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Les Echos Week-end Du 18 Janvier 2019-compressed

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LA PETITE CHINE DE L’AFRIQUE
L’Éthiopie cumulait toutes les plaies du continent africain.
Aujourd’hui, le pays est devenu un champion mondial de
la croissance. Avec l’aide, mais aussi sous l’emprise, de Pékin.
MARIE EKELAND
Code Etude ACPM
N° 152. SUPPLÉMENT AU N° 22868 DU QUOTIDIEN « LES ÉCHOS » DES 18 ET 19 JANVIER 2019. NE PEUT ÊTRE VENDU SÉPARÉMENT. 5 €
BUSINESS STORY / CULTURE / STYLE / ... ET MOI
L’affranchie
de la French Tech
GASTRONOMIE
Les artistes
de la viande
POKÉMON
Le jeu aux 24 milliards
de cartes
IMMOBILIER : LES 10 OPTIONS GAGNANTES DE 2019
Photo Michel Gibert, non contractuelle. Sculpture : www.mpcem.com, TASCHEN.
French Art de Vivre
Itinéraire. Canapé par éléments et table basse, design Philippe Bouix.
Reine. Lampadaire, design Chape & Mache.
French : français
www.roche-bobois.com
SOMMAIRE
18 JANVIER 2019
10 ESPRIT WEEK-END
56 BEAUTÉ PAR LA MAILLE
Pull Mila, Alexandra Golovanoff.
YONAS TADESSE POUR LES ECHOS WEEK-END
OLM ANIMATION STUDIO/PIKACHU PROJECT/SHOGAKUKAN SHUEISHA PRODUCTIONS/COLL. CHRISTOPHEL
AMÉLIE FALIÈRE POUR LES ECHOS WEEK-END
16 LE DIMANCHE IDÉAL DE…
Jean-Luc Choplin, président du Centre
national du costume de scène.
57 CHANGER D’HORIZON
BUSINESS STORY
58 À L’HÔTEL COMME À LA MAISON
La montre connectée Tambour Horizon
de Louis Vuitton.
Ancienne ferme, demeure de famille…
Cinq havres de paix, des Pouilles à la Suède.
17 EN COUVERTURE :
LE TIGRE AFRICAIN QUI ÉTONNE LE MONDE
61 POUR MÉLOMANES SPORTIFS
10,2% de croissance en 2017 : c’est le record
mondial fièrement affiché par l’Éthiopie.
Tiré par le dynamisme d’Ethiopian Airlines,
devenue la première compagnie aérienne
du continent, le pays séduit désormais
les investisseurs étrangers. Reportage.
26 L’AFFRANCHIE DE LA FRENCH TECH
À la tête du fonds d’investissement Daphni,
Marie Ekeland a une obsession : aider
les jeunes pousses qui participent à
la construction d’un monde meilleur.
30 6 INNOVATIONS REMARQUABLES AU CES
Les start-up qui ont séduit nos reporters
au grand rendez-vous tech de Las Vegas.
Des écouteurs sans fil étanches,
pour courir, nager, bouger en musique.
62 GOÛT
Le Top 5
des meilleurs
gyozas.
Ethiopian Airlines, avec l’aide de la Chine, a fait
d’Addis-Abeba le premier hub aérien d’Afrique.
CULTURE
64 MONTURE SUISSE À QUATRE PATTES
Le Qooder de Quadro, scooter ultra-stable.
39 LE MUSÉE IDÉAL DE CAMPANA À GHR
À Paris et à Marseille, deux expositions
retracent l’évolution de la scénographie
des musées, du marquis Campana, qui
légua 7 000 œuvres au Louvre, à Georges
Henri Rivière, « magicien des vitrines ».
46 THÉÂTRE, MUSIQUE, LIVRES, CINÉMA
Sélection de l’actualité culturelle.
…ET MOI
65 PARCOURSUP, MODE D’EMPLOI
Le processus d’inscription dans le supérieur
s’ouvre mardi. Conseils et calendrier.
68 L’IMMOBILIER, UNE VALEUR REFUGE ?
Dix options pour bien investir sur un marché
qui n’est pas à l’abri d’une correction.
32 POKÉMON, LA SAGA DE TOUS LES RECORDS
Jeux vidéo, cartes, dessins animés, mangas…
Défiant les modes depuis vingt-deux ans,
Pikachu et ses camarades constituent
la franchise la plus lucrative de l’histoire.
36 CHERCHE PARTENAIRE TRÈS AISÉ(E)
Aux célibataires fortunés qui cherchent
l’âme sœur, des applis de rencontre telles
Luxy garantissent de chasser parmi leurs
semblables. Via une sélection drastique.
STYLE
74 LE CLAP DE FIN DE MARC DUGAIN
49 LE BŒUF SE MET EN SCÈNE
Si l’époque incite à manger moins de
viande, elle offre aussi d’en manger mieux,
dans des temples où l’entrecôte se fait art.
54 MODE L’ÉQUATION PICCIOLI
Rencontre avec le directeur artistique
de Valentino, élu créateur de l’année
aux British Fashion Awards.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 5
POUR ALLER PLUS LOIN
SUR WEEKEND.LES ECHOS.FR
Découvrez notre nouveau podcast avec
nos reporters en coulisses. Le premier est
consacré à l’Éthiopie.
● Conflits, grands projets, commerce : un long
format pour comprendre les défis éthiopiens.
● La saga Pokémon en infographie animée.
●
NOUS
ACCOMPAGNONS
VOTRE SUCCÈS.
M axi m isez chacu ne de vos mi nutes,
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*De 9h à 18h du lundi au vendredi (Numéro gratuit) Cette ofre est soumise à modiication. Des taxes, des frais d’expédition et d’autres frais peuvent s’appliquer. Dell se réserve le droit d’annuler des commandes à la suite
d’erreurs de tarifs ou autres. Ultrabook, Celeron, Celeron Inside, Core Inside, Intel, le logo Intel, Intel Atom, Intel Atom Inside, Intel Core, Intel Inside, le logo Intel Inside, Intel vPro, Itanium, Itanium Inside, Pentium, Pentium Inside,
vPro Inside, Xeon, Xeon Phi, Xeon Inside et Intel Optane sont des marques commerciales d’Intel Corporation ou de ses iliales aux États-Unis et/ou dans d’autres pays. Microsoft et Windows sont des marques de Microsoft
Corporation aux États-Unis et/ou dans d’autres pays. L’image à l’écran est une simulation et peut être modiiée. Applications Windows Store vendues séparément. La disponibilité et les fonctionnalités des applications peuvent
varier selon le marché. Dell, EMC et d’autres marques sont des marques de Dell Inc. ou de ses iliales. © 2018 Dell Inc. Tous droits réservés.
ÉDITO
18 JANVIER 2019
CULTURE
18 JANVIER 2019
ET MOI…
BUSINESS STORY / CULTURE / STYLE / ... ET MOI
18 JANVIER 2019
LE MUSÉE IDÉAL DE CAMPANA À GHR
BUSINESS STORY
Deux expositions majeures retracent l’évolution de la scénographie des grands
musées. Ou comment, deux siècles après le marquis Campana, le « magicien
des vitrines » inventeur de la muséographie moderne Georges Henri Rivière
a révolutionné notre manière de visiter les musées.
STYLE
Par Pierre de Gasquet
18 JANVIER 2019
18 JANVIER 2019
Au Beefbar, à Paris,
nouveau temple de la
viande d’exception.
L’Éthiopie cumulait toutes les plaies du continent africain.
Aujourd’hui, le pays est devenu un champion mondial de
la croissance. Avec l’aide, mais aussi sous l’emprise, de Pékin.
MARIE EKELAND
L’affranchie
de la French Tech
GASTRONOMIE
Les artistes
de la viande
POKÉMON
Le jeu aux 24 milliards
de cartes
IMMOBILIER : LES 10 OPTIONS GAGNANTES DE 2019
Dans une usine
éthiopienne de textile,
à Hawassa
Hawassa,
au sud du pays
pays,
qui travaille pour
les marques mondiales.
L’Éthiopie est le pays qui a connu la plus forte
croissance mondiale en 2017. Son meilleur atout ?
Ethiopian Airlines, qui prospère sous l’aile
protectrice de l’État et des Chinois. Reportage
à Addis-Abeba et dans les régions du sud, où les
espoirs suscités par le nouveau Premier ministre
n’ont d’égal que la pauvreté de la population.
PARCOURSUP, MODE D’EMPLOI
Par Eric Delon — Illustrations : Giacomo Bagnara
Par Lucie Robequain
Photographe : Yonas Tadesse
Sculptures antiques
de la collection
Campana présentées
au Louvre dans le cadre
de l’exposition
« Un rêve d’Italie ».
MUSÉE DU LOUVRE
LA PETITE CHINE DE L’AFRIQUE
Code Etude ACPM
N° 152. SUPPLÉMENT AU N° 22868 DU QUOTIDIEN « LES ÉCHOS » DES 18 ET 19 JANVIER 2019. NE PEUT ÊTRE VENDU SÉPARÉMENT. 5 €
LE TIGRE AFRICAIN
QUI ÉTONNE LE MONDE
LE BŒUF
SE MET EN SCÈNE
Par Claude Vincent
Photographe : Manuel Braun
L E S E C H O S W E E K - EN D – 3 9
L E S E C HO S W E E K - EN D – 6 5
À Hawassa, dans le sud du pays,
un parc industriel dédié
au textile a été construit
par les Chinois, à la demande
du gouvernement éthiopien.
Directeur de la publication,
président de la SAS Les Echos :
Pierre Louette
Directeur des rédactions : Nicolas Barré
EN COUVERTURE : YONAS TADESSE POUR LES ECHOS WEEK-END
ILLUSTRATION FABIEN CLAIREFOND
RÉDACTION
Directeur : Henri Gibier (7249)
Directeur de création :
Fabien Laborde (7273)
Assistante : Maria Lopez-Pissarra (7325)
Rédacteurs en chef :
Gilles Denis (7221), Karl De Meyer (7219),
Lucie Robequain (7340)
Rédacteurs en chef adjoints : Mariana
Reali (7335), Claude Vincent (7361)
Chef d’édition :
Anne-Sophie Pellerin (7322)
Directrice artistique :
Cécile Texeraud (7354)
Directrice artistique adjointe:
Alice Lagarde (7276)
Chef de service photo :
Jany Bianco-Mula (7170)
Conseillers éditoriaux : Daniel Fortin
(7240), Pascal Pogam (7326)
Rédaction : Philippe Chevilley (7192),
Thierry Gandillot (7246) (chefs
de service), Isabelle Lesniak (7290),
Florence Bauchard (7162), Stefano
Lupieri (7295) (chefs de rubrique),
Pierre de Gasquet (7215) (grand reporter)
Editrice Web : Cécilia Delporte (7218)
Edition : Véronique Broutard (7183),
Emmanuelle Chabert (7187),
Annette Lacour (7275)
Maquette : Christine Liber (7291)
Service photo : Clémentine Neupont
(7317), Constance Paindavoine (7320)
Infographies : service infographie
des « Echos »
Documentation : Anne Flateau (7239)
Ont collaboré à ce numéro :
Judith Benhamou-Het, Jérôme Berger,
Philippe Besson, Marianne Bilmann,
Ludovic Bischoff, Raphaël Bloch, Sarah
Bouchet, Vincent Bouquet, Guillaume
Bregeras, Florian Débes, Frank Declerck,
Éric Delon, Marc Dugain, Jean-Denis
Errard, Astrid Faguer, Romin Favre,
Olivier Gabet, Laurent Guez, Clara
Le Fort, Déborah Loye, Cécile Michel,
Gabriel Nedelec, Sébastien Olland, Alice
d’Orgeval, Jean-Francis Pécresse,
Raphaël Sachetat, Marc Schlicklin,
Philippe Venturini.
Pour obtenir votre correspondant,
composez le 01 87 39 suivi des quatre
chiffres entre parenthèses.
Les adresses e-mail se construisent ainsi :
initiale du prénomnom@lesechos.fr
Éditrice :
Capucine Marraud des Grottes
Éditrice adjointe :
Clémence Callies
Directeur de la difusion et du marketing
clients : Etienne Porteaux
Directeur Stratégie & Communication :
Fabrice Février
PUBLICITÉ - Team Média
Tél. : 01 87 39 78 00
Présidente : Corinne Mrejen
Directeur général :
Philippe Pignol (8311)
Directrice commerciale du pôle Lifestyle :
Anne-Valérie Oesterlé (7545)
Directrice adjointe du pôle Lifestyle :
Sophie Chartier (7501)
Directeur du pôle Réseaux, International
et Régions : Nicolas Grivon (7526)
Pour obtenir votre correspondant,
composez le 01 87 39 suivi
des quatre chiffres entre parenthèses.
SERVICE ABONNEMENTS
4, rue de Mouchy, 60438 Noailles Cedex
Du lundi au vendredi de 9 h à 17 h30
au 01 70 37 61 36.
serviceclients@lesechos.fr
FABRICATION
Directeur : Jérôme Mancellon (7444)
Responsable fabrication groupe :
Sandrine Lebreton (7442),
assistée de Jean-Claude Lainé (7129)
Photogravure : Key Graphic
Impression : Maury SA, Malesherbes
Origine du papier : Finlande.
Taux de fibres recyclées : 0 %. Le papier
de ce magazine est issu de forêts gérées
durablement. Ptot 0.009kg/tonne
Les Echos Week-End est une publication
hebdomadaire du Groupe Les Echos.
ISSN 2430-7599. CPPAP 0421 C 83015.
Dépôt légal : janvier 2019
Principal associé : Ufipar (LVMH)
Président-directeur général :
Pierre Louette
Directrice générale Pôle Les Échos :
Bérénice Lajouanie
Directeur délégué : Bernard Villeneuve
L E S E C HO S W E E K - EN D – 4 9
L E S E C H O S W E E K - EN D – 1 7
MÉTAMORPHOSE
Là-bas, cela ne s’appelle pas le grand débat mais
« l’agenda du dialogue ». Depuis le 10 janvier, tous
les partis politiques d’Éthiopie se réunissent autour
d’une même table pour fixer les contours d’une
démocratie africaine moderne : système électoral,
fédéralisme, processus de décision en matière
de politique étrangère, ouverture à la société civile…
Autre signe fort de modernité, le pays est désormais
présidé par une femme, sa Cour suprême aussi,
et la moitié du gouvernement a été féminisée, qui plus
est à des postes clés. Cette nation ruinée et affamée
par la dictature et les guerres civiles dans les années 80,
sur laquelle s’apitoyait tout ce qui comptait parmi les
stars de la chanson lors du double concert géant du Live
Aid en 1985, fait désormais figure de « tigre » économique,
ayant même décroché le titre de championne mondiale
de la croissance. Au moment où les Éthiopiens célèbrent
les 200 ans de la naissance de l’empereur Téwodros II,
qui rêvait de faire de la corne de l’Afrique une zone unie
et prospère, ils semblent avoir touché au but, mais
par d’autres moyens que les armes. C’est dans le ciel
qu’ils sont en train de se tailler un empire, grâce
à l’impressionnant dynamisme de leur compagnie
aérienne, Ethiopian Airlines, partie à la conquête
du continent. Leurs usines textiles aux coûts de maind’œuvre encore imbattables en font aussi les habilleurs
de la planète entière, et les fournisseurs de ses marques
les plus connues, de l’Inde aux États-Unis. Ce parcours
n’aurait pas été possible sans l’appui d’un partenaire
particulièrement puissant et présent : la Chine. Ce qui
devrait en faire à la fois une leçon et un avertissement
pour l’Europe, qui a toujours éprouvé beaucoup de mal
à transformer en relations mutuellement fécondes
les liens privilégiés hérités de ses colonies. Henri Gibier
LE S E CHOS WE E K- E ND – 7
ESPRIT WEEK-END
18 JANVIER 2019
L'AGENDA EN FRANCE
Mathurin
Méheut,
Prisonniers
boches
au travail
(1917).
LES CONTAMINES
BESANÇON
Très beaux arts
Après quatre ans de travaux, le musée des
Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon renaît
en proposant un parcours de visite unique
en France. L’ancienne halle aux grains renferme
une structure en béton datant des années 70,
réalisée par Louis Miquel, un disciple de
Le Corbusier. Sa mise en lumière permet aux
tableaux de madones antiques ou aux précieux
Cranach de s’afficher avec une modernité folle
sur ces murs bruts. Magnifique !
www.mbaa.besancon.fr
ANNECY
Paddle on ice
La GlaGla Race porte bien son nom. Il s’agit
d’une course en paddle sur les eaux froides,
voire gelées, du lac d’Annecy. Ce week-end,
ils seront près de 500 courageux à s’élancer
en évitant de boire la tasse, sous les vivats
d’une foule bien emmitouflée…
www.lac-annecy.com
Bilbo parvient aux huttes des Elfes des
Radeaux, tapisserie d’Aubusson d’après
une aquarelle originale de J.R.R. Tolkien.
10 – LE S E CHOS WE E K- E ND
Le metteur en scène Benjamin Lazar
s’empare de L’Heptaméron, ce recueil de
nouvelles inachevé de Marguerite de
Navarre, pour sa nouvelle création jouée
jusqu’à ce vendredi à la Maison de la
culture d’Amiens. On y suit un groupe
d’hommes et de femmes confinés par des
pluies diluviennes, qui se racontent chaque
jour des histoires d’amour, terrifiantes ou
émouvantes. Du théâtre musical à retrouver
à Paris aux Bouffes du Nord en février, puis
à Reims, Caen, Cherbourg et Angoulême en
mars. www.maisondelaculture-amiens.com
JOSEPH PARIS
EMMANUEL ROUSSEAU/MUSÉE MATHURIN MÉHEUT/LAMBALLE
Les collections de sculptures du musée
de Besançon comptent plus de 600 pièces.
DERNIÈRE CHANCE
« L’HEPTAMÉRON » REVU
PAR BENJAMIN LAZAR
U
JUSQU’A R
VIE
18 JAN
NICOLAS ROGER/THE TOLKIEN ESTATE LTD 1937
LE THORONET
Tolkien fait tapisserie
L’Abbaye du Thoronet, dans le Var, expose
quatre tapisseries d’Aubusson tissées à partir
de l’œuvre de J.R.R. Tolkien, le père de la saga
Le Seigneur des anneaux. Il s’agit là des
premières pièces issues du projet « Aubusson
tisse Tolkien » qui a pour objectif de créer
une série de treize tapisseries. À découvrir
dans le calme hivernal de cette magnifique
abbaye, jusqu’au 28 janvier.
www.le-thoronet.fr
AUVERS-SUR-OISE
Peintre des poilus
De 1914 à 1918, Mathurin Méheut, peintre,
décorateur et céramiste breton, a combattu sur
presque tous les fronts. Entre chaque assaut,
l’artiste consacre l’essentiel de son temps libre
à « croquer » les poilus. En première ligne, dans
les tranchées comme au cantonnement, il peint
les aquarelles et les gouaches que l’on découvre
dans cette exposition au musée Daubigny,
jusqu’au 3 mars. www.museedaubigny.com
Ludovic Bischoff
JEAN-CHARLES SEXE/VILLE DE BESANCON
Curling en plein air
Le curling est (étonnamment !) l’un des sports
les plus suivis lors des retransmissions des
JO à la télévision… Ce week-end se déroule,
dans la station de Haute-Savoie, la seule
compétition de Curling Open Air de France.
L’occasion de suivre les performances
de la vingtaine d’équipes présentes, tout
en se réchauffant d’une soupe bûcheronne
ou d’une raclette. www.lescontamines.com
ESPRIT WEEK-END
L'AGENDA À PARIS
CITÉ DES SCIENCES
Tout sur l’intestin
Pas mieux pour démarrer la nouvelle
année que « Microbiote », la nouvelle expo
à usage pédagogique de la Cité des sciences
et de l’industrie. Si on ne présente plus l’ouvrage
best-seller de Jill et Giulia Enders, Le Charme
discret de l’intestin, dont l’exposition s’inspire,
il reste encore du chemin pour prendre au
sérieux notre « deuxième cerveau ». Au travail !
Jusqu’au 4 août. www.cite-sciences.fr
SALLE D'ATTENTE
BARS
Vrai faux cocktail
Mettez-vous au jus du « spirit free », la dernière
tendance de la scène gastro. Comprendre :
le « sans alcool ». Loin d’être une punition
au pays du vin, le phénomène, et même sa
Illustration de Jill Enders, coauteur
du livre Le Charme discret de l’intestin.
déclinaison en « low alcohol », est le thème
de la cinquième édition de la Paris Cocktail
Week. Jusqu’au 26 janvier, 50 adresses
triées sur le volet s’y collent et proposent
chacune une recette de cocktail sobre.
www.pariscocktailweek.fr
NUIT DE LA LECTURE
Pour petits et grands
Samedi, c’est la Nuit de la lecture, troisième
édition. Les institutions sont sur le pont : la BnF
avec la lecture des manuscrits de Vladimir
Jankélévitch par des comédiens de la Comédie
Française, rue Richelieu, ou bien le Centre
national du livre avec un « escape game »
littéraire. D’autres se distinguent en proposant
des évènements diurnes. Comme le musée
Guimet qui donne rendez-vous aux jeunes âmes
voyageuses (à partir de 5 ans) pour une
découverte guidée des trésors de sa collection,
ainsi que des séances de lectures venues de loin.
nuitdelalecture.culture.gouv.fr et www.guimet.fr
Alice d’Orgeval
IL EST TEMPS DE RÉSERVER
CONVERSATION AVEC MICHELLE OBAMA
E
POUR L
IL
16 AVR
On ne traîne plus à acheter son billet si on veut assister
à la conférence de Michelle Obama le 16 avril à l’AccorHotels
Arena. Initialement prévue à la Seine Musicale en décembre
dernier, cette rencontre avec le public de l’ex-First Lady,
qui présente son livre Becoming : an intimate discussion (édité
en France chez Fayard, sous le titre Devenir) a finalement été
décalée au printemps, dans la plus grande des salles parisiennes.
www.accorhotelsarena.com
12 – LE S E CHOS WE E K- E ND
SHUTTERSTOCK
Ma déco est ta déco
Paris Déco Off remet le couvert jusqu’à lundi
dans une centaine de « maisons » à travers
la capitale. Une édition spéciale puisque
le rendez-vous annuel du monde de la déco
et des éditeurs de tissus célèbre ses dix ans
en réaffirmant son concept : « Osez pousser
les portes des showrooms, on vous y accueille
comme on reçoit des amis. » Et pour l’aspect
festif, on choisira la nocturne du samedi
(jusqu’à 23h). www.paris-deco-off.com
Ouf ! Après une année de turbulences,
David et Victoria Beckham fileraient
à nouveau le parfait amour. Preuve
irréfutable, « le couple a échangé
un bisou en public » ! Sauf que, sur
la photo, ils ont l’air aussi crédibles
qu’un dentiste nous murmurant :
« Ne vous inquiétez pas, ça ne va pas
faire mal. »
Couple encore. S’inspirant de Booba
et Kaaris, Cyril Hanouna a défié
JoeyStarr (avec qui il est en froid)
de l’affronter sur un ring. Réponse
du rappeur : « La discipline, ce sera
danse des épaules et concours de slip
troué ? » On a tellement hâte.
Ça n’a pas pu vous échapper :
Yann Moix, en s’avouant « incapable
d’aimer une femme de 50 ans » au motif
que le corps d’une quinquagénaire
« n’est pas extraordinaire du tout »,
s’est attiré les foudres. Dans le flot
des réactions indignées, chapeau
à Valérie Damidot : « Wesh, gros,
nous les quinquas, on n’a pas non plus
envie de ton micro kiki. » À Enora
Malagré : « Et ton corps à toi, on en
parle ? » Et à Marina Foïs : « Plus que
1 an et 14 jours pour coucher avec Yann
Moix. Inch Allah, ça se fait. » Il ne l’a
pas volé.
Heureusement, dans ce monde
de brutes, on a Adil Rami. Sur TF1,
il a évoqué les félicitations de
la présidente de la Croatie après
la finale de la Coupe du monde. Sa
réponse en guise de remerciements
est un bijou : « J’adore Mykonos ! »
Regard accablé d’Olivier Giroux :
« T’es con ou quoi ? Mykonos, c’est en
Grèce. » Et Rami de conclure : « Pas
grave, je suis champion du monde ! »
On l’adore.
Champion lui aussi, Kylian Mbappé
vient de lâcher une bombe : il est
« célibataire ». Qu’il se rassure :
on connaît des quinquas canon.
Ou des cœurs à prendre à Mykonos.
JILL ENDERS
ARTS DE LA MAISON
MILLER MOBLEY ILLUSTRATION FABIEN CLAIREFOND POUR LES ECHOS WEEK-END
La revue impertinente
de la presse people
par Philippe Besson
Le voyage de vos rêves existe,
nous allons le créer ensemble.
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ESPRIT WEEK-END
L'AGENDA AILLEURS
IL EST TEMPS DE RÉSERVER
BJÖRK INAUGURE LE SHED
AI
DU 6 M N
ER JUI
AU 1
AMSTERDAM
Délicieux clichés
La « food photography »
n’a pas attendu
Instagram pour se faire
un nom. La preuve
au Foam, le musée
de la Photographie
d’Amsterdam, avec
« Feast For the Eyes »,
Ouka Leele,
rétrospective sur ce
Peluquería (1979).
genre à part entière
défendu par de grands
noms comme Stephen Shore ou Martin Parr.
Jusqu’au 3 mars. www.foam.org
BERLIN
Dénudé pour l’hiver
Toujours remarquée pour la qualité de ses
expositions, la Fondation Helmut Newton réunit
pour la première fois sur le thème du nu trois
grands noms. David Lynch, Saul Leiter et bien
sûr Newton, incontournable sur le sujet, se
partagent les galeries du musée, avec quantité de
photographies inédites, sublimant le corps de la
femme. Jusqu’au 19 mai. www.helmutnewton.com
Alice d’Orgeval
MEXIQUE
Demain à Holbox
Pour trouver une alternative à la très fréquentée
station balnéaire de Tulum, on met le cap sur
l’île de Holbox, nouveau spot en vue du Yucatan,
préservée avec son atmosphère bohème et ses
« guest houses » de bord de plage, à l’image de
la Casa Cat Ba et de ses cinq chambres d’un goût
LA PLAYLIST DE L'ACTU
Comme Madonna
en 1989 dans
l’album Like a
prayer, l’appel du
président au peuple
vise à ce que ce
dernier s’exprime
à l’occasion de
ce débat. Mais
elle prenait
soin d’ajouter :
«respecte-toi».
À FRANCHEMENT
PARLER
par William Sheller
« J’ai tant de choses
à me reprocher » :
le mea culpa
de Sheller dans ce
titre de 1977, c’est
aussi celui qu’a
esquissé Macron
quand il a lancé
l’idée d’un grand
débat. Où il faudra
parler franc.
LETTRE À FRANCE
par Michel Polnareff
THE GREAT DEBATE
par Randy Newman
En 1984, le chanteur
disait à la France
de la lettre « depuis
que je suis loin
de toi, je suis
comme loin de moi ».
Ce que ne dit pas
l’ex-président
Jupiter dans
sa lettre aux
Français, mais
ce qui l’explique.
Dans ce morceau
de 2017, Newman
cherche « quelques
réponses à
quelques questions
compliquées »
en réunissant
aussi bien des
évangélistes que
des scientifiques.
Mais pas de
« gilets jaunes ».
14 – LE S E CHOS WE E K- E ND
LES DOLÉANCES DE
LA TERRE DE FRANCE
par Roger Waters
Extrait de l’opéra
de l’ex-Pink Floyd
Ça ira !, enregistré
en 1988 sur
un livret d’Étienne
Roda-Gil, cet air
rappelle que les
cahiers de doléances
non-écoutés
débouchent sur
des révolutions.
DEWANDRA DJELANTIK
EXPRESS YOURSELF
par Madonna
WARREN DUPREEZ/NICK THORNTON
OUKA LEELE
Ce vendredi, on devrait connaître les cinq sages « garants » du grand débat voulu par Emmanuel Macron.
RDA/RUE DES ARCHIVES
BALI
Nager avec les singes
À proximité d’Ubud, non loin d’un village
d’artisans, ce nouvel hôtel de l’enseigne Capella
Hotels & Resorts, avec ses 22 tentes plantées
en bord de rivière, entre forêt tropicale et
rizières, défend autant les standards du haut
luxe que le respect de l’environnement. On
y tutoie la faune de sa terrasse ou encore mieux
de sa piscine privée. www.capellahotels.com
C’est la prochaine inauguration très
attendue à Manhattan. The Shed, qui
se définit comme un nouvel « arts center »
au cœur du complexe de Hudson Yards,
tout autant espace d’art contemporain
que théâtre ou salle de concert, entend
bien prendre une place prépondérante
dans la vie culturelle de Big Apple.
La première saison affiche déjà quelques
participations prestigieuses, du
réalisateur Steve McQueen au plasticien
Gerhard Richter. Et pour l’inauguration,
prévue au printemps, c’est Björk (photo)
qui mènera la danse : la musicienne
islandaise y dévoilera la première
mondiale de son nouveau concert
Cornucopia. www.theshed.org
impeccable. Inaugurée en décembre par
un couple de Français, l’adresse participe
au renouvellement de l’art de vivre de
cette île de pêcheurs, sans en perdre l’âme,
ni le respect. www.casacatba.com
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(selon tarif 18E). Données indicatives sous réserve d’homologation.
ESPRIT WEEK-END
LE DIMANCHE IDÉAL DE…
la semaine. Le rythme et le rapport avec les
gens du théâtre et les artistes sont différents.
On ne fait pas fonctionner la boutique, on est
avec la famille du théâtre. La plupart du temps,
j’assiste au spectacle depuis la scène, pas depuis
la salle. Les artistes savent que vous êtes là,
que vous prenez le temps d’être avec eux. Ils vous
voient sur leur terrain de jeu qu’est la scène.
