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Sophrologie N°21 – Octobre-Décembre 2018-compressed

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SOPHROLOGIE
SOPHROLOGIE
PRATIQUES ET PERSPECTIVES
N°21
DONNER
UN SENS
À SA VIE
12
ro
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La sophrologie,
soin de support
pour le cancer du sein
La sophrologie
au service
du sport
LA vIvANCE SELON
JACQUES SALOMé
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N°21 OCT.-NOV.-DÉC. 2018
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Renaître au désir
M 05004 - 21 - F: 6,50 E - RD
N°21 OCTOBRE-NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2018
SOPHROLOGIE PRATIQUES ET PERSPECTIVES
AMÉLIOREZ VOTRE QUOTIDIEN
SOPHROLOGIE
EN LUMIERE
10e Congrès de la FEPS
20 & 21 oct. 2018
- LYON -
Cité / Centre deCongrès
Idriss Aberkane
Florence ServanSchreiber
Inscriptions :
www.eventfeps.com
ÉDITORIAL
SOMMAIRE N°21
OCT.-NOV.-DÉC. 2018
Parce que la sophrologie n’est
pas une simple
relaxation et
qu’elle possède
une dimension
existentielle, elle
nous recentre
autour de deux
questions fondamentales :
« Qu’est-ce que donner un sens à sa vie ? Comment y parvenir ? »
Le désir est au cœur des préoccupations de
l’histoire de la philosophie et de la psychanalyse. Comment l’interpréter sous l’angle de la
sophrologie ?
Le sophrologue accompagne les professionnels de la santé parfois en collaboration
directe. Bien entendu, Il ne pose pas de diagnostic, il ne donne pas son avis par exemple
sur les traitements contre le cancer. Ses techniques servent néanmoins aux femmes qui
traversent l’épreuve du cancer du sein et les
aident à vivre mieux les différentes étapes.
Nous continuons, au il des numéros, à
insister sur les doubles compétences. Bien
sûr, de nombreux sophrologues exercent à
temps plein et effectuent sur le terrain un
excellent travail. Il est toutefois intéressant
de comprendre comment les orthophonistes,
les médecins généralistes ou spécialistes, les
kinésithérapeutes, les enseignants… utilisent
la sophrologie dans leur métier initial.
Rappelons que le magazine Sophrologie
– pratiques et perspectives ne se limite
pas à un seul courant de la discipline : il
défend l’idée, selon les mots du docteur
Benoit Fouché, d’une sophrologie plurielle.
Il nous semble donc nécessaire, par souci
d’ouverture, de faire écrire autant ceux qui
considèrent que la sophrologie est un entraînement existentiel qui peut avoir des effets
thérapeutiques, que ceux qui estiment qu’elle
est une thérapie au même titre que d’autres
approches sérieuses.
Richard Esposito
directeur du comité éditorial
SOPHROLOGIE
5
COURRIER DES LECTEURS
EN COUVERTURE propos recueillis par Alain Giraud
Jacques Salomé : la vivance du regard fertile !
6
S’INFORMER
Apport de la sophrologie pour les personnalités de type A
par Michel Fauré et Marie-Hélène Fauré
10
EN COUVERTURE
Donner un sens à sa vie
14
par Gilles Pentecôte
S’INFORMER
Le il de l’attention dans le sport par Laurent Favarel
Un nouveau soufle pour les orthophonistes par Annie Turnauer
18
22
EN COUVERTURE
Renaître au désir par Michèle Freud
La sophrologie comme soin de support
pour le cancer du sein par Patrick-André Chéné
26
30
COMPRENDRE I APPRENDRE
Les groupes de paroles : pourquoi ça marche,
comment ça marche, à quelles conditions ? par Michèle Declerck
34
REGARDS CROISÉS
Vite, vite… la grande faucheuse m’attend ! par Patricia Ferrante
Sport en conscience par Muriel Picamoles
Sophrologie et Fibromyalgie par Sophie Lebreton
36
40
44
EXPÉRIENCE DE VIE
Ce que la sophrologie m’a apporté –
Ma rencontre avec la sophrologie par Eric Médaets
48
PRATIQUES ET PERSPECTIVES PRO
La solitude du sophrologue débutant par Michèle Declerck
La visualisation et la sophrologie par Darci Martins
La sophrologie au CTR (*) par Philippe Drabs, Caroline Drabs,
52
54
Magaly Bartholomeeusen, Éric Medaets
58
61
La Relaxation dynamique 7 (RD7)
par Dr Patrick-André Chéné
66
PUBLICATIONS
www.sophrologie-pratiques.fr
sophrologie@hommell.com
ABONNEMENT
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FACEBOOK.COM/SOPHROLOGIE.PRATIQUES.PERSPECTIVES
SIÈGE SOCIAL : 48-50 BOULEVARD SÉNARD, 92210 SAINT-CLOUD
Contacts Tél. 01 47 11 20 00, Fax : 01 47 11 21 06
(pour joindre votre correspondant, composez le 01 47 11 suivi des quatre chiffres igurant à côté de chaque nom)
PRATIQUES ET PERSPECTIVES
Directeur de la publication : Michel Hommell. Directeur de la rédaction : Christian Castellani. Secrétaire général de la rédaction : David Chanteranne (22 65). Rédacteur en chef : Jean-Pascal Soudagne (22 37). Conseiller de la
rédaction : Dominique Martinier. Comité éditorial : Richard Esposito (directeur), société CFSP, assisté par Isabelle Lebrin, Philippe Antoine, Max Bresler, Norbert Cassini, Guy Chédeau, Patrick-André Chéné, Benoît Fouché, Michèle
Freud, Pascal Gautier, Florence Parot, Gilles Pentecôte, Véronique Rousseau, Alain Zuili. Création artistique : Yo Le Studio Maquette : Pinkart. Ont collaboré : Magaly Bartholomeeusen, Patrick-André Chéné, Michèle Declerck, Philippe
Drabs, Caroline Drabs, Michel Fauré, Marie-hélène Fauré, Laurent Favarel, Patricia Ferrante, Isabelle Fontaine, Michèle Freud, Alain Giraud, Sophie Lebreton, Darci Martins, Éric Médaets, Gilles Pentecôte, Muriel Picamoles, Sophie
Lebreton, Annie Turnauer. Abonnements : directrice marketing clients : Sabine Aguera (22 96), responsable marketing direct : Carène Petit (22 97). Vente anciens numéros, tél. : 01 45 36 20 44. Vente en kiosque : Christelle Pierre
(20 05). Informatique éditoriale : directeur des systèmes d’information : Christophe Denis assisté de Francine Barrillet ; directeur technique adjoint : Dominique Leblay ; responsable des développements informatiques :
Patrick Surbled. Fabrication : Loïc Rossigneux (22 63). Promotion : Frédéric Pommiès. Internet : responsable pôle digital : Hélène Regnaud ; chef de projet web : Sabine Gros La Faige. Contacts publicité : Anat régie 9, rue de
Miromesnil 75 008 Paris. Mail : o.diaz@anatregie.fr tél. : 01 43 12 38 15. Port. : 06 87 93 07 95 Sophrologie – pratiques et perspectives est édité par SOTECA, société du Groupe de presse Michel Hommell. SARL au capital de 8 000 –
RCS Nanterre B 384.581.278 Gérant : Michel Hommell. Impression : S.A. Corelio Nevada Nimii NV, Allée de la recherche 30, 1070 Bruxelles. Distribution : Presstalis. Distribution Belgique : Tondeur Diffusion. Dépôt légal à parution.
N° de commission paritaire : 1220 K 92117. Principaux associés : SFEP. ISSN : en cours. IMPRIMÉ EN BELGIQUE.
Crédits couverture : © Adrianna Williams/Flirt / Photononstop (photo principale) - © BESTIMAGE/ Cédric Perrin (photo vignette)
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Sop
« Je suis aide-soignante en milieu hospitalier. Je
m’intéresse à la sophrologie que je pratique en groupe
et je suis abonnée à votre magazine. Pourrions-nous
s’il vous plaît obtenir les retours de personnes exerçant
deux métiers : aide-soignant(e) et sophrologue ? J’ai
parfois l’impression que cette double fonction est plutôt
réservée aux inirmier(e) s. Merci d’avance. »
Jeanne H.
Réponse : Merci pour votre message. Nous allons chercher
parmi nos auteurs pour répondre à votre attente.
« Mon Mari a fait ce qu’on appelle un burn-out.
Lorsque le diagnostic a été posé, c’était la première
fois que j’entendais parler de « syndrome d’épuisement
professionnel ». J’avoue que je sentais mon mari de plus
en plus en souffrance. Je lui disais souvent de lever le
pied, qu’il ne pouvait pas se défoncer comme cela pour
son entreprise, qu’il allait y laisser sa peau. Et puis un
jour, tout a basculé… il est arrêté depuis maintenant
six mois, encore très épuisé même s’il reprend tout
doucement des forces. La sophrologie peut-elle
l’aider ? »
Annabelle C.
***
« Dans les premiers numéros du magazine, il
existait régulièrement une rubrique que j’appréciais
particulièrement : “Libre expression”. Pourquoi a-t-elle
disparu ? »
Jean-Pierre D.
Réponse : Jean-Pierre, cette rubrique n’est pas supprimée.
Nous essayons en permanence de passer d’une thématique
à l’autre. Si un auteur nous donne l’occasion d’écrire un
article, nous le faisons. Vous la retrouverez sans doute dans
un prochain numéro.
***
« Pourquoi le métier de sophrologue n’est pas
réglementé, d’autres techniques le sont bien ? »
Amar G.
Réponse : En effet Amar, si l’ostéopathie est réglementée,
l’hypnose, la sophrologie par exemple ne le sont pas. La
sophrologie est très jeune : il faudra sans doute encore
du temps pour la faire reconnaître sous l’angle de la
réglementation. On peut se demander ce que nous aurions
à gagner : au moins une mise à distance des personnes qui
instrumentalisent la discipline, en faisant croire par exemple
qu’elle nous permet d’explorer notre vie intra-utérine ou nos
« vies antérieures » et qui font plus penser à des apprentis
sorciers qu’à des sophrologues. Affaire à suivre…
n
4 SOPHROLOGIE
Réponse : En sophrologie, nous travaillons à ce sujet
de deux manières : en prévention et de façon curative. La
sophrologie agit en amont en apprenant à gérer sa fatigue, à
prendre du recul par rapport à son activité, à mieux résister
aux phases de pression sans être dans une dynamique de
record, à installer des temps de pause réguliers plus ou moins
longs (exemple : sieste lash). À ce stade, un sophrologue
travaille avec la personne sans recours à un professionnel de
la santé. Par contre, lorsque le sujet est à l’arrêt et traverse
la phase profonde d’épuisement, ce qui correspond à votre
mari, il faut absolument un accompagnement avec plusieurs
professionnels : médecin généraliste, psychologue clinicien,
voire psychiatre… et sophrologue. La sophrologie a tout à
fait sa place pour apprendre à vivre tout ce qui est décrit
précédemment et se mettre vraiment à l’écoute des messages
de son corps pour prendre conscience d’un processus qui
échappe à la personne.
SOPHROLOGIE
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EN COUVERTURE I JACQUES SALOMÉ
JACQUES SALOMÉ :
la vivance du
regard fertile !
Jacques Salomé, écrivain, psychosociologue, formateur spécialisé dans la
communication et les relations sans violence, nous explique pourquoi il faut
prendre le temps de vivre pleinement et comment rencontrer le bonheur dans
les moindres détails de notre vie quotidienne. Il parle entre autres : des multiples
naissances d’une vie, de l’art de construire et de retrouver l’estime de soi, de
l’intimité personnelle, de l’intimité partagée, des chemins pour aller en pleine
coniance de soi vers les autres, du plaisir d’exister, de l’apprentissage du bienêtre qui se révèle être un déi permanent, du bon sens et de la sagesse, de ces
qualités à développer plus que jamais dans l’avenir. Nous l’avons rencontré dans
son petit village du Lubéron.
Alain Giraud, journaliste et sophrologue
Alain Giraud : « Quel est votre déinition du bonheur ?
Jacques Salomé : Il peut y avoir beaucoup de déinitions au
bonheur suivant notre sensibilité. Le bonheur c’est quand on se
trouve en accord avec soi-même et ceux qui nous entourent, que
circulent à l’intérieur de nous et entre eux et nous, une vibration
de paix, de plaisir et d’harmonie. Le bonheur c’est un chemin
pour accéder au meilleur de soi et de l’autre. Le bonheur c’est le
plus souvent ne plus entretenir sa capacité à se rendre malheureux.
A. G. : Celui-ci n’est-il pas éphémère ?
J. S. : Le bonheur est toujours éphémère, volatile, ce n’est pas
un état permanent car il repose sur l’imprévisible et la fragilité
des rencontres, des échanges et des partages. C’est pour cela
qu’il mérite d’être accueilli quand il passe à notre portée, qu’il est
n
6 SOPHROLOGIE
important de ne pas le maltraiter et plus important encore de le
protéger, contre des pollutions éventuelles.
A. G. : Le titre évocateur d’un de vos nombreux ouvrages
“Pourquoi est-il si diicile d’être heureux ?” laisse présager qu’il
y a bien une réelle diiculté pour atteindre le bonheur. Que fautil faire pour accéder à ce privilège même si dans les remous ou
les violences impitoyables de la vie, on a du mal à se relier à lui ?
J. S. : Oui, c’est dificile d’être heureux ! D’abord parce que nous
sommes entourés par une violence qui se manifeste sous multiples
formes, nous avons accès (télévision, internet, mobile) à toutes
les turpitudes, les injustices, les agressions qui sévissent de par le
monde à tout instant. Il me semble cependant qu’en respectant
quelques règles d’hygiène relationnelle, on peut apprendre les
quatre ancrages du bonheur :
– Apprendre à s’aimer.
– Apprendre à se respecter (savoir dire non).
– Apprendre à se responsabiliser (arrêter de rendre autrui ou le
monde qui nous entoure responsable de ce qui nous arrive,
comprendre par exemple que derrière toute accusation, il y a
une demande) ;
– Accepter de vivre au présent.
je vais coller à elle, je vais envahir son espace, je vais harceler son
intimité. Ce qui fait qu’elle va me quitter. Je vais déclencher ce
que justement je redoutais. Ce comportement relève de la famille
de ce que j’appelle d’auto-saboteurs. Dans l’exemple que vous
avez évoqué, effectivement où à 15 ans j’ai été « condamné » à
vivre sur une chaise roulante, c’est vrai que j’ai mis cinq ans à
apprendre à marcher. Alors ça veut dire que j’ai aussi puisé dans
mes ressources. Donc, d’une part nous avons des auto-saboteurs
qui nous polluent, qui nous empoisonnent, qui nous violentent
souvent malgré nous, mais nous avons aussi des ressources, nous
avons aussi une capacité à traverser l’adversité, à faire face à l’imprévisible de la vie, à nous confronter parfois à l’insupportable, à
l’inouïe que peuvent nous proposer certaines rencontres, certains
évènements de notre vie.
A. G. : N’avez-vous pas le “ressenti” qu’aujourd’hui le bonheur
est devenu un produit de consommation ?
J. S. : Ce n’est pas le bonheur qui est un produit de consommation,
ces sont les leurres (ils sont nombreux vantés par des artistes),
les produits inutiles (ou simplement utiles), les sollicitations (tout
azimut) que l’on tente de nous vendre en nous laissant croire qu’ils
sont nécessaires, indispensables et participent à notre bonheur.
A. G. : Comment expliquer que vous ayez eu dès votre enfance
cette attitude ? Est-ce parce que vos parents laissaient entrevoir
une certaine culpabilité à la suite de cette maladie que vous en
avez retiré la première leçon de vie « ne pas se laisser déinir
par les autres ? »
J. S. : Oui… Ça c’est une leçon qui m’a beaucoup appris. Une
règle d’hygiène relationnelle que je transmets avec beaucoup
de conviction. Par exemple : « Tu es un idiot, tu ne comprends
pas ! ». Quelqu’un ne devient pas idiot parce que je le traite d’idiot.
J’apprends donc de cette règle de vie, de ne plus jamais se laisser déinir par quelqu’un. C’est valable aussi son corollaire : « Ne
plus déinir les autres ». Vont découler une multitude de ce que
© JACQUES SALOMÉ
LE BONHEUR C’EST SE
TROUVER EN ACCORD AVEC
SOI-MÊME ET CEUX QUI
NOUS ENTOURENT
A. G. : En parcourant vos livres, j’ai trouvé que vous faisiez
référence très souvent à des exemples « d’auto-sabotage ». Est-ce
qu’ils ont beaucoup inluencé vos rélexions et vos comportements ? D’ailleurs à partir de 10 ans à la suite d’une maladie
osseuse grave, vous étiez selon le spécialiste, condamné à vivre
dans une chaise roulante. Vous avez fait à cette occasion une
démonstration de votre capacité à ne pas vous autodétruire !
J. S. : Nous avons d’une part, c’est vrai, ce que j’appelle des
auto-saboteurs. C’est un comportement, une conduite, des paroles
parfois qui vont déclencher ce que justement je redoute. Exemple :
je suis très attaché à cette femme, j’ai peur qu’elle me quitte, alors
moi j’appelle des règles d’hygiènes relationnelles : apprendre à
se déinir, apprendre à se respecter, apprendre à se positionner,
apprendre à s’afirmer, non pas dans « l’opposition » mais dans
la « position ». Apprendre la confrontation plutôt que l’affrontement. Vous voyez « ne plus se laisser déinir » cela veut dire
accéder à sa propre autonomie. Nous sommes, c’est vrai, dans
une éducation où ce sont papa, maman, les autres, mon professeur
qui nous déinitssent la plupart du temps. « Mais qu’est-ce que
tu es sale ! Tu as vu comment tu manges ! » « Qu’est-ce que tu es
égoïste ! Tu ne peux pas prêter ton jouet à ton frère, à ta sœur ! »
« Mais qu’est-ce que tu es paresseux ! Regarde, tu traînes des heures
pour faire tes devoirs ! » On est sans arrêt dans une culture de
l’hétéro-déinition. On est déini par les autres. Et pour moi
d’ailleurs, être adulte c’est ça ! Le seul critère que je donnerais
au fait de se sentir adulte c’est accepter de se déinir, de ne plus
se laisser déinir, d’afirmer ce que je suis. Même si ça ne plaît
pas aux autres ! Alors, nous sommes pris, au fond, dans deux
SOPHROLOGIE
n
7
EN COUVERTURE I JACQUES SALOMÉ
contradictions fondamentales, deux besoins très archaïques : un
besoin de s’afirmer, un besoin d’être approuvé ! Nous avons
besoin d’être approuvé. « Papa, maman, ma grand-mère, mon
professeur, mon copain, ma blonde plus tard ». Ce besoin d’être
approuvé, d’avoir l’accord, l’assentiment de l’autre, c’est un besoin
très ancien chez chacun d’entre nous. Mais en même temps, il y a
en nous un parallèle, un besoin de s’afirmer, de se déinir. Et, je
le dis clairement, besoin de s’afirmer, besoin d’être approuvé sont
antinomiques, ne peuvent pas se combiner ! Si je prends le risque
de m’afirmer, je vais prendre le risque de faire de la peine à l’autre,
parfois de ne pas avoir l’approbation de l’autre. Quand j’ai divorcé
à 33 ans, je n’ai pas eu l’approbation de ma mère. Parce que pour
ma mère, on ne divorce pas ! « Ça ne se fait pas. On fait un petit
effort, on doit continuer, on doit se sacriier, etc. » C’étaient ses
valeurs à elle et je n’ai pas eu l’approbation de cette
femme. Je lui ai fait énormément de peine parce que
j’ai bousculé ses valeurs, j’ai blessé sa sensibilité, j’ai
heurté ses convictions les plus profondes.
A. G. : Merci Jacques Salomé pour cet entretien…
Vous travaillez je crois sur un prochain ouvrage à
paraître en novembre prochain ?
J. S. : Oui, à ma façon, je continue à donner de la
vivance à ma vie en construisant de petits projets.
Aujourd’hui en hiver de ma vie, au-delà du silence
que la maladie m’a imposé, je sens vibrer en moi
l’urgence de transmettre, de semer, de labourer encore et encore
l’univers des relations humaines. Avec le soutien précieux de mon
épouse Valeria, nous allons proposer aux lecteurs un nouveau livre
“Un chemin de vie” sur la pratique des actes symboliques et ses
chemins conduisant vers la construction de soi. Pour ceux qui
apprécient la lecture de contes, une dizaine de contes sera proposé
dans cet ouvrage à paraitre au mois de novembre, chez Albin
Michel. Le livre apportera le témoignage d’un certain homme,
discret, qui se bat contre la violence, et qui avait un métier rare :
« arroseur de tendresse ». l
©
A. G. : Dans votre dernier livre “Un zeste d’éternité” (vous en avez écrit plus de 70), vous y abordez
de nombreux thèmes comme le pouvoir de l’écriture, communiquer pour mieux vivre, le couple,
les parents, les enfants, la soufrance, l’école, le
changement et… la vivance ! C’est un mot souvent
employé en sophrologie… Pensez-vous que cette
dernière peut être un aide eicace pour celui qui
est dans le mal de vivre ?
J. S. : Pour moi, la vivance représente un élan de vie, un rayonnement, une lumière intime, qui nous habite et qui émane de
nous à certains moments de notre vie. Quand nous sommes en
présence d’une personne qui a de la vivance en elle, nous sommes
touchés, nous sommes traversés par des vibrations subtiles venant
de son être, avons le sentiment d’être plus vivants, plus présents
à l’instant, plus denses et parfois plus créatifs. Cette vivance nous
donne de l’enthousiasme quand nous sommes dans la rencontre
du beau et du bon. Elle est semblable à une source qui va irriguer
et fertiliser non seulement notre corps et notre esprit, mais qui va
renforcer notre coniance en nous. Comme formateur en relations
humaines durant des années, mon travail le plus essentiel dans le
développement personnel, dont la sophrologie est une approche
dans son aspect de travail à long terme par le biais de la parole, a
consisté à inviter chacun à donner plus de vivance à
la vie. Apprendre à se respecter, à veiller à la qualité
de ses relations, à se responsabiliser pour garder
un espace vital pour soi et pour celui d’autrui, c’est
ainsi que la Vie que chacun porte en soi sera mieux
viviiée.
© JACQUES SALOMÉ
Livres ressources de Jacques Salomé : J’ai encore
quelques certitudes, Albin Michel (2015). Des choses à
vous dire, Éditions de l’Homme (2016). Un zeste d’éternité,
Éditions de l’Homme (2017).
n
8 SOPHROLOGIE
Jacques Salomé, décoré de la médaille d’Oicier de
l’Ordre National du Mérite, par le Ministre de l’Éducation nationale pour ses travaux sur la communication
à l’école, rêve qu’un jour la communication puisse être
enseignée à l’école comme une matière reconnue à part
entière et que l’espace de la vie de tous les jours soit un
lieu d’écoute et de réelles rencontres.
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© MEDIAFORMEDICAL/ALAMY/PHOTOALTO
S’INFORMER I
AppORt dE lA SOphROlOgIE
pOuR lES pERSOnnAlItéS
dE
n
10 SOPHROLOGIE
tYpE A
La société actuelle a tendance à faire
émerger les personnalités de type « A ».
Ces personnalités peuvent favoriser une
sensibilité aux risques psycho-sociaux et
constituent un risque potentiel des maladies
cardiovasculaires. Alors êtes-vous un
« type A » ou un « type B » ? Et si la typologie
de type A avait des avantages ?
Dr Michel Fauré, psychothérapeute cognitivo-comportementale, sophrologue caycédien,
Marie-Hélène Fauré, kinésithérapeute de formation, sophrologue caycédien
Le cadre dynamique, hyperactif,
très impliqué dans
sa vie professionnelle, consacre la
majeure partie de son temps au travail. Il
ne prend pas beaucoup de vacances ou
des vacances « intenses », peu d’intérêt en
dehors du travail. Performance oblige, ce
cadre dynamique et compétent, impliqué
dans sa vie professionnelle, consacre peu
de temps, voire pas de temps pour ses loisirs. Le stress le guette, l’épuisement professionnel et peut-être les risques cardiovasculaires ?
