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Le Journal du Dimache - 27.01.2019

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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Kevin Mayer
à Miami, le dieu
du stade se met à nu
www.lejdd.fr
Ehpad : le cri
d’alarme d’une
aide-soignante
Pages 30-31
Page 23
Michel Legrand,
adieu
l’enchanteur
Page 33
M 00851 - 3759 - F: 2,00 E
3’:HIKKSF=VUWUUU:?d@r@f@j@k";
Ce qu’il
doit
changer
Emmanuel Macron à Grand-Bourgtheroulde (Eure), le 15 janvier. Philippe Wojazer/REUTERS
France métropolitaine : 2 €
•• sondage
•• enquête
Les Français
rejettent
son style et
sa politique
Le récit des dix
jours qui ont
fait trembler
Macron
•• interview
•• économie
Le leader de la
CFDT réclame
une « inflexion
sociale »
Des réformes
confirmées,
d’autres encore
en chantier
Pages 2 à 9
Warner Bros.
Angel Valentin Polaris Images POUR LE JDD
dimanche 27 janvier 2019 N° 3759 2 € (le JDD +Version Femina)
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2
le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
L’événement
ATTENTES Pour deux tiers des sondés, Macron ne s’est pas amendé depuis le début de la crise
des Gilets jaunes. Mais sur le chemin de la reconquête, les obstacles ne manquent pas
Les Français veulent qu’il
V
oilà des mois
­ u’Emmanuel Macron n’avait pas
q
connu un tel enchaînement de
bonnes nouvelles. En quelques
jours, le chef de l’État a accueilli
avec satisfaction les échos positifs
sur ses prestations au grand débat,
puis l’amélioration de sa cote dans
plusieurs sondages et une baisse
significative (bien qu’encore limitée) du chômage – « de quoi retrouver un peu d’oxygène », confiait hier
un ministre important. À cela s’est
même ajoutée, vendredi, l’annonce
surprise de la constitution d’une
liste de Gilets jaunes en vue des
élections européennes de mai ; de
quoi augmenter, à ce stade, l’avance
de La République en marche dans
les intentions de vote au détriment
du Rassemblement national.
L’heure d’une sortie de crise ? Il
est trop tôt pour le dire. « Il commence seulement à renouer le contact
avec les Français, le plus dur sera de
sortir du débat avec des solutions
concrètes », diagnostique un député
qui parle régulièrement à Macron.
Difficulté de la manœuvre : si l’opération reconquête fonctionne bien,
ne va-t‑elle pas susciter des attentes
trop importantes pour pouvoir être
satisfaites, donc autant de frustrations à l’arrivée ?
Le sondage réalisé par l’Ifop pour
le JDD met déjà en lumière une injonction claire et nette : les Français
veulent que Macron change. Non
seulement qu’il change d’attitude,
mais qu’il corrige aussi sa pratique
du pouvoir et même sa politique.
Pour l’heure, malgré les 10 milliards
d’euros cédés aux revendications des
Gilets jaunes et une volonté d’écoute
réaffirmée, deux tiers des Français
ne voient pas de changement chez
le chef de l’État – sentiment partagé
dans tous les courants politiques,
sauf… chez les sympathisants macronistes (75 % de oui, 25 % de non).
Le piège du
« et en même temps »
Conséquence logique : l’exigence
est élevée quant aux modifications
à apporter. Une majorité écrasante
des sondés réclame que Macron
améliore son attention aux problèmes des Français et sa manière
de s’exprimer, ce qui révèle un rejet
de son style plus encore que de ses
décisions. « Son parler-vrai s’est
transformé en un cocktail de maladresse, de mépris et d’arrogance »,
traduit Frédéric Dabi, directeur
général adjoint de l’Ifop.
Même sa façon d’incarner la
présidence est contestée. Quant à
sa politique économique et sociale,
elle aussi est à amender pour 78 %
des Français – y compris par une
majorité (51 %) de ses partisans.
Mais dans quel sens la modifier,
quand le mécontentement s’exprime
à 74 % chez les électeurs de droite et
à 90 % chez les socialistes ? En 2017,
le « et en même temps » a servi à Macron de martingale électorale. C’est
désormais le risque d’une ­impasse
politique. g
Depuis le déclenchement du mouvement des Gilets
jaunes, d’une manière générale, diriez-vous
qu’Emmanuel Macron a changé ?
Non
66%
Oui
34%
Pour chacun des thèmes suivants, diriez-vous
qu’Emmanuel Macron doit changer au cours
des prochains mois ?
Son attention aux préoccupations des Français
Oui
Non
85%
15%
Sa manière de s’exprimer lorsqu’il est au contact
des Français
80%
20%
Sa politique économique et sociale
78%
22%
Sa manière d’incarner la fonction présidentielle
73%
27%
Sa volonté de se dire en même temps de gauche
et de droite
62%
38%
Sondage Ifop pour le JDD, réalisé du 24 au 25 janvier 2019, mené auprès d’un échantillon représentatif
de 1 008 personnes âgées de 18 ans et plus (méthode des quotas). Les interviews ont eu lieu par
questionnaire autoadministré en ligne.
Hervé Gattegno
« C’est bien qu’il entende, mais s’il pouvait un peu
MUE Comportement, ligne
politique, garde rapprochée :
les Gilets jaunes ont contraint
le chef de l’État à modifier
son écosystème. Jusqu’où ?
Jusqu’ici, il n’en avait fait qu’à sa tête.
La violence de la crise ouverte par
les Gilets jaunes peut-elle l’amener
à, réellement, changer ? Un poids
lourd de la majorité, qui salue les
efforts du président dans ses débats
mais reste dubitatif, résume : « C’est
bien qu’il entende. Mais s’il pouvait
un peu plus écouter… »
Faisant fi des syndicats et des
corps intermédiaires, c­ onsidérés
comme autant d’entraves à sa
­capacité à réformer ; sûr de lui par
nature ; conforté dans ses ­certitudes
par l’incroyable succès de son improbable campagne présidentielle ; et
peu à peu isolé du réel, comme tous
ses prédécesseurs, par les murs épais
du palais de l’Élysée : ­Emmanuel
Macron en est venu à exaspérer
par ses petites phrases, ressenties
comme autant de ­provocations
­arrogantes, des « Gaulois réfractaires » aux « ­cyniques et fainéants »
et au « pognon de dingue ». Et à braquer l’opinion contre lui. Comme
l’a récemment résumé le président
de l’Assemblée nationale, Richard
Ferrand, en petit comité, à propos
de la hausse de la taxe carbone et des
véritables raisons de la colère : « Le
problème, c’est pas les cinq centimes.
C’est les cinq phrases… »
Macron pourra-t-il revenir à
davantage de mesure ? Forcer sa
nature ? Chasser le naturel ? « Ça
ne fait pas seulement partie de sa
reconquête, ça fait partie de son job »,
estime un conseiller, qui souligne
la nécessité de retisser des liens
avec les syndicats, les corps intermédiaires, voire les éditorialistes
politiques, jusqu’ici tous tenus à
l’écart : « À Macron de faire l’effort
de comprendre qu’il faut avoir avec
eux des contacts plus fréquents, plus
ritualisés, plus adultes. » Il n’est
pas certain que le chef de l’État
s’y conformera. Lui qui n’a jamais
explicitement admis la moindre
erreur. Lui dont le mea culpa
­exprimé le 10 décembre dernier,
en pleine crise des Gilets jaunes,
ne fut au fond concédé que du bout
des lèvres. Lui qui ne répondait
plus du tout, ces derniers mois, à
ceux qui lui adressaient leurs avis,
dès lors que ceux-ci s’avéraient un
« Il doit être
capable de
repenser le
système qu’il a
lui- même créé »
Un conseiller
peu trop cinglants. Beaucoup, pour
cela, ont perdu le contact. Rares
sont ceux, comme ce visiteur du
soir, à pouvoir raconter : « J’ai été
assez désagréable par SMS, le seul
message que j’ai reçu : “tu as raison.
Je partage”… »
À en croire ses amis politiques, cette
difficile séquence aurait bel et bien
transformé Emmanuel Macron.
« Il y a des choses sur lesquelles il a
changé, des moments de tension qu’il
a eu à gérer et qui l’ont fait évoluer,
diagnostique un ministre du premier cercle. Il s’est mis à écouter les
élus, les territoires. » Les proches,
galvanisés, en veulent pour preuve
les récentes performances d’un
­Président répondant aux maires,
puis aux citoyens, des heures durant,
pied à pied et en bras de chemise. Et
veulent croire à la thèse du rebond
dans l’épreuve. Voire à un retour
à l’époque bénie de la campagne
présidentielle, quand le candidat
Macron, avec sa « grande marche »
consultative, bousculait les règles du
jeu politique, mais ne hérissait pas
encore l’opinion… Diagnostic cruel,
mais lucide, d’un influent conseiller :
« Il y a un malentendu qui a touché
notre électorat. On lui avait promis
de faire de la politique autrement. Et
dix-huit mois après, on a eu un côté
plus Bonaparte que Mendès… »
La crise des Gilets jaunes
contraindra-t-elle le chef de l’Etat
à s’amender ? Voire à évoluer dans
ses positions ? À en croire ­certains
membres de son entourage, le
président n’aurait pas tenu sa promesse d’un gouvernement à gauche
« et en même temps » à droite :
« Alors que notre électorat croyait
avoir élu une gauche décomplexée,
­sociale-démocrate assumée, ­moderne,
2.0, avec une forte promesse d’horizontalité, il constate qu’il y a un hiatus objectif », déplore un conseiller.
Un autre souligne : « Le pivot, c’est
le centre gauche, à partir duquel
on élargit vers la droite modérée,
­gaullienne, démocrate chrétienne.
Mais cette droite-là doit se rallier, pas
être le centre de gravité. Et Macron a
compris qu’il ne fallait pas s’éloigner
du centre gauche. »
Même si, pour l’heure, le chef de
l’État n’a absolument pas l’intention
de changer de ligne. Ni de politique
économique, comme en témoigne
le symbole du maintien de la suppression de l’ISF, sur lequel il campe
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le journal du dimanche
dimanche 27 janvier 2019
Ce que Macron doit changer
Laurent Berger,
secrétaire général de la CFDT
change
Le président de la République jeudi à Bourg-de-Péage
(Drôme). Mahoudeau ClÉment/ABACA
« Il faut une inflexion
sociale »
interview
Appel Le leader du premier
syndicat français, qui prône
un pouvoir moins vertical
et une politique plus sociale,
pointe la « responsabilité »
du chef de l’État
dans la crise actuelle
Avez-vous eu des contacts
avec le président de la République
depuis le 10 décembre ?
Non, aucun. Mais ça n’est pas le
sujet. Le vrai sujet, c’est ce débat,
cette ouverture des fenêtres pour
changer les choses, avoir plus de
justice sociale et fiscale. Et surtout, son issue.
Signifie-t-il un changement
de méthode, selon vous ?
Malgré une lettre dont on peut
contester la teneur sur certains
points, comme la fiscalité, qui
n’est abordée que sous l’angle du
trop-plein de dépenses et d’impôts, et l’absence de référence au
pouvoir d’achat, ce débat offre une
possibilité d’expression. À nous
de nous en saisir sans être comptables de ses résultats.
plus écouter… »
fermement. Mais l’inflexibilité de
Macron, qui expliquait depuis des
semaines qu’il ne changerait pas « de
cap », est désormais écornée. Par son
recul sur la taxe carbone, d’abord.
Par la généreuse enveloppe accordée
aux Gilets jaunes le 10 décembre,
ensuite. Pourrait-il céder à nouveau
face à la mobilisation sociale ? Le
programme de Macron a ceci de particulier qu’il est une construction
systémique, fondée sur l’équilibre
et le « en même temps ». Pas facile
d’en retirer un élément sans déséquilibrer l’ensemble de l’édifice. Le
macronisme, qui se veut d’abord une
nouvelle manière de réformer, n’est
pas aisément réformable lui-même…
« Plus rien ne sera jamais comme
avant », avait annoncé Macron dans
son allocution du 10 décembre. Sans
fournir aucun gage sur sa capacité
à changer. À commencer par son
propre entourage. « Pendant la
première partie du quinquennat,
l’équipe de campagne s’était pluggée
à l’Élysée dans l’esprit d’une équipe
de campagne », raconte un ministre.
Comprendre : pas dans celui d’une
équipe censée piloter l’ensemble de
l’exécutif. Pour la deuxième partie,
beaucoup plaident donc pour un
large renouvellement, alors que
l’usure atteint le premier cercle
des conseillers, qui le suivent depuis
Bercy. « Il est dans un système qu’il
a créé lui-même, dit un conseiller. Il
doit être capable de le repenser, de le
détricoter, de l’ouvrir davantage. »
Un autre précise : « L’idée n’est pas
de faire du remplacement poste pour
poste. Le Président réfléchit à un
­réaménagement plus vaste. »
À une réserve près : Macron, très
sentimental, n’aime pas voir partir
les gens. Il a tenté de retenir jusqu’au
bout Stéphane Séjourné puis S
­ ylvain
Fort, respectivement conseillers
­politique et c­ ommunication, tous
deux partis de l’Élysée ces deux
­dernières semaines. Comme le
rappelle un ministre : « Le Président
n’aime pas changer… » Pas sûr qu’il
parvienne à se faire violence. g
David Revault d’Allonnes
Emmanuel Macron écoute-t-il
davantage ?
Ne me demandez pas de commenter le match avant la fin ! Le
17 novembre, j’ai appelé à un Pacte
social de la conversion écologique.
Nous n’avons pas été écoutés. Les
violences ont ensuite éclaté. Le
10 décembre, le Président a annoncé des mesures en faveur du
pouvoir d’achat et l’organisation
d’un grand débat. Cette consultation n’est pas la nôtre. La démocratie politique, représentative ne
peut suffire. Il faut aussi écouter
davantage les citoyens. Au milieu,
il y a la démocratie sociale. Je n’ai
pas envie de polariser autour de
la personnalité du président de
la République. Qui va prendre
ses responsabilités pour trouver
une issue à cette crise alors que
le pays est en pleine hystérisation ? La CFDT est prête à jouer
son rôle. Si cette sortie se fait de
façon unilatérale ou personnelle,
ce sera très dangereux.
Vous appelez à un « Grenelle
du pouvoir de vivre ».
Avez-vous eu une réponse ?
Non, mais tant que je n’en ai pas
reçu, je ne renonce jamais. Cet
appel à un Grenelle est essentiel
car cette crise pointe le pouvoir de
vivre, de se déplacer, d’accéder à
la parole, aux transports, au logement… Si le gouvernement repart
dans son coin, on n’aura rien réglé.
À plusieurs reprises,
vous avez tiré la sonnette d’alarme.
Sans être entendu…
En mai 2017, j’avais rédigé une
lettre ouverte à Emmanuel
­Macron, dans laquelle je le mettais en garde contre la tentation
de l’isolement. Je lui disais déjà
de partager le pouvoir. Il a fait le
contraire et on en paie collectivement le prix. Aujourd’hui s’offre
à lui une deuxième chance : celle
d’avoir une pratique du pouvoir
moins verticale et de mettre en
place des politiques sociales
plus fortes. Si le gouvernement
ne saisit pas cette occasion de
construire un pacte social et
écologique, il aura une lourde
responsabilité dans la montée
des extrêmes. Il est légitime à
faire des p
­ ropositions. Mais pas
tout seul.
« On ne peut
pas vivre
dans une
société
hystérisée »
Cette pratique du pouvoir estelle à l’origine de la colère sociale
actuelle ?
Elle l’a accélérée. Ce sentiment
que rien n’existe entre le pouvoir et le peuple a provoqué un
retour de balle. Le Président
porte une responsabilité, il y a
eu défaillance.
Les syndicats se sont aussi coupés
de la population…
La défiance touche toutes les institutions, y compris la presse ! Il
y aura un « après Gilets jaunes »
car cette crise bouscule tout le
monde quant à sa relation aux
citoyens et à l’exercice de sa
propre responsabilité. Nous
n’avons pas attendu les Gilets
jaunes pour agir au service des
travailleurs. Nous devons rendre
plus visible ce que l’on obtient et
UN FRONT SYNDICAl
POUR LE GRAND DÉBAT
pour peser dans le grand débat,
Laurent Berger compte p­ résenter
avec d’autres organisations comme
l’Unsa, la CFTC et la Fage, ainsi
qu’une vingtaine d’associations
(Fondation Abbé Pierre, ATD Quart
Monde, France Nature Environnement…) des propositions communes. Un séminaire de travail
aura lieu mi-février. D’ores et déjà,
« nous réclamons un bouclier de services publics et un moratoire sur les
fermetures, mais aussi une contribution plus forte des plus riches »,
souligne le leader cédétiste. g E.S.
revoir nos pratiques syndicales.
Au travail comme dans la société,
l’attente est la même : une meilleure répartition des richesses
et un partage du pouvoir. Imaginez un pays sans corps intermédiaires ni associations, il irait
beaucoup plus mal. Alors, oui, on
peut nous dire que la participation est en baisse aux élections
professionnelles, que le taux de
syndicalisation est faible même
si la CFDT a 623 000 adhérents…
Et les politiques, alors ? Nicolas
Sarkozy a échoué au deuxième
tour de l’élection présidentielle
de 2012, François Hollande ne
s’est pas représenté en 2017,
Emmanuel Macron est contesté
au bout d’un an et demi. À quoi
riment ces petites comparaisons
mesquines ? Arrêtons de dénigrer les corps intermédiaires !
Notre démocratie, il faut la faire
respirer.
Comment sortir de la crise ?
Il faut partager le pouvoir et
­a ssocier davantage les corps
intermédiaires ainsi que les
citoyens. Il y a donc une question de méthode et de priorités :
justice fiscale, transition écologique, répartition des richesses,
démocratie participative. Je ne
fais pas de l’ISF un totem, mais
il faut que les plus hauts revenus
soient davantage mis à contribution. Nous devons éteindre
collectivement l’incendie. On ne
peut pas vivre dans une société
hystérisée. Portons des discours
responsables. J’assume d’avoir dit
que l’extrême droite manipulait
les Gilets jaunes, qu’imposer le
port d’un gilet était totalitaire.
Chacun doit arrêter de jouer sa
partition. Si le gouvernement est
capable d’entendre, tant mieux.
Sinon la crise s’aggravera.
C’est à rebours de ce qui a été fait ?
Le président de la République
n’a plus le choix. Il faut une
inflexion avec des politiques
sociales qui réduisent les inégalités, redonnent du pouvoir
d’intervention aux citoyens. Je
ne veux pas que la France ressemble à l’Italie ou à la Hongrie.
Et il y a un risque. On ne peut
plus se parler sans s’agresser. La
première chose que je ferai quand
je ne serai plus secrétaire général,
c’est de quitter Twitter ! Quand
la nuance disparaît, l’intelligence
recule, la violence essaime et
devient légitime. J’en appelle à
l’apaisement. Je ne serai pas de
ceux qui prônent le durcissement
pour mieux s’enterrer dans des
certitudes. Je veux participer à
ce que notre pays soit plus juste
et fraternel. g
Propos recueillis par
Emmanuelle Souffi
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le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
L’événement
Les réformes économiques en questions
ajustements Macron
va-t-il rééquilibrer
sa politique ? Le point,
mesure par mesure
« Si l’on analyse toutes ses déclarations récentes, Emmanuel Macron
ne cède pas beaucoup de terrain sur
les fondamentaux de sa politique,
explique un des leaders de La
­République en marche. Et c’est tant
mieux. » De fait, le Président martèle
qu’il ne reviendra pas sur la suppression de l’ISF ou qu’il ira au bout de sa
réforme des retraites. Deux facteurs
peuvent l’inciter toutefois à amender certains de ses choix. D’abord,
il devra tenir compte des points de
vue exprimés dans le cadre du grand
débat ; ensuite, il est dans l’obligation
de trouver des économies et des recettes budgétaires pour compenser
les 10 milliards d’euros distribués
pour doper le pouvoir d’achat et le
ralentissement de la conjoncture.
Adopter une autre
politique fiscale ?
non, mais… Le débat sur la suppression de l’ISF va tourner court :
il ne sera pas rétabli. « Cet impôt est
idiot et il ne résout pas le problème
de la justice fiscale », tranche un
député macronien. De même, la
« flat tax », l’impôt fixe sur tous les
revenus du patrimoine, n’est pas
menacée. Enfin, la suppression de la
taxe d’habitation, le troisième pilier
de la politique fiscale de l’exécutif,
est également sur les rails. Pour
80 ou pour 100 % des ménages qui la
payent ? Le Président penche pour
la deuxième option. Les Français
sont invités à donner leur avis dans
le cadre du grand débat. Rajouter
une nouvelle tranche au barème de
l’impôt sur le revenu ? Pourquoi pas,
mais cela ferait un peu rustine façon
François Hollande, ironise-t-on dans
l’entourage du Président. Rendre
l’impôt progressif, du bas en haut de
l’échelle, comme le propose la députée Bénédicte Peyrol ? Personne ne
semble prêt à faire payer, ne fût-ce
que quelques euros symboliques, les
50 % de foyers exonérés de l’impôt
sur le revenu. Une seule certitude :
le statu quo fiscal semble exclu.
Renoncer à privatiser
les entreprises publiques ?
non Une fois votée au milieu du
printemps, la loi Pacte, portée par
Bruno Le Maire, permettra à l’État
de vendre ses actions Engie et de
descendre en dessous de 50 % dans
le capital du groupe ADP et de la
Française des jeux. Malgré certaines
critiques, le gouvernement ne renoncera pas à ces privatisations.
En revanche, il attendra que les
conditions de marché soient favorables. Hors de question de brader
ces actifs. S’en tiendra-t-il à ces trois
opérations ? Pas sûr. « Les Français
ne descendront pas dans la rue pour
ça, analyse un cadre du parti présidentiel. Vendre d’autres actifs comme
les participations dans Air France,
Renault ou Thales sera peut-être la
martingale pour résoudre le problème
des finances publiques en 2020. »
Changer le système
des retraites ?
non, mais… Le haut-commissaire y
met toute sa rondeur pour éviter de
braquer ses interlocuteurs. Chargé
de créer le régime universel promis
par le président de la République,
Jean-Paul Delevoye assure que la
réforme verra bien le jour. Tout
juste le calendrier a-t-il été un peu
détendu pour cause de grand débat.
Un projet de loi devrait être débattu
à l’automne pour une adoption à la
fin de l’année. Ce qui paraît plutôt
optimiste… D’autant que les sujets
les plus crispants, comme la valeur
du point de retraite – on ne raisonnera plus en années de cotisations ni
en période de référence (les six der-
niers mois pour les fonctionnaires,
les vingt-cinq meilleures années
pour le privé) –, qui conditionnera
le niveau des pensions, n’ont pas
encore été abordés. Ni la pension
de réversion. Les régimes spéciaux
disparaissant, toute la question est
de savoir quel curseur adopter. Trop
généreux, et le système sera sousfinancé. Trop chiche, et les futurs
retraités s’appauvriront. Et viendront gonfler le nombre de bénéficiaires de minima sociaux. L’âge
légal de départ restera fixé à 62 ans,
et une surcote de 3 à 5 % s’appliquera
pour toute année supplémentaire
travaillée.
Travail risquent d’être remisées.
Délicat de diminuer les droits des
demandeurs d’emploi en pleine colère sociale, même s’il s’agit des plus
favorisés. Compliqué de pénaliser
ceux qui cumulent petits boulots et
allocations chômage sans taxer les
entreprises qui abusent de la précarité. Mécontenter les uns pour
satisfaire les autres… Mais qui ?
Moderniser le statut
des fonctionnaires ?
oui La CGT Fonction publique a
déposé un préavis de grève jusqu’à
la fin janvier. Mais les consultations
engagées depuis plusieurs mois avec
Olivier Dussopt n’ont pas mis de
monde dans la rue. Développer la
rémunération au mérite, recruter
plus de contractuels, supprimer
120 000 postes d’ici à 2022, accroître
la mobilité… Tous ces thèmes ont
pourtant de quoi ajouter de l’huile
sur le feu. Plusieurs ministres ont
d’ailleurs alerté le président de la République sur les risques d’ouvrir un
nouveau front. Vainement, puisque
le projet de loi de modernisation du
statut des agents sera présenté en
Conseil des ministres fin mars pour
une adoption avant l’été. g
Adoucir la réforme
de l’assurance chômage ?
oui, mais… Comment imposer un
bonus-malus sur les contrats courts
alors que le patronat n’en veut pas
(voir page 10) ? Et exiger de réaliser
3 à 3,9 milliards d’euros d’économies
sur trois ans alors que les syndicats
sont contre ? Voilà le casse-tête du
gouvernement, alors que les négociations sur l’assurance chômage
s’enlisent et que l’hypothèse d’un
accord signé par une majorité de
partenaires sociaux s’éloigne. Faute
de consensus, il devra reprendre la
main et plancher sur un texte. Les
intentions initiales du ministère du
Rémy Dessarts et
Emmanuelle Souffi
Avec le débat, le gouvernement sort de la tétanie
Un petit rayon de soleil dans un
grand ciel gris. Des voix un peu
plus assurées, des ministres qui
se montrent, une Macronie qui
certes souffre, mais souffle un
peu aussi. Enfin. « Nous n’étions ni
abattus ni tétanisés, jure le porteparole du gouvernement, Benjamin
­Griveaux. Personne n’avait imaginé
que ce serait un chemin parsemé de
pétales de rose. » Il s’en réjouit. Il y
a encore trois semaines, les Gilets
jaunes défonçaient la porte de son
ministère au volant d’un engin de
chantier. Hier, Annick Girardin, la
ministre des Outre-Mer, a poussé
celle du sien puis, une fois dans la
rue, s’est mise à dialoguer avec les
chasubles fluo. Petit indice d’un
léger mieux. Girardin avait vu la
pétition qui demandait de prendre
davantage en compte ces territoires.
Elle est donc sortie pour en parler.
Après le temps du Président,
sorti à trois reprises en dix jours
en attendant un quatrième débat
sur le terrain jeudi, voici celui des
ministres, incités à se démultiplier. « Je ne trépignais pas, je suis
toujours allée au contact », relève
Girardin, qui organisera à l’Élysée
vendredi prochain un débat entre
les élus des outre-mer et Emmanuel Macron. Elle rappelle : « À la
Réunion, en novembre dernier, je
me suis rendue sur les barrages. Ils
étaient durs, on se faisait engueuler.
Jean-Claude Coutausse / Divergence
Ambiance À l’arrêt en
décembre, les ministres,
dont les réformes sont
en pause, remettent
peu à peu le nez dehors
Le Premier ministre, Édouard Philippe, et le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux (à g.), le 9 janvier à l’Élysée.
J’étais sur trois palettes, au milieu
de 2­ 000 ­personnes. »
Après la tétanie du mois dernier,
janvier et février seront peut-être les
mois où les ministres osent remettre
le nez dehors… Début décembre,
quand le bateau prenait l’eau et
que France 2 cherchait un ministre
pour débattre et écoper, Emmanuel
Macron s’était vite rendu compte
que peu de marins étaient prêts à
monter sur le pont. Faute de candidats, c’est le dernier arrivé et le
plus jeune d’entre eux qui s’y colla :
Gabriel Attal. Quelques minutes
avant l’antenne, dans la loge qu’il
partageait avec Jean-Luc Mélenchon, le tribun lui glissa un compliment acide : « Vous êtes bien seul.
Tout le monde se défile… »
« Avant Noël, il y avait
une morosité ambiante »
Un conseiller ministériel e­ xplique :
« Avant Noël, il y avait une morosité
ambiante. Là, on se remet en selle.
Les débats se déroulent de manière
apaisée, les indicateurs du chômage
sont bons, les sondages remontent. »
Un autre ajoute : « En décembre, le
temps était un peu suspendu, car ce
qui s’est passé a été d’une violence
inédite. Macron a réussi à remonter
le moral de ses équipes. Les troupes
ont envie de se battre pour lui. »
Il est vrai que depuis deux
­semaines le chef de l’État occupe
la scène. C’est sur les planches qu’il
espère trouver son salut. Quitte à
donner l’impression qu’il gèle les
réformes. « On met les projets un peu
en stand-by, le temps du grand débat,
se rassure un conseiller. Mais il y
a toujours un pilote dans l’avion. »
Le 9 janvier, Édouard Philippe
s’élançait ainsi dans un résumé du
séminaire gouvernemental dont il
venait de sortir : « Nous allons reporter l’examen d’un certain nombre
de textes. » Après dix minutes de
présentation, il se reprit dans un
sourire. Il avait oublié un point :
le programme de travail. « Très
dense », assurait-il. Et de citer la loi
sur l’école avant d’aller chercher le
statut de la Polynésie et la réforme
de la distribution de la presse… tout
en promettant d’accorder « plus de
temps » aux organisations syndicales pour s’entendre sur l’assurance chômage, puis en renvoyant
la réforme constitutionnelle et la loi
sur les transports aux lendemains
du débat. « On ne pouvait pas finir
cette loi transports avant même
que les conclusions du débat soient
connues, rappelle le sénateur socialiste Patrick Kanner. La ministre
des Transports, Élisabeth Borne,
n’était pas très heureuse du report.
Elle voulait aller vite, mais elle s’est
pliée aux décisions de Matignon. »
Un député de la majorité le professe : « On doit passer un maximum de temps sur le terrain et un
minimum à l’Assemblée. » Vendredi,
Édouard Philippe participait à son
premier débat à S
­ artrouville ­(Yvelines). Il compte en faire « ­autant
que possible, sur des formats différents ». La secrétaire d’État Marlène
Schiappa en animait un sur C8, aux
côtés de Cyril Hanouna. Après la
pénurie, le trop-plein de ministres ?
Un député s’en inquiète : « Le grand
débat ne doit pas nous conduire à
arrêter toute activité… » g
Arthur Nazaret
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le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
L’événement
Participation en baisse, incidents en hausse
ACTE XI Moins de
manifestants, mais
un mouvement qui
se poursuit. Un proche
d’Éric Drouet a été
blessé à l’œil
Parmi les manifestants, place de la
République hier soir, on ne parle
que de ça : Jérôme Rodrigues,
l’une des porte-voix du mouvement, a été blessé à l’œil, place de
la Bastille. L’hypothèse privilégiée
évoque l’éclat d’une grenade de
désencerclement. Dans un communiqué, la préfecture de police
de Paris indique qu’elle va saisir
l’IGPN, la police des polices, en
accord avec le ministère de l’Intérieur, « afin que soient établies les
circonstances dans lesquelles cette
blessure est intervenue ».
Le blessé, qui a publié sur
­Facebook une photo de son visage
tuméfié, craignant de « perdre un
œil » a été pris en charge et hospitalisé. Devant une banderole
« Macron démission », Nicolas
laisse exploser sa colère : « Ils
l’ont visé ! Jérôme est un pacifiste,
quand ils lui ont tiré dessus il était
en train de filmer. » Éric Drouet,
l’un des leaders du mouvement, a
réagi sur la chaîne russe RT : « C’est
très très grave. Ils ont attaqué une
des figures des Gilets jaunes. Ce soir
c’est un autre mouvement qui va
commencer… » Un communiqué de
son groupe Facebook La France en
colère appelle à « un soulèvement
sans précédent, par tous les moyens
utiles et nécessaires ».
« Fly Rider » a été placé
en garde à vue à Bordeaux
La place de la Bastille, où des heurts
ont éclaté au moment de la dissolution, était le point de convergence
de plusieurs cortèges : celui d’éric
Drouet, parti du cours de ­Vincennes et
un autre, en provenance des ChampsÉlysées. Par ailleurs, ­Priscillia Ludosky, figure des Gilets qui avait pris
ses distances avec Éric Drouet, a mené
un autre rassemblement du ministère
des Outre-Mer, où la ministre est descendue discuter avec les manifestants,
jusqu’au siège de Facebook France.
La « nuit jaune » a duré à peine deux
heures ; après des échauffourées, la
place de la République a été évacuée
vers 19 heures.
À Paris, où six militants de Génération identitaire ont été arrêtés
préventivement hier matin, les
Gilets jaunes étaient 4 000, contre
7 000 la semaine dernière, selon le
ministère de l’Intérieur. Une même
tendance à la baisse est observée au
niveau national : les manifestants
français étaient hier 69 000, soit
15 000 de moins qu’à l’acte X.
Un peu partout en France, des
incidents ont émaillé les cortèges.
À Évreux, des affrontements sont
survenus en début d’après-midi,
gaz lacrymogènes contre lancers
de projectiles. Quatre voitures ont
été brûlées. Toulouse a connu son
lot de violences urbaines : banques
saccagées, panneaux publicitaires
et abribus détruits. À Bordeaux,
l’un des bastions de la protestation,
une autre tête d’affiche des Gilets,
Maxime Nicolle dit « Fly Rider »,
a été placé en garde à vue hier soir
pendant deux heures, puis relâché.
Des jets de bouteilles et pétards de
quelques dizaines de manifestants
souvent cagoulés et masqués d’un
côté, de l’autre des charges, lacrymogènes et canon à eau des forces de
l’ordre, ont marqué la tombée de la
nuit. À Dijon, des manifestants ont
tiré des « mortiers » et feux d’artifice
en direction des policiers, qui ont
répliqué par des jets de gaz lacrymogènes. Le ministre Christophe
Castaner condamne des « violences »
commises par « des casseurs camouflés en Gilets jaunes ». g
Stéphane Joahny
et Plana Radenovic
Les tribulations de la liste
Stratégie Les initiateurs
du Ralliement d’initiative
citoyenne ont rendez-vous
aujourd’hui pour préparer la
campagne européenne
« Ça vaut le coup d’essayer, si on ne
se fait pas assassiner avant… » Investi mercredi à la huitième place
d’une liste Gilets jaunes aux européennes, Marc Doyer se dit victime depuis de menaces de mort,
principalement sur Facebook, et
annonce qu’il va porter plainte. Au
cœur de ce déferlement de haine,
le récent passé de Marcheur de ce
directeur commercial de 53 ans :
cadre de LREM dans l’Oise jusqu’à
sa démission en décembre, il avait
même postulé un temps pour
figurer sur la liste de la majorité
pour les européennes. « J’ai cru en
Macron, dit-il. Je me suis trompé, et
je suis là aujourd’hui pour dénoncer
l’imposture d’En marche. »
Avec d’autres Gilets jaunes, ils ont
décidé de lancer une liste baptisée
RIC, pour Ralliement d’initiative
citoyenne. Un sigle qui renvoie au
référendum réclamé par les mani-
festants. « Une réunion très importante » doit se tenir aujourd’hui
pour déterminer la marche à suivre,
selon leur directeur de campagne,
Hayk Shahinyan. Car tout reste à
faire, après l’annonce des dix premiers noms de la liste conduite par
l’aide-soignante normande Ingrid
Levavasseur.
Le scrutin est dans quatre mois,
mais le temps presse. Du coup,
la désignation des dix premiers
candidats ne correspond pas vraiment à l’« horizontalité » prônée
par certains de ses membres. « Si
on avait eu le temps, on aurait fait
les choses de façon plus démocratique », concède Christophe Chalençon, membre de la « coordination nationale » à l’origine de
cette liste.
Programme validé
dans un mois
L’artisan du Vaucluse s’occupe de la
plateforme en ligne Noos-citoyens
et commence un tour de France
des « assemblées citoyennes » qui
doivent alimenter le programme
de la liste. Chalençon souhaite
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le journal du dimanche
dimanche 27 janvier 2019
Ce qu’il doit changer
Ce que veulent
les Foulards rouges
Samedi à Paris,
débordements et
affrontement entre Gilets
jaunes et forces de l’ordre sur
la place de la Bastille.
Corentin Fohlen/Divergence
Gilets jaunes
dégager « sept grandes lignes » et
valider le tout « dans un mois ». La
récolte des dons doit aussi commencer en février. Objectif: réunir
entre 800 000 et 1 million d’euros
pour financer la campagne. Il faudra aussi boucler la liste d’ici là. Un
appel à candidatures est lancé. Les
prétendants voteront sur Internet
pour sélectionner, parmi eux, les
69 candidats restants.
Le RIC sait déjà qu’il n’aura
pas le soutien de tous les Gilets.
Certains, à l’instar des historiques
Éric Drouet ou Maxime Nicolle,
les accusent de récupérer le mouvement pour servir leurs intérêts.
Benjamin Cauchy, autre visage du
mouvement qui n’exclut pas un
engagement sur une liste de droite,
réclame une « clarification de [leur]
ligne politique ». Pour le Toulousain, il est urgent d’attendre : « Ils
mettent la charrue avant les bœufs,
sans même attendre l’issue du grand
débat, ce n’est pas un moment pour
diviser. » Si tant est que l’unité
régnait jusque-là. g
Arnaud Focraud
RIPOSTE Trois collectifs, dont
les membres se disent révoltés
par les blocages et les violences,
appellent à défiler aujourd’hui
à Paris pour « défendre la
République »
À leur tour de s’exprimer. Laurent, Caroline, Théo et les autres
participeront cet après-midi à la
« marche républicaine des libertés » organisée à Paris. Qu’ils soient
ingénieur, infirmière ou boulanger, qu’ils viennent de Toulouse,
Montpellier ou Quimper, tous ont
rejoint les Foulards rouges. Le
mouvement, né fin novembre sur
Facebook, compte près de 38 500
membres. « Ni pro-Macron, ni antiGilets jaunes », tous dénoncent les
violences qui émaillent les manifestations et appellent à défendre
« la démocratie et les institutions ».
Parmi eux, différents profils.
« Je ne suis pas un bourgeois ! »,
assure Julien, 36 ans, chômeur
en fin de droits. Certaines revendications sur le pouvoir d’achat
lui semblaient légitimes, mais les
blocages l’ont révolté : « On a vu des
gens taper sur les voitures, insulter les conducteurs, c’était surréaliste ! » Devenu modérateur pour
le groupe Facebook, il témoigne :
« On reçoit 50 à 100 menaces de
mort par jour, c’est la démocratie
façon Gilet jaune ! »
Eddy, comédien de 49 ans, ne
roule pas non plus sur l’or. Mais
il va marcher : « Forcer les gens
à signer une pétition, embêter les
gens parce qu’ils ne pensent pas
Gilet jaune, toutes ces attitudes
m’ont interrogé sur le rapport à
la démocratie ». Théo Poulard,
23 ans, boulanger et vice-président
du mouvement, résume : « Nous
regroupons des personnes de tout
niveau social, du patron à l’allocataire RSA. » Cet après-midi, tous
défileront derrière une banderole
proclamant « Stop à la violence »
et reprenant le premier article de
la Constitution : « La France est
une République indivisible, laïque,
démocratique et sociale. »
En matière de sensibilité politique, Laurent Soulié, créateur de
la page Facebook « Stop. Mainte-
nant, ça suffit », dont le collectif
co-organise cette mobilisation, ne
cache pas qu’il a voté pour le président actuel. Au départ, il pensait
même l’intituler « Marche républicaine de soutien à Emmanuel Macron ». Mais il a maintenant adhéré
aux Foulards rouges et insiste sur
leur caractère « apolitique » : « Il
s’agit d’affirmer notre soutien à la
fonction de président. Là, certains
cherchent à prendre leur revanche
sur les dernières élections. La démocratie, ce n’est pas cela ! »
Dans le cortège, des macronistes
(comme Laurent Segnis, le fondateur des Gilets bleus, troisième organisateur de la marche) devraient
aujourd’hui côtoyer des socialistes,
des Insoumis, des Républicains,
etc. Laurence, retraitée de l’Édu-
« On reçoit 50 à
100 menaces de
mort par jour ! »
Julien, chômeur et modérateur
de la page Facebook
cation nationale, a par exemple
voté François Fillon : « La colère
m’est venue quand j’ai vu les dégâts
partout, les petits commerçants mis
à mal, mon vétérinaire insulté parce
qu’il faisait “ un métier de riches ” ! »
Les responsables de La République en marche, eux, préfèrent
se tenir à distance. Et n’appellent
pas à manifester avec les Foulards
rouges. « On est en train de dire à
tout le monde : rentrez chez vous,
participez au grand débat. Cela
vaut pour tout le monde : les Gilets
jaunes comme les Foulards rouges »,
argumente un proche du Premier
ministre. Mieux vaut être prudent :
« S’il y a deux personnes dans la rue,
ce serait dommage qu’on l’ait sponsorisé », ironise le même. Hier soir,
sur Facebook, ils étaient 10 000 à
annoncer qu’ils prendraient part
à la marche, et 27 600 à se dire
intéressés. g
Marie Quenet
Le RN participe au
débat… qu’il dénonce
REVIREMENT Le parti de
Marine Le Pen, initialement
rétif, tentera finalement
d’y faire valoir ses idées
Le Rassemblement National
serait-il devenu adepte du « en
même temps » cher à Emmanuel
Macron ? Depuis l’annonce de la
tenue du grand débat, le parti tirait
à boulets rouges sur l’initiative. « De
la com » pour Marine Le Pen, « du
vent » pour la tête de liste aux européennes Jordan Bardella, « une
fumisterie » pour Julien Sanchez,
le maire de Beaucaire… Mais « en
même temps », le RN sera présent
à un maximum de rencontres. « On
peut très bien aller jouer au poker
avec des tricheurs, en sachant qu’ils
trichent, et taper du poing sur la
table pour dire “vous êtes un tricheur !” », rétorque ­Gilbert Collard,
député RN du Gard.
Le RN a la ferme intention de
squatter le grand débat, pour mieux
le dénoncer. « Sur le traité d’Aix-laChapelle, on nous interdit d’avoir un
débat, souligne Philippe Olivier, le
conseiller spécial de Le Pen. Sur le
pacte de Marrakech, on nous interdit
d’avoir un débat. Nous allons donc
parler de ces choses interdites pour
montrer les limites du système. » Et
les membres du RN se réservent
le droit d’avancer masqués lors de
leurs prises de parole. « Est-ce que
l’on doit se présenter comme simple
citoyen, élu ou secrétaire départemental ?, s’interroge Wallerand
de Saint-Just, le trésorier du RN.
On laisse la puissance agissante libre
selon la tournure du débat. »
Une tribune pour
les européennes
L’occasion est en réalité immanquable pour le RN. « Il était hors de
question que nous n’y allions pas,
dit Jean-Lin Lacapelle, membre du
Bureau national. Nous avons le cœur
Gilets jaunes, l’esprit Gilets jaunes,
nous sommes les Gilets jaunes, tous
les Gilets jaunes !». À quatre mois
des européennes, le débat offre au
RN une tribune et l’occasion de
grappiller de nouvelles voix, sans
avoir à débourser le moindre centime. Au lendemain de l’annonce
du grand débat, le délégué national
aux fédérations, Gilles Pennelle,
adressait donc un courrier à tous
les secrétaires départementaux
du parti, ainsi qu’aux cadres, pour
leur demander d’y participer. « Je
leur ai recommandé de mettre en
avant, parmi les 144 propositions
de Marine pour la présidentielle,
toutes celles qui correspondent à
ce que demandent les Gilets jaunes,
précise-t-il. Parce que finalement,
ils reprennent une grande partie de
nos revendications ».
Pour autant, hors de question
pour les élus ou les militants d’organiser eux-mêmes une rencontre
locale. Julien Sanchez a écrit une
lettre ouverte à la députée LREM
de sa circonscription pour qu’elle
organise un débat dans sa municipalité RN, plutôt que de s’en
charger lui-même. « Je ne suis pas
responsable de la politique gouvernementale, dit-il. Donc ce n’est pas
à moi d’organiser un débat. » Le
grand débat, un moyen pour le
RN de donner des gages de républicanisme, tout en endossant le
costume d’opposant numéro un. g
Robin d’Angelo
LES INSOUMIS
DéNONCENT « une
superCherie »
QU’IMPORTE SI les réunions
dans le cadre du grand débat se
multiplient partout en France,
les Insoumis refusent toujours
d’y prendre part. Ils dénoncent
en chœur une « supercherie » ne
répondant pas aux revendications
des Gilets jaunes. L’objectif est
de « diluer le peuple » dans ces
échanges, soutient Jean-Luc
Mélenchon, meneur de La France
insoumise (LFI). Et si le maire LFI
de Grabels (Hérault) a participé
aux échanges entre les édiles
d’Occitanie et le chef de l’État
à Souillac (Lot) le 18 janvier, il
n’est pas non plus convaincu. Il
a dénoncé sur France Bleu un
« show » de Macron, « en campagne aux frais de l’État ». g S.P.
Pourquoi la CGT fera grève commune
Virage L’appel de la centrale a
été relayé par les Gilets jaunes,
qui défileront à ses côtés. Une
convergence qui séduit la base
Depuis le début du mouvement des
Gilets jaunes, Philippe M
­ artinez
fait preuve d’une prudence de
Sioux. Sceptique, voire méfiant,
à la veille de l’acte I, il estimait le
16 novembre « impossible d’imaginer la CGT défiler à côté du Front
national ». L’« impossible » deviendra réalité le 5 février, même si, çà
et là, des militants s’affichaient déjà
aux côtés des Gilets. Ce jour-là, la
centrale organise une journée de
grève et de manifestation au nom
de « l’urgence sociale ». Alors que
les Gilets jaunes mettent syndicats
et politiques dans le même sac, l’un
de leurs leaders, Éric Drouet, a saisi
la balle au bond et appelé lui aussi à
une grève générale illimitée à partir
de la même date. Mais pas question
pour autant d’apposer le logo de la
CGT sur le tract diffusé mardi sur
son groupe Facebook, La France en
colère !!!
Pour la centrale, qui vit une période délicate, ce mariage du jaune
et du rouge tombe à pic. « Cela
montre que l’action syndicale est
encore à l’ordre du jour, se félicite
Fabrice Angéi, secrétaire confédéral. On ne crie pas à la récupération
non plus. » Car une partie de la base
réclame un discours plus offensif.
« Nous devons chercher l’unité la
plus large possible », estime Julien
Huck, secrétaire général de la
CGT a­ groalimentaire. À plusieurs
­reprises, Philippe Martinez a été
mis en difficulté. Début décembre,
il avait signé avec toutes les organisations syndicales un communiqué
appelant à une reprise du dialogue et
condamnant les violences du 1er décembre. La fédération de la chimie,
une des plus contestataires, avait
condamné un « contenu indigne de
la CGT ».
La ligne Martinez
est clairement attaquée
De plus en plus de militants grognent
contre les traditionnelles journées
de mobilisation, qui servent plus à se
compter qu’à o
­ btenir des avancées.
Le 13 ­décembre, près de 80 d’entre
eux ont publié dans Libération
une lettre ouverte dénonçant une
convergence des luttes qui n’existe
que sur le papier. La ligne Martinez
est clairement attaquée, d’autant que
la centrale a dû laisser sa place de
numéro un à la CFDT. « C’est normal qu’il y ait des interrogations car
nous sommes face à un mouvement
qui interpelle, reconnaît Fabrice
Angéi. La confédération n’a jamais
été opposée à faire ensemble quand
c’était possible. »
Ces dernières semaines, l’ancien
cégétiste de Renault a tenté de donner des gages à son aile d’extrême
gauche, au risque de s’isoler. Mi-décembre, il boycottait une réunion
préparatoire au grand débat au
ministère du Travail. Le 11 janvier,
il récidivait à Matignon et annonçait
que la CGT ne participera à aucune
rencontre nationale sur le sujet. Du
débat, il y en aura certainement lors
du comité confédéral national de
mardi et mercredi. g
Emmanuelle Souffi
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le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
L’événement
Le 2 décembre, Emmanuel Macron se rend à l’Arc de Triomphe, saccagé la veille. Nikola Kis Derdei/Bestimage
S
ous la Ve République,
c’est une première. Vendredi 7 décembre, les collaborateurs qui seront de permanence le lendemain
visitent un secteur du palais de l’Élysée qui leur est d’ordinaire interdit.
Brigitte Macron s’est jointe à eux. À
la veille de l’acte IV du mouvement
des Gilets jaunes, le petit cortège,
guidé par des hommes du service
de sécurité, accède au fameux PC
Jupiter, le bunker ultrasecret réservé
au Président et à son état-major en
cas d’attaque thermonucléaire. « On
nous a expliqué qu’en cas d’alerte c’est
là qu’il faudrait peut-être se réfugier », indique un témoin.
Le samedi précédent, des manifestants ont déferlé sur les avenues
qui mènent à la place de l’Étoile et
pris d’assaut l’Arc de Triomphe. Saccages, flammes, charges violentes
contre les CRS. Certains ont lancé
des appels à marcher sur l’Élysée.
Les plans des égouts du quartier
circulent sur les réseaux sociaux,
un vent d’insurrection souffle sur
la capitale. Même les gendarmes
du commandement militaire de la
présidence n’en mènent pas large.
Et si, la prochaine fois, les émeutiers
réussissaient à forcer la porte ?
« Ce jour-là, on s’est vraiment cru à
la veille du 10 août 1792 », poursuit le
même collaborateur, en référence à
la prise des Tuileries, tournant de la
Révolution qui précipita la chute de
la monarchie. Dans les ministères,
l’atmosphère est tout aussi pesante.
« On m’a demandé d’enlever de mon
bureau tous les documents confidentiels et d’emporter mon ordinateur, au
cas où, raconte un conseiller. Ça en
dit long sur le climat du moment. »
Un « Crève ! » dont il
parlera longtemps
Au moment de l’attaque contre l’Arc
de Triomphe, Emmanuel Macron
Le 4 décembre, le chef de l’État est hué lors de sa visite au
Les dix jours où
Récit Du saccage
de l’Arc de Triomphe,
le 1er décembre,
à l’allocution télévisée
du chef de l’État, le 10,
comment l’élysée a vécu
une crise sans précédent
Arthur Nazaret et
DaviD Revault D’Allonnes
était à Buenos Aires pour le G20.
Dès sa descente d’avion et sans
même faire un crochet par l’Élysée, le dimanche 2 décembre, il s’est
rendu dans le quartier dévasté des
Champs-Élysées. Il y a essuyé des
sifflets. Le mardi soir, il est parti pour
Le Puy-en-Velay, où la préfecture de
la Loire venait d’être incendiée par
des Gilets jaunes. L’étape a tourné
au cauchemar. Un enragé s’est jeté
sous les roues de sa voiture pour
bloquer le passage, puis des agents
préfectoraux, que des casseurs
avaient menacé de « griller comme
des poulets », sont tombés dans ses
bras, en pleurs.
À la caserne de gendarmerie, le
chef de l’État doit sortir par l’arrière
afin d’éviter les Gilets jaunes regroupés devant le bâtiment. Scène stupéfiante : le Falcon présidentiel doit
même décoller en urgence parce que
des manifestants s’approchent de
l’aérodrome ; il devra redescendre
peu après pour embarquer précipitamment le chef de l’État et son staff.
Et puis il y a les huées, les injures lancées sur le passage de son véhicule,
et ce mot terrible quand il a baissé la
vitre de sa portière : « Crève ! » Choqué, il en parlera à tous ses proches
les jours suivants.
« Les gens sont arrivés à un degré
de haine qui interpelle », s’inquiètet-il. Un de ses familiers résume :
« Macron n’était jamais allé sur un
rond-point. Là, il a vu des gens déchaînés face à lui, c’était la première
fois. » Un autre ajoute : « Ce jour-là, il
a découvert la vraie haine des irréductibles. » Le Président tombe de haut.
