close

Вход

Забыли?

вход по аккаунту

?

Batailles Aériennes N°87 – Janvier-Mars 2019-compressed

код для вставки
L 15026 - 87 - F: 12,50 € - RD
3500
Revue trimestrielle éditée
par la SARL LELA PRESSE
RCS LIMOGES 387 641 202
N° 87
JANVIER/FÉVRIER/MARS 2019
Imprimé en ESPAGNE
SARL LELA PRESSE
Les Farges, 15 rue des Ligures, 87110 LE VIGEN. FRANCE
Tel : (00.33) 05.55.31.08.28
E.mail : contact@avions-bateaux.com
Site : www.avions-bateaux.com
Édito
Ce numéro clôt le récit de “la Luftwaffe sur Malte”. Comme on a pu le constater à la lecture des
précédents numéros, la RAF n’était guère de taille à affronter la chasse allemande au-dessus de l’île.
Malgré les premiers renforts arrivés grâce aux porte-avions de la Royal Navy, la qualité des équipages de
la Luftwaffe ne permit pas à la RAF de s’assurer le contrôle du ciel de Malte. Ce n’est qu’après l’arrivée
de nombreux Spitfire et surtout de la dispersion des moyens de la Luftwaffe que la RAF se montra
capable de faire face et prendre le dessus dans le ciel maltais. Les combats demeurèrent jusqu’au
bout très disputés. Les pertes des unités de bombardement allemandes ne firent qu’augmenter, surtout
lorsqu’elles ne bénéficiaient d’aucune escorte. Ce récit montre nettement que l’Allemagne n’avait pas les
moyens de faire la guerre qu’elle avait déclenchée partout en Europe, avec un front de l’est gourmand
en hommes et en matériel et l’arrivée en Europe des moyens américains. Ce n’était qu’un avant-goût de
la catastrophe qui allait toucher le 3e Reich !
Parmi les prochains numéros, nous vous proposerons cette fois une autre guerre : celle que mena
la 20th Air Force sur le Japon. Ce récit comportera deux numéros. Enfin, en guise de conclusion à la
Première Guerre mondiale, nous vous proposerons un numéro sur les conflits ayant découlé de la “paix” ;
un récit surprenant !
Comme nous l’avions annoncé précédemment, Lela Presse effectue le transfert de ses titres vers les
MLP, distributeur concurrent de Presstalis. Nous espérons que ce changement sera bénéfique à la
distribution des magazines.
Je profite de l’occasion qui m’est donnée ici pour vous présenter à tous nos meilleurs voeux pour l’année
2019 ainsi qu’une excellente lecture de ce numéro.
Michel Ledet.
Votre prochain numéro en kiosque le 19 avril 2019 !
RESPONSABLE CLIENTELE : Sylvie BROQUET
COMITÉ DE RÉDACTION : Christophe CONY, Michel LEDET, Frédéric
STAHL
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION & RÉDACTEUR EN CHEF : Michel
LEDET
Rédacteur en chef adjoint : Christophe CONY
Principaux collaborateurs :
Matthieu Comas - Jean-Louis Roba - Alain Coste – Giancarlo Garello –
Christophe Cony – Philippe Saintes – Kari Stenman.
Illustrateurs :
Profils couleur de ce numéro : Thierry Dekker
All contents copyrights LELA PRESSE
N° ISSN : 1253-5354
Ventes messagerie :
I.Press
5 rue du Colonel Fabien, 95390 SAINT PRIX
01.39.59.76.42
dominique.bellevrat@incentivepress.fr
Diffusé par MLP
Parc d’Activité de Chesnes - 55 bld de la Noirée
38070 ST QUENTIN FALLAVIER
04.74.82.14.14 / www.mlp.fr
Publicité : à l’adresse de la rédaction
Composition & Montage : J-B. Delcambre
Photogravure : Lela Presse
Impression : Graficas Monterreina - Espagne.
Distribué en Belgique par :
Tondeur Diffusion
Avenue Fr. Van Kalken 9
B-1070 Bruxelles, Belgique
Tél : 00.32.02.555.02.18 - Fax : 00.32.02.555.02.19
La reproduction, même partielle, des articles et des illustrations de ce
magazine est soumise à autorisation préalable de l’éditeur et des auteurs.
Pour en savoir plus et commander nos produits
sur notre nouveau site (paiement sécurisé)
www.avions-bateaux.com / www.aircraft-navalship.com
4
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Courrier des lecteurs
Bonjour à toute l’équipe,
Je vous adresse ces quelques lignes pour vous faire
part de mes remarques concernant le cliché paru en
page 5 du n°86 de Batailles Aériennes. Il est censé
représenter un bombardier Italien Savoia S.79 qui,
touché par la DCA, pique vers le sol où il va s’écraser ! Mais si on fait pivoter l’image de 90° comme cicontre on s’aperçoit qu’il n’en est rien. On y observe
le bombardier qui survole alors un navire dont on
voit une vergue horizontale sous laquelle festonne
un filin. L’éclairage (zénithal) des éléments matériels,
clair au-dessus et sombre au-dessous conforte également cette opinion. Il y a quelques années le Fana de
l’Aviation avait déjà fait paraître le même cliché sous
le même angle. Ce qui avait suscité quelques courriers
de lecteurs et un rectificatif me semble-t-il.
Cordialement.
Un fidèle abonné.
Henri Lafage
Cher lecteur,
Merci pour ce message rectificatif tout à fait justifié et qui
rappelle combien il faut être prudent avec les documents
teintés de propagande. Toutefois, j’avais eu l’occasion, il y
a une vingtaine d’années, de visionner le film (microfilm)
dont est extrait cette photographie. Le S.79 a bel et bien été
descendu, en mer, mais on le voit dans une autre position
que celle montrée par notre document.
La rédaction
Retrouvez les premières parties
dans les numéros 84 et 86 de Bataille Aériennes !
Disponibles à nos bureaux
ou sur le site avions-bateaux.com !
5
Lancement des moteurs
d’un Ju 88 avant une
mission sur Malte.
La Luftwaffe sur Malte (1940-1942)
Tome 3 : Mai-octobre 1942
Pol Glineur
Lors des combats sur Malte en 1941, la Luftwaffe avait pu dominer temporairement l’espace
aérien de l’île grâce aux actions d’une unique escadrille de chasse, la 7./JG 26, opposée à de
seuls Hurricane. Les campagnes dans les Balkans (‘Marita’ et ‘Merkur’) mais surtout, ‘Barbarossa’
(l’invasion de l’URSS) allaient mettre fin à cette courte période de suprématie, la Luftwaffe devant
désormais délaisser la Méditerranée centrale à la Regia Aeronautica italienne. Cependant, le haut
commandement britannique ayant saisi toute l’importance stratégique de cette île y achemina de
plus en plus d’avions et de pilotes expérimentés. Malte redevenant menaçante pour les convois
ravitaillant les troupes de l’Axe en Afrique, un II. Fliegerkorps fut mis sur pied en hâte à la fin de
1941 avec siège en Sicile dans le but de ‘briser
les reins’ de la défense maltaise. L’offensive,
qui aurait dû débuter en février 1942, ne put
être lancée qu’en mars pour diverses raisons :
difficulté de rassembler des forces en nombre
suffisant ainsi que capacité d’accueil limitée et
vétusté des aérodromes siciliens. Au surplus,
des unités durent souvent être distraites
pour mener d’autres tâches. Cette offensive
d’importance allait se confronter à une défense
maltaise de plus en plus efficace grâce à l’envoi
de renforts en Spitfire. La grande offensive de
l’Axe étalée sur six semaines vit d’intenses
bombardements mais prit fin en avril 1942. La
défense maltaise était alors très sérieusement
affaiblie, ce qui aurait permis une invasion de
l’île. Cependant, les fronts d’URSS et d’Afrique
primaient, réclamant instamment des renforts.
Le II. Fl.K. fut alors ‘détricoté’ en quelques
jours, la plupart de ses unités (cf. encadré) étant
dispersées tous azimuts. L’OB Süd, le maréchal
Albert Kesselring, devrait désormais ‘faire avec’
ce qu’on lui laissait - soit fort peu de choses… Il
ne disposait plus que de deux Gruppe de chasse
en lieu et place de quatre et de cinq Gruppe de
bombardement au lieu de huit tandis que le
III./St. 3 était en instance de lui être également
retiré.
Le F/Lt David Barnham
(601 Sq.), un des grands
as de la RAF à Malte.
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Revue historique de l’aviation
le numéro du moiS
de Juin :
Dès à présent,
vous pouvez passer
vos commandes directement
sur notre site internet :
www.revueicare.com
Paiement sécurisé par carte bancaire
Bulletin d’aBonnement 2018
SuBScription order
Icare, roissypole Le Dôme, 5 rue de la Haye - cS 19955 - 95733 rOISSY cDG cedex
Tél. 01 49 89 24 06 - Fax : 01 49 89 24 39 - revueicare@snplfalpa.org
Nom/Name
....................................................................................................................................................................................................................
Adresse/Address
........................................................................................................................................................................................................
..............................................................................................................................................................................................................................................
..............................................................................................................................................................................................................................................
Email : ..................................................................................................................... Tél. (obligatoire) ....................................................................
Profession ou raison sociale / Occupation
....................................................................................................................................................
abOnnement/SubScription (4 numéroS) : FrANcE : 70,00 € - ÉTrANgEr/AbrOAd : 76,00 €
C.C.P. 14-696-14 M PARIS
Chèque à l’ordre d’Icare (check) - ou virement postal (postal draft)
ou carte bancaire (credit card) : Précisez la carte : Visa
- cB
- Eurocard/Mastercard
J’inscris mon numéro de carte bancaire :
Expire le :
- Par mesure de sécurité, le cryptogramme sera demandé par téléphone ou Email à réception de ce bulletin.
Signature (obligatoire) :
date :
…………………………………………
FdA 2018
6
7
Un Hurricane de la
défense maltaise va
prendre son envol.
Mai 1942
Comme il en est souvent à la fin brusque d’une
campagne menée tambour battant, un certain
flottement allait régner parmi les belligérants.
Tel fut le cas dès le 1er mai 1942. Ce jour-là,
les bombardements de l’île semblent avoir été
délaissés principalement à la Regia Aeronautica
tandis que les Bf 109 de la ‘Pik As’ effectuèrent
quelques ‘balayages’ de chasse, missions
devenues ‘routinières’. En milieu de matinée, une
demi-douzaine de Bf 109 de la 6./JG 53 munis de
réservoirs auxiliaires surgit sur Malte. Deux pilotes
du 249 Sq. les interceptent et tirent conjointement
sur un des intrus qui percute la mer au large du Cap
Scaramia. Deux Dornier 24 de la 6. Seenotstaffel
ayant déjaugé pour assister le naufragé auraient
été détruits par la houle (un aviateur tué). Un
troisième Dornier pourra cependant mener à
bien sa mission. En fin d’après-midi, alors que
des Spitfire du 603 Sq. décollent en urgence
pour intercepter des bombardiers italiens, ils se
heurtent à la 6./JG 53. L’avion du F/Sgt John Rae
est atteint, son pilote ne pouvant plus le contrôler.
Il saute sur la mer mais, par chance, le vent le
déporte vers la terre ferme. Ce sera pour se
retrouver face à un insulaire armé d’une fourche
bien décidé à l’embrocher. Rae, qui avait pris part
à la ‘Non Stop Offensive’ de l’année précédente’
(cf. Batailles aériennes 78 & 80) portait en effet
une Mae West décorée de swastikas représentant
ses victoires officielles ; ce qui le faisait passer
pour un aviateur allemand... Après une discussion
hâtive, il échappera à une mort atroce. Bien des
aviateurs de l’Axe mais également des défenseurs
de l’île n’eurent pas sa chance…
En soirée, des bombardiers reviennent sur l’île,
poursuivant les actions du mois précédent. Un
Beaufighter de chasse de nuit du 89 Sq. est détruit
au sol. Quatre Hurricane du 185 Sq. décollent
pour contrer les intruders et un Ju 88 aurait été
revendiqué (tombé en mer). On n’en trouve
cependant nulle trace. Cette attaque fut menée
par le I./KG 54 qui signala engager vingt Ju 88 sur
les aérodromes maltais.
Le 2 mai, le F/Lt David Barnham du 601 Sq.
revenait se poser à Ta Kalien matinée, ayant dû
mettre fin à une patrouille suite à un problème
technique. Il quittait son appareil lorsqu’il vit tout
Le II./Fliegerkorps en mai 1942
Catane Stab/KG 54 (Obstlt. Walter Marienfeld)
Stab/K.Gr. 606 (Hptm. Rolf Siedschlag)
1./K.Gr. 606 (Hptm. Aloys Hessling )
2./K.Gr. 606 (Oblt. Walter Pruger)
3./K.Gr. 606 ( ? )
Stab/K.Gr. 806 (Maj. Richard Linke)
1./K.Gr. 806 (Hptm. Emil Braun)
2./K.Gr. 806 (Oblt. Kurt Kehrer)
3./K.Gr. 806 (Hptm. Hans Penningstorf)
Comiso
Stab/JG 53 (Maj. Günther Freiherr von Maltzahn)
Stab II./JG 53 (Hptm. Walter Spies)
4./JG 53 (Oblt. Gerhard Michalski)
5./JG 53 (Oblt. Ernst-Albrecht Schulz)
6./JG 53 (Oblt. Günther Hess)
Stab III./JG 53 (Hptm. Wolf-Dietrich Wilcke)
7./JG 53 (Hptm. Wilfried Pufahl)
8./JG 53 (Hptm. Helmut Belser)
9./JG 53 (Oblt. Franz Götz)
Gerbini
Stab I./KG 54 (Hptm. Georg Graf von PlatenHallemund)
1./KG 54 (Oblt. Heinz Schumacher)
2./KG 54 (Oblt. Bengt Gante)
3./KG 54 (Oblt. Karl Palliardi)
Biscari
III./St.G. 3 (Hptm. Kurt Walter)
7./St.G. 3 (Oblt. Eberhard Jacob)
8./St.G. 3 (Oblt. Bernhard Hamester)
9./St.G. 3 ( ? )
Trapani Stab/Aufkl. Gr. 122 (Ob. Fritz Koehler)
1./Aufkl.Gr. 122 (Hptm. Heinz von Reeken )
2./Aufkl.Gr. 122 (Maj. Roman Schneider)
Augusta
6. Seenotstaffel (Oblt. Hermann Wolke)
Fin avril, le II. Fl.K. avait été amputé des : I./JG
53, I./NJG 2, II./LG 1, II. et III./KG 77 ainsi que
des éléments du III./ZG 26 basés en Sicile.
8
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Le 2 mai 1942, un Ju 88
du I./KG 54 se repose
trop brutalement à
Gerbini (dommages de
20%).
le monde s’enfuir. C’est alors qu’il aperçut un Ju
88 isolé au-dessus de lui lâchant quatre bombes.
Barnham fut projeté au sol par le souffle de l’une
d’elles mais fut indemne. Par contre, une autre
bombe frappa une place de village tuant une
vingtaine de civils. Dans l’après-midi, douze Ju 88
viennent bombarder les aérodromes de Luqa et
Safi avec une escorte de Bf 109 et de Macchi du
L’aérodrome de Hal
Far vu au cours d’une
attaque de Ju 88. Malgré
les 2300 tonnes de
bombes larguées sur le
terrain, celui-ci ne fut
jamais mis hors service.
10° Gruppo arrivés la veille à Gela. Un Wellington
est détruit au sol et un Maryland endommagé.
Le 3 mai, en matinée, Bf 109 et Ju 88 mitraillent
et bombardent Hal Far, causant des dégâts aux
installations et endommageant deux Hurricane.
Le P/O Pete Nash décolle en alerte avec quatre
camarades du 249 Sq. mais son Spitfire ne peut
9
tirer qu’avec un seul canon. Cela ne l’empêchera
pas d’attaquer une Rotte, de la poursuivre et
d’abattre le N° 2 (l’ailier) quasiment à la hauteur
des flots (probablement l’Uffz. Helmut Schierning,
un jeune pilote de la 6./JG 53). Nash est alors
pris à partie par une autre Rotte mais s’empresse
de regagner son aérodrome. Dans l’après-midi,
cinq bombardiers Cant survenant sur l’île ne
se heurtent à aucun appareil de défense. Peu
après, des Ju 87 du III./St.G. 3 bombardent
Hal Far et Luqa. De nouveau, des avions sont
endommagés au sol mais, trompant l’escorte,
des Spitfire du 603 Sq. auraient endommagé un
Stuka tout en abattant le S7+JP près de Zonqor.
Son pilote, le Gefr. Karl Haff, semble avoir tenté
de se poser sur un sol très rocailleux espérant
probablement que le solide train d’atterrissage du
Stuka supporterait le choc. Ce sera néanmoins
un crash brutal, Haff étant tué. Son coéquipier,
le Gefr. Fritz Weber, est par contre seulement
blessé. Sauvé par des militaires, il sera amené à
l’hôpital de Mtarfa où il aurait été la coqueluche
de l’établissement, tout le monde venant le visiter.
Selon son interrogatoire : « Il a refusé de donner le
N° de son unité mais des documents trouvés dans
l’avion citent trois escadrilles basées en Sicile et
il devait faire partie de la 9e. Weber a été deux
ans et demie à la Luftwaffe et déclare s’être porté
volontaire pour cette arme car la paye y était plus
élevée. Il désirait devenir pilote mais fut refusé
et devint alors radio dans une unité de Ju 87. Il
ne progressa que peu en grade mais ce doit être
imputable à son manque d’allant. Il ne devait pas
devenir Unteroffizier (ce qui est le cas après une
année passée comme Gefreiter) comme il était
pourtant prévu le 1er mai. En novembre 1941, il
fut à Salonique pendant quelques mois mais ne
fut pas engagé opérationnellement. Les Grecs
souffraient de la famine et étaient inamicaux. Il
revint alors pour quelques jours en Allemagne
avant d’être envoyé en Sicile (probablement pour
remplacer un équipage perdu sur Malte). Avant
d’être abattu, il avait volé à six reprises sur Malte,
surtout pour attaquer des batteries de DCA. Le
prisonnier n’a aucune idée quant à la réalité d’une
invasion. Lors des attaques de positions de DCA,
le piqué débute à mille huit cents pieds mais la
durée du piqué est déterminée avant le départ. À
Biscari, la grande efficacité des Ju 87 s’explique
par le rapide remplacement des avions perdus.
Les Ju 87 arrivent après un ou deux jours avec
des équipages neufs. Ce qui fait qu’il y a plus
d’équipages que d’avions. Le degré de sécurité
de Weber se situe au-dessus de la moyenne
mais son moral est peu élevé. Il est apathique,
n’a plus envie de voler et ne se soucie pas de
savoir comment la guerre se terminera du moment
qu’elle se termine. Avant-guerre, il était membre
de la Jeunesse Hitlérienne et les réalisations de
Hitler l’impressionnent toujours mais il en a assez
de la guerre. En Allemagne, les gens n’ont pas
faim mais sont anxieux qu’une paix (allemande)
soit conclue ».
Ce 3 mai, en matinée et dans l’après midi, le I./
KG 54 engage à chaque fois sept Ju 88 sur Hal
Far et Gudia.
Le 4 mai fut une journée disputée. En matinée,
on relève au moins deux raids de Ju 88 sur
les aérodromes ainsi que quelques attaques
italiennes dont une sur Grand Harbour. En
soirée, quatre Spitfire du 249 Sq. décollent pour
intercepter des bombardiers italiens. La formation
est menée par le F/Lt Norman Macqueen (un as
aux huit victoires). Il a comme ailier un jeune pilote
américain inexpérimenté, le P/O Fred Almos. Sur
Gozo, la formation se divise en deux. À ce momentlà, la radio de Macqueen semble tomber en panne
et il ne peut dès lors être prévenu de l’arrivée
soudaine de Bf 109. Le pilote menant la formation
allemande vise Macqueen mais, mésestimant les
Les Bf 109 Jabo
pouvaient emporter une
bombe de deux cent
cinquante kilos ou quatre
de cinquante.
10
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Moment de repos à
l’ombre d’un Spitfire.
distances, le manque. Par contre, son Kaczmarek,
l’Uffz. Walter Manz (9./JG 53), ajuste son tir et
abat le Spitfire. Bizarrement, Macqueen regagne
sa formation mais, peu avant de se poser, son
avion pique et s’écrase. On pensera que, bien
que sérieusement blessé, il ait espéré pouvoir
revenir avant de perdre connaissance. Le grand
as ‘maltais’ du moment a péri.
Un autre raid sur les aérodromes détruit deux
Hurricane et un Wellington. En fin de journée, cinq
Hurricane venant renforcer le 249 Sq. arrivent de
Gambut. Le 126 Sq. va alors former un Flight de
six pilotes américains ; y compris le malheureux
Almos à qui l’on aurait vertement reproché de ne
pas avoir ‘couvert’ à suffisance son leader.
Le 5 mai, le mauvais temps semble avoir empêché
tout combat de chasse (ce qui permet à bien des
pilotes des deux camps de souffler un tantinet). Le
I./KG 54 demeure cependant actif mais ne peut
qu’envoyer un unique appareil vers midi sur l’île.
Le temps s’améliorant, onze Ju 88 bombardent en
piqué Hal Far vers 17h00.
Le 6 mai, des appareils des 229, 603 et 126 Sq.
sont engagés en défense des aérodromes. Une
dizaine de Ju 88 est interceptée avec son escorte
de Bf 109. Des ‘claims’ sont revendiqués (des
bombardiers endommagés) mais deux Hurricane
du 229e sont perdus, apparemment victimes du tir
défensif des Junkers. Le F/Sgt David Roy se pose
en urgence puis termine sa course en percutant
le dépôt de torpilles de Hal Far. Par chance,
elles avaient été évacuées pour être mises en
sûreté la veille. Le Sgt Bob Lees est par contre
vu tomber en mer et la vedette HSL (High Speed
Launch) 128 ne pourra le sauver. Deux Spitfire du
126 Sq. protégeant Hal Far sont surpris par des
Bf 109 piquant de bien plus haut. Le P/O Doug
Booth est abattu. Il tombe en mer mais sera extrait
des flots. Le F/Lt Tim Johnston devient la cible
d’obus qui matraquent et enflamment son Spitfire.
Brûlé aux bras, temporairement aveugle suite à
un jet de flammes au visage, il réussit à évacuer
son appareil bien qu’ayant les jambes criblées
d’éclats. Il ouvre son parachute et touche le sol de
l’île. Il est de suite pris en charge par des soldats
puis acheminé à l’hôpital. La JG 53 revendiqua
effectivement deux Luftsiege ce jour-là.
Vers midi, un raid de Ju 88 du K.Gr 606 avec
escorte de 109 et de Macchi a lieu sans opposition.
À Gozo, deux petits navires sont bombardés et
envoyés par le fond.
Junkers Ju 88 A-4 codé B3+LH servant à la 1./KG 54 à Gerbini en mai 1942.
11
Le journal de guerre du 185 Sq. confirme la baisse
brutale d’activité : « 6 mai. Rien d’important n’a
eu lieu ces derniers jours. Je n’ai pas écrit grandchose pour me conformer à la paresse qui règne ici.
Notre Squadron Leader Mortimer-Rose nous quitte
pour suivre un traitement médical en Angleterre.
(…) Hier nous avons cédé nos huit bacs au 229
Squadron qui nous avait été plus ou moins soumis
ces dernières semaines. Aujourd’hui, il en reste
deux après des bombardements et un a été abattu
par un 109 ».
Le 7 mai, deux Bf 109 de la 10./JG 53 mènent
une mission Jabo sur un dépôt de carburant à
Kalafrana. Quelques chasses libres sont menées
sans incident par des appareils allemands et
italiens tandis qu’en soirée huit ‘raiders’ larguent
des bombes sur cinq aérodromes. Il se serait en
fait agi d’une douzaine de Ju 88 du I./KG 54 visant
des aérodromes ainsi que La Valette. Un appareil
revient en Sicile avec des impacts dans le fuselage
suite à des tirs d’un chasseur de nuit.
C’est ce 7 mai, journée relativement tranquille,
que le II. Fliegerkorps reçoit enfin des directives
émanant de l’autorité supérieure. Cet ordre lui
imposait de poursuivre les bombardements de
Malte. Cette décision faisait suite à d’importants
entretiens d’officiers supérieurs des aviations
allemande et italienne les 29 et 30 avril à
Klessheim près de Salzbourg, puis au Berghof
à Berchtesgaden. Pour tenter de compenser la
réduction drastique des effectifs de la Luftwaffe en
Sicile, des unités italiennes devaient venir occuper
les aérodromes délaissés par les Allemands. Les
Italiens ainsi que le maréchal Kesselring poussaient
pour leur part à lancer l’opération ‘Herkules’, la
capture de Malte, tandis que le général Rommel
et une partie de l’OKW favorisaient par contre la
poussée vers l’Egypte. Un moyen terme semble
avoir été adopté : il fallait d’abord prendre Tobrouk
(ce qu’on espérait obtenir vers le mois de juillet) ;
ensuite, ‘Herkules’ pourrait être déclenché.
Tout cela pour expliquer pourquoi les chasseurs
de la Regia Aeronautica furent de plus en plus
engagés sur l’île, soit en bombardement, soit en
escorte de bombardiers allemands.
Toujours peu d’activité au 185 Sq. même si
l’on prépare le proche avenir : « 7 mai. Aucun
événement marquant ce jour. Le B Flight était
en alerte avec quatre bacs. Un décollage en
urgence eut lieu mais ce n’était que pour assurer
une escorte. Cependant, tous commencent à
s’exciter à l’annonce de l’arrivée en provenance
de Ta Kalide deux Spitfire pour nous permettre de
nous réhabituer à cet avion. Les Spits arrivèrent
mais assez tard et l’un d’eux s’endommagea
en se posant. Le F/Lt Lloyd fut donc le seul à
Gerbini. Un Ju 88 A-4 de
la 1./KG 54 .
12
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Assis dans son Spitfire
VB, le P/O Reade Tilley
(un volontaire américain)
attend patiemment que le
personnel au sol termine
l’entretien courant de
son appareil à Ta Kali en
mai 1942 ; il sert alors au
126 Sq.
QG camouflé à Catane.
pouvoir effectuer quelques circuits. Néanmoins,
nous sommes satisfaits des performances de
cet appareil et attendons le moment (que nous
espérons proche) où le 185e opèrera comme
Squadron de Spitfire ».
Le 8 mai est une journée de forte activité. En
matinée, quelques ‘hit and run raids’ sont menés
par des appareils isolés. Deux Jabo de la 10./JG
53 se laissent abuser par un leurre. À Kalafrana,
on avait remplacé un navire ‘alléchant’ par un
vieux rafiot, l’Edith. Une bombe allemande va
ainsi frapper sa cible et…. traverser sa coque
rouillée avant d’exploser en mer ! Des Ju 88 du
K.Gr. 806 avec des Ju 87 du III./St.G. 3 viennent
bombarder Kalafrana, Luqa et Hal Far. L’escorte
italienne a beau se démener, des Hurricane du
229 Sq. et des Spitfire du 126 Sq. réussissent à
approcher les bombardiers et le 126e abat le Ju
88 M7+KL de la 3./K.Gr. 806 qui se pose en mer
au large de Pozzallo, l’équipage de l’Uffz. Gerhard
Andrea étant porté disparu. Lorsque des Bf 109
interviennent, l’Uffz. Heinrich Becker (8./JG 53) est
abattu sur Venezia. Son appareil s’écrase dans
le complexe sportif de Marsa tandis qu’il saute
sans grand mal avant d’être fait prisonnier. Il sera
revendiqué par le 185 Sq. et par la DCA. Interrogé,
il déclarera être arrivé trois semaines plus tôt à
13
l’unité et avoir déjà trente vols de guerre à son
actif ! Selon ses dires, un pilote allemand avait
été abattu deux semaines auparavant à quelque
cinq kilomètres de Malte avant de dériver dans
son canot et d’être sauvé par le Seenot. Comme
il apparaissait que les aviateurs allemands étaient
abandonnés à leur sort lorsqu’ils tombaient près
de Malte, on conseillait fortement, en cas de
dommages à la machine, de voler le plus loin
possible vers la Sicile puis de sauter et d’attendre
l’arrivée d’un Do 24. Cette vision des choses était
partiellement erronée puisque l’on connaît bien
des cas de naufragés ennemis récupérés par les
vedettes maltaises. Mais, il est également vrai
qu’à plusieurs reprises, des aviateurs allemands
ne furent pas sauvés (probablement après un raid
particulièrement meurtrier). La DCA fut également
créditée du Ju 87 S7+HN de la 5./St.G. 3 tombé
en mer au large de St Paul’s Bay (Ahrax Point).
Le Fw. Walter Obermeiländer sera porté disparu
avec son radio (en 1993, ce dut être le moteur
de cet appareil qui fut sorti de l’eau puis exposé
au Musée de Malte). Peu après midi, retour sur
Malte de Ju 88 et Ju 87 mais il ne reste plus que
douze Hurricane et six Spitfire en état de vol.
Ils sont maintenus au sol et les assaillants ne
rencontreront aucune opposition dans les airs.
À Ta Kali, des pilotes du 603e, réfugiés dans les
tranchées, libèreront leur frustration en tirant au
fusil vers les bombardiers engagés en piqué !
Selon le journal de guerre du 185e : « Le B Flight
était toujours ‘de garde’ en matinée avec quatre
avions. Ils décollèrent en alerte à 9h00 pour
intercepter les gars des Ju 88 de ‘Joe Kesselring’.
Un Ju 88 et un Me 109 furent abattus et un
troisième 109 est probable. Un autre Ju 88 est de
même probable et un ‘vendeur de crème glacée’
dut tomber en mer avec son Macchi. Cet aprèsmidi, nous avons remis le reste de nos Hurricane
au 229e et attendons demain l’arrivée de douze
Spitfire. Tous se réjouissent d’avance de donner
des maux de tête à ‘Joe Kesselring’ et, comme le
mess a reçu de la bière en abondance ces deux
derniers jours, tout le monde est heureux ». Il va
de soi que, comme souvent, les victoires furent
largement exagérées…
Ce jour-là, l’Oblt. Gerhard Michalski menant la 4./
JG 53 revendique sa 29e victoire sur un ‘Curtiss
P-40’ au-dessus de Venezia. Cet appareil aurait
été abattu à cinquante mètres d’altitude. On ne
trouve cependant pas trace d’une perte britannique
que ce soit un ‘Curtiss’ ou tout autre machine…
Chargement d’une
bombe d’une tonne sous
un Ju 88.
Embarquement en
Grande-Bretagne de
Spitfire Mk.V pour
Malte sur le USS Wasp.
Les saumons d’aile sont
démontés afin de gagner
un peu de place dans le
hangar.
14
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Dans le hangar du
porte-avions USS Wasp,
se trouvent les Spitfire
destinés à Malte. Au
premier plan, le Mk.VC
BR136/3-B. On remarque
les 2 canons de 20 mm
dans l’aile. (NA)
Un Spitfire est poussé
sur l’ascenseur par le
personnel afin de gagner
le pont d’envol. (NA)
Sur Agrigente, deux Bf 109 du Stab III./JG 53 se
percutent en vol mais les deux pilotes peuvent
sauter. Un probable accident lors de l’entraînement
d’un nouvel arrivé. Sautant sur l’occasion, la
propagande britannique affirmera que, ‘terrorisés
par les Spitfire’ et victimes d’une confusion, les
deux aviateurs s’étaient mutuellement abattus…
Les bombardements de l’Axe causent parfois des
‘dommages collatéraux’. Ainsi, en soirée, lorsqu’un
Lodestar venu du Caire décolle pour regagner
l’Égypte, un de ses pneus explose après avoir
heurté un éclat de bombe et l’appareil s’écrase.
Si ses occupants peuvent l’évacuer à temps,
l’appareil de transport sera détruit dans l’incendie
subséquent. De nuit, le I./KG 54 ne peut envoyer
que deux Ju 88 sur Malte.
Le 9 mai, avec un luxe de précautions, les porteavions USS Wasp (chargé de cinquante Spitfire)
et Eagle (emportant dix-sept autres Spitfire)
navigant dans un convoi bien protégé parachèvent
l’opération ‘Bowery’ : l’acheminement de renforts
15
Un Spitfire s’apprête à
s’envoler vers Malte…
(NA)
Spitfire Mk.VC(T) BR126/3-X amené par le P/O J.A. Smith
depuis le porte-avions USS Wasp le 9 mai 1942.
Suite à un problème
avec le réservoir
supplémentaire, le P/O
J.A. Smith doit faire
demi-tour ; il n’hésite
pas à poser le Spitfire
BR126/3-X sans crosse
d’appontage sur le pont
de l’USS Wasp. (NA)
16
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
de l’Axe vont intervenir pour tenter de gêner ce
transfert.
Smith sera félicité par le
Lt David McCampbell
qui lui montre l’utilité
des drapeaux pour
l’appontage. (NA)
Hal Far sous les bombes.
pour la défense aérienne de Malte. Cela ne se
fera pas sans mal. Décollant le trente-troisième du
Wasp, un pilote canadien ne peut gagner assez de
vitesse et, en perte de sustentation, tombe en mer,
sa machine et lui-même étant alors broyés par la
proue du porte-avions ! Un autre, victime d’un ennui
technique et piloté par le P/O J.A. Smith, revient se
poser vaille que vaille sur le pont du porte-avions,
arrêtant sa course à quelques mètres du vide ; il
fut dûment félicité par le personnel du bord dont
David McCampbell. Prévenues pour une fois par
leurs appareils de reconnaissance, les aviations
Vers 10h15, on relève deux revendications du III./
JG 53 : de nouveau sur des ‘Curtiss P-40’. Les
deux pilotes étant expérimentés, on peut s’étonner
puisque aucune perte n’est reconnue de part
adverse et qu’un ‘Curtiss’ avait déjà été réclamé
la veille...
Les aviateurs basés à Malte ont cette fois tout
prévu pour la réception des renforts. Comme on
s’attend à une riposte adverse, dès leur arrivée,
les Spitfire doivent être ravitaillés en hâte avant
qu’un pilote insulaire ne prenne les commandes
pour partir au combat. La première vague de
Spitfire atteint Ta Kali, les nouveaux venus étant
attaqués par des Bf 109 lors de leur atterrissage.
La DCA fait ce qu’elle peut pour repousser les
chasseurs ennemis. Deux Spitfire sont abattus
en mer. Un Bf 109 est revendiqué par trois des
nouveaux arrivés. Le F/Lt John Buckstone menant
la formation est également perdu, probable
victime du II./JG 53. La confusion est totale dans
le ciel maltais avec un chassé-croisé de Spitfire se
posant avant de repartir aux mains d’autres pilotes
après un ravitaillement en urgence ; cela tandis
que les Hurricane et Spitfire déjà présents sur l’île
décollent sans discontinuer pour couvrir l’espace
aérien.
Les pilotes du 249 Sq. ayant pris possession
des nouveaux appareils effectuent une patrouille
défensive. Un combat s’engage dans lequel le
P/O Pete Nash va être crédité d’une victoire
certaine et d’une probable sur des Bf 109 (on n’en
trouve néanmoins nulle trace). Mais le P/O Arnold
Milburn, pris à partie par quatre 109, percute le sol
dans un champ à Safi. Il aurait été abattu par le
grand as Herbert Rollwage.
17
Vers 11h15, arrivée de la deuxième vague de
Spitfire en provenance des porte-avions. De
nouveau, il faut compter sur un ‘comité d’accueil’
de Bf 109. Le F/Lt Ron West, qui mène la formation,
découvre très vite les dangers de Malte lorsque les
tirs de Bf 109 très agressifs arrachent une large
portion de son fuselage. Il pourra néanmoins se
poser vaille que vaille.
Alors que des appareils du 185 Sq. atterrissaient à
Hal Far, le F/Lt australien Raymond Sly voulut en
repartir pour appuyer des Spitfire attaqués par des
Bf 109. Il remet les gaz mais son appareil percute
un obstacle et explose. Grièvement blessé, Sly
décèdera peu après. Ce vétéran de la ‘Non Stop
Offensive’ avait deux victoires à son crédit.