Bien évidemment il n’est pas conscient
de ses troubles, tout au plus par
moments il doute. Parfois, il prend
conscience qu’il doit modifier certaines choses dans sa vie. Mais ne lui
dites surtout pas de se reposer, ne lui
dites surtout pas de faire de la sophrologie pour « lâcher prise », ne lui dites
surtout pas de prendre des vacances
car sans lui rien n’ira ! Sa volonté est
forte, son exigence tout autant… alors
que faire ?
À un moment donné de sa vie une discussion avec un ami, une amie peut l’amener à consulter sous prétexte de fatigue.
« Donnez-moi des vitamines SVP car je n’arrive
pas à tout faire… » Par chance il inira par rencontrer un professionnel habitué à la
gestion du stress. Un test de personnalité
démontrera qu’il a une typologie de type
« A » et qu’il se met peut-être en danger. Il
devra apprendre à économiser de l’énergie.
Un tout petit peu, un minimum… Et là
tout peut changer. Il pourra alors retrouver
son entrain, sa vivacité et il sera encore
plus eficace dans son travail. Il sera plus performant, dormira mieux.
Comment apprendre à ce cadre du
xixe siècle à économiser un peu de son
temps pour son bien-être ? La sophrologie justement répond à cet objectif. Car
il n’y a pas que des pratiques longues et
compliquées, il y a aussi des techniques
plus courtes. On parle de pratiques « lash ».
Des pratiques qui peuvent se réaliser dans
le train, au bureau, à la maison, dans une
Mais ce qui va convenir à notre cadre dynamique ou notre ouvrier épuisé, c’est avant
tout de réduire sa sensation de stress. Ne
pas rester dans le mental, reprendre possession de son corps. Pour ce faire, des
exercices dynamiques (relaxations dynamiques (1)) vont favoriser une diversion à
ses émotions, à ses facteurs de tensions
musculaires.
Le challenge du sophrologue comportementaliste sera d’écouter, d’être empathique, pédagogue et de ne pas vouloir aller
trop vite. Prenez l’exemple du téléchargement d’un ilm sur internet, il y a un effet tampon qui permet le téléchargement.
On demande bien souvent à l’être humain
d’être des machines et même des machines
EN SOPHROLOGIE, IL EST
NÉCESSAIRE DE S’ENTRAÎNER UN PEU
MAIS RÉGULIÈREMENT
ile d’attente. Mais attention il ne faut pas oublier une des bases en sophrologie : la
répétition. C’est en faisant et refaisant ses
gammes qu’un pianiste devient un virtuose. En sophrologie, il sera nécessaire
de s’entraîner un peu mais régulièrement.
Cette discipline est basée sur la « phénoménologie », nous devons accepter de ne pas avoir
d’a priori. Le sophrologue devra s’adapter
à son patient et ne pas lui imposer une
méthode, une pratique, une technique
standard pour tous et toutes. Le professeur
Alfonso Caycedo a vraiment développé
une discipline globale.
ultraperformantes. On demande bien souvent de travailler à « lux tendu ». Cela peut
favoriser des « ruptures de faisceaux », c’està-dire un épuisement professionnel, un
burn-out.
Alors ce cadre dynamique, cette mère de
famille, cet ouvrier, ce chômeur peut tout
autant se retrouver dans cette situation.
Faites ce test de Bortner et si vous pensez avoir une personnalité de type A,
votre intégrité est peut-être en danger. La
sophrologie adaptée avec des exercices
courts sera très utile.
SOPHROLOGIE
n
11
S’INFORMER I
Comment réaliser
votre test de Bortner
Ce test se comporte de 14 items
notés de 1 à 24. Pour chaque
item, veuillez entourer le chiffre
vous correspondant entre les
deux positions extrêmes. À vous
de vous positionner sur cette
échelle de 1 à 24.
Faites le calcul de votre note
en additionnant les chiffres
entourés.
Le stress n’est pas forcément une mauvaise chose, c’est un facteur de motivation. Cependant il ne doit pas être excessif et prolongé. Notre équilibre positif
est favorisé par la créativité, les arts,
l’humour, l’engagement social gratiiant, le sport.
La sophrologie vous permettra une meilleure compréhension de votre personne,
une bonne vision de votre environnement,
une meilleure gestion de vos émotions.
Le Dr. S.M. Consoli, de l’Hôpital Européen
Georges Pompidou sur Paris, a insisté
« qu’un autre proil de personnalité (personnalité de type D), associant affectivité
négative et inhibition dans les relations
sociales, constitue un facteur de mauvais
pronostic chez le coronarien, mais aussi
un indice de vulnérabilité à l’impact traumatique d’un infarctus ».
Selon certaines études le risque des personnalités de type A face aux maladies
cardio-vasculaires serait plus important
en cas de risque biologique (hypercholestérolemie par exemple). D’autres études
démontrent que les personnalités de type
A ayant fait un infarctus, seraient moins
combatives face à leur avenir.
Enfin S.M. Consoli en 1990 identifie
dans les typologies de type A deux sousgroupes :
Vous obtiendrez une note sur
20 en divisant le chiffre global
par 14.
Au-delà de 17/20 typologie de
type A1.
Entre 15 et 17 typologie de
type A2.
Au-dessous de 11 typologie de
type B
Pour afiner ce test vous pouvez
déterminer si votre typologie
concerne :
1. Le désir de réussite sociale :
item 2 + item 14 divisés par deux.
2. Votre implication au travail :
items 2+9+11+14 divisés par
quatre.
3. Votre rapidité de rapidité :
items 3+4+5+8+10 divisés par
cinq.
Si vous avez une personnalité de type A,
sachez que vos habitudes de vie interagissent en permanence sur votre niveau de
santé. Sachez que les maladies psychosomatiques sont de plus en plus fréquentes.
Que faire ? La sophrologie est une discipline de vie qui pourra vous apprendre à
somatiser du positif, à redevenir acteur de
votre propre existence.
n
12 SOPHROLOGIE
© TEST DE BORTNER
Remarque : la typologie de type B
- se trouve à gauche pour les
items 2,5,7,11,13,14
- se trouve à droite pour les
items 1,3,4,6,8,9,10,12
Comment faire en pratique ?
La société tend à valoriser les « type A ». Cela
favorise la fatigue, tension émotionnelle,
stress excessif, épuisement professionnel…
Il ne se sent pas, ne se considère pas comme
une personne à traiter. Il est résistant aux
changements.
On va utiliser ce « besoin de contrôler, de tout
maîtriser ». On va lui proposer un programme
d’efficacité individuelle basé sur l’autocontrôle comme programme d’intervention
Sur le plan physique : la sophrologie avec
ses pratiques de relaxation dynamique du
premier degré. Inspiration -rétention – tension – expiration – relaxation, se concentrer
sur la détente musculaire, est une technique
idéale pour apprendre à repérer dans les
activités quotidiennes, à quel moment l’individu est tendu et quelles sont ses régions
LA SOPHROLOGIE
PERMET UNE
MEILLEURE
COMPRÉHENSION
DE SA PERSONNE
spéciiques de tension. Le type « A » arrive
à supprimer la fatigue et l’inconfort ain de terminer une tâche.
Sur le plan émotif : la sophrologie est issue
de la « phénoménologie ». Apprendre à gérer
ses émotions suppose de réduire son stress
extérieur, son stress intérieur pour pouvoir
se projeter à l’existence.
Sur le plan social : permettre de retrouver
des habilités sociales. En dehors d’un suivi
par un psychologue si cela s’avère nécessaire, la sophrologie dans son troisième
cycle permettra une intégration et une projection vers une existence plus en harmonie
avec son véritable moi.
Sur le plan intellectuel il est parfois nécessaire d’avoir recours à un psychothérapeute.
Comprendre son comportement, sa personnalité, acceptez de se regarder d’un
regard neuf, sans a priori. l
Références
O. Fontaine, H Kulbertus, A M Etienne, Stress
et cardiologie, Éd. ElsevierMasson. M Bouvard.
J Cottraux, Protocoles et échelles d’évaluation en psychiatrie et en psychologie, Éd. Elsevier Masson.
S.M. Consoli, Stress et risque cardiovasculaires,
Hôpital Georges Pompidou Paris.
O Fontaine J Cottraux R Ladouceur, Cliniques et
Thérapie Comportementale, Éd. Mardaga.
Richard Esposito (Dir.), Guide de Sophrologie Appliquée, Éd. Elsevier.
Masson Enseignement Sophrologie par Sofrocay.
(1) Techniques longues de sophrologie qui comprennent un ensemble de stimulations corporelles
© KNIEL SYNNATZSCHKE/WESTEND61 / PHOTONONSTOP
Un sous-groupe avec un dynamisme naturel
et des qualités relationnelles positives Un
sous-groupe « défensifs » avec un besoin
constant de rivalité, d’objectifs de plus en
plus élevé à atteindre avec une lutte désespérée contre le temps. C’est ce groupe le plus
sensible aux risques psycho-sociaux et aux
maladies cardio-vasculaires.
Maintenant que vous avez peut-être fait
ce test et que vous désirez évoluer pour
améliorer votre qualité de vie, sachez que
la pratique régulière de la sophrologie vous
apportera un changement dans la gestion de
vos émotions, de votre vie, de votre futur.
Le professeur Alfonso Caycedo, créateur
de cette discipline nous entraîne dans une
approche de notre être basée sur une meilleure connaissance de soi-même.
SOPHROLOGIE
n
13
EN COUVERTURE I
donner
un sens
à sa vie
Pourquoi je me lève le matin ? Les habitants
d’Okinawa au Japon sont célèbres pour leur
longévité : il n’est pas rare d’y vivre centenaire.
L’accent a longtemps été mis sur leur alimentation, mais ils possèdent aussi une force intérieure qui semblerait être la raison principale
de leur bonne santé : ils vivent leur Ikigaï (1),
c’est-à-dire qu’ils sont connectés à des valeurs
qui donnent quotidiennement un sens à leur vie.
Gilles Pentecôte, médecin, sophrologue, psychothérapeute
et instructeur mindfulness.
d
ès la Grèce
antique, les philosophes tels que
Socrate, Platon
ou
Aristote
déclaraient déjà
que l’être humain est habité d’un besoin de
donner un sens à ses actes. Quand celui-ci
est absent, il risque de souffrir d’une frustration existentielle, d’un sentiment d’absence
de sens de sa propre existence. Et quand
il est présent, il conduit au bonheur d’effectuer des « actions vertueuses », capables de
remplir une vie « réussie ». C’est une forme
de bonheur appelé « Eudémoniste », différent
de celui lié à l’épicurisme, et que l’on appelle
aujourd’hui « État de low », ou expérience
optimale.
n
14 SOPHROLOGIE
Le bonheur dans l’action
Quand la vie a un sens, elle nous procure du
bonheur car notre travail est alors générateur
de moments de « lux », dont les caractéristiques
sont les suivantes (Csikszentmihalyi (2)) :
– La tâche entreprise est réalisable, mais
constitue un déi ;
– L’activité nous enrichit en elle-même ;
– Nous sommes très concentrés sur ce que
nous faisons ;
– L’engagement fait disparaître toute distraction, et toute préoccupation de soi ;
– De fait, la perception de la durée du temps
qui passe est altérée : le plus souvent, on
ne voit pas le temps passer ;
– Nous vivons un sentiment heureux de
maîtriser la situation, même dangereuse ;
– Le sens de sa vie se trouve renforcé à la
suite de chaque expérience ;
– Et cela nous donne envie de recommencer !
Il est curieux de savoir que les études ont
prouvé que l’état de lux est beaucoup plus
souvent présent et intense dans le travail que
dans les loisirs.
À noter que l’habituation hédonique est bien
moins nette dans le cas d’activités plaisantes
générant un sentiment de low, que dans les
suites d’un changement matériel favorable :
on ne s’habitue pas au plaisir de l’état de low ;
juste, on n’en est pas conscient, sauf si on
prend du recul de temps en temps, ou qu’un
proche nous interpelle pour que nous nous
en rendions compte.
Plusieurs études ont pu aussi établir que
le bonheur dans l’action est favorable à la
longévité : biochimiquement, il limite la destruction des télomères de nos chromosomes,
indicateur de vieillissement. Et épidémiologiquement, après la retraite, la durée de vie est
totalement en relation avec une vie sociale
active génératrice de moments de « lux ».
© TOM MERTON/HOXTON / PHOTONONSTOP
REDÉFINIR LE
SENS DE SA VIE
RÉGULIÈREMENT
une sensation de pression et surtout une
insatisfaction sous-jacente qui vient de ce
que l’on ne peut pas tout faire.
L’être humain se surprend à souffrir du sentiment de courir partout, sans but.
Il est donc utile, voire souvent nécessaire,
de redéinir le sens de sa vie régulièrement,
au minimum dans les périodes où nos
habitudes sont bouleversées, comme on en
trouve souvent dans le monde du travail.
CX TE
Les différents domaines
qui peuvent donner sens
Il est possible de donner un sens à sa vie de
multiples façons, en répondant à des besoins
divers fondés en partie sur la pyramide de
Maslow (4), comme présenté ci-dessous.
Nous vous invitons à prendre un crayon
pour noter, en face de chaque ligne qui suit,
ce qui correspond chez vous à un besoin,
une aspiration. Éventuellement en indiquant +, ++ ou +++ selon son importance.
2/
© PH OT O1
ALAMY STOCK PHOTO
Redécouvrir ses
besoins pour définir
ses priorités (3)
Avez-vous parfois le sentiment
de courir dans tous les sens, sans
réussir à tout faire ? Quand nos
priorités sont mal déinies, quand
le président n’est pas aux commandes, le pouvoir est aux souschefs et nous nous perdons dans
les détails, sans il conducteur. Il
s’ensuit des « il faut que » continuels,
AL AM Y/ P1
Autorisons-nous une minute
de rélexion : à ce stade de
notre lecture, il peut être
intéressant de se demander
quelles sont les situations, présentes ou passées, qui génèrent
régulièrement, ou ont généré
chez nous un état de low ?
SOPHROLOGIE
n
15
EN COUVERTURE I
– Les besoins physiologiques Se
nourrir et nourrir sa famille : « il faut
manger pour vivre ». Assurer les besoins
matériels basiques de ses proches.
Être à l’écoute et effectuer une activité physique. Vivre une sexualité épanouie. Prendre soin de soi de sa santé.
S’octroyer du temps de repos.
– Les besoins de sécurité : Acquérir un
domicile et l’entretenir. Se protéger et
protéger sa famille en se prémunissant des dangers. Assurer une stabilité
inancière
– Le besoin d’appartenance : S’entourer
d’amis et entretenir les amitiés. Être
gentil, avoir le plaisir de rendre service.
Faire partie de clubs, d’associations, de
courants politiques, nationalistes…
– Les besoins affectifs : S’engager
dans l’amour avec quelqu’un. Donner
de l’affection à ses enfants, à d’autres
enfants. Offrir son énergie dans une
association caritative. Pratiquer un
métier de « soignant ».
– Le besoin d’accomplissement personnel : Dans la performance physique
et sportive. Dans l’acquisition d’une
richesse intellectuelle. Dans un enrichissement artistique. Dans un cheminement de développement personnel.
– Les besoins psychologiques : De
liberté. De justice. D’authenticité. De
gaieté et de joie. De moments de solitude. Ou au contraire de vie sociale,
de fraternité.
© ADRIANNA WILLIAMS/FLIRT / PHOTONONSTOP
– Le besoin de transmission :
Transmission d’un savoir ou
d’un savoir-faire (enseignants).
Transmission de ses valeurs, d’un héritage moral ou spirituel. Transmission
vers ses enfants, à d’autres enfants, à
des élèves.
– Le besoin de spiritualité : Dans la
relation à la nature. Dans la pratique de
la méditation. D’une religion. Besoin
de suivre une retraite. D’effectuer un
voyage à dimension spirituelle.
n
16 SOPHROLOGIE
Nous vous proposons, comme un jeu, de
prendre le temps de déinir ce que vous
considérez aujourd’hui comme vos trois
principales priorités : la principale, et les
deux secondaires, et de les noter sur un
papier. C’est vraiment très utile.
Les thérapies des besoins
et des valeurs
Depuis 1 400 ans, la technique traditionnelle du yoga nidra propose de répéter à
trois reprises, en début et souvent en milieu
de séance, un « sankalpa » personnel (un vœu
pour soi, correspondant à la déinition d’un
souhait, d’une motivation) et un sankalpa collectif (un vœu pour autrui) (5).
La sophrologie propose un travail sur les
valeurs qui apparaît en ilagramme dès le
premier degré, et est largement approfondi
dans le quatrième degré. Une fois déinie,
la valeur prioritaire et les motivations associées sont corporalisées et peuvent être
ensuite distillées régulièrement, au début
de chaque sophronisation.
De nombreuses thérapies s’intéressent aux
besoins et aux valeurs : les comportementales qui vont proposer des actes pouvant
induire des états de low, ou encore la PNL.
Plus récemment, la thérapie ACT, Acceptance
and Commitment Therapy, donne une place
prioritaire à la mise en place d’actions, déterminées en fonction de nos valeurs.
Et voici la sophrologie !
Une fois que vous aurez déini vos besoins
et vos priorités, un sophrologue pourra
vous accompagner pour les ancrer dans vos
ressentis corporels :
l
l
l
Il vous proposera de prendre conscience
du sentiment corporel qui s’installe quand
on y pense, et vous permettra de le déinir
précisément.
Puis il pourra vous présenter une posture
en relation avec ce ressenti.
Et enin il conduira une visualisation,
vous permettant de vous projeter avec ce
ressenti, dans diverses situations futures,
pour y trouver plus de bonheur et d’eficacité.
Il vous conseillera ensuite de prendre
l’habitude de reconsidérer vos besoins et
vos priorités une fois par mois, surtout au
moment des grands changements de vie, et
de reproduire alors l’exercice de sophrologie ci-dessus.
Reconsidérer les activités
qui nous épuisent
Dans notre vie, nous effectuons des activités agréables, nourrissantes, qui nous
font du bien et nous motivent. Mais nous
avons aussi des activités désagréables, épuisantes, qui nous tirent vers le bas et nous
démotivent. Dans quelles conditions nous
serait-il possible de moins souffrir d’activités stressantes ou fatigantes ? Nous vous
proposons de reprendre votre stylo et de
faire la liste des activités, quotidiennes ou
épisodiques, qui vous fatiguent et que vous
faites à contrecœur.
Considérons alors la question suivante : que
se passerait-il si vous arrêtiez brusquement
d’effectuer cette activité ?
Et ensuite : cette activité vous permet-elle
de répondre à un besoin ?
À ce stade de votre questionnement, il se
présente deux cas de igure :
l
Soit cette activité répond réellement à un
besoin et correspond à mes valeurs.
Ainsi par exemple : « Nous allons au travail
pour nourrir notre famille et assurer une assise
inancière et de sécurité à nos enfants ».
Et c’est là où tout change, car nous pouvons
alors choisir tous les matins de reconsidérer
cette activité en rapport avec nos besoins,
ce qui nous permet de passer d’un mode
« obligation subie » à un mode « choix conscient ».
Un exemple avec le trac
Le stress de conduire un atelier, de faire
un exposé ou d’animer une conférence est
principalement lié à la peur du jugement
et à une auto-observation de nos indicateurs corporels de stress. L’idée est de
transformer cette perception « centripète »
en ouverture d’esprit « centrifuge », dans un
esprit de don et d’altruisme : considérer le
sens que cela a pour nous d’effectuer cette
intervention, ce concert, cette conférence ;
ce que l’on peut apporter à son auditoire,
et savoir que nous agissons en accord avec
nos valeurs, tout en faisant du mieux que
nous pouvons.
Cette posture d’esprit, que l’on peut
aussi proposer en visualisation, est très
eficace pour réduire le stress de ces
diverses situations d’exposition
sociale.
l Soit nous remarquons un conlit
de valeurs : nous effectuons
un travail contraire à notre
sensibilité, en oubliant par
exemple le besoin de
« prendre soin de soi ».
Quand
nous
réalisons que ce
que nous faisons
n’est pas en accord
avec nos valeurs ou
nos besoins, c’est
le moment de les
redéinir, puis de se
décider à se mettre
en chemin pour
sortir de cette
situation, en nous
donnant le temps
qu’il faut.
Cette nouvelle
ouverture d’esprit une fois bien
incarnée, il n’est pas
impossible que des coïncidences, des « hasards », nous
présentent des rencontres fortuites et des opportunités inattendues, qui vont nous orienter vers une nouvelle vie. l
“ Le hasard, c’est Dieu
qui se promène incognito
”
(A. Einstein).
© PHOTO12/ALAMY/D9RYFF
(1) Christie Vanbremeersch, Trouver son IKIGAÏ. Vivre de ce qui nous passionne.
Éd. First 2018.
(2) M. Csikszentmyhalyi, Vivre. La psychologie du bonheur. Éd. R. Laffont 2004.
(3) J. Lecomte, Donner un sens à sa vie. Éd. O. Jacob 2007.
(4) Abraham Maslow, L’accomplissement de soi. Éd.+ Eyrolles 2004.
(5) Il est curieux de constater que cette pratique est rythmée par une conscience de
la « fraîcheur de l’air au niveau du nez », peut-être pour préserver l’éveil mais peut-être
aussi pour rafraîchir cette partie tout antérieure du cortex préfrontal qui est justement
le siège où s’élaborent nos valeurs…
SOPHROLOGIE
n
17
« Il peut nous arriver
d’être au centre
d’une conversation
sans véritablement
y participer. Nous
sommes présents et
dans le même temps
notre esprit est
ailleurs. Le cerveau
ne faisant bien qu’une
chose à la fois, rares
sont les interlocuteurs
qui s’en aperçoivent
rapidement ; sauf si au
cours de l’échange, ils
sont en attente d’une
réponse précise.
Laurent Favarel, sophrologue, psychanalyste
© LEIGH WELLS/IKON IMAGES / PHOTONONSTOP
EN COUVERTURE I
Le il de l’attention
dans le sport
Ce processus est involontaire, la conscience étant
aspirée par des associations d’idées. Un sujet,
un prénom, un détail, nous renvoient à
des souvenirs ou provoquent l’anticipation d’une situation particulière. Ces deux
mouvements psychiques que l’on pourrait
penser contraires, ne sont pas à opposer.
Ils ont en commun un contexte ou une
personne, auxquels sont attachées des
attentes ou des incertitudes. Ces pensées
se jouent des priorités de l’instant, pour
aller en urgence bousculer la mémoire ou
stimuler l’imagination. Jamais centrée sur
le moment présent, la labilité attentionnelle échappe à la raison et transporte une
charge affective considérable. Dans cet
état, nous sommes en capacité de regarder
n
18 SOPHROLOGIE
ixement une personne qui nous adresse
la parole. Machinalement ou pour ne pas
la froisser, nous pouvons lui donner un
semblant d’intérêt par un signe positif
de la tête, sans comprendre le sens de ses
paroles. En temps normal, plus encore en
situation de forte tension, l’attention dirigée sur l’ambiance extérieure et ce qui s’y
passe, ne tient qu’à un il.
Pour soutenir ce point de vue, nous expliquerons le concept de vagabondage de
l’esprit. Nous ferons le lien entre le stress,
le vagabondage de l’esprit et le manque de
lucidité du sportif dans l’action. Ensuite,
nous donnerons une représentation du
phénomène qui déclenche la dispersion
de l’attention. C’est à partir de ces différentes notions, intégrées progressivement
au cours des séances de sophrologie, que
le compétiteur va renforcer son dispositif
d’inhibition des distracteurs. Une variété
de sollicitations susceptible de détourner
son attention. En compétition, l’athlète
disposera de moyens supplémentaires
pour filtrer les informations qui parviennent à sa conscience. La inalité de ce
travail est de réduire le temps d’hésitation
dans l’action.
Le vagabondage de l’esprit
Une partie des lecteurs qui lisent ces lignes
peuvent être amenés à plonger dans des
préoccupations diverses. Une expression
isolée de son contexte, une évocation qui
efleure les sens, les a conduits en dehors
du sujet, indépendamment de leur volonté.