Sibeth Ndiaye, sa conseillère pour
les relations avec la presse, confie
le soir même aux macronistes de la
première heure avec qui elle dîne :
« On vient de vivre un niveau de violence hallucinant. »
Brigitte Macron,
la plus choquée
La plus bouleversée, c’est Brigitte
Macron. Elle ne comprend pas que
l’image de son mari soit à ce point
dégradée sur les ronds-points occupés, sur les banderoles, dans les
slogans. Aux critiques haineuses portées contre lui, elle répond : « Ce n’est
pas lui ! » Mais elle semble d’autant
plus désorientée qu’elle aussi est la
cible de propos outrageants. Ce qui
renforce le désarroi du Président. « Il
est très touché pour Brigitte, comme
Pompidou l’avait été pendant l’affaire
Markovic », décrit un proche (en
allusion au scandale de 1968 dans
lequel les calomnies couraient sur la
vie privée de l’épouse du Premier ministre). « Elle vivait un truc inattendu,
ajoute ce témoin, disproportionné et
d’une violence inouïe… »
Pourquoi tant de haine ? La question est posée, en réunion de cabinet,
cette semaine-là, par un conseiller :
« Connaissant le Président, sa qualité
humaine, son empathie, sa chaleur,
comment se fait-il que beaucoup de
Français ne le supportent plus ? »
Le secrétaire général de l’Élysée,
Alexis Kohler, a opiné : « Tu as tout
à fait raison ! » Mais personne n’a
donné la réponse. Encore moins une
solution pour y remédier. Hormis,
peut-être, la nécessité pour Macron
de faire momentanément profil bas.
L’intéressé a reçu le message : si c’est
sa personne qui déclenche la rage,
« Macron a
maigri.
Quand tu le
touches, il n’y a
plus rien… »
mieux vaut disparaître des écrans, au
moins quelques jours. Rester caché.
Deux semaines plus tard, il renoncera d’ailleurs à aller se recueillir le
8 janvier sur la tombe de Mitterrand
à Jarnac, en Charente, comme il
l’avait envisagé, à l’occasion du
23e anniversaire de sa mort. Un
simulacre de procès tenu par des
Gilets jaunes à Angoulême suivi de
la décapitation à la hache d’un mannequin à son effigie l’en dissuadera.
En ce début décembre, les ministres,
eux aussi, annulent pour raisons de
sécurité des déplacements prévus
en province. Avec le mutisme présidentiel, l’exécutif semble tétanisé.
Un ministre en témoigne : « Il y avait
une grande paralysie parce que tout
le monde attendait l’oracle. On attendait que le Président nous dise ce qu’il
fallait penser… »
Quand Le président
ne sait pas quoi dire
Mais Macron ne parle pas. En fait, il
ne sait pas quoi dire. Le 15 novembre,
juste avant l’éclosion du mouvement
des Gilets jaunes, il a parlé sur TF1,
en direct du porte-avions Charlesde-Gaulle. Son aveu d’impuissance
– « Je n’ai pas réussi à réconcilier les
Français avec leurs gouvernants » –
a fait un flop. Qu’ajouter, maintenant que ce divorce s’est changé en
fureur ? Des ministres sont sortis
troublés d’une réunion à l’Élysée ;
deux racontent avoir vu le chef de
l’État « livide, agité, parlant à toute
vitesse en faisant des gestes brusques,
on ne l’avait jamais vu comme ça ».
Soudain, le superprésident paraît fragile, amoindri. Un de ces
ministres ajoute : « Avant, il avait
toujours réponse à tout ; cette fois,
il cherchait mais il ne trouvait pas,
il hésitait. Pour la première fois, il a
eu l’air dépassé par les événements. »
Un de ses amis s’en émeut : « Il a
maigri. Quand tu le touches, il n’y a
plus rien… » Le président du Sénat,
Gérard Larcher, qui s’entretient plusieurs fois avec lui, au téléphone ou
de visu, durant cette période, confie
à son entourage l’avoir trouvé fatigué et fébrile. À la fin d’un de leurs
tête-à-tête, Macron l’a surpris en lui
agrippant le bras et en lui soufflant :
« Vous ne me lâchez pas, hein ? »
L’exécutif au bord
de la crise de nerfs
Édouard Philippe et Christophe
Castaner, le ministre de l’Intérieur,
sont envoyés au front. Objectif :
montrer que la priorité du pouvoir
est de rétablir l’ordre face aux fauteurs de troubles. « On pense qu’on
peut casser le mouvement sur le sécuritaire », décrypte un conseiller.
Castaner est encouragé à se déployer
dans les médias pour incarner un
mélange de sévérité et de sérénité.
Mais avec l’électricité qui est dans
l’air, ce n’est pas gagné. Il va falloir
lâcher du lest. Le Premier ministre
lui-même en convient. « Après le
week-end du 1er décembre, on a compris qu’il faudrait renoncer à la taxe
carbone », souligne un de ses amis.
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le journal du dimanche
dimanche 27 janvier 2019
Ce qu’il doit changer
Puy-en-Velay. MANUEL CLADIèRE/MAXPPP
Le 10 décembre, l’exécutif reçoit les représentants patronaux et syndicaux, avant l’intervention télévisée du Président le soir. Yoan Valat/AP/SIPA
Macron a tremblé
Le mardi 4 décembre, dans un
salon au premier étage de Matignon,
le petit déjeuner hebdomadaire des
chefs de la majorité commence
par un topo introductif d’Édouard
Philippe. S’il n’évoque pas explicitement l’abandon de la taxe carbone, il prévient qu’il va faire des
annonces en ce sens. Le leader des
sénateurs En Marche, François
Patriat, tord le nez : « Si on recule,
si on lâche maintenant, ça sera difficile. » D’autres estiment au contraire
que cela n’est pas assez : « Ce n’est
pas ça qui aura l’effet de souffle suffisant pour éteindre la contestation »,
estime l’un des présents. Mais la
décision est prise, l’heure est aux
concessions. Le Premier ministre,
en conférence de presse, annonce
le retrait de la hausse de taxe qui
a enflammé le pays. Est-ce par
maladresse ou parce qu’il désapprouve la mesure ? Philippe parle de
« suspension », alors que les Gilets
jaunes attendent une annulation.
Embarras parmi les commentateurs
– a-t-on bien compris ? –, flottement
dans la majorité, vive irritation à
l’Élysée. Alors que les Gilets jaunes,
Nicolas Dupont-Aignan et la droite
hurlent à l’« entourloupe », la présidence annonce qu’il ne s’agit pas de
« suspendre », mais bien d’« annuler » la hausse. Dans l’hémicycle, le
Premier ministre reçoit le communiqué comme un uppercut. Pour
lui, le camouflet est rude. « Il l’a
vécu comme un couac qui rajoutait
au bordel, explique un conseiller. Il
était très marri de la chose. »
Le chef du gouvernement se
montre de plus en plus tendu, lui
aussi. Quelques tics lui reviennent :
cette façon de taper du poing dans
la paume de sa main, d’enlever ses
lunettes, de les mâchouiller, de les
faire virevolter entre ses doigts… Les
deux têtes de l’exécutif sont au bord
de la crise de nerfs, et les ministres
nagent en plein brouillard. Le mercredi soir, François de Rugy, invité
d’une chaîne de télévision, appelle
Macron pour être sûr de ne pas se
tromper : oui, répond le Président,
il faut bien parler d’« annulation »…
S’il ne s’exprime pas au grand
jour, Macron reste attentif. Il veut
éviter la cacophonie, qui donnerait l’impression d’un pouvoir à la
dérive. Au conseil des ministres du
5 décembre, il rappelle que, au premier tour de l’élection présidentielle,
Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, François Asselineau et Nicolas
Dupont-Aignan avaient recueilli à
eux quatre « plus de 40 % des voix »
(en réalité, 46,5 %) : « Cela traduisait un malaise en France, et ce même
malaise s’exprime aujourd’hui. » Que
la fronde fasse de lui une cible, « ça
fait partie du job », relativise-t-il.
Son ami et conseiller Jean-Marc
Borello, patron du groupe SOS, ne
dit pas tout à fait la même chose :
« Que réformer soit douloureux,
« Tout le monde
demandait
à tout le monde :
“Tu sais ce qu’il
va dire ?” »
c’est pas un scoop. On s’y attendait.
Ce qu’il ne comprend pas, c’est l’intensité de la violence. » Pour chercher les clés d’un phénomène qui
le trouble, Macron consulte également, durant la semaine, ceux
avec qui il aime croiser sa réflexion :
Philippe Grangeon, historique de
la CFDT, ancien cadre dirigeant de
Capgemini, qui conseilla François
Hollande et dont l’influence gran-
dit dans l’écosystème présidentiel ;
François Sureau, avocat et écrivain,
défenseur des libertés publiques et
des droits de l’homme. Ces deux-là
désapprouvent l’inflexibilité budgétaire prônée à Matignon et à Bercy,
et relayée par le secrétaire général
de la présidence, Alexis Kohler.
Vieux routiers du social, Borello et
Grangeon recommandent d’ouvrir
les vannes pour soutenir le pouvoir
d’achat. Borello résume, lapidaire :
« Il y a des règles auxquelles personne
n’échappe : dans un conflit, on paie,
et on ouvre les négos. »
La note de
Richard Ferrand
Le 6 décembre, en réunion de cabinet, Macron présente une analyse
élaborée sur la « triple crise » que
révèle selon lui le mouvement des
Gilets jaunes : « crise politique, crise
morale, crise de l’information ».
Amer, il déplore que les chaînes d’information continue l’aient « transformé en personnage de téléréalité ».
Le samedi 8 décembre dans l’aprèsmidi, alors que les manifestants
marchent à nouveau dans Paris et
que de nouvelles violences éclatent,
il réunit sa garde rapprochée : outre
Alexis Kohler et le conseiller spécial Ismaël Emelien, il y a là l’ancien
ministre chiraquien Jean-Paul Delevoye, le président de l’Assemblée,
Richard Ferrand, ainsi que François
Bayrou et Philippe Grangeon, qui
participent à la discussion par téléphone. Tous quatre plaident pour
des gestes forts. Les propositions
de chacun sont passées en revue : la
prime pour les forces de l’ordre, une
aide aux retraités, la défiscalisation
des heures supplémentaires, l’organisation d’un grand débat national.
Macron avance l’idée de la prime
de 100 euros pour les salariés les plus
modestes. Ferrand, qui a préparé
une note sur la façon de prendre la
parole, pose la question : « Mea culpa
ou non ? » Lui plaide pour un acte de
contrition public. Macron retient
la suggestion, tout comme celle du
grand débat. En fin d’après-midi,
sa religion est faite : il annoncera
lundi à la télévision une grande
concertation nationale et diverses
mesures sociales, pour une enveloppe estimée au bas mot à 10 milliards d’euros. C’est ce qu’il indique
dans la foulée à Édouard Philippe,
qui, une fois encore, encaisse. Un
proche en témoigne : « Quand tu sors
de dix-huit mois de bagarre budgétaire auprès de chaque ministre, où tu
as porté l’ambition du redressement
des comptes, et que d’un coup tu comprends qu’il faut accepter d’ouvrir les
vannes, c’est un renoncement. Et c’est
très douloureux. »
Le dimanche, les réunions de calage se succèdent à l’Élysée. L’aprèsmidi, Macron rédige lui-même son
allocution télévisée du lendemain,
20 heures. Jusqu’au bout, la haute
Macronie est divisée. Avec Philippe
Grangeon, Stéphane Séjourné,
conseiller politique du Président,
et le numéro deux de La République
en marche, Pierre Person, tentent
de convaincre Macron qu’il faut
reconnaître le vote blanc – une
revendication des Gilets jaunes. In
extremis, il l’ajoutera à sa liste de
courses, que seule une poignée de
confidents a pu lire en intégralité
avant l’allocution du lundi.
« Tout le monde appelait tout le
monde en demandant : “tu sais ce qu’il
va dire ?”, rapporte un conseiller. Les
ministres voulaient savoir qui allait
manger son chapeau. » Mais rien ou
presque ne filtre. « L’effet de blast,
notamment des 100 euros de prime,
n’aurait pas été le même. » Pour donner ampleur et solennité au mouvement qui se prépare, Macron reçoit
les présidents de l’Assemblée et du
Sénat, ceux des grandes associations
d’élus, les dirigeants des syndicats.
Mais devant eux non plus, il ne se
dévoile pas.
L’explication entre
Macron et Kohler
La déclaration est enregistrée en une
prise, le lundi, à 19 heures. Benjamin Griveaux, le porte-parole du
gouvernement, et le jeune secrétaire
d’État Gabriel Attal sont briefés par
téléphone quelques minutes avant
la diffusion pour pouvoir en faire le
service après-vente, aussitôt après,
dans les médias. Au bout du fil, Macron leur semble avoir retrouvé sa
voix des bons jours. Il veut que tout
soit clair. Sa consigne : sur les heures
supplémentaires, arrêter le langage
« techno », ne plus dire « défiscalisation » ni « désocialisation », mais
qu’on parle d’heures supplémentaires « sans impôts ni charges ». « On
n’a jamais fait autant d’un seul coup
sur les salaires », souligne-t-il. In extremis, il appelle aussi la ministre
du Travail, Muriel Pénicaud, juste
avant qu’elle n’entre sur le plateau
de France 2. La liaison est médiocre
et le temps presse : ils n’échangeront
que quelques mots.
Le lendemain, le Président et
son secrétaire général ont une
explication. Alexis Kohler, d’ordinaire impeccablement aligné sur
les positions du Président, était
opposé à tout recul face aux Gilets
jaunes. « C’est trop tard, il fallait le
faire avant », estime-t-il. Un autre
proche de Macron approuve : « On
a manqué de réactivité, on aurait dû
faire tout ça une semaine plus tôt. »
Macron, lui, estime qu’il a au moins
repris l’initiative. À l’issue de cette
semaine où son pouvoir a semblé
vaciller, il juge avoir évité la crise
de régime. La crise politique, elle,
est encore devant lui. g
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le journal duDimanche
dimanche
27 janvier 2019
Les indiscrets JDD – Europe 1
Philippe et les 80 km/h
En vue
Le Premier ministre
devrait se rendre demain
en Seine-et-Marne
pour dévoiler le bilan
de la sécurité routière
pour 2018. Celui-ci
s’annonce positif, alors que les 80 km/h
sont contestés par les Gilets jaunes.
le VRAI
du faux
« Nous sommes
les relais
les plus représentatifs
de la population qui
se sent délaissée, pour
ne pas dire méprisée »
L’éditrice et Ramadan
Dans l’affaire Ramadan, la présidente
des éditions La Découverte, Stéphanie
Chevrier, a été entendue comme témoin
par la brigade criminelle. Intrigués par un
courrier qu’elle avait adressé en juin à Tariq
Ramadan, dans lequel elle évoquait « un
cyclone annoncé de longue date », les juges
d’instruction avaient demandé son audition.
Francis Labruyère, président des maires
ruraux du Tarn-et-Garonne, à « la Dépêche
du Midi »
FAUX • Les maires, que Macron a
Stars chez les préfets
Les intellectuels Dominique Schnapper,
Cynthia Fleury et Patrick Weil, l’ancien
footballeur Lilian Thuram et les ministres
Gabriel Attal et Christophe Castaner
participeront au 3e colloque de l’Association
du corps préfectoral, le 6 février.
Le thème : « L’intégration républicaine
en péril : comment la refonder ? ».
Assurance chômage : le Medef s’interroge
Le patronat n’a pas du tout apprécié la petite sortie d’Emmanuel Macron concernant
l’application du bonus-malus sur les contrats courts, à laquelle il est farouchement hostile.
Du coup, le Medef de Geoffroy Roux de Bézieux (photo) s’interroge sur la nécessité de
poursuivre les négociations sur l’assurance chômage dont la prochaine réunion aura
lieu jeudi. Les syndicats sont pourtant décidés à aller jusqu’au bout. Et le ministère du
Travail tient à la signature d’un accord, même minimum, dès lors qu’il met en musique
les 3,9 milliards d’euros d’économies exigés. Un vrai sac de nœuds… g Blondet Eliot/ABACA
Place publique invite
Mardi, le nouveau
mouvement politique
tiendra son premier
grand meeting à Paris.
Parmi les présents : Paul
Magnette, le socialiste
belge imaginé comme tête de liste PS,
et Noël Mamère (photo), qui espère que
Hamon et Jadot pourront s’allier à Place
publique. « Il faut aller dans le grand bain
et pas rester dans son couloir de nage,
presse Mamère. Arrêtons le massacre. »
Hirsch répond à Louis
Dans Qui a tué mon père (Seuil), sorti au
printemps 2018, le romancier Édouard Louis
accusait nommément Martin Hirsch d’avoir
causé la mort de son père en créant le revenu
de solidarité active en 2008. Il mettait
également en cause Hollande et Macron. Le
livre avait suscité l’intérêt du Président et de
son entourage. Dans Comment j’ai tué son
père (Stock, en librairies le 13 mars), Martin
Hirsch lui répond sans prendre de gants.
Urgence pour l’AP-HP
Dans une tribune intitulée « L’AP-HP doit
réussir sa transformation », à lire sur
lejdd.fr, plus de 80 médecins des hôpitaux
parisiens dénoncent « l’injonction
paradoxale de demander toujours plus
d’efforts et de productivité avec de moins
en moins de moyens ». Ils avertissent :
« La qualité des soins s’en ressent parfois,
notamment pour les malades âgés. »
Rabault juge Darmanin
La présidente du groupe
PS à l’Assemblée, Valérie
Rabault, grande spécialiste
de la fiscalité, émet un
avis favorable sur Gérald
Darmanin : « Il est très bien.
Il mouille la chemise. Nous ne sommes pas
d’accord sur la politique à mener, mais je dois
reconnaître qu’il a vite enfilé les habits
d’un ministre du Budget. »
Un avocat traqué par Tracfin
Mis en examen pour « financement d’une entreprise terroriste » le 17 janvier, l’avocat Bruno Vinay
avait été la cible de deux alertes de Tracfin. Cet organisme chargé de la lutte contre la fraude, le
blanchiment et le financement du terrorisme avait dans une première note signalé le transfert
suspect par le juriste de 20 000 euros vers l’Irak pour faciliter l’exfiltration d’un djihadiste,
Maximilien Thibaut. Une seconde note dénonçait des séjours en Turquie de Me Vinay pour y
remettre de l’argent au nom de leur famille à d’autres combattants français de l’État islamique.
Mediapart condamné
Le plan contre l’homophobie et la
transphobie arrive dans les écoles
Le directeur de Mediapart, Edwy Plenel,
et deux de ses journalistes ont été
condamnés mardi pour diffamation
envers Hervé Gattegno, directeur de
la rédaction du JDD, qu’ils accusaient
d’avoir « diffusé de fausses informations »
sur les affaires visant Nicolas Sarkozy.
Pour le tribunal, les journalistes du site
(qui entendent faire appel) ont « échoué
à prouver » leurs assertions et n’ont pu
« justifier d’une enquête sérieuse ».
« Ça suffit ! » : des mots arc-en-ciel barrent les différentes formes
de discriminations écrites en arrière-plan. Voilà ci-contre l’affiche de
la campagne 2019 de lutte contre l’homophobie et la transphobie
à l’école (toutes deux ciblées) lancée demain par le ministre de
l’Éducation nationale. Le visuel a été envoyé aux 7 100 collèges et
aux 4 200 lycées. Les tracts distribués aux élèves déclinent
le slogan « Dans mon collège/lycée, tous égaux, tous alliés », le
numéro du service d’aide et des pistes d’actions. Les professeurs,
eux, se verront proposer de nouveaux guides d’accompagnement.
choisi de rencontrer pour prendre le
pouls de la France dans le cadre du grand
débat, peuvent être géographiquement
les plus proches de leurs concitoyens…
Ils n’en demeurent pas moins très peu
représentatifs de la population. Les
données du répertoire national des élus,
actualisées à la fin de l’année, révèlent
l’ampleur de la fracture : sur 35 300
maires, 63 % ont plus de 60 ans, et les
cadres et professions intellectuelles
supérieures sont surreprésentées parmi
les actifs (26 %), de même que les chefs
d’entreprise et les indépendants. Seuls
8,2 % des élus sont des employés, et
moins de 3 % sont ouvriers, alors que
ces deux catégories représentent près
de la moitié (48 %) de la population.
Si les agriculteurs restent nombreux
(13,6 % du total), en raison de la prépondérance des communes rurales (72 % ont
moins de 1 000 habitants), leur part ne
cesse de diminuer. Quant à la parité, on
recense moins d’une femme maire sur
six. Et plus la commune est importante,
plus la fracture s’accentue. « La parité a
permis de propulser des femmes employées
à la tête de petites communes », mais l’accès au pouvoir local reste verrouillé dans
les plus grandes, constate le sociologue
Michel Koebel, qui a comparé les données depuis 1983. Cette discrimination
s’explique en partie par les compétences
de plus en plus pointues exigées des
maires : « Beaucoup sont incapables de
porter les intérêts de classes sociales qui
entrent en conflit avec les leurs. » Ainsi
Francis Labruyère, élu de 82 ans, a-t-il eu
à cœur d’évoquer avec Macron la hausse
de la CSG touchant certains retraités,
et le montant des pensions. Les maires
peuvent-ils servir le débat ? Le sociologue
en doute. « Les mêmes mécanismes vont
se reproduire. De nombreuses personnes
auront du mal à fournir une contribution écrite. Et à l’oral, les questions seront
pensées selon un certain cadre, et les réponses triées en fonction des présupposés
des élus. » La parole des Gilets jaunes, si
peu représentés, sera-t-elle écartée ? « Il
aurait été plus pertinent d’écouter leurs
revendications, qui se sont déjà toutes exprimées dans la rue. » g géraldine woessner
À suivre cette semaine
Lundi >
Visite officielle du
président Macron en
Égypte. g Date limite
pour que la Direccte se
prononce sur le plan de
sauvegarde de l’emploi
de Ford Blanquefort.
g Examen de l’appel de
Christophe Dettinger
contre son placement
en détention provisoire.
g Chiffres 2018 de
la mortalité sur les
routes. g Présentation
des axes de protection
de l’enfance par le
nouveau secrétaire
d’État Adrien Taquet.
g Salon Millésime Bio
à Montpellier.
Mardi >
Les députés du
Royaume-Uni appelés à
voter sur le plan B pour
le Brexit. g Commission
d’investiture LR pour les
européennes. g La Cour
suprême du Pakistan
rend sa décision pour un
procès en appel d’Asia
Bibi. g Prix littéraire
des Deux Magots.
Mercredi >
Chiffres de l’Insee
sur la croissance en
France pour 2018.
g Visite à Washington
du vice-Premier
ministre chinois
Liu He pour des
discussions
commerciales.
Jeudi >
Journée d’action
nationale à l’appel
de neuf associations
de retraités.
g Négociations entre
g
(photo) dans l’affaire
du « mur des cons ».
g Élection à l’Académie
française au fauteuil
de Michel Déon.
Françoise Martres.
syndicats et patronat
sur la convention
d’assurance
chômage. g Jugement
au procès de l’exprésidente du Syndicat
de la magistrature
Françoise Martres
Raphael Lafargue/abaca ; Denis Prezat/ABACA ; CHANTAL LONGO/MaxPPP ; Bruno Levy/divergences ; alain Guilhot/divergence ; peter dejong/sipa
Vendredi >
Rapport sur l’emploi
aux États-Unis.
g Annonces sur
la stratégie de
l’Allemagne pour
sortir du charbon et
mieux respecter ses
objectifs d’émissions
de CO2. g Audience de
la CPI sur le maintien
ou non en détention
de l’ex-président
ivoirien Laurent
Gbagbo (photo).
g La Fondation Abbé
Pierre présente
son 24e rapport
sur l’état du mallogement en France.
g Décision du Conseil
constitutionnel sur un
recours contre la loi
prostitution de 2016
qui pénalise les clients.
g Verdict au procès de
deux policiers jugés
pour le viol d’une
Nations : FrancePays de Galles.
Samedi >
Laurent Gbagbo.
touriste canadienne
au 36, quai des
Orfèvres en avril 2014.
g Première vague
d’expérimentation du
Pass culture à Paris.
g Match d’ouverture
du Tournoi des Six
Cérémonie de remise
des Magritte du
cinéma belge.
g Cérémonie des Goya
du cinéma espagnol.
Dimanche >
Visite du pape
François aux Émirats
arabes unis. g Élection
présidentielle au
Salvador. g Super
Bowl à Atlanta.
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le journal du dimanche
dimanche 27 janvier 2019
Actualité
Politique
Stéphane Le Foll, député de la Sarthe
« Le PS ne doit pas s’effacer »
GAUCHE Proche
de François Hollande,
le parlementaire
défend le bilan de
l’ancien président
EUROPéENNES Pour
l’ex-ministre, ce « serait
un problème » si un
socialiste ne menait pas
une éventuelle liste
d’union de la gauche
F
idèle historique du prédécesseur d’Emmanuel ­Macron,
le maire PS du Mans juge que
« faire aujourd’hui l’inventaire
du ­quinquennat  » ­Hollande serait
« une erreur ».
Demain, le premier secrétaire du PS,
Olivier Faure, dressera un inventaire
des années Hollande. L’ex-président
reste-t-il un recours ?
Je ne veux pas tomber dans l’idée
du dégagisme. La question n’est pas
de savoir à qui on se raccroche, mais
à quoi.
Quel regard portez-vous
sur son quinquennat ?
Nous aurions pu éviter la loi travail, qui n’était pas nécessaire.
Nous avons commis des erreurs
­politiques en ne parlant pas assez à
la gauche. Mais nous avons redressé
les comptes publics sans remettre
en cause notre modèle social, quand
Emmanuel Macron échoue sur ce
point, et nous avons fait repartir la
croissance. Quant à l’inventaire du
quinquennat, nous aurions dû le
faire plus tôt. Le faire aujourd’hui,
en plein mouvement des Gilets
jaunes, c’est une erreur. Dix-huit
mois après l’arrivée d’Emmanuel
Macron au pouvoir, les Français
veulent connaître nos réponses
d’aujourd’hui. Pas celles d’hier.
Précisément, le PS a du mal
à les faire entendre…
Oui. Jusqu’ici, le PS peine à être
Stéphane Le Foll, vendredi dans son bureau au Mans. Vincent Leloup/Divergence pour le JDD
entendu alors que ses groupes
­parlementaires font un travail
remarquable. La grande question
pour demain, c’est de combiner
l’urgence écologique et l’urgence
sociale. On doit passer de la socialdémocratie à la social-écologie.
Pour cela, on ne peut pas continuer
à faire financer l’écologie par les
plus modestes, comme avec la taxe
carbone. On taxe le carburant des
pauvres, mais pas celui des plus
riches, le kérosène utilisé pour les
avions ! Pour financer l’écologie, je
porte l’idée du climatologue Jean
Jouzel : la création d’une banque
européenne pour le climat.
Ségolène Royal était prête à faire
de Yannick Jadot le numéro un d’une
liste de rassemblement de la gauche
aux européennes. Une bonne idée ?
Yannick Jadot veut faire cavalier
seul, mais il est lui aussi confronté
politiquement à la contestation
sociale. Le mouvement des Gilets
jaunes a rappelé que ceux qui
touchent le smic n’arrivent pas
à boucler leurs fins de mois. Il
faut sortir d’une dangereuse coupure entre l’écologie et les classes
­populaires.
Olivier Faure appelle toujours à un
très large rassemblement à gauche
pour les élections européennes…
Certains disent qu’on est d’accord
sur tout. Je demande déjà à voir
sur quoi. Les écologistes sont
pour augmenter la taxe carbone.
SolfÉrino, l’inventaire
« C’est le siège acheté de la
victoire et aujourd’hui c’est
le siège vendu de la déroute »,
r­ ésume Bernard Poignant, l’un des
­confidents de François ­Hollande,
dans le documentaire L’Adieu à ­Solférino de Grégoire Biseau et
Cyril ­Leuthy, diffusé sur Public
Sénat le 16 février. Ce film est
surtout un riche inventaire du
dernier quinquennat. Arcelor et la
rencontre entre Mittal et François
Hollande, Arnaud Montebourg n’y
était pas. Emmanuel Macron, oui.
« Il m’a dit une chose : “Le chef
a baissé son bénard”, ­raconte
­Montebourg. Les gens ont compris
que les socialistes ne servaient à
rien. » Le pacte de responsabilité ?
« Là, j’ai dit ­attention », se rappelle
Jean-Marc Ayrault, alors ­Premier
ministre. Christiane ­Taubira
­raconte aussi sa « stupeur »
­devant la déchéance de nationalité,
cette « faute politique ». François
­Hollande, lui, se défend et prend
ses distances avec le PS : « Il y a
un moment où les organisations
finissent par se vider d’une certaine
substance intellectuelle ». g A.N.
J’y suis opposé. Benoît Hamon
pense que la gauche, c’est lui,
mais Génération.s est crédité de
2,5 % dans les s­ ondages. Place publique [PP] ? C’est tout nouveau, ils
doivent bientôt mettre sur la table
leurs propositions. C’est bien, car
pour l’instant nous ne les connaissons pas.
Dans l’hypothèse d’une alliance
entre le PS et PP, qui devrait
mener la liste ?
Chez moi, dans la Sarthe, très
peu de gens connaissent Place
publique. Nous sommes un parti
avec une longue histoire, avec une
centaine de parlementaires, avec
de très nombreux élus locaux. Pour
ne pas disparaître, le PS devrait
­s’effacer ? Non. Ce n’est pas mon
idée. Ne pas avoir la tête de liste
serait un ­problème.
Olivier Faure doit-il être candidat ?
Il a dit qu’il prendrait ses responsabilités, je le soutiens. Dans ce
moment difficile, il faut porter
le message socialiste et être en
­première ligne.
Diriez-vous, comme Benoît Hamon,
que Jean-Luc Mélenchon a quitté
les rives de la gauche ?
Je suis surpris que Benoît Hamon
ait attendu 2019 pour se rendre
compte de la dérive de Jean-Luc
Mélenchon. Mélenchon avait Chávez comme modèle. L’appel au
peuple et la prétention à l’incarner
sont un danger pour la démocratie.
Car au final, c’est toujours une minorité qui parle au nom du peuple.
Certains Gilets jaunes veulent
faire une liste aux européennes.
Est-ce une bonne chose ?
Qu’ils présentent une liste, cela
me paraît respectable. Se frotter
au débat démocratique peut leur
permettre de trouver un débouché
politique, même si leurs revendications ne portent pas essentiellement
sur des questions e­ uropéennes.
Un grand débat a lieu en ce moment.
Y participez-vous ?
En tant que maire du Mans, je
facilite son organisation en mettant des salles à disposition. Mais
personnellement, je n’y participe
pas car j’ai un doute sur l’issue du
débat. Emmanuel Macron a pris la
main dessus. Il en évacue certains
sujets comme l’ISF et ne compte
pas remettre en cause son projet
politique, qui est un projet libéral,
celui d’un nouveau monde vivant
de vieilles recettes. Il devait être
l’arbitre neutre du débat, il s’est
mis à envahir le terrain. Afin d’en
sortir par le haut, je suis en tout
cas favorable à la proposition de
la CFDT qui consiste à organiser
un « Grenelle du pouvoir de vivre »
à l’issue du débat, en impliquant
les associations et les syndicats. g
Propos recueillis par
Arthur Nazaret
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
Actualité Politique
Guillaume Peltier, vice-président des Républicains
« La droite ne se rétrécira pas »
la protection commerciale, l’environnement, la politique agricole, la
recherche et la coordination du renseignement contre le terrorisme.
Oui, sur ces enjeux, nous serons
meilleurs ensemble que seuls. Du
pragmatisme : c’est cela l’Europe
moderne.
LIGNE Pour le député du
Loir-et-Cher, sa formation
doit « redevenir le parti
des classes moyennes »
La probable tête de liste LR
aux européennes, François-Xavier
Bellamy, a clarifié sa position
sur l’IVG. Cela vous satisfait-il ?
Cette clarification était indispensable et nous étions nombreux à la
réclamer. Ce débat n’avait pas lieu
d’être ouvert. Il est hors de question
de remettre en cause la loi Veil. Si la
Commission nationale d’investiture
désigne François-Xavier Bellamy
comme tête de liste, je soutiendrai
cette décision. Je le connais peu
mais il incarne la jeunesse et le
renouvellement. Il est plus libéral
et conservateur que moi, mais je
souhaite qu’on lui laisse sa chance.
Vous avez dit que Bellamy, ce n’était
pas votre « ligne ». C’est-à-dire ?
Il a toujours existé un courant libéral et conservateur à droite, et il y a
toute sa place. Mais la droite ne doit
pas se rétrécir et ne se rétrécira pas.
Nos valeurs cardinales, ce sont aussi
et surtout le travail et la défense des
classes moyennes. Pour redevenir
majoritaire et populaire, la droite
doit être forte sur les questions
régaliennes et juste sur les questions économiques et sociales. La
droite qui a le mieux réussi dans le
passé à rassembler une majorité de
Français, c’est celle de de Gaulle,
Chirac et Sarkozy, moins celle de
Balladur et Fillon. N’oublions pas
l’essentiel : la droite doit redevenir
le parti des classes moyennes. Je
fais confiance à Laurent Wauquiez
pour construire cette droite nouvelle car nous voulons rassembler
toutes les sensibilités.
Quelles idées votre parti doit-il porter
aux européennes ?
J’ai voté « non » au référendum européen de 2005 et pourtant j’aime
l’Europe. Nous devons la sauver
et le défi de ma génération est de
réconcilier la France du « oui » et
celle du « non ». L’Union européenne est en crise. Inefficace, elle
est devenue le bouc émissaire de
nos lâchetés. Entre la fuite en avant
proposée par Emmanuel Macron
Guillaume Peltier, vendredi, à Romorantin-Lanthenay (Loir-et-Cher). Gilles Bassignac/Divergence pour le JDD
et la marche arrière voulue par les
extrêmes, nous devons porter une
troisième voie, celle qui réconcilie
l’Europe et les peuples. Pour cela, il
faut rendre l’UE efficace et clarifier
ses compétences : rapatrier dans les
nations ce que l’Europe fait mal et
lui confier sept grands enjeux. Non,
ce n’est pas à Bruxelles de fixer la
superficie des cages à poules ou la
dimension des rétroviseurs extérieurs des tracteurs. Non, ce n’est
pas à l’Europe de gérer la politique
des territoires : redonnons aux États
la gestion des 350 milliards d’euros
(2014-2020) de l’égalité des terri-
toires. Les questions d’énergie et de
transport doivent aussi revenir dans
le giron des nations. En contrepartie, je propose de confier à l’Europe
sept grandes compétences : la politique de codéveloppement avec
l’Afrique et la gestion des frontières
extérieures, l’harmonisation fiscale,
Bras de fer autour de la liste LR
« Mardi, ça va tanguer », souffle
un responsable LR. Les téléphones vont chauffer aujourd’hui
entre les ténors de la droite tandis que la Commission nationale d’investiture (CNI) doit se
prononcer dans deux jours sur
le choix du philosophe FrançoisXavier B
­ ellamy pour mener la bataille des européennes. Portée par
­Laurent Wauquiez malgré l’hostilité du président du Sénat, Gérard
­Larcher, cette candidature suscite
beaucoup de mauvaise humeur
dans le parti comme parmi les
parlementaires LR. L’ambiance
s’annonce donc tendue mardi,
alors que le député européen
Philippe Juvin a officiellement
déposé sa candidature pour la
tête de liste dans une lettre adressée aux membres de la CNI et que
Pierre Charon, lui, va proposer
celle de… Laurent Wauquiez. « Je
proposerai à la CNI qu’il soit notre
tête de liste, confie le sénateur
sarkozyste. Quand on est à 10 %
dans les sondages, je pense que
c’est à lui de mener la liste et cela
créerait un effet de surprise. C’est
gagnant-gagnant ! » Sauf surprise,
la CNI devrait toutefois avaliser le
choix de Bellamy. Mais un bras de
fer se joue en coulisse sur les deuxième et troisième places de la
liste, dont les titulaires devraient
être dévoilés dès mardi. La deuxième place doit revenir à une
femme, et le nom de l’eurodéputé
juppéiste Arnaud Danjean revient
avec insistance pour occuper la
troisième. « Nous sommes divers
et cette diversité doit se refléter
dans la liste », insiste en effet
un ténor LR. g c.o.
Êtes-vous hostile
à une Europe libérale ?
Il faut transformer l’Europe passoire en Europe protectrice sur les
questions économiques comme migratoires. Je ne crois pas à l’Europe
soumise au mondialisme : je souhaite une Europe du juste échange
plutôt que du libre-échange, qui
adopterait un « Buy European Act »
donnant la primauté aux entreprises européennes pour nos marchés publics. Plutôt qu’une Europe
de la finance et de la spéculation,
il nous faut réinventer une Europe
des valeurs. Nous sommes une civilisation judéo-chrétienne et humaniste, et nous devons le revendiquer.
Nous sommes aussi le continent des
droits de l’homme, et nous devons
protéger nos données personnelles
face aux géants du web américains
et chinois. Enfin, je plaide pour un
grand plan Marshall avec l’Afrique
pour nous attaquer aux causes de
l’immigration, mais aussi parce que,
si nous parvenions à électrifier le
continent africain, ce serait 3 % de
croissance économique en plus
pour l’UE. Sarkozy et Borloo ont
raison : l’avenir de l’Europe dépend
de l’avenir de l’Afrique.
Les sondages ne sont, pour l’heure,
pas très flatteurs pour LR…
À quatre mois du scrutin, c’est à nous
de démontrer que la droite française incarne cette troisième voie.
Si les Français sont pour l’Europe et
pour Macron, alors ils voteront En
marche. S’ils sont contre l’Europe
et contre Macron, ils voteront Le
Pen. Mais s’ils sont pour l’Europe
et contre la politique de Macron,
ils pourront voter Les Républicains.
Les favoris des sondages sont rarement les vainqueurs des suffrages :
à nous de créer la surprise ! g
Propos recueillis par
Christine Ollivier
Le casting européen des communistes est prêt
confidentiel Derrière
Ian Brossat, qui la conduira,
la liste du PCF est constituée.
En voici les principaux noms
Ils avaient leur numéro un – l’adjoint
à la mairie de Paris Ian Brossat –,
les communistes ont maintenant
le reste de leur casting européen.
La tête de liste a présenté hier aux
cadres du Parti communiste (PCF)
ses troupes pour le scrutin du 26 mai,
qui doivent encore être soumises au
vote des adhérents du 30 janvier au
2 février. « C’est la liste du monde
du travail, ouverte sur la société »,
vante Brossat. Il sera donc flanqué
de Marie-Hélène Bourlard, retraitée, ex-syndicaliste CGT de l’usine
textile Ecce, figure du documentaire
Merci patron ! du député La France
insoumise (LFI) François Ruffin.
Mais les suivants sont deux eurodéputés sortants, Patrick Le Hyaric
– qui siège depuis neuf ans – et Marie-Pierre Vieu. Sachant que le PCF
est crédité de 2 % des voix (selon le
dernier sondage Elabe), alors que
5 % sont nécessaires pour obtenir
un élu, les chances des novices en
politique qui figurent ensuite sur la
liste sont maigrissimes.
Ils sont pourtant nombreux au
sein de l’équipe européenne des
communistes, notamment les
­ouvriers et employés : « 50 % des candidats, soit la même proportion que
dans la population active française,
s’enthousiasme Brossat. Et ce sont
des gens qui incarnent des luttes. » À
l’instar de Franck Saillot (en 11e position), délégué CGT de la papeterie
Arjowiggins de Wizernes (Pasde-Calais), r­ eprise en septembre
dernier alors qu’elle était fermée
depuis 2015. Saillot « a occupé avec
ses collègues durant trois ans, jour et
nuit, son usine », loue-t‑on au PCF.
Deux flèches
pour les Insoumis
Mais à trop vouloir s’ouvrir, les
communistes ne risquent-ils pas
un procès en inexpérience ? Brossat
rétorque : « Ce sont des candidats
qui ont fait la démonstration qu’ils
sont capables de se battre comme des
lions. » Et de citer Arthur Hay (9e),
livreur Deliveroo de 28 ans, qui a
créé le premier syndicat de cour-
siers à vélo en France. « C’est aussi
ce que dit le mouvement des Gilets
jaunes : le rejet d’une classe politique
professionnalisée », estime Brossat. Plusieurs personnes investies
dans la mobilisation fluo figurent
d’ailleurs sur la liste, comme Mamoudou ­Bassoum, en 5e position.
Engagé dans le L
­ oiret et sacré
champion d’Europe de taekwondo
le 1er ­décembre, le sportif de 35 ans
avait enfilé la tunique jaune en montant sur le podium.
Le chef de file communiste
cite aussi ­Maryam ­Madjidi, no 8,
Prix Goncourt du premier roman
en 2017 pour Marx et la poupée :
« Elle donne par ailleurs bénévolement des cours de français pour
de jeunes migrants, ce qui incarne
bien ce que nous représentons, une
gauche qui s’assume. » Une pique
en direction des Insoumis, qui ne
se revendiquent plus publiquement
« de gauche » et auxquels Brossat
destine une deuxième flèche. « Ma
liste, elle est populaire, ça saute aux
yeux, décoche l’élu parisien. Mais
pas populiste, car je refuse de flancher
sur les valeurs. » S’il compte aussi
sur des figures reconnues, comme
le président du groupe parlementaire, André Chassaigne, en queue de
peloton, Brossat a sa formule pour
valoriser ses inconnus : « Ce sont
des gens ordinaires qui ont fait des
choses extraordinaires. » De là à réitérer l’« extraordinaire » en mai… g
Sarah Paillou
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le journal du dimanche
dimanche 27 janvier 2019
Actualité Politique
À Paris, les Marcheurs à couteaux tirés
MUNICIPALES Entre
intox, piques et calculs,
la précampagne des putatifs
candidats macronistes
à la mairie se tend
L’avertissement, en ce jour gris de
janvier, venait d’un député expérimenté de La République en marche
(LREM) : « Il ne va pas falloir que
ça dure trop longtemps… ». Dans
son viseur, la sourde compétition
entre macronistes candidats à la
candidature aux municipales parisiennes de 2020. Mis en veilleuse
par la crise des Gilets jaunes, voilà
que les six prétendants s’agitent
à nouveau : Benjamin Griveaux,
porte-parole du gouvernement,
Mounir M
­ ahjoubi, secrétaire
d’État auprès du ministre de
­l’Action et des Comptes publics, les
députés Cédric ­Villani (Essonne)
et Hugues Renson (Paris), le
­sénateur Julien Bargeton (Paris) et
Anne Lebreton, adjointe du maire
du 4e arrondissement.
« Tous ceux potentiellement intéressés sont mal vus ou attaqués »,
résume Anne-Christine Lang. Cette
députée parisienne raconte avoir
eu droit à « une petite engueulade »
de ­Griveaux lui reprochant d’être
« passée à l’ennemi » pour avoir
accueilli, fin novembre, son rival
Villani dans sa circonscription.
« Mensonges », rétorque le secrétaire d’État. Mahjoubi, lui, s’est vu
reprocher par l’Élysée de ne pas
avoir prévenu de son premier pas
vers une candidature, dans une
interview à Paris Match à l’été 2018.
Tous ces postulants sont conviés,
demain, à la soirée de restitution de
la campagne LREM Paris & moi.
Ils auront le droit… de se taire. Car
la préparation de cette soirée de
lancement a engendré jalousies et
bisbilles sur le temps de parole de
chacun. Considéré comme favori de
la « course de petits chevaux » – selon
les termes de Renson –, G
­ riveaux
cristallise les critiques. « Certains
passent leur journée à démolir Benjamin au lieu de bosser, grince une
de ses soutiens, et sans construire
d’alternative, c’est quand même dangereux ! » Alors pour ses vœux, le
17 janvier dans le 11e, le porte-parole
a montré patte blanche et sorti la
carte du rassemblement, ravi de
s’afficher aux côtés d’une vingtaine
de référents et députés de la capitale.
Histoire, peut-être aussi, de se
différencier de Villani, dont beaucoup regrettent d’avoir découvert
la candidature dans la presse, en
dénonçant des groupes de travail
­personnels et une aventure solitaire.
Le récipiendaire de la médaille
Fields s’en défend. « Je mentionne
systématiquement Paris & moi dans
mes publications sur les réseaux sociaux, réplique le député. Et j’ai parlé
à plusieurs reprises de la restitution
de lundi lors de mes interviews. »
­Griveaux « a peur » de ­Villani,
confient plusieurs macronistes.
Peur de la rumeur persistante d’une
candidature du Premier ministre,
Édouard P
­ hilippe, aussi. « On disait
déjà que la candidature de Mahjoubi
était un drame, aujourd’hui plus personne n’en parle », évacue un de ses
soutiens. « Monsieur Numérique »
est pourtant toujours dans la course :
il a veillé à parler de la capitale dans
ses vœux, vingt-quatre heures après
ceux de Griveaux.
Renson accusé de rouler
pour Anne Hidalgo
Hugues Renson donne aussi l’impression de jouer sa propre partition.
Il vient rarement au comité politique
(le « copol ») des Marcheurs parisiens. On le lui reproche. « ­Retenu »
par ses obligations de vice-­président
de l’Assemblée, plaide-t-il. De toute
façon, le député « refuse d’être
enfermé dans des frontières partisanes ». Et ce « copol » souffre aussi
d’avoir pour réputation – démentie
par certains de ses membres – d’être
à la main de Griveaux. « Il veut
verrouiller, accuse une députée. Il
s’est assuré de la fidélité des gens
qui y siègent. » Renson prend tout
de même le risque de s’émanciper
d’une instance cruciale, et sa discrétion nourrit toutes les théories. Il y
a ceux qui balancent anonymement
que son positionnement politique
au sein du groupe parlementaire
est une stratégie : « Il est persuadé
que Paris se gagne à gauche, dit un
responsable de la majorité. Comme il
a une image de chiraquien [il fut son
conseiller de 2004 à 2007], il essaie
de se “ gauchiser ”. » D’autres vont
jusqu’à l’accuser de rouler pour…
Anne Hidalgo. Au point qu’une
­Marcheuse parisienne rechigne à
confier son fichier de militants de
crainte qu’il se retrouve entre les
mains de la maire de Paris. Le principal intéressé réfute tout calcul politicien et défend des « convictions de
longue date ». Et tous veulent croire
que, lorsque viendra le temps de
nommer le champion macroniste,
les troupes s’aligneront. g
Sarah Paillou
LES INVITÉS POLITIQUES DU DIMANCHE
>>Théo Poulard (porte-
parole des Foulards
rouges) : Toute l’info
du week-end, sur Europe 1,
à 8 h 15.
>>Corinne Chabert
(représentante des
Foulards rouges) :
RTL week-end, sur RTL,
à 8 h 50.
>>Yannick Jadot (EELV) :
Le Grand Rendez-Vous,
sur Europe 1/Les Échos/
Cnews, à 10 heures.
>>Brice Hortefeux (LR) :
BFM politique,
sur BFMTV/Le Parisien,
à 12 heures.
>>Richard Ferrand
(président de l’Assemblée
nationale) : Le Grand Jury,
sur RTL/Le Figaro/LCI,
à 12 heures.
>>Bruno Le Maire
(ministre de l’Économie) :
Questions politiques,
sur France Inter/
Franceinfo/Le Monde,
à 12 heures.
>>Jean-Luc Mélenchon
(LFI) : Dimanche en
politique, sur France 3,
à 12 h 10.
>>Jean-Baptiste
Lemoyne (secrétaire
d’État auprès du ministre
des Affaires étrangères) :
Internationales, sur
TV5Monde/RFI, à 12 h 10.
>>Fabien Roussel (PCF) :
Forum, sur RadioJ,
à 14 h 20.
>>Didier Guillaume
(ministre de l’Agriculture) :
En toute franchise, sur LCI,
à 18 heures.
>>Olivier Duhamel
(politologue) et Ingrid
Levavasseur (RIC) : Et en
même temps, sur BFMTV,
à 18 et 19 heures.
>>Ingrid Levavasseur
(RIC) : C Politique, sur
France 5, à 18 h 35.
>>Théo Poulard :
C politique, le débat,
sur France 5, à 19 h 55.
>>Valérie Lacroute (LR) :
Soir 3, sur France 3,
à 0h05.
Benjamin Griveaux. LAURENT CHAMUSSY/SIPA
Cédric Villani. LAURENT CHAMUSSY/SIPA
Mounir Mahjoubi. CYRIL MOREAU/BESTIMAGE
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le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
Actualité International
Caracas face à l’ultimatum
Venezuela
Le gouvernement
a refusé hier la mise en
demeure lancée par cinq
grands pays européens
en faveur de nouvelles
élections
Dictature La question
du soutien des militaires
au pouvoir est posée avant
la grande manifestation
de l’opposition
cette semaine
U
ne fin de non-recevoir. En pleine réunion du Conseil
de sécurité aux Nations unies, réclamée par Washington, voici que le
chef de la diplomatie vénézuélienne
s’en prend aux représentants de
la France, du Royaume-Uni et de
l’Allemagne qui, avec l’Espagne et
le Portugal, ont donné huit jours au
président Maduro pour convoquer
de nouvelles élections. Sans quoi les
capitales de ces pays européens, très
présents en Amérique latine, reconnaîtront le président de l’Assemblée
nationale, Juan Guaidó, comme chef
de l’État par intérim du pays.
« Qui êtes-vous pour donner un
ultimatum à un gouvernement souverain ? », tonne Jorge Arreaza. Baron
du régime, cet apparatchik ambitieux de 45 ans a occupé plusieurs
ministères clés à ­Caracas. Gendre
de Hugo Chávez – il a épousé sa
fille aînée, Rosa Virginia –, cet
enseignant avait été fait ministre
de la Science et de la Technologie
par l’ancien président. Sous Nicolás
Maduro, il est devenu ministre du
Développement minier puis ­patron
de la diplomatie. En première ligne,
donc, pour défendre dans le monde
un régime de plus en plus isolé. Le
gouvernement vénézuélien n’est
désormais plus soutenu que par la
Russie, la Chine, l’Iran, la Turquie,
Cuba et la Bolivie. Le Mexique, dirigé par le socialiste López Obrador,
se positionne de son côté en médiateur pour offrir une sortie par le haut
au régime et à l’opposition.
« Ingérence infantile »
« Personne ne va nous donner de
délais, ni nous dire si des élections
doivent être convoquées ou non »,
a ajouté Jorge Arreaza hier à New
York, qualifiant même l’attitude
des Européens « d’ingérence infantile ». À sa rescousse, l’ambassadeur
russe à l’ONU, Vassili ­Nebenzia, s’est
permis d’ironiser : « La diplomatie
préventive, c’est très beau, mais que
penseriez-vous si la Russie demandait de discuter au Conseil de sécurité
des Gilets jaunes qui sont descendus
dans les rues par milliers encore ce
week-end ? » À Washington, c’est
un ancien de la guerre froide et des
coups tordus que la Maison-Blanche
a finalement désigné pour s’occuper du dossier vénézuélien. Elliott
Abrams, 71 ans, est un néoconservateur de choc.
Impliqué dans le scandale des
Contras au Nicaragua pendant la
présidence Reagan, il est le meilleur représentant d’une politique
de l’ingérence. De quoi donner des
arguments aux derniers fidèles de
Nicolás ­Maduro. À les écouter, le
coup de fil du vice-président américain, Mike Pence, au chef de l’opposition vénézuélienne à la veille du
plus grand rassemblement populaire
dans les rues depuis deux ans n’était
que le coup d’envoi d’un « putsch
programmé ». g
François Clemenceau
Maduro peut compter sur son armée
Le ministre de la Défense, Vladimir
Padrino López, au centre, entouré des
chefs d’état-major, jeudi à Caracas,
pour jurer fidélité au régime. L. ROBAYO/AFP
Loyauté Le chef de l’État a su
donner des gages aux militaires
afin de s’assurer de leur
protection en cas de coup dur
L’armée vénézuélienne peut-elle
lâcher Nicolás Maduro, à l’image
de l’attaché militaire à Washington
qui a déclaré hier soir ne plus reconnaître son autorité ? Cette question
obsède aujourd’hui ­autant les chancelleries occidentales que les partisans de Juan Guaidó. D’ailleurs,
quand ce dernier s’est proclamé
« président par intérim » mercredi,
certains membres de l’opposition
ont cru que le silence d’abord
­observé par l’institution militaire
était le signe d’hésitations, voire d’un
basculement des treillis de leur côté.
