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Science et Vie Questions Réponses N°19 – La Vie & La Mort-compressed

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Questions
Réponses
a quoi
ressemble
l’ultime
instant ?
la vie vient-elle
de l’espace ?
nos organes
ont-ils le même âge
que nous ?
100 RÉPONSES DE SCIENCE
LA VIE&LA MORT
Pourquoi
vieillit-on ?
Animaux La saison des folies
Spécial
Jardin Des fleurs sans pollen
printemps Marées Comment ça marche
3’:HIKTSA=UUYZU]:?a@k@l@j@
Père, mère,
qui transmet
l’espérance
de vie ?
M 09800 - 19 - F: 4,50 E - RD
a quand
la pilule de
jouvence ?
BEL 4,90 - ESP 5,00 - Gr 5,00 DOm S 5,00 - iTa 5,00 - LuX 4,90
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mar 60 DH - TOm S 650 CFP
CH 6,50 FS - Tun 11,5 DTu
Quand - Comment - Pourquoi
Les incroyables
bienfaits des
micro-jeûnes
En vente actuellement
IL EST TEMPS DE COMPRENDRE
Sommaire N° 19
Edito
100 QUESTIONS
RÉPONSES
*DE1 0LA0 VIE
À LA MORT
Matthieu Villiers
Directeur
de la rédaction
“Les bêtes, qui ne savent pas qu’elles doivent
mourir, ne rient pas. Nous savons que nous
allons vers la mort et, face à cette occurrence
inéluctable, nous n’avons qu’un instrument :
le rire.” Ainsi parlait le regretté Umberto Eco.
Alors rions, tant qu’il est encore temps. Rions
d’être en vie, même si nous savons que notre
heure viendra. Qui peut d’ailleurs dire pourquoi il
est vivant ? Quelle mécanique biologique insuffle
en chaque être vivant ce souffle de vie, si précieux et si éphémère ? Mieux, qu’est-ce qui fait
de nous des êtres vivants ? Pour le dire autrement : qu’est-ce qui nous distingue d’un caillou ?
La question vous fait rire ? Attendez de lire la
réponse ! Car il n’y en a pas une mais… 300 !
Et que dire du pourquoi nous mourrons ! Là,
COUVERTURE : L. NILSSON/TT NEWS AGENCY - FOTOLIA - GETTY - NASA - O. ROLLER
c’est la nature qui se rit de nous : d’après
18 LA VIE
36 VIEILLIR
54 LA MORT
les scientifiques, il s’avère que la mort n’est
qu’un regrettable effet collatéral de la vie. Certes,
nous vieillissons et ce n’est pas drôle. Mais ce
4 Le mot du printemps
Cui-cui !
n’est pas triste quand la science explique nos
rides et nos cheveux blancs. Sans parler des réponses à des questions parfois existentielles :
6 Questions de saison
70 Nature et environnement
vivons-nous plus longtemps si nous croyons en
Dieu ? Quitte à être le jouet d’une mécanique implacable, autant comprendre les rouages qui
ricanent au cœur de nos cellules et nous
76
poussent à tirer notre révérence. Autant le faire
en souriant. Or, comprendre ce que sont la vie
et la mort y aide singulièrement. C’est un peu
80
de nos angoisses qui s’envolent. Et plutôt cent
fois qu’une, nous l’espérons. De là, en tout cas,
ce numéro Spécial printemps 2016. Juste au
84
moment où la nature revit. Selon un cycle qui
nous emporte. Comme un rire qui n’en finit pas.
86
Une publication du groupe
réDactiOn
8, rue François-Ory
92543 Montrouge CEDEX
Tél. : 01 41 33 50 00 - Fax : 01 46 48 48 67
DIRECTEUR DE LA RÉDACTION : Matthieu Villiers
ASSISTÉ DE CHRISTELLE BORELLI
CHEF D’ÉDITION : Grégoire Bouillier
RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE : Karine Jacquet
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SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : Marie Martin
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DOCUMENTATION : Marie-Anne Guffroy
SERVICE LECTEURS : sev.lecteurs@mondadori.fr
La saison des amours
les rend fous !
Corps et santé
Les incroyables vertus
des mini-jeûnes
Technos et mode de vie
Le paquebot ultime effectue sa
première sortie ce printemps
Comment ça marche
Le phénomène des
grandes marées
Objets de saison
Ont cOllabOré à ce numérO :
L’agenda
de saison
92 Sortir
Exposition Avengers ; un
Grand Prix en plein Paris…
94 Chez soi
Un jardin sans pollen ;
le plein de magnésium…
96 Voyager
Au pays de Galles, dans
le village du Prisonnier
98 Météo
Les prévisions
de Météo France
pour ce printemps
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Carmine Perna
ACTIONNAIRE : Mondadori France SAS
IMPRIMEUR : Elcograf - Italie
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Dépôt légal : mars 2016
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3
Le mot du printemps
VIEZ-V
S?
OU
LE SA
i
u
c
Le chant
de la grive se
rapproche de
la musique
humaine
1850
Hz
C’est la fréquence des
gazouillis des oiseaux
+ 400 Hz
En ville, leur chant monte dans
les aigus (de 400 Hz), afin de
se distinguer des bruits de
fond de la jungle urbaine.
4
Suave, le chant de la grive
solitaire est composé à
70 % d’harmoniques, des
associations de notes
dont les fréquences
d’ondes sont des multiples les unes des autres,
comme dans la musique
humaine ! La voix du mâle
sonne d’ailleurs comme
un instrument
à vent…
cui!
PAR FIORENZA GRACCI
Les plus musiciens sont les
mâles ou les femelles ?
Dans nos contrées, ce sont surtout les mâles. Quelques semaines
après leur sortie de l’œuf, la testostérone provoque, dans leur
cerveau, le développement d’un réseau complexe appelé ”circuit
du chant“. En sourdine durant les saisons froides, il s’active au
printemps et déclenche leur chant, à chaque fois typique et
singulier ! “Les femelles affichent une nette préférence pour
certaines phrases appelées ‘sexy’, particulièrement difficiles à
produire”, observe Sébastien Derégnaucourt, professeur à l’université Paris-Ouest. Cependant, dans les régions tropicales, les
oiseaux des deux sexes chantent pour s’attirer mutuellement.
Et dans les régions tempérées comme l’Europe, les femelles de
quelques espèces, tel le rouge-gorge, émettent des chants de
défense du territoire avec la même fougue que les mâles ! ]
Que veut dire cui-cui ?
Si on pouvait les traduire, les gazouillis printaniers sonneraient comme des sérénades destinées au sexe opposé… Mais certains chants
visent aussi à tisser des liens entre congénères : ”Les étourneaux sansonnets vivent en
nuées de milliers d’individus, et pourtant, ils
retrouvent leurs ‘copains’ grâce à leur chant
personnel”, révèle Sébastien Derégnaucourt.
Les diamants mandarins, eux, chantent pour
le plaisir ! Dans leur cerveau, le circuit de la
récompense, qui régit le plaisir, s’active chez
le “chanteur” comme chez celui qui l’écoute !
Ainsi, les oiseaux ne sont pas seulement musiciens, ils savent aussi être mélomanes…
]
Pourquoi chantent-ils
au printemps ?
GETTY
Parce que, dans l’hémisphère Nord,
c’est la saison des amours ! S’il est
vrai qu’on les entend toute l’année,
à cette période, c’est l’effervescence
vocale. Les femelles vont choisir
leur partenaire à la virtuosité et à
l’originalité des vocalises du mâle.
“Le chant des oiseaux vient en effet
anticiper la reproduction, explique
Sébastien Derégnaucourt. Le temps
presse car il faut attirer une partenaire, construire un nid et élever les
petits en profitant de cette saison où
la nourriture abonde.” Des oisillons
mieux nourris auront plus de chances
de survivre à leur premier hiver.
Les oiseaux repèrent l’arrivée du
printemps à l’allongement du jour
et à la hausse des températures. Les
oscines (les 4 000 espèces d’oiseaux
chanteurs, sur 10 000) connaissent
alors des modifcations physiologiques dans leur cerveau – au niveau
des aires du chant –, stimulant les
comportements de recherche du
partenaire : ils recommencent à
chanter de plus belle. Or, ce moment
arrive de plus en plus tôt, sous
l’effet du réchauffement climatique :
”Les merles urbains commencent
souvent à chanter dès la fin janvier !”,
]
remarque le chercheur.
A chaque
oiseau sa façon
de chanter ?
Oui ! Un chant est à la fois propre à
une espèce, et à un individu. Car au
sein d’un corpus mélodique semblable chez les oiseaux d’une même
espèce, que les jeunes apprennent
par imitation, chacun improvise,
invente certaines séquences… et y
ajoute sa propre signature vocale :
une syllabe, un cri particulier, pour
mieux se distinguer ! Il a même
été établi que le merle et le canari
ajoutent de nouvelles phrases à leur
répertoire chaque année, tandis que
l’étourneau, le loriot ou la rousserolle verderolle vont jusqu’à copier
les autres espèces pour enrichir
]
leur répertoire choral !
5
QR
Questions de saison
6
CORBIS
ABEILLES l Certaines construisent leur
nid avec des déchets plastique
Le printemps sonne l’heure des grands travaux pour de nombreuses espèces d’abeilles sauvages. Ces solitaires doivent
en effet construire le nid qui accueillera leur prochaine ponte.
Si d’ordinaire, ces butineuses utilisent des matériaux naturels
comme les fleurs, les feuilles, la boue, la résine, la sève voire de
petits cailloux, deux espèces canadiennes emploient à présent
des matières synthétiques, à savoir le plastique et le mastic,
ou du silicone à base de polyuréthane. Et cela volontairement.
Une étude menée à Toronto en 2014 a ainsi révélé qu’une
espèce d’abeille découpeuse (Megachile rotundata) incorporait
à ses nids des morceaux de sachet de plastique mâché, blanc et
brillant de préférence, à la place des feuilles. Dans certains
de ces “logis”, le plastique remplaçait jusqu’à 25 % des feuilles,
et cela même si la végétation restait disponible dans l’environnement proche. Une autre espèce, la Megachile campanulae,
a remplacé la résine et la sève par du silicone ou du mastic
prélevé sur les façades des bâtiments. Une utilisation que
les chercheurs jugent accidentelle. Pour les scientifiques,
ce comportement pourrait être la preuve d’une adaptation
écologique indispensable à leur survie dans un environnement
de plus en plus dominé par l’homme. Reste à voir si ce nouvel
]
usage du plastique va se systématiser. K.J.
7
Questions de saison
PLANÈTE MARS l
Au printemps, des
torrents dévaleraient
ses pentes
8
UNIV. OF ARIZONA/JPL/NASA - AGEFOTOSTOCK
QR
Difficile d’imaginer la planète rouge couverte de torrents et de rivières
quand on sait que les températures à sa surface varient entre +3 °C
et −133 °C. Et pourtant, une simulation numérique effectuée par deux
chercheurs du CNRS pour expliquer la formation des “gullies” martiennes (de profondes ravines) avance l’hypothèse qu’au printemps,
des torrents de poussière, de glace et de gaz carboniques mêlés
dévalent ces formations. A l’origine de ce phénomène, la chaleur du
printemps, qui peut durer plus de 198 jours dans l’hémisphère Nord.
En frappant la couche de glace carbonique superficielle, les rayons
du Soleil réchauffent le sous-sol. Sous l’effet de la chaleur, le CO2 (gaz
carbonique) présent sous forme solide sublime. La pression du gaz
augmente jusqu’à faire éclater la glace, dont la fracturation libère le gaz
emprisonné, créant ainsi une avalanche torrentielle. S.B. ET K.J.
]
SOLEIL l Si les cas d’hypertension baissent dès que
reviennent les beaux jours,
c’est grâce aux UV du soleil
Se poser en terrasse pour profiter des
premiers beaux jours ne serait pas uniquement bon pour le moral. Une étude publiée
en janvier 2014 par des chercheurs des
universités d’Edimbourg et de Southampton (Royaume-Uni) a soumis des volontaires à des doses de rayons ultraviolets
correspondant à trente minutes de soleil.
Résultat : leur tension artérielle avait légèrement baissé. Les spécialistes savaient
déjà que l’hypertension et les maladies cardio-vasculaires variaient selon les saisons
et la latitude : le nombre de cas s’élève en
hiver, et augmente aussi à mesure que l’on
s’éloigne de l’équateur. Mais cet effet était
principalement attribué aux températures. Ces résultats suggèrent à présent
l’existence d’un autre mécanisme, basé
sur la lumière et plus particulièrement sur
son action sur le monoxyde d’azote (NO).
Cette molécule, fabriquée notamment par
la paroi des vaisseaux sanguins, relaxe les
muscles lisses de leur paroi, améliorant
ainsi la circulation sanguine, ce qui abaisse
la tension. Or, la peau abrite d’importants
stocks de ce composé chimique dont
l’utilité n’était jusqu’ici pas très bien comprise. D’après l’hypothèse des chercheurs,
les ultraviolets du soleil activeraient ces
réserves et faciliteraient leur transfert vers
la circulation sanguine, d’où une diminution de la tension. Un bénéfice quand on
sait qu’un accroissement, même faible, de
la tension augmente significativement les
risques cardio-vasculaires. L’exposition doit
toutefois rester modérée, trente minutes,
pour ne pas favoriser le risque de dévelop]
per un cancer de la peau. L.C.
9
Questions de saison
BARRAGES l Ils compensent en
partie l’élévation du niveau des
mers liée au réchauffement
Le lien entre barrages et réchauffement
climatique n’est pas instinctif. Et pourtant, si l’on additionne le volume d’eau
accumulée au cours du xxe siècle derrière les plus gros barrages de la planète
(plus de 52 000 mesurent plus de 15 m
de hauteur), on aboutit à un total compris entre 7 000 et 11 000 km3. Un volume
d’eau qui ne se déverse donc pas dans la
mer. Et ça tombe bien : les géologues
ont calculé que, sans les barrages, la mer
serait plus haute d’environ 0,55 mm.
Une hauteur à mettre en regard avec la
montée des océans, de 3,2 mm par an
en moyenne. Autrement dit, les barrages
minimisent le phénomène – et donc les
risques d’inondation et d’érosion du littoral. Historiquement, les barrages furent
pourtant construits pour pourvoir à l’irrigation des cultures des cités et à l’appro-
visionnement en eau ; mais aujourd’hui,
leur rôle est bien plus vaste. Ainsi, d’après
le Registre mondial des grands barrages,
48 % ont été érigés pour l’irrigation,
17 % pour l’hydroélectricité, 13 % pour
l’approvisionnement en eau, 10 % pour
le contrôle des crues, 5 % pour les loisirs
et moins de 1 % pour la navigation et la
pisciculture. Une eau douce qui provient
essentiellement des pluies, des crues et de
la fonte des neiges au printemps.
UNE MER PLUS HAUTE DE 1 M EN 2100
Reste que si, pour l’heure, ce frein à l’élévation du niveau des océans apparaît non
négligeable, il risque de ne représenter
bientôt qu’une goutte d’eau : d’après le
scénario envisagé par le Groupe d’experts
intergouvernemental sur l’évolution du
climat (Giec), la mer pourrait s’élever, d’ici
à 2100, de 40 à 75 cm, voire de 1 m sous
l’effet de la fonte des calottes polaires et
des glaciers de montagne et, de façon plus
marginale, du pompage des eaux souterraines pour l’irrigation agricole, lesquelles
se retrouvent ensuite dans le réseau hydrologique. “Ces cinquante dernières années,
les retenues des barrages compensaient la
contribution des eaux de pompage à l’élévation du niveau des mers, indique Anny
Cazenave, géophysicienne du Giec. Mais
à l’avenir, le pompage des aquifères risque
de s’intensifer : il faut s’attendre à ce que le
rapport bascule à la hausse.” Si les besoins
d’irriguer vont en augmentant en raison
du réchauffement, ils contribueraient, en
raison du ruissellement des eaux, à faire
monter le niveau des mers de 7 cm d’ici
à la fn du siècle. Et cette fois, les barrages
ne pourront rien y faire. O.D.
]
SAUMON l Il se pourrait que leur nez
les guide vers les frayères
10
SHUTTERSTOCK - FOTOLIA
QR
Ce n’est pas une légende : qu’il s’agisse du saumon du Pacifique,
l’Oncorhynchus, ou du saumon de l’Atlantique, Salmo salar, tous
deux sont parfaitement capables de retrouver le cours d’eau
qui les a vus naître au printemps pour y frayer à leur tour entre
novembre et janvier. Un étonnant phénomène, scientifiquement
démontré : des chercheurs québécois du Centre interuniversitaire de recherche sur le saumon atlantique ont prouvé que
ces poissons regagnent bel et bien leur frayère d’origine, et pas
une autre. Pour autant, ce “homing”, comme disent les
spécialistes, est loin d’être totalement élucidé. L’hypothèse la
plus répandue est que l’olfaction servirait ici de guide. De fait,
chaque cours d’eau possède son odeur, que le saumon garderait en mémoire, malgré les transformations physiologiques
(smoltification) qu’il subit pour lui permettre de passer de l’eau
douce à l’eau de mer. Au moment du grand retour (montaison),
il la reconnaîtrait avec une précision diabolique. Mais les phéromones des alevins qui lui ont succédé sur place pourraient aussi
]
lui montrer le chemin… E.T.-A.
SÈVE l Sa montée printanière dans un arbre constitue
un vrai défi aux lois de l’apesanteur
Si les animaux sont dotés d’un cœur
pour faire circuler le sang vers leurs
organes, et notamment ceux situés en
hauteur, les plantes, elles, ne disposent
pas de pompe… Pour faire monter la
sève, au début du printemps, depuis
leurs racines jusqu’à leurs feuilles, sur
parfois plus de 30 mètres, elles ont alors
recours à trois phénomènes physicochimiques. La transpiration est le moteur
principal. L’eau s’évapore par les pores
des feuilles sous l’action de la chaleur.
Cette “évapotranspiration” est responsable du rejet de plus de 98 % de l’eau
absorbée par les racines. Ce phénomène déclenche une mini-dépression
au niveau du feuillage qui aspire la sève
(composée de 80 à 99 % d’eau) en provenance des racines. Mais si elle s’exerçait
seule, l’évapotranspiration ne pourrait
pas faire monter le précieux liquide
au-delà de 10 m. Elle est donc amplifiée
par la capillarité. Celle-ci se produit
dans les vaisseaux conducteurs de sève
(“vaisseaux du bois” ou “xylème”), qui
tissent un réseau semblable à celui des
veines par lesquelles circule le sang. Elle
fonctionne sur le même principe qu’un
fin tube de verre en partie plongé dans
de l’eau, dans lequel les molécules d’H2O
sont attirées par la paroi (le long des
vaisseaux conducteurs chez les plantes).
Sous l’effet de la cohésion entre ses
molécules, l’eau (la sève) monte dans le
tube. Quant au troisième phénomène,
la poussée racinaire, si elle constitue
une force mineure chez la plupart des
plantes, elle est indispensable chez
celles à feuillage caduc (qui perdent
leurs feuilles en automne), quand l’évapotranspiration est très faible ou inexistante, la nuit et à la fin de l’hiver. Après
un net ralentissement de la circulation
de la sève pendant la saison froide,
les plantes repuisent et refont circuler
de l’eau et des minéraux depuis le sol.
Or, cela ne serait pas possible sans la
poussée au niveau des racines, qui meut
la sève vers le haut ; les nouvelles feuilles
indispensables à l’évapotranspiration
]
n’étant pas encore “sorties”. K.B.
11
Questions de saison
GLACES ARCTIQUES l
Leur fonte profite
aux cétacés
12
SHUTTERSTOCK - FOTOLIA
QR P R I N T E M P S
2016
Si la fonte de la banquise arctique met en péril les ours
polaires, elle ouvre aussi des territoires aux cétacés !
Ainsi, le détroit de Béring (séparant la Sibérie de l’Alaska)
représente un nouveau couloir de navigation pour ces
mammifères marins. Les micros d’océanographes russes
et américains enregistrent, depuis 2009, les chorales
des baleines à bosse, rorquals et autres épaulards qui
parcourent le détroit vers le nord, direction la mer des
Tchouktches, riche en nourriture. Les bélugas et les très
mélodieuses baleines boréales, habitants fidèles des
eaux polaires arctiques, n’hésitent pas, quant à eux, à
descendre au sud pour passer l’hiver sous des températures plus clémentes. Ces animaux se sont donc adaptés
au changement intense et rapide de leur environnement.
Depuis 1980, en effet, la glace de mer entourant le pôle
Nord a rétréci de manière accélérée, jusqu’à atteindre, en
septembre 2012, son minimum historique : 4,24 millions
de kilomètres carrés, contre les 7 millions habituels à
cette période. Reste à savoir si, en étendant ainsi leur territoire, ces cétacés n’entreront pas en compétition avec
des espèces dont ils sont normalement séparés et s’ils ne
se chasseront pas les uns les autres. Sans compter que
dans le détroit de Béring, profitant de la fonte des glaces,
deux nouvelles voies de navigation internationales sont
parcourues, l’été, par de nombreux navires. A la clé pour
les baleines : des risques de collision, plus les nuisances
sonores dues aux sonars des bateaux. F.G.
]
durant ces deux saisons, seuls 3,5 à 4 %
des spermatozoïdes contenus dans les
échantillons étudiés étaient capables de
nager suffisamment vite pour atteindre
l’ovocyte. A l’automne, leur proportion
atteignait 4,9 %, et 5 % en hiver ! En outre,
durant la saison froide, les spermatozoïdes
mieux formés et plus vigoureux augmentent de 43 % par rapport au printemps.
En revanche, les hommes peu fertiles ne
subissent pas ces variations. Pour certains
biologistes spécialisés dans les problèmes
de fertilité, les variations de l’ensoleillement au cours des saisons pourraient
avoir une influence sur les hormones, et
ainsi sur la production de sperme… mais il
]
n’existe encore aucune preuve. X.T.
QR P R I N T E M P S
Aussi surprenant que cela puisse paraître,
les spermatozoïdes sont plus vigoureux
à certaines saisons. D’ailleurs, il suffit de
regarder le pic des naissances qui a lieu
chaque année en septembre pour constater que la fertilité est au plus fort durant
l’hiver, et qu’elle ne tient pas uniquement
aux écarts de conduite de la nuit du
nouvel an. Pour le prouver, des chercheurs
israéliens ont comparé en 2013 pas moins
de 6 455 échantillons de sperme humain à
des époques différentes de l’année. Leur
découverte ? Chez les hommes fertiles,
la concentration en spermatozoïdes, tout
comme leur rapidité de déplacement,
baisse de manière significative à partir
du printemps et jusqu’à l’automne. Ainsi,
2016
SPERMATOZOÏDES l
Ils sont moins fertiles
au printemps
13
Questions de saison
CIRÉ l Son
imperméabilité
tient aux liaisons
chimiques
Rien de tel pour résister aux giboulées de mars qu’un ciré.
Et pour cause, sa toile imperméable laisse perler l’eau,
préservant ainsi son porteur d’une douche impromptue.
Le secret de ce tissu ? Ses liaisons chimiques qui s’avèrent
incapables de se lier aux molécules d’eau. Et plus précisément d’établir des liaisons avec les atomes d’hydrogène de
la molécule H2O. C’est en effet par le biais de ces liaisons
que l’eau pénètre dans les fibres d’un tissu. Pour rendre la
toile imperméable, le fabricant dépose à la surface du tissu
une couche de molécules hydrophobes, des composés
qui détestent l’eau et la repoussent au lieu de s’y lier.
Résultat, cet enduit gras, généralement du caoutchouc, du
coton huilé ou de la toile cirée, empêche l’eau de s’étaler
à la surface du ciré. Les gouttes conservent leur forme et
roulent comme des billes le long du tissu, entraînées par
]
leur propre poids. On parle d’effet déperlant. S.B.
ALLERGIES AUX POLLENS l Dans quelques décennies,
14
FOTOLIA
QR P R I N T E M P S
2016
elles toucheront une personne sur deux
De 3,8 % de Français allergiques en
1968, le nombre de victimes de rhumes
des foins, rhinites et autres maux liés
aux pollens est passé aujourd’hui à
30 % chez les adultes et entre 7 % et
20 % chez les enfants. Et le pire reste
à venir. Car les prévisions de l’Organisation mondiale de la santé avancent
que d’ici à 2050, une personne sur deux
sera touchée par ces allergies ! Et plus
particulièrement au printemps, quand, à
la faveur du climat (durée du jour, température, ensoleillement, précipitations,
etc.), les bouleaux, platanes, cyprès
et autres graminées des villes et des
campagnes libèrent quasiment à l’unisson une forte concentration de leurs
poussières de vie. Ils font ainsi f des
insectes pollinisateurs et n’ont besoin
que de l’air et de l’eau pour voyager.
Or, le responsable de cette explosion
des allergies ne tient pas uniquement
aux essences plantées, mais surtout
au réchauffement climatique. Pour s’en
convaincre, il sufft d’observer l’évolution des quantités de pollens en France.
Celle-ci suit inexorablement la courbe
moyenne des températures. L’index de
pollinisation (la somme des grains/m3/
jour, calculé sur six villes françaises) du
bouleau, entre 1990 et 1993, se situait
à 1 700 pour une température moyenne
annuelle de 11,8 °C ; entre 2010
et 2013, cet index a atteint 3 200 pour
une moyenne de 13,1 °C. Soit près du
double de pollens dans l’air chaque
jour ! En 2050, les concentrations dans
l’air du pollen d’ambroisie à feuilles
d’armoise, une plante très allergisante
et envahissante, pourraient même avoir
quadruplé, selon le Réseau national de
surveillance aérobiologique. Or, deux
tiers de cette augmentation est imputable au réchauffement climatique – le
dernier tiers restant lié aux capacités
de colonisation de nouveaux territoires
de cette plante. La hausse des températures permet en effet à la plante de
s’établir dans de nouvelles régions, plus
au nord, où le climat lui était auparavant défavorable. En outre, l’élévation
des températures décale plus tôt
dans la saison les dates de foraison,
notamment celles des espèces comme
le cyprès, le frêne et le bouleau, qui
pollinisent à la fn de l’hiver et au début
du printemps. Ce qui entraîne une
hausse de la quantité de pollens dans
l’air et donc une recrudescence des
allergies. Les beaux jours des printemps
à venir vont sans doute ouvrir une ère
faste aux mouchoirs de poche et aux
masques respiratoires. R.I. & K.J. ]
Découvrez la nouvelle
Croisière
Jérôme Bonaldi,
Journaliste
et animateur TV
Jean-Pierre Bibring,
Astrophysicien
Pascal Picq,
Paléoanthropologue
OBJECTIF
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100 QUESTIONS
*100
RÉPONSES
Quand ?
Comment ?
Pourquoi ?
QR P R I N T E M P S
2016
LA VIE &
LA MORT
16
P. 18
La vie
P. 36
Vieillir
P. 54
La mort
2016
QR P R I N T E M P S
L. NISSON/TT NEWS AGENCY
C’est quoi être
vivant ? La vie
est-elle venue de
l’espace ? Quels
gènes s’activent les premiers
en nous ? A quel moment le
cœur commence-t-il à battre ?
Ressusciter les espèces
éteintes, c’est possible ? A partir de quel âge un bébé prématuré peut-il survivre ? Les virus
sont-ils vivants ? Y a-t-il un âge
limite pour donner la vie ? Père
ou mère, qui transmet l’espérance de vie ? D’où ça vient
“l’eau-de-vie” ? Quelle sorte
de vie est le coma ? Pourquoi
vieillit-on ? Avons-nous l’âge
de nos artères ? Mais pourquoi
des rides ? A quel âge est-on
vieux ? La biologie pourrait-elle
nous faire rajeunir ? Vit-on
plus longtemps si on croit en
Dieu ? D’où ça vient “se faire
des cheveux blancs” ? Les
perturbateurs endocriniens
font-ils vieillir ? Rester jeune
est-il possible grâce au sport ?
A la pilule de jouvence ?
Pourquoi le temps semble filer
plus vite à mesure qu’on vieillit ?
Quelle est la durée de vie de
nos cellules ? Sommes-nous
égaux face au vieillissement ?
Quel âge ont les individus clonés ? Pourquoi les eunuques
vivent plus longtemps ? Peuton naître vieux ? C’est quoi
être mort ? En biologie ? Et
en astronomie ? Nos cellules
se suicident-elles vraiment ?
Est-il vrai qu’on meurt plus en
janvier ? Est-ce folie de croire
qu’on serait une réincarnation ? Perd-on 21 grammes à
sa mort ? Comment une cellule
devient-elle cancéreuse ? Le
froid peut-il repousser la mort ?
Meurt-on d’avoir trop souffert ?
L’œil garde-t-il la dernière
image de ce qu’il a vu ? A
quel moment peut-on prélever
les organes ? Les cellules
peuvent-elles livrer leur
testament ?…
17
100 QUESTIONS RÉPONSES
* LA
VIE
C’EST QUOI
ÊTRE VIVANT ?
Vaste question ! Pour intégrer le club très
fermé des êtres vivants, suffit-il d’être fait de
matière organique, de manger, respirer et se
reproduire? Ou bien doit-on posséder de l’ADN
et pouvoir le répliquer ? Depuis que l’homme
tente de définir ce qu’est la vie, les scientifiques ont proposé plus de 300 définitions…
QR P R I N T E M P S
2016
P
18
our chacun, cela ne fait aucun
doute : entre une pierre et nous,
impossible de se tromper ! On
sait qui est vivant, qui respire,
bouge, se nourrit – et qui est inerte, reste
posé là, parfaitement insensible, dur,
froid. La chose paraît entendue.
Sauf que. Si l’on pousse un cran plus
loin, les choses se compliquent. Au-delà
du simple constat qui nous assure que
nous ne sommes pas un caillou, qu’estce qui nous garantit que nous sommes
des êtres vivants ? Il faudrait posséder une
défnition, comme on sait qu’un carré a
quatre côtés égaux : si ce n’est pas le cas,
ce n’est pas un carré. Or, défnir ce qui est
vivant n’est pas aussi simple. C’est même
horriblement compliqué. Imaginez :
un biologiste de l’université de Bucarest
(Roumanie), Radu Popa, a listé pas moins
de… trois cents défnitions de la vie !
Par exemple, certains considèrent que
la vie est “l’emboîtement de systèmes membranaires, informatifs et métaboliques” ;
d’autres, qu’un être vivant coche “un
certain nombre de capacités (se nourrir,
se déplacer, se reproduire, avoir un métabolisme…)”. Pour la Nasa, “la vie est un
système chimique auto-entretenu qui obéit
à l’évolution darwinienne”. On peut également lire que “la structure minimale
du vivant est un réseau de processus de
production de composants qui régénèrent
constamment le réseau qui les a produits et
qui constituent le système en tant qu’unité
distincte dotée d’une limite physique”, ou
bien qu’il faut défnir “la vie comme un
phénomène global où les organismes individuels ne sont qu’une partie d’un processus collectif historique qu’ils contribuent
à perpétuer et dont ils sont également le
résultat”, voire, telle que la décrivent certains évolutionnistes, comme “la simple
sélection naturelle de gènes”.
Autant de défnitions valables, oui, mais
sans qu’aucune fasse consensus ! Comme
si la première caractéristique du vivant
était d’excéder toute défnition…
La frontière entre ce qui est vivant et
ce qui ne l’est pas serait-elle si ténue
qu’elle mettrait les scientifques au déf
d’en cerner les contours ? Car tel est
bien le problème : c’est à l’intersection
du vivant et de l’inerte que tout se joue.
Pour un caillou, pas de problème. Mais
un programme informatique évolue,
se reproduit, se nourrit de données :
en quoi ne serait-il pas aussi vivant que
nous le sommes ? Le cas des virus est ici
exemplaire : les biologistes s’empoignent
pour savoir s’ils appartiennent au règne
du vivant ou pas. Certains arguent qu’ils
CORBIS - GETTY
PAR ANNE DEBROISE ET ÉMILIE RAUSCHER
LE CAS D’ÉCOLE DES PRÉMATURÉS
Pour eux, l’élément de base des êtres
vivants, c’est toujours une cellule, avec
une membrane, des organites… L’existence d’une membrane, qui isole l’individu du milieu extérieur, apparaît d’ailleurs nécessaire pour défnir un être, mais
aussi pour qu’il y ait échange de matière
et communication. Si cette défnition
fonctionne en général, elle achoppe
cependant sur quelques cas. En particulier sur la capacité d’autonomie d’un
être vivant. Cas d’école : les médecins
se demandent jusqu’où ils peuvent aller
dans la réanimation des nouveau-nés prématurés ou à quel moment il leur faudra
laisser s’échapper une vie artifciellement
maintenue (voir QR p. 32).
