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Science et Vie Hors Serie N°285 – Decembre 2018-1

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NEANDERTAL, DENISOVA, FLORES…
POURQUOI ONT-ILS TOUS DISPARU ?
3’:HIKMPH=^UZ^UX:?k@c@i@p@f";
M 02579 - 285H - F: 5,90 E - RD
BEL : 6 € - ESP : 6 € - GR : 6 € - DOM S :
6,50 € - DOM A : 7,50 € - ITA : 6 € - LUX :
6 € - PORT CONT : 6 € - CAN : 8,50 $ CAN
MAR : 60 DH - TOM S : 790 CFP - TOM A :
1590 CFP - CH : 8 FS - TUN : 12 DTU
ISSN 0151 0282
La nouvelle histoire de nos origines
décembre 2018
HORS-SÉRIE - N° 285 - décembre 2018
trimestriel
285
D’OÙ VENONS-NOUS ?
LA NOUVELLE
HISTOIRE DE
NOS ORIGINES
C’EST SI BON
DE LÉGUER !
© Photo : René Schwerdtel/gymmedia.de/wi-bo.de
Johanna 92 ans, gymnaste,
soutient la recherche sur le cancer.
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Science et Vie
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On a tous quelque chose
à transmettre à la recherche.
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HORS
SÉRIE
Édito
285
DÉCEMBRE 2018
Une publication du groupe
P. PLAILLY, E. DAYNES/LOOK AT SCIENCES - COUV. : J. GURCHE - S. ENTRESSANGLE/LOOK AT SCIENCES - E. DAYNES/LOOK AT SCIENCES
Président : Ernesto Mauri
RÉDACTION
8, rue François-Ory
92543 Montrouge CEDEX
Tél. : 01 41 33 50 00 - Fax : 01 46 48 48 67
DIRECTEUR DE LA RÉDACTION : Matthieu Villiers,
ASSISTÉ DE Christelle Borelli
RÉDACTRICE EN CHEF : Cécile Bonneau
DIRECTRICE ARTISTIQUE : Yvonne Diraison
RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT (ÉDITION) : Grégoire Bouillier
PREMIÈRE SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : Anouk Delport
PREMIER RÉDACTEUR GRAPHISTE : Jean-Michel Sabatié
SERVICE PHOTO : Clémence Gérard (responsable)
CHEF DU SERVICE INFOGRAPHIE : Boris Bellanger
CHEF DU SERVICE DOCUMENTATION : Marie-Anne Guffroy
SERVICE LECTEURS : sev.lecteurs@mondadori.fr
ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO :
Pierre-Yves Bocquet, Olympe Delmas, Simon Devos,
Coralie Hancok, Léna Hespel, Coraline Loiseau.
Avec Laurent Brasier, Agnès Gautheron, Émilie Rauscher
et Philippe Testard-Vaillant.
DIRECTION-ÉDITION
DIRECTION PÔLE : Carole Fagot
DIRECTEUR DÉLÉGUÉ : Sébastien Petit
DIFFUSION
DIRECTEUR DIFFUSION : Christophe Chantrel
RESPONSABLE DIFFUSION MARCHÉ : Siham Daâssa
RESPONSABLE DIFFUSION : Béatrice Thomas
MARKETING
RESPONSABLE MARKETING : Giliane Douls
PROMOTION ET PARTENARIATS : Mathilde Janier-Bonnichon
ABONNEMENTS : Juliette Mesnil
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Lionel Dufour (50 19)
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Stéphanie Guillard (53 50)
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SERVICE PRÉPRESSE
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ADJOINT : Christophe Guérin
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Siège social : 8, rue François-Ory
92543 Montrouge Cedex
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Carmine Perna
ACTIONNAIRE : Mondadori France SAS
IMPRIMEUR : Elcograf - Italie
N° ISSN : 1966-9437
N° de commission paritaire : 1020 K 79977
Dépôt légal décembre 2018
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Origine du papier
Italie
Taux de fibres recyclées 0 %
Certification
PEFC
Impact sur l’eau
Ptot 0,007 kg/tonne
Une histoire sans
cesse réécrite
Il y a 40 000 ans, Homo sapiens explorait la planète presque entière, ornait
de fresques les parois des grottes, taillait des pierres et chassait des
mammouths. Surtout, il côtoyait d’autres humanités : des dénisoviens
et des néandertaliens, dont on sait aujourd’hui qu’ils ont même échangé
des gènes avec notre espèce. Il y a 40 000 ans, c’était il y a seulement…
2 000 générations. Nos grands-parents au deux-millième degré – ce n’est
finalement pas si lointain ! – vivaient cette expérience extraordinaire, dont
les paléoanthropologues sont désormais capables de retrouver les traces.
En employant soigneusement les nouveaux outils de la paléogénétique,
les nouvelles méthodes de datation et, surtout, en restant à l’affût de
nouveaux gisements fossiles, ils réécrivent constamment notre histoire,
jusqu’à ses plus lointaines racines. Et le récit de nos origines ressemble
aujourd’hui bien peu à celui que l’on racontait il n’y a que vingt ans.
D’où venons-nous ? La question passionne, les réponses fascinent. Et,
c’est certain, nous ne sommes pas au bout de nos surprises.
S&V - HS
S&V Hors Série • 3
Sommaire285
LE TEMPS
DE LA TERRE
6
Les grandes ères qui font
l’histoire de la planète.
LE TEMPS
DE LA VIE
8
Les chemins évolutifs qui
ont mené aux différentes
espèces vivantes.
LE TEMPS
DES HUMAINS
10
Toutes les espèces qui
ont participé à l’histoire
de la lignée humaine.
D
É
C
E M
B R
E E
2 0 1
8
HORS
H
ORSS
SSÉRIE
ÉRIEE
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4 • S&V Hors Série
D’OÙ VENONSNOUS ?
14
Sur la trace
de nos ancêtres
À chaque découverte, le portrait
des différentes espèces qui
ont participé à l’histoire de
l’humanité s’affine peu à peu.
36
La fin du berceau
unique
Homo sapiens n’est pas né en
Afrique de l’Est : il est apparu
en divers lieux d’Afrique, du
métissage de plusieurs groupes.
46
Pourquoi sapiens
est-il seul ?
De toutes les lignées humaines
qui ont existé, il ne subsiste
plus que la nôtre, Homo sapiens.
Qu’est-il donc arrivé aux autres ?
56
Quel est le propre
de l’homme ?
Quelles sont les capacités qui
nous définissent et font de nous
des animaux singuliers ?
OÙ ALLONS-NOUS ?
102
Notre espèce at-elle fini d’évoluer ?
La médecine a rendu les
humains moins sensibles aux
pathologies, mais d’autres
facteurs d’adaptation existent.
110
Un monde qui
change trop vite ?
Notre environnement s’étant
transformé rapidement,
certains de nos instincts
ne sont plus du tout adaptés.
116
La diversité éclairée
par la génétique
Le séquençage du génome
humain a révélé une grande
diversité entre les individus.
Une réalité qui souligne
l’urgence de traitements
médicaux adaptés à chacun.
LES OUTILS DE LA PALÉONTOLOGIE
La prospection :
repérer les sites
fossilifères
88
La connaissance du climat
et de la géologie du passé
permet d’orienter précisément
la recherche des fossiles.
80
Les fouilles : l’étape
clé du terrain
Mettre au jour des restes
anciens est un exercice
éminemment délicat, qui exige
de la rigueur, mais aussi
une bonne dose de créativité.
84
La datation : l’art
de remonter le temps
Il existe diverses méthodes
pour estimer l’âge de fossiles,
dont l’emploi est souvent dicté
par les spécificités du terrain.
L’analyse ADN : faire
parler les génomes
préhistoriques
Grâce aux progrès du
séquençage, les chercheurs ont
accès aux génomes complets
de nos ancêtres. Une mine
d’informations sur l’histoire
génétique des espèces.
96
La reconstitution :
redonner chair
à nos ancêtres
Les techniques d’imagerie
médicale sont devenues un outil
indispensable de la recherche.
Non seulement elles rendent
aux fossiles leur apparence
extérieure, mais elles en
révèlent la structure interne.
SHUTTERSTOCK - F. VINKEN
74
S&V Hors Série • 5
Extinction
Permien-Trias
Le temps
de la Terre
248 Ma
Car
bon
ifèr
e
ien
rm
Pe
Extinction
du Dévonien
400 Ma :
premières
plantes
terrestres
Pangée, – 200 Ma
438 Ma
Rodinia, – 800 Ma
La Pangée disloquée, – 120 Ma
Extinction
OrdovicienSilurien
Pannotia, – 550 Ma
6 • S&V Hors Série
Aujourd’hui
1,2 Ga :
premières
algues
rien
Silu
Columbia, – 1,8 Ga
PALÉOZOÏQUE
360 Ma
Dévonien
Le système solaire, et la Terre avec lui, s’est formé
voici 4,5 milliards d’années (Ga), soit un peu
plus de 9 milliards d’années après la naissance de
l’Univers. Assez vite (il y a 3,8 milliards d’années),
alors que la planète s’est couverte d’eau,
la vie apparaît, à l’état cellulaire. Des plaques
continentales se forment, qui se mettent à dériver,
changeant peu à peu la morphologie de la planète.
Il y a 2 milliards d’années, les premières cellules
à noyaux (eucaryotes) se forment, puis la vie
se développe et se diversifie, surtout à partir
du Cambrien (– 570 millions d’années).
On sait aujourd’hui que l’histoire de la vie et celle
de la Terre sont imbriquées, qu’elles ont coévolué :
les êtres vivants ont façonné la Terre autant qu’elle
leur a permis d’apparaître et qu’elle a conditionné
leur environnement – et donc leur évolution.
Le développement de la vie jusqu’à aujourd’hui
est ainsi ponctué de cinq extinctions massives
(il y a 438, 360, 248, 213 et 65 millions d’années),
souvent liées aux humeurs de la planète
(volcanisme notamment), dont la dernière fit
disparaître les dinosaures après 175 millions
d’années de règne. Les premiers primates
apparaissent il y a 60 millions d’années, et les
premiers hominines il y a 7 millions d’années.
À l’échelle de la Terre, c’était il y a quelques
poignées de secondes à peine.
Or
do
vic
ien
240 Ma :
premiers
dinosaures
Extinction
Trias-Jurassique
225 Ma :
premiers
mammifères
213 Ma
Trias
Jur
as
siq
MÉ
ue
SO
ZO
ÏQ
UE
2 Ga :
premiers
eucaryotes
acé
Crét
4,5 Ga :
formation
de la Terre
Extinction
Crétacé-Tertiaire
3,8 Ga :
apparition
de la vie
Tertiaire
CÉNO
ZOÏQ
UE
PR
ÉC
AM
BR
IEN
65 Ma
60 Ma :
premiers
primates
Qu
-na ater
ire
7 Ma :
premiers
hominines
570 Ma
B.BOURGEOIS
Cambrien
S&V Hors Série • 7
Champignons
Mollusques
Protistes
Vers
Bactéries
Éponges
Archées
Plantes
Amphibiens
Cnidaires
–20
00 M
a*
Premier
ancêtre
commun
Arthropodes
– 90
0M
a
L’homme
est… un
eucaryote
Au même titre
que les champignons et les
plantes, l’homme
fait partie des
eucaryotes,
des organismes
constitués d’une
ou de plusieurs
cellules, qui
possèdent toutes
un noyau.
* Millions d’années
8 • S&V Hors Série
Poissons
– 70
0M
a
– 60
0M
a
… un
bilatérien
Comme la plupart des animaux
(et à la différence
des éponges ou
des méduses),
l’homme est
bilatérien : il
présente une
symétrie bilaté… un rale, c’est-à-dire
métazoaire un côté droit et
L’homme est un côté gauche.
en outre un
métazoaire, ou
plus simplement,
un animal :
un eucaryote
multicellulaire
hétérotrophe,
c’est-à-dire
se nourrissant
de constituants
organiques
préexistants
(à la différence
des plantes
ou des
champignons).
– 35
0M
a
– 31
0M
a
… un
tétrapode
À la différence
des poissons
(vertébrés, eux
aussi), les tétrapodes que nous
sommes arborent
deux paires
… un
de membres
et utilisent,
amniote
… un
plus souvent, L’homme est un
vertébré leune
respiration amniote, c’est-àL’homme se
pulmonaire. dire un tétrapode
classe parmi les
dont l’œuf, abrité
bilatériens vertédans un utérus
brés, des animaux
ou dans une
munis d’un
coquille, permet
squelette osseux
à l’embryon un
ou cartilagineux
développement
interne, et dont
en milieu aqueux
la colonne vertésans qu’il ne soit
brale abrite le
pondu dans l’eau
système nerveux
(à la différence
central. D’autres
des grenouilles).
bilatériens ont
une carapace
(arthropodes),
une coquille
(mollusques), ou
sont dépourvus
de parties
dures (vers).
– 177
Ma
Le temps
de la vie
Oiseaux
Éléphants
Crocodiles
Carnivores
Tortues
Rongeurs
Lézards
Lémuriens
Marsupiaux
Capucins
Monotrèmes
Babouins
5M
a
… un
mammifère
– 74
Ma
Gibbons
Orangs-
Gorilles
– 30
Ma
outans
Contrairement
aux autres
– 20
amniotes (lézards,
… un
Ma
oiseaux…),
primate
les mammifères,
– 16
Parmi les euthéMa
dont nous faisons
riens, nous
partie, présentent
nous rangeons
des mamelles, un
–9 M
… un
dans la catégorie
a
cœur à 4 cavités,
hominoïdé
des
primates
:
un système
des plantigrades
Les hominoïdés
nerveux et
… un
(animaux marrassemblent
encéphalique
chant en posant
les hominoïdes hominidé
développé, ainsi
toute la plante
à l’exclusion
Les pongidés
qu’une tempé- … un
du pied au sol)
des gibbons.
(orangs-outans)
rature interne
euthérien
… un
au cerveau
Les seuls homi- se sont séparés
constante.
Les euthériens développé et
hominoïde noïdés présents des autres
sont placentaires : dont le pouce Les hominoïdes sur Terre aujour- hominoïdés
ils accouchent est opposable. désignent
d’hui sont les
il y a environ
de juvéniles,
orangs-outans, 16 millions d’anl’ensemble
à la différence
nées, laissant
des grands singes les gorilles,
des marsupiaux
les chimpanzés les hommes,
(les singes
qui accouchent
qui ne possèdent et les hommes. les gorilles et
de larves ou
les chimpanzés
pas de queue)
des monotrèmes
former la banche
et les hommes.
(ornithorynque),
des hominidés.
qui pondent
des œufs.
–7 M
Chimpanzés
a
Hominine
… un
homininé
Enfin, les
représentants
des lignées
des chimpanzés
et des hommes
se sont séparés
des gorilles il y a
8 à 10 millions
d’années, formant
les homininés.
B.BOURGEOIS
– 10
Tous les êtres vivants ont un seul et même ancêtre
commun, apparu il y a environ 3,8 milliards
d’années. Les descendants de cet ancêtre ont
emprunté des chemins évolutifs différents,
qui aboutissent à la foison d’espèces présentes
aujourd’hui sur terre. C’est la taxonomie, c’està-dire la branche de la biologie qui regroupe les
espèces dans différentes catégories (ou « taxons »),
qui s’applique à classer et à décrire ces espèces.
L’une d’entre elle est Homo sapiens, qui, comme
indiqué ci-dessous, est défini comme un hominine,
les hominines faisant partie des homininés
(avec les chimpanzés, dont la branche s’est
séparée de la nôtre il y a 7 millions d’années), qui
sont des hominidés (comme les gorilles), donc
des hominoïdes (qui incluent les orangs-outans),
qui sont eux-mêmes membres du groupe des
primates. Si l’on remonte encore plus loin dans
la classification, on peut dire que les primates sont
des euthériens, des mammifères, des amniotes,
des tétrapodes, des vertébrés, des bilatériens,
des métazoaires et, enfin, des eucaryotes dont
les premiers représentants furent directement
engendrés par notre ancêtre commun universel !
Voici en résumé comment l’histoire du vivant
peut être retracée à partir de la taxonomie.
S&V Hors Série • 9
– 50 000
ANS
– 200 000
ANS
Les paranthropes
– 500 000
Également surnommés
« australopithèques
robustes », ils se situent
sur une branche sœur de
celle des australopithèques.
Ils sont contemporains
des premiers représentants
du genre Homo.
ANS
Les australopithèques
Ces hominines présentent
à la fois des caractères archaïques
(notamment un petit cerveau) et
modernes (l’aptitude à la bipédie,
par exemple). On y adjoint souvent
K. platyops, dont le genre fait
encore débat. Le plus célèbre squelette d’australopithèque est celui
de Lucy, découvert en Éthiopie.
– 1 MILLION D’ANNÉES (Ma)
Australopithecus
sediba
– 2 Ma
Paranthropus
robustus
– 3 Ma
Paranthropus
boisei
Australopithecus
garhi
Australopithecus
prometheus
(Little foot)
Paranthropus
aethiopicus
Australopithecus
africanus
Homo
rudolfensis
Australopithecus
deyiremeda
Australopithecus
afarensis (Lucy)
– 4 Ma
Les premiers
hominines
– 5 Ma
Une de ces quatre
espèces est peutêtre la plus ancienne
représentante de
la lignée humaine.
Laquelle ? Leurs
découvreurs respectifs en débattent.
