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Le Monde Magazine Du 2 Février 2019-compressed

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M Le magazine du Monde no 385. Supplément au Monde no 23036/2000 C 81975 — SaMedi 2 fevrier 2019.
Ne peut être vendu séparément. disponible en france métropolitaine, Belgique et Luxembourg.
L’incroyabLe
saga du siLicone
faux seins et
vrais scandaLes
4
carte blanche à
Henri Cartier-Bresson.
S’il eSt célèbre pour Son coup d’œil fulgurant, Son art de “l’inStant déciSif”,
le photographe françaiS ne Se réSume paS à cela. JuSqu’à début marS, “m”
ouvre Sa carte blanche à une dimenSion pluS contemplative de Son œuvre.
à redécouvrir à la fondation qui porte Son nom, danS le maraiS, à pariS.
Henri Cartier Bresson/Magnum Photos
France, 1929.
M Le magazine du Monde — 2 février 2019
C’est un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas Connaître. Ces années noires
pendant lesquelles une poignée de militants d’extrême gauche ont décidé, après Mai 68, de
transformer leur activisme politique en lutte armée. En Italie, ce furent les années de plomb
pendant lesquelles s’est illustré Cesare Battisti, récemment renvoyé dans son pays d’origine
après trente-sept ans de cavale. En Allemagne, il y eut la Fraction armée rouge. En France,
le groupe Action directe désigné comme organisation terroriste et démantelé en 1987, après
avoir provoqué plus de 80 attentats et plus d’une dizaine de victimes, dont le général Audran
et le PDG de Renault Georges Besse. Ses quatre membres les plus connus ont passé de
longues années en prison. C’est le cas de Jean-Marc Rouillan, 66 ans, le seul à être encore
en vie et en bonne santé. Et même en pleine forme comme le raconte dans ce numéro de
M Le magazine du Monde, Vanessa Schneider. Elle l’a suivi pendant de longues semaines,
depuis la Fête de L’Humanité à la in de l’été, où il était venu présenter son livre, jusqu’à
cet hiver étrange pendant lequel la France n’en init pas d’être secouée par la crise des
« gilets jaunes ». Il en est sans en être : à l’affût de tout ce qui peut menacer l’ordre capitaliste
et la toute-puissance de la bourgeoisie qu’il continue de vilipender, mais tenu à une certaine
discrétion pour ne pas repartir en prison. « Je sors du congélateur », dit-il dans ce portrait.
De fait, il est sidérant de constater à quel point il n’a pas bougé, refusant d’exprimer
des regrets ou des remords, utilisant le vocabulaire et la grille de lecture des années 1970.
Ses faits d’armes et cette constance idéologique en font même aujourd’hui une star dans
les milieux radicaux, revigorés par la crise actuelle. Des vedettes, il a aussi la coquetterie,
acceptant les invitations les plus politiques comme les plus mondaines, conservant sur son
téléphone les photos de lui qu’il trouve avantageuses… Cette balade avec Rouillan est aussi
glaçante que cocasse. Marie-Pierre LanneLongue
M Le magazine du Monde — 2 février 2019
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde
6
CROISIÈRE
Musicalia sur le Douro
Polyphonie entre sensualité, émotion et passion
¤"Rqygnn"Hnwvgu"Lcrcp
Du 11 au 18 octobre 2019
Patrick Poivre d’Arvor Maxence Larrieu
« Invité exceptionnel »
Océan
Atlantique
Flûtiste, « Invité d’honneur »
Paris
Paris
Porto
Pinhão
Ferradosa
Barca d’Alva
ur
o
Régua
Do
Vega Terrón
Sophie L.-Wallez
Sébastien Llinarès Maria Mirante
Violoniste, Directrice musicale Guitariste
Aurélien Pontier
Mezzo-soprano
Pianiste
Pour cette Musicalia sur le « fleuve d’or » lusitanien, j’ai conçu pour vous un merveilleux voyage original entre poésie et
musique. Votre navigation sera rythmée par les harmonies d’Albeniz, Granados, Turina, mais aussi Bach, Vivaldi, Chopin,
Brahms... Et vous découvrirez toutes les voluptés et passions ibères au cours des concerts donnés par Patrick Poivre d’Arvor,
récitant, le flûtiste de légende et « Invité d’honneur » Maxence Larrieu, Aurélien Pontier au piano, Sébastien Llinarès à la
guitare, Maria Mirante, mezzo-soprano et moi-même au violon.
Sophie Lemonnier-Wallez
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2 février 2019
13
Le PS découvre
la vie de banlieue.
18
Qui est vraiment ?
Lino Bani.
20
Aux États­Unis,
un détenu condamné
à partager ses gains
littéraires.
Les chroniques
16
Il est comme ça…
Thomas Pesquet.
19
Il fallait oser
Les lâcheurs.
21
Le grand déilé
Anne Sinclair.
22
J’y étais
Le marathon de Paris.
La semaine
23
Opération silicone.
Depuis les années 2000,
malgré les risques et les
scandales, les prothèses
mammaires en silicone
connaissent un succès
de taille. Aujourd’hui,
la question de leur inno­
cuité est de nouveau posée.
30
Ondes de choc.
En 1972, RTL dévoile
sa nouvelle façade, ornée
d’une œuvre hypnotique
de Victor Vasarely. Près de
cinquante ans plus tard, le
Centre Pompidou consacre
sa première rétrospective
au pape de l’art optique.
36
Action discrète.
À 66 ans, l’ancien terroriste
d’Action directe Jean­Marc
Rouillan est une référence
pour certains militants
d’extrême gauche.
Une reconnaissance
qui latte son ego.
42
M Le magazine du Monde — 2 février 2019
La photographie de
couverture a été réalisée
par Lucile Boiron pour
M Le magazine du Monde.
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde. Janet Delaney. Timothée Chambovet pour M Le magazine du Monde
La semaine
9
Le portfolio
42
San Francisco, baie et rebelle.
Pied de nez à l’Amérique
de Trump, le travail
de la photographe Janet
Delaney témoigne de la
contestation qui régnait
dans la cité californienne
pendant les années Reagan.
Le style
53
Pétri de
bonnes intentions.
55
78
59
Ligne de mire
Page de garde.
60
Fétiche
Lettres de change.
Objet trouvé
Le savon de Marseille.
56
61
Variations
Lobe story.
57
53
La culture
Posts et postures
#artlover.
58
Librement inspiré
Hongkong star.
Visite guidée
Folie rousse.
62
Un peu de tenues
Nouvelle Angleterre.
72
Circuit court
Belgrade est une fête.
74
Une affaire de goût
Accro au croque.
Chanson
Bertrand Belin.
Et aussi : danse, rap,
cinéma, BD.
87
Le DVD
de Samuel Blumenfeld
“Le Groupe”,
de Sidney Lumet.
88
Les jeux
90
Le totem
Le croco de
Guillaume Gouix.
75
Comme si vous (y) étiez
Sans reliefs.
76
Produit intérieur brut
L’oca du Pérou.
Coordonnées de la série Un peu de tenues « Nouvelle Angleterre », p. 62.
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com — raf simons : www.rafsimons.com — roksanda : www.roksanda.com —
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Directeur du “Monde”, directeur délégué de la publication, membre du directoire : Jérôme Fenoglio
Directeur de la rédaction : Luc Bronner
Directrice déléguée à l’organisation des rédactions : Françoise Tovo
Direction adjointe de la rédaction : Philippe Broussard, Alexis Delcambre,
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Directrice des ressources humaines : Émilie Conte
Secrétaire générale de la rédaction : Christine Laget
directrice adjointe de la rédaction — Marie-Pierre Lannelongue
directeur de la création — Jean-Baptiste Talbourdet-Napoleone
directrice de la mode — Suzanne Koller
rédaction en chef adjointe — Grégoire Biseau, Agnès Gautheron, Clément Ghys
rédaction
Carine Bizet, Samuel Blumenfeld, Zineb Dryef, Philippe Ridet, Laurent Telo, Vanessa Schneider.
Style-mode — Chloé Aeberhardt (chef adjointe Style), Vicky Chahine (chef adjointe Mode),
Fiona Khalifa (coordinatrice Mode)
Chroniqueurs — Marc Beaugé, Guillemette Faure, Jean-Michel Normand, Philippe Ridet
Assistante — Christine Doreau
Rédaction numérique — Marlène Duretz, François Bostnavaron, Thomas Doustaly,
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Assistante — Marie-France Willaume
département visuel
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Hélène Bénard-Chizari, Federica Rossi. Avec Ronan Deshaies
Graphisme — Helena Kadji (directrice graphique),
Audrey Ravelli (chef de studio) et Marielle Vandamme (adjointe).
Assistante — Françoise Dutech
Photogravure — Fadi Fayed, Philippe Laure
Documentation : Sébastien Carganico
(chef de service), Muriel Godeau et Vincent Nouvet
Infographie : Le Monde
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Hervé Bonnaud
Fabrication : Xavier Loth (directeur), Jean-Marc
Moreau (chef de fabrication), Alex Monnet
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Laroche-Joubert
Directeur informatique groupe : José Bolufer
Responsable informatique éditoriale :
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Informatique éditoriale : Samy Chérii, Christian
Clerc, Emmanuel De Matos, Igor Flamain,
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M Le magazine du Monde est édité par
la Société éditrice du Monde (SA).
Imprimé en France : Maury imprimeur SA,
45330 Malesherbes.
Origine du papier : Italie. Taux de ibres
recyclées : 0%. Ce magazine est imprimé chez
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Dépôt légal à parution. ISSN 0395-2037
Commission paritaire 0712C81975. Agrément
CPPAP : 2000 C 81975. Distribution Presstalis.
Routage France routage.
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde
édition
Anne Hazard (chef d’édition), avec Stéphanie Grin, Julien Guintard (adjoints)
et Paula Ravaux (adjointe numérique). Et Boris Bastide, Béatrice Boisserie, Nadir Chougar, Agnès Rastouil.
Avec Geneviève Caux. Thouria Adouani, Valérie Lépine-Henarejos (édition numérique).
Avec Clémence Parente.
Révision — Ninon Rosell (chef de section) et Adélaïde Ducreux-Picon.
Avec Fatima Camara et Jean-Luc Favreau
11
Ils ont participé à ce numéro.
Journaliste — Photographe — Illustrateur
Styliste — Chroniqueur — Grand reporter
Émeline
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde. Le Monde. Mark Bennington. Laurence Bottin. Kai Jünemann. Le Monde. Hilla Kurki
cazi
et
chloÉ
du Monde ont participé à
l’enquête « Implants Files » sur les
implants médicaux, menée avec près de
250 journalistes. Au moment où s’ouvrent deux journées d’auditions attendues à l’agence de santé sur le recours
aux implants mammaires, et alors que le
silicone est à nouveau montré du doigt,
elles racontent comment, pour de nombreuses femmes, il est devenu un incontournable; pour les chirurgiens, un outil
indispensable ; et pour les politiques et
les autorités de santé, un casse-tête. (p. 23).
hecketsweiler
roxana azimi est une collaboratrice régulière de M et l’auteure du
Guide Hazan de l’art contemporain.
Pour ce numéro, elle retrace l’histoire
de la devanture conçue par le pape de
l’art optique Victor Vasarely et son ils,
au début des années 1970, pour
les locaux de RTL rue Bayard à Paris.
« La façade est un double symbole : celui
de la mue de la station de radio, qui, à
la fin des années 1960, a réussi à
devancer ses concurrentes, et de la
France des “trente glorieuses” éprise de
modernité. » (p. 30).
lucile Boiron, photographe,
a travaillé pour ce numéro sur les implants
en silicone. Marquées par une certaine
frontalité, ses œuvres se caractérisent par
une forme de rigueur dans la prise de vue.
Le jeu sur la forme et la couleur constitue
néanmoins l’ossature d’une démarche
singulière qui se concentre sur la puissance évocatrice des images. «Il a fallu
trouver une écriture qui rende compte du
côté aseptisé de l’univers médical, sans
oublier l’aspect organique de la chair,
et c’est justement cette dualité-là qui me
semblait intéressante.» (p. 23).
Vanessa schneider est grand
reporter à M et écrivain. Elle a suivi pendant plusieurs mois Jean-Marc Rouillan,
cofondateur d’Action directe. « J’ai
appris par hasard, avant même qu’il ne
sorte son livre, qu’il multipliait les rencontres avec des militants, fréquentait la
ZAD de Notre-Dame-des-Landes, et participait à de nombreuses manifestations.
Qu’un ancien terroriste condamné pour
complicité d’assassinat soit devenu une
icône de la radicalité m’a semblé raconter
quelque chose sur notre époque marquée
par un regain de violence sociale.» (p. 36).
louise desnos a photographié
pour M Jean-Marc Rouillan. Sélectionnée pour être finaliste au Festival
d’Hyères en France en 2016 pour sa
série From Acedia, elle a ensuite été
diplômée de l’Ensad en juin 2017. Sa
pratique entretient un rapport paradoxal
avec le hasard quotidien, qu’elle capte
ou qu’elle provoque. Portant son regard
sur des détails, des surfaces et des
abîmes, à la recherche ininie de signes,
elle oscille entre commandes et projets
artistiques. En janvier 2018, elle intègre
le label Poly. (p. 36).
2 février 2019 — M Le magazine du Monde
12
Le M
de la semaine.
«Paysage enneigé en Touraine.»
Pour envoyer vos photographies de M : lemdelasemaine@lemonde.fr (sans oublier
de télécharger l’autorisation de publication sur www.lemonde.fr/m-le-mag, la galerie).
Pour nous écrire : mediateur@lemonde.fr ou M Le magazine du Monde,
courrier des lecteurs, 80, bd Auguste-Blanqui, 75707 Paris Cedex 13.
M Le magazine du Monde — 2 février 2019
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde. Michèle Boivant-Bontemps
Michèle boivant-bonteMps
L’entrée, encore inaccessible,
du nouveau siège du PS, rue
Jules-Vanzuppe, à Ivry-sur-Seine,
dans le Val-de-Marne.
1 — Le PS découvre
la vie de banlieue.
“Mon GPS n’a PaS trouvé la rue.” C’est ce
que nous a répondu Julien Dray, ancien
député de l’Essonne et membre du Parti
socialiste (PS) depuis 1982, quand on lui a
demandé le chemin du nouveau siège
de son parti qui a déménagé du 10 rue de
Solférino, Paris 7e, au 59 de la rue JulesVanzuppe, Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).
Julien Dray semblait habité à la fois
par une réserve circonspecte quant à la
migration de sa « maison » au-delà du
périph’ et par une mauvaise foi technologique, son matériel d’orientation ne
datant tout de même pas du Programme
commun (1972). Même s’il est vrai que la
rue Jules-Vanzuppe n’est sans doute pas
la voie de circulation la plus empruntée
d’Île-de-France. Pour comprendre l’agacement de Julien Dray, il faut préciser que
de 1981 à 2018, les parlementaires et
les caciques du PS pouvaient atteindre
« Solfé » les yeux fermés. En empruntant,
soit le cossu, haussmannien et trépidant
boulevard Saint-Germain et ses terrasses
de brasseries aux nappes blanches,
soit les quais de Seine à hauteur
du prestigieux Musée d’Orsay. Tout
cela sous la bienveillance de Rachida
Dati, la maire Les Républicains du
7e arrondissement depuis 2008.
Cette semaine qui s’achève a particulièrement mis en valeur le nouveau siège.
Le 28 janvier, depuis Ivry, Olivier Faure,
le premier secrétaire, a prononcé son
premier vrai discours politique. Dressant
l’inventaire du quinquennat Hollande, il a
fustigé l’absence de « vision » initiale et
les « trahisons » inales. « Je ne veux rien
laisser sous le tapis », a-t-il déclaré, comme
pour acter, une bonne fois pour toute,
le déménagement. C’est in 2018 que les
socialistes ont été catapultés à Ivry.
Commune renfrognée, au moins de
réputation, dont le maire, Philippe
Bouyssou, est communiste et la cité
Youri Gagarine, promise à la démolition,
toute proche. Un décor banlieusard
à la Tardi, composé de bric et de broc,
avec des pavillons, des immeubles
industriels. Pour peu qu’il fasse beau, il y a
sans doute une jolie vue sur la passerelle
qui enjambe les voies ferrées en partance
pour la gare d’Austerlitz.
« Il y a un truc embêtant quand
même…, s’amuse Jean-Jacques, qui habite
le quartier depuis cinq ans. Je ne sais pas
s’ils sont au courant mais, le long des
voies, juste là, il y a le plus gros incinérateur d’Europe. Ça va vite leur parler. Ils
vont se faire polluer leurs petits poumons
délicats. » Mais il y a aussi M. Cheng, le
patron du bistrot-tabac-café, le Village
Délices, dont l’entrée se situe face à celle
du Parti. Heureusement, car, à première
vue, boire un gorgeon chez M. Cheng est
le seul espoir de sociabilité durable des •••
Photos Hervé Lequeux/Hans Lucas pour M Le magazine du Monde
14
« Ils [les députés] viendront en berline (…)
et ne vont pas beaucoup se balader dans les rues,
s’amuse Jean-Jacques (ci-contre, au premier plan),
un habitué du café-tabac Village Délices,
situé face au siège du PS.
En bas à gauche, la passerelle surplombant la
voie ferrée, non loin du siège. À droite, l’incinérateur de déchets d’Ivry, le plus grand d’Europe.
45 millions d’euros pour renlouer les
caisses. « Oui, le déménagement a un peu
fait grogner au début, admet Soraya
Allam-Hernandez, la collaboratrice
en charge de la communication d’Olivier
Faure. Mais je peux vous assurer
que le dernier bureau national était plein
à craquer. Soixante-dix membres.
