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Vogue Paris N°994 – Février 2019-compressed

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fevrier n°994
MODE, BEAUTE, NOUVELLE IDENTITE...
L’ECLAT UNISEXE
M 05590 - 994 - F: 4,90 E - RD
3’:HIKPPJ=UUY^U]:?a@t@t@e@a";
DIOR .COM - 01 40 73 73 73 PHOTOGR APHIES RE TOUCHÉES
PHOTOGRAPHIÉ PAR NICK KNIGHT
MOSCHINO.COM
14O
158
188
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194
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2O6
Mode
IRRÉSISTIBLE
Photographe Mikael Jansson, réalisation Emmanuelle Alt
TISCI, ACCENT BRITISH
Après avoir installé son style gothique chic chez Givenchy
pendant douze ans, Riccardo Tisci semble avoir pris un virage
à 360° en acceptant de devenir directeur artistique de l’icône
du style british : Burberry.
Photographe David Sims, réalisation Emmanuelle Alt, texte Nelly Kaprièlian
DOUBLE JEU
Photographe Alasdair McLellan, réalisation Aleksandra Woroniecka
AUTOPORTRAITS
Photographe Michael Bailey Gates, réalisation Tonne Goodman
Magazine
TOMBOY STYLE
Look androgyne cultivé, homosexualité affirmée, la mannequin
suédoise Erika Linder a pris la tête du créneau tomboy.
Dans la mode pour l’instant. Mais le cinéma lui fait déjà de l’œil.
Par Olivier Nicklaus, photographe Mikael Jansson
En couverture, ERIKA LINDER, photographiée
par MIKAEL JANSSON, porte une veste un bouton
en gabardine de laine, une chemise slim en popeline de
coton, un pantalon en laine mohair, et une cravate fine
en jacquard de soie, CELINE PAR HEDI SLIMANE.
Maquillage Guerlain avec le fond de teint L’Essentiel
Clair, l’Écrin Sourcils Universel, le mascara La Petite
Robe Noire Noir et, sur les lèvres, le Rouge G n° 65.
Coiffure James Pecis avec le Flash Form Finishing
Spray Wax Oribe. Mise en beauté Hannah Murray.
Manucure Ama Quashie. Production North6.
Réalisation Emmanuelle Alt assistée de Jade Günthardt
et Georgia Bedel.
FILLE OU GARÇON,
CE N’EST PLUS LA QUESTION
La mode est connue pour sa capacité à faire effet de loupe
sur certains spasmes de la société. Signe des temps : les défilés
et les campagnes de publicité brouillent la carte des identités
et abolissent les frontières entre masculin et féminin. Si cette
réalité «gender fluid» semble naturellement intégrée par la
génération Z, la neutralisation des genres qui sonnerait la fin
de la binarité sera-t-elle le phénomène du siècle ?
Par Géraldine Sarratia
LE VOYEUR CHIC
Olympus au poing, Bill Cunningham a sillonné pendant près
d’un demi-siècle les rues des capitales et les arènes des défilés
à l’affût des silhouettes les plus inspirantes. Ce père de la photo
«street look» a aussi bien flashé Greta Garbo, Jackie O et les
cygnes de Manhattan que des spécimens anonymes de Brooklyn,
Paris ou Tokyo. Anthropologue du monde de la mode malgré lui,
ce gentleman reporter fait l’objet d’un fascinant documentaire.
214
Par Suzy Menkes
L’ŒIL : VOGUE FASHION COCKTAIL
Le 9 novembre dernier, Vogue organisait un dîner à l’occasion de
la 3e édition du Vogue Fashion Festival, journées de conférences
consacrées aux nouveaux enjeux de l’univers de la mode et
du luxe, en partenariat avec Swarovski. Photographe Virgile Guinard
216
218
L’HOROSCOPE Par Shelley von Strunckel
L’ÉMOI DU MOIS
Photographe Bobby Doherty, réalisation Célia Azoulay
DISPONIBLE SUR DIOR.COM
CAPTURE YOUTH
LE NOUVEAU1 DUO « EFFET PEAU NEUVE »
Le nouveau1 sérum-en-huile revitalisant : une formule réparatrice qui renforce et protège la
barrière cutanée des peaux fragilisées, pour offrir un nouvel éclat de jeunesse.
La nouvelle1 crème effet peau neuve : une texture gel-crème unique1 qui lisse, affine le grain
de peau et uniformise le teint tout en stimulant le renouvellement cellulaire naturel.
Résultats visibles constatés par les femmes2 : Peau lumineuse 98% • Peau lissée 97% • Peau relipidée 97%
• Peaux fatiguées
• Peaux fragilisées
• Peaux malmenées
NOUVELLE FORMULE EXCLUSIVE4
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Chez Dior. 2 BUT, 60 femmes, après 1 mois. 3 Brevet FR1759753 déposé en France. 4 Test in vitro sur ingrédients, formule exclusive Dior.
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Mode
Bijoux
LE POINT DE VUE DE VOGUE
QUESTIONS DE STYLE : OSLO GRACE
FLASH-BACK
Vogue 1989, Linda Evangelista photographiée par Steven Meisel.
Par Philippe Azoury
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MOOD
Focus sur les tendances de la saison. Par Théodora Aspart
C’EST VOGUE
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BACK TO COOL
D’un côté, un duo de photographes ultra-bankable. De l’autre,
les jumeaux les plus déjantés de la mode. Leur collaboration :
une capsule dédiée à l’année 1994, chère à leurs quatre cœurs.
Son nom : Mert & Marcus 1994 × Dsquared2 collection.
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Par Théodora Aspart
DOUX PHÉNOMÈNE
Augustin Dol-Maillot, le créateur aux commandes de la maison
Barrie, a relevé le défi qui lui a été lancé : accompagner
la vénérable manufacture écossaise dans son virage mode.
Et ça commence avec une première collection printemps-été
où le cachemire est roi. Par Marie Eugène
118
MISS VOGUE : AU MASCULIN
En jean, veste et même avec chemise boyish et cravate,
les codes ont changé. Photographe Mark Kean, réalisation Géraldine Saglio
Magazine
RENDEZ-VOUS Par Olivier Lalanne,
avec Olivier Granoux, Jérôme Hanover, Charlotte Lipinska et Jade Simon
LA VIE DE PALACE
Hot spot de la nuit parisienne à la fin des années 70, le sulfureux
Palace de Fabrice Emaer est au centre du film Une jeunesse dorée,
en salle depuis le 16 janvier. Rencontre avec sa réalisatrice
Eva Ionesco, qui fut l’un de ses oiseaux de nuit. Par Marie Eugène
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DIAMANTS DÉLURÉS
Earcuffs, colliers, broches et chevalières, jouent avec l’allure
garçonne. Et sèment le trouble.
Photographe Chris Colls, réalisation Virginie Benarroch, sélection bijoux Émilie Zonino
EN BOUCLE
Photographe Chris Colls, réalisation Virginie Benarroch, sélection bijoux Marie Pasquier
Beauté
COSMÉTIQUES GENDER FREE
Du soin au maquillage : la révolution des genres serait-elle
en marche en beauté aussi ? Par Frédérique Verley et Mélanie Defouilloy,
photographe Chris Colls, réalisation Virginie Benarroch
CORPS VOLATILS
Des jus à sensation qui écartent toute idée de genre,
pour un souffle de liberté absolue.
Par Mélanie Nauche, photographe Chris Colls, réalisation Virginie Benarroch
CHECK-LIST Par Mélanie Defouilloy
Vogue (ISSN 0750-3628) is published 10 times a year (except in January and July) by Condé Nast France and distributed in the USA by UKP Worldwide, 1637 Stelton Road, Ste B2, Piscataway,
NJ 08854. Pending Periodicals postage paid at Piscataway, NJ. POSTMASTER : Send address changes to Vogue, Condé Nast France, C/o 1637 Stelton Road, Ste B2, Piscataway NJ 08854.
On poursuivra conformément aux lois la reproduction ou la contrefaçon des modèles, dessins et textes publiés dans la publicité et la rédaction de Vogue © 2019. Les Publications Condé Nast S.A.
Tous droits réservés. La Rédaction décline toute responsabilité pour tous les documents, quel qu’en soit le support, qui lui seraient spontanément confiés. Droits réservés ADAGP pour les œuvres
de ses membres. Ce numéro comporte un encart abonnements jeté dans les ventes kiosques France ; un échantillon Lancôme collé, diffusion Ile-de-France, kiosques et abonnés ;
un encart Dior beauté broché, diffusion France kiosques et abonnés. Et un supplément «Vogue & Artistes à la Une – Togeth’her», kiosques et abonnés Ile-de-France.
Haute Joaillerie, place Vendôme depuis 1906
Boutique en ligne www.vancleefarpels.com - +33 1 70 70 02 63
Collection Solitaires et Alliances
Bagues platine et diamants.
le point de vue de vogue
Helmut Newton, Vogue Paris 1979.
Helmut Newton est une légende,
en grande partie grâce à l’audace,
et souvent la provocation, qui
habitent ses photos. Si elles sont
aujourd’hui au musée, elles ont
secoué leur époque, pas prête à
regarder en face ce que l’artiste
osait leur montrer. Comme ici,
deux femmes, un jeu de rôles,
des identités froissées. L’une,
en longue jupe fendue ouverte
sur une jambe voilée de la soie
noire d’un bas, crinière à la Rita
Hayworth, bandeau carbone
sur chair immaculée. L’autre,
en smoking sur plastron blanc,
cheveux gominés et assurance
androgyne. Un coït de cigarettes
symbolise le désir qui anime ces
deux créatures, une classieuse
confusion des genres. Ce qui
frappe au-delà de la force et de
la beauté de cette photo, c’est sa
modernité. En effet, si elle a pu
choquer lors de sa publication
en 1979, elle est aujourd’hui
d’une grande inoffensivité. Il
n’est qu’à voir les podiums où
l’on ne sait plus distinguer les
filles des garçons. Observer
l’aisance gracieuse avec laquelle
des mannequins vivent, assument
et revendiquent un genre
indéfini. Je pense notamment
à Erika Linder, la couverture
de ce Vogue, ou encore à Oslo
Grace, également à l’affiche
de ce numéro. Sans parler des
nouveaux phénomènes de la
culture pop, Chris (ex-and the
Queens), Eddy de Pretto,
Jaden Smith, Ezra Miller &
co, étendards éclatants d’une
nouvelle identité qui refusent
d’affirmer leur appartenance
à de vieilles entités, décidés à
rendre visible aux yeux des autres
leur vérité, aussi trouble soit-elle,
et leur singularité. Plus qu’un
phénomène de mode, la vague
unisexe est donc un phénomène
de société. Et Helmut Newton
à travers cette image prouve
que les plus grands artistes
sont des visionnaires.
février 2019
© the helmut newton estate/maconochie photography
62
50, avenue MONTAIGNE, Paris 8e
253, rue SAINT-HONORÉ, Paris Ier
© 2019 Chloé, all rights reserved.
Chloe.com
Rédactrice en chef EMMANUELLE ALT
Rédacteur en chef adjoint OLIVIER LALANNE
Direction artistique OHLMAN CONSORTI (6957)
Rédactrice en chef mode ALEKSANDRA WORONIECKA (6130)
Rédactrice en chef beauté FRÉDÉRIQUE VERLEY (6046)
Rédactrice en chef joaillerie & horlogerie MARIE PASQUIER (6097)
Mode
Fashion & market editor JENNIFER NEYT (6883)
Rédactrices at large CÉLIA AZOULAY, ANASTASIA BARBIERI (6925), CLAIRE DHELENS (6164), VÉRONIQUE DIDRY, GÉRALDINE SAGLIO
Assistante de la rédactrice en chef GEORGIA BEDEL (6122) • Assistante mode JADE GÜNTHARDT (6156) • Coordination mode SAMIA BRAHMI (6045)
Responsable de production CHARLOTTE SÉLIGNAN (6056) assistée d’AMÉLIE SAMMUT (6054) • Bureau de New York mode et production MICHAEL GLEESON
Joaillerie, horlogerie
Market editor ÉMILIE ZONINO (6107)
Beauté
Rédactrice et market editor MÉLANIE DEFOUILLOY (6017)
Rédactrice MÉLANIE NAUCHE (6111) • Rédactrice New York CAROLE SABAS
Magazine
Chef des informations mode et style THÉODORA ASPART (6044)
Coordination TASSADITE LARBI (6031)
Département Artistique
Graphistes MARTIN HUGER (6026), VICTOR FONSECA (6025)
Secrétariat de rédaction
Secrétaire générale de la rédaction SOPHIE HAZARD (6931) • Secrétaire de rédaction ISABELLE GLASBERG (6029)
Photo
Responsable photo PAULINE AUZOU (6058)
Gestionnaire de la rédaction KEREN ZENATI (6124)
Vogue.fr
Responsable éditoriale JENNIFER NEYT (6883) • Rédactrice en chef beauté FRÉDÉRIQUE VERLEY (6046)
Coordinatrice éditoriale et rédactrice mariage MARIE PÉRIER (6892) • Rédactrice beauté MARIE BLADT (6994)
Rédactrice mode EUGÉNIE TROCHU (6945), avec HÉLOÏSE SALESSY (6908) • Rédactrice lifestyle JADE SIMON (6034)
Rédactrice culture MANON GARRIGUES (6019) • Social Editor JOSH ARNOLD (6041) • Rédacteur news ALEXANDRE MARAIN (6853)
Rédactrice Vogue Lovers EMELINE BLANC (6126) • Graphiste ROMAIN WYGAS • Chef d’édition version anglaise HANNAH IKIN (6039)
Éditeur & Chief Business Officer
DELPHINE ROYANT (6074)
PUBLICITÉ & SOLUTIONS DE COMMUNICATION
Directrice commerciale MURIELLE MUCHA (6076)
Équipe commerciale CÉCILE BOUTILLIER (6047), CÉLINE DELACQUIS (6078), AURETTE KINNOO (6984), SOPHIE MAAREK (6071)
Belgique, Europe du Sud, Amérique latine LAURENT BOUAZIZ (+33 1 44 62 70 38)• États-Unis MICHAEL GLEESON (+1 212 630 4937)
Italie PAOLA ZUFFI (+39 02 2506 0604) • Grande-Bretagne, Europe du Nord AGNES WANAT (+44 208 749 6176)
Administration des ventes KARINE GAU (6069) • Opérations spéciales DENIS ALLAIS (6873), MARINE GUIGON (6077)
Communication, événements et partenariats STÉPHANIE LEFEBVRE (6159)
Marketing & Audiences
Directrice MARIE VAN DE VOORDE (6161)
Production & Distribution
Directeur FRANCIS DUFOUR (6093)
Chef de fabrication CÉCILE REVENU (6094) • Assistante de fabrication ANNA GRAINDORGE (6008)
Export ANNE CLAISSE (6887) • Ventes FABIEN MIONT (6068)
Pôle Images
Directrice CAROLINE BERTON (6145) • Gestionnaire du patrimoine & documentaliste LAURE FOURNIS
Direction
Directeur de la publication YVES BOUGON
Directrice générale adjointe VIOLAINE DEGAS (6190) • Directrice de la communication et attachée de direction ISABELLE DELAUNAY (6006)
Directrice des ressources humaines et responsable juridique JOËLLE CUVYER (6003) • Directrice financière ISABELLE LÉGER (6127)
Directeur des services d’information JULIEN LEROY (6919)
Conseil d’administration
Président-directeur général et administrateur YVES BOUGON
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Condé Nast International LTD Chairman JONATHAN NEWHOUSE
3 avenue Hoche, 75008 Paris. Tél 01 53 43 60 00. www.vogue.fr
Vogue est une publication mensuelle, avec 10 numéros par an. Abonnements en France 01 55 56 71 37. De l’étranger + 33 1 55 56 71 37
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N° 994 — février 2019
yslbeauty.com
LA NOUVELLE EAU DE PARFUM INTENSE
OAPLF – SNC – 14 rue Royale Paris 8ème – 314 428 186 RCS Paris.
CONDÉ NAST INTERNATIONAL
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WOLFGANG BLAU, President
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AD Mexique, GQ Mexique et Amérique latine,
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RUSSIE : Vogue, GQ, AD, Glamour, GQ Style, Tatler, Glamour Style Book
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BULGARIE : Glamour
CHINE : Vogue, AD, Condé Nast Traveler, GQ, GQ Style, Condé Nast Center of Fashion & Design, Vogue Me, Vogue Film
CORÉE : Vogue, GQ, Allure, W
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HONGRIE : Glamour
ISLANDE : Glamour
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PAYS-BAS : Glamour, Vogue, Vogue The Book, Vogue Man, Vogue Living
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PORTUGAL : Vogue, GQ, Vogue Café Porto
RÉPUBLIQUE TCHÈQUE et SLOVAQUIE : La Cucina Italiana, Vogue
ROUMANIE : Glamour
RUSSIE : Vogue Café Moscow et Tatler Club Moscow
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TURQUIE : Vogue, GQ
UKRAINE : Vogue, Vogue Café Kiev
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ANNA WINTOUR, Artistic Director
Vogue, Vanity Fair, Glamour, Brides, Self, GQ, GQ Style, The New Yorker, Condé Nast Traveler, Allure, AD, Bon Appetit,
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YVES BOUGON
Directeur de la publication
Imprimé en France par AGIR GRAPHIC, BP 52 207, 53022 LAVAL, Cedex 9. www.agir-graphic.fr Dépôt légal février 2019, n° 327404.
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Qualité, et les normes ISO 14001 et EMAS, Systèmes de Management Environnemental. Provenance du papier :
intérieur Finlande, Ptot 0,011 kg/tonne, couverture France, Ptot 0,01 kg/tonne. Taux de fibre recyclé 0.
france 3 avenue Hoche, 75008 Paris. Tél 01 53 43 60 00. www.vogue.fr
questions de style
Quelle est la pièce la plus extravagante de ton dressing ?
Après avoir travaillé pour Gucci, le client le plus important
de ma jeune carrière, je me suis acheté une paire de chaussures
Gucci, justement. Des claquettes blanches agrémentées d’une
boucle dorée. Histoire d’honorer cette complicité.
Quel est ton objet, vêtement ou accessoire fétiche ?
Ma mère m’a récemment donné la montre que mon père lui avait
offerte le jour de leur mariage. J’ai la sensation de porter leur
histoire à mon poignet. Une histoire tellement riche, passionnée,
dévastatrice…
Quelle est ta définition de l’élégance ?
Être soi et se comporter de telle sorte qu’on ne t’ignore pas.