Ardipithecus
kadabba
– 6 Ma
Orrorin
tugenensis
– 7 Ma
10 • S&V Hors Série
Australopithecus
anamensis
Ardipithecus
ramidus
Sahelanthropus
tchadensis (Toumaï)
Australopithecus
bahrelghazali (Abel)
Homo floresiensis
Homo
sapiens
Denisova
Homo naledi
Homo
neanderthalensis
Homo
rhodesiensis
Homo
heidelbergensis
Homo
antecessor
Homo
georgicus
Homo
erectus
Homo
ergaster
Le genre Homo
Ce genre regroupe toutes
les espèces anatomiquement proches d’Homo
sapiens, qui se sont révélées bien plus nombreuses
qu’imaginé ! Il y a seulement quelques dizaines
de milliers d’années, au
moins quatre humanités
se côtoyaient.
Homo habilis
Kenyanthropus
platyops
À ses débuts, la paléoanthropologie donnait
de l’évolution humaine une vision très linéaire :
Homo erectus avait évolué pour devenir Homo
neanderthalensis, qui lui-même était à l’origine
d’Homo sapiens. Chaque fossile trouvé était alors
considéré (non sans difficulté) comme un chaînon
manquant entre deux espèces de la lignée humaine.
Le paradigme a complètement changé aujourd’hui.
On sait désormais que notre histoire est bien
plus complexe (certaines branches se sont éteintes,
d’autres se sont enchevêtrées) et remonte beaucoup
plus loin que ce que l’on imaginait au XIXe siècle.
L’humanité est devenue un véritable « buisson ».
Il faudrait d’ailleurs plutôt parler d’humanités
au pluriel ! Car s’il n’en reste qu’une aujourd’hui,
de nombreuses espèces d’humains se sont côtoyées
et ont échangé au cours de leurs migrations.
Les fossiles retrouvés jusqu’à présent font d’ailleurs
état d’une diversité remarquable entre – 4 millions
d’années et – 200 000 ans. Après cette période,
Homo sapiens, né en Afrique, commence à coloniser
toute l’Eurasie et l’Océanie. Il rencontre et se mêle
à l’occasion aux autres espèces, puis finit par les
remplacer. Les récentes et spectaculaires découvertes d’Homo naledi ou de Denisova ont permis
aux chercheurs de compléter notre histoire. Mais
les découvertes futures ne manqueront pas d’ajouter
de nouvelles branches au buisson de nos origines.
B.BOURGEOIS
Le temps de l’humanité
S&V Hors Série • 11
À la une...
SCIENCE & VIE
Le mensuel le plus lu
en France !
12 numéros + 4 hors-séries
+ 2 numéros spéciaux par an
LE QUESTIONS RÉPONSES
DE SCIENCE & VIE
Les questions de la vie,
les réponses de la science.
4 numéros par an
LES CAHIERS DE SCIENCE & VIE
La référence en histoire des civilisations.
GUERRES & HISTOIRE
Le leader de l’histoire militaire.
8 numéros par an
6 numéros + 2 hors-séries par an
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D’OÙ
VENONS-NOUS ?
14 Sur la trace de nos
ancêtres
36 La fin du berceau unique
46 Pourquoi sapiens est-il
56 Quel est le propre
de l’homme ?
UNIV. MALAGA
seul ?
S&V Hors Série • 13
SUR LA TRACE DE
NOS AN
Australopithecus, Homo
habilis, Homo erectus,
Homo naledi… (ici, reconstitués par la plasticienne
Élisabeth Daynès) forment
avec notre espèce, Homo
sapiens, la lignée humaine.
14 • S&V Hors Série
D’où venons-nous ?
S’il n’en reste qu’une aujourd’hui, la nôtre, de nombreuses
espèces ont participé à l’histoire de la lignée humaine.
Science & Vie en dresse le portrait, à partir des dernières
découvertes des paléoanthropologues.
P. PLAILLY, E. DAYNES/LOOK AT SCIENCES
ANCÊTRES
S&V Hors Série • 15
D’
où venons-nous ? La question a-t-elle seulement un sens ? Lorsque l’on s’interroge sur
les origines de l’homme, de qui parle-t-on ?
De sapiens, apparu il y a quelques centaines
de milliers d’années ? Du genre Homo, surgi
vers 3 millions d’années ? De toute la lignée
humaine ? En général, on fait commencer
notre préhistoire à la bifurcation avec les autres
grands singes, il y a au moins 8 millions d’années. « Mais la limite entre les dernières populations de singes non humains et les premières
populations de la lignée humaine est très compliquée à définir », avertit Roberto Macchiarelli
paléoanthropologue à l’université de Poitiers.
Pour les scientifiques, la pratique de la bipédie ou la morphologie des dents (notamment
la réduction des canines) sont des caractéristiques qui permettent néanmoins de faire une
distinction entre l’homme et les autres hominoïdes (c’est-à-dire les grands singes). Les
fiches qui suivent présentent donc, espèce par
espèce, nos principaux ancêtres hominines,
leurs caractéristiques et leur « actualité » scientifique, du célèbre Toumaï jusqu’à nous.
UN BUISSON FOISONNANT
Mais, pour bien aborder ce catalogue généalogique, il faut avoir à l’esprit que – de l’aveu
même des paléontologues – contraindre des
fossiles à se répartir dans des cases bien définies est un exercice qui trahit parfois la réalité.
Les chercheurs sont en effet obligés de fixer des
limites à chaque espèce pour y ranger les restes
osseux. Or, l’évolution est continue : il n’y a pas
de saut évolutif d’une espèce à l’autre, ni même
d’un genre à l’autre ! L’arbre généalogique
qu’elle dessine est en fait un buisson touffu,
dont les branches poussent en tous sens, où
de nombreuses espèces coexistent, s’unissent
et se séparent au gré des migrations et des
16 • S&V Hors Série
bouleversements environnementaux. Il n’y a
donc pas toujours consensus dans la communauté scientifique sur l’attribution des fossiles
à telle ou telle espèce .
Les théories évoluent elles aussi au fil des
découvertes et des nouvelles études faites sur
des ossements trouvés précédemment. D’autant
plus que la paléoanthropologie (l’étude des fossiles humains) a considérablement progressé
avec le perfectionnement des techniques d’imagerie et des méthodes de datation. Elle s’est surtout enrichie, ces dernières années, des apports
de la génétique, qui lui ont permis d’accéder
à un nouveau type d’informations. L’étude des
génomes de fossiles de néandertaliens, de dénisoviens et d’Homo sapiens a notamment montré
des hybridations entre ces trois espèces.
Ces hybridations questionnent d’ailleurs
elles aussi la pertinence de la notion d’espèce
au sein de la lignée humaine. Pourquoi les
Homo sapiens, les néandertaliens et les dénisoviens, dont on sait désormais qu’ils se sont
hybridés, ne pourraient-ils pas être considérés
comme une seule et même espèce ? En biologie, la notion d’espèce est en effet déterminée
par la possible interfécondité, ce qui tendrait ici
à les rassembler. Mais l’idée ne séduit pas les
paléoanthropologues. « À quel moment peuton dire qu’il y a deux espèces plutôt qu’une ?
C’est quasiment impossible. Le contenu d’une
espèce est comme un nuage, il change en permanence, même s’il reste un nuage. Et à un
moment, le nuage peut se scinder en deux »,
illustre Martin Pickford, du Muséum national
d’histoire naturelle. « Pour un paléoanthropologue, le concept biologique de l’espèce ne
sert à rien », renchérit Florent Détroit. Car, en
dehors des rares espèces bien conservées dont
le génome peut être analysé, il est impossible
de tester l’interfécondité des fossiles ! La délimitation des espèces en paléontologie se fonde
donc uniquement sur des caractères morphologiques, selon des critères qui sont toujours
discutables et souvent remis en question.
« C’est juste une question d’expérience », juge
Martin Pickord. Malgré toutes les réserves et
D’où venons-nous ?
les remises en question, séparer les espèces
les unes des autres est essentiel. « Il faut rester
pragmatique : le concept d’espèce est très utile
pour comprendre et expliquer », rappelle Martin
Pickford. De plus, cette notion d’espèce n’est
pas le principal défi auquel fait face la paléoanthropologie dans la quête de nos origines.
DES DÉCOUVERTES TROUBLANTES
En fait, chaque nouvelle découverte est susceptible de bouleverser un scénario patiemment
élaboré et qui aura mis du temps à s’imposer !
Les découvertes récentes d’Homo floresiensis,
un tout petit homme de la taille d’un australopithèque, ayant vécu il n’y a même pas 100 000 ans
en Indonésie, puis celle d’Homo naledi, qui présente à la fois des caractères d’australopithèque
et d’autres plus modernes, en Afrique du Sud
(respectivement en 2003 et en 2013), en sont de
bons exemples : elles ont suscité une grande
méfiance dans la communauté scientifique et
peinent à s’intégrer dans le modèle d’évolution actuellement en vigueur. Il faut dire que la
discipline attire volontiers des « chasseurs de
gloire », sous forme d’explorateurs intrépides et
peu scrupuleux, et que la méfiance des spécialistes n’est pas toujours déplacée. Mais même
lorsque les découvertes sont sérieuses, celles
qui vont à l’encontre du schéma général ont
quelque mal à se faire accepter d’une communauté scientifique assez conservatrice.
En outre, l’origine de l’être humain n’est rien
d’autre qu’une quête de soi… Et la fascination
que nous avons de nous-mêmes peut facilement introduire des biais dans la démarche
scientifique. On peut ainsi légitimement s’étonner du fait que l’on ne connaisse que très peu
de fossiles attribués aux ancêtres des chimpanzés, notre plus proche parent actuel, alors que
le registre fossile des gorilles est plus documenté. Une première explication est que les
terrains où il est possible d’en trouver ne sont
pas exploitables. Mais il se pourrait plus simplement que certains fossiles de la lignée des
chimpanzés soient en fait souvent attribués à
tort à la lignée humaine ! Il est, en effet, plus
valorisant de répondre à la question de l’origine
de l’homme que de celle du singe.
Reste à espérer que, dans les prochaines
années, de nouveaux sites de fouilles et de
nouveaux outils permettront des découvertes
spectaculaires et éclairantes. Le développement
de la paléogénétique est extrêmement prometteur. Des fragments de fossiles déjà découverts attendent d’être séquencés et analysés,
comme ceux de la désormais célèbre grotte de
Denisova. La mise au jour de nouveaux ossements avec de l’ADN exploitable permettra
peut-être des avancées aussi spectaculaires que
la découverte des dénisoviens en 2008. Mais les
Le contenu d’une
espèce est comme
un nuage, il change
en permanence
fossiles assez bien conservés pour que du matériel génétique en soit extrait sont rares. Les prochaines années connaîtront probablement un
essor de l’analyse d’ADN trouvé directement
dans des sédiments, sans véritables fossiles.
Cependant, la limite majeure que rencontre la
paléogénétique est la barrière du temps. Il n’est
donc pas envisageable de se passer des ossements et des fouilles traditionnelles, même si
ces dernières sont incertaines, chronophages et
demandent des moyens importants. Des lieux
encore inexplorés, car peu accessibles (pour des
raisons de sécurité, par exemple), renferment
sans doute des trésors paléoanthropologiques.
L’érosion de certains terrains révélera peutêtre aussi de nouveaux lieux de fouilles. Mais
on peut aussi rêver de futures découvertes
tout simplement issues des collections de fossiles réexaminés sous un nouveau jour. D’où
qu’elles viennent, les futures découvertes ne
manqueront pas de bousculer l’ordre établi et
de complexifier l’histoire de nos origines. •
S&V Hors Série • 17
ENTRE –7 ET –5 MILLIONS D’ANNÉES
Trois candidats au titre d’ancêtre
Sahelanthropus
tchadensis (ci-contre)
DÉCOUVERTE
En 2001, au Tchad, par l’équipe de
Michel Brunet. Baptisé Toumaï, son
crâne est daté à 7 millions d’années.
MORPHOLOGIE
Capacité crânienne : env. 360 cm³
Taille : de 1 m à 1,15 m
Poids : 35 kg
Alimentation : végétarienne
Orrorin tugenensis
Ardipithecus
DÉCOUVERTE
En 2000, au Kenya, par l’équipe de
la Française Brigitte Senut et du Britannique et Kényan Martin Pickford.
Il est daté à 5,9 millions d’années.
DÉCOUVERTE
En Éthiopie, en 1992 par l’Américain
Tim White pour A. ramidus, et en
1999 pour A. kadabba par l’Éthiopien Yohannes Hailé-Sélassié. Ils
sont datés à 5 millions d’années.
MORPHOLOGIE
Capacité crânienne : inconnue
Taille : de 1,10 m à 1,35 m
Poids : de 35 à 55 kg
Alimentation : végétarienne,
peut-être omnivore
RESTES RETROUVÉS
Ossements appartenant à au moins
5 individus.
18 • S&V Hors Série
MORPHOLOGIE
Capacité crânienne : 300
à 350 cm³
Poids : environ 50 kg
Alimentation : frugivore
et probablement omnivore
RESTES RETROUVÉS
Ossements d’au moins à 36 individus.
Tchad
SAHELANTHROPUS
ARDIPITHECUS
Éthiopie
ORRORIN
Kenya
Les restes de ces hominidés anciens,
nos plus vieux ancêtres connus, ont
tous été mis au jour en Afrique.
P. PLAILLY, E. DAYNES/LOOK AT SCIENCES - A. BEAUVILAIN - J. FUSS, UNIV. TÜBINGEN
RESTES RETROUVÉS
Ossements d’au moins 6 individus.
D’où venons-nous ?
LA BIPÉDIE, UNE CAPACITÉ DIFFICILE À ÉTABLIR
Toumaï. Orrorin. Ardi. De ces trois vénérables hominidés ayant vécu en Afrique il y
a respectivement 7, 6 et 5 millions d’années,
lequel peut-il se targuer d’être l’ancêtre de
la lignée humaine ? La réponse est simple :
celui dont la bipédie sera prouvée.
Mais la démonstration est un cassetête, surtout dans un contexte de compétition entre équipes scientifiques. Depuis
quelques années, la candidature des ardipithèques, plutôt considérés comme ancêtres
des chimpanzés, semble écartée. Quant à
Toumaï (Sahelanthropus tchadensis), il
pâtit des vives critiques que suscite son
découvreur, Michel Brunet, de l’université
de Poitiers. Celui-ci s’est en effet focalisé en
2001 sur le crâne de l’individu, sans remarquer un fémur retrouvé au même moment
par son équipe. C’est Roberto Macchiarelli,
spécialiste du comportement locomoteur
des primates dans la même université, qui
le repère par hasard avec une étudiante
dans le laboratoire dès 2004. Mais, à son
grand dam, cet os qui pourrait trancher la
question de la bipédie de l’espèce n’a toujours pas donné lieu à publication. « Toumaï n’a pas grand-chose à faire dans la
lignée humaine », estime Martin Pickford,
du Muséum national d’histoire naturelle,
qui a participé à l’identification d’Orrorin.
« Orrorin est un candidat légitime à la lignée
humaine », abonde Roberto Macchiarelli. Il
est vrai que son fémur long aux caractéristiques humaines plaide en sa faveur.
Pour trancher, il faudrait d’autres fossiles.
Mais ils sont rares. « Jusqu’aux années 2000,
on pensait que la bifurcation entre la lignée
humaine et les autres grands singes se situait vers 4,5 millions d’années. On ne cherchait donc pas avant cette période », note
Martin Pickford. De plus, on connaît très
peu de gisements du Miocène (entre – 23
et – 5 millions d’années) accessibles.
En 2001, l’équipe
de Michel Brunet
découvrait au Tchad
un crâne datant de
7 millions d’années :
Toumaï. Il pourrait
être notre plus ancien
ancêtre… si sa bipédie
était démontrée.
UNE NOUVELLE ÉTUDE RELANCE L’HYPOTHÈSE « BACK TO AFRICA »
C’est une hypothèse déjà ancienne,
mais très controversée : il y a plus
de 8 millions d’années, les ancêtres
de la lignée humaine seraient sortis
d’Afrique pour explorer le sud d’une
Europe alors chaude et humide, avant
de revenir en Afrique. Cette théorie,
dite « Back to Africa », a trouvé en
2017 un nouveau soutien avec l’étude
des restes de l’espèce Graecopithecus
freybergi : un fragment de mandibule
et une dent, découverts respectivement en Grèce, en 1944, et en
Bulgarie, en 2011, datés de plus
de 7 millions d’années. Révélée par
microtomographie, la morphologie
dentaire de cette espèce la placerait
en effet dans la lignée humaine, selon
les chercheurs. Mais ils sont loin de
faire consensus. « Le registre [c’està-dire le nombre d’éléments] reste
trop faible pour être convaincant »,
commente Roberto Macchiarelli. « Il
faudrait des caractères post-crâniens,
en particulier les jambes, pour savoir
s’il était bipède », renchérit Martin
Pickford. « Il n’y a aucun argument
pour nier la présence d’hominines
dans le sud de l’Europe vers 7 millions
d’années, mais l’évolution en Afrique
reste l’hypothèse la plus simple »,
ajoute Roberto Macchiarelli. Pour
Brigitte Senut, du Muséum national
d’histoire naturelle, « localiser l’origine de l’homme en Europe, c’est nier
tout ce que l’on a trouvé en Afrique ».
L’analyse de la
dentition de Graecopithecus freybergi
placerait cette espèce, présente en
Europe il y a 7 millions d’années, dans
la lignée humaine.
S&V Hors Série • 19
ENTRE –4 ET –2 MILLIONS D’ANNÉES
Australopithecus
DÉCOUVERTE
Le premier australopithèque a été
découvert en 1924, en Afrique
du Sud, par l’Australien Raymond
Dart. Depuis, de nombreux fossiles
ont été mis au jour, comme la
célèbre Lucy (en 1974, en Éthiopie,
par le Français Yves Coppens, entre
autres) ou Little Foot (en 1994, en
Afrique du Sud, par le Britannique
Ronald J. Clarke). On en connaît à
ce jour huit espèces : A. afarensis,
A. africanus, A. anamensis, A. bahrelghazali, A. deyiremeda, A. garhi,
A. prometheus, A. sediba.
MORPHOLOGIE
Très variable selon l’espèce.