Quel souvenir gardez-vous des dimanches
de votre enfance ?
Parfois, des tantes, célibataires, venaient
déjeuner et après, on allait au cimetière
de Choisy-le-Roi pour aller fleurir les tombes
familiales. Je crois que c’était un sentiment
très breton, cet attachement au culte des morts.
Mais je profitais plus souvent du dimanche
pour jouer de la flûte traversière. J’aimais
travailler deux choses particulièrement. Les
sonates pour flûte de Bach. Une vraie discipline
artistique, de doigts, de phrasé. Et la musique
contemporaine, avec ses sons fantaisistes
qu’il fallait sortir. Ça m’amusait beaucoup !
Vos fonctions de président du CNCSS
de Moulins changent-elles vos dimanches ?
Non, pas fondamentalement. Vous savez,
je ne suis là que pour aider Delphine Pinasa,
la directrice, faciliter son travail, grâce aux
contacts que je peux avoir.
Le nouveau président du Centre national du costume de scène
et de la scénographie à Moulins passe souvent ses dimanches
au Théâtre Marigny, qu’il continue de diriger.
Comment commencent vos dimanches ?
Je promène mon chien Illico – nom Presto – vers
6 heures. De retour à la maison, il a droit à des
petits morceaux de croissant, puis il retourne
dans son panier pour dormir : il sait très bien
qu’il n’est pas concerné par la suite, ce qui me
surprend toujours. Après, je vais à la messe, avec
ma femme. C’est le seul moment où je mets ma
vie entre parenthèses pour méditer, en quelque
sorte. Un moment de discipline intérieure.
Mais j’y joins aussi le plaisir de l’orgue. J’aime
aller écouter Olivier Latry à Notre-Dame, ou
Sophie-Véronique Cauchefer-Choplin – qui n’est
pas du tout de ma famille – à Saint-Sulpice.
D’autres habitudes ?
Nous voyons très souvent nos petits-enfants.
On va voir des expositions, je les emmène
au théâtre. Ils connaissent tout de Marigny !
Vous allez souvent à Marigny le dimanche.
Est-ce un moment différent des autres jours ?
C’est effectivement un jour particulier que
je considère, d’ailleurs, comme le début de
16 – L E S E CHOS WE E K- E ND
Vous est-il arrivé d’avoir des fulgurances
un dimanche ?
Récemment, dans un rêve, je cherchais le nom
d’un spectacle que j’avais vu à la Meunier
Chocolate Factory, un petit théâtre à Londres.
Et je n’arrivais pas à le retrouver. Et je cherchais
tellement que ça a fini par me réveiller. Et là,
je retrouve le nom ! C’est ce spectacle que je vais
faire à l’automne 2019. Le seul qui manquait
pour boucler la saison. Un dimanche matin…
idéal. Non ?
Propos recueillis par Marianne Bliman
JULIEN BENHAMOU
JEAN-LUC CHOPLIN
L’exposition permanente est consacrée à
Rudolf Noureev, avec lequel vous avez travaillé
lorsqu’il dirigeait le Ballet de l’Opéra de Paris.
Cela a-t-il compté ?
Oui. Il me téléphonait tous les jours, j’ai dîné
des centaines de fois chez lui. Il voulait même
me dicter sa biographie. J’ai refusé, ça aurait
encore été des soirées et des nuits très occupées.
Aujourd’hui, je le regrette, évidemment…
BUSINESS STORY
18 JANVIER 2019
LE TIGRE AFRICAIN
QUI ÉTONNE LE MONDE
L’Éthiopie est le pays qui a connu la plus forte
croissance mondiale en 2017. Son meilleur atout ?
Ethiopian Airlines, qui prospère sous l’aile
protectrice de l’État et des Chinois. Reportage
à Addis-Abeba et dans les régions du sud, où les
espoirs suscités par le nouveau Premier ministre
n’ont d’égal que la pauvreté de la population.
Par Lucie Robequain
Photographe : Yonas Tadesse
À Hawassa, dans le sud du pays,
un parc industriel dédié
au textile a été construit
par les Chinois, à la demande
du gouvernement éthiopien.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 17
BUSINESS STORY
UN PAYS AFRICAIN
JAMAIS COLONISÉ
1930 Tafari Mekonnen
1936 L’Italie de
est couronné sous le
nom d’Hailé Sélassié
(photo). Il fera l’objet,
par la suite, d’un
culte en Jamaïque
(le rastafarisme).
Mussolini occupe
partiellement
l’Éthiopie, et ce
pendant cinq ans. Mais
elle ne parviendra
jamais à la coloniser.
es roses sont à peine
écloses. Cueillies voilà quelques heures
aux environs d’Addis-Abeba, elles attendent
par millions l’avion qui les transportera ce soir
vers Liège, en Belgique. Au total, ce sont
184 tonnes de fleurs qui sont acheminées vers
l’Europe, chaque nuit, par deux avions-cargos.
« On en glisse quelques tonnes de plus dans
les vols passagers, direction Paris, Londres,
Francfort, Madrid… », explique Fitsum Seifu,
en charge de la logistique. La zone de fret
représente l’équivalent de vingt terrains
de football, ce qui en fait de loin la plus grande
d’Afrique. Elle a été construite en 2017
par Ethiopian Airlines, afin de faire d’AddisAbeba le principal carrefour aérien entre
ce continent et le reste du monde.
À l’aéroport d’Addis-Abeba,
la plus grande zone de fret
d’Afrique a été inaugurée
en juin 2017.
18 – L E S E CHOS WE E K- E ND
1974 Mengistu Haïlé
Mariam renverse Hailé
Sélassié et proclame
le « socialisme
éthiopien », le Derg.
Jusqu’à 500 000
opposants sont
assassinés pendant
la « terreur rouge ».
1984 La sécheresse
entraîne une famine
qui fait 1 million de
morts. Les images
ÉTHIOPIE, LE TIGRE AFRICAIN
Avril 2018 Abiy Ahmed
(photo) devient Premier
ministre. Il conclut la
paix avec l’Érythrée. Il
promet la libéralisation
du pays et un vaste
plan de privatisations.
Si la formule ne rappelait pas les pires
heures de l’esclavage, on dirait qu’Ethiopian
Airlines a instauré une forme de commerce
triangulaire : l’avion qui transportera des fleurs
ce soir vers la Belgique repartira ensuite
vers l’Asie, rempli de produits européens.
Une liaison aérienne a ainsi récemment ouvert
pour acheminer du saumon d’Oslo (Norvège)
vers Guangzhou (Chine). Après son « crochet »
par l’Asie, il reviendra en Afrique chargé
de produits électroniques. L’Éthiopie n’est pas
vraiment gagnante dans l’affaire : elle exporte
l’équivalent de 3 milliards de dollars par an
– principalement des fleurs – mais importe
cinq fois plus en valeur (16 milliards de dollars).
Ethiopian Airlines, en revanche, prospère :
sa réputation est telle qu’elle assure même des
liaisons entre Saragosse (Espagne) et Miami
(États-Unis). « Ce sont des avions Zara ! », raconte
le PDG, Tewolde GebreMariam, dans un
bâtiment décrépi qui jouxte l’aéroport. L’ancien
agent de comptoir, qui contrôlait les billets
d’avion au début de sa carrière, a mis vingt-cinq
ans pour atteindre le sommet de l’entreprise.
Qu’importe le délabrement des bureaux
et son parcours atypique : il a fait d’Ethiopian
Airlines la plus grande compagnie d’Afrique
et s’attaque désormais aux géants mondiaux.
Le partenariat qu’il vient de conclure avec
l’espagnol Inditex – la maison-mère de Zara –
est un pied de nez aux compagnies américaines
et européennes, qui monopolisaient les lignes
transatlantiques jusqu’alors.
MARKUS SCHREIBER/AP/SIPA
ADDIS-ABEBA, PORTE D’ENTRÉE DE L’AFRIQUE
MARY EVANS PICTURE LIBRARY/SIPA
1991 Le régime du Derg
est oficiellement
renversé par une
guérilla marxiste. Le
parti formé à l’époque
(Front démocratique
révolutionnaire
du peuple éthiopien)
est toujours au pouvoir
aujourd’hui.
YONAS TADESSE POUR LES ECHOS WEEK-END
d’enfants squelettiques
et de villages décimés
font le tour du monde.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 19
Côté voyageurs, la frénésie est encore plus
palpable : le terminal passagers d’Addis-Abeba
est au bord de l’implosion. Conçu pour
8 millions de voyageurs par an, il en accueille
11 millions aujourd’hui… À défaut de sièges,
des milliers d’entre eux s’affalent à même le sol,
l’œil rivé aux écrans de télévision qui, en ce
début décembre, annoncent la mort de George
Bush. Ils viennent de Guinée, du Tchad, de
Zambie et attendent un autre vol pour Pékin,
Bombay, Los Angeles ou São Paulo. 70% d’entre
eux sont en escale, confirmant qu’Addis-Abeba
n’est finalement qu’une porte d’entrée vers
l’Afrique. Ethiopian Airlines a ainsi formé
le plus gros hub de transit du continent. Avec
une population africaine qui doit doubler dans
les trente ans qui viennent (à 2,5 milliards
d’individus), la compagnie est promise à un
développement exponentiel. « C’est déjà celle qui
connaît la plus grande croissance mondiale »,
affirme son vice-président, Henok Teferra. Il y a
quinze ans, elle réalisait 300 millions de dollars
de chiffre d’affaires. Ce chiffre a décuplé depuis.
« C’est une réussite absolument unique,
prouvant que les Africains sont capables de créer
une multinationale par eux-mêmes. C’est le genre
de succès qui devrait accroître leur confiance
en eux », souligne l’homme d’affaires
Zemedeneh Negatu (Fairfax Africa) au bar
de l’hôtel Sheraton. Les capacités de
BUSINESS STORY
l’aéroport devraient doubler cette année, grâce
au concours des Chinois qui financent et
rénovent le terminal. Le fait que la compagnie
soit 100% publique apporte aussi quelques
avantages : « Nous avons un plan de
développement sur quinze ans. Si nous avions
des actionnaires, nous aurions l’obligation
d’optimiser nos profits à court terme », fait valoir
le PDG Tewolde GebreMariam. Singapore
Airlines et Emirates, elles aussi étatiques, ont
prouvé la puissance du modèle. Pour se rendre
incontournable, Ethiopian Airlines crée des
compagnies aériennes sur tout le continent,
ou investit dans les existantes (Tchad, Malawi,
Togo, Mozambique, Zambie, Guinée, Ghana).
Leurs avions volent sous des marques
différentes. Mais à l’aéroport d’Addis, les
hangars de maintenance sont drapés de toutes
les couleurs d’Afrique. Les ingénieurs ont beau
être salariés d’Ethiopian Airlines, ils réparent
les moteurs togolais d’Asky, les dérives de
LES CHIFFRES CLÉS
DE L’ÉTHIOPIE
Population :
105 millions d’habitants.
Croissance du PIB :
10,2%.
Revenu national brut
par habitant :
740 dollars.
Cette croissance tous azimuts n’est pas sans
risque. La compagnie acquiert certains
concurrents au bord de la faillite, dans des pays
parfois très corrompus… Mais pour Tewolde
GebreMariam, le danger est d’être trop lent
plutôt que trop rapide : le secteur aérien est
en pleine consolidation – en Europe comme aux
États-Unis – et Ethiopian Airlines doit atteindre
une taille critique s’il ne veut pas se laisser
dévorer par les mammouths. En Afrique, le trafic
aérien est contrôlé à 80% par des compagnies
extérieures au continent – Air France-KLM
et Emirates en tête. Le but d’Ethiopian Airlines
est de ramener cette part à 50%. « C’est une
course contre la montre, sans quoi il n’y aura
pas de champion africain. Nous ne voulons pas
être des spectateurs de la mondialisation,
mais des acteurs », explique le dirigeant.
Cette soif de croissance est d’autant plus
remarquable que le pays reste l’un des plus
pauvres du monde. Il figure parmi les derniers
en termes de développement humain (173e rang
mondial sur 189) dans le classement établi
par le Programme des Nations Unies pour le
développement. Dans les supermarchés
d’Addis-Abeba, les rayons sont une réplique,
à peine plus moderne, de ceux de l’Union
soviétique. Les marques sont si peu nombreuses
qu’elles s’étalent sur plusieurs mètres de linéaire.
Croissance
démographique :
2,5% par an.
Nombre d’enfants
par femme : 4,2.
Espérance de vie à
la naissance : 65,5 ans.
Investissements
directs étrangers
(flux) : 3,6 milliards
de dollars,
soit 4,5% du PIB.
Investissements
directs étrangers
Chadian Airlines, les voilures d’Air Malawi.
« On les facture 40% moins cher, c’est notre prix
partenaire », explique Henok Teffera. Pilotes
et hôtesses du continent sont aussi formés
là, dans une académie qui constitue une vraie
tour de Babel. Une piscine géante permet
de vérifier qu’ils savent tous nager. C’est aussi
ça, la force d’Ethiopian Airlines : avoir
développé des activités annexes (maintenance,
formation, hôtel, etc) qui représentent presque
20% de ses revenus, fret inclus.
UNE COURSE CONTRE LA MONTRE
Taux de mortalité
infantile (avant 5 ans) :
5,9%.
Rang selon l’indice
de développement
humain : 173e pays
sur 189.
20 – LE S E CHOS WE E K- E ND
(stock) :
18,5 milliards
de dollars.
Données 2017.
Source : Banque
mondiale, PNUD,
Cnuced.
YONAS TADESSE POUR LES ECHOS WEEK-END
Ethiopian
Airlines,
qui créé
ou acquiert des
compagnies
aériennes
à travers tout
le continent
africain, forme leur
personnel navigant
à Addis-Abeba.
Outre des carlingues
d’entraînement, son
académie comporte
une gigantesque
piscine pour tester
leurs capacités
en natation.
ÉTHIOPIE, LE TIGRE AFRICAIN
Dans le parc
industriel
d’Hawassa,
des ouvrières
assemblent, pour
50 dollars par mois,
des costumes
pour le groupe
indien Raymond.
H & M, Calvin Klein,
Levi Strauss
ou encore Guess
figurent aussi parmi
les grandes marques
qui profitent
de l’aubaine d’une
main-d’œuvre
cinq fois moins
chère qu’en Chine.
Flotte et destinations
Destinations
L’ENVOL D’ETHIOPIAN
AIRLINES
Passagers
(en millions)
Revenus
(en millions de dollars)
95
89
80
8
60
6
Chiffre
d’affaires
8,76
2 713,4
2000
40
52
Avions
4
1000
2,5
35
20
2
Bénéfice
net
53,9
YONAS TADESSE POUR LES ECHOS WEEK-END
SHUTTERSTOCK
2008
2017
Une seule lessive, un seul dentifrice, un seul
type de gâteaux : le pays exportant peu, il n’a
pas assez de liquidités pour importer à hauteur
de ses besoins. Pendant six mois l’an dernier,
les Éthiopiens ont ainsi vécu sans sucre. Plus
grave, les diabétiques ont été privés d’insuline,
faute de pouvoir se fournir à l’étranger.
Cette misère reste peu visible car les
105 millions d’Éthiopiens habitent encore,
pour les trois quarts, dans les campagnes.
À Hawassa, dans le sud du pays, le mois de
2008
2017
2008
232,8
2017
décembre coïncide avec le début des moissons.
Les femmes fauchent le teff à la faucille et
le déposent dans des carrioles en bois tirées
par des vaches. D’autres charrient sur leur dos
d’immenses meules de foin. Les bœufs foulent
les graines en tournant les uns derrière les
autres. Le tableau a beau être profondément
esthétique, il témoigne surtout du degré
d’arriération du pays. L’incongruité est totale
quand ces agriculteurs lèvent la tête pour voir
un avion atterrir au milieu des champs. Comme
LE S E CHOS WE E K- E ND – 21
chaque matin, il déverse des dizaines de Chinois,
Indiens et Américains, attendus par des 4×4
sur un parking poussiéreux. Ce ne sont pas des
touristes, mais des investisseurs ayant fait le
pari d’installer là leurs dernières usines textiles,
dans un parc industriel construit par les
Chinois, à la demande du gouvernement. Parmi
les marques présentes, ou qui recourent à des
sous-traitants : H&M, Calvin Klein, Levi Strauss,
Guess mais aussi l’indien Raymond, l’un des
plus grands fabricants de costumes du monde.
« Nous voulions ouvrir une première usine
en dehors de l’Inde. Nous avons hésité entre le
Vietnam, le Bangladesh, l’Indonésie et l’Éthiopie.
C’est finalement elle qui l’a emporté », raconte
le responsable local, Shashi Bhushan. L’usine
est flambant neuve. Sur 300 mètres de long
se succèdent les tailleuses, les couseuses
et les repasseuses. Les costumes sont accrochés
aux cintres que l’on retrouvera, un mois plus
tard, dans les magasins new-yorkais. L’étiquette,
avec le prix en dollars, figure déjà sur les
manches. Mais rien de tout cela n’est réellement
produit en Éthiopie : les cintres et étiquettes
sont importés d’Inde, les tissus de Chine et de
Hong Kong. À défaut d’expérience industrielle,
le pays africain ne fait qu’assembler le tout.
C’est le maillon le plus récent, et le plus faible,
de cette mondialisation. Financièrement, c’est
une vraie aubaine : ces petites mains du textile
sont parmi les moins payées du monde. Elles
gagnent 50 dollars par mois, soit cinq fois
BUSINESS STORY ÉTHIOPIE, LE TIGRE AFRICAIN
SOIF DE REVANCHE
Les résultats sont spectaculaires : en 2017,
l’Éthiopie est, de toute la planète, le pays
qui a généré la plus forte croissance (10,2%),
selon la Banque mondiale – en partant d’une
base très faible il est vrai. Depuis sept ans,
elle s’inscrit constamment dans le Top 5 des
nations les plus dynamiques. Comme pour
les « tigres » asiatiques dans les années 90
(Vietnam, Thaïlande, Indonésie, etc.), l’État
est pleinement engagé dans le développement
économique du pays et la réduction de la
pauvreté. « En Afrique, beaucoup de pays se
focalisent sur le patronage : l’idée est moins de faire
croître l’économie que de répartir les richesses
existantes, assez inégalement d’ailleurs », explique
Stefan Dercon, un professeur d’Oxford qui a
longtemps enseigné à Addis-Abeba. Alors que
le Nigeria partage sa richesse pétrolière entre
une poignée de notables, l’Éthiopie tente de tirer
toute la population vers le haut. L’explosion
CHINOIS ET INDIENS
ONT FAIT DE L’ÉTHIOPIE
LEUR CHEVAL DE TROIE :
D’ICI, ILS EXPORTENT
EN FRANCHISE DE TAXES.
DES FEMMES AU SOMMET DE L’ÉTAT
Du jamais vu !
Depuis trois mois,
les Éthiopiennes
sont largement
représentées au
sommet de l’État.
Mi-octobre, le Premier
ministre, Abiy Ahmed,
a confié à des femmes
la moitié des ministères,
dont ceux de la
Défense, du Commerce,
de l’Industrie et de
la Paix – qui contrôle
la police fédérale
et les services de
renseignement. Deux
semaines plus tard,
le Parlement a désigné
Sahle-Work Zewde
(photo) présidente
du pays, faisant d’elle
la seule femme à la
tête d’un État africain.
La fonction a beau
être honorifique, elle
constitue un symbole
fort dans une société
patriarcale où les
femmes sont souvent
reléguées aux tâches
ménagères, et où viols
et excisions restent
monnaie courante.
Quelques jours après
cette nomination,
c’était au tour de la
juge Meaza Ashenafi
de prendre la tête
de la Cour suprême.
du nombre d’universités en témoigne : on en
dénombre une quarantaine aujourd’hui, contre
deux il y a vingt ans. Très dirigiste, le pays
oriente 70% des étudiants vers les sciences, afin
d’accélérer son industrialisation. « En taux
de scolarisation, nous avons accompli des progrès
considérables. En qualité, nous pouvons
certainement faire mieux », reconnaît l’homme
d’affaires Zemedeneh Negatu.
Beaucoup veulent voir dans l’Éthiopie une
version miniature de la Chine, avec la même soif
de revanche contre l’Occident, la même volonté
de ressusciter une gloire perdue. « Nos deux
pays ont trois mille ans d’histoire derrière eux.
Quand Lalibela s’est construite [NDLR : une ville
chrétienne au nord du pays], nous étions au
sommet de la civilisation mondiale. Nous avons
tout perdu, comme la Chine au XVIIIe siècle »,
2 2 – LE S E CHOS WE E K- E ND
résume Zemedeneh Negatu. Le pays, qui a
troqué le régime dictatorial du communiste
Mengitsu pour un parti d’influence marxiste,
toujours au pouvoir, affiche aussi un
certain goût pour la planification à outrance.
« L’Éthiopie veut tout faire à la fois, à très
grande échelle. Rien ne tourne vraiment, rien
n’est complètement terminé », regrette Bernard
Coulais, qui dirige la filiale locale du groupe
français BGI (bières et vins). Non content
d’avoir construit un grand parc industriel, le
gouvernement en prévoit une dizaine d’autres,
quitte à ce que la plupart restent désespérément
vides… Trop dépendant des importations,
il s’est également mis en tête de construire une
douzaine de sucreries. 4 milliards de dollars
ont été engloutis mais pas un seul gramme
de sucre n’a encore été produit. Et pour
MINASSE WONDIMU HAILU/ANADOLU AGENCY/AFP
moins que les Chinoises et deux fois moins
que les Vietnamiennes. « Ce sont des femmes que
nous sauvons de la traite humaine. Beaucoup
auraient été abusées, où qu’elles aillent. Ces jobs
contribuent à les protéger », fait valoir Likyelesh
Abay, chargée de promouvoir les parcs
industriels auprès des investisseurs étrangers.
Mais, au-delà de la faiblesse salariale,
c’est surtout l’absence de barrières douanières
qui ravit les investisseurs. Les habits fabriqués
en Éthiopie peuvent inonder le marché
américain sans être soumis au moindre dollar
de taxe douanière. Cet accord « Agoa » a été
conclu par Bill Clinton il y a exactement
vingt ans pour aider une quarantaine de pays
africains. Et, par miracle, Donald Trump ne
l’a pas remis en cause, du moins pour l’instant.
Vendu aux États-Unis, un vêtement « made in
Ethiopia » est donc 27% moins cher que s’il était
importé du Vietnam ou du Bangladesh. Un
accord similaire a été négocié avec l’Europe.
Chinois et Indiens ont donc fait de l’Éthiopie
leur cheval de Troie : au lieu d’exporter de chez
eux, ils se servent de l’Afrique pour inonder
l’Occident de leurs marchandises, en franchise
de taxes. Pratiquement tous les pays africains
pourraient en tirer avantage. Mais l’Éthiopie
– le plus peuplé du continent après le Nigeria –
tranche par son volontarisme industriel. Avec
une population qui augmente de 2,5 millions
par an, elle ressent une profonde urgence
à créer des emplois, et donc de la croissance.
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BUSINESS STORY ÉTHIOPIE, LE TIGRE AFRICAIN
Le train de privatisations promis par le Premier
ministre, Abiy Ahmed, n’a pas échappé aux
grands groupes français. Emmanuel Macron se
rendra à Addis-Abeba le 11 mars prochain pour
pousser leurs intérêts. L’ouverture du capital
d’Ethio Telecom et la vente de licences
constituent une opportunité majeure pour
Orange, qui connaît bien l’entreprise pour l’avoir
conseillée pendant plusieurs années. Le projet
n’a pas encore été détaillé, mais Orange serait
prêt à mettre plusieurs milliards de dollars sur
la table. Le britannique Vodafone est également
sur les rangs. Aéroports de Paris, quant à lui,
espère accompagner le développement
d’Ethiopian Airlines, notamment en participant
à la construction d’un nouvel aéroport
aux environs d’Addis-Abeba. Engie et EDF,
enfin, veulent prendre part aux projets solaires
et éoliens annoncés par le gouvernement.
La découverte de gisements pétroliers et gaziers
intéresse aussi Total, qui dispose déjà de
nombreuses stations-service dans le pays.
cause : l’État a « oublié » de faire planter des
cannes à sucre autour. Les usines restent donc
inactives. « Ils auraient prévu deux sucreries au
lieu de onze, cela aurait certainement mieux
marché », résume Bernard Coulais.
DES DÉFIS IMMENSES
Si l’Éthiopie excite les investisseurs, on est
ainsi loin de l’Eldorado. « Ici, personne ne devient
milliardaire en cinq ans, comme au Nigeria,
en Angola ou dans les autres pays pétroliers »,
résume Serge Tiran, qui dirige la filiale locale
d’une entreprise logistique (Massida Solutions).
L’Indien Shashi Bhushan ne cache pas l’ampleur
des difficultés depuis l’ouverture de son usine
textile à Hawassa, il y a deux ans. Recrutées dans
des villages isolés, les ouvrières découvrent
l’industrie pour la première fois de leur vie. Il a
fallu leur expliquer l’usage des toilettes et leur
inculquer une certaine discipline : « Au début,
il n’était pas rare qu’elles posent leur tête sur leur
machine à coudre pour faire une petite sieste.
On a dû leur apprendre à rester éveillées. Quand
l’une s’évanouissait, les autres l’entouraient pour
pleurer, craignant sa mort prochaine. On leur
a fait visiter le service de santé et les hôpitaux
2 4 – LE S E CHOS WE E K- E ND
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DANS LES STARTING-BLOCKS
pour les rassurer », explique-t-il. La logistique
reste par ailleurs effroyable. Sans accès à la mer,
l’Éthiopie doit compter sur le port voisin
de Djibouti pour exporter. Mais les conducteurs
de camion s’arrachent les cheveux. Serge Tiran
résume la situation ainsi : « Le port de Djibouti
n’est pas plus grand que celui de Rouen. Et la
route qui relie les deux pays représente l’équivalent
d’une départementale française mal entretenue.
Pour un pays de 100 millions d’habitants,
c’est aberrant. » Une ligne de chemin de fer vient
d’être construite par des sociétés chinoises
pour accélérer les transits. Son coût : 4 milliards
de dollars, financés par des créanciers… chinois.
Les recettes ne couvrent pas les frais
d’exploitation, encore moins les investissements
consentis. Plus grave : la ligne ferroviaire
n’est pas reliée aux sites de stockage pétroliers,
obligeant le pays à s’alimenter par la route.
« L’Éthiopie monte des projets qui ne sont pas
pensés jusqu’au bout », résume Bernard Coulais.
Élu l’an dernier, le Premier ministre
Abiy Ahmed tente de rationaliser l’action
gouvernementale. Quadragénaire plein d’énergie,
il veut privatiser les sucreries et freiner les
grands projets chinois. Il promeut une économie
plus libérale, impliquant la privatisation totale
ou partielle de nombreux joyaux nationaux,
tels Ethiopian Airlines et Ethio Telecom
(lire encadré ci-contre). Mais la pression
démographique est forte : la population devrait
doubler d’ici à 2050, et l’industrialisation
provoquer une migration massive vers les villes.
Celles-ci devront absorber 100 millions
d’habitants supplémentaires à cette échéance.
À Addis-Abeba, les taudis où s’agglutinent les
plus pauvres sont déjà menacés par les projets
de grandes tours. Le Premier ministre a beau
jouir d’une popularité immense, le risque est
que cette urbanisation favorise la contestation
sociale. Du FMI à la Banque mondiale en
passant par l’ONU, tous surveillent l’Éthiopie
comme du lait sur le feu, dans l’espoir d’en faire
un nouveau modèle pour l’Afrique. S’il est
un pays à suivre de près cette année, c’est lui.
SHUTTERSTOCK
Dans le quartier
de Piazza, au centre
d’Addis-Abeba,
en décembre 2018.
D’ici à 2050, les villes
d’Éthiopie devront absorber
100 millions d’habitants
supplémentaires.
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BUSINESS STORY
L’AFFRANCHIE
DE LA FRENCH TECH
Marie Ekeland s’est taillé une place de choix
dans le monde très masculin des investisseurs.
Son nouvel objectif ? Réconcilier cette France
à deux vitesses que la tech a contribué à créer.
Par Guillaume Bregeras — Photographe : Anaïs Boileau
on visage rayonnant est affiché en taille XXL
sur les écrans de Times Square à New York.
Aux côtés de Jean-Baptiste Rudelle, le fondateur
de Criteo, Marie Ekeland concrétise le rêve
de tout investisseur qui mise sur une start-up :
accompagner son protégé jusqu’à l’introduction
en Bourse. Dans la main de l’entrepreneur,
une ancienne cloche que lui a remise la papesse
de la French Tech, et qui appartenait à son
grand-père scandinave, fils de pêcheurs arrivé
en France en 1938. Si l’image a déjà cinq ans,
le symbole persiste. Pour Marie Ekeland,
aux origines norvégiennes et corses, la question
de savoir comment réussir dans un milieu
d’hommes est primordiale. Elle l’est d’autant plus
qu’après avoir réussi un parcours sans faute
depuis son entrée dans le capital-risque en 2005,
elle vient d’achever une année « éprouvante »
et se demande de quoi sera fait son avenir.
