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Libération - 18.01.2019-1

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
VENDREDI 18 JANVIER 2019
Patron d’Interpol
disparu : la Chine
a-t-elle tenté
d’enlever aussi
sa femme ?
www.liberation.fr
AP
2,00 € Première édition. No 11705
Politique
Chez LREM,
la revanche
des députés
«bisounours»
PAGES 14-15
YANN CASTANIER . HANS LUCAS
ENQUÊTE ET INTERVIEW,
PAGES 10-13
PRÈS DE CENT BLESSÉS GRAVES
CIRCULEZ, Y A RIEN À VOIR ?
LBD40, grenades GLI-F4… Les armes utilisées face aux gilets jaunes
ont causé un nombre de blessures inédit. Si l’exécutif évacue
la polémique, des voix commencent à s’élever jusque chez les policiers.
PAGES 2-5
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,80 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,20 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 22 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,90 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 5,00 DT, Zone CFA 2 500 CFA.
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2 u
ÉVÉNEMENT
Libération Vendredi 18 Janvier 2019
ÉDITORIAL
Par
GRÉGOIRE BISEAU
Abus
En ces temps de grand
débat national, le gouvernement nous exhorte à
débattre de nombreux
sujets, mais surtout pas
de celui-ci. Le «maintien
de l’ordre» serait une affaire trop sérieuse pour
qu’on puisse questionner
ses moyens et ses résultats. Ses armes et ses
blessés. Depuis plusieurs
semaines, notre ministre
de l’Intérieur, Christophe
Castaner, a choisi d’enfiler sa tenue d’agent de la
circulation : «Circulez, y a
rien à voir.» Donc rien à
discuter. Rien ? Faut-il
rappeler ici la centaine de
blessés graves, recensés
notamment par Libération, depuis le début du
mouvement des gilets
jaunes ? Trois manifestants ont perdu une
main. Quatorze un œil.
«La réponse des forces de
l’ordre a été proportionnée aux violences des manifestants», répète à
l’envi l’exécutif. Passons
sur le caractère sommaire
de l’argumentaire. Le
«camp d’en face est violent, donc nous sommes
violents». Ce genre de
raccourci conduit très
vite à légitimer tous les
abus de droit. Or, en matière de maintien de l’ordre, la France n’est pas un
modèle, mais plutôt une
exception. Elle est un des
très rares pays européens
à utiliser des grenades explosives et des lanceurs
de balle de défense
(LBD). On a les comparaisons européennes qu’on
veut. Le gouvernement
aime vanter la compétivité de l’économie allemande, le poids de la fiscalité de nos amis
britanniques, ou la flexsécurité des pays scandinaves. Pourquoi alors ne
pas se pencher aussi sur
la police de tous ces pays,
dont aucun n’utilise de
telles armes contre ses
manifestants ? Le patron
de la préfecture de police
de Paris avait lui même,
l’année dernière, à la
suite du rapport du Défenseur des droits, recommandé l’abandon
des LBD. Avant de revenir
en arrière face aux gilets
jaunes. «A situation exceptionnelle, moyens
exceptionnels.» •
Mise en joue et tir de pavé lors de l’acte IV des gilets jaunes, samedi 8 décembre sur les Champs-Elysées. PHOTO STÉPHANE LAGOUTTE
Violences policières
Les armes du déni
Malgré l’ampleur historique des blessures infligées
par des armes dites «intermédiaires» contre des gilets jaunes,
le gouvernement persiste à nier l’évidence.
Du côté des forces de l’ordre, la multiplication des dérives
commence à inquiéter.
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Libération Vendredi 18 Janvier 2019
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nistre de l’Intérieur, Christophe
Castaner a déclaré : «Je ne connais
aucun policier, aucun gendarme qui
ait attaqué des gilets jaunes. Par
contre, je connais des policiers et des
gendarmes qui utilisent des moyens
de défense de la République, de l’ordre public. […] Si vous cumulez tous
les incidents que nous avons connus
ces derniers temps, à chaque fois, ils
ont su agir avec proportionnalité.»
Ces formules, le ministre les répète,
le lendemain, pratiquement à
l’identique lors des questions au
gouvernement à l’Assemblée nationale. «La réponse des policiers est
toujours proportionnée», a même
renchéri son secrétaire d’Etat, Laurent Nuñez, jeudi après-midi devant les sénateurs.
La cécité du pouvoir face aux dégâts
de ces armes a frappé jusqu’au président de la République. Le 20 novembre, devant un parterre d’étudiants de l’université catholique de
Louvins en Belgique, Emmanuel
Macron avait été interpellé: «Pourquoi vous matraquez vos étudiants?
Pourquoi vous êtes le seul pays qui
utilise des grenades contre sa propre
population ?» «Là, vous dites n’importe quoi», avait rétorqué le chef de
l’Etat, refusant d’admettre que la
France est bien le seul pays européen à utiliser une grenade explosive composée de TNT dans ses
opérations de maintien de l’ordre.
Dans la campagne présidentielle,
l’équipe du candidat avait pourtant
abordé la problématique du maintien de l’ordre et de l’usage des armes. «L’un des éléments plus importants, c’est qu’on estimait qu’il fallait
éviter un maintien de l’ordre dur,
avec en tête ce qu’il s’est passé à la
ZAD de Sivens et la mort de Rémi
Fraisse», relate un pilier du programme sécurité de la campagne
d’Emmanuel Macron. Un objectif
désormais bien lointain.
Par
ISMAËL HALISSAT
U
n déni d’Etat. Depuis deux
mois, il est difficile d’échapper aux images de blessures
graves causées par les armes du
maintien de l’ordre dans le cadre du
mouvement des gilets jaunes. Pourtant, aucune réaction politique de
l’exécutif. Aucune remise en cause.
Le volume des tirs d’armes dites
«intermédiaires» ou «à létalité réduite» et ses conséquences ont atteint un niveau historique ces dernières semaines. Jamais dans
l’histoire récente, l’utilisation de la
force par la police dans le cadre
d’une mobilisation sociale n’avait
produit de tels effets. Le recensement effectué par Libération a permis d’identifier près d’une centaine
de blessures graves, pour nombre
d’entre elles irréversibles. Difficile
pour l’Intérieur de faire abstraction
de ces chairs lacérées, d’ignorer les
gueules cassées et les yeux crevés
par les tirs de balles en caoutchouc
semi-rigide et d’occulter les membres criblés et arrachés par le souffle
des grenades explosives composées
de TNT. C’est pourtant le cas.
Questionné à ce propos lundi dernier dans les couloirs de la préfecture de l’Aude par la presse, le mi-
«DÉPENDANCE»
Ces dernières semaines, la multiplication des prises de parole sur la réponse sécuritaire, sans même évoquer la question des blessés, a
largement contribué à tendre la situation. «Le gouvernement ne peut
pas critiquer l’action des forces de
l’ordre alors qu’il les présente comme
un rempart pour le pouvoir, estime
Sebastian Roché, sociologue spécialiste de la police (lire page 4). La
dramatisation du moment crée une
dépendance à la police, jusqu’à la
négation de la violence des forces de
l’ordre. Une négation complète.» En
répétant que l’usage des armes est
«proportionné» à la violence des
manifestants, le ministre de l’Intérieur balaye la moindre critique
avant même la conclusion des enquêtes judiciaires diligentées à la
suite de blessures. D’autant que les
inspections générales de la police et
la gendarmerie qui enquêtent sur
ces faits sont soumises à son autorité hiérarchique.
«C’est le syndrome Charles Pasqua
et c’est une connerie de dire “dans
tous les cas on vous couvre”, réagit le
membre du groupe sécurité de la
campagne du Président. Les ministres de l’Intérieur veulent être les
premiers flics de France mais ce n’est
pas leur rôle. S’ils
Suite page 4
u 3
GLI-F4, LBD 40: derrière les
sigles, une réalité sanglante
La France est un
des rares pays de l’UE
à utiliser ces armes dites
«sublétales» causant
de graves blessures.
O
n les qualifie d’«armes
de forces intermédiaires»,
ou encore d’armes «sublétales»: grenades explosives ou lanceurs de balles de défense (LBD),
ils constituent, face à une foule,
les instruments ultimes avant de
tirer à balles réelles. Et avec le
temps, ils sont devenus, notamment pour le LBD, les chouchous
des forces de l’ordre sur le terrain.
Radiographie de deux armes de
plus en plus décriées, qui placent
la France dans une situation singulière en Europe.
La GLI-F4, grenade
au souffle puissant
Petite bombe dotée de 25 grammes
de TNT (tolite), la grenade GLI-F4
produit, en plus d’un effet lacrymogène, une forte explosion
(165 décibels à 5 mètres) provoquant un effet de souffle particulièrement effrayant pour les manifestants. Depuis l’interdiction de
la grenade OF-F1 suite au décès de
Rémi Fraisse à Sivens en 2014, c’est
la grenade la plus puissante de l’arsenal des forces de l’ordre. «Même
pour […] les plus agressifs, il est difficile de se prémunir», notait un
rapport commun de l’Inspection
générale de la gendarmerie nationale (IGGN) et de la police nationale (IGPN), publié le 13 novembre 2014. C’est aussi, et de loin, la
plus dangereuse. Ce même rapport
reconnaissait ainsi que ces «dispositifs à effet de souffle […] sont susceptibles de mutiler ou de blesser
mortellement un individu». Et
«quel que soit le moyen utilisé,
comme il s’agit d’un dispositif pyrotechnique, une atteinte à la tête ou
sur le massif facial ne peut jamais
être totalement exclue». Depuis le
début du mouvement des gilets
jaunes, elle est suspectée d’avoir
conduit à quatre mains arrachées,
un œil endommagé (perte de la
vue) et un pied blessé. Cette arme
particulièrement mutilante – et
que la France est la seule à utiliser
en Europe en opérations de maintien de l’ordre– devrait néanmoins
appartenir au passé. Les commandes ont cessé, le ministère ayant
choisi de la remplacer par la
GM2L. Cette dernière produit un
effet lacrymogène et assourdissant, mais pas déflagrant comme
la GLI-F4, selon le ministère de
l’Intérieur. Reste que les stocks actuels seront bien utilisés jusqu’à
épuisement.
Le LBD 40, fusil précis
et disproportionné
En forme de fusil terminé par un
gros canon, le LBD 40 (lanceur de
balles de défense de 40 millimètres
de diamètre) fait florès dans les
rangs policiers. Fin décembre, le
ministère de l’Intérieur a passé
commande de 1280 nouveaux LBD
sur quatre ans. Apparus en maintien de l’ordre en France au début
des années 2000, et notamment
après les émeutes de 2005, les premiers LBD étaient de type FlashBall Super-Pro. De fabrication française, ils ont été progressivement
remplacés depuis 2009 par le
LBD 40, de fabrication helvétique,
plus puissant et plus précis. Une
caractéristique qui rend d’autant
plus inexplicable le nombre important de blessés graves liés à cette
arme –71 depuis le début du mouvement des gilets jaunes, selon le
recensement de Libération. Car sur
le papier, l’usage du LBD est très
encadré. Le tireur, explique une
instruction du ministère de l’Intérieur de septembre 2014, doit viser
«de façon privilégiée le torse ainsi
que les membres supérieurs ou inférieurs», mais en aucun cas la tête.
Chaque tir doit également faire
l’objet d’un rapport détaillé. Des recommandations sans grand effet
sur le nombre de bavures constatées sur le terrain. Et pour cause:
«Dans le cadre d’un rassemblement
sur la voie publique, le lanceur de
balles de défense ne permet ni d’apprécier la distance de tir ni de prévenir les dommages collatéraux […]
Au cours d’une manifestation où,
par définition, les personnes visées
sont généralement groupées et mobiles, le point visé ne sera pas nécessairement le point touché et la personne visée pourra ne pas être celle
atteinte», expliquait le Défenseur
des droits dans un rapport de décembre 2017.
Bref, cette arme détient «un degré
de dangerosité disproportionné au
regard des objectifs du maintien de
l’ordre». Sensible à ce rapport, le
préfet de police de Paris avait fini
par renoncer au LBD en maintien
de l’ordre… avant de faire machine
arrière lors du mouvement des
gilets jaunes, continuant ainsi
à faire de la France un des rares
pays en Europe (avec la Grèce, l’Espagne et la Pologne) à l’utiliser. «Le
Royaume-Uni avec ses hooligans ou
l’Allemagne avec ses néonazis ont
aussi des vraies problématiques de
maintien de l’ordre. Et pourtant, ils
réussissent très bien à s’en passer»,
relève David Dufresne. Pour ce
journaliste spécialisé, les dérives
dans l’usage du LBD en France
sont aussi et surtout le fait de policiers non formés au maintien de
l’ordre, comme les membres des
brigades anticriminalité. Un phénomène qui rejaillit avec les gilets
jaunes, et qui a au moins le mérite
de mettre en lumière ce «qu’il se
passe depuis quinze ans dans les
banlieues, sans que personne n’en
parle», selon Dufresne.
LUC PEILLON
Manifestation
du 1er décembre.
PHOTO MAXIME
REYNIE
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4 u
ÉVÉNEMENT
pouvaient
prendre d’assaut les barricades
comme Napoléon au pont d’Arcole,
ils le feraient. Ils sont galvanisés
mais ils ne comprennent pas qu’ils
ne sont pas policiers.»
Pourtant, même en interne, le soutien inconditionnel aux forces de
sécurité commence à se fissurer. Interrogés par Libération, des responsables de la police et de la gendarmerie s’inquiètent, sous couvert
d’anonymat, d’importantes dérives,
notamment concernant les tirs de
LBD 40 (lire page 3), fusils à balles
en caoutchouc semi-rigide. Son emploi a été massif par les effectifs en
civil, non spécialistes des manifestations. «Ces unités, principalement
des brigades anticriminalité (BAC)
sont noyées dans le dispositif au milieu des forces spécialisées, gendarmes mobiles et CRS. Sur une
manœuvre offensive, elles sont censées nous accompagner. Là, c’est
presque l’inverse, on a eu l’impression que ce sont les CRS et les gendarmes mobiles qui sont venus en
appui des BAC, analyse un colonel
de la gendarmerie mobile. Or, ces
brigades n’ont pratiquement qu’une
arme: le LBD 40. Si on met de côté la
morale, la doctrine et la déontologie,
c’est fabuleux sur le seul plan tactique, mais bon…» De sources policières, de très nombreux tirs qui ont
touché des manifestants à la tête
sont attribués à ces unités. Le chef
d’un escadron de gendarmerie a
même consigné dans un rapport
que son unité a été visée par des tirs
des BAC le week-end dernier.
Libération Vendredi 18 Janvier 2019
Suite de la page 3
«
Des hommes brandissent des photos de violences policières durant l’acte IX des gilets jaunes à Toulouse, 12 janvier. PHOTO ULRICH LEBEUF. MYOP
«C’est toute la doctrine du maintien
de l’ordre qu’il faut réinventer»
Pour le criminologue
Sebastian Roché,
la police a perdu
le contact avec
la population.
E
n matière de maintien de
l’ordre, la France est à plusieurs égards une exception
européenne. Si elle est un des rares
pays de l’Union où les forces de l’ordre utilisent le LBD 40, elle est surtout le seul à recourir aux grenades
explosives face aux manifestants.
Chercheur au CNRS et auteur de De
la police en démocratie (Grasset),
Sebastian Roché estime que l’Hexagone devrait prendre exemple sur
les pays nordiques, où la doctrine
du maintien de l’ordre repose sur la
désescalade.
La France autorise encore ses
forces de l’ordre à user du LBD.
Qu’est-ce que cela dit de notre
doctrine du maintien de l’ordre?
Nous ne sommes pas sortis de la pulation. Bien sûr, cela se traduit
conception du maintien de l’ordre dans la manière de concevoir et
telle qu’elle a émergé au XIXe siè- d’exécuter le maintien de l’ordre,
cle, avec l’apparition de la Répub- comme on le voit très bien
lique, et qui tente de concilier la aujourd’hui.
défense de l’ordre avec le respect En quoi cette approche diffèredes libertés fondamentales. t-elle d’autres pays européens?
Jusqu’où le pouvoir peut-il être vio- Dans les pays nordiques, la relation
lent avec la foule pour
entre la police et la
maintenir l’ordre ? Et
population est basée
quel niveau de désorsur une recherche de
dre est acceptable lors
confiance. L’objectif
d’une manifestation ?
officiel des forces de
Tous les pays d’Europe
l’ordre est de préserde l’Ouest partagent ce
ver le contact avec la
cadre général. Et parpopulation. En ce
tout, éviter de tuer les
sens, il n’est pas
INTERVIEW étonnant que ces
manifestants est une
priorité. Mais ce qui est
pays soient aussi
propre à la France, c’est le phéno- ceux où l’usage des armes intermémène d’isolement de la police. diaires est proscrit. Au Danemark,
Comme un fil électrique entouré la proximité avec la population est
d’une gaine, la police est une orga- ainsi au centre de la formation des
nisation isolée qui répond à l’exé- fonctionnaires de police. Au
cutif, et seulement à l’exécutif. Il y Royaume-Uni, le consensus est au
a peu, voire pas de lien avec la po- cœur de l’exercice, quand en AlleDR
RÉPONSES FLOUES
Au-delà des gilets jaunes, le ministère de l’Intérieur continue d’opposer une opacité de principe sur la
question de l’usage de la force. Et ce,
malgré les alertes répétées depuis
plusieurs années du Défenseur des
droits, principalement à propos de
l’usage du LBD 40. Sur RTL, jeudi
matin, Jacques Toubon a rappelé
qu’«il y a un an, nous avons demandé le moratoire et que tout cela
soit réétudié». La mobilisation de
collectifs de victimes et la publication de rapports des ONG comme
Amnesty International ou l’Action
des chrétiens pour l’abolition de la
torture (Acat), n’ont également rien
changé. Libération interroge aussi
fréquemment le ministère de l’Intérieur, la préfecture de police de Paris
et les directions de la police et la
gendarmerie sur l’usage des armes
du maintien de l’ordre. Les réponses
sont floues ou ignorées. La dangerosité de ces munitions est souvent
découverte seulement à l’occasion
d’instructions judiciaires.
Combien de tirs de grenades lacrymogènes, de grenades de désencerclement, de balles en caoutchouc
ont été effectués depuis le début du
mouvement des gilets jaunes? Quel
est le cadre d’emploi de la grenade
GLI-F4, qui a provoqué quatre amputations de mains ou de graves
blessures aux jambes ? Des réflexions ont-elles été engagées à la
suite de la multiplication des blessures? Une demande d’interview a
été envoyée il y a plusieurs jours au
ministre de l’Intérieur. Elle est restée lettre morte. •
magne, un des slogans dit: «La police, ton ami.» Ici, on n’imaginerait
même pas que le ministère de l’Intérieur puisse lancer une telle formule! Institutionnellement, la police française est complètement
aveugle à la société civile. Un agent
n’est pas récompensé parce qu’il
connaît bien la population –ça n’a
aucune valeur professionnelle –
mais parce qu’il a atteint, par
exemple, un certain nombre d’interpellations.
Pour justifier le recours massif
aux armes intermédiaires, l’exécutif invoque le contexte particulièrement violent…
L’Allemagne et les pays nordiques
sont eux aussi confrontés à des manifestations importantes, parfois
très violentes. Ce ne sont pas des
pays où il ne se passe rien, mais ils
abordent autrement le maintien de
l’ordre. Leur modèle, dit de «désescalade», repose sur l’idée de diminuer la conflictualité. Cela suppose
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Libération Vendredi 18 Janvier 2019
u 5
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FRÉDÉRIC ROY, 35 ANS (GIRONDE)
«TOUTES LES CHAIRS ÉTAIENT BRÛLÉES, J’AI ÉTÉ AMPUTÉ AU NIVEAU DU POIGNET»
«Je vis à 35 kilomètres de Bordeaux, où je suis lamaneur
–j’amarre et largue les bateaux qui
accostent au port. Chaque mois, je
dépense 200 euros de carburant
pour aller au travail. C’est comme
ça que je suis devenu gilet jaune.
Le 1er décembre, c’était la première grande mobilisation dans le
coin. J’y suis allé avec un ami
rencontré sur un rond-point. Tout
juste arrivés place Pey-Berland, les
forces de l’ordre ont commencé
à gazer dans tous les sens. Il n’y
avait pourtant aucune violence.
Très vite, je suis tombé au sol.
J’allais me relever quand j’ai vu
cette grenade tomber à côté de
moi. Mon premier réflexe a été de
vouloir la repousser : j’avais peur
qu’elle m’explose au visage. J’ai
senti un énorme souffle. Quand j’ai
vu ma main droite, j’ai compris…
Toutes les chairs étaient brûlées,
ça saignait à peine. On m’a fait un
garrot, mis sous une couverture de
survie. J’ai été amputé au niveau
du poignet ; j’attends maintenant
d’être appareillé. J’ai réussi à expliquer à mes enfants de 9 et 12 ans
ce qui s’était passé.
«Aujourd’hui, ils me coupent ma
viande, me disent : “Papa, je serai
ta deuxième main.” Les nuits aussi
sont difficiles. J’ai des douleurs en
permanence, c’est horrible pour
trouver le sommeil. La morphine
est le seul truc qui me calme. Tout
a changé dans ma vie. Avant,
j’étais vachement bricoleur…
aujourd’hui, je suis devenu tributaire des autres pour le moindre
geste. J’ai une perte de salaire conséquente : comment vivre avec
700 euros mensuels? J’ai un crédit
immobilier, deux enfants à nourrir.
Je vais essayer de leur proposer
des solutions, mais j’ai peur de
perdre mon boulot. J’ai de la colère, je me sens désemparé
– même si des gilets jaunes me
soutiennent.»
ANTOINE, 26 ANS (PARIS)
«J’AVAIS LES MAINS TREMPÉES DE SANG, JE NE SENTAIS PLUS UNE PARTIE DE MON VISAGE»
«J’étais chez moi, tranquille. C’était
le 8 décembre. J’habite près de la
place de la République. Entre la
marche pour le climat et les gilets
jaunes, elle était blindée. J’ai voulu
aller voir. Mais quand je suis sorti,
la nuit était tombée, c’était plus du
tout la même ambiance: ça chauffait un peu, des mecs étaient en
train de casser un magasin de
sport. Ça sentait la gazeuse partout. J’ai voulu rentrer. Il était un
peu plus de 20 heures. En marchant boulevard Saint-Martin, j’ai
entendu des bruits derrière moi.
J’ai tourné la tête. D’un coup, j’ai
reçu un impact. La balle de défense m’a tapé sec. C’était vraiment
puissant. Je me suis retrouvé couché direct.
«Autour de moi, les gens répétaient: “Il a été touché, il a été touché.” J’avais les mains trempées de
sang, je ne sentais plus la partie
gauche de mon visage, mais je me
suis vite relevé. Un mec m’a aidé,
il criait «médic, médic». J’ai été
transféré à l’hôpital Cochin. Sur le
moment, j’ai pas trop réalisé. J’étais
trop sonné, même si je ne voyais
plus rien. Vers 1 heure, j’ai été
opéré. Les médecins m’ont dit que
mon œil avait été gravement touché. Puis, j’ai été opéré de nouveau
pour une fracture du plancher orbital. On m’a fait comprendre que
retrouver la vue allait être chaud.
Un miracle. Ça m’a mis une claque.
«Je commence à m’habituer à vivre d’un œil. Je ne suis pas du
genre à déprimer. Je vais me battre
en justice, j’ai porté plainte. Le matin, il arrive que je me cache l’œil
droit pour voir si ça revient. Quand
je marche dans la rue aussi, je me
sens différent. Je ne me sens plus
comme les autres. On n’est pas
prêt pour des trucs comme ça.»
FRANCK, 44 ANS (MEURTHE-ET-MOSELLE)
«LA BALLE M’A ENFONCÉ LE COIN DE L’ŒIL ET CASSÉ LE NEZ»
«Ça s’est passé le 1er décembre
au pied de l’Arc de triomphe, à Paris. J’étais là pour la première fois,
à vrai dire c’était même ma première manifestation. J’avais décidé de venir pour mes deux enfants, pour le monde qu’on leur
laisse et aussi pour mes parents
qui peinent à boucler leurs fins de
mois. C’est d’ailleurs ce que j’avais
écrit sur mon gilet jaune : “Pour
mes enfants et pour mes parents.”
que les services de renseignement
soient connaisseurs des profils et
des motifs au cœur de la contestation. S’il est compliqué de le déterminer pour les gilets jaunes, cette
difficulté n’est pas nouvelle. Cela
implique aussi de ne pas faire un
usage indiscriminé des LBD.
Pourquoi la France reste-t-elle
le seul pays d’Europe à user des
GLI-F4 ?
Cela signifie d’abord que le pouvoir
estime que l’ordre peut être rétabli
à ce prix, que c’est moralement
acceptable. Ensuite, l’équipement
est intégré aux stratégies du maintien de l’ordre. Lorsqu’on va vouloir
supprimer ces grenades, les forces
de l’ordre vont avoir l’impression
de se retrouver nues, d’être vulnérables. Et vont se demander : par
quoi les remplacer? Il reste très difficile de changer ce qui est intégré
aux pratiques. En fait, c’est toute la
doctrine du maintien de l’ordre
qu’il faut réinventer. Mais tout cela
a un coût politique et technique
élevé: il faut des réunions, il y a le
risque de créer un contentieux avec
les syndicats… In fine, les habitudes et le pouvoir sont deux bonnes
raisons de conserver ces outils.
Recueilli par
CHLOÉ PILORGET-REZZOUK
Je travaillais dans la logistique,
parfois il m’arrivait de ne pas manger le midi. J’arrivais tout juste
à payer mes factures.