Capacité crânienne : de 385
à 550 cm³
Taille : de 1 m à 1,50 m
Poids : de 29 à 50 kg
Alimentation : végétarienne et, à
l’occasion, omnivore pour certains.
RESTES RETROUVÉS
Au total plus d’un millier de restes
(plus de 500 pour afarensis, un seul
pour bahrelghazali).
FOSSILES
DÉCOUVERTS
Aire de répartition
Les australopithèques étaient
présents sur une grande partie
de l’Afrique.
20 • S&V Hors Série
E. DAYNES/LOOK AT SCIENCES - S. HARMAND/STONY BROOK UNIV. - L. BRUXELLES/INRAP
APTITUDES
On les connaît mal. Certaines
espèces ont pu fabriquer des outils.
D’où venons-nous ?
LITTLE FOOT : UN SQUELETTE DE 3,7 MILLIONS
D’ANNÉES COMPLET À 90 %
C’est le squelette d’australopithèque le plus
complet au monde : il a pu être reconstitué
à 90 % (contre 40 % seulement pour Lucy),
après plus de vingt ans de travail. Surnommée Little Foot (les premiers os dégagés
appartenaient à son pied gauche), cette
australopithèque de 3,7 millions d’années a
été découverte en 1994 à Sterkfontein, en
Afrique du Sud. Elle était probablement âgée
d’une trentaine d’années, lorsqu’elle fit une
chute de 30 mètres dans l’une des grottes
du site. Dans cette zone exempte de charognards, son ensevelissement rapide sous les
sédiments permit l’excellente conservation
de son squelette, dans sa position initiale :
un bras en l’air, la main refermée sur son
pouce, l’autre bras contre le corps.
Présenté fin 2017 à l’université du Witwatersrand, à Johannesburg, le fossile génère
aujourd’hui une intense activité scientifique : « Il remet en valeur l’espèce Australopithecus prometheus et permettra de mieux
comprendre les relations de parenté, notamment avec Australopithecus africanus »,
estime Sandrine Prat, paléoanthropologue
au Muséum national d’histoire naturelle.
Préservé durant 3,7 millions d’années dans
une gangue de pierre, le squelette a nécessité
plus de vingt ans de travail pour être exhumé.
LES OUTILS NE SONT PLUS L’APANAGE DU GENRE HOMO
Des australopithèques ont pu fabriquer ces outils de pierre taillée
vieux de 3,3 millions d’années.
Publiée en 2015 dans la revue Nature,
la découverte d’outils en pierre estimés
à 3,3 millions d’années, près du lac Turkana, au Kenya, a bouleversé le cours
de la préhistoire. Car elle réfute l’hypothèse selon laquelle seul le genre Homo
(qui n’apparaît qu’après 3 millions
d’années) sait élaborer des outils.
Qui donc a fabriqué ces pierres taillées ?
« Elles sont contemporaines de certains
australopithèques et de Kenyanthropus
playtyops, dont les restes ont été découverts dans la même région, indique
Sandrine Prat, coauteure de l’étude. De
plus, des restes de main, dont la datation
correspond à cette période et qui sont
attribués à Australopithecus afarensis,
mettent en évidence une anatomie
permettant une préhension précise. »
La conception d’outils en pierre ne serait
donc plus l’apanage des lignées Homo.
« Nous nous étions déjà faits à l’idée
que les australopithèques fabriquaient
des outils, relativise Hélène Roche, coauteure de l’étude et directrice émérite de
recherche au CNRS. En 1975, en Éthiopie,
nous avions déniché des outils datés
de 2,6 millions d’années. Or, à l’époque,
il n’y avait pas de restes fossiles attribués
au genre Homo pour cette période. »
S&V Hors Série • 21
ENTRE –2,4 ET –1,6 MILLION D’ANNÉES
Homo habilis
DÉCOUVERTE
Les premiers fossiles ont été trouvés en 1960 sur le site d’Olduvai,
en Tanzanie, par Jonathan Leakey,
le fils des paléontologues Louis
et Mary Leakey.
MORPHOLOGIE
Il y a une grande variabilité anatomique entre les individus. Mais
leur face est moins projetée
vers l’avant et plus plate que
celle des australopithèques.
Capacité crânienne : de 500
à 850 cm³
Taille : de 1,15 m à 1,50 m
Poids : de 30 à 40 kg
Alimentation : omnivore.
Le régime d’habilis était
diversifié et opportuniste.
APTITUDES
Habilis était partiellement arboricole. Il savait s’adapter à des environnements et à des climats variés,
et utilisait des outils en pierre.
FOSSILES
DÉCOUVERTS
Aire de répartition
Homo habilis était présent en Afrique
orientale et en Afrique australe.
22 • S&V Hors Série
S. ENTRESSANGLE, E. DAYNES/LOOK AT SCIENCES - UNIV. MALAGA
RESTES RETROUVÉS
Près de 200 fossiles sont attribués
à habilis, tous découverts dans des
sites de la vallée du Rift. Ce sont
principalement des dents isolées ;
crânes et mandibules sont rares.
D’où venons-nous ?
RUDOLFENSIS DISPUTE À HABILIS LE TITRE
DE PREMIER REPRÉSENTANT DU GENRE HOMO
Dans l’esprit de ses découvreurs
ouvreurs des années 1960, habilis, le plus
us vieux représentant du genre Homo, est le premier
hominine à nous ressembler
mbler vraiment. Il
est bipède et son cerveau
u est assez gros
pour lui conférer une intelligence
ligence respectable. Pour eux, c’est lui, cet « homme habile », qui fabrique pour la première fois
des outils ; l’Homo naît en quelque
quelqu
que
lque sorte
avec cette rupture technologique.
ologique.
ue.
Les plus vieux ossements
ements
nts du
genre Homo, mis au jour en 2015
en Éthiopie, sont estimés
imés à
2,8 millions d’années. De
e cette
date jusqu’à 1,9 millions d’an’années, les restes retrouvés
és
sont très fragmentaires,
es,
mais ils montrent claire-ment une grande variabilité
ité
anatomique. À tel point que,
depuis les années 1990, des
paléo anthropologues proposent
l’existence de deux espèces au lieu
d’une : Homo habilis et Homo rudolfensis.
Elles auraient vécu au même moment, en
Afrique orientale. « Elles se différencient
au niveau de la face par une multitude de
caractères, en particulier par sa largeur
et son avancée », précise Sandrine Prat,
D’abord confondu
avec Homo habilis,
Homo rudolfensis
en diffère par une
face plus large
et moins avancée
(ci-dessus, un crâne
trouvé au Kenya).
paléoanthropologue
paléoa
pal
éoanth
nthrop
nth
ropologue du CNRS au Muséum
national d’histoire naturelle. Certains chercheurs avancent même aujourd’hui l’idée
que ce serait Homo rudolfensis, et non
Homo habilis, qui serait l’ancêtre d’Homo
ergaster, et donc le nôtre. « C’est possible,
commente Sandrine Prat, mais il est difficile de mettre en évidence les relations
de parenté avec le peu de restes osseux
dont nous disposons. »
LA DIFFICILE DÉFINITION DU GENRE HOMO
Comment définir le genre Homo ? En
2015, les spécialistes américains Ian
Tattersall, de l’American Museum of
Natural History, et Jeffrey Schwartz,
de l’université de Pittsburgh, débattaient dans la revue Science de cette
question, en repartant des premières
découvertes de fossiles de la lignée
humaine. Au départ, le genre Homo a
été créé pour nous, les Homo sapiens,
afin de nous distinguer des autres
mammifères. La première espèce
à intégrer (non sans difficulté)
cette catégorie censée nous mettre
à l’écart du reste du monde vivant
fut Homo neanderthalensis. Au fur et
à mesure des découvertes, d’autres
espèces ont suivi et ont complexifié
la définition du genre, en particulier
Homo habilis. « La définition d’Homo
est alors devenue encore plus obscure », écrivent les chercheurs. La
fabrication d’outils, la bipédie et une
capacité crânienne importante ont
longtemps été considérées comme
des spécificités du genre Homo. Mais
les capacités crâniennes de certains
australopithèques atteignent celles
des plus petits Homo ; en outre,
ils étaient partiellement bipèdes
et fabriquaient probablement des
outils. Les frontières entre le genre
Australopithecus et les premiers
Homo, comme habilis, se sont donc
révélées poreuses. Cependant, rappelle la paléoanthropologue Sandrine
Prat, « d’un point de vue anthropologique, la définition du genre Homo est
uniquement faite sur des caractères
anatomiques. Comme il est difficile
de définir le genre Homo à partir de
caractères anatomiques particuliers,
c’est une association de caractères qui,
finalement, permet de dire si un individu est ou non dans ce genre. »
S&V Hors Série • 23
ENTRE –2 MILLIONS D’ANNÉES ET –300 000 ANS
DÉCOUVERTE
En 1891, l’anatomiste néerlandais
Eugène Dubois met au jour sur l’île
de Java, en Indonésie, une calotte
crânienne et un fémur. Il nomme
alors cette nouvelle espèce Pithecanthropus erectus, rebaptisée
depuis Homo erectus.
MORPHOLOGIE
Elle présente de nombreuses
similitudes avec celle d’Homo
sapiens, mais s’en distingue
par une mâchoire puissante,
des os épais, l’absence de menton
et un front fuyant et aplati.
Capacité crânienne : de 800
à 1 200 cm³
Taille : de 1,50 m à 1,70 m
24 • S&V Hors Série
Poids : de 45 à 65 kg
Alimentation : omnivore
APTITUDES
Parfaitement bipède, c’était un
grand voyageur (on pense qu’il est
le premier à avoir colonisé l’Asie).
Il était aussi bon chasseur, taillait
des outils en pierre et faisait déjà
usage du feu, il y a 400 000 ans.
RESTES RETROUVÉS
Plusieurs centaines de restes ont
été mis au jour. Pour certains chercheurs, il ne faut parler d’Homo
erectus que pour les fossiles
retrouvés en Asie. Mais d’autres
regroupent sous ce terme Homo
erectus et Homo ergaster, ce dernier
étant, lui, présent en Afrique.
FOSSILES DÉCOUVERTS
Aire de répartition supposée
Homo erectus au sens strict était
présent dans une grande partie
de l’Asie. Mais si l’on inclut Homo
ergaster, son aire de répartition
s’étend alors à l’Afrique.
S. ENTRESSANGLE, E. DAYNES/LOOK AT SCIENCES - ZOLLIKOFER, PONCE DE LEON/UNIV. ZURICH
Homo erectus
D’où venons-nous ?
ET SI ERECTUS, ERGASTER, RUDOLFENSIS
ET HABILIS N’ÉTAIENT QU’UNE ESPÈCE ?
La définition d’Homo erectus n’a jamais fait
consensus. En 1894, la découverte à Java des
premiers fossiles de cette espèce par l’anatomiste Eugène Dubois (qui la voyait comme
un « chaînon manquant » entre l’homme et
le singe) fut accueillie avec scepticisme par
la communauté des savants, réticente aux
idées encore neuves de l’évolution. Mais plus
de cent vingt ans plus tard, la place d’erectus
au sein des lignées humaines est toujours
débattue. Un courant scientifique soutenu
par les Américains prône le regroupement
d’erectus et d’ergaster sous une même espèce, tandis qu’un second, plutôt européen,
réserve le terme d’erectus aux fossiles trouvés en Asie : « On sépare les deux espèces
car on considère qu’ergaster a pu évoluer
vers erectus, mais aussi vers sapiens, justifie
Dominique Grimaud-Hervé, paléoanthropologue au Musée de l’Homme. L’idée est de
disposer de nombreuses “petites boîtes”
pour mieux comprendre les migrations et
les interactions entre les populations. »
Et les choses se sont encore compliquées
entre 1991 et 2005, avec la mise au jour de
cinq crânes sur le site de Dmanissi, en Géorgie. Dans les premières années de fouilles,
les chercheurs ont proposé la création d’une
nouvelle espèce pour ceux-ci : Homo georgicus. Mais au fur et à mesure des découvertes, il est apparu que ces crânes, datés
à 1,77 million d’années, présentaient une
très forte variabilité morphologique, certains ayant des caractères proches d’habilis, d’autres d’ergaster, d’autres encore de
rudolfensis, et d’autres d’erectus. Cette diversité de traits typiques d’autres lieux et
d’autres époques existe même au sein d’un
seul georgicus ! D’où la proposition radicale
de certains scientifiques de rassembler tous
les fossiles datés entre 2,8 millions d’années et 800 000 ans, trouvés en Afrique ou
ailleurs, sous le nom d’Homo erectus. Erectus, ergaster, rudolfensis, mais aussi habilis
ne formeraient donc qu’une espèce, avec
une très forte diversité !
Ces crânes trouvés
en Géorgie à partir
de 1991 présentent
une étonnante variété
morphologique.
D’abord associés à
une nouvelle espèce,
Homo georgicus,
ces fossiles remettent
en question les frontières entre erectus,
ergaster, rudolfensis
et habilis.
« SAVOIR DE QUOI L’ON PARLE »
« Cette conclusion n’a pas fait l’unanimité »,
tempère Dominique Grimaud-Hervé. Pour
la majorité des paléoanthropologues, en
attendant d’en savoir plus, Homo georgicus reste une espèce à part, avec une forte
variété naturelle. Et erectus, ergaster, rudolfensis et habilis demeurent des espèces
distinctes. « Il paraît plus intelligent de donner des noms différents à des groupes bien
identifiés, cela permet de savoir au moins
de quoi l’on parle, renchérit Florent Détroit,
paléoanthropologue au Muséum national
d’histoire naturelle. Il ne faut pas oublier
que c’est l’homme qui donne des noms à
des espèces : la taxonomie n’existe pas
dans la nature, c’est une convention. »
S&V Hors Série • 25
ENTRE – 335 000 ET – 236 000 ANS
Homo naledi
MORPHOLOGIE
Sa morphologie atypique a créé
la surprise. Certains de ses caractères le rapprochent des australopithèques, d’autres des Homo.
26 • S&V Hors Série
Capacité crânienne : de 465
à 560 cm³
Taille : 1,50 m
Poids : de 45 à 56 kg
Alimentation : probablement
végétarienne
APTITUDES
On ignore encore ce qu’elles
pouvaient être. Une hypothèse
(peu partagée) suggère que naledi
pratiquait des rites funéraires.
RESTES RETROUVÉS
Plus de 1 600 ossements, appartenant à au moins 18 individus
au total, ont été découverts
dans deux chambres différentes
des grottes de Rising Star.
GROTTES
DE RISING
STAR
Afrique du Sud
Aire de répartition supposée
C’est uniquement dans les grottes
de Rising Star, à proximité de
Johannesburg, en Afrique du Sud,
que des fossiles d’Homo naledi
ont été retrouvés.
J. GURCHE - R. CLARK/NAT. GEO/GETTY
DÉCOUVERTE
En 2013, Lee Berger, de l’université
sud-africaine du Witwatersrand,
déniche 1 550 ossements, représentant au moins 15 individus, dans une
chambre des grottes de Rising Star,
près de Johannesburg. En 2017,
une seconde découverte, réalisée
par John Hawks, de l’université
américaine du Wisconsin-Madison,
complète la collection, avec environ
130 ossements correspondant
à au moins 3 individus.
D’où venons-nous ?
UNE DÉCOUVERTE SENSATIONNELLE,
MAIS CONTROVERSÉE
Un chiffre astronomique de 1 550 ossements
trouvés en une fois, une morphologie surprenante, évoquant tantôt les australopithèques, tantôt les Homo, et des conditions
de fouilles spectaculaires (il a fallu faire
appel à six jeunes femmes scientifiques,
surnommées « astronautes du sous-sol »,
pour se faufiler dans les étroites entrailles
des grottes de Rising Star, à 30 m sous
terre), l’apparition d’Homo naledi en 2015
a fait sensation !
Mais elle n’a pas fait consensus chez les
chercheurs. Le délai très court entre la mise
au jour des ossements et la première publication, ainsi que le choix du journal en libre
accès eLife plutôt qu’une revue reconnue
ont alimenté les controverses. Une partie de
la communauté scientifique reproche aussi
à son auteur, Lee Berger, de l’université
sud-africaine du Witwatersrand, d’utiliser
les médias à outrance. « C’est dommage,
déplore Florent Détroit, du Muséum national d’histoire naturelle, car la découverte
est extraordinaire ». « Il y a eu des maladresses, admet Antoine Balzeau, également du Muséum, mais le problème vient
surtout de la réaction des chercheurs lors
de chaque nouvelle découverte. C’est une
discipline très conservatrice ! »
Les ossements
d’Homo naledi (ici,
la reconstitution d’un
squelette) ont révélé
un étonnant mélange
de caractères anciens
et d’autres plus typiquement humains.
UNE MORPHOLOGIE ATYPIQUE
De plus, si l’âge des ossements avait été estimé dans un premier temps entre 1 et 2 millions d’années, une nouvelle datation, en
2017, l’a établi aux alentours de 300 000 ans.
« Or, une date aussi récente est très surprenante compte tenu de la morphologie observée », souligne Antoine Balzeau. Alors,
Homo ou australopithèque ? Pour l’heure,
différentes études, dont une publiée par
Lee Berger et Joel Irish en 2018, rapprochent
plutôt naledi des autres Homo africains.