Qu’est-ce qui provoque ce vagabondage
de l’esprit ?
corporelle de la frappe, de la course, du
lancer ou du saut ; ce pourquoi il accomplit des actions dynamiques sur un mode
qui relève plus d’un automatisme, que
de l’expression des compétences développées par sa collaboration avec son
entraîneur. Dans ce type de coniguration,
quand le compétiteur n’a
pas pris conscience de ce
mécanisme, le manque
de détermination dans
l’action est lagrant. La
mise en condition mentale doit lui permettre
d’éviter une contre-performance provoquée
par un défaut d’engagement. Dans certaines
situations, ce qui peut ressembler à une
démission volontaire de la part d’un athlète est lié à un déicit de son attention,
dans lequel s’imbrique l’éprouvé du stress.
Si rien n’est fait pour remédier à ce problème autrement que par le conseil, le
sportif s’en trouvera désemparé.
LE FLOT DES
ÉMOTIONS
DIFFICILE
À MAÎTRISER
Relations entre le stress,
le vagabondage de l’esprit
et le comportement
Pour un sportif dans le feu de l’action,
le lot des émotions reste dificile à maîtriser. L’aider à le réguler pour un temps
déterminé, avant, pendant ou après une
épreuve, est un objectif réalisable. Nous
ne savons pas précisément où localiser les
pensées. Elles sont imaginées ou font suite
à des perceptions, avant d’être conservées
et classées dans la mémoire du corps. Elles
sont une iguration du monde qui entoure
les athlètes, comme l’enceinte sportive, et
de la place qu’ils occupent dans ce monde,
leur position dans le stade. Enin, elles se
déplacent dans un espace subjectif, propre
à l’individu, où s’incarne l’éprouvé corporel : des affects qui précèdent dans l’ordre
les émotions et les sentiments. Sans ce
processus, l’analyse qui précède la compréhension n’existerait pas. Les notions
d’adaptation et d’ajustement seraient inutiles. Les comportements relèveraient des
seuls instincts. Arriver à inhiber les pensées
© RADIUS IMAGES / PHOTONONSTOP
Le bon sens nous pousse à nous interroger
sur le rôle que peut jouer notre humeur
dans la capacité à maintenir la concentration dans « l’ici et maintenant ». L’« ici »
représente l’espace, l’endroit où vous vous
tenez pour lire ; « maintenant » ne marque
pas la durée du moment mais un instant
fugace, au cours de
la lecture. En dehors
de la pratique sportive, les actes manqués, les lapsus sont
là pour nous rappeler que nous sommes
susceptibles de passer régulièrement
à côté de l’essentiel, influencés par
notre intériorité. Paradoxalement dans
ces moments-là, le corps est lui au bon
endroit, dans le temps de l’action. Le sportif n’est pas épargné par cet état mental.
Il me semble essentiel, pour un compétiteur, de tenter d’identiier ce qui l’amène
à dissocier ses pensées de l’expérience
SOPHROLOGIE
n
19
EN COUVERTURE I
qui provoquent la dispersion de l’attention,
c’est être en mesure de reconnaître les sensations corporelles sur lesquelles s’appuie
le raisonnement. Ce sont des perceptions
provenant de l’environnement externe de
l’individu, qui conditionnent son activité
mentale. Une variété de stimuli, indissociable de la quantité, de nature à parasiter
un compétiteur en l’amenant à un niveau de
tension trop important appelé « di-stress » (1).
Ce sont des sensations et des idées déstabilisantes parce que, en fonction de la
sensibilité de l’individu, elles font obstacle
aux notions de plaisir ou de satisfaction.
Elles piègent la personne dans des pensées rélexes qui déclenchent une labilité
attentionnelle pénalisante en situation de
compétition. La diversité des perceptions
corporelles relevant du stress encombrent
le corps et l’esprit de l’athlète, jusqu’à
l’éloigner de ses priorités.
gré le risque d’aggravation de sa lésion en
course. Pour des raisons personnelles, un
compétiteur reste ixé sur un élément interne, comme une pensée, ou un élément
externe, comme des siflets. Il sufit que
son attention se ige sur un des deux éléments pour qu’il perde trop longuement
le contact avec le présent. Rentre alors en
jeu le travail inconscient de sa mémoire ou
de son imagination. Ce qui, de facto, diminue sa marge réactionnelle dans l’action.
Pour éviter qu’un athlète ne se laisse aspirer trop longuement en dehors de la réa-
DES OBSTACLES
AUX NOTIONS
DE PLAISIR
La dispersion de l’attention
La structure du phénomène qui déclenche
la dispersion de l’attention est souvent la
même. Des éléments viennent interférer
dans le cycle « perception-action » de l’individu. Une fréquence qui rythme les passages
entre : la captation des stimulations extérieures par les organes des sens, l’interprétation mentale qui en découle et le temps
d’adaptation nécessaire à l’ajustement du
comportement. La capacité à bien gérer la
double contrainte repose sur la régularité
de cette fréquence. Par double contrainte,
il faut entendre, par exemple, la nécessité
de s’extraire au plus vite et dans la bonne
posture des starting blocks, malgré la règle
de l’élimination directe en sprint. Un autre
exemple consiste à prendre le cas d’un
sportif blessé, qui décide de courir, maln
20 SOPHROLOGIE
© STEFAN SCHURR/WESTEND61 / PHOTONONSTOP
L’éprouvé du stress, mal contenu, déstabilise l’individu au point qu’il n’est plus en
mesure de décider de l’orientation de son
attention. Il y a des relations entre le stress,
le vagabondage de l’esprit et le manque de
lucidité dans l’action.
lité, une proposition consiste à lui donner
une représentation de la notion de double
contact : dans les starting blocks, au premier
signal, un sprinter sent la piste au bout de
ses phalanges, en même temps qu’il sent
sa peau sur le revêtement de la piste. Le
développement de la bipolarité du sens
tactile le rend totalement disponible à ce
qu’il doit faire dans le temps qui le sépare
du top départ. Cette bipolarité est à aiguiser avec la globalité des autres sens, sans
en privilégier un en particulier (exemple :
fraîcheur de l’air à l’inspiration et douce
© THE IRISH IMAGE COLLECTION / DESIGN PICS/ PHOTONONSTOP
tiédeur à l’expiration). Cette préparation
mentale encourage l’athlète à penser avec
son corps, ce qui le ramène spontanément
au présent, dans le temps de l’action.
Le footballeur et son milieu
Lors d’une phase de jeu dynamique, un
joueur de football récupère des informations grâce à sa sensorialité corporelle.
Pendant le déroulement d’une action, il
est question principalement de trois sens :
la vue, l’ouïe et le toucher. La peau (sens
tactile) renseigne par exemple sur la force
du vent et l’intensité de la pluie. La vue
permet à l’athlète de se positionner dans
le jeu, et d’anticiper les déplacements des
différents acteurs. La précision gestuelle
qui fait que sur un match, un joueur réalise
des passes de qualité sans jamais rendre le
ballon à ses adversaires, dépend de sa dextérité à classer les éléments qui parviennent
à sa conscience, via les organes des sens.
Il garde les informations pertinentes, des
perceptions utiles à son habileté dans
l’action. Nous savons que le son est un
puissant distracteur. D’ordinaire, il guide
les yeux lorsque les bruits sont perçus
en dehors du champ visuel. Dans le dos
d’un gardien, au cours d’un match à forte
afluence, pétards et hurlements risquent
de le dévier de sa cible attentionnelle. Se
retourner ou avoir envie de le faire, tient
d’un rélexe solidement ancré en chacun de
nous pour lever le doute quant à l’origine
d’un bruit et éviter un danger s’il y a lieu.
La sophrologie va aider le « portier » à déinir sa priorité attentionnelle, sans peur et
dans le bon « timing ».
Plutôt que de proposer une énième
méthode pour « muscler » la concentration,
nous sommes partis du principe que le
développement de cette capacité va de
pair avec le travail qualitatif dispensé par
un entraîneur. Un bon exemple est celui
du rugby, où un coach s’occupe des habiletés gestuelles (skills). L’intervention du
sophrologue porte sur l’identiication des
moments où un athlète voit son attention
décrocher de l’action en cours de réalisation. Ce travail est complémentaire à celui
des habiletés. Sans le remplacer, il tient une
place à part. Cette position est avantageuse
pour deux raisons. Tout d’abord, elle déinit
un cadre qui réduit les possibilités d’ingérences, des contrariétés qui sont monnaie
courante dans les groupes de travail. La raison est qu’un grand nombre de nos réactions sont portées par le souhait de ne pas
« perdre la face » en société. À moins d’être
un autocrate strict, ce qui n’est pas souhaitable, le sophrologue ne peut s’y soustraire.
La seconde, au plus près du compétiteur, est
de limiter la dispersion de son
attention dans les moments
clés d’une épreuve. l
Bibliographie
Jean-Philippe Lachaux, Le cerveau attentif,
Éd. Odile Jacob 2011 ;
Didier Anzieu, Le moi-peau, Éd. Dunod 1995 ;
Christopher Chabris et Daniel Simmons, Le
Gorille invisible : quand nos intuitions nous jouent des
tours, Éd. Le pommier 2015.
SOPHROLOGIE
n
21
S’INFORMER I
Un nouveau
pour les orthop
© PHOTO12/ALAMY
« Orthophoniste
libérale depuis de
nombreuses années, la
sophrologie a croisé mon
chemin par hasard…
Aujourd’hui, elle fait
partie intégrante de ma
vie ! Ses techniques tout
terrain, simples et ses
principes fondamentaux
ont non seulement ajouté
une réelle plus-value
aux rééducations et
aux prises en charges
orthophoniques des
petits comme des plus
grands mais m’ont
également permis de
rester plus facilement au
top pour mieux gérer un
quotidien professionnel
pas toujours facile… »
Annie Turnauer, orthophoniste, sophrologue
en Belgique, membre de la Société belge de Sophrologie
et de Relaxation.
n
22 SOPHROLOGIE
soufle
honistes
ette méthode psycho-corporelle s’adapte à tous
les âges et suscite une
reconnexion au potentiel
de chacun. Elle invite les
patients à envisager leur
vie différemment, à se recentrer positivement sur leurs sensations, leurs valeurs,
leurs ressources et par cela, à retrouver
autonomie et coniance. L’enrichissement
des séances de rééducation par la pratique
de la sophrologie n’est plus tellement à
démontrer aujourd’hui mais pour le thérapeute lui-même, qu’en est-il ?
Nos métiers sont passionnants et très gratiiants mais peuvent aussi mener à l’épuisement à cause de nombreuses charges
qu’il incombe de supporter : accumulation
d’heures de consultations, de réunions,
d’entretiens téléphoniques, démarches
administratives et formations continuées
s’ajoutent au suivi et à l’écoute active des
patients. La passion du métier et du travail bien fait permet souvent de donner
l’énergie fondamentale à chaque accompagnement jusqu’au jour où ce n’est plus possible. Parfois, ces charges nous éloignent
petit à petit de ce qui nous a motivés un
jour à nous mettre au service des autres.
Face au nombre croissant de personnes
souffrant d’épuisement professionnel
et parce que j’ai pu mesurer leurs effets
bénéiques au quotidien, j’ai choisi de sensibiliser les métiers de relation d’aide et de
soins aux outils de la sophrologie.
C’est au il des entraînements proposés par
les quatre premiers degrés (RDC1-RDC4)
que j’ai pu apprendre à remettre du sens
à la fois dans ma vie personnelle et dans
mon activité professionnelle en retrouvant
une meilleure présence à moi-même, un
plus grand respect de mes besoins et le
renforcement de mes valeurs fondamentales. La sophrologie m’a permis d’évoluer
tant au niveau de ma posture de rééducatrice que dans la gestion du stress et de la
fatigue du quotidien.
Elle m’a rappelé que prendre soin des
autres demande de prendre d’abord soin
de soi. Les techniques dynamiques du
premier degré, la respiration et les techniques statiques permettent d’évacuer les
tensions de manière rapide et eficace, de
se recentrer et de créer des espaces de profonde récupération physique et mentale.
SOPHROLOGIE
n
23
© SEAN PRIOR/WAVEBREAK MEDIA/PHOTONONSTOP
S’INFORMER I
Mes journées n’ont pas vraiment changé,
le timing de consultation reste le même,
certains vécus de patients sont toujours
aussi « chamboulants » et je suis toujours à
la merci des familles qui oublient leur rendez-vous, du stress des embouteillages, du
manque de moyens sur le terrain et autres
tracas quotidiens mais je les gère différemment. Plus à l’écoute de mes sensations, de
mon niveau d’énervement ou de fatigue,
je peux réagir avant
qu’une accumulation
trop importante de
tensions ne s’installe.
Ma pratique sophrologique quotidienne me
permet d’offrir la même qualité d’écoute
et d’accompagnement à chacun de mes
patients et, en in de journée, d’être également plus disponible dans ma vie privée.
Grâce à cette véritable « pédagogie de l’existence », je prends plus le temps de me
poser, de me préparer aux accompagnements plus dificiles par l’activation de
projets positifs/d’intentions positives. Par
cette attitude sophro, je vis sereinement
l’enchaînement des séances, je crée des
espaces de respiration entre chaque patient
et je m’octroie des moments « rituels »
avant et après ma journée de travail.
Être plus en connexion avec mon corps
et mon esprit me permet une meilleure
disponibilité. Cette présence attentive et
bienveillante vient nourrir notre démarche
de synchronisation et l’Alliance fondamentale indispensables à la relation thérapeutique. Par le développement d’un « nouveau
regard » et d’une présence attentive, l’entraînement sophro nous invite à modiier nos
modes de fonctionnement lors des consultations en laissant de côté nos présupposés
pour partir du vécu du patient.
Ouvrir l’espace de rencontre, envisager
chaque personne, arrivant démunie, en souffrance sous un angle
nouveau, de manière
globale et unique,
s’adapter à elle, créer
une relation de coniance par l’écoute
bienveillante, renforcer son potentiel en
nous autorisant à nous éloigner un instant des techniques de rééducation ou
de soins orientées uniquement vers le(s)
symptôme(s). Au fur et à mesure des
entraînements, nous pouvons combiner
à notre guise les outils sophrologiques les
mieux adaptés selon nos ressentis et proiter pleinement de cette liberté de choix
et d’action qui nous est offerte.
C’est parce que nous devenons nousmêmes plus apaisés et disponibles que
nous pouvons nous adapter à la vitesse
de chacun, réenvisager certains objectifs,
nous donner plus de temps, revisiter certaines techniques et les manières de faire
LA PÉDAGOGIE
DE L’EXISTENCE
n
24 SOPHROLOGIE
pour chaque personne, lâcher nos envies
personnelles et obligations de performance, nous détacher de notre vision du
monde pour nous mettre au diapason de
celui que l’on accompagne. N’est-ce pas là
le gage de toutes les réussites ?
Au il de mes années de pratique, j’ai pu
constater à quel point le travail libéral peut
isoler et que nous ne sommes pas toujours
capables de percevoir à temps l’épuisement physique et mental qui peut insidieusement s’installer… Il faut souvent être
au bout du rouleau pour s’en apercevoir !
La sophrologie, par la diversité des techniques proposées, permet d’enrichir continuellement les savoir-être et savoir-faire
essentiels dans l’exercice des professions
médicales et paramédicales. Convaincue
qu’elle est une alliée de choix pour prévenir l’épuisement professionnel, j’organise
des ateliers d’initiation sous forme d’accompagnement individuel et/ou collectif
pour les différents intervenants médicaux
et paramédicaux de ma région.
Pour ceux et celles qui ne connaissent pas
la sophrologie, je propose d’essayer par
soi-même, en rappelant toutefois, pour
approfondir, la nécessité de la présence
du sophrologue. »
™ Installez-vous confortablement, prenez un instant pour
observer votre environnement,
votre territoire, votre place, ici
et maintenant
™ Portez votre attention sur votre
respiration. Observez votre
corps en train de respirer.
L’inspir, l’expir… Les mouvements et les sensations. Prenez
conscience de votre respiration
sans chercher à la modiier
™ Puis progressivement, adoptez une respiration un peu plus
profonde et allongez l’expiration, devenue plus longue que
l’inspiration et souflez par la
bouche
™ Réalisez cette respiration
consciente trois ou quatre fois à
votre rythme
™ Qu’avez-vous ressenti au niveau
physique, au niveau mental ? l
EN COUVERTURE I
© FRÉDERIC NEBINGER
RENAÎTRE
«C’est toujours la première fois quand ta robe en
passant me touche ». Louis Aragon à Elsa. Notre
époque vante le règne de la jouissance extrême. Les
pratiques sexuelles hier considérées comme hors
normes, s’exposent aujourd’hui au grand jour ; les
clubs spécialisés ont pignon sur rue, les « sex toys » et
autres gadgets érotiques agrémentent le quotidien
de certains, même nos boîtes mails sont saturées de
messages intempestifs à caractère sexuel.
Michèle Freud, psychothérapeute, sophrologue, directrice de Michèle Freud Formations,
auteure d’ouvrages dont “Réconcilier l’âme et le corps”, Éd. Albin Michel
Cette surexposition avec
l’obligation impérative d’assurer un parcours de plus en
plus compétitif est forcément génératrice
d’angoisse car entre le discours médiatique
et notre vie sexuelle, il y a souvent un grand
décalage. C’est précisément cette escalade
de la jouissance qui empêche la relation
sexuelle de s’épanouir pleinement. Quand le
mental est aux commandes, il bride le corps
et les émotions.
Aussi, de plus en plus d’hommes et de
femmes de tous âges conient leur inquiétude et leurs problèmes en consultation. Des
aveux d’incompréhension ou d’impuissance
sont fréquents : certains, à la jouissance
rare et laborieuse, déplorent leur absence
de libido, d’autres font état de leur pénurie
sexuelle, d’autres encore, en dévoilant une
liaison secrète, évoquent leur plaisir entravé
par la culpabilité.
Les femmes se plaignent d’absence de désirs,
de frigidité, de vaginisme, d’anorgasmie, de
n
26 SOPHROLOGIE
douleurs, signant souvent le refus d’une relation où l’on se sent mal aimée, incomprise,
non reconnue.
Les hommes eux, évoquent le stress, les
soucis ou les conlits conjugaux, autant de
facteurs responsables de leurs érections instables. Il est vrai que les tracas quotidiens
sont de nature à démobiliser l’appétit sexuel ;
lorsqu’on est acculé à partager le quotidien
routinier avec son lot de soucis, le désir a
quelques dificultés à se frayer une place.
Trop souvent le silence, la gêne, l’incompréhension, les frustrations s’accumulent
et freinent nos élans. Méconnaissance de
son corps, et de celui de l’autre, mésentente
conjugale, traumatisme ancien, honte, les
blocages affectifs et psychologiques sont
légion. Si certains se résignent à voir déserter le désir, d’autres décident de réagir. Il
sufit quelquefois de se poser pour prendre
le temps de la rélexion, sur soi, sur son
couple et sortir à tout prix de la quête de la
performance en libérant ses émotions.
Hommes et femmes,
des désirs différents
Fragile et complexe, le désir se décline en
une variété de nuances. C’est précisément
parce que leur corps et leurs jouissances
ne sont pas identiques que l’homme et la
femme éprouvent quelques dificultés à
accorder l’acte sexuel, mais c’est aussi du
fait de leurs différences que l’un et l’autre
s’attisent.
« Les hommes ont besoin de faire l’amour pour
se sentir bien alors que les femmes ont besoin de
se sentir bien pour faire l’amour. » écrit Sylvain
Mimoun (1), c’est dire combien est subtile
l’alchimie entre les deux sexes.
Le couple est une combinaison de désirs
et de manières d’aimer. Sans conscience de
ce qui se joue dans la relation, à savoir la
différence avec l’autre, on se condamne à
répéter éternellement le même scénario sans
faire évoluer son désir et son plaisir.
Si l’orgasme est une réponse physiologique
à une série de stimuli, la jouissance, elle, est
un état qui nécessite disponibilité, capacité d’abandon de soi et
coniance absolue en l’autre.
Pour une femme, l’orgasme est complexe. Se donnant entièrement,
elle a besoin d’intimité émotionnelle, de tendresse, de préliminaires.
Elle doit, pour cela, se sentir prête aussi bien mentalement que
physiologiquement.
Chez l’homme, l’érection est sufisante pour qu’il
y ait un rapport sexuel, il est capable de cliver
amour et désir. Pour lui, l’excitation due à un
contexte sans stress où il peut se lâcher est
une condition essentielle de confort mais
aussi d’intensité de plaisir.
L’éveil sexuel masculin passe par la vue :
un décolleté, des formes voluptueuses, une
jupe moulante, vont attiser le désir. L’éveil de
la sexualité féminine naît plutôt par l’ouïe et le
toucher. Une femme a besoin de se sentir personnellement convoitée pour désirer. Les uns sont
sensuels, les autres cérébrales, quelques-uns aiment les
mots crus, d’autres affectionnent plutôt des paroles tendres,
l’intimité trouvée dans la parole leur procure une intensité de
plaisir. Cette asymétrie est justement ce qui constitue la richesse des
rapports amoureux.
Mais entre les désirs de l’un et les attentes de l’autre, le couple a
parfois du mal à trouver un terrain d’entente harmonieux.
Le cerveau contrôle en effet la sécrétion de diverses hormones, ainsi
la testostérone qui attise le désir : c’est une hormone mâle, mais la
femme en produit également, en moindre quantité. Côté féminin,
les œstrogènes permettent notamment de rendre sensibles les zones
génitales, tandis que la progestérone a un effet de détente.
Il peut y avoir aussi entre les individus une incompatibilité de peau,
d’odeur, de physique, ou au contraire, une puissante attirance, il y a des corps que l’on aime, ceux qu’on a
l’impression de connaître depuis toujours, il semblerait que ce soit sous l’action des « phéromones »
(les hormones olfactives que l’on trouve dans la
transpiration, la peau etc.) que l’on serait attiré
par telle ou telle personne, qui agissent comme
un agent secret, et perçues par l’autre au niveau
conscient. Les phéromones seraient de nature à
accroître le pouvoir érotique et sexuel de chacun.
TROUVER
UN TERRAIN
D’ENTENTE
HARMONIEUX
Retrouver le chemin du désir
Nous rêvons tous d’un éternel désir, celui qui résiste à l’érosion du temps, au quotidien routinier. À trop bien se connaître, on
a l’impression qu’on n’a plus rien à découvrir, alors quand l’envie
vacille, nombreux sont les couples désabusés, à regarder s’éteindre
la lamme sans réagir. Certains se quittent, partent, aiment ailleurs !
Pourtant, le désir peut renaître de ses cendres, si l’on s’en donne
vraiment les moyens : « On a vu souvent, rejaillir le feu, d’un ancien volcan
qu’on croyait trop vieux.. » chantait si bien Jacques Brel.
© RITA KOHEL/BUCHCOVER / PHOTONONSTOP
Désir sous influence
Sur le plan biologique, l’excitation sexuelle est un mécanisme
complexe orchestré par notre cerveau, notre principal organe sexuel.
SOPHROLOGIE
n
27
EN COUVERTURE I
Comment enrichir sa relation à l’autre,
accepter de se dévoiler, se lâcher ?
Pour réenchanter notre quotidien, il nous
faut apprendre à prendre soin de la relation
dans toutes ses dimensions, développer une
culture érotique et retrouver le goût du jeu
et des préliminaires, la principale recette
étant d’utiliser tous les moyens pour replacer le sexe au centre de la relation.
La jouissance exige un climat particulier.
Lorsque sensualité, imaginaire érotique et
affects sont réunis, le plaisir peut devenir
une expérience qui dépasse largement les
limites corporelles. Cette plénitude dans la
jouissance confère à la relation une autre
dimension. S’il est vrai que la sexualité est
avant tout l’expression la plus intime et la
plus singulière du parcours psychoaffectif
d’une personne, le couple est un lieu d’évolution permanente où nous ne sommes
pas forcément condamnés à reproduire les
mêmes schémas.
Il n’est jamais trop tard pour se laisser aller
à des élans plus audacieux et acquérir, quel
que soit l’âge, un nouveau savoir-faire amoureux, encore faut-il vouloir se débarrasser de
ses tabous et démanteler ses automatismes
inconscients hérités d’une enfance ou d’une
ancienne histoire d’amour.
Créer un climat érotique dans la durée passe
par le sensuel, mais aussi par l’attention à
notre partenaire au quotidien, par tout ce
qui le rend attirant à nos yeux et vivant dans
la relation. C’est de là que naît le désir.
Dans cet échange intime à l’alchimie mouvante et complexe, un geste, un mot ou un
regard ont le pouvoir de relancer le désir.
