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L'Express - 19 12 2018 - 25 12 2018

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
GILETS JAUNES LES AMBIGUÏTÉS D’UN MOUVEMENT
lexpress.fr • no 3520 semaine du 19 au 25 décembre 2018
LES FRANÇAIS
LEURS
ET LEUR
PRÉSIDENTS
SIDEN
SPÉCIAL 40 PAGES
60 ans d’amour
et de haine
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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Chopard est partenaire historique et chronométreur officiel de la Mille Miglia,
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Cette semaine
dans
La semaine
8 On en parle, la planète express,
9
la découverte, Plantu...
Les exclusifs
Opinions
16 Christian Makarian, Anne
En France, un bon président est
un président retraité ; un excellent
président est un président mort
page 52
Levade, Laurent Alexandre,
Jacques Attali
Le dossier de l’express
“Comment
mettre des
mots sur
ce mouvement
polymorphe ?”
24 Les Français
et leurs présidents
 Ségolène Royal : « On n’est
pas visionnaire tout seul »
 Devine quel président
vient dîner
 Jean-Pierre Raffarin :
« Une affaire de proximité
et de distance »
 Les archives de L’Express
 Le dîner Macron - de Gaulle,
imaginé par Christophe Barbier
France
66 Gilets jaunes : les ambiguïtés
page 66
Cela fait deux ans que nous vivons
à Alppikatu. Je suis heureux que
nous n’ayons plus à être dans la rue.
Ici, on nous donne tout ce dont
on a besoin
page 76
d’un mouvement
70 Souâd Ayada, la guerrière
CRÉDITS DE UNE : A.-G. AMIOT/LEZILUS
A. PITTON/NURPHOTO/AFP - M. KOUTANIEMI POUR L’EXPRESS - GETTY IMAGES/ISTOCKPHOTO
74
de Blanquer
Alexandre Djouhri : un lourd
dossier d’extradition
Monde
76 Sans-abri : le miracle finlandais
80 Revenu de base : la Finlande
à l’heure du bilan
Economie
82 Les Français sont-ils
88
90
sous-payés ?
Grandes écoles cherchent
millions
Déchiffrage
Découverte
92 Robots-soldats : programmés
pour tuer
“ON A DÛ REPASSER AUX QUARANTE
HEURES HEBDOMADAIRES, TRAVAILLER
CERTAINES SEMAINES QUARANTE-HUIT
HEURES, EN SE LEVANT À 4 HEURES
DU MATIN LE WEEK-END. TOUS CES
EFFORTS POUR RIEN” page 82
Des machines
de guerre pilotées
par une intelligence
artificielle, capables
d’ouvrir le feu de leur
propre initiative
page 92
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
5
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“Pour parvenir
à la comprehension
du monde, il est nécessaire
de ne pas trop en voir,
mais de bien regarder
ce que l’on voit” page 96
“J’ESPÈRE BIEN QUE LE RETOUR
DE MARY POPPINS SUSCITERA
CHEZ TOUS LES SPECTATEURS
DE LA NOSTALGIE ET, POURQUOI
PAS, LES FERA RETOMBER
EN ENFANCE” page 100
Cette semaine
dans
Culture
96 Joel Meyerowitz : homme
100
102
104
112
de couleurs
Emily Blunt : “Je n’ai pas envie
de faire semblant”
Les Géo Trouvetou du dico
La librairie de L’Express
Le guide des arts et spectacles
Idées
116 Dossier spécial : réconcilier
Si “covoiturage” s’est imposé face
à car pool, et “navette” face à shuttle,
“en flux” peine à chasser streaming
page 102
les Français
Interviews d’Ezra Suleiman
et de Dominique Schnapper,
et contributions de Yascha
Mounk et de Myriam Revault
d’Allonnes
Styles
122 La mode : les habits neufs
du cachemire
124 L’auto : Audi e-Tron,
l’électrique bourgeois
125 La montre : Hublot Big Bang
Unico Special One, droit au but
126 Les tables : le goût de Florence
130 Le style de… Gilles Legardinier
M. BARRETT /SDP - J. BELL POUR DISNEY - R. MALINGRËY - SDP
La fibre précieuse,
douce et chaude,
fabriquée à partir
du poil d’une chèvre
de Mongolie,
fait son retour sous
toutes ses formes,
et de toutes
les couleurs
page 122
10
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
Ce numéro, toutes éditions confondues, a été tiré
à 285 830 exemplaires.
L’Express : cahier no 1 (édition générale : 132 pages).
Déposé : encart My Cuisine 100 pages sur une sélection
d’abonnés.
Jeté : publiscopie Provence-Alpes-Côte d’Azur 16 pages
sur une sélection de kiosques. Publiscopie Bretagne
16 pages sur une sélection de kiosques.
en ligne
Les éditions numériques de L’Express
sont disponibles sur votre tablette
ou votre smartphone.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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la semaine
L’ATTENTAT
R
émy Heitz ne s’attendait
pas du tout à devoir
monter au front
de l’antiterrorisme trois
semaines seulement après sa
prise de poste. Le 12 décembre,
au lendemain de la tuerie
perpétrée par un djihadiste
en marge du marché de Noël,
à Strasbourg, le tout nouveau
procureur de Paris s’est livré
à l’exercice de la conférence
de presse, devant une grappe
de micros et de caméras.
Veste et cravate sombres
sur chemise blanche, Heitz
est apparu grave et ému en
livrant les détails glaçants des
meurtres puis de la traque qui
s’organisait afin de retrouver
le fugitif. Même si le magistrat
a plutôt le profil du diplomate
réservé, il a laissé apparaître son
trouble. Une émotion qui s’est
traduite par une – infime –
maladresse : les feuilles de son
discours lui ont glissé des mains
et il a dû les ramasser à terre.
Le surlendemain, pour décrire
précisément la fin de la cavale
de Cherif Chekatt, abattu
par la police, Rémy Heitz avait
visiblement pris de l’assurance.
Un peu d’expérience, déjà,
mais sans doute aussi parce qu’il
avait là un dénouement à
annoncer, plutôt qu’un suspense
anxiogène à entretenir.
Se sent-il prêt à incarner le
visage de la lutte antiterroriste?
Est-il de taille pour se glisser
dans les habits de « François
Molins superstar »? Après les
attentats de 2015, le procureur
à l’accent du Sud-Ouest était
devenu le plus connu des
8
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
DPA PICTURE ALLIANCE/AFP
Baptême
du feu pour
le procureur
de Paris
Emu Rémy Heitz a laissé paraître son
trouble lors de la conférence de presse
qui a suivi la tuerie de Strasbourg.
magistrats en France, celui
auquel les citoyens se
raccrochaient lorsqu’ils avaient
peur. Encore tout débutant
dans cette fonction hors normes,
hypermédiatisée, Rémy Heitz
a encore des progrès à faire.
Un signe : lors de ses deux
conférences de presse,
à Strasbourg, il n’a pas souhaité
répondre aux questions
des journalistes, exercice
ô combien périlleux.
L’homme a construit sa carrière
loin des médias, mais il a su
se faire apprécier de ses
collègues grâce à sa simplicité,
sa capacité d’écoute et son
aptitude à mettre les mains dans
le cambouis. Le 13 décembre,
il a tenu à participer aux
opérations d’identification
du cadavre de Cherif Chekatt,
loin de sa tour d’ivoire.
Le 4 décembre, pendant
la cérémonie d’installation
au tribunal de Paris, Heitz
rayonnait, portant dans ses bras
deux charmantes têtes blondes,
ses petits-enfants. Une mine
joyeuse, donc, qui tranche
avec celle que sa fonction nous
donnera à voir. François Koch
ON EN PARLE
Quelle est la spécificité
d’un procureur de
la République de Paris?
C’est le chef du plus gros
parquet de France, fort de
119 magistrats, où sont gérées
des affaires politico-financières
sensibles, qui intéressent le
pouvoir en place ou l’opposition.
Tant que le parquet national
antiterroriste n’est pas créé,
le parquet de Paris est
compétent pour cette matière
sur tout le territoire.
Quel est le parcours
de Rémy Heitz?
Deux fois procureur, mais
assez brièvement, à Saint-Malo
et à Metz, Heitz a surtout
fait carrière en cabinet auprès
d’hommes de droite, de Pascal
Clément à Jean-Pierre Raffarin,
et à l’administration centrale,
au ministère de la Justice.
Comment a-t-il
été choisi?
Dans la hiérarchie judiciaire,
c’est le poste le plus délicat. La
preuve, le candidat pressenti par
la garde des Sceaux a été audité
à Matignon. Mais l’Elysée n’en a
pas voulu, préférant Rémy
Heitz, 55 ans, dont l’échine est
réputée pour sa souplesse.
Voudra-t-il et saura-t-il gagner
ses galons d’indépendance?
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… et se plagie
Dans ce même discours,
une phrase a retenu
l’attention : en décrétant
« l’état d’urgence
économique et sociale »,
le chef de l’Etat a copié
son prédécesseur.
Le 31 décembre 2015,
peu après les attentats
de Paris, François Hollande
déclare : « S’il y a un état
d’urgence sécuritaire,
il y a aussi un état
d’urgence économique
et sociale. » Or cette
expression vient de son
ministre de l’Economie,
Emmanuel Macron,
qui lui a écrit dans une note
que les attentats étaient
notamment dus à la
déshérence économique
et sociale de certains
territoires. Trois ans
plus tard, les territoires
concernés ne sont plus
les mêmes, mais
la déshérence est
toujours là. C. L.
Mercredi 12 décembre, Emmanuel Macron reçoit
des patrons – tout le CAC 40, notamment, est là –
pour les mobiliser en faveur du pouvoir d’achat.
Après une introduction du chef de l’Etat, c’est Geoffroy Roux de Bézieux (photo) qui prend la parole. Le
président du Medef prononce un discours brillant
sur le thème : l’heure est grave. Mais termine par
une petite remarque – on est prêts à s’engager, mais
il faut que l’Etat se réforme – qui ne plaît pas au
président de la République. « Nous avons réalisé
des centaines de choses depuis dix-huit mois »,
commente aussitôt Macron. Puis, tandis que Roux
de Bézieux regagne sa place, le locataire de l’Elysée
assène : « Le patriotisme ne se négocie pas. » Le
courant ne passe décidément pas entre le pouvoir
et le patron des patrons. Le 6 décembre, sur Radio
Classique, Richard Ferrand lance : « Il faut que les
entreprises prennent aussi leurs responsabilités.
Lorsque j’entends Geoffroy Roux de Bézieux vouloir
la hausse du smic et demander à l’Etat de la financer
seul, je me dis que les irresponsables ne sont pas que
politiques. » Dès qu’il découvre ce propos, le président du Medef téléphone au président de l’Assemblée nationale. Les deux hommes ne se connaissent
pas, mais Ferrand est dans une telle colère qu’il
préfère ne pas le rappeler tout de suite. C. L. et E. M.
N. MAETERLINCK/BELGA/AFP
Macron corrige Macron…
Lors de son allocution
du 10 décembre,
corrigée jusqu’au dernier
moment sur le prompteur,
le chef de l’Etat évoque
la difficile situation
des handicapés.
Son discours est traduit
en langue des signes
et sous-titré, pour la
première fois depuis
qu’il est élu. C’est Sophie
Cluzel, secrétaire d’Etat
chargée des Personnes
handicapées, qui a fait
cette demande à l’Elysée.
Durant la campagne, les
discours étaient traduits.
Le jury
de Rugy
Le samedi
9 juin 2018,
400 citoyens,
tirés au sort,
avaient
débattu des
sujets liés
à la politique
énergétique
de la France,
à l’occasion de
la révision de la
programmation
pluriannuelle
de l’énergie (PPE),
à l’Assemblée
nationale,
alors présidée
par François de Rugy.
Devenu ministre de la
Transition écologique,
celui-ci veut réunir le même
jury pour poursuivre
l’échange, cette fois dans
le cadre du grand débat
voulu par Emmanuel
Macron. E. M.
C. PLATIAU/REUTERS
C. TRIBALLEAU/AFP
Le patron des patrons agace
En cas de dissolution
Prévoyant, le
Rassemblement national
(ex-FN) commence à
investir virtuellement
des candidats dans chaque
circonscription en cas
d’élections législatives
anticipées. Beaucoup des
anciens candidats de 2017
ont quitté le parti, certains
pour rejoindre Les
Patriotes de Florian
Philippot. « Ils n’étaient
pas forcément investis
dans les circonscriptions
les plus mauvaises pour
nous », pointe du doigt
un dirigeant. A. S.
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
9
M. YALCIN/ANADOLU AGENCY/AFP
LES EXCLUSIFS
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S. MAMBO/REUTERS
la semaine
LA PLANÈTE EXPRESS
(RDC). Car rien n’aura été épargné à
cet ancien ponte de la compagnie
pétrolière Mobil. Ni la trahison ni
la violence. La trahison ? Désigné
– à la surprise générale – « candidat
commun de l’opposition »
le 11 novembre à Genève, le fougueux
natif du Bandundu (Ouest)
doit encaisser, dès le lendemain,
le reniement de deux de ses
éphémères alliés, les vétérans Félix
Tshisekedi et Vital Kamhere. La
violence ? La police et les boutefeux
de la « kabilie » entravent, à balles
réelles si besoin, la campagne du
champion de la coalition Lamuka
– « réveille-toi », en langue lingala –,
RDC : Martin
Fayulu, l’outsider
maudit
S
i d’aventure il échoue, lors
du scrutin présidentiel
du 23 décembre, à supplanter
Emmanuel Ramazani Shadary,
le poulain du sortant Joseph Kabila,
son challenger Martin Fayulu (photo)
pourra s’atteler à l’écriture d’un traité
de l’adversité politique en
République démocratique du Congo
bloquant son cortège ici, empêchant
là son bimoteur à hélices de décoller.
Deux tués au moins le 12 décembre
à Kalemie, chef-lieu du Tanganyika,
dans le sud-est de l’ex-Zaïre. Autant
la veille à Lubumbashi. Trois jours
avant, Fayulu avait dû, sur fond
d’affrontements entre militants,
renoncer à battre les estrades
à Kindu (Nord-Est). Lui qui persiste
à récuser l’usage de « machines
à voter » à écran tactile made in
Korea, rebaptisées par ses adeptes
« machines à tricher », le sait mieux
que personne : le clan Kabila peut
imposer le scrutin à tour unique et
en avoir plus d’un dans son sac. V. H.
LA DÉCOUVERTE
J. GAERTNER/SCIENCE PHOTO LIBRARY/AFP
Alzheimer, une maladie transmissible?
10
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
Pas de panique! Non, Alzheimer n’est pas une maladie contagieuse
comme la grippe ou la gastro-entérite. En revanche, plusieurs études, dont
l’une publiée dans la revue Nature, laissent penser que cette pathologie
neurodégénérative pourrait se transmettre d’un individu à l’autre lors
de certains actes médicaux. En cause, la protéine bêta-amyloïde, qui
commence à s’accumuler dans le cerveau des années avant l’apparition
des premiers symptômes. Celle-ci pourrait en effet souiller des instruments
chirurgicaux lors d’interventions cérébrales et contaminer d’autres patients
en cas de réutilisation. Le même processus pathologique d’accumulation
de cette protéine redémarrerait alors. Des cas très rares, mais qui appellent
à des investigations complémentaires, selon John Collinge, de l’UCL
Institute of Prion Diseases (Londres), à l’origine de cette découverte. S. Bz
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N. TUCAT/AFP
la semaine
L’HISTOIRE ÉCO
« Trahison »
à Blanquefort
L
âcheté », « mensonge » : Bruno
Le Maire n’a pas eu de mots assez
durs pour dénoncer la décision
du groupe Ford de fermer son usine
de Blanquefort, spécialisée dans
les boîtes de vitesses. Une « trahison »
qui va entraîner le licenciement des
850 salariés du site et qui a, selon lui,
pour unique objectif « la volonté de faire
monter son cours de Bourse ». Depuis
plusieurs mois, le ministre bataille
en effet pour que Ford valide le plan
de reprise du belge Punch Powerglide.
L’Etat, la métropole de Bordeaux
et la région avaient même accepté
d’apporter un soutien financier de
15 millions d’euros. Un plan qui, certes,
ne prévoyait de garder que 400 des
employés du site, mais qui était le seul
en lice. Pour appuyer cette offre, les
syndicats avaient même accepté un gel
des salaires sur trois ans et une perte de
trois jours de RTT. Las ! Le constructeur
américain a indiqué que la proposition
de Punch Powerglide lui semblait
présenter des « risques significatifs ».
Il craint surtout, en cas d’échec du
repreneur, d’être contraint de reprendre
l’usine, comme cela a été le cas en 2010,
un an après l’avoir vendue à un industriel
allemand. FO a dénoncé des « patrons
voyous qui ont su profiter en 2015
des 25 millions d’euros de subventions
publiques ». Bruno Le Maire dit espérer
pouvoir convaincre Ford de faire marche
arrière… Mais y croit-il vraiment ? E. B.
12
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
LA PERSONNALITÉ
H. FRANZEN/TT NEWS/REUTERS
«
Greta Thunberg,
la tornade verte
Avec ses longues tresses un peu
ébouriffées, la Suédoise Greta Thunberg,
15 ans, a l’air d’une élève disciplinée.
Que l’on ne se méprenne pas, elle sait aussi
ce qu’elle veut. La preuve : l’adolescente,
fille d’une chanteuse d’opéra et d’un ancien
acteur, a arrêté de manger de la viande
et ne prend plus l’avion. Diagnostiquée Asperger, la jeune fille prône
aussi la désobéissance civile. Et ses appels à la grève internationale
pour le climat dans les écoles sont suivis par une flopée de gamins
sur la planète. Tous les vendredis depuis plusieurs mois, la demoiselle
fait l’école buissonnière et s’installe pour un sit-in devant le Parlement,
à Stockholm. Très remontée contre les adultes, qu’elle juge coupables
d’une dangereuse inaction, elle martèle sans relâche qu’elle ne
veut pas d’un avenir traversé d’ouragans, de canicules et de crises
migratoires. Ses armes pour le faire savoir? Des hashtags
comme #Climatestrike, des vidéos et de multiples interventions
médiatiques, notamment lors de la récente Cop24. I. H.
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LES EXCLUSIFS
MODERNITÉS
E. DUNAND/AFP
La face cachée
de nos photos… de profil
Insupportables
journalistes
La presse chargée
de suivre les
déplacements
d’Emmanuel
Macron est dans
le collimateur
du Groupe de
sécurité de la
présidence de
la République.
Selon nos
informations,
ce dernier a
demandé à la
1re compagnie
de CRS, qui lui
est rattachée,
de renforcer
les équipes
encadrant les
journalistes.
Motif invoqué?
« Ils courent
partout et ne
respectent pas les
consignes. » Onze
fonctionnaires ont
donc été appelés
en renfort. B. F.
A chacun
ses radicaux
Le ministère de
l’Intérieur met la
dernière main
à une circulaire
visant à mieux
répartir entre ses
services le suivi
des personnes
soupçonnées de
radicalisation
islamiste. A la
DGSI, le « haut
du spectre »,
c’est-à-dire les
14
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
profils les plus
sensibles. Au
Service central
du renseignement
territorial et
à la Direction
du renseignement
de la préfecture
de police
de Paris,
la catégorie
intermédiaire.
Les services
de police non
spécialisés et
de la gendarmerie
se voient confier
le « bas du
spectre ». A. V.
Afrique :
l’ombre
islamiste
L’Arabie saoudite
et la Turquie
ont, ces dernières
années, accru
leur offre de
bourses au profit
d’étudiants
ouest-africains
et sahéliens.
« D’où, s’inquiètet-on à l’Elysée, la
diffusion au sein
de cette jeunesse
d’un islam
wahhabite et
salafiste en
rupture avec
les pratiques
traditionnelles
locales. Ne nous
leurrons pas : un
nouveau rapport
de force s’impose,
que la France doit
assumer. » V. H.
P
armi les problématiques
que les réseaux sociaux ont
introduites dans nos vies,
évoquons l’épineuse question
de la photo de profil. On peut en
dégager quelques tendances.
La photo « Tu me vois, mais
tu me vois pas vraiment »
Très à la mode : la photo qui en
montre un peu, mais pas trop.
L’individu souhaite exprimer
une certaine pudeur et indique
qu’il n’est pas dupe de ces
mises en scène égocentriques.
Une silhouette, un visage
à moitié dans l’ombre, caché
par des mains ou le col d’un pull.
Si tu m’aimes, tu dois m’aimer
pour autre chose que pour mon
physique. Physique dont je
laisse dépasser juste ce qu’il faut
pour que tu comprennes quand
même qu’il est avantageux.
La photo artistique
Ici, c’était dans une zone
industrielle désaffectée,
c’était à la fois beau et
désolé comme paysage,
je me suis assis là, sur
ce muret inconfortable,
pour profiter de l’instant.
Là, j’étais derrière une
vitre, il pleuvait.
Mon amie Famke
(elle est flamande)
a attrapé son boîtier
argentique ; je n’ai
même pas vu qu’elle
prenait la photo,
je réfléchissais à une
phrase du philosophe
Gilles Deleuze.
La photo humour
Celle-ci reprend les
codes sus-cités
(exemple : regard dans
le vague) en les insérant
dans un contexte insolite.
Par
Elodie Emery
Chroniqueuse
Toilettes, cortège de la Manif
pour tous… Grosse poilade.
La photo punk
Elle représente l’individu en
train de fumer une clope, dans
une attitude exprimant très
clairement son je-m’en-foutisme.
Il est là, mais, franchement,
ça le soûle, il pourrait très bien
ne pas être là. D’ailleurs, il
déteste Facebook. Il te laisse,
il a un concert (c’est lui qui joue).
Variante de la photo punk, mais
plus radicale encore : le sujet ne
figure même pas sur la photo.
La photo « Ah bon, je suis belle ? »
Doit être prise sur le vif. Elle n’est
jamais posée, elle est parfois un
peu floue. Elle relève du plus
pur des hasards. Et il se trouve
que, de manière complètement
fortuite, la personne représentée
est super bien foutue. Mais il/elle
n’avait même pas remarqué,
les considérations esthétiques
ne l’intéressent pas du tout.
La photo en couple
Elle voudrait dire : « Regardez
comme nous sommes beaux
et bien assortis, on dirait une
pub, pas vrai ? » Hélas !
Elle exprime plutôt la
jalousie et le
désespoir : « Je suis là,
j’existe, cette
personne est en
couple avec moi, OK ?
On est heureux, on fait
du scooter à Mykonos,
donc bas les pattes,
inutile de flirter. » Parfois,
la photo se double de la
mention « En couple »,
cochée dans l’espoir que
le ou la partenaire en fasse
de même sur son profil…
La suite sur le site et l’appli
de L’Express.
B. BACOU/PHOTONONSTOP/AFP
la semaine
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IMP RU DENCE / PHOTO : CYRIL ROBIN
CRÉATEURS D’OCCASIONS DEPUIS 1993
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OMEGA SPEEDMASTER
MOONWATCH 2016
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W W W. C R E S U S . F R
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
OPINIONS
AFFAIRES ÉTRANGÈRES, PAR
CHRISTIAN MAKARIAN
TRUMP CERNÉ PAR LES SIENS
I
l en faudra bien davantage pour que Donald
Trump en rabatte, mais cela devrait lui rappeler qu’il ferait mieux de balayer devant sa
porte. L’arrogant président américain, qui s’est
délecté des difficultés auxquelles Emmanuel
Macron doit actuellement faire face, vient d’essuyer
un revers particulièrement significatif.
A l’issue d’un vote en forme de sanction, le
Sénat a adopté à une nette majorité (56 voix contre
41) une résolution demandant la fin du soutien américain à l’Arabie saoudite dans la sale guerre qu’elle
mène contre les rebelles chiites houthis du Yémen.
Pour la première fois depuis sa mise en vigueur,
en 1973, le War Powers Act, qui autorise le Congrès à
limiter les pouvoirs présidentiels dans le cadre
d’une intervention militaire au-delà de soixante
jours, a été utilisé. Fait notable, cette motion, venue
du camp démocrate, a reçu l’appui de sept sénateurs
républicains.
Il reste à Donald Trump la possibilité de mettre
son veto à cette proposition de loi, ce qu’il a promis de
faire au cas où la Chambre des représentants l’adopterait à son tour. Sauf que, dans la foulée de ce vote
hautement symbolique, le Sénat a approuvé – à l’unanimité – une deuxième résolution, qui juge que
le prince héritier Mohammed ben Salmane est « responsable de l’assassinat de
Jamal Khashoggi », l’éditoriaJamais
liste saoudien du Washington
la fonction
Post atrocement assassiné le
2 octobre dernier.
présidentielle
un cran supplémenn’avait été à ce taireC’est
dans la crise qui oppose
point dégradée le président à sa majorité au
sujet d’un conflit qui est à l’origine de la plus grave crise humanitaire actuelle
(10 000 morts). Avant même l’élimination de Khashoggi, la grogne montait déjà parmi les républicains
et, bien entendu, au sein des congressmen démocrates, contre cette guerre absurde à laquelle
Washington contribue par son soutien logistique. Ces
deux votes ciblent la responsabilité personnelle de
« MBS » et, à travers lui, remettent sérieusement en
question la ligne présidentielle.
16
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
Le refus obstiné de condamner fermement le
régime saoudien devient pour Trump un problème
croissant, et son argumentation purement économique, qui repose sur les promesses saoudiennes
d’achats pharaoniques d’armements américains (plus
de 100 milliards de dollars), se heurte aux principes
mêmes sur lesquels se basent les fondamentaux
patriotiques républicains.
D’une part, Khashoggi était résident américain, ce
qui fait de son assassinat et du dépeçage de sa dépouille un crime qui bafoue la souveraineté américaine; d’autre part, cette affaire met la Maison-Blanche
en porte-à-faux avec la quintessence de l’appareil
d’Etat. Après une enquête minutieuse, il s’avère,
d’après le Washington Post, que la CIA a démonté la
thèse saoudienne selon laquelle « MBS » n’avait aucune
connaissance du sort qui attendait Khashoggi.
C
ontre le Sénat et ses propres services
de renseignement, Trump reste le seul
à accréditer la thèse officielle de Riyad
en émettant des doutes sur l’implication
de « MBS ». Il a ainsi permis au Congrès de
s’ériger en une institution qui s’estime responsable
de la politique étrangère des Etats-Unis, au détriment
de la Maison-Blanche : jamais la fonction présidentielle n’avait été à ce point dégradée. Même les ténors
républicains font la distinction entre un pays allié, stratégiquement et économiquement essentiel, et un régime qui a dépassé toutes les limites; pas la présidence.
C’est une nouvelle illustration de l’incompétence
de Trump, devenue un réel accablement pour ceux
qui le soutiennent. Récemment, l’ancien secrétaire
d’Etat Rex Tillerson, remplacé par Mike Pompeo, a
déclaré qu’il avait eu du mal à s’entendre avec un chef
« qui est plutôt indiscipliné, qui n’aime pas lire, qui ne
lit pas les rapports, qui n’aime pas aller dans le détail… » En rétorsion, Tillerson a reçu des qualificatifs
présidentiels choisis : « bête comme ses pieds », « fainéant comme une couleuvre ». II ne fait décidément
pas bon avoir travaillé avec Trump.
Christian Makarian est directeur de la rédaction délégué
à L’Express et éditorialiste.
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OPINIONS
L
d’un cinquième des parlementaires, soit 185 députés
’acronyme a fleuri samedi sur les pancartes
et sénateurs, que doivent soutenir un dixième des
et les banderoles des gilets jaunes : « RIC »,
électeurs, soit 4,5 millions – qu’ils garantissent qu’elle
pour référendum d’initiative citoyenne. Préne puisse jamais être appliquée.
sentée comme une revendication qui perAlors, que serait le RIC que les gilets jaunes veumettrait de sortir de la crise démocratique
lent voir adopter ? A ce stade, il y a plus de questions
que vit la France depuis plus d’un mois, la proposition
que de réponses. Combien de citoyens ? Suffisamest simple : prévoir dans la Constitution qu’un certain
ment pour que l’initiative soit significative et suffinombre de citoyens puissent déclencher l’organisasamment peu pour que le seuil
tion d’un référendum. Que n’y
soit atteignable. On évoque le
a-t-on pensé avant ? Eh bien juschiffre de 700000, soit 1,5 % des
tement, il y a des siècles que l’on
électeurs. Pourquoi pas. Quant
y pense, et chaque fois l’idée est
au temps pour le recueil des
rapidement abandonnée.
signatures, rien n’est dit alors
En faveur du RIC, la théorie
que le point est essentiel.
qu’il donnerait corps au principe démocratique d’un gouvernement du peuple, par le peuple
nitiative sur quoi ? Là, on
et pour le peuple puisqu’il oflit tout et n’importe quoi.
frirait au peuple, dépossédé de
Sur une proposition de
l’exercice de sa souveraineté au
loi ? Mais qui la rédige ?
profit de ses représentants entre
Et la loi pourra-t-elle pordeux élections, la possibilité de
ter sur tout sujet ou seulement
se réapproprier le pouvoir de désur ceux qui peuvent en l’état
L’ENVERS DU DROIT, PAR
cider. Condorcet déjà le préconiêtre soumis à référendum ? Et
sait lorsqu’il suggérait de mettre
quid d’une révision constituen place un « moyen légal de rétionnelle ? En Suisse, on le peut ;
clamation » permettant la « cenen France, nul ne semble l’évosure du peuple sur les actes de
quer. En revanche, les gilets
la représentation nationale ».
jaunes souhaitent qu’il perLe projet était celui d’une démette d’abroger une loi votée
mocratie de surveillance ou de
par le Parlement ou de révoquer
contrôle populaire, mais il fut
un élu ; c’est un régime d’affronemporté par le coup d’Etat qui
tement entre le peuple et ses
ouvrit le régime de la Terreur.
représentants qui se profile.
Un siècle plus tard, le bouEt puis, un référendum dans
langisme remit le référendum
quel délai ? Avec ou sans possiau goût du jour, louant les verbilité pour les différentes institus de l’« appel au peuple », qui
tutions d’amender le texte que
permet de « vider en un jour »
le peuple veut voir voter ? Avec
les grandes querelles. Déjà, on
ou sans seuil minimal de particitait la Suisse en modèle. C’est
cipation ? Et puisque les gilets
par peur des dérives plébiscitaires qu’on renonça.
jaunes se réfèrent à l’exemple de la Suisse, accepteEnfin, sous la Ve République, le débat fut encore reront-ils que le Parlement puisse, en France aussi,
lancé. Alors que la Constitution fait, depuis 1958, une
décider de la nullité de l’initiative ?
part inédite au référendum, par deux fois fut propoEst-ce vraiment dans une démocratie du conflit
sée, en 1993 et 2007, l’institution d’un référendum
permanent que nous voulons vivre ? On comprend
d’initiative minoritaire, adopmieux pourquoi, chaque fois qu’il a été proposé, le
tée lors de la révision de 2008.
référendum d’initiative citoyenne a finalement été
Le principe : un
Sous couvert d’accroître
abandonné. Sans doute la piste sera-t-elle à nouveau
explorée, mais il y a fort à parier qu’à RIC soit bientôt
gouvernement les droits du citoyen, c’est un
monstre
juridique
qui
a
été
accolé RIP, pour Requiescat in pace.
du peuple, par
créé. Une procédure complexe
le peuple et
reposant sur des seuils telleAnne Levade, professeure des universités, est agrégée de droit
pour le peuple ment élevés – la proposition
public et préside l’association française de droit constitutionnel.
I
ANNE
LEVADE
LE “RIC”, UNE
VIEILLE IDÉE
TOUJOURS
ABANDONNÉE
18
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
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OPINIONS
DEMAIN SERA VERTIGINEUX, PAR
LAURENT
ALEXANDRE
LA RÉVOLUTION JAUNE
EST UN BÉBÉ FACEBOOK
L
e deus ex machina de l’élection d’Emmanuel
Macron a occulté pendant dix-huit mois la
crise existentielle de la partie la plus défavorisée des classes moyennes. « La crise politique et sociale qui nous guette depuis trente
ans est arrivée. Nous n’avons pas su relever le défi. Par
lâcheté peut-être. Par faiblesse sûrement. Par renoncement, c’est certain. Nous n’avons pas réformé alors
que tous les autres réformaient. Et, en punition, nous
avons eu le pire des deux mondes. Plus de dépenses
publiques et moins de services publics. Plus de dettes
et moins de justice. Plus de mots et moins d’actes »,
explique le sénateur Claude Malhuret. La révolution
jaune est d’abord l’extériorisation d’une colère silencieuse : la certitude de ne compter pour rien, de vivre
dans un monde injuste et rendu plus angoissant
encore par la ghettoïsation communautariste. Les
angoisses identitaires des « petits Blancs » que sont
les gilets jaunes ont été niées et méprisées par les « No
Border ». Le discours décroissantiste a de surcroît
intoxiqué les beaux quartiers : les trottinettes, c’est
fabuleux à Saint-Germain-des-Prés, beaucoup moins
quand le logement est à 30 kilomètres du travail.
E
n réalité, 62 % des Français font passer le pouvoir d’achat et le prix de l’énergie avant les
préoccupations écologiques. Cette crise vient
donc de loin, et elle s’est accélérée avec le tsunami technologique qui bouleverse le paysage médiatique. La révolution jaune a été grandement facilitée par la réforme de Facebook, qui s’est
transformé pour répondre
aux critiques sur son rôle
Les angoisses
dans la diffusion de fake
identitaires des news et la déstabilisation de
« petits Blancs » la campagne électorale américaine. Mark Zuckerberg a
ont été
favorisé la construction de
méprisées
« groupes » en mettant en
20
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
avant les contenus partagés par
les amis et les communautés.
« Un écureuil mourant dans votre
cour peut être plus important pour
vous à un moment donné que les
gens mourants en Afrique », dit-il
pour justifier cette évolution. Les
gilets jaunes ont grossi grâce à cette transformation
de Facebook, qui devient un outil extraordinaire
pour organiser des jacqueries 2.0 dans chaque département, puisqu’il favorise les contenus produits par
sa communauté locale. La montée en puissance de la
révolution jaune sur Facebook a été comprise avec
retard : les élites médiatiques et politiques sont sur
Twitter et non sur Facebook, qui devient le média des
classes populaires et moyennes.
A
vant même ses bénéfices économiques et
sociaux, la technologie a d’importants
effets secondaires politiques. Pour le dire
brutalement : l’intelligence artificielle (IA)
lamine les classes moyennes avant de guérir le cancer. La révolution jaune est donc doublement
causée par l’IA, qui marginalise les classes moyennes
– cette crise va durer des décennies – et qui permet
d’organiser la révolte via les réseaux sociaux qu’elle
pilote. Facebook est le nouveau cocktail Molotov mais
on ne sait pas qui le lance. La régulation des médias
est inadaptée au monde actuel : un Etat démocratique
ne peut vérifier ce qui s’affiche de façon différenciée
sur des millions d’écrans grâce aux IA. Les gouvernements occidentaux souhaitent que les Gafa fassent la
police médiatique : cela reviendrait à nommer Mark
Zuckerberg et les patrons de Google rédacteurs en
chef du monde, et donc leur confier la définition de la
vérité! La démocratie s’autoampute. L’accord annoncé
le 12 novembre 2018 entre le président Macron et
Mark Zuckerberg interpelle : qui va contrôler les
modifications des algorithmes de Facebook souhaitées par le gouvernement français ? De minimes
modifications du paramétrage des IA de Facebook ou
de Google peuvent faire basculer Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen ou d’autres dans l’anonymat.
Chirurgien, énarque, entrepreneur,
Laurent Alexandre est aujourd’hui business angel.
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OPINIONS
L
es débats du jour nous rappelPERSPECTIVES, PAR
lent une évidence : si l’on veut
soulager la misère des plus
pauvres et réduire les inégalités qui se creusent aujourd’hui
à l’échelle du monde, la seule façon est
de prendre l’argent aux très riches (et
pas seulement aux moins pauvres).
C’est bien ce que proposent les
économistes, oubliant que le monde
ne se réduit pas à une tarte aux
pommes dont on pourrait modifier à
sa guise la répartition des parts : dans
un monde où, presque partout, la
liberté de circulation des capitaux est
ment, il faudrait instaurer un Etat de droit planétaire,
devenue la règle, les très riches disposent de capitaux
démocratiquement décidé, qui permettrait de fixer
et pas seulement de patrimoines ; ils ont des richesses
des échelles autorisées (avec minima et maxima) de
nomades qu’ils peuvent exporter s’ils veulent fuir leur
revenus et de fortune. C’est, évidemment, hors de
taux d’imposition. Bien des débats à la mode sur « un
portée et pas forcément souhaitable ; mais c’est pournouveau contrat social » ou sur « une nouvelle répartant ce que sous-entendent ceux qui parlent d’impôt
tition du capital mondial » oublient cette évidence :
massif sur le capital, ou d’échelle limitée des revenus.
même si on le regrette, les capitaux votent aussi.
Aussi, dans bien des pays, comme on ne réussit pas
à imposer justement les très riches (de peur de les voir
l est une autre façon d’agir. Elle est plus diffipartir ou parce qu’ils sont déjà partis), on prend surtout
cile, moins démagogique, elle attire donc
à ceux qui ont un peu de patrimoine pour le donner à
moins les médias. Mais elle est plus efficace.
ceux qui n’en ont pas du tout. Terrible conclusion : une
Elle consiste à égaliser au plus haut les règles
véritable réduction des inégade la fiscalité du capital dans les zones de libre
lités
est
incompatible
avec
la
circulation
des marchandises et des gens ; à imposer
Idéalement,
liberté de circulation des capile capital investi en actions, comme l’est déjà le capiil faudrait
taux. Cela conduirait à penser
tal immobilier, à moins qu’un montant équivalent à
instaurer un
qu’il faut revenir sur cette
cet impôt ne soit réinvesti durablement dans des
liberté de circulation des capientreprises socialement et écologiquement utiles ; à
Etat de droit
taux, refermer nos frontières et
réduire énergiquement la pauvreté extrême en
planétaire et
interdire aux entreprises de
augmentant le revenu minimum de tous ceux qui
démocratique gérer leur trésorerie, et aux pardépendent d’un tiers pour leur subsistance ; et surtout
ticuliers d’obtenir librement
à créer les conditions pour que chacun puisse réussir
des devises, pour leurs affaires, leurs voyages, leurs
sa vie. En clair, à tout faire pour que tous puissent
achats, leurs vacances. Possible? Peut-être.
devenir riches, et pas pour que chacun cesse de l’être.
Mais sans cette liberté, au moins partielle, on ne
Cela suppose de la formation égale pour tous ; de
peut espérer attirer des investissements étrangers, ni
l’accès au crédit égal pour tous ; du respect, de l’assisles voir créer des emplois. On ne peut que fermer ses
tance, et surtout, et c’est le plus difficile, de l’accès à
frontières aux biens, aux services, aux idées et aux
des réseaux d’influence égal pour tous.
gens. Tous les exemples historiques le démontrent.
On comprend alors que la lutte contre les inégaliAlors ? Faut-il renoncer à réduire les inégalités ?
tés est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux
Ou faut-il se contenter de prendre aux classes
économistes ou aux fiscalistes. Qu’elle est d’abord une
moyennes sans pour autant satisfaire les plus démuaffaire de sociologues, de juristes, de pédagogues.
nis, sous les applaudissements des plus riches, partis
Et qu’elle relève d’un des « métiers » les plus imporau loin jouir de leurs fortunes ?
tants qui soit, avec celui de parent, et qui ne s’apprend
Tel est le non-dit derrière les débats, que la plunulle part : celui d’aider les autres à prendre confiance
part des économistes, de droite comme de gauche,
en eux.
masquent. Pour défendre des causes différentes, mais
en réalité parfaitement alignées. Que faire pour
Ecrivain, auteur de nombreux romans et essais,
Jacques Attali est président de la fondation Positive Planet.
réduire les obscènes injustices du monde ? Idéale-
JACQUES
ATTALI
CAPITAL,
TRAVAIL ET MONDE
I
22
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
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Les Français et
leurs présidents
Du général de Gaulle à Emmanuel Macron, soixante ans d’amour
et de haine. La statue du Commandeur vacille désormais sur son socle.
Par Eric Mandonnet
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D
ANNE-GAËLLE AMIOT/LEZILUS
«
ix ans, ça suffit » : c’était
en 1968, les Français
en avaient marre de
De Gaulle, que les manifestants voulaient
envoyer « au couvent ».
« Macron démission » : cette fois, à
peine dix-huit mois se sont écoulés depuis l’élection, et voilà que des gilets
jaunes envahissent le territoire, avec
des aspirations ô combien diverses, à
l’exception d’une : chasser le chef de
l’Etat. En 1968, quand le président
prend la parole, il ne courbe pas
l’échine. Le 24 mai, il lance à la télévision : « Les événements m’ont imposé,
en plusieurs graves occasions, le devoir d’amener notre pays à assumer
son propre destin, afin d’empêcher
que certains ne s’en chargent malgré
lui. J’y suis prêt, cette fois encore.
Mais, cette fois encore, cette fois surtout, j’ai besoin – oui, j’ai besoin – que
le peuple français dise qu’il le veut. » Et
il dégaine un référendum. Le 30 mai,
le Général réapparaît, toujours droit
dans ses bottes, même s’il change
d’arme institutionnelle : « Etant le détenteur de la légitimité nationale et
républicaine, j’ai envisagé depuis
vingt-quatre heures toutes les éventualités sans exception qui me permettraient de la maintenir. J’ai pris mes
résolutions. Dans les circonstances
présentes, je ne me retirerai pas. […]
Je dissous l’Assemblée nationale. » Le
10 décembre 2018, le ton d’Emmanuel
Macron est tout autre face au « malaise » : « Sans doute n’avons-nous pas
su depuis un an et demi y apporter une
réponse suffisamment rapide et forte.
Je prends ma part de cette responsabilité. Il a pu m’arriver de vous donner le
sentiment que ce n’était pas mon
souci, que j’avais d’autres priorités. Je
sais aussi qu’il m’est arrivé de blesser
certains d’entre vous par mes propos. »
Cinquante ans séparent ces deux
épisodes. La figure présidentielle a
mauvaise mine, la statue du Commandeur vacille sur son socle. L’histoire
entre les Français et leurs chefs d’Etat
n’a rien perdu en tumultes. S’il fallait
la résumer d’une phrase : dans notre
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
“ON N’EST PAS
VISIONNAIRE
TOUT SEUL”
Conseillère de François Mitterrand à l’Elysée, ministre,
finaliste de l’élection présidentielle de 2007, Ségolène Royal*
parle avec une grande liberté. Et ne mâche pas ses mots.