Exhaler un magnétisme subtil qui attire l’attention de la manière
la moins prétentieuse qui soit.
Ce que tu ne pourrais jamais porter ?
Un long cargo short.
L’incarnation du style à tes yeux ?
Le style dépasse la question du simple vêtement. Il relève
de l’éclat de tes actes, et bien sûr des fringues que tu choisis.
J’avais récemment une réunion de travail dans le lobby d’un hôtel
et j’ai vu Jason Momoa, visiblement lui aussi dans un meeting
important à quelques mètres de moi. Tout le monde était sur
son trente-et-un pour l’occasion et lui était pieds nus.
Quel est le comble du mauvais goût ?
Quiconque porte sur la tête une casquette tatouée du slogan
«Make America Great Again».
Oslo Grace
Repéré sur les podiums de Gucci
et Moschino, à l’affiche de ce numéro
sous l’objectif d’Alasdair McLellan,
Oslo Grace est un spécimen rare.
Écorce androgyne, caractère affirmé,
ce jeune Californien basé à New York
est l’incarnation du genre neutre,
individualité corsée hostile à se définir
homme ou femme. Il défile d’ailleurs
avec une aisance spontanée tant
lors des collections masculines que
féminines, et rêverait même de
chalouper en haute couture. Très actif,
notamment sur son compte Instagram,
le jeune mannequin vise à normaliser
le sentiment de différence et encourage
la confiance en soi.
Le comble du luxe ?
Au hasard, pas très original, je dirais les hôtels Aman.
Quel est ton fournisseur officiel ?
Val Kristopher est ma tocade du moment.
Pour quel vêtement ou accessoire craques-tu systématiquement ?
Boots, boots, boots.
Quel vêtement souhaiterais-tu éradiquer ?
J’éradiquerais volontiers le style souvent incohérent des bêtes
de mode. Même si j’ai pu l’être un petit peu moi aussi. Elles se
concentrent sur une pièce, une marque, un logo et ont tendance
à oublier l’harmonie de l’allure dans son ensemble. Ça peut
provoquer une grande cacophonie.
Quel parfum trouves-tu enivrant ?
Si je te répondais, je dévoilerais les parfums de mes amours
passées…
Quel bijou ne te quitte jamais ?
Ma bague de classe, que j’ai depuis le lycée. Elle n’a pas
une valeur marchande incroyable mais elle symbolise pour moi
un «great deal».
Avec quelles personnalités de la mode aimerais-tu dîner ?
Vivantes ? Edward Enninful ou Adwoa Aboah. J’ai entendu
qu’Adwoa et moi avons visiblement beaucoup de choses
en commun.
À qui aimerais-tu emprunter son pull ?
Je ne porte pas vraiment de pull mais disons que j’irais faire
un petit shopping dans le dressing de mon père.
Finis cette phrase de Coco Chanel : «Pour être irremplaçable,
il faut être…»
Pour être irremplaçable, il faut être authentiquement soi
sans s’excuser d’être authentiquement soi.
février 2019
in digital images ; brian jamie ; instagram
72
G R ÂC E E T CA R AC T È R E
Collection Joséphine
flash-back
Vogue, juin 1989.
Linda Evangelista
photographiée par
Steven Meisel.
Par Philippe Azoury.
crédits photo
74
«gender fluid» est davantage qu’une
révolution de mœurs : une déconstruction, il n’est pas trop tôt,
des séparations trop nettes pour être honnêtes, entre le féminin
et le masculin. Les genres sont mixés, joués, performés, dépassés.
Qu’il paraît loin le temps où ces mêmes genres se regardaient
en chiens de faïence. Personne ici pour le regretter.
Le renversement actuel de ces codes n’empêche pas de
trouver des représentations partout où déjà on sema le doute.
Dans les pages d’un numéro de Vogue de 1989, par exemple, dans
cette image du grand Steven Meisel. On y voit sa muse Linda
Evangelista, poitrine de rêve couverte d’un simple soutien-gorge
en gros-grain imprimé léopard frangé (signé Rifat Ozbek).
Linda semble souffrir d’une méchante molaire, à moins que
la dent ne soit ailleurs. La série s’appelant «Le Diable au corps»,
c’est sur ce corps sculptural que l’on s’attarde. Il porte en lui une
tension nerveuse proche des Apollon que photographiait Robert
Mapplethorpe : muscles saillants, ombres dures, puissance
olympique. La lumière vient brutalement frapper un cou tendu
à l’extrême, un cou de soldat durant l’assaut. La coupe de cheveux,
quasi à ras, est celle d’un boy-scout, d’un Bob Morane revenu
de mission ou d’un GI qui s’ennuie. Ou d’une Grace Jones depuis
longtemps en repérage dans les zones indécidables de l’androgynie.
Cette photo, à la façon d’un collage ambigu, pourrait
avoir été prise, ou plutôt rêvée, par Jean Cocteau. La main qui
soutient la mâchoire, si on la recadrait à peine, pourrait provenir
d’une main de femme qui, durant l’amour, arracherait un râle
à un garçon. Mais c’est une fille, ce n’est pas un garçon, et ça
commence à devenir une image nettement plus intéressante,
nettement plus trouble. Et si c’est un râle, que fait alors cet avantbras gauche, que l’on ne voit pas, qui sort du champ, et dont on
peut croire qu’il est sorti du cadre à la recherche du plaisir, à la
façon violente que l’on croit – qu’est-ce qu’on peut être naïf – être
l’apanage des hommes. Le diable au corps, oui. Mais quel corps,
au juste ? Tous, convoqués et embrassés au même instant.
février 2019
mood
1
Balenciaga
getty images ; presse
Saint Laurent
3
4
5
L’obsession :
6
les jolis cœurs
Parce que la période la SaintValentin est toujours un
épisode de mode palpitant.
Par Théodora Aspart.
1. Boucles d’oreilles «Happy Hearts», Chopard, 1 760 €. 2. Pendentif
«Macri Classica», Buccellati, 3 800 €. 3. Collier cœur oversized,
laiton doré et résine, Saint Laurent, 695 €. 4. Boucles d’oreilles cœurs,
Balenciaga, 895 €. 5. Cœur «My ABCDior» en métal doré vieilli,
Dior. 6. Minaudière en Plexi pailleté, Escada.
février 2019
2
79
mood
Le symbole :
Une veste masculine enchaînée par des maillons
ornementés : morceau choisi du dernier défilé
Alexander McQueen signé Sarah Burton, qui
a voulu exprimer une féminité «forte et émotive».
in digital images ; florent tanet ; presse
80
Le must-have
:
Diorodeo
L’esprit Far West passé au prisme du chic
parisien, dans un sac hobo en veau
ultra-souple dont la désirabilité se passe
de commentaire.
Monomaniaque : From Future
Le pull en cachemire est un genre en soi, auquel cette nouvelle marque
entend redonner du souffle à travers une multitude de coupes modernes
et cool. Tout y est, du slim à l’oversized, du cropped sweater au pull de ski
actualisé, dans une variété de couleurs tout bonnement hallucinante. Sachant
que chaque fibre, sélectionnée avec soin pour sa finesse et sa longueur,
provient des meilleurs élevages de Mongolie-Intérieure. fromfuture.com
février 2018
Paris
Cannes
Monaco
London
Milan
Düsseldorf
Frankfurt
Hamburg
Munich
Vienna
www.akris.com
mood
Le look : Alexander
Wang
Étrangement, Alexander Wang n’avait encore
jamais réellement exploité son héritage asiatique
dans ses collections. C’est chose faite avec celle
du printemps-été 2019, jalon de renouveau pour
la marque (il l’a intitulée «Collection 1»), pour
laquelle il a convoqué ses parents et le souvenir de
leur arrivée aux États-Unis. Cette silhouette résume
parfaitement l’affaire, entre ornements chinois
et esprit biker 100 % américain.
getty images ; presse
82
Joyaux : Celine
par Hedi Slimane
Sous l’égide de son nouveau directeur artistique, la maison dévoile
sa première collection de joaillerie. De vrais bijoux de peau,
trésors de raffinement et de discrétion, à l’image de ces boucles
d’oreilles «Étoile Celine», en or et diamants blancs.
Aux pieds : les baskets Comme des Garçons
Des sneakers
joyeusement ligotées
à l’aide d’une chaîne
au nom de la marque.
Un clin d’œil
edgy au culte du logo
ambiant ?
février 2019
david sims
SUIVEZ
VOGUE
PARIS
SUR
SNAPCHAT
DISCOVER
mood
Le prénom :
Sidonie
Toutterrain :
les
boots
Loewe
Bonnes
œuvres :
Olafur Eliasson + Rimowa
Déjà connu pour ses installations
questionnant notre rapport à
la science et à l’environnement,
l’artiste islando-danois Olafur
Eliasson a récemment créé la Little
Sun Foundation avec l’ambition de
mettre l’énergie solaire à portée des
communautés les plus vulnérables
du monde. Il vient d’élaborer, en
collaboration avec Rimowa, une
collection de 46 stickers inspirés
par la nature (et ultra-représentatifs
de son langage artistique), dont
les bénéfices serviront directement
à soutenir la cause. rimowa.com
Les chaussures
phares du show
printempsété 2019,
baroudeuses et
laid back pour
ce qui est
de l’allure,
sophistiquées et
hyperluxueuses
pour ce qui est
de la facture.
février 2019
crédits photo
Parce que c’est ainsi qu’est baptisée la nouvelle ligne
de sacs Prada, reconnaissable à ses courbes douces,
son gand rabat et son fermoir linéaire en métal.
Ici, en veau velours camel, mais il existe pléthore
de variations, du daim jaune au cuir bleu électrique.
in digital images ; presse
84
Paris. 15, rue de la Paix - 66, av. des Champs Elysées
Information points de vente : 01 80 18 15 90 - Liste complète des points de vente sur www.mauboussin.fr/boutiques
mood
Chez Dior, la décoration et l’art de vivre ne sont pas
exactement une nouveauté. En 1947, Christian Dior
y consacre déjà un espace dans sa toute première
boutique, avenue Montaigne. Plusieurs décennies
plus tard (en 2016 précisément, lors de l’ouverture de
la House of Dior de Londres), la nouvelle ligne Dior
Maison est lancée en grande pompe. Tout comme le
prêt-à-porter croisière 2019 de Maria Grazia Chiuri,
la collection de cette saison fait la part belle à la toile
de Jouy (imprimé omniprésent dans l’histoire de la
maison, et qui tapissait les murs de la boutique de
1947). On y trouve coussins, vide-poches, carnets de
notes, bougies, médaillons en céramique à parfumer
et autres serviettes de table peintes à la main d’un
raffinement à tomber. Mais il y a aussi plus surprenant,
comme des pailles en verre soufflé à la bouche et
dorées artisanalement en Italie, rien de moins.
Le snobisme : Dior Maison
presse
86
redemption.com
RICARD SAS au capital de 54.000.000 euros | 4-6 rue Berthelot, 13014 Marseille | 303 656 375 RCS Marseille
L’ART DE RÉVÉLER LA NATURE*
*A chaque vendange, notre chef de caves sélectionne le meilleur de ce qu’offre la nature pour élaborer les cuvées de la maison.
L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ, À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
cce’eesstst vogue
vog
vo
ogu
gue
ue
Basket «LV Archlight»
en cuir et matière technique,
Louis Vuitton, 850 €.
Sneakers
sculpturales
Basket «Triple S» en cuir,
nubuck et mesh, Balenciaga,
725 €.
presse
Basket «Ffreedom»
en cuir et tissu monogramme,
Fendi, 650 €.
89
90
c’esestst vo
vvogue
ogu
og
gue
ue
Les souliers extraordinaires
Sandale en denim,
Miu Miu, 750 €.
Sandale «Paige» en cuir
et veau velours à patchwork
d’étoiles multicolores,
Saint Laurent par
Anthony Vaccarello,
995 €.
Sandale en cuir doré brodé
de strass multicolore, Dolce
& Gabbana, 2 250 €.
Sandale en cuir effet stratifi é,
Elisabetta Franchi, 547 €.
presse
Sandale en cuir argenté,
Francesco Russo, 890 €.
Sandale
«Double Betty»
en cuir
métallisé,
Giuseppe
Zanotti, 650 €.
février 2019
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c’esestst vo
vvogue
ogu
og
gue
ue
presse
Sneaker mi-haute en cuir
argenté, Saint Laurent
par Anthony Vaccarello,
695 €.
Basket «Screener»
en cuir et chaîne en
cristaux, Gucci,
1 200 €.
Tennis en cuir
argenté, fi nitions en
cuir velours et cuir
lisse, semelle en liège,
Golden Goose
Deluxe Brand,
390 €.
Esprit dirty
février 2019
90, Rue du Faubourg Saint Honoré - Paris
17, Rue des États Unis – Cannes
fabianafilippi.com
94
mode
Back
to cool
D’un côté, un duo de photographes
ultra-bankable. De l’autre, les jumeaux
les plus déjantés de la mode. Leur
collaboration : une capsule dédiée à
l’année 1994, chère à leurs quatre cœurs.
Son nom : Mert & Marcus 1994 ×
Dsquared2 collection. Par Théodora Aspart.
février 2019
mert & marcus
ous souvenez-vous de ce que vous
faisiez en 1994 (si vous n’êtes pas un
fringant millennial) ? Dean et Dan
Caten, oui. Mert Alas et Marcus Piggott, aussi.
Il faut dire que pour eux, l’année a compté. Les
premiers ont présenté la première collection de
leur marque Dsquared2 à Paris. Les seconds se
sont bien trouvés (autour de cigarettes et d’un
briquet, d’après ce que l’on sait) et ont entamé la
collaboration qui les a propulsés au sommet.
Deux plus deux font quatre esprits créatifs
qui se rencontrent plusieurs années plus tard,
sur le set de la campagne automne-hiver 2005
de Dsquared2. Tout le monde se comprend,
tout le monde sympathise. Et dîne ensemble, à
l’occasion. «L’idée d’une collection commune
construite autour des images de Mert & Marcus
a été lancée un soir, autour de la table, nous
écrivent les frères Caten. Très vite, nous avons
repensé à 1994, qui avait été une année tellement
marquante pour nous quatre. La collection
est faite de nos souvenirs de cette époque-là.»
Époque dont le quatuor se souvient comme d’une
ère d’irrévérence et de liberté. Une période, on
cite, où «la musique, l’art et la mode semblaient se
délivrer des conventions». Révolutionnaire, avec
le recul. L’apogée de l’hédonisme et du droit à se
différencier, à les en croire.
a collection, qui brouille toutes sortes
de frontières (celles qui séparent l’art de la mode, le féminin
du masculin, le sporty du sexy, le sophistiqué du grunge…)
a quelque chose de la culture underground berlinoise de ces
années-là. Garçons et filles sont invités à mélanger tous azimuts
des blazers ceinturés, des joggings extra-larges, des chemises et
des débardeurs transparents, des hoodies avec ou sans manches,
des minishorts, des costumes blancs oversized, des combinaisons
de pompiste, des pantalons argentés à la limite de la couverture
de survie… On oscille entre des tissus translucides extra-légers
et des matières caoutchoutées, voire stratifiées, façon affiche
prête à coller. Le tout est parsemé d’images piochées dans les
archives de Mert & Marcus (voilà pourquoi on peut apercevoir
le visage de Kate Moss ici et là), dans un esprit post-punk un peu
perdu au tournant du siècle. Dean, Dan, Mert et Marcus ont une
expression pour résumer le tout : «Quelques fringues cool pour
des gamins cool.»
Mert & Marcus 1994 x Dsquared2 Collection, disponible le 19 février
(Dsquared2, 249, rue Saint-Honoré, 75001 Paris).
96
mode
Doux
phénomène
presse
Augustin Dol-Maillot,
le créateur aux commandes
de la maison Barrie,
ne s’impose pas de limites tant
que l’histoire racontée a
un sens. Et il fallait bien une
personnalité de sa trempe
pour relever le défi qui
lui a été lancé : accompagner
la vénérable manufacture
écossaise dans son virage
mode. Et ça commence
avec une première collection
printemps-été
où le cachemire est roi.
Par Marie Eugène. Portrait Karl Lagerfeld.
D
u cachemire en été. Voilà une révolution dont
le trentenaire Augustin Dol-Maillot est à
l’origine, lui qui jure de faire vivre à Barrie,
150 ans au compteur, une double vie de
châtelaine et de party girl tendance gangsta.
Car de cette incongruité, l’ancien graphiste qui voit du sens
dans les marges, les chiffres et les Pantone a fait un jeu en
forme d’évidence. Le cachemire est la fibre qui capte le mieux
la couleur ? Soit : le rouge, le jaune, le bleu – en rayures,
pixels ou all-over – sont aussi illuminés qu’un été brûlant.
Autre ruse pour changer de camp et passer côté chaleur :
l’allégement visuel, en trichant sur les volumes et les textures.
C’est ainsi que se déclinent, en un vestiaire qui fait le tour du
cadran, robes près du corps, résilles sèches, mix cachemire-soie,
shorts, cardigans flash comme les cases des comics, pyjamas
de rue, jeans, débardeurs et bodys au gaufrage lilliputien.
Parmi les pièces destinées à devenir cultes, il y a cette veste
imitant le denim, sublime trompe-l’œil qui a la particularité
d’avoir été patronnée. Une rareté, dans le domaine de la maille…
Le jeune protégé de Karl Lagerfeld dit d’ailleurs de la maille
qu’elle est «l’imprimante 3D de l’industrie de la mode».
La technique le fascine. Même si cet enfant des années 90,
passé un temps par le sportswear chez Chanel, sensible à
l’avant-garde comme à la pop culture, garde un œil sur
la tradition. Car, pour la manufacture, c’est loin de Paris, dans
la micro-bourgade écossaise de Hawick – prononcer «Oïk» –,
que tout a commencé en 1903. Puis, il y a eu la première
collaboration avec Chanel à l’aube des sixties (le cardigan
bicolore, c’est Gabrielle + Barrie), et l’heureuse alliance a duré.
Une école a même récemment ouvert ses portes au sein de
la manufacture, qui attire de plus en plus de kids à cheveux roses
et piercings. Le savoir-faire, ça se transmet. Et le roman
février 2019
crédits photo
Looks de la collection printemps-été 2019.
à gauche, le créateur Augustin Dol-Maillot.
Aller chercher un répertoire où le cachemire ne s’aventurait pas
avait tout d’une gageure. Et c’est miraculeux.