S&V Hors Série • 27
ENTRE –100 000 ET –60 000 ANS
Homo floresiensis
DÉCOUVERTE
En 2003, par une équipe dirigée
par l’Australien Mike Morwood
et l’Indonésien Radien Soejono,
sur l’île de Flores, en Indonésie.
MORPHOLOGIE
Les étranges proportions des
fossiles ont surpris les paléoanthropologues : l’homme de Flores
ne mesure qu’un peu plus de 1 m
à l’âge adulte, soit la taille d’un
enfant sapiens de 4 ou 5 ans, et
ses pieds sont aussi longs que ses
tibias. Certains de ses caractères le
rapprochent des australopithèques,
d’autres des erectus et d’autres
encore des sapiens.
Capacité crânienne : 426 cm³
Taille : 1,10 m
Poids : de 16 à 28 kg
Alimentation : supposée omnivore
APTITUDES
L’établissement d’une population
sur l’île de Flores implique que ses
ancêtres ont été capables de naviguer. On ignore encore s’il maîtrisait le feu et s’il utilisait des outils.
ÎLE DE FLORES
Indonésie
Aire de répartition supposée
Jusqu’à aujourd’hui, c’est uniquement
sur l’île indonésienne de Flores,
que des fossiles d’Homo floresiensis
ont été retrouvés.
28 • S&V Hors Série
E. DAYNES/LOOK AT SCIENCES - A. IBRAHIM/AP/SIPA
RESTES RETROUVÉS
Les os d’au moins 10 individus.
D’où venons-nous ?
DES ORIGINES ENCORE DÉBATTUES
Dès l’annonce de la découverte du « Hobbit »
de Flores, la question de ses origines a
donné lieu à d’intenses débats. Une première hypothèse le présentait comme un
Homo sapiens frappé d’une maladie. Mais,
pour Antoine Balzeau, paléoanthropologue
au Muséum national d’histoire naturelle, elle
ne tient pas : « L’étude de la forme du crâne a
permis d’exclure son attribution à sapiens. »
Un deuxième scénario le fait descendre des
Homo erectus asiatiques. « C’est l’hypothèse la plus vraisemblable, la plus simple,
considère Florent Détroit, également du
Muséum, même si elle implique qu’erectus
ait pu naviguer jusqu’à l’île. »
Dans un article publié en 2017, l’Australienne Debbie Argue et ses collègues estiment quant à eux qu’Homo floresiensis
descendrait directement de représentants
africains précoces de la lignée Homo (juste
après les australopithèques et avant erectus). Sauf que, « volontairement ou non, les
éléments choisis dans cette étude tirent
vers une ressemblance avec des caractères
primitifs », relève Florent Détroit, qui admet
cependant : « Les similitudes entre les fossiles retrouvés à Flores, âgés au maximum
de 100 000 ans, et les australopithèques, qui
ont disparu il y a 2 millions d’années, sont,
il est vrai, étonnantes. »
Cette espèce Homo
découverte en 2003
dans une grotte
de l’île de Flores présente des caractères
qui la rapprochent des
australopithèques,
mais aussi des erectus
asiatiques.
UN DESCENDANT D’ERECTUS ?
Alors ? De qui Flores est-il le descendant ?
« Pour le moment, nous ne disposons pas
d’assez d’éléments pour trancher, estime
Antoine Balzeau. Sa morphologie le rapproche certes d’Homo erectus, mais de
nombreux scénarios peuvent être imaginés
à partir de cela. » En 2014, des outils et des
ossements estimés à 700 000 ans ont été mis
au jour sur un autre site de l’île de Flores.
Déjà très petits, ces ancêtres probables
d’Homo floresiensis pourraient renforcer le
scénario de descendants d’erectus.
S&V Hors Série • 29
ENTRE –400 000 ET –40 000 ANS
DÉCOUVERTE
En 2008, par une équipe d’archéologues dirigée par Michael Shunkov
et Anatoli Derevianko, de l’Académie des sciences de Novossibirsk,
en Russie. Les fossiles ont été trouvés dans les montagnes de l’Altaï,
au sud de la Sibérie, dans la grotte
de Denisova, par ailleurs bien
connue pour abriter des restes
de sapiens et de néandertaliens.
MORPHOLOGIE
Le dénisovien était probablement
grand et robuste, mais le peu
de fossiles mis au jour ne permet
pas d’être plus précis.
Capacité crânienne : inconnue
Taille : inconnue
30 • S&V Hors Série
Poids : inconnu
Alimentation : probablement
carnivore pour une grande part.
Son régime alimentaire devait être
similaire à celui de Neandertal.
Sibérie
GROTTE DE DENISOVA
APTITUDES
Inconnues
RESTES RETROUVÉS
Seule une phalange d’auriculaire et
quelques dents lui sont aujourd’hui
clairement attribuées, le tout appartenant à 4 individus. Une maigre
collecte, mais qui a suffi à extraire
de l’ADN et à identifier l’espèce.
Un premier séquençage du génome
mitochondrial a été réalisé en 2010,
qui a été suivi de celui du génome
nucléaire en 2012.
Aire de répartition supposée
Des fossiles dénisoviens ont été
retrouvés uniquement dans la grotte
de Denisova, mais l’étude de leur ADN
suggère que les dénisoviens devaient
être répandus en Asie orientale.
T. PARG/WIKIMEDIA COMMONS - I. CARTWRIGHT 2015/OXFORD UNIV. - SPL/RIANOVOSTI/BIOS
L’homme de Denisova
D’où venons-nous ?
UN ANCÊTRE BIEN IMPLANTÉ EN ASIE
Où vivait l’homme de Denisova ? La question est un casse-tête, car si l’on dispose de
son ADN, on ne connaît en revanche rien
de son anatomie. Difficile, donc, de chercher des fossiles lui ressemblant ! Seule
solution : comparer son ADN avec celui des
populations actuelles. Des génomes de Mélanésiens ont ainsi révélé que sapiens s’est
métissé avec les dénisoviens en Asie du
Sud. Des chercheurs américains ont même
démontré, en mars 2018, que les dénisoviens « ancêtres » des Mélanésiens étaient
d’une lignée différente de ceux de la grotte
de Denisova ! Séparées par l’Himalaya, les
deux populations dénisoviennes auraient
divergé pendant 200 000 ans avant le métissage à l’origine des Mélanésiens.
Et pendant que l’ADN parle, la quête d’ossements continue. « Tôt au tard, on découvrira un fossile chinois qui sera dénisovien »,
prédit Jean-Jacques Hublin, paléoanthropologue à l’Institut Max-Planck de Leipzig, en
Allemagne. « Je suis sûr que quelques ossements déjà mis au jour en Chine sont dénisoviens », renchérit Bence Viola, chercheur à
l’université de Toronto. Mais, pour l’instant,
il est impossible de le prouver puisqu’aucun
ADN n’a pu en être extrait.
Grâce aux excellentes conditions offertes par
la grotte de Denisova, l’ADN des fossiles a pu révéler des liens entre dénisoviens et Mélanésiens.
DÉCOUVERTE D’UNE JEUNE MÉTISSE NÉE DE L’UNION
D’UN DÉNISOVIEN ET D’UNE NÉANDERTALIENNE
C’est ce tout petit fragment d’os
(ici, vu sous ses quatre faces) daté
de 90 000 ans qui a révélé le métissage
entre les deux lignées d’Homo.
« C’est un coup de chance incroyable,
assure Jean-Jacques Hublin, de l’Institut Max-Planck. Avoir trouvé une hybride de première génération ! » Publié
dans la revue Nature en août 2018,
le séquençage de l’ADN d’une femme
dont la mère était néandertalienne
et le père dénisovien a fait sensation.
D’après le petit fragment d’os recueilli
dans la grotte de Denisova et dont
a été l’extrait d’ADN, les chercheurs
ont estimé qu’elle avait au moins
13 ans. C’était peut-être une adulte.
« Étant donné la probabilité très faible
de trouver un tel hybride, cette découverte montre que le métissage était
fréquent quand les populations se
rencontraient », estime Bence Viola,
coauteur de l’étude. Un avis tempéré
par Jean-Jacques Hublin : « La grotte de
Denisova est un site très particulier : elle
se trouve dans une zone de balancement
entre les deux populations, les dénisoviens et les néandertaliens. Sur la plus
grande partie de leurs territoires respectifs, ils ne se sont jamais rencontrés. »
S&V Hors Série • 31
ENTRE –500 000 ET –30 000 ANS
Homo neanderthalensis
DÉCOUVERTE
En 1856, par des ouvriers qui travaillaient dans une carrière dans la
vallée de Neander, en Allemagne.
MORPHOLOGIE
Plutôt trapu, il pouvait avoir les
cheveux roux et la peau claire.
Capacité crânienne : de 1 500
à 1 750 cm³
Taille : de 1,55 à 1,65 m
Poids : de 70 à 90 kg
Alimentation : à dominante carnivore dans les climats froids (c’était
un chasseur), mais aussi végétarienne, selon l’environnement.
RESTES RETROUVÉS
Une douzaine de squelettes
et des centaines d’ossements
découverts en Europe, au MoyenOrient et au Proche-Orient.
Un premier séquençage de l’ADN
d’un individu a été réalisé en 2010,
suivi d’autres à partir de 2014.
FOSSILES DÉCOUVERTS
Aire de répartition supposée
Les nombreux fossiles mis au jour
démontrent la présence de
Neandertal sur un vaste territoire,
de la Sibérie à Gibraltar.
32 • S&V Hors Série
E. DAYNES/LOOK AT SCIENCES - F. VINKEN/MAX-PLANCK INST. - STANDISH, PIKE & HOFFMANN
APTITUDES
Probablement comparables à celles
de ses contemporains sapiens :
usage du feu, des champignons et
des plantes médicinales, rites funéraires, art pariétal, langage articulé
et élaboration d’outils complexes.
D’où venons-nous ?
IL NOUS A TRANSMIS UNE PARTIE
DE SON GÉNOME
Depuis l’annonce fracassante, en 2010, du
séquençage du génome de Neandertal, les
sapiens que nous sommes ont fini par s’habituer à l’idée : de 1 % à 4 % de notre génome
(du moins, celui des sapiens eurasiens) nous
viennent de lui, autour de 2% pour la grande
majorité. Neandertal « vit » en nous ! Sauf
qu’à bien y réfléchir, 2 % c’est peu. Surtout
quand on sait qu’une très faible proportion
de cet ADN se retrouve dans les régions
fonctionnelles de notre génome. « Peut-être
que la contribution des néandertaliens a été
diluée parce que les sapiens étaient beaucoup plus nombreux », avance Bence Viola,
chercheur à l’université de Toronto.
DES GÈNES DEVENUS NÉFASTES
« Une grande quantité de ce génome a tout
simplement été éliminée par la sélection
naturelle, estime quant à lui Jean-Jacques
Hublin, de l’Institut Max-Planck. À l’exception de quelques gènes d’adaptation à l’environnement local, la combinaison d’ADN
néandertalien et sapiens s’est rarement révélée très favorable. » En outre, si les gènes
conservés par la sélection naturelle présentaient un avantage pour nos ancêtres,
ce n’est plus toujours le cas aujourd’hui : la
capacité à stocker les graisses, par exemple,
nous est désormais plutôt néfaste. Et la version néandertalienne des gènes dits « TollLike Receptors », qui permet une meilleure
défense contre certains pathogènes comme
la bactérie Helicobacter pylori (responsable
de cancers de l’estomac), implique une plus
forte sensibilité aux allergies. Quant à la
peau claire et aux cheveux roux que certains
d’entre nous partagent avec des néandertaliens, Neandertal n’y est finalement pour
rien : les mutations qui en sont à l’origine
diffèrent chez les deux espèces.
Le séquençage
du génome de Neandertal en 2010 a
révélé que les sapiens
eurasiens ont hérité
d’environ 2 %
de son ADN.
En février 2018, des
peintures rupestres
ont été attribuées
aux hommes de Neandertal. Il semble qu’ils
avaient, eux aussi, développé une culture.
UNE RÉHABILITATION RÉCENTE
Longtemps dépeint comme un être
un peu idiot, brutal et presque
grotesque, l’homme de Neandertal
bénéficie aujourd’hui d’une campagne de réhabilitation spectaculaire.
De récentes découvertes ont, de fait,
montré qu’il faisait preuve d’une
intelligence certaine et qu’il avait
développé sa propre culture. Rites
funéraires, langage articulé…
on attribue désormais volontiers à
Neandertal ce que l’on a longtemps
voulu réserver à sapiens. Jusqu’à
l’extrême ? « On tient aujourd’hui
des discours aussi caricaturaux qu’il
y a cinquante ans, mais dans l’autre
sens ! », soupire Jean-Jacques Hublin.
Certaines de ses aptitudes sont toutefois indéniables. Dans une étude
parue en février 2018, des peintures
rupestres décorant trois grottes en
Espagne ont été datées à 64 000 ans.
Soit 20 000 ans avant l’arrivée
d’Homo sapiens en Europe. Elles
n’ont pu donc être réalisées que par
les hommes de Neandertal. « Je suis
persuadé qu’il y aura prochainement
une série de datations de peintures
attribuées à sapiens qui vont se révéler
être l’œuvre des néandertaliens.
On ne pensait même pas à les dater
puisqu’on n’imaginait pas qu’elles
aient été réalisées par d’autres
qu’Homo sapiens », explique Antoine
Balzeau, du Muséum national
d’histoire naturelle.
S&V Hors Série • 33
ENTRE –300 000 ANS ET AUJOURD’HUI
Homo sapiens
DÉCOUVERTE
Des fossiles ont été identifiés dès
le XIXe siècle. Des restes de l’homme
de Cro-Magnon, notamment, datés
de – 28 000 ans, ont été trouvés
en 1868, en Dordogne.
MORPHOLOGIE
Il se distingue des autres espèces
par un menton saillant et un os
réduit au niveau des sourcils.
Capacité crânienne : de 1 000
à 2 000 cm³
Taille : de 1,56 m à 1,90 m
Poids : entre 50 et 90 kg
Alimentation : omnivore. D’abord
chasseur-cueilleur, il est agriculteur
et éleveur depuis dix mille ans.
RESTES RETROUVÉS
Très nombreux, dans le monde
entier (les plus anciens en Afrique
et au Moyen-Orient). Des séquençages d’ADN de sapiens anciens
et récents ont été réalisés.
Aire de répartition
Sapiens a colonisé tous les continents
après sa sortie d’Afrique. Il a cohabité
quelque temps avec d’autres espèces,
puis les a remplacées.
34 • S&V Hors Série
E. DAYNES/LOOK AT SCIENCES - S. MC PHERRON/MPI EVA LEIPZIG - G. WEBER/UNIV. VIENNA
APTITUDES
Création d’outils complexes,
langage élaboré, relations
sociales complexes, art pariétal
et culte des morts et, à partir
de – 10 000 ans, domestication
d’espèces animales et végétales.
D’où venons-nous ?
L’ORIGINE UNIQUE D’HOMO SAPIENS
NE FAIT PLUS CONSENSUS
« Nous contestons l’idée selon laquelle notre
espèce, Homo sapiens, a évolué au sein
d’une même population ou d’une même
région d’Afrique », assénait, en août 2018,
dans la revue Trends in Ecology & Evolution, un groupe international de chercheurs.
Jusqu’en 2017, les fossiles retrouvés et
l’analyse de l’ADN de nos contemporains
concordaient, pourtant, pour donner à
sapiens une origine unique située quelque
part en Afrique subsaharienne. Mais « les
sources d’information génétique sont complètement biaisées, estime Jean-Jacques
Hublin, paléoanthropologue à l’institut MaxPlanck de Leipzig, car l’Afrique actuelle est
différente de l’Afrique d’avant 150 000 ans.
La désertification du Sahara, autrefois vert,
a chassé les populations. Celle du nord de
l’Afrique aujourd’hui est certainement issue
d’un repeuplement du Moyen-Orient. »
DE PREMIERS MÉTISSAGES AFRICAINS
Le chercheur a donc décidé d’aller chercher
des fossiles ailleurs, et il en a trouvé ! Publiés
dans la revue Nature en 2017, des restes
de sapiens découverts au Djebel Irhoud,
au Maroc, ont été datés à 300 000 ans, soit
100 000 ans plus tôt que les plus anciens
connus. Une révolution ! « L’origine africaine n’est pas très discutable, estime
Antoine Balzeau, paléoanthropologue au
Muséum national d’histoire naturelle, mais
on ne saura jamais où et quand est apparue l’espèce. » Pour Jean-Jacques Hublin,
les sapiens viendraient d’un ensemble
de populations d’Afrique soumises à un
paléoenvironnement changeant et fracturé. « Ces populations variées entraient
en contact à l’occasion des changements
environnementaux et échangeaient leurs
gènes. Ceux qui s’avéraient favorables
étaient retenus par la sélection et se
répandaient », explique-t-il.
En 2017, des fossiles
de sapiens vieux de
300 000 ans ont été
trouvés au Maroc, au
Djebel Irhoud. Ils démentent la théorie du
berceau est-africain
de l’homme moderne.
Découvert en Israël,
ce fragment de mâchoire (partie à droite)
recule la date de la
sortie d’Afrique de sapiens à – 200 000 ans,
l’âge estimé en 2018
de ce fossile.
UNE SORTIE D’AFRIQUE BEAUCOUP PLUS PRÉCOCE ?
Si l’origine africaine de l’homme
moderne est attestée (même si elle
se révèle de plus en plus complexe),
la date de sa sortie d’Afrique soulève
encore beaucoup d’interrogations.