Propos recueillis par Eric Mandonnet
M. ROSENSTIEHL/SDP
pays, un bon président est un président
retraité; un excellent président est un
président mort. « On ne s’use que si on
sert, bien qu’on sache que ceux qui ne
servent à rien s’usent beaucoup », avait
remarqué Mitterrand, dix ans après
son élection. L’exercice du pouvoir nuit
à la bonne santé du couple chef de
l’Etat-opinion, et de plus en plus : selon
l’Ifop, le score de satisfaction le plus
faible qu’ait connu de Gaulle est 42 %;
Valéry Giscard d’Estaing a abaissé le
plancher à 35 %, François Mitterrand,
à 22 %, François Hollande, à 13 %.
Avec 23 %, Emmanuel Macron a encore un peu de grain à moudre. Il a eu
la chance d’échapper pour le moment
à une interrogation taboue, mais à laquelle son prédécesseur, lui, ne coupa
pas : en 2014, l’Ifop, pour Le Figaro Magazine, demande aux Français si François Hollande doit « quitter son poste ».
Ils sont 62 % à le souhaiter. La mise en
cause du chef de l’Etat est longtemps
restée rarissime en France. Jusqu’alors,
la question de son départ en cours de
mandat n’avait été posée qu’en lien
avec une défaite de la majorité aux
législatives, entraînant une cohabitation (Mitterrand), ou après une victoire
du non à un référendum (Chirac).
Foule sentimentale, les Français
ont soif d’idéal. Ils ont eu la curieuse
idée de placer leurs liens avec le premier d’entre eux sur le terrain du cœur.
S’ils reprochent aux responsables
publics de changer souvent d’avis, euxmêmes ne manquent pas de versatilité.
« Je suis l’homme le plus haï de France,
cela me donne une chance, n’est-ce
pas, d’en être un jour le plus aimé »,
notait Mitterrand après Mai 68. Il demeurera à l’Elysée 5 079 jours, record
désormais impossible à battre. « Les
Français n’aiment pas mon mari », se
plaignait Bernadette Chirac après le
fiasco du maire de Paris à la présidentielle de 1988, qui l’emportera la fois
suivante – tout ça pour inventer le septennat de deux ans, en ratant la dissolution de 1997, avant d’être réélu avec
le meilleur score de la Ve. Et dire que le
président est censé être « la clef de
voûte »… Est-ce ainsi que des institutions meurent? E. M.
l’express Comment
définiriez-vous la relation
qu’un président ou
une présidente doit établir
avec les Français ?
Ségolène Royal Emmanuel Sieyès a donné la clef :
le pouvoir vient d’en haut,
la confiance, d’en bas. Tout repose sur
une alliance des contraires. Il faut de
la verticalité, c’est évident, donc incarner et montrer de l’autorité. Et il
faut de l’horizontalité, qui se traduit
par une capacité d’empathie, de compréhension, de démocratie participative… Si l’un des deux vient à manquer, le dispositif dans son ensemble
est déstabilisé. J’ajouterai un troisième élément, la capacité de guider
un pays vers un horizon, donc à être
visionnaire. Or on n’est pas visionnaire tout seul, donc il faut de l’écoute
pour parler juste. Si cela ne fonctionne
pas toujours, c’est parce que la Ve République, avec l’élection du président
de la République au suffrage universel direct, déforme la réalité. Tout
d’un coup, vous avez quelqu’un qui se
sent investi du pouvoir suprême,
presque monarchique, et qui oublie
qu’il a été aidé, pour être là, par une
conjonction de forces politiques mais
aussi de citoyens. La plupart de ceux
qui arrivent là arrivent aussi, certes,
avec leur talent, mais à la suite aussi
d’une grande part de hasard. Avant,
c’était le hasard de la naissance, le fils
du roi devenait roi. Aujourd’hui,
quand on regarde les derniers scrutins, avec notamment la montée du
Front national, l’affaire Strauss-Kahn
une fois, l’accident Fillon une autre
fois, on constate une part de hasard
dans la victoire. Si on observe le nombre d’électeurs par rapport au nombre
de citoyens, on constate que tous les
présidents sont désormais minoritaires en voix, ce qui devrait conduire
à une certaine humilité. Mais l’euphorie de l’élection conduit à un manque
de prudence. Ils pensent que l’incarnation va se faire tout naturellement,
ils oublient que le processus est inverse : ils ont la légitimité de l’élection,
ils doivent construire une légitimité
dans l’adhésion du pays. Un échec est
d’autant plus regrettable que les Français, qui sont très tolérants quand ils
ont voté pour quelqu’un, en connaissant ses forces mais aussi ses faiblesses, lui accordent leur confiance.
Il y a une intelligence dans le peuple
français, qui a compris le sens de l’élection et qui est prêt à reconnaître la
légitimité suprême. Le peuple donne
avec générosité sa confiance, alors,
lorsque celle-ci est trompée, ou quand,
dès les premiers mois de l’exercice du
pouvoir, la stupéfaction ou la déception succèdent à la tranquillité, le choc
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Les Français
et leurs présidents
M. BUREAU/AFP
ou simplement une exception
à la règle ?
Candidate En 2007, au stade Charléty, à Paris, devant une « grande famille» de 50000 personnes.
est terrible. C’est l’été raté de François
Hollande avec ses photos en maillot
de bain et la hausse des impôts, le
yacht de Bolloré, le Fouquet’s et le
« Casse-toi, pauv’ con ! » de Nicolas
Sarkozy, Emmanuel Macron avec la
suppression immédiate de l’ISF. Des
fautes majeures ont été faites dans
les trois derniers quinquennats dès
le début des mandats, qui ont cassé
la générosité de la confiance populaire envers la personne élue. Comment ont-ils pu commettre de telles
fautes, c’est cela le plus étonnant…
Nous, les élus locaux, ne faisons
jamais ces erreurs.
Diriez-vous que François Mitterrand
est le dernier président de la verticalité
qui, un temps, suffisait ?
S. R. François Mitterrand et Jacques
Chirac ont un point commun : ils ont
à la fois la verticalité et la territorialité,
ils ont aussi accordé à la culture et à
l’Histoire une place importante. Evidemment, ce n’était pas la même
époque. L’un et l’autre, dont les comportements privés n’étaient pas irréprochables, auraient-ils résisté à l’hyper transparence des réseaux sociaux
et à cette espèce d’espionnage malsain
dont leurs successeurs ont été les
cibles ? Toujours est-il qu’ils avaient
tous les deux une prestance et une autorité naturelles dans l’exercice du
pouvoir – parfois un peu forcées, d’ailleurs –, tout en étant ancrés dans les
territoires, même si c’était aussi parfois mis en scène. Chirac avait été parachuté en Corrèze, mais on sentait
qu’il aimait le contact avec les agriculteurs, ce n’était pas frelaté. Mitterrand, également, était enraciné dans
sa Charente, cela correspondait à
la France des clochers. Mais cette
France a changé.
Emmanuel Macron est le premier
président à être élu sans avoir
auparavant écrit une histoire avec
le pays. Est-ce le signe d’une évolution
« Des fautes majeures
ont été faites dans
les trois derniers
quinquennats dès le
début des mandats »
S. R. Les deux. On ne peut pas
faire exception de cet ancrage
territorial en France. Emmanuel
Macron s’est entouré de gens
qui sont, eux aussi, coupés de
cette territorialité. Il aurait dû
choisir des personnes qui fassent contrepoids, or on n’a jamais eu un gouvernement avec
autant de technocrates, qui,
entre nous, sont du niveau pour
être d’excellents chefs et cheffes
d’administration dans un ministère, mais n’ont pas le calibre
pour être ministres. On a aussi
un système parlementaire trop
étouffé, alors que les élus pourraient faire remonter des territoires des anomalies, lancer des
signaux d’alerte, par exemple
sur les taxes…
Comment la société française
a-t-elle évolué dans sa perception
du président de la République ?
S. R. C’est une perception moins sacralisée avec le temps, mais je pense
que les Français ne s’opposeraient
pas du tout à davantage de solennité,
qu’il s’agisse de l’allure, de la rigueur,
du respect des règles, de la présence
de la France sur la scène internationale, de l’autorité morale. Nous voulons désormais un exercice assez
simple du pouvoir et sommes prêts à
accepter certains défauts s’il existe
la garantie d’un pacte national qui
fonctionne.
Entre les présidents
et les Français, est-ce d’abord
une histoire irrationnelle ?
S. R. Il y a quelque chose qui sort du
registre politique, c’est la question du
charisme. Ce n’est pas une alchimie
rationnelle, mais quelque chose qui
vient des tripes, qui interroge la cohérence du personnage entre ce qu’il dit
et ce qu’il fait, la façon dont il s’exprime, l’intelligence émotionnelle,
la capacité de communiquer, ce qui
est sincère et ce qui ne l’est pas, la
résistance sur la durée. C’est sûr que
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
27
F. PERRY/AFP
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Autre époque En 1992, dans le Marais poitevin, avec François Mitterrand, «qui avait à la fois la verticalité et la territorialité».
lorsque au bout de six mois, on découvre un autre personnage que celui
imaginé, la déception est grande.
En plus, les Français détestent se dire
qu’ils se sont trompés !
Or, à chaque élection
présidentielle désormais, les Français
constatent qu’ils se sont trompés
puisqu’ils renvoient celui qu’ils ont
élu la fois d’avant…
S. R. Oui, c’est pour cela qu’il faudrait
un seul mandat de six ans non renouvelable. Je vois bien toutes les objections des ambitieux, qui se disent que
personne ne va les respecter s’ils ne
peuvent pas être reconduits. Pourtant, cela éviterait de penser au prochain mandat, or c’est ce qui conduit
à faire le plus d’erreurs. Dès qu’on est
élu, on est obsédé par sa réélection.
Un mandat au cours duquel on n’a de
comptes à rendre qu’au peuple français, par rapport à la trace que l’on va
laisser dans l’Histoire, cela donnerait
beaucoup de liberté au président ou à
la présidente, y compris vis-à-vis de
ceux qui l’ont soutenu(e) !
Jusqu’à quel point un président
ou une présidente peut-il encore
modifier ses liens avec les Français
28
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
une fois qu’ils se sont précisés et
souvent dans le sens d’une dégradation?
S. R. Je pense, comme Roosevelt, que
les cent premiers jours sont très importants. Les trois derniers présidents
n’ont pas adhéré à cette thèse sur les
cent jours. Ils s’en sont même moqués.
Or on imprime dès le départ, en bon ou
en mal, et on n’efface que rarement.
Du seul point de vue du lien avec
vos concitoyens, quel est le moment
le plus fort de votre campagne de 2007?
S. R. L’immense rassemblement de
50 000 personnes au stade Charléty !
Toute la France est venue, la France
rurale comme la France métissée des
quartiers, les familles avec enfants, les
retraités comme les jeunes. Quelque
chose se passe, un échange, une fusion affective, c’est curieux à se dire,
« La déception peut
être grande. Et les
Français détestent
se dire qu’ils se sont
trompés »
mais on se comprend, comme dans
une grande famille qui veut être heureuse de vivre dans le même pays. La
démocratie n’est pas un miracle mais,
dans ces moments, elle y ressemble.
En quoi votre relation avec tous
les Français, quel qu’ait été leur vote,
a-t-elle changé après votre campagne ?
S. R. Il n’y a pas un jour où on ne me
parle pas de 2007. Cela m’intrigue.
C’est peut-être parce que je suis une
femme. Il y a un lien différent qui se
noue, sur la protection, le soin – c’est
peut-être à rebours du féminisme de
dire cela, mais je crois au contraire
que c’est le nouveau féminisme que
d’assumer le lien d’apaisement, affectif et maternel, qu’une femme peut
avoir. Un sociologue décrivait récemment l’hystérisation de la société française avec tous ces conflits à répétition,
ces guerres d’ego et les réformes brutales dues aux excès de désinvolture.
Autrefois, on parlait d’une gestion de
bon père de famille, aujourd’hui, c’est
peut-être en bonne mère de famille
qu’il faudrait diriger : de façon tranquille et apaisée.
* Elle vient de publier Ce que je peux
enfin vous dire (Fayard).
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DEVINE QUEL
PRÉSIDENT
VIENT DÎNER
Giscard, Sarkozy, Hollande... tous se sont aventurés
chez des Français ordinaires. Attention, terrain glissant.
Par Jean-Baptiste Daoulas
U
n président ne devrait pas
entrer comme ça. Venu à
l’improviste dans un immeuble de l’île de SaintMartin, le 30 septembre
dernier, Emmanuel Macron se laisse
photographier avec deux jeunes torse
nu. Le casting fait mauvais genre : le
premier est un repris de justice, l’autre
30
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
fait un doigt d’honneur à l’objectif. Les
prédécesseurs du chef de l’Etat sont
bien placés pour le savoir : une visite
présidentielle, ça se prépare. Quand
c’est au domicile des Français, ça se
blinde. Terrain glissant, pour l’invité
comme pour ses hôtes d’un jour.
« Est-ce que tu pourrais nous dire
qui vient dîner ? » Sur la table dressée
dans la salle à manger de Jean et Annick Baschou, à Orléans, deux petits
cartons sont restés blancs. Des invités
mystère, quelle incongruité ! Voilà
deux semaines que la maîtresse de
maison garde le secret pour raisons de
sécurité. Ses lèvres brûlent, mais il est
encore trop tôt pour mettre au parfum
les deux couples invités à fêter le
réveillon du 31 décembre 1975. « Si
c’était le président de la République,
tu ferais d’autres chichis que ça ! » la
taquine une convive. Cette année-là,
on plaisante beaucoup sur la passion
du jeune successeur de Georges Pompidou pour les dîners chez des Français ordinaires. Tout a commencé en
janvier avec les Cucchiarini, ce couple
du VIIe arrondissement de Paris, lui
encadreur, elle femme au foyer. Puis
les familles de M. Demagny, chauffeur
routier des Yvelines, de M. Furet, sapeur-pompier parisien… Les Français
en plaisantent tellement qu’un modeste couple limougeaud a été victime
d’un canular en février, rapporté par
le journal Le Monde : « Le président de
AFP
Pas dupes ? « L’aristo chez
les petits ouvriers agricoles,
ça faisait un peu coup de pub ! »
Le 24 octobre 1975, VGE s’invite
chez les Nehou, dans l’Eure.
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Les Français
et leurs présidents
« C’ÉTAIT SIMPLE
ET CONVIVIAL»
Le chef de l’Etat s’enquiert de la vie
quotidienne de la tablée. Il fraternise
avec les chefs de famille, un éducateur technique en menuiserie, un ingénieur et un militaire, en évoquant
des souvenirs du régiment. Coincé
dehors depuis le début de soirée, son
chauffeur est invité à entrer pour
trinquer à la nouvelle année.
« C’était simple et convivial », se
souvient pour L’Express Annick
Baschou, encore enchantée. Un
réveillon presque banal. A ceci
près que l’Elysée le relatera par le
menu à la presse.
Même à l’époque des balbutiements de la communication
politique moderne, les hôtes ne
sont pas dupes. « Il y avait de la
sincérité dans cette volonté de
voir les gens de plus près, concède
aujourd’hui Christiane Nehou.
Mais l’aristo chez les petits ouvriers agricoles, ça faisait un peu
coup de pub ! » Le 23 octobre
1975, la jeune femme va dîner
chez ses beaux-parents à Grossœuvre (Eure). D’épaisses tentures ont été accrochées aux fenêtres, comme pour masquer la
Un réveillon presque
banal. A ceci près que
l’Elysée le relatera
par le menu à la presse
vue depuis l’extérieur. Mme Nehou
mère se fait un sang d’encre depuis
plusieurs semaines. Si elle a écrit à
l’Elysée quelques mois plus tôt, c’est
pour demander au président de la République une décoration pour son
père, ancien combattant de la Première Guerre mondiale. Bien sûr, elle
a mentionné par politesse qu’elle serait ravie que le chef de l’Etat la lui remette en personne, mais sans s’imaginer qu’on la prendrait au mot. Et voilà
l’Elysée qui la rappelle pour organiser
un dîner, elle qui a si peu l’habitude
de recevoir ! Le cabinet du président
a sans doute noté que les six fils de
M. Nehou, garde champêtre, exercent
des métiers manuels. Le chef de l’Etat
souhaite justement les promouvoir.
La DS noire arrive dans le brouillard, escortée par des motards. Le président a tenu à conduire lui-même
« Parler vrai » Le 15 mars
2011, Nicolas Sarkozy rend
visite à Sophie Poux,
productrice de lait dans
le Tarn-et-Garonne.
P. PAVANI/AFP
la République viendra dîner chez
vous, demain soir. Préparez-lui des
cuisses de grenouilles. » Les malheureux ont obtempéré.
Pas de cuisses de grenouilles pour
le réveillon des Baschou, mais un
lapin élevé par monsieur, des haricots verts du jardin et un dessert à la
crème. Sans oublier l’assiette de charcuterie et de foie gras que l’Elysée a
fait livrer discrètement quelques
heures plus tôt. Dans le salon, le
poste de télévision diffuse le traditionnel message de fin d’année enregistré par Valéry Giscard d’Estaing.
« C’est lui qui vient dîner ! » finit par
lâcher Annick. Devenue « rouge
comme une tomate », une amie du
couple assiste quelques minutes plus
tard à l’arrivée du couple présidentiel, venu sans conseiller ou service
de sécurité apparent.
ce soir-là. Placée à table à sa gauche,
Roselyne, la fille de la maison, n’ose
ouvrir la bouche que pour manger.
« J’étais jeune, je n’aurais jamais posé
des questions, raconte-t-elle. Aujourd’hui, on n’est plus aussi impressionné lorsqu’on rencontre des personnalités publiques. On les voit tous
les jours à la télévision. » Heureusement, le maire du village est là pour
faire des salamalecs. Comme par enchantement, un responsable local du
journal Paris Normandie arrive en milieu de repas pour interroger Valéry
Giscard d’Estaing. « Il nous a juré que
ce n’était pas lui qui avait convoqué la
presse », s’amuse Christiane Nehou.
La maîtresse de maison se détend au
fil du repas. Les tournedos accompagnés de pommes de terre cuites au feu
de bois sont un succès. La tarte aux
fruits de saison aussi. Elle sera moins
ravie de découvrir le lendemain que
des badauds ont piétiné son potager
en espérant apercevoir le président de
la République. Pour ces Français ordinaires, le quart d’heure de célébrité a
également des inconvénients. Les
lettres d’insultes anonymes et les
remarques aigrelettes d’opposants
politiques en font partie. Le harcèlement médiatique, aussi.
« Si vous écrivez n’importe
quoi, il y aura des conséquences! »
Une demi-heure après notre
entretien, Lucette Brochet nous
rappelle depuis Vandœuvre-lèsNancy (Meurthe-et-Moselle) pour
nous mettre en garde. La retraitée de 72 ans a été vaccinée
contre la presse après la visite de
François Hollande chez elle, le
29 octobre 2015. Au lendemain
du déplacement présidentiel,
l’ancienne infirmière se confie
innocemment à BFMTV sur la
préparation de la visite par l’Elysée et la mairie. Le café, les petits
gâteaux, les fleurs et même les
chaises ont été apportés dans
son petit appartement pour
l’occasion. Des conseillers du
président sont venus préparer
l’entretien et lui ont déconseillé
d’apostropher François Hollande
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
31
« Truqué » François
Hollande chez Lucette
Brochet, retraitée,
le 29 octobre 2015,
en Lorraine.
sur l’immigration. Il n’en faut pas
plus pour que la polémique s’emballe
autour d’un déplacement sur le
logement présenté comme truqué.
« C’était une gaffe. Lucette n’avait pas
besoin d’être briefée pour savoir ce
qu’elle devait dire », tacle Stéphane
Hablot, le maire de la ville. Présenté à
l’époque comme complice d’une mise
en scène, l’élu ne décolère pas contre
les « gangsters » de l’équipe de communication de François Hollande.
Les sollicitations de la presse sont si
envahissantes que la retraitée doit se
réfugier une dizaine de jours chez sa
fille. Cher payé pour quelques minutes en compagnie du chef de l’Etat.
« J’ai été cassée par la journaliste de
BFM », soupire-t-elle. Et si c’était à
refaire ? « Ça valait le coup pour François Hollande. Il est gentil, convivial,
il se sentait à l’aise chez moi », répond
quand même Lucette. Mais, cette foisci, elle n’accepterait dans son salon
personne d’autre que le maire de
Vandœuvre-lès-Nancy pour assister à
la rencontre. Sans doute poussé par
la mauvaise conscience, l’ancien
président s’est engagé à revenir la
voir. Il n’a, à ce jour, toujours pas tenu
promesse.
32
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
F. FLORIN/AFP
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Pour rester maître chez soi, mieux
vaut avoir du caractère. L’agricultrice
Sophie Poux en a. Sélectionnée parmi
un panel de Français, elle crève
l’écran en secouant Nicolas Sarkozy
sur le plateau de TF1 en janvier 2010.
Le président s’engage à venir lui rendre visite dans sa ferme. Treize mois
plus tard, voilà ses conseillers costumés et cravatés en Tarn-et-Garonne
pour préparer le déplacement. Ils veulent mettre le camion de la laiterie
voisine dans le décor. Ce sera joli. Elle
refuse. Inviter le président d’un syndicat ? Niet ! Sophie Poux est dure en
affaires. Elle veut montrer le quotidien d’une vraie ferme. Reboucher les
nids-de-poule devant l’entrée, passe
encore, mais pas question de laisser
la DDE refaire la route. Elle exige
d’avoir un entretien privé avec Nicolas
Dans les familles, on
montre aux jeunes des
albums photo jaunis
par les années
Sarkozy, hors caméra. « Ce n’est pas le
protocole », lui répond-on. « Le protocole, je m’en fous ! »
Le 15 mars 2011, Nicolas Sarkozy et
son ministre de l’Agriculture, Bruno Le
Maire, sont dans la cuisine des Poux
pour prendre un café. La presse et les
conseillers sont restés à la porte. Le
chef de l’Etat se lave les mains dans
l’évier, elle lui tend une serviette pour
s’essuyer. « Vous avez une femme de
caractère ! Comment vous faites pour
la gérer? » lance-t-il au mari. « Je ne la
gère pas! » Sophie Poux en profite pour
l’alerter sur le désespoir de la filière
laitière et le besoin d’une régulation
européenne. « Il s’est peut-être servi de
moi pour sa communication, mais j’ai
réussi à lui parler vrai, se félicite-t-elle.
Il nous a fait des prêts bonifiés, a débloqué des fonds contre la sécheresse,
mais même un chef d’Etat ne peut pas
contrôler l’agroalimentaire et l’Europe. » Quelques mois plus tard, le préfet de Tarn-et-Garonne la contacte
pour la décorer de l’ordre national du
Mérite. Elle n’accepte qu’à une condition : que Nicolas Sarkozy officie. Le
président l’invite le 20 décembre à
l’Elysée pour la cérémonie. Elle s’y
rend avec un dossier à lui remettre :
« Je suis toujours là pour bosser! »
« CE N’EST PAS RIEN,
CE QUI EST ARRIVÉ»
Sophie Poux a une idée pour occuper
ses vieux jours : écrire un livre avec
tous les courriers échangés pour préparer la visite présidentielle. « Ce n’est
pas rien, ce qui est arrivé », résume
Roselyne Nehou. Dans sa famille
comme chez les Baschou, on montre
aux jeunes générations des albums
photo jaunis par les années. A Grossœuvre, il arrive encore aux passants
de marquer un temps d’arrêt devant
la maison, vendue il y a déjà plusieurs
années, devant laquelle un président
de la République gara sa DS un soir de
brouillard. Lucette Brochet est souvent interpellée par des quidams dans
les rues de Vandœuvre-lès-Nancy. Ils
ont l’impression de l’avoir déjà vue
quelque part. « Je les laisse chercher! »
assène la retraitée. J.-B. D.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération. Droits réservés PONANT. Document et photos non contractuels.
Crédits photos: © PONANT/ Philip Plisson / François Lefebvre. * 0.09 €TTC/ min.
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1958-1969
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LES ANNÉES
DE GAULLE
A l’époque, L’Express peine à s’emballer pour
le général. Qui poursuit sa longue histoire avec
le pays, à une époque où l’autorité présidentielle
n’est pas un vain mot.
21 septembre 1960 Il fait savoir
qu’il considère Georges Pompidou
comme son dauphin.
17 septembre 1963 Le général
opère un rapprochement
diplomatique avec l’Union soviétique.
6 septembre 1962
Le chancelier Konrad Adenauer
et l’homme du 18 juin scellent la
réconciliation franco-allemande.
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L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
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Les Français
et leurs présidents
19 juillet 1965
Yvonne de Gaulle,
née Vendroux,
exerce une
influence discrète
sur son époux.
Il se murmure
qu’elle ne
souhaite pas
le voir se
représenter
à l’élection
présidentielle
de décembre.
4 novembre 1968
Conséquence des réformes sociales
concédées au printemps : le franc
est menacé de dévaluation.
13 mars 1967 « A ce huitième scrutin depuis son retour (trois
législatifs, un présidentiel, quatre référendums), le général garde
le pouvoir, écrit L’Express, mais ce n’est plus tout à fait le même. »
28 avril 1969
Démission
fracassante
du général à la suite
de son référendum
raté. Le président
du Sénat, Alain
Poher, assure
l’intérim.
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
35
1969-1974
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16 juin 1969 Georges Pompidou succède au général de Gaulle,
dont il a été le Premier ministre d’avril 1962 à juillet 1968.
29 septembre
1969 Trop
de charges,
trop de
subventions,
pas assez
de croissance :
la situation
économique
du pays
inquiète
le pouvoir.
23 février 1970 Une visite du chef de l’Etat à Chicago est perturbée
par une violente manifestation. La communauté juive américaine
reproche à la France d’avoir vendu des Mirages à la Libye.
LES ANNÉES
POMPIDOU
Il voulait qu’on arrête d’« emmerder
les Français ». Entre le pays et lui s’est noué
un lien particulier, provincial et littéraire,
qu’a subitement interrompu sa mort.
36
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Les Français
et leurs présidents
10 avril 1972
Référendum
sur l’élargissement
de l’Europe
à la Grande-Bretagne,
au Danemark,
à l’Irlande
et à la Norvège.
20 décembre 1971 Face
à l’organisation d’un
futur marché commun
européen, les Etats-Unis
menacent de renforcer
le protectionnisme.
25 mars 1974 Georges
Pompidou n’a plus que
quelques jours à vivre.
Le 27 mars, il avoue
enfin à son
gouvernement qu’il
souffre d’un cancer.
Il s’éteint le 2 avril.
24 avril 1972 L’abstention
au référendum sur
l’élargissement de l’Europe
atteint un record pour l’époque,
presque 40 %.
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
37
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“UNE AFFAIRE
DE PROXIMITÉ
ET DE DISTANCE”
Ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin a bien connu
Giscard, Chirac et Sarkozy. Il a observé Mitterrand et Hollande,
il scrute Macron. De tous, il parle sans détour.
Propos recueillis par Eric Mandonnet
l'express Parmi les présidents que
vous avez connus ou observés, quel
est celui qui a su établir la meilleure
relation avec ses concitoyens ?
B. MEHRI/AFP
Jean-Pierre Raffarin Au
sens global, c’est d’évidence,
pour moi, Jacques Chirac. Il
avait une relation d’estime,
de respect réciproque avec
les Français. Valéry Giscard
d’Estaing, le plus réformateur, a parfois donné le sentiment de se placer au-dessus des Français. François Mitterrand a voulu faire
partager ses deux passions, l’Histoire et
le peuple de gauche. Nicolas Sarkozy a
obtenu plus de considération que d’affection. Pour François Hollande, il est
trop tôt pour juger, il faut attendre que
les Français prennent conscience qu’il
a été président!
Jacques Chirac n’a pas toujours
été bien vu de ses concitoyens…
J.-P. R. Il a eu un vrai lien avec les
Français, fondé sur le respect. Chirac
respectait les gens, il savait les écouter, il raccompagnait ses visiteurs.
Le respect est fonction, non pas du
QI, mais du QD, le quotient démocratique, temps d’écoute/temps de parole. Je suis frappé de voir chez les
jeunes représentants politiques que
leur temps de parole est trois fois leur
temps d’écoute. Chez Jacques Chirac,
38
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
c’est l’inverse, et c’est ainsi que s’établit la reconnaissance de l’autre, qui
est à la base de la considération. Comment respecte-t-on quelqu’un dans
la société moderne, où l’aspiration à
l’expression est fondamentale ? En lui
donnant du temps.
Un président doit-il vraiment
marcher à l’affectif, pour reprendre
le titre d’un de vos livres ?
J.-P. R. Il est difficile de séparer le
lien entre le président et les Français
de la situation du moment politique.
Je pense, par exemple, qu’en situation
paisible, de croissance modérée et de
cohésion sociale normale, un Sarkozy
n’a pas un lien affectif suffisant. Dans
une crise lourde, dans une situation
où un rapport de force avec Trump
ou Poutine s’imposerait, le lien entre
Sarkozy et l’opinion serait nettement
plus fort. La dimension affective est
d’autant plus forte que la situation est
calme, le lien d’autorité est d’autant
plus fort que la situation est anxiogène. L’affectif est fondé sur le
respect, c’est-à-dire sur l’écoute, l’autorité est fondée sur la décision, c’està-dire la parole. C’est aussi comme
cela que se construit la variation entre
proximité et distance. Mais, attention,
la séduction peut être le contraire de
l’affectif, car c’est une parole, pas une
écoute.
A quoi voyait-on chez ces présidents
leur souci de l’opinion ?
J.-P. R. Considérer, c’est donner,
donner du temps et de l’écoute.
Quelqu’un qui quitte une salle ou qui
s’attarde à la fin d’une réunion publique, cela ne produit pas le même
effet. Celui qui est toujours pressé,
qui arrive en retard et repart en
avance, celui qui bouscule le temps
ne donne pas le sentiment de la
considération.
Quand
Giscard
comprend trop vite, quand Sarkozy
montre son impatience, cela peut
leur être reproché.
Tous les présidents partagent-ils
une attitude comparable par rapport
aux sondages de popularité ?
J.-P. R. Tous y sont évidemment
attentifs, l’impact est plus ou moins
fort sur leur psychologie et leur pédagogie. Sarkozy ponctuait souvent son
argumentation du bon indicateur, un
sondage ou le taux d’audience d’une
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Les Français
et leurs présidents
J.-P. R. Il apparaît depuis quelques
mois que la gestion des crises aurait
pu être mieux maîtrisée en tenant
davantage compte de l’expérience.
Affranchi Jean-Pierre
Raffarin, Nicolas Sarkozy,
Jacques Chirac et Dominique
Perben, le 14 juillet 2003.
émission. Il avait le besoin de donner
une preuve à ceux qui, à un moment
ou un autre, lui disaient qu’il n’empruntait pas la bonne voie, cela
servait d’argument d’autorité.
Tous ont-ils la même connaissance
du peuple français ?
J.-P. R. Chacun appréhende le peuple
français à sa manière. La force de Giscard est sa vision, son approche est cohérente mais peut apparaître élitiste.
Celle de Mitterrand est historique et
provinciale. Celle de Chirac est plus
personnelle que collective. Benoit XVI
disait que « chaque personne est nécessaire ». Ce pourrait être du Chirac.
Au fond, Giscard voit des intelligences,
Mitterrand, des histoires, Chirac, des
personnes, Sarkozy, des forces, Hollande, des habiletés.
Emmanuel Macron est le premier
président de la République à être élu
sans avoir auparavant écrit
P. WOJAZER/REUTERS
Jusqu’à quel point un président
peut-il encore modifier ses liens avec
les Français une fois qu’ils se sont
précisés, et souvent dans le sens
d’une dégradation ?
une histoire avec le pays. Est-ce
le signe d’une évolution ou
simplement une exception
à la règle ?
J.-P. R. Plutôt une exception. La société est nouvelle, les mœurs, les
idées, les organisations, les communications, les espaces changent profondément. Donc le monde nouveau est
vrai en matière de société, mais je
ne crois en rien au monde nouveau
en matière de pouvoir. Jules César,
Machiavel, Lao-tseu… ont tout dit sur
l’exercice du pouvoir. On peut avoir
besoin d’un visage neuf après d’autres, il n’empêche, l’exercice du pouvoir est l’un des plus complexes de
l’action humaine et, en cela, il est
assez peu compatible avec les improvisations.
Ce qui fut la force d’Emmanuel
Macron pendant la campagne
de 2017 est-il devenu sa vraie faiblesse
dans la crise des gilets jaunes ?
J.-P. R. La Ve République donne des
pouvoirs considérables au président
de la République. En 1976, Valéry Giscard d’Estaing est confronté à une impopularité réelle, cela ne l’empêche
pas de gagner les législatives de 1978.
On a vu Nicolas Sarkozy, après une
brillante présidence européenne, regagner des positions fortes dans l’opinion publique. On a aussi vu un président condamné par une dissolution
triompher à la présidentielle suivante.
Dans la Ve, rien n’est définitif pour le
président.
Comment, de son côté, la société
française a-t-elle évolué
dans sa perception du président ?
J.-P. R. On assiste à une banalisation
progressive de la fonction, qui atteint
son point d’orgue avec François Hollande. Il est toutefois juste de noter que
cette banalisation s’expliquait par une
forme d’indifférence à l’égard de tous
les politiques. Les Français ont pris leur
distance, qui était liée à une forme d’insouciance. C’est la gravité qui rappelle
le politique, elle est là aujourd’hui,
dans le monde comme en France.
Les Français sont-ils ingouvernables?
J.-P. R. Non. La société française est
assurément très complexe, mais je
ne crois pas que tout dépende du courage. Il en faut, bien sûr, mais la politique est d’abord un métier d’art. Il
s’agit de pousser la réforme le plus
loin possible, la limite étant celle de la
cohésion sociale. Si on la casse, alors
on bloque et on recule. Le courage et
l’idéologie sont des concepts dangereux. Il y a des reculs généreux, il faut
savoir partager les victoires. En politique comme ailleurs, ne reçoit que
celui qui donne.
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
39
1974-1981
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LES ANNÉES
GISCARD
D’ESTAING
La modernité séduit avant qu’une terrible
crise économique ne bouleverse le pays.
L’opinion le fera payer cher au président,
dont le style et l’attitude n’arrangeront
rien à la situation.
2 septembre 1974 Début de mandat
tonitruant. L’âge de la majorité
passe de 21 à 18 ans. Et le
gouvernement s’apprête à défendre
24 février 1975 Frappée
par les chocs pétroliers,
la France s’enfonce dans
l’après-Trente Glorieuses.
23 décembre 1974 Giscard
reçoit pour la première fois
son homologue américain Gerald
Ford à la Martinique. Cocktails
et piscine : les deux présidents
affichent leur modernité.
20 mai 1974 Avec 50,81 % des suffrages,
il devient, à 48 ans, le plus jeune
président de la Ve République. Jusqu’à
l’élection d’Emmanuel Macron.
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L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Les Français
et leurs présidents
26 avril 1976 Le président
impose son projet de taxation
des plus-values immobilières,
« contre toutes les forces
conservatrices », écrit
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
20 mars 1978 La France
spéculait sur les risques
d’une cohabitation inédite
en cas de victoire de l’union
de la gauche aux législatives.
Le résultat est serré, mais
le président sauve sa majorité.
Il aura les mains libres jusqu’à
la fin de son mandat.
14 juillet 1979 « La France,
assure un général proche de
l’Elysée, interviendra partout où
ses intérêts vitaux sont en jeu. »
10 novembre 1979 Mis en cause
dans l’affaire des diamants
de Bokassa, le président peine
à reprendre la main.
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
25 septembre 1981 Très vite,
il installe une distance entre ses
compatriotes et lui. Il s’inscrira
bientôt dans la lignée des rois.
20 mai 1983 Le tournant de la
rigueur a été pris au lendemain
des municipales de mars.
1981-1995
12 mai 1981 L’ancien premier
secrétaire du Parti socialiste
avait fustigé les institutions,
sa victoire est donc surtout
source d’interrogations. La Ve
connaît sa première alternance.
LES ANNÉES MITTERRAND
Les Français croyaient élire le premier chef de l’Etat socialiste de la Ve République,
ils découvrent un président monarque et ne sont pas au bout de leurs surprises.
Ils oscilleront entre engouement, déception, colère, respect et lassitude.
42
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Les Français
et leurs présidents
5 septembre 1991 L’été a été
compliqué pour Mitterrand,
critiqué pour son attitude face
au putsch contre Gorbatchev.
14 Juillet 1994 Les Allemands
défilent sur les Champs-Elysées.
Dans L’Express, le président
parle d’Histoire et d’amitié.
5 avril 1985 C’était un engagement
du candidat : la proportionnelle
intégrale est instaurée
pour les législatives de 1986.
5 janvier 1995
Sa volonté
de laisser
une trace dans
l’Histoire l’a
constamment
hanté.
De l’abolition
de la peine
de mort aux
grands travaux,
certaines
de ses décisions
auront
durablement
transformé
le pays.
13 avril 1995 Au moment où se termine sa présidence,
de nouveaux secrets concernant François Mitterrand sont
dévoilés : ses relations avec l’ancien collaborateur René Bousquet;
Mazarine, la fille qu’il a eue hors mariage ; le cancer, qui le ronge
depuis 1981. Il devient un personnage romanesque.
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
“COMME
LE TORERO FACE
AU TAUREAU”
Ancien sondeur et ex-conseiller de Nicolas Sarkozy
à l'Elysée, Pierre Giacometti, coprésident du cabinet
de conseil en stratégie de communication No Com, explique
quelle est la meilleure attitude pour un chef de l’Etat.
Propos recueillis par Eric Mandonnet
l’express Comment définiriez-vous le lien
que les présidents de la Ve République
ont établi avec les Français ?
E. GREGOIRE/REA
Pierre Giacometti La fonction est immuable, mais
elle est incarnée de manière différente par chacun des huit présidents,
selon leur tempérament et
le contexte historique de
leur mandat. En 1958, dans
le tumulte de la crise algérienne et le
délitement politique qui marque la fin
de la IVe République, la relation entre
de Gaulle et les Français répond à une
attente : redonner au pouvoir politique une colonne vertébrale grâce à
un président doté d’une autorité forte
et stable. Le plébiscite des Français
lors du référendum en faveur de l’élection au suffrage universel direct valide
l’intuition gaullienne. Le lien direct
entre l’élu et le peuple consolide la
prééminence présidentielle, si longtemps combattue par la gauche
jusqu’à l’élection de François Mitterrand en 1981.
Mais cette autorité restaurée est
restée malgré tout la marque de
fabrique de ses successeurs, non ?
P. G. Oui, bien sûr ! Grâce aux rituels
et aux symboles propres à l’exercice
44
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
de la fonction, d’abord. Mais surtout
parce qu’ils bénéficieront tous d’institutions leur accordant des pouvoirs
étendus et d’une stabilité produite par
le mode de scrutin majoritaire. Pourtant, cette relation avec les Français
évolue après de Gaulle. Tous les successeurs chercheront à installer, avec
plus ou moins de succès, de la proximité et de l’écoute. C’est la question
obsessionnelle qui hante les locataires de l’Elysée : comment lutter
contre la distance inhérente entre le
palais et le peuple. Georges Pompidou
y répondra par l’incarnation d’une
culture et d’un mode de vie très français. Viendra ensuite VGE, président
« moderne » qui s’essaie aux rendezvous de proximité en dînant chez les
Français et en invitant des éboueurs
rue du Faubourg-Saint-Honoré. Face
à l’impopularité, François Mitterrand
tentera contre son tempérament de
renouer avec les Français par des interviews plus accessibles et profitera,
en tacticien hors pair, de la cohabitation avec Jacques Chirac pour apparaître comme le protecteur des plus
faibles. Jacques Chirac avalera les kilomètres pour ses multiples déplacements dans les territoires. Nicolas
Sarkozy recourra à un registre nouveau d’images choisies et de prises de
parole franches et directes. François
Hollande adoptera la fameuse ligne
du président normal. Emmanuel Macron a cherché à rompre avec cette
évolution en redonnant de la valeur
au rituel et au sacré. Mais la crise de
ces derniers mois a effacé Jupiter. Le
président essaie désormais, et non
sans difficultés, de retrouver le lien
perdu en ayant recours à deux registres clefs : l’empathie et la contrition.
Entre l’autorité et l’écoute,
quelle est la meilleure stratégie ?
P. G. Il n’y a pas de version idéale !
C’est une question d’équilibre. Mais
s’il y a bien un enjeu essentiel qui
concerne tous les dirigeants – l’univers de l’entreprise y compris –, c’est
celui de l’authenticité. Dans une
société où la défiance s’est installée
partout, et singulièrement à l’égard de
la politique, la question n’est plus seulement la pertinence et la véracité des
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Les Français
et leurs présidents
son livre La France pour la vie, Nicolas Sarkozy fait le récit de ce vertige
qui saisit celui qui arrive à l’Elysée un
jour de mai. Il évoque son engagement maximal, n’imaginant pas une
journée sans « mouiller le maillot ».
Cette « furia » lui a fait admettre
encore récemment qu’il ferait sans
doute différemment aujourd’hui.
Tentative Confronté à l’impopularité,
François Mitterrand accepte une
interview d’un nouveau genre
avec Yves Mourousi, en 1985.
arguments, mais l’authenticité de
l’émetteur. Les fameuses séquences
de com’ et les artifices de ce que j’appelle la « com’ d’avant » sont très rapidement détectés par des citoyens
devenus, à juste titre, paranoïaques.
L’ère des coups de com’ est derrière
nous. L’authenticité ne peut plus se
limiter à une série de formules, elle a
besoin de durée et de preuves. Pour
un président, désormais, la question
essentielle, c’est de trouver le bon
équilibre entre les registres de l’autorité et de la proximité, en sachant à la
fois être proche et prendre la distance
nécessaire au bon moment, comme le
torero face au taureau.
Comment décrire la relation
d’aujourd’hui entre les Français
et leur président ?
P. G. De plus en plus ambivalente. Le
quinquennat a renforcé la responsabilité solitaire du président dans les
TORREGANO/SIPA
Comment a-t-il pensé et construit
ses relations avec les Français ?
choix décisifs. Au quotidien, il n’y a
plus guère de sujets qui lui échappent.
Le Premier ministre est plus que
jamais considéré par les Français
comme un « second ». Et ne parlons
pas des ministres, voués à un rôle et à
une influence de plus en plus négligés
par l’opinion. Quand ça va mal, c’est le
président, et lui seul, que les Français
regardent. Dans le même temps, le
doute et le scepticisme ont gagné du
terrain. Tout-puissant par son mode
d’élection hors norme et porté par des
institutions taillées à cette mesure, le
président est pourtant devenu aussi au
fil des années la première représentation de l’impuissance du politique. On
attend à la fois tout de lui, et plus rien.
Parlons de Nicolas Sarkozy.
Comment voyait-il son lien
avec le pays ?
P. G. En phase avec son tempérament ! Un lien tout sauf neutre. Dans
P. G. J’ai le souvenir d’un mandat durant lequel il est toujours soucieux, semaine après semaine, de ne pas perdre
ce fameux lien, surtout après le déclenchement de la crise de 2008. Quels déplacements? Quelles prises de parole?
