/20
encore un film sur
l’homme-araignée,
diront certains.
Pourtant,
Spider-Man : New
Generation tranche
avec les précédents
épisodes de la saga. Dans ce
nouveau volet animé, Miles
Morales, un adolescent métis, se
découvre des pouvoirs similaires
à ceux de Peter Parker, alias
Spider-Man. L’homme-araignée
va le prendre sous son aile, afin
de contrer les plans du terrible
Caïd, l’un des pires ennemis
du héros Marvel. Avec son
graphisme pop et son humour
semblable à un spectacle
de stand-up, Spider-Man : New
Generation donne un sacré coup
de jeune à une franchise qui se
prenait un peu trop au sérieux.
en prime, le film donne à
réfléchir à la question des
minorités dans l’Amérique
de Trump (la mère du héros
est latino et son père est Noir).
Irrévérencieuses, drôles et
engagées, les nouvelles aventures
de Spider-Man sont la bonne
surprise de cette fin
d’année. A. L. F.
NOUS LES COYOTES
De hANNA LADouL eT MArCo
LA VIA. AVeC MorgAN SAyLor,
MCCAuL LoMbArDI… 1 h 27.
14/20
Le fameux rêve américain
comporte son lot d’espoirs
et de désillusions. Ce premier
long-métrage des Français hanna
Ladoul et Marco La Via se déroule
à Los Angeles, ville qui continue
d’exercer un magnétisme
particulier sur des jeunes gens
en quête d’une vie plus belle sous
le soleil. Amanda et
Jake, jeune couple
plein d’idéaux,
ont quitté l’Illinois
pour la Californie.
Mais leur première
journée, émaillée
politesse de ne pas prendre les
enfants pour des demeurés. Son
graphisme relève du style naïf,
empreint de couleurs éclatantes,
ce qui ne l’empêche nullement
de traiter son sujet avec rigueur,
nourri de recherches approfondies
sur les décors, accessoires et coutumes. Ceci plus cela donne de
quoi alimenter une belle discussion après la projection avec des
gamins qui, pour une fois, auront
assisté à un divertissement intelligent et instructif, où l’émerveillement n’exclut pas l’effroi. C. Ca.
PACHAMAMA
De JuAN ANTIN. 1 h 12.
18/20
de déconvenues, va bousculer
leurs attentes. Il est assez
intrigant de voir la manière
dont les deux cinéastes arrivent
à proposer quelque chose d’inédit
à partir d’un sujet que l’on pensait
éculé. Dans Nous les coyotes, la
Cité des anges, personnage à part
entière du récit, est montrée sous
un jour différent, un exploit.
Plus vraiment une mégalopole
glamour, mais plutôt une ville
marquée par la gentrification
et la colonisation impulsées
par les hipsters. Tantôt ensoleillé,
tantôt amer, le film bénéficie
du talent et de la jeunesse pleine
d’entrain de son duo d’acteurs,
les prometteurs Morgan Saylor
et McCaul Lombardi. Soit
deux coyotes égarés parmi
les anges. A. L. F.
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
111
Avec le généreux soutien de
Informations
musee-orsay.fr
En partenariat média avec
Réservation
le guide des arts et spectacles
E. CASTALDO/FREMANTLE
Eli Lotar (1905-1969) Tournage du film de Jean Renoir, Une partie de campagne, 1936, Négatif monochrome souple au gélatino-bromure d’argent, 09 x 12 cm, Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais Image
Centre Pompidou, MNAM-CCI © Eli Lotar | Conception graphique : cl design
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UNE ADAPTATION
SANS IMAGINATION
E
n cette fin d’année, les séries adaptées de
romans se bousculent au portillon. Après La
Vérité sur l’affaire Harry Quebert, de Joël Dicker,
ou Aux animaux la guerre, de Nicolas Mathieu,
place à la saga napolitaine L’Amie prodigieuse,
d’Elena Ferrante. Si, pour l’instant, l’Italie ne
brille pas par la qualité de ses feuilletons (à l’exception de Gomorra et de Suburra), l’adaptation
de ce best-seller représente un événement :
150 comédiens, 5 000 figurants, participation de
la chaîne HBO à la production… Diffusée dès le
27 novembre en Italie, la série réunit chaque fois
plus de 7 millions de téléspectateurs.
L’action se déroule dans un quartier pauvre de
Naples. A la fin des années 1950, deux fillettes,
Elena (la narratrice) et Lila (l’amie en question), se
rencontrent sur les bancs de l’école primaire. La
première, travailleuse, parvient à entrer au collège.
La seconde, surdouée, est contrainte de travailler
à la cordonnerie de son père. Le récit est celui de
leur amitié, complexe et passionnelle, au fil des
décennies; jusqu’à ce que, cinquante ans plus tard,
Lila disparaisse mystérieusement et qu’Elena se
mette en tête d’écrire leur histoire. En toile de fond,
la ville est décrite avec sa violence et sa toxicité.
Le résultat est mitigé. Le jeu des comédiens
– mention spéciale aux premiers rôles, campés
par trois duos d’actrices, dont Elisa Del Genio et
Ludovica Nasti (photo) – est remarquable. L’ambivalence des sentiments enfantins, admirablement
incarnée. La reconstitution du quartier, superbe.
Mais la voix off, omniprésente, fige l’intrigue, la
plombe de pathos et ne laisse aucune place à l’imagination. Les règles du récit littéraire ne sont pas les
mêmes que celles des séries. Les images sont déjà
chargées de sens. Les qualités du livre deviennent
les faiblesses du feuilleton. Quel dommage! I. H.-L.
L’AMIE PRODIGIEUSE
À PARTIR DU JEUDI 13 DÉCEMBRE,
À 21 HEURES, SUR CANAL +.
11/20
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TÉLÉ
HUMEUR
Les vannes sont lâchées
M. J. WAISSMAN/GETTY IMAGES
« C’est un condensé
de tout ce que je
déteste », « On s’est
quand même bien
emmerdé », « Elle n’a
rien compris à l’esprit
de Noël ». Nous voilà
dans un monde où,
quand on allume la
télé en fin d’après-midi,
on voit des gens, seuls
ou en couple, se
dézinguer les uns
les autres à coups de
remarques assassines
dans des émissions
jeux où il s’agit de
désigner les meilleurs
repas (Un dîner
presque parfait)
ou maisons d’hôte
(Bienvenue chez
nous). Un plat mal
assaisonné, de
la poussière sous
un lit, une décoration
de table pas assez
soignée, un sapin
de Noël trop chargé
ou pâlichon? Les
participants se tirent
dans les pattes à
longueur de semaines
sur tout et n’importe
quoi. Il est loin,
le temps où cette
pratique de mettre
des notes restait bon
enfant. Aujourd’hui,
le dispositif est
encouragé par les
productions, qui font
tout pour nourrir
les inimitiés entre
les participants.
Prenons Mon plus
beau Noël (TF1). Après
s’être jugées du lundi
au jeudi sur leurs
décorations, leurs
menus et l’ambiance
des repas de réveillon,
les familles en
compétition terminent
la semaine avec une
cérémonie au cours
de laquelle elles
règlent leurs comptes.
Bonjour l’ambiance!
Entre la mauvaise foi
des uns et la jalousie
des autres, les piques
fusent entre les
candidats, conscients,
pour la plupart, que
plus ils diront du mal,
plus ils seront mis
en avant. Et les
téléspectateurs
ne se font pas prier
pour regarder ces
émissions qui font un
tabac à l’Audimat. Et si,
pour pimenter un peu
le principe, on mettait
les producteurs dans
la peau des candidats,
à charge pour eux
de flinguer
les programmes
concurrents? H. M.
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A
MUSIQUE
vec I Am a Man, le Pavillon
populaire de Montpellier
ouvre le troisième volet d’un triptyque consacré en 2018 à la photographie historique, après Aurès
1935, étude sur une société berbère de l’est algérien disparue, et
Un dictateur en images, qui
dévoilait les portraits du photographe attitré d’Hitler. Colonialisme, ségrégation, fascisme... Le
message est clair. Il s’agit de mettre en lumière les heures sombres du XXe siècle. I Am a Man
présente, en près de 300 images,
la lutte des Afro-Américains pour
leurs droits civiques dans le Sud
des Etats-Unis, de 1960 à 1970.
Les commissaires ont choisi d’ex-
poser des clichés publiés dans
des journaux locaux ou issus de
travaux de militants. « On n’est
pas dans l’esthétisme, ce n’est
pas du Magnum », résume
Gilles Mora, le directeur artistique du lieu. Ces photographies sont des documents
bruts qui témoignent du courage des militants. On voit des
manifestants brandir des pancartes « I Am a Man » (« Je suis
un homme »); le cadavre d’une
victime de lynchage; le sang de
Martin Luther King sur le balcon
du Lorraine Motel, à Memphis,
où le leader noir fut assassiné…
Le camp d’en face est représenté
à travers le travail de deux reporters du Charlotte Observer, qui
montre des rassemblements de
membres du Ku Klux Klan autour de croix en feu. Cette exposition, saisissante et actuelle,
voyagera en avril 2019 à la Smith-
B. ADELMAN, 1968
UN MONDE
ENTRE NOIRS
ET BLANCS
sonian Institution de Washington, puis au Museum Africa de
Johannesburg (Afrique du Sud),
en septembre. J. B.
I AM A MAN.
PHOTOGRAPHIES ET LUTTES POUR
LES DROITS CIVIQUES DANS LE SUD
DES ÉTATS-UNIS, 1960-1970.
PAVILLON POPULAIRE, MONTPELLIER
(HÉRAULT). ENTRÉE LIBRE.
JUSQU’AU 6 JANVIER 2019.
17/20
CAMÉLIA JORDANA A-T-ELLE TROUVÉ SA VOIX ?
L
...
114
’une des voix les plus soyeuses de la chanson
française a toujours oscillé entre plusieurs registres. On a connu Camélia Jordana fredonnant
de son timbre soul Non, non, non (écouter Barbara) ; se réapproprier Chet Baker (The Thrill is
Gone), mais aussi chanter, dans la cour des
Invalides, à Paris, aux côtés de Yael Naim et de
Nolwenn Leroy, à la cérémonie en hommage aux
victimes des attentats du 13 novembre 2015.
Dans son troisième album, l’ancienne candidate de Nouvelle Star et actrice – elle a reçu le César
du meilleur espoir féminin, en 2018, pour Le
Brio – se mue en porte-parole d’une génération.
Celle qui se sent perdue « géographiquement,
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
sentimentalement, politiquement » dans un
monde mouvant et instable, mais qui dit « oui,
oui, oui » à la solidarité et à l’ouverture à l’autre, à
l’heure d’Internet et des réseaux sociaux.
Avec la complicité du compositeur Laurent
Bardainne, du groupe électro-rock Poni Hoax,
Camélia Jordana a mûri son projet pendant deux
ans. Et cela s’entend. Aux contrôles au faciès (Freestyle) et aux bavures policières (Freddie Gray), elle
répond en chantant en français, en anglais et en
arabe afin d’affirmer son identité multiple. Pour
accompagner le combat des femmes (A Girl Like
Me), elle offre une musique sans frontières, aux
confins du hip-hop, de l’électro, du trip hop british
et même de la musique arabe traditionnelle.
Pour faire passer son message, celle qui est
née à Toulon d’une maman chanteuse d’opéra
préfère toujours la douceur à l’agressivité, les
structures sonores subtiles aux formats calibrés.
Assurément, la musique aide Camélia Jordana à
trouver son chemin. P. T.
LOST
DE CAMÉLIA JORDANA (ARISTA/SONY).
LE 17 DÉCEMBRE À LA BELLEVILLOISE, PARIS (XXE).
18/20
V. MACON/AFP
BONNE
QUESTION
EXPO
le guide des arts et spectacles
Guide réalisé par Eric Libiot, avec Julien Bordier, Christophe
Carrière, Igor Hansen-Love, Antoine Le Fur, Hermance Murgue
et Pascale Tournier.
Retrouvez Christophe Carrière dans Entrée Libre, présentée
par Claire Chazal du lundi au vendredi à 13 heures et 20 h 20 sur France 5.
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I D É E S
« Ne confondons pas
transhumanisme
et posthumanisme »
Outre sa foi dans la démocratie libérale et dans une spiritualité laïque,
Luc Ferry estime que la « nature n’a rien de sacré ».
Propos recueillis par Alexis Lacroix
I
l est l’une des figures majeures de la vie intellectuelle française. A 67 ans, Luc Ferry, philosophe,
professeur émérite à la Sorbonne , signe un beau
Dictionnaire amoureux de la philosophie (Plon).
L’occasion de revenir sur son parcours intellectuel et d’expliquer pourquoi l’acte de philosopher
éclaire les grandes questions de l’existence.
au long de son existence, c’est pour tenter à sa modeste échelle de laisser un monde meilleur, ou moins
mauvais, à ceux que nous aimons ou que nous pourrions aimer. Partager, aimer et transmettre, cela a du
sens à mes yeux, sans qu’il soit nécessaire de faire
appel à un dieu.
l’express La philosophie vous a-t-elle aidé à vivre ?
L. F. Comme le disait Diderot, qui était athée : « La
postérité est notre nouveau Dieu. » Non en un sens
platement narcissique et vaniteux, mais parce que
l’exigence d’un perfectionnement tout au long de la
vie a intrinsèquement du sens si elle contribue à améliorer le monde que nous allons laisser
à ceux qui viennent après nous.
Luc Ferry Oui, sans aucun doute. Tout en me tenant
très éloigné de la psychologie positive et de la mode
actuelle des idéologies du bonheur, je me suis très tôt
passionné pour la question cruciale de la philosophie : « Qu’est-ce qu’une vie bonne
pour les mortels ? Comment vivre dans
un monde sans Dieu ? » Ces interrogations sont le fil conducteur de tout ce
que j’ai écrit depuis trente ans. Pour
l’agnostique que je suis, comme pour
Schopenhauer qui y voyait l’origine de
la philosophie, elles ne peuvent pas
être éternellement éludées. A quoi bon
s’efforcer de se perfectionner tout au
long de sa vie alors qu’on sait l’irréverCredo « Se perfectionner pour
sibilité de la mort ?
laisser un monde meilleur. »
Vous êtes proche de Rousseau, qui défendait
l’idée de la « perfectibilité » de l’être humain...
L. F. C’est déjà le mythe de Prométhée qui met en
scène cette idée que l’être humain est capable d’une
perfectibilité illimitée a priori, une idée qu’on retrouvera chez Pic de la Mirandole, puis chez Rousseau,
Kant et Husserl. Pour un agnostique, elle donne du
sens à la vie. S’il faut se perfectionner, progresser tout
116
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
S. GALMOT/SDP
C’est cette question qui vous taraude, donc ?
Vous êtes un penseur de la liberté.
Parmi les récentes théories de la
liberté, celle, très débattue, de Francis
Fukuyama, publiée en 1992, au moment
de la chute du bloc de l’Est, est-elle
finalement si erronée ?
L. F. Fukuyama avait en réalité raison.
Il ne disait pas qu’il n’y aurait plus
d’événements, mais que l’humanisme
démocratique était, contrairement à
l’islamisme ou même au marxisme, l’horizon indépassable non seulement de notre temps, mais de
toute humanité. Et c’est vrai, la démocratie est bel et
bien le seul régime dans lequel l’humain devient
adulte, accède à lui-même. Si son essence est la
liberté, seule la démocratie lui permet d’être enfin luimême. Or, depuis deux siècles, en Europe occidentale, n’en déplaise aux déclinistes et « collapsologues »
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Pourquoi vous êtes-vous
peu à peu éloigné de
l’universalisme républicain ?
En quoi consiste votre spiritualité laïque ?
L. F. Elle est en partie liée à l’invention du mariage
d’amour, à cet événement historique ou « historial »
qui a fondé une époque nouvelle et qui donne un sens
nouveau à l’idée de perfectibilité. Comme le dit Yasmina Reza dans Dans la luge d’Arthur Schopenhauer,
seul l’amour est intrinsèquement sensé.
Comment, justement ?
L. F. C’est au cours du XXe siècle que le mariage
d’amour et son corollaire, le chérissement des
enfants, sont devenus la règle absolue de nos unions.
Or il existe à mes yeux quatre figures de ce que j’appelle la « transcendance dans l’immanence », une
transcendance non verticale, qui ne vient pas d’en
haut, mais que nous apercevons en nous-mêmes : la
vérité, la justice, la beauté,
et l’amour. Ces valeurs,
d’évidence, transcendent
ma subjectivité. Elles ne
sont pas, ou pas seulement,
affaire de goût…
Sens « Le mariage d’amour et le
chérissement des enfants sont devenus la règle absolue de nos unions. »
L. F. J’en conserve tous les principes
sur le plan moral, mais la morale et la politique ne suffisent pas, elles ne peuvent pas répondre à elles seules
à la question du sens. J’ai traduit avec enthousiasme
dans la Pléiade la Critique de la raison pratique de
Kant, qui est la matrice de toute morale républicaine.
Les pères fondateurs de la IIIe République étaient
d’ardents kantiens. C’est un texte génial, mais si la
morale insiste à raison sur le respect d’autrui, sur la
générosité, elle ne fournit aucune réponse aux questions existentielles : celles de la mort, de l’amour, de
la banalité de l’existence quotidienne, de l’ennui, de
l’éducation, autant de questions qui ne relèvent pas,
pour l’essentiel, de la morale. Les grandes spiritualités religieuses traitent la question de la vie bonne par
Dieu et par la foi, tandis que les grandes philosophies,
qui sont des spiritualités laïques, le font sans passer
par Dieu ni par la foi, mais par la lucidité de la raison
et les moyens du bord. J’ai donc voulu, dans ma philosophie, aller au-delà de la morale, sans pour autant
tomber dans la religion, ou pire, dans le spinozisme.
ISTOCK
à la mode, les progrès accomplis sont sidérants en
termes de niveau et d’espérance de vie, mais aussi de
liberté des femmes et des hommes. Et cela fait tout de
même soixante-dix ans que les démocraties ne se font
plus la guerre… Fukuyama prétendait simplement
que la forme de la république libérale était indépassable pour quiconque croit en la liberté humaine. Si
l’on pense que la liberté est le propre de l’homme par
opposition aux animaux et aux dieux, seul ce régime
universaliste lui convient. Ce qui n’exclut nullement
les retours en arrière, les régressions vers le Moyen
Age, voire vers des régimes fascistes. En ce sens, la
grande théorie rivale de Fukuyama, celle de Samuel
Huntington qui annonçait la « fin de la fin de l’Histoire » avec le « choc des civilisations » se fourvoie,
car sous ses formes les plus extrêmes, l’islamisme n’a
rien d’un universalisme : c’est un archaïsme délirant, privé de cette aspiration à l’émancipation universelle de
l’humanité qui était malgré
tout encore présente dans
le communisme. Le choc
des civilisations ne fait en
réalité qu’opposer le seul
universalisme qui reste en
selle – la démocratie libérale – au particularisme
fanatique et impérialiste
des fous de Dieu.
Le transhumanisme,
auquel vous consacrez ici
une réflexion, est-il une
rupture avec l’humanisme
ou son excroissance
pathologique de
l’humanisme ?
L. F. Il ne faut pas, comme
Jacques Testart, confondre
transhumanisme et posthumanisme. Ce dernier vise à fabriquer
une intelligence artificielle forte, c’est-à-dire une
post-humanité par rapport à laquelle, comme le dit
Elon Musk, nous serions comme nos animaux domestiques par rapport à nous. Le posthumanisme est
une utopie de la fin de l’humanité. Bill Gates et Elon
Musk y croient encore. Le transhumanisme, c’est tout
autre chose. Il repose sur trois idées qui s’inscrivent
dans le droit fil de l’humanisme des Lumières : 1/
ajouter à la médecine thérapeutique une médecine
augmentative ; 2/ augmenter la longévité humaine en
luttant contre la vieillesse afin de faire émerger un
jour une humanité qui vivrait cent cinquante ou deux
cents ans. Elle serait toujours mortelle, bien sûr, mais
elle aurait la capacité d’être jeune et vieille à la fois,
donc, le cas échéant, d’être plus sage, ou moins folle ;
3/ enfin, si l’invention des Etats providence était destinée à corriger les inégalités sociales, les biotechnologies devraient nous permettre de corriger dès l’embryon certaines inégalités naturelles. J’aime cette
idée que la nature n’a rien de sacré.
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
117
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
I D É E S
« La langue de l’écrivain
a un impact réel »
Le romancier israélien David Grossman publie un épais recueil
d’interventions dans le débat public. C’est l’occasion d’une rencontre.
Propos recueillis par Rachel Binhas
l’express Vous êtes aujourd’hui
une « icône » de la paix.
Etes-vous réellement entendu
ou utilisé par ceux à qui vous
vous adressez ? De quelle manière
la notoriété pèse-t-elle
dans votre combat ?
entendre. Dans mon livre Le Vent jaune, publié en
1988 – l’un des premiers livres sur les territoires occupés –, tous les faits décrits étaient déjà connus des
Israéliens. Mais, jusque-là, les gens analysaient l’occupation à travers le prisme de clichés, clichés qui
les protégeaient de la brutalité du phénomène…
Pour être entendu sur ce sujet, j’ai passé neuf semaines en territoire occupé, j’ai
interviewé tous les gens que je
rencontrais. De plus, en tant
qu’écrivain, ma langue était différente de celle que l’on entendait d’habitude. L’impact a été
réel, les gens ne contestaient pas
ce que j’écrivais. Tout cela a apporté, pour quelque temps du
moins, un souffle de vent frais
dans le débat public.
Y. COUPANNEC/LEEMAGE
D
avid Grossman, né en 1954, est un grand
nom de la littérature contemporaine.
Auteur de romans, mais aussi d’essais
reconnus et de livres pour la jeunesse,
cet humaniste réunit dans un recueil*
ses interventions publiques autour de la littérature,
du conflit israélo-palestinien, du rapport à l’autre…
Une manière de revenir sur la
question de l’identité dans un
pays où le destin personnel des
individus se mêle étroitement au
destin national, et où l’hésitation
entre plusieurs scénarios d’avenir est plus aiguë et angoissante
que jamais.
En quoi la littérature aide-t-elle
à appréhender les différentes
visions du conflit ?
D. G. Il faut s’employer, chaque
fois, à voir le conflit sous un
David Grossman Je pense que
angle différent et nouveau pour
quiconque produit du discours
saisir les divers points de vue.
sait que celui-ci peut être utilisé
David Grossman « Quiconque produit
du discours sait que celui-ci peut être dévoyé. »
C’est de cette manière que la litcomme un remède ou comme un
poison. Tout peut être dévoyé,
térature m’a pour ainsi dire
même les remèdes ! Néanmoins, mon expérience est
« éduqué », parce que lorsque j’écris sur un persontrès positive. J’ai le sentiment que mon discours est,
nage de fiction, quel qu’il soit, j’essaie de me mettre
en général, bien reçu par les gens. Pas tous, bien sûr.
dans sa peau et non de m’opposer à lui. Dans ce livre,
Il m’arrive d’être engagé dans des polémiques, mais
j’ai choisi les discours qui exprimaient une réaction
des polémiques justes. Quand mes propos sont dépar rapport à la situation politique, avec une aptournés de leur sens, c’est à la marge. Quoi qu’il en
proche littéraire, car je suis un écrivain. C’est ma
soit, ce n’est pas une raison pour rester silencieux !
façon de regarder les choses, mon soupçon permaSi l’on décrit une situation dans une langue authennent à l’égard de ce que j’appelle une « langue fasttique et précise, même nos opposants peuvent nous
food », ou une « langue de la manipulation » !
118
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
La relation entre littérature et exil est très présente
dans vos écrits et dans votre réflexion civique
et politique. Quel est le rôle de l’écriture, selon vous :
une manière de s’exiler ou, au contraire, de revenir
dans la réalité quand on l’a quittée ?
D. G. Je n’aime pas la littérature conçue comme une
fuite face à la réalité. Je peux parfois apprécier de lire
des thrillers, quand je prends l’avion par exemple,
mais pour moi la littérature est la meilleure manière
d’être complètement connecté à la réalité. Même
quand on crée de la fiction, on est particulièrement
en lien avec la vie et ses nuances. Lorsqu’on
construit un personnage, on se rend compte à quel
point celui-ci est riche et complexe. Chaque petit détail, chaque miette de vie qu’on lui ajoute ouvre une
infinité de possibilités. C’est seulement en écrivant
que l’on comprend combien l’être humain est riche.
Et combien il est terrible qu’il puisse être tué aussi
facilement.
A vous lire, Sophie et Hans Scholl, deux résistants
allemands au nazisme, n’étaient pas des victimes,
puisqu’ils ont tenté de lutter contre cette idéologie.
Et c’est la même chose pour vous en tant qu’Israélien
et juif, ayant perdu votre fils Uri dans la guerre
au Sud-Liban en 2006. Quelle est alors votre définition
d’une victime ?
D. G. C’est une personne qui a le sentiment que rien
qu’elle fasse ne pourra changer un tant soit peu son
sort. Elle s’estime prise au piège, comme le furent les
juifs lors de la Shoah. Aujourd’hui, les personnes qui
fuient le Proche et le Moyen-Orient, qui meurent en se
noyant près des côtes italiennes, sont aussi des victimes. Mais je crois qu’il est important, même face à
une situation arbitraire, d’essayer de trouver un
moyen de changer cette condition. Alors qu’il allait
peut-être mourir peu après, chaque juif, dans les
camps d’extermination, qui décidait de partager sa
dernière tranche de pain avec un ami, était, à cet instant précis, libre. Il n’était donc pas une victime.
Chaque fois que j’écris sur une personne confrontée à
une oppression arbitraire – et c’est le cas dans presque
tous mes livres –, cet individu va lutter. Ainsi, dans
Le Livre de la grammaire intérieure, le pouvoir arbitraire est la « machinerie » de la chair et la « bureaucratie » du corps. Un enfant nommé Aharon Kleinfeld
tente de résister, de combattre son propre corps et de
trouver des moyens de le dompter. Pour ma part, l’acte
même de l’écriture m’a donné la capacité de m’émanciper, de survivre à une situation qui essayait vraiment
de me tuer. Ce faisant, j’ai cessé d’être une victime,
comme Sophie et Hans Scholl.
* Dans la maison de la liberté, par David Grossman, trad.
de l’hébreu par Jean-Luc Allouche et Rosie Pinhas. Seuil.
LE BILLET
D’ALEXIS LACROIX
Céline,
une victime ?
I
ci même, nous avons sonné l’alarme contre
d’étranges réhabilitations. D’abord, contre
la décontamination d’un maître de l’erreur
criminelle, Charles Maurras ; puis, contre
la réévaluation du rôle du maréchal Pétain sous
la « révolution nationale », présenté comme
un « bouclier » (1). Las ! il nous faut, aujourd’hui,
nous intéresser au troisième étage de cette
fusée révisionniste : celle qui concerne notre
« grantécrivain » Louis-Ferdinand Céline.
Un éditeur met en circulation un petit libelle
« fake » (2). Bagatelles pour un mensonge ?
Ses auteurs, MM. Alliot et Mazet, outre leur
insistance sur le fait que Céline n’a pas été
un agent allemand, veulent décomplexer le
regain de ferveur pour la partie la plus ignoble
de l’œuvre de Céline, celle des pamphlets
antisémites – Bagatelles pour un massacre,
L’Ecole des cadavres, Les Beaux Draps.
Dédramatiser les faits et gestes du bouffeur de
« youtres » et de « négroïdes juifs ». Tout à leur
besogne, Alliot et Mazet n’hésitent pas à salir
la dernière en date des études consacrées
à la haine des juifs nourrie par Céline : le livre,
exhaustif et rigoureux, de Pierre-André Taguieff
et d’Annick Duraffour, paru en 2017, Céline,
la race, le juif. Non contents de traiter les deux
auteurs de « charlatans », et « zazous » (sic)
et de « bachi-bouzouks », les deux plumitifs
remettent hélas en selle une vision de Céline
que toutes les recherches sérieuses ont balayée :
celle d’un Petit Chose, nazi à son insu,
presque par accident. D’une victime. Biffées,
les dénonciations répétées de Céline sous
l’Occupation ; raturée, son amitié avec de hauts
dignitaires nazis ; frappé d’oubli, son séjour
à Sigmaringen, dans le même hôtel que le chef
de la Gestapo, et où même Rebatet s’étonna
de la mesquinerie d’un pensionnaire cachant
dans sa piaule des kilos de charcuterie…
(1) Laurent Joly, « Vichy n’a jamais été un moindre
mal », propos recueillis par Yoann Duval, L’Express,
septembre 2018. (2) Avez-vous lu Céline ?, de David
Alliot et Eric Mazet, éd. Pierre-Guillaume de Roux.
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
119
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I D É E S
Euthanasie :
le vrai dilemme
Comment savoir si un malade en phase terminale qui demande
à mourir le veut réellement ?
Par Claire Chartier
Y
La réponse à ces questions abyssales tient dans un
a-t-il une oreille assez fine pour entendre le
mot, d’inspiration kantienne : délibération. Est libre
soupir des roses qui se fanent ? » Voilà, dit à la
celui qui passe son désir au tamis de la réflexion, à la
façon poétique d’un Arthur Schnitzler, écrifaçon du chercheur d’or traquant la pépite dans l’eau
vain de l’Autriche claire-obscure du début du
boueuse de la rivière. Ainsi faut-il comprendre comme
siècle dernier, l’enjeu des débats sur la fin de vie et
un « vrai vouloir mourir » la demande d’euthanasie
l’euthanasie. Familier des comités d’éthique, ancien
d’un malade qui a pu et su discerner les facteurs jouant
membre de la commission Sicard sur le sujet, le phidans sa volonté d’en finir – des proches épuisés par la
losophe Eric Fourneret tente d’être cette oreille-là
prise en charge, des douleurs terribles, etc. – et choisit,
dans un livre exigeant et profond : Sommes-nous lien conscience, de répondre à sa situation en réclamant
bres de vouloir mourir ?*. L’interrogation a la saveur
au médecin d’écourter ses souffrances.
migraineuse d’un intitulé du bac philo, mais il serait
Notre volonté n’est ni entièrement déterminée par
dommage de s’arrêter à ce désagrément formel,
le biologique et l’environnement ni entièrement détant la réflexion originale qu’elle soulève trouve
liée des lois de la nature, rappelle
d’écho dans les discusEric Fourneret. Nous conservons
sions autour de la « mort
une souveraineté intédigne ».
rieure, cet interstice qui
Pour Eric Fourneret,
fait toute la grandeur de
« la question n’est pas de
l’humain, jusqu’à son
savoir si l’euthanasie est un
souffle ultime. Permettre
acte bon ou mauvais en
à chaque patient d’exerlui-même, mais de discercer cette liberté, en partiner l’attitude à adopter face
culier en proposant une
à la souffrance d’autrui. »
meilleure offre de soins
Ce qui revient à s’éloigner
palliatifs, devrait être un
du cœur des polémiques,
Postulat « La bonne
préalable à toute discusle droit à mourir, abonquestion est de discerner
sion sur l’euthanasie, sugdamment traité ces derl’attitude à adopter face
gère l’auteur. A ses yeux, la législation acnières années dans des témoignages et des
à la souffrance d’autrui. »
tuelle, susceptible d’être amendée en
essais percutants, pour se concentrer sur
fonction de l’évolution des savoirs et des
l’écoute de la volonté de mourir. La tâche
techniques, constitue une option plus raisonnable
est rude. Comment sonder, dans une perspective
que la solution sans retour de la légalisation de l’euéthique, la volonté d’un patient réclamant à l’équipe
thanasie. « Depuis le début du débat citoyen, nous
médicale qui le suit d’abréger ses jours ? Comment
sommes victimes d’une erreur d’aiguillage, conclut
évaluer la nature de ce désir, de quelle manière s’asEric Fourneret : respecter la volonté de celui qui veut
surer qu’il est bien le fruit d’un jugement affranchi
mourir ne signifie pas le reconnaître comme un moude toute influence extérieure ? Comment être sûr de
rant […] mais comme une personne. » C. C.
ne pas hâter un dénouement qui n’aurait pas été
pleinement désiré ? Enfin, qui nous dit même qu’un
* Sommes-nous libres de vouloir mourir ?
malade, au terme de son existence, puisse penser et
Euthanasie, suicide assisté : les bonnes questions.
Albin Michel.
vouloir librement ?
ISTOCKPHOTO
«
120
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
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C’ÉTAIT DANS L’EXPRESS
le 17 AvRil 1987
Nucléaire :
le risque insupportable
Après le cataclysme atomique de Tchernobyl,
la France s’interroge sur le tout-nucléaire.
par Yann de l’Ecotais
A
ujourd’hui, le nucléaire fournit
plus de 70 % de notre électricité, électricité dont on a
« poussé » la part dans la consommation
française de 25 à 40 % en dix ans ; la
France sait enrichir l’uranium, fabriquer et faire fonctionner des réacteurs et des surgénérateurs, retraiter les
déchets. Notre indépendance énergétique est suffisamment garantie. Parce que, d’une part, le nucléaire nous
met relativement à l’abri d’une pénurie touchant d’autres sources; parce que, d’autre part, en cas d’interruption des fournitures d’uranium, nous connaissons bien
la filière des surgénérateurs qui produisent, eux, plus
de plutonium qu’ils n’en consomment. L’indépendance
conquise, persister dans l’effort nucléaire pourrait
répondre à une autre justification, économique par
exemple. Mais, tant en ce qui concerne le prix du kilowatt que l’exportation des techniques et du matériel,
celle-ci paraît très douteuse. Elle ne mérite pas, en tout
cas, que nous fassions peser le moindre danger sur nos
populations. Et ceux qui prétendent que le nucléaire,
en France, ne renferme pas de risques doivent
comprendre que personne ne peut confondre la
radioactivité avec de l’eau sucrée. Ce qui est en cause
désormais, bien plus que l’indépendance politique
ou la compétition économique, c’est le jusqu’auboutisme planificateur de hauts fonctionnaires qui
ont pour règle de n’être jamais saisis par le doute. Et
qui ont surdimensionné le programme nucléaire
français, tout en endettant EDF plus que de raison.