«Ce 1er décembre, je voyais plein
de gens se faire gazer autour de
moi, des femmes qui tombaient au
sol, même des personnes âgées. A
un moment, une rondelle de gaz
lacrymogène est arrivée dans ma
direction, j’ai mis un coup de pied
dedans. Et puis j’ai senti un choc
violent sur mon visage, ça venait
de la droite du camion de jet d’eau.
Heureusement que je portais un
masque de ski pour me protéger
quand je vois dans quel état il est…
Après l’impact, je suis tombé au
sol et j’ai senti qu’on me tirait pour
me mettre en sécurité. La balle de
défense m’a enfoncé le coin de
l’œil et cassé le nez. Aujourd’hui, je
vois moins bien. Cela fait quatre
mois que je suis au chômage, je me
Chaque point
représente un gilet
jaune gravement
blessé
94 blessés graves
chez les gilets
jaunes
31
CANON
À EAU
7
CAUSE
INDÉTERMINÉE
3
COUPS
DIRECTS
GRENADE GLI-F4 8
OU DE DÉSENCERCLEMENT
TIRS
DE LBD*
71
Genre
des blessés
Femmes (10)
Homme (84)
* Lanceur de balles de défense
Infographie : Clara Dealberto
GRENADE
NON PRÉCISÉE
2
2
GRENADES
LACRYMOGÈNES
Membre
atteint
Tête (77)
Côtes (1)
Main (9)
Sexe (1)
Jambes (5)
Pied (1)
demande ce que je vais faire car
c’est difficile de continuer dans la
logistique sans pouvoir lire correctement les étiquettes.
«Ce n’est pas normal ce qui s’est
passé, il y a beaucoup trop de
blessés. Il y en a de plus graves
que moi. Mais quand je me regarde dans un miroir, je ne vois
plus la même personne, avec toutes ces cicatrices.»
Recueilli par C.P.-R.
LE DÉCOMPTE
DE «LIBÉRATION»
Le service CheckNews de Libé
a lancé un recensement du nombre
de blessés graves depuis le début
du mouvement des gilets jaunes,
mi-novembre. Au 17 janvier, celui-ci
faisait état de 94 blessés, dont 71 liés
à des tirs de lanceurs de balles de
défense. Ce décompte, que nous
actualisons à mesure des éléments
recueillis et des nouvelles victimes,
s’appuie sur les données remontant
sur les réseaux sociaux, sur le
recensement du site «Désarmonsles», un collectif «contre les
violences d’Etat», ainsi que sur le
recensement des violences
policières réalisé sur Twitter par le
journaliste David Dufresne.
La dénomination «blessé grave»
rassemble des blessures
différentes : aussi bien des infirmités
à vie que des cicatrices. Nous avons
retenu comme blessures les
membres arrachés, les organes
ayant perdu leur fonction
principale, les fractures, les pieds
et jambes incrustés de bouts
de grenade, les brûlures graves,
mais aussi toutes plaies ouvertes
au niveau de la tête.
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6 u
MONDE
Libération Vendredi 18 Janvier 2019
ÉLECTIONSENISRAËL
Nétanyahou
face au bal des
prétendants
Yaïr Lapid, du parti centriste Yesh Atid, à la Knesset en 2017. PHOTO Y. SINDEL. FLASH-90-REA
La campagne pour les législatives
du 9 avril, convoquées par un Premier
ministre cerné par les affaires judiciaires,
voit se dessiner un paysage politique en
pleine mutation, avec une gauche en voie
d’extinction.
Par GUILLAUME GENDRON
Correspondant à Tel-Aviv
Avi Gabbay, du Parti travailliste, à Tel-Aviv le 10 janvier. PHOTO H. PARUSH. FLASH90REA
«B
ibi or not Bibi, that is the question»: la parodie shakespearienne
s’est imposée pour décrire les élections législatives anticipées en Israël, déclenchées fin décembre par le Premier ministre
Benyamin Nétanyahou, acculé par les affaires
et à la tête d’une coalition famélique et impotente. L’indéboulonnable nationaliste –qui,
réélu, dépasserait en longévité le fondateur
de l’Etat hébreu, David Ben Gourion – veut
faire du scrutin du 9 avril un référendum plébiscitaire, éclipsant les problématiques sociales et sécuritaires.
Son principal adversaire n’aura pas son nom
sur un bulletin: il s’agit du procureur général
Avichai Mandelblit. Après des années d’enquêtes de la police (qui préconise la mise en
examen de Nétanyahou dans trois dossiers de
corruption), celui-ci doit décider s’il inculpe
le tribun du Likoud. D’après les médias israéliens, il pourrait le faire mi-février, avant le
début du scrutin. Voyant le mur s’approcher,
Nétanyahou cherche à saper la légitimité des
juges, accusés de «voler l’élection au profit de
la gauche». A travers des allocutions lugubres
et des vidéos virales où il se compare à Messi
(le joueur de foot si doué qu’on ne peut l’éliminer qu’en manipulant l’arbitre pour le sortir
du terrain), quand il ne laisse pas Israël
Hayom, tabloïd gratuit dédié à sa cause, le dépeindre en Messie tout court: «Dans le monde
d’aujourd’hui, Israël et Nétanyahou ne font
qu’un», claironnait une récente manchette.
PATCHWORK DE FORMATIONS
Face à lui, l’opposition, qu’elle soit interne à
la droite de sa droite avec le duo Bennett-Shaked (lire ci-contre) ou à sa gauche, se présente
en désordre de bataille: depuis l’annonce des
élections, pas moins de six partis ont vu le
jour. Les blocs ultraorthodoxes, arabes et travaillistes de la précédente mandature ont im-
plosé. Peut-être se ressouderont-ils après
d’âpres négociations à quelques jours du dépôt des listes (mi-février), pour espérer franchir le seuil de 3,25% des voix qui permet de
siéger à la Knesset.
Reste l’impression d’un spectre politique
morcelé, patchwork de formations historiques à bout de souffle et de factions «centristes» échafaudées autour de personnalités
médiatiques ou militaires plus que sur une
idéologie claire, sans compter les partis communautaires et religieux… «Cette fragmentation a toujours été une constante, due à la sociologie israélienne et à notre système
hyperproportionnel, rappelle Gideon Rahat,
politologue à l’Université hébraïque de Jérusalem et directeur de recherche de l’Israel
Democracy Institute. Cela ne veut pas forcément dire que le peuple est plus divisé, mais
qu’il n’a plus confiance dans les partis traditionnels. Selon nos études, ces derniers ont
subi un déclin en influence et réputation extrême, comparable à ce qui s’est vu en Italie
ces dernières années. D’où la tendance à l’ultrapersonnalisation.»
LE LIKOUD EN TÊTE
Selon un sondage de l’Israel Democracy Institute, 64% des Israéliens veulent conserver un
gouvernement penchant à droite. Mais, pour
69 % d’entre eux, sans les ultraorthodoxes,
membres de la coalition actuelle, indispensables à Nétanyahou… Face à un Likoud en tête
des intentions de vote, la plupart de ses adversaires jouent placés, anticipant l’après et
priant que la justice rebatte les cartes. Ce qui
a poussé plusieurs analystes à décrire le scrutin comme des «midterms» à l’américaine…
D’ici là, à moins de cent jours du vote, passage
en revue des principales figures de l’opposition avec le politologue Denis Charbit de
l’Université ouverte d’Israël. •
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NAFTALI BENNETT ET AYELET
SHAKED (NOUVELLE DROITE)
LA PAIRE D’EXTRÊME DROITE
L
Ayelet Shaked et Naftali Bennett (Nouvelle Droite) à Tel-Aviv le 29 décembre. PHOTO CORINNA KERN. REUTERS
e duo star de l’extrême droite a largué les rabbins
de l’historique formation pro-colons le Foyer juif
pour mettre en orbite son propre parti, Nouvelle
Droite. Attelage à l’ambition dévorante, Bennett et Shaked,
ministres de l’Education et de la Justice sous Nétanyahou,
visent l’hégémonie à droite. A plus ou moins long terme.
En posant les jalons d’une alternative au Likoud (ou d’une
future OPA), ils font le pari que si «Bibi» coule, son parti
suivra, Nétanyahou ayant pris soin d’étouffer toute opposition interne et successeur potentiel. A commencer par
eux : ils furent ses collaborateurs avant d’être éjectés du
parti. Déçu par le Premier ministre qui lui a refusé le portefeuille de la Défense, Bennett, ancien start-upper à kippa,
fomente sa revanche en prônant un maximalisme idéologique et territorial (il milite pour l’annexion de la Cisjordanie). Quant à Shaked, 42 ans, patiente numéro bis à l’illibéralisme décomplexé mais laïque, elle s’est récemment
distinguée en rendant visite aux familles d’ados colons
soupçonnés du meurtre d’une Palestinienne, fustigeant
le Shabak (renseignement intérieur) les ayant arrêtés. «Ce
sont les plus doués et les plus forcenés, résume Denis
Charbit. Dans la coalition, ils ont imposé les textes les plus
durs, dont celui sur la loi Etat-nation. Shaked a fait un ménage redoutable dans la Cour suprême, y plaçant des juges très conservateurs. En Israël, les radicaux forment rarement les gouvernements, mais eux croient à une bascule
culturelle. Peut-être pas une lubie…»
AVI GABBAY (PARTI TRAVAILLISTE)
LE LIQUIDATEUR DE LA GAUCHE
T
ransfuge du Likoud aux positions confuses, Avi
Gabbay semble déterminé à précipiter le parti fondateur d’Israël, longtemps hégémonique, vers
l’obsolescence. Son dernier coup d’éclat a été de sacrifier
publiquement et sans l’avertir son alliée Tzipi Livni,
cheffe de l’opposition parlementaire avec qui il formait
le bloc Union sioniste et à qui il reprochait sa déloyauté
(«elle m’a fait bouffer de la merde»). La manœuvre, jugée
inélégante voire machiste, s’est retournée contre lui et
les travaillistes sont en chute libre, avec moins de dix députés dans les projections de la future Knesset. Livni, elle,
pourrait rejoindre Yaïr Lapid (lire ci-dessous). «Elle était
la dernière à avoir une épine dorsale sur la négociation
avec les Palestiniens et la solution à deux Etats, analyse
Denis Charbit. Avec son départ, ne reste qu’un parti anémique, qui n’a pas su renouveler sa base.» Sépharade issu
d’une famille traditionaliste, Gabbay s’était fixé pour objectif de séduire les classes populaires chez les mizrahim
(juifs orientaux) pour gommer l’image élitiste et ashkénaze du parti. Mais la greffe n’a pas pris. Gabbay souffre
aussi de son image de civil, alors que le Parti travailliste
a longtemps été celui des généraux.
YAÏR LAPID (YESH ATID)
UNE GIROUETTE QUI A TROP VARIÉ
Benny Gantz (Parti de la résilience israélienne) à Londres en 2017. PHOTO SHUTTERSTOC. SIPA
BENNY GANTZ, (PARTI DE LA RÉSILIENCE ISRAÉLIENNE)
«RELAX, PAPA EST LÀ»
P
our l’ex-chef d’état-major de Tsahal, le silence est d’or. Muet
avant d’entrer en politique, il
s’efforce de le rester depuis la création
début janvier de sa formation, le Parti
de la résilience israélienne. Et sa cote
n’en finit plus de monter. Elle talonne
désormais celle de Nétanyahou :
38 % des Israéliens considèrent qu’il a
l’étoffe d’un Premier ministre, contre
41 % pour «Bibi». Du jamais vu pour
une figure étiquetée «centriste» depuis
Yitzhak Rabin et Ehud Barak. Qu’en
restera-t-il quand Gantz cessera de «se
cacher derrière des poses mystérieuses
et un sourire sexy», dixit Avi Gabbay, le
leader travailliste qui a échoué à faire
alliance avec lui? Selon Haaretz, le gé-
néral devrait axer sa campagne sur le
besoin d’unité et d’apaisement face au
clivant Nétanyahou, s’appuyant sur ses
états de service et «son visage irradiant
le calme, semblant dire “Relax, papa
est là”».
Sa seule prise de position publique, arrachée par des militants druzes : promettre d’«amender» la controversée loi
Etat-nation, mais pas de la supprimer.
Tellement centriste. A l’instar de
vieilles déclarations déterrées par les
médias, quand Gantz estimait que
«droite et gauche sont des concepts à
reconsidérer» et que les «gros blocs» de
colonies en Cisjordanie occupée sont
là «pour rester à jamais», sous couvert
de pragmatisme. Si Nétanyahou cher-
che à l’affaiblir en jugeant que «ceux
qui se disent ni de droite ni de gauche
sont toujours de gauche», Denis Charbit
voit plutôt le militaire braconner sur les
terres du Likoud : «Il couvre le centre
gauche avec le vote utile anti-Bibi, mais
il lui faut prendre quatre ou cinq mandats au Likoud.» D’où le nom de son
parti et son slogan («Israël avant tout»),
«références explicites au lexique de
droite et notamment d’Yitzhak Shamir,
l’un des Premiers ministres les plus
droitiers d’Israël», selon Charbit. Gantz
cherche aussi à attirer dans ses rangs
Orly Levy-Becassis, transfuge nationaliste courtisée et surtout icône séfarade, afin de gommer son côté patricien ashkénaze.
L
e grand perdant de l’irruption de Gantz dans le jeu
électoral. Cet ancien journaliste télé, furtif ministre
des Finances de Nétanyahou entre 2013 et 2014,
se rêvait en Macron israélien (avant, récemment, de revêtir un gilet jaune pour protester contre le coup de la vie
en Israël). Mais le Monsieur Propre au-dessus des clivages
archaïques est désormais vu comme une girouette alignant ses positions sur la dernière bronca des réseaux
sociaux, la tiédeur de la ligne directrice de son parti Yesh
Atid («il y a un futur») l’empêchant de s’ériger en opposant crédible, au-delà de son combat contre le pouvoir
des ultra-orthodoxes. «Lapid, c’est l’homme du “mais pas
trop”, résume Denis Charbit. “De la religion, mais pas trop.
Des colonies, mais pas trop. Des réfugiés, mais pas trop”.»
Et même «Bibi mais pas trop»: s’il décrit le Premier ministre comme un «patriote», il lui reproche d’être «au pouvoir
depuis trop longtemps». D’où la promesse phare de Lapid
de limiter la fonction à deux mandats. «Sans la dimension
morale de la gauche traditionnelle, il est la voix de l’élite
urbaine ouverte à la mondialisation, chauvine mais attachée à l’image d’un pays libéral, ajoute Charbit. Ceux
pour qui l’alliance de Nétanyahou avec Orbán, Salvini et
les évangélistes américains fait mauvais genre.»
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MONDE
Libération Vendredi 18 Janvier 2019
LIBÉ.FR
Plastique : des multinationales créent une alliance pour
se racheter une conscience
Des groupes industriels tels que Total, BASF, Veolia ou
Dow Chemical ont annoncé mercredi la création et
le financement (1,3 milliard d’euros sur cinq ans) d’un
organisme pour mettre un terme au gaspillage de
plastique et son déversement dans les océans et les rivières de la planète. PHOTO AP
Shutdown: le revolving sur la tempe
Manifestation contre le shutdown, devant le capitole à Washington, le 10 janvier. PHOTO MARK WILSON. GETTY IMAGES. AFP
Le non-versement
des payes des
800000 employés
fédéraux place
nombre d’entre eux
en grande difficulté,
dans un pays
où l’endettement
est la norme.
Par
FRÉDÉRIC AUTRAN
A
lors que le «shutdown» entre dans son
28e jour ce vendredi,
la facture s’alourdit. Selon
une note de Standard & Poor’s, les trois premières semaines de paralysie
partielle du gouvernement
fédéral américain ont coûté
environ 3,6 milliards de dollars (3,16 milliards d’euros) à
l’économie américaine. Et si
aucune solution n’est trouvée
d’ici au 25 janvier, le coût dépassera les 5,7 milliards de
dollars réclamés par Donald
Trump pour construire son
mur à la frontière avec le
Mexique, à l’origine du bras
de fer entre la Maison Blanche et la Chambre des représentants démocrate.
Cette paralysie a déjà des
conséquences individuelles,
parfois dramatiques, pour
des milliers d’Américains.
Environ 800 000 employés
fédéraux sont touchés, dont
380 000 placés au chômage
technique et 420 000 jugés
essentiels et forcés de travailler sans salaire.
Plein d’essence. Payés habituellement deux fois par
mois, tous ont été privés
d’une première paie le 11 janvier. Pour certains, les conséquences sont immédiates :
incapacité à régler une facture de téléphone, la mensualité d’un prêt, un plein
d’essence, voire des courses
au supermarché.
Dans les médias et sur les réseaux sociaux, les histoires se
multiplient. Comme celle de
Jo Ann, mère célibataire de
Phœnix (Arizona) contrainte
de faire un don rémunéré de
plasma deux fois par semaine. De Nancy, employée
du département d’Etat, rencontrée par Libération dans
la file d’une banque alimentaire à Washington. Ou de
Scott et Kelly, un couple californien avec deux enfants
qui a lancé une cagnotte pour
payer son loyer et rembourser ses prêts étudiants.
Cette précarité peut sembler surprenante s’agissant
d’agents qui bénéficient d’un
emploi stable, parfois bien
rémunéré, au département
du Trésor, à l’IRS (le fisc américain), au ministère de
l’Agriculture, des Transports
ou à l’Agence de protection
de l’environnement (EPA).
Elle illustre pourtant un phénomène très répandu aux
Etats-Unis: l’absence de filet
de sécurité.
Selon la dernière enquête annuelle sur le «bien-être éco-
nomique», réalisée par la Réserve fédérale (la Fed),
74% des Américains disent se
trouver dans une situation financière au moins correcte
– dix points de plus
qu’en 2013 –, mais seul un
tiers affirment vivre confortablement.«En dépit de l’amélioration des perspectives financières, 40 % [des
Américains] déclarent encore
ne pas pouvoir faire face à une
dépense d’urgence de 400 dollars sans emprunter ou vendre quelque chose», soulignait
en mai un dirigeant de la Fed.
Selon un rapport réalisé
78% des
travailleurs
américains
affirment vivre
d’un bulletin de
salaire sur
l’autre.
en 2017 par Career Builder,
un site d’emploi en ligne,
78 % des travailleurs américains affirment vivre d’un
bulletin de salaire sur l’autre,
«paycheck to paycheck». Un
phénomène qui touche davantage les femmes (81 %)
que les hommes (75 %) et
n’épargne pas la classe
moyenne : 28 % des personnes gagnant entre 50 000 et
100 000 dollars par an.
«Si vous additionnez les dépenses de logement, d’alimentation, les soins de santé, une
éventuelle garde d’enfants et
le transport, cela coûte très
cher de joindre les deux bouts
dans ce pays, expliquait il y a
quelques jours sur la radio
NPR Elise Gould, de l’Economic Policy Institute. Le moindre imprévu peut conduire de
nombreux travailleurs et
leurs familles à une déstabilisation financière totale. Et
pas uniquement des familles
pauvres.»
Ces dernières semaines, des
milliers de fonctionnaires,
représentants de la mythique
«middle class» américaine,
ont partagé leurs difficultés
sur les réseaux, notamment
via le hashtag #ShutdownStories. Et plus d’un millier
de cagnottes ont été créées
sur le site de financement
participatif GoFundMe. Ces
témoignages révèlent aussi
les failles d’une société consumériste à outrance. Des dizaines de millions d’Américains s’endettent pour se
loger, mais aussi pour étudier, vivre ou se déplacer. La
dette privée des ménages,
hors emprunts immobiliers,
a atteint 3 979 milliards de
dollars en novembre, selon
les derniers chiffres de la
Fed. Elle se compose essentiellement d’une triple bulle,
qui préoccupe de plus en
plus les économistes: la dette
étudiante (1530 milliards au
deuxième trimestre 2018), les
emprunts automobiles
(1 125 milliards sur la même
période) et la dette accumulée sur les cartes de crédits
(1 037 milliards en octobre,
soit une moyenne de 8 400
dollars pour chaque foyer
américain). Basé sur des emprunts revolving, le système
favorise la consommation
mais incite aussi au surendettement. Si le client ne
peut pas rembourser, un taux
d’intérêt punitif s’enclenche:
situé autour de 17,5%, il est à
son plus haut historique.
Capitalisation. Ces habitudes de consommation se retrouvent dans la façon
d’épargner. Selon l’Insee, le
taux d’épargne des ménages
français était de 14,3 %
en 2017, contre 6,1 % aux
Etats-Unis en octobre dernier, même si cela n’inclut
pas les sommes (importantes) placées sur des fonds de
pension, le système de retraite par capitalisation étant
dominant outre-Atlantique.
D’après une étude du site financier Magnify Money,
l’épargne disponible médiane des foyers américains
s’élevait l’an dernier à
4830 dollars. La moitié d’entre eux disposerait donc
d’une somme inférieure à
cela pour parer une urgence.
Comme celle du shutdown
qui s’éternise. •
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Libération Vendredi 18 Janvier 2019
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LIBÉ.FR
La situation des chrétiens s’est dégradée
dans de nombreux pays
Selon l’ONG évangélique Portes ouvertes, qui vient de
publier son index mondial annuel, les violences religieuses envers les
chrétiens se sont accrues dans une cinquantaine de pays en 2018. Sont
notamment concernés le Nigeria (photo lors d’une marche de protestation
contre ces violences à Lagos en mai), l’Afghanistan, la Somalie, la Libye, le
Pakistan ou le Soudan. «L’extrémisme islamique est l’une des causes principales», estime Michel Varton, le président de l’ONG. PHOTO AFP
DU NORD
AU SUD
La Première ministre britannique, Theresa May, a
jugé jeudi «impossible»
d’écarter le scénario d’un
Brexit sans accord, condition posée par le leader de
l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, pour entamer
avec elle des discussions en
vue de parvenir à un consensus sur un accord de sortie.
«Vous avez déclaré qu’écarter
un Brexit sans accord est une
précondition, écrit Theresa
May dans une réponse écrite
au chef du Labour, mais c’est
une condition impossible,
parce qu’il n’est pas dans les
pouvoirs du gouvernement
d’écarter une sortie sans accord.» De son coté, la France
a déclenché son plan national pour faire face aux effets
d’une sortie sans accord, un
scénario jugé «de moins en
moins improbable» par le
Premier ministre, Edouard
Philippe. Il se traduira notamment par 50 millions
d’euros de travaux d’aménagement dans les ports et les
aéroports et près de 600 embauches (douaniers, vétérinaires…).
Le pasteur contestataire
zimbabwéen Evan Mawarire a réfuté jeudi devant la
justice les accusations de
«subversion» pour son soutien à la fronde sociale qui
agite le pays, alors que témoignages et critiques dénoncent la féroce répression
du régime. Arrêté mercredi,
il a comparu devant un tribunal de Harare, accusé «d’incitation à la violence» via les
réseaux sociaux. Le Zimbabwe a été le théâtre en début
de semaine de violentes manifestations contre la forte
hausse des prix des carburants à la pompe décrétée samedi par son gouvernement,
dans un pays dévasté par une
grave crise. La grève générale, lancée par le principal
syndicat du pays (ZCTU), a
été sévèrement réprimée par
la police et l’armée, qui quadrillaient toujours jeudi les
rues du centre de Harare et
Bulawayo, selon des journalistes de l’AFP. Les autorités
reconnaissent trois morts
dont un policier, des ONG
évoquant elles le chiffre
de 16 victimes.
Colombie: au moins neuf morts dans
un attentat contre une école de police
Un attentat a fait au moins
neuf morts et une cinquantaine de blessés jeudi dans
une école de police située
dans le sud de Bogotá. Un
communiqué du ministère
de la Défense, dont dépend
la police nationale, parle
de l’«explosion d’une voiture
piégée au siège de l’école
des officiers Général Francisco de Paula Santander».
Le président Iván Duque, en
déplacement dans la province du Chocó, sur la côte
Pacifique, a condamné «ce
misérable acte terroriste» en
annonçant sur Twitter son
retour immédiat dans la capitale. «Nous allons sur les
lieux. J’ai donné l’ordre à la
force publique d’identifier les
auteurs de cette attaque et de
les transférer à la justice.
Nous tous Colombiens rejetons le terrorisme et sommes
unis pour l’affronter. La Colombie s’attriste, mais ne
cède pas face à la violence»,
a ajouté le président Duque.
Les premières images, diffusées par la chaîne locale
City TV, montraient la carcasse d’un véhicule en flammes et des ambulances aux
abords de l’école. Une employée du service de santé
Huawei dans le viseur
de la justice américaine
Huawei ou l’art du paradoxe. Sur le plan commercial, tout va pour le mieux
pour le géant chinois
des télécommunications.
Mais depuis plusieurs
mois, ce succès est entaché
de rumeurs insistantes sur
les liens supposés entre
l’entreprise privée et le
pouvoir.
Au point que Huawei est
devenu le catalyseur des
tensions diplomatiques entre Washington et Pékin.
Dernier exemple en date :
l’existence d’une enquête
pénale menée par la justice
américaine contre le groupe
chinois selon le Wall Street
Journal. D’après le journal
américain, Huawei est accusé de vols de technologies, plus particulièrement
de matériel utilisé par la
branche américaine de TMobile qui teste des smartphones.
L’affaire remonterait à 2012.
Toujours selon le Wall
Street Journal, des déclarations de sources anonymes
font état d’une enquête qui
pourrait déboucher sur des
inculpations. Invités à commenter ces informations,
les représentants du groupe
chinois ont déclaré que le
litige qui l’opposait à T-Mobile en 2017 avait déjà été
juridiquement réglé. En
attendant, c’est une nou-
velle épine dans le pied de
Huawei.