Quels contacts physiques avec les
Français? Mais cette méthode a aussi
eu ses revers. La relation de Nicolas
Sarkozy avec les Français est une histoire quasi passionnelle, rarement à
l’abri des controverses. Et pas franchement langue de bois. Avec lui, même si
le temps fait son travail de polissage,
rien ne se construit dans la demimesure ou dans le consensus mou.
Quand il y a rupture entre
un président et les Français,
est-ce définitif ?
P. G. Je ne crois pas à la fatalité de la
dégradation. C’est l’exercice du pouvoir
qui éloigne et qui construit le décalage
entre la phase de conquête, par nature
exaltante, et celle de l’action, confrontée aux réalités. Mais il est vrai que tous
les présidents ont essayé de lutter
contre l’impopularité et la déconnexion
avec le pays en cherchant à recréer du
lien, notamment par des prises de parole susceptibles de marquer les esprits.
Avec plus ou moins de réussite. François Mitterrand s’adonne à une interview d’un nouveau genre avec Yves
Mourousi en 1985. Jacques Chirac, décontenancé, avoue son incompréhension face aux jeunes l’interrogeant en
direct à la télévision en 2005 à la veille
du référendum sur la constitution européenne. Un peu plus tard, Nicolas
Sarkozy accepte de dialoguer avec une
dizaine de Français dans un format
direct et horizontal. François Hollande
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
45
ouvrira les portes de l’Elysée aux
journalistes par le retour des conférences de presse. Et Emmanuel Macron
cherchera, comme ses prédécesseurs, à
renouer le lien en étant le premier à
accorder dans la même semaine deux
interviews télévisées. L’histoire montre
que ces initiatives souvent ponctuelles
ne changent pas profondément le cours
de l’opinion. La clef réside peut-être
dans une révision assez drastique des
stratégies de conquête du pouvoir.
L’attente d’authenticité ne peut plus
être le domaine réservé de l’exercice du
pouvoir. La réponse et le récit doivent
s’installer dès la campagne électorale.
L’élection d’Emmanuel Macron,
qui n’avait jamais été un élu local,
marque-t-elle une évolution ou
simplement une exception à la règle ?
P. G. Chaque phase de conquête du
pouvoir a son histoire propre. Celle de
Macron correspond à un concours de
circonstances politiques exceptionnel. Le fait de pouvoir s’appuyer sur
une histoire passée avec les Français
n’offre pas non plus de garantie absolue. Le passé l’a montré ! Je ne crois
pas que les Français fondent leur
point de vue sur un CV. Ils jugent sur
pièces, et plus sévèrement qu’avant.
Depuis Valéry Giscard d’Estaing, ils
ont pris l’habitude de sanctionner le
pouvoir présidentiel, comme pour
montrer qu’ils gardent le contrôle
ultime sur une classe politique à
laquelle ils ne croient plus. Et si Mit-
G. CERLES/AFP
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Lien Pour ne pas paraître déconnecté, Sarkozy parle avec 11 Français sur TF1, en 2010.
terrand et Chirac, lors de leur premier
mandat, avaient connu le quinquennat, ils auraient probablement, eux
aussi, été battus comme Sarkozy et
Hollande. C’est bien le mandat à sept
ans qui a sauvé Mitterrand et Chirac.
Leurs défaites aux législatives de
1986, de 1993 et de 1997 ont aussi été
des sanctions personnelles.
Comment la société française, de
son côté, a-t-elle évolué dans sa
perception du président ?
P. G. Parmi les grandes démocraties
occidentales, nous restons une exception. Nous élisons un président à partir d’un processus à deux tours. Dans
le même temps, la société politique
s’est radicalisée, et pas seulement en
France : montée des extrêmes et des
populismes, rejet de la politique, crispations multiples alimentées par les
réseaux sociaux. Dans cet environnement nouveau, le système du choix
électoral présidentiel ressemble à une
Y. VALAT/POOL/AFP
Graal « L’équilibre entre autorité et proximité » : ici, Macron et Pernaut, en avril 2018.
46
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
mécanique d’élimination. L’élu est le
moins rejeté de tous ! On élimine une
large partie des candidats au premier
tour pour n’en garder que deux, et on
écarte en dernier ressort le moins
acceptable ou le plus détesté des finalistes quinze jours plus tard. Je suis
toujours frappé de voir à quel point ce
système suscite un mélange d’incompréhension et de perplexité quand on
essaye de l’expliquer à l’étranger.
Qu’est-ce que cela change
pour le président élu ?
P. G. Cette tendance crée immanquablement une forme d’hyperinstabilité
de l’opinion. Les périodes d’état de
grâce sont devenues fugaces et trompeuses. Les courbes de popularité
sont soumises à des secousses très
sensibles à la conjoncture. Et au moment de juger leur président, les Français prennent de moins en moins en
compte les sensibilités politiques.
C’est l’impopularité nettement majoritaire de François Hollande dans
l’électorat socialiste qui lui a fait comprendre qu’il valait mieux ne pas se
représenter en 2017. Au fond, si les
Français restent majoritairement très
attachés à l’élection du président au
suffrage universel et qu’elle reste
l’élection la plus protégée de la montée de l’abstention, c’est parce qu’en
un demi-siècle choisir son président
est devenu pour les Français une
affaire très personnelle et exclusive,
comme celle du choix de s’en séparer,
pour mieux se convaincre que c’est
bien là la première prérogative
citoyenne leur permettant d’influer
encore sur le cours des choses.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ON A TELLEMENT
DE CHOSES À SE DIRE
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MICHEL CYMES ÇA VA BEAUCOUP MIEUX L’HEBDO 9H15-10H LE DIMANCHE
FLAVIE FLAMENT NOUS VOILÀ BIEN 9H15-10H LE SAMEDI
STÉPHANE CARPENTIER RTL MATIN WEEK-END 7 H-9H15
© Nicolas GOUHIER/SIPA PRESS/RTL - © Antoine FLAMENT/RTL
C’EST NOUVEAU, C’EST SUR RTL,
C’EST LE WEEK-END
1995-2007
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LES ANNÉES CHIRAC
C’est l’histoire d’une présidence à l’envers : une dissolution ratée,
un référendum perdu, l’ombre des affaires et une réélection avec
un score record. Les Français l’aimeront surtout après son départ.
15 avril 1999 Jacques Chirac
et Lionel Jospin, Premier ministre
depuis 1997, doivent gérer
ensemble la guerre du Kosovo.
25 avril 2002 L’Express prend rarement
parti, mais la présence du FN au second
tour de la présidentielle change la donne.
11 mai 1995 Après avoir été son plus virulent adversaire et, aussi, son Premier ministre,
Chirac succède à Mitterrand, mais ne deviendra vraiment président qu’à la mort de ce dernier.
48
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
15 mai 2003 Le refus de
la France de participer à la guerre
en Irak a donné un nouveau
prestige à Jacques Chirac.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Les Français
et leurs présidents
9 février 2004
Réélu avec
plus de 82 %
des suffrages
en 2002, il est vite
rattrapé par
les problèmes
politiques
et judiciaires.
14 février 2005 La famille s’est-elle transformée en
clan ? Bernadette, l’épouse du chef de l’Etat, joue un rôle
politique négligeable, leur fille Claude tente de maîtriser
la communication d’une présidence menacée par l’usure.
29 mars 2004
Ce n’est pas
une victoire pour
la gauche, c’est
un triomphe :
elle remporte
24 des 26 régions,
le FN progresse.
Le président se pose
en bouclier contre
l’extrême droite.
30 mai 2005 Jacques Chirac perd
le référendum qu’il a organisé
sur la Constitution européenne mais
se maintient au pouvoir. Une première
dans l’histoire de la Ve République.
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
49
2007-2012
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
7 mai 2007 Au terme d’une campagne
magistrale, il déjoue les risques de
l’alternance et succède à un président
de droite, au nom de la « rupture ».
23 août 2007
Il ose tout
et, dans
un premier
temps,
ça passe.
Il monopolise
toutes
les attentions,
même
ses vacances
aux Etats-Unis
déclenchent
une salve de
commentaires.
10 janvier 2008 L’homme et la fonction doivent cohabiter.
Nicolas Sarkozy est pris en photo avec Carla Bruni à Disneyland,
s’affiche avec elle à Petra, en Jordanie, et l’épousera en février.
LES ANNÉES
SARKOZY
Il arrive en trombe à l’Elysée
et occupe tout l’espace. Les Français
le regardent d’abord avec admiration,
puis avec scepticisme, enfin
avec colère... Jamais ce mandat-là
ne sera tranquille.
50
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Les Français
et leurs présidents
19 février 2009 Il veut « trouver
un nouvel équilibre entre les revenus
du capital et ceux du travail ».
7 février 2008
« Les caisses sont vides »,
a lancé le président
en janvier. L’opinion
s’éloigne, les municipales
de mars seront mauvaises.
29 septembre 2010 L’escalade
n’en finit pas. La personne
du chef de l’Etat déclenche
l’hystérie, et lui-même joue
rarement l’apaisement.
19 mars 2009 Malgré
un sommet social à l’Elysée,
les manifestations
se multiplient dans le pays.
Le climat se tend.
3 novembre 2010 Qui lui parle
encore franchement ? Autour
du président, la machine
se grippe au risque de favoriser
les règlements de comptes.
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
51
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
P. NORMAND/OPALE/LEEMAGE
“ LES FRANÇAIS SE LASSENT
DE PLUS EN PLUS VITE
DE CEUX QU’ILS ÉLISENT”
Historien et biographe de figures de la Ve République, dont,
dernièrement, Giscard d’Estaing*, Eric Roussel revient sur le lien
complexe de nos chefs d'Etat avec le pays.
Propos recueillis par Thierry Dupont
l'express Du général de Gaulle à
Emmanuel Macron, quelle relation
les présidents successifs ont-ils
établie avec les Français ?
Eric Roussel La pratique des institutions par les différents présidents a
défini un certain profil. Il ne suffit pas
de prendre de la hauteur, il faut
conserver une certaine empathie.
Dans son livre Le Nœud gordien, publié après Mai 68, Georges Pompidou
explique qu’on ne peut exercer le pouvoir suprême sans entretenir un lien
affectif profond avec le pays. Avant de
devenir député, en 1967, lui non plus
n’avait jamais été élu. Mais il avait
été Premier ministre du général de
Gaulle. Si ce dernier incarnait la
France, Pompidou se chargeait du
lien avec les Français.
Néanmoins, le cadre a été forgé
par de Gaulle…
E. R. Ce dernier conçoit son rapport
avec les Français dans une logique
particulière. Il estime disposer d’une
relation directe avec le pays et pouvoir se passer des intermédiaires,
comme le Sénat. Il éprouve régulièrement ce lien de confiance à travers les
référendums. Ses adversaires crient
au plébiscite, on l’assimile à un dictateur. Reste que, mis en minorité en
1969, de Gaulle part. Il laisse derrière
lui une contribution majeure au sys-
52
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
tème politique français : la réhabilitation d’un pouvoir exécutif dévalorisé
depuis 1789. Chacun de ses successeurs va exercer le pouvoir selon son
style et ses idées. Privé du charisme
du Général, Pompidou estime ainsi
que le président de la République n’a
d’autre choix que de s’affirmer dans la
conduite des affaires courantes…
Pompidou perçoit également
la nécessité d’humaniser l’image
du président…
E. R. Il est le premier à ouvrir les
portes de l’Elysée et de son intimité à
une équipe de télévision. Pendant la
guerre, de Gaulle, à la demande de
Churchill, avait accepté le tournage
d’un film – on le découvrait avec sa
femme, à côté d’un piano. Le résultat
était ridicule et il avait détesté l’expérience. Le reportage de Pierre Desgraupes montre Georges Pompidou
dans ses appartements privés, mais
aussi dans sa maison de Cajarc, avec
ses chevaux, ses moutons. A son
arrivée au pouvoir, en 1974, Valéry
Giscard d’Estaing veut dépoussiérer
la fonction présidentielle, lui donner
un coup de jeune. Il réussit en partie,
mais ses déjeuners chez les Français
sont souvent perçus comme des artifices. Lui maintient que sa démarche
était sincère. Lors d’une récente
conférence, il a raconté que, à
l’époque, Deng Xiaoping l’avait interrogé sur ces visites à domicile. Il voulait que Giscard lui envoie les personnes chargées de leur organisation
pour qu’elles fassent la même chose
en Chine. François Mitterrand savait,
lui aussi, mettre en scène sa proximité
avec les Français. On le voit dans
Paris Match jouer les paterfamilias à
Latche, avec ses enfants et son âne.
Une famille modèle et un exercice de
haute voltige. Il y avait évidemment
un pan de sa vie qu’on ne connaissait
pas. Ce qui serait aujourd’hui totalement impensable.
Gouverner, c’est faire des choix.
Tous les présidents ont-ils été
impopulaires ?
E. R. Même s’il a perdu le référendum
de 1969, de Gaulle n’a jamais connu les
abîmes d’impopularité de François
Hollande ou d’Emmanuel Macron. En
1965, il est assez facilement réélu face
à Mitterrand, en dépit des attaques très
violentes qu’il subit. A sa mort, en 1974,
Pompidou compte encore 55 % d’électeurs satisfaits de son action, dans un
contexte économique marqué par le
choc pétrolier. Quand il songe à instaurer le quinquennat, c’est avec l’idée
que, malgré sa maladie, il pourra se représenter pour un second mandat,
plus court. Quant à Giscard, jusqu’en
janvier 1981, les sondages le donnent
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Les Français
et leurs présidents
réélu. Malgré la fronde de Jacques
Chirac et du RPR, la majorité remporte
les législatives de 1978 et les européennes de 1979. A partir de là, la
popularité de Giscard commence à se
dégrader avec l’affaire des diamants de
Bokassa. Cette histoire – en réalité, un
montage – l’a enfermé dans une image
de personnage avide et corrompu.
Une fois à l’Elysée, Mitterrand est
à son tour très décrié !
Etait-il soucieux de l’opinion
publique ?
E. R. Mgr Lustiger, qui entretenait des
rapports très amicaux avec François
Mitterrand, m’a raconté une anecdote.
Un jour, à la fin de 1983, le président
lui dit : « Cette histoire d’école libre,
c’est un psychodrame français. Vous
ne maîtrisez pas vos ultras, moi non
plus. Il n’y a qu’une solution : que cette
Puis il y a la crise de l’école libre,
en 1984…
Finalement, les Français sont-ils
ingouvernables ?
E. R. On pourrait le penser. Ils restent attachés à
l’élection du président au
suffrage universel mais ils
attendent de lui des pouvoirs quasi surnaturels. Ils
réclament des résultats
tout de suite. A mesure
que la situation du pays
empire, les Français se
lassent de plus en plus
vite de ceux qu’ils élisent.
Surtout, il existe dans
l’ADN national quelque
chose qui empêche de réformer sans action violente. Des crises surviennent tous les quarante à
cinquante ans : la tentation du coup d’Etat par
les partisans du général
Boulanger à la fin du XIXe
siècle ; les émeutes du 6 février 1934 ;
les événements de Mai 68 ; et, aujourd’hui, le mouvement des gilets
jaunes. Les autres pays connaissent de
pareils soubresauts, mais il n’y a qu’en
France où cela prend cette tournure
violente. Cela reste un mystère.
KEYSTONE-FRANCE
E. R. Non. Giscard a mené des réformes de société très importantes,
comme l’interruption volontaire de
grossesse ou l’abaissement de la
majorité civique à 18 ans, en étant
conscient, dit-il, que cela pouvait se
retourner contre lui. De fait, une partie de la droite ne lui a jamais pardonné la loi Veil sur l’avortement. Lui
se définissait comme un « traditionaliste qui aime le changement » et, par
ses réformes, il espérait séduire une
partie du centre gauche. Mais l’élection présidentielle de 1981 apparaît
avec le recul comme un effet différé
de Mai 68. Toute une génération,
beaucoup plus libertaire dans ses
aspirations, n’avait que faire du libéralisme à l’ancienne de Giscard. C’est
finalement le candidat socialiste qui a
su capter ses attentes.
E. R. Dès son élection, il brusque
l’opinion avec l’abolition de la peine
de mort. Les Français n’y étaient pas
favorables, il a pris un risque qu’il faut
porter à son crédit.
affaire aille jusqu’à son paroxysme et,
vous verrez, le gouvernement tombera
là-dessus dans six mois. » C’est exactement ce qu’il s’est passé. Le grand
talent de Mitterrand était de gérer ces
moments de tension à son profit. En
1986, il atteint des sommets d’impopularité à l’approche des législatives,
qu’il va perdre. C’est la cohabitation
avec Jacques Chirac qui le sauve. Elle
lui permet d’imposer son personnage.
La même mécanique institutionnelle
aide à son tour Chirac face à Lionel
Jospin. Cela pourrait donner des idées
au président actuel…
J. PAVLOVSKY/SYGMA VIA GETTY IMAGES
Statures Estimant disposer d’une relation
particulière avec les Français, le général de
Gaulle se passe des intermédiaires...
* Valéry Giscard d’Estaing
(éd. de l’Observatoire).
... quand son successeur, Georges
Pompidou, dénué de son charisme, ouvre
les portes de son intimité à la télévision.
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
53
2012-2017
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LES ANNÉES
HOLLANDE
Parti très bas dans les sondages,
il gagne sur l’antisarkozysme.
Cela ne suffira pas à donner
une colonne vertébrale
à un mandat bientôt rattrapé
par le terrorisme.
25 juillet 2012 Il n’y aura pas
d’état de grâce, juste un été
raté. Les Français lui reprochent
d’être inactif face à la crise,
et une partie de la gauche
est ulcérée par la gestion
du dossier des Roms.
29 août 2012 Le désamour des
Français s’intensifie, les divisions
à gauche se multiplient. Déjà,
les premiers frondeurs se font
entendre à l’Assemblée.
5 mai 2012 Un président socialiste à l’Elysée :
dix-sept ans que la gauche attendait ça. L’ombre
de François Mitterrand plane sur François Hollande
tandis qu’il monte les marches du Palais.
54
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
16 janvier 2013 Le voilà dans un
rôle inattendu : chef de guerre.
Le 11 janvier, il envoie
des troupes françaises au Mali
pour combattre Al-Qaeda.
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Les Français
et leurs présidents
23 avril 2014 Ségolène
Royal vient d’entrer
au gouvernement, Julie
Gayet a fait son apparition
en Une de Closer et
Valérie Trierweiler, évincée
de l’Elysée, commence à
écrire Merci pour ce moment.
20 août 2014 Explosion des
chiffres du chômage, croissance
en berne : son slogan de
campagne, « le changement
c’est maintenant »,
régulièrement détourné, lui
revient en boomerang.
11 mai 2016 Il commence à faire
entendre publiquement
sa différence. Dans trois mois,
Emmanuel Macron quittera
le gouvernement. Il prépare déjà
sa future candidature à l’Elysée.
10 avril 2014 La « République
exemplaire » que Hollande
assurait défendre est pulvérisée
par les aveux de Jérôme
Cahuzac, ministre du Budget,
qui a fraudé le fisc. C’est tout
le sommet de l’Etat qui vacille.
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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2017…
10 mai 2017 Il n’a pas 40 ans, il est président, personne ne le connaît.
Portrait d’un séducteur méthodique, transgressif et organisé, fragile
et dur. Déjà, une part de mystère et beaucoup de contradictions.
4 octobre 2017 L’Express
raconte ce président qui dort
très peu, travaille beaucoup
la nuit et fait de cette vigilance
nocturne un mode de sélection.
14 février 2018 L’Elysée veut
tout contrôler, et y parvient
efficacement. Pas de couacs,
grâce à une com’ bien huilée. Les
dissonances sont encore bien gérées.
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L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
7 juin 2017 Sa popularité progresse,
il mate les terreurs de la planète, Trump et
Poutine. L’Express pointe le phénomène
de macronmania avec une dose de
taquinerie, d’humour et… de lucidité.
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Les Français
et leurs présidents
2 mai 2018 Il fête sa première
année à l’Elysée.
Tout va bien, mais…est-il
un prophète de bonheur
ou un illusionniste de talent ?
20 juin 2018 L’affaire Benalla n’a
pas encore éclaté. Déjà, L’Express
pointe les critiques adressées
au président. Y compris par ses
proches, inquiets de son image.
10 octobre 2018 Notre journal
interroge les Français
grâce à l’Ifop : que pensent-ils
du président ? « Jeune,
déconnecté, arrogant. »
22 août 2018 L’affaire Benalla a éclaté. Les
failles du macronisme apparaissent au grand
jour : dérive technocratique, perte de l’esprit
de la campagne, résultats encore intangibles…
LES ANNÉES
MACRON
Sa victoire constitue la plus grosse
surprise de la Ve République. L’homme
va fasciner puis très vite irriter. Soudain,
il vacille. La fin de l’histoire n’est pas écrite.
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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“NI UN GRAND FRÈRE
NI UN PRÉSIDENT NORMAL”
T. COEX/AFP
Politologue spécialiste de l’opinion, Roland Cayrol scrute les humeurs
politiques des Français depuis les années 1970. En janvier, il publiera un livre
sur les enjeux du macronisme*.
Propos recueillis par Alexandre Sulzer
l’express La colère des gilets jaunes
est-elle vraiment le symbole
d’une crise inédite dans la relation
qu’un président de la République
entretient avec les Français ?
Roland Cayrol Il y a bien sûr des éléments qui font penser à d’autres
crises. De Gaulle avait déjà connu
celle des mineurs [en 1963] et Mai
1968… Sous d’autres présidences, les
observateurs ne se sont jamais abstenus de dire que certains troubles pouvaient mettre en cause le régime. Mais
les gilets jaunes ont quelque chose de
particulier : ils n’appartiennent pas à
une organisation, n’ont pas de références, d’opinions politiques et de revendications communes. Les affronter est compliqué pour le pouvoir. Il
ne peut jouer complètement ni de la
négociation ni de la fermeté, parce
que ces gens disent des choses que
des millions de Français ressentent.
C’est-à-dire ?
R. C. Le pouvoir d’achat était devenu,
depuis six mois, la première revendication des Français. Cela faisait trentesept ans que le chômage était en tête
des préoccupations – à l’exception de
2006-2007, où l’insécurité avait pris le
pas quelque temps. Trente-sept ans!
C’était à l’aune de l’emploi que l’on jugeait la politique. Aujourd’hui, les Français veulent pouvoir se payer un bifteck
à la fin du mois. Cette inversion de la
hiérarchie ne pouvait que mal tourner,
avec un pouvoir qui ne l’a pas vue venir.
58
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
En rejetant les partis politiques
et en créant une relation directe avec
les Français, Emmanuel Macron n’est-il
pas le premier responsable de la crise ?
R. C. Le recours au suffrage universel
direct pour l’élection présidentielle
est l’élément auquel les Français tiennent le plus dans la Constitution.
Conséquence : le président est le seul
vrai interlocuteur au niveau national.
Sous de Gaulle, les gens criaient :
« Charlot, des sous ! » Emmanuel Macron, lui, est jeune, il avait promis une
transformation. Mais le changement,
sur les bulletins de paie et les étiquettes de prix, n’est pas là. S’ajoutent
ses fameuses petites phrases ou l’accusation de mépris social et technocratique… Cela dit, les résultats importent plus que l’image personnelle,
qui ne fait que « colorer » un vote, une
grogne, voire la haine. Les Français
n’ont pas congédié Nicolas Sarkozy
parce qu’il a dit « Casse-toi pauv’con »,
ni François Hollande à cause de ses
blagues. Lors des élections, ce sont les
problèmes de fond qui l’emportent.
« L’opinion survalorise
la personne
présidentielle, perçue
comme un Etre suprême
de la République »
« Mépris social et technocratique » :
n’est-ce pas une image qu’ont eue tous
les présidents de la République ?
R. C. C’est un trait qu’Emmanuel
Macron partage avec Nicolas Sarkozy.
L’invention de l’expression « président
des riches » n’a jamais cessé de coller à
la peau de Sarkozy. Mais chez François
Hollande, par exemple, il n’y avait pas
cette dimension de mépris. Comme
Jacques Chirac, il avait une image
d’homme « sympathique ».
Valéry Giscard d’Estaing n’avait-il
pas, lui aussi, cette image de président
méprisant ?
R. C. Sous Giscard, cette critique s’est
limitée à l’électorat de gauche. Et c’est
davantage un mépris de classe qu’un
mépris technocratique qui était
ressenti.
Y a-t-il des traits communs
qui se dégagent dans l’opinion
d’un président à l’autre ?
R. C. Ce qui est commun renvoie aux
institutions. Le président est la personne qui décide de tout, celle dont
dépend notre avenir, qui incarne la
France aux yeux de l’étranger. Il y a une
telle personnalisation du pouvoir que
l’on imagine que le président peut appuyer sur n’importe quel bouton, qu’il
soit nucléaire ou qu’il s’agisse de celui
qui gouverne nos vies. L’opinion survalorise la personne présidentielle, perçue comme une sorte d’Etre suprême
de la République. C’est d’ailleurs de
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J.-P. PÉLISSIER/REUTERS
Les Français
et leurs présidents
Défi « Affronter les gilets jaunes est compliqué pour le pouvoir. Il ne peut jouer complètement ni de la négociation ni de la fermeté. »
moins en moins spécifique à la France.
Dans des régimes parlementaires
européens, comme l’Angleterre, l’Italie
ou l’Allemagne, cette personnalisation
se produit également.
La crise des gilets jaunes intervient
après dix-huit mois de pouvoir. Cela
traduit-il une accélération des attentes
des Français vis-à-vis de leur président?
R. C. Il y a une loi encore plus forte
que cela, c’est que les états de grâce
durent de moins en moins longtemps.
La confiance dans la politique diminue tellement que l’on se dit déçu
beaucoup plus vite. En 1974, le slogan
de la campagne du PS était « changer
la vie ». On pouvait encore faire croire
à des citoyens que la politique pouvait
transformer leur existence !
En 2012, François Hollande s’est fait
élire avec « Le changement, c’est
maintenant. » Mais il s’agissait d’une
simple promesse de rupture avec son
prédécesseur. Les présidents doivent-ils
se présenter, pour gagner, comme les
contraires de leurs prédécesseurs ?
R. C. La clef du succès d’Emmanuel
Macron, c’est qu’il n’a justement pas
fait cela. Il a dit : il faut que la gauche et
la droite travaillent ensemble. Il a fait
valoir qu’il n’était plus possible que
chaque majorité défasse systématiquement ce qu’avait effectué la précédente, qu’il fallait que les gens sérieux
se mettent autour de la table pour
changer la France. Cela a suscité un
intérêt parce que l’idée correspondait
exactement à ce que les Français
disaient aux sondeurs depuis dix ans.
Emmanuel Macron n’a-t-il pas été élu
sur une base électorale trop étriquée ?
R. C. Je ne le crois pas. L’argument
selon lequel seuls 17 % des inscrits ont
voté pour lui au premier tour de la
présidentielle n’est utilisé que par les
politiciens. L’opinion n’y adhère pas,
cela n’a jamais marché. Cette critique a
pourtant été formulée pour à peu près
tous les présidents. Par exemple, sous
Georges Pompidou, élu avec une forte
abstention de la gauche au second
tour. En revanche, il est vrai que l’abstention augmente à chaque élection.
Comment expliquer à la fois
la lassitude vis-à-vis des présidents
et l’attachement des Français
à la fonction ?
R. C. Les Français restent attachés au
président parce qu’il leur « appartient »
depuis le référendum de 1962 et l’élection présidentielle au suffrage universel direct. Ils seraient même prêts à lui
donner plus de pouvoir ! Son autorité
n’a jamais été remise en question. En
revanche, la demande de démocratie
participative à tous les autres niveaux
est extrêmement forte. Pendant longtemps, les Français voulaient être
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
59
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
L’impopularité est-elle une fatalité ?
R. C. Non seulement la durée de l’état
de grâce diminue, mais la courbe
d’impopularité descend de plus en
plus bas. Le général de Gaulle, lui, est
resté à un taux de popularité fort.
Quant à François Mitterrand, il a
réussi à remonter, après avoir fortement baissé. Mais c’était un effet de la
cohabitation [1986-1988].
Jacques Chirac ayant gagné en 2002
dans des conditions exceptionnelles
face à Jean-Marie Le Pen,
François Mitterrand est le dernier
président à avoir été vraiment réélu…
R. C. Mais pour François Mitterrand
aussi, les conditions étaient exceptionnelles puisqu’il y avait la cohabitation!
En 1988, le sortant, pour l’opinion, était
en fait le RPR. Mitterrand a bénéficié
C. PLATIAU/REUTERS
mieux informés, mieux comprendre
comment se prenaient les décisions.
Désormais, ils veulent participer à ces
prises de décisions, qui concernent
leur destin. Paradoxalement, Macron
en avait parlé pendant sa campagne.
Dans son discours de Strasbourg, il
avait promis un compte rendu de mandat chaque année, devant des citoyens
tirés au sort. Mais cette promesse s’est
transformée, dès avant la fin de sa
campagne, en promesse de discours
annuel devant le Congrès à Versailles.
Connexion A Paris, en septembre 2015, les travailleurs indépendants manifestent contre
le RSI. « Le président doit donner le sentiment qu’il comprend la société française. »
du fait que le changement, c’était lui!
Donc, à part le général de Gaulle, un
président n’a jamais été réélu véritablement. Ce qui en dit long sur la relation
des Français à la politique.
Quelles qualités devrait avoir
le président idéal pour résister
à l’épreuve du feu de l’opinion?
R. C. Des qualités personnelles de courage, d’autorité. A quoi il faut ajouter de
l’empathie. Le président doit donner le
sentiment qu’il comprend la société
française. Le reproche de ne pas la
comprendre a été fréquent dans l’Histoire. Il faut aussi avoir un cap. Sous
V. KESSLER/REUTERS
Boomerang Nicolas Sarkozy en 2012 comme Emmanuel Macron aujourd’hui... Tous
les chefs d’Etat ont vu leurs fameuses « petites phrases » reprises par les
manifestants.
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L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
Chirac, les Français se sont demandé
s’il y avait un pilote dans l’avion. Avec
Nicolas Sarkozy, cette interrogation
s’est vite transformée : il y a un pilote,
d’accord, mais où va-t-il ? Avec Hollande, l’opinion n’était pas sûre d’avoir
un pilote, mais était certaine qu’il n’y
avait pas de cap. Avec Macron, les Français ont su très vite qu’il y avait un
pilote. Mais celui-ci se rend-il compte
qu’il y a des passagers à bord? Les Français ne veulent ni un grand frère ni un
président normal. Cela dessine un
mélange de contraires très compliqué.
Notre modèle institutionnel
est-il tenable ?
R. C. Non. Serait tenable un régime
dans lequel on maintiendrait l’élection
du président de la République au
suffrage universel, mais avec une vraie
démocratie participative pour les
citoyens et les corps intermédiaires.
Il existe encore de la confiance envers
les élus locaux; il y a encore des syndicats; le tissu associatif est dense. Une
démocratie vivante peut donc exister
et faire contrepoids à la lourdeur étatique. Emmanuel Macron lui-même
a reconnu mi-novembre avoir échoué
à « réconcilier le peuple français avec
ses dirigeants ». Il n’est pas forcément
trop tard!
* Le Président sur la corde raide,
Calmann-Lévy.
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Les Français
et leurs présidents
COMMENT
SE DIRE ADIEU
C
onvaincre une majorité
d’électeurs pour entrer à
l’Elysée est une chose,
pas simple. Cela s’appelle
mener une campagne présidentielle. Choisir les mots pour trouver la sortie en est une autre, du genre
délicat. Cela s’appelle tirer sa révérence. Il est fortement recommandé
de ne pas se rater, car tout le monde se
souvient de la manière dont chacun
de nos chefs d’Etat (à l’exception de
Georges Pompidou, mort en fonction)
a écrit le mot fin de son histoire avec
les Français.
« Je viens ce soir vous dire très
simplement au revoir. » Très simplement, c’est vraiment l’expression
qui convient. Le 19 mai 1981, Valéry
Giscard d’Estaing parle pendant sept
minutes et vingt-sept secondes mais,
pas de chance pour lui, ce sont sept
secondes de silence, puis dix secondes
de gestuelle, entrecoupées des seuls
mots « Au revoir », qui marquent à
jamais les mémoires. Il se lève, quitte
la pièce, laissant un fauteuil vide.
En 2006, il expliquera dans L’Express :
« Je n’avais pas réalisé que la porte
était si loin. »
Celui qui est parti « très simplement », c’est le général de Gaulle. Le
25 avril 1969, deux jours avant le référendum sur le Sénat et la régionalisation, il quitte l’Elysée pour Colombey.
Il sait que le non va gagner. Le dimanche, vers 22 h 30, il demande au
secrétaire général de l’Elysée de rendre public son communiqué à minuit.
Il est 0 h 11, le lundi, quand l’AFP
publie un flash : « Je cesse d’exercer
mes fonctions de président de la
République. Cette décision prend
effet aujourd’hui, à midi. »
Certaines phrases restent inoubliables. François Mitterrand est expert en
la matière. Son vrai discours d’adieu, il
le prononce lors de ses vœux du 31 décembre 1994. Au dernier moment, il
ajoute : « Je crois aux forces de l’esprit
et je ne vous quitterai pas. » En guise
de chute, il lance : « Bonne année et
longue vie. » La veille de son départ, le
premier président socialiste de la
Ve République, hanté par le précédent
Giscard, se contente d’un court texte :
« Je vous dis ma gratitude pour tout
ce que je vous dois. »
Il y a aussi celui qui dit au revoir
deux fois. Ce n’est pas lui qui bégaie,
c’est l’Histoire. Le 6 mai 2012, battu
au second tour, Nicolas Sarkozy parle
devant ses partisans à la Mutualité, à
Paris. Celui qui a tant divisé les Français prononce un discours salué par
tous : « Dans la vie d’un homme, présider aux destinées de la France, c’est
quelque chose que je ne pourrai jamais
oublier ». Quatre ans plus tard, il a encore un propos émouvant, comme si la
défaite (à la primaire de la droite, cette
fois) lui allait à merveille : « Ce n’est pas
facile de vivre aux côtés d’un homme
qui suscite parfois tant de passions. Il
est donc temps maintenant pour moi
d’aborder une vie avec plus de passion
privée, et moins de passion publique. »
Jacques Chirac n’était pas du
genre sentimental, et c’est peut-être
pour cela que son véritable salut aux
ARAL/GINIES/SIPA
Un bref communiqué, une allocution solennelle, une
chaise vide : à chaque président sa manière d’écrire
le mot fin de son histoire avec les Français.
Théâtral 19 mai 1981. Après un « Au revoir »
solennel, Valéry Giscard d’Estaing se lève et
quitte la pièce. A l’écran, reste sa chaise vide.
Français ne fut pas lancé lors de sa
dernière interlocution (banale), mais
deux mois avant, le 11 mars 2007,
lorsqu’il évoque « cette France que
j’aime autant que je vous aime ». François Hollande renouvelle le genre, en
réussissant une autre performance :
ne pas s’adresser à la nation pour
prendre congé, tout en laissant,
comme ultime marque, non pas une
blague, mais… un lapsus. Au cours de
sa dernière intervention officielle, il
disserte sur l’esclavage. A son côté, sur
la tribune, se tient son ancien collaborateur, Emmanuel Macron, élu président trois jours plus tôt, quand soudain François Hollande parle, au lieu
d’un crime de lèse-humanité, d’« un
crime de lèse-majesté »… E. M.
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
61
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ARCHIVES :
L’HUMEUR
CHANGEANTE
DES FRANÇAIS
« Cette lente euphorie qui gagne les
esprits, on peut se garder d’y glisser.
Mais il faut la comprendre. Il y a longtemps que les Français n’avaient
connu de conjoncture plus propre à
les satisfaire. Ils avaient mal partout :
mal à l’armée, mal à la démocratie,
mal à l’Algérie, mal à l’économie. Et
voilà qu’avec une pilule de cette
drogue miracle nommée de Gaulle
toutes leurs douleurs se sont assoupies. Comment n’en demanderaientils pas encore ? Comment ne s’espéreraient-ils pas guéris ? » Françoise Giroud
L’EXPRESS DU 21 AVRIL 1969
Les chances du non
« C’est, derrière les façades déjà décrépies d’une campagne pour la réforme
régionale, une campagne présidentielle qui s’amorce. […] Entre les Français et le général de Gaulle, quelque
chose apparemment s’est cassé. Le
chef de l’Etat est respecté, mais le divorce existe. Il est perceptible dans
62
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
VGE, 365e jour à l’Elysée
toute la France. M. Alain Poher, président du Sénat, en inaugurant, jeudi,
la campagne télévisée, dit : “Quand,
dans un ménage, on ne se parle plus
que par oui et par non, le divorce n’est
pas loin.” » Georges Suffert
L’EXPRESS DU 16 JUIN 1969
L’EXPRESS DU 4 SEPTEMBRE 1987
Par Anne Marion
De Gaulle au pouvoir,
le temps de l’euphorie
L’EXPRESS DU 19 MAI 1975
« “Tout se passe, dit encore un de ses
proches, comme s’il pensait à propos
des Français : j’ai affaire à une belle
âme, à un élève doué, qui a une tendance déplorable à se dissiper, mais
qui peut mieux faire.” […] Pour lui, il
est plus important de changer les
gens que d’imposer les choses. Le président ne se sent pas contesté si l’un
des projets qui lui tiennent à cœur est
repoussé par le Parlement ou le pays. Il
pense non pas avoir été trahi, mais
n’avoir pas convaincu. Cela n’a pas
seulement des avantages. La confiance
dans les Français qu’il gouverne, l’intuition sur laquelle il s’appuie, la certitude qu’il faut les provoquer pour
ouvrir un débat l’amènent parfois à
brusquer la sensibilité collective. Ou à
prendre un dîner en ville pour un
sondage d’opinion. » Michèle Cotta
Entre fascination et désenchantement,
l’opinion publique a connu bien des fluctuations,
dont notre journal a été témoin.
L’EXPRESS DU 19 JUIN 1958
d’un autre héros ou d’un veau d’or
idéologique. Désormais, M. Georges
Pompidou est au pouvoir. Il lui reste
à démontrer que l’imagination y est
arrivée avec lui. » Georges Suffert
Le besoin de mythes
« M. Pompidou, cantalien, sent qu’il y
a dans chaque Français un déraciné
inquiet. Une crainte de ce que sera la
vie de ces enfants innombrables dont,
il y a un an, tout le monde a entendu
les clameurs. Une peur du chômage
et surtout de revenir à la grande pénurie de la guerre et de l’après-guerre.
Mais ce que M. Pompidou, homme de
58 ans, comprend moins, c’est à quel
point les jeunes Français ont besoin
de mythes. Ils veulent trouver des raisons à leur existence. De Gaulle les
nourrissait quelque peu avec des
mots et des gestes. M. Pompidou sait
qu’il ne peut dire ni faire les mêmes.
Pourtant, si, par manque d’imagination, il ne leur fournit pas une image
d’eux-mêmes capable de les arracher
à leur mélancolie, alors, un jour ou
l’autre, ils repartiront à la recherche
Pourquoi l’appellet-on Tonton ?
« Avant 1981, déjà, certains l’appelaient Tonton. Mais le diminutif était
réservé à un cénacle d’initiés. La petite histoire veut que la formule facétieuse et presque impertinente ait été
inventée par son chauffeur lorsqu’il
allait chercher un neveu de François
Mitterrand actif au Parti socialiste.
Ledit neveu se mit à toujours désigner
ainsi le premier secrétaire. Quelquesuns reprirent l’expression, mais elle
ne se propagea que longtemps après
l’élection de François Mitterrand à la
présidence de la République, sous
l’impulsion du Canard enchaîné. […]
A un premier niveau d’analyse, se faire
appeler Tonton témoigne d’un succès
non négligeable. Surtout lorsque des
Français de tout bord vous désignent
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Les Français
et leurs présidents
“démontrer à tous et à chacun que
vous êtes l’incarnation”. Et Jacques
Chirac a une certaine idée des Français, qu’il modifie au fil des jours pour
garder le contact avec eux. “Son vrai
métier, résume le sondeur Jean-Marc
Lech, c’est petit reporter : il va dans la
société et y voit ce qu’est l’actualité.” »
Christophe Barbier
L’EXPRESS DU 23 AOÛT 2007
AFP
Pourquoi il fascine
Fébrilité L’élection de 1965 oppose deux titans, de Gaulle et Mitterrand.
ainsi. N’est-ce pas une façon médiatiquement prégnante d’être le “président de tous les Français” ? Certes, la
gauche criera plutôt “Tonton, tiens
bon !” ; du terme, la droite fera un
usage plus neutre (“Tonton sera-t-il
candidat ?”) ; mais elles communient
dans le même vocable. […]
Penser la politique dans les catégories de la famille n’a rien d’inédit. Il
est clair, pour nous borner à l’histoire
de la Ve, que le rôle du père fut si magistralement occupé par le général de
Gaulle que son adversaire de toujours
ne peut guère y prétendre. […] L’oncle,
le tonton, est celui qui écoute, celui
auquel on se confie, celui qui comprend. […] François Mitterrand n’invente pas un nouveau style d’infantilisation, mais il en consacre, avec l’aide
des citoyens passifs, une version différente, cool, conforme tout à la fois à
l’air du temps et aux exigences de la
cohabitation. Où la familiarité du
tonton pourrait dissimuler la distance à l’égard d’un président devenu
monarque symbolique. Neveux et
nièces, les Français n’en restent pas
moins des enfants. »
Olivier Duhamel et Luc Ferry
L’EXPRESS DU 15 MAI 2003
La France de Chirac
«Entre les Français et celui qui est depuis 1995 le premier d’entre eux, une
constante alchimie est à l’œuvre. Les
Français ont de Jacques Chirac une
certaine idée, qu’ils affinent avec le
temps. “Il a une gueule, explique un
vétéran de son cabinet. Il est dans le
patrimoine du pays ; il incarne ce que
l’on veut : un pote, un grand-père, un
patron…” Dans Le Sacre (Plon), JeanMichel Gaillard, ancien conseiller de
François Mitterrand, affirme d’ailleurs à Nicolas Domenach et à Maurice Szafran que, pour être élu, il faut
« Nicolas Sarkozy bénéficie d’un état
de grâce, qui est la donnée constante
d’une présidence qui débute. Au-delà,
il a pour lui l’effet de surprise et la séduction du nouveau ; même une certaine perplexité attentiste et amusée
joue en sa faveur. Pour l’heure, nous
sommes dans cette expectative favorable. Pas un Français ne pense que
Nicolas Sarkozy ne prend pas sa tâche
à cœur, ce qui rompt avec l’image du
cynisme des élites. Il y a de l’intérêt
pour sa personne, pour sa façon de
faire et de parler, ce qui ajoute à son
crédit. Il ne me semble pas, pour autant, que l’opinion fasse preuve d’une
fascination inconditionnelle. »
Entretien avec Marcel Gauchet,
par Christian Makarian
L’EXPRESS DU 7 NOVEMBRE 2012
Y a-t-il vraiment un chef
à la tête de l’Etat ?