Deux aviateurs canadiens de la seconde vague
ne peuvent atteindre l’île, leurs Spitfire tombant en
mer à peu de distance de ses côtes.
Les derniers combats de la journée auraient fait
découvrir aux défenseurs maltais le danger de
confier des Spitfire à certains pilotes qui, jusqu’à
présent, n’avaient volé que sur Hurricane.
Malgré leur expérience du combat, ces vétérans
eurent du mal à prendre la mesure de ce
chasseur. Par contre, cette profusion d’appareils
dans le ciel maltais dut dissuader certaines
attaques. Trois Spitfire furent perdus dans ces
engagements tardifs (quatre revendications
allemandes auraient été émises par la JG 53).
En dépit de ces succès de la chasse allemande, la
balance avait penché nettement ce jour-là en faveur
des défenseurs de Malte. Si sept Spitfire avaient
été perdus et au moins six autres endommagés,
à la fin de la journée, une cinquantaine de Spitfire
était en état de combattre et une douzaine pouvait
être aisément réparée. Cela sans négliger les
Hurricane toujours en état de vol. Alors que la fin
avril avait vu la RAF quasiment détruite à Malte et
que le 8 mai il ne restait que douze Hurricane et six
Spitfire (prudemment maintenus au sol), désormais
la chasse maltaise dépassait en nombre les deux
Gruppe de la JG 53 basée en Sicile…
Si ‘Bowery’ fut le grand événement de ce 9 mai,
la Luftwaffe n’en envoya pas moins par ailleurs
des Ju 87 sur Grand Harbour (un fut revendiqué
comme endommagé par le 249 Sq.). Des Ju
88 du I./KG 54 bombardèrent Ta Kali et Hal Far
détruisant un Wellington et endommageant des
Spitfire à des degrés divers (un Ju 88 reviendra
à Comiso avec un moteur détruit par la DCA). La
Regia Aeronautica ne demeura pas en reste, une
demi-douzaine de Cant engagés sur l’île étant
contrés par pas moins de … trente-trois Spitfire.
Trois bombardiers furent revendiqués mais seul un
Cant très endommagé revint difficilement en Sicile.
En soirée, dernier raid de Ju 88/Bf 109 sur Ta Kali.
Malgré des ‘claims’ de deux Squadrons, tous ces
appareils reviendront en Sicile.
De nuit, une quinzaine de raiders vient attaquer des
aérodromes. Un Beaufighter du 89 Sq. revendiqua
une victoire sur un Fiat BR.20 … ou un Ju 88. On
n’en trouve nulle trace. Cette même nuit, le croiseur
rapide Welshman, parti seul de Gibraltar, atteignit
Grand Harbour amenant du ravitaillement mais
surtout une importante cargaison d’obus pour les
batteries de DCA de l’île (très redoutées par les
équipages de l’Axe) ainsi que des pots fumigènes
permettant de dissimuler les aérodromes. Cent
techniciens de la RAF débarquèrent de même. Ils
optimiseront la maintenance des avions.
Un Ju 88 de la 1.(F)/122
avec son équipage posant
pour la postérité en
Sicile.
18
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Le Sgt australien Gordon
‘Tweedle’s’ Tweedale, as
du 185 Sq., tué au combat
sur Malte le 9 mai 1942,
le jour de l’opération
‘Bowery’.
En route vers Malte, le
pont du porte-avions
USS Wasp est couvert de
Spitfire lors de l’opération
‘Bowery’.
Bowery, 9 mai 1942
Selon le journal du 185 Squadron :
Ce matin, onze Spitfire Vc arrivèrent à Hal Far. Les 109 coopérèrent gratuitement et initièrent les nouveaux venus à la coutume charmante - mais
peu populaire – du : ‘Des 109 dans le circuit !’. Cependant, comme la DCA se montra très active, tous se posèrent en entier à l’exception de
deux d’entre eux. Ces deux appareils étant détruits, cela nous laissa avec neuf Spitfire. Ils furent tous installés au plus vite dans leur ‘boxes’. Six
d’entre eux étaient déjà prêts à repartir, cela grâce au magnifique travail de nos mécaniciens dont certains n’avaient pourtant pu apercevoir ce type
d’appareil qu’à une reprise. À 14h00, quatre avions décollèrent menés par le F/Lt Lloyd. Ils se glissèrent dans le flot de Ju 87 et 88. Un Ju 88 fut
détruit et un Ju 87 endommagé. Pour une fois, le ciel était empli d’avions amis. Les Spitfire étaient partout. Le P/O Noble, étant aux commandes
d’un Spitfire pour la première fois de sa vie, eut le malheur d’être pris à partie par un 109 obstiné et revint se crasher à Ta Kali, ses blessures
n’étant que superficielles. Le Sgt Tony Boyd, qui de même pilotait pour un Spitfire pour la première fois, tira sur le ‘Hun’ mais sans revendiquer la
moindre chose. Un second scramble eut lieu à 16h30. Cinq appareils y prirent part. C’est avec regret que nous avons constaté la mort du Sgt Gordon
Tweedale. Australien, ‘Tweedle’s’ était un de nos meilleurs pilotes et avait encore récemment fait preuve de ses grandes qualités.
(Tweedale sera officiellement crédité de sept victoires certaines).
Selon le jeune insulaire Charles B. Grech (dans son chapitre ‘Help at last’):
Des rumeurs se répandirent selon lesquelles de nouveaux Spitfire allaient arriver à Malte et de hâtifs préparatifs débutèrent sur les aérodromes. Ce
qui confirmait cette activité, c’est que je ne vis plus mon ami Pete pendant trois jours. Il revint finalement à Hal Far après une courte période durant
laquelle son Squadron opéra de Ta Kali, Hal Far étant devenu impraticable après de sérieux bombardements. L’activité accrue que je constatai à Ta
Kali alors que je me rendais à Rabat alimenta ces rumeurs. Le 9 mai 1942, j’étais sur la place Saqqajja à Rabat lorsque, vers 9h00, j’entendis un
ronflement de moteurs à une certaine distance. Je regardai en direction de Luqa croyant apercevoir le décollage d’appareils mais il n’y avait rien.
Soudain, des membres du personnel de la RAF sortirent du Point de Vue Hotel criant tout excités : ‘Ils sont là… ! Ils sont là… !’. Ils coururent
vers la route en contrebas de la place. Je les suivis, curieux d’apprendre ce qui se passait. Un sergent pilote hurla :’Ils arrivent. Il y en a douze
sur St Paul’s Bay’. Tous les aviateurs rugirent de joie tandis que je repérai douze points volant bas, à environ mille pieds, en approche de Takali.
Les gars de la RAF sautaient de bonheur. Ils hurlaient, se donnaient l’accolade, jetaient leurs képis en l’air et agitaient les mains à l’approche des
nouveaux venus qui se matérialisèrent sous la forme de douze Spitfire. Sur Ta Kali, ils virèrent, sortirent leur train puis se posèrent en une rapide
succession. Peu après, un autre Squadron apparut dans le ciel, puis un autre, cela surtout en matinée. Certains appareils atterrirent à Luqa, d’autres
à Hal Far. (…) Le lendemain, je rencontrai Pete à la Villa Messina de Rabat, siège de son QG qui avait été déplacé après une attaque du Point de
Vue Hotel. Dès qu’il me vit, il me déclara que son Squadron se reconvertissait sur de nouveaux Spitfire Vc. Il m’expliqua ce qu’il en avait été. Le
W/C Edward John ‘Jumbo’ Gracie, le C/O de Ta Kali, était un homme ne badinant pas avec la discipline. Il était admiré tant par ses supérieurs que
par ses subordonnés. Pete me dit que, sans sa rigueur, aucun appareil n’aurait pu se poser à Ta Kali lors de ces jours très perturbés. Gracie avait
parfois eu maille à partir avec l’autorité. Ainsi, pour frapper d’imagination ses hommes, il avait fait dresser un gibet symbolique sur l’aérodrome
et avait promulgué par un ordre du jour : « Un gibet a été érigé sur la route menant aux cavernes. N’importe qui, homme, femme, enfant, militaire
ou civil, considéré comme coupable de sabotage, de vol ou de toute autre obstruction à l’effort de guerre, sera fusillé puis pendu à ce gibet à titre
d’avertissement pour les autres ». Quelqu’un, probablement un pilote, photographia la potence et envoya la photo en Angleterre où elle parut dans
un journal londonien. Ce qui allait engendrer des vagues de protestation. Quand le W/C Gracie apprit l’arrivée très proche des Spitfire, il fit réunir
tous ses officiers et pilotes au mess du Xara Palace de Mdina. Il leur donna ses instructions précises. Il précisa que s’il voyait un militaire se cacher
ou se mettre à l’abri lors d’un raid aérien, il serait abattu et que lui-même se chargerait de cette tâche. Chaque officier reçut un document indiquant
ce qu’il devait faire, un ‘box’ lui étant réservé pour accueillir ‘son’ Spitfire. Il devait veiller à ce que tout soit bien prêt : carburant, huile, glycol,
munitions et personnel au sol, cela pour assurer la maintenance immédiate de l’avion. Des estafettes motocyclistes devaient guider chaque appareil
vers son alvéole en se basant sur son serial. Dès que le nouvel arrivé avait gagné son emplacement et que le moteur avait été stoppé, le pilote devait
l’évacuer pour être amené au mess tandis qu’un autre prenait sa place. Ensuite, un groupe de mécaniciens devait vérifier le moteur, la radio et le
fonctionnement des canons, d’autres étant chargés du ravitaillement des armes en munitions. Les soldats et les policiers présents devaient aider au
remplissage des réservoirs de carburant. Ce fut si efficace que, sept minutes après l’atterrissage, un Squadron complet pouvait repartir au combat.
19
Le 10 mai, selon Karl Gundelach : « En Sicile, le II.
Fl.K. ne disposait plus que de deux cent cinquantecinq appareils dont cent quarante-deux étaient
en état de vol. Il devenait difficile de poursuivre
l’offensive. Le corps rassemblait en effet soixantedix-sept Ju 88 dont trente-neuf étaient en état de
vol. Et il restait soixante-dix-neuf chasseurs. Le
potentiel offensif du Corps aérien avait été divisé
par deux ».
Il n’empêche qu’il fallait continuer à harceler
Malte si on ne pouvait plus désormais matraquer
la défense de l’île. Cette journée du 10 fut
particulièrement disputée, la RAF alignant ses
tout nouveaux appareils et déclenchant au besoin
ses récents pots fumigènes très vite dispersés
aux quatre coins des aérodromes. Les mêlées
seront aussi nombreuses que confuses et l’on
ne sait guère qui abattit qui. En matinée, vingt Ju
87 et dix Ju 88 volent sur La Valette. Le nuage
de fumée cache l’objectif et les assaillants sont
contrés par trente-sept Spitfire et treize Hurricane,
une réception tout à fait étoffée n’ayant pas eu
d’équivalent auparavant. Des Bf 109 surgissent
alors et plongent sur le 249 Sq. occupé à attaquer
des Stuka en plein piqué. La confusion est telle
qu’un pilote décrira la « tripotée subie par la
Luftwaffe » après avoir dénombré pas moins de
douze parachutes déployés dans le ciel. En fait, il
s’agissait de mines larguées sur Grand Harbour.
Quatorze victoires certaines seront revendiquées
par les 126, 185, 249, 601 et 603 Sq. Trois autres
seront réclamées par la DCA. Lors d’une seconde
attaque vers midi, sept Ju 88 auraient été escortés
par trente Bf 109 (ce qui semble être beaucoup).
Des Italiens sont de même de la partie et de
nouveaux claims sont émis.
Les pertes allemandes furent sévères :
-le Ju 88 B3+JH de la 1./KG 54 doit se poser en
mer au large de Gozo, ayant été atteint par des
tirs de chasseurs lors d’une attaque de navires
à French Creek. Trois des quatre aviateurs de
l’équipage de l’Ofw. Rennings seront sauvés par
le Seenot ;
-le Ju 88 B3+GK de la 2./KG 54 est porté disparu
avec l’équipage du Lt. Johannes Warkalla bien que
l’on ait aperçu deux aviateurs l’évacuer. C’était l’un
des plus anciens équipages de l’unité ;
-le Ju 88 B3+DH très endommagé en combat
revient se poser de justesse à Comiso.
Endommagé à 65%, il sera réformé ;
-le K.Gr. 806 perd deux Ju 88, les M7+DL et
M7+KK, avec leurs équipages (respectivement des
Lt. Helmut Kissling et Lt. Anton Schweinsteiger) ;
-la 7./St.G. 3 perd les Ju 87 S7+GN et S7+FM sur
Des pilotes de la 10.
(Jabo)/JG 53 à Gela.
20
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Le 14 avril 1942, le Lt.
Johannes Warkalla avait
effectué son 150e vol de
guerre. À son retour, il
est félicité par son Staka,
l’Oblt. Bengt Gante.
L’équipage de Warkalla
pose devant son appareil.
Le 10 mai, moins d’un
mois plus tard, les quatre
aviateurs seront portés
disparus.
La Valette. L’équipage de l’Uffz. Gerhard Nicolai
est tué ; celui de l’Uffz. Walter Rastinnes est
capturé ;
-la 8./St.G. 3 perd également sur La Valette
le S7+EM avec l’équipage de l’Uffz. Christian
Apmann ;
-un quatrième Ju 87 tombe en mer mais son
équipage sera récupéré par le Seenot ;
-le II./JG 53 est amputé de l’avion du Lt. Dr
Heiner Jörg, le ‘gynécologue volant’. Lors de son
interrogatoire, le médecin déclarera : « J’ai vu
arriver trois Spitfire et piquai sur eux tandis que mon
ailier tentait de venir du soleil. Après avoir tiré une
rafale, une balle adverse traversa mon système de
refroidissement. Je décidai alors de voler le plus
loin possible de Malte, de sauter et d’attendre le
Do 24 de secours en mer. Mais mon habitacle
chauffa dangereusement et je dus sauter. Je fus
récupéré par une vedette ». Il affirmera avoir pris
part à la campagne de Pologne et obtenu quatre
victoires auxquelles s’ajoutèrent deux Hurricane
sur Malte. Vantardises visant à impressionner son
vis-à-vis ou plus probablement calembredaines
destinées à tromper l’interrogateur comme il avait
dû l’apprendre lors des cours dispensés aux
aviateurs quant à la conduite à adopter en cas de
capture ? Le Dr Jörg ne semble effectivement pas
avoir combattu en 1939 et son score officiel était
d’une Luftsieg sur Malte.
-sur La Valette, deux Bf 109 du II./JG 53 pilotés
par les Uffz. Gerhard Ritterbusch (4./JG 53) et
Lt. Herbert Langer (Stab II./JG 53) se percutent,
probablement dans l’excitation du moment.
Comme on attribue une victoire au Sgt Tim
Goldsmith du 126 Sq., il est plausible qu’un
des pilotes allemands attaqué ait dévié de sa
trajectoire pou couper la route à son camarade…
Ritterbusch saute, ouvre son parachute et tombe
en mer. Il sera récupéré en soirée par une vedette
britannique et entrera en captivité. Langer saura
pour sa part maintenir son appareil qu’il viendra
‘crasher’ à Comiso mais, blessé, semble avoir
quitté l’unité.
En contrepartie de ces pertes, sept Abschüsse
sont revendiqués et attribués à six pilotes (dont
l’Oblt. Werner Langemann menant la 10.(Jabo)/JG
53). Mais, seuls deux Spitfire furent victimes de la
‘Pik As’. Ce 10 mai confirme ce que redoutaient
les officiers supérieurs présents en Sicile : si l’on
ne pouvait poursuivre un assaut massif sur l’île,
la défense allait très vite se renforcer puis croître
en puissance. Les combats de cette journée leur
donnaient tristement raison.
Journal du 185 Sq. : « Aujourd’hui, nous sommes
en alerte avec six bacs, un arrivant plus tard. Un
décollage en urgence eut lieu à 7h00 mais fut
peu satisfaisant car, si vingt-cinq bombardiers
furent signalés, un seul traversa la côte et largua
ses bombes. Une victoire pour les chasseurs
maltais. À 10h30, cinq appareils décollent pour
contrer trente Ju 87 après un court engagement
21
Des ‘Friedrich’ de la ‘Pik
As’ en attente dont, au
centre, l’un des appareils
du Stab/JG 53 affecté au
Kommodore de l’escadre,
le Major Von Maltzahn.
avec des Ju 88. Les Ju 88 étaient un apéritif car
les Ju 87 furent attaqués par vingt Spitfire. Dix Ju
87 furent abattus dont deux par le Squadron en
plus de deux Ju 88 (…). Un autre scramble eut lieu
à 18h00 mais les bombardiers firent demi-tour et
nos gars durent en découdre avec les 109. (…) ».
On relève que, même disposant désormais d’une
supériorité numérique, la RAF renoue à Malte avec
cet « overclaiming » (surévaluation de victoires)
pratiqué depuis le début de la guerre.
Le 11 mai, on note un sérieux ralentissement
dans les opérations aériennes certainement
imputable aux efforts consentis la veille par les
deux camps. Quelques engagements sporadiques
ont cependant encore lieu avec des appareils
allemands et italiens. Une quinzaine de Ju 88
approche de l’île avec une escorte de Bf 109. Vingttrois Spitfire lui sont opposés et plusieurs victoires
furent revendiquées par les chasseurs maltais. Un
Bf 109 fut certainement abattu. Il ne s’agissait pas
moins que de l’appareil du Kommodore de la JG
53, le major Günter von Maltzahn, tombé au large
de Gozo. Il peut cependant évacuer son 109 sur
la mer puis est aperçu grimper dans son canot.
Von Maltzahn étant fort apprécié, une recherche
à très large échelle est lancée sur-le-champ et un
Do 24 repèrera puis récupérera le naufragé. Le
Kommodore semble avoir été la victime du P/O
Pete Nash (229 Sq.). En soirée, trois Ju 88 du I./
KG 54 avec escorte bombardent Hal Far (ou Luqa)
endommageant deux Spitfire. Dans ce combat,
deux Spitfire du 603 Sq. s’étant mutuellement
gênés en attaquant un Bf 109 se percutent en plein
air mais leurs pilotes peuvent sauter sans mal.
185 Sq. : « Nous disposons encore de sept
appareils lors de la mise en alerte de l’aube. Nous
nous demandons quand nous allons recevoir des
avions devant combler les pertes. En matinée,
décollage de trois appareils en urgence pour
contrer des Bf 109 mais la chasse fut infructueuse.
Un peu plus tard, nouveau départ mais avec sept
appareils pour intercepter des bombardiers. Un
Ju 88 fut endommagé. En raison d’un fort vent de
côté, le Squadron se posa à Luqa ».
Le 12 mai, la journée fut marquée par des
combats acharnés de chasseurs entraînant,
comme le soulignent bien des auteurs,
d’étonnants ‘overclaimings’ dans les deux camps.
Mais, désormais, la défense maltaise disposant
d’un grand nombre d’appareils et des vitales
informations d’Ultra ne joue plus à l’esquive et peut
se permettre d’envoyer une trentaine de Spitfire
avec une poignée de Hurricane contrer une demidouzaine de bombardiers italiens escortée par les
Bf 109 de la ‘Pik As’. À la fin de la journée, la JG
53 revendiquera pas moins de dix victoires. Si la
défense maltaise perd probablement quelque huit
appareils ce jour-là, quatre seulement pourraient
être attribués à la JG 53, plusieurs chasseurs
de la RAF étant abattus par des tirs défensifs
de Ju 88 ou perdus dans des collisions. De part
adverse, des bombardiers et des Bf 109 furent
revendiqués mais, si des appareils allemands
durent certainement revenir en Sicile avec des
Messerschmitt Bf 109 F-4/Z WNr. 7282 du Maj. Günther Freiherr von Maltzahn,
commandant de la JG 53 à Comiso au printemps 1942.
22
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Des Ju 88 en matinée à
Catane.
dommages, aucun n’aurait été perdu ce jour-là ;
contrairement à quelques avions italiens.
Journal du 185 Sq. : « Nous avons décollé de Luqa
mais fûmes victimes d’un accident. Deux appareils
se percutèrent au sol, réduisant ainsi notre effectif
à cinq. Nous avons rencontré les bombardiers
sur Hal Far. Il s’agissait de quatre Ju 88. Un fut
endommagé et un Bf 109 fut abattu. Le Sgt Yarra
s’amusa avec quelques ‘Ritals’ descendant en
parachute après que leur Cant. 1007 ait été abattu.
Il plaça la corolle du parachute dans le vent de
son hélice, ce qui retournait la toile, faisant chuter
l’aviateur de quelques centaines de pieds avant
que le parachute ne se redéploie. Dès lors, quatre
‘macaronis’ très malades touchèrent la surface de
l’eau ». Quelque peu gêné par ce récit sans fard,
le commentateur de ce journal explique que ce
‘petit jeu’ était courant chez les pilotes de Malte.
Dans le cas présent, le F/Lt Barnham fut chargé
de ‘réceptionner’ les quatre naufragés qui avaient
pu atteindre l’île. Il ne trouvera cependant que des
cadavres, les Italiens ayant été massacrés par la
population locale. Et le commentateur d’ajouter :
« Les pilotes alliés, conscients du danger d’être
confondus avec des aviateurs de l’Axe, arborèrent
des inscriptions explicites en grandes lettres sur
leurs Mae West comme ‘Spitfire – British’ ». À
ce jour, personne n’a désiré dresser une liste des
aviateurs allemands, italiens ou du Commonwealth
assassinés de la sorte…
Le 13 mai, des Ju 87 du III./St.G. 3 viennent
bombarder Hal Far, détruisant au moins un
Hurricane au sol. Treize Spitfire décollent pour
les contrer mais des Bf 109 interviennent dans
le combat. Deux Luftsiege seront revendiquées ;
cependant seul un Spitfire fut endommagé. À
Comiso, la JG 53 perd un pilote lors d’un test
d’avion. Le Lt. Siegmund Hosneld (7./JG 53),
probablement arrivé récemment à l’escadre, aurait
perdu connaissance en plein ciel. Revenu à lui,
il veut évacuer son ‘Friedrich’ en perdition mais
déclenche trop tôt l’ouverture de son parachute
dont la toile se prend dans l’empennage.
En soirée, une demi-douzaine de Ju 88 du I./KG 54
doit décoller de Gerbini. Lorsque le second quitte
le sol, il est victime d’un ennui moteur et percute
le sol en bout de piste détruisant l’alimentation en
énergie de l’aérodrome. Les lumières s’éteignent,
empêchant le départ des autres bimoteurs. Les
aviateurs ne sont que blessés mais le pilote, le Fw.
Friedrich Moritz, demeure prisonnier de l’épave
qui prend feu. Le radio, l’Uffz. Helmut Held, va
alors courageusement se jeter dans le brasier
pour en extraire son camarade. Ce qui lui vaudra
de recevoir la médaille du sauvetage. Le Ju 88
devenu isolé dut être ce ‘raider’ qui lâcha cette
nuit-là quelques bombes sur Luqa, détruisant un
Spitfire.
Le 14 mai voit de nouveau une série d’actions
s’étalant sur toute la journée. En matinée, trois Ju
88 du K.Gr. 806 et des Bf 109 Jabo de la 10./JG 53
surviennent avec une escorte de la ‘Pik As’. Luqa et
Ta Kali sont bombardés mais les dommages seront
limités vu le peu de bombardiers. Le Ju 88 M7+FH
du Hptm. Emil Braun, le Staka de la 1./806, sera
porté disparu avec son équipage. Le Lt. Karl-Heinz
Quaritsch (8./JG 53) devient un as en abattant sa
cinquième victime (devant être le Sgt Colin Finlay
du 185 Sq.). Le Bf 109 F du Lt. Alfred Hammer (4./
JG 53) avait été sérieusement endommagé et nul
ne pensa qu’il puisse revenir en Sicile. Néanmoins,
Hammer réussira l’exploit de lutter contre le vent
contraire pour finalement ‘vomir’ son appareil
à Comiso (même s’il sera ensuite déclassé au
vu de ses dommages). Peu après, deux pilotes
du II./JG 53 remportent chacun une Luftsieg sur
un…. ‘Curtiss P-40’, avion qui, comme on le sait,
ne figurait pas dans l’arsenal maltais. Vers midi,
lors d’une attaque de trois Ju 88 du K.Gr. 806
23
opérant avec une escorte de chasseurs allemands
et italiens, le Sgt australien Tony Boyd est tué.
Comme pour Finlay, cette perte est durement
acceptée par les défenseurs de Malte, tous deux
étant des vétérans issus du premier contingent de
novembre 1941. Volant auparavant sur Hurricane,
ils s’étaient vu confier un Spitfire sans avoir pu
bénéficier d’un ré écolage. Vu la mêlée, on ne
sait cependant si Boyd fut victime de la ‘Pik As’
ou (plus probablement) de chasseurs italiens.
Les trois bombardiers seront revendiqués comme
abattu mais seul le M7+CH fut perdu. Son pilote,
le Fw. Günther Schwerdt, tenta bien de le poser
sur le ventre à Ta Kali mais le bimoteur explosa.
Un aviateur aurait temporairement survécu dans
l’incendie avant qu’un W/Cdr ne lui donne le coup
de grâce par humanité avec son revolver. Un Ju
88 serait cependant revenu se crasher à Catane
(équipage indemne).
En soirée, trois Ju 88 de la 806e reviennent sur
Malte et un nouveau combat s’engage avec des
Spitfire du 249 Sq. Le Ju 88 M7+BL de l’Uffz.
Johannes Prokesch (3./806) est abattu en flammes
sur la mer tandis que le jeune pilote américain
Harry Fox du 249 Sq. est tué, deux autres Spitfire
étant endommagés. Le III./JG 53 sera crédité ici
de deux Luftsiege. Il n’y eut qu’un survivant de
l’équipage de Prokesch, l’Ogfr. Herbert Burger.
Selon son interrogatoire : « L’observateur Burger,
son écolage achevé, fut envoyé sur le front de l’est
où son unité se consacra surtout à des attaques
de navires bien que, de temps à autre - comme
les documents de Burger le prouvent, il mena
des attaques en piqué en appui de l’infanterie.
Il fut envoyé en Sicile en décembre 1941. Ses
documents indiquent qu’il effectua soixantehuit vols en Méditerranée dont cinquante-quatre
attaques sur des objectifs à Malte, cinq patrouilles
en protection de convois , trois attaques de
convois britanniques et deux reconnaissances.
Selon Burger, il avait en fait accompli quatre-vingt
missions de guerre, soit une par jour, et se plaignait
de la fatigue nerveuse endurée particulièrement
en décembre, janvier et février. Les attaques de
Malte en mars et avril furent moins astreignantes
car les défenses maltaises avaient été affaiblies
mais il considère Malte comme l’objectif le plus dur
à attaquer et espérait pouvoir être mis en retrait
du personnel volant, ce qui aurait été selon lui
possible après cent vols de guerre ».
Journal du 185 Sq. : « Cinq appareils menés par
le F/Lt Lawrence, décollèrent lors du premier
scramble. Nous avons hélas perdu le Sgt Finlay.
‘Ginger’, qui devait sous peu quitter l’île, fut
attaqué et abattu par six 109. (…) Lors du second
scramble, nous avons perdu le Sgt Tony Boyd qui
avait accompli des prouesses sur l’île. Il fut abattu
par des Macchi 202 ».
Des incendies se
développent à La Valette
le 11 mai 1942.
24
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Le Sgt australien John
Yarra du 185 Sq. (à dr.)
avec le Sgt Ernie Broad.
Le 15 mai, la Regia Aeronautica semble avoir
largement opéré sur Malte et l’on ne connaît
qu’un combat du II./JG 53 sur l’île. Le Gruppe
devait opérer cette fois en chasse libre et l’Oblt.
Gerhard Michalski, Staka de la 4./JG 53, sera
crédité de l’appareil du P/O Booth (126 Sq.) qui
reviendra se ‘crasher’ sur son aérodrome. Peu
après, ayant décollé en alerte, le Sq/Ldr David
Douglas-Hamilton (603 Sq.) attaque de face
un 109, son tir détruisant une aile du ‘Friedrich’.
Devenu incontrôlable, le 109 est abandonné
par son pilote, le Lt. Herbert Soukup (6./JG 53),
qui venait peu avant de remporter sa cinquième
Luftsieg. Grièvement blessé par un obus au bras
gauche, il pend à un toit, la toile de son parachute
étant restée accrochée à une cheminée. Ce qui
lui sauva probablement la vie car une meute
d’insulaires se rassemble en contrebas avec
le net désir de l’achever. Soukup sera sorti de
Un Spitfire V du 185 Sq.
à Luqa, protégé par son
alvéole improvisée.
cette mauvaise posture par des militaires puis
amené à l’hôpital où il sera alité à côté du F/Lt
Hugh Johnston du 126 Sq. qui avait été blessé
le 6 mai. Lors de leurs discussions très confuses
(aucun ne parlait la langue de l’autre), Johnston
apprendra que l’Allemand avait été initialement
pilote de Stuka avant de se porter volontaire pour
la chasse. Il aurait volé une centaine de fois sur
Malte. Soukup partira en captivité au Canada.
Libéré en 1947, ce Sudète ne pouvant revenir
dans son village de Gastorf vidé de sa population
allemande, regagnera la Canada, s’y établira,
fondera une famille et y décèdera en 1997.
Dans l’après-midi, des Ju 88 du I./KG 54 auraient
croisé à une trentaine de kilomètres de Malte dans
le but d’attirer la chasse adverse. Mais, prévenue
de ce leurre par Ultra ou par manque d’appareils,
la défense de l’île ne réagira pas.
Journal du 185 Sq. : « Nos trois appareils ont été
réduits à deux. Le Boche est arrivé de nuit sur
25
l’aérodrome et a largué une bombe à proximité
d’un des Spitfire. Des shrapnels ont constellé son
moteur. Nous avons néanmoins repris les missions
habituelles et, dans l’après-midi, nos deux pilotes
ont affronté l’ennemi, détruisant deux Macchi et
endommageant un Bf 109 ». Cette nuit-là, le I./KG
54 avait engagé cinq Ju 88 sur Ta Venezia.
Le 16 mai, les appareils italiens sont toujours
très présents sur l’île ; cela avec des fortunes
diverses. La ‘Pik As’ lance quelques chasseurs
sur Malte, le Lt. Ernst Klager (7./JG 53) remportant
là sa quinzième victoire sur le Sgt australien Fred
Johnson (603 Sq.) qui peut néanmoins ‘crasher’
son Spitfire sur son aérodrome. Deux pilotes du
249 Sq. - ou la DCA ? - détruisent le moteur du
‘Friedrich’ de l’Uffz. Felix Sauer, un vétéran de la
‘Pik As’ depuis 1940, membre de la 10. (Jabo) /
JG 53. Sauer peut amerrir. Il grimpe dans son
canot et va espérer être secouru pendant huit
jours interminables. Il a laissé un court récit de
cette longue semaine donnant ainsi une idée
du calvaire vécu par de nombreux aviateurs ou
marins dérivant sur la Méditerranée sous un
soleil implacable et dans l’eau salée : « 1er jour :
La mer est vide. Malte apparaît à l’horizon. Mes
camarades arrivent avec deux avions de Seenot
mais ils ne peuvent m’apercevoir dans la brume.
La nuit tombe. Je vérifie mes maigres provisions.
Pas d’eau. J’aperçois deux vedettes ennemies
mais ne me signale pas. Je laisse la chance à mes
camarades (…). 2e j. : Un 2e hydravion passe mais
ne me voit pas. Je contemple les combats aériens,
un spectacle fascinant. Le soir, des navires
ennemis approchent et je tente de les attirer vers
moi mais en vain. (…). Par chance, je n’ai pas
grand soif. 3e j. : Le vent semble me pousser vers
la Sicile mais un vent contraire m’en éloigne. Le
vent change tout le temps. J’espère atteindre la
Crète ou l’Afrique. (…) 4e j. : La soif devient tenace.
Je note qu’en matinée, des gouttes de buée se
condensent sur la paroi du canot et je la lèche pour
tenir jusqu’au lendemain. 5e j. : La nuit, les vagues
ont tant remué le canot qu’il n’y a pas de buée.
Déception ! Je tente de filtrer l’eau de mer en
usant du petit drapeau de mon canot mais c’est un
échec. Je ne peux boire de l’eau de mer et trouve
alors un antidote. Je mélange du sucre à l’eau
salée et cela semble marcher. Je peux tenir. (…).
6e j. : Je vois passer des Spitfire et six transports
allemands. Personne ne me repère. Je sens que je
perds toute ma force mais l’espoir d’être secouru
subsiste même s’il diminue. Mes camarades ne
doivent cependant plus me rechercher (…). 7e j. :
J’écris une dernière lettre à mon épouse au dos
de sa photo (…). 8e j. : Je sens que c’est la fin.
Je contemple mon dernier lever de soleil. Soudain
Le F/Lt Keith Lawrence
du 185 Sq.
Gerbini en mai 1942. Des
mécaniciens de la I./KG
54 mettent la dernière
main à ce Ju 88 avant un
départ vers Malte.
26
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
L’Uffz. Felix Sauer
dérivant dans son canot
pneumatique va âtre
sauvé par le torpilleur
italien Turbine.
j’aperçois une forme qui se matérialise. Ce ne
sont pas des dauphins. C’est un navire ! ». Par le
plus grand des hasards, le torpilleur italien Turbine
repère le naufragé et le sauve. Ramené en Sicile,
Sauer demeurera un temps à l’hôpital où il recevra
l’EK I pour ses quatre-vingt-dix vols de guerre sur
Malte puis sera muté comme instructeur à la JG
104, survivant ainsi à la guerre.
La nuit du 16 au 17 mai, quatre Ju 88 du I./KG 54
sont engagés en ‘Störeinsätzen’ sur Malte. Le radio
de l’Oblt. Ernst Gragger va signaler un incendie,
le B3+FH devant être évacué à trente kilomètres
au sud de Malte. Le lendemain, des recherches
sont lancées mais on ne trouvera à la surface de
l’eau que de petites nappes d’huile et des taches
vertes, produites par des Farbbeutel, ces sachets
de l’équipement de survie en mer contenant des
colorants permettant un repérage du ciel. Les
quatre aviateurs seront portés disparus.
Le 17 mai, la RAF (qui se plaignait pourtant
amèrement du mitraillage de ses vedettes de
sauvetage en mer) va systématiquement passer
son temps à abattre les Do 24 de secours en mer
engagés dans la recherche de Sauer. Deux de ces
trimoteurs sont perdus. Lors du premier combat,
l’Ofw. Rudolf Ehrenberger (6./JG 53), escortant
un des hydravions, revendiquera un Spitfire à une
quinzaine de kilomètres de La Valette ; mais son
opposant ne dut être qu’endommagé.
En matinée, deux Spitfire du 249 Sq. sont guidés
vers un Ju 88 D de reconnaissance de la 1.(F)/122.
Le F6+LH est abattu en mer avec l’équipage de
l’Oblt. Günther Steppmacher.
Vers midi, lors de l’approche d’une formation de
bombardiers, huit Spitfire affrontent le II./JG 53.
Le Lt. Wolfgang Herrmann (5./JG 53) est porté
disparu, son avion devant tomber en mer tandis
qu’un second ‘Friedrich’ plonge au large du
Cap Scaramia mais, selon une source, pour un
problème technique. Son pilote sera cependant
sauvé. Le P/O Pete Nash, vétéran aux onze victoires,
est perdu, victime d’un pilote de la 6./JG 53.
En soirée, les quatre derniers pilotes de Hurricane
du 605 Sq. et quelques pilotes récemment arrivés
mais considérés comme trop inexpérimentés pour
être engagés dans les sanglants combats de
Malte sont renvoyés à Gibraltar, puis en GrandeBretagne.
Sauer recevra de nombreuses visites à l’hôpital sicilien où il sera soigné.
Après convalescence, Sauer rencontre le Kommodore von Maltzahn. Peu après, il
sera renvoyé en Allemagne.
Les chutes en mer étaient bien moins idylliques que
celle peinte par un artiste de la (F) 122 sur les murs
du Kasino (mess des officiers).
