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Le Journal Du Dimanche N°3755 Du 30 Décembre 2018-compressed

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Bernard Bisson pour le JDD
dimanche 30 décembre 2018 N° 3755 2 € (le JDD +Version Femina)
Plaisirs
écologie : hidalgo
interpelle macron
www.lejdd.fr
Pages 34 à 43
• Cinéma : de Tarantino à Clavier, les stars de 2019
• Cuisine : le caviar et le homard pour tous
• Exposition : un marquis s’empare du Louvre
Entretien pages 8-9
Impôt à
la source,
derniers
réglages
À J-2, Gérald Darmanin
se dit « très confiant »
•• changements
Fraude, erreurs, emplois à
domicile : ce qu’il faut savoir
•• inquiétudes
L’alerte des banques,
les retards des PME
Gérald Darmanin,
ministre des
Comptes publics.
Pages 2 à 5
PIERRE VILLARD/SIPA
Les personnalités préférées des français
Pages 14-15
Derrière Goldman,
les surprises du Top 50
France métropolitaine : 2 €
Leon Tanguy/MAXPPP
M 00851 - 3755 - F: 2,00 E
3’:HIKKSF=VUWUUU:?n@h@f@p@a";
•• interview
2
le journal dudimanche
dimanche
30 décembre 2018
L’événement
fiscalité À la veille de l’entrée en vigueur du nouveau système de collecte, Gérald Darmanin,
ministre des Comptes publics, plaide pour la réforme et écarte tout risque de bug
« Le prélèvement à la sour
L
’instant T est pour
après-demain. T comme Trésor
public, T comme test politique,
T comme tensions au sommet.
Après deux ans de préparation
et d’incertitudes, la réforme du
prélèvement à la source entre
en vigueur le 1er janvier. Avec ou
sans bug ? « Tout va très bien se
passer », assure avec constance
le ministre des Comptes publics,
Gérald Darmanin, qui dit avoir
mené le projet avec « beaucoup
de méticulosité ». Deux ans de
travaux ont été nécessaires
dans la machinerie de Bercy et
les centres des impôts. Votée en
novembre 2016 sous la présidence
Hollande, l’adoption du nouveau
système a été repoussée d’un an
par Emmanuel Macron, faute de
garanties suffisantes sur son efficience. Cet été, le doute a même
failli faire renoncer le chef de
l’État. Les réticences techniques
ont été levées mais la jacquerie
des Gilets jaunes a fait souffler
depuis sur le pays la bise du « rasle-bol fiscal » – « pas le meilleur
contexte pour révolutionner la
collecte de l’impôt », admet un
conseiller ministériel haut placé.
Pour conjurer l’inquiétude,
Darmanin s’est démultiplié. Réunions de pilotage avec les services,
échanges avec les chefs d’entreprise, messages ciblés à toutes
les catégories de contribuables,
on l’a vu sur tous les fronts. Dès
mercredi, il reprendra ses déplacements pour « mettre en scène »
la réforme (dixit son entourage)
avec la visite d’un centre d’appels
à Amiens, avant une autre étape
dans l’Ouest jeudi (précédée d’un
Facebook live pour répondre aux
questions des contribuables avec
les experts du fisc) et un séminaire gouvernemental vendredi.
Outre les nombreux essais
techniques et les simulations en
taille réelle – 8 millions de bulletins de salaire ont été édités
selon le nouveau système –, des
études d’impact ont été commandées pour vérifier qu’aucun effet
négatif ne serait ressenti sur le
pouvoir d’achat ; mais peut-on
vraiment mesurer ce qui relève
de la psychologie ? Le budget
2019 à peine entériné (le Conseil
constitutionnel en a validé l’essentiel vendredi), le ministre sait
qu’il joue son avenir politique
sur cette réforme. « Tant mieux
si tout le monde est persuadé que
c’est très difficile, confie un de ses
proches. Quand l’obstacle aura
été franchi, ce sera porté à son
crédit. » Fin janvier, les premiers
bulletins de salaire incluant le
prélèvement à la source seront
pour le ministre autant de bulletins de notes. g H.G.
interview
À quelques jours de sa mise
en œuvre, l’inquiétude semble
persister sur le prélèvement à la
source. N’avez-vous pas réussi à
rassurer les Français ?
Je crois que si. Tous les sondages
montrent depuis des mois que
deux tiers des Français et même
sept personnes imposables sur dix
approuvent cette réforme, qui est
une grande mesure de simplification. Payer son impôt sur le revenu
que l’on touche au moment où on le
perçoit, et non plus sur les revenus
de l’année passée, c’est à la fois plus
juste et plus efficace. C’est ce que
la plupart des autres pays ont fait
avant nous. Je suis très confiant
dans la c­ apacité des services fiscaux à mettre en œuvre ce nouveau
­système, et dans la capacité de nos
concitoyens à l’accepter.
Êtes-vous certain qu’il n’y aura pas
de bug technique ?
J’ai préparé cette réforme avec
beaucoup de méticulosité. J’ai
réuni chaque semaine le comité
exécutif qui l’a pilotée, j’ai écrit
98 millions de courriers ou de
mails aux Français pour tout leur
expliquer. Depuis trois mois, une
expérimentation grandeur nature
est en cours : l’application du taux
de prélèvement à la source a été
testée sur 8 millions de bulletins
de salaire, sans bug.
Les entreprises vont désormais
collecter l’impôt sur le revenu ;
sont-elles prêtes ?
Nous avons beaucoup travaillé
avec les entreprises. Le prélèvement à la source, ce n’est rien
d’extraordinaire, juste une ligne
de plus sur le bulletin de paie
comme les cotisations sociales –
et les entreprises collectent déjà
la CSG ou la TVA. Les employeurs
nous ont demandé de supprimer
certaines sanctions qui avaient été
prévues en cas d’incident et nous
l’avons fait. Beaucoup ont mis en
place des préfigurations du nouveau système, qui marchent très
bien. J’ajoute que l’État, comme
employeur, sera lui-même collecteur de l’impôt : nous avons eu les
mêmes exigences, et nous avons
constaté nous aussi que les choses
se passaient sans grande difficulté.
Même dans les TPE,
qui sont souvent mal équipées ?
Oui, car les TPE comme toutes
les entreprises ont pour la plupart
recours à des grands professionnels
comme les experts-comptables ou
à des logiciels de paie adaptés. Pour
celles qui préfèrent utiliser le titre
emploi service entreprise, ce service
que nous proposons gratuitement
aux entreprises et associations de
moins de 20 salariés, c’est l’Urssaf
qui prélèvera l’impôt à leur place.
Il semble que toutes les banques
n’aient pas reçu des entreprises
les coordonnées nécessaires
pour effectuer les prélèvements.
Ce retard peut-il être comblé ?
Certaines entreprises ont choisi
d’ouvrir un compte dédié pour le
versement à l’État du prélèvement
à la source. Fin novembre, des
banques nous ont signalé qu’une
partie de ces entreprises tardaient
à transmettre les autorisations de
prélèvement automatique (lire
page 4). L’administration fiscale
et les banques mènent depuis plusieurs semaines un travail d’infor-
« Le droit
à l’erreur
s’appliquera
naturellement.
Nous ne serons
pas tatillons »
mation auprès de ces entreprises
afin qu’elles fassent le nécessaire
d’ici à fin janvier. S’il y avait malgré
tout des retards, le droit à l’erreur
s’appliquera naturellement, j’ai
passé des consignes très claires en
ce sens. Nous ne serons pas tatillons.
Et évidemment, il n’y aura dans tous
les cas aucune conséquence pour les
contribuables.
Redoutez-vous des fraudes dans les
entreprises ?
Ce gouvernement fait confiance
aux entreprises. Et si dans tout système, il peut y avoir des fraudes,
l’administration sera vigilante,
mais notre rôle est d’accompagner
l’entreprise. Qu’il soit en tout cas
certain que si, pour une raison ou
une autre, l’impôt n’est pas acquitté
normalement, ce sera sans aucune
conséquence pour le particulier.
Ça aussi, c’est un grand progrès.
Les centres des impôts
sont mobilisés pour répondre
aux contribuables.
Quelles sont les questions
qui reviennent le plus souvent ?
Celles qui ont trait au taux
­d’imposition. Des contribuables ont
pu se tromper dans leur ­déclaration
au printemps dernier, oublier des
éléments, et se rendre compte
maintenant que le taux transmis
à l’administration est trop élevé.
D’autres ont vu leur situation changer, dans leurs revenus ou dans leur
famille. Ces erreurs existaient déjà
dans l’ancien système ; il y en avait
3 millions chaque année – dont près
de 2,5 millions du fait des particuliers eux-mêmes. Sauf que là où on
mettait parfois un an pour obtenir
une rectification ou un remboursement, désormais la correction sera
effectuée sous deux mois. On aura
toujours ce genre de demande, mais
on ira beaucoup plus vite pour faire
les corrections.
Les
4 premières
dates
clés
de la réforme
Est-il exact que les centres sont
débordés et qu’ils ont pour consigne
d’inciter les contribuables à poser
leurs questions sur Internet ?
Non, les contribuables peuvent se
renseigner là où ils le souhaitent :
dans les centres des impôts, auprès
des centres d’appels téléphoniques
que nous avons ouverts spécialement (au 0809 401 401, numéro
non surtaxé) ou sur le site impots.
gouv.fr, qui est sans doute l’un des
2 janvier
> Les retraites
complémentaires
des cadres et non-cadres
(Agirc-Arrco) sont
ponctionnées.
> Possibilité de changer
le taux appliqué
au regard
de l’évolution de
sa situation personnelle.
3
le journal du dimanche
dimanche 30 décembre 2018
L’impôt à la source J-2
ce, c’est l’ère moderne »
Les agents du Trésor
sont sous pression
STRESS Entre colère des Gilets
jaunes et baisse des effectifs,
les services des impôts
sont mis à rude épreuve
Ils ont dû renoncer à leurs congés.
En novembre, la Direction générale
des finances publiques a demandé
à tous ses agents d’accueil d’éviter
de s’absenter la semaine du 2 janvier. Car c’est celle de tous les dangers. Dès mercredi, les personnels
s’attendent à des files d’attente dans
les centres des impôts et des appels
en masse de contribuables désireux
d’actualiser leur taux d’imposition.
Avant, il n’était pas possible de le
modifier. Les plus aguerris feront
leur démarche en ligne – si les serveurs ne sautent pas. Les autres
choisiront la méthode classique.
Et sans doute la plus longue. « On
s’attend à un très gros afflux, redoute
Olivier V
­ adebout, secrétaire général
de la CGT Finances publiques. Évolution des revenus, mariage ou Pacs,
naissance, séparation… Environ sept
millions de personnes sont concernées
par ces changements de situation. »
Déjà soumis à un flot de questions depuis septembre, les agents
ont aussi essuyé la colère des Gilets
jaunes. Près de 200 sites bloqués,
incendiés ou même inondés, insultes, croix gammées gravées sur les
murs… La défiance envers l’impôt ne
les a pas épargnés. Le risque de dysfonctionnements leur fait craindre
une nouvelle poussée de fièvre. Plusieurs étapes auront valeur de test :
les 2 et 9 janvier, les premiers prélèvements seront effectués sur les
retraites complémentaires et celles
du régime de base. Le 15 janvier, les
acomptes au titre des réductions et
crédits d’impôt seront versés. Puis
en fin de mois, ce sera au tour des
salariés de voir leur rémunération
nette amputée.
2.130 emplois
devraient disparaître
Pour ne rien arranger, certains
centres d’appels ont décidé de se
mettre en grève du 2 au 4 janvier. Ils
demandent une harmonisation de
leur régime indemnitaire sur celui
des autres agents. La direction la
leur a accordée voilà quelques
jours, mais le préavis, déposé par
Solidaires et la CGT, n’a pas été levé.
Jolie pagaille en vue… D’autant que
les effectifs ont fondu comme neige
au soleil : 30.000 postes perdus en
dix ans. En 2019, 2.130 emplois devraient disparaître. Pour combler les
trous, 50 contractuels ont été recrutés dans les accueils téléphoniques,
pour trois mois renouvelables, après
une formation de deux jours. Dans
les grosses directions (Paris, Nord…),
200 réservistes sont mobilisables
à tout moment pour renforcer les
équipes dédiées au prélèvement à
la source. « Du coup, ils ne peuvent
pas avancer sur leurs dossiers, regrette le syndicaliste. La partie qui
souffre le plus concerne le contrôle des
dépenses publiques des collectivités
territoriales. » Et tant pis si c’était
une priorité du gouvernement pour
lutter contre les déficits. g
Emmanuelle Souffi
Édouard Philippe, Gérald Darmanin et Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée, le 19 décembre. Szwarc Henri/abaca
plus performants de toute l’administration française.
Avez-vous mobilisé plus d’agents
pour faire face aux demandes ?
Mettre plus de fonctionnaires
au contact des usagers, c’est une
volonté que j’ai exprimée avant
même le prélèvement à la source.
Nos réformes vont permettre des
réorganisations. Nous supprimons
la taxe d’habitation, ainsi que le
9 janvier
> Les pensions du régime
de retraite de base
subissent leur premier
prélèvement.
15 janvier
> L’acompte de 60 % au titre
des ­réductions et crédits
d’impôt est versé aux foyers
qui en bénéficient.
paiement des impôts en espèces
dans notre réseau qui sera possible
dans d’autres lieux comme la poste
ou les buralistes, et le prélèvement
à la source va mécaniquement
limiter la fraude – surtout la plus
basique, celle qui consiste à ne pas
déclarer ses revenus ni payer ses
impôts. Tout cela libère du temps
pour augmenter d’au moins 30 %
la présence physique des agents
partout où elle est nécessaire,
> Pour les revenus fonciers,
prélèvement ­mensuel
(ou trimestriel) directement
sur les comptes bancaires.
> De même pour
les indépendants.
Fin janvier
> Les salariés reçoivent
leur première paie amputée
de l’impôt à la source.
­ otamment dans la ruralité. Ça ne
n
veut pas dire qu’il doit forcément y
avoir un bâtiment avec un drapeau
devant ; nous allons installer des
permanences dans les mairies qui
y sont prêtes, dans les quartiers
difficiles, dans les maisons de services au public. C’est aux agents
des impôts d’aller vers les usagers,
non l’inverse.
Quelle solution avez-vous arrêtée
pour les déductions liées aux
emplois à domicile ?
En 2019, la réforme ne changera
rien, sauf pour les employés travaillant pour des associations
ou des entreprises – ce seront
elles qui prélèveront l’impôt à
la source, comme pour tous les
salariés. Pour les particuliers
employeurs, ils n’auront pas à
collecter eux-mêmes l’impôt. À
partir de janvier 2020, cette tâche
sera accomplie automatiquement
par les plateformes (Cesu et Pajemploi) qu’ils utilisent déjà pour
déclarer les salaires qu’ils versent
à leurs employés, de manière très
simplifiée.
Et les employés à domicile,
comment paieront-ils leurs impôts ?
Seuls 250.000 employés à domicile paient l’impôt sur le revenu.
Puisque le système ne s’applique
pas à eux en 2019, ils paieront
un acompte d’impôt en septembre 2019, avec possibilité de
régler en plusieurs fois, ou pourront l’étaler sur l’année par des
versements libres. Et le solde sera
régularisé en 2020, avec là encore
un étalement possible.
On entend encore des alarmes sur
l’effet psychologique de la réforme,
qui nuirait à la consommation si les
Français ont l’impression d’avoir
moins de revenus disponibles.
Qu’en dites-vous ?
Je n’ai jamais souscrit à cette inquiétude. Si on paie trop d’impôts en
France, ce que je crois, ça ne date
pas d’aujourd’hui. D’autre part, la
plupart des Français sont mensualisés ; le 17 ou le 18 de chaque
mois, leur compte est prélevé, ce
qui pose souvent un problème de
trésorerie – d’où les « fins de mois
difficiles ». En faisant coïncider la
date de paiement de l’impôt avec
le jour de perception du salaire, on
supprime ces aléas. J’ajoute que la
mensualisation était concentrée sur
les dix premiers mois de l’année ;
avec le prélèvement à la source, on
paiera en douze fois, donc un peu
moins chaque mois. Et ceux qui
payaient par tiers mettaient souvent plus d’argent de côté qu’ils
n’en avaient besoin – d’après les
études, cette « surépargne » représente plus de 2 milliards d’euros
chaque année. Demain, ces fonds
profiteront à l’économie : une fois
l’impôt prélevé, l’argent qui arrive
sur votre compte est entièrement à
vous, libre à la consommation. Avec
cette réforme, nous faisons entrer
la France dans l’ère moderne. ggg
4
le journal dudimanche
dimanche
30 décembre 2018
L’événement
Les fiscalistes
pointent les
complications
Il se dit que la réforme ferait
baisser le niveau des dons à
des œuvres. Qu’en pensez-vous ?
Je ne crois pas qu’il y ait de lien
avec le prélèvement à la source, car
nous avons maintenu le bénéfice des
réductions et crédits d’impôt pour
2018 alors que les revenus de cette
année ne seront pas imposés, et
nous avons prévu une avance dès
le 15 janvier pour ceux qui donnent
régulièrement, représentant 60 %
de l’avantage fiscal. J’espère que
ceux qui font des dons le font aussi
par générosité, pas seulement pour
payer moins d’impôts, mais nous
avons veillé à préserver totalement
les incitations fiscales au don.
ggg
Jouez-vous « votre peau »
sur cette réforme ?
C’est un honneur d’être ministre.
Personne n’est propriétaire de
ses fonctions. Avec ou sans cette
­réforme, mon poste est à la disposition du président de la République
et du Premier ministre.
Emmanuel Macron a dit que les
patrons des grandes entreprises
françaises devraient payer leurs
impôts en France. Peut-on les y
contraindre ?
La suppression de l’ISF, qui était un
impôt absurde, doit aller de pair avec
un certain civisme fiscal. Comme l’a
dit le président de la République, les
dirigeants d’entreprises cotées ou
dont l’État est actionnaire doivent
impérativement être résidents fiscaux français. Nous sommes en train
de nous en assurer et nous sommes
prêts à prendre toutes les mesures
nécessaires si tel n’était pas le cas.
« La catharsis des
satisfactions et
mécontentements
se fait par le vote »
Après les mesures annoncées pour le
pouvoir d’achat, le mouvement des
Gilets jaunes doit-il s’arrêter ?
Je ne me mets pas à leur place,
mais le Président a appelé à un
grand dialogue, c’est une très
bonne chose. Ensuite, il y aura
des élections européennes, puis
des municipales, des régionales…
En démocratie, la catharsis des
satisfactions et des mécontentements se fait par le vote. Je déplore
en tout cas les détériorations de
bâtiments, y compris de centres
des impôts, les attaques à l’encontre de nos fonctionnaires et
évidemment des policiers et des
gendarmes, les débordements racistes, x
­ énophobes, antisémites ou
homophobes auxquels on a assisté ;
ils déshonorent leurs auteurs.
Après les Gilets jaunes,
le gouvernement a cédé aux
revendications des policiers.
Maintenant, les fonctionnaires
réclament le dégel du point d’indice.
Redoutez-vous une contagion ?
Ce qui a été fait très courageusement par le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, pour
les policiers est juste et je souligne
que ces gestes sont conditionnés à
une réforme de la Police nationale.
C’est l’esprit de notre politique :
à chaque dépense doit correspondre une modernisation de
­l’administration. g
Propos recueillis
par Bruna Basini, Hervé Gattegno
et Emmanuelle Souffi
François
Asselin,
président
de la CPME
(au centre),
et Alain Griset,
président
de l’U2P
(à droite),
ici avec
Geoffroy Roux
de Bézieux,
président
du Medef.
Julien Mattia/
Le Pictorium
Les banques s’inquiètent
des retards des PME
COUAC Certaines entreprises
n’ont pas transmis leurs
coordonnées au fisc, ce qui
risque d’entraîner des rejets
du paiement de l’impôt
C’est un grain de sable que les fins
limiers de Bercy n’avaient pas vu
tout de suite. Parmi les deux millions d’entreprises qui vont désormais collecter l’impôt sur le revenu,
certaines ont souhaité ouvrir un
compte bancaire spécifique au
prélèvement à la source (PAS).
De là, les sommes retirées sur les
salaires partiront vers les centres
de finances publiques. Mais pour
que la machine fonctionne, il faut
qu’elles aient communiqué à leur
banque un mandat Sepa interentreprises autorisant l’établissement à
transmettre les fonds. Or – et c’est
là le grain de sable – beaucoup n’ont
encore rien fait, malgré les courriers de relance. Dans une lettre
adressée à la Direction générale
des finances publiques (DGFIP)
le 21 décembre, la Fédération bancaire française (FBF) sonne le tocsin. Sur 300.000 nouveaux comptes
ouverts par les entreprises depuis
septembre, « les établissements bancaires constatent n’avoir reçu qu’environ un tiers des mandats attendus,
notamment en ce qui concerne les
PME », écrit la FBF qui fait part
de « ses profondes inquiétudes ».
L’organisme pointe « l’important
risque de rejet des prélèvements
du PAS à la première échéance ».
Et agite la menace de pénalités
de retard pour les négligentes qui
n’auraient pas fait les démarches
dans les temps. Car même si elles se
réveillent en janvier, il faudra tenir
compte des délais de traitement,
qui pourraient s’allonger si tous
les documents arrivent en même
temps. « Il nous restera un mois
et demi pour enregistrer ces mandats, les virements intervenant vers
le 10 février, précise Marie-Anne
Barbat-Layani, directrice générale de la FBF. Nous sollicitons la
bienveillance de la DGFIP pour nos
clients retardataires de bonne foi. »
« Premier bureau des pleurs »
À Bercy, on juge que ce risque de
rejet de paiement est « un petit
sujet », compte tenu du temps qu’il
reste pour régulariser les situations
et du peu d’employeurs concernés.
Dans une lettre de réponse datée
du 28 décembre, la DGFIP promet
à la FBF une nouvelle campagne
d’e-mails à l’ensemble des collecteurs et « de faire preuve d’indul-
gence quant à l’application des
pénalités ». T
­ echnique, ce potentiel couac illustre la difficulté pour
certaines PME à prendre le PAS à
bras-le-corps. « Le patron qui a un
ou deux salariés et fait lui-même la
paie se dit qu’il verra ça le jour J »,
reconnaît Alain Griset, président
de l’UP2P, qui représente les artisans, commerçants et professions
libérales. « Plus une entreprise est
structurée, plus elle a anticipé »,
complète ­François Asselin, président de la Confédération des petites
et moyennes entreprises (CPME).
Le coût de la réforme en a douché
plusieurs. Jérôme Lopez, PDG de
Parolai, une PME de 23 salariés,
a fait le compte. Entre les journées de formation pour sa comptable, les réunions d’information
du personnel, le paramétrage du
logiciel de paie, la facture dépasse
les 3.000 euros. Maintenant, il s’inquiète des doléances à gérer dès
février. « On est le premier bureau
des pleurs, souligne le PDG. Ceux
qui ne se préoccupaient pas de payer
leurs impôts ne s’en soucieront pas
plus. Ils se diront juste : “Le patron
m’a donné moins…” » et demanderont du coup une petite rallonge. g
Emmanuelle Souffi
Conseil La collecte mensuelle
de l’impôt soulève de
nombreuses questions pour les
professionnels. Revue de détail
La réforme de la collecte de l’impôt
s’annonce porteuse pour les fiscalistes. Ils sont doublement sollicités, par les employeurs, et au premier chef les patrons de PME, et
par les contribuables des tranches
d’imposition les plus élevées. À Port
Grimaud (Var), Patricia Compassi
gère des « dossiers PAS » depuis
le mois d’octobre. Les retraités ont
commencé à s’inquiéter fin septembre sur la retenue appliquée à
leur pension. En octobre, elle a traité
beaucoup de demandes sur les choix
de taux pour les ménages et de précalcul de l’impôt.
Une trappe à fraudeurs
« Le 8 janvier, quand je reprends
mon activité, décrit-elle, j’ai déjà
quatre ou cinq rendez-vous avec des
clients dont la situation personnelle
a changé après un mariage ou un
départ en retraite. » Son cabinet
gère aussi les simulations sur
feuille de paie de plusieurs PME.
« En calculant les nouveaux salaires,
on s’est rendu compte que certains
employés imposables ne payaient
pas l’impôt sur le revenu, souligne
la fiscaliste. On va leur appliquer
le taux maximum sur la base d’une
part seulement, et ils seront bons
pour un redressement fiscal. »
Les principales complications
devraient concerner les revenus importants et diversifiés et les niches
fiscales employées pour les réduire.
Au sein du cabinet Jeantet à Paris,
Me Jean-Guillaume Follorou a reçu
beaucoup de questions sur le traitement des revenus exceptionnels
touchés en 2018 et sur les modalités
de mise en œuvre de la retenue à
la source pour des ­contribuables
taxables dans deux pays. « Si vous
êtes imposé en A
­ llemagne et en
France, vous disposez en France d’un
crédit ­d’impôt et vous voudrez savoir
comment combiner le prélèvement
à la source avec ce crédit », détaille
l’avocat. Certains fiscalistes vont
jusqu’à proposer des « optimisations
d’année blanche ». Elles permettent
de réduire le taux d’imposition sur
les revenus ­exceptionnels. g B.B.
Bercy cherche à mieux taxer les PDG
Équité Macron a invité
les patrons à payer leurs impôts
en France. Bercy miserait
sur une renégociation des
conventions fiscales entre pays
« Le dirigeant d’une entreprise
française doit payer ses impôts en
France. » Glissée dans son discours
du 10 décembre , cette promesse
d’Emmanuel Macron resterat-elle incantatoire ? Pas pour Gérald
Darmanin. Le ministre des Comptes
publics assure que Bercy chercherait
une piste depuis quelques semaines.
Comment contraindre les patrons
des très grands groupes français
et/ou ceux ayant l’État comme actionnaire à payer leurs impôts en
France ? Pas pour combler le déficit
budgétaire, certes, mais au nom de
la justice fiscale. Macron, comme
Nicolas Sarkozy, rêve-t-il d’une
imposition mondiale à l’américaine ?
Selon nos informations, le gouvernement voudrait notamment renégocier les conventions fiscales européennes puis modifier la loi. Mais
la plupart des spécialistes en droit
fiscal interrogés doutent de l’efficacité de cette solution. Précision :
la France a signé des conventions
fiscales bilatérales avec 159 pays
pour éviter les doubles impositions
sur les revenus. « Cela prendrait des
années et nous ne sommes pas nécessairement en position de force pour
imposer nos vues », exprime Olivier
Grenon-Andrieu, PDG du groupe
de conseil en patrimoine Equance.
« Vous nous voyez renégocier avec
les États-Unis alors que nous promettons d’imposer leurs Gafa dès
l’an prochain ? », réagit un fiscaliste.
Des dirigeants gros voyageurs
Il n’empêche, le sujet est politiquement porteur depuis que l’ISF a été
réduit aux revenus immobiliers. Et
il s’appuie sur une réalité. Certains
PDG de sociétés françaises ne paient
pas leurs impôts en France, préférant les pays à fiscalité plus douce
comme le Royaume-Uni (pour les
salaires), la Belgique (pour sa fiscalité sur les plus-values et les dividendes) ou le Portugal (pour les
retraités). Il leur suffit de n’être plus
résidents fiscaux français. Pourtant,
le Code général des impôts attrape
tous ceux qui ont leur foyer fiscal et
passent plus de cent quatre-vingttrois jours en France, ou qui en font
le siège de leur activité principale,
ou qui ont leur centre d’intérêt économique dans l’Hexagone. Les dirigeants gros voyageurs parviennent,
toutefois, à s’en extraire. D’autres
« optimisent » en touchant certains
revenus à l’étranger, notamment
pour échapper aux cotisations sociales. Les plus indélicats divisent
leur temps entre plusieurs pays. Cela
s’appelle un abus de droit. g
Bruna Basini
5
le journal du dimanche
dimanche 30 décembre 2018
L’impôt à la source J-2
Macron, des vœux sur le fil
TOURNANT Le Président
va se livrer à un exercice
d’équilibrisme demain :
poursuivre les réformes
tout en écoutant
le mécontentement
« L’année 2018 sera celle de la cohésion de la nation », affirmait Emmanuel Macron le 31 décembre 2017.
Prudent, il anticipait de possibles
« difficultés ». Il n’imaginait sans
doute pas voir son quinquennat dérailler en quelques mois orageux,
depuis l’affaire Benalla et le départ
fracassant du gouvernement de
Nicolas Hulot et Gérard Collomb,
jusqu’à l’explosion de colère des
Gilets jaunes. Contraint de reculer
face à un mouvement parfois quasi
insurrectionnel, obligé de laisser
filer le déficit pour financer en
catastrophe 10 milliards d’euros
de mesures en faveur du pouvoir
d’achat, au plus bas dans les sondages et à quelques mois d’élections européennes périlleuses, le
chef de l’État va devoir trouver les
mots, lors de ses vœux demain soir,
pour redonner un nouvel élan à
son mandat.
Après quelques jours de vacances discrètes – avec son épouse,
Brigitte, il a été repéré vendredi
à Saint-Tropez par Var-matin –,
le chef de l’État doit enregistrer
demain son discours de vœux
dans un climat social encore
tendu. Objectif : remettre le train
des réformes sur les rails pour
ne pas décevoir ses fidèles, tout
en assurant « en même temps »
les Français que leur message a
été entendu, et qu’il continuera
à l’être dans le cadre du « grand
débat national » qui s’ouvrira en
janvier pour deux mois. Un délicat exercice d’équilibrisme qu’un
cahot, tel qu’une mise en œuvre
plus compliquée que prévu du prélèvement de l’impôt à la source,
pourrait vite mettre à bas.
Un « virage dans la méthode »
tout au plus
Officiellement, il n’est pas question de renoncer au programme
présidentiel. « Avec les Gilets
jaunes, on a calé. Maintenant, il
faut redémarrer et reprendre de
la vitesse », résume un proche du
Premier ministre, Édouard Philippe. Le calendrier des réformes
sera donc au menu du séminaire
gouvernemental le 9 janvier,
quelques jours après le premier
Conseil des ministres de l’année,
vendredi. « Nous devons reprendre
le programme de réformes que
nous avons planifié, plaide Gilles
Le Gendre, président du groupe
LREM à l’Assemblée nationale.
Ce serait absurde et suicidaire d’y
renoncer. » Pour autant, ajoutet-il aussitôt, « nous n’avons pas
l’intention de rester sourds à ce qui
s’est passé ». « On a tous compris
qu’il y avait besoin d’un nouveau
souffle dans le quinquennat, d’un
changement de méthode, et que la
réforme au pas de course n’était
pas toujours bien comprise, abonde
Stanislas Guerini, délégué général
de La République en marche. Mais
la pire des trahisons serait d’abandonner l’ambition de la réforme. »
Si tournant il doit y avoir dans
le quinquennat, ce serait donc
uniquement « un virage dans la
méthode de gouvernement », jure
Gilles Le Gendre.
Redonner la parole aux Français
et les écouter davantage, c’est justement selon lui « tout l’enjeu du
débat national » dont les modalités,
encore floues, doivent être fixées
début janvier. g
Christine Ollivier
Aude Le Gentil
Bruna Basini
Var matin / Bestimage
« Rappeler que le mouvement ne s’essouffle pas », c’était le mot d’ordre
lancé jeudi aux Gilets jaunes par
Priscillia Ludosky, auteure de la
pétition à l’origine du mouvement.
Hier, ils n’ont qu’en partie rempli
leur mission. À Bordeaux, ils étaient
2.500, soit presque autant que la semaine précédente. Mais Marseille,
Nantes, Rouen, Toulouse n’ont vu
défiler qu’un petit millier de vestes
fluo. Ils étaient 800 à Paris, selon
la préfecture. Les 282.000 Gilets
jaunes du premier jour, le 17 novembre, semblent bien loin.
Dans la capitale, les Gilets jaunes
ont choisi le symbole plutôt que le
nombre. Rendez-vous a été donné
au dernier moment sur Facebook,
à la mi-journée, pour surprendre
les forces de l’ordre. Direction le
XVe arrondissement et le siège de
la chaîne de télévision BFMTV. Par
centaines, ils ont scandé « Macron
démission » ou « BFM fake news »
pendant que la chaîne diffusait un
document sur Johnny Hallyday.
En début d’après-midi, les
manifestants ont repris la route.
Par grappes éparses, certains ont
poursuivi jusqu’à France Télévisions, puis Europe 1 (où se trouvent
également les locaux du Journal du
Sur Facebook,
des avertissements
contre « les pièges
de l’impôt
à la source »
Qu’importe la participation, balaient les manifestants. L’essentiel
était de garder le rythme des mobilisations hebdomadaires. Avec
l’espoir de raviver la flamme une
fois passées les fêtes de fin d’année.
Fin janvier, « on pourra se retrouver
avec une mobilisation de grande
ampleur, pronostique Benjamin
Cauchy, une figure toulousaine du
mouvement. Les gens commencent
à réaliser que les annonces faites
par le président Macron n’ont pas
répondu à leurs attentes en matière
de pouvoir d’achat ».
L’entrée en vigueur mardi du prélèvement de l’impôt sur le revenu
à la source pourrait remettre une
pièce dans la machine. Surtout
s’il s’accompagne de couacs. Sur
fond d’inquiétude pour le pouvoir
d’achat, beaucoup redoutent en
effet une mauvaise surprise en
recevant leur fiche de paie. Sur
les groupes Facebook circulent des
exhortations à « refuser l’impôt »
et des avertissements contre « les
pièges de l’impôt à la source ».
Déjà, plusieurs initiatives essaiment pour remobiliser les troupes.
Le Nouvel An, beaucoup comptent
le célébrer en fluo. À Bordeaux, une
page Facebook appelle à réveillonner sur le pont d’Aquitaine, avec
« bonne humeur, rires et fêtes ».
Dans la capitale, plusieurs collectifs de gauche invitent à célébrer
la Saint-Sylvestre sur les ChampsÉlysées. Là aussi, l’événement se
veut « festif et non violent ». Pour
le moment, 8.000 internautes ont
indiqué vouloir participer et 60.000
se déclarent intéressés.
La mairie de Paris a décidé de
maintenir le feu d’artifice prévu
lundi soir. Mais face au risque de
débordements, la préfecture de
police compte délimiter un périmètre de sécurité autour de la
célèbre avenue, et prévoit fouilles
et palpations.
Et après ? Il y aura un acte VIII, un
acte IX et plus si besoin, a prévenu
Éric Drouet, l’un des instigateurs
du mouvement. Sur les réseaux
sociaux, les invitations sont lancées.
À parcourir les groupes Facebook,
Ce casse-tête vire au « péril jaune ».
Habitués à gérer les risques, les
assureurs redoutent ceux qui sont
liés aux « manifestations Gilets
jaunes » évoqués dans un courrier du
17 décembre à ses courtiers par Axa.
Comment et jusqu’où couvrir les
propriétaires de voitures incendiées,
de commerces fermés, endommagés
ou entièrement pillés ? Estimée de
150 à 200 millions d’euros de dommages à ce jour, la casse a touché à
sept reprises, avec ce samedi, plusieurs artères dans les grandes villes
et les Champs-Élysées. Et rien ne
dit que le mouvement va s’arrêter.
se structurer et investir le champ
politique n’est pas au programme.
« Pas de politique ! » répète,
inlassablement, le Gilet jaune
Maxime Nicolle, alias Fly Rider,
dans ses nombreux Facebook live.
Jeudi, il appelait ses milliers de
spectateurs à « garder le moral » :
« Janvier va être un mois bien sympathique. Vous aurez deux trois
petites surprises. Le gouvernement
aussi, je lui passe le message. » g
Emmanuel
et Brigitte Macron
discutent avec
des passants
à Saint-Tropez
le 28 décembre.
Dimanche). D’autres ont pris le chemin des Champs-Élysées. Çà et là,
les gaz lacrymogènes répondaient
aux jets de pierre : 57 personnes ont
été interpellées dans la capitale et
33 placées en garde à vue, selon
la préfecture. Quelques incidents
ont aussi éclaté à Bordeaux, Rouen,
Nantes, Metz et Lille.
Risque Les compagnies vont
faire des efforts pour traiter
les dommages liés aux
manifestations. Pas si simple
« Sortir de la zone de confort »
Contrairement aux banquiers, qui
se sont engagés à renoncer à une
hausse de leurs frais bancaires en
2019, les assureurs ont été priés de
prendre des « mesures exceptionnelles » – et plus coûteuses – lors de
discrètes réunions à Bercy. « On se
serait cru à Moscou, époque URSS »,
s’offusque un assureur. « On va sortir
de la zone de confort et moderniser
le système mais nous ne paierons
pas n’importe quoi n’importe comment ! », déclare Bernard Spitz, président de la Fédération française de
l’assurance. En pratique, cela devrait
se traduire par des renonciations
à des franchises prévues dans les
contrats d’assurance auto. Côté
entreprises, il s’agirait de ne faire
jouer qu’une seule franchise en cas
de sinistres successifs et de faire des
gestes pour les pertes d’exploitation
liées aux manifestations. « Comme
il s’agit de phénomènes en série, un
des enjeux consiste à délimiter dans
le temps le sinistre car cela conditionne le jeu des franchises et des
limitations de garantie », confirme
Frédéric Durot, directeur du département dommages chez Siaci SaintHonoré. « L’appréciation des pertes
d’exploitation des commerçants et
restaurants donnera sans doute lieu
à des discussions, poursuit François
Nédey, membre du comité exécutif
d’Allianz, étant donné le caractère
répétitif des manifestations sur une
durée longue. » g
Pour les Gilets jaunes, partie remise en 2019
DÉCRUE Peu nombreux à défiler
hier, les manifestants ont
désormais la soirée du Nouvel
An en ligne de mire et parient
sur un regain à la rentrée
Le péril
jaune des
assureurs
6
le journal duDimanche
dimanche
30 décembre 2018
L’agenda de 2019
Janvier
1er Le nouveau président
du Brésil, Jair Bolsonaro,
entame son mandat.
1er La Roumanie prend
la présidence tournante
de l’UE.
1er L’euro fête ses 20 ans.
1er Journée mondiale
de la paix.
5 Début de la Coupe d’Asie
des nations de football
aux Émirats arabes unis.
7 Ouverture du procès du
cardinal Philippe Barbarin
pour non-dénonciation
d’agressions sexuelles
sur mineur, à Lyon.
7 40e anniversaire de la fin
du régime des Khmers
rouges au Cambodge.
8 Ouverture du CES, le salon
de l’électronique grand
public de Las Vegas.
10 Début du second mandat
de Nicolás Maduro
à la tête du Venezuela.
14 Début de l’Open de tennis
d’Australie, premier
tournoi du Grand Chelem
de la saison.
15 100e anniversaire
de l’assassinat de Rosa
Luxemburg et de Karl
Liebknecht en Allemagne.
18 100e anniversaire
de l’ouverture
de la conférence
de Paris chargée
d’élaborer les traités
de paix après la Première
Guerre mondiale.
22 Ouverture du Forum
économique mondial
de Davos (Suisse).
22 Donald Trump prononce
le discours annuel sur
l’état de l’Union.
23 Le pape François se rend
au Panama à l’occasion
des Journées mondiales
de la jeunesse (JMJ).
23 30e anniversaire de la mort
du peintre Salvador Dalí.
24 D
ébut de la 46e édition
du Festival de la bande
dessinée d’Angoulême.
26 Ouverture de la Bruxelles
Art Fair (Brafa).
31 J ugement de l’affaire
du « mur des cons ».
Février
1er Début du Tournoi des
Six Nations de rugby.
3 Élection présidentielle
au Salvador.
4 Journée mondiale contre
le cancer.
5 Championnats du monde
de ski alpin à Are (Suède).
6 Procès en appel de
l’agriculteur Paul François
contre la firme Monsanto,
à Lyon.
7 Congrès de l’UEFA
à Rome, et élection de
son nouveau président.
8 34e cérémonie des
Victoires de la musique,
à Paris.
15 Conférence de Munich
sur la sécurité.
16 Élections présidentielle et
parlementaires au Nigeria
18 Procès de l’affaire
« Air ­Cocaïne »,
à Aix-en-Provence.