Ce garçon semble réenchanter l’histoire partout où il passe...
contemporain de Barrie s’écrit sur des métiers à tisser de légende
upgradés par des programmations sophistiquées. Son nouvel
auteur en vêtements de travail indigo et bonnet Miki n’a pas
fini de faire twerker l’aïeule.
Aller chercher un répertoire où le cachemire ne s’aventurait pas
avait tout d’une gageure. Et c’est miraculeux. Ce garçon semble
réenchanter l’histoire partout où il passe… Ce qu’il ne s’est
pas gêné de faire à 20 ans avec sa marque Geometrik, détonante
fusion DIY des pièces les plus chics du dressing parental et
de basiques du streetwear. Puis à 25, en acceptant la mission
proposée par Jean-Christophe Maillot, son chorégraphe de père :
habiller la troupe du Bolchoï pour une Mégère apprivoisée d’un
genre nouveau. Sa jeunesse, face à l’institution de légende, lui fait
considérer cette période comme une marche dans son parcours.
«Une marche très haute» qu’il a su prendre avec humilité et qui
l’a conduit jusqu’à Barrie. L’air de rien.
«Le savoir-faire, il faut aller le chercher. La mode, elle nous
tombe dessus.» Une punchline comme un mantra, à conjuguer
au logo de la maison – époque fifties –, qu’Augustin a entrepris
de décliner en XXL sur des pulls d’inspiration college. Le chardon
n’est pas en reste, cette «mauvaise herbe» emblématique
de l’Écosse qu’on retrouve en relief sur les manches des pulls
ou mixée à des fleurs de tiaré. À porter avec un bob, french touch
et seul accessoire de cette union franco-écossaise de génie.
Dans le futur, Augustin Dol-Maillot fait le vœu d’un vestiaire
de plus en plus unisexe. Caméléon en genre et en classe. À la fois
urbain, à l’image du rappeur/graphiste/acteur/producteur Tyler
The Creator qu’il adore, mais aussi fille de bonne famille venue
s’encanailler à Londres. Le tartan pourrait être de la partie.
Quant à la fibre, il l’imagine brute. Des idées, de l’audace
et des rêves… dans les règles de l’art. En attendant la prochaine
saison, guettons la lumière. Summer is coming.
98
bijoux
Diamants délurés
Photographe Chris Colls. Réalisation Virginie Benarroch. Sélection Émilie Zonino.
Boucle d’oreille Élégance en or blanc et perle baroque des mers du Sud
et diamants, Ritz Paris par Tasaki. Collier Olympia en or blanc et diamants,
Van Cleef & Arpels. Body Acne Studios.
février 2019
bijoux
Broches Lion Mosaïque, Plume 1932
et Timeless, en or blanc et diamants,
Chanel Joaillerie. Créole et boucles
d’oreilles portées en broches en or blanc
et diamants, David Yurman.
Veste Maison Margiela.
février 2019
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bijoux
crédits photo
100
Chevalière Pain de sucre en or blanc
et diamants, Fred. Montre Royal Oak
automatique en acier, Audemars Piguet.
Puce d’oreille Fatal Attraction en or blanc
et diamants, Akillis. Pull From Future.
février 2019
bijoux
Earcuff Luminant en or blanc et diamants,
Repossi. Collier Diamond Spears en or
blanc et diamants (81 cts), Messika Paris.
Sweat-shirt Ami.
février 2019
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bijoux
Boucle d’oreille en or blanc serti
de diamants (26 cts), Chopard.
Veste, chemise et cravate,
Saint Laurent par Anthony Vaccarello.
février 2019
beauté
bijoux
Boucles d’oreilles Tango et Iconica,
et chaîne Capri en or rose et diamants,
Pomellato. Chevalière Square en or
blanc et diamants, Djula. T-shirt
Jeanerica. Maquillage Lancôme avec
le nouveau fond de teint Idole Ultra Wear
Nude 008 Beige Opale (sortie en mars),
l’Ombre Hypnôse Mono Cuban Light,
le Brôw Define Pencil Blonde et,
sur les lèvres, l’Absolu Rouge La Base
Rôsy. Coiffure Diego Da Silva.
Mise en beauté Stéphane Marais.
Assistante réalisation Livia Rossi.
février 2019
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104
bijoux
En or gris et grenat, A Fine Jewel.
«Muse» en or rose, diamants et perles, Ofée.
«Gipsy» en or rose et diamants, De Grisogono.
«Lebe» en or rose, diamants blancs et jaunes, Repossi.
En or rose et diamants, Messika.
«Pera Vena» en or rose et diamants, Kim Mee Hye.
En or jaune et perles, Sophie Bille Brahe chez White Bird.
«Coachella» en or rose et grenat, Vanrycke chez White Bird. En or jaune et diamants, Ole Lynggaard.
En boucle
Photographe Chris Colls. Réalisation Virginie Benarroch. Sélection Marie Pasquier.
février 2019
Par Olivier Lalanne, avec Olivier Granoux,
Jérôme Hanover, Charlotte Lipinska et Jade Simon.
rendez−vous
Signora
Sozzani
Le tribute :
franca sozzani & francesco carrozzini
crédits photo
Comme pour un monarque ou un peintre de la
Renaissance, il suffit de l’appeler par son prénom :
Franca. Et pas de confusion possible. C’est dire sa
notoriété. C’est aussi parler d’intimité, la tutoyer
sur papier glacé. Franca Sozzani n’a pas seulement
régné sur le Vogue Italia pendant trente ans,
elle a surtout créé une vision contemporaine de
l’image de mode, audacieuse, narrative, engagée,
bouleversant les paradigmes de la photographie,
reléguant la lisibilité commerciale loin derrière
le geste artistique. «La limite du Vogue Italia, c’est
la langue qui n’est parlée qu’en Italie. J’ai donc dû
m’appuyer sur les images», affirmait-elle, élevant
le magazine au rang de référence internationale.
Ce livre qui lui est dédié a la beauté touchante
d’un recueil d’hommages où les plus proches
viennent écrire combien ils l’ont aimée, combien
elle a compté pour eux. Son fils, Francesco
Carrozzini, à l’initiative du projet, et Suzy
Menkes, qui commence par rappeler à quel point
elle ressemblait à Vénus lorsque Botticelli mettait
en scène sa naissance. Les photographes qu’elle
a fait travailler racontent unanimement la liberté
de créer, la fidélité : Bruce Weber, Steven Meisel,
Peter Lindbergh, Paolo Roversi, Steven Klein,
Javier Vallhonrat, Tim Walker et tant d’autres.
Au milieu des photos emblématiques du magazine
et des images témoins de sa vie et son travail,
Linda se souvient d’une «meneuse élevant le jeu
au rang d’art» ; Carla rappelle «l’intelligence et
le charme diaboliques derrière le visage d’ange» ;
Donatella assure qu’«il n’y avait rien de banal
ou d’attendu dans sa vie» ; Miuccia loue «sa force
créative et son avance sur son temps». (JH)
Franca : Chaos and Creation, par Francesco Carrozzini,
introduction Suzy Menkes, éditions Assouline.
février 2019
107
rendez−vous
L’endroit :
Ran
Dans un hôtel particulier ayant appartenu au marquis de La Fayette,
ce tout nouveau restaurant du 8e arrondissement conjugue gastronomie
japonaise et ambiance festive grisante dont les beaux lieux parisiens
ont le secret. Nommé Ran, clin d’œil à l’épopée poignante d’Akira
Kurosawa, on s’y attable dans un décor néoclassique imaginé par
Tristan Auer (les Bains-Douches, le Crillon…), entre moulures
d’époque et néons pulsés comme à Tokyo. Avant de déguster une
carte nippone de bon goût, mitonnée par le chef Shuhei Yamashita
(ex Kinugawa Vendôme). Cerise sur le gâteau ? Marc Zaffuto et
Emmanuel d’Orazio, duo de choc qui règne en maître sur les nuits
parisiennes, sont aussi de la partie. Quand on connaît la dimension
hypnotique de leurs tableaux érotico-chics au Manko, on ne peut que
se réjouir. (JS) Ran, 8 rue d’Anjou, 75008 Paris.
L’événement :
Togeth’her—
Artistes à la Une
Pour la deuxième édition de
«Togeth’her – Artistes à la Une»,
son concepteur, David-Hervé
Boutin, s’associe à Vogue Paris
pour soutenir la cause des femmes.
Trente artistes internationaux,
de tous âges et de tous horizons, ont
imaginé la figure féminine qu’ils
souhaitaient voir en couverture du
magazine. Femmes artistes pour
certains, femmes politiques pour
d’autres, femme symbole ou femme
intime, c’est autant de muses qu’il
est d’expressions artistiques pour
un unique message : l’égalité entre
les sexes. Parrainée par Sisley et en
partenariat avec Vente-Privee et
UBS, l’opération mettra en scène les
œuvres à la Monnaie de Paris avant
une vente caritative orchestrée
par Christie’s le 19 février au profit
d’initiatives internationales
d’Onu Femmes. (JH)
«Togeth’her - Artistes à la Une»,
du 19 au 23 février, à la Monnaie de Paris.
www.monnaiedeparis.fr
L’objectif :
Milton H. Greene
Ses incontournables portraits de Marilyn dévoilent la femme derrière le sex-symbol. Ils
avaient presque le même âge et sans doute Milton Greene perçait-il mieux que tout autre
photographe le vernis autour de la star. À la Galerie de l’Instant, on retrouve bien sûr ces
images mythiques de l’actrice : la série «Black Sitting» où sa peau diaphane semble surgir
d’entre le noir du stylisme et du décor, ou encore la photo matinale au milieu des draps
froissés. «Mais je souhaitais aussi présenter d’autres images, peut-être moins connues
mais non moins belles», explique Julia Gragnon, la directrice de la galerie, qui accroche
des portraits plus confidentiels de la star ainsi que ceux que le photographe a réalisés de
Romy Schneider, Sophia Loren, Marlene Dietrich, Audrey Hepburn ou Alain Delon. (JH)
«Milton H. Greene», du 13 décembre au 27 février, Galerie de l’Instant. www.lagaleriedelinstant.com
février 2019
maxwell aurélien james ; courtesy galerie de l’instant ; presse
108
W WW.AUGUSTGET T Y.C OM
Le mythe : Noureev
Est-ce parce qu’il venait de se découvrir malade ?
Voulait-il parfaire ce qu’il avait déjà créé vingt
ans plus tôt ? En 1984, Rudolf Noureev signe une
chorégraphie restée historique du Lac des cygnes
à l’Opéra de Paris. Plus noire, plus fataliste et
résolument plus freudienne que toutes les versions
créées auparavant. Car Noureev met en lumière ce
que la bonne société du XIXe siècle ne voulait voir :
le combat intérieur d’un homme face à un amour
interdit. Dans la vie, c’est Tchaïkovski qui lutte
contre son homosexualité. Dans le ballet, c’est le
prince Siegfried qui ne peut aimer Odette, femmeoiseau idéalisée, inaccessible. Sur scène, c’est un
ballet mythique servi par l’excellence de l’orchestre,
des étoiles et du corps de ballet de l’Opéra. (cl)
Le phénomène :
Antiglossy
Le Lac des cygnes, Opéra Bastille, 16 fév.-19 mars. En direct sur
Culturebox et dans les cinémas UGC le 21 février à 19 h 30.
Le coup de cœur :
Lou Doillon
Encouragée par Étienne Daho, elle était arrivée sur la pointe
des pieds en 2012, avec «Places», un disque intimiste à la grâce
boisée. Depuis, Lou Doillon a persévéré, rassurée par un
succès public et critique. Elle revient avec un troisième album
qui affirme son goût du risque. Plus nerveux et charnel, le
répertoire profite d’une production d’orfèvres signée Benjamin
Lebeau, moitié du duo The Shoes, et Dan Levy du groupe
The Dø. Des cordes, des claviers en pagaille et des rythmiques
rock’n’roll, dans lesquels elle s’enroule avec la morgue de Patti Smith.
Et une ballade folk renversante, It’s You, en duo avec Cat Power. Des
invités qui pourraient se retrouver sur scène à l’Olympia en mai,
en clôture de la tournée française. (og)
«Soliloquy» (Barclay). En concert le 16 mai à Paris (Olympia).
Le film :
«La photographie de mode n’a
jamais été aussi innovante et
pour beaucoup d’artistes, une
série dans un magazine est un
moyen d’expression plus fort
qu’une exposition dans une
galerie», assure Patrick Remy.
Dans Antiglossy, le critique et
directeur artistique revient sur
les images les plus marquantes de
ces dernières années. Extraites
des magazines, dépouillées de
leur légende, elles se donnent
à voir dans toute leur force
artistique. Trente photographes,
parmi lesquels de nombreux
habitués de Vogue (Juergen Teller,
Glen Luchford, Annemarieke
Van Drimmelen, Josh Olins…),
révèlent les multiples facettes
d’une scène artistique qui
donne un nouveau sens à
l’image. «Ce livre fait le point
sur la photographie de mode
aujourd’hui», conclut-il. (JH)
VICE
Antiglossy, par Patrick Remy,
éditions Rizzoli.
Perdre 28 kilos pour un rôle (The Machinist, 2004) ? Facile.
En reprendre 45 pour le suivant (Batman Begins, 2005) ?
Bien sûr. Recommencer dans l’autre sens (Rescue Dawn, 2006) ?
Évidemment… Acteur caméléon par excellence, Christian Bale
a endossé le costard de Dick Cheney dans Vice d’Adam McKay
(The Big Short, Very Bad Cops…). Oui, vous avez bien lu : Dick
Cheney, le vice-président des États-Unis de 2001 à 2009,
ce finaud au crâne dégarni, au ventre proéminent et aux lunettes
hors d’âge. Et il faut le voir pour le croire : Christian Bale
«est» Dick Cheney aux côtés d’Amy Adams (Lynne Cheney),
Steve Carell (Donald Rumsfeld) et Sam Rockwell (George W.
Bush). Un rôle en or pour cet adepte fervent de la «méthode»
Actors Studio qui incite les comédiens à se fondre en tous
points (physique, émotions…) dans leur personnage. À l’heure
où nous écrivons ces lignes, il y a du Golden Globe dans l’air.
À l’heure où vous les lirez, ils devraient être dans la poche. (cl)
Vice, d’Adam Mc Kay, sortie le 13 février.
rendez−vous
Le concert :
Ry Cuming
charlotte wales ; getty images ; presse ; mikael jansson/trunk archive/photosenso ; adagp paris ; kacey tomita
L’artiste :
Victor Vasarely
On pourrait passer des heures, les yeux fixés sur ses œuvres, à se demander
si les formes ont bougé. Emporté par les effets optiques d’un imperceptible
dégradé de couleurs ou la déformation progressive d’un motif géométrique,
on jurerait que la toile se meut. C’est en fait notre esprit qui y vagabonde,
pris pas à pas dans une illusion savamment orchestrée. Cette première
grande rétrospective française du travail de Victor Vasarely, au Centre
Pompidou, retrace, en plus de cent trente documents et œuvres, toute
la carrière de cet enfant du Bauhaus qui en a retranscrit les théories
à la sauce des Trente Glorieuses. De ses premiers travaux de graphiste
au logo losange de Renault, des à-plats de couleurs à la rigueur scientifique
de ses constructions graphiques, on découvre comment l’abstraction
géométrique devient petit à petit art optique. (JH)
«Vasarely : le partage des formes», du 6 février au 6 mai 2019, Centre Pompidou.
www.centrepompidou.fr
Sous le nom de Ry X, l’Australien
Ry Cuming s’est taillé une belle réputation
de mélodiste à la voix d’ange en 2014,
au micro du trio électro romantique
The Acid ; puis par la grâce d’un single,
«Berlin». Son falsetto hérité de Bon
Iver et ses orchestrations minimalistes,
surlignées de douces rythmiques électro,
font des merveilles en 2016 sur «Dawn».
Un disque à la mélancolie raffinée, qui
impose Ry X aux côtés de Sohn ou Chet
Faker comme l’un des dignes successeurs
de Jeff Buckley. Après des concerts dans
le monde entier, le désormais trentenaire
basé à Los Angeles revient avec un
nouveau disque de gourou hippie chic.
Plus mainstream, les nouvelles chansons
alternent ballades dénudées au piano
ou à la guitare et montées house
hédonistes, toujours portées par cette voix
fragile et éraillée. (og)
«Unfurl» (Sony). En concert le 26 février à Paris
(Cabaret Sauvage).
L’archive : Prefab Sprout
Au début des années 80, Prefab Sprout débarquait dans la pop avec ses chansons clinquantes
et sophistiquées, qui sonnaient comme Wham en rêvant des Beach Boys. Les Anglais
signèrent quelques hits, dont Cars and Girls en 1988, leur tube en France. Le groupe va
ensuite lentement glisser dans l’oubli, alternant le bon et l’anecdotique. Comble de malchance,
en 1999, le leader Paddy McAloon est atteint d’une grave maladie des yeux. Immobilisé chez
lui, il enregistre quasiment à l’aveugle un disque fou, en rupture avec le passé. Instrumental
composé sur un ordinateur, il est la B.O. fantasmée d’un Hollywood sous la pluie, ruisselant
de cordes dans un néoclassicisme inspiré de John Williams, avec une intro mythique de
22 minutes. Le disque ressort pour ses vingt ans, toujours à la recherche du temps perdu. (og)
«I Trawl the Megahertz» (Sony)
février 2019
111
Conte, film d’apprentissage, chronique. Votre film est à la croisée
des genres.
C’est l’histoire d’une fille qui s’abîme dans la nuit pour prendre
son envol, Rose, que joue Galatea Bellugi. Elle est en couple
avec Michel (Lukas Ionesco) et le film commence au moment où
il la prend sous son aile. On va les suivre dans leurs fêtes sans fin.
La rencontre avec Lucille (Isabelle Huppert) et Hubert
(Melvil Poupaud), bienfaiteurs vénéneux, va changer leur vie.
La nuit proposait ça : des gens qui sortaient pour rencontrer
des jeunes et faire un bout de chemin avec eux. Je voulais inclure
l’idée d’un jeu cruel. Ça vient de mon amour pour les garces
et l’esthétique sadienne. Mais il y a surtout un thème qui a tout
englobé, c’est la fin de l’innocence. Alors ça parle d’une époque,
oui, et de 1979 précisément, mais ce qui arrive à cette jeune fille
et à ce garçon est universel.
C’est une œuvre à clés également ?
