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Rеponses Photo N 322 Janvier 2019-compressed

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RÉPONSESPHOTO
RÉPONSES
PHOT
www.re
REPORTAGE
r
LE CONCOURS
DES MEILLEURS
OUVRIERS
PHOTOGRAPHES
DE FRANCE
TECHNIQUE PHOTO
EXPLORER
L’OBSCURITÉ
Quand la photographie
s’affranchit de la lumière
TESTS COMPLETS
PATRIMOINE
ARCHIVES PHOTO
LE DÉFI DE LA
CONSERVATION
L’exemple de la fondation
Henri Cartier-Bresson
FUJIFILM GFX 50R
La belle tentation
du moyen format
LEICA M10-D
La photo comme
expérience spirituelle
n° 322 janvier 2019
L 12605 - 322 - F: 6,00 € - RD
D : 7€ - BEL : 6,30€ - ESP : 6,70€ - GR : 6,70€ - ITA : 6,70€ - LUX : 6,30€
DOM S : 6,50€ - PORT CONT : 6,70€ - MAR : 73DH - CH : 8,50FS
TUN : 16DTU - CAN : 9,75$CAN - TOM S : 900CFP - TOM A : 1600CFP
RÉPONSES
PHOTO
Une publication du groupe
Visions
nocturnes
Yann Garret,
rédacteur en chef
Président: Ernesto Mauri
ADRESSE RÉDACTION:
8, rue François-Ory, 92543 Montrouge Cedex.
Tél.: 0141861712.
Rédacteur en chef: Yann Garret (01 41 86 17 10)
Chefs de rubrique: Julien Bolle (1719),
Renaud Marot (1713)
Rédactrice: Caroline Mallet (1716)
Assistante de rédaction: Françoise Bensaid (1712)
1er Maquettiste: Jean-Claude Massardo (1718)
1re Secrétaire de rédaction: Caroline Mallet
Et ceux sans qui…: Philippe Bachelier, Carine Dolek,
Philippe Durand, Michaël Duperrin, Thibaut Godet,
Claude Tauleigne, Ericka Weidmann ainsi que tous les
photographes dont nous reproduisons les images.
Pour joindre la rédaction par mail:
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Directeur exécutif: Carole Fagot
Directeur délégué: Vincent Cousin
ABONNEMENTS ET DIFFUSION:
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Siège social: 8, rue François-Ory,
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N° ISSN: 1167 - 864 X
Commission paritaire: 1120 K 85746
Dépôt légal: décembre 2018
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Prix de l’abonnement 1 an (12 numéros): France: 49,90 €
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Origine du papier
Taux de fibres recyclées
Certification
Impact sur l’eau
Allemagne
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PEFC
Ptot 0,016kg/tonne
D
onc, nous vous invitons ce mois-ci à plonger votre regard dans
l’obscurité... L’idée de ce dossier est née de ce que nous disait
y a peu le photographe Paolo Verzone à propos de la nouvell
génération de boîtiers hybrides plein format: “Jamais dan
l’histoire de la photo on a pu réaliser des images avec si peu d
lumière et avec de telles ouvertures. C’est un tout nouvea
monde à explorer.” Depuis une dizaine d’années, l’évolution technique des
appareils photos et des logiciels de traitement d’image bouscule les limite
du visible, transforme notre regard et emporte l’esthétique photographiqu
vers de nouveaux territoires. Sensibilité des capteurs, performance de
systèmes autofocus, stabilisation des boîtiers et des objectifs, luminosit
des viseurs électroniques, toutes ces améliorations permettent au
photographes d’écrire tout autant avec l’ombre qu’avec la lumière. Ceu
que nous avons rencontrés pour réaliser ce numéro semblent partager un
même démarche qui consiste à moins exposer pour mieux dévoiler. Qu’
s’agisse d’explorer les ténèbres des gouffres océaniques, d’évoquer le
ambiances cinématographiques de la nuit urbaine, ou de percer l’opacit
d’une tempête nocturne, le regard se charge de mystère et d’émotio
Même la photo de rue y trouve de nouveaux motifs : dans nos cité
vibrantes et surpeuplées, la nuit offre au street photographer des moment
de répit, où l’œil se fait plus rêveur, plus contemplatif. Quant à l’image que
nous propose le photojournaliste William Daniels (p. 32), elle est
particulièrement révélatrice de cette forme de litote photographique, disa
le moins pour exprimer le plus.
Les photographes n’ont certes pas attendu les boîtiers de dernièr
génération pour se confronter à l’obscurité. Nourris de leur admiratio
pour les peintres ténébristes, les pictorialistes de la fin du XIXe siècle furent
parmi les premiers à jouer de clairs-obscurs audacieux ou à extraire de
pâles fantômes de geôles obscures. Au milieu des années folles, Paris se
peuple de noctambules. Depuis les cafés de Montparnasse, les artistes
sillonnent les recoins les plus sombres de la Ville Lumière. Sur les pas de
Léon-Paul Fargue, Henry Miller, Henri Michaux ou Jacques Prévert, un
certain Brassaï trouve là un champ d’expérimentations nouvelles, un
terrain artistique infiniment fécond qui nourrira l’inspiration de toutes les
futures générations de photographes. Mais au début des années 30, Brassaï
doit d’abord se battre avec les contraintes techniques des matériels de
l’époque. La pose longue (“le temps de fumer une cigarette...”) et le flash
au magnésium pour figer un mouvement quand c’est nécessaire, sont les
seules armes dont il dispose. Que l’on imagine encore le peu de maniabilité
de la chambre qu’il utilise, le poids des plaques de verre à transporter, la
difficulté à composer de nuit...
Plus aucune de ces contraintes ne bride le photographe de nuit
d’aujourd’hui. Le flash disparaît de sa besace, la pose longue ne s’impose
plus à lui aussi systématiquement (il fume d’ailleurs moins qu’auparavant),
et la clarté de son viseur électronique lui donne toute liberté de cadrage et
de mise au point. C’est peut-être là son dernier écueil : à pouvoir ainsi
observer la nuit comme en plein jour, le photographe devra chercher
d’autres façons d’en percer les mystères.
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 3
n°322 - janvier 2019 SOMMAIRE
EN COUVERTURE
Photo Lucan Coutts.
(Canon EOS 6D
+14 mm, 30 s à f:8,
100 ISO)
L’essentiel
Archives photo, le défi de la conservation :
l’exemple de la fondation
Henri Cartier-Bresson
6
O ACTUALITÉS Toute l’info du mois
12
O CHRONIQUES Michaël Duperrin
18
Philippe Durand
22
OÉVÉNEMENT
Dossiers
Explorer l’obscurité : quand la photo
s’affranchit de la lumière
O REPORTAGE Comment on devient meilleur
ouvrier photogaphe de France
O QUESTIONS-RÉPONSES Qu’est-ce qu’un sténopé?
O INSPIRATION
22
Explorer
l’obscurité
22
66
124
Vos photos à l’honneur
Thème libre couleur
O RÉSULTATS Thème libre noir et blanc
O LES ANALYSES CRITIQUES de la rédaction
O LES SÉRIES COMMENTÉES par la rédaction
44
46
48
54
56
O RÉSULTATS
O LE MODE D’EMPLOI
Le cahier argentique
O RENCONTRE Bogdan
Konopka
O LABO 400 ISO confondus avec 100 ISO…
O PAPIER Tirage : mat ou brillant ?
O NOUVEAUTÉS Dans le labo du photographe
98
Leica
M10-D
60
62
63
64
Regards
Ljubisa Danilovic
O DÉCOUVERTE Guillaume Squinazi
72
80
O PORTFOLIO
Équipement
Télémétrique : Leica M10-D
Hybride : Fujifilm GFX 50R
Compact : Panasonic Lumix LX100 II
Objectif : Samyang FE AF 35 mm f:1,4
Objectif : Laowa 15 mm f:2 FE Zéro-D
O PANORAMA Objectifs reflex et boîtiers hybrides :
La bonne association
O NOUVEAUTÉS Toute l’actualité du mois
O TESTS
98
104
108
110
112
114
118
Agenda
86
90
O EXPOSITIONS
104
Fujifiilm GFX 50R
4 Réponses PHOTO•n°322 janvier
2019
O SPÉCIAL LIVRES
Regard en coin par Carine Dolek
130
Votre bulletin d’abonnement se trouve p. 129. Pour commander d’anciens numéros,
rendez-vous sur www.kiosquemag.com site sur lequel vous pouvez aussi vous abonner.
66
Comment
on devient
meilleur
ouvrier
photogaphe
de france
À L’AFFICHE DE CE NUMÉRO
PHILIPPE BACHELIER
Un nouveau Leica télémétrique
pour se replonger aux sources les
plus pures de la photographie ?
Une aubaine pour Philippe qui
y a frotté avec délice son œil.
JULIEN BOLLE
Nul besoin de lunettes de visée
nocturne pour notre explorateur
des ténèbres. Les capacités en basse
lumière de nos appareils nous font
découvrir des mondes nouveaux.
CARINE DOLEK
Quand un envoûtement, un
moine bouddhiste et la Reine
des Neiges se télescopent dans
une réflexion sur l’émotion
photographique...
72
Ljubisa
Danilovic
MICHAËL DUPERRIN
La question coloniale est au cœur
du travail créatif du photographe
Michaël Duperrin. Ce n’est donc
pas une surprise de la retrouver
au cœur de sa chronique du mois.
PHILIPPE DURAND
Invité par Google à découvrir les
fonctions photo du smartphone
Pixel 3, Philippe s’interroge sur
les limites de la photographie
“computationnelle”.
THIBAUT GODET
Notre jeune photoreporter s’est
mis sur la piste des archives de
Cartier-Bresson, avant de suivre
celle de la tribu des meilleurs
ouvriers photographes de France.
RENAUD MAROT
On n’a pas souvent l’occasion de
battre le pavé avec un moyen format.
Renaud n’a pas hésité une seconde
avant d’emporter le GFX 50R de Fuji
pour une séance de portrait de rue.
CLAUDE TAULEIGNE
C’est un comble ! Notre grand
spécialiste des objectifs se penche
dans ce numéro sur l’art de prendre
des photos sans objectif. Et en plus,
cela semble lui faire plaisir !
ERICKA WEIDMANN
Nouvelle signature dans Réponses
Photo et observatrice avisée du
monde de la photo, Ericka nous offre
ce mois-ci sa sélection de livres et
d’expositions incontournables.
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 5
L’essentiel ÉVÉNEMENT
Archives photo, le défi
de la conservation
L’exemple de la fondation Henri Cartier-Bresson
© THIBAUT GODET
Alors que cette institution privée vient de quitter ses anciens locaux pour un lieu à la dimension
de ses collections, la question de la conservation des clichés du célèbre photographe reste plus que
jamais cruciale. Comme un symbole, la fondation a déménagé rue des Archives à Paris. Thibaut Godet
UNE FONDATION
TOUTE NEUVE
Les nouveaux locaux
sont désormais
situés dans le
quartier du Marais
à Paris, au 79 rue
des Archives.
6 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
I
naugurés au mois de novembre, les nouveaux
locaux de la fondation Henri Cartier-Bresson
(HCB) n’en ont pas encore fini avec les déménagements. Le chantier principal, ce ne sont pas
les quelques finitions des ouvriers qui viennent y
donner leurs derniers coups de pinceaux. Derrière
une grande porte, trois salles doivent accueillir les
archives du célèbre photographe. Quelque 50000
tirages originaux, 200000 négatifs et planchescontacts, 1500 ouvrages, 4500 lettres et manuscrits
ou encore 6000 articles de presse y seront bientôt
entreposés. Un véritable trésor. Il faut également y
ajouter les dessins de celui que l’on a surnommé
l’œil du siècle. Pour l’instant, les étagères disposées
sur une surface de 150 m2 sont encore vides. Dans
ces espaces blancs immaculés, on n’entend que le
son de la ventilation qui devra garder les précieuses
archives sous le bon taux d’humidité et à la bonne
température. “Nous sommes en ce moment en
phase de test”, lance Aude Raimbault, responsable
des collections à la fondation HCB. Les précieux
documents sont encore dispersés dans les anciens
locaux et n’ont pas encore fait le trajet. “Finalement,
la phase la plus importante du déménagement
n’arrive que maintenant. Mais c’est aussi la partie
la plus excitante”, s’enthousiasme la responsable.
© THIBAUT GODET
© CYRILLE WEINER
D’ici quelques semaines, les collections seront réunies en un seul et même endroit. “Tout doit bien
se préparer en amont”, reprend la jeune femme.
“Ce qui est mis en place, c’est ce qu’on appelle
dans le domaine de la conservation un chantier de
collection ”, ajoute Anne Cartier-Bresson, la nièce
du célèbre photographe qui a longtemps dirigé
l’Atelier de Restauration et de Conservation des
Photographies (ARCP) de la ville de Paris. Membre
du conseil d’administration de la fondation, elle est
très investie dans la sauvegarde des archives. Une
histoire de famille bien sûr, mais qui rejoint une
grande compétence dans le domaine. Aujourd’hui,
elle enseigne à des étudiants la problématique de
la conservation en photographie. Un sujet qu’elle
connaît sur le bout des doigts, notamment à la
fondation, où elle suit avec attention le déménagement des clichés. “Préalablement au départ des
archives, une étude de collection est réalisée. Puis
on essaye d’amener des œuvres propres, désinfectées et dépoussiérées dans des boîtes aux normes
de l’archivage photo”. Le transfert d’une telle collection se planifie sur le temps long. Au début
des années 2010 déjà, Martine Franck, l’épouse
d’Henri Cartier-Bresson, souhaitait le déménagement des archives dans un local plus grand. Au
décès de la photographe de Magnum, ses archives
allaient également rejoindre celles du fonds de la
fondation. “Dans les deux familles, Cartier-Bresson et Franck, il y avait un rapport à l’art, aux ³
LA BIBLIOTHÈQUE
Les collections de
la fondation sont
accessibles aux
chercheurs qui en
font la demande.
Un lieu spécial leur
a été aménagé.
LES TRAVAUX
La question de la
conservation des
archives a été pensée
dès la conception
du site. Des salles
spéciales recueilleront
bientôt les négatifs,
tirages et autres
publications.
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 7
© THIBAUT GODET
L’essentiel ÉVÉNEMENT
AUDE RAIMBAULT
(GAUCHE) ET ANNE
CARTIER-BRESSON
(DROITE)
sont toutes deux
impliquées dans la
conservation des
collections.
notions d’œuvre, de conservation du patrimoine
et de transmission des objets. Le père de Martine
Franck était d’ailleurs un grand collectionneur”
explique Anne Cartier-Bresson. La fondation voit
le jour en 2003 et déjà les collections étaient bien
conservées dans des enceintes dûment contrôlées. “Il y a une préoccupation que l’on ne retrouve
pas forcément chez certains photographes qui ne
vont pas avoir le même rapport à la conservation”,
ajoute Aude Raimbault, qui suit l’évolution des collections de la fondation depuis 14
ans. Le couple était en avance sur
son temps. Ce n’est qu’aujourd’hui
que la communauté des photographes semble se réveiller sur le
devenir des fonds photo. “Il faut
se rappeler qu’avant les années
1980, la photographie n’était pas
considérée comme une œuvre
d’art traditionnelle”, renchérit
Anne Cartier-Bresson. Aujourd’hui, les institutions
publiques se saisissent de ce dossier car tous les
photographes n’ont pas les moyens de garantir
la transmission de leurs archives. Des célébrités
comme Marc Riboud ou Sabine Weiss ont réussi
à confier leur patrimoine à des musées. Mais quid
des autres photographes ? Chez les photographes
travaillant en numérique, on se rend compte de la
périssabilité de l’œuvre au moment du plantage
du disque dur. Mais chez les photographes utilisant l’argentique ou les procédés anciens, la détérioration de l’œuvre est plus lente, tout en restant
inexorable. On pourrait croire que la numérisation
permettrait de sauvegarder de la dégradation des
collections complètes. C’est en partie vrai à la fondation HCB. La plupart des négatifs des deux photographes de Magnum n’ont que peu vocation à
sortir de leurs boîtes de rangement conservées à
7 degrés dans une chambre froide. La numérisation des négatifs fragiles, notamment les films comprenant des
nitrates comme dans les années
1930-40, permet de limiter la manipulation des originaux, et donc
de les sauvegarder. Il est d’ailleurs envisagé de congeler certains films dans quelques cas extrêmes. Mais “pour la fondation,
l’objet patrimonial, c’est l’original,
et Cartier-Bresson n’a pas fait du numérique en
1950 !” lance la nièce de l’artiste. “La numérisation n’est pas une technique de conservation,
mais de diffusion des images. L’objet patrimonial, c’est l’objet historique qui a été créé : le film
inséré dans la caméra ou le tirage validé par Henri
Cartier-Bresson”, rajoute-t-elle. Dès lors, il a fallu
mettre en place des procédures pour éviter que
les originaux ne se détériorent trop rapidement.
Un couple de
photographes
en avance sur
son temps
8 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
La fondation en ses nouveaux quartiers
Elle a quitté son site historique. La Fondation Henri Cartier-Bresson,
située pendant 15 ans dans un atelier d’artiste du XIVe arrondissement
de Paris, vient de prendre ses aises dans le très chic quartier du Marais
à l’intérieur d’un ancien garage automobile Renault. Si la devanture du
79 rue des Archives a juste subi un léger ravalement, c’est à l’intérieur
que les changements ont été les plus spectaculaires. Exit la rampe d’accès
pour voitures, au profit d’une belle cour au sol pavé. Pas de tâches
d’huile, mais un espace d’exposition épuré de 600 m2 pour accrocher
notamment les tirages originaux du photographe de l’instant décisif.
L’espace pourrait encore gagner en volume avec l’aménagement des
caves. Des travaux qui pourraient se concrétiser prochainement, après le
déménagement des archives.
©HENRI-CARTIER BRESSON / MAGNUM PHOTOS
Les archives d’Henri Cartier-Bresson et de Martine Franck
La fondation a d’abord été créée pour sauvegarder et protéger le
patrimoine d’Henri Cartier-Bresson. Mais lors du décès de Martine Franck
en 2012, “ses archives ont rejoint la Fondation dont elle a expressément
demandé qu’elle ne change pas de nom : ultime discrétion lucide de celle
qui a su poursuivre son œuvre à l’ombre d’un grand arbre, comme elle se
plaisait à en rire”, note Agnès Sire en présentant l’exposition. Petit clin d’œil
de l’histoire, la Fondation HCB accueille pour l’inauguration de ses nouveaux
locaux une rétrospective du travail de la photographe, conçue en 2011 dans
ses derniers moments. Toute une vie d’images passée au crible, des
portraits d’artistes comme celui du sud-africain David Goldblatt, aux
habitants de la petite île de Tory au nord de la République d’Irlande.
Un espace d’expositions ouvert aux autres productions.
À la suite de la rétrospective Martine Franck, de belles productions sont
déjà annoncées à la fondation. Du photographe sud-américain Guy Tillim
à l’auteur et photographe américain Wright Morris, la programmation est
bien remplie jusqu’à l’arrivée d’une exposition entièrement consacrée à
Henri Cartier-Bresson au deuxième semestre 2019. D’ailleurs, le couple sera
constamment mis en valeur même lorsque les expositions temporaires ne
leur seront pas consacrées. Un des murs de la salle d’exposition devrait être
en permanence réservé aux tirages de Cartier-Bresson et Franck présents
dans les collections. Il y a encore le temps pour découvrir toutes les images
du fond. Près de 30000 tirages sont conservés à la fondation. En ce moment
Martine Franck photographiée par Henri Cartier-Bresson, Venise 1972.
© MARTINE FRANCK / MAGNUM PHOTOS
dans le hall, la fondation projette des portraits croisés. On retrouve des
clichés d’Henri Cartier-Bresson capturés par Martine Franck, et inversement.
Il est pourtant notoire que le cofondateur de l’agence Magnum n’aimait pas
être pris en photo. Son épouse l’a pourtant immortalisé à de nombreuses
reprises avec une certaine finesse.
Quartier de Byker, Newcastle upon Tyne, Royaume-Uni, 1977.
Près de 600 m2 de locaux sont dédiés aux expositions.
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 9
© THIBAUT GODET
L’essentiel ÉVÉNEMENT
L’ACCUEIL
DU PUBLIC
est l’un des enjeux
de l’ouverture
de la fondation.
Les espaces
d’exposition ont
d’ailleurs doublé.
La collection vit, se patine parfois ou même peut
subir quelques accidents. Des restaurations sont
régulièrement menées sur des tirages notamment
lors de prêts pour des expositions. Mais un travail
de conservation préventive reste essentiel pour
que l’œuvre perdure. “Qu’est ce que c’est que la
discipline de la conservation ? C’est de gagner du
temps sur le temps”, affirme Anne Cartier-Bresson.
À la fondation, les négatifs sont séparés des tirages,
et les tirages de la presse. Les anciens magazines
où fut publié le couple sont également stockés dans une salle à
part, pour préserver le reste des
pollutions liées à l’altération. Les
différentes strates pour assurer
la conservation des œuvres sont
comparées à des poupées russes.
Au départ il y a le document, puis
l’enveloppe protectrice, puis la
boîte, puis la salle puis le bâtiment.
Un ensemble d’étapes organisé pour la conservation d’une œuvre complète comme celle du couple
Cartier-Bresson. Et celle-ci est pensée de manière
globale. De par les moyens qu’elle a investi dans
la conservation et la promotion de son fonds photographique, la Fondation HCB est observée par
les autres institutions. “Il n’y a pas encore tant de
collections photographiques préservées selon les
normes internationales”, affirme Anne Cartier-
Bresson. “Régulièrement, on a des demandes
d’institutions, qui nous posent des questions ou
qui viennent voir nos installations”, reprend Aude
Raimbault. Et la conservation doit également
respecter le vœu des photographes, notamment
en ce qui concerne la diffusion de l’œuvre. Par
exemple, les planches-contacts d’Henri CartierBresson sont préservées. Mais n’est accessible
au public que l’éditing qu’en a fait le photographe.
Près de 30000 tirages font vivre l’œuvre du photographe français le plus connu
au travers d’expositions dans le
monde entier ou même à la fondation. Et pourtant, de nombreux
trésors sommeillent aussi dans les
archives, que des commissaires
d’expositions auraient bien aimé
faire sortir de l’ombre. Ils restent
accessibles, mais pas au commun
des mortels. La fondation facilite
l’accès des archives aux chercheurs. Une bibliothèque est spécialement conçue pour les accueillir
et leur donner accès aux collections. La mission de
la fondation reste bien évidemment d’ouvrir ses
collections aux visiteurs en accrochant régulièrement des tirages, et de les sensibiliser au travail du
couple. “Si le public ne s’intéresse pas à une œuvre,
il n’y a pas de moyens, donc pas de conservation”,
conclut Anne Cartier-Bresson.
La conservation,
c’est gagner
du temps sur
le temps
10 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
L’essentiel ACTUALITÉS
En bref…
D’un téraoctet à mille photos
FLICKR REVOIT SA POLITIQUE CONCERNANT LES COMPTES GRATUITS.
LE SITE NE POURRA PLUS SERVIR DE DISQUE DUR EXTERNE...
C’
est un sacré changement de cap qu’a
annoncé Flickr au mois de novembre
dernier. Le site, l’un des plus fréquentés
par les photographes de tout poil, va bientôt
réduire la capacité maximum d’images et
de vidéos que l’on peut mettre en ligne sur
la plateforme. Au lieu du généreux téraoctet
jusque-là consenti, il ne sera bientôt plus possible de télécharger que 1000 fichiers lorsque
l’on utilise la version gratuite du site. En mettant en place cette limitation, Flickr souhaite
arrêter de faire office de disque de sauvegarde en ligne. Il avait inauguré cet espace
en 2013, alors qu’auparavant les utilisateurs
gratuits ne pouvaient publier que 200 images.
“L’offre à un téraoctet séduisait largement des
membres attirés par le stockage gratuit, et non
par un engagement avec d’autres amoureux
de la photographie”, affirme Andrew Stadlen,
BANQUES D’IMAGES
Elles ne proposeront pas encore
de retirer de l’argent mais presque.
Les cabines Photomaton s’associent
à Anytime, une “néobanque” en
ligne. Le but : proposer des services
bancaires dans les célèbres cabines
photographiques, désormais
connectées à Internet. Il sera donc
bientôt possible d’ouvrir un compte
bancaire et de réaliser ses photos
d’identité en même temps! Les
premiers appareils seront implantés
dans les gares parisiennes.
12 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
le vice-président de Flickr. La suppression
des contenus en excès va attendre encore
quelque temps. Ils seront écrasés au mois
de février 2019. Cette nouvelle ne devrait
toutefois pas inquiéter trop de photographes.
Selon Flickr, seuls 3% des utilisateurs ont
publié plus de 1000 images sur leur compte.
Longtemps dans les mains du géant du net
Yahoo, Flickr a changé de propriétaire en avril
dernier, passant désormais sous la coupe de
SmugMug, un spécialiste du stockage et du
partage de photos, bien implanté aux ÉtatsUnis. Avec Flickr, la société accède à une
clientèle internationale, à laquelle elle cherchera à proposer des services payants. Pour
preuve, Flickr chérira ses abonnés en leur
donnant accès à un espace illimité et à une
meilleure exposition sur le site, ou encore en
permettant de visionner les photos en 5K.
LES CITÉS JUMELLES
DE KYRIAKOS KAZIRAS
Kyriakos Kaziras lâche de
temps en temps ses gros
boîtiers de photographe
animalier pour arpenter
compact en main les rues
des grandes cités et y
rechercher des correspondances visuelles. Un regard
entre paysage et street
photography, aux éditions
Ramsay. 180 pages, 45 €.
HOMMAGE AUX POILUS
À l’occasion du centenaire de
l’Armistice de 1918,
l’Illustration sort un
exemplaire spécial de son
ouvrage consacré à la grande
guerre aux éditions Lafon.
À l’intérieur, un fac-similé du
numéro du 11 novembre 1918
publié par le célèbre
hebdomadaire. Prix : 40 €.
PRIX PHOTO NIKON
Nikon organise jusqu’au 31
janvier 2019 la nouvelle
édition du Nikon Photo
Contest. Ce concours
international récompense 3
catégories : libre, nouvelle
génération et court métrage.
On gagne quoi ? 500 000
yens (3900 € environ) et du
matériel photo Nikon comme
le tout nouveau Z6.
ARLES
Temple, c’est le lieu qui prendra
la relève du Cosmos Arles Book
aux prochaines rencontres
d’Arles du 1er au 6 juillet 2019. Le
but, proposer un espace
d’échanges entre artistes et
professionnels du milieu du livre,
avec une foire et divers
événements organisés autour
de l’édition de livres photo.
Stages
Deuxième édition
de Venezia Photo
333€
C’est le prix d’un portrait que vous
pouvez faire réaliser sur mesure au moyen de
la plus grande chambre Polaroid au monde,
au format 20x24” (soit 40x60 cm environ). Il
s’agit de l’un des sept modèles de cet appareil
construits en 1978 par l’inventeur du film instantané Edwin Land. Installé dans un “concept store”
de Vienne, en Autriche, il utilise des films originaux Polaroid Sepia expirés depuis longtemps
mais toujours exploitables. the.supersense.com
Adobe Stock engloutit
le site Fotolia
Elle rassemblait des millions de photos
vendues à tout petit prix. Fotolia, la
banque d’images française créée en
2005 était devenue l’emblème des
fameux micro-stocks apparus dans
les années 2000, dérégulant en même
temps le marché de la photographie.
En 2014, la plateforme a été rachetée
par l’éditeur de logiciels Adobe qui l’a
depuis complètement intégrée à sa
stratégie de vente. Il ne manquait plus
que la fusion des stocks d’images de
Fotolia avec Adobe Stock pour sceller
ce mariage. C’est désormais chose faite.
Depuis le mois de novembre, les données
des contributeurs ont entamé leur
migration. Pour les clients, le suivi est
assuré, les listes de préférences et les
preuves d’achats ont déménagé vers
la nouvelle plateforme.
CARNET
QUENTIN BAJAC
AU JEU DE PAUME
Changement à la direction du Jeu de
Paume, haut-lieu de la photographie à
Paris. Après douze ans d’une programmation impeccable, Marta Gili passe la
main à Quentin Bajac, le french
directeur de la photographie au MoMA
de 2013 à 2018, auteur d’une kyrielle
d’ouvrages sur la photographie. “Je
pense que mon projet pour le Jeu de
Paume est fait, qu’il marche bien et
qu’il faut savoir quitter quand tout va
bien”, confiait Marta Gili au Figaro.
Avec une ligne directrice solide et des
expositions fortes de figures engagées
socialement et artistiquement, figures
du challenge et de l’ouverture, elle peut être fière : elle a accroché aux murs du Jeu de
Paume 180 expositions monographiques et thématiques, dans le domaine de la photographie historique et contemporaine, ainsi que de la vidéo et de la création en ligne,
dont Sabine Weiss, Josef Sudek, Claude Cahun, Raoul Hausmann, Gordon Matta Clark,
Ed Van Elsken, Susan Meiselas, et elle part sur une splendide exposition consacrée à
Dorothea Lange. Son successeur, Quentin Bajac, est un incontournable : conservateur
de la photographie au musée d’Orsay en 1995, il rejoint le Centre Pompidou en 2003.
Professeur à l’École du Louvre, responsable de la chaire d’Histoire de la photographie,
il est promu en 2010 chef du Cabinet de la Photographie au Centre Pompidou, avant
d’être nommé conservateur en chef de la photographie au MoMA, le Musée d’art
moderne de New York, de 2013 à 2018. CD
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 13
© PETER ROSS / MOMA
Après une première édition concluante,
Venezia Photo revient au printemps 2019
dans la Cité des Doges. Du 25 avril au 4 mai,
24 photographes de renom sont attendus sur
l’île de San Servolo pour y donner des
masterclasses de quatre jours. Pascal Maitre,
Eric Bouvet, Albert Watson ou encore Nikos
Aliagas seront entre autres présents pour
encadrer les stages. Au programme, des
cours sur le photojournalisme moderne, la
composition, le portrait de mode ou bien la
géométrie des villes sont proposés aux
stagiaires. Des workshops qui comprennent
à chaque fois des parties théoriques et des
mises en pratique. L’année dernière, près de
300 participants avaient fait le déplacement.
Pour ce séjour à Venise, les prix oscillent
entre 990 et 1500 €. venezia-photo.com
Web
L’essentiel ACTUALITÉS
Livre
EXPO
Classique américain
Le jour d’après pour
la galerie La Hune
Après un an de
travaux nécessaires
à sa remise en état,
La Hune a rouvert
ses portes le mois
dernier. En 2017, la
galerie-librairie
implantée dans le
quartier de SaintGermain-des-Prés à Paris avait été touchée par un violent
incendie, consumant au passage de nombreux livres et
tirages d’exception. Pour sa réouverture, La Hune accueille 25
photos de Ellen von Unwerth, photographe allemande et exmannequin, célèbre pour ses photos de charme et de mode.
Un appel brûlant à la sensualité et à la légèreté...
Les éditions Taschen publient dans leur
collection petit format Bibliotheca
Universalis un copieux volume consacré au
photographe américain Lewis Wickes Hine
(1874-1940). Au total, près de 350 images
sont compilées dans cet ouvrage. Elles
retracent la recherche de Lewis W. Hine sur
l’Amérique au travail. Il montre à la fois le
dur labeur à l’usine des ouvriers américains
comme dans cette célèbre image d’un
mécanicien muscles bandés sur une
machine à vapeur (“Mechanic at Steam
Pump”, 1920), ou le travail des enfants.
Dans l’Amérique industrieuse qu’il montre,
ces petites mains sont alors livreurs de
journaux, menuisiers, cordonniers,
ferronniers, couturiers ou encore mineurs.
L’œuvre de Hine, également sociologue,
aura un impact considérable sur la
condition des enfants au XXe siècle. Le
travail des moins de 16 ans sera interdit en
1938, deux ans avant son décès. “America
at work”, 14 x 19,5 cm, 544 pages, 15 €.
5millions
de photos à numériser et analyser.
Le New York Times a décidé de se replonger dans
ses archives photographiques, d’où il espère exhumer des trésors oubliés. Ces archives, baptisées
“la morgue”, remontent à la fin du XIXe siècle, et
constituent une mine d’informations historiques.
Le quotidien américain sera aidé dans cette tâche
de titan par Google, qui stockera l’ensemble des
scans des photos et des textes qui les accompagnent pour en effectuer l’analyse sémantique.
14 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
LIVRE
Street art
Dans l’œil de The Eyes
Des négas sur les murs
Ici, il ne s’agit pas tant de photo que de
peinture murale. Sepc, un street artiste
colombien très présent sur les réseaux
sociaux, a la drôle d’idée de peindre “en
négatif”, c’est à dire en utilisant des
couleurs opposées à celles de son motif de
départ. Seul un photographe qui inversera
ensuite la photo dans un logiciel de
traitement d’image pourra ainsi découvrir
les véritables couleurs de ses œuvres !
Juste avant Paris Photo
auquel elle a participé, la
revue the EYES a dévoilé
son numéro annuel. Pour
cette nouvelle et très belle
édition, elle s’interroge sur
les rapports entre images
et pouvoir. 21x28 cm, 224
pages, 25 €. thee es.eu
Une performance optimisée pour
l'ère des boîtiers d'ultra haute résolution
Etui et pare-soleil (LH876-04) fournis
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sigmafrance
L’essentiel ACTUALITÉS
Film
PRIX
Le cadre dans le cadre. C’est en voulant
offrir une narration originale que Casey
Cavanaugh, un photographe et réalisateur
a réalisé “Peripheral”, un court métrage de
3 min 20 à l’aide d’un Hasselblad 500C/M.
Durant toute la vidéo, il a filmé avec un
appareil photo numérique le prisme de
visée de son appareil moyen format
argentique. Un point de vue étonnant,
pour traduire l’obsession de vouloir tout
photographier et tout documenter de son
quotidien, aux dépens de sa vie sociale.
Le pari est réussi pour le jeune cinéaste
qui a été primé au Fortnight Film Contest.
gxace.com/peripheral/
des bières. C’est sous la
devise sympathique des
rendez-vous Diapéro
qu’ont été remis deux
prix du diaporama
sonore mi-novembre à
Paris. Parrainé par les
médias Libération et
Explicite, cet événement
a permis de découvrir les réalisations photographiques et sonores
de nombreux candidats. Cette année, les lauréats sont Mathilde
Magnée avec sa production “Pur Sang” et Théophile Trossat pour
son diaporama “Erwan, une jeunesse bateau”. Tous deux remporte la
somme de 1000 €. Les vidéos sont visibles sur le site : diapero.com
110
destinés aux appareils photo à objectifs interchangeables, ont été vendus par Nikon depuis 1959. Le
tout premier, l’Aero NIKKOR commercialisé en 1933,
était un 18 cm f:4,5 destiné à la photo aérienne.
Notons que le cap des 60 millions avait été franchi
en 2011 et celui des 100 millions en juillet 2016 !
Le vent du temps
LIVRE
© OAN KIM
© MIKIKO HARA
Un ouvrage à quatre mains
16 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
Géolocalisez vos repérages
millionsd’objectifsNIKKOR,
Festival
La ville de Lianzhou accueille jusqu’au
9 janvier la 14e édition de son festival
photographique, l’une des plus
importantes manifestations de ce type
en Chine. 25 expositions sont regroupées
sous le thème “Le Vent du Temps”, avec
une sélection éclectique d’artistes locaux
et internationaux. On y retrouvera par
exemple la série Food de Henk Wildschut
sur la production agro-alimentaire de
masse, dont nous avons publié un
portfolio dans notre numéro 278.
APPLI
Le prix “Swiss Life à 4 mains” récompense
chaque année un duo photographemusicien réuni pour un projet commun.
Digital After Love est celui des lauréats de
cette année : Ruppert Pupkin au son et Oan
Kim à l’image. C’est aussi un livre-CD édité
par les éditions Actes Sud. Format 13 x 18
cm, 66 pages, 25 €. Sortie en janvier 2019.
Une application pour simplifier vos
repérages. Voilà ce que promet
Spotograph, une plateforme fonctionnant
sur smartphone qui permet d’enregistrer
les spots que l’on repère en balade ou lors
de recherches de points de prises de vue.
Basée sur la géolocalisation, cette
application dédiée aux photographes
et aux vidéastes enregistre votre position
et vous donne accès à l’éphéméride et
à toutes les données nécessaires pour
organiser votre shooting. Le photographe
peut ensuite classer ses spots et y glisser
ses première impressions pour se rappeler
exactement de son idée. La plateforme
se veut aussi réseau social en proposant
de partager avec la communauté de ses
utilisateurs les bons coins de prises de vue.
Projet d’un jeune photographe lyonnais,
Spotograph se lance grâce au financement
participatif via la plateforme Ulule.
www.spotograph.com
© RAPHAËL BLASSELLE/ DIAPÉRO
Un court-métrage
SONORE
sous le prisme du Blad DIAPO
Des images, du son,
BACK TO
PHOTOGRAPHY
FUJIFILM GFX50R, LE MOYEN FORMAT EN TOUTE LIBERTÉ
Photo - Eric Bouvet X-Photographer - GFX50R GF63mm F2.8 R WR
MONTURE FUJIFILM G
CAPTEUR 43,8 X 32,9MM DE 51,4 MP
VISEUR ÉLECTRONIQUE AU STYLE TÉLÉMÉTRIQUE
BOÎTIER COMPACT ET LÉGER (775G)
COMPATIBILITÉ CAPTURE ONE
*Retour aux bases de la Photographie
*
L’essentiel POINT
DE VUE
Comment décoloniser
les regards ?