« Après six mois au pouvoir, soit 10 %
de son mandat, François Hollande
sait déjà qu’il est engagé dans une
course contre le sablier. D’autant qu’il
a en grande partie raté ce début. Raté
dans son fonctionnement institutionnel, raté dans sa confrontation avec la
crise, raté dans son lien avec les Français. Sa légitimité est intacte, son efficacité est entamée, son originalité est
annihilée. François Hollande est devenu un président comme les autres,
président affaibli d’un pays en proie
au doute, comme tous ses prédécesseurs depuis trente ans. Une forme de
normalité qu’il n’avait sans doute pas
escomptée… » Christophe Barbier
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
63
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LE CHÊNE ET LE ROSEAU
En pleine crise des gilets jaunes, Emmanuel Macron reçoit, pour un dîner
d’outre-tombe, le général de Gaulle, qui dut affronter
la contestation de la rue en mai 1968… Deux présidents, deux époques,
deux visions. Une même France.
M
«
ais à quoi vous servent tous ces machins ? » Charles de
Gaulle jette son képi
sur le canapé, d’un
lent mouvement, presque négligent,
dépliant son bras comme un éléphant sa trompe. Pour l’occasion, il a
mis son uniforme, avec des poches
larges comme des gibecières et des
boutons renflés comme des poignées de porte. Il s’avance vers la
cheminée et constate que la lumière
orangée qu’elle exhale provient
d’une guirlande de Noël imitant des
braises. « Les écrans, mon général ?
Ce sont des ordinateurs, pour travailler. Et la télé, pour regarder les
infos et les matchs de foot. – Kopa
joue encore ? – Non, mais nous avons
Mbappé. Un petit génie. – Nos colonies ont toujours donné les meilleurs soldats. Dommage qu’il ait
fallu bazarder l’empire. Enfin, c’était
le sens de l’Histoire… – Prenez place,
mon général. »
64
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
Emmanuel Macron a fait dresser
la table dans son bureau. Il a pensé
que cela plairait à de Gaulle de dîner
à l’endroit même d’où il dirigea la
France. Ficelé de tricolore, le menu
cartonné indique : « Truite béarnaise.
Rôti de mouton, assorti de légumes.
Glace “rambolitaine”. » Et pour les
vins : « Traminer 1959, Château
Beauregard 1959, champagne Laurent-Perrier. » « Cela ne vous rappelle rien, mon général ? » De Gaulle
avance les lèvres sous son vaste nez,
circonspect. « C’est ce que l’on vous
a servi ici même, le 4 novembre
1965, au dîner. Le jour où vous vous
êtes déclaré candidat à un nouveau
« Ils souhaitent juste
mettre ma tête
au bout d’une pique.
J’en cauchemarde »
mandat… – Moi, ce que je préfère,
c’est la bouillabaisse… »
A peine assis, le Général saisit un
couteau et regarde la lame, comme
s’il se mirait dans le métal. « Bizarre…
bizarre… – Quoi donc, mon général ?
Le fait d’être tous les deux ici ? – Non.
Je viens de voir en ce reflet comme
une foule en colère… – Des gilets
jaunes, peut-être ? – Ah oui, les gilets
jaunes ! J’ai vu cela. Ils vous en veulent… – A peine. Ils souhaitent juste
mettre ma tête au bout d’une pique.
La nuit, parfois, j’en cauchemarde…
– Il est vrai que moi, je n’ai été
condamné à mort que par Vichy et
l’Allemagne nazie. C’était beaucoup
moins effrayant… – Et vous n’aviez pas
de cauchemars ? – Un seul : j’échouais
à libérer la France. »
En un ballet silencieux, les maîtres d’hôtel font danser les truites
mieux que sur du Schubert. Le vin
d’Alsace pose son or pâle sur la
nappe. « En fait, mes gilets jaunes,
c’est votre Mai 68 », risque Macron.
OLSHOLE/GETTY IMAGES/ISTOCKPHOTO - A.-G. AMIOT/LEZILUS
Par Christophe Barbier
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Les Français
et leurs présidents
« Pas du tout. En 1968, tout s’est
passé Rive gauche, sauf le 24 mai, où
les casseurs sont venus vers l’Opéra :
ça a sonné le glas du mouvement.
– Rive droite, Rive gauche, quelle différence ? – C’est fondamental. Ils en
avaient assez de me voir tenir le pays
à bout de bras, l’obliger à être plus
grand que lui-même. Mais ils me respectaient. J’avais libéré la France, ça
les tenait à distance. Et puis ils voulaient le pouvoir intellectuel, régner
à Saint-Germain-des-Prés et à la Sorbonne. Vos sauvages, ils prétendent
vouloir vous culbuter dans votre palais, mais ce qui les intéresse dans le
quartier, ce sont les vitrines. “Galeries Lafayette, nous voilà !” Piller.
Consommer. Posséder. Les Français
sont des vo… – Des veaux ! Oui, je me
souviens que vous avez dit ça ! – Les
Français sont des voraces… – Mais la
manif du 30 mai, 1 million de gaullistes sur les Champs-Elysées, comment avez-vous fait ? – Vingt-cinq
ans de compagnonnage, vingt ans de
réseaux dans le pays, dix ans de maîtrise de l’Etat. Ça ne s’improvise pas.
Votre République en marche, c’est
bien sympathique, mais à quoi ça
sert de marcher quand on ne sait pas
où l’on va ? Cela dit, les gaullistes
n’étaient pas 1 million, le 30 mai. A
peine 200 000. Arrivés à l’Etoile, ils
redescendaient par les petites rues et
reprenaient la file… »
Le général de Gaulle, quand il
coupe son rôti, appuie à peine sur le
couteau. Il multiplie les allersretours de la lame, le poignet mou, et
attend que la viande s’ouvre. « En
1968, j’ai affronté des étudiants
trop gâtés, qui ne voulaient
plus faire NeuillyNanterre en Aust i n C o o p e r,
mais ils étaient intelligents et cultivés. Vos gilets jaunes sont de pauvres
hères abêtis par la télévision et par
les Américains, par cinquante ans de
“cheouingomme” et maintenant de
“cocalaïte”. Comment disait votre
prédécesseur ? Des “sans-dents”.
Comme quoi on peut n’avoir plus de
dents et mordre quand même…
– Quand les communistes ont rejoint
la contestation, il vous a quand
même fallu lâcher plus de 30 % de
hausse du smic. Moi, je m’en tire avec
100 euros. Bien joué, non ? – D’abord,
« Votre République
en marche, c’est bien
sympathique, mais
à quoi ça sert de
marcher quand on ne
sait pas où l’on va »
je n’ai rien lâché, c’est Pompidou. Et
puis le patronat a cédé 30 % en
croyant que je dévaluerais d’autant
après l’été. Quand j’ai refusé, tous ces
bourgeois ont juré ma perte. Ce sont
les notables qui m’ont fait battre au
référendum de 1969 ; le peuple me
suivait encore, lui. Prenez garde. La
colère des pauvres vous affaiblit, la
cupidité des riches vous abattra. »
Macron sourit. « Vous étiez un chêne,
je suis un roseau. Je plie sous la tempête, mais je ne romps point. Question
d’intelligence. Je suis un roseau, mais
un roseau pensant, comme dirait Pascal. » Le général de Gaulle admire le
Beauregard dans son verre, d’un rouge
de velours, puis celui en face de lui,
d’un bleu de satin. Le regard de l’assurance juvénile. « Un roseau penchant,
plutôt, comme dirait Narcisse. Gare.
A force de s’incliner sur l’étang pour
se mirer, on tombe dans l’eau. A votre
âge, Monsieur le président, je n’étais
que chef de bataillon, au Levant. Pour
la première fois dans l’Histoire, j’ai
emmené des soldats français sur le
Tigre. Le fait d’armes a impressionné
le maréchal Pétain, j’ai été rapatrié au
secrétariat général de la Défense nationale. Je connaissais la force, j’ai découvert le pouvoir… Un grand soldat,
ce Pétain, mais un zéro en politique. »
Charles de Gaulle repousse la coupelle où fond sa glace. Il se lève ; Emmanuel Macron en fait autant. « En
1964, le 13 juin, j’étais à Amiens, votre
ville. J’ai fleuri le monument dédié à
Leclerc, qui avait libéré la cité, puis j’ai
prononcé un discours. Je l’ai relu
avant de venir. Je disais : “Je vous ai
parlé souvent dans le malheur. Aujourd’hui, nous sommes dans une période de paix, de développement qui
contraste avec toutes nos épreuves.
Cette situation dans laquelle la France
se trouve, c’est son espoir et sa
chance.” La chance s’est épuisée, vous
le savez. L’espoir est sur le flanc, c’est
à vous de le relever, Emmanuel. Je me
souviens de la jeune fille blonde qui
m’avait remis le bouquet, ce jourlà. Elle avait 11 ou 12 ans.
Vous saluerez bien
votre épouse de
ma part. » C. B.
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france
LES
AMBIGUÏTÉS
D'UN
MOUVEMENT
Doléance L’organisation
de référendums
d’initiative citoyenne (RIC)
est l’une des exigences
récurrentes
des protestataires.
66
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
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Essoufflés, les gilets jaunes ?
Certaines questions se posent sur l’avenir
d’une révolte riche en contradictions.
Par Anna Benjamin et Romain Scotto
C. HARTMANN/REUTERS
C
omme dans toute tragédie classique à la française, c’est à l’acte V que
se dénoue l’intrigue...
Entre les gilets jaunes et
la Macronie, l’affaire n’est
peut-être pas tout à fait terminée. Mais
elle a connu un sacré coup de frein,
samedi dernier, les Champs-Elysées
n’ayant plus vraiment l’allure d’un
champ de colza.
Depuis un mois, la France bleublanc-jaune s’y invitait pourtant sans
autorisation pour y faire valoir ses revendications, mais aussi crier sa haine
des élites, dresser des barricades, jeter
des pavés, essuyer en retour des tirs de
balles en caoutchouc et de grenades
lacrymogènes. Le tout filmé et décortiqué par les chaînes d’info, dont les
directs remplaçaient presque le divertissement du samedi soir dans les
foyers. Passé l’émoi des premières fois,
l’étiolement était devenu inévitable.
Vacances de Noël ou pas. Le mouvement a perdu en route une partie de
ses « GJ » dits modérés, sensibles aux
gestes de l’exécutif sur le smic, la CSG
ou les heures sup. L’attentat de Strasbourg en aura poussé d’autres à remiser leur chasuble. Et puis il y a la lassitude, la fatigue de ceux qui tenaient le
piquet de grève depuis la première
heure sur les ronds-points, bravant le
froid, les klaxons et les pots d’échappement. Même si les jusqu’au-boutistes
jurent qu’ils « ne lâcher[ont] rien », et
comptent réveillonner sur le bord des
routes, l’ivresse n’est plus la même.
Au moins huit morts, des centaines
de blessés, des interpellations à la
chaîne, un président faisant profil bas
devant 21 millions de téléspectateurs,
une perte de croissance de 0,1 point,
des Marianne seins nus, un mariage
au milieu d’un péage, et même la nais-
sance d’un bébé sur un carrefour bloqué… Cette crise trouvera un jour sa
place dans les livres d’histoire. En
attendant, les spécialistes s’arrachent
les cheveux pour mettre des mots sur
ce mouvement polymorphe et insaisissable, dont l’avenir semble contrarié par de multiples ambiguïtés.
ANARCHISTES, TROTSKISTES
ET FRONTISTES
La première d’entre elles tient à son
hétérogénéité politique. Du jamais-vu
dans l’histoire de la Ve République. Interroger les manifestants, c’est d’abord
rencontrer des citoyens qui ont pris
l’habitude de déserter les isoloirs. Des
déçus, qui se disent « apolitiques »,
sans prendre conscience qu’entre deux
barbecues ils ne font que de la politique. « Nous essayons d’effacer les
clivages, que le bon sens triomphe, de
prendre les bonnes idées à droite et à
gauche », veut convaincre Hayk Shahinyan, la trentaine, commerçant de la
Seine-Maritime et gilet jaune « canal
historique ». Ce modéré pourrait se
fondre dans le portrait-robot du « jauniste » décrit dans une première enquête publiée dans Le Monde. Un premier tiers verse dans le « ni droite ni
gauche » ou ne se définit pas sur l’échiquier. Un deuxième tiers penche clairement à gauche. Les autres se définissant à droite (13 %) ou au centre (6 %).
Voilà pour l’aspect déclaratif. Mais
le mouvement a su aussi attirer à lui,
dans un même ras-le-bol, extrême
gauche et extrême droite. Cette colère
transcourant aura en effet réussi à
réunir dans les mêmes cortèges anarchistes, trotskistes et frontistes, mélenchonistes, dupont-aignantistes et
lepénistes, identitaires de tout bord et
antiracistes. Inimaginable, il y a seulement quelques mois. Jusque sur
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france
L. MARIN/POOL VIA REUTERS
les barrages, le flou règne parfois,
qui promet des jours agités pour la
comme au Puy-en-Velay, dans la
suite du quinquennat…
Haute-Loire, où se mène une bataille
A Paris, le scénario a souvent été
le suivant : des groupes d’ultradroite
des ronds-points. On se traite de
ou d’ultragauche engagent l’affronte« facho » ou de « révolutionnaire de
ment. Certains gilets jaunes, peu hames couilles », c’est selon. Les uns
bitués aux méthodes de maintien de
dénonçant notamment les flux
l’ordre, se laissent entraîner. Sans oumigratoires. Alors que leurs voisins
blier les pillards opportunistes débarprônent la libre circulation.
qués en nombre de banlieue. Pour
Paradoxales, les chasubles fluo
beaucoup, ces débordements ne sele sont donc dans leurs revendicaraient qu’une réponse légitime à une
tions. « Ils réclament plus de décenviolence institutionnelle, sociale, plus
tralisation pour mieux prendre en
charge les problèmes. Mais,
d’un autre côté, ils se retourDivergences Certains ont été sensibles aux
nent toujours vers l’Etat,
annonces, d’autres n’y ont vu que des « miettes
dont ils attendent des finances », s’étonne la géographe Béatrice Giblin. Pour
elle, comme pour la plupart
des opposants au mouvement, les gilets jaunes tentent de résoudre une équation
insoluble : plus de services
publics, tout en payant moins
de taxes. « C’est intenable.
Les gens ne sont pas rationnels. Il y a quelque chose d’infantile là-dedans. Comme
des gosses, ils veulent tout »,
sermonne la directrice de la
revue Hérodote.
« LEUR DISCOURS EST
EN RÉALITÉ VIOLENT »
« Je ne réclame pas moins d’impôts,
mais plus de justice fiscale », rectifie
Franck Lagrelle, 38 ans, ambulancier
à Laval, en Mayenne, 1 700 euros sur
le compte en banque en début de
mois. Habitué des manifs à Paris, il
se dit prêt à tenir « le temps qu’il
faut ». Il incarne aussi cette frange
« pacifiste » qui condamne mais
comprend les violences de ces dernières semaines. Comme si les jets
de pavés et les vitrines cassées
étaient un mal nécessaire pour faire
plier le gouvernement. Après tout,
« les manifestants de Mai 68 n’ont
pas gagné avec des jets de peluches ». Certes. Et puis, en jouant la
montre, l’exécutif a sans doute renforcé l’idée que, si l’on ne casse pas,
on n’obtient rien dans ce pays. Voilà
68
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
sournoise. « C’est une thèse que l’on
peut valider lorsqu’on se heurte à un
pouvoir autoritaire, comme cela pouvait être le cas sous l’Ancien Régime,
mais dans une société comme la
nôtre, non », tempère l’historien Jean
Garrigues. Pour lui, les médias ont
d’ailleurs fait preuve de complaisance
en considérant le mouvement comme
pacifique. Sans même parler des débordements, « le discours des GJ est
en réalité violent, explique-t-il, avec
un vocabulaire très insultant à l’égard
du pouvoir ». C’est un euphémisme.
Dans les discussions, on réclame
en boucle la « démission » de Macron.
Si ce n’est pas sa « décapitation ». Les
attaques traduisent une haine viscérale d’un président qui « n’a pas osé
parler en direct » lors de son allocution, « parce qu’il n’est pas sûr de lui »,
assure Hervé Liabœuf, ouvrier de nuit
au Puy-en-Velay. On vise l’homme – et
par extension son épouse – plus que la
fonction. Le tout, en se nourrissant
d’infox partagées sur Facebook, la
maison mère des gilets jaunes. En
vrac : le gouvernement recrute des
mercenaires pour encadrer les manifestants, le pacte de Marrakech engendrera un tsunami migratoire, l’attentat
de Strasbourg est un acte de diversion
fomenté par le gouvernement… Rien
que ça. Sur la Toile, certains GJ s’offusquent néanmoins de ces thèses complotistes et se désolidarisent d’un
mouvement qui peine à se structurer.
« Même là-dessus ils n’arrivent
pas à se mettre d’accord, observe
Jean-Marie Pernot, politologue à
l’Institut de recherches économiques
et sociales. Pour l’instant, la plupart
des leaders ont été renvoyés dans les
cordes. Personne ne se détache, ce qui
pose un problème pour durer. S’ils
veulent installer une représentation,
il faudra trouver un minimum de
consensus… » Quelques figures, habituées des plateaux télé, ont bien
émergé. Les noms de Benjamin Cauchy, Jacline Mouraud, Christophe
Chalençon sont devenus familiers.
Mais leur légitimité est aussi dénoncée. Le 4 décembre, une rencontre à
Matignon a même été annulée, ces
« gilets jaunes libres » expliquant
avoir reçu des menaces de mort. Sur
les ronds-points, baptisés les « QG »,
des représentants sont parfois désignés à main levée. Mais point d’organigramme national. Cette difficulté à
se structurer « n’a rien d’étonnant »
pour Jean Garrigues. L’historien y voit
un épisode supplémentaire de la crise
démocratique que traverse le pays.
« C’est la suite d’une séquence qui a
débuté avec Nuit debout, emblématique de cette volonté de démocratie
directe. » D’où cette demande récurrente qui tient en trois lettres, « RIC »,
pour référendum d’initiative citoyenne. Très présente sur les pancartes, cette mesure ferait tomber le
gilet de Guy Vaugin, trentenaire venu
pour le quatrième week-end consécutif à Paris. Ce mécanicien en intérim à
Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais, n’a
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B. TESSIER/REUTERS
Les ambiguïtés d’un mouvement
Symboles Des Marianne, stoïques face aux gendarmes, le 15 décembre : jusque dans ses formes d’action, la contestation détonne.
pas été convaincu par « les miettes
de Macron », répétant qu’il veut « les
morceaux ».
VERS LA CRÉATION DE
« LABORATOIRES D’IDÉES »?
Ces GJ, qui se rêvent peut-être en
sans-culottes modernes et se veulent
l’incarnation du peuple, souhaitent
exprimer leurs doléances sans intermédiaires et renient toute organisation verticale. Pour les amadouer, le
chef de l’Etat a promis l’organisation
de « consultations nationales », sorte
de débats citoyens étalés sur trois
mois, partout sur le territoire. Au passage, cette démocratie 2.0 marque la
fin du mythe de l’homme providentiel, tentation récurrente dans notre
pays. Dans son immédiateté, dans sa
volonté d’horizontalité absolue, dans
la transparence et la surveillance
qu’elle instaure, cette néodémocratie
« ne permet pas cette forme d’idolâtrie », poursuit Jean Garrigues. Et ce,
même si certains en appellent à l’autorité du général de Villiers. Ou invoquent la figure de Coluche, omniprésent dans les discussions.
Rester une entité hors-sol ou s’inscrire dans le cadre démocratique exis-
tant, voilà l’autre dilemme que devront
rapidement trancher les gilets, encore
une fois désunis sur ce sujet. « A un
moment donné, il faut jouer le jeu. On
ne peut pas être tous les samedis dans
une logique néo-insurrectionnelle
pour faire bouger les lignes », prévient
Eddy Fougier, politologue spécialiste
des mouvements protestataires. Au
risque d’intégrer ce « système » honni
contre lequel ils ont prospéré? « Je ne
dis pas que cela va les tuer. Mais c’est
plus envisageable que de rester un
mouvement éthéré. » Concrètement,
ils pourraient rejoindre les rangs des
partis qui les courtisent, notamment
du côté de la droite musclée. Ils peuvent aussi pratiquer l’entrisme, à la
manière de la Manif pour tous, qui, à
travers Sens commun, a trouvé une
oreille attentive chez Les Républicains. Reste enfin l’option de monter
une liste aux élections européennes.
Selon un sondage Ipsos, publié par le
JDD, elle aurait recueilli 12 % des voix
si le scrutin avait eu lieu le 9 décembre
dernier. Mais en mai prochain?
Pourtant, certains, à l’image de
Hayk Shahinyan, y croient : « Le but
est de créer des laboratoires d’idées,
bâtir un programme. Les européennes
ne sont qu’un tremplin pour les municipales et les législatives. On propose
à tous les gilets jaunes de se mettre
autour de la table pour s’unir, car il ne
faut pas arriver aux élections avec
plusieurs groupes qui feront 0,5 %. »
En attendant, Francis Lalanne – oui, le
barde – a proposé de les représenter
dans cinq mois. Bernard Tapie et
Alexandre Jardin seraient, eux aussi,
prêts à les soutenir dans leur conquête
du Parlement européen.
Après tout, ces élections « de second rang ont souvent été marquées
par la percée de mouvements originaux. Les citoyens n’y accordent pas
une grande importance. Ils peuvent
voter en fonction de leurs convictions en se disant que cela ne changera pas grand-chose », relativise
Eddy Fougier, plus circonspect sur la
capacité des intéressés à établir des
revendications communes sur l’Europe, sans sombrer dans la guerre des
ego. S’ils veulent durer, les gilets devront résoudre toutes ces ambiguïtés.
Leur avenir en dépend. Sans quoi,
même si la colère perdure sous une
forme ou une autre, ils retrouveront
leur place initiale : le coffre ou la
boîte à gants. A. B. et R. S.
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
69
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france
Souâd Ayada,
la guerrière
de Blanquer
Depuis son arrivée à la tête du Conseil supérieur
des programmes, cette agrégée de philo
bataille contre les « pédago ». Et reçoit des coups
en retour. Par Amandine Hirou
M
ais où est donc passée
Souâd Ayada? La présidente du Conseil supérieur des programmes
(CSP) a totalement disparu des radars médiatiques depuis
plusieurs semaines. Un silence dû,
officiellement, à un emploi du temps
ultrachargé. D’après son service de
communication, son agenda affiche
complet jusqu’en… mars prochain !
Certes, le CSP conduit un chantier de
taille. Après avoir modifié certains
contenus d’enseignement du CP à la
troisième – qui avaient été élaborés
sous le quinquennat précédent –, cette
instance rattachée au ministère de
l’Education nationale a eu la lourde
tâche de revoir ceux des classes de
seconde et de première, dans le cadre
de la réforme en cours du lycée et du
baccalauréat. Plus de 80 projets de
programmes ont été concoctés par des
groupes d’experts, puis soumis au vote
des 17 membres du CSP. Le tout en seulement six mois! Ces propositions sont
présentées, les 18 et 19 décembre, à une
autre instance, le Conseil supérieur de
l’éducation (où siègent les principaux
syndicats enseignants, lycéens et des
parents d’élèves), sollicitée pour donner un avis consultatif. Charge ensuite
au ministre de valider les textes pour
une publication en janvier, et une
application à la rentrée 2019.
70
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
Un vrai marathon, donc, parsemé
en plus de démissions, de fuites, de
tribunes et de propos acérés dans la
presse. C’est peut-être aussi en raison
de ces rebondissements que Souâd
Ayada se montre aujourd’hui si silencieuse. Car la jeune femme a pris
beaucoup de coups depuis le début de
son mandat. A peine apparue dans la
lumière, elle s’est retrouvée, malgré
elle, au centre d’une violente querelle
entre le clan des « pédagogistes » et
celui des « conservateurs », dont
l’Education nationale a le secret.
UNE EXTRÊME
DÉTERMINATION
Le 1er octobre dernier, dans son interview accordée au Parisien, elle laissait poindre sa lassitude. D’accord
pour répondre aux questions, « à
condition qu’elles ne soient pas politiques ». S’attendait-elle à devoir ferrailler autant dans ce qui s’apparente
à une véritable bataille idéologique ?
« Je pense qu’elle ne mesurait pas
l’ampleur de la tâche », confie Pierre
Mathiot, chargé de piloter la réflexion
sur la réforme du baccalauréat.
Souâd Ayada fait partie des inspecteurs généraux mandatés pour accompagner ce dernier dans cette
tâche lorsqu’on lui propose de prendre la tête du CSP. « Aussi sérieuse
que rigoureuse, elle était gênée de ne
Conviction L’un
des principes
qu’elle avance
est de ne pas
renoncer, au nom
de l’égalité
des chances,
à l’exigence.
pas pouvoir assumer jusqu’au bout sa
mission à nos côtés », poursuit l’exdirecteur de Sciences po Lille, dont le
caractère expansif tranche fortement
avec celui de l’intéressée, présentée
par ses proches comme « réservée ».
Une réserve qui la pousse à choisir
ses mots avec « beaucoup de soin »,
mais qui n’empêche pas une « extrême détermination ».
Discrète sur sa vie privée, Souâd
Ayada n’aime pas s’étendre sur son
parcours. « Née au Maroc en 1970,
arrivée en France en 1974 », indique sa
biographie officielle, sans plus de détails. Elle n’évoque que rarement sa
famille, son père – un ancien ouvrier
de la sidérurgie –, son enfance à
Grande-Synthe (près de Dunkerque),
ses années universitaires à Lille (où
elle a écrit sa thèse de doctorat, « L’islam des théophanies : structures métaphysiques et formes esthétiques »).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
S. SORIANO/LE FIGARO
tre. « Je n’ai pas son numéro de portable », précise-t-elle à la presse. En revanche, dès ses premières interviews
ou tribunes accordées au Monde, au
Point ou à Causeur, Souâd Ayada se
révèle totalement sur la même longueur d’onde que lui. Elle y prône
« l’importance de la chronologie en
français et en histoire » ; défend un
enseignement de l’Histoire promouvant « le sentiment d’appartenir à la
nation » ; présente la dissertation
comme étant « l’exercice le plus égalitaire » ; insiste sur la nécessité, pour
les élèves, de « savoir conjuguer à
tous les temps et à toutes les personnes » ; se prononce enfin « contre
le prédicat » (notion grammaticale introduite sous le précédent quinquennat et jugée inutilement complexe
par certains)… Autant de prises de
position qui lui valent d’être qualifiée
de « réac » ou de « conservatrice », un
dernier terme qu’elle assume d’ailleurs totalement.
Et ne prononce jamais un mot sur son
compagnon, le philosophe et ancien
maoïste Christian Jambet, avec qui
elle partagerait une passion pour le
soufisme, un courant mystique et spiritualisant de l’islam que n’apprécient
pas les fondamentalistes. Cette agrégée et docteur en philosophie a forgé
ses idées et points de vue loin des
assignations à résidence. Les adorateurs des clichés la rangeaient par
avance dans la catégorie de la gauche
pédago façon Najat Vallaud-Belkacem
(ancienne ministre de l’Education).
Ils en ont eu pour leurs frais. « Certains
s’attendaient à ce que
Souâd Ayada ait un autre
positionnement, qu’elle
rentre dans les cases qu’ils
imaginaient. C’est peut-être
pour cela qu’elle cristallise
autant les tensions », analyse Pierre Mathiot.
L’un de ses principes incontournables ? Ne pas renoncer, au nom de
l’égalité des chances, à l’exigence. Sa
conception de l’école rejoint totalement celle de Jean-Michel Blanquer,
chantre de la « bonne maîtrise des savoirs fondamentaux » et du fameux
« lire, écrire, compter, respecter autrui », qu’il ne cesse de marteler.
Même si leur rencontre date du
temps où Souâd Ayada était professeur de philosophie dans l’académie
de Créteil, où le haut fonctionnaire
officiait comme recteur, elle ne fait
pas partie du cercle proche du minis-
S’ATTENDAIT-ELLE
À DEVOIR FERRAILLER
AUTANT DANS CETTE
BATAILLE IDÉOLOGIQUE ?
DEVOIR DE NEUTRALITÉ
OU DROIT DE S’EXPRIMER
Chaque intervention dans la presse
lui vaut de nouvelles attaques. On lui
reproche, notamment, d’enfreindre
son devoir de neutralité. « Il n’est pas
normal qu’elle s’exprime ainsi au nom
du CSP, censé respecter tous les
points de vue », taclent les uns.
« Chaque membre de cette instance
est totalement libre de s’exprimer
comme il l’entend, y compris elle »,
défendent les autres. Pour rappel,
l’instance, créée en 2013 par la loi
Peillon et qui se veut « indépendante »
et force de propositions, avait pour
ambition d’introduire plus de pluralisme dans la conception des programmes éducatifs (une prérogative,
jusque-là, de la direction générale de
l’enseignement scolaire). Elle réunit
six parlementaires, deux représentants du Conseil économique, social
et environnemental et huit « personnalités qualifiées » (universitaires ou
inspecteurs généraux). Ces dernières
sont nommées par le ministre de
l’Education nationale, qui désigne
également le président et le vice-
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
71
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
R. GABALDA/AFP
france
Vision La conception de l’école de Souâd Ayada rejoint totalement celle de Jean-Michel
Blanquer, chantre de la « bonne maîtrise des savoirs fondamentaux ».
président. « La plupart des membres
de l’équipe que trouve Souâd Ayada à
son arrivée avaient pris place sous la
mandature de Najat Vallaud-Belkacem. Vous imaginez bien qu’ils
n’étaient pas forcément de la même
mouvance. Rien d’étonnant à ce qu’il
y ait eu des frictions. Certains n’ont
pas accepté que le rapport de force
s’inverse et se sont lancés dans des
attaques aussi mesquines qu’excessives », avance Jean-Rémi Girard,
président du Syndicat national des
lycées et collèges.
L’ÉPISODE DES « FUITES »
DANS LA PRESSE
Certes, la personnalité et les convictions de Souâd Ayada tranchent, très
nettement, avec celles de son prédécesseur, Michel Lussault – souvent
perçu comme l’une des « icônes
pédagogistes » –, parti en claquant la
porte. Depuis l’installation de JeanMichel Blanquer rue de
Grenelle, les relations entre
les deux hommes étaient
glaciales, voire inexistantes. Dans un entretien
exclusif accordé à L’Express, le 13 septembre 2017,
le ministre revient sur la
révision des programmes
du primaire et du collège,
sur laquelle avait planché l’équipe de
Lussault, et propose des « ajustements », comme « la maîtrise des
quatre opérations au CP et au CE1 », le
retour à une « pédagogie explicite,
structurée et progressive » en littérature, la « disparition » du fameux
prédicat… C’en est trop pour Michel
Lussault, qui démissionne. Suivi,
quatre mois plus tard, par la viceprésidente, également nommée par la
gauche, la linguiste Sylvie Plane. A
l’automne dernier, c’est au tour de
Marie-Aleth Grard, vice-présidente
d’ATD quart monde, de quitter le CSP.
« Quelques jours seulement avant la
fin de son mandat… » prend soin de
rappeler Philippe Raynaud, l’actuel
vice-président du CSP.
La situation se tend de plus en
plus. Souâd Ayada, elle, maintient
son cap… et son franc-parler. « Dotée
d’une véritable autorité naturelle,
elle n’est pas du genre à se laisser
DOTÉE D’UNE AUTORITÉ
NATURELLE, ELLE N’EST PAS
DU GENRE À SE LAISSER
DÉVIER DE SON CHEMIN
72
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
dévier de son chemin », poursuit Raynaud. De son côté,
Denis Paget, membre du CSP
jusqu’à l’expiration de son mandat en octobre dernier, n’hésite
pas à parler d’ « autoritarisme ».
Ce professeur de lettres, ancien
secrétaire général du Syndicat
national des enseignements de
second degré (Snes), se montre
très sévère à l’égard de la présidente, qu’il juge « cassante »,
« hautaine », « maniant l’humiliation ». Il faut dire qu’elle n’hésite pas à tacler sévèrement les
tenants de la « ligne pédago »,
en évoquant leurs erreurs passées par voie de presse. « Souâd
Ayada est bien trop clivante
pour occuper un tel poste, qui
nécessiterait des talents de
diplomatie et une certaine rondeur.
Des atouts que je reconnais à JeanMichel Blanquer, bien que je ne partage pas ses idées », ajoute Paget.
Souâd Ayada est même allée jusqu’à
inviter certains membres récalcitrants à démissionner du CSP. Ce que
confirment certains documents que
L’Express a pu se procurer.
Enfin, ses détracteurs reprochent
à Souâd Ayada un manque de pluralité dans la composition des groupes
d’experts chargés de travailler en
amont sur chaque discipline, et des
débats bâclés, voire tronqués. Erwan
Le Nader, président de l’Association
des professeurs de sciences économiques et sociales (Apses), qui a fait
partie de l’un de ces groupes, parle
même d’« absence de transparence
et de procédure démocratique ».
La crise atteint son paroxysme
avec l’épisode des « fuites » dans la
presse : en octobre dernier, des documents de travail, censés rester confidentiels, se retrouvent entre les mains
du Snes, qui décide de les publier. Des
textes liés à la réforme de l’histoire,
discipline hautement sensible.
D’après le syndicat, il serait notamment question de supprimer le thème
de l’immigration, jusqu’ici abordé en
première. « Des documents falsifiés »
et des « informations erronées »,
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Souâd Ayada, la guerrière de Blanquer
réagit le CSP dans un communiqué
de presse qui dénonce des « pratiques
irresponsables et contre-productives ». Au sein de l’instance, la méfiance s’installe. Pour éviter toute
nouvelle dérive, Ayada décide de ne
plus faire circuler les textes : le jour
même du vote, les membres du CSP
devront venir en personne sur place
consulter les moutures finales, entre
9 et 10 heures. « Ce qui n’était pas forcément compatible avec nos activités
extérieures, reconnaît Cécile Rilhac,
députée (LREM) du Val-d’Oise et
membre du CSP. Mais, dans un tel
contexte, Souâd Ayada avait-elle
d’autres choix ? »
S’il y a bien un point sur lequel
tout le monde s’accorde, c’est le
manque de temps imparti pour élaborer la montagne de programmes du
lycée. « On a beaucoup reproché à
Souâd Ayada d’aller trop vite sur les
débats, les consultations. Mais elle
n’est pas responsable des contraintes
calendaires qui lui sont imposées ! »,
la défend Cécile Rilhac. Et voilà remis
sur l’estrade l’éternel débat entre le
temps politique incompatible avec le
temps des réformes scolaires, débat
qui revient inévitablement à chaque
changement de ministre.
DES DYSFONCTIONNEMENTS
DÈS LA CRÉATION DU CSP
« Finalement, la plupart des reproches adressés à Souâd Ayada sont
les mêmes que ceux essuyés par ses
prédécesseurs », avance Annie Genevard. La députée (LR) du Doubs sait
de quoi elle parle, puisqu’elle avait
elle-même claqué la porte du CSP au
moment de la révision des programmes de primaire et de collège…
sous la présidence de Michel Lussault. « Ce dernier rendait des
comptes régulièrement à la ministre
d’alors, Najat Vallaud-Belkacem. A
l’époque, cela ne dérangeait pas ces
membres du CSP, si critiques aujourd’hui », avance-t-elle. Selon la
députée, c’est le fonctionnement du
CSP qu’il faudrait totalement revoir.
L’instance portait en elle les germes
de tous les dysfonctionnements dès
sa création : contraintes de délais,
guerres de chapelles idéologiques,
indépendance relative, absence de
pouvoir décisionnaire… « “C’est un
Himalaya”, m’avait confié le premier
président, Alain Boissinot, qui avait
démissionné au bout de huit mois »,
poursuit Annie Genevard. Un Himalaya que Souâd Ayada devra continuer de gravir. Malgré les obstacles.
Car la réforme des programmes est
loin d’être terminée. La présidente
du CSP n’a pas fini d’être débordée.
Et critiquée. A. H.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
france
ALEXANDRE DJOUHRI
Un lourd dossier
d'extradition
L'influent intermédiaire est inquiété dans l’affaire
du supposé financement libyen de la présidentielle
de 2007. L’Express révèle le rapport du parquet
financier adressé à la justice britannique.
Par Laurent Léger
I
l continue d’inonder ses amis
dans le monde entier de coups
de fil et d’échanges sur la messagerie cryptée Telegram. Récemment, il a perdu une proche
et a tempêté de ne pouvoir se rendre à
ses obsèques. La faute aux juges français, qui ont émis le mandat d’arrêt
sur la base duquel Alexandre Djouhri
a été interpellé à Londres, le 7 janvier
2018. La faute à eux, ces « fatigués de
la timbale », comme il les surnomme.
Chargés de débroussailler le financement libyen supposé de la campagne
présidentielle de Nicolas Sarkozy en
2007, les magistrats sont persuadés
que l’influent businessman a joué un
rôle majeur dans la distribution d’argent provenant des caisses de Kadhafi
et réclament son extradition.
Embastillé à Londres, libéré, arrêté de nouveau, puis relâché pour
raisons de santé et opéré du cœur, il
peste contre le sort qui lui est réservé,
lui, la « victime enchaînée à son lit
d’hôpital ». Après avoir maraudé sous
les ors de la République, dans l’entourage de Chirac puis de Sarkozy, fréquenté les palais des potentats africains ou des milliardaires du Golfe, le
voilà obligé de pointer au commissariat… Mais, même assigné à résidence,
Djouhri ne déroge pas à ses habitudes :
le Dorchester, son palace fétiche, où il
74
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
déjeune ou donne ses rendez-vous,
est situé dans le périmètre qu’il lui est
permis d’arpenter. Ouf !
Avant les audiences qui seront
consacrées à son extradition à partir
du 21 janvier 2019, L’Express révèle le
rapport de 27 pages adressé au special
prosecutor de Londres par le Parquet
national financier (PNF), le 22 février
dernier. Un document dans lequel le
conditionnel n’est pas de mise. Pour
résumer, l’enquête « démontre son
implication centrale dans un réseau
organisé de corruption, ayant agi en
France comme à l’étranger », assènent
les magistrats. Détournement de
fonds, corruption, blanchiment d’argent… Les infractions relevées peuvent
lui valoir jusqu’à dix ans de prison.
LE « CERVEAU »
DE LA TRANSACTION ?
D’abord, le PNF reproche à Djouhri
d’avoir subtilisé 10 millions d’euros
provenant du fonds souverain libyen,
en lui vendant la villa dont il était propriétaire à Mougins, sur la Côte d’Azur.
Le prix aurait été très largement surévalué : « 10 millions d’euros », alors
que la villa, grevée de surcroît d’une
dette fiscale de 1,5 million, avait été estimée à « 1,8 million d’euros ». Cette
belle opération, point de départ des
ennuis de l’homme d’affaires, n’aurait
pu se faire sans ses bons amis. L’acheteur, le patron du fonds souverain
libyen, Bechir Saleh, un homme clef
du régime de Kadhafi, est un de ses
proches. Comme le banquier qui gérait, en Suisse, les comptes bancaires
utilisés pendant et après la vente. Le
premier vivrait désormais tranquillement à Abou Dhabi, le second à
Djibouti, loin de la justice française…
Les enquêteurs ont donc suivi la
trace de ces 10 millions. Perquisitionnant chez le banquier, ils ont trouvé
de précieuses indications permettant
de connecter à Djouhri les retraits en
liquide, les paiements au Ritz de
Paris, où il avait ses habitudes, les
achats de costumes de luxe, ainsi que
les transferts de fonds vers divers
comptes bancaires. Des comptes
appartenant officiellement à d’autres,
mais qui auraient – c’est ce qu’assure
le rapport – permis de dissimuler le
fruit des infractions présumées…
C’est de l’un d’entre eux que sont
partis 500 000 euros à destination de
Claude Guéant en 2008 – le prix, a
toujours affirmé l’ancien ministre, de
deux tableaux vendus à un avocat de
Kuala Lumpur. Les enquêteurs, qui
étaient récemment en Malaisie, en
sont persuadés : Alexandre Djouhri
« est au cœur de cette transaction », il
en serait même « le cerveau ». Pour
eux, les 500 000 euros proviennent
directement de la vente de la villa
aux Libyens, et constitueraient l’élément de la corruption.
En échange de quelle contrepartie ? Claude Guéant aurait, selon eux,
procédé à des interventions fiscales
en faveur de Djouhri mais, aussi et
surtout, il serait intervenu « auprès
des patrons du groupe EADS [Airbus,
aujourd’hui] pour demander le paiement de commissions sur une vente
d’avions » à la Libye. Djouhri faisait
alors des pieds et des mains pour, souligne le rapport, « exiger » d’EADS les
12 ou 13 millions d’euros qui, selon lui,
lui étaient dus. Interrogé au mois de
septembre 2018, l’ex-ministre a nié
avoir reçu de l’argent libyen, se disant
« innocent », avant de finir par opposer le silence aux questions du juge.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
A priori accablantes pour Djouhri,
les 27 pages du rapport doivent se lire
aussi entre les lignes. Les magistrats
jouent gros, tant les Britanniques sont
pointilleux avec les extraditions – refusant notamment celles des personnes soupçonnées de délits politiques – et lents – ils ont mis dix ans à
livrer à la France le financier des attentats de Paris de 1995. Alors, pour
mettre de leur côté toutes les chances
de récupérer leur cible, toute référence à Nicolas Sarkozy a été gommée : son nom n’apparaît qu’au détour de quelques phrases – l’affaire
concerne pourtant le financement de
sa campagne électorale, et l’ancien
président est mis en examen.
UNE MANŒUVRE
POLITIQUEMENT ORIENTÉE ?
T. AKMEN/AFP
Soupçons Assigné
à résidence à Londres,
Alexandre Djouhri
estime être une « cible
collatérale » de l’affaire
visant Nicolas Sarkozy.
Les infractions reprochées à Djouhri
« ne comportent pas de dimension
politique », est-il bien précisé. Les magistrats français ont rassuré leurs homologues britanniques, en leur adressant des plaquettes d’information sur
l’hôpital pénitentiaire de Fresnes, où
Djouhri pourrait être accueilli s’il était
extradé… En réponse, ses avocats
anglais s’en sont donné à cœur joie :
pour eux, le contexte de l’affaire serait
clairement politique. Dans une note
du 1er mars 2018, qualifiant leur client
de « personnage de premier plan de la
vie publique française », très « lié à des
hommes politiques de la droite française », ils assurent que Djouhri, « cible
collatérale » de l’affaire, fait l’objet
d’une action « politiquement orientée » dans le cadre d’une « campagne
dirigée à la base contre des figures
politiques controversées dont il est
proche ». Sans préciser pour autant
qui sont ces dernières…
La défense de Djouhri, qui avait
plaidé pour que ce dernier soit
entendu à Londres par les juges français, avant d’annuler le rendez-vous
prévu pour raisons de santé, estime
qu’il n’a jamais été convoqué dans les
formes juridiques adéquates. Sollicités à plusieurs reprises, ses avocats et
lui n’ont pas donné suite à nos demandes d’entretien. L. L.