Leurs espoirs ont été douchés par
le ministre de la Défense. « Nous,
soldats de la patrie, n’acceptons
pas un président imposé à l’ombre
d’intérêts obscurs ni autoproclamé en
marge de la loi », a déclaré Vladimir
Padrino López, flanqué d’un groupe
de gradés.
« Le haut commandement a intérêt
au maintien de Maduro car ce dernier leur a octroyé des pouvoirs qu’ils
n’avaient jamais eus jusqu’alors »,
explique T
­ homas Posado, docteur
en sciences politiques à l’université
Paris 8. Les liens d’interdépendance
entre ces officiers supérieurs et le
chef de l’État s’expliquent par le
parcours de ce dernier. « Il est issu
du monde syndical, poursuit Thomas Posado. Lorsqu’il est arrivé au
pouvoir, il ne disposait pas de relais
au sein du monde militaire. Il a dû
donner des gages. » Maduro a ainsi
distribué prébendes et promotions :
le pays compte désormais plus de
2 000 généraux !
« Le militaire de base souffre
aussi de la situation »
À cela s’est ajoutée une entrée massive d’officiers dans les appareils
politique et économique d’État.
« Un tiers des postes ministériels
sont occupés par des militaires,
affirme l’historien Serge Ollivier.
Ils contrôlent aussi des dizaines
d’entreprises d’État. » C’est le cas
de PDVSA, compagnie pétrolière
nationale. De quoi s’assurer une
loyauté sans faille.
Lors des éruptions populaires de
2014 et de 2017, l’armée, qui compte
115 000 hommes, a démontré cette
fidélité en réprimant les protestations. « Sauf que le climat est différent
aujourd’hui, assure un observateur à
Caracas. La crise qui frappe le pays est
bien plus forte qu’à l’époque. » Pour
Thomas Posado, la possibilité de voir
un soulèvement des garnisons n’est
pas à exclure : « Même s’il est mieux
loti que le reste de la population, le
militaire de base souffre aussi de la
situation économique désastreuse. »
« L’armée est traversée par de fortes
tensions », estime Serge Ollivier,
qui prévoit « une multiplication des
défections ». En septembre, le New
York Times révélait que des officiers
rebelles avaient pris langue avec
Washington quelques mois plus tôt
dans le but de renverser le pouvoir.
Par le passé, d’autres épisodes
ont témoigné de failles au sein du
corps militaire. Comme l’assaut
lancé en août 2017 par une vingtaine
d’hommes, dont trois soldats, contre
le fort de Paramacay à ­Valencia. « Si
ces tentatives traduisent un réel mécontentement, elles sont vouées à l’échec
car peu préparées », estime Thomas
­Posado. « Les rébellions dans les garnisons sont fréquentes mais elles ne menacent pas le régime, confirme Eduardo
Rios Ludena, chercheur à SciencesPo. Quand des villes militaires entières
bougeront, notamment Maracay, où est
produit une partie de l’arsenal vénézuélien, alors on pourra dire que les choses
deviennent sérieuses. »
Pour éviter un tel scénario, le
gouvernement a depuis un an et
demi mené une purge au sein de
l’appareil sécuritaire. Des dizaines
d’officiers accusés de fomenter un
coup d’État ont été arrêtés. Serge
Ollivier affirme que le palais de
Miraflores bénéficie pour surveiller
ses troupes de l’aide des services de
renseignement cubains. Enfin, selon
l’agence R
­ euters, des paramilitaires
russes, issus de la société de mercenaires Wagner, auraient débarqué
cette semaine à Caracas. Ils seraient
chargés de la sécurité personnelle
du président.
Face à ce cadenassage, l’opposition a-t‑elle malgré tout les moyens
de rallier à elle les militaires ? « Cela
semble très compliqué car ils ont trop
à perdre, juge Eduardo Rios Ludena.
Entre ceux qui ont torturé et ceux qui
trempent dans le narcotrafic, beaucoup risquent la prison si le régime
tombe. » Pour les convaincre, Juan
Guaidó a cette s­ emaine évoqué une
amnistie à ceux qui romprait avec
« la dictature ». g
Jacques Lebasnier
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le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
Actualité International
Visite Emmanuel
Qu’il s’agisse de la Libye, où Français et Égyptiens travaillent à faire
retrouver à ce pays une forme de
stabilité politique. Mais aussi de la
Syrie ou du Yémen, compte tenu
de la participation de l’Égypte,
proche de la Russie, à la coalition
contre Daech et du rôle du Caire
en tant qu’hôte de la Ligue arabe.
Paris ne peut ignorer non plus que
l’Égypte prendra le mois prochain
la présidence de l’Union africaine,
organisation dont Emmanuel
­Macron veut faire un interlocuteur
privilégié de la politique d’aide au
développement de la France et de
l’Union européenne.
Macron arrive en
Égypte pour renforcer
la coopération, mais
promet de parler
des droits de l’homme
À lire le dernier rapport d’Amnesty
International sur les violations des
droits de l’homme en Égypte, le
lecteur est saisi d’effroi. « La crise
des droits humains s’est poursuivie sans relâche en Égypte, indique
l’ONG. Les autorités ont soumis des
centaines de personnes à la torture
et à des disparitions forcées, et de
nombreuses exécutions extrajudiciaires ont été commises en toute
impunité. »
Et pourtant, c’est bien pour rencontrer pendant deux jours le chef
de l’État qui autorise cette politique
répressive qu’Emmanuel Macron
s’envole pour Le Caire ce matin.
« Nous allons continuer, y compris
publiquement, à exprimer notre désaccord avec ces actions de répression », dit-on à l’Élysée. Avec même
cette précision : « La lutte contre le
terrorisme ne peut justifier que l’on
aille jusqu’à porter atteinte aux droits
de l’homme dans des cas qui ne sont
pas liés au terrorisme. » Ce à quoi
l’Égypte répond (lire l’interview cicontre) que les défis du développement économique et social du pays
sont prioritaires.
Relancer un partenariat
Pour relancer ce partenariat
stratégique, le chef de l’État
débarquera d’abord sur le site
d’Abou-Simbel cet après-midi,
afin de bien montrer que les
égyptologues français sont aux
côtés de leurs collègues locaux
pour continuer à faire découvrir
les splendeurs de la civilisation
des pharaons. Emmanuel Macron
a d’ailleurs reçu avant de partir le
grand expert dans ce domaine,
professeur au Collège de France :
Nicolas Grimal. Mais aussi le spécialiste du Moyen-Orient JeanPierre Filiu, un bon connaisseur
de la coopération vitale également
entre l’Égypte et Israël.
Près de 2 milliards d’euros de
prêts et de contrats seront enfin
signés pour participer au développement de l’Égypte dans les secteurs de l’éducation, de l’énergie,
de la santé et de l’agriculture, une
façon de vouloir prouver que la
France ne vend pas que des Rafale
à l’armée égyptienne. g
Au cœur des grands dossiers
Pour la France, impossible d’ignorer précisément ce pays de 100 millions d’habitants qui se trouve,
stratégiquement, au cœur de tous
les grands dossiers du moment.
F.C.
Ehab Badawy, ambassadeur d’Égypte en France
« Nous ne prétendons pas être la Suisse »
interview
La visite du président Macron
en Égypte risque d’être mal
vue par une partie de l’opinion
en France, qui considère que notre
gouvernement est trop indulgent
avec celui du président Sissi…
La France a en tout cas une image
extrêmement positive en Égypte
où l’homme de la rue se souvient
d’une France gaullienne, indépendante, une France qui, par la
voix de Dominique de Villepin, a
su s’opposer à la guerre en Irak.
Les habitants du Caire savent que
leur métro, utilisé chaque jour par
cinq millions d’usagers, est français. Notre ministre de l’Éducation
vient de faire adopter une réforme
qui fait du français la deuxième
langue étrangère obligatoire. Le
président Sissi a donné instruction
pour que les contrats publics, à qualité d’offre égale, soient attribués aux
entreprises françaises. Cette relation
est donc très dense, très diversifiée
et mérite d’être approfondie. Votre
pays est ainsi engagé dans notre projet de construction du plus grand
parc solaire mondial, dans la région
d’Assouan.
Mais comprenez-vous que
la question des droits de l’homme
soit mise en avant par les ONG
et par le Quai d’Orsay, qui affirme
que cette question doit faire partie
d’un « dialogue franc et régulier » ?
Je demande aux Français qu’ils
nous regardent avec nos yeux, pas
seulement avec les leurs. Quand je
vois un étudiant manifester place
Tahrir et que je vois un menuisier
en scooter s’arrêter et lui demander
de rentrer chez lui parce qu’il pense
que les étudiants ont tout et que lui
n’a rien, je me dis que ce monsieur
représente 90 % de la s­ ociété égyp-
G. Bassignac / Divergence pour le JDD
Sissi, pharaon
incontournable
tienne. Cela ne veut pas dire que les
revendications de la société civile
sont illégitimes, mais qu’elles ne sont
pas prioritaires. Notre population de
100 millions d’habitants augmente
de 2,7 millions d’Égyptiens chaque
année en moyenne et notre devoir
premier est d’abord de leur assurer
une subsistance.
C’est un argument classique
qui fait passer le développement
avant les libertés…
Nous ne prétendons pas être la
Suisse, et il est ­indiscutable que nous
avons affaire parfois sur ce plan à des
bavures. Mais nous héritons de deux
­décennies d’instabilité et d’amateurisme, d’un président ­islamiste
élu démocratiquement, mais qui a
perdu en moins d’un an tout soutien
populaire, d’un pays où les Frères
musulmans estimaient que leur
identité islamiste passait avant leur
citoyenneté égyptienne. Notre pays
a failli s’écrouler. ­Aujourd’hui, il se
remet sur pied.
En exigeant des sacrifices énormes
de la population…
Nous avons réformé le système de
subvention de l’essence, qui mettait sur un même plan les riches et
les pauvres, et du pain. Nous avons
augmenté le prix de l’électricité
et des transports, dévalué la livre
égyptienne. La révolution de la place
Tahrir il y a huit ans a été magnifique, mais si les Égyptiens acceptent
aujourd’hui les sacrifices que nous
leur demandons, c’est qu’il doit bien
y avoir une raison.
Quelles différences faites-vous
entre les jeunes libéraux qui
manifestaient pour la démocratie
et les islamistes, que vous assimilez
à des terroristes ?
Cela en fera peut-être rire certains,
mais il y a maintenant un vice-­
ministre de l’Intérieur chargé des
droits de l’homme, et le président
Sissi examine la possibilité d’assouplir la réglementation sur les ONG.
En ce qui concerne les islamistes, ils
n’ont pas leur place en Égypte. Nous
avons été vaccinés pour quelques
décennies. Cela ne change en rien
le fait que l’Égypte considère l’islam
comme une source du droit parmi
d’autres, mais c’est l’affaire du législateur. Nous sommes un État, pas
un califat.
La France partage-t‑elle
cette vision des choses dans
sa coopération sécuritaire
avec l’Égypte ?
Notre coopération de défense
est prioritaire. Sur la Libye, notre
convergence est presque totale.
Nous échangeons du renseignement
militaire dans la lutte contre le terrorisme. C’est le choix de l’Égypte que
d’avoir acheté du matériel français.
Si les deux BPC de type Mistral n’ont
pas encore été utilisés sur un théâtre
de confrontation, ils participent à
des exercices militaires conjoints
avec la marine française. Quant à
nos Rafale, ils sont opérationnels,
notamment en Libye, et nous les
apprécions beaucoup. g
Propos recueillis
par François Clemenceau
JDD Conférences Les conversations
Changer maintenant et s’engager pour demain, il est encore temps
À l’occasion des Conversations organisées par Thinkers & Doers et le JDD au Jeu de paume, à Paris, décideurs et experts ont
débattu mardi de la question du temps dans le monde de l’entreprise
De gauche
à droite :
Amandine
Lepoutre (Thinkers
& Doers), Charles
Pépin (philosophe),
Antoine Gagey
(Maison Coralie
Marabelle),
Jean Moreau
(Phénix), Bruna
Basini (Le JDD).
N. Marquès pour Le Journal du Dimanche
« Le temps c’est de l’argent. » La
phrase célèbre de Benjamin Franklin
a longtemps justifié l’impératif de rapidité dans le monde de l’entreprise.
Une vitesse qui s’est même encore
renforcée avec la révolution technologique et le règne de l’instantanéité.
Au contraire, une injonction est de
plus en plus présente, notamment
venant des consommateurs, celle
de la prévision, de l’engagement,
du temps long. Alors finalement,
l’entreprise peut-elle envisager le
temps long alors qu’elle doit penser
la performance sur le court terme ?
Pour réunir ces deux temporalités, le philosophe Charles Pépin
conseille de se fier à l’intuition, à
la quête de l’essentiel. « Il ne s’agit
pas de dire “je ne suis pas sensible à
la pression”, mais d’avoir la capacité dans l’agitation de trouver une
forme de paix intérieure », explique
l’auteur de La Confiance en soi.
Antoine Gagey évolue par
exemple dans un marché en permanente accélération, la mode.
Cofondateur de la marque Coralie
Marabelle, il tente de respecter un
rythme plus lent et refuse ainsi de
solder ses vêtements. « Nos produits ont une valeur intrinsèque,
i­ ndique-t‑il, ils sont made in France,
ont été créés par une designer qui
planche jour et nuit ; ce n’est donc
pas six mois plus tard qu’ils vont
être démodés. C’est contre-intuitif
par rapport à un marché établi, mais
pour une génération comme la nôtre,
c’est dans l’air du temps. »
Cette lutte contre l’obsolescence programmée
est aussi au cœur de l’initiative de Jean Moreau,
qui a cofondé Phénix.
L’objectif de cette entreprise sociale et solidaire est d’accompagner
les distributeurs et les industriels
dans la gestion de leurs invendus.
Avant cela, Jean Moreau avait commencé sa carrière dans une banque
d’affaires. « J’ai passé cinq ans là-bas,
je n’y étais pas malheureux mais j’ai
été rattrapé par une quête de sens »,
raconte-t‑il. À Phénix, il dit l’avoir
trouvé. « On baisse le nombre de
déchets, on a redistribué quasiment
50 millions de repas depuis le début
et en même temps il y a un levier économique », poursuit Jean Moreau.
« Je ne pense pas qu’on puisse distinguer l’engagement solidaire, écologique, d’une logique économique,
renchérit Antoine
Gagey. Aujourd’hui, à
Coralie Marabelle, on
est en train de faire une
augmentation de capital
et les investisseurs nous
suivent parce qu’on a
cette histoire derrière,
parce qu’on ralentit ce calendrier
de la mode. Ils cherchent aussi un
sens à travers leur investissement. »
Pour Charles Pépin, ce genre
d’initiative doit venir des individus
eux-mêmes « On met trop de pression sur les gens en leur demandant
de ralentir, explique-t‑il. Je préfère
l’idée de décision. Les gens ont le
pouvoir, finalement. Le pouvoir de
consommer différemment. C’est ce
qui fera basculer les entreprises dans
le changement. L’essentiel est de se
dire que la boussole est en soi. » g
Alexis Boisselier
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
Actualité International
L’impossible retour des réfugiés syriens
Dans un camp au Liban, près de la frontière syrienne, le 13 janvier. Adib Chowdhury/SOPA/ZUMA/MAXPPP
Reportage Si Bachar
El-Assad a repris
le contrôle d’une
grande partie de son
pays, un million d’exilés
au Liban ont peur
de rentrer chez eux
Correspondante
Beyrouth (Liban)
Installé sous une bâche des Nations
unies, Abdallah fait chauffer du thé
sur un poêle qu’il recharge à l’aide
de bouts de plastique ramassés
dans la rue. Réfugié depuis 2012
dans ce camp de fortune, à 5 kilo‑
mètres seulement de sa Syrie natale,
ce père de famille ne sait pas s’il
repassera un jour la frontière. « Bien
sûr, j’aimerais revoir mon pays, se
désole d’une voix sombre ce quin‑
quagénaire natif de Deraa, une loca‑
lité du sud de la Syrie reprise l’été
dernier par l’armée du régime de
Bachar E
­ l-Assad. La vie ici n’est pas
digne, il n’y a rien, pas de travail,
pas d’eau, pas d’électricité. Mais tant
que Bachar E
­ l-Assad est au pouvoir,
on ne peut pas rentrer, il n’y a pas
de sécurité. Nous avons déjà risqué
notre vie pour venir au Liban. »
Alors que les forces loyalistes,
soutenues par Moscou, sont parve‑
nues à reprendre les deux tiers du
territoire syrien, contre moins de
10 % pour les rebelles et les djiha‑
distes, l’incertitude plane sur l’ave‑
nir des 5,6 millions de Syriens en
exil, dont plus de 1 million vivant
au Liban. À l’intérieur d’une tente
située à quelques mètres de là,
­Mohammed, 39 ans, dit redouter
d’être envoyé avec son fils de 19 ans
sur les ­derniers fronts de bataille.
« On vous dit que vous pouvez
rentrer, mais quand vous arrivez
ils vous récupèrent », s’insurge
cet homme coiffé d’un keffieh,
­originaire de la Ghouta orientale,
la banlieue est de Damas.
Arrestations, enrôlements dans
l’armée, expropriations : les obs‑
tacles au retour des réfugiés en
Syrie sont nombreux. En avril
dernier, le Parlement syrien a voté
une loi permettant à Damas de
saisir des propriétés privées pour
construire des projets immobiliers.
Cette loi n° 10, dite de « renouveau
urbain », stipule que les autorités
pourront créer des zones adminis‑
tratives locales dans les secteurs
qu’elles contrôlent dans le but de
les reconstruire.
À charge pour les propriétaires
de présenter leurs titres de pro‑
priété dans les douze mois à par‑
tir de la proclamation officielle
de chaque zone, faute de quoi
l’État pourra saisir leurs biens
et les mettre aux enchères. Or la
grande majorité des personnes
concernées sont dépourvues de
documents officiels ou n’osent
même pas se rendre sur place par
crainte de représailles. Le visage
strié de rides, Louay, 52 ans, vient
de Qousseir, petite ville proche de
la frontière libanaise. Son domicile
a déjà été transformé en caserne
militaire. « Comment voulez-vous
que je retrouve ma maison ? s’inter‑
roge cet ancien opposant qui se
sait recherché par les services de
renseignement syriens. Je ne peux
« Comment
voulez-vous
que je retrouve
ma maison ? »
Louay, ancien opposant
même pas renouveler mes papiers
à l’ambassade [de Syrie au Liban],
au risque d’être arrêté, assure-t-il.
Ils ne veulent pas que je revienne. »
En octobre, l’organisation
Human Rights Watch (HRW) a
signalé des démolitions à grande
échelle à Q
­ aboun, non loin de
Damas. L’organisation fait état de
chantiers de construction lancés
dans d’anciens quartiers vidés de
leur population. « Officiellement,
le gouvernement syrien appelle au
retour des réfugiés, mais la politique
sur le terrain dissuade la plupart des
personnes de rentrer », résume Sara
Kayali, chercheuse à HRW. Excé‑
dés par leurs conditions de vie au
Liban – 70 % vivent au-dessous du
seuil de pauvreté, selon l’ONU –,
certains se risquent toutefois à
emprunter le chemin du retour.
Rassemblés au petit matin dans
un stade municipal en bordure de
Beyrouth, une centaine de réfugiés
attendent l’arrivée de cars affré‑
tés par Damas. Vêtue d’un long
manteau beige, Khadija, 34 ans,
scrute anxieusement l’apparition
des bus. « On nous a étouffés ici,
on croule sous les dettes », déplore
cette Syrienne qui s’est résolue à
rentrer à Deraa avec ses deux filles
âgées de 7 et 11 ans, laissant son
époux derrière elle. « En Syrie, mes
enfants pourront au moins être scolarisés », espère-t-elle.
Organisés à raison de deux fois
par mois, ces rapatriements sont
strictement encadrés par les auto‑
rités libanaises et syriennes, qui
sélectionnent les candidats autori‑
sés à revenir. Depuis le mois d’avril,
plus de 10 000 Syriens ont ainsi
franchi la frontière. Les organi‑
sations internationales estiment
toutefois que les conditions ne
sont pas réunies pour garantir un
retour sûr aux r­ éfugiés. « Sur le
plan humanitaire, la ­situation reste
extrêmement précaire, constate
Sara Kayali. Bien souvent, il n’y a
ni nourriture, ni logement, ni travail en Syrie. Au niveau sécuritaire,
rien n’a changé, les arrestations se
poursuivent. »
Submergé par la présence de
1,5 million de réfugiés sur son sol,
soit le tiers de sa population, le
Liban cherche malgré tout à accé‑
lérer les départs. Un objectif sou‑
tenu par Moscou, qui voit dans ces
rapatriements le moyen d’attirer
des fonds occidentaux pour la re‑
construction de la Syrie. Mais pour
Abdallah, la perspective d’un retour
est inenvisageable : « Je ne vivrai
pas une deuxième vie sous la botte
d’un despote qui a décimé son peuple
pour se maintenir au pouvoir. » g
Philippine de Clermont-Tonnerre
Deux procès symboliques au pays de Mandela
Apartheid Les Sud-Africains
attendent que la justice
se prononce sur deux affaires
de racisme, en pleine
campagne électorale
Les faits à l’épreuve de la justice
et de l’Histoire. L’Afrique du Sud
n’en finit pas de régler ses comptes
avec la période la plus noire de
son passé, l’apartheid. Alors que
le pays va désigner son nouveau
Parlement d’ici à l’automne, les dis‑
cours s’aiguisent, parfois dans la
surenchère vis‑à-vis de la minorité
blanche. Coïncidence judiciaire,
trois Blancs, un ancien policier et
deux fermiers, sont ­actuellement
sur les bancs des accusés. Le pre‑
mier, Joao Rodrigues, pour avoir été
impliqué dans la dissimulation de
la mort d’Ahmed Timol, l’une des
figures de l’antiapartheid dans les
années 1970. Plus près de nous dans
le temps, Phillip Schuttle, 34 ans, et
Pieter Doorewaard, 27 ans, incul‑
pés pour le meurtre de ­Matlhomola
Moshoeu, 16 ans, le 20 avril 2017.
Apparemment pour une poignée
de tournesols dérobés. La mort du
jeune homme avait provoqué une
vague d’émeutes, les manifestants
s’en prenant aux magasins des
Blancs, des étrangers et des autres
minorités. Des Blancs contre des
Noirs, toujours. Le cas de Joao
Rodrigues nous ramène en 1971,
lorsqu’un homme est tombé du
dixième étage du quartier général
de la police à J
­ ohannesburg. Celle
qui accueillait la terrible branche
de la sécurité i­ ntérieure.
La famillle ne veut rien d’autre
que la vérité
La version officielle parlera de
suicide. Plus de quarante-sept ans
après, la famille d’Ahmed Timol
réussira l’impossible : faire rou‑
vrir le dossier. Le 12 octobre 2017,
la Haute Cour de Pretoria rend son
jugement au terme d’une enquête
qualifiée de « première » en Afrique
du Sud : « Ahmed Timol n’a pas
sauté, mais a été poussé du bureau
1026 ou du toit. » À 79 ans, Joao Ro‑
drigues se dit malade et persécuté.
Tous les policiers impliqués dans
cette affaire, et qui auraient pu le
soutenir, sont décédés. La famille
de Timol affirme ne vouloir rien
d’autre que la vérité. « Nous ne tenons pas à ce que cet homme finisse
derrière les barreaux, mais connaître
la vérité est fondamental pour réhabiliter notre pays », a déclaré Imtiaz
Cajee, le neveu du défunt.
À chaque audience des deux fer‑
miers, on a pu voir jusqu’à présent
que les deux accusés étaient rasés
de près. Les images d’aujourd’hui
n’ont rien à voir avec celles de leur
arrestation, en 2017. Hagards, lon‑
gues barbes hirsutes, en chemi‑
sette à carreaux manches courtes,
ils avaient l’air effarés. Dans leur
costume noir, chemise blanche et
cravate, Phillip Schuttle et Pieter
Doorewaard présentent beaucoup
mieux pour le verdict, qui sera
livré demain. Ils risquent vingtcinq ans de prison minimum pour
meurtre et kidnapping. Mais ils es‑
pèrent ­l’acquittement. Le principal
témoin, qui avait affirmé que les
deux hommes avaient bel et bien
tué Matlhomola Moshoeu, a fini
en effet par changer de version… g
Karen Lajon
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27 janvier 2019
Actualité International
Autour du monde
La travailliste qui veut éviter le « no deal »
Yvette Cooper
L’élue britannique
a déposé cette semaine
un amendement,
qui pourrait être
voté mardi, pour
repousser le Brexit
jusqu’en décembre
leader de la semaine
David Fisher/REX/SIPA
Elle fut la première ministre
britannique à prendre un
congé maternité, et la première à se retrouver à la
table du gouvernement avec
son mari, le travailliste Ed
Balls, lui aussi titulaire d’un
portefeuille sous la direction
de Gordon Brown. Yvette
Cooper, 49 ans, n’a pas peur
de briser des tabous. La députée travailliste l’a prouvé
encore une fois lundi en
déposant un amendement
pour repousser de neuf mois
le Brexit. Le texte, soutenu
par le Labour, mais aussi par
une partie des conservateurs
et des libéraux-démocrates,
devrait être soumis au vote
mardi, lors de l’examen
par les députés du plan B
de Theresa May. Il permettrait rien de moins que
d’éviter un no deal en cas de
vote négatif.
Née en Écosse, fille d’un
syndicaliste et d’une professeure de maths, cette économiste de formation fut députée pendant dix ans d’une
circonscription de la région
de Leeds et ministre pendant
quatre ans. En 2015, après la
démission du chef du parti,
Ed Miliband, elle déclara
sa candidature à la direction travailliste, et arriva en
troisième position avec 17 %
Camille Neveux
Vatican Le pape François
Signe positif
Une Pakistanaise
gagne devant
la Cour suprême
La plus haute instance judiciaire
du Pakistan a renvoyé en prison
mercredi un étudiant condamné
en première instance pour avoir
poignardé à 23 reprises, dans le
cou, dans le dos et sur les bras, une
jeune femme qui avait repoussé
ses avances. Khadija Siddiqui, alors
étudiante en droit et âgée de 23 ans,
a survécu à ses blessures. Fils d’un
avocat connu, Shah Hussain avait,
lui, été condamné en juillet 2017 à
sept ans de prison, puis acquitté en
appel, ce qui avait provoqué un tollé.
« Ce verdict servira de précédent
aux centaines de Pakistanaises
qui sont harcelées chaque jour mais
qui ont peur d’aller devant la police
ou la justice », s’est félicitée la jeune
femme. La Commission des droits
de l’homme pakistanaise estime
que le taux de condamnation pour
les affaires d’agressions contre des
femmes est inférieur à 1 %. g
Brésil Le géant minier Vale a écopé hier,
de la part du ministère brésilien de l’Environnement, d’une
amende de plus de 58 millions d’euros après la rupture d’un
barrage minier, vendredi dans l’État du Minas Gerais, qui a
tué au moins 34 personnes. Les causes de la catastrophe n’ont
toujours pas été établies, mais le professeur à l’université
de Brasília Dickran Berberian a affirmé qu’il s’agissait
d’« une tragédie annoncée », l’infrastructure « ayant déjà
donné des signes de fuite par le passé ». Les pompiers
brésiliens gardaient hier l’espoir de retrouver des survivants
parmi les quelque 300 disparus. g (Photo : Antonio Lacerda/EPA/MAXPPP)
Russie
480
des suffrages. Une défaite qui
n’a pas coupé les ailes de ce
« lutin de glace », le sobriquet peu flatteur que lui a
donné la presse britannique.
Avec cette proposition sur
le Brexit, elle se positionne
en option alternative face
au dirigeant actuel du parti,
Jeremy Corbyn, qui louvoie
depuis le début sur le sujet. g
a reconnu hier que l’Église catholique, « blessée
par son péché », n’avait « pas su écouter »
les victimes des innombrables abus sexuels
perpétrés par des prêtres depuis des décennies.
Ce message, délivré lors d’une messe célébrée en
la cathédrale Sainte-Marie à Panama, intervient
à quelques semaines d’une réunion mondiale
très attendue de prélats sur « la protection
des mineurs » au sein de l’Église. Lors de son
dernier voyage sur le continent, il y a un an,
le pape avait maladroitement soutenu un évêque
chilien soupçonné d’avoir passé sous silence
les agissements d’un prêtre pédophile. g
Nigeria La mission des
observateurs électoraux de l’Union
européenne ainsi que les ambassades des ÉtatsUnis et de Grande-Bretagne ont fait part hier
de leur « préoccupation » après la suspension
vendredi par le président nigérian, Muhammadu
Buhari, du président de la Cour suprême,
Walter Onnoghen. Cette décision, « digne d’une
dictature » selon l’opposition, a été prise à trois
semaines du scrutin présidentiel, alors que le
chef de l’État sortant brigue un nouveau mandat
à la tête du pays le plus peuplé d’Afrique. « Cela
risque d’affecter la crédibilité des élections à
venir », a déclaré l’ambassade britannique. g
L’Allemagne vers la sortie du charbon
Les sources énergétiques en Allemagne
Autres 1 %
7,4 % Gaz naturel
C’est le nombre de kilomètres que pourrait
officiellement parcourir le dernier-né des missiles
russes pointés vers l’Europe. Mais le secrétaire
général de l’Otan a accusé vendredi Moscou
de ne pas divulguer ses capacités exactes,
qui seraient supérieures à 500 kilomètres
– ce qui violerait le traité sur les armes
nucléaires de portée
intermédiaire.
Charbon
Après avoir décidé de sortir du nucléaire d’ici à 2022,
Hydraulique 3,2 % l’Allemagne devrait s’acheminer vers une sortie progressive
Biomasse 8,3 % du charbon, au plus tard en 2038, pour respecter ses engagements
20,4 %
38 %
8,4 %
13,3 %
Nucléaire
Éolienne
Solaire
Source : Fraunhofer ISE/Bruno Burger
climatiques. Une commission composée d’experts, d’associations
écologistes et de représentants des employeurs et de salariés
du secteur est parvenue hier à un accord, après des mois de
négociations. Sauf surprise, le gouvernement – qui a mis en place
ladite commission – devrait annoncer vendredi qu’il suit ces
recommandations. Mais le charbon représente encore plus d’un tiers
des sources d’énergie électrique en Allemagne, contre 3 % en France
ou 1,2 % en Suède. La mesure, estimée à 80 milliards d’euros sur
vingt ans, conduira à supprimer des milliers d’emplois. Le pays devra
presque tout miser sur les énergies renouvelables, qui représentent
aujourd’hui plus de 40 % de la production d’électricité outre-Rhin. g
Que peut faire Donald Trump après avoir cédé sur le mur ?
analyse
« Pour un président qui ne vit que
pour gagner, c’est une défaite cuisante. » Le chef des correspondants
du New York Times à la MaisonBlanche, Peter Baker, sait de quoi
il retourne quand il parle de capitulation. Non seulement Donald
Trump a été obligé de mettre fin au
shutdown du gouvernement, après
avoir promis qu’il le prolongerait
tant que le budget fédéral ne financerait pas sa promesse de mur à
la frontière mexicaine, mais rien
ne dit qu’il finisse par l’obtenir
dans trois semaines, lorsqu’il faudra voter une nouvelle fois pour
adopter la loi de finances. Il avait
parié sur l’indiscipline des élus
démocrates au Congrès face à leur
patronne, Nancy Pelosi, mais c’est
elle, à 78 ans, qui a tenu bon dans ce
bras de fer. D’où ce commentaire
cinglant de la commentatrice ultranationaliste Ann Coulter : « George
Bush père peut être content, il n’est
plus la plus grande mauviette que
le pays ait eue pour président. » Et
maintenant ?
Les trois semaines qui viennent
doivent donner lieu à un débat sur
le financement de la sécurisation
de la frontière sud des États-Unis.
Donald Trump exige toujours
5,7 milliards de dollars pour commencer les travaux de son mur, mais
les démocrates ont d’autres idées.
Moins chères et peut-être plus dissuasives : surveillance électronique,
réparations poussées sur certaines
parties de l’actuelle clôture de sécurité et embauche de davantage de
gardes-frontières et de magistrats
pour examiner les demandes d’asile
des réfugiés. Vendredi, le président
a laissé entendre qu’en cas de nouveau refus démocrate il pourrait
puiser cette fois directement dans
les fonds du Pentagone en déclarant un état d’urgence. « J’espère
que ce ne sera pas nécessaire », a-t-il
dit. Outre que cette mesure serait
juridiquement contestée devant les
tribunaux, elle heurterait de plein
fouet la tentative de compromis que
les élus démocrates et républicains
essayent de trouver.
Autre difficulté pour le président américain, son taux de popu-
larité, qui faiblit au fur et à mesure
que les candidats à la primaire
démocrate pour la prochaine
présidentielle se présentent. S’il
se confirme que Bernie Sanders
s’apprête à entrer dans la course,
alors que des sondages le placent
déjà en tête des prétendants, cette
nouvelle donne pourrait obliger
Donald Trump à cesser de s’entêter pour prendre de la hauteur,
pour devenir davantage président,
en somme. g
François Clemenceau
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le journal du dimanche
dimanche 27 janvier 2019
Actualité Société
Objectifs Lune
Lors de l’éclipse, lundi, près de Vienne (Autriche). GEORG HOCHMUTH/APA/AFP
FRÉNÉSIE Cinquante
ans après Neil
Armstrong, l’Europe,
la Chine, l’Inde et même
des sociétés privées se
lancent à sa conquête
GRAAL L’astre blanc,
doté d’immenses
réserves d’eau sous
ses pôles, pourrait
servir de poste avancé
dans l’espace
C
’était il y a quatre
ans. L’idée d’un « village lunaire »,
alors défendue par le président de
l’Agence spatiale européenne (ESA),
Jan Woerner, suscitait encore des
moues dubitatives. En 2019, ces
sceptiques font profil bas. L’homme
est reparti à la conquête de la Lune.
Alors que l’on célébrera le 20 juillet
le cinquantenaire de ses premiers
pas sur l’astre blanc, cinq missions
doivent cette année y expédier des
engins atterrisseurs et des robots.
Celles de la Chine, posée depuis
le 3 janvier sur la face cachée, et
de l’Inde, prévue en avril ; les trois
autres étant portées par des sociétés privées israélienne (SpaceIL),
allemande (PTScientists) et américaine (Moon Express). Le Japon
et la Russie suivront.
Lundi, l’Europe a annoncé son
ambition d’intégrer le club fermé
des puissances lunaires autonomes
avant 2025. L’ESA a chargé ArianeGroup de réaliser, d’ici à novembre,
une étude de faisabilité. « Notre rôle
est centré sur l’aspect transport et
logistique, explique Jean-Christophe
Henoux, responsable Future Programmes de la société. L’objectif est de
proposer aux ministres européens un
service clés en mains pour emporter
des équipements scientifiques sur la
Lune. » Si la volonté politique et budgétaire est là, estime-t-il, l’Europe
pourrait être prête avant 2025, en
s’appuyant notamment sur le nouveau lanceur Ariane 6, qui effectuera
son premier vol en 2020.
L’énigme de sa formation
Pourquoi cette frénésie, alors que
Mars semblait aimanter tous les
fantasmes ? C’est que l’Homme est
encore loin de pouvoir fouler la
planète rouge. Moins risqué, moins
coûteux, l’objectif Lune n’est qu’à
384 000 kilomètres, accessible en
quelques jours. Mieux : l’astre fascine les spécialistes comme les
enfants. Et malgré sa silhouette
familière, il recèle toujours de vrais
mystères. « Après les missions Apollo,
on a cru tout savoir de la Lune, c’est
faux !, insiste la planétologue Athena
Coustenis, qui préside l’Hesac (Comité consultatif sur l’exploration
spatiale et les vols habités), à l’ESA.
Y a-t-il de l’eau liquide sous les pôles,
une zone jamais explorée ? Pourquoi
la Terre est-elle la seule planète parmi
les plus proches du Soleil à posséder
un satellite aussi gros ? »
Au cœur des interrogations,
l’origine de la Lune et sa formation,
encore incertaines. L’hypothèse
privilégiée veut qu’elle soit née à
la suite d’une collision entre la Terre
primitive et un gros objet céleste, il
y a plus de 4 milliards d’années. Les
débris éjectés, formant un disque
autour de la Terre, se seraient ensuite agrégés pour former la Lune.
« Cette fille de la Terre, c’est comme
un continent expulsé dans l’espace »,
commente l’astrophysicien Bernard
Foing, à la tête du Groupe international sur l’exploration lunaire,
auquel participent 14 agences spatiales, dont l’ESA. Pour vérifier cette
théorie et rembobiner le film jusqu’à
sa naissance, il faudrait sonder son
cœur avec des sismomètres ; déterminer la composition de son noyau
et la répartition des éléments dans
son manteau.
Explorer la Lune, c’est tourner
les pages d’un livre d’histoire. Car
à l’inverse de la planète bleue, ni
vents ni érosion n’ont masqué les
impacts d’astéroïdes sur sa surface.
En analysant ces cratères, on pourrait reconstituer le fil des bombar-
De − 230 ° C
à + 125 ° C
Les températures extrêmes
à la surface de la Lune, selon
l’exposition au Soleil.
Posés sur la face cachée,
les Chinois tentent ces jours-ci
d’y faire pousser des végétaux
Hypothèse
Selon les planétologues,
l’astre serait issu
d’une collision, il y a plus de
quatre milliards d’années,
entre la Terre et un gros objet
céleste
dements ; mais aussi chercher des
restes de météorites, voire d’autres
planètes ou de la très jeune Terre,
qui se seraient retrouvés à la surface à la suite d’impacts violents.
« À quelques mètres de profondeur,
s’enthousiasme Bernard Foing, il
existe peut-être des échantillons de
Terre plus âgés que la trace de vie
terrestre la plus ancienne connue,
vieille de 3,8 milliards d’années.
Le chaînon manquant de l’histoire
de la vie ! »
Des réserves d’hélium 3
La Lune pourrait aussi servir de
poste avancé dans l’espace. Sa face
cachée, à l’abri du bruit terrestre,
constitue « l’environnement électromagnétique le plus calme et silencieux
possible », résume Athena Coustenis : « En y plaçant un observatoire
de radioastronomie, on détecterait les
signaux de l’Univers primitif, dans
les temps précédant la formation des
étoiles. » Alors que la Station spatiale internationale (ISS) cessera
toute activité en 2024, les grandes
agences pourraient se fédérer autour
d’un nouvel objectif : construire une
station en orbite lunaire, comme le
projette la Nasa, pour poursuivre les
expériences réalisées dans l’ISS par
les astronautes (physique, physiologie, biologie…) et préparer l’installation d’une base habitée sur la surface
de l’astre. Pas simple, dans ce milieu
extrême où les températures varient
de −230 °C à +125 °C selon l’exposition au Soleil. C’est dire l’importance
des études que mènent ces jours-ci
les Chinois sur la face cachée, pour
comprendre les conditions de survie
possible des organismes, végétaux
ou animaux.
Au-delà de la pure soif de connaissances et du symbole, le rêve de
Lune tient à des raisons plus terre
à terre, comme son exploitation éco-
nomique. Dans son sol, des minerais, des métaux rares, mais aussi
d’importantes réserves d’hélium 3.
Un gaz quasi inexistant sur Terre,
qui pourrait fournir une source
d’énergie surpuissante. Mais le Graal
lunaire, ce sont ces immenses réserves d’eau piégées dans les glaces
des pôles. Celle-ci peut être séparée
en hydrogène et oxygène, deux gaz
servant de carburant pour alimenter des moteurs de fusées. Or effectuer un lancement depuis la Lune
serait jusqu’à quarante fois moins
coûteux que depuis la Terre, où il
faut déployer une énergie colossale
pour échapper à la force d’attraction.
« Si on parvient à exploiter des ressources sur la Lune pour permettre
une présence humaine, estime JeanChristophe Henoux, d’ArianeGroup,
celle-ci peut à terme servir de port
spatial pour rejoindre d’autres planètes. » D’où l’effervescence actuelle,
avec l’émergence espérée d’un écosystème industriel (lanceurs, robots
bâtisseurs ou explorateurs, instruments…), voire touristique, où des
start-up et des PME côtoieront les
grands acteurs traditionnels. Pour
Bernard Foing, « cette exploitation
nécessitera d’envisager des technologies durables et astucieuses à léguer
aux générations futures ». Certains
songent déjà à cet héritage. Fin 2019,
la sonde de PTScientists déposera
à la surface de la Lune un précieux
chargement : les 17 disques de saphir
du projet Sanctuary, porté par une
équipe en partie française, où seront
gravés des témoignages de l’humanité (scientifiques, artistiques ou
participatifs) que nos descendants,
les archéologues du futur, découvriront peut-être dans cinq cent mille
ans. Une touche de poésie au-dessus
de nos têtes. g
Juliette Demey
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22
le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
Actualité Société
13 novembre, Thalys : deux attentats, un suspect
TERRORISME Mohamed
Bakkali aurait joué un rôle
de soutien logistique dans
l’action manquée du TGV
Bruxelles-Paris, en août 2015.
Il nie toute participation
Mohamed Bakkali revient devant
la justice. Déjà mis en cause dans
les attentats du 13 novembre 2015
à Paris et détenu pour ces faits, il
est aussi soupçonné d’avoir participé à la préparation de l’attaque
dans le Thalys le 21 août 2015. Ce
jour-là, Ayoub El-Khazzani, armé
d’un fusil d’assaut et d’un pistolet
automatique, prend pour cible les
passagers du TGV Bruxelles-Paris.
Le Marocain résidant en Belgique
est finalement maîtrisé par deux
militaires américains et remis à la
police française. Une longue enquête
commence en France et en Belgique.
Elle aboutit à l’arrestation en
Allemagne, le 6 juillet 2016, de
Bilal Chatra. Ce dernier était en
contact direct avec une figure du
terrorisme islamiste, ­Abdelhamid
Abaaoud, organisateur des attentats parisiens tué par le Raid le
18 novembre 2015, à Saint-Denis. Chatra explique qu’Abaaoud
lui a ordonné de prospecter la
route des Balkans afin de faciliter l’infiltration de terroristes
affiliés à l’État islamique (EI).
Des investigations techniques
permettent l’identification d’une
voiture qui a effectué un voyage
de Bruxelles à la Hongrie, puis en
Allemagne entre les 4 et 6 août
2015. Selon les enquêteurs, ce
périple aurait eu pour but d’aller
chercher Abaaoud, puis Chatra et
El-Khazzani, l’auteur de l’attentat manqué du Thalys.
Un numéro de téléphone est
identifié. Il désigne Mohamed
­Bakkali, qui aurait conduit le véhicule. Celui-ci est alors inconnu de
la justice. Mais son environnement
pose question. Il fréquente Ibrahim et Khalid El-Bakraoui, tous
deux liés à l’islamisme radical. Le
second est même son associé dans
une petite affaire de commerce
d’électroménager. Les deux frères
seront, en mars 2016, les auteurs de
deux attentats meurtriers à l’aéroport de Bruxelles et dans le métro.
Son téléphone a borné pendant
une heure et demie à Verviers
Interrogé par une juge belge le
31 octobre 2017, M
­ ohamed Bakkali
nie avoir convoyé Abaaoud, ­Chatra,
et El-Khazzani. « Je ne suis pas le
chauffeur. Je ne suis jamais allé
chercher personne », déclare-t-il.
Et d’insister : « Je n’ai rien à voir làdedans. On est en train de me tuer ce
qu’il reste de ma vie. » Plusieurs éléments troublants viennent pourtant
à l’appui des soupçons des enquêteurs. Ainsi, au retour de Hongrie et
avant le départ vers l’Allemagne, le
téléphone de Bakkali a borné pendant une heure et demie à Verviers,
en région wallonne, à proximité
du domicile de ses parents et de
son frère. La période de l’aller-retour vers Cologne pour récupérer
Chatra et El-Khazzani correspond
à une absence de Bakkali de son
domicile. À ce moment précis,
son épouse tente vainement de le
joindre et laisse un SMS à Khalid
El-Bakraoui : « tu peu dire à mohamed dmaplé au plus vite ».
Pour sa défense, Mohamed
Bakkali affirme avoir prêté à plusieurs reprises sa voiture à Khalid
­El-Bakraoui. « Il est possible que
celui-ci m’ait déposé à Verviers et soit
ensuite parti vers l’Allemagne, et je ne
l’aurais même pas su car il me donnait
des informations seulement si c’était
vraiment nécessaire », indique-t-il.
Un fait vient cependant contredire
cette version. À l’époque des deux
voyages en Hongrie et en Allemagne,
le téléphone d’El-Bakraoui a été
localisé et activé en Belgique.
Extradé vers la France il y a un
an, Bakkali va être entendu pour la
première fois dans l’instruction sur
l’attentat du Thalys, le 31 janvier,
par le juge Christophe Teissier. Il
devra aussi répondre de l’aide qu’il
aurait apportée à Abaaoud pour se
cacher dans Bruxelles à son arrivée
de Hongrie. Lui assure pourtant ne
pas le connaître. g
Pascal Ceaux
À l’école de Riaumont,
les prêtres avaient la main lourde
ENQUÊTE Après les mises
en examen de religieux,
d’anciens élèves
racontent violences
et brimades. D’autres
minimisent
En juin
2018, à la
commaunauté
de SainteCroix de
Riaumont,
à Liévin.
Envoyé spécial
Liévin (Pas-de-Calais)
Dans l’ancienne cité minière, tout le
monde connaît le village d’enfants.
Mais personne à Liévin (Pas-deCalais) ne sait réellement ce qui se
passe dans cette enclave ceinte de
hauts murs de pierre. La communauté de Sainte-Croix de Riaumont
accueille une vingtaine d’élèves âgés
de 11 à 15 ans. Ces enfants, étiquetés « difficiles » ou issus de familles
catholiques, suivent des cours dans
une école privée hors contrat au
sein de l’institution et assistent aux
messes en latin.
Depuis mai 2017, les moines en
robe de bure qui règnent d’une main
de fer sur l’établissement sont dans
la tourmente. À cette date, le père
prieur d’alors, Alain Hocquemiller, a été mis en examen après la
découverte d’images pédopornographiques dans son ordinateur. En septembre 2018, l’ancien prêtre-infirmier a été interpellé près de Vannes
(Morbihan) dans un lieu de retraite
où il avait été exfiltré par la communauté, avant d’être mis en examen
et écroué pour agressions sexuelles.
Enfin, le 17 janvier, deux prêtres et
deux moines ont été mis en examen pour « violences légères ». Les
enfants ont été renvoyés chez eux
jusqu’à nouvel ordre. Pour l’avocat
de la communauté, Éric Morain, les
faits reprochés aux quatre religieux
« sont pour la plupart très anciens
[et] ne reflètent en aucune manière
les méthodes éducatives en vigueur
aujourd’hui ». « On s’occupe d’élèves
très durs, relativise également le père
Jean-Paul Argouarc’h, directeur
de Riaumont. Parfois quand on en
sépare deux qui se battent, un coup
Aimée Thirion /
Hans Lucas
part. » Reste que, d’après la PJ de
Lille, l’une des gifles a percé le tympan d’un pensionnaire.
Cela n’étonne pas ce quadragénaire. Lui a passé trois ans à Riaumont dans les années 1990 et, « pour
un juron, il prenait une baffe ». Il
décrit le port de la culotte courte
même en hiver et les prières matinales torse nu dans le froid. Il parle
de la nourriture périmée, du pain
rassis, des confitures remplies de
fourmis. Et évoque des mauvais
traitements. Un jour, l’un des
moines l’a jeté à terre et l’a frappé
à la tête à coups de pied. Son tympan a été perforé. « Les religieux
sont allés voir ma mère pour qu’elle
ne porte pas plainte », assure-t‑il,
précisant que l’auteur des coups
est toujours en poste.
Car ce qui se passe à Riaumont
reste à Riaumont. C’est comme ça
depuis 1958 et sa création par le
père Revet, qui a refusé de s’affilier
à l’évêché d’Arras (Pas-de-Calais).
À l’époque, c’étaient la Ddass et les
juges pour enfants qui y plaçaient
des mineurs. Ces derniers y vivaient
mais étaient scolarisés dans l’école
primaire et le collège de quartier.
Très vite, de nombreux signalements
ont été faits, souvent à l’initiative de
professeurs choqués par les condi-
« On a pris
des coups mais on
les méritait. Grâce
aux pères, je suis
devenu un homme
respectable »
Un ex-pensionnaire
tions de vie de leurs élèves. Certains
anciens enseignants racontent que
les fugueurs étaient tondus, le crâne
recouvert de mercurochrome. L’un
d’eux décrit des punitions allant
« des coups de ceinturon » à « la privation de nourriture » en passant par
l’enfermement dans les vestiaires
« en slip, au pain sec et à l’eau ».
Alertée, la Ddass avait retiré son
agrément en 1979. En 1989, la communauté a rompu avec l’État en
ouvrant sa propre école privée, hors
contrat. Malgré des signalements
ponctuels, Riaumont a vécu en
autarcie pendant plusieurs années,
jusqu’au suicide d’un adolescent de
14 ans, retrouvé pendu à l’intérieur
de l’établissement en 2001. « Il était
maltraité, affirme Charline Delporte,
présidente du Centre national
d’accompagnement familial face à
l’emprise sectaire (Caffes), saisie par
la grand-mère du garçon quelques
mois avant sa mort. Il prenait des
coups de fourchette, devait manger
avec les porcs. » L’enquête a cependant débouché sur un non-lieu,
écartant toute responsabilité de la
communauté, mais la PJ de Lille a
toujours gardé un œil sur Riaumont.
Si les méthodes d’éducation se
sont adoucies depuis, pour Charline Delporte, l’institution n’a jamais
cessé de fonctionner comme une
« organisation sectaire ». « Les religieux diffusent leur idéologie et transmettent des comportements qui sont
reproduits, accuse-t‑elle. On est dans
l’extrême droite catho pure et dure. »
La communauté entretient d’étroits
liens avec les cercles traditionalistes
et royalistes dont le directeur, le père
Argouarc’h, est une figure respectée.
Nicolas y a été scout dans les années 1990. « Les religieux dictent leur
loi entre leurs murs, rapporte-t‑il. Il
y a quelque chose de malsain, d’insidieux ; quand ils vous tiennent, ils ne
vous laissent plus partir. Vous vous
sentez même privilégié. » Un autre
nuance : « Ils ont sorti des jeunes de
situations compliquées. C’est pour
ça qu’il y a une ambivalence entre
l’inacceptable et la réussite. »
Nombre d’anciens réfutent ainsi
les accusations de mauvais traitements. Ils sont même majoritaires
à soutenir l’institution. Certains y
sont devenus bénévoles ou éducateurs. L’un d’entre eux l’assure : « On
a peut-être pris des coups mais on
les méritait. Grâce aux pères, je suis
devenu un homme respectable. Sans
eux, j’aurais mal tourné. » Et s’ils admettent de la brutalité, ils expliquent
qu’elle provenait des élèves entre
eux plutôt que des moines.
Cet autre jeune homme avait
10 ans quand il a intégré Riaumont
en 2009. Il le jure, jamais les prêtres
n’ont levé la main sur lui. D’eux, il
garde même « un bon souvenir ».
« La violence était ailleurs, dit-il.