2016
que pour elle. Prenons les biologistes :
ils considèrent comme vivant un être
capable d’échanger de la matière et de
l’énergie avec son environnement tout en
conservant son autonomie, de se reproduire et d’évoluer par sélection naturelle.
QR P R I N T E M P S
sont incapables de répliquer leur matériel génétique sans le métabolisme d’une
cellule hôte ; mais d’autres opposent le
fait que les virus pourraient avoir évolué
à partir d’un ancêtre, un organisme unicellulaire vivant et autonome, pour épouser leurs mécanismes particuliers actuels
(voir QR p. 28).
Querelles de chapelles ? Ne pourrait-on
pas lister certaines propriétés bien spécifques du vivant et le tour serait joué ?
Le problème, c’est que chaque discipline scientifque met légitimement en
avant des propriétés qui ne sont valables
Aux origines du vivant, pour les
biologistes, il y a toujours une cellule.
Sa membrane isole du milieu extérieur
mais permet aussi d’échanger avec lui.
19
100 QUESTIONS RÉPONSES
LA VIE
Pour les biochimistes, c’est la présence
de matière organique qui paraît essentielle, c’est-à-dire toutes les substances
chimiques à base de carbone qui composent, avec l’eau, l’essentiel de la matière dont sont constitués les êtres que
nous appelons spontanément vivants.
Mais, comme l’expliquait en 2000 le
biologiste François Jacob dans une conférence, “on peut tenter de défnir un organisme vivant, chercher à établir une ligne
de démarcation entre vivant et non-vivant,
mais il n’y a pas de matière vivante. Il y a
de la matière qui compose les êtres vivants,
et cette matière n’a pas de propriétés particulières que n’aurait pas celle qui compose
la matière inerte.” Dont acte.
3 GRANDES PROPRIÉTÉS
DU VIVANT
20
De leur côté, les physiologistes – qui décrivent les organismes, ce qui les compose
et comment ils fonctionnent – soulignent
l’importance des grandes fonctions :
un être vivant digère, respire, se reproduit, etc. Et ces fonctions se régulent
elles-mêmes. Certes, mais quid d’un individu stérile ? Ou d’un malade sous respirateur artifciel ? En outre, de nombreuses
entités inertes se reproduisent, comme
les virus informatiques (capables de se
copier), alors que certains êtres vivants
en sont incapables, comme les mules
(le petit d’un âne et d’une jument) ou
les fourmis ouvrières. Pour sortir de cette
impasse, certains suggèrent que la vie doit
être défnie comme un phénomène pour
lequel la reproduction de quelques-uns
est essentielle. Guère satisfaisant…
De même, considérer que seuls les êtres
vivants ont un métabolisme ne marque
guère plus la frontière entre le vivant et
le non-vivant. Cet ensemble de processus
selon lesquels ils captent des éléments
nutritifs à l’extérieur (aliments, oxygène,
lumière, dioxyde de carbone, etc.) et les
transforment selon certains processus
chimiques de manière à fabriquer leurs
propres constituants, à grandir, à survivre,
puis rejettent dans le milieu extérieur les
déchets qu’ils ont générés n’est pas l’apanage des êtres vivants. Pour preuve : une
usine ou une voiture font de même.
Les généticiens, eux, font remarquer
qu’il n’existe pas, sur Terre, d’être vivant
1
ne possédant pas d’ADN. Cette longue
molécule d’acide désoxyribonucléique
dicte à nos cellules la “recette” des protéines qu’elles doivent réaliser pour effectuer les réactions chimiques qui assureront leur survie et celle de l’organisme
dont elles dépendent. L’ADN détermine
Les physiologistes, eux,
soulignent l’importance
des grandes fonctions : la
digestion, la respiration,
la reproduction…
ainsi une grande partie des caractères
physiques de l’être vivant, voire de son
comportement ou des maladies qu’il
risque de développer. C’est de lui aussi
que dépend sa construction, depuis la
première cellule de l’œuf jusqu’à sa taille
adulte, en passant par la pousse des différents membres et organes. En outre,
l’ADN joue un autre rôle majeur : c’est lui
qui porte l’hérédité. Lorsqu’un être vivant
se reproduit, son ADN est dupliqué et
intégré dans les cellules de sa progéniture.
Si c’est une reproduction non sexuée, le
nouvel organisme sera identique à son géniteur ; en cas de reproduction sexuée, les
ADN du père et de la mère se mélangeront pour donner un ADN unique en son
genre, bien qu’il comprenne toutes les
caractéristiques de l’espèce. Bref, l’ADN
jouerait un rôle si important que certains
n’imaginent pas de vie sans lui.
Peut-on pour autant défnir la vie
comme le phénomène qui permet la
perpétuation de cette information génétique ? C’est la théorie du “gène égoïste”
de l’éthologiste britannique Richard
Dawkins. Selon ses propres termes, les
organismes ne seraient que les “véhicules-robots” des gènes. De simples
outils permettant aux différents gènes de
se multiplier. Lorsqu’un nouveau gène,
apparu par mutation, donne un avantage
à l’individu qui le porte, il accroît d’autant ses chances de se répliquer en plus
grand nombre. Ce serait donc le succès
des gènes qui guiderait l’évolution, plus
que celui des individus qui les portent.
Pour ingénieuse qu’elle soit, cette
conception ne fait pas non plus l’unanimité. L’évolutionniste Stephen Jay Gould
recommande de ne pas la prendre à la
SHUTTERSTOCK - FOTOLIA
QR P R I N T E M P S
2016
QUID D’UN INDIVIDU STÉRILE ?
Parmi les propriétés indispensables
du vivant : l’échange biologique de
matière et d’énergie (1), la présence
biochimique de toutes substances à base
de carbone (2), l’ADN qui porte l’hérédité
génétique (3).
lettre : les gènes n’ont ni intention ni sens.
Il rappelle que la survie d’une espèce
ne dépend pas que de ses gènes, mais
aussi des apprentissages qu’elle transmet
d’une génération à l’autre. Le chant des
oiseaux, par exemple, qui résulte d’un
apprentissage, s’avère essentiel à la perpétuation de l’espèce. Même la place
centrale dévolue aux mécanismes de
l’évolution est controversée. Un contreexemple ? Les virus sont des champions
de l’évolution ! Ces petits êtres, constitués
de matériel génétique entouré par une
membrane, n’ont pas de métabolisme et
sont donc incapables (en général) de se
répliquer tout seuls.
Finalement, plus on tente de saisir l’essence biologique de la vie, moins on la
trouve. Aucune des caractéristiques avancées par les uns ou les autres pour défnir
PENTAGONE OU FIGURE ÉCRASÉE…
Un brin poussive, cette défnition a donné
lieu à des contractions plus ou moins lapidaires. Ainsi, le biologiste et philosophe
Joël de Rosnay l’a réduite à trois particularités fondamentales du vivant : autoconservation, autoreproduction, autorégulation. L’autoconservation comprend tout
ce qui se rapporte à la nutrition. L’autoreproduction propage la vie mais il faut aussi
qu’elle laisse la possibilité à l’espèce d’évoluer. L’autorégulation englobe les fonctions de coordination, de synchronisation
et de contrôle des réactions d’ensemble.
Pour sa part, l’évolutionniste John Maynard Smith résumait la situation ainsi :
“Nous considérons comme vivante toute
population d’individus qui a la propriété
de multiplication, d’hérédité et de variation.” Christophe Malaterre, philosophe
des sciences spécialisé dans l’origine de la
vie à l’université du Québec à Montréal
(Canada), considère, lui, qu’un être est
vivant s’il possède cinq capacités phares
de la vie : réplication, variation, métabolisme, isolement de son environnement
ainsi que le couplage des quatre.Toute
chose, vivante ou non, peut alors être
représentée dans une sorte de pentagone
à partir de ses performances pour ces
cinq caractéristiques. Un homme ou une
bactérie rempliront ainsi leur pentagone.
Quand un caillou se réduira à une fgure
écrasée sur elle-même : un simple point.
Il faut bien se rendre à l’évidence : aucune de ces défnitions ne fait l’unanimité.
Comme si nous ne savions toujours pas en
quoi consiste ce phénomène étrange qui
fait de nous des êtres vivants. Seule certitude : nous ne sommes pas des cailloux. Et
c’est sans doute aussi bien comme ça… ]
QR P R I N T E M P S
2
le vivant ne s’avère nécessaire ou suffsante. Et pour chacune de ses propriétés
énoncées, on trouve des contre-exemples.
Pis, la question s’est encore compliquée
avec la découverte du mimivirus : un
virus géant qui possède, même s’il ne
s’en sert pas, ses propres outils pour se
répliquer. Pour faire face à ce dilemme,
la solution la plus couramment adoptée
consiste à rassembler toutes ces propositions, et à préciser qu’un être est vivant s’il
répond à la majorité d’entre elles, mais
pas forcément toutes.
En biologie, on considère ainsi un
organisme comme vivant si, au moins
une fois dans son existence, il se développe, grandit, jusqu’à devenir capable
de se reproduire. Si, pour cela, il
consomme, stocke de l’énergie, et rejette
des déchets. S’il est capable de bouger
ou au moins de provoquer la circulation
de fuides internes. Et enfn, s’il perçoit
les caractéristiques de son environnement et réagit en conséquence.
2016
3
21
100 QUESTIONS RÉPONSES
LA VIE
02
Comment la vie
est-elle apparue ?
QR P R I N T E M P S
2016
Au commencement était - quoi ? Quelle fut l’étincelle de vie
originelle, dont chacun d’entre nous témoigne toujours ? Pour
percer le mystère, la science n’a de cesse de se faire limier. Sa
méthode ? Remonter aux origines même de la vie sur Terre, c’està-dire quelque 3,5 milliards d’années en arrière. Car c’est à cette
époque que la vie est apparue, soit 1,1 milliard d’années après la
formation de notre planète. En témoignent les plus anciens fossiles
de bactéries, exhumés en Australie et datés de cette période. Or,
la Terre avait alors un tout autre visage que celui qu’on lui connaît
aujourd’hui : des pluies acides, une atmosphère de dioxyde de
carbone et de méthane, des océans dont la température oscille
entre 50 et 80 °C. C’est pourtant dans ce paysage hostile que la vie
a émergé sous forme de bactéries. Ainsi, en quelques centaines
22
de millions d’années, la matière inerte s’est peu à peu muée en
une série d’organismes capables de se reproduire et d’évoluer. Si
la question de savoir comment reste spéculative, les faits sont là.
Si la vie est apparue, c’est que tous les ingrédients nécessaires à
son éclosion étaient réunis. A savoir les acides aminés – ces petites
molécules carbonées qui constituent la base des protéines –, mais
aussi les molécules d’ADN et d’ARN (une copie de l’ADN), ainsi que
les membranes, ces petits sacs lipidiques qui constituent l’enveloppe de nos cellules. Reste à savoir où ces premiers éléments de
vie se sont formés. Trois hypothèses sont aujourd’hui avancées :
dans l’espace, dans l’atmosphère ou dans les océans. Chacune avec
des arguments tangibles, mais pour le moment encore insuffsants
pour trancher défnitivement la question... M.G.
]
03
Elle est venue de l’espace ?
SHUTTERSTOCK - NASA
04
Elle s’est formée dans l’atmosphère ?
En 1953, le chimiste Stanley Miller
obtient la synthèse spontanée de
cinq acides aminés (glycine, alanine,
acide aspartique, bêta-alanine et
acide alpha-amino-n-butyrique,
mais seuls les trois premiers sont
présents dans le vivant) grâce à
un mélange de méthane, d’hydrogène, d’ammoniac et d’eau, censé
reproduire l’atmosphère de la Terre
primitive, le tout soumis à des
décharges électriques simulant la
foudre. Hélas, on découvre dans les
décennies suivantes que l’atmosphère de la jeune Terre contenait
plutôt du dioxyde de carbone et de
l’azote. Or, un tel mélange, dit neutre,
est bien moins propice à la synthèse
d’acides aminés que celui de Miller. A
moins d’y ajouter davantage d’hydrogène… Or, de l’hydrogène se forme
autour des sources hydrothermales.
La vie aurait-elle émergé près de ces
sources ? L’hypothèse séduit d’autant
plus qu’en octobre 2008, l’équipe de
Miller annonçait avoir retrouvé une
fole non exploitée par le célèbre
biologiste américain et contenant
les résidus secs d’une expérience
menée en 1953 dans laquelle le
chercheur avait simulé les conditions
régnant au voisinage d’un volcan. Et,
surprise, ces foles contenaient
22 acides aminés ! Affaire entendue ?
Pas forcément. L’intérêt de la source
atmosphérique est qu’elle conduit à
des molécules susceptibles d’interagir fortement. Ainsi, les acides
aminés peuvent s’associer pour donner de petites chaînes moléculaires
appelées peptides puis, plus tard,
les longues chaînes que sont les
protéines. Un autre scénario baptisé
“pompe primaire” s’intéresse, lui, aux
bordures des continents soumises
aux marées. Pendant la période
sèche, des acides aminés déposés
sur les plages réagiraient avec
d’autres molécules de l’atmosphère,
ce qui stimulerait leur réactivité.
Au retour de la marée, ces acides
aminés “activés” s’associeraient pour
former des peptides et des protéines, à la faveur d’un changement
de l’acidité du milieu. Une hypothèse
confrmée en 2003-2005 grâce à
des expériences qui ont montré
comment ces mêmes conditions permettaient des réactions chimiques
très intéressantes en présence
de nucléotides, des molécules qui
codent pour l’information génétique
dans l’ARN et l’ADN. Ce scénario
prévoit donc que l’océan primitif
lui-même a joué un rôle majeur dans
l’émergence de la vie… M.G.
]
génétique restant les mêmes. L’APN
aurait-il pu précéder l’apparition de
l’ADN et de l’ARN ? Seule la découverte
d’un organisme vivant renfermant de
l’APN pourrait le confrmer. Restent
enfn les membranes. Certaines
substances organiques présentes
dans différentes météorites tombées
en 1969 ont, une fois plongées dans
l’eau, formé spontanément des sortes
de petits “sacs” moléculaires d’une
faible stabilité. Si l’apport extraterrestre est indéniable, il n’a pu seul
]
faire émerger la vie. M.G.
05 Dans l’eau ?
L’eau liquide étant le seul milieu
dans lequel peut se dérouler la
chimie complexe associée à la vie,
l’océan primitif est un candidat tout
naturel. Car avant que n’apparaisse
la vie, il faut un lieu de stockage de
ses ingrédients. En 1977, la découverte, au fn fond des océans, des
“sources hydrothermales” change
tout. L’eau qui s’en échappe charrie
de l’hydrogène, de l’azote, du dioxyde de carbone et des hydrocarbures.
Ces “fumeurs noirs” étant protégés,
à ces profondeurs, des UV du soleil
et des impacts météoritiques,
auraient-ils eu un rôle majeur dans
l’émergence de la vie ? En 1988, le
chimiste G. Wächtershäuser avance
que les anfractuosités microscopiques de sulfure de fer et de nickel
auraient pu servir de matrice, de
catalyseur et de source d’énergie
2016
extraterrestre. Quid de l’ADN, constitué d’acide phosphorique, de bases
azotées et de désoxyribose ? La
réponse est peut-être à chercher dans
les acides diaminés retrouvés dans des
fragments de la météorite de Murchison tombée en 1969. Des chercheurs
de Copenhague sont parvenus, en
1991, à construire une molécule artifcielle appelée APN à partir de ces diaminés. Or, l’APN se distingue de l’ADN
par son squelette, dont la colonne vertébrale est constituée d’acides diaminés, les bases contenant l’information
pour former des systèmes biologiques. Or, ces sources regorgent de
minéraux. D’après lui, ces premières
formes de vie, adhérant aux roches
riches en fer et en soufre, auraient
tiré leur énergie des réactions chimiques qui produisent ces minéraux.
Pour preuve : certaines enzymes des
êtres vivants possèdent des atomes
de fer et de soufre… M.G.
]
QR P R I N T E M P S
Chaque année, 10 tonnes de météorites tombent sur Terre. Il y a 4 milliards d’années, ce nombre était sans
doute 1 000 fois supérieur ! Ce véritable
bombardement dura 200 millions d’années. Or, ces météorites contiennent
des molécules carbonées, du kérogène
(une substance intermédiaire entre la
matière organique et les combustibles
fossiles) et des composés prébiotiques,
dont les fameux acides aminés. Les
5 x 1021 kilogrammes de météorites
tombés jusqu’ici sur la Terre ont ainsi
apporté de la matière organique
23
100 QUESTIONS RÉPONSES
LA VIE
06
Combien d’êtres
humains ont existé
avant nous ?
Q
uelque 106 milliards ! Tel
est le nombre d’hommes et
de femmes qui ont foulé la
Terre depuis 200 000 ans.
Sachant que nous sommes
actuellement 7,3 milliards, seuls 6 % du
total sont vivants aujourd’hui ! 100 milliards sont morts…
Certes, ce nombre d’humains ayant
vécu, calculé par le Population Reference
Bureau, à Washington, n’est qu’une
appréciation, fatalement grossière. Elle
se base sur les estimations des taux de
natalité nécessaires pour atteindre différents seuils historiques connus, comme
celui de 254 à 345 millions de Terriens
en l’an 1000, d’un milliard d’individus en
1800 puis 2 milliards en 1927. Sachant
que l’on ignore l’importance de la population au commencement de l’humanité,
ainsi que son évolution. Les renseigne-
ments sur le nombre d’hommes à la préhistoire, et même après, ne sont en effet
basés que sur de faibles indices (archéologiques) et des extrapolations selon des
populations vivant dans des conditions
similaires. Les spécialistes avancent par
exemple qu’environ 40 milliards d’individus ont vu le jour au cours des deux
derniers millénaires. Les 67 milliards restants ont donc vu le jour avant !
PLUSIEURS PARAMÈTRES INCERTAINS
Mais plusieurs incertitudes demeurent,
liées à l’espérance de vie et aux fuctuations démographiques brutales : celles
causées par les famines ou les guerres
notamment. Il fait néanmoins consensus
et refète l’actuelle explosion démographique avec plus de 7 milliards d’individus aujourd’hui et probablement près de
neuf fois plus en 2050. M.CO.
]
07
24
SPL/COSMOS - SHUTTERSTOCK - GETTY
QR P R I N T E M P S
2016
Quels gènes s’activent les
premiers en nous ?
Au bout de 24 heures, la cellule issue de la fécondation d’un ovule par un spermatozoïde se sera déjà divisée en deux, puis en 4 au bout de 48 heures… et ainsi
de suite jusqu’à aboutir aux milliards de cellules qui constituent l’être humain.
En 2015, l’Instituto Karolinska de Stockholm (Suède) a étudié des ovules humains
tout juste fécondés et congelés. Résultat, 48 heures après la fécondation, seuls
32 gènes étaient activés sur les quelque 23 000 que compte le génome humain.
Les généticiens ont comparé ces gènes à des “clés de contact” qui permettent de
démarrer le développement embryonnaire. La plupart codent pour des protéines,
d’autres régulent l’expression d’autres gènes. ZSCAN4, par exemple, intervient
dans la mise au point des cellules souches pluripotentes induites, capables de se
multiplier à l’infni et de se différencier en tout type de cellules. Cette découverte
pourrait améliorer la fabrication in vitro des cellules souches pluripotentes
ou évaluer la viabilité d’un embryon avant son implantation. O.D. ET A.C.
]
Animaux
09 Ressusciter
des espèces
éteintes, c’est
possible ?
nisent de façon à “pousser” le sang
du pôle veineux vers le pôle artériel.
A 7 semaines de grossesse, le cœur
aura acquis sa forme défnitive avec
ses quatre cavités (2 oreillettes et
2 ventricules). Le rythme cardiaque est
d’abord lent – environ 80 battements
par minute (bpm) au 22e jour – puis
il s’accélère à partir de la cinquième
semaine de grossesse pour dépasser
les 150 bpm. Il fnira par se stabiliser
autour de 120-160 bpm à partir de la
]
dixième semaine. A.C.
2016
Le cœur d’un embryon humain se
forme à partir du 16e jour de grossesse et les premiers battements
apparaissent moins d’une semaine
plus tard, dès le 22e jour. L’embryon
ne mesure encore que 3 millimètres
mais l’organe assure déjà sa fonction de pompe. Le cœur est ainsi le
premier organe fonctionnel de notre
corps. Au début, il ne s’agit que d’un
tube dont les cardiomyocytes (cellules
musculaires) se contractent de façon
anarchique, puis elles se synchro-
QR P R I N T E M P S
A quel moment exactement le cœur
commence-t-il à battre ?
La question revient dès qu’une
carcasse de mammouth est tirée
de la glace : va-t-on, enfn, disposer
d’ADN suffsamment bien conservé
pour le cloner ? Un tout nouvel outil,
le CRISPR-Cas9, ouvre de réelles
chances de le faire revivre… Il
permet de faire des coupés/remplacés dans le texte de l’ADN. Dès
lors, rien de plus facile que d’insérer
une séquence de l’ADN sauvegardé
d’une espèce disparue dans celui de
cousines toujours vivantes. En 2015,
à Harvard (Etats-Unis), l’équipe du
généticien George Church a obtenu
des cellules d’éléphant d’Asie dans
lesquelles 14 gènes de mammouth
avaient été insérés. Reste à vérifer
qu’elles peuvent exprimer la part
de mammouth qui est en elles.
Dans le même temps, une autre
équipe américaine a annoncé avoir
obtenu une séquence fable du
fameux génome et dressé, grâce à
elle, un catalogue des différences
avec l’éléphant pour 1 600 protéines
impliquées dans son adaptation au
froid. L’occasion, pour les éventuels
hybrides, de coloniser de nouveaux
territoires, chose qui fait cruellement défaut aux éléphants d’Asie,
menacés d’extinction par la destruction de leur habitat. L’utilité et la faisabilité (notamment l’insémination
d’une éléphante) restent néanmoins
]
plus que discutées. E.R.
25
100 QUESTIONS RÉPONSES
LA VIE
10
Mais d’où vient
l’homme ?
26
SHUTTERSTOCK - GETTY - SHUTTERSTOCK
QR P R I N T E M P S
2016
L
ongtemps, la réponse a été du ressort de la religion – et nombreux
sont encore ceux qui croient que
l’homme est né du souffe divin et
qu’il est apparu il y a 6 000 ans, en six journées de vingt-quatre heures, comme il est
raconté dans la Genèse. C’est avec le grand
naturaliste anglais Darwin que la question
de savoir quand et comment l’homme est
apparu a pris une tournure inédite. En
1876, il explique : “Cela dépend du sens
que nous attachons au mot Homme. Dans
une série de formes partant d’un être à l’apparence simienne et arrivant graduellement
à l’homme tel qu’il existe, il serait impossible
de fxer le point défni auquel le terme
‘homme’ devrait commencer à s’appliquer.”
Pour autant, il est possible d’en pointer
trois moments clés.
Le premier : l’apparition de notre
espèce, Homo sapiens, il y a 200 000 ans
environ, comme en témoignent nombre
de fossiles. En tenant compte du fait
que d’autres humanités ont existé avant
lui : Neandertal (il y a 500 000 ans), Florès, dont les ossements sont datés entre
−12 000 et −95 000 ans mais qui aurait
pu exister bien avant, de même que
Denisova, identifé en Sibérie en 2010 et
qui a foulé la Terre il y a 40 000 années.
Second moment clé : l’apparition des primates du genre Homo, il y a 2 millions
d’années, sachant qu’il est prouvé que
nombre de leurs caractères distinctifs sont
apparus avant eux. Le troisième moment
clé est le plus ancien : la séparation des
lignées de l’homme et du chimpanzé,
puisque le scénario désormais admis est
que l’homme est aussi un singe : il puise
son origine chez un ancêtre commun
avec le chimpanzé. L’homme serait historiquement apparu à ce moment-là.
Or, aucun expert ne s’accorde sur la
date à laquelle cet événement fondateur
s’est produit ! Pire, ces vingt dernières
années, cette date n’a cessé de reculer,
grimpant à 7 millions avec la découverte
du crâne du plus ancien préhumain,
Toumaï (Sahelanthropus tchadensis),
au Tchad en 2001… Certains paléontologues plaident même pour des dates
encore plus anciennes : “Je la situerais
aux alentours de 10 ou 12 millions d’années, indique Brigitte Senut, professeur
au Muséum national d’histoire naturelle,
à Paris. Car on a décrit en 2009 un fragment de mandibule de ‘protochimpanzé’
très proche du chimpanzé actuel ; or, elle
est vieille de 6 à… 11 millions d’années !”
L’HORLOGE À L’HEURE DES FOSSILES
Pourquoi une telle différence ? Les
généticiens ont mis au point une horloge
moléculaire qui mesure le temps en comptant l’apparition de mutations dans le
génome. Or, ces mutations ne surviennent pas de façon régulière : un
groupe en voie d’extinction mutant peu,
il n’est plus calé sur l’horloge. Au vu de
la réduction du nombre d’espèces chez
les grands singes (de 156 au miocène à
quelques-unes aujourd’hui), on peut dire
que ce groupe auquel nous appartenons
est en voie d’extinction : il perd de sa
diversité quand bien même notre espèce
ne cesse de croître en nombre d’individus.
De plus, alors que ce sont les fossiles qui
calibrent ces horloges, certains d’entre
eux, très anciens, manquent à l’appel.
Ainsi, l’horloge est faussée.
Mettre l’horloge à l’heure des fossiles
n’est pas anodin. “La classifcation repose
sur la biologie moléculaire. C’est elle qui
dit que le chimpanzé a divergé de l’homme
après le gorille, ni avant ni pendant. Mais
on n’a pas assez de fossiles pour le confrmer…”, conclut Brigitte Senut. En attendant, le chiffre de 7 millions reste, pour
l’heure, la date la plus consensuelle pour
dater l’apparition de “l’homme”. E.R.
]
À partir de quel âge
Un enfant est considéré comme
prématuré s’il naît avant 37 semaines
d’aménorrhée. En deçà de 33 semaines, c’est un grand prématuré. Or,
d’après l’Organisation mondiale de la
santé, un prématuré doit au minimum
présenter un poids de 500 g et un
âge gestationnel de 22 semaines,
sans quoi l’immaturité de ses organes
(poumons et cerveau notamment) le
condamne à une mort quasi certaine.
Pourtant, en 2006, une petite flle
âgée certes de 22 semaines mais
pesant seulement 284 g est née dans
un hôpital de Miami et a survécu.
Dans les faits, l’appréciation de la
limite est très relative. Aux EtatsUnis, dans certains Etats, le mot
Le saviez-vous ?
12 0,009 µm3
C’est la taille des plus petits
êtres vivants jamais observés.
Ces nanobactéries mesurent
moins d’un centième de la taille
d’une bactérie commune comme
la célèbre Escherichia coli
(150 nanobactéries pourraient
tenir dans la bactérie). Des chercheurs de l’université de Californie les ont découvertes dans les
eaux souterraines du Colorado,
en effectuant plusieurs fltrages
successifs. Selon eux, ces bactéries lilliputiennes contiendraient
suffsamment de “matériel” pour
assurer leur survie : un très petit
génome d’environ un millier de
paires de bases, des ribosomes
(un organite présent dans les
cellules), pour la synthèse
protéique, et des appendices
fliformes présents sur leur paroi
(des “pili”) qui leur permettent
d’échanger des ressources avec
les autres bactéries. Au microscope électronique, on les voit
d’ailleurs se diviser et interagir
]
entre elles. A.C.
maines. Derrière ces chiffres, une réalité
physiologique : avant-terme, les organes
sont immatures. La peau ne retient pas
bien l’eau, d’où le risque élevé de déshydratation ; elle ne permet pas une bonne
régulation de la température. L’immaturité des poumons se traduit par l’absence
de liquide surfactant qui empêche les
membranes pulmonaires de rester
collées entre elles à l’expiration. Dans
le cerveau, elle se caractérise par une
fragilité vasculaire, et par des risques de
lésions de la substance blanche périventriculaire, composée de fbres nerveuses
reliant les différentes parties du cerveau.
Le risque de séquelles (diffcultés cognitives ou motrices) augmente au fur et à
mesure qu’on s’éloigne du terme. A.C. ]
QR P R I N T E M P S
d’ordre est de réanimer tous les bébés.
A l’inverse, aux Pays-Bas, une législation
déconseille de réanimer les prématurés
de moins de 25 semaines. En France, le
choix est laissé au praticien. “A 25 ou
26 semaines et à 600 grammes, la mortalité et la morbidité sont importantes,
mais personne ne remettra en cause le
bien-fondé d’une prise en charge. Mais
à 24 semaines et 450 grammes, les
critères ne peuvent plus être seulement
médicaux”, explique Pascal Boileau, chef
de service de néonatologie à l’hôpital
Antoine-Béclère. Quelque 97 % des
enfants nés à 32 semaines survivent
à leur séjour en réanimation (Inserm,
2008). Ce chiffre tombe à 78 % pour ceux
nés à 28 semaines, et à 50 % à 25 se-
2016
un bébé prématuré peut-il survivre ?
27
100 QUESTIONS RÉPONSES
LA VIE
Un peu, beaucoup,
ou pas du tout
vivants…
QR P R I N T E M P S
2016
… les virus ?
28
Ces “petites bêtes” donnent du fl à retor­
dre aux biologistes. Certes, les virus sont
capables de se reproduire, mais n’ayant pas
la machinerie nécessaire pour fabriquer des
protéines, ils doivent pour cela utiliser celle
de leur cellule hôte. Pourtant, la décou­
verte des virus géants en 2003 a semé le
trouble. Visibles au microscope, ces derniers
rivalisent avec les bactéries de par leur
taille mais surtout leur génome : il contient
un millier de gènes contre une dizaine pour
le virus de la grippe. De plus, certains de
ces gènes se trouvent normalement chez
les organismes cellulaires et jouent même
un rôle clé dans la traduction de l’ADN en
protéines ! De quoi, selon certains scienti­
fques, considérer les virus géants comme
des êtres vivants. Ils seraient les descen­
dants de cellules vivantes et autonomes qui
auraient perdu peu à peu des fragments de
leur ADN assurant leur autonomie, devenant
ainsi dépendants de leur hôte. Une hypo­
thèse que les chercheurs de l’université de
l’Illinois viennent de conforter. Ils ont en
effet comparé les protéines produites par
3 460 virus et 1 620 cellules animales afn de
découvrir des formes stables qui signe­
raient l’existence d’un ancêtre commun.
Résultat : 66 types de domaines structuraux
de protéines n’appartiennent qu’aux virus,
mais 442 sont communs aux virus et aux
cellules. Ils seraient, en ont déduit les cher­
cheurs, hérités de leur ancêtre commun ;
une cellule qui vivait probablement il y a
2,45 milliards d’années. Les virus seraient
donc bien des êtres vivants, issus d’une
lignée d’organismes unicellulaires. Mais au
lieu d’aller en se complexifant, comme les
autres êtres vivants, ils auraient opté pour
la simplifcation… R.I.
]
température : à l’échelle de centaines
de millions d’années, elle se révèle être
d’une étonnante stabilité. Pourtant, le
rayonnement solaire a augmenté d’un
tiers depuis l’apparition de la vie ! Or, la
propriété consistant à garder sa température constante alors que le milieu
environnant varie s’appelle l’homéothermie… propriété qui caractérise les
animaux les plus complexes ! Enfn, le
physiologiste constate que sur Terre,
la température comme la composition
chimique de l’atmosphère tendent vers
des valeurs quasi optimales pour le
vivant. De fait, une atmosphère avec
deux fois plus d’oxygène provoquerait
d’incessants incendies, tandis qu’un
oxygène raréfé poserait aux êtres
vivants des problèmes métaboliques.