19 Championnats du monde
de ski nordique à Seefeld
in Tirol (Autriche).
20 Jugement d’UBS pour
fraude fiscale, à Paris.
22 44e cérémonie des César,
récompenses du cinéma
français.
23 Ouverture du Salon
international de
l’agriculture de Paris.
24 Élection présidentielle au
Sénégal et législatives en
Moldavie et en Thaïlande.
24 Cérémonie des Oscars,
les récompenses
du cinéma américain.
24 Référendum à Cuba
sur le projet de nouvelle
Constitution.
Mars
2 50e anniversaire du
premier vol supersonique
du Concorde.
2 Début du Carnaval de Rio
de Janeiro (Brésil).
3 Élections législatives
en Estonie.
4 500e anniversaire de
l’arrivée du conquistador
espagnol Hernán Cortés
au Mexique.
5 Jugement au civil des
laboratoires Merck dans
l’affaire du Levothyrox.
7 Ouverture du Salon
international de
l’automobile de Genève.
8 Journée internationale
des droits des femmes.
9 La poupée Barbie fête
ses 60 ans.
10 Élections législatives
en Guinée-Bissau.
11 Début du procès à Paris
de Bernard Tapie dans
l’affaire de l’arbitrage
controversé.
12 30e anniversaire de la
création du World Wide
Web par le Cern, marquant
le début de l’ère Internet
pour le grand public.
15 Ouverture du Salon
du livre de Paris.
15 Élection présidentielle
en Slovaquie.
20 Championnats du monde
de patinage artistique
à Saitama (Japon).
20 Élections législatives
à Madagascar.
21 Dernier sommet européen
à 28 avant le Brexit,
à Bruxelles.
22 Le tribunal de grande
instance de Nanterre
se prononce sur
l’héritage de Johnny
Hallyday concernant un
incident de procédure.
23 C
ourse cycliste
Milan-San Remo.
23 I l y a cent ans, Benito
Mussolini fondait
le mouvement fasciste
italien.
29 L e Royaume-Uni quitte
officiellement l’Union
européenne.
29 30e anniversaire
de l’inauguration de la
pyramide du Louvre.
31 Élection présidentielle
en Ukraine.
Avril
1er 80e anniversaire de la fin
de la guerre d’Espagne.
2 J ournée mondiale de
sensibilisation à l’autisme.
4 70e anniversaire de la
signature du traité de
l’Atlantique Nord, qui
donnera naissance
à l’Otan.
7 Journée mondiale
de la santé.
9 É
lections législatives
anticipées en Israël.
14 43e édition du marathon
de Paris.
14 Course cycliste
Paris-Roubaix.
14 Élections législatives
en Finlande.
16 Début du Printemps
de Bourges.
17 Élections présidentielle et
législatives en Indonésie.
20 Élection présidentielle
en Afghanistan.
27 Ouverture de la Foire
de Paris.
30 Jour prévu pour
l’abdication de l’empereur
du Japon, Akihito.
Mai
1er D
éfilés syndicaux
à l’occasion de la fête
internationale du travail.
2 500e anniversaire de la
mort de Léonard de Vinci.
5 Élections générales
au Panama.
6 Procès à Paris de l’affaire
des « suicides à France
Telecom ».
9 Conseil de l’Union
européenne à Sibiu
(Roumanie), le premier
après le Brexit.
11 Départ du Tour d’Italie
cycliste.
12 Élection présidentielle
en Lituanie.
13 Procès des époux Balkany
pour fraude fiscale et
blanchiment, à Paris.
13 Élections législatives et
locales aux Philippines.
14 72e édition du Festival
international de cinéma
de Cannes.
18 F inale de la 64e édition
de l’Eurovision, à Tel-Aviv
(Israël).
23 D
ébut des élections
européennes dans
l’ensemble des pays
de l’Union.
26 É
lections législatives
en Belgique.
26 É
lections municipales
en Espagne et notamment
à Barcelone, où Manuel
Valls est candidat.
26 G
rand Prix de Formule 1
de Monaco.
26 D
ébut du tournoi
de tennis
de Roland-Garros.
Juin
4 30e anniversaire de la
répression sanglante
des manifestations pour
la démocratie de la place
de Tian’anmen à Pékin.
4 Ouverture du Midem,
le marché international
du disque et de l’édition
musicale de Cannes.
5 Congrès de la Fifa à Paris
avec l’élection du nouveau
président.
6 75e anniversaire du
débarquement allié
en Normandie.
7 Coup d’envoi de la Coupe
du monde féminine
de football en France.
9 Finale de la Ligue
des nations de l’UEFA
à Dublin.
11 Ouverture de l’E3, grandmesse annuelle des jeux
vidéo à Los Angeles.
13 Ouverture d’Art Basel,
la foire internationale d’art
contemporain de Bâle.
14 Début de la Copa América,
au Brésil.
14 Journée mondiale du don
du sang.
15 Début de la Coupe
d’Afrique des nations
de football.
16 Élections présidentielle et
législatives au Guatemala.
17 53e salon aéronautique
du Bourget.
19 Début des Chorégies
d’Orange.
20 Conseil européen
à Bruxelles.
21 Fête de la musique.
23 60e anniversaire de la mort
de Boris Vian.
23 134e session du CIO,
à Lausanne, avec l’élection
de la ville hôte
des JO d’hiver 2026.
25 10e anniversaire de la mort
de Michael Jackson.
28 Sommet des dirigeants
du G20, à Osaka (Japon).
28 100e anniversaire de la
signature du traité de
Versailles consécutif à la
Première Guerre mondiale.
Juillet
1er D
ébut du tournoi de tennis
de Wimbledon.
3 D
ébut du Festival d’art
lyrique d’Aix-en-Provence.
5 73e édition du Festival
de théâtre d’Avignon.
6 Départ du Tour de France
cycliste depuis Bruxelles.
10 Début du festival de
musique des Francofolies,
à La Rochelle.
11 Le Parti socialiste fête
ses 50 ans, après avoir
succédé à la SFIO.
12 Début des championnats
du monde de natation
à Gwangju (Corée du Sud).
13 30e anniversaire
de l’inauguration de
l’Opéra Bastille à Paris.
14 Fête nationale.
21 50e anniversaire des
premiers pas de l’homme
sur la Lune effectués
par Neil Armstrong.
24 Début des fêtes
de Bayonne.
Août
4 100e anniversaire
de l’inauguration du
musée Rodin à Paris.
13 120e anniversaire de
la naissance d’Alfred
Hitchcock.
24 Départ du Tour d’Espagne
cycliste.
25 Sommet du G7 à Biarritz.
26 Début de l’US Open de
tennis, dernière levée du
Grand Chelem.
31 Coup d’envoi de la Coupe
du monde de basket-ball
messieurs en Chine.
31 Ouverture de la Braderie
de Lille.
Septembre
1er Il y a quatre-vingts ans,
l’Allemagne envahissait
la Pologne, marquant
le début de la Seconde
Guerre mondiale.
2 Rentrée scolaire.
2 50e anniversaire de la mort
du président vietnamien
Hô Chi Minh.
12 Ouverture de la 68e édition
de l’IAA, le salon
automobile de Francfort.
13 Début des Journées
européennes du
patrimoine.
20 Ouverture de la Coupe
du monde de rugby
masculin au Japon.
21 Début de la 186e Fête
de la bière, l’Oktoberfest
de Munich.
23 80e anniversaire de la
mort de Sigmund Freud.
23 Journée mondiale
des sourds.
28 Début des championnats
du monde d’athlétisme
à Doha (Qatar).
Octobre
1er 30e anniversaire de la
célébration au Danemark
des premiers mariages
homosexuels au monde.
1er 70e anniversaire de la
fondation de la République
populaire de Chine par
le dirigeant communiste
Mao Tsé-toung.
5 Nuit blanche à Paris.
6 Élections législatives
au Portugal.
10 Conférence de
financement du
Fonds mondial pour
la lutte contre le VIH,
la tuberculose et le
paludisme, à Lyon.
15 Début du Mipcom,
le marché international
des contenus audiovisuels,
à Cannes.
15 Élections présidentielle,
législatives et provinciales
au Mozambique.
17 Ouverture de la Fiac 2019,
à Paris.
19 Le Centre national de la
recherche scientifique
(CNRS) fête ses 80 ans.
21 Élections législatives
en Suisse.
21 Élections législatives
au Canada.
24 90e anniversaire du
« jeudi noir » à Wall Street
marquant le début de la
Grande Dépression aux
États-Unis et de l’une
des plus grandes crises
économiques de l’Histoire.
27 Élections présidentielles
en Uruguay et en
Argentine.
30 10e anniversaire de la mort
de l’anthropologue Claude
Lévi-Strauss.
Novembre
3 Marathon de New York.
4 Début du Web Summit
de Lisbonne.
9 30e anniversaire de la
chute du mur de Berlin.
11 Ouverture de la COP25
à Santiago du Chili.
13 Cérémonie
commémorative
des attentats
du 13 novembre 2015
à Paris.
15 Le Pacs fête ses 20 ans.
18 Journée mondiale des
pauvres.
Décembre
1er Journée mondiale
de la lutte contre le sida.
3 Journée internationale
des personnes
handicapées.
8 Journée mondiale
du Climat.
10 Journée mondiale
des droits de l’homme.
12 Conseil européen,
à Bruxelles.
25 Le pape François prononce
la bénédiction urbi et orbi
de Noël.
KAMMERER/AP/SIPA, Alessandro Trovati/AP/SIPA, Thiago Ribeiro/SIPA, DS/ABACAPRESS, Noah K. Murray/AP/SIPA, SIPA, NASA, ALFRED/SIPA
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8
le journal dudimanche
dimanche
30 décembre 2018
Actualité
Politique
Anne Hidalgo, maire de Paris
« Sur l’écologie, Macron
devra clarifier sa position »
interview
environnement
Après les concessions
faites aux Gilets jaunes,
l’élue (PS) de la capitale
réclame « un discours
et des actes forts »
EUROPÉENNES
Anne Hidalgo appelle
la gauche à « se
rassembler »
d’ici aux prochaines
élections
L
a maire de Paris regrette un « rendez-vous raté » entre
Emmanuel Macron et l’environnement depuis la démission du
gouvernement de Nicolas Hulot.
Pour Anne Hidalgo, il faut « changer
complètement de logiciel, et rapidement » : « Le monde ne se réduit
pas, estime-t-elle, à des indicateurs
économiques ou à un tableau Excel. »
Après le tournant des Gilets jaunes,
craignez-vous un abandon
par le gouvernement de la priorité
écologique ?
Le gouvernement devra clarifier sa
position. Nous avons besoin d’un
discours et d’actes forts sur l’écologie. Pour l’heure, il apporte des
réponses sociales à un problème
social, le creusement des inégalités
en France. Pour moi, le social ne
s’oppose pas à l’écologie. Mais présenter l’alignement des fiscalités
du diesel et de l’essence comme
une mesure écologique était une
erreur. La fiscalité écologique doit
être un choix politique assumé,
mais pas au détriment de ceux qui
galèrent. La transition écologique
et énergétique ne peut pas se faire
contre ceux qui ont le moins de
pouvoir d’achat, et à qui on a dit
pendant vingt ans : « Achetez du
diesel, c’est moins cher et ça pollue moins », alors que c’était un
mensonge.
Quels « actes forts » attendez-vous ?
Il faut une politique industrielle
volontariste, à l’échelle nationale
et européenne, pour pousser les
secteurs les plus consommateurs
Anne Hidalgo, vendredi dans son bureau de l’Hôtel de Ville. Bernard Bisson pour le JDD
d’énergies fossiles – automobile,
bâtiment, énergie – à aller vers
les énergies renouvelables. Il faut
aussi mettre en œuvre un accompagnement social de la transition
écologique pour les salariés des
secteurs en mutation comme pour
« Le logiciel
libéral qu’on
nous a imposé
est sans issue »
les consommateurs, qu’il faut aider
à sortir de la dépendance aux énergies fossiles. Cela passera par des
aides, différenciées selon les territoires. Dans les zones rurales,
il faudra remettre du transport
public – non polluant – parce qu’il
n’y a pas d’autre solution. Une politique écologique déterminée suppose un investissement public fort.
Cela, ce n’est pas de la dette qu’on
génère. C’est une planète qu’on
répare. Il est temps de changer
complètement de logiciel, et rapidement. On le voit aujourd’hui : le
logiciel libéral qu’on nous a imposé
est sans issue. Il creuse les inégalités, il aboutit à des jacqueries et au
final à une déstabilisation de nos
systèmes démocratiques.
Les investissements écologiques
doivent-ils être sortis du calcul
des 3 % de déficit public maximum
en Europe ?
Bien sûr. Et cela permettrait aussi
de donner à l’Europe un nouvel
élan et de la remettre sur de bons
rails. La transition écologique,
ce sont des emplois qui disparaissent, mais aussi des emplois
nouveaux qui se créent. La France
et l’Europe auraient pu prendre
les devants dans ce domaine.
Au contraire, parce que nous
nous sommes imposé des règles
qui rendent ­l’investissement
public ­impossible, des secteurs
entiers sont ­a bandonnés et
nous perdons du terrain sur la
transition é­ cologique, l’éducation, la ­recherche, ­l’université…
­Aujourd’hui, il faut que la France
joue son rôle à Bruxelles. Le marché à lui seul ne réglera pas ces
questions et la santé ne peut plus
être la variable d’ajustement des
intérêts économiques.
La transition écologique suscite-t-elle
inévitablement des résistances ?
Elle se heurte à des lobbys très
puissants, qui ne veulent pas que
ça change. Quand j’ai affronté
le lobby du diesel, j’ai vu à quel
point sa volonté était de retarder
le mouvement, alors même que
la nocivité du diesel pour la santé
était connue. Les dirigeants de ce
lobby seront responsables, et sans
doute un jour devant des tribunaux, d’un scandale sanitaire aussi
grave que celui de l’amiante. La
transition écologique est du bon
côté de l’Histoire.
Ils étaient 60 % en 2001. Mais il
y a des territoires où il n’y a pas
d’alternative. Là où il n’y a plus de
petites lignes SNCF parce qu’elles
ont été fermées, où il n’y a pas non
plus de service public de bus, l’éloignement peut vite se transformer
en piège.
Il y a aussi une résistance
de la population…
Quand on vous martèle dans les
publicités que votre vie ne sera
réussie que si vous avez un gros
4×4, cela rend les changements
de comportement difficiles, surtout quand on a créé des dépendances. À nous de donner la
liberté aux ­citoyens de pouvoir
faire ­autrement. À Paris, il y a des
alternatives à la voiture, même s’il
en faut plus, s’il faut les rendre
plus confortables, plus souples,
moins chères. Moins de 37 % des
ménages à Paris ont une voiture.
Avez-vous signé la pétition « L’affaire
du siècle » visant à sanctionner l’État
pour inaction climatique ?
Je la soutiens à fond. Face à
l’inaction des gouvernements,
les acteurs de la société civile
sont ceux qui peuvent faire bouger les choses. Si nous, les villes ou
les associations, n’étions pas très
volontaristes, rien ne bougerait.
C’est par le droit qu’on y arrivera.
Le 13 décembre, avec les maires de
Bruxelles et de Madrid, j’ai obtenu
gain de cause devant le Tribunal
de l’Union européenne alors que
nous contestions une norme édic-
Ces petites lignes SNCF, faut-il
les financer, y compris à perte ?
Oui, et cela s’appelle le service
public. On a pensé qu’on pouvait
se passer de service public, en
oubliant que c’est le patrimoine
de ceux qui n’en ont pas.
9*
le journal du dimanche
dimanche 30 décembre 2018
Actualité
Actualité Politique
tée par la Commission permettant
aux constructeurs automobiles de
continuer à polluer à des niveaux
très supérieurs à ceux autorisés
par l’OMS. C’est une grande première juridique.
Faut-il en passer
par des interdictions pour faire
changer les comportements ?
Il faut des interdictions adossées
à des incitations. On est obligé
d’en passer par là, surtout quand
la question de la santé est en jeu.
Allez-vous instaurer la gratuité
des transports à Paris ?
Un rapport sur le sujet me sera
remis début janvier. Je serai
­sûrement amenée ensuite à mettre
en place des formes de gratuité
nouvelles, par exemple pour les
enfants. Je l’ai déjà fait pour les
« La gratuité
des transports
sera une des
solutions à la crise
de notre pays »
personnes âgées et les personnes
handicapées. Certains ont qualifié
cette idée de démagogique, mais
vous verrez que la gratuité des
transports, ou une forme de prise
en charge des mobilités, sera une
des solutions face à la crise qui
traverse notre pays.
Avez-vous été déçue par les résultats
de la COP24 ?
Ma déception date de la démission
de Nicolas Hulot. Sa nomination
au gouvernement avait été très
enthousiasmante. La France aurait
pu prendre le leadership mondial
sur ces questions. C’est un rendezvous raté. Il est urgent de penser
autrement. Le monde ne se réduit
pas à des indicateurs économiques
ou à un tableau Excel. On est au
bout d’un système trop centralisé,
qui ne donne pas suffisamment
leur place aux territoires et aux
citoyens, qui considère encore
l’écologie comme l’ennemie de
l’emploi alors qu’elle est une formidable opportunité.
Quelle force politique vous paraît
la mieux à même de porter
ces préoccupations écologiques
aux élections européennes ?
Place publique est une initiative
que je suis avec beaucoup d’intérêt. J’aimerais que toutes les
listes résolument attachées à la
construction européenne et portant un projet écologique, social
et humaniste puissent converger
d’ici aux élections.
Que pensez-vous de la démarche
de Ségolène Royal ?
Toutes les démarches sont utiles.
Quand vous écoutez les discours
de Ségolène Royal, Yannick Jadot,
Olivier Faure ou Benoît Hamon,
les différences sont ténues. Cette
gauche-là doit se rassembler. Pour
cela, il faut un peu oublier les affiliations partisanes et construire
quelque chose de nouveau. g
Propos recueillis
par Hervé Gattegno, Arthur
Nazaret et Christine Ollivier
Politique
CONFIDENCES
L’environnement relégué
au second plan, le
ministre de la Transition
écologique mise sur
le grand débat national
pour se faire entendre
C’était le 18 décembre et ce jourlà, fatigués, les députés avaient
davantage la tête au changement
d’air qu’au changement climatique.
Lorsque, dans l’hémicycle, François de Rugy rend compte de la
conclusion des négociations de la
COP24 sur le climat, il n’a droit qu’à
une attention polie. À la fin de sa
réponse, le ministre de la Transition
écologique prévient quand même :
il ne faudra pas « céder à la tentation
de reporter à plus tard les efforts en
faveur du climat ».
Car la tentation est là, surtout
depuis le mouvement des Gilets
jaunes, qui a eu raison de la hausse
de la taxe carbone. « Quand j’ai été
nommé, précise Rugy, j’ai dit que je
ne faisais pas le choix de la facilité :
personne ne pouvait imaginer qu’il y
aurait ce mouvement et que la question de l’écologie en serait le point de
départ. Certes, la tentation de ne rien
faire à cause des mécontentements
existe toujours, mais ce n’est pas le
mot d’ordre d’Emmanuel Macron. »
Les ONG le craignent pourtant.
« La suppression de la hausse a été
annoncée sans aucune autre mesure
permettant de sortir des énergies
fossiles », remarque Anne ­Bringault,
du Réseau Action Climat. « Est-ce
qu’il faut taxer davantage les énergies fossiles ? pointe Rugy. Je le crois
mais c’est en débat. »
L’écologie aurait-elle du plomb
dans l’aile ? « Ah ça, oui ! s’exclame
un ministre. Il va falloir éviter l’accusation d’être des bobos parisiens déconnectés. Rugy a plutôt bien géré la
séquence Gilets jaunes, il ne s’est pas
planqué sous la table. Après, ce sera à
lui de remettre ses sujets à l’agenda. »
Un autre poursuit et le plaint : « Le
pauvre, il a été assez perturbé par
l’actualité… Il n’a pas encore eu le
temps d’imprimer sa vision. »
« Le grand succès de la pétition
“L’affaire du siècle” [dénonçant
l’inaction de l’État face au changement climatique] devrait changer
Le ministre de la Transition écologique à l’Assemblée nationale le 18 décembre. LAURENT CHAMUSSY/SIPA
Le chemin de croix
de François de Rugy
la donne sur l’importance donnée
au climat », espère Anne Bringault.
« La pétition dit qu’il faut en faire plus
pour le climat, c’est aussi ce que je
pense, renchérit Rugy. Nous vivons
en état d’urgence climatique, il faut
le dire. »
De nouvelles propositions
début 2019
Mais depuis son arrivée, la taxe
carbone a été abandonnée, la taxe
sur les poids lourds aussi. Les
­annonces d’Emmanuel Macron
sur l’énergie et sur la diminution
du nucléaire ont été jugées décevantes par les ONG, qui y ont vu
un recul par rapport à ce qu’avait
négocié Nicolas Hulot. « La précédente programmation pluriannuelle
de l’énergie était restée très floue sur
les objectifs et les moyens », s’est
défendu Rugy, juste avant Noël,
en visant la loi de Ségolène Royal.
Alors que la France mettait en
avant son leadership international
dans la lutte contre le changement
climatique, le Premier ministre,
Édouard Philippe, a aussi annulé
son déplacement en Pologne pour
la COP24 à cause des manifestations parisiennes. « Rugy y a fait un
aller-retour express, regrette JeanFrançois Julliard, à la tête de Greenpeace. Plus globalement, en matière
de transition écologique, le gouvernement fait le minimum syndical et on
a le sentiment que Rugy ne pèse pas
beaucoup. » Un ministre le défend :
« Il fait le job, il n’est pas hors-sol, il
est plus réaliste que Nicolas Hulot,
la vedette de l’écologie. » Cruel, un
proche du Président le voit autrement : « Il est ministre d’État, il est
heureux, il a l’échine souple. » Un
autre ministre nuance : « Le débat
public peut lui permettre de parler
fiscalité et écologie. Rugy croit très
fort en ce grand débat. »
Et pour peser, le successeur
de Nicolas Hulot compte sur les
associations environnementales.
« Je leur ai dit de s’investir dans le
débat pour faire entendre la voix de
l’écologie, car la voix des grandes
gueules du conservatisme, de l’inertie, de la démagogie, celles-là, elles
se feront entendre, prévient-il. Je
ferai des propositions à la rentrée au
moment des vœux, pour nourrir le
débat. » En attendant, il profite de
quelques jours de pause en espérant que le gouvernement aussi se
mette au vert. g
Arthur Nazaret
Quatre dossiers tests pour un ministre
Jusqu’ici, le quinquennat a été
riche en symboles : plan climat,
abandon de l’aéroport de NotreDame-des-Landes, annonce de
la programmation pluriannuelle
de l’énergie… L’année 2019 sera
sans doute davantage une année
de mise en œuvre que de grandes
annonces.
bilité-travail » et se pencher sur le
délicat avenir de la fiscalité écologique. « Ce débat ne remet pas
en cause l’agenda écolo », assure le
député LREM et proche de Rugy
Guillaume Vuilletet. Alors que
la loi sur les transports arrivera
bientôt à l’Assemblée, elle pourra
« être enrichie avec des idées du
grand débat national », estime la
députée LREM Bérangère Abba,
qui sera une des rapporteures
du texte.
Le grand débat
« L’affaire du siècle »
RENTRÉE Éclipsée par la crise
des Gilets jaunes, l’urgence
écologique est toujours là
Un des thèmes du débat qui doit
débuter dès la rentrée concerne
directement le ministère de la
Transition écologique : se loger,
se déplacer, se chauffer. Il faudra
notamment définir la « prime mo-
Avec plus de 1,9 million de signataires, la pétition « L’affaire du
siècle », portée par quatre ONG
(Greenpeace, Oxfam, Notre ­affaire
à tous et la Fondation pour la
­nature et l’nomme) pointe l’« inac-
tion de l’État face au changement
climatique ». Les quatre ONG ont
décidé d’assigner l’État en justice.
« Ce n’est pas dans un tribunal qu’on
va faire baisser les émissions de gaz
à effet de serre », a répliqué Rugy
dans Le Parisien. Il a proposé de
recevoir les ONG, mais ces dernières veulent parler directement
au Premier ministre.
Nucléaire
En pleine crise des Gilets jaunes,
Emmanuel Macron a dévoilé les
grandes lignes de la programmation pluriannuelle de l’énergie. Son
discours doit encore être transformé en texte. Or, celui-ci n’est
toujours pas transmis à l’autorité
environnementale. L’objectif
reste de réduire à 50 % la part du
nucléaire dans le mix électrique.
L’horizon n’est plus 2025 mais
2035. Ce changement implique
d’en passer par la loi. Elle sera
présentée au Conseil des ministres
« sans doute au mois de février », a
précisé Rugy.
Centrales à charbon
La fermeture de quatre centrales à
charbon d’ici à 2022 a été réaffirmée fin novembre par Emmanuel
Macron. Mi-décembre, la CGT a
demandé un moratoire. « Tous les
élus des territoires concernés vous
le diront : il y a un vide sidéral sur
la méthode et les moyens, dénonce
le député (ex-LREM) François-­
Michel Lambert, qui a une des centrales dans sa circonscription. Des
salariés vont être sacrifiés. » g A.N.
10
le journal dudimanche
dimanche
30 décembre 2018
Actualité Politique
LABORATOIRE Les
Séance de travail à la mairie
de Saillans : de face, de gauche
à droite, le maire, Vincent
Beillard, Annie Morin, première
adjointe, Fernand Karagiannis
et Sabine Girard, deux
des 15 adjoints citoyens.
Gilets jaunes en
rêvent ; une commune
de la Drôme l’a fait.
Depuis 2014, elle est
gérée par ses habitants
Arnold Jerocki/Divergence
pour le JDD
Envoyé spécial
Saillans (Drôme)
Saillans, c’est 1.275 âmes nichées
dans la vallée de la Drôme, entre
la rivière et le massif des Trois
Becs. Des ruelles étroites qui
serpentent à l’ombre de façades
tordues jusqu’à la Grand-Rue où
une dizaine de commerces jouent
des coudes. C’est aussi une école
pleine à craquer. Et juste à côté,
une mairie grande ouverte. À tous,
à toute heure, tous les jours depuis
quatre ans et demi et les dernières
élections municipales, lorsqu’une
liste citoyenne a été élue. Depuis, la gestion de ce village est
participative.
« On a voulu faire les choses autrement, sourit Fernand ­Karagiannis,
l’un des 15 ­adjoints citoyens. De la
collégialité, un fonctionnement participatif et la transparence de la mairie. » Trois exigences nées en 2013
quand le village s’est soulevé contre
un ­projet d’­hypermarché porté par
l’ancien maire. Après avoir fait reculer l’édile, certains ont monté une
liste alternative avec des volontaires
tirés au sort. Quelques mois plus
tard, ils ramassaient la mise : près
de 57 % des voix dès le premier tour,
avec 80 % de participation.
Certains se sentent
« dépossédés »
Dans ce petit morceau de France
coincé entre Die et Valence se joue
depuis une nouvelle partition démocratique, avec ses hauts et ses
bas. « Il a fallu tout coconstruire »,
se rappelle Annie Morin, 70 ans et
première adjointe. Avec un mode
de fonctionnement inédit : tous
égaux, du maire aux adjoints. Le
conseil municipal est désormais
la chambre d’enregistrement des
décisions prises par un « comité
de pilotage », sorte de conseil
d’adjoints ouvert aux habitants,
et par des « commissions participatives » mêlant élus et citoyens
volontaires.
Les projets sont discutés dans
les « groupes actions projets »
qui planchent sur des questions
comme les pesticides ou l’éclairage
public. Parallèlement, « l’observatoire de la participation », groupe
Saillans, le village qui
réinvente la démocratie
composé de 12 habitants tirés au
sort, veille au bon fonctionnement
des jeunes institutions.
« Tout prend plus de temps,
concède Fernand Karagiannis.
Mais le temps de la concertation
rend les décisions plus légitimes. »
Les Saillansois sont également
consultés en ligne et, plus rarement, par référendum. Le dernier
en date portait sur les compteurs
Linky, rejetés par la majorité. Le
gros projet du moment : le plan
local d’urbanisme (PLU), auquel
les habitants sont étroitement associés. Il mobilise un peu moins de
30 % de la population, soit l’un des
projets qui fédèrent le plus.
« C’est dommage que les gens
ne s’investissent pas plus, regrette
Maguy, 80 ans. Parce que c’est un
formidable mode de gouvernance,
même s’il prend du temps et est
contraignant. » Élue municipale
entre 2002 et 2008, elle a vu la différence. « Avant, on partait de notre
décision pour descendre vers les
gens, explique-t-elle. Aujourd’hui,
on part des gens pour aller vers la
décision. Et ces assemblées permettent de rencontrer une nouvelle
population. C’est eux l’avenir. »
Une grande répétition
générale
Car le village est en constant
­accroissement démographique.
Un tissu associatif dynamique
couplé à la gestion participative de
la commune en a fait un pôle d’attraction. Ingénieurs, c­ hercheurs
et documentaristes séduits par
ce laboratoire ­démocratique s’y
sont installés, gonflant une population de néoruraux qui augmente
depuis plusieurs années. « Ils nous
accompagnent et s’investissent
plus, remarque Annie Morin, exdirectrice de l’école. Mes anciens
élèves sont moins politisés. »
Ses anciens élèves, on peut les
trouver au Café des Sports, le bar
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Pour en profiter :
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près de la mairie. Les avis y sont
mitigés. « Je ne suis ici que depuis
deux ans, botte en touche Ludo,
l’un des patrons. Mais la mairie,
je n’en entends pas beaucoup de
bien. » Un quadra aux épaules
carrées boit son café en terrasse.
Ce natif de Saillans gonfle les joues
quand on évoque la gestion participative. « Je ne sais pas trop, je n’y
vais pas, dit-il. Je ne comprends pas
bien comment ça marche. C’était
mieux avant, on savait qui commandait. »
Plus loin, trois amies discutent
autour d’un verre de blanc.
« Saillansoises pure souche », ces
« anciennes » n’aiment pas ce qu’il
se passe « là-haut », à la mairie.
Elles trouvent qu’on ne les « écoute
pas », que « cette bande parle beaucoup mais fait peu ». L’une baisse
un peu la voix. « Qu’ont-ils fait de
concret, à part nous ramener des
zadistes ? » Et de conclure : « On
est dépossédés de notre village. »
À Saillans, si on force (un peu)
le trait, bleus de travail et
­p ermanentes impeccables côtoient chaussures de rando et
tignasses au vent. Les premiers
­fréquentent plutôt le Café des
Sports quand les seconds, les
« néo », se ­retrouvent aux bars
associatifs, à l’opposé de la rue.
La cohabitation est polie, p
­ arfois
méfiante. « Il y a une f­ racture,
admet Annie Morin. On essaie de
multiplier les outils p
­ articipatifs,
mais ceux qui sont à part le restent.
Ils ont peur. On a sûrement fait des
erreurs. Tout ce qu’on fait ici est
nouveau. Cette démocratie met du
temps. » Avant de réfléchir. « Ça
prendra peut-être une nouvelle
génération. » Une chose est sûre,
selon elle : c­ ertains principes de
collégialité et de transparence sont
désormais gravés dans le marbre,
« même si une municipalité classique reprenait la main aux prochaines élections ».
Peu suivi à Saillans, le mouvement des Gilets jaunes, qui a fait du
référendum d’initiative citoyenne
(RIC) son cheval de bataille, donne
une résonance toute nouvelle à cette
gestion participative. E
­ mmanuel,
un trentenaire arrivé il y a sept ans
et investi dans la municipalité, en
est sûr : ici, c’est l’avenir. « C’est une
grande répétition générale, dit-il. On
a la chance de faire partie de cette
expérience. » D’ailleurs, à Paris, on
garde un œil sur le village drômois.
La commission nationale du débat
public s’est associée à la municipalité sur le PLU participatif. « C’est
flatteur, se réjouit-on à la mairie.
D’habitude, ils ne s’occupent que de
gros projets. »
Mais au Café des Sports, on ne
s’intéresse pas trop à Paris, sauf
pour commenter, accoudé au
comptoir, les images qui défilent
à la télé. On y parle Gilets jaunes
et futur grand débat national.
À l’écran, un bandeau bleu affiche
« Les Français vont prendre la
­parole  ». Les Saillansois, eux, l’ont
déjà prise. Enfin, ils essaient. g
Pierre Bafoil
Précision sur un sondage
À la suite de la publication dans
le JDD du 9 décembre 2018 d’un
sondage Ipsos sur les prochaines
élections européennes, la Commission des sondages a relevé que,
parmi les mentions obligatoires
lors d’une première publication,
faisaient défaut le texte intégral
des questions, les marges d’erreur
et la mention selon laquelle toute
personne peut consulter la notice
de ce sondage sur le site www.commission-des-sondages.fr.
Voici les questions : (À tous)
Êtes-vous inscrit sur les listes électorales ? ;
(Aux inscrits) Les prochaines
élections européennes se tiendront
le 26 mai 2019. Pouvez-vous don-
ner une note de 0 à 10 sur votre
intention d’aller voter lors de ces
élections européennes ? 0 signifiant
que vous êtes vraiment tout à fait
certain de ne pas aller voter et 10
que vous êtes vraiment tout à fait
certain d’aller voter ;
(Aux inscrits) Si les élections
européennes se tenaient dimanche
prochain, quelle est la liste pour laquelle il y aurait le plus de chances
que vous votiez ? Si vous aviez le
choix entre les listes suivantes…
Et voici la marge d’erreur : Pour
un échantillon de 900 personnes,
si le score mesuré est de 20 %, il y a
95 % de chances que la valeur réelle
se situe aujourd’hui entre 17,4 % et
22,6 % (plus ou moins 2,6 points). g
11
le journal du dimanche
dimanche 30 décembre 2018
Actualité International
Au Brésil, les opposants
à Bolsonaro s’organisent
PEUR Alors que
À São Paulo le 21 décembre, Karine
Aparecida Amancio (à gauche), et Marcia
Pereira Fabiano (à droite). En bas, les
deux artistes Thays Librelon et Lindsey
Brizola. Newton Santos/POLARIS POUR LE JDD
le président d’extrême
droite entre en fonction
mardi, l’angoisse
monte dans une société
profondément fracturée
Résistance
Professeurs, journalistes
ou représentants des
minorités hésitent à
partir. D’autres préfèrent
rester au pays pour lutter
Envoyée spéciale
São Paulo (Brésil)
L
’idée tournait dans
sa tête depuis un moment. Suivre
des cours de français, économiser
real après real pour payer son billet
d’avion et reprendre un jour, peutêtre, ses études de journalisme à
Paris. C’est une phrase glaçante,
écrite pendant la campagne électorale, qui a servi de catalyseur à
Karine Aparecida Amancio. Sur les
murs de son université, à Ribeirao
Preto dans l’État de São Paulo, il y
avait marqué : « Bolsonaro vainqueur,
les Noirs n’entreront plus jamais ici. »
Ce jour-là, l’ancienne éditrice de
31 ans a décidé de tout faire pour
boucler définitivement sa valise,
direction la France, en priant pour
décrocher rapidement une bourse
et un visa. « Que va-t-il se passer
avec la police, pour nous, les Noirs ?
Va-t‑on nous tirer dessus ? Je suis
très inquiète, confie-t-elle depuis
São Paulo, où la jeune femme vit
de petits boulots. Si je n’avais pas
de problèmes financiers, je serais déjà
partie. Je n’ai aucune perspective ici
dans les quatre ans à venir. » Quitter
son pays parce qu’elle a peur, et non
pour une opportunité professionnelle, lui déchire le cœur.
Depuis l’élection à la présidence
fin octobre de Jair Bolsonaro, le
candidat d’extrême droite de 63 ans,
l’angoisse monte dans une société
fracturée. Celui que ses fidèles appellent « mito », « le mythe », entrera
en fonction mardi. Près de 73 % des
Brésiliens estiment que les décisions
annoncées par le futur gouvernement « vont dans la bonne direction »,
selon un sondage du quotidien Folha
de S. Paulo, publié mi-décembre.
Pour d’autres, son arrivée au pouvoir revêt des allures de cauchemar.
Bolsonaro – qui préférerait voir
ses fils mourir dans un accident
de la route plutôt que de les savoir
homosexuels – a nommé comme
ministre de la Famille une pasteur
évangélique antiavortement. Climatosceptique, nostalgique de la dictature, il souhaite également classer le
Légende. CRÉDIT
Mouvement des travailleurs ruraux
sans terre (MST) comme groupe
terroriste. Le capitaine de réserve a
certes promis de gouverner « sans
distinction d’origine sociale, de race,
de sexe, d’âge ou de religion ». Cela
ne rassure pour autant pas les professeurs, militants écologistes et
LGBT ainsi que les minorités noires
et indigènes, qui se sentent dans le
viseur. Et dont certains réfléchissent,
comme Karine, à fuir à l’étranger.
Ces dernières années, les départs
à l’étranger concernaient surtout
l’élite, lassée de la crise économique
et effrayée par la flambée de violences dans certains quartiers. Près
de 2.000 millionnaires ont quitté
le Brésil en 2017, un record selon
le cabinet de conseil New World
Wealth. Cette fois, une autre peur
tire la valise. « Celle de souffrir de
violences physiques ou de subir des
sanctions dans le monde professionnel motivées par l’homophobie ou la
discrimination politique », résume le
quotidien Folha de S. Paulo, rappelant que les recherches sur Internet
pour émigrer au Portugal ont augmenté de 200 % un mois et demi
après l’élection de Bolsonaro, et de
110 % pour les États-Unis.
Mais certains n’ont pas les
moyens, financiers ou administratifs,
de sauter le pas. Comme Alan Alex,
journaliste d’investigation installé
dans l’État de Rondônia, à la frontière bolivienne. Menaces de mort
par l’ex-président du tribunal de jus-
« Je ne céderai
pas un pouce
de terrain »
Thays Librelon, artiste de rue
tice, exfiltration à Brasília en 2016,
avant de réintégrer son domicile en
avril : le rédacteur en chef du media
en ligne Painel Politico, qui a révélé
des dizaines de crimes et de cas de
corruption au niveau local, en a vu
d’autres. Le pedigree du nouveau
président lui laisse pourtant dans
la bouche un goût plus amer que
d’ordinaire. « Jusqu’ici, les menaces
étaient faites à travers des émissaires
subtils comme des éléphants dans un
magasin de porcelaine, rapporte-t‑il.
Avec l’élection, la situation a empiré.
Les agresseurs bénéficient désormais
du soutien des institutions et d’une
société complaisante, qui s’enflamment contre les journalistes. »
Père de deux adolescents, Alan
envisage de déménager pour mettre
sa famille en sécurité, et même
d’abandonner son métier. « Être
journaliste dans le nord du pays, où
il n’existe aucune protection, c’est très
compliqué », regrette-t‑il. Alan rêverait de partir à l’étranger. « Mais où
et comment obtenir un visa ? Même
pour changer d’État à l’intérieur du
Brésil, les obstacles bureaucratiques
sont nombreux. Je ne suis pas encore
parti car je n’ai pas trouvé la sortie. »
D’autres choisissent au contraire
de rester pour résister à ce nouveau président raciste, misogyne
et homophobe. Un combat entamé
pendant la campagne, notamment
via le mouvement féminin Ele Não
(« pas lui »), auquel Thays L
­ ibrelon
et Lindsey Brizola ont participé à
São Paulo. Ce vendredi de d
­ écembre,
les deux trentenaires, artistes de rue,
profitent de leurs « derniers instants
de liberté » dans le quartier alternatif de Beco do Batman, cerceaux
et baguettes en main. « Les femmes
seront parmi les premières cibles du
discours phallocrate et patriarcal
de Bolsonaro, soutient Thays. Si je
pars, je lui laisse de l’espace. Je ne
céderai donc pas un pouce de terrain. » Au marché couvert, Marcia
Pereira Fabiano, ancienne assistante
sociale devenue vendeuse de fruits,
s’inquiète elle aussi des « bruits de
botte » qui risquent de revenir dans
la rue et de « viser les jeunes de la
périphérie ». « Si j’avais les moyens de
partir, je ne le ferai pas, confie‑t‑elle
pourtant. Je reste pour me battre et
donner la priorité à l’éducation. »
Déjà sous tension, le groupe hétéroclite gravitant autour du futur président leur donnera peut-être raison.