“ J’avais coutume de faire l’amour sans parler
jusqu’au jour où j’ai eu une aventure avec un homme
qui me susurrait des mots à l’oreille, pendant qu’il
me caressait ; cela a déclenché en moi une vraie
montée de désirs. J’ai introduit la parole dans nos
échanges avec mon compagnon, et je me suis rendue
compte qu’il appréciait aussi. Depuis, notre sexualité est différente ” conie Laurence.
Souvent nous nous cantonnons dans une
routine, de peur d’oser. La monotonie des
gestes, des actes répétitifs risque à la longue
d’affaiblir notre appétit. On se laisse alors
envahir par une sorte de torpeur sexuelle en
répétant invariablement les mêmes gammes
alors qu’il sufirait d’un peu d’inventivité
n
28 SOPHROLOGIE
BIEN VIVRE SA
SEXUALITÉ PASSE
PAR UNE BONNE
CONNAISSANCE DE SOI
pour découvrir des partitions originales.
Un peu d’audace semble essentiel pour
explorer de nouvelles intensités sexuelles
Eros se nourrit de liberté ; explorer l’amour
physique exige de pouvoir s’abandonner !
Le désir se réveille grâce à des stratégies
qui créent l’intimité mais il nous faut pour
cela ménager des plages d’inconnu pour
le réveiller, créer la surprise d’un dîner et
d’une soirée à deux ou une escapade sans
les enfants et sans les soucis, le temps d’un
week-end. De nouveaux gestes, un rythme
différent, un changement de cadre, des
situations insolites, une ambiance inhabituelle servent de révélateurs à des ardeurs
nouvelles. Oubli de soi, spontanéité, rapport au temps totalement différents de la
réalité ordinaire, autant de paramètres pour
© FABRICE POINCELET/ONOKY / PHOTONONSTOP
raviver le plaisir. Le désir sexuel est le feu de
notre pulsion de vie, il se cultive, se nourrit, s’enrichit chaque jour, à condition de
savoir en parler et oser lâcher nos vieilles
peurs, risquer l’improvisation avec l’autre,
même si on prétend en avoir fait le tour
depuis longtemps et prendre le temps de se
questionner mutuellement sur ses attentes
respectives.
Le vrai déi du couple c’est de varier les
registres, de s’accorder la liberté et l’envie
de découvrir de nouvelles manières de différer ou prolonger le plaisir.
Bien vivre sa sexualité passe par une bonne
connaissance de soi, de son corps, de sa
libido, par une meilleure compréhension de
l’autre et de ses attentes et par une sexualité
en accord avec notre propre sensibilité.
Lorsque le corps est complètement détendu,
le mental lui aussi se relâche. Les exercices
de sophrologie permettront une plus grande
conscience corporelle et un meilleur lâcherprise, autant de paramètres pour
renaître au désir et retrouver
une sexualité épanouie. l
(1) Sexe et Sentiments, Albin Michel 2003
SOPHROLOGIE
n
29
COMPRENDRE I APPRENDRE
Le cancer du sein reste
la première cause de
mortalité par cancer chez
la femme. C’est également le cancer le plus
fréquent, avec 53 000
nouveaux cas estimés
en 2011 (19 000 cas pour
le cancer colorectal et
12 000 cas pour le cancer
du poumon), loin devant
les cancers de l’utérus
et des ovaires. La prise
en charge des cancers
du sein mérite donc une
attention particulière,
elle a bien évolué ces
dernières années. Outre
les progrès purement
médicaux et thérapeutiques, permettant une
amélioration considérable du pronostic, les
efforts se sont centrés
sur l’accompagnement
non médical voire
paramédical.
Patrick-André Chéné gynécologueaccoucheur&sophrologue, directeur de l’Académie
de Sophrologie de Paris
n
30 SOPHROLOGIE
© MEDIAFORMEDICAL/ALAMY/A. CHEREPANOV
la sophrologie
de support pour le
À côté du rôle des
oncologues avant
tout thérapeutique et
devenu très technique,
sont apparues sous l’appellation de « soins
de support », les différentes méthodes extramédicales permettant d’accompagner la
femme durant son traitement, sa rémission
et ses récidives éventuelles.
Parmi ces soins de supports il n’est pas
exagéré de dire que la sophrologie est probablement, le plus eficient et le plus complet, permettant de prendre en charge la
malade dès l’annonce de la maladie, jusqu’à
sa guérison et son accompagnement lors
des rechutes.
Plan cancer 2014-2019
&Soins de support
Outre favoriser un diagnostic plus précoce, promouvoir le dépistage, il insiste
particulièrement sur ces soins de support
lors d’un parcours personnalisé d’accompagnement des patientes.
Citons dans le texte :
PREMIÈRE CAUSE
DE MORTALITÉ
CHEZ LA FEMME
P
TH
ED
IA/N
ELSO
N MARQUES
© MED
IA
FOR
ME
DI
CA
L/
AN
M
ER
comme soin
cAncEr dU SEin
¾ Faire évoluer le contenu des programmes personnalisés de soins et
de l’après-cancer, notamment pour
intégrer les soins de support et
l’accompagnement médico-social et
social (voir Actions 2.20 et 7.6).
¾ Améliorer la qualité de vie par l’accès
aux soins de support.
¾ Action 7.6 : Assurer une orientation
adéquate vers les soins de support
pour tous les malades.
¾ Activer précocement les équipes
compétentes.
¾ Action 7.7 : Améliorer l’accès à des
soins de support de qualité.
¾ Produire des référentiels nationaux
de bonnes pratiques sur les soins
de support.
¾ Faciliter l’accessibilité inancière aux
soins de support en ville comme à
l’hôpital, dans le cadre des rélexions
sur l’évolution des modes de prise
en charge…
© KNIEL SYNNATZSCHKE/WESTEND61 / PHOTONONSTOP
Objectif 7 : Assurer des prises
en charge globales et personnalisées
La place privilégiée de la sophrologie
comme soin de support de l’annonce
à la rémission
Le sophrologue est un lien, une passerelle,
entre le monde médical, hospitalier, plus
technique, et l’instant où la patiente va se
retrouver seule face à la maladie, va pouvoir
s’autoriser à se poser et oser dire ce qu’elle
a envie de dire. Elle est le prolongement
de la consultation médicale. Il s’agit du
« temps » que le chirurgien ou l’oncologue,
consacrant bien sûr toute leur énergie à
prendre en charge la maladie et à la soigner, aimeraient donner à leurs patientes,
mais qu’ils n’ont pas toujours, tant ils sont
aujourd’hui absorbés par l’aspect médical.
Notre rôle, en tant que sophrologue, dans
la prise en charge des patientes, est de
leur apprendre des méthodes simples et
rapides, leur permettant de devenir autonomes, le plus possible, ain de gérer, à
chaque instant où elles en auront besoin
tout au long de leur parcours de soins.
La découverte,
l’annonce de la maladie
La découverte d’une anomalie, l’annonce
du diagnostic et la conirmation de la
maladie sont des moments cruciaux trop
souvent négligés, trop souvent maladroitement négociés.
C’est pourtant à ces instants que tout commence. C’est le moment où tout bascule, où
plus rien ne sera jamais comme avant ! C’est
l’instant où l’on ne sait pas à quoi se raccrocher. C’est l’instant où des émotions vont
venir envahir le quotidien de la patiente. Les
questions vont se bousculer avec l’envie, que
dis-je, le besoin cruel d’avoir des réponses.
C’est l’instant où il faut falloir apprendre
à ne pas avoir peur, à croire, à avoir envie
d’avancer, à avoir envie d’affronter les douleurs, les examens médicaux, les regards, la
fatigue, les nausées, la chute des cheveux,
l’inactivité, la perte d’une identité, la perte
de repères, la perte ou l’arrêt d’un travail…
Faisant intégralement partie du plan cancer
2014-2019, au même titre que le Parcours
Personnalisé de Soin (PPS), le dispositif
d’annonce est un acquis essentiel qui est
censé être intégré à l’organisation des établissements de santé sur tout le territoire.
SOPHROLOGIE
n
31
COMPRENDRE I APPRENDRE
Ce dispositif s’appuie sur une coordination des professionnels de santé et est
construit sur quatre temps forts :
Calendrier prévisionnel de soins
Mr/Mme : ..............................
• Le temps médical
• Le temps d’accompagnement soignant.
• Le médecin traitant ou référent.
• L’équipe soins de support.
Année : ..............
Mois 1
Mois 2
Semaines
1
2
3
4
…
…
Semaines
1
2
3
4
Mois 9
1
2
3
Semaines
4
1
2
3
4
CHIRURGIE
Dès les premiers soupçons de la maladie, la
sophrologie en tant que soin de support, va
pouvoir être mise en place et apporter à la
patiente l’aide dont elle va avoir besoin pour
continuer à vivre au quotidien le rythme
dense qui va l’attendre dans les mois qui
vont suivre. Il est important que les médecins, les oncologues qui accompagnent les
malades, entendent que la sophrologie va
pouvoir apporter à la patiente, dès la première séance, une diminution des tensions
tant corporelles que psychiques améliorant
considérablement son quotidien.
La patiente apprend, grâce à sa respiration
et aux premières techniques de sophrologie connues de tous les sophrologues, à
évaluer l’impact de la discipline sur son système nerveux autonome. Elle peut alors :
¾ Se sentir moins oppressée.
¾ Moins se laisser envahir par son mental omniprésent durant la maladie.
¾ Avoir moins peur et agir de manière
plus factuelle.
¾ Retrouver un regard bienveillant sur
elle-même.
¾ Avoir une image plus positive de son
corps qui n’est pas « que malade » et
ressentir certaines parties du corps
relâchées avec des sentiments de
« mieux-être ».
La sophrologie comme soin de support et
l’espoir comme projet existentiel vont permettre d’apprendre à ne pas avoir peur de
se réengager (1) et à évacuer (2) toutes ces
émotions parfois « explosives », comme au
moment de l’annonce, que la patiente a
du mal à gérer. Le passage du stress posttraumatique des premières semaines à l’état
de stress post-traumatique (ESPT) sera évité.
(1) Techniques utilisées par les sophrologues : SAV,
SAP, SPF, PSLJ.
(2) Techniques utilisées par les sophrologues : SDN, VS
n
32 SOPHROLOGIE
Hospitalisation
Nom du chirurgien :
Lieu :
Type de chirurgie :
Date de la chirurigie :
RADIOTHÉRAPIE
Traitement
Nom du spécialiste :
Lieu :
Durée de la radiothérapie :
Nombre de séances prévues :
CHIMIOTHÉRAPIE
Traitement
Nom du médecin spécialiste :
Lieu :
Nom du protocole :
Nombre de cures prévues :
Intervalles entre les cures :
HORMONOTHÉRAPIE
Traitement
Nom du médecin spécialiste :
Lieu :
Nom du traitement :
Forme : Orale Intra Musculaire
SOINS DE SUPPORT
(Préciser le nom du responsable)
Traitement
Prise en charge de la douleur
Kinésithérapie
Nutrition
Soutien psychologique
Autres
SURVEILLANCE
Examens :
Fréquence :
Modèle de volet soins du programme personnalisé de soins
La gestion des émotions présente à
tous les niveaux de la sophrologie, de par
son passage systématique par le corps, va
apprendre à la patiente à prendre le recul
nécessaire sur chaque événement vécu.
En effet la sophrologie c’est en premier
la corporalité. L’émotion est la traduction corporelle, le ressenti corporel d’un
état affectif, cognitif, situationnel intense,
caractérisé par des troubles physiques
divers (pâleur, accélération du pouls,
nœuds dans le corps, etc.).
Les Techniques Sophrologiques d’Intégration Corporelle des Émotions (TSICE)
sont d’un recours privilégié, car elles passent
par le corps, la vivance du corps : ce corps
meurtri qui va être réhabilité par la sophrologie. Schématiquement elle consiste à une
prise de conscience des impacts corporels de l’émotion, une diminution de cet
impact avec dissociation de la situation qui
l’a causée, et acquisition progressive de la
possibilité de revenir à l’évocation de cette
situation d’une manière normale.
Les résultats sont quasiment immédiats,
comme une sensation de libération disent
les patientes.
Outre cette gestion première des émotions, citons des séances possibles dans ce
temps de l’annonce :
¾ Ne pas passer du stress post-traumatique à l’état de stress post-traumatique : évacuer les réminiscences,
idées fixes, flash-back. - Prendre
conscience de sa respiration. Éveiller
sa respiration.
¾ Prendre conscience en respirant de la
détente corporelle.
¾ Vivre son corps, douceur corporelle.
¾ Activer lumière, oxygène, harmonie
respiratoire.
¾ Harmoniser son énergie vitale.
¾ Activer son énergie vitale.
¾ Approfondir les sensations de cohérence et de détente profonde.
¾ Prendre conscience de la douceur de
sa vie corporelle intérieure.
¾ Douceur dans son corps, conscience
du sein malade.
¾ Ramener des éprouvés, des vécus
positifs.
¾ Vivance positive de la nutrition.
¾ Activer ses valeurs : famille, amis,
collègues.
¾ Installer le calme.
¾ Vivre sa cohérence cardiaque.
¾ Protéger son sommeil
¾
¾
¾
¾
¾
Chirurgie.
Radiothérapie.
Chimiothérapie.
Hormonothérapie.
Immunothérapie.
Des techniques sophrologiques spécifiques pour chaque étape permettent
d’accompagner les malades au cours de
ces traitements, et c’est là l’intérêt de la
sophrologie par rapport aux autres soins
de support.
Citons des séances possibles dans ce temps
du parcours de soins :
¾ Réussir à se dépasser.
Dépasser une situation dificile.
¾ Activer l’acceptation-projection.
¾ Se préparer à la chimiothérapie.
¾ Faire participer la patiente
à la chimiothérapie.
¾ Se préparer à la chimiothérapie.
¾ Lutter contre les nausées.
¾ Accepter la radiothérapie.
¾ Se préparer à la radiothérapie .
¾ Se préparer au Pet-Scanner.
¾ Se préparer à la chirurgie.
¾ Se préparer à une tumorectomie.
¾ Se préparer à une mastectomie.
¾ Stimuler la cicatrisation.
¾ Porter un regard bienveillant sur
son corps après la mastectomie.
¾ Préparer la pose de prothèses
mammaires.
¾ Dormir plus sereinement.
L’après-traitement
Accompagner le parcours
de soin personnalisé (PPS)
L’idée est de rendre la patiente actrice de sa
prise en charge. Le PPS permet de personnaliser la prise en charge des patients. Le
médecin traitant reste le pivot en premier
recours. Il est destiné à informer et accompagner de manière à éviter les doutes, les
incertitudes et les lottements toujours
préjudiciables au moral.
Les traitements d’un cancer du sein sont
adaptés en fonction du stade, de l’état de la
personne et de son âge. Ses choix peuvent
être pris en compte.
Les principaux traitements médicaux sont :
¾ Marcher dans la rue sans honte avec
sa perruque.
¾ Se redresser, verticalité, prise de
conscience corporelle.
¾ Retrouver sa marche naturelle.
¾ Accueillir et contempler son corps
grâce aux 5 sens.
¾ Séance : Activation vitale.
¾ Séance : Activer la présence du positif.
¾ Lipo-modelage, reconstruction,
chirurgie réparatrice.
¾ Ressentir votre vivance tissulaire et
cellulaire.
¾ Se préparer à bien vivre l’hormonothérapie.
La rémission, redéploiement
existentiel
¾ Se préparer à la reprise professionnelle.
¾ Activer des émotions positives.
¾ Fierté d’être qui je suis aujourd’hui.
¾ Travailler sur les émotions et la peur
de la rechute.
¾ Ressentir l’harmonisation vitale
post-cancer.
¾ Prendre conscience de l’esprit –
force du mental.
¾ Prendre conscience des valeurs
de la famille, des amis.
¾ Prendre conscience de la valeur
« Santé », renforcer la communication avec son corps.
¾ Prendre conscience de ses capacités
à se dépasser.
¾ Accueillir sa douceur de vivre.
¾ Vivre votre vie future heureuse en
bonne santé.
¾ Renforcer le redéploiement existentiel, la force de vivre, l’envie
d’exister.
Nous ne pouvons, dans le cadre de cet
article, développer chacune des
techniques, cela a nécessité un
livre, mais ce panorama permet
aux patientes et aux oncologues
de mesurer le champ d’action
de la sophrologie. l
SOPHROLOGIE
n
33
COMPRENDRE I APPRENDRE
LES GrOUPES dE PArOLES :
pourquoi ça marche,
comment ça marche,
à quelles conditions ?
Il peut paraître étrange
que, dans notre société
de « communication »,
voire de médiatisation
à outrance, nous trouvions
tant d’individus en panne
de relationnel ; les sujets
sont d’autant plus pénalisés que cette capacité
de « relationner » leur
est imposée comme une
condition de survie.
Michèle Declerck, diplômée de Sciences Po,
C
docteur
en psychologie, psychanalyste, sophrologue, auteure,
animatrice de groupes de paroles et de perfectionnement
e qu’on désigne sous
le nom global et
peut-être outrancier
de « phobies sociales »
recouvre en effet
un certain nombre
de comportements
où tout un chacun se reconnaîtra
cadre d’entreprise qui doit présenter un
nouveau produit face à ses clients, mais
déjà très perturbant pour cet universitaire, au demeurant brillant, mais qui
va perdre tous ses moyens à l’oral d’un
concours.
aisément.
Il y a ceux qui tremblent de se présenter
à un entretien d’embauche, voire de réclamer à leur patron une promotion à laquelle
ils estiment avoir droit.
Il y a ceux qui sont incapables de prendre
la parole en public : gênant pour un
Il y a ceux ou celles qui redoutent d’intégrer un groupe, quel qu’il soit, par peur
n
34 SOPHROLOGIE
de n’y rien trouver à dire, de s’y montrer
insigniiant, voire ennuyeux.
Il y a ceux qui désespèrent de trouver la
« bonne personne » qui viendrait rompre
leur solitude car, même par le truchement
d’Internet, il va bien falloir se rencontrer,
et donc, s’exposer.
Il y a ceux qui, en famille ou en couple,
n’osent jamais faire valoir leurs opinions
tant ils ont peur des représailles de la part
de leur mère ou de leur conjoint.
La liste pourrait s’allonger indéiniment,
même si beaucoup s’y sont reconnus.
Généralement, on va parler de « manque
de coniance en soi », en espérant que telle
thérapie individuelle viendra nous donner
l’audace qui semble nous manquer.
Le problème reste que la « peur des autres »
et plus précisément, du regard des autres,
car c’est bien ce dont il est question, ne se
soigne qu’avec les autres.
LA « PEUR
DES AUTRES »
NE SE SOIGNE
QU’AVEC LES
AUTRES
Des années de pratique m’ont convaincue que
la participation à des « groupes de paroles », peut
permettre à ces phobiques de la communication de parvenir à des résultats qu’ils n’auraient
pu obtenir de thérapies individuelles, même s’il
peut être parfois intéressant d’associer les deux
approches.
Mais il faut bien considérer que ce qu’on appelle
la « coniance en soi » reste totalement tributaire du
regard des autres.
Il y a parfois une grande distance entre l’estime
de soi et la coniance en soi ; l’une peut même
aller à l’inverse de l’autre, et vice versa. Mais
revenons aux groupes de paroles.
© CAIAIMAGE/AGNIESZKA OLEK/CAIAIMAGES/PHOTONONSTOP
LES GROUPES DE PAROLES
Pourquoi ça marche ?
Le principe. Il tient dans ce constat que la communication ne
se résume pas à un système de questions-réponses.
Elle met en jeu tout un échange d’images où l’on n’a jamais en
face de soi l’interlocuteur qu’on croit avoir, mais un « autre » qui
a son propre iltre d’interprétation, en fonction de son histoire,
de ses présupposés, et qui va vous interpréter à travers ce iltre.
De même, vous allez vous présenter à lui à travers un certain
nombre de signes : une voix haut perchée, une gestuelle particulière, qui vont lui donner d’emblée une certaine image de vous.
D’où l’instauration d’une spirale réaction-contre-réaction, où il
va devenir improbable de démêler « le tien du mien » à moins de
la rejouer face à des observateurs objectifs.
Comment ça marche ?
La méthode. Elle est inspirée du psychodrame de Moreno, tel qu’il
a été popularisé en France par Anne Ancelin-Schützenberger (1).
Une séance se déroule classiquement en trois étapes :
– Un temps d’échanges informels qui va permettre aux participants de constater que la problématique dans laquelle ils se
débattent n’a rien d’extraordinaire, puisqu’ils vont la retrouver, sous des modalités différentes, chez d’autres membres
du groupe
– Le jeu de rôles proprement dit, qui va donner la possibilité à
l’un des protagonistes d’anticiper une scène redoutée ou de
revivre une scène déjà vécue ; il sera face à des partenaires qu’il
aura choisis dans le groupe, avec la possibilité de renouer avec
ses émotions, mais aussi de comprendre les réactions que son
attitude, son discours, voire la tonalité de sa voix auront pu
susciter chez ces partenaires.
– Un troisième temps d’analyse, qui s’inspirera à la fois des
observations des participants et des observateurs pour dégager avec le concours des deux psychologues en charge du
groupe une synthèse utile à tous et des recommandations
particulièrement destinées à l’acteur principal.
À quelles conditions ?
Dès lors, la question qui se pose, que vous vous poserez sûrement, est la suivante : Comment se fait-il que cette méthode que
vous nous présentez comme eficace, simple d’accès (il sufit
généralement d’un « pack » de six séances), voire ludique… ne
soit pas plus répandue ?
La réponse est simple : c’est que, comme tout travail de groupe,
elle n’est pas facile à mettre en œuvre. D’une part, il s’agit de
réunir au même moment, un ensemble de personnes (entre 8
et 12 participants) présentant le même type de préoccupations.
Ce premier point pourrait ne pas sembler très contraignant dans
la mesure où il n’est pas nécessaire que ces personnes aient
les mêmes problématiques, ni qu’elles appartiennent au même
groupe d’âge ou de niveau socio-culturel (en évitant cependant
les trop grands écarts…) Et pourtant, l’expérience prouve que
ces problèmes de calendrier sont souvent plus compliqués qu’ils
n’en ont l’air.
D’autre part, nous avons besoin de nous assurer que les participants sont résolus à aller ensemble jusqu’au bout de l’expérience
pour deux raisons :
– Parce que les progrès de chacun ne pourront s’inscrire que
dans le temps, et en fonction d’une certaine continuité ;
– Parce qu’il faut tenir compte de ce que nous appelons « la
dynamique de groupe », à savoir, à l’intérieur même du groupe,
une forme de solidarité qui va soutenir les efforts des uns et
des autres.
Autrement dit, nous devons faire en sorte que ces problèmes
d’organisation soient résolus avant d’ouvrir une session, laquelle
session se composera de six séances, comme indiqué plus haut, à
raison d’une séance tous les quinze jours. Chaque in de session
donnera lieu à la fois à une synthèse sur l’activité du groupe et
des recommandations adaptées à chaque participant.
Le « groupe de paroles » ne fait pas partie des techniques sophrologiques en tant que telles. Mais il peut constituer, en tant que
thérapie associée, un complément très intéressant à la démarche
sophrologique, dans laquelle il ne s’inscrit pas nécessairement. l
(1) Psychologue et psychothérapeute.
SOPHROLOGIE
n
35
© NICO HERMANN/WESTEND61 / PHOTONONSTOP
REGARDS CROISÉS I
36 SOPHROLOGIE
n
“ Vite, vite…
la grande faucheuse
m’attend ! ”
P
endant des années, cette
peur de mourir précocement
voyage sous couvert d’une
autre : la peur de perdre
associée à un sentiment profond d’insécurité et à une hyper vigilance
énergivore.
Peur que l’on prenne ma place dans mon
cercle professionnel, amical ou amoureux
car il y a la conscience que rien ne dure,
tout peut s’écrouler à tout moment et que,
« ça n’arrive pas qu’aux autres ». Une peur également alimentée par un sentiment d’abandon : si la vie a abandonné ma mère et si
ma mère m’a abandonnée alors le spectre
de l’abandon et de la mésestime encercle
mes relations.