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
monde
Dignité Après avoir connu la rue,
Ari Toivanen a bénéficié, avec sa femme,
du programme Logement d’abord
et obtenu un appartement dans
la résidence Alppikatu, à Helsinki.
SANS-ABRI : LE MIR
76
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Un programme novateur
a réduit de façon
spectaculaire le nombre
de SDF au pays
du Père Noël, à rebours
du reste de l’Europe.
De notre envoyé spécial Clément Daniez,
avec Meeri Koutaniemi (photos)
M. KOUTANIEMI POUR L’EXPRESS
I
l suffit d’évoquer la situation des
sans domicile fixe (SDF) en France
pour qu’Antti Martikainen cesse soudain de sourire. « Quand je suis allé à
Paris, près de la gare du Nord, j’ai vu
beaucoup de gens dormir dans la
rue, y compris des familles, raconte-t-il.
C’était déchirant. Cela m’a rappelé la Finlande d’avant, celle des années 1980-1990. »
Bouc roux, crâne rasé, faux airs de Bruce
Willis et de Walter White, le héros de la série
américaine Breaking Bad, Antti Martikainen sait de quoi il parle : il dirige une résidence de l’Armée du salut, Alppikatu, à Helsinki, où vivent 86 ex-SDF. A la fin du mois
de novembre, il se trouvait dans la capitale
française pour évoquer, avec d’autres compatriotes, la réussite phénoménale de Logement d’abord, lancé en 2008 par le gouvernement. Ce programme unique en Europe a
mis fin au « sans-abrisme » en Finlande. Il
suffit de marcher dans les rues de la capitale
pour le constater.
Teija et Ari Toivanen les ont arpentées,
ces rues. Visages marqués, usés par l’alcool,
la misère et une chienne de vie, ils font plus
que leurs 56 et 50 ans. Leur nom est affiché
sur la porte de leur studio. « Cela fait deux ans
que nous vivons à Alppikatu, raconte Teija,
d’une voix rocailleuse. Je suis heureuse que
nous n’ayons plus à être dehors. Ici, on nous
donne tout ce dont on a besoin, de quoi cuisiner ou comment obtenir les aides de Kela
[organisme qui gère les allocations sociales
en Finlande]. Et puis, on s’entend bien avec
les autres. » Les résidents d’Alppikatu ont
ACLE FINLANDAIS
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
monde
tous signé un contrat de location
pour un appartement dont ils
possèdent les clefs. Teija et Ari
s’acquittent d’un loyer de
400 euros, ponctionné sur l’aide
au logement accordée par l’Etat.
Ils bénéficient sur place du soutien de 20 travailleurs sociaux,
dont 8 se relaient vingt-quatre
heures sur vingt-quatre.
La Finlande, qui ne compte
que 5,5 millions d’habitants, est
précurseur dans la lutte contre
le mal-logement. Le premier
programme du genre remonte
à 1987. A l’époque, quelque
18 000 SDF sont livrés à euxmêmes. Dix ans plus tard, ils sont
deux fois moins nombreux. Mais
le cas des sans-abri de longue
durée pousse les autorités à
changer de philosophie, au cours
des années 2000. « Nous avons
fait valoir que la résolution de
leurs problèmes sociaux ne devait plus être un préalable à l’obtention
d’un logement », explique Juha Kaakinen, un des experts missionnés
en 2007 par le gouvernement, aujourd’hui président de la Fondation Y,
le premier bailleur social du pays. Une
telle approche avait déjà été expérimentée aux Etats-Unis, au niveau
local, dans les années 1990. Mais c’est
en Finlande qu’elle s’applique pour la
première fois à l’échelle nationale.
« BÂTIR UNE RELATION
DE CONFIANCE »
Depuis 2008, 3 700 logements ont
ainsi été créés. « Nous avons bénéficié
d’un consensus politique fort, avec
l’accord des municipalités et l’implication des ONG engagées sur le terrain, souligne encore Juha Kaakinen.
170 millions d’euros ont été investis
pendant les quatre premières années.
L’argent a servi de carotte et l’absence
d’alternative au programme, de bâton.
Ces SDF de longue durée souffrent
bien souvent d’addictions diverses ou
de problèmes psychiatriques. Il est
plus facile de leur apporter un soutien
adéquat quand ils vivent dans leur
propre appartement. Il a donc été
78
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
Soutien
Les 86 anciens SDF
d’Alppikatu, parmi
lesquels Ahti
Salminen (ci-dessus)
et Mariga (en haut, à
droite), sont aidés
par une vingtaine
de travailleurs
sociaux (ci-contre,
lors d’une
distribution
de nourriture).
En bas, Antti
Martikainen,
directeur de la
résidence.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Sans-abri : le miracle finlandais
Lien social
Depuis 2015, Tanja
(ci-dessous)
habite dans
l’immeuble
Rukkila, dont
les locataires ont
entre 18 et 30 ans :
« Ici, j’ai pu me
faire des amis »,
explique-t-elle.
En bas, Juha
Kaakinen, l’un
des pères
du programme
Logement
d’abord.
et moins paternaliste. « Les règles
concernant l’alcool étaient très
strictes autrefois, illustre Antti Martikainen. Aujourd’hui, nos locataires
peuvent boire. Nous nous efforçons
de bâtir une relation de confiance
avec eux, pour les responsabiliser,
dans la mesure du possible. Nous les
aidons aussi à régler les problèmes
administratifs, mais toujours en leur
suggérant ce qui est bon pour eux.
Nous ne leur imposons rien. »
Certains finiront leur vie à Alppikatu, où la moyenne d’âge se situe autour de 50 ans. Avec son catogan, Ahti
Salminen, 73 ans, est arrivé en
2017. « Je ne sais pas ce que je
vais faire à l’avenir, mais je sais
que je peux compter sur l’aide de
l’équipe », confie-t-il, dans son
studio propret, une vieille télévision cathodique allumée.
PHOTOS : M. KOUTANIEMI POUR L’EXPRESS
DES JEUNES EN
RUPTURE AVEC LEUR
FAMILLE
décidé de fermer les refuges proposant
une couche pour la nuit, car ces solutions temporaires favorisent le sansabrisme. » A Helsinki, seuls 52 lits de ce
genre subsistent encore.
La résidence Alppikatu est ainsi
passée, en 2010, de 215 lits à 81 appartements confortables, équipés d’une
cuisine et d’une salle de bains. Les travailleurs sociaux y sont deux fois plus
nombreux qu’auparavant. Tous ont
suivi une formation à cette nouvelle
manière d’aider, plus professionnelle
En banlieue nord d’Helsinki, les
21 locataires de Rukkila ont, eux,
entre 18 et 30 ans. « La plupart
sont en rupture avec leur famille,
reconnaît la coordinatrice de
cette résidence, Tiina Koponen,
mèches violettes et trousseau de
clefs en sautoir. Mais leurs profils
sont en général moins lourds qu’à
Alppikatu. Certains ne restent
que quelques mois. Un seul locataire vit ici depuis que le refuge a
été converti en appartements,
en 2011. »
Agée de 30 ans, robe noire
sous un gilet accordé à son fard à
paupières turquoise, Tanja habite un
deux-pièces de la résidence depuis
2015. « Vivre ici m’a permis de ne pas
me retrouver exclue socialement, se
satisfait la jeune femme, membre de
la communauté gitane finlandaise.
J’ai pu me faire des amis et mieux soigner ma dépression, pour laquelle je
suis un traitement. »
Comme tous les immeubles finlandais, Rukkila possède un sauna. Les
locataires n’y vont pas tous les jours.
Ils préfèrent regarder des films ou
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
79
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
monde
jouer à la console dans le salon partagé.
A l’instar d’Alppikatu, le nettoyage des
parties communes et la participation à
certains ateliers permettent de gagner
quelques euros. « Le Bureau de l’emploi propose des petits jobs, comme réparer des vélos, des objets ou travailler
le bois », souligne Tiina Koponen. Ce
matin-là, la plupart des locataires sont
d’ailleurs absents.
Logement d’abord ne semble pas
aussi dispendieux qu’il pourrait le
laisser croire. Seul chiffre disponible :
l’université de Tampere a calculé,
en 2011, que la diminution des prises
en charge d’urgence et des interventions de la police représentaient
14 000 euros d’économie par relogé.
4 000 NOUVEAUX
APPARTEMENTS D’ICI À
2022
La Finlande est le seul pays de l’Union
européenne où le nombre de personnes isolées sans domicile a baissé
ces dernières années : - 18 % entre
2009 et 2016, selon le Centre pour le financement et le développement du logement finlandais. Néanmoins, tout
n’est pas parfait au pays du Père Noël.
« Il reste encore 7 000 SDF, estime
Juha Kaakinen. La grande majorité
d’entre eux sont dépannés par des
proches. Nous espérons réduire ce
chiffre de moitié dans les quatre années à venir, grâce à 4 000 nouveaux
appartements. »
La ville d’Helsinki possède une
liste d’attente de 400 personnes destinées à des structures comme Rukkila
ou Alppikatu. « Parmi elles, 65 sont inscrites pour rejoindre notre résidence,
alors qu’une douzaine de places seulement se libèrent en moyenne chaque
année », regrette Antti Martikainen.
« J’ai dû patienter trois ans dans une
unité temporaire avant d’obtenir mon
appartement à Alppikatu », témoigne
Mariga, gloss aux lèvres et regard rieur.
Tanja pourrait bientôt laisser le
sien à d’autres. « J’ai fait une demande
de logement social », confie-t-elle.
Mais elle ne quittera celui de Rukkila
que lorsqu’elle le décidera, si et seulement si le prochain lui convient. En
Finlande, le droit au logement est un
droit fondamental. C. D.
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L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
Revenu de base :
la Finlande à
l’heure du bilan
En pointe sur les questions sociales, le pays
a testé l’intérêt d’une allocation sans conditions
sur des chômeurs tirés au sort.
N
oël avant l’heure. Il y a
deux
ans,
quelque
2 000 chômeurs finlandais ont été stupéfaits de
découvrir, dans leurs
boîtes aux lettres, un courrier les informant qu’ils toucheraient 560 euros par
mois jusqu’en décembre 2018. Et ce,
sans conditions. « Au début, je ne pouvais pas croire à ma chance », se souvient Mira Jaskari. « C’était comme si
j’avais gagné au Loto », se remémore
pour sa part Tuomas Muraja. « J’ai bêtement cru que les impôts me réclamaient de l’argent », raconte Mika
Ruusunen. Ce n’était pas une plaisanterie de l’administration, mais le lancement du premier test au monde, à une
échelle nationale, d’un revenu de base.
L’expérience finlandaise se rapproche plus du revenu de solidarité
active (RSA) français que du revenu
universel de subsistance défendu par
le candidat Benoît Hamon, lors de la
présidentielle, en 2017. Cette somme
forfaitaire remplace l’allocation de fin
de droits de ces personnes sans emploi qui, âgées de 25 à 58 ans, ont été tirées au sort pour voir si cela facilite
leur reprise d’activité. « L’expérimentation proposée à l’origine était plus
large, explique Minna Ylikännö, chercheuse à Kela, l’agence gouvernementale chargée de la sécurité sociale. Elle
devait également concerner des petits
revenus, des personnes au foyer, mais
aussi des jeunes de moins de 25 ans.
Les fonds alloués se limitant à 20 millions d’euros, les ambitions initiales
ont été revues à la baisse. »
Contrairement à l’allocation chômage, ce revenu de base peut se cumuler sans variation avec un emploi
rémunéré. « J’ai signé un contrat
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Sans-abri : le miracle finlandais
PHOTOS : M. KOUTANIEMI POUR L’EXPRESS
Retour d’expérience
Minna Ylikännö
(au centre) participe
à l’analyse des données
afin de dresser un bilan
sur le revenu de base,
dont ont bénéficié
Tuomas Muraja (à g.) et
Mira Jaskari (ci-dessous).
Ci-contre, Vesa
Rantahalvari, membre
du Medef finlandais,
critique le coût
d’une telle mesure.
d’informaticien mi-décembre, juste
avant de recevoir la lettre de Kela, s’excuse presque Mika Ruusunen. Ce
bonus m’a essentiellement permis de
rembourser un prêt. » Il a simplifié la
vie de Mira Jaskari. « Je n’aurais pas pu
accepter un emploi à mi-temps sans ce
revenu de base, car il était dans une
autre ville et n’aurait pas suffi à payer
mes factures, explique cette habitante
d’Helsinki, cheveux bleus et piercing
dans le nez. J’ai malheureusement dû
le lâcher, à cause d’une dépression. »
Ce montant garanti a tellement facilité la vie de Tuomas Muraja, aux revenus aléatoires, qu’il redoute la fin de
l’expérience. « Je vais à nouveau devoir
remplir des formulaires pour toucher
des aides », craint ce journaliste, qui va
d’ailleurs publier un livre sur le sujet.
Muraja loue la « liberté » qu’apporte le
revenu de base. « On n’a plus le stress
de ce que l’on pourrait perdre si l’on
retrouve une activité, souligne-t-il.
Contrairement à ce que d’aucuns disent, cela ne renforce pas la passivité
des chômeurs. Grâce à ce dispositif, la
douzaine de participants que j’ai interrogés ont plus facilement accepté un
emploi ou réussi à se lancer à leur
compte. »
PAS DE GÉNÉRALISATION
À TOUTE LA POPULATION
Pour autant, l’expérimentation ne sera
pas prolongée l’an prochain. Elle ne
devrait pas connaître non plus de
seconde vie après les législatives du
14 avril 2019. Ni le Parti du centre ni le
Parti de la coalition nationale, qui se
partagent le pouvoir, ne veulent finalement la mise en place d’un revenu
universel. Pis, ils ont diminué les
droits des chômeurs pendant la même
période. Quant au Parti social-démocrate (PSD), le favori des sondages, il
défend plutôt l’idée d’un accompagnement personnalisé, incitatif, sans
réduction des allocations.
Ces grands partis, comme les syndicats, estiment que la généralisation
d’un revenu de base à l’ensemble de la
population plomberait le pays. « Cela
ferait plonger de 5 % le déficit budgétaire finlandais », estime Ilkka Kaukoranta, économiste à l’Organisation
centrale des syndicats, proche du PSD.
Le Medef local, EK, pense de même.
« Cela coûterait 11 milliards d’euros,
c’est irréaliste pour un pays de 5,5 millions de personnes, fait valoir Vesa
Rantahalvari, du syndicat patronal,
chargé de la politique sociale. D’autant
que nous avons un taux de chômage
trop élevé, au-dessus de 7 %, et une
population active trop basse (72 %). La
Finlande compte 250 000 chômeurs,
mais 100000 emplois à pourvoir. »
La collecte des données et des témoignages des 2 000 participants ne
fait que débuter. Minna Ylikännö est
dans l’équipe chargée de leur analyse.
Les premières conclusions devraient
être dévoilées avant les élections. Elle
a conscience que l’exemple finlandais
sera observé de près. « Beaucoup de
gens ont le sentiment que cela
devient de plus en plus cher d’avoir
une vie décente et qu’il faut se résoudre à toujours plus de sacrifices, notet-elle. Inévitablement, le revenu de
base reviendra dans la discussion. »
En Finlande, comme à l’étranger. C. D.
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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économie
LES FRANÇAIS
SONT-ILS
SOUS-PAYÉS?
De plus en plus de salariés ont le sentiment que
leurs rémunérations ne sont pas à la hauteur. A raison ?
Par Laurent Martinet, Marianne Rey et Tiphaine Thuillier
L
es fins de mois difficiles,
Mar tine le s connaît
bien. Les petits plaisirs
qu’on se refuse et les
vacances raccourcies,
aussi. Au milieu des
poufs et des tableaux colorés du rayon
déco d’un hypermarché Cora de banlieue parisienne, cette vendeuse au
sourire discret parle sans tabou de sa
fiche de paie : « Moi, après seize ans
d’ancienneté, je gagne 1 280 euros net
par mois pour 37,5 heures de travail
hebdomadaire, un tout petit peu plus
que le smic », précise-t-elle. L’exaspération des gilets jaunes, elle la comprend, même si elle n’a pas défilé.
« Après tout, je ne suis pas si mal
lotie. J’ai un CDI, un 13e mois et des
primes. » Evidemment, le coup de
pouce d’Emmanuel Macron aux bas
salaires et les heures supplémentaires
défiscalisées, elle le prend comme un
bonus. « Mais c’est pas ça qui va changer la vie des Français », soupiret-elle, un brin désabusée.
Derrière la hausse des taxes sur
les carburants et la colère sur le tropplein d’impôts, le sentiment diffus
que les salaires sont en berne depuis
82
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
la grande crise de 2008 explique en
a dû repasser aux quarante heures
partie l’explosion sociale. Un ressenti
hebdomadaires, travailler certaines
d’autant plus aigu que le gouvernesemaines quarante-huit heures, en
ment n’a cessé de communiquer sur
se levant à 4 heures du matin le
la reprise et sur la baisse du chôweek-end. Tous ces efforts pour rien.
mage, et que les patrons, eux, déploOn n’avait même pas d’heures suprent des pénuries de main-d’œuvre.
plémentaires, on nous encourageait
Selon un récent sondage ADP
à prendre des récupérations. » La coparu début décembre, plus de la moilère a explosé lors des négociations
tié des Français (57 %) se disent insaannuelles obligatoires (NAO) qui ont
tisfaits ou déçus quand ils reçoivent
suivi. La direction ne leur proposait
leur bulletin de paie ; 14 % parlent
qu’une chiche revalorisation génémême de frustration. De fait, depuis
rale de 0,8 %, des hausses individes mois, la grogne sociale monte au
duelles « au cas par cas », et un gonsein des entreprises, notamment
flement de la prime mensuelle de
dans celles où la situanettoyage des vêtetion s’est améliorée.
ments de travail de…
Le coup de pouce
Comme chez Quali18 centimes par mois.
de Macron,
pac, un fabricant de
Résultat de leur bras
« ce n’est pas ça
flacons de parfums
de fer : 2 % d’augmenpour l’industrie du
tation collective.
qui va changer
luxe, basé à Aurillac.
Dans certains
la vie des gens »
Au printemps dernier,
grands groupes du
une grande partie des
CAC 40, la tension
quelques 600 salariés a débrayé
grimpe aussi. C’est le cas chez PSA. La
quatre jours durant pour faire céder
marque française, qui est montée sur
la direction. « On croulait sous les
la première marche du podium eurocommandes, se souvient Sandrine
péen cette année, grillant la politesse à
Volkswagen et à Renault, est devenue
Clément, porte-parole de l’intersynl’un des constructeurs automobiles les
dicale CGT-FO-CFDT à l’époque. On
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1 797
2 250
euros par mois :
le salaire
moyen net dans
le secteur privé (en 2015)
B. HORVAT/AFP
EN
CHIFFRES
euros par mois :
le salaire
médian net dans
le secteur privé (en 2015)
Inertie En termes réels, c’est-à-dire en tenant compte de l’inflation, les rémunérations n’ont progressé que de 0,5 % en 2017.
plus rentables de la planète. Un redressement payant mené à la baguette par
Carlos Tavares : serrage de vis, restructuration, ruptures conventionnelles
collectives. Pendant des années, les
salariés ont suivi… Ils veulent aujourd’hui goûter leur part du gâteau.
Franck Don, délégué syndical central
CFTC du groupe, n’en démord pas.
« Un accord d’entreprise garantit,
jusqu’en 2019, une revalorisation salariale annuelle supérieure de 1 % à
l’inflation. C’est insuffisant, compte
tenu du bilan exceptionnel de PSA
cette année. La direction peut mieux
faire », s’enflamme-t-il.
La France a-t-elle vraiment un
problème avec ses salaires ? Sur le
papier, la rémunération mensuelle
moyenne d’un salarié du secteur
privé n’est pas ridicule : 2 250 euros
net par mois, d’après les dernières
statistiques de l’Insee (2015). Un chiffre moyen qui ne veut pas dire grandchose, tant la dispersion des salaires
est grande. Un peu comme le chiffre
moyen de l’immobilier en France, qui
paraît dénué de sens tellement l’écart
entre le prix au mètre carré d’une studette dans le XVIe arrondissement de
la capitale n’a rien à voir avec celui
d’une maisonnette au fin fond de la
Creuse. Dans la réalité, la moitié des
salariés gagne moins de 1 797 euros
net par mois.
UNE « STAGNATION SANS
PRÉCÉDENT » SELON L’OCDE
C’est cette armée de l’ombre qui a
pris de plein fouet l’accélération de
l’inflation et l’alourdissement du
poids de ces fameuses dépenses
contraintes (logement, eau, gaz, électricité…). En termes réels, c’est-à-dire
en tenant compte de l’inflation, les
rémunérations n’ont progressé que
d’un maigre 0,5 % en 2017, et d’à
peine plus cette année… Une inertie
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économie
enquête
Les Français sont-ils sous-payésž?
idée volontiers répandue, depuis la crise de
2008, le partage des richesses créées ne s’est
pas fait en défaveur des
salariés. Un phénomène
très français qui s’explique en partie par
l’existence des minimas
salariaux, dont le smic,
et par la fréquence des
négociations collectives,
selon une note de la
Dares, le service statistiques du ministère du
Travail.
NE PAS CASSER
LA COMPÉTITIVITÉ
qui est loin d’être une spécialité frandécortique Yannick L’Horty, de l’uniçaise. En juin dernier, l’OCDE dénonversité Paris-Est. Problème : ces nouçait une « stagnation sans précéveaux emplois à faible productivité,
dent » des rémunérations dans les
donc à faible salaire, sont bien plus
pays riches. Au quatrième trimestre
nombreux que les jobs hyperquali2017, la croissance des salaires a été
fiés, et ils tirent l’ensemble des rémuen effet deux fois plus
nérations vers le bas.
faible que dix ans au« La productivité est à
Les entreprises
paravant.
l’un de ses plus bas
jouent sur
Les manuels
niveaux depuis la fin
les à-côtés pour
d’économie assurent
du XIXe siècle », assure
pourtant que la paie
Gilbert Cette, de l’unine pas alourdir
grimpe mécaniqueversité Aix-Marseille.
la masse salariale
ment lorsque le chôChiffres et graphiques
à l’appui, l’économiste
mage reflue. Pourquoi
Patrick Artus est pourtant formel :
cette mécanique s’est-elle grippée ?
« Ces dernières années, les salaires
La réponse est largement structuréels, en tenant compte de l’inflation,
relle. « Depuis la crise, les créations
d’emplois se sont concentrées aux
ont progressé plus vite que la productivité du travail, et les profits des
deux extrémités du marché du traentreprises sont insuffisants pour
vail ; d’une part, du côté de la matière
financer leurs investissements ».
grise, d’autre part, dans les métiers de
Conséquence : contrairement à une
service généralement peu qualifiés »,
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L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
S. MAHÉ/REUTERS
Incompréhension
L’insatisfaction est d’autant
plus grande que le
gouvernement n’a cessé de
communiquer sur la reprise.
Reste à savoir si, aujourd’hui, les entreprises
peuvent encore lâcher du
lest. Beaucoup jouent sur
les à-côtés pour ne pas
alourdir la masse salariale, surtout quand les
résultats ne sont pas au
rendez-vous. Sur fond de
plan social, à Carrefour,
après un combat de haute lutte dans
300 magasins de l’enseigne, les salariés ont arraché un complément d’intéressement de 350 euros, ainsi que
des bons d’achat de 150 euros à dépenser au sein de l’enseigne. De quoi
compenser une prime de participation jugée ridicule : 57 euros, contre
610 euros l’année précédente. Dans
bon nombre de boîtes, faire plus « ce
serait aller contre leurs efforts de
compétitivité », reconnaît Xavier Timbeau, directeur de l’OFCE. Des efforts
que le gouvernement ne veut pas
casser. Voilà pourquoi, dans ses annonces du 10 décembre, Emmanuel
Macron a écarté une hausse sèche du
smic (voir page 86), préférant un tour
de passe-passe autour de la prime
d’activité et une incitation pour que
les entreprises versent à leurs salariés
une prime exceptionnelle de fin d’année, sans impôts ni charges.
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économie
enquête
Les Français sont-ils sous-payésž?
Beaucoup de grands groupes
jouent les bons élèves. Le PDG
d’Orange, Stéphane Richard, a affirmé
le premier, juste avant l’intervention
présidentielle, être prêt à octroyer un
coup de pouce aux salariés du groupe.
« Je ne pense pas qu’on puisse opposer le mur du système, le mur de la
compétitivité, le mur des équilibres
financiers. C’est notre responsabilité »,
avait-il lancé sur France Info, le 6 dé-
cembre. Mais l’opérateur télécom modulera le montant de sa « prime de
Noël » en fonction du niveau de rémunération. « Nous avons décidé de cibler
les salaires les plus modestes, explique
le PDG. Une prime de 1000 euros sera
versée à tous ceux qui gagnent moins
de 25000 euros brut par an. Ceux qui
gagnent entre 25 000 et 30 000 euros
toucheront 500 euros. » Au total,
20000 personnes sur les 90000 sala-
riés du groupe. Free, Altice (propriétaire de L’Express), Publicis ou Kering
ont, eux aussi, répondu à l’appel, chacun octroyant cette prime selon des
modalités particulières. Total a décidé
d’aller plus loin. « Compte tenu des
bons résultats en 2018, nous proposons une enveloppe globale d’augmentation de 3,1 %, et une prime exceptionnelle de 1500 euros pour tous nos
salariés en France », a annoncé le PDG
du groupe pétrolier, Patrick Pouyanné,
sur Twitter.
S. BOZON/AFP
LA LOURDEUR DES CHARGES
DANS LE VISEUR DU MEDEF
La vraie-fausse augmentation du smic
«
L
e salaire d’un travailleur au
smic augmentera de 100 euros
net par mois dès 2019, sans
qu’il en coûte un euro de plus
pour l’employeur », a promis, le
10 décembre, Emmanuel Macron.
Certains ont cru, l’espace d’un
instant, que le chef de l’Etat avait
opté pour le « coup de pouce »
au salaire minimum réclamé
par les gilets jaunes et plusieurs
syndicats, comme FO ou la CGT.
Mais il n’en sera rien.
Le gouvernement a choisi une
solution qui repose en partie sur
la prime d’activité, une prestation
sociale attribuée aux travailleurs
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L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
modestes. Une hausse déjà
envisagée, qui sera versée en une
fois et non par vagues successives
sur le quinquennat. Aucune
revalorisation du smic – autre que
celle, mécanique, liée à l’inflation
(+ 1,8 %), prévue pour le 1er janvier
2019 – ne sera octroyée.
Emmanuel Macron a donc tenu
sa ligne. Dans les rangs des
économistes, on s’étranglait à
l’idée que cette piste ait été même
envisagée. A leurs yeux, une
augmentation supplémentaire
du smic alourdirait davantage
le coût du travail en France
et détruirait des emplois. T. T.
Les salariés des grands groupes peuvent se réjouir, mais ceux des petites
entreprises, dont les comptes sont trop
fragiles, risquent, eux, de rester sur la
touche. « Sur le papier, cette prime
défiscalisée est une très bonne idée, a
réagi le patron de la CPME, François
Asselin. Mais dans beaucoup de PME,
Noël sera morne. On ne peut pas distribuer de l’argent qu’on n’a pas. »
Le débat sur la fiche de paie est
aussi l’occasion pour le Medef de revenir sur la sempiternelle question de la
pression fiscale. Le chef de file de l’organisation patronale, Geoffroy Roux
de Bézieux, répète à l’envi que les entreprises pourraient faire mieux sur la
question des salaires… si les charges
patronales diminuaient nettement. Le
message est clair : le gouvernement
doit aller plus loin dans ce qu’il a déjà
amorcé en supprimant les cotisations
maladie et chômage cet automne.
Bénéfice : 19 euros par mois pour un
salarié qui gagne 2 000 euros net. Un
gain passé quasiment inaperçu. Au
moment où la dernière phase de la
mesure se concrétisait sur les feuilles
de paie en octobre, le mouvement des
gilets jaunes s’embrasait. La demande
du patron des patrons est pourtant
loin d’être anodine. Elle remet en
question la pérennité du fameux
modèle social français : son système
de retraite, de santé et d’assurancechômage. Rien que ça.
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économie
enquête
Grandes écoles
cherchent
millions
Entre des coûts qui montent en flèche et des
subventions qui se raréfient, les business schools
phares de l’Hexagone découvrent la crise.
Par Béatrice Mathieu
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L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
HEC, la plus prestigieuse des business schools françaises – la deuxième
européenne, selon le quotidien britannique Financial Times –, auraitelle des problèmes de fins de mois ?
Officiellement, tout va bien pour les
grandes écoles de management de
France, qui, avec HEC, l’Essec, l’ESCP
Europe, mais aussi Skema, l’EM Lyon,
Neoma, ou encore Kedge, arrivent
plutôt bien classées dans les palmarès
internationaux. En réalité, toutes ont
adopté la stratégie du canard. Sérénité
et assurance en surface. Mais, sous
l’eau, ça pédale très dur. « La concurrence mondiale est terrible. Or nous
sommes pris en tenaille entre des
coûts qui explosent pour rester dans la
course et des subventions publiques
qui s’évaporent », témoigne Bernard
Belletante, directeur d’EMLyon.
PÉNURIE D’ARGENT PUBLIC
Tiens donc, ces grandes écoles de
commerce françaises seraient-elles
aussi victimes d’une pénurie d’argent
public? Plutôt les victimes collatérales
d’une cure d’austérité imposée par
Bercy aux chambres de commerce et
d’industrie, qui sont, dans la très
majorité des cas, les principales
actionnaires des écoles. Ainsi, les
recettes fiscales perçues par les CCI et
M.-J. FREY/SAIF IMAGES
P
aris, le jeudi 8 novembre.
Sous les lustres en cristal
des salons lambrissés du
Cercle de l’Union interalliée, rue du FaubourgSaint-Honoré, à deux pas de l’Elysée,
400 anciens élèves d’HEC se pressent
autour des plateaux de petits-fours. On
s’interpelle, on se tutoie, on se tape sur
l’épaule, une coupe de champagne à la
main. L’ambiance est bon enfant, mais
les codes sont respectés. La fondation
de l’école a réuni, le temps d’une soirée,
la fine fleur du CAC 40, des banquiers,
des financiers de haut vol, des chefs
d’entreprise, tous passés sur les bancs
de l’établissement de Jouy-en-Josas.
Au programme : concours d’éloquence.
Deux élèves vont « pitcher » devant l’assemblée sur un sujet qui ne manque
pas de piquant : « L’égalité est-elle une
chance? » Quelques jours plus tard, les
flonflons terminés, les convives recevront tous un courrier de la fondation
les invitant poliment à verser leur
obole. « Les promesses de dons ont
bondi de 80 % cette année et le nombre
de donateurs privés est passé de
8 000 à 13 000 en l’espace de quatre
ans », se félicite Bertrand Léonard,
président de la fondation HEC, qui
prépare pour le printemps prochain
une vaste campagne de levée de fonds.
qui représentaient une grande partie
de leur budget ont dégringolé de
1,4 milliard d’euros en 2013 à 750 millions d’euros en 2017, et elles devraient
tomber à 330 millions seulement en
2021, d’après les dernières projections
du ministère de l’Economie. « On nous
coupe les ailes », tonne Didier Kling,
président de la chambre de commerce
et d’industrie Paris Ile-de-France.
L’homme a déjà fait ses comptes :
« 60 % de notre budget servait à financer des écoles, dont HEC, l’Essec et
l’ESCP Europe. Dans trois ans, elles ne
recevront plus aucune subvention de
notre part. » D’après les informations
recueillies par L’Express, ces trois
institutions devront donc trouver d’ici
à 2021 près de 10 millions d’euros
chacune pour boucler leurs comptes.
« Sans ça, elles seront déficitaires »,
confie Didier Kling. Un comble, alors
qu’elles sont censées former la future
élite du pays à la bonne gestion et à la
rationalité économique. « Elles qui
promeuvent la libre concurrence et
s’agenouillent devant le dieu Marché,
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
fameux rankings dépend en partie de
elles vont devoir apprendre à vivre
sans béquilles », dézingue le président
la quantité d’articles de recherche pud’une grande université française, pas
bliés dans des revues spécialisées,
mécontent de ce revirement de
c’est la guerre pour attirer les meilfortune. Eric Ponsonnet, directeur
leurs profs. Avec, à la clef, une flambée
général adjoint d’HEC Paris, chargé
des salaires et la mise en place d’un
des finances, de l’administration et
système de primes à chaque publicades opérations, l’admet du bout des
tion. Pour décrocher tel ou tel prof
lèvres : « On devrait
chinois ou indien, cerenregistrer une perte
tains établissements
« Comme au foot,
d’environ 3 millions
n’hésitent pas à proun mercato
d’euros d’ici à 2020,
poser une rémunéracoûteux
mais on a les réserves
tion de 250000, voire
de trésorerie pour les
300 000 euros, pour
pour recruter
absorber. »
cinquante heures de
des profs stars »
Ce big bang est
cours seulement dans
d’autant plus violent
l’année universitaire.
qu’au niveau mondial les business
« On les aide à trouver une place en
crèche pour leurs enfants ou une école
schools sont lancées dans une course
anglophone, on s’occupe du logement
folle pour rester dans le peloton de tête
et du déménagement », confie Deldes classements et décrocher les préphine Manceau, directrice de Neoma.
cieuses accréditations, véritables séL’intérêt au final pour les étudiants ?
sames pour attirer les meilleurs élèves
Aucun, sachant que, pour la plupart, ils
de la planète. « L’argent, c’est le nerf de
ne croiseront même jamais ce prof tant
la guerre », confie Loïck Roche, direcadulé. Mais l’image de l’école, elle, en
teur de Grenoble Ecole de managesortira grandie. « Les grandes écoles de
ment (GEM). Comme la place dans ces
Big bang A l’instar
de HEC et de l’ESCP
Europe, l’Essec
devra trouver
10 millions d’euros
d’ici à 2021
pour boucler
ses comptes.
management, c’est comme les clubs
de foot. Elles sont entraînées dans un
mercato pour recruter des stars,
quitte à mettre leurs finances en danger à moyen terme », dénonce Bernard
Belletante.
FUSION ET PLAN SOCIAL
Une guerre qui nécessite de plus en
plus d’argent. « Les frais d’inscription
ont presque atteint leur sommet, on ne
pourra guère aller plus haut », s’inquiète Frank Bournois, directeur de
l’ESCP Europe. A HEC, l’augmentation
des frais de 5 % par an d’ici à 2021 est
pourtant déjà actée. Les autres pistes?
Accroître la taille des promos et surtout proposer de nouvelles formations.
Soit diversifier son offre, en langage
marketing, la plupart des écoles ont
trouvé la martingale : ouvrir des bachelors, des formations diplômantes
en trois ou quatre ans accessibles sans
prépa et facturées quasiment au même
prix que le cycle des grandes écoles.
Problème : ces fameux bachelor of
business administration (BBA) n’ouvrent pas au grade de licence. Impossible dans la plupart des cas pour les
élèves de poursuivre en master…
« Les écoles de management affichent les stigmates d’un secteur en
pleine restructuration, ce qui veut
dire fusion et plan social à terme »,
assure José Milano, directeur de
Kedge, née du regroupement des
écoles de commerce de Marseille et de
Bordeaux. A Brest, la CCI, à court d’argent, a trouvé la solution en vendant
son école au groupe chinois Weidong.
Ce géant asiatique, leader de la e-formation en Chine, a investi 10 millions
d’euros, avec de gros projets sur les
cours à distance et l’ouverture de
campus en Afrique. « Par nécessité, il
y aura d’autres prises de participation
d’investisseurs étrangers dans des
écoles françaises, car elles ont besoin
d’argent frais », confie Dai Shen, le
nouveau directeur de Brest Business
School. Mais, après tout, c’est juste la
vie des affaires, non ? B. M.
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
89
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
économie
déchiffrage
LE CONSEIL
« Pour les achats de Noël,
il ne faut pas céder à la
facilité de la plateforme
Internet, grande et
internationale, qui ne paie
pas d’impôts en France. »
C.
A
LES GILETS JAUNES donnent des sueurs froides
aux commerçants, qui redoutent un recul de leurs
ventes au profit des plateformes en ligne,
notamment Amazon. Pour les rassurer, le
gouvernement multiplie les encouragements à se
déplacer pour faire ses courses. Et Bercy a promis
om
une taxe sur les géants du numérique dès 2019.
019
G. FUENTES/REUTERS
RC
H
AMB
AULT/AFP
Agnès Pannier-Runacher, secrétaire
d’Etat auprès du ministre de l’Economie
et des Finances, sur RTL le 13 décembre.
2600
LE CADEAU
EMPOISONNÉ
É
90
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
L’ARTILLERIE
AIR FRANCE/REA
CHANGEMENT D’ÈRE À AIR
FRANCE. Anne Rigail, 49 ans,
jusqu’alors directrice générale
adjointe chargée de l’expérience client,
a été promue directrice générale
par Ben Smith, le PDG d’Air
France-KLM. C’est une
première : jamais une femme
n’avait pris la tête de la
prestigieuse compagnie
aérienne. Et ce n’est pas
forcément un cadeau : sa
mission consiste à résoudre
le conflit social sur les
salaires, notamment ceux
des pilotes, qui s’est
traduit par quinze jours
de grève au printemps
dernier, causant la chute
du précédent PDG
du groupe, Jean-Marc
Janaillac.
Au niveau mondial, les ventes
d’armement et de matériel militaire
ont grimpé à 398 milliards de dollars
en 2017… un bond de 44 % depuis
2002, d’après le dernier relevé établi
par le Stockholm International Peace
Research Institute. Les Etats-Unis
continuent de dominer le classement
des marchands d’armes. Les ventes des
groupes américains ont encore grimpé
de 2 % en 2017, pour se hisser
à 226,6 milliards de dollars. A la tête
du palmarès mondial, Lockheed
Martin, dont les livraisons ont atteint,
en une seule année, 44,9 milliards
de dollars. L’européen Airbus se classe
à la 7e position, talonné de près
par le français Thalès. Dopé par les
commandes du Kremlin, le russe
Almaz-Antey entre dans le Top 10.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LA LIBRAIRIE DE L’ÉCO
PAR EMMANUEL LECHYPRE
LA
DÉSAFFECTION
2018 s’annonçait exceptionnelle
pour la destination France. Le
mouvement des gilets jaunes a brisé
cette trajectoire. Selon l’Union
des métiers et des industries
de l’hôtellerie (Umih), le recul de la
fréquentation touristique se chiffre
à 20 % entre novembre 2017
et novembre 2018 pour l’Hexagone
et à 25 % pour Paris. Outre
les annulations pour la fin de
l’année – notamment de touristes
asiatiques –, les réservations pour
2019 « ne tombent plus », regrette
Roland Héguy, le président
de l’Umih, pour qui « il est temps
de siffler la fin de la partie ».
MILLIARDS D’EUROS C’est le montant des rachats d’obligations publiques
et privées opérés par la Banque centrale européenne depuis 2015, date
à laquelle elle a lancé son « quantitative easing ». Ce programme initié par
Mario Draghi, qui va s’arrêter fin 2018, a vu la BCE injecter des tombereaux
d’argent liquide dans le système et sauver le système bancaire européen.
Les taux d’intérêt à long terme ont reflué à des niveaux historiquement
bas, permettant à la reprise de se déployer. Le remplaçant de l’Italien à
la tête de la BCE, en novembre, sera-t-il aussi audacieux en cas de crise ?
Les 10 plus gros vendeurs d’armes
de la planète
Vente en milliards de dollars (en 2017)
N° 1
Lockheed Martin Corporation (Etats-Unis)
N° 2 Boeing
26,9 (Etats-Unis)
N° 3 Raytheon
23,9 (Etats-Unis)
N° 4 BAE Systems
22,9 (Royaume-Uni)
N° 5 Northrop Grumman Corporation
22,4 (Etats-Unis)
11,3 (Europe)
N° 8 Thales
9 (France)
N° 9 Leonardo
8,9 (Italie)
N° 10 Almaz-Antey 8,6 (Russie)
L
e réquisitoire est sévère, mais implacable.
Point de départ : la vitesse à laquelle la
France se peuple d’éoliennes répond-elle à la nécessité de trouver des alternatives aux sources
d’énergie fossile ? Pas tant que ça. La part de
notre électricité produite par des sources fossiles
polluantes est inférieure à 6 %. Elle risquerait
même de remonter puisqu’il faut un minimum
de production thermique pour compenser l’irrégularité de la production éolienne.
Le vent produit-il une électricité moins
chère? Non, puisque EDF est contraint d’acheter
ce courant à un prix qui, en moyenne, atteint actuellement 82 euros le mégawattheure, et qu’elle
le revend nettement moins cher sur les marchés
européens. L’éolien est-il une filière industrielle
et technologique indispensable à la France en
termes d’activité et d’emplois ? Les éoliennes
installées en France sont achetées à l’étranger et
creusent notre déficit commercial...
La production d’électricité en France seraitelle insuffisante au point qu’il serait vital de
recourir aux sources d’énergie alternatives ?
Encore non : même avec plusieurs tranches de
nucléaire à l’arrêt, la France continue d’exporter de l’électricité. La technologie de l’éolien
serait-elle alors écologique et efficace ? Au
contraire : c’est l’une des façons les moins efficaces et les plus onéreuses de produire de
l’électricité, à cause de l’intermittence du vent.
Les éoliennes sont-elles au moins une technologie propre ? Outre qu’elles défigurent les
paysages, leur implantation provoque d’autres
types de pollution : béton dans le sol, vol perturbé des oiseaux, biodiversité affaiblie, risque
sanitaire sous-estimé... Alors, certes, la démonstration pourra paraître très à charge, et en creux
favorable au nucléaire… Reste qu’elle est solide.
Et montre à quel point la seule énergie vraiment
propre est celle qu’on ne
consomme pas.
ÉOLIENNES : CHRONIQUE
D’UN NAUFRAGE
ANNONCÉ
19,5 (Etats-Unis)
N° 6 General Dynamics
N° 7 Airbus
44,9
Eolien,
le grand bluff
PAR PiERRE DUmONt
Et DENiS DE KERgORLAy.
ED. FRANçOiS BOURiN, 152 P., 16 €.
Source : Sipri.