En fait, nous sommes iers de notre siège.
On a lashé sur le lieu. »
Si leS travaux Sont quaSiment terminéS,
la future entrée principale du Siège reSte
••• environs. « Olivier [Faure] et son
équipe viennent manger tous les lundis
midi [bo bun, canard laqué, salade de
crevettes]. Ils sont tous adorables. »
Grâce à M. Cheng, qui nous a raconté son
quartier où il vit depuis quatorze ans, on a
vu les choses un peu autrement. Ça ne
sautait pas aux yeux, mais Ivry-Port, la
dénomination typologique du secteur, est
depuis longtemps un petit « Boboland ».
« Vous venez de manquer Béatrice Dalle
qui sortait d’un shooting photo, renchérit
M. Cheng. Il y a plein de studios de
production. Christophe Lambert et Sophie
Marceau venaient souvent, car ils avaient
acheté des espaces qu’ils avaient transformés en lofts, un peu plus loin dans la rue. »
Pour M. Cheng, après des années de vie
de quartier « plutôt désertique », la gentriication va s’accélérer : « Des ateliers
d’artistes ont investi le grand immeuble en
face, Leclerc et la Fnac ont leur siège
social dans une rue voisine et Xavier Niel
[actionnaire à titre personnel du Monde]
construit un immeuble pour accueillir
des start-uppers. Et il y a aussi la livraison,
prévue in 2020, des tours Duo de
Jean Nouvel, inclinées, qui seront
construites à la limite d’Ivry et de Paris. »
Tout cela devrait donc égayer les socialistes qui doivent, désormais, efectuer un
voyage à vélo, en RER ou en « hélicoptère
pour les gros pontes pour qu’ils puissent
venir plus vite depuis le centre de Paris »,
selon Jean-Jacques, convaincu de sa
théorie. « Si c’est pas en hélico, ils viendront en berline avec vitres fumées et ne
vont pas beaucoup se balader dans les
rues… » Pour ce qui est de l’hélico, JeanJacques n’est peut-être pas au courant
que le PS n’est plus dans une forme
présidentielle après ses débandades
électorales – 26 députés, 72 sénateurs au
dernier comptage –, et a dû s’imposer
un sacré plan de rigueur. D’une centaine
de salariés à Solférino, ils ne sont plus
qu’une quarantaine à Ivry. « Ils ne sont pas
encombrants, commente d’ailleurs
Guillaume Saalburg, patron de la verrerie
qui jouxte le siège. Ils sont un peu bordéliques, comme j’aime. Ils laissent traîner
des trucs mais ça se passe bien ». Olivier
Faure a dû vite choisir son nouveau ief
car Solférino a été rapidement vendu
Photos Hervé Lequeux/Hans Lucas pour M Le magazine du Monde — 2 février 2019
inaccessible, le parking de livraison faisant
pour l’instant oice de porte de service.
Une ancienne manufacture sur trois
niveaux, des espaces décloisonnés,
bornés par des poutres métalliques, un
paradis pour un archi d’intérieur trendy.
« C’est vrai, c’est peut-être le plus beau
siège que le PS ait jamais eu mais il est
perdu, c’est une corvée de venir », râle
(bis) Julien Dray. Du rooftop, on aperçoit
certes la tour Eifel, mais on dirait une
aiguille iliforme, tout là-bas, de l’autre
côté de la ville. Ici, on surplombe surtout
les voies ferrées. « Bienvenue dans la vraie
vie ! », s’enthousiasme Soraya AllamHernandez. Pour le PS, l’idée de quitter le
confort naphtaliné du 7e arrondissement
parisien s’imposait comme une évidence :
la valeur symbolique de la localisation
l’emportait sur la dimension pratique de sa
proximité avec les lieux de pouvoir. « Avoir
un siège à “Solfé”, c’était peut-être ça
l’anomalie, poursuit-elle. C’est sans doute
une des raisons pour lesquelles on a perdu
une partie de notre électorat. » Il n’y aura
donc pas d’inauguration en grande
pompe, car il n’y en aura pas du tout. Mais
au soir des élections européennes, le
26 mai prochain, tout se passera ici. Pour
les « pontes », les encartés, les sympathisants et les chaînes de télé. En descendant
les escaliers, on s’est imaginé un soir de
liesse électorale à Ivry, et on s’est, par
exemple, remémoré un Solférino noir de
monde ce jour de mai 1995, où François
Mitterrand était venu recevoir son cadeau
d’adieu, une Twingo verte. On est parvenu
à la conclusion que la rue Jules-Vanzuppe
aurait bien du mal à accueillir une foule
quelconque et que, de toute façon,
au PS, il faut tout recommencer de zéro,
à Ivry ou ailleurs. Laurent Telo
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16
Ses supérieurs ont probablement saisi la profondeur
du spleen baudelairien
de l’astronaute. Aussi lui
ont-ils proposé de repartir
aux alentours de 2021.
il est comme ça…
2 —
Thomas Pesquet.
par
philippe ridet —
illustration
Parfois, levant les yeux vers l’azur, il croit voir
Bien sûr, une décennie d’études
– du baccalauréat scientiique à Dieppe à son
diplôme d’ingénieur, puis sa spécialisation en
aéronautique – avait depuis longtemps
conduit Thomas Pesquet, 41 ans à la in du
mois, à ne pas donner du crédit à cette sorte
de chimère. Hélas pour lui, la vie, la vraie vie
est bien ici-bas, à Cologne (Allemagne), où il
passe le plus clair de son temps au Centre européen des astronautes depuis son retour sur
Terre, le 2 juin 2017, après 196 jours, 17 heures
son foyer.
M Le magazine du Monde — 2 février 2019
damien Cuypers
et 50 minutes en orbite. Forcément ça crée des
liens, des habitudes, une nostalgie. Cinq cents
personnes environ, dont neuf Français avant
lui, avaient voyagé dans l’espace depuis Youri
Gagarine en 1961. Il était l’un de ces happy
few. Mais, à présent qu’il avait été satisfait, ce
désir lui manquait. Il a dû éprouver de nouveau la lourdeur de son corps. Il avait repris
l’entraînement de judo pour obtenir son deuxième dan de ceinture noire, poursuivi son
apprentissage du mandarin. France 2 l’avait
emmené voir la tribu des Kogi tout au nord de
la Colombie. TF1 lui avait fait commenter le
déilé du 14-Juillet après qu’il eut survolé les
Champs-Élysées à bord d’un Rafale. Macron
l’avait invité à dîner avec Trump au sommet
de la tour Eiffel et lui a fait du plat ain qu’il se
lance dans la politique. Il avait donné des interviews par centaines. Il avait prêté ses traits
et son nom pour une BD. Un échantillon de
son urine spatiale avait atterri dans un laboratoire de Strasbourg ain d’étudier les effets de
la sédentarité : « Un petit pipi pour Pesquet,
un grand pas pour notre santé », avait titré
Aujourd’hui en France. Très drôle, mais un
peu – comment dire? – humiliant…
L’espace lui manquait. Il se disait prêt à un
nouveau départ, même sur Mars. Dans un
entretien aux Échos en 2018, il avait exprimé sa
frustration d’homme ordinaire : « Dans un
embouteillage géant (…), quand tu es coincé au
milieu de 3000 gars en voiture alors que, deux
jours avant, tu faisais Paris-New York en sept
minutes, tu te demandes ce que tu fais là!» Dans
les magazines, il posait l’air concerné et le cheveu en pétard comme Laurent Delahousse.
C’est dire s’il donnait du souci.
Ses supérieurs ont probablement saisi la
profondeur du spleen baudelairien de l’astronaute « en proie aux longs ennuis » et pour
qui le ciel soudain « pèse comme un couvercle ». Aussi lui ont-ils proposé de repartir
dans l’éther. Une place est libre à bord de la
Station spatiale internationale (ISS) aux alentours de 2021. Thomas Pesquet se sent déjà
moins lourd. Il va pouvoir redevenir totalement @Thom_astro, son pseudo sur son
compte Twitter grâce auquel 750 000 personnes avaient suivi ses exploits en images.
Bientôt, il lottera de nouveau dans l’apesanteur comme la boule de whisky du capitaine
Haddock dans On a marché sur la Lune.
Libre ! Vue d’en haut la Terre est si belle.
« Fragile (…) isolée dans la galaxie comme
un radeau de survie », a-t-il dit. 2021, c’est
demain… Trump aura peut-être été battu, les
« gilets jaunes » prépareront l’acte CXIV de
leur mobilisation, à moins qu’ils n’aient opté
pour les chiffres arabes (114). Il s’en fiche.
Il est déjà ailleurs. La nuit, quand il ne trouve
pas le sommeil, il se tourne et se retourne dans
ses draps. En tendant l’oreille, on l’entend
murmurer : « Maison, maison… »
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96 % DES FRANÇAIS PENSENT QU'IL Y A TROP DE GASPILLAGE D'ÉNERGIE111 •
ALORS COMMENT OBTENIR UNE VISION CLAIRE SUR SA CONSOMMATION ET AGIR
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Les chiffres parlent d'eux-mêmes: couvrir systématiquement
ses casseroles permet une économie annuelle estimée d'élec­
tricité de 9 % pour l'utilisation des plaques de cuisson et couper
les veilles des appareils électriques utilisés pour les éclairages,
les lavages, la ventilation, la climatisation et l'audiovisuel... peut
nous faire économiser jusqu'à 10 % d'électricité121 Plus globalement, suivre quotidiennement sa consommation
d'électricité permettrait même de réduire celle-ci de 23 % 131:
c'est toujours ça de gagné, et c'est plus respectueux pour la
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matiquement et accessibles directement sur votre espace per­
sonnel ENGIE. Vous aurez également accès à un suivi quotidien
de vos consommations 161 , ainsi qu'à une prévision de consomma­
tion sur les prochains mois, en kWh et en euros1 71.
Pour en savoir plus sur Ma conso: particuliers.engie.fr
Vous pouvez également accéder au service Ma cons□ depuis le site internet ou sur l'application
« ENGIE Particuliers». disponible pour les smartphones i0S ou Android.
(l) Enquête IFOP pour ENGIE (07/2018).
(2) Calcul ENGIE basé sur ADEME (www.ademe.
fr) (« Réduire sa facture») et Enertech
(« Consommation appareils cuisson»).
(3) Expérience TicElec (ou « les Technologies de
l'information pour une consommation électrique
responsable») menée depuis 2012 par le Groupe
de recherche en droit, économie et gestion
(CNRS/Université Nice-Sophia Antipolis) sur un
panel d'une centaine de ménages volontaires de
la commune de Biot (Alpes-Maritimes).
(4) Ma conso: l'utilisation du service est soumise à
l'ouverture préalable d'un Espace Client.
(5) Suivi de consommation mensuelle: fonctionnalité
disponible sous réserve de renseigner tous les
mois vos index de consommation ou de disposer
d'un compteur communicant pour l'énergie pour
laquelle vous avez souscrit une offre de marché
auprès d'ENGIE.
(6) Suivi de consommation quotidienne:
fonctionnalité disponible pour l'électricité réservée
aux clients qui ont un contrat d'électricité avec
ENGIE, équipés d'un compteur communicant
linky™ ou Gazpar et ayant donné leur accord pour
la transmission au jour le jour des données de
consommation.
(7) Prévisions de consommation: fonctionnalité
disponible pour les clients qui ont un contrat
d'électricité avec ENGIE et qui sont équipés d'un
compteur linky™. Il s'agit d'une estimation
de l'électricité qui pourra être potentiellement
consommée, fournie à titre indicatif, et basée sur
l'historique de consommation du client. Elle est
exprimée en kWh et en euros (TTC). Estimation
réalisée sous condition d'un historique de
consommation supérieur à 7 mois.
(8) OK Google, parler avec ENGIE:
la fonctionnalité d'utilisation
de la commande vocale est disponible pour les
clients qui ont un contrat d'électricité avec ENGIE,
équipés d'un compteur communicant linky™ et
ayant donné leur accord pour la transmission de
leurs données quotidiennes
de consommation.
18
qui est vraiment ?
3—
Lino Bani.
cet ancien acteur de nanars a été
propulsé à l’unesco par le mouvement
5 étoiles. une nomination raillée
au sein même du gouvernement italien.
Jérôme Gautheret
collectionneur de navets
clown berlusconien
leurre de gloire
patrimoine de l’inanité
Né à Andria (Pouilles)
le 11 juillet 1936, Pasquale
Zagaria était destiné à entrer
au séminaire, mais se dédie
inalement au théâtre, où
il fait des apparitions sous
le pseudonyme de Lino Bani
dès la in des années 1950.
Mais c’est le cinéma qui lui
vaudra une notoriété nationale. Il devient une igure
récurrente des comédies
érotiques des années 19701980, grâce à ses rôles dans
des nanars très oubliables,
comme L’Allenatore nel
pallone ou Montre-toi crétin !
Connu pour ses sympathies
envers Silvio Berlusconi
– il avait assuré qu’il le soutiendrait toujours « même s’il
commettait 122 meurtres » –
l’ancien comédien, devenu
réalisateur, remplace le
documentariste Folco Quilici,
mort en février 2018, à la
commission italienne pour
l’Unesco. Visiblement touché
par cette consécration très
inattendue, il s’est empressé
de promettre qu’il « apportera
un sourire au milieu de tous
ces multidiplômés ».
Mardi 22 janvier, l’annonce,
par le vice-premier ministre
Luigi Di Maio de la désignation
de Lino Bani, a éclipsé
celle du dispositif entourant
le revenu de citoyenneté,
très en deçà des promesses
initiales. Mais peut-être
était-ce justement l’objectif…
Le vice-premier ministre, qui
a assuré connaître « tous ses
ilms presque par cœur »,
s’est aiché avec l’ex-acteur,
au palais Chigi, tout sourire,
déclarant : « Nous avons fait
entrer Lino Bani au
patrimoine de l’Unesco ! »
Critiquée de toutes parts,
la nomination de Lino Bani
divise jusqu’aux membres
du gouvernement. « À ce
moment-là, on pourrait aussi
nommer Andrea Bocelli
(le ténor non-voyant) comme
commissaire technique de La
Nazionale (l’équipe nationale
de football) », a ainsi ironisé
le ministre de l’agriculture,
Gian Marco Centinaio.
Le comédien, de son côté, a
promis d’œuvrer pour « faire
entrer la igure du “nonno”
(le grand-père à l’italienne) au
patrimoine de l’humanité ».
M Le magazine du Monde — 2 février 2019
Zucchi/Insidefoto/ROPI-REA
par
La première fois que
“Le Monde” a écrit…
Flash-Ball. « Le Flash-Ball peut-il être
dangereux ? En théorie, non. Sa vocation
est de neutraliser un agresseur sans le
blesser. Comme l’apprennent les policiers
au cours du bref stage de formation obligatoire – une journée –, l’utilisateur ne doit
pas faire feu à moins de 7 mètres de sa
cible, sinon un dommage corporel ne peut
être exclu. » lorsque Piotr smolar écrit ces
lignes le 17 juin 2002, Nicolas sarkozy vient
de décider d’équiper la police de proximité
« des quartiers sensibles » avec ces armes
dites « non létales ». Et déjà, leur dangerosité potentielle est au centre des débats.
« “Dans certains cas, le Flash-Ball pourrait
provoquer des lésions importantes, mais
pas plus qu’un coup de poing”, assure
[le fabricant] Pierre Verney-Carron. (…).
La taille de la balle au moment de l’impact
étant supérieure à celle de l’oriice de l’œil,
une blessure oculaire serait impossible,
à en croire ses promoteurs. » Mais l’article
du Monde précise aussi en préambule que
« plusieurs urgentistes rapportent des cas
de lésions importantes lorsque les balles
sont tirées à bout portant. » Depuis 2016,
les lanceurs de balle de défense (lBD 40)
ont remplacé les Flash-Ball de Verney-Carron
entre les mains des forces de l’ordre. Mais la
question de leur dangerosité reste posée.
il fallait oser
4—
Les lâcheurs.
par
QUI a DIT ?
1 — Laurent Berger, le secrétaire
général de la CFDt, à la suite du retrait,
le 28 janvier, des organisations
patronales de la négociation sur la
réforme de l’assurance-chômage.
2 — ÉDouarD PhiLiPPe, interrogé
le 28 janvier sur des aménagements
possibles à la limitation à 80 km/h
sur le réseau secondaire.
3 — MiCheL Barnier, réagissant
aux amendements à l’accord
sur le Brexit votés le 29 janvier
par les députés britanniques.
Réponse : 2. Selon la Sécurité routière, l’abaissement
de la vitesse autorisée aurait déjà épargné 116 vies.
Illustrations Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde
“Il serait fou de baisser
le niveau d’ambition.”
jean-michel normand
« On lâche rien ! » Le cri de ralliement de l’équipe de France championne du
monde en 1998 s’est imposé depuis peu comme une ière et indispensable
posture d’autorité. Dorénavant, pour tenir son rang dans la vie publique, on
doit s’arc-bouter sur ses positions, comme une moule sur son rocher, et n’en
point déroger. Devant la commission d’enquête du Sénat, Alexandre Benalla
ne lâche rien. C’est aussi ce que serinent les « gilets jaunes» chaque samedi.
Donald Trump comme les démocrates se sont retrouvés sur ce même principe
provoquant le « shutdown » le plus long de l’histoire. Au Royaume-Uni, les
brexiters et Theresa May ne sont pas décidés non plus à donner du mou, et
Bruxelles pas davantage, ou si peu. L’heure n’est plus à être bien dans ses
baskets mais à rester droit dans ses bottes. « On relâche rien ! », répètent les
juges japonais aux avocats de Carlos Ghosn. Par convention, quiconque
s’exprime ainsi formule un postulat de base : avoir raison sur toute la ligne.
