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Le Journal Du Dimanche N°3758 Du 20 Janvier 2019-compressed

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dimanche 20 janvier 2019 N° 3758 2 € (le JDD +Version Femina)
Le ministre
de l’économie
Interview pages 22-23
Gilets jaunes :
le patron de
BFMTV répond
aux critiques
Page
Page
30 31
BD
Hidalgo, Riester, Riner,
Wauquiez… Les super-héros
qu’ils préfèrent
Pages 38-39
« Ma vie
sous la
menace des
islamistes »
M 00851 - 3758 - F: 2,00 E
3’:HIKKSF=VUWUUU:?d@h@p@i@k";
philippe val Ciblé par Al-Qaida,
Philippe Val vendredi à Paris. éric Dessons/JDD
France métropolitaine : 2 €
protégé par la police, l’ancien directeur
de « Charlie Hebdo » raconte son enfer.
Pour la défense de la liberté d’expression,
il en appelle à Emmanuel Macron
Pages 2 à 5
2019 marvel france: Panini Comics
éric Dessons/JDD
Le Maire révèle
comment il va taxer
les géants du Net
www.lejdd.fr
2
le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
L’événement
témoignage Ancien directeur de « Charlie Hebdo »,
Philippe Val publie mercredi un livre qu’il dédie aux
policiers et aux gendarmes chargés de sa protection
depuis qu’Al-Qaida a mis sa tête à prix. À Anna
Cabana, il raconte ses peurs, ses rires et ses colères
L’enfer
de Val
Oppression
en france, en 2019, on peut
vivre dans la peur parce qu’on
défend ses idées. Courir le risque
d’être assassiné pour ne pas
renoncer à ses convictions. En
2015, la tuerie de Charlie Hebdo
nous l’a appris, dans le sang. On
l’avait oublié ? Impossible. On s’y
est habitué ? On a eu tort. Que les
terroristes échouent toujours
à nous faire plier parce que la
résilience des démocraties est
plus forte qu’ils ne le soupçonnent, c’est heureux. Mais à
s’accoutumer aux oppressions
silencieuses qu’ils laissent derrière eux, ne leur cède-t-on pas
malgré tout une part de la victoire ? Philippe Val n’était plus
le directeur de Charlie quand
les sinistres frères Kouachi
ont surgi
pour venHervé gattegno ger le dieu
qu’ils prétendaient servir. Mais il était
de ceux qui, dix ans plus tôt,
avaient choisi de publier les
caricatures que les islamistes
jugeaient impies. Tel Salman
Rushdie, condamné il y a trente
ans à vivre caché pour avoir
moqué un mollah, son crime est
d’avoir poursuivi depuis lors le
combat pour les mots, les dessins, le rire, tout ce qui forge la
liberté d’expression. La dérision
contre la déraison. La fermeté
contre la fermeture. L’esprit des
Lumières contre la folie de l’obscurantisme. Tout ce qu’il dit n’est
pas parole d’Évangile mais il a le
droit de le dire sans être voué à
l’enfer, et sans risquer sa peau.
Philippe Val ne veut pas se faire
plaindre, il veut nous alerter. Son
témoignage place sous nos yeux
la lâche acceptation de ce qui
est inacceptable ; c’est pourquoi
il est glaçant. Il nous rappelle
aussi qu’à travers le monde et
jusque dans les rues de France,
la haine des autres gagne chaque
jour du terrain ; c’est pourquoi
il est brûlant. g
C
et été, quand
Philippe Val finissait d’écrire ce
livre sur sa vie qu’il a dédié à ceux
qui la protègent – les « gendarmes
mobiles de Perpignan, Lyon, Marseille, Chambéry et Nyons » et les
« officiers de sécurité du SDLP »
(le service de la protection de la
Police nationale) –, ils étaient dixsept gendarmes et quatre policiers
à veiller sur lui 24 heures sur 24.
Depuis, son fils de 4 ans se déguise
en gendarme pour faire partie de
son dispositif de protection. L’ancien directeur de Charlie Hebdo a
expliqué à son enfant que c’était
son métier de travailler avec des
gendarmes et des policiers. Il ne
lui a pas menti ; il ne lui a pas tout
dit. Ce récit bouleversant, dont
les mots sont comme des flocons
venant bellement danser devant
la vitre de nos consciences, il l’a
écrit pour tout lui dire, justement.
La narration est même fondée sur
ce besoin : le narrateur s’adresse à
l’enfant de ce « Philippe » dont il lui
raconte l’histoire intime, profonde,
comique, tragique, a­ rtistique, intellectuelle. Quand il le lira, le petit
garçon apprendra que le 17 mai
2018 au soir, son père a reçu un
appel du ministère de l’Intérieur.
Val relate l’échange page 850 :
« “Vous êtes chez vous ?
— Oui, répondit Philippe.
— Vous comptez ressortir ce soir ?
— Non, j’ai renvoyé ma protection.
— Vous avez un déjeuner à 13 heures ?
— Oui.
— Vous pouvez passer au ministère
en sortant ?
— Oui.
— Euh… Quand vous sortirez de
chez vous demain, ne vous inquiétez pas, mais on a dû modifier votre
protection.”
Et le lendemain midi, il y avait huit
officiers de sécurité armés lourdement qui l’attendaient dans trois
voitures. Au ministère de l’Intérieur,
Philippe apprit que la menace était
arrivée chez le Premier ministre,
qui avait fait suivre au ministère
de l’Intérieur. C’était un avis de
recherche assorti d’une condamnation à mort, lancé par Al-Qaïda.
Sa photo, maculée de sang, circulait
sur le “Dark Net”. »
Quelques jours plus tôt, le
22 avril, Le Parisien avait publié
un « manifeste contre le nouvel
antisémitisme », qui priait les
autorités théologiques de frapper d’obsolescence « les versets
du Coran appelant au meurtre et
au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants ». Le journal
précisait qu’il avait été rédigé par
Philippe Val, alors que ce dernier
avait posé comme condition de
n’apparaître ni comme initiateur
ni comme auteur, mais comme
un signataire parmi les deux
cent cinquante. « Pour un certain
monde journalistique, la menace
islamiste est une chose lointaine,
abstraite et très exagérée, estime
Val page 849. Elle n’est pas d’actualité, et lorsqu’elle l’est, c’est pendant
les quelques jours qui suivent un
attentat. Ensuite, on se dépêche de
l’oublier pour ne pas stigmatiser
nos concitoyens musulmans. » Lui
n’a pas le loisir de l’oublier, fût-ce
un instant. Conséquence de cette
violation commise par Le Parisien :
le ministère de l’Intérieur et le
GIGN (Groupe d’intervention de
la Gendarmerie nationale), venu
examiner son logement à Paris et
sa maison dans le Sud – pour des
raisons de sécurité, il tait le nom du
village –, lui ont demandé de faire
construire, à ses frais, une safety
room dans chacun de ses lieux de
vie, de poser des détecteurs de
« Les gens ne
savent pas le
bonheur que
c’est de pouvoir
marcher seul
dans la rue »
mouvement partout et des vitres
blindées – en plus des portes. Ils
lui ont donné un permis de port
d’arme et dispensé des cours de tir,
il s’est entraîné. Depuis, il vit avec
un Glock – le même pistolet semi-
automatique que les policiers dont
il est flanqué, parce que ça permet
d’échanger les chargeurs. On lui
conseille de ne pas aller chercher
son fils à l’école – tout ce qui est
routinier est dangereux ; on lui
demande de ne plus se montrer à
la télé ; on lui recommande d’aller
passer quelques mois à l’étranger.
Ça, il refuse. Il a accepté tout le
reste, y compris que sa femme ne
puisse pas monter dans la voiture à côté de lui. « Ils sont super
gentils tous ces flics mais c’est un
enfer, il faut prévenir avant de faire
quoi que ce soit, du coup tu ne fais
plus rien, tu es assigné à résidence,
confie-t‑il. Les gens ne savent pas
le bonheur que c’est de pouvoir
être seul dans un bistrot, y entrer
seul, en sortir seul, marcher seul
dans la rue. Heureusement qu’à
la maison j’ai un bout de jardin
pour voir le ciel. Surtout, j’ai eu la
chance d’être hanté par l’écriture
de ce livre quand j’étais dans le pire
moment de la menace. Sinon je serais devenu fou. Au début, j’ai eu des
crises de panique, je me réveillais
la nuit, au moindre bruit je sortais
mon arme. »
Il était « passé en Uclat 2 »,
comme il dit – parce qu’il parle
comme les policiers, désormais.
L’Uclat, c’est l’unité de coordination de la lutte antiterroriste, qui
évalue de 1 à 4 la menace pesant
sur les personnalités protégées – et
qui la réévalue en permanence en
3
le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Sous la menace des islamistes
Philippe Val
dans son appartement,
vendredi à Paris.
Éric Dessons/JDD
pour autant d’être un chanteur, un
peu, paraît-il, comme les religieux
qui, une fois ordonnés prêtres, le
demeurent pour la vie », relate le
narrateur page 638. Il chante le
matin, le soir. Joue du piano, de
la guitare. « Je voyage beaucoup
avec cinq mesures de musique
que je déchiffre. » Ça lui permet
de desserrer un peu l’étau. De ne
pas se sentir trop enfermé. À ces
moments-là, il n’a pas peur, dit-il.
Si c’était à refaire, Val le referait-il ? Les conséquences furent
mortelles, on ne le sait que trop,
on ne s’en remettra jamais, et Val
le premier. Ses « frères » en blasphème, les dessinateurs Cabu,
Charb, Honoré, Tignous, Wolinski
et l’économiste Bernard Maris sont
« Qui a envie
d’embaucher
quelqu’un qui
peut vous valoir
une bombe ? »
fonction de l’activité autour de leur
nom. 1 est le degré le plus élevé ;
4 le plus bas. Sachant que personne
n’est en « Uclat 1 ». « Quand tu es en
Uclat 2, tu ne trouves pas de boulot ;
qui a envie d’embaucher quelqu’un
qui peut vous valoir une bombe ? »,
raconte-t‑il.
Val n’a pas découvert la protection policière avec le « manifeste », mais douze ans plus tôt
à l’occasion de l’affaire des caricatures de ­Mahomet. On connaît
l’histoire de ces douze dessins du
Prophète parus le 30 septembre
2005 dans un quotidien danois et
qui déchaînèrent le fondamentalisme musulman partout sur la
planète. Charlie Hebdo les publia
le 8 février 2006 avec en une son
propre dessin, signé Cabu, où l’on
voyait le Prophète soupirer d’un
air accablé : « C’est dur d’être aimé
par des cons. » Le raisonnement
de Val était le suivant : « Laisser
croire à des imams qu’ils sont dans
un rapport de force favorable pour
censurer la liberté de conscience,
c’est acheter à vil prix une paix
immédiate contre la promesse
d’une guerre imminente. Doit-on se
résigner à l’idée d’un Munich culturel ? Si les journaux ne défendent
pas la liberté de la presse, qui la
défendra ? »
Le procès qui s’ensuivit, début
mars 2007, fut l’occasion de débats
électriques au terme desquels les
juges donnèrent raison à C
­ harlie.
Cette affaire a fait basculer la
vie de Philippe Val. Pour le pire
– en n
­ ovembre 2017, il a été victime d’une tentative d’agression
en plein débat public, dans une
librairie de Strasbourg – et pour
le meilleur. Dans son livre, il se dit
« redevable au procès des caricatures d’être désormais convaincu
que la liberté était l’obéissance à une
nécessité qui, à la fois, était intime
et le dépassait ». Val nous le présente autrement : « Cette quête de
la grâce, j’y suis acculé. » L’ouvrage
en retrace le cheminement, depuis
l’enfance jusqu’à maintenant.
Chez Val, la grâce n’est pas « un
truc mystique », selon les mots
de cet homme qui ne croit pas en
Dieu, mais « un sentiment extrême
de liberté ». Un sentiment paradoxal car il se sent d’autant plus
libre qu’il obéit à quelque chose qui
le dépasse. « Comme quand tu vas
dans un concert et que, tout à coup,
tu es dedans, tu ressens pleinement
et intensément. »
Il ne faut pas oublier qu’avant
d’être un patron de presse, un intellectuel ou un combattant de la
laïcité, Val est un artiste. Un chanteur de cabaret qui s’est produit de
1970 à 1995 avec son partenaire
Patrick Font et qui raconte dans
des chapitres savoureux ce temps
où tous les deux chantaient On s’en
branle devant un public hilare. « Si
ton père a quitté le métier depuis
bien longtemps, il n’a jamais cessé
Tu finiras
clochard
comme
ton Zola,
Éditions de
L’Observatoire,
864 pages,
24,90 euros
(à paraître
mercredi).
Une histoire
de sentiment
Contrairement à ce que font la plupart de ceux qui transforment leur
vie en livre, Philippe Val n’a pas écrit
le mot « roman » comme un désinfectant sous le titre. Il n’a pas besoin
de ces cinq petites lettres pour faire
de la littérature. Car c’en est. La narration est ingénieuse, la musique de
l’écriture vivante, très, désespérée,
très très, et douce, étrangement
douce. À chaque ligne, l’émotion
vous surveille. On est loin de l’essai
du journaliste qui dénonce – même
si, bien sûr, ce texte met en scène la
lâcheté de nos intellectuels, et si la
troisième partie offre un puissant
témoignage au cœur du microcosme médiatico-politique. Mais
ce livre est bien plus que cela. Une
histoire des sentiments – tragiques
et drôles, drôles et tragiques – qui
ont agité l’auteur et le siècle. Dans
un fol entremêlement. g A.C.
tombés sous les balles terroristes
des Kouachi le 7 janvier 2015.
Cette date est inscrite à jamais sur
le tableau noir du malheur. « En
disparaissant de sa vie à laquelle les
leurs s’étaient si souvent emmêlées,
ils lui avaient arraché des morceaux
de lui-même qui s’en allaient avec
eux pour le devancer dans la mort »,
explique le narrateur au fils de
« Philippe » page 845. À l’instar
de Val, presque tous ceux qui ne
sont pas morts ce jour d’horreur-là
sont aujourd’hui sous protection :
le directeur de la publication, Riss,
la journaliste Zineb El Rhazoui,
l’avocat du journal, Richard Malka,
le rédacteur en chef, Gérard Biard ;
le dessinateur Luz a, lui, préféré
changer de pays. Alors, si c’était à
refaire, Val le referait-il ? Le journaliste italien Roberto Saviano,
qui vit sous la menace permanente d’une exécution par la mafia
napolitaine depuis la parution de
son best-seller Gomorra en 2006,
a répondu non à cette question. Et
ce non est pire que tout. Saviano
­regrette. Pas Val. « Il n’y a rien à
faire, on ne peut pas rembobiner,
donc il faut faire avec. Quand on
a pris la décision de publier les
caricatures, ça a eu beaucoup de
conséquences, il y a eu beaucoup de
morts, mais que faire ? On ne peut
pas laisser le monde dans lequel on
vit se transformer en taudis de gens
illettrés, violents et assassins ! On
ne peut pas regretter d’avoir essayé
d’empêcher les bigots de penser à
notre place ! » On cite à Val cette
phrase de Saviano : « Continuer
ainsi toute ma vie me fait plus peur
que la mort. » Il répond : « Il y a
un bénéfice dans le fait de se sentir
résister à quelque chose : il y a une
jouissance d’être, une jouissance
de vivre. » Page 780 de son livre,
le narrateur a ciselé une phrase
essentielle : « Lui qui avait si longtemps et si péniblement douté de
sa propre existence la voyait en
quelque sorte confirmée par l’hostilité qu’elle provoquait. »
Val brûle de l’intérieur. L’intensité, la sienne comme celle du
monde, le consume. Et malgré
tout il rit. Toujours il débusque
le ­comique des situations. À la
dernière page, il dit à son fils :
« Je m’amuse bien. » Précise à la
ligne suivante : « J’ai la gorge un
peu serrée mais je m’amuse bien. »
De chaque être humain émane une
musique. Celle émise par Val, c’est
un rire de gorge serrée, précisément. Un rire un peu sec. Et pourtant tendre. Un désespéré prêt à
se réjouir. « Désormais lui qui se
croyait un adulte fragile s’épuisant
à surmonter une inconsolable tristesse d’enfant finissait par admettre
que la nature l’avait pourvu d’une
vitalité cachée, mais nettement
supérieure à la moyenne », analyse-t-il page 684.
Ce qui l’a déposé sur la ligne du
front, c’est Dreyfus. Zola. L’auteur
de « J’accuse ! » est sa vedette. Ce
fut le déclic. « J’étais gosse, je
pensais n’importe quoi, et pour la
première fois, j’ai eu une idée politique dont je savais qu’elle était une
idée vraie. » (Page 776.) Quand on
l’écoute, le monde se divise entre
les antisémites et les autres. « Il
n’y a rien de pire que de reprocher à
quelqu’un d’être né de la mauvaise
mère. C’est ce qu’on reproche aux
juifs [la religion juive se transmet
par la mère]. Les juifs sont nés de la
mauvaise mère. » Soupir. Sourire.
C’est ça, Val, ce soupir-sourire.
« Moi aussi je suis né de la mauvaise mère. » D’elle, il écrit page 13 :
« Ta présence m’a manqué à peu
près comme l’air manquerait aux
oiseaux pour soutenir leurs ailes. »
Combattre contre la haine de
ceux qui sont « nés de la mauvaise mère » est devenu sa vie.
On n’en finit pas de le solliciter
pour des tables rondes et autres
conférences sur la montée d’un
antisémitisme porté par la radicalisation islamiste. La boucle a
été bouclée quand les descendants
du capitaine Dreyfus l’ont appelé
pour lui proposer de prendre la
parole à l’occasion de l’inauguration, l’automne dernier, d’une
statue de leur aïeul à Tel-Aviv et
que l’arrière-petite-fille de Zola
l’a accompagné. Elle l’a comblé :
« Tu me fais penser à Zola. » Ce
compliment ne figure pas dans le
livre. Ce qu’il raconte (page 250),
c’est ce dialogue de sourds entre
son père et lui avant la rentrée en
terminale parce que l’adolescent
voulait « faire philo ». « Fais ce que
tu veux. Tu finiras clochard, comme
ton Zola. » Il a mis en annexe au
livre la photographie d’une lettre
manuscrite que l’écrivain avait
envoyée au directeur de L’Aurore,
au lendemain de la publication de
« J’accuse ! ». « Mon cher confrère,
Je vous attends cette après-midi,
apportez-moi donc les lettres des
abonnés, j’aime les injures. Votre
bien dévoué. Émile Zola. » Est-ce
pour se donner le courage d’aimer
lui aussi les injures ? g
Anna Cabana
4
le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
L’événement
Philippe Val, ex-directeur de « Charlie Hebdo »
« Combien de morts faudra-t-il ? »
interview
Vous qui vivez sous la menace,
quel état des lieux feriez-vous de
l’intolérance dans la France de 2019 ?
La question de l’intolérance est
fondamentalement reliée à la
Terreur. La France et la République sont devenues une seule
et même chose pendant la Révolution. Dans les convulsions de cet
accouchement, Robespierre prend
le pouvoir et la Terreur s’installe
au nom de l’égalité. Cette passion
de l’égalité – non pas l’égalité des
droits, l’égalité métaphysique –
est la matrice du totalitarisme.
C’est elle qui triomphe après
­14-18, quand les intellectuels et
les artistes adhèrent aux idéologies égalitaires que sont le
fascisme et le communisme – à
quelques merveilleuses exceptions près, comme Camus, Aron,
Gary, Giono, Colette ou Malraux,
la plupart ont vendu leur âme.
L’islamiste n’accepte de laisser
vivre que ceux qui sont égaux à
lui devant Dieu. Au nom de cette
égalité fantasmatique, on peut
commettre des crimes et interdire
aux gens de dire, de faire, d’aller,
de venir, de penser. En France,
il y a un atavisme robespierriste
islamo-compatible. C’est souvent
inconscient, comme chez certains
Gilets jaunes, mais il y en a aussi
qui s’en réclament ouvertement :
les fascistes et les communistes,
ou Jean-Luc Mélenchon.
Dans votre livre, vous dénoncez une
trahison des intellectuels. Pourquoi ?
Dans les années 1960, 1970, 1980,
ils ont choisi d’offrir à la jeunesse
Che Guevara et Mao comme ­figures
paradigmatiques : un tueur fiévreux
et un criminel contre l’humanité.
S’ils leur avaient donné des posters
de Jean Moulin et de C
­ hurchill, on
n’en serait pas là ; les Gilets jaunes
radicaux et les islamistes trouveraient un terrain moins favorable.
L’islamisme n’aurait pas pris de la
sorte en France si la jeunesse n’avait
pas été convaincue par les intellectuels que le mouvement islamiste
était un mouvement social. À leurs
yeux, Khomeyni ne faisait régner la
terreur que pour rétablir l’égalité.
Est-ce à dire que les Français seraient
trop tolérants ? Ce serait paradoxal…
Quand ils citent Voltaire pour exalter la tolérance, ils disent : « Je ne
suis pas d’accord avec ce que vous
dites mais je me battrai jusqu’au
bout pour que vous puissiez le dire. »
Or Voltaire n’a jamais écrit cela !
Il avait une pensée assez ferme
pour dire : « Je vais m’opposer
aux âneries que tu dis. » Quand
on voit ce qui fleurit aujourd’hui
sur ­Internet, on n’a pas envie de se
battre pour qu’ils puissent le dire.
Vous, ancien directeur de « Charlie
Hebdo », considérez-vous qu’il faille
limiter la liberté d’expression ?
Non. La loi française est bien faite.
J’y ai été confronté plus de vingt
fois, je trouve que le système est
intelligent, il a compris que les
mots encouragent le passage à
l’acte. Quand les temps sont brutaux, l’appel à la haine et la diffamation peuvent mettre des vies
en danger. En 1789, on a dit : « La
liberté des uns s’arrête où commence
celle des autres. » Pas seulement la
liberté, mais la sûreté. À ceux qui
« L’intolérance
est reliée à la
terreur  »
prétendent « on peut dire n’importe
quoi », je réponds non. La Liberté,
c’est la liberté d’aller et venir, de
penser et d’exprimer sa pensée dans
les limites où elle ne met pas en danger la sûreté d’autrui. Ça laisse déjà
pas mal de marge pour s’exprimer ;
ça permet d’être Einstein, Picasso,
Proust ou Blanche Gardin.
Quand vous avez publié les caricatures
de Mahomet, certains dessinateurs se
sont désolidarisés. Plantu a revendiqué
l’autocensure au nom du respect du
sacré. Vous le désapprouvez ?
Il fixe la limite au mauvais endroit.
Si je dis des choses sur vous qui
peuvent exciter la colère ou nuire
à votre vie, c’est normal que la loi
sanctionne. Le sacré, c’est autre
chose, c’est une vision du monde.
Et une vision du monde qui ne
serait pas critiquable, c’est une
allumette pour les bûchers. Si on
n’avait pas pu critiquer le sacré, on
grillerait encore des enfants sur
des autels pour plaire aux dieux.
À ceux qui disent qu’il ne faut pas
caricaturer l’islam, c’est la lâcheté
que vous reprochez ?
C’est leur peur. Au fond d’eux, il
y a cette idée qu’en flattant ceux
qui terrorisent, en leur disant « on
vous comprend », on va échapper
au monstre. Hugo, Descartes,
Zola ont connu l’exil pour leur
liberté, et Diderot a été enfermé
à Vincennes. Aragon, lui, était
invité à dîner chez Staline et Céline à la K
­ ommandantur – grosse
différence.
Vous voulez dire qu’un vrai intellectuel
ne doit pas avoir peur ?
On ne peut pas ne pas avoir peur.
Quand j’étais très menacé, j’ai eu
très peur. Certaines nuits, parce que
j’étais seul avec mon fils, j’imaginais
des scènes horribles quand j’entendais des bruits. Mais à mon sens, un
intellectuel obéit à une nécessité
intérieure de sincérité et de liberté.
En quoi le contexte que vous déplorez
est-il propice aux islamistes ?
Ils ont une planque culturelle en
France mais on le nie. Combien de
morts va-t‑il falloir ? On continue
à dire que ça n’a rien à voir avec
l’islam. C’est comme si on disait :
« La Saint-Barthélemy, ça n’a rien à
voir avec le christianisme. »
Là, ce ne sont pas seulement
les intellectuels qui sont en cause.
Pour vous, l’État est-il à la hauteur ?
Mais qui forme les élites politiques ?
Les intellectuels, qui sont les patrons
de l’enseignement supérieur. On en
revient toujours à ça. Or sans l’État,
le combat est vain. J’ai été reçu à
l’Élysée par le directeur de cabinet
d’Emmanuel Macron pour évoquer
ma sécurité. Je lui ai suggéré que
le Président s’exprime solennellement sur la question des personnes
menacées. Je fais l’objet d’un avis
de recherche et d’une condamnation à mort d’Al-Qaida pour avoir
dénoncé le nouvel antisémitisme !
Le débat ne peut-il plus avoir lieu
en France ? Ce concept de libertés
menacées, Macron devrait s’en saisir parce que c’est une atteinte à la
souveraineté nationale. C’est une
guerre. Les islamistes n’envahissent
pas la Pologne mais des territoires de
pensée sur lesquels on ne peut plus
circuler. Aujourd’hui, des filles non
musulmanes se voilent pour sortir
de certaines cités et y revenir. Dans
ces territoires, que reste-t‑il de la
souveraineté démocratique ?
L’intolérance, elle, se montre
sans se voiler…
Je vais bientôt faire une conférence
au Crif, puis une autre à la Grande
Loge de France. Sur Twitter, on
dénonce déjà Val chez les juifs et
les francs-maçons. Les auteurs, qui
se croient de gauche, ignorent qu’ils
reprennent la propagande nazie…
Les noces barbares de l’atavisme
robespierriste et des réseaux sociaux
ont été célébrées. C’est l’égout. g
Propos recueillis par
Anna Cabana et Hervé Gattegno
Quelque 120
personnalités
sont protégées
POLICE Hauts responsables
politiques ou intellectuels
menacés de mort, ils sont
escortés par des gardes du corps
Samedi 5 janvier, à Paris, des Gilets
jaunes et des émeutiers en noir
enfoncent la porte du secrétariat
d’État de Benjamin Griveaux avec
un engin de chantier. Aussitôt, le
porte-parole du gouvernement est
exfiltré par ses « anges gardiens ».
Les quelque 550 policiers affectés
à la sécurité des personnes au service de la protection (SDLP) sont
l’ombre sécurisante, permanente,
de plus de 120 personnalités. Certaines sont protégées au titre de
leurs fonctions, comme le président de la République, le Premier
ministre ou le ministre de l’Intérieur (tous trois escortés à vie) ;
les membres du gouvernement,
le président du Medef ou certains
juges. D’autres car elles ont été
menacées. C’est l’unité de coordination de la lutte antiterroriste
(Uclat) qui décide d’attribuer ou
non une escorte, fixe le nombre de
fonctionnaires à mobiliser et les
équipements nécessaires. Parmi
les personnes actuellement sous
protection, outre Philippe Val, on
compte le dessinateur Riss, actuel
directeur de la rédaction de Charlie
Hebdo, la journaliste Zineb El Rhazoui, menacée de mort après avoir
dit que l’islam devait « se soumettre
à la critique », Hassen Chalghoumi,
l’imam franco-tunisien de Drancy…
Comme des caméléons
« C’est un métier qui ne laisse pas
place à l’improvisation, insiste
Christophe Crépin, du syndicat
France police-Policiers en colère,
un ancien garde du corps. Au-delà
de la formation physique, du tir, il y
a le ressenti. Le policier doit avoir un
sixième sens. » Avec « sa » personnalité, il avait noué une relation très
proche. Il s’agissait du successeur de
René-Pierre Audran, délégué général pour l’armement au ministère
de la Défense, tué en janvier 1985
par des membres d’Action directe.
Ensemble, ils ont voyagé dans le
monde entier. « Je prenais toujours
la chambre d’hôtel voisine, expliquet-il. Pour entrer dans la sienne, il
fallait passer par la mienne. » Tous
deux restaient toujours l’un derrière
l’autre, à la plage, à la boulangerie,
sur un bateau…
Une semaine sur deux, en alternance avec des collègues, les
hommes de l’ombre s’intègrent à
la vie de leur protégé, comme des
caméléons. Lors de l’hommage à
Franck Brinsolaro, tué le 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo alors qu’il protégeait le
dessinateur Charb, François Hollande avait ainsi déclaré : « Il était
policier, et quasiment membre d’une
rédaction. » La sous-direction de la
protection des personnes accumule
4 millions d’heures supplémentaires non payées, d’après Abdelhalim Benzadi, major à la SDLP
et délégué du syndicat Alliance.
Parfois pour des missions abusives, comme promener le chien
d’Édouard Balladur, ainsi que l’a
révélé Le Parisien. Selon un rapport
de la Cour des comptes de 2010, la
protection par un garde du corps
coûte plus de 70 000 euros par an. g
Plana Radenovic
5
le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Sous la menace des islamistes
Attentats de 2015, derniers mystères
Justice Quatorze
personnes sont
renvoyées aux assises
au terme de l’enquête
sur l’attaque de
« Charlie Hebdo »
et de l’Hyper Cacher
Quatre ans après les attentats de
Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher à
Paris, des zones d’ombre subsistent.
Les juges d’instruction viennent de
renvoyer devant la cour d’assises
14 personnes pour leur rôle présumé
dans les attaques qui avaient provoqué la mort de 17 victimes entre
les 7 et 9 janvier 2015. Une seule
d’entre elles est accusée de complicité avec les terroristes, les frères
Saïd et Chérif Kouachi et Amedy
Coulibaly, tous tués par la police. Les
13 autres poursuivis pour « association de malfaiteurs » sont soupçonnés de leur avoir prêté assistance
dans la préparation des attentats. En
271 pages, les magistrats détaillent
les résultats d’une longue enquête.
Celle-ci n’a pourtant pas répondu à
toutes les questions.
Qui sont les véritables auteurs des
revendications formulées aux lendemains des tueries ? Dès le 14 janvier, une vidéo diffusée sur YouTube
attribue à Al-Qaida dans la péninsule
arabique (Aqpa) la responsabilité de
l’action des frères Kouachi. Ceux-ci
ont assassiné des signatures historiques et des journalistes de Charlie Hebdo, Cabu, Wolinski, Charb,
etc., ainsi que le policier affecté à
Un djihadiste très
recherché, en lien
avec les Kouachi,
a été arrêté
en décembre
leur protection. L’enquête a permis
de découvrir que la mise en ligne
de la vidéo a été effectuée en Belgique. ­Impossible d’aller plus loin
d’autant qu’une revendication de
l’organisation État islamique (EI)
jugée « opportuniste » est venue
brouiller les pistes. « La poursuite
des investigations par le biais de com-
Les secours et forces de l’ordre dans la rue des locaux de « Charlie Hebdo », peu après l’attaque du 7 janvier 2015. Laurent VU/SIPA
missions rogatoires internationales
ne permettait pas de faire progresser
l’instruction », déplorent les juges
dans leur ordonnance de renvoi.
L’incertitude est aussi grande
concernant Amedy Coulibaly et se
conclut par un même aveu d’impuissance. L’enquête n’a pas abouti
à « progresser sur l’identification
des personnes ayant pu monter et
diffuser la vidéo de revendication »,
est-il écrit. Cette fois, c’est l’EI qui
se met en avant, le 11 janvier 2015,
par le biais de plus de sept minutes
d’images intitulées : « Coulibaly
se venge des ennemis de l’islam ».
Plusieurs questions lui sont posées
dans le document de propagande. Il
y répond en affirmant dans un arabe
hésitant son allégeance à l’EI. Lui
qui a tué une policière municipale
à Montrouge (Hauts-de-Seine) et
quatre otages de l’Hyper Cacher
justifie ainsi la tuerie : « Vous atta-
quez le califat, vous attaquez l’État
islamique, on vous attaque. » Mais
un mystère s’ajoute. Le film a été
tourné dans un appartement loué
par Coulibaly. S’est-il lui-même
enregistré ou bien a-t‑il bénéficié
de l’aide d’un complice, comme
le laisse supposer une ombre vue
sur le mur ?
Une autre interrogation porte
sur le sort de trois des accusés. À la
différence des 11 autres personnes,
Hayat Boumeddiene, l’épouse religieuse de Coulibaly, et les frères
Mohamed et Mehdi Belhoucine ne
sont pas à disposition. Ils avaient
quitté la France pour la zone irakosyrienne contrôlée par l’EI quelques
jours avant les attentats. Dès son
arrivée, la femme du « frère » a été
longuement exposée dans les publications djihadistes. Elle s’y félicite de « vivre sur une terre qui est
régie par les lois d’Allah ». Jusqu’au
La menace terroriste persiste
RISQUE Les craintes concernent
principalement des individus
radicalisés vivant en France
L’ensemble de la communauté du
renseignement alerte contre tout
risque de démobilisation : la menace du terrorisme islamiste persiste. L’attentat du marché de Noël
à Strasbourg, le 11 décembre, qui a
provoqué la mort de cinq personnes,
a été vécu comme un cruel rappel
du danger. Les défaites militaires
enregistrées par l’État islamique
(EI) dans la zone irako-syrienne
ont modifié la donne, mais n’ont
pas fait disparaître le risque. Cependant, comme l’avait indiqué au
JDD le secrétaire d’État à l’intérieur,
­Laurent Nuñez, la situation militaire
rend « peu probable » un attentat de
grande ampleur du type de celui du
Bataclan le 13 novembre 2015.
Aux yeux des services spécialisés, le plus préoccupant reste la
menace « endogène » : des individus
vivant en France qui décident seuls
de passer à l’acte en revendiquant
une allégeance à l’EI. Ce dernier
encourage ce mode d’action. Dès le
17 novembre 2015, une vidéo avait
été diffusée, sous le titre « Combattez-les, Allah par vos mains
les châtiera ». Quelques semaines
plus tard, un nouveau document
de propagande, analysé dans une
note de la Direction générale de
la sécurité intérieure (DGSI) incitait tous les musulmans de France à
émigrer vers le califat ou à « tuer les
mécréants » dans leur propre pays.
En réponse à ce péril, le suivi des
individus radicalisés a été renforcé
sous la responsabilité des préfets de
département. Aujourd’hui, environ
10 000 personnes sont concernées.
Le budget de la DGSI a été augmenté de 20 millions d’euros pour
2019. Et les effectifs des services
de renseignement ont été accrus
de 1 900 policiers. Le ministère de
l’Intérieur précise pourtant régulièrement que le risque zéro est
impossible. g P.C.
13 novembre 2015, elle entretient
des conversations régulières avec
sa meilleure amie, restée en France.
Ses propos vantent un régime où
« ils te donnent un salaire, ils te
donnent de quoi manger. C’est eux
qui te donnent l’appartement, qui
te payent le loyer ». Puis plus rien,
sinon quelques échanges insignifiants avec ses parents. Aujourd’hui,
ni la localisation ni le sort de Hayat
Boumeddiene ne sont connus, indiquent les juges.
Le cas de Mohamed et Mehdi
Belhoucine semble en apparence
plus clair. Après avoir convoyé
l’épouse de Coulibaly, ils ont été engagés dans les opérations militaires.
Le 9 juillet 2018, leurs parents sont
avertis par l’épouse de Mohamed
que les deux frères sont décédés
sur le front. Ces décès ne pouvant
être officiellement démontrés, ils
ont été renvoyés devant les assises.
Un rebondissement inattendu est intervenu. Le 16 décembre 2018, les forces spéciales
de Djibouti ont arrêté dans une
banlieue de leur capitale Peter
Cherif, l’un des djihadistes français
les plus recherchés. Il a aussitôt été
extradé vers Paris. Originaire du
19e arrondissement, il était parti
une première fois combattre en
Irak en 2004. Puis, en 2011, il a
quitté la France pour la péninsule
arabique. L’enquête a démontré
qu’il avait régulièrement été en
contact avec les frères Kouachi.
L’un d’entre eux pourrait même lui
avoir rendu visite au Yémen à l’automne 2012. Jusqu’à quel point at‑il pu être leur inspirateur ? Cette
question-là trouvera peut-être une
réponse. Une enquête judiciaire
distincte a été lancée contre lui. g
Pascal Ceaux
6
le journal duDimanche
dimanche
20 janvier 2019
Les indiscrets JDD – Europe 1
Poirson défend
l’écologie à Davos
En vue
le VRAI
du faux
La secrétaire d’État
à l’Écologie, Brune
Poirson, sera au Forum
de Davos, qui s’ouvre
lundi en Suisse, pour
tenter de mobiliser le
monde économique et financier. « La
transition écologique ne pourra pas se
faire sans eux, dit-elle. Au XIXe siècle,
les banques finançaient l’esclavage.
À l’époque, ça ne choquait personne.
Demain, on ne pourra plus tolérer que des
banques continuent de financer des puits
de pétrole et des centrales à charbon. »
« 1,26 microgramme par litre !
Ah ! C’est énorme ! »
Julie Gayet, actrice, sur France 2
FAUX • Rassurons tout de suite Julie
Mariani perdu
Convoqué pour sa première réunion
de campagne avec le Rassemblement
national de Marine Le Pen lundi à
Nanterre, Thierry Mariani a eu du mal
à trouver le siège du parti. « Il n’y avait
aucune plaque sur le portail, je ne savais
pas où j’étais ! explique l’ex-ministre et exmembre des Républicains. Heureusement,
j’ai repéré un drapeau français dans
la cour, je me suis dit que c’était là. »
BB en BD
Macron, tête-à-tête avec des grands patrons
La deuxième édition du sommet « Choose France » sur l’attractivité de l’Hexagone se
déroulera demain au château de Versailles. Emmanuel Macron rencontrera en tête à tête
les dirigeants de six groupes mondiaux. Une poignée sur les 150 patrons attendus pour
l’occasion. Dans la journée, le président de la République recevra à l’Élysée Satya Nadella,
directeur général de Microsoft. À partir de 17 heures, il s’entretiendra à Versailles avec
Aliko Dangote, à la tête du conglomérat nigérian Dangote et première fortune africaine ;
Lakshmi Mittal, fondateur du groupe Mittal ; Larry Culp, PDG de General Electric ; Evan
Spiegel, cofondateur de l’application Snapchat ; et David Taylor, directeur général de la
multinationale Procter & Gamble. g christian liewig/pool/REA
Pôle emploi ausculté
La vie de Brigitte Bardot en 120 planches :
voilà le projet que finalise le scénariste
belge Bernard Swysen avec le dessinateur
Christian Paty pour les éditions Dupuis.
Pour cette parution à venir dans l’année,
BB a elle-même tenu à apporter des
précisions. « Elle m’a raconté par exemple
qu’elle n’appelait pas Vadim par le
prénom “Roger” mais “Vadim”, voire par
le sobriquet “Vava”, ou encore que ses
parents se vouvoyaient. Ce n’est pas
une hagiographie mais une biographie
exhaustive et sans concession.
L’idée était de remettre les pendules
à l’heure. C’est probablement la personne
au monde sur laquelle on a raconté
le plus de mensonges. »
LR : Favier sollicité
Avant d’opter pour le philosophe
François-Xavier Bellamy, Laurent
Wauquiez a proposé au général Denis
Favier, ex-chef du GIGN qui avait mené
l’assaut de 1994 pour libérer les otages
de l’Airbus à l’aéroport de Marignane, de
prendre la tête de la liste des Républicains
aux européennes, selon un proche du
président de LR. L’actuel directeur sûreté
du groupe Total a décliné la proposition.
Dans le cadre de la mission d’information
« flash » dont il sera rapporteur, Stéphane Viry,
député LR, commencera ses auditions jeudi.
Proposée à la fin de l’année par la commission
des affaires sociales, elle étudiera le
fonctionnement et les dysfonctionnements de
Pôle emploi. Huit cents postes en équivalent
temps plein (soit 1 000 à 1 200 emplois)
seront supprimés cette année.
Les idées de Schiappa
Marlène Schiappa va bientôt
intégrer le pôle « idées » de
La République en marche.
Elle publiera également le
7 mars La République, une
et indivisible, aux Éditions
de l’Aube. « C’est une réflexion sur
les nouveaux clivages de la société
française », explique son éditeur.
Politique et thématique : qui est associé à quoi
Macron reste dans la presse le plus souvent associé à des sujets liés à la défense et à la lutte
contre le terrorisme, devant l’économie (2e) et les affaires étrangères (3e). C’est ce que révèle
une étude publiée sur lejdd.fr et réalisée par Pressedd, première plateforme des médias français,
portant sur tous les articles parus dans 650 titres de presse en 2018. Elle permet de découvrir
à quels thèmes sont liées 15 personnalités politiques dans les journaux. Par exemple, Hidalgo
est très associée à l’économie et aux finances, Wauquiez à la défense, Hulot à l’environnement…
élysée : l’après-Fort
Les représentants des salariés de Publicis
Consultants ont envoyé un e-mail vendredi à
Arthur Sadoun et Maurice Lévy manifestant
leur inquiétude de lire dans des médias que
Clément Léonarduzzi, leur président, serait
approché par l’Élysée pour remplacer le
communicant Sylvain Fort : « L’entreprise a
été réorganisée et assainie… Nous exprimons
notre volonté ferme qu’il reste à nos côtés. »
Selon nos informations, l’intéressé, qui
connaît Macron, n’a reçu aucune proposition
concrète. Et ne devrait pas le rejoindre.
En quête de la meilleure
cheffe d’orchestre
Les femmes cheffes d’orchestre ne sont
que 21 pour 586 hommes au pupitre
professionnel, selon le recensement des
organisateurs du Mawoma (Music and
Woman Maestro Festival), un concours
inédit qui veut mettre en valeur les femmes
dans la musique classique. Lancé jeudi, ce
championnat itinérant (sur les six continents),
au jury présidé par le pianiste Frédéric Chaslin,
désignera la gagnante fin 2019 à Paris.
Gayet : non, le taux de glyphosate mesuré
dans ses urines pour les besoins d’un
­reportage de l’émission Envoyé ­spécial
n’est pas « énorme » : il est 714 fois
inférieur à la limite admise pour l’eau
potable. En réalité, le seuil de 0,1 microgramme par litre auquel les résultats de
ce type d’analyses sont souvent comparés
par Générations Futures (association qui
milite pour l’interdiction des pesticides
de synthèse) n’est pas pertinent : il s’agit
d’un seuil administratif, indépendant de
tout seuil sanitaire de toxicité et identique pour tous les pesticides. Il signale
simplement que l’eau n’est pas pure et
que sa qualité est altérée. Le seuil sanitaire évalue, lui, le risque pour la santé :
la Vmax, pour « valeur sanitaire maximale », est établie par l’Anses (Agence
nationale de sécurité sanitaire) sur la
base de tests toxicologiques effectués
sur les animaux et est fixée, pour le glyphosate, à 900 microgrammes par litre.
Néanmoins, ces traces prouvent
­incontestablement une ingestion de
­glyphosate. En raison de la faiblesse
des taux observés, aucune valeur n’a
été fixée pour les interpréter. Mais
un calcul grossier permet d’estimer la
quantité de ­pesticide avalée. Le corps
humain ­évacuant de 1 à 1,5 litre par
jour, Julie Gayet a dû i­ ngérer, dans
la j­ ournée p
­ récédant son test, environ 6 ­microgrammes de glyphosate
(0,000006 gramme). Cela correspond,
pour une personne de 50 kilos, à un taux
plus de 4 000 fois inférieur à la dose journalière admissible (500 microgrammes
par jour et par kilo), établie avec un
facteur 100 de sécurité par rapport aux
premiers effets toxiques observés chez
l’animal (irritations, troubles digestifs).
Si le calcul n’est pas scientifique, l’ordre
de grandeur devrait la rassurer, d’autant plus que ces « traces » s’évacuent
normalement via les selles et l’urine.
À l’inverse de la bière, que Julie Gayet
avoue consommer. Qu’ils viennent de
la grande distribution ou de microbrasseries bio, 25 centilitres de bière représentent ­toujours 10 grammes d’éthanol
(alcool pur), une substance classée « cancérigène certain pour l’homme » par
le Circ (Centre international contre le
cancer) en 1988, dont la consommation
est ­néfaste même à faible dose et dont les
effets causent 15 000 décès par cancer
chaque année. g géraldine woessner
À suivre cette semaine
Lundi >
Macron réunit
150 patrons français
et étrangers à
Versailles pour le
sommet « Choose
France ». g Visite en
France du Premier
ministre québécois.
g Theresa May
(photo) présente son
plan B pour le Brexit
devant le Parlement
britannique, à Londres.
g Procès à Paris de
quatre personnes
soupçonnées
Theresa May.
d’avoir participé à
l’escroquerie de la
viande de cheval
vendue comme de la
viande de bœuf en
Europe il y a six ans.
g Le guide Michelin
remet ses étoiles pour
2019. g Le FMI publie
ses prévisions de
croissance mondiale.
g Championnat
d’Europe de patinage
artistique à Minsk
(Biélorussie).
Mardi >
Angela Merkel (photo)
et Emmanuel Macron
signent un nouveau
traité de coopération
et d’intégration
franco-allemand,
à Aix-la-Chapelle
(Allemagne).
Ouverture du Forum
économique mondial
de Davos (Suisse).
e
g 11 édition du Forum
international de la
cybersécurité (FIC),
à Lille. g Début des
Assises européennes
de la transition
énergétique, à
Dunkerque.
Jeudi >
g
Mercredi >
Vote solennel des
députés sur la réforme
de la justice. g Le
pape François se rend
ÉRIC DESSONS/jdd ; Editions Dupuis (Swysen/Paty) ; Jacques BENAROCH/SIPA ; peter nicholls/reuters ; axel schmidt/reuters
Angela Merkel.
au Panama pour les
Journées mondiales
de la jeunesse (JMJ).
g Foire internationale
du tourisme de Madrid.
e
g 30 anniversaire
de la mort du peintre
Salvador Dalí.
Élection du nouveau
roi de Malaisie
après l’abdication
surprise du sultan
Muhammad V.
g Première mondiale
de DAU, un spectacle
vivant immersif,
à Paris. g 46e édition
du Festival
international de
la bande dessinée
d’Angoulême.
g Festival du cinéma
indépendant américain
de Sundance.
Vendredi >
Pôle emploi
publie
le nombre de
chômeurs au
quatrième trimestre
2018. g 30e édition
du festival
de cinéma européen
Premiers Plans,
à Angers. g Exposition
« Léonard de
Vinci et la
Renaissance
italienne »
aux Beaux-Arts
de Paris.
Samedi >
Ouverture de la
Bruxelles Art Fair
(Brafa), l’un des
principaux salons d’art
d’Europe. g Finale
dames de l’Open
d’Australie de tennis.
Dimanche >
Manifestation à
Paris des « Foulards
rouges », mouvement
en réaction aux Gilets
jaunes. g Finale
messieurs de l’Open
d’Australie de tennis.
8
le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
Actualité
Ce que le gouvernement
prépare contre les casseurs
droit à manifester. Le texte prévoit
d’autoriser sur ces zones, définies
par le préfet ou par le maire, le filtrage avec fouilles par les forces de
l’ordre. La députée donne l’exemple
d’une mobilisation de sans-papiers,
qui ne prendront pas le risque d’un
contrôle d’identité et verraient alors
leur droit de manifester entravé.
Affrontements entre Gilets jaunes et forces de l’ordre, hier aux Invalides à Paris. Éric dessons/jdd
urgence
L’exécutif presse
les députés
de se prononcer sur le
texte, qui sera examiné
mercredi en commission
crainte
Les macronistes
redoutent un dispositif
« liberticide »,
qui restreindrait
le droit constitutionnel
de manifester
M
ercredi, les
députés s’empareront de la promesse du Premier ministre… avec
des pincettes. Le 7 janvier, Édouard
Philippe avait annoncé une nouvelle loi qui interdirait aux casseurs
identifiés de manifester et créerait
un fichier dédié au recensement
de ces individus. Le texte sera au
menu de la commission des lois
de l’Assemblée nationale, après
l’audition, mardi, du ministre de
l’Intérieur, Christophe Castaner.
Méfiants face à ces idées portées
par le meneur des sénateurs Les
Républicains, le conservateur
Bruno Retailleau, sous forme
d’une proposition de loi adoptée
en octobre par la Chambre haute,
les élus La République en marche
(LREM) ont prévu d’amender le
texte. « Il y a un équilibre à trouver entre les outils à mettre à la
disposition des forces de l’ordre et
la tentative liberticide qui limiterait
le droit constitutionnel de manifester », résume Jean-François Eliaou
(Hérault), le responsable du texte
pour la majorité.
La possibilité pour le préfet ou
le maire d’interdire à certains de
manifester interpelle. Yaël BraunPivet, la présidente (LREM) de la
commission des lois, anticipe : « Le
débat va se dérouler sur les grands
principes. Quelles sont les garanties
dont on entoure cette procédure ? »
La mesure est directement inspirée
des interdictions administratives de
stade qui frappent les hooligans, un
dispositif « qui n’a jamais été évalué », pointe Sacha Houlié, député
de la Vienne. De plus, « assister à un
match de foot, ce n’est pas la même
chose qu’exprimer son opinion dans
une manifestation », insiste Eliaou,
rejoint par une de ses collègues,
qui abonde : « Une autorité administrative [comme le préfet] peutelle priver quelqu’un d’une liberté
constitutionnelle ? » Une deuxième
difficulté porte sur les périmètres
de protection, à propos desquels
Braun-Pivet se dit « réticente »,
pointant le risque d’atteinte au
Une douzaine
d’amendements étudiés
Jeudi, les députés macronistes ont
donc étudié une douzaine d’amendements que leur groupe pourrait
proposer, cherchant pour la plupart à renforcer le contrôle par le
Parlement de ces dispositions et
à protéger le droit de manifester.