Je plonge au cœur de scénarios catastrophes anxiogènes dépassant la perte
réelle. Face à un licenciement, ma collègue craint d’être femme au foyer quand
j’envisage déjà la saisie immobilière, la
rue et la mort. Mon enfant est hypersensible, c’est sûr il sera harcelé et pourra
se suicider. Côté santé, j’opte pour l’évitement en consultant le moins possible
ou je surinvestis les signaux du corps et
un mal de tête persistant devient une
menace d’AVC. Si ma mère a succombé
à une maladie, je dois me soumettre à
des contrôles médicaux réguliers me
rappelant sans cesse ma vulnérabilité et
nourrissant mes peurs viscérales. Je suis
« J’étais adolescente ou
jeune adulte au jour de
la mort de ma mère ? Ce
choc a mis à mal cette
croyance inconsciente
qu’« une mère ne meurt
pas » pour y substituer
une autre, tout aussi
inconsciente : je suis
vulnérable, mortelle
et la grande faucheuse
m’attend… Oui, comme
pour tous me direzvous… Mais là, il se peut
qu’il y ait une échéance,
une date ixe qui
s’inscrive subtilement
dans mon inconscient : le
jour où j’atteindrai l’âge
de ma mère à son décès.
Patricia Ferrante, juriste, sophrologue
caycédienne et formatrice
Christophe Fauré, psychiatre, psychothérapeute
toujours en alerte pour parer au pire et
conjurer le sort.
Animée en coulisse par cette échéance
qui « attend devant », je dois faire vite. Vite
et bien, et toujours mieux. Je peux être
d’une extrême exigence avec moi-même et
avec les autres qui deviennent parfois des
objets de satisfaction de mon besoin de
reconnaissance et de sécurité. Or, ce qu’ils
m’offrent et ce que j’atteins ne sufit jamais
parce qu’au fond, ce que je recherche, c’est
l’amour inconditionnel de ma mère.
J’y suis
Je me rapproche de l’âge de ma
mère à son décès et, quelques
mois ou, parfois même déjà un ou
deux ans avant, l’angoisse s’intensiie pour moi, pour mes enfants
« orphelins en devenir ». Avec elle,
surviennent des fragilités physiques et psychiques souvent sans
pathologies détectées. Une sensation de mal-être s’installe, entraînant parfois des décisions radicales de rupture professionnelle
ou amoureuse comme si mettre à
mort ce qui m’entoure pouvait me
sauver.
SOPHROLOGIE
n
37
Wow, je suis (sur) vivante !
Une fois passé le cap, je suis
soulagée et pourtant, en proiter reste dificile. La vie m’offre
un sursis inespéré, refusé à
ma mère, et mon corps résiste
(maladies auto-immunes,
mal-être profond). Serait-ce
l’expression de la culpabilité
du survivant, elle aussi bien
inconsciente ?
Ce moment rappelle que la
séparation est déinitive. Le lien
autour de ce destin commun
se délie. Je prends conscience
des schémas de pensées qui
définissaient jusque-là mes
choix et actes et de leur lien
avec ma perte. Dans le meilleur des cas, je me déleste des
situations familiales, amicales,
professionnelles pesantes. Mes
besoins et valeurs se clariient :
je n’ai plus à être la ille idéale
que je pensais devoir être. Je
peux être qui je suis. Je vis et
je vais vivre. Je me sépare vraiment de ma mère et prends ma
place dans le monde. Je me projette dans un futur plus serein
jalonné de choix de vie qui me
ressemblent. Je commence
enin à vivre au lieu de survivre.
La sophrologie est une invitée de
marque pour m’aider à prendre
conscience de tout ce processus
et avancer… autrement.
JE PEUX ÊTRE
QUI JE SUIS.
JE VIS
ET JE VAIS
VIVRE
n
38 SOPHROLOGIE
© OLIX WIRTINGER/FANCY / PHOTONONSTOP
REGARDS CROISÉS I
La sophrologie à la rescousse
Je commence par me poser, fermer les yeux… m’offrir un espace de douceur pour
accueillir et rencontrer cette femme privée de mère en plein cœur de sa construction identitaire et qui, depuis, cherche à être rassurée sur sa valeur, ses choix, sa
santé, son espérance de vie.
Et je respire. Je sens la vie qui circule, naturellement, continuellement.
Je réactive mon énergie vitale que j’insufle dans les parties de mon corps en
souffrance et stimule ses capacités d’autoréparation.
En mouvement, je réinvestis positivement mon corps, attentive à mes sensations, ces manifestations de vie. Je ressens ma peau, mes muscles, mes os, mes
organes : je reprends coniance dans mon corps bien vivant, qui va bien, du mieux
qu’il peut. J’existe et je vis !
En apprenant à observer et à respirer avec les sensations, pensées et émotions
qui me traversent, je distingue mieux ce qui est de ce que je crains. Je reprends
pieds dans le présent, je m’ancre et développe un espace de sécurité intérieure
moins dépendant des éléments extérieurs. De là, s’éveille un regard positif sur
la personne que je suis et ma vie. Ma capacité d’oser ce qui me tient à cœur peut
enin s’exprimer !
Apaisée, je me prépare à cette date fatidique en apprenant à me projeter au-delà,
soulagée et heureuse de vivre. Je trouve plus facilement les stratégies qui me
feront avancer jusqu’à ce jour.
Je réveille ma capacité à me voir vieillir au-delà de l’âge de ma mère à son décès,
capacité jusque-là igée, faute de igure maternelle vieillissante. Je me projette
âgée et en bonne santé entourée des êtres chers, eux aussi bien vivants. Je cultive
la coniance en une possibilité d’avenir tout en désamorçant ma programmation
inconsciente à mourir précocement.
Sécuriser dans mon présent et mon futur, je revisite ma relation à ma mère pour
récréer un lien intérieur, différencié et apaisé. Je m’autorise à lui dire ce qui est
resté en suspens.
Je revisite aussi les valeurs qui m’ont portée jusque-là, celles d’aujourd’hui et
celles que je souhaite nourrir à l’avenir. Je réponds ainsi aux questions identitaires qui auraient dû trouver réponse à l’adolescence/jeune adulte et bloquées
au moment du décès de ma mère.
Et pour apprivoiser ma crainte légitime et universelle de mourir, je peux me projeter au jour de ma mort avec ces questions : qui aura été essentiel dans ma vie et
qui aimerais-je avoir à mes côtés ce jour-là ? Qu’est-ce qui aura été important et
aura fait sens pour moi ? Que souhaiterais-je laisser ? Comment aimerais-je être
en ce dernier jour ? Si mourir est inéluctable, vivre dans l’authenticité de qui je suis
et mourir apaisée et satisfaite de mon vécu peut devenir un projet de vie en soi. l
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REGARDS CROISÉS I
Sport en
conscience
« Après avoir exercé pendant 30 ans dans le
domaine du sport et de la danse et avoir effectué
une formation de sophrologie en deux ans, je
suis devenu coach sportif. J’ai pu mettre la
sophrologie au service du sport. L’ensemble de mes
connaissances m’a permis de prendre en charge le
sportif dans sa globalité, en tenant compte de l’unité
corps-esprit au cœur du projet sophrologique. »
Muriel Picamoles, sophrologue, coach sportif, professeur de danse, conseillère en Nutrition.
L
es sportifs intègrent en général
en toute autonomie les techniques de sophrologie dans leur
pratique. La discipline devient
même pour eux une philosophie de vie,
un moyen d’« Aller à la source de l’Être, trouver
n
40 SOPHROLOGIE
son jardin secret, sacré ! » selon le Dr Jacques
Raynal. Pour le sophrologue, il s’agit dans
un premier temps de construire un climat
de coniance pour créer l’alliance avec chacun. Pour renforcer leurs acquis et leur être
soi, je m’appuie sur deux axes principaux
qui me donnent une méthode de travail :
motivation et concentration.
Motivation et concentration
au service de la performance
L’esprit de compétition augmente non
seulement l’effort musculaire mais aussi
la pression psychologique. L’excès de
stress peut faire perdre tous les moyens
du compétiteur et remettre en question des
années de travail, jusqu’à engendrer parfois
des blessures par manque de concentration et de connaissance de soi. Le travail
sophrologique permet à l’athlète de gérer
son stress, d’être plus performant, encore
faut-il qu’il apprenne à différencier le stress
négatif du positif. Repérer, mobiliser et
maintenir à bon escient le stress positif
constitue un idéal recherché. La concentration ici et maintenant permet au sportif d’éliminer toutes pensées parasites qui
© CVIOLETTE DORANGE
pourraient lui faire perdre l’estime de soi
et produire une remise en question permanente. Le travail sur la coniance en soi et la
motivation est alors déterminant. La gestion des émotions favorise une meilleure
connexion à soi-même et concentration
sur son objectif. (Courbe de stress selon
Yerkes-Dodson 1906)
La sophrologie permet aussi d’être :
¾ Acteur de ses apprentissages, autant
techniques, physiques que mentaux ;
¾ Capable de prendre des initiatives sans
avoir peur de se tromper ;
¾ D’être en mesure de savoir sortir au bon
moment de sa zone de confort ;
¾ À l’écoute de son intelligence émotionnelle pour « devenir curieux de soi » ;
¾ En mesure de prendre conscience du
plaisir de l’effort fourni et de tous les
phénomènes psychiques et corporels
© DAVY HUGUET
Violette Dorange à la barre de son voilier.
Davy Huguet particiapant à « La Transquadra ».
SOPHROLOGIE
n
41
REGARDS CROISÉS I
qui en découlent. Toutes les sensations
positives sont un bon moyen de se détacher du résultat, pour éviter toutes perturbations nuisibles à la performance
recherchée.
La mise en place de séances à partir du
matériel et équipements utilisés, des gestes,
de l’optimisation de l’énergie, de la respiration, de la capacité à sentir son corps dans
l’espace permettent aux différents sportifs d’intégrer les méthodes et d’améliorer
aussi leurs résultats.
Quelques directions de séances
Mes séances s’organisent autour de différents paramètres :
¾ La prise de conscience du schéma corporel ;
¾ Le repérage et l’intégration de la respiration ;
¾ L’amélioration de la concentration ;
¾ La récupération immédiate ;
¾ La récupération profonde en apprenant
à gérer son sommeil dans différentes
circonstances ;
¾ La compréhension et la mobilisation du
principe d’action positive ;
¾ La gestion des émotions ;
¾ L’amélioration de la motivation et de la
coniance en soi ;
¾ La capacité à se remettre en question de
manière positive ;
¾ La gestion de la douleur ;
¾ La cohésion d’équipe suivant le sport
pratiqué ;
¾ La boucle d’amélioration.
Résultats dans plusieurs
disciplines
Donner un autre soufle à Éole
Une fois par mois, je prends en charge
pendant la saison des régates, les sections
Optimist (8-14 ans, illes et garçons). Les
enfants et les adolescents ont eu du mal à
saisir au début l’impalpable, voire le non
quantiiable. Leur apprendre à vivre l’instant présent, à se sentir « bien là » n’a pas été
aisé. Pour favoriser l’intégration, j’ai mis en
place des séances in situ sur leur bateau, en
évoquant à un moment une phase de compétition. Les premiers retours, entre éclats
de rire et parasitages, n’ont pas empêché
l’émergence de phénodescriptions riches :
« J’ai mes muscles qui ont tremblé », « Je me suis vu
tout petit sur le bateau », « J’ai senti les embruns, le
n
42 SOPHROLOGIE
sel, le vent sur mes oreilles et le bruit des drisses »,
« Je me suis rendu compte que je ne respirais pas
durant les manœuvres ». Par ces différents
retours, l’harmonie du corps et de l’esprit
a pris sens chez certains jeunes.
Certains naviguent en solo, d’autres en équipage sur différents modèles de bateau : j’ai
dû m’adapter à leurs exigences sportives et
à leurs objectifs. Sachant qu’à tout moment
les sportifs peuvent être confrontés à une
situation inconsciemment anxiogène, qui
leur ferait perdre tous leurs moyens, la mise
en place d’une séance orientée sur la sophrosubtitution mnésique peut être eficace. Au
il des séances, les sportifs ont acquis plus
de facilité à réguler le lux des doutes. Ils
ont gagné en coniance et ont transformé
leurs faiblesses en forces. Enrichis de leurs
erreurs, ils naviguent sur la route de la réussite Dans le fond tout ce qui se voit se corrige, s’améliore et se transforme.
Le triathlète Damien Douvry.
Des témoignages de sportifs
VIOLETTE DORANGE (médaillée d’argent et de bronze aux championnats du monde
ISAF 2016-2017, médaillée de bronze aux championnats d’Europe et médaille d’or aux
championnats de France 2017 en 4.20. Challenges : traversée de la Manche et du Détroit
de Gibraltar en Optimist (Seule au monde à l’avoir réalisé).
« Qu’est-ce que la sophrologie a changé dans ta vie de sportive ?
Ma coach mental m’apporte beaucoup. Elle me permet de gérer mes émotions comme le
stress ou la déception ; elle me donne une force, une énergie, un contrôle de moi-même,
une aide dans la cohésion de mon équipage, une écoute plus digne de mes sensations ;
elle m’apprend à gérer mes douleurs…. Durant les séances, je me projette dans des
situations de la régate, ain de me préparer à ce qui peut arriver, par exemple si je me
déconcentre, si je me focalise sur une douleur ou la gestion du froid, l’entente avec ma
co-équipière… La sophrologie avec un peu d’entraînement devient comme un mode de
vie, pour se réveiller, se motiver, proiter de chaque instant et être bien dans l’instant
présent, se détendre ou se calmer, s’endormir… Je suis métamorphosée.
Qu’est-ce que cela t’a apporté avec ton binôme ?
« La cohésion avec mon binôme a bien été renforcée par des séances. Sur le ressenti dans
la communication visuelle et tactile, « pouvoir tout se dire sans jugement ni a priori »
Mon équipière est une médaille d’Or en puissance… »
« La Transquadra » avec DAVY HUGUET (Cette course se fait en deux étapes : LorientMadère en 7 jours où il a ini 7e en pleine forme. Madère-St Martin (Antilles) en 15 jours
avec une 13e place). La préparation de Davy a duré deux mois à raison d’une séance par
semaine. Ses besoins étaient le sommeil fractionné, la récupération active et apprendre
à dormir sur 24 heures 20 minutes maximum par heure.
« Davy, quelles ont été vos sensations et vos émotions pendant la course ?
J’accueillais la fatigue et je n’essayais pas de me battre. Je n’ai jamais manqué de sommeil, j’étais là mais pas là, en état de conscience modiiée, les yeux ouverts. J’ai bien
réussi à récupérer sans vraiment dormir, bien à l’écoute de mon corps et mes signaux
d’alerte pour me poser. J’ai été obligé de faire une séance sous casque audio vers la in
car j’étais trop fatigué. [Il avait enregistré plusieurs de nos séances]. Je retrouvais de
l’énergie après 5 à 7 minutes de séance. Maintenant, je sais me poser, m’écouter et être
bien dans mon corps » !
© MICKE LEFEVRE WONDERTRAIL
LA SOPHROLOGIE
FAVORISE UN
AUTRE NIVEAU
DE CONSCIENCE
QUI PEUT
ACCOMPAGNER
VERS LA
RÉUSSITE
DAMIEN DOUVRY et le triathlon (première place au Trail de Madère ; première
place sur une étape de l’ultra trail du Mont Blanc à Chamonix 2018). Pour son
Marathon des sables (MDS) au Maroc, nous avons commencé les séances en
janvier 2018, soit quatre mois avant l’épreuve.
« Quelle a été ta préparation ?
Depuis janvier, je m’entraîne sérieusement et pense MDS (beaucoup de bornes,
de sacriices alimentaires) avec des entrainements croisés (course à pied, VTT,
vélo ELLIPTIGO (elliptique), le soir du renforcement musculaire et gainage.
Je pense avoir fait le « Job » physiquement, en respectant des plages de récupération, avec l’aide de l’appareil LIFE + (Électro stimulation). Pour la
première fois, je travaille mon mental avec Muriel. »
Marie Gatinaud,
compétitrice
en pole Dance.
Nous avons travaillé :
– La conscience et l’intégration du schéma corporel, RDC1, RDC 2 et RDC 3.
– La proprioception en conscience pour la prévention des chutes.
– Une séance sur le choix du matériel, la marche en conscience pour les chaussures.
– La coniance et l’acceptation de la distance. Gestion des différents climats. Sophro
acceptation progressive.
« Marie, la sophrologie a-t-elle changé votre façon d’aborder les compétitions ?
«La sophrologie m’a permis un apaisement et un regain de coniance dans la préparation
de ma compétition ainsi qu’une sérénité étonnante le jour J »
Le sportif se construit jour après jour par son entraînement. Sans garantir un résultat, la sophrologie
favorise un autre niveau de conscience qui peut accompagner vers la réussite. l
© JULIEN BRANCO
MARIE GATINAUD et la compétition en pole Dance (quatrième aux championnats
de France et deuxième au Triangle Pole Championship à Cary aux USA. Les séances se
sont déroulées dans sa salle de danse, articulées à plusieurs reprises autour de la sophro
programmation future et sophro-déplacement du négatif.
Bibliographie
E. Médaets, Sport et sophrologie – optimisez vos performances, Soteca 2018.
R. abrezol, La quête de l’excellence (voir l’éditeur).
C. raMos, Apprendre à gagner (voir l’éditeur)
SOPHROLOGIE
n
43
© MEDIAFORMEDICAL/KARIN CREEMERS
REGARDS CROISES I
Sophrologie et
FIBROMYALGIE
Le Déi de la pluridisciplinarité !
n
44 SOPHROLOGIE
© PHOTO DE L’AUTEURE
Le syndrome ibromyalgique est longtemps
demeuré lou et
mal compris. Cette
affection, qui atteint
environ 2 % de la
population générale,
est plus fréquemment observée chez
la femme. Ce syndrome se caractérise par un état douloureux chronique
tantôt localisé sur
Sophie Lebreton, psychologue et sophrologue, formatrice au
certaines régions
Centre de formation des sophrologues professionnels – École de
Normandie – CFSP. (Centre FEPS), auteure de Mes maux de tête.
corporelles ciblées,
Des neurosciences à la sophrologie (à paraître en 2018)
tantôt localisé de
manière plus diffuse et étendue sur le corps dans sa
globalité. Il fait partie des syndromes douloureux
chroniques dont le diagnostic demeure complexe à
visages multiples.
d
e classiication
mal aisée, ce
syndrome a pu
recevoir différentes dénominations comme
rhumatisme
musculaire
chronique (1901), rhumatisme psychogène (1960) ou encore neurasthénie, et
d’autres encore. Le terme ibromyalgie
proposé à partir des années 70 (HENCH,
1976, SMYTHE et MOLDOFSKY,
1977) est aujourd’hui internationalement
reconnu. Le sexe-ratio est de 9 femmes
pour 1 homme, avec un âge moyen de
début des symptômes vers 30-40 ans.
Étymologiquement, il est constitué de
ibro du latin ibra qui signiie ibre, du
grec myo pour muscle et algie pour douleur.
La triade symptomatique communément
décrite associe des douleurs localisées et/
ou diffuses au niveau des articulations,
des muscles et insertions tendineuses, une
asthénie globale, des troubles du sommeil
et parfois d’autres troubles fonctionnels
associés, par exemple troubles digestifs,
céphalées, rendement cognitif perçu
moins efficace, troubles thymiques et
hypersensibilité. L’intensité de la douleur
est décrite variable, aggravée par l’effort,
la fatigue et le stress.
L’accompagnement de ce syndrome
appelle des connaissances et compétences
spéciiques autour de la douleur chronique
rebelle impactant la qualité de vie de la
personne. Selon la déinition de l’International Association for the Study of Pain (IASP)
et adopté par l’OMS, la douleur est « une
expérience sensorielle et émotionnelle désagréable
liée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle
ou décrite en des termes évoquant une telle lésion ».
La prévalence de la douleur chronique
varie de 10,1 % à 55,2 % selon les études
françaises et internationales (1,2). Le
modèle de la douleur proposé par François
Boureau (1947-2005 ; médecin français
spécialisé en neurophysiologie et pionnier
dans le traitement de la douleur) met en
perspectives ces quatre dimensions essentielles intriquées dans l’expérience de la
douleur, que sont les dimensions sensoridiscriminative, émotionnelle, cognitive et
comportementale. La douleur chronique
est universelle, elle se pose comme un
enjeu de société majeur !
Des études (1) confirment une réponse
à la douleur différente chez la personne
atteinte de ibromyalgie. La douleur est
réelle. Les hypothèses physiopathogéniques la confortent. Des travaux de
recherches récents permettent de mieux
la comprendre. Les mécanismes de modu-
LA DOULEUR
EST RÉELLE
lation de la douleur se déroulent différemment avec la mise en évidence de réponses
physiologiques différentes au niveau de
la moelle épinière et du système nerveux
central, le cerveau, avec en particulier une
réponse dysfonctionnelle du système de
régulation responsable de l’atténuation de
la douleur ressentie. Une diminution des
mécanismes inhibiteurs de la douleur est
observée chez les personnes souffrant
de ibromyalgie (2). Du fait de ce déicit
de l’inhibition physiologique de la douleur, le patient éprouve des douleurs diffuses bien réelles avec une sensibilisation
centrale. Une concentration signiicativement supérieure en substance P (substance
intervenant dans la transmission de la
douleur) a été mesurée dans le liquide
(1) P. Chalaye, P. Goffaux, P. Bourgault, S. Lafrenaye, G. Devoede, A. Watier, S. Marchand, Comparing pain
modulation and autonomic responses in fibromyalgia and irritable bowel syndrome patients, Clinical Journal
of Pain, 28 (6), 519-526, 2012).
(2) J.-B. De Souza, S. Potvin, P. Goffaux, J. Charest, S. Marchand, The deficit of pain inhibition in fibromyalgia is more pronounced in patients with comorbid depressive symptoms. Clinical Journal of Pain, 25 (2),
123-127, 2009. N. Julien, P. Goffaux, P. Arsenault, S. Marchand, Widespread pain in fibromyalgia is related
to a deficit of endogeneus pain inhibition. Pain, 114 (2), 295-302, 2005.
SOPHROLOGIE
n
45
REGARDS CROISES I
céphalo-rachidien. L’imagerie fonctionnelle
(3)
montre aussi des réponses neuronales
modiiées chez la personne atteinte de ibromyalgie dans des régions cibles : les régions
frontales dorso-latérales et orbito-frontales,
les régions corticales cingulaires antérieures
et le gyrus parahippocampique. Un phénomène d’hypersensibilisation centrale à la
douleur (activation intense et prolongée du
système nociceptif) se trouve ainsi aggravé.
Outre des facteurs physiologiques complexes à l’œuvre, d’autres facteurs sont aussi
à prendre en compte tels que des facteurs
cognitifs, émotionnels, comportementaux,
environnementaux, génétiques, facteurs
également impliqués dans la modulation de
la douleur. La personne faisant l’expérience
d’une douleur peut en effet développer des
réponses d’anticipation cognitive et de catastrophisme, des réponses de peur plus fortes
impactant signiicativement la perception
subjective de sa douleur. Des études soulignent aussi la fréquence d’expériences
traumatiques. La dimension psychologique
du syndrome ibromyalgique ne met pas en
cause la réalité de la douleur vécue par la
personne.
Le syndrome ibromyalgique appelle donc
une prise en charge multidisciplinaire tant
pharmacologique que non pharmacologique. La chronicité de la douleur de type
ibromyalgique impact le corporel, le physique, le psychologique, le socio-professionnel, le familial, le conjugal et la qualité de vie
de la personne. La mise en œuvre adaptée
à chacun d’un traitement pharmacologique
agissant sur le système nerveux central
démontre aujourd’hui toute sa pertinence
en lien avec une approche globale de l’expérience singulière vécue par la personne. Les
consultations dédiées ainsi que les Centres
d’Évaluation et de Traitement de la Douleur
répartis en France (CETD) jouent un rôle
central. De nombreuses études conirment
les intérêts d’une perspective biopsychosociale dans l’abord de la ibromyalgie.