Comme le film se passe en partie au Palace, on croise la bande
de l’époque, oui. Les anciens du lycée Paul-Valéry dans le 12e,
où j’étais, avec Christian Louboutin notamment. Et ceux qu’on
a rencontrés plus tard : Alain Pacadis, Edwige Belmore, Loulou
de La Falaise, Thadée Klossowski de Rola…
La vie de Palace
Hot spot de la nuit parisienne à la fin
des années 70, le sulfureux Palace
de Fabrice Emaer est au centre
du film Une jeunesse dorée, en salles
depuis le 16 janvier. Rencontre avec
sa réalisatrice Eva Ionesco, qui fut l’un
de ses oiseaux de nuit. Par Marie Eugène.
ans My Little Princess, Eva Ionesco racontait
la toxicité de sa mère photographe, qui fit d’elle
un objet d’érotisme précoce. Sept ans plus tard, elle profite d’un
deuxième film pour rendre hommage à la nuit qui, longtemps,
lui fut chère. Avec une prédilection pour le Palace. On y suit Rose
et Michel, amants au cœur pur qui croisent le chemin d’un autre
duo moins angélique mais tout aussi ivre de fêtes…
Parlez-nous du Palace.
La bande et moi, on voyait la vie comme au théâtre ou au cinéma.
L’esthétique primait sur tout, et même sur une quelconque pensée
sociale ! On avait besoin de ce goût du beau (du laid, aussi !).
Et le Palace, c’était d’abord un lieu aux décors somptueux, avec
un côté pacotille, Gremlins, très cirque… On n’a pas pu tourner
là-bas car tout a été détruit (on est passé du rouge et or féerique
au rose jambon), mais on a retrouvé une atmosphère semblable
aux Folies Bergère. C’est le premier film sur le Palace, je le voulais
sophistiqué, gai, et pas trash. Les backrooms, les fistfuckings,
ça a été fait.
Vous viviez hors du monde ?
On ne voulait pas travailler. La vie était violente. On ne savait pas
si on serait vivants le lendemain… Alors on s’habillait, on dansait,
on rencontrait des gens formidables et on ne dormait pas. Le
Palace était d’ailleurs bien souvent le point de départ pour aller
vers un autre décor : Le Sept, La Main bleue, un château…
Celui du décorateur Charles Beistegui par exemple, qu’on
retrouve dans le film. On finissait à Orly pour regarder les avions
décoller. Et ça recommençait… Je n’ai pas envie de dire que
ces fêtes n’existent plus, j’aurais l’impression de priver les gens
de quelque chose, mais enfin, c’était grandiose.
Rose, c’est vous ?
Rose, c’est une fille qui pleure, gueule et qui veut qu’on la prenne
dans les bras, autant dire un vrai boulet pour un mec ! On s’est posé
beaucoup de questions sur ce personnage avec Simon, on aurait pu
aller vers quelque chose de plus drolatique – ce que j’étais. Galatea
est métamorphosée. Je lui ai montré des films d’après-guerre,
et notamment Bob le flambeur, je lui ai dit : «Attention : tu es une
embrouilleuse à la foire du Trône !» Rose, c’est un peu moi oui,
mais le film n’est pas si autobiographique que ça…
philippe morillon ; eva ionesco ; véronique heuchenne ; macassar productions
À l’hôtel des Saint-Pères, Eva quitte momentanément son
compagnon, l’écrivain Simon Liberati, coscénariste du film, parti
rejoindre les bureaux de leur éditeur commun deux numéros plus
bas. En 2017, elle a signé chez Grasset Innocence, pièce essentielle
d’une œuvre où l’autobiographie dépasse la fiction. Blond
cendré, regard vert-de-gris, robe Westwood à taille de guêpe,
la réalisatrice/autrice/actrice a l’allure hollywoodienne – époque
1950. La fête, l’amour, la mode : elle passe en revue ce qui forme
Une jeunesse dorée, deuxième volet d’une trilogie annoncée.
cinéma
Ci-contre, Lukas Ionesco
et Galatea Bellugi durant
le tournage du film Une
jeunesse dorée. À gauche,
Eva Ionesco avec ses acteurs
Lukas Ionesco et Galatea
Bellugi. Ci-dessous,
Isabelle Huppert
et Galatea Bellugi.
Page de gauche,
Eva Ionesco dans les toilettes
du Palace, en 1978.
L’histoire d’amour l’est ?
Ce film raconte la mort de mon
premier amour. J’y ai mis fin par
nécessité, la bande et la nuit m’y
ont sûrement aidée aussi… Charles
Serruya et moi étions ensemble, je
sortais de la Ddass, lui dessinait,
faisait du théâtre d’ombres, et refusait
d’exposer. Tout ça est dans le film. J’avais très peu d’amis à
l’époque. Ma vie, c’était la bande et Charles, qui me maintenait
dans une forme d’enfance avec son univers, c’était un sortilège
de papier et d’ombres. On était beaux, on s’aimait. Puis j’ai décidé
de tout casser pour aller ailleurs. Ce film, c’est une manière
de rendre hommage à cet amour et de partager cette histoire.
Vous partagez aussi votre amour du vêtement.
J’ai toujours eu un rapport particulier au vêtement. Déjà, très
jeune, je chinais avec ma mère, à Londres par exemple, chez
Biba qui était un lieu incroyable, très glitter. Plus tard, pour
payer l’hôtel où j’ai vécu, j’ai dû vendre une collection de robes
merveilleuses, des pièces avec des tailles de poupée. J’aime les
tailles de poupée et j’ai d’ailleurs fait faire un corset chez Cadolle à
Galatea pour le film. On retrouve chez les acteurs, et notamment
dans les scènes tournées au Palace, un grand nombre d’archives
Mugler, Chanel, Gaultier, Azzaro… Ceci dit, je ne voulais pas
de la pure archive, alors on a fait comme à l’époque : on a bricolé.
Et parfois en bannissant le genre.
Oui il y a un flou, et d’ailleurs Lukas est comme ça dans la vie.
Voyez son clip (elle fredonne) : «I’m not a boy, not a girl…»
Moi, je suis femme-femme.
février 2019
«Je voulais inclure l’idée
d’un jeu cruel. Ça vient de mon
amour pour les garces et l’esthétique
sadienne. Mais il y a surtout
un thème qui a tout englobé,
c’est la fin de l’innocence.»
Avec un goût prononcé pour le jeu ?
C’est vrai que c’est présent dans le film, nous étions des enfants…
Avec Christian Louboutin, on aimait regarder débarquer les babas,
qu’on trouvait hypercraignos. Le cool, on était contre. On se
foutait de la gueule de ces gens. C’était un jeu de voir qui était bien
ou mal habillé, baisable ou pas baisable, chic ou riche, archiriche et
baisable… Le Palace était comme une cour de récréation.
On a quand même du mal à imaginer que vous ayez eu
une «jeunesse dorée»…
Bizarrement, il n’y a pas d’ambiguïté dans ce titre. J’ai pensé aux
«blousons dorés», ces jeunes fils à papa du 16e qui se prenaient
pour des rockeurs. C’est vrai que je venais d’une enfance abîmée,
mais ce film, on peut choisir de le lier ou non au premier.
C’est un «module détachable».
La suite, vous l’imaginez «en bande» ?
J’aime travailler comme ça, oui, même si on se dispute avec
Simon. On est un peu comme les Kardashian, avec en prime
mon fils Lukas, maintenant ! Et puis il y a Isabelle, qui jouait dans
le premier… Je ne pouvais pas imaginer faire ce film sans elle.
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miss vogue
Au masculin
Photographe Mark Kean. Réalisation Géraldine Saglio.
Veste oversized en laine mélangée, Maison Margiela, 1 390 €. Chemise en laine vierge, 395 €, et pantalon assorti, 350 €,
Zadig & Voltaire. Soutien-gorge en tulle, Yasmine Eslami, 90 €. Chaussettes en coton, Falke, 15 €. Baskets New Balance, 100 €.
Fauteuil laine K4000, galerie Modernariato.
février 2019
Veste en laine
prince-de-galles,
1 870 €, et
pantalon assorti,
680 €,
Ermanno
Scervino.
T-shirt en coton,
Calvin Klein
Jeans, 50 €.
120
miss vogue
Blazer en laine, 199 €, et chemise en coton, 60 €, Massimo Dutti.
À la taille, pull Maje. Chaussettes en coton, Falke, 15 €. Baskets, New Balance, 100 €.
février 2019
Veste en gabardine
de coton, 645 €,
et pantalon
assorti, 450 €,
Zadig &
Voltaire. T-shirt
en coton, Iro,
120 €. Collier en
or, Dary’s.
février 2019
Blazer en soie
mélangée,
Redemption,
1 742 €. Chemise
en popeline de
coton, Guess,
70 €. Cravate
en soie brodée,
Dior, 190 €.
Pantalon en coton
stretch, Iro,
230 €.
miss vogue
Veste en laine, The Kooples Homme, 428 €. T-shirt en coton, Iro, 120 €. Jean en denim, Le Vif, 150 €.
Chaussettes en coton, Falke, 15 €. Baskets New Balance, 100 €.
Maquillage Dior avec le Teint Fluide Diorskin Forever Undercover Beige Tendre, la Dior Backstage Contour Palette, la Palette Regard
5 Couleurs 537 Touch, le mascara Diorshow 090 Pro Black et, sur les lèvres, le Rouge Dior Rose Montaigne.
février 2019
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miss vogue
Veste et pantalon en coton denim, Isabel Marant, 850 € et 390 €. Débardeur en coton, American Vintage, 40 €.
février 2019
Costume deux pièces
en laine mélangée,
Philipp Plein,
2 997 €. Soutiengorge en tulle,
Yasmine Eslami,
90 €. Caleçon en
coton, Charvet.
Collier en or,
Dary’s. Chaussettes
en coton, Falke,
15 €. Baskets New
Balance, 100 €.
Fauteuil F300
Pierre Paulin
Artifort, galerie
Modernariato.
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miss vogue
Manteau long en laine, Golden Goose Deluxe Brand, 1 400 €. Soutien-gorge en tulle, Yasmine Eslami, 90 €.
Caleçon en coton, Hanro. Jean en denim, Le Vif, 150 €.
Mise en beauté Petros Petrohilos. Coiffure Cim Mahony. Manucure Aurélie Le Bihan. Set design Giovanna Martial.
Assistantes réalisation Morgane Bedel, Daria Di Gennaro et Léa Meylan.
février 2019
Veste sans manches
en denim, Guess,
170 €. Culotte en
coton, American
Vintage, 30 €.
Chaussettes en
coton, Falke, 15 €.
Baskets, New
Balance, 100 €.
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beauté
Cosmétiques gender free
À l’heure où le maquillage pour homme monte en puissance et où le soin cible
davantage le résultat que le type de peau, peut-on encore classer
les cosmétiques par genre ? La révolution No Gender serait-elle en marche ici aussi ?
Par Frédérique Verley et Mélanie Defouilloy. Photographe Chris Colls. Réalisation Virginie Benarroch.
Brassière The Row. Boucles d’oreilles Stone Paris.
février 2019
129
130
beauté
Vision universelle
Avant même son arrivée en mode, le concept de «gender fluidity»
régnait déjà sur la sphère beauté. Cela fait bien longtemps
que les hommes piquent les crèmes de leur femme, surtout celles
d’apparence un peu neutre. Mais le mouvement s’amplifie.
«Le skincare devient littéralement genderless, car ni lié au genre,
ni lié au sexe de naissance, mais à l’efficacité et à l’innocuité, bref
à la santé de la peau», explique Sue Nabi, qui a fondé la marque
Orveda. Cela est d’autant plus vrai que le discours s’est concentré
ces dernières années sur le glow, l’éclat, la bonne mine healthy,
le fait d’avoir l’air en forme. «C’est une attente mixte et majeure,
pour tous les genres, à tous les âges. Personne ne veut avoir l’air
fatigué.» Une tendance d’autant plus forte que les canons de
beauté évoluent. On l’a vu lors de la dernière fashion week, on
célèbre aujourd’hui les beautés plurielles, voir originales : «Cette
libération entraîne une tolérance totale vis-à-vis des canons
de beauté et tous les stéréotypes sont en train de disparaître,
finalement. Sans divulguer nos prochains lancements, je peux
vous dire que nos pistes de développement sont de moins en
moins focalisées sur les genres», a exprimé Edgar Huber,
président de Coty Luxury, au dernier Vogue Fashion Festival.
6 marques double jeu
Et si on choisissait enfin ses formules cosmétiques selon les
besoins de son environnement cutané, plutôt que par rapport à
une paire de chromosomes ?
Asarai Une histoire familiale où les parents, la sœur et le frère
voulaient opérer un retour aux sources, loin des stéréotypes
traditionnels de la beauté genrée. Cette ligne courte aux packs
solaires appelle à l’action pour bien démarrer sa journée.
(1 et 8) Earth Tones, 29 $, et Ultralight, 49 $. asarai.com
Non Gender Specific La marque, qui affiche clairement la
couleur, propose un cocktail unique de 17 ingrédients naturels
pour combattre la fatigue, les micro-ridules,
«On sort
de la cosmétique par type
de peau pour aller vers
une cosmétique santé,
gender free, qui considère
la peau comme un
écosystème complet,
lui-même faisant partie
d’un écosystème humain,
lui-même intégré à
un écosystème global lié
à l’environnement».
le manque d’élasticité, gagner en luminosité et réenclencher
le renouvellement cellulaire. Une demande universelle, non ?
(2) Serum Everything, 65 $. nongenderspecific.com
Aesop Les produits de la marque australienne sont à l’image
de ses boutiques archi-design à travers le monde : uniques.
Chez Aesop, les actifs, les odeurs et les galéniques séduisent
unanimement dès le premier coup d’œil.
(3 et 7) Toner, 29 €, et Hydratant, 47 €. aesop.com
Orveda. «Parce que tout le monde veut l’effet maquillage sans le
maquillage, le glow qui vient de l’intérieur devient aujourd’hui
notre première préoccupation», souligne Sue Nabi, à l’origine de
la marque. C’est tout le concept des formules Orveda, riches en
prébiotiques et en enzymes antioxydantes, à la fois clean et vegan,
avec une concentration d’actifs qui dépasse les 30 %.
(4 et 5) Masque Ironing Effect, 305 €, et Dévoileur Regard 422, 215 €.
orveda.com
Lush Au dernier congrès de la marque, chacun avait la possibilité
de choisir un badge indiquant les pronoms avec lesquels il
souhaitait être interpellé : «she-her-hers», «he-him-his» ou
encore «they-them-theirs». Toujours ultra-engagé, l’Instagram
de Lush met d’ailleurs en scène autant d’hommes que de femmes
appliquant des masques ou plongeant dans des baignoires
colorées. (6) Nettoyant Herbalism, 27,38 €. lush.com
Allies of Skin «La peau est un organe sans genre. Comme
nous n’avons pas de cœur femme ou de poumons homme.
Nous avons simplement des besoins cutanés différents», explique
Nicolas Travis, le fondateur. Ainsi, la marque s’attelle à
proposer une routine minimaliste et pointue qui convient à
tous les types de peaux.
(9) Molecular Saviour Probiotics Mist, 66 €. ohmycream.com
Top Vince. Boucles d’oreilles Stone Paris.
Photographe produits Florent Tanet.
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— SUE NABI, Orveda
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beauté
Révolution pacifique
Avec sa marque Non Gender Specific, Andrew Glass va un cran
plus loin dans la beauté sans genre. Petite mise au point avec
le fondateur de ce nouveau mouvement qui s’adresse à tous les
humains, sans exception.
Quel a été le point de départ de la création de Non Gender Specifi c ?
Après dix ans dans les cosmétiques, je n’arrivais pas à comprendre
comment une industrie aussi progressiste en termes d’innovations
était à ce point en retard dans son approche segmentaire.
Le monde d’aujourd’hui tend à toujours plus d’égalité, alors que
la beauté reste ancrée dans des ségrégations.
Pourquoi avoir voulu clairement revendiquer le concept no gender
et ne pas s’être contenté de choisir des packagings neutres, unisexes ?
J’ai voulu que la marque s’appelle Non Gender Specific pour
donner d’emblée le ton. D’ailleurs notre unique produit
«Everything Serum» s’adresse à tout le monde, sans distinction
de sexe, ni de problématique cutanée.
Quelles sont justement les grandes valeurs qu’une marque citoyenne
devrait prôner aujourd’hui ?
Pour moi, il y en a 3. 1) Être la marque de tous les humains.
2) Réduire l’impact écologique en proposant des produits
multifonctions. 3) Formuler des produits naturels, vegan, cruelty
free qui tiennent vraiment leurs promesses.
Vagabondage des genres
Jusqu’aux années 70, notre société opposait les postures assez
simplement et de manière binaire : on était soit un homme, soit
une femme. Les années 90 ont bousculé cette idée arbitraire
pour gagner en profondeur. Stéphane Hugon, sociologue et
fondateur d’Eranos, parle de vagabondage entre les genres.
«Les expériences de notre vie quotidienne ont été tellement
quantifiées et normées qu’on est fasciné aujourd’hui par une
dimension magique, presque irréelle, où il est plus facile
d’assumer différentes polarités. Il existe en effet une infinité de
manières d’exprimer sa féminité ou sa masculinité. D’ailleurs, on
ne cherche plus son identité à l’intérieur de soi, intrinsèquement.
On met en avant telle ou telle part de son identité en fonction du
contexte, des expériences sociales, des modes.»
Floutage identitaire
«La beauté n’est pas une histoire de genre aujourd’hui, c’est une
histoire de style», annonce d’emblée la maison Chanel pour
introduire BOY, sa première ligne de maquillage destinée aux
hommes. «Les 3 produits de cette collection sont des essentiels, des
formules au résultat indétectables pour que l’homme se sente en
confiance, déterminé, sûr de lui et de son apparence.» Ce qui donne
un baume à lèvres hydratant sans effet brillant, un fluide teinté
unifiant et un crayon sourcils pour structurer la ligne. Au-delà du
no gender, Nicolas Degennes, directeur artistique maquillage et
couleurs Givenchy, parle plutôt de «mélange des genres» pour la
collection Mister de la maison qui révèlent 4 textures intuitives
et précises. «La réponse pour une transformation de soi vers un
autre idéal. Les nouvelles technologies, la rapidité et la révolution
des images témoignent que l’impossible n’existe pas…» À l’arrivée :
un correcteur instantané et précis, un stick matifiant zéro matière,
un fluide bonne mine anti-fatigue et un gel transparent dompteur
de sourcils. Chez Tom Ford, la collection de rouges à lèvres Boys
& Girls compte aujourd’hui 50 références : 25 nuances nommées
d’un prénom féminin dans un étui blanc, 25 nuances dotées d’un
prénom masculin dans un étui noir. L’occasion parfaite pour
dévoiler une campagne vidéo mettant en scène des hommes et des
femmes lipstick addicts pendant une réunion anonyme.