Les plus anciens fossiles d’Homo
sapiens retrouvés hors d’Afrique sont
tous situés en Israël. Jusqu’à présent,
les plus vieux étaient datés entre
90 000 et 120 000 ans. Mais, début
2018, un os de mâchoire de sapiens,
découvert en 2002 dans la grotte
de Misliya, en Israël, a été daté
entre 194 000 et 177 000 ans !
Pour l’équipe à l’origine de la
découverte, cette nouvelle datation
fait remonter à près de 200 000 ans
la première sortie d’Afrique d’Homo
sapiens, soit plus de 60 000 ans
avant ce que l’on pensait.
Une nouvelle que relativise JeanJacques Hublin : « Du point de vue
de l’environnement, une grande partie
du Moyen-Orient était similaire à
l’Afrique. Ce n’est donc pas une sortie
d’Afrique, c’était encore l’Afrique ! »
Pour le chercheur, il faut plutôt
prendre en compte l’arrivée d’Homo
sapiens en Asie et en Europe pour
parler d’une réelle sortie d’Afrique.
« L’expansion de notre espèce
sous les latitudes nord se déroule
plutôt vers 60 000 ans », soutient-il.
S&V Hors Série • 35
SHUTTERSTOCK
Si l’Afrique reste bien la terre
d’origine de l’homme moderne,
Homo sapiens, c’est à partir de
plusieurs populations disséminées
sur le continent qu’il aurait évolué.
36 • S&V Hors Série
D’où venons-nous ?
LA FIN
DU BERCEAU
UNIQUE
Des découvertes récentes bousculent les modèles utilisés jusqu’ici pour retracer les origines de nos ancêtres,
les premiers Homo sapiens, et de leurs prédécesseurs.
Loin d’être linéaire, l’évolution de la lignée humaine
aurait été « buissonnante ».
PAR PIERRE-YVES BOCQUET
S&V Hors Série • 37
O
ù « le berceau de l’humanité » se situe-t-il ?
De quels territoires nos ancêtres sont-ils initialement partis pour explorer le monde et le
conquérir ? La question reste l’un des plus grands
mystères de la science. Il faut dire que cette quête
de nos origines, qui tente de faire parler des fragments d’os ou d’outils antédiluviens, n’est pas
avare en difficultés. À commencer par la notion
même d’« humanité ». « Par le terme “humanité”,
désigne-t-on les pré-Homo, les Homo ou les Homo
sapiens ? », interroge Chris Stringer, anthropologue au Muséum d’histoire naturelle de Londres.
Autrement dit, la lignée humaine commence-t-elle
avec les premiers spécimens apparus juste après
la séparation d’avec la lignée des chimpanzés ?
Ou débute-t-elle plus tard, avec l’arrivée du genre
Homo et des premiers bipèdes exclusifs ? Ou ne
concerne-t-elle qu’Homo sapiens, le seul survivant
du genre Homo, dont l’homme moderne actuel
est le dernier rejeton ?
À vrai dire, quelle que soit l’époque considérée, le récit de nos origines continue à évoluer à
la faveur de découvertes qui viennent rebattre
les cartes, preuve que le scénario de l’évolution
humaine est encore loin d’être écrit. Cette histoire,
nous en connaissons pourtant la fin : Homo sapiens
occupe aujourd’hui la totalité de la planète. Si l’on
remonte le temps, la première étape consiste donc
en quasi-totalité africaine. « Nous savons exactement comment les gènes se transmettent et nous
essayons, sur cette base, de bâtir des modèles qui
expliquent la diversité génétique actuelle à partir
de différents scénarios de dynamiques des populations. Or, ces modèles nous permettent d’affirmer
que la majeure partie – et peut-être la totalité – de
notre ADN provient d’Afrique. Notamment parce
que la diversité que l’on observe aujourd’hui en
Europe et ailleurs est globalement incluse dans
celle, bien plus importante, que l’on observe en
Afrique », explique Lounès Chikhi, généticien des
populations, directeur de recherches au laboratoire
Évolution et Diversité biologique de Toulouse.
LA THÉORIE DU BERCEAU UNIQUE VACILLE
Or, jusqu’à récemment, on ne trouvait aucune trace
de sapiens antérieure à 100 000 ans en dehors de
l’Afrique. Et, à l’inverse, c’est sur ce continent, et
surtout à l’est (en Éthiopie, au Kenya…), que l’on
a mis au jour une incroyable collection de fossiles
d’Homo sapiens, dont les plus anciens remontent
à 200 000 ans. Ce qui a tout naturellement conduit
les paléoanthropologues à formuler que le berceau d’Homo sapiens – c’est-à-dire de l’homme
moderne –se situait dans cette région. Selon ce
modèle dominant, dit « Out of Africa », sapiens
aurait ensuite migré dans les autres régions
d’Afrique, puis dans les autres parties du monde
il y a environ 60 000 ans.
Mais une série de découvertes récentes viennent
questionner ce modèle. L’une des plus marquantes a été publiée en juin 2017 dans la revue
Nature par Jean-Jacques Hublin, directeur du
à rechercher les origines des premiers sapiens en
essayant de comprendre comment ils ont ensuite
conquis le monde, jusqu’à remplacer les populations dites archaïques qui vivaient à la même
époque, comme les néandertaliens en Europe ou
les dénisoviens en Asie.
Depuis une trentaine d’années, la plupart des
découvertes (ossements, outils, parures et traces
considérées comme caractéristiques de sapiens)
semblaient soutenir la thèse d’une apparition
d’Homo sapiens il y a environ 200 000 ans, en
Afrique. Depuis les années 1980, l’analyse de l’ADN
de nos contemporains a confirmé que notre patrimoine génétique porte la signature d’une origine
38 • S&V Hors Série
département d’évolution humaine à l’Institut MaxPlanck d’anthropologie évolutionniste de Leipzig,
en Allemagne : des ossements attribués à Homo
sapiens et vieux de 315 000 ans ont été exhumés
sur un site du Djebel Irhoud, au Maroc, en Afrique
du Nord ! Un petit séisme qui remet en question
deux dogmes : Homo sapiens serait bien plus
ancien (d’au moins 100 000 ans !) qu’on ne le pensait
et son origine ne se limiterait pas à l’Est africain.
Une autre publication, toujours dans Nature, en
juillet 2017, fait quant à elle état de la découverte
à Madjedbebe, dans le parc national de Kakadu, au
nord de l’Australie, de traces d’activité humaine
(notamment des outils) semblant indiquer que
M. KAMAL, MPI EVA LEIPZIG - NATIONAL GEO/GETTY - SPL/COSMOS
L’analyse de l’ADN confirme que notre patrimoine génétique
porte la signature d’une origine en quasi-totalité africaine
D’où venons-nous ?
Plusieurs bassins
d’Homo sapiens
en Afrique
Deux crânes
en Éthiopie
La découverte d’anciens Homo sapiens au Maroc, en 2017,
a mis à mal la vision d’un berceau unique situé dans l’Est
africain. Comme d’autres mis au jour précédemment en
Afrique du Sud et en Éthiopie, ces spécimens présentent
un mélange de caractères modernes et archaïques. Ce
qui suggère qu’il a existé en Afrique plusieurs bassins qui
auraient eu des échanges génétiques et culturels.
Djebel Irhoud
Trouvés à Kibish
en 1967 et attribués à Homo
sapiens, les crânes
Omo 1 (ci-contre)
et Omo 2, initialement estimés à
130 000 ans, ont
été datés en 2005
à 195 000 ans.
MAROC
DES OSSEMENTS VIEUX
DE 315 000 ANS
Des restes
humains et des
outils au Maroc
Datés de 315 000 ans,
les restes des 5 individus
mis au jour au Djebel
Irhoud, parmi des outils
de l’Âge de pierre, sont
les plus vieux fossiles
attribués à Homo sapiens.
Cette découverte fait
reculer l’apparition de
sapiens de 100 000 ans !
ÉTHIOPIE
DEUX CRÂNES DATÉS
DE 195 000 ANS
Kibish
Un crâne fragmentaire
en Afrique du Sud
Découvert en 1932, à Florisbad,
ce crâne avait été attribué à une
lignée nommée Homo helmei.
Daté à 260 000 ans en 1996,
ce spécimen est désormais considéré comme une forme archaïque
d’Homo sapiens, à l’image des
fossiles du Djebel Irhoud.
Florisbad
UN CRÂNE DATÉ
DE 260 000 ANS
AFRIQUE
DU SUD
S&V Hors Série • 39
l’homme moderne y était présent il y a au moins
65 000 ans. Cette fois, c’est la sortie d’Afrique
d’Homo sapiens qui serait plus ancienne qu’on ne
le pensait. Dans la foulée, début 2018, une équipe
pilotée par l’université de Tel Aviv annonce dans
Science avoir découvert « les plus vieux hommes
modernes hors d’Afrique », dans la grotte de
Misliya, en Israël. À savoir, un fragment de maxillaire supérieur gauche muni de dents, vieux de
près de 180 000 ans. Ce qui repousserait la sortie
d’Afrique de sapiens de 100 000 ans ! Autrement dit,
nos ancêtres pourraient avoir commencé à s’aventurer hors d’Afrique avant même la date que l’on
attribuait il y a encore deux ans à leur apparition !
De très anciennes
traces d’Homo sapiens
hors d’Afrique
Deux découvertes, annoncées en 2017 et en 2018
dans Nature, font remonter la sortie d’Afrique de
sapiens à 180 000 ans, époque que l’on croyait être
celle de son apparition il y a encore deux ans !
DES GROUPES INTERCONNECTÉS
Ces découvertes et bien d’autres ont conduit
Eleanor Scerri, archéologue à l’université d’Oxford
au Royaume-Uni et à l’Institut Max-Planck d’Iéna
en Allemagne, à vouloir faire, avec une vingtaine
d’autres chercheurs, une synthèse des dernières
données archéologiques, génétiques et paléoenvironnementales sur Homo sapiens. Dans
un article commun publié le 11 juillet dernier
dans la revue Trends in Ecology & Evolution, les
23 cosignataires estiment que la vision jusqu’ici
dominante d’un sapiens issu d’une unique région
et population d’Afrique n’est plus cohérente :
« Nous soutenons plutôt qu’Homo sapiens a
évolué au sein d’un ensemble de groupes interconnectés vivant à travers l’Afrique, dont les liens
ont changé au fil du temps. »
En résumé, notre ancêtre direct serait apparu bien
plus tôt, il y a au moins 500 000 ans, dans plusieurss
régions d’Afrique : à l’Est, au Nord, au Sud et probablement ailleurs. Selon les chercheurs, les variations anatomiques observées sur les plus anciens
spécimens connus, comme au Djebel Irhoud au
Maroc (315 000 ans), à Florisbad en Afrique du Sud
Un fragment de mâchoire
en Israël
Début 2018, une équipe pilotée
par l’université de Tel Aviv a annoncé
avoir mis au jour dans une grotte
proche de Misliya, sur le mont Carmel,
un fragment de maxillaire supérieur
gauche muni de dents vieux de près
de 180 000 ans. Il s’agirait des restes
du plus ancien Homo sapiens hors
du continent africain.
espèces. « En Afrique, il n’y a pas un seul berceau
situé à l’Est, mais plusieurs bassins qui se seraient
entrouverts avec des échanges génétiques et culturels, y compris avec d’autres espèces que sapiens »,
résume Francesco d’Errico, anthropologue aux
L’idée d’une lignée « pure » d’Homo sapiens qui se serait
répandue sans hybridation avec d’autres espèces ne tient plus
(260 000 ans) et à Kibish en Éthiopie (195 000 ans),
qui affichent un mélange de caractères modernes
et archaïques dans la forme de leur crâne, « ne corroborent pas une progression linéaire simple qui
aurait abouti à la morphologie moderne contemporaine de sapiens ». L’étude remet donc en cause un
autre aspect fondamental du modèle Out of Africa :
l’idée d’une lignée « pure » d’Homo sapiens qui se
serait répandue sans hybridation avec d’autres
40 • S&V Hors Série
universités de Bordeaux et de Bergen, en Norvège,
et coauteur de l’étude.
Sapiens serait donc bien africain. Mais quid de
ses ancêtres et de l’origine des premiers spécimens
du genre Homo ? Là encore, l’histoire est riche en
rebondissements. Car la remise en cause du berceau est-africain de sapiens n’est pas sans rappeler
celle qui a touché il y a quelques années la célèbre
Lucy. En 1974, la découverte en Éthiopie par Yves
D’où venons-nous ?
Une activité humaine ancienne
en Australie
Sur le site de Madjedbebe, dans le parc national
de Kakadu, au nord de l’Australie, ce sont des
traces d’une occupation humaine (de nombreux
outils et des pigments) qui ont été relevées. Elles
indiquent que les ancêtres des aborigènes sont
arrivés dans le pays il y a au moins 65 000 ans.
I S R A Ë L Grotte de Misliya
UN MAXILLAIRE DATÉ
DE 180 000 ANS
UNE OCCUPATION
HUMAINE REMONTANT
À 65 000 ANS
Madjedbebe
I. HERSHKOVITZ, TEL AVIV UNIV. - GUNDJEIHMI ABORIGINAL CORPORATION - CLARKSON ET AL.
AU S T R A L I E
Coppens de Lucy, un australopithèque vieux de
3,2 millions d’années, alors considéré (à tort)
comme un ancêtre bipède de l’espèce humaine,
donne alors du crédit à une théorie formulée
quelques années plus tôt, baptisée East Side Story.
Son fondement : près de la Corne de l’Afrique, la
formation de la vallée du Grand Rift, une série de
failles géologiques de 6 000 km de longueur survenues il y a environ 10 millions d’années, aurait
été suivie d’une différenciation climatique et environnementale. À l’est de cette vallée, le climat sec
et aride aurait modifié la végétation au profit de
la savane et progressivement poussé les espèces
emprisonnées par cette barrière naturelle, les australopithèques comme Lucy, à passer progressivement à la bipédie pour se déplacer et repérer les
proies et les prédateurs dans les herbes hautes.
Une adaptation dont l’une des branches aurait
conduit beaucoup plus tard jusqu’à sapiens. Alors
qu’à l’ouest, plus humide, la forêt aurait, à l’inverse, favorisé un comportement arboricole ayant
abouti aux grands singes.
DES AUSTRALOPITHÈQUES ARBORICOLES
L’histoire est séduisante, mais ce modèle est rapidement pris en défaut par des découvertes qui
ne s’y inscrivent pas parfaitement. Comme des
ossements d’australopithèques trahissant des
comportements arboricoles et, surtout, des australopithèques comme Abel (Australopithecus
bahrelghazali), vieux de 3 à 3,5 millions d’années,
mais retrouvés au Tchad, en Afrique centrale,
bien à l’ouest du Grand Rift. « Le berceau de l’humanité se promène », titre d’ailleurs à l’époque
le journal Libération. La découverte de Toumaï
(Sahelanthropus tchadensis), en 2001, enfonce le
S&V Hors Série • 41
Si l’origine africaine des Homo fait aujourd’hui
globalement consensus dans la communauté
scientifique, deux modèles d’évolution humaine,
à partir d’Homo ergaster, coexistent.
L’ORIGINE AFRICAINE
1,8 million d’années
NEANDERTAL
LE MODÈLE OUT OF AFRICA
Deux modèles d’évolution
de la lignée humaine
DENISOVA
430000 ans
HEIDELBERGENSIS
600000 ans
Selon ce modèle, Homo heidelbergensis aurait évolué
en néandertaliens en Europe et en denisoviens au nord
de l’Eurasie. Les hominines découverts en Chine
pourraient également en être issus.
1,7 million d’années
NEANDERTAL
DENISOVA
430000 ans
1,5 million d’années
Depuis Toumaï (le plus ancien spécimen connu plus proche
de l’homme que du singe), il y a 7 millions d’années, différents
hominines se seraient succédé en Afrique pour aboutir, il y a un
peu plus de 2 millions d’années, aux premiers Homo : habilis,
rudolfensis, erectus (rebaptisé ergaster en Afrique)… Il y a
2 millions d’années environ, Homo ergaster aurait commencé
à sortir d’Afrique pour coloniser l’Europe, l’Asie, puis l’Indonésie.
LE MODÈLE ALTERNATIF
HOMO ERGASTER
clou. Ce bipède affichant l’âge vénérable de 7 millions d’années, considéré comme le plus ancien
spécimen connu plus proche de l’homme que du
singe, lui aussi exhumé au Tchad, donne le coup
de grâce au modèle East Side Story.
Si l’Est a depuis été remis en question (lire
encadré page de droite), l’origine africaine des
Homo continue toutefois rallier la majorité des
POPULATION
SOURCE
FORMES TRANSITOIRES
900000–125000 ans
HEIDELBERGENSIS
600000 ans
Dans ce modèle, ce sont les descendants
d’Homo erectus établis au Moyen-Orient qui ont
conduit à différents groupes d’Homo en Europe,
en Asie de l’Est et en Afrique.
rope, l’Asie, puis l’Indonésie. Plusieurs vagues
de sorties d’Afrique se seraient ensuite succédé,
donnant naissance aux différents Homo (hommes
de Neandertal en Europe, de Denisova au nord de
l’Eurasie, de Florès en Indonésie…) qui seront au
final remplacés par sapiens.
Mais, depuis quelques années, la découverte
d’ossements et d’outils anciens en Asie redonne
Plusieurs travaux récents tendent à vouloir repousser le centre
de gravité du berceau de l’humanité vers l’Asie
suffrages. Selon la théorie la plus communément
admise, depuis Toumaï se sont succédé en Afrique
différents hominines comme Orrorin tugenensis
(6 millions d’années), puis des australopithèques
(entre 5 millions d’années et 2 millions d’années).