La douleur résulte souvent d’interactions
complexes entre des facteurs biologiques,
des facteurs psychologiques, des facteurs
socioculturels et des expériences de vie
avec stresseurs physiques et/ou psychologiques pouvant favoriser durablement une
vulnérabilité chez la personne. Les troubles
anxio-dépressifs sont fréquents (4). Il existe
différentes échelles et questionnaires utiles
à la mesure de l’impact du syndrome dans
le quotidien de la personne. Citons parmi
d’autres la version française du FIQ ,
Fibromyalgia Impact Questionnaire. Coichard
(5)
conirme les bénéices de l’apprentissage
de pratiques d’auto-relaxation et pratiques
méditatives, des thérapies cognitivo-comportementales autour de l’identiication
et gestion des émotions, des thérapies
d’acceptation et d’engagement en lien avec
les comorbidités psychologiques citées.
Certains auteurs (6) intègrent la ibromyalgie dans un spectre dit des troubles affectifs comprenant la dépression, les différents
troubles anxieux et certains syndromes
fonctionnels (intestin irritable, céphalées de
tension). De nombreuses études montrent
en effet combien la détresse émotionnelle
est grande chez la personne qui est souvent
confrontée aux jugements extérieurs portés,
aux représentations erronées et partielles
(« vous n’avez rien, c’est dans la tête… »).
Juliette, 30 ans, est adressée par son médecin
avec un diagnostic de ibromyalgie récemment posé. Son récit montre une longue
errance depuis environ cinq ans et un vécu
d’abandon par la non-prise en compte
de sa douleur réelle. Elle a pu s’entendre
dire qu’elle n’avait rien, et même qu’elle
inventait : « Il faut devenir adulte, enin ! Vous
avez mal quand ça vous arrange… ». La posture observée est igée, distante, des larmes
contenues. L’alliance construite lui permet
de poursuivre son récit. Ses douleurs se sont
progressivement installées avec la sensation d’une lourdeur aggravée au niveau du
© PHOTO12/ALAMY/KFCGYN
(3) M. Burgmer, M. Gaubitz, C. Konrad, M. Wrenger,
S. Hilgart, G. Heuft, B. Pfleiderer, Decreased gray
matter volumes in the cingulo-frontal cortex and the
amygdala in patients with fibromyalgia, Psychosom
Med, 71 (5), 566-73, 2009.
(4) C,. Cedraschi, J. Desmeules, C. Luthy, A.-F. Allaz,
Aspects psychologiques de la fibromyalgie, Revue du
Rhumatisme. 2003 Apr ; 70 (4) : 331 – 6, 2003.
(5) C.-G. Coichard, J. Cabane, Intérêt d’une prise en
charge multidisciplinaire du patient fibromyalgique,
Revue du Rhumatisme, 70 : 354-357.
(6) J.-L. Hudson, L.-M. Arnold, P.-E. Keck Jr, M.-B.
Auchenbach, H.-G. Pope Jr, Family study of fibromyalgia and affective spectrum disorder. Biological
Psychiatry. 2004 Dec 1 ; 56 (11) : 884 – 9, 2004.
n
46 SOPHROLOGIE
© FREDERIC CIROU/OHOTOALTO/PHOTONONSTOP
dos. « J’ai mal partout, c’est comme s’il y avait un
poids dans le bas de mon dos, j’ai des douleurs au
niveau des genoux, je n’arrive plus à rester assise,
à marcher ». Insidieusement, Juliette se met
en retrait dans sa vie personnelle et professionnelle comme si elle cherchait à ne pas
décevoir, elle limite désormais son activité
physique en particulier la marche, les sorties
en ville avec ses amis et ses collègues, elle
mange souvent seule à sa pause déjeuner.
Juliette a toujours beaucoup travaillé en qualité de secrétaire toujours disponible pour les
autres. Des arrêts maladies répétés lui sont
reprochés par sa hiérarchie et certains de ses
collègues. Juliette ne parvient plus à trouver
sa place. « Ce n’est pas facile de garder sa place ».
La découverte initiée de la Relaxation dynamique du premier degré (RD1) (7) en lien avec
la pratique d’une respiration calmante, permet à Juliette d’amorcer un nouvel ancrage
corporel, relayé aussi par une prise en charge
conjointe en balnéothérapie avec un kinésithérapeute. La remise en mouvement de son
corps peut sans doute améliorer un mieuxêtre global et marquera une première étape.
Proposer un accompagnement individualisé
adapté à chaque réponse verbale et/ou corporelle, est essentiel.
La sophrologie peut contribuer avec pertinence au projet de soins à co-construire
avec la personne et l’équipe, par sa dynamique psycho-corporelle, le travail autour
de la relaxation musculaire ainsi que la
dynamisation des ressources personnelles
et capacité d’adaptation. Elle accompagne
la prise de conscience de l’unité corpspensées-émotions-comportements. Elle
peut contribuer à l’unité et non au clivage
corps-esprit. La pratique de la relaxation
dynamique apparaît indiquée dans la mise
en place progressive d’une réactivation physique du schéma corporel, dans l’apprentissage de la détente musculaire. Favoriser
le mouvement physique peut favoriser le
mouvement psychique par un principe d’action positive réciproque. Le comportement
de peur inhibe souvent davantage le corps
douloureux. Par ailleurs, un travail autour de
la mobilisation musculaire et réadaptation à
la mobilisation du corps apparaît légitime.
Des modiications de la structure musculaire compatible avec une hypoxie musculaire, sont rapportées par de nombreuses
études. Les techniques centrées sur la visualisation positive (image ressource, souvenir
ressource), la décontraction musculaire,
la respiration profonde, l’auto-relaxation,
peuvent aider la personne à réguler sa perception de la douleur, à modiier son empan
de concentration ici et maintenant avec une
visée analgésique et relaxante. Il s’agit d’un
accompagnement individualisé avec chaque
personne pour enin écouter leurs besoins.
La ibromyalgie nous confronte donc à la
complexité de la douleur chronique et au
dysfonctionnement des systèmes centraux
de contrôle de la douleur. « Parce que la douleur
chronique est en limite de tous les savoirs, médicaux, inirmiers, psy, et (elle) nous invite tous à nous
confronter à d’autres modes de pensées, à travailler
ensemble – en synergie - pour la nécessaire prise en
charge du sujet. » (8)
La sophrologie peut trouver toute sa place
au sein d’une approche multidisciplinaire
essentielle. Elle peut contribuer aux nécessaires remaniements dans des espaces de
vie ain de mettre en œuvre un comportement actif favorable de « faire face avec ». Il est
des douleurs qui demeureront des voisines
de palier parfois bruyantes, parfois plus
calmes. La réactivation du corps et celle
des ressources personnelles constituent des
piliers essentiels à bâtir, à consolider pour et
avec chaque personne durant son parcours
existentiel. l
Bibliographie
(1) C. Harstall, M. Ospina, How prevalent is chronic
pain ? Pain Clinical Updates, 11 (2) : 1-4, 2003.
(2) H. Breivik, Survey of chronic pain in Europe : prevalence, impact on daily life and treatment. European
Journal of pain, 10, 287-333, 2006.
(7) Technique longue de sophrologie qui comprend
un ensemble de stimulations corporelles.
(8) Livre Blanc de la Douleur, État des lieux et propositions pour un système de santé éthique, moderne
et citoyen, SFETD, 2017.
SOPHROLOGIE
n
47
EXPERIENCE DE VIE I
© KLAUS MEINHARDT/IKON IMAGES / PHOTONONSTOP
RENFORCER
LA PRISE DE
CONSCIENCE
DE L’EXPÉRIENCE
VÉCUE
n
48 SOPHROLOGIE
CE quE LA SOphROLOGIE
M’A AppORté
Ma rencontre avec la sophrologie
« Pendant les études de kinésithérapie, nous étions formés de manière fort
incomplète aux méthodes de relaxation progressive et différentielle de Jacobson,
très corporelles et au training autogène de Schultz d’approche plus mentale.
Après quelques années de pratique professionnelle, je tournais en rond et me
lassais d’être répétitif jusqu’au jour où, grâce au sport, je rencontrai un curieux
personnage qui coachait mon équipe de basket. »
Éric Médaets, kinésithérapeute du sport, sophrologue, entraîneur mental de sportifs de haut niveau,
formateur à l’École belge de sophrologie fondamentale et de relaxation (EBSFR) et au CFSP,
membre titulaire de la Société belge de sophrologie et de relaxation. (SBSR), auteur de Sport et sophrologie,
optimisez vos performances, Soteca, 2018.
l était psychologue, dans tous
les sens du terme et son attitude m’intriguait : il était non
directif, laissait les joueurs
vivre leur match et n’intervenait qu’en dernière option. Chaque membre
de l’équipe était responsable de ses actions
et osait agir sans la pression extérieure du
coach dont j’étais devenu l’assistant. Nous
étions là pour accompagner sans autoritarisme mais avec la rigueur et le sérieux
qui s’imposaient. Plus proche de lui, je lui
demandai comment se faisait-il qu’il avait
une attitude différente par rapport aux
coaches que j’avais côtoyés auparavant.
Était-ce sa formation de psychologue ?
Probablement en partie mais il ajouta qu’il
avait suivi une formation en sophrologie
chez le Dr Henri Boon et que son attitude
avait changé radicalement.
Il m’expliqua ensuite ce qu’était pour lui la
sophrologie. Convaincu par son discours et
emporté par ma curiosité, j’allais enin sortir
de ce cercle dans lequel je m’enfermais de
plus en plus…
Suivant son conseil je m’inscrivais à la
formation donnée par le Dr Henri Boon
et là ce fut le choc… positif ! Plus qu’un
ensemble de techniques de relaxations statiques, dynamiques et d’imageries mentales,
j’allais découvrir et acquérir progressivement une autre approche des choses de la
vie. J’ai développé cette nouvelle attitude
de la neutralité bienveillante par rapport
à soi, aux autres, au monde, basée sur les
Je découvris petit à petit ce génial mixage,
cette synthèse magistrale, parfois confuse
pour moi, de méthodes occidentales et
orientales laïcisées, allant de l’hypnose à la
méditation, vision Alfonso Caycedo, fondateur de la sophrologie. Ce côté oriental,
quoique occidentalisé, était très novateur
pour l’époque, une autre manière d’appréhender les choses et une vraie ouverture
pour moi.
UNE AUTRE
MANIÈRE
D’APPRÉHENDER
LES CHOSES
Cette méthode à médiation corporelle, ce
qui comme kinésithérapeute me parlait,
constituait un nouveau bagage extraordinaire qui dépassait toutes mes espérances,
oserai-je dire, mes a priori !
quatre principes de la sophrologie et les cinq
étapes de la réduction phénoménologique
husserlienne : le non jugement, l’absence d’a
priori, l’essence même des choses, etc. Cette
approche nourrit et enrichit le processus
sophrologique qui accompagne les sophronisations et renforce la prise de conscience
de l’expérience vécue.
Je m’attendais à compléter ma boîte à
outils et c’est ma vie qui s’est remplie de
la conscience du positif, de mon schéma
corporel, de la réalité objective… Mes perceptions des évènements personnels et des
situations professionnelles furent complètement modiiées : mes expériences vécues
n’en furent que plus intéressantes.
Ma vision du monde a
complètement changé
SOPHROLOGIE
n
49
EXPERIENCE DE VIE I
Cette formation d’une richesse insoupçonnée a contribué énormément à mon évolution personnelle quotidienne : elle fut la
seule formation professionnelle qui m’a
apporté autant à moi qu’à mes patients.
La sophrologie dans ma profession
La sophrologie m’a sensibilisé à la phénoménologie, si dificile à aborder mais tellement
riche d’ouverture : voir le « monde » comme si
c’était la première fois, quelle découverte !
En faisant régulièrement « un pas de côté », la
prise de recul par rapport aux évènements
de la vie quotidienne est devenue une habitude et un grand soulagement. Utiliser
« l’espace-temps » avant d’agir ou de réagir évite
certaines prises de décisions maladroites ou
certains malentendus.
La remise des choses dans leur contexte et
leur juste proportion rend la vie tellement
plus facile. Vous vous êtes probablement
posé cette question… parfois un peu tard :
« Est-ce vraiment cela qu’on me demande de réaliser ? ».
Expérience vécue : avec mon épouse, nous
avons eu la vie sauve grâce à la sophrologie lors du drame du Heysel. La prise de
conscience de l’environnement et de l’évolution de la situation nous a permis d’agir de
façon déterminée, stressés, sans paniquer à
aucun moment. Impossible de sortir par la
porte ; au lieu de fuir en descendant comme
la majorité, nous sommes partis vers le haut
en escaladant un mur d’enceinte : c’est ce
qui nous a sauvés. Le stress positif nous a
« dopés » et a décuplé nos forces pour réaliser des exploits physiques insoupçonnés,
brefs mais d’une intensité rare. Le lendemain, nous avions mal partout comme si
nous avions fait un marathon sans entraînement. La sophrologie nous a aussi aidés
à récupérer physiquement et mentalement.
RÉPONDRE
À CERTAINES
EXIGENCES
DE LA VIE
n
50 SOPHROLOGIE
© PHOTO12/ALAMY/DNX2EE
Notre perception n’est pas souvent proche
de la réalité, la sophrologie m’a permis de
mieux répondre à certaines exigences de la
vie en revenant le plus possible dans la réalité objective.
À l’origine, la sophrologie, par son côté médicalisé, était destinée aux médecins et aux
paramédicaux, cela a bien changé depuis… Elle a toujours été pour moi un complément
qui a enrichi ma formation de kinésithérapeute et aidé à aborder mes patients différemment
en parfaite alliance.
L’absence de préjugés, que l’on doit parfois chasser, me permit d’aborder mes patients tels
qu’ils se présentaient à moi, dans la situation qui était la leur au moment de les accueillir.
C’est ce qui change tout l’accompagnement pendant le traitement.
Elle trouva immédiatement sa place dans le suivi des futurs mamans et papas à préparer la
naissance et à vivre l’accouchement non sans douleurs mais sans crainte. Je commençais
chaque préparation prénatale en disant que ce serait probablement la seule fois qu’elle serait
hospitalisée sans avoir un problème de santé : la grossesse n’est pas une maladie, l’accouchement n’est pas un acte médical thérapeutique !
Outre tout l’aspect « relaxation » et l’attitude vis-à-vis de cette tranche de vie, la sophrologie
facilite l’acceptation des modiications du schéma corporel avant et après l’accouchement : une
belle application du principe d’intégration du schéma corporel comme réalité vécue. L’image
corporelle est également mieux acceptée, sans jugement et avec une certaine bienveillance par
rapport à soi-même. Ces transformations en évolution constante ne sont que temporaires…
LA MÉMOIRE
EST SÉLECTIVE
il vient. Cette prise de conscience permanente du nouveau potentiel active la motivation du binôme « patient/ thérapeute » en
parfaite alliance.
Dans les traitements de traumatisés avec des
atteintes neurologiques, lorsque la récupération était sufisante, je quittais l’approche
médicale et devenais « coach sportif » avec
comme objectif non plus de « guérir » mais
d’améliorer les performances, en développant l’endurance…
L’attitude du thérapeute dans l’accompagnement est essentielle : l’alliance thérapeutique
classique est renforcée par l’alliance sophrologique. Cela modiie complètement l’état
(1) Professeur de psychologie sociale à l’Université
Stanford.
en public ! Maintenant la vraie dificulté
c’est de m’arrêter de parler : la sophrologie
n’est pas étrangère à cette métamorphose.
Elle m’a aidé à exprimer mon potentiel sans
craindre le jugement des autres et à me
débarrasser de cette carapace que je m’étais
mise et dans laquelle je me sentais à l’étroit.
Je me protégeais, mais de quoi ? Où étaient
les risques ? Probablement chez moi : mon
propre autojugement !
Conscient de ma propre réalité objective,
je suis resté dans les limites de mes compétences sans jouer au philosophe, au psychologue que je ne suis pas. J’ai toujours évité de
devenir une personne de pouvoir, détentrice
de la vérité, un pourvoyeur de croyances, un
prometteur de beaux jours…
Je ne dis jamais : « C’est pour ton bien ! » C’est la
personne elle-même qui sait ce qui est bon
pour elle et à quel moment.
Que de multiples rencontres enrichissantes
la sophrologie me permet de vivre encore
aujourd’hui ! Elle est un processus qui m’apporte toujours au quotidien ; elle m’a fait
découvrir la pleine coniance en développant mon potentiel. l
© LEIG H WEL LS/
IKO N IMA GES / PHO
TON ONS TOP
© MEDIAFORMEDICAL/ALAMY/ANNA OMELCHENKO
Chaque traitement de kinésithérapie classique fut imprégné chez moi de l’attitude
sophrologique : activer le positif en mettant
l’accent sur les progrès réalisés, en pleine
conscience de l’évolution réelle. Rappeler le
chemin parcouru est essentiel car la mémoire
est sélective et le patient oublie souvent d’où
d’esprit du patient et du thérapeute, comme l’explique
Carol S. Dweck (1) « d’un état
d’esprit ixe vers un état d’esprit
de développement ».
Personnellement chaque
traitement mettant le
patient au cœur de la
démarche était vécu
comme une nouvelle
expérience en dehors
des protocoles traditionnels, laissant la place
la plus importante à
« l’humain ». J’ai vraiment pris conscience
des différences qui
existent entre les
techniques médicales,
certes indispensables,
et l’art de guérir,
d’accompagner. C’est
la différence entre
le « sophronique », les
techniques pratiquées et entraînées, d’une
part, et le « sophrologique », l’attitude générale, l’état d’esprit qui accompagne toute la
démarche, d’autre part !
La sophrologie par les partages respectueux
des expériences vécues avec les participants
aux séances a enrichi ma propre vie : avec
l’esprit ouvert, nous proitons tous des
expériences de chacun.
Dans le cadre de mes activités de kinésithérapeute du sport, d’entraîneur et de
coach, la sophrologie est plus qu’un complément. Elle m’a permis de donner une
autre dimension dans l’apprentissage des
gestes sportifs, dans l’entraînement et le
coaching.
Avec la sophrologie comme il conducteur, nourri de mes expériences du terrain, j’entraîne mentalement des sportifs
de tous niveaux qui ont tous un point
commun : s’améliorer et être plus performants en compétition. Souvent le
potentiel réel vécu aux entraînements
ne s’exprime pas en compétition pour
de multiples raisons dont le stress exagéré ou… absent et les émotions envahissantes et persistantes.
De kinésithérapeute-sophrologue,
je suis devenu conférencier, auteur
d’ouvrages et d’articles ainsi que formateur depuis plus de 20 ans, alors
qu’avant je détestais prendre la parole
SOPHROLOGIE
n
51
Pratiques et PersPectives Pro
« Le magazine Sophrologie,
pratiques et perspectives
propose des articles professionnels écrits par des
sophrologues des différents
courants de la sophrologie ;
ils représentent tous une
conception du métier. Pour
certains courants, la sophrologie est une pédagogie de
l’existence qui peut avoir
des effets thérapeutiques ;
pour les autres la sophrologie nous inscrit directement
dans le champ de la thérapie. D’un auteur à l’autre, les
contenus des articles varient
donc en fonction au moins
de ces deux paramètres.
Richard Esposito,
directeur du comité éditorial
LA SOLItuDE
DéButANt
Je suis toujours étonnée, depuis que je
m’occupe de formation en sophrologie de
cette espèce de « creux » entre l’amitié,
voire la familiarité qui s’installe parmi les
stagiaires au cours de leurs deux ou trois années
d’études, et l’isolement qui se manifeste
« après coup… » Au moment où pourtant,
ils auraient peut-être le plus besoin
d’échanger les uns avec les autres.
Declerck Michèle, diplômée de Sciences Po, Docteur en psychologie, psychanalyste,
© PHOTO12/ALAMY/HYHRKM
sophrologue, auteure, animatrice de groupes de paroles et de perfectionnement
n
52 SOPHROLOGIE
Du SOphROLOGuE
ous me direz que c’est peutêtre le fait des Écoles ellesmêmes qui, à la différence de
ce qui se passe dans d’autres
domaines, ne se préoccupent pas
sufisamment de maintenir les liens, une
fois la formation terminée. Pas si sûr…
V
À la recherche des « anciens »
Nous avons vécu l’expérience dans un
centre de formation, où nous avons essayé
à plusieurs reprises de reconstituer une
« association des anciens » qui aurait pu faire
proiter les nouveaux venus de leurs expériences, voire de les accompagner dans les
débuts de leur vie professionnelle.
Nous devons à la vérité de dire que ces
efforts n’ont pas été particulièrement couronnés de succès compte tenu du nombre
très faible de retours « obtenus ».
Alors, où étaient-ils passés, ces sophrologues qui semblaient se désintéresser de
ce qui les avait tout de même et pour un
temps réunis ?
La première hypothèse, pas nécessairement la plus réjouissante, était qu’ils
avaient peut-être tout simplement abandonné la sophrologie et que par conséquent, ils faisaient « quelque part, tout autre
chose… »
La seconde hypothèse, mais qui nous
paraissait improbable, pouvait être qu’ils
avaient tellement bien « réussi » par leurs
propres moyens, qu’ils n’éprouvaient pas
le besoin d’échanger avec des collègues
moins chanceux…
Rien de tout ceci ne nous paraissant satisfaisant, nous sommes allés chercher de
l’autre côté, vers des expériences de solidarité, de complémentarité, qui auraient
pu nous faire voir les choses « autrement ».
Catherine, Corinne, Annabel
et la « sophrothèque »
Je les ai connues toutes les trois dans
mon centre de formation. Elles avaient
toutes les trois suivis le même cursus ; et
elles se trouvaient donc devant le même
problème : comment traduire en activité
« professionnelle » à la fois cet acquis de
connaissances, ces pratiques et aussi ce
sentiment d’une vocation qu’elles avaient
retirée de leurs trois années d’études ?
Catherine était directrice d’école et très
tôt, avait compris comment elle pouvait
faire bénéicier ses écoliers de ce qu’elle
avait appris en sophrologie, allant jusqu’à
constituer des groupes de relaxation en
fonction des besoins des uns et des autres.
Corinne était graphothérapeute, son activité consistant à établir des bilans pour
des enfants ayant des dificultés avec l’écriture et la lecture, ce qui l’avait amenée à
observer en quoi la sophrologie avec la
détente et la concentration qu’elle leur
proposait, pouvait leur être utile.
Annabel venait du monde du théâtre,
avec tout ce qu’il supposait de prise
de conscience du schéma corporel, et du
rôle du corps dans l’expression et la gestion des émotions.
Leur point commun : l’intérêt pour l’enfant en devenir, avec à la fois la conviction
que la sophrologie pouvait les aider dans
leur développement – mais aussi l’intuition que cette sophrologie-là ne pouvait
être que « ludique », c’est-à-dire adaptée aux
besoins de leur âge.
De là était née, encouragée et encadrée
par un travail de supervision, l’idée de
la « sophrothèque » soit un atelier de in de
semaine, à l’intention d’enfants de proils
et d’origines divers mais dont il était clair
qu’ils auraient tout à gagner à la pratique
de la sophrologie.
Nous devons à la vérité de dire que cet
atelier, démarré dans l’enthousiasme, n’a
vécu que quelques séances le dimanche
matin, à partir desquelles les dificultés de
gestion et les problèmes d’organisation
personnelle ont amené à la dissolution de
l’association.
Pour autant, de l’avis des participantes, il
s’est agi d’une expérience constructive qui
leur a permis des échanges enrichissants
dont elles ont pu bénéicier dans leurs activités respectives.
Alors, quelle leçon, au-delà
des dificultés pratiques, tirer
de cette aventure qu’on peut
qualiier d’exemplaire ?
Très clairement, apparaît pour les
sophrologues débutants l’intérêt qu’ils
ont à ne pas « se perdre de vue », voire à travailler ensemble… À condition de pouvoir s’apporter mutuellement «quelque
chose », une compétence ajoutée dont
ils ne disposent pas nécessairement sur
le plan individuel.
C’est cette même complémentarité qui
fait que dans le domaine paramédical par
exemple, on voit des cabinets de groupe
se constituer autour de kinés, d’ostéopathes, de spécialistes de la douleur, et
j’en passe… Chacun se nourrissant du
savoir des autres.
Qu’est-ce donc qui gêne les sophrologues alors même que sur les réseaux
sociaux, ils sont les plus nombreux à
la recherche de « contacts » qui n’aboutissent pas à grand-chose, faute précisément de contenu concret ?
Au risque de déplaire, je dirais qu’ils
sont victimes de ce qui a pu apparaître
comme une victoire, à savoir cette
conception du métier de sophrologue
comme métier « à part entière ».