Entre Eduardo, le fils ­Bolsonaro, qui
se rêve en leader de la droite dure, les
ultralibéraux formés aux États-Unis
et les sept généraux du gouvernement, les relations risquent d’être
compliquées. « Diriger exige de pouvoir arbitrer les conflits internes et de
communiquer avec toute la société
brésilienne, or le personnage principal
n’en semble pas capable », explique
Sérgio Fausto, politologue chargé
de la Fondation Fernando Henrique
Cardoso, un groupe de réflexion.
Redressement des comptes publics, retraites dans la fonction publique, système de santé : les sujets
qui fâchent s’accumulent. D’autant
que Bolsonaro, qui ne dispose que
de 52 députés au Parlement sur 513,
devra tisser des alliances, sans doute
avec les partis du centre. « Après cent
jours, fini la grâce, tout se négocie,
souligne un diplomate. Or, Bolsonaro
n’a aucun allié. »
C’est justement ce qui a décidé
Diogo da Costas Salles à rester. Le
jeune professeur d’histoire dans
le secondaire à Rio de Janeiro est
membre du mouvement Professeurs
contre l’école sans parti, opposé à la
loi du même nom, en cours d’examen à la chambre des députés. Le
texte – que soutient Bolsonaro –
souhaite mettre au pas un système
scolaire qui serait « sous influence
communiste » et « endoctrinerait »
les élèves. « L’objectif est de mettre
en place une politique de censure sur
certains thèmes comme l’éducation
à la sexualité, dénonce-t‑il. Nous
allons vers un système ouvertement
fasciste. » Partir pour autant ? « Je
ne veux pas tomber dans l’illusion
de la fuite, avance-t‑il. Il faut combattre avec encore plus de forces,
utiliser les failles. » L’enseignant
reconnaît néanmoins qu’il est « un
homme blanc, hétérosexuel, de la
classe moyenne », donc relativement
protégé. « Certains sont aujourd’hui
dans une vulnérabilité terrible. Je
comprends leur envie de partir. » g
CAMILLE NEVEUX
12
le journal dudimanche
dimanche
30 décembre 2018
Actualité International
La République démocratique du Congo
vote dans un climat d’incertitude
PRÉSIDENTIELLE
Harassée par des
années de misère
et de répression, la
population se rend
aujourd’hui aux urnes.
Un scrutin organisé
avec deux ans de retard
Correspondance
Kinshasa (RDC)
« Je veux voter, c’est mon droit, je
veux l’exprimer », assène Kathy
Katsulu. Son dernier-né dans
les bras, cette mère de famille
sans emploi vit dans le quartier
populaire de Bangu, à Kinshasa.
La phrase est répétée comme un
mantra aux quatre coins de la capitale. En R
­ épublique démocratique
du Congo, les élections présidentielle, législatives et provinciales
qui doivent avoir lieu ce dimanche
cristallisent espoirs, frustrations
et inquiétudes d’une population
essoufflée par des années de
­misère, de vie au jour le jour et
de répression.
La vie suivait son cours, hier
dans la capitale, comme si les
­e sprits et les colères s’étaient
mis en suspens. La RDC, l’un des
pays les plus pauvres du monde
malgré ses ressources naturelles,
n’a jamais connu de transition
pacifique du pouvoir depuis son
indépendance en 1960.
Après seize ans de pouvoir, le
président Joseph Kabila avait
refusé de quitter ses fonctions à
la fin de son deuxième mandat, en
décembre 2016. Sous la pression
des pays de la région notamment,
il a finalement accepté de ne pas se
représenter à cette élection, mais il
n’exclut pas de revenir au pouvoir
en 2023. La coalition au pouvoir
a alors désigné un « dauphin ».
­Emmanuel Ramazani Shadary,
ancien ministre de l’Intérieur,
Des agents
de la Commission
électorale
nationale
indépendante
à Bukavu
le 28 décembre.
Fredrik Lerneryd/AFP
f­ idèle du président mais peu
connu, est le candidat du Front
commun pour le Congo (FCC), la
coalition électorale au pouvoir. Il
est sous le coup de sanctions européennes, imposées entre autres
pour son rôle dans la répression
sanglante des manifestations
contre le régime en 2016 et 2017.
Une opposition divisée
et des craintes de fraude
Malgré plusieurs tentatives, l’opposition n’a pas réussi à s’accorder sur un candidat unique. Deux
d’entre eux constituent des rivaux
de poids : Félix Tshisekedi, 55 ans,
fils du défunt opposant historique
Étienne Tshisekedi, et surtout Mar-
tin Fayulu, 62 ans, ancien homme
d’affaires, choisi par une coalition
d’adversaires du pouvoir. « Lors de
sa campagne, il a rassemblé d’immenses foules, indique un diplomate
européen. Les autorités ne s’attendaient pas à un tel engouement. » La
majorité au pouvoir commencerait
à douter de sa capacité à remporter
la présidentielle, même avec une
division des voix de l’opposition.
Selon un sondage publié cette semaine par le Groupe d’étude sur
le Congo, Martin Fayulu arriverait
en tête avec 47 % des intentions de
vote, 24 % pour Étienne Tshisekedi
et 19 % pour Emmanuel Shadary.
L’organisation du scrutin, trois
fois repoussé depuis 2016, est un
casse-tête logistique. Beaucoup
craignent des fraudes massives.
À Kinshasa, à la veille du vote,
les listes électorales n’étaient pas
affichées dans certains bureaux.
« Elles vont arriver, rassure un directeur de centre, dans le quartier
de la Gombe. Mais avec la suppression de certains bureaux, il a fallu
les modifier. » L’introduction de
« machines à voter » électroniques
a aussi suscité de vives critiques.
Leur utilisation risque d’être
compromise par des problèmes
techniques, et pourrait faciliter la
triche. Les ­observateurs de l’Union
européenne et des États-Unis ont
d’ailleurs été tenus à l’écart. La
surveillance du scrutin et de la
compilation des résultats reposera principalement sur l’Église
catholique, très impliquée dans
la médiation de la crise politique.
Avec 40.000 observateurs à travers le pays, elle espère se poser
en rempart de la démocratie. Hier,
depuis la cathédrale de Kinshasa,
l’archevêque Fridolin Ambongo a
mis en garde contre les violences
et le tribalisme. En cas de victoire
du candidat de la majorité présidentielle, l’opposition a répété
qu’elle contesterait les résultats. Les
Congolais rêvent d’une nouvelle
ère, ils craignent aussi une plongée
dans le chaos. g
PATRICIA HUON
En froid avec Bruxelles, la Roumanie prend les rênes de l’UE
INSTITUTIONS Bucarest doit
présider le Conseil européen
à partir de mardi alors que
le pays connaît une montée
du discours eurosceptique
C’est un défi politique majeur et
un casse-tête administratif qui
attendent l’Union européenne
à partir de mardi 1er janvier. Empêtrée dans une cohabitation difficile
avec Bruxelles depuis deux ans, la
Roumanie récupère la présidence
tournante du Conseil européen
pour six mois. Le moment ne
pouvait pas être plus délicat alors
que les sentiments eurosceptiques
progressent et que les Vingt-Sept
vont devoir gérer le divorce avec
la Grande-Bretagne.
Les Roumains seront-ils aptes
à piloter le vaisseau européen ?
En novembre, après la démission
du ministre délégué aux Affaires
européennes, le président Klaus
Iohannis estimait dans la presse
qu’ils n’étaient « pas prêts ». S’il est
revenu sur sa déclaration depuis,
les inquiétudes demeurent. Le
Conseil européen rassemble les
gouvernements des États membres
pour faire avancer des dossiers
législatifs. Le pays qui en assure
la présidence doit permettre
le dialogue avec le Parlement
et la Commission européenne,
mais aussi le consensus entre
les ministres.
La Roumanie, longtemps
europhile, connaît une montée du
discours eurosceptique. Le gouvernement social-démocrate au
pouvoir depuis deux ans multiplie
les critiques envers Bruxelles, qu’il
accuse d’ingérence. À Bucarest,
l’eurodéputé roumain Cristian
Preda s’emporte d’ailleurs contre
son gouvernement : « La présidence
implique d’organiser de nombreuses
réunions ici, donc une bonne logis-
tique, et surtout de connaître les
positions des autres pays sur des
centaines de dossiers. Or, nous
avons des ministres peu intéressés par les dossiers européens. »
Le président de la Commission,
Jean-Claude Juncker, a lui-même
exprimé ses « doutes » hier sur la
capacité de Bucarest à « présider ».
« La crédibilité
du gouvernement
roumain est
faible sur la scène
européenne »
Largement remanié il y a deux
mois, régulièrement moqué dans
la presse, le gouvernement roumain a été plusieurs fois rappelé
à l’ordre cette année par l’Europe
pour sa réforme controversée de la
justice. Depuis son adhésion à l’UE
en 2007, la Roumanie est soumise
à une surveillance de son système
judiciaire par la Commission européenne. Celle-ci s’est montrée très
critique dans son dernier rapport,
pointant les retours en arrière en
matière de lutte anticorruption.
Dans ce contexte tendu, la Première ministre Viorica Dăncilă
a dévoilé à Bruxelles début
décembre les grandes priorités de
la présidence roumaine : convergence, sécurité, coopération et
cohésion autour des valeurs communes. Deux mois auparavant, elle
avait pourtant vivement critiqué
la surveillance de la Commission, ravivant les tensions entre
Bucarest et Bruxelles.
Depuis son bureau bruxellois,
la directrice de l’Institut d’études
européennes, Ramona Coman,
observe la mise en place de la
présidence par son pays d’origine.
« Ça va être délicat politiquement.
La crédibilité du gouvernement
roumain est faible sur la scène
européenne et sur la scène internationale. » Elle se veut néanmoins
rassurante : « Une présidence, c’est
beaucoup d’administratif. La Roumanie compte de nombreux techniciens et diplomates expérimentés.
Ils feront le maximum dans l’ombre
pour corriger les éventuelles prises
de position nationalistes et euro
sceptiques des ministres roumains. »
À Paris, un diplomate roumain
rappelle que « les Belges ont eu
la présidence à une époque où ils
n’avaient même pas de gouvernement. Et les Tchèques ont organisé
leur élection présidentielle alors
qu’ils présidaient le Conseil ». « On
va y arriver », promet-il. g
MARIANNE RIGAUX
13
le journal du dimanche
dimanche 30 décembre 2018
Actualité International
Autour du monde
L’Andalou qui pactise avec l’extrême droite
Europa Press/
Getty
Juan Manuel Moreno
Le conservateur prendra
mi-janvier la présidence
de la région Andalousie,
grâce à l’appui du parti
populiste Vox
leader de la semaine
Le quotidien El Mundo le surnommait, en 2014, « l’apparatchik ». Juan Manuel Moreno
donne aujourd’hui raison à
ce sobriquet. Le dirigeant
conservateur de 48 ans prendra mi-janvier la présidence
de la région Andalousie, après
avoir scellé un pacte avec le
parti d’extrême droite Vox,
qui a fait son entrée aux
élections de décembre au
Parlement andalou. Une
première depuis la mort du
dictateur Franco. Cornaqué
par Moreno, le Parti populaire
a réussi à réunir les voix des
centristes de Ciudadanos et
des populistes de Vox pour
déboulonner les socialistes
de leur fief andalou, qu’ils
dirigeaient depuis trente-six
ans. Résultat, la candidate de
Ciudadanos, Marta Bosquet, a
été élue jeudi à la tête du Parlement local, avant l’arrivée
mi-janvier de Juan Manuel
Moreno à la tête de la région.
« C’est un accord raisonnable
et rigoureux, qui ouvre la
voie au changement », s’est
félicité ce dernier. Titulaire
d’une licence en psychologie, marié et père de trois
enfants, l’homme a dédié
toute sa vie à la politique :
d’abord comme conseiller
municipal de Malaga, puis
comme député au Parlement
régional, avant d’être élu au
Parlement espagnol, puis de
rejoindre le gouvernement
de Mariano Rajoy comme
secrétaire d’État aux Services
sociaux. Il réintégrera l’Andalousie en 2014 pour préparer
son ascension. Mais surtout
comme leader du Parti populaire, avant son baiser de la
mort avec l’extrême droite. g
Camille Neveux
Italie
Les députés ont voté
hier soir la confiance au gouvernement ainsi
que le budget 2019, le premier de l’exécutif
populiste. Le texte, adopté par le Sénat juste
avant Noël, a été âprement négocié avec la
Commission européenne, qui avait rejeté sa
version initiale, une première dans l’histoire
de l’UE. Le gouvernement d’union entre le
Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème)
et la Ligue (extrême droite) a dû limiter
une partie de ses mesures phares afin de
maintenir le déficit public à 2,04 % du PIB,
contre 2,4 % au départ. g
Signe positif
En Éthiopie,
réconcilier les
communautés
Le Parlement éthiopien a
adopté mardi une loi créant une
commission de réconciliation
pour mettre un terme aux
violences intercommunautaires
qui secouent le pays. Dans
plusieurs régions, des
débordements ont émaillé
les premiers mois du mandat
du nouveau Premier ministre
réformateur, Abiy Ahmed,
entré en fonctions en avril.
Selon le bureau des affaires
humanitaires de l’ONU
(Ocha), au moins 2,4 millions
d’Éthiopiens sont déplacés à
l’intérieur du pays en raison de
telles violences. Les objectifs de
la commission de réconciliation
seront de maintenir la paix et
l’unité nationale, ainsi que
de documenter les violations
de droits humains. g
Égypte Les forces de sécurité ont tué
Yémen Les rebelles
hier quarante djihadistes présumés dans des raids dans la
région de Gizeh, près du Caire et dans le Nord-Sinaï, où est
implanté le groupe État islamique. La veille, trois touristes
vietnamiens et leur guide égyptien avaient été tués dans
l’explosion d’une bombe artisanale près des pyramides, sans
que l’attaque ne soit revendiquée. Cet attentat est le premier
contre un site touristique depuis un an et demi, alors que le
pays a fait de la lutte antiterroriste sa priorité. g Amr Dalsh/REUTERS
houthistes ont commencé à se retirer
hier du port de Hodeïda, une ville clé de
l’ouest du pays, appliquant un accord conclu
avec les forces loyalistes début décembre.
Le texte, parrainé par l’ONU et conclu en
Suède, prévoit une trêve entrée en vigueur
le 18 décembre à Hodeïda, principal front
du conflit et point d’entrée de l’essentiel des
importations et des aides humanitaires. Mais
le cessez-le-feu reste fragile : les combats et
autres échanges de tirs n’ont pas réellement
cessé, alors que les deux parties s’accusent
mutuellement de le violer. g
Les Européens plus inquiets de
l’immigration que du terrorisme
Bangladesh
automne 2018
600.000
C’est le nombre de policiers et de soldats
déployés hier au Bangladesh, pour
éviter des violences lors des élections
législatives aujourd’hui. Treize personnes
ont été tuées lors de la campagne
dans des rixes entre les partisans de
la Première ministre sortante, Sheikh
Hasina, qui brigue un quatrième mandat,
et des militants du Parti nationaliste
bangladais (opposition). Plus de
10.000 opposants ont
été arrêtés.
début 2017
20%
Le terrorisme
40%
38%
L’immigration
L’état des finances publiques
des États membres
19%
17%
18%
18%
La situation économique
Le changement climatique
Source : Eurobaromètre Standard 90
44%
8%
16%
Le nombre d’Européens qui estiment que
le terrorisme est un des principaux défis de
l’Union européenne a drastiquement baissé.
Ils étaient 44 % à le penser début 2017,
contre 20 % aujourd’hui, selon les premiers
résultats de l’enquête Eurobaromètre de
l’automne 2018. L’immigration est la
principale préoccupation. Cette question
est mentionnée par 40 % des personnes
interrogées. Pour la première fois depuis
2014, la situation des finances publiques des
États membres arrive dans le trio de tête des
préoccupations, derrière le terrorisme. Cité
par 16 % des personnes interrogées au niveau
de l’UE, le changement climatique arrive en
cinquième position. Il ne cesse de monter
dans les enquêtes Euro et atteint son score
le plus haut en Suède (46 %), où il représente
la première réponse donnée. g
Pourquoi les combattants kurdes ont-ils appelé le régime syrien à l’aide ?
analyse
Une fois passée la surprise de
l’annonce du retrait des troupes
américaines de Syrie, les effets de
ce redéploiement ne se sont pas
fait attendre. Vendredi, les combattants kurdes des YPG ont annoncé
qu’ils allaient se retirer de la ville
de Manbij, dans le nord du pays,
et ont appelé l’armée du régime
syrien à prendre leur place dans
cette petite ville stratégique. Située
près de la frontière turque, Manbij est passée sous le contrôle des
rebelles syriens en 2012, puis sous
celui du groupe État islamique, et
enfin des YPG kurdes il y a deux ans.
À l’avant-garde du combat contre
l’État islamique, les Kurdes s’opposaient aussi à Bachar El-Assad. Leur
appel à l’aide au régime pourrait
donc ressembler à un renversement
d’alliances dans cette période incertaine où les cartes sont rebattues.
Pas tant que ça. Depuis le début de
la guerre en Syrie, les partis kurdes
entretiennent des relations ambiguës avec Damas. Marginalisés et
opprimés par le pouvoir syrien, les
Kurdes ont d’abord tenté de se tenir
à l’écart du conflit. Pour les dissuader
de rejoindre la rébellion, le régime
leur a habilement accordé des droits
– comme la naturalisation pour des
milliers d’entre eux – jamais obtenus jusqu’alors. Les combattants
kurdes sont réellement entrés en
guerre en se battant contre les djihadistes puis en gagnant de larges
territoires dans le nord et l’est du
pays. La décision de Donald Trump
de rapatrier ses 2.000 soldats présents en Syrie est un coup dur pour
eux. Les Américains les aidaient
dans leur combat contre les djihadistes et, surtout, ils leur servaient
de bouclier face aux Turcs. Pour
Ankara, pas question de laisser un
Kurdistan autonome s’organiser
à sa porte alors qu’elle considère
elle-même les partis kurdes turcs
comme des terroristes. Elle menace
d’ailleurs de lancer une offensive
pour chasser les forces kurdes de
secteurs proches de sa frontière.
Dans la crainte d’être attaqués par
les Turcs une fois les Américains
partis, les YPG kurdes de Manbij
ont donc cherché de l’aide du côté
de Damas. Qui vient d’accepter en
renforçant ses troupes dans des
localités alentour. « Elles ne sont pas
encore entrées dans la ville », précise Ahmad Mohamad, de l’Institut
syrien pour la justice, à Gaziantep,
dans le sud de la Turquie. L’homme
a de nombreux contacts et de la
famille à Manbij. « Mais beaucoup
de civils sont inquiets. Ils ont peur
de l’arrivée des Turcs, mais aussi du
régime syrien, car ils sont recherchés
par Damas. » g
GARANCE LE CAISNE
14
le journal dudimanche
dimanche
30 décembre 2018
Actualité Top 50 Ifop-JDD
Les champions
de 2018
JeanJacques
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Derrière l’intouchable, Omar Sy
conserve sa deuxième place. Avec
une année sans grande actualité,
l’acteur (qui vit à Hollywood) se
« goldmanise » et sa bonne humeur
ravit la France. Dany Boon, bien
visible, lui, reprend la troisième
position à Teddy Riner (qui perd
neuf places). Au pied du podium
– comme dans la course au Ballon
d’or –, Kylian Mbappé, qui vient de
fêter ses 20 ans, grimpe directement
à la quatrième place. Symbole de
l’omniprésence des Bleus après leur
sacre mondial (ils sont six dans le
Top 50), le numéro 10 de l’équipe de
France, préféré des jeunes, a « le profil pour devenir un jour numéro 1 »,
estime Dabi. Au lendemain du sacre
de 1998, Zidane, Jacquet, Barthez
et Henry occupaient aussi les premiers rangs. Autre roi des étoiles,
le spationaute Thomas Pesquet
gagne 28 places et occupe le cinquième rang. Il devance ­Zinédine
Zidane (6e), qui fait son grand retour
au terme d’une année où il a quitté
son poste d’entraîneur après avoir
remporté la Ligue des champions
avec le Real Madrid.
2
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– 16
– 13
+ 14
Fabrice Luchini
Pluie d’étoiles
dans le top 5
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n-Lu rent Gerra
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Renaud
Après deux ans d’absence médiatique, Jean-Jacques Goldman est
réapparu le 10 décembre pendant
trois secondes dans le dernier clip
de Patrick Fiori. Titre de la chanson écrite et composée par JJG
lui-même : Les gens qu’on aime. Les
Français, eux, l’adulent toujours
autant, qui le désignent comme
leur personnalité préférée dans la
66e édition du Top 50 Ifop-JDD. Le
chanteur, dont on n’entend plus la
voix, est en tête pour la huitième fois
(seuls le commandant Cousteau,
l’abbé Pierre et Yannick Noah ont
fait mieux). L’ingrédient principal
de sa popularité est connu : la discrétion. « Il n’a pas d’actualité mais
il fait résolument partie de la vie des
Français », analyse Frédéric Dabi,
directeur général adjoint de l’Ifop.
+4
– 19 N.
P. Pogba
loup
N. Cante
oris
H. Ll ud
na
Goldman marche
(toujours) seul
(-) (-)
(-) – 12 (-)
– 21 – 2
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L. R eroy
N. L ie
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Za era
M
K.
de cette année est
marqué par la percée
des Bleus, le recul des
femmes et la disparition
des politiques
et
u
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Ky
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TENDANCES Le cru
–7 –1
do
+5 +8
(-)
– 11
u
–9
–2
+4
+ 23
(+/-) Évolution par rapport
à décembre 2017)
(-) Nouvel entrant
N. GAILLARD/APRECU/SIPA, G. COLLET/SIPA, S. NOGIER/EPA/MAXPPP
raît dans le top 10 de notre classement. Personne pour succéder à
Anne Sinclair, Patricia Kaas, sœur
Emmanuelle, Simone Veil, Mimie
Mathy, Florence Foresti… La première, Sophie Marceau, se classe
16e et perd 11 places. Pis : presque
toutes les personnalités féminines
reculent. Et de nombreuses autres
testées (Cotillard, Milot, Paradis,
Dhéliat, Jenifer, Ferri, Gossuin…)
n’intègrent pas le Top. La meilleure entrée : Muriel Robin (38e),
portée par son combat contre les
violences faites aux femmes. « On a
ici la preuve d’un certain machisme
français et du manque de figures
féminines qui comptent », regrette
Frédéric Dabi. Cause ou conséquence de cette moindre visibilité : la liste des 1.000 personnalités les plus m
­ édiatisées dans la
presse française en 2018, dévoilée
le 19 décembre par Press’edd, ne
comporte que 15,3 % de femmes
(16,9 % en 2017), deuxième niveau
le plus bas en six ans.
Les politiques hors jeu
À l’exception du démissionnaire Nicolas Hulot, qui gagne
quatre places (43e), aucun politique
n’intègre le classement. Emmanuel
Macron et Édouard Philippe sont
au-delà de la 50e place ; Jacques
Chirac en sort, et ni Jean-Luc
Mélenchon ni Marine Le Pen n’ont
passé la présélection des internautes. Les temps changent : il y a
vingt ans, Mitterrand, Lang, Veil,
Rocard, Giscard d’Estaing, Chirac,
Barre, Juppé et Charasse faisaient
partie des 50 personnalités préférées des Français. g
cyril petit
La méthodologie du Top 50
L’enquête a été menée
par l’Ifop pour le JDD du
6 au 10 décembre 2018
auprès d’un échantillon
de 1.004 personnes représentatif de la population française âgée de
18 ans et plus (méthode
des quotas, questionnaire
autoadministré en ligne).
68 noms ont été proposés : les 45 premiers
du c­ lassement 2017 à
l’exception de Charles
­Aznavour, décédé ;
cinq personnalités choisies par la rédaction du
JDD et 19 sélectionnées
par les internautes sur
une liste de 60 postu-
lants pendant le mois de
novembre. Voici les deux
questions posées ensuite
par l’Ifop : 1. Pour chaque
personnalité, merci d’indiquer si vous considérez
qu’elle compte et/ou si
vous l’aimez bien ou si
vous ne l’aimez pas (ou
si vous ne la connaissez pas). 2. Parmi les
personnalités que vous
avez retenues comme
étant des ­personnes qui
comptent pour vous ou
que vous aimez bien,
quelles sont les dix qui
comptent le plus pour
vous ou que vous aimez
le mieux ?
Sur lejdd.fr
• Le Top 50
en images
• Goldman : ce que
ses chansons
disent de la société
• l’interview de
Thomas Pesquet
• Soprano :
10 choses à savoir
sur le numéro 10
• Qui sont les
préférés selon
la proximité
politique ?
• Femmes, hommes,
jeunes, vieux… :
qui préfère qui ?
• Les extraits du
documentaire
« deuxième étoile »
de TF1 : Kylian
Mbappé raconte
sa Coupe du monde
15
le journal du dimanche
dimanche 30 décembre 2018
Les personnalités préférées des Français
Kylian Mbappé.
ANTHONY BIBARD/ FEP/ PANORAMIC
non ? », s’est-il faussement interrogé
début décembre. Pelé avait été sacré
champion du monde à 17 ans, deux
de moins que Mbappé cet été, mais
c’était une autre époque. Pour tout
le reste ou presque, l’attaquant du
PSG et des Bleus (10 buts en 28
sélections) est en avance sur les
temps de passage de ceux qui ont
marqué le football. Les deux extraterrestres de la dernière décennie,
Lionel Messi et Cristiano Ronaldo,
sont au crépuscule de leur carrière,
et si c’est le Croate Luka Modric
qui a officiellement mis fin à leur
règne en s’adjugeant le Ballon d’or,
Mbappé (4e) symbolise l’émergence
d’un nouvel ordre mondial. « Ce que
j’ai fait, je n’en suis pas surpris car je
l’ai fait avant et j’espère que je pourrai
continuer à le faire », anticipe-t-il.
Mbappé, l’étoile montante
Révélation Le prodige bleu
fait une entrée fulgurante dans
le Top 50. Et est un candidat
sérieux au titre suprême
Il a fêté ses 20 ans il y a dix jours et
c’est tout juste si la planète ne s’est
pas arrêtée de tourner pour souffler
ses bougies. Une pluie d’éloges et
une unanimité irréelle, de celles que
l’on réserve aux figures tutélaires
plus proches de la fin que du début.
Lui n’a pas trois ans de notoriété qu’il
a déjà le monde à ses pieds. Il y a ce
qu’il fait, et il y a ce qu’il dégage, qui
le fait basculer dans l’universalité.
« Être humainement comme tu es à
20 ans, c’est ça la classe ultime », l’a
ainsi interpellé Omar Sy sur Twitter.
Si l’acteur le devance dans le Top 50,
Kylian Mbappé est prédestiné à occuper un jour la plus haute marche,
comme Zinédine Zidane avant lui.
Le champion du monde 1998 avait
déjà 28 ans quand il a trôné pour la
première fois, au sortir d’un Euro
2000 victorieux. L’autre légende
du football français, Michel Platini
n’a, lui, jamais dépassé la huitième
place. À l’image de sa trajectoire
météorite ou de ses accélérations
sur un terrain, Mbappé, plébiscité
chez les jeunes entre par effraction
dans le classement. Testé en 2017, il
n’avait pas réussi à intégrer le Top 50.
C’était l’année de la révélation avec
l’AS Monaco, des premiers pas en
équipe de France et d’un transfert
de tous les records au Paris SaintGermain (180 millions d’euros), mais
son charme opérait surtout dans le
Landerneau.
« Un rêve de gosse »
Sa Coupe du monde 2018 a fait tomber les cloisons. Avec quatre buts,
dont celui en finale contre la Croatie
(4-2) qui l’a fait rentrer dans l’histoire
(plus jeune buteur), il a confirmé
qu’il était hors norme. « Marquer
mon premier but en Coupe du monde,
c’est un rêve de gosse qui se réalise,
confie le prodige dans le documentaire Deuxième Étoile, diffusé mercredi (21 heures) sur TF1. On avait
beaucoup bossé, un mois de physique à
vomir, prêts à tout recracher. Ça tirait
la langue, on mettait trente minutes
pour rentrer au vestiaire. »
Le Roi Pelé l’a lui-même adoubé.
Depuis, le mythe brésilien entretient
une relation « épistolaire » avec le
jeune Francilien via les réseaux sociaux ou les médias. « On est pareils,
Pesquet ne se « compare pas à cousteau »
Pour sa deuxième année dans le
Top 50, le spationaute passe de la
33e à la 5e place. « Les ascensions,
c’est mon truc ! », rigole-t-il dans
un grand entretien à retrouver sur
lejdd.fr. Thomas Pesquet se dit « très
flatté » et « surpris » aussi : « Cette
année, je n’ai pas fait grand-chose.
Je me suis senti un peu inutile. » Il
est pourtant le préféré des 65 ans et
plus : « Mon côté travailleur, sympa,
ça marche bien avec les seniors ! »
À ceux qui voudraient le voir jouer
un rôle en politique, il répond : « Ce
n’est pas d’actualité. Mon ambition,
c’est d’être utile, pas de collectionner les médailles. » On le compare
au commandant Cousteau, 20 fois
personnalité préférée des Français.
« Il est une figure plus que tutélaire,
réagit-il. Il était très en avance sur
son temps : il parlait déjà d’écologie
et d’environnement il y a quarante
ans. De là à oser me comparer à cette
figure, si identifiable avec son bonnet
rouge… J’ai bien ma combinaison
spatiale, mais il faudrait que je songe
à un emblème plus pratique ! » g J.D.
Une belle histoire française
Depuis cet été, le prodige de Bondy
(Seine-Saint-Denis) a changé de
galaxie. C’est un groupe solide et
solidaire qui a triomphé en Russie
mais c’est lui qui a pris la lumière.
Sponsors et médias s’arrachent ce
jeune homme déroutant de maturité qui vit ce qui lui arrive comme
la suite logique de sa destinée. Ses
origines racontent une belle histoire
française : produit de banlieue, famille métissée (Algérie pour la mère,
Cameroun pour le père) et investie.
Son entourage (ses parents et une
avocate) cultive la rareté. Egérie de
Nike, il n’a signé qu’un contrat (avec
l’horloger Hublot) depuis qu’il est
champion du monde. Il s’est aussi
affiché en une de la version internationale de Time.
Un modèle de perfection ? Heureusement, Mbappé reste humain.
Ses entraîneurs, Didier Deschamps
en Bleu, et Thomas Tuchel en club,
l’ont déjà repris de volée pour des
manquements. Ses mots lui ont parfois échappé et sa confiance peut
passer pour de l’arrogance, surtout
en France. Mais il assume et assure
derrière. Même les Football Leaks,
qui ont dévoilé des exigences matérielles élevées lors des négociations
avec le PSG, n’ont pas égratigné son
image. Le football étant une matière
hautement inflammable, la nouvelle
coqueluche du sport tricolore va
devoir garder la tête froide pour
continuer à tracer la route étoilée
qui s’ouvre devant lui. g
Solen CHERRIER
« C’est presque toujours les hommes d’abord »
Vous réintégrez le Top 50, duquel vous
étiez sortie en 2013 après dix ans de
présence. Que vous inspire ce retour ?
C’est pas mal, cette 38e place ! Aussi
enfantin que ce soit, ça fait toujours
plaisir. J’avais vécu ma sortie comme
une sorte de désamour. Je n’avais
rien demandé pour y entrer, mais
je m’y étais habituée. À quoi tient
mon retour ? Peut-être à mon engagement pour les femmes. Ou peutêtre que le public pense que je vais
mourir. Ou alors, les votants ont
pensé que j’étais un homme ! Car
c’est toujours plus facile pour eux
d’y figurer en bonne place.
… FEMMES
Jean-Jacques
Goldman
Omar
Sy
Soprano
2
1
Particulièrement cette année : pour
la première fois, aucune femme dans
les dix premières. Même les femmes
votent pour des hommes. Pourquoi ?
Il y en a marre ! C’est presque toujours les hommes d’abord – à part
sur les bateaux qui font naufrage.
Même si je me r­ éjouis pour JeanJacques ­Goldman ou Omar Sy
notamment.
Manque-t-on de figures féminines
incontestables ?
C’est vrai que depuis la disparition
de Simone Veil [2e du classement
fin 2016], les grandes statures
manquent… J’attends le jour où il
y aura dix femmes dans le top 10,
mais je n’y crois pas vraiment.
Trois mois après votre appel dans
le JDD contre les violences
conjugales, quel bilan tirez-vous
de votre engagement ?
La pétition [700.000 signatures]
grimpe toujours. On vise le million. Dans la rue aussi, la mobilisation a été forte. Du côté du
gouvernement, je n’osais croire
à un miracle, mais c’est plutôt la
déception. Nous avons eu un rendez-vous avec Édouard Philippe
et Marlène Schiappa, mais c’était
en pleine crise des Gilets jaunes ;
de l’argent avait déjà été lâché
par ailleurs. D’un côté, le Premier
­ministre nous dit qu’il y a urgence
à lutter contre les violences faites
aux femmes ; de l’autre, que ce sera
long. Cette phrase m’embête. Pour
l’instant, on reçoit des mots, mais
il n’y a pas d’actes. Où est l’argent ?
Avez-vous d’autres actions en vue ?
Puisqu’il ne faut compter que
sur nous, nous allons organiser
un dîner de gala pour récolter
des fonds. Je vais aussi mettre en
vente aux enchères mes costumes
de scène. Ce ne seront que des
rustines, mais elles permettront
d’aider des associations menacées. Et je garde une carte sous le
coude : la possibilité de rencontrer
­Emmanuel Macron.  g
Propos recueillis
par Juliette Demey
3
… HOMMES
Jean-Jacques
Goldman
Omar
Sy
Zinédine
Zidane
2
1
3
… 15 À 24 ANS
Omar
Sy
Kylian
Mbappé
Antoine
Griezmann
2
1
3
… 65 ANS ET PLUS
Laurent
Gerra
Thomas
Pesquet
Fabrice
Luchini
2
1
3
… SYMPATHISANTS DE GAUCHE
Thomas
Pesquet
Jean-Jacques
Goldman
Omar
Sy
2
1
3
… SYMPATHISANTS D’EN MARCHE
ET DU MODEM
Michel
Cymes
Emmanuel
Macron
Stéphane
Bern
2
Muriel Robin
interview
LE TOP DES…
1
3
… SYMPATHISANTS DE DROITE*
Laurent
Gerra
Thomas
Pesquet
Jean-Jacques
Goldman
2
1
3
* UDI, Les Républicains
… SYMPATHISANTS
DU RASSEMBLEMENT NATIONAL
Jean-Jacques
Goldman
2
Jean-Pierre
Pernaut
Michel
Sardou
1
3
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le journal dudimanche
dimanche
30 décembre 2018
Actualité Société
Le crack, nouveau péril des
REPORTAGE
Des dizaines d’exilés,
refoulés dans le nord-est
de Paris, basculent dans
la drogue et l’alcool
scandale
Les associations qui
effectuent des maraudes
dénoncent leur abandon
par les pouvoirs publics
P
our rejoindre ses compagnons d’infortune, Tassil traverse la bretelle qui va vers la
porte de la Chapelle puis celle
qui débouche sur l’autoroute A1.
Dans un virage surplombant le
périphérique parisien, sur un
terre-plein infesté de rats, ils sont
une trentaine de migrants à avoir
installé leurs tentes. À quelques
mètres se dresse « la Colline », un
espace pentu et arboré fréquenté
par les consommateurs de crack,
sûrs d’y trouver à toute heure un
« caillou » de cette drogue dérivée de la cocaïne. « Ceux qui fument sont un peu fous », constate
Tassil, qui évite de leur parler.
Depuis qu’il est arrivé en France, il
y a huit mois, cet Afghan de 25 ans
les côtoie quotidiennement. Pas le
choix, désormais, ils vivent tous au
même endroit.
« Ici, des gens désespérés ont
rencontré d’autres gens désespérés,
s’alarme une bénévole qui effectue des maraudes tous les soirs.
La situation est catastrophique. »
À la porte de la Chapelle, les associations constatent une porosité
inquiétante, et accentuée depuis
l’été dernier, entre les « crackeurs »
et les migrants. L’extrême fragilité
physique et mentale de ces der-
Porte de la Chapelle à Paris, le 27 décembre. Tassil, un jeune Afghan, et ses compagnons se réchauffent après une nuit glaciale. Julien Jaulin/hanslucas pour le JDD
niers les pousse de plus en plus
vers des pratiques addictives.
Fin juin, après le démantèlement du grand camp du Millénaire,
porte de la Villette, les forces de
l’ordre avaient évacué la Colline.
Les deux populations ont eu l’été
pour se mélanger. « Au début, les
dealers ont distribué les premières
doses gratuites, puis les secondes à
prix cassés, croit savoir la même
bénévole. Aux troisièmes prises,
c’était trop tard. Ils leur ont dit :
“J’ai quelque chose pour alléger ta
souffrance.” Les plus fragiles les ont
crus. » Selon Médecins du monde,
1.500 migrants sont disséminés, à
Paris, dans une centaine de camps
sur le périphérique et aux portes de
Clignancourt, d’Aubervilliers et de
la Chapelle, ainsi que sur l’avenue
Wilson, qui part de cette dernière
et traverse la ville voisine de SaintDenis (Seine-Saint-Denis).
Transhumance dangereuse
Sur le terre-plein où vit Tassil,
à quelques tentes de la sienne,
la gouaille toute parisienne de
Florence contraste avec le pachto
du jeune Afghan. Cette brune au
teint cireux, 42 ans dont dix pas-
sés à fumer du crack, partage la
tente d’un migrant qui a bien voulu
l’accueillir pour la nuit. « On est en
famille ici, dit-elle dans un sourire
sans dents. Eux, nous, c’est pareil,
c’est la galère. » À côté d’elle, un
Somalien explique être à Paris
depuis deux ans. Visiblement sous
l’empire de la drogue, il déverse un
flot de paroles confus, pieds nus malgré les températures glaciales. En
le regardant, Florence l’assure, « de
plus en plus de nouveaux tombent dedans », elle en voit « tous les jours ».
Au 1er août, le collectif Solidarité
Migrants Wilson a arrêté la distri-
bution de petits déjeuners à la porte
de la Chapelle. « C’était devenu ingérable, décrit Philippe Caro, l’un de
ses membres. Les crackeurs chassés de la Colline venaient. Les gens
étaient de plus en plus agressifs. On
n’est pas taillés pour ça. » À la fois
pour se protéger et mettre la mairie
de Paris devant ses responsabilités,
le collectif citoyen s’est retranché
sur les camps de l’avenue Wilson,
quelques centaines de mètres plus
loin. Sur toute sa longueur, de la
porte de la Chapelle au pont de
Soissons on croise des tentes. Tous
les matins, les migrants doivent les
Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, anthropologue
« On se prépare à un hiver de violence et de mort »
interview
Professeure d’anthropologie à
l’Inalco, Marie-Caroline SaglioYatzimirsky, auteure de La Voix
de ceux qui crient (Albin Michel),
coordonne depuis 2015 un projet de recherche sur les migrants
ancré dans une vingtaine de lieux
en France (centres d’hébergement, campements informels,
etc.). Celle qui exerce aussi
comme psychologue clinicienne
en proche banlieue parisienne
auprès d’exilés atteints de stress
post-traumatique tire la sonnette
d’alarme.
Des associations lancent dans
le JDD (lire p. 29) une alerte sur
la santé des migrants à Paris.
Partagez-vous leurs inquiétudes ?
Des dizaines, peut-être des centaines de migrants, sont en très
grave danger. Certains sont en
train de sombrer dans l’alcool,
d’autres dans le crack, une drogue
qui cause des dommages neurologiques irréparables : de jeunes
Afghans, Soudanais ou Érythréens,
en grande détresse psychique, se
transforment en zombies aux
portes de Paris. Il y a un an, les
mêmes s’imaginaient un avenir,
réclamaient un dictionnaire quand
on venait leur offrir un café ou une
écharpe. Ils voulaient apprendre
le français, ils voulaient s’insérer
par le travail. Aujourd’hui, ceux
qui leur viennent en aide ont de
plus en plus de mal à les atteindre.