R
endre le plus fiable possible ce
qui existe déjà dans le parc nucléaire national, en considérant
que ce parc est largement suffisant : tel
devrait être dorénavant l’objectif de
notre politique. Pourquoi construire
d’ici à 1990 cinq tranches nucléaires
parfaitement superflues en termes de
consommation ? Une fois la technique
apprivoisée, pourquoi, par ailleurs, persister dans la voie des surgénérateurs,
qui fabriquent de l’électricité beaucoup
trop chère? Depuis deux mois se produit
en France, très exactement, un pépin, dit « de plomberie », par semaine : fuites, corrosion, défectuosité de
vannes, clapets, robinets, etc. Nous en sommes maintenant informés, tant mieux. Mieux vaudrait, toutefois,
en réduire la fréquence. Superphénix a coûté à EDF
13 milliards de francs, mais, depuis l’accident de Three
Mile Island, en 1979, les investissements de la société
pour renforcer la sécurité n’ont atteint que de 1 à 2 milliards. Une conclusion apparaît clairement : notre argent serait mieux dépensé en sécurité de la production
qu’en augmentation – inutile – de cette même production. Pour des raisons de santé publique, évidemment.
Mais aussi pour ne pas remettre en question, par des
coupures, des arrêts techniques peut-être longs, l’objectif initial de l’indépendance nationale. Bien comprise,
cette fois.
P. MATSAS/OPALE/LEEMAGE
C
haque incident, dans le nucléaire civil,
conduit à la même question : à quel moment
les risques deviennent-ils insupportables ?
Un an après la catastrophe de Tchernobyl, les
accidents de Pierrelatte et de Creys-Malville confirment
la réponse : les risques sont insupportables dès lors qu’il
n’est plus nécessaire de les courir. La décision d’engager
la France dans la maîtrise totale du cycle du combustible et dans son équipement en centrales atomiques
fut, à l’origine, fondamentalement politique : il fallait assurer l’indépendance
énergétique du pays. Non pas pour se
préserver d’une hausse du prix du pétrole, mais pour s’assurer que la nation,
en toutes circonstances, continuerait à
disposer d’une quantité raisonnable de
ce nerf de la guerre qu’est l’énergie.
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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styles
L’architecture de ce musée,
annexe du V& A de Londres,
évoque les falaises écossaises.
Récemment inauguré,
un musée
à l’architecture
avant-gardiste remet
en lumière cette ville
côtière écossaise
encore méconnue.
S
ur la côte Est de l’Ecosse,
à une heure de train
d’Edimbourg, la ville de
Dundee a vécu ce dernier siècle comme assoupie. Si le site de Lonely Planet a désigné cet ancien port
baleinier comme l’une des destinations les plus intéressantes cette année
en Europe, c’est parce que la cité a fait
sa mue. Symbole de ce renouveau,
l’ouverture en septembre du V & A
Dundee, la première annexe dans le
122
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
monde du fameux musée londonien le
Victoria & Albert Museum. Conçu par
l’architecte japonais Kengo Kuma
– qui travaille actuellement à la
construction du stade de Tokyo pour
les JO de 2020 –, ce lieu consacré au
design subjugue par sa modernité. Dehors, on admire les lames horizontales
de béton brut qui évoquent les falaises
voisines de la côte Nord de l’Ecosse.
A l’intérieur, on s’émeut devant les
planches en chêne inclinées comme
des vagues sur les murs. Audacieux et
séduisant, le résultat redonne vie et
fierté à une ville postindustrielle, d’autant que l’accès aux collections permanentes est gratuit. On y trouve la fine
fleur du design made in Scotland :
mode, art graphique, joaillerie. Boostée par ce musée, la ville a vu émerger
de nouvelles adresses : hôtels, bars,
galeries d’art… De quoi passer un weekend culturel formidable, hors des sentiers battus. Faites vite, l’Unesco vient
de nommer Dundee « cité du design ».
PHOTOS : F. HAMMOND - HUFTONCROW/SDP
DUNDEE
INÉDIT
L’hôtel Indigo
et son
architecture
industrielle.
Une première en Grande-Bretagne,
qui risque d’attirer les foules. Notre
parcours en sept rendez-vous.
9 HEURES
PAUSE BREAKFAST
À L’HÔTEL INDIGO
Posez vos valises dans ce repaire du
centre-ville, ouvert en juillet dernier.
Cette ancienne usine de toile de jute
édifiée en 1822 abrite désormais une
centaine de chambres confortables et
quelques suites, dont la Bell Mill, avec
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L’ÉVASION
Par Guillaume Crouzet
Une sélection pointue de thés
et cafés au Braithwaite.
Les plats faits maison
du Parlour Cafe.
Spex Pistols,
le temple
des lunettes
vintage.
son incroyable terrasse en haut de la
tour. Plus confidentiel et intimiste,
avec quatre chambres seulement, le
Newport, sur l’autre rive du fleuve Tay,
dispose d’une vue de rêve sur Dundee.
Hôtel Indigo, à partir de 70 €
la chambre double. www.ihg.com
Hôtel Newport, à partir de 100 €
la chambre double. www.thenewport.co.uk
10 HEURES
PLONGÉE DANS LE LUXE
DES PAQUEBOTS
Bien sûr, vous êtes là pour le v & A…
Après trois ans de chantier, ce spectaculaire musée fait un triomphe : plus
de 100000 visiteurs en trois semaines.
Ne ratez pas l’expo inaugurale, Ocean
Liners. Speed and Style, qui retrace la
vie à bord des transatlantiques. Photos,
fresques et mobilier en provenance du
Normandie, du France, et même un
émouvant panneau de bois sculpté du
Titanic, remonté des profondeurs.
V&A Dundee, Riverside Esplanade.
Accès gratuit aux collections permanentes.
Expo Ocean Liners. Speed and Style, jusqu’au
24 février 2019. www.vam.ac.uk/dundee
11 HEURES
LE PLEIN DE THÉ
CHEZ BRAITHWAITE
Broughty Ferry, charmante
station balnéaire voisine.
La famille Alan vend des dizaines de
variétés de thés et de cafés depuis
1868. Délicieusement rétro, la petite
boutique aux murs lambrissés qui
embaume la fève fraîchement torréfiée propose une quarantaine de thés
en vrac.
J. A. Braithwaite Ltd,
6 Castle Street, +44-1382-322-693.
13 HEURES
DÉJEUNER VEGAN
AU PARLOUR CAFE
Pas d’enseigne sur rue, juste une façade vitrée et 18 places assises, mais
tout le monde ici connaît cette adresse.
Une carte essentiellement vegan et totalement exquise. Sarah et son équipe
proposent soupes du jour, salades, tortillas, mais aussi agneau mijoté ou boulettes. Les prix sont ultradoux, le pain,
fait maison et les desserts, délicieux.
Parlour Cafe,
58 West Port, +44-1382-203-588.
15 HEURES
DÉAMBULATION DANS
LE CIMETIÈRE HOWFF
Faites une halte dans ce verdoyant
et romantique cimetière du centreville. Fondé au xvie siècle, il possède
l’une des plus importantes collections
de pierres tombales d’Ecosse. vous
avez un peu plus de temps ? Filez à
Broughty Ferry, la petite station balnéaire voisine avec son château en
Le bar Abandon
Ship réveille les
nuits de Dundee.
surplomb de la plage. Un train vous y
emmène en dix minutes.
Howff Cemetery, 4, Meadowside.
17 HEURES
SHOPPING VINTAGE
CHEZ SPEX PISTOLS
vous ne pouvez pas manquer la façade
peinte en jaune fluo, ni la barbe taillée
en pointe de Richard, le propriétaire.
Ultrachaleureuse, sa boutique est le
temple des lunettes vintage chinées
ou rééditées. Près de 500 modèles différents sont exposés.
A partir de 45 €. Spex Pistols, 4, Johnston
Lane, +44-1382-529-377.
20 HEURES
DÎNER CHIC
AU TAYBERRY
Queue de bœuf croustillante, risotto
au potiron ou gnocchis aux champignons sauvages : Adam Newth, le
jeune chef de 24 ans, est l’étoile montante du coin et défend des produits
locaux savoureux. Comptez 40 €
(réservation obligatoire). Pour finir la
soirée, allez découvrir le récent Abandon Ship, un bar spécialisé dans les
cocktails au rhum.
Restaurant Tayberry, Brook Street,
www.tayberryrestaurant.co.uk
Bar Abandon Ship Apparel, 14 Exchange
Street, www.abandonshipapparel.com
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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styles
PHOTOS SDP
Photophore Fresnel
et bougie Opopanax,
Diptyque, 300 €
et 50 € les 190 g.
VOLUTES INSPIRÉES
Les fêtes attisent l’envie d’atmosphères raffinées. Les parfums pour
la maison s’imposent comme de jolis cadeaux à glisser sous le sapin.
Q
u’est-ce qui est capable
de nous lover dans un
fauteuil confortable face
à un feu qui crépite ou
de nous offrir des vacances sur une terrasse entre pins et
Méditerranée ? Pour peu qu’ils soient
bien conçus et de qualité, les parfums
d’intérieur ont ce pouvoir de nous faire
changer d’air… Au figuré, bien sûr,
car ils ne nous dispensent pas d’aérer
quotidiennement nos espaces de vie.
124
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
En créant une atmosphère, ils nous
plongent dans une intimité et un état
émotionnel positif. C’est dans cette intention que les parfumeurs et les maisons les plus réputées les conçoivent.
Ces effets sur nos états d’être ne
datent pas d’hier. Durant l’Antiquité,
brûler des bois et des résines était une
façon d’honorer les dieux ; au Moyen
Age, plus pragmatique, de purifier l’air
chargé de miasmes. Au milieu du
XXe siècle, c’est la mode des pots-pourris
qui a relancé l’envie d’intérieurs parfumés. A la création de Diptyque, il y
a cinquante ans, raconte Myriam
Badault, directrice de création de la
marque, « les fondateurs mettaient à
macérer dans de grandes jarres, avec
de l’huile, des roses et des fleurs de
lavande, des zestes de fruits, de la
cannelle, de l’anis étoilé, des clous de
girofles, pour obtenir un concentré
odorant à disposer en toute petite
quantité dans une coupe afin de parfu-
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LE PARFUM
Par Monique Le Dolédec
mer l’ambiance d’un salon ou d’une
entrée ». Au passage, on signale également la réputation du pot-pourri de la
marque florentine Santa Maria Novella, dont la recette, confectionnée
par des moines dominicains, daterait
du XVIIIe siècle.
Vincent Schaller, depuis le centre d’expertise Air Care Firmenich de Londres.
Un exercice rendu complexe, car les
composants réagissent différemment
selon le support – cire, alcool, huile,
eau, bois –, mais aussi la matière du
contenant et sa forme. Chaque formule nécessite une recette sur mesure.
DES OBJETS DE DÉSIR
Aujourd’hui, et particulièrement au
moment de Noël, les maisons les plus
en vue rivalisent de créativité pour
présenter leurs nouvelles idées odorantes. Bâtonnets d’encens en provenance du Japon aux connotations
spirituelles chez Astier de Villatte ;
bougies ambiance Grand Siècle dans
leur verre épais chez Buly ou Cire
Trudon ; « reeds » ou bâtonnets de
bois ou de faïence poreuse pour une
diffusion par capillarité chez les Anglais Jo Malone ou Anya Hindmarch ;
pot de céramique à anse de cuir
dessiné par Marc Newson pour la
très chic bougie Louis Vuitton… Des
objets de luxe dont la conception ne
s’improvise pas.
« Pour réaliser nos bougies, nous
faisons appel à des nez qui composent
des concentrés avec des palettes d’ingrédients semblables à celles d’une eau
de toilette », explique encore Myriam
Badault. Cependant, le travail est un
peu différent car la perception recherchée est plus directe, plus proche de la
nature. « On est dans quelque chose de
plus volubile et immédiat, donc moins
dans une diffusion progressive classique du concentré – notes de tête, de
cœur, de fond », poursuit le parfumeur
Diffuseur Pine & Eucalyptus,
Jo Malone, 78 € les 165 ml.
Bougie parfumée en céramique avec
couvercle, Fornasetti Profumi, 300 g, 170 €.
SAGESSE D’USAGE
Des études récentes suspectent les
encens et les bougies de dégager en
chauffant de petites quantités de
substances polluantes, au même titre
qu’un feu de cheminée, par exemple.
Jean-Claude Bulens, fondateur d’Ipsypile – une société de fabrication de
bougies parfumées de grande qualité – conseille : « Après brûlage de
maximum quatre heures sous surveillance, bien repositionner la
mèche au centre du flacon, et la recouper à 5 millimètres, pour éviter la
surchauffe et l’émission de fumée
lors de la prochaine utilisation. » Et il
convient, ensuite, d’aérer la pièce au
moins quinze minutes. On peut également se tourner vers des produits sans
combustion comme les sprays ou les
bâtonnets. Un choix que Benoît Astier
de Villatte, cofondateur de la marque,
avoue ne pas vouloir faire, tant il apprécie la contemplation d’une flamme
et la joie de sentir le parfum se répandre dans la pièce. « Le monde aseptisé
n’existe pas, s’enthousiasme-t-il, il ne
serait pas vivable. Allumer une bougie, c’est comme déboucher un bon
vin, un plaisir réconfortant. » Il paraît
que les dieux sont d’accord. M. L. D.
Diffuseur en laiton et flacon d’huile
essentielle, Béatrice, Aesop, 145 € et 31 €.
Bougie Atelier
de Balthus,
Astier
de Villatte, 62 €
les 260 g.
Bougie Dehors il neige,
Louis Vuitton, 175 €, les 220 g.
Alabastre Annibal, boîte en porcelaine,
pierre à parfumer et recharge, Buly, 65 €.
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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L’AUTO
styles
Par Camille Pinet
Légendaire Bullitt a rendu célèbre
la Mustang. Ford en propose aujourd’hui
une version contemporaine.
sdP
COMME AU CINÉMA
FORD MUSTANG
BULLITT 5.0 V8
C
ertains films n’ont pas besoin
d’un scénario bien ficelé pour
mériter leur statut de chefd’œuvre. C’est le cas de Bullitt, réalisé
par Peter Yates en 1968. Son intrigue
tient sur une feuille volante et ses
incohérences n’ont rien à envier aux
plus mauvais des « blockbusters »
modernes. Mais sa magie est ailleurs.
Elle tient à la musique de Lalo Schifrin, au charisme de Steve McQueen,
au jeu de caméra débridé de Yates et
bien sûr à l’une des plus formidables
poursuites automobiles de l’histoire
du cinéma. Pour ceux qui y auraient
encore échappé, elle met en scène
pendant presque onze minutes et
sans musique la menaçante Dodge
Charger noire des bandits aux prises
avec la Ford Mustang GT Fastback du
héros, Frank Bullitt. Cette ode au
métal hurlant a laissé une trace indélébile dans les imaginaires, et toutes
les poursuites tournées depuis se
mesurent à ce monument.
126
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
Dimensions
L x l x h : 4,78 x 1,96 x 1,38 m
Volume du coffre : 408 l
Motorisation
Cylindrée : 4 951 cm3
Carburant : essence
Puissance : 460 ch
0-100 km/h : 4,5 s
Vitesse maximale : 250 km/h
Consommation
Cycle mixte : 12,4 l/100 km
Emission de CO2 : 277 g/km
Ecomalus : 10 500 €
Prix : 54 900 €
(gamme à partir de 39 900 €).
Cinquante ans plus tard, Ford n’a
pas résisté au plaisir de ressusciter la
légende en proposant une version
contemporaine de la Mustang verte.
La ficelle peut sembler grosse mais on
se laisse prendre à la nostalgie grâce
à la justesse des ingrédients choisis.
La Mustang Bullitt est en effet équipée comme l’historique d’un gros V8
atmosphérique, d’une transmission
manuelle un rien virile et est revêtue
d’une interprétation moderne et métallisée du vert originel. La bande-son,
que l’on peut moduler, a été si bien soignée que, dès les premiers mètres à son
volant, on se prend effectivement pour
Frank Bullitt. Celui-ci ne branchait
pourtant pas son téléphone à la voiture
par la grâce d’Android Auto et ne se
laissait pas guider par les assistances à
la conduite modernes.
Certes, dans un monde automobile obsédé par les émissions de CO2,
cette américaine apparaît un rien
anachronique. Mais les plaisirs qu’elle
distille s’apprécient dès les plus basses
vitesses, ce qui en fait presque une
sportive citoyenne. Son châssis adapté
aux coutumes européennes et son
grand coffre en font même un mythe
rompu aux exigences du quotidien.
Elle produit pourtant sur son passage
plus d’effet que les plus voyantes des
Supercars. Avouons-le : nous avons
été totalement conquis ! C. P.
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LA MONTRE
Par Vincent Daveau
styles
Expo
depuis le 16 novembre
et jusqu’au 1er février, louis
vuitton présente l’exposition
Volez, voguez, voyagez
au shanghai exhibition
Center. Ce parcours
thématique articulé autour
de 15 chapitres retrace
l’aventure de la maison
louis vuitton de 1854
à aujourd’hui et les liens
étroits qui l’unissent
à la Chine. a voir pour ceux
qui passeront par shanghai
prochainement.
de diamètre en acier traité
pvd noir avec cornes,
poussoirs et couronne
de remontoir
en or rose 18 carats.
 Calibre mécanique
à remontage
automatique.
 fonction
chronographe,
avec heures,
minutes et date.
 Cadran noir
avec v contrasté de
couleur anthracite.
 etanche
à 100 mètres.
 Bracelet en alligator
interchangeable.
 prix : 9 900 €.
 www.louisvuitton.com
INVITATION
AU
VOYAGE
S
pécialisée dans l’art du voyage
depuis 1854, la maison Louis
Vuitton a fait son entrée dans
l’univers horloger en 2002 avec une
première montre dont le puissant
design, librement inspiré de celui
d’un instrument de musique, lui
valait d’être baptisée « Tambour ».
Depuis, cette référence identifiable
au premier coup d’œil a donné naissance à toute une collection de gardetemps appréciés des hommes comme
des femmes attentifs à l’image qu’ils
128
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
entendent donner d’eux-mêmes.
En 2014, Louis Vuitton a choisi de
réunir à Genève tous les artisans
chargés de réaliser ses créations
horlogères dans une manufacture au
nom évocateur de la Fabrique du
temps Louis Vuitton. Né dans ces ateliers ultramodernes, ce nouveau chronographe à la charismatique carrure
de 46 millimètres de diamètre en impose. L’association de la boîte en acier
traité PVD noir avec les cornes, les
poussoirs et la couronne de remontoir
en or rose 18 carats contribue par ailleurs à souligner sa présence au poignet. Pour répondre aux attentes des
amateurs de belle mécanique, ce modèle, dont l’hypnotique cadran noir
mat intégrant un « V » contrasté de
couleur anthracite lui confère puissance et modernité, est servi par un
calibre mécanique de chronographe à
remontage automatique de facture
suisse. Efficace et reconnaissable entre
tous, il se porte sur un bracelet en
alligator noir charbon interchangeable grâce au système mis au point et
breveté par Louis Vuitton. V. D.
l. vuitton/sdp
 Boîtier de 46 mm
Cadranier
Consciente de l’importance
du traitement graphique
des cadrans, la maison
Louis Vuitton a créé un
département spécialement
destiné à leur mise au point
au sein de sa manufacture
genevoise baptisée
« la Fabrique du temps
Louis Vuitton ».
Son rôle : valoriser par son
savoir-faire le patrimoine
de la maison en créant
des motifs emblématiques
tels que Monogram,
Damier ou V de Gaston.
Bracelets
fruit du travail du
département recherche
& développement
et breveté par louis vuitton,
le nouveau système
permettant de changer
de bracelet sans outil a été
réalisé dans un composite
chargé en carbone. Résistant
et simple d’utilisation,
il offre un geste inédit mais
aussi une palette formidable
de liens aux matières
et aux couleurs variées.
a découvrir en magasins
et sur le site louis vuitton.
R. golay/fedeRal-studio/sdp
LOUIS VUITTON, TAMBOUR
ALL BLACK & GOLD
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HOMS, SYRIE 2017
Plus de 160 ans au service des chrétiens d’Orient
Oui, j’agis concrètement pour les chrétiens d’Orient
je fais un don de
€
Si vous êtes imposable, un don de 100€ coûte réellement 34€
Dons en ligne
www.oeuvre-orient.fr
Envoyez votre chèque à l’ordre de l’Œuvre d’Orient
Merci d’indiquer “18XEXPR” dans le champ
18XEXPR - 20, rue du Regard - 75006 Paris
“commentaire” du formulaire de don
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styles
Les grandes institutions
parisiennes changent de main.
On en passe cinq sur le gril.
La choucroute de la mer, succulente.
BOUILLON JULIEN
Longtemps considéré comme l’un
des derniers bouillons de Paris, ce
chef-d’œuvre Art nouveau, fondé en
1906, vient de se refaire une beauté.
Le nouveau proprio : après avoir
remis à flot la Brasserie flo (voir
ci-contre), Jean-Noël Dron,
un Alsacien pure souche à la tête
de grandes maisons strasbourgeoises
(Kammerzell, Café Brant, Café
Broglie…) a repris le Bouillon.
Ce qui change : l’assiette – qui
décline tous les standards du genre –
est montée d’un cran et les prix,
plus populaires, sont redescendus.
Ce qui reste : le bar en acajou
de Cuba signé Louis Majorelle, les
appliques en bronze, la spectaculaire
verrière signée Charles Buffet…
Ce cadre Art nouveau a été rafraîchi
par le décorateur franco-anglais
John Weland.
Les morceaux de choix : honnêtes
poireaux vinaigrette (3,50 €), tête
de veau dans toutes les nuances
du tendre, escortée d’une bonne
sauce gribiche (11,10 €), et une
aimable crème de marrons (4,10 €).
Est-ce bon ? La maison promet
qu’ici « tout est beau, bon et pas
cher », disons plutôt très beau,
assez bon et pas cher.
Bouillon Julien, 16, rue du
Faubourg-Saint-Denis, Paris (Xe),
01-47-70-12-06. Carte : 20 €. Ouvert tous
les jours. www.bouillon-julien.com
frg
frg
Salade de carottes à la marocaine.
Retrouvez François-Régis Gaudry dans l’émission
Très très bon tous les dimanches à midi sur Paris Première.
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LES TABLES
Par François-Régis Gaudry et Charles Patin O'Coohoon, avec Gwilherm de Cerval, Anna Maréchal et Jordan Moilim
fLoDErEr
a l’aube de ses 100 ans, cette
brasserie amarrée place des ternes
garde le cap mais change de look.
Le nouveau proprio : à la barre
depuis 2016, le Groupe Bertrand
lustre ce paquebot dans une nouvelle
ambiance art déco.
Ce qui change : fresques
et mosaïques célébrant l’homme
J’aime…
… un peu
… beaucoup
LA COUPOLE
flo » en 1918, le lieu est revenu
à son nom originel : floderer.
Ce qui reste : le banc d’écailler,
le décor classé aux Monuments
de france, les serveurs en gilet sans
manches, cravate et chemise blanche.
Les morceaux de choix : dodus
escargots de Bourgogne marinés au
chablis (10 €), jarret de porc braisé
(19,80 €) qui s’accorde avec les notes
acidulées du chou braisé à la bière.
sans oublier les choucroutes :
strasbourgeoise, au saumon, aux trois
poissons, de 22 € à 34 €.
Est-ce bon ? oui, et généreux.
Floderer, 7, cour des Petites Ecuries,
Paris (Xe), 01-47-70-13-59. Menus :
de 19,90 € à 49 €. Ouvert tous les jours.
www.floderer-paris.com
… passionnément
… à la folie
fatiguée par tant de mondanités,
cette vieille dame des années folles
s’offre une dernière danse.
Le nouveau proprio : le Groupe
Bertrand.
Ce qui change : le bar américain
et le banc d’écailler ont recouvré
leur splendeur. La terrasse s’agrandit
et se dote d’un nouveau mobilier. Le
dancing au sous-sol a fait peau neuve.
Ce qui reste : les 33 piliers
symétriques, peints par 27 peintres,
le sol en carrelage-mosaïque,
les plafonniers de verre, les galeries
porte-chapeaux, les boiseries
évoquant l’âge d’or de l’art déco.
Les morceaux de choix : le curry
d’agneau à l’indienne (27 €) est
à la carte depuis l’ouverture du lieu,
en 1927. Il est confit, doucement,
épicé, accompagné de chutney et
de riz basmati… agréable, mais pas
renversant ! La sole meunière (39 €),
légèrement surcuite, colle aux dents.
Les crêpes suzette (12,50 €) sont
très honnêtes, les plateaux de fruits
de mer, impeccables.
Est-ce bon ? assez pour voir revenir
les éditeurs et les Montparnos qui
désertaient les lieux depuis quelques
années…
La Coupole, 102 boulevard du Montparnasse,
Paris (XIVe), 01-43-20-14-20. Menus :
19,50 € (déjeuner) et 55 €. Carte : 60 €.
Ouvert tous les jours en continu.
www.lacoupole-paris.com
Les fameuses crêpes suzette.
frG
LA LORRAINE
Bien cachée dans la cour des Petites
Ecuries, c’est la plus alsacienne
des brasseries parisiennes.
Le nouveau proprio :
le business-restaurateur
Jean-Noël Dron (voir ci-contre).
Ce qui change : baptisé « Brasserie
La salle et ses 33 piliers symétriques.
et la mer, tapisseries
marines
Verecundus
zothecas adquireret
tous
azimuts…
très demandée
umbraculi,
etiamLa
fragilis
cathedras im
Laura Gonzalez s'immerge sans
retenue dans la métaphore
océanique.
Ce qui reste : la clientèle venue
d'un autre temps, les serveurs
attentionnés et l’écailler aux petits
soins de son vivier, à l’entrée.
Les morceaux de choix : le bar rôti
en croûte de sel et ses 124 € n’ont
pas pris une ride, et la massive
choucroute de poissons (31 €) est
réconfortante. En passant par La
Lorraine, halte sur le Paris-Brest
(11 €), pour sa crème au beurre
praliné et son craquelin.
Est-ce bon ? Des plats francs
mais aux tarifs un peu salés.
La Lorraine, 2, place des Ternes, Paris
(VIIIe), 01-56-21-22-00. Menus : 28,50 €
et 36,50 € (déjeuner), 28,50 € et 46,50 €
(soirs et dimanche midi).
Carte : 70 €. Ouvert tous les jours.
www.brasserielalorraine.com
La déco évoque l’homme et la mer.
FLODERER
frG
Les morceaux de choix : ne passez
pas à côté de la choucroute de la mer
(25 €). Le chou est confit, les poissons
laqués au beurre blanc et les cuissons
maîtrisées. Et pour les becs sucrés,
le millefeuille « façon Wepler » (11 €).
Est-ce bon ? Dans sa nouvelle
configuration, le Wepler a tout
pour plaire !
Wepler, 14, place de Clichy, Paris (XVIIIe),
01-45-22-53-24. Carte : 60 €. Ouvert 7/7
en service continu de 7 h 30 à 00 h 30.
www.wepler.com
De toulouse-Lautrec à apollinaire,
voilà deux cents ans que cette adresse
huîtrière racole sur la place de clichy.
Le nouveau proprio : le groupe
Gérard Joulie a repris en octobre 2017
cette institution à Michel Bessières.
Ce qui change : le fait maison est la
nouvelle priorité et les prix ont baissé.
Ce qui reste : la fresque murale de
tamara de Lempicka, les mosaïques
d’inspiration art déco et une carte
des vins un peu poussiéreuse.
a. taBastE/sDP
GDc
WEPLER
… pas du tout
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
131
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styles
LE « PREMIUM » OU
LE RETOUR DU GOÛT
Longtemps considérée comme un alcool blanc sans grand intérêt, la vodka
a retrouvé des couleurs. La française Grey Goose n’y est pas étrangère…
132
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
C. MARIOT/LE STUDIO PHOTOGRAPHIQUE/SDP
J
uilliac-le-Coq, un paisible
bourg de la Charente posé
au cœur de la Grande
Champagne. Juste à la
sortie du village, une gentilhommière du XVIIe siècle entourée
de vignes est devenue le Logis Grey
Goose (non ouvert au public), soit
l’ambassade de la première vodka
française à avoir conquis le monde.
En plein terroir cognaçais, une provocation ? En entendant ces mots, le
maître des lieux, François Thibault
sourit. « C’est vrai, lorsque j’ai commencé à élaborer une vodka ici, les
gens du cru n’ont pas caché leur scepticisme, voire leur méfiance, même si
je suis un enfant du pays dont les parents étaient viticulteurs », confie-t-il.
Comment est née cette idée, jugée
saugrenue à l’époque ?
Après des études d’œnologie,
François Thibault revient sur ses
terres natales, commence à travailler
au côté d’un maître de chai et finit
par le devenir lui-même. Un des
clients de la maison de Cognac, Sidney Frank, l’un des papes des spiritueux aux Etats-Unis, lui demande de
créer une vodka uniquement destinée au pays de l’Oncle Sam. Nous
sommes en 1997 et la vodka (« petite
eau » en russe) est alors considérée
comme un alcool de pomme de terre,
fort et sans goût. Sidney Frank
souhaite au contraire une eau-de-vie
élaborée selon les critères d’exigence
en vigueur à Cognac…
Loin d’être découragé par ce cahier des charges, François Thibault se
lance dans l’aventure. Il sélectionne
Audacieux Après des études d’œnologie, François Thibault
a relevé le défi d’élaborer une vodka en plein terroir cognaçais.
un blé tendre de Picardie et une eau
très pure, puisée à 150 mètres de
profondeur, à Gensac-la-Pallue
(Charente). Issu d’une distillation
continue à colonne en cinq étapes
– « les multiples distillations ne
sont souvent qu’un argument
marketing », affirme l’œnologue –, le « vin de blé » est
ensuite filtré avant d’être
stocké quatre mois dans un
réservoir. Un kilo de la céréale picarde est nécessaire
pour obtenir une bouteille de
75 cl, composée par ailleurs de
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LES SPIRITUEUX
Par Jean-Pierre Saccani
60 % d’eau. Les tables de ce que l’on
appelle désormais « vodka premium »
sont écrites. La preuve que l’on peut
produire de la « petite eau » de bonne
qualité partout.
Outre-Atlantique, le succès est
immédiat, et, en 2004, Sidney Frank
revend Grey Goose pour un montant
estimé à 2 milliards de dollars au
groupe Bacardi-Martini.
Depuis, l’univers de la vodka
premium a explosé. Les exportations
françaises talonnent même celles de
cognacs. Diffusée désormais dans
166 pays, « l’oie grise » mise aussi sur
l’innovation : les vodkas aromatisées
(citron, melon, poire, cerise noire et,
bientôt, vanille), voire une très osée
vodka rehaussée de 5 % de cognac : la
Grey Goose VX (100 €).
Autre axe : les collaborations. Avec
Alain Ducasse, par exemple, qui, selon
François Thibault, a « tout de suite
accepté à condition de participer personnellement au projet ». Cette cuvée,
portée sur les fonts baptismaux par la
star des chefs est produite, à partir
d’un assemblage de trois lots de blé
différents, torréfiés à différentes
intensités. Une subtile alchimie qui
délivre une vodka riche en arômes de
café, de chocolat et d’amandes grillées. Elle coûte 89 euros : plutôt cher
pour une vodka, mais on est « premium » ou non ? J.-P. S.
SDP
VODKA PREMIUM :
NOTRE SÉLECTION
 Belvedere,
la carte du terroir
Elaborée en Pologne,
à base de seigle,
la gamme Belvedere
s’est enrichie
cette année
de deux nouvelles
références :
Smogory Forest
et Lake Bartezek.
Estampillées
« Single Estate »,
elles jouent
la carte du terroir :
la région des forêts
pour l’une
et celui des mille lacs
pour l’autre.
La première se
distingue par
ses notes de poivre
blanc et une finale
sucrée/salée
persistante. La Lake
Bartezek, plus
crémeuse, délivre
des touches
de menthe verte.
49,90 €
 Squadron
303,
vodka aérienne
Durant la Seconde
Guerre mondiale,
des pilotes polonais
réfugiés en
Grande-Bretagne
rejoignent la RAF
et créent l’escadrille
Squadron 303.
Ils distillent aussi
leur propre vodka,
qu’ils avalent après
chaque combat.
L’aventure se
poursuit avec cette
vodka élaborée en
Angleterre, à base de
pommes de terre
King Edward. De
la puissance et une
belle finale briochée.