Aux débuts même de la sophrologie,
les fondateurs et Caycedo lui-même,
avaient insisté sur le fait que la sophrologie n’était pas un métier, mais une
« compétence » :
On était médecin et sophrologue, psychothérapeute et sophrologue, entraîneur sportif et sophrologue… pas
sophrologue « tout court ».
Et c’est cette ouverture qui a fait la
richesse et la vitalité de la sophrologie.
À mon sens mais cette rélexion n’engage
que moi, et j’en assume la responsabilité
- c’est cette complémentarité que nous
avons oubliée et qui fait qu’aujourd’hui,
plutôt que s’entraider les uns les autres,
nous avons peur de vivre ensemble…
Quitte à végéter chacun de son côté. l
SOPHROLOGIE
n
53
codirecteur du CEAS (institut FEPS)
Bien que ce
texte ne soit
pas du tout
conformiste
dans ses intentions, j’ai
adopté une présentation
tout à fait classique. Ce
texte divisé en deux parties traite de la visualisation dans un sens
plus général puis de la
visualisation appliquée en sophrologie. La visualisation
est l’« action de rendre visible d’une façon matérielle
l’action et les effets d’un phénomène (1).
© ANDY BAKER/IKON IMAGES / PHOTONONSTOP
Pratiques et PersPectives Pro
Darci Martins, Docteur en philosophie, sophrologue,
LA VISuALISAtION
et la sophrologie
n
54 SOPHROLOGIE
Les influences
de la visualisation
Les philosophes et les prêtres dans toutes
les cultures anciennes et modernes ont utilisé et utilisent la visualisation. La visualisation est commune à de nombreuses religions occultes : rosicrucianisme, tantrisme
et sciences de l’esprit (Nouvelle Pensée, la
Science divine, l’Unité de l’école du christianisme, de sciences religieuses).
L’occultisme : chamans, spirites, magiciens et sorcières utilisent régulièrement
la visualisation dans la “guérison psychique” (2).
Érudits religieux : l’église. Sans surprise,
l’impact moderne de la visualisation dans
la santé, la science, l’éducation, la psychothérapie et d’autres domaines a donné
lieu à des techniques de visualisation utilisées par de plus en plus de chrétiens. Jon
Trott et Eric Pement (3) notent que « des
exercices de visualisation trouvent de plus en plus
leur place dans les églises chrétiennes. » Dans
The Seduction du christianisme, Dave Hunt
consacre deux chapitres à l’inluence
néfaste de la visualisation dans l’église.
Il observe, « “Visualisation” et “imagerie
guidée” sont reconnues depuis longtemps par les
sorciers de toutes sortes comme la méthode la
plus puissante et eficace de communiquer avec
le monde des esprits dans le but d’acquérir un
pouvoir surnaturel, la connaissance et la guérison. Ces méthodes ne sont ni enseignées ou
pratiquées dans la Bible comme aide à la foi
ou la prière » (4).
Historiens : l’utilisation de la visualisation
de « données en histoire » engendre des réactions contradictoires, alors que certains
sont fascinés par son potentiel heuristique
à en oublier leur sens critique, d’autres
rejettent par principe ces pratiques, les
suspectant de cacher un vide explicatif.
Philosophes : vers la in de l’époque
présocratique (5), la visualisation par
diagrammes ainsi que l’utilisation des
modèles réduits étaient fort répandues
dans le domaine de la cosmologie et de
l’astronomie. Les moyens de visualisation
(1) Larousse.
(2) Les chamans américains Carlos Castaneda et Lynn Andrews utilisent fréquemment la visualisation dans
leurs pratiques de guérison de l’esprit.
(3) Jon Trott et Eric Pement, Visualisation et imagerie : tendances dangereuses dans la méditation chrétienne, Cornerstone, vol. 14, numéro 74.
(4) Dave Hunt et TA McMahon, The Seduction du christianisme, Eugene, OR : Harvest House, 1984.
(5) Martin Grandjean, Université de Lausanne, Introduction à la visualisation de données : l’analyse de
réseau en histoire.
SOPHROLOGIE
n
55
Pratiques et PersPectives Pro
et de modélisation ont été acceptés
comme des aides importantes de l’expression, de l’explication et de l’enseignement des théories cosmologiques
et astronomiques.
L’éducation : la visualisation est utilisée dans l’éducation (6) pour améliorer
le potentiel d’apprentissage ainsi que
l’estime de soi, la maîtrise du stress,
l’écriture créative et les cours de résolution de problèmes.
Le psychanalyste : Carl Jung,
influent, a développé sa propre
méthode de visualisation appelée
« imagination active ».
La relaxation : Johannes H. Schultz,
psychiatre allemand, est un pionnier
dans l’utilisation académique de
visualisation. De son expérience clinique avec l’hypnose, il a développé
le « Training autogène de Schultz ». Cette
méthode de relaxation est une forme
de thérapie utilisant l’autosuggestion, la visualisation, la relaxation
profonde et d’autres techniques. Le
Training Autogène possède de nombreuses caractéristiques en commun avec l’hypnothérapie (surtout
autosuggestion), avec certaines
techniques de guérison psychiques,
techniques de relaxation de guérison… d’anciennes techniques du
yoga, et les techniques de guérison
plus récentes enseignées dans les
cours de contrôle mental.
Archéologues, médecins, psychologues et tant d’autres ont commencé
à étudier la nature de la visualisation
dans leur domaine de spécialisation.
Il n’y a pas de point de vue largement
accepté ou partagé de la visualisation
jusqu’à présent. Il y a seulement un
effort général vers la compréhension
dans de nombreux domaines, de multiples points de vue. De nombreuses
revues scientiiques sur la visualisation ont émergé à l’instar du Journal
de l’imagerie mentale. Elles documentent
l’impact de la visualisation en psychologie, éducation, arts et littérature, linguistique, mythologie, anthropologie,
sociologie, sport, religion et même
thanatologie, etc.
n
56 SOPHROLOGIE
Sophrologie et le “champ
aléatoire” de la visualisation
Nous ne vivons pas collés à la « réalité objective », sans distance. En même temps que
nous sommes ici, maintenant, nous sommes
toujours ailleurs, dans la réalité objective ou
l’irréel. Vous suivez une séance de sophrologie, mais au-delà de cette séance, d’autres
séances se proilent pour vous à l’horizon,
des choses à faire, etc. Et quand vous suivrez ces séances en sophrologie, quand
vous ferez ces choses que vous avez à faire,
ces séances, ces choses à faire se seront déjà
annoncées à vous comme des possibles
pré-esquissés en visualisation. Vous n’avancez pas dans la vie en aveugle : la visualisation des possibles vous éclaire. Notre réalité
objective sera-t-elle ce que l’on avait prévu,
à quoi l’on s’attendait ? Toutefois, ce n’est
pas cet aléatoire qui est présentement notre
sujet en sophrologie, mais celui qui règne
dans le champ même de la visualisation. Car
on ne sait jamais vraiment ce qui va nous
venir à l’esprit.
La nature de la visualisation
La visualisation est le processus de formation des images mentales. Souvent, elle
implique d’envisager des événements ou
des situations qui n’existent pas ou qui ne
sont pas encore arrivés.
Nous distinguons trois types de visualisation : ludique, lottante et orientée.
1
La visualisation ludique
(de ludus, jeu). Il s’agit de la visualisation qui joue. Et le jeu a sa propre
in en soi : le plaisir. On se plaît à forger
des ictions ou à intégrer des ictions
forgées par les autres. La différence du
possible et de l’impossible n’intervient
pas « on s’amuse sans but ». La visualisation
ludique dispose de combinaisons fantaisistes (7) et fantastiques en nombre inini.
2
La visualisation
flottante
Elle est gouvernée par le désir (8)
au sens large. La visualisation lottante
joue avec des possibles et avec l’idée que
la réalité aurait pu ou pourrait être différente ou même pourrait, mais cela est
fort improbable, devenir brusquement
différente. On visualise ce qui se serait
passé si… ou ce qui se passerait si… Du
côté de l’avenir, la visualisation lottante,
gouvernée par le désir, l’espoir, joue l’idée
que l’improbable, dès lors qu’il n’est pas
impossible, pourrait arriver. On esquisse
des projets, on envisage des situations.
Bien des gens visualisent des choses
qu’ils n’auront jamais. Ce n’est pas une
quelconque censure intérieure qui leur
fait refouler leurs désirs, c’est le réel
lui-même. Pourquoi la visualisation lottante ? Parce qu’elle n’est pas orientée vers
la réalisation ou action. Les situations, les
scènes inactuelles sont visualisées au gré
des variations aléatoires du désir et de
l’humeur. On se borne à visualiser et l’on
se contente d’une compensation ictive
des désillusions, des échecs réels.
3
La visualisation
en conscience
Elle est gouvernée par la volonté. La
volonté n’est pas le désir. Dans la visualisation volontaire, au contraire, où le désir
se transmute en volonté, on refuse toute
passivité. On détourne sa pensée et son
désir de ce qui ne dépend pas de nous.
On concentre sa pensée et son effort
sur ce qui dépend de nous, pour autant
que cela en dépende. Le rôle de la visualisation est alors, en envisageant ce qui
peut arriver, de nous fournir en solutions
possibles, des événements aléatoires. La
visualisation vise ici à nous donner un
meilleur contrôle, une meilleure maîtrise
de la réalité en nous préparant à l’avance
aux éventualités diverses. Il reste que la
visualisation en conscience permet une
relative maîtrise de l’aléatoire pour autant
qu’elle sache tenir compte des éventualités diverses et de nombreux facteurs, maîtrise toute relative cependant puisque nul,
jamais, ne peut tout prévoir de l’avenir.
(6) Anaximandre, semble-t-il, a donc saisi l’intérêt des représentations graphiques : en plus des
textes, d’après le géographe antique Strabon,
Erothastène affirme qu’Anaximandre est aussi
l’auteur de la première carte du monde à être
publiée (cette carte ne nous est pas parvenue
mais le philosophe Marcel Conche en propose une
reconstitution illustrée).
(7) Anastas Harris, Éd, Éducation holistique :
Éducation pour vivre, Del Mar, CA : Holistic
Education Network, 1981.
(8) Sophrologie pratique et perspectives. n° 12 juillet-Aout-septembre.2017 p. 39 l’exercice proposé
par l’auteur ne correspond pas à la démarche
méthodologique de la sophrologie.
© PHOTO12/ALAMY
La visualisation en sophrologie
En sophrologie, la visualisation est peu
utilisée. Le terme, plus courant, est l’imagination, « capacité » majeure de l’être
humain. La visualisation est une des composantes de l’imagination. La sophrologie
se sert de « la visualisation en conscience » citée
plus haut. L’utilisation de la visualisation
en conscience, en sophrologie, doit être
associée aux capacités physiques et/ou
mentales. La visualisation doit pouvoir
s’appuyer, indiscutablement, sur les capacités de l’être. En voici quelques-unes : le
schéma corporel comme réalité vécue,
la cénesthésie, la kinesthésie, les sensations, la concentration, l’attention, l’imagination, l’intelligence, l’entendement,
la rélexion… sinon elle ne débouche
sur rien. Je cours à l’échec si je visualise
occuper un poste de dirigeant alors que
je n’ai pas d’aptitudes au leadership ou si
je visualise devenir chanteur alors que je
n’ai pas un beau timbre de voix.
Pour concrétiser nos visualisations, il va
falloir porter nos capacités à leur complet développement. Nous devons faire
croître ce qui est en germe en nous et
actualiser ce qui est virtuel. En quoi
consiste ce potentiel ? Quelles sont ces
virtualités qu’il faut actualiser, ces ressources qu’il faut utiliser pour concrétiser objectivement nos visualisations ?
La sophrologie nous apprend que le
potentiel d’un individu est constitué de
deux composants (9) : les aptitudes d’une
part et les motivations d’autre part. Nous
sommes un mélange de capacités, de
facultés, de pouvoirs et aussi d’intérêts, de
goûts, de mobiles, d’inclinations, d’aspirations, de désirs. Nous nous déinissons à
la fois par ce que nous sommes capables
de faire (ex. : résoudre des problèmes
logiques, utiliser l’intelligence sensorielle,
diriger une équipe) et par ce que nous
avons envie de faire (jouer de la guitare,
LA VISUALISATION,
COMPOSANTE DE
L’IMAGINATION
écrire, chanter, créer une entreprise). Nous
sommes une source de capacités d’agir (10)
et de conscience d’agir. Les premières
déterminent le comment, les secondes le
pourquoi. Les unes nous permettent de
faire ce que nous faisons, les autres nous
poussent à faire ce que nous faisons.
Un joueur de basket-ball « peut visualiser »
de faire un panier dificile ou un skieur
peut se représenter une pente avant qu’il
ne commence la descente. Musiciens,
acteurs, écrivains et autres artistes
peuvent utiliser la visualisation pour
créer une image dans leur esprit avant de
l’écrire ou d’agir.
Tout être humain est capable de visualiser dans une certaine mesure. Nous
visualisons ce que nous voulons manger avant de préparer ou d’acheter de
la nourriture. Nous visualisons ce que
nous voulons porter avant de nous
mettre en marche. Nous visualisons
des conversations qui se passent avant
qu’elles ne surviennent. La visualisation est une manière dont nous nous
préparons avant d’agir. En fait, « il est
sage de considérer les résultats avant d’agir »
(Luc 14:28).
Il faut avoir les moyens de ses ambitions et les ambitions de ses moyens.
Pour visualiser, en sophrologie, nous
avons besoin de l’énergie de ces deux
moteurs. Fort heureusement, il y a entre
la « visualisation » et les « capacités » une
interaction qui fait que, le plus souvent,
elles vont dans le même sens. L’une
nous permet de faire bien ce que nous
entreprenons, l’autre nous pousse à faire
ce que nous envisageons. La visualisation, en sophrologie, est l’utilisation de
la concentration mentale et de l’imagination avec des objectifs précis, que ce
soient physiques, spirituels, professionnels ou éducatifs. Elle est orientée et
gouvernée par la volonté et vise à nous
donner un meilleur contrôle, une meilleure maîtrise de « la réalité objective ».
Toutefois, l’auto-assistance moderne
favorise souvent la visualisation comme
un moyen de modiier la réalité et d’obtenir ce que vous voulez. Grâce à certaines techniques, ils promettent tout,
de la réussite inancière à une meilleure
vie amoureuse basée sur la puissance
de l’esprit humain à « matérialiser » ses
pensées, « attirer » le succès, retrouver
son « poids idéal », et « crée »» une réalité
préférée.
Certes, la pratique de la visualisation
sans la compréhension correcte est
extrêmement destructrice. La pratique
de la visualisation en sophrologie doit
être réalisée dans un cadre précis, structuré et appliquée avec la plus grande
rigueur par le sophrologue. l
(9) Michel Lacroix, Se réaliser, Ed. Robert Laffont,
p. 18-19.
(10) Sophrologie pratique et perspective n° 12 p. 39.
SOPHROLOGIE
n
57
(*)
©
©
©
Au CtR
©
Pratiques et PersPectives Pro
La sophrologie
Philippe Drabs,
Caroline Drabs,
Magaly Bartholomeeusen,
médecin interniste
et sophrologue au CTR.
Il est également formateur
en sophrologie.
kinésithérapeute
et sophrologue,
responsable de la
kinésithérapie au CTR.
ergothérateute,
sophrologue, responsable ff
de l’ergothérapie au CTR.
Éric Medaets,
kinésithérapeute, sophrologue et
formateur dans diverses écoles de
sophrologie. Il est coach mental
de sportifs de haut niveau et a été
plusieurs mois stagiaire au CTR.
Le CTR, centre de rééducation et de revalidation,
s’adresse à des patients présentant divers troubles
fonctionnels et pathologies : paraplégies et paraparésies quelle qu’en
soit l’origine, traumatisme ou affection médicale. Tétraplégies et
tétraparésies d’étiologies variées. Cérébrolésions d’origines diverses
avec diverses conséquences : coma, Etat Pauci-Relationnel,
troubles cognitif et moteur, troubles de la parole et de la
déglutition. Polytraumatismes. Amputations.
remière institution européenne de ce type, il
est créé en 1950 par le docteur Houssa dans
le cadre de la réadaptation des patients après
la Deuxième Guerre mondiale.
L’évolution de notre environnement a amené le Centre à
accueillir les patients victimes d’accidents de roulage, d’accidents du travail, de lésions liées à une affection médicale,
d’attentats, …
En 2014, il fusionne son activité avec celle d’Erasme, l’hôpital académique de l’université Libre de Bruxelles.
P
Organisation et intégration de la sophrologie
dans le Centre
La rééducation et la réadaptation des patients s’y conçoivent
de manière multidisciplinaire.
Ils présentent de lourdes séquelles fonctionnelles nécessitant l’intégration des diverses compétences présentes
(médecins, inirmiers, kinésithérapeutes, ergothérapeutes,
ortho-bandagistes, (neuro-) psychologue, logopèdes, assistants sociaux, diététiciens) sous la coordination d’un médecin réadaptateur.
(*) Centre de traumatologie et de réadaptation.
n
58 SOPHROLOGIE
Les séjours oscillent entre 9 et 24 mois.
Le Centre, avec ses 117 lits, prend en
charge des patients hospitalisés mais aussi
ambulatoires.
Il dispose :
¾ D’un centre de confection de prothèses et orthèses.
¾ D’une salle d’opérations.
¾ D’une piscine équipée pour l’hydrothérapie.
¾ D’un appartement thérapeutique permettant une mise en situation de vie
avant retour à domicile.
Les patients ont accès au handisport
comme moyen de réadaptation, de loisir
et d’intégration sociale via une asbl indépendante (Association Sportive du CTR).
LE CENTRE
PREND EN
CHARGE DES
PATIENTS
HOSPITALISÉS
La sophrologie au CTR
La sophrologie y est introduite en 2012, de
manière informelle, par le Dr Ph. Drabs et
C. Drabs, kinésithérapeute, tous les deux
sophrologues diplômés.
Ensuite, l’équipe s’est étoffée d’ergothérapeutes eux aussi sophrologues.
En 2018, devant les demandes croissantes,
la direction rencontre notre souhait de
structurer nos activités.
Des séances sont proposées aux patients
hospitalisés et ambulatoires, sur prescription médicale.
Elles sont individuelles ou associées à un
traitement classique (kinésithérapie, ergothérapie, logopédie … ).
Des séances de groupe sont offertes gratuitement aux familles de patients pour les
aider dans les dificultés inhérentes à leur
nouvelle situation de vie.
Dans le cadre du handisport, un coach
mental, kinésithérapeute et sophrologue,
spécialisé dans le travail avec des sportifs
de haut niveau, est accessible sur demande.
Pourquoi la sophrologie ?
Le choix d’une technique cognitivo-comportementale à médiation corporelle comme la
sophrologie permet de développer la perception du corps et l’imagerie mentale.
Ces techniques ont démontré leur eficacité, entre autres, dans les domaines suivants :
douleur, anxiété, impacts psycho-sociaux du handicap, membre fantôme, …(1) (2) (3) (4).
En cours de séjour, nos patients doivent rapidement apprendre à :
¾
¾
¾
¾
Prendre conscience de leurs capacités résiduelles, de leur nouveau schéma corporel ;
Gérer le deuil de la maladie ou du traumatisme et leurs conséquences ;
Gérer les émotions liées à ce contexte ;
Si nécessaire, utiliser orthèses, prothèses, appareils de déambulation ou fauteuils
roulants manuels ou électriques : un nouveau schéma corporel intégrant les aides
techniques ;
¾ Préparer leur sortie à l’extérieur.
Autant de situations anxiogènes, douloureuses physiquement et mentalement, où la
sophrologie est utile (4).
Les différentes techniques sophrologiques proposées sont basées sur les éléments
suivants :
¾
¾
¾
¾
¾
¾
¾
¾
Détente mentale ;
Relâchement musculaire ;
Imagerie mentale ;
Concentration ;
Perception du schéma corporel au travers des sensations ;
Positivation ;
Mise en place d’ancrages (créer un geste-signal) ;
Retour vers le passé (sophromnésie), activation du présent, projection dans l’avenir
(futurisation).
Diverses techniques s’entraînent, classiquement, en niveau sophroliminal, avec les avantages des états modiiés de conscience : créativité, ouverture de l’esprit, amélioration des
perceptions, prise de recul, lâcher-prise, …
Certaines pratiques peuvent aussi être utilisées sans modiication intentionnelle du niveau
de vigilance.
Cela permet au patient de les intégrer rapidement dans diverses circonstances.
Selon le principe d’adaptabilité, nous nous sommes très souvent écartés consciemment
de la sophrologie classique, pour être en phase avec la réalité objective des situations
particulières des patients.
Près de 10% des patients hospitalisés peuvent ainsi bénéicier de séances de sophrologie.
Dans plus de 50% des cas, ils continueront à utiliser eficacement, au-delà des séances,
la plupart des techniques apprises (5) :
¾
¾
¾
¾
¾
La positivation ;
Le relâchement ;
L’imagerie mentale, entre autres, dans le cadre de l’amélioration du schéma corporel ;
La gestion des émotions : crainte, anxiété, peur …
L’acceptation du handicap.
Concernant la gestion de la douleur, nous utilisons essentiellement des techniques visant
la défocalisation : déplacer l’esprit vers une zone du corps non douloureuse ou un élément extérieur.
Notre perception est que la sophrologie est très souvent eficace dans le cadre de douleurs aigues.
Dans le cadre de douleurs chroniques, s’il est dificile de rester en permanence en niveau
sophroliminal ou de pratiquer une défocalisation constante, elle peut, cependant, apporter
des moments de répit.
n
SOPHROLOGIE
59
SOPHROLOGIE
n
59
MEDIAFORMEDICAL/ALAMY/JOCHEN TAC
Pratiques et PersPectives Pro
Retour des thérapeutes
Les discussions informelles avec les divers
soignants confirment, dans la grande
majorité des cas, l’intérêt d’avoir amené la
sophrologie dans l’institution et de l’avoir,
ensuite, organisée de manière structurée.
Cet intérêt est conirmé par leur demande
d’étendre la pratique sophrologique au
personnel.
Retour des patients
Les patients sont généralement heureux
de l’aide que leur apporte la sophrologie
durant cette période dificile de leur vie
ainsi que des outils qu’ils ont acquis et
qu’ils pourront continuer à utiliser.
Ils apprécient l’alliance sophrologique
(elle dépasse le moment de la sophronisation), parenthèse dans ce monde où ils
sont souvent perdus, stressés, déçus, en
colère ou déprimés (5).
Ceux qui s’entraînent et qui sont assidus
aux séances sont les plus nombreux : ils
acquièrent les outils sans dificultés.
n
60 SOPHROLOGIE
Une partie d’entre eux, minime, ne s’entraînent pas…nous arrêtons alors le suivi
après trois séances.
Une toute petite partie seulement n’adhère pas à la méthode : ils interrompent
le suivi spontanément après une ou deux
séances.
Les cérébrolésés, suite à leurs troubles
cognitifs parfois sévères, nécessitent souvent des rappels quant à l’utilisation de la
sophrologie pour l’entraînement et l’utilisation en situation : enregistrement des
séances, rappel des techniques d’induction rapide par les soignants, …
Conclusions
Les quatre principes fondamentaux de la
sophrologie se déclinent dans les concepts
de rééducation/réadaptation, même endehors d’une pratique sophrologique (5) :
¾ La perception du corps comme une
réalité vécue permet de travailler sur
les sensations et le schéma corporel.
Elle participe à la réappropriation d’un
corps abîmé.
¾ Le principe d’action positive amène
le patient à examiner les choses sous
un angle moralement et physiquement
énergisant. Il est à la base de la motivation à retrouver une vie normale.
¾ La réalité objective permet la prise de
recul, l’abandon de croyances limitantes, la prise de conscience de l’ici
et maintenant. Elle remet le patient
dans l’objectivité et la réalité.
¾ L’adaptabilité conduit vers une souplesse de fonctionnement mental.
Elle ouvre, en réduisant les blocages,
la porte à tous les possibles dans une
vie qui s’annonce différente.
La sophrologie met à la disposition des
familles et thérapeutes des moyens leur
permettant de contourner les obstacles
rencontrés au cours de leur trajet de vie
personnel ou professionnel.
Elle n’est pas seulement une série de pratiques, elle est aussi une thérapeutique,
une manière de vivre, un art, selon Rager
cité par H. Boon (6).