Veste Maison Margiela. Chemise Azzedine Alaïa. Béret Sonia Rykiel.
Maquillage Chanel avec la ligne BOY : le Teint n° 30 Medium Light, le Baume
Lèvres, sur les yeux l’Ombre Première Crème Noir Pétrole, le Crayon Khôl Noir
et le Stylo Sourcils Light Brown. Cheveux texturisés avec le Spray Gloss Brillance
ultime Style René Furterer. Mise en beauté Stéphane Marais.
Coiffure Damien Boissinot pour René Furterer. Assistante réalisation Livia Rossi.
«Pour un
makeup
boyish,
je fais un teint super léger.
J’intensifie les sourcils au
crayon. J’applique le fard
en couche épaisse, au doigt
ou au BoUcHon de
cHAmPAGne pour qu’il
se fonde au sébum, et je le
démaquille pour ne laisser
que l’ombre du pigment.»
— STÉPHANE MARAIS, maquilleur
février 2019
133
beauté
Corps
volatils
Quand les créateurs de parfums floutent les codes,
ces jus à sensation écartent toute idée de genre. Comme un souffle
de liberté absolue.
Par Mélanie Nauche. Photographe Chris Colls. Réalisation Virginie Benarroch.
Photographe produits Florent Tanet.
Si la mixité est un sujet exploré depuis les prémices du parfum,
les fragrances «non genrées» représentent une nouvelle nuance
fulgurante. «La parfumerie est le reflet de la société, explique
Francis Kurkdjian. La fluidité des genres à laquelle on assiste
aujourd’hui ne détermine pas la féminité ou la masculinité, elle dit
seulement : je ne veux pas que
les autres me définissent.»
La singularité de ce type
d’effluves ? Une valeur
d’universalité, via des accords
qui ne nous enferment pas
dans une case : «Une chose
est certaine, les amateurs
se soucient peu, comme
moi d’ailleurs, du genre des
odeurs. Et le fait que le bois
de cèdre soit généralement
associé aux hommes et
la rose aux femmes n’est
que pure convention…
Il suffit de voyager pour s’en
rendre compte», affirme
Thierry Wasser, directeur
de la création des parfums
Guerlain. En réponse à un
désir d’affranchissement
ambiant, les jus à base
d’agrumes (= vivacité), de
notes vertes (= fraîcheur)
et de musc (= animalité)
resurgissent et répondent
davantage à une quête de
sensations qu’à une volonté
de marquer un genre. François Demachy, parfumeur-créateur
Dior, nous éclaire sur l’effet escompté : «Une forme de liberté sans
doute. Ne pas être enfermé dans des stéréotypes. Cesser de se
conformer à ce qui est attendu… Ce type de fragrance réussit ce
que la société devrait accomplir urgemment : une complémentarité
parfaite entre les genres.»
Promenade aromatique François Demachy réussit à transposer,
en un jus, les sensations vivifiantes des bords de mer de l’île
de Panarea, lorsque les arômes de fleurs et d’agrumes baignés
par le soleil se mêlent au souffle de la brise marine. Un condensé
de sensations fortes, sans distinction de genre.
Balade Sauvage, Maison Christian Dior, 125 ml, 198 €.
Eaux dosées On connaissait son goût pour les parfums mixtes :
Francis Kurkdjian place ici la barre un cran plus haut en utilisant
49 mêmes ingrédients dans des dosages différents, pour obtenir
deux univers olfactifs bien distincts : aromatique boisé (version
Silver) pour l’un, oriental musqué (version Gold) pour l’autre.
Gentle Fluidity Gold et Silver,
Francis Kurkdjian, 70 ml, 150 €.
Sillage couture Une très
jolie déclinaison parfumée
du caban dans lequel
femmes et hommes aiment
se lover. Le santal, épais
et dense comme la laine,
est dompté par les accents
vanillés et la fève tonka,
puis rehaussé de pétillantes
notes de poivre rose,
comme des boutons dorés.
Caban, Le Vestiaire des
Parfums, Yves Saint Laurent,
75 ml, 165 €.
Voyage de nuit Si les
senteurs n’ont pas de
genre, leur caractère
culturel, lui, est indéniable.
Inspirées par les sensations
grisantes du voyageur
en quête de nouveaux
territoires, Miuccia
Prada et Daniela Andrier
imaginent un parfum
compilant des ingrédients
du Texas (bois de cèdre), d’Andalousie (ciste boisé) et d’Indonésie
(patchouli), aussi cosmopolite que racé.
Midnight Train, Les Olfactories, Prada, 100 ml, 265 €.
Souffle d’ailleurs Nouvelle étape de l’itinéraire olfactif
Guerlain : Thierry Wasser s’envole au Moyen-Orient et en
rapporte Musc Noble, l’histoire d’un jeu de séduction où
les odeurs s’entremêlent pour ne faire qu’une. Le résultat ?
Un jus à deux facettes qui sied aussi bien aux femmes qu’aux
hommes, dont les vapeurs chaudes d’épices, très puissantes,
contrastent avec la douceur de la rose.
Musc Noble, Guerlain, 125 ml, 155 €.
Volutes troublantes Dans le brouillard du désert, difficile
de savoir qui se cache sous le voile d’un Touareg… Inspiré par
la chaleur orientale, Jacques Cavallier-Belletrud imagine
un parfum qui floute les genres et rend hommage au bois de oud,
dans tout ce que cet ingrédient a de plus intense.
Effluves zen Toujours très inspiré par les énergies du yin et
du yang, The Harmonist signe un jus en parfait équilibre entre
masculin et féminin. Ici, les baumes et les bois sont intensifiés,
et les pétales de rose boostés par les notes épicées de baies
et de gingembre. L’effet inhalé est celui de la chaleur douce
d’une bougie de méditation.
Ombre Nomade, Louis Vuitton, 100 ml, 290 €.
Hypnotizing Fire, The Harmonist, 50 ml, 295 €.
février 2019
coiffure damien boissinot pour rené furterer. mise en beauté stéphane marais. brassière the row.
134
crédits photo
beauté
février 2019
135
beauté
2.
ACTIVATEURS
DE FORMULES
Après avoir choisi l’une des 3 bases
suivant le besoin d’hydratation
cutanée, on sélectionne l’une
des 5 cartouches d’actifs purs à
clipser directement sur le flacon
pour qu’ils se mélangent à chaque
pression. La cartouche orange,
chargée en taurine, stimule
l’énergie cellulaire. La violette, aux
protéines de lactosérum, booste
le renouvellement. La blanche,
à la racine d’angélique, régule
les dérèglements pigmentaires.
La bleue, aux acides glycolique et
lactique, lisse les micro-reliefs.
Et la verte, blindée en probiotiques,
calme les peaux échauffées.
Base + Cartouche Clinique iD, 52 €.
1.
Par Frédérique Verley et Mélanie Defouilloy.
LA CLÉ DE L’ÉNERGIE D’ELLE MACPHERSON
La recette de The Body pour renforcer ses défenses
immunitaires, gagner en énergie, détoxifier son foie et
stimuler son collagène ? L’un des six Super Boosters pour
femme (un pour homme), à base d’herbes médicinales et de
plantes adaptogènes, qu’elle sirote en fonction de ses besoins.
Super Boosters, WelleCo, 55 $, sur welleco.com
3.
BAGUETTE
MAGIQUE
4.
FUSION THÉRAPIES
Dans la droite lignée de son
soin star Extra-Firming,
Clarins dévoile aujourd’hui sa
meilleure recette coup d’éclat.
D’un côté, un sérum chargé de
quinoa, agave bleu et graines
de lupin blanc qui remet
la peau sous tension le temps
d’être absorbé. De l’autre,
un baume yeux à la texture
moelleuse, mais évanescente,
capable de réfléchir
uniquement la lumière
blanche, pour gommer microridules et cernes.
Dix ans que la SHA Wellness Clinic a ouvert
ses portes à Alicante. Et le concept n’a pas pris une ride.
Souvent classé meilleur spa au monde, il combine
admirablement les soins médicaux (physiques ou psys),
la nutrition (tendance macrobio), l’activité physique (du
cardio au yoga) et le bien-être occidental et oriental (avec
des massages top niveau). Le tout, dans un environnement
ultra-luxe, où 93 suites (et 11 nouvelles résidences
privatisables, en photo) se répartissent au cœur d’une
construction futuriste. À raison de 4 consultations médicales,
d’un massage, d’un traitement de médecine traditionnelle
chinoise, d’une activité physique, d’un soin aquatique et de
cours à volonté avec la Healthy Living Academy (qi gong,
méditation, yoga), le programme Discovery (4 jours/3 nuits)
nous remet d’aplomb. Et pour longtemps.
Extra-Firming Phyto-Sérum 98 €,
et Extra-Firming Yeux 57 €, Clarins.
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soins et repas pendant 4 jours. shawellnessclinic.com
février 2019
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Conformément à la norme ISO 16128 Parties 1 et 2. Les 3% restant contribuent à optimiser l’intégrité de la formule
dans le temps et sa sensorialité. (2) Test instrumental réalisé par un laboratoire indépendant sur 20 femmes.
Disponibilité du produit et des teintes selon les magasins Sephora.
*
du 21 janvier au 17 février inclus
* Dans les magasins Sephora participants
et dans la limite des stocks disponibles.
Et chez Guerlain.
sephora.fr
Photographe
MIKAEL JANSSON.
Réalisation
EMMANUELLE ALT.
140
Chemise en coton et soie, Isabel Marant Étoile.
Pull col V en cachemire, marinière en coton,
Polo Ralph Lauren. Pantalon à pinces en laine,
Ralph Lauren Collection. Baskets «Waffle
Racer» en nylon et caoutchouc, Nike. page
de droite, chemise en coton, Isabel Marant.
Débardeur en coton côtelé, Jean Colonna .
Caleçon en coton, Hermès.
page de droite, costume pantalon en laine
et soie, chemise en popeline de coton, et pull
sans manches en laine, Gucci.
Chemise en popeline de coton imprimée, Balenciaga .
Chapeau en feutre, maison traclet.
page de gauche, costume en fl anelle, et chemise
en twill de coton, Husbands. Cravate en jacquard de
soie, Celine par Hedi Slimane. Baskets «Waffl e
Racer» en nylon et caoutchouc, Nike.
Chemise sans manches en denim destroyed, pantalon
en gabardine de laine, ceinture en cuir, Saint
Laurent par Anthony Vaccarello. Chapeau en
feutre, Nick Fouquet. Baskets «Chuck Taylor All
Star» en toile, Converse. Maquillage Guerlain avec
le fond de teint L’Essentiel Clair, l’Écrin Sourcils
Universel, le mascara La Petite Robe Noire Noir et,
sur les lèvres, le Rouge G n° 65. Cheveux texturisés
avec le Flash Form Finishing Spray Wax Oribe.
Veste et pantalon en sergé technique fluide,
Balenciaga . Chapeau en feutre, Maison
Traclet. Chaussettes Falke. Baskets «Waffle
Racer» en nylon et caoutchouc, Nike.
page de droite, veste en drap de laine
et pull en laine, Miu Miu.
Veste deux boutons et pantalon new wave
en gabardine de laine, chemise slim en popeline
de coton, et cravate en jacquard de soie, Celine par
Hedi Slimane. page de droite, blouson new wave
à œillets en cuir, pantalon en gabardine de laine,
lunettes de soleil et mocassins «Jacno» en cuir lisse
et simple boucle, celine par hedi slimane.
T-shirt en coton, pantalon taille haute en gabardine,
foulard en coton imprimé étoiles, et canotier en
paille vernie, Saint Laurent par Anthony
Vaccarello. Baskets «Chuck Taylor All Star»
en toile, Converse. page de droite, pull en laine
à rayures multicolores, Polo Ralph Lauren.
Coiffure James Pecis pour Oribe. Coloriste Rachel
Bodt. Mise en beauté Hannah Murray. Manucure
Ama Quashie. Production North 6. Assistantes
réalisation Jade Günthardt et Georgia Bedel.
Tomboy style
Par OLIVIER NICKLAUS. Photographe MIKAEL JANSSON.
Erika Linder
Look androgyne cultivé, homosexualité
affirmée, la mannequin suédoise
a pris la tête du créneau tomboy. Dans la mode pour l’instant.
Mais le cinéma lui fait déjà de l’œil.
quand le premier souvenir que vous avez d’Erika Linder, c’est
une série dans le magazine «transversal» Candy (celui-là même
qui s’était fait connaître en mettant en couverture James Franco
maquillé comme une drag-queen possédée) jouant sur sa forte
ressemblance d’époque avec Leonardo DiCaprio jeune (sourcils
froncés, bouche de bébé, clope allumée et mèche lubrifiée),
vous vous attendez forcément à ce que sa voix soit au moins aussi
grave que celle d’un Barry White piqué à la testostérone.
Eh bien non. La voix est fraîche, vive, claire, cristalline même.
Et bam pour les a priori. Et même si Erika s’attachera au cours
de l’entretien à mettre en avant son goût pour le rock, ses contes
et ses légendes, rien n’empêchera de voir en elle une personnalité
extrêmement saine, healthy même. Il faut dire que la demoiselle
est née en Suède, le pays du pain croustillant au seigle et du sauna :
on est loin du crack et de la tequila. «Je suis née dans un bled à dix
minutes de Stockholm où personne, et surtout pas mes parents, ne
comprend ce que je fabrique dans le monde de la mode», avoue-t-elle.
Racines solides, les deux pieds dans la terre, le showbiz est bien loin.
«Mon imaginaire d’enfant, c’est la musique. J’ai commencé
à jouer de la guitare à 6 ans.» Une pause et puis, franche et pas
dupe, elle ajoute : «Bon, et je jouais au foot aussi.» Éclat de rire
frontal : ce qui est cool avec Erika, c’est qu’elle n’a pas peur qu’on
la trouve trop masculine. Elle sait même que c’est précisément ça,
outre son teint de porcelaine, qui a fait son succès.
Tout commence à un concert de rock, justement. Erika n’a
que 14 ans. Mais déjà, une agent de mannequins lui fonce dessus
pour lui proposer de faire des photos. Erika lui répond qu’elle
préfère la guitare et le foot. Mais accepte quand même de lui
donner son mail. L’agent la sollicite, régulièrement, mais Erika
préfère suivre sagement ses études. Elle se retrouve en licence
de droit, et à 21 ans, comprend soudain qu’elle n’aime pas du tout
ça, commençant à se demander ce qu’elle va bien pouvoir faire
de sa vie. C’est là que l’agent la relance une énième fois. Cette
fois, c’est la bonne.
Pourtant, pour les premiers tests photos, Erika se retrouve
en talons aiguilles et maquillée comme elle ne l’a jamais été.
«Ce n’est pas mon meilleur souvenir», euphémise-t-elle. C’est
alors que Luis Venegas, le fondateur du fameux magazine Candy,
la repère sur son compte Facebook. Il flashe sur la ressemblance
avec Leonardo DiCaprio et lui propose de faire une série en
accentuant la proximité. Nous sommes en 2011. Erika accepte.
Et c’est parti. Une fois la série publiée, les agences de mannequins
du monde entier appellent Erika. «J’avais pris beaucoup de plaisir
à faire cette série, il y avait un accord entre mon moi profond et les
photos. Donc, j’ai presque trouvé normal que ça buzze autant.»
Mais ce qu’Erika ne sait pas, c’est qu’elle va ouvrir une
brèche dans l’industrie de la mode. En effet, elle sera la
première mannequin femme bookée pour des shows masculins.
«Aujourd’hui, tout le monde le fait, mais j’étais la première»,
s’enorgueillit-elle. En vérité, elle fait les deux : shows masculins
et féminins, double income. Car selon l’angle, la lumière et le
maquillage, Erika ressemble alternativement davantage à une
156 portrait
fille qu’à un garçon. «De toute façon, tout ça, c’est une histoire
de mise en scène. Et c’est ça qui me plaît : que ce soit dans
le mannequinat ou le cinéma, ce que j’aime, c’est me mettre dans
la peau d’un autre personnage.»
Le gros break, c’est une campagne Tom Ford où Erika joue les
garçons. «On m’a beaucoup dit que j’étais courageuse. Mais non,
j’étais juste moi-même. Ça m’a singularisée. Il y avait un créneau
à prendre et c’est tombé sur moi. La société et l’industrie étaient
en train de changer. Je le comprends seulement maintenant
avec le recul. Mais c’est bien pour moi, pour la société et pour
l’industrie : comme ça, tout le monde est content.» Il y en a
d’autres qui sont contents : les followers. Car en assumant ainsi
une position de modèle pour toutes les filles qui préfèrent jouer
au foot plutôt qu’à la poupée, Erika n’a pas manqué de susciter
un énorme fan-club sur les réseaux sociaux. «Ils m’écrivent
beaucoup. J’en lis un peu. Pas tout car c’est trop énorme. Mais
c’est cool de savoir que vous aidez d’autres personnes en étant
juste vous-même.»
Pour cette acceptation sans l’ombre d’une hésitation de sa
sexualité par le milieu de la mode, Erika est reconnaissante :
«Parfois, les gens ont tendance à penser que la mode est un
milieu un peu superficiel. J’ai plutôt envie de mettre en avant la
grande ouverture qui y règne en matière de genre, de sexualité,
de diversité. C’est vraiment un espace où des gens comme moi
peuvent s’épanouir. Je m’y suis sentie à la maison, en tout cas
beaucoup plus que dans la petite ville où j’ai grandi.»
La mode aime Erika et Erika aime la mode. Mais cette love
story est déjà menacée par une autre : celle d’Erika avec le cinéma.
«Une boîte de prod m’a envoyé un jour un scénario. Une histoire
d’amour lesbienne, Below her Mouth, avec beaucoup de sexe et de
nudité. Mais ce n’est pas du tout ça qui m’a fait peur. C’est le fond :
est-ce que je sais jouer ? Ils m’ont rassurée en me disant qu’on allait
faire des essais. Et en effet, des essais, on en a fait : sept, même.
Une scène à la fois de bagarre et de flirt. D’un essai à l’autre,
je me suis prise au jeu. Et un matin très tôt, alors que je partais
pour un défilé, j’ai reçu un mail me confirmant que j’avais le rôle.»