Un amendement porté par Houlié
et soutenu par plus de 50 de ses
pairs a ainsi reçu un avis favorable. Il vise, via un rapport gouvernemental délivré aux députés,
à évaluer chaque année l’impact
des dispositions de la proposition
Retailleau. Paula Forteza (Français
de l’étranger) propose même de
supprimer les articles contenant
le fichier des casseurs et l’interdiction de manifester. Au moins
une dizaine de députés pourrait
la soutenir.
C’est finalement sur l’esprit du
texte que les macronistes sont
peut-être les plus enthousiastes.
« On comprend l’objectif politique,
dit Houlié. L’idée est de répondre
à une demande d’ordre public qui
émane de la population. Les gens
ne comprennent pas pourquoi on
est aussi laxistes avec les casseurs. »
Les dispositions visant à renforcer les sanctions pour les manifestants dissimulant leur visage
ou se rendant armés aux mobilisations font aussi consensus. Mais
le flou demeure encore : pressés
par le calendrier, le rapporteur et
le responsable du texte, nommés
mardi, ont dû terminer leurs auditions dans la précipitation vendredi
soir, avant le dépôt d’amendements
lundi et l’étude du texte en commission mercredi. « On travaille un
peu dans l’urgence et ce n’est jamais
très bon », s’inquiète Éliaou. La proposition de loi sera examinée dans
l’hémicycle à partir du 29 janvier. g
sarah paillou
Acte X : pendant le débat, la mobilisation continue
GILETS JAUNES Aussi étoffés
que samedi dernier,
les cortèges ont été émaillés
de heurts en fin de journée
Côté pile, un président qui s’évertue depuis le début de la semaine à
convaincre un parterre de maires
et de citoyens un poil hostiles. Côté
face, des manifestations « antiMacron » qui continuent dans les
grandes villes du pays…
Le grand débat lancé par l’exécutif
a un peu fait descendre la fièvre
mais ne l’a pas guérie : l’acte X a
réuni près de 84 000 personnes
hier, soit la même ampleur que
le week-end dernier, selon le
­ministère de l’Intérieur. Mais trois
fois moins que lors de l’acte I, le
17 novembre, qui avait rassemblé 282 000 participants. Bataille
des chiffres, bataille de l’opinion :
preuve de la défiance toujours à
l’œuvre entre l’État et les Gilets,
ces derniers ont créé leur propre
système de comptage, « le nombre
jaune ». D’après le collectif qui
l’anime sur Facebook, 86 110
d’entre eux ont battu le pavé hier,
selon des résultats provisoires.
Si les mesures d’urgence de
­relance du pouvoir d’achat et le lancement de la grande consultation
ont pu atténuer la colère des plus
modérés, elles n’ont pas démotivé
les plus déterminés, qui réclament
toujours la création d’un référendum d’initiative citoyenne. Les violences policières se sont ajoutées aux
doléances : « Liberté, égalité, FlashBall », pouvait-on lire sur certaines
pancartes. Même si les interpellations sont en net recul, des affrontements ont éclaté en fin de journée
à Paris, ainsi qu’à B
­ ordeaux (4 000
manifestants), Angers, Nantes et
Rennes. À T
­ oulouse, où près de
10 000 personnes ont défilé – un
record –, le Capitole a été tagué.
Un rassemblement est organisé
­aujourd’hui à la tour Eiffel par un
collectif de femmes en jaune. Signe
des divisions au sein de ce mouvement protéiforme, les porte-drapeaux des Gilets ont fait cortège
à part, à Toulouse pour Maxime
­Nicolle et à Paris pour Éric Drouet.
Des divergences qui pourraient faire
les affaires du gouvernement… g E.S.
9
le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Politique
Politique
L’indemnité chômage pour les démissionnaires prend du retard
engagement Cette promesse
de Macron aux salariés quittant
leur poste en vue d’une
reconversion ne sera pas mise
en œuvre avant plusieurs mois
Voilà une promesse que le gouvernement a du mal à appliquer.
Et les conseillers de Pôle emploi,
eux, ont bien du mal à l’expliquer
aux nombreux salariés qui les sollicitent. Engagement de campagne
du candidat Macron, la possibilité
de démissionner pour changer de
voie tout en étant indemnisé par
l’assurance chômage n’existe – pour
l’heure – que sur le papier. Adop-
tée le 1er août dans le cadre de la loi
avenir p
­ rofessionnel, cette mesure
n’est toujours pas mise en œuvre.
En cause : les négociations sur l’assurance ­chômage, qui devraient
s’achever le 22 février au lieu de
fin janvier. La délicate question de
la taxation des contrats courts cannibalise les autres points à défricher,
dont la prise en charge de ceux qui
quittent leur job. Deux réunions
sont prévues, les 22 et 31 janvier.
Or, comme certaines mesures de
la loi avenir professionnel, celle
sur les démissionnaires nécessite
un décret d’application qui doit
théoriquement être pris en mars.
2
TOTAL7 % (+4
SAT )
ISF
AIT
S
Êtes-vous satisfait ou mécontent d’Emmanuel Macron
72 %
TOTAL M (-4)
comme président de la République ?
ÉCO
NT
EN
TS
32%
(+1)
22%
(+3)
40 % (-5)
5 % (+1)*
Très satisfaits
Plutôt satisfaits
Plutôt mécontents
Très mécontents
3
67
TOTAL M % (+1
ÉCO )
NT
EN
T
%
36
(+2)
S
TOTAL 0 % (SAT 1)
ISF
AIT
S
Êtes-vous satisfait ou mécontent d’Édouard Philippe
comme Premier ministre ?
NSPP
26 %
(=)
4 % (-1)*
31 % (-1)
Sondage Ifop pour le JDD, réalisé du 11 au 19 janvier 2019 auprès d’un échantillon représentatif de 1 928 personnes
âgées de 18 ans et plus (méthode des quotas). Les interviews ont eu lieu en ligne et par téléphone.
* Variation par rapport à décembre 2018.
Macron se redonne
un peu d’oxygène
Reconquête Le Président,
qui participera jeudi à son
troisième débat, regagne
quatre points de popularité
dans notre baromètre Ifop-JDD
Pour Emmanuel Macron, la longue
marche ne fait que commencer.
Selon notre baromètre Ifop, le chef
de l’État reprend quatre points en
un mois, pour s’établir à 27 % de
satisfaits. Il n’avait pas connu une
hausse aussi forte depuis l’automne
2017 et arrête la chute entamée en
avril 2018. Il repasse ainsi au-dessus
de son socle de premier tour de la
présidentielle. Mais il s’agit tout de
même du cinquième mois de suite
où les mécontents dépassent les
70 % ; et il reste « impopulaire et
minoritaire dans toutes les catégories de population, selon Frédéric
Dabi, directeur général adjoint de
l’Ifop. C’est un petit bol d’air dans une
impopularité qui reste structurelle ».
Édouard Philippe, lui, chute d’un
point, à 30 %.
Les amis du Président se montrent
plutôt satisfaits de la semaine présidentielle qui s’achève, entre le premier débat à Grand Bourgtheroulde
(Eure), lundi, et celui à Souillac
(Lot), vendredi. « Ces derniers jours,
il ne subit plus, se félicite un proche.
Il tient ses engagements sur le débat.
Quand on parle deux fois six heures,
c’est qu’on est un président tonique… »
Mais si le chef de l’État a repris
l’initiative, l’Élysée, officiellement,
reste très « prudent » : « Le fait que les
débats aient été des succès d’audience
est un signe encourageant, mais nous
ne sommes pas triomphalistes ! La
crise est loin d’être finie. »
« Le chemin va être long »
Hier, le cabinet présidentiel planchait sur le prochain débat du
chef de l’État, qui aura lieu jeudi.
Un changement de format, avec
quelques dizaines de maires plutôt
que plusieurs centaines, est envisagé, de même qu’une discussion
plus thématique. En outre, les élus
d’outre-mer ont été invités à l’Élysée début février. Dans un agenda
largement dégagé des obligations
diplomatiques pour les deux prochains mois (à part un déplacement
en Égypte et à Chypre le week-end
prochain), Macron devrait rééditer l’exercice une ou deux fois par
semaine d’ici au 15 mars. « On sait
que le chemin va être très long, diagnostique un conseiller. C’est par
petites touches que l’on reconstruira.
D’où les sorties qui vont se multiplier,
y compris celles sans tralala et dans la
discrétion. » L’opération Reconquista
n’en est qu’à ses débuts. g
David Revault d’Allonnes
« Le calendrier risque d’être décalé »,
confirme Marylise Léon, secrétaire
générale adjointe de la CFDT.
« ça n’est pas open bar »
Le gouvernement a lui-même
­renvoyé la gestion du dossier aux
partenaires sociaux. Normalement,
un décret aurait dû être publié en
­d écembre. Mais en réclamant
aux syndicats et au patronat de se
­pencher à nouveau sur les règles
d’indemnisation chômage alors que
les sujets de crispation sont nombreux, l’exécutif s’est lui-même mis
à la merci de retards dans l’application de la mesure.
Repoussé de plusieurs mois, mais
aussi raboté vu son coût (280 millions d’euros par an), le dispositif
risque d’être « déceptif ». « Ce nouveau droit ne changera pas la vie
des salariés car il sera très cadré »,
prévient Sylvie Espagnol, déléguée
syndicale centrale CGT de Pôle emploi. Ce filet de sécurité ne pourra
être actionné qu’au bout de cinq
ou sept ans d’activité, selon la loi
Pénicaud. Les syndicats penchent
pour sept ans afin de restreindre le
nombre de bénéficiaires. Ensuite,
il faudra disposer d’un projet professionnel réel et sérieux, validé
par une commission paritaire ré-
gionale. Commission qui n’existe
toujours pas et dont on ne connaît
pas la composition. Enfin, avant de
quitter son emploi, le salarié devra
rencontrer un conseiller en évolution professionnelle. Et si après ces
étapes, il réussit à s’inscrire à Pôle
emploi, il sera contrôlé au bout de
six mois pour vérifier la réalisation
de son parcours. « Il a fallu faire des
choix pour préserver l’indemnisation
de ceux qui ont perdu leur emploi,
défend Marylise Léon, de la CFDT.
Charge au gouvernement d’expliquer
pourquoi ça n’est pas open bar. » g
Emmanuelle Souffi
10
le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
Actualité Politique
Casse-têtes
de liste
europÉennes
À quatre mois du
scrutin, En marche
et le PS n’ont
toujours pas trouvé
leurs locomotives
Le grand débat aura au moins
une vertu : leur donner un peu
de temps. Alors que les élections
européennes auront lieu dans
quatre petits mois (le 26 mai), La
République en marche (LREM)
et le Parti socialiste (PS) n’ont
toujours pas réussi à se trouver
une tête de liste. Le parti présidentiel semble totalement dans
le flou, mais peut se permettre
de partir tard en campagne au
vu des sondages qui lui sont
favorables ; a priori fin février,
début mars. La situation est tout
autre pour le PS. Les sondages le
donnent en dessous de 5 %, donc
avec potentiellement aucun eurodéputé. Les socialistes auraient
intérêt à démarrer tôt leur campagne pour essayer de rattraper
leur retard.
En marche
dans le flou
Ils n’ont même pas un casting
resserré. De l’aveu de plusieurs
dirigeants du mouvement, ce
n’est pas une simple hésitation
entre un ou deux noms qui ralentit leur prise de décision. Plutôt
un grand flou. Certes, une nouvelle hypothèse circule : celle
de désigner Laurence Tubiana,
présidente de la Fondation européenne pour le climat et ex-négociatrice en chef de la COP21.
Mais rien n’est encore acté. Trop
de contraintes contradictoires
pèsent sur le mouton à cinq
pattes que recherchent désespérément les Marcheurs. Celui-ci
devrait, idéalement, être identifié
du grand public tout en représentant le renouvellement, bien
connaître la mécanique européenne sans passer pour un technocrate… Un membre du comité
de pilotage de cette campagne
cite cette question parmi les
débats en cours : « Est-ce qu’En
marche doit choisir une personnalité de second rang et laisser le
chef de parti mener campagne ? »
Le temps commence à manquer
car « le choix de la tête de liste
conditionne aussi la façon dont
on entre en campagne », complète
un cadre du mouvement, témoignant des hésitations internes
sur le calendrier.
Si la commission d’investiture est en passe de terminer la
sélection des candidats LREM,
la route est encore longue pour
le parti, où l’on reste prudent :
« Ces noms ne sont que provisoires, on ne les donne pas pour
éviter d’hystériser Bayrou… »
Car il faudra ensuite négocier
avec le MoDem du maire de
Pau – qui viserait quatre ou cinq
places en position éligible. Mais
aussi avec les soutiens d’Alain
Juppé, comme le conseiller du
Premier ministre Gilles Boyer,
qui souhaite être candidat, ou
l’eurodéputée sortante Élisabeth
Morin- ­Chartier. L’ex-socialiste
Gilles Pargneaux, qui siège actuellement à S
­ trasbourg, est aussi
tenté par l’investiture LREM.
Plusieurs macronistes n’excluent
pas non plus de travailler avec
l’Union des démocrates et indépendants de Jean-Christophe
Lagarde, même si le député de
Seine-Saint-Denis a déjà lancé
sa liste, qu’il mène.
Au PS, Faure pris
au piège
A-t-il encore le choix ? À entendre les différents cadres
du PS, le premier secrétaire,
­Olivier Faure, devra être leur
candidat aux élections européennes, après le retrait de Ségolène Royal. « C’est pour moi
légitime et nécessaire », appuie
Patrick Kanner, le président des
sénateurs socialistes, quand bien
même il y aurait un rassemblement avec Place publique, le
mouvement de Raphaël Glucksmann, Thomas Porcher et Claire
Nouvian. Et Kanner d’ajouter :
« Entre l’envie et le devoir, il faut
toujours privilégier le devoir. »
Même son de cloche du côté de
Luc Carvounas, cheville ouvrière
de l’éphémère retour de Ségolène
Royal. « Faure est le seul qui peut
nous tirer vers le haut, plaide le
député du Val-de-Marne. Il a
intérêt à y aller, il démontrera
qu’il est à la hauteur du moment.
J’espère que le PS, qui a 100 ans
d’histoire et qui gère de nombreux
territoires, ne fera pas l’erreur de
penser qu’il peut être numéro deux
derrière un mouvement qui a deux
mois d’existence. »
Sénateur et ancien chef du
parti par intérim, Rachid Temal
considère que c’est « la meilleure
solution » : « C’est comme dans
une guerre, quand c’est compliqué,
c’est au général en chef de mener
la bataille. » Après avoir longtemps repoussé cette hypothèse,
­Olivier Faure semble s’y résigner.
Il devrait annoncer sa décision
le 2 février lors d’une réunion
à Paris avec les secrétaires de section. Faute de rassemblement,
le premier secrétaire l’a répété
vendredi lors de ses vœux, il se
lancera : « Je ne me déroberai pas,
j’irai au combat. » Mais jusqu’à
fin janvier, il continuera à discuter avec Place publique dans l’espoir d’un accord. « Nous sommes
dans une démarche d’humilité,
pointe l’un de ses proches, Pierre
­Jouvet, porte-parole du PS. La
tête de liste n’est pas un préalable. Si le rassemblement ne se
fait pas, tous les partis de gauche
peuvent finir avec zéro député. »
Un poids lourd du PS décrypte :
« Place ­p ublique est sa bouée
de sauvetage, il essaie de leur
refourguer la tête de liste. Mais
Glucksmann, quand vous sortez
du centre de Paris, il n’existe pas. »
Les ­négociations ne sont pas près
d’aboutir… g
Arthur Nazaret
et Sarah Paillou
Le philosophe et essayiste
François-Xavier Bellamy.
Maurice ROUGEMONT/
Opale/LEEMAGE
Bellamy, le bon Dieu
sans concession
DROITE Jeune et brillant,
le probable chef de file
LR aux européennes
est aussi un catholique
conservateur, hostile à l’IVG
À quelques jours de sa très probable
désignation comme tête de liste des
Républicains pour les européennes,
François-­Xavier Bellamy ne participera pas aujourd’hui à la Marche
pour la vie. Mais il faisait partie, l’an
dernier comme en 2014, des milliers
de personnes qui défilent chaque
année à Paris à l’appel d’associations « pro-vie », comme la fondation Jérôme-Lejeune, Alliance
Vita ou Renaissance catholique,
pour dire « stop à la banalisation
de l’IVG » et défendre la « clause
de conscience » des médecins qui
refusent de pratiquer l’avortement.
« Oui, j’y ai participé deux ou trois
fois, confirme-t-il. Cette question de
l’IVG est une conviction personnelle
que j’assume. Mais je comprends
qu’elle ne soit pas partagée, et vous
ne trouverez de ma part aucune parole offensante ni aucun jugement. »
En tant que philosophe et
essayiste auteur d’ouvrages sur
l’éducation et la transmission, il
participe régulièrement depuis
des années à l’université d’été d’Alliance Vita, association anti-IVG,
anti-PMA (procréation médicalement assistée) et anti-mariage pour
tous. Il est aussi l’invité, chaque été
­depuis 2013, de l’université d’été de
Renaissance catholique, où il peut
croiser Patrick Buisson ou Philippe
de Villiers. « Contre le totalitarisme
de la pensée unique », Renaissance
catholique œuvre, selon son site
Internet, à « la défense de l’identité chrétienne de la France contre
l’utopie mondialiste et l’islamisme
militant ». Elle se flatte notamment
d’avoir « participé à faire perdurer la
contestation de la loi Veil ».
L’IVG « n’est pas
une question que
je compte porter
dans la campagne
européenne »
En septembre 2016, Bellamy
s’indignait dans un tweet que l’instauration d’une clause de conscience
pour les pharmaciens sur la vente
de produits contraceptifs et abortifs
soit abandonnée : « Terrible, terrifiant recul. » Deux mois plus tard,
il protestait contre l’élargissement
à Internet du délit d’entrave à l’IVG :
« Pour avoir dit que “tout avortement
est un drame”, Simone Veil risquerait
aujourd’hui la prison. Ce gouvernement est fou », twittait-il.
« Être catho, pour Bellamy, ce
n’est pas un programme politique »,
nuance un de ses amis. L’IVG « n’est
pas du tout une question que je
compte porter dans la campagne
européenne », précise d’ailleurs
celui qui devrait, sauf surprise,
être ­propulsé à la tête de la liste
LR lors de la commission nationale d’investiture, le 29 janvier.
Il regrette qu’« on n’arrive pas à
parler plus simplement de ce sujet
alors qu’il y a 200 000 avortements
en France chaque année et qu’il y a
derrière ça beaucoup de souffrance
pour les femmes ».
S’il est jeune – 33 ans –, brillant
et « sympathique », de l’avis général, Bellamy n’est au fond ni lisse ni
consensuel. Catholique conservateur, l’homme est contre l’ouverture
de la PMA aux célibataires et aux
couples de femmes. Il n’a jamais
caché son hostilité au mariage pour
tous. Il minimise aujourd’hui son
implication dans Sens commun,
émanation politique de la Manif
pour tous, mais a fait partie du tout
petit groupe qui a réfléchi et posé les
bases, avec Madeleine de Jessey, de
ce mouvement associé à l’UMP. Une
fois Sens commun officiellement
lancé, en octobre 2013, il a préféré
s’effacer pour ne pas nuire à ses activités d’enseignement et d’édition.
Il n’a d’ailleurs jamais adhéré non
plus à l’UMP ou aux Républicains.
A-t-il pris sa carte LR depuis ? « Non,
confiait-il hier, en affirmant ne pas
s’être pour l’heure posé la question
de son adhésion. Après tout, un de
nos grands défis, c’est qu’on réussisse
à s’ouvrir largement », dit-il. g
Christine Ollivier
11 *
le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Actualité Politique
Arnaud Danjean, député européen (LR)
« Se rapprocher de Macron est hors sujet »
interview
Manœuvres Pour
cet ami d’Alain Juppé,
« il n’y a aucune raison
de considérer que
le Président est proche
de nos options »
Alain Juppé a salué l’« excellente
intervention » d’Emmanuel
Macron après ses vœux
du 31 décembre. Partagez-vous
cet enthousiasme ?
Pas du tout. Bien au contraire.
Après les bouleversements survenus en 2017, il n’était pas totalement incongru de vouloir laisser
sa chance à Emmanuel Macron
et de lui accorder une forme
de bénéfice du doute. Mais le
mirage s’est totalement dissipé.
Aujourd’hui, tant du fait de ses
orientations sur le plan intérieur
que des clivages créés au niveau
européen, tout rapprochement
avec le Président me semble
hors sujet.
C’est pourtant ce que font vos amis
juppéistes. Pourquoi ?
Je m’explique assez mal, à part
par facilité électorale, que des
gens qui n’ont pas rejoint cette
expérience en 2017 le fassent
aujourd’hui. Dans les orientations prises dernièrement par
Macron, je ne vois pas ce qui est
conforme à ce que mes « amis » ont
pu défendre jusqu’à présent. J’ai
fait le choix de rester aux Républicains, en conscience. Et je ne vois
pas non plus ce qui aujourd’hui,
dans les positions européennes
de LR, dérange les juppéistes. LR
reste au sein de la famille du PPE
[Parti populaire européen, droite]
en Europe, alors que M. Macron
ne s’en est jamais rapproché. Au
contraire : il a semblé fermer une
à une les portes qui auraient pu
le conduire à des convergences
avec le PPE. Et il a pris le parti
de s’allier avec les libéraux de
Guy Verhofstadt, qui campe sur
une ligne résolument fédéraliste,
intégrationniste et excessivement
libre-échangiste. Ce n’est pas la
ligne défendue par la droite française. Il n’y a donc aucune raison
de considérer que M. Macron est
proche de nos options.
Sur le plan intérieur, vous
n’accordez donc plus au président
« le bénéfice du doute »…
Il y a eu un péché originel : l’augmentation de la CSG sur les
retraites. Traiter les retraités de
privilégiés était une énorme erreur.
Quelles que soient les mesures du
Président pour apaiser la colère
des Français, le fil avec une large
partie de la population a été rompu
et ne sera pas rétabli. Sur la forme,
c’est un mode de gouvernance vertical, centralisé et technocratique
dont on voit les effets aujourd’hui.
Quant aux réformes de fond, le
compte n’y est pas.
L’eurodéputé au Parlement de Strasbourg. Wilfrid Esteve/hanslucas.com
À en croire les Marcheurs, leur liste
sera la seule proeuropéenne…
Tout cela correspond plus à de la
tactique qu’à de la conviction. Il
s’agit pour En marche de répéter
en Europe ce qu’ils ont fait en
France : laisser penser qu’entre
lui et les extrêmes il n’y a aucune
alternative. Mais l’Europe ne peut
se résumer à « M. Macron contre
les populistes ». C’est une polarisa-
tion artificielle et dangereuse : sur
l’échiquier européen, la principale
force restera la droite et le PPE. Le
chef de l’État, aussi ouverte soit sa
liste, et même s’il fait un bon score
en France en essayant d’agréger les
pro­européens, ne sera pas le centre
de gravité politique européen. Ce
péché d’orgueil lui a déjà coûté
cher en France, la même chose se
profile en Europe.
Vous êtes toujours juppéiste ?
J’ai un immense respect pour Alain
Juppé. J’assume de l’avoir soutenu.
Même si j’avais déjà pris quelques
distances au soir du premier tour
de la primaire de 2016, quand avait
été choisie une ligne trop virulente
contre François Fillon sur son
« conservatisme ». Si aujourd’hui
cela se résume à rallier la Macronie,
je me sens très libre de ne plus me
reconnaître comme juppéiste. g
Propos Recueillis
par David Revault d’Allonnes
*
12
le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
Actualité Politique
Chemises brunes et Gilets jaunes
ultradroite
Tentant de profiter
du mouvement,
ses chapelles les plus
antisémites,
d’ordinaire rivales,
se réunissaient hier
« R. F : ce n’est pas République
française, c’est Rothschild Frères ! »
Tonnerre d’acclamations. À la tribune, Yvan Benedetti, leader de
l’Œuvre française, une ligue d’ultradroite dissoute en 2013 par Manuel Valls mais qui continue sans
vergogne ses activités politiques.
Cet activiste aux airs de Jacques
Doriot, célèbre fasciste et collaborateur, avait donné rendez-vous à
l’espace Jean-Monnet de Rungis,
hier à 15 heures, au gratin de l’antisémitisme militant français.
Des chapelles radicales d’ordinaire concurrentes, mais qui
se rapprochent à l’occasion du
mouvement des Gilets jaunes et
tentent d’en profiter. À l’affiche,
outre B
­ enedetti : Jérôme Bourbon,
directeur de l’hebdomadaire Rivarol et nostalgique de Vichy ; Hervé
­Ryssen, écrivain révisionniste
condamné à de multiples reprises
pour des propos antisémites ; et
Alain Soral, condamné jeudi à un
an de prison ferme pour le même
motif. Annoncé, Elie Hatem, avocat
et ancien frontiste se réclamant de
l’Action française (AF), n’est pas
venu. Près de 200 personnes ont
répondu à l’appel.
Intitulé de la conférence :
« Gilets jaunes, la révolution qui
vient ». ­Benedetti, certes, se défend
de toute récupération. « Mais il
convient d’orienter le mouvement »,
indique-t‑il, espérant que la révolution se fera dans la lutte « du
travail contre les spéculateurs,
« L’épuration,
c’est le point
névralgique »
Un spectateur
des familles contre les transgenres
et LGBT, et contre les cosmopolites ». Dans la foule, un spectateur
confirme : « L’épuration, c’est le
point névralgique. » Comprendre :
l’épuration des Juifs, bien sûr. Dans
les travées, la haine à leur égard
n’a d’égale que la dévotion que les
participants portent à Robert Faurisson, négationniste notoire décédé en octobre. « D’ici deux cents
ans, il aura une statue à la place de
l’obélisque », rêve, admiratif, un
membre du Parti national-libéral,
le mouvement politique d’Henry
de Lesquen, racialiste militant.
­Blagues douteuses et envolées
lyriques contre les politiques ou les
journalistes, tous suspects, à leurs
yeux, de soumission à Israël. Souvent, elles recueillent des rires. Et,
toujours, des applaudissements.
Objectif récupération ? Nul
­b esoin, semble penser Alain
Soral : « Si on fait la révolution
aujourd’hui, c’est parce que ça fait
dix ans qu’on travaille sur ces problèmes médiatiques et politiques. »
Ils en sont persuadés : les Gilets
jaunes les « rejoindront », affirme
Soral, tout en dénonçant le manque
d’intelligence de certaines figures
du mouvement, à l’image de
Maxime Nicolle, alias Fly Rider,
« pas le plus performant », dit-il.
La remarque n’est pas anodine.
Dans les travées, on raconte que le
fondateur d’Égalité & Réconciliation enrage de ne pas être reconnu
comme l’inspirateur naturel de la
mobilisation. Au contraire de ses
anciens proches, comme Étienne
Chouard, complotiste qui a débattu
avec Nicolle et a été salué par l’Insoumis François Ruffin, ou Vincent
Lapierre, journaliste indépendant
apprécié des Gilets.
Il s’agit « d’une petite frange
d’activistes, peu représentative
des Gilets jaunes et simplement
peu satisfaite de leur structuration », relativise Jean-Yves Camus,
chercheur spécialisé sur l’extrême
droite et directeur de l’Observatoire des radicalités politiques de
la Fondation Jean-Jaurès. « Leurs
préoccupations [antisémites] ne
sont pas au cœur des revendications, précise-t‑il. Cela ne marche
même plus chez eux. »
Pour autant, si la mouvance
brune reste à la marge des Gilets
jaunes, elle a décelé l’occasion
de faire prospérer ses idées. De
gagner en médiatisation. Voire
d’envisager des passages à l’acte
La mouvance a
décelé l’occasion
de faire prospérer
ses idées
violents. Alors que l’acte X a semblé confirmer hier une décrue des
affrontements avec les forces de
l’ordre, Hervé Ryssen, dans un
dernier moment d’emportement,
confie qu’il s’inquiète de voir le
mouvement s’apaiser et ­renouer
avec le dialogue. Un « piège », selon
Soral. En somme, il n’y aura pas de
révolution sans « cocktails Molotov », annonce Ryssen, sourire aux
lèvres, presque joyeux. g
LES INVITÉS POLITIQUES
DU DIMANCHE
>>Arnaud Robinet (LR) :
L’Interview du 6/9 du week-end,
sur France Inter, à 8 h 20.
>>Benjamin Griveaux (porteparole du gouvernement) : Le
Grand Rendez-Vous, sur Europe 1/
Les Échos/CNews, à 10 heures.
>>Nicolas Dupont-Aignan (DLF) :
BFM politique, sur BFMTV/
Le Parisien, à 12 heures.
>>Jean-Pierre Raffarin (LR) :
Le Grand Jury, sur RTL/Le Figaro/
LCI, à 12 heures.
>>Florence Parly (ministre des
Armées) : Questions politiques,
sur France Inter/Franceinfo/
Le Monde, à 12 heures.
>>Gérald Darmanin (LR, ministre
de l’Action et des Comptes
publics) : Dimanche en politique,
sur France 3, à 12 h 10.
>>Vanessa Moungar (directrice
à la Banque africaine de
développement) : Internationales,
sur TV5Monde/RFI, à 12 h 10.
>>Gabriel Attal (LREM) :
Forum, sur RadioJ, à 14 h 20.
>>Emmanuelle Wargon
(secrétaire d’État auprès du
ministre de l’Écologie) : En toute
franchise, sur LCI, à 18 heures.
>>Manon Aubry (LFI) : Et en même
temps, sur BFMTV, à 19 h.
>>Aurélien Taché (LREM) : Soir 3,
sur France 3, à 0 h 10.
Valentin Pacaud
Dans les coulisses de l’alliance Garraud–Le Pen
par sa personnalité, explique
­Philippe Olivier. Elle a trouvé en
lui une personne de conviction. »
Garraud va ainsi participer à l’élaboration d’un « contre-projet » du
RN au projet de loi de réforme de la
justice, adopté en première ­lecture
à l­ ’Assemblée le 12 décembre.
­Nicolas Dupont-Aignan, qui lui
a aussi proposé de rejoindre sa
liste aux européennes, est arrivé
trop tard.
Extrême droite Éclipsé
par le ralliement de Thierry
Mariani au RN, celui de
cet ancien député UMP,
spécialiste de la justice,
pourrait en annoncer d’autres
C’est à croire qu’il a toujours été
membre du FN, puis du RN. Pourtant, l’ex-député UMP Jean-Paul
Garraud vient tout juste d’intégrer
la liste du mouvement d’extrême
droite aux élections européennes,
à la neuvième place, sans toutefois
adhérer au parti. « Il rejoint sa famille politique naturelle », se réjouit
­Philippe Olivier, le conseiller spécial
de Marine Le Pen. « J’ai franchi sans
état d’âme cette ligne rouge chère à
certains moralistes de salon », a pour
sa part expliqué Garraud dimanche
dernier, lors du lancement de la campagne du RN à Paris. Ce jour-là, le
magistrat a tenu un discours que
n’aurait renié aucun dirigeant de
l’extrême droite. « Le pays est miné
par l’islamisme, le communautarisme. », a-t-il notamment déclaré
avant d’ajouter : « Nous voulons rester en France, nous ne voulons pas
retourner au Moyen Âge. »
À 62 ans, Garraud est un vieux
routier de la droite dure et un spécialiste des sujets régaliens. Député
UMP de la Gironde de 2002 à 2012,
il a été rapporteur du projet de loi
sur l’interdiction du voile intégral
en 2010. Ancien juge à la Cour de
justice de la République, candidat
par le passé au poste de procureur
du parquet national antiterroriste,
l’ex-secrétaire national de l’UMP à
la Justice est aussi l’un des cofondateurs de La Droite populaire, avec
Thierry Mariani, l’autre transfuge
Marine Le Pen et ses nouvelles recrues : Hervé Juvin, Jean-Paul Garraud et Thierry Mariani, le 13 janvier à Paris. G. Bassignac/Divergence
passé de LR à la liste du RN aux
européennes. Très médiatisé lors
de sa naissance, en 2010, ce courant alors affilié à l’UMP a toujours
axé son discours sur l’identité et
la sécurité.
« Marine Le Pen a tout
de suite été très séduite »
Il était donc difficile, pour un RN
en quête d’alliés et de passerelles
vers la droite, de passer à côté du
CV de Garraud. De fait, Marine
Le Pen s’emploie de longue date
à le convaincre de la rejoindre. Le
premier contact entre les deux avait
eu lieu lors des régionales de 2015,
lors d’un dîner : peu probant. L’exdéputé soutiendra même François
Fillon lors de la présidentielle.
« J’estimais que c’était le bon candidat pour la droite, explique-t-il.
Mais quand Fillon a appelé à voter
pour Macron au second tour, je me
suis dit que le système n’allait pas
changer et qu’il était perverti. »
Alors Garraud, qui a voté pour
Le Pen au second tour, va tendre
des perches à l’extrême droite. En
juillet 2018, il donne une interview
à L’Incorrect, le mensuel qui veut
réconcilier droite et extrême
droite, animé par des proches de
Marion Maréchal. La présidente
du RN déjeune avec lui après l’été
et lui propose de figurer sur la liste
du RN aux européennes. Garraud
accepte sans difficulté. « Marine
Le Pen a tout de suite été très ­séduite
« Je me sens bien avec vous »,
a lancé Garraud
Jean-Paul Garraud dit avoir « toujours été fidèle à ses idées p
­ olitiques ».
Il estime que le RN « a beaucoup
­évolué  ». « Je me sens bien avec
vous », a-t-il lancé à la M
­ utualité.
Aujourd’hui, Garraud se rend en
compagnie de Thierry Mariani aux
vœux de la fédération RN du Nord,
à Douai, à l’invitation de S
­ ébastien
Chenu. « Il allie l’expérience
­politique, des convictions chevillées
au corps, une connaissance parfaite
des dossiers et un côté combattant »,
se félicite le député du Nord et porteparole du RN.
Mais dans son ancien parti, on
se montre moins enthousiaste.
Quoique… « Il a pris une décision
individuelle », commente sobrement l’ex-député Jacques Myard,
l’un des cofondateurs de La Droite
populaire. Dans un communiqué,
des membres de ce courant qui
ont pris le parti de rester chez LR
disent « prendre acte du choix de
Mariani et de Garraud de rejoindre
le RN ». Sans plus. Il ne faut jamais
insulter l’avenir… g
Julien Chabrout
13
le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Actualité International
Sunderland écœurée
par le feuilleton du Brexit
Europe Theresa May
doit présenter demain
au Parlement un plan B
après le rejet de l’accord
de retrait négocié
avec Bruxelles
Reportage Dans l’un
des fiefs des partisans
de la rupture avec l’UE,
beaucoup s’entêtent
mais d’autres ont fini
par changer d’avis
Envoyée spéciale
Sunderland (Royaume-Uni)
J
’ai voté pour le Brexit et
j’y suis toujours favorable ! » Brian,
65 ans, parle posément mais sans
mâcher ses mots. « Les politiques
n’arrêtent pas de se taper dessus alors
qu’ils auraient dû régler la question il
y a longtemps », lâche-t-il en haussant les sourcils, devant l’entrée
d’un des magasins discount de
Southwick, un quartier pauvre de
Sunderland. Si Theresa May, la Première ministre, et Jeremy ­Corbyn,
le leader travailliste de l’opposition,
n’arrivent pas à trouver un compromis sur le Brexit, tant pis.
La perspective d’une sortie du
Royaume-Uni de l’UE sans accord
le 29 mars prochain ­n’effraie pas ce
conducteur de minibus pour une
organisation caritative. Supporter
des Black Cats, le club de foot de
troisième division qui fait la fierté
de Sunderland, Brian a connu le
Royaume-Uni avant qu’il n’adhère
à l’Union européenne, du temps où
on l’appelait encore CEE (Communauté économique européenne).
« En cas de sortie sans accord, nous
mangerons davantage de produits
de saison ! », s’enthousiasme à ses
côtés sa compagne, Sue, 63 ans,
avant de reconnaître que, fin mars,
le sol est encore gelé et qu’aucun
fruit ni ­légume ne sort de terre
au nord de la Manche. Pendant
le « hungry gap » – la période de
disette, qui dure d’avril à juin –,
l’Angleterre est encore plus dépendante des exportations européennes que le reste de l’année.
Rassemblement de partisans d’un nouveau référendum sur le Brexit à Newcastle, près de Sunderland, le 25 août 2018. Mark PINDER/REPORT DIGITAL-REA
À Sunderland, à 450 km au nordest de Londres, cette grande ville
portuaire de 300 000 habitants
­jumelée avec Saint-Nazaire en
France, le Brexit l’a emporté avec
61 % des voix. Mais aujourd’hui,
outre les probables pénuries de
nourriture et de médicaments qui ne
manqueraient pas de voir le jour en
cas de divorce brutal, le risque d’un
retrait sans accord du RoyaumeUni de l’UE dans moins de dix
­semaines fait peser un risque m
­ ajeur
sur la survie de l’usine Nissan. Le
constructeur japonais importe des
millions de pièces détachées pour
produire chaque année sur place
environ 500 000 véhicules – dont
la moitié sont exportés vers l’UE.
« Si Nissan ferme,
nous sommes foutus »
Dès l’automne 2016, les dirigeants
de N
­ issan ont prévenu le gouvernement : le rétablissement
de contrôles douaniers entre le
Royaume-Uni et le reste de l’UE
ferait dérailler le fonctionnement
de la chaîne d’assemblage. « Si
­Nissan ferme, nous sommes foutus », résume Gordon Teasdale. Ce
chauffeur de taxi de 50 ans voudrait
tourner la page du Brexit le plus vite
possible. Mais pas à n’importe quel
prix. Il y a dix ans, il a déjà perdu
son travail quand l’usine de meubles
qui l’employait depuis près de deux
décennies a fermé. En juin 2016, la
peur de voir Nissan quitter cette région défavorisée d’Angleterre en cas
de sortie du Royaume-Uni de l’UE a
conduit Gordon à s’abstenir lors du
référendum. Est-ce la désindustrialisation massive des années 1980
et 1990, après la fermeture des
chantiers navals et la disparition
des verreries, qui a immunisé les
électeurs de cet ancien fleuron de
la construction navale britannique
contre la peur du Brexit ? Ou bien
la volonté de « reprendre le contrôle
des lois et des frontières » s’est-elle
révélée plus forte que tout ?
Selon Peter Hayes, maître de
conférences à l’université de
­Sunderland, la situation géographique de la ville – en périphérie
de Newcastle et à trois heures et
demie de train de Londres – joue
beaucoup dans la manière dont
ses habitants ont pris position.
« Ici, il y a un fort sentiment antiélites et d’appartenance locale, qui
confine parfois au repli, analyse
Peter Hayes. Les électeurs se sont
retournés contre l’Union européenne,
500 000
le nombre de véhicules
construits à l’usine Nissan
de Sunderland, dont
la moitié sont exportés
vers l’UE
comme si elle concentrait à elle seule
toutes les choses complexes qu’ils
n’aiment pas », ajoute-t-il.
Les deux camps n’ont plus
confiance dans leurs élus
Dans les rues de la ville, en dépit
de la crise politique engendrée par
le Brexit, le slogan des Brexiters
– « Take back control » – continue
d’exercer un puissant pouvoir de
séduction. Mais la confusion s’est
installée dans les esprits. « Ça me
passe au-dessus de la tête », s’excuse une mère de famille. Et le
doute s’est immiscé dans l’esprit
de certains électeurs du « leave ».
Sur Roker Pier, la jetée achevée au
début du XXe siècle, du temps de
la splendeur de la ville, Ian Spurs
contemple la ligne d’horizon. « Le
no deal serait une folie », confie-t‑il.
Ce menuisier de 52 ans en vient
même à se demander si un second
référendum ne serait pas la meilleure des solutions.
À Peterlee, au sud de Sunderland, Chris Mellor, un ingénieur
de 39 ans, craint qu’un second vote
sur le Brexit ne compromette le
consensus démocratique. Mais
s’il pouvait revenir sur son suffrage
en faveur de la sortie du RoyaumeUni de l’UE, il le ferait sans hésiter. « Les promesses qui nous ont été
faites pendant la campagne de 2016
ne se sont jamais matérialisées »,
dénonce cet employé d’un fabricant
européen de bagues de verrouillage
utilisées sur des plateformes pétro-
lières. « Étant donné la façon dont
ils ont traité le dossier du Brexit, je
ne fais plus du tout confiance aux
élus », gronde-t-il.
En attendant de parvenir à un
consensus minimal au sein des
deux grands partis britanniques,
la Première ministre s’est entretenue vendredi au téléphone avec les
dirigeants européens pour les tenir
au courant de ses tractations. Signe
qu’elle n’entend pas se laisser distraire, elle a annulé sa participation
au Forum économique mondial de
Davos, qui s’ouvre demain en Suisse
pour une semaine. Interrogée par la
presse sur l’hypothèse d’un report
de la date du Brexit, programmé
le 29 mars, la Commission européenne a une nouvelle fois assuré
qu’elle n’avait pas reçu une telle demande de la part du Royaume-Uni.
À Sunderland, les partisans de
la première heure du « Remain »
ne font pas davantage confiance à
la classe dirigeante. « Corbyn, c’est
une catastrophe », tempête Leah
Costello, une esthéticienne de
37 ans, furieuse contre l’opposition
du leader travailliste à un second
référendum. Attablé à un café du
centre-ville, un ouvrier retraité de
British Gas laisse éclater sa colère :
« Si David Cameron était venu ici
avant 2016, il aurait compris que
les gens n’avaient aucune idée des
conséquences que pourrait avoir
le Brexit ! » g
Amandine Alexandre
14
le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
Actualité International
Un nouveau pacte pour aider l’Europe
Couple Le président
Dans les salons de l’hôtel de ville
d’Aix-la-Chapelle, l’ancien palais
Charlemagne, Emmanuel Macron
avait reçu au printemps dernier le
prix du même nom, qui récompense
chaque année la personnalité la
plus engagée en faveur de l’intégration européenne. Angela Merkel
avait rejoint son partenaire français
en évoquant le besoin d’une souveraineté européenne plus forte
face à l’unilatéralisme de Donald
Trump. « L’Europe doit prendre son
destin elle-même en main », avait
lâché brutalement la chancelière.
Moins d’un an plus tard, même lieu,
mêmes personnages, même défi :
le couple franco-allemand signera
mardi le Traité entre la République
française et la République fédérale
d’Allemagne sur la coopération et
l’intégration franco-allemandes.
« Trahison », « vente à la découpe
du pays », « cession de notre siège au
Fassbender Ina/DPA/ABACA
Macron et la chancelière
Merkel signeront mardi
à Aix-la-Chapelle
un traité qui approfondit
la coopération entre
les deux pays
Emmanuel Macron et Angela Merkel le 10 mai 2018 à Aix-la-Chapelle.
Conseil de sécurité », « abandon de
l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne » :
que n’a-t-on entendu ces derniers
jours sur le contenu et la signification de ce traité ! « Le manque de
transparence n’a fait qu’agrandir
l’espace de fantasme », constate
Manuel Lafont Rapnouil, directeur
de l’European Council of Foreign
Relations (ECFR).
Le legs de De Gaulle
et d’Adenauer
Comme beaucoup d’autres experts
et élus, il regrette que le texte n’ait
pas été rendu public plus tôt, mais il
est rare qu’une négociation de traité
se fasse sur la place publique. « Loin
d’affaiblir la France, le traité d’Aix-laChapelle marque une nouvelle étape
dans l’approfondissement de l’amitié
franco-allemande, ce legs précieux hérité du général de Gaulle et du chancelier Konrad Adenauer », rétorque
Sabine Thillaye, présidente LREM
de la Commission des affaires européennes à l’Assemblée nationale.
Alors de quoi parle-t-on ? De
sept chapitres et de 28 articles répartis sur à peine dix pages et où
tous les domaines de coopération
entre Paris et B
­ erlin sont passés en
revue avec de nouveaux objectifs
et de nouveaux outils. « C’est une
base sur laquelle on peut travailler mais qui reflète les limites des
deux gouvernements, commente
­Joachim ­Bitterlich, ancien conseiller d
­ ’Helmut Kohl. Je suis d’ailleurs
déçu par la maigreur des ambitions
affichées sur les questions de l’immigration, de l’énergie et de l’aide
publique au développement. ». Il est
vrai que sur ces trois chantiers les
politiques des deux pays ont du mal
à se coordonner ou à se prolonger
concrètement. « Sur l’environnement et le social, c’est en deçà de ce
qu’on pouvait espérer », souligne
également Manuel Lafont Rapnouil.
« Renforcer l’agenda
de l’Europe-bouclier »
Mais les deux experts notent également le contenu du verre à moitié
plein : une plus forte coopération
sur la sécurité collective, la culture
stratégique commune, l’industrie
de défense ainsi qu’une coordination très étroite pour favoriser les
projets économiques, sociaux et
culturels transfrontaliers. Ce n’est
pas l’Alsace et la Lorraine qu’on
abandonne, mais un comité de coopération transfrontalière qui se met
en place pour faire naître, à cheval
sur le Rhin, des règles communes,
l’interconnexion des réseaux numériques et un essor du bilinguisme.
À quatre mois des élections européennes, qui seront bousculées par
les populismes et l’europhobie, ce
traité de l’Élysée bis, bien que très
jargonnant et parfois opaque, offre
un nouvel horizon de débat. « Profitons-en pour accélérer et renforcer l’agenda de l’Europe-bouclier, ce
nouveau traité en est une illustration
forte », confie un conseiller du Président. Quitte à prendre le risque
d’accentuer chez les autres Européens un sentiment d’être laissés
de côté au profit des premiers de
la classe. « Le traité d’Aix encourage
une Europe à deux vitesses, mais pas
une Europe où les uns seraient dans le
train et les autres à quai, commente
Manuel Lafont Rapnouil. On est
plutôt dans un ensemble où chacun
pourrait prendre le train qu’il veut en
fonction de ses priorités en matière de
défense ou d’économie par exemple. ».
Une Europe à la carte en quelque
sorte, mais où l’on ne pratiquerait
plus aucun rabais sur les acquis
démocratiques, économiques et
monétaires. À charge pour les signataires du traité d’Aix-la-Chapelle de
convaincre les plus ambitieux de
les suivre. g
François Clemenceau
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le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Actualité International
Trump
lâche
du lest
Shutdown Le président
américain annonce qu’il est
prêt à prolonger le séjour de
centaines de milliers d’enfants
d’immigrés en échange du mur
à la frontière mexicaine
Oksana Voevodina, élue Miss Moscou en 2015. À droite, le roi Muhammad V à Kuala Lumpur le 17 juillet 2018. Ekaterina Chesnokova / Sputnik ; Mohd RASFAN / AFP
Quand la Malaisie copie
sur les Windsor, ou presque
Monarchie Le conseil
des sultans de la
fédération musulmane
désignera un nouveau
souverain jeudi
après l’abdication
de Muhammad V
Envoyée spéciale
Kuala Lumpur (Malaisie)
Il arrive que la rumeur finisse
par devenir réalité. Il y a encore
quelques semaines, nombre d’observateurs en Malaisie s’étonnaient
de ne plus voir l’« Agong », le roi. Le
6 janvier 2019, le palais royal a fini
par clarifier les choses : « En vertu
de l’article 32 de la Constitution malaisienne, le sultan M
­ uhammad V de
Kelantan abdique de son trône avec
effet immédiat. » La nouvelle est sidérante, la décision, inédite. Les réseaux sociaux, qui le montraient au
bras d’une reine de beauté russe de
25 ans, Oksana Voevodina, d’abord
­dénudée puis, sur d’autres photos,
mariée et coiffée d’un hidjab après
s’être convertie à l’islam, étaient
donc dans le vrai. Après deux
années en exercice et un énorme
mensonge – celui d’avoir prétexté
un congé médical justifiant ainsi
son absence –, le souverain aurait
privilégié sa vie privée à celle de
ses sujets en se mariant à Moscou,
au mois de novembre. À l’image
d’un autre roi du siècle dernier,
Édouard VIII d’Angleterre, qui lui
aussi abdiqua pour une étrangère
deux fois divorcée.
La Malaisie n’est pas la Thaïlande.
Ici, parler du souverain est autorisé. Le critiquer peut néanmoins
vous conduire en prison. Alors les
Malais pèsent leurs mots. Passé le
moment de stupéfaction totale, ils
s’autorisent désormais quelques
commentaires critiques. S’ils refusent de le juger moralement, ils
affichent dans l’ensemble un mécontentement pragmatique, franc
et ouvert face à cet homme chargé
de protéger son peuple. Au fond,
disent-ils presque à l’unisson, pas
la peine de s’étendre sur les raisons
qui l’ont poussé à abdiquer : si ce roi
n’est pas capable de « faire son job »,
autant passer au suivant.