La prise de recul, par rapport à soi-même,
est intéressante pour les soignants comme
pour les patients.
Appliquant le principe de réalité objective, elle permet de mieux se recentrer…
de faire la part entre empathie, sympathie
et compassion…or cette dernière (percevoir la souffrance et se mettre en action
pour la soulager) est une qualité particulièrement utile aux soignants.
L’apport de la sophrologie au niveau du
Centre est indéniable, conirmant les nombreuses études réalisées au niveau des techniques cognitivo-comportementales. l
Voilà une étape dont la vivance
d’une extrême intensité
marque durablement et profondément les sophrologues
qui s’y initient, leur permet de très
riches nouvelles applications. Après
les RD5/6, les vibrations sonores, les
résonances et l’énergie comme
outils d’intégration de l’être,
cette étape est centrée sur la
dimension ontologique du corps.
©
© RICHARD
ESPOSITO
Pratiques et PersPectives Pro
LA RELAXAtION
dYnAMiQUE 7 (Rd7)
Dr Patrick-André Chéné, gynécologue-accoucheur & sophrologue,
directeur de l’Académie de Sophrologie de Paris
¾
¾
¾
¾
¾
P
our accéder à cette conscience profonde
du corps, la spéciicité de la RD7 repose
sur :
La Phylogénèse.
La Vivance cellulaire.
Le Corps comme dimension biologique de l’être.
La Question radicale.
Le Phénomène d’émersion.
La phylogenèse
La phylogenèse désigne l’histoire évolutive au cours du
temps, des espèces animales et végétales.
Il faut d’emblée la différencier de l’ontogenèse qui
constituera la spéciicité de la Relaxation Dynamique
8. L’ontogenèse désigne l’ensemble des processus de
développement et de construction d’un individu à partir de l’œuf fécondé jusqu’à la formation de l’individu
adulte et, par extension, jusqu’à la mort.
La phylogenèse va, elle, étendre sa vivance depuis les
origines de la vie et de l’univers jusqu’à nos ancêtres
les plus proches.
La vivance de la phylogénèse est l’un des points spéciiques de cette RD7. Elle renforce la vivance du corps
jusqu’à sa dimension biologique, permet dans une sorte
de méditation soutenue par la résonance vibratoire des
sons, d’aller jusqu’à la cellule, cette unité primordiale de
la vie et de l’être qui, nous le savons depuis récemment
s’éteint un certain temps après que nos organes aient
cédé. Cellule qui porte toute notre histoire…
Certains pourraient arguer que nous n’avons pas de
souvenir, en gros, avant trois ans et que ce que nous
proposons ici n’est pas recevable.
Il est donc crucial de préciser, d’emblée, que cette
vivance ne se situe pas dans le domaine des souvenirs personnels. Mais dans une vivance cellulaire, voire moléculaire de ce qui est inscrit dans
sa mémoire génétique et épigénétique au plus
profond de sa biologie.
La problématique des souvenirs acquis et conservés
par les neurones de l’hippocampe est d’une autre
nature que la vivance liée à la phylogénèse. Nos souvenirs reposent sur la mémoire neuronale de notre vie
depuis la naissance (vivance spéciique de l’ontogénèse
RD8). D’ailleurs certaines études (1) montrent que près
de 40 % des gens auraient un faux premier souvenir !
La phylogénèse, elle, repose sur ce qui s’est inscrit dans
la vie de nos cellules au il de la création de l’humanité,
au il des transmissions dans cette irrésistible obstination de la vie.
D’une part, la phylogénèse en sophrologie c’est la possibilité de remonter aux sources, à l’origine de l’énergie vitale qui nous anime, et éprouver l’obstination
SOPHROLOGIE
n
61
C’est alors la possibilité, par la méthodologie sophrologique, d’ouvrir à des
vivances donnant le chemin pour retrouver les racines de certains dérèglements,
que ce soit des traces de notre lignée
familiale, nichées au plus profond de
soi, ou que ce soit des conditions environnementales et ou biologiques. Non
seulement bien souvent résolutives,
et offrant le chaînon manquant, ces
vivances, permettront en sophrologie d’activer tout le positif grâce à un
abord phénoménologique existentiel du
transgénérationnel, de la lignée familiale et de la psychogénéalogie dans la
reconstruction des parts de soi, et la
reconstruction de son énergie vitale.
La vivance cellulaire
C’est le travail de méditation active
sur la cellule, en lien avec la phylogénèse, qui va permettre d’accéder à la
mémoire corporelle cellulaire. La stratégie sonore audible et non audible va
renforcer et activer la méditation sur
la conscience cellulaire, car il s’agit
bien d’une méditation, spécifique
dans son thème, mais ouverte aux
phénomènes et aux éprouvés dans sa
vivance. Ouverture propice à la découverte, l’intégration et la conquête de
nouveaux états d’être.
Au cœur de la cellule, la vivance cellulaire est prégnante tout au long de
la RD7 comme substrat de la vivance
phylogénétique.
Nous l’avons déjà expliqué, il ne s’agit
pas ici de revivre des souvenirs qui
n’ont pu exister dans notre mémoire
mais bien d’un phénomène vital présent au sein de notre patrimoine cellulaire à retrouver et expérimenter. De
nombreux témoignages et vivances
conirment la réalité des communications entre la conscience à l’échelle
humaine, celle de l’individu, et celle
qui existe dans chaque cellule.
L’embryon dans son développement
progressif en neuf mois repasse par
tous les stades évolutifs de l’émergence de la vie, depuis sa première
cellule, une première cellule qui possède déjà tous les potentiels pour nous
créer, et nous créer avec l’inluence du
milieu qui nous accueille.
Il s’agit d’être à l’écoute des cellules, de ses cellules, ces cellules
qui viennent de si loin qui racontent
cette histoire de l’émergence de la vie
jusqu’à soi, histoire inscrite au cœur
de chacune d’elle.
Le corps, dimension biologique de l’être
Il s’agit de la vivance de la dimension Omicron de la Conscience. Omicron ?
Pourquoi ce mot, pourquoi ne pas dire biologie ? Après l’énergie dans les RD
5/6, est abordée ce que Caycedo a appelé l’énergie « Omicron ». L’emploi d’un
mot nouveau « Omicron » permet de spéciier qu’il s’agit de la dimension biologique de l’être, un autre mot désignera la dimension mentale de l’être : l’énergie
« Epsilon ».
Il s’agit d’un concept différent de celui de la corporalité. Après l’immersion
dans ses tissus, ses cellules, il s’agit en quelques sortes de remonter, rempli de
cette force vitale qui nous habite, et de la faire jaillir, s’exprimer, lutter contre
ses maladies, ses hésitations, ses régressions éventuelles et repartir, toujours
repartir, comme la vie repart.
Donner des outils pour accéder aux couches profondes de la biologie, telle est
la force des vivances cellulaires.
L’entraînement
Il donne capacité à vivre cette dimension, quasi ontologique que l’on porte
en soi, et, à agir sur cette force biologique de l’être, d’où inalement tout
émerge, depuis le commencement
de la vie. L’entraînement est rend la
méthode, étonnamment riche en applications. Outre qu’il permet d’expérimenter l’importance de la phylogenèse, cette évolution de la vie dans ses
formes premières jusqu’à la vie propre
de l’humain, quelque part contenue
en soi, l’entraînement à la RD7 permet d’éprouver comme une réalité
vivantielle cette énergie énorme qui se
trouve dans chacune des cellules. Par
cette vivance phylogénétique répétée,
une action moléculaire, aujourd’hui
© PHOTTO12/ALAMY/DXNFWW
Pratiques et PersPectives Pro
forcenée de cette énergie, sans malheureusement en savoir la nature exacte mais
en l’approchant.
D’autre part, on sait aujourd’hui grâce
à l’épigénétique que des caractères sont
hérités sans être strictement localisés sur
les chromosomes. Si le code génétique
universel et la topographie des caractères reste une découverte fondamentale, et bien réelle, l’épigénétique nous a
permis de commencer à comprendre un
facteur tout aussi important qui s’appelle
l’expression chromosomique, qui, elle, est
fonction pour partie de notre biosphère,
famille, environnement. Ainsi des comportements, des maladies, des spéciicités
familiales ou environnementales peuvent
être transmises.
n
62 SOPHROLOGIE
© SCHÉMA DE LA PHYLOGENÈSE, FIG. 108 P.470 - LIVRE “SOPHROLOGIE, FONDEMENT ET MÉTHODOLOGIE, P.-A. CHÉNÉ, ED. ELLÉBORE
corrélée par l’épigénétique, va s’activer,
au-delà même de ce que l’on pourrait
rationnellement imaginer.
La matière vivante a initié sa présence sur
notre planète dans les premières molécules autoreproductrices et les cellules
procaryotes ; elle a vécu une longue évolution jusqu’à la constitution de l’Homo
Sapiens doté d’une conscience transcendantale, libre et responsable.
La phylogenèse amène sur le plan de la
vivance biologique des cellules originelles
du corps, non seulement à une conscience
des os, notre armature, mais encore à celles
des épithéliums, muscles et organes, et, des
vivances propres à chaque région du corps.
On y appréhende, comme un prolongement biologique issu du schéma corporel,
l’une des dimensions profondes de l’être,
à savoir l’être biologique, l’être génétique
même ; c’est l’élargissement du schéma
corporel comme réalité vécue. C’est la
« grande vivance biologique et génétique ». La
force de la vie, dont le code est porté dans
nos cellules.
Pour la sophrologie, phénoménologie
existentielle, il s’agit bien de la cellule
vivante que l’on découvre par « l’éprouvé »,
l’éprouvé de la conscience, c’est-à-dire ce qui émerge
de ces structures lors de la vivance et de sa méditation ou son entrainement par les sons.
En cela sur le plan de l’axiologie sophrologique, le Corps est la troisième essence
de l’être, l’idée de valeur soulignant ici,
l’importance de la biologie, originaire
même de notre vie.
Se servant de l’entraînement par la vivance
va apparaître en soi un nouvel aspect du
corps qui porte en lui les messages de la
cellule.
La question radicale
La question radicale est propre au cycle
radical de la méthode. Elle s’inspire de
méthodes orientales et plus précisément
de la pratique des köan du Zen japonais.
La question radicale pratiquée en
sophrologie est une interrogation qui
se formule pendant la pratique et son
objectif est d’aboutir à une réponse.
Question censée aller à l’essence de la
chose, sa « substantiique moelle » diraient les
alchimistes. C’est situer l’importance de
la question radicale posée dans les RD5
à 8 sur les grandes essences de l’être :
conscience, âme, corps et esprit.
La source de la question posée est le
questionnement sur l’être, entrepris par
Heidegger dans son livre Être et temps sous
la forme du DASEIN, (cet être-le-là (2) qui
se questionne et accueille les phénomènes
émergents de sa conscience). Son questionnement quasi existentiel, source de
liberté et de capacité de choix, est repris
dans les RD 5 à 8 sous forme de la question radicale.
La question est située ici, en RD7, aux
racines de notre vie, pouvant amener à
une rélexion quasi métaphysique ; métaphysique et laïque.
Quelle est l’essence de mon corps biologique
en mon être ?
Pendant cette méditation, une fois la
question posée, il s’agit d’essayer d’aller à
l’essence de la chose, c’est-à-dire de laisser
venir ce en quoi cette chose ne serait pas
ce qu’elle est, si ce « en quoi » n’existait
pas.
Sans a priori on accueille ce que dit son
« soi », sa conscience intérieure profonde,
émanant du monde originaire de son
corps (dimension biologique et vitale).
Il n’est pas nécessaire que la question radicale connaisse une réponse immédiate. Il
s’agit de laisser tomber la question dans la
conscience et d’attendre. La réponse peut
survenir pendant la pratique, lors d’une
pratique suivante, ou jaillir à un moment
ou un autre de la vie quotidienne et s’imposer à soi comme une évidence.
La question doit être courte, cohérente,
logique et répétitive, sans chercher de
réponse immédiate.
SOPHROLOGIE
n
63
Pratiques et PersPectives Pro
z Au niveau performance
¾ Le sport, l’homme et le sportif.
Le phénomène d’émersion
De ce qu’on vient de présenter, l’émersion prend tout son sens.
L’immersion est plongée au plus profond de soi, vers l’intériorité, le moi sonore,
les résonances et les vibrations de l’être. Les sons descendent du 1er au 5e système
provoquant une immersion, aidés de l’orientation de la posture.
L’émersion s’effectue vers le monde et l’univers. Elle est l’émergence, l’ouverture
de la conscience vers l’esprit, l’éclosion, la lumière. Les sons montant du 5e au
1er système, l’émersion s’effectue vers le dehors, vers le haut, les sons montant
davantage vers l’aigu et une intensité forte (labiales).
Si l’immersion illustre cette part d’immanence qui existe en chacun, de la présence
d’une vie, l’émersion est ouverture au monde, à tous nos possibles et possède une
dimension cosmique et rattachée à l’univers.
L’émersion est un peu le corollaire de cette vivance cellulaire, qui va non seulement
au cœur des tissus mais aussi au cœur de la cellule, pour la faire vivre, émerger, lui
donner du sens, l’envie de travailler pour soi, d’évacuer peut-être quelques vestiges
malséants du passé qui ne sont pas soi, des parts héritées malencontreusement dans
ce magma biologique ou vécu comme tel.
Différente d’une simple visualisation, cette profonde incursion au sein de son
corps, véritable encouragement à une action épigénétique positive, éveille la nécessité de sortir, d’émerger de soi pour réaliser son ontologie, donner naissance à son
être et le faire vivre, par la force de l’entrainement, de la volonté de la conscience
(per volition des phénoménologues).
Quelques applications
z Au niveau personnel
¾ La phylogénèse amène à vivre une
dimension universelle, à poser de
multiples questions sur sa destinée, de son passé à ses possibles.
¾ Elle induit une force de projection
donnée à notre ontogenèse, reliant au
vivant, à l’évolution et au sens que
chacun veut donner à sa vie.
¾ Elle relie aussi aux grands éléments, au vent, à l’air, à l’eau, à la
terre nourricière, source des molécules du monde ; à des groupes,
une société, à une planète, voire à
une dimension spirituelle, cela sans
incarnation mystique obligatoire.
¾ Dans les baisses du désir de
vivre, angoisses existentielles,
questionnements du parcours de
vie que ce soit pathologiques ou
circonstancielles aux multiples
causes, retrouver l’énergie vitale
des origines, la force irrésistible
de la vie.
¾ Famille. Se réinscrire dans la
lignée des ancêtres, si c’est possible, en puisant le positif qu’ils
ont transmis, leur force. L’être
n
64 SOPHROLOGIE
reprend sa dimension dans l’histoire de
chacun…
¾ Dans les problèmes liés au vieillissement, s’attacher au générationnel,
à la notion de continuité, de la transmission
¾ Refus du vieillissement (Biotox ou pas).
¾ L’accueil du deuil.
z Au niveau professionnel & social :
¾ Se relier à la phylogénèse donne une
autre dimension à son rôle social, une
adaptation face à l’accélération sociale
récente
¾ Se remettre dans la conscience d’où on
vient pour s’y relier, car on peut être
immergé dans les valeurs de la société
actuelle, pour lesquelles on n’est pas
préparé ou adapté
¾ Crise de l’être liée au rapport au
temps : vitesse, zapping sensoriel,
hédonisme à crédit et satisfaction
immédiate jusqu’au surendettement.
¾ Redonner la capacité de choix dans
nos sociétés fragilisant les individus.
¾ Burn et bore out.
¾ la culpabilité face à certains choix.
¾ Les sports extrêmes, la recherche du
risque et l’affrontement à la mort.
¾ La création artistique (exemple :
sculpteur et sens de la terre).
z Au niveau santé
¾ La RD7 s’ajoute aux outils sophrolo-
giques que l’on possède pour renforcer le rôle aujourd’hui bien connu de
la conscience dans les processus de
guérison.
¾ La vivance cellulaire dans sa dimen-
sion corporelle biologique en pleine
conscience, renforce la motivation
pour des comportements « santé »
nécessaires, à une écologie de vie.
¾ Dans l’aide aux traitements : accepta-
tion et intégration, renforcements.
¾ Comme soins de support la RD7
augmente la possibilité de participer
à sa guérison, à sa consolidation ou
à l’acceptation dans nombre de maladies dégénératives.
¾ Les maladies métaboliques (pancréas,
thyroïde, notamment) ; hormonales
(ménopause, andropause) bénéicient
de la vivance cellulaire.
¾ La prise de conscience des pathologies
dites fonctionnelles.
Au total la RD7 constitue un outil exceptionnel au service du sophrologue pour
de multiples indications touchant à la
profondeur de l’humain, encore fautil qu’il prenne le temps de l’intégrer, et
cela ne peut se faire rapidement, le temps
long est nécessaire et donne la valeur de
la méthode. z
(1) Une vaste étude menée par les chercheurs de
la City University de Londres et ses partenaires,
publiée dans la revue Psychological Science docteur Shazia Akhtar et ses collègues.
(2) Cet être-le-là est la traduction donnée par
Heidegger lui-même, rectifiant certaines traductions ne donnant que être-là pour dasein.
Ainsi Heidegger rajoute à la temporalité du là un –
le – pour spécifier la force de la présence qui met
l’être dans la réalité de sa vie et de son questionnement propres.
HORS SÉRIE
SPORT ET SOPHROLOGIE
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partir de lui et de ses capacités, mettre en évidence ses
qualités et les renforcer. Cela aidera l’entraîneur-coach
à être plus en phase avec le sportif en l’accompagnant
plutôt que vouloir toujours le diriger et imposer sa
propre vision. Cette attitude encourage la créativité et
Des explications évite la modélisation excessive.
Le but est d’améliorer le potentiel technique, physique
claires
et mental, les piliers du sportif, par l’entraînement sophrologique pratique et l’attitude positive.
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Laisser le sportif s’épanouir dans le respect de chacun, en gardant La seule vérité c’est le ressenti, le
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PUBLICATIONS
La sophrologie
Richard Esposito
Éditions : PUF Collection :
Que sais-je ?
Domaine du livre : sophrologie
Difficultés : *
Cet ouvrage présente la sophrologie de
manière très synthétique, comme le veut la collection Que sais-je ? aux Presses Universitaires
de France. Avec simplicité et rigueur, Richard
Esposito resitue en permanence la discipline
dans son histoire et clariie les liens théoriques et pratiques entre la sophrologie et la
phénoménologie : il montre par étapes comment cette dernière constitue le il directeur
de toute l’histoire de la sophrologie. En abordant les champs d’application de la discipline,
il justiie son intérêt d’un point de vue clinique,
socio-prophylactique et pédagogique et rappelle ponctuellement pourquoi elle s’inscrit
dans les préoccupations de notre époque. Il
décrit la plupart des techniques en rappelant
leurs origines orientales et occidentales. Il
explique avec sufisamment de précision pour
un non-initié les phases d’une séance et légitime en l’occurrence le rôle de médiateur du
sophrologue. Il développe les raisons de certaines ruptures fondamentales ayant conduit
vers la naissance de différents courants qui,
de nos jours, donnent sens à ce que le Dr
Benoit Fouché appelle la sophrologie plurielle.
Il fait le point sur la recherche en sophrologie
et justiie l’idée qu’il faut poursuivre dans cette
direction pour faire reconnaître la discipline
comme science humaine. En se centrant sur
la formation en sophrologie, Richard Esposito
démontre pourquoi il est nécessaire qu’elle
s’articule autour des préconisations des États
généraux. C’est d’ailleurs sous cet angle qu’il
décrit les structures qui les respectent et qui
posent de façon cohérente et pertinente le
métier de sophrologue. Un ouvrage simple
d’accès qui intéressera ceux qui souhaitent
connaître la sophrologie ; il s’adresse aussi
aux sophrologues soucieux de posséder une
vue synthétique rigoureuse de la discipline en
dominant les étapes de son histoire.
Christina Teixeira,
sophrologue et formatrice
Les troubles du sommeil
Damien Léger Éditions :
Éditions : PUF Collection :
Que sais-je ?
Domaine du livre : médecine
Difficultés : *
n
66 SOPHROLOGIE
Le Professeur Damien Léger, chef de Service du Centre de Sommeil de l’Hôtel-Dieu de
Paris, a écrit un livre intitulé Les troubles du sommeil dans la collection des Que sais-je ?
aux éditions PUF. La première fois qu’il m’a montré ce petit livre j’ai été étonnée par la couverture rouge, ayant l’habitude quand on parle sommeil de voir surtout du bleu. D’emblée
j’ai aimé ces petits moutons blancs sur fond rouge. Et en réléchissant un peu, il est vrai
que compter des moutons fait plutôt voir rouge que bleu… Les Que sais-je ? ou QSJ est
quasiment mythique ! Une des collections majeures de l’édition française, publiées par les
Presses Universitaires de France. Et en lisant ce petit ouvrage, je constate que cela correspond à cette longue lignée, avec comme auteurs les meilleurs spécialistes qui mettent à la
portée de tous des sujets fondamentaux. Le Professeur Damien Léger dans son livre fait
le bilan de 73 % des Français qui se plaignent de troubles du sommeil. La liste est longue
avec l’insomnie, l’hypersomnie, les apnées du sommeil, le somnambulisme, les rythmes de
travail en horaires décalés… et de cette vie nocturne qui, perturbée, peut gâcher la qualité
de la journée. Dans ces 127 pages tout y est : les fonctionnements humains pour mieux se
connaître, les maladies du sommeil les plus fréquentes, des solutions pratiques, des conseils
de prévention, les règles d’or d’un bon sommeil… Il passe en revue tous les âges de la vie,
personne n’est oublié et tout le monde peut s’y retrouver. J’apprécie dans ce livre les propos
d’un expert dans ce domaine, jamais de « il faut ou vous devez », mais des informations, des
propositions à portée de tous pour devenir autonome et se prendre en charge si besoin est.
Une lecture abordable, accessible et pointue à la fois. Un incontournable du sujet.
Caroline Rome,
sophrologue et formatrice
Réseau des Académies
de Sophrologie
« La Sophrologie des origines,
la Sophrologie de demain »
Cycle supérieur de Sophrologie
Avec le réseau des Académies de Sophrologie. Formation de Sophrologue
expert à Paris pour la 6ème année, ouverte aux sophrologues de toutes les écoles.
Vous avez validé votre cycle de base, vous souhaitez poursuivre, aller plus
loin dans votre formation et acquérir une suite du parcours des Relaxations
dynamiques 1 à 12 et leurs applications. Rejoignez-nous pour approfondir
les fondements phénoménologiques existentiels de la sophrologie.
Objectifs
Le Réseau des Académies
de Sophrologie
Accéder à
la continuité
du parcours.
Fondé en 2013, 6 écoles réunies, parmi les plus anciennes,
Acquérir la totalité de
l’enseignement qui donne
dont les directeurs ont tous été formés par le Professeur
la véritable dimension
Caycedo. Qualité et créativité dans le respect des
philosophique et existentielle
fondements de la sophrologie des origines.
à la réalité sophrologique dans
Savoir utiliser les techniques existentielles.
la fidélité à l’enseignement reçu du
Nombreuses applications professionnelles.
Pr. Caycedo.
Appliquer professionnellement de
façon pratique les techniques du cycle
Lieu
supérieur.
20 rue Henri Bocquillon 75015 Paris
Formateurs
n Dr. Chéné Patrick-André,
Académie de Sophrologie de Paris,
n Dr. Chedeau Guy, Hypsos
n Dr. Orlewski Martine, École de Sophrologie
du Languedoc.
n Dr. Roda Charles, Académie de Sophrologie d’Alsace.
Inscription et tarifs
Bulletin d’inscription sur le site
Prochaines formations 2019/2020
4 sessions de 3 jours
1er module : étape phénoménologique RD 5 et 6 ➜ 18, 19, 20 janvier 2019
2è module : étape phénoménologique RD 7 et 8 ➜ 17, 18, 19 mai 2019
3è module : étape existentielle RD ➜ 18, 19, 20 octobre 2019
4è module : étape existentielle ➜ 20, 21, 22 mars 2020
Pour la formation 2018/2019
4è module : étape existentielle ➜ 29, 30, 31 mars 2019
Public : Tous les sophrologues ayant validé un cycle de base en sophrologie
http://reseau.academie-sophrologie.fr
Secrétariat : 01 45 57 27 20
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