Comme si le “but” du système “Terre”
était de favoriser le développement
et le maintien de la vie. C’est là où le
bât blesse : sa théorie semble assigner
un but à la vie et à l’évolution. Ce que
toute démarche scientifque ne s’autorise normalement pas. Y.S. ET A.C.
]
SHUTTERSTOCK
… les programmes informatiques ?
Imaginez un monde virtuel peuplé d’organismes digitaux formés d’un petit programme, à savoir un “vers numérique” de 80 lignes de code (ou 80 bytes), alimenté
en énergie par le processeur central d’un ordinateur. Ces vers sont capables de se
répliquer et, par le jeu du hasard, de muter de façon aléatoire, à l’instar de la molécule d’ADN qui code le vivant… Cette jungle digitale existe : elle s’appelle Tierra, habitée de Tierrans. Créée dans les années 1990 par l’Américain Thomas Ray, spécialiste
en écologie tropicale, elle obéit à la logique et aux règles du système d’exploitation
qui, telles des “lois naturelles”, dictent les comportements. Or, les Tierrans ont peu à
peu développé des comportements et des tactiques analogues à ceux que l’on trouve
dans le monde vivant. Par exemple, Ray avait créé de placides organismes digitaux,
mais des parasites qui détournaient leur séquence de réplication à leur proft apparurent. Puis les hôtes développèrent une immunité, à son tour contournée par les
parasites. Certains hôtes sont ensuite devenus des hyperparasites, capables d’utiliser
les parasites pour leur propre réplication ! La vie artifcielle comme discipline scientifque était née. Ses concepts devinrent des outils incontournables en chimie, neurologie et biologie moléculaire pour modéliser le vivant, étudier les effets de l’évolution…
Vingt ans plus tard, le roboticien américain Hod Lipson a développé des créatures
digitales constituées de pixels de couleur simulant des matériaux plus ou moins durs
(os ou muscles numériques). Résultat : ses créatures ont inventé plus d’une dizaine
de techniques pour se déplacer : marche, saut, utilisation de béquilles… Une com]
plexité inédite que seul le vivant avait jusqu’ici su générer. E.R.
Personne n’irait prétendre
qu’un focon de neige ou une
pierre précieuse sont des êtres
vivants… Les cristaux créés
en 2013 par les physiciens de
l’université de New York ont
pourtant de quoi semer le
doute : ils revêtent la forme de
petites billes qui se déplacent,
s’assemblent, se séparent…
comme animés par un souffe
de vie ! C’est simple, à les voir,
il est impossible de deviner
que ce sont des cristaux.
Ces derniers, créés in vitro,
résultent du regroupement
de particules de 2 µm, ellesmêmes simples cubes d’hématite (un minéral composé en
partie de fer et d’oxygène)
enrobés presque entièrement
de polymère (une sphère de
grosses molécules dont un
coin est laissé libre), placés
dans une solution d’eau oxygénée. Rien de très biologique,
donc. La surprise vint en plaçant une de ces petites billes
sous de la lumière bleue, une
longueur d’onde sous laquelle
l’hématite conduit l’électricité :
elle s’est déplacée, seule, en
se “nourrissant” de l’énergie
libérée par la dégradation de
l’eau oxygénée. Quand les
chercheurs ont réitéré l’expérience avec plusieurs particules, elles ont tout de suite
formé des cristaux. Quand ils
ont éteint, tout s’est arrêté.
Les cristaux formés sont aussi
capables de “s’autoréparer” en
cas de collision, ou de “cicatriser”. Au fnal, ces particules
synthétiques possèdent à la
fois un métabolisme et une
mobilité, deux conditions indispensables – selon certaines
défnitions – pour qualifer le
vivant. De quoi mieux cerner le
moment où, dans un système
jusque-là simplement actif, il
se passe le truc en plus qui
pourrait être au cœur de ce qui
fait la vie… E.R. ET A.C.
]
2016
Et si la Terre était un être vivant ? Une
sorte de super-organisme capable de
réguler sa température ou sa composition chimique afn de maintenir des
conditions favorables à la vie ? Comme
le fait par exemple un mammifère en
maintenant sa température constante.
Cette théorie a été émise en 1979 par
James Lovelock, chimiste spécialiste
de l’atmosphère terrestre. Son point
de départ : la comparaison entre Mars
et la Terre. L’atmosphère de la planète
Mars, dominée à 95 % par le dioxyde de
carbone (une molécule très stable), est
proche de l’équilibre chimique. Celle
de la Terre est dans un état de profond
déséquilibre : le dioxyde de carbone
n’existe qu’à l’état de trace, on y trouve
en revanche un oxygène abondant
qui coexiste avec du méthane et
d’autres substances très réactives.
Or, l’atmosphère terrestre, si éloignée
de l’équilibre, est pourtant restée
remarquablement stable à travers les
âges. Un peu comme le sang d’un être
vivant. Idem en ce qui concerne la
16 … certains
cristaux ?
QR P R I N T E M P S
14
… la planète Terre ?
29
100 QUESTIONS RÉPONSES
LA VIE
17
Y a-t-il un âge
limite pour
donner la vie ?
D
30
DES RISQUES ACCRUS JUSQU’À 30 FOIS
DR - FOTOLIA
QR P R I N T E M P S
2016
epuis une vingtaine d’années,
elles font périodiquement parler d’elles. La plus récente,
Annegret Raunigk, a mis au
monde des quadruplés en 2015. Elle
avait… 65 ans. Une jeunette, comparée à
une Indienne devenue mère à… 79 ans !
Evidemment, faute d’ovules fécondables, ces femmes ménopausées bénéfcient d’un sérieux coup de pouce médical. En fait, dès 45 ans, les chances de
tomber enceinte sont quasiment nulles.
Mais l’utérus, lui, reste fonctionnel. A
condition d’apporter les hormones que
produit l’ovaire d’une femme non ménopauséelles, elles peuvent donc bénéfcier
d’un don d’ovocytes et de la fécondation
in vitro (FIV) ; même si les taux de réussite diminuent à mesure que l’âge avance.
Au-delà de 50 ans, ces grossesses présentent cependant de gros risques. Le plus
fréquent : le diabète gestationnel – une
intolérance au glucose qui se déclenche
(ou est diagnostiquée pour la première
fois) lors d’une grossesse, et qui disparaît
généralement après – peut, si rien n’est
fait, induire des malformations nerveuses
ou cardiaques chez le bébé. Or, d’après
une enquête menée en 2007 aux EtatsUnis, le risque de déclarer ce type de diabète touche 2,2 fois plus les mères de plus
de 45 ans que celles de moins de 35 ans..
Autre risque, accru par le premier, l’hypertension artérielle. Une pression trop
élevée du sang dans les artères peut altérer
les reins, le cœur ou le cerveau de la mère,
et perturber l’apport en oxygène du fœtus,
parfois jusqu’à la mort de l’une ou l’autre.
La même enquête montre que les mères
ont 3,7 fois plus de risque d’hypertension
chronique après 45 ans qu’à 30 ans, et
1,55 fois plus de risque de souffrir d’une
hypertension provoquée par la grossesse
elle-même. Quant à celui d’accoucher
d’un grand prématuré, il est plus de 2 fois
plus élevé, diabète et hypertension ayant
tendance à favoriser la prématurité. Pire :
en France, mourir en couches survient
trois fois plus souvent entre 35 et 39 ans
qu’entre 20 et 35 ans, presque huit fois
plus entre 40 et 44 ans et jusqu’à 30 fois
plus au-delà de 45 ans ; notamment en
raison d’hémorragies lors de la délivrance.
Il n’est donc pas étonnant que les médecins refusent souvent d’entreprendre une
aide médicale à la procréation passé le
cap de la quarantaine, et a fortiori après la
ménopause. A.L.B.
]
Père ou mère, qui transmet
l’espérance de vie ?
A la naissance, en France, une petite
fille peut espérer vivre six ans de plus
qu’un garçon. Selon des généticiens de
l’université de Monash (Australie) qui ont
étudié ce phénomène chez la mouche
drosophile, ce handicap masculin
serait dû à des mutations transmises
de mère en fils. Dans une cellule, une
partie de l’ADN se trouve en dehors
du noyau, dans les mitochondries (de
petits organites impliqués dans les
processus énergétiques des cellules).
Or, le spermatozoïde ne transmet que
son noyau à l’embryon. Tout individu,
mâle ou femelle, doit donc son ADN
mitochondrial à sa mère. Les chercheurs
ont créé 13 souches de drosophiles dont
l’ADN nucléaire était identique mais
dont l’ADN mitochondrial présentait une
mutation. Puis ils ont observé la durée de
vie des individus. Résultat : contrairement
aux femelles, la longévité des mâles était
affectée par ces mutations : ils vivaient
en moyenne 12 jours de moins. Pourquoi
les femelles ne sont pas sensibles à ces
mutations et comment agissent-elles
sur le vieillissement ? Faute de pouvoir
expliquer, pour l’instant, ce phénomène,
les scientifiques lui ont trouvé un nom : la
“malédiction de la mère”… A.C.
]
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« Des quadr
armements”, la prédation est un puissant
moteur de l’évolution. Mais comment ces
prédateurs sont-ils apparus ? La théorie
la plus vraisemblable serait l’évolution de
la vision ! Les prédateurs traquant leurs
proies à vue auraient obligé ces dernières à développer à leur tour des yeux
pour percevoir la menace, des membres
plus effcaces pour fuir, une carapace,
des épines ou toute autre défense
passive signalée par des iridescences
(phénomène optique permettant à un
organisme d’être perçu de différentes
couleurs) pour mettre le prédateur en
garde. Ce qui confrmerait que ces animaux sont colorés justement pour être
]
vus et craints des prédateurs. P.G.
de-vie ?
Consommée aujourd’hui en
digestif voire en apéritif, l’eau-devie est apparue au Moyen Age.
A l’époque, il n’était pas question
de savourer un breuvage pour
le plaisir mais de chercher à
atteindre l’immortalité. Dès le
Xe siècle, les alchimistes de toute
l’Europe tentent, sans succès,
de trouver “l’élixir de longue vie” :
une potion mythique censée
prolonger la vie et conserver
la jeunesse. Distillation de fruits,
de vins… leurs recherches
aboutissent à un alcool (très)
fort, mais rien n’y fait : les
consommateurs ne rajeunissent
pas, et ne trouvent pas l’éternité.
En revanche, on constate
des effets bénéfiques sur
les infections. Et pour cause :
avec un degré d’alcool d’au moins
40°, le breuvage se révèle être
un excellent antiseptique contre
les plaies ou pour les infections
de la bouche et de la gorge (sous
forme de gargarisme), y compris
pour les enfants. Cette utilisation
va perdurer jusqu’au XVIIe siècle,
avant que les eaux-de-vie, dont
le célèbre armagnac (distillé
à partir de vins blancs),
ne deviennent un spiritueux
aux vertus gustatives
2016
Alors que la vie se résumait à quelques
organismes mous et primitifs (éponges,
vers plats, méduses…), subitement, il y a
un demi-milliard d’années, au cambrien,
il s’enrichit de tous les grands types
d’animaux actuels : vers, mollusques,
arthropodes, chordés – la lignée qui
mènera aux vertébrés ! Témoins de
cette explosion : les fossiles retrouvés à
Burgess (Canada) et à Chengjiang (Chine).
En moins de vingt millions d’années, la
vie animale serait ainsi passée de quatre
grands embranchements à au moins
dix-neuf. Un “bio” big bang qui pourrait
s’expliquer par l’apparition, juste avant
le cambrien, des premiers prédateurs.
Parce qu’elle entraîne une “course aux
20 … l’eau-
QR P R I N T E M P S
19
Quand la vie a-t-elle explosé ?
D’où ça vient…
31
100 QUESTIONS RÉPONSES
LA VIE
21
Quand quelqu’un est
dans le coma, quelle
sorte de vie vit-il ?
D
élicate question, car les personnes qui sortent de cet état
ne peuvent décrire en détail
ce qu’elles ont vécu. Même si
beaucoup relatent des sensations et des
émotions comparables aux expériences
de mort imminente (EMI). Les neurosciences, elles, ont longtemps établi qu’il
n’existait que trois états “d’altération de
conscience” : la mort cérébrale, c’est-à-dire
l’arrêt de toute activité cérébrale ; le coma,
à savoir une période d’une heure à plusieurs semaines, voire des années pendant
lesquelles les fonctions vitales sont préservées, même si le patient n’est ni éveillé
ni conscient de son environnement ; et,
enfn, l’état végétatif, dans lequel le malade montre des signes d’éveil mais n’a pas
conscience de son environnement et ne
peut répondre à une commande verbale.
Dès lors, diffcile de savoir quelles sensations éprouve un patient plongé dans
le coma... Seule certitude : son état reste
potentiellement réversible. Dans le meil-
leur des cas, il reprend conscience au bout
de quelques jours. Reste que, le plus souvent, l’amélioration s’avère lente (parfois
quelques années) et passe par deux autres
états d’altération de conscience : l’état végétatif et, récemment défni par les instances
internationales, l’état de “conscience minimale”. Le patient semble ici être dans
un état végétatif mais il montre des signes
diffus et temporaires de conscience : il peut
parfois répondre à quelques commandes
vocales, puis arrêter ; pleurer ou sourire en
réaction à une situation ; suivre son refet
dans un miroir. C’est dans cet état qu’est
plongé Vincent Lambert, dont le cas fait
polémique depuis 2008.
DES ÉCHELLES D’ÉVALUATION
En pratique, pour évaluer l’état d’un patient, les médecins utilisent des échelles
internationales standardisées (comme
l’échelle de Glasgow) qui quantifent les
fonctions auditives, visuelles, motrices
et verbales, la communication et l’éveil
via une série de tests. Pour affner leur
diagnostic, ils peuvent avoir recours à
l’IRM afn de cartographier les lésions du
cerveau, au PET-scan pour mesurer son
activité métabolique, ou à la spectroscopie
cérébrale et l’imagerie du tenseur de diffusion qui analysent la viabilité des neurones
et identifent les lésions des faisceaux de
fbres blanches qui relient les cellules nerveuses entre elles.
Une équipe de l’Inserm développe
actuellement des méthodes d’électroencéphalographie pour mesurer l’activité
électrique du cerveau en réponse à une
stimulation sonore. Traités par un algorithme mathématique, les résultats renseignent sur la quantité d’informations
échangées entre les régions du cerveau
sollicitées, et par là même sur le degré de
conscience du patient. Selon leurs études,
les aires cérébrales des personnes en état
de conscience minimale partagent plus
d’informations que celles des patients
plongés dans un état végétatif. C.T.
]
QR P R I N T E M P S
2016
Pourquoi se sent-on parfois plein de vie ?
32
Nous sommes vivants… et la plupart
du temps nous nous en apercevons à
peine : notre cœur bat, nos poumons
pulsent l’air, notre corps bouge, notre
cerveau fonctionne, et c’est normal.
Mais parfois, nous nous sentons
vivants. C’est comme un trop-plein de
vie en nous. L’énergie vitale déborde.
Dans ces moments-là, on se sent
“revivre”… comme si nous étions
morts le reste du temps. Etrange (et
excitante) sensation. Qui n’est pas
un simple effet psychologique : il est
notoire que l’arrivée du printemps
“redonne vie” à la plupart d’entre nous.
Subitement, à la faveur de la hausse
des températures et de l’allongement
du jour, nous nous sentons vivants
comme au sortir d’une longue léthargie.
Pour les scientifiques, cette
“effervescence printanière” est
biologique, et plus précisément
chimique. En effet, l’allongement de la
durée du jour augmente la synthèse
de la sérotonine, une hormone libérée
par les neurones (des cellules du
Le saviez-vous ?
23 Il existe une
− 26 °C : c’est la température
en dessous de laquelle les microorganismes cessent de proliférer,
car l’oxygène et d’autres composés issus du métabolisme ne
peuvent plus circuler. Même
si cela ne signife pas forcément
la mort du microbe, son cycle
de vie s’en trouve gelé. V.N.
]
2016
température
minimale vitale
QR P R I N T E M P S
performances cognitives. Un véritable
coup de fouet qui nous fait nous sentir
encore plus vivants et prêts à mordre
la vie à pleines dents. Il en va de même
pour le bonheur ou l’amour, deux
sentiments qui, lorsqu’on les éprouve,
induisent une tempête hormonale avec
la libération de dopamine, d’adrénaline,
d’ocytocine et de phényléthylamine,
une véritable amphétamine naturelle.
Alors, oui, nous nous sentons plus
vivants que jamais, et ce n’est pas une
illusion : c’est chimique. K.J.
]
SHUTTERSTOCK - A.WILLIAMS/CORBIS
système nerveux spécialisées dans
la communication et le traitement de
l’information) sérotoninergiques d’une
partie du cerveau nommé le raphé.
Cette sérotonine induit une excitation
responsable de cette sensation d’être
plein de vie. Mieux, la hausse de la
température extérieure augmente
celle de notre corps et favorise ainsi la
libération d’une myriade d’hormones
(cortisol, dopamine, noradrénaline) qui
stimulent nos capacités physiques,
notre vigilance et même nos
33
100 QUESTIONS RÉPONSES
LA VIE
Vivre en France : les chif
les Françaises
24 Pourquoi
vivent plus longtemps ?
l’espérance
25 Pourquoi
de vie a-t-elle baissé ?
85
4
ans pour ces dames contre 78,9 ans
pour ces messieurs. L’espérance de vie
des femmes est ainsi supérieure
à celle des hommes. A cela plusieurs explications :
les cellules des femmes produisent moins de radicaux libres, qui participent au vieillissement. De plus,
comme elles sont généralement plus petites, leur
croissance nécessite moins de division cellulaire,
qui elle aussi concourt au vieillissement cellulaire.
Enfn, elles ont moins de comportements à risque. ]
mois de perdus pour les femmes et 3 mois
pour les hommes, tel est le constat du dernier
bilan démographique de l’année 2015. Cette
baisse est liée à une hausse importante de la mortalité (41 000 morts de plus qu’en 2014), notamment
des baby-boomers (les personnes autour de 65 ans),
qui représentent à eux seuls près de 16 % de la population et ont subi de plein fouet l’épisode de grippe
(18 000 morts), la canicule du début d’été ou la vague
de froid de cet automne, notamment en octobre. ]
champions de
26 Toujours
la natalité en Europe ?
860
780
740
SOURCE : INSEE
NOMBRE
DE NOUVEAU-NÉS (EN MILLIER)
820
700
1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014
Oui, même si pour la première fois depuis
1999, le nombre de naissances en France
diminue (800 000 nouveau-nés en 2015, soit
quelque 20 000 de moins qu’en 2014). Ce
chiffre n’a cependant rien d’inquiétant car,
contrairement à d’autres pays comme la
Grèce, l’Espagne ou l’Italie, très touchés par
la crise, le nombre de naissances en France
reste assez stable depuis 2006. Cette baisse
s’explique en partie par le vieillissement de
la population et un nombre toujours moins
important de femmes en âge de procréer. ]
ANNÉE
30-34 ans
35-39 ans
15-25 ans
25-29 ans
enfants plus tôt
27 Des
ou plus tard qu’avant ?
40-50 ans
14
34
1000
POUR
10
8
6
4
SOURCE : INSEE
NOMBRE D’ENFANTS
QR P R I N T E M P S
2016
FEMMES
12
2
0
2005
ANNÉE
2010
2012
2015
Plus tard ! En effet, l’âge moyen de la maternité en France atteint 30,4 ans en 2015. Or,
depuis 1977, cet âge ne cesse d’augmenter
(30,3 ans en 2014), même si le nombre
moyen d’enfants par femme n’accuse pas
de baisse sensible. Les Françaises ont
généralement leur premier enfant autour de
28 ans, mais c’est surtout dans la tranche
d’âges des 30-34 ans que les naissances
sont les plus nombreuses, avec 12,9 enfants pour 1 000 femmes contre 11,9 enfants/1 000 femmes chez les 25-29 ans.
]
fres clés
quelles
28 Dans
régions naît-il
le plus de bébés ?
+30 000 NAISSANCES
SOURCE : INSEE, 2013
15 000
7 000
1 500
1,9
1,8
2005
ANNÉE
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
QR P R I N T E M P S
SOURCE : INSEE, EUROSTAT
FRANCE
PAR FEMME EN
NOMBRE D’ENFANTS
2
Le nombre moyen d’enfants par femme
– tout au long de sa vie – a légèrement
baissé, passant pour la France métropolitaine
de 2 en 2014 à 1,93 (1,96 si on ajoute
les DOM-TOM) en 2015. Selon l’Insee, depuis
les années 1970, les femmes de moins
de 30 ans ont un “comportement de moins
en moins fécond”. Pour certains experts,
la politique familiale défavorable à la natalité
(manque de places en crèche notamment)
et la crise économique (chômage) pourraient
expliquer ce phénomène conjoncturel.
]
2016
familles plus ou
29 Des
moins nombreuses ?
2,1
M. KONTENTE
C’est en Ile-de-France que le
taux de natalité – c’est-à-dire le
rapport du nombre de naissances vivantes de l’année par
rapport à la population totale
moyenne de l’année – est le plus
important. Ses 5 départements
ont enregistré 114 109 nouveaunés en 2013, et un taux de
natalité moyen de 16,06 bébés/
1 000 femmes. La Seine-Saint-Denis et le Val-d’Oise sont les
départements les plus féconds,
ce que les experts expliquent par
une forte immigration. Les
régions Nord et Rhône-Alpes
complètent ce podium avec
respectivement 55 408 et
81 820 naissances en 2013.
Les disparités géographiques
régionales refètent en partie
les différences de politique
locale en matière d’accueil de
l’enfant : en Aquitaine (34 245
naissances) ou dans les régions
dites rurales tel le Limousin
(29 147 bébés), elle est en effet
assez peu développée.
]
35
100 QUESTIONS RÉPONSES
*VIEILLIR
POURQUOI
ON VIEILLIT ?
Le processus est inéluctable… Mais si cette
décrépitude se lit sur nos visages ou nos
empreintes digitales, c’est au cœur de nos
cellules et de nos organes que tout se joue.
Peut-on ralentir le phénomène ? Quelles en
sont les causes ? La nature profonde du vieillissement échappe encore aux scientifiques !
QR P R I N T E M P S
2016
“L
36
a vieillesse est un naufrage, et nous
sommes tous dans le même bateau !” Desproges ne croyait pas si
bien dire : tout comme la coque
d’un bateau s’émousse avec le temps, le
corps accumule les signes d’usure avec
l’âge, selon un scénario qui paraît immuable : à partir de 40 ans, la peau se relâche, la force musculaire, la densité des
os et la tonicité des artères s’amenuisent.
Après 60 ans, la fragilité des organes fait
le lit des maladies cardio-vasculaires. Et
au-delà de 70 ans, le risque de développer des troubles des fonctions cognitives
et des maladies neurodégénératives augmente. Triste constat.
La nature profonde de cette décrépitude échappe encore aux scientifques,
malgré son caractère quasi universel. Au
point qu’en obtenir une simple défnition
semble illusoire. Et pour cause : chez les
animaux, il y a presque autant de façons
de vieillir que d’espèces – de l’hydre qui se
régénère perpétuellement (voir QR p. 42)
au saumon qui meurt brusquement, en
pleine force de l’âge, dès son devoir de
reproduction accompli. Ici, plusieurs
explications s’opposent. Depuis le simple
dommage collatéral, indissociable des processus nécessaires à la vie, au programme
sélectionné par l’évolution pour pousser
les organismes à l’autodestruction, et laisser la place aux générations suivantes.
Au niveau de la cellule, deux processus
différents se cachent derrière le terme
de vieillissement : celui dit “réplicatif”,
car une cellule ne peut se répliquer
indéfniment, c’est-à-dire obtenir à partir
d’une molécule d’ADN deux molécules
identiques ; et le vieillissement “métabolique”, qui correspond à l’altération du
fonctionnement cellulaire lorsque la cellule ne se divise plus.
Côté vieillissement métabolique, les
coupables sont connus : les radicaux
libres, produits pour beaucoup par les
mitochondries, les centrales énergétiques
de nos cellules. Ces petites molécules
instables s’attaquent aux cellules et à
tout ce qui passe à leur portée. Un mécanisme crucial dans le vieillissement qui
a inspiré la “théorie du cercle vicieux”,
car la mitochondrie serait à la fois la
source et la cible des radicaux, qui attaqueraient son ADN, y causant des mutations, elles-mêmes responsables d’un
dysfonctionnement de la chaîne respiratoire et d’une surproduction de radicaux.
Certains faits semblent appuyer cette
hypothèse, d’autres non. On note ainsi
CORBIS - GETTY
PAR ADELINE COLONAT, RENAUD PERSIAUX ET ÉMILIE RAUSCHER
LA PISTE DES HORMONES
En clair, tel mécanisme est-il l’instigateur
ou, au contraire, un effet de la vieillesse ?
Autre piste pour élucider le processus
du vieillissement : les hormones. A la pu-
taux d’hormones avec l’âge est l’un des
rares facteurs qui concerne tout le corps,
mais cela de manière différentielle selon
les organes. Par exemple, la formation de
certains neurostéroïdes (synthétisés par
les neurones), comme la prégnénolone,
diminue dans l’hippocampe, une structure du cerveau importante dans la mémoire. Or, on constate une corrélation
signifcative entre cette baisse et la perte
de mémoire spatiale.
2016
berté, les hormones sexuelles permettent
la reproduction mais elles interrompent
la croissance des os. A partir de 30 ans,
les sécrétions de l’hormone de croissance
(par l’hypophyse) et de la DHEA (par
la glande surrénale) diminuent. Or, la
DHEA, par exemple, déclenche dans la
cellule une série d’actions réparatrices.
La baisse de sa concentration avec l’âge
laisse les cellules sans défense face à leur
propre dégradation.
Ces diminutions transforment notre
métabolisme, donc le fonctionnement
de nos tissus. De fait, la variation des
QR P R I N T E M P S
une élévation, avec l’âge, des marqueurs
du stress oxydant lié aux radicaux dans
les mitochondries, mais aucun bénéfce
clair de la prise d’antioxydants. Voilà
toute la diffculté dès que l’on cherche à
en savoir plus sur le vieillissement : différencier causes et conséquences tient de
la gageure !
A chaque réplication de l’ADN, les
télomères (en fluo) des chromosomes
raccourcissent jusqu’à devenir trop courts
pour ce processus. D’où le vieillissement.
37
100 QUESTIONS RÉPONSES
VIEILLIR
La sécrétion de DHEA diminue avec
l’âge. Or, cette hormone a une action
réparatrice sur les cellules… qui restent
alors sans défense face au vieillissement.
au long de notre vie, formant un formidable réservoir dans lequel le corps puise
pour se régénérer. Hélas, ce réservoir lui
non plus n’est pas éternel. C’est le cas des
cellules souches musculaires (CSM). A
chaque blessure, toutes les CSM ne se
différencient pas. Une partie d’entre elles
est mise de côté pour reconstituer le stock
initial. Sauf qu’avec l’âge, de moins en
moins de cellules sont mises en réserve :
12 % des cellules à 18 ans contre seulement 3 % à 80 ans. La réserve de cellules
souches ne suffsant plus à maintenir une
masse musculaire constante, elle diminue de 1 à 2 % par an après 50 ans (voir
QR p. 50).
38
Du côté du vieillissement réplicatif,
celui qui signe le déclin des capacités de
réplication des cellules, on sait depuis
1965 et les expériences de Hayfick que
les cellules ne peuvent se multiplier à l’infni en boîte de Pétri : passé une centaine
de divisions, chez l’homme, il y a blocage.
Certes, la majeure partie des cellules de notre corps, comme celles de
la peau, sont “renouvelables”. Aussitôt
mortes, d’autres prennent leur place et
permettent ainsi au corps de se réparer… mais pas à l’infni. Des fbroblastes
(des cellules de peau) mis en culture in
vitro arrêtent de se diviser après cinquante
réplications. Une sorte d’obsolescence
programmée dictée par une horloge biologique nichée au cœur de la cellule :
les télomères. Ces derniers constituent
l’extrémité de nos chromosomes et sont
formés de séquences d’ADN répétées ne
codant pour aucun gène. Lorsqu’une cellule se divise, l’ADN de la cellule mère
est dupliqué dans les cellules flles. Mais
à chaque réplication, les télomères raccourcissent et fnissent par devenir trop
courts, interrompant le processus. A tel
point que les télomères passent pour être
un véritable marqueur du vieillissement.
Nous possédons bien un gène codant
pour une enzyme, la télomérase, capable
de rallonger ces télomères, mais il est
inactivé, hormis dans les cellules germinales (qui produisent les ovules et les
spermatozoïdes). En effet, au cours de
l’embryogenèse, l’activité de la télomérase, initialement présente dans presque
tous les tissus de l’embryon, est peu à peu
réprimée. A la naissance, elle est uniquement détectée dans les lignées germinales
Les cellules souches,
formidable réservoir
dans lequel le corps
puise pour se régénérer,
ne sont pas éternelles
et dans certaines cellules souches. Ce qui
nous condamne au vieillissement.
S’ils jouent un rôle majeur, les télomères ne sont pas seuls en cause. Les
biologistes ont d’autres pistes. Les cellules
souches, par exemple, ces réservoirs de
jeunesse situés dans la moelle osseuse, les
couches profondes de la peau, le tube digestif et certaines zones du cerveau. Ces
cellules sont capables de se diviser tout
Mais pourquoi des cellules souches censées se renouveler à l’infni fnissent-elles
par mourir ? L’explication échappe encore… Ce que l’on sait, c’est qu’en vieillissant, les cellules fonctionnent moins
bien. Si elles ne sont pas rapidement remplacées (grâce aux cellules souches) elles
entravent le bon fonctionnement de nos
organes. Et nous font donc vieillir.
Voilà qui donne un aperçu de la complexité des mécanismes qui sous-tendent
le vieillissement. Et qui incitent aujourd’hui les chercheurs à appréhender
ce phénomène non plus à l’échelle de la
cellule, mais des gènes. De fait, on sait
aujourd’hui que des gènes qui gèrent le
devenir et le bon fonctionnement des
cellules adultes peuvent être impliqués
dans la longévité à hauteur de 25 % (voir
QR p. 49).
On le voit, l’extrême complexité du
vieillissement met à rude épreuve les hypothèses des chercheurs. Et il reste à comprendre comment interagissent tous ces
facteurs d’usure, ces programmes inscrits
au cœur de nos cellules, tant au niveau
des mitochondries que de nos gènes, et
ces modifcations hormonales. Or, plus
les chercheurs explorent ces mécanismes,
plus ils réalisent qu’ils sont loin d’avoir
assemblé toutes les pièces du puzzle… ]
BSIP
QR P R I N T E M P S
2016
UN LIEN ENTRE GÈNES ET LONGÉVITÉ
31
Avons-nous
l’âge de nos
artères ?
Non ! Il peut même y avoir un fossé
de… 20 ans ! Des chercheurs américains ont récolté les données médicales de 954 adultes de 38 ans,
tous en bonne santé : évolution de
leur masse corporelle, état de leur
ADN et des fonctions pulmonaire,
cardio-vasculaire, etc. En tout,
18 marqueurs biologiques suivis
durant presque quatre décennies.
Pour attribuer un “âge biologique”,
un algorithme calcule un score
global de l’état de l’organisme
pour le comparer aux valeurs
moyennes de vieillissement de
la population. Conclusion : l’âge
biologique des cobayes de 38 ans
variait de 28 ans à 61 ans ! Les
sujets vieillissant plus vite voient
également décliner leur capacité
cognitive et leur force physique,
tandis qu’ils ont l’air plus vieux
(d’après leur photo montrée à un
panel de personnes devant leur
attribuer un âge). Poser un diagnostic de “vieillissement rapide”
chez des adultes en bonne santé
pourrait permettre de prendre des
mesures, autant médicales que
d’hygiène de vie, avant que des
maladies ne se déclarent. R.I.]
32
Mais pourquoi des rides ?