16 € (flask de 10 cl) et 52 € (coffret flask et bouteille de 75 cl)
 Fair
Barrel Aged,
la plus originale
Sa matière première,
du quinoa récolté
en Bolivie, en fait
une vodka unique,
qui respecte les
règles du commerce
équitable. Son
procédé de
fabrication est aussi
original : la graine
est d’abord brassée,
puis transformée
en bière avant de
rejoindre l’alambic.
Distillée dans la
région de Cognac,
elle y est également
vieillie six mois en
fûts de single malt.
Arômes de miel,
notes florales et
finale vanillée. 49 €
 Vodka
Monte-Carlo,
une histoire d’eau
Issue de la quintuple
distillation de blé
français, cette vodka
utilise une eau venue
des profondeurs
des fonds marins
d’un biotope situé
au large du
fameux musée
océanographique,
dans la baie
de Monaco… L’eau
est naturellement
désalinisée avant
distillation, mais elle
n’est pas étrangère
au goût iodé qui
caractérise cette
vodka. 50 €
 Cîroc,
la puissance
du fruit
Nouveauté de l’autre
grande vodka
française produite
près de Cognac :
la Black Raspberry.
Elaborée à partir
de raisins (marque
de fabrique de
la maison), cette
édition limitée
est aromatisée
à la framboise noire
et bénéficie
également d’une
cinquième distillation
en alambic en cuivre
traditionnel. Les
arômes de fruits
rouges mènent la
danse, solidement
escortés par
des zestes
d’agrumes. 49 €
12 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
133
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LES SPIRITUEUX
Par Léon Mazzella
styles
L
a plus ancienne
eau-de-vie d’Europe
n’en finit pas d’inspirer
les distillateurs,
qui la conjuguent à toutes
les plantes et en couleurs.
Les nouveautés.
BRANA CITRON VERT
On n’arrête plus Martine
Brana, talentueuse
distillatrice du Pays basque.
Après un gin parfumé au
piment d’Espelette, voici
celui au citron vert, car elle
souhaitait marier la tonicité
de la baie de genièvre avec
le zeste d’un agrume de
grande fraîcheur et pourvu
de jolies notes acidulées.
C’est chose faite avec cette
eau-de-vie réjouissante,
distillée patiemment
dans le petit alambic
de 400 litres de la maison,
134
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
et présenté dans
un flacon au look chic.
(50 cl, brana.fr). 42 €
HTK BELGIAN
Jaune comme un gilet,
vif comme l’humour belge,
ce gin de 43,7 % signé
Hertekamp (HTK), le
distillateur Bruggeman,
arbore un cervidé coiffé
sur l’étiquette, et il décoiffe.
Son nom signifie le « camp
du cerf ». Le genièvre
est expressif, la coriandre,
la cannelle, et le citron
font bon ménage à parts
égales. L’ensemble est plus
végétal que fruité. Un gin
qui appelle les cocktails
à la rescousse. 15 €
FERDINAND’S SAAR
Il est allemand, et né pas
très loin du Luxembourg
et de la France. C’est un gin
des confins, entre Sarre
et Moselle, là où le riesling
règne, dont il est issu. Denis
Reinhardt et Erik Wimmers
l’ont conçu, en 2013, car ils
voulaient proposer un gin
inspiré par le cépage roi de
la région : le gin Saar Dry
de Ferdinand est composé
de 30 plantes du jardin
attenant à la distillerie. 42 €
MISTRAL GIN
Le gin provençal à l’accent
de cigale est arrivé,
et il est rosé. Artisanal,
à base de plantes, locales
ou non, à forte teneur
aromatique (cardamome,
maniguette, poivre rose,
genièvre, iris, coriandre,
basilic, menthe, thym,
eucalyptus, pamplemousse
rose, fenouil…), il fleure
SDP
COCKTAIL DE GINS
la garrigue, le jardin,
le soleil, le farniente. Mistral
Gin naît à Forcalquier,
et s’offre à tous les
cocktails inspirés. 34 €
LE GIN
DE NOUAISON
Il est français, issu du raisin
(ugni blanc) de Cognac et
de 14 plantes aromatiques
(genièvre, cardamome,
gingembre, bergamote,
bois de santal, poivre
de Java, prune, vétiver…),
d’où son profil épicé,
boisé et végétal singulier…
Nouaison Gin, signé G’Vine,
est un super premium
plébiscité par les
spécialistes et les
bartenders, un aimant
à cocktails qui garde, sous
sa fougue, la douceur
des baies de raisin. 48 €
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jeux
Mots croisés
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2
3
4
Sudoku
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11
12
1
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10
10
1
2
3
4
5
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7
8
9
10
11
12
Horizontalement
1. Pas doué en calcul. 2. Dont il manque une partie. Craignent
les coups. 3. Lettre grecque. Met fin à la bataille. Coordination.
4. Bien calibré. Monter à la tête. 5. Un coin de nature. Céréale
tropicale. 6. Est parfois déprimé quand il a beaucoup plu. Costume féminin. 7. Suivie à la ligne ? Caïmans dans les Antilles.
8. Fait tapisserie. De l’eau dans un pa
ays
y de vodkas. 9. A nœud.
Espèce de mufle. 10. Prise au piège. Attrapés.
Ver
e ticalement
1. Changera peut-être de nom un jour ou l’autre. 2. Tintèrent
en bourse. Se démonte facilement. 3. Avec lui tout est permis.
Premier et dernier. Comparez brièvement. 4. Non irrépro chable. Portion de globe. 5. A déclarer. Rentre à la suite d’une
erreur. 6. Zingari. 7. Petite main. 8. A l’abandon. N’eut pas l’occasion d’être protégé. 9. Consistez. Haut CE OP FI EF UR E PS FI OC OR RT ES
lieu de la s tatuaire. 10. Préserve l’ano- L E L E M A N S I C
A R I A S
H
E P E E
nymat. La croix ou la bannière. 11. Ne B T R A C T P I S E
C H E M I N E R
R E A
menant nulle part. Eté en mesure. 12. A I M I T E E A C I D E
U S
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sa gare à Paris. Pleins de ressort.
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L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
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5
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3
Remplissez la grille av
avec des chiffres de
1 à 9 afin que, dans chaque ligne, chaque
colonne et chaque bloc de 3 cases par 3,
il y ait tous les chiffres de 1 à 9.
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Solution du numéro 3518
paru le 5 décembre 2018
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LE STYLE DE…
Par Christophe Carrière
styles
... LUC
PLAMONDON
P
arolier de génie, ce Québécois a
écrit pour (entre autres) Julien
Clerc, Barbara, Françoise Hardy
et, bien entendu, pour ses compatriotes Céline Dion, Robert Charlebois, Diane Dufresne… Avec Michel
Berger, il implante en France le spectacle musical « à l’américaine » avec
Starmania, en 1978, avant de réitérer
l’exploit en 1998, associé cette fois à
Richard Cocciante, avec Notre-Dame
de Paris, qui, pour fêter ses 20 ans
tout rond, se rejoue actuellement.
l’express Comment définir le style
de vos comédies musicales ?
Luc Plamondon Starmania était clairement un opéra rock. Notre-Dame de
Paris se rapproche plus des Misérables ou du Fantôme de l’Opéra, des
triomphes que Broadway définit
comme des « opéras pop ». Pop pour
populaire. Tout y est raconté par des
chansons et des chorégraphies, quasiment rien n’est dialogué. Et c’est
avant tout très romantique.
C’est donc « american style » ?
Par la force des choses. Les « musicals » sont nés aux Etats-Unis ! En
138
L’EXPRESS 12 DÉCEMBRE 2018
F. GERVAIS
pour me demander de faire un opéra
rock, j’étais très surpris. Pourquoi
ne pas s’adresser à un de ses compatriotes ? Je l’ai compris quand on
s’est mis au travail. Sur une de ses
musiques, j’écris : « Seule, je marche
seule, je cherche le soleil au milieu de
la nuit… » Je trouve cela très beau et je
lui propose. Il me répond : « Un Français aurait pu l’écrire. » Autrement dit,
ça ne lui allait pas. Je réfléchis et,
quelques jours plus tard, j’ai une illumination : « Stone, le monde est
stone… » Quand Michel découvre le
texte, il me dit : « Voilà pourquoi je t’ai
fait venir. »
Les télécrochets comme The Voice,
auquel a longtemps participé votre ami
Garou, peuvent-ils révéler le style d’un
chanteur ?
Ils peuvent révéler un
chanteur, mais en aucun
 Notre-Dame
cas influer sur leur style.
de Paris,
Ceux qui arrivent là
du 21 décembre
ne deviennent pas bons
France, le seul spectacle
au 6 janvier,
parce qu’ils participent
musical qui était à l’afpalais des
au show, ils le sont d’enfiche pendant un siècle,
Congrès,
trée de jeu. Si le peuple
c’était l’opérette. Je me
Paris (XVIIe).
s’amourache d’un talent,
souviens, quand je suis
comme Kendji Girac, par
arrivé à Paris dans les anexemple, cela permet ensuite à Ginées 1970, il y avait encore trois théâtres qui en passaient. Et ensuite,
tano ou Andalouse de devenir des
malgré le succès de Starmania, beautubes. La nouvelle interprète d’Esmeralda dans Notre-Dame de Paris, Hiba
coup pensaient que Notre-Dame de
Paris serait un échec, que ce n’était
Tawaji, est une Libanaise qui s’est inspas ma culture, que ce n’était pas
crite à The Voice pour faire de la coméassez rock. On me disait aussi que
die musicale en France, afin justej’étais gonflé de m’attaquer à la
ment de devenir Esmeralda. Elle n’est
langue de Victor Hugo. S’ils avaient
pas allée loin dans la compétition,
pris la peine de lire le roman, ils se
personne ne l’a remarquée, sauf moi !
seraient aperçus que Quasimodo et
Le show lui a été bénéfique, mais elle
Esmeralda ne se parlent quasiment
avait déjà son style et son talent.
jamais. Je me suis donc occupé de
faire en sorte que les personnages
Quel style de chansons aimez-vous
aujourd’hui ?
s’expriment. En chansons.
Il y en a très peu, car elles manquent
toutes de textes, ne racontent plus
Quelle différence de style
d’histoires. Des états d’âme, oui,
entre un Québécois et un Français ?
mais des histoires… Il y a tout de
C’est comme si vous me demandiez la
même quelques fulgurances, comme
différence entre un Parisien et un
Stromae, un génie ! Dommage qu’il
Marseillais ! Il y en a tellement ! Din’ait rien sorti depuis son sublime
sons que nous, on a une pointe d’amédernier album… à part une ligne de
ricanisme que vous n’avez pas. Quand
vêtements.
Michel Berger m’a appelé, en 1975,
SPECTACLE
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ON A TELLEMENT
DE CHOSES À SE DIRE
ACTUALITÉ
LITÉ CONVIVIALIT
CONVIVIALITÉ
TÉ IINFO
NFO INVITÉS REPOR
REPORTAGES
RTAGES INTERVIEW RÉACTIVITÉ
ÉCCONOMIE SSOCIÉTÉ
OCIÉTÉ POL
LITIQUE DÉSACCORD
DÉSACCORD AVIS PUBLIC
FRANCEE ÉCHANGES ÉCONOMIE
POLITIQUE
RTATIONS INTE
ERACTIONS IINTERVENTION
NTERVENTTION QQUESTIONS
UESTIONS SOUT
CONCERTATIONS
INTERACTIONS
SOUTIEN PAROLE
XION OPPOSITION
OPPOSITIION RAISONNEMENT
RAISONNEMENT EXPLICATIONS
EXXPLICATIONS RÉACTIO
RÉFLEXION
RÉACTIONS ACTIONS
EURS DÉMOCR
R AT IE OOPINION
PINION QUOTID
DIEN PPROXIMITÉ
ROXIMITÉ CON
AUDITEURS
DÉMOCRATIE
QUOTIDIEN
CONCERTATIONS
LITÉ CONVIVIALITÉ
CONVIVIALIITÉ INFO
INFO INVITÉS REPORTAGES
REPPORTAGES INTERVIEW RÉACTIVITÉ
ACTUALITÉ
ONOMIE SOCIÉTÉÉ POLITIQUE
POLITIQUE DÉSACCORD
DÉSACCORD AVIS PUBLIC
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ÉCONOMIE
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OUT DÉBATS
CONCERTATIONS
INTERACTIONS
XION OPPOSITION
OPPOSITTION RAISONNEMENT
RAISONNEMENT EXPLICATIONS
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É ACTIO ACTIONS
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AUDITEURS
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ÉCHANGGES ÉCONOMIE
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OCIÉTÉ PPOLITIQUE
OLITIQUE DDÉSACCORD
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UESTIONS SSOUTIEN
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DÉÉM OCR AT IE OPINION
O PINIO N UOTIDIEN
UOT IDIEN PROXIMITÉ
PROX IMI T É CONCERTATIONS
CONC
AUDITEURS
CHRISTELLE REBIÈRE RTL MIDI 12H30 -13H05
PASCAL PRAUD LES AUDITEURS ONT LA PAROLE 13H05 -14H
Nicolas GOUHIER / SIPA PRESS / RTL
L’INFO DE LA MI-JOURNÉE
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5/10 SPÉCIAL SAVEURS/FÊTES | 12 décembre 2018 | www.lexpress.fr/styles
PHOTOS : PAUL MAFFI – NATHALIE CARNET POUR L’EXPRESS DIX. CAHIER N°2 DE L’EXPRESS N°3519 DU 12 DÉCEMBRE 2018. NE PEUT ÊTRE VENDU SÉPARÉMENT
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LES CAHIERS DE L’EXPRESS / 12 DÉCEMBRE 2018
5/10 SPÉCIAL SAVEURS & FÊTES
LE CAS KEIRA KNIGHTLEY
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LES CAHIERS DE L’EXPRESS / 12 DÉCEMBRE 2018
5/10 SPÉCIAL SAVEURS & FÊTES
PIMENTS, CHAMPAGNES, PIÈCES MONTÉES…
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G R ÂC E E T CA R AC T È R E
Collec tion Liens
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SOMMAIRE
10 SECONDES
Le cliché de la photographe espagnole Ouka Leele 10
L’ÉPOQUE
Léopard du soir 12
D’humeur précieuse 14
L’inspiration : peintures nocturnes 16
Le bal glam de Tara Jarmon | Art tout nouveau 18
L’art de l’accessoire | La fête est finie 20
Talents aiguilles | Laetitia Casta enfin révélée 22
L’étoile du Nord | Tout ce qui brille 24
Pascaline Lepeltier, une année millésimée 26
Poussières d’étoiles 28
Le style de… Lupita Nyong’o 30
Jacob Banks, conteur éclectique | Seau hot 32
Fondation fashion | Bien dans son assiette 34
Le Noël couture d’Alexis Mabille | Le courrier du cœur 36
Bains à bulles | La grande Katharina Gross 38
Le luxe du passé | Kitchen art | Un Printemps pour Marni… à Noël 40
Lenôtre en pop-up | Le road-trip dans les tripes 42
L’esprit libre de la joaillerie 44
Pépites en poches 46
Le boss du street art | Peau de soie 48
Tête à fête 52
Deux copains, un bon pain 62
LE STYLE
La face cachée de Keira Knightley 64
La cerise sur les cadeaux 70
Eva Ionesco raconte le Palace 80
Les bars chics, la nouvelle culture club 86
Mise en bouche 88
Un Noël toscan 92
Des gâteaux qui montent, qui montent ! 100
Du champ’ et des chefs 104
Meunier, la révélation 114
La poutargue, bijou de la mer 120
Food et champagne, cahier des tendances 122
LA TRACE
par Eva Ionesco 130
Carnet d’adresses 132
Directeur de la publication : CLÉMENT DELPIROU.
Rédaction de L’Express diX – Styles. Directrice de la rédaction : LYDIA BACRIE. Conception et création : BUERO.
Rédactrice en chef déléguée : AUDE GOULLIOUD. Grand reporter saveurs : FRANÇOIS-RÉGIS GAUDRY. Rédactrice en chef mode : CHARLOTTE BRUNEL. Rédactrice en chef
adjointe beauté : MONIQUE LE DOLÉDEC. Chef des infos, design, tourisme : SYLVIE WOLFF. Rédactrice mode : KARINE PORRET. Coordination pages semaine : PAULINE NGO-NGOK
Rédactrice en chef adjointe photo : NATHALIE MARCHETTI. Rédactrice photo : DELPHINE VIVIER, avec SOPHIE JANSSENS. Chef de studio : RICHARD GARREAU.
Premier secrétaire de rédaction : FRANÇOIS CANO. Secrétariat de rédaction : ISABELLE CHOUFFET, SYLVIE KARAKOSTOPOULOS. Responsable de la production images/mode :
GHISLAINE PERARIA. Assistante : CHRISTIANE MARTORELL. Participent au magazine : directrice mode image : MIKA MIZUTANI. Joaillerie : LOUISE PROTHERY.
Photogravure : Key Graphic - Imprimerie : Roularta (Belgique)
L’Express, 2, rue du Général-Alain-de-Boissieu, 75015 Paris. Tél. : 01-87-25-85-00. Cppap n° 0318 c 82839.
Magazine imprimé sur du papier certifié PEFC (sauf encarts). Version kiosque : origine du papier, Allemagne. Taux de fibres recyclées : 25 %.
Eutrophisation, PTot : 0,004 kg/tonne. Version abonnés : origine du papier, Allemagne. Taux de fibres recyclées : 2 %. Eutrophisation, PTot : 0,006 kg/tonne.
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ÉDITO
La nuit nous appartient
Une image d’elle la montre à 13 ans – tout juste échappée
de la Ddass où elle était placée – s’apprêtant à rejoindre la boîte la
plus délirante, la plus décadente et la plus cool de la nuit parisienne.
Le Palace. Elle, c’est Eva Ionesco et, à quelques jours de la sortie de
son tout nouveau film, Une jeunesse dorée, l’écrivaine et réalisatrice
nous a ouvert en exclusivité l’album de ses souvenirs adolescents.
Ceux-ci forment un incroyable précipité dans lequel il faut se plonger pour prendre la mesure de l’ambiance des années 1980, de ces
nuits d’extravagance et de démesure dont le Palace se faisait alors le
catalyseur. Eva Ionesco y était une invitée permanente et témoigne
avec sa bande – Vincent Darré, Paquita Paquin, Loulou de la Falaise,
Pauline Laffont… – d’une soif de fête perpétuelle, d’une sorte d’after
infini qui alimentent aujourd’hui encore tous les fantasmes. L’esprit
de la nuit aurait-il changé ? Il devient à l’évidence plus sophistiqué et
plus confidentiel, avec des lieux plus feutrés et plus intimes où l’on
prend le temps de se raconter autant que de boire et danser, comme
nous l’affirme le philosophe Laurent de Sutter, qui fait du cocktail le
symbole des soirées d’aujourd’hui. Mais au fond, c’est à chacun de
penser la fête comme il l’entend et L’Express diX vous en offre aussi
sa vision au fil de ces pages. Noël toscan, dîner étoilé… Dans tous les
cas, la nuit nous appartient.
LYDIA BACRIE
Prochain numéro de L’Express diX
le 13 février 2019, spécial mode
LES CAHIERS DE L’EXPRESS / 12 DÉCEMBRE 2018
LES CAHIERS DE L’EXPRESS / 12 DÉCEMBRE 2018
5/10 SPÉCIAL SAVEURS ET FÊTES
5/10 SPÉCIAL SAVEURS ET FÊTES
LE CAS KEIRA KNIGHTLEY
PIMENTS, CHAMPAGNES, PIÈCES MONTÉES…
En couverture : Keira Knightley, ambassadrice de la maison Chanel, porte une blouse en mousseline de soie et dentelle noir, CHANEL. Maquillage CHANEL par Maxine Leonard.
Soin HYDRA BEAUTY Micro Crème, teint les Beiges teint Belle Mine naturelle 20, sur les yeux stylo yeux waterproof ébène, sur les lèvres Rouge Allure sensible.
Coiffure : Johnnie Sapong c/o The Wall. Group. Styliste : Leïla Smara.
Directeur de la publication : CLÉMENT DELPIROU | Directrice de la rédaction : LYDIA BACRIE
L’ E X P R E S S d i X
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10 SECONDES
« Manger est l’acte le plus
symbolique de notre humanité.
La nourriture, et ses rituels, en dit
long sur l’identité d’un pays ou d’une
culture ; c’est un révélateur d’espoir
ou de désespoir, d’une soif d’excès ou
de créativité, un acte de protestation
ou de contrôle. De la même façon,
la photographie culinaire représente
toujours plus que son sujet. »
Peluqueria, Limones, 1979 © Ouka Leele
Susan Bright, curatrice de l’exposition et auteure du livre Feast for the Eyes
À VOIR
Une drôle de pin-up au
regard azur, coiffée d’une perruque de citrons jaune acidulé
sirote un mystérieux breuvage.
Cocktail explosif de couleurs,
cette image survitaminée a été
réalisée en 1979 par la photographe espagnole Ouka Leele,
figure majeure de la movida,
mouvement culturel qui a marqué de son exubérance la fin
du régime franquiste. L’artiste
recolorisait allégrement les
L’ E X P R E S S d i X
clichés noir et blanc de ses mises
en scène pop, punk et surréalistes. Cette tête de méduse revisitée à la sauce 1980 surgit au
Foam, le musée de la photographie d’Amsterdam, dans Feast
for the Eyes, une riche exposition sur la photo alimentaire
de 1840 à nos jours. Dans l’œil
des plus grands artistes, publicitaires, scientifiques, reporters et anonymes, l’histoire de
ce média se mêle à celle de la
cuisine. Cette odyssée gourmande réveille papilles et pupilles, mixe les genres et les
usages, et dévoile une part essentielle de notre humanité.
On se régale des natures mortes aux courbes féminines
d’Edward Weston, des recettes spectaculaires de Nickolas
Muray, des clichés de mode
provocants d’Helmut Newton,
du frugal repas des guérilleros
du Nicaragua saisi par Susan
Meiselas ou encore de l’ordinaire boîte de conserve de
l’artiste conceptuel Ed Ruscha.
A découvrir, les yeux plus gros
que le ventre.
nathalie marchetti
A voir : Feast for the Eyes, au Foam,
musée de la Photographie, Amsterdam,
du 21 décembre au 3 mars 2019.
www.foam.org
A lire : Feast for the Eyes. The Story
of Food in Photography, par Susan Bright.
Aperture, 319 p, 65 € (non traduit).
11
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L’ É P O Q U E
Léopard du soir…
TENDANCE
Marilyn Monroe, Grace
Kelly, Elizabeth Taylor… Grand
classique des années 1950, le
léopard a su séduire avec son
côté férocement sensuel. Cette
saison, il se dramatise sur des
silhouettes du soir. Symbole
d’un luxe révolu, son pelage
indomptable s’imprime sur des
manteaux en fausse fourrure
comme sur des lunettes et des
sacs qui apaiseront les militants
de la cause animale. A associer à
une jupe et des bottines noires
pour jouer les prédatrices du
chic, sans le côté cougar. a. b.
4
1
5
2
VICTORIA BECKHAM
3
6
1. Sac en cuir façon poulain imprimé léopard, anse en acrylique
imitation écaille, EDIE PARKER, 1 200 €.
2. Manteau réversible en fausse fourrure et jersey de coton, MALIPARMI, 478 €.
3. Bottines en cuir, semelle respirante, GEOX, 145 €.
4. Lunettes de soleil en acétate, KATE SPADE NEW YORK, 189 €.
5. Jupe longue en viscose, AMERICAN VINTAGE, 130 €.
6. Chemisier en soie, GÉRARD DAREL, 185 €.
12
SDP
stylisme : julie nivert
L’ E X P R E S S d i X
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L’ É P O Q U E
D’humeur précieuse
photo : anaïs boileau pour l’express diX | réalisation : kannika chhit
De haut en bas
et de g. à dr. :
top ajouré avec
arcs en plastique,
PACO RABANNE,
prix sur demande.
Lunettes de soleil
œil-de-chat
en métal et perles,
GUCCI c/o Marc
Le Bihan, 850 €.
Pochette en Lurex
et pierres cousues
main, DOLCE
& GABBANA,
prix sur demande.
Boucles d’oreilles
en métal argenté
et cristaux blancs,
SAINT LAURENT
par Anthony
Vaccarello, 1 595 €.
Sandales à plateforme en cuir et
paillettes, MIU MIU
sur 24sevres.com,
750 €.
Une pochette incrustée de pierreries, des sandales à paillettes
ou des boucles d’oreilles en strass façon arêtes de poisson…
Les accessoires se cristallisent pour attiser nos envies de briller.
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L’ E X P R E S S d i X
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L’ É P O Q U E
L’inspiration…
peintures nocturnes
MODE
Alors que le centre Pompidou-Metz
consacre une exposition aux artistes de la nuit,
la mode joue les noctambules. Une robe aux
couleurs de l’œuvre de Peter Doig, des boucles
d’oreilles scintillantes comme un ciel d’Henri
Michaux et des escarpins flamboyants comme
la toile de Jan Sluijters qui donnent envie de
danser jusqu’au petit matin… A. b.
Peindre la nuit, jusqu’au 15 avril 2019 au centre Pompidou-Metz.
www.centrepompidou-metz
2
1
4
5
7
6
8
réAlisAtion : julie nivert
16
1. Robe longue en viscose
et polyamide, & OTHER STORIES, 129 €.
2. Milky Way, de Peter Doig
(1989-1990), huile sur toile.
3. Sac en veau velours,
bandoulière en métal,
EMPORIO ARMANI, 590 €.
4. Boucles d’oreilles en métal
doré, cristaux Swarovski
et paillettes, SHOUROUK, 185 €.
5. Le Prince de la nuit
d’Henri Michaux (1937), gouache
et aquarelle sur papier noir.
6. Maannacht IV , de Jan Sluijters (1912),
huile sur toile.
7. Défilé MARNI, automnehiver 2018-2019.
8. Escarpins en veau velours,
PIERRE HARDY, 645 €.
L’ E X P R E S S d i X
SDP - Collection de l’artiste © Peter Doig. All Rights Reserved, DACS/Artimage 2018. Photo : Jochen Littkemann/ADAGP Paris, 2018 - Paris, Centre Pompidou - musée national d’Art moderne © ADAGP, Paris, 2017/
Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais/Philippe Migeat - Museum Voorlinden Wassenaar (Netherlands) © ADAGP, Paris 2018
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L’ É P O Q U E
ART TOUT NOUVEAU
Les silhouettes de la ligne Le Bal, signée Tara Jarmon, sont inspirées
des icônes de la nuit des années 1970-1980 – qui régnaient au
Studio 54, à New York, et au Club 55, à Saint-Tropez – comme Bianca
Jagger (ici, avec son mari Mick) ou encore Lauren Hutton,
Le bal glam de Tara Jarmon
Colombe Campana, directrice artistique
de la marque, lance une collection du soir à mi-chemin
entre esprit couture et luxe accessible.
MODE
« Le vestiaire du soir chez Tara Jarmon
possède une véritable singularité. Beaucoup de
jeunes femmes viennent dans nos boutiques
pour les collections très habillées », explique
Colombe Campana aux commandes de la marque
depuis 2017. Pendant trente ans, les tenues de
cocktails raffinées et accessibles ont été le fer de
lance de la griffe qui a perdu de sa superbe en
cours de route. Après avoir réveillé la garde-robe
du jour dans sa première collection, la créatrice
s’attaque donc au soir en relançant la ligne Le Bal.
« J’ai imaginé quinze pièces qui pourraient aller à
toutes les morphologies et aux femmes de tous
âges », commente la trentenaire qui a fait ses
armes chez Sonia Rykiel, Claudie Pierlot et
& Other Stories. Rien d’étonnant à ce que l’on retrouve dans son dressing festif des silhouettes
18
mâtinées de chic parisien très années 1980 (robe
asymétrique à manches bouffantes, top imprimé
de cœurs), mais aussi d’influences disco empruntées au Studio 54 (robe vestale en Lurex). Les
détails couture – volants, tulle, frous-frous –
reflètent le savoir-faire des ateliers français.
Enfin, les tailleurs-pantalons, hommage à Yves
Saint Laurent, oscillent entre l’élégante sobriété
du noir et la flamboyance du rose fuchsia. Son
conseil : « Le porter avec une blouse ou sans rien
en dessous parce que la veste croisée dévoile
un joli décolleté sans être indécent, et une paire
d’escarpins. Mais j’aime beaucoup aussi les filles
qui l’associent à un tee-shirt blanc et à des baskets », ajoute la créatrice qui n’a visiblement pas
peur de casser les codes. p. n.-n.
EXPOSITION
Dès l’entrée de When
Mechanics Fail, une installation
(photo), composée d’images
découpées comme les morceaux d’un puzzle en train de
se défaire, prend appui sur un
mur et le sol de la galerie (réalisée par Sirine Ammar). Plus
loin, des branches d’arbre surgissent d’un Tetris de blocs de
béton (conçu par Morgane
Porcheron), tandis que, au
sous-sol, une photo est suspendue dans le vide, auréolée
d’un chant de cigales (Léa
Dumayet)… « Quand les mécaniques flanchent » rassemble
de jeunes plasticiens français
qui pointent l’« insaisissable
dans celles-ci, le moment où
elles dérapent et nous
échappent », nous explique le
duo de commissaires Morgane
Porcheron et Eric Gandit. Sept
œuvres à l’image de notre
monde flottant, au bord de la
rupture, sur le plan environnemental, climatique, sociétal,
et jusque dans les banalités du
quotidien. v. hi.
Jusqu’au 29 décembre à la galerie
Arondit. 98, rue Quincampoix,
Paris (III e). www.arondit.com
www.tarajarmon.com
L’ E X P R E S S d i X
RB/Redferns/Getty Images - Ron Galella/Wirelmage/Getty Images - Salim Santa Lucia/Courtesy Galerie Arondit - SDP
La galerie parisienne
Arondit invite à la réflexion
sur les thèmes du déséquilibre
et du court-circuit.
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L’ É P O Q U E
L’art de
l’accessoire
CRÉATION
Quel est le lien entre Burçak Bingöl, artiste
céramiste turque contemporaine, et la maison
Dior ? Une œuvre exclusive à porter. Comme dix
autres de ses consœurs triées sur le volet, la Stambouliote a été invitée à réinterpréter le sac Lady
Dior. Inspirée par les arts décoratifs et l’architecture
ottomane, Bingöl a imaginé deux modèles en cuir
verni marron glacé sur lesquels elle a fait broder
des motifs floraux typiques de la porcelaine d’Iznik,
célèbre depuis le milieu du xve siècle, mais revus en
fluo, avec un effet tufté. Un troisième reprend les
dessins blanc et bleu ottomans de la céramique
chinoise – en feuilles d’aluminium et acrylique – sur
fond de fausse fourrure en soie immaculée. Une
œuvre poétique qui parle de traditions et de transmission. Et s’inscrit dans une nouvelle édition du
Lady Dior Art (la troisième) réservée uniquement
aux artistes femmes, de toutes origines et générations (un vœu formulé par Maria Grazia Chiuri,
directrice artistique de la maison). Un sac qui porte
bien son nom en somme. c. br.
A découvrir à partir de janvier 2019.
Pour ses créations, la Stambouliote Burçak Bingöl travaille principalement avec de la céramique,
des photographies et des dessins. Elle a imaginé ce Lady Dior en cuir verni, brodé de motifs floraux.
Au fil de son road-trip à travers la France, le photographe François Prost a découvert des boîtes de nuit
extraordinaires empreintes d’exotisme et de nostalgie, comme ici le Sphinx, dans les Vosges.
20
LIVRE
Pendant dix ans, le photographe
François Prost a sillonné les campagnes françaises pour saisir en plein jour des discothèques,
aux noms kitsch à souhait (Macumba, Sphinx,
L’Acropolis…), désertées par les clubbeurs. Intitulé After Party, cet ouvrage publié par la maison
d’édition du label d’électro Ed Banger (Justice,
Cassius, Daft Punk…) dresse un portrait touchant
et nostalgique de ces dancings de bord de route
en voie de disparition, principalement dans les
zones rurales. Selon une étude de la Sacem, en
trente ans, en France, 50 % des clubs ont ainsi
mis la clé sous la porte. p. n.-n.
After Party, par François Prost. Headbangers Publishing, 300 p., 45 €.
L’ E X P R E S S d i X
Ekin Ozbiçer – François Prost
La fête est finie ?
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L’ É P O Q U E
TALENTS AIGUILLES
A l’approche des fêtes, le chausseur italien
Aquazzura invite cinq créatrices de bijoux
à revisiter ses souliers pour la plateforme Net-aPorter : la Brésilienne Ana Khouri, la Libanaise
Noor Fares, la Britannique Sabine Getty, la
Grecque Eugenie Niarchos (Venyx) et la FrancoAlgérienne Anissa Kermiche. Le pied ! p. n.-n.
Les sandales graphiques et glamour d’Anissa
Kermiche avec ses perles emblématiques.
FILM
Au cinéma, l’amour ne rend pas aveugle,
mais clairvoyant. Prenez le cas de Louis Garrel.
A la ville, le jeune acteur réalisateur est marié
avec Laetitia Casta depuis un an. A l’écran, la
comédienne est l’héroïne de son deuxième
long-métrage, L’Homme fidèle. Et, indiscutablement, celle-ci n’a jamais été aussi émouvante.