Défendre ses intérêts n’est pas seulement légitime mais indispensable pour
l’intérêt général. C’est précisément pour cela qu’il « ira jusqu’au bout »,
périphrase qui conirme qu’il ne « lâche rien ». Cette manière de s’exprimer
comme l’on frapperait du poing sur sa poitrine vise à impressionner l’adversaire.
Mâle rélexe d’intimidation ? Pas seulement, car, dans l’espace public, les
femmes aussi savent faire. Outre qu’y recourir à tout bout de champ nuit
fortement à son eficacité, cette rhétorique de la toute-puissance alimente une
montée des aigreurs dont les protagonistes savent qu’elle n’est pas tenable et
n’aura qu’un temps.Viendra donc le moment où il faudra bien négocier, lâcher
du lest, et ravaler sa ière intransigeance. Pour cela, il existe un autre principe,
certes moins lamboyant mais indispensable à la vie en société : celui qui veut
que seuls les imbéciles ne changent jamais d’avis.
5 — Aux États-Unis,
un détenu condamné à
partager ses gains littéraires.
Avec ses 2,2 millions de prisonniers (sur une populAtion de
326 millions), le
système carcéral américain constitue
un monde parallèle prisé par la littérature. Du livre
culte Dans le ventre de la bête, de Jack Henry Abbott
et Norman Mailer (1981), à l’enquête en immersion du
journaliste Ted Conover (Newjack, dans la peau d’un
gardien de prison, paru en avril 2018 aux Éditions du
sous-sol), on ne compte plus les ouvrages qui précipitent le lecteur en cellule. L’Hôtel aux barreaux gris
(Fayard), tout juste sorti en France, s’inscrit dans cette
veine. Publié outre-Atlantique en juillet 2017, ce recueil
de nouvelles raconte le quotidien de son auteur, le
détenu Curtis Dawkins, condamné en 2005 à la réclusion
à perpétuité pour le meurtre d’un homme, tué par balle
au cours d’un braquage. Véritable succès critique et
commercial, le livre se trouve depuis un an au cœur d’une
polémique sur le coût de l’incarcération aux États-Unis.
Marié, père de famille, diplômé en art, et héroïnomane,
Curtis Dawkins se met très vite à écrire en détention.
Sur une machine envoyée par ses parents, il tape des
nouvelles que sa sœur transmet bientôt à des revues
littéraires. En 2016, le rédacteur en chef de Bull, un
magazine conidentiel qui publie des textes autour
de la « masculinité contemporaine », alerte une agente
littéraire réputée. Enthousiasmée par la qualité de ces
récits, elle les envoie rapidement aux plus grandes
maisons d’édition du pays et, en moins de vingt-quatre
L’État du Michigan
impose à Curtis
Dawkins de
reverser la moitié
des bénéfices tirés
de son best-seller
carcéral, L’Hôtel
aux barreaux gris,
pour couvrir le coût
de sa détention.
heures, l’afaire est conclue. Scribner, l’éditeur historique
de Don DeLillo, Stephen King, Kurt Vonnegut ou
Ernest Hemingway, s’acquitte d’une avance de
150 000 dollars. Les critiques sont élogieuses et la
presse inscrit le texte dans cette longue tradition
de la littérature carcérale, protégée aux États-Unis par
le premier amendement (certains États interdisant
toutefois aux condamnés de « proiter » de leur crime
grâce à la publication de récits ictionnels autobiographiques). Mais l’écho remporté par cet ouvrage n’alerte
pas que les lecteurs : en octobre 2017, le département
du Trésor de l’État du Michigan intente une action en
justice contre Dawkins. Il réclame 90 % des bénéices
liés à la publication de son travail, en vue de couvrir
une partie de ses frais d’incarcération, évalués à
372 000 dollars depuis sa condamnation. Dans plus de
quarante États, la loi autorise en efet le gouvernement
à ponctionner, sur l’argent personnel des détenus,
une partie des frais liés à leur enfermement. À la in
du recueil, une brève note signée de l’auteur stipulait
pourtant : « Le moindre penny que je suis susceptible
de gagner grâce à mes écrits sera versé à un fonds
destiné à inancer les études de mes enfants. »
En vain. Une fois la procédure engagée, le compte en
banque de Curtis Dawkins est gelé, tout comme les
versements mensuels de quelques centaines de dollars
que ses parents lui faisaient parvenir pour payer ses
communications téléphoniques, ses connexions à Internet, et le papier sur lequel il tapait ses nouvelles, une
denrée rare derrière les barreaux. Ne pouvant s’ofrir
les services d’un avocat, l’auteur-prisonnier commence
par se défendre seul, avant que Peter Irons, militant
chevronné du droit des détenus, n’accepte de le représenter bénévolement. « Curtis a d’abord plaidé la nécessité de verser ses bénéices à ses enfants, et a ofert de
reverser 10 % de ses revenus à l’État, qui a refusé, nous
a-t-il écrit la semaine dernière dans un courriel. J’ai
donc négocié, à l’hiver 2018, un compromis qui a été
accepté : 50-50 sur l’avance et les futurs bénéices. »
Les droits de traduction du livre ont déjà été vendus
dans dix pays, et Curtis Dawkins travaille aujourd’hui
sur un roman. « Nous sommes en contact régulier.
Écrire lui donne de l’espoir », nous a conié son agente,
Sandra Dijkstra. Et l’espoir, contrairement à la détention, n’a pas de prix. Clémentine Goldszal
Aux mots près.
en lAnçAnt cette semAine sA grAnde réforme de l’impôt
Avec le prélèvement à lA source, le gouvernement
joue gros Alors que lA question fiscAle est Au cœur
des revendicAtions des « gilets jAunes ».
tirer fortement sur les avirons.
origine, principe.
sourciller : manifester son trouble, son mécontentement.
souquer :
source (fig.) :
M Le magazine du Monde — 2 février 2019
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde. Fayard. Jarrett Haley
20
I
1980, symphonIe cachemIre.
Fille d’industriel et petite-ille de marchand d’art,
née à new York, élevée à paris, passée par
sciences po, anne sinclair s’est lancée très tôt
dans le journalisme, faisant d’abord ses preuves
à europe 1 puis à Fr3, sans toutefois parvenir
à faire taire les grincheux lui reprochant d’être née
avec une cuillère en argent dans la bouche.
injuste ? incomplet, surtout. comme le prouve
cette image, anne sinclair est d’abord née avec un
pull en cachemire sur le dos. en l’occurrence,
au regard de son aspect duveteux, on miserait
bien sur un cachemire 6 ils de belle facture.
le grand défilé
6—
Anne Sinclair.
La céLèbre journaListe anime une émission
ponctueLLe sur France 3 consacrée à
La musique cLassique. mais dans queLLe tenue ?
par
marc beaugé
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde. Micheline Pelletier/Gamma-Rapho. Francis Apesteguy/Getty Images.
Alain Benainous/Gamma-Rapho via Getty Images. Diane Cohen/WireImage/Getty Images. Stephen Caillet/panoramic
II
III
1986, varIatIon mohaIr.
2002, requIem pour un œIllet.
six ans plus tard, anne sinclair est
passée de Fr3 à tF1 et est devenue
une intervieweuse star, portée par
le succès de « 7 sur 7 » et par son goût
pour les pulls de luxe. de fait, après
le cachemire, voici la journaliste parée
de mohair, une ibre naturelle produite
par les chèvres angoras, à la fois douce
et lustrée, que l’on s’arrachait déjà
dans la Grèce antique.
«7 sur 7 » s’est arrêté en 1997, et
anne sinclair a quitté tF1 en 2001 à la
suite d’une série de désaccords avec
patrick Le Lay et étienne mougeotte.
mais la voilà déjà de retour sur
France 3, avec « Le choc des cultures »,
un magazine culturel qu’elle aborde
avec « curiosité et gourmandise », mais
aussi avec une drôle de veste. celle-ci
nous oblige à rappeler qu’en matière
vestimentaire, les œillets servent,
au choix, à faire passer les lacets plus
aisément ou à faciliter l’aération. mais
pas à faire beau. La preuve.
v
2018, sonate
horlogère.
Iv
2011, fugue amérIcaIne.
après une période judiciairement et
médiatiquement agitée, anne sinclair
et son mari dominique strauss-Kahn
s’apprêtent à quitter leur appartement
de tribeca, à new York, pour regagner
la France. au vue de cette tenue,
constituée de trois des grands
piliers de l’inélégance américaine
(le jeans faussement usé, le tee-shirt
imprimé et le blazer porté manches
retroussées), il était grand temps.
c’est peut-être même un peu tard.
une chronique dans
le JDD, un cinquième
numéro sur France 3
de l’émission « Fauteuils
d’orchestre », consacrée
à la musique classique…
à 70 ans, l’heure n’est
pas encore venue pour
anne sinclair de raccrocher. mais, à la vue de
son poignet, l’heure est bel
et bien venue de rappeler
que, si le cadran de
l’immense majorité
des montres vendues
est rond, celui du tout
premier modèle
de montre-bracelet,
créé en 1904, était carré.
22
j’y étais
Le marathon de Paris.
Guillemette Faure
À la soirée de restitution de la consultation
“paris & moi” par les “marcheurs”,
au trianon, À paris, le lundi 28 janvier.
Ce soir, Cédric Villani a mis une lavallière rouge. C’est probablement
ce qu’il a trouvé dans sa penderie de plus proche d’un foulard rouge. Il
est assis au premier rang du Théâtre du Trianon au milieu de personnalités La République en marche. Ce soir, les macronistes tiennent une
soirée de «restitution» de leurs consultations Paris & Moi qui ont vu
leurs « marcheurs» interroger les Parisiens aux sorties du métro, avec
des « parkas rouges auxquelles vous avez redonné leurs lettres de
noblesse », dira une «marcheuse» (clin d’œil à Laurent Wauquiez).
À l’arrière de la salle de spectacle, la presse est particulièrement bien
hydratée : de jeunes personnes passent régulièrement demander si on
a assez de bouteilles d’eau. En attendant que chacun regagne sa place,
des photos de gens interrogés tournent en boucle sur un grand écran.
« J’ai eu mon portrait dans M, glisse Julien Bargeton, sénateur, exadjoint d’Anne Hidalgo aux inances. On m’a dit qu’il était méchant,
je l’ai trouvé sympa… » Les gens de LRM savent voir le verre à moitié
plein. Le voilà qui donne une interview sur la « révolution administrative » que devrait vivre la Mairie de Paris, le besoin de maintenir l’horizontalité, d’avoir des ateliers, des questionnaires numériques…
« Vous avez besoin d’une nouvelle bouteille d’eau ? » Le quart d’eau
minérale n’est donc pas la seule importation de l’univers de l’entreprise. Il y aura aussi pendant cette «restitution» des data, des nuages
de points, des graphiques, des intervenants, du verbatim et des mots
soulignés à l’écran. Pour le moment, l’expérience est d’abord auditive.
La salle de théâtre est plongée dans le noir. Résonnent les voix des
«marcheurs» qui ont interrogé les Parisiens. « Les gens sont fous, ils
vous bousculent. » « Je n’ai jamais vu quelqu’un verbalisé pour un
mégot… » « La pauvreté, je ne vois pas pourquoi elle ne peut pas se
régler… » Il y a quelque chose d’un peu bizarre à venir écouter au
théâtre ce que l’on entend d’habitude au comptoir du bistrot. Non pas
que les remarques des Parisiens ne soient pas valables, mais on ne lit
pas sur scène le courrier des lecteurs de Télé 7 jours qui se plaignent,
à juste titre, des programmes qui ne démarrent pas à l’heure.
Les «marcheurs», les «référents» et les élus LRM viennent ensuite
commenter ces propos. Ils les ont organisés par thème, et chaque quartier peut avoir des irritations différentes. Les « épanchements d’urine
M Le magazine du Monde — 2 février 2019
et mégots devant les bars » dans le 11e, la pollution à Alésia… Derrière
eux, à l’écran, le verbatim. Par exemple : « Les Franciliens souriraient
plus s’ils n’étaient pas parqués comme des sardines. » Des mots surlignés : « Les bus n’avancent plus » ou alors « La capitale ». Sur scène,
les «marcheurs» et référents s’interrogent mutuellement. « Lucile, tu
es une “marcheuse” du 16e arrondissement, est-ce que tu conirmes ce
que je viens de dire ? – Oui, tout à fait Prisca… »
Le problème des shows de démocratie participative, c’est qu’ils
peuvent mettre mal à l’aise à force d’être trop préparés. Le bottom-up
(partir de la base pour remonter au sommet) dont se targuait
La République en marche (et tous les mouvements politiques
depuis…) est-il compatible avec des gens debout sur une scène qui
s’adressent à des gens assis pour les écouter? Entre chaque séquence,
on entend quelques fauteuils se refermer, on aperçoit quelques
silhouettes qui croient, comme au cinéma, que lorsqu’on plie le cou,
on est moins visible en quittant une salle plongée dans l’obscurité.
« Je vais continuer à le regarder sur Facebook chez moi », dit, en
enfilant son manteau, ma voisine avec la même sincérité que
lorsqu’on se dit « je lirai ça tout à l’heure ».
À la in de la soirée, une «marcheuse» fait applaudir le grand débat, et
les rencontres de Macron avec les maires en Normandie. On explique
au public qu’il trouvera sur Internet de quoi se former à la démocratie
participative et comment se l’approprier. C’est l’institut de formation
Tous politiques! qui s’en charge. Une partie de la salle ile vers le bar
et les sandwichs, une autre vers les stars du premier rang. Marlène
Schiappa et Benjamin Griveaux se sont déjà esquivés. Restent Cédric
Villani, le plus médiatique, Stanislas Guerini, le plus interviewé sur
les choses sérieuses et Mounir Mahjoubi, le plus populaire et le plus
souvent tutoyé. Une dame vient lui parler de la prise en charge de sa
chimio. Une autre lui rappelle qu’ils se sont croisés aux cérémonies
organisées pour l’oficier de gendarmerie Arnaud Beltrame. Trois
hommes dans un coin portent un badge «Mounir demain». Ils lui ont
créé un comité de soutien. Pour qu’il fasse quoi demain? Ils ne savent
pas, mais le soutiennent. « Quand on lui parle, Mounir écoute
vraiment. » « Il n’y a rien de calculé chez lui…» Mounir a des
groupies. Ils lui remettent un badge que le secrétaire d’État glisse
dans sa poche. Personne ne porte de badge « moi demain », même
ceux chez qui rien n’est calculé.
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde
par
Opération silicone. C’est la plus courante des interventions
de chirurgie esthétique : s’offrir la poitrine de ses rêves. Derrière ce marché en plein essor,
un matériau “miracle”, le silicone. Capable de façonner des seins à la carte, il est plébiscité
par les chirurgiens et les patientes, malgré les questions sur son innocuité. Dans les années
1990, il fut même interdit. Réhabilité depuis, il a facilité la démocratisation des prothèses
mammaires. Un engouement que le scandale PIP n’a pas réfréné. à l’heure où les autorités
sanitaires françaises doivent de nouveau se prononcer sur certains implants, les adeptes,
elles, ont fait leur choix : pas question de faire une croix sur le décolleté idéal.
par
émeline Cazi
et
Chloé heCketsweiler —
photos
luCile boiron
25
e mercredi 10 mai 1995, Jacques
chirac est élu depuis trois Jours
à la présidence de la République
mais n’a pas encore oficiellement
posé ses valises à l’Élysée. C’est
l’entre-deux de la présidence, une
parenthèse hors du temps, où
aucune décision d’importance
n’est prise. Dans les palais de la
République vidés de leurs derniers occupants, on expédie les
affaires courantes en attendant
l’arrivée des nouvelles équipes.
Mais ce jour-là, cinq hommes qui
disposent de la délégation de
signature des ministres de l’économie, de l’industrie, de la santé
et du budget signent un arrêté qui
va prendre tous les chirurgiens
plasticiens et leurs patientes de
court : la pose d’implants mammaires en gel de silicone est désormais interdite en France.
Le matériau est dans le viseur de
l’agence de santé américaine, la
FDA, depuis plusieurs années.
Des patientes et des médecins
américains le soupçonnent d’être
à l’origine de cancers et de maladies auto-immunes. Dès 1988, les
fabricants sont priés de démontrer la sûreté et l’efficacité de
leurs prothèses alors que, jusquelà, aucun essai clinique n’était
requis pour les commercialiser.
En 1992, jugeant les résultats
insufisants, les Américains décrètent un moratoire en attendant
d’y voir plus clair. La France suit.
Mais elle franchit, seule, ce pas
supplémentaire en ces jours de
vacance du pouvoir.
Dans les cliniques, il faut subitement se réorganiser. Revoir les
stocks, écarter les boîtes de gel de
silicone,et commander en nombre
des lots d’implants gonflables
remplis de sérum physiologique,
le seul matériau désormais autorisé. Mais ces prothèses ont leurs
aléas : elles donnent le sentiment
d’avoir une bouillotte contre la
poitrine. Dessinent des vaguelettes sur les tissus les plus fins.
Surtout, elles se dégonlent sans
prévenir, laissant les femmes difformes du jour au lendemain.
Ainsi cette patiente du docteur
Gérard Flageul qui appelle catastrophée, à quelques jours de
l’an 2000. « Sa prothèse s’était
dégonlée et comme on n’opérait
pas ces jours-là par crainte d’un
bug informatique lors du passage
à l’année 00, elle allait devoir
fêter le réveillon avec un sein
aplati », se rappelle le chirurgien
plasticien dont le cabinet est
installé à deux pas du rond-point
des Champs-Élysées.