J’ai subi des viols à répétition par
un autre élève. » Pendant des mois,
il s’est tu, jusqu’à ce qu’une de ces
agressions soit surprise par d’autres
pensionnaires et qu’il aille dénoncer ces faits au père prieur. Prévenu,
ce dernier aurait exclu l’agresseur
sans alerter les autorités. Avant de
convaincre la mère du garçon de
ne pas porter plainte. « Il fallait que
ça reste discret, murmure le jeune
homme. Alors on n’a rien fait. » « On
a mis un grand couvercle là-dessus
pendant des années, estime Charline
Delporte, du Caffes, on les a laissés
faire leurs affaires parce que c’était
des gamins difficiles. Il est temps que
cela cesse. » g
Pierre Bafoil
(avec Plana Radenovic)
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le journal du dimanche
dimanche 27 janvier 2019
Actualité Société
La police saisit
le trésor des
trafiquants
DROGUE Depuis le 1er janvier,
1,5 million d’euros en pièces et
en billets ont été confisqués
Près de 750 000 euros cachés dans
le double fond d’un coffre de voiture à Bordeaux, 450 000 dans un
appartement de Nanterre (Hautsde-Seine), un lot de pièces d’or et
d’argent découvert à Paris en cours
d’estimation…
Depuis le 1er janvier, plus de
1,5 million d’euros ont été confisqués par la PJ de Versailles et les
policiers de l’Office central pour
la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF). Ces
saisies résultent d’une stratégie
ciblant les collecteurs et autres
blanchisseurs de l’argent de la
drogue. Pour les mener à bien, il
a fallu remonter les méandres de
l’hawala (mandat ou virement, en
arabe). Très prisé des trafiquants,
qui souhaitent pouvoir, sans risquer
un contrôle, payer un fournisseur
au Maroc ou exfiltrer des bénéfices
à Dubai, ce mécanisme permet, via
un système de compensation, de
transférer de grosses sommes pardelà les frontières sans que l’argent
ne se déplace physiquement.
« Virus », « Fièvre jaune »
et « Babel  »
Depuis cinq ans, les dossiers judiciaires dans lesquels on croise collecteurs et banquiers occultes se
multiplient. Spectaculaire, « Virus »
s’appuyait sur le réseau bancaire
suisse pour satisfaire trafiquants
marocains et fraudeurs fiscaux parisiens. Original, « Rétrovirus » reposait sur la contrebande d’or entre
l’Europe et l’Inde. « Fièvre jaune »
impliquait des grossistes en textile
originaires de Chine. Non encore
jugée, l’affaire « Babel » a pour protagoniste principal un sarrâf (banquier
occulte, en arabe) marocain arrêté à
Paris : l’argent de la drogue lui servait
à acheter des lots de vêtements à
des grossistes chinois. Ces derniers
les livraient, sans les dédouaner, au
Maroc où ils inondaient les souks.
Un autre dossier de l’OCRGDF a
récemment révélé l’association de
deux banquiers occultes. Le premier,
marocain, récupérait, via ses collecteurs en région parisienne, l’argent
de trafiquants qu’il mettait à disposition des clients de son confrère
algérien. Ceux-ci pouvaient acheter
dans l’Hexagone des véhicules qui
étaient ensuite revendus en Algérie
sur le marché parallèle.
À chaque fois, les sommes
en jeu sont importantes et circulent, comme les stupéfiants, à
flux tendu. « Nous avons pu tracer 72 millions d’euros en dix-huit
mois pour un réseau, 21 millions en
cinq mois sur un autre », commente
William Hippert, numéro deux
de l’OCRGDF, qui précise : « Ces
réseaux de blanchiment, souvent
communautaires, sont également
ceux utilisés pour d’autres infractions comme la fraude fiscale, les
abus de biens sociaux, les escroqueries, le travail dissimulé. » En
2017, sur les 540 millions d’euros
d’avoirs criminels saisis en France,
65 millions étaient liés au trafic
de drogue, qui génère des revenus évalués à 3 milliards d’euros
chaque année. g
Stéphane JOAHNY
Anne-Sophie Pelletier,
soignante
« Les vieux
sont les
oubliés de la
République »
interview
santé À l’origine
d’une longue grève
dans son Ehpad, elle
pointe de nombreux
dysfonctionnements
dans un livre choc
C’est un « J’accuse » dédié à sa
grand-mère chérie et disparue.
Mais aussi à tous ces « petits vieux »
qu’elle a accompagnés en tant
qu’aide médico-psychologique,
chez eux ou en maison de retraite.
Au printemps 2017, Anne-Sophie
Pelletier a conduit une grève de
cent dix-sept jours à la maison de
retraite des Opalines à Foucherans
(Jura) pour dénoncer un quotidien sous tension permanente. Un
an et demi plus tard, celle qui se
présente aux européennes sur la
liste de La France insoumise (LFI,
en 5e position) publie Ehpad, une
honte française (éd. Plon, 2019,
285 pages, 17,90 euros).
Pourquoi avoir écrit cet ouvrage ?
Pour mettre en mots la détresse de
nos aînés et aussi celle des soignants.
Ils font partie des oubliés de la République. Ça fait plus de vingt ans qu’on
tire la sonnette d’alarme, et rien ne
change. Il est temps d’inventer des
politiques qui permettent aux anciens de finir leur vie dans la dignité.
Anne-Sophie Pelletier,
mardi, à Paris.
Bernard bisson pour le jdd
Les familles auraient pu
elles aussi porter ce combat
sur la place publique.
Elles n’osent rien dire de peur que
leurs parents soient mis de côté.
Elles portent la culpabilité d’avoir
placé leurs proches et de devoir
se taire. Quant aux personnes
âgées elles-mêmes, qui ont souvent dû vendre leur maison pour
payer l’Ehpad, elles en viennent
à se demander combien de temps
elles vont avoir les moyens de rester en vie. Comme un plan d’amortissement sur leur propre mort.
Comment s’expliquent
ces décennies d’inaction ?
Les Ehpad ne sont pas véritablement contrôlés alors qu’ils perçoivent des subventions publiques.
Vu l’allongement de la durée de vie,
le taux d’occupation de ces établissements avoisine les 100 %. La
vieillesse est une manne.
« Juan est mort.
Il était mon
urgence, mais
juste un numéro
aux yeux de
l’administration »
Vous avez conduit une grève
de cent dix-sept jours à l’Ehpad
des Opalines, dans le Jura. Un an et
demi après, les conditions de travail
s’y sont-elles améliorées ?
Un observatoire du bien-être au
travail a été mis en place. Deux
personnes ont été embauchées
mais elles ne sont pas restées. La
pénibilité n’a pas diminué. Ailleurs, c’est pareil : les soignants
culpabilisent de ne pas aider les
patients. Ils portent les établissements à bout de bras. Ils s’autoaccusent d’être maltraitants alors
qu’on leur intime l’ordre de l’être !
Mais notre plus belle victoire, c’est
qu’aujourd’hui on parle des Ephad.
À la fin du conflit social,
vous êtes tombée en dépression.
Votre cas est-il isolé ?
Combien de soignants sont sous
anxiolytiques pour tenir ? Combien
mettent fin à leur jour car ils ne supportent plus de ne pas pouvoir exercer correctement leur métier ? J’ai
quitté un poste de direction dans
l’hôtellerie pour me reconvertir
dans l’accompagnement des personnes âgées. J’y suis allée la fleur
au fusil en pensant apporter du bonheur. Quand le conflit s’est terminé,
c’est moi qui suis tombée. Je n’ai pas
pu reprendre mon travail. Je me suis
retrouvée en difficulté financière.
Vous pointez la défaillance de ceux
qui sont censés aider les plus âgés :
infirmiers libéraux, tuteurs, curateurs,
institutions. Tous coupables ?
Quand vous allez chez une personne
et qu’il est inscrit « douché » sur le
cahier de liaison avec l’infirmière,
alors que les habits sont sales, la
barbe pas taillée, les serviettes de
toilette même pas humides, c’est
intolérable ! Ce n’est pas parce que
quelqu’un perd la mémoire qu’on
doit le traiter comme ça. En tant
qu’aide à domicile, je n’ai pas le droit
de faire la toilette sinon je risque la
prison. Il faut laisser la personne
âgée sale ou appeler l’infirmière qui
viendra si elle peut. Les lourdeurs
administratives sont éreintantes.
Pour obtenir un certificat d’aggravation d’état de santé afin de financer un lit médicalisé, j’ai dû attendre
trois semaines. Juan, chez qui j’allais,
est mort avant. Il était mon urgence,
mais juste un numéro de dossier aux
yeux de l’administration.
Confrontées au turnover
des soignants, les personnes
que vous accompagnez répètent :
« J’ai l’habitude. » On s’habitue
à être maltraité ?
Le dysfonctionnement est intégré
par tout le monde. Le soignant passe
sa journée à regarder l’horloge. « Au
suivant ! », on enchaîne les chambres
sans respecter le rythme des personnes. Impossible, pour elles, de
se réveiller à 11 heures car il faut
prendre les médicaments très tôt.
Dans certaines unités, on les met en
pyjama après le goûter. Les douches
sont programmées. Mais si on est en
sous-effectif, il n’y en a pas. En temps
normal, on a quatre heures pour 12 à
14 toilettes. C’est une course de fond,
qui s’accélère en cas d’épidémie de
gastro, de grippe ou de gale. À ces
mots, tout l’Ehpad prend peur. Des
pathologies mineures y relèvent de
l’extraordinaire. Alors que la mort,
elle, est habituelle.
Que signifie les « 3 F » que vous
dénoncez ?
« Figure, fesses, fauteuil » : une
toilette de petit chat. Ces trois
lettres symbolisent ce qu’on est
contraint de faire. Sans le vouloir,
nous sommes acteurs de la régression des aînés. On fait à leur place,
ils perdent en autonomie.
Vous racontez le cas de Fantine,
qui a dû quitter sa chambre du jour
au lendemain.
La direction lui a fait croire qu’elle
allait à un concours de tricot.
Sinon, elle ne serait jamais partie. Si vous n’avez plus les moyens
de payer, on vous met ailleurs,
là où c’est moins cher. À la différence d’un bail de location classique, ici, il n’y a pas de trêve hivernale pour les expulsions.
Pourquoi vous présentez-vous
aux élections européennes
sur la liste LFI ?
Mon époux m’a dit : « Tu t’épuises,
tu dois faire avec les lois. Et si tu
les changeais ? » Ça a fait tilt ! La
société est jeuniste. Il y a une discrimination vis-à-vis du handicap
et de l’âge. Si le maintien à domicile
doit être le pivot du bien-vieillir,
il faut du personnel formé, bien
accompagné et une véritable politique de solidarité. g
Propos recueillis par
Emmanuelle Souffi
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
Actualité Société
Ci-contre, une photo des années 1920
avec Yvonne Calment (cinquième
à gauche), fille de Jeanne, lors d’une fête
traditionnelle à Arles. La troisième
à droite est Geneviève Calment, mère
de Gilberte Mery (photo de gauche),
plus proche parente vivante
de l’ex-doyenne des Français.
VINCENT leloup/Divergences pour le JDD
Exclusif Gilberte Mery est la
plus proche parente encore en
vie de l’Arlésienne. Elle raconte,
avec force détails infirmant la
thèse russe, les moments passés
auprès d’une femme hantée
par la perte de sa fille unique
« C’est complètement idiot. » Telle
fut la réaction de Gilberte Mery
lorsqu’elle a appris que des Russes
remettaient en cause le record
de longévité de sa chère « tante
Jeanne ». Âgée de 89 ans, l’habitante
de l’Oise est la petite-fille du cousin
germain de l’Arlésienne Jeanne Calment, décédée à l’âge de 122 ans, en
1997. Cela fait d’elle sa plus proche
parente (au sixième degré) encore
en vie. « Il n’y a que moi qui puisse
autoriser une exhumation et je ne
le ferai pas ! », s’agace-t-elle. Une
autre petite-cousine, au huitième
degré, s’y oppose également. « Il
n’en est absolument pas question ! »,
confie cette femme qui vit dans les
Bouches-du-Rhône.
Réunis mercredi à l’Institut national d’études démographiques
(Ined), sept spécialistes du « grand
âge » ont pourtant évoqué cette hypothèse ; certains estimant qu’une
recherche ADN était la seule façon
de clore la polémique lancée fin
décembre par des experts russes,
selon lesquels Yvonne Calment,
la fille unique de Jeanne, décédée
en 1934, aurait emprunté l’identité
de sa mère pour éviter de payer les
droits de succession. En réalité, la loi
ne prévoit pas, dans ce genre de cas,
qu’un particulier puisse autoriser ou
non l’exhumation d’un corps ; seule
une démarche juridique, visant par
Ses étés avec la vraie
Jeanne Calment
exemple à rétablir un acte de décès
erroné, pourrait y conduire.
Comme les scientifiques, Gilberte
Mery, qui, adolescente, rendait souvent visite à « tante Jeanne » pendant les vacances, ne croit pas à la
thèse d’une usurpation d’identité. À
l’époque, à la fin des années 1940, le
tout-Arles aimait se rendre promenade des Lices. « On regardait qui se
baladait avec qui, on notait qu’unetelle avait changé de robe, énumèret-elle. Vous imaginez si, d’un coup, les
gens n’avaient plus vu Jeanne mais
Yvonne ? » La retraitée de l’Oise
se rappelle le verre de porto et la
cigarette partagés sur la terrasse de
Jeanne Calment. « Ça, les Russes ne
l’ont pas inventé », plaisante-t-elle.
Pas plus que sa « coquetterie » : à
100 ans passés, sa « tante » se faisait toujours les ongles.
Mais celle qui avait été « une
jolie femme nantie », « mignonne et
mondaine », a eu « une vie atroce »,
selon les mots de Gilberte Mery :
« Elle a perdu son mari Fernand,
sa fille Yvonne, son gendre Joseph
Billot puis son petit-fils, Frédéric
Billot. » Jeanne Calment était
très attachée à celui qu’elle avait
recueilli à l’âge de 7 ans, après le
décès d’Yvonne. Enfant, il appelait
« Tante Jeanne
me disait
souvent : “Tous
les miens sont
au cimetière” »
sa grand-mère « Manzane », une
déformation de « maman Jeanne »,
selon les Russes, qui basent une
partie de leur étude sur cet élément, assurant que Frédéric Billot
aurait en fait vécu avec sa mère.
« Tante Jeanne voulait absolument que j’épouse Fredie, poursuit
Gilberte Mery. Elle répétait : “ça
renouera la famille.” Moi, j’en avais
aucune envie. » Frédéric Billot est à
son tour mort en 1963, à 36 ans, dans
un accident de la route. « Jeanne me
disait souvent : “tous les miens sont
au cimetière” », soupire la retraitée,
racontant que sa parente traversait
tous les jours le pont qui la séparait
du cimetière de Trinquetaille pour
rendre hommage aux siens.
L’Arlésienne faisait plus jeune
que son âge. Un samedi, Gilberte
Mery l’a croisée, « toute menue
dans son grand manteau et sa toque
d’astrakan », à l’église Sainte-Trophime, pendant la messe. « Elle
m’a expliqué que, pour ses 100 ans,
le maire lui avait offert un très beau
bouquet en disant : “vous ferez tous
mes compliments à votre mère.” »
Dans plusieurs articles, l’édile de
l’époque assurait en écho : « J’ai
attendu longtemps dans la salle
de réception, jusqu’à ce que je me
rende compte que la femme assise,
qui ne semblait pas avoir plus de
80 ans, était l’invitée d’honneur. »
Les Russes en font un argument
massue, qui ne convainc pas
­Gilberte Mery.
« Tante Jeanne a toujours été en
bonne santé », assène-t-elle. Au
contraire d’Yvonne Calment, dont
le décès hantait la famille. Cette
dernière avait contracté une pleurésie qui a dégénéré en tuberculose
et l’a emportée. La petite-cousine,
âgée de 5 ans au moment du décès,
en a appris les détails bien plus tard.
« À cette époque, on ne mêlait pas les
enfants à tout ça. » Mais l’année de
ses 20 ans, lorsqu’elle contracta à
son tour une pleurésie, sa mère lui
dit : « Ne fais pas comme Yvonne. »
Certes, comme les Russes, Gilberte Mery s’étonne que le certificat de décès d’Yvonne Calment
n’ait pas été signé par un médecin.
Mais, concernant les photos brûlées par Jeanne Calment au moment de son entrée en maison de
retraite, Gilberte Mery trouve que
« ça correspond bien à son caractère
bien trempé ».
La supercentenaire avait en réalité gardé deux clichés auprès d’elle
à la fin de sa vie : l’un représentant
sa fille, Yvonne, et l’autre son petitfils, Frédéric. Elle les a emportés
dans sa tombe, conformément à
son souhait. Ces jours-ci, Gilberte
Mery s’est replongée dans ses vieux
albums de famille, qu’elle a pris
plaisir à regarder avec son petitfils, Tom. Elle a été heureuse d’y
retrouver deux photos d’Yvonne,
en costume provençal, lors d’une
fête à Arles, dont l’une est datée
du 8 avril 1925. Une jolie façon de
clore ce chapitre de trop. g
Marianne Enault
lejdd.fr pourquoi la question de
l’exhumation est plus compliquée
que certains le disent
Solidarité, charité, fraternité pour 19,90 euros par mois
John Foley/Leemage
Ma tasse de café Il n’a échappé
à aucun de
nous que
La Poste, depuis
le début des
années 2000,
a été obligée
de « s’adapter
à l’époque »,
comme on
teresa cremisi dit. On n’écrit
presque plus
sur papier,
le facteur
ne passe que pour déposer
des factures (et encore,
elles sont progressivement
dématérialisées), même
les pubs prennent d’autres
supports. Comme les petits
cafés de village, les bureaux
de poste étaient des lieux
de rencontre et le passage
du facteur un moment
important dans la journée.
Cela nous a été dit sur tous les
tons, en déplorant l’abandon
des campagnes et la fermeture
des petites gares, des petites
écoles, des petits troquets.
Plus de place pour les petits,
les âgés, les esseulés. Le facteur
ne passe plus ou, s’il passe,
il ne doit pas s’attarder (il est
paraît-il surveillé par un GPS
qui enregistre ses mouvements
et ses pauses).
Le ton à la fois mielleux et
managérial qui annonçait
périodiquement ces « avancées
vers l’efficacité » ne laissait
aucun doute sur l’avenir des
gestes bénévoles auxquels les
employés se prêtaient sans
même y penser. On comprenait
que ce n’était plus possible,
qu’ils étaient beaucoup moins
nombreux et que leur planning
journalier était défini par des
règles strictes. Le progrès était
arrivé et il était irréversible.
On se trompait. Même les
grandes entreprises ont un
cœur et elles savent revenir sur
leurs décisions. Elles savent
ce que vieillesse et solitude
veulent dire. Elles s’engagent
à conforter les vieilles dames
et les vieux messieurs dans
leurs maisonnettes. Un service
est créé, il s’appelle « Veiller
sur mes parents », il offre une
visite par semaine du facteur,
une petite conversation,
un engagement à signaler aux
proches les problèmes graves
(pas de description là-dessus,
fractures ? brûlures ? pertes
de conscience ?). Il suffit de
contacter un conseiller par
téléphone et de signer une
sorte de contrat. C’est payant.
19,90 euros par mois pour
une visite, 14,90 euros pour
tout arrêt supplémentaire du
facteur. Le contrat est de douze
mois, avec reconduction tacite.
Le site que je vous invite à voir
est présenté très clairement,
avec une courte vidéo qui
met en scène Sophie Davant
(pas très à l’aise), une vieille
dame bien peignée et une
jeune factrice. Elle est brune,
souriante et elle parle de la
vieille dame comme de sa
« cliente » préférée. La pub
se permet un slogan blagueur :
avec cet abonnement, c’est
le « facteur humain » que
La Poste commercialise.
Une fois surmonté le vague
écœurement que procure le
bla-bla marketing, on se dit
qu’après tout c’est mieux que
rien. Inutile de s’attarder sur
l’époque qui rabote tout ce
qu’elle peut au nom du progrès
et de la rentabilité, pour ensuite
reproposer ce qu’elle a éliminé
en le faisant désormais payer.
On en voit d’autres, bien
plus choquantes. Je voudrais
toutefois suggérer une seule
modification à ce contrat de
service. C’est presque rien, je
pense qu’on m’écoutera : au nom
du bon goût, ne pourrait-on pas
éliminer les 90 centimes ?
19,90 fait inévitablement
promotion spéciale de H&M
ou de Monoprix.
Allez ! Vingt euros tout rond
pour « veiller sur nos parents »,
ce serait plus classe. g
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
Actualité Économie & Business
« Fortnite », le jeu vidéo
qui vaut de l’or
Gaming Créé par
la société américaine
Epic Games, ce titre
connaît un engouement
planétaire, avec plus de
200 millions d’inscrits
Marketing
L’entreprise veut
consolider son succès en
lançant une plateforme
d’e-commerce ouverte
à tous les jeux
V
ous venez d’être para­
chuté à Polar Peak, petite cité mon­
tagneuse dormant sous la neige, avec
99 autres guerriers. Dans cet univers
postapocalyptique, il ne peut res­
ter qu’un seul survivant. Pour vous
défendre, une pioche, et en guise
d’armure… un costume de papillon.
Votre première mission, fouiller les
maisons alentour dans l’espoir d’y
dénicher une arme du XXIe siècle, et
prier pour ne pas croiser un sniper.
Vous êtes dans Fortnite, le jeu star
de 2018. En un an, son nombre d’ins­
crits a été multiplié par cinq, pour
­atteindre 200 millions de gameurs.
D’abord conçu pour la PlayStation
du géant japonais Sony, il a conquis
toutes les grandes consoles, de la
Switch de Nintendo à la Xbox de
­Microsoft, mais aussi les colosses
de l’informatique et du smartphone.
Côté chiffres, la ­société éditrice du
jeu, l’américaine Epic Games, cultive
le secret et ne se confie qu’à la presse
spécialisée. Selon le média Tech­
Crunch, elle aurait engrangé cette
année un bénéfice voisin de 2,6 mil­
liards d’euros, le double de celui du
­japonais Nintendo en 2017. Et son
succès dépasse la sphère vidéo­
ludique. Son graphisme « cartoonesque » et son humour bon enfant
en ont fait un vrai phénomène de
mode. Même les footballeurs s’en
sont emparés : le Français Antoine
Griezmann a popularisé sur la
pelouse le « Take the L », un pas
de danse tiré du jeu qu’il reproduit
après chaque but marqué.
Sa formule magique ? « Epic
Games a puisé çà et là de bonnes
Un compétiteur au PAX West Summer Skirmish, le dernier tournoi d’été de « Fortnite », organisé à Seattle en septembre. Epic Games
idées et les a intelligemment réunies », résume Didier Calcei,
­enseignant-chercheur en entre­
preunariat et innovation. Fondé
en 1991, le studio a d’abord bâti sa
popularité sur son moteur graphique
baptisé Unreal, un des plus utilisés
au monde par les concepteurs de
jeux vidéo. Il se fait aussi connaître
du grand public grâce à la fameuse
trilogie Gears of War, imaginée par
le génie créatif de la société, Cliff
Bleszinski.
Un business model
audacieux
Au sommet de sa gloire en 2012, son
fondateur, Tim Sweeney, cède 40 %
de ses parts au géant chinois Tencent
mais reste à la tête d’Epic Games.
Peu à peu, l’âge d’or laisse place au
trou d’air. Le créateur démissionne,
Gears of War est vendu à Microsoft,
le studio peine à se réinventer…
jusqu’à l’été 2017. Il flaire le bon filon
du battle royale, un type de jeu qui
s’inspire d’un roman japonais dans
lequel des adolescents s’entre-tuent
sur une île, et décide de sortir Fortnite Battle Royale, un titre gratuit et
multijoueur.
C’est un triomphe. Fortnite tor­
pille ses concurrents. En première
ligne, le coréen PlayerUnknown’s
Battlegrounds (PUBG), qui surfait
pourtant depuis déjà un an sur la
mode du battle royale et qui, six
mois après sa sortie en 2017, était
déjà vendu à plus de 15 millions
d’exemplaires. Aujourd’hui, le
chiffre d’affaires mensuel de l’amé­
ricain dépasse celui de PUBG, alors
que ce dernier coûte 30 euros. La clé
de la réussite : le modèle du free to
play (jeu en accès gratuit). Comme
Nintendo ou Electronic Arts avant
lui, Epic Games a créé pour son jeu
une boutique d’accessoires payants.
Avec des costumes pour les avatars
ou des danses amusantes en édition
limitée, les gameurs peuvent per­
sonnaliser leur jeu pour une dizaine
d’euros. Et ça marche : près de 69 %
d’entre eux ont effectué des achats,
avec un panier moyen de 85 euros !
Ces performances sont d’autant plus
95
milliards
Ce sont les ventes
mondiales, en euros,
générées par l’industrie
du jeu vidéo en 2017
1 200
C’est le nombre
des créations de jeux vidéo
en France en 2018
(en augmentation de 40 %)
surprenantes que le contenu payant
n’est que cosmétique et n’accélère
pas la progression dans le jeu. « C’est
justement ce qui plaît à la communauté, explique Didier Calcei. Le
payant ne crée pas d’inégalité entre
les joueurs. »
Avec cette approche, Epic Games
a révolutionné le secteur. Ce mode
de monétisation est une aubaine
pour tous les éditeurs, qui peuvent
alors concevoir des jeux vidéo avec
moins de moyens et même les lancer
sans en avoir fini le développement.
Mieux, la stratégie commerciale de
Fortnite permet de toucher un plus
vaste public. « Contrairement à ce
qu’on peut penser, ce jeu ne cannibalisera pas les autres, tient à souligner
Charles-Louis Planade, analyste
chez Midcap Partners. Il attire les
joueurs occasionnels. C’est un vrai
produit d’appel pour tout le milieu. »
Mais tout n’est pas rose au pays du
jeu en free to play. Les agences de
cybersécurité signalaient en dé­
cembre des piratages de données
personnelles et des vols d’argent
sur Fornite. Autre grief, le jeu aurait
copié des danses d’artistes connus
sans respecter le droit d’auteur.
Coup de maître, le studio
a snobé Google
Mais la marque est loin d’être en
danger. En décloisonnant le jeu
vidéo elle est en passe de devenir
la référence du secteur. Sony, qui
jusque-là refusait à tous les déve­
loppeurs le cross play – la possibilité
de jouer sur la PlayStation avec des
joueurs connectés sur d’autres pla­
teformes –, a dû céder. Désormais,
le jeu est également présent sur PC,
Mac, iOS, Android, Xbox One et Nin­
tendo Switch. Autre coup de maître,
le studio a snobé Google, refusant
de payer les 30 % de commission
exigés pour entrer dans son magasin
d’applications, Google Play. Comme
la plateforme de streaming Netflix,
il a gagé que ses utilisateurs iraient
directement sur son site Internet
pour télécharger le jeu. Pari réussi.
Enfin, l’éditeur américain a en­
tamé en décembre un dernier tour
de force. Pour diversifier ses sources
de revenus, il a collecté plus de 1 mil­
liard d’euros et ouvert sa propre
boutique en ligne. Mais il ne se
veut pas qu’une simple ­vitrine pour
les jeux indépendants. Il se dresse
désormais en concurrent assumé
du leader mondial, le magasin de
jeux américain Steam, qui rassemble
47 millions d’utilisateurs actifs par
jour. Pour détrôner celui qui domine
le marché du jeu sur PC depuis une
décennie, il mise sur une répartition
des revenus plus avantageuse pour
les développeurs : il leur en laisse
88 %, contre 70 % pour le géant. Il
lui a même ravi son allié historique,
le géant français Ubisoft, avec qui il
vient de signer un partenariat pour
sortir en exclusivité le tant attendu
The Division 2. « Epic Games a tout
pour dépasser Steam : des tarifs
agressifs et du flux grâce à Fortnite,
affirme Charles-Louis Planade. Il
ouvre de belles perspectives pour tous
les autres éditeurs. » g
Romane Lizée
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27 janvier 2019
Actualité Économie & Business
• À l’affiche
• Le chiffre
63
Image Sept, une agence en fusions
lejdd.fr
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toute l’Actualité
sur notre site
• Coulisses
C’est le pourcentage des 1 235
personnes interrogées par Axa,
en interne et en externe, dans
50 pays, qui pensent que les
changements climatiques sont des risques qui
émergeront d’ici à 2025. Un chiffre en forte progression par rapport à l’enquête 2017 (39 %). Les
problèmes de cybersécurité (54 %, contre 34 % en
2017), la volatilité du paysage géopolitique (31 %),
la gestion des ressources naturelles (26 %) et les
conflits sociaux et locaux (25 %) complètent le top
5 de cette étude effectuée chaque année. À noter
en revanche que le risque de crise financière est
perçu comme moins élevé. g R.D.
Pour la 6e fois consécutive, Image Sept occupe, en 2018,
la première place du classement français des agences
de conseil en communication en fusion et acquisition,
publié par Mergermarket. Ce palmarès est établi sur la
base du nombre d’opérations accompagnées au cours
de l’année écoulée. Image Sept, qui s’est occupée par
exemple de l’acquisition de Doctissimo par TF1, de
SBE entertainment par Accor et de la fusion entre
Malakoff Médéric et Humanis, devance Brunswick
group et Havas Paris. L’agence créée et dirigée par
Anne Méaux se classe 9e en Europe, où FTI consulting
arrive en tête, et 14e dans le monde, loin derrière le
leader, Sard Verbinnen & Co. g R.D.
Déprogrammer l’obsolescence
Plus vite, plus loin, plus fort. Le rapport Libaert sur
l’obsolescence programmée commandé par Nicolas
Hulot et remis vendredi à François de Rugy liste pas
moins de 80 mesures d’urgence pour lutter contre
la surconsommation en allongeant la durée de vie
notamment des appareils électroménagers. Parmi
elles, la mise en place d’un chèque emploi réparation
défiscalisé de 150 euros par an, qui pourrait être pris
en charge à 50 % par les collectivités publiques. Las,
ce chèque ne figure pas dans la feuille de route de
l’économie circulaire bientôt soumise aux députés,
plutôt timide en matière de lutte contre l’obsolescence programmée. g S.A.
La prime
de la discorde
Steve Salom, patron
d’Uber France,
devant des chauffeurs
en novembre. DR
Revenu Des salariés de Gemalto
viennent d’obtenir gain de cause
pour le versement d’un bonus
Uber s’offre une opération
« transparence »
Depuis près de trois ans, le calcul
d’un bonus empoisonne les relations
entre la direction de Gemalto, le
groupe de cartes à puce et de sécurité numérique (en passe d’être
racheté par Thales), et plusieurs
milliers de salariés. Le contentieux
met en jeu un pactole de 12 millions
d’euros à répartir mondialement,
dont 2 millions d’euros pour le millier d’employés concerné en France.
Le 17 décembre, le conseil de
prud’hommes de Marseille a statué en faveur de six élus qui avaient
assigné le groupe. Gemalto a fait
aussitôt appel du jugement. «  La­
­direction nous avait promis cette
part de salaire variable si on réalisait au moins 415 millions d’euros de
résultat pour l’exercice 2015, rappelle
Anthony Vella, délégué syndical central CFE-CGC qui vient d’obtenir en
justice quelque 2 000 euros. En mars,
on publie un résultat de 423 millions.
On nous dit alors que cela ne suffit
pas car en retranchant 12 millions
du total on tombe sous la barre des
415 millions affichés, ce qui est mauvais pour les investisseurs. »
Il aura fallu la loi Grandguillaume
durcissant les conditions d’accès
des VTC au marché, des décisions
de justice récentes prononçant la
requalification en CDI de leurs
relations avec des plateformes de
transport et de livraison, ainsi que
l’agitation de certains chauffeurs
réclamant des changements réglementaires pour faire bouger Uber.
Premier opérateur de VTC
en France avec quelque 28 000
chauffeurs réguliers, il travaille
à changer son image sur fond de
concurrence et de lobbying intensif auprès des pouvoirs publics.
« Nous avons construit un écosystème en France qui introduit de
nouvelles formes de travail et fait
de nous le premier employeur dans
le 93, un département particulièrement exposé au chômage », déclare
Steve Salom, directeur général
d’Uber France. « En 2019, nous voulons montrer plus de transparence et
de responsabilité », assure-t-il. Une
intention étayée par un rapport
sur les revenus des chauffeurs en
2018 et une étude TNS sur leurs
profils et leurs attentes.
Ce plaidoyer pro domo a le mérite
d’éclairer une réalité qui fait débat
depuis l’arrivée de l’opérateur dans
l’Hexagone. Combien gagnent les
chauffeurs connectés à Uber ?
« Jusqu’ici, on extrapolait leurs revenus à partir des déclarations de
La communication financière
sur la sellette
Dans leur décision, les juges
prud’homaux soulignent avec ironie que « l’assimilation de la publication des comptes à une opération
extérieure interpelle sur la conception ­“gemaltienne” de la finalité de la
comptabilité dans une entreprise »…
Pour sa défense, la direction de
Gemalto avait opposé son mode
de chiffrage de cette part de bonus
indexée sur les résultats de l’entreprise. Pour les juges consulaires, la
société a « modifié de manière injustifiée, arbitraire et a posteriori » le dispositif. « Les bénéficiaires représentent le tiers supérieur des employés
en France, incluant l’équipe de direction, et moins de 1 % d’entre eux ont
attaqué l’entreprise », précise-t-on
chez Gemalto. Face au refus des dirigeants, les salariés français avaient
manifesté leur mécontentement
au printemps 2016, la part variable
représentant entre 15 % et 20 % du
salaire annuel.
Ce conflit a pour origine la
­dégradation des performances de
l’ancienne star de la carte à puce,
qui négocie avec difficulté son repositionnement sur le marché plus
porteur de la sécurité numérique.
Ce contentieux devrait faire tache
d’huile. Depuis un mois, l’avocat des
plaignants a collecté plus d’une centaine de nouveaux dossiers. g B.B.
MOBILITÉ La plateforme
de VTC a commandé
deux études, sur les
revenus de ses chauffeurs
et sur leur profil, dont
nous révélons les résultats
certains chauffeurs, cette étude est
la première basée sur nos données
internes », souligne Steve Salom. Les
trois principaux chiffres issus de
l’appli Uber font apparaître que les
chauffeurs ont engrangé l’an dernier
un chiffre d’affaires horaire médian,
net de frais de service (la commission versée à la plateforme de 25 %
du prix de la course), de 24,81 euros.
Autre donnée : 9,15 euros, soit le
revenu net horaire (incluant la
TVA et les cotisations sociales et
excluant l’impôt sur le revenu) d’un
chauffeur conduisant un véhicule
(une Peugeot 508, la voiture la plus
utilisée par les usagers de l’appli)
à partir du cadre juridique le plus
courant (Eurl).
Sur une base mensuelle, ce
montant produit un revenu net de
1 617 euros. Plus élevé que le revenu
médian mensuel des non-salariés
(source Insee) dans le secteur
du transport de 1 430 euros et de
1 230 euros pour les chauffeurs de
VTC, taxis et mototaxis. « Nous
sommes partis de l’hypothèse que
nos partenaires se connectent à Uber
45,3 heures par semaine et prennent
5,2 semaines de congé par an, comme
la moyenne des non-salariés », appuie le patron d’Uber France. Une
hypothèse théorique, toutefois,
car en moyenne, chez Uber, ils se
connectent 27 heures par semaine.
En outre, la plupart des VTC – voire
certains conducteurs de taxis – se
connectent à plusieurs plateformes.
Uber leur garantit un minimum de
course à 6 euros sur l’offre de base
UberX, tandis que des plateformes
comme l’estonienne Taxify, moins
gourmande en commissions (15 %
contre 25 % pour Uber) érodent leur
base de « partenaire » et de clients.
« Nous avons
construit
un écosystème
qui introduit de
nouvelles formes
de travail »
Steve Salom, directeur
général d’Uber France
L’étude TNS dresse, quant à elle,
le portrait-robot des VTC Uber,
post-loi Grandguillaume et son
examen préalable. « Avant, pour
devenir chauffeur VTC, il suffisait
d’avoir un véhicule et un permis de
conduire. Désormais, il faut entre six
et neuf mois de formation et un budget de 2 000 à 4 000 euros », pointet-on chez Uber. Selon l’enquête, ses
chauffeurs ont un âge moyen de
39,2 ans contre 34 en 2016. 37 % ont
un niveau bac +2 et plus. La petite
couronne reste son vivier principal
mais la grande couronne (77, 78, 91,
93) est de plus en plus représentée. Sondés sur leurs motivations,
les chauffeurs mettent en avant à
89 % l’indépendance permise par
l’activité et à 81 % le fait d’être leur
propre patron. « Ils apprécient cette
liberté mais veulent plus de protection sociale », reconnaît Steve Salom.
Ces rapports traduisent un basculement du rapport de force en
faveur des chauffeurs désormais
recherchés par une dizaine d’entreprises de VTC actives en France. En
outre, la requalification en contrat
de travail par certains tribunaux
crée une incertitude pour son
modèle d’affaire, un point dur. Le
directeur général d’Uber France
ajoute qu’en trois ans, la plateforme
a fait du chemin : elle a offert à ses
conducteurs une protection sociale
gratuite avec Axa, des formations
à l’anglais – pour passer l’examen
d’accès ou encore pour préparer
l’après-Uber –, des rabais sur le coût
de l’essence et des facilités de crédit
pour acheter un véhicule. Prochaine
étape pour Uber et consorts, la mise
en place d’une charte sociale – plus
protectrice – incluse dans la future
loi LOM. Chaud devant ! g
Bruna Basini
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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le journal du dimanche
dimanche 27 janvier 2019
Actualité Économie & Business
Les sirops qui font le tour du monde
Boissons Comment
Monin, une entreprise
familiale berrichonne,
est devenue leader
sur le marché des bars
et de la restauration
Chez Monin, on ne lésine pas sur
les moyens quand il s’agit de promouvoir les produits. Le 12 décembre, 46 professionnels venus
du monde entier étaient conviés
à Paris pour participer à la finale
du concours de cocktails organisé
tous les deux ans par l’entreprise.
Dans une ambiance survoltée, avec
force démonstrations de yamakasis
(acrobates urbains) et de flair shows
( jonglage de shakers et bouteilles),
les participants devaient concevoir
une boisson sur le thème « Mix your
origins », à partir d’ingrédients imposés. Dont, bien sûr, un fabriqué
par la maison.
Un mois plus tôt, le fabricant de
sirops et de liqueurs faisait déjà
parler de lui en engageant sous ses
couleurs un bateau dans la Route
du Rhum. Malgré l’abandon précoce de sa skippeuse, victime d’un
démâtage, Olivier Monin, PDG de
l’entreprise installée à Bourges
(Cher), ne se décourage pas : « En
voile comme dans les affaires, il faut
être persévérant et tirer la leçon de
ses échecs. » Le patron de cette PME
familiale qui fabrique des sirops,
préparations de fruits, sauces et
liqueurs pour bars et restaurants
en sait quelque chose. Au milieu
des années 1990, il se lance à la
conquête du marché américain
mais tombe sur un partenaire véreux qui détourne massivement
l’argent investi, au point de mettre
en danger son affaire. « Depuis lors,
je prends garde à rester maître à
bord quand j’investis à l’étranger »,
précise Olivier Monin, qui détient
100 % du capital et incarne la troisième génération à la barre.
Une quinzaine
de lancements par an
La prudence n’est pas la seule raison qui explique la réussite de ce
fabricant, désormais présent dans
150 pays et qui emploie quelque
700 salariés dans le monde, dont
la moitié en France. Monin se plaît
à dire qu’il ne vend pas des produits
mais des solutions, et a entrepris de
former ses clients aux recettes que
l’on peut concocter avec des sirops
en prenant soin de s’appuyer sur
les goûts locaux. Il a ouvert huit
studios dans le monde où il invite
à tester des saveurs et à en expéri-
aux fruits de la Passion qui permettent notamment de concocter
des cocktails à la bière. L’hiver, sa
variété Épices d’hiver apporte une
touche de gourmandise aux boissons chaudes comme aux cocktails.
Monin offre une gamme de 150 parfums. Christophe Morin/ IP3/MAXPPP
menter de nouvelles. Chaque fois
qu’il investit un nouveau territoire,
le fabricant s’efforce d’enrichir sa
gamme, qui compte déjà 150 sirops.
« En Chine, on a remarqué que les
consommateurs appréciaient beaucoup les dattes rouges, indique Olivier Monin. On a donc lancé cet été
un sirop à base de ce fruit. » Pour
couronner le tout, le fabricant organise dans plus de 57 pays la Monin
Cup, une compétition internationale pour les barmen, dont la finale
s’est tenue en décembre à Paris.
Cet effort d’innovation et de
marketing, qui se traduit par une
quinzaine de lancements par an,
prend en compte les exigences de
goût, d’esthétisme ou de saisonnalité. Le fabricant propose par
exemple une gamme de sauces
aromatisées cacao et caramel
conçues pour dessiner rapidement des motifs d’une précision
étonnante sur les mousses de lait
des cafés et chocolats. L’été, Monin
fait la promotion de ses sirops à
la pêche blanche, à la violette ou
Un site de production
ouvert en Chine
Cette stratégie, déclinée méthodiquement dans chaque pays, porte
ses fruits. Depuis l’an 2000, l’industriel affiche une croissance annuelle
moyenne à deux chiffres. L’année
2018 n’a pas fait exception à la règle,
avec une hausse de 15 % du chiffre
d’affaires, qui devrait dépasser les
280 millions d’euros. L’essentiel de
la performance vient naturellement
de l’international, où Monin réalise
75 % de son activité.
Le fabricant a d’ailleurs ouvert
l’an dernier en Chine un site de
production, qui s’ajoute aux quatre
existants (deux en France, un en
Malaisie et un aux États-Unis).
« C’est un marché prometteur et
cela nous évite les droits de douane »,
justifie Olivier Monin, qui apprend
désormais le chinois. Et la suite ?
Le patron espère qu’un jour ses
enfants, encore étudiants, reprendront le flambeau pour perpétuer
l’aventure familiale. g
Frédéric Brillet
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
30
le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
Actualité Sport
Kevin Mayer sur la piste
du Cobb Stadium, jeudi.
Angel Valentin Polaris Images POUR LE JDD
Mayer, un expert à Miami
C
e matin-là, au Cobb
Stadium de l’université de Miami,
les aigles n’ont pas grand monde à
surveiller depuis leur ciel immaculé. Pendant que les étudiants
sont en cours, tout juste peuventils s’étonner de la présence d’un
objet volant ­autour du sautoir de
perche. T
­ homas Mayer y étrenne
son joujou : un drone acheté deux
jours plus tôt. « Depuis gamins, on
a la passion de la vidéo avec Kevin ;
on a toujours aimé se filmer »,
confie-t‑il tandis que le petit frère
enchaîne les sauts, élastique dressé
à 4,55 mètres. Celui-ci est pas mal
du tout, même s’il lui vaut un « t’es
parti trop vite, bâtard » de l’aîné.
Au total, une trentaine d’envols sur
élan réduit (six foulées). Objectif :
« Travailler la vitesse de renversé
avec vent de côté », expose l’athlète,
monté à 5,60 mètres l’an passé.
Avec lui sur la piste, B
­ enjamin
Hougardy, dont le surnom (« le
Belge ») dit bien les origines. C’est
son pote autant que son sparringpartner, et Kevin Mayer ne le
lâche pas : « Rentre dedans, mec !
Concentre-toi sur tes intentions
d’impulsion. Fais-moi monter ce bras
gauche… Allez mon Belge, faut avoir
des couilles ! » Sans transition, on
passe au poids. Deux jets sans élan
IMMERSION L’athlète
français vient de boucler
un long stage en Floride
pour aborder au mieux
la saison. Nous étions
dans sa foulée
décathlon
Le recordman du
monde fait sa rentrée
aujourd’hui à Paris,
avec les Mondiaux de
Doha en ligne de mire
Envoyé spécial
Miami (États-Unis)
sont prévus, puis six avec. À tour de
rôle, chacun se filme au smartphone
pour un visionnage immédiat, histoire d’« allier les sensations et ce
qu’on voit », dit Kevin. Ainsi va la vie
du Français et de sa clique à Miami.
Un jour, une discipline (parfois
deux), et des palmiers tout autour.
Le décathlonien s’était déjà
posé dans le coin il y a un an, de
façon circonstanciée. Une Coupe
du monde de windsurf à laquelle
il voulait assister pour soutenir sa
compagne, Delphine ; et ce tweet
de dernière minute : « Quelqu’un
aurait un bon plan pour s’entraîner
à Miami ? » Cette fois, le séjour a été
planifié de longue date et étiré sur
plus de deux semaines. « Kéké la
braise » est venu chercher le soleil,
bien sûr, mais surtout la quiétude.
« En France, je passe mon temps à
voyager pour des obligations. Ici, on
s’entraîne comme des fous mais on
se sent libéré. Je ne reçois pas des tas
d’appels, je ne suis que dans l’entraînement. Et puis je casse la routine. »
À tel point qu’il a voyagé sans coach.
Fonte et essai
philosophique
Certes, les plans de travail de ce
dernier, Bertrand Valcin, et de
Jérôme Simian, le préparateur physique, sont sous le coude. Il leur
envoie même toutes ses vidéos
pour mieux débriefer avec eux au
quotidien. Mais en s’autorisant des
ajustements – en faire plus ou en
faire moins sur le moment – en
fonction de ses « sensations », un
mot qui revient telle une ligne
de conduite. Parfois, il y a bien
un entraîneur qui passe une tête,
mais juste pour s’assurer que tout
roule. C’est Rob Jarvis, responsable
des épreuves combinées chez les
« Canes » (diminutif de Hurricanes,
le club de l’université de Miami),
après un temps aux côtés du champion olympique 2008, Brian Clay.
« Si Kevin me demande des choses,
je serais heureux de donner un avis,
sourit-il. Mais ce garçon vient de
battre le record du monde, je ne vois
pas trop ce que je pourrais lui apporter. En l’observant, je peux surtout
piquer des petits trucs pour en faire
profiter mes athlètes. Ils adoreraient
pouvoir s’entraîner avec lui, mais ils
ont juste le droit de le regarder ou
de prendre une photo. » Allusion au
règlement de la NCAA, haute autorité du sport universitaire US, qui
proscrit toute collaboration avec
le monde pro.
Ici, le professionnalisme transpire d’abord dans l’encadrement
et les équipements. Si la taille du
stade de baseball, attenant à la piste
d’athlétisme, rappelle les priorités
locales, celle de la salle de musculation montre à quel point le sport
s’envisage comme une seconde
nature. « Wow, y a du budget, là »,
s’exclame Kevin Mayer en découvrant les alignements de machines
sur lesquelles s’échine l’équipe de
football américain. Il y reviendra
bientôt, en spécialiste du sujet, lui
qui a prévu un espace consacré à
la fonte dans la maison qu’il érige
près de Montpellier.
En attendant, repos. Direction
Brickell, le quartier financier. C’est
là-bas que notre équipe fait halte, au
30e étage d’un condominium avec
vue sur l’océan. Les pointes s’entassent dans l’entrée, un essai philosophique de Nassim ­Nicholas Taleb
attend d’être ouvert par Kevin, fils et
recharges des appareils de Thomas
jonchent le sol. L’an passé, le frangin
a quitté son job de chef de produit
marketing pour se muer en manager, touchant aussi bien à l’image du
champion sur les réseaux sociaux
qu’au relationnel avec les meetings,
jusqu’à « un peu de compta ».
L’équipe féminine
d’aviron apprécie
Mais pour Miami, c’est Kevin qui
a tout organisé. Y compris les trois
jours plus ou moins off prévus dans
les Keys et l’accueil de Delphine,
qui s’apprête à rallier la Floride. Les
ballons de volley et de basket, stationnés dans le coffre de la voiture,
sont aussi du voyage. Le premier
a déjà été sorti à l’occasion d’une
petite partie sur le sable de South
Beach. Pour l’autre, « il faut vraiment qu’on se trouve un terrain avec
un bon panier », insiste celui qui
maîtrise le dunk malgré un « modeste » 1,86 mètre. Le basket : son
grand défouloir. Afin de voir son
équipe des Boston ­Celtics contre
le Heat local, il a même avancé
de trois jours son billet. Et quand
Kyrie Irving, dont il porte volontiers le maillot, bat son record de
passes, le trajet du lendemain vers
l’entraînement n’échappe pas au
compte rendu détaillé.
Retour au stade, donc. Du
sprint au menu, séquences de 30,
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31
le journal du dimanche
dimanche 27 janvier 2019
Actualité Sport
« Les décathloniens,
quand on se la met… »
« Ça fait dix jours que je ne m’autorise
aucun craquage, pas un féculent, rien
qui ne soit pas bio, et je sens que la
forme explose », pose celui qui figure
dans le top 5 des athlètes les plus fit,
juste derrière Cristiano Ronaldo ou
Novak ­Djokovic, selon Sports Illustrated. Sur l’application retraçant
son état de fatigue, il constate un
seul jour de repos de toute la première quinzaine 2019. On suppose
qu’il s’était lâché avant, pendant les
fêtes à Risoul (Hautes-Alpes), la station de son enfance. Au réveillon, il
n’a effectivement pas descendu que
des flambeaux. « Les décathloniens,
ça ne nous arrive pas souvent, mais
quand on se la met… Il y a même des
gars qui m’ont fait faire du pentabond
[cinq sauts d’affilée] sur une piste de
ski à 5 heures du matin. J’en ai craqué
mon jean, du grand n’importe quoi ! »
Au-delà de l’hygiène de vie, y at‑il un risque de relâchement maintenant qu’une empreinte historique
a été posée sur le déca ? « Je ne crois
pas. Je me dis juste que je n’ai plus
rien à prouver et que je peux me faire
plaisir. Ce sont les sensations qui me
transcendent. » Elles lui indiquent
notamment que « sur les haies,
ça peut vite exploser. À la perche
aussi, mais plus tard ». Ça tombe
bien, pour sa grande rentrée, le
meeting de Paris indoor l’accueille
sur ces deux épreuves (17 heures,
AccorHotels Arena). Il aura débarqué de Miami ce matin même,
mais a priori reposé par une nuit
en classe business.
Impasse sera faite ensuite sur le
championnat d’Europe (2-3 mars
à Glasgow), dont il est le tenant
du titre (heptathlon), pour mieux
se tourner vers les Mondiaux de
Doha, en ­septembre-octobre. Armé
donc de ce record à 9 126 points.
Un poids en moins tant le sujet
s’était mué en pénible rengaine.
« Je l’ai mis assez haut, je pense qu’il
va tenir un moment. On va certes
me demander si je vais le battre à
nouveau, mais avec moins d’insistance. Les gens vont juste s’attendre
à me voir gagner. Et gagner, c’est
un truc que je sais beaucoup mieux
faire que battre un record. » g
DAMIEN BURNIER
Monumental Clément Noël
SKI Marcel Hirscher s’accommode
que la nature lui ait donné 18 centimètres de moins qu’à Clément Noël ;
il supporte moins bien la hauteur
supplémentaire que confère au Vosgien la première marche du podium,
lui qui l’a confisquée si souvent.
Huit jours après le slalom de
Wengen (Suisse), le sextuple champion du monde autrichien a encore
regardé son jeune rival de trop bas à
son goût (2e). Surtout chez lui à Kitzbühel, devant un fan pas comme les
autres, Arnold Schwarzenegger. Pire,
il s’est retrouvé coincé entre deux
­Français car Alexis Pinturault a pris
la 3e place du slalom. À 21 ans, Clément Noël boucle un mois de janvier
exceptionnel, inauguré par une 2e
place à Adelboden il y a quinze jours.