27
Du côté allemand, le renforcement en flèche de
la défense maltaise inquiète. Désormais, la RAF
dispose quasiment de plus de chasseurs sur
l’île que la Luftwaffe n’en a en Sicile. Certes, les
Macchi italiens appuient l’allié allemand mais ils
ne font guère le poids face aux Spitfire. En haut
lieu, on envisagera même de mettre fin aux raids.
En attente d’une décision de l’autorité supérieure,
les bombardiers vont être, comme on a pu le
constater, engagés avec parcimonie. Ces derniers
jours, les attaques furent menées par une Kette
(formation de trois appareils) de Ju 88 disposant
d’une escorte de chasseurs italo-allemands.
Le 18 mai, l’Uffz. Gerhard Beitz (9./JG 53) ayant
décollé de Comiso en matinée avec son escadrille
s’aperçoit que son ‘Friedrich’ fait des siennes.
Alors qu’il pense faire demi-tour, il est engagé
dans un combat avec des Spitfire. Selon ses
camarades, il remporta là sa seconde victoire sur
un Spitfire. Il ne le saura jamais car, peu après, il
doit évacuer son avion. Selon ses souvenirs : « Il
paraît que je fus abattu en combat. Je ne sais le
confirmer car mon appareil devait être défectueux
dès le départ. Je suis tombé en mer et, après
trois jours, ai eu la chance d’être repéré par un
navire britannique (Note : la vedette HSL128). Je
fus pendant quatre mois dans un camp sur l’île de
Malte avant d’être transféré en Angleterre avec
dix-neuf autres aviateurs. Je fus ensuite envoyé
dans un camp de PG au Canada et, quand il
fut dissous en 1945, je pus revenir chez moi ».
Deux autres pilotes allemands seront de même
victorieux et, effectivement, la défense maltaise
perd au moins trois appareils. Du côté allemand,
outre Beitz, l’Uffz. Johannes Lompa (4./JG 53) est
abattu au large de Hal Far. Deux autres ‘Friedrich’
sont détruits. Le premier tombe en mer au large
de Malte mais son pilote sera récupéré par ses
camarades. Le second peut être ramené sur
Vittoria avant que son pilote ne l’abandonne en
parachute.
Le P/O Norman Fowlow (603 Sq.) ayant sauté
sur la mer, un de ses camarades du 185 Sq, le
P/O Sherlock, embarque sur la vedette HSL128
pour partir à sa recherche : « Près de Benghaisa
Point, nous aperçûmes un type à la surface.
Comme les vedettes étaient fréquemment
mitraillées, l’équipage n’avait guère de sympathie
pour les Boches et peu envie de les sauver. En
s’approchant, un marin cria : ‘Anglais ?’. Recevant
une réponse négative, une discussion débuta à
bord et la vedette allait s’éloigner lorsque l’aviateur
s’agita avec fureur. Je reconnus Norm et dis à
l’équipage qu’il était Canadien pas Anglais. Tout
le monde trouva que c’était une bonne blague,
Norm excepté ». Bizarrement, cette vedette avait
pourtant déjà sorti peu avant l’Uffz. Lompa de
l’eau (mais il avait peut-être été confondu avec un
‘Anglais’).
Ce 18 mai, dans le cadre de l’opération ‘L.B.’, dixsept nouveaux Spitfire (avec à leurs commandes
des pilotes du 130 Sq.) décollent du pont de
l’Eagle pour Malte. Six Albacore doivent faire de
même pour renforcer la Fleet Air Arm à Hal Far. Si
les Spitfire atteindront sans mal leur destination,
les Albacore reviendront apponter après deux
heures, leurs moteurs chauffant exagérément. On
découvrira que les refroidisseurs avaient été réglés
sur ‘hiver’ et non sur ‘été’ d’où cette surchauffe
intempestive.
Le 185 Sq. avait, les jours précédents, opéré
principalement face à la Regia Aeronautica.
Selon son journal de guerre : « 18 mai. Nos deux
appareils sont de nouveau en attente à l’aube. Ils
ont combattu des 109 dont un fut certainement
détruit et un autre probablement. Dans l’aprèsmidi, dix-sept nouveaux Spitfire arrivèrent. Nous
en avons reçu quatre ».
En soirée du 19 mai, quatre Ju 88 bombardent Ta
Kali détruisant un Spitfire du 249 Sq. Le journal
du 185 Sq. renseigne un léger combat avec des
Bf 109 (puis des Cant protégés par des Macchi).
Un Bf 109 sera revendiqué comme ‘endommagé’.
Tandis que la défense maltaise se renforçait
régulièrement, le II. Fliegerkorps est dépouillé
de nouvelles unités demandées en haut lieu en
prévision d’une grande offensive de l’Afrika Korps
poussant vers l’est :
-le 19 mai, une partie du I./KG 54 part pour Eleusis
avec dix-huit appareils et une centaine d’hommes,
étant alors soumis au X. Fl.K. Le détachement
demeuré en Sicile semble alors avoir été peu actif ;
-le 20 mai, le III./JG 53 entame son départ vers la
Libye ;
-il sera suivi peu après par la 10./JG 53. Or, les
Jabos très mobiles, opérant souvent par paires et
disposant d’une grande liberté d’attaque, étaient
les plus capables de déstabiliser la défense
maltaise renseignée par Ultra (surtout pour les
raids d’importance) ;
-le III./St.G. 3 part à Derna appuyer l’avance des
Panzer de Rommel.
Bref, le II./Fliegerkorps devient une peau de
chagrin, étant réduit aux Stab et II./JG 53, aux
K.G. 606 et 806, au reliquat du I./KG 54 et aux
deux escadrilles de Ju 88 D de reconnaissance
du I.(F)/122 (sans oublier les Do 24 de secours
en mer). Inutile de préciser qu’avec de si maigres
effectifs, il n’était plus question de lancer une
offensive d’importance et, de nouveau, le ciel
maltais sera en grande partie délaissé à la Regia
Aeronautica.
Pour la Luftwaffe, l’île de Malte est désormais
devenue par la force des choses un objectif
secondaire, l’Afrique drainant la majorité de ses
unités. Néanmoins, le maréchal Kesselring va
tenter, avec de très maigres moyens, de maintenir
une certaine pression sur les défenseurs de
l’île, l’aviation italienne étant très inférieure à
ses opposants. Pour la fin du mois de mai, on
peut dresser une courte liste des quelques raids
allemands :
-le 20 mai, vers 16h00, une dizaine de Bf 109
Un équipage du K.Gr.
806 consulte une dernière
fois sa carte avant le
décollage.
28
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Catane, la tour de
contrôle. Cet aérodrome
va de plus en plus devenir
la cible des Wellington
venus de Malte.
La RAF basée à Malte
relançant les attaques
des aérodromes siciliens,
les servants de la Flak
basée sur cette île vont
redoubler de vigilance.
effectue un passage sur l’île causant divers
dommages au sol ;
-en matinée du 21 mai, cinq Bf 109 mitraillent
Hal Far à basse altitude tuant deux membres du
personnel au sol et causant des dommages légers.
Vers midi, quatre Ju 88 avec une escorte de dix Bf
109 pénètrent dans l’espace aérien maltais. Dix
Spitfire les contrent et, dans cet engagement, le
Bf 109 F-4 de l’Uffz. Ernst-Hanns Seidel (8./JG 53)
est abattu près de Marsa Sirocco, son pilote étant
porté disparu. Ce fut là le dernier combat du III./JG
53 sur Malte avant son transfert en Afrique et cet
appareil aurait été revendiqué par le 185 Sq. selon
son journal de guerre ;
-le 22 mai, une vingtaine de Bf 109 surgit en
matinée. Quatre de ces appareils auraient
bombardé Hal Far. Huit Spitfire décollent mais,
même si un chasseur allemand fut revendiqué,
tous revinrent en Sicile (le 185 Sq. est crédité d’un
Bf 109 F détruit) ;
-le 24 mai, un Ju 88 isolé (de la (F)/122 ?) est pris
en chasse mais sans succès. Il sera néanmoins
revendiqué par le 185 Sq. ;
-le 25 mai, des Bf 109 assurent la couverture de
bombardiers italiens en matinée. En soirée, six Bf
109 protègent six autres 109 Jabo bombardant
Hal Far sans causer de grands dégâts. Peu
après, douze Ju 88 attaquent Ta Kali et Luqa,
endommageant deux Wellington du 104 Sq.
récemment arrivés sur l’île ; -le 27 mai, vu le grand nombre de Spitfire
présents, la RAF se permet le luxe de renvoyer le
229 Sq. en Égypte. Redevenant offensive, la RAF
maltaise envoie huit Wellington attaquer de nuit
des objectifs en Sicile ;
-le 28 mai, attaque de Luqa par une dizaine de Bf
109. Peu après, six Ju 88 approchent de l’île. Ils
sont repoussés par des Spitfire et, bien qu’aucune
revendication n’ait été émise, le M7+MK de la 2./K.
Gr. 806 fut perdu avec l’équipage du Fw. Friedrich
Brehm ;
-de nuit, le 29 mai, Catane subit une seconde
attaque de Wellington venus de Malte. Un He 111
aurait été détruit au sol ;
-le 30 mai, quelques ‘sweeps’ sont menés par
des Bf 109 mais, comme il en est désormais, les
29
actions les plus nombreuses sont menées par la
Regia Aeronautica. Selon le journal du 185 Sq. :
« Sur l’île, nous avons maintenant soixante-dix
Spitfire en état de vol. Une grande différence
d’avec l’époque où nous n’avions que six Hurricane
et quatre Spitfire’ » ;
-le 31 mai, le Lt. Franz Kunz (5./JG 53) est crédité
de sa 1e v. sur un Spitfire au nord de La Valette. On
n’en trouve cependant nulle trace.
La dispersion du II. Fliegerkorps avait largement
soulagé la pression sur Malte. Lors des cinq
premiers mois de l’année, on avait estimé que
onze mille tonnes de bombes ayant frappé l’île (les
trois-quarts étant destinés à Luqa, Ta Kali et Hal
Far). En mai, il n’y en eut plus « que » cinq cent
vingt - et cela seulement lors des huit premiers
jours du mois. Le départ des LG 1, KG 77 et St. G.
3 explique cette baisse soudaine. Les assauts sur
Malte furent désormais délaissés principalement
aux Italiens. Tout au long de ce mois de mai, le II.
Fl.K. n’avait pu effectuer que trois mille cent trentesix sorties - soit le tiers du mois précédent. Dans un
effort de compensation, la Regia Aeronautica allait
en effectuer mille cinq cent quatre-vingt dix-sept soit le double du mois d’avril. Ce qui n’était bien
sûr pas suffisant. La défense maltaise perdit en ce
mois de mai trente-trois Spitfire et deux Hurricane
(y compris deux chasseurs abattus par leur propre
DCA). Ce qui ne pouvait affaiblir durablement la
RAF et, dès lors, des bombardiers britanniques
allaient revenir s’installer sur l’île pour relancer
les missions offensives (entre autres, onze par les
avions torpilleurs du 38 Sq. et trente-quatre par les
Swordfish et Albacore de la Fleet Air Arm).
Une attaque nocturne de la Luftwaffe
Selon Charles Grech :
Un dimanche de mai, nous assistâmes à des attaques de nuit de l’aérodrome de Luqa. Il y avait eu un autre raid à l’aube. J’étais en compagnie de
quelques amis à l’entrée de l’abri et, vers 6h45, quatre coups tirés par les canons du Fort Manoel nous réveillèrent. Nous avons alors regardé le ciel.
À distance, on apercevait environ quinze Ju 88 volant à quelque quinze mille pieds et venant de la mer. Ils volaient en sections de trois et semblaient
se diriger vers Luqa. Comme il n’y avait nul danger pour notre secteur de l’île, Vince, George et moi-même courûmes vers le Strand. Les canons du
Fort Manoel ne pouvaient plus tirer car les avions les survolaient et les tubes ne pouvaient les viser à cet angle de 90°. Les autres batteries cependant
maintenaient leurs tirs et un des Ju 88 quitta la formation, de la fumée s’échappant d’un de ses moteurs. Il glissa sur une aile et commença à perdre de
l’altitude, descendant vers Hal Far. Je pus apercevoir trois parachutes s’en échapper. Pendant ce temps-là, les autres appareils entamèrent leur piqué
pour larguer leur chargement mortel. Six d’entre eux obliquèrent vers Ta Kali tandis que les huit restants visèrent Luqa. Ils furent alors pris sous le
feu des Bofors et des mitrailleuses étant désormais à portée de leur tir vu leur altitude plus basse. Le ciel était strié d’obus traçants. D’imposantes
colonnes de fumée et de poussière pouvaient être aperçues sur l’aérodrome de Luqa. (…) Nous avons ressenti un choc plus puissant qui nous atteignit
à Sliema. Ce devait être un dépôt de munitions atteint de plein fouet. Un panache de fumée grimpa dans le ciel jusqu’à dix mille pieds et, comme il
n’y avait pas de vent, demeura dressé de toute sa hauteur comme un champignon, s’élevant de plus en plus. Bien que nous ne puissions apercevoir
Ta Kali, nous entendions de même des explosions venant de cette direction. Lors de cette période particulièrement rude, il n’était pas rare d’entendre
des plaintes émises à l’encontre de notre
défense de chasse, les gens n’étant
pas heureux de voir que nos appareils
n’interceptaient pas l’ennemi sur la mer.
C’était partiellement justifié mais peu
savaient que nos appareils manquaient
de carburant et que beaucoup de Spitfire
et Hurricane étaient hors de service suite
aux avaries subies en l’air et au sol. (…)
Les énormes cratères sur les aérodromes
et le manque d’équipement de levage
empêchaient de sauver des appareils
même si Maltais et soldats travaillaient
sans arrêt, affrontant le danger de
remblayer ces entonnoirs de bombes.
Nos pilotes n’étaient guère ravis de
devoir demeurer au sol. Je remarquai
que la frustration les prenait quand ils
étaient ainsi empêchés de voler. Il leur
arrivait de perdre la tête lors d’attaques
à basse altitude et de tirer vers les avions
ennemis avec leur pistolet de service ou
un fusil trouvé à proximité. Cela arrivait
également lors de la mort d’un de leurs
camarades.
(Quoiqu’il soit difficile d’identifier
le dimanche cité par Grech, on peut
penser que le Ju 88 ainsi abattu fut un
des bimoteurs perdus le 10 mai).
Luqa (photo prise par un Aufklärer).
30
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Un aviateur de la KG 77
ayant effectué un certain
nombre de missions est
accueilli avec des fleurs.
Juin 1942
En ce début de juin, les responsables du II.
Fliegerkorps ainsi que l’état-major du maréchal
Kesselring ne pouvaient que constater le peu de
potentiel offensif des unités allemandes basées en
Sicile. Alors qu’en avril, les chasseurs de la Regia
Aeronautica escortaient des bombardiers de la
Luftwaffe, en mai c’était désormais aux quelques
Bf 109 de la JG 53 d’escorter les bombardiers
italiens. Le poids le plus important de la guerre
aérienne sur Malte reposait désormais - et par
la force des choses - sur les épaules des unités
italiennes.
Crash à Hal Far.
Même si les Transalpins n’avaient pas la même
efficacité que leur allié germanique (et si leurs
pertes semblent avoir été plus élevées), ils
continuaient toutefois à affaiblir la défense maltaise.
Dans son ouvrage ‘Malta, the Spitfire year’,
Christopher Shores donne à son chapitre relatif
aux mois de mai/juin le titre de ‘Spring attrition’. Et,
effectivement, après les attaques massives de six
semaines réalisées par la Luftwaffe en mars/avril
1941, le conflit aérien sur Malte tournait à la guerre
d’usure. La Regia Aeronautica souffrait mais les
unités de Spitfire de même. Ainsi, le 185 Sq.,
censé recevoir onze Spitfire le 9 mai, n’en avait
déjà plus que deux le 18 de ce même mois. Le
Squadron reçut alors quatre appareils en renfort.
31
Le ravitaillement en
avions nouveaux de
Malte exigeant une
opération majeure
de la Royal Navy, il
était indispensable de
conserver le maximum
de Spitfire en état de
vol. Ces Spitfire V sont
en cours de réparations
ou de remise en état par
canibalisation dans le
hangar du garage Gazan,
réquisitionné à cet effet.
Mais, si les chasseurs s’affrontaient dans les
cieux, des bombardiers revenaient régulièrement
sur l’île pour lancer des actions visant à perturber
le trafic maritime de l’Axe ainsi que les navettes
Italie-Afrique.
Dans le but de mieux s’approcher de Malte, la
JG 53 va commencer à déplacer quelques-uns
de ses appareils sur l’îlot de Pantelleria, le point
le plus méridional de l’Italie. Cependant, peu de
chasseurs pourront y être basés vu le caractère
fruste de cet aérodrome local aux possibilités
d’accueil très limitées.
Le 1er juin, en matinée, six Bf 109 mènent une
attaque Jabo sur le secteur de Tas-Simle. Quatre
Spitfire du 185 Sq. les contrent, revendiquant
deux Bf 109. Si on n’en trouve nulle trace, le Lt.
Hans-Volkmar Müller (5./JG 53) signale pour sa
part une victoire sur un Spitfire. Un pilote canadien
est effectivement abattu et tué. On relève à cette
époque un grand nombre d’actions de chasseurs
bombardiers allemands. Or, la 10.(Jabo)/JG 53
opérait désormais en Afrique. Il semblerait donc
que les chasseurs ‘normaux’ effectuaient ce
type de mission probablement sous la houlette
d’‘anciens’ ayant suivi un entraînement du temps
de la Bataille d’Angleterre. Mais ces attaques
menées souvent par des néophytes hâtivement
formés devaient manquer d’efficacité. Elles
maintenaient cependant l’adversaire sous pression
et compensaient un tant soit peu le manque de
bombardiers allemands présents en Sicile.
Ce même jour, des Wellington, Albacore et
Swordfish partis de Malte coulent un vapeur italien
au large de Benghazi. L’île retrouve peu à peu sa
réputation de ‘porte avions d’assaut’.
Selon le journal du 185 Sq. : « Le A Flight décolla
en urgence pour intercepter des intrus qui
s’avérèrent être quatre Bf 109. Un fut abattu et
un autre endommagé. Malheureusement, le P/O
McNaughton fut abattu dans ce combat. Andy
n’avait rejoint que très récemment le Squadron
mais était devenu très populaire. Nous ne pouvons
nous permettre de perdre des gars comme lui – ils
sont difficiles à remplacer ».
Le 3 juin, lors de l’opération ‘Style’, le porte-avions
Eagle amène trente et un nouveaux Spitfire pour
Malte. Pour faciliter ce transfert, trois vétérans
des combats sur l’île avaient gagné Gibraltar et
embarqué à bord de l’Eagle. Étant pour une fois
bien renseignés, les Bf 109 des 4. et 5./JG 53
(partis de Pantelleria) interceptent la formation tout
en revendiquant cinq victoires. Quatre Spitfire sont
effectivement abattus. Les appareils des 249 et 601
Sq. vont couvrir l’arrivée des renforts. Le F/O Raoul
Daddo-Langlois va ainsi longtemps orbiter sur un
des pilotes naufragés pour guider les secours. Mais
aucune vedette n’arrivera et l’infortuné aviateur
se noiera. À l’atterrissage à Ta Kali, un Spitfire
est détruit mais son pilote est indemne. Au cours
de cet engagement, un Fw 58 de la JG 53 est
abattu par deux Spitfire. La présence de semblable
appareil sur la mer dans un secteur de combat
particulièrement dangereux peut surprendre mais,
suite au manque de Do 24, ce bimoteur devait
opérer comme appareil de secours en mer capable
de lancer canots et matériel de survie aux éventuels
naufragés. Un aviateur a été tué mais le reste de
l’équipage sera sauvé. En se reposant à Pantelleria,
un 109 de la 5./JG 53 est détruit à 50%.
Peu après, deux Ju 88 D de la (F)/122 viennent
survoler Malte pour photographier les aérodromes
ayant accueilli les récents Spitfire. Ils ne furent pas
interceptés.
De nuit, six Wellington du 104 Sq. repartent une
fois de plus sur Catane.
Le journal de guerre du 185 Sq. signale que l’unité
se vit attribuer quatre des nouveaux Spitfire, le
Squadron disposant désormais de seize appareils.
Les 4 et 5 juin, quelques Bf 109 pénètrent dans
l’espace aérien de Malte. Lors d’une de ces
intrusions, le 185 Sq. en affronte mais, vu le
nombre, est contraint à la fuite (épisode ne figurant
pas dans son journal de guerre !).
Le 6 juin, des Ju 88 du K.Gr. 606 sont engagés
sur Malte. Le 185 Sq. les aurait combattus mais,
semble-t-il, sans succès. Par contre, le 249 Sq.
revendique deux bombardiers. Les 7T+HK de la 2e
Staffel (pilote : Uffz. Heinz-Wolf Bartels) et 7T+BL
de la 3e (Lt. Werner Dielas) sont effectivement
perdus avec leurs équipages.
32
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Un Focke-Wulf 58 de
la JG 53. Ces appareils
étaient employés
exceptionnellement sur la
mer pour des missions de
Seenot (secours en mer)
Le Kapitän de la 6./JG 53, l’Oblt. Günter Hess,
évacue en urgence près de Marina di Ragusa son
Bf 109 victime d’un problème de radiateur. Il saute
en parachute mais se blesse à l’atterrissage.
En soirée, une vingtaine de bombardiers (dont
plusieurs Ju 88) viennent bombarder des
aérodromes, les premiers arrivés larguant des
bombes éclairantes pour illuminer le secteur. Deux
Spitfire ayant décollé en urgence ne pourront
intercepter les intrus.
Journal du 185 Sq. : « Le A Flight mena la patrouille
matinale et il se passa pour une fois quelque
chose. Deux Spitfire furent envoyés vers un Ju
88 qui volait à distance de la côte. Il allait être
attaqué par un autre gars mais nos deux pilotes
furent crédités d’une demi victoire chacun. Toute
la matinée, nous avons été occupés avec des 109
mais sans succès ». Comme il l’a été dit, ce Ju 88
aurait été finalement attribué au seul 249 Sq.
Le 7 juin, le journal du 185 Sq. signale un combat
avec quatre Bf 109 dont un fut détruit et un autre
probablement abattu. On n’en trouve nulle trace.
Le 8 juin, la ‘Pik As’ repart au combat sur Malte
lors de deux petites intrusions. Un pilote rhodésien
du 603 Sq. est abattu en mer peu avant midi.
Dans l’après-midi, un Canadien du 249 Sq. doit
se crasher près de Ta Kali après combat mais
ne sera que légèrement blessé. Ce jour-là, le Lt.
Wilhelm Ruge (5./JG 53) est porté disparu près du
Cap Scaramia. Perdu par mauvais temps, il aurait
percuté les flots. À moins que son appareil n’ait été
endommagé lors d’un de ces deux engagements…
Ce 8 juin, le 185 Sq. demeure inactif.
Le 9 juin, le porte-avions Eagle est de retour !
L’opération ‘Style’ terminée, le navire avait
regagné Gibraltar pour y charger trente nouveaux
chasseurs (opération ‘Salient’). Parmi les pilotes,
un futur grand as de Malte, le Canadien Georges
Beurling, et un Français venu de la RCAF, le P/O
Guy Lévy-Despas (portant le pseudonyme de
‘Carlet’). Cette fois-ci, la Luftwaffe ne peut intervenir
et seul un Spitfire fut détruit à l’atterrissage (erreur
de pilotage). Peu après, l’aviation de l’Axe pénètre
dans l’espace aérien maltais. Un appareil de la 5./
JG 53 sera si sévèrement atteint par des tirs de
Spitfire du 126 Sq. (qui l’auraient poursuivi jusque
sur la Sicile) que son pilote devra l’abandonner
au retour sur Buteria. Un Spitfire, endommagé
dans ces combats, reviendra se ‘crasher’. Quatre
Spitfire sont remis au 185 Sq. Selon le journal de
guerre de cette unité, elle disposait désormais de
vingt appareils.
Le 10 juin, en prévision de l’arrivée de convois
maritimes, Malte accueille des formations de
Beaufighter et de Beaufort, certains n’étant
qu’en transit. En matinée, un Do 24 disposant
d’une solide escorte est attaqué près de Malte
par des Spitfire du 249 Sq. qui signaleront
avoir endommagé l’hydravion. L’Ofw. Rudolf
Ehrenberger (6./JG 53) est ainsi crédité de sa 29e
victoire (quoi qu’il semble que tous les chasseurs
reviendront à leur base). Un peu plus tard, ce
même pilote est de nouveau crédité d’un chasseur
britannique (probablement celui du P/O McNair
du 249e). L’Uffz. Heinrich Seldmeier (5./JG 53)
est abattu par la DCA (d’autres citent une victoire
de McNair). Ayant sauté au large de La Valette,
il sera récupéré par le Seenot. Le Staka Hess,
rapidement remis de sa récente blessure, abat un
Beaufort d’une formation transitant de Gibraltar
vers l’Égypte et ayant fait escale à Malte. Un Bf 109
revient à Comiso, pneumatiques endommagés (en
combat ?), étant détruit à 50%.
33
Gerbini, juin 1942. Le
commandant du II.
Fliegerkorps, le General
d. Fl. Bruno Lörzer, vient
saluer les hommes du
I./KG 54. À gauche, le
Gruppenkommandeur
von Platen.
Le 11 juin, un combat s’engage entre le 126 Sq.
et des Bf 109. L’un d’eux est revendiqué abattu
mais on ne relève aucune perte. De nuit, un Ju 88
du K.Gr. 806 revient se crasher à Catane après
avoir été atteint par la DCA maltaise. L’équipage
est indemne.
En matinée du 12 juin, deux Ju 88 avec une
escorte d’une quinzaine de Bf 109 attaquent Luqa.
Peu après, huit autres 109 viennent survoler l’île.
Un est revendiqué comme endommagé par le Sgt
Beurling, à peine arrivé. Le F/O Daddo-Langlois
peut revenir à son aérodrome avec un Spitfire
endommagé alors qu’il combattait isolé face à une
Kette de Bf 109.
Selon le journal du 185 Sq. : « Le A Flight était
en alerte en matinée. Deux Ju 88 surgirent
brusquement et larguèrent plusieurs bombes sur
la piste de Safi vers 7h00. Ils nous prirent par
surprise mais la section décolla pour leur donner
la chasse. Des 109 s’interposèrent cependant
et dans le combat qui s’ensuivit l’un d’eux fut
endommagé. À ce moment-là, les Ju 88 étaient
hors de vue ».
Même si Malte reprenait largement du poil de la bête
avec l’envoi de dizaines de Spitfire et la raréfaction
des unités allemandes en Sicile, le moral de
nombre de défenseurs de Malte était au plus bas.
En cause : le rationnement drastique. On manquait
souvent de tout : uniformes, rasoirs, savon mais
également - et probablement surtout - de nourriture,
de cigarettes et de bière. Cette semi famine
devenait insupportable sous la chaleur torride de la
Méditerranée dans les tensions du moment. Il fallait
donc ravitailler l’île au plus vite et pas seulement en
avions de chasse ou en carburant.
Pour troubler et désorganiser l’aviation de
l’Axe qui avait déjà plus qu’assez d’objectifs à
attaquer, l’Amirauté britannique décida de lancer
concomitamment deux convois : ‘Harpoon’ venant
de l’ouest et de Gibraltar, ‘Vigorous’ venant
d’Alexandrie. Comptant sur de vives réactions
de l’adversaire en dépit de sa faiblesse relative
en aviation, ces convois étaient puissamment
protégés, tant dans les airs que sur mer (avec
des escortes de porte-avions, de destroyers,
de croiseurs, etc.). L’aviation de Malte avait
été naturellement avertie de cette gigantesque
opération et l’île allait ainsi se renforcer de
nombreux avions torpilleurs prêts à en découdre
au besoin avec la Regia Marina (qui n’allait
certainement pas manquer d’intervenir). Les
préparatifs furent poussés à l’extrême et étudiés
très minutieusement. Cette opération d’envergure
était en effet vitale pour l’île.
Dans les jours qui suivirent, la plupart des
combats eurent lieu sur les deux convois, la
Luftwaffe opérant surtout d’Afrique, de Crète et de
Sardaigne tandis que la Regia Aeronautica allait
agir au départ de divers aérodromes. Il faut bien
admettre que le II. Fliegerkorps en Sicile faisait
pâle figure puisque, à cette époque, ses effectifs
étaient plutôt misérables : vingt-sept Bf 109 F-4
des Stab et II./JG 53 ainsi que vingt-et-un Ju 88 A-4
(des K. Gr 606 et 806). Pas de quoi donc inquiéter
une armada de navires de guerre protégeant
quelques cargos sous une importante couverture
aérienne. Néanmoins, ses équipages allaient
tenter d’appuyer leurs camarades. C’est ainsi que
le 13 juin, le Ju 88 D F6+HH du Hptm. Dr Nikolaus
Büsen de la 1.(F)/122 est porté disparu avec son
équipage. Il est probable que, pour faciliter cette
reconnaissance maritime, le bimoteur ait effectué
une navette en Libye.
Le lendemain 14 juin, un autre Ju 88 de la
1.(F)/122, le F6+EH, largement engagé sur la
mer est abattu à plus de cent kilomètres à l’ouest
de Trapani par des Hurricane embarqués. Deux
aviateurs de l’équipage de l’Uffz. Emil Schwarz
purent grimper dans leur canot mais il était
endommagé et flottait à peine. Treize heures plus
tard, les deux survivants allaient être sauvés par
un navire britannique. De leur interrogatoire très
succinct, on retiendra que leur appareil avait été
muni de réservoirs auxiliaires lui permettant de
voler neuf heures durant.
Ce même 14 juin, le Kommodore von Maltzahn est
crédité de sa 64e victoire sur un Spitfire dans le
secteur de Malte.
L’as canadien Georges
Beurling arrivé à Malte
le 9 juin.
34
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
En soirée du 15 juin,
l’Oblt. Wolfgang
Schulte (3./K.Gr.
806) fait rapport au
Kommandeur Linke suite
à la destruction près de
Pantelleria d’un cargo de
douze mille tonneaux.
Journal du 185 Sq. : « Ce jour fut calme avec
quelques scramble. (…) Un tas d’appareils divers
sont arrivés sur l’île ces derniers jours. Des
Baltimore, des Maryland, des ‘Wimpies’ et des
Beaufighter sont à Luqa pour escorter le convoi qui
devrait arriver sous peu. Les gars de Luqa installent
sur les avions des réservoirs à grande capacité pour
mener des escortes sur une longue distance ».
Le 15 juin, pour appuyer les efforts de l’escorte
des convois et ne pas laisser leur protection
aux seuls Beaufighter, des Spitfire maltais sont
effectivement modifiés en hâte pour pouvoir
emporter deux réservoirs supplémentaires au lieu
d’un. En matinée, l’Oblt. Michalski remporte sa 33e
victoire sur un Beaufighter et le Lt. Fritz Dinger
sa 15e sur un Spitfire près de Gozo. Le Fw. Otto
Schmidt (5./JG 53) s’en tire bien. Tombé en mer au
large de la Sicile, il est initialement porté disparu
mais sera sauvé (probablement par le Seenot).
Pendant ces deux journées, le convoi ‘Vigorous’
(venant de l’est) avait été soumis à des attaques
continuelles, ayant dû traverser la fameuse ‘Bomb
Alley’, l’allée des bombes séparant la Crète de la
côte africaine. Les Ju 88 de la LG 1 avaient infligé
de lourdes pertes au convoi tandis que des U-Boote
avaient participé à l’envoi de plusieurs navires par
le fond. Mais, à l’annonce de l’arrivée imminente
Construction d’alvéoles
de protection à Ta Kali.
du gros de la flotte de guerre italienne recherchant
l’interception, les responsables de ‘Vigorous’
allaient se voir contraints de faire stopper la
marche des navires évoluant à ce moment au large
de Derna. Ordre sera ensuite donné de revenir à
Alexandrie tout en subissant continuellement des
attaques de l’aviation adverse.
‘Harpoon’ avait également souffert des attaques
de la marine et de l’aviation de l’Axe mais, en dépit
de ses pertes, ce convoi approchait de Malte. Le
II./LG 1 se déplace alors temporairement de Crète
à Catane-Sigonella pour appuyer les efforts de
l’Axe en Méditerranée centrale.
La poignée de Ju 88 basée en Sicile va également
être engagée, visant lors de plusieurs attaques
les deux cargos de ‘Harpoon’ ayant survécu aux
attaques et étant en approche de La Valette. Dans
ces combats confus, la RAF maltaise réclama de
nombreuses victoires mais le K.Gr. 806 n’aurait en
fait perdu ‘que’ deux appareils avec leurs équipages
: le M7+HL (Uffz. Heinz Kaufmann) et le M7+FK
(de l’Oblt. et Staka Kurt Kehrer). Le mitrailleur d’un
troisième Ju 88, peut-être affolé, sauta sur la mer
et fut porté disparu. L’équipage de Kehrer, tombé
près de Pantelleria, put grimper dans son canot
pneumatique et fut longtemps survolé par des Bf
109. Mais, les quatre aviateurs virent de loin des
Do 24 lancés à leur recherche sans pouvoir se
signaler. Le canot se renversa quatre fois et les
rations furent perdues. Approchant d’une terre,
l’Oblt. Kehrer se jeta à l’eau mais ne revint pas,
s’étant probablement noyé. Les trois survivants
vont dériver alors quelques jours avant d’atteindre
Malte le 20. Ils étaient si égarés qu’ils crurent
initialement être en Afrique.
Deux cargos, les Orari et Troilus, pénétrèrent
finalement dans Grand Harbour avec un
ravitaillement ardemment attendu par les
insulaires. Peu désireux de renouveler les erreurs
du passé, les responsables du port les font
décharger de suite par des militaires et des civils,
cela sous la protection d’un brouillard artificiel
émis par des pots fumigènes. Ce n’était pas tout à
fait l’aide massive espérée mais, parmi les quinze
mille tonnes des deux cargaisons, il y avait de
la nourriture et des munitions en suffisance - ce
qui allait permettre à Malte de tenir pendant des
semaines.
35
Le Kommodore von
Maltzahn écoute la
relation d’un combat sur
Malte décrit par un de
ses jeunes pilotes à des
homologues italiens.
Le journal du 185 Sq. est pour une fois très
prolixe : « Ce jour, les gars ont mené une patrouille
de protection sur le Welshmann. C’est le premier
signe de ce convoi que nous attendons. Mais on
nous signale que les navires ne seront à distance
de nos Spitfire que demain ou même plus tard.
(…) Deux autres scramble eurent lieu mais il
ne s’agissait que de patrouilles de protection de
l’île. Dans l’après-midi, cependant, les choses
commencèrent à démarrer. Le F/Lt West menait
une section de quatre appareils sur le convoi qui
était, comme par magie, apparu à l’horizon. Des Ju
88 surgirent, prêts à larguer quelques œufs. Mais
les garçons foncèrent sur eux à la consternation
des pilotes de 88 qui durent lâcher leurs bombes
en mer. Le F/Lt West détruisit un 109 qui voulait
ternir la joie de nos gars, détruisit un Ju 88 ainsi
que probablement un autre. Le F/Sgt Sim se lança
à la poursuite d’un Ju 88 qui repartait rapidement
à la maison. Il eut du mal à l’attraper mais en
aperçut un autre et tira, lui arrachant des pièces
qui endommagèrent son Spitfire. Mais le Ju 88 fut
perdu de vue tandis que Sim put revenir sans mal.
Le P/O Stenborg endommagea deux Ju 88. Le
P/O Broad qui succéda avec quatre Spitfire à la
patrouille de West détruisit un 109. Le P/O Baril fut
abattu par un autre 109 mais sauta en mer et fut
récupéré par un destroyer ».
En matinée du 16 juin, quatre Ju 88 (probablement
tout ce que l’on pouvait rassembler en Sicile) avec
une escorte d’une douzaine de Bf 109 affrontent
Le 15 juin 1942, un
Bristol Beaufighter du
N° 235 Sq. décolle de
Luqa lors de l’opération
‘Harpoon’.
36
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Sur le terrain de Catane,
le Ju 88 A-5 (M7+GH) de
la 1./K.Gr. 806.