À mesure que de telles histoires
s’accumulent et que les opérations de reprise se multiplient, les
plasticiens s’organisent. Une poignée de praticiens part opérer ses
patientes à l’étranger, où le silicone est toujours autorisé.
À Londres, Bruxelles, au Luxembourg, en Tunisie. La docteure
Béatrice Lafarge-Claoué, qui
dirige avec son frère, Emmanuel
Claoué, la clinique installée par
leur grand-père à deux pas de la
porte Maillot, s’envole pour Tunis
le jeudi, opère le vendredi et
proite du week-end à La Résidence, un 5-étoiles avec spa, golf
et vue sur mer.
D’autres commencent à faire le
siège des autorités. Le docteur
Sylvain Pétoin, qui a épluché près
d’un millier de ses dossiers d’archives, compte «30 % de dégonlements, à dix ans, pour les prothèses
en sérum physiologique, contre 3 %
de ruptures avec celles en gel ».
« On a dû réopérer plusieurs fois
des patientes à cause des dégonlements, et les risques anesthésiques
sont plus dangereux que le gel de
silicone », argumente-t-il « pour
acculer le gouvernement et le pousser à revoir sa position». Mais les
autorités ne plient pas. Une vingtaine de chirurgiens décident alors
d’attaquer cet entêtement devant
le Conseil d’État. Avec en coulisses, à la manœuvre, ce que M a
découvert et qu’on ignorait
jusqu’alors, l’industriel Inamed
– qui fusionnera, cinq ans plus
tard, avec le fabricant américain
Allergan. Une véritable action de
lobbying. En novembre 2000, la
justice leur donne raison. Et en
janvier 2001, une première série
de prothèses remplies de gel fait
son retour en France.
Près de vingt ans après, l’histoire
est-elle en train de se répéter ?
Depuis fin novembre, l’ANSM
(l’agence de santé française)
recommande aux chirurgiens de
ne plus poser certains implants en
silicone dits « texturés » – qui
adhèrent aux tissus grâce à leur
effet Velcro – car ils accroîtraient le
risque de développement d’un
cancer rare, le lymphome anaplasique à grandes cellules (LAGC).
Peu de cas sont à ce jour recensés
dans le monde – 673, selon les derniers décomptes, en majorité liés
à la gamme Biocell d’Allergan –
mais cette nouvelle alerte repose
la question de la sécurité des
implants mammaires. Comme
l’ont montré fin novembre les
« Implant Files » – une enquête
internationale sur les implants
médicaux à laquelle Le Monde a
participé avec l’ICIJ, le consortium des journalistes d’investigation – il n’existe toujours aucun
recueil systématique des effets
secondaires, ni de dispositif pour
suivre à long terme les femmes
implantées. Résultat : les autorités
ne disposent que d’informations
parcellaires pour évaluer les
risques liés aux prothèses, et
notamment l’apparition de certaines maladies auto-immunes.
Avant de se prononcer sur une
éventuelle restriction ou une
nouvelle interdiction, l’ANSM
organise deux journées d’auditions, les 7 et 8 février. Des
patientes, des chirurgiens sont
invités à partager, en direct sur
YouTube, leur expérience, heureuse ou malheureuse, avec le
silicone. Les représentants des
industriels, les sociétés savantes,
mais aussi des agences de santé
étrangères, dont la FDA, doivent
apporter leur contribution. Au
terme de ces entretiens, une
décision devrait être prise. Quelle
qu’elle soit, les débats promettent d’être riches et vifs, tant le
silicone et le recours à la chirurgie
mammaire, en reconstruction
comme en esthétique, sont devenus incontournables. En France,
un demi-million de femmes sont
porteuses d’implants et l’engouement planétaire pour cette intervention ne se dément pas.
C’est pourtant presque par hasard
que le silicone est entré dans la vie
des femmes. L’histoire raconte
que c’est en 1962, dans un hôpital
de Houston, au Texas, que les premières prothèses nouvelle génération sont implantées sur une jeune
mère de 29 ans. Timmie Jean
Lindsey, six enfants, voulait initialement qu’on lui retire ses
tatouages de jeunesse – des roses,
des oiseaux et le prénom de son
ancien petit ami – explique un
journaliste du quotidien québécois La Presse qui l’a rencontrée, à
86 ans, ses prothèses toujours en
place. Mais une équipe de chirurgiens voit en elle la personne
idéale pour tester sa dernière trouvaille. Seule une chienne avait
servi de cobaye auparavant.
L’année suivante, les docteurs
Thomas Cronin,Thomas Biggs et
Frank Gerow présentent leurs
résultats au congrès de chirurgie
plastique de Washington. C’est
l’ovation et le début d’un premier
âge d’or pour le silicone.
au tournant des années 2000,
la réapparition du gel dans les
cliniques et les hôpitaux français
coïncide avec une évolution des
techniques et des technologies.
Les chirurgiens promettent aux
femmes une opération simple,
rapide, et quasiment sans cicatrice. Avec moins de complications, grâce à un gel plus compact,
moins nocif pour les tissus. Dans
Paris Match, le Brésilien Ivo
Pitanguy, star mondiale de la discipline, vante un « procédé de
fabrication (...) devenu très perfectionné [qui] empêche l’écoulement du produit » et grâce auquel
les coques ne seraient plus qu’un
mauvais souvenir. Principale
complication post-opératoire,
cette rigidiication autour de l’implant était le cauchemar des
années 1970 et 1980. « La transformation des années 2000,
ajoute le docteur Emmanuel
Claoué, c’est la chirurgie ambulatoire. Si vous habitez tout près,
vous sortez le jour même. » Les
stars sont les premières conquises.
Si le recours à la chirurgie ne
s’avoue pas encore chez les
actrices, les magazines people et
féminins, avec leurs séries de
photos avant/après, suggèrent fortement que certaines y succombent. Même Demi Moore, •••
2 février 2019 — Photos Lucile Boiron pour M Le magazine du Monde
26
••• l ’ h é r o ï n e d e G h o s t e t
Striptease, se serait laissé tenter,
sous-entend Le Point, en 2004.
Les Françaises leur emboîtent le
pas, et n’hésitent pas à partager
publiquement leur expérience.
Sur les plateaux de télévision,
c’est l’avènement de la chirurgie
spectacle. « Comment quelques
grammes de silicone peuvent-ils
provoquer autant de bonheur ? »,
interroge Jean-Luc Delarue,
en 2003. À trois ans d’intervalle,
l’animateur vedette de France 2
consacre deux « ça se discute » à
la chirurgie esthétique : plus de
deux heures de show où les mises
en scène excessives n’effraient
personne. Au printemps 2003,
Nadine, 90 D, qui rêve « d’une
poitrine en harmonie avec [son]
cerveau », raconte avoir fait des
essais, le soir, chez elle, avec des
ballons de baudruche remplis
d’eau et un verre mesureur, pour
arriver à la conclusion qu’un 90 F
serait idéal. Le très médiatique
docteur Sydney Ohana, qui a installé sa clinique Eiffel-Carré d’or
dans l’ancien hôtel particulier du
marquis de Triquerville pour – ce
sont ses mots – en faire « un
temple de la beauté », entraîne les
caméras de l’émission jusque
dans le bloc opératoire. Trois ans
plus tard, sur le même plateau, la
« renaissance » de Jessie, 32 ans,
qui a troqué son 85 A pour un
85 D, illustre plus largement le
rêve de milliers de femmes. Elle
a retrouvé confiance en elle,
quitté son mari, et s’est fait de
nouvelles copines parmi celles
dont elle jalousait jusqu’alors les
seins. Nouvelle femme, nouvelle
vie, conclut Delarue.
Pour les chirurgiens plasticiens
longtemps décriés par leurs
copains d’internat, ces années-là
ont comme un air de revanche.
Le retour sur investissement du
«Vu à la TV» est immédiat.Après
l’émission de 2003, Sydney
Ohana afirme ne « plus pouvoir
répondre à la demande ».
En 2004 débarque aussi la série
américaine Nip/Tuck avec pour
héros deux chirurgiens esthétiques déjantés de Floride. Dans
la saison 4, Catherine Deneuve
les supplie d’injecter dans sa poitrine déjà refaite les cendres de
son mari. Cynique clin d’œil aux
excès d’une société où tout
semble possible.
À chaque
pays
ses préférences. Les
Brésiliennes
et les Américaines
affichent
leurs seins
refaits.
En France,
les implants
doivent
rester
“naturels”.
Photos Lucile Boiron pour M Le magazine du Monde — 2 février 2019
Le silicone? Les industriels l’adorent. À l’état liquide, solide, ou en
gel, il devient l’ingrédient-phare
des cosmétiques : les publicités
vantent ses qualités pour lisser la
peau, faire briller les cheveux, ou
encore améliorer le « naturel »
des fonds de teint. Les ingénieurs
en aéronautique prisent sa
résistance et son étanchéité ; les
pâtissiers amateurs sont conquis
par ses propriétés anti-adhésives
utilisées dans les moules. Pour les
implants mammaires, le silicone
est tout droit importé de
Carpinteria, en Californie, où se
trouve NuSil, unique fabricant au
monde de gel à usage médical.
« On a tous le même fournisseur,
mais chacun a sa recette, avec
différentes formulations chimiques », explique Fabien
Rolland le directeur général du
fabricant français Eurosilicone.
tel choix permet de retrouver la
silhouette d’avant la maladie.
C’est ainsi que Christine*, 63 ans,
une des patientes du docteur
Michael Atlan, le chef du service
de chirurgie plastique de l’hôpital
Tenon à Paris, peut espérer
retrouver un 85 B parfaitement
symétrique après une ablation du
sein gauche, et quatre ans passés
« à plat » à bricoler un rembourrage dans son soutien-gorge. Elle
n’a toutefois pas souhaité proiter
de l’opération pour changer de
taille. « Moi, je veux juste être
normale »... Et pour cela, le silicone est sans égal.
L’année 2011, avec le scandale des
implants PIP, aurait pu mettre un
terme à cet enthousiasme général.
Dans le Var, un industriel français,
Jean-Claude Mas, a rempli ses
prothèses d’un gel low cost de
fabrication maison, entraînant un
taux de rupture anormalement
élevé. On estime à 400 000 le
nombre de femmes dans le monde
concernées par la supercherie. En
France, quelque 18 000 d’entre
elles se font explanter, et l’affaire
est toujours entre les mains de la
justice. L’état vient d’ailleurs
d’être reconnu en partie responsable dans ce dossier pour n’avoir
pas réagi aux alertes dont il avait
été destinataire.
Mais à l’époque, ces révélations
ne freinent pas l’attrait pour ce
type de chirurgie. «PIP ? C’est
une fraude du fabricant », claa souplesse du matériau permet de
ment en chœur les industriels,
façonner des implants de toutes
dont les modèles remplacent vite
formes et de toutes tailles. Des les prothèses frelatées. L’augmenronds,des anatomiques.Des lisses, tation mammaire reste la
des granuleux. À chaque pays ses première des interventions de
préférences. Les Brésiliennes et chirurgie esthétique, en France,
les Américaines, qui plébiscitent devant la liposuccion. En 2017,
les lisses, affichent ostensible- 47 510 opérations non médicales
ment leurs seins refaits. En ont encore eu lieu, selon les
France, au contraire, les implants chiffres de la Société internatiodoivent rester discrets, voire nale de chirurgie esthétique et
« naturels », demandent parado- plastique pour l’Imcas – ce grand
xalement les patientes, même si congrès mondial de chirurgie et
la taille ne cesse d’augmenter dermatologie esthétique qui se
depuis trente ans. D’où le succès tient chaque année, in janvier, à
des implants dits «anatomiques» Paris. Sur le total des intervenqui imitent la forme des seins, et tions de chirurgie mammaire, seul
restent parfaitement en place le quart concerne une reconstrucgrâce à l’effet Velcro de leur enve- tion après un cancer.
loppe, ce qui n’est pas le cas des Cet engouement n’est plus
prothèse rondes à la surface lisse. réservé aux femmes fortunées.
Les catalogues des fabricants Avec un coût oscillant de 3 500 à
recensent jusqu’à 200 références 5 000 euros, les patientes n’hésipour un seul modèle. Pour les tent pas à vider leur livret
reconstructions après cancer, un d’épargne, voire à faire un prêt •••
Hôpital/Groupe hospitalier Tenon AP-HP
29
Assistante Rebecca Topakian. Remerciements à Chloé Terny.
••• sur quatre ans pour s’offrir une
poitrine à la mode.Des organismes
de crédit se sont glissés dans le cré­
neau.Auxiliaires de vie, chauffeurs
de taxi, infirmières, éducatrices
pour jeunes enfants, elles pous­
sent sans complexes les portes des
très chics cliniques de l’ouest pari­
sien, de Nice ou Marseille, pour
tester des gabarits de prothèses,
comme elles essaieraient un pull.
Pour les plus modestes, il existe
même la version low cost.Des spé­
cialistes du tourisme médical pro­
posent pour 2500 à 3000 euros, un
package incluant opération et
semaine dans un hôtel de bord de
mer, dans la banlieue de Tunis.
«Cela ressemble un peu à un séjour
Nouvelles Frontières, témoigne
Virginie*, inirmière, 56 ans. J’ai
pris ma petite valise, quelqu’un est
venu me chercher à l’aéroport, et les
guides nous rejoignaient le soir
pour nous proposer des sorties.»
« pour ne pas prendre de risque »
et passer à des implants à l’aspect
« plus naturel », s’est beaucoup
documentée, et ne se sent «pas en
danger». « J’ai une poitrine
magniique qui fait pâlir les esthéticiennes dans les salons de beauté.
Si vous enlevez mes prothèses, il ne
me reste que deux lambeaux. Sur le
groupe Facebook auquel j’appartiens, pas une ne regrette. Cela va
de la petite jeune de 23 ans complexée par ses petits seins aux
femmes post-allaitantes, en passant par celles qui ont eu une
reconstruction après un cancer.»
L’opération séduit de nouvelles
classes d’âge. Avant, le millier de
chirurgiens plasticiens que compte
la France opéraient surtout des
mères désireuses de retrouver leur
poitrine d’avant grossesse et des
cinquantenaires nostalgiques de
leurs 20 ans. Désormais, les seniors
s’y mettent aussi. Les plus de
70 ans peuvent avoir les bras fri­
pés, mais elles veulent pouvoir
porter une robe du soir avec décol­
leté. Quant aux jeunes femmes,
elles consultent de plus en plus,
constate Benjamin Ascher, chirur­
gien plasticien et directeur
scientiique de l’édition 2019 de
l’Imcas : « Depuis cinq ans, la
population jeune (18-34 ans) est
passée devant les 55-70 ans.»
Noémie* est de celles­ci.À 27 ans,
cette petite brune filiforme a
ette banalisation du recours aux
décidé de s’offrir une nouvelle
implants init par faire oublier que
poitrine pour « se sentir plus
derrière la promesse de se réveil­ femme» après ses deux grossesses.
ler avec les seins d’Adriana Lima, Ce matin de décembre,à quelques
le mannequin de la marque de minutes d’entrer au bloc, à l’hôpi­
lingerie Victoria’s Secret, se cache tal Tenon, à Paris, vêtue d’un
un acte chirurgical. « Le risque de simple slip en résille blanc, elle
complications, toutes causes discute encore des dernières
confondues – ruptures, coques – , « retouches » avec son chirurgien.
c’est 1 % par an, soit 10 % à dix «Un gros C, c’est ce que j’imagine,
ans, a pour habitude d’expliquer mais je ne veux pas que cela fasse
le docteur Michael Atlan à ses bimbo », explique­t­elle, les bras
patientes. Une augmentation croisés sur son buste, pour essayer
mammaire à 33 ans, cela signiie de se réchauffer. Se rassurer, aussi.
3 à 4 opérations d’ici à l’âge de Un mètre ruban dans une main,un
80 ans. » Mais malgré les risques marqueur noir de l’autre, son
et les effets secondaires, pour chirurgien trace la future sil­
beaucoup de femmes, pas ques­ houette de la jeune femme sur son
tion de faire machine arrière. Les corps. « Qu’est-ce que vous allez
plus déterminées conient qu’elles faire, elle est déjà parfaite!», s’ex­
iraient à Bruxelles ou Barcelone, si clame quelques minutes plus tard,
le silicone était de nouveau inter­ Macha, l’une des infirmières du
dit par les autorités sanitaires en service, en découvrant Noémie
France. Agnès*, 46 ans, opérée allongée et déjà endormie sur la
une première fois en 2004 après table d’opération. Cela lui a un
avoir allaité ses deux enfants, puis jour effleuré l’esprit de se faire
une seconde, dix ans plus tard, poser des implants, avant de se
“La
demande
des
patientes
est
légitime,
car l’image
qu’elles
ont d’elles­
mêmes a
un impact
fort sur leur
vie. On ne
peut pas se
contenter
d’éliminer
le sujet.”