Car la monarchie malaisienne
est unique au monde. Le pays
est constitué de 13 États fédérés
– quatre gouvernorats et neuf sultanats – et la monarchie change
de monarque tous les cinq ans,
au terme d’un vote de la Conference of Rulers. « La Malaisie est
spéciale à plus d’un titre, souligne
l’un des meilleurs spécialistes du
pays, David Delfolie, codirecteur
de l’Institut Pondok Perancis,
« Le roi est le roi,
il a des devoirs
envers ses sujets.
Ce qui s’est passé
est incroyable »
Tunku Fauzi Malek,
habitué du palais
à Kuala Lumpur. La gouvernance
est basée sur un système hybride qui
s’apparente à celui de la monarchie
parlementaire britannique, dotée
d’un Premier ministre qui gouverne,
sauf que le roi est élu par ses pairs
sultans. » Ainsi, le 24 janvier, les
neuf sultans de cette monarchie
fédérale se réuniront pour désigner
le successeur. « Un vote à majorité
simple, poursuit Nizam Bashir, avocat constitutionnaliste malaisien. Le
sultan a le droit de refuser le poste
royal mais, si tel est le cas, son nom
retourne au bas de la liste et cela
retarde d’autant les chances qu’il a
d’être élu un jour. » Ici, on aime à dire
que c’est le meilleur des systèmes,
qui a conduit le pays, colonisé autrefois par les ­Britanniques et les
Néerlandais, à une indépendance
sans bain de sang, en 1957. « Le roi
a davantage un rôle symbolique,
souligne Eddin Khoo, directeur de
Pusaka, un centre de recherches sur
les traditions et l’héritage culturel
malaisiens. Mais c’est tout de même
lui qui signe les lois, et il peut aussi les
retoquer. Toutefois, au bout de deux
semaines, elles seront néanmoins
ratifiées par le Parlement, qui représente la volonté du peuple. Pour les
Malaisiens, le roi n’est au fond que
l’ombre de Dieu sur terre. »
Le rendez-vous a été fixé dans un
palace au cœur de la très ­vivante
capitale, Kuala Lumpur. Il faut
s’adresser au prince par le terme
de « Tunku ». Lorsqu’il se présente,
Tunku Fauzi Malek ressemble à un
simple homme d’affaires aisé. Sur
le point de s’asseoir, ce consultant
en immobilier dans la vraie vie
(oui, même les princes ont besoin
de gagner de l’argent) aperçoit un
homme âgé, cheveux gris, assis plus
loin. Il le rejoint immédiatement,
s’incline les paumes jointes, les
pouces touchant le front, et achève
cet instant de déférence par un baisemain approprié. Le prince vient
de saluer le sultan de Selangor, un
ancien roi de Malaisie. Dans cette
atmosphère feutrée, personne n’a
rien remarqué. Bien qu’il soit un
énième prince du royaume, comme
il aime à le souligner en souriant,
Tunku Fauzi Malek, 55 ans, détient
le privilège d’avoir ses entrées au
palais. Et il n’en revient pas. « Rien
n’a filtré ! Je suis sûr que le secret a
été bien gardé, que le Palais savait et
qu’ils ont attendu le moment adéquat
avant d’annoncer son abdication. »
Mais lui, le prince, que pense-t‑il
de cette décision ? « Le roi est le
roi, il a des devoirs envers ses sujets.
Ce qui s’est passé est incroyable. Il
représente la stabilité du pays, il
était important que la Conference
of Rulers décide très vite de la
marche à suivre. » Intarissable sur
les codes de la royauté, comme le
baisemain ou le fait de se retirer
d’une audience sans j­ amais tourner le dos au souverain, le prince
demeure prudent, même si l’on
devine que la love story du roi ne
le fait pas rêver. « Il était le sultan de
Kelantan, un des sultanats les plus
pauvres. On l’a toujours dit pieux et
proche des gens. »
En réalité, l’itinéraire du souverain malaisien a rompu avec certaines traditions. Il accède au trône
à 47 ans comme l’un des plus jeunes
monarques, succédant à Abdul
Halim Muadzam Shah, qui, lui,
était remonté sur le trône à l’âge
de 84 ans. Muhammad est aussi le
premier souverain à avoir divorcé
avant de régner. « Oui, mais on l’a
aussi vu sur un bateau aller secourir des gens en détresse sans que ses
sujets ne le reconnaissent », indique
Adi Afendi, expert du protocole
du palais royal. « Il allait aussi au
restaurant sans garde du corps »,
ajoute-t‑il, visiblement perplexe
devant ce changement radical. Si la
presse locale de l’époque souligne
effectivement l’énorme popularité
dont le sultan Muhammad jouissait
sur ses terres du Kelantan, elle note
également qu’il s’est montré dès le
début très peu respectueux du protocole. Il adore les sports extrêmes
et les armes à feu. Il aura fallu les
photos de sa liaison avec l’ex-Miss
Moscou, que la presse britannique
s’est fait un plaisir de diffuser sur
les réseaux sociaux, pour ébranler
définitivement le royaume. Oksana
Voevodina, en maillot de bain ou en
petite tenue mauve très suggestive,
avait donc de quoi faire tourner la
tête de ce roi musulman et moderne
pas comme les autres et redevenu
depuis peu simple sultan. g
Karen Lajon
Il a choisi de s’adresser hier aprèsmidi à l’opinion depuis la salle de
réception des diplomates dans la
Maison-Blanche, le signe peut-être
qu’il était prêt à faire preuve de souplesse après vingt-huit jours d’intransigeance. Donald Trump parle
de « courage politique » et de « bon
sens », de sa volonté d’aboutir à un
« compromis » avec les démocrates.
Concrètement, il propose de prolonger pour trois ans la protection
accordée à 800 000 enfants d’immigrés et à 300 000 autres immigrés
­demandeurs d’asile en échange du
vote du financement du mur à la
frontière mexicaine.
Le Daca (Deferred Action for
Childhood Arrivals), dont Donald
Trump propose la prolongation,
est un programme mis en place par
Barack Obama en 2012 et qui vise à
protéger de l’expulsion les enfants
d’immigrés clandestins. À condition
d’être arrivés aux États-Unis avant
l’âge de 16 ans, d’avoir vécu au moins
cinq années sans interruption sur le
sol américain, d’avoir passé le baccalauréat et de ne pas avoir commis de crime. Les bénéficiaires de
ce programme ont été surnommés
« Dreamers », allusion à leur possible
accès au rêve américain de l’intégration. Jusqu’à hier, Donald Trump
considérait le Daca comme une
forme d’amnistie de l’immigration
illégale et il avait fait de son abolition
un axe fort de sa campagne.
Diviser les démocrates
Les démocrates et bon nombre
d’élus républicains partisans d’une
réforme humaine de l’immigration ont toujours considéré que
le maintien du programme Daca
ou une possible naturalisation des
Dreamers n’était pas incompatible
avec un renforcement de la frontière. De là à voter le financement
du mur, estimé à 5,7 milliards de
dollars, afin que le budget puisse
être adopté et que le gouvernement
ouvre de nouveau ses portes après
quatre semaines de shutdown, voilà
qui risque de diviser les démocrates. Nancy Pelosi, présidente
de la Chambre des représentants,
a immédiatement répliqué que la
proposition de Donald Trump était
« nulle et non avenue ». Elle avait
aussi précédemment indiqué qu’il
était hors de question de négocier
quoi que ce soit tant que le gouvernement resterait fermé. « Il s’agit
là clairement d’une proposition qui
n’est pas sérieuse et qui résulte d’un
arrangement en interne à la MaisonBlanche afin d’en finir avec les dégâts
qu’a causés le président, confiait-on
hier au sein de l’état-major démocrate au Congrès. En attendant,
le président détient encore plus de
monde en otage à cause de son Mur. »
Mais il se pourrait aussi que le geste
du président fasse bouger les lignes
chez certains démocrates qui se
battent depuis des années en ­faveur
des Dreamers. g
François Clemenceau
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le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
Actualité International
Autour du monde
Le « gamin » du perchoir qui défie maduro
Juan Guaidó À 35 ans,
cet ingénieur devenu
président de l’Assemblée
nationale vient d’être
reconnu par les ÉtatsUnis et le Brésil comme
le dirigeant « légitime »
du pays. Il appelle à une
grande manifestation
mercredi des opposants
au président du Venezuela
leader de la semaine
CARLOS GARCIA RAWLINS/REUTERS
Trente-cinq ans. C’est
l’âge auquel Hugo Chávez
accédait au pouvoir en
1999. C’est aussi l’âge de
Juan Guaidó, président de
­l ’Assemblée nationale et
figure montante de l’opposition vénézuélienne. Totalement inconnu il y a encore
quelques mois, ce membre
du parti Volonté populaire
(VP) s’est imposé comme le
principal adversaire du chef
de l’État, ­Nicolás Maduro.
Ce dernier joue la carte du
mépris, parlant de Guaidó
comme d’un « gamin qui joue
à la politique ». Mais sa brève
arrestation dimanche dernier montre que le pouvoir
n’est pas aussi serein qu’il le
prétend. Père d’une petite
fille, il s’est engagé en 2007
en participant au mouvement étudiant contre Hugo
Chávez. Membre fondateur
du parti VP en 2009, il en devient l’un des chefs de file.
En 2015, il est élu député.
Aujourd’hui, il réclame le
départ de Maduro « l’usurpateur », qu’il rend responsable de la grave crise économique que traverse le pays.
Selon les prévisions du FMI,
l’inflation pourrait atteindre
les 10 000 000 % cette année.
Fort du soutien des ÉtatsUnis et du Brésil, Guaidó
réussira-t‑il là où les autres
leaders de l’opposition ont
échoué ? Ses proches expliquent qu’il est à même
de rassembler un camp
anti-Maduro très divisé.
Lui dit qu’il a la force des
« survivants », se référant
aux inondations de l’État
de Vargas (Nord) en 1999,
dont il est sorti indemne. g
Antoine Malo
Mexique Au moins
66 personnes ont été tuées hier dans
Signe positif
En Bulgarie,
le parc naturel
échappe au béton
Les écologistes dénonçaient
depuis plusieurs années la
« destruction » en cours du parc
national du Pirin, pourtant classé
à l’Unesco. Mercredi, la Cour
suprême bulgare leur a donné
raison : elle a bloqué un projet
controversé d’agrandissement de
la station de ski de Bansko, la plus
importante des Balkans, au cœur
de cette zone protégée. La Cour
a estimé que les modifications
du plan du parc adoptées en
décembre 2017 « violaient des
dispositions du droit bulgare et
international ». Selon le WWF,
qui avait porté plainte, 48 % des
40 000 hectares du parc national
étaient menacés alors qu’y sont
répertoriées 1 300 espèces
végétales et animales protégées
comme le loup, l’ours brun
et le chamois.
Pologne
Des milliers de Polonais
se sont réunis hier dans la basilique de Gdansk pour un
dernier hommage au maire de la ville assassiné, Pawel
Adamowicz, lors d’une messe retransmise dans tout le pays.
Quelque 3 500 personnes, parmi lesquelles tous les présidents
successifs de la Pologne indépendante, dont Lech Walesa
et Aleksander Kwasniewski, ainsi que le Premier ministre,
Mateusz Morawiecki, et le président du Conseil européen,
Donald Tusk, ami de longue date du défunt maire, ont
participé aux cérémonies funéraires. L’archevêque de Gdansk
a évoqué dans son homélie le discours de haine qui polarise
la classe politique et la société depuis plusieurs années. Il a
appelé « à éliminer définitivement de [l’]espace public [polonais]
le langage de mépris, d’humiliation, de dénigrement et de refus du
respect et de la dignité ». g (Photo : michal Fludra/NurPhoto/AFP)
Nombre estimé d’homicides
chez les moins de 19 ans
pour une population
de 100 000 mineurs
26
Soudan
28,9 Honduras
C’est le nombre de morts depuis le début des
manifestations au Soudan, le 19 décembre,
demandant la démission du président Omar ElBéchir, au pouvoir depuis 1989 et inculpé par
la Cour pénale internationale. Human Rights
Watch et Amnesty International font état
de 40 morts, dont au moins un enfant
et un médecin tués jeudi par
balles.
20,9 Salvador
16,1 Guatemala
10,8 Panama
3
Moyenne mondiale
l’incendie d’un oléoduc, à 100 kilomètres au nord
de Mexico, où une fuite avait attiré des dizaines
d’habitants, venus récupérer du carburant avec
des jerrycans avant d’être emportés par la flamme.
Cet accident survient alors que plusieurs oléoducs
ont été fermés par le gouvernement, qui cherche
à stopper le vol de carburant par des gangs ou des
particuliers, un délit qui a fait perdre 3 milliards
de dollars à l’État en 2017. Le président, Andrés
Manuel López Obrador, a déclaré hier qu’une
enquête était ouverte sous l’autorité du procureur
général.
Somalie L’armée américaine
affirme avoir tué hier 52 membres des shebab
en procédant à une série de frappes aériennes.
Ces raids ont été menés après que les islamistes
radicaux somaliens ont attaqué une base militaire
dans le sud du pays, tuant huit soldats. Chassés de
la capitale Mogadiscio en 2011, les shebab, qui ont
revendiqué une attaque terroriste cette semaine
à Nairobi, au Kenya, ont ensuite perdu l’essentiel
de leurs bastions. Mais ils contrôlent toujours de
vastes zones rurales d’où ils lancent des opérations
de guérilla et des attentats-suicides.
Le fléau des meurtres d’ados
en Amérique centrale
Attendu mercredi au Panama pour les Journées mondiales de la
jeunesse, le pape François se rendra vendredi dans une prison pour
mineurs, le centre Las Garzas de Pacora, pour y prononcer une
homélie. Une visite symbolique, alors que les pays d’Amérique latine
et des Caraïbes enregistrent le plus fort taux d’homicides au monde
chez les moins de 19 ans, soit 12,6 assassinats pour une population
de 100 000 enfants et adolescents, selon un rapport de Save the
Children paru en 2018. Les meurtres sont occasionnés surtout
par les guerres de gangs rivaux. Selon cette étude, quatre pays
d’Amérique centrale figurent parmi les six pays les plus violents au
monde pour les mineurs : le Honduras, le Salvador, le Guatemala et
le Panama, auxquels se joignent le Venezuela et Trinité-et-Tobago.
Source : rapport save the children 2018
Source : rapport Save the Children 2018
Alassane Ouattara doit-il craindre le retour possible de Laurent Gbagbo ?
analyse
On prend les mêmes et on
­recommence ? L’annonce mardi de
l’acquittement de Laurent Gbagbo
par la Cour pénale internationale
a donné des sueurs froides aux acteurs politiques ivoiriens. Certes,
après l’appel du bureau de la procureure, l’ancien président, qui
était poursuivi pour crimes contre
l’humanité, est toujours derrière
les barreaux. Mais si le tribunal de
La Haye confirme début février sa
libération, alors les cartes pour la
présidentielle de Côte d’Ivoire de
2020 pourraient être rebattues. « Il
est possible que les vieux démons ressurgissent », confie un familier du
pouvoir. Ces vieux démons, ce serait
un remake du scrutin de 2010 avec
les mêmes candidats : l’actuel président, ­Alassane Ouattara (77 ans),
contre son prédécesseur, Laurent
Gbagbo (73 ans), avec Henri Konan
Bédié (84 ans) en faiseur de roi. C’est
pourtant cette élection de 2010 qui
avait plongé le pays dans la guerre
civile (3 000 morts) et finalement
conduit à l’arrestation de l’ancien
chef de l’État.
Rivalités ethniques
Bien sûr, la possibilité d’assister à
ce « match retour » reste soumise
à plusieurs conditions : d’abord que
Laurent Gbagbo revienne en Côte
d’Ivoire ; ensuite que la justice de
son pays ne demande pas son arrestation alors qu’il est accusé de crimes
économiques et risque vingt ans de
prison ; enfin que l’ancien président
soit capable de rassembler son parti,
le FPI (Front populaire ivoirien),
déchiré depuis plusieurs années.
Reste que le scénario initial imaginé
par le camp Ouattara était tout autre.
Après deux mandats successifs, le
chef de l’État était, selon son entourage, prêt à passer la main. Déjà, trois
hommes se tenaient prêts à prendre
la suite : le Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, le ministre de
la Défense, Hamed Bakayoko, et
le président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro. Un retour de
Gbagbo dans l’arène viendrait tout
bouleverser : « Dans ce cas de figure,
je ne vois pas comment le président
Ouattara pourrait renoncer à se présenter », affirme l’un de ses proches.
Un retour de Gbagbo pourait aussi
fragiliser la timide réconciliation
nationale. « On assiste à une crispation idéologique », reconnaît le même
proche de Ouattara, qui accuse le
camp de Bédié d’attiser les rivalités ethniques. En octobre dernier,
déjà, les élections locales avaient
donné lieu à des violences. g A.M.
17
le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Actualité Société
Un cyberflic près de chez vous
pourquoi il est très important d’étudier la configuration de l’ordinateur
du suspect, détaille-t-il. Sa méthode
de classement nous renseigne sur son
profil psychologique. On vérifie l’historique des connexions bien sûr, la
présence de logiciel photographique
(il peut produire des images), de réseau peer to peer (pour échanger
avec d’autres pédos), mais aussi le
niveau de protection, de cryptage,
d’anonymisation. »
La simple possession de photos
peut aussi permettre de révéler des
faits plus graves. En épluchant les
kilomètres d’échanges Skype d’un
mis en cause, la PJ d’Angers a relevé
une phrase évoquant le viol d’un
enfant. Le jeune homme a finalement été mis en examen pour avoir
abusé deux de ses petits cousins.
A contrario, les échanges explicites
retrouvés dans l’ordinateur d’un
prêtre collectionneur d’images
pédophiles avec, d’une part, une
assistante maternelle disant masturber ses jeunes pensionnaires et,
d’autre part, un père qui se vantait de violer sa fille, n’étaient que
des fantasmes.
Le brigadier-chef Cyrille Gabillard, du SRPJ d’Angers, vendredi. bernard bisson pour le jdd
angle mort Une
criminalité de masse,
largement sous-estimée
et difficile à combattre,
prospère sur Internet
IMAGES Comme
500 autres investigateurs
spécialisés à travers la
France, ce sous-officier
traque les pédophiles
dans le Far West virtuel
Envoyé spécial
Angers (Maine-et-Loire)
I
l lui arrive encore de
s’énerver contre des collègues qui
ne respectent pas le B. A.-BA. « De
mauvais réflexes », explique-t-il.
Comme ouvrir et consulter un document sur un ordinateur retrouvé
allumé au risque d’en modifier la
date. « Sur une scène de crime classique, on met des gants, dit-il. Sur
une scène cyber, on utilise un bloqueur en écriture. » Cyrille Gabillard
est un des quelque 500 investigateurs (ICC) de la police nationale.
Avec son physique athlétique, le
brigadier-chef de 46 ans n’a rien de
la caricature du « geek » branché
sur le Dark Web en permanence.
Il y a deux ans, il a suivi une
formation de cyberinvestigation.
Aujourd’hui, il travaille au SRPJ
d’Angers, qui couvre quatre départements du Grand Ouest. Pour son
« patron », Lucien Arleri, le gros
dossier « cyber » du moment est
une vaste affaire d’escroquerie à
la vente de diamants sur Internet.
Mais toutes les enquêtes comprennent désormais des investigations poussées sur les différents
supports numériques.
Avec son collègue Mickaël, Cyrille Gabillard, rattaché à la brigade
criminelle, se voit confier tous les
cas liés à la pédopornographie. Il
dispose de l’habilitation cyberpatrouilleur (ou cyberinfiltration),
qui permet de travailler sous
pseudo. « Les résultats sont très
aléatoires », reconnaît le policier,
qui utilise un catalogue de photos d’enfants des deux sexes et
entretient un panel de comptes
junior sur les réseaux sociaux.
« C’est très chronophage, confiet-il, et ça achoppe souvent au moment où il faut brancher la webcam
ou échanger de vive voix. »
Le sous-officier est régulièrement destinataire de dossiers en
provenance de la plateforme nationale de signalement Pharos. « Un
service étranger repère des fichiers
pédo téléchargés par des Français,
résume Cyrille Gabillard. L’information transite par Pharos, qui
redistribue localement. À nous de
matérialiser l’infraction, d’identifier et d’interroger le suspect. » Une
des dernières affaires concernait
un professeur qui s’« amusait » à
détourner d’innocentes photos
de voyages scolaires en clichés
pédophiles, repérés sur un site
de stockage en ligne. Le cyberpatrouilleur a également retrouvé,
à la suite d’une plainte de l’université d’Angers, un étudiant qui
avait placardé une photo de ses
camarades de promotion, assortie
de commentaires sexuels, sur un
site pornographique. Par contre, il
n’a pas pu faire grand-chose pour
la jeune femme qui souhaitait faire
disparaître d’Internet la sextape
que son ex avait mise en ligne
et qui apparaissait déjà sur
5 000 sites différents.
« Est-ce qu’il y a risque de passage à l’acte ? » À chaque garde à
vue pour possession d’images pédopornographiques, cette question
taraude le cyberpolicier. « C’est
« Sur une scène de
crime classique,
on met des gants.
Sur une scène
cyber, on utilise
un bloqueur
en écriture »
Cyrille Gabillard, enquêteur
Il n’est pas toujours évident de
faire parler les données pendant
une garde à vue : la copie d’un
disque dur peut prendre douze
heures ! Cyrille Gabillard se partage le travail avec l’équipe du Service régional de l’informatique et
des traces technologiques (Sritt).
En plus des smartphones et des
ordinateurs, ces techniciens rattachés à la police scientifique sont
de plus en plus souvent chargés de
l’exploitation de consoles de jeux
ou, dernièrement, de celle d’un
drone. En attendant les « téléperquisitions » qui ne manqueront pas
d’arriver avec le développement
des ordinateurs « Shadow », ces
PC dématérialisés et délocalisés
dans le cloud. g
stéphane joahny
Un nouvel outil contre l’e-escroquerie
PIRATAGES Les victimes
vont pouvoir porter plainte
en ligne. Grâce à ce dispositif,
les autorités mesureront mieux
l’ampleur des infractions
Tout commence vendredi dernier par plusieurs appels d’amis
inquiets. Isabelle comprend que
son mail a été piraté et que des escrocs ont pillé son carnet d’adresses
pour solliciter une aide financière
d’urgence auprès de ses contacts.
Un choc pour cette habitante du
Val-de-Marne, qui se transforme
en panique quand le commissariat refuse d’enregistrer sa plainte.
D’ici à la fin de l’année, ce scénario ne devrait plus se reproduire
grâce à la mise en œuvre du projet
Thesee (Traitement harmonisé des
enquêtes et signalements pour les
e-escroqueries).
Accessible depuis le portail
­Service-public.fr, cet outil doit
permettre de déposer plainte en
ligne pour dénoncer une escroquerie commise sur Internet (piratage,
chantage, faux sites de vente, etc.).
Difficiles poursuites en justice
Le dispositif, géré par des enquêteurs spécialisés de la Sous-direction
de lutte contre la cybercriminalité
(SDLC) de la police judiciaire,
devrait aussi permettre de mieux
mesurer une criminalité de masse
aujourd’hui largement sous-estimée
et difficile à combattre. Alors que le
Forum international de la cybersécurité se tient à Lille mardi et
mercredi, François-Xavier Masson, le chef de l’Office central de
lutte contre la criminalité liée aux
technologies de l’information et
de la communication (OCLCTIC),
rappelle que la cybercriminalité est
« particulière » : « La victime habite
sur un continent, l’auteur sur un
deuxième et le serveur utilisé pour
l’escroquerie est installé sur un troisième. » Autre écueil : les parquets
n’engagent pas de poursuite en
deçà d’un certain seuil (de 300 à
1 500 euros de préjudice, selon les
juridictions). Et, prise isolément,
une plainte n’a aucune chance de
prospérer. « Les réquisitions coûtent
parfois plus cher que le préjudice »,
décrypte le commissaire Masson,
qui compte sur les enquêteurs spécialisés du projet Thesee pour, à
force de recoupements et d’analyses, monter des dossiers criminels
en France ou à l’international. g S.J.
18
le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
Actualité Société
Comment l’Élysée a eu peur des pirates
ENVIRONNEMENT En Irlande,
une association attaque
l’État pour l’obliger à mieux
lutter contre le changement
climatique
INTERNET L’adresse Gmail du
chef de l’État figure parmi les
millions de comptes captés
par un hacker. Interrogée par
le JDD, la présidence indique
que sa sécurité a été renforcée
Pour prendre le pouls du pays, Emmanuel Macron continue d’utiliser
son adresse Gmail, qu’il distribuait
à tour de bras, au gré de ses déplacements, lorsqu’il était ministre de
l’Économie. Selon Le Monde, qui a
évoqué ces correspondances mardi,
le Président est « le seul à détenir les
codes d’accès » de ce compte personnel. Est-ce vraiment certain ?
Le chef de l’État peut-il vraiment
nouer, en toute sécurité, un dialogue
numérique avec la société civile via
un service proposé par le géant américain Google ?
Jeudi, on a appris qu’un spécialiste américain en cybersécurité
nommé Troy Hunt avait trouvé, en
fouinant sur Internet, un fichier regroupant 772 millions d’adresses email et 22 millions de mots de passe
correspondant à ces comptes potentiellement corrompus. Hunt a également révélé qu’un hacker vendait
certaines de ces informations pour
moins de 50 euros. Lui, en chevalier blanc du Web, a préféré utiliser
cette base de données pour nourrir
un moteur de recherche vertueux
qui permet à chacun de savoir si son
mail fait partie de la liste à rallonge,
et s’il est donc susceptible d’être (ou
d’avoir été) hacké.
« Le Président utilise une
double authentification »
Quand on cherche l’adresse Gmail
d’Emmanuel Macron sur le site
­Haveibeenpwned.com, qui regroupe
toutes les adresses affectées par cet
incident mais aussi par d’autres
plus anciens, on découvre qu’elle
a bien transité dans des fichiers de
piratage, avec son mot de passe.
Elle faisait même partie d’un sousfichier de plus de 5 000 mails et a été
partagée sur un site permettant le
transfert de données le 25 juin 2017,
Emmanuel Macron en 2017 avec deux iPhone, un smartphone qui peut utiliser la messagerie Gmail. Szilard Koszticsak/EPA/MAXPPP
à 12 h 51 précises. À l’époque, Emmanuel Macron venait d’être élu
président. Rien ne prouve que
son courrier électronique ait été
piraté ni qu’un pirate ait pu utiliser
son mot de passe. Mais il n’est pas
exclu que quelqu’un ait pu accéder aux échanges contenus dans
ses mails. Et, à cause de l’interdépendance entre Gmail et les autres
prestations offertes par Google, on
pourrait échafauder de nombreux
scénarios. L’accès à une adresse et à
un mot de passe peut permettre de
se connecter à plusieurs services :
réseaux sociaux, comptes sur des
services de vente en ligne, comptes
clients d’opérateurs téléphoniques…
Bref, de quoi trouver des renseignements sur la vie privée ou les achats
d’un internaute.
Sollicité par le JDD, l’Élysée indique que la sécurité informatique
du compte Gmail du Président est
bien assurée et que la procédure
a été renforcée : « Le mot de passe
est changé régulièrement et maintenant, le chef de l’État utilise une
double authentification. » En clair :
après avoir entré son mot de passe,
il doit composer un code reçu sur
son téléphone.
Des attaques lancées
par des hackers
Mais ce type de double verrou
peut désormais être contourné
par des pirates. Sans parler d’un
incident comme celui révélé par
Troy Hunt ou d’attaques lancées
par des hackers, il faut savoir que
les développeurs d’applications utilisant Gmail peuvent avoir accès à
nos courriels, ainsi que Google l’a
admis par le passé. Tout comme
certains services secrets. En 2013,
Edward Snowden avait mis au jour
l’existence d’un programme de la
National Security Agency (NSA),
organisme de renseignement américain chargé d’épier les conversations par mail.
Aux États-Unis, pendant la dernière présidentielle, la question
de la sécurité informatique avait
agité le duel Donald Trump/Hillary
Clinton. Cette dernière avait été
visée par une enquête du FBI car
elle avait utilisé un compte privé
quand elle était à la tête du département d’État américain, équivalent du ministère des Affaires
étrangères. À l’Élysée, on se veut
rassurant et on refuse toute comparaison : « Il s’agit d’une adresse
personnelle, elle n’est pas à usage
professionnel. » g
« membre de la présidence », version contredite par l’Élysée.
justice À nouveau mis en
examen vendredi, l’ex-chargé
de mission revient demain
devant les sénateurs. L’enquête
avance, la confusion s’accroît
Alexandre Benalla en septembre. DR
nouveau pour préciser ses déclarations au sujet des fameux passeports. Devant eux, l’ex-chargé
de mission avait indiqué les avoir
laissés dans son bureau au palais
présidentiel. Il a précisé depuis
que les documents lui auraient été
restitués en octobre dernier avec
quelques effets personnels par un
Un « passeport de service » lui
avait aussi été délivré en 2016
S’agissant de leur usage, Benalla
admet s’en être servi pour faciliter ses voyages – « par confort
personnel », déclarait-il au JDD
le 30 décembre. C’est ce qui lui
vaut sa nouvelle mise en examen.
À ce stade, le soupçon d’une utilisation frauduleuse au profit de ses
affaires à l’étranger (il s’est reconverti en consultant privé) semble
écarté, de même que l’accusation
de « faux » portée contre lui par le
directeur du cabinet de Macron,
Patrick Strzoda, au sujet d’une
autre demande de passeport – sur
ces deux sujets, Benalla a été placé
sous le statut de témoin assisté.
Cet épisode des aventures
de l’ex-agent de sécurité met à
nouveau en lumière la confusion qui régnait dans les services
de la présidence, ainsi que leur
­empressement à se tenir à distance de l’encombrant chargé de
État accusé, levez-vous ! Face à l’urgence climatique, citoyens et ONG
utilisent les tribunaux comme des
champs de bataille pour contraindre
leurs gouvernants à agir. Dernière
­illustration, l’action en justice qui
s’ouvre mardi devant la Haute Cour
irlandaise. L’association Friends of
the Irish environment (FIE), à l’origine de la plainte, reproche au gouvernement de Dublin sa politique
de lutte « faible et sans ambition »
contre le réchauffement planétaire.
Ce recours citoyen, appuyé par
un financement participatif et
9 000 soutiens, est une première
dans ce pays qui affiche le troisième
niveau le plus élevé de l’Union
européenne en émissions de carbone par habitant. L’association
FIE demande l’annulation du Plan
national d’atténuation des conséquences du changement climatique,
adopté en 2017, pour le revoir à la
hausse. Celui-ci enfreindrait la loi
irlandaise sur le climat et les obligations en matière de droits de
l’homme de sa Constitution ; ses
objectifs seraient trop faibles au
regard des engagements du pays
dans l’accord de Paris.
« Un rejet du
recours poserait
un vrai problème
démocratique »
Marie Toussaint
(Notre affaire à tous)
mission. Ainsi, le chef de cabinet de Macron, François-Xavier
Lauch, a déclaré aux juges avoir
découvert dès septembre 2018 que
Benalla avait rempli à sa place un
formulaire pour se faire délivrer
un « passeport de service », mais
il n’en aurait alerté son supérieur,
Patrick Strzoda, que tout récemment. Devant la commission sénatoriale, qui l’a entendu mercredi,
Strzoda a assuré l’avoir appris
« à l’automne ». C’est dire en tout
cas que l’Élysée n’a pas saisi la
justice avec autant de célérité
qu’annoncé. Au passage, l’enquête
montre que Benalla détenait, outre
ses deux passeports diplomatiques, un second « passeport de
service », qui lui avait été délivré
en 2016, lorsqu’il était affecté à la
délégation interministérielle pour
l’égalité des chances, soit sous le
gouvernement de Manuel Valls.
Après sa nomination à l’Élysée, ce
document-là non plus ne lui avait
pas été réclamé. g
Conseillée par l’ONG Urgenda,
l’association a obtenu un arrêt historique le 9 octobre devant la cour
d’appel de La Haye, aux Pays-Bas,
à la suite d’une plainte contre le
gouvernement néerlandais déposée en 2015 au nom de 886 citoyens.
Ce tribunal a enjoint à l’État (qui a
fait appel) de mettre en place un
plan pour réduire ses émissions de
GES d’au moins 25 % d’ici à 2020
(par rapport à 1990). Alors que des
actions collectives sont menées
dans une dizaine de pays (Belgique,
­Colombie, États-Unis, Suisse, Nouvelle-Zélande, Norvège…), le cas
irlandais est scruté de près. « Après
un premier refus du juge, commente
Marie Toussaint, présidente de
l’ONG Notre affaire à tous, l’association FIE a trouvé une nouvelle
base juridique pour ce recours. S’il
était jugé irrecevable, ce serait un
vrai problème démocratique. »
En France, la pétition « L’affaire
du siècle », qui dénonce l’inaction
climatique de l’État, a réuni plus
de 2 millions de soutiens depuis
son lancement le 17 décembre
par quatre ONG (Notre affaire à
tous, Oxfam France, Greenpeace
France, Fondation pour la nature
et l’homme). « Nous attendons des
réponses de fond sur les carences
dénoncées et des annonces d’actions concrètes », insiste Marie
­Toussaint. Prochaine étape dans
un mois : le dépôt d’un recours
juridique devant le tribunal administratif de Paris. g
Hervé Gattegno
Juliette Demey
Vivien Vergnaud
Benalla, le feuilleton continue
L’a n c i e n g a r d e d u c o r p s
­d’Emmanuel Macron continue
de se défendre sur trois fronts à la
fois. Mis en examen vendredi soir
par les juges d’instruction Nathalie
Turquey et Pierre Campos pour
avoir continué d’utiliser ses passeports diplomatiques depuis son
limogeage de l’Élysée, Alexandre
Benalla reste poursuivi pour sa
participation à l’interpellation
musclée d’un couple de manifestants, le 1er mai 2018 à Paris. Il est
en outre convoqué demain aprèsmidi par la commission d’enquête
sénatoriale qui l’avait déjà interrogé le 19 septembre.
« Il est décidé à répondre à toutes
les questions, sauf si elles empiètent
sur le champ des investigations judiciaires », indiquait hier son avocate, Jacqueline Laffont. De fait,
les parlementaires l’ont sollicité à
Le réchauffement
en procès
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le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Actualité Société
Le crépuscule des hauts-fourneaux
NOSTALGIE Dans
la vallée de la Fensch,
où le P3 et le P6
viennent de fermer, les
habitants se font peu à
peu à la fin de la « sidé »
Envoyé spécial
Florange (Moselle)
L’hiver a enfin pris ses quartiers en
Lorraine et la monumentale Vierge
qui trône sur les hauteurs d’Hayange
(Moselle) a désormais les pieds dans
le froid et la tête dans le brouillard.
En contrebas, un givre délicat recouvre les branches d’arbres. D’ici,
on domine un paysage industriel
grandiose et misérable, celui de
la vallée de la Fensch. À travers la
brume se dessine la voie ferrée longeant les usines et gazoducs accolés
aux villes de cette bande de terre de
15 kilomètres : Uckange, Florange,
Serémange-Erzange… Mais ce qui
captive le regard, ce sont ces deux
immenses vigies rouillées plantées
à l’entrée du bourg d’Hayange. Les
fameux hauts-fourneaux. Les P3 et
P6, comme on les appelle ici.
Juste avant les fêtes, ArcelorMittal, propriétaire des lieux, a annoncé
lors d’un comité d’entreprise leur
fermeture définitive. « Pour être
honnête, personne ne pensait qu’ils
redémarreraient », confie Lionel
Burriello, délégué CGT de l’usine de
Florange. Il faut dire que le P3 et le
P6, les derniers sur la petite dizaine
que comptait la vallée jusqu’aux
années 1970, avaient été arrêtés et
mis sous cocon il y a presque six
ans. Les réactiver aurait coûté des
dizaines de millions d’euros. Anticipant ce sale cadeau de Noël, les
syndicats avaient dans leur carton
un projet d’aciérie électrique, moins
polluante. Mais le géant indien de la
sidérurgie ne l’a pas retenu.
« C’était un peu nos
cathédrales, notre fierté »
Si la production d’acier liquide
n’a plus d’avenir dans la vallée,
demeurent au moins les souvenirs
d’une industrie, née sous l’impulsion
de la famille Wendel au XIXe siècle,
qui a fait vivre la plupart des familles
pendant des décennies. « À la grande
époque, plus de 15 000 personnes travaillaient dans la sidérurgie, souligne
Serge Jurczak, maire communiste
de Serémange-Erzange et ancien
métallo. Aujourd’hui, ils sont 2 300. »
L’enterrement des hauts-fourneaux
marque aussi la fin de l’ambiance
particulière qui régnait à Hayange :
terminé le ronflement rassurant des
deux vieux monstres de 90 mètres
de haut, envolées les paillettes de
métal qui se répandaient dans les
jardins alentour. « C’était un peu nos
cathédrales, notre fierté », résume
Sébastien Baheux, syndicaliste CGT
de 33 ans chez ArcelorMittal et fils
de « sidé ».
Au Central, le café situé à deux
pas de l’église d’Hayange, plus
grand monde ne partage cette nostalgie. Quelques jeunes habitués
ont les yeux rivés sur les résultats
du PMU tandis que les anciens
tapent le carton. Reste Danielle,
crinière blonde et bouclée, qui se
remémore ses débuts derrière le
comptoir, en 1986 : « C’était bondé
tout le temps, explique-t-elle avec
Les hauts-fourneaux d’Hayange, fin décembre. FRANCIS DEMANGE POUR LE JDD
un enthousiasme retrouvé. À 5 h 30,
les premiers ouvriers passaient avant
l’embauche. » Les verres de rhum, de
poire et de marc étaient déjà alignés
sur le zinc. « Ils n’avaient pas besoin
de commander, on savait ce qu’ils buvaient. » Puis ils se dirigeaient vers
le portier pour démarrer le travail.
Ce chemin, Stéphane, qui sirote
son demi au bar, l’a emprunté pendant des lustres. Voilà trente-quatre
ans qu’il est salarié à Florange. C’est
son père qui l’a fait entrer dans l’entreprise. À l’époque, elle s’appelait
la Sollac. C’est d’ailleurs comme ça
qu’il se présente, Stéphane, « un
Sollac » et pas « un Mittal ». « J’y
arrive pas », s’excuse-t-il. Mais il ne
dit pas de mal du « patron » indien.
« J’ai le dos cassé depuis des années,
soupire-t-il. Des mecs comme moi,
dans d’autres entreprises, auraient été
foutus dehors. Mittal, lui, m’a gardé.
Et puis il a respecté ses engagements
de 2012, quand ils ont arrêté les hautsfourneaux, sur le reclassement des
630 salariés. » Aujourd’hui, Stéphane
s’occupe de la maintenance et de
l’entretien des sites du groupe. Plus
pour très longtemps. À 59 ans, la carrière du supporter du FC Metz est
derrière lui. Et pourtant. « Je gardais
encore l’espoir qu’ils remettent en
marche ces hauts-fourneaux, avoue-
2012
ArcelorMittal annonce
sa décision d’arrêter
les deux hauts-fourneaux
produisant encore
de l’acier brut dans l’usine
de Florange, suscitant
un conflit social et un bras
de fer politique.
t-il. Ça aurait ramené un millier
d’emplois et redonné vie à la vallée. »
Il y a longtemps que Jean-Claude
Rodick s’interdit ces rêves de renouveau. Commencer une vie de métallo
à 14 ans donne sans doute un sens
aigu des réalités. Il a démarré sa
carrière en poussant des wagonnets avant de devenir fondeur. Le
septuagénaire se souvient des températures infernales (1 600 °C), de
la pelle, des sabots, du tablier et des
gants en amiante, des « lingots de
fonte de 100 kilos » qu’il fallait soulever à deux à l’aide de tenailles. « Ça
bossait dur », dit-il dans le salon de sa
maison de Lommerange. Le premier
qui lui a parlé du déclin de la filière,
c’est un ingénieur, au début des années 1970. « Je ne l’avais pas cru »,
souffle-t-il. Une fois passé au bureau
technique, il a compris que le secteur
était condamné. « Que voulez-vous,
c’est une question de rentabilité ! Ici,
on est loin de tout. Ça coûte trop cher
d’acheminer le minerai. » Il a ainsi
connu les premières fermetures de
hauts-fourneaux, les restructurations, les rachats et fusions, les mises
à la retraite anticipée. Lui est parti
en 1994, à seulement 51 ans. Sans
regret, assure-t-il. « En deux jours,
j’étais passé à autre chose. »
Pourtant, Jean-Claude Rodick
Laminoir
Machine qui étire l’acier
en le faisant passer entre
deux cylindres. Par extension,
installation sidérurgique.
À Florange, actuellement,
deux laminoirs (un à chaud,
l’autre à froid) produisent
du métal à haute valeur.
n’a pas oublié l’esprit de solidarité
qui liait les ouvriers. « On passait
quand même huit heures par jour
ensemble », allègue-t-il. L’historien
local Michel Printz rappelle le système mis en place par la famille
Wendel, celui du paternalisme
industriel, où les logements étaient
garantis dans la cité ouvrière, les
loisirs et la santé étaient gratuits :
« Parallèlement, il y avait un respect
très fort de la hiérarchie. »
Aujourd’hui l’avenir s’écrit
au Luxembourg
La crise de la « sidé » a bouleversé
ce monde bien établi. « La description du coin faite dans le dernier
Goncourt * est assez juste : la perte
de repères, le travail vécu comme
une malédiction, le repli sur soi »,
poursuit l’historien. Les ouvriers
se serraient les coudes surtout au
moment des conflits sociaux. Le
dernier grand bras de fer remonte
à l’automne 2012, quand ArcelorMittal a annoncé l’arrêt de la production d’acier liquide. Un moment de
fraternité, selon Sébastien Baheux,
qui tenait un piquet de grève : « Les
commerçants nous apportaient à
manger, les mairies nous aidaient. »
Mais François Hollande, qui, candidat, avait promis beaucoup aux sala-
2 300
Nombre de salariés
qui travaillent en Moselle
sur le site appartenant
au numéro un mondial
de la sidérurgie.
Dans les années 1970,
à la grande époque,
ils étaient environ 15 000.
riés de Florange, finit par abdiquer
devant Mittal. « Cette attitude a provoqué une cassure », affirme le syndicaliste Lionel Burriello. Les liens
sociaux se sont encore distendus.
Des municipalités ont viré de bord.
Aux dernières municipales, Hayange
a élu un maire Front national.
Pour autant, Michel Printz réfute
l’image d’Épinal qui colle à la vallée,
celle d’un coin déprimé et déprimant. Comme lui, beaucoup en ont
assez de cette stigmatisation. Et de
pointer les choses qui marchent,
comme les deux laminoirs, à chaud
et à froid, de Florange, où sont produits des matériaux pour fabriquer
voitures ou boîtes de conserve.
« Des centres d’excellence ultracompétitifs », reconnaît Sébastien
Baheux. ArcelorMittal va y investir
22 millions d’euros cette année.
Surtout, parler de l’industrie n’a
plus vraiment de sens quand le présent des Mosellans s’écrit davantage
de l’autre côté de la frontière, au
Luxembourg. Ils sont 100 000 à
travailler aujourd’hui au GrandDuché.
Pour vraiment passer à autre
chose, certains aimeraient voir les
hauts-fourneaux d’Hayange disparaître du paysage. Ce démantèlement, qui pourrait prendre quatre
ans et coûter 200 millions d’euros
selon les syndicats, devrait incomber
à ArcelorMittal. Que deviendra la
friche ensuite ? Personne ne le sait.
« Il y a un manque d’imagination,
de capacité d’innovation chez les
politiques locaux, regrette l’érudit
Michel Printz. Alors qu’ici nous
sommes pourtant condamnés à avoir
des projets. » g
Antoine Malo
* « Leurs enfants après eux »,
Nicolas Mathieu, Actes Sud.
* 20
le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
Actualité Société
Correspondance
Béthune (Pas-de-Calais)
Un pinceau qui effleure les
joues et le front, les yeux et les
lèvres peu à peu illuminés par le
maquillage. Et une victoire, en
forme de sourire, sur le visage
d’une malade contrainte de fêter
son anniversaire au centre de
chimiothérapie de l’hôpital de
Béthune-Beuvry (Pas-de-Calais).
Depuis huit ans, la bonne fée
au pinceau, Émelyne Cottreel,
exerce la socio-esthétique, une
activité r­ econnue par le ministère de la Santé depuis une
décennie mais qui n’est pas
présente dans tous les établissements. À l’époque, tout juste
trentenaire, cette agente administrative décide de changer
de voie. Pendant un an, elle se
forme aux bases de ce métier, se
« À chaque
fois, c’est une
rencontre avec
une personne
et son histoire »
familiarisant avec les différentes
pathologies, s’ouvrant à la psychologie et à la communication.
Épilations, modelages, soins
de peau. Chaque jour, du centre
de chimio à l’Ehpad public qui
dépend de son hôpital, la « blouse
blanche » réalise des soins adaptés aux besoins des patients. Elle
propose aussi des manucures
thérapeutiques à ceux dont le
cancer est traité par radiothérapie : un vernis opaque empêche
les rayons d’abîmer les ongles.
Émelyne Cottreel connaît
parfaitement les limites de sa
fonction : « La socio-esthétique
s’ajoute à la prise en charge
médicale, ce n’est pas un traitement. » Mais c’est un instrument
précieux qui aide à affronter la
maladie. « Ces moments sont à
la fois agréables et intenses car
le toucher est un sens fort qui fait
entrer dans l’intimité, constatet-elle. À chaque fois, c’est une
rencontre, pas avec une maladie
mais avec une personne et son
histoire. »
Cette proximité fait le sel
de ses journées. Un jour, alors
qu’elle ­massait la main d’une
femme de 70 ans placée sous
sédation profonde, c’est-à-dire
en fin de vie, elle a proposé au
fils de la patiente de s’occuper
de son autre main. « Quelque
chose l’a bouleversé, se rappelle
Émelyne Cottreel. Il a parlé à sa
mère comme si je n’étais pas là.
J’ai continué le soin en me faisant
toute petite. » En sortant de la
chambre, pour remercier l’esthéticienne, l’homme l’a tout simplement prise dans ses bras. g
Adeline Mullet
(étudiante à l’École supérieure
de journalisme de Lille)
Université Des
enseignants craignent
que la hausse des frais
d’inscription décourage
certains doctorants de
venir étudier chez nous
« Le système de recherche est en danger ! » Face à la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers
(hors Union européenne), Thierry
Pauporté, directeur de recherche
CNRS à l’école d’ingénieurs Chimie
ParisTech, pousse un cri d’alarme :
« Dans mon unité, je travaille avec
trois thésards : une Indonésienne et
deux Chinois. Mais demain ? Je pensais recruter un ingénieur algérien
formé en France, mais il ne pourra
pas payer son inscription. » À la rentrée 2019, les doctorants étrangers
– main-d’œuvre essentielle pour
de nombreux labos – devront s’acquitter de 3 770 euros, contre 380 €
aujourd’hui !
Dans un pays qui compte 41 %
d’étrangers parmi ses thésards,
« des pans entiers de la recherche
sont menacés », estime-t-on au
Snesup-FSU, syndicat majoritaire de l’enseignement supérieur. Et parmi ces 24 000 doctorants, près de 80 % ne viennent
pas de l’Union européenne, mais
d’Afrique du Nord, d’Asie-Océanie, d’Afrique subsaharienne. Si
la réforme ne s’applique pas aux
étudiants déjà présents, elle risque
de décourager les candidats. « Je
pensais travailler dur pour payer
mon inscription et mon logement
mais avec ces frais multipliés par
dix, c’est impossible ! », se désole
un jeune Libanais.
Les opposants à la hausse des
frais, qui se sont réunis hier à Paris,
prédisent déjà des conséquences
désastreuses. « On va assister à une
baisse du nombre de publications
scientifiques, car elles s’appuient
souvent sur les travaux des doctorants », avance Ali Fouladkar, le
président de la Fédération nationale des étudiants chercheurs.
« Cela va nuire en matière de rayonnement, ajoute Étienne Girard,
directeur de recherche. Car les
doctorants ne sont pas des atomes
isolés, mais les acteurs des réseaux
nationaux et internationaux des
labos. »
Le nombre de bourses
pourrait augmenter
Certains soulignent le statut particulier de ces étudiants-chercheurs, payés environ 1 400 euros
net par mois. « La hausse des frais
d’inscription équivaut à reverser
deux mois et demi de salaire à leur
employeur », calcule ­Q uentin
­Rodriguez, le président de la
Confédération des jeunes chercheurs (CJC). Qui invite à prendre
exemple sur l’étranger : « Aux
États-Unis et en Grande-Bretagne,
ils ne paient pas d’inscription s’ils
travaillent pour l’université. »
Rien de tel en France. Mais le
gouvernement a promis, parallèlement à la hausse programmée,
d’augmenter le nombre de bourses
(15 000, contre 7 000 aujourd’hui).