La chronique de Michaël Duperrin
18 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
La photographie
ne pourra
“réparer le
trauma colonial”.
Mais elle peut
dépasser la
fascination de la
toute-puissance
perdue, comme
de la belle image.
jeunes photographes, nés à Lille et Niamey, ont collaboré pour créer une “archéologie entre-mondes”.
L’installation est d’une puissance poétique et
politique rare, sans que l’une ne prenne le pas sur
l’autre. Elle ne dit pas quoi penser, mais confronte à
la violence du monde, à la dissymétrie des rapports
nord-sud, aux enjeux écologiques, politiques, économiques et humains mondialisés. L’accrochage en
constellation tisse des relations ouvertes entre les
images. Ici, au bord du fleuve Niger, une parcelle
de terre brûlée évoque aussi bien la politique du
même nom, qu’une pratique agricole ou la pollution.
À côté, 4 portraits de présidents maliens, derrière des vitres brisées, se succèdent au propre
comme au figuré, car chacun a été renversé par
le suivant. Plus loin un crâne humain, comme une
vanité, jouxte un charnier animal et la torche d’une
usine dont la forme rappelle le crâne. Les photos
résonnent entre elles, par la forme ou par association d’idées. Le sens n’est pas donné ; à chacun de
l’inventer. La rencontre entre et avec les photos
suscite des images mentales, questionne, invite à
penser les interactions et la complexité.
La photographie ne pourra “réparer le trauma colonial”. Mais elle peut dépasser la fascination de la
toute-puissance perdue, comme de la belle image.
Elle peut contribuer à établir des relations non hiérarchiques, qui laissent la place à l’autre, aux blessures, à la sensibilité et à la complexité. C’est loin
d’être tout, mais ce n’est pas rien.
PHOTO : GRÉGORY COPITET
L
a question coloniale ne cesse de revenir
dans les débats. Ce passé ne passe pas,
reste intraitable. La photographie, art des
traces, n’y échappe pas. Thomas Jorion
s’est intéressé aux restes architecturaux
de l’empire colonial français. “Vestiges
d’Empire” établit un inventaire de bâtisses
pour la plupart en ruines. Est-ce par incurie que les
anciennes colonies les laissent à l’abandon ? Un héritage encombrant empêcherait-il de les raser ou les
réhabiliter ? Le travail lui-même pose question : ces
images à la chambre, tirées en grand format, frontales, monumentales, paraissent magnifier la puissance et la splendeur passées. Malgré les déclarations de l’auteur, les photos semblent véhiculer une
fascination nostalgique pour les ruines de l’empire.
Il est notable que l’on y voit peu les ex-colonisés et
comment ils se sont approprié certains lieux.
La psychanalyste Karima Lazali relève que l’un
des effets de la colonisation sur les esprits est que
“ce qui a disparu fleurit au détriment de tout ce
qui va naître”. Lorsqu’on évoque le fait colonial, il
est difficile d’échapper aux affects plus ou moins
conscients de déni, culpabilité, plainte, fascination,
ou ressenti de supériorité/infériorité. Les vestiges
les plus vivaces de l’empire sont dans nos esprits.
Ex-colonisés ou ex-colonisateurs, nous restons pris
dans le colonial. Celui-ci influence à notre insu nos
manières de voir et penser. Le travail de Jorion est
symptomatique de cette difficulté. Le photographe
semble en avoir confusément conscience : il dit
avoir compris qu’il ne pouvait pas pour ce sujet
juste faire de belles photos, qu’à la fin du projet il a
intégré des gens dans le cadre, ou qu’il découvrait
parfois avec surprise ce qu’étaient devenus les lieux.
Ainsi la photo d’un abattoir reconverti en étable, ou
celle d’un arbre qui sort d’une cellule de bagne, suggèrent qu’il y a bien une vie après la colonie... Alors
que je me demandais ce que serait un regard “décolonial”, échappant aux clichés et à la domination,
j’ai trouvé à Paris Photo deux ébauches de réponses.
D’abord au stand de VU’, avec les photos de Vanessa
Winship. Consciente d’être une citoyenne britannique, elle photographie les délaissés des petites
villes américaines (l’ancienne colonie) avec empathie et sans condescendance. Ses portraits nous
mettent face à des semblables, différents dans leur
ressemblance, proches dans leur altérité. C’est tout
ce que le regard colonial occulte. Puis j’ai découvert
l’œuvre de François-Xavier Gbré et Yo-Yo Gonthier
présentée par la Galerie Cécile Fakhoury. Ces deux
Détail de l’installation La Cour, de François-Xavier Gbré et Yo-yo Gonthier.
L’essentiel POINT
DE VUE
Le syndrome de Kaa
La chronique de Philippe Durand
“Y
ou have to trust the Pixel.”
Il faut faire confiance au
Pixel. C’est la phrase fétiche
d’Alexander Schiffhauer,
chef de produit photo du
nouveau smartphone de
Google. L’ambition est que
le Pixel fasse aussi bien qu’un bon compact, et
même mieux, comme par exemple en photographie de nuit. Sans intervention du photographe
autre que d’appuyer sur le déclencheur. Le Pixel
s’occupe de tout, faites-lui confiance. Il commence
même à photographier dès l’ouverture de l’appareil,
il engrange les vues, pour ne garder que la douzaine
qui précède le clic décisif. Puis il les assemble, les
malaxe, les compile, les fusionne, les compare à
des données issues de millions de photographies.
Et l’image apparaît. Google appelle cela la photographie computationnelle. L’expression n’est pas très
jolie, mais le résultat est concluant.
Jusqu’à présent, une photographie était le résultat
de la lumière passant par une lentille, ou juste un
trou, fixée en une fraction de seconde sur une surface sensible, film ou capteur. Avec le Pixel, c’est
plus compliqué. La combinaison du calcul et de
l’intelligence artificielle est l’avenir de la photographie. Vous pouvez faire confiance à Google.
Quand j’entends “faire confiance”, je pense immédiatement à Kaa, le python hypnotiseur du Livre de
la jungle. Il est confortable de lâcher prise, et Mowgli
s’y fait prendre avant de réagir, se souvenant de la
leçon “ne fais confiance à personne”. Pourtant, on
a pris l’habitude de faire confiance aux machines
photographiques, à leurs automatismes qui nous
facilitent la vie.
Le contrôle des paramètres de base de la photographie (ouverture, durée d’exposition, nature de
la surface sensible) s’évanouit avec cette photographie calculée. Inutile de consulter les données EXIF,
elles ne correspondent qu’à une seule des images
fusionnées, donc ne veulent pas dire grand chose.
Si vous voulez un RAW, pas de problème, Pixel vous
le fournit, mais c’est un RAW calculé pour faciliter la
post-production, pas un vrai RAW brut de capteur,
simplement parce que celui-ci n’existe pas.
L’esthétique de l’image produite est décidée par
le Pixel, penchant du côté contrasté, net, saturé,
un choix qui cherche à être consensuel, le goût
moyen du public allant vers des photos plutôt claquantes. Pourtant les préférences esthétiques va-
20 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
“Aie confiance
Crois en moi
Que je puisse
Veiller sur toi
(…)
Souris et sois
complice
Laisse tes sens
glisser vers ces
délices tentatrices”
rient d’une personne à l’autre, sans parler des biais
géographiques (les occidentaux aiment les rendus
chauds, les asiatiques froids), d’âge ou de sexe. Il
est paradoxal que ces constructions si élaborées,
qui se targuent de construire leur intelligence sur
l’apprentissage machine, ne puissent pas s’adapter
à mes attentes esthétiques personnelles.
Il est facile de se laisser hypnotiser par le Pixel, qui
se révèle un appareil de poche redoutablement
efficace, à l’instar de cette nouvelle génération de
smartphones. Il arrive même à photographier dans
une obscurité quasi totale. Si l’assemblage d’images
est aussi ancien que la photographie, si le HDR est
une technique courante en numérique, on va bien
au-delà avec le Pixel. Les coulisses techniques de
cette “computation” de pixels sont fascinantes.
Nul doute que la photographie calculée marque un
point de rupture dans l’histoire de la photographie.
Mais j’ai la naïveté de croire que la photographie,
même avec un smartphone, est une expression
personnelle, artistique, qui s’accommode mal du
syndrome de Kaa. La confiance n’exclut pas le
contrôle, comme aiment à dire les comptables.
Photo prise avec le Google Pixel depuis une voiture en mouvement. Les EXIF indiquent une
vitesse de 1/25 s, mais cela ne veut rien dire. Les 4 piétons du signal lumineux montrent bien
que nous avons affaire à un assemblage de plusieurs photo, sinon nous aurions une seule
silhouette dans un effet de filé. Une photo que je trouve assez réussie, avec en prime la satisfaction d’avoir joué avec l’intelligence du Pixel, comme quand on bat l’ordinateur aux échecs.
NOUVEAU
LE GUIDE PHOTO
196
pages de
conseils
de pro
EN VENTE ACTUELLEMENT CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX
Réponses INSPIRATION
Photo prise au Canon
EOS-1D X Mark II+14 mm,
1/320 s à f:4, 1600 ISO
© Franck Seguin/Bureau 233
22 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
EXPLORER
L’OBSCURITÉ
Quand la photographie
s’affranchit de la lumière
Si photographier, c’est écrire avec la lumière, certains photographes
prennent un malin plaisir à faire mentir l’adage. En opérant de nuit ou
dans des lieux où la lumière pénètre à peine, ils jouent avec les limites
toujours plus lointaines de la sensibilité des appareils photo, et avec
celles de notre perception. Car s’il est devenu facile de simuler le jour
en pleine nuit grâce aux récents progrès des boîtiers en basse lumière
(et même bien avant cela avec un simple trépied), l’enjeu artistique est
bel et bien de retranscrire une ambiance nocturne en dosant avec
talent la luminosité de l’image. Photo sportive ou animalière, paysage
urbain, voyage, reportage, les photographies présentées dans ce
dossier ont pour seul point commun l’obscurité.
Dossier réalisé par Julien Bolle et Renaud Marot.
AU SOMMAIRE DE CE DOSSIER
24 Plongée dans
l’inframonde
Franck Seguin
26 Les lumières
de la ville
Lucan Coutts
28 Visions de nuit
au smartphone
Noe Alonzo
30 Entre chien
et loup
Julien Fumard
32 L’actualité
la plus sombre
William Daniels
34 La nuit tombe
sur Gaza
Chloé Sharrock
36 La nuit des
météores…
Christophe Jacrot
38 Comment
les appareils sont
devenus nyctalopes
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 23
Canon EOS-1D X Mark II + 14 mm, 1/320 s à f:2,8, 3200 ISO
Plongée dans l’inframonde
Franck
Seguin
Photographe de sport multiprimé, Franck Seguin travaille sur un projet de longue
haleine à travers les océans du globe avec Guillaume Néry, champion du monde
d’apnée. On plonge ici dans les cénotes mexicains. Des images à couper le souffle...
A
près six voyages les ayant entraînés
du Japon à la Finlande en passant par
l’île Maurice ou Tahiti, Franck Seguin
et Guillaume Néry présentent cet
hommage exceptionnel aux océans dans
le livre “A plein souffle” à paraître en janvier aux éditions Glénat. Les images seront
aussi exposées au salon de la plongée qui se
tient à Paris du 11 au 14 janvier. Un exploit
humain mais aussi technique et artistique,
comme le montrent ces images réalisées
au Mexique, quasiment dans l’obscurité.
“Les cénotes, nous explique Franck, sont
des gouffres d’eau douce communiquant
avec l’océan par des failles. Une ambiance
incroyable se dégage de ces lieux étranges,
que les Mayas considéraient comme des
puits sacrés menant vers l’inframonde. Si
24 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
j’ai travaillé en lumière ambiante sur ce projet, c’est pour une raison simple : le poids.
Deux flashs sous-marins à bras articulés,
c’est lourd et encombrant. Je savais que
les conditions de voyage et de prise de vue
seraient spartiates et qu’il allait falloir être
très réactif et souple pour cadrer Guillaume
au milieu des cachalots de l’Île Maurice,
dans le courant extrême d’une Atlantide
japonaise, ou comme ici par 30 mètres de
fond dans un cénote au milieu de la jungle,
avec très peu de lumière du jour... Pour Guillaume, tout se joue à chaque fois sur une
inspiration d’1 mn 30 à 2 mn, afin de ne pas
prendre trop de risques physiques. En effet
la répétition des apnées peut entraîner très
rapidement un malaise pouvant être fatal ou
une noyade. Or nous sommes toujours loin
de tout, avec peu de marge de sécurité. Rapidité et précision étaient donc essentielles.
Mais je savais que la qualité des fichiers et
la rapidité de l’autofocus me permettraient
de travailler en basse lumière sans être dans
l’angoisse permanente”.
Le plus qualitatif possible
Ambassadeur Canon, Franck était équipé
pour l’occasion des EOS 1DX Mark II et
5D Mark IV, les mêmes boîtiers que ceux
qu’il utilise au quotidien pour son travail de
photographe à l’Équipe. “Ils ont les qualités
et la résistance nécessaires pour ce type
d’expédition. Le 1DX Mark II est du genre
indestructible. J’ai toujours deux boîtiers
avec moi, ainsi qu’un large panel d’objectifs : le 14 mm f:2,8, utilisé pour ces images,
PHOTOS© FRANCK SEGUIN / BUREAU233
mais aussi le 24 mm f:1,4, le 50 mm f:1,2,
le 16-35 mm f:2,8, le 24-70 mm f:2,8, ainsi
que le 135 mm f:2. Je prends aussi toujours
avec moi un hybride EOS M5. En termes
de réglages, pour les images de ce projet, je
pousse la sensibilité jusqu’à 3000 ou 4000
ISO, jamais plus. Techniquement, je pourrais le faire, mais je préfère toujours descendre en vitesse, car autrement le bruit
monte dans les zones d’ombres. Dans le
cas des travaux destinés aux magazines,
je m’applique à être le plus qualitatif possible. En revanche, quand il s’agit de reportages pour l’Équipe dans des stades ou
dans des endroits éclairés à la bougie, je
monte jusqu’à 12800, voire 17000 ISO car
je suis alors dans une configuration d’actu,
avec obligation de rapporter des photos.
Dans tous les cas, il faut trouver la meilleure combinaison ouverture/vitesse pour
éviter de trop monter en sensibilité. Cela
dépend des conditions. Sous l’eau comme
ici, il n’est pas nécessaire de travailler à très
haute vitesse, car les gestes sont relativement lents et fluides. Je cherche alors à des
vitesses comprises entre 1/125 et 1/800
de seconde avec des ouverture de f:2,8 à
f:5,6. Je travaille fréquemment en priorité
Canon EOS-1D X Mark II + 14 mm, 1/400 s à f:4, 1600 ISO
à l’ouverture, en faisant les réglages nécessaires pour obtenir la bonne exposition.
J’attache beaucoup d’importance au cadre
de l’image et de ce qui se passe dedans, et
sous l’eau tout est toujours plus compliqué :
les gestes, les réglages, la gestion de la plongée… En travaillant en semi-automatique,
je m’assure une certaine sécurité en cas de
difficulté liée à la plongée en apnée dans
ces lieux extrêmes.”
Retouche professionnelle
Le développement des Raw est pour Franck
une étape importante, notamment quand
les images ont été prises en très basse lumière comme ici. “Le travail en Raw, c’est
une sécurité supplémentaire, un gage de
qualité mais aussi la possibilité d’obtenir
des fichiers en très haute définition, ce qui
n’est pas négligeable pour la réalisation
d’un livre ou d’une exposition. J’ai confié la
retouche de mes photos sous-marines à une
retoucheuse pro, Anne Maurin, avec des
consignes très précises de chromie. Quant
à moi, je me suis chargé des photos “terrestres”. Je ne suis pas mauvais en retouche
mais il y a un monde entre ce que je fais et
ce qu’obtient Anne sur une même photo !”
En pratique
Exposition semi-automatique
Les pros ne restent pas toujours en mode
manuel. Pour être sûr de ramener une image
bien exposée dans ces conditions délicates,
Franck Seguin a parfois utilisé la priorité
ouverture, l’appareil adaptant la vitesse.
Correction d’exposition
Opérer en priorité ouverture n’empêche pas
de contrôler l’exposition. Une mesure auto
donnerait ici une image trop claire, l’appareil
compensant l’obscurité globale. Pour un
rendu réaliste sur de tels clairs-obscurs, il faut
soit réaliser une mesure des hautes lumières,
soit jouer sur la correction d’exposition.
Compromis sensibilité/vitesse
Une fois l’ouverture et l’exposition globales
déterminées, il ne reste qu’à trouver le bon
couple vitesse/sensibilité. Il faut déterminer la
vitesse limite avant le flou de bougé, ici assez
basse du fait de l’amortissement de l’eau.
Cela a évité de trop monter en sensibilité.
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 25
Réponses INSPIRATION
Les lumières de la ville
Lucan
Coutts
Chasseur d’ambiances lumineuses, le très jeune photographe canadien Lucan Coutts
arpente les villes à la recherche de couleurs inédites. Il commente ces deux images
prises à Hong Kong, l’une capturée à main levée, l’autre à l’aide d’un trépied.
L
a vingtaine à peine, Lucan Coutts a
commencé la photo nocturne il y a
seulement deux ans. Son compte Instagram comptabilise pourtant déjà
près de 45 000 “followers”. Il faut dire que
la plupart des images sont sidérantes de
beauté, avec leurs lumières irréelles. “Je
photographie depuis 4 ans, nous explique
Lucan, mais c’est seulement quand j’ai
découvert la photo nocturne que le déclic
s’est produit. Pendant la journée, je n’arrive
à rien en termes de couleurs. J’ai découvert qu’à la nuit tombée, je pouvais créer
les palettes les plus diverses que je puisse
imaginer, notamment en milieu urbain”.
Des ambiances surréalistes que l’usage
d’un flash viendrait dénaturer. “J’utilise
parfois le flash pour éclairer des textures
comme la neige ou la pluie qui tombe, mais
la plupart du temps, je travaille en lumière
ambiante. C’est comme ça que j’ai appris,
je ne connais pas grand chose sur la façon
d’éclairer une scène ! De toute façon, je
suis attiré par les atmosphères sombres, et
j’aime montrer des silhouettes perdues dans
l’immensité de la ville. Là où d’autres photographes choisissent le flash pour éclaircir les
ombres de leur sujet, je préfère toujours les
silhouettes. Les silhouettes sont moins définitives. Vous ne savez pas qui vous regardez,
pourquoi ces personnes sont là, ce qu’elles
ressentent. Tout cela reste ouvert à votre
propre interprétation.”
quand la composition et les détails sont primordiaux. Autrement, c’est toujours à main
levée. C’est là que les appareils récents font
la différence. En pose longue sur trépied à
100 ISO, cela n’a aucune importance, j’avais
déjà de bons résultats avec mon reflex à
capteur APS-C. Mais à main levée, c’était
décourageant. J’ai donc opté pour un Canon EOS 6D à grand capteur 24x36, muni
d’un objectif 24-105 mm f:4 L IS et parfois
d’un Rokinon 14 mm f:2,8. La mise au point
reste parfois compliquée car l’autofocus du
24-105 mm n’est pas très rapide, et mon
Rokinon est à mise au point manuelle...
Mais le principal défi pour moi, c’est l’exposition. Le 24-105 n’ouvre qu’à f:4, je dois
donc compenser avec la vitesse et la sensibilité. Normalement, je suis à 1600 ISO,
voire 3200 ISO, mais je ne dépasse jamais
6400 ISO. À f:4/1600 ISO, la vitesse d’obturation correcte est d’environ 1/30s, ce qui
est très juste. Si le flou de bougé risque de
poser problème, j’essaie de monter à 3200
ISO au 1/60s. Mais l’image devient alors
très bruitée, et sera bien plus difficile à
corriger...” Afin d’obtenir des détails aussi
précis, Lucan est passé maître dans l’art
En pratique
Silhouettes
Les images sombres et sans flash de Lucan
laissent les personnages à l’état de silhouette,
là où les automatismes chercheraient à les
rendre lisibles, au détriment de l’ambiance.
Bokeh de couleurs
L’image des deux parapluies a été réalisée
à Hong Kong lors d’une averse torrentielle,
à main levée. “Mon objectif était trempé et
les éclairages ont crée ce superbe bokeh
coloré, raconte Lucan. Je me suis donc
tenu patiemment au coin d’une rue, attendant que le bon moment arrive”. L’image
de la page de droite est un autoportrait
pris depuis Braemar Hill, le point de vue
préféré de Lucan sur Hong Kong. “C’était
génial de trouver cette cachette dans cette
ville incroyablement dense. J’ai opéré sur
trépied avec bracketing et montage HDR
afin de sauvegarder tous les détails dans les
hautes lumières et les ombres. Je n’utilise
le trépied que pour les paysages urbains,
26 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
de la réduction du bruit lors du post-traitement. “Après des années de pratique, j’ai
développé mes propres techniques pour
optimiser les détails de mes images. Le
post-traitement est un facteur extrêmement important pour moi, je serais définitivement perdu sans cet outil. Une prise
de vue Raw permet de supprimer efficacement le bruit de luminance et de chrominance dans l’image finale, même si cela ne
se voit pas toujours lorsque vous réduisez la
taille d’une photo de 4000 à 600 pixels pour
la poster sur Instagram. Mais les détails
restent ma priorité, il est donc crucial que
je conserve toutes les informations dans
mes fichiers. J’utilise surtout Photoshop,
car cela me permet d’être très précis dans
mes modifications. J’aime notamment travailler les contrastes locaux en utilisant des
masques sur les courbes de tons. Je travaille
aussi le rendu des couleurs. Je ne cherche
jamais vraiment à donner un aspect naturel à mes photos. Je considère mon fichier
brut comme la la toile sur laquelle je peins.
Ce que je recherche, c’est raconter des histoires et introduire l’émotion à travers la
couleur.” Mission accomplie, Lucan !
Flare et bokeh
Avec ses points lumineux diffusés par les
gouttes d’eau sur l’objectif (flare) et accentués
pas sa grande ouverture (bokeh), l’image de
gauche met les défauts optiques au service
de l’abstraction la plus créative.
Canon EOS 6D + 24-105 mm, 1/60 s à f:4, 3200 ISO
Post traitement
Grâce au potentiel de traitement des fichiers
Raw, Lucan obtient des images très détaillées
même en haute sensibilité. Mais il ne dépasse
jamais les 6400 ISO pour éviter tout bruit.
Canon EOS 6D+14 mm, 30 s à f:8, 100 ISO
Réponses INSPIRATION
Noe Alonzo
Visions de nuit
au smartphone
Réalisées souvent à Séoul où il réside, les images aux ambiances
cinématographiques de Noe Alonzo sont suivies sur Instagram
(@noealzii) par 12 000 followers. Reflex, hybride, smartphone,
pour lui, le matériel importe peu, seule l’inspiration compte...
D
es enseignes lumineuses reflétées par
les flaques d’eau, quelques silhouettes
furtives, une ambiance rétrofuturiste,
les images de Noe rappellent furieusement le film culte Blade Runner. Une influence assumée par le jeune photographe
coréen : “Je suis photographe depuis 2012,
mais je n’ai commencé que l’année dernière à prendre ce type d’images de nuit,
quand j’ai découvert le genre “neon-noir”,
ce mélange de film noir et de science-fiction. Je recherche il est vrai les ambiances
qui évoquent le film Blade Runner. Je les
trouve dans les endroits sombres, typiquement des ruelles faiblement éclairées avec
des enseignes lumineuses à proximité. Sous
la pluie, l’ambiance est presque garantie !
Pour moi, le sujet c’est l’environnement, pas
l’humain. Tant mieux s’il y a une personne
ou un couple dans le cadre, mais pas plus.”
Si Noe opère sans flash, c’est avant tout
pour rester discret. “Avec un flash vous vous
faites immédiatement repérer. Moi j’aime
prendre mes images en restant invisible”.
Le photographe, pas l’appareil
Même sans flash en faible éclairage ambiant, le manque de lumière ne semble pas
être un souci pour Noe. “Franchement, je ne
pense pas que les images nocturnes posent
de véritables problèmes techniques. A mon
avis, tout appareil photo postérieur à 2012
fait l’affaire. J’utilise même souvent mon
smartphone, car il fait beaucoup moins réagir les gens qu’un reflex ou qu’un hybride
quand je les photographie. J’ai toujours sur
moi mon iPhone 7 Plus, et je prends aujourd’hui la moitié de mes photos avec. Le
principal défi pour moi, c’est l’inspiration,
pas la technique. Le photographe est plus
important que l’appareil. De nos jours, les
améliorations apportées à chaque nouveau
modèle sont très minimes, elles s’adressent
seulement aux professionnels. Des mégapixels en plus, une plage dynamique éle-
28 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
vée, une sensibilité ISO extrême, tant
mieux, mais ça ne m’apporte rien. Je vais
rarement au delà de 3 200 ISO, pourquoi
aurais-je besoin de 54 000 ISO ou plus ? Je
travaille avec des objectifs manuels, alors
que faire d’un autofocus ultra performant ?
Pour un panneau d’affichage, 2 MP suffisent, alors quel intérêt d’avoir 50 MP pour
mes tirages ? Mon boîtier principal est un
reflex Canon datant de 2010.”
Thorium ef format Raw
Si Noe se montre sceptique sur les progrès
techniques, cela ne l’a pas empêché de s’offrir un nouveau boîtier... à l’ancienne. “J’ai
récemment acheté le Fuji X-Pro 2, principalement parce qu’il est petit, noir et joli,
et que le déclencheur est agréable lorsque
vous appuyez dessus. Et mon objectif préféré, c’est le Super Takumar 50 mm 1,4.
Un très vieux caillou, mais avec un nom
qui sonne sonne cool. Super Takumar ! Il
y a même du thorium intégré à la lentille
arrière, ça le rend exceptionnel à mes yeux.
Les gens pensent souvent que je travaille à
f:1,4, mais j’aime bien me mettre à f:4. Cela
donne plus de profondeur de champ, ce qui
simplifie la mise au point manuelle tout en
laissant entrer suffisamment de lumière.
Avec le Fuji, je travaille en priorité ouverture
avec l’ISO auto, ce qui donne souvent des
vitesses de l’ordre de 1/15 ou 1/30 s. Avec
l’iPhone, je suis en tout automatique, et je
n’ai aucune idée des réglages”. Noe n’utilise presque jamais de trépied, seulement
quand il prend des paysages ou des vues
time-lapse : “J’aime pouvoir me déplacer
librement et déclencher avant même que
les gens ne me remarquent. On me demande souvent comment j’arrive à éviter
les bougés à main levée. C’est une question
d’habitude. Avec l’expérience, j’ai appris à
rester bien stable”. Noe travaille toujours en
Raw, même sur l’iPhone grâce à une app
qui lui permet de les sauvegarder : “Pour
iPhone 7plus, 1/30 s à f:1,8, 50 ISO
le développement, j’utilise principalement
Lightroom, en versions Classic ou Mobile.
J’ai aussi essayé Snapseed et Luminar, mais
ces logiciels font tous à peu près la même
chose, donc peu importe celui que vous utilisez. Le format Raw me permet d’obtenir
un maximum d’informations du capteur.
Lorsque je photographie des paysages, je
cherche un rendu assez naturel, mais pour
mes images de rue, je n’hésite pas à réhausser les couleurs ou les contrastes, comme
si c’était un film ou une peinture. J’assume
totalement cette dimension fictionnelle”.
En pratique
L’image avant tout
Noe a raison, l’inspiration doit primer sur la
technique. Et s’il exagère un peu quand il dit
que tous les modèles se valent, il est vrai qu’un
appareil discret et toujours disponible offre plus
d’opportunités qu’un matériel plus performant
mais plus contraignant. C’était l’argument initial
de Leica, c’est aujourd’hui celui des smartphones.
Jeux de lumière
Une ruelle éclairée d’une faible lumière bleutée
mettant en relief un amas de câbles électriques,
et dans sa perspective une grappe de lampes
jaunes et d’enseignes blanches se reflétant sur
l’asphalte mouillé. C’est sur cette opposition de
couleurs que repose la composition de Noe,
rehaussée par la présence du personnage.
Il y a ouverture... et ouverture
Même ouvert au maximum (f:1,8), le diaphragme
de l’iPhone donne ici une grande profondeur de
champ. C’est l’avantage (ou l’inconvénient selon
les cas) des petits capteurs. Sur son Fuji X-Pro 2
à capteur APS-C, la plus grande ouverture de
l’objectif n’offre pas une profondeur suffisante
et Noe doit fermer son diaphragme à f:4.
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 29
Réponses INSPIRATION
Entre chien et loup
Julien
Fumard
Photographe passionné par la montagne et par les modes de vie traditionnels,
Julien Fumard travaille souvent de nuit dans des environnements difficiles. Le tout
sans flash ni trépied, comme sur cette image étonnante qu’il commente pour nous.
S
ur une drôle de ligne d’horizon ondulée, une silhouette émettant un point
lumineux. Au premier plan, à peine
perceptible, on devine un chien dont
les yeux reflètent une autre source de
lumière. Une scène bien étrange, presque
fantastique et pourtant bien réelle, comme
aime les capter Julien Fumard lors de ses
voyages en montagne.“Nous étions mon
guide et moi sur un col complètement enneigé du Népal, à plus de 4000 m d’altitude.
Notre destination initiale était le camp de
base du Makalu, mais la quantité de neige
et le risque élevé d’avalanches qui en découlait nous avaient poussés à rebrousser
chemin. Je venais de passer une nuit sans
sommeil – les avalanches font partie de mes
plus grandes peurs. Il était entre 3 et 4 h du
matin. Nous étions partis tôt, le risque étant
moindre lorsque la neige est encore dure.
Fatigué, pas à l’aise du tout sur la descente
(pas de crampons, passages gelés et parfois
raides, nuit presque totale), je ne pouvais
pas vraiment m’attarder. J’ai donc eu très
peu d’occasions de prendre des photos.”
Rester proche du moment vécu
Celle-ci pourtant fut la bonne, un bel exploit
aussi bien pour le photographe que pour
l’appareil, quand on sait dans quelles conditions elle a été prise. “Sur les images en très
basse lumière, les difficultés techniques
proviennent en général du flou provoqué
par le mouvement du sujet auquels ni la stabilisation ni le trépied ne peuvent remédier,
et d’une mise au point parfois aléatoire. Ici
grâce à nos lampes frontales (la mienne et
celle de mon sujet), j’ai pu trouver un point
d’accroche facile pour l’autofocus. J’utilise
très rarement un trépied, je déteste les trépieds ! Je travaille presque toujours à main
levée en lumière ambiante, car j’aime partir
le plus léger possible. Lorsqu’il fait très froid,
je n’ai pas non plus la patience nécessaire
pour peaufiner cadrage et mise au point sur
un trépied. J’évite aussi le flash car on perd
le naturel de la situation, et ça donne une
lumière très moche. J’utilise aujourd’hui les
Olympus O-MD EM5 MkII et E-M1. J’en
avais assez de mon gros Canon 5D MkII.
30 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
Je ne suis pas très costaud, pas très sportif,
mais j’adore la montagne. Question poids et
taille, on ne fait pas mieux que ces hybrides !
Je voulais avoir deux boîtiers sous la main,
car pour un voyage de neuf mois dans des
coins reculés, il vaut mieux un appareil de
secours ou cas où. Grâce à leur petite taille,
je me suis peu à peu habitué à travailler
avec deux boîtiers, même si ce n’est pas
toujours très confortable dans les situations délicates de haute montagne. La
deuxième raison de ce choix, toute aussi
importante, c’est la stabilisation, très efficace. Une image comme celle-ci, je n’aurais
pas pu la réaliser avec un appareil plus ancien, ou alors avec beaucoup de patience
et bien plus de ratés. Sans stabilisateur et
hauts ISO, impossible ! Le jour où je pourrai
me passer totalement de trépied, je serai
le plus heureux des photographes... On y
est presque avec ce genre de boîtiers, si on
est prêt à sacrifier quelques mégapixels et
à accepter du grain. Je travaille en général
à 1600 ISO, voire parfois à 3200 ISO. Au
delà ça devient un peu trop brouillon… et
pourtant j’aime bien le grain ! Je suis dans
90% des cas en priorité à ouverture, avec
ISO automatiques. Souvent à la plus grande
ouverture pour les photos en faible lumière
(soit f:2,8, soit f:1,8 suivant l’objectif). Pour
les scènes de vie où il y a assez de lumière,
je travaille à f:4, et pour les paysages de jour,
à f:8. Il faut avoir à l’esprit que du fait de
la petite taille du capteur 4/3, on gagne en
profondeur de champ. En revanche, le viseur électronique n’est pas vraiment l’idéal
pour ce genre de photos car en conditions
de très faible lumière je trouve qu’il offre un
aperçu plus sombre que la réalité, et qu’il
a tendance à éblouir en même temps. Je
ne traite généralement pas beaucoup mes
images. J’aime utiliser les limitations de
mon capteur comme stimulant créatif. Ici,
j’ai voulu rester le plus proche possible du
moment vécu. Il faisait quasi nuit et je voulais garder cette ambiance froide et sombre,
pour transmettre un peu du ressenti du moment. Les silhouettes rassurantes de mon
guide et du chien qui nous suivait, dans un
environnement sombre, froid, dangereux...”
Olympus E-M1,
1/13 s à f:2,8, 1600 ISO
En pratique
Mise au point noctambule
La mise au point AF est très délicate en lumière
faible. Un point lumineux comme ici la frontale
du modèle peut servir de repère pour l’appareil.
Sinon il faudra basculer en mode manuel...
Attention à la visée électronique
Les EVF et écrans “voient” dans l’obscurité, là où
un viseur optique est inutilisable. Mais le rendu
peut être trompeur (trop clair ou trop sombre) et
l’histogramme reste le seul outil fiable.
Trépied numérique
De plus en plus performants, les stabilisateurs
sont de vrais trépieds numériques, capables de
donner une image nette en pose lente, mais à
condition que le sujet ne bouge pas non plus !
Réponses INSPIRATION
Leica M10, 1/45 s
à f:1,4, 6400 ISO
L’actualité la plus sombre
William
Daniels
Photojournaliste récompensé par de nombreux prix, William Daniels documente
l’actualité sociale et humanitaire à travers le monde. Il rèvèle ici la génèse de cette
superbe image réalisée durant l’exode des Rohingya de la Birmanie au Bangladesh.
U
ne femme au visage accablé, tenant
un enfant endormi. On devine une
embarcation, d’autres passagers, et
c’est à peu près tout. L’ambiance est
oppressante, les regards apeurés. Si une
bonne image d’actualité doit transmettre
une émotion et interroger avant même d’informer, celle-ci remplit pleinement son rôle.
William Daniels raconte : “J’ai effectué trois
séjours dans le sud du Bangladesh en 2017
afin de couvrir l’exode des Rohingya pour
32 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
National Geographic et Time magazine.
Cette photo a été réalisée lors de mon dernière séjour, pour le site Internet de National
Geographic. Des réfugiés arrivaient de nuit
par bateau en traversant l’embouchure de la
rivière Naf qui sépare l’état de Rakhine, en
Birmanie, du Bangladesh. La plage est en
dehors du village, il n’y a pas d’électricité, la
nuit est complètement noire et silencieuse.
Les réfugiés apparaissaient au dernier
moment éclairés par des petites lampes
torches. La plupart semblent choqués par
les violences qu’ils viennent de vivre. Beaucoup ont vu des membres de leur famille
tués, leurs maisons brûlées, de nombreux
viols et actes de tortures ont été commis...
Et après plusieurs jours voire semaines
passés à se cacher ou à marcher en forêt,
souvent sous des trombes d’eau, ils arrivent
dans un nouveau pays, sans rien avec eux,
pour tenter de commencer une nouvelle vie.
Il est important de comprendre l’intensité
psychologique de leur traumatisme.” Face à
cette détresse, William Daniels opère avec
respect et discrétion. “J’aime travailler avec
les lumières ambiantes. Je ne photographie
quasiment jamais au flash. Les conditions
de lumières difficiles peuvent être des
contraintes intéressantes d’un point de vue
créatif. Dans une ambiance comme celle-ci,
le plus gros problème, c’est de faire le point.
Je travaillais en alternance avec deux boîtiers, un Canon 5D MkIII et un Leica M10.
Le Canon pour sa robustesse, son autofocus
et ses optiques et le Leica pour sa légèreté,
sa visée télémétrique et également pour
la qualité de ses optiques. L’autofocus du
Canon n’accrochait pas tout le temps, ou
alors avec un léger retard, et la mise au point
télémétrique manuelle du Leica est hasardeuse dans ces conditions. Cette photo, qui
a été réalisée au Leica, n’est pas parfaitement nette. J’ai déclenché trois fois, et c’est
finalement la plus sombre et la moins nette
que j’ai gardée, car c’est à mon sens la plus
forte. Mais c’est aussi la moins facilement
publiable, d’ailleurs National Geographic
ne l’a pas retenue ! Pourtant, avec le temps,
c’est l’une des rares photos que je garde
de ces trois séjours, peut être parce qu’elle
est moins évidente, moins descriptive. Une
telle image, je n’aurais pas pu la faire avec
un boîtier d’ancienne génération. Il y aurait
tellement de bruit à 6400 ISO qu’elle aurait
été inexploitable. Même si aujourd’hui mes
boîtiers peuvent monter bien au delà, je ne
dépasse pas les 6400 ISO afin de garder
une bonne qualité de grain et une marge de
manœuvre au développement, que j’effectue sur Lightroom. Cela peut être intéressant
d’aller chercher des détails, mais pour cette
image, j’ai préféré rester fidèle au Raw brut.