Dans ce joli film sentimental, à mi-chemin entre
les comédies de Marivaux et la saga Antoine
Doinel de François Truffaut, Laetitia Casta
incarne Marianne ; une femme en couple avec un
certain Abel (Louis Garrel). Après une séparation de dix ans, ce dernier décide de reconquérir
son amour de jeunesse, désormais veuve et
maman d’un petit Joseph. Abel parvient à ses fins.
Mais Joseph va faire des révélations déconcertantes sur sa mère… Le talent de Louis Garrel
consiste à sublimer celui de sa moitié. A la fois
mystérieuse, sensuelle, charismatique, maternelle et magnétique, elle se dévoile comme l’une
des comédiennes les plus talentueuses de sa
génération. Comme si Laetitia Casta, enfin, était
regardée pour la première fois. i. h.-l.
L’Homme fidèle, de et avec Louis Garrel, avec aussi Laetitia Casta,
Lily-Rose Depp et Joseph Engels. Sortie le 26 décembre.
22
Dans son film, Louis Garrel incarne un trentenaire hésitant, toujours amoureux de son ex, jouée par Laetitia Casta.
L’ E X P R E S S d i X
Shanna Besson/Wy Not Productions – SDP
Laetitia Casta,
enfin révélée
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L’ É P O Q U E
L’étoile
du Nord
Aménagé dans un ancien coron,
ce refuge est parfait pour
découvrir Amour, la nouvelle
exposition du Louvre-Lens.
HÔTEL
Voilà une nouvelle qui va réjouir les amateurs d’échappées culturelles. Le premier 4-étoiles
de la ville s’est installé face au musée qui propose
en ce moment la grande exposition Amour, réunissant les œuvres de Fragonard, Camille Claudel ou
encore Niki de Saint Phalle… Avec sa façade remarquable badigeonnée de chaux anthracite, ce nouvel
écrin ouvert dans un ancien coron témoigne du
passé industriel de la région. Murs en brique,
grande cheminée dans le lobby en référence à la
fonderie, planchers qui rappellent les anciens
chemins de fer, bar en étain et carreaux de ciment…
Tout a été pensé dans une élégante sobriété sans
renier l’identité du patrimoine local. s. w.
Chambres à partir de 100 € avec le petit déjeuner. Hôtel LouvreLens, Esprit de France, 168, rue Paul-Bert, Lens (Pas-de-Calais).
03-66-98-10-40, www.hotel-louvre-lens.com
Les 52 chambres offrent toutes cette même ambiance cosy. Incontournable du séjour : la visite au Louvre.
Travaillé au millimètre près pour s’incruster sur des vêtements et accessoires,
le strass est le roi cet hiver. Sur le col d’un pull rouge, des escarpins
veloutés ou un sac seau, il rend précieuses celles qui le portent. Brillant !
Pull en laine et cristaux
Swarovski, UN JOUR AILLEURS
& ANDIE MACDOWELL, 159 €.
Escarpins en veau velours
et boucle sertie de cristaux Swarovski,
JIMMY CHOO, 795 €.
Boucles d’oreilles
en laiton et cristaux blancs et verts,
BALENCIAGA, 795 €.
Sac seau en velours et cristaux verts,
FENDI sur MatchesFashion.com,
1 750 €.
stylisme : julie nivert
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Karen Bengall Photography – Laurena Lamacz/SDP– Gilles Trillard/all rights reserved – SDP
TOUT CE QUI BRILLE
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Automne/Hiver 2018
Julita, Csepi, Lois et Max
Aubrac
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L’ É P O Q U E
Pascaline Lepeltier,
étudiait la
philosophie avant de
devenir sommelière
à New York. Un
choix doublement
récompensé,
à l’âge de 37 ans.
Pascaline Lepeltier,
une année millésimée
Installée à New York depuis dix ans, la sommelière vient de
remporter les titres les plus prestigieux de l’œnologie française.
fascinants ». « Ils ont éduqué mon palais. Près de
70 % des 2 800 références de notre cave sont des
bouteilles françaises ou façonnées avec conviction », souligne cette amoureuse du chenin, un
cépage d’Anjou dont elle est originaire. La prochaine étape selon Pascaline, partenaire-associée
de son restaurant ? « Voir plus de femmes dans la
restauration et à la tête de leur établissement ! »
Ce que l’on ne manquera pas de célébrer en
débouchant de bonnes quilles.
Racines NY, 94 Chambers St, New York, www.racinesny.com
Jean Bernard/SDP
PIONNIÈRE
Le champagne a dû couler à flots chez
Racines NY, un restaurant du lower Manhattan.
Pascaline Lepeltier, sa cheffe de cave, est rentrée
avec deux trophées dans ses valises. C’est la
première femme à décrocher le titre de meilleur
ouvrier de France catégorie sommelier – discipline à part entière depuis 2000 –, et elle se paie
également le luxe de s’imposer comme meilleure
sommelière de France. Non contente d’apporter
une touche féminine à un milieu plutôt testostéroné et conservateur, elle brandit même son
amour des vins nature, qu’elle juge « vivants et
texte : anna maréchal
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La Manufacture Kaviari – 13 rue de l’Arsenal, 75004 Paris
+33 (0)1 44 78 90 52 - manufacture@kaviari.fr - www.kaviari.fr
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L’ É P O Q U E
Poussières d’étoiles
photo : anaïs boileau pour l’express diX | réalisation : monique le dolédec
De haut en bas
et de g. à dr.
Lèvres pulpées :
huiles confort
lèvres Eclat Minute,
Honey Glam et
Red Berry, CLARINS,
23 € chaque.
Minipoudres
multi-usages :
kit de poudres
Avalanche All-Over
Metallic, FENTY
BEAUTY, 84,90 €
le coffret
de sept pièces.
Gloss miroitants :
laques à lèvres
Full Vinyl, Everglades,
at First Sight
et Abruzzo, NARS,
26 € chaque.
Effet arty : poudre
libre pailletée by
Violette, Burning Star,
ESTÉE LAUDER, 21 €.
Au bout des cils :
top coat pailleté
Volume Million
de Cils, L’ORÉAL
PARIS, 13,90 €.
Compacts faciles :
fards à paupières
Shiny Pretty Things,
Joy To et P For Pink,
MAC, 23 € chaque.
Les paillettes se déclinent en champagne, ambre, rouge ou rosé,
sur les paupières, le haut des pommettes ou au centre des lèvres.
A fixer en touche finale, du plat du pinceau, pour en nuancer l’éclat.
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L’ É P O Q U E
Le style de… Lupita Nyong’o
BEAUTÉ
Depuis son oscar de la
meilleure actrice dans un second
rôle en 2014, pour 12 Years a
Slave, de Steve McQueen, la
petite Kenyane, née à Mexico, a
enchaîné les projets couronnés
de succès. On la verra prochainement dans Us, de Jordan Peele
(mars 2019) et l’épisode IX de la
saga Star Wars (décembre 2019).
A 35 ans, Lupita Nyong’o, bien
dans son temps, s’engage aussi
dans des mouvements comme
Black Lives Matter ou Time’s Up
contre le harcèlement sexuel des
femmes. Sa silhouette sculpturale et son sourire lumineux ont
séduit les plus grandes marques :
Miu Miu pour la mode, Lancôme
pour le maquillage et, plus
récemment, Calvin Klein pour
son parfum Women. v. hi.
1
5
2
6
3
4
30
1. Huile de massage pour le corps, L’Huile rose, CHANEL, 195 € les 250 ml.
2. Palette ombres à paupières, Starlight Sparkle, LANCÔME, 70 €.
3. Crayon à sourcils, Brow Ink Trio, SHISEIDO, 25 €.
4. Rouge à lèvres, Tatouage Couture The Metallics,
YVES SAINT LAURENT, 36,50 €.
5. Lacquered Eyeliner, Eyes to Kill Maestro, GIORGIO ARMANI, 38 €.
6. Eau de parfum, Women, CALVIN KLEIN, 76 € les 50 ml.
7. Velours de teint éclat, Matissime Velvet, GIVENCHY, 50 € les 30 ml.
8. Masque capillaire, Moroccan Clay Steam Mask, MIZANI, 44 € les 500 ml.
7
8
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Andreas Rentz/Getty Images - SDP
Lupita Nyong’o
*Auto-évaluation - 21 jours - 21 personnes - Etude clinique sous contrôle dermatologique réalisée par un organisme indépendant.
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JE VEUX
UNE PEAU GORGÉE DE JEUNESSE, FERME ET REPULPÉE
INNOVATION
LE PROGRAMME REJUV D’ENEOMEY REMODéLE LA PLASTICITE DE VOTRE VISAGE
A cause de l’inflammation chronique des cellules due à l’environnement, votre peau
se relâche et perd de son élasticité. Le sérum anti-âge repulpant REJUV ELIXIUM et
la crème anti-âge redensifiante REJUV SILK unissent leurs actions pour relancer la
duplication cellulaire et la production naturelle des fibres de collagène, d’élastine
et d’acide hyaluronique. Votre peau est redensifiée, votre visage est remodelé.
C’est l’effet Plasticité Eneomey. A découvrir sur eneomey.com
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L’ É P O Q U E
SEAU HOT
La marque Delafon Paris
se réinvente et lance une
collection de sacs à croquer.
Jacob Banks, conteur éclectique
Avec ses ballades poignantes, le chanteur britannique
d’origine nigériane est la révélation soul de l’année.
MUSIQUE
Voilà un chanteur de soul qui ne fantasme pas un âge d’or découvert sur YouTube.
Jacob Banks, 27 ans, n’est ni la résurrection de
Sam Cooke ni le prochain Otis Redding. Il est
Jacob Banks. Et c’est déjà pas mal. Ce Britannique d’origine nigériane de 27 ans vit en 2018
à une époque où, quoi qu’en pensent les partisans du Brexit, les frontières entre les genres
n’ont plus de sens. Comme le dit le proverbe
africain, qui a donné son titre à son premier
album : « Il faut tout un village pour élever
un enfant. » Village est habité de diverses
influences (hip-hop, reggae, gospel, funk, électro, airs traditionnels africains) qui s’éclatent
en harmonie. Emigré à l’âge de 13 ans à Birmin-
TENDANCE
Delphine Delafon s’est
fait un nom dans la maroquinerie en réinventant le
sac seau fait main et surmesure à grand renfort de
franges, de patchwork, de
clous, de broderies… Sept ans
plus tard, la créatrice francocalifornienne passe le relais à
Judith Fabre, une ancienne
collaboratrice, pour reprendre les rênes de la maison rebaptisée Delafon Paris et la
démocratiser. Pour les fêtes,
cette dernière lance la collection Hot Chocolate composée de trois minisacs à des
prix accessibles (à partir de
330 €). Conçus dans son atelier parisien du 32, rue du
Faubourg-Poissonnière (X e),
ces modèles se parent de matières chaudes (veau velours
et façon poulain), de motifs
sensuels (imprimés léopard
et serpent) et de détails punk
(piercings). A porter sans
modération. p. n.-n.
www.delafonparis.com
gham avec ses parents, le garçon a suivi des
études d’ingénieur civil avant d’être rattrapé
par la musique. Un choix qui s’est imposé à lui
à l’université après le cambriolage de son
appartement. Les voleurs avaient tout pris sauf
la guitare qu’il venait de s’acheter pour la déco.
Jacob Banks avait trouvé sa voix. Puissante,
charismatique, bien plantée dans le décor, elle
donne le frisson. Le soulman chante l’apaisement entre les gangs qui se battent à Londres
au couteau (Slow Up), implore l’amour (Be Good
to Me), décrit la relation compliquée entre un
père et un fils (Unknown - To You)… Il faut se
rendre à l’évidence, Jacob Banks a du coffre.
A noter sur la liste de vos envies :
les petits sacs seau de la collection
capsule Hot Chocolate.
Village (Polydor/Universal). Les 15 et 16 décembre au Trianon, Paris ( xviii e).
32
SDP
texte : julien bordier
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L’ É P O Q U E
Fondation
fashion
CRÉATION
De Louis Vuitton à Hermès en passant par
les Galeries Lafayette, les grands noms du luxe ont
tous leur fondation d’art. En Italie, il y a Prada, et
la Fondazione Furla. Avec en son cœur, la volonté
de la présidente, Giovanna Furlanetto, de favoriser
la création sous toutes ses formes. En 2000, elle
lance un prix artistique, le Furla Art Award, qu’elle
imagine comme l’« équivalent en Italie du Turner
Prize ». En 2008, elle inaugure la fondation pour
soutenir les jeunes créateurs. En 2017, elle instaure
les Furla Series, qui mettent en collaboration des
artistes reconnus dans le monde entier et les plus
grands musées italiens. Le Suisse Christian
Marclay ou la Polonaise Paulina Olowska au museo
del Novecento à Milan, la Sud-Coréenne Haegue
Yang à la Triennale… Plus que jamais, les dialogues
et les correspondances se multiplient, initiés par
cette marque d’accessoires hauts en couleur, qui
se targue d’être considérée, en Italie, comme l’une
des entreprises où il fait bon travailler. k. p.
Fondazione Furla, www.fondazionefurla.org
Un collage en papier de la Sud-Coréenne Haegue Yang, exposé à la Triennale de Milan en novembre dernier.
Epure graphique et jeux de couleur
pour ce service en céramique signé
du designer français Noé DuchaufourLawrance. Loin des assiettes normées,
ces modèles fabriqués par la manufacture
Revol, fondée en 1768, dans la Drôme,
portent l’empreinte du fait main. Et tirent
de ces délicates imperfections
leur supplément d’âme. s. w.
Existe en 6 coloris. En vente chez Fleux, www.fleux.com
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L’ E X P R E S S d i X
Gianluca Di Ioia/La Triennale di Milano - Sanda Vuckovic Pagaimo
BIEN DANS SON ASSIETTE
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Odyscent est le premier diffuseur de parfums de créateurs. 100% nomade, avec sa poignée en cuir et
sa batterie longue durée, il parfume la maison au gré des envies, en toute sécurité.
Son léger souffle d’air traverse la capsule* contenant de petites perles empreintes de concentré de
parfum pur, sans alcool ni solvant et libère subtilement la fragrance. Une technologie innovante et
brevetée au service de votre bien-être ! À découvrir : 25 parfums dans la collection Scentys.
scentys.com
*
Durée de vie / capsule : 50 heures
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L’ É P O Q U E
LE COURRIER
DU CŒUR
Epistoire, un cadeau
original pour les enfants qui
comblera aussi les parents.
Le créateur vient de rhabiller
le Froufrou, le restaurant
du théâtre Edouard VII, à Paris.
Le cadeau le plus fou que vous ayez reçu ?
Une paire de chandeliers Louis XV surdimensionnés offerts par mon oncle et ma tante,
qui étaient peintre et décoratrice.
RENCONTRE
Racontez-nous le projet du Froufrou… Benjamin Patou [PDG de Moma Group]
m’a demandé de redonner du panache à ce lieu
qui était devenu tristounet. Je me suis inspiré de
la maison turinoise de l’architecte et photographe
Carlo Mollino pour le mettre en scène. L’idée était
de théâtraliser l’espace avec des jeux de miroirs,
des tableaux et des rideaux en velours, tout en gardant l’ambiance décontractée de la brasserie.
L’histoire est l’une de vos passions ?
Oui. D’ailleurs, je fais partie, avec Stéphane Bern,
du comité d’honneur du musée des Tissus, à
Lyon, ma ville d’origine, dont les archives renferment près de 3 millions de pièces ! Tout le monde
s’est mobilisé pour éviter sa fermeture et, finalement , le musée va évoluer et rouvrir en 2022.
Quel est votre plat fétiche à Noël ?
Je suis un gourmet et pourtant je trouve
que tout est too much à Noël. Disons, que je suis
plutôt homard que foie gras.
Que vous évoque cette fête ?
J’aime la célébrer de manière traditionnelle avec sapin, décorations et repas qui s’enchaînent. Ma mère a huit frères et sœurs, on se retrouve donc en famille entre 50 et 60 personnes.
propos recueillis par pauline ngo-ngok
36
Le Froufrou (cidessus), restaurant
du début du siècle
dernier, a retrouvé
tout son glamour
grâce au créateur
Alexis Mabille
(ci-contre).
RENDEZ-VOUS
Et si Noël rimait avec
épistolaire ? C’est la bonne
idée développée par Olivier
Bruzek pour réconcilier les
enfants avec la lecture. Lassé
de voir ses quatre bambins
rivés à leur écran, ce père
amoureux des belles lettres se
met à écrire des histoires qu’il
leur envoie par courrier sous
forme de feuilleton. L’aventure
Epistoire est née. Et la magie a
pris ! Imaginez des récits bien
troussés pour chaque public
(de 4-6 ans à 12-14 ans), le plaisir – et la fierté – de les recevoir
dans une enveloppe calligraphiée à son nom, cachetée à la
cire et affranchie avec des
timbres vintage… Quand on
sait que ces opérations délicates sont réalisées par une
association de handicapés, on
se dit qu’Epistoire a tout bon.
Si vous voulez rencontrer
ce Père Noël des histoires,
rendez-vous au Bon Marché
(Paris, VIIe), dans le nouvel
espace enfant, où il viendra
dédicacer ses aventures
chaque week-end avant le
24 décembre. c. br.
A partir de 25 € les deux semaines
d’histoires (soit 14 lettres).
www.epistoire.fr
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SDP
Le Noël couture
d’Alexis Mabille
Vous avez relancé le nœud papillon.
Est-ce une tradition qui se perd ?
A mes débuts, il était considéré comme
ringard en France. Aujourd’hui, les jeunes le
portent facilement, et pas qu’avec un smoking.
C’est la touche de fantaisie qui vous distingue.
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VOS ADRESSES COIFFURE ET BEAUTÉ
DE SERBIE PARIS 16ème 01 47 20 53 54
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DE
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L’ É P O Q U E
Bains à bulles
SPA
Ciel changeant, coteaux boisés, vignes
bien alignées… Il est rare de profiter d’une vue aussi
spectaculaire et lumineuse depuis un spa. C’est que
l’architecte Giovanni Pace a vu large pour la rénovation de l’hôtel Royal Champagne dominant la
vallée de la Marne, à l’emplacement même d’un
relais de poste où Napoléon aurait fait halte sur la
route de Reims. Cet élégant arc de cercle en pierre
des carrières de la région est souligné de terrasses
aménagées à chacun des trois niveaux avec de
grandes baies vitrées ouvrent sur la nature. A réserver pour un tête à tête au spa : la spacieuse suite
pour deux dispose même d’un Jacuzzi privatif et
d’une terrasse privée. Côté soins, c’est la marque
Biologique Recherche qui a été sélectionnée pour
ses protocoles et excellents résultats sur la qualité
de la peau et la fatigue des traits. Il ne reste plus qu’à
goûter au délicieux nectar doré qui attire le monde
entier et l’ivresse est totale. m. l. d.
Soin visage Grand Millésime, 1 h 30, 210 €. Expérience impériale
pour deux en cabine double avec bain remous, coupe de
champagne, soin du visage ou corps au choix, 3 heures, 880 €.
Royal Champagne Hôtel & Spa, 9, rue de la République,
Champillon (Marne). 03-26-52-87-11. www.royalchampagne.com
Deux piscines (intérieure et extérieure), neuf salles de soins, clean et cosy, une salle de fitness, un hammam
et un sauna complètent le parcours bien-être de ce lieu contemporain où le chêne clair côtoie la mosaïque irisée.
EXPOSITION
« Une peinture peut se poser n’importe où :
sur un œuf, dans le creux du bras, le long d’un quai,
sur la neige ou la glace, ou encore sur une plage »,
aime à dire Katharina Grosse. Dans un shopping mall,
aurait pu ajouter l’artiste allemande qui crée, armée
de ses pistolets de couleur, des espaces picturaux
sur des surfaces non-orthodoxes. Invitée d’honneur
de la galerie Gagosian, à la Fiac 2018, la Berlinoise
investit à présent 1 500 mètres carrés dans le K11 à
Shanghai, un centre commercial, imaginé par le
milliardaire hongkongais Adrian Cheng, mêlant l’art
contemporain (avec sa fondation) et le lifestyle. Le
visiteur évolue dans une sorte de labyrinthe fait de
blocs de pierre, mottes de terre et tentures de soie
aux formes ombilicales. Une expérience monumentale de la peinture à vivre en 3D. c. br.
Pour créer ses univers chaotiques, l’artiste allemande peint au pistolet,
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Katharina Grosse, Mumbling Mud, jusqu’au 24 février 2019
au chi K11 Art museum, Shanghai. www.k11artfoundation.org
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SDP - Katharina Grosse et VG Bild-Kunst, Bonn
La grande Katharina
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Nuque
Colonne
vertébrale
Cœur et
poumons
OFFREZ-LUI
UN CADEAU POUR LA VIE
OFFREZ-LUI UN AIRBAG
L’airbag protège
les organes vitaux.
Plus d’informations sur
securite-routiere.gouv.fr
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L’ É P O Q U E
Le luxe du passé
UN PRINTEMPS
POUR MARNI… À NOËL
LIVRE
Adeptes du charme des belles choses, de celles
qui portent une histoire et le goût du passé ? Selon
Nathalie Dolivo et Katell Pouliquen, vous êtes peut-être
« rétro-cool » sans le savoir. Les deux journalistes
esquissent dans un nouvel ouvrage une façon joyeuse
et ludique de s’engager, loin d’un mouvement réactionnaire ou moraliste. Tendance de l’upcycling, plaisir de la
chine aux puces, refus de la frénésie consumériste
contemporaine, amour de l’artisanat… Avec des témoignages et des conseils de Caroline de Maigret, Mélanie
Laurent ou Vanessa Seward, des interventions de
chercheurs, de sociologues et d’historiens, voilà une
invitation à inventer un autre monde. Et cela commence
par un changement intime dans notre rapport aux
vêtements ou aux objets, alors que la mode est la
deuxième industrie la plus polluante du monde. L’avenir
est décidément dans le rétro. k. p.
La marque milanaise célèbre
les fêtes de fin d’année
dans le grand magasin parisien.
Rétro-cool - Comment le vintage
peut sauver le monde, par
Nathalie Dolivo et Katell Pouliquen.
Flammarion, 240 p., 19 €.
RENDEZ-VOUS
Marni est partout. Alors
que ce pilier de la mode italienne
vient d’ouvrir une boutique rue
Saint-Honoré, à Paris, le Printemps
l’accueille pour enchanter un espace
éphémère. Fondée en 1994 par
Consuelo et son mari Gianni Castiglioni, la griffe du groupe de Renzo
Rosso (OTB) s’est imposée grâce à
ses imprimés exubérants, ses matières étonnantes et son univers arty
et coloré. Pour le temple du boulevard Haussmann, la maison désormais pilotée par Francesco Risso
signe une collection exclusive qui
reprend des pièces-phares et des
motifs iconiques tirés de ses archives. Ce pop-up store au cœur de
l’atrium met donc à l’honneur cette
large sélection festive de prêt-àporter ; maroquinerie ; accessoires…
Parmi les incontournables : les sculptures artisanales à l’effigie d’animaux
fabriquées en Colombie, déclinées
en bijoux et en décorations de Noël,
une robe imprimée à sequins, un
ingénu col brodé à la main, des sandales en velours façon tapisserie…
De quoi se mettre sur son 31. p. n.-n.
Marni au Printemps de la femme, 64, boulevard
Haussmann, Paris (IX e). Jusqu’au 6 janvier 2019.
Kitchen art
40
tés du bois qui me guident », assure-t-il.
Située entre Gand et Anvers, l’exposition
dévoile une cinquantaine de ses modèles à
des prix abordables (à partir de 50 €) et à
collectionner sans fin ! s. a.
Flammarion – SDP
EXPOSITION
Révélé par Fontana Arte puis par
Habitat, en 2017, le designer français Ferréol
Babin étonne et détonne à présent avec ses
sculptures en forme de cuillères archétypales et organiques. Des heures durant, il
creuse noyer, bouleau ou cerisier, révélant
des objets à l’allure primitive : « Pas de dessin
préalable. C’est mon intuition et les aspéri-
Spoonfully Yours, jusqu’au 16 décembre
à l’atelier Lachaert Dhanis, Tielrode (Belgique).
www.atelierlachaertdhanis.com
L’ E X P R E S S d i X
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ÉLU PAR LE
PUBLIC
LE PHÉNOMÈNE
LEMAITRE
DÉJÀ 700 000 LECTEURS
ÉLU PAR LA
PRESSE
Mordant, trépidant,
vaudevillesque.
Le Point
Magnifique.
L’Express
Photo auteur © Roberto Frankenberg
La vista d’un
Alexandre Dumas,
l’humour d’un
Sacha Guitry.
Télérama
Un suspense dévorant.
Figaro Magazine
Sublime.
RTL
A L B I N M I C H E L
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Lenôtre en pop-up
SAVEURS
L’époque est aux boutiques éphémères et Lenôtre
n’y coupe pas. Cette historique
enseigne parisienne ouvre en
plein quartier Montorgueil un
atelier voué à la pâtisserie. Mais
attention, Guy Krenzer, chef de
la création, double meilleur
ouvrier de France charcutier et
cuisinier, prend le mot « pâtisserie » au pied de la lettre :
« C’est l’art de travailler toutes
les pâtes en tant qu’enveloppe
ou base pour des mets aussi
bien salés que sucrés. » Dans un
écrin de 30 mètres carrés, habillé de bois, d’inox et de quelques
meubles anciens, il apporte, en
alternance avec d’autres de la
maison, la dernière touche aux
pâtés en croûte tranchés à la
minute, aux fondantes tartes
aux pommes, aux brioches alsaciennes et à la galette des rois
signature de la maison. Et cette
expérience pourrait inspirer la
nouvelle stratégie commerciale
de la maison… f.-r. g.
Atelier éphémère Lenôtre,
36, rue Etienne-Marcel, Paris (II e),
jusqu’au 13 janvier 2019.
Jean-Christophe Jeanson, chef pâtissier chez Lenôtre depuis dix ans,
vient d’obtenir le titre de meilleur ouvrier de France.
En haut, la Carretera
Austral serpente sur
1 240 kilomètres
traversant la
Patagonie chilienne.
A droite, le célèbre
Seven Mile Bridge
semble survoler
les eaux de Floride
sur 11 kilomètres.
42
GUIDE
Cette année, le Routard n’y va pas par
quatre chemins. Il recense 40 itinéraires exceptionnels à travers le monde : des routes célèbres,
dont la Pacific Coast Highway immortalisée par
Robert Altman dans The Player, la mythique
Route 66, la brûlante côte amalfitaine, de Sorrente à Salerne… ou bien plus secrètes à l’instar
de la Linha verde, un joyau caché du Brésil,
entre Salvador et Recife. A la lecture de cette
première édition, illustrations étonnantes et
bons plans (hôtels, restaurants, coups de cœur)
s’accordent dans un cocktail exigeant avec un
seul mot d’ordre : l’accessibilité. « Pas besoin
d’un 4 x 4 ou de gros moyens pour partir à
l’aventure ! » assure Philippe Gloaguen, cofondateur du guide en 1973, qui a lui-même testé
près des deux tiers des itinéraires. Sa destination
préférée ? La Corse, entre Bastia et Porto-Vecchio
par l’ouest avec 450 kilomètres de splendeur
brute. Sur les traces d’Ulysse ou dans les pas de
Hemingway, l’art de la vadrouille est, sans
conteste, mené à son sommet. s. a.
Road Trips. 40 itinéraires sur les plus belles routes du monde .
Hachette, 311 p., 29,90 €.
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Le road-trip
dans les tripes
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L'ÉPOQUE
L’hôtel de Nocé,
situé à l’angle de
la rue de la Paix
et de la place
Vendôme, à Paris.
L’esprit libre de la joaillerie
Boucheron a fait de l’audace un style. A l’occasion de la réouverture de son
adresse mythique, retour sur les icônes maison d’hier et d’aujourd’hui.
texte : louise prothery
Boucheron a toujours tenté de capturer au plus près la
nature dans sa délicatesse, sa poésie et son imperfection.
Pour ses 160 ans, le joaillier, dont la boutique historique
de la place Vendôme vient d’être rouverte après deux ans
et demi de travaux, va jusqu’au bout de son inspiration et
lance une collection de bagues « Fleurs » réalisée à l’aide
de vrais pétales fixés sur des montures en titane. Leurs
textures et leurs couleurs, particulièrement fragiles, ont
été encapsulées grâce à un procédé tenu secret, et dont le
développement a nécessité plus de dix-huit mois de travail.
« Je ne vois rien de plus beau que d’offrir une immortalité
à l’éphémère, souligne Hélène Poulit-Duquesne, qui dirige
la marque depuis 2015. Ce projet correspond également à
la liberté d’esprit qui a toujours caractérisé la maison et à
sa volonté de partir du désir des femmes pour nourrir sa
créativité. » Au-delà de la collection emblématique, baptisée Nature triomphante, cet anniversaire est l’occasion
de célébrer la marque, qui fut la première à installer une
boutique place Vendôme. L’exposition qui lui était consacrée en janvier dernier, à la Monnaie de Paris, en avait d’ailleurs tiré son titre : Vendôrama. Plus qu’une rétrospective
44
classique, ce parcours initiatique optait pour des mises en
scène originales avec l’intervention de comédiens, un dispositif interactif et un mélange de pièces iconiques et de
nouvelles créations.
Parmi elles, le collier Point d’interrogation, révélé pour la
première fois en 1879, demeure une pièce phare du fondateur Frédéric Boucheron, « un homme qui m’inspire
au quotidien par le foisonnement de son imagination »,
affirme Claire Choisne, directrice des créations de la
marque. Ce collier sans fermoir s’enfile grâce à sa souplesse et à l’ouverture située sur le côté par une simple
torsion. « Un coup de génie technique qui s’est transformé
en coup de génie esthétique », poursuit-elle. Intemporel et
symbolique d’une indépendance de la femme qui n’a plus
besoin de son mari pour attacher ses bijoux, il continue aujourd’hui d’être réinterprété dans chaque collection.
Tout comme Serpent Bohème, revu et corrigé en 2013 pour
donner de la modernité au reptile mythique en conservant
le charme vintage de sa tête stylisée dans les années 1960.
Petit à petit, différentes pierres de couleur sont venues
réveiller cette ligne comme l’améthyste, la citrine, l’onyx,
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Danielle Dailloux/Gamma-Rapho via Getty Images - Olivier Helbert/SDP - SDP
Cape de Lumière
(à g.), collection
de haute joaillerie
26 Vendôme, en
or jaune, citrine et
diamants. Le nouveau
salon des Fiancés
au premier étage
de la boutique.
le lapis-lazuli, le grenat rhodolite et plus récemment la turquoise et la malachite. Le travail de l’or, pour façonner les
écailles du serpent, est une autre marque de fabrique du
joaillier qui a également fait le succès de la bague Quatre.
Créé en 2004, ce modèle assemble quatre reliefs différents. Il est désormais porté par les femmes comme par les
hommes. Ces derniers se sont appropriés son allure légèrement androgyne. Parmi ces reliefs, on trouve les godrons,
ces cannelures qui habillent la boîte de la montre Reflet.
Lancé juste après la guerre, ce garde-temps au look Art
déco reste un pilier de la maison. « Son système de bracelet
interchangeable et son fermoir intégré dans le boîtier n’ont
pas pris une ride », note Claire Choisne.
L’architecture, de façon plus générale, est une source
d’inspiration majeure. Pour la réouverture du 26, place
Vendôme, qui n’est autre que l’hôtel de Nocé, un édifice
du xviiie siècle dont les volumes initiaux et les décors ont
été réhabilités, Boucheron a créé un bracelet de forme
octogonale, clin d’œil à la fameuse esplanade parisienne,
en édition limitée. Piloté par Michel Goutal, architecte en
chef des Monuments historiques, et Pierre-Yves Rochon,
décorateur, le projet s’est bâti sur l’idée d’une maison de
famille où chaque génération se serait succédé en ajoutant ses meubles à ceux des précédentes. « Nous voulions
raconter une histoire, donner du caractère avec des pièces
uniques et surtout révéler l’âme de ce lieu exceptionnel »,
commente Pierre-Yves Rochon. De l’escalier monumental
au salon chinois en passant par le jardin d’hiver surplombé
d’une gigantesque verrière, le pari est plus que réussi.
Boucheron, 26, place Vendôme, Paris (I er). fr.boucheron.com
A lire : Boucheron, joaillier libre , par Anita Coppet. La Martinière, 65 €.
Bague Quatre Classique, en or jaune, or blanc, or rose, PDV marron et diamants. Collier Pompon
Serpent Bohème en or blanc et diamants. Collier Plume de Paon en or blanc et diamants.
Bague Fleur éternelle, collection de haute joaillerie Nature triomphante, en titane, pétales
naturels, et diamants jonquille.
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L’ É P O Q U E
Pépites en poches
Depuis plusieurs années, pour Noël, le petit format se décline
en rééditions « collectors » au tirage limité.
Une bonne idée de cadeau lettré à prix doux. Notre sélection.
CAP SUR L’ALASKA
Un beau jour de février, Lili,
la trentaine, quitte Manosque.
Avec un petit sac de l’armée
pour tout bagage, elle part
pêcher en Alaska – rien de
moins – sur un palangrier.