Le 12 janvier, un employé de
la firme a été arrêté sur le
sol polonais, où il est
soupçonné d’espionnage.
Huawei a affirmé que les
actes présumés de son employé «n’avaient aucun lien
avec l’entreprise», avant de
le licencier au motif qu’il
aurait terni son image. Pas
de quoi convaincre le ministre polonais de l’Intérieur,
qui a appelé l’Union européenne à adopter une position commune sur l’exclusion éventuelle de Huawei
du marché européen.
FLORIAN BOUHOT
A lire en intégralité sur Libé.fr.
Jeudi à Bogotá après l’attentat meurtrier à la voiture piégée.
des forces militaires a déclaré à la chaîne de télévision publique Canal 1 que le
véhicule serait entré «soudainement» dans l’enceinte
sud de l’établissement, vers
10 heures du matin, «percutant presque les policiers. Et
tout de suite il y a eu l’explosion». Il s’agirait donc selon
ce témoignage d’une attaque-suicide. D’après le quotidien colombien El Espec-
tador les neufs morts sont
des jeunes militaires.
Dans la soirée de jeudi le
procureur général, a désigné un certain José Aldemar Rojas Rodriguez
comme responsable «de ce
crime exécrable», ajoutant
que le véhicule contenait
«80 kilos de pentolite», un
puissant explosif, mais sans
préciser si l’homme était lié
à un groupe armé.
750
ouvriers travaillant dans des sociétés
du centre textile d’Ashulia, une banlieue
industrielle de Dacca, la capitale du Bangladesh, ont découvert mercredi leur nom et
photo sur des listes de licenciés, placardées
devant leur usine, selon les syndicats. La police
et un haut responsable ont, eux, annoncé un
chiffre d’environ 400 personnes congédiées, arguant d’actes de vandalisme durant une grève.
Après plus d’une semaine de débrayages et de
manifestations, le mouvement social avait pris
fin avec la signature d’un accord sur des augmentations de salaires intermédiaires.
PHOT O AP
Cet attentat est la plus grave
action terroriste depuis la
fin du conflit armé avec la
guérilla marxiste des Farc,
actée par les accords de paix
signés en décembre 2016.
Le 17 juin 2017, une bombe
avait explosé dans un centre
commercial de la capitale,
tuant trois femmes (dont
une jeune Française).
FRANÇOIS-XAVIER
GOMEZ
Ghana Un journaliste
d’investigation
assassiné par balles
Alors qu’il rentrait en voiture
chez lui à Accra, la capitale ghanéenne, Ahmed Husein, 34 ans,
un journaliste d’investigation
qui avait participé à une vaste
enquête sur la corruption dans
le foot africain, a été abattu par
balles mercredi soir. Il faisait
partie de l’équipe de reporters
infiltrés dirigée par le journaliste
Anas Aremeyaw Anas, qui a fait
éclater l’an dernier un vaste
scandale de corruption et de
matchs truqués. Number 12, leur
documentaire sorti en juin, piégeait en leur proposant des pots
de vins des dizaines d’arbitres
ghanéens et du continent ainsi
que plusieurs dirigeants de la
Fédération ghanéenne – dont
son président qui avait dû démissionner après avoir été suspendu par la Fifa.
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10 u
MONDE
Par
GRÉGOIRE BISEAU,
MAÏTÉ DARNAULT,
LAURENCE DEFRANOUX
et WILLY LE DEVIN
Photo HENRIKE STAHL.
ASKOURAGENTS
«J
e n’ai eu aucune nouvelle de mon
mari depuis le 25 septembre. Je ne
sais pas s’il est encore vivant.» Dans
le cabinet de son avocat parisien, Grace Meng,
silhouette noire fine et chic, interrompt l’entretien pour se tamponner les yeux. Sur la table gît le masque en papier que la photographe
de Libération avait préparé pour le shooting.
Car «Grace» ne veut pas être reconnue, ne veut
Libération Vendredi 18 Janvier 2019
pas révéler son âge, ni son nom de jeune fille.
Ne reste que ce prénom d’emprunt, et le patronyme de son mari, Meng Hongwei.
Cette rencontre, pleine de mystères, de tensions et de non-dits, est à l’image de l’une des
histoires policières les plus rocambolesques
de ces dernières années. Lorsque nous interrogeons Grace Meng, le 10 janvier, il y a plus
de cent jours que son mari Meng Hongwei, le
président chinois d’Interpol, est passé en un
clin d’œil du statut de flic le plus en vue du
monde à celui de prisonnier fantôme. Et
qu’elle a basculé de la vie confortable
d’épouse d’un des six vice-ministres du ministère de la Sécurité publique (l’équivalent
de notre ministère de l’Intérieur) à celle d’une
demandeuse d’asile aux abois.
MENG HONGWEI
Le polar
chinois
d’Interpol
Depuis
le 25 septembre,
jour de son
arrestation, Pékin
n’a donné aucun
signe de vie
du président
de l’organisation
policière, ni
aucun élément
pour justifier
les accusations
de «corruption».
Sa femme et ses enfants, qui ont fait l’objet
d’une tentative d’enlèvement, ont demandé
l’asile en France.
Meng
Hongwei.
CLAUDE
PARIS. AP
ENQUÊTE
La disparition de Meng Hongwei, 65 ans, président d’Interpol, la deuxième organisation
internationale après l’ONU, a été un puissant
camouflet pour le réseau mondial des polices. Bien que sa mission soit, depuis un siècle, d’aider les forces de l’ordre à arrêter leurs
suspects en cavale autour du monde, la vénérable organisation, basée à Lyon, a perdu la
trace de son propre patron pendant dix jours.
Les autorités chinoises n’avaient pas pris la
peine de prévenir Interpol de l’arrestation de
son président, le 25 septembre à l’aéroport de
Pékin, pour des «soupçons de corruption».
Son absence était même passée inaperçue
jusqu’à ce que sa femme, qui vit en France
avec leurs jumeaux de 7 ans, alerte la police
et les médias.
Interpol a alors envoyé une demande d’éclaircissements à Pékin, et une délégation chinoise a débarqué le samedi 6 octobre en
France, d’abord au ministère de l’Intérieur,
puis à Lyon. Dans ses bagages, une lettre officielle expliquant que Meng, «soupçonné
d’avoir accepté des pots-de-vin», n’était plus
délégué de la Chine auprès d’Interpol. Et sa
lettre de démission, datée du 5 octobre, d’une
concision troublante: «Soupçonné d’avoir enfreint la loi, je démissionne volontairement de
la présidence d’Interpol.» Rien ne permettait
de penser que Meng Hongwei, jeté aux
oubliettes par une police politique, était
l’auteur de cette lettre, ou qu’il l’avait écrite
de son plein gré. Un haut fonctionnaire de la
police nationale raconte: «Une délégation chinoise, en provenance de Pékin, a été reçue à
Beauvau. Elle nous a remis une lettre de démission signée de Meng. C’était impossible
pour nous de savoir si c’était sa vraie signature
ou pas. Mais elle était signée. C’est ce même document qui a été ensuite transmis à Interpol.»
Bizarrement, la délégation chinoise ne présente ce jour-là aucun document qui pourrait
crédibiliser l’acte d’accusation de corruption.
Puis, la pression chinoise va se faire très insistante. D’abord sur Interpol. Le secrétaire général Jürgen Stock, patron opérationnel de
l’organisation, entérine la démission de Meng
dès le dimanche soir. Mais les autorités
chinoises lui demandent dans une lettre de
«continuer la coordination avec la partie chinoise sur les communications aux médias, et
de prendre contact avec la partie chinoise
avant toute information, commentaire ou parution sur ce sujet». Des pressions qui pourraient potentiellement violer les statuts de
l’organisation. «En fait, à partir du moment
où la Chine signifiait que Meng n’était plus délégué, il ne pouvait plus être président, et Interpol n’avait plus de légitimité à communiquer sur un ressortissant chinois pour des
raisons de souveraineté nationale», décrypte
Ted R. Bromund, chercheur à la fondation
américaine Heritage. Interrogé dans les studios de France Inter, Jürgen Stock déclare :
«Meng a été arrêté sur le sol chinois. Nous devions accepter cette décision, ce n’est pas notre
rôle de juger ce que font les pays.» Dont acte.
«AFFAIRE SINO-CHINOISE»
Interpol n’entreprend aucune recherche, ne
fait aucun commentaire. Il n’est pas question
de demander des comptes à Pékin. Même
chose chez les démocraties occidentales. Au
sommet de l’Etat, on reprend (sans conditionnel) les éléments de langage de la version chinoise: «Pour nous, il s’agit d’une affaire sinochinoise, avec un haut fonctionnaire du régime rattrapé par les lois anticorruption.
D’ailleurs sa femme est sûrement elle-même
impliquée dans les affaires de son mari», nous
confie un ministre. Pourtant, les Chinois
n’ont là non plus fourni aucune preuve matérielle de cette accusation contre Grace Meng.
La police française a également subi une
grosse pression de la part de son homologue
chinoise. Le fonctionSuite page 12
Grace Meng, épouse de l’ex-président d’Interpol,
«
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Libération Vendredi 18 Janvier 2019
lll
«Même en France,
j’ai peur d’être
kidnappée»
L’épouse de Meng Hongwei
est sous protection policière
depuis la disparition de son
mari. Elle raconte les menaces
et les tentatives d’enlèvement
à son domicile à Lyon.
G
à Paris, le 10 janvier. Elle a demandé qu’on ne montre pas son visage.
u 11
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race Meng, qui dit avoir «presque
50 ans», a accordé une interview à Libération et à France Inter, plus de cent
jours après l’arrestation de son mari, ex-président d’Interpol.
Avez-vous eu des nouvelles de votre mari
depuis son arrestation à Pékin, le 25 septembre ?
Aucune. Je suis isolée. Je n’ai aucun contact
avec les autorités chinoises. Mon téléphone
chinois et mon mail ont été bloqués juste après
sa disparition. Depuis le 5 ou le 6 octobre, je n’ai
aucun contact avec ma famille, mes amis, et
personne ne peut me joindre.
Pour quelle raison votre mari était-il allé
à Pékin? Aviez-vous discuté ensemble de
ce qui pouvait lui arriver ?
Il était à Stockholm pour Interpol, ensuite il devait aller en Iran, mais en passant par la Chine.
Le monde entier sait que la situation s’est compliquée ces dernières années, que beaucoup
d’officiels de haut niveau ont disparu. Mais
mon mari ne s’inquiétait pas, c’est un très bon
professionnel, très honnête, il avait confiance
dans les lois de son pays.
Lors de son arrestation, un émoji représentant un petit couteau vous a été envoyé de
son téléphone. Or, Mao Zedong, puis
Xi Jinping, ont utilisé la métaphore du
«manche de couteau» pour la police du
parti. Etait-ce un code entre vous ?
Pas du tout. Quand j’ai reçu un premier message, depuis son téléphone professionnel d’Interpol, qui disait «Attends mon appel», j’ai
trouvé ça bizarre : s’il veut m’appeler, il m’appelle. J’ai eu un mauvais pressentiment. Quelques minutes après, j’ai reçu l’image du couteau. J’ai été effrayée. Je l’ai rappelé, mais il n’a
jamais répondu.
Après sa disparition, avez-vous prévenu
Jürgen Stock, le secrétaire général d’Interpol, le ministère de votre mari à Pékin, ses
collègues, des amis ?
Non. Monsieur Stock est le collègue de mon
mari. Nous n’avons pas de relations privées. Ça
n’aurait pas été correct que je l’appelle pour lui
dire: «Votre président est parti.» Même quand
nous vivions à Pékin, je n’avais pas beaucoup
de liens avec ses collègues. Je n’arrivais à joindre aucun membre du bureau d’Interpol, je
n’arrivais pas à joindre mon mari. Je ne pouvais
qu’attendre. J’étais très nerveuse, très confuse.
Que répondez-vous de l’accusation de
corruption contre votre mari ?
Je ne peux pas le croire. Mon mari a servi la
Chine pendant quarante ans, et il fait de la coopération internationale depuis quinze ans. Les
policiers du monde entier le connaissent, le respectent. Nous n’avons pas de comptes secrets
à l’étranger, pas d’argent caché. Je pense que
mon mari a été arrêté pour une raison politique.
Une enquête a été ouverte en France après
une plainte pour tentative d’enlèvement
contre vous. Elle a été classée en décembre,
mais vous êtes toujours sous protection de
la police française. Qu’est-il arrivé ?
Deux personnes sont venues chez moi entre
le 2 et le 4 octobre. Je connaissais l’un des
deux, un homme d’affaires chinois. Ils avaient
fait un long chemin depuis Hongkong, je me
devais de bien les accueillir. Ils m’ont dit qu’ils
allaient en République tchèque pour y investir,
ils voulaient que je les accompagne dans leur
jet privé pour les aider à analyser la situation
économique.
Vous travaillez comme consultante économique ?
Je suis diplômée en économie de l’université
de Pékin, qui est très reconnue, et je fais des recherches sur le sujet. Je leur ai dit que, avec
mon mari, nous ne voyagions jamais dans des
avions privés, et que je connaissais mal la République tchèque. Ce qui est très bizarre, c’est
qu’ils sont revenus deux jours après, soi-disant
pour faire du tourisme. Là, ils ont proposé de
m’emmener faire un tour dans les villes d’Europe. J’ai dit que je n’avais pas le temps. Le jour
suivant, l’homme m’a rappelée pour m’inviter
à déjeuner, j’ai refusé. Puis il m’a rappelée en
me disant : «Peux-tu me donner des informations sur la situation économique de l’Europe?»
Cela n’avait pas de sens, et je le sentais nerveux.
A partir de là, il a disparu. C’est ce que j’appelle
une tentative de kidnapping.
Les enquêteurs français ont aussi relevé un
coup de fil de menace…
J’ai reçu un appel d’un inconnu, un Chinois, sur
mon nouveau numéro, que seules deux ou trois
personnes connaissaient, qui me disait: «Vous
êtes une cible. Il y a deux équipes en France pour
vous.» L’enquête a montré que l’appel avait été
passé depuis un numéro français prépayé. Au
même moment, l’assistant de mon mari, un policier chinois mis à sa disposition par l’ambassade, et qui s’est volatilisé le 4 octobre, a emmené ma voiture au garage, sans que je sache
pourquoi. Après la tentative de kidnapping, j’ai
prévenu la police, qui m’a mise sous protection,
et avec mes jumeaux de 7 ans, je suis allée m’installer un soir à l’hôtel. Dès le lendemain matin,
un couple d’Asiatiques est venu demander des
informations sur moi. Pendant mon absence,
les voisins se sont aussi plaints que l’alarme de
ma maison se déclenchait en permanence. Depuis, je suis revenue vivre chez moi, mais un officier français me protège 24 heures sur 24.
Le 30 octobre, le porte-parole du ministère
des Affaires étrangères chinoises a assuré
qu’ils vous avaient proposé de téléphoner
à votre mari et que vous avez refusé.
Je n’ai jamais reçu cette offre. En revanche, le
consulat de Chine à Lyon m’a contactée, également sur mon nouveau numéro. La consule m’a
dit avoir une lettre de mon mari pour moi, mais
que je devais aller au consulat ou à l’ambassade
pour la recevoir. Je leur ai demandé de la remettre à la police française, mais ils ont dit
qu’ils devaient me la donner en mains propres.
J’ai dit d’accord, mais en présence de policiers.
Je n’ai plus eu de nouvelles ensuite. L’ambassade de Chine en France a aussi utilisé ce numéro pour m’appeler. Tout cela, c’était avant
que je parle à la presse.
Allez-vous essayer de rester en France ?
Je ne peux pas rentrer en Chine, il arrive des
choses si bizarres et les droits fondamentaux ne
sont pas respectés. Même ici, j’ai peur d’être kidnappée et je crains pour la sécurité de mes enfants. Je demande la protection de la France.
Recueilli par L.D.
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12 u
MONDE
naire de la police nationale cité plus haut poursuit : «Ils souhaitaient absolument qu’on convainque Madame
Meng de se rendre à Pékin pour témoigner. Ils
sont revenus plusieurs fois à la charge. Mais
on leur a répondu que ce n’est pas à la police
française de faire passer ce genre de message,
car il y avait une enquête de justice qui était
ouverte.» Encore aujourd’hui, il précise que
Pékin n’a toujours pas lâché sa proie: «Ils nous
demandent régulièrement quand la protection
policière de Grace Meng va être levée.»
Paris a des raisons objectives de se méfier de
son partenaire chinois. En mars 2017, la commission de discipline du PCC s’était vantée
que «la police chinoise s’était rendue pour la
première fois en France pour persuader un fugitif [un industriel chinois, ndlr] de se rendre
et l’a escorté en douceur». Le quotidien
le Monde expliquait alors que «ni le Quai d’Orsay, ni le ministère de la Justice, ni celui de
l’Intérieur n’ont été sollicités, ou même informés par la partie chinoise de son intention de
récupérer le suspect, qui faisait pourtant l’objet d’une notice rouge d’Interpol». Et ce bien
que la Chine et la France aient signé un accord d’extradition en 2015.
Quelques jours après la disparition de Meng
Hongwei, plusieurs événements suspects se
sont déroulés sur le sol français, suffisamment sérieux pour justifier le maintien de la
protection policière de Grace Meng et de ses
deux enfants. Comme elle le raconte dans une
interview (lire page 11), elle a reçu après la disparition de son mari une menace de mort lancée depuis une puce téléphonique prépayée
française. Sur des images de vidéosurveillance que Libération a pu consulter, un
couple d’Asiatiques la suit à l’hôtel où elle
s’est réfugiée, demande à la réception son numéro de chambre en utilisant son nom chinois, et photographie la voiture qui emmène
ses enfants à l’école. Ses avocats qualifient
même de «tentative d’enlèvement» l’étrange
visite de deux hommes d’affaires chinois en
jet privé. Enfin, la toute nouvelle consule chinoise de Lyon (la précédente a été mutée aux
Seychelles le jour précédeant l’arrestation de
Meng), lui a proposé de lui remettre en mains
propres une lettre de son mari. Mais quand
Grace Meng a demandé à ce que la police assiste à leur rencontre, elle a immédiatement
renoncé.
Suite de la page 10
Libération Vendredi 18 Janvier 2019
nuelles depuis une quinzaine d’années. Avec
quarante ans d’expérience, l’homme était un
poids lourd du système policier chinois, et un
des rares à avoir été maintenu à la direction
de la Sécurité publique après l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012. Il avait même été
promu à la tête de la police maritime en 2013,
un poste crucial alors que la Chine veut imposer sa souveraineté sur la mer de Chine méridionale. Selon les statuts, le secrétariat général n’avait pas son mot à dire sur l’élection. «Si
les délégués veulent élire un flic corrompu, Interpol ne peut pas les en empêcher», précise
Ted R. Bromund. Ce qui fut le cas avec le SudAfricain Jackie Selebi, élu en 2004 et
contraint de démissionner en 2008 pour avoir
monnayé des informations secrètes à des trafiquants de drogue.
L’élection d’un de ses ressortissants avait été
un coup d’éclat pour Pékin, avide d’asseoir sa
légitimité dans les instances mondiales. Et un
coup bas pour les défenseurs des droits humains. D’abord parce qu’en Chine, le ministère de la Sécurité publique persécute avocats
et minorités ethniques, extorque des aveux
aux suspects détenus dans les «prisons noires», ce qui permet un taux de condamnation
des prévenus supérieur à 99%. Et surtout, elle
a souvent été accusée de manipuler les «notices rouges» d’Interpol, ces fiches d’informations émises par les pays membres contre les
«Pékin ne prendrait pas
le risque de nommer
quelqu’un de corrompu à
un poste aussi sensible
et prestigieux. La seule
raison possible, c’est que
les faits que l’on reproche
à Meng étaient très
graves et mettaient en
péril le pouvoir en place.»
Un ancien haut responsable français
des services de renseignement
criminels en fuite, pour faire la chasse à des
dissidents politiques (lire ci-contre).
La 86e assemblée générale d’Interpol, organisée en septembre 2017 à Pékin, soit un an
après la nomination de Meng, avait été
ouverte par le président Xi Jinping lui-même,
qui avait alors insisté sur l’importance de
l’organisation pour son pays. La disparition
soudaine de Meng Hongwei, désastreuse en
termes d’image, va peser lourd dans les prochaines candidatures chinoises à des postes
intergouvernementaux. C’est une des raisons
pour laquelle aucun des spécialistes de la
politique chinoise interrogés par Libération
ne prend au pied de la lettre ces accusations
de corruption.
«SÉRAIL»
Si Meng avait cédé aux sirènes de la corruption, ce qui est très courant en Chine, pourquoi ne pas attendre la fin de son mandat,
en 2020, pour le rapatrier et l’embastiller
comme 1,5 million de cadres du Parti avant
lui ? «Le soupçon de corruption est d’autant
plus bizarre que Meng appartient au sérail depuis très longtemps. Dans ce monde de policiers, tout le monde se connaît. Pékin ne prendrait pas le risque de nommer quelqu’un de
corrompu à un poste aussi sensible et prestigieux, estime un ancien haut responsable
français des services de renseignement. La
seule raison possible, c’est que les faits que l’on
reproche à Meng étaient très graves et mettaient en péril le pouvoir en place.» Pour François Godement, chercheur à l’Institut Montaigne, une explication est à trouver dans la
déclaration publiée le 8 octobre par les autorités chinoises, qui insiste longuement sur la
nécessité d’une «absolue loyauté à Xi
Jinping». Ce texte découle d’une réunion
convoquée en urgence au milieu de la nuit
après les propos tenus par Grace Meng aux
«PRISONS NOIRES»
A ce jour, aucune demande d’arrestation de
Grace Meng, première étape indispensable
à une procédure d’extradition, n’a encore été
réclamée par la Chine. La demande d’asile politique de Grace Meng ayant peu de chances
d’aboutir, notamment parce que les accusations de corruption ne sont pas punies de la
peine de mort en Chine, ses avocats envisagent de faire rouvrir l’enquête française du
parquet de Lyon sur la tentative de kidnapping, et de demander pour leur cliente et ses
enfants la protection de la France. Ses défenseurs, Rutsel Martha et Emmanuel Marsigny,
ont écrit deux fois au président Xi Jinping
pour exiger des informations sur la détention
de son mari et le respect de ses droits fondamentaux. Sans réponse. Près de quatre mois
ont passé depuis l’arrestation de Meng Hongwei, rien n’a filtré sur le lieu et les conditions
de son emprisonnement, ni sur les charges
retenues contre lui. Sollicitée, l’ambassade de
Chine en France répond poliment n’avoir
«aucune nouvelle» sur ce dossier depuis la publication d’un communiqué de presse en
Chine le 30 octobre.
Deux ans auparavant, les délégués des polices
des 192 pays membres de l’Organisation
internationale de police criminelle
(194 aujourd’hui), avaient pourtant élu avec
82 % des voix exprimées ce collègue qu’ils
croisaient dans les assemblées générales an-
Le siège d’Interpol, près du parc de la Tête-d’or et au bord du Rhône à Lyon. PHOTO PLUQUET. ALPACA. ANDIA.FR
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Libération Vendredi 18 Janvier 2019
médias français. «Cette déclaration est totalement inhabituelle, très longue, et est écrite
dans un langage très dur, explique le sinologue. Elle mélange des accusations de “comportement inapproprié”, sans les définir, et des accusations plus graves, comme être sous
“l’influence pernicieuse de Zhou Yongkang”.
Cela établit une cause politique.»
«DEUX FACES»
Il est clair que Xi Jinping utilise sa très populaire campagne anticorruption pour se débarrasser de ses rivaux réels ou supposés. Zhou
Yongkang, surnommé «le tsar de la sécurité»,
appartient à ce que l’on appelle la «faction de
Jiang Zemin», ex-président chinois et rival
éternel de Xi Jinping. Zhou a été emprisonné
à perpétuité en 2015 pour corruption. Lors de
son élection à la tête d’Interpol, la proximité
de Meng Hongwei avec son ancien ministre
de tutelle était bien sûr connue. Pourquoi justifier deux ans après son arrestation pour
cette raison? Xi Jinping a-t-il voulu montrer
à ceux qui seraient tentés de contester son hégémonie que nul n’est à l’abri de ses foudres?
L’expulsion du PCC de deux généraux, qualifiés de «personnages à deux faces» «politiquement dégénérés», quelques jours seulement
après l’arrestation de Meng, pourrait valider
la crainte d’un complot politique –imaginaire
ou non. Seule certitude, depuis quelques
u 13
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mois, Meng avait été progressivement éloigné
du cœur du pouvoir : d’abord démis de ses
fonctions à la police maritime, il avait été
évincé en avril du comité du Parti qui chapeaute le ministère de la Sécurité publique.
Fils d’instituteurs, Meng Hongwei ne semblait
pas afficher un train de vie faramineux. Il est
difficile de dire si son salaire de vice-ministre
(la fonction de président d’Interpol est non rémunérée) était suffisant pour payer la maison
à Lyon et l’école privée des enfants. En revanche, son installation dans la ville avec sa
femme et ses deux enfants avait surpris tous
les observateurs. Raymond Kendall, qui fut
secrétaire général d’Interpol de 1985 à 2001,
confirme qu’il est «inhabituel qu’un président
habite à Lyon. C’est le secrétaire général de l’organisation qui dirige les affaires quotidiennes». Sur ce point, Jürgen Stock, secrétaire général d’Interpol et patron opérationnel est
catégorique: «Le poste de président est honorifique, sa présence n’est requise à Lyon que pour
trois réunions par an. Meng était toujours viceministre en Chine, c’était sa principale activité. Sa décision de vivre à Lyon était personnelle, et n’avait rien à voir avec sa position à
Interpol.» Un membre de l’entourage de Bernard Cazeneuve, qui était ministre de l’Intérieur en 2016, confirme: «La fonction de président est essentiellement de la coordination
diplomatique et de la représentation.»