ça démarre autour des yeux, puis de la
bouche… Et ça ne fait qu’empirer. Nul
n’échappe aux rides, même si l’on dit
qu’elles vont mieux aux hommes. Cruel
destin mais logique : comme tous les
organes de notre corps, la peau subit un
vieillissement “intrinsèque”, qui dépend
de notre âge et de nos gènes. Mais les
principaux responsables de nos rides
restent le tabac et les UV, formidables
sources de radicaux libres qui s’attaquent
aux cellules productrices de collagène
et d’élastine, les fbroblastes, mais aussi
directement à ces deux protéines qui
constituent plus de 80 % du poids du
derme (la couche intermédiaire de la
peau). Or, le collagène assure la cohésion
et la résistance du tissu cutané, tandis
que l’élastine lui confère sa souplesse.
Résultat : la jonction entre l’épiderme
(la couche superfcielle de la peau) et le
derme s’aplatit. L’épiderme devient alors
irrégulier et moins lisse, la peau s’affaisse,
creusant des sillons de plus en plus profonds : d’abord des ridules (0,2 à 1 mm)
]
puis des rides, au-delà de 1 mm. A.C.
QR P R I N T E M P S
ainsi qu’en 1900, une Française était “vieille” à 58,4 ans.
En 1956, à 64,8 ans. Et en 2012, à 74,6 ans. Des chiffres qui
collent bien avec la perception qu’ont les Français. Selon
un sondage réalisé par Opinion Way en 2014, ils situent
à 70 ans l’âge moyen où l’on “devient vieux”. Une estimation
des plus subjectives puisque ce seuil augmente avec l’âge
des interrogés : pour les 10-17 ans, on est vieux à 46 ans,
pour les 18-24 ans, à 56 ans, et pour les 50-65 ans,
la vieillesse débute seulement à 77 ans ! A noter que 26 %
des interrogés estiment toujours qu’on devient vieux quand
on part à la retraite ; 22 % quand on ne connaît plus les chanteurs qui passent à la radio et 18 % quand on commence
à avoir des rides ou des cheveux blancs. A.C.
]
SHUTTERSTOCK
Pour les démographes, on est vieux à 65 ans. Une valeur totalement arbitraire relative à la loi de 1945, qui fxe le départ
à la retraite à cet âge. Ainsi, qui dit “personnes âgées” dit
“retraités”, et vice versa. Quand l’Insee calcule l’indice de
vieillissement d’une population, l’Institut comptabilise donc
le nombre de personnes de 65 ans et plus pour 100 personnes de moins de 20 ans. Pourtant, l’espérance de vie ne
cesse d’augmenter. Pour en tenir compte, les spécialistes
ont proposé de remplacer les fameux 65 ans par la notion de
“seuil évolutif” d’entrée dans la vieillesse, calculé à partir de
l’âge auquel il reste encore dix ans voire quinze ans à vivre.
Une étude de l’International Institute for Applied Systems
Analysis (IIASA) publiée dans la revue Plos One révèle
2016
A quel âge est-on “vieux” ?
39
100 QUESTIONS RÉPONSES
VIEILLIR
34
La biologie
pourrait-elle nous
faire rajeunir ?
P
40
RAJEUNI EN QUATRE SEMAINES
BCA/RUE DES ARCHIVES - FOTOLIA
QR P R I N T E M P S
2016
ersonne n’y croyait, pourtant ils
l’ont fait : une équipe de l’école
de médecine de Harvard a
inversé le phénomène du
vieillissement d’un être vivant. Une souris en l’occurrence, dont les organes –
cerveau, foie, testicules, intestins… – ont
retrouvé leur jeunesse. Pour réaliser ce
miracle, les chercheurs ont misé sur une
enzyme, la télomérase. A chaque division cellulaire, l’extrémité des chromosomes (les télomères) raccourcit, jusqu’à
la mort de la cellule. La télomérase lutte
contre ce processus en les allongeant à
chaque division. Mais au fl du temps, la
production de télomérase ralentit, et le
vieillissement cellulaire, lui, s’accélère.
L’idée : faire rajeunir une vieille souris
en ravivant cette protéine réparatrice.
Les chercheurs ont pour cela créé des
souris génétiquement modifées chez qui
l’activité de l’enzyme pouvait être “allumée” ou “éteinte” sur commande. En
pratique, ils l’ont “attachée” à une grosse
protéine pour l’empêcher de rentrer dans
le noyau de la cellule et d’aller “réparer”
les chromosomes. Effcace : les rongeurs
vieillissaient à toute vitesse, souffrant
d’ostéoporose précoce, de diabète et de
neurodégénérescence cérébrale.
Mais les chercheurs ont prévu un antidote, le tamoxifène, capable de “libérer”
la télomérase de son “boulet protéique”.
Aussitôt injecté, le tamoxifène a eu l’effet
d’une cure de jouvence. Alors que les
chercheurs espéraient, au mieux, stabiliser le vieillissement, ils ont observé
une inversion du processus en quatre
semaines. Les signes de dégénérescence
visibles dans les intestins ou le foie ont
régressé, les testicules ont repris du service et le cerveau, dont la taille n’atteignait plus que 75 % de la taille normale,
est remonté à 87 %. Une véritable cure
de rajeunissement ! La communauté
scientifque a vivement critiqué cette
étude, lui reprochant notamment de
laisser de côté les dizaines d’autres phénomènes – notamment la libération de
radicaux libres – qui sous-tendent également le vieillissement.
Outre ces oublis, il existe un bémol de
taille : la télomérase n’agit pas seulement
sur les télomères. Son activité, quand elle
est accrue, est associée à certains cancers .
Aucune des souris rajeunies n’a développé de cancer mais l’expérience était de
courte durée... M.C. ET A.C.
]
Nos empreintes digitales se modifientelles à mesure que nous vieillissons ?
A chacun ses empreintes digitales,
uniques et particulières : ce fait est bien
établi scientifiquement. En revanche,
certains experts en médecine légale
pensaient que le passage du temps
modifiait les dessins au bout des doigts.
Comment être sûr, dès lors, que les
empreintes d’un suspect correspondent
toujours à celles présentes dans les
bases de données de la police et
collectées des années plus tôt ? Pour la
première fois en 2015, des ingénieurs
en informatique à l’université de l’Etat
du Michigan (Etats-Unis) ont étudié leur
persistance dans le temps. Ils ont
analysé les empreintes des dix doigts
de 15 597 individus, enregistrées à au
moins cinq reprises sur une période de
cinq à douze ans. Et ils ont constaté
qu’elles s’étirent ou s’aplatissent au
fil des années… mais pas au point de
gêner l’identification d’un individu ou
d’entraîner une fausse identification !
Des travaux complémentaires devraient
permettre de calculer au bout de combien de temps cette divergence pourrait
devenir problématique pour une identification. En pratique, la seule véritable
source d’erreurs établie est la mauvaise
qualité des empreintes conservées. F.G. ]
D’où ça vient…
37 … se faire
des cheveux
blancs ?
C’est le fameux “syndrome de Marie-Antoinette” : la chevelure de la
reine aurait viré au blanc en une
nuit, juste avant sa décapitation
en 1793. Cette légende aurait un
fond de vérité, comme l’a montré
l’université de New York en 2013.
Suite à une hausse de l’hormone
ACTH (adrénocorticotrope),
sécrétée en cas de stress dans le
cerveau, les cellules souches du
cuir chevelu changent d’activité.
Normalement, au fond des follicules capillaires, elles génèrent les
mélanocytes, contenant la mélanine qui colore les cheveux. Mais
en présence d’ACTH (du fait d’un
stress, des UV ou de blessures),
les cellules souches migrent vers
la surface du cuir chevelu pour le
réparer, minimisant la production
de mélanocytes. Les chevelures
poivre et sel peuvent, elles, virer
au blanc en quelques jours… le
stress provoquant la chute des
]
cheveux pigmentés ! F.G.
conclut à une prévalence de la dépression
et de l’anxiété moindre chez les croyants,
avec une incidence du suicide inférieure.
La condamnation de cet acte par la plupart
des Eglises aurait-elle une influence positive ? Pas sûr. En France, l’Institut national
de prévention et d’éducation pour la santé
a en effet observé que les personnes
ayant fait une tentative de suicide étaient
1,5 fois moins nombreuses chez les
pratiquants occasionnels ou réguliers que
chez les athées. Mais attention : l’étude
se base sur le déclaratif. Les personnes
croyantes ont pu être tentées, par honte,
de ne pas déclarer avoir connu de tels
épisodes. Car la religion peut aussi générer
des sentiments de culpabilité voire inciter
à refuser des traitements médicaux. Une
étude de l’université de l’East Carolina
menée sur 682 Américaines a ainsi révélé
que certaines négligeaient de faire analyser des grosseurs mammaires, comptant
avant tout sur leur foi pour les faire disparaître. Par ailleurs, les études portant
sur la religion pourraient souffrir d’un
biais : leurs auteurs n’indiquent
pas leur confession. Des
chercheurs croyants
peuvent-ils garantir
une attitude neutre
dans une analyse
sur les bienfaits de
la croyance ? P.-Y.B.
ET A.C.
]
QR P R I N T E M P S
Depuis une vingtaine d’années, de
nombreuses études semblent établir
une corrélation entre degré de religiosité
et amélioration globale de la santé. Une
méta-analyse menée entre 1977 et 1999
par l’université de Duke (Etats-Unis) et portant sur 126 000 personnes suggère que
les croyants vivent en moyenne 29 % plus
longtemps que les non-croyants. Associée
à des valeurs positives (fraternité, pardon…) et porteuse de réponses apaisantes aux questions existentielles, la foi
se traduirait par une baisse du stress, protégeant de ce fait biologiquement contre
les effets délétères de son hormone (le
cortisol), notamment. Qui plus est, une
méta-analyse portant sur 850 études
2016
36
C’est vrai qu’on vit plus longtemps si on croit en Dieu ?
41
100 QUESTIONS RÉPONSES
VIEILLIR
38
Les espèces
vieillissent-elles
toutes de la
même manière ?
42
FOTOLIA - SHUTTERSTOCK
QR P R I N T E M P S
2016
S
e reproduire jeune et mourir vieux : tel est le destin de
l’homme. Mais il ne vaut pas
pour toutes les espèces ! C’est
ce qu’ont découvert des biologistes en
étudiant une cinquantaine d’entre elles,
du pou au lion, en passant par le chêne
ou le millepertuis. L’histoire de leur vie
peut s’esquisser à partir de deux courbes :
l’une révélant l’évolution de la fertilité en
fonction de l’âge, l’autre retraçant l’évolution de la mortalité.
Jusqu’à cette étude datant de 2014, on
pensait que la plupart des espèces vieillissaient sur le modèle des humains : après
un pic de fertilité pendant la jeunesse, la
capacité à se reproduire va en s’amenuisant ; tandis que la probabilité de mourir
augmente avec l’âge. Sauf que ce destin
est loin d’être la norme ! Contre toute attente, les courbes de 46 espèces animales
et végétales ont montré que le vivant est
beaucoup plus varié qu’attendu. Chez la
mésange ou l’agave (une plante grasse),
par exemple, la fertilité grimpe en fn de
vie. Chez l’épervier, le bernard-l’ermite
ou le rhododendron, elle reste inchangée ;
chez d’autres, le risque de mourir diminue
avec le temps (grenouille, tortue, chêne)
ou reste résolument le même, quel que
soit l’âge (ormeau, hydre, lézard). Le cas
particulier de notre espèce a tellement
concentré les recherches qu’il a occulté
ces innombrables autres histoires.
Certes, quelques exceptions étaient célèbres, comme l’hydre, ce microscopique
polype d’eau douce qui ne vieillit pas et
possède l’incroyable capacité de se régé-
nérer entièrement lorsqu’il est amputé ;
ou les tortues géantes des Seychelles, qui
vivent plus de cent ans, en pondant des
œufs jusqu’à la fn de leurs jours. “Le
dogme d’une mortalité qui augmente au
cours de la vie et d’une fertilité qui diminue
apparaît seulement comme une trajectoire
possible, observe Owen Jones, du centre
Max-Planck pour la biodémographie du
vieillissement à Odense (Danemark). Il
faut en effet admettre que les théories actuelles sur le vieillissement ne sont valables
que pour une gamme particulière d’espèces.” Parmi elles : le poisson guppy dans
son aquarium, le chevreuil, l’étourneau,
le lion ou la mouche du vinaigre.
ALORS QUE LE GUPPY, LA MOUCHE DU VINAIGRE ET LE LION SE
… LA FERTILITÉ ET LA MORTALITÉ DE L’HYDRE, DU RHODODENDRON
… TANDIS QUE LA MORTALITÉ DU PALÉTUVIER, DE LA TORTUE ET
DES IDÉES REÇUES ÉBRANLÉES
Autre idée reçue elle aussi battue en
brèche : “On pensait que les espèces qui
ont une vie courte subissaient une sénescence rapide ; or, il n’y a pas de corrélation entre durée de vie et vieillissement”,
s’étonne encore Thomas Tully, de l’Institut d’écologie et des sciences de l’environnement de Paris. Ainsi, la mouche
du vinaigre, qui ne vit que quelques semaines, se place entre le chimpanzé et le
mouton dans le classement des espèces
qui vieillissent le plus vite. Les spécialistes de l’évolution et du vieillissement
doivent encore élargir ces recherches à
d’autres règnes (bactéries, champignons)
et expliquer les conditions environnementales à l’origine des différences
observées entre espèces similaires. Car
ils savent maintenant que la vie n’a pas
qu’un seul sens. F.G.
]
Pourrait-on vivre plus
Oui. Il existe même déjà un bon
candidat : le gène FOXO3A. Celuici est impliqué dans la voie de
signalisation de l’insuline et des
facteurs de croissance IGF, que l’on
sait déterminants dans le vieillissement. Mieux : les génomes de
400 centenaires allemands (la France
en comptait en janvier 2016 quelque
20 669 et les estimations avancent
le chiffre de près de 500 000 dans
le monde) ont été passés au crible
par les chercheurs de l’université de
Kiel (Allemagne)… et tous portent
la même mutation de ce gène ! Or,
des études antérieures effectuées
sur des centenaires français et
américains d’origine japonaise
40
Perturbateurs
endocriniens :
font-ils vieillir ?
REPRODUISENT JEUNES ET MEURENT DAVANTAGE AVEC L’ÂGE…
On le sait : ces substances
chimiques (phtalates, bisphénol A,
parabens) présentes dans notre
quotidien – des biberons aux
emballages, en passant par les
jouets ou les meubles – miment
l’action de certaines hormones et
perturbent le fonctionnement du
système endocrinien. Elles sont
déjà incriminées dans le diabète,
l’obésité, les cancers hormonodépendants, certaines maladies
neurodégénératives, mais aussi la
fertilité masculine, les malformations congénitales ou encore
l’apparition précoce de la puberté.
Pourraient-elles aussi se répercuter sur le vieillissement ? “Pour
le moment, aucune étude n’a été
réalisée pour tenter d’établir un
lien indirect de ces substances
sur le processus de vieillissement”, explique le professeur
Patrick Fenichel, du CHU de Nice.
Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y
]
en a pas. K.J.
ET DE L’ÉPERVIER RESTENT CONSTANTES TOUTE LEUR VIE…
DE LA GORGONE N’AUGMENTE PAS AU COURS DE LEUR VIE, CONTRAIREMENT À LEUR FERTILITÉ.
attribuaient déjà un rôle prépondérant
au gène FOXO3A pour atteindre un âge
élevé. Une découverte qui ouvre de
nouvelles pistes de recherches, sachant
que ce gène participe à l’élimination des
cellules endommagées ou âgées et que
s’il est déficient, il peut conduire rapidement à un cancer. Du coté des animaux
de laboratoire, accroître la longévité en
modifiant le génome n’est plus un rêve.
Les scientifiques peuvent d’ores et déjà
prolonger la vie des souris d’un an. Pas
mal pour un animal qui, d’ordinaire, n’en
vit que deux ! Mais cette longévité a un
prix : leurs souris sont deux fois plus
petites que la normale et sont stériles…
Car pour les obtenir, il a fallu atténuer
l’activité de toute une série de gènes
impliqués dans le métabolisme et la
régulation de la croissance : IGF1 (pour
Insulin-Like Growth Factor 1), GH, IRS1
et IRS2, P66SHC, Klotho, SIRT et SOD.
Or, il se trouve que ces gènes jouent
aussi un rôle dans le développement,
la reproduction, etc. Pour limiter les
dégâts, les scientifiques ont eu l’idée
de faire muter ces gènes dans un seul
organe au lieu de modifier génétiquement un organisme entier. En ciblant
l’hypothalamus, ils ne rallongent que
de 15 % la longévité de leurs souris, mais
elles ne perdent que 10 % de leur taille
et restent fertiles. Tout est affaire de
compromis… Quoi qu’il en soit, la piste
génétique pour allonger notre durée
]
de vie existe bel et bien… A.C.
QR
vieux en manipulant nos gènes ?
43
100 QUESTIONS RÉPONSES
VIEILLIR
QR P R I N T E M P S
2016
Rester jeune,
c’est possible…
44
myokine (IL-15), protéine libérée lors
de la contraction musculaire. En 2013,
une étude publiée dans The Lancet
identifiait un autre effet positif du sport
sur le vieillissement. En adoptant une
bonne hygiène de vie, il serait possible
d’agir sur la longueur de ses télomères,
c’est-à-dire l’extrémité des chromosomes, dont le raccourcissement est
un signe de vieillissement cellulaire.
Les chercheurs avaient demandé à
des hommes atteints d’un cancer de
la prostate peu avancé de marcher au
moins 30 minutes par jour, 6 jours par
semaine, et d’adopter un régime riche
en végétaux. Au bout de 5 ans, les
résultats étaient éloquents : tandis que
les télomères des “sédentaires” avaient
perdu 3 % de leur longueur, ceux des
“actifs” s’étaient allongés de 10 %.
Si ces résultats se confirment sur des
sujets en bonne santé, l’hygiène de vie,
et donc le sport, pourrait devenir un
bon moyen de ralentir le vieillissement
cellulaire, et plus seulement de conserver la ligne ou son cœur. A.C.
]
GETTY
… à son alimentation ?
En la matière, le Japon et la Crète, où la longévité est la plus élevée, font office de
modèles. Fait étonnant, les habitudes alimentaires de ces deux régions du monde,
pourtant très éloignées, présentent des similitudes. Les Crétois et les Japonais, à
condition qu’ils aient gardé une alimentation traditionnelle, consomment beaucoup
de légumes verts, de légumes secs et de céréales peu transformées. Ils mangent
régulièrement du poisson, mais limitent les apports en viande et en sucres. Pourquoi
leur régime alimentaire est-il si vertueux ? Parce qu’il leur apporte des acides gras
dans les bonnes proportions. Le poisson et l’huile de colza ou de noix contiennent
en particulier de grandes quantités d’acide alpha-linolénique (oméga 3). Or, on sait
qu’un rapport de 1 pour 5 entre oméga 3 et oméga 6 – en excès dans l’alimentation
occidentale – limite les risques de maladies cardio-vasculaires, d’arthrose, d’allergies
et de cancer. Mais surtout, les légumes en abondance fournissent des fibres et des
antioxydants. Tout comme le thé chez les Japonais, ou les fruits chez les Crétois !
Parmi ces antioxydants, des vitamines A, E et C, mais aussi des polyphénols, du zinc
et du sélénium. Ils sont connus pour leur capacité à neutraliser l’action des radicaux libres qui, en altérant l’ADN, les parois et d’autres structures de nos cellules,
participeraient au vieillissement. Le régime français contient lui aussi un puissant
antioxydant : le resvératrol, contenu dans le vin, le raisin, les mûres, les cacahuètes…
Permet-il pour autant de retarder le vieillissement ? Une étude a montré que cette
molécule augmentait la longévité de 60 à 80 %… chez la levure. Chez l’homme, on en
]
est encore au stade des hypothèses. A.C.
Elle s’appelle la metformine
et on ne parle plus que d’elle
dans les laboratoires pharmaceutiques. Il ne s’agit pourtant
que d’un banal antidiabétique,
prescrit à 120 millions de
patients dans le monde. Sauf
qu’en 2016, elle sera au cœur
d’un essai clinique visant la
lutte contre le vieillissement.
Tout commence en 2005,
quand un chercheur écossais
observe que les diabétiques
traités à la metformine ont un
risque de cancer 25 % moins
élevé que ceux traités avec
d’autres molécules. Depuis,
plus d’une vingtaine d’équipes
ont confirmé ces résultats
contre les cancers de la prostate, du sein, du pancréas et
du côlon. En agissant sur une
enzyme, l’AMPK, la metformine
inhiberait une cascade de réactions connues pour favoriser
la croissance et la prolifération
tumorale. En limitant l’activité
des mitochondries (ces organites nichés dans nos cellules
et spécialisés dans la production d’énergie) la metformine
reproduirait les effets sur l’organisme de la restriction calorique, dont il a été démontré
sur l’animal qu’elle augmente
l’espérance de vie et protège
des principales pathologies
liées au vieillissement, comme
les maladies cardio-vasculaires.
La metformine pourrait même
avoir un effet sur le cerveau
en empêchant l’accumulation
toxique de protéines sur les
neurones, l’un des symptômes
de la maladie d’Alzheimer ! Les
résultats de l’étude clinique
seront connus dans cinq ans.
L’Albert Einstein College of
Medicine de New York testera
aussi les effets de la rapamycine, un immunosuppresseur
qui augmente de 9 à 13 % la
durée de vie des souris… A.C. ]
2016
L’activité physique ralentirait le vieillissement… de la peau. C’est la conclusion d’une étude présentée en 2015
lors du congrès de la société américaine
de médecine du sport. Des chercheurs
canadiens de l’université de McMaster
avaient demandé à des volontaires de
20 à 84 ans en bonne santé de pratiquer au moins trois heures d’exercice
physique par semaine. Puis ils avaient
prélevé par biopsie un échantillon de
derme et d’épiderme sur leurs fesses,
rarement exposées au soleil, et qui
permettent donc d’éliminer le vieillissement dû aux UV. Ces échantillons ont
ensuite été comparés à ceux prélevés
sur des personnes sédentaires. Résultat : la peau des “sportifs” présentait
une couche cornée (la couche la plus
externe de l’épiderme) plus fine et un
derme plus épais que celle des sédentaires, au point de paraître dix à vingt
ans plus jeune. Les chercheurs ignorent
encore les mécanismes en cause, mais
la peau des “sportifs” présentait une
concentration 50 % plus élevée en
43… à la
pilule de
jouvence ?
QR P R I N T E M P S
41
… grâce au sport ?
45
100 QUESTIONS RÉPONSES
VIEILLIR
44
Pourquoi le temps paraît
filer plus vite à mesure
qu’on avance en âge ?
C’
est un fait : les témoignages
décrivent un passage du
temps qui s’accélère…
avec l’âge. Là où un enfant
ou un adolescent ont l’impression qu’un
repas a duré une éternité, les plus vieux
se plaignent volontiers qu’il a passé à une
vitesse folle… Logique voire mathématique, diront certains : plus une personne
vieillit, plus un laps de temps représente
une petite fraction de son âge. Ainsi, pour
un enfant de 10 ans, une année représente
10 % de sa vie, quand pour un cinquantenaire, elle ne correspond plus qu’à 2 %.
En outre, passé un certain âge, les événements marquants sont plus rares. Les
années se ressemblent, donnant le sentiment que le fot du temps coule plus vite.
A tel point que, pour une durée donnée,
des études ont établi que la quantité de
temps que les plus âgés sentent passer
s’avère systématiquement moins grande
que celle comptée par des sujets plus
jeunes… mais aussi par le chronomètre !
Que nos “chronomètres” mentaux
changent de rythme avec l’âge n’est
toutefois pas surprenant lorsque l’on
sait que, dans le cerveau, le décompte
des durées s’appuie sur le “battement”
propre des neurones. Qu’il s’agisse de
se mouvoir, de percevoir ou de penser,
leur activité électrique se manifeste pour
certains pendant une infme fraction de
seconde, ou se prolonge, pour d’autres,
durant plusieurs secondes.
UN MYSTÈRE LOIN D’ÊTRE ÉLUCIDÉ
En effet, ces pulsations changent au gré
des émotions que nous éprouvons, ainsi
que des efforts physiques ou intellectuels que nous fournissons, mais aussi de
l’âge qu’on a. Selon quels critères ? Dans
quelle proportion exactement ? Diffcile à
savoir… car cela reviendrait à connaître
quelle partition neuronale bat la mesure
de notre temps intime. Or, ce mystère
est loin d’être élucidé. Les chercheurs ne
disposent pour l’heure que d’un modèle
théorique d’horloge cérébrale. Dans celui-ci, le cerveau produit des impulsions
temporelles via un oscillateur qui bat la
mesure et délivre à intervalle régulier des
impulsions. Celles-ci sont fltrées par une
sorte “d’interrupteur” doté d’une trappe.
Quand l’individu mesure mentalement
le temps, la trappe se ferme. Une sorte
d’accumulateur collecte les impulsions et
les compte. La durée du temps qui passe
est ainsi évaluée.
Le reste du temps, quand on laisse fler
les secondes et les minutes, la trappe est
ouverte et les impulsions détruites sans
être dénombrées.
Sachant que l’attention est déterminante dans la perception du temps et
qu’elle tend à diminuer avec l’âge, ce
modèle pourrait résumer l’accélération
du temps perçue les années passant : l’interrupteur, moins effcace, laisserait ainsi
fler le temps sans qu’il ne soit compté.
Donnant l’impression qu’il s’est enfui à
vitesse grand V. F.L.
]
QR P R I N T E M P S
2016
Qu’est-ce qui permet de rester jeune dans
46
Simple : il suffit d’entretenir ses
neurones. Comme le reste du corps, à
partir de 65 ans en moyenne, nos capacités cérébrales s’étiolent, même si
certains gardent un esprit vif et réactif
bien au-delà de cet âge. Un déclin qui,
contrairement à une idée reçue, n’est
pas lié à la perte de neurones (elle ne
dépasse pas 10 ou 20 % entre 20 et
90 ans) mais à une diminution de la
densité des connexions entre les neurones, les synapses. Ainsi, à partir de
70 ans, l’imagerie cérébrale révèle que
les zones impliquées dans la mémoire
(hippocampe et cortex frontal) perdent
chaque année environ 1 % de leur
volume. Pour autant, les études épidémiologiques menées dès les années
1990 montrent que les personnes
qui se confrontent régulièrement
à des situations intellectuellement
stimulantes ou inédites sont celles
qui sont les mieux protégées contre
ce déclin cognitif. Et pour cause : des
connexions toutes neuves (synaptogenèse) peuvent se former lorsque nous
Le saviez-vous ?
46 22
fois
plus forte
A la fn de sa vie, la mortalité
2016
nèse se réveilleraient grâce à des modifcations dans la forme de la molécule
d’ADN. Pour conforter leur hypothèse,
les chercheurs s’appuient sur l’épigénétique, à savoir les modifcations
transmissibles et réversibles dans le
fonctionnement des gènes qui peuvent
être infuencés par l’environnement.
Une découverte qui pourrait créer une
nouvelle maxime : “Je pense donc
je modife l’expression des gènes
de mon cerveau.” Une véritable cure
de jouvence neuronale ! C.T. eT K.J.
]
de l’homme contemporain
est 22 fois plus forte qu’en
moyenne au cours de sa vie.
Ce qui en fait l’espèce la plus
sénescente, qui vieillit le plus
rapidement. A l’opposé, le palétuvier a une mortalité 2,5 fois
plus faible en fn de vie ! F.G.
]
QR P R I N T E M P S
continuons à stimuler notre cerveau.
Mais par quel processus des activités
comme lire, bricoler, débattre, jouer
aux échecs ou au bridge sont-elles
capables d’enclencher le remodelage
des connexions neuronales ? Une explication – pour le moins surprenante – a
été donnée en 2007 par des chercheurs
américains à partir d’études menées
sur les souris vieillissantes : ces activités agissent sur la structure tridimentionnelle de l’ADN. Ainsi, certains
gènes responsables de la synaptoge-
FOTOLIA - GETTY
sa tête ?
47
100 QUESTIONS RÉPONSES
VIEILLIR
Quelle est la
durée de vie de
nos cellules ?
QR P R I N T E M P S
2016
Notre corps élimine chaque jour
300 milliards de cellules vieilles
ou abîmées. Mais le rythme de
ce renouvellement est propre à
chacun des 200 types de cellules
qui composent notre organisme.
Ainsi, les globules rouges vivent
cent vingt jours, les cellules
tapissant l’estomac pas plus de
cinq jours et celles de la peau environ deux semaines. Les cellules
du squelette vivent une dizaine
d’années, celles des muscles respiratoires quinze ans et presque
tous les neurones ont l’âge de
leur propriétaire. M.CO.
]
48
48
Sommes-nous égaux
face au vieillissement ?
C’est aussi vrai socialement que génétiquement : nous ne partons pas tous avec
les mêmes chances d’atteindre un âge
canonique. Sachant que l’on ne parle pas
ici de rides ou de douleurs articulaires
(trop spécifques à chacun) mais de
longévité, seul critère (un peu extrême,
certes) qui permet d’estimer collectivement le vieillissement. Il ressort que cette
inégalité ne tient pas seulement à des
raisons environnementales ou liées au
mode de vie, notamment à notre alimentation (voir QR p. 45), voire à la catégorie
sociale à laquelle on appartient : à 35 ans
un ou une cadre peuvent espérer vivre
en moyenne entre 47 et 51,7 ans alors
que cette durée pour un ou une ouvrière
seront de 41 à 48 ans. Cette inégalité
sociale en cache une autre, biologique
celle-là. Ou, plus exactement, génétique.
De fait, un grand nombre de gènes sont
impliqués dans le processus de vieillissement. Le contraire eut été étonnant.
Même si leur rôle n’est pas parfaitement
élucidé, citons en particulier le gène de
la superoxyde dismutase, une enzyme
qui joue un rôle dans la défense contre
le stress oxydatif ; ou encore les gènes
impliqués dans la voie de signalisation de
l’insuline, dont l’effcacité diminue avec
l’âge. Une étude a montré que des centenaires vivant à Hawaï et au Japon étaient
tous porteurs d’une forme particulière du
gène FOXO3A, qui participe à l’élimination des cellules endommagées ou âgées
(voir QR p. 42). Pour autant, il ne s’agit
que de prédispositions génétiques à une
plus ou moins grande longévité. Et une
combinaison d’études menées sur 20 000
jumeaux nés dans trois pays nordiques
– Danemark, Suède et Finlande – a établi
que l’hérédité ne pèserait en défnitive
qu’à hauteur de 25 % sur l’allongement
de la durée de vie. L’inégalité face au
vieillissement n’est donc pas une fata]
lité. F.G. ET A.C.
Animaux
2016
A la naissance, un clone animal ressemble à
n’importe quel petit. Pourtant, il a déjà biologiquement l’âge de l’adulte dont il est issu. Ce
fut le cas de la célèbre brebis Dolly, premier
mammifère à avoir été cloné, en 1996. Son
embryon était issu d’une cellule prélevée sur
sa “mère” âgée de 6 ans. Le noyau de cette
cellule comportait, de fait, des chromosomes
“vieillis”. Car au cours des renouvellements
cellulaires successifs, les chromosomes
perdent peu à peu une part d’ADN contenue
sur les télomères, c’est-à-dire les extrémités
des chromosomes. Le compte à rebours était
donc déjà entamé pour le matériel génétique
de Dolly et, logiquement, la brebis est décédée
cinq ans après sa naissance, des suites d’une
arthrite et d’un problème pulmonaire, courant
]
chez les sujets âgés de 11 ans. M.K.
QR P R I N T E M P S
SPL/COSMOS - FOTOLIA
49 Quel âge ont les
individus clonés ?
49
100 QUESTIONS RÉPONSES
VIEILLIR
50
Pourquoi les
eunuques vivent
plus longtemps ?
C
ela peut surprendre, mais une
étude menée sur les eunuques
coréens entre les XVIe et
XIXe siècle a bel et bien établi un lien entre castration et longévité.
Grâce au Yang-Se-Gye-Bo (sorte d’arbre
généalogique des eunuques de la cour
impériale), des chercheurs coréens ont
calculé qu’avec une espérance de vie
moyenne de 70 ans, les 81 hommes privés de leurs testicules vivaient quatorze à
dix-neuf années de plus que les hommes
non castrés du même rang social.