Michael Atlan, chirurgien esthétique
raviser. « J’étais assez populaire
comme ça », plaisante­t­elle. Mais
de conier : «Des patientes en salle
de réveil m’ont dit que c’était le
plus beau jour de leur vie. »
Depuis son cabinet du rond­point
des Champs­élysées, le docteur
Gérard Flageul est convaincu que
« rien ne pourra plus arrêter cette
révolution : la chirurgie offre aux
femmes cette liberté fantastique de
choisir les seins avec lesquels elles
désirent vivre ». À l’hôpital
Tenon, le docteur Atlan, dont le
service effectue en grande majo­
rité des reconstructions après can­
cer, ne voit pas comment on pour­
rait tout balayer du jour au
lendemain : « Sans les prothèses
texturées, on n’a pas les mêmes
outils car il n’existe pas de prothèse anatomique lisse. Si seules les
prothèses rondes étaient disponibles, les résultats seraient moins
satisfaisants d’un point de vue
esthétique. Il y aurait davantage
de complications ce qui obligerait
à des réinter ventions plus
fréquentes ». Il doit être entendu
par l’ANSM le 8 février. « La
demande des patientes en chirurgie
esthétique est légitime, car l’image
qu’elles ont d’elles-mêmes a un
impact fort sur leur vie. On ne
peut pas se contenter d’éliminer le
sujet », s’agace­t­il. Ailleurs dans
le monde, rien ne semble freiner
l’enthousiasme des femmes pour
le silicone. D’autant que le mar­
ché des implants mammaires est
en pleine expansion. Selon les
prévisions établies par le cabinet
Grandview Research pour M, il
devrait bondir de 1,2 milliard de
dollars en 2017 à 1,9 milliard
en 2025. En France, des chiffres
tout aussi optimistes annoncent
plus de 58 millions de dollars de
ventes en 2025 contre 36 mil­
lions en 2017. Le plan B des
fabricants est déjà prêt. À
quelques jours de l’ouverture du
congrès de l’Imcas, son directeur
scientifique Benjamin Ascher
annonçait un nouvel implant en
silicone « plus léger, 30 % moins
lourd, en attente d’enregistrement
en France ». Et à peine Allergan
avait­t­il annoncé, in décembre,
l’arrêt de la commercialisation de
sa Biocell que l’industriel Motiva
lançait ses implants « nanotexturés » aussi doux, promet­il, que
de la « soie »…
* Le prénom a été changé.
2 février 2019 — Photos Lucile Boiron pour M Le magazine du Monde
Le 25 janvier 1972, 22, rue Bayard, à Paris.
31
Ondes de choc.
Le 25 janvier 1972, à Paris, RTL inaugure une nouvelle façade
ornée d’une œuvre de Victor Vasarely, le pape de l’art optique.
C’est l’étendard d’une radio en plein renouveau. Emblématique
de la France des “trente glorieuses”, elle restera accrochée pendant
quarante-cinq ans, jusqu’au déménagement de la radio, en 2018.
Une devanture aujourd’hui entreposée à la Fondation de l’artiste,
auquel le Centre Pompidou consacre une première rétrospective.
Keystone-France/Gamma-Rapho
par
Roxana azimi
D
ans le quartier des Champs-élysées, Ce
25 janvier 1972, la poliCe ne redoute ni
Mais la rue
Bayard est quand même fermée à la
circulation. Les képis protègent,
dans une atmosphère bon enfant, les
3 000 personnalités invitées à découvrir le tout nouveau siège de la station de radio RTL, au numéro 22.
Les paparazzis, eux, sont débordés. Au passage du jeune imitateur
Thierry Le Luron, leurs gros lashs crépitent. à l’arrivée de Sheila,
encapuchonnée et perruquée, l’intensité redouble. Claude François est dans la place, comme Hugues Auffray et Carlos. Dans une
atmosphère de free-jazz enfumée par les pétards, le Grand Magic
Circus fait son barouf sur le trottoir avec sa troupe de baladins,
d’acrobates et de cracheurs de feu. Quand Johnny Hallyday •••
Casse ni débordements.
2 février 2019 — M Le magazine du Monde
Vasarely et son fils Yvaral, bras droit de son père (ici, les deux hommes le 13 février 1970) ont été choisis
pour leur idée futuriste : six cercles noirs concentriques formant un vortex, comme une onde radiophonique.
••• débarque, c’est la cohue. Politiques et intellectuels se rapprochent des copieux buffets conçus par des chefs étoilés. Il faut
cependant lever la tête pour découvrir le clou du spectacle : sur la
nouvelle façade, 33 lames d’aluminium, animées de lashs électroniques, captent le regard. Sur 288 mètres carrés, voici la dernière
extravagance scopique de Victor Vasarely, le pape de l’art optique
(ou op art), ce mouvement fondé sur des effets d’illusion et des
jeux d’optique. Un artiste (mort en 1997) auquel le Centre
Pompidou rend hommage, du 6 février au 6 mai, avec une première
rétrospective française, et une œuvre, classée aux Monuments historiques, qui fut installée pendant quarante-cinq ans rue Bayard,
jusqu’en 2018, date du déménagement de la radio.
Ce soir de 1972, l’artiste, bel homme de 65 ans, bientôt auteur d’un
autre symbole des « trente glorieuses », le logo de Renault, est de la
partie.Avec son mètre quatre-vingt-dix déplié, son port altier, celui qui
garde un fort accent hongrois malgré quarante-deux années de résidence en France (il fut naturalisé en 1961) est surnommé le « châtelain
communiste » depuis que ce promoteur d’un art « gratuit et intégré
dans la vie de tous les jours » a acheté, en 1970, le château de Gordes,
en Provence. Mais il ne court pas après les mondanités. Couche-tôt, il
mène une vie de travail, cadencée, sans vacances ni week-end.Tout le
contraire de celle de son ils,Yvaral, 38 ans, qui l’accompagne ce soir-là.
Sosie du chanteur Patrick Topaloff, ce dernier aime les belles voitures
et tombe les jolies illes. Geek avant l’heure, fou de mathématiques, il
est le bras droit et la cheville ouvrière de son père, mais reste dans
l’ombre. « Il ne se vante jamais d’être le ils de son père », racontent
Philippe Dana et Pierre Vasarely (le ils d’Yvaral) dans Vasarely. Une
saga dans le siècle, qui vient de paraître aux éditions Calmann-Lévy,
en parallèle de la rétrospective du Centre Pompidou.
La vérité oblige pourtant à dire que la façade de RTL doit sans doute
davantage au travail du ils qu’au génie du père. Et, avant ces deux-là,
au lair de deux grands hommes de médias, qui ont su moderniser
Radio Télé Luxembourg pour en faire la rivale d’Europe No 1, avant
de la détrôner. La façade Vasarely symbolise en effet le lifting d’une
radio déclinante, mené à partir de 1966 par Jean Prouvost et Jean
Farran, respectivement propriétaire et rédacteur en chef de la station.
33
“Les œuvres doivent être placées dans
les crèches, les auberges de jeunesse,
les bibliothèques municipales,
les casernes, les maisons de la culture,
sans oublier les habitations privées.”
Courtesy of Fondation Vasarely (Paris Match/Tele 7 jours/Marie Claire)
Victor Vasarely
Grand industriel du Nord et patron de presse, le premier a rejoint le
capital de Radio Télé Luxembourg en 1966. Pour dépoussiérer RTL,
il appelle le second à la rescousse. Gaulliste intransigeant, sourcils noirs
épais façon Pompidou, l’ancien directeur de rédaction de Paris Match
est connu pour son culot.
Et il en faut pour secouer la belle endormie. Le temps presse, la compétition est rude. Lancée en 1955, Europe No 1 (qui deviendra Europe 1
en 1983) a attiré les jeunes avec «Salut les copains». Le service public,
lui, s’est régénéré depuis la naissance, en 1963, de France Inter. «RTL
n’était alors ni une radio yéyé ni une radio dialoguant avec ses auditeurs,
rappelle Denis Maréchal, historien des médias et auteur de RTL, histoire d’une radio populaire (Nouveau Monde Éditions, 2010). C’était
devenu une radio populaire qui parlait à la France du travail, aux
agriculteurs. » À ces classes moyennes que personniiait le feuilleton
La Famille Duraton, soap opera radiophonique relatant avec une certaine naïveté la vie quotidienne de Français moyens.
Lorsque Farran arrive aux commandes, c’est le séisme : il vire des animateurs vedettes, recrute de nouvelles têtes, comme l’acteur Jean
Yanne, génie de l’improvisation. La grille est revue de fond en comble.
Exit La Famille Duraton, avec laquelle communiaient tous les soirs des
millions de Français.Trop franchouillard, trop gras pour un Farran qui a
les yeux et les oreilles rivés vers l’Amérique. De nouvelles émissions
s’imposent, comme «Le Journal inattendu », créé en 1967, au succès
toujours inoxydable. Avant que la sexualité ne s’invite dans le débat
public et sur les barricades de Mai-68, Ménie Grégoire confesse la
France entière en abordant des sujets tabous : l’impuissance, l’éjaculation précoce, la frigidité ou l’adultère. Mais le changement ne doit pas
juste s’entendre. Il doit se voir. «Il fallait qu’il ne reste rien de Radio
Luxembourg, rappelle Denis Maréchal. S’ils avaient pu déménager à la
Défense, ils l’auraient fait. » Pour symboliser ce nouvel élan, RTL
construit cinq niveaux supplémentaires au-dessus de l’hôtel particulier
de trois étages de style néoégyptien qui l’héberge depuis 1936.
L’ensemble rue Bayard forme un patchwork ingrat, que seul un nouveau revêtement peut masquer. Un concours est lancé en 1969.
Jacques Starkier, l’architecte qui avait conçu le réaménagement du
bâtiment, pose les conditions : il ne s’agit pas d’agrandir une toile, •••
2 février 2019 — M Le magazine du Monde
••• mais de concevoir une œuvre en trois dimensions, obéissant à
des impératifs fonctionnels. Trois artistes sont retenus. L’impétueux
Georges Mathieu, héraut de l’abstraction gestuelle, propose un
treillis doré symbolisant l’intérieur d’un transistor. Le très classique
Jean Carzou avance un projet vieillot, un « palais féerique », réseau
de lignes enchevêtrées entrecoupé de boules de verre coloré.
Vasarely et son fils ont l’idée la plus futuriste : six cercles noirs
concentriques formant un vortex, comme une onde radiophonique.
Un motif imaginé par Yvaral et que Vasarely déclinera ensuite avec
la série « Oerveng », dont des estampes seront envoyées dans l’espace à bord de la capsule Soyouz en 1982.
L’artiste, qui a fait ses armes dans la publicité pendant les années 1930,
a la réputation de savoir frapper le regard. «Sincèrement, mon beau-père
n’a pas fait grand-chose là-dedans, confie d’une voix haut perchée
Michèle Taburno-Vasarely, la veuve d’Yvaral. Il a vu la maquette quand
son ils la lui a mise sous le nez. Vasarely n’était pas un homme de réalisation, mais un artiste conceptuel.» Les trois maquettes sont présentées
au public. La rumeur donne Mathieu gagnant. Le Figaro plébiscite plutôt Carzou. « Mathieu faisait un cirque pas possible, comme toujours,
poursuit Michèle Taburno-Vasarely. Carzou était le plus discret.»
Difficile de savoir qui avait la préférence de Jean Farran. Esthète
classique vivant dans une maison cossue de la butte aux Cailles, dans le
13e arrondissement de Paris, le pétillant journaliste aime moins l’art que
la littérature et la psychanalyse. Mais il sait humer l’air du temps. Et il
veut, inconsciemment, répondre au grand camembert futuriste de la
Maison de la radio, construit dix ans plus tôt. Le nom de Vasarely s’impose. Révélé en 1955 par l’exposition «Le Mouvement», à la galerie
Denise René, et son « Manifeste jaune », qui jette les bases de l’art
optique, le plasticien est populaire. Au point que Michel Polnareff
O
l’interviewe dans son atelier, en 1968, pour une émission de Michel
Drucker. Une de ses œuvres a même inspiré le tube La Toile du maître,
du chanteur Gérard Manset. Michel Gauthier, co-commissaire de la
rétrospective au Centre Pompidou, le rappelle : « Le grand public ne
connaissait alors que trois artistes : Picasso, Dalí et… Vasarely.»
ui, Vasarely ! le pays
tout entier s’est laissé
par le
vertige de ses formes
vibratiles aux libellés
galactiques. Vasarely.
Une saga dans
le siècle rapporte que,
dans les années 1960,
plus du tiers de
la production des
fabricants de tissu est imprimé « op art ». Ses posters en tirage
illimité tapissent les chaumières et les salles d’attente des médecins. L’artiste a aussi envahi l’espace public, à l’université de
Jussieu comme à la gare Montparnasse. L’acmé pour un défenseur de l’art accessible au plus grand nombre. « Les œuvres doivent être placées dans les crèches, écrit-il, dans les groupements
scolaires, dans les auberges de jeunesse, dans les patronages,
dans les bibliothèques municipales, dans les casernes, dans les
submerger
Picherie. Keystone-France/Gamma-Rapho. Keystone-France. Briat
Le 25 janvier 1972, jour de l’inauguration, célébrités et chanteurs yéyé se pressent au 22 de la rue Bayard.
De gauche à droite, Claude François ; Salvatore Adamo et le musicien Marcel Zanini ; Herbert Léonard, Johnny Hallyday
et Gilbert Montagné ; Jean Prouvost, propriétaire de RTL, et Jean Farran, rédacteur en chef de la station.
35
maisons de la culture, sans oublier dans les habitations privées. »
Et, bien sûr, dans les hauts lieux de l’information.
Pour les journalistes de RTL, la façade devient un symbole fort. « On
était porté par elle ! », sourit le pétillant Georges Lang, aux manettes
des Nocturnes depuis près d’un demi-siècle. « Ça nous disait : “Attention ! Vous êtes désormais une radio moderne.” » Le charme n’agit pas
sur tout le monde. Chroniqueur pendant plus de vingt-sept ans à RTL,
Philippe Alexandre dit ne pas s’en souvenir. Philippe Labro en retient
surtout le désagrément. « Mes fenêtres étaient bouchées par les lamelles.
Ça me coupait de la lumière et de la rue », raconte l’ancien patron de
la chaîne. Mais, reconnaît-il, « on passait devant le Vasarely comme
devant la tour Eiffel, c’était un minimonument ». Une œuvre altérée
avec le temps : RTL se piquera de colorier en rouge le point noir central,
avant de se raviser sous la pression de Pierre Vasarely.
Une façade qui semble insensible aux revirements de la mode. Dans les
années 1980,pourtant,l’utopie op prend un coup de vieux.En pleine crise
de la modernité, les jeux optiques semblent soudain gadget, bricolo, hors
sujet. Le monde de l’art jette aux loups Vasarely et toute la clique des
cinétiques. « Toute une génération de critiques d’art et conservateurs
de musée s’est construite contre cette forme de modernité qu’incarnait
Vasarely », rappelle Arnauld Pierre, co-commissaire de l’exposition au
Centre Pompidou. Aux enchères, ses prix chutent de plus de 75 % dans
la décennie 1990.Il disparaît des musées,comme de l’espace public,avant
de connaître un léger frémissement depuis le milieu des années 2000.
La façade de RTL résiste aux débats esthétiques, comme aux réticences des riverains, dont certains avaient conspué cette « verrue
moderne » dans un quartier haussmannien. Pendant des années, sous
son œuvre, s’engouffrent chaque jour les invités politiques ou people,
les journalistes et le public, venu assister à des enregistrements d’émis-
sions comme «Les Grosses Têtes». Mais le symbole fait les frais de la
concentration des médias. Rachetée par M6 en 2017, la station emménage, l’année suivante, dans un immeuble lambant neuf à Neuillysur-Seine, à l’ouest de Paris, face au siège du groupe. Impossible d’y
transporter la façade, qui est léguée à la Fondation Vasarely, à Aix-enProvence. Mais, faute d’argent et d’espace, l’œuvre sommeille toujours
dans quatorze caisses en réserve. « On ne peut pas l’accrocher, car elle
entrerait en concurrence avec les autres œuvres architectoniques exposées », se justiie le petit-ils Pierre Vasarely.
Rue Bayard, en face du café Savy qui pleure toujours le départ
de RTL, dans un quartier déserté par les médias (Europe 1, Bayard
Presse, Jours de France), un vélum gris a remplacé la façade. « Pour
tous ceux qui étaient attachés au lieu, le démontage fut douloureux,
rapporte Bernard Lehut, chroniqueur littéraire maison. Il y avait une
symbolique dans ces lames démontées une à une, placées dans de
grands sarcophages en bois, ça rappelait une mise en bière. » Dans les
nouveaux locaux sans âme de l’avenue Charles-de-Gaulle, certains
ont tourné la page sans regret. « La façade Vasarely ? Je préférais le
bistrot d’en face », conie, dans un haussement d’épaules, le journaliste Alain Duhamel. « Franchement, ce qui fait la couleur d’une
radio, ce n’est pas sa façade mais sa ligne éditoriale », relativise
Christopher Baldelli, PDG de RTL. D’autres sont toujours nostalgiques. Le chroniqueur Laurent Marsick, qui s’est passionnément
plongé dans les archives, raconte que « tous ont emporté un petit bout
de Vasarely avec eux ». Au sens propre : un rédacteur en chef a eu la
bonne idée de commander pour ses équipes un porte-clés à l’efigie
de la façade. Vasarely aurait adoré.
«Vasarely. Le partage des formes », au Centre Pompidou,
place Georges-Pompidou, Paris 4e. Du 6 février au 6 mai. www.centrepompidou.fr
2 février 2019 — M Le magazine du Monde
I
l n’apparaîtra pas
dans ces défilés-là.
Ceux qui, depuis
trois mois, trouent
le calendrier et
le bitume, secouent
les ronds-points,
ébranlent les opinions, donnent des
insomnies aux autorités, et nimbent les
routes de France
d’un voile de colère.