« Une spirale
infernale qui
peut mener à
la prostitution et
à la délinquance »
Les maraudes habituelles, pendant
lesquelles les associations essaient
de redonner confiance aux gens, se
transforment en simples tournées
de distribution de matériel, couvertures ou tentes, car il est difficile de nouer des liens avec des
personnes brisées. On se prépare
à un hiver de violence et de mort
si on ne les met pas à l’abri. C’est
un vrai scandale de santé publique,
mais il ne se voit pas.
Pourquoi ce fléau est-il invisible ?
Les campements installés dans la
capitale ont été nettoyés de façon
aberrante, sans aucune réflexion
sur les différentes situations des
migrants qui y cohabitaient ou sur
leur devenir. Résultat, les gens se
retrouvent en errance, sans répit
possible. Ils sont donc plus fragiles
et constituent des proies idéales
pour les dealers. Pour certains,
c’est le début de la spirale infernale qui mène à la prostitution et
à la délinquance. Le point de bascule a été la fermeture du centre
de la Chapelle au début du printemps dernier. Ce lieu n’était pas
idéal, mais il a permis de sortir
de nombreuses personnes de la
rue. C’était une porte d’entrée
vers les structures d’hébergement
et la machine administrative de
demande d’asile.
Mais que font les pouvoirs publics ?
L’État n’a pas pris ses responsabilités. Et la mairie de Paris se débarrasse désormais de la question des
migrants en les déplaçant ou en les
repoussant au-delà du périphérique. Elle refuse sans doute de
voir que, contrairement à ceux qui
se trouvent à Calais ou à la frontière italienne, ceux qui sont dans
la capitale veulent y rester. On les
chasse, mais ils reviennent.
Dans un récent rapport, le défenseur
des droits relevait que cette
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le journal du dimanche
dimanche 30 décembre 2018
Actualité Société
migrants
replier sous la pression des polices
municipale et nationale. « Il y a
un harcèlement policier, dénonce
Philippe Caro. Au début de l’été, ils
lacéraient les tentes ou prenaient
une chaussure sur deux. Désormais,
ils imposent aux exilés une transhumance quotidienne dangereuse
pour leur santé. » « Il y en a qu’on voit
souvent et qu’on ne reconnaît plus,
dans des situations psychologiques
terribles », se désole Marin MarxGandebeuf, à l’origine du Guide de
la demandeuse et du demandeur
d’asile à Paris.
1.500
Nombre estimé
d’exilés
vivant dans les rues
de la capitale,
selon Médecins du monde
Toutes ces situations ne sont pas
liées à la drogue, loin de là. « Depuis
trois ans, à chaque évacuation, on
passe un cran de violence supplémentaire, pointe Louis Barda, de Médecins du monde. Il y a une politique
visant à invisibiliser les migrants,
et plus ils sont dispersés, moins les
plus fragiles peuvent venir nous voir.
L’État les met sciemment en danger.
Ils sont dans un état de sidération. »
Nombre d’entre eux souffrent
de problèmes dermatologiques et
ORL, des pathologies dues à la vie
dans la rue. Parallèlement, certains
présentent des syndromes de stress
post-traumatique liés aux épreuves
vécues lors du parcours migratoire,
accentués par l’absence d’accueil
parisien. « Ce désespoir les précipite
dans l’alcool ou la drogue, déplore
une bénévole qui longtemps n’a pas
voulu en parler, pour ne pas coller
un stigma de plus sur cette population rejetée. C’est une minorité,
dégradation sanitaire concernait
de nombreux endroits en France.
La situation est également très
critique à Calais. La police, incitée par les élus locaux et par la
politique nationale, pratique un
harcèlement continuel des personnes qui tentent de se poser
temporairement. Des tentes sont
démontées, des feux éteints alors
qu’il gèle. On envoie des migrants
qui veulent passer en Angleterre
vers des centres situés très loin de
la Manche, sans réfléchir à leurs
problématiques personnelles. Des
exilés qui vont mal arrivent dans
des territoires qui souffrent, où
le service public est défaillant, où
les équipes de soins manquent de
moyens. Partout, les associations et
les professionnels de l’accueil font
mais c’est une réalité. » Afin d’endiguer ce phénomène, Marin MarxGandebeuf entreprend d’éditer des
flyers en quatre langues pour informer les migrants sur les dangers des
addictions. Louis Barda explique
ne pas voir d’exilés sous crack lors
de ses permanences. « Cela ne veut
pas dire qu’il n’y en a pas. Sont-ils
tellement loin qu’on ne peut plus les
atteindre ? »
Un écosystème de la misère
Prostitution, revente du matériel
donné par les bénévoles, location de
tentes : un véritable écosystème de la
misère s’est mis en place porte de la
Chapelle. Un temps, les associations
d’aide aux usagers de drogue se sont
inquiétées d’une augmentation de la
distribution de pipes à crack. C’était
en fait des migrants qui les revendaient 5 euros aux crackeurs. « Il y
a des rapports d’échange entre ces
populations, confirme Pierre Leyrit,
de Coordination Toxicomanie. Les
pouvoirs publics le savent très bien
et ont choisi l’inaction. »
Plus on s’éloigne des camps de
la porte de la Chapelle pour aller
vers ceux nichés sur les bretelles
de l’échangeur routier, plus la porosité est à l’œuvre. Le périphérique
du Nord-Est parisien regorge de
terre-pleins couverts de tentes où se
mêlent migrants et crackeurs. Tassil
s’y est installé parce que la police ne
vient pas jusqu’ici. Il la craint car il
est « dubliné » en Serbie, du nom de
cet accord européen selon lequel
le premier pays où une personne
dépose ses empreintes est celui qui
en est responsable. « On attend ici de
ne plus être dublinés, déclare-t-il de
sa voix douce. Je ne sais pas combien
de temps ça va prendre. »
En fin de matinée, trois
Soudanais quittent le campement de
Tassil pour rejoindre le feu rouge un
peu plus bas. Ils y tendent la main
dans l’espoir de récolter quelques
pièces. Très vite, des corps à la démarche saccadée descendent de
la Colline pour les imiter. De loin,
impossible de faire la différence
entre les deux groupes. g
Pierre Bafoil
le même constat : au lieu de protéger les migrants, les institutions
les rejettent. Ce phénomène est à
l’œuvre en France comme dans les
27 autres pays de l’Union, du fait
même de la politique européenne.
Les personnes les plus en souffrance sont celles qu’on appelle
les « dublinés », en référence au
règlement de Dublin qui prévoit
que la demande d’asile soit examinée dans le pays d’entrée sur le
continent. Certains sont tout simplement détruits, physiquement
et psychiquement, à force d’errer
d’un État à un autre depuis parfois
six ou huit ans sans jamais trouver
leur place. g
Propos recueillis
par Anne-Laure Barret
Sur l’île de la Cité, la loterie de l’exil
AFFLUX Dans un centre
d’accueil de jour, un système
de tri a été mis en place.
Une boule verte sert de sésame
Chaque matin à 9 heures, devant
une porte discrète du boulevard du
Palais, à Paris, on joue à une sinistre
loterie. Les migrants qui veulent accéder à cet accueil de jour, sur l’île de
la Cité, doivent obligatoirement s’y
soumettre pour espérer bénéficier
de l’une des 25 places qui se libèrent
chaque jour – le centre n’en compte
que 50. Pour s’y reposer, s’informer
ou, parfois, être orientés vers un
centre d’accueil et d’examen des
situations, ils doivent tirer une boule
de couleur. Au milieu des rouges,
quelques vertes sont le sésame pour
entrer dans l’établissement. « On ne
le fait pas de gaité de cœur, soupire
une éducatrice. On n’a pas le choix. »
Face aux tensions qui surviennent
dans les files d’attente, les associations ont été contraintes de mettre
en place des solutions de tri. « On
a conscience de la charge symbolique de ce système, admet-on au
service communication de France
Horizon, gestionnaire de l’établissement. Mais que faire ? Tous les jours,
il y a plus de 100 personnes. On s’est
inspiré de ce qui se fait en Belgique.
Cela permet l’accès de tous mais de
manière apaisée et répartie dans le
temps. » Car on l’assure, si un exilé
malchanceux tire plusieurs jours
de suite une boule rouge, on le fait
entrer en priorité.
À Paris, il n’y a que quatre accueils de jour dont un réservé aux
familles. Moins de 200 places pour
les 1.500 migrants de la capitale.
Chaque structure gestionnaire
s’efforce de faire au mieux face
à l’afflux. Au centre de DenfertRochereau, plus de 400 personnes
tentent leur chance tous les matins.
Plutôt que la loterie, l’association
Aurore, qui le gère, préfère prendre
en photo les migrants pour dresser un ordre d’arrivée. Une liste
d’attente qui ne dit pas son nom,
où il faut revenir chaque jour pour
ne pas perdre sa place. « Il faut
patienter trois semaines, soufflet-on à l’entrée. Si vous avez mieux
comme système, n’hésitez pas, on
est preneurs. » g P.B.
18
le journal dudimanche
dimanche
30 décembre 2018
Actualité Société
Révélations L’ancien
que ce dernier se trouve sur le territoire français ou à l’étranger. »
Cette appréciation officielle
semble trancher avec la suspicion
évoquée par le directeur du cabinet d’Emmanuel Macron, Patrick
Strzoda, dans la lettre qu’il a adressée à Benalla la semaine dernière
garde du corps dit avoir
utilisé ces documents
« par confort personnel ».
Pour le Quai d’Orsay,
ils n’octroient
« aucun avantage »
Alexandre Benalla voudrait en finir
avec la polémique née cette semaine
autour de ses passeports diplomatiques, qu’il juge « complètement
disproportionnée ». Mis en cause
pour avoir conservé ces documents
depuis son limogeage de l’Élysée, le
23 juillet, et pour les avoir utilisés
depuis dans divers voyages d’affaires
à l’étranger, l’ancien garde du corps
d’Emmanuel Macron a indiqué au
JDD qu’il comptait les restituer au
ministère des Affaires étrangères
« dans les prochains jours ». « Je suis
satisfait que la justice puisse désormais mettre un terme aux rumeurs et
aux insinuations qui courent sur mon
compte », a-t‑il ajouté, souhaitant
« qu’on [le] considère comme un justiciable ordinaire, ni plus ni moins ».
Quelques heures plus tôt, le parquet de Paris avait annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire en
invoquant notamment des soupçons
d’« abus de confiance » et d’« usage
sans droit d’un document justificatif d’une qualité professionnelle »,
après avoir été successivement saisi
par la présidence de la République
et par le Quai d’Orsay.
« J’ai peut-être eu tort de me servir de ces passeports, expliquait hier
Alexandre Benalla au téléphone
depuis l’étranger. Mais je tiens à
dire que je ne l’ai fait que par confort
personnel, pour faciliter mon passage
dans les aéroports. En aucun cas je ne
les ai utilisés pour mes affaires. Je ne
vois d’ailleurs pas à quoi ils auraient
pu me servir… »
L’ex-chargé de mission controversé affirme en outre qu’il avait
rendu une première fois les fameux
titres diplomatiques aux services de
l’Élysée à la fin du mois d’août ; mais
qu’ils lui auraient ensuite été retour-
Il en portait un
lorsqu’il a été
placé en garde
à vue le 20 juillet
Sur les Champs-élysées, au mois de novembre. Sébastien Fremont/Starface
Benalla va rendre
ses passeports
nés avec d’autres effets personnels
dans une pochette, début octobre,
par un « membre de la présidence ».
Un rendez-vous avait été pris par email afin d’organiser la remise, dans
une rue voisine du palais présidentiel – de son côté, Benalla rapportait
son badge d’accès. La restitution des
passeports était-elle une faveur ou
une erreur ? À ce stade, impossible
de trancher. « Dans la mesure où on
me les a rendus, je n’ai pas vu de raison de ne pas les utiliser », plaide en
tout cas Benalla.
L’ancien officier de sécurité
assure n’avoir pas menti à la commission d’enquête sénatoriale,
devant laquelle il avait déclaré, le
19 septembre, que ses passeports
se trouvaient encore dans son ancien bureau élyséen. De fait, si les
Affaires étrangères les lui avaient
réclamés auparavant par deux courriers recommandés (dont un seul
accusé de réception semble avoir
été retrouvé), il affirme n’avoir
reçu « aucune relance » après s’être
retrouvé de nouveau en leur possession. Les services diplomatiques
ne semblent pas davantage avoir
procédé à la désactivation des passeports, comme ils auraient pu le
faire pour en interdire tout usage.
Dans cet enchaînement confus,
une certitude émerge : Benalla
portait sur lui l’un des deux pas-
seports en question lorsqu’il a été
placé en garde à vue par la police,
le 20 juillet, dans le cadre de l’enquête sur l’interpellation musclée
du 1er mai qui a déclenché toute
l’affaire, après sa révélation par
Le Monde. Inquiets de savoir s’ils
étaient en droit de s’en prendre à
lui, les enquêteurs avaient sollicité le Quai d’Orsay pour vérifier la
validité du document et les droits
qu’il octroyait à son détenteur.
­Réponse fournie le soir même par
le service du protocole (et consignée par la PJ sur procès-verbal) :
« Le passeport diplomatique n’est
qu’un titre de voyage qui ne confère
à son titulaire aucune immunité,
– et que l’Élysée a choisi de rendre
publique, sans doute pour afficher
sa distance. Demandant à Benalla
de fournir « toutes informations
pertinentes […] sur d’éventuelles
missions personnelles et privées »,
y compris pendant ses fonctions à
l’Élysée, le préfet Strzoda écrivait :
« Bien entendu, nous vous interdisons
de vous prévaloir d’une quelconque
recommandation ou appui tacite de
la présidence. » Ces remontrances
faisaient suite à un voyage de Benalla
au Tchad au début du mois, trois
semaines avant que le chef de l’État
s’y rende à son tour – mais apparemment pour des motifs liés à un
marché d’équipement étranger à la
visite présidentielle.
Dans un courrier adressé en
réponse au directeur de cabinet (et
dévoilé vendredi soir par lejdd. fr),
Benalla s’est défendu de toute
confusion entre ses missions passées et ses affaires actuelles, déplorant des « insinuations » et jurant
n’avoir « ­jamais eu aucune relation
d’affaires en France et à l’étranger
avec des intérêts privés pendant [ses]
fonctions à l’Élysée ». Dans la même
lettre, il a signalé au passage, comme
en guise d’avertissement, qu’il entretient toujours « des relations »
et « des échanges réguliers […] avec
certains membres de la présidence »,
alors qu’il est censé y être indésirable
depuis sa mise à l’écart. g
Hervé Gattegno
Des députés bataillent pour le cannabis thérapeutique
légalisation L’un souhaite
pouvoir soulager ses patients,
l’autre revitaliser l’agriculture
de la Creuse : deux élus LREM
aiguillonnent le gouvernement
depuis le printemps
Jouany Chatoux a senti venir
la bonne nouvelle. Flairant la
rentabilité à venir, l’éleveur de
Pigerolles, dans la Creuse, a déjà
investi 15.000 euros pour aménager un espace consacré à une
production de cannabis thérapeutique… bien qu’une telle culture
ne soit pas encore autorisée. Il
anticipe car, depuis le printemps,
un mouvement en faveur d’une
évolution de la législation s’est
enclenché à 430 kilomètres de là,
à Paris. À l’Assemblée, Jean-Baptiste Moreau et Olivier Véran,
respectivement députés LREM
de la Creuse et de l’Isère, militent
en coulisses pour que soit développé ce mode de soin. Pas forcément pour les mêmes raisons…
Le premier, agriculteur, y voit une
occasion de développement économique pour son département,
l’un des plus ruraux et des moins
peuplés de France. Le second,
neurologue, considère qu’il s’agit
« presque d’une réponse humanitaire » pour certains malades.
Multiplier les pare-feu
Un pas encourageant pour les
deux hommes vient d’être franchi.
Deux semaines après l’avis positif
du comité d’experts qu’elle avait
mis sur pied, l’Agence nationale de
sécurité du médicament (ANSM)
l’a annoncé jeudi : elle souhaite
qu’une expérimentation du cannabis thérapeutique puisse être
mise en place avant la fin 2019.
Les formes fumées, dont le joint
(la combustion est nocive), ne
seraient pas concernées mais le
cannabis pourrait être commercialisé en spray, gélules, gouttes,
suppositoires ou patchs. « L’idée
serait que les experts définissent les
conditions générales avant l’été »,
a détaillé Dominique Martin, le
directeur général de l’ANSM. Plusieurs points seront étudiés : lieux
de production, circuit de distribution, mode de délivrance.
Ensuite, si sa généralisation
est décidée, elle ne donnera pas
nécessairement lieu à la rédaction
d’un projet de loi. « Ce qui nous
éviterait un débat parlementaire
durant lequel on nous accuserait
de vouloir autoriser le cannabis
récréatif », se félicite Véran. « Je
Chanvre
Il pourrait
être commercialisé
sous forme
de spray, gélules,
gouttes ou patchs
me réjouis que nous avancions
de manière scientifique et dépassionnée, comme je le souhaitais »,
abonde la ministre de la Santé,
Agnès Buzyn. D’où la nécessité,
aussi, de multiplier les pare-feu :
« Qui prescrit ? Comment mettre
ces produits à disposition ? s’interroge-t-elle. Sous quelle forme ?
Il faut assurer un accès en toute
sécurité pour les patients. » Le
député de l’Isère recommande
que la prescription ne puisse
être délivrée que par les médecins hospitaliers spécialisés, et la
distribution uniquement assurée
par les pharmacies des hôpitaux.
Depuis plusieurs mois, celui qui
assure toujours des consultations
hebdomadaires au CHU de Grenoble s’est trouvé confronté à plusieurs patients qui « ont recours à
l’automédication à base de cannabis… avec un certain succès », rit-il.
« Je n’ai pas vraiment d’explication
scientifique au fait qu’ils aillent
mieux, s’étonne Véran. Mais la
réalité est qu’ils vont mieux ! Certains ont pu par exemple arrêter
la morphine. »
Redynamiser le département
En parallèle, Jean-Baptiste
Moreau progresse aussi. En
octobre 2017 était lancé par le
gouvernement le Plan particulier pour la Creuse, destiné à le
redynamiser. Parmi la centaine de
projets retenus a émergé l’idée du
conseiller régional Éric Correia
d’expérimenter, dans le département, la possibilité de cultiver
du chanvre pour une utilisation
médicamenteuse du cannabis.
Depuis, Moreau enchaîne les
prises de contact avec les conseillers d’Agnès Buzyn, du Premier
ministre et du chef de l’État. « Au
début, on s’est un peu fait foutre de
notre figure, se souvient le député.
C’était franchement pas gagné… »
Pour autant, le chemin est encore long. « Après la décision politique, il faut que l’autorisation de
mise sur le marché du médicament
soit validée par la Haute Autorité de
santé, détaille-t-on au ministère de
la Santé. Et les prix, négociés entre
les industriels et le Comité économique des produits de santé… » Et
que les agriculteurs creusois obtiennent la licence d’exploitation.
Pas de quoi décourager Moreau,
qui rêve déjà d’une légalisation du
cannabis… récréatif. g
Sarah Paillou
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le journal dudimanche
dimanche
30 décembre 2018
Actualité Société
Mais où sont les vertus d’antan ?
John Foley/Leemage
Ma tasse de café « L’automne de la
La fin de 2018
colère » étant l’un des
aura été
plus poétiques. La
entièrement
colère est devenue
sous le signe des
glamour. Comme
émotions. Ces
pour la météo, le
mouvements
« ressenti » a été de
violents de l’esprit
mise, on n’a parlé
et du corps qui,
que de sentiments ;
par réaction à
les passions ont fait
un événement,
s’emparent des
teresa cremisi ce qu’elles savent
faire de mieux : elles
humains (de
ont « débordé », elles
certains animaux
sont sorties de leur lit comme
évolués aussi), transforment
des rivières en furie.
l’expression, déforment
Pendant des siècles, le regard
la voix, orientent la pensée.
des philosophes sur les
Depuis Descartes et Darwin,
émotions était bien différent du
de nombreux savants,
nôtre, ils écrivaient des traités
philosophes et psychologues
pour apprendre à les maîtriser
ont cherché à les définir et
sans les étouffer, les réguler
ont établi des classements
sans les nier. Se servir d’elles,
pour déterminer les émotions
mais ne pas en être esclaves.
principales. Six ou sept,
Ils étaient à la recherche de
huit parfois. Dans tous les
l’équilibre idéal qui passait par
classements, la peur, la haine,
les vertus. Ils ont classé aussi
la colère et la tristesse occupent
(c’est une manie universelle !)
les premières places. La joie et
les vertus, vite qualifiées de
le désir sont là, bien sûr, un peu
« cardinales » – du latin cardo,
relégués ; eux aussi se lisent
« charnière » – parce qu’elles
sur les traits du visage, mais il
étaient le pivot, le gond qui
faut bien dire que de nos jours
on a rarement la chance de les
apercevoir dans la vie publique.
La colère, elle, a été la superstar
des émotions depuis quelques
mois ; inscrite sur toutes les
banderoles, martelée dans
les slogans, vociférée par les
Gilets jaunes dès qu’un micro
se présentait. Une « colère
juste », une « colère légitime »,
a-t-on entendu, comme si une
émotion pouvait être injuste
ou illégitime. BFM en a fait
régulièrement des bandeaux :
permettait d’ouvrir la porte
d’une vie heureuse. Platon,
Aristote, Cicéron, Marc Aurèle,
saint Augustin, saint Ambroise,
Thomas d’Aquin… et j’en
passe… tous d’accord pour
trouver qu’un homme libre
devait rechercher et s’appuyer
sur quatre vertus : prudence,
justice, force et tempérance.
Je cite Aristote : « Grâce à elles,
l’homme se rend supérieur au
destin, il maîtrise ses passions,
il renforce sa liberté, il voit
se multiplier les possibilités
d’action. » La prudence était la
première des vertus, elle n’avait
pas cette connotation timorée
qui est la sienne aujourd’hui.
Elle permettait une bonne
appréciation des forces en jeu,
une claire vision des dangers ;
c’était la principale qualité d’un
homme politique, la sagesse
mise en pratique.
En ce temps-là, l’ancien monde
était encore tout jeune. Le ciel
était clair sur le Parthénon, un
vent tiède et joyeux soufflait,
la civilisation occidentale
inventait la démocratie. g
Antoine Bernard à La Ferté-Macé (Orne), en novembre. DR
Catch
investigation
RING Plongée dans
le quotidien d’un Breton
de 24 ans qui chaque
week-end prend tous
les risques pour percer
Correspondants
Lannion (Côtes-d’Armor)
Détail de « L’École
d’Athènes », fresque
de Raphaël (1510).
Au centre, Platon et Aristote.
Rue des Archives
Son épaisse barbe noire s’affiche
sur les murs de La Ferté-Macé
(Orne), 5.000 habitants. En ce
samedi de novembre, Antoine
Bernard est une des attractions
du show de l’association Revolt
Catch. Mais le Brestois de 24 ans
doit rester dans le public ; il se
remet d’une blessure. Depuis
bientôt six ans, il tourne partout
dans l’Hexagone. En septembre,
sa santé, mise à rude épreuve par
le catch, le rattrape en pleine
ascension alors qu’il lutte pour la
ceinture de champion de France.
Bilan : opération d’une hernie
ombilicale contractée quelques
mois plus tôt.
« Mon corps a dit stop »,
confesse Antoine Bernard, qui,
hors de l’arène, est vendeur de
vêtements. « Pendant un an, j’ai
enchaîné ma semaine de 35 heures
avec trois entraînements par
semaine et cinq séances de musculation », précise le gaillard,
1,72 mètre pour 83 kilos. Même
rigueur dans son régime de bodybuilder : six repas par jour composés de barres protéinées, de
shakers, de féculents, de légumes
et de viande. « Il ne faut pas avoir
le corps d’un étudiant en socio »,
taquine-t‑il. Le physique est
capital pour amortir les coups et
être crédible face au public. Car si
tout est scénarisé comme dans les
shows télévisés aux États-Unis,
chutes et blessures sont réelles.
Loin des gigantesques enceintes
américaines où se produisent les
superstars de la WWE, géant de
l’entertainment coté en Bourse, les
catcheurs français multiplient les
prises de risque chaque week-end
dans de petits gymnases ruraux,
sous les yeux de centaines de
curieux et d’une poignée d’aficionados. « Certains luttent avec
des côtes cassées ou des épaules en
vrac, témoigne le Brestois. Quand
j’étais blessé, les promoteurs le
savaient. Mais j’avais peur d’être
freiné dans mon ascension. Je suis
prêt à ces sacrifices. »
En France, le catch n’est plus
reconnu comme un sport depuis 1973, faute de réelle compétition. C’est une pièce de théâtre
qui évolue en fonction des réactions du public, un exutoire qui
relève du ministère de la Culture.
Derrière son folklore se cache un
vide juridique. On compte une
centaine de pratiquants dans
onze clubs : en théorie, ce sont
des intermittents du spectacle
mais, en pratique, aucun n’obtient
ce statut faute de rémunération
suffisante (moins de 200 euros
par combat, loin des millions des
compétiteurs américains).
« Pour combattre,
il ne faut pas
avoir le corps
d’un étudiant
en socio »
Antoine Bernard, lui, a découvert le catch en 2009, « quand
c’était la mode ». Dix ans après,
son objectif reste ambitieux :
« Passer des essais pour intégrer
la WWE américaine. » Son meilleur souvenir ? En mars, lors d’un
match à échelle (pour l’emporter,
le catcheur doit attraper un objet
suspendu au-dessus du ring en utilisant seulement des échelles ; tous
les coups sont permis), le Brestois
est intervenu pour faire gagner
le « méchant ». « Voir le visage
du public changer d’une action à
l’autre, ça n’a pas de prix. Le voir
se lever pour m’applaudir et ensuite
me regarder avec dégoût pour me
huer, c’est jouissif. » Depuis ce jourlà, il laisse sa timidité au pied du
ring pour rendre son personnage
exécrable. Afin de « marquer le public », il a laissé pousser sa barbe. g
Sabrine Benmoumene
et Jordan Guérin-Morin,
Étudiants à L’IUT de Lannion
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le journal du dimanche
dimanche 30 décembre 2018
Actualité Sciences & Innovation
CHIMIE Une
Les barquettes écologiques
(ci-contre) sont constituées
de PHA (biopolymères, à gauche)
et de fibres issues de la paille de
blé (à droite). Bertrand Nicolas/Inra
technique de broyage
microscopique permet
de recycler indéfiniment
une bouteille, comme si
elle était en verre
dans des cuves. Rien à voir non plus
avec les sacs dits « végétaux » en
amidon ou en sucre de canne. Ils
n’utilisent aucune ressource alimentaire. À la place, ils s’appuient
DURABLE Des
matériaux plus vertueux,
sans danger pour les
poissons, se dégradent
à température ambiante
Dur mois de décembre pour le
plastique. Montré du doigt à la
COP24. Banni par l’Union européenne pour les produits à usage
unique. Il a même été auréolé cette
année d’un triste record statistique :
90,5 %. C’est, en 2018, l’incroyable
part toujours non recyclée dans
le monde. Avec les conséquences
que l’on connaît. Le fameux « septième continent » qui ne cesse de
s’étendre. L’inquiétante omniprésence de microparticules dans les
sols et la chaîne alimentaire.
Résultat, le « plastoc » n’emballe
plus grand monde. De matériau magique, moteur de la vie m
­ oderne,
il est devenu un paria dont il est
urgent de se débarrasser. Mais estce réellement envisageable ? Pas
pour les spécialistes. « On l’oublie,
mais les emballages ont permis des
progrès inestimables en matière de
sécurité alimentaire. En protégeant
les produits, ils réduisent les pertes
à toutes les étapes : fabrication,
stockage et distribution, rappelle
Nathalie Gontard, directrice de
recherche en sciences de l’aliment
et de l’emballage à l’Institut national
de la recherche agronomique (Inra).
Les réponses sont plutôt à trouver
du côté de la collecte, du recyclage et
surtout des alternatives durables. »
C’est dans cet esprit que les Géo
Trouvetou du monde entier travaillent à réenchanter le plastique.
L’essentiel des efforts se concentre
évidemment sur les emballages à
faible durée de vie qui finissent trop
vite dans la (mauvaise) poubelle.
Les efforts se
concentrent sur
les emballages
à faible
durée de vie
40 % de la production mondiale
concerne le secteur agroalimentaire.
Premier objectif donc : doper leur
recyclage. Et cela tient parfois à un
banal ajustement de couleur.
Les barquettes noires des plats
cuisinés, par exemple. Il se trouve
qu’elles sont totalement invisibles
pour les machines de tri des usines
de recyclage. Elles partent donc
directement à la décharge ou à
l’incinérateur. Certes, on pourrait
simplement changer leur couleur.
Elles seraient alors repérées au
spectromètre infrarouge et enfin
revalorisées. Malheureusement,
les industriels ne jurent que par le
noir. Il a l’avantage de mettre leurs
plats en valeur et de les rendre plus
appétissants.
Depuis des années, on cherche
un pigment compatible avec le tri
optique. Le groupe allemand BASF
Reste maintenant
à faire oublier
l’encombrant
aïeul issu
du pétrole
Le plastique,
c’est (de nouveau)
fantastique
semble l’avoir trouvé. On va pouvoir
le substituer aux pigments actuels
et ainsi recycler une majorité de
plastiques sombres.
Les chimistes étrennent de nouvelles techniques de recyclage.
Jusqu’ici, l’opération consistait
surtout à broyer les ­emballages
pour en faire des granules ou des
filaments réutilisables. Mais après
un tel traitement, le plastique perd
une bonne partie de ses qualités.
Car, contrairement au verre ou au
métal, jusqu’ici on ne savait pas le
recycler indéfiniment. Du coup,
les fibres d’une vieille bouteille se
transforment plus souvent en chandail qu’en bouteille neuve.
Désormais, plutôt que d’en faire
des granules, on le broie au niveau
microscopique. Cela permet de
réassembler ses molécules en
un nouveau plastique ou en tout
autre produit chimique. La technique fonctionne en laboratoire
chez plusieurs industriels comme
le Français Carbios. On n’attend
plus que son industrialisation. Car
elle ouvrirait la voie à la revalorisation de produits jusqu’ici destinés
à la benne. Toutes ces avancées
seront nécessaires si l’on veut
atteindre l’objectif fixé par le gouvernement : « 100 % d’emballages
recyclés en 2025. »
Mais le recyclage ne fera pas tout.
Se pose également la question des
microplastiques inexorablement
dispersés dans l’environnement.
Si aujourd’hui personne ne connaît
avec certitude leur impact sur notre
santé, comment imaginer qu’ils
n’en aient aucun ? « Nous avons
déjà constaté des effets délétères
sur les poissons, or nous n’utilisons
le plastique de façon massive que
depuis cinquante ans, s’inquiète Lia
Colabello, fondatrice de ­Plastic
Pollution Solutions. Il met plus
de deux cents ans à se dégrader
en nanoparticules dans la nature.
C’est pourquoi il est important d’agir
dès maintenant et de trouver une
alternative. » Celle-ci existe depuis
peu. Il s’agit d’une matière durable,
compostable et ingérable sans danger pour les poissons comme pour
les humains. Rien à voir donc avec
les sacs prétendument « biodégradables » que l’on trouvait il y a peu
dans les grandes surfaces. Ces nouveaux matériaux se détruisent seuls
à température ambiante, donc plus
besoin de traitements industriels
sur des déchets industriels ou
agroalimentaires pour un développement réellement durable.
Plusieurs start-up et laboratoires
s’affairent sur cette nouvelle génération de plastiques vertueux. En
France, par exemple, un projet
mené par l’Inra et l’université de
Montpellier a mis au point une barquette très prometteuse issue de la
fermentation de déchets laitiers.
Recyclable, compostable et désormais durable, le plastique gomme
ses défauts. Il lui reste maintenant à
faire oublier son encombrant aïeul
issu de la pétrochimie. La bataille
économique s’annonce rude, car
ces nouvelles vertus coûtent cher.
Mais cette fois, il peut compter sur
un coup de pouce de la réglementation, bien décidée à se débarrasser
du « mauvais » plastique. g
Anicet Mbida
Retrouvez sa chronique du lundi au samedi
à 7 h 25 sur Europe 1.
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le journal dudimanche
dimanche
30 décembre 2018
Actualité Économie & Business
Le roi des parkas vient du Canada
Saga Depuis trois
dans un James Bond de 2015. Trois
ans plus tard, elles habillent les
« fashionistas » de San Francisco
à Tokyo. À quand une boutique à
Paris, capitale mondiale de la mode ?
« L’histoire authentique de la marque
et sa fabrication 100 % canadienne résonnent beaucoup en Europe », élude
Dani Reiss. Pour l’heure, il préfère
tester ses modèles dans des points
de vente – plus de 100 rien que dans
l’Hexagone. Cette saison, ses doudounes animent même les vitrines
de Noël du ­Printemps Haussmann.
Surtout, l’homme d’affaires souhaite se concentrer sur le marché
chinois, où il vient de planter son
drapeau. Comme tout groupe de
prêt‑à-porter, il lorgne avec envie
le plus grand marché du monde.
D’autant que les doudounes font
fureur auprès des millennials, de
plus en plus adeptes du ski.
générations,
la famille Reiss élabore
les anoraks Canada
Goose pour affronter
le froid polaire
Habillement
De plus en plus stylée
et diversifiée, la marque
de luxe nord-américaine
arrive dans les vestiaires
du monde entier
Envoyée spéciale
Londres (Royaume-Uni)
C
anada Goose n’est
pas qu’un logo. Les gens tombent
amoureux de nos parkas parce
qu’elles sont chaudes. » Allure imposante et crâne lisse, Dani Reiss,
patron de la célèbre marque de
doudounes de luxe, baisse régulièrement ses yeux bleus, comme
tous les grands timides. Il porte
un blouson noir avec des manches
en tricot. Compter 600 euros pour
ce modèle et jusqu’à 1.500 euros
pour les pièces les plus chères.
Ses anoraks, inventés dans un
entrepôt de Toronto en 1957 et
reconnaissables à leur logo (une
mappemonde vue depuis l’Arctique), sont en duvet d’oies du Canada. Mieux, ils sont devenus un
élément du soft power canadien.
Petit-fils du fondateur, il a pris
presque à reculons les rênes de
la société en 2001. Dix-sept ans
plus tard, le quadragénaire a
transformé la PME familiale en
empire. ­Canada Goose est valorisée à plus de 2 milliards d’euros,
réalise 520 millions d’euros
de chiffre d’affaires et compte
2.000 employés répartis dans sept
usines. Comment s’y est-il pris ?
« En m’investissant à 200 % dans
l’entreprise et en suivant mes intuitions », répond-il. Il fait d’abord
pression pour que la production
reste au Canada puis il lance la
griffe à l’international.
Le PDG Dani Reiss habillé aux couleurs de sa marque. DR
Ouverte l’an dernier, sa boutique
londonienne plonge les clients dans
l’univers de la marque : présentoirs
en marbre de Colombie-Britannique, ours polaires sculptés dans
la pierre à savon, pièces d’archives,
comme la Peacekeeper, portée par
les officiers de police de l’Ontario
dans les années 1970. Cet écrin de
450 mètres carrés, ouvert sur la célèbre Regent Street, est sa onzième
boutique en propre dans le monde.
Il espère en monter dix nouvelles
d’ici à 2020. 2018 a été une année
particulièrement intense pour
l’entrepreneur canadien.
La veste des explorateurs
et de James Bond
En septembre, il inaugurait sa toute
dernière manufacture à Winnipeg
(Manitoba), avec 700 embauches
à la clé. À ses côtés pour couper le
ruban rouge, le Premier ministre
Justin Trudeau était là, heureux de
mettre en avant cette « success story
qui n’a jamais oublié ses origines ».
Cette nouvelle usine servira à
approvisionner ses futurs points
de vente. Car Reiss veut désormais
conquérir les citadins des contrées
lointaines. Après les militaires et les
explorateurs, son socle traditionnel
de clientèle, ses parkas s’invitent sur
les plateaux de tournage, jusqu’à se
­retrouver sur le dos de Daniel Craig
« La Land Rover
de la mode »
Canada Goose aspire aussi à pénétrer le marché du « streetwear »
avec des mailles épaisses tricotées
en Italie. Très attaché au made in
Canada, le PDG fait cette fois une
exception pour le made in Italy.
« Nous voulons le meilleur », résumet‑il en caressant son pull mérinos.
Excellence des matières oblige, il
ne compte pas céder aux pressions
animalistes : laine, poil de coyote
et plumes « ont fait leurs preuves,
c’est pourquoi [Canada Goose] ne les
remplacera pas par du synthétique »,
tranche-t‑il. En plus de renouveler
ses classiques fonctionnels grâce
à des collaborations, comme avec
le rappeur américain Drake ou la
marque Levi’s, Dani Reiss vient de
craquer pour la chaussure.
En novembre, il a racheté pour
un peu plus de 21 millions d’euros
l’une des dernières grandes marques
100 % canadiennes : le spécialiste de
la botte technique Baffin fabriquée à
Stoney Creek (Ontario). Des chaussures en feutre et non plus en peau
de phoque comme celles des Inuits
de l’île de Baffin. « C’est un rêve qui
se réalise », souffle-t‑il. L’entrepreneur tient sa ligne : des modèles de
haute technicité et « tout-terrain »,
aux antipodes des doudounes de
plus en plus concept du champion
toutes catégories Moncler. « Nous ne
sommes pas une marque comme les
autres, affirme-t‑il. Nous sommes la
Land Rover de la mode. » g
Romane Lizée
Plum, les fixations savoyardes remontent la pente
Sports d’hiver Comment
une entreprise de la vallée
de l’Arve s’est sauvée
grâce au marché du ski
de randonnée
Albert Felisaz vit toujours sa
passion. À 58 ans, ce Haut-­
Savoyard reconnaît cependant
qu’il « chausse beaucoup moins
les skis qu’il y a quelques années »,
car en hiver il est « tous les weekends sur des salons, des foires ou
des événements sportifs ». Plum,
sa marque de fixations ultra­
légères pour skis de randonnée,
est devenue sa principale occupation. Cette pratique hors les
pistes, longtemps réservée aux
montagnards expérimentés, est
de nouveau tendance.
Skis aux pieds, les randonneurs
gravissent les pentes enneigées
grâce à un système spécial de
fixations qui libère le talon. « Le
matériel s’est énormément allégé,
rendant sa pratique beaucoup plus
agréable, analyse Christian Dejax,
le “Monsieur Ski de rando” au
sein de la Fédération française de
ski. C’est le secteur le plus dynamique de l’industrie du ski : toutes
les grandes marques y développent
leur gamme. »
De la sous-traitance
automobile au hors-piste
Avec des fixations pesant de 99
à 500 grammes, Plum cible un
marché en pleine expansion de
120.000 pratiquants réguliers en
France, en hausse de 15 % par an
depuis cinq ans. En lançant ses fixations en 2010, Albert Felisaz fait le
pari de la dernière chance. Sa PME
familiale nichée dans la vallée de
l’Arve (Haute-Savoie) subit de plein
fouet la crise économique de 2008.
Spécialisée dans la soustraitance automobile, l’entreprise
voit fondre son carnet de commandes en quelques semaines. Le
salut viendra deux ans plus tard,
lorsqu’un club de ski l’approche
pour développer des fixations de
ski plus légères pour ses adhérents.
« On avait les machines adéquates
et la matière grise pour créer ces
fixations, poursuit l’entrepreneur.
Alors on s’est jetés à l’eau ! »
Le miracle économique opère.
La sous-traitance industrielle
ne représente plus qu’un quart
de l’activité, contre 70 % pour
le pôle ski. Le chiffre d’affaires
(plus de 4 millions d’euros cette
année réalisés dans 26 pays) a été
multiplié par quatre en huit ans.