Alors que le Parti communiste chinois n’a pas
de mots assez durs pour critiquer les hommes
d’affaires chinois qui mettent famille et argent à l’abri à l’étranger, pour quelle raison le
ministère de la Sécurité publique a-t-il autorisé son vice-ministre à s’installer en France?
Grace Meng a répété à plusieurs reprises à Libération que son mari «travaillait très dur et
voyageait beaucoup pour Interpol, plus de
deux cents jours par an pendant la première
année». Meng se servait-il de cette couverture
pour remplir des missions pour le compte du
Parti communiste chinois partout dans le
monde? Participait-il activement aux opérations Skynet et Fox Hunt, dont il a été un des
artisans ?
«LIUZHI»
Ces «opérations», sous la houlette du ministère de la Sécurité publique, sont en général
menées secrètement dans des pays étrangers.
Basées sur le chantage et les menaces de rétorsion sur la famille restée au pays, elles donnent parfois lieu à des enlèvements purs et
simples. Selon la presse chinoise, en trois ans,
plus de 4 000 citoyens chinois suspects de
corruption –mais aussi dissidents, éditeurs
ou exilés ouïghours– ont été ramenés au bercail. Parmi eux, 800 fonctionnaires, dont
seuls 52 étaient visés par des notices rouges.
Pourquoi Meng a-t-il choisi, ce 25 septembre,
de s’arrêter en Chine entre un voyage à Stockholm pour le compte d’Interpol et un déplacement en Iran? Mystère. D’après sa femme
en tout cas, il ne passait que très rarement par
Pékin. «Meng a peut-être pensé que jamais le
Parti n’oserait l’arrêter, et a péché par excès de
confiance», suppute un universitaire chinois
réfugié en France. Quoi qu’il en soit, cette arrestation est à ce jour la plus grosse prise de la
Commission nationale de supervision (NSC),
la superagence anticorruption créée en
mars 2018, qui a mis au point une garde à vue
de six mois, le «liuzhi». Durant cette période,
les détenus peuvent se voir refuser l’accès à un
avocat et à leurs proches, et, selon l’ONG asiatique Safeguard Defenders, la privation de
sommeil, les positions inconfortables, les
coups, la malnutrition, la pression psychologique et les menaces sur la famille sont couramment utilisés pour obtenir des aveux forcés.
Le policier avait-il l’intention de passer à
l’Ouest avec femme et enfants, dans un remix
de la guerre froide? Menaçait-il de livrer aux
services secrets étrangers des informations
qui auraient pu être fatales au régime de Xi
Jinping dans le contexte de guerre commerciale avec les Etats-Unis? La seule chose qui
est certaine, c’est que l’ordre de faire tomber
le président d’Interpol sous les yeux éberlués
de la planète n’a pu venir que du plus haut
sommet de l’Etat chinois. •
Interpol: fausses notes
et notices rouges
A quoi servent
la présidence de Meng de statistiques manquantes et un
L’organisation
Hongwei ?
manque de ressources».
intergouvernementale, les «notices rouges» ?
Ces
fiches
nominatives
inforParadoxalement,
la
notice
de
créée pour aider les
ment que la personne est recher- Dolkun Isa a été supprimée sous Comment Interpol
pays à localiser leurs
chée par une autorité judiciaire le mandat de Meng Hongwei, en est-elle financée ?
criminels en fuite,
d’un des pays membres, ce qui se février 2018. Ce qui a déclenché la Pour 2017, son budget s’élevait à
fonctionne en
traduit souvent par une arresta- colère du ministère chinois des 124,3 millions d’euros, à peu près
émettant des fiches
tion aux passages des frontières. Affaires étrangères, et calmé les à parts égales entre les contribuLe nombre de notices rouges a inquiétudes sur les risques d’in- tions obligatoires et volontaires
de recherche.
presque été multiplié par dix en gérence de Meng dans le proces- des pays membres. «C’est dériMais certains Etats
quinze ans (de 1 410 en 2001 à sus. «Aucun membre du comité soire, déplore l’ex-secrétaire géles utilisent à des
12 878 en 2016). Créé pour pour- exécutif, y compris le président, n’a néral Raymond Kendall. J’avais
fins politiques.
chasser les criminels de tout poil, accès aux bases de données, et n’a calculé une année qu’il était équi-
L
a disparition de Meng Hongwei, son président chinois, en septembre, a braqué les projecteurs sur Interpol.
L’Organisation internationale de
police criminelle, aussi discrète
que mythique, a été fondée
en 1923 à Vienne. Tombée sous le
contrôle nazi, elle a été refondée
après la guerre. Depuis l’adhésion
des îles Kiribati et du Vanuatu en
novembre, elle compte 194 Etats
membres. C’est la deuxième organisation intergouvernementale
après l’ONU.
Quelle est la mission
d’Interpol ?
Contrairement à une légende
tenace, Interpol ne lance pas
de «mandats d’arrêt internationaux», et n’agit pas ellemême comme force de police.
Ses 1 000 employés, dont
650 basés au siège, à Lyon,
stockent, analysent, coordonnent les informations transmises
par les polices nationales
des pays membres.
violeurs, assassins, terroristes de rôle ou d’influence dans le proou pédophiles en
cessus de publicafuite, le système a
DÉCRYPTAGE tion ou d’annulaété parfois détion d’une notice
tourné par des pays membres, rouge», précise le secrétariat génotamment la Russie et la Chine, néral à Libération. En novembre,
pour faire arrêter des opposants l’élection d’un nouveau président
politiques. Un cas emblématique sud-coréen au lieu du favori russe
est celui du pacifiste Dolkun Isa, a été une bonne nouvelle pour les
réfugié en Allemagne et défen- défenseurs de la justice internaseur des droits des Ouïghours, tionale. Selon l’ONG britannique
une minorité chinoise persécu- Fair Trials, auteure en décembre
tée. Durant dix-neuf ans, il a été d’un rapport titré «Abus et exploisous le coup d’une notice rouge tation des notices rouges», «Interpour «terrorisme» émise par pol a pris conscience des problèPékin.
mes et commencé à mettre en place
des réformes. Elles sont bienveDes abus ont-ils été
nues, mais il y a toujours des proconstatés pendant
blèmes majeurs de transparence,
«Aucun membre du comité
exécutif, y compris le président,
n’a de rôle ou d’influence dans
le processus de publication ou
d’annulation d’une notice rouge.»
Le secrétariat général d’Interpol
valent aux frais de gestion de
l’opéra de Lyon.» En sous-financement chronique, l’organisation
a cédé aux sirènes du privé. Elle
accepte, entre autres, 15 millions
de Philip Morris et 20 millions de
la Fifa en 2011 – un partenariat
rompu en 2015 après l’émission
de notices rouges contre plusieurs cadres de la fédération.
«La part du privé est descendue
à 1 %, contre 30 % auparavant»,
rassure le secrétaire général,
Jürgen Stock, lors d’une interview. Mais selon Mediapart, elle
a toujours comme partenaires le
Qatar et le Comité international
olympique, au cœur d’enquêtes
judiciaires pour corruption. Il
existe aussi une «Fondation Interpol pour un monde plus sûr»,
entité privée enregistrée en
Suisse, dont un des huit membres
est Carlos Ghosn, le patron de Renault-Nissan incarcéré au Japon
pour fraude fiscale. La Chine est
le septième pays donateur avec
2 millions d’euros annuels, contre
3 millions pour la France.
LAURENCE DEFRANOUX
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14 u
FRANCE
Libération Vendredi 18 Janvier 2019
Les députés LREM à l’Assemblée nationale, à Paris, le 23 octobre. PHOTO DENIS ALLARD
LREM Des députés se
voient en force rose
Quelques parlementaires de La République en marche
se mobilisent pour rappeler à leur groupe parlementaire
que nombre de leurs électeurs viennent de la gauche
et du centre gauche. Ils espèrent, avec la crise des gilets jaunes,
peser sur les choix des instances dirigeantes et mettre en avant
leurs propres propositions.
Par LILIAN ALEMAGNA
et LAURE EQUY
L
a volée de bois vert a viré à l’opération commando. Sitôt paru l’article
du Parisien annonçant, la semaine
dernière, que le gouvernement réfléchirait
à l’idée de rogner les allocations des familles d’élèves violents, le député LREM
Aurélien Taché avise un petit groupe de
ses camarades parlementaires. Comment
contrer illico cette idée qui va figurer dans
un rapport sur la lutte contre les violences
scolaires et que n’a pas écartée le ministre
de l’Education, Jean-Michel Blanquer ?
Cette poignée de députés s’interroge sur
un communiqué commun pour mettre en
garde contre une telle proposition et décide finalement de tweeter leur désapprobation de concert.
Aurélien Taché, Guillaume Chiche, Hugues Renson et Matthieu Orphelin sortent
du bois ainsi que Stella Dupont, Jacques
Maire et Emilie Cariou. Avant que la riposte, toujours sur Twitter, ne s’étende à
d’autres marcheurs, habituellement plus
discrets ou pas forcément classés à gauche
du groupe majoritaire à l’Assemblée nationale. «Cette façon de sortir de manière
coordonnée marque un tournant, veut
croire l’un de ces députés LREM. On veut
s’assumer, arrêter de s’autocensurer.»
La petite bande échange depuis le début
du mois de décembre dans une boucle dédiée sur l’application Telegram. Au départ,
il s’agissait d’imaginer des «propositions
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Libération Vendredi 18 Janvier 2019
«Constituer un noyau dur»
Le sobriquet est resté, anecdotique et informel, qui marque aussi leurs réticences
à s’estampiller trop officiellement. De
même, ils ne tiennent pas de «réunion-bisounours» en bonne et due forme et au
complet. Tout jeune, le cercle se veut fluctuant, selon les chevaux de bataille à enfourcher. Pas question, assure Chiche, de
passer pour «une avant-garde ou le clan des
éclairés». «Attention à la tentation groupusculaire, prévient Taché. Le but n’est pas
de devenir une sous-chapelle mais de constituer un noyau dur, une “task force”.» Certains de leurs collègues, pourtant d’accord
avec eux sur le fond, ne goûtent guère cet
activisme. «Je me méfie énormément de ce
qui peut fracturer la majorité, fait valoir
Eric Alauzet. Laissons prospérer et vivre le
débat. Voyons d’abord ce qui peut émerger
d’un consensus avant de rentrer dans des
logiques de rapport de forces.»
Ces députés voient dans l’épisode des gilets jaunes un nouveau signal de la nécessité de muscler la réponse du gouvernement face à la forte demande de justice
sociale. De nombreux élus LREM s’agacent
d’avoir alerté dans le vide sur l’incompréhension des réformes menées tambour
battant ou sur le sentiment d’éloignement
de certains territoires. Ils sont aussi critiques de la direction du groupe, présidé par
Gilles Le Gendre, trop effacée face à l’exécutif à leurs yeux et qui peine à faire vivre
une discussion interne permettant de trancher des positions. «Gilles n’organise pas de
débats dans le groupe, donc les lignes se
construisent dans l’hémicycle, explique un
député. Si le groupe n’a pas de poids politique, on le prend ailleurs.»
Vice-présidente du groupe, Amélie de
Montchalin riposte: «Il faut arrêter de dépeindre le groupe comme s’il était à la remorque du gouvernement [à l’exception de]
quelques francs-tireurs qui obtiendraient
des victoires ou des reculs. Les choses se
jouent collectivement avec les instances du
groupe. On ne répond pas à l’urgence sociale
en donnant des brevets de gauche.» Elle en
veut pour preuve «l’agenda social» sur lequel elle planche avec Brigitte Bourguignon pour rendre automatiques les aides
sociales et avancer sur le sujet de la dépendance. Ces «francs-tireurs» ne se privent
pas de faire leurs propres propositions
dans le domaine de la justice sociale et fiscale. «On peut réfléchir à plus de progressivité, avec de nouvelles tranches dans le bas
du barème de l’impôt sur le revenu», imagine Emilie Cariou, qui souhaite aussi «plafonner» certaines niches fiscales. D’autres
évoquent la création d’une nouvelle tranche supérieure pour les plus riches ayant
profité de la transformation de l’ISF.
«Voyons d’abord ce qui sort du débat!» répond-on dans l’entourage du ministre des
Comptes publics, Gérald Darmanin.
Fiscalité, lutte contre la fraude, immigration-intégration, environnement, minima
sociaux: dans ce groupe qui ne veut pas en
être un, chacun avance sur son domaine
de compétence. Ils vont par exemple militer pour la fin de l’unanimité européenne
sur les questions fiscales ou la baisse du
taux de TVA sur les produits de première
nécessité. Ils sont aussi prêts à pousser
leurs propositions sur l’intégration des immigrés. Auteur en 2018 d’un rapport sur le
sujet, Taché se montre ainsi «opposé à tous
les quotas en matière d’asile ou d’immigration familiale» mais reste ouvert pour ce
qui est de l’«immigration économique»,
dit-il. D’autres de ses camarades se méfient de ce sujet porté lors de la présidentielle par la droite et l’extrême droite. L’un
d’eux résume l’hiatus froidement : «J’ai
suivi Macron, pas Fillon.» •
Remarquée
pour son
engagement
contre le verrou
de Bercy,
la députée de
la Meuse défend
une imposition
plus juste.
C
e jour de début décembre, elle n’hésite pas à
prendre le Premier ministre de front. Lui assis à la
tribune, elle debout dans la
salle Victor-Hugo de l’Assemblée nationale. En réunion du
groupe LREM, Emilie Cariou
lui rappelle que les députés
ont «mouillé la chemise» dès le
début du mouvement des gilets jaunes. La semaine précédente, l’appel d’Edouard Philippe à monter au créneau,
dans les médias ou sur les
ronds-points, était resté en
travers de nombreux gosiers
parlementaires. «Nous tous,
on est allés voir les gilets jaunes sans garde du corps»,
lance l’élue de la Meuse, applaudie par ses collègues,
avant de réclamer «plus de
justice fiscale et sociale». «Je
suis toutes les semaines dans
la presse régionale, poursuitelle auprès de Libération.
Nous dire ça à nous qui sommes en première ligne…»
parmi les poils à gratter de pour la ministre du NumériPhilippe et ses ministres de que, Fleur Pellerin, sur la
Bercy. A la tête de la mission taxation des Gafa, puis au
d’information sur le «verrou ministère de la Culture, node Bercy» puis rapporteure du tamment sur les droits
projet de loi sur la fraude fis- d’auteur. Avant de rejoindre
cale, cette fiscaliste a mené le candidat Macron.
quelques bras de fer avec le
ministre des Comptes pu- Bataille. Vice-présidente de
blics, Gérald Darmanin. Elle la commission des finances,
se targue volontiers d’avoir, Cariou porte dès le début du
sur ces sujets, «travaillé le quinquennat, avec le rapporconsensus» jusqu’à obtenir teur général du budget, Joël
une quasi-unanimité des Giraud, des amendements vidéputés. Et si Bercy a encore sant à amoindrir les «cason mot à dire sur les dossiers deaux» faits aux plus fortunés
fiscaux transpar le gouvermis à la justice,
nement: taxa«plus de dossiers
tion des signes
vont passer deextérieurs de
vant les yeux des
richesses au
juges», se félimoment de la
cite celle qui
transformaconnaît bien les
tion de l’ISF,
arcane s
de
maintien
Bercy pour avoir
d’une «exit
PROFIL
travaillé à la Ditax» que Marection de la législation fis- cron voulait supprimer totacale. «Un boulot d’esclave», lement, bataille contre la «nidit-elle, où elle a appris à en- che Copé» pour récupérer
gloutir des lois de finances et plusieurs milliards d’optimià analyser dare-dare «une sation fiscale chez les grands
liasse de cent amendements groupes.
en cinq minutes».
Poussée par le feuilleton giPassé ensuite par l’Autorité lets jaunes, celle-ci compte «y
des marchés financiers, où aller beaucoup plus fort : il
elle enquête sur les délits faut être force de propositions
d’initiés, c’est alors qu’elle re- sur la justice fiscale, j’ai des
joint Arnaud Montebourg idées. Tant qu’on ne me dit
pour la primaire PS de 2011. rien, j’avance».
Sous Hollande, elle travaille
L.A. et L.Eq.
AFP
«Remorque»
Emilie Cariou, adepte
de luttes fiscales
«Terreau propice». Fin
novembre, Cariou s’est coltiné une franche confrontation dans une grange
surchauffée de Bar-le-Duc
(Meuse), face à 200 gilets jaunes. «C’était chaud», souffle
la marcheuse de 47 ans, regard bleu décidé, lunettes sur
les cheveux. Elue avec la vague macroniste en 2017 dans
le nord du département,
«port d’attache familial» de
cette fille de colonel, elle a arpenté ces terres rurales, au
taux de chômage élevé avec
une population vieillissante:
«un terreau propice à ce sentiment d’abandon et à l’expression de cette colère»
qu’elle dit avoir vu s’exprimer
sur le passage aux 80 km/h
ou les fermetures de collèges.
«Dans cette grange, il n’y
avait que des gens qui bossent, ça m’a frappé. J’ai fait
remonter à Matignon la nécessité d’avoir une réponse
pour les classes moyennes»,
raconte-t-elle.
Membre de la branche sociale-démocrate du macronisme, Cariou n’a pas attendu
cette crise pour abreuver Matignon de notes et compter
Demain
matin,
le monde
aura
changé.
LES
MATINS
DU SAMEDI
7H
-9H
Caroline
Broue
Avec la
chronique de
Jacky Durand
"Les
mitonnages"
© Radio France/Ch. Abramowitz
Depuis 2017, quelques initiatives ont été
lancées, autour de Brigitte Bourguignon et
de son «pôle social», ou regroupant de jeunes députés politiquement expérimentés.
Des tentatives qui ont fait long feu au sein
d’un groupe qui craint plus que tout la fracturation façon «frondeurs» qui a déchiré le
groupe socialiste sous la précédente législature, et le retour d’un clivage droite-gauche. La petite bande, elle, se voit «une vocation majoritaire». «Deux tiers des députés
du groupe ont été élus sur une base de gauche-centre gauche», rappelle Chiche. Un de
ses camarades ajoute: «Qu’on nous colle,
aux uns et aux autres, des étiquettes de “sociaux”, “progressistes”, “écolos” est caricatural. En réalité, tous ceux-là poussent dans
le même sens.» Un autre: «Le groupe a été
pris en otage par une minorité de droite.»
politiques pour une sortie de crise» au plus
fort de la contestation des gilets jaunes.
Huit députés, notamment Cédric Villani,
ont transmis cette note au Premier ministre. La discussion s’est poursuivie ensuite
et élargie. Et quand il a fallu donner un
nom à ce fil sur la messagerie cryptée, ils
ont repris la formule de «Bisounours»
qu’un de leurs détracteurs distillait en off
dans un article, moquant la prétendue
candeur de certains d’entre eux, qui ne se
résolvaient pas à l’idée de voir figurer l’immigration au menu du grand débat.
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16 u
FRANCE
Libération Vendredi 18 Janvier 2019
LIBÉ.FR
Alstom sans Siemens ?
Le rachat du fabricant du TGV par le conglomérat
allemand (en photo, les PDG de Siemens, Joe Kaeser, et d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge, le 27 septembre 2017 à Paris),
qui devait créer un «Airbus du ferroviaire», a de plus en plus de plomb
dans les roues. Alors que la très raide commissaire européenne à la
Concurrence, Margrethe Vestager, devrait rendre son verdict à Bruxelles d’ici le 18 février, la direction du groupe français a averti jeudi ses
actionnaires que l’affaire était vraiment mal engagée. PHOTO REUTERS
Affaire Carlos
Ghosn: Renault
change de direction
Après Bruno
Le Maire, qui
a demandé
la désignation
d’une «nouvelle
gouvernance»,
le constructeur s’est
mis en quête jeudi
d’un binôme pour
diriger l’entreprise.
Par
FRANCK BOUAZIZ
U
vernement japonais et Nissan sur l’après-Ghosn à la tête
de Renault et surtout de
l’alliance Nissan-Renault.
Depuis sa création, il y a
vingt ans, l’union entre les
deux constructeurs automobile a toujours été largement
dominée par la firme française. De manière capitalistique et humaine puisque
Carlos Ghosn préside aux
destinées de l’alliance.
Les hommes de Bercy vont à
Tokyo afin que les changements, s’ils doivent se
produire, soient le moins
douloureux possible pour
Renault. Emmanuel Moulin
et Martin Vial ont-ils rencontré Hiroto Saikawa, le rugueux patron de Nissan ?
Impossible de le vérifier tant
du côté de l’Etat que de Renault, l’agenda des deux
missi dominici est gardé
aussi secret que celui d’un
binôme de la DGSE.
n lâchage en règle,
prélude à un inéluctable licenciement.
Le soutien de l’Etat au PDG
de Renault, Carlos Ghosn,
incarcéré au Japon depuis
le 19 novembre, aura tout de
même duré cinquanteneuf jours. Jusqu’à mardi à la
mi-journée. Cet après midi-là
au septième étage de Bercy,
le ministre de l’Economie,
Bruno Le Maire, considère
qu’il ne peut plus tenir à bout Révolue. Quelques heures
de bras le patron du cons- plus tard, sur le plateau de
tructeur automobile, mis en LCI, le ministre de l’Econocause pour «dissimulation mie cisèle ses mots. «L’Etat
de revenus», et «abus de bien comme actionnaire de réfésociaux». Le matin même, la rence souhaite la convocation
justice japonaise a refusé une du conseil d’administration
nouvelle demande de mise de Renault dans les prochains
en liberté, déposée par les jours», afin de désigner «une
avocats de Carnouvelle gouverL’HISTOIRE nance». Le meslos Ghosn. C’est
maintenant le
sage est clair.
DU JOUR
début d’un long
L’ère Ghosn qui
tunnel judiciaire pour l’an- avait réussi à diriger Renault,
cien patron tout puissant qui mais aussi Nissan et plus
débouchera probablement récemment l’autre construcsur un procès retentissant.
teur automobile japonais,
Bruno Le Maire s’invite donc Mitsubishi, est révolue.
sur le plateau de la chaîne L’Etat, avec 15% du capital et
d’information LCI mercredi deux sièges au conseil d’adsoir. Pendant ce temps, son ministration, pèse d’un poids
directeur de cabinet, Emma- suffisant pour dicter le channuel Moulin, et le directeur gement d’orientation. «Jusde l’agence des participations qu’à présent, indique l’entoude l’Etat, Martin Vial, pren- rage de Bruno Le Maire, nous
nent discrètement le chemin ne voulions pas gêner la
de l’aéroport Roissy-Charles- défense de Carlos Ghosn. La
de-Gaulle. Ils embarquent décision de la justice japoà bord du vol AF276 d’Air naise est venue changer la
France, à destination de To- donne et nous savions que le
kyo-Narita. Objectif : ouvrir déplacement de deux repréles négociations avec le gou- sentants de Bercy à Tokyo
allait se savoir.» Le même
jour, il reçoit Philippe Lagayette, l’administrateur référent qui, par intérim, veille
au bon fonctionnement de
l’entreprise. Il s’agit de s’assurer de l’adhésion de tous les
acteurs du dossier.
Cette décision coupe en tout
cas l’herbe sous le pied d’une
partie de l’état-major de Renault, qui avait commencé à
organiser la contre-offensive
en faisant appel à deux prestigieux cabinets d’avocats
anglo-saxons rompus aux
contentieux internationaux.
Il s’agissait notamment de
riposter en mettant en cause
l’enquête de Nissan qui
pointe les agissements répréhensibles de Carlos Ghosn.
Les salariés se projettent eux
aussi dans l’après Ghosn.
La CFE-CGC, forte de son statut de première organisation
représentative chez Renault,
prend une position dénuée
de toute ambiguïté: «Il nous
apparaît nécessaire et urgent
de nommer un président et un
directeur général, voire un
PDG, afin que les intérêts de
toutes les parties prenantes,
dont principalement les salariés, soient préservés», indique un communiqué de la
représentation des cadres
dans l’entreprise. «Tous les
éléments en notre possession
nous laissent penser que sa
détention provisoire va durer
un certain temps», justifie
le délégué syndical central
CFE-CGC, Bruno Azière.
Le feuilleton judiciaire débuté le 19 novembre commence visiblement à lasser
ceux qui font Renault. «C’est
un peu comme si nous étions
en apnée. Que nos dirigeants
prennent leurs responsabili-
Thierry Bolloré, directeur général adjoint du groupe Renault, et Carlos Ghosn,
au Mondial de l’automobile, à Paris, le 3 octobre. PHOTO N. MESSYASZ. SIPA
tés», demande la représentante de FO Mariette Rih.
Le changement à la tête de
Renault ne devrait d’ailleurs
pas uniquement concerner
les personnes. La structure
de direction va au passage se
faire un sérieux lifting. Le
poste de PDG va être scindé
en deux. D’un côté un président chargé de faire fonctionner un conseil d’administra-
tion et d’orienter la stratégie
de long terme, comme la
montée en puissance dans les
véhicules électriques ou les
rachats de concurrents. Pour
ce job, l’actuel patron de Michelin, Jean-Dominique Senard, fait figure d’ultrafavori.
D’autant que son départ du
fabricant de pneus est d’ores
et déjà programmé pour
cause de limite d’âge.
«Nous ne voulions pas gêner
la défense de Carlos Ghosn.
La décision de la justice japonaise
est venue changer la donne.»