Déboucher les ombres l’aurait rendue plus
compréhensible, mais j’ai voulu préserver
cette lumière énigmatique, presque iconique. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas assombri l’image pour rendre invisibles des détails
ou des personnages. Cela serait considéré
comme de la manipulation, comme le stipulent les règles du World Press Photo : il est
interdit d’assombrir ou d’éclaircir des zones
en faisant disparaître des éléments.” Mais il
est autorisé de conserver un voile de pudeur
et de mystère, serait-on tenté d’ajouter...
En pratique
Savoir se fondre dans l’obscurité
En reportage, pour des raisons évidentes
de discrétion, il est parfois impossible
de travailler au flash et il faut composer avec
la lumière disponible. Les lampes d’assistance
autofocus sont à bannir également, ce qui
peut rendre la mise au point compliquée.
Sensibilité, entre théorie et pratique
Même si les appareils atteignent aujourd’hui
des sensibilités record (jusqu’à 1 million d’ISO)
l’image est alors très dégradée. On peut
aujourd’hui pousser la sensibilité jusqu’à
6400 ISO environ sans perte majeure.
Respecter l’ambiance lumineuse
Les possibilités des appareils en basse lumière
et du traitement des fichiers Raw permet de
révéler des détails invisibles à l’œil nu. Utile
pour la police, moins pour le photographe qui
perdra alors l’atmosphère initiale de la scène...
A titre indicatif, voici une version “poussée” révélant des détails cachés dans les ombres. Plus informative mais plus bruitée et moins évocatrice, ce n’est pas celle que William
a choisie. L’image originale fait partie de l’exposition “Wilting Point”, du 24 janvier au 11 avril Pavillon Carré de Baudouin à Paris, et du livre du même nom aux éditions Imogène.
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 33
Réponses INSPIRATION
La nuit tombe sur Gaza
Chloé
Sharrock
Photojournaliste représentée par l’agence Le Pictorium, Chloé Sharrock s’est faite
remarquer par ses travaux sur les communautés religieuses et sur le Moyen-Orient.
Elle s’est vue décerner, lors du dernier Salon de la Photo, le prix des Zooms de la
presse pour le reportage nocturne dont sont extraites les images présentées ici.
D
ans la bande de Gaza, l’électricité
provient pour 120 MW (mégawatts)
d’Israël, 23 MW d’Égypte et 50 MW
de la centrale locale. Une alimentation sans rapport avec les besoins (environ 600 MW en hiver), soumise aux aléas
politiques et qui oblige à un rationnement
énergétique drastique. Les habitants de
ce territoire n’ont droit qu’à 4 à 6 heures
d’électricité par jour, avec des répercussions
socio-économiques en cascade. Pas question de gaspiller la précieuse énergie, et à la
nuit tombée ce sont les moyens de fortune
qui prennent le relais du soleil. L’arrêt par
les États-Unis, depuis septembre 2018, de
l’aide des Nations Unies fait que le jour ne
se lèvera pas de sitôt sur Gaza…
“J’ai essentiellement travaillé dans des
lieux qui n’avaient comme seuls éclairages
que des sources de lumières changeantes
et relativement difficiles à gérer : des feux
ou des bougies aux couleurs très chaudes,
de faibles LED aux tons froids, parfois une
simple lampe torche dans un espace clos.
Dans les rues également, il fallait réussir à
profiter de la lumière soudaine d’une voiture
passant au loin, et ainsi être très réactif. Des
conditions difficiles donc, mais offrant tout
de même de superbes possibilités. J’ai généralement utilisé un 50mm f:1,4, un très bon
atout en basse luminosité, sur Nikon D750.
J’avais également un Tamron 24-70mm
f:2.8, que j’ai moins utilisé. Ni flash ni éclairage d’appoint : je mets un point d’honneur
à n’utiliser que les lumières déjà présentes,
afin de rapporter l’ambiance de la scène le
plus justement possible. Je travaille en fait
de manière assez intuitive, sans posemètre.
J’ai commencé ma pratique photographique
assez jeune avec un appareil argentique dont
la cellule ne marchait plus, en réglant l’appareil à tâtons et aujourd’hui encore je fonctionne de la même manière. En m’appuyant
tout de même sur l’indicateur de l’appareil
comme première base, je fais des premiers
réglages, shoote une première photo puis,
selon le résultat, ajuste rapidement les paramètres si besoin. J’ai travaillé le plus souvent
à 6400 ISO, une sensibilité permise par la
luminosité de mon 50 mm, et me permettant d’obtenir des images propres. Le Nikon
Dès la nuit tombée, les habitants de Gaza s’éclairent avec des lampes de poches, des feux ou des phares de voiture… 1/30 s à f:1,4, 4000 ISO.
34 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
Jeunes vendeurs ambulants, Gaza City. 1/80 s à f:2,8, 800 ISO.
D750 gérant particulièrement bien le bruit,
il m’est arrivé de monter jusqu’à 12800 ISO
dans des lieux vraiment sombres : le grain
de la photo reste tout à fait acceptable,
notamment avec un rapide traitement du
bruit sur Lightroom en post-prod. Je travaille exclusivement en RAW, quelles que
soient les conditions. J’ajuste les contrastes,
lumières et couleurs sur Lightroom après, et
les fichiers RAW sont plus facilement exploitables. De plus, on nous demande parfois de
fournir des fichiers bruts lors d’importants
concours de photojournalisme afin d’assurer
qu’aucune modification majeure n’a eu lieu
sur les images.
J’aime énormément travailler avec la lumière
et restituer des atmosphères en clair-obscur.
L’intensité ou la simple direction d’un éclairage peuvent apporter énormément à une
image, tant sur le plan esthétique que significatif. Je m’inspire beaucoup de la peinture
des XVIIIe et XIXe siècles. La lumière est le
propre de la photographie, mais je pense que
les grands maîtres de la peinture comme
Caravage ou de La Tour avaient compris il
y a déjà bien longtemps l’importance de la
lumière, tout le symbolisme et la signification qu’elle peut apporter.
En pratique
Oser les contrejours
Les contrejours ne sont pas réservés au jour…
Ils apportent leur supplément d’atmosphère
même lorsque les sources sont rares.
S’appuyer sur les f:1,4
Moins onéreuses que les f:1,2 les focales fixes
f:1,4 ouvrent les portes de la nuit dans de
nombreuses situations obscures.
Un feu dans le camp de réfugiés de Al-Shanti, au Nord de Gaza, afin de se réchauffer, s’éclairer, et brûler des déchets. 1/80 s à f:1,4 , 4000 ISO.
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 35
Norilsk. Canon 5D MkIII + 24-105 mm, 1/50 s à f:6,3, 1250 ISO.
La nuit des météores…
Christophe
Jacrot
Christophe Jacrot n’aime rien tant que les conditions météorologique les plus
exécrables… Pluie, neige, brouillard, vent s’allient pour magnifier l’atmosphère
de ses images, mais s’ingénient également à mettre quelques bâtons
dans les roues de ses paramètres d’exposition…
P
luie, neige, brouillard sont des météores qui intéressent d’abord Christophe Jacrot pour d’évidentes raisons
plasticiennes, tant le jour que la nuit.
Cette dernière présente toutefois l’avantage de rendre ces phénomènes davantage
visibles, à condition bien sûr qu’une lumière
les révèlent… “J’adore particulièrement
les ambiances entre chien et loup, lorsque
les lumières artificielles s’équilibrent avec
celles d’un jour en train de disparaître. C’est
aussi le moment où commence la bagarre
entre temps de pose, diaph, sensibilité et
où s’imposent les compromis… Heureusement, dans les hautes latitudes, ce moment
magique dure nettement plus longtemps
que sous les tropiques ! Pour aller dans la
ville minière et sibérienne de Norilsk, j’avais
36 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
obtenu une autorisation de séjour de 9 jours.
L’avion ayant eu un retard de 3 jours et étant
tombé malade les 4 derniers, il ne m’est
resté au final que 2 jours. Pas question d’utiliser un trépied, comme pour ma série New
York in Black réalisée lors du black-out de
2012. Un méchant blizzard balayait la ville et
aucun trépied transportable n’aurait résisté
à des rafales dépassant les 100 km/h. En
cas de fort vent, je privilégie généralement
les vitesses relativement élevées – idéalement entre 1/60 et 1/250 s si je veux fixer
la neige – mais lorsque la nuit tombe, cela
devient compliqué. D’autant que j’évite de
faire monter mon 5D MkIII au delà de 1600
ISO quand je sais qu’il faudra récupérer de la
matière dans les ombres, en post-production
sur Photoshop (je n’utilise pas Lightroom,
question d’habitude…). Je m’en remets alors
à la stabilisation de mon 24-105 mm f:4. En
bloquant tout et en retenant ma respiration,
j’arrive à descendre sans trop de problème
à la seconde. Je pourrais évidemment opter
pour des objectifs nettement plus lumineux
que mon zoom f:4 mais cela se révèle impraticable sur le terrain en conditions météo
extrêmes. Les très grandes ouvertures sont
réservées aux focales fixes, qu’il est impossible d’interchanger lorsque le vent charrie
des glaçons, et la polyvalence du 24-105
m’est donc en quelque sorte imposée. La
brume ou le brouillard sont de précieux alliés
en faibles conditions de lumière car ils diffusent les photons et rendent l’atmosphère
lumineuse, comme sur la photo de Norilsk
ci-contre. Des sources sont bien entendu né-
Islande, Canon 5D MkIII + 24-105 mm, 0,8 s à f:5, 2000 ISO.
cessaires, mais pas forcément directement
visibles. Brassaï s’ingéniait d’ailleurs à les
masquer dans les vues de brouillard de son
Paris de nuit… J’avais depuis un moment en
tête la photo de la plage de Vik (Islande) cidessus. Il fallait qu’il y ait à la fois une lumière
crépusculaire et de la neige. Cette dernière
était annoncée, mais une fois sur place elle
s’est fait prier, ne consentant à tomber que
quelques minutes avant que la nuit rende
l’image impossible ! Ici, la mer parvient encore à récupérer un poil de lumière du jour,
les flocons étant figés par un petit coup de
flash. La qualité des hautes sensibilités reste
pour le moment la pierre d’achoppement
de ma pratique photographique, et je songe
sérieusement à quitter le reflex plein format
pour un hybride moyen-format !”. Outre
une exposition jusqu’au 5 janvier à la galerie de l’Europe (55 rue de Seine - 75006),
l’actualité de Christophe Jacrot réside dans
la réédition aux éditions h’artpon de New
York in Black et la deuxième édition de
Snjor (Neige, en Islandais…).
En pratique
Ne pas avoir peur du mauvais temps
Les photographes de nuits urbaines savent
que la pluie est leur meilleure alliée,
garnissant les ombres et l’asphalte par des
jeux de réflexions et faisant scintiller les
lumières de la ville. Le brouillard offre quant
à lui une atmosphère à la fois lumineuse et
enveloppante.
Connaître les limites de son boîtier
Les hautes sensibilités font des progrès
constants au fil des générations. Ce n’est
pas une raison pour renouveler son matériel
tous les ans, mais il faut savoir jusqu’où
on peut emmener le sien.
Lumineux ou stabilisé ?
Les lumineuses focales fixes ne sont
pratiquement jamais stabilisées optiquement.
La stabilisation mécanique du capteur s’avère
alors précieuse…
Norilsk, Canon 5D MkIII, 24-105 mm, 1/10 s à f:4, 1600 ISO.
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 37
Réponses INSPIRATION
TECHNIQUE
Comment les appareils sont devenus
nyctalopes (même sans trépied)
Une exposition sur mesure
QComme vous l’aurez constaté au fil des
témoignages de ce dossier, le format Raw est
largement utilisé lorsque la lumière se fait rare. Il
va permettre d’extraire le maximum d’informations du capteur, à condition toutefois d’optimiser
la mesure de lumière. Il faut savoir que les valeurs
du sujet ne se répartissent pas de manière proportionnelle dans le fichier enregistré. Ce sont les
zones les plus claires qui s’adjugent la plus grosse
part du gâteau : environ 50% des informations
y sont intégrées, rendant les zones moyennes
et surtout les ombres démunies. Cette injustice
n’est pas bien gênante lorsque les valeurs du
sujet sont réparties de manière équilibrée (soit la
majorité des cas). En revanche, lorsque les basses
lumières dominent, il y a tout intérêt à les étaler
au maximum dans les valeurs enregistrées. Ces
dernières sont visualisables sur l’histogramme,
outil de référence. L’idée est de surexposer la prise
de vue afin d’emmener les ombres vers les hautes
lumières, autrement dit de ramener le bord droit
de la “montagne” contre la limite droite de la
fenêtre, comme sur l’exemple présenté ici. On
parle “d’exposer à droite” ! (valable uniquement
en Raw, car en Jpeg il est préférable d’exposer à
gauche…). Bien sûr la prévisualisation de l’image
ne correspond pas alors au rendu voulu, mais
c’est lors du développement que l’on remettra
les valeurs à leur juste place, avec en bonus une
meilleure gradation et moins de bruit dans les
zones les plus denses. Revers de la médaille, il faudra passer par un allongement du temps de pose,
un diaph plus ouvert ou une montée des ISO pour
surexposer, mais le jeu en vaut la chandelle.
Des capteurs toujours plus sensibles
Q Le tableau de droite liste la sensibilité étendue
maximum de divers reflex Nikon au cours des
âges. Il n’a pas la prétention d’être exhaustif mais
permet de visualiser comment se sont développés
les ISO maxi chez une marque. Il faut attendre 2006
chez Nikon pour que la sensibilité franchisse, avec
le D200, la barre des 1600 ISO (le Canon EOS-1D
l’avait précédé en 2001). Mais c’est surtout l’année
suivante qu’un bond énorme (3IL, soit une sensibilité
pratiquement décuplée) accompagne l’arrivée d’un
capteur 24x36 (à tout seigneur tout honneur, c’est
le Canon EOS-1Ds qui avait inauguré ce format
en 2002 !). La plus grande surface dévolue aux
photosites (elle dépend toutefois de la définition)
améliore le rendement photonique et le rapport
signal/bruit, autorisant de plus fortes amplifications
du signal. L’amélioration des algorithmes permettra
ensuite aux APS-C de se hisser à 25600 ISO (voire
102400 pour le D7200, mais en n&b). En 2009
l’introduction par Sony de l’architecture BSI (Back
Side Illuminated) a fait gagner environ 1 IL de
sensibilité aux capteurs mais c’est toutefois le D5,
non BSI, qui détient toujours le record !
38 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
Évolution des sensibilités maxi chez Nikon
Modèle
Nikon D1
Nikon D1H
Nikon D100
Nikon D2H
Nikon D70
Nikon D70s
Nikon D200
Nikon D3
Nikon D90
Nikon D3s
Nikon D7000
Nikon D600
Nikon D7100
Nikon D4s
Nikon D7200
Nikon D5
Nikon D850
Année
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2012
2013
2014
2015
2016
2017
Sensibilité
1600 ISO
1600 ISO
1600 ISO
1600 ISO
1600 ISO
1600 ISO
3200 ISO
25600 ISO (1er 24x36)
6400 ISO
102400 ISO
25600 ISO
25600 ISO
25600 ISO
409600 ISO
102400 ISO (en N&B)
3280000 ISO
102400 ISO (BSI)
D1 : 1600 ISO maxi
D5 : 3280000 ISO maxi
Un post-traitement de faveur
Q Comme on l’a vu, une image Raw
réalisée en surexposition dans de faibles
conditions de lumière sera plus facile à
développer et moins bruitée que la même
exposée avec les paramètres proposés par
la cellule du boîtier. Ce qui n’empêche pas
quelques interventions. D’une manière
générale, comme sous l’agrandisseur
avec un négatif argentique, les ombres
aiment bien une légère augmentation
du contraste afin de dessiner les détails
qu’elles recèlent, alors qu’inversement
les hautes lumières se satisfont d’une
réduction afin de ramener de la matière.
Les logiciels de développement (comme
ici Lightroom CC) proposent un outil
“courbe des tonalités” permettant, après
réglage de l’exposition, d’ajuster finement
le rendu des plages de valeurs de l’image
(typiquement claires, moyennes et
sombres). Le doigté consiste à obtenir
de la lisibilité tout en restant dans une
ambiance obscure…
Des collimateurs AF sous assistance
Q Comme les photosites destinés à former
l’image, ceux destinés à traiter les informations
de distance ont gagné en sensibilité. Le schéma
ci-dessous indique la répartition des collimateurs AF d’un Canon 5D MkIII. Ceux en croix
rouge, au centre, sont particulièrement réactifs
mais exigent une ouverture de f:2,8 pour être
pleinement efficaces. On remarque que les
plus nombreux sont optimisés pour f:5,6. Il
s’agit ici d’une mise au point par corrélation de
phase sur un capteur dédié, cas de la majorité
des reflex. Ce système s’avère le plus efficace
dans les faibles conditions de lumière et sur
les sujets mobiles mais oublie généralement
les zones périphériques de l’image. La mise au
point par détection de contraste couvre l’essentiel du champ mais a besoin, par définition, de
contraste pour fonctionner. Or celui-ci se réduit
en même temps que la luminosité… Beaucoup
de boîtiers modernes -et plus particulièrement
les hybrides- intègrent les deux technologies,
choisissant de manière autonome celle la plus
adaptée à la situation. Il arrive toutefois bien
souvent que la détection AF soit dans les choux
lorsque les photons se font rares. Si le sujet
n’est pas trop éloigné (jusqu’à environ 3 m),
le peu discret illuminateur d’assistance AF peut
aider l’appareil à trouver ses marques. Sinon,
il n’y a guère d’autre choix qu’un débrayage en
mode manuel. Dans ce cas, chez les hybrides,
l’activation du focus peaking peut s’avèrer une
aide précieuse pour déterminer le bon plan de
mise au point.
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 39
Réponses INSPIRATION
Stabilisateurs optiques et mécaniques
QLa stabilisation optique, par
déplacement de lentilles de l’objectif,
remonte à 1994 (Nikon Zoom 700VR)
tandis que Minolta fut le premier
à déplacer le capteur, stabilisant
mécaniquement son Dimage A1. Depuis,
les deux systèmes ont cohabité avant de
s’épauler mutuellement sur un total de
5 axes, arrivant à compenser jusqu’à 6
“vitesses” ou, si vous préférez, permettant
de rester à 100 ISO au lieu de monter
à 6400… Jusqu’à il y a peu, les capteurs
4/3, moins sujets à l’inertie que leurs
plus grands homologues, étaient les
rois incontestés de la stabilisation. Les
dernières générations de plein-format
les rattrapent, mais il y a fort à parier
que les prochains hybrides 4/3 vont
mettre un point d’honneur à réagir ! Les
gains de stabilisation n’ont rien d’absolu
et dépendent pour beaucoup de la
personne qui tient l’appareil. Laquelle
a intérêt à faire quelques essais pour
déterminer son temps de pose plancher
et la déclarer dans les menus, afin que
la montée en sensibilité attende cette
valeur pour se déclencher. À noter que
si la plupart des zooms sont stabilisés
optiquement, les optiques fixes ne le sont
qu’exceptionnellement.
Des viseurs électroniques pleins de ressources
QNous n’allons pas réactiver la querelle des
anciens et des modernes en opposant la visée
optique (OVF) et la visée électronique (EVF).
La première présente l’avantage d’un “rendu”
naturel, la seconde prodigue – outre une
couverture à 100 % du champ – d’indéniables
avantages lorsque l’éclairage se réduit. Le premier est une amplification du signal permettant
de mieux voir ce qui se passe. Avec ici un petit
piège puisque la visualisation sur la dalle de vi-
40 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
sée ne sera pas forcément raccord avec le rendu
de l’image finale. Il est toutefois généralement
possible, dans les menus, de paramétrer la visée
afin qu’elle offre une restitution en rapport avec
le résultat obtenu. Deuxième avantage, l’affichage numérique permet l’incrustation d’une
foultitude d’informations, dont l’incontournable
histogramme. Celui-ci procure, encore mieux
que le paramétrage de restitution de l’EVF, une
information de première main sur les valeurs de
l’image enregistrée. Avec un reflex, le contrôle
peut bien sûr également s’effectuer, mais en
lecture après la prise de vue. Autre aide bien
commode lorque l’obscurité est en vedette : le
niveau électronique. Il est en effet bien difficile,
sans repères clairement visibles, de contrôler
l’assiette de son cadrage. Enfin, l’EVF permet de
surligner les lignes de contraste (focus peaking)
afin de faciliter les mises au points manuelles
lorsque l’AF déclare forfait.
PHOTO : PETER BAUMGARTEN
Des modes spéciaux pour éclairer la nuit
production par fusion de calques.
Une variante est le HDR, dont le but
est de faire rentrer dans la gamme de
restitution d’un Jpeg – parfois au forceps –
des contrastes dépassant largement la
dynamique du capteur. Olympus s’est
fait une spécialité des modes nocturnes,
tel le “Live composite” ayant permis
au photographe Peter Baumgarten de
réaliser l’image ci-dessus avec un OM1
MkII à 1600 ISO. Celui-ci fusionne
directement des images dans un mode
d’incrustation correspondant au “éclaircir”
de Photoshop. Cela permet par exemple
d’enregistrer des traînées d’étoiles ou
des feux d’artifice sans que l’arrière-plan
ne devienne surexposé. Autre friandise
nocturne des OM-D, le “Live Bulb”
fait apparaître petit à petit et en direct
l’image capturée, permettant de stopper
l’exposition au bon degré de cuisson
comme ci-dessous, dans les îles Féroé,
le paysagiste anglais Steve Gosling après
une pose de 62 s à f:16.
PHOTO STEVE GOSLIN
QLa transformation de l’image
physique en suite dématérialisée de 0
et de 1 a ouvert la porte à une infinité
de transformations de l’information
transmise. Certaines s’avèrent
particulièrement utiles dans l’obscurité.
Si le “binning” couplant des photosites
contigus pour pallier leur manque de
sensibilité n’est plus guère utilisé qu’en
astrophoto, le “compositing” consistant
à fusionner une rafale de prises de vues
sous-exposées pour simuler une pose
longue avec des temps de pose courts
reste en service avec le mode “nuit” de
nombreux compacts, peu à l’aise avec
les ISO élevés. Cette opération peut
s’effectuer avec n’importe quel boîtier
mais l’opération s’effectue alors en post-
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 41
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Vos photos
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THÈME LIBRE COULEUR
CONCOURS
THÈME LIBRE N & B
Une partie de Tetris au cœur
de Manhattan, une attaque
extraterrestre sur les monts
d’Auvergne et un colloque
bovin au milieu du pré sont
les images gagnantes du
mois. Bravo à Didier Jallais,
Bader Gati et Didier
Vanmollekot.
Sur les marches d’un étrange
escalier, Patrick Casteiltort
joue avec la perspective et
remporte le premier prix.
Pierre Zimmermann, parce
que son ours le vaut bien, et
Jean-Luc Billet, grâce à sa
forêt fossile, le rejoignent sur
le podium.
À L’HONNEUR
VOS PHOTOS
ANALYSÉES
VOS SÉRIES
COMMENTÉES
D’accord, pas d’accord? Voici
nos critiques, nos conseils et
nos débats. Avec, notamment
ce mois-ci, une scène de
cinéma en plein air, un lancer
de crinière, un jeu de boules,
une photo de rue à la
Meyerowitz, ou encore une
rencontre insolite.
Parmi toutes les propositions
de portfolios que nous
recevons, certaines, bien
que non retenues, méritent un
regard critique qui permettra
à leurs auteurs de se remettre
à l’ouvrage, et de recevoir
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de longues heures à examiner d’un œil critique vos
propositions, à les sélectionner, à les analyser, et pour
certaines à les récompenser et à les publier. Pour soumettre
votre travail, rendez-vous sur notre site concours.reponsesphoto.fr.
Mais vous pouvez aussi nous envoyer des tirages par la Poste,
ou dans le cas de séries, nous adresser un lien de type Wetransfer
ou Dropbox à l’adresse portfolio@reponsesphoto.fr. Pour
nos concours permanents couleur et noir et blanc, nous vous
proposons aussi désormais de participer via votre compte
Instagram: il vous suffit de marquer les photos que vous souhaitez
nous soumettre avec le tag #concoursreponsesphoto.
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 43
Vos photos
À L’HONNEUR
Résultats
Thème libre couleur
Les 3 gagnants
1er prix 100 €
DIDIER JALLAIS
(Cholet)
Nikon D4, 135 mm
1/1250 s, f/5,6, 900 ISO
Pour cette photo prise à New
York depuis le balcon de
l’appartement qu’il occupait au
35e étage d’un immeuble situé
à Times Square, Didier a
braqué verticalement son zoom
Nikon 70-200 f:2.8, ce qui lui a
permis de transformer en partie
de Tetris le flot de circulation
de l’avenue. Les cubes des
distributeurs de journaux et
l’étal d’un marchand ambulant
ajoutent leurs petites touches
colorées à la scène.
Pour participer à nos
concours, voir page 56.
Et sur notre site:
concours.reponsesphoto.fr
44 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
2e prix 75€
BADER GATI
(Clermont-Ferrand)
Canon 5D Mark III, 24mm
5,5s, f:7,1, 250 ISO
Le Puy de Monton, qui domine le village
de Veyre-Monton dans le Puy de Dôme,
offre un vaste panorama sur la chaîne
des Puys, Clermont-Ferrand, la plaine
de la Limagne, et les monts du Forez.
C’est de ce point de vue stratégique
que Bader a saisi, en août dernier, cet
impressionnant orage que domine un
monstrueux cumulonimbus. Le coup de
flash qu’engendre le puissant éclair dans
les profondeurs du nuage plonge ce
paysage nocturne dans une ambiance
quasi hollywoodienne de film de sciencefiction ! La pose longue correctement
choisie est bien sûr ici seule responsable
de cette attaque extraterrestre...
3e prix 50€
DIDIER
VANMOLLEKOT
(Liège)
Fujifilm X-E2, 15 mm
1/250s, f:5,6, 320 ISO
Pas facile de faire jouer à un
placide troupeau de vaches un
rôle de composition ! Didier
relève brillamment le défi en
plaçant son Fuji équipé du
zoom grand angle XF10-24mm
au ras du pré. Les pissenlits
viennent chatouiller le museau
de l’appareil et celui-ci semble
titiller la curiosité - voire
l’appétit - de trois sympathiques
bovidés. C’est frais et drôle, et
ça sent bon l’été !
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 45
Vos photos
À L’HONNEUR
Résultats
Thème libre noir&blanc
Les 3 gagnants
1er prix 100 €
PATRICK CASTEILTORT
(Bourges)
Canon 7D, 24 mm
46 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
Ayant remarqué que des enfants
descendaient 4 à 4 cet escalier madrilène,
Patrick s’est mis en position, supputant à
juste titre que la scène allait se reproduire.
Cette photo tire sa grande dynamique de la
fausse perspective créée par la convergence
physique des marches. Celle-ci imprime
un mouvement tournoyant au cadre,
raboté avec pertinence au carré. Patrick
a déclenché pile-poil au bon moment, et
bénéficié d’un éclairage diffus qui apporte
sa légèreté au tableau.
2e prix 75€
PIERRE
ZIMMERMANN
(Wilwisheim)
Canon 5D MkIII, 70-20 mm
+ convertisseur 1,4x
Rien de tel, après un bon bain,
qu’un essorage à 1200 tours/
minute ! En faisant grimper sa
sensibilité à 2000 ISO, Pierre a pu
obtenir une pose au 1/2500 s,
fixant la galaxie des gouttelettes
spiralant autour du plantigrade.
Outre une position frontale le
plaçant dans l’axe de rotation de
la tête, Pierre a bénéficié d’une
superbe lumière latérale digne
d’un éclairage de studio !
Pour participer à nos
concours, voir page 56.
Et sur notre site:
concours.reponsesphoto.fr
3e prix 50€
JEAN-LUC BILLET
(Talmont-Saint-Hilaire)
Olympus E410, 14-42 mm
Tout près du Pico Ruivo, le sommet
de l’île volcanique de Madère, un
incendie et un ravinement
consécutif ont mis à nu des racines,
révélant une forêt auparavant
souterraine. La ramification
extrême de l’appareil nutritif des
plantes renforce son apparence
organique et lui donne une vie
singulière. L’appareil utilisé ici a plus
de 10 ans. Comme quoi un boîtier
numérique peut durer !
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 47
Vos photos
À L’HONNEUR
Les analyses critiques
de la rédaction
Yann Garret
Renaud Marot
Julien Bolle
J-C Massardo
Les photos présentées dans ces pages n’ont pas fait l’unanimité, mais elles
n’en sont pas moins dignes d’intérêt, y compris par les remarques et conseils
qu’elles peuvent susciter. Pour certaines, le désaccord au sein de la rédaction
est tel, que nous préférons vous livrer les termes du débat. D’accord? Pas
d’accord? Donnez à votre tour votre avis sur notre site: www.reponsesphoto.fr
Le décor était presque au rendez-vous
Rétro-projection
L’image doit beaucoup à la belle lumière du crépuscule qui
dessine les carrosseries. Dommage que cette porte ouverte
renvoyant un éclairage jaune vienne casser l’ambiance.
La lampe de l’habitacle achève de poser l’ambiance en
créant un éclairage artificiel à l’effet très “ciné”. On se
projette alors dans le film comme par effet de miroir.
CÉDRIC JAGER
Strasbourg
O Boîtier : Canon EOS 6D
O Objectif : 24-70 mm f:2,8
O Sensibilité : 6400 ISO
O Vitesse/diaph: 1/15 s, f:2,8
48 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
C’est lors d’une projection en drive-in
du film “The Blues Brothers” que Cédric a réalisé cette image à l’ambiance
très cinématographique : jeux de
lumières, effet de grand-angle, même
les lunettes de soleil sont là... il manque
pourtant quelque chose à l’image. JB
Des “actrices” mal dirigées
Malgré son fort potentiel visuel, cette image ne
raconte pas grand-chose et c’est dommage.
Les deux personnages ne semblent pas dans
le même film, l’une perdue dans ses pensées,
l’autre souriant au photographe. Peut-être
aurait-il fallu faire jouer davantage les actrices,
ou alors enlever les lunettes et capturer des
regards de spectatrices. Ici l’intention est floue.
Dilution graduelle
Les différences de
vitesses tangentielles
des cheveux se
traduisent, grâce à un
bon dosage du temps
de pose, par un joli
flou de bougé
progressif.
Un élan statique
La dynamique de la
partie supérieure de
l’image n’est hélas
pas suivie par la
moitié inférieure.
Seule la tête s’est
balancée, le reste du
corps restant droit et
rigide. On la refait ?
Fond texturé
Une image de texture
a semble-t-il été
fusionnée dans la
prise de vue,
apportant une belle
matière graphique au
fond.
ALEXANDRE BRAMARDI
Genech
O Boîtier : Nikon D600
O Objectif : 50 mm
O Sensibilité : 100 ISO
O Vitesse/diaph: 1/200s, f:8
Grand foulard et chevelure noire se
poursuivent pour créer un mouvement graphique. Voyons comment
Alexandre aurait pu mieux tirer parti
du potentiel de son modèle… RM
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 49
Vos photos
À L’HONNEUR
DENIS SCHUTZ
Schwerdorff
O Boîtier : Nikon D80
O Objectif : 17-35 mm
O Sensibilité : 400 ISO
O Vitesse/diaph: 1/60s, f:4,5
L’intention photographique de Denis
est facilement identifiable ! Le crâne au
poli brillant de ce joueur de pétanque
(l’image est malicieusement intitulée Tête
d’Obut…) avait de quoi donner des idées
à un amateur d’analogies. Bien pointé,
mais but manqué d’un poil… RM
Rappel de rayures
Le polo rayé du personnage
d’arrière-plan ferait écho à celui
du premier plan si ce dernier
était un peu plus visible. Ce
qu’aurait permis (avec un autre
effet, voir plus bas…) un point
de vue légèrement abaissé.
Un flou bien vu
En optant pour une ouverture
de f:4,5 avec une distance de
mise au point plutôt
rapprochée, Denis a obtenu un
flou d’arrière-plan sur presque
tout le cadre malgré une
focale relativement courte.
Cela met le crâne en exergue,
d’autant que le personnage
est solidement planté en
position centrale.
Des boules trop à l’écart
Le clin d’œil de la
correspondance entre les
boules de pétanque et le
crâne du joueur souffre
malheureusement de l’écart
les séparant, occupé par
un no man’s land trop vide.
En baissant davantage
son point de vue, Denis
aurait réduit cet espace
et davantage raccordé
les sphères.
Plongée en apnée
C’est la position accroupie
du joueur, sans doute en train
d’ajuster son tir, qui a permis
à Denis d’obtenir cette vue
imprenable sur la calotte
circulaire de ce crâne. Le
risque en baissant le point
de vue était de transformer
le cercle en ellipse. Tout
reposait donc sur une
question de dosage !
50 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
Clin d’œil
Cette bouche
d’incendie et cette
boîte aux lettres à
l’esthétique datée
semblent observer la
passante au style
intemporel. Dommage
que les couleurs un
peu trop criardes et
surexposées fassent
aussi numériques, car
on aurait presque cru
à un cliché qu’aurait
pu prendre le grand
Joel Meyerowitz à
Paris dans les années
60/70...
PASCAL KEMPENAR
Levallois
O Boîtier : Pentax K-1
O Objectif : 43 mm f:1.9
O Sensibilité : 400 ISO
O Vitesse/diaph: 1/400s, f:13
Cet instantané capturé avec l’objectif
pancake 43 mm f:1,9 monté sur le
reflex full frame de Pentax possède un
certain charme vintage évoquant les
pionniers américains de la street shotography des 70’s. Mais trêve d’anglicismes, le mobilier urbain rappelle que
l’on est bien en France... et le rendu
que l’on est en numérique ! JB
Traitement proposé
L’idéal sur une telle scène très contrastée avec des aplats de
couleurs primaires aurait été de sous-exposer davantage à la
prise de vue, afin de donner plus de profondeur aux couleurs
sans pour autant ajouter de la saturation. Afin de simuler cela, j’ai
assombri, contrasté et désaturé l’image, ce qui lui donne un rendu
plus proche de l’argentique, et plus fidèle à l’esprit de la scène.
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 51
Vos photos
À L’HONNEUR
LOÏC HUGEDÉ
Ce n’est pas dans le 6e arrondissement de Paris
qu’a été pris cet instantané, comme pourrait le
Saint-Cyr-sur-Mer
laisser penser la plaque de rue, mais à Aix-en-ProO Boîtier: Fuji X100F
vence. Ce passant semblant hésiter entre le monde
O Objectif: 23 mm f:2
des ombres et celui des vivants fait tout le sel de
O Sensibilité: 200 ISO
cette image énigmatique, mais trop confuse pour
O Vitesse/diaph: 1/900s, f:8 être totalement convaincante. Décryptage. JB
Contre : recadrage discutable
Plus allongée que le format 3:2 natif du capteur
de l’appareil, l’image a été recadrée, sans doute
à droite pour exclure des éléments gênants. Soit.
Loïc a cependant conservé le coin de mur, ce qui
donne une sensation de profondeur à une image
reposant par ailleurs sur un effet d’aplat. Bonne
idée. En revanche, appuyer le cadrage sur cette
gouttière gêne un peu la lecture, et opter pour
un format aussi allongé provoque une dispersion
du regard vers les bords haut et bas peu remplis.
Pour : belle lumière rasante
Canalisés par l’étroitesse de cette rue de la
vieille ville d’Aix-en-Provence, les rayons du
soleil viennent taper sur ce panneau qui prend
des allures de cadran solaire. Celui-ci étale son
ombre sur un mur à la texture accentuée par
cette lumière rasante. Le lettrage sombre de
l’enseigne évoque également une ombre en
deux dimensions, même s’il est bien tangible.
Pour : accident heureux
Une bonne photo de rue se doit d’avoir au moins
un personnage jouant parfaitement son rôle, au
bon endroit et au bon moment. Ce passant a la
bonne idée de rester pile dans la zone d’ombre,
apparaissant donc comme une simple silhouette
devant ce mur très éclairé. Loïc a su le capturer
de telle façon que la jambe du “a” semble
vouloir le rattraper, comme pour lui rappeler
qu’il appartient désormais lui aussi au registre
des ombres, dans une belle confusion visuelle !
Contre : juxtaposition malheureuse
Il est impossible de tout maîtriser en photo
de rue, et cette image en apporte la preuve.
Ce poteau mal positionné vient presque taper
dans le dos du passant, ce qui gêne la lecture de
l’image, d’autant plus qu’il se dédouble en une
ombre compliquant encore la composition. Par
ailleurs la position des jambes n’est pas idéale. Si
Loïc a eu de la chance avec cette image, tous les
astres n’étaient pas encore alignés cette fois-ci !