Un Ju 88 du K.Gr. 806
revenu avec un impact
(d’obus de chasseurs ou
de DCA ?).
une vingtaine de Spitfire. Même si un Bf 109 sera
revendiqué, tous les avions reviendront en Sicile.
Lors d’un second sweep, deux appareils du 185
Sq. sont abattus sur la mer (pilotes récupérés). La
6./JG 53 est créditée de trois victoires. Le troisième
Spitfire ne fut cependant qu’endommagé.
Journal du 185 Sq. : « Le A Flight décolla en
matinée avec une section de quatre appareils
menée par le Sq/Ldr Lawrence. Il se dirigea
vers Grand Harbour attaqué par trois Ju 88 avec
escorte de 109. Mais les gars ne purent approcher
des bombardiers. Plus tard, le F/Sgt Yarra
décolla avec sa section à la recherche de109.
Ils en trouvèrent une douzaine venant du soleil.
Les quatre Spitfire s’égaillèrent dans toutes les
directions mais, lorsque le F/Sgt MacNamara vira,
un tir rendit son avion incontrôlable et il dut sauter
en mer à son grand déplaisir. Le F/Sgt Vineyard
partit en vrille et son siège, se détachant, le colla
contre le tableau de bord. Il dut de même sauter
après avoir eu bien des difficultés à s’extirper de
son appareil. Un ‘Gremlin’ maintenait un de ses
pieds dans l’habitacle et il dut troquer sa botte
contre sa vie pour pouvoir s’en tirer. Le F/Sgt Yarra
endommagea un 109 mais encaissa un projectile
dans son moteur. Puis les gars orbitèrent sur les
lieux pour guider l’ASR. ‘Tex’ était indemne tandis
que ‘Max’ s’en tira avec quelque égratignures ».
Les jours suivants auraient été plus tranquilles.
Selon le journal du 185e : « Très calme aujourd’hui.
Les ‘Nez jaunes’ semblent contents de rester assis
et de fêter leurs victoires d’hier. Seul un ‘point’ fut
repéré ce jour mais il était trop dur à attraper et
nous n’avons pas eu la moindre chance de nous
venger ».
Le 19 juin, dans un vol probablement de guerre,
l’Uffz. Heinz Schümann (6./JG 53) est porté
disparu. Son ailier l’aurait aperçu la dernière
fois près de l’île de Linosa. Il dut percuter la mer
pour une raison inconnue. Il semble cependant
que ce jour-là deux de quatre Beaufort arrivés
sur l’île furent endommagés en cours de route
par des 109, chaque bimoteur ayant un membre
d’équipage blessé à bord. On ne sait cependant si
Schümann fut perdu lors de ce court engagement.
37
Le personnel au sol
de Luqa prépare le
Beaufort DD959/Q du
217 Squadron pour une
mission contre un convoi
ennemi. On remarque
le jumelage à l’avant
ainsi que l’antenne radar
sous le nez. Cet avion fut
abattu le 20 juin 1942
par un Ju 88 C du I./
NJG 2 au retour d’une
mission avortée contre
des navires italiens.
20 juin. Journal de guerre du 185 Sq. : « Les
gars sont toujours désireux de rendre aux 109 la
monnaie de leur pièce suite au combat du 16 mais
les Boches semblent déterminés à ne pas nous
laisser cette chance. Ils refusent absolument de
jouer avec nous ces derniers jours. Aujourd’hui,
succession de décollages en alerte sans
interception ».
Le 21 juin, six Beaufighter du 235 Sq. escortant des
Beaufort chargés d’attaquer un convoi interceptent
à l’ouest de Malte une formation hétéroclite de
cinq avions italiens et allemands dont au moins
deux Ju 88 de la 2.(F)/122. Cette escadrille perd
en effet deux appareils : un D-1 (équipage de
l’Uffz. Heinrich Kramer disparu) et un ‘vieil’ A-4
(dont l’équipage sera sauvé par un destroyer
italien). Ces appareils n’étaient certainement pas
engagés en reconnaissance, leur tâche officielle,
mais devaient assurer l’escorte d’un convoi. Cela
par manque d’avions ad hoc.
Sur Malte, un combat oppose de nouveau le
185 Sq. à des Bf 109 devant protéger des Ju 88.
Deux Messerschmitt sont revendiqués mais le F/
Sgt Terry est abattu – cependant sans mal pour
son pilote. Un peu plus tard, nouvel engagement
dans lequel le Spitfire du Sgt ‘Pop’ Conway est
sérieusement endommagé. Conway, qui avait
déjà sauté précédemment à trois reprises, décide
Junkers Ju 88 A-5 codé M7+AK de la 2./K.Gr. 806 basé à Catane en juin 1942.
38
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Le Lt. Albert Scheidig
vient de mener le 2.000e
vol de la 1.(F)/122. A son
retour à Catane, il est
félicité par son Staka, le
Hptm. Heinz von Reeken.
Le 16 avril 1942, Scheidig
s’était vu décerner la
Riterkreuz.
cette fois de ramener son appareil. Bien lui en
prend même s’il sera sérieusement blessé dans
le crash. En effet, lorsque que l’on déploiera son
parachute, on découvrira qu’il avait été criblé
d’éclats et n’aurait dès lors pu supporter le poids
de son possesseur. Même si des 109 furent de
nouveau revendiqués, seul un appareil de la 5./JG
53 reviendra se ‘vomir’ à Comiso.
Le récit figurant dans le journal du 185e sera épique
comme on pouvait s’en douter : « Cette journée
débuta de la façon habituelle. Le B Flight était prêt
depuis l’aube mais n’effectua qu’un scramble. Le B
Flight reprit la garde à 13h00 mais dut attendre qu’il
soit 19h00 pour décoller en urgence. Deux sections
interceptèrent une formation de douze appareils
constituée d’un Ju 88 engagé en reconnaissance
sous protection de 109. Le F/Sgt Yarra engagea
quatre 109 et détruisit la queue de l’un d’eux d’un
tir puissant. Le F/Sgt Terry vit exploser un obus sur
son habitacle et dut revenir se crasher. Le F/Sgt
Un Beaufither Mk.IC du
N° 235 Sq. au roulage sur
le terrain maltais de Ta
Kali en juin 1942
Yarra visa alors le pauvre Ju 88 et l’endommagea
mais fut alors pris à partie par un 109. Un
Messerschmitt fut abattu dans la mêlée. Le F/Sgt
Yarra revint se poser avec un dinghy en miettes
mais il était indemne. L’ignominieuse défaite du 16
avait été vengée ! Amen ! Le F/Sgt Bob Sim, ne
se contentant pas de ces victoires, attaqua un 109
lui-même aux trousses d’un Spitfire. Il lui décocha
une rafale de douze secondes qui dut envoyer
son pilote au paradis. Malheureusement, le F/Sgt
Conway fut abattu et est maintenant hospitalisé,
ayant été blessé à la colonne vertébrale. F/Sgt
Yarra : deux 109 F détruits, un Ju 88 endommagé ;
F/Sgt Sim : un 109 détruit ».
Ce 21 juin est un jour important pour la campagne
d’Afrique puisqu’il voit la forteresse de Tobrouk
tomber entre les mains de l’Axe. Le transfert des
avions du II. Fliegerkorps de Sicile en Afrique avait
été payant (du moins pour cette campagne du
39
Chargement d’une
torpille dans la
soute d’un Bristol
Beaufort à Malte. Ces
avions, relativement
vulnérables, attaquèrent
régulièrement les convois
de l’Axe faisant la navette
en l’Italie et l’Afrique du
Nord.
désert !), ces unités ayant efficacement appuyé
l’Afrika Korps. Mais, désormais, se reposait
la question cruciale : « Malte ou le Caire ? ».
La chute de Tobrouk avait été envisagée par
l’OKW avoir lieu vers la mi-juillet. Cette grande
victoire, prématurée de trois semaines, était-elle
prémonitoire d’une débâcle de l’armée britannique
d’Égypte ? La route vers Alexandrie n’était-elle pas
désormais largement ouverte ? Fallait-il dès lors
pousser l’offensive et poursuivre la 8th Army ou
bien stopper (temporairement ?) l’offensive pour
se concentrer sur la capture de Malte, l’opération
‘Herkules’ ? Ce dilemme était rendu plus compliqué
par les divergences de vue, non seulement entre
les partenaires de l’Axe, mais également au sein
de la Wehrmacht.
Il est inutile de s’étendre sur les plans et les
préparatifs d’ ‘Herkules’, opération qui n’eut jamais
Exercices italiens
en vue du futur
débarquement à Malte.
Les aéroportés auraient
été principalement
allemands mais auraient
également englobé
la fameuse division
parachutiste italienne
Folgore.
40
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Croquis montrant
la tête de pont qui
aurait dû être formée
dans les premières
heures d’Herkules. Les
envahisseurs auraient
dû alors être renforcés
par mer ou par la voie
des airs. Ce qui était très
aléatoire…
Le général Kurt Student
se montra très réticent
vis-à-vis d’‘Herkules’.
lieu comme il en fut pour ‘Seelöwe’. La grande
différence est que, si ‘Seelöwe’ fut, dès le départ,
une sorte de bluff, ‘Herkules’ avait ses partisans et
ses détracteurs. Qui étaient-ils ?
-Le maréchal Kesselring était un des plus chauds
partisans de la capture de Malte à l’instar du Duce
Mussolini. Le 31 mai, Kesselring aurait d’ailleurs
déposé au GQG de la Regia Esercito de Rome un
dossier complet sur le sujet ;
-Hermann Göring, peu désireux d’engager ses
aéroportés dans une opération pouvant être aussi
sanglante que celle de Crète l’année précédente et même plus ! -, se montrait fort réticent. Ce qui
n’était pas le cas pour son chef d’état-major, le
général Hans Jeschonnek ;
-il est probable que ce qui fit pencher la balance
fut l’opposition du général des parachutistes Kurt
Student qui avança le manque de fiabilité des
forces armées italiennes. Et il est vrai que, lors de
‘Merkur’ en mai 1941, les Italiens n’avaient pas fait
grand-chose. Student doutait des possibilités de la
Regia Marina de contenir suffisamment la Royal
Navy pour permettre aux unités terrestres de
débarquer par mer dans la tête de pont créée par
les aéroportés et ainsi de leur porter assistance.
D’autres problèmes techniques se posaient. Ainsi,
comment aurait-on pu baser en Sicile une masse
de planeurs, d’aéroportés et d’avions remorqueurs
alors que les aérodromes de l’île étaient à la limite
de leur capacité ?
Après-guerre, glosant sur ce dilemme, nombre
d’auteurs, désormais bien au fait de la défaite de
l’Afrika Korps, allaient donner raison à Kesselring :
capturer Malte aurait dû être la priorité. Mais cela
c’était bien avant que l’on apprenne l’existence
d’Ultra. Lors de ‘Merkur’, jamais dans toute
l’histoire militaire une armée n’avait été aussi
bien informée des plans adverses. Cependant
l’invasion des aéroportés ne put être annihilée
par manque de moyens de communication, ce qui
empêcha de coordonner la résistance des troupes
britanniques dispersées dans toute la Crète. Une
attaque de Malte par la voie des airs, alors que
cette île était une réelle forteresse dont la garnison
bien implantée bénéficiait d’une expérience
41
Les aéroportés auraient
dû être déposés à Malte
par Go 242 et non plus
par DFS 230 comme
ce fut le cas l’année
précédente en Crète.
Photo prise par un
Aufklärer. Des Spitfire
auraient été détruits dans
leurs alvéoles.
de deux années de siège, se serait
nécessairement clôturée par une
sanglante défaite de la Luftwaffe. Bien
au fait des objectifs et des mouvements
adverses via Ultra, la Navy aurait dirigé
le gros de ses forces sur Malte (avec
tous ses porte-avions) tandis que les
troupes présentes sur l’île auraient
tendu un guet-apens aux aéroportés
déposés par planeurs Go 242. La
Luftwaffe n’aurait pu opérer que de
Sicile ou d’Afrique (et un peu de Grèce)
tandis que la RAF pouvait renforcer sa
présence sur Malte sans oublier l’appui
des porte-avions. Il aurait suffi de
maintenir les forces de l’Axe à distance
pour donner le temps à la garnison
maltaise de réduire puis d’annihiler la
tête de pont tenue par des aéroportés
coupés de tout appui.
Hitler allait finalement trancher en
faveur de Rommel piaffant d’impatience
de pousser vers l’Égypte. Le Führer
avait certainement tenu compte des
avis de Göring et de Student. De plus,
il avait toujours privilégié l’offensive
et redoutait probablement de voir les
hommes de l’Afrika Korps demeurer
bloqués en Cyrénaïque en attente d’une
réussite éventuelle (mais aléatoire)
de ‘Herkules’. Rajoutons à tout cela
que Hitler était fasciné par l’énergie
du désormais maréchal Rommel qui,
promettant monts et merveilles, se
voyait déjà présomptueusement au
pied des pyramides de Gizeh.
Le reste du mois ne verra que quelques
timides intrusions de la Luftwaffe :
-le 22 juin, le 185 Sq. contre des Bf 109
et l’un d’eux est revendiqué, son pilote
évacuant alors la machine. On n’en
trouve pas trace (un avion italien ?).
-le 23 juin, nouvelle revendication du
185 Sq. sur un Bf 109 réclamé comme
endommagé alors qu’il protégeait des
appareils italiens. De nouveau, on
n’en trouve pas trace. De nuit, le Ju
42
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Le Beaufighter VI
T9068/V du N° 272 Sq.
saisi en vol au-dessus de
Malte avec deux autres
appareils de la même
unité. Ces avions vont
intervenir contre le
trafic maritime ennemi
mais aussi contre les
bombardiers de l’Axe.
88 M7+BK de la 2./K.Gr. 806 est abattu en mer
avec l’équipage de l’Uffz. Herbert Wolenski par
un Beaufighter du récent détachement de chasse
de nuit constitué sur l’île. Il apparaît en effet que,
confronté au très petit nombre de Ju 88 disponibles
en Sicile (probablement une vingtaine), le II.
Fliegerkorps avait saisi que le coût des attaques
diurnes et sporadiques menées par trois ou
quatre bombardiers était trop élevé en hommes
et en appareils. Dès lors, les bombardements
nocturnes furent privilégiés et leur régularité
entraîna la création ‘en face’ d’un détachement de
nightfighters ;
-le 24 juin, un pilote de la 6./JG 53 détruit sa
machine au décollage de Tarente (probablement
lors d’un vol de convoyage) ;
-le 25 juin, le N° 249 Sq. combat des Bf 109 de la
4./JG 53. Un Messerschmitt abattu s’abîme près
de l’île de Gozo, son pilote (nom inconnu) étant peu
après sauvé par le Seenot. Mais, dans ce combat,
un Spitfire est durement touché, son pilote, le Sgt
Maurice Tomkins, tentant de le ramener à Takali.
Il explosera cependant en vue de l’aérodrome.
Tomkins fut très certainement victime de la ‘Pik
As’, quoique aucun pilote allemand ne fut crédité
de cette victoire ;
-le 27 juin, journal du 185 Sq. : « La majorité
des opérations de cette journée se résume en
des escortes de démineurs opérant de Grand
Harbour. Néanmoins, ‘Johnny’ Sherlock, dans son
style inimitable, réussit à se fourvoyer dans une
formation de quatre 109. Johnny tira, le 109 tira, la
DCA tira mais personne ne fut atteint » ;
-le 29 juin, les Ju 88 de Sicile vont payer un lourd
tribut lorsque des Beaufighter partis de Malte
abattent le M7+LL de la 3./K.Gr. 806, l’équipage
du Lt. Werner Schrader étant porté disparu. Peu
après, les ‘Beau’ abattent également en mer le
7T+IK de la 2./K.Gr. 606 (un survivant de l’équipage
de l’Uffz. Ernst Tegelmann sera récupéré par le
Seenot). L’Oblt. Michalski compense difficilement
ces pertes en abattant un Spitfire du N° 603 Sq.
près de Malte. Le P/O Barbour peut sauter en
mer et sera récupéré par une vedette. De nuit, un
Beaufighter du détachement de chasse nocturne
abat le 7T+AL de la 3./K.Gr. 606 avec l’équipage
du Fw. Winfried Pohler.
Ainsi se clôture le mois de juin 1942. La Luftwaffe
basée en Sicile n’a pu que ‘vivoter’ pendant ces
semaines, ses actions étant le plus souvent
comparables à des piqûres d’épingle. Vu son
peu de bombardiers, ses attaques furent très
limitées : deux de jour sur des aérodromes en juin
au lieu des deux cent soixante-dix-sept de mai.
Cela tandis que les bombardements nocturnes
passaient de cent trente-trois en mai à deux cent
quatre-vingt-onze en juin. Durant ce mois, une
seule reconnaissance fut menée sur Malte au lieu
des vingt-sept du mois précédent.
Malgré sa réduction à un unique Gruppe (le II./JG
53), la Tagjagd fit bonne figure et semble avoir été
respectée et même redoutée par l’adversaire en
dépit de son petit nombre d’appareils. La ‘Pik As’
revendiqua une vingtaine de victoires qui peuvent
être confirmée à 75-80%. Les pertes humaines
restèrent limitées, étant souvent imputables à des
accidents.
Selon C. Shores : « Le mois de juin prenait fin
sur une certaine amélioration même relative de
la situation à Malte. (Environ 80 victoires). Les
pertes de ce mois furent d’une douzaine de Spitfire
(mais seulement de deux pilotes), six Beaufort, un
Beaufighter, deux Baltimore, trois Wellington et un
Albacore ». Cette liste confirme un certain retour
de Malte dans son rôle de ‘porte avions offensif’
en Méditerranée. Pour la Luftwaffe, cette situation
ne pouvait perdurer. Soit le II. Fliegerkorps
devenu étique en Sicile désertait l’île, soit il était
efficacement renforcé. Ce dernier point était
devenu très aléatoire en raison de la poursuite
de l’offensive de l’Afrika Korps dans le désert qui
drainait tout ce qui pouvait voler offensivement.
43
Juillet 1942
Le mois de juin avait vu une Luftwaffe quelque peu
passive face à une défense maltaise se renforçant
tandis que le ‘porte-avions de la Méditerranée’
‘reprenait du poil de la bête’, redevenant très
offensif. La chute de Tobrouk le 21 de ce mois
aurait permis de libérer bien des unités ayant pu
renforcer la Luftwaffe en Sicile. Mais l’abandon (ou
le report ?) d’‘Herkules’ permettait au contraire le
maintien d’un grand nombre d’appareils opérant
en appui de l’Afrika Korps en pleine progression.
Mais, même si ce corps poussait vigoureusement
vers l’Égypte, tous les avions ne pouvaient lui être
affectés. Il fallait en effet continuer à sécuriser
les transports maritimes et aériens acheminant
le ravitaillement d’Europe. D’où, en dépit du
peu d’unités aériennes disponibles, le II. Fl.K.
devait être renforcé en Sicile pour poursuivre les
opérations visant Malte. Le soir même de la chute
de Tobrouk, les appareils du I./KG 54 (ayant quitté
la Sicile en mai pour opérer de Grèce puis de
Libye) devaient revenir sur cette île. Cependant,
ce renfort potentiel était quelque peu illusoire
puisque, selon Siegfried Radtke, « ces équipages
avaient été engagés sans arrêt au combat depuis
décembre 1941, le plus souvent sans avoir pu
bénéficier de la moindre permission. Les hommes
étaient épuisés et à bout. De plus, beaucoup
d’entre eux avaient contracté une fièvre lors de
leur séjour en Crète. La plupart avaient subi une
perte de poids de cinq à sept kilos. Il fallait à tout le
moins un repos de trois semaines pour permettre
leur rétablissement selon le Dr Rossbach, médecin
attaché à la JG 53. Après avoir reçu ce rapport
médical, le maréchal Kesselring ordonna la mise
au repos de l’unité pendant un mois ».
Comme l’on manque totalement d’unités de
combat disponibles en Méditerranée, force sera
de rappeler en Sicile le 30 juin les Stab et II./KG
77 (quittant Rennes pour Gerbini) et III./KG 77
(déménageant de Vannes à Comiso). Le séjour
de ces Gruppe en France fut donc très court…
Enfin, via la Roumanie et la Grèce, les Bf 109 du
I./JG 77 arrivent à Comiso en provenance du front
Le I./JG 77 étant parvenu en Sicile, le maréchal Kesselring viendra les saluer.
Discours de Kesselring à
l’intention des nouveaux
venus.
Tout juste arrivé en Sicile
en provenance du front
de l'est, le Lt. Armin
Köhler présente son
"tableau de victoires" sur
l'aviation soviétique à ses
nouveaux amis italiens.
On relève l'insigne de la
3./JG 77 peint à l'arrière
du fuselage.
44
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Le manque de matériel est tel que la JG 53 va prêter de vieux "Emil" aux
nouveaux venus du I./JG 77. D'où cet appreil arborant un as de pique avec
l'insigne de la 2./JG 77. Avec semblables avions, l'escadrille dut se contenter de
mener des escortes maritimes.
Le 2 juillet, un Ju 88 survole l’Etna, quarante-huit heures après son éruption.
de l’est pour être placés sous tutelle du Stab/JG
53. Les hommes de l’ « as de pique » accueillent
chaleureusement les nouveaux venus et, très
vite, le Kommodore von Maltzahn leur décrira
leur futur théâtre d’opérations. Bien des membres
de la JG 77 se réjouissent d’avoir quitté l’URSS.
Mais ils ne savent pas encore très bien ce qui les
attend face à cette RAF qu’ils n’ont plus affronté
depuis des mois. Selon un pilote du I./JG 77, le
Fw. Horst Schlick : « Les camarades de la JG 53
nous accueillent chaleureusement car les combats
sur Malte ont déjà creusé des brèches dans leurs
effectifs face à la DCA et à la chasse adverse. Les
membres d’équipages de la KG 77 nous regardent
également d’un oeil favorable car ils partent tous
les jours sur Malte pour y larguer leurs bombes
et ont besoin d’une escorte. Le Kommodore von
Maltzahn nous adresse quelques mots aimables
sur l’aérodrome même ». La 1e Staffel serait
néanmoins arrivée en Sicile avec un peu de
retard imputable probablement à l’obligation de
reconstituer cette escadrille amputée de plusieurs
éléments cédés à une unité locale de défense des
champs pétrolifères roumains: l’Ölschutzstaffel
Ploesti. Les premiers jours, les appareils du I./
JG 77 ne sont pas tous en état de combattre.
Plusieurs ‘vieux’ Bf 109 E du II./JG 53 lui sont
même prêtés (quelques mois auparavant, le I./JG
77 volait toujours sur ‘Emil’). Mais, peu à peu, les
Bf 109 F vont rééquiper toute l’unité.
Selon Karl Gundelach : « Kesselring avait
auparavant voulu détruire la RAF de Malte pour
sécuriser les convois. Il espérait cette fois, grâce
à une offensive s’étalant sur trois à cinq jours, non
pas gagner le contrôle de l’espace aérien maltais
mais rétablir un certain équilibre entre les forces
aériennes antagonistes. (…) Avec le transfert des
II. et III./KG 77, il disposait de quatre-vingt-six Ju
88 (dont quarante-sept en état de vol). Le I./JG 77
venait appuyer le II./JG 53 ce qui donnait un total
de cinquante-trois Bf 109 (dont quarante et un en
état de vol). Il fallait également ajouter les douze
Ju 88 (trois en état de vol) de la 1.(F)/122. Mais,
Kesselring s’inquiétait surtout de sa faiblesse en
chasseurs. Il rencontra donc le général Fougier
qui lui promit fin juin un appui de cinquante-quatre
bombardiers, quinze bombardiers en piqué (des Ju
87 Picchiatelli), onze avions torpilleurs et cent trentecinq chasseurs. D’autres renforts étaient annoncés
mais arrivèrent trop tard ». Quand on relève le
nombre de Spitfire présents à cette époque à Malte,
il va de soi que les effectifs allemands étaient bien
insuffisants. Et ce ne sont pas les apports italiens
qui aideront à renverser la situation…
Dans son ouvrage sur Malte, C. Shores nomme la
période qui va suivre de « Summer skirmishes ».
Tant il est vrai que juillet verra de nombreuses
escarmouches sans pour autant atteindre
l’intensité des combats espérée par Kesselring.
Le 1er juillet, dans l’après-midi, des Mc.202 et
des Bf 109 escortant un unique Ju 88 (engagé en
reconnaissance ou comme leurre ?) combattent
des Spitfire du 185 Sq. Un chasseur sera crédité
à l’Ofw. Herbert Rollwage. En fait, deux Spitfire
reviendront se crasher à Hal Far (sans mal pour
les pilotes) sans que l’on puisse préciser quels
pilotes (italiens ou allemands ?) furent victorieux.
Le journal de guerre du 185e affirme qu’un Bf
109 fut détruit et trois autres endommagés ‘ce
qui allait donner quelques cheveux blancs à
Joe Kesselring’. Aucun Messerschmitt n’aurait
cependant été perdu.
45
Effectifs de la Luftwaffe basés en Sicile
(début juillet 1942)
Catane Stab/K.Gr. 606 (Hptm. Rolf Siedschlag)
1./K.Gr. 606 (Hptm. Aloys Hessling)
2./K.Gr. 606 (Oblt. Walter Pruger)
3./K.Gr. 606 ( ? )
Stab/K.Gr. 806 (Major Richard Linke)
1./K.Gr. 806 ( ? )
2./K.Gr. 806 ( ? )
3./K.Gr. 806 (Hptm. Hans Penningstorf)
3./NJG 2 (Oblt. Paul Semrau)
Gerbini
Stab/KG 77 (Obstlt. Hermann Schlüter)
II./KG 77 (Hptm. Heinrich Paepcke)
4./KG 77 ( ? )
5./KG 77 (Hptm. Herbert Voss)
6./KG 77 ( ? )
Stab I./KG 54 (Hptm. Georg Graf von
Platen-Hallemund)
1./KG 54 (Hptm. Heinz Schumacher)
2.(KG 54 (Oblt. Bengt Gante)
3./KG 54 (Hptm. Herbert Bingner)
Comiso
Stab/JG 53 (Maj. Günther Freiherr von
Maltzahn)
Stab II./JG 53 (Hptm. Walter Spies)
4./JG 53 (Oblt. Gerhard Michalski)
5./JG 53 (Oblt. Ernst-Albrecht Schulz)
6./JG 53 (Oblt. Günther Hess)
III./KG 77 (Maj. Egbert von Frankenberg
und Proschlitz)
7./KG 77 (Oblt. Erich Behr)
8./KG 77 ( ? )
9./KG 77 ( ? )
Stab I./JG 77 (Hptm. Heinz Bär)
1./JG 77 (Oblt. Siegfried Freytag)
2./JG 77 (Oblt. Herbert Thurz)
3./JG 77 (Oblt. Friedrich Geisshardt)
(La 3./NJG 2 serait arrivée à Catane vers le
25 mai. Mais l’unité semble être demeurée
assez inactive).
Du 23 juin au 6 juillet 1942, des appareils de la 2./KG 54 furent basés à Comiso.
De nuit, des Ju 88 bombardent des aérodromes.
Les Beaufighter du 89 Sq. sont fort actifs, l’un d’eux
abattant au large de Ricasoli Point le Ju 88 3Z+AS
de la 8./KG 77, unité qui avait été très vite engagée
sur l’île dès son retour de France. L’équipage du
Lt. Paul Volkmann sera porté disparu. Un autre
‘Beau’ endommage sérieusement un Ju 88 de
la 1.(F)/122 qui reviendra se crasher à Comiso.
L’équipage aurait été indemne mais l’appareil fut
certainement détruit.
Le 2 juillet, le II./JG 53 montre son efficacité
lorsque, en matinée, le P/O Johnny Hurst du 603
Sq., crédité de six victoires certaines et de six
autres probables, est porté disparu, probablement
abattu par un Bf 109 (nom du pilote inconnu).
L’Oblt. et Staka Gerhard Michalski dut pour sa part
remporter un doublé aux dépens du 185 Sq. Les
deux aviateurs purent revenir à leur aérodrome
mais leurs appareils furent réformés. Un quatrième
Spitfire fut perdu dans l’après-midi en combat avec
des Bf 109 mais, de nouveau, le nom du vainqueur
est inconnu.
Le III./KG 77 perd un nouveau Ju 88. Le 3Z+JT
de la 9e escadrille est en effet poursuivi et abattu
sur la mer par le F/Lt Daddo-Langlois (185 Sq.),
l’équipage du Fw. Herbert Leiwelt étant porté
disparu.
Des raids de nuit seront menés par des Fiat BR.20
qui partageaient régulièrement cette tâche avec
les bombardiers allemands.
Le 3 juillet, les combats de jour semblent avoir
été principalement menés par les Italiens. Un
Spitfire du 126 Sq. est cependant abattu lors d’une
rencontre avec quatre Bf 109. Le P/O américain
Richard ‘Sandy’ McHan peut sauter mais sera
blessé. Il perd conscience et se réveillera dans un
lit d’hôpital à côté d’un aviateur allemand. Il notera :
« Les autorités de l’hôpital ne se souciaient guère
de voir des aviateurs allemands s’échapper. Ceuxci savaient parfaitement que, s’ils s’enfuyaient, les
civils maltais les assassineraient ». De nouveau,
on ne connaît pas le nom de son vainqueur.
Le journal de guerre du 185e signale une victoire
sur Bf 109 près de Gozo. On n’en trouve pas trace.
De nuit, un Beaufighter peut intercepter deux Ju
88. Le M7+GK (2./806) du Lt. Oscar Kasimir est
abattu près de Qawra Tower tandis que le 3Z+BM
(4./KG 77) de l’Uffz. Luitpold Martin tombe en mer.
Les huit aviateurs seront portés disparus.
Le 4 juillet, l’ordre officiel de retour à Gerbini
parvient au I./KG 54.
Le 5 juillet, comme l’écrit C. Shores, « les trois
raids sur Malte de ce jour-là furent menés par
de petites formations de Ju 88 disposant d’une
importante escorte ». Ce 5 juillet, en effet, le II.
Fliegerkorps peut enfin engager les appareils
du I./JG 77 arrivés depuis peu. Dans son
journal, le Lt. Armin Köhler (3./JG 77) a décrit
Le 5 juillet 1942, le Hptm.
Hans Penningstorf, Staka
de la 3./K.Gr. 806, fut
blessé sur Malte. Son
Kommandeur, le Major
Linke, vient le visiter
à l’hôpital pour lui
remettre l’EK II.
46
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
L’Ofw. Albert Bayer
de la 7./KG 77, un des
membres de l’équipage
du Ju 88 3Z+GR tombé
au large de Malte le 8
juillet 1942.
L’Oblt. Walter Brandt,
un des meilleurs pilotes
de la 2./JG 77.
le premier engagement méditerranéen de son
unité : « Comiso. 15h00, première mission sur
Malte. Gilet de sauvetage, canot pneumatique et
pantalon spécial d’opérations au-dessus de la mer
sont distribués. Mission: escorte de Ju 88, contact
à 5.200 mètres au-dessus de notre aérodrome.
Y participent: les I./JG 77 et II./JG 53. Objectif:
l’aérodrome de Luqa/Miccaba. Une très importante
formation de Bf 109 évolue entre cinq et six mille
mètres. Là-bas, la terre! L’île de Gozo et puis, au
Sud, Malte ! Vingt ‘Indiens» sont signalés à huit
mille mètres. Les Ju 88 plongent sur l’aérodrome.
La DCA tire avec précision. De nombreux débris
planent dans le ciel. Continuellement, je me
dévisse le cou pour surveiller le ciel au-dessus
de moi spécialement dans la direction du soleil.
J’attends les Spitfire d’un instant à l’autre. Les
voilà qui plongent sur nous. J’arrive à me placer
brièvement dans la queue de l’un d’eux mais il
me repère au moment où j’allais presser sur la
détente. Il m’évite. Toutes nos machines rentrent
à la base ». Deux autres raids de ce type allaient
suivre sans perte pour les attaquants. Telle n’est
pas la vision de cette journée des pilotes du 185
Sq. qui vont revendiquer pas moins de deux Bf
109 détruits, un autre probable et un quatrième
endommagé, ainsi qu’un Ju 88 détruit et un
second endommagé. Ces ‘victoires’ exagérées,
dans la droite ligne de la Battle of Britain ou de
la fameuse Non Stop Offensive, alimenteront les
mythes entourant les combats de Malte.
Au soir de cette première journée, il est devenu
apparent pour les pilotes du I./JG 77 qu’ils
auront fort à faire face aux Spitfire. Les pilotes
nouvellement arrivés sont surpris par le décollage
anticipé des chasseurs adverses qui, pensent-ils,
disposent de puissants radars. Nul cependant
n’avait connaissance à cette époque d’Ultra.
La 6./KG 77 perd un nouvel appareil lors d’une
mission nocturne lorsque le 3Z+FP de la 6e Staffel
piloté par le Hptm. Leo Behlau est abattu avec son
équipage près de Zammitello Palace.
En matinée du 6 juillet, l’Ofw. Herbert Rollwage
de la 5./JG 53 va revendiquer deux victoires et son
Kapitän, l’Oblt. Schulz, une autre. Mais ces trois
Spitfire n’auraient été qu’endommagés. L’aprèsmidi, cinq Ju 88 sous bonne escorte sont contrés
par vingt-sept Spitfire des 185 et 603 Sq. Le 603e
va revendiquer deux Ju 88 dont un abattu (en
collaboration) par le jeune P/O français Guy LévyDespas. Le K.Gr. 806 perd le M7+ML (3. Staffel) de
l’Ofw. Peter Wilbertz. Lors de l’interrogatoire des
trois prisonniers (le pilote se noya), il apparaîtra
que l’équipage manquait cruellement d’expérience
pour ce type de mission, n’ayant effectué que de
deux à quatre vols sur Malte. Le 7T+KK piloté par
l’Oblt. Walter Pruger, Staka de la 2./K.Gr. 606,
tombe en mer au large de la Sicile (seul le radio sera
sauvé par le Seenot). Lors du dernier raid, le Ju
88 3Z+JN du Lt. Reinhold Boger (5./KG 77) tombe
au large de Grand Harbour. La vedette HSL128
récupèrera trois aviateurs ayant pu embarquer
dans leur canot. Un Ju 88 de la 4e escadrille peut
se poser en mer à proximité des côtes siciliennes,
son équipage étant indemne. Les combats furent
si confus que le 185 Sq. aurait été crédité de trois
Bf 109 détruits, quatre Bf 109 endommagés, un
Ju 88 détruit, deux autres probablement détruits et
deux endommagés.
Le I./JG 77 subit ce jour-là sa première perte.
Le Fw. Anton Engels, vétéran du I./(J)/LG 2,
avait été surnommé Flakwölchen car il avait été
abattu à six reprises par la DCA mais s’en était
toujours sorti indemne. Ce 6 juillet, il sera porté
définitivement disparu… Selon Köhler: « Notre
Staffel ne compte plus que deux ou trois appareils
disponibles. Aujourd’hui, nous avons subi notre
première perte totale : abattu par la DCA, le Fw.
Engels s’est abîmé en mer avec son appareil. Une
machine est manquante au II./JG 53 et les Stuka
ont trois pertes (une la nuit et les deux autres le
jour). Toutes à mettre à l’actif des Spitfire ». On
ne sait ce qu’il en est de cet appareil de la ‘Pik
As’ (non mentionné dans la liste officielle) tandis
que les ‘Stuka’ étaient, bien sûr, les Ju 88 aptes à
attaquer en piqué.
Le 7 juillet, la journée débute par l’assaut d’une
douzaine de Ju 88 avec escorte d’une vingtaine de
Bf 109 et d’une trentaine de Macchi. Trois Spitfire
sont abattus, l’un d’eux étant atteint par la DCA
alors qu’il attaquait un Ju 88. Les 4. et 5./JG 53
revendiqueront quatre victoires alors que, pourtant,
des Italiens durent également avoir une part de ces
succès. Vers 9h00/10h00, une seconde intrusion
coûte quatre Spitfire à la défense maltaise mais,
cette fois, seules trois Luftsiege furent concédées
à trois membres de la ‘Pik As’.