La librairie de l’éco par Emmanuel Lechypre
chaque vendredi à 21 heures sur BFM Business
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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découverte
ROBOTS-SOLDATS
PROGRAMMÉS
POUR TUER
A l’avenir, l’intelligence artificielle guidera les robots militaires.
Les ONG et de nombreux experts s’en inquiètent.
Par Sébastien Julian
déplacement et de repérage de cibles
font l’objet d’une large automatisation », constate Vincent Boulanin,
chercheur à l’Institut international de
recherche sur la paix de Stockholm
(Sipri). La tourelle automatique Super
aEgis II, par exemple, est capable de
repérer une forme de taille humaine à
2 ou 3 kilomètres de distance, de jour
comme de nuit. Installée à la frontière
entre les deux Corées, elle détecte les
explosifs, et son constructeur travaille
à des mises à jour logicielles qui lui
permettront, à terme, d’identifier des
silhouettes amies et ennemies.
Tout aussi impressionnants, des
minitanks automatisés sont actuellement testés des deux côtés de l’Atlantique. Armés de canons ou de missiles,
ils peuvent porter des charges lourdes
et suivre automatiquement, voire
devancer, en éclaireurs, une escouade
militaire au sol… « Ces engins rendront les chars obsolètes dans certains
types de missions », assure un porteparole du fabricant estonien Milrem.
Les drones, enfin, évoluent eux
aussi. Ils savent survoler de façon
autonome une zone à la recherche de
« signatures » précises et exploser sur
elles. Mais, bientôt, ces engins, plus
petits, se déplaceront en essaims, de
manière à saturer les défenses adverses. Les Américains s’entraînent
déjà à larguer des paquets de drones,
baptisés « Perdix » en altitude depuis
des avions de chasse. Et, dans les
labos, les chercheurs organisent des
combats factices entre plusieurs
groupes pilotés par des IA.
« LE TEMPO S’ACCÉLÈRE »
« Pour l’instant, tous les systèmes
d’armes utilisés sur le terrain conservent un homme dans la boucle », précise Vincent Boulanin. « La machine
reste subordonnée à l’homme. C’est
d’ailleurs la doctrine officielle des
armées », confirme Patrick Bezombes,
directeur adjoint du Centre interarmées de concepts, de doctrines et
d’expérimentations (CICDE).
GETTY IMAGES/ISTOCPHOTO
I
ls n’existent pas encore. Mais,
déjà, des milliers de citoyens et
d’experts cherchent à les interdire. Eux ? Ce sont les Systèmes
d’armes létales autonomes
(Sala) : des machines de guerre
pilotées par une intelligence artificielle (IA), capables d’ouvrir le feu de
leur propre initiative. Les ONG les
décrivent déjà comme des « robotstueurs », sortes de « Terminator »
implacables, destinés à remplacer les
soldats sur le terrain.
L’image, caricaturale, tient aujourd’hui plus de la science-fiction que
du domaine des possibles. Mais elle a
le mérite de mettre les pieds dans le
plat. Car plusieurs pays, notamment la
Chine et les Etats-Unis, investissent
massivement dans les robots militaires et l’IA. Une course qui pourrait
aboutir, dans le futur, à l’émergence de
systèmes armés disposant d’un niveau
d’autonomie inégalé.
L’équipement militaire a déjà
beaucoup évolué. « Les fonctions de
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Science-fiction Si la machine reste
pour l’instant surbordonnée à l’homme,
plusieurs pays investissent dans une IA
militaire capable d’identifier des cibles.
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GETTY IMAGES/BUENA VISTA IMAGES
découverte
Autonomes Les drones savent repérer
des objectifs et exploser sur eux.
Bientôt, ils se déplaceront en essaims.
Mais, en coulisse, certains industriels soutiennent qu’il faudra un jour
se passer d’un opérateur en chair et
en os, car celui-ci est trop… lent. « Sur
les théâtres d’opérations, le tempo
s’accélère, ce qui entraîne un raccourcissement des cycles décisionnels »,
concède Frédéric Coste, maître de
recherches à la Fondation pour la
recherche stratégique (FRS). « Aujourd’hui, on parle de missiles hypersoniques que même les batteries solair actuelles ne peuvent abattre »,
confirme Jean-Christophe Noël, chercheur associé au Centre des études de
sécurité de l’Institut français des relations internationales (Ifri).
Dans ces conditions, confier la défense aux seuls êtres humains sera
bientôt une hérésie : même entraînés,
leurs délais de réaction face au danger
– de cinq à dix secondes – sont insuffisants ! « C’est la raison pour laquelle
le système de défense naval Aegis, par
exemple, possède un mode “d’urgence”. Pour simplifier, il suffit d’appuyer sur un bouton et la machine
gère », résume Jean-Christophe Noël.
Dans les prochaines années, ce
système gagnera encore en efficacité
grâce à une dose d’IA. Mais celle-ci
servira également pour les systèmes
d’attaque. Plusieurs scénarios se
94
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
dessinent déjà : « On peut par exemple
imaginer des militaires face à des cibles fugaces », explique Frédéric Coste.
Le cas s’est déjà produit en Afghanistan, où des 4x4 passaient rapidement
d’un village à l’autre, laissant à peine
une minute aux forces armées pour les
détecter et les détruire.
Quelques tests récents ont montré
la supériorité de l’ordinateur sur
l’homme : en octobre 2015, l’US Air
Force a confronté plusieurs pilotes
expérimentés à une IA nommée
Alpha dans un simulateur. Résultat ?
La machine a mis une raclée à ses
DES QUESTIONS ÉTHIQUES
Jean-Christophe Noël évoque, lui, un
scénario de troupeau dans lequel une
escouade de soldats, épaulée par des
robots, progresse sur le terrain en
direction d’un objectif précis. En
chemin, elle subit une attaque surprise, si bien que le chef de groupe
envoie des automates éliminer la
menace en leur laissant carte blanche.
Sans perte humaine, le bataillon
pourra poursuivre sa mission initiale.
Glaçant ? « Les militaires réfléchiront très probablement à de tels emplois. Dans le futur, les robots seront
capables d’analyser beaucoup de données. Ils ne trembleront pas au moment de tirer et les trajectoires de
leurs munitions pourront être optimisées », prévient l’expert.
«Une chose est sûre : si une armée
déploie des Sala sur le terrain, tout le
monde s’alignera, car l’IA donnera un
avantage décisif », assure un militaire.
L'armée en
pince pour l'IA
E
t si, au lieu de tenir
un fusil, l’IA militaire
se consacrait à des tâches
plus pacifiques? A l’avenir,
elle pourrait très bien
superviser la maintenance
des véhicules en identifiant
les pannes à l’avance, glisse
un expert. Autre utilité : la
gestion des documents.
A l’aide de mots-clefs, l’IA
sélectionnerait les meilleurs
dossiers pour briefer
les responsables d’équipe.
Elle déterminerait si un mémo
doit être classé secret-défense
ou non. Mieux, en analysant
les visages des soldats,
elle pourrait même détecter
les états de stress
post-traumatique.
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Robots-soldats : programmés pour tuer
OSERA-T-ON DONNER
LE DROIT À UNE MACHINE
DE TUER ? POURRA-T-ELLE
ÉVITER LES BAVURES ?
A la fin, statistiquement, elle sait que
s’il y a une forme bizarre à tel endroit,
il peut y avoir un problème », explique
Frédéric Coste.
Le hic ? Cet apprentissage requiert
des données qu’il faut indexer, le plus
souvent à la main ! Et contrairement
aux idées reçues, il en existe très peu.
Au point que la Chine serait sur le
point de créer des PME spécialisées
dans la production de ces précieuses
informations !
ÉCHEC CUISANT EN CHINE
Reste que, pour de nombreux spécialistes, l’IA ne pourra jamais obtenir
une vision parfaite du champ de
bataille. « Son fonctionnement, fondé
sur les statistiques, permet d’obtenir
des taux de réussite de 70 ou 80 %,
notamment selon la finesse des bases
Automatiques En test,
des minitanks armés de
mitrailleuses, accompagnant
une escouade au sol.
M. BLAKE/REUTERS
adversaires. Elle semblait
deviner à l’avance leurs
moindres faits et gestes !
Encouragées par ces
résultats, les grandes puissances investissent des
milliards de dollars dans ce
domaine. Mais passer d’un
simulateur à des combats sur le
terrain ne sera pas facile. Car les
Sala posent d’énormes problèmes
éthiques et techniques. Osera-t-on
donner le droit à une machine de tuer
un humain ? Sera-t-elle capable
d’éviter les bavures ? « Sans nier les
vrais potentiels de l’IA, nous devons
demeurer lucide s quant à s e s
performances réelles, qui sont limitées. A ce jour, l’intelligence artificielle reste plus artificielle qu’intelligente », constate Patrick Bezombes.
Pour entraîner l’IA militaire, les
experts la nourrissent de petites
séquences de films avec des personnages. L’objectif peut être, par exemple, de détecter une arme cachée sous
une cape. « On répète l’expérience des
milliers de fois et on dit à chaque fois
à la machine si elle se trompe ou pas.
de données, mais atteindre 100 %
paraît illusoire », assure Raja Chatila,
directeur de l’Institut des systèmes
intelligents et de robotique (Isir). Car
jamais les experts ne pourront
prévoir tous les cas de figure et les
enseigner à une machine.
L’échec cuisant d’une IA en Chine,
révélé en novembre dernier, illustre la
difficulté : celle-ci a cru qu’une personne traversait la rue au feu rouge,
alors qu’il s’agissait en fait d’une
photo plaquée sur un bus ! Heureusement, elle n’était pas armée… « Ces
systèmes ne sont pas fiables. Ce serait
criminel de les déployer », s’époumone Jean-Paul Laumond, roboticien et directeur de recherche au
Laboratoire d’analyse et d’architecture des systèmes (Laas) du CNRS.
Mais les cris d’alarme, comme ceux de
Stephen Hawking et d’Elon Musk
dès 2015, les pétitions et les discussions à l’ONU – démarrées en 2013 –
suffiront-elles à empêcher le déploiement des Sala ? Pas sûr.
Dans son livre Robots tueurs, le
pilote d’hélicoptère d’attaque Brice
Erbland anticipe déjà la programmation d’une éthique artificielle et de
vertus humaines, comme le courage
ou l’intuition. Celles-ci pourraient
être embarquées dans le logiciel
d’une « machine brancardière » qui
serait capable, sur un champ de
guerre, de rapatrier un soldat blessé
du front. Soit. Mais l’IA pose un autre
problème aux chercheurs. Plus elle
progresse, moins on la comprend.
« Sur ce genre de plateformes
complexes, on a souvent une intrication d’algorithmes différents. Il est
donc difficile d’avoir une compréhension globale du fonctionnement »,
prévient Frédéric Coste. Aujourd’hui,
la machine commence à apprendre
par elle-même. Demain, elle décidera
de traiter les données d’une façon
nouvelle, sans en informer l’homme.
Celui-ci se retrouvera donc dans l’incapacité de comprendre les mécanismes de traitement à l’œuvre ! Une
IA tueuse impossible à comprendre ?
La bataille pour ou contre les Sala ne
fait que commencer. S. J.
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
95
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
culture
Maître de la photographie, l’Américain
raconte dans un livre son passionnant
cheminement esthétique. Pour L’Express,
il commente quelques-uns de ses clichés.
JOEL MEYEROWITZ
HOMME DE
COULEURS
M. BARRETT/SDP
96
INSIDE/OUTSIDE. expositioN à la galerie polka,
paris (iiie). JusQu’au 12 JaNvier 2019.
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
RÉTROSPECTION
de Joel Meyerowitz.
SDP
A
vec son chapeau et son petit foulard noué autour du
cou, le photographe Joel Meyerowitz, 80 ans, ressemble à l’acteur ed Harris en cow-boy dans la série
télé Westworld. a la différence de l’homme en noir du
petit écran, le New-yorkais, lui, aime la couleur. au
début des années 1960, à une époque où la photographie montre tout en gris, cet éternel optimiste, caractère hérité d’un
père pauvre mais bon vivant, débute en glissant une pellicule couleur
dans son appareil : il veut saisir le maximum d’informations sur la vie
qui l’entoure. des rues grouillantes de Big apple aux plages apaisées
de Cape Cod, ses images révèlent un monde en technicolor. il
influence des cinéastes et des confrères comme wim wenders ou william eggleston. Meyerowitz privilégie dans ses clichés l’insolite, puis
l’immersion du spectateur. il raconte à rebours la genèse de son style
dans un beau livre aux éditions textuel. seul photographe autorisé
sur ground zero après le 11 septembre 2001, l’américain a marqué
l’histoire de la discipline. Que fait-il aujourd’hui, après cinquantecinq ans de carrière? dans sa maison, en toscane, il crée des natures
mortes en utilisant les mêmes objets que paul Cézanne ou giorgio
Morandi. il fait sienne cette phrase du peintre italien, qui n’a jamais
quitté son appartement de Bologne : « Certains peuvent voyager à travers le monde et ne rien en voir. pour parvenir à sa compréhension, il
est nécessaire de ne pas trop en voir, mais de bien regarder ce que l’on
voit. » l’œil pétillant, Joel Meyerowitz n’hésite pas à
parler de « perception extrasensorielle ». « la réalité
est tellement fluide qu’elle bouge sans cesse. dans la
rue, si vous observez bien les mouvements des passants, vous pouvez prédire le déroulement des choses.
il suffit ensuite de se placer au bon endroit. photographier, c’est recevoir un moment de beauté, une révélation. » Joel Meyerowitz ne voit pas, il entrevoit.
COURTESY AND COPYRIGHT OF J. MEYEROWITZ, 2018
PROPOS RECUEILLIS PAR JULIEN BORDIER
textuel, 352 p.,
280 iMages, 59 €.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
New York City, 1963
En 1962, après des études d’histoire de l’art et de peinture, je deviens directeur artistique dans une
agence de publicité à Manhattan. Mon patron m’envoie assister au shooting d’une plaquette que j’ai conçue sur
les activités de deux préadolescentes après les cours. Le photographe s’appelle Robert Frank. Je ne le connais pas.
L’observer dans son travail bouleverse ma vie. Pendant que les deux filles bougent librement, Frank se déplace
en silence autour d’elles avec son Leica. Posté derrière lui, j’entends chaque déclic. Soudain, je comprends que
l’on peut arrêter le temps, figer le mouvement. Je découvre l’essence de cet art. Comme poignardé en plein cœur,
je ressens une urgence. En sortant du studio, je démissionne. Ce cliché de 1963 est l’un de mes premiers. Quand
les beaux jours arrivent, les différentes communautés de New York défilent dans les rues : Portoricains, Polonais,
Arméniens… Ces parades m’offrent un camouflage. Dans la foule, j’apprends à photographier. En me promenant,
je croise ce jeune homme dans sa voiture. Ce Portoricain bien coiffé a fait briller la carrosserie de son “bébé”.
Si les gens apprécient ce portrait, c’est grâce au magnétisme de ce garçon. »
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
culture
Paris, 1967
« Je marche dans Paris en direction des bureaux d’American
Express pour récupérer mon courrier quand j’aperçois un
rassemblement au coin de la rue. Je m’approche et découvre
cet homme avec une casquette en train d’enjamber quelqu’un
étendu par terre. En une fraction de seconde, je déclenche.
Ma photo crée une dramaturgie insolite. Elle donne
l’impression que le premier a frappé le second avec
son marteau – ce qui n’est pas le cas, je le précise. J’adore
la manière dont les passants, à gauche, se retournent
vers l’action. Cela ressemble à une chorégraphie. Quand j’ai
montré ce cliché, vingt-cinq ans plus tard, on m’a demandé
si c’était une mise en scène. Cela souligne à quel point,
avec le numérique, les gens n’acceptent plus de croire
ce qu’ils ont devant leurs yeux. En 1967, c’était juste
un fragment ordinaire de la vie parisienne. »
New York City, 1976
En travaillant en couleurs dans la rue, dans les années 1970, je cherche une approche différente
du noir et blanc. La couleur offre une description plus complète. Il faut prendre en compte tout ce qui est
dans le cadre. Tous les éléments sont constitutifs de l’image. Je souhaite obtenir des photos pleines du chaos
urbain new-yorkais, où tout est à la fois net, lisible et intéressant, du premier au dernier plan. Je veux rompre
avec le moment décisif cher à Henri Cartier-Bresson et inventer mon propre chemin. Un jour, je suis chez
moi, dans ma baignoire, à New York. Ma femme frappe à la porte : “Cartier-Bresson est au téléphone.”
Je pense que c’est une blague de mon ami et confrère Garry Winogrand. J’attrape le combiné. C’est bien
Cartier-Bresson. Il m’appelle depuis le MoMA, dans le bureau du directeur, John Szarkowski : “Joel, j’ai vu
tes photos. Ce sont de véritables photographies américaines. Comment fais-tu ?” Cette question, je me la
posais quand j’étais devant son travail ! Ce coup de fil est l’un des moments les plus importants de ma vie. »
PHOTOS : COURTESY AND COPYRIGHT OF J. MEYEROWITZ, 2018
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Les équipes de sauvetage sur l’esplanade, New York, 2001
« Après le 11-Septembre, la municipalité de New York a d’abord refusé de me laisser entrer sur Ground Zero. Je me suis
dit : “Fuck you, je vais le faire quand même.” C’est une attitude typiquement new-yorkaise ! En tant que citoyen, je savais
que c’était la bonne chose à faire. Il fallait photographier ces lieux pour que tout le monde puisse voir ce qui se passait.
J’ai marché seul. Tout était important à conserver. Je devais archiver ce paysage avec sang-froid et, dans le même
temps, ressentir la fièvre de l’inspiration. C’était un étrange sentiment, à la fois de détachement et d’engagement.
J’avais une responsabilité historique sur les épaules. J’accomplissais un travail de mémoire. Un jour,
des années plus tard, quelqu’un regardera ces images pour savoir ce qu’il s’y est déroulé.
Ecuyers, de la série Teatrino, 2013
« C’est le genre de prise de vue que je réalise aujourd’hui dans ma
maison, en Toscane. Celle-ci s’intitule en anglais Henchmen
(« hommes de main »). J’ai imaginé, au centre, un leader politique.
Son profil ressemble à celui de Mussolini. J’ai pris cette photo
avant son élection, mais il m’évoque aujourd’hui Donald Trump.
C’est une sorte de parrain de la mafia entouré de ses lieutenants.
Face à ces objets en métal, j’ai disposé des éléments en bois.
Je les déplace pour leur donner une énergie, une force. Cette
composition s’inspire de mon expérience de photographe de rue.
Je crée une nature morte qui a la même puissance qu’une scène
observée dans la rue : la confrontation entre deux
groupes d’individus, l’un plus vulnérable que l’autre.
C’est une métaphore visuelle tirée de la réalité.
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culture
Dans Le Retour de Mary Poppins, Emily Blunt incarne la célèbre nounou.
L’actrice a au moins autant de répondant que son personnage.
“Je n’ai pas envie
de faire semblant“
PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTOPHE CARRIÈRE
J. BELL POUR DISNEY
M
ary Poppins reçoit chez
la reine d’Angleterre.
Plus exactement, Emily
Blunt, qui reprend le
rôle de la nounou extraordinaire tenu par Julie Andrews
dans la version cultissime de 1964,
donne ses interviews à l’ambassade
du Royaume-Uni, à Paris. Soit à seulement quelques mètres de l’Elysée
qui, deux jours plus tôt, était menacé
d’être assailli par les gilets jaunes.
Encadrée par toute une armée de
Mickeys de la production (Walt Disney), l’actrice britannique de 35 ans,
arrivée dans la nuit de dimanche à
lundi, se montre sereine. Ses chaperons lui avaient assuré qu’elle ne risquait rien ce jour-là, les émeutes parisiennes n’ayant lieu que le samedi.
N’étant pas concernée, elle n’aborde
pas le sujet, mais s’intéresse volontiers à la difficulté de trouver une
nourrice compétente. Elle est d’ailleurs ravie de la sienne, qui s’occupe
de ses deux enfants, issus de son
mariage avec John Krasinski, acteur
réalisateur de Sans un bruit.
Belle transition pour parler (enfin)
de cinéma et de son métier, qu’elle
pratique depuis une quinzaine d’années, repérée par les cinéphiles dans
le sensuel et vénéneux My Summer of
Love, de Pawel Pawlikowski (2004),
remarquée par le grand public en perfide assistante de Meryl Streep dans
Le Diable s’habille en Prada (2006).
Depuis, elle roule sur l’autoroute
du succès, à côté de célébrités comme
Matt Damon (L’Agence), Bruce Willis
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
(Looper) ou Tom Cruise (Edge of
Tomorrow). Mais là, attention ! Avec
Le Retour de Mary Poppins, c’est elle
qui tient le volant. Ou plutôt (voir critique page 112), le parapluie magique
qui la transporte dans les airs. Atterrie
sur le canapé d’un des gigantesques
salons de l’ambassadeur, elle trempe
ses lèvres dans un verre d’eau. Sa délicatesse n’a d’égale que sa distinction. Le
regard pétille, la bouche sourit, la
confiance règne. On peut commencer.
l’express Vous souvenez-vous
de la première fois que vous avez
regardé Mary Poppins ?
Emily Blunt J’avais 6 ans, je crois.
C’est l’un des premiers films que je
suis allée voir au cinéma. Ça laisse
forcément un souvenir à part, proche
à la fois d’une expérience fondatrice
et de l’enchantement. Je pense qu’on
est beaucoup dans ce cas-là, et j’espère bien que ce Retour de Mary Poppins suscitera chez tous les spectateurs de la nostalgie et, pourquoi pas,
les fera retomber en enfance.
C’est dommage qu’on ne la voie
pas à nouveau ranger la chambre
des enfants, comme dans une scène
culte du film de 1964…
combative dans Sans un bruit
ou nounou rigoureuse dans Le Retour
de Mary Poppins…
E. B. Je suis restée la même. A la fois
fan de yoga et de pubs anglais ! Il n’y a
E. B. D’abord, la chambre des enfants
que les personnages qui
que je garde n’est pas si
« Les personnages
changent. Peu m’importe
désordonnée et ne néle genre. J’ignore ce qui
cessitait pas que Mary
changent ; moi
m’attire ou pas, mais, au
Poppins la range ! Enje suis la même,
bout de vingt pages de
suite, si vraiment vous
fan de yoga et
scénario, je dis oui ou
êtes nostalgique de cette
de pubs anglais »
non tout de suite. J’ai la
scène, revoyez le vieux
chance de pouvoir choisir ce que je
film ! L’autre jour, un journaliste m’a
veux et je suis sélective. Ne serait-ce
confié que la musique de la version
que parce qu’avec mes deux enfants je
originale lui manquait… Lui aussi n’a
ne peux pas tourner trois films par an.
qu’à le revoir en DVD ou en VOD, on
Un ou deux, grand maximum. Je me
le trouve facilement.
suis d’ailleurs éloignée de Hollywood.
Je vis à New York, plus proche de ma
D’accord, ne vous énervez
sensibilité européenne – et de Londres,
pas ! Vous préférez qu’on parle
où se trouve ma famille.
de Sans un bruit, qui, cet été,
a rencontré un succès phénoménal ?
E. B. Ah ! Si vous avez aimé, oui.
On a adoré !
E. B. Ça me fait tellement plaisir. Ce
n’est pas de la politesse. Je suis très
fière de ce film pour plusieurs raisons.
D’abord, parce que les gens qui jurent
Ce n’était pas trop lourd
détester les films d’horreur l’ont adoré
de reprendre ce personnage popularisé
et que le succès popularise le genre.
par Julie Andrews, qui a d’ailleurs
Moi-même je déteste voir des longsrefusé de faire une apparition
métrages comme Saw… Je n’aime pas
dans cette nouvelle version pour vous
le gore. Mais Sans un bruit n’est pas
laisser profiter pleinement du rôle ?
sanglant, c’est un film
E. B. Evidemment que
« Le souvenir
d’auteur fantastique.
j’appréhendais, mais ma
Ensuite, il est signé par
joie de jouer cette noulaissé par Mary
mon mari. Il savait que
nou emblématique l’a
Poppins fut une
son projet plairait à un
emporté sur le poids du
expérience
cercle d’initiés, mais il
personnage. L’incarner
fondatrice »
ne s’attendait pas à un
était un tel délice… Je
tel résultat au box-office [340 milvous assure, ce n’était que du bonlions de dollars dans le monde]. Ça lui
heur. Pas une once de peur ! L’idée
était de trouver un juste milieu pour
donne une certaine assurance dans le
métier. Il a prouvé de quoi il était
l’interpréter car, par rapport aux livres
de Pamela Travers – que, petite, j’ai
capable. Pour lui, il y aura forcément
lus –, à l’écran elle est très différente.
un avant- et un après-Sans un bruit.
Chez Travers, elle est excentrique,
étrange, impertinente, vaniteuse et
De la même manière qu’il y a
une Emily Blunt d’hier, qualifiée
drôle. Ça fait beaucoup, n’est-ce pas ?
de « brit punk » quand, par exemple,
Je devais saisir sa dualité, quelqu’un
vous jouiez une fumeuse de joints,
de strict et qui, en même temps,
les cheveux teints en bleu et violet
s’émerveille. Garder une part de candans Sunshine Cleaning, et une Emily
deur, mais aussi faire comprendre
d’aujourd’hui, mère de famille
qu’elle est accro à l’adrénaline.
Désormais reconnue dans le monde
entier, vous n’apparaissez sur aucun
réseau social, contrairement à vos amis
George Clooney, Matt Damon et
les autres. Comment cela se fait-il ?
E. B. Cela ne me tente pas du tout.
Mes amis, comme vous dites, pourraient me conseiller, me guider, mais
je n’aime pas cela. Je n’en éprouve ni
le besoin ni le désir. Déjà que je ne
réponds pas souvent aux SMS, ce
n’est pas pour raconter ma vie ou
faire de l’humour sur les réseaux sociaux, dans le seul but de « paraître » !
Je n’ai pas envie de faire semblant.
Est-ce vrai que vous êtes devenue
comédienne à cause d’un handicap ?
E. B. Oui et non. Il y a handicap et
handicap. Le mien était assez mineur : je bégayais. Je voulais être traductrice à l’ONU. Ma mère, qui était
comédienne, mais avant tout une excellente linguiste [désormais, elle enseigne l’anglais], m’a aiguillée vers le
théâtre pour me soigner. A 12 ans, un
professeur m’a fait prendre un accent
pour un personnage et… je ne bégayais plus. J’ai travaillé cela pendant
quelques années, jusqu’au jour où un
agent est venu voir une pièce et m’a
repérée. Et là, ma vocation m’est littéralement tombée dessus.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
culture
Postvérité, infox,
cyberdépendance,
hydrolienne, cybermonnaie…
Mais d’où viennent ces mots
traduits de l’anglais
qui racontent le monde
d’aujourd’hui ? Enquête
auprès d’experts qui
se remuent les méninges.
Les Géo
Trouvetou
du dico
PAR MICHEL FELTIN-PALAS
F
«
ausse nouvelle » ? « Information fausse » ? « Information fallacieuse » ? Ce
jour-là, dans la tristounette salle Colette sise
dans une annexe du ministère de la
Culture, les membres du groupe
d’experts « culture-médias » se remuent les méninges pour dénicher
un équivalent à fake news, qui se répand à vitesse grand V dans les médias et les conversations de tous les
jours – sans oublier les tweets de
Donald Trump. Tout à coup, la proposition fuse, comme un éclair :
« Pourquoi pas “infox” ? » Un terme
clair, dynamique et, pour une fois,
plus court que son rival anglais. Une
géniale alliance d’« info » et « intox »,
parue au Journal officiel le 4 octobre
dernier et aussitôt reprise un peu
partout… Un écho aussi rarissime
que mérité.
Ah, les membres des commissions de terminologie de la langue
française ! On imagine de vieux barbons un tantinet rasoir, des rats de
bibliothèques ne jurant que par
102
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
leurs dictionnaires de grec et de
latin, des conservateurs réprouvant
toute innovation langagière postérieure à Corneille et… on fait erreur
sur toute la ligne. Les intéressés ne
sont pas dénués de culture générale,
c’est une litote, mais ils ont le savoir
gai et un amour du français partageur. Il faut les voir lancer des bons
mots, se battre avec bienveillance et
érudition pour ciseler une définition, rivaliser de rigueur et d’ingéniosité pour dénicher le terme qui
fera mouche dans l’opinion. En plus,
ils sont bénévoles.
Tout ce que Paris compte de modernes et de « branchés » se gausse
d’eux ? Ils s’en moquent, persuadés à
juste titre d’œuvrer pour l’intérêt général. Leur noble mission est aussi
simple à résumer que difficile à réaliser : enrichir le vocabulaire spécialisé, nommer les innovations techniques et trouver des équivalents aux
anglicismes. Le succès n’est pas toujours au rendez-vous, évidemment,
mais, au fil des ans, leur tableau de
chasse s’est convenablement garni.
« Postvérité », « cyberdépendance »,
« hydrolienne », « action de groupe »
RÉMI MALINGRËY
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
(au lieu de class action) ? C’est eux.
« Enfant du numérique » (digital native), « solo » (one-man-show), « cybermonnaie » ? Toujours eux. Cet
automne, ils ont encore déniché « télécouter » (à la place de « podcaster »),
mais aussi « jeu d’évasion » (pour escape game) et « directeur de séries »
(pour showrunner). Pas si mal…
ÉLOGE DE LA LENTEUR
Leur seul défaut ? Arriver souvent
un peu tard, sachant qu’en la matière l’habitude compte pour beaucoup. Voyez la fameuse « infox ». Il
se sera passé de longs mois entre
souvient Pierrette Crouzet-Daurat. A
son surgissement et sa parution au
l’inverse, quand Emmanuel Macron
Journal officiel. C’est le revers de la
parle de « start-up nation » ou du
médaille d’une méthodologie aussi
« système le plus bottom up de la
exigeante, donc chronophage. Car
terre », cela n’aide évidemment pas.
les groupes d’experts spécialisés
« La plupart des ministres considè(culture-médias, mais aussi défense,
rent que le choix d’un mot français
environnement, droit, automobile,
est ringard, vieillot, voire réactionetc.) n’ont pas le pouvoir de décision
naire », se désole un haut fonctionfinal. Ils se contentent de transmetnaire sous le sceau de l’anonymat.
tre leurs idées à la Commission
Qu’importent ces vents contraires!
d’enrichissement de la langue franLa Commission d’enrichissement
çaise – l’instance qui
de la langue française
Evidemment,
examine et amende
se réunit sans faiblesse
quand Emmanuel
leurs suggestions, qu’il
chaque mois sous la
s’agisse des termes euxprésidence d’un repréMacron parle
mêmes, de leurs définisentant de l’Académie
de « start-up
tions ou de leurs notes
française. Depuis 2016,
nation », cela
explicatives. D’où de
c’est Frédéric Vitoux,
n’aide pas
longues délibérations
grand spécialiste de
et, parfois, de nouveaux allers et
Céline, qui assume cette charge avec
retours, d’autant que ladite instance
ardeur. « J’ai toujours éprouvé une
s’oblige à ne jamais voter, considévéritable passion pour la langue et
rant que le bon terme est celui qui
eu le goût des mots, explique-t-il. Je
fait consensus. Ce n’est qu’à la fin de
suis d’ailleurs membre de la comce parcours du combattant lexicomission du dictionnaire, ce groupe
graphique – et après validation par
restreint d’académiciens qui s’eml’Académie française – que la trouploient à faire avancer ledit dictionvaille est publiée au JO, devenant
naire. Chacune de ces missions
ainsi obligatoire pour les adminisnourrit l’autre. » A ses côtés : un briltrations.
lant aréopage où l’on relève – notamCette démarche est lente, mais
ment – une physicienne, une avoelle a aussi, c’est vrai, d’incontestables
cate générale à la Cour de cassation,
vertus, que revendique Pierrette
un ingénieur des mines, un éditeur
Crouzet-Daurat, la pétillante et enscientifique, un professeur de letthousiaste responsable de la mission
tres, un diplomate, une romancière
terminologie au sein de la Délégation
et, bien sûr, quelques lexicographes
générale à la langue française et
de haut rang. Une trentaine de peraux langues de France (ouf !), le bras
sonnes en tout, aux parcours volonarmé du ministère de la Culture dans
tairement diversifiés.
ce domaine : « Le fait de confronter
Vaille que vaille, entre 200 et
des experts et des néophytes nous per300 mots sont ainsi imaginés
met d’être à la fois précis et compréchaque année avant d’être rendus
accessibles sur le site et l’appli Franhensibles par le plus grand nombre. Il
s’agit d’une condition nécessaire pour
ceTerme. Ce qui ne veut pas dire
qu’ils entrent tous dans le langage
que les néologismes soient adoptés
courant. Si « covoiturage » s’est impar la population. »
posé face à car pool, et « navette »,
En la matière, les médias, les arface à shuttle, « en flux » peine à
tistes et les hommes politiques ont
chasser streaming, et, sans vouloir
un pouvoir prescripteur, qu’ils madécourager personne, on doute que
nient hélas avec une redoutable par« volontariat agrobio » parvienne jacimonie. « Quand Laurent Fabius est
mais à déloger woofing. Nos valeuarrivé au Quai d’Orsay, il a choisi de
reux terminologues proposent, mais
dire “zone euro” et non euroland.
les Français disposent… M. F.-P.
Le terme a pris immédiatement », se
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
103
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la librairie de l’express
CADEAUX
M. URTADORMN-GRAND PALAIS/MUSÉE DU LOUVRE
À LA LOUPE
104
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
O
Pour ses beaux yeux
n pense tous la connaître, on a peut-être
même fait partie des 6 millions de personnes qui se pressent chaque année au
Louvre pour la dévisager. Mais que sait-on
exactement de Monna Lisa, icône universelle depuis des siècles ? Alors ne boudons
pas notre plaisir : Alberto Angela, paléontologue de formation et grand divulgatore,
comme on dit en italien, fait parler des détails de La Joconde comme s’il s’agissait de
petits morceaux d’os de dinosaures exhumés. Auteur de quelques séries télévisées
de vulgarisation scientifique à succès et
d’ouvrages tels que Les Trois Jours de Pompéi, cet Italien polyglotte de 56 ans nous
livre avec verve et gaieté quelques-unes des
clefs du chef-d’œuvre de Léonard, ce fils
illégitime d’un notaire et d’une paysanne né
à Vinci, le 15 avril 1452, et mort à Amboise,
le 2 mai 1519. Tout en nous entraînant de
Florence à Milan, de Rome à la patrie de
François Ier, au cœur de la Renaissance.
De regard, il en est beaucoup question,
bien sûr, dans cette enquête abondamment illustrée. Puisant dans la
monumentale encyclopédie de Vasari, publiée en 1550, sur les plus
grands artistes, Alberto Angela rappelle que le maître aurait peint le
portrait de la Florentine Lisa Gherardini, épouse de Francesco del
Giocondo, en réunissant une petite
troupe de musiciens et de bouffons, afin
qu’elle reste d’humeur joyeuse, évitant
ainsi « la mélancolie presque inévitable des
portraits ». D’où le sourire indéchiffrable, ce
« rictus si agréable qu’il en était plus divin
qu’humain », qu’accompagnent un regard
plein de douceur et une légère rotation de
la tête, le tout procurant une impression
de dynamique, tel un arrêt sur image…
Pédagogue en diable, l’auteur énonce avec
clarté la pratique du fameux sfumato du
Toscan, superposition de très légères
couches de peinture à l’aide de fins pinceaux, mais aussi l’effet de perspective aérienne utilisé pour l’arrière-plan, paysage
lointain et mystérieux. Ce faisant, il décrit
la politique culturelle des Médicis, étudie
d’autres œuvres du maître (La Dame à l’hermine, La Belle Ferronnière, La Cène, à Santa
Maria delle Grazie…), interroge une esquisse à la sanguine, probable autoportrait
à l’âge de 35 ans de cet homme de grande
beauté dont on s’apprête à célébrer le 500e
anniversaire de la mort… Quel plus
beau présent, comme mise en
bouche, que ce volume ? M. P.
LE REGARD DE LA JOCONDE
PAR ALbeRTo AnGeLA,
TRAD. De L’ITALIen PAR SoPhIe bAjARD.
PAyoT, 360 P., 23,50 €.
17/20
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LE PASSAGER
CLANDESTIN
LE POLAR
POUR LES NULS
de louStal. omniBuS, 208 p., 29 €.
17/20
et natalie Beunat.
FirSt éditionS, 376 p., 22,95 €.
Vingt ans que ces deux-là
font la paire, depuis Touriste
de bananes, en 1998. et quelle
paire ! la preuve encore avec
ce quatrième « roman américain »
de Georges Simenon qu’illustre
le génial loustal. les retrouvailles
sont d’autant plus heureuses
que Le Passager clandestin,
écrit en 1947, se situe de nouveau
à tahiti, comme Touriste
de bananes. une contrée exotique
où l’écrivain liégeois avait fait
escale deux mois durant, lors
d’un grand périple autour du
monde dans les années 1934-1935.
le dessinateur la connaît bien lui
aussi, globe-trotteur invétéré
dont témoignent ses nombreux
carnets de voyage. alors que
Simenon signe une formidable
intrigue à plusieurs
bandes, qui
commence à bord
du cargo l’Aramis
avant de se dérouler
à papeete, loustal
joue à merveille
de son trait noir et ombré. il fait
surtout la part belle aux couleurs
pour restituer le « vert sombre des
arbres, le bleu du ciel, la pourpre
du sol, le rouge plus vif d’une
gamine qui pass[e] à vélo, le blanc
des costumes coloniaux », ce « feu
d’artifice dans le soleil » que décrit
Simenon. mieux encore, son
crayon vigoureux crée avec brio
une atmosphère sensuelle,
une ambiance des plus interlopes,
et cette langueur qui le dispute
aux rapports de force. ils opposent
le major philip owen, le fugitif
alfred mougins et la danseuse
lotte, beau brin de blonde
– c’est elle, le passager clandestin.
tous trois ont fait le voyage afin
de retrouver rené maréchal, fils
naturel d’un magnat de l’industrie
cinématographique récemment
décédé, histoire de rafler
une partie de son héritage.
du pont de l’Aramis au Yacht
club, en passant par l’english Bar,
où s’enchaînent les soirées bien
arrosées, les illustrations mettent
en valeur un texte étonnamment
moderne et des dialogues
au cordeau. le lecteur « s’amuse
fameusement », comme dit
un personnage. D. P.
on peut se targuer
de ne pas être
si « nul » dans
ce domaine,
la lecture de ce
Polar pour les nuls
rafraîchit
la mémoire de belle façon et remet
parfaitement l’histoire du genre
en perspective. Quant aux vrais
nuls, s’il en reste encore – et
sûrement pas parmi les lecteurs
de l’express, d’ailleurs –,
vu le succès toujours plus grand
du genre, ils vont découvrir
que la littérature policière (énigme,
thriller, noir) est bien le reflet
du monde et une (en)quête de soi.
avouer préférer agatha christie
à James ellroy, ou bien aimer
les deux, vaut n’importe quelle
psychanalyse. marie-caroline
aubert et natalie Beunat, expertes
en la matière, déroulent l’histoire
du polar et truffent (noire) cette
chronologie de minibio d’auteurs,
d’extraits de classiques, de conseils
éclairés, d’infos pédago
et de quelques quiz bien vus.
Surtout, les chapitres alternent
intelligemment la sociologie
du genre, les éléments fondateurs,
les coups de loupe sur les cadors
(doyle, Simenon, hammett,
ellroy) et les reines (christie,
highsmith, Vargas) et un chic
panorama du polar international
– même si la France et les
etats-unis sont les mieux servis.
devant un tel festin, il est aussi
permis de râler comme devant
tout bon ouvrage historique :
l’absence de Géo-charles Véran
(et Jeux pour mourir, c’est de la
biscotte ?), celle d’un polar de Jim
thompson parmi les « dix romans
incontournables » (et 1 275 Ames,
c’est des chamallows ?) ou celle
d’un film de Kitano parmi
les costauds du 7e art (et Hana-bi,
c’est du veau ?). histoire de râler.
en revanche, il faut féliciter
les auteures d’avoir cité La Taupe,
meilleure adaptation de tous
les temps d’un roman de John
le carré, et d’avoir écrit quelques
lignes sur Sandrine collette,
excellente romancière française.
histoire d’applaudir à un ouvrage
indispensable. E. L.
par Simenon, illuStrationS
par marie-caroline auBert
16/20
LE CHOIX DE
DAVID FOENKINOS
La folie
de l’ailleurs
Les voyages sont les romans les plus
improbables. Ce livre recense les folles
errances d’une cinquantaine d’artistes,
de Sarah Bernhardt à Jeff Koons. On
pourrait commencer par Serge Gainsbourg qui rejoint Jane Birkin, dans le sud
de la France, sur le tournage de La Piscine. Il loue alors une Cadillac plus grosse
que celle d’Alain Delon. Mais le symbole
de cette rivalité masculine tournera
court, quand il sera incapable de passer
les ruelles de Saint-Tropez avec ! Autre
histoire mythique : Hemingway en vadrouille qui oublie le manuscrit de son
fameux Paris est une fête dans une malle
au Ritz. On le retrouvera vingt-cinq ans
plus tard. Bertil Scali, l’auteur de ces
textes sensibles et documentés, s’est
glissé ici ou là dans l’intimité de toutes
ces légendes. Le voyage semble être
finalement le reflet le plus éclatant de
qui nous sommes. L’élection même de ce
que nous emportons, nos bagages, est
une lecture de nos priorités. Rien d’étonnant à ce que ce livre ait été magnifiquement illustré par Pierre Le-Tan, dont on
se souvient des collaborations avec Modiano ; ce
dernier étant capable de
connaître les heures des
trains passant en gare de
Bordeaux en 1942. Tout
artiste est traversé par
cette folie de l’ailleurs,
et c’est sûrement la meilleure façon de se fuir.
On le ressent bien avec
Keith Richards, toujours
sur la route. Scali a cette superbe formule à propos du guitariste des Stones :
« Il poursuit presque calmement sa
trajectoire suicidaire, sans jamais mourir. » Cela doit être ça finalement. On ne
meurt pas ailleurs, et même, on vit
davantage. Les jours possèdent comme
un goût de toujours. C’est donc une sorte
d’éternité qu’on peut s’offrir à Noël avec
ce si beau livre.
HISTOIRES DE VOYAGEURS.
À BAGAGES OUVERTS
par Bertil Scali, illuStrationS de pierre
le-tan. thameS & hudSon, 448 p., 85 €.
17/20
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
105
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la librairie de l’express
LIVRES CADEAUX
PLUS BÉBEL LA VIE
WOODSTOCK OPTIONS
SouS LA DIRECTIoN DE JEAN-VIC
CHAPuS ET BRIEux FÉRoT.
MARABouT, 194 P., 29,90 €.