« Comparé aux 340 000 étudiants
étrangers accueillis en France, c’est
ridicule ! », réagit Pierre ­Chantelot,
du Snesup-FSU. Autre piste : l’argent donné par l’Agence nationale
Thierry Alba
soutien Grâce à des soins
de beauté, une esthéticienne
en blouse blanche aide
les patients à affronter
la maladie
Les cerveaux
étrangers vont-ils
fuir la France ?
de la recherche (ANR) pourra
désormais financer aussi les frais
d’inscription. « C’est assez risible,
raille le président de la CJC. Vous
savez combien travaillent sur un projet financé par l’ANR ? 609 parmi les
16 000 doctorants en première année,
toutes nationalités confondues, en
2016 ! » Et reporter ces frais sur les
budgets des projets de recherche
n’aidera pas forcément dans la compétition internationale.
Étudiants, professeurs et chercheurs opposés à l’augmentation
annoncée appellent à une large
mobilisation mardi. Huit p
­ résidents
d’université n’appliqueront pas
les nouveaux tarifs. Le ministère
de l’Enseignement supérieur, lui,
n’entend pas reculer mais se dit
« favorable à ce qu’il y ait une large
politique d’exonérations et de bourses,
en particulier pour les doctorants
étrangers ». Un groupe de travail
récemment nommé fera peut-être
des propositions dans ce sens. g
Marie Quenet
Machisme, misogynie et jolies fesses
Ma tasse de café Mi-décembre,
John Foley/Leemage
Une bonne fée
à l’hôpital
une publicité
en noir
et blanc,
déployée
sur plus de
trois étages,
s’affichait sur
le fronton
des Galeries
teresa cremisi Lafayette.
Une femme
sans visage,
de jolies fesses rebondies, une
cambrure affolante, un petit
slip noir en dentelle et, si j’ai
bonne mémoire, des rubans
soyeux. Quelques jours et un
flot de protestations plus tard,
le panneau disparaissait. J’ai
pu lire une partie des messages
adressés au grand magasin et à
l’annonceur. Parfois ironiques,
le plus souvent agressifs,
ils disaient que l’époque de
MeToo n’était plus celle où
l’on pouvait se permettre
d’afficher un derrière de jeune
fille pour vendre des culottes
en faisant plaisir aux hommes
qui passaient par là. Honte à la
misogynie, stop au machisme !
Les deux mots revenant
toujours comme s’ils étaient
synonymes.
Moi aussi, j’ai souvent utilisé
les deux termes sans trop faire
de différence, jusqu’au jour où
un écrivain qui savait de quoi
il parlait, Milan Kundera, m’a
fait remarquer qu’il ne fallait
pas les confondre. J’ai eu droit
à une démonstration, à un
test, aussi précis que drôle. Si
vous êtes un homme et qu’une
femme qui se sent malheureuse
éclate en sanglots, que faitesvous ? Vous êtes exaspéré, vous
tournez les talons et sortez de
la pièce ? Alors, pas de doute,
vous êtes misogyne. Mais si,
devant la même femme en
pleurs, vous êtes envahi par un
irrésistible élan de tendresse
et vous la prenez dans vos bras
pour la consoler ? Eh bien,
vous êtes macho. La misogynie
exprime un agacement, un
mépris uniforme pour LES
femmes, leur petite cervelle,
leurs fragilités, leurs supposées
« hystéries » (c’est pourquoi
il y a des femmes misogynes).
Le machisme, au contraire,
revendique un certain amour
de LA femme, celle qui
comprend ce dont un homme
a besoin, s’occupe de lui avec
douceur, admet et valorise sa
supériorité.
Mi-janvier, on change d’année,
mais on continue sur les mêmes
thèmes. Yann Moix déclare
dans un magazine qu’il ne
fréquente que des femmes
jeunes et ne pourrait pas aimer
des femmes de 50 ans parce qu’à
cet âge avancé elles n’ont plus
un joli corps. Un tollé s’ensuit,
tout le monde se déchaîne.
Le magazine qui a publié
cette opinion – pas vraiment
originale, d’une muflerie
satisfaite – se désolidarise des
propos de son interviewé. On
envoie à Moix des centaines de
messages courroucés et on lui
fait la leçon : « tu ne sais pas ce
que tu rates » ; « les femmes de
50 ans, il n’y a que ça »… On lui
expédie des photos de stars de
Hollywood qui sont de vraies
bombes. Maïtena Biraben lui
dit qu’elle a dans son portable
une photo d’elle en petite tenue
qui le ferait changer d’idée.
Valérie Trierweiler lui poste
une caricature d’elle seins nus.
D’autres déclarent qu’elles aussi
le trouvent moche comme un
pou (en plus d’être imbécile).
Le débat s’embrouille, se
perd dans les méandres de la
misogynie et du machisme
confondus. La surprise, c’est
Colombe Schneck qui diffuse
une photo de ses propres fesses.
Pauvre Moix, voilà une femme
de 52 ans représentée par son
derrière tout rond, presque
enfantin, très mignon !
Je suis un peu perdue…
Peut-être fallait-il mettre
le « selfie-des-fesses » de
Colombe Schneck sur la façade
des Galeries Lafayette ? g
21
le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Actualité Sciences & Innovation
Quand les pubs
montent au ciel
MARKETING Des
satellites événementiels
vont envoyer dans
l’espace des panneaux
d’affichage géants
POLLUTION Leur
multiplication inquiète
les spécialistes qui
s’interrogent sur les
risques de collision
et les nuisances visuelles
Il lui prit la main tendrement. Un
genou à terre. Les yeux humides.
Alors qu’il s’apprêtait à prononcer
les mots tant espérés, une pluie
d’étoiles filantes multicolores vint
illuminer le ciel. « Est-ce que tu veux
m’épouser ? » Un instant magique
facturé cinq millions d’euros. Il ne
s’agit pas de science-fiction mais
d’un projet baptisé Star Canvas sur
lequel les Japonais de la société
Astro Live Experiences travaillent
depuis dix ans.
Son objectif ? Ringardiser les
feux d’artifice avec un ballet de
météores déclenché sur commande.
Une fusée a décollé jeudi pour un
premier test grandeur nature. À
son bord, un minisatellite chargé
de plusieurs centaines de petites
pastilles en métal qui seront éjectées au-dessus de la zone ciblée. En
retombant dans l’atmosphère, elles
vont se consumer, en créant de jolis
panaches lumineux. Le principe est
identique à celui qui conduit à la
formation des étoiles filantes. Un
deuxième lancement est prévu pour
cet été au-dessus de Hiroshima. Six
millions de p
­ ersonnes devraient
être en mesure d’apprécier le spectacle dans une zone de 200 kilomètres de diamètre.
Si tout se passe bien, les shows
commerciaux commenceront dès
l’année prochaine dans le but de
pouvoir frapper un grand coup en
faisant pleuvoir les étoiles lors de
la cérémonie d’ouverture des Jeux
olympiques de Tokyo en 2020.
On annonce des coûts de revient
avoisinant 15 000 euros le météore.
Soit plusieurs millions d’euros
un spectacle avec des centaines
d’étoiles filantes.
Les Japonais ne sont pas les
seuls à vouloir tirer profit du ciel.
StartRocket, une start-up russe,
cherche à installer des panneaux
publicitaires dans l’espace. Elle
compte envoyer des centaines de
microsatellites cubiques en orbite,
qui seront agencés de manière à
pouvoir être utilisés comme des
pixels. L’ensemble ressemblera à un
immense panneau d’affichage LED,
chaque point pouvant être allumé
individuellement en réfléchissant
le soleil grâce à une voile pliable.
Des textes d’une dizaine de
lettres ou des dessins sommaires
seront visibles partout sur le globe,
trois ou quatre fois par jour, pendant six minutes environ, au rythme
du mouvement des satellites. Le
Graal de la publicité ! StartRocket
se veut toutefois ­rassurante. Pour
l’instant, ce projet n’en est qu’à ses
balbutiements. Les entrepreneurs
font la chasse aux investisseurs.
Donc ils vendent du rêve et communiquent à tous crins. Mais si l’on s’en
tient à leur calendrier prévisionnel,
la fabrication du prototype commencera dès le mois d’octobre. Et
il faudra attendre janvier 2021 pour
les premiers tests grandeur nature.
Quant au déploiement, il apparaît
déjà très ambitieux, fixé quelques
mois plus tard, dès juillet 2021.
Même hypothétiques, ces initiatives démontrent l’intérêt grandissant du marketing pour le ciel. Souvenez-vous : il y a un an, quasiment
jour pour jour, une boule à facettes
géante était envoyée en orbite. Le
patron de Rocket Lab, lanceur de la
fusée, l’avait ajoutée au chargement
« pour inspirer l’humanité » et sans
doute se faire un nom sur le marché,
grâce au buzz. Quelques mois plus
tard, un autre patron, le médiatique
Elon Musk, PDG de SpaceX et de
Tesla, larguait dans l’espace un cabriolet avec un astronaute factice
au volant. Un joli coup de pub qui
fit le tour des chaînes d’info.
Depuis, un débat s’est ouvert :
peut-on lancer n’importe quoi dans
« S’il s’agit
juste d’attirer
l’attention,
je dis stop ! »
Frédéric Lassalle, astronome
l’espace, même si cela ne répond à
aucun besoin scientifique ou économique ? Jusqu’ici, rien ne l’interdit.
Pourtant se pose la question de la
pollution lumineuse. Tous ces objets
réfléchissants qui s’accumulent en
orbite perturbent les observations
astronomiques. Les professionnels
ont déjà fui les villes et leur éclairage
nocturne, ils doivent maintenant batailler avec les engins publicitaires.
« J’accepte de c­ omposer avec les
satellites quand ils sont utiles, pour
les communications par exemple,
indique Frédéric Lassalle, astronome, et membre de l’Association
nationale pour la protection du ciel
et de l’environnement nocturnes
(ANPCEN). Mais s’il s’agit juste
d’attirer l’attention, je dis stop ! »
On s’inquiète également de
l’encombrement de l’espace. Pour
l’heure, ces engins visent tous une
orbite basse encore peu fréquentée.
Cela les condamne toutefois à une
longévité de quelques mois à un an
car, à cette altitude, la gravité finit
par les aspirer vers la terre. Mais ce
fonctionnement temporaire obligera à multiplier les lancements,
ce qui augmentera les risques de
collision. Personne n’aimerait
vivre le scénario du film Gravity,
dans lequel des débris spatiaux se
­téléscopent avec un satellite. Surtout pour une opération publicitaire
ou un feu d’artifice. g
Anicet MBIDA
Retrouvez sa chronique du lundi au samedi
à 7 h 25 sur Europe 1
La start-up russe
StartRocket
produira
ses premiers
prototypes
de panneaux
publicitaires
en octobre.
StartRocket
22
le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
Actualité Économie & Business
Bruno Le Maire,
ministre de l’économie
« Comment
nous allons
taxer
les Gafa »
L
e ministre de l’Économie passe à l’offensive sur
le dossier Renault-Nissan. Depuis Bercy, il défend « l’incontournable » alliance RenaultNissan-Mitsubishi et souhaite voir
désigner un successeur à Carlos
Ghosn, maintenu en détention. Le
processus est enclenché mais il
ne sera peut-être pas aussi rapide
qu’il ne l’espère.
Les émissaires de l’État français
rentrent de Tokyo. Avec quels
enseignements ?
Depuis l’arrestation de Carlos
Ghosn, tout ce qui nous anime,
c’est la préservation des intérêts
de Renault et la consolidation de
l’alliance avec Nissan. C’est pourquoi j’ai souhaité qu’une mission
se rende à Tokyo afin d’y rencontrer les autorités japonaises et,
à leur demande, les dirigeants
de Nissan. Ils nous ont confirmé
que le Japon, comme la France,
sont attachés à la préservation
du premier constructeur automobile au monde. Nous avons
toujours dit que si Carlos Ghosn
était durablement empêché de
diriger l’entreprise, il faudrait
mettre en place une nouvelle
gouvernance solide et pérenne.
Nous y sommes. Nous avons
donc demandé une convocation
du conseil d’administration, qui
devrait se tenir dans les prochains jours.
La préservation de l’alliance
Renault-Nissan implique-t-elle
un rééquilibrage actionnarial ?
Non, un rééquilibrage actionnarial, une modification des participations croisées entre Renault
et Nissan n’est pas sur la table.
Nous sommes attachés au bon
fonctionnement de cette alliance
qui fait sa force. Il faut bien mesurer la double révolution technologique à laquelle cette industrie
interview
Fiscalité Taux
et seuils d’imposition :
le titulaire de Bercy
dévoile son plan pour
imposer les entreprises
du numérique
Industrie Il acte le
passage à l’après-Ghosn
à la tête de Renault
et lance un forum
de discussions pour
préparer l’après-diesel
Bruno Le Maire,
vendredi à Bercy.
Lewis Joly pour le JDD
est confrontée, celle des batteries
et du moteur électrique d’une part
et celle des véhicules autonomes
d’autre part. Les constructeurs
qui s’en sortiront seront ceux qui
auront les moyens de financer des
investissements considérables
dans ces deux domaines.
Avez-vous lâché Carlos Ghosn ?
La question n’est pas de le lâcher
ou de le protéger. Le principe
de la présomption d’innocence
doit s’appliquer. C’est la justice
japonaise qui tranchera sur les
charges qui pèsent sur lui. Mais
il y a aussi les intérêts de Renault
et de l’alliance. Une entreprise de
cette envergure a besoin d’une
gouvernance solide et stable.
Savez-vous dans quel état d’esprit
est Carlos Ghosn ?
Notre ambassadeur au Japon a
des contacts réguliers avec lui
dans le cadre de la protection
consulaire. Il est évidemment
tenu informé des décisions que
nous prenons.
Jean-Dominique Senard, l’actuel
président de Michelin, prendra-t-il
la tête de Renault ?
Il revient au conseil d’administration d’étudier les propositions
présentées par le comité des
nomi­nations. L’État actionnaire
se prononcera. Ce que je peux
dire, c’est que Jean-Dominique
Senard a une compétence reconnue dans le secteur automobile.
Chez Michelin, il a démontré sa
capacité à réussir à la tête d’un
grand groupe industriel et il a une
conception sociale de l’entreprise
à laquelle je suis personnellement
attaché.
L’industrie automobile française
est-elle prête à affronter
la fin du diesel ?
C’est un défi considérable. L’accélération technologique est stupéfiante. Mais il ne faut pas que
cela se solde par des fermetures de
sites et par des difficultés pour les
salariés concernés. J’ai donc pris
l’initiative de mettre en place une
enceinte d’échanges entre État,
élus et syndicats qui doit nous permettre de prendre vite les bonnes
décisions. Une première réunion
associera mi-février les présidents
« Renault
a besoin d’une
gouvernance
solide et stable »
de Région, les représentants des
syndicats concernés et l’État. Nous
en avons déjà parlé avec Laurent
Berger et Philippe Martinez. Notre
objectif est d’accompagner cette
transformation pour éviter les
destructions d’emplois et créer
de nouvelles filières.
Mme Vestager va-t-elle bloquer
la fusion d’Alstom et de Siemens ?
Nous le verrons dans les prochaines semaines. Margrethe
Vestager est une commissaire
­r emarquable qui a apporté la
preuve de son courage en imposant
des amendes très significatives à
de très grandes entreprises comme
les géants du digital. Je la verrai à
nouveau demain matin pour discuter de la politique de concurrence
et redire à quel point la France est
attachée à cettre fusion.
Les entreprise ont-elles répondu
aux demandes de la Commission ?
Oui, les conditions sont remplies
pour que cette fusion soit réussie. Nous partageons cette vision
avec mon homologue allemand
Peter Altmaier. La révolution
géopolitique en cours se traduit
par l’émergence de champions
industriels que personne n’avait
vu venir. Dans le ferroviaire, c’est
le cas avec le géant chinois CRRC,
qui dispose d’un marché intérieur gigantesque. Il faut adapter
nos règles de la concurrence du
XXe siècle à la réalité industrielle
du XXIe siècle. Refuser la fusion
entre Alstom et Siemens serait une
erreur économique et une faute
politique.
23
le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Actualité Économie & Business
Vous gardez espoir que cette fusion
sera autorisée ?
C’est l’intérêt de la France et de
l’Allemagne. C’est l’intérêt de
l’Europe. Je veux avoir confiance
dans le sens de l’intérêt général
européen de la Commission européenne.
Avec le grand débat qui vient
de commencer, plus rien ne va
se passer pendant deux mois ?
Pas du tout. À côté du projet de loi
Pacte qui arrive à son terme, nous
continuons à travailler sur les
grandes transformations annoncées
par le président de la République :
la réforme des retraites, l’indemnisation du chômage et la fonction
publique. Avec le débat, nous prenons le temps d’expliquer et surtout
d’écouter les attentes des Français.
C’est un moment essentiel.
Si le gouvernement maintient
son cap politique, à quoi servira
le grand débat ?
Le champ de la discussion est
considérable, comme celui de
nos institutions, de leur fonctionnement, celui des modalités
de consultation. Je pense qu’il
faut ouvrir un droit d’amendement citoyen, qui permettrait aux
Français d’améliorer les textes
en cours de discussion. Idem
pour les référendums d’initiative citoyenne avec certains
« L’objectif n’est
pas d’augmenter
les impôts des uns
ou des autres »
garde-fous. Enfin, nous allons
pouvoir débattre des dépenses
et des impôts. C’est une chance
historique pour les Français de
se prononcer : quelles dépenses
baisser pour réduire la fiscalité ?
Les 20 % de Français les plus
riches vont-ils payer plus d’impôts
demain ?
Nous voulons accélérer la baisse
des impôts, et pour cela il faut
accélérer la baisse des dépenses.
L’objectif principal n’est donc pas
d’augmenter les impôts des uns
ou des autres. Après une hausse
de trois points en dix ans, nous
avons été les premiers à engager
une réduction de la fiscalité. Je
souhaite que nous puissions faire
davantage.
Votre parti a lancé un concours Lépine
des nouvelles mesures fiscales ?
Il y a beaucoup de redistribution
en France et trop d’impôts et de
taxes ; 10 % des contribuables
paient déjà 70 % de l’impôt sur le
revenu. Cela n’interdit pas de se
poser la question de la justice fiscale. Elle est légitime. Mais l’idée
n’est pas d’augmenter les impôts.
Comment comptez-vous taxer des
services numériques et notamment
les géants américains, les Gafa ?
Il s’agit d’un enjeu majeur du
XXIe siècle et d’une question de
justice et d’efficacité. Nous soutenons une proposition européenne
portée par Pierre Moscovici. Il
reste quelques pays hésitants.
Nous avons fait une offre de compromis en décembre avec l’Allemagne et je suis convaincu qu’un
accord est maintenant à portée de
main d’ici à la fin mars. À quelques
mois des élections européennes,
nos citoyens ne comprendraient
pas que nous renoncions.
D’ici là, allez-vous proposer
une taxe nationale ?
Oui. Nous travaillons à une taxe appliquée dès cette année qui touchera
toutes les entreprises qui proposent
des services numériques représentant un chiffre d’affaires supérieur
à 750 millions d’euros au niveau
mondial et 25 millions d’euros en
France. Si ces deux critères ne
sont pas réunis, elles ne seront pas
imposées. La taxe sera applicable à
compter du 1er janvier 2019, et son
taux sera modulé en fonction du
chiffre d’affaires avec un maximum
de 5 %. Elle devrait rapporter environ 500 millions d’euros.
Comment allez-vous procéder
pour faire voter cette taxe ?
Nous présenterons un projet de loi
spécifique en Conseil des ministres
d’ici à fin février qui sera rapidement soumis au vote du Parlement.
Qu’allez-vous entreprendre
pour lutter contre l’évasion fiscale
des grands groupes ?
Nous allons mener un combat
décisif pour réviser les règles fiscales internationales applicables
aux multinationales, notamment
avec l’adoption d’une fiscalité minimale dans le cadre du G7. Objectif :
aller chercher l’argent qui va là où
il ne devrait pas aller, dans le but
d’échapper à l’impôt. C’est-à-dire
en partant vers les paradis fiscaux et
les pays qui pratiquent le dumping
fiscal. Ce sera un outil puissant de
lutte contre l’évasion fiscale.
Serez-vous demain à Versailles
pour accueillir les investisseurs
étrangers à la deuxième édition
du sommet « Choose France » ?
J’y serai pour défendre l’attractivité de notre pays. En 2017, nous
avons accueilli 1 300 investissements étrangers, qui représentent
34 000 emplois créés ou maintenus. C’est le meilleur résul­tat
­jamais enregistré. Et il sera similaire en 2018. Preuve que les effets
de nos réformes et de nos choix
fiscaux sont déjà là. Mais nous
­d evrions pouvoir faire encore
mieux grâce aux mesures récentes
que nous avons mises en place.
Nous allons notamment mettre
l’accent sur les investissements
industriels dans nos territoires.
Malgré deux mois de crise
des Gilets jaunes ?
La crise que nous venons de traverser sera un élément du rebond
français. Il faut entendre le besoin
de justice, de transparence, de
­dignité et tout simplement de
vivre, qui s’est exprimé.
Qu’attendez-vous des Rendez-Vous
de Bercy mardi prochain, ouverts
par Melinda Gates ?
Cet événement doit nourrir notre
réflexion sur les moyens de réduire
les inégalités les plus criantes. Cela
passe par l’engagement des entreprises en faveur de pratiques plus
équitables et durables. Je pense en
particulier à nos banques, qui se
sont engagées à orienter plus de
dépôts vers les énergies renouvelables. Je partage l’avis de Christine
Lagarde sur les inégalités. Elles
sont moralement inacceptables
et économiquement stupides. g
Propos recueillis
par Bruna Basini, Rémy Dessarts
et Christine Ollivier
L’épouse de Carlos Ghosn
appelle Macron à l’aide
SUPPLIQUE Dans une
lettre au Président, elle
réclame pour le PDG
de Renault la garantie
d’un procès équitable
La lettre a été remise à l’Élysée par
Carole Ghosn, le 10 janvier. L’épouse
du président de Renault, en garde à
vue au Japon depuis le 19 novembre,
s’y adresse au président de la République, Emmanuel Macron. Très
préoccupée par la situation de son
mari, elle demande au chef de l’État
de « s’assurer de la détermination de
la République française à garantir à
ses ressortissants le droit à un procès
équitable ». Dans un court message,
cette femme de 52 ans d’origine
libanaise, comme son mari, évoque
aussi le respect du droit, en rappelant que le Japon est signataire d’un
accord international qui l’engage.
Et rappelle entre les lignes que le
temps presse. Hier, C
­ arole Ghosn
n’avait pas encore reçu de réponse
d’Emmanuel Macron.
La femme du désormais ex-président de l’Alliance Renault-Nissan
avait déjà écrit un premier courrier de neuf pages à l’ONG Human
Rights Watch pour dénoncer les
conditions de détention de Carlos
Ghosn. Il est incarcéré dans une
cellule éclairée 24 heures sur 24
Le couple Ghosn à Paris le 15 octobre 2018. Erez Lichtfeld/SIPA
et n’a pas accès à son traitement
médical quotidien. « Pendant des
heures, chaque jour, les inspecteurs l’interrogent, l’intimident,
le sermonnent et l’admonestent,
dans l’intention de lui extirper
une confession », précisait-elle
également.
Toujours détenu, Carlos Ghosn
n’est pas parvenu à convaincre les
juges de le remettre en liberté sous
caution. Il avait fait appel d’un
premier refus, mais le tribunal
de Tokyo a confirmé son maintien en détention, jeudi 17 janvier.
À l’appui de sa décision, la justice a
avancé le risque de fuite à l’étranger et celui de la destruction ou
de la dissimulation de preuves.
Son avocat japonais a engagé un
recours devant la Cour suprême
du pays. L’industriel devrait
­d ésormais rester en prison au
moins jusqu’au 10 mars. g
Pascal Ceaux
Attac épingle une nouvelle fois
les entreprises du CAC 40
Rapport L’association
altermondialiste reproche aux
grands groupes français de
privilégier leurs actionnaires
Alors que tout le gratin de l’économie mondiale se réunit au forum
de Davos mardi, l’organisation
altermondialiste Attac publie sa
dernière étude sur les grandes
entreprises françaises, dont le
JDD dévoile les conclusions. Selon
l’association, elles auraient « un
impact désastreux pour la société
95
ans
C’est en moyenne le temps
qu’il faudrait à un employé
pour empocher le salaire
annuel de son patron
44%
C’est la hausse
des dividendes
entre 2010 et 2017
et la planète ». Le ton est donné.
Répartition des bénéfices, fiscalité
et impact environnemental, Attac
passe au crible les rapports annuels
des plus importantes capitalisations
boursières sur les huit dernières
années. « Il faut arrêter les beaux
discours, s’exaspère Dominique Plihon, coordinateur du rapport. Les
salariés et l’emploi sont sacrifiés. »
Premier constat, les effectifs
des sociétés du CAC 40 en France
auraient chuté de près de 20 %
entre 2010 et 2017, quand leurs
bénéfices cumulés, eux, auraient
augmenté de 9,3 %. Un exemple
éloquent chez Michelin, selon
Attac, où le chiffre d’affaires est
en hausse de 22 % tandis que les
effectifs en France ont baissé dans
les mêmes proportions.
Les grands groupes payent
de moins en moins d’impôts
Autre grief : les salaires des dirigeants, qui ont progressé selon Attac
de 32 % entre 2010 et 2017 pendant
que le salaire moyen n’augmentait
que de 22 %. « Les inégalités sont
plus fortes que jamais », souligne le
spécialiste en économie financière.
En 2017, les PDG du CAC 40 ont
gagné en moyenne 257 fois le smic
sur l’année ! Autre chiffre parlant,
il faudrait en moyenne quatrevingt-quinze ans à un employé pour
empocher le salaire annuel de son
patron. Mais les vrais gagnants sont
les actionnaires. En hausse de 44 %
entre 2010 et 2017, les dividendes
ont atteint 57,4 milliards d’euros.
Dans le même temps l’investisse-
ment (6,1 % du chiffre d’affaires)
régresse : il a atteint son niveau le
plus bas depuis 2007 (7,7 %).
Et pourtant, dans le même temps,
Attac pointe que les grands groupes
paient de moins en moins d’impôts. Ceux-ci déclaraient en 2017
s’être acquittés d’un peu plus de
30 milliards d’euros d’impôt sur
les sociétés dans le monde. C’est
6,4 % de moins par rapport à 2010.
L’association accuse les entreprises
d’abuser de techniques d’évitement
fiscal. Le rapport décerne le prix de
« champions de l’évasion fiscale »
aux entreprises du CAC 40. Elles
détiendraient 15 % de leurs filiales,
soit quelque 2 500 sociétés, seraient
implantées dans des paradis fiscaux.
Mais c’est sur le climat qu’Attac
livre son plus grand combat. Sur
les 40 plus grosses capitalisations boursières, 22 déclarent des
émissions de gaz à effet de serre
en hausse entre 2016 et 2017. « Plusieurs d’entre elles étaient pourtant
des sponsors de la COP21 ! », se
souvient Dominique Plihon. Les
banques françaises en particulier
sont dans le viseur de l’organisation. Elles consacraient en 2017 près
de 70 % de leurs financements aux
énergies fossiles, contre 20 % aux
renouvelables. En tête, BNP Paribas, la Société générale et le Crédit
agricole. « Certes, il y a des progrès
dans les renouvelables par rapport à
2010, reconnaît l’économiste. Mais
ils sont insuffisants. » g
Romane Lizée
*
24
le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
Actualité Économie & Business
• À l’affiche
• Le chiffre
Un nouveau média pour la Bourse
lejdd.fr
RetrouveZ
toute l’Actu
sur notre site
Les professionnels des marchés pourront à compter
du 24 janvier se connecter au site 1724.info et découvrir un tout nouveau magazine vidéo (au format douze
minutes) sur les coulisses de la Bourse. Uniquement
diffusé sur Internet et les réseaux sociaux, leur magazine s’articulera autour des rubriques À la une, CAC
en stock, Les financiers ont des valeurs, et Long terme.
Ses concepteurs, les journalistes économiques MarieAnne Garigue (fondatrice de l’agence Mag & Co) et
François Kermoal (à la tête de l’agence Steve & Cie)
animeront ce magazine mensuel avec une vision
décalée du secteur. Le nom du média est un clin d’œil
à l’année de la création de la Bourse de Paris. B.B.
• Coulisses
20
C’est le faible pourcentage d’Européens
de l’Ouest qui pensent qu’il est possible
de naître pauvre et de devenir riche
dans leur pays. Ce chiffre monte à 34 % seulement
aux États-Unis, pays du rêve entrepreneurial. Ces
données sont extraites d’un sondage réalisé auprès
de 10 000 personnes dans le monde par la société
d’etudes Qualtrics pour le compte du Forum économique mondial de Davos, qui débute mardi. Les
autres résultats font apparaître un fort consensus en
faveur de la coopération multilatérale entre pays (76 %
d’opinions positives) et une appréciation majoritairement positive du rôle des migrants (57 % le jugent
globalement bon). R.D.
Philippe Berthaux
dans sa boutique-atelier, à Paris.
BERNARD BISSON POUR LE JDD
Vingt ans après sa reprise en main,
le PDG a décidé de montrer ses
collections – déjà disponibles aux
Galeries Lafayette et au Bon Marché.
Responsable de la distribution, sa
fille Noémie gère les quatre magasins Empreinte, dont un à Paris et un
à Londres. Les clientes y sont reçues
sur rendez-vous ou sans. « Nous
leur proposons des modèles parfaitement ajustés ainsi que des bijoux
ou broderies pour les personnaliser »,
indique la jeune femme. Compter
entre 100 et 180 euros pièce et autour de 200 euros pour une parure.
Empreinte se positionne premium.
Ses best-sellers, le ­Melody, un soutien-gorge moulé, et le ­Spacer, de la
collection Cassiopé, ont fait craquer
l’actrice américaine Halle Berry. La
marque profite surtout du changement de morphologie des femmes,
au premier chef au Royaume-Uni où
les bonnets F, G et H se banalisent.
« Sous l’effet de l’alimentation et des
hormones, les poitrines grossissent
depuis les années 1980 », souligne
l’entrepreneur.
Empreinte,
une affaire
de gros bonnets
Lingerie La PME
brestoise exporte 70 %
de sa production destinée
aux poitrines généreuses
Philippe Berthaux n’a pas son
pareil pour deviner la taille d’une
poitrine dissimulée derrière un
pull. Un jugement au bonnet et au
tour de dos ; les deux marqueurs
clés pour enfiler le bon soutiengorge. « Une passion pour le vêtement le plus esthétique du vestiaire
féminin », justifie-t-il. Ce soir, ses
modèles pour gorges opulentes
défileront avec ceux de 13 autres
grands noms devant un parterre
d’acheteurs réunis à Paris pour le
Salon international de la lingerie.
L’entrepreneur est tombé dans
le textile par la face collants, chez
Well, en 1984. Une quinzaine d’an-
nées plus tard, l’ancien manager
décide de racheter la marque de
bonneterie Empreinte avec un associé. Créée en 1946 à Brest par Jean
Le Her, l’entreprise se fait connaître
avec des soutiens-gorge allant du
bonnet C au H. En 1968, elle survit
aux féministes appelant à brûler
ces symboles d’oppression bourgeoise, grâce à une ligne de maillots
de bain. Elle négocie ensuite le passage d’une clientèle rurale à une
consommatrice citadine. Et elle se
fait une place aux côtés de Triumph,
Playtex ou du belge Prima Donna.
« Notre signature visuelle, c’est une
armature plus fermée pour projeter
les seins en arrondi », décrit Philippe
Berthaux. Autre signe particulier :
des bonnets sans couture qui ne
marquent pas et des matières rigides
pour le maintien.
« Nous voulons
faire le meilleur
soutien-gorge du
monde… et tant
pis si nous devons
rester petits ! »
La société, elle, est restée svelte,
passant de 200 à 120 salariés.
­Philippe Berthaux a cédé l’usine
de Mâcon, qui employait une
­cinquantaine d’employés, et la pyramide des âges a fait le reste. Toutes
les fonctions sont c­ oncentrées à
Brest. En revanche, Empreinte a
confié la fabrication et l’assemblage
à des sous-traitants au Maroc et en
Tunisie. Avec un chiffre d’affaires de
20 millions d’euros, la société réalise 70 % de ses ventes à l’étranger,
avec l’Amérique du Nord pour premier marché. « Nous voulons faire le
meilleur soutien-gorge du monde… et
tant pis si nous devons rester petits ! »
appuie Philippe Berthaux, qui se
dit recherché en France pour sa
différence, et en Chine pour sa
technologie. En attendant de trouver la martingale pour habiller les
300 millions de clientes potentielles
de l’empire du Milieu. g
Bruna Basini
Sequana : les ennuis continuent
Dépôt de bilan pour la dernière usine du spécialiste
du billet de banque, Arjowiggins Security. Cette
manufacture située à Crèvecoeur (Seine-et-Marne)
avait été vendue à prix négatif au printemps 2018 au
suisse Blue Motion par le groupe français Sequana.
Ce dernier, qui avait déjà cédé un établissement
aux Pays-Bas en 2017, finalisait ainsi sa sortie de
cette activité lourdement déficitaire. Mais, avec la
cessation de paiement, une période trouble s’ouvre
et pourrait toucher le vendeur Sequana, déjà en
sauvegarde. À terme, le papetier espère se désengager totalement de la production industrielle pour
recentrer ses activités sur la distribution. R.L.
Ce que pensent les
millennials au pouvoir
Management Comment
raisonnent les start-uppers
et jeunes managers ?
L’Observatoire de la
gouvernance et des hauts
dirigeants livre ses analyses
en avant-première au JDD
« Reine entre 0 et 4 heures du matin
apprend le russe au gré de bandes
VHS élimées […]. Pour le plaisir ?
Pour plus tard, pour se faire remarquer exactement, avoir du travail
quand on en donnera plus. Les
parents de Reine sont catégoriques,
plus tard, ce sera la guerre, l’envol du
prix du baril, la moitié de la France
dans la rue. » Tiré du dernier roman
de Maria Pourchet (Les Impatients,
Gallimard), qui vient de paraître,
cet extrait met en scène les affres
et ambitions des jeunes dirigeants
issus de la génération Y, les fameux
millennials. Pour une fois, le dernier
rapport de l’Observatoire des gouvernances et des hauts dirigeants créé
par la recruteuse Brigitte Lemercier
prend la forme d’une « fiction documentaire ». « Les spécificités identitaires de la trentaine de membres de ce
groupe d’âge – les 40-30 ans – étaient
telles qu’un autre traitement aurait
écrasé leurs personnalités et leurs
signaux faibles », justifie la romancière et s­ ociologue. C’est donc autour
de Reine, héroïne au caractère bien
trempé, que gravitent ces talents
prêts à tout. « Cette enquête répond
notamment au besoin de comprendre
les managers de cette génération et de
donner des clés aux dirigeants qui les
recrutent et ont souvent du mal à les
retenir », poursuit Brigitte Lemercier,
du cabinet de recrutement de hauts
dirigeants NB Lemercier.
Brûler les étapes
et recommencer
Issue de leur génération, l’enquêtrice
dit avoir découvert un groupe viscéralement impatient. « Ils partagent
l’idée qu’il faut lever les freins et les
conditionnements », souligne-t-elle.
Cet empressement va jusqu’à antagoniser les relations entre eux, les
quadras, nés dans les années 1970, se
vivant comme une ­génération relais
avec une espérance de pouvoir de
dix ans, déjà poussée vers la sortie
par les Y trentenaires. Conditionnés par une technologie qui produit
interconnexion en continu et ubiquité visuelle, ils sont adeptes des
cycles courts et n’ont pas de patience
pour les phases de croissance. Une
carrière est faite de progressions
expresses ou de ruptures.
Réussir pour vibrer,
échouer pour progresser
Leurs aînés gravissaient les paliers
par envie de dépassement social. Pas
eux. C’est la peur de l’ennui et l’envie
de jouer, de vibrer, qui les animent.
« Je n’ai jamais autant entendu le mot
“kiffer” que durant ces entretiens »,
réagit Maria ­Pourchet. Ils aiment
monter un truc, en espèrent un succès mais tant pis si cela se termine
en échec. » La quête d’expériences
conditionne les t­ rajectoires des startuppers comme des jeunes dirigeants
en entreprise. Sans surprise, leur
héros patronal reste le plus rebelle
des entrepreneurs de la Silicon Valley, Steve Jobs, fondateur de Apple.
Déjouer les codes
et faire de l’argent
Peu impressionnés par les figures
patronales, ils ont du mal à se conformer aux codes du pouvoir. « J’ai eu
l’impression qu’ils ne veulent s’embarrasser de rien, avance Brigitte Lemercier. Leur envie de liberté prime sur
tout. » Ils imposent leur langage, leur
code vestimentaire et leur protocole.
­Fini les réunions interminables. Les
réflexions collégiales commencent
dans les bureaux et se terminent sur
WhatsApp. Faire de l’argent rapidement est identitaire, surtout pour les
trentenaires. La réussite matérielle
devient le moyen pour s’autoriser
une autre vie, un nouveau départ
ou un autre pays. « Ils en parlent
sans pudeur comme de l’air que l’on
respire », ponctue Maria Pourchet.
Cultiver l’ego
et la transparence
Produits de sociétés hédonistes et
individualistes, élevés au selfies
et sur Instagram, ils affichent un
ego et un narcisse en pleine forme.
« Contrairement à leurs aînés, ils ont
conscience de leur rareté et ne sont pas
prêts à subir, pointe la romancière.
Pour les garder, il faut les faire travailler en mode projet. » Et ils refusent les
shows qui s’inspirent de la liturgie
des politiques. « Pour eux, l’exemplarité se confond avec la transparence
d’autant plus qu’elle fait gagner du
temps », analyse-t-elle. Dans le même
esprit, ils abordent la complexité de
leurs tâches comme « un biotope à
absorber » et privilégient le partage
et la collégialité dans l’exercice du
pouvoir pour être plus efficaces.
Mais, pragmatiques, ils se soucient
de mettre à jour leurs compétences
pour… durer. g B.B.
25
le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Actualité Économie & Business
Garnier rejoint
la crème du bio
Cosmétiques La marque
du groupe L’Oréal lance 11 soins
de la peau composés à plus
de 95 % d’ingrédients naturels
La version 2.0 du burger sans vraie viande d’Impossible Foods est arrivée cette semaine dans des restaurants américains. Robyn Beck/AFP
Comment la high-tech se
glisse dans le steak haché
INNOVATION La viande
élaborée en laboratoire
par Impossible Foods a
reçu les plus importants
prix du CES de Las Vegas.
Nous l’avons goûtée
Envoyé spécial
Las Vegas (États-Unis)
Nous sommes sur un parking du CES
de Las Vegas, la semaine dernière.
Qu’y a-t-il au bout de la longue file
d’attente ? Le futur taxi volant ? La
nouvelle télé ­enroulable ? Le robot
pongiste ? Non, ce que des dizaines
de personnes veulent tester, c’est
le burger 2.0 dévoilé par la société
américaine Impossible Foods. Un
sandwich qui a remporté les plus
prestigieux prix du grand salon de
l’électronique mondial : produit le
plus inattendu, le plus impactant
et m
­ eilleure innovation parmi
les meilleures. « Nous avons servi
12 000 burgers », confie Rachel Konrad, responsable communication de
la marque, qui se dit « soufflée » par
« l’unanimité positive » des testeurs.
La particularité de ce sandwich
très remarqué : le steak haché, réalisé
à base de plantes, ne comporte ni
hormone animale, ni antibiotique, ni
gluten. Certifié halal et casher, il se
targue de contenir, pour une portion
de 113 grammes, « 0 milligramme de
cholestérol, 14 grammes de matières
grasses totales et 240 calories, contre
respectivement 80 milligrammes,
23 grammes et 290 calories » dans
un steak haché de bœuf traditionnel
de même poids. Les deux apportent
autant de fer et de protéines.
Place à la dégustation ! L’odorat :
du food truck d’Impossible Foods
s’échappe un fumet de (vraie) viande
grillée. La vue : le steak haché 2.0 est
saignant, les morceaux se détachent
bien. Le toucher : ni élastique, ni dur,
tendre. L’ouïe : « hum », « ah, quand
même », « bluffant »… Les cobayes
semblent unanimes. Le goût enfin :
le steak 2.0 a celui, fondant et juteux,
d’une viande classique. Pour qui
ne le saurait pas, la copie vaudrait
l’original. Mais dans sa version cuite
seulement.
Afin de réussir ce pari, les chercheurs d’Impossible Foods ont observé le comportement de la viande
au niveau chimique. Et se sont rendu
compte que « c’est la molécule d’hème
qui donne aux plats leur goût et leur
texture », explique David Lipman, le
responsable scientifique. L’hémoglobine de légumineuse étant très présente dans les plantes, l’entreprise a
­synthétisé en quantité ­industrielle
cette protéine extraite des racines de
soja. Complètent la recette : konjac
et gomme de xanthan pour la forme,
huile de noix de coco et de tournesol
pour les graisses, méthylcellulose
pour le liant…
Après les états-Unis et l’Asie,
il débarquera en Europe
La recherche a commencé en 2011
à la création d’Impossible Foods par
le Dr Patrick O. Brown, p
­ rofesseur
de biochimie reconnu à Stanford.
L’entreprise a levé 450 millions
de dollars à l’époque (396 millions
d’euros) et Bill Gates, Google ou UBS
comptent parmi ses investisseurs.
Établie à Redwood City en Californie, Impossible Foods emploie
300 salariés. Son usine peut produire
chaque mois 900 tonnes de viande
100 % végétale.
Déjà présent sur le marché américain et asiatique avec la version 1.0
lancée en 2016 (mais moins convaincante), l’entreprise a accéléré cette
semaine. Deux cents restaurants et
chaînes de fast-food outre-Atlantique proposent déjà le nouveau
produit ; parmi eux Umami, une
des meilleures enseignes du burger américain, qui a mis au menu
le végan au même prix que l’animal. « Après l’Asie, nous investirons
évidemment l’Europe », annonce
Rachel Konrad. Pour la France, ce
ne sera pas avant plusieurs années,
et sans doute dans une version 3.0.
En attendant, en 2019, ce steak
haché arrivera également dans des
épiceries américaines, et le PDG,
Pat Brown, vient d’annoncer, dans
une interview à The Spoon, se lancer
dans la conception d’une pièce de
bœuf non haché : « Si nous pouvons
faire un steak de classe mondiale incroyablement ­délicieux, cela aura une
énorme valeur s­ ymbolique. » Autres
cibles de l’entreprise pour les vingt
ans à venir : la volaille, le porc ou
le poisson…
Contenant allergènes et OGM,
la recette est critiquée
Car la « mission » affichée par Impossible Foods est de… « sauver la
viande et la Teerre ». Selon l’entreprise, par rapport au boeuf d’élevage,
son burger 2.0 génère 87 % de gaz à
effet de serre en moins, consomme
75 % d’eau en moins, et nécessite
environ 95 % de terrain. ­Désormais,
l’hème n’est plus récoltée à partir des
racines de soja mais produite par
fermentation. Des manipulations qui
attirent les foudres notamment des
anti-OGM. « Oui, nous fabriquons génétiquement de la levure pour réaliser
l’hème », reconnaît la société, qui se
dit « fière » et « transparente » sur le
sujet : « Ce procédé nous permet de le
produire à grande échelle avec le plus
faible impact possible sur l’environnement ». Et sans danger pour la santé,
selon elle. Bien qu’Impossible Foods
affiche ses certificats de conformité
aux réglementations américaines,
d’autres détracteurs alertent sur le
caractère potentiellement allergène
de cette viande sans viande. « Nous
ne cachons pas que le soja est un allergène », se défend encore l’entreprise.
À l’image du « lundi sans viande »
lancé le 7 janvier par 500 scientifiques et personnalités et des réactions passionnées que l’initiative
suscite, la question de la consommation carnée reste explosive. Mais
entre les végans et les viandards
(d’un jour ou de toujours), il faudra peut-être ajouter une troisième
famille, les viandards végans. g
Cyril Petit
Les géants de la beauté se
­convertissent au bio. Garnier, l’une
des marques historiques du groupe
L’Oréal, lance en France et dans toute
l’Europe de l’Ouest une gamme complète de 11 soins de la peau respectant
tous les critères exigés pour obtenir
le précieux label. « Nous allons même
plus loin, explique ­Delphine Viguier,
­directrice générale de la marque. Nos
soins atteignent un taux de naturalité
supérieur à 95 %. Et nos produits sont
également végans. Nous allons jusqu’à
surveiller la nature des colles utilisées
sur les étiquettes des emballages. »
Pour Garnier, il s’agit du plus gros
lancement de l’année. La campagne,
réalisée par Publicis Conseil, est
­visible à la télévision, dans la presse
et sur les réseaux d’affichage. Avec
une large place réservée au numérique qui représente 35 % de l’investissement marketing. « Les femmes
sont à la recherche d’informations sur
les produits qu’elles achètent, explique
Delphine Viguier. Nous avons dû
produire une énorme quantité de
matériel éditorial pour répondre à
ces attentes. » Ces contenus sont
accessibles sur le site de la marque
mais sont aussi partagés avec les
acteurs de l’e-commerce sur ­lesquels
la gamme est référencée. Quel est
le montant de cette campagne ?
Chez L’Oréal, on ne donne jamais
ce type d’information. « Il ne s’agit
pas d’une opération confidentielle,
assume la dirigeante de Garnier. Ce
que je veux, c’est un succès de long
terme. Dans un premier temps, nous
visons une part de marché située entre
5 et 10 % sur le segment des soins de
la peau. » La dirigeante de la marque
sait que la conversion au bio est incontournable. « À la fin, il n’y aura
plus que des produits naturels bio,
pronostique-t-elle. Pour la planète,
il n’y a pas de plan B. » Les consommatrices semblent conquises. Selon
une enquête de l’Ifop pour Nuoobox.
com réalisée au début de l’automne,
58 % des Françaises déclarent avoir
acheté des produits cosmétiques ou
d’hygiène contenant des ingrédients
biologiques ou naturels en 2017.
Pour répondre à la demande,
­Garnier peut s’appuyer sur trois
usines du groupe L’Oréal certifiées
bio, à côté de Paris, à Karlsruhe en Allemagne et à Varsovie en ­Pologne, où
l’essentiel de la nouvelle gamme de
soins de la peau est fabriqué dans
un premier temps. « C’est une nouvelle étape pour la marque, se félicite
Delphine Viguier. Cela va finir de
transformer son image auprès des
femmes. Les consommatrices savent
que, désormais, elle est implantée dans
le naturel. » Son prochain objectif est
« Les femmes sont
à la recherche
d’informations
sur les produits
qu’elles achètent »
Delphine Viguier,
directrice générale
de s’attaquer au marché des shampooings, un pilier de Garnier. « On
a encore un peu de boulot, reconnaît
Viguier. Il nous faudra plus d’un an
pour mettre des shampooings bio sur
le marché. »
Garnier doit faire vite, la concurrence s’agite. En janvier, l’allemand
Henkel (Fa, Diadermine) lance
également sa première marque
100 % bio baptisée NAE (Naturale
Antica Erboristeria). Elle propose
pas moins de 25 références dans
les gels douche, les savons liquides
ou les déodorants. Dans la beauté,
la bataille du bio a commencé. g
Rémy Dessarts
*
RADIO
13,4 %, PLUS FORTE PART D’AUDIENCE JAMAIS ATTEINTE PAR UNE RADIO
6.523 MILLIONS AUDITEURS PAR JOUR, LEADER EN AC MILLIERS
2H29 DE DEA, LEADER EN DURÉE D’ÉCOUTE
28
le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
Actualité Sport
FOOTBALL Depuis
dix ans, l’Afro Napoli
réunit et aide
des joueurs issus
de l’immigration
Italie Les insultes
incessantes et les chants
nauséabonds gangrènent
les stades transalpins
Envoyé spécial
Naples (Italie)
L
es tifosi de la Lazio de
Rome n’iront pas à Naples ce soir
(20 h 30 sur beIN). Leur déplacement pour ce match à risques du
championnat d’Italie a été interdit
par les autorités à la suite d’actes violents et racistes répétés. La semaine
dernière, un slogan répugnant descendu d’une tribune a visé l’autre
équipe de la capitale, « cette AS
Rome qui ressemble à l’Afrique ». Des
incidents « marginaux », d’après un
porte-parole, contredit par un représentant fédéral qui a estimé à 7 400
le nombre de personnes impliquées.
Ce qui est vrai, c’est que la Lazio n’en
a pas l’exclusivité : samedi dernier
à Bologne, l’attaquant international
italien de la Juventus Moise Kean a
été la cible d’ignominies identiques.
La gangrène s’étend.
Jeudi à Mugnano, au nord-ouest
de Naples, à peine dépassés les
­immeubles délabrés de Scampia
qui ont inspiré à Roberto Saviano
le décor de Gomorra, on pousse
le portail du stade Alberto-Vallefuoco à la découverte d’une utopie.
Depuis 2009, l’association sportive
Afro Napoli combat les discriminations envers les migrants par le
football. Quatre promotions ont
hissé l’équipe en Eccellenza, la cinquième division nationale. Les résultats ont donné un écho formidable à
ce projet altruiste et humain. Tout
comme le documentaire réalisé en
2015, Loro di Napoli. « Dès qu’un événement négatif secoue le foot italien,
c’est nous que l’on vient interroger,
relève un des quinze Napolitains
de l’effectif, Mario Gargiulo. Parce
qu’on n’est pas une équipe comme
les autres : à chaque match, on entre
sur le terrain pour battre le racisme
d’abord, l’adversaire ensuite. »
D’une boutade, l’attaquant
­argentin Santiago Sogno compare :
« Comme le Barça, on est més que un
club [“plus qu’un club de foot”, sa
devise], mais pour d’autres raisons. »
Caché sous son bonnet, ce presque
trentenaire raconte la chance d’avoir
reçu de son grand-père un passeport
italien. Un sésame dont rêvent plusieurs jeunes coéquipiers. Presque
chaque semaine, l’Afro Napoli
­accueille des migrants rescapés des
tombeaux flottants qui rallient le sud
de l’Italie depuis les côtes africaines.