Avec ses 32 employés, Plum reste
un acteur de niche par rapport
aux géants du secteur, Salomon et
Dynafit. Pour faire la différence,
la société mise sur une fabrication 100 % française. Ses fixations
ont séduit six des dix athlètes
de l’équipe de France de ski de
randonnée et équipent l’armée
française depuis quatre ans. g
François Camps
23
le journal du dimanche
dimanche 30 décembre 2018
Actualité Économie & Business
• À l’affiche
• Le chiffre
La C5 dans les roues de la 3008
lejdd.fr
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Une année 2018 pour Peugeot, avec la 208 et la 3008
sur les deuxième et troisième marches du podium des
modèles les plus vendus en France au 1er décembre.
L’année 2019 pourrait bien être celle de Citroën.
La marque compte sur le C5, premier SUV compact
de sa gamme, qui arrive ces jours-ci en concessions,
pour célébrer avec panache son 100e anniversaire.
Il enregistre déjà 4.000 commandes au niveau européen. Citroën a dans son viseur le record de la 3008 :
une moyenne de 7.000 ventes par mois en 2018. Les
deux modèles présentent 60 % de pièces communes
mais offrent des lignes différentes, le C5 Aircross
respectant l’esprit « confort » de Citroën. S.A.
• Coulisses
8,20
C’est ce que coûtera le paquet de
20 cigarettes Marlboro rouge au
1er janvier 2019. Après la hausse
des taxes en mars, il avait franchi le cap psychologique
des 8 euros (+ 70 centimes). Aujourd’hui, la plupart des
références (Camel, Lucky Strike, Winston) restent en
dessous de ce seuil. Malgré ses tarifs élevés, la marque
américaine reste la plus vendue dans le monde. En
France, pour faire face à la baisse de consommation
de tabac et aux hausses répétées de la fiscalité du
tabac, elle rogne sur ses marges. Aux États-Unis, elle
a dû casser sa tirelire. Sa maison mère Altria vient de
racheter 35 % du fabricant de cigarettes électroniques
Juul pour 12,8 milliards de dollars. R.L.
La ville de Sète profite des séries
Le petit écran a adopté les paysages de Sète, ville portuaire d’Occitanie. Deux séries, qui ensemble réunissent
chaque soir plus de 7 millions de fidèles en France, y
sont tournées : Candice Renoir, diffusée sur France 2
depuis 2011, et Demain nous appartient (DNA), produite
par TF1 depuis 2017. Une vraie manne économique
pour la commune de 40.000 habitants. Avec 2.400 nuits
d’hôtel par an en plus, DNA aurait déjà attiré près de
20 % de visiteurs supplémentaires, selon la mairie. Sans
compter les 25 chambres réservées chaque semaine,
les 54 appartements et la villa loués rien que pour la
production. Les studios, eux, ont été aménagés dans
une ancienne usine de 8.000 mètres carrés. R.L.
Ce que prépare Orangina
Suntory pour 2019
La jeune pousse
qui défie La Poste
Courrier La société AR24 surfe
sur le marché des recommandés
électroniques envers et contre
l’opérateur historique
stratégie Le numéro
Avec 240 millions de courriers
recommandés papier en France
chaque année, la société de recommandés électroniques AR24, fondée
en 2015 par Guillaume de Malzac et
Clément Schneider, s’est attaquée
à un marché prometteur. La Poste
en détenait le monopole, jusqu’à un
décret de 2011. Depuis il est possible
d’envoyer un recommandé d’une
boîte mail à une autre, sans passer par l’entreprise publique. Déjà
rentable, AR24 réalise un chiffre
d’affaires de 3 millions d’euros et
croît de 15 % en moyenne par mois.
« Pour La Poste, nous n’étions qu’un
grain de sable, nous sommes devenus
un rocher », plastronne Guillaume
de Malzac.
deux des soft drinks
en France lancera
une nouvelle marque
au printemps
Bertrand Delmas en est convaincu.
Selon le PDG d’Orangina Suntory
France, « le marché des soft drinks
(boissons sucrées) connaît une
révolution structurelle ». Depuis
deux ans, la baisse des ventes des
colas traditionnels s’accélère au
profit des boissons au thé et aux
fruits. L’heure est désormais à la
baisse drastique du taux de sucre
et aux ingrédients naturels.
Arrivé aux commandes il y a
tout juste un an, cet ancien directeur des ressources humaines
d’Orangina Suntory Europe est à
la tête du numéro deux du marché
français des soft drinks, derrière
Coca-Cola. Dans son portefeuille,
des marques iconiques comme
Orangina, Schweppes, Oasis,
Pulco, Champomy et Canada
Dry, pesant 20 % d’un marché
de plus de 3,1 milliards d’euros,
selon le panéliste Nielsen. « Le
bien-être, le plaisir et la naturalité sont la priorité des consommateurs aujourd’hui, affirme Bertrand
Delmas. Cela se traduit dans leurs
achats ; 80 % de la croissance du
marché des soft drinks provient
des thés glacés et des boissons aux
fruits non pétillantes. » Avec plus
de 900 millions d’euros de chiffre
d’affaires attendus en 2018 (au lieu
de 870 millions en 2017), Orangina Suntory France, propriété
depuis 2009 du géant familial
japonais Suntory, veut s’affirmer
comme le leader de cette tendance
des boissons naturelles.
Le groupe assure être le premier
contributeur à la croissance en
volume du marché des soft drinks
pour 47 % sur les onze premiers
mois de l’année, selon Nielsen. Son
atout ? Sa jeune marque MayTea,
née au printemps 2016. Elle a
inauguré le marché des boissons
au thé, issu de véritables feuilles
infusées, avec un taux de sucre
réduit. Elle caracole en tête des
ventes du rayon, avec une croissance de 52 % sur les onze premiers mois de l’année, contre un
objectif initial de 40 %. Au point
d’agacer sérieusement son grand
et la croissance est rare, Orangina
Suntory investit massivement. Les
budgets marketing et commerciaux ont bondi de 40 % en 2018.
Les quatre usines françaises du
groupe ont bénéficié de 100 millions d’euros d’investissements
sur les trois dernières années,
dont 21 millions cette année sur
le site de Meyzieu, en périphérie lyonnaise, pour une nouvelle
ligne aseptique. Sur la période
2019-2021, 120 millions d’euros
sont déjà prévus. Le groupe assure
avoir le soutien de son actionnaire
japonais pour tenir le rythme.
« C’est un groupe familial qui a basé
sa croissance sur du long terme.
Il a vu que nous étions capables
de transformer le marché en profondeur. Il nous accompagne dans
notre stratégie en nous laissant
autonomes », confie Bertrand Delmas. Le département recherche et
développement n’est pas en reste.
En 2018, 5,5 millions d’euros ont
été investis pour mettre au point
des boissons plus naturelles et
moins sucrées. Et réfléchir à une
offre autour du bio, sans avancer
de date pour l’instant. g
À l’offensive en 2019
Depuis la loi pour une République
numérique de 2016 et le règlement européen eIDAS de 2014, la
lettre recommandée électronique
(LRE) a la même valeur juridique
que son équivalent papier. De quoi
créer un boulevard pour la jeune
pousse. C’était compter sans la résistance de La Poste. Premier hic
pour AR24, l’entrée en vigueur du
décret fixée au 1er janvier 2018 ne
prendra effet qu’au 1er janvier 2019.
Car La Poste, selon Guillaume de
Malzac, n’était pas prête. Le 1er janvier, la France passera à un système
de LRE unique : celle qui a obtenu
la qualification eIDAS et exige donc
un contrôle d’identité plus poussé.
Or La Poste attend toujours cette
qualification. En France, seul AR24
la détient. « Nous n’avons pas fait de
lobbying pour conserver un monopole qui n’a jamais existé sur la lettre
recommandée papier », réplique-t-on
chez l’opérateur historique.
Autre problème, La Poste est la
seule à détenir l’« identité numérique » des Français. Ce service
permet d’obtenir un profil vérifié
en ligne gratuitement, après un
contrôle du facteur à domicile.
« Pourquoi n’avons-nous pas accès
à ce service public ? » s’indigne
Guillaume de Malzac. Mais à partir
de 2019, les particuliers pourront
réclamer une clé USB avec leurs
identifiants électroniques et faire
appel à d’autres prestataires. La
jeune pousse développe déjà un
système d’identification à distance.
L’idée : faciliter la vie du destinataire
de la LRE, qui ne peut pas s’authentifier instantanément. g
Adrien Cahuzac
Romane Lizée
Lignes de production à l’usine Orangina Suntory de Donnery, près d’Orléans (Loiret). Cyril ENTZMANN
rival Coca-Cola et le pousser à
riposter. Un an après MayTea,
le géant américain lançait une
marque de thé infusé bio, Honest,
avant de racheter en septembre
dernier la marque Tropico pour
rivaliser avec Oasis.
L’heure est
à la baisse
drastique du taux
de sucre
et aux ingrédients
naturels
Mais Orangina Suntory entend
bien continuer à faire la course
en tête en « secouant le marché ».
Il prévoit une augmentation de
3 % de ses volumes en 2019, grâce
à plusieurs innovations fortes que
le JDD révèle aujourd’hui. Une
nouvelle marque, tenue secrète
pour l’instant, sera lancée au printemps, « de la même importance
que MayTea il y a trois ans, promet
Bertrand Delmas. Elle sera axée sur
la naturalité et le bien-être, avec
un taux de sucre réduit ». De son
côté, Oasis modifiera ses recettes
en juin. Objectif : 100 % d’ingrédients naturels, sans colorant ni
édulcorant de synthèse. Trois ans
de recherche et 2 millions d’euros
d’investissement ont été nécessaires pour transformer les huit
recettes de la marque.
Parallèlement, le groupe poursuit la réduction du taux de sucre
pour l’ensemble de ses marques.
En 2006, il s’était engagé à diminuer
de 20 % le sucre sur l’ensemble de
ses boissons avec sucres ajoutés.
L’objectif a été atteint en 2017
avec trois ans d’avance. Un nouvel objectif a été fixé cette année :
pousser jusqu’à – 25 % en 2020.
« Cette réduction des sucres se fait
sans édulcorant et progressivement
pour ne pas perturber le consommateur, en jouant sur les jus utilisés »,
explique Bertrand Delmas. À cette
date, le groupe promet également
d’arriver à 100 % de boissons avec
arômes et colorants d’origine
naturelle. Cela est déjà le cas pour
sa marque phare, Orangina, et ses
dernières innovations.
Pour parvenir à ses fins sur un
marché où les marges sont faibles
24
le journal dudimanche
dimanche
30 décembre 2018
Actualité Économie & Business
Finance Entrepreneur
et « business angel »,
Marc Ménasé lance
Founders Future,
une machine à doper
les jeunes pousses
Revoilà Marc Ménasé, 36 ans,
regard espiègle et air bonhomme
engageants. Depuis sa sortie de
HEC, il piste les bonnes affaires
de la French Tech et a fondé puis
cédé l’agence de marketing digital N
­ extedia ainsi que Meninvest,
dévolu à la vente en ligne de mode
masculine et à l’édition de contenus.
L’entrepreneur et business angel
sera aux États-Unis du 7 au 14 janvier mais pas au CES de Las Vegas.
« C’est une Foire de Paris XXL, très
sympa pour découvrir des nouveautés et se faire connaître, ce n’est pas
ce que je recherche », justifie-t‑il.
Après douze années de repérages
outre-Atlantique, il a d
­ éplacé son
viseur vers les nouveaux épicentres de la tech, Los Angeles
et New York. Mais c’est à Menlo
Park, la ville de Google, au cœur
de la Silicon Valley, qu’il a trouvé
l’inspiration pour son tout nouveau business, baptisé Founders
Future. « J’espère répliquer en
France le venture studio créé par
le fonds américain de capital-risque
Andreessen Horowitz », explique
Marc Ménasé. Un modèle qui allie
« l’apport de capitaux en phase
d’amorçage à des jeunes pousses et
leur accélération en les accompagnant sur les fonctions stratégiques
et sur des durées longues ».
Dénicheur de pépites
À ses yeux, cette couche additionnelle de support fait toute la
épauler les
entrepreneurs
sur trois plans
> identifier le bon produit
> bien le vendre
> recruter les talents
pour le faire
Marc Ménasé, le fondateur de Founders Future. DR
Profession : réalisateur
de start-up
différence. « Un business angel
est là pour épauler un entrepreneur sur trois plans : identifier
le bon produit, bien le vendre et
recruter les talents pour le faire »,
énonce-t‑il. Son retour d’expérience en la matière est plutôt
convaincant. Parmi la trentaine
de start-up de la French Tech
issues de son vivier se trouvent
des succès comme Teads (publicité en ligne, revendu à Altice),
Le Petit Ballon (vente de vins en
box racheté par Vente-privée)
ou encore Epicery (livraison de
nourriture par des commerces
de proximité). « Il y a pas mal de
food business dans mes choix, par
goût et parce que ces activités font
sens », ponctue-t-il.
Écosystème et nez creux
Lancée avant l’été avec six ­juniors
– des vingtenaires comme les
­capitaines de jeunes pousses qu’ils
accompagnent – et une mise de
fonds initiale de 40 millions d’euros,
Founders Future étudie en moyenne
près de 300 dossiers par mois. Un
flux alimenté par l’écosystème
(partenaires en affaires, accélérateurs, écoles…), un travail de chasse
sur les réseaux sociaux et… le nez
creux de Marc Ménasé. Son studio
espère boucler dix prises de participation d’ici à la fin du premier
trimestre 2019 et a déjà investi dans
Bonsoirs, une marque de vente
directe de linge de maison trouvée
sur Instagram. « On entre dans une
start-up en actionnaire de référence
pour avoir un impact, après on élabore un playbook avec ses fondateurs
et on ne sort que quand la boîte gagne
de l’argent », développe le business
angel, qui avoue ressentir un « plaisir
total » dans ce qu’il fait. Sa société
opère comme un club deal avec un
objectif de retour sur investissement
égal à trois fois la mise de départ.
Principal investisseur dans son
entreprise, Marc Ménasé a embarqué
dans son aventure des gens croisés
au fil de son parcours. Soit une trentaine d’investisseurs et de familles
parmi lesquels Alexandre Arnault,
à la tête de Rimowa, Thierry Gillier,
fondateur de Zadig & V
­ oltaire, le banquier Alexandre de Rothschild, aux
commandes de Rothschild & Co, ou
Ronan Le Moal, directeur général du
Crédit mutuel Arkéa. g
Bruna Basini
Pourdebon, marché 2.0
des petits producteurs
Livraison Le site
d’e‑commerce fait entrer le
terroir dans la sphère digitale
« J’ai expédié plus de 500 foies gras
crus ! Nous sommes en rupture de
stock. » Pour Thierry Tribier, éleveur
de canards dans le Périgord noir
(Dordogne), la fin d’année n’avait
jamais été aussi réjouissante. Depuis
qu’il travaille avec Pourdebon.com,
il croule sous les commandes.
Comme 230 autres producteurs
français. La plateforme à l’origine
de ce succès a réalisé un chiffre d’affaires en hausse de 300 % en 2018.
Avec 40.000 paquets livrés à domicile et plus de 6.000 références de
produits, elle a séduit des agriculteurs de renom, comme la Maison
Bayard et sa collection de pommes
de terre, la fromagerie Beillevaire
ou la marque Saumon de France, le
seul élevage en mer de l’Hexagone.
Toutes les cases de l’entreprise
responsable
La société de transport Chronopost (groupe La Poste) est à l’origine de ce projet. En 2014, elle
s’allie au groupe Internet Webedia, qui détient notamment le site
culinaire 750 grammes. Les deux
entreprises optent pour un modèle
de place de marché, laissant les
producteurs gérer les stocks et
fixer les prix. Chronopost assure,
elle, la livraison via son service
Chronofresh (5,90 euros et gratuit
au-delà de 35 euros d’achat chez
un même producteur).
Ses camions font chaque jour
du porte‑à-porte dans les exploitations agricoles. Ils viennent chercher les commandes empaquetées
par les petits producteurs. Vingtquatre heures au plus tard après
le paiement en ligne, les clients
reçoivent leurs colis à domicile.
« Pour Noël, j’ai glissé un petit
­cadeau à l’intérieur, souffle Thierry
Tribier. Ce qui me plaît, c’est la
­relation directe avec le consommateur. » À la façon d’Airbnb, le site
dirigé par Nicolas Machard (qui
avait déniché Webedia) permet
aux clients de poser des questions
aux éleveurs ou aux maraîchers.
Pourdebon coche aussi toutes les
cases de l’entreprise responsable :
circuit court, respect des saisons,
transparence et qualité (AOP, Label
rouge, agriculture biologique, Meilleurs ouvriers de France…). « Ce
site n’a rien à voir avec les autres »,
jure Thierry Tribier. Si les géants
de la grande distribution se sont
aussi positionnés sur ce créneau,
tel ­C arrefour avec Ooshop ou
­Cdiscount avec Alimentaire Express,
la start-up réussit à se démarquer
grâce à ses engagements. g
Romane Lizée
25
le journal du dimanche
dimanche 30 décembre 2018
Actualité Sport
L’avenir leur appartient
GRAINES DE STAR
Les millennials,
ces jeunes nés dans
les années 2000,
commencent
à émerger dans
les stades
5
3
SÉLECTION Nous
avons choisi cinq
talents précoces
qui devraient
faire parler
d’eux en 2019
4
2
1
Moise Kean
Football (Italie)
Entré en jeu pour la première
fois avec la Nazionale le 20 novembre, contre les États-Unis
(1-0), Moise Kean est devenu le
premier international italien né
dans les années 2000. Il était déjà
le premier enfant du siècle apparu
dans un match de Ligue des champions avec la Juventus, son club
depuis l’âge de 10 ans. On prête à
cet attaquant d’origine ivoirienne
un potentiel immense mais peu
l’ont essayé, sinon en prêt au ­Hellas
­Vérone la saison passée (4 buts
en 19 matches). Sur l’exercice en
cours avec les Bianconeri, il totalise une seule minute de jeu. Les
supporters de l’OM connaissent
bien son nom depuis qu’il a circulé pour un prêt au mercato de
janvier 2018. Et est réapparu ces
derniers jours. Mais ce qui chez
Kean évoque pour l’instant le haut
niveau, c’est d’abord son agent
star, Mino Raiola, celui de Mario
Balotelli, qui a rendu chèvres les
dirigeants marseillais l’été dernier. Possiblement un obstacle à
la venue chez Eyraud de mini-Balo.
2
Heather Arneton
Athlétisme (France)
Elle a beau être la benjamine de
notre sélection, on la voit venir de
loin. Difficile de passer inaperçue,
surtout dans un athlétisme français
1
3
Giuseppe Maffia/icon sport ; ALEXIS REAU/
PRESSESPORTS ; Aude Alcover/Icon Sport ;
ROB PRANGE/DPPI ; Ryan Browne/BPI/REX/SIPA
chiche en pépites, quand on s’offre
un record du monde minimes à la
longueur. Réussie début 2017 à
14 ans et demi, la perf (6,57 mètres)
a de quoi interpeller : il fallait atterrir « seulement » 18 centimètres
plus loin cet été pour devenir championne d’Europe senior. Une catégorie à laquelle Heather Arneton ne
pouvait encore se frotter, jusqu’à
ses 16 ans. Plus que le règlement,
ce sont les blessures (cheville,
hanche) et la croissance qui l’ont
perturbée cette année. La Francilienne en a profité pour obtenir son
brevet, avant d’intégrer l’Insep à
la rentrée. Cornaquée par Leslie
Djhone, ancien finaliste mondial
(400 mètres) devenu agent, et Guy
Ontanon, qui a coaché la crème du
sprint français, elle pourrait aussi
s’aventurer sur le 200 mètres. En
ligne de mire, les championnats
d’Europe 2020 à Charléty et bien
sûr les Jeux de Paris 2024, lors
desquels elle fêtera ses 22 ans.
Théo Maledon
Basket (France)
Il a la silhouette encore un rien
gracile et les traits de son âge,
17 ans. Mais sur un parquet, à un
poste de meneur qui requiert justesse et ­réflexion, Théo ­Maledon
(1,92 mètre) jouerait plutôt comme
un vieux routard. Avec l’Asvel, leader autoritaire de Jeep Élite, il trace
sa route sans sourciller, tête froide
et gestes sûrs (8,1 points à 58,3 %
au tir, 2 passes en 17 ­minutes).
Détail significatif, il n’a toujours
pas raté le moindre lancer franc
après 27 tentatives et a franchi cinq
fois la barre des 10 points cette saison. À son âge, Tony Parker, désormais son employeur, n’avait pas
fait aussi bien aussi souvent (avec
Paris). Passé par l’Insep, champion
d’Europe U16 et vice-champion du
monde U17, il a signé cet été un premier contrat pro de trois ans. Avant
de devenir, hier soir, le plus jeune
appelé au All Star Game. La NBA
est une terre déjà promise, au même
titre que pour Sekou Doumbouya
(ailier, Limoges) ou Killian Hayes
(meneur-arrière, Cholet), autres
millennials de l’élite française.
4
Amanda
Anisimova
Tennis (États-Unis)
Une fois que la jeune fille en fleur
sera sortie de l’ombre, elle n’y
échappera pas. Amanda A
­ nisimova
a des airs d’Anna Kournikova, de
la tresse blonde jusqu’aux origines russes, et la comparaison lui
­reviendra fatalement aux oreilles.
D’autant qu’elle aussi a été formée
sur les courts de F
­ loride, à ceci près
qu’elle vit dans l’État depuis l’âge
de 3 ans. Elle en a aujourd’hui 17,
avec en chemin de sérieuses références. Lauréate de l’US Open
juniors en 2017, elle a confirmé
cette saison sur le grand circuit avec
une première top 10 essorée (Petra
Kvitova, au 3e tour d’Indian Wells)
et une première finale en septembre
(Hiroshima), ticket d’entrée parmi
les 100 premières mondiales.
Coachée par son père Konstantin, cette demoiselle longiligne
(1,80 mètre) développe un jeu déjà
étoffé. Capable de cogner sec des
deux côtés, elle se montre plus raisonnée et patiente que la plupart
des jeunes frappeuses. Les ambitions sont affichées, l’éloignant pour
de bon de Kournikova : « J’espère
bien devenir la numéro un. »
5
Ryan Sessegnon
Football (Angleterre)
Avec Jadon Sancho (Dortmund)
et Phil Foden (Manchester City),
le gaucher de Fulham est promis
à dominer le monde après avoir
conquis l’Europe en 2017 avec
les moins de 19 ans anglais. Le
sélectionneur Gareth Southgate
a déjà lancé le premier chez les
Three Lions et ne tardera pas à
promouvoir les deux autres golden
boys. Cette semaine, Sessegnon a
remporté cinq distinctions lors de
la soirée des trophées de la saison
anglaise, dont celui de meilleur
espoir. Claudio Ranieri, nouveau
coach d’un promu londonien
en difficulté, veut décupler son
agressivité et sa résistance dans
les duels afin qu’il ne reste pas
seulement le héros des joueurs
de Football Manager, la célèbre
simulation, qui l’ont repéré depuis au moins trois ans. Ce milieu
gauche ou latéral porté vers l’attaque (2 buts, 3 passes décisives)
a un frère j­ umeau dans l’effectif
des ­Cottagers mais aucun lien de
parenté avec l’ancien Manceau et
Parisien Stéphane Sessegnon. Il
est assez béni comme ça. g
Damien Burnier
et Mickaël Caron
26
le journal dudimanche
dimanche
30 décembre 2018
Actualité Sport
Ils légendent le foot anglais
PETER POWELL/EPA/MAXPPP
PREMIER LEAGUE
Incontournables sur les réseaux
sociaux, ces chroniqueurs
vedettes ont une influence
réelle sur le plus regardé
des championnats
Un boulevard pour Liverpool
ANGLETERRE En démonstration
contre Arsenal (5-1), les Reds
prennent le large en tête
du championnat
On lui parle d’un temps qu’il n’a
pas connu et ça ne va pas cesser
de s’amplifier. Auteur d’un triplé presque facile contre Arsenal
(5-1), Roberto Firmino (au centre
sur la photo) n’était pas né lorsque
Liverpool a conquis son dernier
titre de champion d’Angleterre,
en 1990. Pas plus que Mohamed
Salah ou Sadio Mané, les autres
buteurs d’une ligne d’attaque diabolique qui sème la terreur dans
les défenses de Premier League. À
peine plus âgé, le roc défensif Virgil
Van Dijk ressent l’attente de moins
en moins contenue du kop : « C’est
une période exigeante mais aussi
une époque formidable pour être
un joueur ou un fan de Liverpool. »
Hier, c’était déjà une journée
inespérée. Car, avant de débiter les Gunners en rondelle, les
joueurs de Jürgen Klopp ont eu
la surprise d’apprendre la défaite
de Tottenham (1-3 contre Wolverhampton). « Nous ne sommes pas
des ­machines  », a plaidé Mauricio Pochettino. Deux heures plus
tard à Anfield, l’ouverture du score
d’Arsenal a été l’unique péripétie
d’une nouvelle démonstration de
la part de la deuxième attaque du
Royaume (48 buts), à l’image des
passements de jambes de Firmino,
qui ont renversé deux défenseurs
comme des quilles de bowling sur
son deuxième but.
« On a fait exactement ce qu’on
voulait », s’est réjoui Klopp, qui a
trouvé la formule idéale depuis la
défaite européenne à Paris (2-1), le
28 novembre. Le manager allemand
a « presque pleuré » lorsque Salah
a laissé Firmino tirer le deuxième
penalty, signe d’après lui d’une
entente parfaite dans son équipe.
Malgré neuf points d’avance, le
triomphe doit rester modeste :
dans un nouveau choc, encore plus
attendu, nettement plus indécis,
Liverpool ira à ­Manchester City
jeudi, et si l’élan venait à se freiner
soudain, la Pep Team (à Southampton cet après-midi) pourrait se rapprocher à quatre points. Les Reds
avancent sur un boulevard, mais la
route n’est pas encore totalement
dégagée. g L.T.
Ce jour de 2014 où Henry Winter
a rendu visite aux Milton Keynes
Dons, alors en troisième division
anglaise, c’est le club qui a diffusé
l’information pour se faire de la
publicité. Ce journaliste de 55 ans
n’est pas n’importe qui : après
vingt ans au Daily Telegraph, il
est devenu en 2015 le responsable
des pages football du Times, soit
deux des journaux les plus lus du
royaume. Ses articles orientent
l’opinion, tout comme ses tweets,
suivis par 1,24 million d’utilisateurs.
En comparaison, le journaliste de
L’Équipe Vincent Duluc, son plus
proche homologue de ce côté de la
Manche, réunit 248.000 abonnés.
Si Winter est considéré comme
l’un des chroniqueurs sportifs
les plus influents de la Premier
League, désigné à cinq reprises
journaliste sportif de l’année, c’est
qu’il est sans arrêt sur les terrains,
couvrant jusqu’à 130 matches par
saison. Il dit n’avoir pas vraiment
de bureau, écrivant le plus souvent dans les tribunes des stades,
des stations-service ou des aires
de repos. Et parce qu’il passe par
des canaux modernes pour partager tout ce qu’il voit en coulisses.
Pour le pire et pour le meilleur,
« des menaces de mort comme
des demandes en mariage », a-t‑il
raconté.
Daniel Taylor au Guardian, Sam
Wallace au Telegraph ou Oliver Holt
au Mail on Sunday : à chaque titre sa
plume de référence. Le foot italien
et l’espagnol ont aussi leurs stars des
médias, mais l’Angleterre est le seul
pays d’Europe où ceux qui le racontent sont parfois aussi ­célèbres
que les joueurs eux-mêmes. Un tour
de force alors que les émissions de
télé de la BBC, de Sky Sports ou
d’ITV font appel à des consultants
poids lourds (comme les anciens
internationaux Gary Neville, Rio
Ferdinand et Alan Shearer) pour
rester les plus audibles.
Personnage de film
Leur influence, exacerbée par les
réseaux sociaux où pas un de ces
écrivains du sport affiche moins
de 200.000 suiveurs, s’inscrit dans
une tradition ancrée du récit écrit
incarnée par Brian Glanville, journaliste respecté et auteur prolifique,
envoyé sur treize Coupes du monde
depuis les années 1960. Comme cet
octogénaire, la plupart des grandes
signatures des journaux et tabloïds
britanniques prolongent leurs analyses et renforcent leur visibilité
dans des livres au lectorat fourni,
la biographie d’Arsène Wenger par
John Cross, éminent confrère du
Daily Mirror, étant par exemple
une réussite probante (et traduite
en français).
Si l’explosion médiatique et
la mondialisation de la Premier
League ont favorisé la starisation
de ses chroniqueurs, d’autres sports
ont contribué à les mettre en avant.
Au point d’en faire, pour certains,
des personnages de fiction : David
Walsh, opiniâtre tombeur de Lance
Armstrong à force d’enquêtes dans
le Sunday Times, est devenu sous les
traits du comédien Chris O’Dowd
l’un des personnages principaux
de The Program, le long métrage
que Stephen Frears a consacré en
2015 aux mystifications du coureur
cycliste texan. g
Mickaël Caron
Des rugbymen sur orbite
Invaincu depuis dix matchs, le
Stade toulousain, qui reçoit Toulon
(20h45) dans un Stadium à guichets
fermés, s’active pour pérenniser ses
bons résultats sportifs. En 2019, il
collaborera pour cela avec une autre
institution de la Ville rose, le Centre
national d’études spatiales (CNES).
Une étude inédite dont l’objet, explique Philippe Izard, le médecin du
club, est d’évaluer « la composition
corporelle des joueurs ». Puis de l’optimiser « par de l’exercice physique
et une alimentation, voire une supplémentation, adaptée » après avoir
mesuré leur dépense énergétique
au repos et en exercice. « Dans le
rugby, et en particulier dans la forme
de jeu que pratique le Stade toulousain, le rapport poids/puissance et les
capacités de déplacement des joueurs
sont des éléments très importants »,
précise le porteur du projet.
Avant la fin de la saison, trois
joueurs seront mis à contribution.
Le demi de mêlée Pierre Pagès, qui
prépare simultanément un doctorat
de pharmacie, et deux avants au fort
gabarit et d’origine ethnique différente. Le président du club Didier
Lacroix, 48 ans, s’y pliera aussi en
tant que « personne lambda. » Enfin,
le préparateur physique Florent
Lokteff, thésard à la Faculté des
sciences du sport et du mouvement
humain, et Pierre Pagès s’attacheront au recueil bibliographique des
travaux universitaires. « Le lien avec
mon monde officinal, c’est la prévention des pathologies chroniques »,
détaille le joueur-universitaire.
Une base pour une nouvelle
mission de Pesquet
Première action : la mesure de la
dépense énergétique au repos. Sur
ce point, le club va s’appuyer sur
l’expertise du MEDES, l’Institut de
médecine et de physiologie spatiales.
« On parle beaucoup de protéines chez
les rugbymen, on veut savoir s’il n’y
a pas une surconsommation en analysant la balance azotée des sujets
», indique le Dr Izard. Deuxième
temps : l’évaluation de la composition corporelle à l’aide d’un appareil
nommé DEXA. Troisième étape :
mesurer la dépense énergétique à
l’effort, à l’aide de boitiers appelés
ActiGraph, de GPS et des carnets
d’entraînement. « Une augmentation de la masse musculaire entraîne
celle de la masse grasse, indique le
médecin. Or, dans le rugby, la masse
sur la balance conditionne le déplacement, la vitesse, et surtout la capacité
d’accélération des joueurs, le critère
le plus visé aujourd’hui. »
Le second volet de l’étude se
déroulera en juin, lors de la préparation physique d’intersaison, avec le
soutien logistique du Centre d’aide
au développement des activités en
micropesanteur et des opérations
spatiales (CADMOS). Les sujets
seront soumis à un contrôle nutritionnel strict, qui débouchera,
éventuellement, sur une supplémentation adaptée. « Cette entité
du CNES planche sur le maintien
de la composition corporelle initiale
des spationautes lors des vols dans
l’espace, pose le Dr Izard. Sa problématique est similaire à la nôtre. »
A terme, il s’agira bel et bien
d’améliorer la performance sportive
des joueurs. « Je suis persuadé que la
masse musculaire prise est en rapport
avec des attitudes favorables comme
des franchissements ou des plaquages
offensifs, poursuit-il. A l’inverse, les
actions négatives, comme des plaquages loupés ou un manque d’activité sur les rucks, sont probablement
en rapport avec des désordres physio-
logiques. Ces liens sont encore intuitifs
mais on voudrait introduire une forte
corrélation. D’autres études ont par
exemple montré que les footballeurs
les plus décisifs en fin de match sont
ceux qui ont une plus grande consommation d’oxygène (VO2max). »
Proche du Stade toulousain,
l’astronaute Thomas Pesquet a luimême émis l’idée d’expériences croisées entre rugbymen et spationautes.
« Dans l’espace, il a perdu beaucoup de
masse musculaire, de masse osseuse,
de masse grasse, témoigne Philippe
Izard. L’échange de fluides entre les
tissus a surtout été perturbé. Si notre
étude permet d’établir un protocole,
il pourra lui servir de base à la préparation d’une nouvelle mission. »
Quant au Stade toulousain, il raisonne au-delà même du haut niveau.
L’ambition affichée est de devenir «
un centre de ressources et d’expertise
pour les sportifs, y compris ceux du
dimanche, dans une politique générale
de santé. » g
Philippe KALLENBRUNN
La Rochelle s’installe
BOXING DAY Logique d’ensemble
respectée, hier, lors du premier volet
de la treizième journée du Top 14. La
Rochelle s’est un peu plus solidement
installé sur le podium en disposant de
Castres, le champion de France, pour
un septième succès de rang (53-27).
Même orgie offensive à Gerland entre
Lyon et Agen (52-20, sept essais à
trois). Malgré des frayeurs face à Grenoble, le Stade Français a renversé la
situation (23-20) et revient provisoirement à la 4e place, en attendant
la suite aujourd’hui. Pas de miracle,
enfin, pour Perpignan, toujours fanny
(16-37 face à Clermont, le leader).
XAVIER LEOTY/AFP
TOP 14 Le Stade
toulousain et le Centre
d’études spatiales
vont mener une étude
sur la composition
corporelle des joueurs
Wiaan Liebenberg (Stade Rochelais).
27
le journal du dimanche
dimanche 30 décembre 2018
Actualité Sport
Igor Kokoskov,
entouré de la
star des Suns,
Devin Booker
(à droite), et
Isaiah Canaan.
B. Sieu-USA TODAY
Sports/REUTerS
L’Europe sort du banc
BASKET Dans le sillage du
Serbe Igor Kokoskov, nouvel
entraîneur de Phoenix, la NBA
s’ouvre enfin aux techniciens
étrangers. Le sens de l’histoire ?
À force de petites poussées, la barrière a fini par céder. En devenant
cette saison le coach de Phoenix,
Igor Kokoskov a démoli le dernier
rempart à la mondialisation du basket. Alors que la présence de joueurs
étrangers n’est plus perçue comme
une singularité depuis longtemps,
mais bien comme une force impactante (11 Européens en 1990, 65 cette
saison sur un total de 108 étrangers
issus de 42 pays), le bord de touche
restait une plate-bande strictement
nord-américaine. Kokoskov le Serbe
sera donc à jamais le premier à
marcher dessus. Il le vit comme
« un honneur, un accomplissement
très particulier, mais pas comme une
pression supplémentaire ». Certes,
il n’a pas eu droit au plus joli des
paquets-cadeaux, les Suns faisant
même figure de cancres dans la
ligue. Mais à travers lui c’est une
forme de reconnaissance qui opère :
oui, on sait penser le basket ailleurs
qu’aux États-Unis. Pour Chris Singleton, coach américain ayant sévi
dans le championnat de France, il y a
aussi une volonté de sortir des vieux
schémas, comme une fissure dans
le protectionnisme et la méfiance.
« Beaucoup de représentants NBA
sillonnent l’Europe et s’aperçoivent
donc de la qualité de l’Euroligue et
de ses techniciens. À cela s’ajoute une
forme d’usure des coaches américains.
Les proriétaires des franchises sont un
peu las de voir les mêmes tourner »,
observe le consultant de beIN.
Du sang neuf, donc. Certes, par
petites touches, mais ça vient. Outre
Phoenix, neuf équipes comptent
dans leur staff un technicien européen. Au sein de la dernière promo,
on trouve d’anciens sélectionneurs :
le Grec Fotis Katsikaris (Utah) ou
l’Italien Sergio Scariolo, trois Euros
et deux médailles olympiques avec
l’Espagne, nommé assistant à Toronto. Des Français dans le paysage ?
Pas encore. Mais certains, conviés
à intégrer les staffs techniques lors
des Ligues d’été, peuvent témoigner
d’une ouverture d’esprit grandissante. Comme Fred Fauthoux
(Levallois), vu dernièrement avec
le polo de San Antonio, ou Vincent
Collet, le patron des Bleus, qui avait
été invité par Cleveland.
Dans ces laboratoires d’intersaison, on peut aussi croiser des head
coaches (entraîneurs en chef ) déjà
imprégnés, de par leur parcours,
de la culture du jeu européen. Par
« En matière
de jeu collectif,
l’avance du basket
européen
est reconnue »
Chris Singleton
exemple Kenny Atkinson (Brooklyn), qui a porté cinq maillots français avant d’embrayer, au mitan des
années 2000, en anonyme assistant
du Paris Basket Racing. En réussite
avec Utah, Quin Snyder était il y a
cinq ans adjoint au CSKA Moscou.
L’Italo-Américain Mike D’Antoni
(Houston) a fait ses armes sur les
bancs de Milan et Trévise avant de
décrocher deux titres d’entraîneur
NBA de l’année (2005, 2017).
De là à ce que ces influences internationales irriguent le jeu de manière
tangible, il y a un pas. Mais là aussi, ça
pourrait venir. « Il y a de l’agacement
à voir des équipes attaquer en faisant
25 dribbles, sans système, juste avec
du un-contre-un, remarque Chris
Singleton. L’envie de revoir du beau
jeu existe, avec une balle qui bouge. Or,
en matière de collectif, fondamentaux
et lecture de jeu, l’avance du basket
européen est reconnue. » Même si la
dimension athlétique reste la valeur
cardinale en NBA.
Le pionnier Kokoskov avait pour
lui de maîtriser les préceptes en vigueur des deux côtés de l’Atlantique.
Voilà près de vingt ans qu’il gravite
dans le basket US. L’été venu, il se
transformait volontiers en sélectionneur, jusqu’à son fait de gloire,
le titre de champion d’Europe
2017 avec la Slovénie. À Phoenix,
il essuie comme prévu les plâtres
d’une équipe très jeune (9 victoires
– 27 défaites). À voir dans la durée, si
on la lui accorde. Ce n’était d’ailleurs
pas forcément lui le plus attendu
en premier de cordée. Les regards
se tournaient plus volontiers vers
Ettore Messina, légende du basket
italien, dans la short list de Detroit et
de Toronto à l’intersaison. En poste
à San Antonio depuis quatre ans, il a
déjà assuré à deux reprises l’intérim
de Gregg Popovich.
Il y aurait quelque chose de naturel à ce qu’il prenne la suite du
patriarche (70 ans en janvier), si
prompt à valoriser les compétences
étrangères. « Comme les joueurs, les
coaches se sont améliorés partout
dans le monde. Beaucoup pourraient
officier en NBA. Une équipe doit juste
avoir le cran », clame à l’envi le quintuple champion NBA, dont la parole
porte. Sur l’échelle de l’audace, lui
aussi a fait grimper le curseur en
accueillant une femme dans son
staff, Becky Hammon. Après quatre
saisons en tant qu’adjointe, elle a été
auditionnée en mai par les Bucks de
Milwaukee, parmi une dizaine de
candidats au poste principal. Une
femme à la tête d’une équipe NBA…
Le voilà, le dernier tabou. g
Damien Burnier
prolongations
Bleus étoilés
Power Rangers
Intraitable Shiffrin
Basket La sélection française de Jeep
Elite a dominé son homologue étrangère
lors du All Star Game (153-147). Lahaou
Konaté, l’arrière de Nanterre, a été élu
meilleur joueur du match (33 points,
7 passes). Bastien Pinault (Chalon) s’est
adjugé le concours du tir à trois points,
Kevin Harley (Poitiers) celui de dunks.