De plus, la proportion de centenaires y
était 130 fois plus élevée qu’actuellement
dans les pays développés ! Pour expliquer
ce résultat, les auteurs reprennent l’une
des théories évolutives du vieillissement,
celle du “soma jetable” : fabriquer des
cellules, les défendre et les réparer (c’està-dire vieillir) est coûteux en énergie.
Etant donné que le corps (le soma) est
voué à disparaître, il serait plus avantageux d’un point de vue évolutif d’investir
une partie de ces ressources dans les fonctions de reproduction. Il existerait donc
une sorte de balance entre reproduction et longévité. Or, pas de testicule dit
(presque) pas de testostérone, pas de coût
reproductif et moins de masse musculaire
à fabriquer et entretenir. Et donc autant
de ressources disponibles pour défendre
et réparer l’organisme… Ce qui, selon
les auteurs, permettrait de vivre plus longtemps. Une étude précédente menée sur
des patients castrés d’un institut psychiatrique avait elle aussi montré une longévité accrue de 14 ans ; oui, mais les études
portant sur des chanteurs castrats n’ont
montré aucune différence. Le lien entre
longévité et castration reste donc controversé chez l’homme. A.C.
]
51
50
GETTY - AKG - FOTOLIA
QR P R I N T E M P S
2016
Pourquoi les muscles
fondent-ils avec l’âge ?
A cause des cellules souches qui ne font plus leur travail. Des chercheurs de l’université du Colorado ont découvert que les coupables
de cette fonte inéluctable, qui commence vers 40 ans, sont les cellules
satellites, des cellules souches qui participent à la régénération
des fibres musculaires en cas de blessure. Chez des souris âgées,
ces cellules cessent progressivement de fonctionner. Les biologistes
ont toutefois réussi à leur faire reprendre du service grâce à un composé chimique (la cardiotoxine). Prélevées chez des souris vieillissantes,
traitées, puis transplantées chez des souris aux muscles abîmés,
ces cellules souches “rajeunies” ont facilité leur guérison. Il sera peutêtre un jour possible de préserver de cette façon la force physique
de personnes accidentées ou âgées, d’améliorer ainsi leur qualité
de vie et de leur garantir une plus grande autonomie. E.M.
]
Le saviez-vous ?
53 On peut
naître vieux
Un enfant sur 4 millions naît
avec le syndrome de HutchinsonGilford, ou projeria juvénile. Cette
maladie génétique cause un
vieillissement accéléré de l’organisme, avec les troubles qui lui
sont associés : cholestérol, arthrose, ostéoporose, maladies cardio-vasculaires… Le développement cognitif reste, en revanche,
normal. Mais l’espérance de vie
ne dépasse pas… les 13 ans. Si
les malades ont l’apparence de
vieillards (calvitie, amaigrissement…), c’est aussi le cas de
leurs cellules. Côté remèdes, une
première piste consiste à réorganiser l’ADN pour rétablir la forme
circulaire du noyau des cellules.
Ce qui devrait prolonger leur
durée de vie et leur permettre
de se diviser normalement.
Autre piste : enrayer la fabrication de progérine (une protéine
qui devient toxique en s’accumulant). Les premiers essais
cliniques montrent une légère
reprise de poids, une amélioration au niveau des os et un gain
d’espérance de vie d’un an. A.C. ]
in fine, meurent. Mais paradoxalement,
des expériences menées en laboratoire
montrent qu’asperger régulièrement
et à faible concentration des vers avec
l’un des herbicides les plus utilisés dans
le monde, le paraquat, prolongeait leur
durée de vie ! Les vers ont gagné jusqu’à
58 % de longévité, survivant en moyenne
vingt-neuf jours au lieu de dix-huit.
L’auteur de l’expérience lui-même ne se
l’explique pas, car l’herbicide en question
induit l’accumulation dans les cellules de
radicaux libres, molécules justement en
cause dans le vieillissement… M.S. et e.A. ]
QR P R I N T E M P S
A priori, oui ! L’exposition à certains
pesticides agirait comme un accélérateur
de l’horloge biologique, en faisant vieillir
plus rapidement les cellules. L’analyse,
par une équipe de chercheurs internationaux, de cellules prélevées dans la
bouche de 1 234 agriculteurs montre
en effet qu’une forte exposition à 6 des
48 pesticides testés (des herbicides et
des insecticides) diminuerait la taille des
télomères : ces extrémités des chromosomes qui rétrécissent à chaque nouvelle
division cellulaire, jusqu’à ce que les
cellules ne puissent plus se renouveler et,
2016
Les pesticides font-ils vieillir plus vite ?
51
100 QUESTIONS RÉPONSES
VIEILLIR
Vieillir en France : les chif
0-19 ans
20-59 ans
60-64 ans
65-74 ans
Français de plus
54 Des
en plus vieux ?
75 ans et +
60
50
PROJET EVSI
30
20
10
SOURCE :
ProPortion
en Pourcentage
40
0
1950
1990
2000
2010
2015
Oui. Les Français sont aujourd’hui
66,6 millions et seront environ 70 millions
en 2050, avec une part toujours plus
importante de personnes âgées. En 2005,
en effet, seule une personne sur cinq avait
plus de 60 ans. Elles sont aujourd’hui une
sur quatre et seront, en 2050, une sur trois !
La cause de ce vieillissement est
tout simplement inéluctable : la génération
très nombreuse des baby boomers
(personnes nées entre 1945 et 1965)
atteint désormais un âge avancé.
]
années
2004
2011
hommes
femmes
mieux ou
55 Vieillit-on
moins bien qu’avant ?
2004
2011
7
5
4
3
SOURCE : INSEE
nombre d’années
en mauvaise santé
6
2
1
moins de
16 ans
16-50 ans
50 ans et +
Moins bien. Certes, la France est toujours
n° 1 en Europe pour l’espérance de vie à la
naissance : 85 ans pour les femmes et 79 ans
pour les hommes. Mais entre 51 et 70 ans,
les femmes notamment passent depuis 2010
26 % de leur vie en mauvaise santé (contre
23 % en 2004). Les causes ? La médecine
sauve de plus en plus de vies, quitte à laisser
les patients avec des incapacités physiques.
De plus, cette génération a inauguré un
mode de vie globalement à risque : tabac,
alcool, peu de sport…
]
âges
différence entre
56 Quelle
les classes sociales ?
52
meilleures conditions de travail et de salaire :
0
une femme cadre de 35 ans peut encore
30
40
femmes
20
SOURCE : INSERM
10
Hommes
esPérance de vie à Partir
de 35 ans, en années
QR P R I N T E M P S
2016
Les cadres préservent leur santé, du fait de
50
cadres
exPloitants
Professions
suPérieurs
agricoles
intermédiaires
indéPendants
emPloyés
ouvriers
espérer vivre 52 ans (jusqu’à 87 ans), quand
une ouvrière du même âge plafonne à 49 ans
(jusqu’à 84 ans). Un homme cadre ne vivra
que 2 ans malade entre 50 et 65 ans, contre
5 ans pour un ouvrier ou un agriculteur !
]
fres clés
DE 27,6
À
30,5 %
DE 25,6
À
27,6 %
DE 23,5
À
25,6 %
DE 21,5
À
23,5 %
DE 18,2
À
21,5 %
SOURCE : INSEE 2011
résident
57 Où
les seniors ?
la vue se
58 Quand
met-elle à baisser ?
Sans conteste, la palme des régions
les plus âgées revient au Limousin,
à l’Auvergne et à Poitou-Charentes,
où près de 1 personne sur 3 dépasse
les 60 ans. La région la plus jeune de
l’Hexagone ? L’Ile-de-France, qui attire
néanmoins une grande proportion de
retraités, contrebalancée par un très
grand nombre de jeunes. Et même après
le regroupement des régions en 2015, ce
classement n’a sensiblement pas changé.
Les personnes âgées sont principalement
attirées par le soleil : l’Aquitaine-LimousinPoitou-Charentes compte 29 % de plus de
60 ans ; la Corse, 28 %, et le LanguedocRoussillon-Midi-Pyrénées, 27,6 %.
]
quel âge la surdité
59 Amenace-t-elle
?
45 ans
65 ans
A partir de cet âge,
1 personne sur 10 voit mal
de près, même en portant
des lunettes. Et le temps n’arrange rien. Au-delà de
75 ans, plus de 20 % des personnes sont dans ce
cas ! Dont près de la moitié a des diffcultés importantes, ou ne parvient pas du tout à voir de près.
Appelée presbytie, cette baisse de la vue est l’effet
du durcissement, avec l’âge, du cristallin.
]
Dès 65 ans, bonjour les
troubles de l’audition !
Quelque 15,4 % des personnes du troisième âge éprouvent des diffcultés,
et seul un tiers d’entre elles porte un appareil adéquat. Les personnes de plus de 80 ans sont 37,5 %
à mal entendre, et 11,5 % seulement à avoir un
appareil. Le temps abîme en effet les cellules ciliées
de l’oreille, récepteurs des ondes acoustiques.
]
sport pratiquent
60 Quel
les plus de 50 ans ?
DE PRATIQUANTS
POURCENTAGE
M. KONTENTE
15
À
29
ANS
20
30
À
49
ANS
30
50
ANS ET
40
50
NATATION
CYCLISME
FOOTBALL
JOGGING
GYMNASTIQUE
+
ré mais régulier, il est pratiqué par la moitié
d’entre eux. La gymnastique, bonne pour la
souplesse et les articulations, a encore plus
de succès : 65 % des seniors s’y adonnent.
Le football et les autres activités sollicitant
beaucoup le cœur leur sont proscrits.
]
2016
10
plus de 50 ans ! Demandant un effort modé-
QR P R I N T E M P S
0
SOURCE : ENQUÊTE PRATIQUE
ET PHYSIQUE 2010
C’est connu, la randonnée est le sport des
53
100 QUESTIONS RÉPONSES
* LA
MORT
POURQUOI
MEURT-ON ?
Elle est là. On le sait. Cruelle ? Injuste ? Pour les
scientifiques, la mort n’a pourtant aucune intention de nous nuire : si elle survient, c’est parce
que la sélection naturelle cesse de protéger l’individu une fois qu’il a passé l’âge de se reproduire.
La mort n’est ainsi qu’un dommage collatéral. Si
nous mourrons, c’est pour que vive l’humanité...
ue dire à un enfant qui pose
cette question à ses parents…
Comment lui expliquer qu’il
a été mis au monde pour, un
jour, mourir ? Parce que c’est
comme ça ? Pas sûr que l’enfant s’en
contente. Ni nous non plus…
Le grand philosophe Vladimir Jankélévitch s’empara bien du problème ; mais
s’il écrivit plus de 500 pages, ce fut pour
convenir que, de la mort, on ne pouvait
rien dire : ni avant, ni pendant, ni après.
La science peut-elle faire mieux ? A
chaque instant, nos cellules vieillissent un
peu plus et nous mourons de cette lente
débâcle. Mais pourquoi la vie programmet-elle sa propre mort ? C’est pour le moins
paradoxal si l’on songe à l’énergie que
déploie le vivant pour justement subsister !
En vertu du principe du moindre coût qui
se constate partout dans la nature, ne pas
mourir ne serait-il pas plus économique ?
Au fl des générations, la sélection natu-
QR P R I N T E M P S
2016
Q
54
relle n’aurait-elle pas dû éliminer les gènes
qui, in fne, nous sont fatals ?
Là réside justement le secret. Ou plutôt le
timing ! Car si mourir paraît scandaleux au niveau de l’individu, c’est tout le
contraire à l’échelle de l’espèce : si nous
mourons, c’est parce que la fnalité de la
vie n’est pas sa préservation, mais sa perpétuation. Une fois que l’individu a rempli sa mission de reproduction, il peut
littéralement “crever”… La sélection
naturelle ne le préserve plus. En sorte,
c’est notre faculté à donner la vie qui, mécaniquement, signe notre arrêt de mort.
Pour comprendre comment les scientifques sont parvenus à une conclusion
aussi surprenante, il faut avoir à l’esprit
une loi intangible : au sein d’une même
espèce, entre un individu doté d’une
faible longévité mais se reproduisant
abondamment, et un individu vivant
longtemps tout en se reproduisant peu, le
premier obtiendra les faveurs de la sélec-
tion naturelle, via une diffusion plus importante de ses gènes au cours du temps.
La preuve : tous les gènes qui manifestent
des effets délétères conduisant à la décrépitude de l’organisme s’activent après l’âge
de la reproduction ! D’où la perpétuation, dans notre génome, des gènes qui
conduisent à la sénescence : s’ils n’ont pas
été éliminés au fl des générations, c’est
parce qu’ils ne nuisent pas à la capacité
de l’individu à se reproduire ! Pour ne citer
qu’elle, la maladie de Huntington (une
maladie génétique responsable d’une dégénérescence du cerveau) frappe ses vic-
BSIP - SHUTTERSTOCK
PAR KARINE JACQUET
Déprimant ? En tout cas, dès que les organismes vivants ne sont plus capables de
se reproduire, la sélection naturelle laisse
s’accumuler les mutations délétères dans
leurs génomes, lesquelles les mènent à
une mort inéluctable. Petite question :
ces gènes de la “décrépitude” confèrent-
dédié à la mort naturelle des organismes.
La mort, dans ce cadre, ne s’inscrit dans
aucune stratégie à long terme. Elle n’est
qu’un effet collatéral dans une course à
la reproduction entre organismes subissant des mutations aléatoires. Certains
génomes ont rendu ceux qui les portaient
meilleurs reproducteurs, ce qui a fni par
les rendre majoritaires. Si nous mourons,
c’est pour mieux donner la vie. Tel est le
véritable paradoxe de notre fnitude.
]
2016
TRAHI PAR LA SÉLECTION NATURELLE
ils en contrepartie certains avantages, tels
qu’une meilleure aptitude à se reproduire
ou une plus grande vitalité dans la feur de
l’âge ? Ce serait justice (même si la justice
n’a rien à faire ici…). Des scientifques
ont observé des souris dont la longévité
avait été génétiquement augmentée. Résultat : elles présentaient, en contrepartie,
non pas une plus grande vitalité, mais
divers troubles, tels que le nanisme et une
diminution très sensible de la fécondité,
voire une stérilité complète…
Finalement, les lois de l’évolution ne
semblent pas comporter de programme
QR P R I N T E M P S
times à partir de 35 ans, c’est-à-dire après
qu’elles ont censément obtenu une descendance. Si cette maladie se déclenchait
plus tôt, on pourrait supposer que ces individus auraient, à la longue, été éliminés.
Nos cellules vieillissent à chaque
instant, mais les gènes qui conduisent à
la décrépitude ne s’activent qu’une fois
passé l’âge de perpétuer l’espèce...
55
100 QUESTIONS RÉPONSES
LA MORT
62
Sait-on à quoi ressemble
l’ultime instant ?
L
a mort est un paradoxe : personne n’y échappe mais impossible de saisir ce qu’elle est. Elle
se dérobe à chaque instant :
avant, on n’est pas encore mort ; et après,
il est trop tard : personne n’en est jamais
revenu. Et pendant ? Au moment du passage de la vie à trépas ? Que se passe-t-il ?
Se passe-t-il seulement quelque chose ?
Un constat : lorsqu’on pose la question
aux personnes qui, ayant subi un arrêt
cardiaque, ont eu la chance d’être sauvées in extremis par la médecine, entre 6 à
20 % d’entre elles reprennent conscience
avec le souvenir de ce qu’il est convenu
d’appeler “une expérience de mort imminente” (EMI). Une chose frappe dans
leurs récits : les “symptômes” sont toujours à peu près les mêmes, au point que
l’on peut dresser un schéma type.
Tout commence par une subite “reprise
de conscience” et l’impression de voir son
propre corps depuis l’extérieur. La perception des détails de l’environnement
est démultipliée. Il y a un tunnel obscur
au bout duquel se trouve une intense lu-
mière, celle-ci se confondant avec la sensation d’un amour bien plus fort que tout
ce qu’on a pu ressentir jusqu’ici. Une vie
d’ailleurs revisitée, souvent en compagnie
d’un guide bienveillant… Les similitudes
avec les représentations religieuses font
dire à certains que ces témoignages sont
la preuve d’une vie après la mort.
UN” ÉTAT DE CONSCIENCE ALTÉRÉE “
Pour les scientifques, c’est parce que ces
patients sont toujours vivants qu’ils font ce
type d’expérience. Laquelle ne peut dès lors
s’expliquer que comme la manifestation
d’un fonctionnement cérébral inusuel, dit
“état de conscience altérée”. De quoi proposer des explications théoriques pour chacun des aspects qui composent cette expérience. Mais, la concomitance de tous ces
phénomènes rend l’identifcation d’une
cause diffcile. Tous peuvent s’expliquer
par des mécanismes biologiques simples,
comme des perturbations du système limbique (amygdale, hippocampe, etc.) et des
régions cérébrales impliquées dans la mémoire, les émotions ou le comportement
pour les tunnels lumineux et les hallucinations. Des perturbations dont les causes
peuvent elles-mêmes être multiples :
drogues, manque d’oxygène dans le cerveau… Autres possibilités : les sécrétions
de neurotransmetteurs (dopamine, sérotonine…) et autres endorphines et opioïdes,
libérés de façon chaotique quand le corps
livre son ultime bataille, pourraient expliquer la sensation de bien-être. A moins
qu’il ne s’agisse d’une modifcation des
gaz sanguins (manque d’oxygène et/ou
hausse du dioxyde de carbone). Mais la
plupart de ces explications n’ont pas été
prouvées expérimentalement.
De plus, elles n’expliquent pas comment des personnes inconscientes
peuvent se souvenir de détails précis du
moment où elles étaient en réanimation.
Comme cet homme capable de décrire
comment sa femme était habillée, ce
qu’elle a dit au neurologue et même à
quoi ressemblait ce dernier alors qu’il ne
l’avait jamais rencontré “de son vivant” !
Pour la science aussi, passer de vie à trépas reste un mystère. M.G. ET E.R.
]
63
QR P R I N T E M P S
2016
Mais pourquoi le tabac tue ?
56
Vous voulez précipiter votre fn ? Telle est la question que pourrait poser chaque
médecin à un patient fumeur. Et pour cause : plus de 30 % de l’ensemble des
cancers dépendent du tabac. Ce chiffre grimpe à plus 80 % pour celui du poumon
(37 000 nouveaux cas par an en France et, parmi eux, 28 700 décès en 2010).
Un véritable serial killer qui pourtant ne se cache pas. Chaque volute de fumée
contient en effet pas moins de 4 000 agents chimiques, parmi lesquels de nombreux produits classés cancérigènes comme le benzène, l’arsenic, l’ammoniac,
le DDT, le goudron… Mutagènes, ces substances vont entraîner une myriade
d’anomalies sur l’ADN. Si ces mutations s’expriment ultérieurement, elles
pourront induire des tumeurs dans le poumon, mais aussi la bouche, le pharynx,
l’œsophage, l’estomac, les cavités nasales, les bronches, les reins, etc. A noter
que la nicotine souvent incriminée n’est pas cancérigène, mais elle induit une
dépendance physique et mentale en stimulant les récepteurs du circuit de la
récompense. Reste que, plus longtemps une personne fume, plus elle s’expose à
]
ces effets nocifs et augmente le risque de mourir prématurément… K.J.
D’où ça vient…
66 … le
croque-mort ?
Une légende urbaine voudrait que
la personne chargée de fermer le
cercueil mordait autrefois l’orteil
du défunt pour s’assurer qu’il
était bien mort. D’où le surnom
de “croque-mort”. Une autre
hypothèse fait remonter ce
terme au XIVe siècle. Il était alors
d’usage de rassembler les victimes de la peste à l’aide de crocs
(crochets). Mais l’origine la plus
plausible fait référence au terme
“croquer”, qui signifie en ancien
français “faire disparaître”. Aujourd’hui, ce surnom “populaire”
désigne les employés des pompes
funèbres chargés de la mise en
bière des défunts et du transport
jusqu’à la dernière demeure. K.J. ]
QR P R I N T E M P S
Au vrai, ils ne le peuvent pas ! Il s’agit d’une idée reçue : ni nos
ongles ni nos cheveux ne continuent de pousser après notre
mort. Rien ne nous survit… Une fois le décès survenu, toutes
les cellules du corps cessent leur activité, y compris celles
des racines des cheveux et de la matrice des ongles,
qui produisent la kératine. Mais alors, d’où vient cette idée
reçue ? D’une observation bien réelle mais mal interprétée.
Après la mort, la chair et la peau se déshydratent et se
rétractent. Ce qui donne l’impression que les poils et les
ongles sont plus longs qu’avant la mort. Alors qu’ils n’ont
]
pas pris un centimètre. M.G.
FOTOLIA - SHUTTERSTOCK
s’accumule dans les parties en contact avec le sol, qui virent
alors au rouge-violet. Trois heures après la mort, la rigidité
cadavérique s’installe sous l’effet de la coagulation des protéines. Au bout de deux à trois jours, une tache verdâtre sur
l’abdomen signale le début de la putréfaction par les bactéries.
Les gaz résultants font gonfler l’abdomen, exorbiter les yeux
et ressortir la langue. Les enzymes dégradent les tissus, qui se
liquéfient : des fluides foncés s’écoulent par les orifices naturels, la graisse fondue sous la peau lui donne un aspect luisant.
Enfin, les insectes et les vers feront disparaître ce qui reste de
]
matière organique, ne laissant qu’un squelette. F.G. ET A.C.
2016
65
Sans vie, que devient le corps ?
Comment les ongles et
les cheveux peuvent-ils
Il commence par se ramollir, les muscles n’étant plus actifs.
Comme le cœur ne bat plus, le sang stagne. Le corps devient
pousser post mortem ?
livide, car sous l’effet de la gravité, le sang pénètre les tissus et
57
100 QUESTIONS RÉPONSES
LA MORT
67
Nos cellules
se suicidentelles vraiment ?
O
ui, chaque jour, dans le secret
de notre organisme, ce sont
des milliards d’entre elles
qui disparaissent ainsi. Sans
qu’on ne s’en rende compte. Loin d’être
néfaste, cette mort est bienfaitrice, voire
vitale. Un paradoxe qui porte un nom :
l’apoptose. Avant la découverte de ce
phénomène d’autodestruction génétiquement contrôlée, notre connaissance de la
mort cellulaire se limitait à la nécrose, ce
processus passif, déclenché par les agressions subies par notre organisme : absence
d’oxygène, substances toxiques, élévation
forte de la température corporelle… Une
mort violente et désordonnée, qui aboutit
à l’éclatement de la cellule et à la mort de
ses voisines. L’apoptose, elle, entraîne à la
fois la mort de cellules surnuméraires, devenues inutiles ou abîmées, ou de celles
devenues dangereuses du fait d’une muta-
Le saviez-vous ?
B. BOURGEOIS
QR P R I N T E M P S
2016
68 23 000
58
LA CELLULE VOISINE
ABSORBE
LES BALLONNETS
C’est le nombre de personnes
ayant péri au cours de catastrophes naturelles dans le
monde en 2015, d’après l’assureur international Munich Re. Un
chiffre bien supérieur à l’année
2014 et ses 7 700 décès. Le
tremblement de terre survenu
au Népal, en avril 2015, a coûté
la vie à plus de 9 000 personnes
à lui seul. Les 14 000 autres sont
imputables à des tempêtes et
cyclones principalement. K.J.
]
tion génétique. Les cellules de la peau, du
sang ou de l’intestin s’autodétruisent ainsi
au bout de deux ou trois jours pour être
aussitôt remplacées par des neuves. Sans
l’apoptose, c’est tout le fonctionnement
de notre corps qui serait remis en cause.
En pratique ? La cellule commence par
condenser son noyau et son cytoplasme,
découpe son ADN, empaquette ses
constituants dans des ballonnets pour empêcher la libération de produits toxiques.
UNE AUTODESTRUCTION ORGANISÉE
Puis la membrane bourgeonne et la cellule se fragmente en petits ballonnets
ingérés par les cellules voisines. Outre
l’apoptose, il existe une autre forme de
mort cellulaire programmée : l’autophagie, qui pousse la cellule à se dévorer de
l’intérieur. En cas de défcit nutritif, de
manque d’oxygène ou d’absence de fac-
Ballonnet
apoptotique
LA CELLULE MEURT
Caspases
ACTIVATION
DES CASPASES
Marqueur
d’apoptose
Mitochondrie
devenue poreuse
teurs de croissance, la cellule se digère
grâce à ses propres enzymes.
En plus d’entretenir le corps à l’âge
adulte, ces morts cellulaires jouent un
rôle crucial lors de l’embryogenèse, celui
de sculpter notre corps. C’est grâce à elles
qu’un organisme peut créer des “vides”,
tels que les espaces entre nos doigts. En
faisant disparaître les ébauches des organes
génitaux de l’autre sexe, elles confèrent au
fœtus son identité sexuelle. Autrement dit,
sans apoptose, pas de vie, du moins sous la
forme que nous connaissons ! A.C.
]
69
Qui décide d’arrêter les soins
des patients en fin de vie ?
La loi n° 2005-370 du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie,
plus connue sous le nom de “loi Leonetti”, affirme le droit des malades à refuser
“l’acharnement thérapeutique”, rebaptisé “l’obstination déraisonnable”, qui vise
à guérir la maladie ou à ralentir son évolution – alors que le malade n’en tirera aucun
bénéfice. S’il est conscient, il peut demander la limitation ou l’interruption de ses
traitements. Le médecin “peut faire appel à un autre membre du corps médical.
Dans tous les cas, le malade doit réitérer sa décision après un délai raisonnable”.
Lorsque le patient est dans l’incapacité de s’exprimer, les médecins, suite à une
décision collégiale, peuvent suggérer à ses proches l’arrêt des soins. En France, plus
de 50 % des décès en services de réanimation découlent d’une telle décision. “Mais
ce chiffre cache de grandes disparités, précise Bernard Régnier, praticien à l’hôpital
Bichat (Paris). Certains services stagnent à 25 % – signe que les médecins y font
]
peut-être de l’acharnement thérapeutique – alors que d’autres sont à 75 % !” Y.S.
Les trois types de suicide cellulaire
se suicide :
cellule est détruite à cause d’une
1Lac’estcellule
l’apoptose
2Laagression
extérieure : c’est la nécrose
La cellule reçoit un signal d’autodestruction : elle active alors,
via les mitochondries, des caspases, enzymes capables de
dégrader les protéines. Elle
disparaît peu à peu, faisant
bourgeonner des ballonnets
apoptotiques, qui sont absorbés
par les cellules voisines.
LA CELLULE
ÉCLATE
Suite à une agression violente (hausse de la température corporelle, manque d’eau ou d’oxygène…), de l’eau pénètre à l’intérieur de la cellule,
perturbant son fonctionnement. Bientôt, tous ses
composants sont détruits et la cellule finit par
éclater, entraînant une réaction inflammatoire.
Cellule
1
LA CELLULE
SUBIT UNE
AGRESSION
EXTÉRIEURE
2
L’ADN SE
FRAGMENTE
Lysosome
ADN
Mitochondrie
MITOCHONDRIES
ET LYSOSOMES
SONT DÉTRUITS
Noyau
3
DE L’EAU
ENTRE DANS
LA CELLULE
LES LYSOSOMES SE
CHANGENT EN
AUTOPHAGOSOMES
LES CONSTITUANTS
DE LA CELLULE ONT
ÉTÉ DIGÉRÉS
UN GLOBULE
BLANC AVALE
LA CELLULE MORTE
annuel s’étend en réalité de décembre à
mars. L’action concomitante du froid et
des épidémies saisonnières serait donc
en cause. En 2015, la grippe a causé
24 000 morts entre janvier et mars,
contre 2 000 au cours des mois de canicule. Globalement, le nombre de décès
en France décroît à la fn de l’hiver
pour remonter dès septembre. Les
personnes âgées meurent plus en hiver
et les moins de 35 ans en juillet-août,
en raison d’un surcroît d’accidents (de
la route, noyade, etc.). Reste à expliquer
]
l’hécatombe de célébrités… A.C.
cellule se dévore de
3Lal’intérieur
: c’est l’autophagie
Une carence en nutriments ou un
signal de “suicide” cellulaire peuvent
pousser les cellules vers un processus
d’autophagie. Il se forme alors des
autophagosomes qui absorbent
les constituants de la cellule et
les digèrent peu à peu. S’il n’est pas
stoppé, ce processus aboutit à la mort
de la cellule, qui finit par être ingérée
par un globule blanc.
QR P R I N T E M P S
David Bowie, Michel Delpech, Michel
Galabru, Michel Tournier, André Courrèges, Ettore Scola : tous ont passé
l’arme à gauche en janvier 2016. Et
surprise : les statistiques de l’Insee pour
l’ensemble de la population confrment
que, depuis les années 1950, janvier
est bien le mois le plus meurtrier. Si on
tient compte du nombre de jours dans
le mois (il y en a plus en janvier qu’en
février), des années bissextiles et du
nombre de week-ends dans le mois
(qui varie d’une année sur l’autre), le
mystère se dissipe : le pic de mortalité
2016
C’est vrai qu’on meurt plus en janvier ?
59
100 QUESTIONS RÉPONSES
LA MORT
De quoi meurt-on
exactement…
60
SHUTTERSTOCK
QR P R I N T E M P S
2016
… lors d’une
intoxication
au monoxyde
de carbone ?
C’est le crime parfait : invisible,
inodore et non irritant, le
monoxyde de carbone prend
discrètement la place de
l’oxygène sur les globules
rouges et entraîne la mort en
une heure si sa concentration
dans l’air dépasse les 0,1 %.
Avec 300 décès par an, dont
150 d’origine domestique, il est
la première cause de mortalité
par intoxication en France. Ce
gaz, issu d’une combustion
incomplète du carbone dans
les appareils de chauffage mal
réglés, a 250 fois plus d’affinité pour l’hémoglobine que
n’en a l’oxygène. Très peu de
monoxyde de carbone suffit à
bloquer la chaîne respiratoire,
et priver le cerveau d’oxygène.
Seul antidote : la mise immédiate sous masque à oxygène
à 100 %. A.C.
]
tement d’un vaisseau ou d’un anévrisme
(poche de sang provoquée par la dilatation d’une artère) dans le cerveau fait
augmenter la pression intracrânienne,
ce qui empêche le sang de monter dans
l’encéphale. Les chances de survie sont
moins bonnes qu’en cas d’obstruction
d’artère. La clé de la guérison est toujours la rapidité d’intervention : 90 % des
patients ayant subi un AVC par occlusion d’une artère cérébrale sont guéris
si l’on parvient à les traiter moins de
trois heures trente après l’attaque. A.C. ]
… à la suite d’un traumatisme crânien ?
Même si les accidents sur la voie publique sont les plus grands pourvoyeurs de décès
par trauma crânien (70 %), un coup de poing ou une chute de sa hauteur peuvent
suffre à causer des lésions cérébrales. Alors qu’un bleu ou un saignement au genou
sont anodins, un hématome ou une hémorragie au cerveau peuvent être fatals. La boîte
crânienne a beau constituer une excellente protection, elle n’est pas extensible. Tout
volume supplémentaire fait courir un risque de surpression intracrânienne. Habituellement limitée à 10 mm Hg, la pression intracrânienne menacerait la vie quand elle
dépasserait les 25 mm Hg. Elle empêche en effet le sang de circuler dans le cerveau et
entraîne le coma. Au-delà de 5 à 15 minutes, une interruption de cette irrigation sanguine entraîne des dommages cellulaires irréversibles et correspond au coma dépassé.
Sur les 150 000 traumatismes crâniens qui surviennent chaque année en France, 3 à
6 % sont mortels. Et là encore, la rapidité d’intervention est déterminante. A.C. ]
74
… lors d’une crise cardiaque ?