Pour aboutir, il y a un peu plus de 2 millions
d’années, aux premiers Homo : habilis, rudolfensis, erectus (rebaptisé ergaster en Afrique)…
Il y a 2 millions d’années, Homo ergaster aurait
commencé à sortir d’Afrique pour coloniser l’Eu42 • S&V Hors Série
du souffle à une théorie minoritaire dite multirégionale, née dans les années 1980 et basée
sur l’hypothèse que la lignée des humains serait
apparue en Afrique il y a 2 millions d’années, en
serait sortie et aurait ensuite évolué en parallèle sur
tous les continents. Ce qui signifie que des populations d’Asie ne seraient pas le résultat d’un remplacement tardif par des sapiens venus d’Afrique et
qu’elles auraient, elles aussi, pu migrer et participer
à l’expansion de sapiens sur la planète.
D’où venons-nous ?
COMME L’IVROGNE ET LE RÉVERBÈRE
45 000 ans
120 00080 000 ans
60 000 ans
SAPIENS
Descendants
d’heidelbergensis africains
60 000 ans
Homo sapiens aurait émergé en Afrique il y a 200 000 ans
et atteint le Moyen-Orient il y a 120 000 à 80 000 ans.
Il se serait plus tardivement répandu en Europe et en Asie
par vagues successives.
45 000 ans
120 000- 60 000 ans
80 000 ans
120 00080 000 ans
SAPIENS
Descendants des hominines
du Moyen-Orient
60 000 ans
P. GROLLIER/PASCO
Les Homo sapiens seraient apparus en Afrique, issus
d’Homo heidelbergensis ou d’autres hominines dérivés
de ceux du Moyen-Orient, et se seraient dispersés
en Eurasie selon plusieurs vagues.
Plusieurs travaux récents tendent ainsi à vouloir repousser le centre de gravité du berceau de
l’humanité vers l’Asie. Comme cette étude publiée
en juillet dernier dans Nature par une équipe
chinoise qui estime que des outils taillés (caractéristiques du genre Homo) retrouvés au nord
du pays, sur le plateau de Lœss, remonteraient
à 2,1 millions d’années. Soit une sortie d’Afrique
précoce qui amènerait à reculer la date d’apparition d’Homo en Asie, alors que les traces les plus
anciennes (1,85 million d’années) d’Homo hors
d’Afrique avaient jusqu’ici été trouvées à Dmanisi,
en Géorgie. Ou cette autre étude publiée fin 2017
dans l’American Journal of Physical Anthropology
sur le crâne de Dali, trouvé en Chine en 1978, vieux
de 260 000 ans, qui estime que certains de ses traits
sont assez proches du sapiens du Djebel Irhoud
(315 000 ans) et qui émet l’hypothèse que l’Eurasie pourrait avoir été le berceau d’un sapiens local.
Mais cette thèse à contre-courant, que certains
chercheurs associent volontiers à une volonté
nationaliste de la Chine de tordre l’histoire de
La découverte de nombreux fossiles d’hominidés,
dont les plus anciens remontent à 7 millions
d’années, dans la vallée du Grand Rift, a largement
contribué à la croyance d’un berceau est-africain
de l’humanité dans cette région à cheval sur
le Kenya et l’Éthiopie. Elle a même donné naissance
à un modèle baptisé « East Side Story », popularisé
par la découverte en 1974 de l’australopithèque
Lucy en Éthiopie par l’équipe d’Yves Coppens. Mais
cette « preuve » géographique est une illusion d’optique, un biais lié au fait que cette région est géologiquement propice à la conservation des ossements
(lire p. 74), à l’origine d’une véritable ruée vers l’os
qui dure encore aujourd’hui. « Il est vrai que 90 %
des fossiles trouvés se situent à l’est (au Kenya, en
Éthiopie, en Tanzanie…) et un peu au sud (en Afrique
du Sud), relate Jean-Jacques Hublin, le découvreur
de l’Homo sapiens le plus ancien trouvé à ce jour
(315 000 ans), au Maroc. Mais c’est parce que
les conditions de conservation y sont exceptionnelles.
Il y avait probablement des populations ailleurs, mais
leurs traces sont plus rarement parvenues jusqu’à
nous. C’est un peu l’histoire de l’ivrogne qui cherche
sa clé perdue sous le réverbère parce que c’est là
qu’il y a de la lumière : ça ne veut pas dire qu’elle n’est
pas ailleurs. » Dans de nombreuses autres régions
d’Afrique, l’érosion et la présence de forêts,
synonymes de sols acides agressifs pour les fossiles,
se sont opposées à la conservation des traces. Ce
qui ne signifie pas que celles-ci n’ont jamais existé !
Par ailleurs, on sait maintenant que la branche
à laquelle appartenait Lucy n’a pas donné naissance
à la lignée humaine : non seulement le berceau
n’était pas à l’est, mais ce n’était pas un berceau !
Jean-Jacques Hublin explique l’illusion d’un
berceau unique de l’humanité par les conditions
exceptionnelles de conservation des fossiles en
Afrique de l’Est.
S&V Hors Série • 43
D’où venons-nous ?
En juillet 2018,
une équipe
chinoise a annoncé
avoir décelé sur
le plateau de Lœss,
au nord du pays,
des outils taillés
qui dateraient
de 2,1 millions
d’années. Cette découverte reculerait
l’apparition
d’Homo en Asie.
l’humanité à des fins politiques, reste loin de faire
l’unanimité. Car certaines des datations restent
sujettes à caution. « Des outils de 2 millions
d’années en Chine ? Je ne suis guère convaincu,
estime un paléoanthropologue. C’est un site problématique, un canyon bordé d’une pente raide sur
laquelle le matériel a pu se déplacer, ce qui fausse
toute datation. » Sans compter que pour l’heure,
les données issues de la génétique restent têtues.
« Les fossiles découverts en Asie suggèrent que
des êtres humains y ont vécu plus tôt qu’on ne le
pensait. Reste qu’ils n’ont pas contribué au patrimoine génétique actuel, c’est un fait solidement
établi jusqu’à preuve du contraire », tranche Lounès
Chikhi. « Certains travaux, dont les miens, reconnaissent les revendications croissantes concernant
allons de visions simplistes et caricaturales vers
une réalité plus subtile et compliquée », résume
Jean-Jacques Hublin. « Le modèle d’une population ancestrale issue d’un berceau bien localisé
prête à confusion, abonde Lounès Chikhi, car cela
suppose un peuple originel unique, comme dans
certaines idéologies douteuses. Et si, en réalité,
les populations s’étaient connectées, déconnectées
et reconnectées à de multiples reprises à l’échelle
du continent africain : un grand mélange et une
humanité sans cesse renouvelée ? »
« On passe progressivement d’un modèle linéaire
à quelque chose de plus buissonnant, qui part un
peu dans tous les sens. Les migrations se sont sûrement faites de façon graduelle, continue, et dans
les deux sens, hors d’Afrique et vers l’Afrique,
des fossiles anciens de type sapiens en dehors de
l’Afrique. D’autres ont tendance à réfuter totalement ces revendications. Il n’y a pas de consensus
clair pour le moment », résume Chris Stringer.
Ces différentes découvertes complexifient
toutefois un peu le paysage et appellent à des
approches plus nuancées. « Il faut abandonner la
vision linéaire de l’évolution des espèces au profit
d’une vision buissonnante, même s’il ne reste plus
qu’une seule brindille de ce buisson : sapiens. Nous
44 • S&V Hors Série
depuis 2 millions d’années », estime lui aussi
Antoine Balzeau, paléoanthropologue au Muséum
national d’histoire naturelle. Quand et dans quels
sens ces échanges entre l’Afrique et le reste du
monde se sont-ils déroulés ? Comment les cohabitations qu’ils ont créées se sont-elles passées ?
Comment ont-elles fini par donner naissance à
sapiens ? Bref, d’où venons-nous ? La réponse
paléoanthropologique à cette question existentielle
est encore loin d’être tranchée.
•
XINHUA - Z. ZHU, CHINESE ACADEMY OF SCIENCE
« On passe progressivement d’un modèle linéaire à quelque
chose de plus buissonnant, qui part un peu dans tous les sens »
BCA/RUE DES ARCHIVES
Neandertal s’est éteint
après 300 000 ans d’occupation
de l’Eurasie, alors que sapiens
se déployait sur ses terres…
(image extraite, comme celles
des pages suivantes, du film
Ao, le dernier Neandertal).
46 • S&V Hors Série
D’où venons-nous?
POURQUOI
SAPIENS
EST-IL SEUL ?
D
De tous les Homo,
sapiens est le dernier à
exister encore aujourd’hui.
Pourquoi ? Quel rôle a-t-il
joué dans la disparition
des autres espèces et,
notamment, dans celle
de Neandertal, dont il a
été le contemporain ?
Un scénario se dessine.
PAR OLYMPE DELMAS
es centaines d’espèces différentes de
méduses, des milliers d’espèces de papillons… et une seule d’hommes. Homo
sapiens est aujourd’hui l’unique représentant du
genre Homo. Pourtant, il y a des dizaines de milliers d’années, la situation était très différente.
L’autre spécimen humain le plus connu à ce jour est
l’homme de Neandertal, ou Homo neanderthalensis, dont de nombreux fossiles ont été retrouvés
dès le XIXe siècle. D’abord considéré comme une
étape ultime avant Homo sapiens dans la chaîne
évolutive, il a été reconnu dans les années 1970
comme une espèce à part entière, qui a cohabité
avec sapiens. Grâce à des moyens d’investigation
de plus en plus performants comme la paléobiogéochimie (qui reconstitue l’histoire des êtres vivants
du passé en lien avec leur environnement) ou l’analyse ADN, d’autres branches parallèles à la nôtre
et à celle de Neandertal se sont ensuite greffées
dans l’arbre du vivant. Depuis les années 2000 se
S&V Hors Série • 47
D’où venons-nous?
sont ajoutés à la liste l’homme de Flores, l’homme
de Denisova et Homo naledi. Si ces espèces ont
été rangées dans la case « hominines » ou appartiennent au genre Homo, c’est parce qu’elles ont
acquis la bipédie, qu’elles ont un gros cerveau et
une réduction de la face associée à celle de la taille
des molaires. Ce qui les différencie : des spécificités
dans le génome et, anatomiquement, des caractères
dérivés uniques, comme le menton osseux qui n’est
présent que chez sapiens.
NEANDERTAL, DENISOVA, FLORES…
Mais si tant d’autres espèces ont existé, pourquoi sommes-nous si seuls aujourd’hui, et même
depuis plusieurs dizaines de milliers d’années ?
Rembobinons le fil de la préhistoire. Selon la théorie « Out of Africa », l’homme moderne apparaît en
Afrique vers – 300 000 ans. Du fait d’une densité
de population croissante, il quitte le continent pour
gagner le Proche-Orient. Il se déplace ensuite en
Océanie : une présence d’Homo sapiens est attestée en Australie, au lac Mungo, entre – 60 000 et
– 45 000 ans. Son arrivée en Europe est plus tardive,
vers – 40 000 ans, comme le dévoile le plus ancien
crâne de sapiens européen découvert sur le site
d’Oase, en Roumanie. En moins de dix mille ans,
les hommes modernes atteignent les limites occidentales de l’Ancien Monde (Europe, Asie, Afrique),
de l’Angleterre à Gibraltar.
Alors qu’Homo sapiens s’étend à l’échelle mondiale, d’autres espèces sont déjà présentes sur le
territoire : l’homme de Neandertal occupe l’Europe
d’homme-singe en raison de sa petite taille, de
sa mâchoire prognathe et de son nez large, on lui
attribue ensuite le rôle d’une forme intermédiaire
aux capacités cognitives inférieures aux hommes
modernes. Certains avancent même que, contrairement à sapiens qui aurait concentré l’investissement neuronal dans les adaptations sociales, les
néandertaliens pourraient avoir adopté une stratégie alternative. Celle-ci aurait impliqué une vision
améliorée associée à la conservation de la robustesse de leur ancêtre heidelbergensis, mais pas
de cognition sociale supérieure. On a même longtemps pensé que les néandertaliens n’étaient pas
et l’Asie centrale ; l’homme de Denisova, la Sibérie ;
l’homme de Flores, une île d’Indonésie, et Homo
naledi, l’Afrique du Sud. Mais les néandertaliens et
les dénisoviens s’éteignent vers – 40 000 ans et les
dernières traces de l’homme de Flores remontent
à – 60 000 ans. À mesure que sapiens avançait sur
les territoires européens et asiatiques, il semble
avoir « absorbé » et remplacé les populations présentes avant lui. Car si ces espèces humaines ont
bien disparu, la génétique montre que sapiens a
eu des échanges de gènes avec les néandertaliens
et les dénisoviens, gènes que l’on retrouve dans
certaines populations actuelles.
Mais alors, aurions-nous poussé les autres vers
l’extinction ? La question se pose depuis longtemps
en ce qui concerne Neandertal. D’abord qualifié
48 • S&V Hors Série
capables d’un langage articulé et ne s’exprimaient
que par des grognements.
L’arrivée du puissant Homo sapiens (« celui qui
sait ») qui met fin à son rival néandertalien trop
bête pour survivre… Il est désormais admis que
cette vision est totalement biaisée. « On a supposé
que sapiens était supérieur à Neandertal, parce
qu’au Paléolithique supérieur (entre – 40 000 et
– 10 000 ans) il a fait des industries très différentes :
de l’art, de l’outillage en os, en bois… Mais c’était
après que Neandertal et les autres eurent disparu !
C’est comme comparer l’homme d’aujourd’hui et
celui du Moyen-Âge, et en déduire que l’on est plus
intelligent parce que l’on a Internet. Cela n’a pas
de sens ! », s’insurge Antoine Balzeau, chercheur au
CNRS et au Muséum national d’histoire naturelle.
L. H. FAGE - CHRISTOPHE L.
À mesure que sapiens avançait sur de nouveaux territoires,
il semble avoir remplacé les populations présentes avant lui
NEANDERTAL
N’ÉTAIT PAS
UNE BRUTE ÉPAISSE
Il serait l’auteur de
peintures rupestres
découvertes en
Espagne et datées
de plus de 60 000 ans,
et, dans la grotte
française de Bruniquel
(ci-dessus), il aurait
même élaboré des
structures à partir de
stalagmites cassées il y
a plus de 170 000 ans.
Une étude approfondie des fossiles a permis de
montrer que Neandertal n’était pas la brute que
l’on croyait et, depuis quelques années, il fait l’objet
d’une véritable campagne de réhabilitation. « Parler
de cognition inférieure est totalement dépassé
aujourd’hui », considère Marylène Patou-Mathis,
directrice de recherche au CNRS rattachée au
Muséum national d’histoire naturelle. Pour preuve,
les néandertaliens auraient été à l’origine de la
technique de débitage de la pierre dite « Levallois »,
qui sert à créer des objets spécifiques tels que les
racloirs. Les hommes modernes l’auraient même
copiée. Neandertal fabriquait également des armes :
des épieux en bois et des lances. Quant au langage,
la génétique a montré la présence chez les néandertaliens du gène FoxP2, qui est associé au langage
articulé chez nous. De plus, Neandertal, tout comme
sapiens, enterrait ses morts, sans hiérarchie de
sexe ou d’âge, et procédait à des rituels funéraires
complexes. « Les néandertaliens savaient diversifier leur alimentation et leurs techniques d’acquisition de la nourriture (notamment du gibier), ils
connaissaient parfaitement leurs territoires d’approvisionnement et ils avaient une grande capacité d’adaptation à différents environnements »,
résume Marylène Patou-Mathis. Rappelons que les
S&V Hors Série • 49
50 • S&V Hors Série
significative campagne de nettoyage ethnique de
l’histoire », écrit l’historien israélien Yuval Noah
Harari, dans Sapiens, une brève histoire de l’humanité. La population néandertalienne aurait également été mise à mal à cause des changements
climatiques provoqués par le réveil d’un supervolcan dans la région des Champs Phlégréens (à
l’ouest de Naples), vers – 36 000 ans.
VACHE FOLLE, ULTRAVIOLETS, FUMÉE…
Autre proposition : la population néandertalienne
aurait déjà été en déclin lorsque les hommes
modernes sont arrivés sur son territoire, facilitant
l’installation de ces derniers. L’analyse de l’ADN
mitochondrial d’un enfant néandertalien d’il y a
100 000 ans a révélé un appauvrissement de la
diversité génétique au sein de la population néandertalienne. « Un pareil phénomène ne peut s’expliquer que par l’érosion de diversité qu’entraîne une
chute démographique », relèvent Silvana Condemi,
paléoanthropologue à l’université d’Aix-Marseille
et directrice de recherches au CNRS, et François
Savatier, dans leur livre Neandertal, mon frère ;
300 000 ans d’histoire de l’homme.
CHRISTOPHE L. - MUSEUM TOULOUSE
néandertaliens ont connu tous les climats, résisté
aux longues périodes glaciaires et occupé un territoire immense. « Il ne faut pas oublier qu’ils ont
vécu plus de 350 000 ans ! », insiste la chercheuse.
Mais alors pourquoi Neandertal, après 300 000 ans
d’occupation du territoire eurasien et malgré toutes
ses capacités cognitives et d’adaptation à son environnement, a-t-il disparu ? De nombreuses explications ont été avancées ces dernières années. « Le
problème c’est qu’elles partent encore souvent de
l’idée présumée que sapiens est meilleur parce qu’il
est toujours là », relève Antoine Balzeau. Pour certains, les néandertaliens n’auraient pas résisté aux
parasites ou aux pathogènes apportés par sapiens.