Plus titrés,
moins payés
Handball Les sélectionneurs
de ce sport qui truste les
médailles n’ont jamais touché
des sommes astronomiques
Le sélectionneur de l’équipe de
France de football, Didier Deschamps, toucherait quelque
150 000 euros par mois. Son homologue du rugby, Jacques Brunel, serait rémunéré à hauteur de
35 000 euros. Au handball, le plus
titré des sports collectifs tricolores
– celui aussi où les compétitions
sont les plus fréquentes –, les montants sont incomparables : Didier
Dinart, qui tentera de se consoler
cet après-midi (à 14 h 30, contre
l’Allemagne) avec le bronze mondial après l’or en 2017, touche environ 8 000 euros mensuels. En très
légère hausse par rapport à Claude
Onesta (2001-2016). La fédération
française (FFHB), à cheval sur la parité, verse les mêmes émoluments à
Olivier Krumbholz, qui a rapporté
l’or mondial et européen ainsi que
l’argent olympique depuis son
retour en 2016 auprès de la sélection
féminine. Les primes de médaille
– équivalentes pour les coaches
et les joueurs – constituent un complément important : 40 000 euros
pour l’or, 25 000 pour l’argent,
20 000 pour le bronze. En comparaison, les Bleus du foot ont
touché chacun entre 300 000 et
400 000 euros pour le triomphe à
la Coupe du monde en Russie.
Pas de cumul des mandats
On estime que Dinart, comme
Krumbholz, pourrait tripler son
salaire dans un club de premier
plan. Ce n’est pas sa première motivation : avec les Experts entre 60 et
100 jours par an (en année olympique), il a le temps de se consacrer
à des missions parallèles, sur la formation notamment. À l’étranger,
plusieurs techniciens cumulent
sélection et club, comme Nicolaj
Jacobsen (Danemark et RheinNeckar Löwen). Cela n’arrivera
pas en France. « Je veux des coaches
qui pensent bleu, blanc, rouge
365 jours par an », tranche le directeur technique national Philippe
Bana, prenant le basket comme
contre-exemple : partagé entre
les Bleus et son club, Strasbourg,
Vincent Collet s’est « épuisé »,
juge-t-il. g M.C.
Osaka est la
nouvelle patronne
Hier lors
du slalom
de
Kitzbühel.
HANS KLAUS
TECHT/AFP
S’il conserve une solide avance au
classement du globe de la discipline,
Hirscher a maintenant un sérieux
concurrent. « Il devient dur à battre
mais ça fait deux ans qu’on le voit
venir », souffle Pinturault à propos
du nouveau crack, 4e du slalom aux
Jeux olympiques de Pyeongchang
et champion du monde juniors
en 2018. g L.T.
TENNIS 2019 a commencé comme
2018 s’était achevée : par une victoire en Grand Chelem de Naomi
Osaka, tombeuse en finale de l’Open
d’Australie de la Tchèque Petra
Kvitova (7-5, 5-7, 6-4), quatre mois
après l’US Open. Malgré trois balles
de match ratées dans
le deuxième set, la
Japonaise de 21 ans
a vite retrouvé ses
esprits. Elle s’empare de la première
place mondiale.
Ce matin, Djokovic
et Nadal se
disputent
le titre
masculin
(9 h 15). g
Mark Kolbe/Getty Images/AFP
40 et 50 mètres. « Une très bonne
séance », goûte le champion, dont
le bronzage prend forme. Sur la
pelouse, l’équipe féminine d’aviron
semble aussi apprécier, jetant des
regards en même temps que des
medecine balls. Trois membres l’attendront à la sortie. Dont Marilou,
étudiante française en commerce,
qui tenait « à le féliciter pour son
record du monde, sans trop le déranger non plus ». Abonnée Instagram,
elle était la seule à le connaître.
« Les autres filles se demandaient
quel sport il pouvait bien pratiquer.
On entendait aussi : “Oh, regarde
les muscles…” »
Vient le moment de la muscu,
justement. Ce jour-là, une « séance
rebond » pour agir sur la tonicité.
Des pompes en lâchant les mains,
des squats en sautillant, des bonds
de triple sauteur : la mécanique
est réglée et impressionne. Pour
recharger les batteries, direction
ensuite le Whole Foods Market,
une chaîne de supermarché bio
– organic, dit-on ici – avec restaurantbuffet. Tous les repas sont pris làbas. Barquette en carton bien remplie : boulettes de viande, poisson
et poêlée de légumes. Eau de coco
pour accompagner.
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le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
Actualité Sport
• 22 j.
e
L’ASM coule, le Portugais reprend les commandes
Kwon (24e), Sliti (69e)
Lors du test-match face à la Nouvelle-Zélande, en novembre. JEAN-PIERRE CLATOT/AFP
Ce XV de France
qui gagne et séduit
RUGBY Tandis que les hommes
rament, les Bleues récoltent les
fruits d’un travail en profondeur
Elles gagnent, jouent bien,
séduisent. Leurs plus belles
affiches sont même diffusées
sur France 2. Le 17 novembre, à
Grenoble, les Bleues ont terrassé la
Nouvelle-Zélande (30-27) devant
1,3 million de téléspectateurs. Un
exploit : les Black Ferns, cinq fois
championnes du monde en sept
éditions, n’avaient perdu qu’un
match en trois ans. Lors du dernier Tournoi des Six Nations, le
record mondial d’affluence pour
une rencontre de rugby féminin
est tombé dans ce même stade des
Alpes (17 740 spectateurs), lors
de la victoire contre l’Angleterre
(18-17). En fin d’année, l’arrière
Jessy Trémoulière a été élue
meilleure joueuse du monde par
la fédération internationale (World
Rugby). Samedi à Montpellier, portées par cet engouement sans précédent, les Françaises remettent
leur cinquième Grand Chelem en
jeu (2002, 2004, 2005, 2014, 2018)
face aux Galloises. « Humbles et
affamées », selon les mots de leur
capitaine, Gaëlle Hermet.
La montée en puissance du
rugby féminin remonte à la Coupe
du monde 2007 (masculine) dans
l’Hexagone. « C’est le premier tournant, resitue Nathalie Janvier,
qui a œuvré pendant dix ans à la
­Fédération (FFR) avant l’élection
de Bernard Laporte. À l’époque,
nous avions signé une convention
avec l’Éducation nationale. Des
cadres techniques avaient été missionnés pour former les professeures
des écoles et, dans le secondaire, les
enseignantes d’EPS. Le rugby est
apparu dans les programmes et les
équipes UNSS se sont développées.
On est rapidement passé de 4 000 à
8 000 licenciées. » Le second virage
survient lors du Mondial 2014
(féminin), disputé en plein été à
Marcoussis et au stade Jean-Bouin
(Paris). « Peu de monde croyait à
son succès médiatique », se souvient-elle. Peu après, c’est pourtant
la bascule : la pratique s’intensifie, les premiers contrats fédéraux
sont signés avec des joueuses de
l’équipe de France à 7.
Aujourd’hui, la FFR recense plus
de 21 000 licenciées. Vingt et une
académies implantées en milieu
scolaire maillent désormais le territoire ; on y forme les joueuses de
15 à 18 ans. Depuis cette saison,
elles s’entraînent même avec les
garçons. « Les filles se fixent des
objectifs pour gravir les échelons de
la filière de haut niveau, témoigne
Nicolas Tranier, l’entraîneur de
Blagnac (Haute-Garonne), l’un
des meilleurs clubs de l’élite avec
Montpellier et Toulouse. On a
élargi pour elles la disponibilité de
notre salle de musculation. Elles
en font au moins une ou deux fois
par semaine. S’ajoutent à ça trois
entraînements de rugby terrain et
de la préparation physique. » Les
processus de recrutement sont
optimisés, l’accent est mis sur la
transmission avec l’implication
d’anciennes internationales.
Silo et quincaillerie
Trois Blagnacaises font partie des
24 internationales de l’équipe de
France à XV signataires des tout
nouveaux contrats fédéraux :
Audrey Forlani, Clara Joyeux et
Laure Touyé. « Ça leur apporte un
confort financier et une tranquillité
d’esprit, estime leur entraîneur.
Avant, quand elles partaient en
sélection, elles étaient obligées de
prendre des congés sans solde ou
de passer des conventions. Maintenant, elles ont un mi-temps
avec leur employeur et un avec la
Fédération. » La deuxième ligne
Audrey Forlani, par exemple, travaille comme agent de silo au sein
d’une coopérative agricole dans le
Tarn-et-Garonne.
Paradoxalement, c’est ce contrat
fédéral qui a précipité le départ du
pilier Julie Duval (45 sélections),
qui a inscrit le premier essai lors
de la victoire contre les Black
Ferns. Initialement retenue dans
le groupe pour le Tournoi, elle a
annoncé sa retraite internationale
dans la foulée, mardi. « J’ai refusé
de le signer », confie la Caennaise.
Salariée d’une société de quincaillerie pour les professionnels
depuis neuf ans, elle n’a pas trouvé
d’accord avec la FFR. « J’aurai
peut-être des perspectives d’évolution chez mon employeur, et je
ne me voyais pas me lancer dans ce
contrat pour dix mois, avoue-t-elle.
C’est un choix réfléchi, même si c’est
émouvant de quitter ce groupe. J’ai
31 ans, c’était peut-être le moment
de laisser la place aux jeunes… » g
Philippe KALLENBRUNN
Top 14 (15e journée) : Castres-Clermont
24-16, Bordeaux-Agen 25-17, PerpignanPau 24-30, La Rochelle-Montpellier 27-25,
Lyon-Racing 92 32-11
Bonnet enfoncé sur crâne en
surchauffe, Dmitri Rybolovlev,
Vadim Vasilyev et Leonardo Jardim ont assisté au énième naufrage monégasque d’une saison à
20 millions d’euros d’indemnités de
licenciements. Hébétés. À nouveau
réuni après trois mois de divorce,
le trio des grandes heures a vécu
90 minutes abominables dans le
froid bourguignon. Une vingtième
défaite toutes compétitions confondues, selon une trame bien usée :
Dijon a ouvert le score sur sa première occasion et tout s’est grippé.
À l’heure de jeu, Naldo a écopé de
son deuxième carton rouge en trois
matches de L1. Affaire pliée.
Au bout d’une semaine humiliante, qui restera dans les annales
avec l’éviction de Thierry Henry,
l’ASM a juste évité une déculottée.
Des larmes ont coulé. Les recrues
1-0
Lala (93e)
Jardim part de très loin
Dijon-Monaco2-0
Strasbourg-Bordeaux (d’autres sont encore attendues) et
le retour des blessés ne changent
rien à l’interminable calvaire qui
fleure sérieusement la relégation.
L’adversaire du soir se retrouve à
cinq longueurs. « Rien ne va, rien
n’est fini », synthétise William Vainqueur qui a joué ses premières minutes sous ses nouvelles couleurs.
Le chantier de Leonardo Jardim est immense. Après l’intérim
raté de Franck Passi, le Portugais
revient aux affaires. Pas le temps
de se poser, direction la Bretagne
pour le choc des cancres, mardi
soir au Roudourou contre Guingamp en Coupe de la Ligue. Il y
a une place en finale au bout et la
lumière européenne encore un peu
plus loin, mais ça ne fait même pas
partie du plan de bataille. Il s’agit
de sortir la tête de l’eau. Battue à
domicile par Reims, l’équipe bretonne reste la seule épaisseur entre
Monaco et le fond du trou. Elle est
très fine. g L.T.
L’arrière droit de Ligue 1 est une valeur
virale : après #Bouna2018, #Lala2019
prend de l’ampleur avec une volée au buzzer
à l’entrée des 16 mètres, son quatrième but
perso. à Strasbourg, on préfère les grosses
frappes aux petites qui ont marché sur la
cheville de Neymar mercredi.
Nice-Nîmes 2-0
Atal (41e), Saint-Maximin (54e)
La surface niçoise, c’est l’enfer de Dante
pour les attaquants adversaires : un seul
but encaissé sur les six derniers matches
à l’Allianz Riviera. Devant, BigMax SaintMaximin carbure et conclut petit filet
opposé. Chez Patrick Vieira, initiales PV,
l’invité est mis à l’amende.
Guingamp-Reims 0-1
Cafaro (38e)
Aujourd’hui : Montpellier-Caen (15 h, beIN),
Amiens-Lyon (17 h, beIN),Toulouse-Angers
(20 h, beIN) Mercredi : Nantes-Saint-étienne
(21 h, Canal+)
Classement
Pts J
G
N
P bp bc diff.
1 Paris SG
53 19
17
2
0
62 10
2 Lille
43 22 13
4
5
36 22
14
3 Lyon
37 21
7
4
35 25
10
10
52
4 Saint-étienne 36 21 10 6
5
32 25
7
5 Strasbourg
35 22
5
38 25
13
6 Nice
34 22
9
7
6
18
19
-1
7 Montpellier
32 20
8
8
4
26 16
10
8 Marseille
31 21
9
4
8
34 31
3
9 Reims
31 22
7
10
5
18 20
-2
10 Rennes
30 21
8
6
7
29 27
2
11 Nîmes
29 22
8
5
9
30 32
-2
0
9
8
12 Bordeaux
28 21
7
7
7
23 23
13 Toulouse
25 21
6
7
8
21
14 Nantes
23 21
6
5
10 26 28
-2
15 Angers
23 21
5
8
8
-4
16 Dijon
20 21
5
5
11 19 33 -14
17 Caen
18 21
3
9
9
18 Amiens
18 21
5
3
13 18 36 -18
19 Monaco
15 22
3
6
13 19 38 -19
Leonardo Jardim, Dmitri Rybolovlev et Vadim Vasilyev, hier à Dijon. P. LECOEUR/ Panoramic
20 Guingamp
14 22
3
5
14 16 46 -30
Pourquoi Rennes a recruté
le découvreur de Griezmann
Sala : reprise
des recherches
PSG-Rennes
Parc des Princes (21 h, Canal+)
Le contact s’est noué il y a dix jours et
s’est matérialisé vendredi avec l’officialisation de l’arrivée d’Éric Olhats
comme « adjoint en charge de la compétitivité ». Un titre fourre-tout pour
dire que ce Basque de 56 ans intègre
le staff de Julien Stéphan, le fils de
l’adjoint de Didier Deschamps, en
poste depuis le 3 décembre (et le
licenciement de Sabri Lamouchi)
avec un certain succès pour une
première sur un banc professionnel. Petite curiosité, la mission d’Éric
Olhats court sur quatre mois. Au
terme de la saison, il doit retourner
à l’Atlético de Madrid, où il officie
au sein de la cellule de recrutement.
Inconnu du grand public,
l’homme ne l’est pas du milieu :
c’est lui qui a découvert Antoine
Griezmann à 14 ans, alors que celui-ci prenait des vents dans tous
les centres de formation. Lui qui,
en 2005, a exfiltré le Mâconnais en
Espagne, à la Real Sociedad, dont
il était scout sur le territoire français. Lui qui a hébergé l’adolescent
à Saint-Sébastien pendant cinq ans,
devenant un père de substitution,
un confident puis un conseiller.
C’est d’ailleurs quand il était direc-
teur sportif adjoint (de personne)
au PSG qu’Olivier Létang, l’actuel
président du Stade Rennais, a connu
Éric Olhats : au printemps 2016, le
club parisien songeait à recruter le
numéro 7 des Bleus pour l’après Zlatan Ibrahimovic. Si l’affaire ne s’était
pas concrétisée, le courant était bien
passé entre les deux hommes.
Brouille et rabibochage
Julien Stéphan aussi le connaît bien :
Éric Olhats lui avait ouvert les portes
de la Real Sociedad pour un stage.
Alors que, de Paris ce soir au match
contre l’OM dans un mois en passant par un 16e de finale de Ligue
Europa (Betis Séville) inédit dans
son histoire, le club breton va vivre
une période intense, Éric Olhats
doit apporter son expertise et son
expérience. Humainement surtout.
Il ne sera pas chargé d’animer les
séances mais de prendre le pouls du
groupe, d’accompagner les joueurs,
de maintenir une exigence. C’est que
cet homme de l’ombre a un caractère entier : il s’est ainsi brouillé avec
Antoine Griezmann il y a deux ans
car il ne cautionnait pas ce que devenait son protégé. Les deux hommes
se sont depuis rabibochés ; c’est le
champion du monde qui l’a fait venir
à Madrid l’été dernier. g S.C.
31 -10
23 27
20 29
-9
DISPARITION Grâce à la cagnotte
lancée par ses proches vendredi,
les recherches ont repris dans la
Manche pour tenter de retrouver
Emiliano Sala. L’objectif initial de
150 000 euros a été dépassé en une
journée (le plafond a ensuite été
relevé à 300 000 euros), ce qui a
permis de financer un organisme
spécialisé. Un don de 25 000 euros
a notamment été réalisé sous le
nom d’Adrien Rabiot. Les nombreux contributeurs à plus de
1 000 euros viennent selon toute
vraisemblance du monde du foot :
on trouve aussi le nom de son entraîneur Vahid Halilhodzic, de joueurs
nantais et de L1, du champion du
monde Corentin Tolisso, de l’Allemand Ilkay Gündogan, d’un certain
Gonzalo Striker (Higuaín ?)…
Emiliano Sala et David Ibbotson, le
pilote, voyageaient à bord d’un monomoteur qui a disparu des radars
lundi soir, à une vingtaine de kilomètres au nord de Guernesey. L’avion
amenait l’ancien Canari à Cardiff, où
il venait de s’engager. Hier, l’agent
mandaté par Nantes pour négocier
le transfert (Willie McKay) a rendu
publics les messages échangés entre
son fils et l’Argentin avant le voyage :
ils tendent à montrer que c’était un
vol privé non payant. g
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
33
le journal du dimanche
dimanche 27 janvier 2019
Actualité Culture & Médias
Cyril Hanouna
« Je lance une invitation
à Emmanuel Macron »
Fred Toulet/Leemage/AFP
Vendredi soir, Cyril Hanouna a offert à Balance ton post ! son record
d’audience (1,09 million de téléspectateurs à 22 h 10) avec le débat
consacré aux Gilets jaunes. Une
émission, coanimée avec la secrétaire d’État Marlène Schiappa, qui
avait été décriée avant sa diffusion.
Michel Legrand,
toute sa vie pour la musique
DISPARITION à 86 ans,
le compositeur français
est mort hier à Paris
Monstre Il s’était
fait un nom jusqu’à
Hollywood, qui lui avait
décerné trois oscars
« J’ai fini par acquérir la conviction
que la mort n’est pas la fin. La vie
continue après, autrement. » Michel
Legrand est décédé dans la nuit de
vendredi à samedi à Paris à l’âge de
86 ans. Le compositeur français
laisse derrière lui soixante ans d’une
carrière prestigieuse qui lui a valu
une renommée mondiale. Hier, les
hommages se sont multipliés pour
dire l’immense émotion suscitée par
sa disparition. « On le fredonnait partout, a écrit sur Twitter Gilles Jacob,
ex-président du Festival de Cannes.
Ses notes étaient douces comme des
caresses, ses parapluies nous faisaient pleurer. En nous quittant en
catimini, Michel Legrand commet sa
première fausse note. ­Musique, maestro, please. » Une page de l’histoire
du cinéma se tourne. Car le génie a
travaillé avec Henri Verneuil, Marcel
Carné, Jean-Luc Godard, Claude
Chabrol, Jean-Paul Rappeneau,
Claude Autant-Lara, Sydney ­Pollack,
Clint Eastwood, ­Joseph Losey, Blake
Edwards… La liste donne le tournis.
Dans les années 1960, Michel
­Legrand rencontre Jacques Demy,
avec qui il collabore sur neuf films :
Lola (1960), La Baie des Anges (1963),
Les Parapluies de Cherbourg (1964),
Palme d’or à Cannes, Les Demoiselles
de Rochefort (1967), Peau d’âne
(1970), L’Événement le plus important depuis que l’homme a marché
sur la Lune (1973), Lady Oscar (1978),
Parking (1985) et Trois Places pour
le 26 (1988). Ensemble, ils entrent
dans la légende. Dans une interview
au JDD en 2013, il se confiait avec
malice sur cette étonnante complicité. « Ce n’était pas de l’amitié,
mais bien de l’amour. Mais nous ne
sommes pas devenus amants car nous
n’étions pas homosexuels ! S’il avait
été une femme, je l’aurais croqué tout
cru. » Se souvenant d’une anecdote
savoureuse à propos des Demoiselles
de Rochefort : « Il m’avait tendu un
piège en rédigeant tous les textes des
chansons au préalable, et en alexandrins. Je l’ai engueulé. Puis je me suis
attelé à la tâche. »
Le maître au tempérament
de feu a mené son existence à la
­baguette. Né à Paris dans le quartier de ­Ménilmontant en 1932, il
bénéficie de l’influence de son père,
­Raymond Legrand, compositeur
auto­didacte, et de sa mère, M
­ arcelle
Der ­Mikaëlian, la sœur d’un célèbre
chef d’orchestre. Après le Conservatoire où il étudie le piano, la trompette et l’écriture dans la classe de
Nadia Boulanger, il se passionne
pour le jazz et enregistre même un
album à New York, côtoyant des
stars de la discipline comme Chet
Baker, Miles Davis et John Coltrane.
La nouvelle vague amorce son virage définitif vers le cinéma. Il poursuit l’aventure à Hollywood, où il dé-
« Il savait tout
faire avec un sens
de l’improvisation
incroyable »
Claude Lelouch
croche trois oscars. En 1969 pour la
bande originale de L’Affaire Thomas
Crown, de Norman Jewison, avec le
tube The Windmills of Your Mind,
sacré meilleure chanson originale.
Il réitère cet exploit en 1972 pour Un
été 1942, de Robert M
­ ulligan, et en
1984 pour Yentl, de Barbra Streisand.
En parallèle, il enregistre avec des
vedettes ­internationales : Charles
Aznavour, Frank Sinatra, Ella
Fitzgerald, et plus récemment Natalie Dessay. « Je n’oublierai jamais
notre première entrevue, confie son
disciple, le compositeur Vladimir
Cosma. J’arrivais de Roumanie. Mon
père m’a accompagné Salle Gaveau,
où il se produisait. Il m’a proposé de
devenir son assistant ! Durant cinq
ans, nous avons œuvré ensemble sur
ses musiques de film pour les États-
Unis. Je rêvais de voler de mes propres
ailes, alors il m’a recommandé auprès
du metteur en scène Yves Robert pour
que je le remplace pour une proposition qu’il venait de décliner ! »
L’ami de longue date Claude
­Lelouch, qui a perdu en novembre
son autre compositeur fétiche,
Francis Lai, confie son chagrin :
« Michel était un homme-orchestre
qui savait tout faire avec un sens de
l’improvisation incroyable. On avait
le projet de tourner un long métrage
sans paroles. On s’était vus il y a peu
avec la résolution de s’y mettre vite
car le temps était compté. »
Père de quatre enfants, Michel
Legrand avait convolé en troisièmes
noces avec la comédienne Macha
Méril en 2014. Avec qui il avait entretenu une liaison quarante ans auparavant… Il aurait pris conscience, en
fêtant son 80e anniversaire, qu’il lui
fallait « boucler tous [ses] dossiers ».
« Il avait une passion de la vie, une
boulimie, une gourmandise : il savourait chaque instant, se rappelle l’exministre Jack Lang. Son mariage à
un âge avancé en a étonné certains,
mais son histoire était merveilleuse,
tendre, douce et belle. C’était touchant
de voir ces deux amoureux. »
Il avait sorti son autobiographie
en août (J’ai le regret de vous dire
oui) et accepté de signer la musique
du dernier film – inédit – d’Orson
Welles, pour Netflix, De l’autre côté
du vent. Après que les héritiers du cinéaste ont découvert dans un carnet
de notes accompagnant ce drame
inachevé une inscription intimant
un ordre d’outre-tombe : « Appelez
Michel Legrand ! » Au cours des derniers jours, on raconte qu’il réécoutait en boucle ses musiques, comme
pour s’immerger dans son passé. Lui
qui s’y refusait catégoriquement, de
crainte d’être tenté de s’en resservir
ou de s’autociter dans l’écriture de
nouveaux morceaux. « Ils rythment
notre imaginaire collectif à jamais,
selon Jean-Luc Choplin, le directeur
du Théâtre Marigny, qui reprend
Peau d’âne jusqu’au 17 février. Il était
sans arrêt en train de défricher des
territoires inexplorés. Je ressens le
vide de son absence. » g
Stéphanie Belpêche
(avec Ludovic Perrin)
Comment expliquez-vous le succès
de l’émission vendredi soir ?
De très nombreux Français ont
trouvé chez nous une écoute qu’ils
n’avaient pas ailleurs : les plus
jeunes notamment, les 15-34 ans,
étaient trois fois plus que l’avantveille sur France 2 et bien plus
présents que sur TF1. Mais pour
être très honnête, peu m’importait
l’audience, même si elle m’étonne,
compte tenu des attaques préalables. Le plus important, c’est que
nous ayons fait avancer les choses.
J’attends de voir ce que certains,
si critiques avant l’émission, vont
faire pour eux aussi contribuer au
débat démocratique.
Qu’avez-vous pensé du débat ?
Depuis quelque temps, il y a une
défiance voire une violence entre
certains Français et les responsables
politiques, les médias. On l’a vu
partout, le dialogue est totalement
rompu. Vendredi, nous avons permis
de le renouer. Chacun était dans son
rôle. Marlène Schiappa a su sortir
des postures traditionnelles des
politiques et entrer dans l’échange
vrai avec les Français. Et chacun a
pu s’exprimer et faire remonter ses
idées et propositions. Nous avons
parlé de tout à une heure de grande
écoute, y compris de certains sujets
tabous, comme l’argent, les impôts,
la fiscalité… Que le public réponde
présent, c’est une réussite. Vendredi,
ce sont les Français qui ont parlé
aux Français.
Faut-il en déduire que le public que
vous drainez serait, pour partie,
celui de la France des ronds-points ?
Mon public, c’est tous les Français.
Ce qui est sûr, c’est que cette France
des ronds-points est venue frapper
à ma porte. Qu’il s’agisse des ambulanciers, des VTC ou des premiers
Gilets jaunes que j’ai accueillis dès
novembre. Est-ce que cela tient à
mon éducation, à certaines de mes
convictions ? En tout cas, tous ces
Français laissés sur la bande d’arrêt
d’urgence m’ont profondément
ébranlé. Il fallait donner la parole
aux plus démunis d’entre eux.
C’est aussi la raison pour laquelle
j’ai pris l’initiative de créer, avec
l’aide d’établissements bancaires
et d’organismes, une « banque du
cœur » qui verra le jour avant la fin
juin. C’est la suite logique de mon
engagement.
Vous voilà dans un costume de
casque bleu médiatique : n’est-il
pas un peu trop lourd à porter ?
C’est une responsabilité. Pour
moi, je n’avais pas le choix. Je ne
interview
Aurélien FAIDY/AutoFocus-prod/C8
Télévision L’animateur de C8
débriefe l’émission de vendredi
soir avec Marlène Schiappa
et dévoile comment il va
s’impliquer dans le traitement
de l’actualité politique
pouvais pas recevoir des gens en
détresse, les écouter sur mon plateau et rentrer chez moi comme si
de rien n’était. J’ai choisi de mettre
la popularité de mes émissions au
service des Français. De profiter
de leur puissance pour amener
sur mon plateau des politiques qui
acceptent de dialoguer avec cette
France dite des ronds-points. Ce qui
s’est passé vendredi m’y encourage
et me conforte.
Il se murmure que le gouvernement
miserait sur vous pour parler aux
jeunes et aux classes populaires…
Balance ton post ! est un programme
populaire. Mes émissions attirent
le plus de jeunes, c’est vrai. Ce qui
compte, c’est de faire avancer les
choses. Que les Français puissent
proposer leurs idées à ceux qui sont
en mesure de les mettre en œuvre
concrètement, les responsables politiques. Si mes émissions peuvent
servir à cela et que les personnes en
responsabilité s’en rendent compte,
c’est gagné pour tout le monde.
Allez-vous continuer à traiter cette
crise à l’antenne ?
Bien sûr ! Et mon implication sera
totale. Nous allons répéter ce dispositif, notamment pour les élections
européennes. Balance ton post ! sera
l’un des acteurs médiatiques de cette
campagne, et je compte en faire l’un
des grands rendez-vous de débat du
printemps.
Certains disent que vous pourriez
vous engager en politique,
auprès des Gilets jaunes.
Non, ce n’est pas mon objectif ni
mon rôle de m’engager auprès de tel
ou tel mouvement politique. Cela ne
m’a jamais, jamais effleuré. Mon rôle
est de rassembler et de faire avancer
les choses grâce à mes émissions.
En divertissant en semaine, et en
débattant le week-end.
Avez-vous échangé avec Emmanuel
Macron sur cette crise ?
J’ai reçu un sympathique SMS de
sa part il y a quelques semaines, où
il me disait apprécier ma démarche
auprès des Gilets jaunes. Durant la
présidentielle, je l’avais aussi interpellé, au culot, près de TF1. J’essaie
de me servir de cette accroche pour
que les Français puissent lui adresser des messages via mes émissions.
Vous l’inviterez sur le plateau ?
C’est mon objectif ! Je lui lance
d’ailleurs une invitation dans
Balance ton post !, et j’espère avant
les européennes. g
Propos recueillis par Renaud Revel
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
34
le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
Enquête
Triple
meurtre
à la russe
énigme Arrivés de Moscou
en Centrafrique, trois journalistes
ont été tués l’été dernier,
officiellement par des bandits.
Ils enquêtaient sur un groupe
de mercenaires lié au Kremlin
PIÈGE Un faisceau d’éléments
L
e 30 juillet 2018, dans
le petit village de Kpakou, au beau
milieu de la Centrafrique. La nuit est
tombée depuis un bon moment quand
un homme qui dit s’appeler Bienvenu
déboule au volant de son pick-up.
La lunette arrière est fracassée, et le
conducteur, très agité. Il a été victime
d’une embuscade il y a moins d’une
heure sur la piste qui vient de Sibut, à
20 kilomètres au sud. Il a profité d’un
moment d’inattention des assaillants
pour s’enfuir. Mais les trois hommes
blancs qui l’accompagnaient sont restés
sur place. Le lendemain, au petit matin,
des soldats de la Minusca, la force de
l’ONU présente dans le pays, découvrent deux corps sans vie au bord de
la piste de latérite. Un peu plus loin, au
pied d’herbes folles, gît le corps tuméfié
et inerte d’un autre homme.
Les Casques bleus retrouvent sur eux
des cartes de presse. Leurs noms ? Kirill
Radtchenko, Alexandre Rastorgouïev
et Orkhan Djemal. Ces trois Russes,
­arrivés sur le territoire deux jours plus
tôt avec de simples visas touristiques,
ont été missionnés par le Centre de
gestion des enquêtes, une fondation
créée par Mikhaïl Khodorkovski.
­A ncien PDG du groupe pétrolier
Ioukos, l’oligarque fut pendant dix ans
l’un des prisonniers les plus célèbres
de Russie. Après avoir été grâcié par
­Vladimir ­Poutine en 2013, il s’est exilé
àL
­ ondres et a monté cette organisation qui traque à travers le monde les
manipulations du régime russe.
Les corps des journalistes sont rapidement envoyés à Bangui pour autopsie
puis rapatriés à Moscou. Deux jours
après les meurtres, les autorités centrafricaines, se basant sur le témoignage
de Bienvenu, le chauffeur, livrent
déjà une version des faits qui sera
reprise par leurs homologues russes :
les trois hommes ont été attaqués par
troublants indique qu’ils sont en
réalité tombés dans un guet-apens
orchestré en Russie
Antoine Malo
«  dix a
­ ssaillants ­enturbannés  » parlant
arabe. Traduction : les ­assassins sont
des ex-Séléka, cette milice musulmane
qui en 2013 avait pris le pouvoir à Bangui avant d’en être chassée l’année
suivante, notamment par les soldats
français de l’opération Sangaris.
L’affaire pourrait s’arrêter là. Sauf
que, pour les employeurs des trois
reporters, elle sonne faux. Et ils ne
sont pas les seuls à douter. «  La ­plupart
des indices montrent que la version
du crime crapuleux est pour le moins
­bizarre  », indique, dubitatif, un diplomate ­français. Bizarre effectivement
que les meurtriers, s’ils étaient des
bandits, aient laissé dans le pick-up
des téléphones portables, des disques
durs et les trois bidons d’essence à
l’arrière. Bizarre aussi ces trois balles
logées dans la région du cœur de l’un
des journalistes, qui font songer à un
tir de professionnel. Bizarre encore
qu’une autre victime ait manifestement été frappée et torturée avant
d’être tuée. Bizarre toujours que la
zone où se sont déroulés les faits ne
soit pas tenue par les ex-Séléka mais
plutôt par les milices rivales anti-­
À la Maison
des journalistes
de Moscou,
hommage aux trois
reporters tués
en Centrafrique.
De g. à dr. :
Alexandre
Rastorgouïev,
Kirill Radtchenko
et Orkhan Djemal.
Ekaterina Chesnokova/
Sputnik/AFP
balaka. Bizarre enfin que le chauffeur
soit aujourd’hui introuvable…
Et si les trois Russes avaient mis
les pieds là où il ne fallait pas ? Et si
les meurtres avaient été prémédités ?
La fondation de ­Khodorkovski, via sa
cellule d’investigation Dossier Center,
décide de lancer une vaste enquête, à
laquelle le JDD a eu accès. Ses premières conclusions racontent une tout
autre histoire.
Concord. ­Surnommé « le cuisinier
de Poutine », ce proche du Président
russe a fait fortune dans la restauration collective. L’oligarque de 57 ans est
bien connu outre-Atlantique : la justice
américaine le soupçonne d’avoir interféré dans la campagne électorale de
2016, par l­ ’entremise d’usines à trolls
qui envoyaient des faux commentaires
sur les réseaux sociaux. Prigojine est
également sur les tablettes des Occidentaux pour une autre activité. Même
SUR LES TRACES DU s’il le nie (comme à peu près toutes les
activités qui lui sont imputées), il serait
GROUPE WAGNER
le propriétaire de Wagner, une société
C’est à 6 000 kilomètres de B
­ angui
de mercenaires qui ont combattu en
et trois mois plus tôt que tout a comUkraine mais surtout en Syrie. Là-bas,
mencé. À Moscou, une équipe de
en échange de parts dans l’exploitajournalistes du Centre de gestion des
tion de gaz et de pétrole, les barbouzes
enquêtes lié à la fonrusses ont épaulé
l’armée de Bachar
dation K
­ hodorkovski
El-Assad dans sa
s’intéresse de près
Au sommet de
aux activités du
reconquête du pays.
Kremlin en Afrique.
Détail qui a son imla nébuleuse
L i b y e , ­S o u d a n ,
portance : en Russie,
se trouverait
­Madagascar… Mosce type d’entreprise
cou reprend pied à
est interdit par la loi.
Evgueni
vitesse grand V sur
Seraient-ce ces
Prigojine, dit
mêmes hommes de
le continent noir, qui,
du temps de la guerre
Wagner qui sévissent
« le cuisinier
froide, était choyé
en ­C entrafrique ?
de Poutine »
Pour l’équipe de
par l’URSS. Un pays
attire tout particulièKhodorkovski, il y a
rement l’attention du
en tout cas ­matière à
­Kremlin : la République centrafricaine
enquête. Elle recrute donc un trio de
(RCA). Pourquoi diable choisir cet État
journalistes confirmés qui partiront en
­exsangue qui peine à sortir de la guerre
RCA. Reste à leur trouver des contacts
civile et dont les trois quarts du tersur place. Un reporter chevronné est
ritoire sont sous la coupe de milices ?
d’accord pour les aider : Kirill Roma« C’est difficile à comprendre, dit un
novski. Un nom à retenir car il va se
­ancien du renseignement français. En
révéler être au cœur de l’affaire. Il
­Centrafrique, il n’y a que des coups à
leur déniche un fixeur, qui assistera
prendre pour des gains minimes. C’est
les envoyés spéciaux sur le terrain.
un vrai nid à emmerdes. » Sauf que,
Lui s’appelle Martin, est néerlandais
prendre pied en RCA, c’est s’attaquer
et ­travaille avec l’ONU.
à une chasse gardée de la France. Utile
quand les deux pays s’opposent sur
CHANGEMENT DE
d’autres dossiers, l’Ukraine ou la Syrie,
CAP INEXPLIQUÉ
par exemple. Ironie de l’histoire, c’est
Paris qui a jeté la RCA dans les bras
Les reporters russes ont bien ­besoin
de Moscou. À l’automne 2017, le préd’une telle aide. Aussi expérimentés
sident centrafricain, Faustin-Archange
soient-ils, ils ne parlent pas français et n’ont jamais mis les pieds en
­Touadéra, était en effet venu à Paris
plaider pour une levée de l’embargo
Afrique subsaharienne. L’expédition
sur les armes pesant sur son pays. On
programmée semble d’ailleurs un peu
lui conseille alors d’aller voir les Russes
folklorique. Un journaliste français
pour les convaincre de l’appuyer au
qui connaît bien le pays pour y avoir
Conseil de sécurité de l’ONU. Touadéra
travaillé pendant deux ans se souvient d’un coup de fil avant que les
se rend à Sotchi. « Et ensuite, le Kremlin
a retourné la situation à son avantage »,
trois Russes ne débarquent en RCA :
regrette un diplomate français.
« L’homme qui disait être leur rédacLes choses vont aller très vite. Fin
teur en chef m’a expliqué qu’il voulait
janvier 2018, une première livraison
déguiser ses reporters en prêtres pour
d’armes légères russes qui comprend
qu’ils passent plus inaperçus. Je lui ai
1 500 kalachnikovs parvient à Bangui
dit que ce n’était pas l’idée du siècle… »
depuis Khartoum. Un peu avant ont
Il arrivent finalement à Bangui le
débarqué des instructeurs, qui for28 juillet avec deux jours d’avance sur
meront les troupes centrafricaines.
le planning initial. Ils descendent au
« ­Officiellement, ils sont 175, mais selon
National Hôtel, modeste établissement
nos estimations, entre 300 et 400 », exde la ­capitale. Le lendemain, Bienvenu,
plique une source militaire française.
le chauffeur recommandé par ­Martin,
Dans leur immense majorité, ces nouvient les chercher comme convenu. Ils
veaux arrivés ne sont pas des soldats de
tentent de filmer le camp de Berengo,
base, plutôt des vétérans dotés d’une
l’ancien palais du dictateur Bokassa
grosse expérience. Certains sont les
où les Faca (Forces armées centrafriemployés d’une société privée appelée
caines) suivent l’entraînement miliM-Finance. Ainsi, l’implication russe
taire dispensé par les Russes. Peine
en RCA se fait aussi à moindre coût, par
perdue. Ils n’ont pas les autorisations
sous-traitance. Une partie des hommes
nécessaires et doivent rebrousser chede M-Finance est chargée de la sécurité
min. Tant pis ! La journée qui suit sera
d’une entreprise filiale nouvellement
sûrement plus productive. Ils doivent
implantée en RCA, Lobaye Invest Sarlu,
rejoindre Martin à Bambari, dans le
spécialisée dans l’extraction de minerais.
centre du pays. Avec lui, ils pourront
« Vous voulez savoir où sont les Russes en
visiter des mines d’or où les Russes
RCA, vous n’avez qu’à suivre les mines »,
sont supposément engagés.
résume la même source militaire. L’or
Au matin du 30 juillet, ils paient la
et le diamant : voilà ce que serait aussi
facture de l’hôtel. Après un dernier
venu chercher ­Moscou en RCA.
coup de fil à Moscou, l’équipe grimpe
Reste à savoir à qui profite le sysdans le pick-up de B
­ ienvenu. Directème. Pour cela, il faut remonter un
tion Sibut, 180 ­kilomètres au nord de
écheveau de sociétés. Au sommet
la capitale. Ils y passent la journée, y
de la pyramide se trouve un homme
tournent quelques plans. Sauf qu’enclé : ­Evgueni ­Prigojine, président de
suite, au lieu de prendre vers l’est pour
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
dimanche 27 janvier 2019
le journal du dimanche
35
Enquête
Des membres
de l’unité
de protection
rapprochée
du président
Touadéra
affiliés à une
des compagnies
privées russes
présentes
en Centrafrique.
FLORENT VERGNES/AFP
retrouver Bambari et Martin, ils font
cap vers le nord. Pourquoi ? Mystère.
« Nous n’avons pas d’explications », se
désole-t‑on chez Khodorkovski.
Cette expédition est une folie. « Tout
le monde sait en Centrafrique que, la nuit
tombée, il est impossible de rouler, c’est
trop dangereux », explique Édouard
Dropsy, journaliste familier du pays.
Sont-ils en confiance ? Selon deux soldats qui tenaient le barrage à la sortie de
Sibut et dont l’équipe du Dossier Center
a recueilli le témoignage, une première
voiture avec à son bord trois hommes
blancs et deux Centrafricains est passée
avant eux. Ils auraient expliqué aux
militaires qu’un second véhicule allait
arriver « dans quinze à trente minutes »
et qu’il fallait le laisser passer. C’est ce
que les soldats feront. La voiture des
reporters sera attaquée 23 kilomètres
plus loin, vers 20 h.
Qui sont donc ces hommes qui
auraient précédé les journalistes ?
Les militaires du barrage affirment
avoir identifié l’un d’eux, un officier
de la gendarmerie qui répond au nom
­d’Emmanuel Kotofio. Son parcours
­intrigue : il a été entraîné par les Russes
à Am Dafok, à la frontière avec le Soudan. Il est ensuite resté en contact avec
ses instructeurs. Après les meurtres,
il a été promu.
Et ce n’est pas tout. Le Dossier Center
affirme avoir obtenu les données de son
portable, des documents que le JDD a
pu consulter. Elles confirment d’abord
qu’il était dans les environs de Sibut le
30 juillet. Elles indiquent surtout que,
depuis l’arrivée des trois journalistes
russes en RCA, Kotofio était en communication constante avec Bienvenu,
le chauffeur. Les journalistes étaient
suivis à la trace.
Autre enseignement de ces ­relevés
téléphoniques : ­Emmanuel ­Kotofio a
été en contact très ­régulier avec deux
Russes les jours qui ont précédé les
meurtres. L’un d’eux, Alexandre Sotov,
est un instructeur militaire basé à
Saint-Pétersbourg, spécialisé dans la
surveillance et le recrutement. Selon
la cellule investigation de la fondation Khodorkovski, il était présent
en ­Centrafrique de juillet jusqu’à la
mi-août. Dossier Center a aussi fait
parler le téléphone de Sotov, enregistré sous un faux nom. Il témoigne
d’échanges fréquents avec un certain
Valeriy Zakharov. Les deux hommes
ont aussi partagé pendant un temps
le même téléphone portable. Ils sont
proches, à n’en pas douter.
L’affaire prend là une autre
­dimension. Car Valeriy ­Zakharov n’est
pas n’importe qui en Centrafrique. À la
faveur du rapprochement entre ­Moscou
et Bangui, cet ancien membre du KGB
reconverti dans les affaires a été propulsé conseiller sécurité du président
Touadéra. Il a même acquis la nationalité centrafricaine (sollicité par le JDD,
Valeriy Zakharov n’a pas répondu).
le GUIDE INCONNU
AU BATAILLON
Un autre personnage pose question
dans l’affaire : Martin, le guide que
l’équipe devait rejoindre à ­Bambari.
L’analyse des données de son téléphone
indique plusieurs choses : d’une part,
il n’a jamais appelé Bienvenu le chauffeur. ­Ensuite, si l’on en croit la géolocalisation de son appareil, il ne s’est
pas rendu à Bambari fin juillet, mais
est demeuré à Bangui.
Ce Martin existe-t‑il seulement ? À la
Minusca, en tout cas, personne ne le
connaît. Et ce n’est pas la pièce d’identité fournie afin d’obtenir une carte SIM
pour son téléphone à Bangui qui permet
d’en apprendre plus sur lui : celle-ci, où
figure le nom d’une Allemande, Erika
175
instructeurs
russes
sont officiellement
présents
en République
centrafricaine
Mustermann, n’est qu’une vulgaire
Si la contre-enquête de la fondation
copie des spécimens utilisés outre-Rhin
Khodorkovski n’a pour l’heure pas
­exhumé de preuve irréfutable, tous
pour les documents officiels, comme
les permis de conduire. Son portable,
ces éléments additionnés composent
qui a très peu servi puisque « Martin »
un scénario bien différent de la version
prétendait se trouver dans une zone
officielle. En attendant, Moscou creuse
sans réseau et qu’il ne répondait pas
toujours son sillon en Centrafrique. Les
aux appels, a cessé de fonctionner après
Faca continuent d’être e­ ntraînées par
les assassinats.
ses instructeurs. Il y a deux semaines,
Si ce Martin est suspect, alors
on apprenait que leur chef d’état-major
le journaliste qui l’a recommandé,
revenait d’une formation en Russie. Le
­Kirill ­Romanovski, l’est aussi. Son CV
champ politique a aussi été investi :
laisse apparaître des zones grises. Il a
alors que des négociations de paix
commencé sa carrière en travaillant à
sont menées dans le cadre de l’Union
africaine, Moscou a lancé son propre
l’agence de presse fédérale RIA FAN,
contrôlée par les auprocessus de récontorités. ­Romanovski
ciliation. En août,
a couvert le conflit
quatre chefs rebelles
L’analyse des
en Syrie. Selon le
ont ainsi été réunis
Dossier Center, les
autour d’une table à
téléphones
zones où il se rendait
Khartoum.
mène à un
étaient souvent celles
Parallèlement, la
Russie travaille à
où se trouvaient les
conseiller
mercenaires de
valoriser son image.
du Président
­Wagner. Plus étrange,
Elle soigne les popuquand la fondation
lations en brousse,
centrafricain,
Khodorkovski l’a
sponsorise des
ancien du KGB
contacté pour lui
­événements comme
demander de l’aide,
la récente élection de
il a omis de dire
Miss ­Centrafrique,
distribue des trampolines dans les
qu’il avait lui-même fait un séjour en
RCA, en mai 2018. Lui qui aime tant
écoles. Surtout, elle ­appuie des mése mettre en scène sur les réseaux sodias locaux, dans lesquels est distillée une campagne violemment
ciaux n’a rien publié de ce reportage.
Durant cette période, il aurait effectué
antifrançaise. Paris, dont l’image est
un voyage entre Bangui et Khartoum
déjà s­ érieusement écornée à B
­ angui,
dans un avion du ministère russe de
tente de répliquer. En décembre,
la Défense.
1 400 ­kalachnikovs ont ainsi été livrées
Dernier détail troublant : en août
aux autorités locales. Ce ne sera sans
dernier, quelques jours après les
doute pas suffisant pour reprendre la
meurtres, une équipe de quatre jourmain. Malgré tout, un expert de la zone
nalistes mandatés par une agence de
au ministère de la Défense ­observe
avec placidité l’activisme russe :
presse réputée faire partie de la nébuleuse Prigojine a atterri à Bangui pour
« Tous ceux qui ont voulu dépecer la
« mener une enquête indépendante ».
­Centrafrique s’y sont enlisés, affirmeQui se trouvait parmi eux ? Le même
t‑il. Et ils en sont repartis en y laissant
Kirill Romanovski.
leurs billes. » g
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
36
le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
Opinions & controverses
Le lobbying doit
sortir de l’ombre
ti fr
ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
Par Pascal Canfin
et Marc-André Feffer
directeur général
président de Transparency
du WWF France
International France
Alors que la défiance des citoyens
envers leurs représentants politiques
ne cesse de croître, nos institutions
peinent à s’adapter. La question de la
transparence du lobbying est l’un de ces
points de crispation largement commentés et qui pourtant ne semblent pas
trouver d’issue. Témoin de ce décalage
entre l’aspiration des citoyens à une
plus grande clarté de la vie publique
et la résistance au changement de
beaucoup de nos élus : un débat dont le
Parlement européen est actuellement
le théâtre, et sur lequel nous appelons
à rompre le statu quo.
Le 31 janvier prochain, après plusieurs reports, les eurodéputés se prononceront sur la réforme du règlement
du Parlement. Peu médiatisé, ce sujet
pourrait pourtant marquer une avancée significative en rendant plus transparentes les décisions prises au niveau
européen. Plusieurs amendements proposent notamment de rendre publiques
les rencontres entre les eurodéputés et
les lobbyistes.
Ces amendements, que nous soutenons activement, suscitent d’importantes réticences. Cela paraît tristement anachronique. Comment peut-on
concevoir, dans le contexte de défiance
actuel, qu’un élu fasse le choix délibéré de cacher ses échanges avec les
lobbies ? Par ailleurs, les eurodéputés
du PPE, le parti de droite majoritaire,
sont tentés de demander que le vote
se tienne à bulletin secret. Un comble
pour un vote qui porte justement sur la
transparence de la décision publique !
C’est là l’un des grands paradoxes
qui entourent le lobbying. Aux niveaux
européen comme français, le sujet
défraie régulièrement la chronique.
Chaque scandale réduit la confiance
dans nos institutions et tend à renforcer l’idée dans l’opinion publique que
les responsables politiques sont « sous
influence ». Pour autant, les solutions
peinent à s’imposer à l’agenda des réformes, et les débats de fond se tiennent
dans la pénombre.
Entendons-nous bien : le lobbying
n’est pas mauvais en soi. Ceux qui
font la loi ont besoin d’échanger avec
ceux qui la vivent au quotidien dans
leurs activités. Nous, représentants
d’ONG, faisons nous-mêmes du lobbying pour tenter de faire évoluer
les règles et changer les pratiques.
En retour, et c’est particulièrement
vrai dans le champ environnemental,
nous sommes confrontés à des lobbies puissants (pesticides, énergies
fossiles…). S’il ne s’agit pas d’empêcher ces derniers d’échanger avec les
décideurs publics, il est primordial de
garantir un dialogue équitable avec
l’ensemble des parties prenantes. La
transparence sur les rencontres avec
ceux qui font la loi est un préalable à
un débat public équilibré.
Comment surmonter les résistances ? Chacun a un rôle à jouer.
Les élus doivent être exemplaires en
publiant leurs agendas et en renonçant
à rencontrer des acteurs trop opaques
ou aux pratiques peu éthiques. Les lobbyistes doivent s’inscrire résolument
dans des pratiques transparentes, par
exemple en publiant les documents
qu’ils transmettent aux décideurs
publics. Enfin, la régulation du lobbying ne se fera pas sans la mobilisation
des citoyens, qui doivent réclamer des
comptes à leurs élus.
Le vote de jeudi sera un test. Les
amendements en faveur d’une plus
grande transparence des activités de
lobbying seront-ils rejetés, loin des
regards ? Ce n’est pas une fatalité. Il
reste quelques jours pour que les eurodéputés favorables à ces mesures se
mobilisent, et pour convaincre les plus
réticents. À moins de quatre mois des
élections européennes, les organisations que nous représentons seront,
elles, très attentives à ce vote. g
LBD :
faux débat et
vraies questions
Par David Le Bars*
Les policiers et les gendarmes sont confrontés à
une intensité de violences
depuis longtemps oubliée en
matière de rétablissement de
l’ordre. Ils doivent pouvoir
compter sur un choix large
et surtout progressif d’armes
leur permettant de toujours
apporter une ­réponse proportionnée et adéquate. Le
lanceur de balles de défense
(LBD), arme dite « intermédiaire » ayant vocation
à stopper la progression
d’individus hostiles dans le
cadre de violences urbaines,
en fait partie.
Des voix ont réclamé
la suspension ou même
­l’interdiction de son utilisation. Ce serait une erreur :
cela ­affaiblirait l’action des
forces de l’ordre, et renforcerait les risques d’usage
disproportionné de la force
­publique. Le LBD constitue en effet un compromis
entre le contact physique,
particulièrement dangereux pour tous les acteurs
du maintien de l’ordre, manifestants comme policiers,
et des moyens ou des armes
plus puissants.