Attaque, infarctus, crise cardiaque…
tous ces termes qui font frémir
renvoient à un même phénomène : la
destruction du muscle cardiaque par hypoxie (une diminution de l’apport d’oxygène). A l’origine ? Un simple problème
de “tuyauterie” bouchée. La fameuse
douleur dans le bras gauche – chez les
hommes – est en effet le signe que
dans l’une des artères coronaires, un
caillot empêche le sang de circuler. Or,
les coronaires approvisionnent le cœur
en oxygène. L’hypoxie entraînant
la nécrose des cellules du muscle cardiaque, le cœur ne peut plus se contracter normalement et jouer son rôle de
pompe. C’est l’infarctus. Sans intervention (médicale ou chirurgicale) pour
rétablir la circulation, le cœur risque de
ralentir jusqu’à l’arrêt. La chute de la
pression sanguine peut aussi causer un
œdème dans les poumons et l’asphyxie.
Dans les deux cas, in fine, le cerveau
est privé d’oxygène. Soigné dans la
première heure, un infarctus a 50 %
de risque en moins d’être mortel. A.C. ]
Le baigneur imprudent s’est
trop éloigné du rivage, il boit
la tasse et, déjà, ses poumons se remplissent d’eau
au lieu d’air… Peu à peu, ils
sont inondés et ne distribuent plus d’oxygène dans
le réseau sanguin. L’homme
fnit par perdre connaissance et couler. Ce qui se
passe ensuite dépend de la
nature de l’eau : l’eau douce
peut, par osmose, traverser
les parois des poumons
et pénétrer dans le sang.
Les globules rouges sont
détruits et les composants
de l’eau (chlore ou nitrates,
par exemple) entraînent une
fbrillation cardiaque (battements désordonnés), ce
qui accentue les diffcultés
d’oxygénation des cellules
du cerveau. Si la noyade
survient en mer, l’eau traverse moins facilement les
poumons et l’arrêt respiratoire est la principale cause
de l’arrêt de l’oxygénation
des cellules du cerveau.
Si le nageur est en apnée
sous l’eau, l’inondation des
poumons n’a lieu qu’après
la perte de conscience. Les
apnéïstes s’hyperventilent
avant de plonger, ce qui
abaisse le taux de dioxyde
de carbone dans le sang. Or,
le cerveau ne déclenche la
respiration que lorsque le
CO2 atteint un certain seuil.
Le cerveau peut donc être
leurré : la syncope survient à
cause du manque d’oxygène,
sans que le plongeur ait ressenti le besoin de reprendre
sa respiration. Dans tous les
cas, on estime qu’une réanimation est possible jusqu’à
dix minutes en moyenne
après la submersion, cette
durée variant selon la nature
de l’eau, l’âge de la victime
et les circonstances de
l’accident. I.C.
]
2016
Un accident vasculaire cérébral survient
une fois toutes les 4 minutes ! Il représente ainsi la première cause de mortalité chez les femmes et la troisième
chez les hommes. L’AVC tue car il prive
le cerveau de sang et donc d’oxygène,
ce qui entraîne la mort de ses cellules
par nécrose. Mais il cache en réalité
deux mécanismes très différents. Dans
80 % des cas, un caillot a obstrué une
des artères irriguant le cerveau. Et
dans les 20 % restants, une hémorragie
intracrânienne est en cause : l’écla-
75… quand
on se noie ?
QR P R I N T E M P S
72
… quand on fait un AVC ?
61
100 QUESTIONS RÉPONSES
LA MORT
76
Est-ce folie de
croire qu’on serait
une réincarnation ?
E
n tout cas, les témoignages abon­
dent de personnes affrmant se rap­
peler d’événements datant d’une
époque où elles n’étaient pas nées.
Ou bien ayant soudain des réfexes ou des
manières de parler qui semblent venir de
bien plus loin qu’elles… Pour ceux qui
les éprouvent, ces impressions troublantes
paraissent autant de traces d’une vie qu’ils
auraient vécue à une autre époque que la
leur. Mais pour les psychologues qui les
étudient depuis plusieurs décennies, rien
d’aussi mystérieux : dans l’immense majo­
rité des cas, il se trouve que ces “réincar­
nés” ont participé à des périodes d’hypnose
(contre le stress, pour arrêter de fumer ou
dissiper une phobie) ; et c’est à la suite de
ces séances que des souvenirs se sont incon­
sciemment formés dans leur esprit. Ce qui
ressemble à des scènes déjà vécues dans un
lointain passé n’est en réalité qu’un agré­
gat de faux souvenirs – du reste, une brève
Est-il vrai que…
77… l’on perd
62
FLORE-AEL SURUN/TENDANCE FLOUE - FOTOLIA
QR P R I N T E M P S
2016
21 g à sa mort ?
Non ! Cette légende est née en
1907, aux Etats-Unis. Le médecin
D. McDougall publie l’hypothèse,
suite à ses expériences, que
l’âme humaine quitte le corps
au moment de la mort, d’où une
perte brutale de 21 g… Le public
retiendra ce poids, devenu légendaire à défaut d’avoir une réalité
scientifique ; la faible précision
des instruments de mesure étant
]
probablement à incriminer. I.C.
enquête sufft à montrer que ceux­ci n’ont
rien d’historique –, produits en réponse à
des suggestions involontaires du praticien.
Rien d’inquiétant cependant : il ne s’agit
nullement d’une pathologie mentale, sim­
plement d’une plus grande créativité ou
tendance à développer de faux souvenirs
– ici sous l’infuence du praticien ayant
dirigé la séance d’hypnose. D’ailleurs, tous
ceux qui ont recours à cette pratique ne
sont pas sujets à ces souvenirs factices.
Reste quelques cas de nature différente,
connus des psychologues mais inexpliqués
pour le moment, qui touchent des adultes
mais surtout des enfants de 2 à 5 ans. Un
phénomène distinct, pour ces spécialistes,
des récits imaginaires typiques de l’âge
tendre, et qui disparaît de lui­même vers
l’âge de 9 ans. D’où vient­il ? Sous quelle
infuence s’installe­t­il dans la mémoire des
petits ? Malgré des centaines de cas analy­
sés, le mystère reste entier. E.R.
]
78
Qu’est-ce qui fait qu’une cellule
devient cancéreuse ?
Dans un corps en bonne santé, vie et mort des cellules s’équilibrent. Elles se développent pour répondre aux besoins de l’organisme puis, l’heure venue, entament un
processus de suicide programmé (voir QR p. 58). Mais que l’une d’elles se soustraie à
cet ordre implacable, et une tumeur apparaît. Avant d’échapper à tout contrôle, la cellule a, généralement durant des années, subi des agressions répétées (radicaux libres,
mutations héréditaires, virus, UV…) qui lui ont permis d’accumuler les mutations sans
être éliminée et de se multiplier. Peu à peu, une excroissance formée de cellules filles
apparaît sur la cellule qui devient alors instable. C’est la tumeur. Celle-ci fabrique de
nouveaux vaisseaux sanguins à partir de ceux qui irriguent le tissu sain avoisinant pour
se nourrir. Elle grossit ainsi jusqu’à atteindre plusieurs milliards de cellules, sans que
le moindre symptôme ne se ressente. Certaines cellules acquièrent la capacité de se
détacher. Elles s’infiltrent alors dans le réseau sanguin ou lymphatique pour gagner le
ganglion le plus proche. La tumeur est devenue maligne et le cancer est installé. A.D. ]
Peut-on
mourir...
80… de douleur ?
Non, la douleur ne tue pas, mais
elle peut indirectement faire
fancher un cœur fragile. En effet,
si une partie du cerveau, le cortex
préfrontal, interprète la douleur
comme une sensation, une autre
– le cerveau reptilien –, l’analyse
comme une menace. L’hypothalamus libère des hormones favorisant la sécrétion de molécules
du stress. En réaction, le rythme
cardiaque s’accélère, d’où un
]
risque de crise cardiaque. K.J.
81… de trop boire ?
Oui. L’abus d’alcool peut entraîner
une paralysie respiratoire, le
coma, voire l’étouffement… Mais
une femme est morte après avoir
bu plus de 8 l d’eau plate en
quelques heures. Une telle quantité absorbée en si peu de temps
a déséquilibré les concentrations
en sodium entre les milieux intra
et extracellulaire : l’eau est alors
entrée dans les cellules et les a
fait gonfer, engendrant un œdème
]
mortel dans le cerveau. A.C.
Hippocrate préconisait déjà de plonger
les patients dans la neige pour limiter
les hémorragies. Aujourd’hui, le froid est
utilisé en réanimation pour protéger le
cerveau d’un arrêt cardiaque. Dès que
le cœur est reparti, le corps du patient
est relié à une machine réfrigérante qui
refroidit le sang et fait chuter sa température entre 32 et 35 °C. Le froid limite
le mécanisme d’autodestruction des
cellules nerveuses, qui débute quelques
minutes après l’arrêt du cœur. Il sufft en
effet de cinq minutes d’arrêt pour que
s’enclenche le suicide cellulaire, via la
production d’une enzyme, la caspase.
Des neurotransmetteurs comme le
glutamate et le lactate s’accumulent dans
les cellules et deviennent toxiques. Des
molécules infammatoires attaquent la
membrane. Or, chaque degré en deçà de
la température normale réduit le métabolisme général de 5 % : la production de
caspase est stoppée, la réaction infammatoire contenue, le glutamate et le
lactate évacués. Les neurones les moins
touchés reprennent une activité normale.
L’hypothermie légère fait ainsi passer le
]
taux de survie de 45 à 60 %. A.C.
QR P R I N T E M P S
Le froid peut-il repousser la mort ?
2016
82… trop manger ?
Normalement non ! Mais l’alternance de diète et de crise de boulimie altère le réfexe nauséeux,
qui empêche de se faire “éclater
la panse”, et fragilise la paroi de
l’estomac. Dès lors, la pression
dans cet organe augmente et le
sang n’irrigue plus la muqueuse :
ses cellules nécrosent, la paroi se
déchire et le liquide gastrique se
déverse dans la cavité, entraînant
une septicémie, voire la mort. A.C.]
63
100 QUESTIONS RÉPONSES
LA MORT
QR P R I N T E M P S
2016
Comment saiton l’heure exacte
d’un décès ?
64
Dans les 48 heures qui suivent le décès,
un cadavre fourmille d’indices qui
trahissent le moment fatidique. Avec
l’arrêt de la régulation thermique, la
température du corps s’aligne peu à
peu sur celle de l’environnement : en
8 à 12 heures pour la peau, en 24 à
36 heures pour la température centrale.
Si la mort est survenue depuis moins de
12 heures, les lividités (des taches violacées) s’effacent sous la pression des
doigts. Entre 12 et 24 heures, elles disparaissent partiellement. Au-delà, elles
sont fxées. Trois à quatre heures après
le décès, la rigidité cadavérique apparaît
au niveau des cervicales, puis des
membres, avant de gagner tout le corps
en 10 heures. Elle persiste 36 heures,
jusqu’à ce que la putréfaction vienne
la rompre. Au-delà de 48 heures, la
médecine légale a recours aux insectes
– coléoptères, mouches, acariens… – qui
se succèdent sur un cadavre, jusqu’à
sa décomposition totale. K.J.
]
Ethologues et zoologistes le
répètent : les animaux n’ont pas
conscience de leur mort future,
ils ne peuvent donc pas décider
de se tuer. Prenez le cas des
cétacés qui, parfois, viennent
s’échouer par centaines sur le
sable. Pas de suicide collectif ici
mais une probable perturbation
de leur système d’orientation
par les sonars de bateaux ou des
séismes sous-marins. Idem avec
les lemmings : s’ils se jettent
par milliers du haut de falaises,
c’est pour fuir des prédateurs
se mettant à les pourchasser
en groupe. Quant aux chiens se
laissant mourir de faim après
la disparition de leur maître,
certains éthologues canins
parlent de “suicide passif”. Le
chien étant un animal de meute,
la mort de son “chef” le prive
de tout repère et le place dans
une situation inconnue : il cesse
alors d’avoir un comportement
normal (s’alimenter) et finit
par mourir sans le vouloir
]
délibérément. S.F.
C’était une croyance répandue à la fin
du XIXe siècle : après la mort, la dernière image vue par le défunt resterait
imprimée sur sa rétine ! Tel le négatif
d’une pellicule photographique, elle
pourrait servir, pensait-on, à éclairer
sur les circonstances de sa mort. Utile
en cas de meurtre ! Les yeux de la
malheureuse Mary Jane Kelly, l’une des
victimes présumées de Jack l’éventreur,
en novembre 1888, furent photographiés
en gros plan à la demande de la police.
A quel moment peut-on
prélever les organes ?
Jusqu’ici, seuls deux cas étaient possibles : quand le patient
est en état de mort cérébrale (suite à un AVC, traumatisme
crânien…) ou quand il est en arrêt cardiaque et circulatoire
(après un infarctus, par exemple). En application de la loi sur
l’acharnement thérapeutique, la France autorise désormais
le prélèvement d’organe sur un patient décédé à la suite de
l’arrêt volontaire des traitements destinés à le maintenir en
vie. Aux Pays-Bas, depuis 1981, cette mesure a permis d’augmenter de 50 % le nombre de greffons disponibles. Toute personne majeure, déclarée morte et qui ne se serait pas inscrite
au Registre national du refus de dons d’organes est considérée
comme donneuse consentante. Et à partir du 1er janvier 2017,
les proches seront seulement “informés” du prélèvement. A.C. ]
Las : l’image de son assassin n’apparut
pas sur les clichés. Cela n’avait d’ailleurs
aucune chance de se produire. Et pour
cause : seul le cerveau garde en mémoire
des images. Quid de ce dernier ? Relié à
la rétine par le nerf optique, il reçoit et
interprète l’image : c’est à ce moment-là
qu’elle apparaît dans la conscience. Or,
une personne décédée n’a par définition
plus d’activité cérébrale. C’est comme
si l’écran était coupé : aucune image ne
peut alors être “rafraîchie”… F.G.
]
87
Les cellules livrent-elles
un testament ?
Oui. Avant de mourir, les globules blancs (également
appelés leucocytes) envoient un dernier message
chimique destiné aux futures générations de cellules
immunitaires. Ce message renferme des informations
sur la manière de lutter contre l’infection qui vient de
les exterminer. Ainsi, avant d’exploser, la membrane
des globules blancs forme à sa surface de petites
vésicules reliées entre elles, comme des perles sur un
fil, et contenant chacune des morceaux de la cellule
mourante. Une par une, les perles se détachent du collier et se font avaler par les cellules environnantes. Ce
démantèlement très organisé serait un rouage capital
]
de nos défenses immunitaires. E.H.
2016
animaux ne se
suicident pas
L’œil peut-il garder la
dernière image qu’il a vue ?
QR P R I N T E M P S
84 Les
86
GETTY
Le saviez-vous ?
65
100 QUESTIONS RÉPONSES
LA MORT
La mort dans
tous ses états…
66
FOTOLIA
QR P R I N T E M P S
2016
… pour un être humain ?
Jusqu’en 1968, les choses étaient
simples : un individu était déclaré mort
quand il ne respirait plus et que son
cœur ne battait plus. Une fois constaté
l’arrêt de ces deux fonctions vitales
(respiratoires et sanguines), le décès
était prononcé. Mais avec les progrès
des techniques de réanimation (respirateur artifciel, massage cardiaque),
qui permettent de relancer le cœur et
de maintenir un individu en vie avec
un cœur et des poumons défaillants,
le moment de la mort a été reprécisé :
aujourd’hui, c’est l’état du cerveau qui
sert d’ultime critère légal de la mort
de l’individu, quand bien même le cœur
et les poumons marchent toujours…
Il faut ici savoir que, la plupart du
temps, le cerveau meurt parce que ses
cellules manquent d’oxygène à la
suite d’un problème de vascularisation.
Quelques minutes d’hypoxie et elles
éclatent. Or, le cerveau détruit, c’est
toute la personnalité, le centre des
désirs, les émotions, la conscience,
etc. qui disparaissent, mais aussi le
contrôle de ses systèmes vasculaire,
pulmonaire, digestif… Un organisme
dont le cerveau vient d’expirer est
alors comme une armée désorganisée
privée de commandement : presque
tous les organes, tissus et cellules
peuvent être encore vivants, mais ils
ont perdu leur système de contrôle
centralisé (le cerveau) qui leur permet
de fonctionner correctement, de communiquer ou de se nourrir. Problème :
autant il était simple (avant 1968) de
prendre le pouls d’un patient et de
coller un miroir au-dessus de sa bouche
pour voir si de la buée s’y formait, autant il est compliqué de vérifer la destruction d’un cerveau. Pour ce faire, les
médecins disposent d’une batterie de
tests réfexes : contraction des pupilles
à la lumière, fermeture des paupières
lorsque la cornée est touchée, réaction
à la douleur, respiration spontanée, etc.
En France, la loi réclame, en plus, une
angiographie cérébrale (radio de la circulation sanguine dans le cerveau) ou
deux électroencéphalogrammes (EEG)
plats pendant au moins trente minutes
et effectués à quatre heures d’intervalle pour vérifer que le cerveau du
patient n’a plus d’activité électrique.
Lorsque tous les tests nécessaires
s’avèrent négatifs, la mort encéphalique est légalement déclarée – et donc
le décès de la personne. I.C.
]
cas des espèces insolites de la faune
d’Ediacara, dont ne subsistent que
les traces fossiles vieilles de 600 millions d’années. D’autres espèces
connaissent un sort légèrement différent, et “survivent” à travers leur
descendance – qui certes développe
ses propres traits mais en est issue.
Les dinosaures en sont un exemple
emblématique : disparus en tant que
tels, ils sont néanmoins toujours
là sous la forme de leurs avatars
contemporains, les oiseaux… E.R.
]
… pour le cosmos ?
Diffcile de prédire le destin ultime du cosmos, et pour cause : les chercheurs
n’ont jamais été témoins d’un tel événement. Mais à force d’observer les
galaxies, ils tiennent pour probable que le cosmos puisse mourir un jour. En effet,
les amas de galaxies s’éloignent inexorablement les uns des autres. Une “expansion” attestée depuis les années 1930, qui a inspiré trois nécrologies. L’une
d’elles, baptisée “big crunch”, prévoit que l’expansion ralentisse et s’inverse, au
point que l’Univers se contracterait sur lui-même jusqu’à écrasement apocalyptique. Sauf que les observations recueillies depuis 1998 montrent que l’expansion est en pleine accélération ! Autres possibilités, donc : le “big chill” (grand
froid), qui prédit un Univers de plus en plus dilué, ne laissant subsister qu’un
bain de photons très froid, toute la matière (y compris les trous noirs) s’étant
peu à peu évaporée, ou le “big rip” (grande déchirure), qui verrait l’Univers brutalement disloqué par un emballement de l’expansion, le réduisant à une soupe
de particules… A moins que d’ici là, une collision fatale avec un autre univers,
invisible à nos yeux, ne vienne causer une mort violente accidentelle. B.B. ]
91
… pour un atome ?
En physique, on résiste à employer
le terme de “mort”, surtout dans
le domaine de l’infniment petit, à
l’échelle des atomes. Et pour cause :
un atome ne meurt pas, il se désintègre, se transforme pour engendrer
d’autres atomes. Par exemple, en
physique nucléaire, le carbone 14
peut changer de nature et devenir
de l’azote 14. Le carbone existe
un temps, puis l’instant d’après,
il a disparu et est devenu de l’azote.
Il y a donc un “avant” et un “après”,
déterminé par un changement
d’un état qui se convertit en un état
différent. Finalement, la maxime
du chimiste Lavoisier peut se transposer en physique de l’atome : “Rien
ne se perd, rien ne se crée, tout se
transforme !” K.J.
]
Le destin d’une étoile comme
la nôtre, le Soleil, est déjà
tout tracé. Observée de nombreuses fois chez d’autres
astres similaires, l’histoire de
sa fn sera un enchaînement
de transformations dues à
l’épuisement de son carburant (l’hydrogène transformé
en hélium dans un processus de fusion nucléaire).
L’espérance de vie d’une
étoile est en fait limitée par
sa masse : plus l’étoile est
grosse, plus sa durée de vie
est courte. Les très massives mourront en quelques
millions d’années quand
les petites vivront jusqu’à
quinze milliards d’années
en moyenne. Ainsi, notre
petit Soleil, né il y a 4,5 milliards d’années, n’a plus que
7,7 milliards d’années à vivre
avant de mourir. Mais déjà,
dans 1,5 milliard d’années,
son cœur (environ 10 % de sa
masse) s’emballera.
Il deviendra une géante
rouge, une immense boule
d’hélium en combustion
entourée de gaz, brillant
3 000 fois plus qu’aujourd’hui.
Son diamètre mesurera deux
fois la distance Terre-Soleil.
Conséquence : elle absorbera
et pulvérisera les planètes
les plus proches. Quand tout
son carburant sera épuisé,
et avant de s’éteindre,
le Soleil s’effondrera sur luimême, son cœur devenant
une naine blanche. Soit une
sphère stable de la taille
de la Terre, extrêmement
chaude bien qu’elle ne brûle
plus, un million de fois plus
dense que l’étoile d’origine. Elle mettra plusieurs
milliards d’années à refroidir,
devenant alors une naine
noire, une étoile morte.
A terme, cette étoile pourrait
être engloutie par un
trou noir. K.J.
]
2016
Si pour un individu, on peut raisonnablement dire quand il est là et quand
il n’est plus là, pour une espèce
– soit des milliards d’individus qui se
relayent dans le temps –, le destin à
considérer est plus complexe, même
si elle est vouée à disparaître sous
l’effet de l’évolution, la sélection
naturelle, un cataclysme… Mais
selon deux cas de fgure différents :
parfois, les espèces s’éteignent sans
descendance, cul-de-sac évolutif
véritablement “mort” ; c’est le
92 ... pour
un astre ?
QR P R I N T E M P S
89
… pour une espèce vivante ?
67
100 QUESTIONS RÉPONSES
LA MORT
La mort en France
est la première
93 Quelle
cause de mortalité ?
30 %
des décès annuels sont dus à
une tumeur. Le cancer est la première cause de mortalité chez
les hommes, suivi par les maladies de l’appareil circulatoire. Chez la femme, cette hiérarchie est inversée. Pour les deux sexes, les accidents, suicides et
homicides arrivent en troisième position, suivis par
les maladies respiratoires et endocriniennes.
]
de personnes
95 Combien
meurent assassinées ?
715
homicides ont lieu en France
métropolitaine chaque année.
C’est 3 fois moins qu’il y a
vingt ans. Le moyen le plus souvent utilisé est
l’arme blanche puis les armes à feu, les coups, la
strangulation et l’asphyxie. Dans 80 % des cas, il
n’y avait pas de motif crapuleux. En métropole, la
Corse arrive en tête, avec 23 homicides par an.
]
pâtit des accidents
97 Qui
de la vie courante ?
+65ans
C’est la tranche
d’âges qui comptabilise les trois quarts de
ces décès. Tous âges confondus, 20 851 personnes
en sont mortes en 2010. Avant 15 ans, la cause
principale est la noyade, puis les incendies et la suffocation. Après 65 ans, ce sont les chutes. Entre les
deux, les chutes sont suivies par les intoxications. ]
QR P R I N T E M P S
2016
mortalité infantile est99 La
elle toujours en baisse ?
68
-98%
C’est la diminution de la mortalité infantile depuis 1901. A
l’époque, 15 % des nourrissons
mouraient avant leur 1 an. La vaccination et les soins
l’ont fait chuter à 3,5 décès pour 1 000 naissances en
2014. En 2009, 48 % des décès ont fait suite à une
affection périnatale, 22 % à une malformation et 9 %
au syndrome de la mort subite du nourrisson.
]
a-t-il toujours
94 Yplus
de suicides ?
-7%
C’est la diminution du nombre de
suicides depuis 1995. Chaque jour,
27 personnes se donnent la mort.
En tête, la Bretagne a enregistré 24,8 suicides pour
100 000 habitants en 2012, pour une moyenne
nationale de 15,3. En Midi-Pyrénées et en Corse,
les taux sont inférieurs à 15. L’isolement rural, le
chômage, l’alcoolisme pourraient être en cause… ]
la route, qui paie
96 Sur
le plus lourd tribut ?
75%
des décès concernent des
hommes. Ils représentent 75 %
des conducteurs de deux-roues
à moteur, pour qui le risque d’être tués sur la route
est vingt fois plus élevé qu’en voiture. Sur les
3 464 morts en 2015, 52 % étaient des automobilistes, 18 % des motards, 13 % des piétons, 4 % des
cyclistes et 2 % des chauffeurs de poids lourds.
]
de décès
98 Combien
sont dus au tabac ?
78 000
personnes en
sont mortes en
2010. Une mortalité en baisse chez les hommes (−6 %) mais qui a
été multipliée par 7 chez les femmes. Le tabac tue
toujours trois fois plus d’hommes, mais l’écart
se resserre. Le risque de succomber à un cancer
du sein est 30 % supérieur chez les fumeuses.
]
ou vitesse : qui
100 Alcool
tue le plus au volant ?
32%
des accidents de la route mortels survenus en 2015 étaient dus
à une vitesse excessive et 21 % à
l’alcool. Avec 25 % de Français qui reconnaissent ne
pas respecter les limitations, la vitesse est la première cause de décès sur la route. Viennent ensuite
le non-respect des priorités (14 %), l’inattention
(7 %), la prise de stupéfants (9 %), la fatigue (2 %). ]
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Nature et environnement
La saison des
amours
les rend
fous !
La fin de l’hiver revigore tout le vivant. Courses,
danses et autres rituels… les animaux mâles
sont alors prêts à tout pour trouver une partenaire, parfois même au péril de leur vie !
D
QR P R I N T E M P S
2016
ès les premiers signes de dégel, alors qu’éclosent les premières feurs, la torpeur de la
saison froide laisse place à la
grande renaissance du printemps : autrement dit, la saison des amours ! Sans plus
attendre, les animaux, qui ont souvent
passé l’hiver à hiberner, se consacrent à
la recherche d’un partenaire. Car sous
l’effet de la lumière toujours plus abondante, des modifcations physiologiques
70
x
60
… la poussée de
testostérone
Chez les éléphants en musth,
l’hormone sexuelle masculine peut
grimper jusqu’à 60 fois dans le sang !
Elle déclenche un comportement
territorial qui les pousse
à rechercher les femelles.
induites par les hormones sexuelles (testostérone et œstrogènes) redonnent de la
force à leurs muscles et déclenchent le
comportement reproducteur : rechercher
et séduire un partenaire, s’accoupler,
fabriquer un nid ou un abri, s’occuper
des petits… Les mâles, en particulier,
ne tiennent plus en place. Qu’ils soient
poissons, mammifères ou oiseaux, ils multiplient les manifestations de force pour
attirer les femelles… jusqu’à adopter des
attitudes qui, parfois, frisent la folie ! Car
en plus d’être forcenés, ils s’exposent inconsidérément à leurs prédateurs. Ils ne
se contentent pas de parader dans leurs
plus beaux atours : ils passent les bornes,
abandonnant toute prudence ! Irrationnels ? Exagérés ? On peut le croire… Sauf
que ces dames sont nombreuses à jeter
leur dévolu sur les plus habiles à jouer
avec le feu… pariant que leur vitalité est
synonyme de meilleurs gènes. Parmi ces
mâles que le printemps fait sortir de leurs
gonds, voici quatre cas d’espèce devenus
des cas d’école en éthologie.
]
BBC/GETTY - P.SAWER/FLPA/AGE FOTOSTOCK
PAR FIORENZA GRACCI
LES LIÈVRES :
ILS COURSENT LES
FEMELLES ET
BOXENT AVEC ELLES
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Retrouvez les
animaux de cet
article en vidéo !
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2016
Dès le mois de mars, les lièvres
européens s’adonnent à un fou
“bouquinage”, que les Anglais nomment “march madness”… et qui a
inspiré le personnage du lièvre fou
d’Alice au pays des merveilles.
Plusieurs mâles se mettent à
courser une femelle, la pourchassant de leurs ardeurs à travers
champs à longueur de journée (à
la vitesse de 60 à 80 km/h), sans
se soucier des renards et autres
rapaces, qui n’en demandent pas
tant. La femelle qui n’a pas encore
consenti à s’accoupler repousse les
mâles qui la harcèlent par d’impressionnants coups de “boxe”. On
pense souvent à tort que les mâles
se battent entre eux… Mais non,
ce sont bien les femelles qui s’en
prennent aux audacieux – et ceuxci leur répondent pareillement ! En
revanche, si à la fin des courses,
la hase est consentante, elle s’accouple avec le plus persévérant
(et le moins essoufflé) d’entre eux. ]
71
dès 15 ans pour les éléphants indiens,
25 ans environ pour les africains, les
mâles entrent, à la saison des pluies
(vers avril-juin), dans un rut appelé
musth. lequel dure quelques semaines
et revient une ou deux fois par an. la
forte poussée de testostérone (jusqu’à
60 fois le taux de base !) entraîne un
renforcement des muscles et l’émission
de sécrétions odorantes (au niveau de la
glande temporale) qui leur coulent des
joues. elles signalent qu’ils cherchent
activement à s’accoupler. ils se couvrent
de boue, poussent des cris… jusqu’à
déborder sur une sorte de folie
ravageuse très agressive : tout ce qui
se trouve sur leur passage, buisson ou
homme, est arraché ou chargé ! une
démonstration de force brute irrésistible
aux yeux des femelles, qui s’accouplent
en priorité avec les dominants. un mâle
qui n’est pas en musth, quand bien
même il serait plus grand, plus fort
et, en temps normal, devrait dominer,
s’inclinera systématiquement face
à un congénère dans cet état.
]
72
A.HARTL/AGEFOTOSTOCK - UNIV. OF LEICESTER
QR P R I N T E M P S
2016
LES ÉPINOCHES : ils
virent au rouge et
dansent follement
Ces menus poissons épineux des mers
froides se reproduisent d’avril à juin,
dans les eaux de basse profondeur. leur
particularité ? les mâles construisent
un nid végétal et prennent soin des
œufs jusqu’à leur éclosion ! la femelle
n’a qu’à choisir le bon reproducteur et
les leur confier. ses critères de sélection : la coloration, rouge vif à la saison
des amours, indice de bonne santé, ainsi
que la qualité et la position du nid…
mais aussi la danse typique, en zigzag.
or, pris dans leur fougue, les mâles
concurrents se produisent même si une
perche (leur prédateur) se trouve dans
les parages ! Plutôt être dévorés que
de renoncer aux femelles ! un comportement tout simplement “irrationnel”… ]
S.BLOOM/BIOS - DR
LES ÉLÉPHANTS :
ils deviennent
CarrÉment furieux
Habitants de nos forêts, ce sont les plus gros gallinacés
d’Europe ! Les “coqs de bruyère” se réunissent en arènes
de plusieurs dizaines d’individus où ils paradent, font la
roue et émettent des cris sourds caractéristiques. Mais ils
ne se contentent pas de ce show : ils s’attaquent volontiers à plus fort qu’eux ! Le premier, homme ou bête, qui
croise leur chemin sera littéralement chargé bec et
ongles ! C’est le cas de quelques malheureux skieurs, qui
vivent parfois de mouvementées rencontres avec des
tétras fin février, période qui correspond au début de la
saison des amours pour les tétras. Or, il n’est pas rare que
ces mâles tombent sur des vacanciers qui ne s’en laissent
pas conter, au risque de dire adieu à leurs chances d’assurer une descendance… Pourtant, cela ne les retient
pas. Leur fureur sexuelle est la plus forte, comme si leur
instinct de conservation se trouvait aboli. De nombreuses
études ont été nécessaires pour comprendre quels coqs
sont au final préférés par les femelles. Réponse : les plus
persévérants, qui assument une dépense énergétique
énorme… et sont donc les plus hagards !
]
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2016
Corps et santé
76
Suivre un régime au printemps ?
Les incroyables vertus
des mini-jeûnes
FOTOLIA
“Q
ue ton alimentation
soit ta première médecine”, préconisait Hippocrate, il y a plus de
2 500 ans. Aujourd’hui, cette
prescription est devenue une
vérité scientifque largement
étayée par d’innombrables études.