FOOTball En remportant le Old Firm
contre le Celtic (1-0), les Glasgow Rangers
de Steven Gerrard rejoignent en tête du
championnat écossais leur ennemi intime.
Qui pourrait accueillir en prêt l’attaquant
du PSG Timothy Weah. Sans préciser la
destination, le fils de George a confirmé
son départ sur les réseaux sociaux.
SKI Après une décevante 5e place en
géant vendredi, Mikaela Shiffrin a repris
ses bonnes habitudes en s’imposant dans
le slalom de Coupe du monde de Semmering. C’est sa 15e victoire en 2018, un
record sur une année civile. Côté masculin,
l’Italien Dominik Paris a triomphé à domicile dans le Super-G de Bormio.
28
le journal dudimanche
dimanche
30 décembre 2018
Actualité Culture & Médias
France Télévisions va réduire ses effectifs
Restructuration
Face aux demandes
d’économies de sa
tutelle, le groupe est
décidé à tailler dans
sa masse salariale
Plan Entre mesures
incitatives au départ
et chantiers en cours,
reste l’enjeu de
l’équilibre budgétaire
2019 risque d’être une année de turbulences sur le plan social à France
Télévisions. Delphine Ernotte, sa
présidente, qui doit déjà faire face
à d’importantes restrictions budgétaires, s’apprête à lancer un plan de
départs volontaires d’une ampleur
inédite. Toucher à la masse salariale,
dégraisser le mammouth ! Voilà
des décennies que les dirigeants
successifs de cette entreprise de
9.000 salariés esquissent les uns
après les autres des plans sociaux
avant de les enterrer aussitôt, par
peur de l’embrasement. Or cette foisici, sous l’injonction de l’État actionnaire, l’équipe dirigeante est décidée
à s’attaquer à la question, longtemps
taboue, des effectifs. L’annonce en
a été faite à la mi-décembre et les
détails du plan seront présentés courant janvier. Si aucun chiffre n’est
encore officiel, celui de 2.000 personnes (22 % de la masse salariale)
circule du côté des syndicats.
Mais il n’y aura aucun licenciement, a déjà prévenu Delphine
­Ernotte, qui tente de déminer. Étalé
sur quatre ans, ce plan jouera sur le
non-remplacement d’un départ sur
deux à la retraite et sur le volontariat avec des conditions financières
avantageuses pour ceux qui se présenteront au guichet.
Pas de « chèques à la Pflimlin »
Et c’est là tout le nœud du problème :
comment financer ce plan d’économies sans mettre en péril l’équilibre fragile des comptes de France
Télévisions ? De l’enveloppe dégagée
par Bercy dépendra le nombre de
départs volontaires : cette question
centrale fait l’objet de discussions
avec le cabinet du ministre des
Comptes publics, Gérald Darmanin.
Or, tout le monde a en mémoire à
France Télés le montant de la facture du « G20 » de Rémy Pflimlin. Le
prédécesseur de Delphine Ernotte
avait sorti le chéquier en 2014, accordant à vingt cadres de l’entreprise
des indemnités de départ d’un montant de 240.000 euros pour chacun.
S’il n’est pas question pour Bercy
de rééditer ces largesses, il va falloir trouver des mesures incitatives,
sonnantes et trébuchantes. Dans le
même temps, le groupe devra faire
des économies, notamment dans
les programmes avec une vingtaine de millions d’euros dès l’an
prochain. Côté recettes, on table
sur des rentrées publicitaires en
hausse – elles ont augmenté de
10 millions d’euros cette année (à
345 millions d’euros) –, Ainsi que
sur la vente à l’international de certains programmes, comme celui de
France 2, Un si grand soleil.
Est-ce suffisant pour éviter de
plomber les comptes ? D
­ elphine
Ernotte, qui met un point d
­ ’honneur
à afficher des bilans à l­ ’équilibre
à chaque exercice depuis sa
­nomination en 2015, comme ce fut
le cas cette année, s’est engagée à
­économiser 160 millions d’euros
d’ici à 2022, dont 26 millions d’euros
dès 2019. Il lui faut dans le même
temps financer les chantiers en
cours. La transformation ­numérique
d’abord (un investissement de
200 millions sur quatre ans). La
création des plateformes destinées
à la jeunesse et au public ultramarin
ensuite, avec l’arrêt programmé des
chaînes France 4 et France Ô et de
Salto, la chaîne cofondée avec TF1
et M6. Il y a enfin le rapprochement
entre France 3 et France Bleu : deux
maisons dont il va falloir harmoniser les conventions collectives.
Bref, des mutations profondes en
forme de travaux d’Hercule d’une
ampleur sans équivalent depuis la
création du groupe de télévision
public, en 1992. g
Renaud revel
Trace TV enchaîne les succès hors de France
Rencontre Olivier Laouchez
a fondé ce groupe consacré aux
cultures afro-urbaines, devenu
leader en Afrique
Il cite autant le penseur anticolonial Frantz Fanon que le milliardaire
américain Warren Buffett. Déjeune
avec le rappeur Booba et Maxime
Saada, le président du directoire
de Canal+. Se définit comme un
« paranoïaque de la profitabilité » et
se passionne pour l’éducation de la
jeunesse africaine. À 53 ans, Olivier
Laouchez est un patron iconoclaste.
Prudent également. Sa marque multimédia Trace TV fête son 15e anniversaire ; tous les compteurs sont au
vert, mais il garde la tête froide. « On
n’a pas fait de grosse fête, souligne
Olivier Laouchez dans les locaux
de Trace TV, à Clichy-la-Garenne.
Comme tous les médias, nous sommes
dans des réorganisations stratégiques
liées à la compétition des Gafa et des
opérateurs pure players digitaux. »
Il aurait pourtant toutes les raisons
de fanfaronner. Sa « PME internationale », leader en Afrique subsaharienne francophone, figure parmi
les rares médias français à percer à
l’international.
Cette réussite entrepreneuriale, il
en est le principal artisan depuis le
rachat en 2003, au groupe Lagardère,
de la chaîne MCM Africa. « Elle faisait à peine 200.000 euros de chiffre
d’affaires ; en 2018, nous atteignons
les 25 millions avec une croissance de
17 % par rapport à 2017 », souligne
Olivier Laouchez, surnommé « le
saltimbanquier » pour son aisance
à évoluer dans le monde des affaires
et la sphère artistique. Et dire qu’à
l’époque aucun investisseur français
n’avait osé miser un euro sur le projet un peu fou de créer une chaîne
consacrée aux cultures urbaines,
avec l’Afrique en ligne de mire. Il
trouvera finalement une oreille
attentive outre-Atlantique, chez
Goldman Sachs. Aujourd’hui, le
groupe Trace TV compte 24 chaînes
payantes, diffusées dans 160 pays
avec 250 millions d’audience cumulée dans le monde.
Des programes ciblés
La clé du succès ? La déclinaison de
l’offre, avec des chaînes francophones
(Trace Africa), anglophones (Trace
Naija) et lusophones (Trace Toca),
toutes localisées par zones géographiques, chacune proposant des
programmes ciblés. Trace TV tire
ainsi 65 % de ses recettes des redevances versées par les opérateurs qui
distribuent ses chaînes (Free, Canal+,
Orange…). Le groupe compte également sept radios FM, se développe
dans l’événementiel, la distribution musicale, avec un catalogue de
150.000 artistes. Depuis 2017, Trace
investit également dans la téléphonie
(TraceMobile, 1,2 millions d’abonnés) et le digital avec la plateforme
TracePlay pour diffuser les contenus du groupe dans le monde entier.
Au-delà de ces chiffes, Trace TV
bénéficie d’une identité forte. Quand
Emmanuel Macron décide, pour son
premier déplacement en Afrique,
en novembre 2017, de s’adresser
aux forces vives du continent noir,
il choisit Trace TV plutôt que TV5
Monde ou France 24.
Dans ce parcours sans faute,
la grande frustration d’Olivier
Laouchez reste son échec sur la
TNT Île-de-France, il y a dix ans.
« Trace TV possédait pourtant le
meilleur dossier, souligne Olivier
Laouchez. Nous avons donc pris
la décision d’accentuer nos investissements à l’étranger. C’était
peut-être un mal pour un bien. »
Le CV du PDG témoigne d’une
passion précoce pour les médias
avec la création en 1993 d’Antilles
TV, la première chaîne privée de
Martinique.
Mobile, numérique, éducation
Le succès de Trace TV aura aiguisé
bien des appétits. Il cite notamment
le géant américain Viacom (MTV,
BET TV), prêt à débourser des millions pour racheter son groupe. En
vain… Pour affronter les défis du
futur, Trace TV est pourtant passé
en 2017 sous pavillon américain avec
l’entrée dans le capital du groupe
TPG Growth, à hauteur de 75 %.
« On garde la main, assure Olivier
Laouchez. Nous avons un pouvoir
largement supérieur à notre détention capitalistique. TPG a investi dans
Trace à la condition sine qua non
que le management actuel reste en
place. » Parmi les futurs relais de
croissance, le mobile et le numérique, mais aussi l’éducation. « Un
business potentiellement supérieur
à la télévision avec, dans les quinze
ans à venir, l’arrivée de 200 millions
de jeunes Africains sans formation
sur le marché du travail, s’enthousiasme Olivier Laouchez. On assume
de faire de l’argent avec l’éducation,
mais de façon éthique et utile. » g
Olivier Laouchez dans ses locaux à Clichy-la-Garenne. Éric DESSONS/JDD
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Éric Mandel
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29
le journal du dimanche
dimanche 30 décembre 2018
Opinions & controverses
L’État met en danger
les migrants
Par Médecins du monde France, le Secours catholiqueCaritas France et 12 autres associations
Monsieur le Président, votre engagement, prononcé le 28 juillet 2017, a
été vite oublié par votre gouvernement,
votre majorité, vos services. Plus grave,
par vous-même. À l’heure où s’intensifie l’injonction de justice sociale, nous
vous rappelons vos propres mots : « Je
ne veux plus d’ici la fin de l’année avoir
des hommes et des femmes dans les rues,
dans les bois ou perdus. Je veux partout
des hébergements d’urgence. »
Un an après, des milliers de personnes, femmes, hommes, enfants,
familles, se partagent les interstices des
villes, s’abritent sous des échangeurs,
sont échoués sur les trottoirs de Paris
et de son immédiate périphérie.
S’ajoute un cycle infernal entretenu
depuis maintenant trois ans fait de
campements, d’inaction, de démantèlements, de dispersions parfois violentes
mais aussi de harcèlements à l’encontre
des personnes exilé.e.s ainsi que des
citoyens solidaires et des collectifs qui
leur viennent en aide.
Aujourd’hui, ces personnes à la rue
ont toujours plus de difficultés à se
nourrir, à se soigner, à trouver une information fiable pour faire valoir leurs
droits élémentaires. Elles sont moins
visibles dans l’espace public, elles sont
contraintes de se cacher pour se soustraire à la violence policière et à la pression administrative.
Pourtant elles sont là.
Nous, associations et collectifs engagés sur le terrain, qui au quotidien
œuvrons avec et auprès des exilé.e.s,
ne cessons de mesurer leur précarisation. Nous ne supportons pas, comme
nombre de citoyens, que ces personnes
soient maintenues en situation de détresse absolue.
Nous avons rencontré à plusieurs
reprises la mairie de Paris et la préfec-
ture d’Île-de-France pour les interpeller directement sur les manquements
graves portant atteinte aux personnes,
et sur la nécessité de leur mise à l’abri
immédiate et inconditionnelle. Mais
aussi pour que soit posé le cadre d’une
réflexion collective sur l’hébergement
et le logement de l’ensemble des personnes à la rue.
Les discussions s’enlisent, les réponses restent les mêmes et ne sont pas
« Ces personnes à
la rue ont toujours
plus de difficultés
à se nourrir ;
à se soigner, à fai re
valoir leurs droits
élémentaires »
à la hauteur de la situation d’urgence.
En dépit d’une bonne volonté affichée,
chacun se renvoie la balle au point de
nous enfermer dans un jeu de ping-pong
institutionnel qui n’a que trop duré.
Pendant ce temps, les corps et les
esprits s’abîment.
À ce jour, nous ne pouvons que constater la faillite de l’État dans l’exercice de
sa responsabilité de protection, de mise
à l’abri et d’accueil inconditionnel. La
préfecture d’Île-de-France se contente
en effet de nous renvoyer aux dispositifs ouverts ces dernières années et à
un plan hivernal comme chaque année
sous-dimensionné.
De même, en dépit des efforts passés
pour améliorer l’accueil, et des efforts
actuels pour faire de Paris une « ville
refuge », la réalité des personnes vivant
à la rue parmi les rats nous démontre à
quel point cette politique est un échec.
Si la précarisation s’accentue dans
la société, elle est d’une plus grande
acuité encore pour les personnes qui
sont maintenues en marge, dans l’errance. C’est une réalité à Paris, en Île-deFrance, mais aussi à Grande-Synthe, sur
le littoral nord, ailleurs. Nous en sommes
les premiers témoins, celles et ceux que
nous aidons en sont les premières victimes. Leur situation confine à une mise
en danger délibérée.
Pour sortir de cette impasse, nous
sommes prêts à inventer collectivement
de nouvelles ­solutions, dès demain, à
condition qu’il y ait un réel engagement
et un changement de cap politique. Nous
voulons construire une réponse pérenne
à une situation d’urgence.
Monsieur le Président, il y va de votre
responsabilité, en lien étroit avec le préfet de Région, mais aussi de la responsabilité de la maire de Paris, de permettre
un hébergement rapide des personnes
à la rue, de faire respecter leurs droits
et de ne pas laisser la société civile, les
associations, les collectifs, les citoyens,
se substituer à vos services.
Il s’agit d’une exigence, d’un véritable
enjeu de cohésion sociale. g
Anne-Marie Bredin, représentante du collectif Solidarité
migrants Wilson ; Philippe de Botton, président de
Médecins du monde France ; Véronique Fayet, présidente
du Secours catholique-Caritas France ; Catherine Gak,
secrétaire de La Gamelle de Jaurès ; Marin MarxGandebeuf, représentant du Guide de la demandeuse
et du demandeur d’asile à Paris ; Gaël Manzi, président
d’Utopia 56 ; Jacques Mercier, président de Dom’Asile ;
Mélanie Mermoz, représentante du collectif audonien
solidarité migrants ; Marie Montolieu, présidente de
la Fédération de Paris du Mrap (Mouvement contre
le racisme et pour l’amitié entre les peuples) ; Jérôme
Musseau, représentant du collectif P’tits Dej’s solidaires ;
Malik Salemkour, président de la Ligue des droits de
l’homme ; Corinne Torre, cheffe de mission France de
Médecins sans frontières ; Hubert Trapet, président
d’Emmaüs France ; Jean-Marc Wasilewski, représentant
des États généraux des migrations Paris.
Les Gilets jaunes ont installé
en France une gigantesque ZAD
Par Pierre Vanlerberghe
« L’État criminalise les mou vements sociaux », écrivaient, dimanche 23 ­décembre dans le JDD,
Emmanuel Daoud et Lucie Lecarpentier, respectivement avocat et juriste.
Ils l’accusaient d’avoir, le 8 décembre
dernier, procédé à quelque 2.000 interpellations préventives dans toute la
France, afin de contrôler les personnes
descendues dans les rues ce jour-là.
Ces interpellations remettraient en
cause les libertés fondamentales de se
déplacer librement et de manifester.
Pour conclure, disaient-ils, le « comportement autoritaire auquel succombe
l’État français [… ] démontre une fois de
plus […] que la France […] n’est plus la
patrie des droits de l’homme ».
Dans ce sévère réquisitoire, pas un
mot pour rappeler dans quel contexte
les mesures de sécurité publique ont
été prises par le gouvernement. Pas
un mot pour reconnaître que, à partir
des revendications légitimes à l’origine du mouvement des Gilets jaunes,
nous avons assisté à un déferlement de
haine, de violences, de déprédations et
de pillages que notre pays n’avait pas
connu depuis bien longtemps. Pas un
mot pour dire que tous les barrages,
toutes les manifestations dans les
villes ont été tenus en dehors de tout
cadre légal. Pas un mot pour dire que
les barrages violaient le droit fondamental de circuler des citoyens ordinaires. Pas un mot pour reconnaître
que les 10 morts liées aux événements
auraient pu être évitées si les règles
plutôt libérales qui encadrent le droit
de manifester avaient été appliquées.
Ignorant les lois, les Gilets jaunes
ont réussi à installer en France une
sorte de gigantesque ZAD interdisant
tout débat ou toute négociation.
Au vu des dommages causés à l’économie, aux biens publics et privés, à
l’image internationale de la France,
le grand perdant des événements de
ces dernières semaines est l’État de
droit, socle du vivre-ensemble et de la
protection des libertés sans lesquelles
il n’existe pas de démocratie.
La France redeviendra le pays des
droits de l’homme le jour où seront
rigoureusement respectées ses lois qui
en sont nourries. Que des juristes osent
prétendre que la violence d’État en est
la cause est sidérant et inquiétant. g
Auteur de « La Révolte des gentils », Cent Mille
Milliards, 2013.
Le système Assad
C
’est une question souvent posée,
vertigineuse, devant les massacres
de civils, les tortures indicibles et la
destruction de quartiers entiers ­ordonnés
par le régime syrien. Qu’y a-t‑il dans la tête
d’Assad ? Comment un homme d’apparence
moderne, qui nous ressemble avec ses
­costumes-cravates, son épouse souriante
aux cheveux courts, comment un tel homme
peut-il qualifier ses opposants de « virus
qui infectent le corps syrien », de « rats »,
de « rongeurs » ?
Le livre de Subhi Hadidi, Ziad Majed et
Farouk Mardam-Bey répond à ces interrogations. Au moyen d’allersretours incessants entre
le présent et le passé, et
­notamment grâce à une
plongée dans les trente
années de règne de son
père Hafez, ils autopsient méticuleusement
le régime de Damas. Ils
décomposent l’architecture totalitaire du
système et sa « ­charpente
triangulaire : sécuritaire,
militaire et économique »,
Dans la tête
ainsi que les liens entre
de Bachar Al-Assad
famille, clan et confesSubhi Hadidi, Ziad Majed
sion religieuse.
et Farouk Mardam-Bey,
Bachar El-Assad a
Solin/Actes Sud, 208 p.,
18,80 euros.
­hérité de cet édifice.
Mais, inexpérimenté,
presque illégitime, l’ancien ophtalmologue a voulu dépasser le père.
En se montrant plus cruel, plus déterminé à
régner par la terreur.
Les auteurs déconstruisent enfin le mythe
d’une révolution portée par des Syriens de
confession sunnite opposés aux minorités
alaouite et chrétienne. C’est bien l’arrogance
et l’enrichissement affolant de la classe dirigeante, ainsi que la confiscation du pouvoir
par un groupe d’individus, qui ont conduit au
soulèvement de 2011. g
Garance Le Caisne
La presse et le déni
E
t lui, qu’aurait-il fait en 1933 face
à la montée du nazisme ? Daniel
­S chneidermann se plaît à croire
qu’« avec [son] petit carnet » il aurait changé
quelque chose. Mais nul ne le saura, pas
même lui. On sait en revanche aujourd’hui
que la plupart des correspondants étrangers en poste dans la capitale berlinoise
à cette époque ont au
mieux minimisé ce
qu’ils voyaient, au pire
détourné le regard. La
montée du totalitarisme
hitlérien, les camps de
concentration et la solution finale ont souvent
été relayés sous forme
de brèves, d’entrefilets
ou d’articles en bas
de page dans les journaux. Et ont très rareBerlin, 1933
ment figuré en une. Le
Daniel Schneidermann,
Seuil, 448 p., 23 euros.
fondateur d’Arrêt sur
images a épluché des
tonnes de publications pour y traquer la faute. Le New York
Times et la presse française figurent au top
de son palmarès personnel de coupables
impasses. Les Britanniques s’en sortent
beaucoup mieux. « Tout processus révolutionnaire produit ­mécaniquement du déni »,
écrit ­Schneidermann. Ces mots résonnent
­bruyamment en cette fin 2018. g
Karen Lajon
30
le journal dudimanche
dimanche
30 décembre 2018
Enquête
Tête à clash
PASSIONs Célèbre
C
e dimanche de septembre 2018,
les critiques pleuvent : « Un effondrement littéraire, lamentable » ; « Un roman d’une bêtise abyssale, qui se donne des grands airs » ; « Un mélange
de vieille série de TF1 et de sous-Duras » ; « Une
imposture totale ». Au sommaire du Masque et la
Plume, l’émission culte de France Inter, le dernier
livre de C
­ hristine Angot, Un tournant de la vie
(Flammarion). La romancière n’écoutait pas la
radio ce soir-là. Les comptes rendus de ses livres
ne lui parviennent que filtrés par un entourage
bienveillant. Elle n’aurait rien su de la curée si
Charles Consigny, chroniqueur comme elle dans
On n’est pas couché (France 2), n’avait commis la
gaffe. « J’espère que t’es pas trop affectée, Christine,
a voulu consoler le jeune polémiste juste avant
un enregistrement, c’est dégueulasse… »
Les semaines ont passé, elle est toujours un
peu groggy. On la retrouve noircissant un carnet
de notes, assise à une table isolée du Corso, son
repaire parisien dans le 9e arrondissement. C’est
une chose ingrate que d’écrire un livre. Plusieurs
mois de travail souterrain, invisible, chargé d’espoir. On croit que l’on va ressortir du tunnel sous
les vivats et on ne reçoit que des fruits avariés.
« C’est dur », lâche-t‑elle. Elle laisse passer un long
silence. La voix vacille, les yeux s’inondent. « Ils
ne supportent pas que des gens aiment ce que je fais,
donc ils cassent. » Christine Angot se vit comme
une femme isolée, cernée, « toute seule avec son
sabre », comme dit son éditrice historique, Teresa
Cremisi. Angot parle d’elle-même comme d’une
cause. Au sujet de ses détracteurs, elle lance, bravache : « Ils ont pu gagner à un moment, mais ils
sont déjà en train de perdre. »
Elle n’en est pas à sa première bataille. Depuis
vingt ans, l’auteure de Sujet Angot est l’objet d’une
passion inouïe. Avant le triomphe d’Internet, elle
recevait par la poste ses livres tartinés d’excréments. Aujourd’hui, on l’insulte sur les réseaux
sociaux. Pour autant, elle est loin d’être une paria.
Elle intervient chaque semaine dans le talk-show
de Laurent Ruquier, le plus regardé de France. Un
amour impossible (Flammarion, 180.000 exemplaires vendus) vient d’être adapté au ­cinéma.
L’Inceste a été traduit l’an dernier aux États-Unis ;
le livre a reçu les éloges du New Yorker et lui a
valu une pluie d’invitations dans les universités les
plus prestigieuses, de Yale à Columbia. Là-bas, elle
est représentée par le puissant Andrew Wylie, dit
« le Chacal », l’agent littéraire de Salman ­Rushdie
et de feu Philip Roth. En France, chaque sortie
d’un de ses livres divise critiques et lecteurs. On
admire sa radicalité et son courage, on moque
son impudeur et son narcissisme. Il y a les pour
et les contre. Ses coups d’éclat télévisuels n’ont
rien ­arrangé à l’affaire.
INTELLIGENCE
ET ÉMOTIVITÉ
Elle pourrait vivre de ses droits d’auteur. Quand,
en 2017, Ruquier lui a proposé de rejoindre son
émission, elle n’a pourtant pas hésité longtemps.
« Je ne devrais pas passer à la télé, mais moi j’aime
ça, passer à la télé, ça me donne l’occasion de par-
grâce à la télévision,
Christine Angot,
chroniqueuse
éruptive
d’« On n’est pas
couché » sur
France 2, lui doit
une partie de sa
mauvaise image
PERSONNAGE
À l’écran comme
dans ses livres,
la romancière,
tour à tour
bourreau et
victime, nourrit
la polémique
à coups de
règlements
de comptes
Gaspard Dhellemmes
ler, de dire des trucs, j’aime bien dire des trucs à la
télé », écrit-elle dans Quitter la ville (Stock). La
télévision lui a offert une notoriété considérable.
Elle doit aussi au petit écran une partie de sa
mauvaise image. Combien de gens détestent la
chroniqueuse éruptive d’On n’est pas couché sans
avoir lu une ligne de ses livres ?
Christine Angot est restée trop longtemps
dans l’ombre pour bouder les projecteurs. Elle
parvient à faire publier un roman à 31 ans, après
avoir encaissé pendant cinq ans le refus de tous ses
manuscrits. Ses trois premiers livres ne reçoivent
aucun écho, son éditeur décline le quatrième.
Le texte est finalement accepté par Jean-Marc
Roberts, homme de coups, qui déclare : « Elle
veut être célèbre, Christine, et j’ai tellement envie
qu’elle le soit. » Cela tombe bien, c’est une bête
de télé. Première invitation en 1995 à l’émission
Le Cercle de minuit, de Laure Adler. Tout Angot est
déjà là. Son look androgyne, visage anguleux, et
ce style à la Marguerite Duras, pythique, capable
d’asséner : « Il faut être très très vieux pour écrire,
il faut même être un peu mort pour écrire. »
Une altercation chez Bernard Pivot fait décoller
sa carrière. En 1999, elle vient présenter L’Inceste
sur le plateau de Bouillon de culture. Un texte cru,
asphyxiant, son manifeste littéraire. L’illustration
parfaite du credo angotien : « Il n’y a pas de demiChristine Angot, en novembre, dans les coulisses d’On n’est
mesure, ou alors il y a des demi-livres. » On y lit des
phrases comme : « Je vais me faire exciser, peut-être
infibuler, des morceaux de ma chair, de mon sexe,
sécheront au soleil pour le prochain livre. » Sur
le plateau, elle se paie le roman de Jean-Marie
comptes produit un effet de vérité dont le specLaclavetine, Première ligne (Gallimard). Calmetacle se nourrit. » Télé et roman appartiennent
ment, comme on fait lentement entrer dans la
à la même scène sadomaso. Dans ses œuvres,
chair une lame fine, elle expose :
elle a parfois été accusée de
« Ce livre n’est pas bien, et puis…
malmener son entourage. Son
il est tout à fait insupportable.
livre Les Petits lui a valu une
condamnation pour atteinte
C’est vraiment pas du tout ce
« Elle se vit
qu’on a envie de lire. Enfin,
à la vie privée ; la justice lui a
comme une
beaucoup de gens ont envie de
reproché d’avoir pillé la vie de
lire ça, mais ça n’existe pas. C’est
l’ex de son compagnon, Charly
vigie d’une
des mots, c’est du discours litté­Clovis. Dans ses passes d’armes
gauche
raire mais c’est pas plus. » Stutélévisuelles, on retrouve un
peur dans le studio. L’écrivain
peu de l’atmosphère sur le fil
intellectuelle,
encaisse en silence. Les specde certains de ses textes. Angot
dépassée »
tateurs l’ignorent, ces deux-là
à la télé, c’est de l’intelligence et
se connaissent. L
­ aclavetine,
Charles Consigny
de l’émotivité. On ne sait jamais
lui-même éditeur, a refusé le
quand les nerfs vont lâcher et
quatrième manuscrit d’Angot.
sa voix décoller dans les aigus
Aujourd’hui encore, elle se rappelle chaque mot
indignés. Et puis il y a cette expression si singulière, faussement bancale, labyrinthique, qui, là
du rapport de lecture qui a motivé ce refus : « Un
encore, déroute ou séduit.
univers morbide et carcéral », « Christine Angot
est un danger pour sa fille ».
Le lendemain de l’émission, les ventes de
ASSAGIE CHEZ
L­’Inceste s’affolent. Le phénomène Angot est lancé
laurent RUQUIER
sur un « clash », comme on ne le disait pas encore
à l’époque. Beaucoup d’autres suivront. « Une
Depuis quelques mois, on la dit assagie. Le
samedi soir sur France 2, elle apparaît moins
même dynamique sacrificielle est à l’œuvre dans
les livres et les apparitions à la télé de Christine
tranchante, plus calme. Elle a bien senti que le
Angot », dit le professeur de littérature Vincent
personnage allait finir par dévorer l’écrivaine. Le
Kaufmann, auteur d’un essai sur la « spectacudéclic vient de son altercation avec l’écologiste
larisation » de l’écrivain (Dernières Nouvelles du
Sandrine ­Rousseau en septembre 2017. Cette
spectacle, Seuil). « Christine Angot oscille entre
dernière venait présenter un livre racontant le
agression et humiliation, il y a des victimes et
harcèlement sexuel qu’elle disait avoir subi. La
des bourreaux. Cet imaginaire de règlement de
langue lyophilisée de l’invitée – « Il faut mieux
31
le journal du dimanche
dimanche 30 décembre 2018
Enquête
prix à un livre qui commence dans les toilettes ? »
On la présente souvent comme la reine de l’autofiction. Mais cette solitaire refuse d’être classée
dans quelque école que ce soit. Christine Angot
fait du Christine Angot, point.
Elle écrit tous les jours, dans son appartement
de Marcadet-Poissonniers, quartier populaire
du nord de Paris. Elle biffe, rature pendant des
heures, traquant cette « vérité vivante » qu’elle
entend raconter. Il lui a fallu « 35 versions et quatre
jeux d’épreuves » pour son livre Un tournant de
la vie. Après la rédaction commence un long travail d’édition. « Avec Christine, on peut passer des
heures au téléphone à lire ou à relire haute voix un
passage sur lequel l’une ou l’autre bloque, raconte
Anavril Wollman, qui édite ses textes avec Teresa
Cremisi. À la fin, nos oreilles chauffent. »
LES ÉLOGES
ET LA SOUILLURE
Éric Dessons/JDD
Le résultat, cette fois : l’histoire d’un trio amoureux, en forme de suite du Marché des amants,
déjà fraîchement accueilli à sa sortie en 2008. Du
pur Angot, construit en grande partie sur des dialogues et des conversations téléphoniques (« Allô,
c’est moi, t’es où ? »). Et rempli de petits bonheurs
d’observation, démystificateurs en diable. Alors
qu’elle vit depuis dix ans avec Alex, la narratrice
croise dans la rue Vincent, un chanteur qu’elle
avait quitté pour lui. Elle aime Alex, leur quotidien ; quand il est dans la salle de bains, Alex jette
ses vêtements par terre et les « pousse du pied sous
le lavabo ». Mais quand elle va voir ­Vincent sur
scène, son cœur s’emballe, elle a le « sexe mouillé ».
Que faire ? Tout cela est raconté d’une écriture
blanche, sans effets. On peut trouver ça insipide ou
formidablement juste. « Dans son texte, Christine
fait tomber tous les artifices de l’écrivain, défend
Anavril ­Wollman. On touche à la réalité de la vie
comme si elle se déroulait sous nos yeux. » Là est
sans doute le principal scandale de Christine
Angot : elle raconte la vie toute crue.
Son compagnon, Charly Clovis, explique :
« Christine fait une psychanalyse depuis vingt ans
à raison de trois séances par semaine. Elle abat un
travail terrible, ses livres vont être de plus en plus
compliqués à accepter pour les gens. » On devine
l’ingénieur du son martiniquais dans plusieurs
romans d’Angot, se disputant le cœur de la narratrice avec un certain Bruno, alias Doc Gynéco. Cet
homme à la barbe grisonnante a parfois la main
lourde avec les ennemis de sa compagne. Lui qui
revendique son « instinct de voyou » a récemment
planté le goulot d’une bouteille de vin dans la
bouche d’un « bourgeois cravaté » qui insultait
la chroniqueuse. Le malheureux lui reprochait
son réquisitoire, lunaire, contre le candidat Fillon
en mars 2017 sur France 2. L’altercation a eu lieu
au café La Société, en plein Saint-Germain-desPrés, quartier de l’édition. Ce monde où Christine
Angot occupe décidément une place bien à part.
de mentir, confesse-t‑elle, ou plutôt, comme dit
Pour Charly Clovis, Angot, fille d’un bourgeois
Lacan : “Je dis toujours la vérité, pas toute.” Je ne
et d’une dactylographe, est « clivante parce que
suis pas là pour asséner mes goûts. Mais les gens
transsociale ». « Elle voit les macaqueries des
connaissent très bien la télébourgeois aussi bien que celles
vision, ils comprennent tout. »
des gens du peuple », dit-il, voix
Elle ajoute : « Jamais je ne me
grave et accent créole.
«  J’en
suis vengée. Vous ne croyez pas
Devant un décaféiné,
rencontre,
que j’en rencontre, chez Laurent
­Christine Angot formule une
Ruquier, des abrutis qui ont dit
autre ­hypothèse : « Je me dechez Ruquier,
des conneries sur moi ? Je lis ce
mande ce qui les autorise à aller
qui ont dit des
qu’ils ont écrit. Si je trouve ça
aussi loin. Est-ce parce que je n’ai
bien, tant mieux, je le dis. Si je
pas été respectée par mon père
conneries sur
ne trouve pas ça bien, je reste
qu’ils se sentent autorisés à tout ?
moi  »
aimable. » À notre premier renPeut-être. » Christine Angot a
dez-vous, cette longue femme
fait du viol incestueux, subi de
Christine Angot
brune portait une veste en cuir
14 à 16 ans, le nœud obsessionnoir élimé. Au second, une robe
nel d’une partie de son œuvre.
de soirée. Christine Angot : une
Son père, traducteur au Conseil
punk qui se déguise parfois en femme du monde.
de l’Europe, l’encensait avant de l’humilier, l’obliLa chroniqueuse peut devenir consensuelle,
geant à manger du jambon ou des clémentines sur
la romancière ne le sera jamais vraiment. Son
son sexe dressé. Les éloges et la souillure, déjà.
avant-dernier roman, Un amour impossible
« Sous prétexte que la plaie est en elle, elle y remue
(­Flammarion) – son texte le plus classique –,
le couteau avec application, avec frénésie, dans
avait été encensé, des Inrockuptibles au Figaro.
l’espoir que l’entaille passe de son corps au corps
Le suivant, Un tournant de la vie (Flammarion),
social », souligne son ami écrivain Mathieu Lindon
s’est fait torpiller de toutes parts et plafonne à
dans le recueil critique Je vous écris (P.O.L). La
24.000 ventes. Si Christine Angot peut compter
violence qu’elle a subie, elle la retourne contre
sur le soutien sans faille de quelques critiques, elle
le monde, qui la refuse en partie. Dans le roman
qui évoque les coulisses de la sortie de L’Inceste
a finalement peu d’alliés dans le monde littéraire.
(Quitter la ville, Stock), elle rapporte les insultes
Son œuvre est boudée depuis vingt ans par les
d’un critique du Masque et la Plume qui l’aurait
grands prix. Pour Une semaine de vacances, qui
traitée de « pute » et son éditeur de « souteneur ».
raconte en une centaine de pages le viol d’une
C’était il y a deux décennies : Angot était déjà
adolescente, elle a entendu cette réflexion d’une
celle qu’on adore détester. g
jurée : « Vous ne voulez quand même pas donner un
pas couché, l’émission de Laurent Ruquier sur France 2.
esclandres
à l’écran
accueillir la parole des victimes » – a fait hurler la
chroniqueuse. Seul le public a pu la voir, ce soir-là,
quitter le plateau avec fracas, faisant valser ses
fiches et un verre d’eau au sol. La dernière fois
que Christine Angot interrompait une émission,
c’était en 2000 chez Thierry Ardisson, poussée à
bout par les railleries de l’animateur. Cette fois-ci,
les images ont été coupées au montage. « Je ne
voulais pas que la séquence lui colle à la peau toute
sa vie », assume Catherine Barma, productrice
d’On n’est pas couché. C’est elle qui est allée dans
sa loge convaincre Christine Angot de remettre
les gants.
« Maintenant, Christine maîtrise mieux ses émotions, elle a appris à dire les choses de manière
moins frontale, plus douce, sans rien perdre de sa
perspicacité », veut croire Catherine Barma. Pas
un mot négatif par exemple face à l’auteur de
best-sellers Joël Dicker, qui ne doit pas être son
écrivain de chevet. La voilà qui explique, guillerette, au sujet du dernier opus du romancier : « Ça
m’a fait penser un petit peu à la série The Affair, à
cause des changements de narrateur. » Elle prend
sur elle, Christine Angot. Il faut la voir manquer de s’étouffer à chacune des saillies réacs
de Consigny, son nouveau binôme chez Ruquier.
« C’est une femme intelligente mais elle est un
peu raide politiquement, pardonne l’intéressé,
auteur de plusieurs livres autobiographiques dont
Je m’évade, je m’explique (Robert Laffont). Christine semble se vivre comme une sorte de vigie d’une
gauche intellectuelle à mes yeux dépassée, celle qui
croit pouvoir dire le bien ou le mal. » Angot est
décidée à ne plus faire d’esclandre. « Il m’arrive
1995 À son premier
passage à la télévision,
Christine Angot assène
à Laure Adler (Le Cercle
de minuit) : « Il faut être
très très vieux pour écrire,
il faut même être un peu
mort pour écrire. »
1999 Une altercation
avec le romancier et éditeur
Jean-Marie Laclavetine
chez Bernard Pivot (Bouillon
de culture) fait décoller
les ventes de L’Inceste
et sa carrière
2000 Exaspérée par
les critiques de Thierry
Ardisson sur son dernier
texte, elle quitte le plateau
de Tout le monde en parle
Mars 2017 Invitée
de L’Émission politique
(France 2), elle prononce
un réquisitoire sévère
contre François Fillon,
candidat à la présidentielle
Septembre 2017
En désaccord avec l’élue
EELV Sandrine Rousseau
sur la manière de parler des
violences sexuelles, elle
saborde l’enregistrement
d’On n’est pas couché
32
le journal dudimanche
dimanche
30 décembre 2018
Lire
La vie des autres
facettes Biographe de
restée fidèle à la jeune fille qu’elle
a toujours été. Elle a ­découvert
l’écrivain Romain Gary, en 1971,
durant des vacances dans le sud de
la France. Elle est née un 29 juillet, elle venait d’avoir 18 ans. La
lecture des Racines du ciel a littéralement bouleversé sa vie. Elle
y découvre la fragilité et l’éternité, la grandeur de la passion,
la connaissance masculine des
arcanes féminines. Comment un
homme peut-il aussi bien parler
des femmes ? La biographe tâche
de s’approcher au plus près des
êtres. Mes vies secrètes est composé
des larmes de Paul Claudel, des
questions de François ­Nourissier,
d’un « merci » émouvant de Lesley Blanch, de l’amour de l’aube de
Colette. Dominique Bona met en
avant l’humilité et la lucidité dont
doit faire preuve un biographe.
L’exactitude n’est pas la vérité et
le mystère est constitutif de certains êtres.
Romain Gary et Stefan
Zweig, Dominique Bona
raconte les dessous
de ses enquêtes et se
dévoile elle-même
N
ous sommes faits
des autres. Elle a voulu passer du
temps avec eux et ce n’est pas sans
raison ; elle a passé du temps avec
eux et ce n’est pas sans conséquence. Elle leur a donné beaucoup d’elle-même ; ils lui ont donné
beaucoup d’eux-mêmes. La biographe raconte la part cachée de
ses nombreuses enquêtes. Mes vies
secrètes est l’un de ses plus beaux
récits, à la fois accort, intime,
trouble. Dominique Bona se livre
et les livre. Un jeu de miroir subtil.
On la retrouve dans l’indépendante
Marie de Heredia, fille du poète
José-Maria de ­Heredia, dans la
jonction entre milieu conformiste et caractère subversif. On
la retrouve dans la muse Gala Dalí,
épouse d’Éluard puis de Dalí, dans
la mise au jour des liens souterrains unissant entre eux les êtres.
On la retrouve dans l’ombrageuse
Berthe Morisot, peintre impressionniste, dans l’union entre amour
familial et liberté individuelle.
La biographe de Colette aime les
­affranchis. Dominique Bona a sans
doute réconcilié les deux parties
de son tempérament, la visible
et l’invisible, en écrivant sur des
étoiles filantes, des figures brûlantes, des âmes incandescentes.