52 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
BENOÎT SEGALEN
Rochefort
O Boîtier : Nikon D750
O Objectif : 50 mm f:1,8
O Sensibilité : 400 ISO
O Vit./diaph: 1/1600 s, f:6,3
A l’aéroport de Varsovie, Benoît
a entrevu cette rencontre fortuite
mais qui en dit long. Presque du
tout-cuit pour un photographe
de rue... sauf que cette fois,
il manque de peu sa cible, et
l’image perd de son impact. La
faute au matériel ? JB
Cadrage précipité
Un bon potentiel
L’humour doux-amer qui se dégage de cette image
est mis à mal par un cadrage bancal. Une telle scène
parle d’elle-même et se suffit d’un cadrage simple et
frontal, laissant opérer la théâtralité de la situation.
Or ici l’image est prise un peu de côté et de travers,
et surtout les pieds de la femme sont coupés, tout
comme les roues du chariot de l’homme. Travaillant
au 50 mm, Benoît explique n’avoir pas pu reculer.
Sans changer la focale, Loïc aurait pu cadrer un peu plus bas
car il restait de la marge en haut. C’est surtout la fugacité du
moment qui l’a pris au dépourvu. Les focales fixes sont un
bon outil pour opérer rapidement (on n’a pas à hésiter entre
plusieurs focales), mais il faut savoir anticiper et se placer
rapidement, en ayant sa focale “dans l’œil”. Au delà du
contraste des personnages, ce qui fonctionnait dans cette
scène, c’est l’écho visuel entre les bagages. Dommage !
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n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 53
Vos photos
À L’HONNEUR
Les séries commentées
par la rédaction
Vous êtes de plus en plus nombreux à nous soumettre des séries d’images sur reponsesphoto.fr, dont
beaucoup de travaux de qualité, mais pas tout à fait aboutis. En plus des habituelles analyses de photos
uniques des pages précédentes, nous vous proposons ici des conseils pour mener à bout ces projets,
comme nous le ferions avec ceux qui viennent nous présenter chaque mois leurs images à la rédaction.
OPÉRATION NOIR ET BLANC
PIERRE CHARPENTIER
Nantes
O Boîtier : Nikon D500
O Obj. : Zeiss 21 mm f:2,8
O ISO : 800 à 6400
O Ouverture : f:8 à f:16
O Vitesse : 1/15 à 1/200 s
O Traitement: NB direct,
dév. Raw Lightroom CC
54 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
Chirurgien ORL doté d’un très
bon œil, Pierre est membre
du Photo Club Nantais. Avec
cette série réalisée à l’hôpital
où il travaille depuis 14 ans, il
a souhaité rendre hommage au
travail des infirmières et aidessoignants, les médecins restant hors champ. Ces images
nous ont interpelés, mais
aussi frustrés. Explications. JB
Pourquoi on ne l’a pas retenue
La “double casquette” de Pierre le photographe, alias Dr Charpentier,
lui a permis de documenter le bloc opératoire et ses dépendances de façon aussi précise qu’inspirée. Ayant un accès privilégié et une connaissance approfondie des lieux et de ce qui s’y joue, il a pu mettre en valeur
le travail d’équipe et la dynamique de groupe, photographiant les interactions sous des angles inventifs. Sur l’image publiée ci-dessus, la plus
réussie, les chirurgiens ultraconcentrés semblent s’hybrider avec les
machines, tandis que l’infirmière de l’arrière-plan figure une présence
humaine bienveillante. Malgré ses qualités, nous n’avons pas retenu
la série car elle du mal à se situer entre document et objet artistique :
pas assez descriptive pour être un reportage, encore un peu timide
pour se distinguer par son style, elle navigue entre deux eaux...
Nos conseils
A la rédaction, nous étions d’accord sur un point : on aurait
aimé voir les mêmes images en couleurs ! En effet le noir et
blanc semble ici vouloir donner une caution artistique un peu
gratuite. Pierre dit avoir voulu éviter l’effet “reportage”, mais les
couleurs auraient permis de rester dans la réalité du bloc sans
pour autant rien ôter à l’originalité du regard, au contraire. On
dit qu’il est plus difficile de réussir une série personnelle en
couleurs, mais dans un tel contexte, elles peuvent jouer autant
un rôle informatif qu’un rôle artistique, surtout si elles sont
subtilement traitées en post-production. Autre option, prendre
le chemin inverse et aller plus loin dans le rendu noir et blanc,
en jouant davantage sur le grain, le contraste... Montrer une
réalité tout en assumant des choix artistiques forts, telle est
la difficulté de la photographie documentaire “d’auteur” !
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 55
Vos photos
À L’HONNEUR
Concours, portfolio
Comment participer
Depuis sa création, Réponses Photo a publié
des milliers de photos de ses lecteurs. Pour
nombre d’entre eux, ce fut même le premier
pas vers la reconnaissance! Si, vous aussi, vous
voulez voir un jour vos œuvres imprimées
dans nos pages ou exposées sur notre site,
vous pouvez participer à nos différents
concours ou nous envoyer spontanément
un dossier, ou encore prendre rendez-vous
avec la rédaction. Que vous soyez amateur
ou pro, expert ou débutant, les mêmes
règles existent pour tous, les voici en détail.
Q Participer par courrier:
Réponses Photo, 8 rue François Ory,
92543 Montrouge Cedex
QParticiper par Internet:
concours.reponsesphoto.fr
concours
Bulletin de participation à découper ou photocopier
Cochez la participation choisie :
† Thème libre Noir et Blanc
† Thème libre Couleur
† Portfolio - Série commentée
Nom et prénom :......................................................................................
Adresse : .....................................................................................................
..........................................................................................................................
Ville : .............................................................................................................
Tél. : ...............................................................................................................
E-mail: .........................................................................................................
Boîtier :.............................................Objectif :.........................................
Sensibilité: ....................................Vitesse/diaph :.............................
Note: les photos non primées pourront être publiées
à une autre occasion dans le magazine.
À envoyer à:
Réponses Photo + le titre du concours
8 rue François Ory, 92543 Montrouge Cedex
Signature
Merci d’ajouter sur une feuille de papier libre
des indications concernant les circonstances précises
de la prise de vue en rappelant vos coordonnées.
Participer à “Vos photos à l’honneur”
Vous pouvez en permanence nous envoyer vos photos préférées
(par courrier, via notre site ou par Instagram) quel que soit le
sujet traité. Chaque mois, la rédaction choisit parmi les images
reçues trois photos couleur et trois photos noir & blanc. Le
premier de chaque catégorie est récompensé par un chèque de
100 €, le deuxième reçoit 75 € et le troisième, 50 €. Six prix sont
donc attribués dans chaque numéro. Les photos qui n’ont pas été
retenues pour le “podium” du mois peuvent être sélectionnées
dans d’autres rubriques telles que “D’accord, pas d’accord”.
Participer aux concours thématiques
Généralement, nous vous proposons une, deux, voire parfois
trois compétitions ponctuelles récompensées par des prix
spécifiques: matériel, stages, expositions, livres… Ces concours
se déroulent habituellement sur deux ou trois mois avec une
date limite d’envoi… qu’il est prudent d’anticiper! Sauf exception
dûment notifiée, les modalités de participation sont les mêmes
que pour le concours permanent. Les photos envoyées pour
un concours thématique et qui n’ont pas gagné un des prix
proposés peuvent se retrouver publiées dans d’autres articles du
magazine, aussi bien dans la rubrique “D’accord, pas d’accord”
que dans un dossier “pratique”.
Proposer un portfolio
La section Découverte de notre magazine est ouverte à tous.
Seul le talent compte, ou plus exactement la qualité du regard
et la maturité de la démarche du photographe! Chaque mois,
la rédaction choisit parmi les dossiers envoyés ceux qui sont
susceptibles d’être publiés sous la forme d’un portfolio. Pour
avoir une chance d’être publié, vous devez nous faire parvenir
une série d’images homogènes sur un thème précis (10 photos
au minimum, 20 au maximum), ainsi qu’un texte expliquant la
thématique abordée. Un CV de l’auteur est également apprécié.
Si votre dossier n’est pas retenu pour publication d’un portfolio, il
peut être sélectionné dans la rubrique “Les séries commentées”,
auquel cas vous serez récompensé d’un chèque de 100 €.
Présenter vos images à la rédaction
Une fois par mois, généralement un mardi, nous consacrons
une journée à recevoir les photographes qui veulent nous
montrer leurs dossiers afin d’obtenir une publication. Cette
possibilité est ouverte à tous les lecteurs du magazine, quels
que soient leur “statut” et leur niveau photographique. Seule
nécessité: disposer d’un vrai travail cohérent et d’une sélection
d’au moins 10 photos sur un thème. Pour vous inscrire
sur notre planning de rendez-vous, vous devez téléphoner
à Françoise, notre assistante, au 0141861712.
Les informations détaillées
pour participer à nos concours ou pour nous proposer
vos travaux se trouvent sur notre site:
concours.reponsesphoto.fr
Comment participer via
votre compte Instagram
#concoursreponsesphoto
Comment publier vos photos
sur le site de nos concours
concours.reponsesphoto.fr
Première des choses, créez votre compte personnel.
Cela vous permettra de revenir régulièrement pour
publier de nouvelles photos, de retrouver celles-ci, de
voter et de commenter les propositions des autres
participants, etc. Vous pouvez choisir de rendre
publiques ou privées vos informations personnelles.
Votre adresse e-mail n’est jamais communiquée.
Pour participer, rendez-vous sur la page d’un concours
permanent (thème libre couleur ou noir et blanc),
ou de l’un des concours thématiques que nous
proposons régulièrement. Cliquez sur le bouton
“Charger une photo”: un formulaire vous permet
de sélectionner un fichier (4 Mo maximum), et de lui
attribuer un titre et des commentaires de prise de vue.
Pour participer via Instagram à nos concours
permanents à thème libre, noir et blanc ou couleur,
il vous suffit d’insérer le tag #concoursreponsesphoto
sur la ou les photos que vous aimeriez proposer.
Si une de vos images est présélectionnée,
la rédaction vous contactera pour en obtenir
une version haute définition sur la base de laquelle
la sélection finale sera effectuée.
Comment nous faire
parvenir des séries
concours@reponsesphoto.fr
Créez un dossier compressé (de préférence au
format ZIP) contenant 10 à 20 fichiers d’une série
cohérente ainsi qu’un document explicatif
comportant vos coordonnées, et transmettez-le
nous via un système de transfert de fichiers tel que
Dropbox ou Wetransfer, à l’adresse concours@
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Philippe Bachelier
Renaud Marot
Photographe et enseignant passionné de
n & b et de technique photographique,
Philippe bouillonne d’idées et de projets
pour vous démontrer que l’argentique a
encore un bel avenir.
Sa maîtrise du numérique ne le détourne
jamais de sa passion pour les procédés
alternatifs. Spécialiste de la gomme
bichromatée, Renaud est intarissable sur
le sujet des techniques anciennes.
La photographie, entre foire et salon
reproduire en grand nombre la même image, on conserve
e Salon de la photo et la foire internationale Paris Photo
l’espoir de débusquer dans le recoin d’un stand une œuvre
se déroulent depuis plusieurs années au même moment,
familière qui nous est chère. Mais c’est aussi le lieu de
début novembre, l’un Porte de Versailles, l’autre au
découverte de jeunes photographes qui jouent avec la
Grand Palais. Le premier voit sa fréquentation
matière argentique, à l’instar de Laure Tiberghien ou d’Anaïs
régulièrement baisser depuis cinq ans.
Boudot. Désormais, la vivacité des procédés analogiques ne
En 2018, il a atteint à peine plus de 60 000 visiteurs.
se transmet plus par le salon de l’industrie photographique,
Celui de Paris Photo ne cesse de croître, avec près de 69 000
mais par le réseau des galeries.
entrées. Révolution numérique oblige, cela fait des années
que l’argentique n’apparaît
plus que sous forme de traces
au salon. Par contre, les
galeries de Paris Photo
regorgent de tirages
argentiques et procédés
analogiques à côté
d’impressions jet d’encres
qui s’installent sûrement dans
le marché de l’art. Le Grand
Palais est devenu un rendezvous annuel pour tous les
amoureux de retrouvailles
avec les ténors de l’histoire
de la photographie (leur liste
bien longue ferait déborder
cet édito, mais accordons une
mention spéciale à la mise en
scène des grands tirages de
Richard Avedon sur le stand
de la galerie Hamiltons). Bien
sûr, on n’est jamais sûr de
revoir ce que l’on a pu admirer
dans les éditions précédentes,
mais le principe de la
Les tirages de Richard Avedon mis en scène à la galerie Hamiltons
photographie étant de
L
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 59
Rencontre
Bogdan Konopka
Bogdan Konopka expose actuellement ses tirages à la
galerie parisienne Folia (voir p.89), tandis que sort son
livre Un Conte polonais chez Delpire. Son univers en
noir et blanc, à la fois grave et raffiné, ne cède rien aux
effets de mode. Un régal de lumière subtile.
hristian Caujolle est la
première personne
que j’ai rencontrée
quand je suis arrivé à Paris
en 1988. Il dirigeait l’agence
VU’. Il m’a dit : ce que tu fais
est magnifique, mais
impossible à diffuser car mes
photos ne correspondaient
pas à l’image du pays
renvoyée par les médias
français de l’époque. Le
temps en a décidé
autrement.” Bogdan
Konopka vient de publier son
dernier livre chez Delpire, Un
Conte polonais. L’ouvrage
rassemble une centaine de
photographies en noir et
blanc, couvrant 40 ans de
prises de vues réalisées en
Pologne. Tout est bien qui
finit bien, Christian Caujolle a
“C
Jeune fille : Wrocław, 2012
60 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
rédigé la préface sur “ce
travail tout en finesse de
gris”. La galerie Folia (13 rue
de l’Abbaye, à Paris 6e)
expose les beaux tirages du
photographe, du 19
décembre au 12 janvier.
“En France, on associe mon
travail au format 4x5 et aux
tirages par contact, mais je
photographie dans tous les
formats, du 24x36 à la
chambre 8x10, en passant
par le panoramique et le
sténopé.” Un Conte polonais
montre une autre diversité :
paysages, portraits, natures
mortes, scènes de rue. Né en
1953 dans la Pologne
communiste, Bogdan
Konopka débute avec un
FED (une copie soviétique
de Leica), acheté en 1976.
“J’utilisais le 24x36 pour le
théâtre, la photo de rue.
Photochimiste de formation,
j’étais photographe à l’École
polytechnique de Wrocław.
Mais je gagnais peu.
L’acquisition d’un Leica,
Nikon ou Canon était
impensable. Impossible de
trouver une chambre, à part
les gros modèles d’atelier
d’Allemagne de l’Est.” Il
passe au 6x6 avec un
Pentacon : “Le boîtier n’était
pas parfait, mais son objectif,
merveilleux. De toute façon,
ce n’est pas l’appareil qui
prend la photo, c’est le
photographe”. Il se fournit en
émulsions fabriquées en
Europe de l’Est. Sa
préférence va à l’Orwo de la
Maison et voiture abandonnée : Wrocław, 1975
RDA : “Le meilleur film que
j’ai acheté, encore meilleur
que l’Agfa pour rendre les
gris de la pénombre”. Son
terrain d’opération est sa
ville, Wrocław, ses amis, sa
famille.
“Mes parents sont nés dans
le sud-est de la Pologne, près
de la frontière avec l’Ukraine
et de la Slovaquie. Mon père
a été détenu en camp de
concentration en Allemagne,
ma mère requise pour le
travail forcé. Après la guerre,
ils sont revenus en Pologne,
à Wrocław. C’était une ville
allemande de 500000
habitants avant la guerre.
Les Allemands en ont été
expulsés et remplacés par
des Polonais venant des
régions de Pologne annexées
par les Russes à la fin de la
guerre. Cette ville rend
schizophrène. On s’y
demande : qui suis-je ? Le
cimetière allemand est rasé
et remplacé par le cimetière
polonais, l’église protestante
devient catholique, le siège
de la Gestapo devient le
siège de la police polonaise,
Portrait de femme âgée : Laskówka, 1992
celui du parti nazi devient
celui du parti communiste,
etc.”
Les images de la ville de
Bogdan Konopka ne doivent
rien à la photo d’architecture,
elles sont une interrogation
et une contestation du réel.
À contre-courant. “Dans les
années 70, le mouvement
conceptualiste s’est imposé.
Le reportage, la
photographie humaniste en
noir et blanc à la Sabine
Weiss ou Henri CartierBresson n’intéressait pas, pas
plus que mes photos de
ruines ou de bâtiments
délaissés”, se souvient-il.
Ce ne sont pourtant pas des
raisons photographiques qui
l’ont poussé à venir vivre en
France. “Je suis un immigré
de l’amour. J’étais alors
photographe de théâtre.
Jacqueline accompagnait en
Pologne une troupe
française. C’est ainsi que
nous nous sommes
rencontrés.” Et pour ne plus
quitter celle qui deviendra sa
femme, le photographe
s’installe en France en 1988,
tout en retournant
régulièrement en Pologne.
C’est à partir de cette
période qu’il pratique
assidûment la chambre.
D’abord avec une MPP 4x5,
plus tard avec une Ebony,
qu’il complètera par une
8x10 Phillips. Pourquoi le
grand format ? “En Pologne,
j’avais pu faire des essais
avec une chambre et
expérimenter la beauté du
tirage par contact. La même
image agrandie n’est plus
pareille. Mais les tirages par
contact 4x5 noir et blanc
n’intéressaient pas
beaucoup”. Patrick Roegiers
lui propose d’exposer à
Arles, en 1994, une série de
lieux vides photographiés à
la chambre dans plusieurs
villes d’Europe. “Des photos
de ruines qui possédaient
une certaine unité. Car
l’évolution de la matière est
similaire un peu partout de
façon plus ou moins rapide.
J’en ai créé une ville fantôme
que j’ai appelée La ville
invisible.” De là commence la
reconnaissance.
Bogdan Konopka tire en
toute subtilité ses négatifs sur
du papier à ton chaud, en
surface mate ou semi-mate,
loin du brillant clinquant et
des Dmax intenses. Son
préféré reste l’Oriental New
Seagull Warmtone, dont il lui
reste quelques boîtes. “Il ne
vieillit pas”, assure-t-il. De
même qu’il subit la disparition
de films qui le ravissaient,
comme le Kodak Ektapan, il
est confronté à la raréfaction
du choix des surfaces mates
à ton chaud, comme l’Agfa
Record Rapid ou le Forte
Fortezo, etc. “Chaque fois
que je finis par bien connaître
une émulsion, j’arrive à la fin
d’un cycle de production de
film ou de papier. Je suis tout
le temps en recherche, dans
un environnement
instable. Aujourd’hui, si je
peux encore jongler entre les
films Ilford, Kodak ou Foma
en fonction des lumières et
des prises de vues, pour le
papier que j’aime, il ne reste
en fait que le Foma 132.”
Messieurs les émulsionneurs,
à bon entendeur !
Maison et voiture bâchée : Warszawa, 1999
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 61
Labo
400 ISO confondus avec 100 ISO…
Surexposer accidentellement un film de 400 ISO à 100 ISO n’est pas catastrophique. Cet écart est bien supporté
par les films modernes. Mais quelques précautions sont nécessaires pour le développement du négatif.
uand on jongle avec des
films de 100 et 400 ISO,
il arrive qu’on expose
les premiers à 400 ou
le contraire. Autant une
sous-exposition de 2 IL est
préjudiciable pour restituer
un beau tirage, autant une
surexposition du même
ordre n’est pas rédhibitoire.
Une sous-exposition perd
l’enregistrement de détails
dans les ombres qu’on ne
pourra pas faire revenir au
tirage. Une surexposition
apporte une foison de
matière dans les ombres.
Mais les subtils détails des
hautes lumières perdent un
Q
peu de netteté en raison
d’une insolation trop élevée.
Le grain devient plus
prononcé. Cela dit, en
exposant un film de 400 ISO
à 100 ISO, la perte de netteté
des hautes lumières reste
faible, au point de la rendre à
peine perceptible sur un
tirage, à condition de
quelques précautions.
Un film surexposé
accidentellement ne doit pas
être surdéveloppé. Sinon, la
densité du négatif dans les
hautes lumières ne restituera
pas des gris bien
différenciés. On ne dépassera
donc pas les temps de
Ilford HP5 Plus
exposé à 100 ISO.
Développement
normal, ID11 à 1+1,
13 minutes à 20°C.
Tirage grade 2,
24 secondes à f/8
(format d1image
18 x 27 cm, papier
Ilford MG IV RC).
62 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
développement
recommandés par le
fabricant du film ou du
révélateur. En fait, on
gagnera à réduire la durée
du traitement de 10 %
(films TMax, sensibles aux
variations de temps de
développement) à 20%
(autres films). Dans notre
exemple, nous avons
exposé du film Ilford HP5
Plus à 100 ISO. En
développant le film
normalement (13 minutes à
20°C dans de l’ID-11 dilué
1+1), le film est inutilement
dense, nécessitant un temps
d’exposition du papier
Ilford HP5 Plus
exposé à 400 ISO.
Développement
normal, ID11 à 1+1,
13 minutes à 20°C.
Tirage grade 2,
12 secondes à f/8
(format d1image 18
x 27 cm, papier
Ilford MG IV RC).
double par rapport à
une exposition normale
de la pellicule à 400 ISO.
En développant le film 11
minutes, soit 15% de moins,
la densité globale du négatif
est réduite, ainsi que son
contraste. Le temps
d’exposition du papier n’est
plus que de 50% supérieur
à celui du négatif de 400
ISO. Le contraste du tirage
devient plus doux, du fait
du développement moindre.
Il suffit de compenser par
un filtrage plus dur d’une
demi ou d’une gradation
complète (par exemple, 2,5
ou 3 au lieu de 2).
Ilford HP5 Plus
exposé à 100 ISO.
Développement
réduit, ID11 à 1+1,
11 minutes à 20°C.
Tirage grade 2,
18 secondes à f/8
(format d1image 18
x 27 cm, papier
Ilford MG IV RC).
Papier
Tirage : mat ou brillant ?
Le choix de la surface d’un papier est une question récurrente chez les photographes. Depuis les débuts de la
photographie, le débat est lancé. Mais entre mat et brillant, il semblerait que le camp de ce dernier l’emporte.
Les papiers couleur sont uniquement disponibles en support RC, en surface brillante,
satinée ou semi-mate. Un seul papier vraiment mat est disponible, chez Fujifilm.
lashback. Quand l’amateur
apportait son rouleau de
pellicule au magasin
photo du quartier pour le
faire développer, la question
revenait toujours au
comptoir : mat ou brillant ?
Le papier argentique
semblait réduit à deux
surfaces. Pourtant, on
pouvait jadis lui en compter
dix fois plus.
Dans notre texte p.59, nous
parlons de la présence de
l’argentique à Paris Photo.
Un vaste panorama de
tirages historiques et
contemporains s’y offrait
au spectateur. Les galeries
déclinent de fait un nuancier
prestigieux de ce que
l’industrie photographique a
pu produire en papier depuis
plus de cent ans. Malgré
cette variété, on constate
une certaine homogénéité de
surface en noir et blanc
comme en couleur à travers
le temps. La tendance est
F
plus au brillant ou semibrillant qu’au mat. Sans
doute parce que la
dynamique d’un papier
brillant est plus grande que
celle d’un mat. Son noir plus
profond restitue mieux des
effets en trois dimensions. Le
papier albuminé, très
répandu dans la deuxième
moitié du XIXe siècle, fut le
premier procédé de tirage
commercialisé à grande
échelle. Sa surface varie en
fonction de sa fabrication, du
satiné au brillant, assez
proche de celui que l’on
obtient avec les papiers
barytés brillants modernes
que l’on fait sécher à l’air
libre. Le tirage albuminé fut
décrié à ses débuts : son
brillant faisait vulgaire et non
artiste, au contraire du
papier salé mat élaboré par
les photographes euxmêmes et non de façon
industrielle. Le papier
albuminé devint le standard
du tirage photographique
jusqu’à ce qu’il soit détrôné
par le procédé gélatinoargentique au début du XXe
siècle, celui-là même que
nous utilisons encore
aujourd’hui.
La consultation des vieux
manuels Agfa, Gevaert,
Ilford, Kodak ou Lumière
montre la diversité des
surfaces du papier gélatinoargentique baryté : mat,
semi-mat, satin, brillant,
texturé à grain fin ou gros
grain, à trame de soie ou de
lin, velours, etc. La gélatine
d’un papier brillant séché à
chaud contre une plaque de
chrome donne le glacé des
photographies à bords
déchiquetés des albums de
famille. Aujourd’hui, le choix
des surfaces des papiers
barytés noir et blanc s’est
considérablement réduit.
Si le brillant est disponible
dans toutes les marques, en
ton neutre, froid ou chaud,
les semi-mat et mat ne se
trouvent pas dans tous les
tons. Le mat d’Ilford existe
en Classic mais pas en
Warmtone qui ne propose
que du brillant et du
semi-mat. On retrouve
l’équivalent chez Bergger
avec ses tons chauds CB
et CM sur une base moins
crème que chez Ilford. Le
mat à ton chaud de Foma
n’est décliné qu’en base
crème. Les papiers texturés
sont réduits chez Ilford au
Multigrade Art 300 et aux
Fomatone MG Classic 133,
532-II, 542-II.
En couleur, les nécessités
de traitement font que les
papiers n’existent qu’en base
plastifiée (RC). Chez Fujifilm
ou Kodak, qui sont les
derniers fabricants
d’émulsions couleur, les
surfaces se font en brillant,
satiné ou lustré. Le seul
papier réellement mat est
fourni par Fujifilm. Couleur
ou noir et blanc, le mat reste
de fait un secteur de niche.
Les papiers noir et blanc sont disponibles dans plusieurs surfaces comme le montrent
ces échantillons de Foma : brillant, satiné, mat ou filigrane mat.
photo © Tom Jannoff, lauréat du concours FEPN 2016
LA PASSION DU NOIR ET BLANC
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de la photographie argentique. Aujourd’hui, ILFORD et LUMIÈRE offrent une gamme
étendue de produits de qualité exceptionnelle aux photographes passionnés par la
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n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 63
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Dans le labo du photographe
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Elles sont une alternative aux
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production n’est plus suivie.
possèdent les mêmes
caractéristiques que les
précédents Apo Sironar S,
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réputés pour leur grand
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mm sont au programme.
On pourra facilement les
distinguer des anciens Apo
Sironar S : ils seront gravés
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Disponibles chez www.
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« Objectifs grand
format Rodenstock
Rodenstock propose une
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d’objectifs grand format
Apo Sironar S après avoir
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plusieurs années le secteur
argentique. Les objectifs
64 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
Darkroom Automation
propose un posemètre
d’agrandissement pouvant
servir de densitomètre.
Les mesures sont faites en
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Stouffer (www.stouffer.net)
sur la cellule de l’instrument
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« Newsletter de John
Sexton
John Sexton est un éminent
photographe paysagiste
américain. Ses images
s’inscrivent dans la lignée
spirituelle d’Ansel Adams.
Il fut d’ailleurs son dernier
assistant. Sa dernière
Newsletter relate la
satisfaction de Kodak Alaris
de voir renaître l’intérêt pour
la photographie argentique.
Les ventes du TMax P3200
ont été meilleures que prévu
et il est très probable que
l’Ektachrome 100 sera
décliné en 120 et en grand
format. Un des distributeurs
majeurs de produits
argentiques sur le continent
américain, Freestyle (www.
freestylephoto.biz), constate
que les ventes de films n’ont
cessé de croître depuis ces
trois dernières années.
Conclusion de John Sexton :
continuez d’utiliser du film,
des papiers et des produits
chimiques pour perpétuer la
magie de l’analogique.
John Sexton s’était fait le
relais de problèmes
rencontrés sur certains films
TMax en format 120 (lots
incriminés mentionnés sur
son site). Le papier de
protection laissait des
marques sur le négatif.
Kodak a corrigé ce défaut.
www.johnsexton.com
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Pour inciter les amateurs
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concentré sous forme de
petites poches. Pour
développer les films, l’Ilfosol
3 a été sélectionné, ainsi que
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Réponses REPORTAGE
Comment on devient
meilleur ouvrier
PHOTOGRAPHE
de France
Tous les trois ou quatre ans, des artisans photographes prétendent au titre
convoité de Meilleur Ouvrier de France. La session 2018 de l’examen s’est
tenue au mois de novembre à Pfastatt, en Alsace, avec un jury composé
en partie de précédents lauréats. Nous avons assisté à l’impitoyable
sélection qui permettra peut-être aux candidats, après des mois voire des
années de préparation, de recevoir le prestigieux titre, synonyme
d’excellence dans son métier. Texte et photos Thibaut Godet
Denis Luttenbacher,
photographe à Mulhouse
et membre du jury, se
fait agrafer la fameuse
médaille des Meilleurs
Ouvriers de France.
Réponses REPORTAGE
I
l y a les pâtissiers, les ébénistes, les
chocolatiers ou encore les chaudronniers. On le sait un peu moins, mais les
meilleurs ouvriers de France comptent
également dans leurs rangs des photographes. Il s’agit d’un des 230 métiers
représentés par l’institution. A bientôt cent
ans, le MOF, dans le jargon, est dans l’imaginaire collectif représenté par un chef toqué et au col tricolore. Mais il est avant-tout
un professionnel qui symbolise l’excellence
de sa pratique, quel que soit son métier.
Pour atteindre ce titre, peu de contraintes:
avoir plus de 23 ans et être capable de
“démontrer une maîtrise professionnelle”
de son activité. Mais en pratique, l’obtention de ce diplôme, reconnu et encadré par
l’Éducation nationale, est bien plus difficile.
Chez les photographes, il faudra un sérieux
bagage technique et une solide expérience
pour espérer rejoindre l’élite. Plusieurs
mois sont souvent indispensables pour se
préparer à rendre sa production. À Pfastatt,
dans la banlieue de Mulhouse, les délibérations du concours 2018 des Meilleurs
Ouvriers de France consacré à la photographie se sont déroulées dans un gymnase
municipal mi-novembre. La salle de sport,
transformée pour l’occasion en une grande
exposition, réunissait les images des 69
candidats qui ont rendu leur dossier, sur les
137 inscrits. Le jury, entièrement bénévole,
déambulait dans les allées d’accrochages
pour apprécier les travaux. À la fin, seuls
les meilleurs artisans photographes seront
reçus à la Sorbonne et à l’Élysée, diplôme
en poche, avec les lauréats des autres
professions reconnues. En photographie,
il existe deux catégories : art et industrie.
La compétition reste moins spectaculaire
que les concours destinés aux cuisiniers où
des dizaines de professionnels se lancent,
spatule en main, face au jury. Chez les
photographes, la compétition se déroule
uniquement par correspondance. Et pour
cause, les professionnels ont un dossier
complet à remettre. Il comprend quelques
grands tirages illustrant des thèmes extrêmement précis. Par exemple, la première
Un diplôme
de l’Education
Nationale
image demandée aux photographes d’art
est un reportage en extérieur, en format à
l’italienne et en noir et blanc. Le thème :
“Le vent et ses effets [...]. Au moins un être
humain sera sur la photo, il sera l’acteur,
le témoin ou la victime de l’effet météo
précité, mais il ne devra pas être l’élément
unique de l’image.” Plusieurs genres sont
exigés : reportage, portrait, sport pour les
photographes d’art, mobilier, corporate et
publicité pour les photographes industriels.
Le sujet demandé constitue chaque fois un
défi, comme le portrait d’un motard casqué en blouson noir et sur fond noir. S’il
faut être un photographe accompli pour
espérer remporter le titre, il faut également
exceller dans tous les genres. Une moyenne
de 18/20 était exigée cette année pour
espérer rejoindre les meilleurs ouvriers
photographes de France. D’ailleurs, trois
anciens lauréats faisaient partie du jury. Le
diplôme est synonyme d’exigence. Lors de
la notation, les juges n’hésitent pas à qualifier une image MOF ou pas MOF, comme
s’il s’agissait d’un seuil à franchir. Chaque
photographie est scrutée avec attention et
tout y est décortiqué. Le non-respect du
cahier des charges est éliminatoire, et le
jury est intransigeant sur le reste. Un éclairage aléatoire ou une retouche trop visible
sont autant de défauts qui peuvent être
constatés. “C’est normal un mariage au
24 mm ?” lance un des membres. Le MOF
cherche la perfection, et le diable se cache
bien souvent dans les détails. Il faut trois
jours au jury pour analyser les dossiers et
rendre son verdict. L’idée, sa réalisation,
son impact visuel et la qualité du tirage sont
jugés. Un Meilleur Ouvrier de France est
par ailleurs censé savoir tout faire. Y compris les tirages, qui sont très appréciés par
le jury. Pour les trois photographes MOF
présents lors des délibération, le parcours
vers cette distinction fut un véritable chemin de croix. À l’image de Jean-Christophe
Hecquet, un photographe installé dans
le Nord, et diplômé MOF en 2007. Pour
lui, chaque photographie doit se préparer
longtemps à l’avance. Ainsi, pour une photographie sur le thème des vitraux, il est
resté toute une nuit dans une église avec
son assistant. Il y a dégagé les chaises, installé son matériel et illuminé les colonnes
en light painting. Le tout avant de rendre les
clés des lieux au prêtre à quelques minutes
de la messe le lendemain.
Une obsession de la bonne image
Les deux ans donnés aux candidats pour
préparer le concours, après présentation
des sujets imposés, ne sont pas un luxe. “Tu
fais, tu refais, puis tu recommences” répète
Dominique Giannelli. “Il y a toujours un
moment où tu te bloques sur un petit détail
alors que tu passes à côté d’un élément
important. Ce n’est vraiment pas simple. Je
suis resté deux jours sur la photo d’un
aquarium, focalisé sur un minuscule
élément que personne ne voyait.” La
préparation du dossier de candidature
exige une hygiène de vie permettant de se
focaliser sur le concours. “Quand vous avez
les sujets, il faut s’y mettre tout de suite.
C’est un marathon. Les gens qui pensent
faire ça en trois semaines, il se loupent”,
confie Jean-Christophe Hecquet. “Cela
veut dire que les week-ends servent à
préparer le MOF, que la famille est mise en
veille”, ajoute Thomas Frey qui a déjà
candidaté il y a plusieurs années. Un
sacrifice d’autant plus important que les ³
Chaque détail compte. Le jury n’hésite pas à scruter à la loupe les tirages.
Les candidats sont notés sur de nombreux points. Une moyenne de 18/20 est exigée pour devenir MOF.
Dans chaque catégorie,
les prétendants ont le même
cahier des charges. À eux
ensuite de se démarquer.
Réponses REPORTAGE
Le jury était organisé en trinômes. Chaque image donne lieu à un débat pour essayer de rendre une note la plus juste possible.
photographes, souvent professionnels,
continuent à faire tourner leur boutique en
même temps qu’ils réalisent les épreuves.
Préparer ce diplôme n’est pas à la portée de
tout le monde et demande une réflexion sur
son travail et sur la manière de se démarquer.
“Je pars du principe que tout le monde va
faire la photo demandée d’une certaine
façon”, affirme Dominique Giannelli, lauréat
de la dernière édition en 2015. “Pour sortir
du lot, il faut réaliser l’image autrement.
C’est ce qui a toujours été mon leitmotiv, et
qui a également fait la différence.” À lui et
aux autres candidats, il avait été demandé
de photographier un poulet sortant du four.
Pour réaliser son image, il a découpé l’arrière
d’un four pour y placer au fond son appareil
muni d’un objectif grand angle. Une idée qui
a fait mouche et qui l’a démarqué des autres
prétendants. “Il faut avoir bien assimilé le
sujet pour en extraire les petits mots-clés qui
70 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
donnent toute la pertinence à l’image”,
affirme Thomas Frey, un des membres du
jury. Et cela, sans parler de la maîtrise de son
matériel, tout à fait indispensable pour se
présenter. Passer le MOF a une certaine
signification pour les artisans photographes.
Le Graal du
Graal, c’est
le MOF
La plupart des lauréats le tentent en milieu
ou en fin de carrière. “J’ai eu l’occasion de
gagner de nombreux prix, qu’ils soient
nationaux ou internationaux. Mais le Graal
du Graal, c’est le MOF”, affirme Dominique
Giannelli. Le président du jury de cette
édition, Denis Luttenbacher, a obtenu le
précieux sésame à 52 ans en 2000. Celui qui
tient la dernière boutique de photographe
de Mulhouse désirait alors voir si “presque
en fin de carrière” il pouvait se mesurer à
cette compétition. Même son de cloche
pour Jean-Christophe Hecquet. Lui a mis
près de 10 ans pour être reconnu MOF,
passant sur cette même période d’un travail
argentique à un travail numérique. À 47 ans,
cet amoureux de la compétition voulait
également savoir s’il était “toujours dans le
coup.” Chez les artisans photographes, ce
prix a une certaine renommée. Les sessions
n’ont lieu que tous les 3 ou 4 ans, et le nombre
de lauréats est extrêmement limité. “Il y a
des années où il n’y en a eu aucun ou alors
juste un seul”, témoigne Denis Luttenbacher
qui participe au jury depuis maintenant 15
ans. De fait, ce diplôme a un impact sur le
travail des photographes. “Quand tu fais un
LA GRANDE ÉCOLE DE
devis en signant meilleur ouvrier de France,
tu as un peu moins besoin de faire du baratin
pour signifier que ce que tu vas produire
sera de qualité”, lance Dominique Gianelli.