Pour d’autres, la rencontre entre les hommes
modernes et les néandertaliens se serait soldée
par un génocide : « Dans les Temps modernes,
une petite différence de couleur de peau, de dialecte ou de religion a suffi à pousser un groupe
de sapiens à en exterminer un autre. Les anciens
sapiens auraient-ils été plus tolérants envers une
espèce humaine entièrement différente ? Il se
peut fort bien que la rencontre des sapiens et des
Neandertal ait donné lieu à la première et la plus
D’où venons-nous?
DES ÉCHANGES CULTURELS
ONT EU LIEU ENTRE SAPIENS
ET NEANDERTAL
Des transferts de techniques
sont intervenus entre les deux
espèces, comme en atteste
l’adoption par sapiens d’une
méthode de taille de la pierre
néandertalienne permettant
d’obtenir des éclats caractéristiques, appelés pointes
Levallois (ci-contre).
Enfin, d’autres hypothèses, plus farfelues, ont
été émises : « Certains avancent que Neandertal
était cannibale et qu’il est mort de la maladie de
la vache folle. D’autres pointent les changements
cosmologiques qui se sont produits à l’époque où
sapiens est arrivé en Europe : Neandertal n’aurait pas supporté les rayons ultraviolets. Mais on
se demande alors pourquoi sapiens si », ajoute,
amusée, Silvana Condemi. Une alimentation trop
spécialisée, pauvre en oméga 3 et trop riche en
protéines animales, ou même la fumée des foyers
ont aussi été évoquées comme autant de causes
possibles de son extinction…
Quelle hypothèse privilégier ? Si elle paraît plausible, la piste d’une éradication de Neandertal
par la violence ne tient pas. « Les génocides sont
rapides, ils ne prennent pas entre cinq mille et
dix mille ans. Or, c’est à peu près le temps de disparition des néandertaliens après une cohabitation
avec sapiens. Même si des conflits et de la violence ont pu avoir lieu localement, il y a surtout
suffisamment nombreux pour qu’une petite partie
du génome de Neandertal soit transmise à travers
les générations jusqu’à aujourd’hui.
La thèse d’un déclin démographique chez nos
cousins éloignés est aujourd’hui discutée. « Une
baisse démographique a pu arriver, mais nous
n’avons pas assez de données pour l’affirmer. De
plus, leur grande expansion géographique montre
que les néandertaliens n’ont pas eu de problèmes
de reproduction pendant 300 000 ans. Pourquoi,
d’un seul coup, auraient-ils arrêté de se reproduire ? », questionne le chercheur. Si une baisse
de la population néandertalienne n’est pas avérée, la progression démographique de son cousin
sapiens paraît, elle, indiscutable. « Pour preuve, il
sort d’Afrique et va conquérir d’autres territoires »,
souligne Silvana Condemi.
C’est finalement le scénario d’une « absorption » génétique des néandertaliens par l’homme
moderne qui se révèle aujourd’hui le plus fondé.
Dès son arrivée en Europe, l’homme moderne
De nombreuses explications, plus ou moins farfelues, ont été
avancées pour expliquer la disparition de Neandertal
eu des échanges », considère Silvana Condemi.
Des échanges culturels, comme avec la méthode
de taille Levallois, mais aussi génétiques. Le fait
que les eurasiatiques actuels possèdent entre 2 %
et 4 % d’ADN néandertalien est la preuve ultime
de contacts non violents. « Bien qu’il soit impossible de l’exclure, il est peu probable qu’il n’y ait
eu que des unions non consenties, vu le nombre de
cas de métissage », estime Antoine Balzeau. Les
hybrides qui sont nés de ces métissages ont dû être
s’adapte bien à son environnement. Il occupe
d’abord les zones vacantes, puis côtoie les néandertaliens. En plus d’une concurrence territoriale,
il exerce une pression de prédation supplémentaire
sur les ressources préférées de ses voisins. « Dans
l’Europe pléistocène, les néandertaliens vivaient en
exploitant d’immenses espaces naturels où ils traquaient les grands herbivores. L’arrivée de sapiens
semble avoir gêné ce mode de vie. L’irruption dans
leur environnement d’une espèce humaine aussi
S&V Hors Série • 51
expansive territorialement et démographiquement
que sapiens a été, à l’échelle géologique, l’équivalent d’une explosion », explique Silvana Condemi.
En outre, si sapiens s’est reproduit avec
Neandertal, la génétique ne paraît pas avoir été
à l’avantage de ce dernier. Aujourd’hui, aucun
ADN néandertalien n’est présent sur le chromosome Y de nos contemporains. L’une des théories
pour expliquer cette absence est que le chromosome Y néandertalien aurait été hautement incompatible avec la grossesse d’une sapiens : celle-ci
n’aurait pas pu mettre au monde d’hybride mâle.
Seules les unions entre hommes sapiens et femmes
néandertaliennes auraient laissé des descendants
mâles. Cela aurait constitué un avantage pour les
sapiens qui auraient pu revitaliser leur groupe en
y intégrant des néandertaliennes, alors que les
néandertaliens n’auraient pas pu renforcer leur
clan en y incorporant des femmes sapiens. « Petit
à petit, beaucoup moins nombreux que sapiens,
les néandertaliens se seraient en quelque sorte
52 • S&V Hors Série
génétiquement dilués pour finir par s’éteindre »,
conclut Marylène Patou-Mathis.
Quant aux hommes de Denisova, si les données
sont encore insuffisantes pour avancer des causes
de leur disparition, il est probable qu’ils aient connu
le même destin que les néandertaliens. Comme
eux, les dénisoviens ont laissé une trace de leur
présence dans le génome sapiens : les Mélanésiens
actuels partagent 4 à 6 % de leur ADN. C’est lors
de leur passage à travers l’Asie du Sud-Est et la
Mélanésie que sapiens les aurait en quelque sorte
« absorbés » génétiquement.
FLORES, VICTIME DE CONSANGUINITÉ ?
Les causes de l’extinction d’une espèce sont néanmoins multiples : « Plein de petites choses accumulées vont faire que l’espèce va décroître : un
virus à un endroit, du volcanisme à un autre, une
concurrence, le hasard dans les nouveaux caractères qui apparaissent et qui pourront permettre
à une espèce d’être mieux adaptée… », détaille
D’où venons-nous?
DES UNIONS MIXTES PEU FERTILES
Pour expliquer la disparition des néandertaliens, des chercheurs avancent un
déclin démographique, avant même leur
rencontre avec sapiens. Quoi qu’il en soit,
leur union avec des femmes sapiens ne
pouvait déboucher sur des descendants
mâles, apparemment en raison d’une incompatibilité avec leur chromosome Y
(ci-dessous, les chromosomes X et Y vus
au microscope à balayage électronique).
« Hobbit » : le climat, le volcanisme et les hommes
modernes. « La dernière période glaciaire (entre
– 70 000 et – 12 000 ans) a été une période de rapides
changements climatiques, plus importants et plus
abrupts que lors des 10 000 dernières années, relativement stables. De plus, Flores est une île volcanique et une grande éruption aurait pu facilement
anéantir une petite population de floresiensis.
Quant aux hommes modernes, ils ont pu les décimer par prédation directe et mise à mort, par compétition pour les ressources ou en modifiant leur
environnement nourricier », estime le chercheur.
SAPIENS AUSSI A FAILLI DISPARAÎTRE
Antoine Balzeau. La disparition de l’homme de
Flores en est certainement un bon exemple. Pour
le moment, il n’est pas prouvé qu’il ait rencontré
sapiens, car les fossiles retrouvés de l’homme
de Flores (datés de 100 000 à 60 000 ans) sont
plus vieux que ceux de sapiens trouvés sur l’île
(11 000 ans). Cependant, la présence de l’homme
Il peut être difficile d’accepter que des lignées
humaines, et surtout une lignée d’humains
intelligents comme les néandertaliens, aient pu
s’éteindre. Pourtant, « il n’y a pas de raisons que
des êtres intelligents ne soient pas contraints
par leur environnement. À l’instar d’autres êtres
vivants, ils ont certainement tous disparu du fait de
contraintes environnementales », insiste Antoine
Balzeau. L’homme reste une espèce vivante
parmi d’autres et, comme les autres, l’espèce
se développe, atteint un maximum puis décroît,
pour finir par disparaître.
« Même si l’extinction de nos frères néandertaliens nous touche, il s’agit bien d’un phénomène
banal à l’échelle de l’histoire évolutive de la planète. Elle est à mettre sur le même plan que la fin
de l’écureuil roux d’Europe au Royaume-Uni à la
suite de l’arrivée de l’écureuil gris d’Amérique »,
relativisent Silvana Condemi et François Savatier
dans leur livre. Et sapiens n’a pas dérogé aux règles
de l’évolution, puisqu’au même moment que les
autres, notre espèce a failli disparaître : « La génétique nous montre qu’il y a eu un goulet d’étranglement chez Homo sapiens il y a 50 000 à 60 000 ans.
CHRISTOPHE L. - SPL/COSMOS
« Même si l’extinction des néandertaliens nous touche, c’est un
phénomène banal à l’échelle de l’histoire évolutive de la planète »
moderne en Océanie entre – 60 000 et – 45 000 ans
laisse planer le doute d’une potentielle rencontre.
Plusieurs facteurs ont pu amener ces hommes à
s’éteindre. Étant isolés sur une île, les hommes de
Flores auraient-ils décliné à cause de la consanguinité ou de ressources limitées ?
Pour Nick Scroxton, chercheur au département
de géosciences de l’université Massachusetts,
aux États-Unis, il y a trois candidats possibles
pour expliquer la fin de celui que l’on surnomme le
Nous savons aujourd’hui que les populations
anciennes de notre espèce qui se sont déplacées
depuis l’Afrique il y a 200 000 ans et qui étaient
au Proche-Orient et en Asie il y a 100 000 ans
n’ont pas contribué au patrimoine génétique de
l’humanité actuelle. C’est une seconde vague
d’Homo sapiens, arrivée il y a 60 000 ans depuis
l’Afrique, qui explique la diversité actuelle », ajoute
Antoine Balzeau. De quoi relativiser la prétendue
supériorité de sapiens…
•
S&V Hors Série • 53
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56 • S&V Hors Série
D'où venons-nous ?
QUEL EST LE
PROPRE DE
L’HOMME ?
Le constat est rude pour l’ego humain : plus
on étudie l’homme et ses ancêtres, plus ce qui nous
distingue des autres animaux nous échappe.
Qu’est-ce qui nous définit, finalement ? La bipédie ?
Le langage ? La création d’outils ? La maîtrise
du feu ? La spiritualité ? La pratique artistique ?
Ou la conjugaison de tout cela ? Les explorateurs du
passé tentent de dater l’apparition de nos différentes
capacités et d’en apprécier la singularité.
S&V Hors Série • 57
LA BIPÉDIE
GETTY - INSTITUTE OF ARCHEOLOGY, HEBREW UNIV.
UNE APTITUDE INSCRITE
DANS LE SQUELETTE
C’est une scène banale, qui s’est jouée il y
a 3,6 millions d’années, dans une plaine de
l’actuelle Tanzanie. Deux australopithèques
marchent l’un à côté de l’autre sur une
épaisse couche de cendres volcaniques. Un
troisième les suit, mettant soigneusement
ses pas dans les leurs. Ce qui n’est pas
banal, c’est que cette scène soit parvenue
jusqu’à nous sous forme d’empreintes
parfaitement conservées. Si elles nous
semblent si familières, ces émouvantes
traces, c’est que c’est la bipédie distingue
clairement l’homme des autres primates.
Elle est d’ailleurs pour les paléontologues
la condition sine qua non que doit remplir
un fossile pour être intégré dans la lignée
humaine. On sait aujourd’hui que la
bipédie a précédé l’émergence du genre
Homo : les australopithèques et même
leurs probables ancêtres la pratiquaient
aussi, du moins une partie du temps.
« Les premiers hominines, comme Orrorin,
il y a 6 millions d’années, étaient encore
partiellement arboricoles, mais quand ils
étaient au sol, ils étaient debout », précise
Martin Pickford, paléoanthropologue
au Muséum national d’histoire naturelle.
Ceci dit, les traces de pas bien conservées
sont rares et leur datation parfois sujette
à caution. Comment, alors, prouver qu’un
fossile provient d’un individu allant sur
ses deux jambes ? En analysant la morphologie de certains os. Un long fémur et une
longue tête fémorale, par exemple, sont
des indices de station debout. Son articulation avec le bassin, plus large et plus bas
chez les bipèdes, est également un indicateur fort, tout comme la forme de la voûte
plantaire, la position des orteils ou les
traces laissées sur les os par les muscles,
comme les fessiers. La forme de la colonne
vertébrale et la position, à la base du
crâne, du trou occipital (qui permet
le passage du bulbe rachidien) sont aussi
à examiner de près : plus le trou occipital
se situe au centre du crâne, plus il est clair
que le spécimen étudié était bipède. L.H.
Découvertes en Tanzanie dans de la cendre
volcanique durcie, ces
traces de pas datent de
3,6 millions d’années.
58 • S&V Hors Série
D'où venons-nous ?
Des restes de
silex, de bois et
de graines brûlés
(ci-contre, de l’olivier sauvage et
un grain d’égilope
vus au microscope) ont été
trouvés à Gesher
Benot Ya’aqov,
en Israël. Répartis
en des endroits
spécifiques du
site, ils seraient
les vestiges de
foyers allumés il y
a 790 000 ans…
LA MAÎTRISE DU FEU
DES FOYERS D’AU MOINS 400 000 ANS
Le feu a changé la vie de l’homme.
Il l’a sorti de l’obscurité, lui a permis
d’améliorer sa nourriture et ses outils,
de voyager vers les régions froides…
Savoir où et quand sa maîtrise est
apparue est ainsi un débat brûlant
chez les spécialistes. Ils en cherchent
les plus anciennes traces archéologiques, mais peinent à déterminer
si elles témoignent d’une utilisation
intentionnelle. Les chercheurs s’accordent toutefois sur des preuves
claires de sa domestication il y a
400 000 ans, dans des sites en Europe,
en Asie et au Proche-Orient. Et certains
vont bien plus loin : des graines brûlées
trouvées à Gesher Benot Ya’aqov, en Israël, feraient remonter les premiers
foyers à 790 000 ans. D’autres traces,
sur des sites kényans et sud-africains
en particulier, suggèrent qu’Homo
erectus utilisait déjà le feu entre – 1,6
et – 1 million d’années. Mais il s’agissait
probablement d’une utilisation ponctuelle de feu naturel, ce qui n’est pas
strictement le propre de l’homme : en
Australie, certains rapaces relancent ou
déplacent des feux naturels au moyen
de brindilles enflammées, pour mieux
chasser leurs proies effrayées.
L.H.
S&V Hors Série • 59
D'où venons-nous ?
LA CRÉATION D’OUTILS
M. KAMAL, MPI-EVA, LEIPZIG/CC
LA TAILLE DE PIERRE,
LE PLUS VIEIL ARTISANAT
L’homme a longtemps considéré qu’il était
le seul animal capable d’utiliser des outils.
Jusqu’à ce que, au début des années 1960,
les primatologues observent des grands
singes se servir de brindilles pour attraper
des termites, et de pierres pour casser des
noix. On sait désormais que les corbeaux
sont eux aussi très ingénieux et que
les loutres savent casser des coquillages
en les frappant sur une pierre posée sur
leur ventre ! L’utilisation d’outils n’est donc
pas propre à notre espèce. Il est toutefois
évident que l’homme a façonné et perfectionné ses outils à un point inégalé, et ce,
il y a déjà plusieurs millions d’années.
Les chercheurs estimaient jusqu’à récemment que c’était les premiers représentants du genre Homo, les habilis, qui
étaient les tout premiers « artisans ».
Mais la découverte au Kenya, en 2015,
de pierres taillées datées de 3,3 millions
d’années (voir p. 21), a montré que les australopithèques savaient déjà produire des
éclats tranchants à partir d’un bloc de lave,
selon la technique dite « sur enclume »
(à l’aide d’un percuteur frappant le bloc
à tailler posé sur un socle) et selon celle
« sur percuteur dormant » (le bloc à tailler
étant directement frappé sur l’enclume).
La taille de pierre s’est ensuite sophistiquée,
avec le développement de la percussion
directe au percuteur de bois ou d’os (il y a
environ 1 million d’années), notamment
pour façonner les bifaces. Ceux-ci, véritables couteaux suisses préhistoriques,
pouvaient servir à dépecer et à désarticuler
des animaux, à gratter des peaux,
à couper, à écorcer… et nécessitaient
le recours à une technique relativement
élaborée. Leur mode de fabrication s’est
diversifié et perfectionné avec le temps.
La méthode dite « Levallois », par exemple,
qui permet d’obtenir des éclats tranchants
et des pointes (ci-contre), nécessite une
taille préalable minutieuse du nucleus
qui sera ensuite débité. Elle fut utilisée
C.B.
par Neandertal et Homo sapiens.
Seuls les humains
façonnent des outils,
comme ces pierres
trouvées au Maroc avec
des restes de sapiens
datés de 300 000 ans.
60 • S&V Hors Série
S&V Hors Série • 61
62 • S&V Hors Série
D'où venons-nous ?
LES SÉPULTURES
L’APPARITION
DU RESPECT DES MORTS
Il y a 92 000 ans ce jeune
sapiens de 12-13 ans était
inhumé avec les bois d’un
cervidé. Une marque d’attention envers le défunt.
GETTY
L’homme est le seul animal qui enterre ses
morts, et ce, depuis au moins 100 000 ans.