Maissa Codou Ndiaye est arrivé du
Sénégal. Il ne sait plus exactement
quand, se souvient juste d’avoir eu
« tellement froid » les premières
nuits, réfugié dans une gare. À présent, il dort dans un centre d’accueil
pour mineurs. Maissa n’a que 16 ans.
Il attend avec un fol espoir un permis de séjour ; sa demande sera examinée vendredi. De l’Italie, il rêve
du meilleur après avoir entrevu le
pire. « Un jour, un homme dans la rue
m’a traité de Noir de merde devant
sa femme et ses enfants. Il y a des
gens difficiles à recadrer, alors je l’ai
« Un homme m’a
traité de Noir
de merde devant
sa femme
et ses enfants »
Maissa, 16 ans
ignoré. » Comme en a pris l’habitude
le bouc émissaire du football italien,
Mario Balotelli (Nice).
Assis sur le banc de touche, il
regarde avec envie ses futurs partenaires. Sans papiers, il n’a pas encore
le droit de jouer les rencontres. En
attendant, il découvre les réalités de
sa nouvelle vie. « Le défenseur sénégalais de Naples, Kalidou Koulibaly,
est mon idole, sourit-il. Lorsqu’il a été
insulté en plein match fin décembre,
je me suis senti blessé. J’ai passé une
semaine à regarder en boucle les
vidéos. » Maissa savait où il arriLe jeune
Gambien
Sergio avec
un dirigeant
de l’Afro
Napoli, jeudi
à Mugnano.
Francesca VOLPI
POUR LE JDD
Francesca VOLPI POUR LE JDD
Naples 1
Racisme 0
vait : il avait lu un article sur Kevin
Constant, défenseur franco-guinéen
qui avait quitté le terrain en 2013,
insulté lors d’un match amical avec
l’AC Milan. « Ça doit être plus facile
de s’intégrer en France, non ? Mais je
ne me plains jamais. J’ai cinq frères
et sœurs, je suis soutien de famille,
donc je n’ai pas le choix. »
Sergio ne l’a pas davantage. Pourtant, il « regrette parfois d’être ici ».
Avant Naples, ce Gambien bientôt
majeur est passé par Cagliari puis
Benevento. Dans son pays, il a grandi
au rythme des matches de Serie A,
en rêvant d’imiter la star camerounaise Samuel Eto’o ou le milieu de
terrain ghanéen Sulley Muntari. « Je
supportais l’Inter Milan, où tous les
deux ont joué, mais plus maintenant.
Ce sont des tifosi de l’Inter qui ont
insulté ­Koulibaly. Comment peuventils faire ça ? » Le regard dans le vague,
en direction du graffiti « Love Sport
Hate ­Racism » qui décore le mur
extérieur du complexe municipal,
il souffle tristement : « Pourtant, ma
couleur est belle. »
À Noël, le président Antonio
Gargiulo a reçu un maillot dédicacé
par le numéro 26 du SSC Napoli.
« L’un des nôtres », dit-il fièrement.
À Mugnano, situé à une douzaine
de kilomètres du légendaire stade
San Paolo, les cris racistes envers
­Koulibaly, né à Saint-Dié-des-Vosges
et formé à Metz, ont choqué encore
plus qu’ailleurs (ainsi que sa suspension pour deux matches suite à deux
cartons jaunes pour avoir logiquement perdu ses nerfs). « J’ai réagi
comme si c’était moi qu’on insultait »,
se remémore le milieu ghanéen Fuad
­Suleman, troisième saison à l’Afro
Napoli. Lui n’a pas oublié le jour où
il a grimpé dans une tribune pour
s’expliquer avec des spectateurs qui
l’invectivaient. « Le règlement prévoit des sanctions contre une équipe
qui sortirait du terrain, rappelle-t‑il.
Ce serait pourtant une bonne initiative, car la lutte contre le racisme, c’est
plus important que trois points. » La
question a agité le vestiaire.
Au volant de sa Fiat, le vétéran
brésilien Babú, passé par plusieurs
écuries professionnelles, invite à
oser afin de faire bouger les lignes.
« Pendant un Messine-Inter en 2005,
mon ancien équipier ivoirien Marc
Zoro a été attaqué. Il a interrompu le
match. C’est la seule option pour que
tout le monde prenne conscience de
la gravité de certains actes. En Italie,
on parle tout le temps mais on n’agit
jamais. Basta ! Parler ne suffit plus. »
Le racisme n’a pas de frontières : le
même Zoro a été injurié à nouveau,
il y a cinq ans en Grèce. « L’exemple
d’en haut n’est pas bon, intervient le
capitaine napolitain Luigi Velotti.
« L’exemple d’en
haut n’est pas bon.
Nous, on fait
ce qu’on peut »
Le capitaine Luigi Velotti 
Nous, dans les catégories inférieures,
on fait ce qu’on peut. » Il rêve du jour
où son équipe ne sera plus nécessaire philosophiquement : « Ça voudrait dire que le racisme a disparu. »
Sur le sujet, l’optimisme n’est
pas répandu. Parce que la société
italienne se durcit à l’égard des
­migrants, qui débarquent toujours
plus nombreux. L’extrême droite
monte et les idées glaçantes du
ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, trouvent un écho réel. Meilleur
buteur de l’Eccellenza, le Cap-Verdien Dodo vit en Campanie depuis
dix ans, dont cinq dans la peau d’un
clandestin, plombier au noir la peur
au ventre. « Rien ne s’améliore, assure-t‑il. Le racisme n’est pas une
question de couleur mais d’ignorance.
C’est pourquoi, malheureusement,
une équipe comme l’Afro Napoli aura
toujours une raison d’être. » g
Mickaël Caron
29
le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Actualité Sport
• 21 j.
e
La blessure de verratti alarme le PSG. Le Parc s’est malgré tout régalé
Paris SG-Guingamp « La plupart des joueurs n’ont
pas l’impression de tricher »
9-0
Neymar (11e, 69e), Mbappé (37e, 45e, 80e), Cavani
(59e, 66e, 76e), Meunier (83e)
Ce n’est plus une nécessité, c’est
une urgence absolue. En déficit de
milieux défensifs depuis le début
de la saison, et encore plus depuis
la mise à l’écart d’Adrien Rabiot, le
PSG a perdu Marco Verratti. Une
tuile qui a assombri la victoire record au Parc des Princes, avec les
triplés de Kylian Mbappé et Edinson
Cavani. L’Italien n’a pas passé un
quart d’heure sur la pelouse contre
Guingamp, victime d’une grosse
entorse à la cheville gauche. Il
est vite parti à l’hôpital passer
une IRM. Et, après la rencontre,
Thomas Tuchel n’avait « pas de
bonnes nouvelles ».
« C’est sérieux, le pire qui puisse
nous arriver », s’est lamenté sur
Canal+ l’entraîneur allemand.
Avant de préciser en conférence de
presse : « C’est possible qu’il manque
quelques semaines. Je lui ai parlé, on
doit attendre un peu, il est à l’hôpital
et on ne peut pas en dire plus pour le
moment. Je suis très triste. Ce n’est
pas seulement pour le recrutement,
car c’était déjà nécessaire. Mais une
blessure de Marco change tout. Jouer
sans lui, c’est complètement différent. C’est dur. »
À moins d’un mois du 8e de finale
aller de la Ligue des champions à
Old Trafford contre Manchester
United, et à dix jours de la clôture
du mercato, le directeur sportif Antero Henrique va devoir accélérer
pour trouver le milieu tant recherché. Voire les deux milieux. Trois
pistes tiennent la corde : le SénégaMonaco-Strasbourg 1-5
Falcao (22e)/Ajorque (12e, 68e), Thomasson (17e),
Sissoko (64e), Fofana (94e)
Thierry Henry connaissait-il Ludovic Ajorque
avant de revenir à Monaco ? Les images de
L.A Confidential tournent désormais en
boucle dans sa tête. De la cascade pour
l’expulsion de Naldo, un plan de coupe sur
un centre de Lala et un long travelling avant
dans une défense de figurants. Fabregas,
son nouveau chef op, s’est même trompé
de profondeur de champ. Mauvais thriller
à Louis-II : 7 défaites, 4 nuls, 0 victoire.
TENNIS La France se retrouve
au cœur d’une vaste
enquête internationale
sur des matches truqués
La sortie prématurée de Marco Verratti hier au Parc des Princes. A. Dibon/Icon Sport
Le pire et le meilleur
lais Idrissa Gueye (Everton), l’Allemand Julian Weigl (Dortmund) et
l’Argentin Leandro Paredes (Zenit
Saint-Pétersbourg). Les sommes
réclamées pour ces joueurs étaient
déjà très élevées (de 25 à 50 millions d’euros), le PSG se retrouve
en mauvaise position pour négocier.
Et sa marge de manœuvre est limitée par le fair-play financier. Selon
la presse néerlandaise, la pépite
de l’Ajax Amsterdam Frenkie De
Jong est très proche de Paris. Mais
pour juin…
En l’état, le club de la capitale
a joué avec Dani Alves et Julian
Draxler en milieux défensifs,
deux joueurs à contre-emploi.
Reims-Nice Oudin (12e)/ Walter (99e sp)
1-1
L’OGC Nice était dans les cordes jusqu’à
ce que Walter lui enlève un gros poids,
d’un péno à la 95e, concédé par un défenseur qui n’a pas pris de gants. Nouvelle
preuve que le foot n’a pas de frontières, la
VAR fait le bonheur des Alpes-Maritimes.
Les Rémois peuvent faire du boudin après
avoir fait du Oudin.
Nîmes-Toulouse Sanogo (41e)
0-1
C’est l’Amérique pour les Bleues
Pour humilier la lanterne rouge du
championnat de France, ça passe.
En Ligue des champions, c’est périlleux. Privé de Presnel Kimpembe
en défense (blessé), Thomas Tuchel
ne peut faire monter Marquinhos.
L’Allemand aimerait pouvoir compter sur Rabiot, envoyé s’entraîner
en réserve. Décision de la direction.
Celle-ci veut le vendre cet hiver
ou le punir s’il va au bout de son
contrat. Le contexte l’amènera-telle à revoir sa position ? Ce serait
désastreux en termes d’image et
de management mais profitable
d’un point de vue sportif. Un
dilemme que le PSG aurait pu
s’épargner. g S.C.
Aujourd’hui : Rennes-Montpellier (15 h, beIN)
Angers-Nantes, Caen-Marseille (17 h, beIN)
Bordeaux-Dijon (19 h, beIN), St-étienne-Lyon
(21 h, Canal+)
Classement : 1. PSG 53 pts 2. Lille 40 3.
Saint-Étienne 36 4. Lyon 34 5. Strasbourg 32
6. Montpellier, Nice 31 8. Rennes 29 9. Marseille, Reims 28 11. Nîmes 26 12. Bordeaux,
Toulouse 25 14. Nantes 23 15. Angers 20 16.
Caen, Amiens 18 18. Dijon 17 19. Monaco 15
20. Guingamp 14.
Buteurs : 17 Mbappé +3 (PSG), 14 Cavani +3
(PSG); 13 Neymar +2 (PSG), Pepe (Lille)
tour d’europe
Les Frenchies à la fête
ANGLETERRE Septième succès d’affilée pour Manchester United, en feu depuis
le départ de Mourinho : 2-1 contre Brighton. Buteur sur le penalty qu’il a lui-même
provoqué, Pogba a fêté sa récente paternité. Les Red Devils comptent le même
nombre de points qu’Arsenal, vainqueur de
Chelsea, grâce à une lucarne de Lacazette
et à l’épaule de Koscielny.
CHARLY TRIBALLEAU/AFP
Hernandez en éclaireur
FÉMININES Un grand huit et un joli
tableau de chasse. Au Havre, devant
près de 23 000 spectateurs, l’équipe
de France a remporté son huitième
match d’affilée, face aux États-Unis
(3-1), qui étaient invaincus depuis
28 rencontres. À cinq mois de l’ouverture de la Coupe du monde en
France, cette correction infligée
aux tenantes du titre, que les Bleues
Christian Kalb, expert des paris sportifs
pourraient croiser en quart de
finale, lance idéalement cette année
cruciale pour le football féminin.
L’attaquante Kadidiatou Diani s’est
offert un doublé, sa coéquipière au
PSG Marie-Antoinette Kakoto a
aggravé le score. Prochains rendez-vous le 28 février à Laval contre
l’Allemagne, puis quatre jours plus
tard à Tours contre l’Uruguay. g L.T.
Espagne Vainqueur 3-0 à Huesca,
l’Atlético de Madrid met la pression sur
Barcelone, qui reçoit Leganés ce soir. De
retour de blessure et récemment annoncé
en partance pour le Bayern Munich, le
champion du monde français Lucas
Hernandez a trouvé la lumière dans un
brouillard persistant pour lancer les
Colchoneros.
Dortmund a des nerfs
Allemagne Mis sous pression par le
Bayern vainqueur à Hoffenheim après
un mois de trêve hivernale, le Borussia
Dormund, leader de la Bundesliga, s’est
imposé 1-0 à Leipzig grâce à un but du
Belge Witsel, pour maintenir l’écart de
six points avec les Bavarois.
Patron d’une société spécialisée
dans les questions d’intégrité du
sport (Ethisport) et chercheur à
l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), Christian Kalb n’est pas surpris par
l’ampleur de l’affaire des matches
truqués dans les tournois de tennis
de deuxième et troisième divisions
(Challenger et Futures) révélée par
L’Équipe. La Belgique, à l’origine
de l’enquête, a demandé l’audition
de quinze personnes en France. De
source judiciaire, deux ont avoué
cette semaine.
Ce grand déballage est-il salvateur ?
L’Espagne a connu une affaire de
même ampleur il y a deux ans et
ça n’a pas servi. Les fédérations et
la Tennis Integrity Unit ont mis en
place des actions de prévention
mais il reste du chemin. Dès lors
qu’on propose des paris sur des
compétitions de ce niveau-là, où
les joueurs ne vivent pas vraiment
du tennis, il y a des tentations.
D’autant que la plupart n’ont pas
l’impression de tricher quand ils
perdent un set et gagnent le match.
Mais ce qui paraît une petite affaire
au départ peut avoir des ramifications internationales et engager
des sommes importantes. Au foot
aussi d’ailleurs : Fréjus-Colomiers
[match de National en mai 2014], on
pensait que c’était un petit arrangement de fin de saison, alors qu’il
y avait des paris en Thaïlande, le
milieu marseillais… On est face à
des organisations bien structurées
car il y a beaucoup d’argent à faire.
Truquer un gros match peut rapporter un million d’euros. Le même
bénéfice avec le trafic de drogue
nécessite plus d’efforts.
Selon vous, les manipulations
concernent-elles aussi le top 50
du tennis mondial ?
On ne peut pas l’affirmer sans
preuve mais la probabilité est
extrêmement élevée.
Quelles sont les solutions ?
C’est totalement criminel d’organiser les paris sur les tournois Challenger et Futures. En 2002, les opérateurs anglais m’assuraient qu’ils
ne proposeraient jamais de paris
sur le tennis car c’était trop risqué.
Aujourd’hui, tout le monde propose
du point par point sur le tournoi
de Bressuire [où ont été interpellés
deux joueurs mardi]. En France,
c’est relativement bien régulé. Les
risques viennent de ces opérateurs
qui prennent de l’information au
bord des courts [les « courtsiders »].
Avec l’État français, on est en train
de réfléchir à la création d’une sorte
de délit d’initiés.
Les instances du tennis ont-elles
pris la mesure du problème ?
Ça va dans le bon sens, mais le
nombre d’affaires augmente. Il y
a des visées commerciales et l’arbitrage n’est jamais vraiment fait.
Le marché des paris sportifs,
c’est 700 milliards d’euros. L’enjeu
financier est énorme.
Exactement. Le PSG et Monaco
ont signé il y a peu des accords
assez juteux avec des opérateurs
asiatiques à gros risques. On met
le doigt dans un engrenage pour
récupérer un peu d’argent en sponsoring, c’est embêtant.
Comment imaginez-vous tout cela
dans cinq ans ?
Soit les pouvoirs publics comprennent que les paris sportifs sont
un énorme danger et régulent cet
univers. Soit, poussés par le lobby
des opérateurs privés, ils laissent
faire, voire accélèrent la tendance.
En France, aujourd’hui, on a plutôt
des envies d’ouvrir un peu le marché. On ne va peut-être pas le faire
tout de suite à cause des affaires en
cours. Mais dans un ou deux ans ?
L’affaire des paris suspects dans
le handball [en 2012] a permis de
sensibiliser les pouvoirs publics,
mais on n’a pas vraiment progressé
depuis. Là, on va en parler pendant
une semaine puis l’oublier. g
Propos Recueillis par S.C.
Pouille se rebiffe
OPEN D’AUSTRALIE Ce n’est qu’un
début de saison et la première photographie d’une collaboration. Mais
il est difficile de ne pas voir un effet
Mauresmo dans la semaine australienne de Lucas Pouille. Alors qu’il
n’avait pas gagné un match à Melbourne en cinq participations, le
Nordiste vient d’en enquiller
trois à la suite. Le dernier de
haute lutte, hier, face au jeune
local Popyrin, qu’il fallait bien
inviter (7-6, 6-3, 6-7, 4-6, 6-3).
De quoi, à défaut
de s’esbaudir, le
hisser en deuxième semaine
d’un Grand Chelem, ce qui ne lui
était plus arrivé
depuis l’US Open
2017. Sujet à la sinistrose l’an passé,
et à une hygiène de vie
douteuse selon l’écho
du milieu, Pouille s’était séparé de
son coach historique, Emmanuel
Planque. Avant donc de faire appel
à Amélie Mauresmo, qui était censée prendre le capitanat de Coupe
Davis. S’il n’a pas accroché de grand
nom pour l’heure, le 30e mondial a
au moins les idées plus claires. En
témoigne son finish
alors que la balle de
match ratée dans le 3e
set aurait pu le plomber. «Je n’étais pas serein quand je suis allé
au vestiaire [après la
perte du 4e set], mais
j’ai trouvé la solution.
Ces matches-là, ces
derniers temps, je les
perdais.» Dernier
rescapé tricolore,
il disputera au
Croate Borna Coric
la place en quart de
finale. g L.T.
C. Spencer/Getty Images/AFP
30
le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
Actualité Sport
Brunel au révélateur
RUGBY Lors du
Tournoi des Six Nations
puis au Mondial,
le sélectionneur jouera
une crédibilité acquise
en trente ans de carrière
« Manager de l’année », excusez du
peu ! Le trophée remis à Jacques
Brunel, le 6 janvier lors des Rencontres Toussuire Sports organisées
par la station alpine et le Centre
de droit et d’économie du sport
(CDES), a fait grand bruit dans
le petit monde du rugby. En 2018,
son XV de France n’a remporté que
trois matches (Angleterre, Italie,
Argentine) sur les onze disputés. Le
24 novembre, il a touché le fond en
concédant une défaite historique à
domicile face aux Fidji (21-14). « On
n’a pas honoré son année mais son
parcours », recadre Gérard Coudert, le codirecteur de la formation
de manager général de club pro
dispensée par le CDES. Diplômé
en 2003, le technicien était venu à
Limoges « parce qu’il avait besoin de
comprendre les enjeux économiques
et juridiques du management », précise l’enseignant-chercheur.
Brunel, qui a fêté ses 65 ans lundi
et vient du rugby de papa, entraîne
sans discontinuer depuis 1988. Son
dernier fait d’armes remonte à dix
ans lorsque, assisté par deux adjoints
de luxe (Franck Azéma et Bernard
Goutta, aujourd’hui à Clermont), il
7
Le nombre de titres
remportés dans sa carrière :
deux Challenges européens,
quatre Tournois des
Six Nations et un Top 14
a mené Perpignan au Bouclier de
Brennus. Sa longévité au poste est
rare dans le rugby moderne. « La
compétence ne suffit pas, estime
Alain Gaillard, le président du syndicat des entraîneurs, Tech XV. Il
faut une grande passion, et l’ambition personnelle de se construire une
carrière. L’aspect consensuel compte
aussi, ne pas être trop abrupt avec
les dirigeants et les joueurs, ce qui
n’empêche pas d’avoir du caractère.
Et puis, lors de son passage en équipe
de France [2001-2007] comme adjoint
de B
­ ernard Laporte puis à la tête de
l’Italie [2011-2016], il n’a pas non plus
subi la pression d’un entraîneur de
club au quotidien. »
Trente ans de métier forgent également un puissant réseau. Celui de
Brunel, colossal, remonte à ses débuts au poste d’arrière au FC Auch
en 1967. Il le cultive savamment.
Le 10 janvier, le sélectionneur des
Bleus était ainsi la « guest star »
d’une soirée des partenaires de
l’AS Monaco Rugby. Un précieux
coup de main à ce club amateur
qui vise l’accession en Fédérale 3
et au sein duquel il compte plusieurs amis. « Je n’ai jamais eu
d’agent parce que les circonstances
ont fait que je n’en ai pas eu besoin »,
confiait-il en décembre 2017.
Ancien cafetier devenu cadre à la
Mutualité sociale agricole avant de
plonger dans le bain du rugby pro
en 1998, le Gersois a l’habitude de
dire que ce sport est une histoire
d’hommes. De fidélité aussi. Celle
qu’il voue aveuglément à Laporte
s’explique aisément.
« Super-manager »
jusqu’en 2023 ?
En 2001, celui qui est de dix ans
son cadet lui offre un terrain de
jeu et une reconnaissance presque
inespérée. À l’époque, Brunel, qui
n’a jamais été international, sort
d’une saison éprouvante avec Pau.
Son équipe évite de justesse la relégation en deuxième division lors
d’un match de barrage. Chez les
Bleus, ce fils d’un viticulteur producteur d’Armagnac découvre le
grand monde. Progressivement,
il devient le penseur du jeu français, l’alter ego de l’ombre tandis
que « Bernie » capte la lumière.
Nourri par ses multiples contrats
publicitaires, celui-ci consent à
diminuer son salaire mensuel de
sélectionneur à 10 000 euros pour
que Brunel en perçoive autant.
En Laporte, il trouve un bienfaiteur à qui il ne pouvait refuser de
succéder à Guy Novès dans la galère
tricolore, fin 2017. Un « choix sportif
politique », selon les mots du viceprésident Serge Simon en comité
directeur fédéral. Les affaires touchant son ami et patron ? Il n’en a
cure, loyauté oblige. Le président
de la Fédération (FFR) le lui rend
bien. Malgré l’humiliation contre
les Fidji, il voit toujours en Brunel
« l’homme de la situation ». Sous
Jacques Brunel
au Stade de France,
le 24 novembre lors
de France-Fidji.
Aude Alcover/Icon Sport
contrat jusqu’en juin 2020 pour un
salaire estimé à 35 000 euros mensuels, Brunel pourrait même rester
auprès du XV de France jusqu’à la
Coupe du monde 2023, dans un rôle
de « super-manager », à l’instar de
celui tenu par Jo Maso auprès de
Laporte autrefois. Pour assurer
la relève, le président de la FFR
­rêverait d’associer le Néo-Zélandais
Joe Schmidt, actuel sélectionneur
de l’Irlande, à Pierre Mignoni, le
manager de Lyon. À moins que
les deux Laurent du Racing 92,
Travers et Labit, ne s’invitent. On
n’en est pas là…
Éléments de langage et
rapprochement du terrain
À son arrivée, Brunel avait dû composer avec un staff bâti au forceps,
après le gros flop de son plan visant
à se faire épauler par des entraîneurs
du Top 14 en pige. Sur le pont du
Tournoi des Six Nations dès le
vendredi 1er février contre le pays
de Galles, lui et ses Bleus vont vivre
une année cruciale avec la Coupe du
monde au Japon à l’horizon (20 septembre-2 novembre). « Pour le staff,
prolongations
sélectionneur considère que les
Bleus sont « naturellement parmi
les favoris du Mondial ». Le Tournoi,
dans lequel ils terminent au-delà
de la deuxième place depuis sept
éditions, étalonnera cette vision
optimiste. La préparation des
deux premiers matches démarre
aujourd’hui à Marcoussis. Brunel
devrait se rapprocher encore plus
du terrain, notamment pour tenter
d’améliorer le système défensif de
la sélection, jugé peu satisfaisant.
Il remet aussi en jeu son trophée
de manager de l’année… g
Philippe Kallenbrunn
Le racing assure, Le Roux inquiète
À la veille du rassemblement du XV de France, le deuxième ligne Bernard Le Roux a été touché au genou lors de la victoire du Racing 92 contre
Llanelli en Coupe d’Europe (46-33). « Il semble que le genou se soit dérobé.
Ce n’est pas très bon signe », émettait Laurent Travers, l’entraîneur du
club francilien, qui s’est assuré un quart de finale à domicile. Sans jouer, le
Stade toulousain l’a rejoint et peut aussi espérer la première place de son
groupe (16 h 15 contre Bath). Castres a quitté l’Europe sur une victoire
(24-22 contre Gloucester) et Lyon a terminé fanny (33-14 à Cardiff). g
Les Experts gagnent à se faire peur
Bleues, blanc, or
BIATHLON Le relais féminin français, composé de Julia Simon, Anaïs Bescond, Justine Braisaz et Anaïs Chevalier, a remporté
l’épreuve de Ruhpolding (4x6 km) comptant
pour la Coupe du monde. En Allemagne, les
Bleues signent leur premier succès de la saison en devançant la Norvège et les locales.
Schumi Jr passe au rouge
FORMULE 1 L’Allemand Mick Schumacher rejoint la filière de développement
des jeunes pilotes de Ferrari, la légendaire
écurie italienne où son père a excellé durant
une décennie. À 19 ans, le fils du septuple
champion du monde va courir cette saison
en Formule 2, l’antichambre de la catégorie
reine, après avoir été couronné en Formule 3.
il y a tellement peu de matches chaque
saison que l’équipe de France est
toujours dans une forme d’urgence,
souligne Yannick Bru, l’ancien
­entraîneur des avants tricolores.
Ce Tournoi avant le Mondial n’est
pas si spécial mais il peut peser dans
la tête des joueurs. C’est souvent le
dernier qui parle qui a raison. Ceux
qui seront performants auront plus
de chances de valider leur ticket. »
En attendant, Brunel se plie aux
éléments de langage fédéraux.
Ses mots sont ceux de Laporte : le
XV de France n’est « pas loin des
meilleurs ». Bien que neuvièmes
au classement de World Rugby, le
Ludovic Fabregas, hier à Cologne. ANNEGRET HILSE/REUTERS
HANDBALL En première mi-temps comme
en seconde, un tireur français a eu un ballon de +6. À chaque fois, les champions
d’Europe espagnols sont revenus tout près.
Jusqu’à insinuer le doute dans les rangs
tricolores.
Le deuxième gardien Cyril Dumoulin
a alors sorti les deux parades qui ont dessiné sur le tard les contours d’une victoire
spectaculaire mais dénuée de maîtrise (3330). Ni l’utilisation (parcimonieuse) de
Nikola Karabatic ni l’efficacité offensive
des trente premières minutes n’ont permis
d’écraser la révolte espagnole, incarnée par
l’ailier toulousain Ferran Sole (10 buts sur 11
tirs). Comme s’ils avaient besoin de se faire
peur. La Roja a finalement été trahie par les
siens : les Barcelonais Dika Mem et Ludovic
Fabregas (6 buts chacun), relayés par un
Melvyn Richardson sans temps de chauffe,
ont maintenu une pression constante. « En
restant sereins, on a lavé l’affront », retient
le sélectionneur Didier Dinart, en référence
à la demi-finale perdue à l’Euro 2018 qui
avait miné le moral français. C’est surtout
un pas important vers les demi-finales et
un triplé inédit au Mondial, après les titres
de 2015 et 2017.
En fonction des autres résultats du
tour principal, il faudra gagner au moins
une fois de plus, soit contre l’Islande ce
soir (20 h 30, beIN), soit contre la Croatie
mercredi, dans ce qui pourrait être un
véritable quart de finale. g L.T.
31
le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Actualité Médias
Alain Weill, PDG d’Altice Média
« BFMTV doit la vérité aux téléspectateurs »
BASSIGNAC pour le JDD
interview
Télévision
Le dirigeant de la chaîne
d’information répond aux
critiques sur la couverture
du mouvement
des Gilets jaunes
Leçons Il reconnaît
quelques erreurs
et maladresses mais
défend les équipes
agressées sur le terrain
Selon une étude publiée mercredi
par Kantar Media, BFMTV est le
média qui a le plus parlé des Gilets
jaunes, devant LCI et maville.com,
site d’information locale du groupe
Ouest France. C’est aussi celui qui a
été le plus critiqué. Alain Weill, PDG
du groupe Altice Média (dont fait
partie la chaîne d’info), s’exprime
pour la première fois sur le sujet.
Comment expliquez-vous que BFMTV
soit la cible de vives critiques
sur la couverture des Gilets jaunes ?
Notons d’abord que pour le nombre
de sujets sur les Gilets jaunes, les différences sont m
­ inimes, de quelques
pour cent entre cette chaîne et ses
concurrentes. BFMTV, qui est le premier média d’information en France,
réunit régulièrement quelque
10 millions de téléspectateurs par
jour. Et son audience a souvent
franchi pendant cette crise le cap
des 20 millions de personnes. Il est
donc normal que notre travail puisse
faire débat. Mais ce que nous vivons
aujourd’hui n’a rien d’exceptionnel.
Il y a toujours eu historiquement,
dans les périodes de tensions qu’a
connues la France, une mise en
cause des médias ­dominants. C’est
ce qui s’est passé en mai 1968 avec
Europe 1 et RTL : deux radios que le
pouvoir accusait de faire le lit de la
contestation ­étudiante. Et que la rue
soupçonnait, dans le même temps,
de collusion avec le même pouvoir.
Nous vivons exactement la même
chose, un demi-siècle plus tard.
Les critiques les plus vives sont venues
d’une partie de la classe politique et de
l’exécutif, qui vous reprochent d’avoir
attisé cette crise en vous polarisant,
des heures durant, sur les violences.
Qu’aurions-nous entendu si nous
n’avions pas montré les images des
violences de Bordeaux et de Paris ?
Les mêmes qui nous accablent aujourd’hui nous auraient accusés de
ne pas remplir notre mission d’informer. Je considère que nous devons
la vérité à ceux qui nous regardent.
Or celle-ci ne fait pas toujours plai-
sir, aux uns comme aux autres. Les
hommes politiques, dans des périodes de crise comme celle-ci, ont
tendance à utiliser BFMTV – qu’ils
­regardent du matin au soir – comme
leur outil de travail. Ils portent sur
elle un regard passionné donc parfois biaisé, ce qui parfois peut fausser
leur jugement. Même si cette vérité
doit être à l’avenir sans doute encore
mieux commentée, encore mieux
décryptée de notre part.
Vos images en boucle n’ont donc
pas contribué, même indirectement,
à l’amplification de ce mouvement ?
Bien évidemment non. Ce serait
nous prêter une influence démesurée que d’imaginer que le grand
débat voulu par le président de la
République soit la conséquence
­directe d’une amplification de cette
crise par les médias. Ces derniers ne
sont que des baromètres, des thermomètres, à l’écoute de l’opinion. Ce
n’est pas une raison pour les accuser
de tous les maux parce que la température indiquée sur ce thermomètre
ne convient pas. De la même façon
que le gouvernement a été déstabilisé quand il a fallu trouver des Gilets
jaunes pour débattre avec le Premier
ministre ou avec des ministres, nous
avons été également déstabilisés par
certains propos et comportements
de ces mêmes Gilets jaunes qui
attendaient peut-être de nous un
autre traitement, d’autres commentaires. Que je sache, BFMTV n’est
pas responsable des rassemblements
sur les ronds-points et des discours
que tiennent leurs occupants. Je suis
convaincu qu’avec le recul, quand
« Nos journalistes
ont été secoués,
violentés, ce qui
est inacceptable »
l’émotion sera retombée, le regard
porté sur le travail que nous avons
fait sera examiné à sa juste valeur.
Le CSA vient de mettre en garde
les chaînes d’info « contre toute
diffusion complaisante, déséquilibrée
ou insuffisamment vérifiée d’images
et de commentaires qui attiseraient
les antagonismes et les oppositions ».
J’entends ces remarques et nous
allons y répondre. Bien évidemment,
nous avons pu commettre quelques
erreurs ou maladresses. Comme
tous. Et nos métiers ­nécessitent
beaucoup d’humilité et le sens des
responsabilités. Mais c’est oublier
les difficultés de nos équipes, qui
ont connu pour un grand nombre
d’entre elles un baptême du feu sur
ce type de terrain. Et je veux saluer
leur rigueur et leur courage. Car si
cette période est inédite sur le plan
politique, elle l’est tout autant sur le
plan médiatique. Nos ­journalistes,
comme d’autres, ont été secoués,
violentés, ce qui est proprement
inacceptable. Ils ont été agressés
– ou stigmatisés verbalement –
par les hommes politiques et par
certains de leurs contacts professionnels. Bousculés dans leur vie
familiale et amicale. Il était donc
important que l’on d
­ ialogue e­ ncore
plus e­ nsemble. C’est ce que nous
avons commencé à faire. Avec des
­premières ­mesures, dont la ­création
d’un comité éditorial chargé de réfléchir à la suite. Coller un peu plus
à la réalité de la vie quotidienne des
Français ; aller vers plus de proximité : cela fait partie d’une réflexion
qui vaut pour BFMTV comme pour
l’ensemble des médias.
Le changement de la numérotation
des chaînes d’info sur la TNT, bientôt
étudiée par le CSA, risque-t-elle
de devenir un enjeu politique pour
BFMTV, qui pourrait en pâtir ?
Le sujet de la numérotation n’a
­jamais été un problème. Il a été lancé
récemment par nos ­concurrents,
mais rien n’oblige le CSA à céder
à ces pressions. Il semble qu’il y
ait certains acteurs qui voudraient
nous affaiblir. Même aux États-Unis,
Trump, dont on connaît l’hostilité
à l’égard de CNN, n’a pas imaginé
un seul instant modifier la loi pour
rogner son influence. Ce qu’aucune
démocratie n’imaginerait faire à
l’égard d’un quelconque média. J’y
v­ errais pour ma part une agression
inouïe envers une chaîne qui fait
bien son travail. Et que l’on ne s’y
trompe pas : les fortes ­audiences
de BFMTV sont d’abord la traduction de la confiance des Français.
­Affaiblir BFMTV, c’est céder aux
franges les plus extrêmes. C’est favoriser des nouveaux médias sans
éthique ou appartenant à des puissances é­ trangères. Et c’est r­ enforcer
les deux plus grandes chaînes, et
France Télés ! g
Propos recueillis par Renaud ReveL
*
* 32
le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
Enquête
PÉRIPLE Sept réfugiés
recueillis l’été dernier à bord
du navire humanitaire racontent
leur éprouvante odyssée
depuis la Corne de l’Afrique
jusqu’à la France
par SOS Méditerranée
avait d’abord été refoulé
des ports italiens et maltais,
devenant le symbole
d’une Europe qui se ferme
Camille Neveux
Envoyée spéciale
Bellignat (Ain) et Albertville (Savoie)
Mehdi Chebil/Hans Lucas
ERRANCE Le bateau affrété
Les damnés de
U
ne dizaine de paires d’yeux fixent
un homme en complet veston, revolver à la main.
Confortablement installés dans des fauteuils au
tissu élimé, les mains dans les poches de leur
blouson, les pensionnaires du centre d’accueil
et d’orientation de Bellignat (Ain) ne manifestent
pas l’envie de zapper sur une chaîne étrangère,
malgré la barrière de la langue. Le commissaire
Moser enchaîne pourtant sa troisième enquête
de la journée en compagnie de Rex, le chien éponyme de la série de France 3. Pas de quoi lasser
les regards ébaubis. Dehors, les plus téméraires
tentent une partie de football devant un but matérialisé par deux chaises en plastique, un ballon
de basket dégonflé au bout du pied. En cette fin
d’après-midi, la brume tombe sur la bourgade
de 3 600 habitants jouxtant la ville d’Oyonnax.
Asrat et ses compagnons, en jean et sweat-shirt,
se frottent les bras pour se réchauffer. Le temps
était plus doux en Érythrée. Le temps, seulement.
Les cinq pensionnaires du centre n’ont pas vraiment choisi la France. C’est plutôt la France qui a
choisi de les accueillir, ce brûlant jeudi de juillet, le
12 exactement, lorsqu’ils se sont engouffrés dans
un avion à Valence, en Espagne, vers l’aéroport
Charles-de-Gaulle, comme soixante-treize autres
rescapés de l’Aquarius. Puis dans un car affrété
à leur intention, direction Bellignat. Encore un
peu hébétés de ce qui leur arrivait. « Il y a quatre
mois, on était comme des animaux, on prenait des
coups chaque matin », rappelle Asrat, 29 ans, le plus
loquace du groupe. À leur arrivée dans la résidence,
à la nuit tombée, trois studios équipés de deux lits
les attendaient, avec draps et kits alimentaires.
Abêtis d’épuisement, certains ont oublié de descendre du bus, manquant de poursuivre leur route
vers Albertville ou Gap avec d’autres compagnons
de galère. Louper le terminus, est-ce finalement si
étonnant lorsque l’on voyage sans relâche depuis
parfois huit ans ?
Asrat et ses amis ont atterri à Bellignat par pur
hasard, parce qu’ils se sont retrouvés sur ce bateau
humanitaire au nom de constellation, refoulés des
ports italiens et maltais, condamnés à errer en mer
pendant dix jours avant de poser le pied en terre
espagnole. C’était le 17 juin. Leur périple symbolise
depuis le drame des migrants risquant leur vie
en Méditerranée pour un avenir meilleur, mais
surtout l’incapacité de l’Europe à répondre à l’un
des grands défis du siècle : en refusant de laisser
accoster un navire avec des passagers en détresse
humanitaire, le continent des droits de l’homme a
bafoué pour la première fois les principes du droit
maritime. L’égoïsme des Vingt-Huit sera à jamais
associé aux visages de ces naufragés enjambant la
rambarde du paquebot orange.
116 273
migrants
sont arrivés en Europe
par la Méditerranée en 2018.
2 297
ont trouvé la mort pendant
la traversée, selon
l’Organisation internationale
pour les migrations.
Car depuis trois mois, les contacts avec leurs
familles se réduisent comme une peau de chagrin,
faute de connexion Internet. « Le gouvernement
érythréen a coupé les réseaux, rapporte Omar Ali,
29 ans, dont le visage a vieilli prématurément. Parfois, on arrive à contacter une tribu voisine, qui passe
PAS DE PAIX
le téléphone. Mais on a peur que de là-bas on nous
retrouve. » Raconter leur histoire, une fois encore,
POUR LEs Érythréens
est douloureux, mais ils finissent par accepter.
Lorsqu’on leur demande de quoi est fait leur
Le départ d’Asrat, né dans la campagne sudquotidien, Asrat et ses amis donnent le change,
érythréenne, était presque écrit. Impossible,
évoquant les parties de foot, les cours de franpour un esprit rebelle, de survivre dans le régime
çais et les virées au centre commercial voisin,
­d’Issayas Afeworki, président jamais élu, qui dicoincé entre deux lotissements de la France
rige d’une main de fer ce pays de 6 ­millions d’habipériurbaine. Tous caressent un rêve : trouver un
tants depuis l’indépendance, en 1993. Le Conseil
travail et parler parfaitement, un jour, la langue
de sécurité de l’ONU a bien levé en novembre les
de Molière. Mais ils peinent à
sanctions en vigueur, après un
se lever chaque matin. Le somaccord de paix historique avec
meil est un puissant anesthél’Éthiopie voisine, signé deux
siant lorsqu’il n’est pas peuplé
mois plus tôt. « Mais il n’y a pas
de cauchemars. Par pudeur,
de paix pour le peuple, s’insurge
ils se garderont de confesser
le jeune homme. La paix, elle
« En Libye, j’ai
la dureté de l’exil, la honte de
est seulement entre les leaders
été vendu une
vivre avec les 200 euros accordes deux pays et les généraux.
dés chaque mois par l’Office
Celui qui parle va en prison.
fois. Ils n’ont
français de l’immigration et de
Celui qui construit une maison
pas de pitié »
l’intégration (Ofii), l’humiliala voit détruite le lendemain par
tion ressentie dans la queue de
le gouvernement. Les services de
Temesgen, 22 ans
la banque alimentaire, la culparenseignement sont très puisbilité d’être en vie et d’avoir obsants : leurs agents s’assoient à
tenu un titre de r­ éfugié, la joie
côté de toi, ils s’adressent à toi
aussi. Depuis son arrivée, Asrat
comme à un frère. Et la minute
d‘après, ils t’envoient derrière les barreaux. »
s’est remplumé. D’autres décompensent toujours,
comme Yonas, 23 ans, qui a attrapé la gale lors
Asrat sait de quoi il parle : ses trois frères sont
de son périple. Ou Temesgen, 22 ans, qui n’a plus
militaires, son père aussi, stationné à la frontière
de larmes, littéralement. Son œil est diminué à
entre l’Éthiopie et l’Érythrée. Comme eux, près
jamais après des tortures en Libye. « Pourquoi
de 300 000 hommes sont enrôlés dans l’armée.
l’Aquarius ne peut-il plus effectuer de sauvetages
Autant dire, au bagne. Le benjamin du groupe,
en mer ? », s’inquiète-t‑il. Privé de pavillon, bloqué
Tedros Haile, 19 ans, dénonce le « travail forcé » que
à Marseille depuis le mois d’octobre après avoir
représente le service obligatoire, qu’il a effectué
sauvé 30 000 personnes en trois ans, le navire a
pour sa part il y a deux ans. « Lorsque c’est fini, on
définitivement jeté l’éponge le 6 décembre : il ne
retourne au lycée pendant trois mois, et si on échoue
reprendra plus la mer, même si SOS Méditerranée,
aux examens, on devient soldat, rapporte-t‑il. Si
l’association humanitaire qui l’affrétait, espère
on réussit, on ne peut même pas étudier ce qu’on
lui trouver rapidement un remplaçant. « Ils sont
veut. Il n’y a que sept universités dans le pays, qui
arrivés cassés autant à l’intérieur qu’à l’extérieur,
proposent uniquement des matières scientifiques. »
confie la travailleuse sociale qui les suit. Il y a
Pas question de former des sociologues ou des
eu quelques erreurs dans les dates de naissance,
philosophes, trop dangereux pour le pouvoir.
on les a fait corriger. C’est quelque chose de très
Pas question, plus simplement, de former les
esprits. « J’ai fait mon service durant un an et
important pour eux. » Huit chiffres : voilà en effet
tout ce qui leur reste, ou presque, de leur passé.
demi, raconte Yonas, le sweat-shirt barré d’une
33 *
le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Enquête
Quelque 630 personnes sont pourtant à bord,
dont Omar, qui a rejoint ses quatre compatriotes
dans le transbordement. Après un nouveau refus
signifié par Malte, le cap est mis sur l’Espagne.
« Comme nous étions trop nombreux, les deux navires italiens ont repris une partie des réfugiés et nous
ont escortés, poursuit Anthony. Nous avons traversé
deux tempêtes. Les gens étaient désorientés, ils ne
comprenaient pas qu’on ne puisse pas rejoindre la
terre. Des vies ont été mises en danger ce jour-là. »
Au port de Valence, après dix jours en mer, une
banderole indique enfin : « Bienvenue chez vous ».
Alberto Saiz/AP/SIPA
FRÈRES ET SŒURS
DE GALÈRE
Ce message d’accueil, Ziyaad et son épouse ­Teybaa
l’ont aperçu eux aussi. Originaires d’Éthiopie, ils
sont nés de l’autre côté de la frontière, chez ce voisin
tant honni de l’Érythrée – les deux pays de la Corne
de l’Afrique sont restés en état de guerre pendant
vingt ans. Sur l’Aquarius, ils sont pourtant devenus,
avec Asrat et ses comparses, frères et sœurs de
galère. Même périple ou presque, même bateau,
même avion et même autocar. Sauf que ce 12 juillet
le couple est descendu à l’arrêt suivant : à Albertville,
en Savoie. « La France est le premier pays qui nous
a traités comme des êtres humains », soufflent-ils.
Depuis, Ziyaad et Teybaa, 45 printemps à eux
deux, ont ­appris à réciter l’alphabet, à écrire les
mots « serviette » et « épinards », à ânonner en
cœur « l’âne porte Jojo », une phrase tirée de
l’inénarrable Méthode Boscher. Chaque jeudi,
à 9 heures tapantes, ils se rendent à pied à leur
cours particulier de français, dispensé par une
coiffeuse à la retraite dans les locaux du Secours
catholique. Elle : « Vous avez travaillé ? » Eux :
« No beaucoup ! » Au centre d’accueil de demandeurs d’asile, personne ne parle leur langue,
l’oromo. « On utilise Google Maps et Google
­Traduction pour expliquer comment prendre le
train et où effectuer un changement, sourit ­Frédéric
­Hardouin, directeur d’hébergement. Ils ont obtenu
leur statut de réfugiés le 6 août et peuvent rester
ici pour six mois. On travaillera ensuite avec eux
financer la fin de son voyage – 6 500 euros en tout
sur des possibilités de relogement. Ils ont encore
depuis le Sahara. L’éprouvante traversée, celle qui
besoin d’un accompagnement. »
allait mener jusqu’à ­Bellignat, pouvait commencer.
Certaines dates, comme le 6 août, font figure
Dans la nuit étoilée du 9 juin, l’heure du grand
de talisman. D’autres restent en mémoire, plus
départ a enfin sonné : certains l’attendaient ­depuis
sombres : le 10 décembre 2015, le couple a quitté
des mois, voire des années. Une centaine de person village natal, à cinq heures de route au sud
sonnes se pressent à bord d’un Zodiac sur une
­d’Addis-Abeba. Ziyaad y détenait une épicerie.
plage de Zouara, dans l’ouest de la Libye. Pour
« Nous étions maltraités par le gouvernement,
ne pas contrarier le canot qui avance laborieulance-t‑il. On m’a arrêté et torturé car je n’ai pas
participé aux réunions du parti au pouvoir, et on
sement, l’assistance reste quinze heures sans
nous a confisqué notre propriété. Ce régime n’est
boire, manger ou bouger. « Un hélicoptère est
passé au-dessus de nos têtes, se rappelle Asrat.
pas démocratique. » Le jeune homme a été jeté
On croyait qu’on était arrivés en Europe, mais on
deux fois en prison : la première en 2012, pendant
ne voyait pas la terre. » Soudain, le pilote – lui
un mois, au décès du Premier ministre éthioaussi demandeur d’asile – panique : le réservoir
pien, Meles Zenawi. « Sans motif », s’étonne-t‑il
d’essence est vide. Un ­insidieux sifflement se fait
encore. Puis en 2015, pendant six mois, lors de
entendre : le bateau se dégonfle.
la confiscation de sa propriété.