Utilitaire. De l’autre, un directeur général dont le boulot
est de faire tourner la boutique au quotidien. Nommé à
ce poste par intérim depuis
l’arrestation de Ghosn,
Thierry Bolloré, le numéro 2
de Renault, devrait être con-
Bruno Le Maire ministre de l’Economie
firmé dans cette fonction.
Comme Jean-Dominique Senard, il est lui aussi issu de
Michelin. L’un de ses premiers chantiers sera peutêtre de sécuriser la production de la Nissan Micra dans
l’usine de Flins (Yvelines).
Il devra aussi s’atteler à transformer en réalité l’annonce
de l’assemblage d’un véhicule utilitaire Mitsubishi
sur le site de Sandouville
(Seine-Maritime). Elle avait
été faite neuf jours seulement avant l’incarcération
de Carlos Ghosn. Du temps
où ce dernier régnait encore
en maître sur la grande
alliance Renault-Nissan-Mitsubishi. •
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Libération Vendredi 18 Janvier 2019
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LIBÉ.FR
Alerte sur la dématérialisation
des services publics
Déclarer ses impôts depuis son «espace
particulier» sur Impots.gouv.fr, s’inscrire en ligne à Pôle
Emploi, demander le RSA sur le site de la CAF : des gestes
simples pour certains. Mais pour d’autres, c’est un enfer numérique. C’est ce que dénoncent de concert cette semaine
le Défenseur des droits, saisi de milliers de réclamations,
ainsi que des écrivains publics. PHOTO AFP
EMMANUEL
MACRON
s’adressant aux
armées, jeudi
«La première raison d’être des armées, ce sont les opérations.» Dans ses vœux, forts laudateurs, aux armées, prononcés jeudi depuis une base proche de Toulouse, Emmanuel Macron a rappelé cette évidence avant de définir les
contours des déploiements militaires français en 2019. La
France restera engagée en Syrie, a-t-il affirmé. La récente
annonce par Trump du retrait américain, dont le calendrier
reste flou «ne doit pas nous faire dévier de notre objectif
stratégique: éradiquer Daech en le privant d’une empreinte
territoriale». Sur l’autre front, au Sahel, où la France mène
depuis 2013 une guerre qui paraît aujourd’hui sans fin, Macron s’est montré très optimiste. «Les résultats sont là. Des
chefs sont mis hors de combat, des groupes sont bousculés
et affaiblis, en particulier ces dernières semaines.»
Passeports diplomatiques:
Benalla en garde à vue
Nouvelle garde à vue pour
Alexandre Benalla. Déjà mis
en examen (entre autres)
pour «violences volontaires»,
et «immixtion dans l’exercice d’une fonction publique» à la suite des incidents
du 1er Mai, l’ancien conseiller d’Emmanuel Macron
était toujours entendu jeudi
soir par la police judiciaire
parisienne dans le cadre de
l’enquête sur ses passeports
diplomatiques. C’est l’utilisation d’un de ces précieux
sésames lors d’un déplacement au Tchad qui a provoqué l’ouverture d’une enquête préliminaire pour
«abus de confiance» et
«usage sans droit d’un document justificatif d’une qua-
lité professionnelle», étendue mercredi à des faits
de «faux, usage de faux et
obtention indue d’un
document administratif».
Le même jour, devant la
commission d’enquête sénatoriale, le directeur de
cabinet d’Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, a révélé qu’Alexandre Benalla
avait utilisé son passeport
diplomatique une «vingtaine de fois» après son départ de l’Elysée. Jean-Yves
Le Drian, ministre des Affaires étrangères, a ensuite
indiqué à la même commission avoir eu la confirmation qu’Alexandre Benalla
avait bien utilisé un de ces
documents.
Fermetures d’usines:
la CGT devant Bercy
Images
Cette garde à vue peut-elle
avoir des conséquences sur
l’audition très attendue
d’Alexandre Benalla devant
la commission d’enquête sénatoriale, prévue lundi ?
Techniquement oui, si une
information judiciaire était
ouverte dans la foulée et
que Benalla était déféré devant un juge d’instruction
en vue de sa mise en examen. Les sénateurs ne pouvant empiéter sur des faits
visés par une enquête judiciaire, une telle hypothèse
limiterait de facto la portée
de leurs questions. Et permettrait à Benalla d’esquiver les interrogations les
plus embarrassantes.
EMMANUEL FANSTEN
MUSIQUE
LIVRES
VOYAGES
qué de retrouver un emploi»,
enchaîne un élu CGT de Copirel. Dans cette entreprise
de literie, les employés ont
appris le projet de fermeture
en novembre. Le syndicat réclame un allongement du calendrier du plan de sauvegarde de l’emploi pour «se
laisser une chance de trouver
un repreneur». Pour l’heure,
les salariés occupent le site.
«Il faut une riposte commune.
C’est important de faire le lien
entre nos difficultés et de faire
converger nos résistances
pour changer le rapport de
forces», entonne Philippe
Poutou de l’usine Ford, où un
projet de reprise a été refusé.
Venus de Clermont-Ferrand,
les représentants de l’entreprise ACC, spécialisée dans
la maintenance ferroviaire et
sauvée en 2017 grâce à des
contrats signés avec la RATP,
apportent la preuve que des
happy ends existent. Mais leur
usine reste sur la sellette car
sa «trésorerie est à sec», explique Anthony Vedeau, élu
CGT. Et de poursuivre : «La
politique industrielle dans
notre pays est floue. Il y a un
problème de stratégie des donneurs d’ordre. Il n’y a plus de
projection et les boîtes comme
la nôtre en pâtissent.» D’où
l’urgence pour la CGT de
«changer de cap et redonner
des perspectives».
A. Ca.
FOOD
u 27
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Libération Samedi 19 et Dimanche 20 Janvier 2019
/
/
/
CENSURE NUMÉRIQUE
Aux blâmes, etc.
Libération Samedi 19 et Dimanche 20 Janvier 2019
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u 37
Page 40 : Cinq sur cinq / Queer québécois
Page 41 : On y croit / The Twilight Sad
Page 42 : Casque t’écoutes ? / Eva Ionesco
ILLUSTRATION FLORENT TANET
Au pied du ministère, jeudi. PHOTO ALBERT FACELLY
Libération Samedi 19 et Dimanche 20 Janvier 2019
Les dessous des playlists
u 43
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Page 46 : Eric Chevillard / Le lézard et la tortue
Page 47 : Joseph Ponthus / Sa boîte de sardines
Page 50 : Xavier Lapeyroux / «Comment ça s’écrit»
Recueilli par
FRÉDÉRIQUE ROUSSEL
Photo FRANCK TOMPS
C
Elisabeth Filhol, le 10 janvier, à Angers.
Sous les fenêtres du ministère de l’Economie, à Paris,
une vingtaine de cégétistes se
sont réunis jeudi pour une
conférence de presse à l’appel
de la CGT. Certains étaient
venus de Blanquefort, en Gironde, comme Philippe Poutou et ses collègues de l’usine
Ford. D’autres, employés du
groupe Luxfer, arrivaient de
Gerzat (Puy-de-Dôme). Ou
encore de Langeac, en HauteLoire, où est installée l’usine
de matelas Copirel. Trois sites menacés de fermeture.
Des cas loin d’être isolés selon les organisateurs. «On
veut remettre au cœur du
débat la question de l’industrie en France, et ce d’autant
plus au regard du climat social dans notre pays», explique Stéphane Flegeau de la
CGT métallurgie.
Selon lui, les gouvernements
ont beau faire de la question
un axe «prioritaire», la stratégie industrielle de l’Etat reste
«inexistante», et rien ne
change. «C’est là où la désindustrialisation est la plus
forte et où les services publics
disparaissent que les gilets
jaunes sont les plus présents»,
note le syndicaliste. «En
Haute-Loire, c’est très compli-
Infinity Selfie VI, Leah Schrager (2016). PHOTO LEAH SCHRAGER
Le tribunal correctionnel de
Bobigny a condamné jeudi
l’essayiste d’extrême droite
Alain Soral à un an de prison
ferme pour avoir injurié une
magistrate et tenu des propos
antisémites sur son site internet. Alain Bonnet dit Soral,
60 ans, qui n’était pas présent
jeudi à l’énoncé de sa condamnation, avait notamment
écrit sur son site, Egalité et
réconciliation: «Les juifs sont
manipulateurs, dominateurs
et haineux.» Contre la magistrate, il affirmait: «Je n’ai jamais entendu autant de mensonges et de malhonnêteté
sortir de la bouche d’une
femme, et pourtant, des salopes, j’en ai connu.» C’est la
première fois qu’il est condamné à une si lourde peine.
«Nous resterons militairement
engagés au Levant [en Syrie].
Le combat n’est pas terminé.»
REUTERS
Antisémitisme
Alain Soral prend
un an ferme
omme une voix à la radio laisse parfois imaginer un visage, un roman
peut susciter l’idée de
l’auteur qui est derrière l’écrit. Dans le
premier cas, les représentations
éveillées par le timbre d’un commentateur ne collent jamais avec la réalité.
On se surprend quand même à s’étonner que cette femme menue et pétillante de 53 ans, qui attend devant le
piano de la gare d’Angers, soit l’auteur
de Doggerland, fiction dense et intense.
Elisabeth Filhol, études de finances et
ex-cadre dans de grandes sociétés industrielles, a rejoint à plein temps
l’écriture en 2007 et a trouvé sa voix.
Entretien.
Comment avez-vous découvert le
Doggerland ?
Par hasard. Je finissais Bois II quand
j’ai vu un extrait de documentaire à la
BBC sur des recherches archéologiques. Il parlait du Dogger Bank, un endroit où le fond marin remonte, et
d’équipes pluridisciplinaires qui travaillaient à reconstituer la topographie
et les paysages à travers le temps. Ce
territoire a été émergé pendant plusieurs millénaires et a constitué une
plaque tournante de l’Europe. D’après
les scientifiques, c’était un territoire
très hospitalier, par lequel on pouvait
aller de l’Angleterre au Danemark à la
fin de la glaciation. Quand l’eau a commencé à monter avec la fonte des glaces, il est devenu une île. Au moment
où elle disparaît vraiment, 6 000 ans
avant J.-C., elle a encore la taille de la
Sardaigne ou de la Sicile, habitée par
des milliers d’individus.
Pourquoi cette fascination ?
J’étais attirée par le côté mythique, une
sorte d’Atlantide au milieu de la mer du
Nord. Et en plus, je
Suite page 44
«Une tache blanche
en pleine mer du Nord»
L’île retrouvée d’Elisabeth Filhol
C’est le
week-end
Rendez-vous chaque samedi dans
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FRANCE
Libération Vendredi 18 Janvier 2019
LIBÉ.FR
Le permis de construire, victime
inattendue du Brexit Chaque semaine dans
la chronique «Vous êtes ici», une histoire de villes, de villages et d’enjeux urbains. Aujourd’hui, un effet imprévu
de la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Car il faudra en effet construire
des bâtiments pour contrôler les personnes et les marchandises
dans les ports, les gares (photo : une entrée du tunnel sous la Manche), les points de passage routiers et les aéroports. Une évidence
qui semble avoir pris le gouvernement de court. PHOTO AFP
Dans le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), les migrants se révoltent depuis début janvier. PHOTO OLIVIER LABAN-MATTEI. AFP
Par
KIM HULLOT-GUIOT
«L
es bâtiments sont
mal nettoyés, ça
pue, les toilettes
sont bouchées tout le temps. Si
tu réclames de la nourriture,
tu es envoyé à l’isolement. On
ne fait rien de nos journées, il
n’y a aucune activité. Ils nous
disent: “Si vous n’êtes pas contents, vous n’aviez qu’à rester
chez vous.” Ils nous traitent
comme des animaux!» Abdallah (1), qui nous téléphone
depuis le centre de rétention
(CRA) du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), est très remonté. Depuis début janvier,
ce trentenaire participe à une
grève de la faim pour dénoncer ses conditions de vie dans
le CRA où il attend d’être expulsé ou libéré.
Des dizaines de personnes
avaient initié le mouvement
au CRA de Vincennes (Valde-Marne), bientôt rejointes
par des «retenus» à Oissel
(Seine-Maritime) et Sète (Hérault). Une concomitance assez inédite, bien que rien
n’indique qu’il y ait une véritable coordination entre les
centres, selon plusieurs
interlocuteurs associatifs.
«Pendant longtemps, c’était
des combats individuels. Ce
sont des lieux où il est très difficile d’organiser des moyens
de résister. Mais ces grèves de
la faim vont participer à la
prise de conscience», espère
Sarah, visiteuse dans différents CRA.
Rétention: des grèves
de la faim qui vont «participer
à une prise de conscience»
Au Mesnil-Amelot, «on sent
les “retenus” très remontés,
très costauds sur leurs revendications. On partage leurs
constats», estime Nicolas
Pernet, coordinateur local de
la Cimade. Nadia Sebtaoui,
responsable de la mission rétention pour France Terre
d’asile, qui intervient dans
plusieurs établissements de
ce type, précise: «L’ambiance
est un peu difficile depuis
quelques semaines. Ils ont du
mal à supporter les conditions d’incarcération. La
grève, c’est une grève des repas servis. Ils mangent quand
même ce qui est apporté par
leurs proches.»
«Pains». Habituellement,
raconte Abdallah, les policiers «nous réveillent à 7 heures pour nous donner du café,
du sucre et deux petits pains.
A midi, la nourriture est périmée; ils ne la donnent même
pas à leur chien. On faisait la
grève de la faim [il y a une semaine, ndlr], les policiers sont
entrés dans les chambres et
ont mis à la poubelle le pain
Nourriture, hygiène, soins, violences…
Soumis à diverses maltraitances dans les
centres d’hébergement, des demandeurs
d’asile se révoltent depuis début janvier.
qu’on avait mis de côté. C’est lieux de privation de liberté
des bâtards» ! Julien, un bé- dans son rapport d’actinévole qui rend visite aux vité 2017, les retenus et leurs
personnes en centres de ré- soutiens dénoncent insultes,
tention, nuance: «Je ne peux brimades, humiliations et
pas dire que la nourriture est violences physiques. En 2017,
périmée, mais comme c’est 27 plaintes avaient été déposouvent des plats de porc et sées pour des violences polides plats non halal qui sont cières rien que sur le centre
servis, et que beaucoup [de re- du Mesnil-Amelot, selon
tenus] sont musulmans, la StreetPress, qui rapportait
bouffe est insuffisante car ils encore début janvier la
ne mangent qu’un repas sur plainte d’un Soudanais redeux.» Nicolas Pernet con- tenu, lui, au centre de Oissel
firme: «On conset qui affirme y
tate très claireL’HISTOIRE avoir subi «une
ment une perte
véritable séance
DU JOUR
de poids signifide torture». «A
cative chez des personnes en- Vincennes, les violences se
fermées plusieurs semaines.» passent à la fouille, où il n’y a
Outre la qualité de la nourri- pas de caméra. C’est verbal et
ture, l’oisiveté subie du fait physique», dénonce Julien. Il
de l’absence d’activités, l’état pointe également une mise à
déplorable de nombreux sa- l’isolement qui serait utilisée
nitaires, déjà pointés par la de manière répressive plutôt
Contrôleuse générale des que préventive : «C’est fait
soi-disant pour prévenir les
tentatives de suicide, mais
certains ont été placés à l’isolement juste après avoir commencé la grève…» Au centre
d’Oissel, où selon Nadia Sebtaoui, «la mise à l’isolement
est assez récurrente», les personnes retenues, lassées de
ce qu’elles considéraient
comme des pratiques abusives, ont elles-mêmes saisi
fin 2017 la Contrôleuse générale des lieux de privation de
liberté, qui doit bientôt rendre un rapport sur la visite
qu’elle y a effectuée.
Autre motif de révolte : une
pratique que les personnes
retenues et leurs soutiens appellent les «vols [d’avion] cachés», vécus comme très injustes. «Parfois une personne,
arrivée au bout de ses quarante-cinq jours de rétention,
pense qu’elle va sortir. Mais
en fait elle est expulsée le matin très tôt, sans avoir été prévenue. Les flics viennent à
4 heures du matin, en mode
“prends tes affaires”», rapporte Julien. Habituellement, les personnes sont in-
formées de leur expulsion
plus tôt, afin de pouvoir prendre leurs dispositions, (prévenir leurs proches par exemple), explique-t-il encore.
Suicide. L’accès aux soins
pose aussi problème. Selon
Abdallah, «pour aller à l’infirmerie, tu fais la queue dehors
en plein hiver». Marc, qui
rend visite aux retenus dans
des CRA d’Ile-de-France, témoigne: «L’infirmerie n’étant
ouverte qu’une fois par jour,
certaines personnes ont un
accès restreint à leur traitement, notamment concernant
les hépatites ou les traitements psychiatriques. Les infrastructures ne sont pas du
tout faites pour gérer les situations de personnes en crise
psychologique. Elles sont isolées ou battues lorsqu’elles
font des crises.» De son côté,
la Cimade –selon qui les phénomènes d’automutilation
ou de tentatives de suicide ne
sont pas rares–, rapportait récemment le cas d’un Algérien
en proie à des difficultés psychiatriques dont la prise en
charge avait été très mauvaise dans un CRA des Hautsde-Seine. Il avait ensuite été
expulsé vers Alger. En septembre, un trentenaire retenu au centre de Cornebarrieu, près de Toulouse, s’y
était, lui, suicidé. Le ministère de l’Intérieur n’a pas répondu à nos sollicitations. •
(1) Tous les prénoms ont été changés, sauf quand le nom est présent.
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20 u
Libération Vendredi 18 Janvier 2019
IDÉES/
Gilets jaunes, le grand
débat national
et le verrou européen
La crise en cours n’est
pas simplement
«française», elle est
européenne.
En esquivant le sujet,
l’exécutif limite
d’emblée la
pertinence du débat
qui s’ouvre et laisse
une longueur
d’avance à l’extrême
droite. La refondation
du projet européen
est le préalable
à toute politique
de justice fiscale
et sociale.
Par
DR
ANTOINE
VAUCHEZ
Politiste, directeur de recherche
au CNRS et coauteur de
la proposition de traité de
démocratisation de l’Europe
qui a déjà recueilli plus de
100 000 signatures
(www.tdem.eu)
LIBÉ.FR
«Le RIC ou rien» ? Une vraie
question de démocratie
Une des principales revendications actuelles des gilets jaunes
porte sur le référendum d’initiative citoyenne (RIC), lequel constitue le symbole du changement
démocratique appelé par le mouvement. Lire la tribune de plusieurs enseignants-chercheurs,
dont Yves Sintomer et MarieAnne Verdier…
D
es préparatifs du «grand
débat national» à la «lettre
aux Français» d’Emmanuel Macron, on a compris que les
citoyennes et citoyens français seraient invités à parler services publics, impôts, démocratie, ou encore immigration, laïcité… mais
sans jamais parler Europe puisque le mot n’apparaît qu’incidemment dans le texte présidentiel.
Au risque deu réduire d’emblée
l’utilité d’une concertation dont
le cadre (budgétaire et fiscal) se
définit pour beaucoup ailleurs et
d’escamoter au passage le débat
politique des élections européennes qui se tiennent dans à peine
plus de quatre mois.
On dira que les gilets jaunes n’ont
pas fait de la question européenne un thème central de leurs
mobilisations. De fait, aucun des
«actes» n’a pris la route de
Bruxelles ou Francfort. Et c’est
bien Emmanuel Macron et non
pas Jean-Claude Juncker ou
Mario Draghi que les manifestants ont jusqu’ici ciblé. Quant
aux slogans, ils parlent suppression de l’ISF ou coupes dans les
services publics mais ne disent
mot des politiques d’austérité
conduites depuis le début de la
crise à l’échelon européen.
Mais c’est mal comprendre la portée de ce silence: il vaut moins rejet de la chose européenne qu’il
ne marque du côté des catégories
populaires et de la «petite» classe
moyenne nombreuse à se retrouver autour des ronds-points, une
forme de fatalisme, souvent observée par les enquêtes de sciences sociales, quant à la capacité
des dirigeants politiques à «réorienter» le projet européen en
fonction de leurs attentes.
En esquivant la part européenne
de la crise, l’exécutif limite d’emblée la pertinence du grand débat
–voire le condamne à un repli
défensif douteux en termes
«d’identité nationale»… Car les
boîtes noires de la crise actuelle,
celles qui permettent d’expliquer
comment l’injustice fiscale et le
sous-investissement chronique
dans les services publics peuvent
aujourd’hui être ressentis avec
tant d’acuité, sont à Bruxelles et à
Francfort autant qu’à Paris. C’est
là en effet que se joue l’immobilisme des Vingt-Huit incapables
de proposer d’autre méthode
d’intégration qu’une mise en concurrence fiscale, et donc sociale,
des Etats membres. C’est là aussi
que s’est consolidé un copilotage
des politiques économiques nationales autour du triptyque
«consolidation budgétaire», «stabilité financière» et «réformes
structurelles» du marché du travail et des systèmes de retraite. Là
enfin que s’est nouée depuis
dix ans la crise de sociétés européennes travaillées par des écarts
croissants de niveau de vie et de
développement entre les Europes
du Nord, du Sud et de l’Est, et des
inégalités sociales croissantes au
cœur même des Etats européens.
En ce sens, la crise en cours n’est
pas simplement «française» mais
bel et bien européenne. L’extrême
droite l’a bien compris, elle qui
attise la tension entre les pays
membres de l’Union, comme
entre les «nationaux» et les
«étrangers». Et dans cette course
de vitesse qui s’est ainsi engagée
à travers toute l’Europe, c’est elle
qui a pris une longueur d’avance,
utilisant avec cynisme l’arrivée
des migrants pour imposer ses
obsessions nationalistes traditionnelles.
Dans ce contexte, la refondation
du projet européen n’est pas une
matière facultative mais le premier verrou d’une sortie de crise à
Paris comme à Rome ou Madrid.
Pas de politique de justice fiscale
ou de reprise de l’investissement
dans les services publics locaux
tels que revendiqués notamment
par les gilets jaunes sans la solidarité intra-européenne de ceux qui
ont le plus bénéficié de la formation d’un grand marché (hauts re-
venus, gros patrimoines, principaux pollueurs, grandes
multinationales pratiquant les
stratégies d’optimisation fiscale).
Et pas de démocratie effective au
niveau national sans que les citoyens et leurs parlementaires
puissent décider, dans le cadre
d’une assemblée européenne véritablement souveraine, des investissements et des biens publics
concrets qui permettront de faire
face aux multiples urgences européennes (lutte contre le réchauf-
Les gilets jaunes n’ont pas fait de
l’Europe un thème central de leurs
mobilisations. Aucun des «actes» n’a pris
la route de Bruxelles… C’est bien Macron
et non pas Juncker ou Draghi que
les manifestants ont jusqu’ici ciblé.
fement climatique, inégalités sociales, accueil des réfugiés, etc.).
A froid, on objectera sans doute
qu’un tel projet de refondation
des politiques et des institutions
européennes (www.tdem.eu)
tient de l’utopie ; et c’est sans
doute vrai pour ce que l’utopie
fait voir de l’écart qui existe entre
les «gros mots» du projet européen (solidarité intra-européenne, objectifs d’égalisation
des conditions de vie, droits fondamentaux, etc.) et la réalité étriquée des politiques conduites en
son nom. A chaud pourtant, cette
proposition pourrait bien s’avérer
extrêmement «réaliste» au cas,
malheureusement probable, où
une nouvelle période d’instabilité économique et financière aggraverait davantage encore la
contradiction entre les pactes
sociaux et fiscaux nationaux et le
verrou européen. •
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Libération Vendredi 18 Janvier 2019
u 21
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Des gilets
jaunes venus
fêter le nouvel
an sur les
ChampsElysées, à Paris,
le 31 décembre.
PHOTO BOBY
Les expériences de
démocratie délibérative
ne débouchent pas
forcément sur des décisions
populistes. Au contraire,
c’est ainsi que la très
catholique Irlande a légalisé
le mariage pour tous et
l’IVG. Et que la Suisse a aboli
la peine de mort en 1938…
43 ans avant la France.
uite à l’émergence spectaculaire des gilets jaunes, de nombreuses voix
se sont élevées pour réclamer
une revitalisation de la démocratie par la mise en place
d’une assemblée citoyenne
tirée au sort. Le gouvernement
a annoncé l’organisation d’un
grand débat incluant de telles
assemblées, une par région.
Mais pour quelle finalité ?
Etouffer la colère populaire
avec un simulacre de concertation dont les conclusions finiront au fond d’un placard ? Ou
initier un changement politique de grande ampleur pour
mettre enfin le citoyen au cœur
de la démocratie ? Les exemples étrangers, notamment
l’Irlande, sont souvent évoqués
en tant que réussites dont il
faudrait s’inspirer. Ces innovations démocratiques sont en
effet très prometteuses, mais le
de la politique et une partie des
recommandations des forums
resta lettre morte. Aux PaysBas, la proposition de réforme
électorale issue d’une assemblée tirée au sort ne fut même
pas débattue par le Parlement,
cependant au Canada elle fut
soumise à référendum. Toutefois, les partis politiques canadiens torpillèrent la campagne
référendaire et fixèrent un
seuil de 60 % pour que la réforme soit approuvée, entraînant l’échec de la proposition.
Quant à l’Islande, sa nouvelle
Constitution issue d’assemblées citoyennes, et approuvée
par référendum, reste depuis
des années bloquée par un Parlement soucieux d’empêcher le
changement.