Elle sait que « cela va être dur
et dangereux, que l’équipage
sera composé de matelots
endurcis ». Elle ne sait pas
à quel point les conditions
de vie seront extrêmes : le froid,
l’humidité et le sel qui rongent
les os, le manque de sommeil,
les blessures. Mais l’amour
s’invitera aussi dans cette folle
aventure, sous les traits
du « grand marin »… Couronné
de nombreux prix littéraires, ce
premier roman coup de poing,
aux accents autobiographiques,
a fait sensation en 2016
(250 000 exemplaires écoulés).
Et révélé une personnalité
de baroudeuse hors norme.
Le Grand Marin, par Catherine Poulain.
Points, 376 p., 8,90 €.
MANIFESTE FÉMINISTE
« Il est indispensable qu’une
femme possède quelque argent
et une chambre à soi si elle veut
écrire une œuvre de fiction. »
C’est la thèse développée par
Virginia Woolf (1882-1941) dans
ce pamphlet caustique, publié
pour la première fois en 1929.
Hélas, s’indigne la romancière
et essayiste anglaise, ses
homologues n’ont pas eu un
accès aisé à la création littéraire.
En cause, un patriarcat qui
les cantonnait à des tâches
domestiques, un sexisme qui ne
leur prêtait pas une intelligence
suffisante… Il aura fallu attendre
le début du xixe siècle pour
voir émerger Jane Austen, les
sœurs Brontë, George Eliot.
Près d’un siècle plus tard, les
choses ont évolué. Sauf que
les écrivains sont encore très
majoritairement des hommes…
Une chambre à soi, par Virginia Woolf,
traduit de l’anglais par Clara Malraux.
10/18, 171 p., 7,50 €.
POLAR MYTHIQUE
Plus vintage, tu meurs. Riche
idée de republier en fac-similé,
avec typographie d’époque, ce
roman policier qui date de 1939.
Si son adaptation au cinéma,
trois ans plus tard, par
Henri-Georges Clouzot, l’a
rendu célèbre, on oublie
souvent qu’il est signé de l’un
des grands auteurs belges du
genre. Stanislas-André Steeman
(1908-1970) situe son intrigue
à Londres, où un certain
Mr Smith sème la terreur. Pas
de lien entre ses sept victimes,
pas de mobile apparent.
Scotland Yard piétine. Jusqu’à
ce qu’un témoin livre une piste
sérieuse : l’assassin habiterait
au 21, Russell Square, dans une
pension de famille… Malgré
quelques tournures désuètes,
le suspense et l’humour
l’emportent. Un classique
à (re)découvrir.
TRÉSOR DE MOTS
C’est l’ouvrage culte des
amoureux de la langue
française. C’est un dictionnaire
si réjouissant et surprenant
que l’on a envie de l’offrir
à tout le monde. De A comme
anodonte (qui est dépourvu
de dents) à Z comme
zinzinuler (quand la mésange
et la fauvette chantent), on y
découvre quantité de mots
méconnus, souvent savoureux,
exotiques, amusants. On y
apprend comment se joue le
manichordion et de quelle
manière se porte la devantière.
Rien d’étonnant à ce que
Jean Paulhan ait toujours gardé
à portée de main ce petit
dictionnaire, paru en 1965,
aussi instructif que ludique.
On sait gré à l’éditeur
Jean-Claude Zylberstein
de l’avoir sorti de l’oubli pour
le faire reparaître en 1996.
L’assassin habite au 21, par StanislasAndré Steeman. Le Masque, 245 p., 9,90 €.
Dictionnaire des mots rares et précieux.
10/18, 341 p., 9 €
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SDP
texte : delphine peras
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CATHERINE DENEUVE
© Patrick Swire / UniFrance films
par Isabelle Giordano
« Catherine Deneuve semble
multiple et éternelle. »
F.F., L’Obs
« Un livre qui tente de percer
le mystère de sa beauté.
Formidable ! »
Olivia de Lamberterie, Télématin
240 pages
39,90 €
Gallimard
gallimard.fr
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L’ É P O Q U E
Le boss
du street art
COLLAB’
Jeremyville fait partie des 100 meilleurs
illustrateurs du monde d’après le New York Times.
Ses joyeuses fresques colorées inspirées de la BD
sont exposées de Madrid (Casa Encendida) à
Pékin (Espace 798) en passant par Naples
(Madre Museum). Installé à New York, l’Australien aux multiples talents (auteur, designer…) est
aussi très courtisé par les marques (Coca Cola,
Mercedes, Converse). La dernière en date ? Boss.
La maison soutient, en effet, les artistes depuis
1996 grâce à son prix d’art contemporain en
partenariat avec la fondation Guggenheim. Pour
Noël, la marque allemande l’a invité à apposer sa
patte sur une collection capsule mettant en scène
quatre personnages dont un lapin et un cochon
en écho au nouvel an chinois. On retrouve ses
figures ludiques sur des vêtements (chemises,
tee-shirts et sweat-shirts…), des accessoires (baskets, sacs à dos, porte-documents, étuis de
téléphone…). Une sélection qui devrait ravir les
millennials comme les grands enfants. p. n.-n.
www.hugoboss.com
Sac à dos en cuir monogrammé orné de
l’emblématique univers coloré de Jeremyville
(ci-dessus) pour Boss, 495 €. En édition limitée.
PEAU DE SOIE
SDP
Alors que la France célèbre l’année
culturelle du Japon, Etam met le kimono
à l’honneur. Ce modèle court peut se porter
en déshabillé pour le soir, mais n’hésite
plus à sortir le jour, sur un jean ou une jupe
courte. Une version sensuelle plus proche
d’Emmanuelle, de Just Jaeckin, que d’un
film d’Ozu. On adore. a. b.
99,99 €. www.etam.com
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L’ E X P R E S S D I X & C O M I T É C O L B E R T
Remise des prix Je filme
le métier qui me plaît.
au Grand Rex, en
mai 2018. Les élèves
primés et Nicolas Bos,
président de Van Cleef
& Arpels.
Une année avec Colbert… L’avenir du luxe passe notamment par le recrutement
de nouveaux talents. Vous avez créé la chaire Colbert
pour faciliter les liens entre les étudiants d’écoles
d’art et les maisons de luxe. Comment fonctionne ce
dispositif ?
Cette chaire a été créée en 2011 en collaboration avec
l’Ensaama* pour permettre aux étudiants de se confronter
aux spécificités de ces maisons. En sept ans, elle a déjà formé
170 jeunes et l’expérience s’est révélée très précieuse car tous
ont trouvé un emploi dans l’année qui a suivi leur diplôme.
En 2018, une trentaine d’entre eux ont travaillé avec des responsables artistiques pour concevoir un projet : créer une vi-
trine pour Erès, un pop-up store pour Christofle, un événement autour du temps poétique pour Van Cleef & Arpels…
Dans le même temps, vous mettez l’accent sur des
talents reconnus.
Il est essentiel de le rappeler : le luxe français est pourvoyeur de vraies opportunités en termes de carrières. Nos
maisons sont en quête d’artisans d’excellence qui représentent une ressource rare, héritière d’une histoire et porteuse d’une créativité très contemporaine. C’est dans cet
esprit qu’à l’initiative du Comité Colbert, des artisans sont
nommés chaque année dans l’ordre des chevaliers des
Je filme le métier qui me plaît/Euro France Association
Né en 1954, le Comité Colbert fédère les grandes maisons de luxe autour
d’une même ambition : faire rayonner l’art de vivre français. L’objectif semble
théorique, il porte en fait un ensemble d’initiatives très concrètes
qui vont de la valorisation de l’artisanat auprès des jeunes générations
au développement du secteur à l’international. Le détail des projets 2018
par Elisabeth Ponsolle des Portes, déléguée générale du comité.
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Ci-dessus : FIAC, octobre 2017. Inauguration de l’exposition Rêver 2074.
Katsuhiko Hibino (à gauche), artiste et doyen de l’université des arts de Tokyo
et Guillaume de Seynes, président du Comité Colbert.
A gauche : le ministre de la Culture Franck Riester remet l’insigne de chevalier des Arts
et des Lettres à huit artisans de maisons du Comité Colbert, le 8 novembre dernier
au ministère de la Culture : ici, Fabienne Suchot, maroquinière chez Louis Vuitton.
Julio Piatti © Comité Colbert — Pierre Morel © Comité Colbert
Arts et des Lettres. Le 8 novembre dernier, huit ont été décorés par Franck Riester, nouveau ministre de la Culture,
pour leur talent d’exception et leur capacité à transmettre
leur art. Cette valorisation des savoir-faire se développe
également à l’étranger avec, par exemple, l’animation en
septembre dernier d’un atelier d’orfèvrerie avec des étudiants de l’université de Stanford. Le cours a connu un tel
succès qu’il a été reconduit pour l’an prochain…
Cet événement témoigne d’un intérêt plus général
pour la Californie…
Le Comité investit chaque année un nouveau territoire.
En 2018, nous nous sommes tournés vers la Californie et
la Silicon Valley, stratégique en termes de business. Cette
région fonctionne de façon particulière, avec une communauté qui privilégie le savoir et le travail, et dispose de
peu de temps pour consommer. Pour les séduire, nous
avons œuvré autour des valeurs qui sont les leurs en proposant des ateliers sur nos savoir-faire. C’est une façon de
montrer que nous sommes détenteurs de connaissances
qu’ils ignorent encore et que nous leur faisons partager.
Dans ce cadre, nous invitons 90 personnalités (patrons
de start-up…) à une découverte de Paris sur le thème
des « savoirs secrets du luxe français ». Quarante-huit
maisons sont mobilisées et proposent vingt-trois temps
forts. Logés dans nos hôtels, nos hôtes auront la surprise
de vivre des expériences inédites, symbole de l’effervescence créative de nos maisons, et de la capitale.
Cette expérience est-elle représentative d’une politique
globale vers l’étranger ?
L’international est crucial pour le luxe français et nous procédons avec la même méthode. Nous concevons chaque fois
un programme sur mesure pour un pays. En 2017, nous avons
organisé à Tokyo une exposition prospective avec 50 jeunes
artistes japonais, événement qui a connu une suite puisque
de nouvelles œuvres ont été présentées cette année au musée de Geidai, inspirées elles aussi par notre utopie collective,
Rêver 2074**. En 2019, nous serons présents dans les Emirats
avec un événement en lien avec l’exposition baptisée Luxes
et organisée par le musée des Arts décoratifs, au sein du
Louvre Abu Dhabi. L’occasion d’inviter la population locale
à redécouvrir nos boutiques puisque celles-ci présenteront
des œuvres sur le thème du luxe français, son histoire et sa
diversité. Notre propos est de dialoguer avec les cultures, de
cultiver les affinités…
Le Comité Colbert réunit aujourd’hui 82 maisons.
Quel est leur intérêt commun ?
La question mérite d’être posée car nos maisons sont souvent concurrentes et investissent des secteurs différents :
parfums, hôtels, spiritueux… La réponse tient tout d’abord
en une valeur commune : la solidarité. Elle porte aussi la
conviction qu’ensemble, nous sommes plus forts. Nos événements, en France comme à l’international, réaffirment la
spécificité du luxe français qui nous différencie de tous nos
concurrents. Ils témoignent en creux d’un pays puissant, fort
de la richesse et de la diversité de ses marques.
De quoi donner envie de vous rejoindre. Comment
entre-t-on au Comité Colbert ?
Par cooptation annuelle et via une sélection très sévère qui
porte sur l’ambition internationale, la créativité, la qualité
des produits, la poésie de l’objet mais aussi l’éthique. Car
ce Comité est avant tout une affaire de valeurs partagées.
* Ecole nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art.
** rever2074.com
P A R T E N A R I AT
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TÊTE À FÊTE
Pas besoin d’être à plusieurs pour s’amuser, il suffit de s’habiller. Lurex, sequins, plumes,
sautoirs, chapeaux et talons hauts… Ce soir, on soupe distingué.
photos : alice rosati pour l’express diX
réalisation : morgane nicolas
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A gauche : robe en cuir d’agneau asymétrique, IRO, 895 €. Blouse en mousseline, VANESSA SEWARD, 450 €. Collants vintage. Escarpins en veau verni noir, LANVIN, 790 €. Clips
d’oreilles L’Heure du diamant en or blanc et diamants, CHOPARD, prix sur demande. Au centre : blouse en crêpe, PABLO, 140 €. Pantalon à paillettes, BALMAIN, 1 990 €. Chaussettes
en coton et plumes, MULBERRY, prix sur demande. Sandales en cuir et tissu, MIU MIU, 590 €. Pantalon à paillettes, BALMAIN, 1 990 €. A droite : robe en sequins multicolores,
MARNI, prix sur demande. Plastron en marabout, PAULE KA, 390 €. Collants opaques, FALKE, 30 €. Collants en Nylon, MARNI, 390 €. Sandales en veau velours, GEOX, 125 €.
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A gauche : robe drapée en jersey jacquard, 2 150 € ; escarpins Round en cuir patiné, 650 € ; boucles d’oreilles Plastic, 395 €, le tout BALENCIAGA. Collants voile plumetis,
FALKE, 25 €. Au centre, en haut : robe en dentelle stretch, CHRISTOPHER KANE, 1 095 €. Jupe en cuir d’agneau, BA&SH, 320 €. Chapeau Arsene en fausse fourrure
multicolore, MAISON MICHEL, 650 €. Boucles d’oreilles en métal, strass, perles de verre et résine, CHANEL, prix sur demande. Collier collection Haute Joaillerie en or rose,
pierres semi-précieuses et diamants, CHOPARD, prix sur demande. En bas : veste en velours, CLAUDIE PIERLOT, 325 €. Robe en rayonne, MIU MIU, 1 590 €. Pantalon
avec ceinture en laine vierge, GIVENCHY, 1 100 €. A droite : top asymétrique en soie et escarpins en veau verni, LANVIN, 3 990 € et 790 €. Bermuda en drap de laine, collection
de LH Vaudier chez AGNÈS B., 230 €. Collants en laine, JACQUEMUS, 150 €. Accessoire de cheveu Caren en dentelle, MAISON MICHEL, 450 €. Bracelets en métal, strass,
perles de verre et résine, CHANEL, prix sur demande.
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L’ E X P R E S S d i X
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Robe en soie imprimée et rebrodée de cristaux, VERSACE, prix sur demande. Collants irisés, CHANEL, prix sur demande.
Clips d’oreilles collection Precious Chopard en or blanc et diamants, CHOPARD, prix sur demande.
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A gauche : cape rebrodée de plumes en soie, LOUIS VUITTON, prix sur demande. Short en cuir, THE KOOPLES, 298 €. Calot en polyester multicolore, AGNÈS B., 55 €. Ceinture en cuir avec
boucle en strass, ALBERTA FERRETTI, 495 €. Mocassins en poils de veau, MISSONI, 510 €. Clips d’oreilles collection Temptations en or blanc, améthystes, péridots, diamants, CHOPARD,
prix sur demande. Au centre : veste en Nylon cloqué, 2 100 €, top en jersey imprimé col montant, 980 €, jupe en cuir, 1 400 € et escarpins en maille jersey 750 €, le tout PRADA.
Chaussettes en Lurex, FALKE, 15 €. A droite : top marron en Lurex, MISSONI, 790 €. Soutien-gorge sans armatures Ségur, CHANTELLE, 70 €. Pantalon en velours recouvert de strass,
GIORGIO ARMANI, 1 750 €. Bottines en cuir, CHANEL, prix sur demande.
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A gauche : veste en Lurex et soie, GUCCI, 3 500 €. Blouse à volants en jacquard de soie, SAINT LAURENT par Anthony Vaccarello, 1 990 €. Jupe en panne de velours et dentelle,
COMPTOIR DES COTONNIERS, 125 €. Collant blanc opaque, FALKE, 30 €. Chapeau en viscose, et mules à talon Greta en satin jaune avec pompon, MULBERRY, 1 095 € et 590 €.
Boucles d’oreilles collection Happy Hearts en or rose avec incrustations de malachite et cœurs munis d’un diamant mobile, CHOPARD, prix sur demande. Au centre : manteau en drap
de laine avec ceinture, HERNO, 890 €. Chemise en lamé, ALBERTA FERRETTI, 1 050 €. Pantalon Corser Wide en laine vierge et bretelles, BRUNELLO CUCINELLI, 1 490 €.
Chaussettes en Lurex, FALKE, 15 €. Chaussures en laine et coton, JIL SANDER, 1 490 €. Boucles d’oreilles collection Happy Hearts en or rose avec incrustations de malachite
et cœurs munis d’un diamant mobile, CHOPARD, prix sur demande. A droite : chemise en crêpe de soie imprimée, prix sur demande, jupe en soie frangée, 3 250 €, bottines en cuir, 1 050 €
et collier en plaqué or et résine, prix sur demande, le tout CHLOÉ.
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Mannequin : Amber Witcomb c/o Oui Management. Coiffure : Chiao Chenet c/o Atomo Management. Mise en
beauté : Régine Bedot c/o Marie-France Thavonekham Agency. Manucure : Huberte Cesarion c/o Marie-France
Thavonekham Agency. Opérateur digital : Cosimo Fanciullacci. Assistant photographe : Ricardo Caldas.
Assistante styliste : Louise Richard. Set designer : Nico Plinio pour Maison Neochrome, chef Eric Fontanini
(plats). Casting & production : Ghislaine Peraria.
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RENCONTRE
Pour mener à bien
son projet, le
chef Eric Frechon
(à dr.) a trouvé
l’homme de la
situation : Roland
Feuillas (à g.),
boulanger et
meunier dans un
petit village de
l’Aude, spécialiste
des pains aux
farines de
blés anciens.
Deux copains, un bon pain
C’est une histoire d’amitié entre Roland Feuillas, le boulanger
des Corbières, et Eric Frechon, le chef trois étoiles. Ensemble, ils décident
de convertir le Bristol, célèbre palace parisien, au pain 100 % nature.
propos recueillis par françois-régis gaudry
Au patron du CAC 40, au francophile de Dallas ou au
gourmet de Hongkong qui réclameront du pain baguette à la table du restaurant gastronomique Epicure
ou sur le plateau de leur petit déjeuner, le personnel
de l’hôtel Le Bristol proposera, avec le sourire, une
délicieuse miche de campagne maison : farines de blés
anciens bio, fraîchement moulues sur place et fermentation au levain. Né d’une rencontre fructueuse entre
Roland Feuillas, le paysan-boulanger, et Eric Frechon,
le chef meilleur ouvrier de France, ce nouveau modus
operandi est une véritable révolution de palace. Une
façon de renouer, jusque dans les hauts lieux du luxe,
avec la simplicité d’un pain vertueux, à l’ancienne, issu
de l’agriculture paysanne.
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Comment est née cette idée de renouer
avec un pain vivant et paysan au cœur
d’un des plus luxueux hôtels de Paris ?
Eric Frechon. En octobre 2017, je suis venu passer deux jours dans les Corbières, en compagnie de ma
femme Clarisse et de notre fils âgé de 3 ans. J’ai vu Roland
au travail dans son magnifique village de Cucugnan, fabriquant un pain à la saveur exceptionnelle, nourrissant
et naturel, dont il maîtrise toutes les étapes, depuis le
grain jusqu’à la cuisson au feu de bois. Ce fut un séisme
dans ma vie. Jusqu’à maintenant, dans les cuisines du
Bristol, on faisait de la joaillerie boulangère : des petits
pains façonnés au pochoir, fermentés à la levure, issus de
blés modernes nutritionnellement assez pauvres. Quand
L’ E X P R E S S d i X
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Le Bristol est le premier et seul palace parisien à fabriquer sa propre farine dans ses sous-sols grâce à un moulin et un fournil fabriqués spécialement,
et actionnés chaque jour par ses boulangers. Le résultat est plus que convainquant : un pain authentique, croustillant et moelleux.
j’ai proposé à Roland de réorienter totalement notre
démarche autour du pain, il a immédiatement accepté.
Benoît Linero/SDP
C’est un changement de modèle qui ne se fait
pas en un claquement de doigts !
Eric Frechon. Ce fut une décision lourde et cela
représente un investissement coûteux mais le Bristol
m’a immédiatement suivi.
Roland Feuillas. Nous avons installé un moulin
pour travailler des farines fraîches et une boulangerie,
dans le sous-sol de l’hôtel, parée avec les pierres blondes
de Cucugnan. C’est un peu le naos des temples égyptiens, d’où naissent, chaque jour, des pains de khorasan
[une vieille variété de blé originaire de Perse], et bientôt
de petit épeautre, de seigle, de blé rouge de Bordeaux,
cultivés par notre réseau de paysans.
N’est-ce pas risqué de servir un pain paysan à
des clients huppés qui aiment les pains fantaisie ?
Eric Frechon. On leur apportera, à table, un
pain entier sur une pierre de meule. Quand ils le goûteront, ils ressentiront le choc gustatif qui fut le mien
à Cucugnan. Son goût nappe la bouche et la gorge, les
arômes envahissent la cavité nasale. La simplicité peut
procurer de fortes émotions ! Et, de surcroît, le client
repartira chez lui avec un pain ! Le luxe, aujourd’hui,
c’est d’offrir du bon, du vivant et de l’authenticité. C’est
ce que Jean Giono appelait les « vraies richesses ». Si
certains clients ne comprennent toujours pas, nous leur
expliquerons, le plus simplement du monde, que c’est
un pain plus digeste et excellent pour leur santé.
Roland Feuillas. Une fois que l’on a goûté à ce
pain, il est difficile de revenir à d’autres… En relisant un
texte de Victor Hugo, une idée très inspirante m’est restée
en tête : « Ce ne serait pas une haine intelligente que la
haine du luxe. » Je pense qu’il serait dommage de laisser
à l’écart de tous ces questionnements idéologiques et
climatiques que cristallise le pain naturel les personnes
qui ont le plus le pouvoir et les moyens de changer les
choses. Pourquoi les priver de bon pain paysan ? Nous
nous trouvons aujourd’hui dans l’absolue urgence de
changer nos habitudes.
Restaurant Epicure***, hôtel le Bristol, 112, rue du Faubourg Saint-Honoré,
Paris (VIII e), 01-53-43-43-40.
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RENCONTRE
LA FACE CACHÉE DE KEIRA KNIGHTLEY
La comédienne britannique et ambassadrice de la maison Chanel est à l’affiche du film Colette
où elle incarne la célèbre auteure avec fougue et conviction, signant l’un de ses plus beaux rôles.
A cette occasion, elle se dévoile à L’Express diX, au fil d’une interview exclusive.
propos recueillis par igor hansen-løve
photos : paul maffi
Sur grand écran, elle apparaît plus souvent vêtue d’un
corset que d’un tailleur. A la ville, pourtant, le quotidien
de Keira Knightley ressemble davantage à celui d’une
ministre qu’à celui d’une jeune femme au xixe siècle. En
cette fin d’année 2018, la belle Britannique défend trois
films, dont l’excellent Colette, mis en scène par Wash
Westmoreland. Ce long-métrage, aux allures de manifeste féministe, pose des questions très contemporaines.
On y découvre la future romancière, cherchant sa voie,
s’essayant à la littérature et s’émancipant du joug de son
mari, le terrible Henry Gauthier-Villars, dit Willy. Autant
de sujets qui passionnent Keira Knightley, dont la performance fiévreuse sidère par sa justesse et son intensité.
Qu’est-ce qui vous a poussée à accepter ce rôle ?
J’ai immédiatement adoré le scénario. Je savais,
au fond, bien peu de choses au sujet de Colette. Notamment, j’ignorais tout de son premier mariage avec Henry
Gauthier-Villars, et de sa relation amoureuse avec Mathilde
de Morny. J’ai été frappée par la modernité de son histoire.
Aviez-vous lu ses textes ?
Certains. Enfant, on m’avait fait découvrir Chéri
et La Fin de Chéri. J’avais vu, également, l’adaptation de
sa nouvelle Gigi par Vincente Minnelli. Par ailleurs, c’est
une auteure dont l’influence a été déterminante sur ma
mère, qui est dramaturge et écrivain. Je me souviens qu’elle
collectionnait les presse-papiers, comme Colette, et me
répétait que c’était une façon de lui rendre hommage.
Et comment ce film résonne-t-il
avec notre actualité ?
Le féminisme et la problématique du genre, abordés sur le plan politique, sont au cœur du scénario. On
y découvre une femme qui se libère de l’emprise de son
mari, pour s’affirmer en tant qu’écrivain. Je vous rappelle
que Henry Gauthier-Villars se faisait passer pour l’auteur
des textes de sa femme. Colette a dû se battre pour faire sa
place dans le milieu littéraire de l’époque. Son œuvre traite
de la condition féminine, dans sa plus stricte vérité. Et ce
sujet, aujourd’hui encore, reste éminemment subversif.
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Voyez-vous une ressemblance entre Colette et
Coco Chanel, la créatrice de la maison de mode
dont vous êtes l’ambassadrice ?
Bien sûr. Ce sont deux femmes d’une énergie
débordante, qui sont parties de rien pour s’emparer courageusement de leur destin. Toutes deux étaient des
battantes. Certainement pas des saintes mais elles s’imposent dans l’Histoire comme des femmes incroyables.
Est-il difficile de concilier une carrière
de mannequin avec celle de comédienne ?
Non, pas vraiment. J’ai beaucoup de chance de
travailler pour Chanel. Cette collaboration me donne
une stabilité financière et me pousse à être exigeante dans
mes choix au cinéma. Avec Chanel, j’ai pu aussi cesser de
tourner quand j’ai eu ma fille, tout en restant, grâce aux
campagnes publicitaires de la maison, en haut de l’affiche.
Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas été actrice ?
Je serais incapable de vous répondre. J’ai voulu
devenir comédienne à l’âge de 3 ans et j’ai eu la chance de
ne pas avoir à me poser la question.
Quel film a joué un rôle déterminant
dans votre filmographie ?
Il y en a deux : Pirates des Caraïbes et Orgueil et
préjugés. Ces « cartons » m’ont permis d’avoir la carrière
que j’ai aujourd’hui.
Quel est le rôle dont vous êtes la plus fière ?
A Dangerous Method, de David Cronenberg. Ce
film a clivé l’opinion, j’en suis consciente. Mais j’ai rarement
eu l’occasion de jouer un rôle aussi extrême avec un metteur en scène aussi exigeant. Tout s’est joué dans les détails.
Il s’agit sûrement de mon expérience la plus audacieuse.
Où vous voyez-vous dans dix ans ?
Dans l’Union européenne, je l’espère.
Colette, de Wash Westmoreland, avec Keira Knightley, Dominic West…
Sortie le 16 janvier. Durée : 1 h 51.
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Blouse en mousseline de soie et dentelle, CHANEL.
Maquillage : CHANEL par Maxine Leonard. Soin Hydra beauty Micro Crème, teint les Beiges teint Belle Mine naturelle 20 ;
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Collier en perles serti de diamants CHANEL Joaillerie.
Jupe plissée et blouse en mousseline de soie et dentelle, CHANEL.
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RENCONTRE
À L’HEURE DE #METOO, VOS PARTIS PRIS
FONT DE VOUS UNE ACTRICE ENGAGÉE
L’interview s’est terminée mais notre journaliste, subjugué par Keira Knightley, a choisi de poursuivre
cette conversation en lui adressant une lettre où il livre son regard, son admiration
(sa passion ?) pour l’actrice britannique. L’occasion aussi de redonner des lettres de noblesse
à une comédienne qu’il juge injustement méconnue…
Chère Keira Knightley,
Nous venons de nous séparer et durant notre entretien,
vous vous êtes montrée telle que je l’imaginais : cultivée,
sincère féministe. Et impressionnante, tant votre parcours
force l’admiration. A 33 ans, vous avez déjà joué dans
37 longs métrages et cette année, vous voilà à l’affiche de
trois films : Colette, donc, mais aussi Casse-Noisette et les
Quatre Royaumes et Berlin, I Love You… Au-delà de ces
chiffres qui font de vous l’une des actrices les plus prolifiques de Grande-Bretagne, vos choix font de vous une
comédienne obstinée, avec un vrai tropisme pour les films
d’époque. Selon l’avis hâtif de certains critiques, cette inclination ferait de vous une artiste hors de son temps. Je
crois qu’il s’agit exactement de l’inverse. Devant la caméra,
vous incarnez toujours des jeunes femmes s’émancipant
des mœurs de leur époque et se révélant, au prix d’une
lutte acharnée, créatives (Colette, 2018), audacieuses (Anna
Karénine, 2012), frondeuses (Orgueil et préjugés, 2005),
vaillantes (The Duchess, 2008) et obstinées (A Dangerous
Method, 2011). Et quelle que soit la couleur de vos costumes, vos personnages sont toujours en avance sur leur
temps. Peut-être cherchez-vous à rappeler que le combat
féministe s’inscrit dans une histoire ? Peut-être souhaitez-vous aussi montrer que, trop souvent, les rôles de
L’ E X P R E S S d i X
femmes se bornent à de simples faire-valoir ? Votre filmographie est éloquente. A l’heure de #Metoo, vos partis pris
font de vous une actrice engagée. Un exemple à suivre.
Côté vie privée, mes informations sont lacunaires. Ce
n’est pas faute d’avoir enquêté, Madame. Mais vous êtes
d’une discrétion absolue. Je vous vois venir, bien sûr… Vous
me répondrez que je sais déjà l’essentiel ; ce qui est vrai
après tout. Vous avez grandi à Richmond dans le sudouest de Londres. Votre mère est dramaturge. Votre père
comédien, comme vous. De vos parents, vous avez hérité
le goût pour le jeu. Dès l’âge de 7 ans, vous décrochiez
votre premier rôle dans un épisode de la série Screen One
(1993) ; le premier jalon d’une carrière fulgurante. Ensuite,
il paraît qu’avec l’immense succès de Joue-la comme
Beckham (2002), où vous incarniez à 18 ans une jeune footballeuse, vous avez souffert de l’acharnement des tabloïds.
Ce qui expliquerait votre prudence médiatique. Depuis,
vous prenez soin de ne discuter que de cinéma en interview. Vous êtes à contre-courant d’une génération qui s’affiche sur les réseaux sociaux. @KeiraKnightley ? Aucun
profil Instagram. Rien sur Facebook. Pas l’ombre d’un
compte Twitter. Sur le tournage de la saga Pirates des
Caraïbes, qui a fait de vous une star mondiale pour votre
incarnation de la virevoltante Elizabeth Swann, d’autres
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RENCONTRE
se seraient certainement montrées en selfie avec Johnny
Depp. Pas vous. Aussi, vous mentionnez rarement qu’en
juin dernier, la reine Elisabeth II vous a fait officier de
l’ordre de l’Empire britannique. Vous suscitez pourtant la
fierté de vos concitoyens. Pour ma part, je trouve que cette
modestie vous honore.
Une question me taraude tout de même. J’ai lu, ici et là,
que, malgré votre expérience impressionnante, vous vous
êtes longtemps sentie complexée. Votre beauté serait
handicapante ? A ce sujet, je pourrais d’ailleurs gloser des
heures sur votre regard félin, votre sourire impertinent et
la grâce de votre port de tête. Courageusement, vous vous
êtes insurgée contre l’utilisation excessive des logiciels de
retouche, plaidant pour une approche plus naturelle. Ainsi,
en août 2014, vous posiez en couverture du magazine Interview, topless, dévoilant votre (petite) poitrine. Un geste
remarquable et précurseur, une fois encore. Deux ans plus
tard, la maison Chanel vous a choisie comme égérie et vous
vous acquittez de ce rôle avec une spontanéité déconcertante. La même année – cerise sur le gâteau –, le magazine
Empire vous a élu « star la plus sexy de tous les temps ».
Rien d’étonnant au fond. Seulement, je ne comprends pas
en quoi ces louanges seraient incompatibles avec votre
métier. Vous me rétorquerez que le réalisateur Joe Wright
vous jugeait « trop belle » pour le rôle d’Elizabeth Bennet
dans Orgueil et préjugés (2005). Jusqu’au casting. Depuis, le
metteur en scène londonien s’est ravisé (heureusement).
Il a même fait de vous son actrice fétiche. Ensemble, vous
avez tourné l’adaptation du roman de Jane Austen, puis
Reviens-moi (2007) et Anna Karénine (2012). Pourquoi, dès
lors, continuer à douter ?
Film après film, vous irradiez de la même intensité. La
preuve la plus évidente, selon moi, se trouve dans Last
Night (2011) de Massy Tadjedin. Le film, méconnu du
grand public, traite de la question du désir au sein d’un
couple vieillissant et de l’adultère. Vous y êtes Joanna, une
journaliste new-yorkaise aspirant à devenir écrivain. Au
cours d’un voyage d’affaires, votre mari s’apprête à succomber sous le charme d’une collègue, jouée par Eva
Mendes. Cette dernière, vous me l’accorderez, est l’une
des comédiennes américaines les plus renversantes de sa
génération. Et pourtant, à l’écran, vous demeurez unique
par votre présence, votre charme, votre magnétisme et la
précision de votre jeu. Je pourrais également citer A Dangerous Method de David, où, face à Carl Jung (Michael
Fassbender) et Sigmund Freud (Viggo Mortensen) vous
incarnez la détresse psychologique comme personne. Et
enfin, comment ne pas mentionner l’excellent Imitation
Game, de Morten Tyldum, où vous êtes particulièrement
convaincante dans la peau d’une mathématicienne surdouée, épaulant Alan Turing (Benedict Cumberbatch)
dans sa compréhension de la machine Enigma. Je pourrais en citer tant d’autres. Mais voilà déjà longtemps que
nous nous sommes dit au revoir. A vous voir, et même à
vous écrire, le temps file toujours trop vite. Bien à vous.