Elle explore mille facettes
de sa vie d’écrivaine. Les sujets
choisis, les à-côtés, les rencontres
­majeures. La famille de Jean-­Marie
Rouart, la légende de Romain Gary,
le caractère muré de Gala Dalí, l’affection de l’éditrice Simone Gallimard, l’amour érotique et tragique
de Paul Valéry pour Jeanne Voilier.
Dominique Bona dit : « J’ai toujours été fascinée par les forces de
la nuit : ce qui est mystérieux dans
une existence, ce qui est en dehors
des champs du raisonnement, de
la logique. » L’écrivaine est une
intuitive. Elle s’attache à comprendre ce qui ne s’explique pas.
L’auteure de Colette et les siennes
expose les dessous des cartes avec
une rare probité. Les remords, les
échecs, les h
­ umiliations. Elle s’en
veut d’avoir blessé un bibliophile
spécialisé dans les auteurs du
XIXe siècle en le travestissant à
son désavantage dans un roman.
Les excuses posthumes ont-elles
une valeur ?
L’auteure
s’attache à
comprendre
ce qui ne
s’explique pas
En haut : Romain Gary en uniforme d’aviateur des Forces françaises libres. De gauche à droite : Salvador Dalí avec Gala
dans les années 1950 et Paul Valéry après 1930. Albert Harlingue/Roger-Viollet, Rue des Archives/CPA2, serge LIDO/SIPA
La vie d’une biographe. Quatre
années d’enquête sur Romain
Gary. Elle se retrouve complètement nue, au milieu de gens nus,
sur le pont d’un bateau au large de
Majorque ; elle doit faire face aux
silences opaques des proches de
l’auteur de La Promesse de l’aube ;
elle se rend à Menton dans le but
de converser avec Lesley Blanch, la
première épouse de Romain Gary,
pour trouver deux fois porte close ;
elle marche dans Nice, sous la pluie
et le soleil, où le jeune Russe arriva
en 1927 ; elle se sent isolée lors d’un
numéro d’Apostrophes où elle est
venue présenter sa biographie ; elle
sort de l’émission pour faire face à
un motocycliste gisant blessé sur le
trottoir. Dominique Bona recevra le
grand prix de l’Académie française
pour sa biographie de Romain Gary.
Depuis lors, elle ne l’a plus lu. Ses
livres demeurent sur l’étagère, sans
prendre la poussière.
Dominique Bona est devenue
mère et grand-mère, mais elle est
La question est toujours la même
et il est de bon ton de répondre
par la négative : est-il réellement
important, au sens d’enrichissant,
de connaître l’homme pour apprécier l’œuvre ? Chez Romain Gary,
la fiction et la réalité se mélangent
sans cesse. Chez Paul Valéry, la
passion vécue pulvérise le mythe
d’un poète glacial. Chez Stefan
Zweig, les écrits sont les échos
d’un homme sensible pris au piège
d’une époque tragique. Dans ces
cas-là, à l’encontre de tout cliché,
l’homme et l’œuvre s’éclairent
mutuellement. ­Dominique Bona
sait qu’un écrivain n’est pas une
entité hors-sol, dont seule l’œuvre
rendrait compte. Les portraitistes
cultivent l’art du détail, de l’instant, du geste pour pouvoir cerner
les contours d’une personnalité
complexe. On peut ne pas comprendre l’intérêt à souligner la
manière dont l’écrivain Michel
Mohrt préparait son whisky. Les
hommes contiennent pourtant une
part d’invisibilité qui s’échappe
d’eux quand ils baissent la garde.
Tout bon biographe se heurte à
un mystère humain. On s’intéresse
à la vie des autres parce qu’on sait
qu’on en saisira uniquement des
bribes. L’autre reste ainsi devant
nous, à connaître, à conquérir. Paul
Valéry a écrit : « Le Cœur triomphe.
Plus fort que tout, que l’esprit, que
l’organisme, Voilà le fait. Le plus
obscur des faits. » L’auteure des
Yeux noirs s’intéresse au plus
obscur des faits, aux âmes restées
voilées. La muse Gala est demeurée
indéchiffrable jusqu’au bout : « Le
secret de mes secrets est que je ne
les dis pas. » Il faut faire preuve
d’intuition, de retrait, d’imagination pour restituer une vie autre
que la sienne. Dominique Bona
rappelle, reprenant les mots de
33
le journal du dimanche
dimanche 30 décembre 2018
Lire
François Mauriac, qu’on ne va
jamais au-delà du seuil d’une vie.
Parfois, le silence et la parole se
rejoignent pour former une même
énigme. L’un en a trop dit, l’autre
n’en a pas assez dit. Dominique
Bona s’est prise de passion pour
deux grands auteurs juifs apatrides :
Stefan Zweig et Romain Gary finiront par se suicider. Le romancier
Stefan Zweig reste l’homme le
plus secret qu’elle connaisse. Un
extérieur lisse, un intérieur fêlé. Ce
que l’on montre, ce que l’on ressent.
Dominique Bona se dévoile en clairobscur, à travers les portraits des uns
et des autres. Existe-t‑il un secret
dans Mes vies secrètes ? La romancière et biographe est une image
de la réussite sociale. Elle a grandi
dans une famille aisée, elle a reçu
des prix littéraires, elle est entrée à
l’Académie française. L’écrivaine a
choisi d’abandonner sa vie au profit
de la vie des autres. Elle confesse
son impression de mise à l’écart,
tout au long de ses recherches de
biographe, et parle du « sentiment
douloureux de rester à la marge »
durant ses longues enquêtes. Pourquoi choisit-on de se décentrer ?
Elle a décidé de quitter son confort
extérieur, comme pour arpenter son
territoire intérieur.
L’amour de la vie et le sens du
mystère courent tout au long de
Mes vies secrètes. Le soleil des
Baléares, les brasses dans la mer
chaude, la fascination pour les
figures de Colette et de Gala.
­Dominique Bona fait la connaissance, dans le cadre de la préparation d’une émission, de la première
épouse d’André Malraux. Elle lui
demande : « Est-ce que Malraux
faisait bien l’amour ? » Dominique
Bona a une vive admiration pour
Clara Malraux. Elle a en face d’elle
une vieille dame joyeuse, révoltée,
combative, aiguë. Au moment du
départ, Clara Malraux lui parle du
Balcon d’Édouard Manet : a-t‑elle
vu le tableau au musée d’Orsay ? La
toile représente notamment Berthe
Morisot. La belle-sœur d’Édouard
Manet est peinte en femme brune,
vêtue de blanc, ­appuyée à une balustrade verte. La silhouette rêveuse
semble regarder au loin, comme on
regarde à l’intérieur de soi. Clara
Malraux dit, avec fermeté, à Dominique Bona : « Écoutez-moi bien. Il
ne faut pas rester assise au balcon. Il
faut participer ! Il faut vivre ! » Clara
Malraux aimait la vie. Elle aimait
la vie en dépit de ses chagrins, elle
aimait la vie avec ses chagrins.
Mes vies secrètes est traversé par
des éclats opalescents. L’auteure
y scelle et descelle les secrets des
hommes. Aussi loin que l’on va, on
ne va jamais au-delà du seuil. g
Marie-Laure Delorme
Mes vies secrètes
Dominique Bona, Gallimard, 320 pages, 20 euros.
Michel Houellebecq
Un héros français
à la poursuite du bonheur
C
’est l’histoire d’un
l’Agriculture. Florent y
homme frappé par
était fonctionnaire. Leur
une dépression
histoire aura duré plus
carabinée qui aimerait
de cinq ans. Pour la rerenouer avec le bonheur
later, le mot « bonheur »
perdu. C’est aussi l’histoire
revient sans cesse sous la
d’une France rurale plonplume de Houellebecq.
gée dans une profonde
Bernard Pivot
« Il me paraît aujourd’hui
crise économique qui ai- de l’académie Goncourt insensé de me dire que la
source de son bonheur,
merait retrouver une prosc’est moi. » Trop sûr de
périté perdue. Sérotonine,
lui, imprudent, il commettra une
de Michel Houellebecq, est le roman
de la nostalgie et de la colère, du surconnerie fatale. Camille est mainsaut et de la résignation. L’époque est
tenant vétérinaire en Normandie.
ainsi. Elle fait blablater politiques,
Pourquoi ne pas tenter l’impossible ?
économistes, sociologues, psychoFlorent est obsédé par l’amour
logues, et elle a inspiré à Michel
conjugal et romantique de ses paHouellebecq son œuvre non pas la
rents. Lui, atteint d’une tumeur au
plus spectaculaire ou la plus ambicerveau, elle, en bonne santé, ils se
guë, mais la plus émouvante. Il y a
sont donné la mort ensemble et ont
de très belles pages sur l’amour et le
été enterrés dans le même cercueil.
bonheur liés qui apporteront espoir
Leur fin n’est pas enviable, mais les
ou consolation. Houellebecq a vieilli.
sentiments qui y mènent ne sont-ils
Il vieillit bien.
pas impressionnants ? Eux n’avaient
Florent, le narrateur, a quitté son
pas besoin d’activer leur production
domicile parisien pour se libérer
de sérotonine pour exister. Mais un
d’une « relation toxique » avec une
bonheur conjugal aussi puissant
Japonaise aux « aptitudes de pute
est‑il encore accessible ?
ordinaire ». Le portrait de cette jeune
La Normandie attire d’autant
femme est tellement à charge que
plus Florent qu’il sait y retrouver
j’imagine mal la traduction japonaise
aussi son camarade et ami d’Agro,
du livre conservant toutes ses spéAymeric d’Harcourt-Olonde.
Grande famille. Grand château
cialités pornographiques. Autant
fumeur que Houellebecq, Florent
délabré. Grand troupeau de trois
éprouve bien des difficultés à troucents laitières, mais de si faibles
ver un hôtel qui accepte encore les
revenus que pour survivre il doit
intoxiqués du tabac. À l’occasion,
vendre chaque année quelques
dizaines d’hectares du domaine
il explique comment neutraliser
les détecteurs de fumée. C’est un
familial. Houellebecq n’est jamais
technicien hors pair qui précise toumeilleur que lorsqu’il raconte la vie
jours la nature des objets : jumelles
d’un groupe, d’une communauté, en
Schmidt et Bender ; fusil S
­ chmeisser,
l’occurrence les éleveurs laitiers,
S4 calibre 223 ­Remington ; platines
en colère, acculés au suicide ou
Technics MK2 avec enceintes
à la révolte. Des pages très fortes
­K lipschorn, etc. Qu’ils soient
impressionnent d’autant plus que
nous vivons depuis plus d’un mois
dans la confrontation des oubliés
de l’idéologie libérale avec la police.
L’amitié se révèle tragique,
l’amour hors d’atteinte. Florent ne
se sent plus capable d’« assumer
la complexité du monde ». Il voulait rattraper son histoire, et c’est
l’histoire qui l’a rattrapé. Il espérait
démarrer une seconde vie et il est
toujours prisonnier de la première.
Il se demande s’il n’a pas raté son
­parisiens ou provinciaux, les lieux
parcours – n’ayant pas su rendre
sont nommés et décrits avec minuune femme heureuse – parce qu’il
tie. Il y a un Houellebecq des villes
a cédé à « l’esprit du temps », à des
et un Houellebecq des champs : tous
« illusions de libertés individuelles ».
deux sont d’infatigables arpenteurs
Il se dit même certain que Dieu
envoie « des signes extrêmement
de la géographie.
Quant à la chimie pharmaceuclairs », mais que, par légèreté ou
tique, elle n’a pas de secret pour
aveuglement, lui ne les a pas relevés.
le narrateur. Pour lutter contre la
L’examen de conscience est sévère.
dépression, un médecin lui prescrit
Il y a vingt-sept ans, M
­ ichel
Houellebecq publiait un livre de
du Captorix dont le rôle est d’augpoèmes intitulés La P
­ oursuite du
menter la sécrétion de la sérotonine, « hormone liée à l’estime de
bonheur. Il continue. Nous persissoi, à la reconnaissance obtenue au
tons. Ne pas se décourager. g.
sein du groupe ». De fait, il prendra
désormais davantage soin de lui, il
aura une meilleure maîtrise de ses
actes, hormis le sexuel pour lequel
il perdra toute envie. Ce qui ne
l’empêche pas de vouloir retrouver
des femmes aimées ou baisées il y
a dix ou vingt ans. Claire, devenue
alcoolique ; la Danoise Kate dont il
était fou et qu’il n’a pas su retenir ;
enfin, la jeune ­Camille en deuxième
année de l’école vétérinaire de
­Maisons-Alfort. Il l’avait renconSérotonine
trée sur le quai C de la gare de Caen,
Michel Houellebecq, Flammarion,
ville où elle venait faire un stage dans
347 pages, 22 euros. En librairies le 4 janvier.
une dépendance du ministère de
Des pages sur
l’amour et le
bonheur liés qui
apportent espoir
ou consolation
Robert de La Rochefoucauld en février 1997 lors du procès de Maurice Papon
à Bordeaux. FRANCOIS GUILLOT/AFP
Procès L’écrivain américain
Paul Kix retrace le parcours de
Robert de La Rochefoucauld.
Il a rejoint Londres, en 1942, et
témoigné en faveur de Maurice
Papon en 1997
À l’automne 1997 s’ouvre le procès
le plus long de l’histoire française,
celui de Maurice Papon, accusé
d’avoir participé à la déportation
de 1.690 Juifs lorsqu’il était secrétaire général de la préfecture à
Bordeaux. Quatre mois plus tard,
un ancien résistant se présente à
la barre pour relater un épisode
survenu à l’été 1944 suggérant que
Maurice Papon a aidé plusieurs
Juifs à échapper à l’une des rafles
organisées par la préfecture de la
Gironde.
Cet ancien résistant se nomme
­Robert de La Rochefoucauld, croix
de guerre 1939-1945, médaillé de la
Résistance et chevalier de la Légion
d’­honneur, ­ancien agent secret du
SOE (­Special ­Operations ­Executive)
britannique, décoré du prestigieux
­Distinguished ­Service Order. Pourquoi cet homme considéré comme
un héros de la R
­ ésistance risquait-il,
au crépuscule de son existence, de
salir son nom et celui de sa f­ amille
en prenant la défense d’un homme
accusé de crime contre l’humanité ?
L’ambiguïté d’un procès
et le mythe de la Résistance
S’emparant de cette affaire, le
journaliste américain Paul Kix
retrace à la manière d’un roman
d’espionnage le parcours hors
norme de Robert de La Rochefoucauld. Hanté par le passé illustre
de ses ancêtres, furieux à l’égard
de ses compatriotes trop prompts
selon lui à accepter l’occupation
ennemie, le jeune homme rejoint
Londres en 1942 et rencontre de
Gaulle, qui l’encourage à accepter
la proposition des services secrets
britanniques de s’enrôler à leurs
côtés. « Même allié avec le diable,
répondit le Général, c’est pour la
France. Allez-y ! » Formé au sabotage, il mènera plusieurs opérations
d’envergure, sera capturé et torturé
par les Allemands mais parviendra,
souvent dans des conditions rocambolesques, à sauver sa peau. De ces
épreuves, La Rochefoucauld retire
une loyauté indéfectible envers
ceux qui, comme lui, ont résisté.
« Une compréhension tacite unissait
toujours ces combattants de l’ombre
qui avaient fini par vaincre […]. Et
aucun chef d’accusation, même
aussi grave que celui de complicité
de crimes contre l’humanité, ne pouvait rompre ce lien. »
Rendant tangibles les raisons
pour lesquelles, des années après
la fin de la guerre, La Rochefoucauld
choisit de témoigner en faveur de
Papon, Paul Kix traduit toute l’ambiguïté d’un procès qui ne jugeait
pas uniquement un homme mais
remettait en question le mythe de la
Résistance érigé par de Gaulle à la
sortie de la guerre. En exprimant la
complexité de la vie sous l’Occupation, il interroge la capacité de notre
mémoire collective à revenir sur son
histoire et à dépasser le prisme du
bien et du mal, impropre à dépeindre
cette période troublée. g
Laëtitia Favro
Le Saboteur
Paul Kix, trad. Hubert Tézenas, Cherche Midi,
288 p., 21 euros.
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le journal dudimanche
dimanche
30 décembre 2018
Plaisirs
2019 Tous
en salles !
Programme Brad Pitt
aux côtés de Leonardo
DiCaprio, « Dumbo »
par Tim Burton…
Les grands noms seront
au générique
Comédies françaises
Quelques poids lourds
du genre pourraient
créer la surprise et
doper une fréquentation
en baisse l’an dernier
E
n 2018, le 7e art ne
fut pas vraiment à la fête. Cet été
aura même été meurtrier pour les
exploitants des salles obscures
avec une baisse de la fréquentation
de 14 % en juin, 22,1 % en juillet et
10 % en août par rapport à 2017.
179,68 millions de spectateurs
sont allés au cinéma cette année,
contre 185,65 millions l’an passé
(– 3,2 %). La faute à qui ? Le
manque de gros blockbusters américains à partir du second semestre,
la menace terroriste et le contexte
économique morose peuvent être
pointés du doigt. Mais certaines
étoiles semblent s’aligner pour
faire de 2019 une belle et grande
année de cinéma.
Le rire à la rescousse
Une victoire (quand même) l’an
dernier : la part des films français a progressé de 1 %, alors
que les productions américaines
affichent une baisse de 8,3 %. En
grande partie grâce à quelques
comédies bien de chez nous qui
ont cartonné : Les Tuche 3 et La
Ch’tite Famille ont dépassé chacun les 5 millions d’entrées, suivis du Grand Bain (4,1 millions) et
Taxi 5 (3,6 millions). Le premier
film en tant que réalisateur de
Franck Dubosc, Tout le monde
debout, a créé la surprise avec
2,4 millions de spectateurs, tout
comme Le Jeu de Fred Cavayé,
avec 1,6 million de curieux. 2019
va pouvoir compter sur quelques
poids lourds : Guillaume Canet
nous donnera des nouvelles de
la bande d’amis des Petits Mouchoirs avec Nous finirons ensemble
(le 1er mai) ; on suivra les nouvelles
mésaventures des membres de la
famille Verneuil dans Qu’est-ce
qu’on a encore fait au bon Dieu ? de
Philippe de Chauveron (le 30 janvier) ; le fils immature de Sabine
Azéma et André Dussollier se
réinstallera chez ses parents dans
Tanguy, le retour d’Étienne Chatiliez (le 10 avril) ; Franck Dubosc
quittera le camping (mais pas son
maillot de bain) pour des vacances
en club façon Les Bronzés dans All
Inclusive de Fabien Onteniente (le
13 février).
Après Baby-Sitting et Alibi.com,
Philippe Lacheau et ses potes
donnent vie à un héros de l’animation manga des années 1990 avec
Nicky Larson et le parfum de Cupidon (le 6 février). On peut aussi
espérer de bonnes surprises avec
Mon inconnue (le 3 avril), la comédie romantique d’Hugo Gélin (déjà
couronné de succès en 2016 avec
Demain tout commence), Jusqu’ici
tout va bien, de Mohamed Hamidi
(auteur du remarqué La Vache),
avec Gilles Lellouche en PDG exilé
en banlieue (le 27 février) ; Le Mystère Henri Pick, de Rémi Bezançon
(le 6 mars), adapté du roman de
David Foenkinos avec Camille
Brad Pitt et Leonardo DiCaprio, réunis par Quentin Tarantino dans « Once upon a Time in Hollywood ». Ci-dessous, Tim Burton
réinvente Dumbo l’éléphant volant ; le retour de la famille Verneuil dans « Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu ? » ;
Guillaume Canet retrouve la bande des « Petits Mouchoirs » avec « Nous finirons ensemble ». Et, pour les plus jeunes,
Buzz l’éclair et Woody le cow-boy reviennent dans une nouvelle aventure de « Toy Story ».
2018 CTMG, Inc.; ARNAUD BORREL; 2018 Disney Enterprises, Inc.; Trésor Films EuropaCorp ; The Walt Disney Company France
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le journal du dimanche
dimanche 30 décembre 2018
Cinéma
Cottin et Fabrice Luchini ; et La
Belle Époque (à la fin de l’année),
second long métrage de Nicolas
Bedos, qui offre à Daniel Auteuil la
possibilité de revivre un moment
choisi de son passé.
Tarantino, Eastwood,
Almodóvar…
Les grands metteurs en scène américains reviennent aux manettes
pour nous en mettre plein les yeux.
Le film qui fait buzzer la planète
cinéma depuis des mois, c’est
Once upon a Time in Hollywood,
de Quentin Tarantino (le 14 août),
qu’on pourrait bien découvrir au
prochain Festival de Cannes. Avec
pour la première fois ensemble à
l’écran Leonardo DiCaprio et Brad
Pitt, qui nous plongent dans les
coulisses du Los Angeles de 1969
à travers les mésaventures d’une
ancienne star de série
télé (le premier) et de
sa doublure cascades
(le second), alors que
Charles Manson s’apprête à commettre ses
meurtres… et notamment
celui de Sharon Tate,
l’épouse de Roman Polanski.
Dix ans après Gran Torino, Clint
Eastwood, 88 ans, fait son grand
retour devant la caméra dans La
Mule, qu’il réalise aussi (le 23 janvier), l’histoire d’un octogénaire
qui devient passeur de drogue
pour un cartel mexicain. Après
Alice au pays des merveilles, Tim
Burton continue de réinventer
à la hauteur de son imagination
l’univers féerique de Walt Disney.
Il redonne vie dans Dumbo à
l’éléphant volant aux grandes
oreilles, star d’un cirque aux
côtés de Colin Farrell et Eva Green
(le 27 mars).
Pedro Almodóvar devrait
encore jouer avec nos émotions
avec Douleur et Gloire, dans lequel il dirige Penélope Cruz et
Antonio Banderas (dernier trimestre 2019). D’après un scénario de Richard Curtis (Quatre
Mariages et un enterrement),
Danny Boyle imagine un
monde dans lequel les
gens ont oublié les
chansons des Beatles,
sauf un jeune musicien (Ed Sheeran) (le
3 juillet), tandis que
James Gray s’essaie à la
science-fiction en en-
voyant Brad Pitt dans l’espace à
la recherche de son père disparu
dans Ad Astra (le 22 mai). Et,
bien sûr, il y a le nouveau film de
Martin Scorsese, The Irishman,
qui marque les retrouvailles de
Robert De Niro et Al Pacino, dix
ans après La Loi et l’Ordre. Pour
avoir les moyens de ses ambitions (notamment de nombreux
flash-back nécessitant le rajeunissement et le vieillissement
de ses comédiens), le cinéaste a
accepté de travailler avec Netflix
pour raconter l’histoire de celui
qui fomenta l’assassinat du syndicaliste Jimmy Hoffa en 1975, se
privant ainsi d’une exploitation
en salles classique. Notamment
en France.
Des enfants toujours
très bien traités
Les jeunes spectateurs ne seront
pas en reste cette année encore,
l’animation étant une des locomotives du box-office. Il y en aura
pour tous les goûts. Buzz l’éclair
et Woody le cow-boy reviennent
pour une nouvelle aventure dans
Toy Story 4 (le 26 juin), Shaun le
Mouton est confronté à l’arrivée
d’extraterrestres dans La ferme
contre-attaque (le 16 octobre),
on continue de découvrir ce que
nos animaux domestiques font
quand on est absent dans Comme
des bêtes 2 (le 31 juillet), Ralph La
Casse quitte son univers des jeux
d’arcade pour s’aventurer dans les
circuits d’Internet dans Ralph 2.0
(le 13 février), Harold et Krokmou
voient leur amitié mise à mal dans
Dragons 3 : Le monde caché (le
6 février). Les coccinelles et les
araignées font un grand voyage,
aussi fantasque que poétique, dans
Minuscule 2 – les mandibules du
bout du monde (le 30 janvier).
Mais ce qui met déjà toutes les
petites filles en ébullition, c’est
l’arrivée, le 20 novembre, de La
Reine des neiges 2, dont l’intrigue
est tenue ultra-secrète. Que va-til arriver aux deux sœurs ? Elsa
trouvera-t-elle à son tour l’amour ?
Ça va chanter sous le prochain
sapin de Noël ! g
Barbara Théate
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le journal dudimanche
dimanche
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Plaisirs Cinéma
Robert Zemeckis, toujours pionnier
Audace Le réalisateur
américain repousse encore
les limites du cinéma avec
« Bienvenue à Marwen »
Durant toute sa carrière, il n’a cessé
d’expérimenter, d’explorer les possibilités d’un cinéma qu’il aime
tant. Développant la technologie
nécessaire à des projets toujours
plus ambitieux, à l’instar de ses
compagnons de jeu Steven Spielberg, George Lucas et James Cameron. Robert Zemeckis est sans
doute le plus timide et modeste de
la bande, mais tout aussi inventif
et généreux. Il a abordé tous les
genres : de l’aventure (À la pour‑
suite du diamant vert) à la sciencefiction (la trilogie Retour vers le
futur), en passant par le drame
(Forrest Gump), le thriller (Appa‑
rences) et l’espionnage (Alliés).
Rien ne lui fait peur : isoler
Tom Hanks sur une île déserte
pendant plusieurs semaines (Seul
au monde) ou installer Joseph
Gordon-Levitt sur un câble de
funambule tendu entre les deux
tours du World Trade Center reconstitué (The Walk). Il mélange
prises de vues réelles et animation
dans le révolutionnaire Qui veut la
peau de Roger Rabbit ? (1988) et ose
avant tout le monde la performance
capture (les acteurs interprètent
des personnages virtuels le visage
et le corps munis de capteurs) dans
Le Pôle Express (2004) et Le Drôle
de Noël de Scrooge (2009).
Des avatars en plastique
pour les comédiens
Le cinéaste fusionne aujourd’hui
ces trois techniques dans Bien‑
venue à Marwen, le portrait de
l’artiste Mark Hogancamp, un
ancien illustrateur de comics qui
a trouvé refuge dans la photographie de figurines après avoir été
agressé et laissé pour mort. Un
Bienvenue
à Marwen iii
De Robert Zemeckis, avec Steve Carell.
1 h 56. Sortie mercredi.
Steve Carell incarne Mark Hogancamp, un artiste qui se réfugie dans un monde imaginaire avec ses poupées. Universal Pictures
réquisitoire contre l’intolérance,
l’homophobie et le néonazisme,
revendiqué par le cinéaste. « J’ai
commencé à réfléchir sur le film
en 2010 après avoir visionné un
documentaire et discuté avec la vic‑
time, explique Robert Zemeckis.
Je ne pouvais pas prévoir que son
commentaire triste et douloureux
serait toujours d’actualité huit ans
plus tard… On me répète souvent
que mes œuvres sont visionnaires,
or c’est la réalité qui a rejoint la
fiction durant le tournage avec
l’incident de Charlottesville. Il
n’était pas question que j’adou‑
cisse le propos. Cela n’aurait pas
été honnête vis‑à-vis du public, que
je ne sous-estime pas. »
Robert Zemeckis a commencé par
scanner de la tête aux pieds ses
comédiens pour sculpter leurs
avatars en plastique. « Un par
individu, nous avions un budget
limité. » Leur visage a ensuite été
greffé numériquement sur celui
des poupées, de manière à restituer
leur jeu et leurs expressions de la
manière la plus réaliste possible.
« Le cinéma digital simplifie la vie
des réalisateurs : on peut désormais
corriger les imperfections, créer des
mondes entiers. Si un ciel n’est pas
intéressant, on ajoute de beaux
nuages et personne ne s’aperçoit
de la supercherie. En général, quand
vous voyez un magnifique coucher
de soleil à l’écran, c’est souvent une
peinture. Mais tout est mis au ser‑
vice de l’humain. » Le pionnier
entend repousser les limites pour
innover et surprendre. « Je trouve
cela bien plus divertissant de pré‑
senter une histoire différemment.
Défricher des sentiers inexplorés
représente un risque, mais cela me
procure de l’énergie, à 66 ans. »
Un projet de film
avec Dwayne Johnson
Dans Bienvenue à Marwen, Robert
Zemeckis ose un savoureux clin
d’œil à Retour vers le futur. Et tord
le cou aux rumeurs de remake.
« Moi vivant, cela n’arrivera pas
car je suis le seul détenteur des
droits. » Après un tournage de
Depuis qu’il a été agressé par cinq
individus à la sortie d’un bar, le
photographe Mark Hogancamp se
réfugie dans la construction méticuleuse de la réplique en miniature d’un
village belge pendant la Seconde
Guerre mondiale, peuplé de poupées. Amnésique après neuf jours
passés dans le coma, l’artiste avait
juste expliqué qu’il aimait se travestir en femme… Robert Zemeckis
raconte l’histoire vraie d’une
victime qui a exorcisé son traumatisme à travers des installations
troublantes. Le récit original d’une
thérapie peu ordinaire, qui s’ancre
dans notre réalité contemporaine
avec la montée en puissance
des suprémacistes blancs et des
crimes de haine. Un film hybride,
d’une audace folle, résolument
féministe, avec un Steve Carell
bouleversant. g S.B.
quarante-quatre jours, dix-huit
mois ont été nécessaires pour
régler les effets visuels durant la
phase de montage. « Un processus
compliqué, mais j’ai l’habitude. À
l’époque de Roger Rabbit, les prises
de vues s’étaient étalées sur sept
mois, et la partie consacrée à l’ani‑
mation avait demandé deux ans de
travail puisque tout était dessiné à
la main. J’en suis fier. » Il entame la
préparation de son nouveau long
métrage, The King, avec Dwayne
Johnson alias The Rock, sur le roi
Kamehameha à Hawaii. Encore
un virage à 180 degrés. « Je m’en
réjouis à l’avance. » g
Stéphanie Belpêche
Agatha Christie dans le Bosphore
Polar Le cinéaste kurde Hiner
Saleem invente une enquête
policière loufoque avec
de célèbres acteurs turcs
Qui a tué Lady
Winsley ? ii
Au large d’Istanbul, au beau milieu
du Bosphore, la romancière américaine Lady Winsley a été assassinée
sur la belle et dormante « île aux
Princes » de Büyükada, l’endroit
où elle vivait depuis une dizaine
d’années… Dans le pas de l’inspecteur Fergan, chargé de l’enquête, on
découvre alors le charme rétro de
cette terre oubliée, sans voitures
ni touristes. Elle apparaît simplement bordée de villas vides qui
témoignent de son passé fastueux
d’avant 1924, quand de riches Grecs
et Arméniens y résidaient encore.
Très vite confronté à la bizarrerie
consommée de ses rares habitants
actuels, pour la plupart des gardiens
de villas tous plus ou moins cousins
et cocasses, le policier ne tarde pas à
y titiller quelque secret mal enfoui…
Filmé dans un cadre aussi particulier qu’envoûtant mais au détour
de situations volontiers loufoques,
le nouveau film de Hiner Saleem
étonne autant qu’il détonne dans sa
façon de faire résonner le grave et
le léger, de divertir tout en traitant
de questions toujours sensibles en
Turquie comme la séparation des
hommes et des femmes ou encore
la grande diversité des origines ethnique de la population, « plus large
que celle des esprits, note le cinéaste…
Je ne veux pas me servir de mes films
pour commenter l’actualité. Je préfère
prendre l’angle plus large et atem‑
porel de questions de fond comme le
droit des femmes, l’égalité, la liberté. »
« Résister à l’intolérance »
Né dans le nord de l’Irak et exilé
en France depuis plus de vingt ans,
Hiner Saleem vit aujourd’hui du
côté de Rouen avec son épouse, la
Française Véronique ­Wüthrich, coscénariste du film. « Une grande lec‑
trice d’Agatha Christie, ­indique-t‑il.
C’est cela qui nous a mis sur la piste
de cette histoire où il est aussi ques‑
tion d’adultère, de famille, de coup
de foudre… Ce premier polar me per‑
met d’aborder les rapports humains
de façon universelle, de parler de la
société turque et de la question kurde
avec une certaine distance, sous un
angle moral et non idéologique. »
L’inspecteur Fergan (Mehmet Kurtulus) va être confronté à une communauté gangrenée par les traditions. MEMENTO FILMS
Marqué par les injustices et les
guerres qui l’ont poussé à rester
en Europe, « même si le ­Kurdistan
irakien est comme un miracle
­aujourd’hui, une île entourée de feu,
le seul pays d’Orient où les religions
vivent en paix », le réalisateur se
défend de faire un cinéma trop
réaliste ou accusateur. « Comme
dans mon film précédent, My Sweet
Pepper Land, c’est plutôt l’absur‑
dité des situations qui m’intéresse
et me permet de prendre les chemins
de traverse de mon imagination »,
indique-t-il. Produit par Robert
Guédiguian, tourné avec un chef
opérateur italien et des acteurs qui
parlent turc mais, pour certains,
gardent secrètes leurs propres origines kurdes, son nouveau film a
ses chances pour sortir en Turquie
courant 2019. « Je viens d’un peuple
opprimé et je rêve de voir les gens
plus libres, avoue-t-il, mais je ne suis
ni victime ni sauveur. Je n’ai aucune
mission sinon celle que je me suis
donnée depuis que je sais tenir une
caméra : résister à l’intolérance. » g
Alexis Campion
De Hiner Saleem, avec Mehmet Kurtulus,
Ergün Kuyucu, Ezgi Mola. 1 h 30.
Sortie mercredi.
le journal du dimanche
dimanche 30 décembre 2018
37
Plaisirs Cinéma
De l’art de la
transformation
Mutation Matthew
McConaughey surprend
encore dans le rôle d’un père
magouilleur qui a du mal
à boucler ses fins de mois
Il fait partie de ces acteurs caméléons qui sacrifient tout à leur art.
Matthew McConaughey savoure
son succès depuis son grand retour
sur le devant de la scène dans le
rôle d’un meneur de revue de
strip-tease masculin dans Magic
Mike (2012), de Steven Soderbergh.
Depuis, les cinéastes les plus prestigieux le réclament. Tueur impitoyable dans Killer Joe (2012), de
William Friedkin, criminel en
cavale sur les rives du Mississippi
dans Mud (2013), de Jeff Nichols,
gourou de la finance dans Le Loup
de Wall Street (2013), de Martin
Scorsese, cow-boy mourant du sida
dans Dallas Buyers Club (2013),
de Jean-Marc Vallée, astronaute
en sursis dans Interstellar (2014),
de Christopher Nolan, chercheur
d’or dans Gold (2017), de Stephen
Gaghan, sans oublier la série culte
True Detective…
Le comédien ne cesse de varier
sa palette de jeu. Il revient aujourd’hui dans un polar désespéré
inspiré de faits réels, Undercover,
« Je suis motivé
par la peur »
Matthew McConaughey
le portrait de Rick Wershe, plus
jeune trafiquant de drogue de la
ville de Detroit et informateur
pour le compte du FBI dans les
années 1980.
Au dernier Festival de Toronto,
Matthew McConaughey, 49 ans,
défendait avec ardeur une histoire
édifiante dont il ignorait tout avant
de lire le scénario. « À l’époque, elle
n’a pas eu la faveur des journaux
télévisés nationaux. Sans doute que
le FBI, qui a utilisé Rick avant de le
laisser tomber, ne voulait pas que
l’affaire s’ébruite. Encore maintenant, les autorités refusent de confirmer ou de démentir avoir collaboré
avec l’adolescent de 15 ans, qui n’a
pas bénéficié de la moindre immunité
et s’est retrouvé derrière les barreaux
malgré les services rendus. Je ne
cours pas forcément après les films
à message mais, en l’occurrence, ce
récit à valeur d’exemple méritait
d’être partagé. »
Il y interprète Richard, le père
du héros, un loser patenté qui rêve
d’ouvrir un vidéoclub. « Il a été pla-
qué par la mère de ses enfants, avec
lesquels il se comporte en copain. Ce
n’est pas vraiment la bonne méthode,
je sais de quoi je parle parce que je
suis moi-même papa [Levi, 10 ans,
Vida, 8 ans, et Livingston, 6 ans]. Il
flambe l’argent qu’il n’a pas, victime
du milieu dans lequel il a grandi et du
manque d’éducation. Il fait preuve
de ténacité pour tenter de réussir,
mais échoue irrévocablement et ne
peut rien contre cela. C’est triste. »
Matthew McConaughey a pu
s’entretenir plusieurs fois par téléphone avec Rick Wershe depuis la
prison, son père étant décédé avant
le tournage. Leurs conversations
duraient parfois jusqu’à cinq heures
d’affilée pour mieux comprendre
les motivations de l’individu, aujourd’hui âgé de 49 ans. « Nous
l’avons tenu au courant durant toute
la production. J’espère qu’il approuvera le résultat ! Voir sa vie adaptée
au cinéma lui redonne espoir. Il se
fiche de la célébrité. Ce qui compte,
c’est de recouvrer la liberté. Sa sortie
est fixée au 25 décembre 2020. »
Une fois encore, la star américaine, en mutation constante, a
opéré une transformation physique
pour ­Undercover. Cela fait partie du
jeu, et de son engagement total pour
son personnage. « Le corps doit correspondre parfaitement. Richard est
issu d’un milieu modeste, il ne fait pas
de sport et n’a pas le luxe de réfléchir
à ce qu’il mange. Il est pâle et fatigué.
Je me suis laissé aller. » L’acteur ne
choisit jamais la facilité. « Je suis
motivé par la peur. Et je m’implique
à 100 % sur un plateau. Je confie mes
enfants à leur mère, puis je me dédie
à la création. Si je ne suis qu’à 90 %,
alors la journée est gâchée. »
Et le comédien d’expliquer qu’il
évite de regarder ses partenaires et
le réalisateur dans les yeux le matin
quand il doit se préparer pour une
scène importante, que la première
prise est toujours la plus authentique, qu’il déteste répéter. « Je suis
plus investi qu’avant grâce à l’expérience. Et j’aime davantage mon
métier, qui me connecte avec l’humanité. » Matthew ­McConaughey a
passé un été reposant dans le sud
de la France, car il n’a pas chômé
cette année, bientôt à l’affiche de
deux longs métrages : The Beach
Bum, de Harmony Korine, une
comédie dans laquelle il s’est teint
les cheveux en blond platine pour
incarner « un poète qui consume la
vie », et Serenity, de Steven Knight,
un thriller érotique dans lequel il se
glisse dans la peau d’un capitaine
de bateau de pêche qui perd doucement pied avec la réalité. Tout
un programme. g
Stéphanie Belpêche
Undercover ii
De Yann Demange, avec Matthew McConaughey. 1 h 51. Sortie mercredi.
À Detroit en 1984, Richard ­Wershe et son fils Rick Jr vivent de ­magouilles,
notamment de la vente d’armes à feu. Ils peinent à boucler leurs fins de mois.
Quand Rick se lance dans le trafic de drogue, Richard désapprouve… Pour son
deuxième long métrage, le réalisateur français Yann Demange s’empare d’une
histoire incroyable mais vraie : l’ascension fulgurante de Rick Wershe, 15 ans,
un des plus jeunes dealers de cocaïne devenu un indic pour le FBI, qui finira
condamné à la prison à perpétuité après avoir été manipulé et abandonné par
les autorités. Ce récit d’émancipation met en scène un ado prêt à tout pour sortir
sa famille dysfonctionnelle de la précarité. Malgré un rythme inégal, il tient en
haleine grâce à ses acteurs, dont Matthew McConaughey, toujours habité. g S.B.
Matthew
McConaughey
et Richie
Merritt, père
et fils, sont
entraînés
dans
la spirale
du trafic
de drogue
à Detroit.
SONY PICTURES
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le journal dudimanche
dimanche
30 décembre 2018
Plaisirs Cinéma/Séries
• en salles mercredi
On aime Passionnément iiii Beaucoup iii Bien ii Un peu i Pas du tout f
Never-Ending Man ii
De Kaku Arakawa, avec Hayao Miyazaki. 1 h 10.