Et cette décoration a aussi été appréciée par
ses clients, des entreprises qui ont
communiqué sur le fait qu’elles employaient
les services d’un meilleur ouvrier de France.
Photographie
De bac à bac+3
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D’OCTOBRE À SEPTEMBRE
Une responsabilité plus lourde
Chez les artisans photographes tournés
plutôt vers le grand public, le diplôme n’a pas
la même signification. “Pour quelqu’un qui
tient une boutique, il y a une petite retombée
commerciale. Mais c’est principalement un
respect que l’on acquiert de sa clientèle. On
est bien sûr très loin des résultats des
meilleurs ouvriers de France chez les chefs
en cuisine qui sont bien plus médiatisés”,
compare Denis Luttenbacher. Thomas Frey
est plus partagé sur la question. “C’est une
reconnaissance à double tranchant. Pour ma
part, j’ai ma boutique à la campagne où les
gens sont sensibles à la qualification
professionnelle. Un brevet de maîtrise, ils le
reconnaissent, le MOF encore plus. Ils sont
donc sensibles aux titres. Mais ce diplôme
peut être considéré à l’inverse comme la
justification d’une tarification élevée. Les
clients peuvent se dire : s’il a le MOF, c’est
qu’il doit être cher. Et là, on peut très bien
perdre sa clientèle.” Il n’empêche que le
concours reste une institution. Une
récompense qui pousse les artisans
photographes à se dépasser au quotidien.
“On n’a pas le droit de décevoir. Être MOF,
c’est une reconnaissance, mais il faut que la
qualité du travail soit là”, conclut JeanChristophe Hecquet.
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Tél : 01 43 46 86 96 Mail : efet@efet.com
De gauche à droite,
Dominique Giannelli
MOF en 2015,
Jean-Christophe
Hecquet, MOF en 2007
et Denis Luttenbacher,
MOF en 2000.
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 71
Regard PORTFOLIO
LJUBISA DANILOVIC
LE BOUT DU MONDE
Pour son nouvel ouvrage intitulé “La Lune de Payne”, Ljubisa Danilovic s’est rendu en Roumanie,
là où le Danube se perd en un immense delta avant de se fondre dans la mer Noire. Cette frontière
de l’Europe à l’air de bout du monde a exercé sur le photographe un étrange pouvoir, et l’a forcé à se
remettre en question. Il nous livre des paysages hantés et des portraits intenses. Rencontre. Julien Bolle
72 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 75
Regard PORTFOLIO
76 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
Regard INTERVIEW
LJUBISA DANILOVIC
j’étais enfant. Il m’a semblé que c’est une
crainte aujourd’hui partagée par beaucoup,
à l’heure où l’on assiste à un épuisement
global des ressources et à la disparition des
espèces animales... Dans ce lieu autrefois
prospère et aujourd’hui déserté, j’ai trouvé
un écho à cette réflexion.
©THÉO/SYNCHRO X
Pour autant tes images possèdent une
part de lumière, d’espoir, notamment
dans les portraits.
En 5 dates
«2003 : Sortie du livre Avoir 20 ans à Belgrade
(éditions Alternatives)
«2014 : Co-fonde, avec Sabrina Biancuzzi, le
stage Milk Photography Masterclass
«2015 : Sortie du livre Le désert russe (éditions
Lamaindonne)
«2018 : Rejoint le collectif Tendance Floue
«2018 : Sortie du livre La lune de Payne
(éditions Lamaindonne)
On t’avait quitté en 2013 en Russie
(voir RP HS n°17), on te retrouve
aujourd’hui en Roumanie. Qu’es-tu
allé chercher dans le delta du
Danube ? Qu’y as-tu trouvé ?
Je voyage depuis longtemps en Roumanie
car j’y ai des attaches familiales, mais c’est
en 2010 que je découvre le delta du Danube, d’abord à travers des images. Celles
d’un jeune réalisateur nommé Thomas
Ciulei et de son documentaire « Asta e ».
Ce fut une claque. Ces paysages immenses
me parlent, je sais que je dois m’y rendre.
Ce que je fais d’abord en famille, puis depuis 5 ou 6 ans, pour photographier seul, à
raison d’un ou deux voyages par an. Chez
moi, l’envie de photographier provient toujours de la fascination pour un territoire.
A chaque fois le lieu n’est qu’un décor sur
lequel je peux projeter un espace mental.
Ça a été le cas pour mon précédent livre, le
Désert Russe. Ce long voyage fut pour moi
ce qu’on appelle en psychologie «la traversée de la vallée des larmes », un prétexte pour raconter le deuil de mon père.
Ici, le Danube a fait résonner en moi cette
« crainte de l’effondrement », liée à une expérience psychique profonde vécue lorsque
78 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
Oui, je voulais en quelque sorte me
confronter à ce qui vient après l’effondrement. J’avais aussi très envie de me mettre
au portrait. C’est un défi que j’ai voulu relever. J’ai donc envisagé ces personnages
comme des survivants,
porteurs d’espoir. J’ai alors
ressenti ce lieu comme un
endroit rassurant. Si ces
gens peuvent aller au delà
du chaos, je me suis dit que
je pouvais aussi le faire,
du moins artistiquement.
Même si j’ai photographié
des lieux abandonnés, je ne voulais pas
m’enfermer dans une esthétique de la désolation, tomber dans l’urbex facile et stérile.
Je montre des choses simples, voire triviales, des murs de tôle, des toits en paille,
mais qui traduisent selon moi une relation
à la nature très simple et saine. L’omniprésence de l’eau était un autre élément apaisant dans ces paysages où le regard porte
très loin.
lisé que pour bien photographier le delta, il
fallait se cantonner aux images verticales.
C’était le seul moyen de traduire visuellement cet espace démesuré, qui embrasse
énormément de ciel et de terre - ou d’eau
suivant l’endroit où l’on se trouve. Les paysage horizontaux étaient trop classiques. Je
ne voulais pas tomber dans le piège de l’illustration et me contenter d’une succession
de belles images bien composées, mais qui
s’épuisent au premier regard. Ce parti-pris
radical m’a permis d’affirmer un regard d’auteur, et d’explorer davantage la dimension
narrative, en me concentrant sur la séquence
des images. J’ai travaillé très longtemps
avant de trouver la bonne sélection et le bon
agencement, jusqu’à ce que
les images dialoguent entre
elles. Chaque association
est pensée, même quand
les images ne sont pas sur
la même double page. Ainsi,
par capillarité, les paysages
deviennent des portraits, et
inversement. Tu parlais de
subjectivité. Aujourd’hui, je souhaite toujours
être subjectif, mais non pas par les prises de
vue en elles-mêmes, plus par la narration
photographique. J’aimerais que mon propos
transparaisse à l’échelle du livre.
Ces gens sont
des survivants,
des porteurs
d’espoir
Ton approche photographique a aussi
changé. On passe d’une photo en
mouvement, subjective et granuleuse,
à des images plus statiques, neutres
et douces. Comment s’est opérée la
transition ?
Ce fut un processus très long. Au début, je
savais juste que je ne voulais pas me répéter. Les images sombres et contrastées du
désert russe m’avaient servi de catharsis et
je pouvais maintenant laisser ce style derrière moi pour quelque chose de plus doux
et lumineux, correspondant davantage à ce
que je suis aujourd’hui. Le fait que je sois
passé au numérique a aussi contribué à
cette évolution. Pour cette série, j’ai utilisé
différents boîtiers APS-C Fujifilm X.
Le parti-pris le plus marquant du livre
est l’usage exclusif du cadrage
vertical. Pourquoi ce choix ?
Cela a constitué un tournant déterminant
pour ce projet. Je voyageais déjà depuis 2
ou 3 ans, j’avais fait beaucoup d’images mais
elles me laissaient perplexes. Et puis j’ai réa-
Des images simples qui prennent leur
sens une fois organisées en série, c’est
une longue histoire, de Robert Frank à
Vanessa Winship. Tu cites d’ailleurs
cette dernière comme influence...
La découverte du livre de Vanessa Winship
« She Dances on Jackson » a été en effet
importante pour l’évolution de mon travail.
Je ne suis pas particulièrement obnubilé par
son œuvre, son sujet est différent, mais je
trouve qu’avec ce livre elle a réussi quelque
chose de décisif autour de la narration et
de la suggestion photographique. Elle laisse
au spectateur le soin de naviguer entre des
images faussement neutres. Leur contenu
latent est peu à peu révélé par la séquence
au fil des lectures. J’ai vu une direction à
suivre dans cette simplicité apparente. J’ai
essayé en toute humilité d’affirmer encore
davantage cette tendance dans mon propre
livre. Comme elle, je me suis dirigé vers
un travail plus en demi-teintes, avec des
images certes moins accrocheuses au premier regard, mais vers lesquelles on a envie
de revenir, par une sorte de magnétisme.
J’ai essayé de m’effacer le plus possible
au moment de la prise de vue, un peu à la
manière des opérateurs envoyés par Albert
Kahn pour documenter le monde au début
du XXe siècle.
numériques. J’ai exploré les tirages au
platine et au palladium, magnifiques mais
trop plombés dans les noirs à mon goût.
J’ai alors rencontré Fanny Boucher, dernier
artisan à maîtriser l’héliogravure, procédé
d’impression prestigieux mais très coûteux. La plaque d’impression en acier est
un superbe objet, à la fois négatif et positif
selon l’angle et la lumière. J’ai fait produire
quelques matrices de mes images afin de
pouvoir réaliser des tirages de commande.
En cherchant l’encre adéquate, Fanny m’a
parlé du gris de Payne, c’était tellement
beau ! Et même si le livre n’est pas réalisé
avec ce procédé pour d’évidentes raisons
de coût, j’ai souhaité en conserver l’esprit,
au moins dans le titre.
Tu as essayé de t’en approcher avec
l’imprimeur ?
Il était illusoire de vouloir imiter l’héliogravure en offset, mais je savais que je voulais
obtenir des images mates et douces comme
avec ce procédé. Avec mon imprimeur EBS
et mon éditeur David Fourré, nous avons
essayé toutes sortes de combinaisons papier-encre jusqu’à obtenir le résultat souhaité. Finalement, j’ai opté pour un rendu
un peu plus chaud que ce qu’aurait donné
l’héliogravure, et j’en suis très satisfait.
Quel est ton prochain projet ?
Comment as-tu abordé les gens que
tu as photographiés ? Pourquoi
n’indiques-tu pas leur nom ?
Je les aborde deux manières, soit je les
repère dans la rue et je vais leur parler tant
bien que mal en roumain, soit je passe par
des intermédiaires et des traducteurs. Par
exemple un patron de café de Sulina a bien
voulu faire le « fixeur » pour moi en m’envoyant vers des personnes de sa connaissance. Il m’a un jour accompagné à l’école
du quartier pour pouvoir faire des photos
d’enfants. Mais la plupart du temps, ce n’est
pas élaboré en amont ni dirigé, je prends les
portraits là où je rencontre les passants. Il
n’y a aucune velléité documentaire dans ce
travail, il s’agit de rencontres éphémères. Je
ne connais rien de ces gens et de leur vie,
ce sont des personnages de mon théâtre
intérieur, tout comme les paysages sont
des paysages mentaux. D’où l’absence de
légendes. Il ne s’agit pas de décrire.
Comment t’est venu le titre « La Lune
de Payne » ?
Oh c’est une longue histoire ! Le titre est
venu assez tard, au moment d’écrire une
préface que je n’ai d’ailleurs pas gardée.
La Lune, sans doute parce que je suis féru
d’astrophysique, et que j’observe souvent
l’astre à la lunette, je me balade même
dessus grâce au site Google Moon ! Or
j’ai trouvé une résonance flagrante entre
ces paysages désolés et ceux du delta du
Danube. Ce territoire immense est pour
moi le pendant terrestre de Mare Vaporum, l’une des mers de la Lune... même
si chez nous il reste encore de l’eau, mais
pour combien de temps ? Regarder la Lune
c’est un peu comme regarder notre futur !
Ce titre est aussi une référence directe au
gris de Payne, un terme exquis que j’ai découvert dans la bouche de Fanny Boucher.
J’étais alors à la recherche d’un support
photographique pérenne pour mes tirages
Il s’agit d’un travail de longue haleine
puisque j’ai commencé à l’écrire il y a déjà 7
ans. Cela devait prendre la forme d’un film,
mais ce sera finalement un livre confrontant des écrits avec des photos de portraits
et de paysages réalisées cette fois-ci au
moyen format numérique couleur. Ce projet a pour titre “Georgia”, du nom du bateau
qu’a pris en 1906 un certain Ljubisa Danilovic, un homonyme originaire comme moi
du Monténégro, pour relier Trieste à New
York. J’ai commencé à suivre moi-même
son parcours jusqu’à l’Italie, qui passe par
la Bosnie, notamment les villes souvent
meurtries de Mostar et Sarajevo, puis par la
Croatie. Ce livre sera une conversation fictive entre lui et moi sur le thème de l’exil et
de l’acculturation, ponctuée par les lettres
envoyées à sa famille. J’ai aussi mené des
interviews d’exilés d’origines diverses, qui
m’ont servi à imaginer l’histoire fictive de
cet homonyme, et à lui donner une dimension universelle. J’aimerais avancer plus
vite, mais ça devient difficile aujourd’hui
de mener sereinement un travail d’auteur.
Le modèle économique de la photographie
vacille, et les photographes doivent être de
plus en plus créatifs et déterminés dans
l’élaboration de leurs projets.
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 79
Regard DÉCOUVERTE
GUILLAUME SQUINAZI
LONGUES-VUES
80 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
Entre ses commandes pour Le Monde, Le Figaro Magazine, VSD, Libération ou encore Stern View, le
photojournaliste Guillaume Squinazi a pris un peu de hauteur et de distance pour élaborer une série
personnelle pour le moins originale. Il s’est servi des longues-vues que l’on trouve en haut des sites
touristiques de Paris, Londres et New-York pour scruter ces métropoles d’un œil nouveau. En fixant
ces vues éphémères grâce à un procédé tenu secret, Guillaume Squinazi détourne un outil populaire
et nous fait découvrir des scènes inédites, dévoile des perspectives et des détails inattendus. Entre
infiniment grand et infiniment petit, objectivité et subjectivité, sa série interroge notre rapport aux
villes. Et pas besoin de mettre une pièce (sauf si vous voulez vous offrir un de ses livres) ! Julien Bolle
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 81
Regard DÉCOUVERTE
Pourquoi photographier à travers une
longue-vue touristique ?
En me promenant dans Paris, ma ville
natale, j’ai rencontré une longue-vue. Intrigué, j’ai mis une pièce pour l’utiliser et j’ai
été fasciné par les images qu’elle laissait
entrevoir. Mais, au bout d’une minute, la
longue vue s’est fermée, la magie avait disparu. J’ai pensé immédiatement qu’il fallait
trouver un moyen de saisir ces images. Les
longues-vues sont placées dans des
lieux touristiques où un très grand nombre
82 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
de photos sont prises chaque jour, souvent
avec des objectifs grand angle. Les images
observées au travers des longues-vues
m’ont alors paru très précieuses, du fait de
leur évanescence. Sans la technique que
j’ai ensuite mise au point, elles n’étaient
pas capturables. Leur singularité est telle
qu’aucun appareil au monde ne peut produire directement ce type d’image. Au-delà du timing imposé par la
petite pièce, quelles contraintes
techniques ce projet a-t-il exigé ?
Les contraintes techniques ont été nombreuses : il m’a fallu gérer simultanément
deux mises au point, celle de la longue
vue et celle de mon appareil photo. Il a été
également nécessaire de créer un adaptateur pour pouvoir positionner à la bonne
distance l’appareil devant la longue-vue.
J’ai dû compenser la perte de lumière
importante produite par les deux focales,
et tenir compte des lumières polluantes qui
rentraient parfois dans le cadre.
Quel matériel utilisez-vous ?
J’utilise un Canon 5D, avec un objectif spécifique et une bague adaptatrice
que j’ai créée pour cet usage. Le capteur 24x36 du 5D saisit bien les hautes
et les basses lumières. L’objectif et l’adaptateur m’ont permis de capter dans son
ensemble le cercle que produit la longue
vue. C’est précisément l’image que l’on
voit lorsque l’on y place son œil. À Londres,
les longues-vues sont numériques. J’ai dû
utiliser ma propre longue-vue, et la dépla-
cer dans les principaux lieux touristiques de
cette ville.
Les gens vous demandent-ils des
“trucs” pour faire la même chose ?
Oui, je sens toujours des regards curieux
quand je produis mes images, et on me
questionne. Mon matériel étant spécifique,
j’ai réussi à garder le secret de fabrication! La
curiosité ne dure jamais très longtemps, les
visiteurs sont plutôt occupés à produire
leurs selfies ou leurs vues panoramiques. Quellefutl’imagelaplusdureàréaliser?
Les images réalisées de nuit ont été
très difficiles à produire. La perte de lumière due aux deux focales y est très importante. Il a fallu trouver les rues où la lumière
artificielle ambiante est forte et choisir le
court moment qui précède la nuit. Les
images à l’intérieur des immeubles ont été
également produites à des moments précis,
où la lumière “entre chien et loup” permet
d’avoir simultanément une bonne exposition à l’intérieur et à l’extérieur.
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 83
Regard DÉCOUVERTE
Entre les lieux et les cadrages, les possibilités sont immenses. Comment avezvous décidé d’orienter votre série ?
En effet, la longue-vue saisit d’infimes parties de la ville. J’ai donc dû faire beaucoup
de repérages, et bien entendu un travail
d’editing très important. Je me suis réapproprié l’idée de “Mind Mapping”. Ainsi, je
photographie des lieux emblématiques de
la ville, qui me touchent, mais aussi des
endroits qui m’évoquent des souvenirs
personnels. C’est en réalité ma propre carte
des villes que je propose avec ce travail.
84 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
Selon vous, que dit ce travail sur les
villes ? Que vous a-t-il fait découvrir ?
Ce travail fait résistance à l’immensité de la
ville. L’infiniment grand se retrouve enfermé dans un cercle infiniment petit. Tous ces
cercles mis bout à bout composeraient la
ville que l’on connaît mais celle-ci demeure
insaisissable dans sa globalité. Les lieux
touristiques très visités ont un panorama
si dense et porteur de tant d’informations,
qu’on y voit, en même temps, tout et rien de
la ville. Le cercle de la longue-vue permet
une vision détaillée que l’on peut se réap-
proprier. De plus, à l’heure où nos faits et
gestes sont scrutés en permanence par des
caméras, j’ai saisi de nombreuses images,
au travers de la longue-vue, comme issues
de la vidéosurveillance. Un vrai regard de
“photographe-espion” ! La hauteur, le grossissement et les angles utilisés ont composé
des images aux arrière-plans incroyables.
J’ai aussi découvert des personnages qui
déambulaient sans percevoir l’influence de
l’objectif. Enfin, la démarche de cette série,
par sa mise en scène de l’éloignement, se
retrouve en opposition à mon travail de
photojournaliste où l’on cherche toujours à
se rapprocher des scènes observées, avec
des objectifs en général proches de la vision
humaine.
Comptez-vous le poursuivre ?
Après Paris, j’ai réalisé Londres et New
York, villes pour lesquelles j’avais des
souvenirs précis et des idées d’images. Je
compte en effet développer ce travail dans
d’autres villes, et peut-être même utiliser
systématiquement la longue-vue pour les
appréhender.
Est-ce compliqué de mener à bien
des séries personnelles quand on est
photojournaliste professionnel ?
Il y a 15 ans, quand j’ai commencé en
tant que photographe professionnel, mes
séries personnelles étaient moins nombreuses que mes reportages photographiques qui bénéficiaient d’une grande
régularité de commandes. Puis le numérique et une conjoncture défavorable ont définitivement bousculé la pratique photographique. Il a fallu réinventer le médium, pour
continuer à exister en tant que photographe. Les séries personnelles ont donc pris une
grande place dans mon travail et ont désormais une véritable influence dans le traitement de mes reportages. Parcours/actualité : Photojournaliste,
Guillaume Squinazi réalise aussi des séries
personnelles. Sa série Longues-Vues
sera exposée du 10 janvier au 5 février
à la Librairie Fontaine Haussmann (50 rue
de Laborde, 75008 Paris). Elle fait aussi
l’objet de deux livres à paraître en février.
Précommandes sur aparisianinparis.fr
n°322
n°322 janvier
janvier 2019
2019• Réponses
Réponses PHOTO 85
Agenda
EXPOSITIONS
Ericka Weidmann
Tous humains (Paris)
“Déclarations”, expo de Sebastião Salgado au Musée de l’Homme (Place du Trocadéro, 16e), jusqu’au 30 juin 2019
Pour commémorer les 70 ans de la signature de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme,
Sebastião Salgado a choisi d’illustrer 7 des 30 articles au sein d’une exposition présentée au Musée
de l’Homme. L’occasion de revenir sur ses 40 ans de carrière autour du thème “En droits” !
C’
est à travers une sélection de
photographies réalisées sur l’ensemble de
sa carrière, et aux quatre coins du monde, que
Sebastiáo Salgado a choisi d’illustrer l’Histoire de
nos droits en cette célébration anniversaire de la
Déclaration universelle des Droits de l’Homme.
Il s’est attaché à puiser dans ses archives de plus
de 40 ans de reportages, des images qui
défendent les droits de l’Homme, de tous les
Hommes. Sept décennies se sont écoulées
depuis le dépôt du texte et on ne peut que
constater que nos droits restent fragiles, quand
86 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
ils ne sont pas tout simplement bafoués. Parmi
les 30 articles qui composent cette déclaration,
le photographe d’origine brésilienne en a retenu
7, et se sont au total 30 photographies réalisées
dans plus de 20 pays, qui dérouleront l’histoire
au travers de nos droits fondamentaux. Ces
images illustrent, entre autres, le droit à la vie, le
droit à l’asile, à la liberté de pensée, de
conscience et de religion ou le droit au travail ou
à l’éducation, et répondent aux œuvres d’autres
artistes présentées dans le cadre de cette
exposition intitulée : « En Droits ! ».
Ci-dessus : Le camp de
Kibeho, Rwanda, 1995.
Ci-contre de haut en bas :
Moment de prière au sud
de Djanet, Algérie, 2009 ;
Centre de réhabilitation
Amar Jyoti, East Delhi,
Inde, 2001 ; Fondation
pour le bien-être de
l’enfance, São Paulo,
Brésil, 1996.
© NATHALIE DÉPOSÉ
Artistes émergents (Paris)
“Bourse du Talent”, BnF (13e), jusqu’au 3 février 2019.
C
© LORENZO MELONI / MAGNUM PHOTOS
ette année, la Bourse du Talent fête ses 20 ans. Attribuant
une bourse chaque trimestre, elle aura récompensé et
aidé 80 photographes dans leur jeune carrière. La
Bibliothèque nationale de France présente, sur ses cimaises,
les lauréats du cru 2018 accompagnés de quelques coups de
cœurs. L’occasion de découvrir les travaux des photographes
de demain avec une série reportage de Marianne Barthélemy,
des portraits signés par William Bunel, la mode avec Marie
Moroni et enfin le paysage avec les travaux de Nathalie
Déposé. La Fondation Picto est organisatrice de l’événement
avec le site internet photographie.com.
Un combat pour les droits (Paris)
© SEBASTIÃO SALGADO / AMAZONAS
“Les Uns envers les Autres”, à la Galerie Wanted
(23, rue du Roi de Sicile, 4e), jusqu’au 12 janvier 2019.
A
mnesty International propose une exposition, collective
cette fois, pour fêter également les 70 ans de la
Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Cette expo
s’articule autour de 9 thèmes et une dizaine d’artistes dans le
but de sensibiliser les valeurs portées par ce texte. L’ONG se
bat au quotidien pour que les hommes et les femmes du
monde entier puissent conserver ces droits et puissent vivre
dans un monde de justice, de liberté et d’égalité.
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 87
Agenda
EXPOSITIONS
En musique ! (Paris)
“Doisneau et la musique”, à la
Philharmonie de Paris (221 av. Jean
Jaurès, 19e), jusqu’au 28 avril 2019.
ATELIER ROBERT DOISNEAU
C’
est une exposition inédite
de Robert Doisneau que nous
propose le Musée de la Musique à la
Philharmonie de Paris. L’un des plus
célèbres photographes humanistes
français a immortalisé le monde de
la musique du siècle dernier : des bals
aux concerts de jazz, en passant par
une impressionnante collection de
portraits d’artistes (de Brassens à
Aznavour en passant par Juliette
Gréco et jusqu’aux Rita Mitsouko...).
C’est une centaine d’images qui sont
réunies ici, sous la houlette de la
commissaire et petite-fille du
photographe, Clémentine Deroudille.
Une proposition résolument moderne,
puisque l’exposition nous dévoilera un
aspect moins connu de son œuvre
avec ses photomontages et travaux de
collage, le tout en musique, avec une
bande sonore du groupe Moriarty !
Errances du bout du monde (Paris)
“Oculus”, exposition de Yusuf Sevinçli à la Galerie
Les Filles du Calvaire (17, rue des Filles-du-Calvaire, 3e),
jusqu’au 12 janvier 2019.
C
© GAIA SQUARCI
ela fait cinq ans que le photographe turc n’avait pas
exposé à la galerie des Filles du Calvaire. Il revient avec
une nouvelle série sobrement intitulée “Oculus”, qui en latin
signifie “œil”. Et son œil, il va le poser avec une incroyable
exactitude de temps, sur des instants collectés lors de ses
errances : des paysages, des animaux ou des personnages
qui croiseront son chemin. Ici peu importe les pays traversés,
seul compte son regard qu’il traduit en noir et blanc dans
des images aussi poétiques que contrastées.
Dans l’objectif des femmes (Lille)
© YUSUF SEVINÇLI / FILLES DU CALVAIRE
“30 under 30 Women Photographers”, à la Maison
de la Photographie (28 Rue Pierre Legrand, 59800 Lille),
jusqu’au 6 janvier 2019.
88 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
E
lles sont 30. 30 femmes photographes contemporaines
venues du monde entier et de tous horizons ! Elles sont
issues d’un collectif lancé par Photo Boite en 2010. Dans cette
exposition, il s’agit de mettre à l’honneur le travail de ces
femmes, en réponse à l’invisibilisation dont elles souffrent. Elles
témoignent ici de ce que c’est que d’être photographe et femme
dans un secteur dominé par les hommes.
Portrait de Famille (Céret)
“Joséphine”, expo d’Arno Brignon à Lumière d’Encre
(47 rue de la République, Céret), jusqu’au 26 janvier 2019.
L
© LETIZIA LE FUR
e photographe toulousain Arno Brignon partage dans cette
exposition des clichés intimes, dont l’héroïne est Joséphine,
sa fille unique. La photographie comme témoin du temps qui
passe, et d’un fixateur d’instants, Arno place dans le viseur les
moments partagés en famille. Ces images, d’une grande douceur,
sont issues de la production personnelle du photographe, il ne
souhaite pas réaliser une “série”, il aime à penser que l’image
stoppera l’instant empêchant ainsi que sa fille grandisse trop vite.
Road trip en Alpine (Paris)
“Hit The Road”, de Letizia Le fur à l’Espace Leica (105109 rue du fbg Saint-Honoré, 8e), jusqu’au 12 janvier 2019.
© ARNO BRIGNON / SIGNATURES
L
’espace photographique Leica de Paris présente le résultat
de la carte blanche de la lauréate du concours “Hit The
Road” lancé par Leica et Alpine. La photographe Letizia Le Fur a
embarqué 4 jours durant à bord d’une Berlinette, pour un road
trip dans le sud de la France. Le défi est relevé avec brio pour
nous offrir un voyage tout en délicatesse.
Promesses ukrainiennes (Douchy)
“L’âme un subtil moteur à explosion”, exposition
de Boris Mikhaïlov au C.R.P. (Places des nations
Douchy-les-Mines), jusqu’au 24 février 2019.
L
© BOGDAN KONOPKA
’exposition au titre énigmatique interroge, à travers deux
séries, l’histoire nationale, du passé soviétique à l’Ukraine
actuelle. “Promzona” nous mène sur les lieux d’un site industriel
où Mikhaïlov a travaillé comme ingénieur 40 ans plus tôt et “Salt
Lake” où l’on découvre la ville d’où son père était originaire. C’est
la première fois que cette série, réalisée en 1986, est présentée
dans une institution française.
Portrait intime (Paris)
“Un conte polonais”, expo de Bogdan Konopka à la
galerie Folia (13, rue de l’Abbaye, 6e), jusqu’au 12 jan. 2019
© BORIS MIKHAÏLOV
E
n résonance à l’ouvrage publié aux éditions Delpire (voir
aussi page 60), l’exposition rassemble une sélection de
clichés réalisés en Pologne tout au long de ses 40 ans de
carrière. Il dresse ainsi le portrait intime de son pays natal et
interroge la position de l’homme face à un territoire et son
histoire. Mêlant portraits posés (de dos), paysages, ou scènes de
vie prises à la volée, il cartographie en noir et blanc l’ADN d’un
peuple, avec un regard sensible et touchant.
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 89
Agenda
SPÉCIAL LIVRES
PLANÈTE - VOYAGE
L’ère est humaine
“Anthropocene”, photos d’Edward Burtynsky, éditions Steidl, 236 pages,
36x28,7 cm, 95 €.
Le canadien Edward Burtynsky élabore depuis 15 ans un ambitieux
portrait de la planète, révélant par ses points de vue élevés les
cicatrices que lui inflige l’humanité. Son dernier opus s’inscrit dans
un concept plus global, celui d’anthropocène. Vertigineux...
yyyyy
B
ien qu’il réutilise en partie des images déjà publiées, ce
nouvel opus prend encore de la hauteur et de l’ampleur.
Privilégiant les vues aériennes, Edward Burtynsky y scrute de
façon méthodique mais pas moins spectaculaire la façon dont
l’homme refaçonne la planète à grande échelle, étayant ainsi la
thèse de l’anthropocène (« l’Ère de l’Homme »). Soutenu par de
nombreux scientifiques mais non encore officialisé, ce concept
vise à entériner l’impact global des activités humaines sur
l’écosystème terrestre, et même sur sa géologie. Quand on voit
défiler les paysages défigurés par les mines à ciel ouvert ou
90 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
simplement par l’urbanisation, les côtes reconfigurées par des
digues artificielles, ou les forêts éventrées par la pollution, il est
difficile de nier l’évidence. Comme dans ses précédents travaux,
ses images sont à la fois superbes et terrifiantes, comme toute
bonne vision d’apocalypse... Dans ce projet qui prend aussi la
forme d’une exposition itinérante, le photographe a exploré les
possibilités de la vidéo et de la réalité augmentée, dont on peut
faire l’expérience de façon interactive en fin d’ouvrage. Des
poèmes bien choisis ainsi que des essais approfondis ponctuent
ce livre, pour l’instant uniquement disponible en anglais. JB
Au cœur de l’océan Arctique
“Terre Froide”, photos de Philippe Bigard, éd h’artpon, 112 pages, 30x22,5 cm, 49€.
yyyyy
L
e photographe Philippe Bigard signe ici son premier ouvrage.
Cet amoureux de la nature et des grands espaces est parti à
la découverte de l’archipel du Svalbard, en Norvège, au plus près
du pôle Nord. En 9 jours d’errance, le photographe a ramené des
images d’une grande poésie; des blocs de glaces flottants à la
surface de l’océan, des paysages enneigés et cette faune qui se
fragilise chaque jour un peu plus à cause du réchauffement
climatique... On ne peut que voir la beauté de ces photographies
en noir et blanc, parmi lesquelles s’est glissée une seule et unique
image colorée, d’un bleu glacial, laissant apparaître le vol d’un
oiseau. Certains paysages deviennent des tableaux abstraits, faits
de matières et de nuances. La mer et la glace se confondent pour
ne laisser qu’un jeu de lignes en noir et gris. Ce photographe
alpiniste a pu explorer les zones les plus difficiles d’accès. EW
Mère des Hommes
“Beauté Mer”, photos de Ben
Thouard, éditions National
Geographic, 288 pages,
28x35 cm, 89€.
yyyyy
L
es océans, berceau de la vie, recouvrent plus de 70% de la
surface de la Terre et restent pourtant l’un des plus grands
mystères pour l’Homme... Ben Thouard vit à Tahiti, c’est un
photographe passionné de surf qui réunit ici des clichés pris
à fleur d’eau, pour figer le mouvement des vagues. Il a
photographié les baleines, requins, dauphins et autres bancs de
poissons, et nous révèle les paysages d’archipels où la mer est
d’un bleu cristallin avec des vues aériennes, on foule le sable des
plages paradisiaques… “Beauté Mer” dresse à travers 360 images
un portrait aux mille visages des océans avec ses immenses
photographies qui se déplient sur 4 pages. Les images sont
accompagnées des textes d’Olivier le Carrer, journaliste.
Ce livre vous fera voyager, mais surtout il vous fera rêver ! EW
Sur la route de la soie
“Silk Road”, photos de Kishin
Shinoyama, éditions Louis Vuitton,
304 pages, 24x31 cm, 50€.
yyyyy
P
armi la dernière collection d’édition
photographique de Louis Vuitton
“Fashion Eye”, on compte “Silk Road” de Kishin Shinoyama.
Originellement, cette édition a vu le jour au Japon en 1981, et
était constituée de 8 volumes, le résultat de ses nombreux
voyages répartis en différents livres. Ils sont ici tous réunis au sein
d’un même ouvrage à la couverture orangée. Il s’agit là d’un
véritable carnet de voyage, empruntant la route de la soie, qui
débute au Japon, pays natal du photographe, pour se finir sur les
rives du Bosphore, en Turquie. On fait défiler les pages, comme
on parcourt les kilomètres, le papier très fin n’est pas sans
rappeler la légèreté et la finesse de la soie. Cap sur l’Asie et
l’Orient, dans la Chine, la Corée, le Japon, l’Afghanistan, le
Pakistan, la Syrie et la Turquie des années 70 et 80. EW
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 91
Agenda
SPÉCIAL LIVRES
PLANÈTE - VOYAGE
Voyage intemporel
“Terres Nues”, photos de Jean
Hervoche, éditions de Juillet,
200 pages, 22x25 cm, 35 €.
yyyyy
D
es paysages somptueux et intemporels mêlés à des scènes
de vie énigmatiques, “Terre nues” nous emmène au delà des
frontières, celles des pays lointains, mais également celles du
temps. Nulle légende pour nous guider, la volonté de ce livre est
d’oublier où nous sommes pour nous faire voyager et nous faire
découvrir des paysages insolites glanés aux quatre coins de la
planète. Le photographe, Jean Hervoche, est un voyageur
solitaire. Pour ce livre il s’accompagne du poète et écrivain
Joël Vernet, qui rend hommage aux hommes et aux éléments.
Les images en noir et blanc sont parfaitement sublimées par
le choix du papier, qui offre douceur et profondeur aux photos.
Les paysages des terres nues prennent vie… EW
Terre fragmentée
“Kola”, photos de Céline Clanet,
éditions Loco, 160 pages,
22x26 cm. 45€.
yyyyy
L
a péninsule de Kola est située au-delà du cercle polaire,
à l’extrême nord-ouest de la Russie. Pendant 5 ans, la
photographe Céline Clanet s’est emparée de cette région où
chaque hiver, le soleil se cache 2 mois durant. Elle est partie à la
rencontre de ses habitants et à la découverte de ses paysages
vêtus de blanc. Par ses portraits et ses paysages, elle nous
révèle un territoire fragmenté, partiellement inaccessible et
partagé entre activités militaires secrètes, industries minières
et peuples nomades éleveurs de rennes. Au milieu de l’ouvrage
se cache un texte de Christian Garcin, mêlant fiction et Histoire,
dont les personnages photographiés deviennent source
d’inspiration… EW
Ville de Lumière
“Eternal Light”, photos de Kenro
Izu, éditions Steidl, 216 pages,
25x28cm, 40€.
yyyyy
L
e photographe japonais Kenro Izu signe ici un ouvrage
sur la ville de Varanasi, capitale spirituelle de l’Inde située
à la croisée du Gange et de la Varuna. On la nomme
également “Kashi”, qui signifie “lumineuse”. Au fil des pages,
le photographe aborde la question de la religion hindouiste
à travers des rituels célébrant la vie, la mort et l’au-delà...
Il a participé à de nombreux festivals et pélerinages, et a
photographié un grand nombre de temples dédiés à Krishna.
Lors de ses divers voyages en Inde, entre 2013 et 2015, Kenro
Izu a tenté d’aborder la spiritualité hindoue et de questionner
la présence des êtres de leur vivant à leur trépas, et après les
frontières de la mort. Ce livre, publié aux éditions Steidl, est
disponible uniquement en anglais. EW
92 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
Galeries à ciel ouvert
Autres parutions
“Green art” de Linda Mestaoui, éditions
Alternatives, 256 p., 28x22 cm, 35 €.
yyyyy
O
n découvre avec cet ouvrage toute une scène internationale
d’artistes utilisant la nature à la fois comme lieu d’exposition et
comme matière même de leurs travaux, dans la lignée des précurseurs
du Land Art du XXe siècle. Qu’ils exploitent les dispositifs les plus
simples ou les technologies les plus avancées, ces peintres, sculpteurs,
photographes, plasticiens et autres graffeurs ont en commun un fort
engagement écologique qu’ils transmettent au public à travers des
installations et des performances souvent spectaculaires, restituées ici
par une riche sélection de photographies. Un vrai bol d’air frais. JB
Explorateurs historiques
“Les Premiers voyageurs photographes”,
co-édition BnF/Glénat/La Société de
Géographie, 240 p., 21x28,5 cm 35€.
yyyyy
Q
u’ils soient amateurs ou professionnels, les premiers voyageurs
photographes ont su immortaliser, dès 1850, leurs périples et
explorations à travers le monde fournissant ainsi une incroyable
documentation historique. Sous la direction d’Olivier Loiseaux,
conservateur à la Bibliothèque nationale de France, l’ouvrage nous
invite à suivre les pas des célèbres explorateurs de la moitié du 19ème
siècle jusqu’à la première guerre mondiale. Tel un aventurier, le lecteur
fait un voyage dans le temps à la découverte des contrées lointaines
et en partant à la rencontre des peuples autochtones. Le livre est
chapitré par zone géographique. EW
Trésors birmans
Tout sur le tatouage
“Mogok, la vallée des
pierres précieuses” ,
collectif, éd. Glénat,
24x32 cm, 192 p., 40 €
“Le voyage dans la
peau” photos de
Nicolas Brunez, éd.