I. H.-L.
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Styliste : Leïla Smara.
Maquillage : Chanel par Maxine Leonard.
Coiffure : Johnnie Sapong c/o The Wall Group.
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LA CERISE SUR LES CADEAUX
Livres d’art, bijoux de cœur, sacs déjà cultes et souliers de Cendrillon…
Retardataires, voici une sélection de présents de dernière minute pour briller à Noël.
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réalisation : colombine blum avec emma schramm
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Eva Ionesco et son mari l’écrivain
Simon Liberati, qui a coécrit le scénario
d’ Une jeunesse dorée . A gauche,
avec Alain Pacadis, en bas, avec Cyrille
Putman (fils de la décoratrice Andrée
Putman), au Grand Bal « Magic City »
du Palace, avril 1978.
Credit
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
RENCONTRE
Eva Ionesco
raconte le Palace
Son film Une jeunesse dorée, chronique d’une bande
d’oiseaux des nuits parisiennes, sortira en salles
le 16 janvier 2019. En avant-goût de cette histoire
d’amour et d’excès, l’ex-baby doll du mythique nightclub nous ouvre son album de souvenirs. Moteur !
texte : charlotte brunel | photos : tom de peyret pour l’express diX
Eva Ionesco a fait partie de la « bande du Palace ». Dès
l’âge de 13 ans, elle s’échappait le week-end de la Ddass où
elle était placée, pour aller faire la fête dans la boîte la plus
« flashante » de Paris avec ses amis : ils s’appelaient Christian
Louboutin, Vincent Darré, Edwige, Paquita Paquin, Farida
et Djemila Khelfa, et tant d’autres… Dans son nouveau film
Une jeunesse dorée (Macassar Productions), elle raconte
ses années Palace, de 1978 à 1985, soit le parcours initiatique d’une jeune fille, Rose, dont l’amour se perdra dans
la nuit parisienne. Avec Isabelle Huppert, plus vénéneuse
que jamais en aristo pygmalion décadente, Galatéa Bellugi
(Rose), Melvil Poupaud (Hubert), Lukas Ionesco (Michel,
le fiancé de Rose). Un remix des années 1980 du mythe
d’Orphée et d’Eurydice qui nous plonge pour la première
fois au cinéma dans l’ambiance babylonienne de cet ancien
théâtre transformé en boîte de nuit par Fabrice Emaer, et
dont l’énergie post-Factory – le glamour en plus – se consumera en cinq ans. Vêtue de noir – jupe crayon en satin et
blouse à jabot Vivienne Westwood –, le visage auréolé de
ses boucles d’or, l’ex-starlette du Palace et muse de Pierre
et Gilles est devenue actrice et réalisatrice : le film My Little
Princess, dans lequel elle racontait son enfance de modèle
érotisé par sa mère photographe, l’a révélée au public en
2010. Mais aussi écrivaine : elle a publié, en 2017, un roman,
Innocence, et vit depuis cinq ans à Longpont (Aisne) avec
Simon Liberati, l’auteur de Jayne Mansfield 1967. Toujours
sur ses gardes avec le photographe qui risquerait de durL’ E X P R E S S d i X
cir son visage (« Attention au côté Mamie Nova raconte le
Palace ! », prévient-elle) et jamais avare d’une formule mordante, Eva Ionesco nous dévoile en exclusivité le récit en
images et en mots d’une jeunesse dorée.
Que faisiez-vous en 1978, l’année de l’ouverture
du Palace ?
Je vivais avec mon fiancé et tuteur Charles
[Serruya] dans un appartement du boulevard Magenta.
Nous étions toute une bande : il y avait Vincent [Darré],
Philippe [Krootchey] qui deviendra l’un des DJs du Palace,
Babette [Hulin] et bien d’autres… C’était une période très
heureuse où nous sortions déjà beaucoup, notamment à la
Main bleue [un club à Montreuil] où Philippe était résident.
Vous vous souvenez de votre première virée
rue du Faubourg Montmartre ?
Oui, j’étais avec Christian [Louboutin] et nous nous
étions préparés durant des heures. Heureusement Edwige,
la physio, était une copine, elle nous a laissés rentrer.
Vous aviez quel âge ?
J’avais 13 ans. Au début, Claude Aurensan, qui
était le directeur du Palace, ne voulait pas de nous, il avait
peur que nous fassions n’importe quoi et de voir débarquer la brigade des mineurs. Alors Vincent [Darré] s’est
mis à genoux devant Fabrice Emaer et l’a supplié : « S’il 81
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RENCONTRE
Publicité pour le Palace parue dans le magazine Façade . De gauche à droite : Philippe Krootchey, Philippe Gauthier, Laure Chérasse, Farida
Khelfa, Vincent Darré, Eva Ionesco, Christian Louboutin, Pierre Commoy, Dominique Lury, Gilles Blanchard, Serge Kruger, Zuleika Ponsen.
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Credit
De sortie avec Vincent Darré
alors au Studio Berçot. En compagnie
de l’ami Alain Pacadis, journaliste
à Libération et dandy camé des nuits
parisiennes. En bas, Pauline Boyer
et Eva Ionesco à un bal costumé.
La façade du Palace, rue
du Faubourg-Montmartre, à Paris.
L’ E X P R E S S d i X
Collection privée — Patrick Siccoli/Sipa — Rue des Archives/AGIP — Simon Bocanegra — Philippe Djanoumoff/DR
Credit
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Photographiée par Pierre et Gilles,
en 1978, Eva fait la couverture de Façade
avec Salvador Dali. Créé deux ans plus
tôt par Alain Benoist et Hervé Pinard,
ce magazine faisait rimer avant l’heure
fête et création.
L’ E X P R E S S d i X
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En haut à gauche, avec Christian Louboutin dansant au Privilège,
avec la bande et Charles Serruya, le fiancé artiste. Série de
Photomatons, avec Farida Khelfa ou avec Vincent Darré. En « Pola »,
Eva et son look néo-pin-up : crinière blonde, robe rose, leggings
façon cuir et chaussures trop grandes… piquées à un défilé de mode.
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Credit
RENCONTRE
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RENCONTRE
vous plaît, laissez-nous entrer ; on est fauchés, mais on
adore s’habiller. » Fabrice a répondu devant tout le
monde : « Ceux-là pourront toujours venir et ne paieront
jamais ! » Et il a tenu promesse. Même quand le Privilège
a ouvert plus tard, j’avais ma table et ma bouteille de
champagne gratuite.
Qu’apportait le Palace dans la vie parisienne ?
Une sophistication et une démesure jamais égalées. Même le Studio 54, à New York, était beaucoup moins
beau et surtout moins chic. Il faut imaginer la poésie
totalement théâtrale du lieu décoré des fresques de Gérard
Garouste, les colonnes couvertes de drapés en plâtre, les
serveurs en combinaison rouge et épaulettes dorées, les
grandes fêtes costumées. Les autres générations n’ont pas
connu une telle opulence mais, nous, on a tout de suite
compris qu’on allait énormément s’amuser…
Vous aimiez danser sur quoi ?
En début de soirée, les DJs mettaient de la disco, mais il y
avait aussi du funk : James Brown, Hamilton Bohannon, les
super tubes du moment comme Video Killed the Radio Star
(The Buggles), Le Freak (Chic), mais aussi des morceaux
plus rétro tels que Mambo! d’Yma Sumac. Fabrice Eamer
organisait aussi des petits spectacles et m’avait demandé
un soir de danser le cha-cha-cha, ce que j’avais fait, vêtue
d’une robe à sequins achetée dans un souk égyptien.
Quelles sont vos soirées les plus mémorables ?
La fête « Les Hommes en femme et les femmes
en homme ». On s’était beaucoup amusés à se travestir :
Christian s’était fait un maquillage très sophistiqué, blanc
d’un côté, noir de l’autre. La « fête vénitienne » de Karl
Lagerfeld était folle aussi avec sa gondole portée par les
pompiers de Paris. Pour la soirée « Magie noire », je me
souviendrai toujours de Paquita [Paquin], arrivant avec
une poule sous le bras. Fabrice avait aussi eu l’idée de faire
des Palace itinérants, à Cabourg, au Festival de Cannes, et
même volant, en affrétant un avion couvert de plumes. A
l’arrivée, il n’en restait plus une seule évidemment !
Qui y croisiez-vous ?
Il y avait beaucoup de bandes d’habitués. Celle de
Pauline Laffont qui s’habillait complètement fifties, celle
de Karl Lagerfeld avec Jacques de Bascher, la bande de
Saint Laurent avec Loulou de la Falaise et ses mannequins
fétiches Katoucha et Mounia qui arrivaient des défilés,
habillés de manière fabuleuse.
C’était un endroit très à la mode ?
Oui, chaque saison, Fabrice organisait une fête
pour ouvrir et clôturer la semaine des collections. Il y avait
aussi des défilés. Les élèves du Studio Berçot venaient
danser en voisin avec leur professeur Marie Rucki, les
jeunes créateurs s’appelaient Jean Paul Gaultier, Claude
Montana, Popy Moreni…
L’ E X P R E S S d i X
Si le Palace était une allure ?
Elle serait forcément griffée Thierry Mugler. Parce
qu’avec ses corsets, sa taille extrêmement marquée, l’androgynie de ses épaules inspirées des années 1940 et 1950,
sa silhouette cinématographique exprimait notre fascination pour le glamour des actrices hollywoodiennes. Le
futurisme des matières en plus. Cette sophistication rétro
était notre révolte contre la cool attitude des hippies. Nous
vivions notre vie comme au cinéma.
C'était une époque très narcissique…
Oui, on se regardait tous beaucoup, dans le miroir,
dans le regard des autres. C’est ce que j’ai voulu montrer
dans le film en prenant mon fils Lukas pour jouer mon
amoureux et en habillant Galatéa comme moi à l’époque.
J’ai poussé aussi le narcissisme jusque dans leur ressemblance physique. On ne sait plus s’ils sont amants ou frère
et sœur, ce qui accentue le côté vénéneux de leur couple.
Beaucoup se sont perdus dans la nuit.
Vous aviez conscience de ce danger ?
Oui, déjà l’époque était punk, donc violente,
avec beaucoup de drogues dures. Et puis la nuit appelle
naturellement la transgression des limites, donc, effectivement beaucoup d’entre nous se sont consumés dans la
fête : Maria Schneider, Alain Pacadis, Johnny Thunders,
des New York Dolls… C’est tragique mais c’est aussi
ce qui rend cette époque terriblement romanesque.
Cette violence, je n’ai pas voulu la montrer à travers des
lignes de cocaïne qui explosent les têtes, même s’il y en a
pourtant dans le film, mais plutôt dans la manière dont
le groupe va tuer la relation de couple. L’amour résiste
rarement à la nuit.
Une Jeunesse dorée est le premier film sur le
Palace en quarante ans. Comment l’expliquer ?
La difficulté vient, je pense, d’une certaine noirceur inhérente au lieu : on a tendance à l’oublier, mais il
a connu des meurtres [dont celui de l’imprésario Oscar
Dufrenne en 1933], des faillites… Moi-même, quand j’ai
commencé mon film, des gens m’ont mis des bâtons dans
les roues pour m’empêcher de tourner là-bas, j’ai donc dû
me rabattre sur les Folies Bergère. C’est comme si cette
histoire restait confisquée par ceux qui l’ont vécue.
Et pourtant, c’est grâce au Palace que vous avez
rencontré votre mari !
Oui c’est vrai. J’ai rencontré Simon Liberati parce
que je voulais qu’il m’aide à écrire le scénario du film. J’avais
beaucoup aimé son premier livre, Anthologie des apparitions,
qui racontait le destin de filles qui michetonnent et se
perdent dans la nuit des années 1980. Nous nous sommes
mariés il y a cinq ans et avons conclu un deal : lui écrirait
Eva en utilisant ma vie comme matière romanesque. En
contrepartie, il m’aiderait à l’écriture de mon film. Alors
oui, il existe aussi une bonne étoile du Palace…
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PHÉNOMÈNE
Les bars chics,
la nouvelle culture club
En une dizaine d’années, Paris s’est imposée en capitale du
cocktail à l’égal de Londres ou de New York. Bistronomie
et mixologie ont redessiné le territoire des nuits parisiennes,
essaimant des bulles où goûter un nouvel art de vivre.
Place des Vosges,
cocktails explosifs
et déco envoûtante
au Serpent à plume.
« Dans les grands centres urbains sophistiqués, la bouche a
pris la première place. Le goût est devenu le véritable lieu
d’investissement de la culture, devant les livres, les disques
et même les séries télé. » Tel est le constat radical du philosophe Laurent de Sutter, figure dandy de la nouvelle scène
intellectuelle qui dénonce dans ses livres « l’âge de l’anes86
thésie », publie les penseurs les plus pointus d’aujourd’hui
et, en fin connaisseur, donne ses rendez-vous dans les
meilleurs cocktail bars de Paris, Rome ou Tokyo. De fait,
force est de constater que l’on s’empresse davantage d’aller
tester cette nouvelle adresse vantée par un ami esthète où
l’on peut déguster les trouvailles d’un chef ou d’un bartender que d’acheter, à la librairie du coin, le dernier livre qu’il
vous a recommandé. Et ce règne du goût, propre au xxie,
a pris des allures de révolution culturelle, reconfigurant
la cartographie des nuits parisiennes. « Même si les gros
clubs restent toujours dans la place, les bars à cocktails
sont devenus une des sorties les plus prisées d’une frange
de noctambules, curieux et passionnés », confirme Sacha
Naigard, DJ, organisateur de soirées et producteur de Paris
en boîte, une émission diffusée sur BFMTV et YouTube
où il suit ses amis comédiens ou musiciens dans leurs
déambulations nocturnes. C’est que l’art du cocktail,
cette « gastronomie liquide », a ressuscité une culture de
la boisson qui avait complètement disparu dans la seconde
moitié du xxe siècle et a inspiré les spots les raffinés de
Paris, sortes de bulles confidentielles où l’on se presse, à la
nuit tombée, pour siroter des créations maison, partager
des tapas, discuter, danser, et parfois même chanter.
Le niveau de raffinement de la boisson augmenterait-il
la qualité des échanges et des relations ? « Je serais tenté
de dire “oui”, avance Laurent de Sutter. Car le cocktail
introduit un rapport au temps. Malgré sa douceur, c’est
une boisson forte, que l’on boit doucement. Le message
est clair : nous sommes là pour un moment. En termes
de conversation, cela crée des effets de profondeur, de
confession, de liberté, et se révèle redoutablement efficace
SDP
texte : aude goullioud
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pour détecter le désir. » Mais le cocktail, c’est aussi une
esthétique, une architecture, et un voyage dans le passé,
rappelle le philosophe. « Tu bois quelque chose qui a été
construit, comme l’assiette d’un grand chef. Il y a également une “érotique du contact” avec un objet sophistiqué,
et une “érotique du savoir” : tu sais que ces drinks ont une
généalogie. Chacun a son ancêtre dont il dérive, un bar
et un contexte où il est né, une époque… Ainsi, c’est tout
un monde que tu goûtes à travers eux. » Cette « érotique
du savoir », ce goût du passé fonctionnent comme un
enracinement et une façon de régénérer les nuits contemporaines. On se réapproprie un héritage pour esquisser
un nouvel art de vivre. Il y a un jeu de références qui se
poursuit jusque dans la déco pensée pour soutenir cette
rêverie hors du temps. Atmosphère lynchienne pour le
Très Particulier, avenue Junot ; ambiance bibliothèquestudio d’enregistrement au Book Bar de l’hôtel Grand
Amour ; esprit speakeasy dans les caves voûtées du Serpent
à plume où voisinent sofa seventies et sculptures d’art
précolombien… Les lumières sont tamisées, les moquettes
épaisses, les fauteuils profonds, les musiques subtiles…
Ces endroits sont pensés pour réunir des gens « pluggés »
sur le même univers. On y atteint un niveau très élevé
de sophistication des codes, beaucoup plus subtils que
ceux d’un restau étoilé, non plus liés à l’argent, mais à une
communauté de goûts, où l’on partage les mêmes valeurs
alimentaires, le même souci de qualité des produits, une
même soif de saveurs nouvelles. Et la famille s’étend, dans
cet état d’esprit, et des deux côtés du bar. Il n’y a plus de
séparation entre ceux qui servent et ceux qui consomment.
Le chef ou le barman pourraient être un ami ou le devenir,
comme la personne assise à côté de soi. « A travers le
contrat de goûts, observe Laurent de Sutter, se noue aussi
un contrat de comportement. Comme si le rapport de
respect et de gourmandise que l’on a à ce que l’on mange
ou boit impliquait un rapport de respect particulier pour
ses voisins de table, une complicité discrète. » En deux
mots, ces endroits ressemblent à des clubs, sauf que l’on
n’a pas besoin d’une carte de membre : il faut être initié à
leur monde et savoir en décoder les signes pour en saisir
le charme. Ce qui rend ces lieux possiblement anxiogènes
quand on en est extérieur, et délicieux quand on en fait
partie. La naissance d’une nouvelle bonne société ?
A lire de Laurent de Sutter : Pornographie du contemporain. Made in Heaven
de Jeff Koons. La Lettre volée (2018).
L’Age de l’anesthésie. La mise sous contrôle des affects.
Les liens qui libèrent (2017).
A voir : Paris en boîte , www.sachaneugartenprod.com
A découvrir : Bar le Très Particulier, 23, avenue Junot, Paris (XVIII e).
www.hotel-particulier-montmartre.com
Le Serpent à plume, 24, place des Vosges, Paris (III e). serpentaplume.com
Le Book Bar de l’hôtel Grand Amour, 18, rue de la Fidélité, Paris (X e).
grandamour.hotelamourparis.fr
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BEAUTÉ
Mise en bouche
Porter du rouge à lèvres rouge signe, ces temps-ci,
une revendication féministe. Le manifeste d’une sensualité
affirmée, à assumer avec délectation.
réalisation : monique le dolédec
photos : marvin leuvrey pour l’express diX
L’année dernière, quand la chanteuse Rihanna lance Fenty
Beauty, sa marque de maquillage sur le marché mondial,
elle mise sur 40 tonalités de fond de teint afin qu’il s’adapte
à la carnation de toutes les femmes de la planète. Mais
surprise : elle n’a voulu proposer qu’une seule couleur
de fard à lèvres, un unique et universel rouge carmin
nommé Uncensored, « non censuré ». Le message : que
chacune ose le porter – quels que soient sa couleur de
peau, son âge ou son métier – pour le plaisir, sans se sentir
jugée ou stigmatisée. Plus proche de nous, la Parisienne
Jeanne Damas, 26 ans et 1 million d’abonnés au compteur
de son Instagram, lance ce mois-ci sa ligne de make-up,
bien nommée Rouje, qui ne comporte que… des rouges à
lèvres. « C’est ma signature, et c’est devenu le nom de ma
marque », raconte la it-girl au style qualifié par ses soins
de « croisement entre sophistication sobre et sensualité
assumée ». Le rouge ne s’est jamais aussi bien porté.
Pas besoin de remonter au Rouge Baiser créé par le
chimiste Paul Baudecroux en 1927, ni aux portraits de
Marilyn Monroe tout sourire, tête en arrière et gorge
déployée dans les années 1950, pour avoir la preuve que
cet accessoire pigmenté est un indémodable marqueur de
féminité. Et à tous les âges. En France, 62 % des femmes
entre 15 et 65 ans utilisent du « r.a.l. » et 60 % d’entre elles le
font pour se sentir plus féminines (source : NPD, L’Oréal).
« Plaire à l’autre ou à soi-même, ce n’est pas si différent
que cela dans l’histoire du maquillage, constate Elisabeth
Azoulay, anthropologue, auteure de 100 000 ans de beauté
(Gallimard), et la bouche a été choisie comme élément
stratégique. La dessiner, l’amplifier, la rendre plus visible
a aussi aujourd’hui à voir avec le métissage. Les canons
de beauté se mondialisent, on assiste à un double mouvement : celui des critères de beauté communs, et celui
du respect des spécificités. Ces lèvres charnues que l’on
voit sur les réseaux sociaux tendent vers une imitation
d’autres formes de beauté venues d’Asie ou d’Afrique. »
L’Internationale de la bouche en quelque sorte.
On fera remarquer que les maris n’apprécient pas tous
de voir leur femme porter du make-up, la préférant « au
naturel », moins séductrice… « Porter du rouge vif reste un
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geste sophistiqué d’affirmation de soi en société, et c’est
un rôle que l’homme ne veut pas toujours voir sa femme
jouer, explique Elisabeth Azoulay. La morale, notamment
religieuse, a, depuis la nuit des temps, condamné ces
artifices, les assimilant à des traits psychologiques peu
vertueux : celle qui trompe, qui n’est pas capable de canaliser ses pulsions… », ajoute l’anthropologue. Ce qui n’a pas
empêché les femmes de se maquiller, comme un acte de
résistance mais aussi de célébration de la vie.
« Le rouge, c’est la santé, la joie, la sensualité, enchaîne
Marie Duhart, make-up artist chez Lancôme. Il aide à se
sentir plus confiante, plus libre et sexy, sans que ce soit un
problème. » Certains rouges sont ultrapigmentés, presque
criards, ils hypnotisent. C’est très flatteur et festif. Et un très
bon moyen de booster son look ou son humeur, les jours de
petite forme. « C’est le meilleur anxiolytique de la planète »,
poursuit-elle. « Il me donne bonne mine quand je me sens
terne, m’apporte force et protection », renchérit Jeanne
Damas. C’est rassurant d’avoir toujours avec soi ce petit
objet en lequel on peut avoir totalement confiance. Jeanne
a d’ailleurs choisi de lui donner un aspect doré godronné
vintage, « comme celui de nos grands-mères ».
Et que celles qui hésitent encore se rassurent, les nouvelles
formules sont vraiment faciles à utiliser, légères, confortables, longue tenue. « J’ai réussi à associer luminosité et
saturation des tonalités dans un film impalpable d’une
grande finesse », confie Peter Philips, directeur de la création et de l’image du maquillage Dior. Et Linda Cantello
chez Giorgio Armani Beauty d’ajouter : « Fini l’effet clown
d’il y a vingt ans, où l’on enchaînait consciencieusement le
dessin des lèvres au crayon puis le pinceau. » Du coup, les
maisons challengent les laboratoires pour croiser les technologies, bouger les habitudes, répondre à tous les désirs,
les plus antagonistes, et apporter de la légèreté au toucher
et au geste. Le conseil de Marie Duhart si l’on ne veut pas
se tromper ? Bien hydrater sa peau pour qu’elle soit fraîche,
appliquer fond de teint et anticernes, un peu de mascara
noir et un joli rouge à lèvres. Beau et chic. Et l’impétueuse
Rihanna de conclure : « La vie est pleine de risques, porter
un rouge à lèvres ne devrait pas en être un. »
L’ E X P R E S S d i X
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Ci-dessus et de g. à dr. Etui en cuir : Le Rouge, n°306 Carmin Escarpin, en édition limitée, GIVENCHY, 38,50 €. Effet soyeux : Classic Cream Lipstick édition limitée, Baroque Red 628,
DOLCE & GABBANA, 42 €. Mat et ultranaturel : rouge à lèvres mat semi-transparent Generation G, Zip, GLOSSIER, 17 €. Rétro : rouge à lèvres, Jeanne, LE ROUJE DE PARIS, 25 €.
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Ci-dessus et de g. à dr. Super léger : Rouge Dior Ultra Rouge, 999 Ultra Dior, DIOR, 37 €. Culte : KissKiss Colours, 325 Rouge Kiss,
en édition limitée, GUERLAIN, 37,50 €. Profond : L’Absolu Rouge Drama Matte, 507 Dram’atic, en édition limitée, LANCÔME, 34 €.
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Credit
Ci-dessus et de g. à dr. Miniformat : rouge à lèvres Boys & Girls, 0A Alain, TOM FORD, 35 €. Velouté : Rouge Allure, Velvet Extrême,
114 Epitome, CHANEL, 36 €. Equilibré : Modern Matte Powder, Nightlife, SHISEIDO, 32 €. Super hydratant : le Phyto Rouge, 41 Rouge Miami, SISLEY, 40 €.
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Noisettes, mais aussi noix,
châtaignes… La cuisine toscane
puise une partie de sa richesse
dans les cueillettes sauvages.
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S AV E U R S
Un Noël toscan
Alain Cirelli multiplie les projets gastronomiques
et hôteliers à Pietrasanta, un village non loin de Pise,
dont il est tombé amoureux. Il nous accueille
pour un délicieux réveillon entre mer et montagne.
Quand la cucina povera se fait festive…
texte : françois-régis gaudry | photos : yannick labrousse pour l’express diX
Le verdict est tombé le 31 octobre dernier : « Au nez, un
bon fruité d’olives mûres, délicat. En bouche, des sensations douces et enveloppantes, des notes piquantes et un
léger amer respectueux de l’équilibre général. Les saveurs
agréables de pépins de pomme et d’amande sont particulièrement persistantes. » Chose rare : sur ce courrier
élogieux d’un organisme officiel de certification, rien à signaler dans la colonne des défauts organoleptiques. Alain
Cirelli savoure. Sa toute première cuvée d’huile d’olive extra-vierge est un coup de maître. « C’est toute la Toscane
dans une bouteille », s’enthousiasme l’intéressé. Et pour
cause ! Cet ardent élixir aux reflets or et vert est issu d’une
oliveraie de 1 200 arbres, dont certains sont multicentenaires, agrippée sur les collines pentues de Capezzano
Monte. Tout visiteur étouffe un soupir d’émerveillement
en posant un pied sur ces vertigineuses terrasses cultivées
en bio, situées à 300 mètres d’altitude, d’où l’on embrasse
un panorama exceptionnel. La Grande Bleue n’est qu’à
quelques kilomètres à vol de mouette. Par beau temps,
on aperçoit même, flottant sur l’horizon, la Corse et l’île
d’Elbe. Quelques mètres au-dessus, un sidérant contraste :
une route étroite serpente dans les hauteurs, et ce sont
déjà les châtaigniers, les forêts de feuillus, les maisons aux
épais murs de pierre. « Je n’ai jamais trouvé ailleurs qu’ici
une telle proximité entre la mer, la campagne et la montagne », s’exclame Alain Cirelli, qui a baptisé son verger
ainsi que ses bouteilles d’huile d’olive « Paradis ». Ce nom
sonne comme une nouvelle ironie du sort pour un cuisinier qui a démarré sa carrière de chef à côté du passage
d’Enfer (Paris, XIVe) aux fourneaux du bistrot Natacha
(devenu le Bistro T), et qui connaît aujourd’hui le succès
rue de Paradis (Paris, Xe), dans un espace événementiel lié
à l’art et à la gastronomie nommé… le Purgatoire !
Entre France et Italie, le cœur d’Alain Cirelli a toujours
balancé. Enfance à Modane, en Savoie, où ses grands-parents, originaires de Lombardie, ont immigré en 1931. Pas
de vacances outre-Alpes, pas un mot d’italien à la maison
mais le souvenir intact des gnocchis, raviolis et autres pasta
al mattarello (rouleaux à pâte) patiemment préparés par sa
grand-mère Bice sur sa planche à pâtes et accompagnés
d’une sauce tomate maison. Apprentissage en cuisine chez
Bernard Pacaud, le chef de l’Ambroisie à Paris, puis cette
envie de fréquenter la Botte : il passe quatre ans dans les
cuisines de l’Enoteca Pinchiorri, la fameuse table trois
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S AV E U R S
« LA TOSCANE POSSÈDE L’UN DES RÉPERTOIRES LES PLUS
PASSIONNANTS DE LA BOTTE. C’EST UNE CUCINA POVERA
TRÈS RICHE PAR LA DIVERSITÉ DE SES INFLUENCES… »
étoiles de Florence. « J’y ai appris la langue et la gastronomie transalpines et ce fut surtout l’occasion d’explorer la
Toscane, à toutes les saisons. En 1993, j’ai eu un véritable
coup de foudre pour Pietrasanta. En 2005, j’achetais une
propriété sur les hauteurs. » On aimerait croire que ce charmant village de la province de Lucques, au nord de la Toscane, doit son nom à la beauté lumineuse de ses pierres : le
calcaire doré de ses façades médiévales rivalise avec le
marbre blanc de sa cathédrale romane fièrement érigée sur
la place du Dôme. Le même marbre dont Michel-Ange, à la
Renaissance, venait choisir de gros blocs dans la carrière de
Carrare, située à une vingtaine de kilomètres. Depuis, cette
ville d’art, connue pour ses ateliers de marbre mais aussi
pour ses fonderies de bronze et ses laboratoires de mosaïques, n’a cessé d’être cette « Petite Athènes » fréquentée
par les sculpteurs du monde entier : Henry Moore, Miró,
César, Agustin Cárdenas, Salvador Dalí, Niki de Saint
Phalle ou Arman. Le plus célèbre habitant de Pietrasanta
n’est-il pas l’artiste colombien Botero ? Son éléphantesque
Guerriero domine la piazza Giacomo Matteotti et ses créatures girondes peuplent la petite chapelle de Sant’Antonio
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Abate, via Mazzini. « C’est un lieu à part, harmonieux et
sans voiture, où l’énergie des artistes se mêle à l’insouciance
de la dolce vita. A la fin de l’été 2016, alors que je sirotais un
spritz sur la place avant de repartir, j’ai eu un déclic. Je me
suis dit qu’il fallait que je développe un projet ici. » Quelques
mois plus tard, Alain Cirelli jette son dévolu sur un palazzo
en plein cœur du village, dont les premières fondations
remontent à 1530. Il réunit d’importants capitaux pour se
lancer dans sa rénovation de fond en comble. Dans
quelques mois, cette imposante bâtisse à la façade rose
épousera sa nouvelle destinée : un hôtel de luxe de
12 chambres, aménagé dans un style rustique chic par le cabinet d’architecture parisien AMO Partners, et donnant
sur un jardin méditerranéen imaginé par le paysagiste Jean
Mus. Le nom de ce nouvel écosystème hôtelier ? On vous le
donne en mille : Paradis. Le propriétaire a même racheté
une azienda [exploitation] de 6 hectares, à quelques
kilomètres du village, qu’il convertit en bio avec l’aide de
Filippo Francesconi, un spécialiste des cultures naturelles.
L’objectif : accueillir les amoureux de la Toscane dans une
charmante maison de campagne, intégrer un centre de
formation agricole et alimenter en fruits, légumes, fleurs,
œufs, volailles, lapins, cochons estampillés « kilomètre
zéro »… Un restaurant tourné vers la cucina toscana.
« La Toscane possède l’un des répertoires les plus passionnants de la Botte, confie l’ancien chef. C’est une cucina povera qui accorde une place importante aux céréales, aux
légumineuses, aux produits de la cueillette et en même
temps, elle est très riche par la diversité de ses influences
marines et montagnardes. » Rien d’étonnant que, dans un
de ces repas de fête dont Alain Cirelli régale ses amis de
France et d’Italie, les gamberi rossi (crevettes rouges pêchées à Bagno Alba, à Forte Dei Marmi) s’habillent de lard
de Colonnata, la farine de châtaigne côtoie celle de blé
dans les maltagliati (des carrés de pâtes coupés grossièrement, littéralement « mal taillés »), le cinghiale in umido (le
civet de sanglier) se teinte de chianti… Quant au dessert,
l’omniprésent castagnaccio est un cas d’école. C’est à lui
seul un résumé de la géographie locale. Au fond du moule,
tous les arbres de la région se sont donné rendez-vous. Le
châtaignier des forêts d’altitude offre la farine douce de
son fruit. L’olivier des plaines fournit son huile verte et
tonique. Le pin de Méditerranée ajoute ses pignons et le
romarin du maquis glisse ses notes résineuses. Dans l’assiette, ces paysages champêtres ont la saveur d’un gâteau
compact, rustique et drôlement réconfortant. Il a peutêtre ce goût-là, le paradis.
L’ E X P R E S S d i X
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Alain Cirelli (page de gauche) est tombé
amoureux du village de Pietrasanta,
une « Petite Athènes » où travaillent
de nombreux sculpteurs. Il y a acquis
une oliveraie de 1 200 pieds ainsi
qu’un palazzo, qu’il transforme
en hôtel de grand charme.
L’ E X P R E S S d i X
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S AV E U R S
Alain Cirelli habite sur les hauteurs
de Pietrasanta, à Capezzano Monte,
devant un panorama qui embrasse
la campagne et la mer. Ses maltagliati
(pâtes « mal taillées ») en sont
la métaphore : des pâtes « forestières »
à la farine de châtaigne et
une sauce aux poissons de roche.
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S AV E U R S
MALTAGLIATI DI CASTAGNA E SUGO DI PESCE
ALLA TRABACCOLARA
Carrés de pâtes à la châtaigne, jus de poisson
Pour 4 personnes
Ingrédients pour la pâte
• 150 g de farine de châtaigne bio • 150 g de farine 00
• 3 œufs • 1 pincée de sel
Ingrédients pour le sugo di pesce
• 600 g de filets de poissons de roche • 2 branches de
persil plat • 1 oignon frais • 15 cl de vin blanc sec
• 4 tomates mûres en conserve • 1/2 gousse d’ail
• huile d’olive extra-vierge • sel, poivre
• 1 pincée de peperoncino (piment) en poudre
Recette
Dans un récipient, mélanger les deux farines.