C’est peu ou prou
une compilation
ou un best of
de toutes les
biographies
consacrées
à Jean-Paul
Belmondo. D’où un ouvrage
massif (pas loin de 2 kilos,
24 x 34 cm), intransportable,
mais bien pratique pour faire
le tour du mythe au fond de son
canapé. Concocté par l’équipe
du magazine Sofilm, le livre
est truffé d’articles qui
synthétisent le pourquoi
du comment (et vice versa)
de cet As des as « incorrigible »,
« professionnel », « animal »,
« magnifique », et on en passe,
de son enfance auprès de ses
parents (Madeleine et le célèbre
sculpteur Paul) à ses cascades
insensées. Le jour où il s’est retiré
de Monsieur Klein (projet repris
par Alain Delon), pourquoi il
voulait jouer Jacques Mesrine
et ne l’a finalement pas fait...
Les analyses ou récits ne
dépassent jamais quatre pages
mais, vu la taille de la typo,
si petite qu’elle nécessite un œil
de lynx ou une paire de lunettes,
le texte est conséquent – parfois
même roboratif. on sent bien
qu’il y avait beaucoup de choses
à dire et qu’il n’était pas simple
de tout caser. D’autant
que des contributeurs
de choix avaient eux aussi
envie de témoigner : Isabelle
Adjani, Albert Dupontel,
Arnaud Desplechin, Michel
Hazanavicius… Tous ont
une anecdote, un souvenir
à raconter. Et un hommage
à rendre. Pas de panique !
Le bouquin n’a rien de
testamentaire. La preuve :
Belmondo en personne (aidé
par ses amis Jeff Domenech et
Charles Gérard) l’a (longuement)
préfacé. Sans doute après avoir lu,
entre autres infos, que sa
blague favorite, saler
un café dès qu’une tasse passe
à proximité, remonte à 1962.
un album (agrémenté
de 250 photos !) qui pousse
l’investigation à ce point Est
forcément digne d’intérêt. C. Ca.
106
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
M. WADLEIGH/COLLECTION CHRISTOPHEL
15/20
L
Une utopie hippie
e festival de Woodstock n’aurait jamais dû exister.
Parce que monter dans un champ de luzerne un
concert géant de folk et de rock pour des hordes de hippies était une idée complètement dingue en 1969, parce
que ses organisateurs ont été totalement dépassés, parce
que la municipalité qui devait accueillir le grand raout
posa son veto au dernier moment, parce que le barde
Bob Dylan avait refusé de participer au banquet, parce
que l’événement ne se déroule même pas à Woodstock,
mais à 100 kilomètres de là, à Bethel… Et pourtant le
miracle a bien eu lieu les 15, 16 et 17 août 1969 : un demimillion de chevelus rassemblés en pleine campagne, au
cœur de l’Etat de New York, pour écouter Joan Baez,
Jefferson Airplane, Janis Joplin, Sly & the Family Stone,
Santana et bien d’autres… « Trois jours d’amour, de musique et de paix » qui deviendront un mythe.
Woodstock incarne plus qu’un festival de rock, une
utopie devenue réalité, portée par l’enthousiasme d’une
jeunesse en lévitation psychédélique. L’érudit Michka
Assayas – Le Dictionnaire du rock (Robert Laffont), Very
Good Trip, sur France Inter – célèbre, sans angélisme et
avec un peu d’avance, le 50e anniversaire de cette communion inédite autour de la musique. Il met les pieds
dans la boue, corrige les inexactitudes que la légende
colporte depuis que Richie Havens a déboulé seul sur
scène le 15 août 1969, à 17 heures. Il rappelle les ratages
et les malentendus, les exigences financières du manager des Who, l’arrivée sur scène d’un Anglais inconnu
nommé Joe Cocker, la pluie diluvienne, la conclusion
rugissante de Jimi Hendrix. L’ouvrage est accompagné
de deux Blu-ray : le documentaire de plus de trois heures
de 1970 signé Michael Wadleigh et des bonus (coulisses
du film, performances inédites...). Tout ce qu’il faut pour
en prendre plein les oreilles et les mirettes. J. B.
WOODSTOCK.
THREE DAYS OF PEACE & MUSIC
PAR MICHkA ASSAYAS. GM ÉDITIoNS, 192 P., 2 BLu-RAY, 49,90 €.
16/20
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LES BONS MOTS
DE LA PUB. CES SLOGANS
DEVENUS CULTE
par Denis ChauChat.
hoëbeke, 160 p., 19,95 €.
16/20
pas plus tard
que la semaine
dernière, dans
le métro parisien,
on a entendu des
minots scander :
« Chez tati t’as
tout! » La nouvelle punchline de
la célèbre enseigne au logo vichy
rose et blanc et aux prix modiques
passera-t-elle à la postérité?
possible. Car voilà un cas typique
de message publicitaire qui fait
mouche. L’un de ceux qui,
« avec trois fois rien », savent
« trouver les mots justes pour
accrocher, capter et retenir
l’attention », souligne Denis
Chauchat en introduction
de son chouette livre
Les Bons Mots de la pub.
Concepteur-rédacteur depuis
quarante ans, il recense moult
slogans qui ont la saveur et
la puissance d’évocation de la
madeleine de proust. sans blague :
de « perrier, c’est fou! » à « Lapeyre,
y en a pas deux », en passant
par « un coup de barre? Mars, et
ça repart », « on se lève tous pour
Danette », ou encore « Crunch,
le chocolat qui croustille », c’est
toute une époque qui se rappelle
à notre bon souvenir. Déclinés
en thématiques (la boisson,
les voyages, les confiseries, la
mode, la banque, etc.), ces slogans
ressuscitent un état d’esprit.
Ludique, assurément. Légèrement
coupable, aussi, quand la prise
de conscience écologiste en était
encore à ses balbutiements.
total pouvait alors fanfaronner :
« Vous ne viendrez pas chez nous
par hasard. » L’eau (badoit, evian,
Vittel) a coulé sous les ponts,
mais l’assureur qui clame
« MMa, zéro tracas, zéro bla-bla »
a toujours le vent en poupe.
illustrés par les dessins très stylisés
de robbert, jeune graphiste
prometteur, les slogans retenus
sont accompagnés d’explications
éclairantes et d’anecdotes
savoureuses. on apprend ainsi que
« Clic, clac, merci kodak » remonte
à 1963, formule reprise par Chirac
en 1973 quand le bon peuple se
faisait prendre en photo avec lui.
Cinquante ans avant le selfie... D. P.
En vente
chez votre marchand
de journaux
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
APOUTSIAK, LE PETIT
FLOCON DE NEIGE
SO BRITISH
par paul-Émile Victor.
père castor, 32 p. (aVec cD), 19 €.
17/20
108
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
O
SENTE, BERSERIK, VAN DONGEN - STUDIOS JACOBS/DARGAUD - LOMBARD SA 2018
Quel explorateur
n’a pas usé ses
coudes, enfant, sur
la carte du monde ?
paul-emile Victor
(1907-1995)
n’y a pas échappé,
et son Apoutsiak a aussi suscité
bien des vocations. en publiant,
en 1948, ce premier tome
de la collection Les Enfants
de la Terre, au père castor,
le disciple de mauss et de charcot
fait œuvre de vulgarisation
scientifique et de pédagogie,
et livre une petite merveille
d’intelligence dédiée à son fils
Jean-christophe (futur
animateur de l’émission
Le Dessous des cartes), né un an
plus tôt. au fil de ces 32 pages,
le fondateur des expéditions
polaires françaises narre sans
tabou, mais non sans pudeur,
les étapes de la vie d’un inuit
– on dit alors esquimau –
jusqu’à sa mort, vieillard
de 50 ans. avec son talent
d’ethnographe, l’auteur et
dessinateur décrit les jeux
d’apoutsiak et des siens,
cette société que l’on sent déjà
s’éteindre sous ses yeux.
Graphiquement, l’ouvrage
innove dans la littérature
enfantine de l’époque avec
sa mise en page libre qui alterne
planches de paysages et détails
et personnages au trait rond,
au charme vieillot, entre pastel
et crayonnés. côté texte,
ce livre à faire lire dès 5 ans
offre deux niveaux de discours :
un récit poétique sur
le quotidien d’apoutsiak
qui ondule sur la ligne de texte
comme le ferait un calligramme,
et un autre qui commente,
annonce, enrichit d’infos
les images et joue avec le lecteur
– « il n’y a personne sur le dessin,
parce que tout le monde
est allé cueillir des myrtilles. »
cette réédition restitue
la chromie d’origine de l’album,
joliment complété, en bonus,
par l’histoire lue par Victor
lui-même. Dernier bonheur,
votre bambin découvrira
aussi le phénomène de parhélie
et l’origine des édredons... F. C.
By Jove !
n a toujours un (vieil) oncle à qui offrir le dernier
Blake et Mortimer à Noël. encore faut-il s’assurer que
la nouvelle aventure de nos deux amis so british soit
bonne. alors, disons-le d’emblée : après le ratage du
précédent, Le Testament de William S., cette Vallée des
immortels, première partie d’un diptyque, est plutôt une
réussite. elle fait d’ailleurs jeu égal avec le Goncourt en
librairie, voguant vers les 150000 exemplaires. on doit
ce 25e album – le mythique edgar p. Jacobs avait signé
les 12 premiers – à un nouveau duo de dessinateurs talentueux, teun Berserik et peter Van Dongen. côté scénario,
on est dans la continuité, Yves sente assurant en vieux
routier. rien ne manque : une gigantesque base militaire
souterraine, d’apocalyptiques batailles aériennes, des
traîtres de lobby d’hôtel, une civilisation disparue… le
diabolique olrik et son rictus, les poings serrés de rage,
sont aussi là, et bien là. tout comme les dialogues un brin
surannés sans lesquels un Blake et Mortimer serait
comme un whisky sans glaçons : « By Jove ! mais ces
malandrins essaient de l’enlever! chauffeur, vite! c’est
une question de vie ou de mort! » l’action se situe aprèsguerre entre Hongkong, londres et la mer de chine. les
communistes et un mystérieux seigneur de la guerre
menacent le monde libre sur fond de course-poursuite
pour un trésor archéologique. Du cousu main pour Blake
et mortimer, jamais les derniers quand il s’agit de sauver
la civilisation occidentale. Graphiquement, les deux
dessinateurs néerlandais ont choisi de s’inspirer de la
période « pyramide », la plus « ligne claire » de Jacobs.
mission accomplie pour nos deux old chaps.
Votre (vieil) oncle devrait vous adorer. J. D.
LA VALLÉE DES
IMMORTELS. MENACE
SUR HONG KONG
par teuN Berserik, peter
VaN DoNGeN et YVes seNte.
ÉD. Blake et mortimer,
56 p., 15,95 €. 16/20
LIVRES
L
VR CADEAUX
la librairie de l’express
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
L’HISTOIRE DE FRANCE
EN 99 MARCHES
PAR JEAN-LouiS BACHELET, iLLuSTRé
PAR BENJAMiN VAN BLANCkE,
ARTHAuD, 192 P., 22,50 €.
15/20
Malgré
l’homogénéisation
forcée des
territoires, l’espace
qui nous entoure
reste riche en traces
des temps passés,
et pas seulement dans les villes !
A condition de savoir tendre le
regard et de l’affûter, des vestiges
de mondes anciens se déploient
devant nos pieds. Dramaturge
et auteur, Jean-Louis Bachelet
compose de nouveaux sentiers
de randonnée avec un œil
d’historien. S’adressant aux
randonneurs expérimentés
et débutants, ses « 99 marches »
arpentent les riches chemins
de notre histoire nationale.
Mise en jambes avec une série
Guide réalisé par
Eric Libiot, avec
Julien Bordier,
François Cano,
Christophe
Carrière, Jérôme
Dupuis, Estelle
Lenartowicz,
Marianne Payot
et Delphine Peras.
de voies romaines, dont
le « chemin des éléphants »
qu’aurait arpenté Hannibal en
218 avant J.-C. depuis Carthage.
Les Romains ne furent-ils pas
les bâtisseurs des grands axes
fondateurs de notre géographie ?
Plus à l’est, entre Lyon et
Toulouse, on emprunte le chemin
de la Via Agrippa en Margeride,
avec à l’esprit le passage
des pèlerins se rendant à
Compostelle, la cavalcade des
chevaliers partant en croisade,
ou encore, dans les années 1764
et 1765, la course apeurée
des bergers fuyant la bête
du Gévaudan. Battue par les
vents frais du Finistère, une
boucle de 16 kilomètres permettra
de découvrir Gradlon le Grand,
premier roi celte d’Armorique.
Au Moyen Age, les vadrouilles
proposées explorent les grandes
légendes entourant quelques
personnages réels ou mythiques :
on suit Jeanne d’Arc près de
Sommecaise, du côté d’Auxerre,
et le prince cavalier Edouard
le Noir en Gironde. Sans oublier
les ombres enchantées de Merlin
et de Viviane dans la forêt
de Brocéliande, où l’on croisera
aussi l’imposante carrure
du chêne de Guillotin,
vieux de près de mille ans.
Pour entrer dans la Renaissance,
les randonneurs se tournent
vers des horizons littéraires,
avançant dans les pas de ces
grands promeneurs à plume
que sont Rabelais, Montaigne,
Racine, Madame de Sévigné...
Puis la Révolution et ses heurts
défilent sous leurs pieds :
chemin de la fuite à Varennes,
chemin des Chouans, chemin
des Communards envoyés
au bagne à au fort de Fouras...
Le xxe siècle sera épique et parfois
sulfureux, notamment avec
les sentiers de la célèbre bande
à Bonnot ou la traque de Mesrine
en Touraine. De quoi user
ses semelles jusqu’au dernier
millimètre ! E. Le.
Palmarès Le top 15 des meilleures
ventes de livres de polars
N° Titre Auteur (Editeur)
1
Le Signal Maxime Chattam (Albin Michel)
2 Par accident Harlan Coben (Belfond)
3 La Disparition de Stephanie Mailer Joël Dicker (De Fallois)
4 Les Disparus de la lagune Donna Leon (Calmann-Lévy)
5 Agatha Raisin enquête (t. XIII). Chantage au presbytère
M. C. Beaton (Albin Michel)
6 Macbeth Jo Nesbo (Gallimard)
7 Agatha Raisin enquête (t. XIV). Gare aux fantômes
M. C. Beaton (Albin Michel)
8 Corruption Don Winslow (HarperCollins)
9 L’Unité Alphabet Jussi Adler-Olsen (Albin Michel)
10 Les Fils de la poussière Arnaldur Indridason (Métailié)
11 De si belles fiançailles Mary Higgins Clark (Albin Michel)
12 Evasion Benjamin Whitmer (Gallmeister)
13 Heimaey Ian Manook (Albin Michel)
14 Les Détectives du Yorkshire (t. III). Rendez-vous avec le mystère
Julia Chapman (Robert Laffont)
15 Le Manuscrit inachevé Franck Thilliez (Fleuve noir)
Retrouvez le palmarès le mercredi avec Yves Calvi, dans Laissez-vous tenter,
à 9 heures, sur RTL. Réalisé par Edistat, du 17 septembre au 9 décembre 2018,
à partir de 800 points de vente, librairies, grandes surfaces spécialisées
et sites Internet.
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
109
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la librairie de l’express
Palmarès Les meilleures
C
’était à parier : calme plat cette semaine au rayon
des romans, où ne figure aucune nouveauté. Difficile en effet de faire changer la donne entre des
prix littéraires toujours prescripteurs et des têtes
d’affiche gages de grosses ventes – notamment les
auteurs de polars, de Maxime Chattam à Mary Higgins Clark en passant par Harlan Coben. Ainsi, le
Goncourt (Leurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu) semble indélogeable de la première place,
toujours suivi de près par le Femina (Le Lambeau,
de Philippe Lançon) et le Goncourt des lycéens
(Frère d’âme, de David Diop). Mais si le Grand Prix
du roman de l’Académie française (L’Eté des quatre
rois, de Camille Pascal), le Renaudot (Le Sillon, de
Valérie Manteau) et le Renaudot des lycéens
(La Vraie Vie, d’Adeline Dieudonné) font de la résistance, les lauréats étrangers sont à la peine. Telle
l’Américaine Alice McDermott, prix Femina pour
La Neuvième Heure. A noter que le prix Médicis,
français et étranger, ne fait pas recette non plus :
aucun des livres primés, L’Idiotie, de Pierre Guyotat,
comme Le Mars Club, de Rachel Kushner, n’a pu se
glisser dans notre top 20. Qui dit lauriers ne dit pas
forcément succès éditorial…
FEU ET SANG (T. I)
PAR GEORGE R. R. MARTIN.
Comment ne pas exploiter le fabuleux
filon du Trône de fer, saga fantasy aux
68 millions d’exemplaires vendus dans
le monde, dont 4 millions en France ?
Un succès qui doit beaucoup à son
adaptation par HBO en série télévisée
– la huitième saison est annoncée pour avril prochain.
Feu et sang, tiré à 80 000 exemplaires et sous-titré
Les origines du trône de fer, en est le préquel,
se situant trois cents ans avant. Il raconte l’histoire
de la maison Targaryen à Westeros et l’unification
des sept royaumes. Toujours avec du sang et des
larmes, de la violence et du sexe. Les fans apprécieront.
DICTIONNAIRE AMOUREUX
DU NORD
PAR JEAN-LOUIS FOURNIER.
« Je n’ai jamais perdu le Nord. Je l’ai
gagné », assure l’écrivain, natif de Calais,
en introduction à ce pavé de 500 pages,
déjà réimprimé pour un tirage total
de 15 500 exemplaires. Il faut dire
que l’auteur en a fait une promotion soutenue, avant
même sa parution le 29 novembre, multipliant
les allers-retours entre son domicile parisien
et la région. Mieux : dès le printemps, Jean-Louis
Fournier avait sollicité les gens des Hauts-de-France,
via France 3, pour qu’ils lui suggèrent des idées
d’entrées. Quand on aime, on ne compte pas ! D. P.
Retrouvez le palmarès le mercredi, à 9 heures, avec
Les livres ont la parole, une émission animée par
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ventes de livres en France
N°
Nbr
Cla
précss. sem e de
aine
éde
nt
s
Titre Auteur (Editeur)
FICTIONS
1
1 ➙ Leurs enfants après eux Nicolas Mathieu (Actes Sud)
3
2 ➚ Le Lambeau Philippe Lançon (Gallimard)
2
3 ➘ 13 à table ! Des écrivains s’engagent Collectif (Pocket)
4
4 ➙ Frère d’âme David Diop (Seuil)
5
5 ➙ Le Signal Maxime Chattam (Albin Michel)
12
6 ➚ Salina. Les trois exils Laurent Gaudé (Actes Sud)
20
7 ➚ L’Eté des quatre rois Camille Pascal (Plon)
10
8 ➚ L’Arbre-monde Richard Powers (Cherche Midi)
6
9 ➘ J’ai encore menti ! Gilles Legardinier (Flammarion)
10 ➘ Je te promets la liberté Laurent Gounelle (Calmann-Lévy) 7
14
11 ➚ La Disparition de Stephanie Mailer
Joël Dicker (De Fallois)
13
12 ➚ Le Meurtre du Commandeur (t. I). Une idée apparaît
Haruki Murakami (Belfond)
17
13 ➚ La Vraie Vie Adeline Dieudonné (L’Iconoclaste)
14 ➘ Par accident Harlan Coben (Belfond)
9
15 ➘ Feu et sang (t. I) George R. R. Martin (Pygmalion)
8
16 ➙ Le Sillon Valérie Manteau (Le Tripode)
16
17 ➚ De si belles fiançailles Mary Higgins Clark (Albin Michel) 19
18 ➘ La Jeune Fille et la nuit Guillaume Musso (Calmann-Lévy) 15
19 ➚ My Absolute Darling Gabriel Tallent (Gallmeister)
–
20 ➚ Le Discours Fabrice Caro (Gallimard)
–
ESSAIS-DOCUMENTS
1 ➙ Un hosanna sans fin
Jean d’Ormesson (Héloïse d’Ormesson)
2 ➚ Idiss Robert Badinter (Fayard)
3 ➘ Devenir Michelle Obama (Fayard)
4 ➙ Qu’est-ce qu’un chef ? Pierre de Villiers (Fayard)
5 ➚ Sapiens. Une brève histoire de l’humanité
Yuval Noah Harari (Albin Michel)
6 ➘ 21 leçons pour le XXIe siècle
Yuval Noah Harari (Albin Michel)
7 ➚ Sorcières. La puissance invaincue des femmes
Mona Chollet (Zones)
8 ➚ Les Enfants du vide. De l’impasse individualiste
au réveil citoyen Raphaël Glucksmann (Allary éd.)
9 ➘ La Sagesse expliquée à ceux qui la cherchent
Frédéric Lenoir (Seuil)
10 ➚ Psychologie de la connerie
Sous la direction de Jean-François Marmion
(Editions Siences Humaines)
11 ➚ Une histoire populaire de la France
Gérard Noiriel (Agone)
12 ➚ Romanesque. La folle aventure de la langue française
Lorànt Deutsch (Michel Lafon)
13 ➲ Dictionnaire amoureux du Nord
Jean-Louis Fournier (Plon)
14 ➲ Le Dernier Roi soleil Sophie des Déserts (Fayard/Grasset)
15 ➲ Le Bouquin de l’humour involontaire
Jean-Loup Chiflet (Robert Laffont)
16 ➚ La Vie secrète des arbres Peter Wohlleben (Les Arènes)
17 ➘ Méditer à cœur ouvert Frédéric Lenoir (Nil)
18 ➚ Brèves réponses aux grandes questions
Stephen Hawking (Odile Jacob)
19 ➚ Homo deus. Une brève histoire du futur
Yuval Noah Harari (Albin Michel)
20 ➚ Petit manuel de résistance contemporaine
Cyril Dion (Actes Sud)
1
pas de changement
en baisse
Yves Calvi, dans Laissez-vous tenter, et dans
Bernard Lehut, le dimanche, à 7 h 40, sur RTL.
MONTRES
HIVER 2019
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Retrouvez tous les chiffres de l’édition sur www.edistat.com
Réalisé par Edistat, du 3 au 9 décembre 2018, à partir de 400 points de vente,
librairies et grandes surfaces spécialisées.
en hausse
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SPÉCIAL
nouvelle entrée
18
EN VENTE
CHEZ VOTRE MARCHAND
DE JOURNAUX
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le guide des arts et spectacles
L’EMPEREUR DE PARIS
DE JEAN-FRANÇOIS RICHET.
AVEC VINCENT CASSEL, FREYA
MAVOR, DENIS MÉNOCHET... 1 H 50.
7/20
Les vitamines du malheur
Ce n’est pas le film du siècle. Pardon pour cet avis qui ne
donne peut-être pas immédiatement envie d’aller voir Wildlife. Une saison ardente. Mais la modestie du film de Paul
Dano le place d’emblée dans le moment de l’époque et ne
vise jamais un quelconque affichage patrimonial. C’est la
même démarche qui anime l’œuvre littéraire de Richard
Ford, dont Wildlife est l’adaptation du roman homonyme.
Richard Ford, neveu ou disciple de Raymond Carver, selon
les points de vue, raconte les petites choses et les petites
gens pour faire écho au monde et n’aime rien tant que
d’éclairer les faits et gestes pour mieux décrypter les psychologies intimes des uns et des autres. Son style est simple
et avance droit.
Paul Dano, acteur étonnant qui semble venu d’ailleurs
(les frères jumeaux flippants de There Will Be Blood, c’est lui),
passe ici derrière la caméra et marche dans le sillon fordien
pour explorer la lente déliquescence d’un couple vu par Joe,
leur fils de 14 ans. Tout se déroule dans les années 1960 dans
le Montana (Etat peu industrialisé de grandes plaines et de
vallons) et pourrait sans doute se dérouler ici ou là et en
d’autres époques tant cette intimité fragile agite depuis
toujours les relations au sein d’un couple. Si la démarche de
Paul Dano colle à celle de Richard Ford, son incarnation (principe même du cinéma romanesque) est celle d’une ligne claire
(comme on le dit d’une bande dessinée) où le cadre semble
illustrer alors qu’il signifie davantage. Joe se fait un monde
de ce qui se passe entre ses parents parce que rien d’autre
ne compte quand son père et sa mère, eux, jouent leur vie.
Bon sang que ça fait du bien d’être là, face à l’écran, qui
murmure sans cris, sans explosions, sans
musique tonitruante. L’émotion affleure
sans être agressive, la simplicité du récit
ne se confond pas avec la mièvrerie – ni
même avec la prétention, d’ailleurs, ce
qui arrive parfois quand un artiste confond
le peu avec le rien ou le rien avec le tout
dans une contemplation narcissique auteuriste. Paul Dano avance avec ses comédiens, Carey Mulligan et Jake Gyllenhaal,
dont on sait les qualités, aussi avec le
jeune Ed Oxenbould, étonnant d’intensité
dis crète. Il regarde, parle peu, ressent
beaucoup, raconte les souffrances et les
désirs des êtres humains qui, un jour, vont
devoir marcher seuls.
WILDLIFE. UNE SAISON ARDENTE
DE PAUL DANO. 1 H 45.
15/20
Retrouvez Eric Libiot le vendredi, dans l’émission
Grand bien vous fasse! sur France Inter, de 10 à 11 heures.
Voleur dès
le plus jeune âge,
Eugène-François
Vidocq a été
saltimbanque,
soldat, faussaire,
bagnard, évadé,
re-bagnard, re-évadé... Et puis
indicateur de police avant
de devenir officieusement chef
de la sûreté de Paris, s’entourant
de malfrats et autres bannis de la
société prêts à suivre la tête brûlée
dans le droit chemin. Tout cela
pendant le Directoire, le Consulat,
le Premier Empire et la
Restauration. De quoi faire une
série – la plus célèbre étant Les
Nouvelles Aventures de Vidocq,
avec Claude Brasseur, dans les
années 1970 – et plusieurs films
d’aventures. Et c’est là,
curieusement, que ça se gâte.
Excepté trois longs-métrages
dont deux muets (c’est dire si ça
remonte), le cinéma ne s’accapare
le personnage qu’en 2001,
avec Gérard Depardieu, dans
une version jugée au mieux
expérimentale, au pire ratée. Il a
donc fallu attendre dix-sept ans
pour oser remonter au créneau,
mais cette fois avec le tandem
gagnant du diptyque Mesrine :
Vincent Cassel en Vidocq et
Jean-François Richet à la mise
en scène. Cinéaste bourré d’idées,
celui-ci, dès les premières images,
envoie du bois. Le souci est que
cette maestria est au service d’un
scénario confondant de platitude,
truffé de séquences inutiles
ou cousues de fil blanc et aux
personnages mal, voire pas
du tout exploités. Compte tenu
du potentiel romanesque du sujet,
c’est un comble. Et une sacrée
déception. C. Ca.
CINÉMA
LE CHOIX CINÉ D’ÉRIC LIBIOT
LE RETOUR
DE MARY POPPINS
DE ROB MARSHALL.
AVEC EMILY BLUNT, BEN WHISHAW,
EMILY MORTIMER... 2 H 11.
11/20
L’avantage, quand on parvient
à voyager dans les airs, c’est qu’on
peut toujours revenir porté par
les vents. Voyez Mary Poppins,
disparue dans les nuages en 1965
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
sous les traits
de Julie Andrews,
redescendue sur
terre exactement
au même endroit,
mais cette fois
en Emily Blunt (voir
interview page 100). Mary Poppins
retrouve les enfants Banks
devenus grands, Jane et Michael,
père de trois enfants. La chambre
doit toujours être rangée et la vie
de la famille aussi, à tel point
que la banque veut récupérer leur
maison. Destiné aux tout petits
petits petits enfants, ce Retour
de Mary Poppins bénéficie de
la présence lumineuse d’Emily
Blunt, de quelques chorégraphies
entraînantes et autres scènes
joyeuses. Mais ni le scénario
ni la mise en scène ne
parviennent vraiment à sortir
le film du train-train. C’est
une production Disney comme
au bon vieux temps (image
chromo et allure pépère), sans
grand rapport avec les films Pixar
d’aujourd’hui qui enchantent tout
le monde. C’est un choix. E. L.
MAYA
DE MIA HANSEN-LøVE.
AVEC AARSHI BANERJEE,
ROMAN KOLINKA... 1 H 45.
10/20
En seulement
quelques films, Mia
Hansen-Løve s’est
imposée comme
une cinéaste de
la mélancolie (Un
amour de jeunesse,
Eden). La voici de retour avec
Maya, l’histoire de Gabriel,
un journaliste qui, après quatre
mois de captivité en Syrie, désire
rompre avec sa vie d’avant
et part s’installer en Inde. Il y fait
la connaissance de Maya et tombe
sous le charme de la jeune fille. Le
retour au pays d’un ancien otage
est raconté avec finesse. Comme
dans les précédents films de la
réalisatrice, la pudeur prend le pas
sur tout sentimentalisme gratuit.
Hélas, la suite est plus hasardeuse.
La partie en Inde, enfermée dans
une atmosphère ouatée
et sensorielle, laisse dubitatif,
et l’intrigue se révèle de plus en
plus poussive. Assez abstraite,
l’histoire de cet Occidental entiché
d’une belle Indienne ne convainc
pas. Débuté comme un drame sur
le déracinement, le long-métrage
A. ADLER/SDP
LE DOC DÉCALÉ
New York et Basquiat
C
ontrairement à ce que l’on
pourrait penser, Basquiat n’est
pas un documentaire sur la vie du
célèbre peintre américain, décédé
à l’âge de 27 ans. Il est plutôt question de la ville de New York et de
ses bouleversements sociaux et
culturels, au tournant des années
1980. Autant d’éléments qui ont
eu un impact sur le jeune JeanMichel et qui marqueront son
œuvre. Loin d’être une hagiographie, le film de Sara Driver se
révèle passionnant. Cela faisait
longtemps que la ville de New
York n’avait pas été ainsi racontée
au cinéma. Vraie star de ce documentaire riche en témoignages
(Jim Jarmusch, Alexis Adler...), la
Grosse Pomme se dévoile comme
une gigantesque mosaïque colorée
et tortueuse, à l’image des toiles de
Basquiat. Singulier, le film déjoue
toutes les attentes. Les archives
utilisées montrent davantage un
Basquiat déguisé ou musicien que
travaillant sur ses œuvres. Anticonformiste et décalé, le documentaire rend un bel hommage à
celui qui reste considéré comme
l’un des plus grands peintres du
XXe siècle. A. L. F.
BASQUIAT. UN ADOLESCENT
À NEW YORK
DE SARA DRIVER. 1 H 18.
15/20
finit par ressembler à une
publicité pour l’office de tourisme
de Goa. Reste la présence de
Roman Kolinka, formidable dans
son premier grand rôle. A. L. F.
THE BOOKSHOP
D’ISABEL COIXET.
AVEC EMILY MORTIMER, BILL NIGHY,
PATRICIA CLARKSON... 1 H 53.
8/20
Ils sont charmants : Edmund (Bill
Nighy), un veuf reclus amateur
de livres et Florence (Emily
Mortimer), une veuve souriante,
lectrice passionnée désireuse
d’ouvrir une librairie dans une petite
bourgade du nord de l’Angleterre
à la fin des années 1950. Ils sont
charmants mais n’ont pas
grand-chose à faire. Edmund,
surtout. Florence,
elle, est le fil rouge
de cette histoire,
portrait d’une jeune
femme bien
décidée à réveiller
un village endormi,
au grand dam de la bourgeoise du
coin qui lui met des bâtons dans
les roues. C’est aussi mou qu’une
pluie anglaise, en moins mouillé.
Isabel Coixet, cinéaste espagnole
pourtant intéressante (The Secret
Life of Words), filme avec paresse
une histoire paresseuse.
L’ambiance est désuète, parfois
intrigante, le scénario
ouvre des pistes pour ne jamais
les emprunter, et c’est déjà fini.
Le film est censé être un cri
d’amour aux livres. Un
chuchotement, plutôt. E. L.
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
113
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
DVD
RÉTRO
CLINT EASTWOOD
(10 films), Warner, 60 €.
Dix films d’eastwood
parmi la quarantaine qu’il
a réalisés, du merveilleux
Sur la route de Madison au
méconnu Un monde parfait.
Clint sait tout faire,
la preuve.
CLASSIQUES DE LA
SCIENCE-FICTION
Warner, 30 €.
Un beau parcours en cinq
films : Blade Runner, Mad
Max : Fury Road,
2001 : l’odyssée de l’espace,
Mars Attacks ! et Matrix.
Que des classiques !
COFFRET
HISTOIRE DU CINÉMA
(10 films), Warner, 40 €.
Pas facile de résumer
l’histoire du cinéma en
dix films, mais ce coffret-là,
de Ben-Hur aux Affranchis
en passant par La Mort aux
trousses, en donne un bel
aperçu.
BERNARDO
BERTOLUCCI
1900
WilD siDe ViDéo, 70 €.
Un coffret magnifique et un
travail éditorial remarquable
114
L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
P. PARCHET POUR L’EXPRESS
le guide
spécial
cadeaux
pour une fresque politique
grandiose, avec Depardieu
et De niro. Des bonus en
pagaille, dont un entretien
(le dernier ?) avec Bertolucci,
un livret de 160 pages…
WESTERN
LES COWBOYS
LES INDIENS
Carlotta/Gm eD., 70 € l’Un.
raconter un genre mythique
en divisant intelligemment
la filmographie : d’un côté,
les cowboys, de l’autre,
les indiens. remarquable car,
pour chaque thème, les six
DVD choisis sont pertinents.
ici, Il était une fois dans
l’Ouest ou La Horde sauvage,
là, La Flèche brisée ou Little
Big Man.
JURASSIC WORLD
INTÉGRALE
UniVersal, 45 €.
De Jurassic Park
(steven spielberg, 1993)
à Jurassic World :
Fallen Kingdom (Juan
antonio Bayona, 2018),
l’intégrale de la saga qui
révolutionna le film à effets
spéciaux, persuadant
le public que les animaux
préhistoriques étaient
enfin ressuscités
par la grâce de l’aDn.
RENÉ FÉRET
40 ANS DE CINÉMA
Jml ProDUCtions, 126 €.
artisan discret, rené féret
a signé quelques grands
films, dont La Communion
solennelle ou Baptême.
Voici ses 16 longs-métrages,
avec bonus et livret.
ADOS
JOURNAL
D’UN DÉGONFLÉ
fox, 15 €.
Best-seller de la littérature
ado, les affres de Greg
au collège en quatre films
pour vos enfants.
ORSON WELLES
LA DAME
DE SHANGHAI
Carlotta, 50 €.
Un amant chargé de
supprimer le mari gênant :
une trame sublimée en 1947
par Welles. Détails et analyse
dans ce luxueux coffret.
CULTE
CANAL + DE RIRE
stUDio Canal, 30 €.
le meilleur du meilleur du
fameux « esprit Canal », avec
les Guignols menés par PPD,
de Caunes et Garcia et leurs
délires, les nuls et les
Deschiens. 11 DVD en tout.
JEREMY FERRARI
VENDS 2 PIÈCES
À BEYROUTH
Dark smile, 10 €.
Du terrorisme à l’économie
douteuse, la pièce plonge
au cœur de l’horreur avec
un humour ravageur. l’air
de rien, Jérémy ferrari livre
un cours de géopolitique
aussi hilarant que mordant.
SÉRIE
AU NOM DU PÈRE
arte éDitions, 35 €.
avec un sujet peu affriolant
– une famille de pasteurs
danois –, adam Price
(Borgen) signe l’une des plus
belles séries de l’année.
Porté par le génial lars
mikkelsen, ce drame fait
le lien entre le cinéma
de Bergman et le feuilleton
Bloodline.
SÉRIE
GOMORRA
stUDio Canal, 40 €.
etalée sur trois saisons
passionnantes (et
anxiogènes), une adaptation
de l’œuvre de roberto
saviano sur la mafia
napolitaine, avec les
vieux parrains bousculés
par des jeunes encore
plus impitoyables.
CD
MICHEL LEGRAND
LES MOULINS
DE SON CŒUR
20 CD + livret De 48 p.,
DeCCa/Universal, 95 €.
Jazz, variété, BO de films…
les plus belles partitions
du compositeur aux soixantecinq ans de carrière.
VIANNEY
LE CONCERT
2 CD + 1 DvD + livret
De 20 p., tôt OU tarD, 19 €.
la coqueluche de la jeune
chanson française seule
avec sa guitare face aux
spectateurs de l’accorHotels
arena, en juin 2018.
inclus, un CD d’inédits.
CHARLES AZNAVOUR
LES ANNÉES
BARCLAY (1960-1983)
20 CD + livret De 48 p.,
BarClay/Universal, 95 €.
la période des grands succès
du chanteur. plus de
450 titres, des concerts rares
et des albums originaux
en langues étrangères.
JULIEN CLERC
ANTHOLOGIE
26 CD + livret De 230 p.,
parlOpHOne/Warner, 75 €.
pour ses cinquante ans
de carrière, le plus célèbre
P. PARCHET POUR L’EXPRESS
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vibrato de la chanson se fait
coffret. albums originaux,
titres inédits et rares. seul
manque à cette intégrale
le récent A nos amours.
(du 12 au 17 décembre 2006),
stade de France (2009),
Born rocker tour à Bercy
et au théâtre de paris (2013),
rester vivant tour (2016).
LES NÉGRESSES
VERTES
C’EST PAS LA MER
À BOIRE (1987-1993)
THE BAND
MUSIC FROM BIG PINK
DAVID BOWIE
LOVING THE ALIEN
(1983-1988)
EAGLES
LEGACY
YOUN SUN NAH
ESSENTIALS
3 CD + DvD + livret
De 120 p., BeCaUse, 40 €.
la période la plus faste
du groupe punk-guinguette
avant la mort de son
chanteur. Classiques, faces B,
remix, inédits, lives
à Manchester et en islande…
NOVA
LA NUIT
6 CD, nOva, 36 €.
Fermez les yeux et ouvrez
grand vos oreilles. De minuit
à l’aube, radio nova enfile
les perles musicales pour
un voyage onirique à travers
l’électro, le hip-hop, le jazz…
Du rêve au réveil.
JOHNNY HALLYDAY
LES ANNÉES LIVE
WARNER
7 DvD, Warner, 31 €.
six concerts des dernières
tournées du rocker :
Flashback tour au palais
des sports (2006), la Cigale
1 CD, CapitOl/Universal, 14 €.
le chef-d’œuvre du
groupe nord-américain,
remastérisé et remixé afin
d’en redécouvrir les détails
sonores. Cette édition
pour le 50e anniversaire
existe aussi en vinyle et
en version super Deluxe.
12 CD + 1 DvD + 1 BlU-ray,
rHinO reCOrDs, 124 €.
toute l’œuvre de l’un des
groupes de country-rock les
plus populaires. sont inclus
sept albums studio, trois
albums live, des singles, des
faces B, deux concerts filmés.
BIG BROTHER
& THE HOLDING
COMPANY
SEX, DOPE
& CHEAP THRILLS
2 CD OU 2 vinyles,
COlUMBia/legaCy, 22 €.
les 50 ans d’un disque
mythique – sous son titre
original – qui présenta
au monde une certaine
Janis Joplin. avec des
prises inédites.
11 CD, parlOpHOne/Warner,
110 €.
la période FM de la pop star.
au-delà du carton Let’s Dance,
ce coffret permet de
redécouvrir dans un nouvel
enregistrement Never Let
Me Down, longtemps l’album
de Bowie le moins apprécié.
3 CD, aCt, 26 €.
les trois derniers albums
de la singulière chanteuse
de jazz sud-coréenne. Un
timbre enveloppant, doux
comme une aube d’été
qui prend son temps.
ESBJÖRN SVENSSON
TRIO
ESSENTIALS
3 CD, aCt, 29 €.
au mitan des années 1990,
ces trois jazzmans suédois
réinventèrent l’esthétique
du trio piano/basse/batterie.
Viaticum (2005) est leur
disque le plus brillant.
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I D É E S
Enjeu Le pouvoir se doit
d’être inventif afin
de rouvrir un chemin
d’espérance pour tous.
RÉCONCILIER LES FRANÇAIS
Annoncée par Emmanuel Macron le 10 décembre, une vaste consultation
s’engage pour refonder le pacte social. Analyses.
A
ux alentours de 1793, l’écrivain allemand Lichtenberg notait : « La France
est en fermentation. Donnera-t-elle du
vinaigre ou du vin, on l’ignore encore. »
Plus que jamais en cette année finissante, cet aphorisme décrit l’Hexagone. Comme le remarque le politologue Ezra Suleiman, notre pays a encore montré, avec l’effervescence
protestataire des gilets jaunes, qu’il n’avait rien perdu
de son goût légendaire pour la confrontation.
C’est ce qu’attestent les derniers travaux du professeur de théorie politique germano-américain
Yascha Mounk, auteur du Peuple contre la démocratie
(éd. de l’Observatoire), qui convergent avec le constat
de Suleiman : la France s’est révélée comme l’une des
principales lignes de faille entre l’attachement au
libéralisme politique (celui d’un Raymond Aron, pour
citer une étoile polaire de ce journal…) et la tentation
du contraire, l’aventure illibérale, avec son cortège de
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L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
périls, d’outrances, de bonnes surprises, parfois.
Et avec, toujours, son potentiel d’affaiblissement
de la république et de son universalisme, pointé ici
aussi bien par la sociologue Dominique Schnapper
que par la philosophe Myriam Revault d’Allonnes.
Dans ce pays, le pouvoir est donc le dos au mur. Il
se doit d’être inventif, novateur, en un mot « disruptif ». Par-delà le respect des engagements du candidat
Macron en 2017, il ne s’agit rien de moins que de refonder un contrat social pour le XXIe siècle. De refaire
France. Avec tous les Français. En réconciliant les
plus privilégiés et ces « gens ordinaires », attachés
à la décence commune, dont Jean-Claude Michéa,
en grand lecteur d’Orwell, s’est fait le porte-voix. En
rouvrant un chemin d’espérance pour tous, pour
toutes. En remettant en marche l’ascenseur social.
Avec leurs différences d’appréciation, les contributeurs de ce dossier en sont conscients : les vraies difficultés, au fond, ne font que commencer. C. C. et A. Lx
L. BOYER/HANS LUCAS/AFP
Par Claire Chartier et Alexis Lacroix
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« Macron doit s’appuyer
sur les corps intermédiaires »
Le politologue américain Ezra Suleiman livre son analyse
de la tentative du chef de l’Etat de refondation du pacte social.
Propos recueillis par Alexis Lacroix
G
rand spécialiste de la France, Ezra Suleiman
enseigne les sciences politiques à l’université de Princeton (Etats-Unis). Il est l’auteur
de Schizophrénies françaises (Grasset) et du
Démantèlement de l’Etat démocratique (Seuil).
l’express Vu de Princeton, quelles sont les principales
caractéristiques du mouvement insurrectionnel que
connaît la France ces jours-ci ?
nature sociale-démocrate, fondé sur la cogestion
tripartite Etat-entreprises-syndicats. En France,
c’est bien différent. Il s’agit d’une démocratie sociale,
bien sûr, avec un système de redistribution efficace,
mais qui n’a jamais pu devenir une véritable socialdémocratie.