À la tête de Daphni, fonds d’investissement
qu’elle a cofondé en 2014 et qu’elle dirige, elle
prend ses distances vis-à-vis de la French Tech,
qui peine à donner sa chance à toutes
les catégories sociales. Malgré des levées
de fonds impressionnantes, celle-ci pourrait
reproduire les mêmes méfaits qu’aux ÉtatsUnis, en laissant de côté tout un pan
de la population. « J’éprouve de l’inquiétude face
à l’accroissement des inégalités sociales, et face
à une intelligence artificielle pensée uniquement
comme outil de productivité pour les entreprises,
note-t-elle. Le déclassement des classes
moyennes, tel qu’on l’observe outre-Atlantique,
pose le problème de la répartition de la richesse. »
Son discours précis, documenté et lucide,
tranche avec l’euphorie ambiante qui entoure
l’univers des start-up. Liant la parole aux actes,
elle a d’ailleurs décidé de réserver son fonds
Daphni aux jeunes pousses qui participent
à la construction d’une société plus juste
et bienveillante à l’égard de l’environnement.
C’est le cas d’Agricool, une pépite tricolore
qui révolutionne la culture de fruits
et légumes en milieu urbain. Ou encore
d’Holberton School, une école installée
aux États-Unis, où étudiants et professionnels
en reconversion peuvent se former
à la programmation informatique.
Au total, ce sont 24 pépites prêtes à changer
le monde que Marie Ekeland, 43 ans,
a financées à ce stade. Bien des investisseurs
se contenteraient de ce bilan. Et pourtant, son
regard bleu acier dit tout autre chose. Assise
au fond d’un bar banal du XIe arrondissement
parisien, les traits tirés, elle avoue pudiquement
avoir hâte de boucler l’année qui vient
de s’écouler… Retour en arrière : il y a quatorze
mois, elle accepte de prendre la tête du Conseil
national du numérique (CNNum) à la demande
de Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au
Numérique. Le rôle de cette entité indépendante
est d’éclairer le gouvernement sur les questions
liées à l’émergence du numérique, et elle y voit
l’occasion unique de rassembler toutes
les composantes de la société. Elle nomme
29 membres, dont tous les noms sont validés
par le secrétaire d’État à travers un décret.
POLÉMIQUE AU CONSEIL
Au sein du Conseil, deux personnalités génèrent
rapidement une polémique sur les réseaux
sociaux : le rappeur Hicham Kochman
– dit Axiom – et surtout Rokhaya Diallo,
journaliste et écrivaine. En moins d’une semaine,
l’espoir nourri par Marie Ekeland de mener
un projet réellement inclusif se heurte au mur de
la réalpolitique. Par un communiqué de presse,
Mounir Mahjoubi exige de la néoprésidente
du CNNum l’éviction de Rokhaya Diallo, avec qui
il a pourtant milité quelques années auparavant.
Face à l’impossibilité de mener à bien son projet,
Marie Ekeland jette l’éponge et préfère retourner
à son occupation première d’investisseuse. Dans
la foulée de son retrait, la quasi-totalité des
29 membres du CNNum démissionnent.
Tous venus « pour elle », comme ils l’indiquent
encore un an après, prêts « à défendre Marie »,
ils lui vouent une fidélité sans faille.
Le coup est rude, la désillusion profonde.
Marie Ekeland en est meurtrie. « L’adversité
qu’elle a rencontrée est sans précédent, estime
Hicham Kochman. Marie, c’est une incorruptible
et cette affaire a achevé de la transformer. »
Rokhaya Diallo salue, elle aussi, sa droiture :
« Au moment où la polémique a commencé, j’ai
envisagé de quitter le Conseil, mais elle a toujours
26 – L E S E CHOS WE E K- E ND
MARIE EKELAND
Marie Ekeland
dans les bureaux
de Daphni, le fonds
d’investissement
qu’elle a cofondé
et qu’elle dirige.
cherché une autre voie que celle de mon éviction.
J’ai trouvé cela très noble, d’autant plus que nous
ne nous connaissions pas tant que cela. »
Aujourd’hui encore, à l’évocation du sujet,
le visage de Marie Ekeland se ferme. Elle
se refuse à donner les détails qui mettraient
à jour le manque de courage politique de ceux
qui sont venus la chercher pour mener cette
aventure, avant de la lâcher. Cet épisode amer
l’éloigne encore un peu plus de la French Tech,
acquise à la cause d’Emmanuel Macron depuis
son accession à la présidence de la République.
Déjà, avant le début de la campagne, elle avait
refusé de participer à la rédaction de son
programme économique pour préserver
son indépendance. « Le projet du CNNum était
l’occasion de donner un cadre éthique
à l’innovation numérique, mais cela n’a pas été
le cas, conclut-elle. Il devait permettre de proposer
un futur enviable face à des perspectives
anxiogènes qui paralysent les initiatives.
Cet épisode m’a montré précisément là où je
ne pouvais pas être efficace et agir. Il m’a aussi
révélé l’état réel de mon pays. » Cette France
à deux vitesses que la tech a contribué à créer,
voilà ce qu’elle dénonce. Le mouvement des gilets
jaunes n’en est que le dernier symptôme.
De tous les observateurs de « l’affaire
CNNum », l’un a souffert en silence. C’est son
père, Ivar Ekeland – un mathématicien de renom
international dont l’un des chargés de travaux
n’était autre que Cédric Villani. À sa manière,
il résume l’impact du choc perçue par sa fille :
« Marie est quelqu’un de très loyal, pour qui la
parole donnée est importante. » C’est à lui, l’ancien
président de l’université Paris-Dauphine, que
Marie doit son tempérament. Il ne lui a jamais
vanté le système élitiste qu’il incarne, la poussant
à tracer son propre chemin. Tête de classe
au prestigieux lycée parisien Louis-le-Grand,
elle refuse de rejoindre les classes préparatoires
auxquelles elle peut prétendre. « J’étais
programmée pour faire maths sup ou HEC, mais
l’idée me rendait malheureuse, se rappelle-t-elle.
Par instinct de survie, je ne voulais pas renoncer
à tout le reste. » Ce « reste », ce sont ses amis,
un groupe d’une vingtaine de personnes dont
elle reste aujourd’hui très proche. Mais aussi
le volley-ball, un sport qu’elle pratique
LE S E CHOS WE E K- E ND – 2 7
BUSINESS STORY
2
1
3
6
à haut niveau, en nationale 3. La musique, enfin,
qui l’accompagne depuis son plus jeune âge et
qui occupe un rôle central dans son existence.
Pianiste de formation, elle apprend les claquettes
avec Sarah Petronio, première femme reconnue
de la discipline. Elle se rend aussi aux concerts
parisiens des Pixies, de Theo Hakola, Noir Désir,
Étienne Daho… Et de Prince surtout. Un artiste
qui fait le lien entre sa passion pour le rock
indépendant et la soul-funk qu’elle écoute
aujourd’hui. Au lycée, la jeune fille se pare
de noir, porte des Dr. Martens et s’éloigne
de ses parents. « Son adolescence m’a échappé,
avoue son père. Je regrette un peu de ne pas avoir
échangé davantage avec elle à ce moment-là. »
Après le bac, c’est à Dauphine qu’elle poursuit
sa quête. La formation, complétée par des stages
en entreprise, est plus concrète, « moins horssol », précise son père. En 1998, alors en stage
chez JP Morgan, elle file une année à New York
pour aider les traders à automatiser certaines
tâches. « Ils voulaient me garder, je voulais voyager.
Ils m’ont proposé de partir à New York, c’était l’âge
d’or de la banque d’affaires », se rappelle Marie
Ekeland. Celle qui avait passé sa première année
d’école élémentaire avec sa famille au Canada,
5
4
SON RÉSEAU
3. Clémentine Gallet
Fondatrice de Coriolis
Composites, c’est
la première femme
à avoir bénéficié
du soutien financier
de Marie Ekeland. Les
deux ont le même âge
et partagent une vision
GILLES ROLLE/REA
4. Willy Braun et
Mathieu Daix (à droite)
Ils ont cofondé Daphni
et épaulent Marie
Ekeland dans ses choix
stratégiques, l’aidant
notamment à identifier
les futures pépites
de la tech.
6. Olivier Mathiot
L’ancien PDG de
PriceMinister
a côtoyé Marie Ekeland
lors des batailles
menées par France
Digitale. Désormais
à la tête du « Camp »
à Aix-en-Provence,
il échange encore
régulièrement
avec elle.
DR
BALTEL/SIPA
MEIGNEUX/SIPA
5. Rachel Delacour
C’est l’une
des premières
startuppeuses
françaises à avoir
réussi dans la French
Tech, avec la vente
de sa start-up Bime
Analytics au géant
américain Zendesk.
Elle a aussi coprésidé
France Digitale.
SHUTTERSTOCK
2. Flore Vasseur
Marie Ekeland
l’a appelée à rejoindre
le Conseil National
du numérique. Elle voit
en elle une boussole
lui permettant
de jauger son action
et son intégrité.
La journaliste vient
de sortir un nouvel
ouvrage, Ce qu’il reste
de nos rêves, consacré
à Aaron Swartz,
hacktiviste américain
sacrifié de la liberté
d’expression.
moderne
de l’entreprise.
Ambiance pop et esprit start-up dans les locaux parisiens de Daphni.
2 8 – L E S E CHOS WE E K- E ND
ANAÏS BOILEAU POUR LES ECHOS WEEK-END
1. Ed Zimmerman
Cet Américain est
l’un des associés
du prestigieux cabinet
d’avocats Lowenstein
Sandler. Il investit dans
les start-up et aide
Marie Ekeland
à creuser son sillon
aux États-Unis.
MARIE EKELAND
Depuis sa création en 2014, Daphni a déjà financé 24 jeunes pousses.
se frotte une nouvelle fois au monde anglosaxon. Une expérience qui lui permet de
se construire une vision du monde économique
à cheval entre l’Europe régulatrice et l’Amérique
libérale, berceau du mouvement des start-up.
Dans la foulée de cette expérience, JP Morgan lui
offre un poste, mais elle préfère retourner en
France et renforcer son cursus académique avec
un DEA en économie. Déjà, le manque de « sens »
dans sa mission au sein de la banque américaine
l’interpelle. Nous sommes en 2000, la première
phase de son apprentissage est achevée. Elle
rejoint la banque CPR qui sera rachetée deux ans
plus tard par le Crédit Agricole. Elle travaille au
sein du département Private Equity qui nourrit
son envie d’être au contact des entrepreneurs
SES DERNIERS GROS
INVESTISSEMENTS
* TAILLE TOTALE DE LA
DERNIÈRE LEVÉE DE FONDS.
Agricool
25 millions d’euros*
Avec ses containers
installés au cœur des
villes, la pépite fait
pousser des fruits et
légumes sans produits
chimiques et avec un
faible impact carbone.
et de les accompagner au quotidien. C’est aussi
la période durant laquelle elle accouche
de son premier enfant, en 2005. À l’époque, son
supérieur lui promet une évolution de carrière
avant qu’elle ne parte en congés maternité…
mais à son retour, la promesse reste lettre morte.
Face à la violence et la banalité du sexisme en
entreprise, elle décide de quitter l’établissement.
LA SEULE FEMME DANS CHAQUE RÉUNION
C’est à ce moment qu’elle croise le chemin
de Xavier Lazarus, cofondateur d’Elaia Partners,
qui la convainc de la rejoindre. Elle y voit
l’opportunité de mêler sa connaissance
de la tech et de la finance à l’aspect plus humain
de l’entrepreneuriat, mais comprend rapidement
Lunchr
11 millions d’euros*
La jeune pousse
a lancé un service de
titres de restauration
100% digital, avec
une application et
une carte de paiement
MasterCard.
Comet
11 millions d’euros*
Cette plate-forme
met en relation
des entreprises
et des travailleurs
indépendants
spécialisés en tech
et en data.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 29
que dans chaque réunion, elle est la seule
femme : « Je n’ai jamais eu de modèle car il n’y a
jamais eu de femme dans ce métier. J’ai toujours
été une curiosité, et j’ai toujours dû prouver
la légitimité de ma présence. Mais je ne l’ai jamais
vécu comme une injustice, plutôt comme l’héritage
d’une situation passée. Cela m’a rendu libre. »
Sa première opération au sein d’Elaia est
un coup de maître. À 25 ans, elle court
les événements à la rencontre des startuppeurs.
À Centrale Supélec, elle tombe sur Jean-Baptiste
Rudelle, qui « pitche » Criteo. Elle est la seule
« capital-risqueur » qu’il n’a pas vue, mais c’est
aussi la seule qui comprend sa vision. Elle mise
immédiatement sur lui, accompagne ses
changements de stratégie – quatre au total ! –
et constate, ravie, sa croissance exponentielle.
Avec son outil permettant la recommandation
publicitaire, Criteo continue de lever
des fonds auprès d’Elaia et d’autres organismes
pour s’implanter aux États-Unis, jusqu’à son
introduction en Bourse en 2013. Entre-temps,
Marie a participé avec Marc Ménasé à la création
de France Digitale, l’association professionnelle
qui donnera lieu au mouvement des pigeons
sous la présidence de François Hollande. Elle
donne aussi naissance à son deuxième enfant.
L’introduction en Bourse de Criteo la rend riche.
Elle quitte Elaia avec l’idée de devenir l’une
des premières femmes au monde à créer un
fonds de capital-risque. Son obsession : aider
des entreprises qui participent à l’élaboration
d’un monde meilleur. En pleine réflexion
sur la meilleure manière de faire, elle consulte
son premier cercle, se réfugie dans la pratique
de la marche mais aussi dans la lecture
de L’Éthique de Spinoza et des Quatre Accords
toltèques de Don Miguel Ruiz. Farouchement
convaincue qu’il n’est pas trop tard pour inverser
la tendance, ouvrir l’entrepreneuriat
à l’ensemble des populations, elle continue
d’investir dans des start-up qui battent
en brèche les acquis. Avec le secret espoir
d’emmener un jour, au Nasdaq, l’un de ses
protégés que personne n’aurait vu venir.
Plus d’infos sur weekend.lesechos.fr
Holberton School
8 millions de dollars*
Cette école d’un
nouveau genre
fondée par des
Français forme
des ingénieurs
informatiques
aux États-Unis.
Shine
8 millions d’euros*
Service bancaire
professionnel,
la start-up s’adresse
aux indépendants
et freelances à travers
une palette d’outils
gratuits et payants.
BUSINESS STORY
6 INNOVATIONS
1
REMARQUABLES AU CES
Par Florian Dèbes et Déborah Loye
2
6
ALEXEY BLAGUTIN /LE PAVÉ PARISIEN
4
ROGER STILLMAN
ELANA EYAL
DR
Plus de 4 500 entreprises
de 155 pays ont exposé
la semaine dernière à Las Vegas
leurs dernières prouesses
au Consumer Electronics Show
(CES), demeure le plus grand
événement tech de la planète.
La France était de nouveau
représentée de belle façon
par plus de 400 sociétés.
Nos envoyés spéciaux ont
été particulièrement séduits
par ces six start-up.
30 – LE S E CHOS WE E K- E ND
LA LISTE
01
02
03
Date de création : 2018
Fondateurs: Filippo Yacob, Adam Amos,
Jon Marshall
Fonds levés : 7,2 millions de dollars
en cryptomonnaie et 100 000 dollars
sur Kickstarter
Date de création : 2012
Fondateurs : Oshik Efrati, Yair Teller
et Erez Lanzer
Fonds levés : 10 millions d’euros
Date de création : fin 2017
Fondateur : Alban Duroy
Fonds levés : 100 000 euros
PIGZBE
LA TIRELIRE FAÇON BLOCKCHAIN
STUDIO DUROY
DE BONNES « VIBES »
Plus besoin de casser son cochon-tirelire. Pigzbe,
start-up basée entre la Suisse et le Royaume-Uni,
entend révolutionner l’argent de poche. Son
boîtier rose informe les enfants (à partir de 6 ans)
quand leurs parents, grands-parents, parrains et
marraines abondent leur compte depuis l’appli
mobile du système. Une seconde application
ludique les encourage à thésauriser. Avant
de profiter des dons reçus en euros, ils doivent
en effet faire fructifier leurs « wolos », une
cryptomonnaie créée par Pigzbe via une ICO
(initial coin offering) qui a récolté l’équivalent
de 7,2 millions de dollars. « Avec la disparition
du cash, il est de plus en plus difficile pour
un enfant d’appréhender la valeur de l’argent »,
constate Filippo Yacob, l’un des cofondateurs.
De loin, elle fait penser à une tente de camping.
En fait, l’installation low tech d’HomeBioGas
doit permettre à des familles dans des villages
isolés d’Afrique et d’Amérique du Sud de
cuisiner au gaz. Fondé en Israël et soutenu par
Engie, HomeBioGas a d’abord testé son produit
en situation auprès de communautés bédouines
et en Palestine. Puis il a commercialisé
son produit en Europe et aux États-Unis. Les
5 000 systèmes installés en deux ans, vendus
pour 600 dollars, lui permettent d’aborder
sereinement le déploiement dans des régions
moins riches. Des biodigesteurs permettent
de récupérer les gaz de fermentation rejetés
pendant la décomposition des déchets du
quotidien. Deux kilos d’ordures peuvent ainsi
générer deux heures de chauffe pour
la plaque de cuisson fournie avec l’appareil.
La bonne idée est arrivée sur un air de musique
classique. C’est en écoutant un air d’opéra
en position allongée que le Perpignanais Alban
Duroy s’est aperçu que ressentir le son passait
davantage par les vibrations de son enceinte
Bluetooth contre son corps que par le volume
sonore. Ainsi est né BassMe, le premier caisson
de basse personnel. Casque sur les oreilles,
le BassMe accroché à l’épaule côté poitrine,
les curieux du CES se prenaient vite à
improviser un pas de danse. Synchronisé avec
la musique ou le son d’un film, voire d’un jeu
vidéo, le BassMe utilise la cage thoracique
de l’auditeur comme caisse de résonance. « Il
n’y a pas besoin de monter le son pour ressentir
la musique, c’est bon pour les oreilles », avance
Alban Duroy. Créé fin 2007, Studio Duroy
cherche maintenant un distributeur pour son
produit, qui sera fabriqué en série en France.
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Date de création : 2015
Fondateur : Stéphane Daucourt
Fonds levés : 245 000 euros
Date de création : 2015
Fondatrice : Sungun Chang
Fonds levés : 1,07 million de dollars
sur Kickstarter
Date de création : 2015
Fondateur : Pierre-Axel Izerable
Fonds levés : 48 000 euros
sur KissKissBankBank
Inciter les parents des pays en développement
à envoyer leurs enfants à l’école, tel est l’objectif
de la jeune pousse coréenne Yolk. Elle a dessiné
une « Solar Cow », un panneau solaire en forme
de vache destiné à être placé devant les écoles.
« Il permet de charger de petites batteries, les
“Power Milk”, alors que les enfants sont à l’école,
explique la fondatrice de la start-up, Sungun
Chang. À la fin de la journée, ils les récupèrent
avant de rentrer à la maison. » La batterie
permet de charger jusqu’à cinq téléphones
ou de faire fonctionner une ampoule durant
trente heures, gratuitement pour la famille.
Par rapport à d’autres kits solaires, la Solar Cow
a l’avantage de ne demander aux familles
aucun frais d’installation. Selon les estimations
de Yolk, un investissement de 1 million
de dollars dans les Solar Cows permet
de conduire 20 000 enfants à l’école.
Sous les pavés… la musique. Pour créer
son enceinte, en forme donc de pavé, la start-up
utilise un matériau pour le moins surprenant :
le béton. « Le béton dernière génération
que nous utilisons, le BFUP, a des caractéristiques
acoustiques particulièrement intéressantes,
qui permettent d’obtenir un son clair et précis,
malgré la petite taille de notre enceinte »,
explique le fondateur, Pierre-Axel Izerable.
Résultat : un design brut, original et élégant.
Mais au-delà de l’esthétique, c’est le pavé
que la jeune pousse jette dans la mare
de l’obsolescence programmée qui réjouit.
Son produit, entièrement fabriqué en France,
peut en effet être réparé à l’infini. « Chaque
pièce, qu’il s’agisse de la batterie, de la carte
électronique, des connectiques ou du hautparleur, est détachable et remplaçable »,
détaille Pierre-Axel Izerable.
TEAM8
LA MONTRE DES ENFANTS SPORTIFS
DR
HOMEBIOGAS
LE RÉCHAUD ÉCOLO
Team8 se propose de lutter contre l’obésité
infantile grâce à des jeux vidéo. La société
a mis au point une montre connectée dédiée
aux 5-12 ans, dont l’utilisation est conditionnée
à une activité physique au moins égale
à la durée du jeu. Doté d’un détecteur
de mouvement, l’appareil attribue en fonction
de l’énergie dépensée des points qui débloquent
l’accès au jeu. Un personnage de super-héros
créé par le jeune joueur engrange cette énergie,
qui lui permet d’évoluer. « Nous avons également
créé de petits exercices physiques pour inspirer
les enfants », indique le fondateur, Stéphane
Daucourt. La montre permet accessoirement
aux parents de géolocaliser leur enfant,
ainsi que de lui envoyer des messages ou
de prévoir des rappels de santé s’il doit suivre
un traitement médical. « Notre objectif est
de devenir la première plate-forme de santé
dédiée aux enfants », affirme Stéphane Daucourt.
YOLK
L’ÉCOLE SOLAIRE
LE S E CHOS WE E K- E ND – 31
LE PAVÉ PARISIEN
L’ENCEINTE DURABLE
Sur les grands boulevards parisiens, les tensions
liées au mouvement des gilets jaunes retombent
à peine. Des touristes prennent des selfies
devant un McDonald’s caillassé sous l’œil
des forces de l’ordre. À quelques mètres de là,
l’hôtel des ventes de Drouot est fermé sur ordre
de la préfecture. Le quartier, habituellement
animé le samedi, est vide. Dans cette
atmosphère étrange, la salle des ventes
de Vermot & Associés éclaire le reste
de la rue sous une pluie battante. À l’intérieur,
une vingtaine de personnes écoutent
la commissaire-priseur détailler
le fonctionnement d’une vente aux enchères.
Pour la grande majorité d’entre eux, c’est
une première. Ils sont réunis pour un étonnant
trésor. Des cartes Pokémon. « On estime à 20 000
le nombre de collectionneurs de ces cartes
en France. La philatélie, c’est 2 000 personnes.
Il faut que l’on s’adapte. Cette vente, c’est notre
coup de pouce », déclare Florian Bourguet,
l’expert de la maison de ventes.
La soixantaine de cartes partira pour
des montants oscillant entre 30 et 2 810 euros
l’unité. Aux États-Unis, une carte « Pikachu
POKÉMON
LA SAGA DE TOUS
LES RECORDS
La franchise reste la plus
lucrative de la planète,
loin devant Star Wars.
Enquête sur un succès qui
dure depuis vingt-deux ans
et ne connaît qu’une zone
d’ombre : le cinéma.
Par Gabriel Nedelec
et Sébastien Olland
32 – LE S E CHOS WE E K- E ND
Illustrator » a été cédée pour 54 970 dollars il y a
deux ans. Des chiffres qui font tourner la tête,
alors même que la grande majorité
des détenteurs reconnaissent ne pas connaître
les règles du jeu. « Les cartes ont été mon entrée
dans l’univers Pokémon. J’ai dû y consacrer dans
les 100 000 euros. J’en suis devenu accro alors
que je n’y ai jamais joué », témoigne le youtubeur
DavidLafargePokémon, qui compte 1,6 million
d’abonnés sur sa chaîne. Au total, près
de 24 milliards de cartes circulent aux quatre
coins du globe, selon les chiffres de la Pokémon
Company, la maison mère. Que des cartes
à jouer à l’effigie de Pikachu, Salamèche
ou Bulbizarre se retrouvent dans des salles
de ventes n’a finalement rien de surprenant.
La mécanique du jeu vidéo, support principal
de la franchise, consiste à collectionner
ces drôles de petites créatures, entre insectes
et animaux domestiques, en les capturant avec
des « pokéballs ». Ensuite, les joueurs sont
invités à dresser leurs Pokémon pour les
préparer au combat. Une recette inchangée
depuis vingt-deux ans, qui a vu naître plus
de 800 Pokémon, répartis en sept générations.
OLM ANIMATION STUDIO/PIKACHU PROJECT/SHOGAKUKAN SHUEISHA PRODUCTIONS/COLL. CHRISTOPHEL
BUSINESS STORY
POKÉMON
THE POKÉMON COMPAGNY
TYRONE SIU/REUTERS
Sacha le jeune
dresseur et son
fidèle Pikachu,
héros de la série
d’animation. En
haut : Carapuce,
Pokémon n° 7.
En bas : à Hong
Kong, première
compétition
mondiale du jeu
Pokémon GO
sur smartphone.
de dollars depuis la sortie de La Guerre des
étoiles en 1977 (voir encadré p. 35).
Le succès de Pokémon – 300 millions de jeux
vidéo vendus – repose sur le renouvellement
permanent. Chaque jeu, ou presque, dope
les ventes de consoles Nintendo et réamorce
une génération de nouvelles cartes. Chaque film
s’accompagne d’une relance des séries.
Sans oublier les produits dérivés, qui vont
des peluches aux cartables. Ils ont rapporté
3,5 milliards de dollars à la Pokémon Company
rien qu’en 2017, selon License Global.
« La machine marketing de Nintendo y est
pour beaucoup, estime Loup LassinatFoubert, auteur de Générations
Pokémon. C’est sa plus grosse opération
transmédia. Tout s’entrecoupe,
en suivant par exemple les aventures
du héros Sacha dans la série animée,
on apprend à faire progresser son
personnage dans le jeu vidéo. Cette notion
de passerelle est très importante. La stratégie
est d’attirer les joueurs vers les autres supports
Pokémon. » Il a tout de même fallu trois ans
à la Pokémania pour conquérir le monde.
Initialement, les huiles de Nintendo ne sont pas
convaincues par la capture de monstres. Ils sont
censés combattre, et non se collectionner.
Il faudra le soutien d’un poids lourd comme
Shigeru Miyamoto, le père de Mario et Zelda,
pour les faire changer d’avis. Pokémon sort
en février 1996 au Japon. À cette époque,
la Game Boy est en fin de vie. Plus personne ne
croit à son redressement… et encore moins que
le jeu de Satoshi Tajiri puisse lui sauver la mise.
Les premières ventes sont médiocres : 110 000
cartouches sont écoulées la première semaine,
À l’origine de cet incroyable succès,
un homme légendaire, Satoshi Tajiri.
« J’ai grandi dans la banlieue de Tokyo qui était
très rurale à l’époque. Il y avait des rizières,
des rivières, des forêts. Je collectionnais beaucoup
les insectes. Et plus j’en cherchais, plus
j’en trouvais. Quand j’ai créé des jeux, j’ai voulu
m’inspirer de ce concept », expliquait-il au Time
en 1999, trois ans après le lancement
du premier jeu. Il était loin d’imaginer
que son Pikachu deviendrait le symbole du soft
power japonais. Son génie ? Avoir misé sur tous
les médias pour nourrir la franchise.
Pokémon, ce sont des jeux vidéo, des cartes,
une série d’animation, des mangas, des films…
Le socle d’un empire qui résiste à toutes
les modes. « Tout ce que j’ai fait quand j’étais
enfant se retrouve dans Pokémon. Capturer
des insectes, jouer à des jeux vidéo, regarder
la télévision… tout devint un ingrédient du jeu »,
révélait Tajiri. En vingt-deux ans, la franchise
s’est imposée comme la plus rentable
de l’histoire avec 55 milliards de dollars
engrangés fin 2017 selon The Pokémon
Company. Star Wars pointe à 40 milliards
LE S E CHOS WE E K- E ND – 33
à peine 10 000 la seconde. Le jeu semble
mort-né. Jusqu’à ce qu’un miracle survienne :
porté par la puissance du magazine CoroCoro
Comic – lu par un jeune Japonais sur quatre –,
le bouche à oreille inverse la courbe au-delà
de toute espérance. Contrairement à la règle qui
veut que les ventes décroissent après la sortie
d’un jeu, celles de Pokémon repartent
à la hausse… pendant 60 semaines d’affilée.
Du jamais vu. La Game Boy, dont Pokémon
devait être le dernier titre, ressuscite.
Sa remplaçante, déjà prête, est rangée au fond
d’un placard. Nintendo comprend qu’il a entre
les mains un projet au moins aussi porteur
que Mario et enclenche sa puissante machine
marketing. Trois ans plus tard, tout est prêt
pour lancer Pokémon en Europe et aux
États-Unis. C’est le début de la Pokémania.
À mesure que cette vague déferle sur la planète,
son emblématique créateur s’efface. « C’est
l’un des mystères de l’histoire de Pokémon »,
raconte Florent Gorges, fondateur de la maison
d’édition Omaké Books. Satochi Tajiri disparaît
des radars au moment même où son jeu devient
un phénomène mondial, fuyant les interviews
et les apparitions publiques. Il incarne alors
la figure typique de l’otaku, ce fan de jeux vidéo
qui ne sort pratiquement jamais de chez lui.
LE MYSTÈRE DE LA BOÎTE À CHAUSSONS
Son visage sombre dans l’oubli : ce n’est pas
sa photo qui apparaît lorsque l’on tape son nom
sur Google, mais celle de Tsunekazu Ishihara,
le président de la Pokémon Company. Ceux
qui ont travaillé avec lui évoquent un homme
mystérieux. « Il n’y avait que des bruits de couloir
à son sujet. On nous disait qu’il travaillait
BUSINESS STORY
LE PLUS CONNU
Équivalent japonais
de Mickey Mouse,
Pikachu est une souris
électrique (25e
Pokémon sur 809 à ce
jour). Il est l’évolution
de Pichu (n° 172)
et peut évoluer en
Raichu (n° 26). Il est le
meilleur ami de Sacha
et donc de tous les
dresseurs du monde.
Il apparaît sans
surprise dans la
quasi-totalité des jeux
vidéo de la franchise.
Son cri légendaire :
« Pika pika ! ».