Mais outre la qualité de l’alimentation, les recherches médicales sur les animaux ont depuis
longtemps démontré les bénéfces
de… ne pas manger du tout. Soumis à
des diminutions d’au moins un tiers de
leur ration alimentaire chaque jour de
leur vie adulte, ou à des privations totales
de nourriture un jour sur deux jusqu’à
leur mort, les cobayes ont été protégés
contre nombre de maladies cardiaques
et vasculaires ou encore Alzheimer, le
diabète, l’ostéoporose et le cancer… Certaines espèces ont même gagné jusqu’à
30 % d’espérance de vie.
Et ces bienfaits pourraient se manifester
également si l’on s’impose des restrictions
alimentaires sur de courtes périodes (voir
encadré ci-contre). Or, quelle époque
est plus propice pour tenter l’aventure
que le printemps, quand les beaux jours
et la hausse des températures diminuent
notre appétence pour la nourriture et nos
envies de calories.
Des expériences ont été menées chez
l’être humain, allant de quelques jours
à plusieurs mois. Verdict : les marqueurs
biologiques associés au risque de développer différentes maladies diminuent.
Attention : les mécanismes en jeu ne sont
pas uniquement liés à la perte de kilos en
trop ou au fait de ne plus faire d’excès,
voire à la qualité de la nourriture. C’est
l’action même de mini-jeûner qui serait
source de bienfaits pour la santé.
DES CELLULES RÉGÉNÉRÉES
Cette pratique met en branle des mécanismes biologiques bien spécifques. A
commencer par le phénomène d’hormèse : affamer ponctuellement l’organisme entraîne un stress physiologique
qui pousse ce dernier à activer des systèmes de défense, tels que la production
de molécules antioxydantes, bien connues
pour ralentir le vieillissement. De même,
il se produit des phénomènes d’autophagie, qui consistent en une dégradation
Trois façons
de mini-jeûner
Manger dans une fenêtre
de 8 à 12 heures seulement par jour, cinq jours
par semaine.
Manger peu, environ
500 calories, deux jours
consécutifs par semaine.
Manger très peu cinq jours
consécutifs par mois : 1 000
calories le premier jour puis
700 les quatre suivants.
2016
PAR ELSA ABDOUN ET KARINE JACQUET
par les cellules de leurs propres déchets
moléculaires. Qui plus est, la restriction
alimentaire entraîne une baisse des processus infammatoires qui peuvent, avec
le temps, ronger les tissus ; et elle pousse
le corps, privé de glucides, à puiser de
l’énergie dans ses réserves de graisses : les
lipides sont ainsi transformés par le foie
en corps cétoniques, qui sont un carburant particulièrement apprécié des cellules gourmandes en énergie comme les
neurones, les muscles…
Tant de bienfaits simplement en se privant de temps en temps de manger ? Pour
Mark Mattson, directeur du laboratoire
de neurosciences à l’Institut national du
vieillissement de Bethesda (Etats-Unis),
cela n’a rien de surprenant : “Durant la
plus grande partie de son histoire évolutive, notre espèce a été confrontée à d’im-
QR P R I N T E M P S
Le jeûne total a prouvé ses effets bénéfiques. Or, même de courtes privations se
montrent également efficaces. De quoi
révolutionner nos habitudes alimentaires.
77
Corps et santé
Il active la production
de corps cétoniques
Le jeûne fait
du bien à notre
organisme…
Quand le corps manque de glucose,
il puise son énergie dans les cellules
graisseuses (photo) : le foie transforme
ces lipides en corps cétoniques aux
effets bénéfiques sur les cellules…
QR P R I N T E M P S
2016
portantes restrictions alimentaires. Notre
organisme est donc plus adapté à ce fonctionnement qu’à celui, très récent, consistant à manger trois repas tous les jours.”
Soit ! Mais de là à s’imposer de jeûner
et laisser son organisme crier famine…
Des chercheurs anglais ont alors eu
l’idée de développer une méthode qui
fait de plus en plus forès : le régime 5:2.
Ce dernier consiste à pratiquer, deux
jours consécutifs par semaine, des “quasi-jeûnes” en divisant par trois ou quatre
les apports énergétiques journaliers, soit
un apport d’environ 500 calories, contre
les 1 800 à 2 500 habituelles. Les résultats
des premiers tests, menés en 2011, pendant six mois sur 41 femmes obèses ou en
surpoids révèlent qu’elles avaient évidemment maigri. Leur état de santé s’en était
trouvé par conséquent amélioré, mais
surtout, elles ont présenté une plus forte
production de corps cétoniques, ainsi
qu’une baisse des marqueurs de stress
oxydants et de l’infammation.
Une méthode concurrente, consistant en une restriction calorique encore
moins intense et moins fréquente, mais
78
s’étalant sur une durée plus longue,
vient également de produire des preuves
crédibles de son effcacité. Pendant
trois mois, 19 volontaires se sont contentés, cinq jours consécutifs par mois, de
la moitié des apports caloriques recommandés le premier jour, puis seulement
du tiers les quatre suivants. Les cobayes
avalaient donc 1 000 calories le premier
jour, puis 700 les quatre suivants. A la fn
de l’expérience, Valter Longo, professeur
de biologie à l’université de Californie du
Sud, a remarqué que ces quasi-jeûneurs
produisaient plus de corps cétoniques
et présentaient moins de protéines CRP
(marqueurs d’infammation) et d’hormones IGF-1 (facteur de vieillissement).
risque de tumeur diminuÉ de 45 %
En marge de ces résultats, des souris soumises à un régime similaire ont vu, entre
autres, leur risque de développer des tumeurs diminuer de 45 % et leur densité
osseuse préservée. Et il y a plus remarquable encore. Valter Longo a noté chez
elles un phénomène tout à fait nouveau :
“Un véritable renouvellement cellulaire
Le jeûne thÉrapeutique
Et si, en plus de ralentir le vieillissement de l’organisme, le jeûne pouvait aussi nous
soigner ? C’est ce que suggèrent plusieurs études menées sur de petits groupes de
patients, qui montrent, notamment, qu’il pourrait diminuer les symptômes de l’asthme
et de la polyarthrite rhumatoïde, ou normaliser la tension de patients hypertendus. Mais
récemment, la recherche sur le potentiel thérapeutique du jeûne s’est surtout orientée
vers une application particulièrement prometteuse : le traitement du cancer. Des études
indiquent en effet que de courtes périodes de privation de nourriture augmenteraient
l’efficacité de la chimiothérapie, tout en réduisant ses effets secondaires !
]
Il diminue
l’inflammation
Sur le long terme, l’inflammation fragilise les tissus. Le jeûne active la production de molécules qui inhibent cette
inflammation, dans laquelle sont impliquées les cellules macrophages (photo).
avec une disparition très importante de
cellules des muscles, du foie et du système immunitaire qui, à la reprise d’une
alimentation normale, étaient repeuplés
grâce à la très forte prolifération de cellules souches.” Si cette stratégie semble
avoir une longueur d’avance, une troisième, plus hypothétique, attire depuis
peu par son incroyable simplicité : elle
consiste à jeûner… la nuit. Ou, plus
exactement, à espacer d’au moins douze
heures, et si possible seize, la dernière
prise alimentaire d’une journée et le premier repas de la suivante. Quitte à sauter
le dîner ou le petit déjeuner.
Des chercheurs de l’Institut Salk de
La Jolla (Californie) se sont récemment
intéressés aux bénéfces métaboliques de
ces mini-jeûnes. Et ont démontré, en décembre 2014, chez des souris, que, sans
diminuer la quantité de nourriture ingérée dans la journée, cette méthode entraînait une moindre prise de poids, garantissait une meilleure endurance physique et
une diminution du cholestérol et des facteurs de risque de diabète. Et cela, même
quand les souris ne s’y soumettaient que
CORBIS - M.SAEMANN
On connaît depuis longtemps
les effets bénéfiques du jeûne
total sur la santé. Outre la
dégradation, par les cellules,
de leurs déchets internes, et
l’activation de la production
de molécules aidant à se
protéger des radicaux libres,
il agit principalement de
deux manières…
cinq jours par semaine. Une bonne nouvelle pour ceux qui apprécient autant les
dîners tardifs du samedi que les croissants
au réveil le dimanche. “Les bénéfces
seront probablement proportionnels à
l’intensité et à la durée de la restriction”,
précise néanmoins Benjamin Horne, spécialiste d’épidémiologie au Centre médical Intermountain de Salt Lake City.
Mais qu’en est-il des risques ? De fait,
nul ne sait encore chez l’humain les effets à long terme de jeûnes très fréquents
pratiqués pendant des années. D’ailleurs,
sur les rongeurs, certaines des études
testant des restrictions plus extrêmes ont
obtenu des résultats à contre-courant, tels
qu’une baisse de la longévité ou une augmentation de l’incidence des cancers…
Avant d’être reconnu comme un outil de
prévention, voire conseillé par des autorités de santé, le rapport bénéfce/risque
du jeûne, même très court ou partiel,
devra donc être confrmé par des essais
cliniques de plus grande ampleur.
SIMPLE ET À LA PORTÉE DE TOUS…
En attendant, les spécialistes semblent
considérer la pratique de “mini-jeûnes”
comme suffsamment sûre pour déjà
l’essayer sur eux-mêmes ; même s’ils rappellent que le jeûne est un outil parmi
d’autres, qui peut venir sous suivi médical
en complément de l’exercice physique et
d’une alimentation équilibrée. Ce n’est
pas tous les jours qu’un “régime” possédant de véritables vertus prophylactiques
et, accessoirement, capable de nous faire
perdre quelques kilos s’avère à la fois
simple, gratuit et à la portée de tous.
]
Augmentation de la neurogenèse
(+18 % dans l’hippocampe) chez
la souris, mais aussi : amélioration des fonctions cognitives
(notamment chez des souris
atteintes d’Alzheimer) ; ralentissement de la maladie neurodégénérative de Huntington ; moindre
mortalité après un infarctus
cérébral…
MaLaDies
carDiaques
Risque de maladies
coronariennes diminué
de 30 % chez la souris.
Diabète
Chez l’homme, + 20 %
de sensibilité à l’insuline
(un facteur protégeant
du diabète) et chez la
souris, prévention du
diabète (– 20 %).
scLérose
en pLaques
Prévention de
la sclérose en plaques
(– 15 % chez la souris).
cancers
Prévention des cancers,
notamment celui de la
prostate (– 10 % chez
les souris).
ostéoporose
Préservation de la densité osseuse (+ 15 %).
MaLaDies
vascuLaires
Chez l’humain : baisse
du cholestérol (jusqu’à
– 30 %), mais aussi des
triglycérides et de la
pression artérielle ; augmentation du nombre
de globules rouges et
de plaquettes.
2016
De récentes études montrent, chez la
souris et chez l’homme, que le jeûne serait
bon pour la santé, même s’il n’est suivi
que sur une courte durée (12 à 16 heures,
5 jours par semaine) ou n’est que partiel
(consistant à diminuer son apport en calories durant quelques jours). Le mini-jeûne
ralentirait ainsi le vieillissement – jusqu’à
30 % de longévité en plus chez les souris –
et éloignerait de certaines maladies.
MaLaDies
neuroLogiques
qr P R I N T E M P S
… ET MÊME SUR DE COURTES
PÉRIODES, IL PROTÉGERAIT
DE NOMBREUSES MALADIES
79
Technos et mode de vie
Harmony of the Seas
LE PAQUEBOT UL
QR P R I N T E M P S
2016
IL EFFECTUE SA PREMIÈRE SORTIE CE
80
Pour ses passagers,
c’est un gigantesque
palace ; pour les chantiers navals STX de
Saint-Nazaire, une
prouesse industrielle
réalisée en 36 mois et
livrée ce printemps.
La preuve en 6 points.
PAR MATHIEU GROUSSON ET FIORENZA GRACCI
U
n mastodonte a vu le jour à
Saint-Nazaire. C’est simple, en
avril, lorsqu’il sera livré à son
propriétaire, la Royal Caribbean Cruises, Harmony of the Seas sera le
plus grand navire de croisière du monde.
Un monstre de 362 mètres de longueur
(près de 50 mètres de plus que le France),
66 mètres de largeur, 72 m de hauteur
totale pour un volume de 642 000 mètres
cubes et un poids de 227 000 tonnes. Diffcile à imaginer, si ce n’est qu’autour de
lui, aux chantiers STX France, les navires
en construction font fgure de nains.
Sa première croisière est prévue le
22 mai 2016, de Southampton à Rotterdam. Cette véritable ville fottante pourra
accueillir 6 360 passagers dans 2 744 cabines, et 2 100 membres d’équipage.
Après la mise à l’eau du Sovereign of the
Seas, en 1988, et celle du Queen Mary 2,
en 2004, ce géant des mers permet aux
chantiers navals de Saint-Nazaire de
battre pour la troisième fois le record du
plus gros paquebot du monde.
Un chantier titanesque ! A tel point
que l’entreprise a dû édifer un échafaudage de 90 mètres de hauteur. Le Très
grand portique (TGP) est le seul d’Europe capable de soulever des blocs de
1 400 tonnes, et de les placer avec une
précision inégalée. Harmony of the Seas
sera également un bijou de technologie
navale dont les performances, la concep-
Cheminées télescopiques
Ponts
Timonerie
Moteurs
4 moteurs
362 m de longueur
66 m de largeur
9,15 m de tirant d’eau
20 ponts dont 16 destinés aux passagers
227 000 tonneaux de jauge brute (642 000 m3)
127 000 chevaux de puissance moteur
Plus de 23 nœuds de vitesse maximale
54 000 t de coque métallique
350 km de tuyaux
5 000 km de câbles
100 000 appareils d’éclairage
470 000 pièces de métal pour la coque
8 700 000 objets
36 mois de la conception à la livraison
Plus de 2000 ouvriers et techniciens
Un coût de plus de 1 milliard d’euros
tion et la construction tiennent de la
prouesse industrielle. Le tout en tenant
compte des règles internationales extrêmement strictes en matière de sécurité
et des contraintes environnementales et
économiques drastiques. Une prouesse
réalisée en trente-six mois chrono, du
début de la conception à la livraison !
“Dans ces délais, seuls quatre ou cinq
chantiers navals dans le monde sont capables de réaliser des navires aussi grands
et aussi complexes”, résume Laurent Castaing, directeur général de STX France.
Une ferté légitime. Car il sufft de faire
le tour du monstre pour se rendre compte
que l’exploit se retrouve à tous les niveaux, de la conception à la mise à l’eau.]
Une coque à la forme optimale
Premier défi : l’hydrodynamique, soit la
capacité du navire à
flotter et à naviguer de
manière stable et rapide. Un navire comme
l’Harmony of the Seas
est le fruit de savantes
modélisations numériques. Les équations
fondamentales de la
physique des fluides
y sont mises en œuvre
afin d’obtenir une
coque à la forme optimale en termes de
stabilité et de performances. Ainsi, même si
l’Harmony est le troisième de sa classe (les
deux premiers, Oasis 1
et 2, ont été livrés
en 2009 et 2010 par un
chantier finlandais),
toutes les simulations
sur la puissance et la
vitesse ont été refaites,
suivies d’essais en
bassin avec une maquette de 14 mètres.
Et l’erreur est interdite :
un écart de 0,2 nœud
(0,36 km/h) sur la vitesse du bateau prévue
par le contrat entraîne
des pénalités financières pour le
constructeur ! Les propulseurs d’étrave qui,
à l’avant du navire,
servent pour les manœuvres portuaires,
atteignent un diamètre
record de 4 mètres !
“Afin de réduire au
maximum la traînée
[la résistance de l’eau],
des simulations
numériques ont pris en
compte l’ensemble des
phénomènes hydrodynamiques impliqués !”,
s’enthousiasme Loïc
Morand, responsable
du service hydrodynamique. Les simulations
numériques ont même
intégré les tourbillons
formés lors de la pénétration du bateau dans
l’eau. Ce qui a abouti à
une nouvelle forme du
bulbe, la pièce qui sert
à casser la vague
d’étrave se formant à
l’avant du navire. Cerise
sur le gâteau : des hélices à la poussée
maximisée et aux bruits
et vibrations minimisés
au maximum, pour le
confort des passagers. ]
2016
ROYAL CARIBBEAN INTERNATIONAL
PRINTEMPS
1
QR P R I N T E M P S
TIME
Bulbe
81
2
La sécurité optimisée
Côté sécurité, de gros
efforts sur la mécanique
des structures ont été
réalisés. La stabilité d’un
navire est en effet soumise, depuis 2009, à une
nouvelle réglementation
internationale. Si auparavant, un paquebot
était conçu pour résister
à une brèche de
11 mètres dans un compartiment, et tenir avec
deux compartiments envahis par l’eau,
désormais, la convention
Solas, pour Safety of life
at Sea (“sécurité de la
vie en mer”), impose
une analyse probabiliste,
c’est-à-dire l’évaluation
de l’effet d’une
82
S.LAVOUE
QR P R I N T E M P S
2016
3
multitude d’avaries,
fondée sur l’historique
mondial des statistiques
d’accidents enregistrés
notamment par les compagnies d’assurance.
“Cela a complètement
changé l’architecture
des navires, notamment
la taille des tranches (les
différentes parties de la
coque séparées par des
cloisons étanches), qui
varie désormais en fonction de leur position”,
constate le directeur
technique Xavier
Leclercq. Grâce à l’expertise des chantiers
navals STX de SaintNazaire en matière de
calcul de structures,
le navire a été allégé au
maximum. Non seulement cela permet de
substantielles économies, mais cela modifie
totalement l’ambiance
à bord des bateaux de
croisière. En effet, moins
de métal signifie plus
d’ouvertures ! Autrefois,
celles-ci étaient des
petits hublots ; ce sont
maintenant de vastes
baies vitrées. Le secret ?
Une arête centrale fait
office de colonne vertébrale en soutenant la
majorité des efforts.
Dans l’Harmony of the
Seas, celle-ci est
occupée par une large
artère commerçante. ]
Des économies
d’énergie
Le fleuron de la Royal
Caribbean Cruises
devrait également
battre des records en
matière de consommation d’énergie, avec
une réduction de 23 %
de la facture énergétique par rapport à
Oasis 1 et 2. Une tâche
particulièrement ardue
si l’on considère que la
moitié de la consommation énergétique
d’un navire de croisière
concerne d’autres
postes que la propulsion, notamment la
climatisation ou bien
l’éclairage. Le constructeur dévoile ainsi l’un
de ses secrets industriels : l’utilisation de
l’eau d’un des circuits
de refroidissement des
moteurs. Une fois
chauffée à 70 °C, elle
est envoyée dans une
enceinte basse pression où elle bout à
45 °C, de quoi la dessaler afin d’alimenter
les piscines du bord en
eau douce sans avoir
recours à une chaudière spécifique. Autre
astuce : la récupération
d’une autre partie de
la chaleur des moteurs
pour alimenter en
vapeur une turbine
électrique. C’est tout
simplement le principe
de la cogénération, mis
en œuvre pour la première fois sur un navire
de cette taille. A plus
long terme, STX envisage des navires
bioclimatiques, ventilés
par la circulation de
l’air naturel.
]
4
Une maquette 3D
complète
Voilà le travail le plus titanesque : établir une
maquette complète du navire. Une CAO (conception
assistée par ordinateur) dernier cri a permis de décrire
en détail la forme de
470 000 pièces de métal
pour la coque et de
8 700 000 objets (gaines, mécanismes, etc., jusqu’au
moindre boulon) ainsi que
leurs interactions. Au final,
cela donne une maquette 3D
numérique : ”Nous la soumettons ainsi virtuellement
à toutes les avaries possibles afin de vérifier que
tout est en ordre”, complète
Xavier Leclercq. Car la
norme Safe return to port
impose, depuis 2010, qu’en
cas d’incendie dans un compartiment, une vingtaine
de fonctions considérées
comme vitales (production
d’énergie, propulsion, gouverne…) soient assurées afin
que le bateau puisse rentrer
au port en sécurité. Du coup,
ces fonctions sont doublées
sur des routages différents. ]
Technos et mode de vie
6
Des blocs soudés au millimètre
Dans un scintillement de
fers à souder, la dernière
phase est l’assemblage
des panneaux en bloc,
selon un principe de
construction imaginé
dans les années 1930,
notamment à SaintNazaire, pour accélérer
la construction des
navires. L’idée : découper
le navire en différents
morceaux, les blocs, lesquels sont ensuite
assemblés indépendamment avant d’être
soudés les uns aux
autres. Ce qui évite d’assembler directement
chaque pièce sur le navire lui-même, ce dernier
représentant un espace
de travail exigu et difficile d’accès. Ainsi,
86 blocs ont été
construits et préarmés
avant d’être définitivement soudés. Le plus
gros bloc mesurait
10 mètres de hauteur,
47 mètres de largeur
et, surtout, pesait
980 tonnes, un record ! ]
Le navire est
découpé en 86 blocs
indépendants (le plus
gros pesant 980 t),
soudés ensuite les
uns aux autres.
Une structure en kit
Sans même attendre que
la maquette soit complète, la fabrication a
débuté en septembre 2013. Entre 850 et
2 000 ouvriers se sont
affairés dans les ateliers,
pour travailler les
700 panneaux métalliques
qui composent la structure du navire. Les plus
simples d’entre eux ont
été découpés de manière
automatisée, mais les plus
complexes ont été formés
à la main à l’établi, dans le
fracas des scies à métaux.
Ensuite, l’étape cruciale
du préarmement a
débuté : elle visait à
équiper au maximum les
panneaux en termes de
réseaux (électricité, aération, plomberie…). Toutes
les pièces de ce gigantesque “Lego” à ciel
ouvert ont été stockées
à l’envers, pour que les
ouvriers puissent installer
les tuyaux et autres
gaines au plafond sans
se tordre le cou !
]
Entre 850 et
2 000 ouvriers
ont conçu les
700 panneaux de la
structure du navire.
QR
5
83
Technos et mode de vie l COMMENT ÇA MARCHE ?
84
G.CIRADE
QR P R I N T E M P S
2016
Le phénomène
des grandes
marées
La marée du siècle de mars 2015 – qui
n’en fut pas vraiment une puisque de
tels phénomènes se produisent tous les
dix-huit ans – a inscrit dans les mémoires
le spectacle impressionnant de la mer
venant se fracasser sur le littoral de la
Manche et de l’Atlantique et braver les
digues sur des centaines de mètres. Ce
21 mars 2015, le coeffcient atteignait la
valeur de 119, soit juste un centième en
dessous du maximum possible, 120 – qui,
d’après les estimations, devrait survenir
le 23 mars… 2073. Pourtant, nul besoin
d’attendre cette date pour constater l’ampleur du phénomène. Le 8 avril prochain,
une “très” grande marée, au coeffcient
de 118, fera le bonheur des amateurs de
pêche à pied et de grands spectacles. Vers
15 heures, dans la baie étriquée et plate
du Mont-Saint-Michel, ce mouvement
de fux et refux des eaux prendra toute
son ampleur, même s’il sera présent sur
toute la côte ouest. L’espace de quelques
heures, autour de cet îlot rocheux, la mer
se retirera jusqu’à presque disparaître, découvrant l’estran sur plusieurs kilomètres
avant que le mont ne devienne une île
vers 20 heures. Au total, la différence de
hauteur d’eau entre la marée basse et la
marée haute, appelée le marnage, devrait
s’approcher des 14 mètres, contre 10 m
pour une marée déjà importante !
Pour comprendre l’origine de ce double
spectacle, il faut d’abord s’arrêter sur
le phénomène de marée. Il résulte en
grande partie de l’action gravitationnelle
(ou attraction) de la Lune et du Soleil
qui, tels des aimants, attirent vers eux la
Terre, et donc les océans. Sachant que la
force d’attraction dépend de la masse de
l’astre mais aussi de sa proximité avec la
Terre, celle de la Lune est donc deux fois
et demie plus prégnante que celle du Soleil – plus massif mais bien trop éloigné.
A l’attraction gravitationnelle s’ajoute la
force centrifuge du système Terre-Lune
en rotation qui rejette l’eau (de la même
manière qu’on est projeté à l’extérieur
dans un manège en rotation) à l’opposé
du côté exposé à la Lune : là où cette force
est dirigée vers le ciel : la marée est haute.
A l’inverse, là où elle est dirigée vers le
centre de la Terre : la marée est basse.
Quant au rythme de l’alternance entre
haute et basse mer, il est dicté par la rotation de la Terre sur elle-même. Ainsi, si
on observe un point de la planète, il y aura
en une journée, une haute mer lorsque
ce point se trouvera au plus proche de
la Lune, sous l’effet de l’attraction gravitationnelle, et une seconde haute mer,
douze heures plus tard, à l’exact opposé,
due cette fois à la force centrifuge. Et
dans la même journée, deux basses mers
lorsque le point sera à mi-chemin.
44 GRANDES MARÉES EN 2016
Voilà pour les marées. Mais quid des
grandes marées ? Celles-ci ne doivent rien
au hasard. Elles se produisent lorsque
le Soleil et la Lune sont alignés avec la
Terre. Dès lors, leurs forces d’attraction
sont orientées dans la même direction et
leurs effets se conjuguent. Le marnage
devient alors important, avec des coeffcients supérieurs à 100 sur une échelle
qui oscille entre 20 et 120. On parle de
grandes marées ou de marées de viveseaux. Ce phénomène apparaît de manière cyclique lors de la nouvelle Lune,
quand notre satellite est situé entre la
Terre et le Soleil, et lors de la pleine Lune
quand la Terre est placée entre la Lune et
le Soleil. Dans ce cas, l’attraction solaire
s’ajoute principalement à la force centrifuge. A l’inverse, lorsque les deux astres
forment avec la Terre un angle droit, lors
Les ”vives-eaux” résultent de l’alignement
du Soleil et de la Lune avec la Terre
2… ainsi qu’à la force centrifuge.
La Terre et la Lune ne sont pas immobiles : elles
tournent autour d’un centre de gravité commun.
Résultat, notre planète est soumise à la force centrifuge, qui expulse l’eau vers l’extérieur. Si cette force
était la seule à agir, il n’y aurait qu’une seule marée
haute par jour, cette fois du côté opposé à la Lune.
La Terre est
1l’attraction
soumise à
lunaire…
Si notre planète ne subissait aucune influence, les
mers s’étaleraient uniformément à sa surface.
Mais la force d’attraction
de la Lune provoque une
des deux marées hautes
quotidiennes, du côté
de la Lune.
CENTRE
DE GRAVITÉ
TERRE-LUNE
ROTATION
DU COUPLE
TERRE-LUNE
du premier et du dernier quart de Lune,
les forces de gravitation dues au Soleil et
à la Lune se contrarient et la marée est de
faible ampleur (les mortes-eaux).
Le rythme de cette alternance de viveseaux et de mortes-eaux est dicté par la position de la Lune. Or, notre satellite tourne
autour de la Terre en vingt-huit jours : tous
les quatorze jours, il se retrouve logiquement aligné avec la Terre et le Soleil ; et
on observe des vives-eaux. En 2016, pas
moins de 44 grandes marées à forts coeffcients sont attendues en France ; mais
seule celle du 8 avril atteindra 118.
Toutes les grandes marées n’ont pas la
même ampleur. Et pour cause : l’orbite
de la Lune étant une ellipse, la marée
devient exceptionnelle si notre satellite
est au plus proche de la Terre – soit à
357 000 km contre 406 000 km quand
elle est au plus loin –, ce qui arrive autour des équinoxes.
D’autres éléments modifent également l’amplitude des marées : les
contours très découpés de certaines
côtes ou ceux formés de goulets d’étranglement qui génèrent des marées plus
fortes, les forces s’appliquant sur une
masse d’eau relativement faible ; la
profondeur de l’eau ; la pression atmosphérique ou encore les vents qui, s’ils
souffent dans la même direction que la
marée, la “poussent”. D.G. ET K.J.
]
deux forces se combinent,
3Les
créant les marées…
Quand les forces gravitationnelles et
centrifuges unissent leurs efforts,
on obtient dans les faits deux
marées hautes toutes
les 24 heures sur l’axe
Terre-Lune et deux
marées basses
à mi-chemin
de cet axe.
avec un décalage
4…quotidien.
Les alternances de haute et
basse mer ne se produisent
pas en 24 heures : pendant
que la Terre fait un tour sur
elle-même, la Lune se déplace
aussi de 1/28e de tour. Elle se
retrouve donc au-dessus du
même point en 24 heures et
50 minutes. Ainsi, la marée se
décale de 50 minutes par jour.
grandes marées surviennent
5Les
quand les 3 astres sont alignés.
Le Soleil exerce aussi une influence
gravitationnelle sur l’eau des océans.
Quand le Soleil et la Lune sont alignés
avec la Terre, leurs effets se conjuguent
et génèrent des grandes marées
(vives-eaux).
MARÉES FORTES
(VIVES-EAUX)
MARÉES FAIBLES
(MORTES-EAUX)
MARÉES FORTES
(VIVES-EAUX)
MARÉES FAIBLES
(MORTES-EAUX)
QR P R I N T E M P S
2016
TRAJET DE
LA LUNE EN
24 HEURES
85
Technos et mode de vie l OBJETS DE SAISON
LA BALANCE DIRECTEMENT
CONNECTÉE À VOTRE POIDS
86
DR
QR P R I N T E M P S
2016
Avant l’épreuve du maillot de bain,
la balance Smart Body Analyzer de
Withings se fait l’alliée des régimes connectés. Son plateau de verre (noir ou blanc)
dissimule des capteurs de poids (de 9 à
180 kg), de rythme cardiaque et un impédancemètre. Ainsi, lors de la pesée (pieds
nus), des électrodes envoient un faible
courant électrique dans le corps pour évaluer la masse graisseuse. Huit utilisateurs
différents peuvent y connecter leur smartphone (iOS et Android) en Bluetooth 4.0
ou Wi-Fi (via le serveur Withings). A la
pesée suivante, la balance les reconnaîtra
grâce à leur poids de référence. Calculées
à partir des informations saisies (taille, âge,
sexe), les courbes révèlent l’évolution des
masses corporelle et graisseuse et de l’IMC
(indice de masse corporelle), le tout étant
consultable sur l’appli Withings. Celleci peut également intégrer les données
d’autres capteurs intelligents (MyFitnessPal pour compter les calories de plus de
trois millions d’aliments, RunKeeper pour
l’activité physique), pour un régime hyperconnecté. A.P.
]
Prix : env. 150 €
Rens. : http://www.withings.com/fr/fr/
products/smart-body-analyzer
Les capteurs de son plateau
en verre évaluent les masses
graisseuse et corporelle et
enregistrent leur évolution. Les
données sont consultables sur
le smartphone des utilisateurs.
CE CAPTEUR TRAQUE VOS PERFORMANCES EN NATATION
Quand on nage, il est parfois laborieux de
compter les longueurs voire les carreaux du
fond de la piscine pour évaluer son entraînement. L’armature de cette drôle de prothèse
renferme un cardiofréquencemètre, fonctionnant jusqu’à 30 mètres de profondeur. Elle se
fixe sur l’élastique de n’importe quelles lunettes
de natation, enveloppant le verre droit. Le capteur est ainsi maintenu sur la tempe droite pour
détecter le rythme cardiaque du porteur depuis
l’artère temporale. En fonction de la mesure
relevée, Instabeat renseigne en direct le nageur
sur l’intensité de son effort. Des LED éclairent
le verre des lunettes, selon un code à trois
couleurs : bleu pour indiquer que l’effort brûle
les graisses, vert pour le fitness et rouge pour
une optimisation des performances. L’appareil
comptabilise aussi le nombre de longueurs effectuées grâce à des capteurs de mouvements,
ou encore le nombre total de battements et
même celui des tours et des retournements
effectués avant de délivrer la quantité de calories dépensées. A la fin de la séance, toutes ces
données peuvent être transférées par USB sur
ordinateur. Un logiciel permet alors de les visualiser et de suivre leur évolution d’un
entraînement à l’autre. Un gadget utile qui,
grâce à sa forme, oppose une résistance minimale à l’eau et n’a donc que peu d’impact
sur les performances de l’utilisateur. O.L.