« Nous avons commencé à nous
L’angoisse de sa femme a fini
disputer pour savoir s’il fallait
par sonner le glas de cette vie
rentrer en Libye ou continuer,
sans aucune perspective.
confie Asrat. Nous n’arrivions
En trois ans d’errance, du
« Au pays,
pas à nous comprendre, car nous
Soudan jusqu’à Albertville, les
les mères font
ne parlions pas la même langue.
amoureux ont été séparés deux
Il n’y avait plus qu’une solution,
fois. « D’abord en Égypte, où nous
la
manche
s’approcher d’un pétrolier libyen
avons été arrêtés alors que nous
pour payer
à proximité, même si nous avivoulions passer en Libye, rapons peur. C’était mourir sur ce
porte Ziyaad. Nous avons été
les
rançons »
incarcérés dans deux prisons
bateau ou mourir dans l’eau. »
Asrat, 29 ans
L’équipage en détresse finit par
différentes. J’ai remis de l’argent
apercevoir, au loin, la silhouette
en cachette au policier, qui m’a
de l’Aquarius. Personne ne sait
finalement montré où était ma
nager, mais Tedros saute le prefemme. Les Égyptiens n’aiment
mier ; cinq autres, puis dix, le suivent malgré la
pas les Éthiopiens, il y a un conflit entre les deux
mer qui se déchaîne. On se raccroche aux cordes
pays à cause du Nil et ils nous considèrent comme
des Noirs. » À l’évocation de la Libye, le visage de
lancées depuis le canot jaune délavé du bateau
humanitaire. Après des heures de bagarre avec
Teybaa, si souriant pendant les cours de français, se
les flots, le sauvetage est terminé.
brouille de larmes. « Là-bas, nous sommes tombés
Mais pas pour tout le monde. Alors que Tedros,
dans les mains de bandits, nous avons été traités
Asrat et les autres se recroquevillent dans une
comme des animaux, résume Ziyaad. Nous avons
couverture, les marins de l­ ’Aquarius continuent
aussi été emprisonnés pendant deux semaines, pas
de s’activer. « Nous avons transbordé jusqu’à la
dans la même cellule mais dans le même bâtiment. »
tombée de la nuit des réfugiés qui étaient sur deux
Ils ont appelé leur famille une seule fois depuis leur
bateaux des gardes-côtes et de la marine italienne,
arrivée en France, eux aussi faute de connexion
rapporte Anthony, marin-sauveteur de 36 ans.
stable. Leur chance, c’est leur amour, puissant
Le centre de coordination et de sauvetage mariciment sur la route de l’exil. Dans leur chambre de
time de Rome nous a ensuite donné l’ordre de nous
14 m2, devant le petit réchaud où mijote un ragoût,
Ziyaad et Teybaa ne se quittent pas des yeux. Les
diriger vers le port le plus sûr, qui se trouvait en
galettes traditionnelles et le jus de pomme sont
Italie. » Jusqu’à ce que Matteo Salvini, ministre
disposés sur la table. Plus de cachot, de pick-up ou
de l’Intérieur et vice-président du Conseil, ferme
de canot. Bien des difficultés restent devant eux,
la porte : interdiction pour les ONG d’accéder aux
mais c’est le début d’une autre histoire. g
ports de la péninsule.
l’ « Aquarius »
étoile jaune. Il fallait garder la maison d’un gradé,
faire sa vaisselle et entretenir son jardin. Que tu
sois excellent en classe ou non, peu importe. Voilà
pourquoi on arrête l’école ! » Le groupe comprend
un déserteur, la pire des trahisons pour le tyran
Afeworki : Temesgen, blessé à l’épaule lors de sa
fuite. « Ils ont tiré sur moi en criant : “Tu as juré de
ne pas quitter le pays !”, se souvient-il en montrant
sa cicatrice. Grâce à ma blessure, je suis entré à
l’hôpital, d’où j’ai finalement réussi à m’enfuir pour
le Soudan, puis la Libye. »
Commence alors pour les fuyards un périple
au cours duquel tous ­auraient pu mourir cent
fois. D’abord l’Éthiopie, où les militaires gardent
farouchement la frontière et où les routes sont
jonchées de mines. Le Soudan, ensuite, où les
kilomètres sont engloutis en marchant dans le
désert, en s’asseyant dans les pick-up des passeurs ou en se cachant sous des camions de marchandises. « S’il y a des contrôles, les patrouilles
sont sans pitié : on nous fusille sur place », assure
Asrat. « On m’a laissé dans le désert avec les mains
attachées pour me vendre, sans eau, sans rien,
ajoute Yonas. Autour de moi, beaucoup sont morts
déshydratés. » Puis vient la Libye, le lieu de leurs
pires cauchemars. Où les migrants sont réduits
en esclavage. « J’ai été vendu une fois, raconte
Temesgen. On était parqués dans un hangar, on se
tenait dans une certaine position et on ne pouvait
plus en changer. Ils n’ont pas de pitié. » Le jeune
homme refuse de nommer ses bourreaux. En
insistant, on comprend que les geôliers libyens
sont aidés par des Tchadiens, des Soudanais, des
Somaliens et des « compatriotes » érythréens.
PANIQUE À BORD
DU ZODIAC
En deux ans passés en Libye, Asrat a lui aussi
été vendu, deux fois. Il exhibe sur son portable
une photo prise dans un entrepôt-prison avec un
mauvais flash, où dix visages hagards scrutent
l’objectif. « Lorsqu’ils se mettent à choisir quelqu’un,
tout le monde panique, poursuit Asrat. On sait ce
qui va se passer : on va le frapper, lui couper la main
ou lui arracher un œil, puis envoyer une vidéo à sa
famille restée en Érythrée pour lui demander de
l’argent. Au pays, les mères font la manche à côté
des églises et des mosquées pour payer les rançons. »
Le jeune homme a finalement pris la mer après
que ses proches ont vendu terres et animaux pour
À gauche : arrivée
de l’Aquarius dans
le port de Valence
(Espagne) le 17 juin
2018 avec 630 réfugiés
partis de Libye.
Ci‑dessus : migrants
débarquant du Dattilo,
le navire des gardescôtes italiens qui
accompagnait le bateau
de SOS Méditerranée.
34
le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
Opinions & controverses
Laissons une chance
aux 80 km/h
Stop aux violences
contre la presse
Par Claude Got,
professeur de médecine
Par les Gilets jaunes citoyens*
Monsieur le Président, quand
vous indiquez que l’on peut trouver « une manière plus intelligente
de mettre en œuvre » la limitation
de vitesse à 80 km/h, cette phrase
sous-entend un manque d’intelligence chez ceux qui l’ont proposée et décidée. Elle dévalorise la
mesure, réduit son acceptabilité
et finalement son efficacité. Elle
légitime l’absence de respect de
cette nouvelle règle. Une caractéristique est constamment vérifiée
en matière de sécurité routière : les
annonces modifient les comportements avant qu’ils ne deviennent
effectifs.
Et dans ce domaine, la diffusion
de mensonges est immédiate. Elle
est souvent relayée par des médias
irresponsables qui placent en bordure d’une très belle route un élu
expliquant longuement qu’il est
possible d’y rouler à 90 sans danger. Le déni de réalité est complet,
personne n’est là pour expliquer
que le nombre de tués sur une
route dépend d’abord du trafic.
Une carte est présentée à l’appui
de la démonstration, nous montrant des petites routes en blanc
qui pourraient éventuellement
être abaissées à 70 et une plus
grande en rouge que l’on pourrait
remonter à 90, le tout sans mise en
évidence du nombre de tués sur
ces routes. Avec cette méthode,
une chaîne de télévision publique
a exprimé son incompétence dangereuse.
La réussite du 80 est indiscutable. Deux cent trente-trois
tués en plus sur les routes de janvier 2014 à novembre 2017 avaient
exprimé la nullité de la gestion
politique et administrative de la
sécurité routière pendant cette
période de croissance de l’accidentalité. Deux cent quarante-cinq
tués en moins de novembre 2017 à
novembre 2018 : c’est un bilan qui
a prouvé l’efficacité de l’annonce
en décembre 2017 de la décision
réduisant la vitesse de circulation
à 80 km/h sur les routes sans séparation des sens de circulation.
Quelles seront les conséquences
de votre annonce ? Trois groupes
de pression vont coordonner leurs
nuisances : d’abord les passionnés
de voitures puissantes, rapides,
qui aiment exprimer leur aptitude
à gérer ces produits merveilleux de
l’intelligence humaine ; ensuite, les
hyperactifs qui courent après leur
emploi du temps : élus, entrepreneurs, journalistes en font partie
et c’est un biais majeur dans l’expression publique de leurs idées,
marquées par ce conflit d’intérêts ;
enfin, les politiques sournois qui
exploitent les deux groupes précédents pour nuire à la majorité en
participant à la diffusion de don-
nées fausses. La palette est large,
allant des positions traditionnelles
de l’ex-Front national à des partis
de droite qui étaient plus soucieux
du respect de la vie humaine quand
Jacques Chirac a engagé la réforme
de 2002-2003 qui a divisé par deux
la mortalité sur les routes.
En réalité, il est indispensable de
poursuivre pendant deux ans l’expérimentation du 80 km/h pour
avoir le temps d’expertiser l’accidentalité sur les différentes voies.
Vous avez insisté, Monsieur le Président, sur votre volonté de poursuivre l’observation des effets de
la modification de l’impôt sur la
fortune. Il est indispensable d’avoir
la même cohérence pour l’évaluation du 80 et d’attendre la fin des
deux années pour passer au stade
décisionnel.
J’ai, Monsieur le Président,
une activité de recherche dans le
­domaine de la sécurité ­routière
depuis 1970. Je l’ai toujours
­développée en collaborant avec
les constructeurs automobiles,
les associations, les médias, les
­politiques et les administratifs.
J’ai pu constater à de multiples
reprises, au cours de cette longue
période qui nous a fait passer de
18 000 à 3 250 morts par an, la
fierté de ceux qui avaient contribué
aux périodes de réussite. Soyez de
leur côté. g
Nous sommes des citoyens
avant tout, qui œuvrons à
mettre en avant les principales revendications des Gilets
jaunes. Cela doit se faire dans
le respect de nos institutions et
de l’ordre public. Notre colère
ne doit plus être destructrice.
C’est pourquoi nous dénonçons
avec la plus grande fermeté
l’ensemble des violences, dont
celles faites aux journalistes.
Ceux-ci sont de plus en plus
victimes de violences lors de
nos manifestations. L’acte IX
l’a encore montré. Il a été
marqué par des actes graves
contre la presse : une équipe
de LCI agressée à Rouen, une
autre de l’AFP à Toulon, une
journaliste frappée à Pau.
Ces déchaînements de haine
nous alarment et la violence
de ­c ertains d’entre nous à
l’égard des reporters doit être
­vigoureusement dénoncée. Elle
porte atteinte à la démocratie
et met en cause la crédibilité
de nos actions.
Les journalistes doivent
garder cette liberté de couvrir
des événements de la manière
dont ils l’entendent, quand bien
même nous ne serions pas d’accord avec eux. Nous ne pouvons
accepter qu’ils soient obligés de
masquer le logo de la chaîne à
laquelle ils appartiennent. Nous
sommes les premiers à revendiquer nos droits légitimes à
manifester au nom des droits
de l’homme, à dénoncer les
violences policières que nous
subissons fréquemment. Comment rester crédibles dans nos
revendications si à côté de cela
nous expulsons des journalistes
de la voie publique en les frappant ?
Nous appelons les responsables des différents groupes
de Gilets jaunes à prendre leurs
responsabilités en réprouvant
fermement et ouvertement
ces actes odieux et antidémocratiques. Les appels à la violence véhiculés sur Facebook
doivent cesser. Personne ne
peut se placer en leader en
usant de méthodes dignes de
voyous. La liberté de la presse
ne doit plus être l’otage de nos
revendications, et nous n’avons
pas à rendre les journalistes responsables des violences qu’ils
subissent.
Il est donc urgent et impératif de faire le ménage dans nos
propres rangs pour en écarter
définitivement tous les éléments
perturbateurs : casseurs, Gilets
jaunes radicalisés, extrémistes,
racistes et antisémites. g
* Liste nominative sur lejdd.fr
Entre le syndrome du Guépard et le pari de Pascal
La grande
La semaine
d’Anne Sinclair consultation
amorcée
cette semaine
relève du pari
de Pascal :
que risque
le sceptique
à croire en Dieu
puisqu’il n’a
rien à perdre ?
Autrement dit,
que risque le citoyen à tenter
le grand débat ? Essayonsnous donc au « en même
temps ». Et d’abord, les
handicaps, nombreux.
1) Le principe même :
comment débattre de sujets
avant même que les intéressés
les aient vraiment identifiés ?
On est dans une étrange
situation où d’un côté
les citoyens, dans leur
diversité, ne savent pas ce
qu’ils veulent, et de l’autre les
gouvernants les interrogent
sur ce qu’il faut faire.
2) Emmanuel Macron : il est
­impopulaire, et ce qu’un
exécutif mal en point propose
peut se trouver disqualifié. Les
deux ministres organisateurs et
les cinq « garants » auront-ils
une aura assez forte pour être
indiscutables ?
3) Les doléances : comment,
en deux mois, par centaines
de milliers, vont-elles être
collectées, lues, classées,
digérées ? Et comment,
en un mois, le Président
pourra-t‑il y répondre, puis
organiser en quatrième
vitesse un référendum qui
peut parasiter les élections
européennes ?
4) Les thèmes proposés : tout
est ouvert, rien n’est exclu…
sauf ce qui le demeure, comme
l’ISF, dont on croit avoir
compris qu’il est hors débat.
Et pourquoi alors avoir inclus
l’immigration, qui n’a jamais
été un sujet de revendication,
sinon pour d’évidents motifs
politiques ?
5) Les risques qui guettent
l’issue même du débat : celui
d’un déni de démocratie, où
le Président ne prendrait pas
en compte les principales
revendications qu’il a lui-même
sollicitées ; ou celui d’un déni
de cohérence, où il serait forcé
de se contredire dix-huit mois
après son élection.
6) L’interrogation sur la
capacité du Président à passer
de la verticalité pressée à
l’horizontalité réfléchie. Ou à
accepter qu’il n’y ait pas que
des « solutions » comptables,
mais aussi des revendications
impalpables mais fortes,
comme le besoin de justice.
7) L’ampleur de la haine
qui s’exprime depuis deux
mois, celle des violences
du samedi – y compris les
violences policières, avec
l’emploi plus que contestable
des LBD (lanceurs de balles
de d
­ éfense) – peut-elle se
transformer en gentilles
propositions, faites par de
gentils électeurs à un gentil
président qui fera un gentil
référendum pour les ratifier ?
8) En résumé, ne sommesnous pas devant le syndrome
décrit par Lampedusa, l’auteur
du Guépard, où la devise bien
connue du prince Salina est que
« tout change pour que rien ne
change » ?
En même temps, la démarche
est inédite et audacieuse.
1) Devant les maires à GrandBourgtheroulde, le Président a
répondu pendant sept heures à
des questions directes. Même
s’il s’agissait d’élus et non de
simples citoyens, on peut saluer
la performance comme une
réelle volonté d’écoute.
2) On a assez souligné que
son programme n’avait pas
été plébiscité en tant que
tel, que personne n’avait
voté consciemment pour la
suppression de l’ISF ou la
hausse de la CSG, mais qu’il fut
élu par défaut face à Marine
Le Pen. S’il est prêt à corriger
sa politique, cela signifie peutêtre qu’il l’a admis.
3) À propos de l’ISF,
précisément, dont les Français
ont honni la suppression et
qu’ils vont abondamment
évoquer, il est difficile de
croire que le Président élude
tout simplement la question.
4) Tout le monde s’accorde à
dire que la Ve République est
épuisée, que la délégation de
pouvoir tous les cinq ans les
yeux fermés n’est plus possible
quand le temps va vite et les
problèmes aussi. Si un tel
débat qui n’existe nulle part
réussissait, ne serait-ce pas
une audace à porter au crédit
de la France ?
5) D’ailleurs, ne faut-il pas
tout simplement le considérer
comme une assez classique
sortie de crise, entre un
sondage géant et une prise de
parole, sorte de « Grenelle » à
l’échelle nationale ?
6) Les partis sont au pied du
mur : ils sont contraints de
participer pour ne pas risquer
le désaveu si les citoyens vont
en masse remplir les cahiers
dans les mairies ! Souvenonsnous des primaires dont on
prédisait l’échec, alors que
les Français se passionnèrent
pour les débats, et firent
la queue devant les bureaux
de vote.
7) Si tout cela redonnait
de l’autorité à l’exécutif, il
faudrait s’en réjouir plutôt que
continuer à se lamenter devant
le chaos et les références
parfois douteuses de certains
Gilets jaunes (lire la note de
la Fondation Jean-Jaurès
sur l’analyse des discours et
des leaders sur les réseaux
sociaux).
8) Faut-il se contenter
d’attendre passivement
qu’advienne le hashtag du RN
qui, cette semaine, m’a donné le
frisson : #Onarrive ?
Alors, s’il faut deux mois de
discussions pour parvenir à
plus de justice fiscale et plus de
démocratie participative, cela
vaut bien un pari pascalien :
pas sûr que Dieu – ou Jupiter,
ou le Président – réussisse,
mais quel est le risque ? g
J.-F. Paga
35
le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Opinions & controverses
Mesdames et Messieurs les
membres du Conseil constitutionnel, vous allez examiner une question prioritaire de constitutionnalité visant à abroger la pénalisation
des clients-prostitueurs prévue par
la loi du 13 avril 2016, c’est-à-dire
à rendre de nouveau légal l’achat
d’actes sexuels.
Nous, les hommes, sommes
­l’immense majorité des clients de
la prostitution. Avant la loi de 2016,
nous jouissions librement et sans
complexes du droit, contre paiement, de disposer sexuellement de
personnes dites prostituées. C’est
ce même droit que certains voudraient aujourd’hui graver dans le
marbre constitutionnel au nom de
curieux principes : est-ce à dire que
nos é­ ventuelles ­difficultés sociales
ou relationnelles, nos ­fantasmes, nos
pulsions prétendument irrépressibles
ou notre simple statut d’homme
nous autoriseraient à louer un être
humain, le plus souvent une femme,
sans ­aucune considération pour elle
et pour son propre désir ?
Ce privilège archaïque nous
­permettant de contraindre une personne à un acte sexuel contre de
l’argent, nous n’en voulons pas ! Nous
n’avons rien à gagner à cet acte qui
fait de nous des agresseurs ne pouvant jouir qu’en dominant l’autre.
Acheter un corps, très majoritairement celui de femmes en situation
de précarité ou de détresse, souvent
trompées par des proxénètes ou des
trafiquants, nous enferme dans un
rôle de prédateur.
Pénaliser depuis 2016 des clientsprostitueurs a été un puissant symbole adressé à tous les hommes. Cela
nous a obligés à réfléchir à notre
rapport avec les femmes, à notre
sexualité. Voulons-nous continuer
à contraindre et à violenter des
femmes ? À ignorer la situation
sociale, économique, culturelle qui
les condamne à la prostitution, et
donc les inégalités dont elles sont
victimes ?
île sous
Nous ne voulons Une
influence
pas d’un droit I
d’abus sexuel
À l’heure où, dans le monde entier, elles sont enfin des millions à
­dénoncer le harcèlement sexiste et
sexuel qu’elles subissent, n’y a-t-il pas
d’autre urgence que celle d’inscrire
dans nos principes fondamentaux
un « droit de harceler » tristement
« L’abrogation
de la pénalisation
des clients de
la prostitution
serait un grave
recul »
négocié avec un billet ? Nous ne
voulons plus de ce système patriarcal, inégalitaire et porteur de toutes
les violences : verbales, physiques,
sexuelles, psychologiques.
En nous interdisant d’acheter le
corps d’autrui, le législateur a posé
comme principe que les femmes ne
sont pas prédestinées à servir d’exutoire ou d’objet de défoulement aux
hommes, lesquels ne sont pas davan-
tage prédestinés à se comporter en
prédateurs sexuels. C’est plutôt ce
principe-là que nous voulons voir
confirmé par la loi.
Nous affirmons que les femmes sont
nos égales en tous points, et qu’il ne peut
y avoir d’égalité tant que des hommes
pourront, en payant des femmes, leur
enlever le droit de dire non, droit si
chèrement acquis et a­ ujourd’hui si
unanimement célébré. Nous affirmons
que la liberté sexuelle n’est pas à sens
unique : elle ne peut se construire que
dans une relation é­ galitaire, sur la base
d’un désir r­ éciproque. Nous voulons
vivre dans une société où les infinies
possibilités de la sexualité humaine
s’expérimentent entre personnes libres
et désirantes.
Mesdames et Messieurs les
membres du Conseil constitutionnel,
ne sanctuarisez pas le statut d’agresseur sexuel ! En cette période de
grands changements dans la société,
offrez-nous la possibilité de changer
avec elle : affirmez le principe d’égalité femmes-hommes. g
Premiers signataires : Christophe André,
psychiatre et psychothérapeute ; Gérard Biard,
journaliste, cofondateur de Zéromacho ; Vincent
Cespedes, philosophe, essayiste et compositeur ;
Pierre-Yves Ginet, journaliste ; Jean-Jacques
Gsell, avocat ; Axel Kahn, généticien ; Mustapha
Laabid, député (LREM) ; Alain Lipietz,
économiste ; Édouard Martin, député européen
(S&D), Yves Raibaud, géographe, membre du
Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les
hommes (HCE) ; Grégoire Théry, porte-parole du
Mouvement du Nid, membre du HCE.
Marathon man
rouge vif
anne Roumanoff
Ah, ils voulaient débattre !
Ils ont débattu ! Sept heures
à Grand-Bourgtheroulde !
Six heures trente à Souillac…
Les maires ruraux étaient
épuisés, et moi j’étais toujours
fringant. En vérité, je suis un
marathonien de la politique avec
une assurance et une endurance
hors du commun. Et surtout
j’adore ça ! Tomber la veste,
être en manches de chemise,
séduire, convaincre, embobiner
les gens. J’ai eu l’impression
de repartir en campagne. Ou
d’être un cadre qui anime des
réunions de motivation pour
ses réseaux commerciaux. Je
suis suprêmement intelligent,
extrêmement brillant, je
manie l’art de la rhétorique à la
perfection, je charme comme
je respire. Quand le micro
avait trop de réverb, j’ai fait
rire la galerie avec le brio d’un
animateur de salle des fêtes.
Et puis, quel autre président
a été capable d’écouter les
maires pendant plus de six
heures d’affilée ? Chirac serrait
les mains à tour de bras,
Hollande faisait rire la galerie,
moi j’anime des réunions
interminables. Il y a 35 000
maires en France, j’en ai déjà
rencontré 1 200. Plus que
33 800 à convaincre, ils seront
fatigués avant moi.
Au départ, les vieux briscards
à chemise à carreaux étaient
sceptiques. Ils me jaugeaient
comme un éleveur soupèse son
bétail. Il y en a même un qui m’a
lancé : « Je vous mets en garde,
monsieur le Président, il ne faudra
pas que ce débat devienne le grand
bluff ! J’espère que vous n’êtes
pas dans la posture du “dites-moi
de quoi vous avez besoin, je vous
expliquerai comment vous en
passer” » Quoi qu’ils en pensent,
je suis sincère dans mon envie
de comprendre pourquoi autant
de Français ne me supportent
plus. Et puis, comme c’est
rafraîchissant ! Pas besoin de
partir à l’autre bout du monde
pour être dépaysé et avoir la
sensation de voyager dans le
temps. J’affectionne ces petits
bourgs ruraux où l’on se croit
plongé trente ans en arrière.
Après la start-up nation, la
campagne connexion !
Le préfet avait bien organisé
les choses. Les intervenants
avaient été triés sur le volet,
Souillac était en état de siège.
En bon premier de la classe
que je suis, j’avais potassé mes
fiches toute la nuit. J’ai réussi
à tenir dix minutes sur les ours
et expédié l’immigration en
cinq. Quand les campagnards
exprimaient leurs doléances, je
n’ai pas arrêté de prendre des
notes studieusement.
Un maire m’a reproché mes
petites phrases prétendument
blessantes, je lui ai répondu que
« la société dans laquelle nous
vivons peut parfois conduire
à sortir une phrase de son
contexte », mais que « je suis
profondément attaché à chacun
de nos concitoyens ». C’est vrai en
plus, j’ai de l’affection pour tous
les Français, même les pauvres
qui déconnent. J’ai conclu en
disant que je rapportais du
travail pour mes ministres.
À la fin, les maires se sont
levés pour m’applaudir.
Standing ovation ou sentiment
de délivrance que ça soit enfin
terminé pour pouvoir remplir
leur estomac qui gargouillait
et soulager leur prostate de
sexagénaires ? Un maire m’a
demandé ce que je prenais
pour tenir si longtemps. J’ai
répondu : « Mon dopant, c’est
l’enthousiasme ! » Et aussi
l’approche des européennes, le
26 mai. Reconnaissez-le, elle est
drôlement bien organisée, ma
campagne électorale aux frais du
contribuable. g
l y a d’abord cette impression d’arriver
en « terre étrangère ». Puis le sentiment
d’être « renvoyé au statut de “pinzuti” »,
ceux qui ne comprendront jamais rien au
« peuple corse ». Il faut ensuite vivre avec
la certitude que « nos moindres faits et
gestes sont épiés ». Prendre garde à qui l’on
parle, car « la porosité est le maître mot sur
l’île ». Prendre enfin conscience qu’« il est
­quasiment impossible d’instruire en Corse
contre des membres éminents du banditisme,
encore moins d’y faire
juger leurs affaires »…
Trois juges, six procureurs : ils sont neuf
magistrats à confesser
qu’entre omerta insulaire et ambiguïtés de
l’État la fonction de
« juge en Corse » n’a
rien d’une sinécure.
« Rétablissement ou
établissement de l’État
de droit ? » La question
Juges en Corse
est posée par l’ancien
sous la direction
procureur général
de Jean-Michel Verne,
­B ernard Legras, qui
Robert Laffont, 312 p.,
reconnaît que « l’hési20,50 euros.
tation est permise ».
« Banditisme, nationalisme, affairisme se
mêlent étroitement. Rien n’est étanche »,
résume Jacques Dallest, ancien procureur
d’Ajaccio puis de Marseille. Brise de mer,
bergers de Venzolasca, Petit Bar à Ajaccio…
Les principales bandes disposent de « relais
dans la vie politique locale et dans la vie économique », se désole le juge Claude Choquet.
Ne pas être parvenu à accrocher dans un
même dossier politiques et voyous constitue
d’ailleurs l’un des regrets de l’ex-procureur
de la République à Bastia Nicolas Bessone,
qui écrit : « Leur consanguinité est parfois
pourtant évidente. » g
Stéphane Joahny
Un mythe
américain
Q
ui a tué Jimmy Hoffa ? Lourde
question à laquelle Charles Brandt,
­a ncien procureur général du
­Delaware et surtout avocat de Frank
Sheeran, homme de main de la mafia et en
même temps solide soutien de Hoffa, tente de
­répondre. Dans un livre
sidérant, fruit de cinq
années d’interviews
avec le tueur irlandais,
celui-ci, à l’article de la
mort, avoue le meurtre
de son ami à la demande
d’un chef mafieux.
Jimmy Hoffa fut une légende. De son vivant, le
patron du syndicat des
J’ai tué Jimmy Hoffa
routiers est l’homme le
Charles Brandt,
plus puissant d’AméJC Lattès/Le Masque,
400 p., 21,90 €.
rique après le président John ­Kennedy.
Depuis son assassinat
en 1975, sa mort reste
une énigme légendaire de l’histoire de la
pègre américaine. La version de Brandt a
été contestée. D’autant plus facilement que
le cadavre de Hoffa n’a jamais été retrouvé.
Reste un ouvrage passionnant sur les relations incestueuses entre pouvoir et mafia aux
États-Unis, qui a fourni la base du prochain
film de Martin Scorsese, The Irishman. g
Karen Lajon
36
le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
Lire
Le roman des
premières fois
Destinée Bruno Masi
O
n est trop sérieux à 13 ans. » Surtout lorsqu’on
s’appelle Marcus Miope, que le
père est absent, la mère instable,
le frère violent, et que l’été s’annonce, interminable, avec son
cortège de touristes qui ne font
que passer. Depuis la passerelle
surplombant l’autoroute des
départs et des arrivées, un soleil
couchant sur des buildings en toile
de fond, M
­ arcus songe à la Californie, son rêve américain, et se
repasse en boucle une scène du
film To Live and Die in LA, dans
laquelle William Petersen s’élance
d’un pont dans le vide, un simple
filin attaché à la cheville pour le
relier à la vie. Planer, s’écraser.
Qui pour le regretter ? Par chance,
quelques copains partagent son
désœuvrement : ­Virgile, Abdé,
Sylvain… Mais aucun ne l’écoute,
ni ne semble comprendre son
désir d’Amérique. Alors M
­ arcus
se console avec le souvenir de
­Noémie-Mélodie, de sa voix, de
son odeur, un temps éclipsé par
« La Californie »
rappelle aux
adultes ce que
l’âge « ingrat »
a de décisif
retrace l’été d’un
adolescent de 13 ans,
celui où tout va
basculer, dans la France
des années 1980
Pénélope, la jolie ­Norvégienne
en vacances dans cette station
balnéaire de seconde zone. Aux
virées à vélo succèdent les baisers sur la plage, à la fête foraine,
sous la grande roue. Une distance qu’ils ne savent pas encore
nommer s’installe entre les amis
d’enfance dont le corps et l’esprit
entrent en ébullition. L’été aurait
pu s’étendre, monotone, pareil à
tous les étés, sans le drame qui
allait le distinguer des autres,
et dont le narrateur se souvient,
vingt ans plus tard. Un échange
de regards, « le début des ennuis ».
Les frères R
­ accioni et le flingue
que Virgile avait rapporté d’Italie.
Avec le recul, il ne fait aucun doute
que cela ne pouvait que mal finir.
Roman des premières fois et de
l’attente, La Californie consigne
trois mois de la vie d’un gamin
trop tôt cabossé par les événements, dans la France du milieu
des années 1980. Aux impressions
visuelles, olfactives et tactiles se
superposent les références et la
bande-son d’une époque disparue
(quand les Doors rivalisaient avec
Alain Chamfort, quand Laurent
Fabius était Premier ministre),
dont le narrateur ne retire pour
autant aucune nostalgie particulière. La violence qui en émane,
tantôt suggérée, tantôt explicite,
a laissé place à l’amertume de
celui qui a attendu de voir son
existence débuter enfin, englué
dans un milieu et une manière
de penser qui semble l’avoir
condamné à la l­ éthargie. « Durant toutes ces ­années j’ai attendu
Bruno Masi.
Brigitte Baudesson
que quelque chose se passe. L’Été
­railleur m’avait prévenu d’attendre,
ne pas bouger, les autres feraient
le boulot et viendraient me chercher. Mais en réalité tout s’était déjà
produit. » L’immersion proposée
dans le corps et la tête de l’adolescent, avec toutes les distorsions
que l’âge implique, est saisissante.
Le récit ravive des sensations que
nous avons tous un jour éprouvées, quand l’abyssal ennui d’un
été sans fin invitait au rêve de
changer de vie, de ne pas reproduire le schéma parental, de fuir
le ­patelin de naissance, de ne jamais « rejoindre le cortège des voitures sur l’autoroute avec un aller
simple pour la démence ». Cruel et
­bouleversant, lumineux et désespéré, La ­Californie rappelle aux
adultes que nous sommes devenus
ce que l’âge baptisé d’« ­ingrat »
a de décisif dans la suite du parcours, malgré les frustrations, le
désarroi et la colère dont il est souvent le synonyme. Un diamant à
l’état brut. g
Laëtitia Favro
La Californie
Bruno Masi, Lattès, 198 pages, 17 euros.
37
le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Lire
U
n vieux canapé-lit,
ne peut pas ne pas mettre
moche, encomun peu de sel ou de rudesse dans l’expression
brant, lourd, abominable. Il appartenait à
d’une admiration ou d’une
reconnaissance. Pour évila grand-mère, personne
foncièrement méchante,
ter le pathos. Ouais… D’un
d’une pingrerie maladive,
dard habile et infatigable
au goût atroce. Sa fille,
Bernard Pivot
il ne peut s’empêcher de
dans un élan de piété de l’académie Goncourt piquer au passage Angot,
d’autant plus incompréHaenel ou Houellebecq, de
hensible ou méritoire
provoquer les habitants de
qu’elle avait souffert sous la férule
Montargis et « les amis du Gâtinais »,
de cette mégère enfin décédée,
de braver avec humour ses propres
a décidé d’installer le canapé-lit
lecteurs quand, tel le scorpion, il ne
dans la maison de campagne de la
se pique pas lui-même. Ironiques
famille, en Auvergne. Ce sont ses
néologismes, vannes culturelles,
deux fils, Pierre et Bernard, celui-ci
érudition moqueuse. Panoplie comaccompagné de sa femme Martine,
plète du satiriste qui ne relâche sa
qui sont chargés de transporter le
caustique rhétorique qu’à l’évocamonstre, le week-end de Pâques, de
tion de sa mère et des paysages de
Créteil à Lussaud, Cantal.
l’Auvergne.
Les voilà donc, tous les trois,
Enfin, Pierre Jourde est un
­embarqués dans un Jumper, fourvirtuose de la digression. Il nous
gon utilitaire de Citroën. C’est
embarque dans deux ou trois
Pierre le narrateur. Pierre Jourde
­directions à la suite avant de r­ evenir
est un talentueux romancier (Festins
plan-plan ou brutalement, mais
toujours dans le Jumper, sur la
­secrets, Le Maréchal absolu, etc.) et
un pamphlétaire et critique littéraire
route de Créteil à Lussaud. Ainsi,
redouté (La Littérature sans estomac,
Le Jourde et Naulleau). Son nouveau livre, Le Voyage du canapé-lit,
relève du genre autobiographique,
car toutes les histoires rapportées
sont vraies, une note liminaire nous
en informe. Aussi ce voyage CréteilLussaud, 500 kilomètres, au cours
duquel Pierre Jourde raconte ses
aventures à son frère et à sa bellesœur, est-il à la fois une leçon de géographie, du tourisme culturel et une
plongée hilarante dans la mémoire
de l’auteur. Même les Gilets jaunes
ne pourraient pas stopper sa verve
à Briare, nous voici à Chichicascoruscante.
tenango, dans la jungle guatémalToutes ces histoires ont un comtèque, où les deux frères Jourde
mun dénominateur : des objets
sont en mauvaise posture, Bernard
­maléfiques, comme le canapé-lit.
ayant perdu sa sacoche avec ses dolTasses à thé et à café, coquille de
lars et surtout une livre de shit qui
protection, bidon, bouteille de
peut les envoyer en prison pendant
Coca, etc., ont fourré Pierre Jourde,
vingt ans. À La Charité-sur-Loire,
presque toujours à son insu, dans
Pierre est au Tibet, dans un car, avec
« des épisodes désastreux, dangereux
encore un problème de transit qui
ou grotesques ». Il se demande s’il
peut le laisser seul sur la route à
n’est pas devenu écrivain, s’il n’a
3 500 mètres d’altitude. Mais il
sait mieux retenir ses entrailles
pas choisi « le monde gratifiant de
l’esprit » par défiance du monde
que sa plume, se dit-on, jusqu’à ce
concret.
que, avant Moulins, il rende tripes,
L’honnêteté m’oblige à mentionboyaux et âme sur un bateau dans
la tempête des Glénan. Pendant le
ner que les frères Jourde, caractères
contournement de Clermont, il se
irascibles, provocateurs, muscles
saillants, passaient l’un et l’autre
rappelle une humiliation subie pas
dans leur jeunesse pour des génies
très loin, en Haute-Loire. Il y fit une
du mal. La relation de leurs méfaits
conférence devant deux femmes
dans les collèges et lycées m’a fait
égarées et un type très attentif, mais
hoqueter de rire. Ce qui démontre,
qui se révéla être sourd.
les humiliations qu’ils ont infligées
Je fonce jusqu’à l’arrivée, à
à leurs malheureux professeurs ne
­Lussaud, dans la maison de camm’ayant pas ému, que mon âme
pagne. Les six pages dans lesquelles Pierre Jourde raconte
n’est pas meilleure que la leur.
De même – après les hoquets, les
comment le monstrueux canapégloussements de rire ai-je lu sans
lit a été hissé au deuxième étage
réaction de pitié ou d’indignation le
– mes hoquets de rire sont reverécit d’une réception à l’Académie
nus – méritent une place d’honfrançaise. Pierre Jourde avait obtenu
neur dans une anthologie de la
le prix de la critique. Imprudents
littérature d’ameublement et les
immortels ! Le « cheptel cacochyme »
félicitations ironiques d’Ikea. g
est d’autant plus brocardé que le lauréat a hâte que cette solennelle et
bavarde réunion finisse, une furieuse
envie de pisser l’ayant saisi alors que
Marc Fumaroli n’avait pas encore
commencé son éloge de la vertu.
Martine, l’épouse de Bernard, elle,
est scandalisée. « Dauber sur les
académiciens, c’est très facile. Tout
le monde le fait. C’est presque un
sport national. Comme se moquer
des prêtres. On ne court plus aucun
risque, mais ça permet de se donner
Le voyage du canapé-lit
Pierre Jourde, Gallimard, 270 pages, 20 euros.
une allure de rebelle très seyante. »
Pierre Jourde explique alors qu’il
Même les Gilets
jaunes ne
pourraient pas
stopper la verve
coruscante de
l’auteur
En pleine
tempête
fascination Partant d’une
terre habitée il y a huit mille ans
et à présent engloutie,
Elisabeth Filhol, auteure de
« La Centrale », suit les destins
contraires de deux géologues
Du Doggerland, cette île qui s’étendait en mer du Nord quelques
millénaires avant notre ère, il ne
reste désormais qu’un banc de
sable immergé. De cette terre fertile, autrefois peuplée, ne subsiste
aucune trace dans les mythes européens alors que les chalutiers qui
sillonnent aujourd’hui ses eaux
remontent dans leurs filets outils
et armes préhistoriques, restes
de mammouths et de lions des
cavernes témoignant de la présence enfouie de vies humaines et
animales.
Parmi les chercheurs ayant fait
du Doggerland leur objet d’étude,
Margaret tente de comprendre
les facteurs d’immersion de cette
île mystérieuse, quand Marc, un
ancien condisciple du département
de géologie de St Andrews, analyse
le potentiel pétrolifère et éolien de
la zone. Un colloque pourrait les
réunir, vingt ans plus tard, après
le départ brutal de Marc pour une
existence régie par les cours du
baril de brent sur les plateformes
pétrolières de la mer du Nord. Une
vie d’aventures alors que ­Margaret
avait choisi la stabilité.
Le Doggerland exerce une
étonnante force d’attraction
Quand la tempête Xaver atteint
les côtes européennes et rend
tout déplacement périlleux, Margaret et Marc tentent de rejoindre
le Danemark où doit se tenir le
Fabien Tijou/P.O.L
D’un Jourde à l’autre
Elisabeth
Filhol.
colloque, portés par la perspective de se revoir. Point de départ
de l’écriture du roman et point de
convergence de ses protagonistes,
le Doggerland exerce au long du
récit une étonnante force d’attraction, à la fois paradis enfoui pour les
scientifiques et paradis en devenir
pour l’industrie offshore.
À travers les personnages
de Margaret et de Marc, qui
ont reçu la même formation
mais dont la vision du monde
diverge radicalement, É
­ lisabeth Filhol illustre la cohabitation souvent
forcée entre chercheurs et industriels, et comment les intérêts des
uns dépendent du bon vouloir des
autres, pour un résultat à chaque
fois équivalent : la destruction des
traces du passé. Doggerland n’est
pas pour autant un roman amer et
défaitiste ; il témoigne au contraire
de la fascination contagieuse de
l’auteure pour la conquête du
pétrole en mer du Nord et les paysages qu’elle dessine. À l’instar des
prévisions actuelles, frappées par la
malédiction de Cassandre (à force
de prédire le pire, plus personne
n’écoute), D
­ oggerland alerte sur le
réchauffement climatique et ses
conséquences déjà visibles, au premier rang desquelles l’immersion
de terres habitées. « Ça monte et
on oublie que ça monte. On apprend
à vivre avec. […] Jusqu’au jour où
tout s’accélère. Dépasse les capacités
d’absorption et d’oubli. D’une décennie à l’autre, l’eau est partout. »   g L.F.
Doggerland
Elisabeth Filhol, P.O.L, 352 pages, 19,50 euros.
Zoom arrière
Ambition L’auteur d’« Anielka »
livre une autobiographie
racontant la naissance
de sa vocation de romancier
Qu’a-t-on en tête à 7 ans ? L’écrivain
François Taillandier, qui en a 63, se
penche sur l’enfant qu’il fut, photo
à l’appui. Il se revoit avec « sa bonne
grosse tête sous sa t­ ignasse coupée
en frange ». Il trouve de « la gravité
dans son regard ».
Le lecteur de cette autobiographie découvre l’univers mental d’un
garçon solitaire et craintif, issu de la
bourgeoisie provinciale côté paternel et de la paysannerie côté maternel. Il grandit à Clermont-Ferrand,
se souvient du catéchisme, des
histoires d’Adam et Ève, de Caïn et
Abel, de Jésus aussi, de ces messes
en latin qui l’ennuyaient autant
que ses devoirs. Victime d’asthme,
affecté de « tremblote », ce petit
bonhomme étouffe déjà – au sens
propre comme au figuré – dans le
milieu familial. Parvenant à l’âge de
raison, il s’inquiète de « tracasseries nouvelles » qui l’attendent. Plus
tard, il tourne le dos à la spacieuse
propriété d’Auvergne qu’occupait
son arrière-grand-père, qu’il campe
comme un « Gallo-Romain » reproduisant un mode de vie multiséculaire. Il va imiter cette aïeule qui a
pris jadis la tangente en gagnant
Paris, puis Marseille et Alger, en
devenant bonne sœur.
Rêveur et allergique au sport, le
François de 14 ans se sent le génie
d’un poète ou d’un dramaturge,
s’enflamme à la lecture de Cyrano
de Bergerac et d’Eugénie Grandet.
À son tour, il veut s’emparer des
mots, raconter des histoires, devenir un auteur. Ce faisant, Taillandier reconstitue la genèse d’une
vocation.
Taillandier ne se montre pas
tendre envers ce qu’il a été
Sans trop s’épargner, l’écrivain
d’aujourd’hui se dépeint comme
un jeune dandy en costume trois
pièces, plutôt snob et un tantinet
François, roman
François Taillandier, Stock, 262 pages, 19 euros.
mégalo. Dans ce doux mélange de
prétention et d’exaltation, on entrevoit les prémices de cette ­ambition
qui l’a poussé ensuite à abandonner
le métier de professeur et à se lancer
dans une carrière littéraire, couronnée du grand prix du roman de l’­
Académie française en 1999. Mais
ce récit rondement mené a le mérite
aussi de mettre au jour errements
et lâchetés du jeune adulte, maladroit en amour et malheureux dans
l’enseignement. Taillandier ne se
montre pas tendre envers ce qu’il a
été. Cela rend cette entreprise – forcément très narcissique – passionnante de bout en bout. g
François Vey
38
le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
Plaisirs
à chacun
BANDE DESSINÉE
Des personnalités fans de
bulles nous racontent leur
héros d’enfance préféré
JUSTICIER Batman, qui
fête ses 80 ans, sera célébré
cette semaine au festival
d’Angoulême
DOMINIQUE A
Ci-contre, Batman
revisité par
Neal Adams.
Ci-dessous, Wonder
Woman sous la plume
d’Alex Ross.
dc tM/2016 dc comics/2019
A
stérix, Spirou,
Lucky Luke, Titeuf ou Batman.
Ils seront tous là, du 24 au 27 janvier, au 46e Festival international
de la BD d’Angoulême, qui attend
1 500 créateurs et 200 000 visiteurs.
La surface d’exposition progresse,
à l’image du marché de la bande
dessinée en France. Le nombre de
publications a été multiplié par
sept en dix ans et, contrairement
aux États-Unis ou au Japon, terres
des comics et des mangas, le chiffre
d’affaires continue d’augmenter :
on annonce 3 à 4 % pour 2018.
Les auteurs n’ont jamais été aussi
productifs. Il y en a pour tous les
goûts : albums jeunesse, romans
graphiques, documentaires, polars,
science-fiction, etc. Sans oublier
nos « vieux » héros, qui fêtent
leur anniversaire en 2019 : Tintin
a 90 ans, Astérix ou Boule et Bill
affichent 60 printemps.
« Le milieu est encore trop cloisonné, estime malgré tout Stéphane
Beaujean, le directeur artistique
du festival. Notre ambition est
d’éveiller la curiosité des lecteurs
pour qu’ils s’ouvrent à de nouveaux
registres. » En témoigne la variété
des albums susceptibles d’être primés et les multiples talents mis
à l’honneur : du maestro Milo
Manara à la facétieuse Bernadette
urban comics ; DC TM/2016 DC
COMICS /2019 URBAN COMIcs
Després (Tom-Tom et Nana) en
passant par les auteurs de mangas Taiyō Matsumoto et de comics
Richard Corben.
Figures politiques
Parfois taxé d’élitisme, A
­ ngoulême
consacre cette année une exposition (immersive et de 600 mètres
carrés) à Batman, une vraie icône
populaire et américaine. L’hommechauve-souris fête ses 80 ans. S’il
n’est pas tout à fait le premier
des super-héros inventés aux
États-Unis au sortir de la Grande
Dépression (Superman est né un
an plus tôt, en 1938), il est le plus
sombre et le plus humain puisqu’il
ne peut compter que sur son intelligence, sa ténacité (et sa fortune)
pour être le justicier d’une grande
ville gangrenée par la violence et
la pauvreté.
Pas étonnant qu’il ait marqué les
esprits des personnalités, d’horizons très différents mais toutes
fans de BD, que nous avons interrogées. Évidemment, certaines lui
préfèrent des personnages plus
proches de nous, des figures plus
poétiques ou plus politiques. Avec
ou sans pouvoirs surnaturels. À
chacun son super-héros. g
Marie Quenet
Chanteur et musicien
J’ai une sainte horreur des araignées, mais mon super-héros
préféré, c’est Spider-Man ! C’est
venu enfant, en regardant le
dessin animé à la télé. J’aime
l’humanité des héros Marvel qui,
malgré leurs superpouvoirs, sont
souvent inadaptés sur le plan social. S
­ pider-Man était ainsi une
espèce de benêt sous le nom de
Peter ­Parker. Il était régulièrement
amoureux, mais cela finissait souvent mal. C’était assez facile de
s’identifier à lui, à ses problèmes.
Et son costume me fascinait. Il
y a quelques années, j’ai fait une
petite crise de passéisme : j’ai racheté sur eBay tous les Marvel des
années 1960 et 1970 que j’adorais.
Je relis régulièrement ces histoires,
souvent assez absurdes, mais le
charme opère toujours.
PÉNÉLOPE BAGIEU
Dessinatrice de BD
J’ai découvert Wonder Woman
en regardant la série avec Lynda
Carter. Une femme super-héros,
cela me semblait fou ! En plus, elle
avait des origines surnaturelles, un
lasso magique qui obligeait à dire la
vérité et des bracelets qui arrêtaient
les balles. Sans elle, j’aurais mis du
temps à comprendre qu’il peut y
avoir aussi des héroïnes en BD.
Son personnage libéré a choqué
les ligues de vertu américaines,
le scénariste a dû lui trouver un
mari, la rhabiller un peu, inventer
des épisodes où elle se consacrait
à sa maison. Elle reste un modèle
d’émancipation. J’ai vu trois fois
le film Wonder Woman (2017) et
j’avoue : j’ai adoré !
BORIS CYRULNIK
Neuropsychiatre
À 10 ans, je m’identifiais à ­Tarzan,
le personnage inventé par Edgar
Rice Burroughs, car c’est un orphelin comme moi. Il est sauvé par
des animaux et, devenu le roi de
la jungle, il les défend à son tour.
C’est vraiment le premier des
super-héros. Il a des qualités surnaturelles : il vole d’arbre en arbre
avec des lianes, comme ­Superman
grâce à sa cape ou ­Spider-Man grâce
à ses toiles. Et il se bat contre des
méchants colonialistes. Je rêvais de
lui ressembler en grandissant. Les
enfants ont besoin de héros pour
se construire. Souvent, ils se sentent faibles et seuls. Il leur faut des
modèles pour se dire : « Un jour, moi
aussi je serai costaud et je sauverai
le monde. » Les super-héros ont un
formidable pouvoir de résilience.
XAVIER
EMMANUELLI
Fondateur du Samu social
Après guerre, les histoires de Prince
Vaillant et des Pionniers de l’Espérance, une équipe cosmopolite et
pacifiste qui défendait la Terre face
aux menaces extraterrestres, m’ont
marqué à vie : elles m’ont donné soif
d’aventures. Les super-héros des
comics américains, venus de je ne
sais quelle planète, ne m’ont jamais
fait rêver. Batman et Superman sont
dans la toute-puissance, comme des
demi-dieux. Je préfère les héros qui
se démerdent en étant plus malins,
plus courageux ou en ayant de la
chance. Ou alors un Mandrake le
magicien, avec son valet Lothar. Lui,
quand cela basculait dans la sciencefiction, c’était parce qu’il hypnotisait
ses ennemis !
ANNE HIDALGO
Maire de Paris
Enfant, mon super-héros, c’était
Rahan, le fils de Craô. Il était beau,
musclé. Il avait des valeurs et défendait les plus fragiles, il avait tout
pour plaire. Il lui fallait combattre
des « longues crinières » (des lions)
ou des « goraks » (des tigres à dents
de sabre) dans des cavernes. C’était
une époque sauvage, évidemment
pas très historique, mais qui nous
plongeait dans quelque chose de dif-
39
le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
BD
son Super-héros
férent. Adolescente, je suis passée
à Corto Maltese. Un très beau personnage d’aventurier, complexe et
magnifiquement dessiné par Hugo
Pratt. L’ouverture au monde était
là. Et les personnages féminins, qui
avaient aussi le goût de l’aventure,
me plaisaient beaucoup. Des femmes
fortes, puissantes, très libres.
AMANDA LEAR
tom stacey/KFS/DR
Chanteuse et comédienne
Bien avant d’inspirer le personnage d’Edna Mode dans Les Indestructibles, j’étais fan de BD. Quand
je sortais avec David Bowie, nous
étions amoureux d’une bande
DC TM /2016 DC COMICS /2019 URBAN COMIcs
dessinée qui
se vendait
sous le manteau en URSS :
Octobriana, une
fille de la révolution d’Octobre dont
les superpouvoirs
consistaient à faire tout
ce qui était interdit : voler,
voyager. David voulait
même en faire un film, avec
l’étoile rouge tatouée
sur mon front. C’était
l ’é p o q u e
des héroïnes sexy :
­Barbarella,
Pravda la Survireuse, Vampirella.
Mais mon héros à moi, c’est Superman. Parce qu’il évolue avec
nous, humains. On pourrait le
croiser dans l’ascenseur avec sa
petite mèche de beau gosse, son
costume et ses lunettes.
de Christopher Nolan avec Christian Bale, j’aime bien, par exemple.