A l’issue de ce panorama, on
constate que ces minipublics,
bien qu’ayant élaboré des propositions progressistes de
grande qualité, ont été limités
par des élus plus enclins à donner l’apparence de l’inclusion
qu’à remettre véritablement en
cause leur monopole décisionnel. Comme Occupy, les Indignés ou Nuit debout avant eux,
les gilets jaunes expriment la
profonde aspiration internationale et durable pour une démocratie réelle, c’est-à-dire «le
gouvernement du peuple, par le
peuple et pour le peuple», pour
reprendre le mot de Lincoln. Il
est effectivement nécessaire de
refondre le système politique
légué par les révolutions
du XVIIIe siècle, qui ne visaient
pas l’instauration d’une démocratie mais d’une aristocratie
élective. A cette fin, les assemblées citoyennes tirées au sort
sont de formidables outils pour
permettre aux citoyens de délibérer entre eux et de réaliser à
quel point ils sont compétents,
mais il est essentiel que les institutions publiques investissent ces forums d’un réel pouvoir, faute de quoi, elles
deviendront des artifices vides
de sens et renforceront encore
la défiance qu’elles étaient censées combattre. •
Par
DIMITRI
COURANT
DR
Assemblées citoyennes,
des exemples positifs
à l’étranger
S
diable est dans les détails.
Au-delà de la demande relativement consensuelle d’une démocratie plus participative, il
faut examiner précisément la
pratique concrète de ces assemblées citoyennes récentes
pour en cerner les forces et les
limites. Ces forums, ou «minipublics», sont la preuve irréfutable que les citoyens «ordinaires» peuvent délibérer
efficacement sur des enjeux
complexes ; à condition que ces
dispositifs bénéficient de
temps, de moyens et d’une méthodologie adéquate. Ainsi, en
Irlande, pays profondément
catholique, deux assemblées
ont successivement recommandé la légalisation du
mariage pour tous et de l’avortement, approuvée par référendum en 2015 et en 2018. Il est
intéressant de noter qu’en
France, ces deux enjeux sociétaux sont systématiquement
avancés par les adversaires du
RIC, selon lesquels des référendums se traduiraient par une
offensive contre les droits des
femmes et des homosexuels.
L’exemple irlandais démontre
le contraire ; n’en déplaise à
ceux qui ne voient que les dangers à laisser un peuple dit
«populiste» et qualifié de «stupide» se prononcer sur des
enjeux politiques importants.
De même, il convient de rappeler à ceux agitant le spectre du
retour de la peine de mort en
cas d’instauration du RIC, que
celle-ci a été abolie en Suisse
lors de l’instauration du nouveau code pénal approuvé par
référendum en 1938, soit 43 ans
avant l’abolition en France, et
n’a jamais été rétablie depuis
malgré les mécanismes de démocratie directe helvétique.
La plus récente expérience de
démocratie délibérative irlandaise a vu 99 citoyens tirés au
sort se réunir un week-end par
mois pendant un an et demi
afin d’entendre des experts,
des associations, et traiter
cinq thèmes : l’avortement, le
vieillissement de la population, le réchauffement climatique, les référendums et les
élections parlementaires. Pour
avoir observé personnellement
l’intégralité du processus dans
le cadre de mes recherches, j’ai
été marqué par l’efficacité de
l’organisation et par la finesse
des délibérations des tirés au
sort. Cependant, si les assemblées citoyennes irlandaises
ont permis d’importantes évolutions, des limites demeurent.
La question majeure de la crise
économique fut écartée des
débats par les professionnels
Doctorant en science
politique à l’Université
de Lausanne (Unil) et
à l’Université Paris-VIII.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
22 u
Libération Vendredi 18 Janvier 2019
IDÉES/
PHILOSOPHIQUES
Par
SABINE PROKHORIS Philosophe et psychanalyste
Selfie généralisé «versus»
logiques de représentation
La scène du théâtre n’est pas Facebook,
lieu où prolifèrent des selfies voués à ressasser
une «authenticité» en réalité trafiquée par
des assignations identitaires glorifiées. Retour
sur la polémique à propos de la pièce «Kanata».
L'ŒIL DE WILLEM
L’
époque est au selfie,
image de soi en majesté,
démultipliée sur les réseaux sociaux. On «performe»
son ego à tour de clics, encore
et encore. Plus on clique, plus
c’est «vrai». L’authenticité, vous
dis-je, ce terroir, source de légitimité identitaire. Et ça marche. Fan de sa propre image
shootée à la testostérone, Eric
Drouet fascine jusqu’à notre
tribun national en mal de Révolution. Enfin un homme, un
vrai. Voilà qui tombe bien,
puisque des femmes «gilets
jaunes» ont appelé début janvier à manifester en ces termes
qui fleurent bon la tradition :
«Nous avons étaient discrètes,
c’est pour cela que nous lançons
un appel à toutes Les femmes
pour se mobiliser. Nous restons
complémentaires et solidaires
aux hommes ce n’est pas une
lutte féministe mais féminine.
[…] nous voulons que les choses
changent parce que nous sommes le peuple français nous
aussi. nous voulons montrer
que nous sommes la mère patrie»(1). Les femmes ou la
«mère patrie» – oups.
Répété, cliché d’identité revendiquée vaut preuve : que donc
nul ne s’écarte de qui il «est».
L’auto-assignation indéfiniment dupliquée: source virale
d’un droit naturel façon Facebook.
Est-ce émancipateur ?
Faisons un détour.
En septembre dernier, nous
évoquions la polémique née
autour du projet de création de
Kanata, pièce de l’auteur et
metteur en scène canadien
Robert Lepage qui devait aborder l’histoire, douloureuse, des
Premières Nations. «Appropriation culturelle»: telle était
la faute morale que s’apprêtait
à commettre l’artiste québécois, avec la coupable complicité d’Ariane Mnouchkine, car
les rôles d’«autochtones»
seraient interprétés non par
leurs descendants, mais par les
comédiens du Théâtre du
Soleil.
La création, maintenue malgré
les «vents contraires» (selon les
mots d’un des personnages de
la pièce), a eu lieu. La polémique bien sûr n’est pas éteinte.
Ouvertement du côté de «Décoloniser les arts», ou dans la
bouche de certains qui n’ont
pas hésité à qualifier le geste de
R. Lepage et d’A. Mnouchkine
de «fasciste» (2). De façon détournée chez quelques critiques de théâtre qui, sans
doute pour ne pas désespérer
les victimes «racisées» «invisibilisées», déplacèrent leurs attaques sur le plan artistique.
Ainsi put-on lire sous plusieurs
plumes autorisées, adoptant
une posture d’aimable condescendance, quasiment le même
article : la pièce en restait au
stade des «bonnes intentions»
– rien de plus venimeux – et,
touchant unisson, elle ne valait
guère plus qu’une (médiocre)
«série télé». De plus elle était
«mal jouée» (sous-texte : avec
des «autochtones», c’eût été
plus «vrai» ; alors peut-être,
quoique écrite par un «Blanc»,
la pièce serait-elle de l’art véritable).
Indice sûr que cette prose recyclait mécaniquement –pour la
bonne cause sans doute – des
éléments de langage ad hoc :
pas un de ces auteurs ne remarqua les allusions, pourtant
transparentes et à certains
égards non dénuées d’humour,
à la Tempête, pièce de Shakespeare qu’ils avaient eu on
l’imagine l’occasion de voir un
jour ou l’autre, et qu’en tout
état de cause Robert Lepage
avait plusieurs fois mise en
scène. Eussent-ils capté cela, et
pris la peine de réfléchir librement au sens, d’un seul tenant
artistique et politique, de cette
référence shakespearienne,
peut-être eussent-ils saisi la réponse, profonde, construite par
la pièce dans la controverse sur
l’«appropriation culturelle».
Car cette œuvre théâtrale résolument contemporaine, en
même temps qu’une pièce sur
l’histoire des Premières Nations à travers le destin de quelques-uns de leurs descendants,
est une pièce sur le théâtre. Et
c’est parce que la scène du
théâtre n’est pas Facebook,
n’est pas un lieu de prolifération de selfies voués à ressasser
en boucle une «authenticité» (3) en réalité trafiquée par
des assignations identitaires
glorifiées –auxquelles un «soi»
sanglé dans son autopromotion enjoint à toute force d’adhérer–, qu’elle rend possible ce
«voyage vers la réalité» pleinement émancipateur, évoqué
par D. Winnicott parlant de l’espace transitionnel créé par l’enfant qui joue, et ainsi qui devient.
«L’acteur, sur une scène, joue à
être un autre, devant une réunion de gens qui jouent à le
prendre pour un autre», écrivait Borges. Ce jeu partagé,
sous condition d’une distanciation qui décentre de l’identité initiale, est source d’une liberté qu’aucun selfie ne
saurait assurer. La liberté de
ne pas demeurer tel que votre
image de propagande vous
fixe, vous clouant et vous clonant sans fin. Situation sans
issue propre à nourrir la haine
– au bout du compte de tous
contre tous, et prime à la «visibilité»– plutôt que l’émancipation, notre affaire commune,
jamais achevée. •
(1) Orthographe libre non corrigée.
(2) France Culture, la Dispute,
24 décembre.
(3) Voir les analyses de Marc
Weitzmann, Un temps pour haïr,
Grasset, 2018.
Cette chronique est assurée en
alternance par Sandra Laugier,
Michael Foessel, Sabine Prokhoris
et Frédéric Worms.
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Libération Vendredi 18 Janvier 2019
u 23
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Force contre violence, le mauvais
remède à la crise des gilets jaunes
L’
Etat de droit est consubstantiel à la démocratie, tout
comme le sont les mouvements sociaux, nul n’en doute. Or,
au moment où le gouvernement
cherche à accroître l’arsenal répressif pour contrer certains effets
de la mobilisation sociale, une
confusion importante s’installe
qui empêche de voir clairement.
Un mouvement social ne se réduit
pas à la manifestation d’une idée.
Le mouvement social doit pouvoir
agir sur un double terrain. D’une
part, il manifeste dans l’espace public afin de convaincre les autres
citoyens, la presse, le gouvernement, d’autres acteurs collectifs,
comme les associations, les partis,
les syndicats, les organisations patronales. D’autre part, il descend
dans l’arène défendre ses intérêts,
doit pouvoir établir un rapport de
force avec un autre agent avec lequel il entre en conflit, le gouvernement, un autre groupe social,
un autre acteur plus ou moins institué. Ainsi, les mouvements écologistes agissent à la fois sur l’opinion afin de faire prendre
conscience de leur cause et, en
même temps, font barrage à des
projets industriels, agricoles, gouvernementaux. Les agriculteurs
bloquent parfois des routes et réclament des aides pour des activités menacées. Les étudiants occupent leurs institutions et
manifestent dans la rue en opposition à une réforme.
Le mouvement ouvrier s’est constitué dans la maîtrise de ces deux
cordes, et il a réussi à intégrer ce
double visage de la mobilisation
dans le droit : la manifestation et la
grève. Très tôt, les travailleurs ont
compris que le seul mouvement
d’opinion ne suffisait pas. Leur
cause a rendu nécessaire un autre
mode d’action. La grève, reconnue
par le droit, est l’un des acquis majeurs des démocraties contemporaines. Elle a permis aux travailleurs de retirer leur
contribution à la vie sociale, ou,
si l’on préfère, à la production du
bien commun. Mettant la production et les services en panne lorsqu’il ne travaille pas, le travailleur
peut, en conséquence, exiger une
rétribution qu’on considère plus
juste. Mais la grève repose sur la
possibilité de vaincre la volonté du
Par
DENIS MERKLEN
DR
Les formes de
mobilisations
actuelles sont
la conséquence
des défaites
sociales des
dernières
années, après
des grèves et des
manifestations
qui mobilisaient
pourtant
des millions
de personnes,
sur les retraites,
le code du travail
ou la SNCF.
Professeur de sociologie,
université Sorbonne Nouvelle.
patron ou du gouvernement de
leur faire opposition.
Les formes adoptées aujourd’hui
par les mobilisations sociales sont,
en grande partie, la conséquence
des défaites sèches subies ces dernières années par les mouvements
sociaux. Manifestations et grèves
n’ont pas réussi à arrêter la réforme
du système des retraites ou du
code du travail, le statut de la
SNCF ou des universités, même
lorsqu’elles ont mobilisé des millions de personnes. La débâcle du
mouvement social s’explique par
des facteurs économiques et politiques. Parmi les premiers, les changements dans la valorisation du
capital grâce aux évolutions technologiques et à la mobilité résultant de la libéralisation des échanges économiques ont rendu le
capital difficile à toucher. Parmi
les seconds, la détermination des
gouvernements, le transfert des
décisions à des instances supragouvernementales, comme
l’Union européenne, l’impossibilité de prendre en compte l’abstention électorale et la montée en
puissance de la parole technocratique devant la parole politique.
Et quand la grève s’est montrée
efficace, comme dans le cas des
grèves de transports, une attaque
politique directe s’est déployée,
accusant le mouvement social de
«prendre les usagers en otage».
Des lois ont été votées pour limiter
l’efficacité de la grève, comme la
loi n°2007-1224 de 2007 «sur le dialogue social et la continuité du service public dans les transports terrestres réguliers de voyageurs». Là
où les conditions économiques ne
se suffisaient pas pour affaiblir la
grève, comme dans l’industrie, les
gouvernements ont cherché à réduire l’efficacité de l’action collective. La démocratie se perd quand
on coupe l’une des deux ailes du
mouvement social. Il est de plus en
plus difficile d’établir un rapport
de force par la mobilisation collective. Et la grève mise à part, toute
action visant à établir un rapport
de force a été rendue illégale. Les
espaces du mouvement social sont
réduits à néant. Seule la manifestation des opinions dans l’espace
public semble permise. Mais nombreux sont ceux qui ont le sentiment de ne pas être écoutés.
L’une des causes de la violence qui
éclate devant nous se trouve dans
cette quasi-impossibilité d’établir
un bras de fer avec un adversaire
identifié. Elle n’est pas exclusive
aux gilets jaunes, nous l’avions
déjà observée au sein des «banlieues» et ailleurs. Si les premiers
ont jusqu’ici réussi, c’est parce
qu’ils sont parvenus à rétablir les
deux versants de la mobilisation :
rapport de force et manifestation
publique. La grève ayant perdu son
efficacité, ils occupent le territoire
et coupent les ronds-points. Le
barrage vient dire : «Tant qu’il ne
La débâcle du mouvement social
s’explique par des facteurs économiques
et politiques. Parmi les premiers,
les changements dans la valorisation
du capital grâce aux évolutions
technologiques et à la mobilité résultant
de la libéralisation des échanges
économiques ont rendu le capital
difficile à toucher.
nous sera pas fait une place juste et
digne dans l’avenir, nous ne libérerons pas la route.» Ils se rendent visibles par leur gilet et manifestent
violemment dans les quartiers qui
représentent le luxe et le pouvoir.
Or, comme dans le cas des banlieues, la violence a ici une fonction notamment expressive, bien
qu’elle ne soit pas totalement déconnectée du bras de fer. C’est
pourquoi elle a lieu aux ChampsElysées et non pas sur le rondpoint. Les gilets jaunes ont réussi
là où les banlieues ont échoué.
Eparpillés dans tout le territoire
national, ils ont trouvé un symbole
qui leur confère une identité, ont
désigné clairement un adversaire
(le gouvernement, les technocrates
et les riches), ont inventé un mode
d’action qui redonne à la mobilisation les deux lignes d’action qui lui
sont indispensables. Ils donnent le
sentiment que la démocratie française est habitée par un peuple
dont il faut tenir compte.
Incapable d’articuler une réponse
politique sans abandonner son
projet de libéralisation de la société et de l’Etat, le gouvernement
s’apprête à redoubler l’arsenal répressif. Mais les classes populaires,
qui se sont intégrées à la démocratie contemporaine grâce à l’institutionnalisation de l’Etat social, ne
peuvent se résigner à la défaite et à
l’acceptation pure et simple d’un
modèle économique, social et politique qui leur est imposé. Le gouvernement invoque l’Etat de droit
et la démocratie représentative.
Or il rétrécit le droit autant qu’il
étend l’espace de ce qui est illégal.
Il risque de nuire à la légitimité de
la loi, d’éroder la légitimité d’exercice de la force publique, d’instrumenter la police en corps de défense de l’ordre.
Il voudrait réduire l’opposition sociale à la seule manifestation d’une
opinion et rendre impossible toute
action de force. Il gagnera peutêtre ainsi la bataille. Mais non seulement il condamnera durablement les perdants de la mondialisation à la défaite ; apprenti
sorcier, il mettra en péril la
démocratie, et créera les conditions de confrontations de plus en
plus violentes dont il sera difficile
de sortir. L’espace de la démocratie
se resserre sous nos yeux. •
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Libération Vendredi 18 Janvier 2019
Dans un décor minimaliste, Ludmilla Dabo et David Lescot entrelacent scènes dialoguées et parties chantées. PHOTO TRISTAN JEANNE-VALÈS. ARTCOMPRESS
Nina Simone, double proche
Dans la série des portraits initiés
par la Comédie de Caen, l’auteur
et metteur en scène David Lescot
évoque le destin et l’œuvre
de la chanteuse et pianiste noire
en regard du parcours et
de l’engagement de Ludmilla
Dabo, qui l’interprète.
Par
ANNE DIATKINE
C’
est une petite forme –pas
de décor, trois projecteurs,
deux personnes sur scène,
Ludmilla Dabo et David Lescot– qui
laisse une impression de somptuo-
sité, et donne la chance d’assister à
une double naissance, à deux généalogies d’artistes: celles de Nina
Simone, chanteuse, et celle de Ludmilla Dabo, son interprète. C’est un
spectacle modeste et précis, «un
travail à la loupe», dit David Lescot,
qui l’a conçu. Et c’est une pièce qui
fait partie d’une série de portraits
initiée par Marcial Di Fonzo Bo, à la
tête de la Comédie de Caen, en
Normandie, avec toujours le même
principe: que le spectacle, itinérant,
puisse être montré partout, de la
place d’un village à une salle de
classe.
Selon David Lescot, «le renouvellement du public passe aujourd’hui
par cette hyperdécentralisation. Ce
n’est pas le public qui va au théâtre,
mais nous qui allons chez lui».
L’auteur et metteur en scène demande cependant à chaque fois
qu’il y ait au moins une représentation donnée «à la maison», c’est-àdire dans un théâtre.
TRANSE DES FIDÈLES
Pas de micro, pas d’éléments d’archives ou de vidéo, aucune fioriture, dans ce double portrait qui est
aussi aveu de confiance. Un spectacle épuré ? Pas vraiment, puisqu’il
suffit à Ludmilla Dabo d’apparaître,
de bouger un cil, de sourire, pour
emplir de sa présence, y compris
vocale, le moindre millimètre carré.
Ici, la question de l’imitation ne se
pose pas. Ludmilla Dabo est Nina
Simone, puisque la comédienne et
le metteur en scène en ont décidé
ainsi. Le principe narratif est simple. Déceler dans les chansons ce
qu’elles racontent de la vie de Nina
Simone, alors même qu’elle en est
rarement l’auteure. Tout part donc
du rythme et de la voix, et c’est dans
un noir profond que débute le show,
sur des bruits de talons frappés et
de mains qui claquent en syncope.
A aucun moment, la partie narrative ne préexiste au chant, et c’est
l’une des excellentes idées du
portrait. Les chansons ne sont jamais traitées comme une matière illustrative, de même que les scènes
dialoguées ne commentent pas la
musique. Tout vient ensemble, s’entrelace, et nous voici donc prêts à
écouter les engagements de celle
qui naquit dans une famille pauvre
de Caroline du Sud, et qui aurait pu
en rester là : être une jeune fille
noire au talent immense qu’elle déploie en chantant dans les églises
où sa mère est pasteure. Mais voilà
que très vite, celle-ci est persuadée
que sa fille a reçu un don de Dieu,
car à 2 ans et demi, elle s’est assise
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CULTURE/
sur un tabouret et s’est mise à jouer
God Be With You Till We Meet Again
à l’harmonium. Pour sa mère, sa
fille n’a aucun mérite, mais le devoir
d’exploiter le cadeau du ciel. Dès
6 ans, l’enfant devient donc la pianiste attitrée de l’église, où elle entretient la transe des fidèles. Puis,
toute jeune adolescente, elle prend
des cours avec une professeure de
piano anglaise «à la peau incroyablement blanche» qui lui enseigne
Bach et une discipline d’enfer.
IDÉES «RACORNIES»
On pourrait continuer longtemps à
dérouler la vie de Nina Simone, en
s’appuyant sur ses arêtes saillantes,
notamment le traumatisme
d’échouer à un grand concours de
musique classique, au seul motif
qu’elle a la peau noire. On pourrait
continuer, mais David Lescot et
Ludmilla Dabo évitent l’écueil du
seul déroulé biographique. Lescot
ne savait pas que Ludmilla Dabo
connaissait sur le bout des doigts
l’œuvre et la vie de Nina Simone.
«Je me suis mis à son écoute, dit-il.
C’est elle qui m’a guidé. On apprenait à être carré sur les musiques, à
avoir du plaisir à les chanter ensemble. On discutait entre les chansons,
et très vite, ce partage est devenu
l’axe du spectacle.» Ludmilla Dabo:
«David s’est mis à enregistrer certains de nos échanges. J’ai été surprise quand il a décidé d’en transposer une partie sur scène, de manière
à ce que j’apparaisse à travers Nina
Simone. La dualité du portrait
n’était pas préméditée.»
Ludmilla Dabo a commencé le théâtre en dernière section de maternelle, dans une école de Belleville,
quartier où elle a grandi. «On devait
illustrer des sons. Ce n’était pas
grand-chose, mais l’apprentissage de
la liberté, un endroit où l’expression
de l’extravagance était possible. Je
me souviens d’avoir fait un vieux
sage, avec une barbe en coton et un
costume d’Indienne.» Bizarrement,
ce qui paraît être l’essence du métier d’acteur – pouvoir être n’importe qui – rétrécit au fur et à mesure que l’apprentie comédienne
grandit. Au Conservatoire, la jeune
actrice est surprise de susciter les rires de ses camarades lorsqu’elle
évoque son désir de jouer Agnès
dans l’Ecole des femmes. En passant
le concours, elle découvre que la
question de l’«emploi» – qui veut
qu’un acteur soit toujours distribué
dans une famille de rôles qui lui ressemblent– existe encore et que certains élèves comme certains metteurs en scène ont des idées
«racornies» de ce qui constitue la
complexité d’un être. «Je me sentais
tout à fait légitime mais il fallait
trouver comment exister, dans quel
type de répertoire, puisque visiblement il n’y avait pas d’emploi évident pour une actrice à la peau
noire.» C’est en deuxième année
que Ludmilla Dabo choisit de prendre comme sujet des artistes absents des plateaux, telle Nina Simone. L’étudiante fait scandale en
reprenant un épisode de la vie de la
chanteuse quand, devant 3000 étudiants blancs, elle exhorte les quelques spectateurs noirs à se lever. Ce
moment, rejoué dans Portrait de
Ludmilla en Nina Simone, suscita
au Conservatoire une controverse,
au grand étonnement de Ludmilla
Dabo, qui n’imaginait pas qu’il
puisse être problématique de s’interroger sur le peu de diversité
d’une promotion.
DISCUSSION
AVEC DES DÉTENUES
A l’Espace Cardin (Paris VIIIe),
aucun spectateur ne répond à l’invitation de se lever, qui ne leur est
d’ailleurs pas formulée directement. En revanche, lors des représentations dans les lycées et collèges en région, l’injonction à exister
résonne si fortement que des élèves
se dressent quelle que soit la couleur de leur peau. Ludmilla Dabo :
«En Normandie, je me souviens
d’une classe pour laquelle Nina Simone était très exotique, ils ne
l’avaient jamais entendue. Et pourtant, aucun élève ne bronchait, ne se
détachait de ce qui était représenté.
Quand je dis : “Levez-vous, les
Noirs”, j’ai juste entendu l’unique
jeune fille noire laisser échapper un
minuscule “oui”.» Les discussions
après les représentations durent
trois ou quatre heures. Le spectacle
s’est faufilé entre autres dans la
maison d’arrêt pour femmes de
Caen (Calvados). Pas d’éclairage,
pièce minuscule, les détenues sont
à 2 mètres des acteurs, qui discernent donc leur visage. La vie de
Nina Simone, femme battue, fait
écho avec la vie d’un grand nombre
d’entre elles. Immédiatement après
le spectacle, l’une des prisonnières
lance: «Comment ça s’appelle, ce que
vous faites ? Car moi, je voudrais
faire ça. Cette chose-là. On a eu des
ateliers, mais ce n’était pas ça.»
David Lescot et Ludmilla Dabo mettent un temps avant de comprendre
ce que désigne le «ça» qui les réunit.
Un mot manque, mais lequel ? Le
mot «théâtre». •
PORTRAIT DE LUDMILLA
EN NINA SIMONE
de DAVID LESCOT avec Ludmilla
Dabo. Théâtre de la Ville-Espace
Cardin, 75008. Jusqu’au 27 janvier.
Puis reprise de la tournée en mai.
Rens. : www.theatredelavilleparis.com
Blade MC Alimbaye, Cédric Eeckhout et Irène Jacob. MATHILDA OLMI. THÉÂTRE VIDY-LAUSANNE
«Retour à Reims»,
fausse route
Dans son adaptation
très attendue
de l’œuvre de Didier
Eribon, le metteur
en scène allemand
Thomas Ostermeier
se préoccupe
beaucoup de l’avenir
de l’Europe,
mais trop peu
de celui du théâtre.