Jean-Marc Rouillan,
cofondateur du
groupe terroriste
Action directe n’enfilera pas le gilet
jaune. Ce n’est pourtant pas l’envie qui
lui manque. Le gars n’est pas du genre à rater
une manif. Lors du mouvement contre la loi
travail, au printemps 2016, il déilait en tête,
aux côtés des black blocs, ces activistes qui
viennent en découdre avec les CRS, barres
de fer et cocktails Molotov à la main. Des
«copains», précise celui qui fut condamné à la
réclusion criminelle à perpétuité en janvier 1989 pour complicité d’assassinat du général Audran et du PDG de Renault Georges
Besse. Et qui a passé un total de vingt-six
années en prison dont dix à l’isolement.
À l’entendre, être devant, c’est tout un poème.
Même si, à 66 ans, celui qui est deux fois grandpère, évite les premières lignes – « je cours
moins vite qu’autrefois». C’est stratégique et
esthétique à la fois : «Quand je suis là, ça attire
l’attention des lics, alors les camarades peuvent
faire ce qu’ils ont à faire. Et puis, quand on
vient de la place de la République, il y a cette
perspective qu’on ne voit jamais, la Bastille au
fond du boulevard, sans voitures ni piétons
pour te boucher la vue, c’est beau.» Si les black
blocs opèrent généralement encagoulés,
Rouillan, lui, met un point d’honneur à manifester à visage découvert. « Comme pour les
braquages», précise-t-il, bravache, en évoquant
les attaques de banque que les membres d’Action directe ont pratiquées à la chaîne pour se
renflouer et qu’ils appelaient alors les
«réappropriations».
Le climat insurrectionnel qui secoue
aujourd’hui le pays le fait frétiller – «le parti de
la domination a du plomb dans l’aile» –, mais
son avocat l’a dissuadé de s’en approcher de
trop près. Les manifs non déclarées, trop risquées quand on est en liberté conditionnelle.
Le genre de situation à se retrouver en moins
de deux dans un panier à salade puis dans le
bureau d’un juge trop content de le renvoyer
en cellule. Alors l’ancien terroriste se contente
d’aller discrètement roder sur les barrages, sans
s’éterniser. Il y rejoint «camarades», insoumis
ou autonomes, membres de la CGT ou du
NPA d’Olivier Besancenot où il a émargé pendant cinq ans. L’odeur de la merguez sur les
ronds-points, ce n’est pas celle des pneus brûlés sur les barricades, mais c’est mieux que
rien. «Si on crée un pôle d’affrontement, ça peut
marcher malgré la répression, s’enlamme-t-il.
Les gens ont envie d’en découdre, ils en ont
marre des politiques capitalistes.»
En septembre dernier, on l’avait accompagné à
la Fête de L’Humanité. C’était la première •••
Action discrète.
Après la lutte armée et les années de prison, Jean-Marc Rouillan profite d’une troisième
vie nettement plus agréable. À 66 ans, le cofondateur d’Action directe est devenu
une petite vedette de la radicalité en tournée permanente. De librairies anarchistes
en ZAD, on se l’arrache. Aujourd’hui, l’ex-terroriste, condamné pour des assassinats
dans les années 1980, se retient d’enfiler un gilet jaune. Car, après avoir été plusieurs fois
poursuivi pour des déclarations provocantes, l’ancien combattant, jamais repenti,
surveille désormais ses propos et ses actes. Vanessa schneider
Louise desnos
par
—
photos
37
Jean-Marc Rouillan
à la Fête de L’Huma,
le 14 septembre 2018.
2 février 2019 — M Le magazine du Monde
38
••• fois qu’il y mettait les pieds, mais pour
vendre son bouquin, Dix ans d’Action directe
(éditions Agone) – une sorte de témoignage
des années de lutte armée contre l’État et le
capitalisme rédigé par bouts en prison et retravaillé depuis –, il n’a pas hésité. On l’a retrouvé
à Montreuil où il loge chez un « camarade »
quand il n’est pas près de Toulouse son berceau, où il dort chez un autre «camarade». On
a pris la vieille guimbarde rouge qui lui sert à se
déplacer entre ses différents points d’ancrage,
une caisse au cendrier débordant de mégots
des cigarettes qu’il fume en continu, de sachets
vides de bonbons Haribo, paquets de chips
éventrés et autres vestiges de longs trajets sur
les nationales pour éviter les péages (le bonhomme ne roule pas sur l’or, on s’en doute, si
on considère la vie menée : quelques droits
d’auteur, la générosité des copains et, depuis
peu, le minimum vieillesse).
A
rrivé sur le parking
de la fête, il a eu
comme un moment
de découragement
à l’idée de porter
ses cartons de
livres sous le
cagnard. La fête de L’Huma, Rouillan n’avait
pas vu ça si grand. En jeans et tee-shirt dévoilant un tatouage tribal sur le biceps, il regarde
interloqué les stands d’espadrilles, de produits
régionaux et l’alignement des buvettes : «On
dirait un peu la Fête à Neu-Neu », lâche-t-il.
Pas hargneux, juste un peu peiné pour ses
anciens adversaires et ce qu’ils sont devenus :
«Ils n’ont plus le peuple avec eux, mais ça reste
des camarades », lâche-t-il magnanime. Très
vite, il trouve ses marques, croise des copains,
des «camarades de lutte ». Là, un couple qui
s’arrête pour lui dire bonjour : ils sont membres
du comité de soutien à Georges IbrahimAbdallah, chef de la Fraction armée révolutionnaire
libanaise (FARL) en France, qui a pris perpète
en 1987 pour complicité dans les assassinats de
deux diplomates et qui dort toujours à la centrale de Lannemezan : «Un scandale d’État,
peste Rouillan. On se connaît très bien, il a été
mon voisin de cellule pendant six ans, il me téléphone de temps en temps. » Dès qu’il peut, il
participe aux rassemblements de protestation
sous les grilles de la prison.
Rouillan croise ensuite un ancien du NPA
– « Salut camarade ! » –, d’autres tournent la
tête quand ils l’aperçoivent : «Ils sont divisés,
mais Olivier [Besancenot] m’appelle encore
régulièrement», précise l’ex-terroriste. Quand
il arrive au Village du livre pour signer le sien,
quelques personnes l’attendent déjà : un militant CGT avec qui il a fait des barrages sur
l’étang de Berre pendant la loi travail, un cheminot en procès avec Génération identitaire
(extrême droite), pour des propos tenus sur
M Le magazine du Monde — 2 février 2019
Facebook, qui lui demande d’être membre de
son comité de soutien, un « lycéen maoïste »
qui a été placé en garde à vue après un
affrontement avec la police lors d’un blocus,
un « ancien trotskiste à la retraite » qui veut
offrir le bouquin à un ami «ancien socialiste à
la retraite ». Un quadragénaire d’Aubervilliers, enin, qui l’aborde attendri : «Vous êtes
un personnage de mon enfance. – C’est mieux
que Casimir!», sourit Rouillan.
Un mois plus tard, on le retrouve au Monte
en l’air, une librairie anarchiste du quartier de
Ménilmontant à Paris qui l’a invité pour parler
de son livre. Il fait encore chaud et des bancs
sont placés à l’extérieur, juste à côté d’un étal
de fruits et légumes bio où les bobos du quartier viennent remplir leurs paniers. Il y a là de
jeunes antifa, des vieux, des femmes et des
hommes, d’anciens trotskistes, maoïstes, communistes, des autonomes, tout ce qui compose
la galaxie de l’ultra-gauche, presque quatrevingts personnes en tout. Dans les discussions,
Jean-Marc Rouillan évite les questions dangereuses, utilise souvent l’imparfait. Il sait qu’il
est surveillé de près par les agents des renseignements généraux. «Je n’ai pas de discours»,
«mon livre n’est qu’un témoignage et un appui
pour ceux qui se battent», «j’ai passé un quart
de siècle en prison, j’ai purgé ma peine, je suis
réadapté», répète-t-il prudemment en public.
Il se garde bien de prôner le recours à la
violence : « On a lutté dans des conditions
historiques particulières, ce n’est pas avec les
vieilles recettes qu’on fera la nouvelle avantgarde. » Seule une chose l’énerve : lorsqu’on
lui demande de s’excuser pour les assassinats
comme c’est récemment arrivé lors d’un
entretien sur BFM-TV : « Est-ce qu’on
demande ça aux vendeurs d’armes ? Aux
pilotes d’avion qui bombardent des innocents
dans des villages en Irak ou en Palestine ? »
Les années de passage à la lutte armée étaient
des années de guerre et dans une guerre il y a
des morts, répète-t-il en boucle.
Être à l’air libre, Jean-Marc Rouillan y tient au
point de porter enin un peu d’attention à ce
qu’il dit et à ce qu’il fait. En 2007, alors qu’il
bénéiciait tout juste d’un régime de semiliberté après vingt ans d’emprisonnement
dont dix passés à l’isolement, il n’avait pas pu
s’empêcher de la ramener dans une interview
à L’Express en refusant de s’excuser pour les
meurtres commis. Tout allait bien pourtant, il
récupérait tranquillement à Marseille, logé par
son ami et éditeur Thierry Discepolo dans un
grand grenier de 138 mètres carrés d’un seul
tenant avec toilettes, salle de bains, un lit dans
un coin, un canapé, des coussins… le luxe
quoi. Il avait punaisé sur un mur la banderole
confectionnée par ses supporters «Libération
sans conditions », histoire de ne pas oublier
d’où il venait. Il avait bien fait. La justice ne
l’a pas laissé proiter bien longtemps de son
loft : suspension de la semi-liberté pour
«apologie de la lutte armée» et retour à la case
prison. Il lui a fallu attendre le 18 mai 2012
pour mettre à nouveau un pied dehors, avec
un bracelet électronique à la cheville.
En février 2016, il récidive gravement. Dans
une interview accordée à une radio associative
marseillaise, il évoque, à propos des attentats
du 13 novembre 2015 ,«le courage avec lequel
se sont battus les terroristes dans les rues de
Paris en sachant qu’il y avait près de 3000 lics
autour d’eux…». La Chancellerie s’étrangle.
Rouillan plaide qu’il sortait tout juste d’un
avion de retour du Venezuela où il travaillait
alors dans le teck, bref, qu’il n’était pas superfrais quand il a répondu à la question. Il n’a pas
compris pourquoi on en avait fait tout un plat :
« Mes livres ont été retirés de la vente, mes
documentaires n’ont plus été diffusés du jour
au lendemain. Je me voyais en boucle sur
BFM-TV, c’était comme si c’était un autre
moi. » « Je n’ai rien de commun avec les islamistes », jure-t-il avant de soufler, las : « De
toute façon, on ne peut plus rien dire dans ce
pays. » « Je sors du congélo, ajoute-t-il. •••
“Je suis entré
en prison à
une époque
où on pouvait
déclarer qu’on
voulait détruire
le système,
je suis ressorti
dans une
société
asphyxiée
où la liberté
a disparu.”
Jean-Marc Rouillan
1
Dans les
années 1980,
Jean-Marc
Rouillan, Nathalie
Ménigon (1),
Georges Cipriani
et Joëlle Aubron
(2) ont revendiqué plusieurs
actions violentes
comme l’attentat
contre des locaux
appartenant à la
régie Renault en
2
Jean-Marc Ancian/Sygma via Getty Images. Keystone-France/Gamma-Rapho.
Jacques Langevin/Sygma via Getty Images. Torregano/Zihnioglu/Sipa. Gamma-Rapho. Frank Perry/AFP
3
4
5
6
septembre 1985
(3) ou, l’année
suivante l’assassinat de son PDG
Georges Besse,
auquel Mitterrand
rendra hommage
(4 et 5). Les
quatre d’Action
directe finiront
arrêtés dans une
ferme à Vitryaux-Loges en
février 1987 (6).
••• Je suis entré en prison à une époque où on
pouvait déclarer qu’on voulait détruire le système sans qu’il ne se passe rien, je suis ressorti
dans une société asphyxiée où la liberté a disparu. Il faut être dans les clous, comme Jésus.»
Les magistrats n’ont pas vu les choses ainsi et
n’ont pas été enclins à lui pardonner : en
mai 2017, il est condamné en appel à une
peine aménageable de dix-huit mois de prison
dont dix mois assortis d’un sursis avec mise à
l’épreuve pour «apologie du terrorisme ». Il se
pourvoit en Cassation, et tente sans trop y
croire un recours devant la Cour européenne
des droits de l’homme, mais sait bien qu’il
risque gros au moindre dérapage.
De son propre aveu, ses propos sur les attentats du 13-Novembre ont « stoppé net » son
improbable « visibilité dans la jet-set ». Car
en 2015, Rouillan est, contre toute attente,
en train de devenir une sorte de mascotte
hype, survivant d’une époque révolue.
Auteur de livres et de documentaires, il
bénéicie d’une nouvelle exposition médiatique. Il faut dire qu’il est plutôt avenant
pour un ex-lingueur, tutoyant immédiatement, racontant volontiers. Et alors que ses
trois autres camarades arrêtés avec lui un soir
d’hiver dans une ferme de Vitry-aux-Loges
en 1987 sont sortis de prison en miettes – son
ancienne épouse Nathalie Ménigon a été
victime d’un AVC, Joëlle Aubron a été
emportée à 46 ans par un cancer du cerveau
peu après sa libération, Georges Cipriani a
sombré dans la folie –, lui semble à peine
entamé par le système carcéral. Physique
trapu, boule à zéro, agile et volubile, il a plutôt l’air du type qui aurait passé sa vie à transhumer des chèvres en haute montagne plutôt qu’à moisir dans les QHS crasseux que la
République réserve aux plus dangereux
prisonniers.
C
ertains s’offrent le
grand frisson en partageant des soirées
avec cet ex-taulard,
un jusqu’au-boutiste
de la lutte armée. En
juillet 2015, il est
invité au festival SoFilm Summercamp. Il y
est interviewé par Télérama sur ses goûts
cinématographiques en tant qu’ « ex-activiste
d’Action directe » et « écrivain ». Il se régale.
« J’avais une chambre dans un grand hôtel.
Chantal Goya m’a fait la bise, Jean-Pierre
Léaud m’a beaucoup parlé. Il m’a dit que lui
n’aurait jamais été capable de tenir vingthuit ans en prison. Il y avait même Éric
Cantona. » Un chouette souvenir. « Je suscite
une curiosité. Il y a une attirance chez les
bourgeois pour ce que j’ai vécu, le côté hors la
loi, sulfureux », commente-t-il, pas dupe.
En septembre de la même année, il est
convié au Festival du film Grolandais,
célébrant la rébellion joyeuse, pour présenter un de ses documentaires. Un week-end
aux petits oignons là encore. Il boit des coups
avec son pote « l’Entarteur » Noël Godin ou
le réalisateur Benoît Delépine. Il jure ne
s’être pas « laissé griser » par les sollicitations, être aussi à l’aise sur la paillasse d’un
zadiste, dans les locaux de Siné Hebdo ou
dans l’hôtel particulier d’une comtesse.
« J’ai refusé des propositions pour être acteur,
je n’aime pas le champagne. »
Il n’a pas à se plaindre. Aujourd’hui, si la justice contrôle ses déplacements, le tient à
l’œil, Rouillan est devenu une petite vedette
de la radicalité. Son agenda ne désemplit pas.
Une interview par-ci, un débat par-là, un ren-
dez-vous discret avec Julien Coupat et ses
amis du Comité invisible, un piquet de grève
avec des ouvriers en lutte, une discussion
organisée par une revue avec le philosophe
Étienne Balibar, une séance de dédicace…
Et puis, quand il le sent, il ne peut pas s’empêcher de se faire une petite manif de temps
en temps, comme récemment dans sa ville
natale d’Auch dans le Gers pour les cinq ans
de la mort du militant d’extrême gauche
Clément Méric. « Je retrouve les efluves de
ma jeunesse, celles des gaz lacrymogènes. »
Jean-Marc Rouillan va là où on l’invite.
Comme aux 20 ans de La France pue, un
label punk au nom dénué d’ambiguïté où il
débat après les concerts.
Il sillonne l’Hexagone : dans une librairie alter-
41
native de Lyon puis de Montpellier, une association à Marseille, un lieu autogéré à Liévin,
dans le Nord, pour une visite aux dockers en
grève, un petit tour au MFC 1871, un club de
foot de Ménilmontant, dont il est le président
honoraire, un séjour à Notre-Dame-desLandes. Il se balade aussi à l’étranger, à
Bruxelles, à Barcelone, sa ville de cœur, où il a
commencé son militantisme contre le franquisme dans les années 1970 et où il s’efforce
de ne rater aucun rassemblement indépendantiste : «Là-bas je suis considéré comme un résistant », crâne-t-il. En Grèce aussi où les autonomes prospèrent dans des «quartiers libérés»
depuis que la crise a frappé durement le pays.
Le 1er octobre il était en Espagne pour fêter
les 1 an du référendum, en décembre, à
“Rouillan
se voulait
théoricien,
mais à
l’époque
ses écrits
n’avaient pas
d’audience.
Je ne vois
dans l’intérêt
qu’on lui
porte qu’une
fascination
morbide pour
celui qui a
osé tuer.”