Rôle culte évidemment pour la communauté lesbienne. Et
déménagement à Los Angeles pour Erika qui y enchaîne les
cours de théâtre. «Ce qui est hilarant à L.A., c’est que tout le
monde est acteur. Tu ne peux pas aller acheter une bouteille d’eau
chez un épicier sans qu’il te raconte ses auditions ou son plan
de carrière.» Bingo avec le cinéma : cette année, Erika tourne
dans trois grosses productions, deux films et une série, sur trois
continents différents. Mais quand on lui demande de citer ses
réalisateurs préférés, Miss Linder fait une pirouette pour montrer
qu’elle n’oublie pas la mode. «Mon designer préféré, c’est Nicolas
Ghesquière chez Louis Vuitton. C’est avec lui que j’ai fait ma
plus grosse campagne de luxe. Et au-delà de ça, c’est une
rencontre forte. Il bosse beaucoup mais c’est un amour : il m’a
vraiment prise sous son aile.» Et pourtant, question ailes, Erika
Linder a l’air bien équipée. On ne voit pas trop ce qui pourrait
l’empêcher de voler loin, très loin.
Chemise en coton,
Isabel Marant.
Tisci,
accent british
Après avoir installé son style gothique
chic chez Givenchy pendant douze ans,
Riccardo Tisci semble avoir pris
un virage à 360° en acceptant de devenir
directeur artistique de l’icône du style
british : Burberry.
À 44 ans, le plus parisien des Italiens, devenu maître du romantisme dark et du noir,
a accepté un nouveau challenge : revisiter les codes de la marque comme le trench,
ouvrir les classiques maison au monde, travailler les teintes claires. Rencontre
chaleureuse au siège de Burberry, niché dans le quartier de Lambeth à Londres,
entre le MI5 et le MI6, avec un homme charmant, en jogging noir, qui a été
l’un des premiers à avoir fait défiler des mannequins transsexuels. Il nous parle
de son enfance pauvre, de ses goûts, de ses combats, et de sa vision de Burberry.
Photographe DAVID SIMS. Réalisation EMMANUELLE ALT. Texte NELLY KAPRIÈLIAN.
Vous êtes italien, vous avez étudié à Central Saint Martins, travaillé
douze ans à Paris, et maintenant vous êtes de retour à Londres…
Quel rapport entretenez-vous avec l’Angleterre ?
Mon lien avec l’Angleterre est très fort, parce que c’est en effet
le premier pays où je suis venu après avoir quitté l’Italie à 17 ans :
pour moi, c’est là où tout a commencé. J’ai rencontré beaucoup
de gens, dont certains m’ont poussé à faire Central Saint Martins.
J’étais jeune, fauché, et le gouvernement anglais m’a donné
une bourse pour m’aider à payer mes études. Donc l’Angleterre
compte beaucoup pour moi. Quand j’ai pris une année sabbatique
après avoir passé douze ans chez Givenchy à Paris, je ne
voulais pas me remettre à travailler. Mais Burberry m’a donné
l’opportunité de revenir à Londres et c’est génial, même si
je découvre un autre Londres, où beaucoup de choses bougent
sur le plan social et politique.
Vous vous sentez toujours italien ?
Oui, et pourtant, quand j’ai quitté l’Italie, je détestais mon
pays, parce que je venais d’un milieu très pauvre. Et dans l’Italie
d’alors, si vous ne veniez pas de la bonne famille, si vous n’aviez
pas d’argent, vous ne pouviez pas réussir. Je suis parti en colère
contre ce pays qui était alors injuste, raciste, homophobe.
Et puis j’ai découvert la Grande-Bretagne, où j’ai pu m’exprimer,
être libre, vivre ma sexualité, étudier l’histoire de l’art.
L’Angleterre m’a aidé à briser la glace. Je n’ai jamais, mais alors
vraiment jamais, pensé que j’arriverais où je suis aujourd’hui.
À l’époque, mon ambition, c’était juste d’avoir une vie meilleure,
ma famille autour de moi, un bon boulot, une vie normale.
Après douze ans chez Givenchy, j’ai appris à communiquer
avec les autres, mais au début, j’étais très timide, renfermé
sur mon monde, ma musique, j’étais très sombre. Et puis j’ai
eu cette incroyable opportunité en France à laquelle je ne
m’attendais pas, et qui allait changer ma vie. Il y a vingt-quatre
ans que j’ai quitté l’Italie, et elle ne m’a jamais manqué. Mais
aujourd’hui, je vois que le pays va mal et je me dis que si on avait
un meilleur gouvernement, un meilleur système social, et moins
d’ignorance, ce serait un pays fantastique : on a l’art, la cuisine,
la beauté et les gens sont sympas. Depuis six ans, je recommence
à apprécier mon pays et j’espère qu’il ira mieux. Donc oui, je me
sens italien, mais c’est très récent.
Mais votre goût en tant que designer, votre esthétique, sont-ils italiens ?
Non, ma façon de penser et de designer ne sont pas italiennes.
J’ai d’ailleurs eu pas mal de problèmes en commençant à Paris,
car beaucoup de journalistes ne pouvaient pas croire que
j’étais italien : mon style était très languide, très dark, j’étais
complètement différent de l’esthétique de... disons Sophia
Loren ! À l’époque, les styles ne se mélangeaient pas tant que ça,
aujourd’hui, beaucoup plus, et c’est tant mieux car j’adore
les mélanges. Par exemple, il y a onze ans, j’ai amené le sport dans
la couture : à un moment où tout était glitter, fourrure et glam,
«J’ÉTAIS
LE PREMIER À LE
DIRE ET J’AI PRIS
DES RISQUES.
AUJOURD’HUI,
QUAND JE VOIS
LE POUVOIR
DES FEMMES,
LE POUVOIR DES
TRANSSEXUELS,
DES HOMOSEXUELS,
je faisais du streetwear très
noir, skate. Cela dit, je pense
que quand il s’agit d’un vrai
designer, on peut voir s’il est
français ou anglais – quand
je dis «vrai designer», je pense
à Azzedine Alaïa, Helmut
Lang, Hedi Slimane… Les
Italiens aiment le classicisme
et la sensualité, les Français
la sophistication, et les
Anglais l’excentricité,
le classique avec un twist.
Non seulement vous revenez
en Angleterre, mais en plus
à la tête d’une maison qui en est
l’icône : Burberry. Qu’allez-vous
en faire ?
Pour moi, pendant longtemps,
Burberry était une marque
de trenchs et de carreaux, mais
en arrivant ici, j’ai compris
son immense importance
en Angleterre. Dans chaque
pays, il y a une maison qui en
représente l’esprit : Burberry,
c’est le drapeau anglais. Thomas Burberry travaillait avec les
puissants du pays, les plus riches, ceux qui ont réalisé les choses les
plus folles, et il travaillait aussi l’uniforme militaire. Aujourd’hui,
quand un jeune homme réussit ses examens à 18 ans, il a son
premier trench Burberry. C’est une marque démocratique :
le carreau Burberry peut être porté autant par les gens de la rue
que la famille royale. Le trench est devenu un classique, comme
le sac Chanel. C’est pourquoi, même si la marque était créative,
il n’y avait pas vraiment eu de changements. Je me suis plongé
dans les archives et j’ai créé un nouveau monogramme, le B et le
T imbriqués. Aujourd’hui, vous devez être plus global. C’est très
important d’être britannique, mais en 2019, ou 2020, n’importe
quel pays doit porter son drapeau à l’extérieur. Alors il faut bien
sûr garder le côté classique de Burberry, son essence britannique,
mais en y ajoutant quelque chose d’autre.
ÇA ME REND
HEUREUX.»
C’est pourquoi être italien était important : il faut ce regard extérieur
pour apporter ce quelque chose d’autre ?
Oui, parfois je pense même que ce serait mieux qu’un Anglais
ou un Français soit à la tête d’une maison italienne. Parce
que quand tu vis dans ta culture, ta religion, c’est comme si tu
avais un poids très lourd sur les épaules. À mes débuts, je me
rappelle, les gens pensaient que j’allais faire du sexy, seulement
parce que je suis italien.
Cape en coton noir, sur
veste en cuir noir et polo
en coton beige imprimé
rouge, jupe courte en
cuir noir, et boucle
d’oreille en laiton doré
et argenté, Burberry.
xxxxxxxxxxxxxxx 161
«JE VOULAIS
TRAVAILLER SUR
L’ALLURE. ET
SUR L’ESPRIT
BRITISH :
JE VOULAIS FAIRE
LA PREMIÈRE
COLLECTION AVEC LE
CARREAU, LES PINS.
SEULS LES ANGLAIS
PEUVENT PORTER
DEUX IMPRIMÉS
DIFFÉRENTS
ET AVOIR L’AIR
GÉNIAUX.»
Chemise polo
en coton beige
imprimé, Burberry.
page de gauche,
car coat en vinyle,
sweat-shirt en coton,
chemise en coton, short
en maille de laine,
chaussettes en coton et
chaussures en cuir
verni, Burberry.
Votre premier geste en arrivant chez Givenchy et Burberry
a-t-il été le même ?
L’approche entre Givenchy et Burberry était différente. Givenchy
est une maison jeune avec une histoire de haute couture. Ce qui
était alors très important pour moi, c’était d’étudier la coupe
de la couture : j’étais tellement jeune, il fallait que j’apprenne…
Et j’ai beaucoup appris. Ici, c’est différent, car je sais maintenant
comment marche le business. Quand je me suis rendu dans les
archives Burberry, j’avais d’ailleurs une vue très business, car je
suis très orienté business, même si jamais qui que ce soit ne m’a
demandé de l’être. Je suis juste très conscient du merchandising,
parce que pour survivre, j’ai eu à faire toutes sortes de petits
boulots : j’ai travaillé dans un magasin, j’ai fait les paquets, etc.
Bref, quand je suis allé dans les archives, j’ai été surpris : je
m’attendais à quelque chose de formel, de militaire, pas à
découvrir une belle histoire, et la belle histoire en question,
c’est qu’après sa première collection, Thomas Burberry, cet
homme qui était une vraie fenêtre ouverte sur le monde,
qui travaillait avec les Italiens ou les Français, qui faisait des
vêtements très inspirés par l’architecture et dont le symbole était
un cheval et un guerrier, quand il fermait sa porte le soir pour
rejoindre sa famille, c’était un vrai romantique. Cet homme
avait designé toute son argenterie, sa porcelaine, et j’ai découvert
que le cheval de son emblème y était devenu une licorne. Bref, il
affichait quelque chose de fort à l’extérieur, mais à l’intérieur, tout
était plus doux, romantique
et onirique. J’ai choisi de
développer cette facette-là
de sa personnalité. Hubert de
Givenchy était un homme et
un créateur génial qui créait
des vêtements, alors que
Thomas Burberry a dessiné
l’Histoire, et tout le lifestyle
qui va avec. Les archives sont
étonnantes : vous pensez que
vous allez n’y trouver que des
milliers de trenchs, mais non,
il y a plein d’autres choses.
Comme ces foulards que
personne ne connaissait.
C’est ce que je veux ramener.
Et il y en a encore plus à venir.
«J’AI DÉCLOISONNÉ
LES GENRES PARCE
QUE J’ÉTAIS
PROBABLEMENT
Comment avez-vous pensé
votre première collection ?
Je voulais surtout travailler
sur l’allure. Et sur l’esprit
british : je voulais faire
CINGLÉ ET
PUNK, PARCE
QUE JE VOULAIS EN
DÉCOUDRE AVEC LE
MONDE, PARCE QUE
J’ÉTAIS CHANCEUX,
AUSSI, VENANT DE LA
RUE, D’ÊTRE DEVENU
CE QUE JE SUIS.»
la première collection avec le carreau, les pins. Seuls les Anglais
peuvent porter deux imprimés différents ensemble, comme
des carreaux et des fleurs, et avoir l’air géniaux.
Pour ce show, vos silhouettes sont très «genrées» : les femmes très
féminines et les hommes masculins. Pourquoi ?
Mélanger la féminité et la masculinité, le côté sombre et
la légèreté, ça a toujours été mon truc. Mais pour moi, ce qui
était important avec Burberry, c’était de faire un statement.
Aujourd’hui, le monde traverse une période d’insécurité, et du
coup tout est partout pareil – j’ai remarqué qu’il y avait beaucoup
de répétitions, et que personne ne voulait plus designer. Alors je
me suis dit que moi, j’allais redesigner, aller vers plus de qualité,
de luxe. Mais tout en créant aussi pour les plus jeunes. Car sous
ce grand parapluie qu’est Burberry, vous trouvez le père, la mère,
le fils, la fille, etc. Aujourd’hui, ce qui est moderne pour moi,
c’est ce qui se vend – pas pour vendre et faire de l’argent, mais
parce que c’est juste et respectueux pour tout le monde. Je viens
d’une famille pauvre et je sais ce que c’est que d’économiser pour
s’acheter un jean. On doit designer aussi bien des T-shirts ou des
petits accessoires que des sacs en croco. Il ne devrait pas y avoir
de barrières, et la mode doit être plus démocratique.
Notre numéro a pour thème la fluidité des genres, la transidentité…
Il ne devrait plus y avoir de barrières, qu’elles soient raciales,
sexuelles, ou autres. J’étais le premier à le dire et j’ai pris des
risques. Aujourd’hui, quand je vois le pouvoir des femmes,
le pouvoir des transsexuels, des homosexuels, ça me rend heureux.
Je me sens comme un père fier de ses enfants. J’ai commencé à
vouloir décloisonner les genres parce que j’étais probablement
cinglé et punk, parce que je voulais en découdre avec le monde,
parce que j’étais chanceux, aussi, venant de la rue, d’être devenu
ce que je suis, donc je voulais me battre pour inclure les gens que
la société exclut. Il y a neuf ans, j’ai fait un show avec Antony and
the Johnsons et Marina Abramovic contre les violences faites
aux femmes, c’était la Bambi Collection. Quand je vois le Times
faire sa première couv avec une transsexuelle, ça me fait pleurer
d’émotion. J’ai beaucoup travaillé avec mon amie Lea T (une
mannequin transsexuelle brésilienne, ndlr). Ensemble, nous avons
fait quelque chose. Ma mère disait : rappelle-toi qu’il faut une
goutte d’eau pour faire un océan, sans goutte d’eau, pas d’océan.
Pour vous, la mode est comme une plateforme pour vous exprimer ?
J’ai toujours pensé que lorsqu’on a la chance d’occuper une place
où l’on est suivi, il faut en profiter pour éduquer, transmettre.
La mode peut être faite pour attirer l’attention, et il y en aura
toujours qui feront cela pour vendre, mais quand les gens le font
avec honnêteté, ça se voit. L’essentiel, c’est d’être soi-même.
Ce qui compte, c’est de trouver sa propre identité.
Trench en gabardine de
coton et empiècements
de cuir, collier
«Passeport» en cuir
lisse, chaussettes en
coton et chaussures en
cuir verni, Burberry.
Poncho en vinyle, chemise en
soie imprimée, pantalon en
coton, ceinture foulard en soie,
et petit sac en cuir verni
monogrammé, Burberry.
Maquillage Burberry avec le
fond de teint Fresh Glow Gel
Stick Porcelain, l’Eye Colour
Contour Naturel Almond 104,
le mascara Burberry Cat
Lashes Jet Black et le Lip
Velvet Crush Magenta.
Coiffure Damien Boissinot
pour René Furterer avec
le Spray Style Gloss. Mise
en beauté Lucia Pieroni.
Manucure Ama Quashie.
Assistantes réalisation
Jade Günthardt
et Georgia Bedel.
À propos d’identité, vous êtes connu depuis Givenchy pour votre
style gothique, très noir. Ça vous fait quoi de travailler avec du beige
maintenant ?
Je suis très à l’aise avec ça. En fait, je suis devenu obsédé par
le beige ; j’essaie de trouver un moyen d’y apporter ma touche
dark, ce qui est un challenge. Par exemple, comme emblème,
j’ai fait une licorne comme Thomas Burberry, mais la mienne
est une licorne albinos. Je pense que ma première collection
chez Burberry établit mon alphabet ; avec la deuxième, je vais
commencer à écrire un livre. Je commence à savoir ce que les
gens aiment chez Burberry et, petit à petit, je vais ouvrir cela
pour voir comment Burberry et Tisci fonctionnent ensemble.
Car mon côté sombre fait partie de moi et je ne peux pas changer.
Comme dit ma mère, si tu nais rond, tu ne peux pas finir carré.
J’adore votre mère, elle a toujours le mot juste. Est-ce que je pourrais
la consulter de temps en temps ?
(Rires) Elle a élevé neuf enfants sans leur père, elle connaît la
vie. La vraie punk, c’est elle ! Elle a toujours été ma meilleure
amie. La pauvreté m’a empêché d’avoir une vie normale avec les
autres. Pour ne pas que je me sente mal, différent ou laissé pour
compte (parce que j’étais vraiment laissé pour compte à l’école,
où j’étais le pauvre de service), ma mère m’a toujours parlé comme
à un adulte. Et quand j’ai commencé à m’exprimer, elle a compris
que j’étais créatif, et elle m’a laissé partir comme une bouteille
à la mer. J’ai alors commencé à étudier l’histoire de l’art et je suis
devenu designer. Mais davantage que designer, ce que je voulais
vraiment, c’était trouver le moyen de m’exprimer.
Pourquoi aimez-vous tant ce style noir, gothique – qui, entre nous,
est très anglais aussi…
Exactement, c’est très victorien ! J’adore la vie et la légèreté, mais
c’est vrai que je suis attiré par ce qui est sombre car cela engendre
beaucoup de choses… l’art, par exemple. Mais mon côté dark est
assez ironique car j’ai appris depuis l’enfance que ce qui m’arrive
n’est pas négatif. Ma mère (oui, encore !) m’a toujours dit de
regarder le verre à moitié plein, pas à moitié vide. J’ai grandi en
Italie sans père, c’était très dur. J’ai travaillé très tôt, beaucoup
de choses me tombaient dessus et ma mère était inquiète. Mais
elle m’a transformé. Je vois toujours la lumière dans l’ombre, et
probablement qu’aujourd’hui, pour moi, beige is the new black (rires).
Le trench-coat est aussi le vêtement transgenre, et transidentité
par excellence, puisqu’il est porté par tout le monde. Vous allez jouer
avec ce classique ?
J’ai déjà commencé dans ma première collection. Mais même si
le trench est le symbole de Burberry, j’aimerais que la maison en
ait aussi d’autres. Les temps changent, les gens ont des besoins
différents, il faut aller de l’avant. Nous ne pouvons pas nous limiter
à seulement une ou deux pièces. Et c’est un challenge génial.