LE PLUS FORT DANS
POKÉMON GO
Mewtwo (n° 150),
Pokémon légendaire
de type psy, a été créé
par l’homme à partir
de l’ADN de Mew
(n° 151). Il peut
atteindre 4 144,75
points de combat.
beaucoup de chez lui, que c’était un génie,
que c’était le seul ayant droit, qu’il ne s’attendait
pas à un tel succès, se souvient Julien Bardakoff,
le traducteur français de Pokémon, envoyé
par Nintendo à Tokyo en 1997. Un détail aussi
insignifiant que ses chaussons alimentait
le mythe. Si ceux-ci étaient dans leur boîte,
c’est qu’il n’était pas là. Si la boîte était ouverte,
il se trouvait quelque part dans le bâtiment.
La boîte était rarement ouverte. » La disparition
progressive de son créateur n’empêche pas
la franchise de s’étendre. Trois entités ne sont pas
de trop pour cela. Officiellement, les rôles sont
partagés entre Game Freak (éditeur), Nintendo
(distributeur) et la Pokémon Company qui gère
l’ensemble de la marque et de ses valeurs. Mais
en réalité, la répartition est plus floue. « C’est
la culture du Japon, le culte du secret, rien ne filtre.
On ne sait pas qui s’occupe de quoi, qui valide quoi.
C’est tentaculaire », confirme Florent Gorges.
Les marchés eux-mêmes se prennent les pieds
dans le tapis lors du lancement de Pokémon GO
en juillet 2016, en faisant bondir le titre
de Nintendo de près de 100%. La firme japonaise
est obligée d’expliquer qu’elle n’est pas derrière
le jeu, mais qu’il s’agit d’un partenariat entre
la Pokémon Company et Niantic, une ancienne
structure de Google spécialisée dans les jeux
pour smartphone en réalité augmentée.
Pour certains, ce fonctionnement
opaque explique la qualité de la franchise.
« Tout est validé à plusieurs niveaux. Ça peut
donner l’impression d’un verrouillage mais c’est
une forme de maîtrise », pense Grégoire Hellot,
directeur de collections aux Éditions Kurokawa,
éditeur du manga en France. « Même
les traductions françaises sont validées au Japon,
pour que les personnages parlent de la même
manière dans tous les pays, poursuit-il. C’est
un niveau de contrôle rarissime. » La franchise
reste ainsi cohérente, même lorsqu’elle amorce
un virage à 180 degrés. Ce virage, c’est Pokémon
GO qui le symbolise, avec l’émergence du mobile
et de la réalité augmentée. Un changement
radical, qui dépasse toutes les espérances :
l’application est téléchargée plus de 50 millions
de fois au cours des vingt premiers jours. Soit
cinq fois plus vite que le hit mondial Candy
Crush… Le groupe négocie ainsi parfaitement
le virage du digital, en devenant le seul jeu
mobile tirant parti de la réalité augmentée.
« Pour de très nombreuses personnes, Pokémon
GO a été une première expérience dans la réalité
augmentée. Pouvoir attraper Pikachu dans
son quartier était un concept qui a excité beaucoup
de gens », souligne Anne Beuttenmüller, chef
produit marketing chez Niantic. Le tournant
bénéficie à l’ensemble de la franchise. Sorties
Ronflex,
un des Pokémon
les plus rares.
LE PLUS MIGNON
Petite étoile jaune
lovée dans une
coquille d’œuf
multicolore, Togepi
(n° 175) est le plus
« kawaii ». Même ses
petits cris de bébé
sont irrésistibles.
LE PLUS PUISSANT
Arceus (n° 493),
le Dieu des Pokémon
qui a créé leur monde,
afiche 120 points
dans chacune des
statistiques (points de
vie, attaque, attaque
spéciale, défense,
vitesse…).
LES PLUS RARES
Lokhlass (n° 131),
Ronflex (n° 143)
et Porygon (n° 137)
figurent parmi les
Pokémon « mythiques »
quasiment impossibles
à trouver à l’état
sauvage.
LE PLUS LONG
Avec ses 14,5 m
de long, Wailord
(n° 321), le Pokémon
baleine, est le plus
grand. Pas étonnant
qu’il ne tienne pas
sur un écran, si vous
le choisissez comme
compagnon
de dresseur dans
Pokémon GO.
LE PLUS MOCHE
Lippoutou (n° 124) est
le Pokémon anti-glam
par définition avec
sa crinière blonde, ses
lèvres siliconées et ses
vêtements bariolés.
Son déhanchement
efrayera même
les dresseurs
les plus intrépides.
LE PLUS LOURD
Avec 999,99 kg,
Cosmovum (n° 790)
est ex aequo avec
Bamboiselle (n° 797).
LE PLUS
INCLASSABLE
LES PLUS EXOTIQUES
Quatre Pokémon ont
été introduits dans
des zones exclusives
pour Pokémon GO :
Canarticho (n° 83)
au Japon,
M. Mime
(n° 122) en
Europe, Tauros
(n° 128) en
Amérique du Nord
et Kangourex (n° 115)
en Australie.
Le Pokémon fabuleux
Meltan (n° 808)
et son évolution
Melmetal (n° 809)
apparus dans
la dernière version
de Pokémon GO,
ne sont rattachés
à aucune des trois
régions
déployées.
Fabien
Laborde
34 – LE S E CHOS WE E K- E ND
THE POKÉMON COMPAGNY
LE TOP 10 DES
CRÉATURES POKÉMON
POKÉMON
Lot de cartes éditées pour la rétrospective
Munch à Tokyo en 2018, mises aux enchères
chez Vermot & Associés en décembre dernier.
Tsunekazu Ishihara, président de la Pokémon Company, qui gère l’ensemble de la marque.
au mois de novembre suivant, les nouvelles
versions sur consoles, intitulées Pokémon Soleil
et Lune, enregistrent le meilleur lancement de la
saga aux États-Unis, selon le cabinet NPD Group.
COURTESY VERMOT ET ASSOCIES
AKIO KON/BLOOMBERG
LE RETOUR DE PIKACHU SUR GRAND ÉCRAN
La vague va bien au-delà. McDonald’s,
comprenant tout l’intérêt de faire sortir les fans
de chez eux, signe un partenariat avec Niantic
moins de deux semaines après le lancement.
Les marchés applaudissent des deux mains.
D’autres grandes chaînes comme Walmart
ou Starbucks lui emboîtent le pas, flairant
un nouveau moyen d’attirer les jeunes. Le succès
est tel que certains lieux, comme les hôpitaux,
sont obligés de taper à la porte de Niantic pour
lui intimer de ne pas faire apparaître de petits
monstres à l’intérieur de leurs murs. À l’image
du CHRU de Lille qui placarde des affiches
rappelant que « l’hôpital est un lieu de soins,
pas un terrain de jeu ». Pokémon GO fait
des heureux plus inattendus : les producteurs
de batterie externe par exemple. Cet accessoire,
peu utilisé jusqu’alors, s’arrache chez les joueurs.
Ses ventes bondissent de 101% dans les deux
semaines suivant le lancement du jeu, note le
cabinet NPD. Le groupe, lui, poursuit sa stratégie
de passerelle : Pokémon Let’s Go, sorti sur la
console Switch en octobre dernier, reprend le
principe du jeu mobile. S’il est un domaine où il
n’a toujours pas percé, c’est le cinéma. Les fans
ont beau répondre présents à chaque nouvelle
sortie (22 au total), la franchise peine à attirer
un autre public. Depuis le succès du premier
dessin animé en 1999 Pokémon : The First Movie,
les fréquentations baissent et certains des films
LES FRANCHISES LES PLUS LUCRATIVES DE L’HISTOIRE
1. POKÉMON
Les revenus générés
sont estimés
à 88,4 milliards
de dollars. En 2019,
la saga espère
conquérir le secteur
qui lui résiste encore,
le cinéma. Le premier
film en live action
(avec de vrais acteurs),
Détective Pikachu, est
prévu pour mai 2019.
2. HELLO KITTY
Malgré son apparence
enfantine et « kawaii »
(mignonne),
la franchise Hello Kitty
a les dents longues.
Ses revenus, basés
presque en intégralité
sur les jouets et les
produits dérivés, place
le chaton en seconde
position, avec
80,2 milliards
de dollars estimés.
3. WINNIE L’OURSON
Le personnage créé en
1926 par Alan
Alexander Milne pointe
en troisième position,
ne sortent plus qu’en DVD en France. Au total,
ils n’ont rapporté « que » 1 milliard de dollars
de recettes à la Pokémon Company – l’équivalent
de Toy Story 3 pour Walt Disney (2010).
Mais Pikachu n’a pas abandonné l’idée
de laisser son empreinte sur le grand écran.
Un nouveau film, Détective Pikachu, est annoncé
pour mai 2019 avec les ambitions d’un
blockbuster. La star américaine Ryan Reynolds
va troquer son costume d’antihéros Deadpool
pour les poils de Pikachu, pour la première
LE S E CHOS WE E K- E ND – 35
avec 74,5 milliards
de dollars de revenus
estimés. Il profite de sa
longévité et de la force
de frappe de sa maison
mère, Walt Disney.
4. MICKEY MOUSE
La figure
emblématique
de Walt Disney arrive
à la quatrième place,
avec des revenus
estimés à 70 milliards
de dollars. La souris
noire au short rouge
est née en 1928.
5. STAR WARS
La saga a généré
65,4 milliards
de dollars de revenus.
Walt Disney,
qui l’a rachetée
en 2012, tente
de prolonger le succès
avec trois nouveaux
épisodes, entrecoupés
de deux spin-of.
L’épisode VII
(Le Réveil de
la Force), sorti en 2015,
est devenu
le plus rentable
de la série.
aventure en live action de la souris électrique.
L’objectif dont rêve The Pokémon Company
est de développer une franchise au cinéma,
à la manière des films Lego. Et puisque rien
n’est jamais laissé au hasard, le film précédera
la sortie d’un nouveau jeu vidéo qui marquera
l’arrivée de la huitième génération de créatures
Pokémon. Une autopromotion imparable,
qui fait mouche depuis 1996.
Plus d’infos sur weekend.lesechos.fr
BUSINESS STORY
36 – L E S E CHOS WE E K- E ND
LES APPLIS DE RENCONTRE DE L’ÉLITE
CHERCHE PARTENAIRE TRÈS AISÉ(E)
De Balzac à Jane Austen en passant par Thomas Mann, on sait de longue date
que les classes supérieures tendent à l’endogamie. À l’ère des rencontres
en ligne, le phénomène est amplifié par les algorithmes. Et par des applis,
tel Luxy, qui assurent aux élites de rester dans l’entre-soi.
SHUTTERSTOCK
Par Raphaël Bloch – Illustration : Klaus Kremmertz
a mention est écrite en gras, mais on se dit
qu’on doit mal comprendre, alors on la relit
pour s’assurer de ne pas s’être trompé : « Si vous
gagnez plus de 200 000 dollars. » Plus de doute
possible. Il faut bien afficher des revenus
annuels supérieurs à 176 000 euros pour
s’inscrire. L’application de rencontre Luxy
porte décidément bien son nom. Lancée aux
États-Unis en 2014, elle a tout de même trouvé,
malgré ce critère très sélectif, un public de
2 millions d’utilisateurs. Des célibataires très
aisés qui vivent dans les grandes métropoles,
souvent trop occupés pour laisser les hasards
des dîners entre amis ou des cocktails dans
les bars d’hôtel décider de leur vie amoureuse
– un concept très XXe siècle –, souvent aussi lassés
par des heures de swipe inefficace sur Tinder,
la célèbre plateforme grand public. « Les applis,
ça n’a jamais été mon truc. Mais sur Luxy, c’est
différent, on est entre nous », confie Grace*, une
Parisienne de 32 ans qui gagne très bien sa vie.
L’app a pourtant connu des débuts difficiles,
de nombreux articles lui reprochant une
approche trop élitiste, discriminante, opaque…
Dans une époque qui déplore l’accroissement
des inégalités, dont se nourrissent les différents
populismes, le projet a suscité tellement de
polémiques que son fondateur a préféré rester
anonyme. Son patron n’a toujours pas souhaité
révéler son identité : il se fait juste appeler
« Tim T. ». Mais, visiblement, la promesse
de l’entre-soi a convaincu de nombreux PDG,
consultants, avocats, artistes qui, sur Luxy,
swipent, échangent des messages, s’envoient des
« gifs » plus ou moins suggestifs. Quand on lui
parle de sa société, Raffael Krause, responsable
marketing de Luxy, tente bien d’insister sur les
compétences et la créativité des membres : « On
a créé la première appli importante de dating pour
les gens talentueux. » Mais il finit par admettre
qu'« on vise les gens beaux et riches. Pour être
honnête, Luxy n’est pas pour tout le monde. »
L’app, qui emploie une centaine de personnes,
affirme que plus de 20% de ses utilisateurs actifs
gagnent plus de 500 000 dollars par an.
VOCABULAIRE
On navigue sur les
apps de rencontre
en y faisant défiler les
profils des membres.
Si un profil plaît, on
le swipe (glisser, en
anglais) vers la droite.
Sinon, on le rejette en
le faisant glisser vers
la gauche. Lorsque
deux membres
ont ainsi marqué leur
intérêt réciproque,
c’est un match (une
rencontre, en anglais).
L’app les met alors
en contact. En route
vers le premier date
(rendez-vous)…
LE S E CHOS WE E K- E ND – 37
La société est loin d’être la seule sur
ce créneau élitaire. Elle est concurrencée,
entre autres, par The League, qui, forte de ses
300 000 membres, réclame sa part d’un gâteau
évalué à plusieurs centaines de millions de
dollars – le marché de la rencontre en ligne,
toutes apps confondues, est estimé à
2,5 milliards de dollars pour les seuls États-Unis
et à plus de 10 milliards de dollars dans le
monde. Baptisée en référence à l’Ivy League, le
club très select des huit universités du nord-est
des États-Unis (Harvard, Yale, Columbia, Cornell,
Princeton…), l’application cherche elle aussi
à réunir la crème de la crème, mais en mettant
l’accent sur les diplômes et les connexions
professionnelles. Il faut essentiellement avoir
« beaucoup d’ambition », aime à dire sa
patronne, Amanda Bradford, qui insiste sur la
parité (50% de femmes parmi les utilisateurs).
La jeune Américaine a décidé de se lancer
alors qu’elle préparait un MBA à Stanford,
en Californie. Elle venait de rompre et, pour
utiliser un euphémisme, elle n’était « pas
impressionnée par les sites de rencontre »
qu’elle avait essayés pour « rebondir ». Elle a
lancé The League en 2015 avec le slogan « Meet.
Intelligently ». Son algorithme garantit aux
membres qu’ils ne seront pas mis en relation
avec des contacts LinkedIn, des amis Facebook
ou des collègues de travail – l’endogamie
n’exclut pas la confidentialité.
DES PROFILS SCRUTÉS À LA LOUPE
La sélection se fait en plusieurs étapes. Tout
le monde peut s’inscrire, bien sûr, sur Luxy,
The League ou encore Raya, qui elle s’adresse
aux « créatifs » et aux célébrités, avec une forte
visibilité sur Instagram. Ça, ça ne coûte rien.
Nom, prénoms, date de naissance, profession,
passions… Il faut remplir tous les champs
– on ne parle pas encore de revenus –, ajouter
quelques photos — de préférence flatteuses, cela
va sans dire. Après, il faut… attendre. Sur Luxy,
ce sont les membres qui décident si le nouveau
candidat peut intégrer le jeu. « On ne
BUSINESS STORY LES APPLIS DE RENCONTRE DE L’ÉLITE
CINQ APPLIS DE TRI (AMOUREUX) SÉLECTIF
DES SERVICES CHÈREMENT MONNAYÉS
The League, qui vient de débarquer en France,
mise davantage sur une sorte d’enquête de
réputation sur les réseaux sociaux, notamment
via l’analyse du profil LinkedIn. Un algorithme
maison attribue à chaque candidat, en fonction
des informations collectées, une note en termes
« d’ambition professionnelle ». Avis aux
intéressés : mieux vaut avoir une fiche LinkedIn
de compétition. « C’est cette analyse qui nous
différencie, explique Amanda Bradford. Mais,
de toute façon, les gens comprennent d’eux-mêmes
s’ils ont ou pas leur place sur The League puisque
nous nous adressons à des gens ambitieux et
intelligents. » Mais on imagine bien que certains
aspirants succombent à la tentation de la triche ?
« C’est compliqué de mentir sur les réseaux
sociaux, assure Amanda Bradford. Vous n’allez
pas affirmer sur LinkedIn que vous travaillez
dans un cabinet de conseil réputé si ce n’est pas
le cas. » Qui plus est, chaque membre peut faire
des « rapports » sur les profils avec lesquels
il entre en contact. Inviter une « date » dans
un fast-food, lui faire prendre les transports
en commun, la convier dans un studio
de post-étudiant, c’est s’assurer d’être dénoncé.
Et donc éjecté de la plateforme.
Signe que les apps ne plaisantent pas – il en
va de leur réputation –, les délais d’examen sont
relativement longs. Il faut compter plusieurs
jours, voire plusieurs semaines, pour obtenir la
décision de The League. En trois mois de service
à Paris, la société n’a même pas accepté…
1 000 membres. Plus de 8 000 candidatures sont
toujours en attente.
Comme elles revendiquent beaucoup moins
d’abonnés que les généralistes Tinder et Happn,
qui totalisent chacun plus de 50 millions
d’utilisateurs, les apps de l’élite se rattrapent sur
les tarifs. Après tout, leurs clients ne sont pas
à quelques centaines d’euros ou de dollars près.
The League,
le challenger
Lancée en même
temps que Luxy, l’app
revendique plus de
100 000 membres.
Elle se base quasi
exclusivement sur les
informations présentes
sur Facebook et
LinkedIn, qu’elle croise
grâce à un algorithme
gardé jalousement
secret. L’abonnement
commence à 30 euros
mensuels.
The Inner Circle,
le communautaire
Créée avant Luxy
et The League,
la plateforme a pour
spécificité d’organiser
des événements
de sociabilité pour ses
membres. La sélection
par les revenus
est ainsi plus discrète,
mais les activités
proposées sont très
haut de gamme (polo,
vernissages...). Les
tarifs d’abonnement
démarrent à 30 euros
par mois.
Raya, entre
showbiz et carrière
Un peu l’ovni du
secteur, développé
par le demi-frère
de l’actrice Dakota
Johnson. Le concept
d’origine était d’ofrir
aux stars d’Hollywood
une app liée aux
comptes Instagram.
Mais, très vite,
Raya s’est ouvert
à l’extérieur, et
notamment aux
pointures du business,
voire du sport avec
des membres comme
le champion de F1
Lewis Hamilton.
Beautiful People,
jeune et joli(e)
C’est peut-être le plus
vieux site de dating
« élitiste ». Il a fait son
apparition en 2002,
avant l’ère du
smartphone, au
Danemark, puis s’est
développé en Europe
et aux États-Unis.
Comme son nom
l’indique, il table avant
tout sur les qualités
plastiques de
ses membres, qui
choisissent les
nouveaux entrants.
Elles ne proposent donc que très peu de services
gratuits. On peut tout au plus consulter une
poignée de profils toutes les 24 heures – c’est
maigre, surtout si on est habitué à swiper
en masse. En revanche, moyennant un
abonnement, les possibilités augmentent
considérablement, avec un accès beaucoup
plus large. L’inscription de base est de 30 dollars
par mois pour The League si on s’engage
sur six mois. Pour 30 jours « secs », le tarif est
de 99 dollars. Luxy reste le plus cher, à plus
de 100 dollars mensuels, avec une offre d’entrée
à 400 dollars pour six mois.
38 – L E S E CHOS WE E K- E ND
L’essentiel des bénéfices provient toutefois
des services payants. Tout est fait pour inciter
les clients à acheter des « perks », des avantages,
par exemple pour progresser au sein de la
communauté chez Luxy (Luxy Black, Luxy
Platinium, etc.) ou pour faire bénéficier ses amis
d’un processus de sélection plus rapide. Sur
The League, pour 1 188 dollars, on peut, entre
autres, inviter directement douze amis
pendant… soixante minutes. Certains membres
dépensent plusieurs milliers de dollars sur
un seul mois. Même s’ils refusent de confirmer
le chiffre, Luxy et The League réaliseraient plus
de 50% de leur chiffre d’affaires grâce à ces
« perks ». Les deux apps cherchent désormais
à grandir sans perdre leur caractère exclusif,
ce qui nécessite de l’inventivité. The League
permet à chaque membre d’inviter un ou une
ami(e) à rejoindre le réseau, sous réserve
d’acceptation par la communauté. Près d’un
utilisateur sur dix a été recruté ainsi.
LA SÉLECTIVITÉ, UN CRÉNEAU QUI PROSPÈRE
La rançon du succès de ces apps élitistes,
c’est qu’elles donnent des idées aux acteurs
« traditionnels ». Le leader mondial, Tinder, fort
de ses quelque 100 millions de téléchargements
et près de 4 millions d’utilisateurs payants, a
ainsi lancé, en catimini, Select, un service pour
les riches et les « people » au sens large. L’app
généraliste donne à ses membres les plus
« hype » la possibilité de basculer sur Select en
activant un petit « S » bleu en haut de leur écran.
La plateforme reste encore plutôt marginale.
Autre danger pour Luxy et The League :
le développement d’apps communautaires elles
aussi sélectives mais de manière, disons, plus
subtile et moins ostensiblement pécuniaire.
The Inner Circle, par exemple, qui se présente
comme « une plateforme pour des cadres
qui considèrent les rencontres sérieusement »,
organise des événements comme des tournois
de polo ou des vernissages d’exposition, voire
des spectacles de cabaret. Le Néerlandais David
Vermeulen en a eu l’idée un soir de déprime
où l’offre digitale disponible ne lui proposait
personne d’inspirant. Avec une vingtaine
de salariés, il a réussi à enrôler 1,3 million de
cœurs solitaires, pour l’essentiel âgés de 25 à
45 ans. L’abonnement mensuel pour l’intégralité
des services est de 30 euros environ et David
Vermeulen se refuse absolument à qualifier l’app
d’élitiste. Elle semble définitivement plus adaptée
aux Européens, moins enclins à proclamer
leur niveau de revenu que les Américains…
* Prénom modifié.
Plus d’infos sur weekend.lesechos.fr
SHUTTERSTOCK
pourrait pas filtrer nous-mêmes toutes les
demandes », explique sobrement Raffael Krause.
Il faut donc obtenir 50% d’opinions favorables.
Si on atteint ce seuil, il reste ensuite à démontrer
que l’on gagne (très) confortablement sa vie.
Officiellement, l’application ne demande aucun
document, fiche de paie ou avis d’imposition.
Mais, de l’aveu même de ses dirigeants, les
profils sont scannés. « On a des équipes dédiées
à la vérification des informations données
par les candidats. On contrôle que les diplômes
et la profession collent bien avec nos standards.
Les membres de Luxy nous payent pour ça, après
tout », insiste Raffael Krause. Au final, Luxy
retient seulement entre 10 et 15% des profils
sélectionnés par les utilisateurs.
Luxy, le leader
L’application la plus
connue, la plus utilisée
et la plus chère
(100 euros par mois).
Elle revendique plus de
2 millions d’utilisateurs
et des dizaines de
millions de « matchs ».
Basée à Hong Kong,
elle n’a pas hésité
à annoncer la couleur
dès son lancement en
2014 en se présentant
comme « Tinder,
sans les pauvres ».
CULTURE
18 JANVIER 2019
LE MUSÉE IDÉAL DE CAMPANA À GHR
Deux expositions majeures retracent l’évolution de la scénographie des grands
musées. Ou comment, deux siècles après le marquis Campana, le « magicien
des vitrines » inventeur de la muséographie moderne Georges Henri Rivière
a révolutionné notre manière de visiter les musées.
Par Pierre de Gasquet
MUSÉE DU LOUVRE
Sculptures antiques
de la collection
Campana présentées
au Louvre dans le cadre
de l’exposition
« Un rêve d’Italie ».
LE S E CHOS WE E K- E ND – 39
CULTURE
La collection
du marquis
Campana,
composée
de plus de
12 000 œuvres,
a été en grande
partie achetée
par Napoléon III
sous le Second
Empire.
e précurseur et le magicien. À deux siècles
de distance, l’un et l’autre ont été les amis
des artistes et des érudits, des défricheurs du
« musée idéal ». Deux expositions exceptionnelles
– sur la collection du marquis Campana, à Paris,
et sur l’itinéraire de Georges Henri Rivière
(GHR), à Marseille – permettent aujourd’hui
de mesurer l’évolution de la scénographie
et de la présentation des œuvres dans les
grands musées. Un sujet d’actualité au moment
où, à New York, le Metropolitan Museum of Art
(MET) prépare le redéploiement de ses
collections dans le cadre du plan de rénovation
de l’aile Rockefeller, sous la houlette de son
nouveau directeur, Max Hollein, et alors
qu’à l’automne 2019, Berlin devrait inaugurer
son ambitieux « musée des cultures du monde »,
le Humboldt Forum, sur le site du château des
Hohenzollern. Si le marquis Campana a été l’un
40 – LE S E CHOS WE E K- E ND
des premiers grands collectionneurs privés
européens à avoir « alimenté » le Louvre, GHR
est considéré comme le père de la muséographie
moderne. Un personnage de roman, autodidacte
ami de Paul Éluard, Aragon, Claude Lévi-Strauss
et des grands mécènes privés, largement
considéré aujourd’hui comme l’un des
principaux « inventeurs du musée moderne »
et le grand défenseur des arts populaires.
A priori rien de commun entre le marquis
Giampietro Campana – immense collectionneur
romain qui a « légué » quelque 7 000 œuvres
au Louvre – et l’obscur fondateur du musée
national des Arts et Traditions populaires.
Si ce n’est que l’un comme l’autre ont
révolutionné la manière de présenter
les œuvres dans les grands musées occidentaux.
Collectionneurs passionnés, tous les deux
ont leurs zones d’ombre. Le premier a été arrêté
LE MUSÉE IDÉAL, DE CAMPANA À GHR
Georges Henri
Rivière, « le génie
des vitrines »,
grand défenseur
des arts populaires,
a révolutionné
la façon de présenter
les collections,
comme le montre
l’exposition
du Mucem.
En bas : portrait
de Giampietro
Campana par Denis
Auguste Raffet.
MUSÉE DU LOUVRE
F. DELADERRIERE/MUCEM
L’INCROYABLE DESTIN DE LA COLLECTION CAMPANA
Banquier, mécène et archéologue passionné,
le marquis Campana était un obsessionnel.
Sculptures, antiquités, terres cuites, majoliques…
le directeur du Mont-de-Piété romain a constitué
la plus grande collection privée de l’époque en
écumant les fouilles archéologiques. Le Louvre lui
doit le monumental sarcophage des Époux étrusque
et son plus beau Paolo Uccello (la Bataille de
San Romano). Après son arrestation, en 1857,
et un procès pour malversations financières, l’État
pontifical vend sa collection en 1861. Sous
l’impulsion de Napoléon III, son achat deviendra
l’un des actes majeurs de la politique culturelle du
Second Empire. Les pays voisins veulent leur part
du « rêve d’Italie » : l’Angleterre s’ofre 80 sculptures
de la Renaissance, le tsar Alexandre II 800 œuvres
(bronzes, marbres, vases…). Napoléon III achète
le reste : 10 000 œuvres pour 4,3 millions de francs
de l’époque, après un vote spécial de l’Assemblée.
Dans les années 50, le conservateur Michel
Laclotte a réuni une partie de la collection
Campana au musée du Petit Palais d’Avignon.
Exposition « Un rêve d’Italie : la collection du
marquis Campana », au Louvre jusqu’au 18 février.
en 1857 pour malversations financières et a vu
son rêve de collection encyclopédique voler
en éclats pour être dispersé entre le Louvre,
l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg, et le Victoria
and Albert Museum de Londres. Le second
a été (injustement) soupçonné de « vichysme »
à la Libération, sur dénonciation calomnieuse
de son adjoint.
LA VISÉE ENCYCLOPÉDIQUE DE CAMPANA
Mais l’essentiel est plutôt dans leur trace :
leur sens de l’accrochage et de l’aménagement
des galeries. Collectionneur vorace, le marquis
Campana avait un projet raisonné : montrer
l’unité de l’Italie à travers l’histoire de l’art.
Avec l’exposition « Un rêve d’Italie » au Louvre,
jusqu’au 18 février (voir encadré), c’est
la première fois qu’est présenté un échantillon
complet de sa collection. L’inventeur
des « catalogues » avait une idée précise de
la présentation de sa collection constituée entre
1830 et 1850. Il a voulu faire une encyclopédie
de l’art italien (à travers l’antique, le moderne,
les terres cuites, les marbres, les bijoux…) en
faisant chaque fois des séries et des typologies.
« C’est la très grande originalité de sa collection :
il a fait feu de tout bois, il a de l’antique et du
moderne. C’est une démarche très moderne
LE S E CHOS WE E K- E ND – 41
CULTURE LE MUSÉE IDÉAL, DE CAMPANA À GHR
Aujourd’hui au Mucem, l’histoire du jazz
avait déjà été exposée au musée des Arts
et Traditions populaires en 1982.
un véritable profit. Sinon ce n’est qu’une espèce
d’“abattoir culturel”, dont on ressort à l’état
de saucisson », aimait à plaisanter, deux siècles
plus tard, Georges Henri Rivière, autre
collectionneur « obsessionnel ». Grand
concepteur du musée des Arts et Traditions
populaires au palais de Chaillot, en 1937,
et co-inventeur du musée de l’Homme avec
Paul Rivet, un an plus tard, ce «génie des vitrines»,
comme l’appelle l’ethnologue allemande
Nina Gorgus (auteure de la seule biographie
qui lui soit consacrée), a révolutionné l’art
de la présentation des collections. Sous ses
apparences de dandy touche-à-tout, l’homme
est féru d’un « systématisme qui frôle souvent
l’obsession », explique l’ethnologue Martine
Segalen. C’est lui qui va théoriser le concept
de « musée laboratoire ». Longue silhouette
efflanquée, l’homme qui fit de Joséphine Baker
sa complice et organisa des combats de boxe au
musée est à l’origine des plus vastes recherches
ethnographiques collectives du XXe siècle.