Serge Savoie, policier du renseignement
Athènes et à Thessalonique. Lui-même ne
semble pas en revenir : « Je suis invité partout, même par des gens que je ne connais
pas. » Dans la rue, il est régulièrement salué
par des passants qui lui demandent de faire
des selies, comme ces deux très jeunes garçons en survêt’ et casquette. Il ne les connaît
pas mais décrypte : «Depuis l’“affaire du courage”, j’ai la côte en banlieue.» Il discute avec
qui veut. « Quand on a été privé de contacts et
de toute vie intellectuelle pendant plus de vingtcinq ans, tout ce qui peut toucher l’esprit est à
prendre. » Il raconte avoir dû réapprendre à
parler après les années passées à l’isolement :
« Je commençais une phrase et je passais directement à la conclusion. Les autres détenus ne
comprenaient rien à ce que je disais alors que,
moi, j’avais l’impression d’être clair. »
Chez les libraires qui l’invitent, il signe des
livres à tour de bras, entre deux Marlboro et
une gorgée de bière : 4000 exemplaires écoulés
selon son éditeur. «On était plus populaires que
ce que disaient les journaux de nous à
l’époque!», se rengorge Rouillan. Ça aussi, c’est
quelque chose qu’il n’a pas digéré : «Le pouvoir nous a réduits à quatre agités, quatre fous
alors qu’on n’était pas seuls.» Peu importe que
personne n’ait pris le relais après leur arrestation, qu’ils n’aient guère été soutenus et que la
lutte armée se soit éteinte avec leur mise au
placard. La curiosité qu’il suscite le satisfait.
Serge Savoie, un des policiers du renseignement qui a été à l’origine de la capture
des quatre d’Action directe n’en revient pas de
l’« engouement » pour cet ex-ennemi public
numéro un. « Rouillan se voulait théoricien,
mais à l’époque ses écrits n’avaient pas d’audience, se souvient-il. Politiquement, il était très
isolé, sa propagande n’avait aucune portée.
Je ne vois dans l’intérêt qu’on lui porte qu’une
fascination morbide pour celui qui a osé tuer.»
« Pour certains, c’est un héros car il a purgé
sa peine et il ne regrette rien, il est dans l’air
du temps avec cette radicalité qui va de
Tarnac à Nuit debout, mais ce ne sont que
quelques centaines de mecs, pas plus », poursuit le cinéaste Romain Goupil qui ne s’est
toujours pas remis d’avoir débattu avec lui sur
France Inter : « Je suis scié par son aplomb !
Même les pires des Brigades rouges ont
demandé pardon ! » Goupil, pour les amis de
Rouillan, c’est le diable, le prototype même
de celui qui a trahi comme Dany CohnBendit, Serge July ou Alain Geismar, tous ces
anciens d’extrême gauche séduits par la
social-démocratie. « Dans ce monde où les
igures connues sont celles de la compromission, Jean-Marc incarne tout le contraire,
estime son éditeur et ami Thierry Discepolo.
Il est celui qui a mené un combat contre notre
société injuste avec une réponse violente et
extrême, sans jamais transiger. »
Pour ceux qui le considèrent avec bienveillance, la place prise dans la mouvance anti-
capitaliste par Jean-Marc Rouillan n’a rien
d’étonnant : « On observe une renaissance de
l’autonomie depuis l’échec du NPA chez des
gens qui ne se reconnaissent pas non plus
dans Mélenchon, analyse Tancrède Ramonet,
réalisateur d’un ilm documentaire sur l’anarchisme. Le parcours de Jean-Marc Rouillan
parle à la myriade des groupuscules gauchistes qui se retrouvent dans des actions,
mais se demandent que faire, sachant qu’ils
sont opposés à toute représentation
politique. »
Mercredi 23 janvier, Rouillan était invité à
Montpellier par la Ligue des droits de
l’homme et un syndicat d’avocats. Il s’est
agacé qu’on n’ait pas le temps de voir de quoi
il en retournait : « Pour une fois que c’était
institutionnel ! » Les librairies anar, les rencontres avec les zadistes, les manifs où l’on
croise toujours les mêmes camarades, ça commence à le lasser : « On veut me cantonner
aux marges… » Il faut le voir tout content de
montrer sur son téléphone portable des clichés
pris de lui par un photographe de l’Agence
France Presse, regard perçant, gueule de
gangster en noir et blanc. « On dirait du
Harcourt ! », ce studio qui immortalise les
stars du cinéma. Il est également ier de raconter qu’il était sur les ondes de France Inter au
micro de Christophe Bourseiller, c’était tard le
soir certes, mais Inter tout de même… Et puis
un article dans Libé au moment de la sortie du
livre, même si Laurent Joffrin a «tout gâché»
en le dépeignant sur la colonne d’à côté en
idéologue inepte. Heureusement il y a eu
Frédéric Taddeï, un « mec bien », « courtois »,
qui a eu la gentillesse de l’accueillir dans son
studio de Russia Today, la télé pro-Poutine où
le journaliste oficie désormais.À l’évidence, le
révolutionnaire aime qu’on parle de lui, qu’on
le considère et d’être suivi par M Le magazine
du Monde ne semble pas lui déplaire.
En matière d’institutionnalisation, ce n’est
pourtant pas encore gagné : un professeur
de l’université de Toulouse l’avait bien invité
à parler devant les étudiants, mais le rectorat
a annulé la rencontre. Idem à Sciences Po
où une association d’élèves l’avait convié.
Le débat a dû se faire à Paris-VIII moins
regardante sur le passé criminel du cofondateur d’Action directe. Le 21 février, il est
attendu à l’École des hautes études en
sciences sociales (EHESS) pour une conférence sur la in du franquisme organisée par
son ami l’historien Alessandro Stella, militant
autonome condamné en Italie et réfugié en
France depuis les années 1980. Il espère
qu’elle sera maintenue. Depuis l’arrestation
spectaculaire de l’ancien terroriste italien
Cesare Battisti en janvier, après trentesept ans de cavale, Jean-Marc Rouillan sait
que la partie est tendue : « La bourgeoisie est
très revancharde, elle ne lâchera rien. Ils nous
poursuivront jusqu’à la tombe. »
2 février 2019 — Photos Louise Desnos pour M Le magazine du Monde
Boom Box on 24th Street, 1986.
M Le magazine du Monde — 2 février 2019
43
San Francisco,
baie et rebelle.
Dans son livre “Public
Matters”, la photographe
Janet Delaney rend
compte de l’ambiance
contestataire des rues de
la métropole californienne
entre 1981 et 1989. Face à
l’offensive conservatrice
de Reagan, la capitale
de la contre-culture
affirmait sa différence.
Une époque qui fait
étrangement écho
aux années Trump.
photos
Janet Delaney —
texte
Corine lesnes
44
J
anet Delaney a eu envie De publier ses
clichés Du san Francisco Des années 1980
Mother and Daughter with Baby Carriage,
at Peace, Jobs and Justice March, 1986.
Chassée par la gentriication, elle habite désormais à Berkeley,
de l’autre côté de la baie. Mais elle continue à documenter son
ancien quartier. Du point de vue de l’architecture, Mission n’a
que peu changé, même si le joyeux fatras qui s’accumulait
dans les arrière-boutiques a fait place aux ateliers de yoga et
aux bars à vins. Plus que le paysage urbain, ce sont les mentalités qui ont changé, estime-t-elle : «Personne n’aurait jamais
commandé un cocktail à Mission. »
Sa photo préférée montre la parade organisée à l’occasion du
tout premier Martin Luther King Day en 1986. Au premier
rang du cortège, c’est tout l’éventail des causes qui déile,
dans un œcuménisme qui illustre la convergence des luttes
des années 1980. « La mise en quarantaine c’est l’apartheid
du sida », proclame une pancarte. En tête, un marcheur porte
un drapeau américain. La même bannière que les paciistes
ont brûlé pendant la guerre du Vietnam, mais qu’ils ne veulent pas abandonner à la « majorité morale » des amis de
Ronald Reagan.
Public Matters, de Janet Delaney, MACK Books, 96 p.
Janet Delaney
après l’élection de Donald Trump en
2016. «Il y avait une résonance avec les
années Reagan », explique la photographe. À l’époque, les États-Unis
vivaient une période de repli conservateur après une décennie progressiste
qui avait vu l’explosion des mouvements de libération. San
Francisco était l’un des hauts lieux de la contestation.On manifestait pour tous et tous manifestaient pour chacun. «Il y avait
une certaine homogénéité, témoigne-t-elle. Maintenant nous
sommes plus connectés, mais plus divisés.» Trente ans ont passé.
L’ex-capitale de la contre-culture est devenue l’épicentre de la
résistance aux projets «rétrogrades» du président milliardaire.
Une cité où il s’est toujours passé «de grandes choses», dit-elle.
Jusqu’à l’arrivée de Trump à la Maison Blanche, ces photos
étaient restées dans ses archives. La Californienne en a fait un
livre : Public Matters (« affaires publiques »), sorti en
septembre 2018 outre-Atlantique. Un titre qui renvoie à son
souhait d’encourager l’émergence d’une sphère publique où
tous les individus auraient une représentation égale.
Née en 1952 à Compton, au sud de Los Angeles, Janet
Delaney a découvert San Francisco pendant le «Summer of
love» de 1967, cet été où la jeunesse américaine, la leur à la
main, a convergé vers la baie. Elle y est revenue pour faire ses
études. C’est là qu’elle a commencé à photographier le
quartier de SoMa (South of Market), aujourd’hui investi par
les «techies» et les grues. À peine un an après l’inauguration
de la tour Salesforce en 2018, considérée comme l’un des
gratte-ciel les plus élevés à l’ouest du Mississippi, de nouvelles
constructions sont en chantier.
La photographe init par quitter le SoMa pour le quartier latino
de Mission, autrefois bon marché. On y croisait les exilés
chiliens chassés de leur pays par le coup d’État de 1973, des
délégués du mouvement ouvrier, des reines de beauté, des
vendeurs de rue. C’est ce petit monde qu’elle a photographié :
ses voisins, une prima donna sanglée de rouge pour le Cinco
de Mayo, la fête annuelle des immigrés mexicains, une grandmère faisant du lèche-vitrines devant le mont-de-piété…
Après avoir appris l’espagnol grâce à une subvention du National endowment for the arts (NEA), l’organisme américain en
charge de la culture, Janet Delaney a effectué plusieurs missions photographiques au Nicaragua de l’époque sandiniste.
Le petit pays d’Amérique centrale était devenu le symbole de
la lutte révolutionnaire aux yeux des progressistes du monde
entier. Ronald Reagan, lui, soutenait les « contras», les rebelles
antisandinistes, à coup de millions de dollars. «C’était son mur
à lui», commente Janet.
M Le magazine du Monde — 2 février 2019
AIDS Activists, First Martin Luther King Jr. Day Parade, 1986.
46
Young Couple at Carnival, 1984.
M Le magazine du Monde — 2 février 2019
Janet Delaney
Dog with Ribs, Mission at 18 th St, 1984.
Playing Dominos, Folsom Street, 1983.
Three Young Women, 1985.
Waiting, 1985.
Watching Parade, 1985.
M Le magazine du Monde — 2 février 2019
Janet Delaney
48
50
Woman with Mexican Flag, 1985.
M Le magazine du Monde — 2 février 2019
Janet Delaney
“Cookies not Contras”, Peace, Jobs and Justice March, 1986.
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde
53
Chez Mamiche,
aucune baguette “classique”
n’est proposée.
Pétri de bonnes intentions.
Blés anciens, pétrissages manuels et miches rustiques… en marge
Des BOulangers traDitiOnnels, une nOuvelle génératiOn D’artisans
tente De réinventer la manière DOnt On prODuit et cOnsOmme Du pain.
par
Camille labro —
photos
TimoThée ChamboveT
2 février 2019 — M Le magazine du Monde
E
carnet d’adresses
n ce vendredi
matin friLeux,
une envoûtante
odeur de pain
chaud inonde
la rue de La Réunion, dans
le 20e arrondissement, à Paris.
Les eluves émanent du
Bricheton, un fournil à la
façade discrète et au décor
minimal – four électrique,
pétrin en bois, table-comptoir,
et quelques rayonnages. Ici,
Maxime Bussy confectionne
depuis trois ans des pains
exceptionnels, à base de blés
anciens, khorasan, petit
épeautre, pour lesquels
certains traversent la capitale.
Ouvert de 17 à 20 heures,
quatre jours par semaine et le
dimanche matin, Le Bricheton
incarne une nouvelle vision
artisanale de la boulange, bâtie
sur des pains « vivants »,
sains et nutritifs. Ils sont de
plus en plus nombreux, jeunes
boulangers et boulangères, à
réinventer le pain en renouant
avec les traditions ancestrales,
les pétrissages manuels,
les fermentations longues, les
farines paysannes et le « dieu »
levain – et ne proposant pas
les standards, à commencer
par la classique baguette
blanche. « J’ai été formé à la
boulangerie conventionnelle, et
j’ai longtemps cru que faire du
pain était un processus répétitif
et quasi industriel, raconte
Maxime Bussy. Puis j’ai
découvert l’univers des paysans
boulangers. »
Lorsqu’il s’est installé, Maxime
Bussy pensait d’abord faire
du pain pour les restaurateurs
(d’où le choix d’un atelier plutôt
excentré), mais par l’odeur
alléchés, les riverains sont
venus frapper à sa porte.
Aujourd’hui, la vente au détail
représente l’essentiel des
quelque 120 kg qu’il produit
chaque jour. Et il en vit bien.
«Il est tout à fait possible
d’avoir un commerce viable avec
des horaires restreints et une
production limitée. Ce qui me
rend le plus heureux, c’est d’être
en phase avec mes fournisseurs
paysans, avec leur quête d’auto-
Le Bricheton
50, rue de La Réunion, Paris 20e.
L’ateLier du fourniL éphémère
11, rue de l’Église, Montreuil.
archiBaLd
28, rue des Fossés-Saint-Bernard, Paris 5e.
Sain
15, rue Marie et Louise, Paris 10e.
mamiche
45, rue Condorcet, Paris 9e.
ten BeLLeS Bread
17, rue Bréguet, Paris 11e.
dame farine
77, av. de la Corse, Marseille.
partiSan BouLanger
2, rue du Chariot-d’Or, Lyon.
BouLangerie LouiS Lamour
7, rue Ravez, Bordeaux.
BouLangerie m
Alice Quillet,
chez Ten Belles Bread.
nomie et leur vision d’une
agriculture future durable.»
Un esprit artisanal et à taille
humaine, que l’on retrouve à
l’Atelier du fournil éphémère à
Montreuil (93), à la boulangerie
Archibald près du campus de
Jussieu, ou encore chez Sain,
l’ex-restaurant métamorphosé
en boulange du chef touche-àtout Anthony Courteille, à deux
pas du canal Saint-Martin. Dans
ces boutiques-fournils qui n’ouvrent que quelques heures par
jour, on vient acheter son pain
au milieu des sacs de farines
(issues de céréales paysannes
locales) et l’on peut assister au
pétrissage ou à la sortie du four
des miches brûlantes.
Quête du goût, transparence,
authenticité, « vertus du pain
d’autrefois » sont les mots
d’ordre, au risque d’altérer le
rôle du boulanger au sein de la
communauté. « La boulangerie
est un service du quotidien,
tempère Rémi Héluin du blog
Painrisien. Avec cette vogue
des miches paysannes à 12 €
le kilo et autres “cinnamon buns”
à 6 € pièce, qu’on ne peut
acheter que le soir, on risque de
faire dévier la boulange de son
rôle nourricier primordial vers
un service plus élitiste… » Sans
remettre en cause la qualité ni la
Photos Timothée Chambovet pour M Le magazine du Monde
127, av. du Lieutenant-Colonel Bernier,
La Rochelle.
valeur de leurs produits, Rémi
Héluin insiste : ces nouveaux
artisans ne font pas le même
métier que les boulangers
de proximité, « l’un ne peut se
substituer à l’autre ».
La bouLangerie de quartier de
quaLité est
précisément ce que
Victoria Efantin et Cécile
Khayat ont cherché à réinventer
en créant Mamiche, il y a un an
et demi. Posté sur un angle de
rue du très gourmand 9e arrondissement parisien, ouvert
en continu de 8 à 20 heures,
leur magasin veut attirer une
clientèle locale avec du très bon
pain, dans un cadre sans
chichis. Miches rustiques,
viennoiseries, brioches, cookies,
baguettes tradition à 1 € – mais
aucune baguette classique.
« Pourquoi vendrions-nous un
truc mauvais ?, décochent les
deux fondatrices. En mettant la
tradition au prix de la classique
et en ne proposant qu’elle, on
pousse les clients à découvrir
un produit meilleur. C’est
logique et pédagogique.
Au début, certains nous l’ont
reproché, plus maintenant. »
Pas de concession non plus du
côté de Ten Belles Bread,
fondé par le trio franco-british
Alice Quillet, Anselme Blayney
et Anna Trattles, un esprit
décontracté dans l’air du temps.
Beaux pains au levain à la
croûte craquante et à la mie
parfaitement équilibrée,
focaccias, scones, sandwichs et
salades fraîches, sans oublier
un excellent café : on n’est pas
dans la boulangerie française
typique, mais plutôt dans
un modèle inspiré de Mirabelle
à Copenhague ou de la Tartine
Bakery à San Francisco.
« Comme nous sommes des
autodidactes et que je n’ai pas
de CAP, nous ne pouvons pas
nous appeler “boulangerie”,
explique Alice Quillet, au fournil.
Oiciellement, nous sommes
un lieu de “restauration rapide”
où l’on fabrique du pain. »
Le descriptif a de quoi faire
sourire car en moins de
trois ans, les pains de Ten Belles
sont devenus les chouchous
des tables bistronomiques,
avec plus de 55 établissements
clients. «Nous n’avions pas
prévu de vendre aux restaurants,
assure Alice Quillet. On voulait
juste faire de bons sandwichs.»
Une trajectoire inverse, et
aussi inattendue que celle de
Bricheton. Preuve que les pains
« vivants » ont une vie bien
à eux, et que le grand public
comme les professionnels en
sont de plus en plus friands.