Le « macronisme 2 » peut-il être l’occasion
de mettre enfin en pratique ce compromis tripartite ?
M. MEDINA/AFP
Ezra Suleiman L’histoire récente de la France est émailE. S. Oui, mais au-delà des mots, le président de la
lée d’insurrections. Or la dernière d’entre elles, portée
République est-il vraiment prêt à « mettre dans la
par les gilets jaunes, a une signification particulière, car
boucle » tous les corps intermédiaires – à commenle contexte national a changé. En outre, la caractériscer par ces maires de ville et de bourg qu’il a tenté
tique principale du mouvement des gilets jaunes est
de cajoler la semaine dernière, après les avoir trop
qu’il est acéphale : il n’a pas de chef, de leader clairelongtemps ignorés ? Le « macronisme 2 » que vous
ment identifié. On a eu affaire à une insurrection orgaévoquez ne pourra pas, en tout cas, se contenter
nisée sur Internet… Cela a ôté la possibid’un volontarisme jupitérien « à la
lité aux gouvernants de prendre langue
de Gaulle ». Le président doit s’apavec des représentants « officiels ». Mais,
puyer sur tous ces relais indispensapour autant, les gilets jaunes ont fait enbles pour changer la société. Sans eux,
tendre – et, en partie, triompher – des
il n’arrivera à rien. Son livre de camrevendications assez précises. Il y a une
pagne, Révolution*, l’atteste : Macron
tradition maximaliste de la protestation
a très bien pensé les choses ; il a en
en France – demander trop quand on
revanche eu beaucoup de mal depuis
s’insurge. C’est un fort contraste avec
son élection à les traduire dans la réace qui prévaut dans le monde anglolité. Le défi du « macronisme 2 », c’est
Ezra Suleiman : « Comme les
saxon ou en Allemagne, où les syndicats
ça ! C’est difficile pour lui, pas forcéénarques qui l’entourent, Macron
construisent des revendications dans
ment
en soi. Par sa formation technoest trop peu habitué à négocier. »
le cadre du réformisme. En France, les
cratique, il a été habitué à être immérévoltes sont en quelque sorte défaitistes, car elles
diatement obéi. C’est d’autant plus dommage que le
tendent tout de suite vers un anticapitalisme radical.
vrai Macron n’est pas l’arrogant que se plaisent à
décrire ses détracteurs. Et qu’il a bien plus de subsCe « maximalisme » concerne-t-il les gilets jaunes ?
tance et de réflexion personnelle que ses prédécesE. S. En fait, pas vraiment. Ce qui m’a frappé, tout
seurs. Sa limite, c’est que, comme les énarques qui
au long de ces semaines, c’est que les gilets jaunes
l’entourent, il est trop peu habitué à négocier. Le défi
ont commencé très différemment : ils ont fait état de
est immense, mais il est indissociable d’un
réclamations assez précises, notamment dans le
deuxième « challenge », sur lequel tous les Français
domaine du pouvoir d’achat.
attendent des résultats : rendre enfin effective l’égalité des chances, dans une société encore beaucoup
Quelle refondation du pacte social s’impose, selon vous?
trop hiérarchique.
E. S. Aujourd’hui, c’est l’enjeu central. En Allemagne,
* XO Editions.
pendant longtemps, a prévalu un compromis de
19 DÉCEMBRE 2018 L’EXPRESS
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I D É E S
« La haine envers Macron évoque
celle qu’a connue Giscard »
La sociologue Dominique Schnapper, membre honoraire du Conseil
constitutionnel, analyse à chaud les réponses de l’exécutif face à la crise.
Propos recueillis par Alexis Lacroix
C
ela fait un demi-siècle que Dominique
Schnapper, fille de Raymond Aron, ausculte
la vie publique. Cette républicaine, attachée
au libéralisme dans ses deux acceptions
– politique et économique –, sonne l’alarme contre la
« joie mauvaise » de celles et ceux
qui se réjouissent des difficultés
extrêmes de l’exécutif. Explications.
assassins fanatisés du reste de la population musulmane. De la même façon, on peut reprocher beaucoup de choses au gouvernement dans sa gestion de
la crise des gilets jaunes. Mais quel serait son intérêt
à se retrouver dans le chaos ? C’est absurde. On ne
peut nier qu’il se soit évertué à apaiser les choses.
Faut-il, selon vous, en raison
des violences, se garder de toute
compréhension empathique
envers les gilets jaunes ?
l’express Comment Emmanuel Macron
peut-il retrouver durablement
la dynamique démocratique qui l’a
porté au pouvoir en 2017 ?
B. COUTIER/AFP
D. S. La détresse de beaucoup d’honnêtes gens doit nous poser question
Dominique Schnapper Ce sera diffiet doit être traitée politiquement. Les
cile, parce qu’il doit à la fois réaffirFrançais ont une sympathie spontamer les principes de l’Etat de droit et
née pour ceux qui manifestent dans
les règles de la République, arguer
la rue, cela fait partie de nos tradila légitimité de son pouvoir en tant
tions. Mais il y a une autre dimenqu’élu de la nation, poursuivre des
sion de la crise, c’est l’existence d’un
réformes dont les résultats n’appaEtat obèse et impuissant, surpréraîtront que dans les années à venir,
Dominique Schnapper « Les gilets
jaunes retrouvent l’utopie de
sent et faible face à tous ceux qui ne
et en même temps donner aux Franla démocratie “totale” ou directe”. »
respectent pas les règles de notre
çais les plus modestes le sentiment
République. Et c’est cette impuisqu’il comprend leur détresse et leurs
sance-là qui devrait collectivement nous inquiéter.
aspirations en prenant des dispositions qui leur
soient favorables.
Le démographe Emmanuel Todd, récemment invité
sur France Culture, a déclaré que le gouvernement
« cherch[ait] le chaos pour provoquer une rupture ».
Todd peut-il avoir eu raison ?
D. S. Ce n’est pas la première fois qu’il fait l’événement en avançant des analyses provocatrices mais
contraires à la vérité. Souvenez-vous de sa lecture des
grandes mobilisations de janvier 2015. A l’en croire,
les cortèges de manifestants opposés au djihadisme
auraient méconnu la distinction entre l’islam et l’islamisme. Mais toutes les enquêtes sérieuses ont prouvé,
au contraire, qu’ils distinguaient parfaitement les
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L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
L’antimacronisme est-il la nouvelle passion française?
D. S. Il faut faire la part du ressentiment. Ressentiment face au brio et aux talents exceptionnels d’un
homme qui a bouleversé l’ensemble du politique en à
peine deux ans. Notre système politique, structuré
par les institutions de la Ve République, a ses avantages
et ses inconvénients. La concentration du pouvoir entre
les mains d’un seul homme fait courir un risque à la
démocratie lorsque ce pouvoir présidentiel est battu
en brèche. Plus profondément, c’est l’idée même
de représentation qui est mise en cause. Par ailleurs,
l’affaiblissement de tous les corps intermédiaires et le
refus des mouvements de choisir des représentants
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« Réconcilier les Français »
rendent difficile le dialogue et la négociation propres
à la démocratie. La contestation radicale de toute
représentation pose un problème de fond à la République représentative, c’est-à-dire à la République.
C’est un signe inquiétant de délitement politique.
De quoi les gilets jaunes sont-ils le nom ?
D’une réappropriation démocratique ou d’une vague
illibérale ?
L’APOSTROPHE
DE MAZARINE PINGEOT
Les aveuglés
A
D. S. Plus rapidement, oui. De plus, le respect des
pratiques démocratiques s’est affaibli. Je trouve
indigne la joie mauvaise, la Schadenfreude, de ces
politiques ou de ces commentateurs qui éprouvent
une jouissance à voir Emmanuel Macron vaciller.
C’est une attitude irresponsable, comme l’a été, avant
la deuxième manifestation, celle de François Hollande encourageant des gilets jaunes.
lors qu’en Chine des chercheurs ont
franchi la ligne rouge en modifiant l’ADN
d’embryons humains, faisant ainsi naître
les premiers « bébés génétiquement modifiés »,
la philosophie fourbit ses armes pour dénoncer
les contradictions de l’idéologie transhumaniste.
Contradictions internes, mais bon sens
historique, puisque cette croyance en un progrès
technologique sans fin n’est pas née de nulle
part. Olivier Rey, dans son remarquable Leurre
et malheur du transhumanisme, s’emploie à
montrer qu’elle est même la continuité logique
de la révolution scientifique du XVIIe siècle et
du « passage du cosmos clos à l’univers infini »,
pour reprendre la formule du philosophe
Alexandre Koyré. Car la science moderne
apporte une métamorphose radicale du rapport
à la nature. En transformant l’espace en
données mathématiques, en vidant la nature de
ses finalités, c’est-à-dire du sens que les Anciens
lui attribuaient, de l’autonomie que le Moyen
Age continuait de lui reconnaître, l’homme a pu
imposer ses propres fins et se rendre « comme
maître et possesseur de la nature ». Il fut alors
possible et surtout concevable d’assujettir cette
dernière au seul usage de l’homme, ouvrant
le champ infini du progrès technique. Quand
celui-ci rencontre le capitalisme, la machine
s’emballe. Et ce sont les humains eux-mêmes
qui deviennent le terreau privilégié d’une
promesse d’éternité. Un divorce s’accomplit
entre une humanité laissée pour compte
faute de pouvoir accéder aux « merveilles »
de la technique, et une humanité supérieure
augmentée. Mais cette augmentation est
« technique » et repose sur l’identification
de la vie à l’autoconservation. Eradiquer maladie
et vieillesse est un gain technologique, mais
est-ce un gain de sens ? demande Olivier Rey.
Se penser comme simple support biologique
prêt à être techniquement réaménagé, n’est-ce
pas renoncer à l’idée même d’humanité ?
Dernier ouvrage : La Citoyenneté à l’épreuve.
La démocratie et les juifs (Gallimard-NRF essais).
* Leurre et malheur du transhumanisme,
par Olivier Rey. Desclée de Brouwer.
D. S. Ils retrouvent l’utopie de la démocratie « totale »
ou « directe », qui refuse toutes les institutions de la
représentation, ce qui, dans l’Histoire, n’a jamais
qu’ouvert la voie à la fin de la démocratie. C’est, au
nom de la démocratie « totale », une forme de la vague
« illibérale », mais en ajoutant aussitôt que la démocratie dite « illibérale » n’est justement pas la démocratie ! En son essence, la démocratie est fondée sur
le libéralisme politique. Ce qui est inquiétant, en ce moment, c’est non seulement l’évolution des démocraties de l’Est qui, en Hongrie ou en Pologne, ne respectent plus l’Etat de droit et les libertés publiques, mais
également la décomposition politique des plus
vieilles démocraties. Regardez ce qui se passe dans le
Royaume-Uni du Brexit ou dans l’Amérique de
Trump ! L’Italie aussi résiste mal. Jusqu’ici, en Europe, la France, qui a signifié son refus du populisme
par la victoire électorale d’Emmanuel Macron en
2017, oppose une digue à la déferlante « illibérale ».
Des éditorialistes affirment que le quinquennat
d’Emmanuel Macron est d’ores et déjà condamné.
C’est aussi votre avis ? Ou hurlent-ils avec les loups ?
D. S. C’est difficile à dire, mais il ne pourra pas
reprendre son programme dans le même style de
gouvernement. Il suscite une haine qui rappelle celle
que Valéry Giscard d’Estaing a connue à la fin de son
septennat. Mais, en quarante ans, tous les cycles se
sont accélérés, la légitimité de l’élection s’est émoussée et la société s’est fracturée et délitée.
L’entrée en crise des présidences, voire
leur effondrement, se fait plus tôt ?
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I D É E S
« Réconcilier les Français »
Les leçons d’une crise
Le politologue Yascha Mounk et la philosophe Myriam Revault d’Allonnes
livrent leur analyse du mouvement des gilets jaunes.
Propos recueillis par Claire Chartier
YASCHA MOUNK *
MYRIAM REVAULT D’ALLONNES *
“MACRON
DOIT CONTINUER
À RÉFORMER”
* Le Peuple contre la démocratie. Ed. de l’Observatoire.
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L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
«
L
es gilets jaunes veulent être reconnus comme citoyens “agissants”, capables d’avoir une prise sur
leur vie et sur ce qui les concerne directement.
Cette revendication est à la fois subjective (elle porte sur
le vécu) et elle exprime une protestation sociale. Les
conversations sur les barrages montrent aussi qu’une
discussion collective pourrait s’amorcer, et c’est important, car, sur les réseaux sociaux, on ne discute pas, on
s’agresse jusqu’à la haine face à une opinion différente
de la sienne. Reste à savoir ce qui va l’emporter : l’émergence d’une véritable élaboration politique ou l’exacerbation
d’un ensemble de protestations
hétéroclites propices à n’importe quelle manipulation? Ce
qui est donc à réinventer, c’est la
façon dont les citoyens peuvent
à nouveau se percevoir comme
porteurs de la souveraineté en
Attentive
dépit
du fossé qui s’est creusé
« Il faut que les repréentre les représentés et les resentés deviennent
présentants. Pour cela, il faut
audibles et visibles. »
que les premiers soient entendus, qu’ils deviennent audibles et visibles. Indépendamment de certaines expériences concrètes au niveau
local – qui donnent des résultats partiels –, c’est une
tâche dont l’ampleur paraît aujourd’hui incommensurable, tant l’expression de la souffrance sociale ne
trouve pas à s’élaborer par des voies démocratiquement
“raisonnables”. Il faut au moins et d’abord retrouver
l’idée essentielle qu’en démocratie tout peut être discuté et être objet de débat : du côté des gouvernants,
mais aussi de celui des gouvernés. »
J. FOLEY/OPALE/LEEMAGE
L
es gilets jaunes ne sont porteurs d’aucun projet
politique concret, sinon celui de détruire ce
qu’ils perçoivent comme un ordre illégitime.
S’ils donnent naissance à un parti, je crains que celuici n’ait pour feuille de route le sabordage des éléments
de base de la démocratie,
comme on l’a vu en Italie avec la
Ligue du Nord ou le Mouvement 5 étoiles. On peut aussi
faire un parallèle avec le parti
Podemos, en Espagne, qui
s’oppose à la démocratie représentative et à toute la caste
politique. On retrouve l’idée
Sceptique
magique qu’en cassant tout, on
« Les gilets jaunes
permet l’avènement d’un avenir
sont dans l’illusion
plus démocratique, moins cordu “on rase gratis”. »
rompu, plus égalitaire. Je comprends très bien cette rage face à un avenir qu’on perçoit sombre pour soi et ses enfants. Mais il faut de vraies
solutions. Les gilets jaunes sont dans l’illusion du “on
rase gratis”. Face à cela, Macron n’a d’autre choix que de
continuer sur son train de réformes, tout en montrant,
de façon beaucoup plus nette, qu’il ne se range pas du
côté des riches. S’il réussit à convaincre qu’il prend au
sérieux cette colère sans faire de compromis sur sa stratégie, il peut retrouver un degré acceptable d’impopularité. Comme beaucoup d’autres chefs d’Etat dans le
monde, il n’a pas su faire passer un message important :
les élites doivent observer les mêmes règles du jeu que
le reste des citoyens. Sanctionner les milliardaires qui
placent leur fortune dans les paradis fiscaux, faire payer
des taxes aux grandes entreprises qui s’installent en
France, voilà des gestes forts et symboliques. »
L. CENDAMO/LEEMAGE/AFP
«
“EN DÉMOCRATIE,
TOUT DOIT POUVOIR
SE DISCUTER”
* La Faiblesse du vrai. Ce que la post-vérité fait à notre
monde commun. Seuil.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
C’ÉTAIT DANS L’EXPRESS
LE 10 MAI 1980
L’épreuve de l’Elysée
Face au constat que les Français sont aussi prompts à
réclamer des réformes qu’à les refuser, Valéry Giscard
d’Estaing découvre « l’exercice solitaire du pouvoir ».
par Albert du Roy et Sylvie Pierre-Brossolette
A
AFP
ccédant à l’Elysée, il croyait hériter d’un
merveilleux cadeau : la durée. Que ne peuton faire en sept ans ? Mais la crise économique est là, et le besoin de courir aux urgences mange le temps que l’on voulait consacrer à
organiser le changement. Les pesanteurs politiques
ne s’allègent pas. La gauche, brisée, n’est pas dégelée.
La majorité, fissurée, tire à hue et à dia. La décrispation, à peine amorcée, tourne court. Et l’ouverture
s’arrête à Robert Fabre. Comment, dès lors, mener à
bien des réformes qui exigent un large
consensus ? D’ailleurs, constate Giscard, si les Français sont prompts à en
réclamer, ils sont aussi portés à les freiner, à les amoindrir, voire à les refuser.
« La décision politique naît de la
rencontre entre un caractère et des
circonstances », disait de Gaulle (1).
Son caractère était façonné pour les
drames. L’Histoire lui fournit, à répétition, l’occasion de les affronter
– quitte, sur la fin, à les susciter.
Giscard n’est évidemment pas
préparé au drame. Il croit plus à la
conviction qu’à l’enthousiasme, à l’adhésion qu’à la
mobilisation. Témoin cette Marseillaise dont il
expulse tambours et trompettes guerrières pour en
faire une marche lente et majestueuse.
L’Histoire s’adapterait-elle aux hommes d’Etat ?
Point de drame depuis six ans. Presque pas de crise
imprévue, brutale. Mais une lente succession de problèmes, de plus en plus complexes – le chômage, le
pétrole, la tension mondiale – qui exigent de l’esprit
d’analyse plutôt que de l’instinct. Ce qui fait s’interroger encore : serait-il vraiment capable de faire face
à la tempête ?
Qu’est donc devenu, en ce mois de mai 1980 – six
ans après – ce président aux tempes un peu blanchies ? A-t-il vieilli seulement de six années ? Tous
ceux qui le connaissent bien le disent : il est devenu
plus dur, comme cuirassé. Insensible ? Un soir d’été,
lors d’un rare moment de détente avec ses collaborateurs sur la pelouse de l’Elysée, il apparaît serein,
souriant. Le lendemain à l’aube, tous apprendront
par la radio qu’un condamné à mort a été exécuté.
Qu’il avait donc, la veille, refusé la grâce.
En réalité, ce n’est pas l’homme qui est devenu
insensible. C’est le président qui l’est, par définition.
Harcelé à toute heure du jour et de la nuit par ceux
qui attendent de lui, en toute matière, des décisions
– et des décisions difficiles, puisque ce sont celles
qui n’ont pu être prises sans lui –, le
président ne peut avoir d’état d’âme. Il
doit soupeser sans arrêt le possible, le
souhaitable, l’idéal. Et choisir. Le président ne peut céder ni au remords ni
au regret – même si l’homme, lui, peut
en souffrir.
G
iscard brocardait naguère, sous
de Gaulle, « l’exercice solitaire
du pouvoir ». Il a découvert, aujourd’hui, que c’était la seule façon de
l’exercer. Fonction inhumaine ! Et voilà
justement qu’un homme peut raisonnablement caresser l’ambition de l’occuper pendant
quatorze années. Peut-il vraiment le souhaiter ? L’incertitude entretient l’espoir, donc la division chez
l’adversaire. Et Dieu sait que Giscard a gardé de sa
fulgurante carrière politique le goût des « petits jeux »
tactiques.
Tactique mise à part, la question se pose bel et
bien. Quand on a atteint le sommet, de quoi rêvet-on ? Plus haut n’existe pas, donc l’ambition s’éteint.
Durer est peu exaltant : les charmes discrets de l’Elysée s’épuisent, et l’on ne bénéficie même plus de la
séduction propre à la nouveauté. Non, on rêve plutôt
d’autre chose : devenir président de l’Europe, ou
Flaubert, ou Cincinnatus. Le voilà bien, le choc d’un
caractère et des circonstances !
(1) Cité par Olivier Guichard, Mon Général, Grasset.
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styles
Cadeau de fête
par excellence,
le pull en cachemire
n’a jamais été
aussi moderne
et accessible grâce
à la créativité
de jeunes marques.
L
a fibre précieuse, aussi douce
que chaude, fabriquée à partir
du poil d’une certaine chèvre
vivant dans le nord de la Mongolie, était jusqu’à présent
synonyme de coupes très classiques.
On la trouve aujourd’hui sous toutes
ses formes, et de toutes les couleurs.
Cofondateur de Kookaï, Philippe
de Hesdin a lancé cette année avec ses
deux enfants une marque destinée à
révolutionner l’univers de la maille. Au
menu ? Une collection de beaux pulls
en cachemire de deux à dix fils, prove-
LES HABITS NEUFS
DU CACHEMIRE
SDP
Essentiel
Sur Malgosia Bela,
pull en laine
et cachemire,
270 €, Notshy.
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LA MODE
Par Karine Porret
Innovation
Collab Pull Monceau en
cachemire, 130 €, Sézane
x Eric Bompard.
Collection Pull Future,
99 € et pull col roulé,
119 €, From Future.
Chic Pull Mila Night
en cachemire, soie
et Lurex, 460 €,
Alexandra Golovanoff.
SDP
ROCK, SPORTSWEAR
ET MAILLE « COSMÉTIQUE »
Autres maisons spécialisées : Kujten,
qui dépoussière les basiques à coups
de nuances lipstick et d’inspirations
sportswear, manches raglan et tête
d’aigle tissée (www.kujten.com) ; ou
Notshy, qui, à l’occasion de ses 20 ans,
réinterprète le plus doux des cachemires en une série de modèles faciles
à porter et à s’approprier, loin des
codes. Tour à tour rock avec du cuir
ou romantique avec de la soie, chaque
pièce est fabriquée en plein cœur de
Paris, avec des fils de Mongolie, là où
serait produite la meilleure laine : les
chèvres évoluent à une altitude de
5 000 mètres en moyenne, dans des
températures pouvant aller jusqu’à
-50 degrés. Incarnée cette saison par
le top Malgosia Bela (ci-contre), déclinée en grosse maille ou en trame fine,
la matière s’adapte à tous les looks
(www.notshy.fr).
Les marques intemporelles de
cachemire twistent également leurs
classiques : Eric Bompard s’associe à
Sézane le temps d’une collection
capsule composée de cinq créations
joyeuses, imprimées de pois ou
ornées de cols à volants (de 130 à
145 euros, sur www.sezane.com).
Beaucoup plus luxueuse, la nouvelle
ligne d’essentiels de la maison Barrie
a été développée en Ecosse en associant trois fils de cachemire de couleur différente, pour des nuances qui
vibrent jusque dans la matière, à
même la peau (barrie.com).
Quant à Alexandra Golovanoff,
elle continue de décliner ses basiques,
dans une cinquième collection de
pulls qu’elle installe au Bon Marché
dans un pop-up exclusif, jusqu’au
30 décembre (www.24sevres.com).
Avec, toujours, cette idée de « tricot
qui rend beau » : « C’est le premier pull
cosmétique, parce que les couleurs
sont pensées pour ça, pour donner de
l’éclat et mettre en valeur. Et, toujours, ce qui est tellement important :
une qualité comme avant, quand les
vêtements n’étaient pas jetables ! »
Teintés de kaki, d’un délicat powder,
d’un beau rouge ou d’un vrai marine,
les modèles sont tour à tour boyish et
confortables, ou chic pour le soir,
quand ils sont mêlés de lurex. Indispensable, le Babouch : un pull chaussette à col roulé, en cachemire très fin,
près du corps et plutôt long, à ne pas
quitter de l’hiver. K. P.
La chaussure respirante
ne marche plus seulement,
elle roule désormais à grande
vitesse et en mode électrique.
En effet, le PDG de Geox,
Mario Moretti Polegato, vient
de signer pour plusieurs années
un partenariat avec l’écurie
de formule E Dragon, fondée
en 2007 par Jay Penske
et basée à Los Angeles.
Le principe ? Habiller
les équipes de vêtements
et de chaussures dotés de la
technologie thermorégulatrice
mise au point par la griffe
italienne. Pratique quand il faut
braver en voiture les climats
les plus extrêmes de la planète,
SDP
nant de Mongolie, proposés en 30 couleurs différentes, à des prix affichés à
partir de 59 euros. « Notre marque de
mode démocratise en effet les vêtements de luxe et la qualité premium en
pratiquant des prix jamais vus grâce
à une libération des coûts fixes »,
explique Philippe de Hesdin. Coupe
droite ou slim, col rond, poncho ou
cardigan… Le tout est accessible sur le
e-shop (www.fromfuture.com) ou dans
le premier flagship parisien (54, rue de
Rennes, VIe).
GEOX, FAN DE FORMULE E
comme celui de Dariya, en
Arabie saoudite, où a été donné
le coup d'envoi de la saison 5
de l'ABB Championnat. Un
partenariat sous le signe de
l’innovation et de la compétition
qui encourage la voie du
développement durable, un des
chevaux de bataille de Polegato,
vigneron de formation
(Geox vient du latin « geo », qui
signifie terre). Et un mariage
américano-italien du meilleur
cru. Brava ! Charlotte Brunel
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styles
Dimensions
L x l x h :
4,90 x 1,96 x 1,62 m
 Volume du coffre :
660 l
Motorisation
 deux moteurs
électriques
 puissance : 408 ch
 Couple : 664 Nm
 0-100 km/h : 5,7 s
 Vitesse maximale :
200 km/h
Consommation
 Batterie : 95 kWh
 Autonomie : 400 km
(estimation)
 Emission de CO2 :
0 g/km
 Ecobonus : 6 000 €
 prix : 82 600 €
AUDI E-TRON
L’ÉLECTRIQUE
BOURGEOIS
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L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
teur a un pied dans le futur, il s’autorise tout de même une extravagance
en remplaçant ses rétroviseurs par
des caméras et deux petits écrans situés sur les contreportes. Un dispositif peu convaincant à l’usage, mais il
fallait au moins ça pour répliquer aux
« portes papillon » du Tesla Model X.
Malgré sa masse considérable,
l’e-tron dispense des accélérations évidemment électrisantes et fait preuve
d’un comportement routier très équilibré. On ne fait pas des voitures depuis
un siècle sans avoir acquis un certain
savoir-faire. Pas de miracle au moment de la recharge, cependant. Avec
400 kilomètres d’autonomie, le SUV n’est pas encore un voyageur au long
cours, d’autant qu’Audi
ne dispose que de quatre
chargeurs haute performance sur le territoire.
Il faudra attendre 2020
pour qu’un réseau ad hoc,
partagé avec Ford, BMW
et Daimler, soit déployé.
D’ici là, les échappées en
Audi électrique auront
encore un parfum d’avenDesign Dans l’habitacle, des touches de luxe encore
inédites dans le monde de la voiture électrique.
ture… bourgeoise. C. P.
Ses lignes acérées, très allemandes et très rassurantes,
ne laissent pas deviner
sa nature révolutionnaire.
Dans l’habitacle, on retrouve
les plaisirs associés à un bel
objet automobile : des ajustements impeccables, des
matériaux bien choisis et
une ergonomie facile à appréhender.
Habituels et presque banals sur un
SUV conventionnel, ces petits luxes
sont encore inédits dans le monde de
la voiture électrique, friand de design
« disruptif » et de finition approximative. Pour rappeler que le construc-
sdp
B
ranle-bas de combat dans le
petit monde de l’automobile
de luxe : la guerre de l’électrique a commencé. Le premier à lancer l’offensive contre le pionnier Tesla
est Audi, avec un tout nouveau SUV
conçu pour être « zéro émission ».
Bien sûr, il ne s’agit pas encore de
renverser la table et d’apporter une
solution au carburant cher. A plus de
82 000 euros l’unité, l’e-tron sollicite
aussi vigoureusement le portefeuille
que les bornes de recharge. S’il a peu
de chances de faire exploser le
compteur des ventes françaises, il
ouvre cependant la voie à une vague
de nouveautés zéro émission qui ne
s’arrêtera plus. En 2019, on en attend
au moins une dizaine, la plupart
venues d’Allemagne.
L’Audi endosse son rôle de premier de cordée avec un flegme certain.
sdp
L’AUTO
Par Camille Pinet
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LA MONTRE
Par Vincent Daveau
Payable en bitcoins
Récemment, la manufacture
Hublot a fait parler
d’elle dans les milieux
financiers en lançant
210 exemplaires
de la Big Bang Meca-10P2P
exclusivement payables
en bitcoins. Si elle n’est
pas la première marque
à proposer ce mode
de règlement, elle a su
mieux qu’aucun autre
horloger capitaliser sur
la cryptomonnaie pour
valoriser sa faculté unique
de se réinventer sans cesse.
HUBLOT BIG BANG UNICO
SPECIAL ONE
 Boîtier de 45 mm en céramique
bleue polie et microbillée.
 Calibre HUB1242 chronographe
mécanique à remontage
automatique
de manufacture.
 Heures, minutes,
chronographe avec
fonction flyback.
 72 heures de réserve
de marche.
 Etanche
à 100 mètres.
 Bracelet
en caoutchouc
noir avec insert
en alligator cousu.
 Série limitée
à 200 exemplaires.
 Prix : sur demande.
 Tél. : 01-42-86-67-86.
comme l’une des grandes icônes
de l’horlogerie. En visionnaire, la
marque a su saisir combien le football était un sport capable de véhiculer des valeurs fortes tout à fait
compatibles avec l’univers du luxe.
Elle a d’ailleurs trouvé dans ce secteur quelques-uns de ses plus
fidèles ambassadeurs. José
Mourinho, l’entraîneur le plus
connu au monde, fait partie
de ceux-ci. Pour rendre une
seconde fois hommage à cet homme
considéré comme le meilleur tacticien du ballon rond de sa génération, Hublot lance en série limitée
à 200 exemplaires le chronographe
Big Bang Unico Special One, dans
une livrée bleue, la couleur fétiche de
ce stratège du foot. Puissant, avec
son boîtier de 45 millimètres de diamètre réalisé en céramique polie et
microbillée, ce modèle, piloté par un
calibre de chronographe automatique de manufacture partiellement
visible par le cadran squelette ponctué de chiffres et d’index rouges, impose son jeu avec naturel… V. D.
DROIT AU BUT
C
’est un fait, certaines montres
sont plus identifiables que
d’autres. Et parmi les plus
remarquables, la Big Bang d’Hublot
occupe une belle place. Lancée en
2005, cette génération de gardetemps a immédiatement conquis les
amateurs d’instruments horlogers
aux lignes contemporaines et à la dynamique sport chic. Longtemps pilotée par Jean-Claude Biver et passée
depuis entre les mains de Ricardo
Guadalupe, son fidèle lieutenant, la
maison Hublot, acquise par LVMH en
2009, a su tirer parti de sa capacité à
toujours se réinventer pour s’inscrire
En 2015, Hublot a augmenté
sa surface de production
de 8 000 mètres carrés.
L’entreprise, qui compte
près de 400 collaborateurs
en Suisse, a ainsi créé plus
de 100 postes de travail,
pour beaucoup consacrés
à la création de composants
pour les montres
de la marque, basée
à Nyon, en Suisse.
The Special One
José Mourinho (photo),
ambassadeur Hublot depuis
2014 et coach de Manchester
United depuis 2016, est
sans doute l’entraîneur
le plus célèbre au monde.
Les amateurs du ballon rond
savent qu’il s’est donné le
surnom de « The Special
One », mais savent-ils que,
prisant particulièrement le
bleu, il a comme signe
particulier de toujours faire
figurer un détail de cette
couleur dans sa tenue ?
SDP
SDP
Hublot en chiffres
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LE GOÛT
DE FLORENCE
Du sandwich de rue à la table trois
étoiles, nos cinq lieux préférés pour
croquer la capitale de Toscane.
cheffe niçoise Annie Féolde accompagnée de Riccardo Monco (photo) réalise une cuisine néoclassique et précise entre pastas revisitées – comme
ces agnolettis haute couture – et plats
de viande tirés au cordeau. L’addition ? Comme le reste, hors norme !
LE GRAND JEU TROIS ÉTOILES
ENOTECA PINCHIORRI
Enoteca Pinchiorri,
87, Via Ghibellina, +39-(0)-55-24-27-57.
www.enotecapinchiorri.it
Menus : 250 et 275 €. Carte : 280 €.
Fermé dimanche et lundi.
N
ous avons la plus belle carte des
vins du monde », fanfaronne
Giorgio Pinchiorri. Il exagère à peine :
sa cave soigneusement rangée, peuplée de jéroboams et de mathusalems,
de romanée-conti, de petrus, de sassicaia et de solaia, attire des chasseurs
d’étiquettes venus de loin. Les pisteurs
de saveurs ne sont pas en reste : la
L’EXPÉRIENCE FUSION
CIBLÈO
U
ne trattoria, un café, une épicerie
bio, une auberge-théâtre… Dans
sa partie de Monopoly au cœur du
quartier Sant’Ambrogio, le médiatique Fabio Picchi rafle cette table de
poche de 16 couverts (dont la moitié
au comptoir), consacrée à une gastronomie fusion inédite en Italie. Aux
fourneaux, un duo nippo-coréen fait
voir du pays aux meilleurs produits
du terroir : tartare de bœuf Chianina
juste saisi et relevé par les notes
pimentées du yuzu kosho, raviolis à la
vapeur farcis au cochon de race Cinta
senese, tempuras aux légumes de saison… Un envoûtant voyage entre
Botte et Extrême-Orient !
Ciblèo,
2, Via Andrea del Verrocchio,
+39-(0)-55-247-78-81.
www.cibreo.com/cibleo Menu unique : 50 €.
Fermé dimanche et lundi.
Retrouvez François-Régis Gaudry dans l’émission
Très très bon tous les dimanches à midi sur Paris Première.
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LES TABLES
par François-Régis Gaudry
abats ! Soyez prévoyant : ce kiosque
proche de la Porte San Frediano est
souvent pris d’assaut !
LA MEILLEURE CUISINE DE RUE
IL TRIPPAIO DI SAN FREDIANO
D
ans la famille cibo di strada
(nourriture de rue), je demande
le lampredotto : un en-cas florentin
populaire (photo), nourrissant et bon
marché, consistant en des tripes de
bœuf longuement mijotées, prises en
sandwich dans un pain rond imbibé
de bouillon et de salsa verde (persil,
ail, câpres, anchois). Un doux régal,
même pour ceux qui craignent les
Il Trippaio
di San Frediano
Piazza dei Nerli.
Panini :
de 3,50 à 4 €.
Du lundi
au samedi,
de 10 h 30
à 18 h 30.
LA FAMEUSE BISTECCA
REGINA BISTECCA
L
A
Regina Bistecca, 14, Via Ricasoli,
+39-(0)-55-269-37-72.
www.reginabistecca.com
Bistecca Marchigiana (6,40 € les 100 g)
ou Chianina (7,80 € les 100 g).
Menus : 25, 43 et 59 €. Fermé le lundi.
Trattoria Da Burde, 154, Via Pistoiese,
+39-(0)-55-31-72-06. www.vinodaburde.com
Carte : 40 €. Fermé le dimanche.
a bistecca alla fiorentina ? C’est la
célèbre côte de bœuf en forme de
T (comme le T-bone américain) grillée
à la braise. Depuis peu, cette pièce
maîtresse de Florence tient sa nouvelle ambassade en plein centre, à
deux pas du Duomo : une ancienne
librairie-antiquaire à l’exquis décor
transformé en steakhouse à l’italienne. La bistecca de la race traditionnelle locale Chianina est un morceau d’anthologie : maturation de
vingt et un jours minimum, cuisson
sur des charbons ardents, assaisonnement au gros sel légèrement parfumé
aux herbes, repos dans une armoire à
bonne température et découpe en
salle sous vos yeux. Résultat : gras
juteux, viande suave et d’une phénoménale longueur en bouche. Les
contorni (accompagnements) prolongent le plaisir : pois chiches à la sauge,
pommes de terre grillées, haricots
Zolfini… Carte des vins étoffée.
PHOTOS : F.-R. G.
LA TRATTORIA POPULAIRE
DA BURDE
deux pas de l’aéroport, dans une
zone commerciale éloignée de la
carte postale florentine, cette fiaschetteria (marchand de vin) fondée en 1901
cache, derrière son bar-tabac, une
des trattorias les plus émouvantes de
la ville. Entre meubles de famille et
boiseries patinées, le chef Paolo Gori
(photo) récite ses conjugaisons toscanes. Après les ribollita (soupe aux
légumes frais et secs), soupe de pois
chiche au pain rassis et autres minestrones rustiques, les plats respirent la
tradition : peposo (viande de bœuf
mijotée au poivre et au vin rouge)
exemplaire, lampredotto in zimino
(estomacs des bovins mijotés à la
tomate et aux légumes verts à feuilles)
ultraconfit, imparables pastas sèches
de l’excellent fabricant toscan Fabbri
cuisinées au pesto de chou cavolo nero
et basilic… En dessert, le castagnaccio
est un patchwork de la campagne
locale, mariant farine de châtaigne,
huile d’olive, pignon de pin et romarin.
Impressionnante carte des vins signée
Andrea Gori (le frère du chef)!
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jeux
Mots croisés
1
2
3
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Sudoku
5
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11
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1
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2
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11
12
Horizontalement
1. Mariages heureux. 2. De l’eau pour Porto. Branche cadette.
3. Le filet des cruciverbistes. Due à la neige. A vu défiler les
boulets. 4. De la haute Ecosse. A un air mutin. 5. Débiteur. Article de presse. 6. Huile pour amateurs de thé. Ne figure pas
sur la car te. Fleuve d’E spagne. 7. Per s onnel de couvent.
Tranche dans le vif du sujet. 8. Restrictiff. 9. Est renversé sur la
piste. Beau jardin. Où se mettre au vert. 10. Un peu d’ombre
qui dérange. Chauffage central.
Ver
e ticalement
1. A donner a
av
vant de recevoir. On l e m onte en l e doublant.
2. Manifester son mécontentement. 3. Connaissance. Alouette.
4. Décorée. Diffuse. 5. Tête de mort. Il gronde beaucoup. 6. Quitta le droit chemin. Aide à l’atterrissage. 7. Pay
ys qui a son shah
b o tté. A cons ommer dans le Midi, D E S I N T E R E S S E
E T A T S
E C I M E S
même le soir. 8. Inconvenant. 9.
9 Agite M U P E I G N E E T
G R I S E R
O S S U
en remuant. Est nue. 10. Fort à Reims. I O R M A I E M I L
E N S E M B L E
S O L
Confirmé. 11. Vantés. Agi en homme. E C O U T E E I L E S
T
L EE V I S T U L E
12. Résultat accessoire du tra
avail. Ren- L A C E E T R O M P E
E N F E R R E E
E U S
trée des glaces.
Solution dunumér o351 9
Solution
paru le 12 décembre 2018
Plus de jeux avec
l'application gratuite
Sport Cérébral !
®
sportcerebral.fr
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L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
2
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6
7
8
4
5
2
6
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4
7
7
3
8
5
6
4
1
1
5
5
2
Remplissez la grille av
avec des chiffres de
1 à 9 afin que, dans chaque ligne, chaque
colonne et chaque bloc de 3 cases par 3,
il y ait tous les chiffres de 1 à 9.
Solution du numéro 3519
Solution
paru le 12 décembre 2018
Société éditrice : Groupe L’Express
SA de 47 150 040 €
Siège social : 2, rue du Général Alain de Boissieu,
75015 Paris.
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LE STYLE DE…
Par Delphine Peras
styles
DERNIER LIVRE PARU
 J’ai encore menti !
flammarion,
400 p., 19,90 €.
les choses de la vie. Elle porte un
regard frais sur le monde, débarrassé
de tout a priori.
Qu’est-ce qui vous rend hostile ?
j. saget/afp
Ce qui sépare les gens, les dresse les
uns contre les autres. Tout ce qui nie
leur singularité et leur richesse. Je ne
supporte pas la mauvaise foi de ces
individus qui d’un seul coup s’indignent alors qu’ils savaient, qui font un
bruit assourdissant après avoir observé un silence total.
... GILLES LEGARDINIER
S
on nouveau roman, J’ai encore
menti !, fait un tabac en librairie, à l’instar de ses précédentes
feel good comédies. Passé par la littérature jeunesse et le polar, ce stakhanoviste de 53 ans écrit aussi des
scénarios de BD, tout en gérant son
agence de communication pour le
cinéma. Avec lui, tous les styles se
côtoient !
l’express Quel style de romancier
êtes-vous ?
Je crois être un romancier qui a
quelque chose à partager, qui cherche
à susciter des émotions, à se rapprocher des gens autant qu’à les aider à se
rapprocher d’eux-mêmes. Tout en les
distrayant, évidemment !
J’ai encore menti! reste dans ce style
humoristique qui a fait votre succès…
Ça dépend, je me méfie des étiquettes.
Le style de mes romans varie en fonc-
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L’EXPRESS 19 DÉCEMBRE 2018
tion du personnage principal, qu’il
s’agisse de thrillers ou de comédies.
Ces dernières peuvent aussi parler de
choses dramatiques. Je ne vois pas la
nécessité d’enfermer mes livres dans
des cases. A la fin, c’est toujours le
même bonhomme qui les écrit ! Pour
moi, le style doit servir le fond, un peu
comme la musique d’un film. Les
grandes phrases pour faire joli, ça ne
mène nulle part.
Comment vos projets naissent-ils ?
Toujours grâce à un sentiment que j’ai
envie de partager. Pour ce roman, il
s’agit d’un étonnement, d’un effarement face aux injonctions de l’époque
et l’impression de ne pas s’y retrouver.
On nous oblige à faire des choses qui
vont à l’encontre de nos véritables
désirs, de notre moi profond. Mon
héroïne, Laura, perd la mémoire à la
suite d’un accident sans gravité et va
devoir se « réinitialiser », réapprendre
Vous avez également un pied
dans le cinéma : quel style de films
a votre préférence ?
Tous les styles, je n’ai pas de genre de
prédilection. Je peux aussi bien regarder une superproduction qu’un film
intimiste. Impossible de choisir. Je
n’aime pas beaucoup cette mode des
classements, des podiums. Dernièrement, j’ai trouvé génial Three Billboards. Les panneaux de la vengeance.
Mais ce n’est qu’un exemple parmi
tant d’autres…
Organisé ou free style ?
Très organisé, car mes journées sont
bien remplies. Et puis je me déplace
souvent dans les prisons, les hôpitaux, les établissements scolaires,
pour aller au contact de gens éloignés
de la lecture. Ce n’est pas avec des lois
ou des subventions qu’on les poussera à lire, c’est avec des textes. Je
trouve formidable de parler avec ces
personnes qui sont dans des situations difficiles, ou bien pas encore
familiarisées avec la lecture, comme
les jeunes. Avec eux, j’ai des discussions cash, de vrais dialogues. Il m’importe de leur montrer que l’écrivain
n’est pas un vieux monsieur avec une
perruque sur la tête et une plume
d’oie à la main.
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