D
éjà créée en version allemande et anglaise, la
pièce que le dramaturge
allemand Thomas Ostermeier
propose aujourd’hui en France
à partir de Retour à Reims, écrit
par Didier Eribon il y a dix ans,
n’est pas une adaptation stricto
sensu de l’ouvrage du philosophe français. Coming-out social
d’un intello homo qui se
confesse sur la honte éprouvée
en tant que «transfuge de
classe», et s’interroge sur
l’«abandon» par la gauche
de ces classes populaires
aujourd’hui séduites par
l’extrême droite, le best-seller
sociobiographique de cet
héritier de Bourdieu et Foucault est ici enchâssé dans un
autre, un texte théâtral cette
fois, écrit par Ostermeier, sans
doute à la hâte.
Embarras. En voici l’histoire:
dans un studio d’enregistrement, un réalisateur débat
avec son actrice et le propriétaire des lieux sur la manière
d’adapter en film documentaire ce Retour à Reims. On découvre ici les images du road
trip effectué par l’intellectuel
jusqu’à la maison familiale et
l’on prend plaisir à entendre la
voix d’Irène Jacob, lisant des
extraits d’Eribon, se poser sur
ces images diffusées sur scène.
Plus tard, les trois protagonistes débattront également de
l’éclairage que l’ouvrage offre
sur l’actualité chaude –Eribon
a-t-il ou non prophétisé le
mouvement des gilets jaunes?
La pièce propose un dispositif
métafictionnel dans lequel il
s’agit autant d’adapter une
œuvre que de commenter
l’adaptation. Jusque-là, un
constat: ces débats ne sont pas
inintéressants politiquement,
mais ils le sont théâtralement.
La faute à une écriture dramatique qui, dans les situations
de jeu qu’elle propose, l’énergie
des dialogues et l’ambition naturaliste de l’acting, rappellerait presque la qualité des téléfilms d’Antenne 2. Thomas
Ostermeier est meilleur metteur en scène d’œuvres classiques qu’auteur de textes
contemporains un peu incisifs
–puisque l’ambition était visiblement de donner un grand
coup de pied dans la fourmilière– ce qui est décevant, certes, mais pas non plus agaçant.
Du moins jusqu’à la mi-temps
du spectacle.
Car un embarras s’installe ensuite, en même temps que se
dessine le troisième volet du
débat entre protagonistes, lequel concerne –attention, mise
en abyme – l’impact réel, citoyen, de ce film en cours de
montage. «C’est quoi, exactement, l’utilité de faire des films
quand l’extrême droite frappe
aux portes de l’Europe?» Voici
en substance la teneur des dialogues finaux, qui tonnent
comme l’acmé analytique et
dramatique de la pièce.
Doutes. Comment ne pas ironiser ? Non, breaking news, le
théâtre subventionné n’enrayera sans doute pas le
vote RN, ni ne stoppera l’élan
des populismes en Europe. En
tout cas, pas ce genre de théâtre
là, si didactique et plat dans
l’examen de conscience qu’il
permet à Ostermeier d’opérer
sur son propre statut d’artiste
en proie aux doutes et aux
contradictions, enfilant toutes
les perles possibles sur les
conditions de lutte des artistes
«engagés», feignant d’invectiver un public évidemment acquis à sa cause à coups de double énonciation lourdingue.
Extrait : «Détends-toi, on n’est
pas au théâtre!» lance le réalisateur à la comédienne. «Encore heureux!» lui répond-elle.
Et sur ce point, on est d’accord
eux: si c’est bien un théâtre politique un tant soit peu novateur qu’on attend– au théâtre,
on n’y est pas.
ÈVE BEAUVALLET
RETOUR À REIMS
m.s. THOMAS OSTERMEIER
Théâtre de la Ville-Espace
Cardin, 75008.
Jusqu’au 16 février.
Et en tournée à Albi, Amiens,
Reims, Poitiers, La Rochelle,
Belfort, Lausanne, Douai,
Annecy, Clermont-Ferrand,
Cergy-Pontoise.
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Libération Vendredi 18 Janvier 2019
CULTURE/
SCÈNES
Jan Fabre danse
avec #MeToo
Le chorégraphe
a dû changer le titre
et le casting du solo
«The Generosity
of Dorcas»,
présenté
au Théâtre de la
Bastille à Paris,
en raison
des accusations
de harcèlement
qui le visent.
C’
est une information
qui n’a pas été donnée aux spectateurs, les théâtres n’ayant pas
estimé de leur ressort de
l’ajouter à leurs documents
de communication. Mercredi
soir, devant le Théâtre de la
Bastille à Paris, quelques
membres du collectif militant La Permanence (en soutien au mouvement belge
Engagement) ont cru bon
de la communiquer eux-mêmes par le biais de tracts,
concluant leur texte d’un
«maintenant que tu es informé·e, comment regardes-tu
ce solo ?»
«Gazelle». La pièce que le
célèbre chorégraphe et plasticien flamand Jan Fabre
présente actuellement dans
le théâtre parisien, après
l’avoir tournée en décembre
à Douai, a changé de titre
en cours de production.
Aujourd’hui intitulé The Generosity of Dorcas (lire ci-des-
sous), le solo a initialement
circulé sous un autre nom,
The Generosity of Tabitha. Et
ce, pas uniquement parce
que Tabitha et Dorcas désignent, dans l’histoire biblique, le même personnage et
que la seconde dénomination sonnait finalement
mieux aux oreilles de Jan Fabre (Dorcas est la traduction
grecque de Tabitha, signifiant «gazelle» et désignant
l’une des premières disciples
du Christ).
C’est aussi que Tabitha est le
prénom d’une personne
réelle, l’interprète initiale du
solo, qui s’est finalement vue
remplacée par un autre danseur (Matteo Sedda) après
avoir démissionné en avril
dernier, en invoquant «sans
plus de détails» –explique la
compagnie Troubleyn– une
expérience #MeToo. Tabitha
Jusqu’où
et comment
les théâtres
doivent-ils
replacer l’œuvre
dans son
contexte
de production,
et doivent-ils
seulement
le faire?
Cholet est l’un des noms qui,
en septembre, apparaissait
en signature d’une lettre
ouverte accusant Jan Fabre
de harcèlement moral, chantage sexuel et autres abus de
pouvoir.
Equilibrisme. Aucune
plainte en justice n’a été
déposée, mais à la suite de la
publication de la lettre dans
la revue belge Rekto:Verso,
signée par une vingtaine
d’anciens collaborateurs de
l’artiste, deux enquêtes ont
été ouvertes. L’une, par le
ministère de la Culture et des
Médias, a déjà été rendue
et impose des mesures concrètes à la compagnie, laquelle travaille par ailleurs
de son côté avec un organisme indépendant pour
analyser les risques. L’autre
enquête, menée par l’inspection du travail, est encore en
cours.
Dans l’attente de l’épilogue,
une épineuse question se
pose pour les théâtres déjà
engagés avec Troubleyn pour
la saison actuelle. Non pas
celle de maintenir ou d’annuler les représentations, le report ou la déprogrammation
n’ayant jamais été considérés
par ceux qui, à l’instar du directeur du Théâtre de la Bastille, Jean-Marie Hordé, font
valoir «ce principe démocratique intangible qui s’appelle la
présomption d’innocence» et
«ne comptent pas se substituer aux tribunaux».
Jan Fabre en septembre 2017. PHOTO YANN RABANIER
Le jeu d’équilibrisme touche
plutôt à la morale et concerne l’arsenal d’infos à donner ou non aux spectateurs.
Jusqu’où et comment les
théâtres doivent-ils replacer
l’œuvre dans son contexte de
production – et doivent-ils
seulement le faire? Interpellé
par mail par les membres
du collectif la Permanence
sur une communication
jugée trop minimale, le Théâtre de la Bastille campe sur
son refus de diffuser la lettre
ouverte au public : «Si je la
relayais, je participerais de
cette accusation», estime
Jean-Marie Hordé, qui a préféré joindre au programme
de salle un texte général sur
l’impact de l’affaire Weinstein et note «une perte
de 50 % des spectateurs par
«THE GENEROSITY OF DORCAS», LE SENS DES AIGUILLES
Elles sont belles, fines et dangereuses. Elles
promettent l’extase mais à quel prix ? Dans
les cieux, ceux du théâtre que l’on appelle les
«cintres», des dizaines de longues aiguilles
pendent à leurs fils colorés et forment une
alcôve, avec plafond en ogive. Sainte-drogue,
gardienne de toutes les voluptés. En dessous,
le danseur Matteo Sedda est à la fois
la victime expiatoire très consentante du
nuage d’épines et celui qui en tire les ficelles,
orchestrant pendant une petite heure une
adoration en forme de cabaret sadomaso
pétaradant qui, on a à peine le temps de les
saisir, mixe des centaines de références,
religieuses et pop. La plupart semblent venir
de l’Italie et ses chapelles, pays d’origine de
Sedda, vêtu du combo imper-chapeau noir
des cow-boys d’Il était une fois dans l’Ouest
de Sergio Leone. Et c’est dire si cet interprète
au talent dingue partage ici la langue du
maître du western spaghetti : effets cartoon,
stylisation pleine d’humour, découpage des
plans hyper-rythmé. Tout cela digéré dans
le corps, lequel semble constamment saluer
Dario Fo et le mime Marceau, dont il reprend
les gants blancs de magicien pour dessiner,
en creux, un portrait de l’artiste en drogué
magnifique, en clown psychotropé toujours
partant pour risquer sa peau avec panache.
Ce qui, au prisme déformant de l’actu,
ne manquera pas d’agacer. È.B.
THE GENEROSITY OF DORCAS
chor. JAN FABRE Jusqu’au 31 janvier
au Théâtre de la Bastille,
festival Faits d’hiver, Paris.
rapport à une représentation
normale de Fabre».
Le directeur participera, par
ailleurs, au débat sur le sujet
organisé le 31 janvier à la Générale, à Paris, par la Permanence. Le collectif espère la
présence de plusieurs personnalités du milieu culturel,
dont la direction de la Villette
qui accueillera en mars une
autre pièce de Fabre, Belgian
Rules/Belgium Rules. La Villette qui, pour l’heure, n’affiche sur son site aucune information relative à l’enquête et
campe fermement sur sa politique de communication :
«Ce n’est pas notre rôle de
communiquer de façon intempestive en l’absence d’éléments
probants, autres qu’une pétition, et sans enquête judiciaire, nous a fait savoir le
programmateur Frédéric Mazelly. On présente une œuvre,
on n’a pas à communiquer sur
ce genre de considération.»
ÈVE BEAUVALLET
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Les récurrences
lynchéennes font
partie des plus
beaux moments
d’Arctique. PHOTO
CHRISTOPHE ENGELS
«Arctique», petite
allure de croisière
Après «Tristesses»,
Anne-Cécile Vandalem
évoque une catastrophe
écologique dans
un thriller futuriste
souvent trop confus.
E
t soudain, un ours blanc gigantesque traverse le plateau, c’est-à-dire l’intérieur
d’un bateau de croisière. Il cherche
un peu d’amour avec ses grosses
pattes, et manque renverser les acteurs. L’ours joue très bien, il se déplace avec grâce, ses proportions
sont excellentes. Deux techniciens
de plateau habitent ce gros corps
dans lequel ils ne voient rien, guidés dans leur déplacement par la régie qui leur envoie des indications
sonores. Puis l’ours disparaît et
laisse les spectateurs seuls et égarés, comme le sont les sept personnages du Arctic Serenity, ce bateau
perdu dans les glaces du Groenland
en décembre 2025.
Uranium. Il y a de beaux moments
dans Arctique, ce deuxième opus
d’une trilogie imaginée par la Liégeoise Anne-Cécile Vandalem,
après Tristesses, grand succès au
Festival d’Avignon en 2016, qui
l’avait projetée sur la scène internationale. Egalement un huis-clos, la
pièce montrait une femme douce et
convaincante prendre le pouvoir
sur une île au large de Copenhague.
Vandalem, qui jouait à merveille
cette femme, décrivait la montée de
l’extrême droite et les ressorts sé-
duisants du populisme qui nous
fera tous périr. Ici, il s’agit de la catastrophe écologique qui risque de
conclure en moins de trois siècles la
parenthèse humaine –dixit un des
acteurs dans un débat avec le public
après la représentation.
Comme pour Tristesses, Anne-Cécile Vandalem s’est fortement documentée pour concevoir son spectacle : elle a voyagé dans le Grand
Nord, où elle a vu les ravages de l’extraction de l’uranium, rendues possible par la fonte des glaces. Alors
que dans Tristesses, le dispositif vidéo montrait les personnages lorsqu’ils étaient à l’intérieur des maisons du décor, ici on les suit à la
trace, même sortis de scène, dans les
couloirs ou les cabines du bateau. Le
montage des images, comme la musique, est en live. Mais la scénographie, pourtant ingénieuse, fonctionne moins bien, sans doute parce
que la narration, qui mêle comédie,
thriller et scénario catastrophe, est
confuse. De plus, l’hypersonorisa-
tion égalise les voix et a tendance à
abstraire les comédiens qui, aussi
excellents soient-ils, sont comme
engloutis par l’exploit technique. Et
enserrés dans la double contrainte
d’un tournage et du plateau.
Décalage. Autre inconvénient :
comme souvent avec la vidéo en
live au théâtre, il y a une désynchronisation entre ce qu’on voit et ce
qu’on entend, et on perçoit d’autant
mieux ce décalage que l’acteur parle
en gros plan. Regarder un écran
quand le plateau est quasi désert est
devenu une expérience si commune
depuis vingt-cinq ans que cette
forme s’est sans doute usée. Le
spectacle n’est pas exempt de drôlerie, façon Tintin dans l’Etoile mystérieuse. Mais ce qu’on perd de vue,
c’est la réalité de la catastrophe, qui
est pourtant l’enjeu même de la
pièce. L’un des personnages souffre
de narcolepsie. Elle s’endort dès
qu’elle a peur. Et quand elle dort,
elle hurle parce qu’elle fait des cauchemars que le spectateur perçoit
sans toujours savoir qu’il s’agit de
rêves. Cette récurrence lynchéenne
est ce qu’il y a de plus réussi. De
même que l’incroyable profondeur
de champ du décor, dont l’esthétique nous renvoie aux années 50 ou
à Blue Velvet, avec une chanteuse
– en rouge pailleté – qu’on devine
dans les arcanes de l’Arctic Serenity.
ANNE DIATKINE
ARCTIQUE d’ANNE-CÉCILE
VANDALEM Théâtre de l’OdéonAtelier Berthier, 75017.
Du 18 janvier au 10 février. Puis
à Saint-Etienne du 14 au 15 février.
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Par monts et par beau
Stéphanie Bodet Cette ancienne championne du monde
d’escalade, au style élégant, se fait écrivaine de la montagne
et poète de la nature.
E
lle est, depuis son enfance, amoureuse des rochers et des
mots. Des parois verticales qui font écho aux lignes horizontales dont elle remplit ses cahiers d’écolière, assise
en tailleur sur un bloc de pierre ou couchée le long d’une vire
face au vide. Des voies de granit ou de grès qu’elle célèbre d’une
voix claire et presque enfantine en déclamant poèmes et dissertations sur la vie, l’escalade, la nature…
«J’aime bien le mot “adhérence”. Il résume
tout. Il contient l’errance qui donne à voir
les déserts solidifiés de pierre… Adhérer,
c’est se fondre, ne faire qu’un, s’abandonner à ce qui nous dépasse.»
Pour l’heure, toute menue et souriante dans la salle de réception de l’hôtel particulier des éditions Gallimard, elle a quitté
ses hautes sphères pour la promotion d’un premier roman
à 42 ans, Habiter le monde, publié après un récit de voyage,
une belle biographie (A la verticale de soi, Guérin 2016) et nombre de vidéos d’aventure. Le livre débute par la mort en montagne du compagnon de la narratrice, elle-même bonne grimpeuse. Une angoisse latente exorcisée par l’écriture? «Non,
non, ce n’est pas du tout Arnaud ! Je n’ai pas du tout envie de
le faire mourir ni d’en finir avec lui (Rires.). Même si dans chacun des personnages, il y a bien sûr toujours un peu de nous.»
On abandonne donc la lecture psychanalytique pour évoquer
une passion bien vivante: l’escalade. Rien, pourtant, ne semblait disposer la petite fille rêveuse et asthmatique, dont les
bronches irritées sifflaient à chaque foulée, à devenir une championne du monde
de la discipline (en 1999), enchaînant les
trophées, puis les ouvertures de grandes
voies en compagnie de son compagnon, Arnaud Petit, lui aussi
grimpeur multimédaillé, rencontré à 19 ans lors d’un stage de
l’équipe de France.
La vocation est née en famille, du côté de Gap où les Bodet
(Stéphanie, un frère, une sœur et les parents) sont installés.
L’été, on randonne sur les sentiers du Dévoluy, du Champsaur
ou du Queyras. Premières «grimpouilles» avec son frère, puis
stages au Club alpin français et début de la compétition à Aixen-Provence en compagnie d’Arnaud, «l’amour de sa vie», et
d’un groupe de jeunes pousses talentueuses. S’ensuivront
LE PORTRAIT
cinq ans de podiums, de sponsors et de courses extrêmes aux
couleurs fluo. «L’idée était d’arriver au bout de soi. On dit souvent “se dépasser”, c’est un peu galvaudé mais c’était vraiment
le cas. Et il n’y avait que la pratique du haut niveau qui pouvait
m’apporter cette discipline. Appréhender l’échec, maîtriser ses
émotions… Après, j’en ai très vite vu les limites.»
Car la jeune grimpeuse, qui se plonge entre deux épreuves dans
les récits d’Ella Maillart ou de Nicolas Bouvier, quand ses compétitrices feuillettent Sport et Vie en écoutant du heavy metal,
n’est pas complètement à sa place. Sa voie, elle la trouvera la
décennie suivante où en compagnie d’Arnaud Petit, elle enchaînera les voyages au long cours à travers le monde, réalisant
au passage quelques grandes premières. Tsaranoro (Madagascar), Tours de Trango (Pakistan), Salto Ángel (Venezuela), El
Capitan (Yosemite, Etats-Unis), Grand Capucin (massif du
Mont-Blanc)… Aucune cathédrale de pierre ne résiste au jeune
couple surdoué. «J’ai adoré faire ces voies, sentir les forces telluriques, être reliée aux temps géologiques, à quelque chose qui
est plus grand que soi. Dans ces moments, on s’oublie en tant
qu’humain pour faire partie de la nature.»
Un engagement et une passion qu’elle va peu à peu traduire
en mots et récits, lestée d’une belle culture générale et d’un
Capes de lettres modernes (elle enseignera même un temps).
«Le rocher, c’est une histoire d’amour. Cela me fait penser à ce
qu’un artiste doit ressentir
avec la matière. Si ce n’est
qu’un sculpteur peut modeler
1976 Naissance
la roche alors qu’un grimpeur
à Limoges.
doit faire avec.» Derrière ce
1999 Championne
besoin d’absolu, cette ascèse,
de la Coupe du monde
cette recherche de pureté,
de bloc.
comme souvent, une bles2006 et 2007
sure intime: la mort d’un acAscensions du Salto
cident cardiaque de sa petite
Ángel (Venezuela) et
sœur Emilie (le prénom de la
du Capitan (Californie).
narratrice du roman) alors
2016 A la verticale
que Stéphanie avait tout juste
de soi (biographie).
20 ans. «A partir de ce drame,
2019 Habiter le monde
j’ai vraiment eu le sentiment
(L’Arpenteur).
de la fugacité de l’existence.
Un deuil à cet âge, c’est un accélérateur: l’envie de vivre presque deux fois. Pour elle et pour
moi.» Et de balayer avec philosophie la peur de l’accident, omniprésent en montagne. «Le risque, c’est comme un rite de passage. Une tradition qui n’existe plus dans nos sociétés. Flirter
avec ses limites aide à se construire. Maintenant, c’est vrai,
quand j’ai réalisé, un jour à 30 ans, que j’avais dans mon répertoire 35 numéros à effacer, cela fait réfléchir.»
Aujourd’hui apaisée après un passage par le yoga –«et continuer à porter des sacs de 30 kilos pendant des heures, non
merci!»– elle consacre de plus en plus de temps à ses textes
sans trop se soucier du lendemain. «C’est super de se tourner
ainsi vers l’écriture. C’est une autre façon de résoudre des voies»,
note en riant Catherine Destivelle, alpiniste devenue éditrice.
L’écrivain Jean-Christophe Rufin, qui grimpe régulièrement
avec le couple, dit: «Chaque geste doit être beau. Pour eux, un
geste loupé, lourd, ce n’est pas bien. Il y a chez elle une approche
très élaborée des pas et des prises. Et l’on retrouve dans l’expression de Stéphanie la même recherche du mot juste, la même précision. Son style n’est pas dissociable de son style de grimpe.»
Propos confirmés par Lionel Daudet, alpiniste écrivain: «J’ai
l’impression quand je lis Stéphanie de la voir grimper.»
Besoins matériels réduits au strict minimum (côté revenus:
stages de grimpe, conférences, coaching et publications), le
couple, sans enfant, s’est installé récemment dans le sud du
Luberon avec le chat Pimpoune. «Notre cahier des charges,
c’était du rocher à cinq minutes de la maison!» Le luxe restant
pour elle le temps, le silence et la nature. Une vie retirée, sans
engagement politique affiché. Elle reconnaît ne pas toujours
voter, a ressenti beaucoup d’empathie au début du mouvement des gilets jaunes mais se dit effrayée par le côté obscur
de la foule. Ce qui n’empêche pas les opérations militantes
à l’occasion, telle cette action organisée avec son ami Lionel
Daudet il y a deux ans au-dessus de la Durance –une slackline
de 80 mètres tendue entre deux pylônes (non branchés)– pour
protester contre l’installation d’une ligne à très haute tension.
«Quand tout semble désespéré, je préfère me concentrer sur les
petites initiatives, toutes les belles choses qui émergent, en faisant confiance à la nouvelle génération.» •
Par FABRICE DROUZY
Photo RÉMY ARTIGES
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
L’E S S E N T I EL
COMMUNIQUÉ DU VENDREDI 18 JANVIER 2019
SPÉCIAL SERVICES À LA PERSONNE
“Assurer la stabilité réglementaire du secteur”
MAXIME AIACH PRÉSIDENT DE LA FESP (FÉDÉRATION DU SERVICE AUX PARTICULIERS) ET DU GROUPE
DOMIA (ACADOMIA ET SHIVA) FAIT LE POINT SUR L’ACTUALITÉ DU SECTEUR DU SERVICE À LA PERSONNE.
COMMENT SE PORTE LE
SECTEUR DU SERVICE À LA
PERSONNE ?
Il est important tant par le
nombre de ses utilisateurs avec
près de 4,5 millions de ménages,
que par celui des 1,3 million de
personnes qu’il emploie. Quand
on regarde les chiffres de plus
près, on s’aperçoit, toutefois,
que le secteur génère un chiffre
d’affaires de 20 milliards d’euros, alors que le potentiel est
estimé au double. Cette déperdition peut s’expliquer de différentes manières : une partie du
CA est réalisé au noir ou bien
encore, ne se réalise pas du tout
faute d’offre. Pour lutter contre
cette offre au noir, les pouvoirs
publics ont mis en place un crédit d’impôt qui existe depuis
une trentaine d’années. Ce
mécanisme est la pierre angulaire du secteur, car il permet
aux acteurs économiques qui
le composent d’être compétitifs
par rapport au travail au noir.
CE MÉCANISME EST-IL
MENACÉ ?
La difficulté à laquelle nous
sommes confrontés chaque
année réside dans le fait que,
régulièrement, la question
du maintien du périmètre de
la réduction d’impôts dans
son intég ralité est posée.
Mécaniquement, cela entraîne
une instabilité dans le comportement des ménages, mais aussi
des investisseurs. Conséquence :
une véritable perte en matière
de créations d’emplois qui ne
se réalisent pas. Le cœur du
débat réside dans le périmètre
du règlement Borloo qui comporte 21 métiers répartis entre
quatre principaux secteurs (éducation, entretien de la maison,
garde d’enfants, accompagnement des personnes âgées ou
handicapées) ayant pour point
commun le domicile. Ce débat
oppose deux écoles. Il y a les
minimalistes qui estiment que le
crédit d’impôt ne devrait s’appliquer qu’aux activités d’aide
aux personnes fragiles, seul segment, selon eux, à avoir apporté
la preuve de son utilité sociale.
Les autres, dont je suis, estiment
que, tel que défini, le périmètre
des 21 métiers permet d’assurer
l’équilibre d’un secteur appelé
encore à grandir. Il ne faut surtout pas le rompre. Cet élément
est fondamental. D’abord parce
que toutes ces activités sont ren-
“Enrichir le parcours professionnel
des intervenants à domicile”
DAMIEN CACARET, PRÉSIDENT D’ADHAP SERVICES, SPÉCIALISTE DE L’AIDE
À DOMICILE, REVIENT SUR LES DIFFICULTÉS DU SECTEUR À RECRUTER
ET PROPOSE DES PISTES POUR Y REMÉDIER.
LE SECTEUR DU SERVICE À LA
PERSONNE PEINE SOUVENT À
RECRUTER. COMMENT REMÉDIER À
CE PROBLÈME ?
C’est un vrai sujet qui préoccupe l’ensemble des opérateurs. Il existe un enjeu
fort en termes de ressources humaines
qui combinent plusieurs aspects. Celui du
recrutement d’une part, il faut savoir attirer
de nouveaux talents, particulièrement les
jeunes. Notre population de salariés est vieillissante, avec, pour effet, un nombre croissant de départ à la retraite dans les années à
venir alors, qu’en face de cela, la demande
va exploser. D’autre part, il va falloir fidéliser
en enrichissant, notamment le parcours professionnel des personnes concernées. A titre
d’exemple, on travaille énormément chez
Adhap sur ces questions afin de proposer de
vraies carrières au sein de nos entreprises.