Qu’est-ce qui vous inspire ?
L’art, la peinture, et la religion – ça ne veut pas dire être croyant,
mais toutes les religions sont inspirantes, car ce que les humains
construisent au nom de la religion est incroyable : peintures,
architecture, lieux de culte, etc. En ce moment je regarde
beaucoup de films le week-end. Et puis j’adore la musique et
l’énergie de la jeune génération : je peux voyager à travers le
monde pour suivre des DJ, aller à Berlin, à Ibiza, à des sound
festivals à Miami. J’ai commencé en 2000, alors je suis vraiment
à fond dans la techno. Et ce que j’adore aussi, c’est m’asseoir
dans la rue et regarder les gens passer. Parce que c’est beau de voir
comment chacun s’exprime à travers la façon dont il s’habille.
En deux décennies, qu’avez-vous appris de la mode ? Et de la vie ?
En mode j’ai appris à m’exprimer, littéralement et profondément.
J’étais un enfant très renfermé, à la limite borderline, je ne vivais
que dans mon monde, je n’arrivais même pas à communiquer avec
les autres car j’étais trop timide. Et ce que j’ai appris dans la vie,
c’est le karma : je pense que quand on est bons, de belles choses
bien nous arrivent, ou même si des choses cruelles nous arrivent
aussi, elles arrivent d’une autre façon. Et puis l’amour. Ma mère
m’a donné tellement d’amour que je m’en suis sorti. Le karma et
l’amour, donc : il faut toujours être reconnaissant pour ce que
l’on a. La vie est stressante, nos sociétés sont difficiles, mais
parfois c’est bien de s’arrêter et d’apprendre à voir ce qu’il y a
aussi de positif.
Allez-vous introduire la haute couture chez Burberry ?
(Rires) C’est un sujet en discussion… Donc pas pour le moment,
mais sans doute dans l’avenir. Parce que j’adore la couture :
en faire a été l’un des meilleurs moments de ma carrière. La vraie
couture, c’est un vêtement unique fait sur le corps d’une seule
personne, c’est Madeleine Vionnet, Coco Chanel, monsieur
Saint Laurent, Capucci… C’est la coupe, l’allure, c’est ce qui
dure toujours et qui a le pouvoir de changer la vie. Quand
j’ai vu l’exposition Madame Grès au musée Bourdelle à Paris
il y a quelques années, je me souviens que ça a été un choc.
J’ai éprouvé la même émotion que lorsque j’ai eu la chance de
voir, chez un particulier, une toile de Frida Kahlo. La beauté…
C’était à couper le souffle.
Photographe ALASDAIR McLELLAN. Réalisation ALEKSANDRA WORONIECKA.
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À gauche, T-shirt en coton, Re/Done.
À droite, brassière en maille de coton et soie, et pantalon droit en canevas de laine, Hermès.
Long cardigan en jacquard de soie fluide, et pantalon évasé en
satin imprimé, Chloé. Alliance «Trinity», Cartier .
page de droite, pull col carré en laine motif monogramme,
chemise en coton, cravate en soie et pantalon en laine, Burberry.
Ceinture El Paso Booty. Mocassins en cuir avec chaîne et détail
en métal doré, Paco Rabanne. Maquillage Givenchy avec le
Mister Stick Matifiant, le Mister Gel Bonne Mine,
le Mister Stylo Correcteur Instantané n° 120 et, sur les sourcils,
le Mister Brow Groom.
Veste double boutonnage en brocart et jacquard à revers de col
contrasté, Dolce & Gabbana . Chemise motif dragon ton sur ton, en
jacquard de soie, alexander wang. Pendentif Marc Deloche.
page de droite, manteau en cuir, Miu Miu. Sac «Birkin 40» en
veau Barenia naturel, Hermès chez Valois Vintage. Lunettes de
soleil, Gucci. Bague «Trinity», Cartier .
Veste en lin, sur chemise en coton et soie, Emporio Armani.
Foulard en soie, Charvet. Anneau de foulard, et chapeau, Harpo.
page de droite, veste et pantalon en crêpe couture, et chemise en
popeline de coton, Valentino. Ceinture El Paso Booty.
Chaussettes en coton, Adidas. Mocassins en cuir avec chaîne et
détail en métal doré, Paco Rabanne.
Pull en cachemire, et jupe trapèze en satin, Prada .
Ceinture Goossens. page de gauche, veste et pantalon
en canevas de soie, Dior . Chemise en soie imprimée bandana,
alexander wang. Ceinture, El Paso Booty.
Pendentif, Marc Deloche. Gourmette, Tiffany & co.
Chemise et pantalon en soie imprimée, et chapeau en coton
imprimé, Etro. Bague «Trinity», Cartier . page de droite,
pull en maille de coton, Calvin Klein 205W39NY.
Jean en denim, Re/Done. Chapeau Harpo.
Gourmette, Tiffany & Co. Ceinture et santiags, El Paso Booty.
Blazer et pantalon en drap de laine et mohair, Louis Vuitton.
T-shirt en coton et cachemire, Majestic Filatures.
Chaîne, Marc Deloche. Gourmette, Tiffany & Co.
page de gauche, gilet en cuir et pantalon en coton imprimé,
Louis Vuitton.
Cardigan en coton, et pantalon en denim délavé, Chanel.
Bague «Trinity», Cartier . page de gauche, chemise en soie
brodée main, Givenchy. Jean en denim brut, A.P.C.
Ceinture, El Paso Booty.
À gauche, robe en soie plissée, Gucci. Bague «Trinity», Cartier .
À droite, chemise en soie brodée main, Givenchy.
Montre, Jaeger LeCoultre chez Collector Square.
page de droite, chemise en coton et lin, Salvatore Ferragamo.
Jean en denim brut, A.P.C. Pendentif, Marc Deloche.
page de gauche, bomber entièrement brodé de sequins, motif drapeau
américain, Philipp Plein. T-shirt en coton, Re/Done. Jean en denim
brut, A.P.C. Ceinture, El Paso Booty. Pendentif, Marc Deloche.
Gourmette, Tiffany & Co. Chaussettes en coton, Adidas. Mocassins
en cuir avec chaîne et détail en métal doré, Paco Rabanne.
Ci-dessus, à gauche, veste en canevas de laine à boutons en métal
palladié, Hermès. À droite, veste en canevas de soie, Dior . T-shirt en
coton, Re/Done. Mise en beauté Lynsey Alexander. Coiffure
Malcolm Edwards. Manucure Lorraine Griffin. Set designer Andy
Hillman. Retoucheuse vêtements Nafisa Tosh. Production Ragi
Dholakia Productions. Assistantes réalisation Aline de Beauclaire
et Jessica Falcao.
ludovic de saint-sernin, A/H 2018-2019
louis vuitton p/E 2019
gucci croisière homme 2019
maison margiela P/e 2019
celine P/E 2019
gucci croisière homme 2019
presse ; martin parr/gucci ; in digital images
ce N’EST
PLUS la question
FILLE ou GARÇON,
La mode est connue pour sa capacité
à faire effet de loupe sur certains spasmes
de la société. Signe des temps :
les défilés et les campagnes de publicité brouillent
la carte des identités et abolissent les frontières entre
masculin et féminin. Si cette réalité «gender fluid»
semble naturellement intégrée par la génération Z,
la neutralisation des genres qui sonnerait
la fin de la binarité sera-t-elle le grand
phénomène du siècle ?
Par GÉRALDINE SARRATIA.
décryptage 189
190 décryptage
féministes dès la fin des années 60, puis par la suite queer
(on pense, entre autres, aux écrits de la philosophe Judith Butler
et son fondateur Trouble dans le genre qui paraît en 1990 aux
États-Unis, quinze ans plus tard en France) de ces catégories,
résultant d’une vision du monde hétéro-normée.
L’acquisition de nouveaux droits (le mariage pour
tous en France, la reconnaissance d’un troisième genre en
Allemagne, les récentes mesures politiques pro-LGBTQI prises
par le Chili ou l’Uruguay, qui prend désormais en charge les
opérations liées aux transitions de genre) a également modifié
la façon dont on pensait l’individu et l’identité. L’idée d’un monde
binaire et d’un trajet entre ces deux polarités est old school,
démodée. Aujourd’hui, on ne va plus d’un genre à l’autre, on
se déplace librement dans un spectre, une identité davantage
pensée comme un continuum. On est fluide, ou «gender fluid»,
comme disent les Anglo-saxons. Pour les jeunes générations Y
et Z, l’idée que le genre est une construction sociale, une façon
intime de se ressentir que ne suffisent souvent pas à traduire les
mots «homme» ou «femme» est de plus en plus communément
admise. Le désir qui prime aujourd’hui n’est donc plus d’affirmer
son appartenance à une de ces vieilles entités, mais bien de
rendre visible aux yeux des autres, via son compte Instagram
ou Snapchat, sa singularité. Et quel meilleur vecteur pour
cette expression intime personnelle que le vêtement ? «Il est
intéressant de voir comment la théorie queer a provoqué des
questionnements sur la question de l’apparence et sur la question
du mode d’apparition de soi, de la présentation de soi, explique
l’historienne et critique d’art Élisabeth Lebovici. C’était quelque
chose qu’on étudiait peu, à part en sociologie. Il en est resté
une trace, une conscience, qui permet aux jeunes gens
aujourd’hui d’utiliser et de jouer plus facilement avec leurs corps
et le vêtement.»
C’est Jaden Smith qui s’habille en total look femme
Vuitton par Nicolas Ghesquière, «parce que c’est la façon dont
il se ressent», Ezra Miller qui pose pour Playboy avec un haut
en dentelle et du rouge en lèvres, précisant que les deux pronoms
«he or she» lui vont. C’est, en France, Christine and the
Queens qui devient Chris et se revendique comme une «femme
phallique» ; Eddy de Pretto qui interroge la virilité traditionnelle
et chante «qu’il joue avec les
filles et ne prône pas son chibre».
Ou encore le dessinateur Luz
qui clame sur Radio Nova : «J’ai
toujours voulu être celui dont on
ne sait pas qui il est. Je réclame le
droit à l’indéfini.» Même constat
chez la chanteuse et actrice
Aloïse Sauvage, qui a enflammé
les dernières Transmusicales de
Rennes : «Toutes les cases sont
en train d’exploser. C’est pareil
que pour les genres musicaux.
On me demande ce que je fais.
’idée
d’un monde binaire
et d’un trajet entre
ces deux polarités est
old school, démodée.
Aujourd’hui, on
ne va plus d’un
genre à l’autre, on se
déplace librement
dans un spectre, une
identité davantage
pensée comme un
continuum.
brett lloyd/burberry ; suffo moncloa
La porte s’ouvre et
l’espace d’un instant,
on croit reconnaître
Lady Stardust. La
chevelure est rousse,
longue, ramenée en
chignon. La silhouette
longiligne androgyne
dégage fugacement
cet «animal grace»
qui illumine le
morceau de Bowie.
Ludovic de SaintSernin, 28 ans, reçoit
dans son appartement
showroom du quartier
de Belleville. Assis
dans son salon, il
s’amuse à détailler sa
tenue en commençant
par ses chaussures,
des Tabi Shoes. «Ça, c’est de l’homme mais inspiré de la femme,
ça c’est de la femme (il montre son pantalon)», avant de terminer
sur son sous-pull noir moulant, «de l’homme». «Je mets juste
ce qui me va. Je ne pose jamais la question de savoir si je fais du
shopping dans la section homme ou femme.»
Ludovic de Saint-Sernin est le dernier vainqueur du prix
de l’Andam, qui récompense la jeune création. Ses collections
sont montrées pendant les défilés homme mais sont avant tout
une réplique de son vestiaire personnel, qui puise au-delà des
genres et des codifications habituelles de la mode, homme/
femme, prêt-à-porter/haute couture.
La porosité entre les genres n’est évidemment pas
nouvelle pour la mode – de tout temps, les designers et les pop
stars (Bowie, Prince, Boy George, Grace Jones…) se sont amusés
à jouer avec les genres. Il suffit de repenser aux power women
des années 80 qui s’appropriaient volontiers ce qui était alors
vu comme des signes de pouvoir : vestes de costumes à larges
épaules, chemises, pantalons, derbys plates, cravates pour les
plus audacieuses. Des emprunts qui sont aujourd’hui totalement
intégrés au vestiaire féminin. Mais les mouvements restaient
majoritairement unidirectionnels, entérinant dans l’habillement
une hiérarchie pérenne et l’existence de stéréotypes bien ancrés.
«Le masculin restait l’étalon, le top de la hiérarchie, alors que
le féminin était associé à une idée de faiblesse, d’infériorité»,
précise Ludovic de Saint-Sernin. L’homme cédant à l’apprêt,
à l’ornemental, était immédiatement regardé avec suspicion.
C’était, comme le rappelle Olivier Saillard, historien de la mode
et actuel directeur artistique de Weston, «le signe d’une sexualité
controversée».
La nouveauté aujourd’hui, s’il faut en déceler une,
est donc cette nouvelle possibilité de jeu et, au-delà, la profonde
remise en question et déconstruction par les mouvements
La chanteuse Chris(tine and the Queens).
Page de gauche, Burberry collection croisière 2019.
Le mannequin Hanne Gaby Odiele.
Trois images
du mannequin
Teddy Quinlivan :
défilé Louis
Vuitton P/E 2019
(ci-dessus), et
Chloé P/E 2019
(ci-contre).
David Bowie et sa
femme Angie
promènent leur
fils en juin 1971.
instagram ; photo 12/mirrorpix ; in digital images
On écoute du hip-hop, de la pop, de la chanson, plein de trucs
différents. C’est de la nouvelle chanson française, point barre.
Idem pour les catégories sexuelles. Homme, femme… Le genre
on s’en fout. Il y a vingt mille possibilités de se ressentir.
Est-ce que ces mots-là ont encore un sens ?»
La mode, en bon étalon de l’époque, retraduit,
en les hystérisant un peu, à son habitude, ces mouvements qui
traversent la société. Sur les podiums, ces catégorisations volent
de plus en plus en éclats. Et la tendance est loin de se limiter,
comme il y a quelques années encore, à des avant-gardes ou
à des défilés de designers japonais ou londoniens ultra-pointus,
tels qu’Eckhaus Latta, Charles Jeffrey ou le très précurseur
J.W. Anderson. «Il a vraiment fait preuve de courage. Je me
souviens d’une collection pour homme avec une robe qui se
terminait par un collant et des bottes de chasse. Cette imagerie
qui paraissait invraisemblable est devenue vraisemblable. Il y
a eu une fantaisie intégrée dans les sacs, les pantalons. Je le vois
aujourd’hui sur des potes hétéros», raconte Loïc Prigent.
Aujourd’hui, les géants de la mode ont digéré dans
leur grammaire cette nouvelle fluidité. Chanel vient de lancer
une ligne de maquillage pour homme, Boy, des mannequins trans
défilent chez Givenchy époque Riccardo Tisci et chez Vuitton.
Quant à Hedi Slimane, le nouveau directeur artistique de Celine,
il explique dans une interview accordée à Vanity Fair qu’il ne
s’est jamais retrouvé dans une définition stricte et dissociée
des genres. «Tout me semblait plus complexe – la part de féminité
et de masculinité de chacun. En tout état de cause, j’ai défendu
pendant plus de vingt ans, dans l’incompréhension totale,
ce qu’on appelle aujourd’hui “la fluidité”.»
La fast fashion n’est évidemment pas en reste : H & M vient
de lancer (en janvier) une ligne Genderfluid en collaboration avec
les Suédois d’Eytys, Céline Dion une ligne pour enfants nongenrés (Célinununu), quand Asos mise, lui, sur Collusion. Pour
le journaliste et réalisateur Loïc Prigent, on peut situer le moment
de cristallisation et d’accélération/propagation de cette tendance :
janvier 2015, date d’arrivée du créateur Alessandro Michele à
la tête de Gucci. «Appliqué au genre, sa mode a le même effet
que la collection Vuitton-Supreme pour le streetwear. Et encore,
son boulot dans ces années-là est timide par rapport à ce qu’il
fait aujourd’hui. Je pense que notre œil s’est vachement habitué
aux pantalons larges, aux mecs plus doux. Avec Michele, on sort
totalement de l’Adonis», analyse Prigent. En 2017, Michele enfonce
le clou en proposant un défilé mixte. «Cela me paraît naturel de
présenter mes collections homme et femme en même temps.
mode,
en bon étalon de
l’époque, retraduit,
en les hystérisant
un peu, à son habitude,
ces mouvements qui
traversent la société.
Sur les podiums,
ces catégorisations
volent de plus en plus
en éclats.
C’est la façon dont je vois
le monde aujourd’hui.»
Burberry, Tom Ford ou
Vetements font de même.
Faut-il donc
raisonnablement tabler
sur la fin de la binarité sur
les podiums des défilés ?
Dans la pratique, les choses
semblent déjà bouger :
les Galeries Lafayette, qui
s’apprêtent à ouvrir sur les
Champs-Élysées, envisagent d’inaugurer un espace mixte, qui
s’adresserait à tous. C’est déjà le cas dans quelques boutiques
pointues à New York, Londres ou encore Paris, rue du Trésor
chez Agogogang (les responsables de la boutique, stylistes,
travaillent entre autres avec Aloïse Sauvage). Plus de rayon
«homme» ou «femme». Les vêtements y sont rangés par
couleur. Mais ces points de vente restent exceptionnels.
Comme le souligne Loïc Prigent, il faut se méfier de l’effet
déformant de la mode. «En un sens, elle n’est pas un bon
étalon pour rendre compte de ce qui se passe au niveau
du genre. La mode est dans l’outrance du genre.» Eddy de
Pretto, qui sillonne la France depuis bientôt deux ans pour
défendre son album «Cure», ne dit pas autre chose. «La
fluidité de genre, je la ressens quand je sors à la Station ou
dans des soirées queerfriendly à Paris. Mais je pense que cette
remise en question reste minoritaire. La mode sonne pour
moi comme une promesse. Cette façon de casser les codes ne
s’est pas uniformisée. On le voit dès qu’on s’éloigne de Paris
intra-muros, ou dès que pointe une radicalité : une femme
qui s’approprie une masculinité, qui s’affirme comme butch
est encore réprouvée.» Ce n’est pas Chris qui dira le contraire.