De nuit, le Ju 88 M7+MH de la 1./K.Gr. 806 est
abattu par un Beaufighter. L’appareil, piloté par
l’Uffz. Walter Mellein, tombe en mer au large de
Mgarr. Les quatre aviateurs sautent mais seul le
radio blessé sera sauvé par la vedette HSL128
après avoir dérivé treize heures sur son canot.
Interrogé, il signalera avoir effectué soixante-dix
vols de guerre en URSS avant d’y ajouter trente
sur Malte (de jour comme de nuit).
Le 8 juillet, le I./JG 77 revendique ses premiers
succès. En matinée, deux Spitfire sont abattus par
la première Staffel et un troisième par l’Ofw. Walter
Brandt (de la 2./JG 77). Ce dernier, un des plus
anciens pilotes du Gruppe, comptait vingt victoires
à son arrivée en Sicile. Environ trois heures plus
tard, lors d’une escorte de bombardiers, les 4.
et 5./JG 53 affrontent le 249 Sq., abattant deux
Spitfire. On note la première victoire de l’Uffz.
Egbert Willenbrink. Cet aviateur avait quitté le II./
JG 53 peu après ‘Barbarossa’ et, pendant quelque
huit mois, avait servi comme instructeur dans
une école. Il était revenu depuis peu à la ‘Pik
As’, chaque pilote expérimenté étant ardemment
requis sur le front. Lors de ce combat, la 7./KG 77
perd son Staka. Le 3Z+GR piloté par l’Oblt. Erich
Behr est effectivement abattu en flammes avec
son équipage au large de Filfa.
Le 185 Sq. fut engagé pour contrer le dernier raid
de la journée mais, étonnamment, ce fait ne figure
pas dans son journal qui semble avoir été tenu à
cette époque de manière plutôt légère.
Le 9 juillet, lors d’une attaque de Ju 88 en
matinée, un bombardier de la 9./KG 77, le 3Z+ET,
est victime des actions conjuguées de la DCA et de
la chasse et s’abat à Mosta dans la Callus Street,
détruisant plusieurs maisons. L’équipage de l’Uffz.
Herbert Schlitt est tué mais, par chance, il n’y aura
aucune victime civile.
Les engagements ‘habituels’ débutent. Dans
la confusion, le jeune pilote français Guy LévyDespas sera porté disparu, probablement abattu
par un Bf 109.
Dans l’après-midi, la 4./KG 77 perd le 3Z+AM du
Lt. Friedrich Kleimeier tombé en mer avec son
équipage tandis qu’un autre bombardier de la
même Staffel reviendra se crasher à Comiso.
47
Guy Lévy-Despas, dit Carlet
Né à Paris le 28 février 1922, Guy Lévy-Despas avait décroché son bac à dix-sept ans et, à titre de
récompense, ses parents lui offrirent un voyage aux USA. Il quitta la France le 15 juillet 1939 et c’est
aux États-Unis qu’il apprit l’entrée en guerre de son pays. Ses parents l’ayant dissuadé de revenir en
Europe, il s’inscrivit dans un collège américain. Cependant, à l’annonce de la chute de la France, il
s’engagea dans la RCAF canadienne, les USA étant toujours officiellement neutres. Il allait adopter le
pseudonyme de Guy ‘Carlet’ vu ses origines juives et fit tout son écolage au Canada. Il fut ainsi l’un des
trente et un pilotes envoyés en renfort à Malte de l’opération ‘Salient’ le 9 juin. Tué au combat un mois
jour pour jour après son arrivée sur l’île, le P/O Lévy-Despas avait été crédité officiellement d’un Ju 88
(ou d’une moitié ?) ainsi que d’un chasseur Macchi plus un autre ‘probable’. Même si ces revendications
ne sont pas tout à fait le reflet de la réalité, elles prouvent néanmoins à suffisance l’âpreté des combats
sur Malte.
Après guerre, son père instituera la fondation Lévy-Despas Carlet chargée d’accorder une bourse à un
jeune Français désireux d’étudier aux États-Unis. On se demande pourquoi alors que Guy Lévy-Despas
fut tué dans l’aviation canadienne…
Les JG 53 et JG 77 revendiquent plusieurs
victoires et l’on connaît trois pertes aux 226, 249 et
603 Sq. (deux pilotes tués). La RAF revendiquera
une dizaine de Bf 109 abattus alors que seuls
deux furent endommagés.
Le 10 juillet, selon le journal de guerre du II.
Fliegerkorps, la supériorité aérienne allemande
s’affirme. Le I./JG 77 revendiqua quelque peu
présomptueusement quatre Spitfire (dont deux
pour le Kapitän Freytag et un pour l’Ofw. Brandt).
Selon l’Uffz. Horst Schlick, Freytag, véritable
‘Draufgänger’ aurait désiré cisailler la dérive d’un
troisième Spitfire avec son hélice. À l’atterrissage
à Comiso, ses pales étaient effectivement
légèrement tordues. Acte volontaire ou légère
collision dans un combat très disputé ? Freytag,
qui aimait soigner son image même à coup de
légendes, ne démentit certainement pas cette
rumeur… Le II./JG 53 subit ce jour-là sa première
perte du mois lorsque le Lt. Hans-Jürgen Frodien,
devenu depuis peu un as, est porté disparu (il
aurait pu être victime d’un autre grand as, le Sgt
George Beurling). À signaler que, en dépit des
nombreuses revendications allemandes (le journal
de l’OKW cite douze victoires - quoique la 4./JG 53
revendiqua deux Luftsiege et le I./JG 77 quatre !),
seul un Spitfire du 126 Sq. fut perdu ce 10 juillet.
La 5./KG 77 est amputée de deux appareils. Le
3Z+LN de l’Uffz. Günther Merz (trois survivants
probablement capturés) et le Ju 88 de l’Uffz.
Joachim Schierz qui peut être posé en mer près
de la Sicile, l’équipage étant alors sauvé par le
Seenot.
Journal du 185 Sq. : « Une rumeur court selon
laquelle nous attendons un nouvel arrivage de
Spitfire. Il est temps car nous commençons à
manquer d’appareils ».
Le 11 juillet, lors de diverses intrusions, le I./
JG 77 revendique trois victoires (deux lui seront
accordées) et le II./JG 53, une. En fait, seul un
Spitfire fut abattu (pilote tué). Le Stab/JG 53 perd
l’Oblt. Karl-Otto Riedel dont l’appareil était soudain
devenu incontrôlable. Riedel veut revenir vers
la Sicile mais son appareil encaisse un second
impact (venu d’on ne sait où) et il doit sauter. Il
sera capturé. Dans son interrogatoire, il précisera
n’être arrivé à l’unité qu’en avril de cette année et
avoir effectué vingt-six vols sur Malte sans avoir pu
revendiquer de victoires. Et de signaler qu’un de
ses camarades tombé en mer entre le 10 et le 15
juin fut mitraillé par des Spitfire avant d’être sauvé
par le Seenot.
Journal du 185 Sq. : « La plus grande partie de
la journée fut passée à mener des patrouilles de
protection sur deux Sunderland ancrés à Kalafrana
Bay. Cependant, les gars purent se mêler d’un raid
de bombardiers et le F/Sgt Yarra abattit un 109.
Les autres ne pouvant se colleter aux Boches,
il fallut se contenter de cette victoire pour cette
journée ».
Le dimanche 12 juillet ne laisse aucun répit
aux défenseurs. Si ce jour-là des victoires sont
remportées (entre autres par Beurling) sur des
avions italiens, aucun appareil allemand ou
britannique ne fut abattu. Ce qui ne veut pas pour
autant dire que la RAF ne subit pas de pertes.
Ainsi ce témoignage du F/Lt Colin Parkinson du
603 Sq. : « Nous n’avions pu intercepter des Ju
88 et sommes alors revenus à Ta Kali. Je roulai
jusqu’à mon emplacement juste à temps pour
voir les gars fuir comme s’ils avaient le diable aux
trousses vers les (soi-disant) abris. Une nuée de
Ju 88 évoluait sur nos têtes. Je me débarrassai
au plus vite de mon équipement de vol et battis
le record du monde du deux cents mètres pour
me jeter dans un abri. Une bombe tomba tout
près et nous secoua jusqu’à la mœlle de nos os.
Un chapelet de bombes était tombé tout le long
du Dispersal, trouant les ailes de mon nouveau
bac. Après une rapide inspection de l’appareil, je
regagnai l’abri. Dans un bruit terrifiant, une bombe
à retardement explosa à trente mètres de mon
bac le criblant encore plus d’impacts tandis qu’une
pierre détruisait sa casserole d’hélice. Au B Flight,
il ne nous restait plus que six appareils au lieu de
douze ». Les dommages/destructions n’avaient
donc pas seulement lieu lors des combats aériens.
Le 13 juillet, deux escadrilles de la KG 77 sont
engagées sur Luqa avec une forte escorte. Malgré
celle-ci, des Spitfire (dont ceux du 185e) peuvent
s’approcher des bombardiers. Un Ju 88 sera
sauvé par les tirs d’un pilote italien qui repousse
l’attaquant. Le pilote viendra ultérieurement à
Gela remercier son sauveteur. Deux Spitfire sont
détruits mais leurs pilotes s’en tireront sans trop
de mal (un devra néanmoins se poser en feu,
sa verrière bloquée l’ayant empêché de sauter).
L’attaque suivante de Luqa verra des avions
endommagés. Il en sera de même en soirée lors
d’un bombardement de Ta Kali. Ce jour-là, le Lt.
Fritz Dinger (4./JG 53) est crédité d’un Spitfire.
Le 14 juillet, vers 10h00, sept Ju 88 du K.Gr.
606 bombardent Ta Kalicausant de sérieuses
destructions au sol. Un Spitfire du 126 Sq. est
Le pilote français Guy
Lévy-Despas, dit ‘Carlet’,
tué en combat sur Malte
le 9 juillet 1942.
Souvenir pieux de l’Uffz.
Förster dont l’appareil
de la 9./KG 77 s’écrasa
le 9 juillet sur des
maisons à Mosta (la croix
gammée du document
a été censurée par son
possesseur).
48
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Le 13 juillet, le Ju 88 de
l’Oblt. Wolfgang Schulte
(3./K.Gr. 806) revient à
Catane après avoir été
‘poivré’ par un Spitfire,
même une pale d’hélice a
été victime des tirs.
abattu (endommagé ?), son pilote étant blessé. Un
pilote du 185e doit abandonner son appareil sur la
mer mais sera sauvé. Le I./JG 77 revendiquera
trois victoires. Le Ju 88 7T+GK du Fw. Heinz
Geschlössel (2./K.Gr. 606) sera porté disparu
avec son équipage tandis qu’un autre reviendra se
crasher à Catane.
Selon C. Shores : « Depuis le début du mois en seulement deux semaines d’engagements
intensifs - , les défenseurs avaient perdu en
combat quelque trente-six Spitfire détruits ou
fortement endommagés. Trois autres durent être
déclassés suite à des accidents. Cela représentait
quelque 40% des chasseurs disponibles. Bien
que les pertes en pilotes (il y en avait plus que
d’appareils) furent plus limitée, l’usure en avions
était sévère. C’est pourquoi le porte-avions Eagle
ayant appareillé de Gibraltar amena ce 15 juillet
trente-deux nouveaux Spitfire dans le cadre de
l’opération ‘Pinpoint’ ». Un de ces renforts allait
cependant se crasher au décollage. Les trente et
un autres arriveront sans mal sur l’île. Ce jour fut
fort calme comme ce sera le cas le lendemain.
Mais la situation se dégrade pour l’Afrika Korps.
Les tentatives du maréchal Rommel pour enfoncer
la ligne défensive d’El Alamein demeurent
infructueuses. Les Britanniques lancent même
une contre-offensive le 16 juillet. Les pertes de
l’Axe sont si lourdes et leurs effectifs si réduits face
à ceux de l’adversaire que Rommel propose de se
replier. On le lui interdit. La situation se stabilise :
Allemands et Britanniques tiennent leurs positions
respectives.
L’alerte est cependant très chaude et une partie
Spitfire Mk. VC(T) BR387/GL-W « Ned IV » piloté par le P/O John Yarra ; Hal Far, juillet 1942.
49
de la KG 77 doit avoir gagné la Crète pour opérer
sur l’Égypte tandis que le II./JG 53 est requis
en urgence à Fuka (Libye) pour appuyer les III./
JG 53 et JG 27. Le II. Fliegerkorps voit une fois
de plus ses effectifs être réduits en urgence. De
plus en plus, l’aviation allemande est contrainte
‘de déshabiller Pierre pour habiller Paul’ tant ses
effectifs sont désormais étiques.
Le 17 juillet, la Luftwaffe n’aurait engagé que cinq
Ju 88 sur Luqa et Safi avec une escorte de Bf 109
du I./JG 77. L’Ofw. Brandt revendique une victoire
mais aucun Spitfire n’aurait été abattu. Par contre
le I./JG 77 perd l’Uffz. Simon Pohlein et le Fw.
Heinz Sauer, tous deux tombant en mer. Sauer,
quoique sérieusement blessé, va nager un temps.
Le F/Lt McLeod du 603 Sq. survolant le naufragé
assistera à ses efforts désespérés et lui larguera
son dinghy. Sauer pourra y grimper mais, quand
la vedette de sauvetage l’approchera, il avait déjà
péri.
De nuit, le Ju 88 T7+ZL du K.Gr. 806 est pris
en chasse par un Beaufighter qui le poursuivra
quasiment jusqu’en Sicile. Il s’écrase à Gela, tuant
son pilote, le Fw. Heinz Vollstedt, et blessant les
trois autres occupants.
Le 18 juillet, un raid de peu d’importance ne peut être
intercepté mais, peu après, un Ju 88 bien escorté
apparaît sur l’île. Une reconnaissance ou un leurre
visant à attirer la chasse? Un Spitfire est abattu.
Son pilote saute en mer avant d’être récupéré.
Un autre Spitfire est fortement endommagé mais
son pilote blessé pourra le crasher à Ta Kali. Trois
victoires seront revendiquées par le I./JG 77 mais
également par un pilote du II./JG 53 n’ayant pas
encore gagné l’Afrique.
Le 19 juillet, deux Spitfire sont détruits sur accident
avec à leurs commandes de jeunes pilotes. Ces
pertes participent à l’affaiblissement de la défense
maltaise.
De nuit, quatre Ju 88 du I./KG 54 tentent une
intrusion. Un Beaufighter de chasse de nuit abat
le B3+PH de l’équipage du Lt. Siegfried Sack à
l’est de Gozo. Les trois autres bombardiers font
alors demi-tour. Le lendemain, deux aviateurs
seront sauvés par la vedette HSL107 et entreront
en captivité.
Le 20 juillet, une attaque de trois Ju 88 avec
escorte d’une vingtaine de Bf 109 menée sur Luqa
semble avoir surpris la défense. Le 185 Sq. (qui,
dans son journal, citera l’intrusion de sept Junkers)
est envoyé pour contrer les intrus mais deux
Spitfire sont de suite abattus (un pilote sera porté
disparu ; l’autre tombé en mer sera repêché). Le I./
JG 77 revendiquera trois victoires.
Le 21 juillet est marqué par l’opération ‘Insect’,
l’infatigable Eagle amenant trente-deux nouveaux
Spitfire (quatre ne pouvant décoller ou étant
victimes d’accidents). Vingt-huit renforts vont
ainsi atteindre l’île. La Luftwaffe est désormais
si affaiblie qu’elle ne peut même plus faire mine
d’intervenir… Ce jour-là, on relève tout au plus un
unique combat sur Gozo avec une poignée de Bf
109. Un pilote du 126 Sq. a son moteur atteint de
plein fouet par deux obus. Il pense évacuer mais,
après une rapide réflexion, planera avec succès
jusqu’à la terre ferme.
De nuit, un combat acharné oppose un Ju 88 à
un Beaufighter de l’unité de chasse de nuit. Le
‘Beau’ est endommagé mais le bombardier tombe
en mer. Deux aviateurs sautent et seront capturés.
Il s’agissait en fait d’un Aufklärer de la 2.(F)/123
piloté par le Lt. Ernst Lischke. On ne sait pas très
bien que faisait là cet appareil dont l’unité était à
l’époque basée en Crète… Un renfort temporaire
pour compenser le peu d’effectifs de la (F)/122 ?
Le 22 juillet, lors d’une chasse libre effectuée
en Schwarm (une autre source mentionne une
escorte de trois Ju 88), quatre pilotes du I./JG
77 aperçoivent huit Spitfire au large de Malte.
Ils virent rapidement, mettent les gaz et, sans
être aperçus, peuvent se placer à cinquante
mètres derrière l’adversaire. Cinq Abschüsse
seront revendiquées. Pour leur part, les pilotes
de défense de l’île revendiqueront deux Bf 109
abattus. Il semble cependant qu’aucun appareil
allemand ne fut perdu tandis que les Luftsiege
se résumèrent à deux pertes (des 185 et 249
Squadron). Un des tués était le P/O canadien
français Jean Paradis, un grand ami du fameux
Sgt George Beurling. Un raid ultérieur de Bf 109
endommagera deux Spitfire. Journal du 185 Sq.:
« Le A Flight a décollé pour intercepter des ‘points’
au nombre de quinze. Au nom de tous les pilotes
du 185e et à mon grand regret je dois signaler que
le F/Sgt ‘Shorty’ Reid, DFM, un Canadien, a été
perdu lors de ce scramble. Le Sgt Weaver fit un
bon travail en abattant deux maudits 109 ».
De nuit, nouvelle victoire d’un Beaufighter. Cette
fois sur le Ju 88 M7+GL de la 3./K.Gr. 806 abattu
en mer près de Gozo avec l’équipage du Lt. Leo
Skrdla.
Le 23 juillet, plusieurs combats ont lieu sur
l’île, surtout avec des Ju 88 bien escortés. Une
attaque vise Luqa, endommageant plusieurs
appareils. Des victoires sont revendiquées sur les
bombardiers et sur les 109 mais on n’en trouve
pas trace. Pas plus que des deux Luftsiege du I./
JG 77. Les pertes de la journée se résumèrent en
un Macchi abattu (pilote sauvé et PG) ainsi qu’un
des derniers Hurricane présents sur l’île détruit
sur accident lors d’un vol test devant préparer une
attaque de la Sicile (pilote tué).
Le I./JG 77 revient le lendemain matin (24 juillet) en
escorte de Ju 88. Les Bf 109 ne peuvent empêcher
La vedette HSL107 qui
prit part à de nombreux
sauvetages de naufragés
des deux camps.
50
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Un Ju 88 de la KG 77 sur
Malte.
Ce Macchi 202 de la
378a Squadriglia abattu
à Malte le 27 juillet
rappelle que la Luftwaffe
n’était pas la seule à
combattre face à la RAF.
la perte du M7+KH de la 1./K/Gr. 806. L’équipage
du Lt. Sepp Hörmann sera porté disparu. Le radio,
le Lt. Heinz Beurser, seul survivant de l’équipage,
fut néanmoins capturé et déclarera lors de son
interrogatoire que les Ju 88 auraient dû être
escortés par des chasseurs italiens mais qu’il n’en
vit pas. Les Bf 109 auraient dû pour leur part opérer
en chasse libre. Son grade élevé s’explique par le
fait qu’il était initialement officier au sol. Il ne volait
que depuis son arrivée en Sicile et avait effectué
onze missions sur Malte de jour comme de nuit.
Pour lui, l’activité réduite des Ju 88 s’expliquait par
l’obligation d’entraîner les jeunes équipages au vol
de formation. Un autre raid aura lieu dans l’aprèsmidi. Deux victoires seront revendiquées par le I./
JG 77 mais on n’en trouve pas trace.
Comme le signale C. Shores, à cette époque, l’Axe
manque cruellement de carburant et cette pénurie
gêne naturellement la Luftwaffe qui ne peut plus
engager ses appareils qu’avec parcimonie. De
son côté, la RAF basée à Malte peut envoyer ses
appareils jusque près de la côte grecque pour
51
attaquer les navires ravitaillant l’Afrique au départ
des Balkans. Et les efforts répétés des appareils
basés en Sicile ne peuvent que seulement freiner
ces actions très dérangeantes.
Le 25 juillet, alors que la Regia Aeronautica
semble engager plus d’unités sur Malte, le Bf
109 de l’Ofw. Kurt Görbing (2./JG 77) est victime
du tir d’un chasseur adverse (probablement un
Spitfire du N° 603 Sq.). Görbing, crédité de cinq
victoires sur l’URSS, ne semble pas s’être affolé.
En vol plané, il réussit à se rapprocher de la côte
sicilienne et à amerrir à proximité de l’île. Il aurait
alors évacué sa machine pour gagner la terre
ferme à la nage.
Le 26 juillet, on note un renforcement des
attaques de l’Axe. Sept Ju 88 bombardent Ta
Kali, détruisant au moins un Spitfire au sol. Une
attaque ultérieure est lancée sur Hal Far sans que
les intrus puissent être interceptés. Deux heures
plus tard, c’est le tour de Luqa et de Safi avec la
destruction d’un nouveau Spitfire. Le Sq/Ldr John
Winfield (126 Sq.) est sérieusement blessé mais
pourra revenir à Ta Kali en dépit d’une importante
perte de sang. Il pensera avoir été victime du tir
défensif d’un Ju 88 mais aurait en fait été une des
victoires de l’Oblt. Friedrich Geisshardt, menant la
3./JG 77.
En soirée, trois Hurricane partent bombarder Gela.
En matinée du 27 juillet, les Spitfire arrivent trop
tard pour empêcher l’attaque de Ta Kali par des
Ju 88. Plusieurs appareils sont endommagés au
sol. Ce jour-là, le redouté Beurling abat une des
légendes de l’aviation militaire italienne, le fameux
Capitano Furio Doglio Niclot, commandant la 151a
Squadriglia. Comme à l’habitude, Beurling, à l’œil
très précis, décoche sa rafale dans l’habitacle de
son adversaire, tuant net son occupant.
Une attaque de cinq Ju 88 du III./KG 77 tourne
au désastre lorsque les bombardiers se heurtent
à environ vingt-cinq Spitfire. Une attaque frontale
est lancée et la 7e escadrille perd pas moins de
trois appareils : les 3Z+JR (équipage du Staka,
l’Oblt. Josef Zimmer, tué), 3Z+BR (trois tués de
l’équipage du Fw. Helmut Heuer tués ; un PG)
et 3Z+DR (le Lt. Günther Bohner et deux de ses
camarades sont capturés). Au surplus, l’Ofw.
Rudolf Panz, pilote à la 6. Staffel, est blessé mais
pourra ramener son bombardier en Sicile.
Le I./JG 77 était ce jour-là appuyé par le II./JG 53
à peine revenu de son déplacement superflu en
Afrique (où le Gruppe avait peu agi tout en perdant
plusieurs appareils et un pilote). Des victoires
sont revendiquées mais si des Spitfire furent
endommagés, il n’y aurait pas eu de pertes totales.
Vers midi, l’Uffz. Heinrich Freckmann (6./JG 53)
revendique sa première victoire mais, peu après,
il est abattu près du cap Scaramia et sera porté
disparu. Le Lt. Karl-Heinz Preu, vétéran attaché au
Stab et crédité de neuf victoires (la première ayant
été obtenue le jour même de ‘Barbarossa’), est
tué par la DCA maltaise. L’Oblt. Siegfried Freytag,
Staka de la 1./JG 77, est également abattu mais
pourra se poser au large de La Valette. Alors que
la vedette HSL128 se rapproche de lui, l’as est
récupéré de justesse par un Do 24 qui le ramènera
en Sicile.
En soirée, la KG 54 peut détacher quelques Ju 88
pour bombarder Malte (cela sans subir de perte).
En matinée du 28 juillet, une formation de Bf
109 approche de Malte. Parmi ces chasseurs,
un appareil de la 1.(F)/122, l’escadrille de
reconnaissance disposant désormais de quelques
monomoteurs opérant au côté de ses Ju 88. Cet
appareil désarmé est endommagé mais reviendra
se poser en urgence à Comiso. Deux Spitfire du
1435 Flight sont alors abattus (un pilote tombé en
mer étant sauvé).
Dans l’après-midi, deux Ju 88 d’une formation
attaquant Hal Far sont perdus avec leurs
équipages : les 3Z+EM de la 4./KG 77 (Uffz.
Fritz Rottenbecher) et 3Z+BP de la 6./KG 77
(Lt. Wolfgang Marzahl). Lors de ce combat, un
Spitfire du 126 Sq. est contraint de se poser en
urgence, son réservoir de glycol atteint par le tir
défensif d’un Ju 88. Un troisième bombardier, le
3Z+HP piloté par l’Uffz. Albert Führer, est pris à
partie par des Spitfire de deux unités différentes et
abattu au large de Kalafrana Bay (deux aviateurs
seront capturés). Un prisonnier déclarera lors de
son interrogatoire que, « si les aviateurs de la
Regia Aeronautica n’avaient pas la même qualité
que leurs homologues allemands, pour lui, les
chasseurs italiens firent toujours le maximum
pour assurer la protection des bombardiers qu’ils
escortaient ». Le radio, l’Uffz. Karl Bauer, avait à
son actif une cinquantaine de vols sur Malte.
Le 29 juillet, dans une série de combats de
chasse, Beurling abat le Bf 109 de l’Uffz. KarlHeinz Witschke (3./JG 77), toujours sans laisser
la moindre chance à l’infortuné sous-officier. Le
plus navrant est que Witschke aurait dû bénéficier
d’une permission quarante-huit heures plus tôt
mais aurait demandé à demeurer sur le front pour
Le Lt. Friedrich
Geisshardt, Staka de la
3./JG 77.
52
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Un Bf 109 du I./JG 77 revenu très
endommagé d’un vol sur Malte.
Le F/Sgt George
‘Screwball’ Beurling
pose avec des pièces du
Macchi 202 de la 378a
Squadriglia qu’il a
abattu au-dessus de Gozo
le 27 juillet 1942. Il fut
aussi responsable de la
disparition du Capitano
F.D. Niclot de la 151a
Squadriglia.
remporter des victoires et obtenir au plus vite l’EK
I.
Le 30 juillet, deux Spitfire sont abattus, un
probablement par l’aviation italienne et le second
(du 126 Sq. ?) par le Staka de la 4./JG 53, l’Oblt.
Michalski. En matinée, pour attirer la chasse
adverse, neuf Ju 88 de la KG 54 avaient survolé
l’île à cinq mille mètres. Cette opération sera
répétée deux heures plus tard mais ne semble pas
avoir eu plus de succès, ces ‘Scheinangriffe’ ayant
probablement été éventées par Ultra.
En soirée, quatre Ju 88 du K.Gr. 806 viennent
larguer quelques projectiles sur Malte. Le M7+FK
(Oblt. Fritz Herrmann – 2./806) est victime d’un
Beaufighter. Deux aviateurs seront sauvés par le
Seenot, un sera capturé tandis que Herrmann fut
tué, étant probablement demeuré aux commandes
de sa machine.
Le 31 juillet, un raid important est lancé de Sicile
dans l’après-midi. Seize appareils des 185 et 603
Sq. décollent mais trop tard et ne peuvent ainsi
gagner assez d’altitude pour contrer les intrus.
Les chasseurs plongent sur les Spitfire. Deux
sont abattus de suite (leurs pilotes s’en tireront
sans trop de mal). Un autre pilote de Spitfire est
porté disparu. Il atteindra la côte le lendemain
sur son canot, totalement épuisé et se plaignant
de ne pas avoir pu attirer l’attention par manque
de fusées éclairantes et de matériel fluorescent.
Deux de ces appareils auraient été victimes des
tirs de Michalski. Selon le journal de guerre du
185 Sq. : « Un Flight décolla vers midi mais fut
particulièrement malchanceux. Le service Ops
se trompa et envoya nos gars directement vers
une masse de 109 qui profitèrent de leur position
favorable et effectuèrent le ‘Bounce perfect’.
Doc Livingstone fut abattu, sauta et fut sorti très
vite de la flotte. Par chance, il n’avait pas été
blessé. Le F/O Bruce, par contre, connut une plus
mauvaise expérience, passant dix-sept heures
sur son dinghy et touchant terre au petit matin du
lendemain. Il était indemne mais épuisé et hagard.
Les gars l’avaient cherché durant toute l’aprèsmidi mais n’avaient pu le repérer. Ainsi se clôtura
le mois de juillet 1942 ».
Juillet aurait dû voir une offensive renforcée de
l’Axe sur Malte. Elle n’aurait bien sûr pu atteindre
l’envergure de la précédente qui s’étala sur six
semaines mais elle nécessita néanmoins le
rappel de deux Gruppe de bombardiers ainsi que
le transfert d’un Gruppe de chasse expérimenté
venu d’URSS. Les efforts italo-allemands furent
cependant freinés par le manque de carburant,
l’obligation de distraire temporairement des
appareils en Afrique, la mise au repos forcée
pendant un mois du I./KG 54 ainsi que les
Spitfire Mk. VC(T) BR323/S du N° 249 Squadron, basé à Ta Kali et piloté par l’as
canadien Sgt George Beurling en juillet 1942.
53
Le Spitfire VC BR126
(celui amené par le P/O
J.A. Smith depuis le
Wasp) et attribué au 185
Squadron fut malmené
par la chasse allemande
puis réformé le 31 juillet
1942.
faiblesses des Macchi 202 qui allaient être très
vite retirés du front en raison de divers défauts
techniques (surtout pour les appareils construits
sous licence dans les usines Breda). De part
adverse, Malte disposait toujours d’une force
importante de chasseurs en défense mais les
réserves en nourriture et en carburant de l’île
étaient tombées très bas. Les combats allaient
L’équipage de l’Oblt.
Karl Palliardi, Staka de
la 1./KG 54, de retour de
Malte.
54
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Un Wellington du 38
Sq. partant depuis Luqa
opérer sur la Sicile.
Sept avions de cette
unité furent envoyés de
Shallufa (Égypte) vers
Malte, dès que la pression
de la Luftwaffe eut
baissé.
donc s’atténuer, la Luftwaffe privilégiant pour le
moment les balayages de chasse au détriment
des bombardements. Cependant, point très
défavorable pour l’Axe : les attaques aériennes
ne pouvaient guère diminuer le potentiel offensif
de l’île et mettre à mal les appareils chargés
d’attaquer les convois de ravitaillement allant
d’Europe vers l’Afrique.
Ce mois de juillet, la Luftwaffe en Sicile avait
perdu treize Bf 109 (dont trois sur accidents).
Huit aviateurs avaient été tués et un neuvième
capturé. Une bonne vingtaine de Ju 88 avaient
été détruits, leurs équipages ayant été en majorité
tués ou capturés. Selon C. Shores, « la RAF avait
Un Wellington VIII du
N° 38 Sq. est chargé en
torpilles, probablement
en Égypte. Cette unité
fournit des bomabrdiers
pour l’attaque des
convois de l’Axe. Opérant
de nuit, les bimoteurs
remportèrent quelques
succès.
perdu trente-huit Spitfire en combat. la moitié des
pilotes ayant été sauvée. On relève soixantedeux opérations nocturnes de Beaufighter qui
revendiquèrent treize victoires sans perte. Seize
attaques de navires furent menées par des
Wellington VIII et une dizaine par des Wellington
V torpilleurs du 38 Sq. Les Beaufort avaient subi
les pertes les plus sérieuses, soit sept avions en
vingt-huit opérations ». À cela, il fallait rajouter les
appareils de tous types victimes d’accidents ou
détruits au sol. D’autres furent si endommagés
lors des attaques d’aérodromes qu’ils furent retirés
des opérations pendant parfois des semaines.
55
56
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Messerschmitt Bf 109 F-4 « 2 noir » piloté par l’Ofw. Herbert
Rollwage de la 5./JG 53 en août 1942.
Août 1942
La première décade d’août voit la Luftwaffe basée
en Sicile engager surtout ses chasseurs. Les Ju
88 des KG 77, K.Gr. 606 et K.Gr. 806 se refont une
L’Ofw. Herbert Rollwage
de la 5./JG 53 (à dr.) avec
sa dérive arborant trente
barres de victoires.
Un Spitfire du 126 Sq.
(EP257) est guidé par un
mécanicien vers la piste.
Cet appareil arriva à
Malte sur le cargo Empire
Darwin le 1er août 1942.
santé tandis que le I./KG 54 de retour sur le front
après un mois de repos mène principalement des
escortes de navires ravitaillant l’Afrique.
Ces ‘Freie Jagd’ (chasses libres) ne peuvent
que décontenancer la défense maltaise dont les
supérieurs tablaient largement depuis des mois
sur les rapports Ultra. Contrairement aux attaques
de bombardiers souvent planifiées la veille (et
nécessitant des échanges de messages avec
les unités de chasse devant assurer l’escorte),
les chasseurs pouvaient décoller à leur guise et
survenir sans que la défense ait été préalablement
avertie. De plus, étant bien plus libres de leurs
mouvements - puisque non forcés de ‘coller’ aux
bombardiers -, les chasseurs pouvaient faire
preuve de plus d’agressivité.
Si le 1er août ne voit aucune intrusion, le 2 août,
vingt-trois Spitfire décollent pour intercepter trois
ou quatre bombardiers. Les Bf 109 des I./JG 77
et II./JG 53 abattent deux Spitfire du 185 Sq. Un
des deux pilotes tués, le PO James Guthries, avait
effectué précédemment quatre-vingt missions de
combat sur la France (comme le signale le journal
de guerre du 185e).
57
Le 3 août, vingt-trois Spitfire repartent affronter
une formation de chasse qui semble cependant
éluder le combat. Un pilote du récent 1435 Sq. est
néanmoins abattu sur la mer par un Bf 109 mais
sera sauvé par la vedette HSL107. Trois Spitfire
furent revendiqués par le I./JG 77 - ce qui est très
exagéré.
Le 4 août, un pilote australien du 229 Sq. est
victime d’un Bf 109 mais peut sauter sans mal.
Le nom de son vainqueur est inconnu. Ce jourlà, quelques chasseurs italiens refont une timide
apparition sur Malte.
Le 5 août, un pilote (nom inconnu) de la 5./JG 53
doit abandonner son avion près du Cap Scaramia
mais sera sauvé par le Seenot. Il aurait été victime
d’un engagement sur Malte avec le 1435 Sq.
A titre anecdotique, en matinée du 7 août, Malte
voit arriver le nouveau commandant du Luqa
Spitfire Wing. Il s’agit d’un vétéran, le W/Cdr
Peter Prosser Hanks, qui s’était distingué sur la
France pendant la Drôle de Guerre (cf. Batailles
Aériennes N° 68). Un ‘dur à cuire’ bien différent
des jeunes pilotes inexpérimentés affectés à Malte
l’année précédente.
Le 8 août, les Freie Jagd se poursuivent et, lors de
celle du matin, le P/O Beurling est abattu. Il hésite.
Va-t-il sauter ? Finalement, le grand as de Malte
tente l’atterrissage en catastrophe et s’en tirera
avec une simple estafilade à un bras. Un autre
pilote du 249e est blessé à l’épaule mais pourra
ramener son avion endommagé à bon port. Vers
10h00, le 1435 Sq. est engagé à son tour mais
perd un pilote néo-zélandais porté disparu.
Deux ‘P-40’ (!) allaient être revendiqués par le I./
JG 77 mais l’Ofw. Herbert Rollwage (5./JG 53)
identifia pour sa part parfaitement ses adversaires
en réclamant un Spitfire, sa 29e victoire sur l’île
de Malte. Bien que l’une de ses victoires n’ait
pas été confirmée, ses camarades proclameront
néanmoins qu’il s’agissait là de sa 30e et en
profiteront pour organiser une petite fête. En cette
période de tension, toute occasion semble avoir
été bonne de se réjouir et de boire le vin sicilien…
La crainte d’une invasion semble avoir couru à
cette époque et des Spitfire seront envoyés par
paires survoler des portions de mer aux alentours
de Malte pour repérer toute flotte suspecte. Il n’en
était bien sûr rien et les chasseurs reviendront
tous à Malte à la nuit tombée.
Le 9 août, lors du troisième combat ‘chasseurs
contre chasseurs’ de la journée, un Spitfire du 126
Sq. est vu passer sur le dos puis piquer vers la
mer. Son pilote, un Canadien, peut l’évacuer avant
d’être sauvé le lendemain par la vedette HSL107.