Mais l’art du maintien de
l’ordre a vocation à évoluer,
afin de répondre aux transformations de la société qu’il
défend. Il faut donc envisager une plus grande sécurisation de l’utilisation du
LBD. D’abord en inféodant
son utilisation à un contrôle
hiérarchique tactique encore
plus strict, sachant qu’elle
est déjà restreinte et étroitement encadrée. Le ministre
de l’Intérieur, Christophe
Castaner, vient également
d’annoncer que les forces
de l’ordre seraient équipées
de caméras-piétons, gage de
transparence auquel nous
souscrivons.
Dans ce débat, il serait
­irresponsable de ne pas
tenir compte du degré
de ­v iolence atteint ces
­dernières années lors de certains mouvements. Certes,
policiers et gendarmes
doivent ajuster leur action
à ce que la société est prête
à accepter. Mais sans obérer leur propre sécurité ni
l’efficacité du maintien de
l’ordre dans une gestion
démocratique des foules.
Le vrai sujet n’est donc
pas celui de l’armement.
Mais plutôt l’adaptation de
nos forces aux différentes
formes de menaces, qui sont
bien réelles et récurrentes. g
* Secrétaire général du SCPN
(Syndicat des comissaires
de la police nationale).
D’une nuit l’autre
La semaine
Vive,
d’Anne Sinclair compétente,
professionnelle,
telle est
Élisabeth Quin.
Ceux qui
regardent
28 Minutes
sur Arte
la voient tous
les jours.
Elle, voit de
moins en moins. Elle est en
train de perdre la vue, d’un œil
d’abord, des deux peut-être.
Son livre, au très beau titre,
La nuit se lève (Grasset),
est un cri de douleur,
de drôlerie pour conjurer
le sort, de confiance envers
la science, de défiance
envers les médecins, d’amour
envers son compagnon.
Il y a quelque temps, c’est
brutalement qu’un ophtalmo
lui annonce qu’elle souffre
d’un glaucome, maladie
fatale du nerf optique. Elle
raconte la transformation
de son quotidien, ses peurs,
ses jeux enfantins qui
consistent à fermer les yeux
pour le jour où… et tester
sa force de caractère pour
pouvoir le supporter. « La
vue va de soi jusqu’au jour
où quelque chose se détraque »,
écrit-elle. Et ce sont les
questions existentielles qui se
bousculent : faut-il stocker les
images, pour affronter un jour
la catastrophe ? Que devient
la jalousie si l’on n’est plus en
mesure de voir le mensonge
sur le visage de l’autre ? Et le
désir, que devient-il sans la
vue du corps aimé ?
Elle boit du jus de myrtille,
apprend à regarder la forêt
avec l’ouïe et l’odorat plutôt
qu’avec les yeux, elle craint
la folie, non pour elle, mais
pour le compagnon voyant
qui peut-être, un jour, devra
l’accompagner.
Elle a des pages drôles, très
drôles, sur la relation du
médecin (tout-puissant), et
du malade (tout dépendant).
Elle a des pages tristes, très
tristes, sur l’Ehpad où s’éteint
sa mère et sur son père,
mort en perdant la vue et la
conscience. Elle a des pages
cruelles pour elle-même, sur
la façon dont elle exhibe son
mal, sur la crainte de faire
pitié dans le monde de la télé
qui n’en a pas. Elle court les
chamans ou sainte Thérèse
de Lisieux. Elle cherche le
sens caché que pourrait avoir
sa maladie, et s’essaie à la
psychanalyse de comptoir.
C’est une fuite éperdue devant
la peur, devant le drame,
devant la complaisance envers
elle-même. Et puis, vers la
fin du livre, comme pour
nous rassurer, et contenir la
maladie sans ruiner le présent,
vient la sérénité, le calme, et
l’envie d’écrire ce livre, pour
dompter l’angoisse, « conjurer
la catastrophe en négociant
avec l’invisible », comme lui
a dit un jour le psychanalyste
Tobie Nathan. Livre poignant,
profond, délicat. Il serre la
gorge. Chère Élisabeth Quin,
sachez que le plus précieux,
pour nous, est votre regard fait
d’intelligence sur le monde.
Et ça, ça ne changera pas.
Autre nuit qui engloutit tout,
autre forte émotion cette
semaine à la lecture du tout
petit livre de Jean-Claude
Grumberg, La Plus Précieuse
des Marchandises (Seuil).
Certains, sûrement bien
intentionnés, me
reprocheront de parler
encore de « ça ». D’autres
le sous-entendront aussi
avec un peu plus de perfidie
dans des conversations où je
ne serai pas. D’autres, enfin,
le diront anonymement et
violemment sur Twitter.
Peu importe. À l’heure où
des vents mauvais se lèvent,
comment ne pas parler de
« ça », quand une œuvre nous
rappelle que les survivants ont
presque tous disparu et que,
bientôt, seule la littérature
saura l’évoquer.
Jean-Claude Grumberg est
l’auteur de plus de 30 pièces
de théâtre qui ont récolté
un succès constant en France
et à l’étranger.
Elles sont fines, drôles et
écorchées, et il est de ces
écrivains qui savent mêler
le rire et les larmes dans des
textes profonds et souvent
hantés par les drames absolus
du XXe siècle. Celui-là est
un conte. Entre celui du
sauvetage de Moïse bébé
et celui du petit Poucet.
Sauf qu’il se passe en 1943.
Grumberg, dans la vraie
vie, a vu son père arrêté et
embarqué vers Auschwitz.
Grumberg, dans La Plus
Précieuse des Marchandises,
a recours à la fable pour
raconter l’histoire d’un père
qui, du train de déportation,
ayant compris ce qui les
attendait, sa femme, ses
enfants et lui, à l’arrivée, jette
par la fenêtre du wagon à
bestiaux l’un de ses jumeaux,
sans vérifier s’il s’agit de
la fille ou du garçon. Il a
aperçu, sortant de la forêt,
une pauvre bûcheronne et
peut-être, pense-t-il, saurat-elle sauver l’enfant. C’est
donc l’histoire de ces Justes
qui élèvent avec amour, et en
dépit des tortionnaires qui
traquent et exterminent, la
petite fille tombée du ciel et
du train. Du père qui survit de
justesse jusqu’à la libération
des camps, tourmenté par
le remords de son geste qui
blessa tant sa femme
jusqu’au seuil de la chambre
à gaz, et espérant, contre toute
vraisemblance, retrouver
un jour sa fille. Et, par petites
touches aussi délicates
que déchirantes, l’évocation,
à la descente du train,
de ce lieu en enfer où
les « experts trieurs […]
ne gardèrent que dix pour
cent de la livraison »…
J’ai conscience de ne pas
être très gaie, cette semaine.
Lisez, et peut-être me
pardonnerez-vous. g
J.-F. Paga
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
37
le journal du dimanche
dimanche 27 janvier 2019
Opinions & controverses
Je vous appelle
à combattre F
la haine
Le traquenard
de l’affaire Alstom
Par Reuven Rivlin
racisme ne découle pas
À une époque où les
hommes et femmes
seulement de cet engapolitiques en Europe
gement, tout comme
l’antisémitisme et le
n’ont plus honte
racisme ne sont pas
d’être antisémites et
d’essayer de réécrire
seulement le problème
l’histoire humaine, la
du peuple juif, mais de
position du gouvertous ceux qui croient
nement du président
dans les valeurs de
Macron contre l’antiliberté, d’égalité et de
sémitisme n’est pas
fraternité.
seulement la bienveJe vous appelle,
citoyens français, à
nue, elle constitue une
prendre part à cet
président de l’État d’Israël
démarche admirable.
effort. J’appelle chaLes paroles couracun d’entre vous à
geuses du Président,
qui lient l’antisionisme
combattre l’antisémiet l’antisémitisme tout en continuant à
tisme et la haine en votre demeure,
assumer la responsabilité des crimes
dans votre rue, dans votre quartier,
du régime de Vichy, ainsi que le prodans votre ville. La lutte contre les prégramme de commémoration de la
jugés, la violence et la haine ne peut
Shoah mis en place dans le système
être menée par la République seule,
scolaire français, constituent une étape
elle doit l’être par une société civile
importante dans la lutte contre la vague
forte et déterminée. C’est la société
d’antisémitisme. Un message sans équiqui doit dénoncer les négationnistes
voque, au-delà des frontières.
et les adeptes de la quenelle. C’est la
Comme toujours, nous sommes
société tout entière qui doit affirmer,
reconnaissants de l’engagement de
à l­ ’instar de Levinas, que nous devons
la France envers sa communauté juive
nous souvenir de l’« humanisme de
établie de longue date. ­Cependant,
l’autre homme », ce qui passe par le
il nous semble évident que la lutte
respect et la bienveillance pour celui
des dirigeants français contre les
qui nous est différent mais jamais
­manifestations d’antisémitisme et de
étranger. g
Francisco Seco/AP/SIPA
J’avais 9 ans lorsque j’ai vu pour la
première fois flotter le drapeau de
l’État d’Israël souverain. Enfant de
Jérusalem ayant grandi dans cette ville
aux racines sacrées, j’ai gardé une très
forte impression de cette expérience.
Bien que soixante-dix ans se soient
écoulés depuis, j’avoue avoir toujours
et à chaque fois les yeux brillants et le
cœur qui tremble en voyant le drapeau
israélien flotter dans le monde entier.
Je ne suis pas le seul.
La génération née avant l’indépendance ne percevra jamais l’État
­hébreu comme allant de soi. Mes
petits-­enfants connaissent un autre
Israël : une démocratie jeune mais
bien établie, reposant sur une tradition ancienne et une longue histoire,
une start-up nation dont la diversité
humaine est la plus grande richesse,
un pays dont les citoyens parlent
­différentes ­langues et qui abrite des
communautés ­religieuses variées,
un État qui p
­ rofite de ses avancées
technologiques et scientifiques et
coopère avec des démocraties solidement installées ainsi qu’avec les
pays en développement du monde
entier pour promouvoir le bien-être
de l’humanité. Oui, l’État d’Israël a
accompli de grandes réalisations en
soixante-dix ans et la France était
­souvent à nos côtés.
L’indestructible amitié entre la
France et Israël a résisté à toutes les
vicissitudes de l’Histoire. Nous n’oublierons jamais le soutien et l’aide
apportés par la France au tout jeune
État hébreu. Quelques années après la
Shoah, ils ont permis à l’État d’Israël de
résister à ses ennemis. Ainsi les mots
« plus jamais ça » n’étaient plus seulement une prière mais une promesse.
Ce dimanche, le monde célèbre la
Journée internationale en mémoire des
victimes de l’Holocauste. Ces dernières
années, une vague trouble d’antisémitisme a balayé l’Europe. En France
aussi, l’antisémitisme s’est illustré dans
toute sa laideur. Récemment encore,
nous avons pleuré les ­assassinats de
Sarah Halimi et de Mireille Knoll.
Les clés de la reconquête
rouge vif
Comme
un amoureux
éconduit
Ma chère
Marianne,
C’est vrai que
je n’ai peut-être
pas été assez à
ton écoute depuis
anne Roumanoff
dix-huit mois. Je
te croyais acquise.
J’ai maintenant
compris qu’il fallait te reconquérir
chaque jour. Débattons de notre couple,
parlons, dis-moi tout ce qui ne va pas,
tout ce que tu me reproches, et je te
promets que je tâcherai d’y remédier.
Fais-moi des propositions et je les
examinerai. Donne-moi une deuxième
chance, je t’en prie. Tu as tellement
d’agressivité envers moi, tellement de
colère, je sens que je t’ai déçue et je ne
désire rien tant que me rattraper. Si je
t’ai heurtée par certains de mes propos,
pardonne-moi, c’était de la maladresse,
des phrases sorties de leur contexte…
J’aimerais tant que nous retrouvions la
belle harmonie de nos débuts, quand tu
buvais chacune de mes paroles, quand
tu avais confiance en moi, quand tu
espérais un avenir radieux pour notre
couple. Laisse-moi une deuxième
chance, Marianne, donne-moi s’il te
plaît jusqu’au mois de mai pour réparer
mes erreurs.
Ton Emmanuel
Édouard Philippe dans ­N’oubliez
pas les paroles ? Christophe ­Castaner
à Koh-Lanta ? Bruno Le Maire
dans Danse avec les stars ?
Comme un monologue
au théâtre
Ô médias suspicieux, et vous,
Gaulois râleurs,
Adversaires politiques minables,
commentateurs moqueurs,
Vous, si jaloux de ma verve
inépuisable,
Épargnez-moi, je vous prie, vos
commentaires lamentables,
Admirez plutôt comment, sans me
sustenter, je débats des heures durant.
Je ne sais pas si je suis un bon
président, mais reconnaissez que je
ferais un excellent représentant.
Peut-être ai-je été parfois un peu
arrogant, mais de tous les présidents,
Admettez, s’il vous plaît, que je suis
un des plus résistants.
Comme une télé-réalité
politique
« Marianne, déçue par Emmanuel,
va-t‑elle se laisser séduire par Marine
ou rejoindra-t‑elle Jean-Luc ?
Apprendrons-nous de nouvelles
révélations sur les passeports
d’Alexandre ? Édouard va-t‑il trahir
Emmanuel ? Chez les Gilets jaunes,
Ingrid réussira-t‑elle à imposer sa liste ?
Éric et Priscillia vont-ils se réconcilier ?
Vous le saurez en regardant le prochain
épisode d’“Emmanuel contre
les Gilets jaunes…” »
Comme une stratégie
de communication
– Marlène Schiappa chez Cyril
Hanouna, ça n’était pas un peu
too much ?
– Pas du tout, il faut casser les codes,
toucher les jeunes. Les Français en ont
assez de la vieille politique, il faut se
renouveler ! Curieusement, l’émission
de Hanouna était beaucoup moins
fouillis que l’émission politique de
France 2 quelques jours plus tôt.
– Bon… Admettons. C’est quoi la
prochaine étape pour reconquérir
l’opinion ? Jean-Michel Blanquer à
Questions pour un champion ?
Comme un sujet
du bac philo
– Donner la parole à tout
le monde, est-ce compatible
avec la démocratie ?
– L’éducation et la culture sontelles les meilleurs remparts contre le
populisme ?
– Simplifier des problématiques
complexes, est-ce forcément être
démagogue ?
– Les utopies politiques se
fracassent-elles toujours sur les réalités
économiques ?
– Discuter avec ses adversaires
suffit-il pour éviter la violence ? g
rédéric Pierucci, ancien cadre ­dirigeant
d’Alstom passé par la case prison
­ tats-Unis
­p endant deux ans aux É
pour faits de corruption, revient sur une
saga ­i ndustrielle française hors norme.
­Alstom fait partie du roman national. Quand
l’américain General Electric (GE) le rachète
en novembre 2014, l’auteur, lui, est déjà
pris au piège de la justice américaine. Sa
vie c­ havire à la sortie de son avion, à New
York, en avril 2013.
Les deux ­h istoires
s e c r o i s e n t . Po u r
­l ’auteur, sa ­d escente
aux enfers participe
d’une vaste entreprise
de ­d éstabilisation
­é c o n o m i q u e . S o n
témoignage fait froid
d a n s l e d o s, s a n s
toutefois parvenir à
­apporter des réponses
à toutes les q
­ uestions
qui c­ ontinuent de
Le Piège américain
­passionner j­ ournalistes,
Frédéric Pierucci
avec Matthieu Aron,
­p olitiques et spéciaJC Lattès, 480 p.,
listes de l­ ’intelligence
22 euros.
­économique. GE a-til ­i nstrumentalisé la
­justice américaine pour
s’emparer de son rival ?
Existait-il au cœur de la machine Alstom
un système éprouvé de corruption pour
décrocher les appels d’offres ? P
­ ourquoi
les ­a utorités françaises n’ont-elles pas
­poursuivi le groupe, ­laissant aux ­Américains
un ­pouvoir unilatéral de sanction ? L’unique
bon côté de cette sombre histoire tient sans
doute dans la ­reconversion de l’auteur dans
le conseil sur les questions de prévention
de la corruption internationale. La garantie
d’une nouvelle vie loin de la paille humide
des cachots. g
Bruna Basini
Plongée dans le
terrorisme ordinaire
L
e terrorisme islamiste a ses stars,
mortes ou vivantes, dont les attentats
spectaculaires et meurtriers ont fait la
une des journaux. Mais il a aussi ses petites
mains, ses contributeurs anonymes de la terreur, ses auteurs d’actions ratées. C’est sur
leur cas que Mathieu
Delahousse s’est longuement penché. Il a choisi
pour lieu d’observation
la 16e chambre correctionnelle du tribunal de
Paris. Cette juridiction
spécialisée voit défiler
devant elle ces soldats
perdus de l’islamisme
radical. Le résultat de
cette passionnante
La chambre des
plongée dans un unicoupables
vers glauque n’est pas
Mathieu Delahousse,
sans semer le trouble.
Fayard, 240 p., 19 euros.
L’exemple de cette
jeune fille de 19 ans
venue à Paris pour « tuer
des gens » et « faire pire qu’au Bataclan » est
­particulièrement frappant. Elle parle de la
mort des autres et d’elle-même avec un détachement qui effraie. Sa complice ne lui pose
qu’une question : « Tu veux te faire kamikaze
ou tu veux juste tirer et après mourir normal
[…] en te faisant tuer par le Raid ou avec la
ceinture ? » g
Pascal Ceaux
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le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
Entretien
Bernard-Henri
Lévy, hier à Paris.
Éric dessons/JDD
Vous allez entreprendre une tournée
théâtrale dans 21 villes du continent
pour défendre la cause de l’Europe
– un spectacle monologué dont
la première est prévue le 5 mars à Milan.
Une croisade, disiez-vous au départ…
Oui, le mot n’était pas terrible. Disons
plutôt une campagne. Sauf que c’est une
campagne où je ne serai candidat à rien.
Vous auriez pu assumer d’avoir
la « religion de l’Europe » ?
Non. L’Europe est une idée, pas une
­religion. Et cette idée doit devenir un
désir. C’est l’enjeu.
On en est loin…
C’est vrai. D’autant plus que les gens
qui pensent ainsi sont souvent découragés. Ils baissent les bras. Ils n’osent
même pas faire clairement campagne
sur cette idée de l’Europe. Ou, s’ils le
font, c’est à demi-mot, honteusement.
Husserl, dans ses grandes conférences
sur l’Europe de 1935, à Vienne et
Prague, parlait déjà de ces « cendres
de la grande lassitude », que nous avons
tous à la bouche aujourd’hui…
Lassitude de quoi ?
De l’Europe. Mais aussi – car c’est la
même chose – de la liberté, des vertus et
des complexités de l’État de droit et, au
fond, de la démocratie. Nous sommes
en train de vivre, en réalité, la troisième
grande crise de la démocratie depuis
un siècle. Il y a eu celle d’avant 1914,
autour de l’affaire Dreyfus. Puis celle
des années 1920. Et là, maintenant, la
troisième. Avec un point commun aux
trois : le très grand nombre de gens qui
se mettent à penser : « On aime bien la
démocratie ; on pense toujours que c’est
le plus mauvais des régimes à l’exception
de tous les autres mais voilà, elle est
périmée ; et il faut se résigner à d’autres
solutions. » Dans ces cas-là, les digues
cèdent. L’esprit critique abdique. Et
on tolère, par exemple, au nom de la
« misère sociale », des choses inacceptables : voyez la prosternation, en tout
cas pendant les premières semaines,
devant les dérives antirépublicaines et
factieuses des Gilets jaunes. Ma pièce
est une arme contre le découragement.
J’ai la conviction que ceux qui croient
en l’Europe peuvent encore l’emporter, s’ils le veulent, sur les naufrageurs
illibéraux.
Macron contre Orbán ?
On peut dire ça comme ça.
Pensez-vous que Macron
a eu raison de présenter les choses
de cette façon : « progressisme
versus illibéralisme » ?
Est-ce que ce ne sont pas les choses
elles-mêmes qui se « présentent »
ainsi ? Le fait est là. Vous avez, aujourd’hui, à la table où se prennent
les décisions de l’Europe, une demidouzaine de gens qui pensent comme
Orbán et qui sont là pour saboter les
principes mêmes sur lesquels l’Europe
s’est fondée. Et, en face, vous avez
Macron, qui est l’un des seuls à dire
nettement : « L’Europe est bonne ; elle
est une belle chimère politique ; il y a
de la fierté à porter ses valeurs et ses
couleurs. » Donc, oui, l’idée est bien
de sillonner l’Europe pour essayer de
contredire, affaiblir, faire douter les
pro-Orbán…
N’y a-t-il pas que des coups
à prendre pour vous ?
Quand je regarde en arrière et que je
considère ce que j’ai fait en Bosnie, en
Libye, au Kurdistan ou ailleurs, je ne re-
« Ceux qui croient
en l’Europe
peuvent gagner »
Par Bernard-Henri Lévy
Le philosophe part le mois prochain
en tournée à travers le continent pour
défendre l’idée européenne, « cette
invention démocratique unique dans
l’histoire des hommes » que menacent
à présent le fascisme et le fatalisme
grette rien. Il y a une chose, une seule,
dont, si je devais disparaître demain
matin, je demanderais pardon à mes
enfants : c’est d’avoir été le contemporain de ce rêve extraordinaire, de
cette invention démocratique unique
dans l’histoire des hommes qu’est
l’idée européenne et de l’avoir laissée
sombrer, comme en Hongrie, dans le
cynisme ou, comme en Italie, dans le
grotesque. Alors, face à ça, les coups…
Pourquoi grotesque ?
Parce que ces criminels de bureau qui
ferment les ports italiens, rejettent les
enfants de migrants à la mer et menacent l’écrivain Roberto Saviano de le
livrer à la mafia sont aussi des person-
nages ridicules. Prenez Salvini. Et, en
face, relisez Brecht. Ou Malaparte. Ou
revoyez Le Dictateur de Chaplin. Il y
a, chez lui comme chez tous les fascistes naissants, cette dimension de
bouffonnerie. Lui, son truc, c’est de
se déguiser en pompier. Au point que
le syndicat des pompiers italiens songerait à le poursuivre pour usurpation
d’uniforme…
« Fasciste naissant »… On va vous accuser
de franchir le point Godwin !
Moi, ce qui me fatigue, c’est cette histoire de point Godwin ! Quand les gens
vont-ils comprendre que le fascisme
n’est pas une aberration de l’Histoire,
un gros mot, mais une catégorie poli-
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le journal du dimanche
dimanche 27 janvier 2019
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Entretien
tique à part entière ou, mieux, un type
de régime ? Les anciens classaient les
régimes en divers types : tyrannie, oligarchie, démocratie, démagogie, etc.
Les modernes en ont ajouté un nouveau à la liste, qui se nomme le fascisme
et qui est appelé, hélas, à connaître de
nouveaux avatars. Lorsque l’avatar
arrive, il faut le reconnaître. Et savoir
l’appeler par son nom.
sortes », comme disait Apollinaire, se
presser dans les mairies, les écoles, les
appartements, pour débattre, délibérer
et, ensemble, produire des idées.
Vous êtes à l’initiative d’un manifeste
inquiet de 30 écrivains européens, publié
hier en une de Libération. Un cri d’alarme :
« l’Europe est en péril »… 
Un cri d’alarme, mais aussi d’espérance.
Car, ces trente-là, ces trente patriotes
européens, font comme tous les vrais
patriotes en temps de péril : ils montent au front.
Donc, quand on dit « populistes »,
c’est une abdication sémantique ?
C’est, en effet, un mot trop doux pour
dire une nouvelle version, certes naissante, certes balbutiante, du fascisme
historique.
Mais ne sont-ils pas seuls ?
Sans doute. Mais, à eux
seuls, ils forment l’âme
de l’Europe.
Ce combat pour l’Europe et contre
la poussée fasciste n’est-il pas
un combat donquichottesque ?
Il y a pile vingt-cinq ans, aux européennes de 1994, j’avais lancé une fausse
liste électorale qui s’appelait la « liste
Sarajevo ». C’était perdu d’avance. Mais
au moins avons-nous, avec mes camarades de l’époque, imposé la question
de Sarajevo au cœur d’une campagne
qui n’en voulait à aucun prix. Eh bien,
un quart de siècle plus tard, rebelote.
Mon rêve serait d’imposer la question
de l’Europe dans une campagne européenne qui veut bien entendre parler
de tout, sauf de l’Europe.
Au fond de vous, pensez-vous que l’Europe
peut gagner ?
Je vous l’ai dit. Il faudra de l’habileté,
mais aussi de la force. Il faudra, si vous
préférez, être Ulysse et Achille à la fois.
Mais c’est jouable. On a, dans toute
l’Europe, assez de « bons Européens »
au sens de Nietzsche, capables de ça
et qui ne demandent qu’à se réveiller.
Vous mettez clairement
Jean-Luc Mélenchon dans
le même sac que Marine Le Pen.
Ce n’est pas moi qui l’y mets, c’est lui.
Il parle de plus en plus comme elle.
Vous y voyez un phénomène de
rapprochement à l’italienne ?
Son côté ancien sénateur socialiste
fait qu’il a encore des tabous et qu’il
hésitera à franchir le pas. Mais prenez
cette ­fameuse séquence où on l’a vu
sur le point de frapper, le jour d’une
perquisition, un juge et un policier. Il y
avait là un côté vieux nervi qui n’a pas
échappé aux Gilets jaunes qui, quelques
semaines plus tard, sont, eux, passés
à l’acte… Eh oui ! Le chef des « Insoumis » avait montré l’exemple. Il faut être
aveugle pour ne pas voir le séquençage
strict entre cette colère de Mélenchon
et le déchaînement de violence, ensuite,
des Gilets jaunes les plus radicaux
contre les forces de l’ordre.
Ça, ce sont les mauvaises surprises
de la période. Y en a-t-il de bonnes ?
L’évolution d’un Alexis Tsipras, en
Grèce. Il a fini par comprendre que
l’Union européenne, avec ses règles,
n’avait pas tué, mais sauvé la Grèce.
À part Tsipras ?
Le grand débat, en France, est une autre
bonne surprise. Autant la séquence
Gilets jaunes fut souvent mortifère et
nihiliste, autant cette séquence « grand
débat » est un beau moment de fraternité républicaine et de recherche en
commun des solutions. J’entendais,
après le saccage de l’Arc de Triomphe,
le sociologue ­Emmanuel Todd dire :
« Les Gilets jaunes me rendent fier d’être
français. » Moi, ce qui me rend fier d’être
français, c’est de voir des « gens de toutes
Trente
écrivains
sonnent
l’alarme
Dans un manifeste
publié hier
par Libération,
de grands
auteurs français
et étrangers se
joignent à BHL
pour « sonner
l’alarme contre
les incendiaires
des âmes qui, à
travers l’Europe,
jouent avec le feu
de nos libertés ».
Parmi eux,
Salman Rushdie,
Leïla Slimani, Milan
Kundera, Roberto
Saviano, et les Prix
Nobel de littérature
Mario Vargas Llosa,
Herta Müller et
Orhan Pamuk.
avec les eurosceptiques de probité, la
discussion est non seulement possible
mais indispensable. C’est, du reste,
encore un autre volet de mon projet.
Avec un petit groupe d’experts, je mets
en place une plateforme Internet afin
que réponse soit systématiquement
donnée aux vraies questions de vie
quotidienne que se posent les eurosceptiques de probité.
Les valeurs démocratiques sont en recul
à l’intérieur même de l’Europe…
Oui. Mais avec un vrai coup de main
venu de l’extérieur. L’impérialisme
commercial chinois ; Trump, sur
le point de rompre
­l ’alliance séculaire
entre les peuples des
deux rives de l’Atlan« Macron
tique ; et, bien sûr, Pouaura à
tine dont le projet officiel est de démanteler
affronter
l’Europe.
Aborderez-vous, sur scène,
cette question du fait religieux ?
Je m’adresserai aux musulmans, oui.
Et je leur dirai : votre chance, en même
temps que votre grandeur, ce serait
de crier d’une seule voix, comme il
y a quelques années dans les rues de
Londres, « Not in our name »…
Au-delà de l’islamisme, évoquerez-vous
le fait religieux en général ?
Il sera là. Forcément. En Pologne, par
exemple, où m’avait invité le maire de
Gdansk, Pavel ­Adamowicz, ce fondateur de Solidarnosc qui vient d’être
assassiné, je maintiens évidemment
la représentation. Mais avec cette réflexion : que de chemin parcouru entre
l’époque où le catholicisme était une
force de liberté et ce moment d’aujourd’hui où il est en train de devenir
une idéologie hystérisée, échauffant
les esprits et rendant les gens fous !
Vous invoquez souvent
l’âme de l’Europe.
Qu’entendez-vous par là ?
Ces écrivains, dans leurs
sa tempête
langues et dans leurs
Si ce ne sont ni les politiques
ni les intellectuels, alors qui ?
rêves, nous rappellent
D’accord. Mais les
intime »
Les bureaucrates ? Ce sont eux,
Hongrois ont bel et bien
que l’Europe est un
les responsables de la crise ?
élu Orbán.
continent de chimères
et de liberté, et qu’elle
Ça s’appelle la serviJe ne dirai pas ça non plus. Prenez le
s’est aussi faite par la littérature. Les
tude volontaire. Comment un peuple
Brexit. Dans la vraie vie, beaucoup
pères fondateurs de l’Union ? Ce sont,
qui s’est sorti des griffes du KGB au
­auraient dit aux Anglais : « Tant pis pour
aussi, les écrivains. Ce sont ces penprix de souffrances inouïes peut-il se
vous, allez au diable ! » Là, vous avez des
seurs et ces poètes dont Franz Werfel
jeter sous celles du FSB ? Cela reste un
hauts fonctionnaires consciencieux
rêvait de faire une académie. Et ce sont
mystère pour moi. De même qu’est un
qui passent des années à essayer de
ces trente-là.
mystère Orbán lui-même. Il se trouve
recoller les morceaux, de rompre sans
que je l’ai rencontré, fin 1989, à l’époque
casser, de laisser les Britanniques parEntendre les écrivains suffira-t-il à lutter
où il était un jeune dissident plein
tir mais sans les punir ni les humilier.
contre le découragement ?
d’ardeur et…
Ça aussi, c’est la démocratie. Et c’est
Bien sûr que non. Mais regardez :
l’Union européenne.
on s’interroge toujours sur l’identité
Dans quelles circonstances ?
­européenne. On dit qu’elle n’existe
J’étais chargé, par François MitLa crise migratoire est l’une des
pas, qu’elle est introuvable, etc. Eh
dimensions de la crise européenne. Allezterrand, d’une mission d’évaluation
vous lui réserver un sort sur scène ?
bien voilà. Elle est là. Ces 30 visages
de ce que la France pouvait apporter
et ces 30 œuvres qui, dans le journal de
aux capitales de l’Europe centrale
Oui. Mais en me gardant des raccourSartre et de Duras, refusent l’Europe de
libérées du communisme. Et je suis
cis. La pression migratoire est plutôt
la peur, de la haine et des bouffons, ils
passé, bien sûr, par Budapest. C’est
en train de se réduire que d’augmensont l’Europe. Jean Monnet aurait dit
une des choses, d’ailleurs, qui me
ter. La montée de la xénophobie et du
que, si c’était à refaire, il recommencerendent cette tournée d’aujourd’hui
racisme ne lui est pas proportionnelle.
rait par la culture. C’est exactement ce
si émouvante. Trente ans plus tard,
Et puis ceci : qu’il faille une politique
que fait ce manifeste. La vraie langue
revenir dans les mêmes lieux, revoir les
migratoire, sans doute ; mais, primo, il
de l’Europe, dit-il, ce n’est ni l’anglais
mêmes gens… Orbán, donc. J’aimerais
faut demeurer inflexible sur les lois de
ni le français, c’est le roman.
tellement comprendre ce qui a bien
l’hospitalité et de l’asile ; et, secundo, il
pu se passer dans la tête de ce jeune
n’y a que dans l’espace européen que
cette question peut être mise en déliÀ vous entendre, l’Europe est
homme qui a vaincu Brejnev et qui se
béré et trouver des réponses.
une belle endormie qu’il faut
couche, aujourd’hui, devant Poutine.
de toute urgence réveiller…
Dans la mythologie grecque, Europe
Philippe Val vient de publier un livre où il
Comment cela ?
met en scène la trahison des intellectuels
était une jeune princesse kidnappée
C’est pareil pour la question de l’écoloau XXe siècle. L’avez-vous lu ?
par Zeus et retrouvée sur les rives de
gie, ou de la finance dérégulée, ou du terla Crète. Là, on ne sait plus qui l’a kidNaturellement. Val est
rorisme. Pour toutes les
nappée. Ni où elle est détenue. Mais
un ami doublé d’un
vraies grandes questions
on la cherche. Cela dit, il n’y a pas que
compagnon de combat.
qui se posent aux vrais
ça, dans la pièce. Il y a aussi des idées
Mais, là, il y a peut-être
peuples du continent,
« Cette
vous pouvez prendre
concrètes. Des propositions pour vraiune nuance. Je ne dirais
histoire
ment changer la vie des gens.
pas « les intellectuels ».
toutes les décisions que
vous voudrez à l’intéde point
Un exemple ?
Les politiques, alors ?
rieur du village gaulois,
Godwin me
ça ne sert plus à rien. Il
Benoît Hamon, pendant la présidenNon plus. Et on voit
bien, dans son beau
tielle, avait lancé une belle idée : celle
fut un temps où la bonne
fatigue ! »
livre, comment, au
d’un revenu minimum universel. Le
agora citoyenne, celle où
texte montre que l’idée ne fonctionne
moment de l’affaire des
on pouvait délibérer et
pas à l’échelle de la France mais qu’à
caricatures de Mahodécider, était la cité. Puis
l’échelle du continent, oui. Vous
met, le monde politique s’est scindé
vint celui de la nation. Aujourd’hui, la
bonne agora, c’est l’Europe.
imaginez un chèque signé Europe et
en deux. D’un côté, les munichois qui
voulaient, pour avoir la paix, la sainte
garantissant à chacun un minimum
vital décent ? L’Europe changerait de
alliance des religions. Et, de l’autre, les
Voulez-vous dire que si vous êtes
européen, c’est aussi par pragmatisme ?
visage. Elle deviendrait brusquement
courageux qui étaient prêts à prendre
plus aimable. En tout cas, pour les gens
le phénomène de front. Quitte à incriAutant que par idéalisme. Face à tous
honnêtes. Pour ceux qui ne sont pas
miner la part de l’islam qui a, évidemces défis énormes, de deux choses
juste des fanatiques et avec qui on
ment, « quelque chose à voir » avec
l’une : ou bien on passe à cette échelle
peut parler.
l’islamisme.
de l’Europe, ou bien on se condamne à
les subir ou, pire, à en profiter. Car il y a
Parce qu’on ne peut pas parler
Ce n’est pas la position de Macron.
aussi, hélas, des profiteurs du malheur,
avec tout le monde ?
On verra. Sur ce sujet-là comme sur les
des rentiers de la désespérance et de la
J’ai toujours refusé de dialoguer avec
autres, il aura à affronter sa tempête
catastrophe. Et ils n’ont aucun intérêt,
un lepéniste, par exemple. Ou avec
intime ou, ainsi que le disait le grand
eux, à être européens. Avec ceux-là, le
Tariq Ramadan. Il y a des gens qui sont
écrivain Michel Leiris, auteur de L’Âge
combat sera sans merci. g
animés d’une telle haine que le diad’homme, sa vraie « corne de taureau ».
logue est inutile. Mais avec les autres,
Et on verra bien, alors, de quel côté il
Propos recueillis par
tous les autres, et, en la circonstance,
penchera.
Anna Cabana et Hervé Gattegno
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le journal du dimanche
dimanche 27 janvier 2019
Lire
Téléportation réussie
bd Zep, le créateur de
les rues. La plupart des gens se déplacent en Transcore, un module de téléportation. Tristan Keys, lui, résiste. Ce
« Monsieur Nostalgie » aime prendre le
métro (déserté de tous, à part quelques
touristes et marginaux) et arpenter la
ville, contrairement à sa compagne Kloé,
adepte des nouvelles technologies.
Mais le récit vire au polar… Qu’estil donc arrivé à cette femme qu’il retrouve mortellement blessée dans un
Transcore ? Que cherche-t-on à leur
cacher ? L’enquête le conduit jusqu’à
Londres. Couleurs froides, graphisme
inspiré de Bilal et ­de Moebius, les magnifiques illustrations de Dominique
Bertail donnent le ton. « Il y a très peu
d’éléments de science-fiction, mais une
ambiance très particulière », explique-til. Le dessinateur prend manifestement
plaisir à représenter cette capitale où il
a longtemps vécu, et combine avec bonheur des monuments éternels – la tour
Eiffel, l’Arc de Triomphe… –, ce Paris de
carte postale, avec des sculptures aux
lignes acérées ou des bâtiments à l’architecture ultra-­contemporaine.
Enfin, il y a ce couple. T
­ ristan, l’écrivain rebelle en blouson noir ; Kloé,
beauté couleur d’ébène, resplendissante
en tailleur-pantalon blanc. Une espèce
de yin et de yang. Une histoire d’amour
dans une société déshumanisée ? Il reste
donc un peu d’espoir. g
Titeuf, signe le scénario
d’un album d’anticipation
dessiné par Dominique
Bertail
À l’entrée du métro, un drone scanne
le voyageur, l’identifie et l’autorise à
entrer. Le héros le salue avec un doigt
d’honneur. Bienvenue à Paris, en 2119.
Zep (au scénario) et Dominique Bertail
(au dessin) conjuguent leurs talents pour
imaginer la Ville Lumière dans un siècle.
D’un côté, des quartiers délabrés ou il
pleut sans arrêt « depuis le programme
de désinfection de l’atmosphère ». De
l’autre, des secteurs-musées protégés
par un champ magnétique. Et partout,
des clones, des sécuridrones et… des
cabines de téléportation.
Zep démontre a nouveau qu’il n’est
pas seulement le « père » de Titeuf.
Après s’être essayé, avec succès, au
thriller écologique (The End), l’auteur
suisse signe ici une BD d’anticipation
très réussie. « Le progrès part toujours
d’une bonne intention, mais il y a des dommages collatéraux », prévient-il.
Graphisme inspiré de Bilal
et de Moebius
Dans cette cité futuriste, les ­habitants
sont pucés, la nourriture dupliquée, le
droit de se ­reproduire soumis à visa. Et
il n’y a quasiment plus personne dans
Marie Quenet
Au palmarès du
Festival d’Angoulême
Rue de Sèvres, Paris, 2019
Le 46e Festival international de la bande
Paris 2119
Zep et Bertail, Rue de Sèvres, 80 pages, 17 euros
(ou en version luxe, 88 pages, 25 euros).
Sombres destinées
Douleur L’écrivaine noire
américaine Jesmyn Ward retrace
l’histoire d’une famille
à la dérive dans le Mississippi
C’est l’histoire d’une famille du Mississippi bouffée par la drogue et la
maladie, meurtrie par le ­racisme,
hantée par les morts… On la découvre au travers des yeux d’un
garçon noir, Jojo, le jour de ses
13 ans. Cet anniversaire, il le doit
à son grand-père maternel noir, le
seul sur lequel il puisse compter, la
mémoire de la lignée et son grand
modèle. Son père Michael, un Blanc
« barbouillé de tatouages », se trouve
en prison depuis trois ans. Soudeur
sur des plateformes pétrolières, cette
tête brûlée s’est fait dealer, cachant
ses sachets de poudre et de cristaux
dans le plancher de sa voiture.
Sa mère noire, Leonie, se drogue
tant et plus. Serveuse dans un bar,
elle adore faire la fête avec sa meilleure amie, une Blanche aussi défon-
cée qu’elle, du nom de Misty. Jamais
remise de la mort de son frère Given,
assassiné pour avoir gagné un pari
contre des Blancs, Leonie se moque
de ses enfants comme d’une guigne.
C’est son fils Jojo qui veille jour et
nuit sur sa petite sœur de 3 ans,
Kayla, se privant de sommeil pour
protéger celui de sa cadette.
Les vivants et les morts
inlassablement convoqués
Cette mère indigne, qui prétend toujours que ses enfants ont déjà mangé,
et ce fils aîné malmené se racontent
à tour de rôle dans ce roman mêlant
les voix des uns et des autres. Leonie
le vérifie jour après jour : « C’est un
monde qui se moque des vivants et les
change en saints après leur mort. Et il
ne s’arrête jamais de nous torturer. »
Jojo observe lui que non seulement
« le monde est mal fait », mais que sa
mère « tue les choses ».
Dans une prose lyrique et parfois
hallucinée, l’écrivaine noire améri-
Beowulf Sheehan
*
Jesmyn Ward.
caine Jesmyn Ward convoque inlassablement vivants et morts, retrace
les actes de barbarie des Blancs
d’aujourd’hui, dépeint un univers
d’injustices et de souffrances qui gravite autour de la ville (imaginaire)
de Bois Sauvage, titre d’un de ses
précédents livres. Chacun des protagonistes se débat comme il peut,
pris dans des courants trop forts,
submergé par la violence ambiante
dans ce Sud qui baigne encore dans
l’histoire de l’esclavagisme.
Son récit se noue autour de la sortie de prison de Michael, qui avait
dessinée d’Angoulême a sacré hier soir
l’Américaine Emil Ferris, Fauve d’or du
meilleur album pour Moi, ce que j’aime,
c’est les monstres – Livre premier (Monsieur Toussaint Louverture). Parmi les
autres récompenses, le prix spécial du
jury a été attribué aux Rigoles (Actes
Sud BD), de Brecht Evans ; le grand prix
à Rumiko Takahashi pour l’ensemble de
son œuvre ; le prix de la révélation à Ted,
drôle de Coco (Atrabile) d’Émilie Gleason
et le Prix René-Goscinny du scénario à
Pierre Christin pour Est-Ouest (Dupuis)
et l’ensemble de son œuvre. g
séduit Leonie alors même que le
propre cousin de Michael avait tué
son frère Given, un enfant « arrivé
trop tard et mort trop tôt ». Cette
famille improbable entreprend une
laborieuse expédition en voiture
jusqu’au pénitencier décrit comme
« un endroit pour les morts », tant
il est difficile pour les Blancs et les
Noirs d’y survivre. En chemin, les
enfants ont soif, ont faim ; la petite
Kayla tombe malade, tandis que
Leonie et sa copine Misty restent
obnubilées par leurs diverses combines pour se procurer de la dope.
Leur retour, après la libération
de Michael, se révèle encore plus
cauchemardesque. Leonie avale un
sachet de methamphétamine pour
que la police ne tombe pas dessus
lors d’un contrôle routier. Michael
se bat violemment avec son père qui
refuse d’accueillir sa belle-fille et ses
petits-enfants métis.
Ce troisième roman de Jesmyn
Ward, intitulé Le Chant des revenants, confirme, après Ligne de fracture et Bois Sauvage, la puissance
et la singularité de cette auteure de
41 ans. Originaire de DeLisle (Mississippi), elle fut la première, dans
sa famille, à bénéficier d’une bourse
universitaire. Diplômée de Stanford,
elle enseigne aujourd’hui l’anglais à
la faculté de Tulane. Seule femme
à avoir obtenu – par deux fois – le
National Book Award, elle a bâti
en dix ans une œuvre qui fait déjà
date. Aux États-Unis, on la compare
à Toni Morrison et William Faulkner. Ses livres se lisent déjà comme
des classiques, avec des personnages
qui vous hantent longtemps car ils se
révèlent aussi forts que touchants. g
François Vey
Le Chant des revenants
Jesmyn Ward, trad. Charles Recoursé, Belfond,
272 pages, 21 euros (en librairies le 7 février).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
41 *
le journal du dimanche
dimanche 27 janvier 2019
Lire
Un baiser, un siècle après… Dans
D
ans un coin un peu
femmes comme Marthe,
reculé du cimela piqueuse de bottines,
tière du Montpoursuivent son éducaparnasse, il y a une tombe
tion politique et surtout
pour le moins originale.
l’encouragent à vivre en
Elle est ornée d’une sculpdehors des contraintes du
ture érotique représentant
mariage, dans la liberté de
un couple nu, l’homme et
Bernard Pivot
son corps et de ses idées.
la femme assis l’un en face de l’académie Goncourt Elle fait alors la connaisde l’autre, lèvres contre
sance de Brancusi et bienlèvres, dans l’extase de
tôt pose pour lui…
l’amour absolu. Cette très
Sophie Brocas joue
belle œuvre, intitulée Le Baiser, est
avec m
­ aestria sur deux tableaux :
signée du grand sculpteur roumain
le sentimental et tragique où elle
Constantin Brancusi. Elle est dédiée
accompagnera Tatiana jusqu’au
à une jeune Russe, Tatiana Rakoska,
suicide, victime de la société et de
qui s’est suicidée. Elle a dû inspirer
la morale de son époque ; le droit
des sentiments très forts et des red’où elle oblige Camille à tirer le
grets très vifs pour que le commanmeilleur, le plus efficace pour emditaire ait demandé à Brancusi une
pêcher l’enlèvement de la statue.
sculpture aussi audacieuse. Elle est
Sur les concessions temporaires
installée sur la tombe depuis 1910.
ou perpétuelles, sur les droits de
À partir de cette réalité, l’imagileurs titulaires, sur les caveaux et
nation de Sophie Brocas (Le Baiser
monuments funéraires considérés
est son troisième roman) a décollé
comme des immeubles, Sophie Brodans le romantisme, le féminisme
cas est incollable. Car son avocate
et le juridique.
est bien obligée de mener une sorte
Camille Ravani est avocate dans
d’enquête policière dans les textes
le puissant cabinet McAnton.
et chez les personnes bizarres, un
­Diplômée de Harvard, célibataire,
peu louches, qui se sont transmis
elle consacre toute son énergie et
la concession. Elle se passionne
tout son temps à sa profession, son
pour la défense de Tatiana et de son
expertise dans les affaires de probaiser parce que pour la première
priété industrielle étant reconnue
fois dans sa savante vie d’avocate
et très cher payée. Elle bosse, elle
de la propriété industrielle elle fait
bosse, et rien ne saurait la distraire
intervenir son goût – elle admire
de son plaisir à travailler.
Jusqu’au matin où l’un de ses voisins, directeur des cimetières de la
Ville de Paris, l’aborde et l’ennuie en
lui racontant qu’un marchand d’art,
mandaté par le propriétaire d’une
tombe, veut démonter et emporter
la statue de Brancusi qui l’orne. En
a-t‑il le droit ? Comment empêcher
cet enlèvement vénal, l’œuvre de
pierre valant probablement une
très forte somme d’argent ? Voici
le dossier. Camille proteste. Ce n’est
pas dans ses compétences. Mais,
comme dans les films policiers
où le vieux commissaire bougon
­reprend du service parce que l’afBrancusi – et son cœur – elle aime
faire a piqué sa curiosité, l’avocate
la jeune Russe.
est émue par le destin tragique de
Camille sauvera probablement
la jeune aristocrate russe et file un
Tatiana, mais, un siècle après sa disdimanche visiter sa tombe.
parition, Tatiana a sauvé Camille de
Double choc : artistique et moral.
son indifférence au monde. Elle lui
« Et quoi, se dit soudain Camille, on
a donné l’envie d’être belle, d’aimer,
voudrait enlever ce poème d’amour
d’avoir des élans, de vraies causes
à la petite princesse ? On voudrait la
à défendre, à commencer par celle
faire mourir une deuxième fois ? »
des femmes.
Les causes mémorielles sont les
P.-S. La couverture du livre est
plus belles parce que les plus
ornée d’une beauté nue qui met
désintéressées. Camille prend
son pied droit dans une chausfait et cause pour Tatiana, un peu
sure rouge. Aucun rapport avec le
parce que le seul bon souvenir de
roman. Pourquoi pas la reproduction du Baiser de Brancusi ? Sur le
sa propre et pauvre vie sentimentale est son premier baiser, surtout
Net, on peut admirer l’œuvre auparce qu’elle pressent qu’il y aura
dessus de la tombe et se pencher
à mener une magnifique bataille
sur le visage de Tatiana dans son
juridique.
médaillon. g
Tatiana a eu pour grand-oncle
Léon Tolstoï. À 17 ans, elle l’a rencontré dans son domaine ­d’Iasnaïa
Poliana, puis elle l’a lu. Très vite,
elle a partagé son indignation
devant la misère des paysans et
des ouvriers. Au scandale de sa
famille, elle s’est rebellée contre
l’injustice sociale. La police du tsar
étant aux aguets, sa mère l’a expédiée dare-dare à Paris. Là, elle a été
confiée à une tante, représentante
caricaturale d’un monde sclérosé,
­égoïste, vieillot, qui voudrait l’enfermer dans l’obéissance et dont au
Le baiser
Sophie Brocas, Julliard, 300 pages, 20 euros.
contraire elle se libère en entreprenant des études de médecine. Des
Sophie Brocas
joue avec
maestria sur
deux tableaux :
le sentimental
et tragique,
et le droit
Rédemption Partant du décès
du fils d’Abraham Lincoln,
George Saunders interroge
les crimes au fondement
de la société américaine
Washington, 1862. Un cortège
­f unèbre s’achemine parmi les
tombes du cimetière d’Oak Hill.
Abraham Lincoln, seizième président des États-Unis, accompagne
son fils Willie jusqu’à sa dernière
demeure, endeuillé comme des
milliers de ses concitoyens pleurant la mort d’un proche victime
de la guerre de Sécession, qui fait
alors rage. À la nuit tombée, les
vivants laissent place à la procession des âmes errantes qui peuplent le cimetière et entourent la
silhouette d’un père serrant une
dernière fois son fils dans ses bras.
Parmi elles, Roger Bevins, qui s’est
ouvert les veines faute d’avoir pu
avouer son homosexualité ; Hans
Vollman, qu’une poutre défectueuse a privé de la compagnie
de sa jeune et belle épouse, et le
révérend Everly ­Thomas, promis
aux enfers par une vie de péchés.
Anges gardiens de l’âme de
Willie Lincoln, se refusant pour
l’heure à l’au-delà, le truculent trio
tente de réconcilier père et fils avec
la destinée qui les a cruellement
privés l’un de l’autre. Mais la présence du garçonnet, inhabituelle
en ces lieux maudits, déclenche
bientôt une bataille homérique
entre forces sépulcrales bienveillantes et maléfiques, reflet
de la guerre divisant, au-delà des
grilles du cimetière, une nation
George
Saunders.
balbutiante. Roman choral hanté
par près de 160 narrateurs, historiques ou fictifs, Lincoln au
Bardo emprunte au Livre des
morts ­tibétain, le Bardo Thödol,
son c­ aractère polyphonique aussi
bien que l’état transitoire de l’être
passant de vie à trépas, dans lequel
évoluent les résidents d’Oak Hill.
Ces plaies toujours béantes
Errant lui-même dans ce purgatoire
cacophonique, le lecteur est saisi
d’empathie pour les pauvres hères
rencontrés, dont le destin traduit
souvent un aspect de la société américaine de l’époque, marquée par
l’esclavage, la conquête de l’Ouest
et la guerre civile. Au diapason de ces
plaies toujours béantes de l’histoire
de son pays, George S
­ aunders suggère, à travers les correspondances
qui s’instaurent dans le récit entre
les vivants et les morts, la possibilité
de dépasser les crimes sur lesquels
les États-Unis se sont construits,
ouvrant la voie à une possible rédemption. Coup d’essai d’un auteur
déjà reconnu outre-­Atlantique
pour ses nouvelles et ses essais et
récompensé par le Man Booker
Prize 2017, ­Lincoln au Bardo est un
coup de maître qui s’offre de plus
le privilège de dynamiter les codes
romanesques pour interroger de manière inédite notre capacité à vivre, à
aimer, à souffrir, quand toute chose
est, in fine, vouée à disparaître dans
les limbes de l’Histoire. g
Laëtitia Favro
Lincoln au Bardo
George Saunders, trad. Pierre Demarty,
Fayard, 400 pages, 24 euros.