Très attaché à l’enrichissement des collections,
il était proche des avant-gardes de son temps
(Éluard, Aragon, Masson, Picasso…).
Homme-orchestre, GHR est d’abord un esthète
animé d’une curiosité insatiable. C’est lui qui
a notamment présenté le cinéaste Luis Buñuel
au couple de mécènes Charles et Marie-Laure
de Noailles, qui deviendront, grâce à lui, les
producteurs de L’Âge d’or. À 29 ans, il devient
« l’ intendant » de la collection d’art du banquier
David David-Weill, fils du cofondateur de Lazard.
Autodidacte, ami de Claude Lévi-Strauss et de
Michel Leiris, il est l’inventeur de la muséographie
moderne. Depuis sa première exposition
initiatique consacrée aux arts anciens de
l’Amérique au pavillon de Marsan du musée des
Arts décoratifs, en 1928, jusqu’à ses dernières
réalisations en 1980, il innove par ses projets
audacieux. À la fois visionnaire et pragmatique,
il convie artistes et intellectuels d’horizons divers
à travailler avec lui. C’est la « méthode GHR ».
Pour lui, il faut renouveler le concept de musée
et son organisation en sortant de l’immobilisme.
Georges Henri Rivière est aussi l’artisan de
l’ouverture des musées aux grands mécènes :
Charles de Noailles, Georges Wildenstein, Anne
Grüner Schlumberger ou le couple Allatini…
L’écrivain-poète Michel Leiris le décrivait comme
un personnage romanesque, à la fois anxieux
et extraverti, ambigu et secret…
Exposition « Georges Henri Rivière, Voir, c’est
comprendre », Mucem de Marseille, jusqu’au
4 mars 2019.
Joséphine Baker avec Georges Henri Rivière.
d’archéologue et d’historien d’art », explique
Laurent Haumesser, l’un des commissaires de
l’exposition, conservateur en chef du département
des Antiquités grecques, étrusques et romaines
du Louvre. « Il y a chez lui un côté compulsif,
presque pathologique, et en même temps
son projet était politique : sa volonté de montrer
l’unité de l’Italie à travers l’histoire de l’art. »
« Le succès d’un musée ne se mesure pas à son
étendue, mais à la quantité d’espace que le public
aura pu raisonnablement parcourir pour en tirer
42 – LE S E CHOS WE E K- E ND
F. DELADERRIERE/MUCEM
GEORGES HENRI RIVIÈRE,
ESTHÈTE EXTRAVERTI ET SECRET
« Il était un enthousiaste, un non-conformiste,
un autodidacte qui a créé un concept et un style
de musée qui va révolutionner les musées en
général, pas seulement ethnographiques, pour
une génération », explique l’historien Pascal Ory.
Pour ce dandy esthète, le musée est un
instrument de connaissance « ouvert, comparatif
et créatif », renchérit Germain Viatte, cocommissaire de l’exposition « Georges Henri
Rivière, voir c’est comprendre », au Mucem de
Marseille. En rompant avec la grande tradition
des « period rooms » des pays anglophones,
il joue sur des chronologies différentes : « Ce qui
l’intéresse, c’est le sens, plus que la dimension
stylistique », ajoute Germain Viatte.
Ses fameuses vitrines sur l’histoire du jazz
au musée national des Arts et Traditions
populaires (MNATP), en 1982, ou « Du berceau
à la tombe » sur les coutumes et les croyances,
rompent avec la présentation très hiérarchique
des grands musées encyclopédiques comme
le Louvre. Pour lui, cette constante mutation
des musées en fonction de l’air du temps
est indispensable. « L’idée de renouvellement
de la collection a été ardemment défendue par
Georges Henri Rivière et Claude Lévi-Strauss :
pour eux, il faut tout faire pour ne pas regarder
une collection de manière passéiste », renchérit
Marie-Charlotte Calafat, co-commissaire de
l’exposition du Mucem. On est à des lustres
de l’alignement désuet des collections de terres
cuites du marquis Campana au Mont-de-Piété.
« GHR a fait la synthèse entre l’ethnographie,
la beauté plastique, la sensibilité poétique
et une touche d’humour », résume Olivier Gabet,
directeur du musée des Arts décoratifs (MAD),
qui y voit un pont entre le musée ethnographique
traditionnel et l’esthétique « white cube »,
lancée par le critique d’art Brian O’Doherty
BORIS LIPNITZKI/ROGER-VIOLLET/MUCEM
LA RECHERCHE DU SENS DE RIVIÈRE
PARIS
JAN 19 - MAR 9
MR.
Mr.
Mr.’s Melancholy Walk Around the Town
PARIS JANUARY 19 − MARCH 9
HONG KONG
JAN 9 - FEB 23
CLAIRE TABOURET
SEOUL
JAN 17 - MAR 9
JR
TOKYO
DEC 20 - JAN 23
EDDIE MARTINEZ
SHANGHAI
MAR 23 - MAY 25
SOL LEWITT
Mr., From the New World, 2018. (detail) Acrylic on cotton mounted on wood panel. 235 × 285 cm | 92 1/2 × 112 3/16 in. ©2018 Mr./Kaikai Kiki Co., Ltd. All Rights Reserved. Courtesy Perrotin
NEW YORK
JAN 12 - FEB 17
JENS FÄNGE
JOSH SPERLING
PIETER VERMEERSCH
CULTURE LE MUSÉE IDÉAL, DE CAMPANA À GHR
dans les années 70. Grand adepte du musée
laboratoire, « Rivière a été aussi un précurseur
en matière de confrontation entre l’art
contemporain et l’art traditionnel », souligne
Jean-François Chougnet, le président
du Mucem, qui a hérité dans ses réserves
des collections de l’ancien musée national des
Arts et Traditions populaires (250 000 objets).
Une vogue que l’historien d’art Neil MacGregor
a relancée en 2000 en invitant des artistes
contemporains (Bill Viola, Louise Bourgeois,
Cy Twombly…) à la National Gallery pour
son cycle « Encounters : New Art from Old ».
Qui sont aujourd’hui les héritiers indirects
de Georges Henri Rivière ? « Dans ma génération
de directeurs de musée, nous sommes tous
un peu ses héritiers », répond Germain Viatte,
l’ancien directeur du musée national d’Art
moderne (Beaubourg). Il cite aussi Michel
Cottet, l’initiateur du remarquable musée des
Confluences à Lyon, et Laurent Le Bon, l’actuel
directeur du Musée Picasso à Paris, qui a
organisé l’exposition « Dioramas » au Palais de
Tokyo et « incarne la diversité des pratiques
d’exposition en France ». Dans le sillage de
GHR, les conservateurs font également de plus
en plus appel à des scénographes extérieurs,
tant la présentation des collections a pris
d’importance pour l’ouverture des musées
aux nouveaux publics.
Architecte de la transformation de la gare
d’Orsay en musée, l’Italienne Gae Aulenti
a ouvert la voie à toute une génération
d’architectes muséographes, tels Italo Rota,
DES EXPOSITIONS CONÇUES
COMME DES MISES EN SCÈNE
OÙ LES ŒUVRES DIALOGUENT.
Jean Nouvel, l’architecte du Quai Branly,
ou encore la scénographe Nathalie Crinière…
Parmi les scénographes les plus en vue
aujourd’hui figurent Richard Peduzzi,
Jean-Michel Wilmotte ou Adrien Gardère
qui vient de réaménager les galeries de la Royal
Academy de Londres, ou encore le Japonais Sou
Fujimoto, scénographe de « Japon-Japonismes »
au musée des Arts déco. Tous entendent
faire dialoguer les cultures en prônant une
liberté de l’accrochage, dans la droite ligne de…
Georges Henri Rivière.
UN MUSÉE POUR LE CITOYEN DU MONDE
Quelles leçons tirer de ce double héritage
pour la muséologie de demain ? Outre
le redéploiement du Met de New York,
le principal événement cette année sera
l’ouverture du Humboldt Forum de Berlin
à l’automne 2019. Symbole du musée du futur ?
Le gouvernement allemand a décidé de
reconstruire à l’identique les façades baroques
du palais royal des Hohenzollern, démoli
en 1951 par les Soviétiques, et sur le site duquel
avait été construit le Parlement est-allemand.
Au cœur de la capitale, les « cultures noneuropéennes » seront installées dans ce nouveau
palais royal (coût : 595 millions d’euros),
dans une sorte de British Museum à l’allemande.
L’aménagement du Humboldt Forum,
qui abritera des collections issues du Musée
ethnologique et du musée d’Art asiatique
de Berlin, ainsi que des collections scientifiques
de l’université Humboldt, a été confié
à l’architecte italien Franco Stella. « C’est
un geste de recentrage de l’optique culturelle
de l’Allemagne. Ce ne sera pas seulement
un musée, mais aussi un lieu de débats :
l’idée est de créer un citoyen du monde
(“Weltbürger”). C’est une forme de réponse à l’idée
de nationalisme culturel ! » s’enthousiasme
Neil MacGregor, l’ancien directeur du British
Museum, chargé par Angela Merkel de piloter
le conseil de surveillance du projet. L’ouverture
se fera par étapes à partir de septembre 2019.
En plein débat sur la restitution du
patrimoine colonial, Neil MacGregor défend
plutôt l’idée d’un patrimoine de l’humanité
et de « cultures hybrides ». « L’Allemagne refuse
l’idée d’une culture nationale qui donne l’identité
nationale. Il serait bien dommage que ce débat
sur la restitution du patrimoine colonial fasse
perdre de vue que ces idées du XIXe siècle
ne tiennent plus. » Une vision pas si éloignée
de celle de Georges Henri Rivière « semeur
de musées » qui se voyait d’abord comme
« citoyen du monde ».
Plus d’infos sur weekend.lesechos.fr
SHF
Le hall du Humbolt
Forum, le nouveau
musée de Berlin,
dont l’ouverture
est prévue
à l’automne 2019
(vue d’artiste).
44 – L E S E CHOS WE E K- E ND
CULTURE
LA SÉLECTION
Par Judith Benhamou-Huet, Vincent Bouquet, Philippe Chevilley,
Thierry Gandillot, Pierre de Gasquet et Philippe Venturini
LE COUP DE FOUDRE
LE MONDE FASCINANT DE FERNAND KHNOPFF
Ci-dessus, L’Art
ou Des Caresses
(1896).
Ci-dessous, Portrait
de Marguerite
Khnopff, la sœur
de l’artiste (1887).
qui, à peu près à la même époque, envisage ses
créatures comme des prédatrices. Mais surtout,
tout au long de l’exposition, on est surpris
du fait que cette femme représentée dans
Le Masque au rideau noir, Le Secret, En écoutant
des fleurs ou Les Lèvres rouges soit toujours la
même : sa sœur, Marguerite. Il l’idéalise, comme
on le comprend lorsqu’on compare son visage
peint à sa représentation photographique.
Cette promiscuité familiale pourrait suggérer
une histoire d’inceste. Mais le commissaire de
l’exposition, Michel Draguet, nous détrompe :
« L’artiste a été traumatisé par le procès que lui a
intenté en 1885 la cantatrice Rose Caron, qui s’est
reconnue dans le tableau “Le Vice suprême”. À
l’époque, il a dû présenter des excuses publiques et,
après cela, il a utilisé des modèles de son entourage
proche ». Chez Khnopff, le processus de création
est singulier : il décrit d’abord le tableau tel qu’il
l’imagine, puis photographie son modèle dans
un environnement particulier. Après quoi, il
réalise des études dessinées soignées puis enfin
peint. Nonobstant quelques toiles suggestives
réalisées sur le tard, après la mort de sa mère,
on retiendra d’abord de Khnopff une peinture
toute en retenue, celle de l’inaccomplissement
de la relation charnelle. J. B.-H.
« Fernand Khnopff. Le maître de l’énigme »,
à Paris, au Petit Palais, jusqu’au 17 mars.
www.petitpalais.paris.fr
46 – L E S E CHOS WE E K- E ND
FREYA MAES (KMSKB)/MRBAB, BRUXELLES
TOUT EN RETENUE
JOHAN GELEYNS
EXPOSITION Ses amis appelaient sa maison
« le temple du Moi ». C’est dire… Dans le
XXe siècle naissant, le peintre belge Fernand
Khnopff (1858-1921) a fait construire à Bruxelles
une demeure aujourd’hui disparue, qui
correspondait en tout à son esprit : mystique,
mystérieuse, raffinée et sombre. Jusqu’au
17 mars, le Petit Palais consacre en 140 œuvres
une rétrospective à Khnopff, mettant en scène,
dans une reconstitution, l’ambiance de sa
demeure bruxelloise. L’artiste, qui vit à l’abri du
besoin – son père était substitut du procureur
du roi –, ressemble au héros du roman À rebours,
Jean des Esseintes, décrit par Joris-Karl
Huysmans. Cet esthète maladif aux tendances
paranoïaques ne se frotte pas au monde.
Il en construit un. Lorsque ce monde prend
la forme de peintures, il est à la fois fascinant
et effrayant. L’œuvre de Khnopff appartient à
un genre d’art qu’on nomme symbolisme et qui
sévit alors à travers l’Europe entière. Derrière
des formes figuratives mais énigmatiques,
il a pour vocation d’évoquer une « réalité
supérieure ». Il y est question de mythologie,
de démons, de frustrations aussi, qui prennent
souvent la forme de créatures féminines
androgynes charismatiques. Le peintre est
inspiré entre autres par le Français Gustave
Moreau et l’Anglais Edward Burne-Jones, dont
il voit les œuvres entre 1877 et 1879 à Paris.
Son rapport pathologique à la gent féminine
ressemble à celui du Norvégien Edvard Munch
SORTIES
ESSAI Un combat quotidien contre la paresse
et la course du temps. Étonnant document
inédit que ce « journal parallèle » où John
Steinbeck raconte la laborieuse mais aussi
jouissive gestation de son manuscrit des Raisins
de la colère. À sa sortie, le livre sera considéré
comme un « pamphlet communiste » et sera
interdit dans plusieurs villes de Californie. Mais
le roman sur la colère et la misère des fermiers
du Middle West rencontre un tel succès
fulgurant qu’il vaudra à John Steinbeck le prix
Pulitzer, en 1939, et son Nobel de littérature
en 1962. Sans compter la formidable adaptation
de John Ford couronnée de plusieurs oscars.
Dans le récit quotidien de ce combat intime
de l’écriture, rédigé en marge du roman, l’auteur
livre un témoignage instantané sur les affres
de la création, la douleur de l’accouchement
d’une œuvre littéraire qui prend aux tripes.
« J’ai la conviction qu’un monde nouveau
pousse sous l’ancien », écrit John Steinbeck
à son ami Carlton Sheffield en novembre 1939,
une fois le livre achevé. À 36 ans, quand il
John Steinbeck,
Jours de
travail,
Les journaux
des Raisins
de la colère,
Inédit Seghers,
janvier 2019,
206 p., 19 €.
entreprend ce grand roman sur l’exode des
fermiers qui conclut sa trilogie sur un
effondrement social – après En un combat
douteux et Des souris et des hommes – il est
fatigué et déprimé. Chaque jour, il lutte pour se
discipliner et s’atteler à la tâche. « J’ai dérapé
toute ma vie […] J’ai été négligent et paresseux, j’ai
laissé ma concentration sombrer au-dessous de la
ligne d’effort », écrit-il en plein labeur, à la moitié
du livre. C’est sa première femme, Carol
Henning, qui lui redonne du cœur à l’ouvrage
en lui suggérant ce « merveilleux » titre biblique
des Raisins de la colère (« The Grapes of wrath »).
Avec ce titre, « le livre a enfin une existence »,
écrit-il le 3 septembre 1938, à 11 heures. Plus loin,
Steinbeck parle de sa « frénésie » d’écrire et de
sa « terreur de ne pas être à la hauteur du projet ».
UN ROMAN RÉVOLUTIONNAIRE
En réalité, comme le note son traducteur Pierre
Guglielmina dans sa préface, Steinbeck
a pleinement conscience d’écrire un roman
révolutionnaire, conçu comme un « véritable
miroir de l’aliénation économique ». Pour
préparer sa grande fresque sociale sur les
3 millions d’Américains chassés de leurs terres
par la Grande Dépression de 1929 et les
tempêtes de poussière (dust bowl), il a enquêté
clandestinement pendant des mois dans les
camps de migrants californiens. « Ce livre est ma
vie. Pourquoi voudrais-je en finir avec ma propre
vie ? », écrit-il, en juillet 1938, face au vertige
de la page blanche. Un document de première
main sur la force de la persévérance. P. de G.
NOUVEAU DISQUE
LUDWIG VAN BEETHOVEN,
CONCERTOS POUR PIANO 4 & 5
NICHOLAS ANGELICH - LAURENCE EQUILBEY - INSULA ORCHESTRA
DIAPASON
« Une lecture pleine de tendresse, légère et insaisissable. »
CLASSICA
« Une intensité forgée par Laurence Equilbey. »
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« Cet album doit être entendu. »
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Enregistré à La Seine Musicale sur instruments d’époque
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JEUDI 24 JANVIER 2019, 20H30
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Cover © Blule, photo © Julien Benhamou
DR
L’INSTANT DE RÉFLEXION
STEINBECK OU LA RAGE D'ÉCRIRE
CULTURE SORTIES
LE MOMENT DE PLAISIR
CHŒUR D’EXILÉES
L'actualité cinématographique
de la semaine vue
par Thierry Gandillot.
comparé à du chocolat blanc praliné. Il faut faire
un petit effort mais, en même temps, on a plus
de saveur, c’est tout l’enjeu du clavecin ! » affirme
Justin Taylor. Effort pour écouter un instrument
qui passe encore pour une relique de l’Ancien
Régime, porte-parole à la voix de ferraille
d’un répertoire difficile. Effort qui devient très
vite plaisir quand le jeune musicien pose
ses mains sur son clavier : il fait oublier le métal
des cordes pour mieux faire chanter les becs
en plume qui les agitent. Bach ou Rameau
acquièrent ainsi une rare éloquence, un phrasé
qui parle instantanément et font taire le cliché
du clavecin mécanique incapable de nuances.
Fougue et fugue s’emparent alors du clavier.
On pourra le vérifier lors de ses nombreux
concerts donnés en France cette année.
À 27 ans seulement, ce natif d’Angers, fils
d’un Américain et d’une Française, figure déjà
parmi les plus grands, pas seulement par sa
longue silhouette. Lui qui fut « intéressé, intrigué
et dérouté » par un instrument qu’il découvrit
presque fortuitement, alors qu’il pratiquait
le piano, a remporté en 2015 le premier prix du
très prestigieux concours de musique ancienne
de Bruges. Dans la foulée, il fonde Le Consort,
un quatuor instrumental, avec lequel il visite
le XVIIIe siècle et remporte le premier prix du
concours de musique ancienne du Val de Loire,
présidé par William Christie. Si Justin Taylor
considère que « le clavecin est l’instrument
de l’intimité et de l’extrême sensibilité », il peut
aussi le transformer en une irrésistible boîte
à rythme quand il joue les sonates solaires
de Scarlatti (CD Alpha) ou les pièces trépidantes
et vertigineuses de Ligeti, composées dans
les années 1970. On oublie bien vite le praliné
blanc, trop sucré. Ph. V.
En concert à la Seine Musicale, à BoulogneBillancourt, le 26 janvier. En tournée
à Espalion, Beauvais, Arles, Béziers, Metz
et en Isère, du 16 janvier au 23 juin.
www.la-belle-saison.com
48 – L E S E CHOS WE E K- E ND
ne fut pas étranger au succès de
la série. On retrouve son influence
sur l’écriture aux accents parfois
érotiques de Colette. Ainsi que sur
son style de vie : Colette fit scandale
avec ses amours lesbiennes. Les plans
de Wash Westmoreland rivalisent avec
les tableaux de Caillebotte. Dans le
rôle-titre de Colette, Keira Knightley
illumine la pellicule. Dominic West
l’impressionne.
C’est une partie qui se joue à
quatre : un éditeur installé (Guillaume
Canet) et sa femme, actrice en vogue
(Juliette Binoche), un auteur en proie
au doute (Vincent Macaigne) et
sa compagne (Nora Hamzawi). Dans
Doubles vies, on parle beaucoup : de la
grande angoisse du milieu de l’édition
face au basculement numérique, de la
disparition des éditeurs indépendants
et de la librairie, de la désertion
des lecteurs... Les dialogues d’Olivier
Assayas sont brillants, les acteurs
excellents, mais tout cela est un poil
parisien bobo bavard. Cherche film
désespérément.
ROBERT VIGLASKY
MUSIQUE « C’est comme du chocolat noir,
SANDRINE EXPILLY
EN VUE
JUSTIN TAYLOR,
CLAVECINISTE MODERNE
En 1883, Gabrielle Sidonie Colette,
jeune fille fraîchement cueillie en
Bourgogne à l’âge de quinze ans, épouse
Willy. Auteur parisien en vogue, aidé
d’une équipe de nègres, il vit sur un
grand pied, accumulant les dettes. Sous
la pression des huissiers, il demande
à sa femme de lui écrire un roman.
Puisant dans ses souvenirs d’enfance,
Colette crée le personnage de Claudine.
Willy rajoute sa touche et publie sous
son nom. Triomphe. Si la maternité
des Claudine ne fût rendue à Colette
que sur le tard, Willy qui lui ordonnait
«plus de piment, moins de littérature»
JEAN-LOUIS FERNANDEZ
THÉÂTRE Sur la scène du théâtre des Quartiers
d’Ivry, elles sont huit. Huit comédiennes
d’origine japonaise, coréenne, chinoise
ou française à porter sur leurs épaules le poids
de destins brisés, ceux de ces Japonaises qui,
au début du XXe siècle, ont rejoint les États-Unis
dans l’espoir d’y découvrir un eldorado, devenu
tombeau. Brillamment emmenées par Chloé
Réjon, accompagnées par Simon Alopé, Mike
Nguyen et Natalie Dessay – qui n’avait pas
encore pleinement investi son rôle d’Américaine
repentie lors de la création du spectacle
au dernier Festival d’Avignon –, elles forment
un chœur d’exilées, responsable des voix
et des vies de femmes que Julie Otsuka a voulu,
grâce à son roman, sortir de la pénombre dans
laquelle on les avait confinées.
Fragment par fragment, c’est toute l’histoire
d’une communauté qui se reconstitue.
Attirées par la promesse d’un mariage heureux
avec un inconnu dont elles n’avaient reçu,
bien souvent, qu’une photo et de (fausses)
déclarations enflammées, ces Japonaises
ont tout abandonné pour traverser le Pacifique.
À leur arrivée, elles découvrent un terrible
quotidien fait de viols conjugaux, de durs
travaux dans les champs, les usines, les
maisons, fondé sur une culture qu’elles ne
comprennent pas, pétri par des codes sociaux
qui les rejettent. Jusqu’à endurer cette Seconde
Guerre mondiale qui fera d’elles des suspectes
et des parias. Avec une infinie délicatesse,
Richard Brunel propulse cette kyrielle de
témoignages au rythme d’un élégant ballet
scénographique. À partir de ces multiples « je »,
il parvient à créer un « nous » et à redonner
une âme à ces microhistoires, injustement
oubliées par la grande. V. B.
« Certaines n’avaient jamais vu la mer »,
de Julie Otsuka, mise en scène Richard
Brunel. Théâtre des Quartiers d’Ivry
(tél. : 01 43 90 11 11), Du 14 au 25 janvier.
Durée : 2 heures.
SALLES OBSCURES
STYLE
18 JANVIER 2019
Au Beefbar, à Paris,
nouveau temple de la
viande d’exception.
LE BŒUF
SE MET EN SCÈNE
Par Claude Vincent
Photographe : Manuel Braun
LE S E CHOS WE E K- E ND – 49
STYLE
La consommation de viande
est en baisse ? Pour les
– bons – restaurateurs,
c’est peut-être une
aubaine. À condition
de ne plus se contenter
de pousser une banale
entrecôte dans l’assiette
mais de proposer une
« expérience », un moment.
Du style, quoi !
C
e soir d’octobre, Riccardo Giraudi savoure
l’instant. Son Beefbar, tout juste ouvert
dans l’ancienne Fermette Marbeuf à Paris,
à deux pas de la prestigieuse avenue George V,
fait déjà le plein. Il y a quelques jours,
cheminant entre rouleaux de moquette et
placoplatre, on peinait à croire que les délais
seraient tenus. Lui n’a jamais douté. Le duo
d’architectes Humbert & Poyet, en revisitant
le lieu, a magnifié la salle Art nouveau classée
et sa verrière colorée. Tout sourire, en jean,
tee-shirt, sneakers et l’œil – bleu – qui veille
à tout, Riccardo accueille les clients avec
un mot pour chacun. Plus tard, il ira s’attabler
avec Alain Ducasse, faiseur de rois culinaires,
et Akrame Benallal, figure doublement étoilée
de la jeune génération de chefs créatifs. Une
forme d’adoubement pour ce nouveau temple
de la viande d’exception où les bœufs aussi
rares que chers – Kobe certifié, Wagyu,
Black Angus et autres – tiennent la vedette.
50 – L E S E CHOS WE E K- E ND
Ici, c’est l’anti-steakhouse. Ni odeurs
de graillon, ni quartiers de bœuf pendus
à des crocs. Les pièces de viande trônent dans
une vitrine-écrin comme des œuvres d’art,
avec leur prix au kilo sur l’étiquette : en dessous
de 400 euros, s’abstenir. À table, la street food
(« jamon » et rillettes, miniburgers, tacos fumés,
rolls, gyoza, tous au Kobe) rivalise avec
les côtes, entrecôtes, cœurs de filet et autres
bavettes et hampes… Entre les empanadas
à 14 euros et le Tomahawk – une côte de Black
Angus de 1,4 kg – à 310 euros, on s’en sort
pour un ticket moyen de 74 euros, affirme
en bon comptable le maître de céans. De la
haute couture, du « lifestyle ». Comme Akrame,
qui veut « rendre l’éphémère inoubliable » et
sublime les morceaux carnés dans ses Atelier
Vivanda, Riccardo Giraudi rappelle qu’« aller
au restaurant, ce n’est pas simplement se nourrir,
c’est vivre une expérience. Je ne suis ni chef
ni boucher, je crée des concepts ». Ce néo-quadra
LE BŒUF SE MET EN SCÈNE
DE BOUCHERIES-RESTAURANTS EN BBQ
anglo-italo-monégasque, passé par une école de
commerce et les relations publiques à Londres,
il est vrai, respire plus l’oxygène de la mode que
celui de Rungis. En entrant dans l’entreprise
familiale de trading de viandes, il a négocié avec
le paternel d’avoir les coudées franches pour
valoriser des viandes du monde entier triées sur
le volet et ouvrir des restaurants ad hoc.
MANUEL BRAUN POUR LES ECHOS WEEK-END
DES ÉCRINS RARES ET CHICS
« On accepte bien d’acheter un tee-shirt blanc
à 400 euros, de payer 700 euros pour un vin.
Pourquoi, alors, ne pas payer 400 euros le kilo
pour un animal élevé et bichonné pendant
quatre ans ? Aux États-Unis, on n’a pas la même
la vision de la viande qu’en Europe. À New-York,
il y a déjà quinze ans, on n’avait pas peur de
mettre 40 dollars au restaurant dans un bon
steak », témoigne Riccardo Giraudi. Ses Beefbar,
comme d’autres concepts et lieux du groupe
(Beeftro, Grubers, Anahi), sont nés de cette
La boucherie Les Provinces de Christophe Dru,
rue d’Aligre, dans le XIIe arrondissement de Paris,
a lancé le mouvement des « boucheriesrestaurants » il y a quelques années. Dans cette
« étable à manger », on peut acheter sa viande
et repartir avec, mais aussi la déguster sur place,
avec un verre de vin et contre un « droit de
cuisson » (9,80 euros). Des bouchers stars
comme Hugo Desnoyer ont eux aussi franchi
le pas. Bidoche, à Oberkampf, créé par Alexandre
Bottée de Toulmon, un ancien de l’Edhec et
banquier reconverti, fait cantine. On y choisit
les pièces dans la vitrine. Des viandes nées,
élevées et abattues en France, de « terroirs
français », de race limousine et bazadaise, plus
confidentielle et réputée pour les entrecôtes
à la Bordelaise. Quant à Persillé, dans le XIIIe, créé
par deux ingénieurs en agronomie, il reprend
les codes « déco » des boucheries et ne lésine pas
– de Meat Jagger en Brad Tripes, Rôti Balboa,
Barback Obama et Angela Merguez – sur un
humour version Les Nuls. Le barbecue (BBQ)
et le smokehouse sont d’autres formes de mise
en scène qui exploitent la culture texane de
fumaison et de cuisson lente au charbon de bois,
comme à Paris chez Rhino Rouge (près du
marché d’Aligre encore), Melt (XIe) ou Flesh (IXe)
créé par deux anciens champions de tennis,
David Vidal et Arnaud Champetier.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 51
Ci-dessus : Riccardo Giraudi,
au Beefbar de Paris, ouvert
en octobre dernier. Créateur
du concept, il l’a lancé à Monaco
en 2005, puis l’a fait essaimer
de Dubaï à Hong Kong.
À gauche : exposées tels des objets
précieux, les pièces de bœuf servies
dans le restaurant ne s’affichent
pas à moins de 400 euros le kilo.
analyse et de la nécessité économique qu’il y a
à rentabiliser l’ensemble de l’animal et non
ses seules parties nobles. Après Monaco, ouvert
en 2005, les Beefbar ont essaimé à Dubaï,
Mexico, Cannes, Budapest, Mykonos, Hong Kong
(une étoile Michelin), Paris… D’autres vont
ouvrir, avec toujours le même credo : des lieux
uniques, rares. Il n’y en aura qu’un seul à Paris.