En 2013, Hayao Miyazaki annonce
son départ en retraite après la sortie de son long métrage Le Vent
se lève. Le documentariste Kaku
Arakawa lui demande de le suivre
pendant deux ans après l’arrêt
de son activité. Il faut faire abstraction de la qualité technique
approximative de l’image et du
son, le réalisateur ayant filmé le
Walt Disney japonais en prenant
le soin de le déranger le moins
possible. On se délecte de cette
plongée dans l’intimité d’un créateur perfectionniste et tyrannique
avec ses employés, qui se disait
« usé et affaibli » avant de revenir encore sur sa décision : son
prochain projet s’intitule Boro la
chenille. S.B.
de « Game of thrones »
à « L’Île fantastique »
Un beau voyou ii
De Lucas Bernard, avec Charles Berling, Swann Arlaud, Jennifer Decker. 1 h 44.
pyramide films
Alors qu’il s’apprête à prendre sa retraite, le commissaire Beffrois
est amené à enquêter sur un cambrioleur spécialisé dans le vol de
tableaux. Malgré des facilités scénaristiques et une course-poursuite
sur les toits parisiens peu vertigineuse, ce premier long métrage
dispose d’un certain charme, se révèle rafraîchissant tout en rappelant le ton de certaines comédies policières hollywoodiennes des
années 1950. Drôle et malicieux, Un beau voyou doit aussi beaucoup à
ses épatants comédiens : aux côtés de Charles Berling, le duo Swann
Arlaud-Jennifer Decker fonctionne à merveille. Bap.T.
Hervé Villechaize (Peter Dinklage) entraîne le journaliste Danny Tate (Jamie Dornan) dans sa vie de débauche. OCS
Asako I&II ii
De Ryusuke Hamaguchi, avec Erika Karata. 1 h 59.
À Osaka, Asako et Baku tombent
amoureux au premier regard.
Baku disparaît mystérieusement,
Asako est inconsolable. Un jour,
elle rencontre Ryohei, le sosie
de Baku… Après Senses (2018),
Ryusuke Hamaguchi revient avec
un portrait de femme solitaire en
quête d’émancipation, de liberté
et d’amour. Le réalisateur japonais, qui a signé dans le passé des
documentaires sur la catastrophe
de Fukushima en 2011, rend
encore hommage aux victimes
dans ce drame romantique qui
manque un peu d’émotion. S.B.
Premières Vacances i
De Patrick Cassir avec Camille Chamoux, Jonathan Cohen. 1 h 40.
le pacte
Marion et Ben se rencontrent grâce à Tinder. Le commercial hypocondriaque ne partage pas grand-chose avec l’artiste de BD qui vit
toujours en colocation. Mais leur première nuit d’amour leur donne
envie de partir en vacances ensemble. Ce sera la Bulgarie. Avec une
conception des choses très différentes, le fossé qui les sépare ne
va que s’élargir… Il y a des moments drôles, quelques répliques qui
claquent, mais les situations restent un peu trop convenues. Et on
a du mal à s’attacher à ces deux losers pas forcément aimables. B.T.
Une femme d’exception i
De Mimi Leder, avec Felicity Jones et Armie Hammer. 2 h 00.
En 1956, Ruth Bader Ginsburg
entre à la faculté de droit de Harvard avec pour objectif de devenir une brillante avocate. Elle
se heurte aux préjugés sexistes
dès les premiers jours… Felicity
Jones (Rogue One) interprète
avec ferveur la célèbre magistrate
qui siège aujourd’hui à la Cour
suprême à 85 ans, l’emblème de
la lutte contre la discrimination
qui n’a jamais renoncé à se battre
pour l’égalité des droits. Ce biopic
revendicateur applique la parité
avec la réalisatrice américaine
Mimi Leder aux commandes
d’une équipe technique à 50 %
féminine. Dommage que le récit
soit plombé par des longueurs et
des digressions théoriques. S.B.
Culte Peter Dinklage incarne
Hervé Villechaize, qui joua
Tattoo, le majordome de la
célèbre série des années 1970
My Dinner with
Hervé iii
« Parle-moi de ce que ça fait,
la célébrité et la réussite, et de
pouvoir enfin faire fermer leur
gueule à tous ces enfoirés qui te
regardaient de haut parce que tu
étais différent ! » Voilà comment,
dans ce biopic réussi, un jeune
journaliste anglais convainc « le
nain le plus célèbre du monde »
de lui raconter sa vie. S’ensuit une
« tournée des grands ducs » hollywoodienne, une virée nocturne
entre clubs de strip-tease, grands
hôtels et effraction chez un agent.
Derrière les frasques, la véritable
histoire d’Hervé Villechaize va
peu à peu se dessiner…
Le réalisateur et coscénariste
Sacha Gervasi s’inspire de sa
­véritable rencontre avec l’acteur de
petite taille à Los Angeles en 1993,
peu avant le suicide de celui-ci.
Alors âgé de 50 ans, ce comédien
désormais has been a brièvement marqué la pop culture des
années 1970 et 1980 grâce à deux
rôles semblables de « majordome
miniature ».
Un brillant étudiant
aux Beaux-Arts de Paris
En 1974, dans le James Bond
L’Homme au pistolet d’or (aux côtés
du méchant incarné par Christopher Lee), puis dans la série télé
L’Île fantastique, entre 1977 et 1983,
dans laquelle il incarne Tattoo, le
bras droit du propriétaire d’une île
où chaque semaine des visiteurs
viennent réaliser leurs rêves. Le
feuilleton est surtout prétexte à un
défilé de vedettes invitées (Joseph
­Cotten, Janet Leigh, Leslie Nielsen,
Sammy Davis Jr, Peter Graves…) à
l’instar de La croisière s’amuse du
même producteur, Aaron ­Spelling.
Chaque épisode débute inévitablement par Villechaize criant
« L’avion, l’avion ! » à l’arrivée des
invités de la semaine, phrase culte
qui lui collera aux basques pour le
restant de ses jours.
La vie du comédien se révèle
pourtant bien plus surprenante :
né en France, Hervé Villechaize
est un brillant étudiant aux BeauxArts de Paris, mais il quitte son
pays au début des années 1960
après de multiples agressions de
voyous qui profitent de sa petite
stature. Mû par un véritable
sentiment de ­revanche, il part
pour les États-Unis où il est bien
décidé à briller sur les écrans. Il
décroche de courtes apparitions
au cinéma à partir du début des
années 1970, d’abord sous la direction du ­romancier Norman
Mailer dans Maidstone, puis il
croise un Robert De Niro débutant dans l’obscur The Gang That
Couldn’t Shoot Straight (1971),
et apparaît dans le premier long
métrage d’Oliver Stone, La Reine du
mal (1974).
Après le succès de James Bond,
dur retour à la case départ : il vit
dans sa voiture, jusqu’au moment
où L’Île fantastique s’offre à lui.
Mais, fêtard, capricieux et coureur de jupons, il est viré au bout
de six saisons. Sa carrière s’arrête
quasi du jour au lendemain. Malade et paranoïaque, il finit sa vie
àH
­ ollywood, ressassant à l’infini
les mêmes anecdotes à qui veut
bien encore l’écouter.
C’est bien cette célébrité aussi
éphémère que cruelle qui a intéressé Sacha Gervasi. Un thème qu’il
avait déjà brillamment exploré
dans le documentaire Anvil : The
Story of Anvil (2008), consacré à
un groupe de heavy metal canadien
passé à deux doigts de la gloire
au début des années 1980, mais
qui persiste encore et toujours à
monter des tournées mondiales de
bric et de broc. Passé ensuite à la
fiction, Gervasi ne s’éloigne jamais
des coulisses en réalisant en 2012
le long métrage Hitchcock, pour
lequel Anthony Hopkins se met
dans la peau du célèbre cinéaste à
un tournant de sa carrière.
Il met le feu à son
costume blanc
Devant sa caméra, l’interprète de
Villechaize est certainement le
« nain le plus célèbre du monde »
des années 2010 : l’Américain
Peter Dinklage, alias Tyrion Lannister dans la série phénomène
Game of Thrones. Un acteur adulé
et récompensé, avec trois Emmy
Awards et un Golden Globe du
meilleur acteur dans un second
rôle (Villechaize avait, lui, décroché une nomination aux Golden
Globes en 1982).
Révélé dans le cinéma indépendant (notamment dans
The Station Agent en 2003),
­Dinklage se permet aujourd’hui
des incursions aussi bien dans les
plus gros blockbusters de superhéros (X-Men – Days of Future
Past, Avengers – Infinity War) que
dans des drames oscarisés (Three
Billboards). Il se révèle particulièrement émouvant dans la peau
de Villechaize, comme dans cette
scène où, excédé d’être traité en
phénomène de foire, il met le feu
à son célèbre costume blanc de
L’Île fantastique. Un bel hommage,
loin du téléfilm sordide et voyeuriste que pouvait faire craindre un
tel projet. g
Romain Nigita
De Sacha Gervasi, avec Peter Dinklage,
Jamie Dornan, Andy Garcia.
Ce soir sur OCS City à 20 h 40.
dimanche 30 décembre 2018
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le journal du dimanche
Plaisirs Expositions
« Sarcophage
des époux », urne
funéraire étrusque
en terre cuite
(nécropole de
Banditaccia).
Ci-dessous,
coupe
« Virginia
Bella »
(milieu du
XVIe siècle).
Musée du Louvre/
Philippe Fuzeau ;
Stéphane Maréchalle/
RMN-GP
Les fabuleux
trésors du marquis
Vertigineux Le Louvre
présente plus de 500 œuvres
ayant fait partie de la légendaire
collection d’un aristocrate
romain du XIXe siècle,
Giampietro Campana
Connaissez-vous l’incroyable, l’insatiable marquis Campana, à la fois
banquier, archéologue, collectionneur et un peu escroc ? La notoriété
de ce personnage que l’on dirait sorti
d’un roman de Dumas s’est limitée
à un cercle d’historiens, amateurs
d’antiquités étrusques et romaines
ou de visiteurs éclairés du Louvre
qui connaissent la galerie portant
son nom. Le grand musée parisien,
justement, en collaboration avec
l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, a
entrepris de raconter la vie, plus
précisément la passion fatale pour
l’art italien, de Giampietro Campana
(1809-1880) dans une exposition
présentant les trésors de sa fabuleuse collection : sculptures, bijoux,
faïences, vases et armures antiques
(les deux tiers de l’ensemble), des
peintures de primitifs italiens… Soit
15.000 pièces réunies en moins de
trente ans, qui seront vendues et
dispersées en Europe en 1861.
Pour la première fois depuis
cette mise à l’encan, des sculptures romaines partagées entre
la France et la Russie sont à nouveau exposées ensemble, comme le
buste (reconstitué) du bel Antinoüs,
amant de l’empereur ­Hadrien, venu
de l’Ermitage. De même, la main
en bronze gigantesque de la statue
de l’empereur Constantin (un prêt
du musée du Capitole) est présentée complète pour la première fois
depuis la destruction du colosse,
avec le doigt manquant qui faisait
partie de la collection Campana.
Directeur du mont-de-piété
de Rome
Tout commence à Rome dans
l’aisance et l’amour des antiques.
Giampietro Campana naît dans une
famille de la grande bourgeoisie.
Il hérite de son grand-père et de
son père le goût de la collection de
sculptures romaines et de monnaies
anciennes. Lui échoit également
la charge héréditaire de directeur
du mont-de-piété de la cité millénaire. À 25 ans, le jeune homme se
retrouve à la tête de cette banque
des États pontificaux, ces territoires dirigés par le pape dans une
Italie encore divisée en différents
royaumes et duchés. Pendant une
dizaine d’années, il la gère brillamment et la développe, avant de
mélanger peu à peu ses comptes et
ceux du mont-de-piété alors que
sa « collectionnite » le pousse à
acheter toujours davantage.
« Une sorte de Garibaldi
de la culture »
En plus de son activité de finance,
Campana se lance dans des chantiers de fouilles avec toute une
équipe d’assistants. Il découvre des
tombes étrusques. Parmi les trésors
exhumés par le futur marquis (anobli par le pape) et présentés dans
l’exposition : le Sarcophage des
époux, une urne funéraire
étrusque représentant un lit de banquet sur lequel
sont allongés
un homme et
une femme au
sourire mystérieux, figé pour
l’éternité. Un
chef-d’œuvre
placé devant un
mur de plaques
peintes étrusques
qui décoraient une
tombe, autres raretés, appelées les « plaques
Campana ». Cette présentation
évoque celle de son « musée », en
fait différents lieux dans Rome : un
palais, une villa entourée de jardins,
et des bureaux au mont-de-piété où
le passionné rassemblait ces trouvailles classées par genres.
Les visiteurs venus de toute
l’Europe pouvaient voir avec émerveillement, mais sur recommandation, certains pans de sa collection.
Jamais l’ensemble, dont l’étendue
ne fut découverte que lorsque le
marquis Campana fut ruiné et
poursuivi en justice en 1857. Le
banquier, qui était aussi mécène,
philanthrope, entrepreneur dans
les chemins de fer et dans une
fabrique de cire à cacheter, était
avant tout un collectionneur frénétique. « C’est une sorte d’ogre qui accumule des milliers d’œuvres d’art,
des antiques, mais aussi à partir de
1840 des œuvres modernes, explique
Laurent Haumesser, conservateur
au Louvre et l’un des deux commissaires avec Françoise Gaultier.
Nous avons voulu montrer sa dualité : il est habité par cette passion
qui le dévore. Mais il y a aussi chez
lui une volonté de faire de sa collection un manifeste politique, de montrer le génie italien de l’Antiquité
jusqu’à la période moderne, à un
moment où le pays n’est pas encore
unifié. C’est une sorte de Garibaldi
de la culture. »
Giampietro Campana a divisé ses
acquisitions en douze classes, que
l’exposition suit afin de montrer son
amour pour les séries d’objets. Dans
le parcours parfois un peu étourdissant apparaissent une Annonciation (1480-1485) de Lorenzo di
Credi, une douce Vierge à l’Enfant
de Botticelli (1467-1470), une immense croix en bois peinte de Giotto
(1315-1320), une autre Vierge à
l’Enfant parée comme une
reine par Ghirlandaio
(vers 1490), et la
célèbre, monumentale et très
géométrique
Bataille de San
Romano d’Uccello (1438),
un des trésors
du Louvre…
Mais des peintures sur coffre
et décorations
en bois racontant
des scènes mythologiques sont aussi remarquables, tout comme les 14 portraits
d’hommes illustres, aux couleurs
éclatantes, de Juste de Gand.
Certaines pièces (notamment les
sculptures et peintures romaines)
ont été très – trop – reconstituées
par les restaurateurs engagés par
Campana. Il y a des faux aussi, qui
ont entaché la réputation du collectionneur. Son arrestation et son
procès pour malversation en 1857
frapperont les esprits. Condamné
à vingt ans de prison, il sera un an
plus tard libéré par le pape, mais
contraint à l’exil et à une vie plus
étriquée, teintée d’amertume.
Sa collection sera vendue pour
payer ses dettes : l’Angleterre, la
Russie et la France se partageront
cet ensemble. « Nous avons voulu
lui rendre justice, ajoute Laurent
Haumesser. Son projet de collection
montrant la richesse patrimoniale
d’une nation était un projet unique,
fou, et aussi visionnaire. » g
Marie-Anne Kleiber
« Un rêve d’Italie – La collection du marquis
Campana », au Louvre à Paris
jusqu’au 18 février 2019.
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le journal dudimanche
dimanche
30 décembre 2018
Plaisirs Tendance
Illustration
Christelle Enault
Les règles ont changé
Génération Les jeunes femmes
ne veulent plus considérer
les cycles menstruels comme
un tabou. Cela passe par la
revendication de protections
sans produits chimiques
Elles ne sont pas une partie de plaisir mais les femmes partagent avec
elles plus de 2.000 jours de leur vie.
Les règles sont un non-dit de la vie
en société : honteuses quand il faut
trouver en urgence une protection,
euphémisées quand elles se colorent
de bleu dans la publicité, minimisées
lorsque les médecins ignorent les
douleurs de l’endométriose, encore
raillées en cas de mauvaise humeur
(« T’as tes règles ? »). Pour une nouvelle génération de femmes, le tabou
autour des menstruations n’a plus
lieu d’être. En même temps qu’elles
se réapproprient la connaissance de
leur corps, elles se mobilisent pour
que les cycles menstruels ne soient
plus une punition mensuelle.
Deux jeunes sociétés Jho et My
Holy proposent serviettes et tampons sur abonnement, composés
de matières naturelles. « Il y a un
an et demi, on a entendu parler
des tampons fabriqués avec de la
cellulose blanchie au chlore, donc
très toxique, explique Dorothée
Drevon-Barth, cofondatrice de Jho
avec Coline Mazeyrat. Des ingrédients interdits dans le shampoing
se retrouvent dans des produits
d’hygiène féminine. Cela nous a
donné l’idée de développer une alternative naturelle mais aussi jolie
comme une marque de cosmétiques,
et que l’on n’a pas honte de laisser
sur le bord du lavabo. » Jho (pour
« juste et honnête ») ne revendique
pas une démarche féministe mais
estime « normal de dire “j’ai mes
règles”, car il n’y a pas de raison
de se cacher ».
En l’absence de solution en
France, leurs produits en coton bio
sont ­fabriqués en Espagne. Comme
My Holy, qui affiche une posture
plus militante. Son logo représente
une culotte d’où dépasse une ficelle
de tampon, ses packagings sont personnalisables avec des autocollants
de licornes et de petits cœurs. Fiona
Picot, la fondatrice, se dit féministe
mais se félicite d’avoir un associé
masculin, Gabriel Pimont-­Nogues.
« Avec la charge mentale on s’est enfin
attaqué au quotidien des femmes. Il
est temps de briser aussi le tabou des
règles, avec des protections saines et
une identité moderne, qui parle aux
millennials [18-35 ans]. »
Ces néo-entrepreneuses sont
d’accord pour dénoncer le manque
d’esthétisme des boîtes de ­Tampax,
mais encore plus l’opacité de leur
composition. Comme l’écrit la
journaliste Élise Thiébaut dans
son ouvrage Ceci est mon sang
(La ­Découverte, 2017) : « Bien que
j’ai donné aux multinationales […]
près de 2.500 euros, à raison d’une
boîte de seize tampons ou serviettes
par mois durant près de quarante ans
[…], je n’ai jamais été informée du fait
que la plupart de leurs produits pouvaient contenir des traces de substances potentiellement cancérigènes
ou susceptibles de perturber mon
équilibre endocrinien, comme de la
dioxine, de l’hydroxytoluène butylé
(BHT), des pesticides ou même un
herbicide. » Du glyphosate aurait en
effet été décelé dans des serviettes
hygiéniques, selon un rapport de
l’Agence nationale de sécurité sanitaire en 2016. Certaines femmes
se tournent vers les coupes menstruelles sans silicone, mais leur
maniement reste acrobatique.
Outre la question sanitaire se
pose la question pécuniaire. La
« taxe tampon », comme a été
appelée la TVA à 20 % sur les produits hygiéniques, a été abaissée à
5,5 % en 2015, mais la mesure n’a
été que partiellement répercutée
sur les prix par les fabricants. Les
protections féminines restent une
dépense difficile à assumer pour
les femmes de milieu modeste. En
Inde, où 60 % des 16-24 ans n’y ont
pas accès, la taxe sur ces produits a
été supprimée cet été. En Écosse,
le gouvernement a décidé de les
distribuer gratuitement dans les
lycées et les universités. En France,
la mutuelle étudiante LMDE s’est
engagée à rembourser 20 euros
par an à ses adhérentes. Jho s’est
associée à Gynécologie sans frontières et My Holy à une entreprise
camerounaise pour offrir des kits à
des femmes dans la précarité.
20 euros par an
remboursés par
une mutuelle
étudiante pour
les protections
féminines
Le site My Little Paris s’est quant
à lui rapproché de l’association
pour les femmes sans-abri Règles
élémentaires dans le cadre de son
nouveau projet de vente de produits
hygiéniques sur abonnement. Outre
l’intérêt d’étendre son modèle économique autour des « box » à un
produit périodique par nature, le site
du groupe TF1 entend développer
du contenu éditorial sur l’intimité
féminine. « Il y a une pédagogie à
faire quand on sait qu’un seul manuel
scolaire de quatrième présente correctement le clitoris, rappelle Inès
Guiony, de My Little Paris. Une étude
menée auprès de notre communauté
montre que 81 % des femmes sont en
attente d’informations sur leur corps
et sur la sexualité. » Et 20 % seulement osent demander un tampon
ou une serviette en public. g
Pascale Caussat
41
le journal du dimanche
dimanche 30 décembre 2018
Plaisirs Cuisine
Homard pour
tous, caviar
pour les autres
GASTRONOMIE Des restaurateurs
ou des marques veulent rendre
des mets de luxe accessibles
au grand public. Pas seulement
pour les fêtes
Il y a peu, engloutir un sandwich
au homard avec des frites ou goûter
du caviar dans un croque-monsieur
paraissait inimaginable en France.
Quand bien même Jacques Higelin chantait Champagne pour tout
le monde et Caviar pour les autres
en 1979. Quelques restaurateurs
sortent aujourd’hui ces mets
luxueux des tables gastronomiques
auxquelles ils étaient jusque-là cantonnés. Il n’y a qu’à arpenter la rue
Rambuteau, à Paris, pour constater
l’ampleur du phénomène.
Dans cette artère animée r­ eliant
les Halles au Marais, deux ­enseignes
monomaniaques ont été inaugurées ces derniers mois. Artisan de
la truffe y a installé sa quatrième
adresse. « Je veux décom­plexer la
consommation des produits haut de
gamme et permettre aux jeunes de
découvrir des mets habituellement
prisés des quinquas, pour une assiette
à la truffe autour de 60 euros, contre
20 chez nous », détaille Franck Galet,
président du groupe Arcady’s, propriétaire de la marque et distributeur
d’aliments de luxe. Son prochain
concept de restaurant-boutique
s’attaquera au caviar en février, dans
le 1er arrondissement de Paris. « On y
vendra le gramme à 1 euro », assuret‑il. Selon Franck Galet, la banalisation du produit premium passe
aussi par « un service décontracté,
afin que ceux qui pourraient penser
que le caviar ou la truffe ne sont pas
des univers pour eux franchissent la
porte de [ses] enseignes ».
Version street food
Au 21 de la même rue Rambuteau, la
star, c’est le homard, la Rolls-Royce
du crustacé. Chez Homer Lobster,
Moïse Sfez débite depuis un an et
demi des sandwichs à la fine chair
blanche du décapode, une spécialité
nord-américaine. Pour 17 euros, on
vous sert un lobster roll, une petite brioche dans laquelle vient se
lover un mélange de 80 % de chair
de homard breton et 20 % d’écrevisse sauvage, assaisonné selon trois
recettes. « Le ­homard est surtout
consommé par les Français pour les
fêtes ; on a choisi de le populariser
dans un plat de street food », détaille
le jeune chef, qui voit défiler une
clientèle éclectique : des étudiants,
des ­familles, voire des retraités.
Même diversité au Homard Frites,
ouvert à Vannes en 2014. Au déjeuner, la formule demi-homard bleu
breton, frites, dessert à 20 euros fait
fureur. « On maintient ce tarif toute
l’année malgré l’évolution du prix du
crustacé, explique Tony Streissel,
qui va ouvrir un deuxième établissement en janvier, à Toulouse. On
souhaite apporter aux gens un produit
qu’ils croient inaccessible. »
Ouvrir la dégustation du sublime
à plus de monde fait également
partie de la nouvelle stratégie des
maisons de luxe. Chez Petrossian,
on peut désormais tremper ses
frites dans du « caviar liquide » ou
commander un croque-­monsieur
serti d’une feuille de caviar pressé.
« Même transformé en condiment,
ce caviar a toujours un certain coût,
explique-t‑on au nouveau restaurant de la marque, présente à Paris,
à Bruxelles et à Lyon. Pas autant que
le grain pur, mais c’est une bonne
première approche pour le client. »
Rareté et exclusivité
Pour se payer le luxe de tels aliments
à bas prix, à chacun son astuce. Il
y a quatre ans, Rémy ­Bougenaux
ouvre Les Pinces à Paris. Au
menu, un homard entier – environ
500 grammes – vendu 25 euros. Afin
d’arriver à cette note, il a choisi de
s’approvisionner en homards vivants
élevés au C
­ anada, moins chers que
les français : « Vingt-deux euros le kilo
en moyenne. » Pari réussi, puisqu’il a
depuis ouvert deux autres établissements dans la capitale. Chez Artisan
de la truffe, Franck Galet mise sur
un « grammage judicieux, entre 3 et
5 grammes de truffe par couvert, soit
un coût d’environ 2 euros ». Ajoutez
à cela des œufs ou des pâtes, des
Concept
En février,
un restaurant-boutique
ouvrira à Paris,
avec le gramme de caviar à
1 euro
produits plus neutres en goût « qui
subliment la truffe ou le caviar », et
surtout peu onéreux.
Qui dit démocratisation dit
aussi volumes, explique Vincent
Marcilhac, coordinateur du pôle
gastronomie à l’université de
Cergy-­Pontoise. « La banalisation
s’explique par l’évolution des modes
de production, explique-t‑il. On est
par exemple passé du caviar d’esturgeon sauvage au caviar d’élevage,
ce qui fait exploser les stocks et a
donné lieu à de nouvelles variétés.
Un baeri français a moins de finesse
qu’un caviar osciètre, mais il n’a pas
le même coût de revient non plus. »
Selon ce spécialiste, la démocratisation s’inscrit sur le long
terme. Au XIXe siècle, l’alimentation réservée aux élites aristocratiques s’est d’abord ouverte à
la bourgeoisie, puis à une consommation occasionnelle des classes
moyennes au XXe siècle, surtout
au moment des fêtes. On assiste
aujourd’hui à une « désaisonnalisation » des produits de luxe. Mais le
consommateur doit être conscient
que ces offres ne peuvent résumer
la réalité du goût et du coût des
produits plus raffinés. « Pour éduquer son palais, on peut commencer
par la truffe d’été, moins coûteuse et
moins goûtue que celle du Périgord,
poursuit Vincent Marcilhac. Il faut
bien garder en tête que le homard des
lobster rolls n’est pas le même que
celui servi chez Frédéric Anton au
Pré Catelan. La rareté et l’exclusivité
auront toujours un prix. » g
Delphine Le Feuvre
Chez Homer
Lobster
(Paris 4e),
le sandwich
au homard
se décline
sous trois
formules.
Kim Karell
42
le journal dudimanche
dimanche
30 décembre 2018
Plaisirs Jeux & Météo
• Mots croisés
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15
2
Albert Varennes albert.varennes@hotmail.fr
Y
un vrai pro fait montre
pour
d’un talent
retapisser
certain
d
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1
• Mots fléchés
Jean-Paul Vuillaume jpvuillaume@sfr.fr
Y
fort heureusement, n’est
pas chaussé
boîte
Y
sont du
pays ou
arrivas
d’ailleurs
court sur
pattes
artiste et
muse
nécessaire
pour
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d
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ronde et
pulpeuse
5
fils du sauveur ici, au
nom du fils
sauveur là
b
fille qui monte
en voiture
se noie dans
un verre
d’eau
U
6
7
8
9
pointe
des alpes
françaises
10
11
pur sang
12
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b
d
dit la
révolte ici,
le renonce- b
ment là
invite
à sortir
lis dans
le lit
b
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mauvaise
tête
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fille de
métis
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• Sudoku
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Degré.
15. Dessein. Alésées.
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s
1. Panthéon. Gruter.
2. Es. Outrage. Ripe.
3. Terrer. Ilotages.
4. Asie. Affilié. Ri.
5. Verve. Sent-bon.
6. Usé. Œufs. Terne.
7. Ciels. Tiédi. ENS.
8. Hésiter. Minute.
9. ND. Arpètes. Tors.
10. Lieu. Enclin.
11. Crus. Central. Ci.
12. Kérosène. Epiler.
13. Mono. Gratitude.
14. Bun. Unies.
m
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d u c h
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Luge.
14. Eperonner.
Cèdre.
15. Résinés. Soirées.
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b r
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n
1. Pétaouchnock. BD.
2. Ases. Sied. Remue.
3. Rivées. Lurons.
4. Torée. Liaison.
5. Hue. Rostre. Soue.
6. Etrave. Epuce. Ni.
7. Or. Feutre. Engin.
8. Naïf. Fi. Ténéré.
9. Glissement. ASA.
10. Geôle. Discret.
11. Tintin. Lapide.
12. Uraète. Utilités.
13. TIG. Breton.
d
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HORIZONTALEMENT
Solution
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Solution
du numéro 3754
• mots fléchés
sans plus
de grincements de
dents
d
a fait un
prix d’ami
pour une
vente
histoire
de toto
ont des
quartiers
chauds
soulagé
est très
attaché à
d’anciennes
connaissances
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savanes
masse
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série en
ordre
inverse
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vouée à tous
les saints
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bas en haut
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sont-ce eux
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récente
a dépassé
les limites
son doigté
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réputation
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percée
à jour
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cloches
inspiré,
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b
où régna
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fort
éloigné
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écourte des
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interminables
d’un vert
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manières
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vert et azur
en un vers
d’arthur
vive émotion
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de la graine
de bâtarde
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l’un dans
l’autre
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b
en berne
manifeste
un élan
amoureux
comme
des pieds
b
• Sudoku
moyen
des fins
de mois
difficiles
b
b
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• Météo
Cherbourg
10
12
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• mots croisés
b
U
à tous les vents. N’a pas fait le bon
Cours qui s’effondre. Peut se faire
numéro. Monter à la tête. - 3. Un
dans la communication. - 3. Fait donprésent à avoir. Le coin du feu.
ner la mitraille. Casser les pieds. - 4.
- 4. Receveuses des postes. Ligne
Plis qui se repassent. Forces aériennes
très inspirée. - 5. Espaces à mouscandinaves. Absente des déclarations.
tons. On y entre comme dans un
Source d’embouteillage parisien.
Moulin. Donne du poids aux fichiers.
- 5. Oreille externe. Trop beau pour
- 6. Redouble de rire. Chaud et froid.
être vrai. - 6. Cours de l’or. Substance
Une femme qui se défend. Branché
ammoniaquée. Monte dans les airs.
sur le courant. - 7. Le vieil homme et
- 7. Marron et chocolat. Personnel féla mer. Dont l’existence est assurée.
minin réduit de moitié. Lance un pavé.
Esclave de la boisson. - 8. Pose sur
Placé dans les deux sens. - 8. Affaire
la lune. Montre à répétition. - 9. Il a
de famille. Aider au développement.
une enfance facile. Ne pas considérer
- 9. Il dut affronter le grand Nord.
comme un homme. Assez révolutionTemps qui courent. Tour de corde.
naire avec ça. - 10. Un aller simple.
- 10. Beaucoup avec peu. Est arrivé la
Terre de Sienne. - 11. Travailler à la
veille mais pas d’hier. - 11. Remplaça un
accent aigu par un accent grave. Trembourre. Cuvettes d’eau. - 12. Reçoit
une invitation à son nom. Ne peut se
blement de l’air. Ne se dit pas à tout prix.
considérer comme une femme libre.
- 12. Bordel mal tenu. Préparer des
- 13. Témoin lumineux. Du genre à
macarons. - 13. Rameau par Diderot.
s’incruster. A fait cours à ToulouseEst partout. - 14. Palindrome en lignes.
Lautrec. - 14. Chargés du service et
C’est avoir échoué dans le fond. Ne
de la vaisselle. Oblige à élever la voix.
marche pas toute seule. - 15. Perce
- 15. Durs d’oreilles. Les premières
dans le milieu médical. Se sentent
à se mettre à table.
bien quand ils sont reçus.
Solution la semaine prochaine
il est fin,
parfois
même
retors
U
1. Tintin en Arabie. Passe après les
autres. - 2. Mesure à quatre temps.
b
résultat
des courses b
U
1. Tête à claque. Fauché et complètement raide. - 2. Endroit exposé
os court
tombera
entre
les griffes
du loup
U
VERTICALEMENT
b
d
b
n’est pas à
plat ventre
bien bourré b
Horizontalement
d
b
pater familier
partie incluse
entre écluses
15
soutien des
verts
source
d’ennuis
d
grand du
luxembourg
13
14
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joli lot
partagé
d
3
4
Y
Brest 117
Rennes
5
11
Nantes
5
10
Abbeville
5
10
Caen 8
11
Tours
–1
8
Lille
4
9
Paris
5
10
Nancy
1
5
Dijon
–1
5
Strasbourg
0
4
Besançon
–2
4
ClermontLyon
Ferrand
0
–1
5 Grenoble
5
Bordeaux
–1
Aurillac
0
7
–3
11
10
Nice 6
Toulouse
15
Biarritz
–
1
3
1
8
15
9
5
Perpignan Marseille
17 Bastia
9
18
Dimanche 30 décembre
Indice de confiance 5/5
- 10°/0°
1°/5°
Ensoleillé
Éclaircies
6°/10°
11°/15°
16°/20°
21°/25°
26°/30°
Nuageux
Couvert
Orages
Pluie
31°/35°
Neige
36°/40°
Solution
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LE JOURNAL DU DIMANCHE est édité
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368. Numéro ISSN 0242-3065.
Dépôt légal : juin 2018.
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43
le journal du dimanche
dimanche 30 décembre 2018
Plaisirs
De
le dimanche
Jain
« Je n’écoute que des musiques douces »
Eric Dessons/JDD
américain dans la foulée de son
nouvel opus, Souldier, sorti cet
été. Les mois à venir s’annoncent
plus tranquilles, avant la reprise
de sa tournée en mars. « Je vais
avoir un peu de temps pour moi,
mais pas tant que ça », tempère
la chanteuse globe-trotteuse.
La chanteuse
a passé son
adolescence
à voyager,
changeant
de pays au gré
des affectations
de son père
L
e dimanche idéal
selon Jain ? « Se lever à midi, ouvrir grandes les fenêtres pour laisser entrer le soleil et le chant des
oiseaux. » Le reste dépend des
circonstances et de l’humeur du
jour. Déjeuner en famille, aller
au musée, rester chez soi pour
recevoir des amis ou simplement
composer, regarder une série ou
dessiner, sa passion première…
« C’est le moment que je choisis
pour recharger les batteries ;
d’ailleurs, ce jour-là, je n’écoute
que des musiques douces, enveloppantes, un peu flottantes
pour favoriser le relâchement »,
raconte cette marathonienne de
la scène, qui n’a pas vraiment
eu le loisir de savourer de vrais
dimanches depuis la sortie de
son premier album (Zanaka).
Ces trois dernières années, elle
a donné plus de 300 concerts
en France et en Europe. Elle
rentre tout juste d’un périple
• sa Playlist
Exotica,
Parcels (2018)
J’adore ce groupe australien
et cette chanson, à la fois
calme et festive, pop et funk.
On dirait un vieux morceau des années 1970,
et pourtant il est d’une modernité absolue.
Indémodable.
Faces,
The Blaze (2018)
J’écoute beaucoup le premier
album de ce groupe électro
français composé de deux
cousins. Cette chanson à la fois rythmée et
enveloppante, limpide et triturée est idéale
pour un dimanche.
Mo Money, Mo Problems,
The Notorious B.I.G (1997).
Un morceau culte de l’un des
plus grands, sinon le plus
grand rappeur. Outre le style
old school et dansant, cette chanson me plaît
par les thèmes abordés, notamment les pièges
de la célébrité et de l’argent.
Une cabane
sur le toit à Dubai
De Pau à Abu Dhabi, en passant
par Dubai et Pointe-Noire, au
Congo, Jain a passé son enfance
et son adolescence à voyager au
gré des affectations de son père,
cadre d’une compagnie pétrolière. Autant de destinations
où les dimanches offraient des
saveurs différentes. À Pau, ils
restent associés à une liberté
totale dans la maison familiale
repeinte aux couleurs de celle de
Monet, le rose et le vert. « Nous
n’avions aucun rituel, mes parents
comme mes deux sœurs ; chacun
vaquait à ses occupations selon
ses envies », se souvient Jain. À
l’époque, Jeanne Louise Galice
passe l’essentiel de ses journées
à lire les BD d’Astérix et de
Gaston Lagaffe dans la petite
cabane construite par son père
sur le figuier du jardin. « C’était
mon refuge, un lieu à moi où je
construisais un imaginaire. J’étais
déjà introvertie, un peu dans ma
bulle. Et c’est toujours le cas
aujourd’hui. Tout semblait possible : voler au ­milieu des nuages,
voguer sur les mers. » Le retour
à la réalité n’en était que plus
difficile, quand le ­dimanche
soir il fallait boucler les devoirs.
« Dès la primaire, je n’ai pas aimé
l’école. Même si j’ai toujours adoré
apprendre. »
Changement de cadre. À 9 ans,
Jain s’envole en famille pour
Dubai, le New York du MoyenOrient. Le premier choc est climatique, chaleur suffocante et
humidité liquéfiante. « On passait nos dimanches a
­ utour de la
piscine pour se rafraîchir. Quand
je parle du dimanche, je veux dire
le samedi. C’est le vrai jour off,
car, dans les pays musulmans,
le dimanche marque la reprise
de la semaine. » Comme à Pau,
la ­gamine se crée un nouveau
refuge, cette fois sur le toit de
la maison en briques rouges.
« C’était ma nouvelle cabane
symbolique, j’avais toujours mes
BD, je dessinais, j’avais installé
une petite table, des pneus comme
fauteuils, l’ensemble ressemblait
un peu à un rooftop berlinois. »
Une expérience enrichissante,
mais sans commune mesure avec
ses années Congo, à Pointe-
Noire plus précisément, où son
père est ensuite muté. De ses
dimanches au cœur du continent africain, elle garde mille
souvenirs, couleurs et odeurs.
« Les Congolais sont encore plus
chrétiens que les Européens,
alors forcément, le jour du Seigneur est célébré comme il se
doit. Dans ma famille, nous ne
sommes pas religieux, mais j’ai
retrouvé la valeur du dimanche
à Pointe-Noire. » Elle raconte ces
après-midi passés à la plage, le
défilé des familles tout de blanc
vêtues, en tenue traditionnelle,
les bandes de « sapeurs » sur leur
trente et un. Au menu, balades
face à l’océan, virées en bateau
et, le soir venu, l’odeur délicieuse du poisson grillé mêlée
à celle, moins ragoûtante, des
antimoustiques contre le paludisme. À Pointe-Noire, Jain n’a
plus besoin de cabane symbolique. Elle l’a remplacée par la
musique, dont elle a découvert
le pouvoir salvateur grâce à
un disque d’Otis Redding. Son
tube mondial Come sera ainsi
composé sur la guitare chipée
à sa sœur et enregistré pour la
première fois dans le minuscule
studio d’un certain Mr Flash, un
DJ et producteur local auquel
elle rend hommage dans son
dernier album.
Se réfugier
dans les musées à Paris
Souldier se termine également
sur les volutes orientales de la
chanson Abu Dhabi, où elle vivra
une année après le Congo. Elle
connaît alors le blues de l’expatriée. « Je laissais mes amis derrière moi. Je redevenais nouvelle
dans une ville inconnue, heureusement j’avais la musique. » Elle
se souvient de la voix magnifique
de l’imam pour l’appel à la prière
du vendredi, « encore plus long et
plus beau que durant la semaine ».
Ses week-ends seront studieux,
principalement consacrés aux
révisions. « Comme je passais
mon temps à dessiner en cours,
je devais travailler le samedi.
Je voulais absolument décrocher mon bac pour en finir avec
l’école. » La suite s’écrit à Paris.
Nouveau choc climatique. « J’ai
découvert les dimanches où il fait
trop froid pour sortir, sinon pour
se réfugier dans les musées, je les
ai tous visités. Le calme, les rues
désertes, les magasins fermés,
j’aime sentir ce jour de relâche
dans une ville assez speed. Même
si Paris n’est pas New York… » g
Éric Mandel
• son roman
• Sa série
Globalia, de Jean-Christophe Rufin
The Handmaid’s Tale
Une histoire fantastico-sociétale qui
parle d’un sujet d’une actualité brûlante, la démocratie et les libertés. Ou
comment un État mondial assure à ses
citoyens la sécurité, la prospérité et une
certaine forme de liberté tant qu’ils ne
remettent pas en cause le système.
Adaptée d’un roman de Margaret
Artwood, cette série futuriste sur la
place des femmes dans la société décrit
comment une secte politico-religieuse
a pris le pouvoir aux États-Unis. Ou
comment une utopie se transforme
en cauchemar...
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