De nouveau, on ne relève aucune revendication et
cet appareil fut dès lors probablement victime d’un
problème technique.
Le 10 août voit le retour d’une formation de Ju
88 qui bombarde Luqa, endommageant plusieurs
avions au sol. Un pilote du 185 Sq. est contraint
de se crasher. Mais, dans ce combat, la 6./JG 53
perd l’Uffz. Walter Schmidt, probablement une
nouvelle recrue. Le Friedrich prend de suite feu
mais Schmidt, quoique grièvement brûlé, peut
l’abandonner à temps en parachute. Il tombe en
mer. Par chance, il est proche des côtes et, dix
minutes après, est extrait de l’eau par un petit
navire puis enveloppé dans des couvertures avant
son rapide transfert à l’hôpital (ce qui lui sauvera la
vie). Un Ju 88, le 3Z+ET de la 9./KG 77 demeuré
Plan de Pedestal.
Un Spitfire Mk.Vb
décolle du Furious lors de
l’opération ‘Bellows’.
58
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Lors de ‘Pedestal’,
le Kommodore von
Maltzahn s’entretient
avec des officiers de la
Regia Aeronautica pour
coordoner les actions.
à la traîne attire à lui des Spitfire du 1435 Sq. Le
P/O Jerry Smith l’abat, l’équipage du Fw. Helmut
Streubel étant porté disparu. Mais Smith disparaît,
ayant probablement été abattu à son tour par un
Bf 109. Son frère Rod, également pilote de chasse
à Malte, fut un de ceux qui le chercheront en vain.
Le I./JG 77 revendiqua trois victoires et le II./JG 53
une quatrième.
La situation militaire va être cependant totalement
Des Aufklärer
partent sur-le-champ
photographier l’avance
du convoi.
bouleversée à la fin de cette décade par l’arrivée
du convoi Pedestal. Comme il l’a été dit, Malte
souffrait de malnutrition et, pour donner une
idée des tentatives désespérées pour nourrir
la population, signalons que, par manque
d’engrais, on tenta de fumer les champs avec
des excréments humains, cela contre l’avis des
spécialistes. Une épidémie de typhoïde allait en
résulter, frappant un millier d’insulaires dont une
59
Le porte-avions HMS
Eagle en train de couler
lors de l’opération
‘Pedestal’ après avoir
encaissé quatre torpilles
lancées par le sous-marin
U-73 ; le vieux navire
disparut de la surface en
huit minutes !
Le cargo Dorset subit
une attaque aérienne ; il
coulera le 13 août.
Des Sea Hurricane
sont préparés sur le
pont du porte-avions
HMS Indomitable
afin de contrer les
attaques aériennes italoallemandes.
60
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Les bombes pleuvent
sur le convoi ‘Pedestal’.
On aperçoit le cargo
Glenorchy qui sera coulé
sur la route vers Malte.
Des bâtiments virent
pour éviter les bombes
d’un Ju 88.
centaine allait décéder. La catastrophe alimentaire
étant donc imminente, début août un convoi de
treize cargos et d’un pétrolier escortés par deux
cuirassés, quatre porte-avions, trois croiseurs et
quatorze destroyers fut constitué pour amener
vivres, munitions et carburant à Malte. Pour ne pas
réitérer l’échec de ‘Harpoon/Vigorous’ en juin, le
convoi n’allait partir que de Gibraltar, évitant ainsi
la fameuse ‘Allée des bombes’ et ses redoutables
‘Helbig’s flyers’, les aviateurs très compétents de
la LG 1, opérant de Crète et d’Afrique.
Le 11 août, le convoi évolue au sud des Baléares
et, dans le cadre de l’opération ‘Bellows’, le
porte-avions Furious fait décoller trente-sept
Spitfire vers Malte puis revient à Gibraltar. Pour
éviter une interception par les avions de l’Axe,
quelques Spitfire feront un large détour par la
côte algérienne. Vers 18h00, trois Sea Hurricane
décollent du pont de l’Indomitable pour intercepter
et abattre le Ju 88 F6+FK de la 2.(F)/122 ayant
très probablement décollé de Sicile. L’équipage de
l’Uffz. Franz Hronek est tué mais son mitrailleur
avait pu auparavant abattre un des assaillants.
Le Sea Hurricane sera posé en mer et son pilote
sauvé par un des navires. Des Ju 88 du K.Gr.
806 survenant alors marquent des coups au but
mais le M7+DH du Lt. Karl-Erich Ritter (1./806) est
abattu avec son équipage par la DCA des navires.
À l’annonce de la progression du convoi, les I. et
II./LG 1 avaient quitté la Crète pour gagner Gerbini,
étant ainsi de nouveau temporairement soumis au
II. Fliegerkorps. La 12./LG 1 demeure néanmoins
en Crète pour continuer à assurer les escortes de
convois.
Ce jour-là, le porte-avions Eagle, qui avait si
souvent acheminé des appareils de renfort pour
Malte, est coulé par le U-73. Outre deux cent
soixante marins, seize chasseurs sont envoyés
par le fond.
Les jours suivants, les combats vont faire rage sur
‘Pedestal’, avions italiens et allemands de tous types
(venus également d’Afrique) se succédant tout en
étant contrés par des appareils décollant de Malte ou
des porte-avions d’escorte. Cela sans oublier la DCA
nourrie émanant des navires eux-mêmes.
Le 12 août à 5h30, le I./LG 1 (mené par le Hptm.
Joachim Helbig) et le II./LG 1 (mené par le Hptm.
Karl-Heinz Schomann) décollent de Gerbini pour
atteindre le secteur Elmas-Cagliari où les Ju 88
doivent faire jonction avec leur escorte de Bf 109
du I./JG 77. Vers 9h25, l’attaque est lancée. Les
Sea Hurricane (des N° 800, 801, 880 et 885 Sq.)
ainsi que les Fulmar (du N° 809 Sq.) décollent au
plus vite des porte-avions. Des combats disputés
s’engagent. Plusieurs Ju 88 de la Lehrgeschwader
sont perdus :
-le L1+EH (1./LG 1) est frappé par la DCA à un
moteur, le second étant détruit par un chasseur.
61
Il s’abat près du convoi. Deux aviateurs ayant
pu sauter seront sortis de l’eau puis amenés à
Gibraltar ;
-le L1+OH de la même 1./LG 1 est porté disparu ;
-la 2./LG 1 perd l’appareil de son Kapitän, le Hptm.
Werner Lüben, porté disparu avec son équipage.
Lüben, qui était observateur, sera promu Major à
titre posthume en… octobre 1944 ;
-le L1+AP de la 6./LG 1 revient se poser en
urgence ayant probablement été endommagé sur
le convoi. Il s’écrase mais les aviateurs s’en tirent
avec quelques contusions et égratignures;
-le L1+DN de la 5./LG 1 légèrement endommagé va
se poser à Tunis-El Aouina. Son mitrailleur,
grièvement blessé à la tête, décèdera peu après. Il
sera inhumé à Tunis même.
Il semblerait que cinq Ju 88 aient été contraints
de larguer leurs bombes prématurément face à
la chasse. Les onze autres attaquent mais sans
causer de dommages.
Dans l’après-midi, sous le commandement du
Kommandeur, le Major Gerhard Kollewe, des
Ju 88 du II./LG 1 repartent au combat. Selon les
participants à cette attaque, les bimoteurs se
heurtent de suite à un véritable mur de DCA qui
gêne toute action. Kollewe se lance dans un piqué
Les Ju 88 de la LG 1
seront très impliqués
dans ce combat.
Le porte-avions HMS
Indomitable sous les
bombes.
62
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
mais sa bombe tombe à peu de distance d’un
navire. Le retour sera dramatique puisque trois Ju
88 ne pouvant atteindre Gerbini choisissent de se
poser sur la piste sarde de Cagliari. Mal leur en
prend car, peu avant, le secteur avait été attaqué
par des Beaufighter du 248 Sq. venus de Malte.
Toujours sous le coup de ce combat, les artilleurs
de la DCA italienne confondirent les bimoteurs
avec des intrus et ouvrirent le feu. Le L1+GN de
l’Oblt. Axel Gerlich atteint de plein fouet par un
obus s’écrase à Cagliari, tuant son pilote. Pendant
ce temps-là, le convoi navigue à hauteur de
Bizerte dans le détroit de Sicile, étant attaqué de
toutes parts (sous-marins italiens, Ju 88 de la KG
54, etc.). De nouveau, des navires sont envoyés
par le fond.
Un Martlet doit abattre le 3Z+ES, un Ju 88 de la 8./
KG 77 piloté par l’Oblt. Leopold Lagauer (équipage
disparu). Son tir défensif endommage cependant
son vainqueur qui manquera son appontage sur
l’Indomitable puis tombera en mer avec son pilote.
Un navire en difficultés.
Fairey Fulmar et Sea
Hurricane sur le pont
du porte-avions HMS
Victorious au cours de
‘Pedestal’. Au fond
le porte-avions HMS
Indomitable.
63
Un canon Bofors de 40
mm installé sur le pont
du cargo Melbourne Star
fait feu sur les avions de
l’Axe lors de l’opération
Pedestal.
Le convoi attaqué par les
avions de l’Axe.
64
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Le pétrolier Ohio,
endommagé, atteindra
Malte soutenu par
deux destroyers qui
l’empêchèrent de couler.
Après avoir déchargé sa
cargaison, le navire fut
cependant coulé hors du
port.
Le Ju 88 M7+DL de la 3./K.Gr. 806 aurait été pour
sa part victime de la DCA de cargos et s’écrase en
mer emportant l’équipage du Lt. Werner Tronicke.
Lors des escortes sur Pedestal, le I./JG 77
revendiquera quatre Hurricane. Mais, en raison de
la cohue, on ne peut ni confirmer, ni infirmer ces
revendications.
Le 13 août, vers 6h00, disposant d’une très maigre
escorte de deux Bf 109 de la JG 53, neuf Ju 88 du
I/LG 1 décollent de Sicile avec pour objectifs les
cargos. Le pétrolier Ohio semble avoir été victime
des bombes de la LG 1 qui le frappent sous la ligne
de flottaison. Vu l’importance de cet engagement,
le reliquat des Ju 88 laissé à Héraklion arrive
à Gerbini. Le II./LG 1 est engagé à son tour
vers 8h00 et les Ju 88 coulent probablement trois
bâtiments, dont le destroyer Utmost. Lors de cette
attaque, l’Ohio encaisse de nouveau une bombe.
Dans l’après-midi, le général Bruno Loerzer, chef
du 2. Fl.K., vient visiter Gerbini pour distribuer des
décorations aux équipages méritants. En soirée,
le I./LG 1 engage de petites formations (souvent
des Kette de trois appareils) à la recherche de
navires isolés. Le Lt. Ulrich Hackenbeck attaque
Ci-contre et page
suivante en haut :
arrivée du cargo
Melbourne Star à La
Valette, événément vital
pour les insulaires et les
défenseurs de Malte.
pour sa part un navire de guerre mais se heurte
à des Spitfire. Selon lui, son mitrailleur en aurait
abattu un - et peut-être même deux ! Mais leurs
tirs ont sérieusement endommagé les ailes du
bimoteur. « Je volai vers Malte puis, fort bas,
vers la Sicile. peu avant cette île, un Spitfire vint
vers mon appareil. ce devait être un appareil de
reconnaissance. Il s’approcha mais ne se plaça
pas en position de tir. Il me salua et me montra
le bout de mes ailes. J’avais prévenu Gerbini des
avaries de mon avion et on m’attendait en cas de
crash. Mais tout se passa bien. On allait décompter
cent impacts dans la carlingue ». Le L1+BL de
l’Uffz. Gerhard Rohr qui volait avec Hackenbeck
n’allait cependant pas revenir de ce vol. Aperçu
la dernière fois traînant un panache de fumée et
faisant route vers la Sicile, il sera porté disparu
avec son équipage.
Ce 13 août, le Lt. Hans Märklstetter (6./JG 53) est
crédité de sa 2e victoire sur un Spitfire, le I./JG 77
en revendiquant un autre. Mais le Fw Hugo Langer
(2./JG 77) est tué près de Pantelleria.
En soirée, trois cargos de Pedestal atteignent
Malte.
Selon le journal du 185 Sq. : « Je suis heureux
65
de signaler que le convoi, un traînard excepté, est
maintenant en sécurité à La Valette. Dès 10h00,
nos gars ont effectué des dizaines de patrouilles
mais les ‘Huns’ ont dû estimer que les patrouilles
maltaises étaient trop fortes pour eux. Le convoi
a sérieusement souffert et nous avons perdu le
porte-avions Eagle mais les navires marchands
qui ont atteint leur destination sont un don du ciel.
Le seul incident fut le crash au décollage du Sgt
Clewley mais son état est moins grave que l’on
pouvait craindre et nous espérons le revoir sous
peu ».
La 14 août, au lever du jour, l’Ohio pris en
remorque est achevé par un Ju 88 qui l’envoie
par le fond. Peu après, vingt-six Ju 88 des I et II./
LG 1 partent attaquer les navires de ‘Pedestal’
Les précieuses
marchandises débarquées
des cargos ayant pu
gagner Malte sont
déchargées des barges
puis transportées vers des
dépôts par des camions.
66
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Revenu blessé en Sicile,
ce pilote de la JG 53 est
pris en charge par une
ambulance.
Les I./JG 77 et II./JG
53 occupant le même
aérodrome, le Lt. Armin
Köhler (3./JG 77) se fait
photographier sur un
appareil de la ‘Pik As’.
sur le chemin du retour vers Gibraltar. Il n’y aura
cependant aucune perte dans les deux camps.
Des Ju 88 de la 4./KG 77 bombardent pour leur
part le croiseur Kenya, perdant le 3Z+FM de l’Ofw.
Heinz Limertz (équipage tué) face au mur de feu
de la DCA.
Le restant de la journée, la LG 1 va ‘traquer’ les
cargos toujours en route vers Malte. Ce sera en vain
tandis qu’un quatrième navire va entrer en rade de
La Valette. En tout, cinq cargos allaient acheminer
cinquante-cinq mille tonnes de ravitaillement qui
permettront à la garnison maltaise de se ressaisir
et de tenir.
Ce 14, les nombreux succès de l’Oblt. Michalski
le propulsent à la tête du II./JG 53. Le Hptm.
Walter Spies, qui ne s’était guère distingué en
combat, doit en effet lui transmettre son poste de
Kommandeur tandis que Michalski cède sa 4./JG
53 à l’Oblt. Wilhelm Hobirk.
67
Junkers Ju 88 A-4 WNr. 3604 codé 3Z+ER de la 7./KG 77, basé à Comiso en août 1942.
Le 15 août, les unités de la LG 1 quittent la Sicile
pour revenir en Crète. Replacées sous les ordres
du X. Fl. K., elles reprendront les lassantes mais
vitales missions d’escortes de convois maritimes.
Journal du 185 Sq. : « Les ‘Huns’ se sont
finalement réveillés et vingt de leurs appareils se
sont approchés de l’île. Le courageux A Flight a
décollé et le Sgt Tarbuck a abattu un Bf 109 pour
son premier vol mais, malheureusement, a dû
évacuer son appareil suite à une panne moteur.
Il a été très vite récupéré après quelques minutes
passées sur son dinghy. Le B Flight a occupé le
reste de la journée à patrouiller par paires sur le
port ». Aucun 109 n’aurait été perdu.
Le 229 Sq. avait engagé cinq appareils en
patrouille. Lors de l’atterrissage, l’un d’eux percute
un autre Spitfire parqué en bord de piste. Le pilote
s’en tire sans mal mais les deux appareils furent
considérés comme détruits.
De nuit, le II./KG 77 subit deux pertes imputables
à une erreur humaine lorsque, revenant en Sicile,
les équipages des 3Z+HN (Uffz. Gerhard Albert)
et 3Z+AP (Ogfr. Engelhardt Schimrosczyk)
confondirent les lumières de l’hydrobase d’Augusta
avec celles de Catane. Les deux Ju 88, trains
sortis, percutèrent alors la mer. Il n’y eut qu’un
survivant de chaque équipage.
Une accalmie succède à ces combats très
disputés, comme le confirme le journal du 185
Sq. : « 16 août : Aujourd’hui tout a été quasiment
très tranquille et, à part un scramble en soirée qui
fut un flop, les gars ont passé la journée à dormir
au Dispersal ».
Des bombardiers opèrent néanmoins de Malte
sur Catane, cet aéroport ayant été sérieusement
attaqué selon les dires britanniques.
Le 17 août, dans le cadre de l’opération ‘Baritone’,
le HMS Furious achemine trente-deux nouveaux
Spitfire. Un est détruit au décollage tandis que
deux autres devront être abandonnés. Le reste
atteindra l’île sans autre problème.
Une quinzaine de Bf 109 vient survoler Malte,
surprenant de nouveau la défense qui ne peut
engager que les 126 et 185 Sq. Des 109 sont
revendiquées mais on n’en trouve nulle trace. Par
contre, un Spitfire du 185e est abattu, son pilote
néo-zélandais étant récupéré en mer.
À cette époque, le II./JG 53 commence à percevoir
des Bf 109 G-2 qui, progressivement, vont
remplacer ses types F. L’entraînement sur Gustav,
un chasseur plus perfectionné, sera accéléré :
deux ou trois vols d’acclimatation devaient
amplement suffire.
Le mauvais temps va alors sévir durant quelques
jours accordant un repos aux deux camps. Dans
son journal, Armin Köhler note : « 19 août : le I./JG
77 est mis au repos ».
Le F/Lt Price,
commandant la vedette
HSL107 arborant la
longue liste des naufragés
sauvés par son équipage.
68
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Discussion de tactique au
185 Squadron.
Un Fi 156 endommagé à
Catane après un raid de
la RAF.
À Ta Kali, le personnel
du N° 249 Sq. contemple
l’activité sur le terrain.
69
Le 20 août, la RAF maltaise innove. Bien au
courant grâce à Ultra de la faiblesse des effectifs
du II. Fl.K. en Sicile, des ‘sweeps’ sont lancés sur
cette île. L’opération, au nom de ‘Rodeo 1’, va se
dérouler sans le moindre incident : pas un seul
chasseur entrevu, pas un seul tir de Flak,… Les
dix-huit Spitfire des 229 et 249 Sq. se contenteront
dès lors de survoler le paysage sicilien sans
pouvoir tirer une seule cartouche ou un seul obus.
Le II./JG 53 semble avoir fait de même car on
signale que lors d’un balayage de chasse, le
jeune Uffz. Otto Russ (4./JG 53) fut crédité de sa
seconde victoire sur la Valette aux dépens d’un
Spitfire. On n’en trouve pas trace. Armin Köhler
(I./JG 77) écrit dans son carnet : « Nous avons
ce jour-là mené deux vols de reconnaissance sur
Malte à neuf mille mètres ».
Le 21 août, lors d’une nouvelle attaque de convois
de l’Axe, des chasseurs venus de Malte combattent
trois He 111 du I./KG 54 engagés en escorte. Des
échanges de tirs ont lieu et des dommages sont
causés de part et d’autre.
Le 23 août, trois Hurri-bombers de la Fleet Air Arm
partent attaquer Gela avec une escorte de douze
Spitfire des 229 et 249 Sq. Suite au mauvais
temps, les bombes seront larguées sur Biscari,
probablement sans causer de dommages aux
installations (tout en tuant quelques civils).
Le 24 août, alors que le I./JG 77 poursuit ses
missions d’Aufklärer, des Beaufighter et Beaufort
maltais partent attaquer un convoi près de Corfou.
Un Ju 88 d’escorte est abattu – probablement le
3Z+NH de la 4./KG 77 signalé perdu ce jour-là
avec l’équipage de l’Ofw. Erich Seefeld. Ce même
jour, vingt-cinq Spitfire des 126, 185 et 1435 Sq.
reparlent en Rodeo sur la Sicile sans plus de
succès que quatre jours plus tôt.
Le 25 août, Köhler écrit : « Chasse libre sur Malte.
Vu l’importante couverture de nuages, tout le
monde s’égare ». Néanmoins, le 249 Sq. affronte
des Bf 109 sur Grand Harbour perdant le P/O Reg
Round, un Néo-zélandais dont l’avion s’écrase en
mer avec son pilote (nom du vainqueur inconnu).
Un nouveau Rodeo est lancé sur Biscari. Au
décollage, un Spitfire, victime d’un pneu éclaté,
est percuté par la machine qui le suivait. Les deux
appareils prennent feu mais leurs pilotes peuvent
s’en extirper à temps. Le mauvais temps force à
mettre fin à l’attaque et les trois Hurricane larguent
leurs bombes en mer. Les Spitfire veulent alors
mener un sweep. Mais le F/Sgt ‘Micky’ Butler du
249 Sq. (un ex-pilote de Blenheim) signale un
problème technique. Il veut sauter ; cependant,
avant même que de ce faire, son Spitfire part en
Le Hauptmann Heinz
Bär, Kommandeur du I./
JG 77, avec le lionceau
mascotte.
piqué et percute la mer.
Le 26 août, Ultra communique une réjouissante
nouvelle pour la RAF maltaise. Il faut de toute
urgence renforcer la Luftwaffe en Afrique et
douze Bf 109 des I./JG 77 et II./JG 53 quittent la
Sicile pour Eleusis avant de voler vers la Libye.
La pression sur la Sicile, déjà limitée, se relâche
progressivement. Ce jour-là, un ‘Rodeo’ est lancé
sur Biscari et des bombes sont larguées par
deux Hurricane tandis que les installations sont
mitraillées par les Spitfire d’escorte. Pendant ce
temps-là, des Bf 109 approchaient de Malte. Deux
Spitfire du 229 Sq. sont très vite perdus avec
leurs pilotes, deux aviateurs du II./JG 53 (dont le
Lt. Franz Schiess) étant crédités chacun d’une
victoire. Il semble qu’un des disparus fut abattu
alors qu’il orbitait sur l’emplacement du premier
‘crash’ pour signaler le lieu de la chute à une
vedette de secours.
Le F/O Leo Nomis du 229 Sq. (un pilote américain
de Los Angeles, à moitié irlandais et à moitié
sioux !) allait connaître une bien étrange aventure.
Ayant décollé en matinée, il se retrouve seul en
plein ciel bleu, ayant perdu de vue ses camarades.
Il voit approcher un chasseur adverse et s’apprête
à combattre lorsqu’il découvre qu’il ne peut plus
Messerschmitt Bf 109 F-4 WNr. 13376 piloté par le Hptm. Heinz Bär,
Kommandeur du I./JG 77. Comiso, août 1942.
70
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
tirer avec ses canons ou ses mitrailleuses, le
système électrique étant brusquement tombé en
panne : « Ma première impulsion fut de fuir mais
je me rendis compte que cela me serait fatal. (…)
Même à ce moment délicat, je pouvais détailler
toute la scène. Je regardais fasciné le fuselage
du 109. Je réduisis ma vitesse en telle sorte que
nous volâmes quasi côte à côte. J’eus alors un
idée brillante : j’allais faire appel au caractère
chevaleresque de mon adversaire ». Nomis
montre alors ‘dramatiquement’ ses canons et,
par gestes, tente d’expliquer qu’il ne peut tirer. Il
se passe ensuite le plat de la main sur la gorge.
« Le pilote du 109 me regarda fixement, il semblait
incrédule puis, dans un mouvement rapide, il
passa sur le dos et, en un instant, lancé dans un
virage serré, il ne fut plus qu’un point à l’horizon ».
Revenu à son aérodrome, Nomis se demandera
toujours ce qu’avait pu penser cet aviateur. Cet
épisode rappelle quelque peu celui du 13 août,
confirmant ainsi qu’il y aurait eu encore et malgré
tout quelques nobles actions dans cette guerre
aérienne où l’on s’affrontait sans pitié dans les
airs, où l’on mitraillait hydravions et vedettes de
sauvetage et où des civils massacraient à coups
de fourche des parachutistes ou des naufragés
tombés entre leurs mains…
De nuit, le Ju 88 3Z+CS de la 8./KG 77 s’écrase
dans un champ près de Xewkija, abattu par la
DCA ou plus probablement par un Beaufighter. Le
pilote, l’Uffz. Kurt Klawitter, survivra, étant capturé
avec un de ses camarades.
Le 27 août, le 126 Sq. affronte une dizaine de Bf
109 sur St Paul’s Bay mais sans résultat probant.
Peu après, un nouveau Rodeo surprend des Ju 88
des II. et III./KG 77 décollant de Comiso avant de
se placer en formation pour voler vers Malte (on
L’un des redoutables
canons Bofors de 40
mm de DCA à Grand
Harbour. Ce canon
consituait une arme
idéale contre les avions
volant à basse ou
moyenne altitude.
peut supputer sans grande crainte de se tromper
qu’Ultra avait fourni l’heure de décollage !). Les
Spitfire vont revendiquer un carnage de huit
bombardiers. Les pertes allemandes auraient
cependant été les suivantes :
-les 3Z+HM (Oblt. Willi Köhl) et 3Z+DM (Uffz.
Karl Diestler) de la 4./KG 77 sont détruits, leurs
équipages étant tués ;
-le 3Z+GM est abattu mais, ici, l’équipage du
Fw. Georg Mayr semble avoir été plus ou moins
indemne ;
-un appareil de la 5e escadrille se pose en urgence
à Modica, l’Uffz. Heinz Emanuel et deux de ses
hommes étant blessés ;
-un autre bimoteur mais de la 8. Staffel se crashe sur
l’aérodrome, l’équipage pouvant l’évacuer sans mal.
Le Klemm 35 de servitude de la 5./JG 53 est détruit
au sol tandis qu’un Bf 109 G-2 de la 6./JG 53 est
endommagé à 10%, premier ‘Gustav’ à subir des
dégâts au sein du II./JG 53.
Atteint par la Flak, un pilote américain du 185 Sq.
doit se poser en catastrophe et sera capturé avant
de pouvoir incendier sa machine. Poursuivant
leur route, les Spitfire surprennent et abattent un
Ju 88 de la 5./KG 77 près de Gerbini (équipage
probablement indemne). Biscari et Gela sont de
même attaqués et mitraillés. Lors du survol de
Biscari, le Grp. Capt. Walter Churchill est tué
par la DCA, une lourde perte pour la RAF. Mais,
pour la Luftwaffe, cela ne pouvait que légèrement
compenser les lourdes pertes de cette journée.
Le 28 août, le II./JG 53 doit de nouveau envoyer
douze Bf 109 en Afrique ce qui ne laisse plus en
Sicile que quarante et un Bf 109 dont trente sont
en état de vol. Ce jour-là, la RAF se concentre sur
des convois maritimes et le journal du 185 Sq. est
muet, indiquant le peu d’activité aérienne à Malte
même.
71
Spitfire Mk. VB(T) EP343/T-V servant avec le N° 249 Squadron en août 1942.
En soirée, deux Hurri-Bombers larguent des
bombes à Gela et Comiso dans des raids dits de
nuisance.
Le 29 août, peut-être avide de revanche, le II./JG
53 teste au combat ses nouveaux ‘Gustav’ lors d’un
sweep sur Malte. Deux Spitfire des 185 et 1435 Sq.
sont abattus sur St Paul’s Bay. L’engagement sera
si rapide qu’aucun pilote allemand ne sera crédité
d’une victoire. En contrepartie, le Fw. Joachim
Kölzsch (4./JG 53) ne revient pas en Sicile. Ici, de
même, nul ne connaît avec certitude le nom de
son vainqueur ! Cet épisode ne semble pas figurer
dans le journal de guerre du 185e.
Le 30 août, lors de l’attaque d’un convoi maritime
dans le Golfe de Tarente, trois Beaufighter
escortant des Beaufort attaquent un Ju 88
d’escorte. Le M7+FL de la 3./K.Gr. 806, bien que
signalé abattu, reviendra très endommagé en
Sicile avec son mitrailleur blessé.
Le 31 août, l’armée italo-allemande d’Afrique lance
une grande offensive contre les positions adverses
à El Alamein. Celle-ci va drainer bien des unités
de la Luftwaffe devant appuyer les troupes au sol.
Malgré l’arrivée des ‘Gustav’ équipant désormais
les II./JG 53 et I./JG 77, la chasse allemande de
Sicile est réduite à la portion congrue, victime de
nombreuses ponctions en faveur de l’Afrika Korps.
L’offensive du 31 août va aggraver la situation.
Les cargos de ‘Pedestal’ ayant pu atteindre La
Valette ont ravitaillé l’île à suffisance et l’arrivée
de nouveaux Spitfire a rendu l’île particulièrement
offensive ;. d’où une recrudescence d’actions
visant les navires mais également la Sicile ellemême. Comme les Beaufort du 39 Squadron
basés à Malte lancent des attaques jusque près
des côtes des Balkans, des portions de la ‘Pik
As’ sont détachées en Grèce pour escorter les
convois sur la nouvelle route maritime Le Pirée/
Tobrouk. Le reste de l’unité est censé continuer à
opérer sur l’île mais désormais avec une partie du
I./JG 77, la plupart des avions de ce Gruppe étant
à cette époque engagée en Afrique.
Le III./KG 77 prépare son déménagement de
Comiso vers Tymbakion (Crète). Le Gruppe y
restera environ un mois en soutien de l’armée
d’Afrique.
Une torpille est amenée
sous un Beaufort du 39
Squadron.
72
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
L’impressionnant
palmarès peint sur la
gouverne de direction du
Ju 88 de l’Oblt. Johannes
Geismann du tout récent
I./KG 77. Les cibles des
bombardiers allemands
étaient variées mais tout
ce qui pouvait ravitailler
Malte était alors
prioritaire.
Le 4 septembre, l’Oblt Gerhard Michalski obtint
enfin sa Ritterkreuz tant convoitée.
Septembre 1942
La chute brutale des effectifs du II. Fl.K. en Sicile
imputable aux transferts vers la Grèce et l’Afrique
a pour conséquence logique une réduction notoire
des attaques sur Malte. À Comiso, le I./JG 77 en
profite pour parachever l’entraînement des jeunes
pilotes sur Bf 109 G-2 alors que le gros du Gruppe
combat en Afrique.
Le 1er septembre, désireuse de rationaliser
ses maigres effectifs, la Luftwaffe modifie la
désignation de deux Gruppe :
-le K.Gr. 606 devient I./KG 77 tandis que :
-le K.Gr. 806 devient III./KG 54.
Au début de ce mois, la RAF prend l’initiative et, le
2 septembre, quatre Spitfire du 249 Sq. viennent
survoler la Sicile abattant un avion italien.
Le 4 septembre, le nouveau Kommandeur
Michalski reçoit la Ritterkreuz. Il l’avait depuis
longtemps espérée et n’avait pas ménagé ses
efforts pour l’obtenir.
Le 5 septembre, première attaque du mois de
Malte par la Luftwaffe. Le 249 Sq. engage six
Spitfire pour contrer une intrusion de chasse et le
Lt. Hans-Volkmar Müller (5./JG 53) est abattu et
tué près de Kalafrana. C’est le premier ‘Gustav’
de l’unité perdu sur Malte. Müller n’était pas un
néophyte puisqu’il avait été crédité officiellement
de quatre victoires.
Une nouvelle attaque de la Sicile est projetée avec
une formation de Spitfire et de Hurricane emportant
une bombe. Mais, peu avant le décollage, un ordre
arrive : « Pour maintenir à Malte un stock suffisant
d’essence pour avions, l’Air Ministry a ordonné de
ne pas mener de sweeps ou d’attaques d’objectifs
terrestres à moins que ces actions ne contribuent
au succès des attaques de navires et des unités
aériennes les escortant ». Nonobstant cela, le W/
Cdr Donaldson va faire décoller son petit groupe
sur le sud de la Sicile avant de se faire tancer à
son retour pour avoir sciemment contrevenu aux
ordres. D’autant plus qu’il était revenu bredouille
de ce raid coûteux en carburant…
Ce jour-là, le réputé W/Cdr Pat Gibbs, qui avait
si souvent mené ses Beaufort au départ de Malte
dans de dangereuses attaques de navires à travers
des barrages de DCA nourris, regagne la GrandeBretagne, son ‘tour’ étant terminé. Il sera alors
frappé par une telle dépression qu’il devra être retiré
du service en 1944. Preuve des tensions extrêmes
supportées par bien des combattants de Malte.
Messerschmitt Bf 109 F-4 « 1 blanc » piloté par l’Oblt. Gerhard Michalski,
Staffelkapitän de la 4./JG 53 ; Pantelleria, juillet-août 1942.
73
Junkers Ju 88 A-4 codé 3Z+EH de la 1./KG 77 (ex-1./K.Gr. 606)
dont il porte encore l’insigne au coq. Comiso, août 1942.
Se sachant quelque peu soulagée des assauts
en provenance de Sicile, la RAF peut se
consacrer pleinement aux attaques de navires.
Le 6 septembre, des Beaufighter escortant des
Beaufort torpilleurs abattent le Ju 88 M7+HL de
la toute neuve 7./KG 54, un des six bimoteurs
allemands escortant un convoi. L’équipage du Lt
Siegfried Philipp doit être tué. Cependant, malgré
des combats acharnés entraînant des pertes tant
à la RAF qu’à la Regia Aeronautica, pour une fois
ce convoi aurait atteint l’Afrique sans grand mal.
On aura relevé que, malgré la ‘réorganisation’,
les appareils de l’ex-K.Gr. 806 devenu III./KG 54
avaient conservé le code M7.
Le 8 septembre, les appareils du I./JG 77 toujours
présents en Sicile repartent mener des opérations
diverses (reconnaissances, chasses libres,..)
sur Malte. L’Oblt. Geisshardt abat au large de
Benghaisa Point à une de ces occasions un
Spitfire du 126 Sq. dont le pilote sera rapidement
sauvé par la vedette HSL128.
Le 9 septembre, au décollage de Croce, un
‘Gustav’ de la 5./JG 53 prend feu. Les faiblesses
de moteur du type G furent une des maladies de
jeunesse de cet appareil (elles causèrent entre
autres la mort du grand as de la JG 27, le Hptm.
Hans-Joachim Marseille). Le pilote est blessé mais
demeurera à l’unité.
Ce jour-là, le 185 Sq. perd un appareil sur la Sicile
lors d’une intrusion justifiée probablement par une
reconnaissance. Le pilote, le Sgt Claude Weaver,
un Américain crédité officiellement d’une dizaine
de victoires, fut abattu par un chasseur italien. Il
est capturé avec son appareil plus ou moins intact.
Le I./JG 77 poursuit ses vols de reconnaissance
et d’observation sur Malte mais Köhler confirme la
grande misère de la Tagjagd en Sicile quand il écrit
que seule la 3./JG 77 put mener pareilles missions
‘les autres unités n’ayant plus d’appareils’.
Le 13 septembre, cinq Spitfire du 185 Sq. décollent
en urgence pour intercepter un raid qui n’eut
cependant pas lieu (probablement annoncé par
Ultra mais annulé en Sicile). Devenus désœuvrés,
deux pilotes miment un combat mais, lors d’une
attaque fictive, l’appareil du Lt Lawrence Swain
part soudainement en vrille et s’écrase avec son
pilote à Safi.
Le 14 septembre, note de Köhler : « Mission
de reconnaissance. Douze Spitfire tentent de
nous couper le chemin du retour. Mais, avec nos
‘Gustav’, nous les semons aisément ».
Le 15 septembre, alternant les escortes de
navires vers la Grèce et les survols de Malte, le
Kapitän Hess (6./JG 53) remporte en matinée sa
neuvième victoire aux dépens du Spitfire du F/Sgt
Bernard ‘Pedro’ Peters du 249 Sq. qui, semblet-il, se livrait à des acrobaties. Le Spitfire tombe
en mer à Zonquor Point. Peters prétendait avoir
Le W/Cdr Pat Gibbs
du N° 39 Squadron sur
Bristol Beaufort.
Le Ju 88 A-4 du tout
nouveau I./KG 77, créé à
partir du K.Gr. 606 dont
il conserve l’insigne ;
l’appareil arbore
cependant les codes de
sa nouvelle désignation,
ici 3Z+EH. On remarque
le canon long de 20 mm
à l’avant de la gondole
ventrale ainsi que le
camouflage particulier.
74
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Spitfire Mk. VB(T) EP691/X-A servant avec le N° 229 Squadron
à Ta Kali en septembre 1942.