Talaie Ramin/Eyevine Guardian News/ABACA
l’au-delà
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le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
Plaisirs
ACTEURS
Dans le décor du
« Malade imaginaire »
au Théâtre
de Paris, mardi.
En quarante ans, Pierre
Arditi et Daniel Auteuil
se sont croisés mais n’ont
jamais vraiment joué
ensemble au cinéma
ou au théâtre
éric dessons/JDD
ÉCHANGE Alors qu’ils
sont chacun sur scène
actuellement, nous les
avons réunis pour une
riche discussion sur le
métier, Molière, la mort
A
u Théâtre de Paris,
Daniel Auteuil est cet hiver chez
lui. Dans sa loge grande ouverte
traînent une guitare, un masque de
papier ainsi que des souliers verts
très vifs. Ceux d’Argan, ce malade
imaginaire qu’il joue depuis vendredi dans la pièce du même nom,
qu’il met en scène. C’est là qu’il
nous reçoit mardi matin. Moyennement réveillé en préparant les
cafés pour tout le monde, il prévient que sa mémoire lui joue des
tours, la faute au texte de Molière
qui l’accapare… Lorsqu’il nous
­rejoint, retardé par la neige qui a
surpris la capitale, Pierre Arditi
paraît plus détendu. Lui vient
de passer le cap des premières
­représentations de Compromis, la
pièce contemporaine de Philippe
Claudel dont il partage l’affiche
avec Michel Leeb au Théâtre des
Nouveautés. Les deux acteurs
s’embrassent chaleureusement.
C’est sûr, ces deux-là s’apprécient,
se comprennent. Et jubilent rien
qu’à l’idée de parler de leur grand
amour, le théâtre.
Vous vous connaissez depuis
longtemps ?
Pierre Arditi : Très longtemps !
Ça doit faire quarante ans.
Daniel Auteuil : Plus encore. La
première fois que j’ai vu Pierre,
il répétait pour Au théâtre ce soir
[l’émission qui diffusait des pièces
entre 1966 et 1986], c’est vous dire…
Ensuite, en 1977, on s’est croisés
dans L’Amour violé, un film de Yannick Bellon. Mais nous ­n’avions
pas de scène e­ nsemble. Je me
souviens surtout de l’avoir beaucoup vu au théâtre, notamment
en 1986 lorsqu’il jouait dans une
pièce magnifique de Jean Anouilh,
La Répétition ou l’Amour puni, avec
Emmanuelle Béart [la compagne
de Daniel Auteuil à l’époque], dont
c’était la première pièce… Après, il
y a eu ce très beau film de Claude
Berri, L’un reste, l’autre part [2005],
mais nous n’avions pas plus de
scène ensemble !
P.A. : Moi, la première fois où je t’ai
vu, c’était en 1977 dans Apprendsmoi Céline, une pièce de et avec
Maria Pacôme au Théâtre des Nouveautés, où je joue actuellement.
Entre nous, il y a une admiration,
une tendresse. Et cette impression
de s’être quittés la veille chaque
Pierre Arditi et Daniel Auteuil
« Quand on joue,
ON est dieu »
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le journal du dimanche
dimanche 27 janvier 2019
Théâtre
fois qu’on se revoit. Il y a peu de
gens dans ce métier avec lesquels
j’ai ce type de rapport.
D.A. : Ce qui nous relie, c’est une
énergie et une envie de partager
avec le public qui nous suit. C’est
un tel miracle de se sentir toujours
désiré ! Je me sens, du moins je
souhaite être, de la même famille
d’acteurs que toi, Pierre. Tu vois
ce que je veux dire ?
P.A. : Oui. On est des généralistes,
pas des spécialistes. On accepte
de passer de Beckett à Jean Poiret,
de Brecht à Molière. On ne se dit
pas « je vais jouer ça, c’est bien pour
mon image ». Le désir de faire nous
suffit comme plan de carrière. Le
jour où on pensera que c’est normal, on sera devenus deux crétins.
Non, ce n’est pas normal, et cela
exige beaucoup de travail.
D.A. : Claude Sautet disait que le
talent c’est 20 %. Le reste, c’est
80 % de travail. Voilà à qui vous
avez affaire…
écrite d’Anouilh dont je parlais.
Pierre disait qu’à la hauteur où il
se trouvait, il lui était difficile de
respirer. Avec son enthousiasme et
son expressivité, il avait quelque
chose de Pierre Brasseur, autre
acteur que j’ai beaucoup admiré.
J’avais envie d’être à ta place tant
tu m’épatais ! Tu représentais pour
moi une étape à atteindre. C’est
agréable de te le dire aujourd’hui…
P.A. : C’est drôle parce que c’est la
vertu inverse que j’admire chez
Daniel, cette manière qu’il a de
se vider. Dans les films de Claude
Sautet, notamment Un cœur en
hiver [1992], que j’ai dû voir dix
fois à cause de ça, son personnage ne s’accroche plus à rien.
Tu as une espèce d’absence qui
me fascine. C’est pour moi ce qu’il
y a de plus dur à jouer. Il faut se
déshabiller de tout, et c’est ce qu’il
y a de plus beau chez un acteur,
être capable d’enlever tout ce qui
le constitue.
Comment expliquer que vous
ayez été si peu réunis au cinéma
et jamais au théâtre ?
D.A. : Parce que chacun a été souvent pris de son côté. Mais si une
bonne surprise survient, on l’attrapera ! On y pense depuis qu’on
Ce dépouillement vous fait-il peur ?
P.A. : Au théâtre, cela m’est arrivé de
jouer quelque chose de cet ordre,
mais je me demande si je pourrais
le faire au cinéma.
D.A. : Avec un Sautet, bien sûr que
tu peux ! Avec une telle partition,
tu es porté. Ce sont les grands
rôles qui font les grands acteurs.
Pourtant, quand j’ai lu le scénario
de Sautet, je l’ai d’abord refusé en
disant que je ne savais pas être rien.
« On finira
bientôt par
prendre un spot
publicitaire pour
une tragédie
de Racine »
Pierre Arditi
s’est retrouvés l’automne dernier
pour tourner le prochain film de
Nicolas Bedos [La Belle Époque].
Cette fois, on jouait ensemble. On
a pris énormément de plaisir et on
s’est mis à chercher…
P.A. : On tourne autour de l’idée
de faire quelque chose au théâtre,
de préférence dans un registre de
comédie. C’est un métier où on se
croise beaucoup, mais les occasions sont rares. Regardez, Jacques
Weber avec qui j’ai fait Le Tartuffe :
on n’avait jamais joué ensemble en
cinquante ans de carrière. Avec
Daniel, j’adorerais, parce que je
nous vois comme deux histrions.
D.A. : Un tel rendez-vous ferait des
étincelles. Le plaisir de rencontrer
quelqu’un qu’on estime, c’est celui
d’échanger des balles magnifiques
avec lui. C’est jubilatoire. On est
forcément meilleur avec un autre
encore meilleur.
P.A. : C’est comme au tennis. Toute
modestie mise à la poubelle, deux
grands joueurs, c’est beau à regarder ! Moi, je suis humble mais pas
modeste. Si on me dit que je ne
me suis pas cassé la tête pour un
rôle, ce qui m’est arrivé, ou si on me
suggère de me poser des questions,
je me les pose. C’est ça l’humilité.
Mais si quelqu’un vient me dire
que je ne suis pas un acteur, je
l’envoie chier parce que c’est faux.
Y a-t‑il de grands rôles de l’autre
dont vous êtes jaloux ?
D.A. : Je me souviens de cette
réplique dans cette pièce très
Comment vous partagez-vous
entre théâtre et cinéma ?
D.A. : On est des saltimbanques, on
va partout ! Pour avoir entendu les
regrets de confrères plus âgés, j’ai
décidé de ne pas en avoir. Je suis
heureux de pouvoir faire les deux.
Mais le théâtre, c’est un besoin de
retrouver ce pour quoi on a voulu
faire ce métier. Adolescent, j’étais
venu à Paris pour ça. Ma vie de
cinéma est magique, mais avec le
temps j’éprouve l’envie de retrouver cette jeunesse. Se confronter à
des textes, à un public. Et Molière,
c’est l’essence même du théâtre.
P.A. : Certains acteurs partent six
mois en vacances. Moi, je ne pourrais pas, Daniel non plus. Mais si
ce métier consiste à attendre des
mois pour faire un film, qu’on finit
par oublier parce qu’il disparaît
une semaine après sa sortie, c’est
une plaisanterie. Ce métier est
fait pour tordre le cou à la mort.
Quand on joue, en particulier au
théâtre, on est Dieu. Et quand on
a l’air d’y mourir, on se relève et
les gens applaudissent. Le théâtre,
c’est les racines. Chaque fois que
j’entre en scène, je me revois à
17 ans au cours d’art dramatique
de Tania Balachova, jeune acteur
maladroit, traqueur, pas aimé par
les filles, ou pas assez… Tout part
de là, du besoin d’être regardé.
N’avez-vous jamais éprouvé
le besoin de diriger une pièce
ou un film, comme Daniel ?
P.A. : Je ne sais pas faire.
D.A. : Marcello Mastroianni non
plus ne savait pas, c’était l’acteur
dans toute sa splendeur comme toi.
Voilà un monstre sacré ! Moi je ne
suis peut-être qu’un sacré monstre,
mais j’ai besoin de la mise en scène
parce que je suis pressé. À mon âge
[69 ans], j’ai envie de raconter des
histoires avec mon propre regard.
Je n’ai plus beaucoup de patience
pour celui des autres. M’entendre
dire comment il faut jouer, ça me
fatigue.
Vous avez chacun deux César,
entre autres. Les prix et
la reconnaissance de vos pairs
sont-ils importants ?
D.A. : Mais c’est nous les « pères »,
maintenant ! Sérieusement, ce qui
est important, ce sont surtout les
retours des acteurs que j’admire.
Quand Noiret m’a écrit, quand
des géants comme Trintignant,
­Mastroianni ou Montand te disent
que ce que tu fais est bien, que tu
fais partie de la maison, ça donne
une confiance, une force, une
place. À cet égard, la mise en scène
est aussi une façon de transmettre
ce que les grands m’ont appris.
Dans le JDD, Michel Fau disait que
le théâtre actuel est trop tiède,
pas surprenant, que les comédiens
jouent tous réaliste, comme à
la télé. Vous sentez-vous visés ?
P.A. : C’est le caractère fantasque
et provocateur de notre camarade
Michel. Je me souviens de cette
interview, il incriminait la mise
en scène de Peter Stein sur le Tartuffe que je jouais. Si on ne peut
pas toucher à quoi que ce soit sous
prétexte que Fau est passé avant…
Et puis qu’est-ce que ça veut dire,
jouer comme à la télévision ? J’y
ai vu des trucs géniaux !
D.A. : Il n’y a que deux façons de
jouer : la bonne et la mauvaise.
Et puis on n’est pas là pour surprendre à tout prix mais, plus simplement, pour prendre le spectateur par la main.
P.A. : Surprendre, c’est peut-être
juste se faire aimer. Mais nous
sommes dans une période compliquée, dans la vocifération
plutôt que dans l’expression. On
finira bientôt par prendre un spot
publicitaire pour une tragédie de
Racine. Voulez-vous absolument
être surpris de cette manière ?
Comment vivez-vous l’opposition
entre théâtres public et privé ?
D.A. : Ça existe encore, cette
guerre ? Dans les années 1990,
c’était autrement féroce. Sous
« Il y a des auteurs
vivants qui n’ont
de vivant que
le nom et des
auteurs morts qui
n’ont jamais été
aussi vivants »
Daniel Auteuil
prétexte que je venais du cinéma,
on n’avait prétendument pas le
droit de faire Les Fourberies de
­Scapin, avec Jean-Pierre Vincent,
à l’Odéon. Pff…
P.A. : Je l’ai vécu aussi bien avant,
avec Marcel Maréchal et ceux
qu’on appelait les « décentralos »…
Opposer public et privé revient
à mener une guerre fratricide.
Aujourd’hui, faute de culture, on
oublie que la majorité des pièces
contemporaines, dans les années
1950, étaient créées dans le privé.
Au Théâtre de Lutèce, qui n’existe
plus mais qui était dirigé par Lucie
Germain, une femme de banquier
agréablement ruinée, tout a été
monté : Pinter, Beckett, Ionesco,
Arrabal, Copi. Et cette salle de
280 places appartenait à un curé !
Après, tout dépend de la manière.
Si c’est manichéen et didactique,
ça m’emmerde !
Vous arrive-t‑il de retrouver la
musique et la sagacité d’un Molière
chez des auteurs contemporains ?
D.A. : Non. La langue a changé. Mais
il y a des auteurs vivants qui n’ont
de vivant que le nom et des auteurs
morts qui n’ont jamais été aussi
vivants.
P.A. : Molière est inégalable car il
traverse les siècles sans rien perdre
de sa puissance universelle, politique et distrayante. Mais Yasmina
Reza, qu’on le veuille ou non, elle
a une langue. Et Compromis, de
Philippe Claudel, est une peinture
acide et drôle de ce que nous faisons semblant d’être. Il y a d’ailleurs un passage sur le théâtre
public, et ça fait bien rire la salle
quand je dis « théâtre subventionné,
public artificiel, abonné ligoté » ! g
Propos recueillis par
Alexis Campion et Stéphane Joby
« Le Malade imaginaire » de Molière.
Jusqu’au 25 mai au Théâtre de Paris
(Paris 9e). De 28 à 73 euros. 2 h.
theatredeparis.com
« Compromis » de Philippe Claudel.
Jusqu’au 19 mai au Théâtre des
Nouveautés (Paris 9e). De 20 à 70 euros.
1 h 35. theatredesnouveautes.fr
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le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
Plaisirs Cinéma
• en salles mercredi
On aime Passionnément iiii Beaucoup iii Bien ii Un peu i Pas du tout f
L’Intervention – La naissance du GIGN ii
L’anti-Spike Lee
De Fred Grivois, avec Alban Lenoir, Olga Kurylenko, Michaël Abiteboul. 1 h 38.
Qui se souvient de la prise en otage d’enfants occidentaux par des
indépendantistes djiboutiens dans un bus scolaire en février 1976 ?
Fred Grivois (La Résistance de l’air) s’est librement inspiré de cet
épisode oublié pour célébrer la naissance du GIGN et signer un film
de genre maîtrisé : testostérone et cheveux longs, tirs de précision et
suspense étouffant dans la chaleur de la Corne de l’Afrique. Bonus :
une Josiane Balasko inattendue en patronne du service action. S.J.
Les Estivants ii
De et avec Valeria Bruni Tedeschi, avec aussi Pierre Arditi. 2 h 08.
Larguée par son compagnon acteur, une réalisatrice séjourne dans
la propriété familiale du sud de la
France. Nombrilisme, entre-soi,
impudeur : beaucoup de choses
peuvent agacer dans ce quatrième
film de Valeria Bruni Tedeschi, qui
continue d’ausculter sa vie par
l’intermédiaire de la fiction. Mais
dans sa façon jusqu’au-boutiste de
tout assumer, quitte à flirter parfois
avec le grotesque, elle en ­devient
émouvante et trouve le juste ton
de la tragicomédie. Nantis ou
­besogneux, ses personnages, portés par des acteurs convaincants, se
révèlent touchants ou pathétiques.
Les héros ordinaires d’un film très
théâtral dont la sincérité permet
d’oublier les maladresses. Bap.T.
Le réalisateur Barry Jenkins.
prod
Variety/Shutterstock/SIPA
Sorry to Bother You ii
De Boots Riley, avec Lakeith Stanfield et Tessa Thompson. 1 h 51.
Cassius décroche un boulot de télémarketing. Peu à peu, il gravit
les échelons et devient un des meilleurs vendeurs. Il découvre une
vérité stupéfiante… Cette comédie sociale, qui dénonce la précarité
de l’Amérique de Trump et l’esclavage moderne dans les entreprises,
bascule dans le fantastique avec une originalité réjouissante. Un objet
cinématographique délirant, à l’humour caustique. S.B.
The Place ii
De Paolo Genovese, avec Valerio Mastandrea et Alba Rohrwacher. 1 h 45.
malin et manipulateur captive
le spectateur parce qu’il le renvoie à ses propres limites, choix
et croyances. Une réflexion sur
le libre arbitre et la transgression
où tout se déroule hors champ.
Simple mais efficace. S.B.
prod
Dans un café, un homme reçoit
des individus qui lui demandent
d’exaucer un vœu. Mais pour que
celui-ci se réalise ils doivent
commettre un acte immoral,
voire criminel. À partir d’un
dispositif de théâtre, ce thriller
Ulysse & Mona i
De Sébastien Betbeder, avec Éric Cantona et Manal Issa. 1 h 22.
Une étudiante aux Beaux-Arts rêve de rencontrer son peintre préféré,
qui vit reclus dans un manoir. Ce dernier apprend qu’il a une tumeur
au cerveau et accepte de la prendre en stage… Ce récit initiatique
évoque la relation attendrissante entre le mentor et sa disciple qui
tente de l’aider dans sa quête de rédemption auprès de sa famille à
l’approche de la mort. Un joli road-movie cousu de fil blanc et de bons
sentiments sur la réconciliation et la transmission. S.B.
Skate Kitchen i
De Crystal Moselle, avec Kabrina Adams, Emmanuel Barco. 1 h 47.
À New York, la vie et les rencontres d’adolescentes passionnées de skate. Bien filmé et
énergique, ce premier film très
générationnel qui leur est dédié
ne manque pas de charme mais
peine à tenir la distance. Trop
de redondances, pas suffisamment d’enjeux au-delà des
planches. Mais les princesses
de l’asphalte sont toutes sympathiques. Bap.T.
PROFIL Barry Jenkins, oscarisé
pour « Moonlight » en 2017,
dénonce le racisme policier
en préférant la douceur
à la férocité du réalisateur
de « Blackkklansman »
Il arbore le même sourire empli de
bienveillance et d’enthousiasme.
À 39 ans, Barry Jenkins n’est toujours pas descendu de son petit
nuage. En 2017, l’oscar du meilleur
film était décerné à Moonlight, un
récit semi-autobiographique qui
dressait le portrait à trois âges de
sa vie d’un jeune Afro-Américain
homosexuel des quartiers défavorisés de Miami. Une victoire
inattendue tant La La Land était
favori. C’est d’ailleurs la comédie
musicale de Damien Chazelle qui a
d’abord été annoncée gagnante par
Warren Beatty et Faye Dunaway !
« Tout le monde se souvient de leur
bourde, raconte Barry Jenkins. Je
n’ai toujours pas compris ce qui
s’est passé, on leur avait donné de
toute évidence une mauvaise enveloppe. C’était la panique générale
sur scène. J’ai terminé avec l’oscar
en main, une sensation plutôt cool.
J’avais d’autant plus la tête froide
que je préparais déjà mon long
métrage suivant. »
Il s’agit de l’adaptation de Si
Beale Street pouvait parler (1974),
un roman de James Baldwin qui
raconte le destin tragique, dans les
années 1970, d’un garçon accusé à
tort de viol et condamné après un
simulacre de procès. La reconnaissance née des oscars lui a permis
de monter son projet rapidement.
Barry Jenkins a bénéficié d’un
budget plus important que pour
Moonlight (12 millions de dollars
contre 1,5 million) et se flatte d’être
devenu l’un des ambassadeurs d’un
cinéma indépendant ambitieux.
« Moonlight n’a rien coûté et a
totalisé 65 millions de dollars de
recettes dans le monde, précise-t-il.
Il a généré des ­retombées positives.
J’ai discuté avec des spectateurs
qui ont trouvé le courage de faire
leur coming out. Je suis fier d’avoir
ouvert la discussion. Mais aussi
d’être cité en exemple par d’autres
réalisateurs qui galèrent pour trouver des financements. »
Avec Si Beale Street pouvait parler,
il dénonce le racisme, les violences
policières et les erreurs judiciaires
dont sont victimes les Afro-Américains. « Cette histoire m’a profondément touché, confie-t‑il, il y
a tellement d’innocents derrière les
barreaux aujourd’hui ­encore. Mais
je ne veux pas d
­ étourner un scénario
pour servir une cause que je défends.
« Je dis les choses
avec tendresse
car c’est la
manière dont
je veux envisager
la société »
Je me considère comme un artiste
avec des convictions, pas comme un
activiste. » Il accepte la comparaison avec Spike Lee, l’engagement
politique féroce en moins. « Il donne
un coup de poing dans la figure du
public quand je préfère lui caresser
la joue, nuance Barry Jenkins. Je dis
les choses avec tendresse car c’est la
manière dont je veux envisager la
société, sans nier que les ténèbres
existent. D’autres choisissent l’aigreur et la colère… Mais j’espère que
l’effet est le même, que cela provoque
une prise de conscience. »
Aux derniers Golden Globes, il
a constaté une présence renforcée des challengers afro-américains dans les catégories les plus
prisées : son propre film, ceux de
Spike Lee (Blackkklansman) et de
Ryan ­Coogler (Black Panther) ou
celui avec Mahershala Ali (Green
Book), qui a joué dans Moonlight.
« C’est un signal positif, se félicite
Barry Jenkins, trois ans après la
polémique #OscarsSoWhite [le
constat d’une majorité de nominés
blancs à l’époque]. Mais où sont
les femmes ? Le progrès prend trop
de temps, il faut obtenir une réelle
parité. »
Il n’a récolté que trois nominations secondaires aux oscars :
meilleur scénario adapté, meilleure bande originale, meilleure
actrice dans un second rôle pour
Regina King. « Je garde espoir
mais je ne contrôle rien », avancet‑il, préférant se concentrer sur
The Underground Railroad, un projet de série pour Amazon qui retrace la quête de liberté d’esclaves
dans les plantations de coton en
Géorgie : « Cela va m’occuper pendant un an et demi : dix épisodes
pour cent vingt jours de tournage.
C’est comme si je tournais cinq
longs métrages d’affilée ! » g
Stéphanie Belpêche
Si Beale Street pouvait parler iii
De Barry Jenkins, avec Regina King. 1 h 59. Sortie mercredi.
Dans les années 1970 à Harlem, Tish et Fonny annoncent à leurs familles
respectives qu’ils vont se marier et avoir un enfant. Le rêve s’écroule le jour où
Fonny est arrêté par la police… Qui peut filmer avec autant d’élégance et de
sensibilité une histoire d’amour dans la tourmente du racisme, de l’injustice et
de la violence ? Barry Jenkins, le réalisateur de Moonlight, oscar du meilleur film
en 2017, accomplit ce prodige avec un drame au rythme lent mais envoûtant,
aux personnages beaux et attachants, aux regards profonds qui disent tout.
L’ampleur de la mise en scène n’a d’égale que l’intensité du message qu’elle
véhicule avec une humanité extraordinaire. g S.B.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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le journal du dimanche
dimanche 27 janvier 2019
Plaisirs Cinéma
On y pénètre comme dans un
monastère : à pas de velours, en
chuchotant. Ici, le silence est d’or.
L’atmosphère feutrée confère
un petit côté sacré au nouveau
studio d’enregistrement de l’Orchestre ­national d’Île-de-France, à
Alfortville (Val-de-Marne). Ce
jour-là s’immortalise la musique
de Minuscule 2 – Les mandibules
du bout du monde, d’Hélène Giraud
et Thomas Szabo. Dans l’immense
salle (450 mètres carrés), les musiciens suivent les instructions, données à la baguette, du compositeur
Mathieu Lamboley, le seul à voir
les bestioles animées défiler sur
une tablette numérique posée sur
son pupitre. Plus haut, on aperçoit
la cabine occupée par le monteur
son, chargé de la synchronisation
entre la musique et les images. Ici,
tout est affaire de précision, et elle
se doit d’être chirurgicale.
Après The Sonata, d’Andrew
­Desmond (pas encore sorti en salles),
c’est seulement la deuxième fois que
l’Orchestre national d’Île-de-France,
dont la vocation première est de diffuser la musique symphonique dans
la région parisienne, enregistre la
bande originale d’un film. Et sans
doute pas la dernière. La conception
de ce nouveau lieu a été prévue dans
ce sens : combler le manque d’infrastructures permettant aux musiciens de jouer dans les meilleures
conditions possible pour le cinéma.
Alors que la moitié des tournages
français se font en Île-de-France,
la plupart des bandes-son sont en
effet enregistrées à l’étranger dans
des villes disposant de studios chers
mais réputés (Vienne, Bruxelles ou
CORPS
ET ÂME
Le Pacte/Futurikon/Back Up/Supamonks/France 3
BO Visite au studio
de l’Orchestre national
d’Île-de-France pendant
l’enregistrement de la musique
de « Minuscule 2 »
La symphonie des insectes
Londres) ou beaucoup moins coûteux en Europe de l’Est, comme Sofia
(Bulgarie) ou Skopje (Macédoine).
Quatre mois de travail
Pour Minuscule 2, Mathieu
­Lamboley serait bien allé dans la
capitale britannique, mais le budget
de la production ne lui permettait
pas d’y rester plus d’une journée.
Il a donc choisi Alfortville et son
orchestre, qu’il a pu diriger pendant
quatre jours. Dans un film dénué de
dialogues et où la musique joue un
rôle essentiel, ce n’est guère de trop.
D’autant que ses musiciens ne se
sont pas encore familiarisés avec ce
type d’enregistrement, qui nécessite
de jouer avec un casque, empêchant
l’une des oreilles de se concentrer
Léa Pearl
(Julia Föry)
n’a qu’un
objectif,
devenir
une reine de
bodybuilding.
Haut et Court
Pearl ii
Depuis plusieurs années, Julia
sculpte son corps afin de concourir, sous le nom de Léa Pearl, pour
le prestigieux titre de Miss Heaven.
Sous l’œil vigilant de son coach qui
la tyrannise, elle s’astreint à une discipline impitoyable pour devenir
une reine de bodybuilding. Quand
débarquent son ex-mari et leur
fils, qu’elle n’a pas vu depuis sa
naissance, la jeune femme voit ses
priorités changer…
Étonnant premier long métrage
d’Elsa Amiel, qui pénètre dans
les coulisses du bodybuilding, cet
univers étrange et très codifié qui
fascine autant qu’il peut repousser. On est saisi par la mise en scène
­impressionniste qui va scruter le
corps surdimensionné de ce personnage atypique. Les pores de sa
peau sur laquelle on vient de pulvériser de l’autobronzant. Ses biceps
gonflés par l’effort et les diverses
pilules. Mais aussi cette féminité
métamorphosée par les non-dits
autant que par la fonte. « Je suis
tombée sur une série du photographe
allemand Martin Schoeller consacrée
à des bodybuildeuses américaines
relativement âgées, juste avant
qu’elles montent sur scène, explique
la réalisatrice. Fond blanc, lumière
crue au néon, plan poitrine, regard
face caméra : ainsi captées dans un
moment d’abandon, elles m’ont intriguée. » Sa caméra amoureuse et hypnotique évoque Bertrand Bonello et
Mathieu Amalric.
Elsa Amiel, qui a été leur assistante, a visiblement la même volonté
de proposer un geste de cinéma
singulier, en suivant quasiment en
temps réel son héroïne confrontée
au choix le plus crucial de sa carrière. Les influences se bousculent,
dont Bullhead (2011), de Michaël R.
Roskam, dans sa manière d’appréhender le corps. Même si l’enjeu
dramatique du scénario est finalement assez limité, on est captivé par
l’atmosphère de ce drame insolite. g
Stéphanie Belpêche
D’Elsa Amiel, avec Julia Föry et
Peter Mullan. 1 h 20. Sortie mercredi.
sur les prestations voisines quand
l’harmonie est de rigueur.
Déjà compositeur de plusieurs
longs métrages, dont Bonne Pomme
(2017) et Le Retour du héros (2018),
le musicien de 39 ans est arrivé tardivement sur le projet, pendant le
montage. Il n’aura disposé que de
quatre mois pour rendre ses partitions. Un travail commencé par les
indications des réalisateurs, qui lui
ont fait écouter des musiques de film
(de John Williams ou Jerry Goldsmith) ou des morceaux classiques
(Ravel, Debussy, Prokofiev) pour lui
donner des indications sur l’intention émotionnelle des séquences.
Il a ensuite élaboré les thèmes et
leurs variations. Au total, plus d’une
heure de cordes, de bois, de cuivres
et de percussions dans un film d’une
heure et demie. « À la différence
d’autres projets, explique Mathieu
Lamboley, j’ai eu la chance d’élaborer
de vrais thèmes, pas seulement des
habillages ou des musiques de trente
secondes. Concevoir une musique
avec une vraie personnalité ! » Dans
Minuscule 2, elle converse parfaitement avec les images. g
Baptiste Thion
Minuscule 2 – Les Mandibules du Bout
du Monde iii
D’Hélène Giraud et Thomas Szabo. 1 h 32. Sortie mercredi.
Lors d’une mission de réapprovisionnement dans une épicerie, une coccinelle se retrouve piégée dans un carton expédié en Guadeloupe. Son complice
coléoptère, une fourmi et une araignée s’évertuent dès lors à la sauver. Six ans
après, les insectes animés sont de retour et s’aventurent cette fois sur une
terre exotique et dangereuse. Drôle, tendre, écolo, ce récit toujours dénué de
mots mais mené tambour battant prône de belles valeurs d’entraide et d’amitié.
De quoi séduire petits et grands. g Bap.T.
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le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
Plaisirs Séries/Musique
• à écouter
-MLettre infinie iii
Matthieu Chedid réenfile l’habit de
superhéros qui l’a fait connaître il y
a vingt ans. Mais avec les couleurs
d’aujourd’hui. Aussi jaune que -Madopta jadis le rose, Lettre infinie sonne
comme une réponse à Qui de nous deux ?,
l’album célébrant la naissance de sa fille
Billie en 2002. Dix-sept ans plus tard,
celle-ci fait les chœurs pour son papa.
D’un groove obsessif (des basses et des
beats gros comme ça, des guitares en cocottes wah-wah et un zeste
d’Auto-Tune), ces 13 chansons témoignent d’un regain pour un
personnage qui, grimé façon manga, se réinvente en ninjago de
l’amour à partir d’une même écriture en jeux de mots et éruptions
naïves lâchées d’une voix de tête, comme si l’innocence restait
l’arme de demain. Pour égrener ce disco-funk à facettes, une
poignée de ballades (L.O.Ï.C.A.) revient à une tempérance plus
harmonique. L.P.
(Labo M/Wagram Music)
Joe Jackson
Fool iii
George Raymond Richard Martin. Murdo Macleod/Polaris/Starface
Derrière le trône
FANTASY Romancier à l’origine
de « Game of Thrones »,
George R.R. Martin est surtout
un scénariste qui a toujours
écrit pour la télé
Son nom est devenu mondialement célèbre grâce à l’adaptation en série de ses romans Game
of Thrones dont la dernière saison,
à partir du 14 avril (OCS), est attendue avec impatience par les fans.
Mais son œuvre ne se limite pas
au royaume de Westeros, avec ses
rois et ses dragons. George Raymond Richard Martin, 70 ans, est
un écrivain doublé d’un véritable
scénariste de télévision. Dernier
exemple avec Nightflyers, diffusé
par Netflix : un vaisseau spatial
terrien doit rencontrer des extraterrestres, mais la présence d’un
télépathe au sein de l’équipage va
déclencher un bain de sang…
Producteur exécutif de cette
série de 10 épisodes, Martin avait
écrit la nouvelle Le Volcryn en 1980
pour prouver que science-fiction
et horreur pouvaient faire bon ménage. Nightflyers se permet ainsi
des clins d’œil aussi bien à 2001,
l’odyssée de l’espace qu’à Shining.
Sans être originale, elle est tout
de même plus divertissante que
l’adaptation fauchée qui l’avait
précédée au cinéma en 1987.
Showrunner avant l’heure
Auteur respecté dans le fantastique
depuis les années 1970, George
R.R. Martin apparaît pour la première fois au générique d’une série
en 1984. Déjà sur la chaîne américaine HBO, vingt-sept ans avant
Game of Thrones, pour un épisode
de l’anthologie Le Voyageur, qui
adapte l’une de ses histoires. Il
met directement la main à la pâte
en 1986 avec une nouvelle version de La Quatrième Dimension
(baptisée en France La Cinquième
Dimension) : il signe cinq scripts et
apprend le métier de story editor,
l’intermédiaire entre les auteurs
et le showrunner.
Après deux scénarios jamais
tournés pour Max Headroom, il
trouve enfin un port d’attache
télévisuel avec La Belle et la Bête,
de 1987 à 1990 : mettant en scène
Linda Hamilton (la Sarah Connor
de Terminator) et Ron Perlman
(Sons of Anarchy), sa version du
célèbre conte oppose la modernité
et la violence de New York à un
monde souterrain peuplé de créatures mystérieuses. Une dualité
entre réalisme et fantasmagorie,
saluée par deux nominations à
l’Emmy Award de la meilleure
série dramatique, dont Martin
saura se souvenir.
Une série de loups-garous
Il développe ensuite de nombreux
concepts qui ne voient jamais le
jour. Frustré par les contraintes
budgétaires et narratives de la télévision des années 1980, il finit par
transposer l’écriture télévisuelle
sur papier. Dès 1987, il lance avec
Melinda Snodgrass la série de
romans Wild Cards, dans laquelle
un virus mortel confère des superpouvoirs aux rares survivants. Les
deux comparses n’écrivent pas les
29 livres de la collection : ils les
confient à différents auteurs qu’ils
supervisent en s’assurant de la cohérence de l’univers. Exactement
comme le showrunner d’une série
avec ses scénaristes ! Juste retour
des choses, Wild Cards fera prochainement l’objet de deux adaptations.
À partir de 1996, George
R.R. Martin publie le cycle du Trône
de fer : armées titanesques, mur
de glace gigantesque, dragons… À
l’époque, aucune production télé­
visuelle ne peut envisager de
donner le jour à une série. Ces
romans sont pourtant écrits selon
une grammaire très télévisuelle :
chaque chapitre est raconté du
point de vue de l’un des multiples
personnages centraux et se termine par un cliffhanger, un rebondissement. Du « prêt-à-adapter »
qui intéresse le cinéma, mais les
projets proposés à Martin veulent
compresser son intrigue à rallonge.
Enfin, on se rend compte que le
format télé convient mieux, d’autant que l’évolution des effets spéciaux permet de respecter l’univers : Game of Thrones démarre
sur HBO en 2011.
Coproducteur exécutif, George
R.R. Martin s’est d’abord impliqué
totalement dans la série, rédigeant
lui-même quatre épisodes. Il a ensuite choisi de prendre du recul
pour terminer l’écriture des deux
ultimes tomes de la saga. On les
attend toujours ! Au grand dam
des fans, Martin préfère promener
sa dégaine inimitable (bedaine,
barbe blanche, casquette de marin
et grosses lunettes) dans la série
Z Nation. Il est aussi absorbé par
de nouveaux projets : de futurs
spin-offs de Game of Thrones, une
série avec des loups-garous et une
autre sur un auteur de sciencefiction des années 1940. Le scénariste a définitivement englouti
le romancier. g
Romain Nigita
• à voir
Secret médical ii
ARTE Parce qu’elle a dénoncé les mauvais traitements de patients
de l’hôpital de Sheffield où elle est infirmière, Cath est licenciée.
Après avoir récupéré le diplôme de médecin de sa meilleure amie
en partance pour la Nouvelle-Zélande, elle décide de se faire passer
pour elle aux urgences à Édimbourg… Va-t-elle réussir à ne pas faire
d’erreur médicale ? Doit-elle avouer la vérité à son confrère qui l’aime ?
On est en empathie avec cette fille bien (la délicate Jodie Whitaker
vue dans Doctor Who et Broadchurch) qui recourt au mensonge par
nécessité. Dan Sefton s’inspire de ses souvenirs d’ancien médecin
pour imprimer une tonalité très réaliste à cette mini-série britannique qui, tout en mêlant romance et suspense, épingle un système
de santé défaillant et salue le dévouement des infirmières. g B.T.
De Dan Sefton, avec Jodie Whitaker. Les 31 janvier et 7 février à 20 h 55.
Trois ans après Fast Forward, Joe Jackson
signe son retour avec Fool, comprendre
« idiot », « imbécile » ou « fou », c’est selon.
À 64 ans, l’esthète pop prouve qu’il a gardé
toute sa tête et une inspiration intacte
avec cet album enregistré en dix jours
dans la foulée d’une tournée de trois
ans. Avec une énergie et une fraîcheur
impressionnante, l’auteur-compositeur
anglais livre en huit chansons
une synthèse de son répertoire éclectique. Le disque alterne ainsi envolées punk-rock des débuts (Fabulously
Absolute), ballade piano-voix (le splendide Dave), pop 80s (Friend
Better), ambiances jazzy (Alchemy) avec des embardées vers les
rythmes latinos ou le sitar indien (Fool). Comme toujours, les
mélodies sont accrocheuses sans être racoleuses, les textes baignés
d’une ironie mordante so British. Quant à la voix, elle a gardé tout
son éclat malgré l’usure du temps. Le disque sera prolongé par une
tournée pour célébrer ses quarante ans de carrière, le Four Decade
Tour, avec passage par la France en avril. E.M. (Earmusic/Verycords)
Le 5 avril à Strasbourg (La Laiterie) et le 14 avril à Paris (Olympia).
Lou Doillon
Soliloquy iii
Contrairement à sa demi- sœur
Charlotte Gainsbourg, la benjamine
de Jane Birkin a moins un héritage à porter que des références à
assumer : Cat Power, Beth Gibbons
(Portishead), Patti Smith, tout dans
la langue de Lennon, rien dans celle
de Serge. Bientôt sept ans après
avoir fait son Places dans la chanson avec la bénédiction d’Étienne
Daho, l’ex-mannequin ne dévie pas de ses balises vocales. Ce
qui change avec ce troisième album ? Du folk, Lou Doillon
est passée à un rock minimaliste au gros son (batterie, guitares, quelques notes de claviers), plaisamment produit par
Dan Levy de The Dø et Benjamin Lebeau du tandem
The Shoes. C’est chic, bien foutu, d’un bon goût mélodieux, offrant ses respirations aux brisures d’un chant
qui n’hésite pas à se confronter à ses modèles le temps d’un duo
avec Cat Power (It’s You). L.P.
(Barclay/Universal)
Marvin Jouno
s/Mars ii
« J’imagine le pire pour l’équipage et
moi/Que des trous d’air m’aspirent
et me ramènent chez toi. » Deux ans
après le coup d’éclat du liminaire
Intérieur nuit, Marvin Jouno ne se montre
guère plus optimiste sur le monde comme
il va joyeusement froisser sa tôle droit
dans le mur. Mais l’héritier naturel de
Biolay et de PNL (voire de Charlélie
Couture période Crocodiles) parvient
avec ses dix nouvelles chansons à imposer sa patte tout en continuant à s’inscrire dans cette filiation. Sur boîtes à rythmes, boucles
synthétiques et chant Auto-Tune à l’occasion, le Breton de 34 ans
délivre son romantisme fiévreux, assonances et rimes déclaratives
sur un débit urgent, précipité, donnant une traduction exacte de
ce que la joie peut offrir : un instant saisi comme la lumière vive
d’une ampoule sur le point de griller. L.P.
(Sony Music)
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le journal du dimanche
dimanche 27 janvier 2019
Plaisirs Expositions
Au bonheur
du roux
FASCINATION Le musée
Henner, à Paris, propose
une exploration insolite
de l’obsession d’artistes
pour les cheveux orangés
Oscillant comme une flamme entre
le rouge et le jaune, le roux est bien
plus qu’une couleur. Les chevelures
auburn, blond vénitien, poil-decarotte ou acajou charrient dans
leurs boucles dorées un imaginaire
souvent négatif, tissé de préjugés et
de croyances aussi anciennes que
fausses. Les sorcières des contes
arborent une crinière de feu et sentent le soufre (donc mauvais). Les
personnages violents comme Seth,
un dieu cruel et assassin chez les
Égyptiens, ou les traîtres comme
Judas sont souvent représentés
avec des cheveux orangés.
« Être roux peut être une malédiction car nous sommes une minorité
qui est parfois, encore aujourd’hui,
harcelée, mais cela se peut aussi
se transformer en grâce, estime
Xavier Fauche, lui-même roux,
auteur de BD et du livre Roux et
rousses – Un éclat très particulier­
(Gallimard ­d écouverte). Cette
dualité se ­retrouve dans le musée
« La Femme qui lit »,
de Jean-Jacques Henner
(1883).
RMN-Grand Palais (musée d’Orsay)/
Hervé Lewandowski
national Jean-Jacques Henner, un
artiste scotché par les rousses et un
peu fétichiste… »
Henner peignait de jolies
rousses sensuelles
L’exposition dévoile un petit
parcours focalisé sur la couleur
rousse, celle qu’arbore la majorité des femmes dessinées par
l’artiste de la fin du XIXe siècle.
Le peintre né en 1829 et mort
en 1905, juste avant la révolution
des fauves, ignora superbement les
avant-gardes, l’impressionnisme
notamment. Il est aujourd’hui
tombé dans l’oubli mais il fut très
populaire et très copié il y a un
siècle. Henner peignait de façon
presque sérielle de jolies rousses
sensuelles, nues avec la chevelure
dénouée, vues de dos, alanguies
devant des paysages sombres…
Mais pourquoi cette obsession ?
« Nous sommes partis de cette interrogation, venue de nos visiteurs
depuis la réouverture du musée en
2016, et avons bâti une exposition en
confrontant les œuvres de Henner
aux créations d’autres artistes »,
explique Claire Bessède, la commissaire artistique.
Dans l’élégant hôtel particulier
occupé par ce musée comme figé
en 1900 près du très chic parc
Monceau, la visite commence par
le premier portrait de rousse réalisé par Henner en 1872, accroché
près d’une opulente Jeune Femme
à la rose de Renoir, aux cheveux
orangés, et d’autres toiles de
contemporains partageant cette
fascination, comme CarolusDuran. « Nous avons voulu montrer
qu’une certaine image de la femme,
exceptionnelle et idéale, transparaissait dans ces portraits à la fin
du XIXe siècle. De plus, Henner
aimait cette couleur en elle-même,
la faisant flamboyer sur des fonds
vert sombre. » Il n’y a toutefois pas
d’œuvres d’artistes majeurs comme
Degas ou le préraphaélite Dante
Gabriel Rossetti (mais leurs œuvres
sont reproduites). Des prêts trop
difficiles à obtenir pour le petit
musée parisien.
Des icônes comme David
Bowie et Sonia Rykiel
Il a donc fallu se montrer malin,
comme le Renard du roman ou certains rouquins sympathiques de BD,
tels Spirou ou Tintin (sur la rousseur duquel il y a cependant débat).
En figurine, ils sont présents dans
l’hôtel particulier à côté d’affiches
publicitaires de 1900 et d’autres
figures de la culture populaire, et
même de la pop culture telle cette
pochette de disque de David Bowie
aux cheveux poil-de-carotte.
L’exposition suggère aussi des
pistes. Venus de Papouasie et prêtés par le musée du Quai Branly,
les masques tatanuas, coiffés de
crêtes rouges, étaient utilisés dans
des cérémonies funéraires et symbolisaient la puissance. La célèbre
créatrice de mode Sonia Rykiel, à
la chevelure ébouriffée, est aussi
évoquée par des dessins, et des
vêtements lui rendant hommage,
comme cette incroyable veste chevelue de Maison Martin Margiela :
avec Rykiel, le roux devient une
arme de séduction, un étendard
porté avec fierté. Aux dizaines de
rousses peintes par Henner, à ses
christs roux étonnants, répondent
aussi des photographies de rouquins d’aujourd’hui réalisées par
Geneviève Boutry : tous concourent
finalement à rendre son éclat à cette
couleur singulière. g
Marie-Anne Kleiber
« Roux ! – De Jean-Jacques Henner à Sonia
Rykiel », au musée Jean-Jacques Henner
(Paris 17e). Du 30 janvier au 20 mai.
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le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
Plaisirs Design
Première collection
Ready to Work
issue du Talent Lab
de Made.com.
DAVID LINETON
s
Chacuno
SUR-MESURE De la
personnalisation à la
création pure et simple,
le mobilier composable
permet de jouer à
l’apprenti designer
Avoir un meuble unique n’a rien
d’une lubie. Un style précis, des couleurs coordonnées ou des dimensions adaptées justifient le besoin
de personnaliser une table, un lit ou
une armoire. Si les grandes marques
l’ont bien compris et ­développent
un service sur mesure, d’autres
vont encore plus loin en proposant
à leurs clients d’être directement
acteur de la conception.
PERSONNALISATION
EXTRÊME
Lancée dès les années 1960 par
les cuisinistes et les fabricants de
placards, la tendance s’est progressivement étendue aux étagères et
bibliothèques, puis aux lits, tables
et fauteuils. Par un large choix de
tailles, teintes et matières, les combinaisons infinies permettent désormais de composer un meuble quasi
unique. Les grandes marques rivalisent de propositions. Du département textile de Knoll à l’incroyable
choix de capitonnage de BoConcept en passant par le configurateur
d’étagères de Muuto, la plupart des
enseignes déclinent aujourd’hui
des solutions pour ­répondre aux
demandes particulières.
C’est sur Internet que les possibilités de personnalisation sont
le plus développées. De nombreuses jeunes marques ­(­Mobibam,
­D essineTonMeuble, Mydimm
ou Quickmeuble) proposent des
configurateurs en ligne. Hauteur,
largeur, profondeur et finitions : en
quelques clics, on adapte un ­modèle
de référence pour l’accorder parfaitement à ses besoins. Livré en kit,
ce mobilier ajustable affiche le plus
souvent des formes assez sages.
Certains sites se démarquent en
recourant à des designers pour les
plans. Ainsi Junddo, une jeune maison d’édition créée en 2016, dont
les étagères, bibliothèques et tables
basses aux influences scandinaves
sont déclinées dans une infinité de
dimensions et fabriquées à l’unité
dans les meilleures menuiseries
françaises. Parfois, c’est le design
de l’objet lui-même qui permet de
créer des formes uniques. C’est
le cas des systèmes modulaires,
comme les étagères, canapés et
buffets de Cubit, ou encore les
sofas Freeflow ou Bikini Island de
Moroso, composés de différents
modules à assembler à sa guise.
Créer
À LA DEMANDE
Tout personnalisable qu’il soit, le
mobilier industriel reste prisonnier d’une fabrication en série qui
n
meuble
verrouille forcément la créativité.
Pour imaginer un objet entièrement nouveau, c’est vers un artisan qu’il faudra se tourner. Le site
For Me Lab propose justement un
service sur mesure artisanal et
accessible à tous. « Nous créons à
la d
­ emande des meubles qui n’existaient pas avant la commande du
client, explique Jordane Paragon,
cofondatrice de cette plateforme
lancée en 2016, où l’on trouve une
sélection de tables, lits, bureaux
et consoles que l’internaute peut
personnaliser en ligne dans les
moindres détails. Piétements,
­dimensions, épaisseurs, on compose
un meuble à partir d’un gabarit.
Mais au final, il ne ressemblera à
aucun autre. »
Le site propose aussi des ateliers où le client peut imaginer une
table ou une lampe sans aucun
modèle. « Il répond à une série de
questions, puis nous entamons un
dialogue. L’objet, fabriqué en huit
semaines, est le fruit d’une vraie
cocréation. » S’adresser à des
­artisans pour ­fabriquer un meuble
original n’est pas forcément si cher.
À ­l’Atelier majeur, Jérémie Duriez
veut rester abordable : « On essaie
de garder des tarifs raisonnables, à
mi-chemin entre la grande consommation et le mobilier d’art. Le surcoût vient davantage du choix des
matières et des finitions que de la
conception elle-même. »
Fabriquer
DU BON PIED
Si s’adresser à des pros est la
­garantie d’un résultat à la hauteur,
Lancez-vous !
Avec son TalentLab, Made.com a inauguré en 2017 une plateforme invitant
les designers en herbe à soumettre leur projet en ligne. D’abord encouragés par le public avec des likes, les plus plébiscités et les plus innovants
sont développés par la marque numérique. Les prototypes sont ensuite
présentés sur la plateforme, où les visiteurs peuvent cette fois soutenir
leur création favorite en la finançant à hauteur de 5 à 30 euros remboursables. Les projets issus de ce système de financement participatif sont
enfin vendus par Made.com. Une première collection, Ready to Work, a
été ainsi présentée cet été. g P.L.
les plus bricoleurs peuvent s’affranchir de cadre et se lancer individuellement dans la fabrication
de leurs meubles. En consultant
des tutoriels ou des sites comme
Woodself, qui fournit gratuitement des plans. Ou encore en
s’appuyant sur des modules tout
simples comme les caisses en
bois Simply a Box, à assembler et
à ­customiser.
Il suffit de peu pour devenir le
designer d’un objet unique. Par
exemple en utilisant des pieds de
table à fixer, sans outils, à tout type
de plateau. Imaginé par François
Arnal en 1972, le premier piétement modulable a depuis été revisité par Philippe Starck et Philippe
Nigro. La marque digitale Tiptoe
décline le concept avec succès
depuis deux ans. Sa simplicité
désarmante a séduit particuliers
et architectes dans toute l’Europe,
encourageant la jeune entreprise
(née d’une opération de crowdfunding) à étoffer son catalogue
d’accroches murales, d’étagères, de
tabourets et de patères reprenant
son ingénieuse formule de serrejoint. Avec ces solutions d’aide à
la création, vous ne deviendrez
peut-être pas le nouveau Philippe Starck, mais vous aurez des
meubles pareils à aucun autre. g
Pierre Lesieur
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le journal du dimanche
dimanche 27 janvier 2019
Plaisirs Tendance
Le permis
en poche
depuis
cinq ans,
Cindy
Cherchevsky
sillonne
Paris
et le monde
sur deux
roues. DR
cylindrées De plus
en plus nombreuses
à rouler à moto,
elles impriment leur style
et inspirent les marques
femmes au guidon
D’un coup de kick, elle démarre
le moteur de sa Triumph TR6 de
1966 et met les gaz, sourire aux
lèvres. Sous son casque vintage et
son look de Parisienne branchée,
Cindy Cherchevsky a « un besoin
vital de rouler ». Tous les jours. Dans
les rues de Paris, en Afrique du Sud
où elle vit une partie de l’année ou
lorsqu’elle voyage, cette « aventurière à moto », comme elle se définit, n’arrête plus de « rider » depuis
qu’elle a passé son permis, il y a cinq
ans. « À moto, je suis un peu comme
avec une copine, e­ xplique-t‑elle.
Cela m’aide beaucoup à m’assumer
en tant que femme sur la route. Je
me sens plus respectée, le regard des
gens change. »
Sa première grande aventure remonte à 2014 : avec trois
équipières, elles décident de
traverser l­’Himalaya sur des
machines anciennes. Elles tireront un ­webdocumentaire de ce
périple ­extrême. Depuis, Cindy
­Cherchevsky a fondé sa marque
de vêtements et accessoires solidaires, Mama Moto, et s’apprête à
tourner en juin prochain une « road
série ». « Je veux montrer l’univers
de la route vu par les femmes. Car
pour moi, rouler à moto, c’est aussi
un acte d’engagement, une manière
de porter les valeurs féminines. »
En 2018, 16 % de candidates
au permis moto
Comme Cindy, de plus en plus de
femmes prennent le guidon pour
se déplacer au quotidien, ou pour
s’évader. Et elles ne se contentent
pas forcément de scooters ou de
petites cylindrées (plus de 25 %
de conductrices). Selon L’Officiel
du cycle, les femmes sont chaque
année plus nombreuses à passer
l’examen du permis nécessaire au
pilotage des plus gros deux-roues,
jusqu’à 16 % de candidates en 2018.