Dans un autre, battre les 3 œufs et incorporer le tout
à la farine avec la pincée de sel, petit à petit, afin
de contrôler la consistance. Bien mélanger la pâte
à la main pour obtenir une forme homogène qui
ne colle pas. Réserver dans un film au réfrigérateur.
Dans un sautoir, faire revenir à l’huile d’olive,
l’oignon ciselé finement avec l’ail haché, à feu
doux sans coloration. Assaisonner de sel
et d’une pincée de peperoncino.
Concasser grossièrement les tomates, les ajouter
pour faire évaporer l’eau de végétation.
Ajouter le vin blanc jusqu’à ébullition, puis les filets
de poissons et laisser cuire une dizaine de minutes.
Ajouter le persil haché. Réserver.
Au laminoir, étaler la pâte à châtaigne et, à l’aide
d’une roulette, découper des morceaux de pâte
de façon irrégulière (maltagliati).
Cuire ces morceaux de pâte à l’eau bouillante
quelques minutes, saler, égoutter puis ajouter
l’ensemble à la garniture. Mélanger le tout et servir.
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CINGHIALE IN UMINO
Civet de sanglier
Pour 4 personnes
Préparation 24 heures à l’avance
• 1 kg de sanglier dans l’épaule et les côtes • 1,5 l de vin
rouge • 1 carotte, 1 oignon piqué d’un clou de girofle,
1/2 tête d’ail, 1 beau bouquet garni, poivre en
grains concassés • 1 pincée de cannelle, quelques baies
de genièvre • sel, poivre du moulin • 60 g de farine
torréfiée (farine passée au four pour coloration)
Recette
La veille, faire mariner les morceaux de sanglier
au vin rouge avec la garniture aromatique.
Egoutter et, dans une poêle, faire colorer les morceaux
de viande assaisonnés de sel et poivre du moulin,
faire également revenir les légumes de la marinade.
Mettre le tout dans un faitout, saupoudrer avec
la farine et ajouter les épices. Mettre l’ensemble
au four pour libérer tous les arômes.
Faire bouillir le vin rouge, le flamber et ajouter
au faitout.
Cuire à couvert au four à 170 °C pendant 2 heures.
Contrôler la cuisson du sanglier.
A l’aide d’une pince, retirer les morceaux de
viande et les disposer dans un plat de service.
Contrôler l’assaisonnement de la sauce et
la texture, rectifier la fluidité en rajoutant un peu
de bouillon ou au contraire en la faisant réduire
afin d’obtenir une sauce civet recouvrante. Passer
le tout au chinois étamine. Servir avec une polenta
dure que l’on coupera avec un fil.
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S AV E U R S
GAMBERI ROSSI AL LARDO DI COLONNATA,
KAKI IN AGRO DOLCE
Crevettes au lard de Colonnata,
kaki en aigre-doux
Pour 4 personnes
Préparation 48 heures à l’avance
• 12 crevettes roses • 12 fines tranches
de lard de Colonnata • 1 petit chou vert frisé
• 2 kakis pommes (kakis carrés) • 250 ml de
vinaigre de pomme bio • 70 g d’huile d’olive
extra-vierge • 100 g de sucre semoule • 2 pincées
de sel • 1 gousse d’ail • 1 feuille de laurier
CASTAGNACCIO
Gâteau à la châtaigne
Pour 4 à 6 personnes
• 350 g de farine de châtaigne
• 500 ml d’eau froide • 80 g de pignons de pins
• 80 g de raisins secs • huile d’olive extra-vierge
• 25 g de sucre • romarin • sel fin
Recette
Tamiser la farine de châtaigne, ajouter l’eau,
une pincée de sel fin, le sucre et environ 5 cuillères
à soupe d’huile extra-vierge.
Travailler la pâte afin d’obtenir une consistante
bien homogène.
Verser la préparation dans un plat badigeonné d’huile
d’olive afin d’obtenir une épaisseur d’environ 1 cm.
Ajouter sur le dessus les raisins secs trempés
dans l’eau tiède au préalable pour les ramollir,
les pignons de pins et quelques aiguilles de romarin
et badigeonner d’un filet d’huile d’olive sur le dessus.
Cuisson à 170 °C pendant environ 40 min.
Servir avec une ricotta bien fraîche.
AU FOND DU MOULE,
TOUS LES ARBRES DE LA
RÉGION SE SONT DONNÉ
RENDEZ-VOUS…
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Recette
Laver les kakis et les couper en tranche.
Dans une casserole verser le vinaigre de pomme,
l’huile d’olive, le sucre, le sel, la gousse d’ail en chemise
écrasée et la feuille de laurier. Porter l’ensemble
à ébullition, ajouter les tranches de kaki. Prolonger
l’ébullition pendant 2 min. Laisser l’ensemble refroidir
et mariner pendant 48 heures au minimum.
Décortiquer les crevettes en prenant soin de laisser
la tête et la queue attachées. Enrouler chaque crevette
dans une fine tranche de lard. Réserver au frais.
Effeuiller le chou en retirant la côte centrale,
ébouillanter les feuilles dans l’eau salée pendant
1 à 2 min. Le chou doit être cuit tout en se tenant bien.
Egoutter le chou, réserver.
Dans une poêle, saisir rapidement le chou
à l’huile d’olive bien chaude afin de le colorer
légèrement et rectifier l’assaisonnement.
Dans une autre poêle, poêler rapidement
les crevettes, toujours à l’huile d’olive.
Dresser le chou dans les assiettes, disposer
les crevettes et les tranches de kaki autour. Ajouter
quelques perles de vinaigre balsamique
et un filet d’huile d’olive. Servir.
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En haut : parmi les multiples sculptures
qui peuplent le village de Pietrasanta,
les créatures girondes du célèbre artiste
colombien Botero. A gauche : les gamberi
rossi au lard de Colonnata, quand la
Toscane marie la terre et la mer. A droite :
la polenta al filo (« coupée au fil »),
l’accompagnement de prédilection de la
daube de sanglier (voir recette p. 97).
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S AV E U R S
Des gâteaux qui montent,
qui montent !
Croquembouches et wedding cakes rivalisent
d’esthétisme et séduisent une nouvelle clientèle
nourrie à Instagram. Une aubaine pour
les pâtissiers qui veulent sortir du moule
et aussi tirer vers le haut la qualité et le goût.
texte : marie-laure fréchet
photo : anaïs boileau pour l’express diX
Elle a fait le buzz au Salon du chocolat de Paris, en octobre dernier. Une somptueuse religieuse à l’ancienne
signée Jeffrey Cagnes, le pâtissier de Stohrer : quatre
mètres de hauteur, 4 000 éclairs, 160 heures de travail et quelques nuits blanches. Cette pièce montée, au
sens propre du terme, est devenue l’emblème de la plus
ancienne pâtisserie de Paris. Au lancement du Guide du
Fooding, qui réunit le gratin du monde culinaire parisien,
ce sont trois croquembouches qui se dressaient fièrement sur la table du buffet. Pour l’occasion, le pâtissier
Sébastien Gaudard s’est inspiré des modèles que confectionnait son père, Daniel Gaudard, il y a plus de trente ans
à Pont-à-Mousson. Plutôt amusant quand on sait l’appétence du Fooding pour les « nouvelles » tendances. Car
ces prouesses pâtissières ne datent pas vraiment d’hier.
Depuis les prémices de la pâtisserie au Moyen Age, on a
toujours voulu épater la galerie. D’abord avec de grandes
structures plus spectaculaires que mangeables, puis aux
xvie et xviie siècles avec des pièces montées de plus en
plus raffinées, ornées d’oiseaux et de fleurs en sucre tiré,
qui garnissaient les banquets des aristocrates. Signes de
richesse, elles se devaient d’être toujours plus hautes, au
point qu’il fallait parfois agrandir les portes pour les installer à table ! C’est Antonin Carême qui a fait de ce qu’il
nommait ses « extraordinaires » des chefs-d’œuvre. En
utilisant des techniques empruntées aux beaux-arts et à
l’architecture, il dessinait et modelait lui-même des pièces
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en pastillage moulées sur des ornements ou des statues.
On lui attribue aussi l’invention du croquembouche – un
dôme ou une pyramide de fruits ou de marrons glacés au
sucre, puis, plus tard, de choux garnis –, qui est devenu la
pièce montée par excellence et le gâteau de circonstance
pour toutes les grandes fêtes de famille.
Tandis que dans les banquets de mariage et de communion, des générations se cassaient les dents sur le caramel
et la nougatine, outre-Manche, on se pâmait déjà pour le
wedding cake (ou tiered cakes, littéralement « gâteaux à
étages »), assemblage de génoises moelleuses ou de cakes
aux fruits enrobés de crème au beurre et d’un glaçage en
sucre. C’est le gâteau de mariage de la reine Victoria qui
a lancé la mode du glaçage royal et son esthétique lissée
et immaculée. Celui d’Elisabeth II mesurait trois mètres
et pesait 230 kilos. Et c’est un spécialiste des pièces de
prestige, le Belge S. G. Sender, dit « le pâtissier des rois »,
qui réalisa celui du prince Charles et de Diana. Quant au
gâteau de Harry et Meghan, confectionné par la pâtissière
américaine Claire Ptak (Violet Bakery), bien que plus modeste, il a affolé les bookmakers.
On mesure l’ampleur du phénomène sur Instagram (plus
de 5 millions de posts pour le hashtag #weddingcake). Et
la créativité sans limite du genre, ce qui titille les pâtissiers
français. « On est dans la démonstration, dans un gâteau
qui mise tout sur le visuel. Ce n’est pas mon métier. On n’a
pas besoin d’être pâtissier pour modeler de la pâte à
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Sébastien Gaudard s'inspire des pâtisseries de son père, Daniel Gaudard, pour confectionner ses croquembouches, pièces montées par excellence
et gâteaux de circonstance pour les grandes fêtes de famille. Il a réalisé ce croquembouche classique pour la sortie du Guide du Fooding.
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S AV E U R S
« LA TOUCHE FRANÇAISE, C’EST LE BEAU ET SURTOUT
LE TRÈS BON. LE BEAU CLASSIQUE EST TOUJOURS TENDANCE »
sucre », s’insurge Jeffrey Cagnes. Lui mise résolument
sur la tradition et défend un savoir-faire artisanal. « C’est
le pochage à la douille qui donne un côté magique à la religieuse à l’ancienne. » Chez Sébastien Gaudard, on défend le croquembouche. « C’est une vraie tradition française. Et puis c’est bien meilleur que le wedding cake, qui
est fait pour tenir sur un buffet toute une soirée, plus que
pour donner du plaisir », épingle-t-il. Lui aussi fait dans le
classique. « Je ne réinvente rien. Je vais puiser dans mes
souvenirs d’enfance pour faire renaître ces croquembouches que je livrais avec mon père. Je ne suis pas dans le
décoratif, ce n’est pas mon sujet. J’ai arrêté les hélicoptères et les chevaux, plaisante-t-il. Je suis surtout très attaché au bon. Un croquembouche, ça doit croquer. Après
un mariage, on gagne 70 nouveaux clients. »
Ce que confirme Jean-Philippe Walser, formateur en pâtisserie et lauréat en 2002 du 1er prix international de croquembouche. « Le croquembouche a longtemps été massacré. Il était la hantise des convives qui se demandaient
ce qui les attendait à la fin du repas. La touche française,
c’est le beau et surtout le très bon. Le beau classique est
toujours tendance. Mais on peut aussi le faire évoluer avec
une nougatine croustillante à base de graines de pavot, de
sésame ou de grué de cacao, une bonne pâte à choux, une
crème très peu sucrée. C’est ça aussi, se réapproprier le
savoir-faire du métier. »
Allier la tradition et l’innovation, c’est ce qu’il propose
avec deux autres pâtissiers lorrains comme lui, Mickaël
Ferry et le tout récent meilleur ouvrier de France
Jonathan Mougel. Ensemble, ils ont créé un nouveau
concept déposé : le wedding croq. « Devant le développement du wedding cake, on ne voulait pas perdre le
savoir-faire de la pièce montée à la française, explique
Jonathan Mougel. Ce n’est pas notre culture d’empiler
des gâteaux. On a donc imaginé une nouvelle pâtisserie
mêlant les entremets aux macarons et aux croquembouches. » Un ouvrage rassemble une vingtaine de leurs
audacieuses et inspirantes créations.
Jennifer Hart-Smith a, elle, opté pour la sobriété. Cette
jeune graphiste s’est reconvertie dans la pâtisserie événementielle sous la marque Tookies et propose notamment
des naked cakes : des gâteaux dépouillés d’artifices, sans
glaçage, sans pâte à sucre, sans colorants. Portée par une
clientèle qui ne veut plus du « tellement beau qu’on n’a
pas envie de le manger », même si elle reconnaît s’être
tournée vers la pâtisserie plutôt que la cuisine pour son
côté esthétique. « J’y retrouve, comme dans le graphisme,
102
une approche géométrique, un sens de l’harmonie et des
couleurs. » C’est aussi grâce à Instagram qu’elle a démarré
son activité. Franco-australienne, elle aime les « gâteaux
réconfortants » ou ce que les Anglo-Saxons appellent le
« baking ». « Tout est bio et chaque produit a été sélectionné pour ses qualités gustatives. Comme la farine de teff
(sans gluten) au léger goût de noisette dans mon carrot
cake. » Mais c’est surtout une formation en naturopathie
qui l’a amenée à une pâtisserie plus « consciente ». Le décor est réalisé avec des fleurs et des feuilles comestibles.
« Je trouve dans la nature des choses qui rendent beau.
Moi aussi, j’ai des enfants et je dois faire le gâteau de la
Reine des neiges, mais ce n’est pas là où je veux être. Mes
clients sont sensibles à l’écologie, à la nature, ou ont fait
un virage alimentaire et se tournent vers un autre esthétisme. Quelque chose de simple, qui échappe à la standardisation, mais toujours bien travaillé. »
A travers ces grands gâteaux à partager, la clientèle recherche aussi une forme de convivialité retrouvée. C’est
ce qu’a bien saisi le jeune chef parisien Julien Duboué.
Originaire du Sud-Ouest, il a gardé en mémoire les
grandes tablées et les fêtes familiales. Quand il a ouvert en
début d’année B.O.U.L.O.M., acronyme de « Boulangerie
où l’on mange » et où la partie restaurant s’organise autour d’un buffet, il a évidemment pensé à un dessert à partager. « J’avais en tête l’omelette norvégienne pour son
côté spectaculaire », précise Julien Duboué. C’est finalement le croquembouche qui a été retenu, plus facile à gérer dans la durée sur un buffet. C’est devenu la pièce maîtresse le week-end pour le brunch. « La première fois
qu’on l’a apporté en salle pour l’inauguration, on a déclenché un tonnerre d’applaudissements, raconte Matthieu
Dalmais, le pâtissier du restaurant. Une pièce montée, ça
fait toujours un effet “waouh”, comme un pâté en croûte. »
Y compris sur les équipes en cuisine. « Quand on le dresse
ensemble, c’est vraiment un moment fédérateur, se réjouit-il. C’est un savoir-faire qu’on a envie de transmettre. » Et bien plus qu’une tendance qui monte.
Stohrer, 51, rue Montorgueil, Paris (II e) et 35, rue Cler, Paris (VII e). stohrer.fr
Pâtisserie Sébastien Gaudard, 22, rue des Martyrs, Paris (IX e)
et 1, rue des Pyramides, Paris (I er). www.sebastiengaudard.com
Tookies, tookies.fr
B.O.U.L.O.M, 181, rue Ordener, Paris (XVIII e). www.boulom.net
A lire : Wedding cakes, wedding croq , par Mickaël Ferry, Jonathan Mougel
et Jean-Philippe Walser. Editions JMW. jmw-edition.com
L’ E X P R E S S d i X
© Fiorenzo Calosso
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S AV E U R S
Du champ’
et des chefs
Certes, il parade sur les grandes tables, mais
plus souvent à l’instant de l’apéritif que pendant
le repas. Et pourtant, certains champagnes
sont taillés pour la gastronomie. De Paris à Megève,
nous avons demandé à six chefs étoilés de composer
un plat de fête pour escorter leur cuvée préférée.
Une côte de veau avec du champagne rosé,
une volaille de Bresse avec un grand millésime,
une panna cotta aux fruits accompagnée
d’une grande réserve brut… Autant de pétillants
mariages à déguster, de l’entrée au dessert.
dossier : françois-régis gaudry et gwilherm de cerval
photos : nathalie carnet pour l’express diX | stylisme culinaire : garlone bardel
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CÔTE DE VEAU FERMIÈRE RÔTIE AUX ÉPICES
DOUCES ET GIROLLES SAUTÉES
par Stéphanie Le Quellec
« J’adore travailler la côte de veau, surtout lorsque la cuisson est rosée. Le fait qu’il y ait du pinot
noir dans cette cuvée Rosé de Laurent-Perrier apporte de la structure et un côté épicé au vin.
Comme dans ma recette. Les bulles sont fines et épousent bien la délicatesse de la chair du veau.
Les notes de sous-bois des girolles s’accordent idéalement avec les arômes du vin. »
LAURENT-PERRIER, CUVÉE ROSÉ, ÉDITION LIMITÉE, 80 €
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L’ E X P R E S S d i X
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DOS DE BAR DE LIGNE À LA VAPEUR D’ALGUES,
ÉMULSION BEURRE NOISETTE ET CAVIAR
par Sylvestre Wahid
« J’aime le contraste entre la noblesse du produit et la simplicité de la cuisson
à la vapeur. La chair du bar en devient nacrée et se délie au contact de
la fourchette. Les bulles fines et crémeuses de ce Blanc de Blancs de la Maison Mumm
sonnent comme une évidence face à la texture délicate de mon poisson. »
MUMM, RSRV BLANC DE BLANCS, 2012, 50 €
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S AV E U R S
VOLAILLE DE BRESSE,
SAUCE SUPRÊME ET CHAMPIGNONS BOUTONS
par Jérôme Banctel
« Pour ce grand classique du répertoire français, j’ai cherché un vin qui puisse avoir assez
de race et de matière pour soutenir la sauce crémée. Cette cuvée Hemera de Henriot
est suffisamment structurée pour se marier avec le plat. La texture de bouche de ce millésime
enrobe la chair délicate de la volaille. 2005 est une grande année en champagne. »
HENRIOT, CUVÉE HEMERA, 2005, 169 €
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RISOTTO DE CARDON
AU BEAUFORT
par Emmanuel Renaut
« Cette splendide cuvée de Ruinart redonne toutes ses lettres de noblesse à ce légume
oublié. La texture à la fois croquante et crémeuse de mon plat compose
à merveille avec l’onctuosité de cette cuvée Blanc de Blancs. Ce millésime 2007
a déjà 11 ans. L’accord sur la truffe avec ce vin prend tout son sens. »
DOM RUINART, BLANC DE BLANCS, 2007, 170 €
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NOIX DE SAINT-JACQUES CUITES À LA PLANCHA,
POMMES RATTES, BEURRE LÉGER AU ZESTE DE CITRON
par Jean-Louis Nomicos
« Avec l’Impérial de la maison Moët & Chandon, mon choix s’est naturellement porté sur une belle noix
de coquille saint-jacques. Le fait qu’elle soit simplement grillée et rehaussée d’un beurre aux saveurs légèrement
acidulées avec des nuances de pamplemousse rose rappelle la tonicité que l’on a dans le vin. Ce champagne, à la fois
puissant et fin, s’harmonise parfaitement avec la délicate chair de la noix de coquille saint-jacques. »
MOËT & CHANDON, MOËT IMPÉRIAL, 32 €
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PANNA COTTA À L’EAU DE ROSE
ET AUX LITCHIS
par Thomas Boullault
« Cette recette est un dessert régressif, rassurant. Tout comme ce champagne de
Beaumont des Crayères. L’effervescence de sa bulle fait écho au caractère aérien de ce plat.
Ajoutons aux fragrances florales et délicates de cette cuvée Grande Réserve les arômes
de l’eau de rose et des litchis, et l’osmose en bouche est totale. »
BEAUMONT DES CRAYÈRES, GRANDE RÉSERVE, 26 €
L’ E X P R E S S d i X
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S AV E U R S
STÉPHANIE LE QUELLEC
SYLVESTRE WAHID
JÉRÔME BANCTEL
Restaurant La Scène au Prince
de Galles, Paris (VIIIe)
Restaurant gastronomique Thoumieux,
Paris (VIIe)
Restaurant Le Gabriel,
hôtel La Réserve, Paris (VIIIe)
CÔTE DE VEAU FERMIÈRE RÔTIE AUX
ÉPICES DOUCES ET GIROLLES SAUTÉES
DOS DE BAR À LA VAPEUR D’ALGUES,
ÉMULSION BEURRE NOISETTE ET CAVIAR
VOLAILLE DE BRESSE, SAUCE SUPRÊME
ET CHAMPIGNONS BOUTONS
Ingrédients pour 4 personnes
Ingrédients pour 4 personnes
Ingrédients pour 6 personnes
• 2 belles côtes de veau de 400 g
• 40 g d’épices ras-el-hanout • 40 g de
beurre • 1 gousse d’ail • 25 g de parmesan
• 1 citron jaune • 200 g de girolles
• 40 g de noisettes • ½ botte de ciboulette
• 4 pavés de bar de ligne de 120 g
• 40 g de caviar osciètre
• 15 g de beurre d’algues • 1/2 citron jaune
• 20 g de ciboulette ciselée
Pour la vapeur d’algues
• 1 litre d’eau • 1/4 litre de vin blanc
• 100 g d’algues wakamé • 100 g de kombu
• 50 g de gingembre • 1 citron jaune
• ½ botte de basilic vert • 10 g de poivre
noir • 5 g de piment d’Espelette
Pour le siphon beurre noisette
• 300 g de beurre noisette • 100 g
de beurre • 50 g de jus de citron
• 2 g d’agar-agar • 2 œufs frais et 1 jaune
• vinaigre de Xérès • fleur de sel et poivre
• 1 volaille de Bresse entière (environ 1,5 kg)
• 1 kg de champignons boutons • 200 g de
lait demi-écrémé • 190 g de beurre doux
• 40 g de farine • 300 g de crème épaisse
• 2 jaunes d’œuf • 3 litres d’eau • 10 sachets
de bouillon dashi aux champignons
• 1 botte de cresson • sel et poivre
Recette
Faire griller puis concasser les noisettes.
Laver les girolles, puis, dans une casserole,
les faire sauter au beurre avec les noisettes
grillées. Lier de parmesan et de zeste
de citron. Ajouter la ciboulette ciselée.
Dans une poêle, dorer les côtes de
veau assaisonnées. Ajouter l’ail, le beurre
et les épices puis cuire 8 min dans
un plat au four à 180 °C. Laisser ensuite
la viande reposer 10 min.
Réchauffer 2 min à four tombant
et trancher les côtes en six morceaux.
Disposer trois tranches de viande
par assiette, ajouter les girolles, poudrer de
parmesan et saucer avec le jus de cuisson.
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Recette
Vapeur d’algues : placer tous les éléments
dans un couscoussier, porter à ébullition et
réserver. Dans une casserole, faire chauffer
le beurre noisette, ajouter l’agar-agar,
déglacer au jus de citron, ajouter le beurre
fondu. A l’aide d’un bras mixeur, monter les
œufs et le jaune d’œuf avec le beurre fondu,
ajouter le vinaigre, assaisonner avec fleur
de sel et poivre. Passer au chinois étamine,
mettre au siphon avec trois cartouches
et réserver au bain-marie. Cuire les pavés
de bar à la vapeur environ 6 min.
Dans une poêle, faire fondre le beurre
d’algues, et rouler le poisson quelques
minutes. Déglacer avec du jus de citron,
ajouter la ciboulette, poivrer. Dresser le bar
sur chaque assiette avec l’émulsion de
beurre, une quenelle de caviar.
Recette
Faire infuser les sachets de bouillon dashi
dans de l’eau chaude pendant 30 min à
couvert. Pocher la volaille dans le bouillon
30 min. Sortir la volaille, lever les cuisses
et les remettre dans le bouillon pendant
encore 20 min.
Cuire les champignons dans ce même
bouillon puis les glacer à blanc. Réserver
le bouillon, faire réduire de moitié, ajouter
la crème épaisse et réduire à nouveau.
Mélanger à froid le beurre avec la farine.
Lier la réduction du bouillon avec
le beurre manié, puis lier aux jaunes
d’œuf, saler et poivrer, réserver
ensuite au bain-marie.
Laver, effeuiller et trier les sommités
du cresson.
Séparer le gras du haut de cuisse, lever
les suprêmes, et manchonner les pilons.
Dresser harmonieusement dans une
assiette les morceaux de volaille, les
champignons boutons, napper de sauce
suprême et décorer de feuilles de cresson.
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EMMANUEL RENAUT
JEAN-LOUIS NOMICOS
THOMAS BOULLAULT
Flocons de sel,
Megève (Haute-Savoie)
Nomicos,
Paris (XVIe)
L’Arôme,
Paris (VIIIe)
RISOTTO DE CARDON
AU BEAUFORT
NOIX DE SAINT-JACQUES CUITES
À LA PLANCHA, POMMES RATTES…
PANNA COTTA À L’EAU DE ROSE
ET AUX LITCHIS
Ingrédients pour 6 personnes
Ingrédients pour 4 personnes
Ingrédients pour 6 personnes
• 1 cardon • 200 g de crème
• 100 g de beaufort • 10 g de truffes
hachées • bouillon de légumes : 2 carottes,
queue de persil et eau • 1 litre d’eau
• noix de muscade • sel et poivre
• 20 pièces de noix de coquilles saintjacques • 300 g de mini-pommes
de terre rattes • 12 feuilles de cœur
de romaine • 1 échalote • ½ botte de
ciboulette • 1 citron vert • 100 g de beurre
• 20 g de crème liquide • 10 cl de vin
blanc • 2 cl de jus de pamplemousse
• huile d’olive • sel et poivre
• 500 g de crème • 60 g d’eau de rose
• 65 g de lait demi-écrémé • 40 g de sucre
• 3 feuilles de gélatine • 1 citron vert
• 1 kg de litchis
Recette
Cuire les pommes de terre avec la peau
à l’anglaise. Une fois cuites, les éplucher
puis les couper en deux.
Dans une casserole, faire cuire l’échalote
finement ciselée dans le vin blanc, réduire
aux trois quarts puis ajouter la crème.
Retirer du feu, ajouter le beurre en petits
morceaux et fouetter pour émulsionner.
Rafraîchir le beurre avec un jus de
pamplemousse. Terminer avec les zestes
de citron vert et de ciboulette ciselée.
Poêler les cœurs de romaine dans un filet
d’huile d’olive.
Prélever les noix de coquilles saintjacques, les passer sous un filet d’eau pour
retirer le sable et les mettre à égoutter
sur un torchon. Assaisonner les noix,
puis les cuire de chaque côté avec
un peu d’huile d’olive.
Dresser dans une assiette creuse
les pommes de terre rattes et les noix
de coquilles saint-jacques. Surmonter
de quelques feuilles de cœur de salade.
Arroser généreusement de beurre.
Recette
Dans une casserole, chauffer légèrement
le lait. Y faire fondre le sucre et les feuilles
de gélatine. Ajouter l’eau de rose et la
crème. Remuer lentement afin de rendre
l’ensemble homogène.
Verser des portions de 120 g dans
des assiettes creuses, puis réserver dans
le réfrigérateur pendant deux heures.
Décortiquer et dénoyauter les litchis.
Les débarrasser dans un bol et les placer
ensuite dans le réfrigérateur.
Décorer chaque assiette de litchis frais
puis rapper quelques zestes de citron vert.
Remerciements : couverts Ventura
chez La Trésorerie ; verres Riedel chez Lavinia.
SDP
Recette
Eplucher quelques branches d’un
cardon comme un céleri (attention
aux épines), les braiser et s’arrêter
aux trois quarts de la cuisson.
Dans une casserole d’eau chaude, faire
cuire les carottes et la queue de persil.
Réserver le bouillon.
Faire chauffer la crème, le bouillon
de légumes et le beaufort.
Tailler le cardon en petits dés de 5 mm.
Finir de le cuire dans le mélange,
ajouter si besoin un peu de beaufort.
Assaisonner avec du sel, du poivre
et de la muscade.
Disposer une grosse cuillère de risotto
de cardon dans l’assiette et poudrer
de truffes hachées.
L’ E X P R E S S d i X
113
Credit
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RENCONTRE
Meunier,
la révélation
En Champagne, ce cépage vit depuis longtemps dans
l’ombre du pinot noir et du chardonnay. Aujourd’hui,
il entrevoit la pleine lumière grâce à des vignerons
convaincus par ses qualités jusque-là peu exploitées.
Credit
texte : pierrick jégu
photos : jérôme galland pour l’express diX
L’ E X P R E S S d i X
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S AV E U R S
LE MEUNIER EST RECONNAISSABLE À SES PETITES
GRAPPES COMPACTES, AU VOILE BLANCHÂTRE
ET DUVETEUX QUI HABILLE SES FEUILLES
Printemps 2018, la maison Gosset édite une cuvée d’exception à 5 000 exemplaires, le fameux Grand blanc de meunier
extra-brut. L’ambition de Jean-Pierre Mareigner, chef de
cave pendant trente-trois ans, aujourd’hui décédé ? Prouver
que le cépage meunier – on ne dit plus « pinot meunier »,
histoire de bien le différencier du pinot noir – possède un
potentiel de garde et des qualités organoleptiques encore
trop méconnues. Après neuf ans de maturation sur lattes,
le champagne parle de lui-même, avec ses arômes fruités de
mirabelle, d’abricot et de coing, un tempérament généreux,
vif et complexe. Hommage savoureux à un cépage plus
habitué aux seconds rôles dans les assemblages qu’au plus
haut de l’affiche.
Petit rappel : sept cépages sont autorisés dans l’appellation champagne, les très confidentiels arbane, petit
meslier, pinot blanc et pinot gris qui couvrent à eux quatre
seulement 0,3 % des surfaces, et les pinot noir (38 %), chardonnay (30 %) et pinot meunier (32 %) qui se partagent la
quasi-totalité du plus célèbre des vignobles à bulles. Dans
ce trio, les deux premiers jouissent depuis toujours d’un
titre de noblesse. Le dernier, lui, a longtemps souffert d’une
réputation ordinaire. Majoritaire dans son berceau argileux
de la vallée de la Marne, également présent dans quelques
autres secteurs, il est reconnaissable à ses petites grappes
compactes et surtout au voile blanchâtre et duveteux qui
habille ses feuilles : une illusion enfarinée à l’origine de son
nom, « meunier ». De la rondeur, du fruit, mais peu d’élégance et une aptitude limitée à la garde, voilà les clichés qui
courent et qui collent encore un peu à la peau de ses raisins.
UN CÉPAGE MÉPRISÉ
Au cœur de Reims, Fabrice Parisot patronne les excellentes Caves du Forum. Parmi une sélection absolument
remarquable de quelque 2 500 références de tout l’Hexagone viticole et de quelques pays étrangers – qui lui a valu
d’être désigné caviste de l’année 2016 par La Revue du vin de
France –, les champagnes constituent un contingent étoffé,
avec une belle ouverture sur le meunier : « Par rapport au
pinot noir et au chardonnay, il est toujours un peu décrié
mais il est pourtant très intéressant. » A condition bien
sûr de lui donner les moyens de s’exprimer, ce qui n’a pas
toujours été le cas ! Certains racontent par exemple qu’on
lui réservait parfois les parcelles gélives dont des bas de
116
coteaux d’un intérêt limité, parce que le meunier débourre
tardivement. Entendez par là que ses premiers bourgeons
apparaissent de manière moins précoce que sur les vignes
de pinot noir ou de chardonnay, ce qui peut l’épargner de
gels de fin d’hiver ou de début de printemps. Une autre
explication à son image pas toujours très flatteuse ? Comme
d’autres, le meunier fait partie de ces cépages à qui l’on attribuait la parenté de jajas bas de gamme. Avant que quelques
vignerons talentueux signent des 100 % carignan épatants,
ce raisin languedocien était lui aussi largement méprisé,
comme il a fallu que des figures alsaciennes traitent le
sylvaner avec égard pour que le point de vue évolue doucement sur ce dernier. Or, rendre les cépages coupables de la
médiocrité des vins est pour le moins hâtif et revient à nier
d’autres causes plus difficiles à admettre.
UNE GOURMANDISE
A l’origine de l’association Meunier Institut, qui regroupe
une petite dizaine de producteurs, Eric Taillet est l’un des
plus ardents défenseurs du meunier : « Avant, on s’en occupait mal. La grosse différence aujourd’hui, c’est qu’on le
travaille mieux, via des pratiques culturales qui favorisent
une intense vie microbienne des sols dont le raisin profite
grandement. » Longtemps, l’immense succès commercial
du champagne a « empêché » certaines remises en question.