Spitfire VC BR112/X piloté par le Sgt Claude Weaver
du N° 185 Squadron à Ta Kali en septembre 1942.
servi comme aviateur pendant la Guerre Civile
d’Espagne - d’où son surnom - ce qui est fort
douteux vu son jeune âge (22 ans) à son décès. Le I./JG 77 revendique ce jour-là pas moins de
trois victoires sur Spitfire. Deux appareils du 229
Sq. furent bien perdus avec leurs pilotes et il est
probable, bien qu’ils fussent initialement engagés
contre des appareils italiens, qu’ils tombèrent sous
les coups des Bf 109.
Le 9 septembre 1942, le
Sgt (américain) Claude
Weaver pose sur la plage
de Scoglitti en Sicile le
Spitfire V BR112/X du
N° 185 Squadron ; il sera
fait prisonnier.
Le 16 septembre, un engagement avec des Bf
109 endommage deux Spitfire du 249 Sq. dont
celui du P/O Beurling.
Le 17 septembre, le I./JG 77 est engagé comme
l’écrit Köhler : « Nous avons mené ce 17 trois
chasses libres sur Malte. Lors de la première,
l’Uffz. Fritz Schneider a été abattu mais a été
sauvé par les Anglais (sic !). Lors des deux autres,
combats avec des Spitfire ». C’est probablement
lors de la seconde intrusion que l’Oblt. Freytag
(1./JG 77) abat le Spitfire du P/O Johnny Farmer
du 229 Sq. Farmer part dans un piqué vertigineux
mais peut évacuer son appareil en perdition. Il
déclenche cependant prématurément l’ouverture
de son parachute et le choc lui disloque les
épaules tout en lui brisant un bras. Tombé en mer,
il sera récupéré par la HSL107.
Le 18 septembre, un Spitfire de reconnaissance
du 69 Sq. engagé sur la Sicile est perdu suite
à un ennui technique. Le pilote sera capturé.
Deux Spitfire du 126 Sq. partent vers la Sicile
pour attaquer des S-Boot (vedettes rapides)
mais tombent sur un Do 24 (et un Do 18 ?) qu’ils
75
Le Staka de la 6./JG 53,
l’Oblt. Günther Hess, a
accompli son 300e vol de
guerre.
Hess reçoit quelques cadeaux et
sable le champagne.
Ses hommes ne manquent
pas de souligner son
exploit.
76
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
L’Uffz. Fritz Schneider
(I./JG 77) abattu sur
Malte le 17 septembre
1942 fut fait prisonnier.
Le célèbre Adrian
Warburton (ici en
uniforme de W/C), une
des légendes de la défense
maltaise.
mitraillent probablement sans succès.
Le 20 septembre, le Ju 88 M7+EL de la 9./KG
54 est contraint de revenir à Catane peu après le
décollage, un de ses moteurs étant déficient. Il se
crashe et prend feu. Seul un homme de l’équipage
de l’Uffz. Erich Stadler survivra.
Le 21 septembre, dans une autre reconnaissance
de la Sicile, le réputé Sq/Ldr Adrian Warburton,
empruntant un Spitfire du 249 Sq., mitraille un
Do 24 près d’Agrigente, le revendiquant comme
endommagé.
Le 23 septembre, des Bf 109 des II./JG 53 et
I./JG 77 doivent lancer une opération conjointe
car les 229 et 249 Sq. signaleront avoir affronté
une trentaine de Bf 109 . Le P/O Ian Preston
(126 Sq.) est abattu en mer et tué. Le Lt. Armin
Köhler écrira : « Mission de chasse. Un Tommy
a été abattu probablement à une certaine
distance. Nous décollons pour escorter l’appareil
de secours en mer mais nous ne le trouvons
pas. Les Tommies l’ont peut-être déjà repêché ».
Preston fut probablement victime de l’Ofw. Rudolf
Messerschmitt Bf 109 G-2 trop « 8 noir » de la 5./JG 53.
Comiso, septembre 1942.
Ehrenberger qui réclama ce jour-là deux victoires
sur Spitfire.
Le 25 septembre, décollant de Messini dans
une mauvaise visibilité imputable aux nuages de
poussière soulevés par les autres appareils ayant
peu avant pris l’air, le Gefr. Erwin Brandner, devant
être un jeune pilote versé depuis peu à la 5./JG 53,
percute un camarade et périt dans cette collision
Le 249 Sq. va rapidement affronter le I./JG 77
sur Zonqor Point. Le P/O Beurling revendiquera
deux victoires. En fait, deux Bf 109 endommagés
reviendront se poser en Sicile (l’un d’eux ayant
subi des avaries de 50%). Un Spitfire également
très endommagé reviendra se crasher à Ta Kali,
probable victime du Lt. Edgar Berres (1./JG 77).
L’Ofw. Kurt Görbing (2./JG 77) engagé dans une
escorte vers Tarente est contraint de se poser en
urgence près d’Otrante et, grièvement blessé,
décèdera à l’hôpital. Görbing, un vétéran de la I./
LG 2, volait depuis le début de la guerre et était
officiellement crédité de six victoires.
Le 26 septembre, en matinée, quatre Spitfire
du 1435 Sq. mènent une reconnaissance sur
le sud de la Sicile, surprenant deux Bf 109 près
de Syracuse. Plongeant sur les Messerschmitt,
ils abattent l’appareil du Lt. Karl Eberle. Selon le
carnet d’Armin Köhler : « Pas d’opération en raison
d’une tempête. Lors d’un décollage en alerte, le Lt.
Eberle de la 2e escadrille est abattu à un kilomètre
de la côte. Il a été blessé à un bras mais a été
de suite repêché ». Eberle, qui avait été crédité
de six victoires sur Malte, reviendra à l’unité mais,
une année plus tard, abattu une seconde fois,
devra être amputé d’un bras. Il terminera alors la
guerre dans une unité d’écolage. Son équipier dut
être le Lt. Konrad Fels qui fut crédité (erronément)
d’un Spitfire. Il sera porté disparu peu après sur
l’Afrique.
En soirée, deux Beaufighter du 89 Sq. décollent en
urgence pour contrer infructueusement des intrus.
Victime d’un problème technique, un des ‘Beau’
veut se reposer mais s’écrase (pilote tué).
Le mois de septembre vit une sorte de léthargie
frapper les éléments de la Luftwaffe basés en
Sicile. Tandis que les bombardiers étaient chargés
d’escorter les convois ou de combattre en Afrique
(comme la KG 54), les chasseurs, réduits à
une trentaine d’appareils, étaient régulièrement
appelés en Grèce si pas en Afrique, créant un vide
empêchant ainsi toute attaque sérieuse de Malte.
C. Shores confirme cette accalmie temporaire :
« Septembre fut le mois le plus calme de l’année
avec seulement trente-huit alertes et une activité
nocturne fortement réduite ».
77
Spitfire Mk. VB(T) EP706/T-L du N° 249 Squadron, piloté par le Sqn/Ldr Maurice Stephens ;
Ta Kali, octobre 1942.
Un Spitfire ayant achevé
sa course contre le mur
de son ‘box’.
Cet appareil ne pourra
être que déclassé…
78
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Le centre de détente de la
KG 54 à Gerbini.
Octobre 1942
Le 22 septembre, lors d’une rencontre entre le
maréchal Albert Kesselring et son homologue
italien, le général Rino Corso Fougier, il avait été
décidé de lancer au plus vite une grande offensive
aérienne sur Malte pour tenter de juguler les actions
dévastatrices de ce ‘porte-avions naturel’ menaçant
de plus en plus les convois. La date fixée pour
cette offensive était le 10 octobre. Il semblerait que
Kesselring ait espéré prendre le contrôle du cien
maltais en l’espace très restreint de trois à cinq
jours. Ce qui était probablement envisageable sur
le papier mais, depuis l’année précédente et le
premier assaut aérien sur l’île, les défenses de l’île
avaient été aménagées et améliorées tout comme
Le II./Fliegerkorps en octobre 1942
Catane Stab II./KG 100 (Maj. Horst Röbling)
4./KG 100 (Oblt. Hans-Joachim Stadler)
5./KG 100 (Hptm. Wolfgang Vorpahl)
6./KG 100 (Maj. Hermann Diekötter)
Stab II./LG 1 (Hptm. Gerhard Kollewe)
4./LG 1 ( ? )
5./LG 1 (Oblt. Heinrich Kohl)
6./LG 1 ( ? )
Stab/KG 54 (Obstlt. Walter Marienfeld)
Stab I./KG 77 (Hptm. Rolf Siedschlag)
1./KG 77 (Hptm. Aloys Hessling )
2./KG 77 (Oblt. Walter Pruger)
3./KG 77 ( ? )
Stab III./KG 54 (Maj. Richard Linke)
7./KG 54 (Maj. Kurt Stein)
8./KG 54 (Hptm. Werner Brandau)
9./KG 54 (Oblt. Wolfgang Schulte)
1./Aufkl.Gr. 122 (Hptm. Heinz von Reeken)
Gerbini
Stab I./KG 54 (Hptm. Georg Graf von Platen-Hallemund)
1./KG 54 (Oblt. Heinz Schumacher)
2./KG 54 (Oblt. Bengt Gante)
3./KG 54 (Oblt. Karl Palliardi)
Stab II./KG 54 (Maj. Richard Taubert)
4./KG 54 (Oblt. Hans Schlegel)
5./KG 54 (Oblt. Horst Bressel)
6./KG 54 (Oblt. Franz Zauner)
Stab II./KG 77 (Hptm. Heinrich Paepcke)
4./KG 77 ( ? )
5./KG 77 (Hptm. Herbert Voss)
6./KG 77 ( ? )
Comiso
Stab/JG 53 (Maj. Günther Freiherr von Maltzahn)
Stab II./JG 53 (Hptm. Walter Spies)
4./JG 53 (Oblt. Gerhard Michalski)
5./JG 53 (Oblt. Ernst-Albrecht Schulz)
6./JG 53 (Oblt. Günther Hess)
Stab I./JG 77 (Hptm. Heinz Bär)
1./JG 77 (Oblt. Siegfried Freytag)
2./JG 77 (Oblt. Herbert Thurz)
3./JG 77 (Oblt. Friedrich Geisshardt)
Stab I./Schl.G. 2 ou Jabogruppe O.B.S. (Hptm. Johann Georg
Drescher)
1./Schl.G. 2 (Oblt. Wolf Zipper)
2./Schl.G. 2 ( ? )
3./Schl.G. 2 (Oblt.Richard Eckhardt)
Pachino
Stab/JG 27 (Hptm. Gerhard Homuth)
1./JG 27 (Oblt. Ludwig Franzisket)
2./JG 27 (Oblt. Fritz Keller)
3./JG 27 (Oblt. Jost Schlang)
San Pietro
Stab I./JG 53 (Hptm. Walter Spies)
1./JG 53 (Hptm. Friedrich-Karl Müller)
2./JG 53 (Hptm. Friedrich-Karl Müller)
3./JG 53 (Hptm. Wolfgang Tonne)
Augusta
6. Seenotstaffel (Oblt. Hermann Wolke)
Selon K. Gundelach, le maréchal Kesselring aurait disposé à
cette époque de 196 bombardiers (dont 119 en état de vol), de
107 (78) Bf 109 de chasse et du Jabogruppe.
(Le III./KG 77 aurait été à cette époque à Tymbakion mais
reviendra s’installer à Gerbini vers le 7 octobre)
79
Un He 111 de la KG
100. Ce Gruppe opérera
surtout de nuit sur Malte.
les procédures au sol. Les aérodromes étaient
mieux camouflés, les avions mieux protégés. Et la
défense aérienne avait été largement renforcée, les
pilotes affectés à Malte n’étant plus pour la plupart
des néophytes jetés quelque peu inconsciemment
dans la bataille. Cela sans oublier - mais Kesselring
ne pouvait le savoir - les décryptages d’Ultra. Or,
la préparation et le lancement de pareille opération
d’envergure nécessitait un important échange de
messages, toutes des informations précieuses
captées par l’adversaire…
Comme il l’appert de l’organigramme du II. Fl.K. (cf.
encadré), la Sicile allait accueillir le I./JG 53 revenu
d’URSS. Malgré les éclatants (mais largement
surfaits) succès de ce Gruppe sur le front de l’est,
ses membres n’avaient guère le moral. Le Gruppe
venait tout juste d’atteindre la Sicile après un
éprouvant voyage. Les hommes étaient épuisés,
les conditions de vie à l’est ayant été éreintantes.
Tous auraient dû bénéficier d’un long repos que
la situation militaire ne permettait plus. Le I./JG
53, qui avait laissé tout son matériel volant près
de Stalingrad, devait recevoir les nouveaux types
G mais les livraisons se feront au compte-gouttes
et les aviateurs du premier Gruppe bénéficieront
initialement de la remise de quelques ‘Friedrich’
délaissés par le II./JG 53 et toujours présents en
Sicile. Lorsque la situation matérielle s’améliorera,
ce sera déjà trop tard… On notera que les 1. et 2./
JG 53 étaient temporairement menées par un seul
Staka, le Hptm. Friedrich-Karl Müller. Quant au
I./JG 53, il aurait été également temporairement
commandé par le Hptm. Spies pourtant toujours à
cette époque Kdr du II./JG 53. Cela, probablement,
vu un manque de cadres.
Le II./LG 1 est soumis de même au II. Fliegerkorps
et gagne Catane.
En prévision de la
nouvelle offensive, des
bombes sont acheminées
sur les aérodromes
siciliens.
80
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
K.Gr. 806, Catane.
Examen d’une photo
aérienne de Malte au
retour d’une mission.
De g. à dr. : l’interprète
Zäumann, l’Oblt.
Wolfgang Schulte, l’Ogfr.
Lassow (tué le 12 octobre
1942), le Fw. Mölsen,
non identifié, l’Uffz.
Windhager, le Lt. Müller
et l’Ofw. Reimers.
Le II./KG 100, venu de Grèce, ne va, semble-t-il,
fournir qu’une aide très sporadique puisque ses
effectifs sont limités tandis que l’unité, qui opère
surtout de nuit, se partage entre missions sur
Malte et sur l’Afrique.
Le I./JG 27 avait fort souffert en Afrique. Retirée
d’Égypte, l’unité allait être lancée dans la
fournaise maltaise. Tout d’abord, les aviateurs
gagnèrent le parc aérien de Bari pour recevoir
des nouveaux ‘Gustav’. Puis, ils iront s’établir sur
le petit aérodrome de Pachino tout au sud de la
Sicile. Les nouveaux venus disposeront de peu de
temps pour s’acclimater à leur nouveau secteur de
combat.
Une nouveauté est l’arrivée à Comiso du I./Schl.
G. 2 (également appelé ‘Jabogruppe OBS’ - car
dépendant de fait du maréchal Kesselring), produit
de la refonte de deux unités Jabo, les 10./JG 27
et 10./JG 53, ayant combattu en Afrique avant
d’être réunies sous la désignation de ‘Jabogruppe
L’équipage du Lt
Karl-Heinz Gräve,
T.O. de la 3./KG 77
et Ritterkreuzträger,
chevauchant une bombe.
Le dernier aviateur
est l’Uffz. Georg
Vögerl qui recevra de
même la Ritterkreuz
en mars 1945, un des
rares mitrailleurs de
bombardiers à être ainsi
honoré.
Afrika’. Équipé de Bf 109-F 4 et entraîné à St Jean
d’Angély le nouveau Gruppe d’attaque au sol avait
étoffé ses rangs en y incluant des recrues issues
directement d’unités d’écolage.
La Regia Aeronautica faisait impression sur le
papier mais, comme le souligne C. Shores, « elle
n’allait guère fournir qu’un appui limité dans les
batailles à venir ».
Comme il en fut pour toutes les opérations
d’importance de ce type, une montée en puissance
eut lieu. Les préparations de la nouvelle offensive
prirent donc plusieurs jours ce qui eut pour
conséquence un calme relatif tout au long de la
première décade d’octobre.
Le 1er octobre voit surtout une intrusion de
nuit d’un Beaufighter venu larguer une bombe
sur l’aérodrome de Castelvetrano. Le I./JG 77
avait entretemps poursuivi ses missions de
reconnaissance. Selon Armin Köhler : « Escorte
81
d’un Aufklärer. À mi-chemin, nous sommes
attaqués de plus haut par des Spitfire. Eisholtz
encaisse le choc principal. Son plan vertical est
endommagé ». Ce Bf 109 aurait néanmoins été
rapidement remis en état.
Le 2 octobre, bien au fait des préparatifs d’une
importante offensive, la RAF envoie quatre appareils
du 229 Sq. munis de bombes avec escorte de
huit appareils du 185 Sq. attaquer l’aérodrome de
Biscari. Ils bombarderont un terrain vide d’appareils.
Un Mosquito de reconnaissance photographique se
pose ce jour-là à Luqa et prendra des clichés de
Sicile. Ultra se devait d’être conforté et ‘actualisé’
par des renseignements très récents.
Le 4 octobre, après une journée de repos, la
Luftwaffe revient sur Malte. Seize Spitfire des
185 et 249 Sq. affrontent une vingtaine de Bf
109 avant d’être surpris par une dizaine d’autres
chasseurs allemands survenant de plus haut.
Une fois de plus, Ultra ne pouvait guère informer
la RAF quant aux actions de la chasse… Deux
Spitfire sont abattus. Un pilote canadien revient se
poser en urgence dans un champ près de Qrendi,
terminant sa course en percutant un bâtiment
occupé par des aviateurs. Par chance, nul ne sera
blessé mais le pilote, déjà sérieusement blessé
par des projectiles, décèdera à l’hôpital. Ces deux
appareils auraient été victimes du I./JG 77.
Le 5 octobre, nouvelle journée de repos avant la
tempête.
Le 6 octobre, le I./JG 77 est engagé en masse sur
Malte. Un combat s’engage avec des Spitfire et
un appareil du 185 Sq. est endommagé. Pourtant,
à tout le moins une victoire fut accordée au Lt.
Berres.
Les trois jours suivants ne verront semble-t-il
aucun combat, les deux adversaires se contentant
de lancer des reconnaissances. Le 9 octobre,
veille de l’assaut, le Kommodore von Maltzahn
réunit à Comiso les responsables des unités de
chasse pour coordonner les futures actions.
Une ex-chenillette
Renault UE de l’armée
française, toujours en
service au II./LG 1, tracte
une bombe.
Le 10 octobre marque le début de la nouvelle
grande offensive italo-allemande sur Malte.
Cependant, on ne peut dire que ce fut un démarrage
sur les chapeaux de roue. La KG 54 va mener
une importante action de diversion pour attirer les
chasseurs adverses mais, probablement informés
par Ultra, les Britanniques ne tomberont pas dans
le piège. Des combats eurent ainsi principalement
lieu entre chasseurs. Un Spitfire du 229 Sq. est
abattu par l’Oblt. Geisshardt (700e victoire officielle
du I./JG 77). Le P/O Hugh Reynolds réussira à se
crasher à Ta Kali. Le P/O Beurling parti seul tester
un Spitfire aurait aperçu une Rotte de Bf 109 avant
Luqa. Deux pilotes
du B Flight du 126
Sq. qui vont affronter
la Luftwaffe lors des
derniers grands raids
sur Malte. De face, le
P/O F. Thomas avec, à sa
gauche, le F/Sgt C. Bush.
Tous deux se restaurent
sous tente entre deux
décollages en alerte.
82
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Le Major Kurt Stein était
depuis peu Kommandeur
du III./KG 54. Le 12
octobre, il allait périr sur
Malte.
Le radio de son équipage
expérimenté était l’Uffz.
Herbert Lassow.
Lassow recevra à titre
posthume la fameuse
Ehrenpokal, la coupe
d’honneur de la
Luftwaffe.
d’abattre ces deux appareils. Même s’il signale
que l’un d’eux se posa sur la terre ferme avant de
se retourner et que l’autre ‘explosa en plein ciel’,
on ne trouve nulle trace de ces deux pertes tant
matérielles qu’humaines… Mais, bien que sans
témoin, Beurling sera crédité de ces deux claims.
En matinée, un combat oppose sur Gozo des
Spitfire à une formation de Ju 88 bien escortée.
Des Bf 109 sont de nouveau revendiqués mais on
n’en trouve de nouveau aucune mention dans la
liste de pertes allemandes. Un Macchi aurait abattu
un Spitfire, précision qui confirme l’intervention de
la Regia Aeronautica dans ces combats.
Le 11 octobre, les choses se corsent avec une
intrusion de sept Ju 88 du I./KG 54 avec escorte
de Macchi et de quatre Bf 109. Les Italo-allemands
sont attendus, Ultra ayant informé les défenseurs,
et plusieurs Squadrons de Spitfire sont dirigés vers
la formation. Le Ju 88 B3+YL de l’Uffz. Hermann
Müller est abattu sur la mer au nord-est de Grand
Harbour. Un moteur en feu, il explose en plein
ciel mais le radio peut néanmoins sauter et sera
récupéré par la vedette HSL128.
Peu après, nouvelle intrusion. Cette fois de six Ju
88 disposant d’une importante couverture
de chasse. Ta Kali est bombardé et
un Spitfire endommagé en combat.
Le troisième raid de la journée
dut être mené par le II./LG 1. Un
Spitfire est abattu par des Bf 109
mais son pilote peut le crasher
et est indemne. D’autres Spitfire
sont endommagés. Une ou deux
victoires furent revendiquées par le
I./JG 77 et une autre par le Stab/JG
53. Le Lt. Ewald Schumacher (4./JG
53) est signalé perdu dans son tout
neuf Bf 109 G-2
Le quatrième raid ne voit pas moins
de dix-huit Ju 88 survenir avec
une escorte d’une quarantaine
de chasseurs italiens. Des Bf
109 doivent pour leur part opérer
en chasse libre et abattent deux
Spitfire. Lors de ce combat, l’Uffz.
Walter Timmermann (1./JG 27) est
tué près de Gozo, probablement par le
185 Sq. C’est la première perte de ce
Gruppe lors de cette offensive.
En soirée, une trentaine de Ju 88 des I./KG 54, III./
KG 54, II./LG 1, II./KG 77 vient bombarder Hal Far
et Luqa. Mais cela sans escorte ! On ne connaît
par la raison de cette erreur et les Spitfire vont
dès lors s’en donner à cœur joie. Les pertes des
bombardiers furent sérieuses :
-le L1+BP de la 6./LG 1 s’écrase en mer à environ
vingt-cinq kilomètres de Syracuse. On ne pourra
sauver aucun membre de l’équipage de l’Oblt.
Joachim Pohl ;
-le B3+MH de la 1./KG 54 (Staka, Oblt Palliardi)
revient endommagé avec son observateur tué ;
-le B3+DB de la 2./KG 54 est perdu avec l’équipage
du Lt. Hans Scheller ;
-le B3+JK de la 2./KG 54 revient se crasher à
Catane. Son pilote, l’Uffz. Johann Schmitt, sera
l’unique survivant ;
-le B3+DL de la 3./KG 54 est perdu avec l’équipage
du Lt. Günther Wittenberg ;
-un Ju 88 du II./KG 77 est endommagé à 40%.
De plus, une collision eut lieu lors du décollage de
Comiso, le B3+CT de la 9./KG 54 étant détruit (un
tué) tandis que l’autre Junkers put se poser.
Il semble qu’en dépit des diverses intrusions les
dégâts au sol furent limités.
Le 12 octobre fut de nouveau une journée
d’activité intense.
Lors du premier raid, huit Ju 88 de la KG 54
surviennent et bombardent des aérodromes,
perdant quatre des leurs. Un Spitfire est abattu
(pilote disparu) et plusieurs autres endommagés.
Le second raid se compose de deux vagues de Ju
88 (certains escortés par des Macchi). Un Ju 88
aurait été abattu ainsi qu’un Spitfire.
Lors du troisième raid, la RAF va revendiquer
des Ju 88 et des Bf 109 en masse bien que les
appareils d’escorte aient été surtout italiens. Un
Spitfire est abattu en mer (pilote sauvé).
Lors du quatrième raid, le Bf 109 du Lt. Wilhelm
Scheib (1./JG 77) est abattu en feu sur la mer.
En fin de journée, les défenseurs de Malte
avancèrent le chiffre de vingt-sept victoires ainsi
que treize probables. Cela pour la perte de sept
Spitfire (trois pilotes tués) et six endommagés
(chiffres auxquels il faudrait ajouter les appareils
détruits au sol).
Les douze Ju 88 revendiqués comme détruits
seraient en fait les appareils suivants :
-le 3Z+BH de la 1./KG 77 abattu
par chasseurs. Trois membres de
l’équipage de l’Uffz. Franz Jäger
sont tués ;
-le 3Z+GK de la 2./KG 77 abattu par
chasseurs avec l’équipage de l’Uffz.
Willy Schäl ;
-un appareil de la 7./KG 77 revenu
se crasher à Gerbini. Le mitrailleur
ayant sauté sur la mer est porté
disparu. L’observateur fut tué tandis
que l’Oblt. Albert Paets (pilote) fut
blessé ;
-un Ju 88 également de la 7./
KG 77 revient à Comiso avec des
dommages de 80% et trois blessés
(dont le pilote, le Fw. Karl Felhöfer) ;
-un Ju 88 de la 9./KG 77 s’écrase au
retour à Comiso tuant deux aviateurs
dont le pilote, l’Ofw. Kurt Wöhl ;
-le M7+FR de la 7./KG 54 est abattu
par chasseurs avec l’équipage du Lt.
Fritz Oelmann ;
83
-le B3+KS de la 8./KG 54 est également abattu par
des chasseurs. Le Major Kurt Stein, Kommandeur
du III./KG 54, volait comme observateur dans
l’équipage du Lt. Ingo Menny et figure au nombre
des tués. Seul le radio, un Allemand des Sudètes,
survivra pour être capturé ;
-le B3+FT de la 8./KG 54 est abattu par des
chasseurs. Il y aura deux prisonniers de l’équipage
de l’Uffz. Max Zettelmaier ;
-le M7+DR de la 8./KG 54 tombe en mer avec
l’équipage de l’Ogfr. Rudolf Pauli ;
-le M7+GS de la 8./KG 54 de l’équipage du Fw.
Hans Hertz revient se crasher en Sicile. Un
aviateur décèdera de ses blessures ;
-le M7+FT de la 9./KG 54 revient en Sicile avec
l’équipage de l’Uffz. Erich Seuber blessé ;
-le B3+ES de la 9./KG 54 revient avec son
mitrailleur blessé.
On aura noté que la 8e escadrille volait partiellement
avec des appareils probablement prêtés par les
7. et 9. Staffeln – ce qui semblerait indiquer une
carence en bombardiers.
Le II./LG 1 a deux appareils endommagés (un à
35%) mais les équipages sont indemnes.
Les revendications quant aux bombardiers sont
relativement correctes, soit dix à onze Ju 88
détruits. Et on relèvera la perte en combat du
Kommandeur du III./KG 54.
Les onze Bf 109 revendiqués se réduisent à quatre
machines. Outre Scheib précité :
-le Gefr. Georg Gunkel (4./JG 53) est abattu en
combat au nord de La Valette. Il saute sur la mer
et semble ne pas avoir été retrouvé par le Seenot ;
-même sort pour l’Uffz. Paul Ströhla (5./JG 53) ;
-le Lt. Wolfgang Dreifke (Stab/JG 53), versé depuis
peu à l’unité en provenance de l’EJG Süd, tombe
à court de carburant et doit ‘crasher’ son G-2 près
de Noto-Modica. Il est blessé mais reviendra très
vite à l’escadrille.
De nuit, une poignée de bombardiers vient
attaquer les aérodromes maltais. Des appareils
du II./KG 100 en font partie dont le He 111 de
l’Ofw. Wilhelm Schück de la 5./KG 100, un vétéran
ayant plus de cent vols de guerre à son actif.
Le brevet de
l’Ehrenpokal daté du 26
octobre 1942.
Le 13 octobre 1942, à
Catane, à son retour de
Malte l’équipage du Lt.
Hasso Holst du Stab/KG
54 est fêté. Il avait mené
le 5.000e vol de guerre du
I./KG 54.
L’équipage. De g. à dr :
les Lt. Hasso Holst,
Uffz. Joachim Elsässer
(observateur), Uffz.
Alfred John (radio) et
Uffz. Gerhard Richter
(mitrailleur). Le
lendemain 14 octobre,
tous quatre seront portés
disparus.
84
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Le Hptm. Gerhard
Michalski revient en
Sicile après avoir été
récupéré par un Do 24
le 15 octobre. Il porte
l’habituel pull-over noir
remis aux naufragés mais
n’a pas oublié d’y ajouter
sa précieuse Ritterkreuz.
Le rescapé est porté
en triomphe avec une
couronne rappelant qu’il
s’agissait là de son 500e
vol de guerre.
Un Beaufighter du 89 Sq l’abat d’une rafale près
de Luqa. Les bombes sont larguées en urgence
et le pilote plonge mais il est déjà trop tard et le
bimoteur, frappé à mort, tombe comme une pierre,
emportant tout son équipage.
Le 13 octobre, comme les jours précédents, les
raids vont se succéder dès le matin.
Le premier voit environ sept Ju 88 approcher avec
une escorte d’une trentaine de Bf 109. Bien au
fait de cette attaque, les Spitfire les interceptent
à mi-chemin entre la Sicile et Malte. Des Bf 109
et des Ju 88 sont revendiqués (entre autres par
le P/O Beurling) mais seul un Ju 88 reviendra de
justesse se poser sur le ventre à Comiso avec
des dommages de 45% (équipage indemne). Un
Spitfire revient se crasher (pilote indemne).
Le second raid est mené par des Ju 88 du III./
KG 77 avec escorte de Bf 109 et de MC.202. Un
Spitfire est très endommagé mais le 3Z+ET est
perdu avec l’équipage du Lt. Gustav Duvenhörst. Il
dut tomber en mer entre Comino et Gozo.
Lors du troisième raid, un chasseur italien est
perdu mais trois Spitfire sont abattus (un pilote
tué) et un quatrième endommagé.
Le quatrième raid voit la perte de plusieurs
chasseurs italiens mais tous les Ju 88 et Bf 109
reviendront en Sicile. Deux Spitfire durent être
crashés par leurs pilotes (qui s’en tireront sans
trop de mal).
85
Michalski fait rapport à
son Kommodore après
son odyssée.
De nuit, quelques Beaufighter vont mitrailler
des aérodromes siciliens pour tenter de freiner
l’impétuosité des assauts adverses.
Le maréchal Kesselring pouvant déjà tirer quelques
enseignements de ces premiers engagements dut
très vite se rendre compte que la tâche serait plus
ardue que prévue. Il avait espéré gagner un certain
avantage après trois jours de combat mais les
pertes du II. Fliegerkorps étaient bien trop élevées
au vu des résultats obtenus. Les assaillants étaient
le plus souvent contrés sur la mer à distance de
Malte. Cela - ce que le maréchal ne savait pas grâce aux renseignements d’Ultra. Il était fini le
temps où les chasseurs basés à Malte demeuraient
dans l’espace aérien insulaire. Désormais, la RAF
disposait, outre des informations décisives d’Ultra,
1°) d’un nombre suffisant de Spitfire ; 2°) de
pilotes compétents et aguerris ; 3°) de stocks de
carburant ; 4°) d’une DCA toujours redoutable et
5°) de contrôleurs aériens blanchis sous le harnais
aptes à guider efficacement les Spitfire.
Et, pour ajouter aux problèmes du Befehlshaber
Süd, le II./KG 100 doit repartir au plus vite en
Grèce (Kalamaki).
Le 14 octobre ne voit aucune interruption des
combats. Lors du premier raid, le W/C Donaldson
encaisse une rafale d’un chasseur protégeant
des Ju 88. Deux doigts lui sont arrachés et, au vu
de sa perte de sang, il choisit non pas de sauter
en parachute mais de se crasher sur la terre
ferme. Envoyé à l’hôpital, il demandera que l’on
aille fouiller l’habitacle de son appareil pour y
retrouver son alliance ! Un autre Spitfire est abattu
probablement par le I./JG 77, son pilote étant
assez vite sorti de l’eau.
Lors du second raid de la journée, deux Spitfire
furent perdus avec leurs pilotes mais tombèrent
probablement sous les coups de chasseurs
italiens. Les Ju 88 du I./KG 54 vont subir des
pertes :
-le B3+HH de la 1./KG 54 doit tomber en mer au
large de Malte avec l’équipage du Lt. Hasso Holst ;
-un Ju 88 de la 3./KG 54 revient se crasher à
Pachino ;
-le M7+JT (9./KG 54) se pose sur le ventre près de
Pozzalo (un aviateur tué).
Un Spitfire du 229 Sq. est abattu en mer par des
Bf 109 d’escorte avant que le pilote ne soit sorti de
l’eau par la vedette HSL128.
Lors du troisième raid, le P/O Beurling est abattu
et tombe en mer. Il est récupéré, bouillant de rage
mais avec une blessure à un talon qui va mettre
fin à son court séjour à Malte. Il sera crédité de
vingt-sept victoires sur l’île, toutes remportées au
249 Sq.
Lors du quatrième raid, l’interception a lieu si
loin de Malte que les Junkers sont contraints de
larguer leurs bombes en mer. Huit bombardiers
furent revendiqués… mais on n’en trouve nulle
trace. En contrepartie, aucun Spitfire ne fut perdu.
La JG 53 fut très active ce 14 mais connut divers
incidents. Tout d’abord, à San Pietro, un F-4 (du I./
JG 53) est percuté au décollage par un chasseur
italien (pilote allemand indemne). Peu après, l’Ofw.
Josef Ederer, un vétéran déjà blessé en février
1942, doit se poser sur le ventre à San Pietro,
son train étant endommagé. Il sera de nouveau
blessé mais reviendra à l’unité. Trois appareils
du II./JG 53 furent endommagés en combat à
des degrés divers tandis que trois victoires furent
revendiquées par la ‘Pik As’.
Lors d’une de ces intrusions, la DCA de Malte
toujours très puissante doit être responsable de
la perte du L1+KP de la 6./LG 1. Des parachutes
sont aperçus mais, néanmoins, l’équipage du Fw.
Anton Wilfer sera porté disparu
De nuit, le II./KG 100 (en instance de départ vers
la grèce) subit une perte sérieuse lorsque son
Kommandeur, le Major Horst Röbling ne revient
pas d’une attaque d’aérodrome. Selon J-L Roba :
« Il avait effectué une attaque nocturne en solitaire
avec son He 111 et avait pu larguer ses bombes
sur l’aérodrome de Ta Kali. Cependant, alors
qu’il s’en revenait, l’appareil est intercepté à une
dizaine de kilomètres de Malte par le Beaufighter
du N° 89 Sq. piloté par le même F/O Shipard ayant
abattu trois jours auparavant l’appareil de Schück.
Shipard, venant de plus haut, sort son train pour
freiner et ne pas dépasser sa cible, cela tout en
mitraillant le Heinkel volant à 12.500 pieds. Le
bombardier explose criblant son attaquant de
débris. Il n’y aura aucun survivant. Des appareils
86
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
de la KG 100 seront très vite envoyés vers l’île,
dans l’espoir de retrouver le Kommandeur. Mais
sans succès ! ».
On compte de nouveau quatre raids italoallemands le 15 octobre.
Lors du premier, Luqa est l’objectif d’une demidouzaine de Ju 88. La fatigue doit poindre car les
Spitfire ne pourront intercepter les bombardiers sur
la mer (la KG 54 avait mené une ‘Scheinangriff’, une
attaque factice, ce jour-là). Des combats ont lieu,
suivis de poursuites. Un Spitfire du 229 Sq. doit se
crasher (pilote indemne). Un autre chasseur, mais
du 126 Sq., est abattu sur la mer. Son pilote saute
Ta Kali. Remplissage à la
main avec des bidons de 4
gallons des réservoirs des
Spitfire VC.
et sera récupéré. Dans cette empoignade, le Bf
109 du Hptm. Michalski est atteint et son pilote doit
également l’évacuer sur la Méditerranée. Il sera
cependant sauvé par un Do 24 et reviendra en
Sicile, accueilli chaleureusement par ses hommes.
D’autant plus qu’il s’agissait là de son 500e vol de
guerre !