COMMENT CELA PEUT-IL SE
TRADUIRE CONCRÈTEMENT ?
Par la mise en place d’autres modes d’organisation. Depuis 60 ans, en France, on
impose aux intervenants à domicile une
organisation très pyramidale. Mais ne
serait-ce pas à ces intervenants, qui sont
les “sachants”, que doit revenir l’organisation de leurs journées ? Cela revient à
leur donner de l’autonomie ce qui va permettre de les valoriser, en les plaçant au
centre du processus.
LES NOUVELLES TECHNOLOGIES ONTELLES UN RÔLE À JOUER DANS CET
ENSEMBLE ?
C’est incontestable. Elles concernent
tant les salariés de nos structures que
nos clients qui, même s’ils sont âgés,
sont, eux aussi, très demandeurs en la
matière. Grâce aux nouvelles technologies, nos intervenants pourront gagner
en efficacité sur les prestations proposées
(comme l’aide à la toilette, l’aide au lever
et au coucher, etc). De quoi dégager du
temps supplémentaire afin de développer
encore davantage de lien social avec nos
bénéficiaires. Elles participent également
à l’amélioration de la qualité de vie au
travail de nos équipes, une notion fondamentale dans nos métiers. n
tables avec, en termes de recettes
pour les finances publiques, une
balance positive entre la contribution de l’Etat sous forme de
réduction d’impôt et les rentrées
fiscales et économies notamment en minima sociaux qui
en découlent. Quand on incite
les acteurs à s’intégrer dans le
marché officiel, on crée de la
TVA, des cotisations sociales
et de l’emploi. De plus, et c’est
un second point capital, il est
extrêmement important de
conserver ce périmètre, car ce
sont bien souvent les mêmes
groupes qui regroupent en leur
sein différents métiers. Dans ces
conditions, l’exclusion d’un des
métiers du périmètre Borloo
risquerait d’entraîner l’arrêt
total de l’activité du groupe en
question.
DANS CE CONTEXTE, QUE
PRÉCONISEZ-VOUS ?
D’abord, qu’une voix politique
porte notre message et rappelle
que toutes les activités du périmètre Borloo ont démontré leur
utilité sociale. Ensuite, il faut
insister sur la nécessaire stabilité
réglementaire qui doit caractériser le secteur des services
à la personne. Rappelons que
les décisions d’embauche et de
formation, se font sur la durée.
Une proposition concrète : avec
le mécanisme du prélèvement
à la source, on a “contemporanéisé” les revenus et l’impôt dû.
Il convient désormais de faire la
même chose avec le crédit d’impôt en supprimant les délais de
remboursement des dépenses
en services à la personne des
ménages. De cette manière, et
ce sont les études d’impact qui
l’ont démontré, on pourra créer
jusqu’à 100 000 emplois supplémentaires en l’espace de quelques
mois. C’est considérable. n
Focus sur les gardes d’enfants
à domicile
LES PROPOSITIONS DE RACHEL BRISHOUAL, SECRÉTAIRE GÉNÉRALE DU
SYNDICAT UNSA FESSAD.
M
ieux prendre en compte la réalité du terrain, c’est le souhait de
Rachel Brishoual. “Le secteur est mal
connu : peu d’informations existent sur
l’emploi, les conditions de travail ou les
salaires. Si un état des lieux engagé par
la Direction Générale de la Cohésion
Sociale dans le cadre des travaux sur
la qualité des modes d’accueil du jeune
enfant est en cours, un observatoire de
la branche serait utile pour mieux suivre
l’activité de cette profession et pouvoir
formuler des réponses adaptées.”
Côté protection sociale, Rachel Brishoual
rappelle que les gardes d’enfants à domicile sont des salariées à part entière pour
peu qu’elles soient déclarées. Les mécanismes de prévoyance collective tels
que la maladie, le chômage, la retraite,
s’appliquent complétés par la convention collective qui garantit par exemple
la formation professionnelle. Toutefois,
la réalité du métier est plus contrainte :
temps partiel, morcellement des contrats,
bas salaires, difficultés à se former…
impactent l’accès aux indemnités mala-
die, le recours au cumul emploi-chômage
ou le niveau des retraites et renforcent le
déficit de reconnaissance du métier.
Pourtant, des solutions existent : “développer les crèches-relais pour accueillir les
enfants pendant que les salariés sont en
formation, déployer les Relais d’Auxiliaires
Parentales sur le modèle des Relais d’Assistantes Maternelles afin que professionnels et parents aient un lieu d’information
et d’échanges, changer le terme “garde
d’enfant” qui nuit à l’image de salariés en
charge de l’accueil et de l’éveil des enfants,
mieux informer les employeurs afin d’appliquer correctement la convention collective,
revoir les conditions d’octroi de l’indemnité
de départ en retraite tenant compte de la
réalité des contrats des salariés.”
Plus que pour tout autre salarié, le syndicalisme a un rôle primordial à jouer en
tant que centre de services et tiers à la relation salariale offrant information et outils,
conseillant et accompagnant les salariés. n
www.unsa.org
L’Essentiel est édité par la SARL Execopress, RCS Paris 512 042 706 – 39, avenue d’Iéna – 75116 Paris • Tél. : +33 (0)1 75 43 58 72 • E-mail : contact@execopress.fr
Chargés de Mission : Nathaniel Ayache, Grégory Comte. La Rédaction de Libération n’a pas participé à la réalisation de ce dossier.
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II
L’E SSE NTI EL
SPÉCIAL SERVICES À LA PERSONNE – VENDREDI 18 JANVIER 2019
Les Menus Services, des repas de qualité
au domicile des seniors
LEADER NATIONAL DU PORTAGE DE REPAS POUR LES PERSONNES ÂGÉES, LE RÉSEAU A CONNU
UNE EXCELLENTE ANNÉE 2018. ENTRETIEN AVEC SA DIRECTRICE GÉNÉRALE, CORINNE DUPLAT.
LES MENUS SERVICES ONT
CONNU UNE EXCELLENTE
ANNÉE 2018. COMMENT
EXPLIQUEZ-VOUS CES
RÉSULTATS ?
Nous avons démarré avec l’ouverture des premières succursales en 2003. La première
licence de marque a été signée
en 2006. Enfin, il y a 5 ans,
nous avons déployé la franchise.
La forte progression que nous
enregistrons actuellement est le
résultat de ce que je nommerais
l’effet “boule de neige”. Il arrive
un moment où l’on atteint une
certaine taille critique, puis on la
dépasse. C’est l’indication d’une
véritable marque de confiance
qui nous est décernée et qui
permet d’engranger les effets
d’un cercle vertueux dont nous
bénéficions désormais. Depuis
le démarrage, nous n’avons
enregistré aucune fermeture
d’agence. En 2018, nous avons pas changé : proposer quotisigné quatorze nouvelles fran- diennement, des menus variés,
chises, certains de nos franchisés équilibrés et frais (cuisinés
historiques ont créé de nouvelles chaque jour) à des personnes
agences et l’année 2019 devrait âgées qui ne peuvent plus ou qui
bénéficier de la même progres- ne veulent plus cuisiner et font
sion, voire plus. Nous avons parfois face à des contraintes de
servi deux millions de repas
Nous avons servi deux
sur le territoire national. Pour
information, la population des millions de repas sur le
plus de 80 ans va quadrupler
dans les vingt années à venir. territoire national”
Le potentiel du marché est
considérable.
régimes hypocaloriques, diabétiques, sans sel, mixés, etc., qui
VOUS ÊTES SPÉCIALISÉS
correspondent complètement au
DANS LE PORTAGE À
profil de la personne concernée.
DOMICILE DE REPAS
Si elle ne mange pas de viande,
À DESTINATION DES
on pourra lui proposer un menu
PERSONNES ÂGÉES.
qui n’en contient pas. Si nous ne
COMMENT VOTRE OFFRE
sommes pas vegan, nous sommes
S’EST-ELLE MODIFIÉE DEPUIS en capacité de livrer des menus
SA CRÉATION ?
végétariens. Nous commençons
Depuis le démarrage, notre également à introduire certains
concept est le suivant et il n’a aliments bio. Cela montre que
l’offre a changé depuis 15 ans.
Elle est fortement variée et de
qualité. Notre souhait est de servir le plus grand nombre et de
proposer à un client âgé, confiné
chez lui, une carte qui ressemble
à celle de la brasserie de quartier. Le menu complet comprend
entrée, plat, accompagnement,
laitage, dessert, et pain. Dans
chaque agence Les Menus
Services, une diététicienne a
pour mission de se rendre au
domicile des clients pour évaluer leur état de santé et préconiser le régime alimentaire qui
va leur convenir tout en tenant
compte de leurs goûts.
VOUS AVEZ ÉGALEMENT
DÉVELOPPÉ UN BOUQUET DE
SERVICES ANNEXES COMME
LE PETIT BRICOLAGE OU LA
TÉLÉASSISTANCE. VONT-ILS
ÊTRE AMENÉS À GRANDIR ?
Nous sommes dans une activité
qui est réglementée et qui nous
enjoint de proposer, en plus du
portage de repas, d’autres services comme ceux que vous avez
cités ou bien encore, de l’assistance administrative. Mais notre
cœur de métier reste et restera la
partie livraison de repas.
COMMENT VOYEZ-VOUS
ÉVOLUER LE SECTEUR DES
SERVICES À LA PERSONNE ?
Il y a une vingtaine d’années,
celui-ci était dévolu aux associations. La loi Borloo a fait exploser le secteur puisqu’il l’a ouvert
aux entreprises. A ce moment
on s’est retrouvé face à un secteur extrêmement atomisé. Vingt
ans après, celui-ci est en phase
de consolidation, les acteurs les
plus importants rachetant les plus
petits. Aujourd’hui, à mon avis, il
est très compliqué de monter seul
son entreprise de services à la personne. Les services à la personne,
ce n’est pas un secteur d’activité
sur lequel on peut arriver en amateur, en pensant que c’est facile.
C’est même tout le contraire. Nous
faisons face à deux contraintes : la
gestion des clients qui ont leurs
exigences, avec comme priorité le
respect de la personne et de son
bien-être, et celle des salariés qui
doivent apporter un service de
qualité. C’est dire combien il faut
être professionnel. n
www.les-menus-services.com
Tipi-recrutement, la
Comment bien choisir son aide
fluidité au service de à domicile
l’emploi à temps partiel
GRÂCE À ADHAP SERVICES, LES PERSONNES
FRAGILISÉES PEUVENT BÉNÉFICIER DE
PRESTATIONS DE QUALITÉ ENTIÈREMENT
LA PLATEFORME INNOVANTE CONVIENT PARFAITEMENT AUX MÉTIERS DES SERVICES À LA PERSONNALISÉES. ELLES PEUVENT AINSI CONTINUER À VIVRE CHEZ ELLES DANS LES
PERSONNE. LES EXPLICATIONS DE SON CRÉATEUR, JEAN-PIERRE PAVY.
MEILLEURES CONDITIONS DE CONFORT ET DE DIGNITÉ.
COMMENT FONCTIONNE LA
PLATEFORME “TIPI-RECRUTEMENT” ?
“Tipi-recrutement” est une solution innovante centrée autour des métiers à temps
partiel. Avec cette plateforme, nous avons
mis en place un système gagnant-gagnant,
tant du côté des candidats à l’embauche
que du côté des entreprises. Pour y parvenir, nous travaillons sur des candidatures
que les personnes concernées vont mettre
en ligne. Ces dernières sont reliées à des
lieux de mission, des besoins en compétence, et à des plannings de disponibilités
que les candidats doivent réactualiser toutes
les semaines. Quand les besoins de l’entreprise entrent en concordance avec le profil
du candidat, il est intégré à une liste dans
laquelle l’entreprise pourra aller chercher
son candidat idéal. Car c’est bien cette dernière qui va recruter. Toute la mission de
“tipi-recrutement” concerne la partie mise
en relation. La plateforme est gratuite pour
les candidats, les entreprises payent quant
à elle un abonnement pour son utilisation.
ET POUR LE SECTEUR DES SERVICES
À LA PERSONNE ?
C’est tout l’avantage de notre plateforme.
Grâce à sa fluidité, elle va pouvoir aller
chercher des personnes travaillant à
temps partiel dans l’hôtellerie pour combler des besoins en ménage au domicile
d’une personne dépendante ou faire
appel à un retraité qui veut compléter ses
revenus pour faire de la garde d’enfants.
QUELS VONT ÊTRE VOS GRANDS AXES
DE DÉVELOPPEMENT ?
Nous sommes en train de signer des
conventions avec plusieurs régions et territoires français. C’est le cas, désormais, avec
la région Ile-de-France. Parallèlement,
nous développons d’autres services en
faveur de l’emploi. Par exemple, la mobilité. C’est pourquoi, nous avons signé
un partenariat avec IDVROOM, une
branche de covoiturage de la SNCF. n
www.tipi-recrutement.com
À CHAQUE SITUATION,
SA SOLUTION ADHAP
SERVICES
Les besoins ne sont jamais
tout à fait les mêmes et il
faut savoir composer avec les
contraintes de chacun. Avec
plus de 180 implantations
à travers toutes la France,
Les prestations
d’Adhap Services
◗ Aide à l’hygiène
◗ Aide aux repas
◗ Lever, coucher
◗ Garde, compagnie
◗ Travaux ménagers
◗ Accompagnement
véhiculé
◗ Retour
d’hospitalisation
◗ Autres prestations
personnalisées
Adhap Services propose des
interventions sur-mesure, de
la prestation courte (à partir
de 10 min) à une prise en
charge plus longue.
Chaque jour, plus de 23 500
personnes font appel à
Adhap Services. Chacune
d’entre elles bénéficie d’un
accompagnement personnalisé sans se soucier des
formalités administratives.
En effet, en tant que prestataire de services, Adhap
Services s’occupe de tout
(recrutement, assurances,
remplacements…).
d’attente et l’intervention
peut être mise en place sous
24 à 48 h selon la demande.
Les équipes de proximité
Adhap Services interviennent 365 j/an, weekends et jours fériés compris.
De plus, une permanence
téléphonique pour les bénéficiaires et leurs familles est
disponible 24 h/24.
SAVOIR-ÊTRE ET
PROFESSIONNALISME
Dès leur arrivée, les intervenants reçoivent une formation spécifique, conçue
par l’Institut Adhap, pour
RÉACTIVITÉ ET
approfondir le savoir-être
DISPONIBILITÉ
et le savoir-faire indispenAdhap Services est capable sables afin de répondre aux
de répondre aux besoins les besoins des bénéficiaires.
plus urgents dans des délais
très courts. Il n’y a pas de liste
www.adhapservices.fr
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L’E SSE NT IE L III
SPÉCIAL SERVICES À LA PERSONNE – VENDREDI 18 JANVIER 2019
“Changer le financement des SAAD”
POUR PERMETTRE AUX SERVICES D’ACCOMPAGNEMENT ET D’AIDE À DOMICILE DE CROÎTRE, IL EST NÉCESSAIRE DE CHANGER
LES RÈGLES QUI ENCADRENT LE SECTEUR AFFIRME FRANK NATAF, PRÉSIDENT D’AUXI’LIFE.
COMMENT VOUS
POSITIONNEZ-VOUS
AUJOURD’HUI ?
J’ai créé Auxi’life en 2005.
Lorsque nous avons démarré, les
services à la personne étaient centrés sur l’insertion professionnelle
pour des publics peu ou pas qualifiés. Aujourd’hui, nous sommes
passés à une logique de prestation de services avec des bénéficiaires (seniors et handicapés) qui
attendent désormais un niveau de
prestations supérieur à leur niveau
d’exigence d’il y a quinze ans.
Tout l’enjeu est donc de parvenir
à professionnaliser aussi bien les
intervenants que l’organisation
qui les pilote et les accompagne.
OÙ EN SONT VOS PROJETS DE
DÉVELOPPEMENT ?
Différents projets, concernant
de nouvelles implantations, sont
actuellement à l’étude et passent
principalement par des acquisitions de confrères. Notre objectif
premier est de mailler de manière
plus dense, les territoires sur lesquels nous sommes déjà présents.
Il faut rappeler que nous exerçons un métier d’extrême proximité, avec des agences qui ont un
rayon d’action d’une vingtaine
de km. Nous avons également un
plan de recrutement de 250 personnes nationalement sur 2019.
Nous allons, enfin, digitaliser
une partie de notre activité afin
d’offrir des espaces numériques
aussi bien à nos bénéficiaires
qu’à nos salariés.
POUR PERMETTRE AU
SECTEUR DE CONTINUER
SON EXPANSION, FAUT-IL
CHANGER LES RÈGLES DU
JEU QUI LE STRUCTURENT
ACTUELLEMENT ?
Emmanuel Macron a annoncé
l’arrivée d’une loi pour 2019
qui devrait réformer le secteur.
En ce qui concerne les SAAD
(Service d’accompagnement et
d’aide à domicile), les attentes
prioritaires concernent la partie financement. Il y a, globalement, 90 % des résidents en
Ehpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées
dépendantes) ne désirent pas y
être et préféreraient rester chez
eux. Mais pour cela, ils ont
besoin d’un accompagnement
structuré par l’intermédiaire de
SAAD. Or, pour l’instant, les
financements concernant tant
les personnes âgées que celles
en situation de handicap sont
clairement insuffisants. Dès que
se manifeste un besoin d’un
nombre d’heures conséquent
d’intervention, cela génère des
restes à charge supérieurs au
reste à charge en Ehpad, et ne
favorise donc pas le maintien à
domicile. Par ailleurs, on vit sur
une logique d’attribution d’aides
au niveau départemental avec,
pour conséquence, des inégalités à situations de dépendance
ou de handicap similaires, d’un
territoire à l’autre. Une pre-
mière mesure de simplification
serait donc de créer une égalité
de remboursements sur une
base nationale. Il faudrait également que ces derniers soient
renforcés. Les améliorations
doivent être fortes et inclure
également le financement des
structures pour permettre au
secteur de l’aide à domicile
de poursuivre le chemin vers
“la société inclusive” où tous
pourront avoir la possibilité de
demeurer à domicile.
SI CE “BIG BANG” SE MET
EFFECTIVEMENT EN PLACE,
QU’ELLES EN SAURONT LES
EFFETS CONCRETS POUR VOS
USAGERS ?
Avec des financements complémentaires, nous serions en
capacité de proposer plus d’encadrement pour suivre nos différentes situations. Exemple :
dans chacune de nos agences
se trouvent des psychologues, à
temps partiel, tant à disposition
des bénéficiaires de services que
des auxiliaires de vie. Avec un
apport en financement, nous
pourrions les passer à temps
plein et y adjoindre des assistants de service social. n
www.auxilife.fr
Fiche d’identité
Auxi’life accompagne, depuis 14 ans, ses clients dans leur
quotidien à leur domicile. Une longévité qui a permis à la
structure de développer une rare expertise. Chacune de ses
agences intègre un ou une psychologue pour comprendre et
analyser au mieux les enjeux des interventions effectuées et
accompagne les auxiliaires de vie vers les meilleures pratiques
de la profession.
Première structure en France à être labellisée Cap’Handéo,
Auxi’life est tout particulièrement spécialisée autour des prises
en charge pour les publics atteints d’autisme, de handicap
mental et psychique, pour le public sourd et sur les maladies
fortement invalidantes.
Cap’Handéo, la certification incontournable
CRÉÉE PAR L’ASSOCIATION HANDÉO, FONDÉE PAR ET POUR LES PERSONNES HANDICAPÉES, ELLE ATTESTE DE LA
QUALITÉ DES SERVICES AINSI RECONNUS SELON UN EXIGEANT CAHIER DES CHARGES.
P
ermettre aux personnes
handicapées de vivre pleinement chez elles et dans la cité.
Depuis 2007, date de sa création, Handéo porte haut cette
ambition. Pour réaliser pleinement sa mission, l’organisme a
développé, au fil des ans, plusieurs outils sur lesquels repose
aujourd’hui son action et dont les
synergies fonctionnent à plein.
La structure possède un réseau
de correspondants qui maille une
partie du territoire français et
joue un double rôle. Faire remonter les besoins et parallèlement
informer les personnes en situation de handicap sur la mise en
œuvre d’une démarche de qualité. De son côté, l’Observatoire
national a pour tâche de produire des études, sur la base desquelles des leviers d’action seront
définis. Enfin, Cap’Handéo est
un ensemble de labels et de certifications de services (Services à la
personne, Transport, aides techniques, institutions,…) attestant
de leur qualité, évalués selon un
exigeant cahier des charges réactualisé régulièrement. L’objectif
est triple. D’abord, accroître
et renforcer la confiance que
peuvent (et doivent) avoir les personnes handicapées dans les services certifiés. Ensuite, améliorer
l’équipement des territoires en
offre de services qualifiés et renforcer l’accessibilité et la visibilité
de cette offre grâce à des relais de
promotion et d’animation impliqués localement. Enfin, augmenter la reconnaissance des services
tant par les personnes handicapées, que par les “prescripteurs”,
qu’il s’agisse des familles et des
aidants, des responsables institutionnels et des pouvoirs publics.
“Les critères définis dans les services à la personne, plus d’une
vingtaine, sont à la fois très précis et très pragmatique, explique
Julien Paynot, directeur général
d’Handéo. Concrètement, cela
veut, par exemple dire, qu’un service à domicile doit pouvoir intervenir entre 6 heures et minuit
afin que la personne handicapée
puisse s’organiser de la façon
dont elle le souhaite (aller au
cinéma, boire un verre avec des
amis,…). Si une auxiliaire de vie
ne se présente pas, elle doit pouvoir être remplacée dans l’heure.
Actuellement, nous avons labellisé ou certifié plus de 270 services
qui correspondent donc à nos exigences en termes de qualité, d’efficacité, et de réactivité.” De quoi
apporter plus de clarté pour tous
les utilisateurs potentiels.
ENGAGEMENT CITOYEN
Le lieu d’habitation est loin
d’être le seul concerné par les
actions d’Handéo. La vision
holistique de l’association s’étend
également à la vie dans la cité.
Notamment aux transports. “La
mobilité fait partie de nos préoccupations principales”, confirme
Julien Paynot. En avril dernier,
la RATP a d’ailleurs obtenu
la labellisation “Cap’Handéo
Services de mobilité” pour la
ligne 1 du métro parisien (accessible à tous les types de handicap à l’exception du handicap
moteur), une première pour un
opérateur de transport public.
To u j o u r s d a n s l ’ o p t i q u e
citoyenne déployée par l’association, Handéo va profiter de
l’année 2019, qui voit se tenir
les prochaines élections européennes, pour attirer l’attention
sur les pratiques de vote des personnes handicapées et les obstacles auxquels elles peuvent être
confrontées au moment crucial.
“Si elle n’a pas la capacité par
exemple de glisser elle-même
le bulletin dans l’urne, une personne peut l’accompagner pour
l’aider à le faire”, suggère Julien
Paynot. En 2018, l’organisme a
publié un guide pratique sur le
sujet. Intitulé “Aides humaines :
comment favoriser l’accès au
vote des personnes handicapées”, il s’agit d’un recueil de
bonnes idées pour faciliter les
pratiques de vote des populations concernées. Le 24 janvier
sera diffusé une vidéo animée
sur le sujet. Enjeu majeur de
participation citoyenne, le vote
symbolise à merveille toute
l’ambition d’Handéo. “Culture,
loisirs, travail, tous les secteurs
sont concernés par l’inclusion
des personnes handicapées.
Notre travail, dans toutes ses
facettes, s’inscrit dans cette globalité”, conclut Julien Paynot. n
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(France), Lionel Charrier
(photo), Cécile Daumas
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Catherine Mallaval
(société), Didier Péron
(culture), Sibylle
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personnelles, rendez-vous sur http:bit.lyLibeC(V
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Grille n°1119
VERTICALEMENT
1. Arguer que les décisions prises sont trop brillantes pour être comprises
2. Au naturel # Bassin dans un port 3. Province des Pouilles # Elle jugea
les accords d’Evian déviants 4. Il a un H et un marteau # Quand on prend
la pose 5. Dix de plus que le voisin # Ville près de Gênes 6. Le troisième
élément # Travail en sale des machines # Boîte de biscuits 7. Elles sont à
jour 8. Elles ont un chaton sur le doigt 9. Qui a un chaton dans la gorge
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. KÉRATINES. II. ANAVENINS. III. LCI. NDLR.
IV. IL. EDO. UA. V. NULS. OLEG. VI. IMABARI. VII. NEM. COU.
VIII. BALTHUS. IX. RADIOHEAD. X. ALARMANTE. XI. DÉSABUSAI.
Verticalement 1. KALININGRAD. 2. ENCLUME. ALE. 3. RAI. LAMBDAS.
4. AV. ESB. AIRA. 5. TEND. APLOMB. 6. INDOOR. THAU. 7. NIL. LICHENS.
8. ENRUE. OUATA. 9. SS. AGNUS DEI.
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engagée en cas de nonrestitution de documents.
1BS ("²5"/
(030/
Par GAËTAN
HORIZONTALEMENT
I. Celui des tenants du
nouveau monde est bien
supérieur à celui des béotiens
dont ils ont la charge II. En mit
peint la vue # Poisson en bocal
III. Entouré de griffes # Bruit
hésitant IV. Interpellation #
Deux valent un euro V. Belles
vues d’ensemble VI. César
dans un rôle féminin VII. Vers
grisants # De battre son
cœur s’arrête VIII. Créateur
de l’univers # A soigner
IX. Mauvais esprit sur toile
et dans les montagnes #
Dense, collé, serré X. Comme
des peaux de pêche XI. On y
vient en cas de besoin
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◗ SUDOKU 3875 MOYEN
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(édition), Grégoire Biseau
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(société), Guillaume
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