Après tout, pourquoi s’embarrasser de questionnements
superflus quand les bouteilles se vendent comme des petits
pains aux quatre coins de la planète et les clients affluent
d’eux-mêmes à la porte des domaines et des maisons ? La
conséquence fut que la Champagne est tombée dans la
facilité et en a oublié de prendre soin de ses terroirs et de
ses sols, notion érigée en postulat partout ailleurs où l’on
veut « faire bon ». Peu à peu, heureusement, un petit monde
parallèle a émergé sous l’impulsion de vignerons désireux
de remettre leur vignoble dans le sens du terroir. Une poignée d’abord devenue une minorité de plus en plus visible.
Et voici qu’à la faveur de cette révolution, on (re)découvre
le meunier. Celui-ci bénéficie d’une démarche ultrarespectueuse du sol et du raisin, à la vigne comme à la cave où l’on
avait tendance à lui infliger des dosages trop élevés comme
un vulgaire maquillage. Dans les assemblages, le meunier a
toujours été apprécié pour sa capacité à apporter du fruit
et de la gourmandise en milieu de bouche. Aujourd’hui,
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De la vigne à la bouteille en passant par l’élevage en barriques, le vieillissement sur lattes et le remuage sur pupitre,
le pinot meunier mérite tous les égards pour s’exprimer à son meilleur. Vincent Bérêche, ci-dessous, et son frère Raphaël,
installés dans la vallée de la Marne, l’ont bien compris et signent aujourd’hui un 100 % meunier absolument délicieux.
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Les cuvées de meunier sont encore loin d’être majoritaires dans le paysage champenois.
Mais de plus en plus d’excellents vignerons et domaines, comme Huré Frères, à Ludes, dans la Marne,
lui donnent des lettres de noblesse que la crème des cavistes et des sommeliers savent apprécier.
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de plus en plus de vignerons – la plupart des maisons sont
un peu plus frileuses – le poussent bien au-delà de ce service
minimum. Même hors de sa terre de prédilection de la vallée
de la Marne, quelques-uns n’hésitent pas à lui consacrer des
cuvées monocépage, à l’image d’Alexandre Chartogne, installé sur la Petite Montagne de Reims, à quelques kilomètres
de la capitale locale : « Il y a un engouement autour du
meunier. Mais il ne faut pas que les gens se mettent à faire
du meunier pour faire du meunier, par mode, juste pour son
côté fruité. Il est capable de profondeur. » Lui et d’autres le
révèlent sur différents terroirs, des argiles, mais aussi des
marnes, des calcaires ou des sables. Dans les entrailles des
Caves du Forum, la dégustation passionnante d’une quinzaine de « bulles » démontre donc deux éléments
essentiels. Les blancs de meunier possèdent une incontestable dimension joviale. Plus inattendu peut-être, les
meilleurs se donnent aussi avec beaucoup de cette fameuse
profondeur et au gré de profils variés, tendus et aériens ou
plus amples et denses. Les cavistes les plus pertinents le
savent mieux que quiconque, les sommeliers de tables
étoilées aussi. Frédéric Bouché, Monsieur vin de l’Assiette
champenoise depuis 35 millésimes, en dénombre par
exemple une trentaine sur son livre de cave par ailleurs
riche de 3 000 étiquettes dont un bon millier de bouteilles
de la région : « Les champagnes issus de meunier sont un
régal pour les accords mets-vins, notamment quand ils
prennent des arômes de sous-bois au vieillissement. Sur
une poularde aux morilles ou des gnocchis à la truffe, le
mariage est magnifique. » Vous n’avez plus qu’à vous
mettre au piano pour cuisiner de quoi escorter les bulles
d’un cépage qui possède, sans conteste, d'excellentes
raisons d’être de mieux en mieux considéré.
DÉGUSTATION 100 % MEUNIER
Pourvu qu’on le respecte, ce cépage peut « accoucher » de champagnes remarquables.
La preuve en 10 cuvées aux profils différents.
CHAMPAGNE NOWACK, LA FONTINETTE,
EXTRA BRUT
Pomme, poire, mirabelle… Délicieuse harmonie
des arômes qui se succèdent à la dégustation
de ce champagne généreux, patiné, rond,
marqué par une finale d’une belle précision.
De la présence sans surpuissance. 35,20 €.
03-26-58-02-69.
CHAMPAGNE LECLERC-BRIANT, BLANC DE MEUNIERS
1er CRU, BRUT ZÉRO
Ne pas se jeter dessus comme des morts de soif,
le laisser s’ouvrir un bon quart d’heure pour tutoyer
l’étonnante profondeur de ce champagne vinifié
au plus près d’une vendange très qualitative.
Grande vitalité du début à la finale. 120 €.
03-26-54-00-56.
CHAMPAGNE BENOÎT DINVAUT,
EXTRA BRUT
Du coing et de la pomme au nez de cette cuvée
assez tendre qui garde fraîcheur et salinité
en fin de bouche. A déguster à table,
sur de la truffe ou du fromage par exemple.
35-40 € chez les cavistes.
03-26-03-65-00.
CHAMPAGNE LAHERTE FRÈRES,
LES VIGNES D’AUTREFOIS, EXTRA BRUT
L’excellent domaine de Chavot-Courcourt signe
ici un champagne très complet, à la fois lumineux,
riche et enveloppant. Longueur en bouche
assez bluffante aux accents salins.
On salive et on se ressert ! 39 €.
03-26-54-32-09.
CHAMPAGNE CHRISTOPHE MIGNON,
EXTRA BRUT
Issue des vendanges 2012 et 2013, une cuvée toute
en précision et en dynamisme, preuve que
le meunier peut se parer de finesse et d’élégance.
Une attaque d’une grande fraîcheur, de la suavité
en milieu de bouche, une finale tenue par les amers.
Un régal. 31 € départ cave. 03-26-58-34-24.
CHAMPAGNE HURÉ FRÈRES, 4 ÉLÉMENTS 2014,
EXTRA BRUT
Parcelle la Grosse Pierre plantée en sélection
massale de 1963 sur calcaire. Contraire au cliché
sur le meunier, ce champagne tranchant et aérien
se pose sur un fil. La finale salivante sonne
comme une (furieuse) envie d’y revenir. 60 €.
03-26-61-11-20.
CHAMPAGNE AURÉLIEN LURQUIN,
BRUT ZÉRO
A cheval, en biodynamie et sans sulfites.
579 bouteilles pour ce champagne nourrissant
au sens le plus noble du terme. Energie, finesse
et fluidité : il y a comme une évidence à boire
cette superbe pépite. 90 € aux Caves du Forum.
03-26-59-02-96.
CHAMPAGNE CHARTOGNE-TAILLET,
LETTRES DE MON MEUNIER/LES BARRES
Avec ce 2010, démonstration que le meunier fait
merveille au-delà du fruit et de sa jeunesse. Riche
et vigoureux, ce champagne charnel dit des choses
sans être bavard. La cuvée Les Barres 2006 a, elle,
atteint une forme d’épure qui file à un essentiel salin
percutant. Canon ! Prix : NC. 03-26-03-10-17.
CHAMPAGNE BÉRÊCHE & FILS, RIVE GAUCHE 2014,
EXTRA BRUT
Après un 2012 très acéré, le 2014 se montre plus
en rondeur, en générosité, sans perdre
une élégante sobriété ni tomber dans
le panneau de l’exubérance. Bulle fine
et équilibre remarquable. 56 €.
03-26-61-13-28.
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S AV E U R S
Bijou de la mer
Venue du Sud, une brise marine ensoleille nos repas d’hiver.
Concentré de nuances délicates, la poutargue focalise les appétits.
texte : jacques brunel
photo : ava du parc pour l’express diX
Elle intrigue, elle inspire, elle suscite des concours. Discrète
il y a dix ans, la poutargue est aujourd’hui partout. Son
nom canaille désigne une friandise marine surnommée le
« caviar de Méditerranée », bien que les Japonais aient la
même et que ce caviar-là, moins cher que l’autre (autour de
35 € le kilo), tienne plutôt de la pâte de fruit. Poche d’œufs
de poisson traitée a minima – salée, séchée, pressée, puis
gainée de cire pour la conserver –, la poutargue exhale un
goût puissant, confit, riche en nuances (boisées-salées) et
fort long en bouche. Ce qui fait d’elle un condiment miracle
(elle regorge d’oméga 3) pour ioder canard, asperges
et jusqu’au chocolat. Alain Ducasse, William Ledeuil
l’ajoutent à leurs pâtes au citron. Hélène Darroze en épice
la burrata de sa tarte fondante aux betteraves, star de sa
nouvelle table Jòia (Paris, IIe). Il faut aussi la déguster pure :
finement tranché, ce « pain » plat, moelleux et brun comme
un saucisson, réclame pain toasté, citron et beurre – ou
huile d’olive – de premier choix. Chaque bouchée broie des
centaines d’alevins potentiels ? Dommage pour les crabes
et autres prédateurs.
La poutargue est une icône de la Méditerranée, appréciée
d’Istanbul à Faro. Née chez les pharaons, propagée par
les Phéniciens, elle a reçu son nom des Arabes – butarkha
(« salaison »), d’où l’italien bottarga et le français poutargue,
ou boutargue, en Provence. Peu connue en ville, elle était
le régal secret des pêcheurs, viatique emporté en mer ou
confit tonifiant sur les tartines du café au lait matinal…
Elle provient en majorité d’un poisson commun, le mulet
(dit « muge », dans le sud), pêché en mer ou en eau douce,
souvent lorsqu’il transhume entre les deux.
Assise sur le canal qui relie l’étang de Berre à la mer, Martigues doit sa prospérité à cet or roux mais les mulets s’y
sont raréfiés. Etablie dans le Var, Elodie Bar – créatrice de
So’Boutargue, un nouveau comptoir lauréat de la Fête de
la gastronomie 2018 – a des racines en Tunisie. « Les juifs
de là-bas chérissent ce produit qu’ils nomment adam hout.
Délice des veilles de shabbat, il plaît l’après-midi avec de
l’alcool de figue. » Cachère, sa poutargue à la boukha est
120
aussi goûteuse que ses versions neutres, bien que les poches
d’œufs proviennent du Maghreb (Mauritanie surtout) et
même du Brésil. En Corse, la poutargue s’est relancée depuis
peu, améliorant les fins de mois de ceux qui la pêchent sur
les étangs de la côte est (Biguglia, Diane, Terrenzana, Urbino,
Palu). Hélas, il y en a juste assez pour les Corses.
La Terre sainte de la poutargue est un proche cousin :
en Italie, chacun la râpe dans ses pâtes. Jamais cirée, la
poutargue de la Botte est plutôt sèche, couleur caramel,
avec des goûts divins de fruits exotiques – ou de grand
large lorsqu’elle est faite, comme en Sicile, avec des œufs
de thon ou d’espadon… Grasse, elle s’éclate avec le jambon,
les saucisses… « Je prépare souvent du beurre de poutargue,
confie Alessandra Pierini, l’érudite patronne de l’épicerie
RAP (Paris, IXe). Ce produit aime le lacté, surtout la burrata
de brebis. Il bonifie les haricots blancs, viandes rouges,
champignons, fruits secs, œufs brouillés… » Son fief reste
la Sardaigne, la pêche au mulet y étant un art noble. Son vin
idéal serait un grand blanc sarde, la Vernaccia di Oristano
(caves Contini), finement amandé.
« Personne ne connaît l’avgotaraho (poutargue) en Grèce,
explique Alexandre Rallis, l’importateur de Profil Grec, si
ce n’est quelques aristocrates. » Ce pays produit pourtant
l’une des meilleures, abricot de couleur et de goût, tendre à
cœur, interminable en bouche une fois nappée d’huile d’olive jeune. Elle n’est faite qu’en un seul endroit, à Aitoliko. Un
village du Péloponnèse, campé – comme Martigues – sur le
chenal d’accès d’une lagune. Voilà neuf cents ans (!) que la
famille Trikalinos, aujourd’hui épicière à Athènes, s’échine
à populariser la poutargue. Avec l’aide du chef Ferran Adria
– qui la range parmi ses produits préférés –, ses efforts sont
aujourd’hui mondialement récompensés.
SO’BOUTARGUE. Vente en ligne. 28-39 € les 220 g.
01-77-50-77-49, https://soboutargue.com
RAP. 18-39 € les 100 g. www.rapparis.fr
PROFIL GREC. 60 € les 220 g, 220 € le kg, http://profilgrec.com
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S AV E U R S
Food & champagne,
cahier de tendances
Le pâté redore sa croûte, le saké vit son sacre, les piments
aimantent les chefs et le champagne enfile ses habits de fête…
Notre tour de table des meilleures actualités gastronomiques.
dossier : françois-régis gaudry avec sirine ammar, lucie fadous, ulla majoube,
anna maréchal, jordan moilim, charles patin o’coohoon et sylvie wolff
INSTAGRAM JOUE AVEC LA NOURRITURE
Focus sur trois comptes à l’opulence décalée où l’art s’acoquine
à la food sans peur des excès.
@THISISMOLD
@MAURIZIODIIORIO
Journal biannuel, The Gourmand a été
créé par un couple de jeunes Londoniens
férus d’art contemporain et
de gastronomie. Leurs clichés mettent
en lumière des photographes qui posent
un regard cynique et humoristique
sur notre rapport à la nourriture.
Sandwich chaussé d’une basket, feuilles
de laitue dans des pochettes de soirée,
escaliers en bleu d’Auvergne…
Ce magazine expérimental newyorkais sélectionne des mises en scènes
loufoques et futuristes.
Les images pop de l’artiste italien
Maurizio di Iorio – vues notamment
à la Biennale de Venise – interpellent
par leurs couleurs saturées, dans la lignée
des publicités fifties.
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Instagram
@THEGOURMAND
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L’ÉCORCE À LA FRANÇAISE
Nathalie Carnet pour l’Express diX
Pas de quartiers ! Généralement originaire de la Chine, du Brésil ou encore des Etats-Unis, le zeste se veut désormais français et bio.
A quelques kilomètres d’Angers, Agrumes de Méditerranée est une maison portée sur les pépins. Citrons, mandarines, bergamote, yuzu, main de
Bouddha (au centre), et même le fameux combava – ce cousin du citron vert aux arômes de citronnelle. De sacrés agrumes, pour la beauté du zeste.
Agrumes de Méditerranée, Chemin des Landes, Tiercé (Maine-et-Loire). www.agrumes.fr
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S AV E U R S
CASSEZ CETTE CROÛTE !
La Confrérie du pâté-croûte. Hachette Cuisine, 256 p., 24,95 €. Pâté en croûte, de Marion Sonier et Yohan Lastre. Marabout, 208 p., 29 €.
Lastre sans apostrophe, 188, rue de Grenelle, Paris (VII e), 01-40-60-70-27 ; Arnaud Nicolas, 46, avenue de la Bourdonnais, Paris (VII e), 01-45-55-59-59.
1 24
Nathalie Carnet pour l’Express diX
Il squatte les étals des libraires, les Japonais le vénèrent… Archétype de la marqueterie en charcuterie (une base de veauet de porc
agrémentée de foie gras ou de gibier), le pâté en croûte joue sur tous les tableaux. Pour fêter les 10 ans du championnat du monde qui lui est consacré,
la confrérie du même nom publie son recueil de recettes, et Yohan Lastre (vainqueur en 2012) le fait rayonner dans son livre monomaniaque.
Sur la table, ce mythe se perpétue : dans son restaurant, Arnaud Nicolas, meilleur ouvrier de France catégorie charcutier-traiteur, le sublime avec de
la caille, des fruits secs et un poivre acidulé de Timut. Et Daniel Gobet, le champion du monde 2018, vient rejoindre le mouvement en province.
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LE SHOKUPAN
Un pain de choc ?
Avec sa texture fuwa fuwa
(tout mou) et sa blancheur
immaculée, le pain de
mie nippon fait fondre les
gourmets parisiens. Sa mie
ultra-moelleuse est obtenue
grâce à la farine de Hokkaido,
très raffinée et riche en
gluten. Au Japon, il est toasté
et tartiné de beurre ou
d’œufs de poisson séchés
(mentaiko). On le retrouve
aussi en sandwich dans
toutes les échoppes pour
1,50 € environ. Mais en
France, le shokupan est à
Paris ce que le croissant au
beurre est à Tokyo : un luxe.
Benoît Linera/SDP - SDP
Carré Pain de Mie, 5, rue Rambuteau,
Paris (IV e) : formule à 20 €.
Sando Club, 1-3, passage Thiéré,
Paris (XI e) : formule à 14 €.
Aki Boulanger, 16, rue Sainte-Anne,
Paris (I er).
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BOUTEILLES EN TÊTE
Pour cette fin d’année,
débouchez ces cuvées
en édition limitée…
LA BÛCHE
ENVOIE DU BOIS !
Parmi la forêt de chocolat, vanille
ou encore noisette, quelques bûches
se détachent cette saison par leur
saveur boisée. Du sirop de sève
de bouleau apporte une note proche
du sirop d’érable dans la création
d’Adrien Bozzolo au Mandarin oriental
(Paris, Ier) : « Je viens des Vosges. C’était
logique pour moi d’y penser pour
Noël. » Associé au chocolat, le sapin est
roi pour Nicolas Paciello, au Prince
de Galles (Paris, VIIIe), alors que le hêtre
saisit chez Maxime Frédéric, au George V
(Paris, VIIIe). « J’ai toujours voulu
travailler cet élément parce que depuis
tout petit, j’adore cette senteur, lance
Nicolas Paciello. Mais je n’avais jamais
réussi jusqu’à cette année [photo
ci-dessus]. » Car le bois en sucré ne se
travaille pas facilement : il faut éviter
l’âpreté et dégager la gourmandise.
« On le fait torréfier au four, on le met
au fumoir puis on le laisse s’éventer
à l’air libre. Il ne reste alors plus que le
côté subtil », explique Maxime Frédéric,
qui l’infuse ensuite dans une glace.
Ces saveurs ne se dégagent pas
uniquement d’un souvenir de cheminée.
C’est un nouvel exemple du dialogue
qui s’est instauré ces dernières années
entre cuisine et pâtisserie,
qui s’inspirent mutuellement.
Loin d’attiser des feux, ces échanges
font assurément des étincelles.
Nicolas Feuillatte, Brut, Réserve exclusive
Or & Merveilles, 29 €.
Thiénot, Brut x Speedy Graphito, édition
limitée de 3 000 magnums, 100 €.
Jacquart, Grand Brut Vintage
millésime 2000, édition limitée de
3 000 exemplaires, 54 € avec coffret.
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S AV E U R S
COUP DE PINCEAU SUR LA VAISSELLE !
Œuvres de grands peintres ou de talents émergents,
ces assiettes réveillent l’esprit de Noël.
A l’heure de l’exposition Miró au
Grand Palais (jusqu’au 4 février 2019), à
Paris, un modèle en porcelaine
édité d’après une œuvre originale.
A partir de ses collages narratifs,
l’artiste Sophie Mestiri a créé cette
collection en porcelaine et en
série limitée, pleine de poésie.
Figure emblématique de la scène
indienne, Subodh Gupta signe cette
assiette en porcelaine réalisée
d’après l’une de ses huiles sur toile.
A partir de 19 €, à la boutique du Grand Palais,
www.grandpalais.fr
395 € le coffret de 3 assiettes,
www.sitecorot.com
380 € le coffret de 6 assiettes à dessert
en édition limitée, www.bernardeau.com
Soupe VGE aux truffes de Paul Bocuse pour
Valéry Giscard d’Estaing ou tête de veau sauce
gribiche pour Jacques Chirac, certains plats
servis au président de la République sont devenus
mythiques. Mais dans les cuisines de l’Elysée se
mitonne aussi la diplomatie française. On sert un
esturgeon à la moscovite (mayonnaise et œuf dur)
aux tables russes, un agneau confit au souverain
jordanien et des saint-jacques au gingembre au
président coréen… De Napoléon III à Emmanuel
Macron, on passe de vingt à quatre plats : le gibier
s’éclipse, les légumes abondent et les origines des
ingrédients se précisent. Plus de cent ans de menus
sont exposés, enrichis par la collection privée
de l’actuel chef de l’Elysée, Guillaume Gomez.
Menu de la réception
en l’honneur de Nicolas II,
à Cherbourg en 1896.
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Exposition A la table du président, à la bibliothèque municipale
de Dijon (Côte-d’Or), jusqu’au 2 février 2019, entrée libre. A retrouver
aussi en version numérique sur gallica.fr
L’ E X P R E S S d i X
SDP - Successio Miro/ADAGP 2018
PRÉSIDENT, À TABLE !
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PIGMENTS DE PIMENTS
Nathalie Carnet pour l’Express diX
Paris lui déclare sa flamme… Le fameux piment importé des Amériques au xv e siècle par Christophe Colomb embrase désormais les cuisines. Une sauce
à base de piment habanero dans les tacos d’El Nopal, du piment oiseau dans la salade de bœuf laotienne chez Tonton Yün, un piment frit et farci
façonné par les sœurs Levha chez Double Dragon… Autant de plats qui ont leur place sur l’échelle de Scoville (créée pour mesurer l’intensité du piquant).
Depuis trois ans, Pierre Gayet cultive, dans la Nièvre, plus d’une dizaine de variétés bio : de quoi s’assurer un bon tour de chauffe.
El Nopal, 3, rue Eugène-Varlin, Paris (X e) ; Tonton Yün, 96, rue d’Hauteville, Paris (X e). ;
Double Dragon, 53, rue Saint-Maur, Paris (XI e) ; Pierre Gayet, 1, Les Vernins, Dornes (Nièvre).
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S AV E U R S
LE SACRE DU SAKÉ
Le Guide du saké en France, d’Adrienne Natsumi Saulnier Blache et Ryoko Sekiguchi. Keribus éditions, 223 p., 19,90 €.
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Nathalie Carnet pour l’Express diX
Ce vin de riz débarqué du Japon n’en finit plus de secouer le paysage des alcools. Un guide référence vient d’être
publié, des comptoirs nippons ouvrent à tour de bras (Kinasé, le Goût du Japon, Paris, II e), Joël Robuchon lui a consacré son dernier
restaurant (Dassaï, Paris, VIII e), une fromagerie (Pigalle, Paris, IX e) l’accorde même avec ses bonnes pâtes… Il faut dire
qu’avec des fermentations naturelles et une grande palette aromatique, le saké n’a rien à envier à son cousin le vin.
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L’OPÉ’ DOM PÉ !
Les champagnes Dom
Pérignon dévoilent l’une de
leurs plus belles caves au bar
du Plaza Athénée. Plénitude 3
de 1966, Plénitude 2 de 1995,
cuvée vintage disponible
dans de nombreux millésimes…
Cette collection de flacons
rares investit un écrin
de verre au cœur des salons
du bar et s’accorde avec des
mets signés par les équipes
d’Alain Ducasse.
BRUITS DE CASSEROLES
Ce qui vous attend
en 2019 à Paris.
www.dorchestercollection.com
Le Bar du Plaza Athénée,
25, avenue Montaigne, Paris (VIII e).
SUMAC
L’épice inspirante
Utilisée depuis l’Antiquité, cette baie
pourpre venue de Méditerranée
(Rhus coriaria) est l’une des héroïnes
de la cuisine levantine. Ses notes de fruits
rouges citronnés parsèment désormais
notre gastronomie : sur un poisson au
beurre blanc (Le Mermoz, Paris, VIIIe),
avec un canard aux fruits confits
(Astrance, Paris, XVIe) et même dans une
poire au chocolat (Maison Pic, Valence).
Pour s’amuser comme des chefs, on opte
pour la version sauvage et bio d’Ispahan,
cueillie à la main et séchée au soleil.
ÉRIC
TROCHON
Le chef meilleur ouvrier
de France ouvre son propre
restaurant en avril prochain,
rue Claude-Bernard
(Paris, Ve), avec sa compagne,
la sommelière coréenne
Mi Jun Ryu. Au menu :
des assiettes inspirées de ses
nombreux voyages.
EATALY
Le concept d’épicerie et
de restauration autour des
saveurs de la Botte, ouvrira au
printemps, rue Sainte-Croixde-la-Bretonnerie, à Paris (IVe).
CYRIL
LIGNAC
La toque-star rouvre
le Chardenoux après travaux.
Ce mythique bistrot
du XIe arrondissement
sera désormais
tourné vers la mer.
Epices Shira, 3,90 € les 30 g. www.shira.fr
CHRISTOPHE
SAINTAGNE
Le chef de Papillon double
la mise, au printemps, avec
Pique-nique, un concept de
gastronomie décontractée
dans le Ier arrondissement.
SDP - Julien Knaub/SDP
CHAMP’
DE COMPÉT’
Quarante bougies pour
le concours d’Epernay des
champagnes du vignoble !
Présidée par un jury composé
d’œnologues et de journalistes
spécialisés, cette compétition
permet de départager
chaque année les cuvées
de vignerons indépendants.
En juin dernier, 30 médailles
d’or et d’argent ont été
décernées et sont repérables
dans le commerce grâce
à des macarons dorés
et argentés collés
sur la bouteille.
L’ E X P R E S S d i X
LA FÉERIE KAVIARI
Fournisseuse des grands chefs en caviar
de qualité, la prestigieuse Maison Kaviari
a pignon sur rue pendant les fêtes. Sa
manufacture du Marais à Paris propose
saumon aux épices, bûches, spiritueux…
www.kaviari.fr
MARC FAVIER
ET AURÉLIE ALARY
Après avoir régalé avec leur
Bouillon (Paris, IXe),
ils remettent le couvert
rue Feydeau (Paris, IIe) :
une boutique-traiteur au n° 14,
et au n° 16, un bar d’hôtel
au rez-de-chaussée doublé
d’une table gastronomique
à l’étage. Ouverture prévue
en février 2019.
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LA TRACE
Charles Serruya
« Ce portrait de moi a été réalisé [vers 1980]
par Charles Serruya dans le jardin Albert-Kahn,
à Boulogne. C’était un endroit où nous allions
souvent : on s’habillait très bien, on prenait
la DS et on se roulait un joint dans les allées.
Charles avait commencé son travail sur les
ombres chinoises avec des jouets. Nous habitions
dans une chambre de bonne qu’on avait
surnommée la “cabane en bambou”. »
« Mon empreinte dans diX »… par Eva Ionesco
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L’ E X P R E S S d i X
NOS ENVIES
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1 LANCEL
1
Ce sac mode et urbain, facile et fonctionnel
se décline en 4 formats S, M et L : un mini sac
pochette et trois sacs rabat en cuir grainé
noir mat, corail vibrant, cassis élégant ou
poignées amovibles pour jouer avec son look
et un portefeuille slim dépliant complètent la
lancel.com
2
2 MAX MARA
Pour fêter ses 10 ans, Max Mara The Cube a
maxmara.com
3 CLAUDIE PIERLOT
Pour cette capsule, Claudie Pierlot nous
3
inspirations, entre ambiances subtilement
claudiepierlot.com
4 LE COMITÉ FRANCÉCLAT
4
des femmes qui les portent en se basant sur le
lesbijouxprecieux.com
5 GEOX
Pour les occasions spéciales et les soirées, le
en brocart, les bottines, les ballerines et les
chaussures fermées comme les escarpins, se
déclinent dans de luxueuses variations de noir
caractéristiques essentielles de la philosophie
Geox : « La garantie du bien-être et de la
5
geox.com
LA SÉLECTION DU SERVICE COMMERCIAL
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CARNET D’ADRESSES
l’époque
P.12-LÉOPARD DU SOIR
American Vintage,
www.americanvintage-store.com
Edie Parker,
www.edie-parker.com
Gérard Darel,
www.gerardarel.com
Geox, www.geox.com
Kate Spade New York,
www.katespade.com
Maliparmi, www.maliparmi.com
P.14-D’HUMEUR PRÉCIEUSE
Dolce & Gabbana,
www.dolcegabbana.it
Marc Le Bihan, 01-42-36-22-32
Paco Rabanne,
www.pacorabanne.com
24 Sèvres, www.24sevres.com
P.16-L’INSPIRATION…
PEINTURES NOCTURNES
& Other Stories,
www.stories.com
Annelise Michelson,
www.annelisemichelson.com
Emporio Armani,
01-53-63-33-50
Pierre Hardy,
www.pierrehardy.com
Shourouk,
shourouk-eshop.myshopify.com
Un Jour Ailleurs,
www.unjourailleurs.com
P.24-TOUT CE QUI BRILLE
Balenciaga, 01-56-52-17-17
MatchesFashion.com,
www.matchesfashion.com
Un Jour Ailleurs,
www.unjourailleurs.com
P.28-POUSSIÈRES D’ÉTOILES
Clarins, www.clarins.fr
Estée Lauder,
www.esteelauder.fr
Fenty Beauty, www.sephora.com
L’Oréal Paris,
www.loreal-paris.fr
M.A.C., www.maccosmetics.fr
Nars, www.narscosmetics.fr
132
P.30-LE STYLE DE… LUPITA NYONG’O
Calvin Klein, www.calvinklein.fr
Chanel, www.chanel.com
Giorgio Armani,
www.armani.com
Givenchy, www.givenchy.com
Lancôme, www.lancome.fr
Mizani, www.mizani.fr
Shiseido, www.shiseido.fr
Yves Saint Laurent,
www.yslbeauty.fr
P.52-TÊTE À FÊTE
Agnès b., www.agnesb.fr
Alberta Ferretti,
www.albertaferretti.com
Balenciaga, 01-56-52-17-32
Balmain, www.balmain.com
Ba&sh, www.ba-sh.com
Brunello Cucinelli,
www.brunellocucinelli.com
Chanel, www.chanel.com
Chloé, www.chloe.com
Chopard, 01-55-35-20-10
Christopher Kane,
www.christopherkane.com
Claudie Pierlot,
www.claudiepierlot.com
Comptoir des Cotonniers,
www.comptoirdescotonniers.com
Falke, www.falke.com
Geox, www.geox.com
Gérard Darel,
www.gerarddarel.com
Givenchy, www.givenchy.com
Gucci, www.gucci.com
Herno, www.herno.it
Iro, www.iroparis.com
Jacquemus,
www.jacquemus.com
Jil Sander, 01-44-95-06-70
Lanvin, www.lanvin.com
Louis Vuitton, 0-977-40-40-77
Maison Michel,
www.michel-paris.com
Marni, 01-56-88-08-08
Missoni, www.missoni.com
Miu Miu, www.miumiu.com
Mulberry, www.mulberry.com
Pablo, www.pablo.fr
Paule Ka, www.pauleka.fr
Prada, 01-58-18-63-30
Saint Laurent, www.ysl.com
The Kooples,
www.thekooples.com/fr/
Vanessa Seward,
www.vanessaseward.com
Versace, www.versace.com
style
P.70-LA CERISE SUR LES CADEAUX
1.2.3, www.1-2-3.com
Balenciaga, www.balenciaga.com
Brunello Cucinelli,
www.brunellocucinelli.com
Cartier, 01-42-18-43-83
Céline, www.celine.com
Chanel, www.chanel.com
Charles Kammer,
www.charleskammer.com
Clarins, www.clarins.fr
Dom Pérignon,
www.domperignon.com
Dior, www.dior.com
Dolce & Gabanna,
www.dolcegabanna.com
Dyson, www.dyson.fr
Eram, www.eram.fr
Eric Bompard,
www.eric-bompard.com
Flammarion,
www.editions.flammarion.com
Filorga, www.filorga.com
Fragonard, www.fragonard.com
Frédérique Constant,
www.frederiqueconstant.com
Furla, www.furla.com
Gas, www.gasbijoux.com
Gérard Darel,
www.gerarddarel.com
Givenchy, www.givenchy.com
Guerlain, www.guerlain.com
Hermès, www.hermes.com
Iro, www.iroparis.com
John Dalia, www.johndalia.com
Kenzo, www.kenzo.com
La Martinière,
www.editionsdelamartiniere.fr
Lalique,
www.lalique.com
Lancôme,
www.lancome.fr
Le Seuil,
www.seuil.com
Lise Charmel,
www.lisecharmel.com
Lolita Lempicka,
www.lolitalempicka.com
Longchamp,
www.longchamp.com
Longines, www.longines.fr
Maje, www.maje.com
Mauboussin,
www.mauboussin.fr
Max Mara, www.maxmara.com
Miu Miu, www.miumiu.com
Oméga, www.omegawatches.com
One More, www.one-more.be
Paul Smith, www.paulsmith.com
Paule Ka, www.pauleka.com
Pinel & Pinel,
www.pineletpinel.com
Prada, www.prada.com
Relais & Châteaux,
www.relaischateaux.com
Roche Bobois,
www.roche-bobois.com
Rolex, www.rolex.com
Swatch, www.swatch.com
S. T. Dupont,
www.st-dupont.com
Tara Jarmon,
www.tarajarmon.com
Ti Sento, 01-48-13-95-95
Un Jour Ailleurs,
www.unjourailleurs.com
Uniqlo, www.uniqlo.com
P.88-MISE EN BOUCHE
Chanel, www.chanel.com
Dior, www.dior.com
Dolce & Gabbana,
www.dolcegabbana.fr
Givenchy,
www.givenchybeauty.com
Glossier, www.glossier.com
Guerlain,
www.guerlain.com
Le Rouje de Paris,
www.rouje.com
Shiseido,
www.shiseido.fr
Sisley,
www.sisley-paris.com
Tom Ford,
www.tomford.com
L’ E X P R E S S d i X
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Alhambra célèbre la chance depuis 1968
Haute Joaillerie, place Vendôme depuis 1906
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