Pas question de galvauder le concept. Si
Riccardo Giraudi paraît s’amuser beaucoup,
la stratégie semble aussi payer en bas de bilan.
Les 3 500 tonnes de viandes rares sourcées
aux quatre coins de la planète ne pèsent que 5%
des volumes totaux traités par le groupe,
mais beaucoup plus en chiffre d’affaires (non
dévoilé). Un record quand on sait que ces
animaux de luxe représentent moins de 0,1%
de la production mondiale de viande et 1 à 2%
de la consommation européenne !
Pas de quoi, quand même, sauver une
industrie en souffrance. « Lundi vert »,
STYLE
Olivier Metzger
à Rungis.
Boucher passionné,
il fournit nombre
de restaurants
étoilés en viandes
du monde entier.
Australie, Argentine,
Galice, Écosse,
Japon… Les
provenances
dessinent une carte
mondiale du tendre,
du goûteux,
du juteux…
véganisme et antispécisme, attaques de
boucheries et études – comme celle, récente,
du Forum économique mondial qui assure
que renoncer au bœuf réduirait drastiquement
les émissions de gaz à effet de serre – contribuent
à créer un climat peu favorable aux « viandards »,
ceux que Paul Ariès entend pourtant
déculpabiliser dans son dernier ouvrage (Lettre
ouverte aux mangeurs de viande qui souhaitent
le rester sans culpabiliser, Larousse, janvier 2019).
« En dix ans, la consommation de viande a baissé
de 12% en France, selon le Credoc. C’est lié à la
modification des habitudes alimentaires, au prix,
à une plus grande attention portée à la santé, à
l’environnement, au bien-être animal », explique
ainsi Louiza Hacene, la jeune PDG de Malou,
spécialiste du marketing d’influence « food ».
Aux Halles de Rungis, dans les locaux réfrigérés
d’un blanc immaculé où sont reçues et
préparées des viandes du monde entier avant
de repartir chez les clients – dont nombre
de restaurants étoilés –, Olivier Metzger ne voit
pourtant pas dans cette approche « lifestyle »
à la Riccardo Giraudi la solution miracle. « C’est
une petite niche. Si beaucoup de gens sont prêts
à payer 1 000 euros un smartphone, très peu sont
enclins à payer 180 euros une entrecôte, sauf
peut-être à Mykonos ou Dubaï, et ça ne changera
pas », assure ce boucher expérimenté et
passionné, représentant de la quatrième
génération d’une famille de bouchers-négociants
débarqués de Bavière à Paris dans les années 30.
« Riccardo est un garçon brillant, nous travaillons
un peu ensemble, mais c’est un importateur
qui défend les viandes du monde, moi je défends
l’avenir de la viande sur la planète et comment
en donner à manger à tout le monde. Aux
États-Unis, 70% de la viande est consommée
hachée, 45% en France et cela augmente »,
tranche Olivier Metzger qui, du changement
climatique à la révolution technologique, pose
un constat sans concession mais, énigmatique,
« garde pour lui ses solutions ». Irréconciliables,
Giraudi et Metzger ? Deux façons de voir, deux
personnalités différentes surtout.
L’ALIMENTATION, SECRET DU GOÛT
Reste que les viandes « premium » proposent
une belle opportunité aux restaurateurs prêts
à soigner les adeptes du manger moins mais
mieux, sain, festif, éthique. Quitte, s’il le faut,
à jouer la petite musique du snobisme,
du « happy few ». Car si les Français mangent
moins de viande à domicile, ils en consomment
plus en dehors. Et, si les Beefbar poussent loin
le concept, c’est à une véritable mise en scène
52 – L E S E CHOS WE E K- E ND
du bœuf que se livrent les professionnels,
des chefs prestigieux aux restaurants-boucheries
et aux BBQ qui ont fleuri ces dernières années
(lire encadré page précédente). Avec talent
pour certains comme Jean-François Piège, trois
étoiles Michelin et cinq toques Gault & Millau
pour son Grand Restaurant, qui a ouvert à Paris
son propre temple à la gloire de la braise et du
rôt, le Clover Grill, à la convivialité bon enfant,
tout en marbre, acajou et cuir. Sur la carte,
côtes de bœuf et entrecôtes « racées » y ont la
part belle : Salers by Metzger, Noir de Baltique,
Angus d’Aberdeen, Black Market d’Australie,
Prime Angus du Kansas, Rubia Gallega de
Galice… Jean-François Piège est assurément
un maître du genre reconnu et l’équipe donnera
chez lui force détails au client curieux. Mais
ces noms qui fleurent bon l’exotisme, les racines
ou le terroir font le plus souvent figure de
sésames marketing et de miroir aux alouettes.
LE BŒUF SE MET EN SCÈNE
Black, la plus
répandue) réputées
pour leur persillé. Elles
ont essaimé et ont
été croisées dans des
élevages en Australie
et aux États-Unis,
soumis aux modes
d’alimentation de
ces pays, diférents
de ceux du Japon. Ce
sont elles qu’on trouve
le plus souvent sur
les cartes ou les étals.
MANUEL BRAUN POUR LES ECHOS WEEK-END SHUTTERSTOCK
LEXIQUE
Quand la méconnaissance ne règne pas
carrément ! Dans un restaurant parisien trendy
nouvellement ouvert, impossible d’obtenir
la carte d’identité d’une belle entrecôte vendue
pourtant 80 euros. Même le chef l’ignorait.
En France, question de culture, le nom du
morceau – filet, entrecôte, rumsteck, etc. – reste
l’alpha et l’oméga. Alors que le goût, la qualité et
la valeur de la viande sont le fruit de nombreux
critères. Ainsi, la race identifie surtout un trait
particulier – le muscle du Charolais, le persillé
de l’Angus… Un Angus, ou un autre, pourra
varier d’excellent à médiocre. La généalogie
(croisements, filiation) et le talent des éleveurs
comptent tout autant que la génétique d’origine.
Comme chez les chevaux, les traits de sperme
de reproduction sont des trésors dont le prix
peut dépasser 5 000 euros. L’alimentation
de l’animal tout au long de sa vie est elle aussi
primordiale. Dis-moi ce que tu manges, je te
dirais qui tu es ! Un Angus élevé à l’herbe
en Irlande et fini quinze jours aux céréales n’a
pas le même goût ni la même texture que celui
grandi dans la pampa argentine, nourri aux
légumineuses, aux graminées et à la canne
à sucre. Ou que celui nourri au maïs aux ÉtatsUnis. Les céréales, plus caloriques, donneront
une viande plus tendre avec plus de gras
intermédiaire, ce persillé dans lequel se logent
les parfums et les arômes distinctifs de la race et
du type d’élevage. La pomme de terre et un peu
de houblon contribueront à donner au bœuf
de Kobe ses caractéristiques gustatives, comme
la patate douce au Wagyu de Kagoshima…
La durée de chaque mode alimentaire (herbe,
céréales, etc.) est également déterminante.
« L’alimentation animale est un vrai travail de
diététicien », confirme-t-on chez Giraudi. Enfin,
le sexe de l’animal joue aussi. Si les mâles
castrés, qui mangent plus et font plus de gras,
fournissent l’essentiel du bataillon, les vaches
de réforme, plus âgées et qui ont porté de
nombreuses fois, comme la Galice (race
espagnole parfois abattue à 12 ans), séduisent
les amateurs de viande moins tendres – pour
cela maturées de 45 à 60 jours – mais au goût
plus prononcé. C’est de la maîtrise de cette
infinité de possibilités que sortiront – ou non –
les viandes de luxe, les Prada et de Gucci
du genre, assure un spécialiste : Premium Black
Angus de Creekstone Farms aux États-Unis,
Angus de Marubeni produit à la japonaise
en Australie, Kobe d’origine… Un monde où, là
aussi, mieux vaut se méfier des contrefaçons.
Plus d’infos sur weekend.lesechos.fr
LE S E CHOS WE E K- E ND – 53
Kobe. Très réputé,
le bœuf de Kobe n’est
exporté du Japon
que depuis 2014. C’est
un Wagyu (Japanese
Black) né et élevé
– aux céréales –
dans la préfecture
de Hyogo, selon une
méthode séculaire.
Le massage, la bière
ou la musique qui
bercerait leur quotidien
relèvent plutôt du
mythe. Les bêtes sont
brossées pour être
belles, on ajoute
un peu de houblon
dans leur pitance et
la musique est un
appel à aller se nourrir.
Un bœuf n’est Kobe
qu’après abattage
(entre 28 et 60 mois).
Une association
veille au respect strict
des règles. Sur le site
oficiel (www.kobeniku.jp), on suit au jour
les quantités produites,
les destinations…
Wagyu. Les Wagyu
sont à l’origine
des lignées japonaises
(dont la Japanese
Angus. Race
originaire d’Écosse
(la Black Angus est
la plus connue), elle
aussi souvent utilisée
dans les croisements
(comme la Charolaise),
elle s’est imposée dans
de grands élevages
aux États-Unis et en
Australie. Son persillé
et son équilibre
viande/gras satisfait
de nombreux palais.
Persillé. C’est le
degré de graisse
au sein du muscle,
qui donne à la viande
un aspect « marbré »
(shimofuri, en japonais)
et lui confère sa
tendreté et son goût.
Classement des
viandes. Chaque zone
géographique a le sien.
En Europe, il s’appuie
sur l’engraissement
et la forme (la
prédominance de
certaines découpes
comestibles). Aux
États-Unis, on classe le
persillé (sept niveaux),
mais pas la forme, et
en Australie on ajoute
la couleur de la viande.
Au Japon, on tient
compte – un peu –
de la forme, mais
surtout du persillé,
de la couleur du gras,
de celle de la viande,
du lustre…
STYLE
L’ANALYSE
L'ÉQUATION PICCIOLI
Nommé designer de l’année lors des British Fashion Awards en décembre 2018, vénéré par les stars
comme Lady Gaga, Pierpaolo Piccioli vient de présenter sa collection Homme à Paris, quelques jours
avant sa couture Femme. Un workaholic rencontré à Tokyo où défilait fin novembre sa « pre-fall »…
Par Gilles Denis
On peut être un monstre sacré et céder à
l’émotion. Mais si Valentino Garavani a la larme
facile, ce n’est pas un tendre. Sans doute ne
devient-on pas une légende de la mode sans
deux ou trois idées arrêtées sur le beau, le goût
et la création. Ni sans une certaine dose d’ironie
et un vrai sens de la démesure. Aujourd’hui pas
plus qu’hier, nul n’oblige ni ne contraint
« Monsieur Valentino », comme on dit encore
dans la maison qu’il a fondé en 1959. Il fait
ce qu’il veut, dit ce qu’il veut et personne, pas
même la famille royale du Qatar, aujourd’hui
propriétaire de sa griffe, ne lui dicte ses dégoûts
et ses engouements. Mais pour rien au monde
ce dernier empereur ne manquerait un défilé
de son lointain successeur, Pierpaolo Piccioli,
aux commandes créatives de la maison.
Après la présentation de la collection
masculine de l’hiver prochain, on le retrouvera
toujours à Paris pour la couture, avec comme
souvent à ses côtés d’autres designers italiens
fans de leur confrère, à l’instar de Donatella
Versace. À chaque fois, le dernier empereur
écrasera une larme et donnera le signal
de la standing-ovation qui, avec une régularité
presque déconcertante, marque la fin de chaque
show et le salut de Pierpaolo. Une standingovation qui célèbre un talent ayant su
s’émanciper de l’ombre tutélaire du fondateur.
Et un succès reconnu internationalement :
54 – L E S E CHOS WE E K- E ND
nippon s’écrivent en palimpseste. À Tokyo
comme ailleurs, rien de littéral en effet dans
l’inspiration de Pierpaolo Piccioli : c’est dans
l’allure qu’on lit un clin d’œil à Yohji Yamamoto,
à Sacaï ou à Rei Kawabuko. C’est dans le travail
du détail – des broderies aux imprimés –
que se reconnaît le savoir-faire des ateliers
romains de la maison. C’est dans le soin
accordé au soir, et à ses robes de princesses
contemporaines, que l’on décrypte l’importance
de ce secteur tant pour l’image – les tapis rouges
et ses stars raffolent de Valentino version
Piccioli – que pour ses revenus. C’est dans
la surperposition cortiquée des effets, dans
INEZ & VINOODH
en décembre 2018, Pierpaolo Piccioli a été
désigné comme « créateur de l’année » par
les British Fashion Awards – les Oscars de la
mode. La preuve que Brexit ou pas, les Anglais
ne sont pas chauvins et savent être fair-play en
couronnant un Italien. Là aussi, au Royal Albert
Hall, la salle s’est levée – sans avoir besoin du
signal de Monsieur Valentino. Comme elle s’était
levée quelques semaines plus tôt à Tokyo, alors
que pour la première fois, Pierpaolo Piccioli
faisait défiler une collection pre-fall.
Une proposition tokyoïte emblématique
de son travail : 90 passages – 70 féminins,
20 masculins – où les références à l’archipel
DR
En novembre 2018, la pre-fall défile à Tokyo et Piccioli (en bas, à gauche) joue du rouge Valentino.
MODE
Janvier 2019 : lauréate
de la catégorie Meilleure
chanson aux Golden
Globes, Lady Gaga pose
dans une spectaculaire
avalanche de taffetas
signée Valentino.
janvier était bouclée et la couture bien lancée.
Logique quand on dégaine huit collections sous
l’œil des critiques et au désir des clients. Quand
on lui fait remarquer qu’il est aujourd’hui le
seul avec Karl Lagerfeld à soutenir ce rythme et
qu’on s’interroge sur sa manière de faire face, il
sourit : « C’est un travail constant, organisé, sans
doute, mais aussi très fluide. J’aime poursuivre
l’idée de la beauté, par essence inachevée. Et puis,
j’adore les défilés qui sont autant de manière
d’exprimer à chaque fois de manière différente
la maison. Je pourrais ne pas arrêter de défiler. »
UNE ÉMANCIPATION QUI LUI VA BIEN
JORDAN STRAUSS/AP/SIPA
GREG KESSLER/KESSLERSTUDIO
Avec la couture, ici l’hiver 2018, le créateur rêve davantage encore les codes de la maison.
le mélange des genres bien tempéré que
se dévoile la capacité de Pierpaolo Piccioli
à conjuguer les codes historiques de la maison
– le rouge, le spectaculaire, le volant – et
à les faire évoluer. Pour créer au final un
vestiaire contemporain combinant glamour,
sophistication et portabilité.
Une martingale qu’il commentait le
lendemain du show en quelques mots : « Ici,
comme ailleurs, que ce soit en prêt-à-porter ou
en couture, l’idée est toujours d’apporter,
une vraie dynamique aux valeurs de la marque.
Celle-ci a des racines, des codes que j’explore,
parfois de manière volontairement exagérée
comme ici avec le rouge très présent. C’est de ces
racines, de cette tradition que jaillit la modernité
– un terme galvaudé et qui perd tout sens si on
ne l’inscrit pas dans une dynamique englobant
le passé. C’est ce rapport au temps qui permet
d’être du sien, sans nostalgie. Et qui autorise au
final la seule chose qui compte : créer des pièces
qui ont du sens et riment avec liberté. »
Attention, l’homme ne se prend pas pour un
philosophe quand bien même il aime nourrir
son propos de références et que ses collections
sont pensées. Pierpaolo Piccioli est un
pragmatique ordonné – avant de partir à Tokyo
fin novembre, sa proposition masculine de
LE S E CHOS WE E K- E ND – 55
Workaholic ? Sans doute. Les pieds sur terre ?
Étonnament, dans un monde qui peut conduire
aux pertes de repère. Peut-être parce que le
succès ne date pas d’hier. Même s’il a longtemps
été partagé avec Maria Grazia Chiuri, y compris
dans l’ombre, dès les premiers pas de ce couple
professionnel chez Fendi – au rayon accessoires,
essentiel pour l’industrie –, avant Valentino
– tout d’abord sous la férule du fondateur
avant d’en devenir le duo créatif en 2009.
Depuis 2016, Pierpaolo Piccioli est seul aux
manettes et cette double émancipation – de
sa partenaire de travail et du fondateur –
lui va bien. Elle colore de plus de sensualité
les collections de cet homme qui aime les
femmes et aime les rendre plus belles au jeu
de la séduction et de l’abandon amoureux.
Des femmes très femmes donc, auxquelles
répondent des hommes très hommes mais sans
violence, ni arrogance : ils conjuguent eux aussi
une construction de silhouette très pensée avec
la fluidité de l’allure, une assurance séductrice
et un grand naturel à jouer des frontières entre
sportswear et formel, entre goût de la parure
et épure de la coupe. Si la mode féminine et
masculine de Pierpaolo Piccioli plaît autant
aux critiques qu’aux acheteurs et aux people –
il a signé la spectaculaire avalanche de taffetas
de Lady Gaga lors des Golden Globes – c’est
sans doute car elle exprime son temps, en étant
décidée mais avec douceur, glamour sans
nostalgie. Une combinaison sans mièvrerie
et une équation rare. Et ce n’est pas Monsieur
Valentino qui irait dire le contraire.
Plus d’infos sur weekend.lesechos.fr
STYLE MODE
LA CHRONIQUE
L’OBJET
Olivier Gabet* a observé
cette figure omniprésente
des fashion weeks.
L’avènement des
réseaux sociaux
et les mutations incessantes des
industries du luxe ont eu un effet
profond sur la manière dont la mode
se montre, se partage. Autrefois,
une influenceuse, terrible néologisme,
aurait été une femme élégante dont
le style et l’allure laissaient dans
son sillage une impression durable,
s’associant souvent à un créateur.
Aujourd’hui, on rêve l’influenceuse
sur la brèche, au front row, choyée,
i-Phone vissé à la main, prête
à inonder le monde d’images
— quelquefois on la croise dans la rue,
se faisant portraiturer par un
photographe de seconde zone, Helmut
Newton du pauvre. Le goût n’est
plus ce qu’il était, il se compte
en millions de followers embarqués
dans un narcissisme qui n’a guère
à voir avec l’égotisme stendhalien.
« Influenceuses, combien de
divisions ? » demanderaient les petits
Staline de la mode. Déjà quelques
dizaines de mille suffisent à leur
bonheur, offrant la gloire à celles
qui en 1950, au milieu des swans
de Truman Capote, auraient été
d’aimables nobodies. On a théorisé
dans les années 1990 le soft power
qui triomphe aujourd’hui, politique
d’influence à diffuser en Air Force
One : en 2018, l’influenceuse, gâtée,
ne voyage qu’en business class,
s’attable en dîners de Noël aussi longs
que des après-midis de Toussaint,
reçoit de beaux cadeaux – certaines
paient entièrement leur mariage
ainsi, dit-on, à condition de le faire
savoir à coups de posts savamment
tagués du nom des fournisseurs.
Il ne faudrait pas confondre le tout
avec le journalisme, ce qui n’est pas
toujours une mince affaire.
* Directeur du musée des Arts
décoratifs.
INFLUENCEUSE
Icône de la mode parisienne et fine observatrice
du secteur – via son émission télévisée –,
Alexandra Golovanoff lance sa marque de maille
en 2016. Sobrement baptisée « Alexandra
Golovanoff » et accompagnée de la mention
« Tricots parisiens », la griffe investit le créneau
du pull en cachemire féminin (broderies
et finitions faites à la main), avant d’enrichir
progressivement ses collections de modèles
masculins, de leggings, de gants ou de bonnets
en cachemire. Sa palette de couleurs subtiles
a été pensée pour révéler l’éclat de différents
types de peau, et a donné naissance au slogan
56 – LE S E CHOS WE E K- E ND
– décalé – de la marque « Le tricot qui rend
beau ». Best-seller, le pull Mila – c’est aussi le
prénom de la fille de la créatrice – se décline en
cachemire d’Écosse, tandis que d’autres modèles
intègrent soie, lurex et coton à leur composition.
Le propos a séduit d’emblée les institutions mode
que sont Le Bon Marché à Paris, The Webster
à New-York ou encore Tsum à Moscou.
COMBIEN ? Pull Mila brun en cachemire
écossais, Alexandra Golovanoff, 460 euros.
Texte : Astrid Faguer
Photographe : Sarah Bouchet
ILLUSTRATION FABIEN CLAIREFOND
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LE MOT
TACTILE Téléphones portables,
tablettes, montres connectées,
distributeurs automatiques,
voitures… les écrans tactiles
accompagnent le quotidien
de chacun. Si le premier
ordinateur à écran tactile, créé
par IBM en 1972, possédait
un dispositif de led infrarouges
pour détecter la position du doigt,
les technologies ont depuis
beaucoup évolué. Aujourd’hui,
ce sont les écrans « capacitifs »
LA COTE
et « multi-touch » qui dominent.
Ils intègrent dans une plaque
en verre une grille reliée
au système électronique et
invisible à l’œil nu, dont le champ
électrique réagit aux contacts
des doigts sur l’écran. Un logiciel
permet ensuite de déterminer
les points d’impact, le sens
des mouvements et les pressions
exercées à la surface de l’objet
pour efectuer les opérations
voulues par l’utilisateur.
7 125 FRANCS SUISSES
Adjugée à près de
6 250 euros chez
Antiquorum, le
11 novembre dernier
à Genève, une Panerai
Luminor GMT en acier
(2009), remontage
manuel (huit jours
de réserve de marche)
a dépassé sa
fourchette (4 000–
6 000 francs suisses).
LE S E CHOS WE E K- E ND – 57
46 250 DOLLARS
Chez Phillips, le
5 décembre à New
York, un chronomètre
à Résonance FrançoisPaul Journe de 2014,
boîtier en or rose
et fonction GMT, est
parti au-dessus de son
estimation (20 00030 000 dollars)
à 46 250 dollars,
soit 40 680 euros.
50 000 DOLLARS
Toujours à New York,
la vente Christie’s du
6 décembre comptait
une Rolex GMT-Master
en acier (1958).
Ce modèle à lunette
24 heures rouge
et bleue est resté dans
sa fourchette (40 00080 000 dollars)
à 50 000 dollars
(44 088 euros).
STYLE
De nouveaux lieux tirent
parti d’une vieille maison
de famille ou d’une ancienne
ferme, pour inviter leurs hôtes
à vivre « chez eux ». Entre
retour aux sources, respect
du patrimoine et table locavore.
Par Clara Le Fort
MASSERIA MOROSETA
HAVRE DE PAIX DANS LES POUILLES
Cinq hectares d’oliviers centenaires, vue
sur l’Adriatique, la masseria Moroseta avec
ses murs blancs et ses volumes sobres semble
avoir toujours existé… Pourtant elle est l’œuvre
de l’architecte et éditeur Andrew Trotter.
Après trois années de recherches, ce corps
de ferme minimaliste et contemporain a été
conçu dans le respect des traditions des
Pouilles. Trois chambres voûtées s’ouvrent
sur un patio. Quant aux suites, elles se doublent
d’une terrasse ou jardin privé. Les espaces
communs s’ouvrent sur le paysage, cadrant
une vue plus que parfaite. Céramiques, tapis
tissés à la main, mobilier chiné et éléments
rustiques sont une invitation à lâcher prise.
À table ! Sur la propriété, la ferme s’attache
à respecter les traditions agricoles locales :
des produits bruts, une approche écologique,
58 – LE S E CHOS WE E K- E ND
un respect de la terre et le rituel des repas sont
au cœur de la philosophie des lieux. Tout ce qui
arrive à table provient des environs : la chefe
Giorgia Eugenia Goggi cultive des relations
uniques avec artisans et fermiers. Des cours
de cuisine sont même organisés régulièrement
pour réveiller les traditions des Pouilles.
Combien ? Chambre à partir de 150 euros
en basse saison. Suite à partir de 200 euros,
toujours en basse saison.
www.masseriamoroseta.it
WANÅS RESTAURANT HOTEL
ÉTAPE SEPTENTRIONALE
Une série de granges du XVIIIe siècle sont
à l’origine du domaine de Wanås, situé
en Scanie, au sud de la Suède. Propriété de
la famille Wachtmeister qui règne sur les lieux
depuis neuf générations, le domaine a d’abord
accueilli un parc de sculptures avant d’ouvrir
SALVA LOPEZ
À L’HÔTEL
COMME
À LA MAISON
VOYAGES
À gauche, la masseria
Moroseta. Les
chambres voûtées
donnent sur un patio,
entre oliveraies
et mer Adriatique.
En bas, design et
meubles scandinaves
au domaine familial
de Wanås, en Suède.
Ci-contre, la quinta
Da Côrte mise
en beauté par
l’architecte
d’intérieur
Pierre Yovanovitch.
un restaurant nordique et onze chambres.
Les corps de ferme revivent avec goût grâce
au talent de Kristina Wachtmeister, architecte
et maîtresse des lieux. Pièces modernistes
scandinaves et poutres imposantes, penderies
en chêne et cuir et objets rustiques, savamment
domestiqués donnent le ton.
FREDRIKA STJARNE
JEAN-FRANCOIS JAUSSAUD
À table ! Baltzar Wachtmeister pilote une ferme
laitière en bio. Il est respecté pour son
engagement éthique et la qualité de ses produits
à l’échelle nationale. Le restaurant a été confié
aux grands chefs Magnus Nilsson et Mathias
Dahlgren. Sous leur houlette, un menu locavore
et des recettes uniques à base de lait et de crème
ont été composés. Baies, gibier, champignons
sauvages, pommes de terre et desserts crémeux
sont le reflet d’une parfaite vie scandinave.
Combien ? Chambres doubles à partir
de 234 euros, petit-déjeuner inclus.
Compter 390 euros avec un déjeuner et dîner
au restaurant.
www.wanasrh.se
QUINTA DA CÔRTE
ESCALE DANS LA VALLÉE DU DOURO
Accrochée à flanc de coteaux dans la haute
vallée du Douro, le domaine viticole Da Côrte
s’organise autour du chai et d’une maison
de famille du XIXe siècle, la Casa, récemment
rachetés par Philippe Austruy, qui possède
aussi la commanderie de Peyrassol,
en Provence. Éclat d’antan et couleur locale sont
au rendez-vous grâce au talent de l’architecte
d’intérieur Pierre Yovanovitch. Volets
LE S E CHOS WE E K- E ND – 59
à l’ancienne et parquets, azulejos et murs
blanchis à la chaux – suivant la tradition
portugaise –, la vieille bâtisse s’offre une
seconde jeunesse au contact d’objets
de collection et d’œuvres d’art. Dans les douze
chambres d’hôtes, réparties dans la maison
principale et deux petits bâtiments annexes,
on découvre des têtes de lit « portugaises »,
inspirées des archives de la fondation Calouste
Gulbenkian, ou encore des tapis artisanaux
tissés au Portugal.
STYLE VOYAGES
À table ! La vue imprenable sur le Douro,
qui serpente en contrebas, et les vignobles striés
sont une invitation à lézarder sur la terrasse.
Que ce soit pour un déjeuner à l’ombre des
arbres, un apéritif au soleil couchant ou un dîner
faiblement éclairé, les meilleurs produits locaux
s’invitent à la table. Tapas garnies et spécialités
portugaises généreuses en légumes, pain paysan
et huile d’olive du domaine s’accompagnent
des vins de la propriété.
Combien ? Chambre à partir de 170 euros
en basse saison. Fermeture annuelle en janvier.
quintadacorte.com
D’UNE ÎLE
PAUSE DANS LE PERCHE CHIC
au végétal. Fruits, légumes et herbes proviennent
du potager, de la cueillette, de marchés locaux
ou producteurs artisans tout en suivant
les cycles de la nature. Les produits laitiers
et les viandes viennent des fermes alentours.
Le menu, unique, suit l’inspiration du jour
et le rythme des saisons. Une table simple
et essentielle, gourmande et inspirée.
Combien ? Chambre double standard à partir
de 113 euros la nuit.
www.duneile.com
FINCA LA DONAIRA
SÉJOUR DANS UNE FERME ANDALOUSE
Installée dans la sierra de Grazalema,
en Andalousie, la finca La Donaira est
un nouveau genre de ferme biodynamique.
Au milieu de 250 hectares de terres et forêts
de chênes, on découvre un lieu hybride, qui
réunit agrotourisme, hôtellerie de charme, table
locavore et bien-être. Pilier central, le corps
de ferme historique (el cortijo) a été restauré
avec grands soins dans le respect des traditions
centenaires, pour être converti en hôtel
de neuf chambres et suites. Ambiance rustiquechic avec vieilles portes en bois, murs en pierre
sablés, charpentes et poutres apparentes.
Ajoutant un caractère insolite aux lieux, deux
yourtes de luxe viennent compléter l’offre
hôtelière. Autre fait unique, la ferme élève
et dresse des chevaux lusitaniens, l’une des plus
anciennes races de chevaux de selle remontant
à la préhistoire.
À table ! Avec une tendance clairement
végétarienne, La Donaira propose un menu
quotidien qui varie en fonction de ce qui a été
récolté le matin même, sur ses terres : œufs frais
du jour et pain cuit sur place, herbes fraîches
coupées dans le jardin médicinal, fruits du verger
et vin biodynamique de la propriété, tout y est
pour faire de chaque repas un moment goûteux.
Engagée dans une agriculture régénérative
avec son Académie des sols, La Donaira
se veut exemplaire sur tous les plans.
Combien ? Entre 340 et 440 euros par personne
et par nuit, en pension complète (minimum
deux nuits). Les tarifs sont identiques en haute
et basse saison.
ladonaira.com
D’une Île, des chambres au charme simple avec poutres, tomettes et murs blanchis
à la chaux. Tout comme la table, essentielle et inspirée.