Tana, 32,5x25,5 cm,
320 pages, 39 €
Le photoreporter français
Jean-Baptiste Rabouan
s’est rendu à Mogok en
Birmanie avec une équipe
de spécialistes des pierres
précieuses pour ce projet
ambitieux sur les enjeux
scientifiques, commerciaux
et sociaux de l’exploitation
des rubis, saphirs et autres
gemmes. C’est brillant ! JB
Des yakusas japonais aux
hipsters new-yorkais, en
passant par Paris, Londres
et Berlin, Nicolas Brunez
est allé à la recontre des
tatoueurs et des tatoués,
pour réaliser ce portrait
à visage humain d’une
résurgence ayant viré au
phénomène de société.
Elégant et passionnant. JB
En solitaire
Portrait chinois
“A travers les
montagnes d’Europe”
photos de Johan Lolos,
éd. Glénat, 22x29 cm,
256 pages, 40 €
“Magnum Chine” ,
collectif, éd. Actes Sud,
24x30 cm, 368 p., 52 €
Le Belge Johan Lolos fait
partie de ces baroudeurs
ayant la chance de vivre
de leur passion, grâce à
Instagram notamment
(il comptabilise 500 000
followers tout de même !).
Ce premier livre reprend
les 200 meilleures images
d’un road-trip qui le mena
pendant 145 jours sur les
sommets d’Europe, du
Spitzberg à la Crête... JB
Des premières images de
Robert Capa en 1938 et de
Cartier-Bresson en 1949
- quelques mois avant l’ère
de Mao - jusqu’aux travaux
les plus contemporains,
ce livre-somme retrace
l’histoire récente de ce
pays-continent à travers
les reportages des grands
photographes de Magnum.
Un portrait d’une richesse
exceptionnelle quand on
connaît le pouvoir de
censure de la Chine. JB
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 93
Agenda
SPÉCIAL LIVRES
CONTEMPORAINS
Carrefour du monde
Au galop !
“America’s Stage: Times Square”,
photos Betsy Karel, éditions Steidl,
128 p., 24x32 cm, 40€.
“La Robe et la Main”, photos de Julien
Magre, co-édition PMU/Filigranes,
176 pages, 22x33 cm, 30€.
yyyyy
yyyyy
C
e livre est le résultat d’une résidence PMU
offerte à Julien Magre, invité à porter un regard sur l’univers
équestre. Avec une grande sensibilité et tout en subtilité, le
photographe nous révèle les coulisses des grands centres
hippiques que sont Chantilly et Grosbois. On tient en main
un grand livre d’images – avec très peu de textes – nous
immergeant totalement dans le quotidien des cavaliers et des
entraîneurs, ponctué par de sublimes paysages marqués par
les saisons. EW
S’
il y a un quartier à visiter lorsque l’on découvre New York
pour la première fois, c’est bien Times Square avec ses
immenses enseignes lumineuses, et ce carrefour qui draine une
foule gigantesque. La street-photographe Betsy Karel s’est
concentrée sur ce seul quartier autour de 5 blocks. Pour elle,
il représente à lui seul l’image de l’Amérique : le consumérisme,
la sexualisation, la surveillance, le narcissisme. Times Square
devient ici le théâtre vivant, presque caricatural, d’une Amérique
consommatrice à outrance. Publié aux éditions Steidl, cet
ouvrage n’est disponible qu’en anglais. EW
Confessions photographiques
“96 Months - 2009-2016”, photos de Julien Mignot, éditions Filigranes, 196 pages
24,5x18,5 cm, 35 €.
yyyyy
C’
est un ouvrage que l’on feuillette comme un journal intime.
Julien Mignot a sélectionné une image par mois, pendant
8 ans, soit… 96 mois. Les 96 photographies choisies sont des
clichés que leur auteur qualifie d’”inutiles”, qu’il réalise entre deux
commandes. Ce sont pourtant ces images qui sont les plus
proches de lui, celles qui traduisent le mieux ce qu’il est. Avec “96
months”, le photographe français nous confie une part d’intime,
94 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
entre photo couleur et noir et blanc, petit tirage et pleine page.
On suit au fil des pages le regard contemporain de Julien sur le
monde qui nous entoure : un regard poétique, parfois amusé, sur
notre société. Le livre est introduit par les textes de l’auteur, qu’il
écrit à la manière d’un journal de bord. Il y décrit des instants de
vie. On suit donc les coulisses d’un photographe qui révèle des
moments que l’œil peut parfois rendre invisibles... EW
Histoire de famille
“Maurice, tristesse et rigolade”, photos
de Charlotte Abramow, éditions Fisheye,
270 pages, 24,5x30 cm, 45€ .
Autres parutions
yyyyy
Martin à la plage
“Beach Therapy”
photos de Martin Parr,
éd. Thames & Hudson,
30 x 22 cm, 120 p. 40 €
C’
est très tôt que Charlotte Abramow commence à
photographier, elle a tout juste 7 ans. Ses premiers modèles
sont alors ses amies et sa famille. Ces dernières années, c’est sur son
père que se porte toute son attention. Maurice a traversé une guerre,
un cancer et un coma. Ce dernier lui laisse des séquelles neurologiques
qui le contraignent à tout réapprendre. Il semble vivre dans un monde
à part. C’est alors que Charlotte décide de créer un univers autour de
son père, à la manière d’un conte pour enfants. A la fois drôle et
touchant, ce livre est l’hommage d’une fille à son père. EW
Essai & Décryptage
“La photographie contemporaine”,
par Michel Poivert, éditions Flammarion
264 pages, 19x23 cm, 29,90€.
yyyyy
M
ichel Poivert revient sur le décryptage de la photographie
contemporaine avec cette troisième édition revue et
augmentée. Cet essai, débuté en 2002 par l’historien de la
photographie, envisage la contemporanéité de la photographie
des années 80 à nos jours, à travers un parcours composé de 150
photographies, parmi lesquelles on retrouve celles de Nan Goldin,
Cindy Sherman, Jeff Wall, Araki ou encore Raymond Depardon…
Cet ouvrage permet de dégager les grandes lignes et les mouvances
de la pratique, pour appréhender la photographie d’aujourd’hui. EW
Cela fait presque 50 ans
que Martin Parr croque ses
contemporains à la plage,
en noir et blanc, puis en
couleur, au grand-angle,
en macro, et maintenant
au téléobjectif, pour cette
dernière série réalisée aux
quatre coins du monde.
En jouant sur l’empilement
des plans, il souligne les
effets de foule et fait se
rencontrer les baigneurs
dans des juxtapositions
inattendues. A l’opposé
des gros plans d’autrefois,
il crée des scènes pleines
de détails où les touristes
deviennent fourmis. JB
Album de famille
Destination Nord
Sur les traces
“Petite Vallée” photos
de Claudia Imbert,
co-éd. Filigranes/
Diaphane/Escuminac,
80 p., 21x25 cm, 35 €.
“Topographical
Histories” photos de
Robert Polidori, éd.
Steidl, 80 pages,
29x34 cm, 35€.
C’est un voyage en
Gaspésie que nous offre
Claudia Imbert, à travers
une série de portraits au
style cinématographique.
Ce livre est le résultat
d’une rencontre entre la
photographe française et
l’écrivain Eric Plamandon.
La mise en page est soignée et au fil des pages on
explore un territoire entre
écriture et images. EW
Le photographe Robert
Polidori témoigne du
temps qui passe en
réalisant des clichés de
détails de bâtiments
abîmés par le temps. On
peut voir sous les couches
successives de peintures
se révéler des matériaux
comme le plâtre ou le bois,
jusqu’à former des
sculptures qui témoignent
du passé. EW
“La prolongation du
bonheur” de Guillaume
Geneste, éd. Filigranes
15x20 cm, 156 p. 22 €
Préfacé par Bernard
Plossu, ce livre rassemble
des autoportraits de
famille du photographe
Guillaume Geneste. Un
recueil du souvenir intime,
dévoilant des images
réalisées entre 1999 et
2006. Un cycle de vie en
noir et blanc qui révèle
avec tendresse nos propres réminiscences. EW
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 95
Agenda
SPÉCIAL LIVRES
CLASSIQUES
New-York surréaliste
“Helen Levitt”, photographies
d’Helen Levitt, éditions Kehrer,
22x27 cm, 232 pages, 40 €.
yyyyy
P
ubliée à l’occasion d’une retrospective qui se tient jusque fin
janvier au musée Albertina de Vienne en Autriche, cette
monographie est la plus conséquente consacrée à ce jour à Helen
Levitt (1913-2009). On y retrouve 50 ans d’images (1938-1988) de
cette photographe majeure du XXe siècle, dont l’œuvre a pour
sujet unique les rues des quartiers pauvres de New-York, si l’on
excepte un voyage à Mexico en 1941. Influencée par Walker Evans
et Henri Cartier-Bresson, elle capture des moments fugitifs, jeux
d’enfants ou adultes dans leurs activités, faisant surgir des motifs
surréalistes, poétiques et bizarres du quotidien le plus trivial. Elle
fut l’une des premières à passer à la couleur dans les années 60.
Des essais très fouillés (en anglais) introduisent ce livre soigné. JB
Si loin, si proche
“Dialogues with Solitudes”,
photographies de Dave Health, éd.
Steidl, 184 pages, 20x26 cm, 40 €.
yyyyy
C
Le cœur de Paname
“Paris Plossu”, photos de Bernard
Plossu, éditions Marval, 21x18 cm,
445 pages, 30 €.
yyyyy
S
ous ce pavé parisien, un kaléidoscope photographique où
tournoient les images comme dans un manège de lieux,
d’époques et de souvenirs. Comme on est chez Plossu, peu
importe la chronologie ni même le sens des images ou leur
composition, seules comptent l’intuition, l’impression fugace.
Des premières images en couleur, prises enfant dans les années
50 sur son Brownie Kodak, ou plus tard dans les années 60
lorsqu’il fréquentait assidûment la cinémathèque et découvrait
la Nouvelle Vague, jusqu’au plus récentes en noir et blanc, son
émerveillement est resté le même devant des choses parfois
anodines ou austères. La grâce de son regard nous entraîne au
hasard des rues, des gares ou des théâtres dans une balade
existentialiste en apesanteur, loin de la morosité ambiante. JB
96 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
onnu des initiés seulement,
David Heath (1931-2016) occupe
une place à part dans l’histoire de la photographie américaine.
Orphelin et autodidacte, c’est quand il est envoyé en Corée
en 1952 qu’il définit son style à la fois distant et intense en
photographiant ses camarades soldats au repos, perdus dans
leur intériorité. A son retour, il entame un travail ambitieux sur
les rues des villes américaines, dont il capture les passants de
la même manière : à leur insu, abandonnés à leurs pensées,
coupés du monde par un cadrage très serré. Magnifique et
précurseur, ce travail longtemps invisible fait l’objet d’une
exposition au BAL et d’un très beau catalogue chez Steidl. JB
Les débuts de Leibovitz
“The Early Years, 1970-1983”,
photographies d’Annie Leibovitz, éd.
Taschen, 21,6 x 27 cm, 180 pages, 40 €.
Autres parutions
yyyyy
Des docks à la City
La mer de Robert
“Allons voir la mer
avec Doisneau” photos
de Robert Doisneau,
éd. Glénat, 21x28,5 cm,
224 pages, 35 €.
C
e catalogue de l’exposition présentée l’été dernier à la Fondation
Luma d’Arles offre une plongée effrenée dans l’Amérique des
années 70. Engagée par le tout jeune magazine Rolling Stone alors
qu’elle est encore étudiante, Annie Leibovitz passe sans transition des
manifestations contre la guerre du Vietnam au lancement d’Apollo 17
en passant par la tournée des Stones en 1975, tout en réalisant des
séries personnelles parfois au volant de sa voiture... Les stars, qui
deviendront bientôt sa marque de fabrique défilent bien sûr, et les
premiers portraits posés en couleur montrent l’évolution à venir. JB
Difficile de décliner une
invitation si réjouissante
que de partir à la plage
avec Robert Doisneau.
Réalisé avec malice et
rigueur, cet ouvrage plein
d’inédits nous emmène de
Nice aux côtes anglaises
en passant par La Baule
ou Deauville, à travers l’oeil
facétieux de Doisneau. JB
“Liban”, photos de Yan Morvan, éditions
Photosynthèse, 472 p., 26x32 cm, 69 €.
yyyyy
D
e 1982 à 1985, Yann Morvan, membre de l’agence Sipa, couvre
la guerre au Liban pour le magazine Newsweek. Ce sera le premier
sujet d’envergure de ce grand photographe de guerre, devenu depuis
indépendant. Ce livre-monument est aussi une implacable chronique
retraçant avec une rigueur journalistique ce conflit déterminant de
l’histoire récente. Alternant reportages au coeur des bombardements
et portraits à la chambre de soldats et de civils, Yan Morvan montre la
guerre dans toute son horreur mais aussi sa complexité. La mise en
page sobre et l’excellente qualité d’impression de ces quasi 500 pages
rendent justice à un travail d’une rare profondeur pour l’époque. JB
Entre 1982 et 1987, Mike
Seaborne documente la fin
des docks industriels de
Londres et le désarroi de
la communauté qu’ils ont
fait vivre pendant plus
d’un siècle. Quelques
années plus tard, la zone
sera transformée par les
gratte-ciels de Canary
Wharf, annexe de la City.
Ce projet documentaire
prend aujourd’hui la forme
d’un très beau petit livre
(en anglais) intimiste et
profondément humain. JB
Une vie en images
Chefs d’œuvre
Chroniques
q
de guerre
g
“The Isle of Dogs :
before the big money”
photos Mike Seaborne,
éd. Mini Hoxton Press,
192 p., 16x20 cm, 20 €.
“Masterpieces” photos
d’August Sander,
éd. Schirmer/Mosel,
304 p., 24x31 cm, 58 €.
“Inge Morath, an
illustrated biography”
de Linda Gordon,
éd. Prestel, 192 pages,
23,5 x 27 cm, 45 €.
Une rétrospective majeure
est consacrée à August
Sander (1876-1964) dans
sa ville de Cologne.
Ce luxueux catalogue
(en anglais) donne à voir
153 chefs-d’œuvres de ce
maître absolu du portrait,
dans leur interprétation
d’origine puisqu’il s’agit de
reproductions de tirages
approuvés par leur auteur.
Superbe ! JB
Publiée en anglais, mais
abondamment illustrée,
cette biographie d’Inge
Morath (1923-2002),
retrace le parcours de
cette grande photographe,
de l’Allemagne nazie
qu’elle a fui, jusqu’à ses
reportages visionnaires à
travers le monde pour
l’agence Magnum, en
passant par son mariage
avec Arthur Miller. JB
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 97
Équipement TEST
Paris, sur les Berges de Seine, rive
droite. La Garde républicaine en
promenade un samedi après-midi
de novembre. M10-D, 50 mm,
1/750 s à f :8 et 400 ISO. LEICA M10-D
Mimétisme argentique
98 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
Léonard de Vinci concevait la peinture
comme une cosa mentale, une chose
mentale. L’expérience spirituelle du
maestro italien se revit avec l’absence d’écran du Leica M10-D. Ici, plus aucune visualisation
des images pour en vérifier la composition, l’exposition ou la mise au point. Ce dérivé du M10-P
replonge le photographe dans les rendez-vous aveugles de la pratique argentique. Le M10-D
est l’avatar du M-D 262, version sans écran du M240. Ce concept “sans écran” est-il juste
un snobisme ou un mode réellement pertinent d’acte photographique ? Philippe Bachelier
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 99
Équipement TEST
TÉLÉMÉTRIQUE : LEICA M10-D
Prix indicatif (boîtier nu)
7500€
FICHE TECHNIQUE
Type
PT
O
T
A
ACH
SE S
PHOTO
RÉPON
L’
année dernière, dans notre numéro 305 (août 2017), nous n’avions
pas manqué d’éloges pour le
M10, premier M numérique
Leica a adopter le gabarit d’un M
argentique. En août dernier est arrivé son
successeur M10-P. L’évolution du boîtier
consiste surtout en une légère modification du design, un écran arrière tactile et
un déclenchement plus silencieux. La qualité d’image reste la même. Excellente de
100 à 6400 ISO et parfaitement exploitable
jusqu’à 12500 ISO. En octobre dernier, c’est
une version sans écran arrière qui voit le
jour avec le M10-D. Ce concept n’est pas
une révolution, puisque Leica l’a décliné
deux fois à partir d’une base de M240. Une
série confidentielle de 600 exemplaires M
Edition 60 est lancée en 2014, suivie en
2016 par le M-D.
L’argument de Leica en faveur de l’absence d’écran ? Le photographe doit rester
concentré sur les fonctions de base que le
numérique requiert, à savoir la vitesse d’obturation, l’ouverture du diaphragme, la mise
au point et la sensibilité ISO. Bref, un état
d’esprit argentique dans le corps d’un outil
numérique à la pointe de la technologie.
Le M10-D est une prouesse mimétique. Vu
de dessus, il ressemble à s’y méprendre à
un appareil argentique : molette de réglage
des ISO, barillet des vitesses et levier d’armement. De face, rien ne laisse penser à
un boîtier numérique non plus. Le dos ne
100 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
Sans écran, le M10-D
est un M10-P à l’esprit
très argentique, plus
abouti que le M-D.
comporte pas d’écran mais un cercle composé de deux disques. L’extérieur contrôle
la mise sous tension et une connexion
WiFi, l’intérieur commande la compensation d’exposition. Ce n’est qu’en ouvrant la
semelle que l’on constate qu’il s’agit bien
d’un outil numérique. Le levier d’armement, appelé repose-pouce par Leica, est
un clin d’œil aux nécessités argentiques
et aux nostalgiques du design des M2 et
M3. Est-il vraiment utile ? Il est probable
“que les moins de vingt ans ne peuvent pas
connaître” la démangeaison du pouce analogique à activer ce levier et qu’ils le trouveront surtout “vintage”. Quoi qu’il en soit,
il donne de l’allure à ce M10-D!
Le boîtier est beau, le toucher très agréable
et la mécanique superbe. Grâce à son
déclenchement silencieux, sa compacité,
le M10-D est une aubaine pour la photo
instantanée où l’on a besoin de discrétion.
La visée télémétrique, pour peu que l’on s’y
fasse, offre une visée d’une grande clarté.
Mais sans aucun écran, est-il raisonnable
Appareil numérique à mise au
point télémétrique
Monture Baïonnette Leica M avec capteur
supplémentaire pour le codage 6 bits
Conversion de focales
x1
Type de capteur
CMOS
Définition
24 MP
Taille du capteur
24x36
Taille de photosite
6 +m
Sensibilité
100-50 000
Viseur
A cadres lumineux
Ecran
Aucun, remplacé par une roue de
compensation de l’exposition (± 3 IL)
Autofocus
Non
Mesure de la lumière TTL, Pondéré central
(multizone et spot avec Visoflex)
Modes d’exposition Automatique priorité
diaphragme, manuel
Obturateur
Plan focal à rideau,
défilement vertical de 8 s à 1/4000 s
en manuel. Pose B.
Flash
TTL, synchro flash 1/180 s
Formats d’image
DNG, JPEG
Vidéo
Non
Support d’enregistrement
SD/SDHC/
SDXC
Autonomie (norme CIPA)
210 vues
Connexions
WiFi
Dimensions/poids
39 x 37,9 x 80 mm et
660 g (avec batterie)
de photographier en numérique, avec un
appareil qui de surcroît ne dispose que
d’objectifs à mise au point manuelle ? Pourquoi passer d’un M10-P à un M10-D alors
que les deux modèles se vendent au même
prix (7500 € boîtier nu…). Mais posons la
question à l’envers. A-t-on vraiment besoin
d’un écran arrière ? Si l’on travaille en format Raw, bien des options du menu sont
superflues. La postproduction assure le ren-
LES POINTS CLÉS
z Une taille de M argentique
z Un M10-P sans écran arrière
z Réglage des ISO et de compensation de l’exposition
z Le capteur 24 MP du M10-P, très bon de 100 à 6400 ISO
ZOOM SUR…
Le repose-pouce possède une forme identique à un
levier d’armement de M argentique. Sa seule fonction
est ergonomique. Le barillet des vitesses couvre de 4 s
à 1/4000 s, le mode A et la pose B.
Le dos du M10-D remplace l’écran du M10-P par deux roues. L’extérieure contrôle la mise sous tension et
la connexion WiFi. L’intérieure permet de compenser l’exposition de ± 3 IL, par 1/3 d’IL.
du final des images. Le contrôle de l’exposition à l’aide de l’histogramme ? Si l’on fait
attention à la prise de vue, que l’on anticipe
les réglages en fonction de la lumière, sachant que le Raw offre une bonne latitude
de pose, il devient inutile de vérifier l’image
a posteriori sur l’écran du boîtier. On est sûr
d’avoir enregistré de la matière sur toute la
plage dynamique de l’image. L’impossibilité de consulter immédiatement ses prises
de vues demande de se concentrer sur le
sujet, d’apprendre à apprivoiser la lumière.
Le regard s’aiguise ainsi. Observer ses photos sur l’écran à mesure qu’on les enregistre
distrait aussi l’attention durant les périodes
de prises de vues, fait manquer une belle
lumière ou des instantanés fugaces. On l’a
tous expérimenté. En argentique, les photographes procèdent sans écran et des milliers de chefs d’œuvre ont ainsi vu le jour.
Et si l’on ne peut s’empêcher de consulter
sa moisson, à défaut d’un ordinateur pour
vider sa carte mémoire, l’application Leica
FOTOS permet de visualiser les images
sur un téléphone ou une tablette via une
connexion WiFi avec le boîtier.
Maintenant que nous sommes acquis au
concept du sans écran, examinons plus
avant le fonctionnement du M10-D. Certaines fonctions sont accessibles seulement
par Leica FOTOS, mais les indispensables
sont présentes sur le boîtier. La molette
Dans le viseur, des diodes rouges permettent
d’afficher la vitesse d’obturation sélectionnée en mode
manuel ou A, le nombre de vues restantes sur la carte
mémoire et la capacité de la batterie.
des vitesses fournit plus que l’essentiel : 8
s à 1/4000 s par demi-valeur, la pause B
et l’automatisme A de la vitesse (qui peut
atteindre jusqu’à 4 min) en fonction de la
valeur du diaphragme. La molette des ISO
couvre les indices 100 à 6400 et l’Auto
ISO. La valeur M se détermine avec Leica
FOTOS pour mémoriser une sensibilité
entre 100 et 50 000 ISO. La caler fff
EN MODE APPLICATION
Si le M10-D possède l’essentiel des réglages utiles pour réaliser des prises de vues (vitesse, sensibilité ISO et mise au point télémétrique sur le boîtier, diaphragme sur l’objectif), les autres paramètres
ne peuvent se contrôler qu’avec l’application Leica FOTOS (iOS et Android) : mode rafale à 5 images/s ou vue par vue, balance des blancs, format de fichier Jpeg et/ou DNG, Auto-ISO, formatage de la
carte mémoire, etc. Leica FOTOS donne accès aux prises de vues réalisées et permet les prises de vues en mode connecté et LiveView. Mais il n’est pas possible de zoomer sur l’image avec cette fonction.
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 101
Équipement TEST
NOS IMAGES SUR LE TERRAIN
1/500 s à f:8 pour 400 ISO (Biogon C ZM 35 mm)
Détail d’un format 40x60 cmi
Bolek, le kiosquier libraire de la Place Franz Liszt, à Paris,
qui posséda autrefois un M4, a su apprécier en connaisseur
le M10-P. Le Summilux-M 50 mm f:1.4 Asph a fouillé les
détails de la barbe au 1/125 s à f:2,8. Le mélange cru des
lumières artificielles nocturnes ne seyait pas à ce portrait.
Le noir et blanc place à sa juste valeur l’œil malicieux.
À 3200 ISO, le bruit reste très discret.
sur 1200 est pertinent, d’autant que cette
sensibilité délivre encore de belles images.
La manipulation des deux disques arrière
est moins immédiate. En fait, on aurait aimé
que leurs fonctions soient inversées. Quand
on a l’œil sur le viseur, le pouce droit reconnaît plus facilement le disque extérieur
en charge de la mise sous tension et de la
102 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
connexion WiFi. S’il avait été dévolu à la
compensation d’exposition (utile en mode
d’exposition A), au lieu du disque intérieur,
le contrôle de l’exposition eût été plus immédiat. La molette arrière, sous-exploitée,
pourrait être utilisée pour activer la compensation de l’exposition, comme c’est le
cas sur le M10-P. Un nouveau firmware
pourrait régler cela. En fait, à défaut d’utiliser le viseur électronique Visoflex (460 €)
pour transformer le M10-D en hybride, la
molette ne sert qu’à déterminer manuellement la date des prises de vues, une fois
que l’on a appuyé pendant plus de 12 s sur
la touche de fonction située près du bouton
de déclenchement.
VERDICT
Détail d’un format 40x60 cmi
La lumière du soir était si faible qu’il
était tentant d’utiliser la pleine
ouverture du Summilux-M 50 mm f:1.4
Asph pour isoler le mot café imprimé
sur la bâche. Pour être plus sûr de la
netteté du résultat, nous avons fermé
d’un cran à f:2. À 6400 ISO, cela se
traduisait par une vitesse de 1/90 s.
À main levée, on est à la limite
du risque de bouger avec les 24 MP
du capteur non stabilisé du M10-D.
Pari réussi, beau piqué et joli grain.
Le M10-D renvoie le
photographe à la psychologie
de l’argentique. L’écran ne
distrait pas l’opérateur. Mais
l’effort mental est constant
pour assurer l’exposition et la
mise au point. C’est une affaire
d’apprentissage. Le M10-D est
un outil pour esthète funambule
riche. Mais les acrobaties se
pratiquent avec filet. La mesure
de la cellule en mode pondéré
central fait du bon travail dans
la majeure partie des situation
et l’enregistrement en Raw
DNG offre une latitude de pose
qui évite le plus souvent
l’irrattrapable. Si vous n’êtes
pas convaincu, le M10-P
calmera vos angoisses pour
le même prix.
POINTS FORTS
© Taille et poids d’un
M argentique
© Obturateur discret
© Qualité d’image
POINTS FAIBLES
ª Pas de stabilisation du capteur
ª Compensation de l’exposition
peu aisée
ª Le prix
LES NOTES
1/3000 s à f:5,6 pour 400 ISO (Planar ZM 50 mm)
Quai de Jemmapes, Paris (avec le vélo)
et Berges de la Seine, Paris (avec la
petite fille). En DNG et en mesure
pondérée centrale, le M10-D délivre des
fichiers presque parfaits dans la majeure
partie des cas. Le capteur sans filtre
passe-bas restitue des images cristallines.
À défaut d’atteindre l’excellence des
objectifs Leica Apo, les alternatives
Zeiss s’en sortent bien.
Temps de connexion entre
le boîtier et un mobile (iPhone SE)
z Temps pour l’activation du WiFi sur le boîtier :34s
z Temps pour la connexion du boîtier au mobile : 12s
Leica FOTOS permet d’accéder aux paramètres cachés du boîtier : cadence de prise
de vue (vue par vue ou rafale de 5 im/s),
mode de mesure (pondéré central par défaut,
spot ou multizone n’étant compatible qu’avec
le Visoflex), balance des blancs, format de fichier, Auto ISO, réglage de l’heure ou formatage de la carte. La connexion d’un mobile ou
d’une tablette avec le boîtier nécessite cependant près d’une minute à partir du moment
où l’on active le WiFi sur le boîtier. C’est trop
lent pour accéder au formatage d’une carte.
Tout comme pour bénéficier du contrôle à
distance de l’image. Une mise à jour s’impose
pour gagner une connexion véloce. Le M10D sera alors un sans faute... dans son genre.
Prise en main
9/10
Fabrication
9/10
Visée
8/10
Fonctionnalités
8/10
Réactivité
9/10
Objet spartiate, anguleux,
presque parfait
De la belle mécanique
de haute précision
L’efficacité du télémètre,
malgré la parallaxe
Sans écran, le nécessaire
du Leicaïste y est
Il déclenche instantanément
Qualité d’image
28/30
Gamme optique
8/10
Netteté optimale, large plage ISO
Grand choix d’objectifs M
Rapport qualité/prix 6/10
C’est très cher mais si beau...
Total
85/100
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 103
Équipement TEST
HYBRIDE: FUJIFILM GFX 50R
Prix indicatif
(boîtier nu)
4500€
La belle tentation
Le GFX 50R est le premier moyen-format numérique à descendre
sous la barre des 5000 €, ce qui le fait naviguer à des latitudes
proches de celles fréquentées par les hybrides 24x36… Renaud Marot
FICHE TECHNIQUE
Type
Hybride moyen-format
Monture
Conversion de focale
Capteur
P
O
T
ACHAT
SE S
PHOTO
RÉPON
P
renez un hybride APS-C Fuji X-E3
et multipliez toutes les cotes par
un nombre compris entre 1,3 et
1,5 : vous obtenez le GFX 50R, une
brique qui n’est pas sans rappeler – en plus petit – les GW, moyens-formats aussi argentiques que télémétriques
de la marque, ou le Mamiya 7. Le suffixe
R signifierait d’ailleurs Rangefinder, mais
c’est juste pour évoquer un look, la mise
au point étant classiquement confiée à un
autofocus ! Étonnamment, ce beau bébé
paraît bien léger en main. L’illusion de
Charpentier-Koseleff, qui nous fait surévaluer le poids des objets volumineux, et
donc l’énergie à fournir pour les porter,
permet de manipuler les 1,2 kg (775 g nu)
qu’il aligne équipé d’un 63 mm comme s’il
s’agissait d’un maigrichon boîtier plein-format. Certes l’illusion s’évanouit lorsque le
matériel est rangé dans le fourre-tout, mais
104 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
le poids reste largement en deçà des 920 g
d’un GFX 50S ou des 1005 g d’un D850 nus.
Fuji a réussi à dessiner un gabarit pratiquement parallélépipédique, sans les excroissances du faux-prisme, de la poignée et de
l’inélégant écran “sac à dos” du GFX 50S.
Un grip frontal et un repose-pouce saillant,
caoutchoutés, assurent toutefois une prise
en main naturelle et confortable. Comme le
X-E3 qui lui a servi de modèle, le GFX 50R
s’affranchit du traditionnel trèfle à 4 feuilles
dorsal, remplacé par son équivalent virtuel
0,8x
CMOS 51,4 MP
Taille du capteur
43,8x32,9 mm
Taille de photosite
5,3 microns
Sensibilité
50 à 102400 ISO
Viseur
EVF OLED 3690000 points
grossissement 0,77x (équ. 0,97x)
Ecran
ACL tactile basculant
8,1 cm/2360000 points
Autofocus
Détection de contraste
sur 425 points
Mesure de la lumière
Multizones,
centrale pondérée, moyenne, spot (2%)
Modes d’exposition
P-S-A-M
Obturateur
60 mn à 1/4000 s (MS)
ou 1/16000 s (ES)
Rafales
3,6 i/s (MS)
Vidéo
Full HD 30p
Autonomie (norme CIPA)
400 vues
Connexions
USB 3.0, HDMI, Wi-Fi,
prises micro/casque, synchro coaxiale
Dimensions/Poids
161x96x66 mm/775 g
sur l’écran tactile où une pichenette vers
les 4 points cardinaux appelle le réglage de
son choix. Que les rétifs à cette ergonomie
façon smartphone se rassurent, ils trouveront 6 touches physiques personnalisables,
dont une judicieusement placée en façade.
La mise en route s’effectue via un commutateur situé à droite du déclencheur afin de
laisser la place à une molette concentrique.
Pour le reste, l’efficace ergonomie Fuji est
respectée : molette dorsale cliquable (pour
changer la sensibilité à la volée), barillet
LES POINTS CLÉS
z Une qualité d’image identique à celle du GFX 50S
z Un tarif très agressif pour un moyen-format
z Une construction tropicalisée
Fujifilm G
ZOOM SUR…
L’écran offre un remarquable définition mais ne
permet pas la bascule dans les cadrages verticaux, ce
qui est tout de même dommage.
Le commutateur de mise en route
séparé du déclencheur permet à
ce dernier de recevoir une
molette concentrique.
Le “tableau de bord” tactile donne un accès
immédiat à de nombreux paramètres.
Notez l’absence du traditionnel trèfle de
commandes dorsales.
Le GFX 50R dispose de 2 baies SD compatibles UHS-II.
Contrairement à son grand frère 50S, il intègre un
module de connexion Bluetooth.
Le 50R avale entièrement un X-T3 ! Cette surimpression
permet de comparer la taille respective des capteurs, le
moyen-format étant 4 fois plus grand que l’APS-C…
de correction d’exposition sur +/- 3 IL
(encastré et bien cranté, il ne se dérègle
pas facilement et peut passer à +/- 5 IL
sur la position “C”) et barillet de vitesses
pour l’obturation mécanique (MS) entre 1s
(60 mn via la position “T” !) et 1/4000s.
Une obturation électronique (ES) presque
silencieuse – un petit clic se laisse tout de
même entendre – est disponible, étendant
la fourchette des temps de pose jusqu’au
1/16000s. Des panachages MS/ES sont
possibles. Fuji a eu la bonne idée de laisser
le tactile opérationnel sur le tableau de bord
appelé par la touche “Q”. Dans les menus
itou mais là, c’est le joystick qui s’avère de
loin le plus commode (un onglet perso est
à disposition pour ranger ses items favoris).
Il en va de même pour le déplacement du
collimateur AF parmi les 425 ou 117 points
(au choix) en détection de contraste. Pas de
corrélation de phase au programme donc,
ce qui se ressent côté réactivité où on est
loin de la vivacité féline des hybrides APS-C
de la marque.
Vivacité d’hippopotame
Ne vous méprenez pas : à l’instar de ce
corpulant mammifère, le 50R ne manque
pas de répondant, en tous cas avec le 63
mm f:2,8. Malgré la masse des 10 lentilles
à déplacer, la puissante motorisation de
l’objectif ne retarde pas le déclenchement
de plus de 0,4 s en obturation mécanique
(0,6 s en obturation électronique…). Les
rafales vont à un train de sénateur, mais j’ai
toutefois mesuré une cadence de 3,6 i/s en
obturation mécanique, supérieure aux 3 i/s
annoncées. De toutes les manières, ce critère est très secondaire pour un boîtier de
ce type, de même que la vidéo qui ignore la
4K. L’électronique et la batterie étant identiques à celle de son grand frère 50S, le 50R
présente une autonomie identique de 400
vues en norme CIPA. On n’atteint pas les
700 vues du reflex moyen-format Pentax
645Z, mais on excède largement les 150
vues de l’Hasselblad X1D ! Le capteur n’est
pas stabilisé (assez logique étant donné
sa masse) et, parmi les 7 objectifs actuellement disponibles, seuls le 120 mm f:4 et
le 250 mm f:4 disposent d’une stabilisation
optique. Côté visée, Fuji met ses 2 moyensformats à égalité en ce qui concerne la
définition (3690000 points), mais fff
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 105
Équipement TEST
donne un petit handicap au 50R côté grossissement (0,77 contre 0,85 x) ainsi que côté
évolution puisqu’il est intégré et donc non
amovible. Ce viseur reste confortable et
offre une large vision de la scène. Dommage
que le dégagement oculaire ne soit pas plus
profond (les porteurs de lunettes auront
du mal à voir les 4 coins en simultané) et
que l’œilleton, en plastique “soupledur”,
n’offre pas un contact plus accueillant. Sans
doute pour éviter d’augmenter l’épaisseur
du corps, l’écran ne connaît pas la double
bascule des derniers hybrides Fuji en date.
NOS IMAGES SUR LE TERRAIN
1/1000s à f:2,8 et 200 ISO
Qualité d’image
Les 50 MP du GFX 50R délivrent des fichiers de 8272x6200 pixels, capables de
supporter sans broncher des sorties d’un
mètre de base. A noter que le ratio naturel
du capteur 44x33 mm est 4:3, plus “carré”
donc que le 3:2 des 24x36 ou autre APS-C,
et pas si éloigné de celui d’une chambre
grand-format. Le grand capteur donne de
l’air aux photosites, qui ont chacun droit à
28 microns (soit autant que ceux du Canon
EOS R) pour respirer. Cette relative aisance
se traduit par une dynamique de bon aloi
et – ce qui faisait la force des grand- oncles
argentiques – de subtiles transitions de
valeurs (modelé) qui font mouche en portrait. Par ailleurs, le grandissement, plus
important que celui obtenu avec un “petit”
capteur, réduit la profondeur de champ et
différencie mieux les transitions entre les
plans. Là encore c’est un bonus certain
pour les portraits, ainsi que pour la sensation de profondeur “3D” dans les paysages.