La nouvelle identité de la chanteuse, qui a choisi de mettre
en avant des attributs classiquement masculins, muscles,
puissance, cheveux courts, et a mis en scène sa «butchitude»
dans 5 dollars, un clip à l’érotisme doucement SM, avec harnais
et strap-on, en a fait les frais. Sur les réseaux sociaux, nombreux
étaient les commentaires qui disaient la préférer avant,
lorsqu’elle était une (gentille et douce ?) jeune fille aux cheveux
longs. «Les stéréotypes restent solidement ancrés, conclut
de Pretto. Mais je sens tout de même davantage de liberté.
Et je sais que notre rôle, en tant qu’artistes, c’est de continuer
à les questionner.»
décryptage 193
AUTOPORTRAITS
Photographe MICHAEL BAILEY GATES.
Réalisation TONNE GOODMAN.
Veste en drap de laine et bikini en dentelle florale, Michael Kors Collection. Chapeau en laine, Fausto Puglisi.
194
Robe asymétrique
en soie, Versace.
page de droite,
à gauche, veste
en tissu technique
avec harnais, et
pantalon assorti,
GMBH. Chapeau en
feutre, albertus
swanepoel.
Bottines en cuir
verni, Vetements.
À droite, longue
robe col roulé en
maille velours, et
cuissardes «Knife»
en velours stretch,
Balenciaga .
À gauche, bikini en
fibre technique,
Michael Kors
Collection.
À droite, smoking
en satin de soie,
Giorgio Armani.
Chapeau en feutre,
kangol. page
de droite, longue
robe à fines
bretelles en coton,
Jacquemus.
Blouse en soie,
Haider
Ackermann.
Collants résille,
Wolford.
Escarpins
slingbacks en cuir,
Bottega Veneta .
page de gauche,
veste croisée,
et chemise à col
oversized,
lavallière en
georgette de soie
lavée, Saint
Laurent
par Anthony
Vaccarello.
Derrière, longue
robe en crêpe de
soie, Phillip Lim.
Escarpins
volantés en cuir,
Max Mara .
Combi-pantalon
bustier en crêpe
de soie stretch,
Chanel.
page de droite,
brassière en
néoprène, Fendi.
Robe en cachemire,
Bottega Veneta .
page de gauche,
chemises en popeline
de coton,
Même Chose.
Maquillage Clarins
avec le fond de teint
Skin Illusion
Porcelain, l’Ombre
Matte Nude Beige
et, sur les lèvres,
l’Hydra-Essentiel
Baumes Lèvres.
Mise en beauté
Kanako Takase.
Coiffure
Shingo Shibata.
Manucure
Gina Viviano.
Décor
Gérard Santos.
Assistants
réalisation
Taylor Angino,
Tanya JeanBaptiste et
Alexander Picon.
Le voyeur chic
Veste de travailleur indigo, sac
en bandoulière et Olympus
au poing, Bill Cunningham
a sillonné pendant près d’un
demi-siècle les rues des capitales et
les arènes des défilés à l’affût
des silhouettes les plus inspirantes.
Ce père de la photo «street look»,
auteur de la mythique page
«On the Street» du «New York
Times», a aussi bien flashé Greta
Garbo, Jackie O et les cygnes
de Manhattan que des spécimens
anonymes de Brooklyn, Paris
ou Tokyo. Anthropologue
du monde de la mode malgré lui,
ce gentleman reporter fait l’objet
d’un fascinant documentaire.
206 portrait
aurimages
Par SUZY MENKES.
Bill Cunningham dans les rues de New York en 2010.
m
«
erci, mon enfant», disait toujours Bill Cunningham, lorsqu’il
refusait ma proposition de partager un taxi après les défilés new-yorkais. Qu’il pleuve,
qu’il vente ou qu’il neige, il préférait enfourcher son vélo, coiffé de sa casquette et vêtu
de sa sempiternelle veste d’ouvrier bleu azur.
Le photographe aux soixante ans de carrière qui a saisi l’histoire de la mode sur
pellicule m’appelait toujours «mon enfant», même si je le connaissais depuis trente
ans. C’était l’original sur son biclou… Il prenait en photo les personnalités mondaines,
les excentriques de Manhattan et, surtout, il savait renifler les tendances de la rue,
planté à son croisement préféré, à l’angle de la 57e rue et de la 5e avenue.
«Je n’ai jamais été un paparazzi», disait Bill Cunningham. Il s’est pourtant
débrouillé non seulement pour photographier les gens célèbres – comme un Karl
Lagerfeld plus jeune et plus enveloppé avec Anna Piaggi, la légende italienne de
la mode – mais, avec ses clichés de Jacqueline Kennedy Onassis ou de la vieille garde
de l’Amérique aristocratique, il a assemblé une sorte de patchwork de la haute société
et rendu compte de son évolution.
Qui était ce frêle bonhomme au sourire perpétuel et à l’appareil photo toujours
autour du cou ? Bill Cunningham, dont le père travaillait à la poste et qui a débuté dans
la mode comme chapelier, avait su rester humble. Son studio dans le quartier de Carnegie
Hall à New York était meublé d’un simple lit une place au milieu de ses casiers de photos.
208 portrait
en haut, Jackie Kennedy et Calvin
Klein, New York, 1980. à droite,
S.I. Newhouse et son épouse au gala
du Met, années 70. en dessous,
fêtards dans une boîte, et, à droite,
Steven Meisel et Anna Sin à une fête,
dans les années 80. page de droite,
Bill Cunningham au travail lors d’un
grand bal à Rhode Island.
ci-dessus, dans une discothèque, années 80.
ci-contre, une gay pride américaine, durant
la même décennie. en haut, Pat Cleveland et,
à droite, Noureev et une amie lors d’une soirée
à Versailles. page de droite, clichés pris à
New York, années 80.
Pas de télévision. Une salle de bains commune. Il n’empêche que
son travail transcendait la mode. Le chemin qu’il a suivi, voire tracé,
a produit une œuvre au long cours qui a marqué l’histoire.
Le documentaire de Mark Bozek The Times of Bill Cunningham
a été sélectionné pour le New York Film Festival de 2018.
Censé tourner un tout petit film sur le photographe en 1994,
le réalisateur s’était finalement vu accorder un entretien
exceptionnel où l’homme s’était livré sans réserve. «Nous étions
censés passer ensemble une dizaine de minutes et trois heures et
demie plus tard, nous n’avions plus de bande», explique Bozek.
Quand j’ai ressorti l’enregistrement de ma cave le jour de sa mort
en 2016, je n’avais pas revu les images depuis vingt-cinq ans,
poursuit-il. Mais j’avais décidé que cela devait rester entre lui et
moi. Il racontait son histoire avec une telle passion.»
Le documentariste fait référence au moment où le photographe
à la vision si solaire s’assombrit lorsqu’il évoque ouvertement
le fléau du sida. Mais la vie de Bill Cunningham était entièrement
centrée sur la photographie et son désir de témoigner de la mode
à travers la foule d’individus qui l’incarnent.
Je
n’arrive pas à me souvenir d’un temps où son esprit
si libre ne s’intéressait pas à la mode et où Bill
Cunningham ne travaillait pas pour la rubrique «On
the Street» du New York Times. Aucun défilé n’était trop modeste,
ni trop grandiose, pour lui. Il était excité par l’inattendu : le retour
de l’élégance vestimentaire masculine ; les costumes aux couleurs
vives de la génération Y ; le street-style en perpétuel changement,
des tenues baggy rock au sportswear épuré.
Je l’entends encore décrire avec jubilation ces tenues modernes
décontractées qu’avaient osé présenter les créateurs new-yorkais
au Grand Divertissement de Versailles en 1973, et qui avaient
alors totalement éclipsé la haute couture parisienne.
portrait 211
l qualifiait l’événement de «show le plus excitant que j’aie jamais vu»,
se rappelant le contraste entre les maestros français – Dior, Givenchy,
Yves Saint Laurent – et la simplicité épurée des vêtements décontractés
proposés par les Américains Bill Blass, Halston et Oscar de la Renta.
Dans le final, Liza Minnelli avait beuglé : «Bonjour Paris !» devant
un public français un peu guindé qu’avait époustouflé l’Afro-Américain
Stephen Burrows. C’était la première fois, mais certes pas la dernière,
que le photographe démontrait son ouverture d’esprit par rapport
à la couleur de peau et aux classes sociales.
Bill Cunningham avait 87 ans quand il est mort, après avoir reçu la Légion
d’honneur en 2008. À la même époque, il était enfin devenu salarié du New York Times
après qu’un camion avait écrasé sa bicyclette.
Avant cette promotion tardive, le photographe était resté obstinément indépendant,
utilisant ses dons visuels pour révéler les changements vestimentaires survenus depuis
les années 70 et la folle énergie du Studio 54, et soulignant ensuite les différences
entre les tendances «uptown» et «downtown» de la mode.
Les remarquables photographies de Bill Cunningham valent aujourd’hui plus
d’un million de dollars. Il n’aurait pas été impressionné par ces chiffres. «L’argent
est la chose la plus cheap, affirmait-il. La liberté et la liberté d’esprit, voilà les choses
les plus précieuses.»
à gauche, Louise Doktor et Gene Krell, années 70.
ci-dessus, Bill Cunningham chez Jean Patou
en 1973, photographié par Jean-Luce Huré.
page de gauche, de haut en bas et
de gauche à droite : Al Pacino au Studio 54,
en 1978. Steven Klein et Donna Karan, années 80.
David Bowie et Iman, début 90. Calvin Klein
et Iman, gala du Met, 1981. Fran Lebowitz et
Anna Wintour, années 80. Mick Jagger, gala du
Met en 1974. Corey Grant Tippin et Jane Holzer,
années 70. André Leon Talley et Polly Mellen
au Studio 54 en 1979. Et André Leon Talley en
compagnie d’Alva Chinn, Studio 54, 1977.
The Times of Bill Cunningham, documentaire de Mark Bozek (74 minutes),
raconté par Sarah Jessica Parker.
portrait 213
214
l’œil de vogue
2
3
Vogue fashion cocktail
1
Le 9 novembre dernier, Vogue organisait un dîner
à l’occasion de la 3e édition du Vogue Fashion
Festival, journées de conférences consacrées aux
nouveaux enjeux de l’univers de la mode et du luxe,
en partenariat avec Swarovski.
Photographe Virgile Guinard.
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l’œil de vogue
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crédits photo
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20
17
21
22
1. Nadja Swarovski, Yves Bougon et Emmanuelle Alt. 2. Andres Velencoso. 3. Lou Doillon. 4. Delphine Royant
et Sébastien Missoffe. 5. Christelle Kocher. 6. Aleksandra Woroniecka et Jean-Paul Goude. 7. Rupert Adams.
8. Damien Pommeret. 9. Antonin Tron et Lucien Pagès. 10. Elie Top. 11. Anne-Véronique Baylac. 12. Sarah
Lavoine-Poniatowski. 13. Yoon Ahn. 14. Jeanne Damas. 15. Olivier Lalanne. 16. Xavier Veilhan. 17. Aymeline
Valade. 18. Caroline de Maigret. 19. Ashley Graham. 20. Lili Chen et Sébastien Badault. 21. Kevin Germanier.
22. Jennifer Neyt et Juliette Mallet.
Le Vogue Fashion Festival est organisé en partenariat avec Swarovski et avec le soutien de Google,
The Woolmark Company et Tmall Luxury Pavilion.
février 2019
215
216
l’horoscope
BÉLIER 20 mars – 19 avril
Être fidèle à vous-même et à vos passions, élaborer les plans
nécessaires pour les faire vivre est aussi stimulant que difficile.
Avec votre maître Mars en Bélier du 1er janvier à la mi-février,
vous débattez de vos priorités, actuelles et à venir. Aujourd’hui,
des changements dans les circonstances et vos objectifs
conduisent à des découvertes intrigantes. Résultat : à votre
grande surprise, vous renoncez facilement à des activités qui
vous tenaient à cœur, ce qui vous permet d’explorer des options
nouvelles, souvent totalement inattendues.
TAUREAU 20 avril – 20 mai
Février est divisé en deux périodes. Dans la première,
les événements vous forcent à sortir de votre zone de confort : vous
allez dans des lieux inconnus, rencontrez des gens dont les idées
vous interpellent, recevez des offres inattendues. Tirez les leçons
de tout, même si vous ne comptez pas donner suite. Vous récolterez
des informations qui s’avéreront vitales à partir du 14 février,
lorsque Mars, planète de l’action, de l’ego et du courage, entrera
en Taureau, déclenchant un cycle de croissance et de bonheur par
des voies que vous n’aviez jamais crues possibles.
GÉMEAUX 21 mai – 20 juin
Vous vous intéressez surtout à ce qui vous entoure et aux
activités d’autrui. Votre maître Mercure mettant l’accent sur
la structure de votre vie, du début février à la mi-avril, vous
rencontrerez une foule de gens et d’idées captivantes. Cela
conduira à des questions plus profondes. Dans ce climat de
changement, considérez vos arrangements comme autant
d’expérimentations et faites-le savoir. Les autres en seront ravis
et soulagés. Eux aussi, en effet, traversent des changements.
CANCER 21 juin – 22 juillet
Il est temps d’évaluer certaines activités et, plus encore, certaines
relations. Une façon de faire un peu étrange, mais vitale dans
plusieurs situations. Les circonstances ont souvent changé
mais pas vos arrangements, ce qui signifie qu’ils vous coûtent
financièrement ou en termes de temps, ou encore qu’ils minent
votre ego. Réfléchissez puis demandez conseil à ceux qui ont
des lumières en la matière. Grâce aux idées qui en découleront,
vous pourrez suggérer des modifications et, si vous n’obtenez pas
gain de cause, explorer de nouvelles options.
LION 23 juillet – 22 août
La Pleine Lune en Lion du 21 janvier, étant éclipsée,
a déclenché une série de changements. Donc, au début février,
vous serez encore en train de réfléchir à vos options.
S’organiser serait un soulagement mais, votre monde évoluant,
contentez-vous de décisions temporaires ou attendez que
la poussière retombe. Parallèlement, cassez de vieux schémas
qui souvent vous limitent en explorant des offres ou des idées
qu’habituellement vous auriez rejetées. Votre monde évolue,
des éléments de votre vie doivent faire de même.
VIERGE 23 août – 22 septembre
Parce que vous investissez beaucoup de temps et de réflexion
dans vos plans, vous avez rarement besoin d’y revenir. Pourtant,
comme des éléments apparemment stables de votre monde
évoluent, parfois soudainement, vous discuterez d’options souvent
inattendues. Ce qui est perturbant à court terme, mais casse
aussi des schémas qui vous limitaient. D’ici la Pleine Lune
en Vierge du 19 février, vous envisagerez des options
qui ne vous avaient jamais traversé l’esprit, ou même, qui étaient
impossibles. Explorez-les toutes.
BALANCE 23 septembre – 22 octobre
À chaque fois, les événements vous ont obligée à reprendre
vos plans. Fatigant mais instructif ; en outre, vous avez eu
des discussions enrichissantes et rencontré des personnalités
fascinantes. Néanmoins, considérez vos arrangements comme
étant d’importance secondaire : avec la rare occurrence de deux
Pleines Lunes dans votre signe, le 21 mars et le 19 avril, les
changements actuels, les questions pratiques et vos sentiments
personnels laissent prévoir beaucoup d’autres rebondissements.
SCORPION 23 octobre – 21 novembre
Sur le moment, les idées intéressantes et potentiellement
gratifiantes que vous avez acceptées semblaient sans complication.
Mais des événements inattendus ont conduit à un réexamen et
souvent, à de profonds changements. À voir l’activité planétaire
du premier semestre, ça va continuer. Explorez tout, y compris
ce qui vous paraît irréaliste. Au pire, vous apprendrez beaucoup.
Plus important, vous serez informée au cas où, d’ici peu, ces
circonstances et votre point de vue changeraient radicalement.
SAGITTAIRE 22 novembre – 21 décembre
La vie tourne essentiellement autour d’idées palpitantes.
Mais vous faites aussi face à des développements perturbants,
pratiques ou financiers. On vous conseille d’attendre que ça
se calme. Sage recommandation, mais c’est tout 2019 qui sera
en forme de montagnes russes, plein de changements dans
votre existence et dans le monde autour de vous. Le truc :
signalez quand vous êtes intéressée, organisez vos finances
pour les mois à venir, mais en veillant à la souplesse de vos
arrangements. Des projets à long terme ? Ils peuvent attendre.
CAPRICORNE 22 décembre – 19 janvier
On vous demande conseil car vous êtes généralement bien
informée. Donc, reconnaître votre perplexité devant ce cycle
d’événements inattendus n’est pas facile. Ces changements
modifiant des éléments de votre univers, votre première tâche
est d’en apprendre le maximum. Ensuite, repensez
vos arrangements, même à titre d’essai. Faites participer les
autres. Ensemble, vous définirez des projets clairs et développerez
une compréhension et peut-être une confiance nouvelles.
Verseau
20 janvier – 17 février
Ne planifiez rien, explorez chaque option avec
enthousiasme. Habituellement, les décisions se prennent
après quelques discussions. Toutefois, votre maître Uranus ayant
changé de position en mai et novembre 2018, ce qui est rare, et
se déplaçant à nouveau, le 6 mars les circonstances et votre point de
vue auront évolué, souvent spectaculairement. Et ça va continuer.
En février, vous réfléchirez sérieusement à ce qui doit disparaître
et à ce qui s’annonce prometteur. Surtout, soyez souple car des
développements palpitants au début mars pourraient tout changer.
Par Shelley von Strunckel.
POISSONS 18 février – 19 mars
Accepter que vous n’ayez pas votre mot à dire sur des sujets qui
affectent votre vie ou influencent des personnes chères, c’est
déprimant. Soyez patiente. Entre des changements importants et
fréquents, les choses iront dans votre sens. D’ici là, concentrezvous sur des problèmes persistants et rassemblez des données
concrètes. Elles paraissent assommantes et inutiles mais, quand
ces événements soudains et bienvenus se produiront, ce qui arrivera
régulièrement, vous voudrez savoir où vous en êtes en termes
de possibilités et, surtout, vis-à-vis de ce qui vous tient à cœur.
février 2019
l’émoi du mois
Assistante réalisation Tanya Ortega.
218
Escarpin slingback en PVC ruché et satin, GIORGIO ARMANI. Photographe Bobby Doherty. Réalisation Célia Azoulay.
février 2019
EXPOSITION | 19 - 23 FÉVRIER 2019 | 11 QUAI DE CONTI, PARIS VIE
POUR LA CAUSE DES FEMMES, 34 ARTISTES CONTEMPORAINS RENDENT HOMMAGE
À DES FEMMES INSPIRANTES EN UNE DU MAGAZINE VOGUE PARIS
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Photographies retouchées
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