60 – L E S E CHOS WE E K- E ND
Plus d’infos sur weekend.lesechos.fr
ALEKSANDRA OLEJNIK
À table ! Chez D’une Île, la cuisine s’inscrit dans
son environnement, le parc naturel du Perche.
Durable, rustique, elle fait une place importante
La Donaira, typique de l’hacienda andalouse, au milieu de 250 hectares de terres
et de forêts de chênes avec vue sur la sierra de Grazalema.
FRANCOIS LE GOUIC
Bertrand Grébaut prend du champ. Le chef des
restaurants Septime et Clamato a récemment
ouvert d’Une île, une maison au cœur
du Perche. À deux heures de Paris, l’ancien
disciple de Passard a fait main basse sur trois
corps de bâtiment du XVIIe sur les pentes d’une
colline boisée. Engagé, le chef assume ce retour
à la terre, au produit brut. Ses atouts sont
un hameau ancien, un potager et une grange
qui fait office de chambre froide. Passé
le caractère nourricier des lieux, son « hôtel
de campagne » accueille huit chambres et suites
à l’étage, avec charme et authenticité – et un
brin de rusticité parfois aussi. Minimales, elles
affichent un penchant intemporel pour les murs
à la chaux et colombages apparents.
STYLE HIGH-TECH
POUR MÉLOMANES SPORTIFS
Sony s’invite dans le monde des
écouteurs sans fil étanches.
Pour bouger – ou nager – en musique.
Par Raphaël Sachetat
SHUTTERSTOCK
DR
F
orcément, après les fêtes de fin
d’année, le sport arrive en tête des bonnes
résolutions. Voilà un petit objet qui pourra
joindre l’utile à l’agréable, pour aller
perdre les kilos superflus… en musique.
Les WF-SP900 ne révolutionnent pas
le genre, mais proposent des fonctionnalités
intéressantes pour les mélomanes nomades.
Il s’agit donc d’écouteurs sans fil avec
une mémoire intégrée qui permet d’écouter
de la musique de manière indépendante,
sans smartphone. Il est évidemment possible
de lier ces écouteurs à une source externe
(smartphone, tablette ou ordinateur)
via Bluetooth. Dans ce cas, l’autonomie est
moindre – il faut compter 3 heures d’écoute
en mode Bluetooth, le double lorsque seule
la mémoire interne est utilisée. Côté confort,
les oreillettes se glissent dans le pavillon
assez facilement et tiennent très bien
en place grâce à une ailette en caoutchouc.
Même au bout de plusieurs heures, pas
de douleur particulière. Pas de problème
non plus pour courir ou nager. C’est d’ailleurs
ce qui fait la spécificité de ces écouteurs :
ils sont étanches, que ce soit en piscine
ou en mer avec la norme IPX8 qui autorise
une immersion en eau salée jusqu’à 2 mètres
pendant 30 minutes. Le Bluetooth laisse
alors la place à un autre protocole pour que
le son passe d’un écouteur à l’autre. En plus
des traditionnels embouts de différentes
tailles, les WF-SP900 sont vendus avec
quatre paires d’embouts colorés dédiés
à l’utilisation dans l’eau. Là encore, le confort
est de mise et l’immersion totale – au sens
propre comme au figuré. Ces petits objets
poids plume (7 grammes chacun) sont plutôt
discrets comparés à la concurrence, avec
une silhouette esthétique déclinée
en coloris jaune, noir et blanc. Le pilotage
se fait essentiellement via un petit bouton
ou des tapotements sur l’oreillette.
L’acoustique est très correcte – le son
est équilibré pour des intra-auriculaires
et les appels téléphoniques passent bien.
COMBIEN ? 280 €.
PAPIER GÂCHÉ
Huit guides dans des langues
peu parlées (slovène, polonais) – soit
bien trop de papier – accompagnent
ces écouteurs. À l’heure de la modernité,
un code QR sufirait amplement
à rediriger les acheteurs vers un mode
d’emploi multilingue en ligne.
4 Go DE STOCKAGE
Indispensable pour nager ou courir
sans smartphone, la mémoire interne
ofre 4 Go d’espace, soit de quoi caser
1 000 chansons au format MP3
ou plusieurs heures de votre podcast
préféré.
DRAG AND DROP
Rien de plus simple pour transférer
la musique : un petit câble relie l’étui
à l’ordinateur, il sufit ensuite de glisser
et déposer les titres sur le dossier
périphérique. L’application Music Center
est une autre option, pour les transferts
d’iTunes notamment.
UN MODE TACTILE PARFOIS CAPRICIEUX
Le tactile présent sur les oreillettes
– nécessaire pour augmenter le volume
par exemple – est parfois capricieux.
Il faut parfois plus des deux
tapotements théoriques pour obtenir
un peu de puissance.
UN ÉTUI, PLUS D’AUTONOMIE
Comme souvent, ces oreillettes sont
fournies avec une sacoche de transport
– ici un étui rigide transparent de la taille
d’une petite mandarine, qui ofre trois
recharges complètes supplémentaires.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 61
STYLE
LES PETITS PLATS
DANS LES GRANDS
PAR LAURENT GUEZ
LA GRANDE MAGIE
BORDELAISE
Illustrations : Amélie Falière
Faire une halte à La Grande
Maison de Bernard Magrez, à Bordeaux,
un Relais et Châteaux doté d’une table
inouïe – je pèse mes mots –, cela revient à
expérimenter la perfection. Le propriétaire
de quatre grands crus classés de la région
et d’une quarantaine de grands vignobles
dans le monde avait démarré l’aventure fin
2014 avec Joël Robuchon, le géant décédé
l’an dernier. Les deux hommes, avec chacun
son fort caractère et sa vision des affaires,
s’étaient séparés bons amis deux ans plus
tard. Depuis, c’est Pierre Gagnaire, au
sommet de son art, qui dirige la cuisine,
représenté sur place par son chef talentueux
Jean-Denis Lebras. Des amuse-bouches au
grand dessert, le parcours est éblouissant.
Délicats et inspirés, le bar laqué à la
mayonnaise de chou-fleur flanqué de
couteaux, et la sole farcie de txistorra (une
saucisse basque épicée), côtes de blette et
noisettes. Fondant, le biscuit de foie gras aux
cèpes et aux poires. Sensuelle, la noisette de
selle de chevreuil à la pâte de coing et son
civet de sanglier servi en à-côté. Un plat
restera gravé à jamais dans notre mémoire
gustative : des noix de Saint-Jacques nageant
dans une fantastique bisque d’oursins,
salsifis et riz noir vénéré, accompagnés de
langues d’oursin meunières. Pour sublimer
le festin, piochez dans l’exceptionnelle carte
des vins, ou laissez-vous tenter par les
flacons du maître des lieux, en particulier
le Château Pape Clément, en rouge ou en
blanc, ou même les deux si vous êtes prêts
à casser la tirelire. L’extase. En sirotant
son café, on cherche en vain ce qui retient
les inspecteurs du Michelin de décocher
leur troisième étoile.
LE REPAIRE
CONFITURE PARISIENNE, POUR GOURMANDS RAFFINÉS
PARIS Avenue Daumesnil, sous la coulée verte
abritant des artisans de mobilier, un atelier
se distingue. Il est appétant. Derrière ses vitrines,
une équipe s’affaire à élaborer des préparations
de fruits. Depuis quelques mois, Confiture
parisienne siège ici. Ce lieu ouvert, de 300 m2,
s’organise autour d’un laboratoire de production
visible depuis le salon de thé de dégustation,
auxquels s’ajoutent bureaux et stocks. Le tout
dans une ambiance poudrée et rétro juste ce qu’il
faut, avec çà et là quelques-unes de la trentaine
des références maison. Pas un point de vente
proprement dit, regorgeant de rayons sans
« faim », mais un univers gourmand à la Charlie
et la chocolaterie. « Compte tenu du prix du mètre
carré à Paris, tout le monde nous a déconseillé
ce parti pris », reconnaît Nadège Gaultier,
cofondatrice de la marque en 2015 avec Laura
Goninet. Pas de quoi effrayer ces deux
trentenaires. En entrepreneuriat comme ailleurs,
« il y a la théorie et… la pratique ». Elles se fient
plutôt à la seconde. La preuve avec leurs débuts.
Fruits de saison frais et choisis, français autant
que faire se peut, sucre de canne non raffiné de
Guadeloupe, petites productions pour garantir la
fraîcheur grâce à des cuissons courtes et absence
de points de vente en nom propre plombent les
prix. Près de 15 euros le pot de confiture. Sans
La Grande Maison Bernard Magrez,
10 rue Labottière, 33000 Bordeaux.
Tél. : 05 35 38 16 16. Menus à 145 et 195 €.
À la carte, environ 200 €.
Correct, sans plus
Bonne adresse de quartier
Très belle table
Cuisine, décor : tout y est
Attention : table d’exception
62 – L E S E CHOS WE E K- E ND
parler du design : un verre laqué blanc opaque
rappelant les porcelaines du début du XXe siècle
dans lesquelles on servait les préparations de
fruits. Personne n’y croit. Sauf elles. L’une,
commerciale dans la publicité, et l’autre,
restauratrice, comptent sur leur débrouillardise
et leur bon sens pour renouveler le genre. Le
père de Laura Goninet, ex-confiseur, est mobilisé
dans un premier temps, tout comme les
dépendances de sa maison de Savigny-sur-Orge.
Les professionnels également. Les uns après les
autres, ils acceptent de signer des recettes.
Dernier en date et non des moindres, Cédric
Grolet, chef pâtissier star du Meurice, auteur
pour la Confiture parisienne d’une crème de
noisettes torréfiées. Akrame Benallal a lui aussi
imaginé une préparation pour Noël à base de
figues, miel et huile d’olive. Demain, Michaël
Bartocetti, du Shangri-La Hotel Paris, devrait
apporter sa pierre à l’édifice. Celui d’une jeune
maison décidée quoi qu’en disent « les experts »
à bousculer nos habitudes confiturières.
Une leçon de bon goût. Jérôme Berger
C’EST OÙ ? : 17, avenue Daumesnil, 75012 Paris.
Tél. : 01 44 68 28 81. www.confiture-parisienne.com
LE BON GOÛT : la version carotte, passion, vanille,
14,90 € (250 g).
GOÛT
LA RÉDACTION DES « ÉCHOS » A TESTÉ
LA CHRONIQUE VIN
À LYON, OPALINE, D’ICI ET D’AILLEURS
On a découvert Opaline, dans le quartier de
la Croix-Rousse, sur les conseils du Petit Paumé,
le guide préféré des Lyonnais. Fabrice et Carine
Roche, étoilés auparavant à Villefranche,
y proposent une belle cuisine, très actuelle,
à la technique et aux dressages maîtrisés.
Une cuisine d’ici et d’ailleurs, où le bouillon
à la verveine fait merveille avec le foie gras
de canard confit pêches et fèves, où l’oseille
et la badiane réchaufent la truite de mer cuite
à 49 °C et où le bar poché aux algues flirte avec
un original beurre aux œufs de hareng. En dessert,
la crème d’avocat sucrée/épicée, chutney de
banane et sorbet coriandre ponctue un moment
plein de bonnes surprises. Claude Vincent
DE JEAN-FRANCIS PÉCRESSE
LE FLACON DE PICHET
COMBIEN : menus midi à 16,50, 19 et 32 €,
menus soir à 32 et 42 €.
C’EST OÙ : 8, rue Pailleron, 69004 Lyon.
Tél. : 04 78 28 80 86.
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
À PARIS, CHIQUETTE SANS CHIQUÉ
C’est un beau défi que relève David Maroleau :
faire d’un restaurant d’hôtel – ici le très discret
Cinq Codet, vers l’École militaire – un lieu
où l’on se rend vraiment pour la table. Son passé,
notamment chez Ducasse (au Plaza Athénée)
et Michel Troigros (au Lancaster), lui donne
une légitimité certaine côté acidités et saveurs
asiatiques. En témoigne le cochon confit
et caramélisé à la Char Siu (mode de cuisson)
moelleux et équilibré, accompagné de riz thaï
et de chou chinois. Idem pour les Saint-Jacques
snackées au beurre de wakamé, curry rouge
et corail, vermicelle croustillant. Déco sobre
et belle terrasse pour l’été. C. V.
COMBIEN : plats à partir de 23 € (option « petites
portions », moins chère), desserts à partir de 14 €.
C’EST OÙ : 5, rue Louis Codet, 75007 Paris.
Tél. : 01 53 85 15 60.
TOP 5 LES MEILLEURS GYOZAS
01 LES PLUS MONOPRODUITS
Un comptoir moderne, une
petite quinzaine de places et,
en guise de carte, une unique
recette de gyoza riche en farce
à base de porc de Dordogne,
à la fois fondante, croustillante
et savoureuse (8 € les 8).
Gyoza Bar, 56, passage
des Panoramas, 75002 Paris.
Tél. : 01 44 82 00 62.
02 LES PLUS PRIMÉS
À deux pas de la rue SainteAnne, Hakata Choten sert
des hordes de cravatés et
d’étudiants venus savourer les
raviolis grillés élus meilleurs
gyozas du Japon en 2004. Des
pièces aériennes (6,50 € les 5).
Hakata Choten, 53, rue des
Petits-Champs, 75001 Paris.
Tél. : 01 40 20 98 88.
03 LES PLUS VÉGÉTARIENS
Créé par la fondatrice du
Camion qui Fume, le restaurant
GreenHouse mise sur le vert.
À commencer par des gyozas
aux légumes très joliment
relevés de vinaigre noir et
de sauce au poivre de Sichuan
(7 € les 4).
GreenHouse, 22, rue Crespin
du Gast, 75011 Paris.
Tél. : 09 80 48 79 47
04 LES PLUS DÉLICATS
Cette cantine sobre des abords
du Louvre vaut à n’en douter
pour son eficacité et sa
constance. La preuve avec ses
gyozas à la pâte fine comme
de la dentelle (5 € les 5),
toujours aussi convaincants
depuis douze ans maintenant.
Restaurant Zen, 8, rue de
l’Echelle, 75001 Paris.
Tél. : 01 42 61 93 99.
05 LES PLUS DIY
Dans son ouvrage, la chefe
Maori Murota, co-signatrice
de la carte de l’Hôtel Bienvenue,
livre ses préparations de
gyozas, dont une version
à l’agneau et coriandre pour
le moins alléchante.
Tokyo, les recettes cultes, Maori
Murota, Marabout, 25 €. J. B.
Être stupéfiant est le propre de la mariejeanne. C’est même pour cela qu’on l’aime.
Avec elle, il est de grands amateurs qui
pensent avoir tout vu ? C’était avant de
connaître la marie-jeanne de Patrice Pichet.
Celle-ci n’a fini de nous faire suffoquer.
C’est plus qu’un produit extraordinaire
qu’a dévoilé vendredi à quelques happy few
le promoteur immobilier bordelais,
propriétaire des Carmes Haut-Brion
à Pessac-Léognan. C’est un contenant
hallucinant, une bouteille gironde et
sombre, presque carrée de corps, surmontée
d’un goulot court. Un peu comme un double
magnum de Haut Brion qui se serait affaissé.
Pas une bonbonne, non. On ne parle pas ici
de sa cousine d’Aquitaine, la dame-jeanne,
dont la légende veut qu’ayant traversé
la Manche, elle changea de sexe et de nom
puisqu’elle s’y fit appeler demi-John.
Contenant l’équivalent de trois bouteilles
bordelaises – soit 2,25 litres –, la mariejeanne fut un format pratiqué au XIXe siècle,
avant de tomber en disgrâce. Debout, l’objet
a de la tenue, mais c’est légèrement incliné
qu’il convient de le tenir afin d’en conserver
le contenu. Aussi, pour cet objet ranimé
d’un long sommeil, Les Carmes Haut Brion
ont conçu un écrin de verre transparent
à l’intérieur duquel marie-jeanne est comme
en suspension. C’est Guillaume Pouthier,
le directeur d’exploitation, qui eut l’idée
de ressusciter la marie-jeanne, pour laquelle
il fallut créer de toutes pièces un moule.
Avec cette collection sur mesure, tirée
à 800 exemplaires numérotés, tous
dédicacés au nom du futur détenteur,
Patrice Pichet et Guillaume Pouthier font
un joint entre hier et demain. Un modèle
ancien dans un écrin futuriste. C’est
le magnifique 2016, en effet, qui a été
choisi pour cette sorte de performance.
Certainement, à ce jour, le meilleur
millésime produit depuis l’après-guerre,
par ce voisin immédiat de Haut Brion.
En proportion importante dans l’assemblage
(40%), le cabernet franc y est sublime
de minéralité, donnant au vin une touche
graphite, un fruit à la gourmandise raffinée
et une salinité racée en fin de bouche.
Ce paradis-là n’a rien d’artificiel.
Château Les Carmes Haut Brion, pessacléognan 2016, en marie-jeanne, 2 900 €.
contact@les-carmes-haut-brion.com
Jean Francis Pécresse
LE S E CHOS WE E K- E ND – 63
STYLE MOTO
MONTURE SUISSE À QUATRE PATTES
C’est à des citadins soucieux
de stabilité et de sécurité
que s’adresse le suisse Quadro
avec son Qooder.
Par Marc Schlicklin
NOTRE PRÉFÉRÉ
QUADRO QOODER
Moteur : monocylindre, 398 cm3.
Puissance : 32,5 ch à 7 000 tr/mn.
Couple maximal : 38,5 Nm à 5 000 tr/mn.
Poids : 281 kg en ordre de marche.
Réservoir : 14 litres.
Consommation : 5,3 l/100 km.
Transmission : automatique, courroie.
Vitesse de pointe : 125 km/h.
Prix : 10 990 €.
TOUT CONFORT
Les grandes roues et les suspensions,
qui exploitent un système oléopneumatique (comme les Citroën
de jadis) assurent au Qooder un confort
convenable. La protection est bonne
et la stabilité sur voies rapides
rassurante. Un sentiment de sécurité
qui a un coût : le budget d’entretien
est évidemment grevé par la roue
supplémentaire (pneu, courroie,
frein, différentiel…)
CONDUITE INTUITIVE
HEAVY METAL
La prise en main est aussi simple que
pour un scooter banal. Contact, et en
route. Pas de boîte de vitesses, il suffit
de tourner la poignée. La largeur du
Qooder, 80 cm, permet de passer entre
les files. Côté freins, pas d’ABS, que le
constructeur juge dispensable compte
tenu des quatre roues, point de vue
que nous ne partageons pas, surtout
au tarif de la machine. Sinon, le freinage
intégral (commandé au guidon ou par
une pédale au pied droit) est efficace.
Si le poids se fait oublier à haute vitesse,
il se manifeste à plus faible allure,
l’engin se montrant alors plus rétif
à entrer dans un virage serré qu’un
deux-roues. À l’arrêt, une commande
permet de bloquer les deux essieux
pour n’avoir pas à poser pied à terre.
Côté pratique, signalons la présence
de prises USB, pour recharger divers
accessoires, et un regret : le coffre
n’accueille qu’un seul casque.
Et si c’est un intégral, il devra être petit.
LE BON ANGLE
DR
Grâce à sa suspension, le Qooder peut
prendre de l’angle en virage, comme
un scooter à deux ou trois roues. Cette
inclinaison atteint 45° au maximum,
suffisante pour l’essentiel de la gent
motocycliste. Autre particularité,
il possède deux roues arrière motrices,
régulées par un différentiel. Cette
pléthore d’organes porte le poids
de la machine à 281 kg, ce qui n’est pas
rien pour un scooter !
64 – L E S E CHOS WE E K- E ND
ET MOI…
18 JANVIER 2019
PARCOURSUP, MODE D’EMPLOI
Par Eric Delon — Illustrations : Giacomo Bagnara
LE S E CHOS WE E K- E ND – 65
ET MOI…
Le mardi 22 janvier, les élèves de terminale
vont pouvoir saisir sur ParcourSup leurs
vœux d’orientation dans le supérieur. Le
début d’un processus complexe et stressant
de plusieurs mois. Conseils et calendrier.
Jeudi 20 décembre dernier, le site ParcourSup
(www.parcoursup.fr), qui a succédé l’an dernier
au système Admission Post-Bac (APB) pour
dénicher des formations à près de 900 000
lycéens a ouvert officiellement ses portes.
S’ils n’ont pas encore pu y créer leur dossier
et émettre leurs dix vœux – ils pourront le faire
dès ce 22 janvier – ils ont déjà eu le loisir
de se renseigner sur le fonctionnement
de la plate-forme et sur l’éventail des 14 000
formations (!) proposées. Les changements
par rapport à la très critiquée version 2018 ?
Un calendrier plus ramassé avec des premières
réponses attendues aux alentours du 15 mai
(contre le 22 mai) et une fin de procédure fixée
au 19 juillet, soit un mois et demi plus tôt.
Le ministère de l’Enseignement supérieur,
de la Recherche et de l’Innovation précise que
« ParcourSup sera suspendu pendant les épreuves
écrites du bac. Les derniers candidats auront
jusqu’au 14 septembre et la fin de la phase dite
complémentaire pour trouver une formation ».
Autre nouveauté de la deuxième édition,
la possibilité de faire accepter automatiquement
par la plate-forme un vœu si celui a été proposé/
accepté. « Il s’agit en quelque sorte d’une
hiérarchisation des “top” vœux des candidats.
Beaucoup d’entre eux s’étaient plaints d’avoir
manqué de temps pour répondre à certains vœux,
qu’ils avaient, de fait, perdus », indique-t-on
au ministère. Enfin, dernière nouveauté
qui a son importance, le lycéen, outre le fait de
pouvoir connaître son rang sur la liste d’attente
de l’établissement qu’il vise, saura cette année
LE CALENDRIER
Plus de 14 000
formations sont
disponible sur le site.
Chaque lycéen peut
émettre jusqu’à
10 vœux maximum
(multiples ou pas)
quel était le rang du dernier appelé l’an dernier.
« C’est une bonne nouvelle car le candidat pourra
évaluer avec plus de précision ses chances
d’intégrer la formation visée et de comprendre que
se situer loin au sein de la liste d’attente ne signifie
pas qu’il va enregistrer un refus », note MariePierre Petit, auteure avec Yveline Renaud de
ParcourSup Le guide ultime 2019 (Dunod, 2018).
Conseils et pistes pour optimiser les chances
de décrocher la formation rêvée et de diminuer
le stress des lycéens… et de leurs parents.
NE PAS ATTENDRE LE DERNIER MOMENT
Il est conseillé de démarrer la procédure
d’inscription sur ParcourSup dès la fin janvier,
en créant son dossier candidat et en formulant
ses vœux sans attendre le dernier moment.
« L’idéal est de profiter des vacances de février,
par exemple, pour faire le point sur ses vœux,
après avoir fait le tour des journées portes
ouvertes des différentes formations ciblées,
explique la consultante Cécile Bourbon,
présidente de COMe To SUP, un cabinet
spécialisé dans l’orientation. Il est impératif
d’éviter le rush final du dernier jour, le 14 mars,
car le site peut saturer et le stress se révéler trop
difficile à gérer. Il est essentiel de ne pas effectuer
ses choix sous pression et de se laisser un peu
de temps pour mûrir ses décisions. »
FAIRE APPEL À DES PROFESSIONNELS
Conseillers d’orientation, consultants, coachs,
les professionnels de l’accompagnement
pullulent pour apporter une aide individualisée
mais aussi un regard extérieur sur les projets
du lycéen perdu face à l’offre pléthorique
des formations proposées par ParcourSup.
Œil extérieur objectif et dépassionné bienvenu
également pour diminuer d’éventuelles tensions
entre parents et enfant à un âge où elles se
cristallisent. « Pour certains lycéens qui se sentent
dans le brouillard complet, l’accompagnement
permet de comprendre et de dépasser ses
résistances au changement, ses peurs de quitter
le lycée, ses amis, le cocon familial et l’angoisse
de devoir effectuer un choix pour son avenir
en enclenchant le premier pas. Cette démarche
permet également de gagner du temps et de
la sérénité pour définir son plan d’action », estime
Cécile Bourbon. Pour un accompagnement
« orientation Postbac » comprenant trois rendezvous d’une heure et demie, un bilan exploratoire
(réflexion personnelle, tests), une proposition
de plan d’action personnalisé et un suivi
de ce dernier jusqu’aux admissions sur
ParcourSup, compter entre 550 et 600 euros…
EFFECTUER UN CHOIX LARGE
Attachée de presse à Paris, Claire Flin a coaché
son fils l’an dernier, en terminale S dans un lycée
public du Val-de-Marne. « Je qualifierais son
niveau scolaire à l’époque de moyen moins avec
une moyenne générale autour de 10,5. » Outre ses
vœux ParcourSup, où il a panaché entre classes
préparatoires et universités, il a passé deux
concours d’écoles d’ingénieurs post-bac [avec
prépas intégrées, NDLR]. Après avoir obtenu
son bac (mention assez bien), le jeune homme a
et 20 sous-vœux,
sans les hiérarchiser.
www.parcoursup.fr
22 janvier. Création
du dossier et début
de la saisie des vœux.
3 avril, minuit.
Validation définitive
des vœux.
Le 20 décembre 2018.
Ouverture du site
pour consultation.
14 mars, minuit. Fin
de la saisie des vœux.
15 mai. Premières
réponses aux vœux.
66 – LE S E CHOS WE E K- E ND
19 juillet 2019.
Fin de la procédure.
25 juin-14 septembre.
Phase complémentaire :
propositions dans des
formations disponibles.
PARCOURSUP
finalement décroché une place en prépa PCSI
(Physique, Chimie et Sciences de l’ingénieur)
dans un lycée à quelques stations de RER de
chez lui. « Il avait obtenu quatre prépas intégrées.
Pour se déterminer il s’est rendu sur les campus
et s’est renseigné auprès d’anciens étudiants »,
raconte-t-elle. Son conseil : effectuer un éventail
de choix suffisamment large « car tout au long de
la terminale, les jeunes peuvent hésiter, changer
d’avis » et réfléchir à ses choix en évaluant
la concurrence potentielle. « Dans son académie
de référence, Créteil en l’occurrence, l’université
était particulièrement demandée. Il a donc misé
sur l’université Paris-Est-Marne-La-Vallée
qui était également accessible pour lui en RER. »
REGARDER AUSSI HORS PARCOURSUP
NE PAS RESTREINDRE
LE LYCÉEN DANS SES CHOIX :
AU COURS DE L‘ANNÉE,
LES JEUNES PEUVENT
HÉSITER, CHANGER D’AVIS.
ET ÉVALUER LA
CONCURRENCE POTENTIELLE.
Tous les établissements d’enseignement
ne figurent pas sur la plate-forme, comme
certains établissements publics – IEP Paris
(Sciences Po), Dauphine, École nationale
supérieure des arts décoratifs, École
des Beaux-Arts de Paris – et des écoles privées
cotées : École de l’image des Gobelins, Rubika,
Isart Digital, l’Iéseg, l’Essca… On en compte
environ 9 000 ! Directrice de la communication
de Grenoble École de Management,
Anne-Laure Oudinot-Guilloteau a aussi été
mise à contribution par son fils Gaspard,
en terminale S, pour l’aider à déambuler
dans le labyrinthe ParcourSup. « Bon élève,
il a obtenu plusieurs prépas. En Rhône-Alpes
où nous habitons mais aussi à Nantes.
Pour être franche, je le voyais mal, question
maturité, traverser la France », raconte-t-elle.
Parallèlement, le jeune Grenoblois
avait adressé un dossier de candidature à
la très prestigieuse École polytechnique
fédérale de Lausanne, dans la très proche
Suisse. « Ayant décroché une mention très bien
au bac il a été accepté. Attention, le niveau
d’exigence est très élevé. D’une année sur l’autre,
un tiers des étudiants est évincé des promos.
Mais il est très motivé et son père habite la ville »,
sourit-elle.
FORMULER DES VŒUX MULTIPLES
Même si la procédure ParcourSup ne permet
de formuler que dix vœux, il est souvent
possible pour chacun d’entre eux, d’émettre
des sous-voeux ! Ainsi pour une école accessible
via une banque de concours, on peut demander
en sous-voeux l’ensemble des écoles de ladite
banque. Au final, cet ensemble ne compte donc
que pour un seul vœu. « Pour une prépa, un IUT
ou un BTS, on peut panacher les lieux et les
spécialités, recommande la spécialiste MariePierre Petit. La stratégie consiste à combiner
judicieusement les sous-voeux (Plan A, Plan B,
Plan C) en tenant compte des capacités et
de la sélectivité de chaque « formation + spécialité
+ lieu », consultable dans un des onglets
de Parcoursup. »
PENSER À LA PROCÉDURE COMPLÉMENTAIRE
La procédure complémentaire est une
extension du droit à bénéficier d’une affectation
(voir le calendrier ci-contre). Les lycéens
concernés ? Ceux qui n’ont pas eu la chance
d’obtenir un de leurs vœux initiaux ou
d’éventuels retardataires. « C’est une opportunité
supplémentaire d’obtenir une place dans
les domaines d’études souhaités, dans
des formations qui n’ont pas fait le plein.
Le lycéen doit se renseigner quant aux modalités
d’utilisation de cette procédure et l’utiliser plutôt
que de renoncer à ses droits et ainsi recourir
aveuglément à certaines offres d’établissement
privés », conseille Firouzeh Jallaud, conseil
en orientation et coach à Paris.
Plus d’infos sur www.lesechos.fr/we
LE S E CHOS WE E K- E ND – 67
ET MOI…
L’IMMOBILIER,
UNE VALEUR
REFUGE ?
L’immobilier, de briques
ou de papier, n’a jamais autant
attiré les particuliers et les
investisseurs, car il demeure
un investissement porteur à
long terme. Mais certains, sans
pour autant parler de « bulle »,
évoquent la possibilité d’une
correction. Notamment à Paris.