La relativement faible densité des photosites prodigue également de bénéfiques
effets sur les hautes sensibilités. Jusqu’à
3200 ISO, les fichiers sont absolument
irréprochables, une quasi imperceptible
granulation se pointant à 6400. Celle-ci
prend un peu de corps à 12800 ISO sans
être vraiment gênante avant de prendre
ses aises au delà (après, tout dépend de la
dimension de sortie : sur un A4, les 51200
ISO ne seront pas honteux). Au final on se
rend compte que le GFX 50R apporte le
même superbe rendu que le 50S, ce qui
n’est pas surprenant dans la mesure où les
deux compères partagent le même capteur
et la même électronique…
NOS CHRONOS (avec 63 mm f:2,8)
z Allumage, mise au point et déclenchement:
z Mise au point et déclenchement :
z Attente entre deux déclenchements:
z Cadence en mode rafale(MS) :
106 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
1,5 s
0,4 s
1s
3,6 vues/s
Détail 100%
Le capteur moyen-format et le traitement du signal
par les algorithmes Fuji font des merveilles en
portrait, combinant précision des micro-détails,
subtilité des modelés et bonne restitution
chromatique des tons chair. Bien que le 63 mm
utilisé ici (équivalent 50 mm) ne soit pas le plus
adapté à la pratique du portrait, il procure
néanmoins de jolis flous d’arrière-plan.
VERDICT
Laissant ses petits camarades Canon, Nikon et Sony se
bagarrer dans la cour des 24x36, Fuji s’installe tranquillement
dans le carré des moyens formats, où il risque de s’imposer
durablement avec ce GFX 50R… Ce dernier offre en effet la
même somptueuse qualité d’image que son grand frère 50S,
dans un gabarit plus maniable, et – argument pour le moins
décisif – à un tarif 35% inférieur. Il ne faut toutefois pas
oublier qu’un objectif devra s’ajouter à la facture, qui rodera
au final, a minima, autour de 6000 € (soit le prix boîtier nu
du moins cher de ses concurrents). Loin d’être un 50S du
“pauvre” (façon de parler…), le GFX 50R est à mon avis une
déclinaison plus pratique à l’usage, malgré son viseur un peu
moins vaste et son écran à un seul axe de bascule. Ce moyen
format se pose en grand tentateur face aux 24x36 dopés en
pixels, mais il faut se poser la question de ses besoins en très
haute dénition avant d’investir dans ce type de matériel !
POINTS FORTS
3200 ISO
6400 ISO
© Superbe qualité d’image
jusqu’à 3200 ISO, encore
de bonne tenue à 25600
©Belle construction
tropicalisée
© Maniable et bien conçu
© Relativement réactif
pour son format
©Ecran dorsal très défini
©Parc optique en hausse
POINTS FAIBLES
ª EVF un peu décevant
pour un 3690000 points,
œilleton peu confortable
ª Un seul axe de bascule
pour l’écran dorsal
ª Détection de contraste de
l’AF parfois hésitante
LES NOTES
Prise en main
9/10
Fabrication
9/10
Visée
7/10
Fonctionnalités
9/10
Réactivité
8/10
Cet hybride présente sans doute la plus naturelle et agréable
ergonomie parmi les moyens formats actuels.
12800 ISO
25600 ISO
Rien à redire, l’alliage de magnésium offre une belle qualité perçue
et la protection contre les intempéries est soignée.
Petite déception de ce côté, le dégagement oculaire manquant du
recul nécessaire pour embrasser confortablement le cadre.
La vidéo n’est pas son point fort, mais ce n’est pas ce qu’on lui
demande. Pour le reste on apprécie ses personnalisations.
51200 ISO
102400 ISO
Elle peut paraître manquer de tonus comparée à celle des 24x36,
mais chez les moyens formats, elle ne se défend pas mal.
Qualité d’image
29/30
Gamme optique
8/10
Rapport qualité/prix
9/10
Pas de surprise, le couple capteur-processeur étant le même que
chez le 50S. Le rendu est exceptionnel jusqu’à 3200 ISO.
3 nouveaux objectifs viennent de rejoindre le parc, dont un 50 mm
(équ. 40 mm) qui devrait lui aller comme un gant…
Il faut scruter les fichiers de près pour percevoir la montée du bruit à
6400 ISO. En fait il n’y a guère qu’à 102400 ISO que la dégradation des
images devient vraiment infréquentable…
Fuji frappe un grand coup sur la tête de ses concurrents (et de son
GFX 50S au passage…).
Total
88/100
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 107
64 mm
Équipement TEST
66 mm
115 mm
COMPACT: PANASONIC LUMIX LX100 II
Prix indicatif
950 €
Presque parfait…
Seul compact à capteur 4/3, le Lumix LX100 semblait avoir été
oublié par Panasonic, et l’arrivée d’une version II nous a réjouis.
Après quatre ans d’affinage, cette nouvelle cuvée présente-t-elle la
bonification qu’on est en droit d’attendre ? RenaudMarot
S
ans marqueur d’échelle, ce séduisant compact – le seul boîtier où
Panasonic se soit laissé aller au look
vintage – présente un air de famille
avec le GFX 50R testé dans les pages
précédentes ! On pourrait toutefois en ranger 4 comme lui dans le Fuji, ce qui ne signifie pas pour autant qu’on puisse glisser
ce compact dans une poche. Le LX100 II
arbore en effet un magnifique fût de zoom
doté d’une vraie bague de diaphs, onctueusement crantée et gravée façon Leica de
f:1,7 à f:16... Outre une bague multifonctions, ce zoom stabilisé 24-75 mm accueille
également 2 commutateurs. L’un s’occupe
des modes AF tandis que l’autre, spécifique
aux LX100, permet de changer de ratio
d’image (4:3, 3:2, 1:1, 16:9) sans changer
la définition. C’est cette particularité qui
explique l’atypique définition utile de 17
MP du capteur, qui en aligne pourtant 22
en natif. Le format 16:9 est pour beaucoup
dans le rognage des pixels et personnellement j’en aurais volontiers fait l’économie
108 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
pour gagner en marge de recadrage sur
les autres formats… L’ergonomie de commande “façon Fuji”, avec un barillet pour les
temps de pose et un autre pour la correction
d’exposition se montre très efficace sur le
terrain. En revanche, pas de molette en vue
mais un pad rotatif est disponible à l’arrière.
Bien dessiné et agréablement caoutchouté,
le grip assure une prise en main efficace et
de nombreuses personnalisations donnent
un accès direct aux paramètres de son
choix. Tactilement précis et sensitif, l’écran
dorsal – hélas fixe – permet une navigation
efficace dans l’affichage “tableau de bord”
(voir la vue de dos ci-dessus) et parmi les
49 collimateurs AF. Panasonic a reconduit
le module de la précédente génération.
Comme il se montre très réactif, cela ne
me gênerait pas outre mesure s’il couvrait
tout le champ et si un petit joystick avait été
implémenté pour le piloter. La plus grosse
déception vient lorsqu’on porte l’œil au
viseur électronique... Sur le papier celui-ci
présente des caractéristiques solides, entre
FICHE TECHNIQUE
Compact
Type
Capteur
CMOS 17 MP 4/3 (17,3x13 mm)
3,6 microns
Taille des photosites
24-75 mm f:1,7-2,8
Objectif
100-25600 ISO
Sensibilité
Viseur
EVF 2760000 points
Ecran
tactile fixe 7,6 cm/1240000
points
AF
détection de contraste
11 i/s
Rafales maxi
Obturateur
30 mn à 1/4000 s (MS)
ou 1/16000 s (ES)
Flash
flash externe fourni
Vidéo
4K 30p
Autonomie (norme CIPA)
340 vues
Connexions
USB 2.0, HDMI, Wi-Fi,
Bluetooth
Dim/poids
115x66x64 mm/390 g
NOS CHRONOS
z Allumage, mise au point et déclenchement:
z Mise au point et déclenchement :
z Attente entre deux déclenchements:
1,7 s
0,15 s
0,5 s
VERDICT
1/125s à f:2,8, 1000ISO
Détail 100%
J’avais été séduit en son temps par le LX100, compactzoom au dessin particulièrement réussi et muni d’un
capteur 4/3, regrettant toutefois sa visée étriquée et peu
confortable. Aussi l’arrivée inespérée, 4 ans plus tard,
d’une version II suscita-t-elle beaucoup d’espoir. Las,
Panasonic n’a pas fait beaucoup d’efforts, se contentant
essentiellement de changer le capteur et l’écran dorsal,
désormais tactile. Certes les menus gagnent quelques
options intéressantes, comme le post focus, et les hautes
sensibilités sont de bonne tenue jusqu’à 1600, voire 3200
ISO, mais à ce tarif et après 4 ans de carence, j’aurais
apprécié – surtout côté visée – une mise à niveau plus
vigoureuse. Panasonic est aujourd’hui davantage
concentré sur sa gamme hybride, et ce LX100 II va sans
doute être source de frustration pour de nombreux
adeptes, ce qui lui coûte un Top-Achat…
POINTS FORTS
POINTS FAIBLES
© Ergonomie agréable
et look ravageur
© Bonne qualité d’image
jusqu’à 3200 ISO
© Zoom stabilisé, lumineux
sur toute son amplitude
© Très réactif
© Concept multi-ratios de
même définition sans
équivalent
ª Viseur électronique
séquentiel décevant
ª Écran dorsal fixe
ª Définition un peu juste
ª Seulement 49 points AF
ª Flash non intégré
ª Amplitude du zoom assez
réduite
ª Distorsion géométrique
perceptible au 24 mm
LES NOTES
Prise en main
9/10
Fabrication
9/10
Visée
6/10
Fonctionnalités
8/10
Réactivité
9/10
Ses dimensions généreuses et un grip accrocheur
procurent une tenue en main confortable.
autres par sa définition qui s’approche des
3000000 de points. De fait aucune pixellisation n’est perceptible, mais le grossissement de sa dalle séquentielle manque
d’ampleur. Ici aussi, ce Lumix reconduit
l’EVF de la première version.
Qualité d’image
Les objectifs très lumineux ne sont jamais
d’emblée au top de leur forme, et c’est à
partir de f:2,8 (une ouverture que le zoom
a le bon goût de maintenir jusqu’au 75 mm)
que l’on obtient une bonne homogénéité
optique. Les coins restent toutefois toujours
un peu en retrait par rapport au centre, et
de la distorsion géométrique se laisse percevoir au 24 mm. C’est dans le comportement aux hautes sensibilités que cette
nouvelle mouture apporte une notable
amélioration par rapport à la précédente,
malgré la densité de photosites accrue par
une définition 40 % supérieure. Les images
restent très propres jusqu’à 1600 ISO, et
tiennent encore bien la route, sans lissage
excessif, à 3200 ISO.
Pas de soucis pour
monter jusqu’à 1600
ISO. Le zoom perd peu
de luminosité au 75
mm, ce qui en fait un
bon outil à portrait. Le
rendu chromatique
traite avec délicatesse
les tons chair tandis
que le capteur 4/3
procure de plus
intéressants flous
d’arrière-plan qu’un
capteur 1”.
L’excellente finition métallique fait plaisir aux yeux,
et on apprécie la véritable bague de diaphs présente sur l’objectif.
Panasonic aurait dû faire un effort sur ce critère,
comme il la fait sur ses hybrides haut de gamme…
La plupart sont héritées de la première mouture,
avec toutefois quelques additions bienvenues.
Les points AF ne sont guère nombreux,
mais l’AF saute dessus avec un bel entrain !
Qualité d’image
27/30
Malgré une périphérie d’image un peu en retrait par rapport au
centre, le LX100 II se débrouille bien jusqu’à 1600, voire 3200 ISO.
Objectif
8/10
Rapport qualité/prix
7/10
Le zoom compense une amplitude assez maigre
par une belle luminosité, qui ne faiblit que de 1 IL 1/3 au télé.
Le II est plus onéreux que le I à sa sortie… Étant donné le peu de mal
qu’il s’est donné, Panasonic aurait pu se montrer moins gourmand…
Total
83/100
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 109
Équipement TEST
OBJECTIF : SAMYANG FE AF 35 MM F:1,4
Prix indicatif
670 €
Du pro pour les experts
Les hybrides ont le vent en poupe et les opticiens indépendants essayent évidemment
de se « placer » pour prendre rapidement des parts dans ce nouveau marché. Samyang, arrivé
récemment sur la scène, réagit très vite et propose désormais un début de gamme autofocus
intéressant pour les hybrides Sony 24x36. Claude Tauleigne
C
et objectif complète le 50 mm f:1,4
dans la gamme des optiques autofocus Samyang haut de gamme destinées aux hybrides Sony à capteur
24x36. Avec les autres focales fixes
du catalogue ouvrant à f:2,8 (14, 24 et 35
mm), les possesseurs d’appareils Alpha –
série 7 et 9 – disposent maintenant de cinq
optiques AF économiques... en plus de la
dizaine d’objectifs à mise au point manuelle
de la marque. Notons, à ce propos, que ce
35 mm est optiquement différent du 35 mm
f:1,4 AS UMC MF, initialement conçu pour
les reflex et adapté par la suite aux appareils hybrides par la marque coréenne.
FICHE TECHNIQUE
Construction
11 lentilles
(2 asphériques, 2 HR) en 9 groupes
110 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
MAP mini
30 cm
Ø filtre
67 mm
115 x 76 mm/645 g
Dim. (ø x l)/poids
Accessoires
Pare-soleil, étui souple
Sony FE
Montures
Sur le terrain
Ce 35 mm est très volumineux du fait de
sa luminosité mais le Zeiss Distagon de
mêmes caractéristiques possède approximativement les mêmes dimensions... et un
poids similaire. La construction tout métal
est superbe, la baïonnette est métallique
et possède les contacts électroniques qui
autorisent la transmission des informations
entre le boîtier et l’objectif. Je regrette toutefois l’absence de joints d’étanchéité, ce
qui est dommage pour un objectif destiné
à barouder sur le terrain. Le pare-soleil est
un peu délicat à mettre en place et son
verrouillage en bout de course est un peu
trop lâche. L’objectif est très sobre, pour
ne pas dire minimaliste : hormis sa fine
bague rouge, il ne possède aucune fioriture
(même les indications sont rares !). Dépourvu d’interrupteur AF/MF (ce qui n’est pas
vraiment gênant puisqu’on peut retoucher
le point en mode DMF avec les hybrides
Sony), sa seule commande est sa bague
de mise au point, très large (plus de 4 cm)
au revêtement finement strié, taillé dans la
masse du métal. Elle assure une mise au
point « by wire », même en mode manuel,
ce qui empêche toute échelle de distance. Il
n’y a pas, non plus, de butées. Cette bague
tourne de façon fluide et sans jeu. Son
amplitude de rotation, pour passer de la
65°
Champ angulaire
PT
O
T
A
ACH
S
RÉPON
ES
PHOTO
mise au point minimale (à 30 cm) à l’infini,
dépend de la vitesse de rotation qu’on lui
donne. La mise au point autofocus est assurée par un moteur sonique très silencieux et
assez rapide, sans être un foudre de guerre.
Le diaphragme à neuf lamelles conserve sa
géométrie dans le temps et reste fermé à sa
dernière valeur lorsqu’on éteint l’appareil.
où l’image manque de nerf. Il faut fermer
le diaphragme à f:2,8 pour que l’ensemble
devienne cohérent mais l’homogénéité n’est
bonne qu’à partir de f:8... quand la diffraction
commence à se faire sentir. Le vignetage est
très visible à pleine ouverture (où il atteint
2,5 IL) et diminue pour devenir insignifiant
à f:4. La distorsion en barillet est également
visible mais reste à un niveau corrigeable
logiciellement sans trop de pertes. L’aberration chromatique est, quant à elle, correctement corrigée mais reste toutefois plus
présente que sur des modèles comparables.
Les mesures
Au labo
Ce 35 mm n’indique rien d’autre que sa focale et son ouverture dans sa dénomination
mais il possède deux lentilles à fort indice de
réfraction (HR) et deux asphériques (moulées) dans les groupes arrière. Il bénéficie du
traitement de surface maison UMC (Ultra
Multi Coating). Les performances au centre
sont d’excellent niveau. A pleine ouverture,
le micro-contraste est très bon et les résultats progressent rapidement : entre f:2,8 et
f:8, le piqué est exceptionnel. Les bords sont
classiquement en retrait, notamment à f:1,4
35 mm: Le piqué au centre est bon
à f:1,4 puis devient excellent à f:2,8.
Il se maintient à ce niveau jusqu’à f:8.
Les bords sont en net retrait : il faut
attendre f:4 pour qu’ils soient très bons.
La distorsion est visible (2 % en barillet),
tout comme l’aberration chromatique
(0,4 ‰). Le vignetage, marqué à pleine
ouverture (2,5 IL), disparaît vers f:8.
Dès la pleine
ouverture, les
performances sont
bonnes au centre mais
le vignetage est
visible. La luminosité
de l’objectif et sa mise
au point minimale à
30 cm autorisent des
effets de profondeur
de champ
intéressants.
O FFRE DÉCOU V E RTE
JUSQU'AU 10 JANVIER 2019
1099€
Jusqu'à
de remise sur l'achat
d'un GFX 50R
+ un objectif GF éligible
VERDICT
Avec cette focale dédiée au reportage et à la photo de rue,
Samyang propose aux possesseurs d’hybrides Sony A7 et A9
un objectif économique (c’est le moins cher du marché) aux
performances élevées. Il est certes volumineux et lourd,
mais c’est la contrepartie de sa luminosité et de sa
construction haut de gamme. Même sa mise au point AF est
en net progrès par rapport aux premiers modèles présentés
par la marque, notamment le 50 mm f:1,4. Sans être fulgurant,
l’autofocus est en effet plus rapide et bien plus silencieux. Son
piqué au centre est d’excellent niveau.
Les bords du champ nécessitent par contre une accentuation
logicielle pour améliorer leur micro-contraste.
C’est très classique sur les grands-angles lumineux, qui plus
est destinés à des boîtiers à très court tirage. De la même
façon, si les aberrations connexes ne sont jamais pénalisantes,
elles restent présentes et visibles, notamment la distorsion et
le vignetage à grande ouverture. Par ailleurs, l’objectif est
assez sensible au flare. Le traitement UMC et le pare-soleil ne
font pas tout : mieux vaut éviter que le soleil ne frappe la
lentille frontale ! Samyang a présenté en même temps que cet
objectif un petit boîtier USB (la “Lens Station”) et un utilitaire
qui permettent d’affiner la calibration de l’objectif. Outre le
réglage précis de la mise au point, certaines fonctions sont
intéressantes, comme le réglage de l’ouverture maximale
(pour que le diaphragme soit complètement invisible à pleine
ouverture) ou la sensibilité de la bague de mise au point.
BACK TO
PHOTOGRAPHY
1099€
TTC
1099€
TTC
DE REMISE*
DE REMISE*
Z
POINTS FORTS
POINTS FAIBLES
© Très bonnes performances
au centre
©Construction irréprochable
©AF silencieux
©Prix correct
ª Encombrement
ª Distorsion visible
ª Pas de tropicalisation
GF45mm F2.8 R LM WR lens
soit 5199€ TTC
(remise déduite)
GF63mm F2.8 R WR lens
soit 4999€ TTC
(remise déduite)
999€
TTC
LES NOTES
Total
36/40
18/20
15/20
17/20
86/100
GF32-64mm F4 R LM WR lens
soit 5999€ TTC
(remise déduite)
C Mediatik
Qualité optique
Construction
Confort d’utilisation
Rapport qualité/prix
DE REMISE*
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Équipement TEST
OBJECTIF : LAOWA 15 MM F:2 FE ZERO-D “D DREAMER”
Prix indicatif
Oeil de grenouille
930 €
Les 14 mm sont assez rares sur le marché... les 15 mm le sont encore plus. Ce Laowa 15 mm
n’est concurrencé que par l’Irix 15 mm f:2,4... mais il reste unique par son ouverture
impressionnante (f:2), sa conception destinée aux hybrides Sony 24x36... et son nom
qui clame une absence de distorsion ! Claude Tauleigne
A
nhui ChangGeng Optical Technology Company Limited (Venus Optics) est une compagnie chinoise
qui commercialise, depuis 2013,
des optiques photo sous l’appellation Laowa (ce qui signifie «Vénérable
Grenouille »). Son catalogue est varié
et éclectique, depuis des optiques ultragrand-angle macro à décentrement (15
mm f:4 atteignant le rapport 1:1) jusqu’aux
optiques à portrait STF (105 mm f:2)... avec
un diaphragme à 14 lamelles!
FICHE TECHNIQUE
12 lentilles (2 asph et
2 ED) en 9 groupes
Construction
110°
Champ angulaire
15 cm
MAP mini
72 mm
Ø filtre
66 x 82 mm/500 g
Dim. (ø x l)/poids
Parasoleil
Accessoire
Sony FE
Monture
Sur le terrain
Ce qui caractérise ces objectifs Laowa, c’est
leur qualité de fabrication. Ce 15 mm f:2,
très compact, ne déroge pas à la règle...
si on excepte son absence de tropicalisation : il est construit en métal (y compris
le pare-soleil) et tout respire la précision.
Même sa boîte d’emballage rappelle
celle des optiques Zeiss ou Lomography.
Splendide! Ses bagues sont striées dans la
masse. La finition est également irréprochable : l’échelle de distance est précise,
tout comme celle de profondeur de champ.
Même la position de la pupille d’entrée est
indiquée, ce qui permet aux adeptes de
photo et de vidéo panoramiques de régler
précisément la tête de leur rotule. La mise
au point est manuelle et, si la rotation de la
bague est un peu ferme, elle est très bien
dimensionnée en largeur et ses butées sont
parfaitement amorties. Sa rotation est fluide
et précise, sans aucun jeu mécanique. L’amplitude est toutefois un peu faible: on passe
par exemple de l’infini à 1 m en quelques
degrés seulement. Cela est dû à la mise au
point minimale très courte : la plus grande
partie de la rotation est dédiée aux distances allant de 15 cm à 50 cm. La bague
de diaphragme est décliquable (pour une
utilisation vidéo) mais on peut lui reprocher
que ses crans soient trop souples et que le
poussoir de déverrouillage soit mal placé et
trop peu ferme. Dernier léger reproche : la
112 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
fixation du pare-soleil n’est pas crantée : il
peut parfois tourner légèrement en sortant
du sac et créer un vignetage marqué sur
les photos (expérience vécue...). De plus,
on ne peut pas l’enlever quand le bouchon
d’objectif est en place. La baïonnette ne
comporte pas, non plus, de contacts électroniques : l’ouverture, la distance, les EXIF,
etc. ne sont donc pas transmis au boîtier.
sera donc nécessaire pour renforcer la netteté dans les coins de l’image ! La distorsion
est en revanche maîtrisée pour un si grandangle... bien qu’elle ne soit pas nulle comme
l’annonce le nom de l’optique ! L’aberration chromatique est assez visible lorsqu’on
zoome et le vignetage est évidemment
maximal aux grandes ouvertures. Les performances globales sont donc correctes...
mais pas à l’image de la construction...
Les mesures
Au labo
La formule optique, rappelée sur le packaging de l’optique, comporte douze lentilles, dont trois à faible dispersion (ED)
et deux asphériques. Les performances
sont globalement très bonnes au centre.
A pleine ouverture, le piqué est déjà bon
et il s’améliore pour atteindre un très bon
niveau dès que l’on ferme le diaphragme de
deux crans. La diffraction intervient et fait
légèrement baisser le micro-contraste. Sur
les bords, par contre, l’objectif ne décolle
pas vraiment. La pleine ouverture est assez
médiocre et les résultats deviennent seulement « bons » à f:5,6. L’homogénéité est
alors très bonne. Un post-traitement logiciel
15 mm: A pleine ouverture, les
résultats sont bons au centre, puis
deviennent très bons aux ouvertures
moyennes. Sur les bords, le niveau est
bien plus faible : médiocre à f:2, le
piqué devient juste bon vers f:5,6. La
distorsion (1,5 % en barillet) est bonne
pour un 15 mm. Mais l’aberration
chromatique est moyenne (0,5 ‰),
tandis que le vignetage est énorme (3
IL à f:2) et disparaît très doucement.
DU 1ER OCTOBRE
AU 31 DÉCEMBRE 2018
JUSQU’À
A grande ouverture,
les performances au
centre sont bonnes.
Travailler près de la
mise au point
minimale demande
évidemment d’activer
le focus peaking
pour espérer en
profiter. Mais les
angles sont assez
mous et le vignetage
est très prononcé.
VERDICT
Ce Laowa 15 mm f:2 est un objectif contrasté. Pas dans son
rendu mais dans son bilan. Sa construction est en effet
splendide. Pas grand chose à lui reprocher à ce niveau : il est
digne des Zeiss ou des Sony GM, si on excepte toutefois son
absence de toute connectivité qui prive les fichiers d’image
de données EXIF... Signalons, au passage, le traitement de
surface hydrophobe des lentilles extrêmes (appelé FEC “Frog Eye Coating”), équivalent aux traitements modernes
au fluor. On peut, dans le détail, lui reprocher des finitions un
peu lâches dans la bague de diaphragme ou le pare-soleil
mais rien là de prohibitif. Il faut toutefois remarquer que la
visée électronique avec un si grand angle n’est pas
forcément pratique : les écarts lumineux sont souvent grands
et le contraste du viseur empêche bien souvent de cadrer
précisément. Mais ceci est une limitation générale pour les
grands-angles utilisés sur les appareils hybrides.
Côté performances, par contre, le niveau est un bon cran
en dessous. Le piqué au centre est certes très bon mais les
bords manquent de contraste et sont affectés par de la
coma. Les autres aberrations sont contenues mais toujours
présentes. Seule la distorsion mérite un très bon point : à
défaut d’être nulle, elle est très bien contenue pour un 15
mm. Au final, cet objectif unique en son genre est intéressant
mais la grenouille Laowa n’a-t-elle pas eu les yeux plus gros
que le ventre ? Une ouverture de f:4 nous aurait convenu en
contrepartie d’un piqué sur les bords plus musclé.
POINTS FORTS
POINTS FAIBLES
© Excellente construction
© Très bonnes performances
au centre
©Distorsion correcte
©Compacité
ª Faiblesse dans les angles
ª Vignetage marqué
ª Bague de diaphragme
peu pratique
1000€
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200€
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Total
33/40
17/20
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Qualité optique
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Équipement PANORAMA
Objectifs reflex et boîtiers hybrides
La bonne association
Dans notre numéro 320, nous avons détaillé les contraintes optiques et mécaniques inhérentes aux
nouveaux hybrides 24x36. Le rapport entre les tailles du capteur et de la monture ainsi que le très
faible tirage mécanique ont, en effet, des impacts importants sur les possibilités et les contraintes
des objectifs. Si Sony possède déjà un catalogue optique conséquent, Canon et Nikon s’appuient
sur les gammes reflex existantes, via des adaptateurs, en attendant que leurs nouvelles gammes
optiques se développent. Qu’en est-il de la compatibilité électronique ? Claude Tauleigne
L
es objectifs conçus pour les appareils reflex 24x36 sont, a priori, tous
optiquement compatibles sur les
hybrides : il suffit de leur adjoindre
une simple « cale » – dont l’épaisseur
est égale à la différence des tirages – pour
qu’il puissent former une image sur le capteur. On peut conserver toute la plage de
mise au point, depuis la position minimale
jusqu’à l’infini. Les « vieux » objectifs d’il
y a quelques décennies, entièrement manuels, sont ainsi parfaitement utilisables
sur les hybrides modernes. On a vu fleurir,
depuis l’apparition des hybrides, de nombreuses bagues qui permettent d’utiliser
d’intéressantes antiquités ! Bien entendu,
on perd tous les automatismes mais en
réglant le diaphragme sur la bague de
l’objectif et en s’aidant éventuellement
du focus peaking pour effectuer la mise
au point, ça fonctionne plutôt bien. Mais
les objectifs modernes sont bourrés
d’électronique. Les bagues d’adaptation
vont donc devoir faire transiter un grand
114 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
nombre d’informations (dans les deux sens)
entre le boîtier et l’objectif pour profiter de
tous les automatismes modernes : autofocus, stabilisation, automatismes d’exposition, lecture des données EXIF, corrections
optiques automatiques...
En combinant deux bagues, on peut
par exemple monter un vieil objectif
Hasselblad sur un hybride Sony...
Les combinaisons sont infinies !
Les associations possibles
Nous avons déjà publié le tableau ci-dessous mais une erreur dans la première colonne a pu
induire certains d’entre vous en erreur. Nous le republions : il indique la possibilité d’associer les
objectifs de différentes montures (Canon EF, Canon RF...) avec les hybrides récents. Certaines
bagues sont propres aux marques , d’autres sont proposées par des indépendants (nous donnons
la référence du catalogue Novoflex- dont on connaît la précision - mais il en existe d’autres !)
Boîtier
Canon EOS R
Leica M
Nikon Z
Sony FE
Canon EF
Canon RF
Canon EF-EOS
Natif
R (3 modèles)
Possible
/
Possible
Possible
NEX/EOS
Possible
Leica M
Possible
Nikon F
Possible
Natif
LEM/NIK
Possible Nikon FTZ
NEX/LEM NEX/NIK
Nikon Z
/
/
Natif
/
Sony A
Possible
Sony FE
/
LEM/MIN
/
Possible
Difficile
Sony LA-EA3 Natif
Certains constructeurs chinois (ici Shoten)
proposent déjà sur le site eBay.fr des bagues
permettant de monter différents objectifs sur
les nouveaux hybrides 24x36 Canon et Nikon.
Ici un objectif Leica M sur un EOS R. Évidemment,
le codage 6 bits de l’optique n’est pas transmis
(il faudrait que l’adaptateur le décode et
transmette l’information de focale au boîtier...
c’est faisable mais pas simple !)
Jamais aussi bien servi que par soimême !
Les marques qui disposaient déjà d’un
parc optique reflex 24x36 ont immédiatement proposé des bagues d’adaptation
parfaitement optimisées pour leur système
et on peut ainsi bénéficier de tous les automatismes avec les bagues « maison ». Le
tableau ci-dessous recense ces bagues
d’adaptation propriétaires.
Avec les optiques Canon, c’est plutôt
simple : la monture de l’hybride RF est
compatible avec toutes les optiques EF et
EF-S (le recadrage s’activant automatiquement) via les trois adaptateurs EF-EOS R
disponibles. L’appareil n’étant pas stabilisé,
le système IS des objectifs est évidemment
fonctionnel. Notons que, par contre, les
EF-M destinés aux hybrides APS-C de la
marque ne sont pas compatibles.
Chez Leica, les bagues sont purement mécaniques... même si la bague M-Adapter L
Canon propose pas moins de trois bagues d’adaptation. Les plus évoluées permettent même
d’ajouter des fonctionnalités aux objectifs EF : bague de contrôle supplémentaire ou filtre insérable.
MARQUE
Canon
Leica
Nikon
Sony
BAGUE
EF-EOS R (3 modèles)
M-Adapter L
R-Adapter L
FTZ
LA-EA3, LA-EA4
OBJECTIF
EF, EF-S
M
R
F
A
MONTURE HYBRIDE
R
L
L
Z
E
La bague d’adaptation Sony LA-EA4 est très
complexe puisqu’elle intègre un miroir
semi-transparent qui lui permet de disposer
d’un système AF à détection de phase. Le tout
se pilote depuis l’appareil via une batterie
de contacts électroniques.
(permettant d’utiliser des objectifs M sur
les boîtiers L) transmet le codage 6 bits des
optiques récentes. Chez Sony, les bagues
LA-EA3 et LA-EA4 permettent d’utiliser les
objectifs Sony et Zeiss (ainsi que les anciens
Minolta) à monture A sur les hybrides Nex
et Alpha.
Chez Nikon, même si la marque annonce
que l’adaptateur FTZ permet de monter
360 objectifs, c’est un peu plus complexe,
étant donné les multiples variantes des objectifs à baïonnette F ! Tout d’abord, avec
les Nikon Z dont le capteur fait office de
stabilisateur mécanique, se pose la question
de la double stabilisation lorsqu’un objectif
reflex stabilisé (VR) est utilisé. Bonne nouvelle : les deux systèmes peuvent cohabiter. : lorsqu’un objectif VR est utilisé via
l’adaptateur FTZ, le boîtier Z va confier
la correction des mouvements angulaires
(de lacet et de tangage) à l’objectif car la
correction optique de ces mouvements est
plus efficace, notamment avec les longues
focales. Le boîtier se charge de la correction
des mouvements de translation latéraux et
du roulis. On a donc une « priorité VR » de
la double stabilisation. Concernant la compatibilité de l’autofocus et de l’exposition,
il faut préciser que seuls les plus récents
(AF-S, AF-P et AF-I – produits entre 1992
et 1998 -) sont complètement compatibles.
Les objectifs DX (APS-C) le sont fff
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 115
Équipement PANORAMA
également, le boîtier effectuant le recadrage automatiquement. Avec les AF-D, la
mise au point sera manuelle car les boîtiers
Z ne possèdent pas de moteurs AF. Même
restriction avec les AF « non D » qui ne disposeront pas, non plus, de l’assistance à la
mise au point électronique dans le viseur
(ni de la correction de la distorsion). Avec
les anciens objectifs à mise au point manuelle (Ai et Ai-S), l’appareil ne va pas lire
l’ouverture effective : on perd en plus l’affichage de l’ouverture dans le viseur mais
également la mesure matricielle et seuls
les modes A et M seront accessibles. Enfin,
signalons que la flopée d’antiques objectifs
datant des premiers Nikon F, qui n’est plus
compatible depuis l’apparition des reflex
modernes, ne l’est pas plus.
Les indépendants face aux Nikon Z
Nikon a, comme toujours, verrouillé les
caractéristiques de sa monture. Il sera
donc difficile aux fabricants indépendants
de concevoir des optiques directement
compatibles avec les boîtiers Z... à moins
de se livrer à de la rétro-ingénierie toujours
risquée légalement ! Il faut donc que les
gammes actuelles soient compatibles via
l’adaptateur FTZ. Tamron a annoncé début octobre avoir découvert quelques problèmes avec des objectifs Di et Di II, sans
préciser lesquels... De son côté, et dans un
premier temps, Sigma a annoncé que les
objectifs de sa gamme actuelle, disponibles
en monture Nikon, n’avaient aucun problème de fonctionnement général lorsqu’ils
sont utilisés sur le Z7 via l’adaptateur FTZ.
Par la suite, la marque a apporté quelques
précisions. En ce qui concerne l’exposition
et l’autofocus, aucun souci, la compatibilité
est totale. Toutefois, quatre objectifs posent
de légers problèmes annexes. L’enregistrement vidéo peut s’arrêter de temps en
temps avec le A 24-35 mm f:2, quelques difficultés de mise au point peuvent survenir
avec le A 50 mm f:1,4 et une surexposition
peut apparaître (au-delà de f:5,6) avec le
A 85 mm f:1,4. Sigma annonce qu’une future mise à jour des firmwares de ces objectifs résoudra ces problèmes (via le dock
USB). Avec le 800 mm f:5,6 EX, l’autofocus
n’est pas très précis mais aucune mise à
jour du micrologiciel n’est prévue.
La marque annonce par ailleurs que les
objectifs qui possèdent un stabilisateur
optique peuvent être utilisés avec l’OS
activé en même temps que la stabilisation mécanique du boîtier. Toutefois, sur
certains objectifs, la stabilisation ne peut
être désactivée et la fonction de mise hors
tension ne fonctionne pas non plus : il faut
donc éteindre l’appareil pour déconnecter
le stabilisateur. Il s’agit, en gamme APS-C
(objectifs « DC »), des 17-50 mm f :2,8 EX,
C 17-70 mm f :2,8-4 Macro, C 18-200 mm
f :3,5-6,3 Macro, et 18-250 mm f :3,5-6,3
Macro et, en 24x36, du A 24-105 mm f :4.
D’autres modèles (discontinués) présentent
le même problème en gamme DC.
Les indépendants face au Canon R
Sigma annonce, ici encore, une totale compatibilité de ses objectifs à monture EF de sa
gamme actuelle. Toutefois, certaines fonctions des menus du boîtier ne fonctionnent
pas complètement. La première est l’Optimiseur d’objectif numérique (situé dans la
fonction de correction optique de l’objectif
de l’EOS R). Il faut donc désactiver cette
fonction. Ce menu de correction optique de
l’objectif possède également trois fonctions
de correction : “Correction de l’éclairage
périphérique” (vignetage), “Correction des
aberrations chromatiques” et “Correction
de la distorsion”. Avec les objectifs Sigma
fabriqués depuis mars 2018, ces corrections sont effectives, tout comme avec ceux
dont le firmware a été mis à jour (2.0 ou
ultérieur). Avec les autres objectifs, il faut
régler ces options sur OFF avant la prise
de vue, les corrections apportées n’étant
pas adaptées... et pouvant donc dégrader
l’image. Notons également que le recadrage automatique « Crop x1,6 » qui s’active avec les objectifs EF-S (format APS-C)
ne fonctionne pas automatiquement avec
les Sigma DC : il faut donc le sélectionner
manuellement.