Si elles ne représentent encore
que 7 % des motards assurés
­déclarés en conducteur principal
ou secondaire, selon l’assureur
AMV, cette part féminine suffit à
faire changer les mœurs. Avec à la
clé des différences de comporte-
ment sur la route : « Dans la catégorie 125 cm3, les femmes ont moins
d’accidents que les hommes, constate
Agnès Rouvière, directrice adjointe
de AMV. En ­revanche, sur les grosses
cylindrées, elles ont plus de sinistres
mais ils sont moins graves. Au final,
elles s’avèrent être plus prudentes. »
La motarde reste une curiosité
qui alimente les clichés Les femmes ont investi tous les
segments du marché, jusqu’à la
compétition : elles étaient 17 au
départ du Dakar cette année.
Mais en ville, c’est la tendance
néorétro – des modèles anciens
ou au design vintage – qui fait le
plus d’émules. « Cette mode a permis de décloisonner l’univers très
sectaire de la moto et d’attirer des
filles comme moi, qui ne se sentaient
pas forcément familières du milieu
motard, remarque Cindy Cherchevsky. Aujourd’hui, plus besoin d’être
tatouées ou de ressembler à un bonhomme. On se sent acceptées. Mais
on n’est pas encore débarrassées de
tous les s­ téréotypes… » La motarde
reste une curiosité qui alimente
les clichés : garçon manqué, lesbienne à gros bras ou bombe sexy
comme dans Harley-Davidson, la
chanson de Serge Gainsbourg pour
Brigitte Bardot.
N’en déplaise aux vieux ­bikers,
une nouvelle génération féminine
monte au créneau dans les rallyes et
autres rassemblements, comme au
Cafe Racer Festival de Montlhéry
ou au Wheels and Waves à Biarritz.
C’est le cas de ­Camille et de Claire,
deux passionnées de gros cubes,
blogueuses (sur Kiss’n Vroom) et
influenceuses auprès de marques
de vêtements spécialisés. Ces deux
amies, et ­mamans trentenaires, ont
aussi voulu porter un autre regard
sur la femme à moto, « trop souvent vue comme un faire-valoir ».
« Lorsqu’on s’est rencontrées, on a
constaté qu’il y avait un manque
d’offre de vrais vêtements pour les
motardes », se souviennent-elles
en moquant les casques roses et
les blousons à i­ mprimés fuchsia
qui leur étaient réservés.
« On rêve simplement de
­ antalons ou de chaussures
p
­adaptés avec lesquels on pourrait
sortir sans ressembler à Robocop »,
­plaisantent-elles. Problème, les
­v êtements techniques répondant aux normes de sécurité les
plus strictes ne favorisent pas les
jolies coupes. « Du coup, beaucoup de femmes ont tendance à
faire l’impasse sur les protections,
surtout en ville. C’est évidemment
dangereux. »
Il y a pourtant un intérêt
­croissant des marques pour le
beau sexe. « Le marché s’est fortement féminisé ces quinze dernières
années, confirme David Berger, responsable des ­collections de Bering
et de Segura. Notre gamme féminine représente aujourd’hui 27 %.
C’est une clientèle plus exigeante
en matière de choix, de couleur et
de différenciation. Il faut trouver
le juste milieu entre technicité et
féminité. » Bering propose notamment des blousons classiques avec
des coupes adaptées, mais aussi
une ligne seyant aux formes généreuses. De quoi susciter de nouvelles vocations ? g
Roman Scobeltzine
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le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
Plaisirs Jeux & Météo
• Mots croisés
1
• Mots fléchés
Jean-Paul Vuillaume jpvuillaume@sfr.fr
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15
bœuf noir
espèce de
touche
atouts
travaillent larve en
dans le
attente de
privé pour métamorle public
phose
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est protestant ou
bon pour
l’extrêmeonction
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Albert Varennes albert.varennes@hotmail.fr
note avec
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à l’autre
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courant
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écrits
sanscrits
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• Sudoku
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à subtiliser
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b
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du liant b
exploré
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se montre
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le chef
b
dont un
expert est
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b
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le chef
est en
affaires
onde
infernale
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bris
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les chaînes
à bon entendeur salut !
pour un écu
ou quelques b
louis
b
• Sudoku
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types de
gauche
type
de gauche
ou de droite
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Y
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côtés en
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baie près
de kobe
d’un vert
sombre
mesure
la pression
ou la sert
d
d
d
fort pris
lors d’une
bataille
qui reste à
approuver
en appelle
peut-être
à joe, mais
pas à uber
• Météo
Cherbourg
7
9
Brest 95
Rennes
6
9
Nantes
6
9
Dimanche 27 janvier
Indice de confiance 5/5
Abbeville
5
8
Caen 6
8
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b
b
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moyen
s’attaquent
aux animaux, pas
à l’homme
investissant iéna
et elbe
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Nue.
8. Perte. Ocelot.
9. Usé. Simple. Ives.
10. Epater. Alaise.
11. Loge. Etrenne.
Ru.
12. Limitée. Iouler.
13. Vison. Intensive.
14. Réticente. Dénué.
15. Prenant. Tresses.
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1. Transpercer. Ras.
2. RER. Orteil. Stuc.
3. Abbés. Epaulette.
4. Narcisse. Duc. Op.
5. Stérée. Teeshirt.
6. Sise. Lien. Ténor.
7. Er. Mé. Décor.
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Lins.
14. Autoroute. Revue.
15. Sceptre. Saurées.
Solution
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i
1. Transsexuel. VRP.
2. Rebâtir. Spolier.
3. Arbres. Péagiste.
4. Ecrème. Témoin.
5. Sosie. Erse. Inca.
6. Pr. Sel. Tiret. En.
7. Etés. Idem. Teint.
8. Répétée. Parent.
9. CIA. Encolle. Têt.
10. Elude. Océanie.
11. Lustre. Inondé.
12. Sèche. Liseuses.
13. RTT. Innove.
• mots fléchés
les noirs
battant
les blancs
b
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HORIZONTALEMENT
d
b
petit dîner
pour gros
minet
U
apparition sur terre. Participer à un
concert de piaf. Refroidissement à
eau et à air. - 3. Pique un peu mais
sans vraiment emporter. Evite de
dépasser la mesure. - 4. Vient à l’esprit de gens portées sur la bagatelle.
Tokyo au temps des shoguns. Vient
de pouvoir. - 5. Aide-mémoires. Ouvrir à la circulation. - 6. Chinoiserie
de poids. Dans les affaires courantes
de la malle des Indes. A l’apparence
d’un spectre. - 7. Résultats de croisements. Améliorent l’ordinaire. 8. Source pas claire. Bien remonté.
Précision ajoutée à l’adresse. - 9. Mal
dominant. Grand coup de canon. On
se marie aussi pour ça. - 10. Liaison
par câble. De quoi assommer un
bœuf. - 11. Dit à personne ou seulement aux amis. Craquer sous le
poids. Paire de paire. - 12. Bébé rose.
Lieu de traite. - 13. Passer pour un
vagabond. Caractère d’impression.
- 14. Liée à la femme ou à la mère.
Facile à décoller. - 15. Vieille et abandonnée. Fait son apparition sur les
ondes.
d
b
a
d
sorcière
des alems
1. Retient à la source. - 2. Fit son
d
un romain
en face ici, b
là pile pour
les gaulois
Solution la semaine prochaine
Solution
du numéro 3758
d
U
1. N’apprécie guère d’être mis
en boîte. - 2. Surface en pierres
sèches. Problème qui prend aux
tripes. Sphère poétique. - 3. Belles
des belles. Lèvres cousues. - 4.
Moyens de monter une équipe de
ballon. Pièce de Courteline. - 5. Etre
pour ce qui n’est plus. Mystérieuse
enveloppe. Elle a le bras solide ou
les jambes frêles. - 6. Abrégé d’enseignement. Front avec un toupet.
Deux ôtées de sept. - 7. A moitié grec.
Dans les grandes lignes. Perles de la
plus belle eau. - 8. Passer un oral de
lettres. Tirer des feuilles d’un bloc.
- 9. N’a pas l’air d’être rasé. Sont à
plumes ou à poils. Crée l’évènement
dans la famille. - 10. Tailler dans la
masse. Elles font éclore les pépins. 11. Rendre en rapportant. Est à mourir. - 12. Ronde ou seulement quart
de ronde. Barboter dans l’eau. - 13.
Prime pour le personnel. Un héros
ou rien. Mot choc. - 14. Entraîner
une pollution de l’air. Esclave de la
boisson. - 15. Arrive avec un bouquet.
Retenue dans les transports.
VERTICALEMENT
d
est accore
on y trouve
du menu
fretin et du
gros poisson
U
Horizontalement
lance pour
plusieurs
tours
b
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15
• mots croisés
elle s’est
fait passer
dessus
visant le
long terme
a une bonne
gâche, b
travaille en
dormant
12
b d
Y
10
se préfère
gros que
grand
des militaires
triplé pour
obtenir 6
calculateur
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d’en bas
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capable de
l’un comme de
l’autre
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vocation à
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même cachet
que marilyn
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couguars en
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qui déménage
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retournées
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un lobby de
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3
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pour la
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Lille
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Paris
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Tours
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ClermontFerrand
3
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- 10°/0°
Nancy
2
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Strasbourg
4
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Besançon
4
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Lyon
3
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Bordeaux
Aurillac
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Toulouse
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Perpignan Marseille
4
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Nice 5
15
3
15 Bastia
1°/5°
Ensoleillé
Éclaircies
6°/10°
11°/15°
16°/20°
21°/25°
26°/30°
Nuageux
Couvert
Orages
Pluie
31°/35°
Neige
36°/40°
Solution
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LE JOURNAL DU DIMANCHE est édité
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368. Numéro ISSN 0242-3065.
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51
le journal du dimanche
dimanche 27 janvier 2019
Plaisirs
Daphné Bürki
« C’est moitié break, moitié breakdance ! »
Bürki. « Ça circule. N’importe
qui peut venir, il y aura toujours
à manger et à boire », comme
dit la chanson des Enfoirés.
Elle tapote sur son téléphone, consulte son agenda en
ligne et confirme : la septième
case est quasiment toujours
vierge. Rien ou presque n’est
planifié. Seulement quelques
habitudes. De longues balades
à pied ou à vélo, autour du château de Versailles par exemple.
Quelques emplettes au marché couvert des Batignolles,
son quartier. Des activités
simples, « avec un côté désuet
[qu’elle] aime bien ». Elle aime
aussi respirer cette « énergie
particulière » qui flotte dans
la capitale. « Les gens sont un
dixième plus patients, ça sent le
poulet rôti dans les rues. »
Chez elle, on se réveille à
8 heures, les jours de chance.
Elle éclate de rire : « Il paraît
que l’expression grasse matinée existe. Si vous avez un tuto
pour l’apprendre aux enfants, je
veux bien ! » La paresse a aussi
déserté son vocabulaire dominical : « Je ne sais plus traîner.
Pas le temps. » Ce sont souvent
les fillettes qui fixent le programme. Leurs devoirs bouclés depuis le vendredi, elles
embarquent leur mère dans
divers joyeux ateliers : peinture, pâte Fimo, bouquets de
fleurs, cuisine expérimentale,
etc. « Je ne sais pas faire, mais
je fais semblant ! », se marre
Daphné Bürki.
YANNICK LABROUSSE POUR LE JDD
le dimanche
De
L’animatrice
de France 2
débranche
et se consacre
à sa famille.
Sans repos
pour autant
E
lle a déboulé sur
Terre un dimanche de mars 1980,
pressée et enthousiaste. Trop,
même : Daphné Bürki est née
sur la pelouse de l’hôpital, dans
le 14e arrondissement de Paris.
Un premier jour qui préfigurait les dimanches de sa vie : en
accéléré. « C’est comme dans la
série 24 Heures chrono : j’ai un
décompte dans la tête, résume
l’animatrice de France Télévisions. Il faut tout faire, très vite ! »
Vingt-quatre heures pour
profiter de son aînée, Hedda,
11 ans, qu’elle a eue avec le
chanteur ­Travis Bürki, et de la
petite S
­ uzanne, 5 ans. Et de son
compagnon Sylvain Quimène,
alias Gunther Love, leader du
groupe Airnadette et champion
du monde d’air guitar. Vingtquatre heures, aussi, pour les
amis, « puisque les amis c’est
la famille ». Ils défilent, c’est
portes ouvertes chez Daphné
• sa Playlist
Last Goodbye,
Jeff Buckley (1994)
Quand je dois écrire, j’écoute
sans arrêt le même album. Pour
mon examen de fin d’année
d’école de stylisme, c’était la BO du film Vanilla
Sky, avec notamment cette chanson. Je n’ai pas
dormi pendant deux jours et j’ai fini première !
Taste of Bitter Love,
Joey Negro (2016)
C’est le générique de mon
émission Je t’aime, etc. Joey
Negro est un DJ anglais qui
remixe des titres emblématiques, parfait en
soirée ! J’écoute beaucoup de musique, toujours dansante, mais sans chanson fétiche.
Wild Horses,
The Rolling Stones (1971)
Mon premier concert,
à 15 ans : les Stones, en
plein air à l’hippodrome de
Longchamp. C’est vraiment très difficile de
me limiter à un seul titre : ce groupe, c’est une
philosophie de vie !
Musique à fond
Vient ensuite l’heure de « la
fête ». La troupe lance la musique, monte les décibels au
maximum et danse. Quarantecinq minutes de « lâchage collectif » dans le salon. Elle rit
en évoquant ce rituel familial :
« On se déguise aussi, on est un
peu cinglés. Le hit, c’est le déguisement banane, suivi de près par
le lapin rose ! » Le dimanche,
interdiction de ranger. « C’est
la déglingue à la maison. Moitié
break, moitié breakdance ! »
En semaine, Daphné Bürki
court entre les enregistrements
de Je t’aime, etc., sa quotidienne
sur France 2 sur l’amour, et la
préparation des émissions spéciales. Ces dernières semaines,
elle phosphore sur la soirée des
­Victoires de la musique, qu’elle
présentera en direct le 8 février. Alors, le septième jour,
elle ­débranche. « C’est nouveau
et ce n’est pas désagréable ! »,
reconnaît-elle. Nouveau parce
que, l’année dernière encore,
elle présentait, en plus de ses
émissions à la télévision, Bonjour la France tous les jours
sur Europe 1. Concevoir cent
vingt minutes d’antenne en
­direct exigeait une attention
de tous les instants. Et si elle
jure avoir toujours réservé des
moments pour ses proches, elle
avait toujours le travail dans
un coin de la tête : « En milieu
d’après-midi, le système se remettait en marche. Tu te dis : de
quoi faut-il parler demain ? »
Des fêtes moins tardives
Ce réflexe-là a disparu. Évaporée, aussi, l’expression « gueule
de bois ». À 38 ans, la jeune
femme se revendique toujours
oiseau de nuit. Mais depuis son
passage à la radio, les fêtes sont
bien moins tardives même si
elles restent nombreuses. « Ce
n’est pas une question de ­fatigue et
encore moins à cause des enfants,
explique-t‑elle. Je profite d’une
telle liberté dans mon métier, je
m’éclate tellement que je ressens
moins le besoin de cette soupape. »
Envolé, enfin, le blues du
­d imanche soir. Enfant puis
adolescente, la jeune Daphné
de Montmarin détestait cette
journée annonciatrice du
retour en classe. Le blockbuster du dimanche matin sur
Canal+ puis les dessins animés
n’y changeaient rien. « J’étais
en deuil du samedi », rigolet‑elle. L’école, très peu pour
elle. « Je n’entrais pas dans le
cadre. » Trop grande (1,80 m
aujourd’hui), trop extravertie, trop de bêtises. « Mais des
bêtises mignonnes », préciset‑elle. Un exemple ? Ce jour où,
en troisième, la jeune fille voulait de la neige en été et a déversé des sacs de farine depuis
les étages de l’établissement.
Un « moment de poésie » qui lui
a valu l’exclusion du collège.
« Je voulais tout faire très
vite », reprend‑elle. Premier
job à 14 ans, puis une succession de petits boulots, d’animatrice de goûters d’anniversaire à go-go dancer. Styliste
pour Dior et John G
­ alliano à
22 ans, puis chroniqueuse sur
Canal+ à 24 ans, maman à 27,
­c oprésentatrice du Grand
­Journal à 32… Pressée et
enthousiaste, déjà. « Et si on
n’avait qu’une vie ? », lance, misérieuse, mi-facétieuse, celle
qui entend en profiter tous les
jours, dimanche compris. g
Aude Le Gentil
• son rituel
• son projet
Le parc Monceau. On fait une grande
balade et on finit toujours par le même
restau, juste à côté, rue de Monceau.
Toujours la même brasserie et toujours
le même repas, même si ça peut paraître
ringard. De vraies bonnes frites pour
les enfants et des crustacés pour moi.
J’ai beaucoup de chance de vivre dans
cette belle ville qu’est Paris. Elle m’émerveille toujours, je ne serai jamais blasée !
Je garde malgré tout en tête l’idée d’habiter ailleurs, une année ou deux. Peutêtre en Angleterre ou en Italie.
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I
le journal du dimanche
dimanche 27 janvier 2019
Grand Paris
De nouvelles fermes
poussent en milieu urbain
AGRICULTURE
La troisième édition
de l’appel à projets
Parisculteurs
est lancée demain
ESPACES VERTS
Trente-deux sites seront
proposés dont certains
hors de la capitale
L
es saisons se succèdent et Parisculteurs 3 va pouvoir
se lancer. La première édition de
cet appel à projets visant à développer l’agriculture urbaine a été
ouverte par la Ville de Paris en
janvier 2016, la deuxième en septembre 2017. Demain, Pénélope
Komitès, l’adjointe à la maire de
Paris chargée des espaces verts,
de la nature en ville et de la biodiversité, doit dévoiler au Pavillon de
l’Arsenal 32 nouveaux sites.
Toits, espaces souterrains, murs
à palisser et parcelles au sol seront
proposés à des porteurs de projets,
souvent très innovants, en agriculture urbaine (lire l’encadré).
Start-uppers, paysans et ingénieurs
agronomes devront postuler d’ici
au 19 avril. Des jurys départageront ensuite les candidats pour
chacun des sites et les lauréats
devraient être annoncés cet été.
« En 2018, les Parisculteurs déjà
installés ont produit 285 tonnes de
fruits, légumes, aromates, jeunes
pousses et champignons, et près de
66 000 fleurs coupées ou en plants »,
annonce Pénélope Komitès.
L’ensemble des nouvelles surfaces à cultiver représente 5,8 hectares. « Le nombre de sites proposés
en dehors de Paris augmente, précise l’adjointe. C’est la volonté de
la maire de Paris, Anne Hidalgo,
de travailler à l’échelle de l’agglomération, avec les départements et
la Métropole. » En 2019, neuf des
parcelles retenues sont situées en
banlieue, notamment en SeineSaint-Denis qui participe pour la
première fois à cette opération.
« Nous proposons un hectare sur
quatre sites, tous en pleine terre,
situés à La Courneuve, à Aubervilliers et à Montreuil, explique
Stéphane Troussel, le président
du conseil départemental. Nous
voulons encourager la production
en circuits courts, mais aussi faire
réémerger une agriculture maraîchère qui existait précisément à
Aubervilliers ou à Montreuil. Il nous
Depuis juillet, une activité de maraîchage a démarré sur le toit de l’Opéra Bastille. Guillaume Bontemps/Mairie de Paris
semble important que les jeunes de
Seine-Saint-Denis s’approprient
cette histoire souvent méconnue. »
Des actions en justice lancées
par des associations
Ces nouveaux projets lancés par
Parisculteurs 3 mettront sans doute
des mois à émerger. Les deux premières saisons n’ont en effet pas encore livré tous leurs fruits : 15 sites
sur 33 de Parisculteurs 1 ont été installés depuis 2016 et pour l’instant
un seul de Parisculteurs 2. Mais plus
de 30 exploitations doivent se lancer cette année. « Cela met du temps,
bien sûr, déclare Pénélope Komitès.
Certains sites s’installent facilement
quand ils sont en pleine terre non
polluée. Pour d’autres, il faut par-
fois des permis de construire. » Des
recours en justice ont été exercés,
comme contre le projet « ferme de
Reuilly » de Toit tout vert (12e) ou
contre une serre sur le réservoir
de Charonne (20e), une action
intentée par France Nature Environnement Paris.
Parfois, ce sont les entrepreneurs qui ont jeté l’éponge et la
binette, comme Gaétan Allard des
Nouveaux Potagers, pour le toit
de l’école Dunois (13e), qui requérait des aménagements coûteux :
« Nous avions des appréhensions,
car les plantations hors-sol coûtent
plus cher. Il faut donc vendre les
produits ensuite à un prix assez
élevé. Et les surfaces sont petites :
au sol, un maraîcher en pleine terre
Bercy, un parking et une ancienne usine
Sur les 32 sites de Parisculteurs 3, 11 sont proposés par la Ville de
Paris, comme par exemple 700 mètres carrés de toit à l’école de la propreté (18e) ou 600 mètres carrés au sol au stade de la Tour-à-Parachutes
(13e). Des partenaires mettent aussi des parcelles à disposition, comme
la RIVP, le deuxième bailleur social parisien, avec un parking désaffecté
de 4 500 mètres carrés sur deux niveaux (19e). À La Courneuve (93), un
terrain (1 000 mètres carrés) longe les anciennes usines Babcock, un
futur centre culturel du Grand Paris. À Montreuil (93), un jardin maraîcher
sera créé pour le collège Georges-Politzer. Enfin, Bercy, le ministère de
l’Économie et des Finances (12e) propose 1 000 mètres carrés dans une
douve et 1 500 mètres carrés en toiture. g
a besoin de 3 000 mètres carrés
pour trouver un équilibre. » Paris
Society (ex-Noctis), spécialisé dans
la restauration et l’événementiel,
envisageait d’ouvrir sur la médiathèque Françoise-Sagan (10e) une
serre-bar-restaurant. Mais le projet
a été abandonné. « Nous n’avons pas
reçu les autorisations nécessaires »,
dit-on chez Paris Society.
Des circuits très courts,
du toit au rez-de-chaussée
« On est obligés d’innover et de trouver des solutions aux différentes
contraintes très fortes de l’agriculture urbaine, ajoute Gilles Maréchal, l’un des associés d’Aéromate,
qui a décroché trois toits de Parisculteurs. Les villes, par définition,
n’ont pas été conçues pour accueillir
des exploitations agricoles. » « On
apprend en marchant, explique
Grégoire Bleu, président de l’Afaup,
l’Association française d’agriculture
urbaine professionnelle (90 sociétés adhérentes). Comme pour toutes
les start-up en général, les petites
structures se plantent en grand
nombre. S’il est trop tôt pour faire
un bilan économique, tout ce qui
comporte production agricole et à
côté animations, team building ou
paysagisme marche bien. »
Topager a commencé à cultiver
le toit-terrasse de l’Opéra ­Bastille
l’été dernier, l’un des plus grands
sites de Parisculteurs (2 500 mètres
carrés), et a produit 50 paniers
de fruits et légumes par semaine
(100 paniers à venir en 2019). Les
clients ont goûté en tout près de
deux tonnes de fruits et légumes,
dont des tomates qui ont vraiment
rougi au soleil. Des bières sont à
venir… « Nous n’avons pas encore atteint l’équilibre économique, déclare
Frédéric Madre, de Topager, mais
nous montrons que c’est possible.
Depuis six ans, nous avons réalisé
une cinquantaine de toits potagers
dans le Grand Paris. »
Mugo, qui a un projet de ferme
florale sur un toit rue de Paradis,
a déjà repéré des clients potentiels, demandeurs de fleurs fraîchement coupées, dans un rayon
de 300 mètres autour du jardin.
L’adjointe chargée de l’agriculture urbaine, Pénélope Komitès, a
précisément pour objectif en 2019
d’« accompagner les porteurs de
projet dans la commercialisation
de leur récolte ». Les Parisculteurs
pourraient vendre sur les marchés parisiens, dans les halles
alimentaires et dans les restaurants. Des circuits extrêmement
courts, quasiment du toit au rezde-chaussée. g
Marie-Anne Kleiber
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
II
le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
Grand Paris
Ce que les Parisiens ont dit aux Marcheurs
INFO JDD Après six
semaines passées à
questionner des milliers
d’habitants de la capitale,
les macronistes livrent les
résultats de ces échanges
Les Marcheurs de Paris en sont
convaincus : la priorité pour la ville,
c’est « la reconquête des rues abandonnées » à la saleté et aux incivilités. C’est ce que soutient P
­ acôme
Rupin, député La République en
marche (LREM) et coresponsable
de l’enquête « Paris & moi », qui a
nourri ce diagnostic.
Après six semaines passées cet
automne à poser des questions ouvertes et à enregistrer la parole des
Parisiens, c’est le principal enseignement que LREM retient pour sa
campagne municipale de 2020. Un
tiers des sondés citent la propreté
en réponse à la question « Que fautil améliorer ? ». Si ce « sentiment
d’abandon » est évoqué partout,
« la problématique de l’insécurité
revient particulièrement dans les 18e,
19e et 20e arrondissements », précise
M. Rupin. Alors quand la maire de
Le député Pacôme Rupin, coresponsable
de l’enquête « Paris & moi ». A. JOCARD/AFP
Paris, Anne Hidalgo, annonce vendredi la création d’une police municipale, les macronistes s’empressent
de réagir. Dans un communiqué, ils
rappellent leur proposition formulée « dès octobre dernier » de créer
une police parisienne confiée aux
maires d’arrondissement.
Une attention particulière
aux sans-abri
Parmi les surprises que le parlementaire dévoilera demain soir
au théâtre du Trianon (18e arrondissement), l’attention des sondés
pour les sans-abri. Environ 10 %
évoquent cette situation pour
répondre à : « Que feriez-vous en
premier si vous étiez élu maire ? ».
Cette préoccupation s’exprime
surtout dans le nord-est de la ville,
précise Margaux Pech, l’autre responsable de cette campagne. Elle
complète : « Cette envie de solidarité vise aussi les personnes âgées
et celles à mobilité réduite. »
Autre étonnement, le coût du
logement n’apparaît pas comme un
enjeu parmi les plus de 7 200 questionnaires et 14 000 enregistrements audio. « Je crois que les
Parisiens ont finalement intégré et
accepté cette idée », tente Pacôme
Rupin. Les grands thèmes absents
de cette enquête de terrain sont
aussi la démocratie participative
et Paris Plage.
La thématique des transports
est en revanche un axe saillant de
la synthèse réalisée par une trentaine de bénévoles, élus et cadres
du mouvement. Les Parisiens en
parlent… autant en bien qu’en mal.
À la question « Qu’est-ce qui fonctionne à Paris ? », une personne
sur deux évoque les transports
en commun, saluant la densité et
le maillage du réseau. Mais une
personne sur quatre cite la circulation et la pollution de l’air parmi
les aspects « à améliorer » dans la
capitale. La demande d’un meilleur entretien du réseau (propreté,
confort, sécurité) prime largement
sur celle de son extension – mais
seulement 10 % des sondés sont de
la banlieue, et 85 % des Parisiens
(les 5 % restants n’habitant pas dans
la région). « Ça va être un grand
axe de réflexion pour nous, réagit
Rupin. Comment lisser les heures
de pointe ? » Et le parlementaire
d’évoquer, comme piste potentielle,
une incitation pour les entreprises
à décaler les heures de travail. « Si
on arrive à avoir de 10 à 15 % de gens
en moins aux heures de pointe, ça
change tout, car la surfréquentation
est ce qui crée les accidents d’exploitation », veut-il croire.
Embouteillages dans le centre
et pollution dans le 14e
Dans le détail, la problématique des
transports devient plutôt celle de la
pollution de l’air dans le 14e arrondissement, principalement dans le
quartier de la porte d’Orléans ou de
la station de métro Denfert-Rochereau. « On a eu aussi beaucoup de
réponses sur la difficulté à entrer et
sortir de Paris », précise Margaux
Pech. Dans le centre de Paris, les
questionnés se plaignent surtout
des embouteillages. Enfin, LREM
retient l’attachement des Parisiens
à leurs rues quotidiennes : 85 % des
interrogés déclarent aimer leur
quartier. Un sentiment qui s’applique aussi à toute la capitale : « Il
y a une fierté à vivre dans une villemonde », estime Pacôme Rupin, qui
note toutefois que son attractivité
est vécue comme un facteur de trop
grosse concentration dans le centre,
au détriment du Grand Paris.
Cette première synthèse permettra de donner des axes de
réflexion aux groupes de travail LREM, mais les Marcheurs
comptent continuer à exploiter
ces données, éventuellement pour
trier les réponses selon l’âge ou le
genre. Demain soir sera aussi lancé
le premier atelier destiné à former
au total 8 000 personnes aux thématiques municipales. Quant au
choix de la tête de liste… « Le but
est de montrer comment on prépare
notre programme », évacue Rupin.
Si les six candidats putatifs ont été
conviés à la soirée, ils n’auront pas
droit à une prise de parole. g
Sarah Paillou
Les surprises du projet d’extension de la gare du Nord
RÉNOVATION La gare
la plus fréquentée
d’Europe va s’agrandir
pour accueillir boutiques,
restaurants… et même
une salle de concert
La célèbre gare du Nord, qui relie
Paris à quatre pays européens, va
opérer une mue spectaculaire. D’ici
à 2024, à temps pour les JO, la première gare d’Europe – 700 000 voyageurs par jour en 2018, 900 000 en
2030 – doit être réaménagée et
dotée d’une gigantesque extension. Avec une surface multipliée
par trois, de 36 000 à 100 000 mètres
carrés, elle a vocation à devenir plus
qu’une simple infrastructure de
transport : un lieu de destination où
faire du shopping, du sport, sortir au
restaurant, travailler, profiter d’un
espace vert en toiture et même assister à des concerts.
La SNCF, via Gares&Connexions,
sa filiale qui gère les 3 000 gares
françaises, et Ceetrus – ex-Immochan, la branche immobilière
du groupe Auchan – viennent
de créer une société d’économie
mixte à opération unique : la
Semop Gare du Nord 2024, chargée de métamorphoser la vieille
dame de 153 ans.
« Un modèle vertueux
d’autofinancement »
Cette « coentreprise » investira
600 millions d’euros dans l’opération. Elle exploitera pendant
quarante-six ans les espaces commerciaux. La première réunion
publique d’information est organisée le mardi 29 janvier à la mairie
Vue d’artiste de la métamorphose à venir. SNCF Gares&Connexions - Ceetrus - Valode & Pistre Architectes
du 10e arrondissement. « Le but est
de dialoguer avec les riverains », précise Aude Landy-Berkowitz, présidente du directoire de la Semop.
Mais aussi de répondre à la polémique. Les élus communistes et la
CGT Cheminots ont dénoncé une
« privatisation » de la gare. Car
l’actionnariat de cette nouvelle
structure est composé de la SNCF
pour 34 % et de Ceetrus pour 66 %,
mais son capital reste confidentiel.
« Il ne s’agit en aucun cas d’une
privatisation, l’État reste propriétaire de la gare, plaide Patrick
Ropert, directeur général de
Gares&Connexions et coprésident du conseil de surveillance de
la Semop. C’est un modèle vertueux
d’autofinancement. Les revenus de
l’activité marchande sont réinvestis
dans les petites gares. » Les responsables assument parfaitement le
rôle nouveau alloué au bâtiment
rénové sous l’égide de l’agence d’architectes Valode & Pistre. « Notre
stratégie est de transformer les gares
en centres nerveux des villes de demain, explique Patrick Ropert. La
future gare du Nord va s’adapter aux
attentes de nos clients, qu’ils soient
habitants de l’Île-de-France ou traders à la City de Londres. »
Un terrain de padel,
une piste de course à pied...
En 2024, la gare du Nord abritera
17 000 mètres carrés de commerces,
contre 9 000 aujourd’hui, dont une
pâtisserie de Christophe Michalak,
au sein d’une grande nef conçue
comme une rue intérieure. Un quart
du bâtiment sera occupé par des
restaurants de toutes sortes : deux
nouvelles adresses de 600 mètres
carrés chacune prendront leurs
quartiers sur le toit, proposant de
la bistronomie (Jean Imbert) ou
un cadre plus chic (groupe Paris
Society, ex-­Noctis). Les bureaux
– dont 4 000 mètres carrés en
coworking, gérés par l’américain
WeWork – représenteront 23 % de
l’ensemble. « Le quartier manque
d’immobilier de bureau, souligne
Aude Landy-Berkowitz. Il est
convoité avec le Brexit et du fait de
sa proximité avec Bruxelles. »
Enfin, le dernier quart accueillera un « pôle de vie » consacré aux
services (crèche, cabinet médical,
dentiste, laboratoire d’analyse…), à
la culture européenne (autour de
l’art numérique) et aux loisirs. Sur
le toit, une salle de spectacles de
3 000 places debout sera exploitée par Live Nation, leader mondial
dans l’organisation de concerts. La
nouvelle toiture de la gare verra
aussi fleurir des espaces de sport
(2 500 mètres carrés), dont un
terrain de padel ainsi qu’une piste
de course à pied circulaire d’un
kilomètre. Quelque 7 700 mètres
carrés seront réservés à un espace
vert en rooftop conçu par le paysagiste Michel Desvigne, ouvert
au public sous conditions. Le tout
accessible grâce à 57 escalators
(20 aujourd’hui). Et dessiné par
cinq grandes agences de design
dont les Français VP Design et
Yann Kersalé et le Britannique
Tom Dixon.
Pour préparer son lancement
Ceetrus a commandé à Odoxa un
sondage, que dévoile le JDD. L’institut a interrogé (du 14 décembre
au 2 janvier) 1 500 habitants des
arrondissements voisins ainsi
que 1 500 Parisiens et Franciliens. « Il en résulte que la gare
du Nord est bien plus fréquentée
que ce qu’on imaginait – 75 % des
riverains, 69 % des Parisiens, 59 %
des Franciliens – mais qu’elle pâtit
d’une image déplorable, comme le
quartier », résume Gaël Sliman,
président d’Odoxa. Les trois quarts
des sondés jugent les lieux sales,
mal fréquentés, dangereux, y compris les riverains. Par conséquent,
malgré les inévitables nuisances
du chantier, plus de 90 % des personnes interrogées applaudissent
le projet de transformation. g
Bertrand Gréco
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III
le journal du dimanche
dimanche 27 janvier 2019
Grand Paris
bonnes tables spécial étoilés
La Poule au Pot (1er), coup de cœur
Avec l’ouverture de sa Poule au Pot au début de l’été dernier, JeanFrançois Piège (déjà deux étoiles au Grand Restaurant) et son épouse,
Élodie, provoquaient l’un de nos plus gros coups de cœur gastronomique de 2018.
C’est un bistrot pur parigot tête de veau dans le ventre de Paris : miroirs,
zinc, banquettes, tables nappées rose et plaques dorées gravées au
nom des habitués de toutes les époques.
La cuisine est délicieusement bourgeoise, et sublime. Os à moelle à
étaler sur des tranches de pain grillé (18 euros) : œufs mimosa (4 euros) ;
gratinée à l’oignon, la vraie (16 euros). Des plats en sauce comme on
n’en fait plus, comme cette entrecôte à tomber sauce marchand de
vin (96 euros pour 2), et l’incontournable hachis parmentier de joue
et queue de bœuf (28 euros). En dessert, super tartes de saison. Un
lieu doudou, où se caler les jours de grand froid pour se réchauffer
le cœur. Bon à savoir : service charmant. 
La Poule au Pot, 9, rue Vauvilliers (1er). 7j/7.
Menu : 48 euros. À la carte, entre 60 et 90 euros environ. Tél. : 01 42 36 32 96.
Anamorphose de Zag & Sia au musée de l’Homme. Ci-contre, des poilus par C215 au musée de la Légion d’honneur. Zag & Sìa ; C215
Du street art, pour voir
et réfléchir
La brasserie chic dans le quartier historique des Halles. J. DE FONTENAY POUR LE JDD
La Condesa (9e), inspiration voyageuse
Trente et un ans et une étoile. Dans cette étoile, il y a la vie d’Indra
Carrillo, ses maîtres inspirants (Yannick Alléno, Michel Rostang,
Pascal Barbot, Éric Frechon), ses voyages… La Condesa, c’est le nom
du quartier dans lequel il a grandi à Mexico. Sa Condesa parisienne
est chic et épurée. Tables en bois clair alignées, banquettes, chaises
en velours. Dans ses assiettes, c’est généreux, inspiré de toutes ses
découvertes, savoureux. Saumon confit à l’huile d’olive, pomme de
terre, coulis d’ortie et pimprenelle ; canette de Kriaxera et céleri-rave
en trois façons, tagliolini à l’encre de seiche. Bon à savoir : le chef
propose chaque jour deux menus carte blanche de 4, 6 ou 8 plats en
fonction des appétits. Menu déjeuner étoilé à prix doux : 38 euros.
La Condesa, 17, rue Rodier (9e). Fermé dimanche et lundi. Menu midi : 38 euros.
Menus : 68 et 85 euros. Tél. : 01 53 20 94 90.
Le repaire chic et épuré d’Indra Carrillo dans le 9e. J. de fontenay pour le jdd
Tomy & Co (7e), gastronomie bistrotière
Il vient de décrocher l’étoile, qu’il a fait tatouer sur sa main. Tomy
Gousset, 38 ans, est l’un des plus doués de sa génération. Ce chef
d’origine cambodgienne né en France a un parcours atypique. Il
entre en fac d’éco avant de tomber en amour avec la cuisine. Il
découvre la cuisine en regardant un documentaire TV sur Ferrandi,
l’école des métiers de bouche. S’ensuivent Alain Solivérès, Yannick
Alléno, Daniel Boulud, Michel Rostang… Son Tomy & Co est un
bistrot joli d’aujourd’hui, où l’on se sent bien. Un lieu de copains,
chaleureux, convivial et joyeux aussi. Un lieu où la cuisine vous
régale et vous fait parler d’elle, très créative, personnelle. Les beaux
légumes du potager de Courances sont cuisinés sous leur meilleure
forme (14 euros). Pour le reste, on suit l’inspiration du chef : tête de
veau servie froide (14 euros) ; carpaccio de Saint-Jacques et caviar,
dément, ou encore une assiette de gnocchis, châtaigne et truffe noire
gourmande (22 euros) Bon à savoir : Menu du midi top. g
Tomy & Co, 22, rue Surcouf (7 ). Fermé samedi et dimanche. Menu midi : 27 euros.
Menus : 45, 48 et 69 euros. À la carte, entre 55 et 65 euros environ. Tél. : 01 45 51 46 93.
e
Aurélie Chaigneau
Sorties À découvrir,
Hibou
de Bordalo II
sur l’ancienne
gare Massena,
dans le 13e
arrondissement.
trois expos d’artistes
urbains qui s’engagent
à travers leurs créations
Miguel Portelinha
La faune de bric et de
broc de Bordalo II
Des ordures, il fait surgir tout un bestiaire aux couleurs pop, ­ludiques.
Éléphant, crocodile, tigre, lémurien jaillissent des déchets. Ils sont
assemblés façon patchwork avec des
couvercles de poubelle, des bouts
de chaise de jardin en plastique,
des morceaux de tuyau d’arrosage,
de ballons crevés, des casques de
moto… Cela donne un zoo mutant,
une faune de bric et de broc qu’Artur
Bordalo repeint en leur donnant un
ramage chamarré, parfois criard,
évoquant les empilements de Lego
enfantins comme les sculptures bricolées par le génial Picasso avec des
objets récupérés.
Le street artiste portugais
­­Bordalo II expose depuis hier une
trentaine de ses « Trash Animals »
dans le 13e arrondissement dans un
vaste espace appelé à se transformer
en supermarché.
L’artiste né en 1987 a passé des
heures, enfant, dans l’atelier de
son grand-père, un peintre nommé
Artur Bordalo à qui le petit-fils rend
hommage en s’appelant ­Bordalo II.
Bordalo le second suit pendant trois
ans les cours des Beaux-Arts à Lisbonne, mais s’échappe déjà dans la
rue, où il ramasse ce qu’il trouve.
Cette quête l’a mené aux quatre
coins du monde, où il a érigé comme
des totems de grands animaux en
plastiques recyclés. « À Paris, il avait
réalisé à notre instigation, en 2017,
un bas-relief temporaire, un castor,
dans le 13e arrondissement, explique
Mathilde Jourdain, à la tête avec son
mari Gautier de la galerie Mathgoth,
fondée en 2010. Nous avions envie
de montrer toute sa palette et nous
l’avons invité pour cette exposition,
organisée dans un lieu temporaire
suffisamment grand pour accueillir
ses pièces monumentales. »
Bordalo II a un discours très accessible sur la surconsommation et
l’utilisation massive du plastique
dans nos modes de vie : il donne
forme aux animaux victimes de la
pollution, en montrant ce qui les tue,
et qui compose la matière première
de ses sculptures. « J’utilise mon travail pour communiquer des idées, des
peurs et des prises de conscience sur
les désordres climatiques auxquels
nous faisons face. »
« Bordalo II – Accord de Paris », 10-12,
avenue de France (13e). Jusqu’au 2 mars,
du mardi au dimanche de 14 h à 19 h.
Entrée libre.
Les droits de l’homme
illustrés
Tous les dimanches depuis le 13 janvier et jusqu’au 10 février, des artistes urbains réalisent une œuvre
en public au musée de l’Homme au
palais de Chaillot (16e). Les créateurs
planchent chacun sur un article de
la déclaration universelle des droits
fondamentaux qui a été signée dans
ce palais même il y a soixantedix ans. À partir du 12 février, les
visiteurs pourront découvrir l’ensemble des fresques et installations
signées par Lek & Sowat, Swoon,
­Madame… Le duo Zag & Sia, avec
le graffeur Anje, a ouvert le bal des
performances devant un millier de
curieux le 13 janvier. Spécialistes
des anamorphoses réalisées sur des
escaliers, ils ont investi une volée de
marches, illustrant l’article 25 de la
déclaration, qui porte sur le niveau
de vie et les droits à la santé, au bienêtre de chacun. « Cela ­résonne avec
l’actualité, avec les ­Gilets jaunes, et
aussi avec notre vécu d’artistes, qui
ne gagnons pas bien notre vie avec
notre art », e­ xplique Zag. Le couple a
travaillé sur un revêtement (le plastico’graff ) permettant de peindre
sans abîmer l’escalier du musée,
classé. Leur œuvre ne se voit que
d’un point de vue, face aux marches :
Un marin tiré du tableau de Géricault Le Radeau de La M
­ éduse sort
d’un tas de cartons tagués et tend
la main vers le ­soleil… Selon Sia, « il
reste cette petite source d’espoir qui
luit au loin ».
« J’ai le droit d’avoir des droits ! », musée
de l’Homme (16e). Installation d’œuvres
les dimanches 27 janvier, 3 et 10 février
en public de 10 h à 19 h. Exposition du
13 février au 30 juin. Entrée libre.
Portraits de poilus
par C215
C’est une petite exposition (par
la taille) au rez-de-chaussée du
musée de la Légion d’honneur,
juste en face du musée d’Orsay. Le
pochoiriste C215 a réinterprété une
vingtaine de portraits de soldats
de la P
­ remière Guerre mondiale
dessinés au pastel par un artiste
suisse, Eugène Burnand, à la fin du
conflit (les originaux sont accrochés au 2e étage). Des anonymes
qui semblent sortir des limbes du
passé et plaider pour la paix. g
« 100 Ans après… », musée de la Légion
d’honneur (7e). Jusqu’au 2 juin. Entrée libre.
Smartphone avec casque d’écoute conseillé
pour écouter les vidéos en QR code.
Marie-Anne Kleiber
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
IV
le journal dudimanche
dimanche
27 janvier 2019
Grand Paris
Sortir en Île-de-France
Cabinet de
77 curiosités
Objets hétéroclites
La médiathèque Astrolabe
expose son cabinet de
curiosités du patrimoine.
Apparu à la Renaissance,
cet ancêtre du musée
regroupe des collections
composées de livres
et d’objets hétéroclites
sur divers thèmes.
Médiathèque Astrolabe, Melun.
14 h-18 h. Gratuit.
astrolabe-melun.fr
Château
78 des Maisons
Parcours enfants
Découvrez le château
des Maisons et son parc
à travers une exposition
retraçant le destin hors
du commun de Jacques
Lafitte. Un parcours pour
enfants en sept panneaux
offre également une visite
ludique.
Château des Maisons, MaisonsLafitte. 10 h-12 h 30 et 14 h-17 h.
Tarif : 8 euros. chateau-maisons.fr
91 Exposition
Trait blanc
Venez découvrir l’univers
coloré de Pierre Régnier
à travers l’exposition « Vivre
plus clair ». Cet artiste
local a voulu faire
une peinture dans
laquelle le trait blanc
serait l’élément le plus
important.
Centre culturel de Méréville,
Méréville. 11 h-13 h et
14 h 30-18 h. Gratuit. essonne.fr
92 Cinéma
Festival
93 Accordéon
Optimisme
Le festival Le bonheur
fait son cinéma !, à RueilMalmaison, propose
une sélection de films
qui véhiculent optimisme,
valeurs positives et
humanisme. Aujourd’hui,
l’avant-première de
Jusqu’ici tout va bien
de Mohamed Hamidi.
Danse
L’Accordéon Club
d’Aubervilliers propose
un « dimanche qui danse ».
L’orchestre Calypso
et les jeunes du club vous
feront bouger tandis
que les fans de musette
et de danses de salon
pourront s’exercer
et montrer leurs talents.
Cinéma Ariel centre-ville,
Rueil-Malmaison. 16 h 30.
Tarif : 7,50 euros. rueilscope.fr
Espace Solomon, Aubervilliers.
15 h-18 h. Tarif : 12 euros.
accordeonclubaubervilliers.org
Musique
94 du livre
Éditeurs
indépendants
Le salon Livre à Part
de Saint-Mandé rend
hommage aux petites
maisons d’édition et aux
éditeurs indépendants.
Près de 50 éditeurs
proposeront leurs
collections riches et variées
aux amoureux de littérature.
Hôtel de ville de Saint-Mandé,
11 h-19 h. Gratuit.
mairie-saint-mande.fr
95 classique
« L’Arlésienne »
L’Harmonie de Pontoise
revisite des titres
connus du répertoire
classique mais également
des pièces plus
originales qui mettent
en valeur chaque famille
d’instruments de l’orchestre.
L’Arlésienne sera le point
d’orgue du concert.
Caméléon, Pontoise. 16 h. Gratuit.
ville-pontoise.fr
Aujourd’hui dans la capitale
1er
Cinéma
des années 1980
Dans le cadre du festival
France années 1980 au Forum
des images, le film Police
de Maurice Pialat est diffusé.
L’occasion de revoir ce polar
avec Sophie Marceau et Gérard
Depardieu dans les rôles
principaux.
Forum des images.
M° Les Halles. 18 h. Tarif : 6 euros.
forumdesimages.fr
4e
Simone Veil,
une histoire
française
Derniers instants pour profiter
de l’exposition « Renoir père
et fils » au musée d’Orsay.
Une rétrospective pluridiscplinaire
qui fait dialoguer Auguste,
peintre de renom, avec son fils
Jean, réalisateur.
Le théâtre libre Le Comedia
accueille une projection
exceptionnelle du film Sauver
ou périr dédiée aux deux pompiers
décédés dans l’explosion
survenue rue de Trévise le
12 janvier. La recette de cette
séance sera intégralement
reversée à leurs familles.
La grande vente de plantes
organisée par Plantes pour
tous vous attend. Cactus,
succulentes, plantes tropicales
et plantes d’extérieur à tarifs
uniques (2 euros, 5 euros
et 10 euros) mais aussi quelques
plantes exceptionnelles
et un atelier terrarium.
L’équipe de Jazzy Feet
fait son bal swing au Pan
Piper. Au programme,
des démonstrations,
un beau parquet pour danser
et des DJ sets entre
les sets de l’orchestre.
La soirée démarrera par
un cours d’initiation au lindy hop.
Hommage
aux pompiers
Musée d’Orsay. M° Solferino.
9 h-18 h. Tarif : 12 euros. musee-orsay.fr
Mémorial de la Shoah. M° Pont-Marie.
16 h 30. Gratuit. memorialdelashoah.org
11e
Atelier Basfroi. M° Voltaire. 9 h-19 h.
Tarif : à partir de 2 euros.
plantespourtous.com
10e
Les Renoir,
peintre et cinéaste
Plus d’un an après la disparition
de Simone Veil, le Mémorial
de la Shoah rend hommage
à cette femme de conviction.
Le documentaire Simone Veil,
une histoire française sera
notamment diffusé en présence
du réalisateur David Teboul.
11e
Vente
de plantes
7e
Le Comedia. M° Strasbourg - Saint-Denis.
18 h. Tarif : 20 euros. le-comedia.fr
Coup
de cœur
17e
Bal
swing
Portes ouvertes aux
e
familles à l’Opéra- 18
Comique. Jeu de piste,
contes en musique,
atelier maquillage, etc.
À partir de 10h30,
entrée libre (2e).
opera10e
comique.
e
9com
2e
8e
1er
16e
7e
15e
12e
athlétisme
3e
11e 20e
4e
6e
Pan Piper. M° Philippe- Auguste.
17 h-22 h 30. Tarif : 13 euros.
pan-piper.com
19e
5e
12e
14e
13e
Venez applaudir
les meilleurs
athlètes français
et internationaux
lors du meeting
de Paris indoor.
Les champions
Kevin Mayer, Renaud
Lavillenie, Pascal
Martinot-Lagarde
et Sam Kendricks
ont confirmé leur
venue.
AccorHotels Arena.
M° Bercy. 17 h-20 h.
Tarif : à partir de 20 euros.
accorhotelsarena.com
12e
Les cracks du Grand Prix d’Amérique
Le Grand Prix d’Amérique revient à l’hippodrome de Vincennes.
La course réunit les 18 meilleurs cracks de trot attelé dans un véritable
show à l’américaine avec des danses, des acrobaties, de la voltige,
et un défilé de pom-pom girls.
Hippodrome de Vincennes. 11 h-20 h. M° Château-de-Vincennes.
Tarif : 6,80 euros. prix-amerique.com
18e
19e
20e
Le quartier Montmartre accueille
la 12e Fête de la coquille SaintJacques. Démonstrations
culinaires, marché gastronomique,
étal de poissons et la coquille
Saint-Jacques sous toutes ses
formes sont au programme.
Le festival Objectif Aventure
de Paris revient au Centquatre.
La programmation 2019
vous emmènera aux quatre
coins du monde, à la rencontre
d’hommes et de femmes
qui ont relevé des défis
souvent irréels.
La compagnie Les Bleus de travail
présente le spectacle 3clowns.
Perruques, grandes chaussures,
peau de banane... Les acteurs
jouent des ficelles du cirque et
des clowns et les détournent
comme un documentaire cruel
mais amusé sur le métier.
Fête de
la Saint-Jacques
Place des Abbesses. M° Abbesses.
8 h 30-18 h. Gratuit.
montmartre-guide.com
Films
d’aventure
Le Centquatre. M° Riquet.
10 h 30-19 h 30. Tarif : 6 euros.
terdav.com
Clown
revisité
Le Cirque Électrique. M° Porte-des-Lilas.
15 h. Tarif : 10 euros.
cirque-electrique.com
Pierre-Auguste Renoir / Musée d’Orsay ; SCOOPDYGA
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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