Par Jean-Denis Errard
Photographe : Brooke DiDonato/
Agence VU
Sur vingt ans comme sur quinze, les chiffres
de l’Insee sont formels : investir dans
la pierre aura été un bon plan. L’immobilier,
globalement, s’est avéré une valeur refuge,
c’est-à-dire qu’il a pris en moyenne plus
de valeur que l’inflation. « Si les modes
financières passent, l’immobilier reste,
constituant par là même un bon placement
de père de famille », assure ainsi l’économiste
Marc Touati dans son dernier livre (Un monde
de bulles, Bookelis, octobre 2018), Dans
le contexte actuel où les marchés financiers
suscitent beaucoup plus de méfiance, après
de longues années de hausse, l’immobilier
a la vertu de rassurer. Si on ajoute à cela que
le crédit est quasiment gratuit, il est facile
d’amplifier sa plus-value avec l’argent prêté
par sa banque et de rembourser largement
les échéances avec les revenus locatifs. C’est ce
qu’on appelle l’effet de levier : vous empruntez
grosso modo à 1% pour obtenir un rendement
qui peut être de 4 ou 5% nets, parfois plus.
Il est d’ailleurs significatif d’observer
l’évolution des capitaux investis auprès
des sociétés de gestion : à fin octobre, selon
les dernières statistiques, plus de 40 milliards
d’euros ont quitté les fonds en actions sur
un an – dont 24,3 milliards rien qu’en octobre,
lors des fortes secousses sur les bourses
internationales – et plus de 23 milliards aussi
sur les fonds financiers diversifiés. À l’inverse,
les fonds monétaires, très peu risqués mais dont
le rendement est quasiment égal à zéro,
ont grossi de 4,5 milliards d’euros sur un an (près
de 9 milliards de plus rien qu’en octobre,
inversant la tendance à la décollecte) et les fonds
dits alternatifs, notamment en immobilier, ont
également gonflé de plus de 8 milliards d’euros
Next Door, Ohio, avril 2014, photo de la série
« A House is not a Home », de l’Américaine
Brooke DiDonato, constituée exclusivement
d’autoportraits.
68 – LE S E CHOS WE E K- E ND
SPÉCIAL IMMOBILIER
sur un an, restant de loin aujourd’hui
le placement privilégié (31% de l’encours total
sur les 1 871 milliards d’euros gérés par
les professionnels, les fonds en actions
représentant 17%). Clairement, l’immobilier
rassure. Est-ce, pour autant, justifié ? Comme
le répète inlassablement l’Autorité des marchés
financiers, « les performances passées
ne préjugent pas de l’avenir ». On ne peut pas
oublier, par exemple, la violente crise
immobilière des années 1991 à 1998, durant
laquelle les prix se sont effondrés en moyenne
de 40%. Sommes-nous alors aujourd’hui
en situation de bulle ? « Il faut arrêter de dire
que les prix ont flambé en France et que l’on
va vers une bulle immobilière. Nous, notaires,
nous nous opposons à cette idée », martelait
le notaire Thierry Thomas, en présentant
fin décembre le bilan de l’année 2018.
Marc Touati, lui, prédit le contraire ; selon
l’économiste, une crise de même ampleur
qu’il y a un quart de siècle – surtout sur
la région parisienne – se prépare. L’évolution
de la valeur des biens rapportée à celle
du revenu disponible des ménages le fait douter
que le marché immobilier soit « sain, fluide,
sans bulle immobilière en vue », comme l’affirme
le notariat. Historiquement ce ratio est de 1.
Aujourd’hui, déplore Marc Touati, il a explosé
à 2,6 à Paris, tout en restant moins préoccupant
à l’échelle nationale (hors Paris) à 1,6.
La faiblesse totalement inédite des taux
de crédit, devenus négatifs net d’inflation,
a boosté la solvabilité des ménages. Trop ?
Cet expert prévoit une baisse de 15% des prix
des logements cette année, tout en assurant
que « l’immobilier va rester un placement porteur
à long terme ». Une remontée des taux de crédit
sifflerait sans doute un revirement de la cote
immobilière. Mais les statistiques les plus
récentes que vient de publier l’Insee justifient
davantage l’inquiétude sur Paris et ses environs
qu’en régions où la cote est pratiquement
« plate » depuis dix ans, peut-être à l’exception
de Bordeaux où les dernières données
de l’Institut notarial de l’immobilier font
ressortir une hausse de 18,6% sur un an,
à 4 250 euros le prix au mètre carré médian
(contre seulement 2 250 euros en 2006). À Paris,
du fait d’une offre insuffisante de logements,
la flambée des prix ne peut que susciter
la crainte d’une correction : de fin 2015 à fin 2018,
la hausse moyenne est de 21%, parfois beaucoup
plus dans les quartiers les plus recherchés et,
de fin 2009 à fin 2011, le rebond a été de 39% !
Dans une note du 3 janvier, un autre économiste
très suivi, Jean-Pierre Petit, conclut que
« les perspectives de performance de l’immobilier
résidentiel sont bien moindres que par le passé
et le risque est probablement plus élevé que
celui perçu par les ménages dont la vision
de l’immobilier est biaisée par une longue phase
haussière entamée il y a plus de vingt ans ». Valeur
refuge, l’immobilier ? Vous avez dit bizarre…
INVESTIR DANS L’IMMOBILIER, UN BON PLACEMENT
Évolutions annualisées en %
7,3
Appartement à Paris
6,1
6
Maison en province
4
4,4
3,7
2,9
2,8
2
1,4
1,3
1
0,6
– 0,1
Sur 20 ans
Sur 15 ans
Sur 10 ans
Sur 5 ans
0,7
SOURCE: INSEE, CALCULS LES ÉCHOS WEEK-END
Inflation Insee
LE S E CHOS WE E K- E ND – 69
10 OPTIONS
GAGNANTES
DANS LA PIERRE
PAPIER
Il existe de nombreuses façons
d’investir dans l’immobilier,
grâce à des placements
financiers. Analyse et conseils.
Le classique investissement dans un but locatif
n’est plus vraiment rentable, loin s’en faut.
En réalité, met en garde Yves Gambart
de Lignières, conseil en gestion de patrimoine
à Vannes, « les rendements locatifs nets de toutes
les charges et des impôts sont très bas. Les calculs
que font les gens, lorsqu’ils m’annoncent faire
du 5 ou 6%, c’est du grand n’importe quoi.
Les vrais rendements sont souvent proches de
zéro, voire négatifs à Paris pour les contribuables
soumis à l’impôt sur la fortune immobilière. »
Tous les conseils en gestion de patrimoine
le constatent ! Cependant, un rendement
(revenu net rapporté à la valeur à laquelle vous
pourriez vendre le bien) peut être médiocre
mais la rentabilité pourra être excellente,
si le logement loué a un fort potentiel
de plus-value. Mais aujourd’hui, après la forte
hausse de la valeur des biens à Paris, à Lyon
ou à Bordeaux, le risque est plutôt inverse. Quant
aux locations saisonnières type Airbnb,
HomeAway, MorningCroissant ou MagicStay,
les contraintes imposées pour rester dans les
clous de la légalité sont devenues pesantes, les
plates-formes ayant en outre l’obligation, depuis
le 1er janvier, de déclarer à l’administration fiscale
les revenus perçus. La rentabilité n’est plus
du tout ce qu’elle était, c’est plutôt une ressource
d’appoint pour les propriétaires. D’autres
opportunités de placement plus intéressantes
existent. En voici dix, passées au crible.
1. LES SCPI
Les SCPI (sociétés civiles de placement
immobilier), qui gèrent un actif de bureaux,
d’entrepôts, de boutiques… loués à des
entreprises, génèrent, de loin, la meilleure
performance dans toute la gamme
ET MOI… SPÉCIAL IMMOBILIER
des placements. Selon l’indice EDHEC IEIF,
sur les dix dernières années, la performance
globale annualisée – rendement et plus-values –
est de 6,1% (frais déduits). L’intérêt, c’est
que vous encaissez un revenu locatif régulier
sans soucis de gestion. Ce rendement est
actuellement de l’ordre de 5%, jusqu’à 6% (avant
impôts), pour les meilleures sociétés de gestion
(Corum AM, Voisin, Fiducial Gérance, Foncia
Pierre Gestion, Sofidy, BNP Paribas REIM).
Notre conseil : la performance, plus-value incluse,
sur cinq ans, dix ans ou quinze ans… est au top
des placements. Le risque, comme pour tout
investissement immobilier, c’est l’absence
possible de « liquidité » au prix demandé (c’està-dire qu’en cas de conjoncture dificile, les parts
de SCPI, comme tout actif immobilier, ne se
revendent pas du jour au lendemain). Ce type
de placement s’adresse à ceux qui recherchent
un revenu de long terme, de façon à amortir
les frais de souscription (de l’ordre de 10%).
Mise de départ :
Profil de risque :
2. LE DÉMEMBREMENT DE SCPI
Vous pouvez investir en parts de SCPI
en « démembrement ». Ce qui signifie que vous
n’achetez que la nue-propriété : vous renoncez
à toucher le rendement locatif pendant
une certaine durée (qui peut être de cinq
ou dix ans, voire 15 ans). L’intérêt de cette
astuce, commente Jean Pitois, de la société
de gestion Perial AM (l’un des plus importants
gestionnaires de fonds immobiliers), c’est
que cela vous fait bénéficier d’une décote
sur le prix, puisque vous n’êtes pas
complètement propriétaire de ces parts.
Cette ristourne atteint 18,5 à 21,5% sur cinq ans
ou de 32,5 à 35,5% sur dix ans.
Notre conseil : c’est une solution recommandée
pour préparer sa retraite. Par exemple, si vous
prévoyez de la prendre dans dix ans, vous
toucherez à la fin de l’usufruit temporaire fixé
à dix ans des revenus supplémentaires issus
de votre placement immobilier. C’est un autre
investisseur (qui peut être une société) qui aura
encaissé les loyers pendant cette durée.
« Ce démembrement est une bonne solution pour
bénéficier d’un double efet de levier, la décote
et l’achat des parts de SCPI à crédit avec un taux
d’emprunt autour de 1,5% » souligne Jean Pitois.
Beaucoup de sociétés de gestion de SCPI
proposent cette solution. À noter : des parts
détenues en nue-propriété ne sont pas
à déclarer à l’impôt sur la fortune immobilière.
Mise de départ :
Profil de risque :
3. LES OPCI
L’OPCI (Organisme de placement collectif en
immobilier) ressemble à la SCPI, mais avec
un avantage qui peut aussi être un inconvénient :
MISE DE DÉPART :
PROFIL DE RISQUE :
Presque rien
Très faible
Faible
Faible
Significative
Significatif
Importante
Important
Très élevée
Très élevé
LES FONDS HYBRIDES,
MÊLANT IMMEUBLES
ET VALEURS FINANCIÈRES,
SONT PLUS SENSIBLES AUX
SECOUSSES BOURSIÈRES.
la facilité de revente, puisque ces fonds dits
« hybrides » comportent à la fois des immeubles
et des valeurs financières axées sur l’immobilier,
a comme revers de la médaille la volatilité.
Du fait de cette poche de valeurs, les secousses
sur la Bourse peuvent en effet amoindrir
la performance du fonds. Sur dix ans, la
performance globale annualisée des OPCI est de
5,1%. Les meilleurs affichent, pour Diversipierre,
de BNP Paribas, 4,76% pour 2018 et 15,3% sur
trois ans, Dynapierre, de SwissLife, 4,14% et
16,82%, Selectiv’Immo, d’Axa, 2,9% et 11,64%.
Notre conseil : ce type de placement
est essentiellement proposé dans les assurancesvie pour contrebalancer la faible performance
des fonds dits en euros (à rendement garanti)
qui ne vont plus, pour la première fois, permettre
de protéger l’épargne contre l’inflation
(qui devrait être de l’ordre de 2% en 2018 comme
en 2019). Ce qui signifie que ces assurances-vie
classiques, pour la plupart d’entre elles,
vont perdre en pouvoir d’achat. L’OPCI présente
aussi l’avantage de ne pas supporter totalement
l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) puisque
seuls les actifs « physiques », et non les valeurs
financières, relèvent de cet impôt. En outre,
au sein d’une assurance-vie, la plus-value évite
largement tout impôt.
Mise de départ :
Profil de risque :
4. LES OPCI PROFESSIONNELS
Il s’agit d’une variante d’OPCI réservée
à des investisseurs considérés comme avertis
(ces fonds sont appelés OPPCI, le deuxième P
signifiant professionnel). Le minimum
d’investissement est plus important, le risque
est plus élevé, donc la performance aussi. Ainsi,
fort de l’expérience réussie avec son fonds
Burger King OPCI (qui a financé les murs
de ces fast-foods), Pierre 1er Gestion a lancé PPG
Retail, un fonds adossé à l’immobilier
70 – LE S E CHOS WE E K- E ND
commercial en jouant plus ou moins fortement
sur l’effet de levier du crédit. « La stratégie
du fonds devrait permettre un quadruplement
du capital sur la durée de vie du fonds qui est
de quinze ans », explique son président,
Christophe Lanson. PPG Retail se fixe pour
ambition d’investir à des rentabilités entre
7 et 7,5% dans des zones commerciales
de périphérie urbaine, sur des villes moyennes/
grandes, ou en pied d’immeubles de centreville. « C’est une erreur de croire qu’Internet
va tuer tous les commerces de proximité. » Il cible
des investissements entre 5 et 20 millions
d’euros en France métropolitaine avec des
enseignes nationales comme Intersport, GiFi,
Norauto, But, Action… Keys Asset Management,
basée à Londres et à Paris, propose également
aux gestionnaires de fortune des solutions
d’investissement dans l’immobilier pour
leur clientèle aisée (avec des mises d’au moins
100 000 euros la part) en « value added »
(restructuration d’immeubles décotés),
de cofinancement de promotion immobilière,
d’investissement en hôtellerie « lifestyle » ou en
auberges de jeunesse de nouvelle génération…
« L’objectif de gestion est de délivrer un
rendement qui, selon la stratégie mise en œuvre,
s’échelonne de 6 à plus de 10% par an », relève
Pierre Gil, responsable du développement.
L’idée intéressante de cette société est de suivre
les nouvelles tendances de l’immobilier
tertiaire, l’évolution de la connectique, des
normes de l’environnement et d’économies
énergétiques, de flexibilité des usages… rendant
les constructions rapidement obsolètes.
Notre conseil : ce type de solution s’adresse
aux investisseurs suivis par une banque privée
ou un conseil en gestion de patrimoine.
La plupart du temps, avec ces fonds, il n’est
pas possible à l’investisseur de se retirer
les cinq premières années.
Mise de départ :
Profil de risque :
5. LES FPCI
Ce type d’investissement (Fonds de placement
de capital-investissement) sert à financer
notamment des activités immobilières
(promotion immobilière, rénovation
d’immeuble). Par exemple, Cyrus Conseil
– l’un des plus importants cabinets de conseil
en gestion de fortune – lance en ce moment
un FPCI étiqueté « value added » (valeur
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L’électricité produite grâce
aux panneaux solaires du
programme «Ydeal»est distribuée
à l’ensemble de ses cinq bâtiments
et permet de couvrir près de 50%
des besoins énergétiques :
une première en France
en matière d’autoconsommation
collective à cette échelle.
ET MOI…
ajoutée), c’est-à-dire investi sur des opérations
de transformation d’immeuble, avec
100 000 euros de mise minimale. Dans ce fonds
multiclasse d’actifs immobiliers, le gérant joue
sur l’effet de levier avec 50% d’endettement.
« C’est typiquement une façon de trouver
du rendement à environ 6-8% moyennant une
indisponibilité de sept à huit ans », commente
Meyer Azogui, président de ce cabinet. Lafayette
Pierre (géré par Laurent Guize, ancien dirigeant
de HSBC REIM), Apicap Immo, 123 IM…
proposent aussi ce type de fonds.
Notre conseil : ce FPCI s’adresse à ceux qui sont
capables de bloquer un capital important
sur plusieurs années (selon les conditions
du fonds). Dans le même registre, intéressezvous aux FCPR (fonds commun de placement
à risque) sur le secteur immobilier. Par exemple,
la société de gestion ExtendAM (700 millions
d’euros sous gestion) lance un fonds spécialisé
en investissement dans des PME de la filière
hôtelière. L’originalité, estime son président
Jean-Marc Palhon, c’est de « comporter une
poche investie en actifs hôteliers physiques
à hauteur de 50% et une autre, de 50% aussi,
en gestion obligataire confiée à notre société de
gestion de portefeuille, Sunny AM ». Une astuce
qui va permettre aux investisseurs de pouvoir se
retirer à tout moment. En termes de performance,
« on devrait être à environ 5%, soit une vraie
alternative au fonds en euros d’assurance-vie ».
À noter que ce fonds n’est pas soumis à l’impôt
sur la fortune immobilière (IFI) et que la plusvalue pourra être exonérée d’impôt sur le revenu.
ExtendAM gère actuellement plus de 160 hôtels
en Europe, avec des acquisitions entre 10
et 50 millions d’euros en moyenne (exemples
récents, le Marriott sur la promenade des Anglais
à Nice, le Radisson à Toulouse Blagnac,
le Holiday Inn à Paris-Montparnasse). Ce fonds
peut être inséré dans une assurance-vie.
Mise de départ :
Profil de risque :
6. LES « CLUBS DEALS »
Pour les gros tickets d’investissement,
des sociétés de gestion montent des « clubs
deals », c’est-à-dire des associations
qui « regroupent généralement entre 4 et
20 investisseurs apportant chacun entre 250 000
et 2 millions d’euros autour d’un actif
ou d’un portefeuille bien identifié », précise
Meyer Azogui, qui propose de ce type
de solutions via sa filiale immobilière Eternam.
Les perspectives de rentabilité sont de l’ordre
de 8 à 10%, grâce à l’effet de levier du crédit,
les loyers servant à rembourser l’amortissement
du prêt. Il existe une plate-forme
d’investissement immobilier, BrickVest, basée
à Londres, aux conseils en gestion de fortune
pour une clientèle « high networth » qui souhaite
prendre part à des opérations de type club deal.
Notre conseil : tous les services de gestion
de fortune et family ofice (pour les fortunes
supérieures à environ 20 millions d’euros)
proposent ce type de solutions sur mesure,
par exemple pour acquérir des murs loués à une
société d’exploitation d’hôtels. Il faut savoir qu’il
existe deux types de club deal, les « distributifs »,
qui vont servir un revenu locatif, et les deals de
capitalisation, avec une plus-value concrétisable
seulement lors du retrait. La performance élevée
qui peut être escomptée est à la mesure du niveau
de risque et de l’absence de liquidité durant
l’opération (c’est-à-dire qu’on ne peut pas revendre
ses parts quand on veut).
Mise de départ :
Profil de risque :
7. LE FINANCEMENT PARTICIPATIF IMMOBILIER
Des plates-formes mettent en relation
les investisseurs et les promoteurs immobiliers
72 – L E S E CHOS WE E K- E ND
(Wiseed, Fundimmo, Homunity, pour citer
les principales). Ceux-ci ne pouvant jamais
se financer à 100% auprès des banques, soit ils
demandent le complément à des fonds
d’investissement soit ils sollicitent désormais
les épargnants. Par exemple, Homunity, depuis
son lancement en septembre 2014, a monté
77 dossiers d’emprunt sur des durées de douze,
dix-huit ou vingt-quatre mois, pour un montant
moyen de 600 000 euros. « Nous n’intervenons
qu’après que le permis a été purgé de tout recours,
que l’opération a été précommercialisée à hauteur
d’au moins 50% et que le crédit bancaire a été
validé », détaille Quentin Romet, cofondateur
de homunity.fr. Du fait du statut légal de conseil
en investissement participatif de ce site, vous
pouvez investir par projet 1 000 euros au moins
et jusqu’à 2,5 millions d’euros.
Notre conseil : il faut bien avoir en tête
que l’argent investi peut être totalement
BROOKE DIDONATO/AGENCE VU
Inside, Ohio,
août 2016. Avec
cette série, comme
pour le reste
de son travail,
l’artiste
questionne la notion
de réalisme et celle
de la féminité,
en proposant
des mises en scène
que des « anomalies
visuelles »
viennent perturber.
SPÉCIAL IMMOBILIER
ou partiellement avalé si le promoteur fait faillite.
D’où les taux d’intérêt intéressants (9,2%
de rendement moyen sur ces quatre dernières
années pour Homunity). Le risque est modéré
dès lors que tous les dossiers ont été
préalablement validés par une banque
qui apporte l’essentiel du financement.
Cependant, il peut arriver que des promoteurs
rencontrent des dificultés à rembourser
(ce qui concerne une plate-forme que nous
évitons de citer). Fiscalement, ce revenu
bénéficie de la flat tax (30% d’impôt maximum)
et évite l’impôt sur la fortune.
Mise de départ :
Profil de risque :
8. LE FINANCEMENT PARTICIPATIF AGRICOLE
AgriLend est une plate-forme de financement
participatif dédiée à la filière agricole
et viticole. L’idée est de financer des agriculteurs
ou viticulteurs – de grosses exploitations –
en complément d’un emprunt bancaire pour,
par exemple, une acquisition de foncier,
la construction d’une usine de méthanisation,
une transition en production bio, l’achat
de nouveaux équipements… Cette plate-forme
met en relation épargnants (jusqu’à 2 000 euros,
le double pour un couple) et agriculteurs
après une sélection drastique opérée par
les gérants de la plate-forme.
Notre conseil : c’est une option de diversification
de vos risques. Les ofres actuellement en ligne
portent sur des demandes de prêt à trois
ou quatre ans de l’ordre de 50 000 euros.
En taux, on démarre à 3% et on montre jusqu’à
6%. « Le but, déclare Cyril Temin, cofondateur
du site, est de mobiliser l’épargne populaire
pour l’agriculture de demain et la qualité
d’alimentation des générations à venir.
C’est aussi de proposer aux épargnants
une alternative utile pour placer leur argent. »
Mise de départ :
Profil de risque :
9. LES GFV
Les GFV (groupements fonciers viticoles)
Saint-Vincent, spécialistes très reconnus basés
à Dijon, commercialisent en ce moment
leur 50e opération, la vente de parts dans
un très beau vignoble à Châteauneuf-du-Pape.
Ce GFV sur six hectares en AOC Châteauneufdu-Pape fait partie de l’exploitation Château
de la Font du Loup, avec deux jeunes
vignerons quadras passionnés et très
sympathiques, Anne-Charlotte et Laurent
Bachas. Anne-Charlotte représente
la quatrième génération sur ce domaine
qui s’étend sur une vingtaine d’hectares
d’un seul tenant. Montant à investir :
50 500 euros pour un fermage de 42 bouteilles
réparties sur deux cuvées de rouges :
The Staircase, Ohio, août 2016. Inspirée par cette région du Midwest où elle a grandi
et qu’elle juge « banale », Brooke DiDonato a été exposée au KINDL Museum de Berlin en 2018.
Château de la Font du Loup et Le Puy Rolland
(vieilles vignes centenaires), deux très bons
vins de garde.
Notre conseil : un investissement à envisager
à long terme (au moins dix ans). Accessoirement,
cet actif patrimonial est largement exonéré
d’impôt sur la fortune immobilière et de droits
de succession. Comme le fait remarquer André
Manière, fondateur de Saint-Vincent, un GFV
c’est comme une assurance vie ! Avec le régal
du palais en plus. Autre intervenant sérieux
sur les montages de GFV : Bacchus Conseil.
Mise de départ :
Profil de risque :
10. DE L’IMMO POUR PEA
On peut mettre de la pierre dans un Plan
d’épargne en actions ! À commencer
par des « foncières », des actions de sociétés
spécialisées dans la gestion d’actifs immobiliers
(Covivio, Klépierre, Mercialys, UnibailRodamco…) ou des actions de fonds investis
sur ces titres de foncières, les fonds résistant
mieux dans les phases boursières perturbées
comme en ce moment. Selon la base de données
Quantalys, la cote des fonds immobiliers
européens est en recul de 8,8% sur an
(au 4 janvier 2019), contre 15,8% pour l’ensemble
des fonds en actions européennes. Et sur trois
ans, les premiers sont en progression de 3%
les seconds s’affichant en recul de 3%. Sur dix
ans ils l’emportent aussi (10% contre 8%).
Autre option : intégrer des actions de sociétés
immobilières non cotées en Bourse.
LE S E CHOS WE E K- E ND – 73
C’est ce que propose par exemple la société
de gestion Novaxia, avec son fonds Immo
Club 5. Ce fonds, explique Joachim Azan,
président de cette société, « recherche
de potentielles plus-values en réalisant
des opérations de valorisation sur des actifs
de taille significative, peu accessibles aux
particuliers : rénovation, réhabilitation
d’immeubles de bureaux obsolètes,
transformation d’actifs tertiaires ou industriels
en logements, en hôtels, en résidences
de services ». Objectif : 6 à 7% de rentabilité nette
annuelle. Dans le même registre, Horizon AM,
une société de gestion spécialiste du capitalinvestissement dans le secteur de l’immobilier
résidentiel, lance un nouveau fonds,
Performance Pierre 4. Celui-ci va financer
des opérations de promotion immobilière
et de réhabilitation en France, particulièrement
sur l’Île-de-France jugée « à fort potentiel » en
raison du décalage entre la densité croissante
de la population et le rythme de construction.
Notre conseil : l’intérêt du PEA, c’est
de défiscaliser la plus-value (mais
les prélèvements sociaux restent dus). Attention
à la durée d’investissement conseillée, souvent
de sept ans pour ce genre d’opérations
de valorisation immobilière. La performance
est évidemment tributaire du succès des
réhabilitations et du niveau des frais ; escomptez
raisonnablement au moins 5% nets par an.
Mise de départ :
Profil de risque :
Plus d’infos sur weekend.lesechos.fr
CLAP DE FIN
L’idée de lire son livre m’est venue devant
C à vous, l’émission de la 5, que je regarde
régulièrement en début de soirée parce que
dans le paysage audiovisuel pléthorique c’est
tout simplement une des meilleures, fabriquée
et animée par des gens de talent à la fois
critiques et bienveillants. Bref, il est là, assez
détendu pour un membre d’un gouvernement
qui se fait démonter au démonte-pneu depuis
des semaines, moins que le président Macron,
mais quand même. Bruno Le Maire représente
un peu le prototype du personnage conspué
par la vindicte populaire récente, haut
fonctionnaire sorti de Normale Sup et de l’ENA,
ministre des Finances libéral et en plus,
vous imaginez, il a le toupet de sortir un livre
en pleine crise des gilets jaunes qui, et là
c’est le bouquet, n’est pas le sujet du livre alors
que c’est 95% du temps d’antenne de BFMTV.
Quand Marion Ruggieri évoque le fait que
le documentaire Winter on fire sur la révolution
orange en Ukraine deviendrait un symbole
des gilets jaunes, son regard puis son ton
se durcissent devant l’imposture des idéologues
du mouvement. Du coup, je regarde le doc
sur Netflix et je comprends sa réaction devant
l’amalgame entre un élan populiste français
radicalisé à la marge, fusionnant volontiers des
idées de droite et de gauche extrêmes, soutenu
par des partis politiques
et des médias antieuropéens et pro-russes,
dont un des leaders s’accommoderait bien
de quelques morts pour donner du panache
à son mouvement, et la révolution orange
déclenchée pour adhérer à l’Europe contre
la volonté d’un gouvernement pro-russe et
très corrompu, sacrifiant plus de 100 vies à
un combat pour la liberté. C’est toujours Marion
Ruggieri, parce qu’elle en parle très bien, qui me
donne envie de lire le livre de Bruno Le Maire,
qui, contre toute attente, est un hommage à
un ami disparu. Le récit révèle chez son auteur
SON RÉCIT RÉVÈLE CHEZ
L’AUTEUR UNE QUALITÉ RARE
CHEZ LES POLITIQUES, UNE
SENSIBILITÉ ACCOMPAGNÉE
D’UNE PROFONDE EMPATHIE.
LE TRAIT
74 – L E S E CHOS WE E K- E ND
une qualité rare chez les hommes politiques,
une sensibilité accompagnée d’une profonde
empathie qui n’est pas feinte. Le livre est sobre,
sincère, sans effets de plume, sans cet éternel
besoin des politiques de s’inscrire dans l’histoire.
Il est aussi touchant car l’auteur y rapporte
sans falsification sa cuisante défaite à la primaire
de la droite. Au détour des pages émouvantes
principalement consacrées aux dernières
semaines de son ami vaincu par une tumeur
au cerveau, il effleure des sujets politiques.
On sent que sa préoccupation majeure,
est le risque de naufrage de l’Europe – naufrage
souhaité par les États-Unis et la Chine qui la
verraient bien sortir du concert des puissances,
rongée par des nationalismes au petit pied.
À la lecture du livre, je réalise que lorsque,
dans l’émission, il dit comprendre la détresse
des plus démunis des gilets jaunes – les femmes
seules avec des enfants en particulier –, ce n’est
pas un artifice. S’y ajoute une prise de conscience
des excès de notre système économique qu’on le
voit reconnaître pour la première fois. Peut-être
que celui qui paraissait au départ le plus à droite
des ministres de Macron pourrait figurer
désormais l’aile humaniste d’un gouvernement
dans lequel il est une force évidente.
ILLUSTRATION PORTRAIT : FABIEN CLAIREFOND
MARC DUGAIN
LIRE BRUNO LE MAIRE
A P P A R T E M E N T S
P A R I S I E N S
Les honoraires sont à la charge du vendeur
B E A U X
Ne u i l l y - Pa s t e ur - 2 6 0 0 0 0 0 €
Dans un hôtel particulier, appartement de 231 m² situé aux deux derniers étages. Il comprend, au premier niveau, un salon, une salle à manger sous
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