]
Prix : env. 95 €
Rens. : http://www.
instabeat.me
Versez la crème liquide (à plus
de 30 % de matière grasse) pas
trop froide (18-20 °C), agitez
pendant 20 à 30 secondes, et le
tour est joué ! L’air piégé s’incorpore à la crème et les billes,
tels des batteurs libres, optimisent son foisonnement. L.B. ]
Prix : env. 15 €
Rens. : www.cookut.com
QR P R I N T E M P S
Quoi de mieux pour fêter l’arrivée des premières fraises que
de les parer d’une délicate
chantilly faite maison ? L’alternative aux batteur électrique,
siphon ou fouet, proposée par
le français Cookut, tient plutôt
du shaker : le Creazy est un
bocal fermé contenant des
billes en silicone à douze faces.
2016
UN SHAKER POUR MONTER
SA PROPRE CRÈME CHANTILLY
87
Technos et mode de vie l OBJETS DE SAISON
UNE POÊLE INTELLIGENTE QUI SURVEILLE LA
TEMPÉRATURE POUR UNE CUISSON PARFAITE
La cuisine requiert du savoir-faire et, avant
tout, de la précision dans les cuissons. Or, il
est difficile de contrôler la température d’une
poêle aussi précisément que celle d’un
four… D’où l’idée de la Pantelligent : elle
intégre un capteur de température qui se
donne pour mission d’éviter la surcuisson du
saumon grillé ou des courgettes, par
exemple. Après avoir choisi une recette sur
l’application mobile (Android ou iOS), il ne
reste plus qu’à connecter la poêle en
Bluetooth 4.0 avec son smartphone et de
suivre les instructions pas à pas. La poêle
mesure précisément la température et
indique en temps réel quand retourner le
poisson ou les légumes, puis quand arrêter la
cuisson. Alimentée par deux piles AAA qui lui
confèrent une autonomie d’un an, la Pantelligent n’est pas plus lourde qu’une poêle
classique (1 kg). L.B.
]
Prix : env. 175 € - Rens. :
www.pantelligent.com
CES ROLLERS À MOTEUR
FONCTIONNENT SUR LE
PRINCIPE DU SEGWAY
88
Prix : env. 990 €
Rens. : www.eco-riders.boutique
DR
QR P R I N T E M P S
2016
Plus besoin d’ôter ses chaussures pour
enfiler ces rollers électriques. Ils
s’adaptent à toutes les pointures et
fonctionnent comme le Segway (véhicule électrique monoplace muni de
deux roues et d’un manche) : une fois
les rollers bien sanglés, penchezvous en avant pour accélérer
(jusqu’à 19 km/h), en arrière
pour freiner et vous arrêter. Le
tout sans trop d’efforts
puisqu’un gyroscope interne
pilote les moteurs. Grâce à
une connexion Bluetooth,
l’appli sur smartphone permet
de régler la vitesse selon trois
modes (débutant, normal et
pro). Le modèle R8 dispose
d’une autonomie de soixantedix minutes, équivalente à un
parcours d’environ 13 km. O.L. ]
UN SIMPLE COUP
DE FIL ET ELLE
TOND LE GAZON
Prix : à partir de 1 300 €,
suivant la taille du pneu
Rens. : www.bosch-garden.com
Et si tondre le gazon était désormais aussi
simple qu’un coup de fl ? C’est en résumé le
principe de la tondeuse Indego Connect de
Bosch. Connectée en GSM, elle est activée à
distance par son propriétaire, qu’il soit au bureau ou en vacances, depuis son smartphone.
L’application (iOS ou Android) lui permet alors
de contrôler la progression de la machine dans
le jardin, de programmer les jours de tonte et
même de savoir quand vérifer les lames. Petite
particularité : contrairement à d’autres modèles
qui suivent une trajectoire aléatoire, celui-ci
tond en bandes parallèles pour gagner du temps.
Une fois le travail terminé ou presque (l’autonomie est de cinquante minutes), la tondeuse
retourne toute seule sur sa station de recharge.
Un luxe qui a cependant un prix ! L.B.
]
L’APPLI QUI TRANSFORME LES DESSINS
DES ENFANTS... EN DESSINS ANIMÉS !
Il se roule comme n’importe quel tapis de yoga et, à première vue, rien ne le distingue d’un tapis de sol ordinaire,
si ce n’est son épaisseur : 6 millimètres de plus. Pourtant,
ce tapis est intelligent et fait office de coach. Grâce à une
couche piézorésistive – qui perçoit la pression exercée en
différents endroits de sa surface – couplée à un système
de grille, le SmartMat détecte la position précise dans
laquelle vous vous trouvez. Le tapis envoie ces informations au smartphone auquel il est connecté en Bluetooth.
L’appli associée, qui propose des cours de yoga, est alors
capable de corriger en direct la position du pratiquant,
son équilibre et son alignement en prodiguant ses conseils
sous forme vocale. Afin de calculer la position parfaite,
le calibrage initial, indispensable, prend en compte
les dimensions du corps (bras, jambes, torse ainsi que
la taille et le poids) et le sexe de l’utilisateur. O.L.
]
Prix : env. 395 € - Rens. : http://smartmat.com
2016
Prix : entre 13 et 18 €
Rens. : www.editions-animees.com
À LA FOIS TAPIS
ET PROF DE YOGA
QR P R I N T E M P S
Pour occuper les petits durant les vacances de Pâques quand
la météo ne permet pas les sorties, les Editions animées ont
lancé un cahier de coloriages tout à fait inédit. Son principe ?
Colorier l’une des planches papier à l’aide de n’importe quels
crayons de couleur ou feutres. Puis photographier le dessin à
l’aide d’un téléphone mobile ou d’une tablette (iOS et Android),
sur lequel l’application gratuite Wakatoon (ou BlinkBook pour
le cahier de dessin animé Les Contes d’Andersen) aura préalablement été téléchargée. Résultat : les contours du coloriage,
préenregistrés dans l’appli, sont détectés et des petites saynètes contenant le coloriage prennent vie sur l’écran du
smartphone ou de la tablette, racontant une histoire. E.T.-A.
]
89
Technos et mode de vie l OBJETS DE SAISON
DES SEMELLES
CHAUFFANTES POUR
LA MONTAGNE
Ne craignez plus d’avoir froid aux pieds durant vos randonnées en montagne : les semelles DigitSole, connectées en Bluetooth au smartphone, cachent chacune un
thermostat dont l’appli permet de régler la température
(jusqu’à 45 °C !). Les semelles ont une autonomie de
fonctionnement de huit heures et se rechargent à l’aide
d’une simple prise USB. Elles embarquent un podomètre
(pour mesurer en temps réel le nombre de pas effectués)
et un altimètre (qui indique la pression atmosphérique,
celle-ci déclinant avec l’altitude), dont les informations
sont consultables via l’appli. Attention, si ces semelles
résistent à l’humidité, elles ne sont pas étanches : elles
n’aiment ni les torrents… ni la machine à laver. O.L.
]
Prix : env. 200 €
Rens. : www.digitsole.com/fr
90
Avec le chauffage qui tourne encore certains jours de printemps, l’air des
habitations s’assèche. Or, un air trop sec
peut engendrer son lot de maux : céphalées, irritations des yeux et des
muqueuses du nez et de la gorge,
voire une fatigue accrue… Pour
y parer, rien de tel qu’un
humidificateur. Le Gota Nouveau, du fabricant français Air
Naturel, diffuse une brume
de vapeur d’eau tout en
mesurant en permanence l’humidité de la
pièce. Dès que le taux
atteint 50 % (le niveau
recommandé pour un
air sain est situé entre
50 et 60 %), il s’arrête ;
puis se rallume au
besoin pour maintenir
un taux d’hygrométrie
constant. Bref, il s’occupe
de tout ! L.B.
]
CETTE CORDE À SAUTER COMPTE
LES SAUTS... ET LES CALORIES
L’envie de faire du sport se fait plus pressante avec
les premiers beaux jours. Parfaite pour les entraînements
cardio, cette corde à sauter se décline en version
connectée. Pour quoi faire ? Se motiver, bien sûr ! Conçue
par FitFox Limited, la corde Sophia renferme, dans l’une
de ses poignées, un accéléromètre qui compte le nombre
de sauts et l’affiche instantanément sur un petit écran.
Grâce à sa connexion Bluetooth, la séance de sport ne
s’arrête pas là. L’application sur smartphone (iOS ou
Android) enregistre les données, les compare à l’objectif
de la journée et indique le nombre de calories brûlées.
Plus ludique encore : il est possible de défier ses amis
en leur proposant un score à battre. La batterie dure
environ un mois. L.B.
]
Prix : env. 40 €
Rens. : www.sophiatherope.com
Prix : env. 70 €
Rens. : www.airnaturel.com
DR
QR P R I N T E M P S
2016
CET HUMIDIFICATEUR
MESURE ET RÉGULE
L’HUMIDITÉ DE L’AIR
PRINTEMPS 2016
L’agenda
de saison
96
VOYAGER
Le village du Prisonnier,
au pays de Galles
92
SORTIR
Exposition :
les super-héros
94
CHEZ SOI
Planter des
fleurs sans pollen
98
QR P R I N T E M P S
FOTOLIA - MARVEL - MÉTÉO FRANCE
Prévisions du printemps
2016
MÉTÉO
91
Sortir
Expositions
L’univers des super-héros
reconstitué grandeur nature
Avis aux millions de fans
d’Iron Man, Hulk, Captain
America ou encore SpiderMan : l’exposition Marvel
Avengers : S.T.A.T.I.O.N. débarque en France ! Après
avoir déplacé les foules à New
York et à Séoul, elle propose
une immersion totale dans
le S.H.I.E.L.D, l’agence d’espionnage mythique autour de
laquelle gravitent les super-héros créés par Stan Lee en 1965.
Ne manquez pas le bouclier
de Captain America, les armes
de Black Widow, le sceptre de
Loki et le casque d’Ant-Man !
Mais cette exposition se veut
plus qu’une galerie d’objets
emblématiques utilisés par
les Studios Marvel dans leurs
blockbusters. S.T.A.T.I.O.N.
est l’acronyme de “Scientifc
Training and Tactical Intelligence Operative Network”.
Grâce à la participation d’institutions comme la Nasa ou
l’Académie nationale américaine de la science, les visiteurs apprendront à faire fonctionner l’armure d’Iron Man,
étudieront les effets neurologiques de la transformation
de Bruce Banner en Hulk ou
cartographieront le ciel pour
déterminer la position de la
cité d’Asgard (Thor). Une
exposition ludo-éducative qui
QR P R I N T E M P S
2016
Films
92
FREE TO RUN
De Pierre Morath,
sortie le 13 avril 2016
“Un jour, j’ai été arrêté par la
police parce que je courais
sans chemise dans un parc. Ils
pensaient sûrement que j’étais
un pervers…” Ce témoignage
tiré du film Free to run rappelle
qu’il y a cinquante ans, courir
dans l’espace public était tout
bonnement interdit. Alors que
8,5 millions de Français
s’adonnent aujourd’hui à la
course à pied, on peine à
coïncide avec la sortie en salles
du tout dernier Captain America : Civil War. Une façon de
rendre toujours plus “réaliste”
l’univers Marvel. A.C.
z
› A partir du 15 avril 2016
› Esplanade de la Défense, Paris
› www.expositionstation.fr/
avengers
croire qu’à l’époque, elle était
considérée comme une pratique déviante, réservée aux
athlètes masculins dans les
stades. Associant témoignages
de personnalités comme d’inconnus et images d’archives
inédites, ce documentaire
raconte, pour la première fois,
l’histoire de ce sport et de
ceux qui se sont battus pour le
droit de courir où bon leur
semblait. Des rues de New
York aux sentiers des Alpes
suisses, de São Paulo à Paris,
Pékin ou Sydney, chaque
foulée était un acte de militantisme ! Parmi les scènes
étonnantes, celle où l’organisateur du marathon de Boston
poursuit Kathrine Switzer pour
lui arracher son dossard : nous
sommes en 1967 et, au prétexte de leur frêle constitution,
les femmes n’avaient pas le
droit d’y participer. A.C.
z
TOUT S’ACCÉLÈRE
De Gilles Vernet,
sortie le 20 avril 2016
Gilles est un ancien trader.
Aujourd’hui instituteur, il s’interroge avec ses élèves sur
notre rapport au temps et la
frénésie de notre monde : plus
de consommation, plus de productivité, plus de croissance…
jusqu’à quand ? L’instituteurréalisateur s’est entretenu avec
le physicien Etienne Klein, le
sociologue Hartmut Rosa et la
psychologue Nicole Aubert. A.C.z
EN QUÊTE DE NATURE
pollinisateurs venus s’y
poser. Postez vos photos sur
Spipoll (Suivi photographique
des insectes pollinisateurs),
une banque de données
en ligne que les chercheurs
viennent régulièrement
butiner ! A.C.
]
i Jusqu’au 16 mai 2016
i Jardin des plantes, Paris
i www.spipoll.org
LE MYSTÈRE DE NEANDERTAL
Et si ce n’était pas l’arrivée
d’Homo sapiens en Europe
qui avait causé la disparition
de l’homme de Neandertal,
il y a 30 000 ans ? Et si de
profondes mutations dans
la société néandertalienne
étaient déjà à l’œuvre bien
avant cela ? C’est ce qu’indiquent leurs outils, armes et
parures… Alors, que s’est-il
vraiment passé ? Avec son
exposition Neandertal, un
C’est l’histoire d’un ouragan
de force 4 nommé Lucy. Les caméras l’ont suivi dans sa course
folle durant 15 000 km, de sa
naissance sur les côtes d’Afrique
de l’Ouest jusqu’en Louisiane en
passant par Porto Rico et Cuba,
où il a ravagé sur son passage
villes, forêts et barrière de corail.
Un voyage au cœur d’un des
phénomènes naturels les plus
dévastateurs de la planète. A.C. ]
Evénement
DÉCHIFFRER LA
CONSCIENCE
Arte, le 22 avril
Nous passons devant
un miroir, et tout naturellement, nous nous
reconnaissons. Pourtant, la science a
encore du mal à savoir
d’où nous vient cette
conscience de nousmême ! Riche en
images oniriques et
poétiques, ce documentaire la scrute
dans le cerveau des
bébés, des patients
dans le coma ou lors
des rêves lucides.
Laissez-vous guider
dans vos pensées. F.G. ]
UN GRAND PRIX
EN PLEIN PARIS
Le 23 avril, autour du dôme
des Invalides, à Paris
Les Spark-Renault SRT-01E
qui s’affronteront sur un
circuit de 1,9 km lors de la
première étape européenne
de la saison 2015/2016 de
Formule E (pour électrique)
sont dotées de batteries.
A la clé ? Une puissance
de 200 kW, l’équivalent de
270 chevaux. Des pointes à
225 km/h. Des monoplaces
qui passent de 0 à 100 km/h
en 3 secondes et un bruit
qui tient plus du sifflement
(80 dB). Des innovations
transposables un jour aux
voitures de série. A.C.
]
2016
De Cyril Barbançon,
sortie le 8 juin 2016
Y a quoi
à la télé ?
i Jusqu’au 16 mai 2016
i Musée du Grand Pressigny
i Prehistoiregrandpressigny.fr
QR P R I N T E M P S
OURAGAN
mystère de la préhistoire, le
musée du Grand Pressigny,
en Indre-et-Loire, apporte
quelques réponses. A ne pas
manquer : le “masque” de
la Roche-Cotard, l’une des
premières productions symboliques de Neandertal. A.C. ]
AVENGERS - DR - C.CALLIER
En France, des milliers de
bénévoles observent les
plantes, les insectes ou les
oiseaux et transmettent leurs
données de terrain aux scientifiques. Le Jardin des plantes
met à l’honneur ces naturalistes en herbe avec
l’exposition Enquêteurs de
nature. Envie de participer ?
Observez une fleur au moins
vingt minutes et photographiez les insectes
93
Chez soi
Au jardin
Et si vous plantiez
des fleurs... sans pollen ?
Allergique mais amateur de
plantes et de feurs ? Rien ne
vous empêche, pour profter
pleinement du printemps, de
composer un joli jardin ou
des jardinières pour le balcon
qui ne risquent pas de vous
faire éternuer, piquer les yeux
ou couler le nez ! Toutes les
plantes à feurs produisent
du pollen à la saison de la
reproduction (entre la fn de
l’hiver et le mois de juin, voire
de septembre). Cette fne
poussière est composée des
cellules sexuelles masculines,
destinées à voyager jusqu’aux
pistils, l’organe féminin des
En cuisine
QR P R I N T E M P S
2016
Faites donc
le plein de
magnésium
94
Dès le retour des beaux jours,
le réveil sonne pour notre organisme ! Il connaît un regain de
vitalité qui donne envie de sortir, de reprendre le sport et les
activités physiques… Pour être
sûr que notre corps ne manque
de rien pour carburer à plein
régime, mieux vaut s’assurer
feurs, pour y féconder les
ovules. Sur son passage, le pollen déclenche des réactions
allergiques chez les personnes
sensibles : rhinite allergique,
conjonctivite, asthme…
PLACE AUX ENTOMOGAMES
Pour cela, il faut qu’il soit
émis en grande quantité, assez
léger pour fotter dans l’air et
être inhalé, et surtout riche
en protéines allergisantes.
C’est particulièrement le cas
des plantes anémogames (certains arbres, graminées…), qui
lancent des cargaisons de pollen au vent au moment de la
d’avoir de bons apports en
magnésium. Ce macroélément est indispensable au bon
fonctionnement du cœur, des
muscles et des nerfs et à pas
moins de 300 réactions biochimiques ; en particulier à
l’absorption des autres minéraux essentiels (calcium, potassium, phosphore) ! S’il vient à
manquer, le stress et la fatigue
gagnent les adultes, tandis que
les plus jeunes risquent des
troubles de la concentration.
Pour éviter les carences, les
femmes doivent en consom-
foraison, espérant augmenter
leurs chances d’atteindre leurs
congénères. En revanche, les
plantes entomogames en produisent de petites quantités
qu’elles confent aux insectes,
attirés par leurs feurs riches en
nectar. Leur pollen n’est pas
allergisant, sauf celui des asteracées : marguerites, tournesol
ou chrysanthèmes ne sont
pour autant pas à proscrire,
mais évitez de les humer ! F.G. z
4
› Pour en savoir plus
• Un jardin presque sans pollen,
de V. Garnaud (Marabout, 2014).
• www.pollens.fr
1
mer 360 milligrammes au
quotidien, les hommes 420 mg
et les enfants 130 mg à 5 ans,
280 mg à 10 ans. A long terme,
le magnésium procure de
multiples bienfaits : il prévient
le durcissement des vaisseaux
sanguins (athérosclérose), la
formation de calculs rénaux
ou la déminéralisation des os,
soulage le syndrome prémenstruel, améliore le sommeil
et combat le stress. Or, nous
sommes souvent carencés
en magnésium sans le savoir.
Surtout si on n’est pas habi-
tué à manger des légumes,
des céréales complètes ou
des légumineuses… De plus,
les graisses saturées (fromage,
viande rouge, sauces) et l’alcool freinent son assimilation.
A l’inverse, les graisses insaturées, que l’on trouve dans
l’huile d’olive, le poisson ou
les fruits à coque, favorisent
son absorption. Alors, aux premiers signes de fatigue ou de
nervosité, privilégiez les aliments riches en magnésium
plutôt que les compléments
alimentaires ! F.G.
z
Epinards Chou
frisé
Millet
Haricots
blancs
Lentilles
cuites
Portion
200 g
200 g
200 g
200 g
200 g
Apport
92 mg
36 mg
88 mg
86 g
64 mg
Ils sont riches
en magnésium...
LES PLANTES À PRIVILÉGIER
Pour la maison
i Arbres : érable (1), magnolia
(2), cerisier, if, pin, marronnier…
i Arbustes : forsythia (3), genêt,
fusain, houx, lilas, rosier…
i Grimpantes : chèvrefeuille,
clématite, glycine…
i Autres fleurs : rose trémière (4), dahlia, iris, narcisse…
LES PLANTES À ÉVITER
i Arbres : cyprès, troène,
bouleau, peuplier…
3
i Autres : ricin, armoise,
pariétaire et ambroisie…
A la différence de l’eau de
Javel et de nombreux produits du commerce, les
formules maison ne sont
pas irritantes et ne
contiennent pas d’additifs
toxiques, source de pollution intérieure (voir S&V QR
n° 15). Si les parabens, par
exemple, ont été bannis par
la plupart des marques, les
détergents contiennent des
parfums de synthèse allergisants, tandis que les
conservateurs comme le
méthylisothiazolinone ou le
phénoxyéthanol peuvent en
plus provoquer des troubles
de la reproduction. Et n’oublions pas que des résidus
terminent dans les cours
d’eau ! Les formules maison,
elles, sont inoffensives pour
l’environnement, mais sontelles efficaces ? Les qualités
désinfectantes du vinaigre
blanc (d’alcool) et du bicarbonate de soude ne sont
plus à démontrer. Alliés à un
savon (noir, de Marseille…),
à un agent blanchissant
(percarbonate de soude) et
à un dégraissant (cristaux
de soude), ils renforcent
leur pouvoir nettoyant.
Pour la lessive : mélangez
des poids égaux de savon
de Marseille râpé, de bicarbonate et de cristaux de
soude. En guise de détachant, ajoutez une cuiller à
soupe de percarbonate par
lessive, voire deux pour le
linge blanc (il est plus efficace à partir de 60 °C).
Prétraitez les taches au
savon noir ou au fiel.
Pour le nettoyant multiusage : dans un litre d’eau
chaude, mélangez une
cuiller de savon noir liquide,
secouez, puis ajoutez un
demi-litre de vinaigre blanc.
Vous pouvez le parfumer
avec une huile essentielle
ou en y plongeant des
écorces d’agrumes, à laisser
macérer quelques jours.
Pour la poudre à
récurer : saupoudrez la
zone incrustée de bicarbonate, mélangez à de l’acide
citrique à part égale, puis
aspergez d’eau ou de nettoyant multi-usage : une
mousse se formera. Laissez
agir jusqu’à la fin de l’effervescence, puis frottez. F.G. ]
Amandes Cacao
Bigorneaux
Sardines
à l’huile
1 fruit
30-40 g
100 g
100 g
100 g
45 mg
90 mg
400 mg
300 mg
467 mg
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Banane
BSIP - FOTOLIA SHUTTERSTOCK
2016
2
FABRIQUEZ VOUS-MÊME VOS
PRODUITS D’ENTRETIEN “BIO”
95
Voyager
Pays de Galles
QR P R I N T E M P S
2016
Le village du
Prisonnier fête
la série culte
96
“Je ne suis pas un numéro !”, la
célèbre réplique de la série Le
Prisonnier résonne encore dans
les ruelles du “village”, une petite
cité balnéaire glaçante à force
d’être charmante. Le bonheur
obligatoire comme une prison…
Or, le “village” existe ! Il s’appelle
Portmeirion et se trouve au nord
du pays de Galles, là où la série
mythique des années 1960 fut
tournée. Chacun peut s’y rendre
toute l’année, mais depuis trentetrois ans, à la mi-avril, des centaines de fans se retrouvent pour
leur convention ; cette année, ils
organisent une reconstitution, en
costumes, de la fameuse partie
d’échecs à taille humaine qui
clôt le dernier épisode de la série !
Souvenez-vous : Le Prisonnier,
c’est l’histoire d’un agent secret
(interprété par Patrick McGoohan) qui, après s’être fait enlever,
se réveille dans un étrange village
où tous les habitants portent un
numéro. Leurs moindres faits et
gestes sont épiés par des caméras cachées dans les statues. Un
énorme ballon blanc (le Rôdeur)
rattrape et étouffe toute tentative
d’évasion. Vous trouvez le scénario loufoque ? Attendez de voir le
décor : avec ses façades bariolées,
ses colonnes grecques et ses jardins exotiques, le village de Portmeirion sort tout droit de l’esprit
fantasque de l’architecte Clough
Williams-Ellis, une sorte de Facteur cheval gallois. Les travaux
de son “village idéal” débutent
en 1925. Persuadé que seul un
“contraste piquant” entre les bâtiments peut les mettre en valeur,
il mélange allègrement les couleurs, le classique et le rococo,
use et abuse des trompe-l’œil. Ici,
le “dôme vert” qui a servi de décor pour la maison du numéro 2,
cet ennemi énigmatique du Prisonnier ; là, l’imposant château
de Castell Deudraeth, qui abritait l’hôpital. Dans les rues, des
haut-parleurs diffusent (comme
dans la série) d’étranges bulletins
d’information.
Avec 225 000 visiteurs par an,
le village est devenu l’une des
principales attractions du pays de
Galles. Les Beatles et Mick Jagger y ont même séjourné. C’est
l’occasion de découvrir une série
délicieusement paranoïaque et
en phase avec la critique sociale
qui avait cours dans les années
1960. Car le Prisonnier, c’est
chacun de nous ; l’ennemi étant
la société qui nous pousse au
conformisme et à vivre un bienêtre aseptisé, nous surveille,
nous manipule et nous étouffe
(comme le ballon !) pour mieux
nous faire accepter notre cage
dorée. Une sorte de Club Med
d’où personne ne s’échappe. On
vous aura prévenu… A.C.
]
nouvelles variétés florales
qu’ils rapportent et
exposent comme des
Imaginez un océan de
joyaux dans les jardins botatulipes, sept millions exacte- niques. Au-delà de l’aspect
ment, recouvrant
contemplatif, les visiteurs
32 hectares de leurs pétales viennent à Keukenhof pour
rouges, jaunes, violets… Ce trouver l’inspiration et
paradis de la plante à bulbe embellir leur propre jardin
se trouve comme de juste
ou balcon. Chaque massif
près d’Amsterdam, au parc est accompagné d’une
de Keukenhof. Crée en 1949 pancarte indiquant les coorpar des bulbiculteurs soudonnées du fabricant chez
cieux d’offrir une vitrine
qui acheter les fleurs. Et
à leur activité, il est audans le pavillon Oranje
jourd’hui considéré comme Nassau, des professionnels
le plus magnifique parc
enseignent comment harfloral du monde. Mais il est
moniser les plantes à bulbes
éphémère : le spectacle n’a et créer des compositions
lieu que huit semaines par
florales. Bouquet final : le
an, durant la floraison, c’est- pavillon Béatrix consacre
à-dire de mars à fin mai. Et
mille mètres carrés aux
chaque année, les bosquets orchidées. Celui de Willemchangent ; la promesse d’un Alexander propose la plus
spectacle toujours renougrande exposition de lys
velé. En octobre et
au monde : 15 000 d’entre
décembre, quarante jardieux de 300 variétés
niers sont ainsi mobilisés
différentes. A.C.
]
pour planter les bulbes en
suivant un nouveau plan. En
En pratique
2016, par exemple, une moi Du 24 mars 2016
saïque de 100 000 fleurs
au 16 mai 2016.
évoque l’histoire du “siècle
A trente minutes en
e
d’or”, le XVIII siècle, durant
voiture d’Amsterdam.
lequel le commerce marii Entrée payante : 8 €
time prospère aux Pays-Bas.
pour les enfants, 16 €
Profitant des bateaux compour les adultes.
merciaux, les botanistes
i www.keukenhof.nl/fr
partent à la recherche de
de route de Liverpool.
i Du 15 au 17 avril 2016 pour la
convention Portmeirion. Le
village reste ouvert toute
l’année de 9 h 30 à 17 h 30.
i Le village dispose de 2 hôtels
et 27 cottages (200 à 250 € la
nuit). Si vous ne dormez pas
sur place, l’entrée coûte 9 €.
i Infos sur Portmeiricon.com
et Portmeirion-village.com
2016
Y aller
i Portmeirion se trouve à 2 h 30
QR P R I N T E M P S
Liverpool
Portmeirion
P.ROBERTS/ALAMY/PHOTO12 - RUE DES ARCHIVES - GETTY
LE PLUS GRAND
PARC DE TULIPES
97
Météo
Vers un printemps
plus chaud et plus
sec dans le sud
98
riques suggèrent également
un découpage nord-sud des
anomalies. Sur le sud du
pays, c’est-à-dire sur le bassin
méditerranéen, les prévisions
les plus probables laissent
craindre un défcit de précipitations, comme au printemps 2015 (voir ci-dessous).
En revanche, les modèles
prévoient des précipitations
supérieures à la normale sur
la partie nord de la France, et
plus largement de l’Europe.
INCERTITUDE AU CENTRE
Sur le reste du pays, un tiers
des simulations est conforme
aux normales de saison, un
tiers opte pour des valeurs inférieures et, à l’inverse, le dernier tiers indique des valeurs
de précipitations supérieures
aux normales. C’est donc
l’incertitude qui règne dans
une large bande centrale de
la France.
A l’origine de cette “barrière
de prévisibilité” : la grande
variabilité du climat au prin-
Probabilité de scénarios sur
les températures pour les
premiers mois du printemps
(En % du nombre de scénarios)
100 70 60 50
< à la normale
40
20 °C
La saison fut précocement
douce et sèche
18 °C
La synthèse des modèles
climatiques ne permet pas de
dégager de prévisions fiables (les
probabilités de scénarios étant
situées entre 40 et 60 % pour la
France) pour le trimestre à venir.
50 60 70 100
> à la normale
ment pas encore écrit, mais
c’est cette inconnue dont les
modèles numériques cherchent à percer le secret, grâce
à ces prévisions probabilistes.
Sachant toutefois que la
moyenne des températures de
saison pour le printemps varie
entre 7 °C pour la fn du mois
de mars et 16 °C pour la fn
du mois de juin.
]
Page réalisée en collaboration avec
16 °C
14 °C
12 °C
10 °C
8 °C
6 °C
Moyenne
de saison
4 °C
MÉTÉO FRANCE
*Normales calculées pour la période de référence 1981-2010.
autre
temps dans les régions tempérées comme en France.
Au carrefour de l’infuence
de masses d’air chaudes en
provenance des tropiques ou
froides descendant des régions polaires, des périodes de
temps très différentes peuvent
se succéder de manière anarchique. Les précipitations,
plus variables que les températures, sont dans tous les cas
plus délicates à prévoir.
Au fnal, ce que la nature
décidera n’est pour le mo-
RETOUR SUR LE PRINTEMPS 2015
Après un mois de mars proche de la normale, avril et
mai 2015 ont été marqués par deux pics de chaleur précoces.
Des records mensuels ont même été enregistrés, notamment
dans l’ouest du pays. La température sur l’ensemble de la
saison a été supérieure de 0,8 °C à la normale*. La pluviométrie a elle été déficitaire sur la majeure partie du pays,
d’environ 20 % en moyenne. Conséquence, les sols se sont
asséchés dès la fin du printemps en Corse et en Provence. ]
40
01/03/2015
04/03/2015
07/03/2015
10/03/2015
13/03/2015
16/03/2015
19/03/2015
22/03/2015
25/03/2015
28/03/2015
31/03/2015
03/04/2015
06/04/2015
09/04/2015
12/04/2015
15/04/2015
18/04/2015
21/04/2015
24/04/2015
27/04/2015
30/04/2015
03/05/2015
06/05/2015
09/05/2015
12/05/2015
15/05/2015
18/05/2015
21/05/2015
24/05/2015
27/05/2015
30/05/2015
QR P R I N T E M P S
2016
Les prévisions de l’hiver 20152016 l’annonçaient chaud ;
dans les faits, il aura même
été le plus chaud depuis les
premiers relevés de température au xixe siècle ! Le
21 février, le thermomètre a
affché, dans le Var, jusqu’à
24 °C !
En revanche, pour le printemps à venir, les prévisions
s’annoncent plus délicates.
Les modèles climatiques mis
en œuvre par les 12 centres
de production à travers le
monde, dont celui de Météo
France (196 simulations) ne
permettent pas d’aboutir à
une prévision consensuelle.
Leur analyse permet cependant de dégager la tendance
la plus probable, proche
de 60 %, vers un printemps
plus chaud que la normale
dans l’Hexagone. La probabilité est même nettement plus
forte sur le pourtour méditerranéen.
Au chapitre des précipitations, les simulations numé-
PHOTO : ROMAIN BOÉ / ABACAPRESS
LA CURIOSITÉ EST UN VILAIN DÉFAUT
SIDONIE BONNEC ET THOMAS HUGUES LUNDI-JEUDI 20H-22H
MERCREDI 30 MARS
LA VIE ET LA MORT
Avec Mathieu Villiers, Rédacteur en chef.
RTL.fr
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