Le second raid voit l’envoi de Jabos, probablement
du I./Schl. G. 2 (ou Jabogruppe O.B.S.). Les
chasseurs bombardiers sont pressés de toutes
parts et, gênés par leur projectile, certains le
larguent prématurément sur l’île. Deux Spitfire
du 249 Sq. sont abattus (pilotes blessés)
probablement par le I./JG 77. Le combat se porte
87
plus au large et le Fw. Gerhard Stockmann (I./JG
53) est abattu. Il sera de même récupéré par un
Do 24 venu d’Augusta. Au retour, un pilote du 126
Sq. doit évacuer son appareil très endommagé
près de Sliema Point. Il sera extrait de l’eau par
une vedette.
Le troisième raid aurait été mené par une
cinquantaine de chasseurs italo-allemands ainsi
que par quelques Jabos. Des combats ont lieu
mais sans revendication ou perte.
Dans l’après-midi, arrivée de six Ju 88 avec
escorte de Bf 109 de la ‘Pik As’. Deux Spitfire du
249 Sq. sont abattus alors qu’ils se dirigeaient
vers les bombardiers. Mais pas avant que la 3./
KG 77 ne perde le 3Z+CL de l’Uffz. Herbert Gross
(équipage disparu). Un autre Ju 88, mais de la 4./
KG 77, reviendra se crasher à Comiso. Sur Luqa,
le L1+DN de l’Oblt. Ernst Neuffer menant la 5./
LG 1 est durement atteint par les tirs des Spitfire.
L’ordre d’abandon est lancé et le mitrailleur
saute en premier pour toucher le sol dans la cour
d’une école de Birkikara, étant de suite capturé.
Cependant, le commandant de bord annule son
ordre lorsqu’il se rend compte qu’il peut, grâce au
trim, reprendre le contrôle de l’avion. Il reviendra
ainsi sur un moteur et pourra se poser sur le
ventre à Catane (60% de dommages). Cet exploit
lui vaudra de recevoir un message de félicitations
du général Bruno Loerzer, chef du II.Fl. K.. Deux
mois plus tard, alors que Neuffer était tombé en
captivité, il apprendra qu’il s’était vu décerner
pour cette action la coupe d’honneur (Ehrenpokal)
« pour services spéciaux rendus dans la guerre
aérienne ».
Le 16 octobre, le premier raid du matin rassemble
huit Ju 88 et de nombreux chasseurs. La rencontre
a lieu au nord de Zonqor. Les revendications des
défenseurs ne porteront que sur des Ju 88 et Bf
109 endommagés ou probables. Un bimoteur
poussera jusqu’au centre de l’île tandis que
l’escorte se montrera très agressive. Quatre
Spitfire sont ainsi abattus (deux pilotes tués).
Le second raid ne voit que la survenance de … trois
Bf 109 mais ils devaient opérer en reconnaissance
ou comme leurres car, peu après, une soixantaine
de Ju 88 approche de Malte. Les bombardiers
traversent la défense et viennent larguer leurs
projectiles sur Hal Far. Deux Spitfire sont abattus.
Un des pilotes ayant sauté en mer sera récupéré
par des pêcheurs maltais. Vers la fin de l’intrusion,
un Spitfire du 249 Sq. est abattu (pilote tué),
probable victime du jeune Uffz. Heinz Golinski de
la 3./JG 53 (surnommé ‘Figaro’ car il était coiffeur
dans le civil !). Mais il est lui-même pris à partie
par un Spitfire et fut aperçu piquer vers la mer.
Ce vétéran avait été en début de guerre pilote
d’essai auprès de la firme Messerschmitt, n’ayant
été versé à la 3./JG 53 qu’en automne 1941.
Il n’allait désormais pas quitter cette escadrille
et la suivra dans toutes ses campagnes. Il sera
promu Feldwebel et recevra la Ritterkreuz à titre
posthume le 30 décembre de cette année.
Le troisième raid ne fut mené que par des
Jabos qui dispersèrent leurs bombes sans être
interceptés. Une fois de plus, ces attaques de
chasseurs bombardiers faisaient apparaître aux
initiés les failles d’Ultra. Mais on peut penser que
ces appareils ne furent principalement engagés
dans cette intrusion que pour maintenir l’adversaire
sous pression.
Après trois heures d’attente, les aviations italienne
et allemande lancent leur quatrième raid de la
journée. De nouveau, la défense maltaise réagit
avec retard, probablement en raison de la fatigue
Un appareil de la KG 54.
88
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Sur ce document, à
droite, on aperçoit le
Major Heinrich Paepcke,
non loin d’un Ju 88 qui
pourrait être le sien.
Paepcke fut tué lors
d’une collision avec un
Spitfire le 17 octobre
1942.
ambiante. Le 3Z+HH de la 1./KG 77 du Fw. Rolf
Pester ne revint pas en Sicile (deux aviateurs
seront capturés après avoir été sortis de l’eau)
tandis qu’un autre Ju 88 revenu se crasher à
Comiso sera déclassé. Un troisième bombardier
rentrera sur un moteur.
Pour la journée du 16, les aviateurs allemands
et italiens revendiquèrent treize victoires. En fait,
quatre Spitfire furent bien abattus, cinq durent
se crasher (certains étant détruits) et trois autres
furent endommagés.
Ce jour-là, les défenseurs de Malte notèrent un
changement de tactique, les chasseurs allemands
attaquant plus largement en venant simultanément
de directions différentes. Il fallait en effet innover,
Kesselring ayant noté le peu de fléchissement de
la défense adverse qui, de toute évidence, n’avait
apparemment que modérément été affaiblie. De
plus, les reconnaissances aériennes durent faire
apparaître que, en dépit de l’engagement d’une
trentaine de Ju 88, les aérodromes n’avaient été
que fort peu endommagés - cela contrairement au
‘Blitz’ précédent.
Le 17 octobre, tôt dans la matinée, un Hudson
arrive de Gibraltar avec, comme passagers,
plusieurs pilotes de Spitfire venus en renfort.
Ils assisteront ainsi au premier raid de la journée
où trois des sept Ju 88 engagés seront perdus :
-le 3Z+AC du Stab II./KG 77 est percuté par
le Spitfire du F/Lt Ripley Jones (126 Sq.). Il
emportait le Kommandeur du Gruppe, le Major
et Ritterkreuzträger Heinrich Paepcke. Les deux
pilotes sont tués lors du choc mais les trois autres
membres d’équipage du Ju 88 pourront sauter et
Junkers Ju 88 A-4 WNr. 140206 du Stab II./KG 77 du Hauptmann Heinrich Paepcke,
commandant le Gruppe ; Gerbini, octobre 1942.
89
seront capturés. Certains affirmeront que Jones
éperonna volontairement le bombardier – ce que
nul ne peut cependant confirmer, cette collision
ayant peut-être été le résultat d’une erreur
d’estimation ou de la fatigue du pilote de chasse.
Lors de son interrogatoire, on apprendra que le
mitrailleur, l’Ofw. Walter Boerner, était un ancien
de la Legion Condor, ayant été décoré de la
Spanische Kreuz (croix d’Espagne) ;
-le 3Z+KP (6./KG 77) du Lt. Franz Koechling fut
porté disparu avec son équipage ;
-un autre bimoteur de la 6./KG 77 fut abattu mais
son pilote put le poser en mer et l’équipage sera
sauvé par le Seenot.
Ces deux dernières victoires furent attribuées au
126 Sq.
Le second raid du 17 octobre constitua une autre
catastrophe pour les bombardiers allemands.
Huit Ju 88 menés par le Kommandeur, le Hptm.
Gerhard Kollewe, avaient été engagés sur Luqa.
Des Spitfire des N° 126 et 249 Sq. peuvent percer
la défense de l’escorte et deux victoires seront
réclamées. Elles sont correctes. Le II./LG 1 subit
un sérieux coup avec la perte du bimoteur de
Kollewe. Seuls deux aviateurs furent capturés,
le Kommandeur n’étant pas parmi eux (il fut
probablement mitraillé avec un de ses équipiers
par un chasseur alors que tous deux flottaient sur
la mer). Selon le mitrailleur, le Fw. Paul Ballof :
« Ce jour-là, nous devions attaquer un aérodrome
de Malte. Nous avions à peine traversé la côte
maltaise lorsqu’un incendie se déclencha pardessous. Le Kommandeur vira de suite mais un
chasseur apparut. Il tira, je fis de même et crois
l’avoir touché. Comme les flammes devenaient de
plus en plus menaçantes, il fallut évacuer. Alors
que je sautais, le Hptm. Kollewe tenta d’éloigner le
plus possible l’appareil de Malte. Nous pendîmes
finalement tous à nos parachutes. Le vent me
déporta fort loin de l’île car, quand je fus à l’eau, je
ne pus plus l’apercevoir. J’ouvris mon Farbbeutel
(Note : le sachet de colorants du matériel de survie)
et me défis de mes chaussures. Une heure plus
tard, un chasseur britannique me survola et me
mitrailla. Mais il ne pouvait guère me repérer avec
précision vu la tache de couleur s’étalant autour de
moi. Ce fut ma chance. À la tombée du jour, une
vedette s’approcha et m’embarqua. Peu après,
il en fut de même pour notre radio, l’Ofw. Martin
Assum. Nous fûmes conduits dans un hôpital puis,
trois jours plus tard, fûmes transférés dans un
camp ». À titre posthume, le Hptm. Kollewe (qui
aurait effectué plus de deux cent cinquante vols de
guerre) sera promu Major.
Le second Ju 88 perdu était le L1+CP du Lt.
Ottokar Fritscher. Un de ses camarades, l’Oblt.
Neuffer fut témoin de sa chute : « L’appareil de
Fritscher perdit très vite de l’altitude tout en traînant
un panache de fumée. Je l’ai escorté jusqu’à son
amerrissage près de la côte sicilienne. L’appareil
se retourna de suite et coula sur-le-champ. Aucun
de ses occupants ne put se sauver ».
Un troisième Ju 88 atteint par la DCA peut revenir
à Catane avec 20% de dommages et un mitrailleur
blessé.
Un Spitfire du 229 Sq. fut perdu avec son pilote
tandis que trois autres chasseurs des 185 et 126
furent endommagés, l’un d’eux se crashant à
l’atterrissage.
Le troisième raid vit un mélange de Bf 109 Jabo et
de Bf 109 ‘normaux’ survoler Malte. Deux Spitfire
très endommagés durent se crasher.
Ce jour-là, nouvelle Scheinangriff de la KG 54.
En soirée, une quinzaine de bombardiers (italiens
ou allemands) vint bombarder Kalafrana sans être
interceptée par des Beaufighter. Par contre, de
nuit, un Beaufighter engagé sur la Sicile surprend
près de Catane un Ju 88 du I./KG 54 qu’il abat
avec l’équipage de l’Uffz. Adolf Hoffmann. Probablement échaudé par les pertes de la veille
qui virent à tout le moins la disparition de deux
Kommandeur (au surplus Ritterkreuzträger),
le maréchal Kesselring aurait retenu ses
bombardiers, faisant ainsi retomber la plupart des
missions sur la chasse.
Le 18 octobre, une unique attaque de bombardiers
est lancée avec sept Ju 88 disposant d’une bonne
escorte (la KG 54 avait de nouveau mené ce jourlà une Scheinangriff). Des Spitfire interviennent.
L’Uffz. Heinrich Frankenberger (4./JG 53) doit
abandonner son Bf 109 G-2 près du cap Scaramia
Le Hptm. Gerhard
Kollewe menant le II./LG
1 tué le 17 octobre 1942.
L’autre Ritterkreuzträger
disparu le 17 octobre
fut le Major Heinrich
Paepcke, menant le II./
KG 77.
90
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
suite à un ennui moteur (probablement imputable
à ce combat). Il saute et sera récupéré légèrement
blessé. Un pilote néo-zélandais du 126 Sq. doit
crasher sa machine au retour, étant de même
légèrement blessé.
Trois raids de chasseurs/Jabos s’ensuivent. Lors
du second, l’Uffz. Karl Könning de la 3./JG 27,
pilote de ce Gruppe très discret, est porté disparu.
Dans le troisième, un pilote du 126e se tue dans un
champ près de Gharghur, victime d’un tir ou d’une
perte de contrôle de son appareil.
Les bombardiers de l’Axe opèrent activement
cette nuit-là, six alertes étant lancées suite à des
intrusions de Ju 88 des KG 54 et 77 ainsi que de
quelques Ju 88 de la LG 1. Aucun Beaufighter ne
pourra obtenir de contact.
Le 19 octobre, attaque très matinale par chasseurs et
Jabos de Hal Far sans perte de part et d’autre. Deux
raids du même type se succèdent et des appareils
endommagés seront réclamés par les deux camps.
Une attaque de Jabo sur Malte
Selon le Fw. Werner Zirus, pilote attaché depuis peu au I./Schl.G. 2 :
« Le 25 octobre 1942, j’effectuai mon premier vol de guerre. Il faisait comme d’habitude très chaud et il n’y avait pas de nuage. Le
premier mécanicien m’aida à m’équiper. D’abord le pantalon de vol avec le Farbbeutel, le pistolet lance-fusées, les munitions pour le
pistolet, la boussole de bras ainsi que le matériel de survie (dont le Schoka-kola dans une boite étanche). Ensuite la veste de combat,
la veste de sauvetage, le canot pneumatique et, enfin, le parachute. Je suais à grosses gouttes. Je me suis alors sanglé dans le
bac. Je coiffai le casque avec le laryngophone puis mis le ‘Schnorckel’, le masque à oxygène. Le premier mécanicien s’assit alors
sur une des ailes et regarda mon Schwarmführer en attendant le signal du départ. Nous devions décoller en même temps pour ne
pas dépenser trop de carburant car nous ne savions pas si nous allions en avoir besoin pour le retour. Peu après, le mécanicien leva
la main, ferma la verrière et sauta de l’avion. Je relâchai les freins, mis les gaz et décollai à 16h25. Sous mon F-4, j’emportais une
bombe de deux cent cinquante kilos. Nous avons décollé dans la poussière, avons gagné trois mille mètres puis avons reformé notre
Schwarm sur la Sicile avant de voler vers Malte en grimpant pour atteindre les sept mille mètres. La chaleur devint agréable dans
l’habitacle. Déjà à trois mille mètres, nous pouvions apercevoir Malte. Je regardai ma carte mais il n’y avait effectivement aucune
île entre elle et la Sicile. Le ciel était entièrement bleu et le soleil resplendissait. Nous avions l’ordre d’arriver ponctuellement sur
l’objectif. Nous savions que les adversaires nous repèreraient très vite grâce à leurs appareils de détection et qu’ils feraient décoller
leurs chasseurs bien à temps. Quoique nous sachions que des appareils de la JG 53 devaient nous escorter jusqu’à notre piqué,
nous étions un peu inquiets. Les Britanniques nous surpassaient numériquement. Peu avant Malte, nous avons atteint les sept mille
mètres. Par radio, nous entendions les cris de notre escorte : ‘Attention ! Des ‘Indiens’ sur Gozo’, etc. Nous avions compris que nous
devions mener notre attaque en venant du soleil. L’heure fixée approchait. Nous avons quelque peu viré pour avoir le soleil dans le
dos puis nous nous sommes lancés. La vitesse crut. Le Schwarmführer avait repéré notre cible : Luqa, et nous avons piqué de sept
mille à quelque sept cents mètres. Nos oreilles sifflaient. La DCA de tous calibres nous entourait. Un barrage de fumée et d’explosions
apparut devant nous. À environ mille cinq cents mètres, nous avons largué notre bombe puis effectué notre ressource en tirant sur
le manche des deux mains. Nous avons alors mis le cap vers le nord et rejoint la Sicile en volant très bas. J’avais perdu les autres
et revins seul à la maison. Des chasseurs se lancèrent à ma poursuite. Ils m’attendaient au-dessus de la côte septentrionale de
Malte et je fus entouré par leurs traçantes. Je voyais les projectiles gicler dans la mer et jouai du palonnier pour me lancer dans des
manœuvres évasives. Nous, pilotes allemands, ne pouvions cependant entamer un combat car nous n’avions pour cela pas assez de
carburant. La côte de Sicile se rapprocha. Mes poursuivants m’avaient lâché depuis longtemps. Je repris de l’altitude, virai et revins
me poser à Comiso. Il était 17h17. La tension se relâcha. Je fus amené par Kübelwagen au QG où je fis mon rapport. Les impacts
de bombes devaient être confirmés par l’escorte ».
Toujours selon Zirus, son chef de Schwarm (formation de quatre appareils) fut à cette occasion le Fw.
Ernst Selzer, surnommé ‘Amigo’ car il avait été à la Legion Condor (« un grand et fort type avec un visage
rougeaud très expérimenté »).
Le Fw. Werner ‘Bubi’
Zirus, pilote au I./Schl.
G. 2, avec le casque
tropical… qu’il ne porta
qu’à deux reprises !
Deux pilotes du I./Schl.
G. 2 engagés peu de
temps sur Malte. Le
Lt Wilhelm Vetter (à
g.), porté disparu sur
l’Afrique le 22 mars
1943, et le Fw. Bernhard
‘Brummwieh’ Johannes,
tué à Kaunas le 11 juillet
1944 (Ritterkreuzträger à
titre posthume).
91
Le F/O John Lynch
arrivé par ‘Train’ sera
versé au 249 Sq. Par
la suite, il sera désigné
comme ayant remporté la
1.000e victoire sur Malte.
Tard dans la soirée, quarante bombardiers des
KG 77, KG 54 et LG 1 sont engagés sur Luqa
avec une escorte fournie par le I./JG 27. Mais
les Spitfire du 249 Sq. et les Beaufighter du 89e
sont bien présents et attaquent avec vigueur
les deux formations. Le L1+DN de l’Oblt. Ernst
Neuffer est perdu. Selon son pilote, il aurait été
victime de la DCA : « Après l’attaque nocturne
sur Malte, un impact eut lieu sur l’aile gauche et
un incendie se déclara. Il fallut se poser au plus
vite sur la mer. Tout le monde s’était préparé dans
l’habitacle et le canot pneumatique fut largué.
Nous y grimpâmes ». L’équipage va dériver trois
jours sur le canot avant d’être découvert par la
vedette HSL128. Les quatre aviateurs entreront en
captivité. Le 3Z+GS de la 8./KG 77 est également
perdu sur l’île avec l’équipage de l’Uffz. Gerhard
Demuth.
Le mauvais temps sévissant le 20 octobre va
limiter les vols et il n’y eut qu’une intrusion sur
Malte.
Idem le 21 octobre avec seulement deux raids
italo-allemands et quelques intrusions nocturnes.
Ce 21 octobre, le II./KG 54 arrive à Catane en
provenance de Russie. Ce Gruppe, mené par le
Major Richard Taubert, ne demeurera cependant
qu’une semaine en Sicile.
Trois intrusions ont lieu le 22 octobre, au moins
un Macchi étant abattu. L’Ofw. Rollwage obtient sa
trentième victoire sur Malte… mais on ne trouve
aucune perte de Spitfire. Ce jour-là, le II./LG 1, qui
avait perdu son Kommandeur dans les combats de
Malte, regagne la Crète pour reprendre les opérations
sous contrôle du X. Fliegerkorps. C’est là le début de
l’abandon de l’offensive massive sur Malte.
Le 22 octobre, deux intrusions de chasseurs et de
Jabos ont lieu. La DCA se déchaîne et abat près
de Mgarr le Bf 109 de l’Uffz. Heribert Wagner (5./
JG 53). Le pilote est tué. Le 185 Sq. perd un pilote
près de Dingli. Initialement, il fut dit qu’il avait été
victime d’un combat mais il apparaîtra qu’il avait
de même été frappé par un obus antiaérien.
Le 23 octobre, la 8th Army entame son offensive
à El Alamein. Dès le départ, le front italo-allemand
cède et le I./JG 27 quitte en urgence Pachino
pour gagner Eleusis puis Tobrouk. Lors de son
séjour en Sicile, le Gruppe semble avoir été peu
actif. Probablement en raison de la saignée subie
auparavant en Afrique.
Le 24 octobre, les chasseurs de l’Axe reviennent
à deux reprises. La 4./JG 53 perd l’Uffz. Rudolf
Hagen qui saute en mer près de Malte avant d’être
capturé par une vedette. Lors de son interrogatoire,
Hagen signalera être entré à la 4./JG 53 en juillet
1941 alors que l’unité opérait en URSS. Un pilote
du 185 Sq. est abattu et tué près de Rabat. Ce
jour-là, une vingtaine de Ju 88 de la KG 54 est
appelée en urgence à Benghazi.
Le 25 octobre, la DCA abat un Bf 109 Jabo du I./
Sch.G. 2, tuant l’Oblt. Richard Eckhardt, Staka de
la troisième escadrille. Un autre appareil de la 3e
piloté par l’Uffz. Willi Diepenseifen ne revint pas
en Sicile, probablement victime du 229 Sq. Le Fw.
Werner Zirus néophyte au I./Schl.G. 2 participa à
cette attaque (cf. encadré).
Dans l’après-midi, lors d’une intrusion de
chasseurs, le Sgt Nigel Park du 126 Sq. est porté
disparu.
Ce jour-là, les deux premiers Spitfire V arrivent à
Malte en provenance de Gibraltar.
Le 26 octobre, trois raids de chasseurs/Jabo ont
lieu et un Bf 109 F du I./Schl. G. 2 est abattu. Son
pilote ayant sauté sur la mer sera récupéré par le
Seenot. L’Ofw. Rollwage revendique sa trente-etunième victoire mais aucun Spitfire n’aurait été
perdu.
Le 27 octobre, le Fw. Horst Rössler, probablement
un jeune pilote versé à la 2./JG 53, semble avoir
été victime d’un incendie moteur. Il abandonne
son appareil en feu sur la mer et saute au large
de Comiso. Il est indemne et reprendra de suite
du service. Il fut peut-être victime de la DCA lors
des deux raids de la journée qui virent également
un appareil du 249 Sq. détruit à Ta Kali (pilote
indemne).
Les derniers jours du mois marquent la fin de
la grande offensive sur Malte avec de rares
intrusions guère plus efficaces que celles des
jours précédents. Le 29 octobre cependant, lors
de l’opération ‘Train’, vingt-neuf Spitfire décollent
du pont du Furious. Une quarantaine de Bf 109
tentera l’interception mais des chasseurs opérant
de Malte purent les en dissuader. Lors de ce
décollage, deux Spitfire furent détruits (un pilote
tué).
92
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Le 2 novembre 1942 à
Catane, le Kommandeur
du I./KG 54, le Graf von
Platen, reçoit des fleurs
pour son anniversaire.
Novembre 1942
Conclusions finales
La première semaine de ce mois peut être
aisément résumée vu les opérations limitées :
-le 1er novembre, cinq Spitfire du 1435 Sq.
décollent pour une interception sans suite. Un
pilote rhodésien se tue suite à un problème
moteur ;
-le 2 novembre, l’Ofw. Henrich Slany du I./Sch.G.
2 est tué par la DCA de Luqa. Peu après, lors
d’une intrusion de Bf 109, un appareil du 249 Sq.
est endommagé et sera crashé par son pilote. Le
Lt. Fritz Dinger de la 4./JG 53 fut crédité de cette
victoire ;
-le 3 novembre, la Panzerarmee Afrika entame
une nouvelle retraite et les unités allemandes
basées en Sicile préparent dès lors leur transfert
vers l’Afrique ;
-le 6 novembre, un appareil du 229 Sq. est
endommagé en combat avec des Bf 109 ;
-le 7 novembre, en soirée, deux Beaufighter du
89 Sq. opèrent sur la Sicile. Un Ju 88 est aperçu et
aurait été abattu par un équipage mais le second
‘Beau’ ne revient pas, son équipage ayant été
capturé. Comme aucun Ju 88 ne figure dans la
liste officielle des pertes, on peut supputer que le
Beaufighter fut abattu par l’autre équipage.
Le 8 novembre, le jour du débarquement allié
en Afrique du nord, annonce inexorablement la
fin des opérations menées spécifiquement par
la Luftwaffe contre Malte. Dès ce moment-là,
l’aviation allemande va avoir bien d’autres chats à
fouetter en Méditerranée. Les appareils du II. Fl.K.
toujours présents en Sicile vont faire mouvement
au plus vite vers la Libye et si, par la suite, des
attaques très sporadiques visant l’île eurent
encore lieu, elles allaient désormais entrer dans le
cadre de campagnes très différentes.
Déjà dès les combats mais également bien
après la guerre, la propagande britannique tenta
d’assimiler les engagements aériens sur Malte à
ceux de la Bataille d’Angleterre : une île cernée
de toutes parts mais défendue par une poignée
d’héroïques pilotes faisant face à une aviation
ennemie pléthorique. Ces bobards influenceront
jusqu’aux témoins directs. Ainsi, le jeune insulaire
Charles Grech mentionnera des années plus
tard la présence avérée en Sicile de « cinq
cents Stuka, entre deux cents et trois cents Bf
109 et une formidable force de Ju 88 ». À moins
d’empiler les avions les uns sur les autres, on peut
se demander comment pareille armada aurait pu
y être basée …
Pour faire pièce aux dires de la propagande ainsi
qu’aux complications postérieures, il suffit de
replacer chronologiquement les divers assauts
aériens ayant visé Malte :
-peu après la déclaration de guerre de l’Italie en
juin 1940, la Regia Aeronautica vint bombarder
Malte sans grand succès en dépit de la pauvreté
de la défense en aviation. C’est à ce momentlà que la propagande de Londres vantera les
‘nouveaux Fews’, réduisant abusivement la
force aérienne maltaise à trois malheureux Sea
Gladiator (baptisés Faith, Hope et Charity) ;
-un détachement de circonstance de la Luftwaffe
(le X. Fliegerkorps) va s’installer temporairement
en Sicile au début de 1941 suite à l’appel à l’aide
de Mussolini. Ce groupement étique va mener
quelques opérations d’importance (comme la
mise hors combat pour un temps du porte-avions
Illustrious) avant d’être rapidement appelé en
Afrique. Les déclenchements successifs de
‘Marita’ puis de ‘Merkur’ et de ‘Barbarossa’ vont
vider de leur substance les éléments du X. Fl.K.
93
Messerschmitt Bf 109 G-2 trop « 1 noir » de la 5./JG 53 basé à Comiso en octobre 1942.
présents en Sicile. Une seule escadrille de
chasse, la 7./JG 26, va néanmoins dominer le ciel
maltais et frapper l’adversaire de ‘terreur’. Mais il
est vrai que ces 109 n’affrontèrent alors ‘que’ des
Hurricane ;
-fin 1941, le II. Fl.K. est constitué à la va-vite pour
museler Malte et protéger le ravitaillement par mer
de l’Afrika Korps. Les Allemands auront tellement
de mal à en rassembler les composantes que la
‘grande offensive’ ne s’étalera que du 20 mars au
28 avril 1942 avant que, de nouveau, la plupart
des unités ne soient dispersées, étant rappelées
en URSS et en France. Lors de cette offensive,
Malte était à genoux mais les pertes des aviations
de l’Axe avaient été sérieuses ;
-ordre est pourtant donné en mai de poursuivre
le harcèlement de Malte alors que, pourtant, bien
des unités avaient (re)gagné l’Afrique ;
-en juillet 1942, Malte reprenant du poil de la bête
grâce à l’envoi régulier de renforts en Spitfire,
une nouvelle offensive dut avoir lieu. Elle sera
poussive ;
-en octobre 1942, le maréchal Kesselring, l’OB
Süd, espèrera mener une ultime campagne pour
neutraliser Malte. Pour ce faire, il allait disposer
d’effectifs disparates mais parfois étiques (comme
le I./JG 27 très diminué). En quelques jours, cette
offensive s’essoufflera après que la Luftwaffe ait
subi des pertes non négligeables ;
-et, finalement, la percée britannique à El Alamein
puis le débarquement anglo-saxon en Afrique
du nord sonneront le glas de toute campagne
aérienne d’envergure sur Malte.
Après guerre, quelques auteurs jouant aux
‘stratèges du Café du commerce’ invoqueront
les ‘opportunités manquées de la Wehrmacht
en Méditerranée’ alors que l’exemple de Malte
prouve à suffisance l’inanité de cette assertion.
Dès le départ, l’engagement de la Luftwaffe en
Méditerranée se devait d’être purement défensif.
Mais l’ambition de Rommel fit de l’Afrika Korps
un outil de conquête et l’aviation allemande,
réduite peu à peu à peau de chagrin suite à son
engagement massif en URSS, fut totalement
Ci-dessous et page
suivante : deux photos
prises sur le terrain
sicilien de Comiso
montrant les récents
Bf 109 G-2 du II./
JG 53 s’apprêtant à
faire mouvement vers
l’Afrique du Nord,
probablement au début
de novembre 1942.
94
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
Messerschmitt Bf 109 G-2 trop « 5 jaune » de la 6./JG 53
basé à Comiso en octobre 1942.
Messerschmitt Bf 109 G-2 trop « 9 jaune » de la 6./JG 53 ;
Comiso, octobre 1942.
Bibliographie
surclassée, ne pouvant mener concomitamment
des opérations en Afrique et sur Malte. La plupart
des unités opérant sur cette île venaient d’ailleurs
comme il l’a été dit très temporairement d’autres
fronts ou d’autres secteurs méditerranéens ;
cela avant d’y être rapidement rappelées. La
comparaison des organigrammes est, sur ce
point, très édifiante. Lorsque la RAF eût saisi
l’importance de Malte et y envoya Spitfire et
pilotes chevronnés, la Luftwaffe ne pouvait plus
que s’user inutilement - même si des actions
d’éclat eurent lieu de temps à autre. Restait la
possibilité de l’invasion. La marine italienne n’était
cependant pas assez puissante pour organiser
un blocus tandis qu’un assaut aéroporté était très
aléatoire. Et, avec les décryptages d’Ultra …
Dans le texte supra, les pertes/victoires ont été
mentionnées en tentant de cerner au mieux
la réalité de la saignée dans les deux camps.
Cependant, les vainqueurs sont rarement cités
puisque les ‘overclaimings’ furent monnaie
courante sur Malte. Pas seulement par ‘filouterie‘
(même si certains tentèrent au passage
d’augmenter fallacieusement leur palmarès)
mais en raison des circonstances propres à ces
combats insulaires : un espace aérien restreint
où tout le monde tirait (y compris la DCA) avec
souvent pour conséquence la chute en mer de
Barnham Denis. Malta, Spitfire Pilot. Grub Street 2013.
Cull Brian & Galea Frederic. Spitfires over Malta. Grub Street 2005.
Douglas-Hamilton James. The air Battle for Malta. Airlife 1981.
Grech Charles. Raiders Passed. Midsea Book 1998.
Gundelach Karl. Die deutsche Luftwaffe im Mittelmeer. Bd I. Peter D.
Lang 1981.
Prien Jochen. Geschichte des Jagdgeschwaders 77. Struve Druck s.d.
Prien Jochen. Geschichte des I./Jagdgeschwaders 27. Struve Druck s.d.
Radtke Siegfried. Kampfgeschwader 54. Schild Verlag 1990.
Roba Jean-Louis. La Jagdgeschwader 53 T. II. Batailles Aériennes N° 59.
Lela Presse 2012.
Roba Jean-Louis. La Kampfgeschwader 100, l’escadre au drakkar. Lela
bon nombre d’appareils. Lors d’une attaque de
Ju 88, un largage prématuré de bombes - puis
leur explosion - pouvait laisser croire qu’un ou
deux bombardiers avaient percuté les flots. Et
les chutes dans la Méditerranée (souvent loin
des côtes) empêchaient toute étude des épaves.
Ainsi, on peut relever que le grand as de la RAF
Beurling fut crédité de deux victoires le 10 octobre
sur une Rotte de Bf 109. Il volait pourtant seul,
n’avait aucun témoin et on ne trouve aucune perte
humaine ou matérielle relative à des Bf 109 ce jourlà. De même, des victoires du Sgt Yarra - bien que
citées dans le journal de guerre du 185 Sq. - ne
collent pas avec les chiffres dont nous disposons.
De part adverse, l’Oblt. Siegfried Freytag, le ‘Lion
de Malte’ (der Löwe von Malta), fut entre autres
crédité abusivement de victoires le 10 juillet.
Quant aux 30e et 31e victoires de l’Ofw. Herbert
Rollwage, elles sont discutables. Et ce ne sont là
que de simples exemples… Cela ne prouve pas
qu’il y eut intentionnellement ‘tricheries’ puisque
ces avions revendiqués comme abattus furent
très probablement endommagés. Cependant,
une décortication scrupuleuse des revendications
de bien des as sur Malte avec comparaison des
archives (tâche n’entrant pas dans le cadre de
cette étude) amènerait, on peut le supputer (ou le
redouter !), bien des surprises …
Presse 2015.
Roba Jean-Louis. Les as de la chasse de jour allemande. ETAI 2012.
Roba Jean-Louis. Siegfried Freytag. Revue ‘Histoire de guerre’ 2006.
Rogers Anthony. 185, the Malta Squadron. Spellmount 2005.
Rogers Anthony. Battle over Malta. Aircraft losses. Sutton Publishing
2000.
Shores Christopher & Wiliams Clive. Aces High. Grub Street 1994.
Shores Christopher, Cull Brian & Malizia Nicola. Malta : the Spitfire years.
Grub Street 1991.
Sutherland Jon & Canwell Diane. Air War Malta. Pen & Sword 2008.
Taghon Peter. La Lehrgeschwader 1, l’escadre au griffon. T. II. VDM 2005.
Zirus Werner. Als Schlachtflieger im Einsatz (Bd 1).Editura Modelism. 1998.
95
Symbole de la
lutte acharnée
qui se joua dans
le ciel de Malte,
cette photographie
d’avril 1942 montre
une partie de la
Kingsway, à La
Valette, avec les
ruines de l’Opéra
sur la droite. Ce
n’est finalement
qu’avec le
débarquement allié
en Afrique du Nord
que les tourments
de la petite île
s’amenuisèrent
grandement.
96
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
1 mêtre
Junkers Ju 88
Envergure
Longueur
Hauteur
Messerschmitt Bf 109
Envergure
Longueur
Hauteur
9,90 m
8,84 m
2,49 m
20,08 m
15,50 m
5,07 m
97
Supermarine Spitfire
Envergure
Longueur
Hauteur
11,22 m
9,46 m
3,02 m
98
La Luftwaffe sur Malte (1941-1943) Tome 3 : Mai-octobre 1942
99
Et si pour 2018,
vous preniez une résolution culturelle...
Cultivez l'envie d'apprendre
en vous ABONNANT.
Limitons les INTERMÉDIAIRES
et disons OUI à la vente en DIRECT
grâce à l’ABONNEMENT.
Vous ne prenez aucun risque !
N°86 - La Luftwaffe sur Malte.
2e partie - 12.50€
N°85 - 1918 - LA GRANDE GUERRE.
Des offensives Allemandes à la victoire finale Alliée - 12.50€
N°84 - La Luftwaffe sur Malte.
1ére partie - 12.50€
N°83 - Opération « Steinbock »,
le «Baby Blitz» ou les ultimes attaques de la Luftwaffe sur l’Angleterre - 12.50€
N°82 - LE BLITZ : La Luftwaffe sur les Îles Britaniques
1e partie : du 1er avril au 22 juin 1941 - 12.50€
N°78 - NON-STOP OFFENSIVE :
La Luftwaffe sur la défensive. 2e partie - 12.50€
N°77 - 1916 - La GRANDE GUERRE
De Verdun à la Somme sur l’enfer des tranchés - 12.50€
N°75 - LE DÉBARQUEMENT EN PROVENCE
2e partie - Opération DRAGOON - 12.50€
N°72 - LA RAF EN FRANCE - 1939-1940
5e partie - Les Bristol Blenheim en France - 12.50€
N°71 - LA RAF EN FRANCE - 1939-1940
4e partie - Les Bristol Blenheim en France - 12.50€
N°70 - LA RAF EN FRANCE - 1939-1940
3e partie - Les Hurricane sur le continent - 12.50€
Документ
Категория
Журналы и газеты
Просмотров
2
Размер файла
101 302 Кб
Теги
2019
1/--страниц
Пожаловаться на содержимое документа