Tamron annonce de son côté la compatibilité « des fonctions générales » des
modèles 15-30 mm f:2,8, 24-70 mm f:2,8
G2, 70-200 mm f:2,8 G2, 35 mm f:1,8 , 45
mm f:1,8, 85 mm f:1,8, 90 mm f:2,8 Macro,
17-35 mm f:2,8-4 et 70-210 mm f:4 avec
le boîtier EOS R, via l’adaptateur EF-EOS
R. Les objectifs doivent être à jour de
leur firmware. Des informations complémentaires concernant les autres modèles
seront dévoilées plus tard.
L’adaptateur Nikon FTZ
« F to Z » permet de monter
les derniers objectifs de la
marque sur les boîtiers Z avec
une compatibilité totale.
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Équipement NOUVEAUTÉS
ÇA BOUGE CHEZ YONGNUO
Un hybride sous Android et un 35 mm f:1,4
Non il ne n’agit pas d’un smartphone,
mais d’un hybride en monture Canon EF,
propulsé par Android…
E
n 2013 Samsung, qui avait alors de
grandes ambitions photographiques,
lançait un appareil révolutionnaire : le
Galaxy NX, un hybride fonctionnant
sous Android Jelly Bean. L’idée était peutêtre prématurée car cet étonnant boîtier
ne connut qu’un succès d’estime avant de
disparaître peu après. Pourtant le concept
était loin d’être idiot, et il refait surface non
seulement chez Zeiss avec son ZX1 mais
également chez Yongnuo avec ce YN 450.
En attendant un nom plus glamour (ce sont
les internautes qui décideront entre Caméra 4G ou Smart Camera…) et une date de
commercialisation inconnue à l’heure où
ces lignes sont écrites, le fabricant chinois
a dévoilé les caractéristiques techniques de
son poulain. Si la monture EF peut recevoir tous les objectifs Canon, le capteur est
un 4/3 Panasonic de 16 MP (pas le plus
récent, donc) qui multipliera les focales par
2. La visée sera confiée à un grand écran
Full HD de 12,5 cm de diagonale, tactile
multipoints, tandis que Android 7.1 (peutêtre que la version 10 sera disponible à la
date de sortie) sera animé par un processeur Qualcomm à 8 cœurs… Contrairement au Panasonic Lumix CM1 de 2014,
le YN 450 n’est pas un smartphone, ce qui
ne l’empêche pas d’intégrer, outre la Wi-Fi,
une puce 3G/4G et un module GPS. Cet
118 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
hybride saura enregistrer en Raw et réaliser
des vidéos en 4K à 30 i/s. Une mémoire
interne de 32 Go est prévue, secondée par
une baie SD curieusement limitée à une
capacité de 32 Go. Avec ses 4000 mAh, la
batterie ne devrait pas manquer d’autonomie. En revanche, malgré la présence d’un
petit grip en façade, l’ergonomie de prise en
main ne devrait pas être le point le plus fort
de l’objet, surtout avec un massif objectif
Canon sur le museau…
joindre un 50 mm (Canon/Nikon) au rayon
des f:1,4. Pour le moment la date de sortie
est inconnue, de même que le tarif. Toutefois, si on en juge par les tarifs agressifs généralement pratiqués par Yongnuo, on peut
miser sur un prix ne dépassant pas 300€.
Ce qui, pour un f:1,4 AF, représenterait une
excellente affaire…
Un lumineux 35 mm
S’il s’est fait connaître à ses débuts par ses
flashs compatibles, Yongnuo s’est depuis
bien diversifié et propose une large gamme
de focales fixes. Hormis quelques références, elles sont prévues pour Canon et
Nikon, avec toutefois un décalage dans les
dates de disponibilité pour cause de rétroingénierie. C’est pourquoi ce 35 mm f:1,4
AF (un 35 mm f:2 était déjà au catalogue)
sera pour l’instant réservé aux montures
Canon. Sa formule optique comprend 7
lentilles dont 2 à dispersion anormale pour
contenir les aberrations chromatiques et
2 asphériques. Sept lames de diaphragme
(jusqu’à f:22) devraient assurer un joli
bokeh circulaire à pleine ouverture et des
contacts plaqués or devraient assurer la
fiabilité de couplage. Ce 35 mm vient re-
35 mm f:1,4, en monture Canon pour commencer.
PHOTOTOPEA : UN CLONE DE PHOTOSHOP EN LIGNE
Comme un vrai,
ou presque !
I
l existe sur la planète geek des développeurs informatiques aussi indépendants qu’opiniâtres… Le Tchèque
Ivan Kutskir en est un bon échantillon
puisqu’il peaufine depuis 2012, sans doute
sans dormir beaucoup, un Photoshop-like
utilisable en ligne (www.photopea.com).
Le site emmène directement sur une interface de travail pour le moins bluffante,
puisqu’elle reprend pratiquement à l’identique celle du célèbre logiciel de retouche
d’Adobe, avec sa palette d’outils, ses raccourcis clavier, ses filtres et ses menus,
disponibles en 22 langues s’il vous plaît !
Photopea (Photopois ?) contient l’essentiel pour post-produire ses images, dont la
gestion des calques de réglage et les tracés
vectoriels, mais il ne faut tout de même pas
s’attendre à la richesse fonctionnelle de
son inspirateur: seul le DNG est supporté
en matière de Raw, et les scripts ou traitements par lots sont omis. Par ailleurs, le
travail en ligne n’a pas la fluidité de celui sur
un logiciel en local. Mais l’entreprise d’Ivan
Kutskir est à saluer, et chapeau bas… L’uti-
lisation de Photopea est gratuite, au prix
de quelques pubs (peu envahissantes) qui
disparaissent en cas d’abonnement. Celuici revient, pour un utilisateur unique, à 9 $
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n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 119
Équipement NOUVEAUTÉS
UN LUMINEUX 150 MM CHEZ IRIX
LES TROUVAILLES
DU NET
Œ
Réchauffeur d’objectif
Une belle bête pour la macro
150 mm f:2,8,
MAP mini à 35 cm
A
près deux objectifs très grand-angle
(un 11 mm f:4 et un 15 mm f:2,4) la
société suisse Irix fait un bond direct du côté des longues focales en
présentant un 150 mm f:2,8 disponible en
montures Canon EF, Nikon F et Pentax K.
Comme pour les 2 premières références, la
qualité de fabrication sud-coréenne est suberbe dans sa finition Dragonfly (libellule…)
alliant aluminium et magnésium. C’est du
tout métal de 87x135 mm ce qui, avec 12
lentilles de fort diamètre (filtres de 77 mm),
aboutit à un poids assez conséquent de
840 g. Soit davantage que le Nikon 180 mm
f:2,8 mais moins que le Sigma 150 mm f:2,8.
Contrairement à ces derniers, l’Irix n’est
pas AF. La mise au point se réalise via une
bague à longue course sur 270°. Celle-ci déplace le plan de netteté de l’infini jusqu’à 35
cm de la lentille frontale, assurant un grandissement au rapport 1:1 (comme le 150
mm de Sigma, donc). Les 12 lentilles sont
distribuées en 9 groupes et comprennent
4 éléments à indice de réfraction élevé et
3 à faible dispersion. Annoncée inférieure
à 0,1 %, la distorsion peut être considérée
comme négligeable et les aberrations chromatiques devraient être bien maîtrisées.
Le diaphragme aligne 11 lamelles, 5 joints
assurent une protection tout temps, un collier de pied est intégré et un pare-soleil fait
partie de la dotation. Le tarif prévu est de
595€, ce qui en fait un redoutable challenger qu’il nous tarde d’avoir en test. Il faudra
toutefois attendre un peu, la date de sortie
étant pour l’instant inconnue.
DISCRÉTION ASSURÉE, LEICA Q-P
Un Leica no logo !
D
epuis bientôt 4 ans, le compact 24x36
Leica Q promène son 35 mm f:1,7
dans les rues, qu’il apprécie particulièrement photographier. Non sans
risque, la petite pastille rouge de son célèbre
logo attisant les convoitises. Comme le télémétrique M10-D en test dans ce numéro
(et feu le M9-P), cette version P du Q se
dispense de toute ostentation de façade, réservant la signature en cursive à l’ancienne
Un Leica Q en mode furtif
120 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
de la marque à une gravure sur le capot.
Histoire de pas trop briller sous les feux de
la rampe, le revêtement anti-dérapant et la
peinture à haute résistance de la coque ont
matifié leur noir. Bon, ces efforts de furtivité (ceci dit rien n’empêche de cacher la
fameuse pastille rouge d’un non-P derrière
un bout de gaffer !) ne rendront pas pour
autant invisible la magnifique pièce optique
qui orne l’appareil et ne masqueront pas
vraiment le parfum de luxe qui se dégage
de l’objet… En revanche – et c’est sans
doute là qu’il devient le plus intéressant – le
Leica Q-P se fait également plus discret en
décibels lors de la prise de vue, tandis que
le toucher du déclencheur a été revu afin
d’assurer un meilleur ressenti. Pour le reste,
rien de changé par rapport à la version de
base. On retrouve le capteur plein format 24
MP, le viseur électronique 3680000 points,
l’écran tactile et le processeur Maestro II. Le
P est proposé au tarif de 4690€, soit… 400€
de plus que son frère.
Ce manchon velouté, adaptable par velcro et chauffé
par une résistance alimentée par une prise USB,
n’est pas destiné à empêcher votre objectif de
grelotter par grand froid, causant un flou de bougé.
En revanche il évitera la formation de condensation
lors des changements de température (passage de
l’intérieur à l’extérieur). Pas si bête ! 20 francs
suisses, soit environ 18 €, sur www.fotichaestli.ch
Œ
Lecteurs de carte Prograde
Créé par d’anciens cadres du défunt Lexar, Prograde
Digital commercialise des cartes et des lecteurs
haute vitesse. Deux lecteurs viennent de sortir,
l’un pour les micro-SD, l’autre compatible
Compact-Flash et SD. A la norme USB-C 3.1, ils
autorisent des transferts de 1,25 Go/seconde.
Œ
Cube Air, de Lume Cube
Petit (4x4x2,8 cm), étanche jusqu’à -10 m, puissant
(400 Lux à 1 m sur 60°, 5600K), le Cube Air est
moins lumineux que son aîné mais chromatiquement plus fidèle. Muni d’un filetage de trépied
et contrôlable en intensité via un smartphone, il
permet des éclairages sophistiqués tant en studio
qu’en extérieur (70 $, soit environ 62 €).
MICKEY CHEZ POLAROÏD
Bon anniversaire !
L
a célèbre souris doit apprécier la photographie
instantanée puisqu’elle
avait montré sa frimousse sur un Fuji Instax !
Pas de jaloux, c’est sur un Polaroid type 600 qu’elle apparaît aujourd’hui pour fêter ses
90 ans, ce qui ne nous rajeunit
pas. L’appareil est un modèle
vintage d’époque (le “Pronto”, ici dans sa version avec flash, fut
produit de 1980 à 1986), restauré à la main et paré des codes couleur de la marque Disney. Des films couleur “Édition limitée 90e
anniversaire de Mickey Mouse” accompagnent la réintroduction
du boîtier, contenant 8 vues 8x8cm dont les cadres sont agrémentés de personnages de la bande à Mickey (20€ le pack). L’appareil
est quant à lui proposé au tarif de 200€, ou de 258€ avec 3 packs
de film. Nostalgie quand tu nous tiens…
Erratum sur le Pentax 50 mm f:1,4 !
Prise de pieds dans le tapis du Guide d’Achat 2019, où
l’objectif Pentax 50 mm f:1,4 s’est vu affublé de la fiche du
Nikon 10-24 mm… Voici ce qu’il faut lire !
1200 €
24x36
PENTAX D FA* 50 MM F:1,4 SDM AW
Cette focale standard
remplace l’antique FA 50
mm f:1,4 SMC qui date de
l’époque argentique. Elle
se montre à la hauteur
des (longues) attentes des
Pentaxistes : son piqué est
carrément exceptionnel et il
est parfaitement homogène
dès f:2,8. Les aberrations
connexes sont maîtrisées
(même si l’aberration
chromatique est un peu
élevée). Et surtout, le rendu
des zones floues a été
optimisé : le bokeh est
splendide. La construction
est également très pro.
Tout cela se paie par un
poids,un encombrement...
et un tarif maximaux !
Testé dans RP n°320
PT
O
T
A
H
AC
SE S
PHOTO
RÉPON
LES NOTES
Qualité optique
Construction
39/40
19/20
Confort d’utilisation 17/20
Rapport qualité/prix16/20
Total
91/100
n°322 janvier 2019•Réponses PHOTO 121
EN BREF
« Manfrotto Tough
Satisfaisant aux normes de
transport aérien de bagage
cabine avion, les Tough H-55
et L-55 arrivent dans la
gamme Pro Light Reloader.
Ce sont des valises à roulettes
dont la structure CPS
déperlante, épaisse et dure
absorbe les chocs centraux.
55x35x20cm/4,5 kg et 300€
pour la L-55 et 55x35x22,5
cm/4,6 kg et 330€ pour le
H-55. Des séparateurs
rembourrés et
repositionnables sont fournis.
De quoi faire bourlinguer sans
risque son matériel dans tous
les coins de la planète.
« Salve de mises à jour
Ca se bouscule au portillon des mises à jour, où se pressent Nikon pour
corriger quelques petits bugs de son Z7, Fuji pour pour faire passer la
stabilisation mécanique du X-H1 de 3 à 5 axes (avant ce n’était possible
qu’en conjonction avec une stabilisation optique), Sony pour élagir les
fonctionnalités FTP de son Alpha 9 et ajouter au passage un mode
“priorité silence” et Panasonic pour affûter les algorithmes de détection
AF de son Lumix G9. Rappelons qu’il est toujours bon de mettre à jour le
micrologiciel de son appareil avec la dernière version disponible.
« Eizo CG279X
L’Eizo CG279X affiche 2560x1440
pixels sur une diagonale de 27
pouces. De par sa taille et sa
définition, il se trouve juste au
milieu de la gamme ColorEdge. La
connectique est riche tant en vidéo
(DVI, HDMI et DisplayPort), qu’en
liaison PC, avec ses quatre ports
USB classiques (2 USB 2 et 2 USB
3) auxquels s’ajoute, une première
dans la gamme, un port USB-C.
Mais il “brille” surtout par sa sonde
de calibration matérielle intégrée
qui, pilotée par le logiciel maison
ColorNavigator 7, peut étalonner
automatiquement l’écran à des
heures précises. Prix officiel :
2200€ (garantie 5 ans).
122 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
« Service Pro chez
Tamron
En collaboration avec
Nikken France, Tamron
lance un service Pro pour 8
de ses objectifs : les 2875mm f:2,8 Di III, 15-30 mm
f:2,8, 24-70 mm f:2,8, 70-20
mm f:2,8, 150-600 f:5,6-6,3,
35mm f:1,8, 85mm f:1,8 et 90
mm f:2,8. Pour 99€ annuels,
ce service assure, outre de
nombreux avantages, une
réparation en 24 heures ou
le prêt d’objectif sur toute la
durée d’intervention. Tous
les détails sur www.
nikkenfrance.com/
reparation-sav/tamronpro-service-nikken
« Raw Power passe à la version 2.0
« Shimoda Explore 30L
Shimoda (créé par l’explorateur
Ian Millar) vient d’étoffer sa gamme
de sacs à dos Explore avec un
nouveau modèle plus compact que
ses prédécesseurs, l’Explore 30L,
mais tout autant conçu pour
résister aux conditions extrêmes,
compatible bagage cabine avion.
Disponible en deux couleurs, Blue
Night et Sea Pine, le Shimoda
Explore 30L peut être
précommandé chez Prophot, où il
sera disponible à partir du 30
janvier 2019 pour 265€.
Développé par la société des Gentlemen Coders et adapté tant
aux ordinateurs Mac qu’aux iPad et iPhone, Raw Power 2.0
fonctionne comme une application dédiée ou comme une
extension de Photos d’Apple. Nouveaux outils dans cette
version : les corrections d’aberrations chromatiques et de
perspective, un mode noir et blanc, un outil pour créer un
vignetage rétro, un module “Enhance” et l’ajout d’un module
de traitement d’images par lots. L’interface revue offre entre
autres un navigateur de fichiers multi-fenêtres et la vue en
planche contact. 30€ sur le Mac Apple Store.
«
MIEUX ON EST NOMBREUX,
MOINS ON A BESOIN DE DONNER
DE L’ARGENT.
«
18 ENFANTS LANCENT UN APPEL :
AIDONS-LES À SAUVER DES VIES
Chaque année dans le monde, plus de 5 millions d’enfants meurent
avant d’avoir 5 ans*.
La Chaîne de l’Espoir est un acteur de santé présent dans 30 pays et engagé dans des actions
pérennes visant à donner accès aux soins et à l’éducation aux enfants les plus pauvres, à leurs familles
et leurs communautés.
Répondez à l’appel de Saul et ses amis,
faites un don sur www.chainedelespoir.org
* Source : Organisation Mondiale de le Santé (OMS)
#CasseTaTirelire
Conception-réalisation : Sidièse - Photographe : Géraldine Aresteanu
Saul, 5 ans
Questions RÉPONSES
QU’EST-CE QU’UN STÉNOPÉ ?
L’art de photographier sans objectif
Chaque année, le dernier
dimanche d’avril, c’est le
« Pinhole Day ». Partout dans le
monde, c’est donc la journée
mondiale de la photographie
au sténopé : chacun peut
réaliser une photo et la
télécharger sur un site internet
dédié. Tous les photographes
savent que « faire un sténopé »,
c’est réaliser une photo avec un
minuscule trou à la place de
l’objectif. Mais derrière cette
apparente simplicité se cachent
des effets très complexes...
Claude Tauleigne
124 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2018
L
a photo au sténopé est en effet particulièrement simple : un simple trou
remplace l’objectif de l’appareil. Dès
lors, il est très facile de fabriquer un
appareil photo avec une boîte à chaussure
ou une canette de bière en aluminium. Il
faut d’abord percer un petit trou d’un côté
de cet appareil rudimentaire et le boucher
temporairement avec du ruban adhésif opaque. Il suffit alors, dans le noir, de
charger cet appareil rudimentaire avec une
surface sensible (souvent un simple papier
photo scotché sur la surface opposée au
trou). Une fois à l’extérieur, il n’y a plus
qu’à enlever ce ruban, compter quelques
secondes d’exposition, remettre le ruban
en place, puis rentrer pour développer
la surface sensible en chambre noire. La
mode actuelle de la « foto povera » a remis
le principe du sténopé au goût du jour.
OVieux
comme le monde...
Le sténopé est utilisé depuis le XVIe siècle :
un simple trou percé à l’avant des chambres
noires permettait d’effectuer des mesures
topographiques. Cette « camera obscura »
a ensuite été adoptée par les peintres de la
Avec une camera obscura, chaque point de l’objet se
projette sur un point de l’image qui se forme sur le
dépoli. Ceci est rendu possible grâce à un trou de très
petite taille (le sténopé).
Renaissance, qui s’en servaient pour réaliser leurs ébauches. Elle comportait donc,
à l’avant, ce simple trou de très petite taille
(c’est ce qu’on appelle un « sténopé ») et,
sur la face opposée, un dépoli (en verre
ou en papier huilé). Après l’invention de la
photographie, on a simplement remplacé le
dépoli par une surface sensible : film photographique, papier de tirage... Et aujourd’hui,
on peut utiliser un capteur numérique ! En
effet, il suffit de percer un petit trou au
centre du bouchon avant de l’appareil (celui qui se fixe sur la baïonnette) pour faire
des photos sans objectif. Ce bouchon percé
remplace l’optique... et on peut utiliser tout
simplement l’obturateur de l’appareil au
lieu d’exposer « au ruban adhésif opaque
en comptant les secondes dans sa tête ».
OPrincipe
minimaliste
On le sait : faire une photo, c’est matérialiser, sur un point de la surface sensible,
l’image d’un point du sujet. Le principe le
plus simple est de capter un rayon lumineux
– et un seul – provenant de chaque point du
sujet pour le matérialiser sur un point du
capteur. C’est le principe du sténopé : en
réalisant un trou de très petite taille, on ne
laisse entrer dans la chambre de l’appareil
qu’un seul rayon (ou presque...) provenant
d’un point du sujet. Ce rayon viendra frapper la surface sensible en un point. Et ainsi
de suite pour tous les points qui constituent
la scène photographiée. L’avantage est que
la netteté est assurée quelle que soit la distance à laquelle est situé l’objet : la profondeur de champ est infinie ! L’inconvénient
est qu’un rayon lumineux seul est très
peu énergétique et que le temps d’exposition est donc forcément très long. Pour
avoir plus de luminosité, il est nécessaire
de récupérer plus de rayons provenant de
chaque point de l’objet photographié et de
les concentrer sur un point du capteur : on
a créé les objectifs pour cela ! Le gros avantage du sténopé est que l’absence de lentille
annule certaines aberrations optiques : pas
d’aberration chromatique ni de distorsion
sur les photos ! Par contre, le vignetage
naturel (qui est une loi géométrique) et la
diffraction (qui est une aberration liée à
l’ouverture) demeurent ! Mais le plus gros
inconvénient est la très faible luminosité du
système... qui impose des temps de pose
extrêmement longs !
OFocale
et ouverture
Le système ne comportant pas de lentilles modifiant l’inclinaison des rayons, la
«focale» f du système est tout simplement
égale à la distance séparant le trou de la
Peut-on trouver des sténopés dans le commerce ?
On trouve effectivement des sténopés « prêts à l’emploi » dans le commerce.
Leur gros avantage est d’avoir (le plus souvent...) un trou parfaitement
circulaire et une dimension précise. La taille et la forme du trou ont en effet
leur importance sur la précision de l’image. De plus, cela permet de connaître
exactement leur ouverture... autorisant ainsi les calculs d’exposition à l’aide
d’une cellule. Bien entendu, si vous utilisez un appareil avec cellule TTL
(Through The Lens) intégrée, le posemètre se chargera de calculer l’exposition
seul ! On trouve ainsi des sténopés sur bouchon pour appareils APS-C ou
24x36, d’autres en forme d’objectif, d’autres encore, intégrés dans des
appareils moyen ou grand-format (jusqu’au 20x25 cm !).
Le Holga Pinhole est un
appareil 24x36 qui coûte
moins de 10 euros. Il existe
des versions vendues sous
forme d’objectifs
indépendants (en monture
reflex). La marque propose également un Diana MultiPinhole
Operator (moyen format) qui permet de choisir entre un seul,
deux ou trois sténopés sur une seule vue !
Le Pinhole Pro de Thingyfy (disponible
en focale 50 mm pour reflex ou 26 mm pour
hybrides) permet de choisir la taille du trou
(0,10, 0,15, 0,20, 0,25, 0,30, 0,35, 0,50 ou 0.80
mm). Disponible
via un projet
Kickstarter.
Le site stenocamera propose des disques, des bouchons de boîtier et des
appareils à sténopé. Et c’est un artisan français qui les usine, ponce et noircit
lui-même dans des feuilles de laiton avant de les monter sous cache dans une
presse à chaud ! Ils sont ensuite vérifiés au microscope. La précision finale est
de - 0,01 à +0,02 mm. 13 euros environ. www.stenocamera.fr
Comparaison d’une scène contrastée avec un simple zoom en position 50 mm qui travaille pourtant déjà dans sa zone
de diffraction (1/3200 s à f:16 – 3200 ISO) et un sténopé de diamètre 0,26 mm (1/25 s – équivalent f:190 – 3200 ISO).
Le piqué est franchement mauvais avec ce dernier du fait de l’énorme diffraction (les détails du chemin disparaissent
complètement en une zone quasi-uniforme...), le temps de pose est plus de 100 fois plus long, les couleurs moins
saturées... C’est vraiment de la foto povera !
n°322 janvier 2018•Réponses PHOTO 125
Questions RÉPONSES
surface sensible. Avec une boîte à chaussures, vous obtiendrez donc un 300 mm
environ (selon votre pointure...), avec une
canette de bière un 50 mm (selon votre capacité...) et avec un trou sur le bouchon de
votre appareil... une focale égale à son tirage
mécanique environ (entre 15 et 50 mm selon qu’il s’agit d’un hybride ou d’un reflex) !
Cela permet de calculer l’ouverture relative
d’un sténopé puisqu’on sait que N = f/d
(d étant le diamètre du trou). On imagine
Diamètre
0,15
0,2
0,25
0,3
0,35
bien qu’avec des focales de quelques centimètres et un trou de quelques dixièmes de
millimètre, on obtient une ouverture relative conséquente. Par exemple, pour un 50
mm avec un trou de 0,2 mm, on obtient une
ouverture relative de N=50/0,2=f:250 ! Il va
donc falloir utiliser des temps de pose extrêmement longs ! Rappelons que le facteur
multiplicatif pour le temps de pose est égal
au rapport des ouvertures élevé au carré.
Par exemple, si vous devez exposer 1/125
20 mm
f:128
f:105
f:83
f:64
f:58
32 mm
f:209
f:165
f:128
f:105
f:91
50 mm
f:330
f:256
f:209
f:165
f:148
s à f:11 pour 100 ISO, le temps de pose pour
la même scène avec un sténopé ouvrant
à f:250 sera de 1/125x(250/11)2 = 4,1 s.
Normal... il y a quand même 9 diaphragmes
d’écart entre f:11 et f:256 ! Le tableau cidessous donne les ouvertures relatives
en fonction de la focale et du diamètre du
trou (les valeurs sont arrondies aux valeurs
classiques, par tiers ou demi-diaphragme).
Les combinaisons théoriquement adaptées
pour maximiser le piqué sont en vert.
75 mm
f:512
f:362
f:296
f:256
f:222
100 mm
f:661
f:512
f:418
f:330
f:296
Quelle taille pour le sténopé?
Après l’ouverture, le deuxième gros
problème engendré par la minuscule
taille du trou d’un sténopé est la
diffraction. On connaît bien ce
problème optique : au-delà d’une
certaine limite, plus la taille du trou par
lequel passe la lumière est petit, plus la
qualité de l’image se dégrade. On le
constate tous les jours avec un objectif:
le piqué décroît –parfois fortementau-delà de f:11-f:16... Etant donné
l’énorme ouverture relative d’un
sténopé, on comprend bien que la
diffraction est maximale... et que le
piqué s’en ressent nécessairement.
De nombreuses études, théoriques et
pratiques, ont donc été menées pour
déterminer la taille optimale du trou
constituant le sténopé. C’est un peu
technique mais la rentrée est digérée et
on peut bien se remettre un petit peu
aux maths, non ?
On imagine que l’objet photographié
est situé très loin de l’appareil (à l’infini
optique) et que ses rayons parviennent
parallèles sur sa face avant. Si le trou
est assez gros, la taille (D1) de l’image
sur la surface sensible sera égale à la
taille du trou (d) car les rayons sont
parallèles à l’axe optique et forment un
cylindre dont le diamètre est égal à
celui du trou. On a donc D1= d. On a
évidemment intérêt à ce que D1 soit le
plus petit possible pour obtenir la
meilleure définition possible (obtenir un
point image de très petite taille). Mais
quand le trou devient petit (d faible), la
diffraction intervient. L’image n’est plus
un point mais une tache (appelée tache
d’Airy) dont le diamètre moyen est égal
126 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2018
à D2 = 1,22.λ.f/d, (λ étant la longueur
d’onde de la lumière que l’on choisit
égale à 0,55 micron en moyenne).
Pour déterminer la taille optimale du
trou (c’est-à-dire trouver le diamètre d
du sténopé qui donnera les détails les
plus fins), on va considérer une
combinaison des deux tailles (D1 et D2)
à savoir D = d + 1,22.λ.f/d. En étudiant
cette fonction, on trouve qu’il existe un
minimum pour chaque focale f. Indice :
vous pouvez dériver la fonction D(d) et
trouver quand elle s’annule mais là, je
sais, j’abuse... Donc, je vous passe les
calculs mais on trouve un diamètre
optimal qui est une fonction de la focale
et de la longueur d’onde : dopt=3(1,22.λ.f).
Soit, pour λ=0,55 micron, dopt=0,026.3f.
Selon les auteurs, on choisit finalement
dopt=K.3f. K étant une constante qui
varie entre 0,025 et 0,045. On retiendra
que le diamètre du sténopé doit être
proportionnel à la racine carrée
de la focale.
Ces courbes montrent, selon la théorie, le diamètre D des taches sur le capteur en fonction du diamètre du sténopé
et de la focale (ici 25, 50, 100, et 200 mm). Elles permettent de trouver graphiquement la taille optimale du sténopé.
Pour maximiser le piqué, il faut choisir, pour chaque courbe, la valeur de d correspondant au D minimal. On trouve
ainsi environ 0,17 mm pour 25 mm, 0,26 pour 50 mm, 0,37 pour 100 mm et 0,52 pour 200 mm.
Fabriquer son sténopé
Fabriquer un sténopé est assez simple en utilisant un bouchon de boîtier. Je dis « un » car il est
évidemment nécessaire de conserver le bouchon d’origine pour préserver la chambre de votre
appareil des poussières lors du transport de votre matériel. Il faudra donc acheter un bouchon
supplémentaire dédié à la photo au sténopé.
Etape 1
Etape 3
Etape 2
Il faut d’abord percer un trou de bonne
dimension au centre du bouchon. Il
est important que le trou soit réalisé à
l’exact milieu de celui-ci... sinon vous
obtiendrez un décentrement à la prise
de vue (et on utilise rarement un sténopé
pour faire de l’architecture...). Un foret
de 6 mm convient parfaitement pour
cette opération. Ici, le trou est même
légèrement biseauté, juste pour faire beau.
Mais vous pouvez également faire ça
sauvagement, avec un ciseau pointu. Mais
c’est moins beau, il faut le dire.
La réalisation du sténopé est l’opération
la plus délicate. Généralement, on choisit
une feuille d’aluminium et on la perce
avec un minuscule trou réalisé avec une
épingle. Les sociétés qui commercialisent
des sténopés possèdent pour cela
des outils et des matériaux bien plus
appropriés... et peuvent évidemment
contrôler son diamètre !
Etape 4
On insère alors la feuille d’aluminium percée
(après l’avoir découpée aux dimensions du bouchon)
à l’arrière du bouchon percé et on centre le sténopé
au milieu du trou réalisé à l’étape 1.
Il est ensuite important « d’ébarburer » le
surplus de matière sur les bords du trou à
l’aide d’un papier à poncer très fin. Le trou
doit en effet être parfaitement circulaire
et ne pas dépasser de l’épaisseur de la
feuille d’aluminium. Bien entendu, cette
technique est plus que très approximative !
Etape 5
Pour éviter les réflexions parasites dans la chambre de l’appareil
(autant ne pas ajouter du flare à la diffraction, quoi que !) on peut
coller un carton noir, ce qui permettra de maintenir la feuille
d’aluminium en place.
n°322 janvier 2018•Réponses PHOTO 127
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650 €
LEICA
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590 €
LEICA
R3 250MM F/4 TELYT-R
+ EXTENDER 2X
390 €
LEICA
VISOFLEX I
50 €
LEICA
R3 135MM F/2.8 ELMARIT-R
240 €
LEICA
EVF2
190 €
LEICA
VISEUR 36MM
120 €
LEICA
WINDER M NOIR
99 €
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LEICA
PORTE-OBJECTIF
80 €
POUR LEICA M SAUF M5
LEICA
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9€
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CUIR MARRON
POUR D-LUX 5 REF18722
50 €
LEICA
SACOCHE CUIR MOKA POUR D-LUX 4 50 €
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POIGNEE POUR M9
50 €
LEICA
POOTR POLA POUR SUMMICRON 5CM 50 €
LEICA
TUBE ALLONGE 14158-1
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REGARD EN COIN
LIBÉRÉE, DÉLIVRÉE
La chronique de Carine Dolek
J
e devais avoir 26 ans quand,
fouillant au fond de ma besace, je
trouvai un morceau de cire collé à
un papier gribouillé en cyrillique.
Je ne me formalisai pas plus que
ça et jetai le machin, qui n’était
qu’un parmi les nombreux objets
qui peuplent mes sacs, coques de noix,
morceaux de fromage, cartes de visite importantes, bonbons chinois ou post-it d’il y
a 10 ans. Quelques semaines plus tard, je
visite ma mère, qui me regarde et dit “Ah,
ça n’a pas marché.” L’objet était une tentative de désenvoûtement. Qui a échoué.
Ma mère qui, à la fin de mon journal intime
de pré-adolescente d’avant Internet (donc
autant dire une préhistoire d’une niaiserie
délirante où à 12 ans on avait encore des
tresses), documentation précieuse que
je me donnais beaucoup de mal à entretenir (Laurent Caffiaux est TROP BEAU
– ce pull en lin à franges avec les petits
nœuds mais c’est le pull de MA VIE –
je déteste ma mère – youpi, vivement
les vacances avec les cousins) a écrit “Je
t’aime ma fille” et signé, oui, signé, comme
un document administratif, je le revois
encore. Forcément, l’écriture magique,
performative, le pouvoir de l’objet chargé
d’intention, et surtout son ratage, tout ce
qui peut le faire dérailler pour un résultat
mi-absurde mi-énigmatique, me fascinent.
Les cartes de vœux, les colliers de nouilles,
les trucs à messages (gaufrettes, t-shirt, fortune cookies), les objets dédicacés (délice
des livres d’occasion avec autographe). Or,
en ce moment, monte une sacrée mode de
la thérapie par l’écrit. Il faut noter. Noter à
la main ses désirs, ses objectifs, ses freins,
formuler ses peurs. Le processus d’écrire
permettrait de cheminer dans sa pensée et
de la faire aboutir, et d’évacuer les pensées
négatives. Assise dans mon fauteuil, je me
suis mise à penser. On s’amusait beaucoup,
mes pensées et moi, jusqu’à ce que je me
rappelle qu’il fallait écrire. Alors j’ai juste
130 Réponses PHOTO•n°322 janvier 2019
écrit un mot: lithopédion. Le lithopédion,
c’est le fœtus calcifié d’une grossesse extra-utérine, jamais expulsé. Mon frère, au
téléphone, me demandait si j’avais bien
écrit, matin et soir, mes pensées. Il faut
le faire matin et soir pour que ce soit efficace. Les yeux rivés sur mon unique mot
sur une page bien blanche, je répondais
courageusement que oui, quand Google
me sauva. Un moine hindouiste ex-ingénieur expliquait comment canaliser les
expériences émotionnelles qui consommaient trop d’énergie, en citant Tesla: “Si
vous voulez trouver le secret de l’univers,
pensez en terme d’énergie, de fréquence
et de vibration”. Il continuait : “L’émotion
Que se passerait-il
si les photos avaient
besoin d’être prises
plusieurs fois,
à chaque fois?
attachée à une expérience vibre dans le
subconscient. En écrivant le problème sur
un papier, je revis l’expérience, et l’énergie, l’émotion qui lui est attachée, passe
de mon inconscient à mon conscient puis
au papier. En la jetant ou la brûlant, je ne
supprime pas l’énergie, mais je la transforme. Il faut recommencer plusieurs fois,
suivant l’intensité de l’émotion”. Un de ses
stagiaires a un jour demandé au moine “Je
comprends bien tout le principe, mais le
coup de l’émotion qui passe du subconscient au conscient puis au papier, c’est difficile à croire, c’est un peu trop spirituel.”
Le moine lui demande alors s’il a des
enfants. Il répond oui, ils ont 4 et 6 ans.
Le moine lui demande si, pour son anniversaire et la fête des pères, ses enfants
lui écrivent des cartes. Oui, répond-il, sans
cesse. À quoi ressemblent-elles, demande
le moine? Oh, c’est pas génial, c’est fait par
des enfants de 4 ans, répond le père. Et si
tu les voyais dans un magasin, les achèterais-tu, demande le moine? Sûrement pas,
répond le père. Mais tu les gardes ? Oui,
je les garde toutes, dit le père. Pourquoi?
Parce qu’elles sont pleines d’amour, répond
le père. Donc tu me dis que tes enfants
connaissent la magie des moines? Car il y
a deux minutes, je te parlais de mettre une
émotion sur un morceau de papier et tu
m’as regardé comme si j’étais fou et là tu
me dis que tes enfants le font. Parce qu’ils
ont mis leurs émotions sur des bouts de
papier dont tu ne veux pas et qu’ils te les
ont donnés, tu les gardes. Tout le monde
les garde. Et personne ne les achète.” Ah.
Forcément, le morceau de papier-toilette
sur lequel le prince charmant – en l’occurence, Kristoff le montagnard dans la Reine
des Neiges – que je ne vais pas manquer de
bientôt rencontrer a été dessiné, entouré
de cœurs, à mon intention par Violaine, 3
ans, et soigneusement encadré et accroché
à mon mur, me regardait en se marrant.
Car certes, on peut se demander si, avec
cette grille du transfert d’énergie, on voit
d’un tout autre jour les tirages réalisés, offerts, achetés, les relations collectionneurartiste et collectionneur-galeriste, et quel
serait ce marché de l’émotion, quel poids
réel il représenterait s’il était possible de le
différencier du marché d’investissement.
Mais aussi, que se passerait-il si les photos
avaient besoin d’être prises – et imprimées
hein, s’entend – plusieurs fois, à chaque
fois? Ferait-on les mêmes images? Feraiton autant d’images? Lithopédion, lithopédion, lithopédion, lithopédion, lithopédion,
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