Pour quelles raisons ? La question divise
les préhistoriens. Certains s’interdisent
de parler de religion pour des périodes
aussi reculées. Mais pour d’autres, ces
sépultures impliquent une conception
métaphysique : enterré, le mort est séparé
des vivants. Il est protégé. Homo sapiens
autant que néandertaliens, les hommes
qui ont creusé ces tombes ont choisi ceux
qu’ils y ont enterrés. Chez les néandertaliens notamment, près de la moitié
des découvertes concernent des enfants
de moins de 3 ans (dont des nourrissons
et même un fœtus), ce qui indique une
préoccupation symbolique particulière
vis-à-vis des plus jeunes. Dans de rares
cas, des objets déposés dans les tombes
pourraient être interprétés comme des
offrandes faites aux défunts. C’est le cas
de Qafzeh-11 (ci-contre), l’une des plus
anciennes sépultures connues, découverte
en 1969 sur le site de Qafzeh, en Israël,
et datée de 92 000 ans. L’enfant sapiens
de 12-13 ans qu’elle abrite est inhumé
dans un sédiment meuble dont les parois
ont été renforcées par des blocs de calcaire. Il repose sur le dos, ses jambes sont
fléchies, ainsi que ses bras, de telle sorte
que les mains se présentent de part et
d’autre de la tête. Les bois d’un cervidé ont
été déposés sur sa poitrine, près de son
crâne. S’agit-il d’un simple geste d’attention envers le défunt, ou faut-il y voir une
valeur métaphysique, magique, religieuse ?
Pour que ces dépôts d’objets puissent être
interprétés comme des offrandes inscrites
dans une pratique rituelle, il faut qu’ils
se reproduisent dans un même environnement. Or, cette répétition n’apparaît qu’il
y a environ 29 000 ans. Dans de nombreux
cas, la mise en scène des défunts par les
vivants est alors incontestable (position
du corps, parures, vêtements, armes…).
Pour les périodes anciennes, hélas, elle est
impossible à démontrer.
D’après L.B.
S&V Hors Série • 63
LA NAVIGATION
SUR LA PISTE
DES PREMIERS MARINS
L’homme, cet infatigable explorateur,
est la seule espèce terrestre capable
de traverser intentionnellement
les mers. D’autres animaux ont certes
pu franchir des étendues d’eau, parfois
très vastes, au gré de la dérive de débris.
Mais aucun autre animal que l’être
humain ne construit des embarcations
destinées à voyager. La navigation
est donc propre à l’homme. Mais quel
homme ? Depuis quand navigue-t-on ?
On sait qu’il y a 65 000 ans, Homo
sapiens, qui est déjà arrivé en Asie
par les terres, a réussi à accoster en
Australie. Des fouilles réalisées sur le site
de Madjedbebe, au nord du continent,
dont les résultats ont été publiés
en 2017, l’ont prouvé sans ambiguïté,
reculant de 20 000 ans les précédentes
estimations de présence humaine
en Australie. Mais ces Homo sapiens
peuvent-ils réellement être considérés
comme les premiers marins ? La plupart
des scientifiques estiment en tout cas
que seul sapiens dispose des capacités
cognitives suffisantes (notamment
la maîtrise d’un langage élaboré)
pour naviguer sur de longues distances.
Sauf que la découverte en 2003 d’une
étrange nouvelle espèce d’hommes,
datés de 100 000 à 60 000 ans, sur
la petite île indonésienne de Flores,
laisse penser que c’est probablement
Homo erectus qui aurait atteint l’île
indonésienne avant d’évoluer pour
devenir le petit Homo floresiensis.
Autre découverte, encore controversée,
celle de pierres taillées mises au jour
en 2008 à Plakias, sur la côte sud-ouest
de la Crète, face à la Libye, et datant
de 130 000 ans, les plus vielles jamais
retrouvées sur l’île. Constituent-elles
la preuve que d’anciens sapiens, voire
des erectus, aient pu naviguer jusquelà ? C’est la théorie que défendent
les découvreurs, sous la direction de
Thomas Strasser du Providence College,
dans le Rhode Island, aux États-Unis.
Sans faire consensus pour le moment.
Les fouilles devraient s’intensifier
dans la région pour tenter de confirmer
cette hypothèse.
C.B.
64 • S&V Hors Série
Ces coquillages datant de 75 000 ans, trouvés dans
la grotte de Blombos (Afrique du Sud), témoignent d’une
pensée symbolique. Ces objets de parure remplissent
en effet des fonctions symboliques qui requièrent un
langage et des capacités cognitives proches des nôtres.
D'où venons-nous ?
LE LANGAGE
Certes, les animaux communiquent
et certains de façon très élaborée. Mais
seuls les hommes ont inventé, avec
un nombre limité de sons, une infinité
de mots qui s’emboîtent pour créer
du sens, grâce à la syntaxe. Le langage
est donc clairement propre à l’homme :
« Nous sommes même passés d’un
primate incapable de parler à un primate
incapable de se taire ! », plaisantait JeanLouis Dessalles, chercheur à ParisTech,
dans les colonnes de Science & Vie
en 2011. Comment et quand s’est-il
imposé chez les humains, alors que
d’autres primates sont restés muets ?
Les paléoanthropologues peinent
à répondre à la question, les fossiles
étant peu bavards sur ce sujet. Leur
première piste : tenter de dater d’autres
signes de l’émergence d’une pensée
symbolique, comme la fabrication
d’outils sophistiqués, la pratique
de sépultures ou l’expression artistique.
La date de 40 000 ans, qui correspond
à une explosion artistique en Europe,
a longtemps prévalu. Mais des repré-
sentations artistiques plus anciennes
conduisent à la repousser. Gravures
abstraites de plus de 70 000 ans
et parures de coquillages colorés
de 85 000 ans révèlent la présence
probable d’un langage sophistiqué il y a
au moins 100 000 ans, c’est-à-dire
au moment de l’expansion des sapiens.
SAPIENS, MAIS PAS UNIQUEMENT
D’ailleurs, il y a 100 000 ans, d’autres
espèces peuplaient la Terre, dont
Neandertal. Or, au vu de ce qu’il a laissé
comme traces, (outils, œuvres d’art…),
nul doute qu’il savait parler. Peut-on,
dès lors, imaginer l’émergence du langage chez des espèces antérieures ?
Les outils sophistiqués de 1,7 million
d’années ne supposent-ils pas un recours à un niveau d’abstraction que seul
le langage autorise ? La domestication
du feu, il y a 400 000 ans, ne révèlet-elle pas l’existence d’un système
de communication perfectionné ?
Ces questions sont largement débattues, tout comme celle du rapport
entre taille du cerveau et aptitude
au langage : faut-il un minimum de 400
à 500 cm3, comme chez les australopithèques ? Ou de 600 cm3, comme
chez Homo habilis ? La morphologie
de la boîte crânienne peut-elle aider
à y voir plus clair ? Celle des australopithèques gahri laisse déjà poindre
l’empreinte d’une asymétrie, mais c’est
surtout à partir d’habilis que la région
temporale gauche, qui contient les aires
du langage, apparaît véritablement
développée. Peut-on en déduire
qu’habilis parlait ? Peut-être. Mais plus
que la taille, à un instant t, c’est son
augmentation qui attire l’attention
des spécialistes. En un million d’années,
les hominines sont passés d’un cerveau
de 400 cm3 à 1 000 cm3, ce qui coïncide
avec l’émergence d’Homo erectus,
premier humain capable de quitter
l’Afrique et de s’adapter à nouvel environnement. Un succès évolutif qui
laisse penser qu’il avait acquis une arme
prodigieuse. Le langage ? Un protolangage ? Peut-être…
D’après A.G.
D’ERRICO/HENSHILWOOD
UN APANAGE DE L’HOMME DIFFICILE À RETRACER
S&V Hors Série • 65
LA SPIRITUALITÉ
DE MONUMENTAUX LIEUX DE CULTE
Quel humain préhistorique a-t-il
ressenti en premier la présence immatérielle d’un dieu ou d’un esprit ? Lequel
a envisagé pour la première fois un
« au-delà » de la mort ? Et comment
l’idée du divin s’est-elle ensuite diffusée
dans un groupe jusqu’à constituer une
religion ? Impossible de répondre à ces
questions. Mais une chose est certaine,
ou presque : il y a 11 500 ans, les
hommes pratiquaient déjà une forme
de culte. En 1995, à Göbekli Tepe, dans
le sud de la Turquie, ont été mises au
jour des constructions monumentales
du début du Néolithique, qui constituent probablement le plus ancien
temple jamais construit. À l’appui
de cette hypothèse, des obsidiennes
(des roches volcaniques ressemblant
à du verre) retrouvées sur le site, mais
provenant de volcans parfois distants
de plusieurs centaines de kilomètres et
qui constituent un indice probable de
pèlerinage. D’ailleurs, aucune source
d’eau ne se trouve à proximité du site,
66 • S&V Hors Série
ce qui exclut un usage d’habitation.
D’après Klaus Schmidt, qui a dirigé
les fouilles de Göbekli Tepe, cette
découverte exceptionnelle indiquerait
que, contrairement à ce que l’on
croyait jusqu’ici, la religion aurait
précédé l’agriculture (apparue il y a
environ 11 000 ans), et l’aurait peutêtre même engendrée, par la nécessité
d’organiser des stocks de nourriture
à proximité des temples.
UN ACTE HAUTEMENT SYMBOLIQUE
Et avant le Néolithique ? Les magnifiques parois décorées des grottes
de Lascaux, peintes il y a 17 000 ans, et
de Chauvet, réalisées il y a 30 000 ans,
témoignent-elles d’une forme de religion ? C’est l’hypothèse que soutient
le préhistorien Jean Clottes, qui voit
dans ces dessins l’illustration des différentes étapes de la transe chamanique.
Une interprétation largement débattue
dans la communauté scientifique,
certes ; mais le fait que des hommes
aient non seulement éprouvé le besoin
de représenter des animaux, mais surtout eu le courage de descendre dans
des grottes obscures et parfois difficiles
d’accès pour le faire, tend à prouver
qu’il s’agissait, sinon d’une religion,
du moins d’un acte hautement symbolique. D’ailleurs, les animaux les plus
représentés (des chevaux et des bisons)
n’étaient pas les plus fréquemment
chassés. Ils étaient donc sans doute
chargés de significations, porteurs
d’une croyance particulière. Et encore
avant ? À mesure que l’on s’éloigne
dans le temps, le sens du sacré des
hommes préhistoriques se fait de plus
en plus insaisissable. Sans traces
de lieux de culte ou de représentations
graphiques, la quête de ses origines
est particulièrement délicate. Sauf
à considérer que les toutes premières
inhumations, qui apparaissent voici
100 000 ans, signent la naissance
d’une pensée empreinte de spiritualité
D’après L.B.
chez nos ancêtres.
D'où venons-nous ?
Le site de Göbekli Tepe, dans le sud-est de la Turquie,
est le plus ancien temple jamais découvert. Il a été
construit il y a environ 11 500 ans, loin de toute source
d’eau, ce qui exclut son usage comme habitation.
SHUTTERSTOCK
Le site néolithique a livré des bâtiments exceptionnels
structurés par des centaines de piliers colossaux
en forme de « T », presque tous couverts de bas-reliefs
animaliers (fauves, sangliers, oiseaux, serpents…).
S&V Hors Série • 67
68 • S&V Hors Série
D'où venons-nous ?
L’ART
DES FRESQUES
INNOMBRABLES
Réalisé au charbon de
bois de pin il y a plus de
30 000 ans, le panneau
des Chevaux de la grotte
Chauvet démontre une
maîtrise de l’estompe
et de la perspective.
CC-SYCPA
À contempler les incroyables peintures
de la grotte Chauvet, on ne se contente
plus de louer l’ingéniosité de nos ancêtres
ou de s’étonner de leur bravoure. On
admire simplement, d’égal à égal, leur
talent artistique. Leur capacité à nous
émouvoir alors que 32 000 ans nous
séparent. Pourtant, l’expression artistique
n’est pas le propre de sapiens. Il faut
remonter bien plus loin dans le temps
pour la voir s’annoncer : le plus vieux
dessin n’est pas attribué à sapiens, mais
à Homo erectus ! Daté de 500 000 ans, il a
été gravé sur un coquillage en Indonésie,
probablement avec une dent de requin. En
apparence très simple (peut-être trop pour
être qualifié d’art), il n’en est pas moins, de
l’avis des spécialistes, intentionnellement
réalisé. Également attribuée à Homo
erectus, la plus ancienne figurine relevant
plus clairement de l’œuvre d’art, surnommée la Vénus de Berekhat Ram, est
âgée de 230 000 ans et a été découverte
en Israël. Mais certains scientifiques
pensent qu’il peut s’agir d’une forme naturelle. La plus ancienne preuve d’art pariétal
remonte quant à elle à 66 700 ans, en
Espagne. Cette fois, c’est Neandertal qui
en est l’auteur. De nombreuses autres
grottes d’Europe abritent des peintures
ou des gravures attribuées à Homo
sapiens, en particulier la fameuse grotte
Chauvet, qui recèle plus d’un millier
de peintures et gravures, ou encore celle
d’El Castillo, datée de 41 000 ans, renfermant environ 3 000 dessins sur différents
supports. Mais l’art préhistorique ne se
limite pas à l’Europe, et si de nombreuses
peintures y sont découvertes, c’est en
grande partie grâce aux bonnes conditions
de conservation que procurent les grottes.
On trouve par exemple des peintures
rupestres dans le parc national de la Serra
da Capivara, au Brésil, datées autour
de 40 000 ans, ainsi qu’en Australie,
sur le site Nawarla Gabarnmang,
L.H.
datées d’environ 28 000 ans.
S&V Hors Série • 69
La domestication des animaux
(ici, la gravure rupestre de la Vache
qui pleure, en
Algérie) s’est faite
sur plusieurs
continents,
il y a environ
12 000 ans.
L’ÉLEVAGE
DES ANIMAUX
À NOTRE SERVICE
Le premier animal apprivoisé par l’homme
fut le loup, qui devint ainsi le chien,
il y a probablement plus de 14 000 ans.
S’ensuivit une longue phase de contrôle
des animaux sauvages, entre – 12 000
et – 9 000, qui précéda les débuts
de la domestication. Au moment
de l’apparition de l’agriculture, sapiens
se met à élever de nombreuses espèces,
dont des ossements ont été exhumés
lors de fouilles archéologiques au ProcheOrient : chèvres, moutons, cochons
et bovins. Le même processus se produit
à la même époque de manière indépendante en Amérique du Sud (lamas,
alpacas, cochons d’Inde, canards
de barbarie) et du Nord (dindons),
en Extrême-Orient (cochons, chèvres,
buffles, coqs), en Afrique (ânes et peutêtre bovins), en Asie centrale (chevaux et
chameaux) et même en Europe (cochons).
Dans de nombreuses régions du globe,
plantes et animaux domestiqués
ont formé très tôt un système intégré,
les seconds étant nourris avec des déchets
agricoles, menés sur les champs après
les récoltes pour les régénérer grâce
à leur fumier, et fournissant viande,
graisse, peaux, poils et produits laitiers.
L’utilisation des bovins pour leur force
motrice dans l’agriculture ne s’est
développée, elle, que plus tardivement,
vers le Ve-IVe millénaire.
D’après P.T.-V.
70 • S&V Hors Série
D'où venons-nous ?
L’AGRICULTURE
UNE RÉVOLUTION NÉE AU PROCHE-ORIENT
AKG-IMAGES - G. WILLCOX
C’est un événement majeur de
l’histoire de l’humanité. Il y a environ
11 000 ans, sapiens, qui vivait en petites
communautés se déplaçant sans cesse
pour se nourrir, s’est organisé en
sociétés fixes et productrices. Une révolution, car maîtriser la culture de nombreuses plantes (dont les céréales, qui
fournissent aujourd’hui les trois-quarts
des calories alimentaires de l’humanité)
a permis une augmentation spectaculaire des ressources disponibles,
une croissance démographique sans
précédent et, par la suite, l’émergence
des premières cités. Les plus anciennes
traces de culture se situent au ProcheOrient (vigne sauvage et blé en Israël,
orge et blé en Égypte), au IXe millénaire
avant notre ère. Mais au moins
dix autres aires de domestication des
plantes ont déjà été repérées, en Asie
(avec le riz et le millet), en Amérique
(avec les piments, les courges, les
haricots et le maïs), en Afrique et en
Océanie (avec les bananes, les cannes
à sucre et les ignames), où des cultures
sont apparues entre les VIe et IIe millénaires avant notre ère. Aucune trace,
en revanche, de quelque centre
de primo-domestication d’espèces
végétales en Australie, en Sibérie
et au Groenland. Quant à l’Europe,
l’agriculture n’y a pris racine, entre
les VIIe et IVe millénaires avant notre ère,
que grâce à des variétés initialement
cultivées au Proche-Orient. Des travaux
en génétique des populations humaines
suggèrent que ce sont des agriculteurs
venus du Proche-Orient avec leurs
plantes et leurs modes de vie qui ont
converti les populations autochtones
à l’agriculture. La diffusion des langues
indo-européennes a d’ailleurs suivi
le même chemin.
D’après P.T.-V.
La culture
des plantes,
et surtout celle
des céréales (ici,
le fossile d’un épi
d’orge carbonisé
retrouvé en Arménie), a permis
une croissance
démographique
sans précédent.
S&V Hors Série • 71
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LES OUTILS
DE LA
PALÉONTOLOGIE
74 La prospection: repérer
les sites fossilifères
80 Les fouilles : l’étape clé
du terrain
84 La datation : l’art
de remonter le temps
88 L’analyse ADN : faire parler
96 La reconstitution : redonner
chair à nos ancêtres
SHUTTERSTOCK
les génomes préhistoriques
S&V Hors Série • 73
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