Moi, mon héros de jeunesse s’appelle Jerry Spring, le cow-boy de
l’Ouest américain de Jijé. Il a été
fondateur dans ma culture des
grands espaces et du western.
J’ai eu la chance de rencontrer
Jijé lors d’une émission de télé. Il
m’a offert une planche de Trafic
d’armes (1957). Et Jean Giraud,
son élève qui faisait les encrages
de Jerry Spring avant de créer
Blueberry, a accepté de dessiner
la pochette d’un de mes albums :
Sept Colts pour Schmoll (1968).
FLEUR PELLERIN
Ex-ministre de la Culture
Gamine, j’adorais Mandrake, le
magicien chic, et Wonder Woman,
à cause de la série télé. Mais dans
le genre role model, j’ai davantage
été inspirée plus tard par Isa, l’héroïne des Passagers du vent, la saga
­maritime et historique de F
­ rançois
­Bourgeon. C’est une grande figure
romanesque et politique. Une
femme libre et courageuse dans
un monde d’hommes. Elle va à
l’encontre des conventions sociales,
morales, sexuelles. J’ai tout lu d’un
coup. Comme pour XIII, dans un
autre genre, avec une préférence
pour les albums de la période VanceVan Hamme et pour le personnage
du major Jones, une pilote de chasse
spécialiste de kung-fu : encore une
femme forte inspirante.
FRANCK RIESTER
Ministre de la Culture
J’ai grandi avec Le Journal de Mickey et les comics Marvel, surtout
Iron Man et Thor. Puis j’ai eu ma
Cong S.A., Suisse
FRANÇOIS BOURGEON/DELCOURT, 2019
LAURENT WAUQUIEZ
EDDY MITCHELL
Chanteur
Ah bon, Batman a 80 ans ? J’avoue
que les histoires de super-héros
en collants, c’est pas mon truc. Je
les préfère au cinéma : les Batman
Judoka
Le plus fort, ça reste Superman.
Mais, gamin, je passais des journées à surtout lire Spider-Man à la
bibliothèque. J’aimais sa gestuelle
très esthétique. Parfois, je piquais
les cartes d’adhérent de mon frère
ou de ma mère pour finir à la maison les albums que je n’avais pas
le temps de lire. Je regardais aussi
beaucoup de dessins animés à la
télé et j’ai notamment apprécié
Flash pour sa vitesse. Et, même
s’il n’est pas un super-héros à proprement parler, j’ai un faible pour
Donald. Son côté malchanceux me
l’a rendu attachant.
Mathématicien, député
Enfant, j’étais fasciné par le côté
fauve de Serval-Wolverine et
par Batman, ce super-héros sans
superpouvoir qui doit tout à son
intelligence, à la technologie et
à sa richesse. Adulte, je me suis
passionné pour les héros de Neil
­Gaiman et d’Alan Moore, notamment cet enquêteur sans pitié
qu’est Rorschach (Watchmen),
indéchiffrable boule de haine
à la morale intransigeante. J’ai
une pensée aussi pour C
­ razyman
­c roqué par Baudoin : c’est
­l’attendrissant émule décalé de
­Superman, maladroit et ingénu,
ouvert d’esprit et de cœur.
Chef d’entreprise
Je suis fan et collectionneur de
BD de tout genre. Mais le marqueur de ma vie, depuis l’adolescence, c’est Corto Maltese, l’antihéros libertaire d’Hugo Pratt,
un auteur que j’ai pu rencontrer
quand on était partenaires du
festival d’Angoulême. En tant que
­Breton et homme de voile, je me
sens des accointances avec Corto,
ce corsaire romantique et gentilhomme de fortune. J’ai commencé
à lire avec les romans d’aventures
de Stevenson et M
­ elville, mais j’ai
appris l’histoire et la géographie
avec Hugo Pratt, qui m’a fait traverser le XXe siècle et découvrir la
diversité du monde. L’autre jour,
j’étais à Venise et, en me promenant, je ne pouvais m’empêcher
de revoir des images de Fable
de Venise.
Rahan.
Editions Soleil,
2019 – Lécureux,
Chéret
Spider-Man.
2019 marvel.
Publié en france
par panini comics
TEDDY RINER
CÉDRIC VILLANI
MICHEL-ÉDOUARD
LECLERC
De bas en haut : « Octobriana »,
la bande dessinée russe, Superman,
l’aventurier Corto Maltese et Isa,
l’héroïne des « Passagers du vent ».
période Astérix,
Spirou, ­G aston
Lagaffe et Tintin.
Avec la BD, on
plonge dans les
cases comme
on plongerait
dans un autre
monde, un
autre temps.
Cet autre
temps, pour
m o i , c ’é t a i t
la préhistoire
de Rahan,
l’ère viking de
Thorgal, et surtout l’Antiquité
d ’A l i x , m o n
héros préféré.
J’aimais cette
période de l’Histoire, j’aimais les
dessins à la ligne
claire de Jacques
Martin, j’aimais
le rythme et les
rebondissements du
Sphinx d’or et de La
Griffe noire.
Président des Républicains
Blueberry a bercé mon enfance. Je
mettais de l’argent de poche de côté
pour pouvoir m’acheter les albums,
dont je scotchais les bords pour ne
pas les abîmer. J’adorais ce personnage charismatique, pas toujours
compris. Je trouvais son histoire
d’amour avec Chihuahua Pearl
magnifique, et l’album Le Spectre
aux balles d’or, mythique. J’ai eu
la joie de rencontrer son créateur
Jean Giraud, alias ­Moebius : un
grand monsieur qui parlait comme
personne de ce qui relie la BD à l’enfance et à l’art. Côté super-héros,
mon préféré c’est Batman car il est
différent : il est sombre, n’a pas de
superpouvoirs mais puise sa force
dans sa volonté. Un exemple dans
la période un peu tumultueuse que
l’on traverse. J’ai une petite figurine
sur mon bureau.
MARTIN WINCKLER
Médecin et romancier
Enfant, j’avais deux héros : Zorro
et Batman. Il m’a fallu quelques
années pour comprendre que le
second était le fils symbolique du
premier. Bob Kane et Bill Finger,
créateurs de Batman, avaient Zorro
en tête quand ils inventèrent leur
justicier masqué. Fils d’un notable,
Zorro défie l’autorité d’un militaire
tyrannique dans une Californie
espagnole. Fils d’un milliardaire,
Batman harcèle la pègre urbaine
de Gotham City (New York).
Deux hommes riches qui, le jour,
affectent d’être dénués de personnalité et qui, la nuit venue, mettent
leur masque et leurs moyens au
service des déshérités. Pour moi,
c’étaient deux grands frères, deux
modèles. Ils le sont toujours. g
Propos recueillis
par Mickael caron, Stéphane Joby,
Ludovic Perrin et Marie Quenet
40
le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
Plaisirs Cinéma
• en salles mercredi
On aime Passionnément iiii Beaucoup iii Bien ii Un peu i Pas du tout f
Another Day of Life ii
De Raul de la Fuente et Damian Nenow. 1 h 26.
En 1975, l’Angola indépendant sombre dans la guerre civile quand
débarque le reporter polonais Ryszard Kapuscinski. Ce film d’animation documentaire revient sur les causes et les conséquences
d’un conflit aussi sale que complexe. On suit Kapuscinski dans
un périple saisissant où se succèdent combattants déterminés,
journalistes engagés et civils sacrifiés. Rien ne nous est épargné, et
l’animation, très soignée, peine à atténuer les horreurs ponctuant
ce récit douloureux mais passionnant. Les témoignages et images
d’archives nuisent parfois à la fluidité de l’ensemble. Bap.T.
Le Château de Cagliostro ii
De Hayao Miyazaki. 1 h 40.
Inédit dans les salles françaises,
le premier Miyazaki (1979)
est une adaptation de la série
télévisée Lupin III, à laquelle
le réalisateur avait participé
à ses débuts : les tribulations
du petit-fils d’Arsène, gentleman cambrioleur imaginé par
Maurice Leblanc. On ressent
la jeunesse et l’impétuosité du
maître de l’animation japonaise
dans cette comédie audacieuse,
virevoltante et burlesque, qui
contient déjà tous ses thèmes
de prédilection et frappe par
son dynamisme de manga. S.B.
Yao ii
En pleine ségrégation, Viggo Mortensen sert de chauffeur-garde du corps à Mahershala Ali, célèbre pianiste noir. 2018 Universal Pictures
Le petit Yao brave les interdits pour rejoindre son idole, célèbre
acteur français d’origine sénégalaise en visite en Afrique pour la
première fois. Leur rencontre va permettre à la star de découvrir
ses racines. Quête d’identité, paternité, bons sentiments : calibré
par et pour Omar Sy, tout en sobriété bienvenue, cet agréable roadmovie africain présente aussi un Sénégal loin des spots touristiques :
poussiéreux mais espiègle et lumineux, à l’image de l’adorable
gamin qui joue Yao. S.J.
Sur le bout
des Langues
De Philippe Godeau, avec Omar Sy, Lionel Louis Basse, Fatoumata Diawara. 1 h 44.
prod
POLYGLOTTE Parlant déjà
très bien français, espagnol,
anglais et danois, Viggo
Mortensen a appris l’italien
pour « Green Book »
The Hate U Give i
De George Tillman Jr, avec Amandla Stenberg et Anthony Mackie. 2 h 13.
Une adolescente afro-américaine vit avec sa famille
modeste dans un quartier mal
famé. Inscrite dans un lycée
chic à l’autre bout de la ville
pour sa sécurité et sa réussite,
elle est témoin d’un crime ra-
ciste… Ce récit initiatique qui
s’adresse à un public de l’âge de
l’héroïne dénonce la brutalité
policière envers la population
noire. Le scénario démonstratif n’évite pas un certain angélisme. S.B.
Alien Crystal Palace i
De et avec Arielle Dombasle, avec Michel Fau. 1 h 37.
L’homme et la femme formaient un être unique androgyne avant
d’être séparés par la colère des dieux. Depuis, chacun cherche sa
moitié… Le nouveau délire fétichiste d’Arielle Dombasle convoque
l’Égypte ancienne, l’ésotérisme, la poésie, l’érotisme et le cinéma
underground, avec des dialogues improbables et des acteurs en roue
libre. Un ovni déroutant qui lorgne vers la série Z tout en fascinant. S.B.
Les Fauves f
De Vincent Mariette, avec Lily-Rose Depp, Laurent Lafitte. 1 h 20.
L’été, dans un camping en Dordogne, la paranoïa s’installe après
de mystérieuses disparitions.
Vincent Mariette rate tout ce
qu’a réussi Sébastien Marnier
avec L’Heure de la sortie : incapable d’instaurer un vrai climat
d’angoisse, sa tentative de film de
genre fait chou blanc. La faute à
une relation de maître à disciple
peu crédible entre Laurent Lafitte
(caricatural) et Lily-Rose Depp
(insipide), des dialogues creux et
une histoire jamais mordante. B.T.
Continuer f
De Joachim Lafosse, avec Virginie Efira, Kacey Mottet Klein. 1 h 24.
Pour ramener son fils sur le droit chemin, une mère divorcée décide
de l’emmener chevaucher au Kirghizistan. Quel ennui que ce vain
rapprochement de la dernière chance ! La beauté des paysages ne
réussit pas à combler le manque d’enjeux psychologiques de ce roadmovie interminable où tout sonne faux. Virginie Efira ne parvient
pas plus à dompter sa monture que son insupportable rejeton. B.T.
D’habitude, il reçoit en chaussettes
et tee-shirt fatigué, tout en sirotant
son éternel maté, l’étrange breuvage
argentin « qui a fini par remplacer
le sang » dans ses veines. Mais ce
matin-là, c’est en costard chic et
chaussures élégantes, café à la main,
que Viggo Mortensen entame son
marathon d’interviews en France.
« On m’a obligé à m’habiller pour les
télés, explique-t-il en rigolant dans
un français bluffant. Je crois que
je vieillis : maintenant, je me laisse
faire. » Après qu’il a (quand même)
tombé la veste, on lui propose de
poursuivre en anglais, comme nous
l’a suggéré son entourage : campagne des Oscars oblige, le comédien est en promo non-stop depuis
plusieurs semaines pour Green Book
de Peter Farrelly, alors si on pouvait
un peu le ménager…
Il en faudrait plus pour terrasser
l’inébranlable Aragorn du Seigneur
des anneaux. « Je n’ai pas si souvent
l’occasion de pratiquer votre langue,
tellement difficile à maîtriser. Alors
allons-y, je suis chaud ! Et n’hésitez
pas à me corriger si je fais des fautes
de grammaire… » Il n’y en aura pas
beaucoup tant Viggo Mortensen
prend le temps de trouver ses mots,
s’enquiert de savoir s’il a choisi les
plus justes, tente de mémoriser
ceux qu’il ne connaissait pas. « On
s’immerge vraiment dans la culture
d’un pays quand on parle la même
langue que ses habitants. Je l’ai
très vite compris au fil des voyages
qui ont rythmé mon enfance. Très
jeune, j’ai jonglé entre l’anglais, le
danois et l’espagnol. C’était comme
si j’avais le superpouvoir de comprendre tout le monde. Je crois que
ça m’est resté. »
Né d’un père américain et d’une
mère danoise, il apprend le français
pendant des études au Canada, puis
le norvégien, le suédois, et l’islandais au fil de ses pérégrinations.
Un talent qui pousse les réalisateurs à lui faire jouer des étrangers en version originale. Il fut le
capitaine Alatriste d’Agustín Díaz
Yanes, l’homme de main russe des
Promesses de l’ombre pour David
Cronenberg, l’Autrichien Sigmund
Freud dans A Dangerous Method.
Et le voilà aujourd’hui dans la peau
d’un Américain d’origine italienne
dans Green Book. « J’avais quelques
« Il faut être riche
intérieurement
pour pouvoir tout
jouer. Avec ou
sans accent »
notions mais je connais des acteurs
italo-américains qui auraient été
plus crédibles que moi dans ce rôle.
J’avais peur de sombrer dans la caricature, la pire chose pour un acteur. »
Tout en dévorant des pizzas pour
prendre les dizaines de kilos nécessaires pour son personnage, Viggo
Mortensen a passé du temps avec la
famille du vrai Tony Lip. « Son fils
Nick Vallelonga est le coscénariste du
film, il m’a convié à des dîners et m’a
surtout confié des e­ nregistrements
de la voix de son père, que j’écoutais tous les matins en me rasant. »
Pour le rôle, le ­comédien s’est posé
la même question qu’à chaque fois :
quelle a été la vie de celui qu’il
incarne avant l’histoire qu’on découvre à l’écran ? « Tony ne parle
pas n’importe quel italien. C’est celui
de son père, qui a grandi en Calabre
et qui a été patiné par l’anglais. Cela
donnait une drôle de mosaïque verbale à composer, mais cela m’a aidé
à donner du relief. La façon de parler et de bouger permet d’apporter
de la profondeur à l’interprétation.
Mon rôle est de porter le point de
vue d’un autre sur le monde, et c’est
d’autant plus enrichissant qu’il est
loin du mien. »
Lui continue à donner la priorité à la vie plutôt qu’au cinéma, à
écrire de la poésie en Espagne où
il vit, à faire des photos durant ses
voyages, à s’occuper de ses parents
âgés au Danemark. « Il faut être
riche intérieurement pour pouvoir
tout jouer. Avec ou sans accent. »
Même un Américain qui parle
japonais ? « Ça, ça serait un vrai
défi ! Dans Captain Fantastic, mon
personnage dit quelques mots de
chinois. Je les ai appris sans être
vraiment convaincu du résultat. Les
langues asiatiques sont réputées
très difficiles, mais cette culture me
fascine. » Avis aux réalisateurs…  g
Barbara Théate
Green Book – Sur les routes du Sud iii
De Peter Farrelly, avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali. 2 h 10. Sortie mercredi.
En 1962, après avoir été viré de la boîte de nuit où il travaillait, l’Italo-Américain Tony Lip accepte de devenir le chauffeur d’un célèbre pianiste noir pour
une tournée dans le Sud ségrégationniste. Les deux hommes que tout sépare
vont apprendre à se connaître. Adaptée d’une histoire vraie, cette touchante
chronique sur la tolérance résonne extrêmement fort et nous embarque dans
un road-movie grave et drôle, porté par un formidable duo d’acteurs. Face à
Mahershala Ali, tout en délicatesse et en élégance dans le costume d’un artiste
en lutte (Golden Globe du meilleur second rôle), Viggo Mortensen se révèle à
l’aise dans la comédie avec un personnage haut en couleur qu’on croirait tout
droit sorti d’un épisode des Soprano. g B.T.
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le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Plaisirs Cinéma
Beaucoup
de blouses
INTROSPECTION à 88 ans,
Clint Eastwood revient
devant et derrière la caméra
avec une savoureuse mise
en abyme de sa vie
La Mule iii
La maladie et la mort sont le quotidien de Simon (Jérémie Renier). Pyramide Distribution
DIAGNOSTIC « L’Ordre des
médecins » poursuit joliment
le genre très français des films
dans le milieu médical
Encore un film à l’hôpital ! On ne
peut pourtant pas accuser David
Roux, le réalisateur de L’Ordre des
médecins, d’avoir voulu tourner
un nouvel Hippocrate en glissant
­Jérémie Renier dans la blouse
blanche d’un toubib confronté à
la maladie de sa mère. La comédie
dramatique de Thomas Lilti (2014)
n’était pas encore sortie lorsqu’il a
écrit la toute première version de
son scénario. « J’aurais arrêté, sinon,
assure-t‑il. Hippocrate témoigne très
bien de la réalité de l’hôpital : les tensions hiérarchiques, générationnelles,
budgétaires. Moi, je me suis servi du
cadre pour raconter autre chose, aller
dans l’intime. »
« Le succès
d’“Hippocrate” a
sûrement rassuré
les financeurs »
David Roux, réalisateur
L’intrusion du corps médical
dans les salles de cinéma françaises ne date pas d’hier. Les cinéphiles se souviennent par exemple
de Pierre Fresnay dans Un grand
patron d’Yves Ciampi (1951), de
Pierre Brasseur dans l’horrifique
Les Yeux sans v
­ isage de Georges
Franju (1960) ou de Michel Piccoli et
Gérard ­Depardieu dans Sept Morts
sur ordonnance de Jacques Rouffio (1975). Mais le thème a toutefois
été vigoureusement réanimé par
le succès du film de Thomas Lilti
(900 000 entrées). Le genre médical, longtemps prisé quasi exclusivement par les séries américaines,
fait même d
­ ésormais les beaux
jours du cinéma français : Médecin
de campagne (2016) et Première
Année (2018), toujours signés Lilti,
ont respectivement attiré 1,5 million
et 1 million de spectateurs. Dans des
genres très différents, La Fille de
Brest d’Emmanuelle Bercot (2016),
thriller sur le scandale du Mediator, et Patients (2017), comédie où
Grand Corps Malade racontait sa
rééducation après son accident, ont
aussi rencontré leur public avec plus
de 400 000 et 1,2 million d’entrées.
Pour tenter d’expliquer le regain
de santé d’un thème a priori anxio-
gène, David Roux imagine une
attirance cathartique des spectateurs : « Peut-être a-t‑on besoin de
se confronter à la maladie, à la décrépitude physique et à la mort, cette
issue à laquelle personne n’échappe,
pour mieux comprendre et anticiper. » Les producteurs l’ont bien
compris. « Le succès d’Hippocrate
a sûrement rassuré les financeurs,
concède David Roux. Pour certains
producteurs, il y a peut-être eu un
filon à exploiter. » Si le réalisateur
n’a pas pu obtenir des millions
d’euros ou même l’avance sur recette
du CNC, il a toutefois tourné dans
des conditions respectables, notamment grâce au soutien de son distributeur, P
­ yramide, et des chaînes
Canal+ et OCS.
La question de la parenté avec
Hippocrate s’est en revanche souvent
posée avant la lecture du scénario :
« C’était la plupart du temps positif,
mais parfois aussi retenu en défaveur
du projet. » Si les deux films sont différents, on retrouve le même souci
du détail, le même soin apporté à la
crédibilité du cadre et des gestes médicaux. Thomas Lilti est un ancien
généraliste devenu cinéaste tandis
que David Roux, ancien journaliste
de théâtre devenu scénariste, est luimême fils de médecins et frère d’un
pneumologue en soins intensifs.
Exactement comme le personnage
de Jérémie Renier dans ce premier
long métrage très réussi. g
Baptiste Thion
L’ordre
des médecins iii
De David Roux, avec Jérémie Renier,
Marthe Keller. 1 h 33. Sortie mercredi.
Médecin trentenaire, Simon
se dévoue à son boulot. Lorsque sa
mère est hospitalisée, son monde
s’effondre. Il y a beaucoup de délicatesse dans ce drame qui suit le cheminement intime d’un familier de la mort
à qui la vie fait un cruel pied de nez.
D’une remarquable précision dans
sa reconstitution de l’univers hospitalier, le récit séduit par la justesse
de son ton, David Roux ne cédant ni
à la surenchère sentimentale ni à la
retenue clinique dénuée d’émotion.
Un premier film très personnel, à la
fois simple et complexe, modeste et
abouti, sur la résilience, la famille,
les racines, sur ce qui nous lie dans
les épreuves douloureuses. Tout en
nuances, Jérémie Renier joue l’une de
ses plus belles compositions. g Bap.T.
Il n’a pas dit son dernier mot. À
88 ans, l’irréductible Clint Eastwood
signe son 38e film en tant que réalisateur : La Mule. L’histoire, inspirée d’un fait divers bien réel, d’un
vieil homme solitaire passionné de
fleurs mais lourdement endetté qui
accepte de convoyer de la cocaïne
pour un cartel mexicain. Son âge,
son vieux pick-up et sa conduite
tranquille le rendent insoupçonnable. Jusqu’au jour où un agent de
la DEA (Bradley Cooper, que Clint
avait dirigé dans American Sniper)
se lance à ses trousses…
Il y a dix ans, Eastwood dégainait
Gran Torino, un récit mélancolique
en état de grâce dans lequel il faisait
ses adieux symboliques à l’inspecteur Harry et à ces rôles de justiciers
impitoyables qui lui ont longtemps
collé à la peau. On retrouve ce désir
de faire la paix avec le passé dans ce
sublime drame crépusculaire écrit
par Nick Schenk, déjà scénariste de
Gran Torino. La star semble ausculter son parcours, faisant la liste de
ses regrets et le constat du temps qui
passe avec la lucidité bouleversante
d’admettre qu’il est impossible de
corriger ses erreurs.
Vertus cathartiques
À travers Earl Stone, son personnage,
qui a négligé sa femme et sa fille
pour courir les conventions d’horticulture à travers les États-Unis,
il prévient : « Ne faites pas comme
moi. J’ai privilégié mon travail à ma
famille, je pensais qu’il fallait avant
tout devenir quelqu’un. Je ne mérite
pas le pardon. Pour ce que cela vaut,
Clint Eastwood interprète un horticulteur et passeur de drogue. prod
Tête de mule
je suis désolé. » C’est peu de dire que
Clint Eastwood a lui aussi sacrifié sa
vie privée à sa carrière prestigieuse.
Avec plus de 80 films à son actif, le
monstre sacré – acteur, réalisateur
producteur et compositeur – a eu
huit enfants de six femmes différentes. Dont une fille aînée, donnée
par sa mère à l’adoption sans qu’il
en ait connaissance.
Earl n’a même pas assisté au
mariage de sa fille Iris, qui ne lui
adresse plus la parole. Dans une mise
en abyme aux vertus cathartiques
vertigineuses, Clint Eastwood est
allé jusqu’à proposer à sa cadette
Alison d’incarner cette femme blessée avec qui son père désespère de
renouer des liens. On imagine à quel
point il chérit cette fiction qui lui
permet de se réconcilier avec son
entourage et de défier la mort. De
même, ce fervent républicain et soutien de Donald Trump s’offre le luxe
de l’autodérision lors de séquences
savoureuses qui tordent le cou aux
critiques qui le taxent de racisme et
d’homophobie.
C’est le charme profond de cette
Mule qui trouve l’équilibre parfait
entre drôlerie et émotion et qui captive malgré un rythme lent et des situations un peu répétitives. Si le film
a des allures testamentaires dans son
discours, le maître ne compte pas
pour autant prendre sa retraite : il
développe toujours Impossible Odds,
autour d’une travailleuse humanitaire enlevée en Somalie en 2011.
Encore une histoire vraie. g
Stéphanie Belpêche
De et avec Clint Eastwood, avec Bradley
Cooper. 1 h 56. Sortie mercredi.
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le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
Plaisirs Cinéma/Séries
De la neige, des rires
et des larmes
Humour Clôturée hier soir,
la 22e édition du Festival
de l’Alpe-d’Huez annonce
que 2019 fera la part belle
à la comédie sociale
Envoyé spécial
Alpe-d’Huez (Isère)
À l’Alpe-d’Huez, les saisons se
suivent mais ne se ressemblent pas.
On se souvient de l’avalanche de
blockbusters présentés lors de la
précédente édition (Les Tuche 3,
La Ch’tite Famille et Tout le monde
debout) avant de s’imposer aux
sommets du box-office. Rien de tel
cette année. À l’exception de Nicky
Larson et le parfum de Cupidon,
de Philippe Lacheau (5 février),
succession de gags prévisibles et
cascades pétaradantes sur fond de
scénario indigent, la programmation 2019 affiche un visage nettement moins show off, avec quatre
comédies dites « sociales » sur les
huit en compétition. Banlieue, sort
des migrants, paysans sur la paille
et ouvrières en galère… « La tendance est clairement aux films à
message, nous avons reçu beaucoup
moins de longs-métrages purement
drôles », confirme Frédéric Cassoly, le directeur de la manifestation iséroise, qui a attiré 15 000
festivaliers (les projections sont
gratuites) et 2 000 professionnels
à 1 850 mètres d’altitude.
Cécile de France en ouvrière
ch’tie dure à cuire
Durant cinq jours, on a donc ri
à grands éclats, mais souvent avec
le cœur serré et parfois même des
sanglots dans la gorge. « C’était un
peu l’ascenseur émotionnel avec
des films qui s’emparent de sujets
forts en phase avec les préoccupations contemporaines, confirme
Alexandra Lamy, présidente du jury
de la 22e édition. Sans pour autant
tomber dans les bons sentiments,
ni culpabiliser les spectateurs. »
Comme Damien veut changer le
monde de Xavier de Choudens
(6 mars), comédie sur le « délit de
solidarité » avec Franck Gastambide touchant dans le rôle d’un pion
déterminé à sauver de l’expulsion
un enfant et sa mère syrienne, ou
Les Crevettes pailletées de Cédric
Le Gallo et Maxime Govare (prix
spécial du jury), l’histoire vraie
d’une équipe de water-polo gay
partie concourir pour les championnats du monde des LGBT. Dans
un registre toujours social mais plus
décalé, ­Rebelles d’Allan Mauduit
(13 mars) a fait l’unanimité. Un
premier film très maîtrisé à michemin entre les frères Dardenne
et Quentin Tarantino, porté par
un trio féminin de choc : Yolande
Moreau, Audrey Lamy et Cécile de
France en cagole ch’tie dure à cuire
qui tue accidentellement son patron
libidineux et se retrouve avec un
butin appartenant à la mafia locale.
Il a aussi été question de banlieue avec Jusqu’ici tout va bien de
Mohamed Hamidi (27 février), prix
du public. L’histoire du patron d’une
agence de communication parisienne (Gilles Lellouche) contraint
de délocaliser sa petite entreprise
à La Courneuve après une fraude
fiscale, et qui pourra compter sur
l’aide de Samy, un maître-chien
incarné par le talentueux Malik
Bentalha. Un feel-good movie qui
se joue des clichés et préjugés pour
mieux les dynamiter. Les difficultés du monde agricole n’ont pas été
oubliées : dans Roxanne de Mélanie
Auffret, Guillaume de Tonquédec est
remarquable en éleveur de poules
qui va sauver sa ferme de la faillite
grâce à sa passion pour le théâtre.
Le Cannes de la comédie
française
La comédie sentimentale, genre
largement ratissé mais ces derniers
temps un peu boudé, a également
réservé de belles surprises. La
réalisatrice Lisa Azuelos (LOL) a
enchanté l’assistance avec Mon bébé
(13 mars), grand prix du festival,
l’histoire d’une mère en pleine crise
existentielle (Sandrine Kiberlain,
prix d’interprétation féminine)
avant le départ de sa fille pour le
Québec. Hugo Gélin signe le film
le plus ambitieux de la sélection
avec Mon inconnue (3 avril), histoire
follement romantique mâtinée de
science-fiction pour explorer les
affres de l’amour entre une pianiste
(Joséphine Japy) et un écrivain
(François Civil, prix d’interprétation masculine). « L’Alpe-d’Huez,
c’est un peu notre Cannes à nous,
confiait Franck Gastambide, fidèle
au rendez-vous depuis six ans. On
sait tous que la comédie n’est pas
le genre le plus valorisé et le plus
récompensé, même s’il est une locomotive de l’industrie cinématographique. Le festival nous offre cette
reconnaissance. Recevoir un prix ici
a un impact énorme, équivalent à
celui d’une Palme d’or. » g
Éric Mandel
Dans « Kingdom », les morts se transforment en monstres cannibales à la suite d’un mystérieux fléau. JUHAN NOH/Netflix
Les Zombies
ne sont pas morts
HORREUR « The Walking
Dead », « Les Revenants »
ou « Kingdom » aujourd’hui
sur Netflix : le mythe du
mort-vivant inspire toujours
« Les proches de la reine sont
des insectes qui sucent le sang du
peuple ! » accuse un personnage
au début de Kingdom. De sang il
est beaucoup question dans cette
nouvelle série qui voit une épidémie de morts-vivants déferler sur la
Corée médiévale. Drame historique
et zombies : voilà deux genres que
mêle habilement cette fiction en six
épisodes réalisée par Kim Seonghun, à qui l’on doit l’excellent film
Tunnel (2016). Décors et costumes
dignes d’une production ambitieuse
(on parle d’un budget de 1,7 million
par épisode) et propos on ne peut
plus politique. Derrière l’épidémie,
il y a la famine et la colère des campagnes : les habitants d’un village
entier contractent un virus mortel
et mutent en monstres cannibales.
Le roi lui-même est touché…
Si les morts qui sortent de leur
tombe pour dévorer les vivants
sont souvent synonymes de films
d’horreur plus ou moins ringards,
leur père spirituel, le réalisateur
américain George A. Romero, leur a
pourtant toujours conféré un soustexte subversif : un héros noir dans
La Nuit des morts-vivants (1968),
le pilonnage du consumérisme
avec le centre commercial assiégé
de Zombie (1978), ou la clique de
militaires irresponsables du Jour
des morts-vivants (1985). Une leçon
retenue par le premier déferlement
télévisuel de morts-vivants, dans la
mini-série britannique Dead Set en
2008. Dans cette satire jouissive de
la télé-réalité, les candidats du jeu
Big Brother (l’équivalent anglais de
notre Secret Story) survivent calfeutrés dans leur studio. Le scénario
de Charlie Brooker annonçait le ton
sarcastique de sa future série Black
Mirror (diffusée sur France 4).
Des variations
humoristiques
En 2010, The Walking Dead (OCS)
lui emboîte le pas et devient un
succès planétaire. Dans cette adaptation d’une bande dessinée, l’apocalypse zombie n’est qu’un point de
départ : les héros doivent survivre
dans un monde où la civilisation
s’est totalement effondrée. La loi du
plus fort règne et les instincts primaires refont surface, rendant les
humains plus monstrueux que les
créatures qui les entourent. Si, au
bout de neuf saisons, la série commence à tourner en rond et connaît
de sérieuses chutes d’audience, elle
a néanmoins généré un programme
dérivé (Fear the Walking Dead, sur
Canal+ Séries) et a définitivement
popularisé la figure du mort-vivant,
au-delà des seuls amateurs de films
d’horreur.
Comme le vampire avant lui, le
zombie se prête à toutes les variations, pour toucher tous les publics.
• à voir
Mike (saison 1) f
Audrey Lamy, Cécile de France et Yolande Moreau dans « Rebelles ». Albertine Productions
OCS MAX Plus de dix ans après avoir signé son seul tube, Mike n’a
toujours pas retrouvé l’inspiration. Plutôt que de composer, il sort
et fait la fête, tout en rêvant de reconquérir son ex. Quand il y pense,
il tente aussi d’être un père pour leur adolescente de fille. De Mike
à Max, il n’y a qu’un pas. Coécrite et incarnée par Max Boublil (Les
Gamins), cette comédie tente de jouer la carte du clin d’œil autobiographique, l’acteur s’étant lui aussi fait connaître par la chanson avec
l’inoubliable Ce soir… tu vas prendre (2007). Mais son personnage de
papa-ado attardé a la malchance d’arriver après celui très similaire
d’Irresponsable, comédie autrement plus réussie diffusée également
par OCS. L’écriture et les performances d’acteurs de cette dernière
renvoient Mike à ce qu’elle est en définitive : une série comique vulgaire
et poussive, aussi paresseuse que son personnage principal. g R.N.
De et avec Max Boublil, avec Frédéric Hazan. À partir de jeudi, 20 h 40.
Côté humour, Z Nation (Syfy) passe
pour la version fauchée et décomplexée de Walking Dead, tandis
que Santa Clarita Diet (Netflix)
se la joue comédie de mœurs avec
son agente immobilière affamée
d’argent (et de chair !) incarnée
par Drew Barrymore. La jeune
héroïne de iZombie (Warner TV)
utilise, elle, son goût pour la cervelle humaine pour résoudre des
enquêtes policières. Humour toujours avec les morts sous influence
démoniaque dans Ash vs Evil Dead
(OCS), inspirée par la trilogie culte
d’horreur de Sam Raimi.
Le dragon zombie
de « Game of Thrones »
Les zombies savent aussi rester sérieux, parfois jusqu’à la mélancolie.
Dans Les Revenants (Canal+), les
morts reviennent parmi les vivants
mais tombent en décrépitude quand
leurs proches les rejettent : sous
l’influence de David Cronenberg,
leurs corps traduisent littéralement
leur psyché. Après le succès de sa
première saison en 2012, la série
française a eu droit à une adaptation
américaine officielle (The Returned),
à une copie officieuse (Resurrection)
ainsi qu’à une cousine britannique
(In the flesh). Mais, trois ans plus
tard, la seconde saison n’a répondu
que partiellement aux mystères.
En 2019, les morts-vivants sont
de nouveau à l’honneur avec la très
attendue ultime saison de Game of
Thrones (à partir du 14 avril sur
OCS) : les « marcheurs blancs »
qui menacent le royaume de Westeros sont des défunts ressuscités
par une puissance surnaturelle. La
série s’est même permis de donner
naissance à un dragon zombie ! Au
bout du compte, le seul qui n’a pas
vraiment profité de l’engouement
n’est autre que George A. Romero
lui-même. Décédé en 2017, il développait depuis deux ans une série
baptisée Empire of the Dead : inspirée
de sa propre bande dessinée, elle
aurait dû voir s’affronter zombies
et vampires ! g
Romain Nigita
« Kingdom », saison 1. À partir de vendredi
sur Netflix.
43
le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Plaisirs Théâtre/Musique
« Avec Dany,
on s’est tout
de suite
reconnus »
RETROUVAILLES Valérie
Bonneton raconte Dany Boon,
son ami de vingt-cinq ans et son
partenaire dans « Huit Euros
de l’heure » au Théâtre Antoine
Comme Dany Boon, Valérie Bonneton est ch’ti, drôle et distille une
petite folie bien à elle. Rien d’étonnant donc que ces deux-là aient
sympathisé dès leurs débuts à Paris,
puis se soient donné la réplique au
cinéma dans Eyjafjallajökull (2013),
Supercondriaque (2014) et La Ch’tite
famille (2018). Aujourd’hui, c’est
grâce à la comédienne que le roi
du box-office français fait son
retour au théâtre dans Huit Euros
de l’heure, où ils s’amusent à jouer
un couple de bourgeois méchants
convaincus d’être maraboutés par
leur employée de maison mexicaine.
Retour sur une histoire d’amitié de
plus de vingt-cinq ans.
«
DEUX CH’TIS à PARIS
Alors que j’assurais la promotion
de La Ch’tite famille, Sébastien
Thiéry m’a envoyé le texte de
sa nouvelle pièce. On se connaît
depuis vingt-cinq ans, j’aime son
univers, drôle et grinçant. Quand
il m’a proposé de jouer cette décoratrice odieuse qui va comprendre
que le bonheur, ce sont les autres,
j’ai tout de suite dit oui ! Il m’a
­demandé si je pensais que Dany
Boon aimerait incarner mon mari.
J’étais persuadée que le théâtre
n’était pas du tout dans ses projets,
mais en bonne copine, j’ai transmis la proposition. Et Dany a dit
oui ! Il songeait à revenir depuis
• en scène
Retour à Reims iii
Intellectuel parisien, Didier Eribon
débarque à Reims où, trente ans plus
tôt, il avait fui son père. Il s’interroge sur ses engagements d’alors :
pour « sa » cause (homosexuelle)
plutôt que son milieu d’origine,
ouvrier, communiste passé au FN.
Pour adapter ce récit édifiant paru
en 2009, ­Thomas ­Ostermeier juxtapose un film documentaire et
une situation de théâtre inattendue. Dans un studio, Irène Jacob
est la lectrice douce mais alerte
des réflexions d’Eribon. Avec deux
acolytes volontiers drôles (Blade
MC AliMbaye et Cédric Eeckhout),
elle s’interroge sur le sens de ce
texte et sur les images d’archives
et d’actualité l’accompagnant.
Déconfiture de la gauche, Gilets
jaunes en plein Paris… Ostermeier
livre un spectacle visuel et politique
simple, captivant, très pertinent
dans sa façon de rendre l’intime et
l’historique indissociables. g Al.C.
un ­moment et était ravi que ce soit
avec celle avec qui il avait fait ses
débuts, il y a vingt-six ans. C’était
en 1992 : j’étais au Conservatoire
et une amie m’a proposé de jouer
la pièce qu’elle venait d’écrire.
On s’est retrouvés à quatre sur la
scène d’un petit théâtre. Il y avait
Dany et on s’est merveilleusement
bien entendus. Sans doute parce
qu’on s’est tout de suite reconnus :
on a les mêmes origines, la même
culture. Il faut nous entendre parler le patois ch’ti !
« Retour à Reims », jusqu’au 16 février
à l’Espace Cardin, (Paris 8e). 1 h 45.
UN AMI, UN VRAI
Très vite, on a joué des sketches
ensemble. J’étais fascinée par
son univers particulier et par son
incroyable détermination. Il ne
doutait pas de ce qu’il avait envie
de faire, même s’il ne se produisait que devant trois personnes.
Il n’était pas comme les autres et
le revendiquait. Cela m’a impressionnée et m’a convaincue que la
différence n’était pas un défaut. Il
a voulu m’écrire un one-­womanshow, mais ce n’était pas le chemin
que je désirais suivre : je rêvais de
grands rôles au théâtre et, pour
moi, jouer ne signifiait pas forcément faire rire. Nos carrières ont
pris des directions différentes,
mais nous sommes restés proches.
Même si Dany est très pris, je sais
que je peux compter sur lui. C’est
un ami, un vrai. Il a toujours mille
choses en tête, mais quand il est là,
il est là. Il a les mêmes copains depuis vingt-cinq ans. La seule chose
qui a changé chez lui, ce sont ses
costumes, désormais très chics !
The Scarlet Letter ii
Valérie Bonneton et Dany Boon. PASCALITO
PARTENAIRE JOUEUR
MAIS ATTENTIF
Là où je trouve Dany le plus bluffant, c’est derrière la caméra. Son
vrai plaisir, il le trouve en créant
ses propres univers. Il est fait pour
ça. Il a le pouvoir de tout transformer, le monde et la vie des gens.
Quand il n’est pas aux commandes,
il est un peu moins sûr de lui. Si on
s’est souvent donné la réplique au
cinéma, le travail au théâtre est très
différent. Il faut être à l’écoute de
ses partenaires. Sur scène, Dany est
un partenaire très attentif qui sait
laisser la place aux autres, même si
je retrouve son trac et ses fragilités
d’antan. Lors des répétitions, on
s’est piqué des fous rires de vingt
minutes, un vrai cauchemar ! Il
s’amusait à me titiller du regard
et je me laissais prendre au jeu.
C’est un bras de fer rigolo, mais il
ne faut pas que ça vire à la blague
récurrente. Nous, ce qu’on veut,
c’est rendre les gens heureux. Il
n’y a rien de plus émouvant que
quelqu’un qui vous dit merci parce
qu’il a ri. » g
Propos recueillis
par Barbara Théate
« Huit Euros de l’heure », Théâtre Antoine
(Paris 10e), jusqu’au 31 mars.
theatre-antoine.com
Angelica Liddell s’inspire de La Lettre
écarlate, célèbre roman de Nathaniel
Hawthorne où une femme adultère
est humiliée par les puritains. Pour
cela, elle invoque ses héros Artaud,
Pasolini et Foucault, et se place
comme toujours au centre de la
scène, ici entourée de beaux hommes
nus, muets… Ses jouets ? Résistance
à l’oppression, célébration des transgressions qui font que l’art vibre :
l’artiste catalane ressasse ses obsessions, mue par une incandescence
revigorante, toujours surprenante.
Sans vergogne, elle vitupère la méchanceté des femmes vieillissantes,
raille le mouvement MeToo, proclame
sa fascination pour le masculin. Formel et excessif, réglé au cordeau sur
le fil du scandale et de la distinction,
son ballet naturiste en met plein la
vue. Ce n’est ni politiquement correct
ni désagréable. g Al.C.
« The Scarlet Letter », jusqu’au 26 janvier
à la Colline, (Paris 20e). 2 h
Les Troyens reprennent la Bastille
MONUMENT L’épopée lyrique
de Berlioz avait inauguré
l’Opéra Bastille en 1989. Elle
revient sous la direction de
Philippe Jordan, qui la décrypte
L’Opéra national de Paris fête deux
anniversaires en 2019 : ses 350 ans
d’existence, et les 30 ans de l’Opéra
Bastille. Pour marquer le coup,
l’institution parachève ces jours-ci
son cycle Berlioz amorcé fin 2015
avec une Damnation de Faust très
controversée (la mise en scène fut
copieusement huée mais l’orchestre
acclamé), suivie de Béatrice et Bénédict puis de Benvenuto Cellini mis
en scène par Terry Gilliam. Voici
maintenant le plus vaste de tous,
ce chef-d’œuvre qu’Hector Berlioz
lui-même ne parvint pas à monter
entier de son vivant tant l’entreprise
était monumentale : Les Troyens,
un spectacle d’environ cinq heures
d’après L’Énéide de Virgile, conçu
pour une quinzaine de solistes et
des centaines de choristes.
Cela tombe bien : en plus d’avoir
été la superproduction choisie
en 1989 pour lancer l’Opéra Bas-
tille (dans une mise en scène de
Pier Luigi Pizzi et en présence d’un
autre genre de démiurge, ­François
Mitterrand), Les Troyens nous rappellent que 2019 marque, aussi, les
150 ans de la disparition du compositeur. C’est Philippe Jordan, directeur musical de l’Opéra de Paris,
qui sera à la baguette. Berlioz le fascine même s’il s’en est longtemps
méfié. « Comme beaucoup de gens,
j’avais tendance à rejeter son côté
monumental alors que j’ai toujours
admiré le Berlioz intime, explique
le chef zurichois. Maintenant, plus
je le connais, plus je ­reconnais son
incroyable finesse dans la grandeur.
Il gagne à être mieux connu. C’est un
révolutionnaire. Son génie de l’orchestration et sa capacité à inventer de
nouvelles formes ont changé le cours
de la musique. Sans lui, il n’y aurait
pas eu Debussy ni Boulez. »
Pour Jordan, aucun doute, Berlioz
était avant tout un « chercheur », « un
visionnaire unique dans sa volonté de
faire se côtoyer des espaces lyriques
intimes très doux et des envolées
dramatiques au bord de la folie ».
Une caractéristique qui, selon lui,
La répétition des « Troyens » à l’Opéra Bastille. Eléna Bauer-Opéra national de Paris
exige de l’orchestre une attention
permanente « afin d’en respecter la
radicalité sans sombrer dans un côté
pompier ». « Le risque, précise-t‑il,
c’est que cette puissance soit aplatie,
que tout devienne premier degré. Il
faut donc veiller à la profondeur de sa
musique, si difficile à mémoriser mais,
étrangement, pas facile non plus à
sortir de sa tête une fois qu’on l’a intégrée ! » Un défi d’autant plus grand
que Berlioz est par ailleurs difficile à
chanter. « Les trois rôles principaux,
Cassandre, Énée et Didon, sont très
complexes. Sa musique nécessite des
voix souples, pas grandes mais assez
techniques et solides pour maîtriser
tous les intervalles entre les notes.
Ce n’est pas donné à tout le monde. »
Forte de cinq actes, cette épopée
lyrique est également inédite dans
sa façon de réinventer les codes de
l’opéra : « Elle s’ouvre avec des vents
et des percussions, ce qui est très singulier, précise Jordan. Les cordes ne
surgissent que lors de l’apparition de
Cassandre, tragique avec ses visions
annonçant le malheur. »
Récit d’une série de guerres et
d’exils aux résonances très contemporaines, Les Troyens témoignent
aussi du goût de ­Berlioz pour
le grand spectacle. « Il ­aimait le
­gigantisme. Là où d’autres culminent
à 16 premiers violons, lui n’hésitait
pas à doubler la mise ou à ajouter
des timbales spectaculaires. Comme
Wagner, il voulait communiquer avec
les masses. Ses Troyens, c’est un peu
le Ring français. » g
Alexis Campion
« Les Troyens », mise en scène Dmitri
Tcherniakov, du 22 janvier au 12 février.
Retransmission le 31 janvier sur Arte.
operadeparis.fr
44
le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
Plaisirs Cuisine
Droit dans sa botte
Grosse LÉGUME
la graine. Il leur faut de l’humidité
mais pas trop, sinon ils deviennent
trop gros et trop forts en bouche. »
Semés à la mi-mars, ses spécimens
d’exception, de style « crayon », sont
repiqués de juin à juillet, ce qui permet de les récolter longtemps, de
septembre à mai. D’où d’ailleurs
l’expression « poireauter »…
C’est toujours lui qui dépasse des
cabas de retour de marché, son
feuillage vert pointé vers le ciel,
comme un amant délaissé qui
cherche à attirer l’attention. Hélas
pour le poireau, on le regarde sans
le voir ! Il a beau nourrir l’espèce
­humaine pour pas grand-chose
­depuis l’Antiquité (le pharaon
Khéops en récompensait ses meilleurs guerriers), cette fidélité désuète lui a simplement valu un surnom, « asperge du pauvre », qui ne
lui rend pas justice. Pauvre légume
discret, qu’on aime bien mais qu’on
aime mal ! Ce tube échevelé est pourtant immuable : modeste, rustique,
robuste et quasi perpétuel (récolté
de septembre à avril), il a épousé la
cuisine hivernale comme le pain est
le compagnon du fromage.
Pour se faire remarquer, il a une
botte secrète : embaumer l’air avec
ses effluves aromatiques francs,
cousins de l’oignon, de l’ail ou de
la ciboulette, qui sont de la même
famille que lui, celle des alliacés.
Mauvaise pioche, encore : on le cantonne aux soupes de légumes, faute
de savoir comment l’accommoder
autrement. « C’est un produit plus
complexe qu’on ne le croit, affirme
le chef Akrame Benallal. Son goût
est très fin, on peut en faire plein de
choses et il est bon pour la santé. »
Douceur et caractère
Snobé au profit des courges tapeà-l’œil ou des panais branchés, le
poireau est pourtant un compagnon dévoué qui se plie en quatre
pour séduire le palais : son fût (le
tube de couleur blanche) dispense
sa douceur tandis que les feuilles
vertes concentrent son caractère.
Côté texture, il se fait tendre en
fondue ou croquant à peine saisi
à la poêle. Et l’on oublie vite que
de nombreuses recettes traditionnelles lui doivent beaucoup. Il sait
faire la cour à l’ancienne dans des
plats classiques comme le poireau
vinaigrette, la poule au pot ou les
potages ; ou se donner des allures
Murphy-Food and Drink Photos/Andia.fr
Roi du potager mais
mal-aimé, le poireau
fait un retour remarqué
sur les grandes tables
chics et subtiles au bras des poissons et des fruits de mer (avec les
Saint-Jacques, un délice !). À force
de le voir toute l’année sur les étals,
on finit par ignorer qu’un fût trop
large fait un poireau au goût très fort
et à la mâche filandreuse. Avant de
succomber à son charme, il faut
donc s’assurer que son feuillage
est fringant, que son corps est d’un
blanc lisse et d’un diamètre de 2 à
3 centimètres, et enfin, scruter ses
racines (les radicelles) : « La base
racinaire est plus forte et plus chevelue chez les poireaux hybrides que
chez les espèces dites “de population”,
explique Thierry Riant, producteur
à Carrières-sur-Seine. Je cultive un
poireau de population, dont je produis
Ingrédients :
VALÉRY GUEDES
Un poireau
Un œuf
100 g de pistaches
100 g d’huile d’olive
10 g de moutarde
10 cl de jus
de citron vert
Charlotte Langrand
• L’ACCORD DE BETTANE
• La recette de Akrame Benallal*
Poireau aux pistaches
À toutes les sauces
Les cuisiniers savent consoler ces
mal-aimés en leur redonnant du
lustre. Le poireau a vécu l’ascenseur
émotionnel. Il séduit à nouveau et
a même ses entrées sur les tables
gastronomiques, aux côtés de la
truffe ou du foie gras. Il y a peu, Éric
Frechon, au Bristol, le grillait et lui
assortissait un beurre aux algues et
un tartare d’huîtres. Le nouveau chef
de Lasserre, Nicolas Le Tirrand, lui
offre la carte des entrées, en le cuisant sur braises avec une mousse de
pommes de terre ratte et un sabayon
au marsala. « J’aime valoriser les produits communs, explique-t-il. J’ai fait
des essais de recettes avec 15 poireaux
différents, j’ai même essayé de faire
un jus pour voir, mais le goût d’oignon
était trop fort. Puis je suis tombé sur
ceux de Thierry Riant, doux, sveltes,
beaux et délicats, et je ne travaille plus
qu’avec eux. » Ces produits sont
accessibles au public au marché de
Suresnes (Hauts-de-Seine).
Dans les années 1990-2000, de
nombreux cuisiniers se sont détournés des légumes classiques alors
qu’ils ont toujours eu une place
dans la grande cuisine française. Le
poireau figurait déjà sur les cartes
étoilées de René Lasserre dans les
années 1950. Aujourd’hui, on trouve
des poireaux à toutes les sauces,
pas seulement vinaigrette. Akrame
Benallal aime le cuire au four, pour
qu’il garde tous ses arômes et soit
moins fibreux, en l’associant à la pistache (voir sa recette ci-dessous).
Cérémonieux, il le sert en croûte de
sel ou le marie à des algues. Le chef
japonais Keisuke Yamagishi, du restaurant Étude à Paris, raffole même
du produit à son plus jeune stade. Il
lui déclare sa flamme en le cuisinant
en entier, avec les racines et le vert,
ne trouvant finalement rien à jeter
dans ce fidèle et savoureux légume.
Comme on redécouvre les charmes
d’un amant éconduit. g
+ DESSEAUVE
Torréfier les pistaches : chauffer le four
à 110 °C. Réserver 10 g de pistaches et
les cuire au four 10 min. Les briser dans
un mortier. Mettre de côté.
Chauffer le four à 180 °C. Nettoyer le
poireau à l’eau froide, couper la partie
verte et garder la blanche. Le piquer à la
fourchette un peu partout. L’enfourner
avec un filet d’huile d’olive pendant
25 min. Retirer et laisser refroidir
au frigo. Une fois tiède, couper en trois
parties égales. Faire une mayonnaise de pistaches en mixant les
pistaches, l’huile d’olive, l’œuf, la
moutarde et le jus de ­citron dans
un mixeur. Ajouter sel, poivre et
les brisures de pistaches torréfiées.
Servir tiède.
* Restaurant Akrame, 7, rue Tronchet,
Paris 8e. akrame.com
Clos Saint Landelin,
riesling zinnkoepflé
2016
17/20. 40 euros
Le poireau fait partie de ces
aliments qui nous enchantent
et ne vont avec rien. Rien ? Si.
Nous avons choisi un riesling,
alsace grand cru, histoire de
jouer la puissance contre la
puissance et d’envelopper
l’amertume. Ce vin biologique de la famille Muré est
bien sec, tonique, avec un
profond ressort minéral et
une finale de belle pureté.
Le poireau est ravi.
45
le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Plaisirs Horlogerie
Talents aiguilles
CADRANS À Genève, le Salon
international de la haute
horlogerie a dévoilé la tendance
de l’année : 2019 sera placée
sous le signe de la femme
C’est Fabienne Lupo, présidente de
la Fondation de la haute horlogerie, organisatrice du Salon international de la haute horlogerie
(SIHH) de Genève, qui le note :
« Comme la femme est l’avenir de
l’homme, elle l’est a fortiori pour les
horlogers. L’ergonomie du poignet
féminin est désormais au centre de
toutes les attentions. » Il suffit de
voir les cadrans, entre design et
sertissage, présentés par la vingtaine de manufactures ayant participé au SIHH. Morceaux choisis. g
RÉÉDITÉE
En 1912, Louis Cartier rêvait d’étirer
le rond et créa ainsi la plus célèbre
des montres de forme. Baptisée
Baignoire pour des raisons évidentes, elle est aujourd’hui rééditée dans une version fidèle
à sa plus sobre exécution
présentée en 1958.
Cartier Baignoire en or
jaune, 32 mm × 26 mm,
mouvement à quartz,
bracelet en alligator.
10 600 euros.
Hervé Borne
GLAMOUR
LUNAIRE
Piaget Extremely Lady en or
blanc, 27 mm × 22 mm, lunette
sertie de diamants, mouvement
à quartz, bracelet en or blanc.
61 000 euros.
Jaeger-LeCoultre Rendez-Vous Moon
en or rose, 34 mm de diamètre, lunette
sertie de diamants, mouvement
automatique avec indicateur des phases de
la Lune, bracelet en alligator. 23 750 euros.
Inspirée d’un modèle créé dans
les années 1960 porté par Jackie Kennedy, cette montre-bijou
associe un cadran en lapislazuli à un bracelet en or gravé
motif fourrure.
CHIC
Une réalisation au caractère horloger
et au savoir-faire joaillier. À noter, le
raffinement des phases de la Lune
avec un ciel laqué bleu et des astres
en or reposant sur un lit de nuages
guillochés.
FLUIDE
Malgré son image très masculine,
Montblanc pense aussi aux femmes
avec sa collection Bohème aux
montres mécaniques, chics et raffinées. Jolie démonstration avec ce
modèle animé par un calibre automatique sous un cadran en nacre
blanche.
Un boîtier précieux complètement
intégré au bracelet met en scène un
cadran en nacre dont le centre n’est
autre qu’une dentelle d’or.
Parmigiani Fleurier Tonda Métropolitaine
Sélène en or rose, 34 mm de diamètre,
lunette sertie de diamants, mouvement
automatique avec date traînante
et indicateur des phases de la Lune,
bracelet en or rose. 46 000 euros.
Montblanc Bohème en acier, 30 mm
de diamètre, mouvement automatique
avec date traînante, bracelet en alligator.
2 610 euros.
ÉLÉGANTE
Déclinaison d’un grand classique, son
boîtier et son bracelet affichent une
sobriété assumée tandis que le cadran
gagne en raffinement grâce à de la
nacre blanche entourée d’une ligne
de diamants.
Un seul homme. Dix visiteurs.
Jusqu’où iront-ils pour réaliser leurs désirs ?
Baume&Mercier Classima Lady en acier,
34 mm de diamètre, lunette sertie
de diamants, mouvement automatique,
bracelet en acier. 3 850 euros.
ÉQUESTRE
Un garde-temps aux allures d’un objet
de style. Affranchi de tout formalisme,
son boîtier original reprend de façon
épurée la forme d’un étrier vu de profil.
Hermès Galop en or jaune,
40,8 mm × 26 mm, lunette sertie
de diamants, mouvement à quartz,
bracelet en veau Barénia. 12 800 euros.
SPATIALE
Afin de reproduire l’effet d’une voie
lactée, le cadran est en verre aventuriné. Une technique née au XVIe siècle
à Murano rehaussée ici d’un savant
sertissage de diamants.
Girard Perregaux Cat’s Eyes Celestial
en or rose, 35,4 mm × 30,4 mm,
lunette sertie de diamants, mouvement
automatique avec grand indicateur
des phases de la Lune, bracelet
en alligator. 31 800 euros.
un film de Paolo Genovese
SORTIE LE 30 JANVIER 2019
46
le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
Plaisirs Jeux & Météo
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15
par mons et
par vaud
2
3
force
contraire
à l’attraction
d
d
s’attaque
aux
abeilles ou b
aux pigeons
6
battant des
doubles b
volets
7
sous
l’empire
des sens
café fort
9
b
13
de la tension et de
l’intensité
b
12
14
d
c
du pot
ici, est en
veine là
VERTICALEMENT
1. A enterré sa vie de garçon. Personnes
qui représentent quelque chose. - 2.
1. Ne faire qu’entrer et sortir. A la limite
de passer par-dessus bord. - 2. Voi-
ramie, pas
pour mamie
d
U
cité au
procès
donnant
la hauteur
du sol
de quoi
imbiber
les éponges
sans queue
ni tête !
I0 x I0
du lard et
du cochon
ne
dépara pas
question
réflexion
d
d
d
secouent
la tête de
gauche à
droite et de
bas en haut
d
d
b
a dégusté
après en avoir
retiré
de l’assiette
d
d
b
b
expert
auto
arrive sur
son cheval
ou en
diligence
d
d
d’une partie
ici, d’une b
autre
partie là
plus
à l’ouest
siégeant
à genève
b
d
d
c
lave noirs
ou lave plus
blanc
direction b
en parfait
accord
toutes
bouleversées
de l’érotisme
une ex à jo
d
d
réputée
pour ses
embouteillages
d
est
rarement b
la seule à se
faire baiser
b
bande
pour une b
garcette
49 avant j.-c.
en réponse
à un geste
déplacé
peut
amener à
une crise
de foi(e)
d
d
b
quand il
hérite,
prétérite
b
difficile
modèles
plus ou
moins
vêtus
b
d
b
• Sudoku
débouchant
plein pô
séduire par
d’agréables
réflexions
courte
b
prière
bibliquement connue
est réputé
être de
bonne composition
b
b
• Météo
Cherbourg
6
9
Brest 95
Rennes
2
9
Nantes
3
9
Dimanche 20 janvier
Indice de confiance 5/5
Abbeville
1
5
Caen 3
7
Tours
3
8
b
Lille
-1
4
Paris
3
6
Nancy
-2
2
Dijon
-1
4
Strasbourg
-2
2
Besançon
0
6
ClermontLyon
Ferrand
0
0
9 Grenoble
5
Bordeaux
-2
Aurillac
7
4
-1
11
4
Nice 3
Toulouse
12
Biarritz
2
3
7
10
12
11
4
Perpignan Marseille
13 Bastia
3
11
f r
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12. Grattoir. Rossée.
13. Nuire. Récepteur.
14. Etrangère. Titre.
15. Réélues. Préfets.
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Hi.
• Sudoku
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g
o
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t
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1. Silence. Ourlets.
2. Agi. Eiders. Apre.
3. Intro. Illustrer.
4. Sérénité. Rut. Np.
5. Ossu. Goélette.
6. Nana. Tain. Train.
7. Su. LP. Recta. Vêt.
8. Gaieté. Tandem.
9. Sen. Rasoir. Ilet.
10. Nain. Potage.
11. Abus. Grenade.
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VERTICALEMENT
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o
n
s
Cep.
10. Usure. Tartare.
11. Sultan. Adopte.
12. Latter. Digestif.
13. EPR. Tavelé. Sète.
14. Trentième.
Heurt.
15. Serpent. Trières.
d
b
d
d
n u
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c
k i
n
h e
e
1. Saisons. Stagner.
2. Igné. Auge. Brute.
3. Litron. Annuaire.
4. Resali. Astral.
5. Néons. Péri. Ténu.
6. Ci. IUT. Tango. Gê.
7. Edit. Ares. Rires.
8. Elégie. Opérer.
9. ORL. Onction.
Solution
bêtement
réagi
malheureuse
au jeu
entre deux
que tout
oppose
b
que fait
clochette
n’est pas
débile
qualité dont
en général
b
on est
affecté
Solution la semaine prochaine
• mots fléchés
aimés
autrefois
U
tures attelées toujours en circulation.
Pouce en bas. N’est de marbre qu’en
apparence. - 3. Directeurs de maisons
où règne l’ordre. Patte de velours. - 4.
Beau gosse à la mine fleurie. Doit être
grand pour partir en tournée. Raccourci
musical. - 5. Prête à être conduite au
bûcher. Relève des affaires étrangères. 6. Placée en une minute. Tendre à cœur.
Accomplit des prouesses dans les airs.
- 7. Dernières du premier. Répété pour
la mamie. Sortie de route. Voile ou sans
voile. - 8. Moteur de recherche. Il porte
une robe léopard. - 9. Luisant mais pas
reluisant. Passé sans prétention. Elles
ont les lèvres en fleurs. - 10. Tromper
l’attente. Protège-page. - 11. Poste-clefs.
Porte neuf. Petit de deux berges. - 12.
Doit s’attendre à être arrêtée. Diffuser
l’air des montagnes autrichiennes. 13. Il se fait dépouiller pour aller aux
riches. Soutenue dans l’effort. - 14. Attend dans la réserve sans être emballée.
N’a vraiment rien pour lui. - 15. Mange
tout le temps. Elles sont de mèches.
filons
avant que
tout
s’effondre !
d
b d
U
Repartir pour des tours. Entraîner des
privations. - 3. Font tourner la came.
Fait passer les caisses à la caisse. - 4.
Prend le meilleur. Voyant ou voyeur.
- 5. L’homme au masque de frère.
Tour de corde. A connu le Pérou. - 6.
A besoin d’être pour entrer en religion.
Demi dans le milieu. Recolle les mots
cassés. Préposition. - 7. Incitations à
aller en grève. N’apporte rien de nouveau. Contient pas mal de colorants.
- 8. Transmise par le cafard. Sur un
arbre perché. - 9. Base de sous-marins
américains. Prêt à adhérer. Bombe au
Vietnam. - 10. Répond sans répondre.
On s’y trouve en se rendant à Pâques.
- 11. Cinq bougies ou plusieurs lampes.
Victime de la hausse des cours. - 12.
Nom d’une pipe! Pas du tout rebutées
par un mille feuilles. - 13. Du temps de
gagné. Ne fait rien comme les autres.
Fils de métis. - 14. On y jette l’argent
par la fenêtre. Inspection du corps. 15. Représentant de l’autorité. Fumées
avant le repas.
HORIZONTALEMENT
es au fond ou
au sommet
est loin
d’être le
premier venu
U
Horizontalement
Solution
du numéro 3757
coureur des
bois plus très
québécois
direction
d
15
Y
petit chez
rubens
pris en
tenaille
d
maître de
recherche
forme
d’auxiliaire
palindrome
localisant
Y
délimitent
le terrain
de rugby ici,
résultat de
foot là
plastique
des femmes
de plus de
50 ans
b
11
Y
casse-tête
un peu sioux
décision sur
tapis vert
d
10
• mots croisés
Y
tête de
nœud ou
turgescence
U
8
Y
Y
4
5
Albert Varennes albert.varennes@hotmail.fr
ravitaillé
en vol
U
1
• Mots fléchés
Jean-Paul Vuillaume jpvuillaume@sfr.fr
U
• Mots croisés
- 10°/0°
1°/5°
Ensoleillé
Éclaircies
6°/10°
11°/15°
16°/20°
21°/25°
26°/30°
Nuageux
Couvert
Orages
Pluie
31°/35°
Neige
36°/40°
Solution
LEJDD.FR
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47
le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Plaisirs
le dimanche
De
Bixente Lizarazu
« Cinq cols, un litre de monaco et poulet-frites »
femme fait les meilleures frites
du monde. » Non que cet aveu
dévoile un ressort inavouable
du couple qu’il forme depuis
plus de douze ans avec l’actrice
Claire Keim, mais le sexisme
qu’il pourrait sous-tendre le
préoccupe. On le dédouane : il
n’est pas cordon-bleu, voilà tout.
La suite du menu ? Une petite
salade et un fromage de brebis, le tout arrosé d’un verre
de vin, un bordeaux « évidemment ». Et à l’heure du goûter,
les crêpes de maman qui rappellent l’enfance et l’amatxi
(« grand-mère » en basque),
avant de se poser devant un
match de foot à la télé. À ce
stade, on se demande comment
Bixente Lizarazu, 49 ans, fait
pour conserver ses légendaires
tablettes de chocolat et cette
silhouette d’athlète de haut
niveau. Il faut donc évoquer
ce qui se passe avant le repas.
Bixente Lizarazu
à vélo dans les
montagnes
basques. LIZA
PRODUCTION
Le champion
du monde 1998
enchaîne sueur
et réconfort. Des
plaisirs simples,
mais pas à la
portée de tout
le monde
A
u début, c’était
un clin d’œil. Avec le temps, c’est
devenu une signature. À la télé
ou sur les réseaux sociaux,
Bixente Lizarazu relie souvent
le dimanche au poulet-frites
qui se marie avec. « J’aime les
rituels, et ça, c’en est un. C’est un
repas de partage. Familial, convivial, facile… » Un plat consistant
et un sujet léger que le champion du monde de football 1998
prend très au sérieux. Il ne s’agit
pas de plaisanter avec le « côté
fourrage » de la volaille. Peu
importe qu’elle soit dorée chez
le boucher ou chez soi, mais la
garnir à l’ail compte dans le
succès de la juteuse entreprise.
On ne badine pas davantage
avec les frites, faites maison.
Et là, notre homme est un peu
gêné par le sincère compliment
qu’il s’apprête à faire : « Ma
• sa Playlist
Catch the Wind, Donovan
(1965)
Ce morceau dégage quelque
chose de contemplatif, de très
planant, comme un hymne à
la nature. J’ai utilisé ce titre pour un de mes
documentaires, une vue de drone de Rangiroa
(Polynésie française).
Bohemian Rhapsody, Queen (1975)
Indémodable. Le film m’a replongé dedans.
On se rend compte aujourd’hui que Freddie
Mercury avait une vision de fou. Il a cassé les
codes. Ce mélange de rock et de classique
sur une longueur inédite à l’époque en est le
parfait exemple.
Zatoz Jaungoiko, Gaztelu Zahar (2014)
Un classique du répertoire basque repris par une
chorale dont font partie mon père et mon frère.
Chanté dans une église, c’est très puissant. Ça
me prend aux tripes..
Hallucinations
sur la route
Dès 8 heures, le Basque bondissant, son surnom quand il
sillonnait sans fin la ligne de
touche du temps de sa carrière de joueur professionnel
aux Girondins de Bordeaux, à
l’Athletic Bilbao ou au Bayern
Munich, est sur le pont. En
général, il enfourche son vélo
et part avec une poignée de
proches (« pas plus de cinq, je
n’aime pas rouler en peloton »)
pour une sortie de quatre ou
cinq heures dans les montagnes basques, « pour éviter
les voitures ». Jusqu’à cinq cols,
avec des passages bien pentus
à 12-13 %, 110 kilomètres avalés
dans la matinée.
« C’est la souffrance dans
l’extase, au milieu de la nature,
apprécie cet accro au sport,
dévoué à la protection de l’environnement. Footballeur, j’étais
préparé pour jouer quatre-vingtdix minutes plus les prolongations sans problème. Là, tu es
à la limite. Sur le vélo, j’ai des
sensations de fatigue que je ne
connaissais pas. Plus d’énergie,
rien. À tel point que j’ai parfois
des hallucinations. Je vois un
poulet-frites traverser la route
devant moi ! C’est la fringale.
Donc, quand je rentre après un
aussi bel effort, je mange sans
limites… » Une fois à la maison,
sur les hauteurs de la baie de
Saint-Jean-de-Luz, il ingurgite
d’abord un « monaco XXL » :
un litre de bière blanche de
­Munich, de limonade et de sirop
de grenadine. S’il pleut trop
pour rouler, il opte pour deux
heures de jiu-jitsu (il est ceinture noire), de yoga ou autres
activités en salle. Si les vagues
sont au rendez-vous, il prend sa
planche pour une longue session de surf. « Entre trois et cinq
heures. Surtout l’hiver, car il faut
enfiler une combinaison, mettre
des chaussons : autant rester un
bon moment. Et j’aime la sensation d’épuisement. Comme à vélo
quand je suis cuit. »
Avant, il passait du temps à
décortiquer les bulletins météo
pour anticiper l’activité du lendemain. Désormais, il s’adapte :
« La nature décide. Je deviens
polynésien… “On verra demain.”
C’est vrai. » Désormais, il doit
renoncer à ses dimanches
idéaux au Pays basque pour
être à 11 h 05 sur le plateau
de Téléfoot, l’émission culte
à laquelle il participe de plus
en plus régulièrement. Sitôt le
générique de fin, il file à l’aéroport prendre le premier vol pour
Biarritz afin d’être rentré chez
lui vers 17 heures. « Ça flingue
mon poulet-frites, mais je l’ai
quand même bien dans la tête »,
confesse-t‑il en songeant avec
amusement au club-sandwich
qu’il avale sur le pouce avant
d’embarquer.
Récupération
et glandouille
Au vrai, les dimanches d’oisiveté
de Bixente Lizarazu remontent
à l’enfance. Et encore… Il puise
au fond de souvenirs sépia pour
raconter les pique-niques en
­famille sur la plage des DeuxJumeaux à Hendaye, la traversée à marée basse pour aller se
poser « sur le caillou », la pêche
aux crabes sur le chemin et le
retour avant de se faire cueillir
par la mer montante. Les activités sportives occupaient
déjà une bonne partie du programme : tennis, pelote basque,
ski ou, bien sûr, football. Dès
13 ans, en sport-études puis au
centre de formation à Bordeaux,
c’était jour de match.
Une fois professionnel, « c’est
devenu un jour de travail comme
un autre ». Mais en Allemagne,
où il a vécu huit ans, les rencontres de championnat étaient
généralement fixées le samedi
après-midi. « Le dimanche,
c’était donc récupération et glandouille, se souvient-il. Quand
mes parents me rendaient visite,
il y avait un bon petit repas. » On
connaît le menu. g
Solen Cherrier
• son adresse
• son spot
Chez Margot, à Ciboure : un restaurant
emblématique qui va bientôt fermer car
Yvonne, la patronne, va raccrocher. Je m’y
sens comme à la maison. Ne cherchez
pas mon plat, il n’est pas à la carte. C’est
une salade avec des crudités du jardin,
des crevettes ou des gambas, qu’Yvonne
prépare spécialement pour moi.
Le col de Jaizkibel, côté espagnol.
J’adore le gravir à vélo, et c’est un
endroit magnifique pour admirer la
mixité des paysages de la région. On
se trouve en montagne et, en même
temps, au pied de la mer. Avec une vue
à quasiment 360 degrés. Souvent, les
rapaces jouent avec le vent.
I
le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Grand Paris
Le réchauffement climatique
a battu des records en 2018
CLIMAT L’année dernière
a été la plus chaude
enregistrée depuis 1873
à Paris, avec 98 jours
au-dessus de 25 °C
PRÉVISION
Les climatologues
pronostiquent
des canicules « plus
fréquentes, plus intenses
et plus longues »
P
aris brûle-t-il ? L’agglomération parisienne se réchauffe
en tout cas à la vitesse d’un incendie. L’année 2018 a même été la
plus chaude jamais enregistrée
dans la capitale. La station de
mesure du parc Montsouris (14e),
qui effectue des relevés chaque
jour sans interruption depuis 1873,
a consig né une température
moyenne de 13,9 °C, soit une
anomalie de + 1,5 °C par rapport
aux normales. « Nous constatons
une répétition de ces anomalies et
une accélération récente. Les cinq
années les plus chaudes mesurées
à Paris depuis 1873 sont 2018, 2011,
2014, 2015 et 2017 », souligne
Raphaëlle Kounkou-Arnaud,
responsable du service études et
climatologie à Météo France pour
l’Île-de-France et le Centre-Val
de Loire.
Le JDD a consulté le bulletin climatique pour 2018 que l’Agence
parisienne du climat (APC)
s’apprête à publier. Le réchauffement s’accélère depuis 1988 : 25
des 30 dernières années affichent
des températures moyennes audessus des normales. « La tendance
au réchauffement est encore plus
nette depuis une dizaine d’années »,
note la directrice des transitions
de l’APC, Cécile Gruber. En 2018,
si février a été particulièrement
froid, avril et juillet ont enfiévré
les statistisques, avec respective-
La capitale a connu de grosses vagues de chaleur l’an dernier. Les 30 °C ont été dépassés 26 fois entre juin et octobre. Aurelien Morissard/IP3/MAXPPP
ment 3 et 3,9 °C au-dessus de la
normale. La journée la plus brûlante, le 27 juillet, a atteint 37,4 °C.
Les vagues de grosse chaleur se ré-
pètent. « Depuis dix ans, on observe
des alertes canicule chaque année,
et parfois même plusieurs fois par
an », ajoute Jérémie Jaeger, chargé
Un plan antichaleur
La Ville a voté en mars 2018 une
nouvelle version de son plan climat,
qui comprend 500 mesures visant
à la neutralité carbone en 2050. Un
recensement des îlots de fraîcheur
(près de 1 000) a été effectué l’an
passé dans Paris (parcs et jardins,
musées, lieux de culte…). La Ville ambitionne d’ouvrir 30 hectares d’espaces
verts supplémentaires en 2019 et de
planter 20 000 arbres. À plus long
terme, l’objectif est de végétaliser et
désimperméabiliser 40 % du territoire
parisien. Trois cours d’écoles « oasis »
ont été aménagées en 2018 et 100 %
doivent l’être d’ici à 2040 (70 hectares
au total). Les autorités misent aussi sur
la rénovation thermique des bâtiments
et copropriétés, avec l’objectif de 100 %
d’énergies renouvelables en 2050, sur
l’éradication des véhicules polluants
et sur le développement des filières
courtes et locales dans l’alimentation.
« Le signal d’alerte est atteint, admet
Célia Blauel, l’adjointe EELV de la maire
de Paris chargée de la transition écologique, mais nous devons rester optimistes. » g B.G.
d’études à l’APC, qui en répertorie
deux en 2018. Et surtout 98 jours
à 25 °C ou au-dessus. « Un record
depuis 1895 ! », dit-il. Le seuil
des 30 °C, lui, a été dépassé à
26 reprises, soit trois jours de plus
qu’en 2003, année de la tragique
canicule. D’ailleurs, et c’est une
autre nouveauté, « les canicules
s’avèrent plus intenses et plus
longues, plus précoces et plus tardives », remarque Raphaëlle Kounkou-Arnaud.
« La deuxième période la plus
sèche depuis cent ans »
Une étude de Météo France
a montré que ces débordements
sont directement imputables aux
dérèglements climatiques d’origine humaine. Et ce n’est pas fini.
Les projections climatiques prévoient des hausses de tempéra-
tures moyennes de 1 °C à 4,3 °C à
la fin du XXIe siècle à Paris, selon
les scénarios. Les climatologues
pronostiquent jusqu’à 26 jours de
canicule par an en moyenne dans
la capitale en 2100, contre un seul
jour en moyenne aujourd’hui.
Autre événement marquant
de 2018 : une importante sécheresse de juillet à octobre. Heureusement, sur l’année, la pluviométrie a été conforme à la normale
annuelle en Île-de-France. Mais
un déficit de précipitation de
64 % a été relevé entre juillet et
octobre, ce qui en fait « la deuxième
période la plus sèche depuis cent ans
après 1959 », assure l’APC. Conséquence : une sécheresse des sols
préoccupante, et les pluies diluviennes ne les humidifient plus. g
Bertrand Gréco
générosité La RATP
expérimente un dispositif
permettant de donner 2 ou
5 euros aux Restos du cœur
grâce à une technologie
de paiement sans contact
Six écrans d’un nouveau type
ont fait leur apparition cette
semaine sur les quais de la sta-
tion Concorde – trois de chaque
côté – sur la ligne 1 du métro.
Ils permettent aux voyageurs
de faire un microdon en un clin
d’œil en faveur des Restos du
cœur. Intégrés dans les portes
palières d’accès aux rames, ces
écrans de 42 pouces sont équipés
de capteurs NFC, une technologie de paiement sans contact.
RATP
Comment faire un beau geste dans le métro
Il suffit donc d’apposer sa carte
bancaire pour effectuer un don
de 2 ou 5 euros. L’expérimentation durera un mois, jusqu’à la
mi-février. Le dispositif a vocation à être étendu à l’ensemble
du réseau parisien.
La RATP a l’intention de
« tester de nouvelles formes de
collecte de fonds », dixit Patri-
cia Delon, directrice marketing
et expérience client à la Régie.
Ces écrans sont gérés par Médiatransports, spécialiste de l’affichage publicitaire dans les transports. Ils fonctionnent dans leur
version caritative uniquement
aux heures creuses pour ne pas
gêner les flux de voyageurs en
période de forte affluence. g B.G.
* II
le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
Grand Paris
À Roissy, des yeux
géants vus du ciel
Info JDD L’architecte et
urbaniste Antoine Grumbach
va créer un géoglyphe de
800 mètres de long sur
des terres de remblais
du Grand Paris Express
Les passagers atterrissant à Roissy
en 2024 n’en croiront sans doute
pas leurs yeux. Ils apercevront
par le hublot un immense regard
à la Magritte dessiné au sol, à trois
kilomètres des pistes de l’aéroport.
Deux yeux surréalistes mesurant
chacun 400 mètres de long ! Cette
œuvre appartient au « land art », une
mouvance de l’art contemporain
Le regard posé sur le belvédère, près
de Charles-de-Gaulle. Antoine MERRIEN
consistant à bâtir des œuvres monumentales dans les paysages. Cette
création est signée par l’architecte
et urbaniste Antoine ­Grumbach.
Le projet, baptisé « Les Yeux du
ciel », doit être officiellement lancé
vendredi prochain par Laurent
Mogno, le président d’ECT, propriétaire du site, qui signera un accord
de coopération avec les maires des
communes environnantes, Villeneuve-sous-Dammartin, Le MesnilAmelot (77), la communauté d’agglomération Roissy Pays de France et le
préfet de Région Michel Cadot. ECT
est leader en Île-de-France dans la
récupération et le traitement des
terres excavées lors de chantiers de
construction ou de creusement de
tunnels notamment pour le futur
réseau du Grand Paris Express.
Le plus grand site de traitement
de terres recyclées par la société
se trouve à Villeneuve-sous-Dammartin : 130 hectares, dont la moitié
accueille depuis quelques années
des activités agricoles (blé, colza,
betteraves) et des bois. L’autre partie
est encore en exploitation, et forme
une colline terreuse d’une trentaine
de mètres de haut. Sur cette butte
artificielle, Antoine Grumbach réalisera le tracé de ces yeux monumentaux, grâce à la plantation d’arbres
pour les contours, et l’utilisation de
pierres blanches pour l’intérieur.
« Je me passionne depuis quelque
temps pour les géoglyphes [des motifs
créés sur le sol et visibles depuis le
ciel, comme à Nazca au Pérou]. Je
trouve intéressant de nous replacer
dans cette histoire millénaire. » Les
yeux se verront depuis les avions en
vol dans l’axe du site de Villeneuve.
Mais, au sol, des visiteurs pourront
venir se promener sur la butte. « En
tant qu’architecte, raconte Antoine
Grumbach, j’ai participé à l’Atelier
international du Grand Paris [fermé
en 2017]. Cela m’a amené à proposer
l’érection de dix belvédères situés à
30 kilomètres environ de Paris,
marquant la limite entre la nature
et l’urbain. Le site de Villeneuve est
le premier de ces belvédères. »
En place pour les JO de 2024
Dans l’une des pupilles géantes se
déploieront les méandres d’un labyrinthe végétal. Dans l’autre pupille,
un observatoire du ciel sera créé. Un
amphithéâtre (pour des concerts)
doit aussi prendre place dans un
œil. Un environnement maraîcher
(légumes, fruits, ruches…) est également envisagé. ECT financera le
tout, pour un montant « encore non
chiffré ». Les Yeux du ciel doivent
lever leurs paupières en 2024, à
temps pour les Jeux olympiques.
La date devrait être inscrite de façon
à être vue par les 70 millions de passagers annuels arrivant à Roissy. g
Marie-Anne Kleiber
L’entrée principale qui donne sur la cour d’honneur. Riccardo Milani/Hans Lucas
Lifting programmé pour
la « folie » de Bagatelle
PATRIMOINE
Le monument
historique du bois de
Boulogne (16e) devrait
être sauvé. Une pétition
avait alerté la mairie
Le château de Bagatelle, situé en
plein cœur du bois de Boulogne,
est en phase d’être restauré et donc
sauvé. La mairie de Paris, propriétaire, a lancé une procédure de
rénovation.
Procédure choisie, celle de la
concession. En échange de travaux de restauration réalisés dans
les règles de l’art, le concessionnaire pourra exercer une activité
économique compatible avec la
nature des lieux. Le périmètre de
la concession concerne le château
lui-même (la « folie »), le Trianon,
la sous-terrasse (côté plaine de
jeux de B
­ agatelle) et le restaurant
Les Jardins de Bagatelle avec sa
terrasse attenante. La remise des
offres par les entreprises – dont
le nombre est confidentiel – a eu
lieu le 17 décembre.
Ces offres sont désormais en
cours d’analyse par les services
de la Ville de Paris : le choix devrait être annoncé en juillet. « La
remise en état du château a été un
élément déterminant, qui justifie
d’ailleurs le choix d’une procédure
de concession de travaux, nous
indique la mairie de Paris. Quel
que soit le futur concessionnaire, il
devra remettre en état et exploiter le
château. » Le document de consultation des e­ ntreprises, ajoute la
mairie, « insiste sur la nécessité de
travailler avec un architecte compétent en matière de restauration
de monuments historiques ». « Par
ailleurs, indique-t-elle, la qualité du
programme de travaux est le critère
numéro un de cette consultation. »
Ce sont deux personnalités
étrangères vivant à Paris, Amy
Kupec-Larue, Américaine et
conférencière spécialiste des jardins botaniques, et Dorian Guo,
Chinois et décorateur d’intérieur,
qui ont attiré l’attention sur l’état
de ce lieu en lançant une pétition
(mesopinions. com) intitulée « Save
Château de ­Bagatelle ! ». Sous la
forme d’une lettre à Anne Hidalgo,
maire de Paris, ils y faisaient part
de leur « grande inquiétude pour la
préservation de ce bijou du patrimoine français ». Actuellement, les
dégradations subies par l’édifice
sont visibles : des infiltrations dans
le toit ont provoqué des désordres
dans la corniche, dont des blocs
pourraient se détacher, retenus
préventivement par un filet. Ces
« Save Château
de ­Bagatelle ! »,
exhorte la pétition
lancée par une
Américaine
et un Chinois
eaux d’infiltration ont atteint le
premier étage, abîmant au passage
croisées, moulures, décorations et
peintures. Le rez-de-chaussée, qui
seul se visite, est lui-même atteint :
fissures et dégradations. Les travaux sont estimés à 1,5 million
d’euros hors taxes.
L’histoire de Bagatelle, rétrospectivement, est irréelle. Durant
l’été 1777, la reine Marie-Antoinette
met au défi le comte d’Artois (frère
de Louis XVI) de construire une
maison de plaisance pour le retour
du régent après un séjour à Fontainebleau, soit en moins de trois
mois. Relevant le défi, Artois parie
100 000 livres. Sous la direction
de l’architecte François-­Joseph
Bélanger, le chantier débute le
21 septembre 1777 avec plus de
800 ouvriers qui y travaillent jour
et nuit. Artois gagne son pari : la
maison de villégiature néopalladienne est construite en soixantesix jours. Les Parisiens l’appellent
« la folie d’Artois » : la demeure
néoclassique a coûté la bagatelle
de 3 millions de livres. Bagatelle,
menacé de disparition, est acquis
en 1904 par la Ville de Paris qui
effectue des travaux en 1958 sans
réelle restauration. Mais, sous
l’impulsion de ­Jacqueline ­Nebout,
adjointe au maire de Paris, des travaux de restauration extérieure
et intérieure sont réalisés dans
les années 1980 (trois millions
de francs). Bagatelle, longtemps
délaissé, est d’ailleurs classé monument historique à cette époque, le
31 janvier 1978.
Amy Kupec-Larue est donc
rassurée sur l’avenir du château
de Bagatelle. Mais seulement à
moitié : « C’est une première étape
puisque des travaux vont être entrepris sous la direction d’un architecte compétent, dit-elle. Mais se
pose la question de savoir qui sera
le concessionnaire et quelle sera la
nature de la concession. Il faut une
activité douce qui soit parfaitement
compatible avec ce monument historique et ses jardins remarquables,
par définition fragiles. » La concession va durer vingt ans.
Lorsqu’elle a lancé sa pétition
(2 200 signatures), la conférencière avait bien conscience du
contexte. « Je reconnais qu’aujourd’hui mille choses passent avant
Bagatelle : les migrants, l’urgence
écologique, les revendications des
Gilets jaunes. Je disais juste que,
parallèlement, on pouvait réaliser
un investissement qui générera
une activité économique, donc de
l’emploi, tout en préservant un
élément de la mémoire nationale. »
Le concessionnaire étant choisi
en juillet 2019, après études de
détail, procédures et choix des
entreprises, le chantier pourrait
commencer en 2020. g
Hervé Guénot
III
le journal du dimanche
dimanche 20 janvier 2019
Grand Paris
bonnes tables
Photos : julien DE FONTENAY POUR LE JDD
La nouveauté
de la semaine
Décoration minimaliste pour cuisine savoureuse, côté Réaumur-Sébastopol.
L’adresse du dimanche
Itacoa (2e), cuisine voyageuse
Rafael Gomes a quitté son GrandCœur pour ouvrir Itacoa,
7/10 un clin d’œil au Brésil et à la plage de son enfance. C’est
un petit cocon souvent plein à craquer. Murs bruts, tables hautes,
carrelage seventies et plantes vertes. Entre le bistrot et le coffee
shop. Sans fioriture. Service gentil et discret pour une cuisine très
savoureuse, ensoleillée et joliment voyageuse. Casquinha, farce de
crevettes, lieu jaune, crabe et sauce coco, servie dans une coquille
Saint-Jacques (14 euros) ; burrata des Pouilles ultra-tendre, coings
au safran, pousses d’épinards et noix de cajou (13 euros). Filet de
carrelet délicat, et bok choi (25 euros) ou très gourmande épaule
d’agneau cuite quatorze heures (27 euros). En dessert, du tout
doux pour affronter l’hiver avec le crémeux au chocolat blanc et
fruit de la passion. Bon à savoir : à deux ou en bande sur la table
d’hôtes centrale. 
Itacoa, 185, rue Saint-Denis (2e). Fermé dimanche soir, lundi et mardi. Brunch
le dimanche jusqu’à 16 h. À la carte, entre 40 et 50 euros environ. Tél. : 09 50 48 35 78.
Ibrik Kitchen (2e),
coffee shop
tzigane
Ecaterina Paraschiv
vient d’ouvrir la version restaurant de son coffee shop Ibrik. Murs bruts,
tables en marbre, tapis et
un masque mochoï pour
accompagner une super cuisine roumaine. Savoureux
pastrama de bœuf saumuré
sous cloche et copeaux de
truffes noires (12 euros) ;
réconfortant goulasch de
poulet bohémien et purée de
pommes de terre (18 euros).
Et en dessert, délicieux (et
incontournable !) gâteau à
la pistache, citron et rose
(7,5 euros). À boire : ouzo
ou cocktails à base de mastiha. Bon à savoir : service
souriant. g
7/10
Ibrik Kitchen, 9, rue de Mulhouse
(2e). Fermé le dimanche soir et le
lundi. Formules midi : 13 et 15 euros.
À la carte, entre 30 et 35 euros
environ. Brunch le dimanche :
32 euros. Tél. : 01 70 69 42 50.
Aurélie Chaigneau
Une grande maison chaleureuse qui penche du côté de l’Italie.
Julien DE FONTENAY POUR LE JDD
La découverte de la semaine
Malro (3e), Méditerranée au choix
Malro, c’est le nouveau lieu de Denny Imbroisi. Après Ida
(15e) et Epoca (7e), le chef investit l’ancien restaurant Beaucoup, dans le 3e arrondissement. De l’ancien décor il n’a gardé que le
magnifique bar doré et la verrière, qu’il a décalée de quelques mètres.
Un patio, une salle immense, des lumières tamisées et de la musique
pour s’ambiancer forment le parfait combo pour un dîner entre copains.
D’ailleurs, ils sont là, les copains, en bandes joyeuses, en train de siroter
de super cocktails on the rocks. Et pour accompagner tout ça, des petits
plats méditerranéens. L’Italie par le ventre : pizzas divines et géantes
(margherita ; regina ; Malro tartufo nero…) ; réconfortants plats de pâtes
mais aussi savoureux houmous maison (avec boutargue !) et son pain
chaud au zaatar ; accras de morue au cœur tendre à tremper dans un
super aïoli. C’est bon, généreux, voyageur, partageur. 
7,5/10
Malro, 7, rue Froissart (3e). Fermé le dimanche soir et le lundi.
À la carte, entre 35 et 40 euros environ (hb). Tél. : 01 42 77 38 47.
IV
le journal dudimanche
dimanche
20 janvier 2019
Grand Paris
Sortir en Île-de-France
Réserve
77 naturelle
Nourrir les oiseaux
La réserve naturelle de la
Bassée abrite une faune
et une flore particulières.
Aujourd’hui, venez découvrir
le régime alimentaire
des oiseaux et repartez
avec de quoi les combler.
Un après-midi idéal
en famille et accessible
dès 5 ans.
Réserve naturelle nationale
de la Bassée, Gouaix. 14 h-16 h.
Gratuit. reserve-labassee.fr
Arts
78 d’aujourd’hui
Sixième biennale
La biennale d’art
contemporain alpicoise
accueille 12 artistes
aux techniques diverses et
aux styles variés. Sculpture,
peinture, gravure, dessin,
céramique, photographie…
Partez à la découverte
des tendances actuelles
de la création artistique.
Le Quai 3, Le Pecq. 14 h-18 h 30.
Gratuit. ville-lepecq.fr
Danseurs
91 de l’Opéra
Œuvres classiques
Incidence Chorégraphique,
une compagnie de danseurs
de l’Opéra national de Paris,
sort des murs de l’Opéra
pour réaliser ses propres
créations. Un spectacle
éclectique avec des œuvres
classiques du répertoire
d’hier et d’aujourd’hui.
Maison des arts et de la culture,
Épinay-sous-Sénart. 16 h. Tarif :
à partir de 15 euros. spectacles.
levaldyerres.fr
Théâtre pour
92 Brunch
Diversité de
93 les parents
Buffet salé et sucré
Les tribus du quartier
de Boulogne-Billancourt
vous invitent pour
un brunch. Au restaurant
Le Cap Seguin, vous pourrez
déguster un buffet salé
et sucré fait avec amour
par les commerçants
du quartier. Gratuit pour
les moins de 12 ans.
94 La Peinture
Garderie-atelier
Au théâtre Gérard-Philipe,
pendant la représentation de
la pièce Anguille sous roche
(avec Déborah Lukumuena,
césarisée pour Divines),
vos enfants découvrent
les métiers et les coulisses
d’un spectacle.
Voyage dans le temps
Venez découvrir l’exposition
collective « Inciser le
temps ». L’installation
s’affranchit des conventions
pour dresser un panorama
élargi de la peinture
contemporaine, révélateur
de la diversité des pratiques,
des réflexions et des
positionnements.
Théâtre Gérard-Philipe, SaintDenis. 15 h 30. Tarif : 23 euros
pour le spectacle (10 euros
par enfant pour la garderie).
theatregerardphilipe.com
Le Cap Seguin, BoulogneBillancourt. 11 h-17 h. Tarif :
15 euros. Réserv. sur eventbrite.fr
Galerie municipale Jean-Collet,
Vitry-sur-Seine. 13 h 30-18 h.
Gratuit. galerie.vitry94.fr
Olympiades
95 du bien-être
Journée zen
L’association Couleurs
Zen vous invite à venir
découvrir en famille ses
ateliers autour du bienêtre. Au programme :
sophrologie, qi gong,
antigym, aromathérapie,
naturopathie, psychocorporels… Possibilité
de réserver un brunch.
Maison Vallerand, Vauréal.
10 h 30-16 h. Gratuit. vaureal.fr
Aujourd’hui dans la capitale
1er
Exposition-jeu
de 3 à 103 ans
Le Musée en herbe présente
« Les Monsieur Madame
au musée ». Une exposition
espiègle et poétique, qui plonge
petits et grands dans l’univers
coloré et fantastique de ces
nombreux petits personnages
aux formes simples
et aux caractères bien trempés.
3e
Art
contemporain
et mouvement
Archives nationales. M° Rambuteau.
14 h-17 h 30. Tarif : 8 euros.
archives-nationales.culture.gouv.fr
6
7
L’artiste britannique, excentrique
et féministe Grayson Perry, père de
famille qui aime se déguiser en son
double féminin, est à l’honneur à la
Monnaie de Paris. L’établissement
accueille une rétrospective de ses
œuvres en céramique, en métal,
autour de ses tapisseries, qui
interrogent sur la question du genre,
en jouant sur le kitsch et l’humour.
L’exposition « À l’est, la guerre sans
fin, 1918-1923 » retrace la chute
des empires européens entre
1918 et 1923, faite de révolutions,
de guerres civiles, de modifications
des frontières et de création
de nouveaux États. Un cataclysme
dont les effets sont ressentis
encore aujourd’hui.
L’audace de
Grayson Perry
Monnaie de Paris. M° Pont-Neuf. 11 h-19 h.
Tarif : 12 euros. monnaiedeparis.fr
4e
Photographe de
stars du cinéma
L’œuvre du photographe américain
Milton Greene s’expose à La Galerie
de l’Instant. Venez découvrir
des portraits exceptionnels
de Marilyn Monroe bien sûr,
mais aussi d’Audrey Hepburn,
Marlene Dietrich, Sophia Loren
ou Romy Schneider.
L’exposition « Mobile/Immobile »
propose d’explorer nos modes
de vie à travers nos déplacements
et d’en interroger le devenir.
Vingt-huit artistes qui abordent
des thèmes tels que la mobilité
des réfugiés ou la vie des nomades.
Musée en herbe. M° Louvre-Rivoli. 10 h-19 h.
Tarif : 6 euros. museeenherbe.com
e
3e
La Galerie de l’Instant. M° Filles-duCalvaire. 14 h 30-18 h 30. Gratuit.
lagaleriedelinstant.com
e
Coup18e
de cœur
Projection du film
Le Grand Bleu
et rencontre avec
Jean-Marc Barr. e
10
Forum des Images.
16 h.
Tarif : 6 euros
e
9 forumdes
images.fr
17e
Guerre
sans fin
2e
8e
16e
1er
7e
Musée de l’Armée. M° Varenne.
10 h-17 h. Tarif : 12 euros.
musee-armee.fr
4e
6e
15e
3e
5e
14e
19e
11e 20e
12e
13e
Comment
décrocher
la Lune
Le Centre Pompidou renouvelle
son festival gratuit
Hors Pistes. Au programme,
des rendez-vous pour analyser
l’attraction qu’exerce la Lune
sur le cinéma, l’art contemporain
et la pensée.
Centre Pompidou. M° Rambuteau.
11 h-21 h. Gratuit. centrepompidou.fr
8e
Deux opérettes
sur les Champs
Les opérettes des « Bouffes
de Bru Zane » débarquent
à Marigny. Aujourd’hui, Les Deux
Aveugles d’Offenbach et
Le Compositeur toqué d’Hervé
ouvrent les festivités. Deux
spectacles qui conviennent
tout à fait à un public jeune.
Théâtre Marigny.
M° Champs-Élysées-Clemenceau.
11 h, 17 h. Tarif : à partir de 19 euros.
theatremarigny.fr
16e
Basquiat,
derniers jours
14e
L’exposition consacrée
à Jean-Michel Basquiat
à la Fondation Louis Vuitton,
l’un des peintres marquants
de la fin du XXe siècle,
se prolonge jusqu’à demain.
Bonnes affaires
Retrouvez le marché des Grands Voisins et venez chiner
de bonnes affaires ou découvrir des créations d’artisans.
Possibilité de se restaurer. Enfin, un bal africain
est également organisé à la Lingerie à partir de 14 h.
Les Grands Voisins. M° Raspail. 10 h-18 h. Gratuit.
lesgrandsvoisins.org
Fondation Louis Vuitton.
M° Les Sablons. 8 h-22 h.
Tarif : 16 euros.
fondationlouisvuitton.fr
18e
19e
20e
Face à l’urgence climatique,
La ruche qui dit oui ! organise
des conférences-actions
gratuites à La Recyclerie.
La première, « Moi aussi je veux
lancer une pétition »,
se déroule aujourd’hui.
Le festival Les Singuliers
revient au Centquatre. Venez
découvrir en famille la fable
animalière de Sébastien Barrier.
Un spectacle déjanté sur
les mécanismes de l’exclusion
et les méandres de la création.
Une poésie à la fois tendre
et joyeusement trash.
La Park Slope Rock School,
école indépendante de rock,
présente son Winter Festival.
Trois sets de 25 groupes
de jeunes rockers se succéderont
sur scène. Une manière
de découvrir la musique rock dans
une ambiance positive, interactive
et stimulante.
Conférence
sur le climat
La Recyclerie.
M° Porte-de-Clignancourt.
18 h 30. Gratuit.
sortiraparis.com
Fable
animalière
Centquatre. M° Riquet.
15 h. Tarif : 15 euros. 104.fr
Jeunes
rockers
La Bellevilloise. M° Gambetta.
13 h. Tarif : 6 euros. quefaire.paris.fr
MILTON H. GREENE, COURTESY GALERIE DE L’INSTANT, PARIS ; FB/LES GRANDS VOISINS
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