55
fétiche
Lettres de change.
Pour marquer la venue d’un nouveau directeur artistique, les maisons n’hésitent plus à
bousculer leur logo. Ainsi Riccardo Tisci, récemment arrivé chez Burberry, a demandé
à Peter Saville de revoir la signature de la maison anglaise. Hommage au fondateur
Thomas Burberry, les lettres T et B s’entrelacent et forment le fermoir en métal de
ce sac. Ce qui atteste le retour du logo au cœur des collections de prêt-à-porter. F.Kh.
Sac TB en cuir noir, BurBerry, 1 950 €. www.BurBerry.com
2 février 2019 — Photo Crista Leonard pour M Le magazine du Monde. Stylisme Fiona Khalifa
56
variations
Lobe story.
Si, dans beaucoup de cultures, il est commun de percer les oreilles des jeunes illes, et ce même dès
la naissance, il faudra attendre les années 1970 pour que l’acte soit réalisé par des professionnels.
En France, l’alternative prend la forme des boucles à vis, puis à clips, inventées dès 1930. Elles
deviennent un accessoire indispensable aux coquettes, après la seconde guerre mondiale, quand
la mode est aux cheveux relevés. Aujourd’hui, minoritaires dans l’ofre des joailliers, des pièces
amovibles s’adaptent aux oreilles percées, au cas où leur propriétaire changerait d’avis. F. Kh.
De haut en bas et De gauche à Droite,
boucles D’oreilles grigri, or et perle De verre, aurélie biDermann, 390 €. www.aureliebiDermann.com
créoles monie en vermeil, charlotte chesnais chez white birD, 450 € (la paire). www.charlottechesnais.fr
clips serpent bohème, or jaune et Diamants, boucheron, prix sur DemanDe. fr.boucheron.com
boucle D’oreilles pétales De camélia, or jaune et Diamant, chanel joaillerie, prix sur DemanDe. www.chanel.com
Photo Crista Leonard pour M Le magazine du Monde. Stylisme Fiona Khalifa — 2 février 2019
esprit des lieux
Trait d’union.
par
posts et postures
#artlover.
Fiona khaLiFa
les accros des réseaux sociaux ne cessent de
mettre en scène leur vie à coups de hashtags
et de selfies, lançant la tendance (ou pas).
cette semaine, de l’art et du cochon.
par
Le 7 février 1992, les douze États
membres de la CEE signent
le traité de Maastricht, texte
fondateur de l’Union européenne.
La veSte.
En laine vierge à carreaux,
Boss homme, 419 €.
www.hugoboss.com
La ChemiSe.
En popeline, Balibaris, 95 €.
www.balibaris.com
La Serviette.
En cuir, Longchamp, 355 €.
fr.longchamp.com
Charlier/Sipa
Le StyLo biLLe.
En résine précieuse noire,
Montblanc, 360 €.
www.montblanc.com
Carine bizet —
illustration
aLine zaLko
l’amour de l’art est, a priori,
Mais comme avec les
tee-shirts à messages professant des
qualités non visibles (« gros QI », par
exemple), on peut suspecter que le
besoin d’aficher ainsi ses aptitudes tient
au mieux de la méthode Coué, au pire de
la tromperie. Parmi les plus de trois millions d’usagers du hashtag #artlover
(«amoureux de l’art»), certains manifestent des comportements qui ont peu à
voir avec cette profession de foi esthétique. Il y a ceux qui « dialoguent» avec
des œuvres. Assis à côté d’une statue,
posté près d’un tableau, le #artlover
anime la conversation et tente de créer du
lien. Les âmes charitables s’inquiéteront
d’un début de schizophrénie : raconter sa
vie à la barmaid des Folies-Bergère peinte
par Édouard Manet, c’est un peu comme
parler à son frigo. Les autres déploreront
un humour très «pouet» façonné par des
heures d’enfance passées devant la télé à
regarder Patrick Sébastien.
On peut aussi avoir affaire à des gens
tellement soûlants avec leurs histoires de
bureau ou d’enfant qui fait ses dents que
même leurs amis Facebook ont décroché. Le tableau, lui, écoute avec patience,
bien accroché à son mur. Certains #artlover plus fourbes ont tendance à confondre
l’art et le cochon. Puisque Instagram
interdit les clichés jugés – par ses algorithmes – pornographiques et les tétons
féminins (les culturistes mâles peuvent
s’exhiber tranquilles), ces petits malins
se sont réfugiés derrière un alibi culturel
en béton. Ou plus souvent en marbre.
L’air de rien, ils font des gros plans sur les
seins de la Vénus de Milo, des zooms sur les
fesses de l’Apollon du Bernin… C’est
très esthétique mais la répétition peut
vite tourner à la masturbation visuelle.
Enin, beaucoup se sont lancés dans l’art
et le plus souvent pour le pire : couple de
pingouins enlacés, Bob l’Éponge sculpté
une bonne chose.
dans une peau de banane, danseuse de
lamenco avec une jupe réalisée en 3D et
en Coton-Tige, sans compter tout un
répertoire abstrait-tachiste qui révèle dans
des à-plats torturés certains traits inquiétants de personnalités psychopathes. Cela
vous rappelle quelque chose ? Eh bien,
oui, ces #artlover passés à l’acte ont l’air
d’avoir fréquenté la même école des
beaux-arts que Pierre dans Le Père Noël est
une ordure, auteur inoubliable d’un portrait
de Thérèse qui danse nue avec des
cochons. Certes, cela init – presque – par
être touchant mais l’art, on préfère tout de
même l’aimer, avec pudeur, sans faire-part
ni hashtag. C’est essentiel pour une vraie
relation durable.
vu sur le net
Bouquet
numérique.
librement inspiré
Hongkong
star.
LA CRéATRiCE dE BijouX juSTiNE
CLENquET A CRéé uNE BouCLE
d’oREiLLE qui AuRAiT Pu APPARTENiR à LA SERvEuSE du FiLm “ChuNGkiNG EXPRESS” dE WoNG kAR-WAi.
par
Valentin Pérez
Depuis le lancement de sa marque en 2010,
alors qu’elle n’avait que 18 ans, la créatrice de
bijoux Justine Clenquet explore chaque saison
un univers diférent. Après le glam rock
des années 1970 et avant les ilms à suspense
façon Brian De Palma, c’est Chungking Express
(1994), drame sentimental signé Wong
Kar-wai, auquel elle se consacre ce printemps.
« Le ilm m’a immédiatement séduite, raconte
la Lilloise passée par l’école Duperré.
Il cumule des éléments que j’afectionne, comme
les années 1990, la mise en scène clippesque,
l’omniprésence de la musique, les personnages
dépeints comme des muses ou des icônes…»
Les pièces, fabriquées et assemblées en France,
portent le nom des comédiens, comme Faye,
une boucle d’oreille en référence à l’actrice
Faye Wong qui incarne une serveuse dans
le ilm. « J’ai surtout travaillé à partir de captures
d’écran. J’ai voulu dessiner un bijou que ce personnage pourrait porter : avec sa simple chemise,
ses cheveux courts, ses lunettes, j’ai pensé
qu’il fallait quelque chose d’assez présent pour
contraster. J’ai choisi une boucle unique, d’où
dévale une pluie de cristaux, en privilégiant un
gros cristal vert – la couleur qui baigne le ilm –
et un éclat orange pour l’harmonie. » Le résultat
se porte ièrement, comme une héroïne,
à Hongkong ou ailleurs.
Boucle d’oreille Faye, laiton plaqué palladium et cristaux
Swarovski, Justine Clenquet, 95 €. www.justineclenquet.com
Comment parler de
parfum et traduire les
émotions qu’il suscite
sans tomber dans le
discours marketing? Si
les marques investissent
presque toutes instagram,
la maison Guerlain a choisi
le son, plus propice à
une évocation prolongée
des souvenirs et des
sensations. à la façon
d’un podcast, l’application
et le site olfaplay
permettent à tous
d’écouter des histoires
de parfums : Thierry Wasser,
le parfumeur maison,
raconte son travail, une
danseuse du moulin Rouge
invite à une immersion
olfactive dans les coulisses,
la princesse du Burundi
Esther kamatari conie
ses souvenirs d’Afrique.
L’originalité du procédé
est de donner la parole
à tous en enregistrant
et partageant ses expériences olfactives. C. Dh.
www.olfaplay.com
lecture de salon
Leçons de Piano.
Après avoir livré le nouveau palais de justice de Paris,
Renzo Piano vient d’être choisi pour concevoir le pont qui
remplacera celui efondré en août dernier à Gênes. L’occasion de lire la biographie de l’architecte italien en version
XXL chez l’éditeur Taschen. Et de découvrir, grâce aux
photos de chantiers, de croquis et de maquettes, ses réalisations : le Centre Pompidou, l’usine Fiat de Turin, la Fondation
Beyeler à Bâle, le gratte-ciel Shard de Londres (le plus haut
d’Europe) ou le centre culturel Tjibaou, en Nouvelle-Calédonie.
Piano a fait s’iniltrer la lumière dans tous ses projets,
brouillant les frontières entre intérieur et extérieur. M. Go.
Renzo Piano, l’œuvre complète. 1966 à nos jours, de Philip Jodidio, Taschen, 150 €.
Photo12/Jet Tone Production. Taschen. Guerlain
Pages : 688 — Poids : 7 kg
dimensions : 31 × 40 cm
Palette graphique :
59
eligne de mire
Page de garde.
jean-michel tixier
Illustration Jean-Michel Tixier/Talkie Walkie pour M Le magazine du Monde
par
2 février 2019 — M Le magazine du Monde
60
objet trouvé
Le savon
de Marseille.
La designer stefania di PetriLLo a
déniché Pour “M” des objets du quotidien
à La beauté durabLe. cette seMaine,
un savon au ParfuM de Provence.
Ce bloc de savon de Marseille 72 % est à la fois un
produit d’hygiène corporelle hypoallergénique et
un parfait nettoyant du linge et des surfaces fragiles.
Il est obtenu selon la traditionnelle fabrication lente
en chaudron, sans additifs ni parfums de synthèse.
La réaction chimique de saponiication d’une huile par
de la soude est connue depuis des millénaires. Découverte probablement au Moyen-Orient, elle s’est difusée
dans le bassin méditerranéen et dans le sud de la France,
à l’époque des croisades. En 1688, l’édit de Colbert
limite l’appellation « savon de Marseille » aux produits
fabriqués à l’huile d’olive dans les environs de la ville,
avec 72 % d’acides gras présents dans leur composition.
On comptait 90 artisans savonniers dans la région
au début du xxe siècle, mais l’essor de détergents de
synthèse, à partir des années 1960, en a détérioré la
qualité. Dépourvu d’emballage superlu, cet article qui
fait son grand retour a un faible impact environnemental.
Dans sa version icelée, il peut être accroché au portant
d’un placard pour parfumer le linge.
Matériau : huile d’olive et soude
origine : Provence
Prix : 6,90 €
durée de vie : des semaines à plusieurs mois
www.maison-du-savon-de-marseille.fr
têtes chercheuses
c’est autour de concepts plus que de créations que nathanaël désormeaux et
damien carrette se retrouvent. après des études à l’école de design strate, à sèvres
(92), ils fondent leur studio avec pour il rouge : faire du cœur technique d’un objet sa
singularité esthétique. dans leur Knot chair par exemple, le point de jonction de l’assise
et du dossier en tubes d’aluminium est mis en valeur, lui donnant tout son caractère.
il en va de même pour le piétement du fauteuil cast (photo). « On commence toujours
par décomposer, pour identiier les pièces importantes. Puis on réassemble autour d’une
pièce centrale, comme avec des Lego », explique le duo, qui a d’ailleurs choisi des
igurines Lego comme avatars. un référentiel synthétisant leur inspiration, imprégnée
de pop culture et d’industrie (ils dessinent télévisions, fours, lave-vaisselle et visitent
les usines dès qu’ils peuvent)… Le tandem vient de dévoiler au salon Maison & objet
une lampe pour Ligne roset et planchent sur une trottinette. M. Go.
desormeauxcarrette.com
Photo Jonathan Frantini pour M Le magazine du Monde — 2 février 2019
Désormeaux/Carrette Studio. Younès Klouche
Capitaines d’industrie.
Petit Palais/Roger-Viollet/Servicepresse/Musée national Jean-Jacques Henner. MAD Paris/Servicepresse/Musée national Jean-Jacques Henner. Frédérique Dumoulin/Servicepresse/Musée national Jean-Jacques Henner. Musée d Orsay,
Dist. RMN-Grand Palais/Patrice Schmidt/Servicepresse/Musée national Jean-Jacques Henner. Musée du quai Branly-Jacques Chirac, Dist. RMN-Grand Palais/Patrick Gries/Bruno Descoings/Servicepresse/Musée national Jean-Jacques Henner
2 – commerciale
«D’après ses Mémoires, la Loïe
Fuller qui a révolutionné la danse
de l’époque n’était pas rousse.
Cette aiche fait exception. Peutêtre une référence aux lumières
orangées de ces performances?
À une perruque utilisée? Ou une
simple stratégie de son aichiste,
Chéret, le roux étant très présent
dans la publicité d’alors, pour sa
capacité à attirer l’œil du passant.»
1
Folies Bergère, La Loïe Fuller,
de Jules Jean Chéret (1893)
2
3 – émancipée
3
«Pour les 40 ans de la maison,
Nathalie Rykiel a organisé pour sa
mère un déilé-surprise où 30 créateurs ont dessiné une silhouette
hommage à la fondatrice. Celle de
Martin Margiela évoque la chevelure rousse crêpée qu’on reconnaît
instantanément. Sonya Rykiel en a
fait un argument et a bâti dessus
une signature, symbole d’une forte
tête, libre et émancipée.»
visite guidée
Folie
rousse.
“Création spéciale pour Sonia Rykiel”,
de Maison Martin Margiela (2008)
sainteté ou damnation,
effroi ou séduction…
l’exposition au musée
parisien Jean-Jacques
Henner explore les
symboliques associées
à la couleur rousse.
la commissaire claire
bessède présente
cinq pièces emblématiques.
par
4 – contrastée
«La source d’inspiration pour ce
tableau fut Le Concert champêtre,
attribué à Titien, qui représente
deux femmes nues. Mais aussi
deux hommes habillés, dont l’un en
rouge, que Henner a évacués. Pour
retrouver le contraste chromatique
de Titien entre vert et rouge,
il rend la chevelure de sa joueuse
de lûte rousse. Il devient dès lors
le peintre de la rousseur, teinte qu’il
attribue aux femmes mais aussi
à ses christs.»
Valentin Pérez
Idylle, de Jean-Jacques Henner (1872)
4
5
1 – terrestre
«Les rousses sont souvent
représentées soit comme
des saintes, soit comme des
aguicheuses. Renoir invente ici
une autre voie : il est resté idèle à
son modèle, Andrée Madeleine
Heuschling. Certes, elle est ronde,
sensuelle, mais elle est peinte
comme une créature terrestre.
En outre, il ne joue pas sur le
contraste entre roux et teintes
bleues ou brunes, mais
enveloppe le roux dans un doux
camaïeu.»
Jeune femme à la rose, de Pierre Auguste Renoir
(entre 1918 et 1919).
5 – tribale
«Fabriqués par des hommes et
défendus aux femmes, les
masques kepong étaient portés
dans des cérémonies dites “malagan”, destinées à aider les âmes
des défunts à passer dans l’audelà. Sur celui-ci, on peut percevoir
des igurations animales : oiseaux,
serpent, poisson… La crête orangée est destinée à impressionner,
sacraliser le moment du rituel.»
Masque kepong, Papouasie-Nouvelle Guinée
(Nouvelle-Irlande) (xxe siècle)
« Roux ! De Jean-Jacques Henner à Sonia
Rykiel », Musée Jean-Jacques Henner,
43, av. de Villiers, Paris 17e. Jusqu’au 20 mai.
62
Ci-Contre,
Costume en laine
et Coton, PAUL
SMITH. tee-shirt
en Coton,
OFF-WHITE.
Page de droite,
manteau en laine
et soie, RAF
SIMONS. toP en
Coton et
Pantalon en
denim, VETEMENTS.
Boots en Cuir,
JOSEPH.
M Le magazine du Monde — 2 février 2019
un peu de tenues
Nouvelle Angleterre.
Robe foulaRd ou macRamé, cuiR et soie mêlés,
le vestiaiRe soRt de l’oRdinaiRe.
photos
tom johnson —
stylisme
vittoria cerciello
65
Robe en macRamé,
JW ANDERSON.
2 février 2019 — M Le magazine du Monde
67
Page de gauche,
ToP en cuir, TeeshirT en nylon eT
juPe en viscose,
ACNE STUDIOS.
ci-conTre, robe
foulard en
crêPe de soie,
BALENCIAGA.
2 février 2019 — M Le magazine du Monde
69
Page de gauche,
de gauche à
droite, blouse en
soie, ROKSANDA.
robe en coton,
JIL SANDER.
2 février 2019 — M Le magazine du Monde
71
page de gauche,
robe en crochet,
MICHAEL KORS.
ci-contre, cape
en coton imprimé,
AKRIS.
assistants photographe :
james hobson et
jack gray
assistant styliste :
mirko pedone
coiffure : chi wong,
avec asahi sano
maquillage : gemma
smith-edhouse,
avec izzy kennedy
casting : gabrielle
lawrence et megan
butkevicius
production : emily miles
2 février 2019 — M Le magazine du Monde
1
de 300 euros –, tous les prétextes sont bons
pour sortir – le stress de la journée à évacuer,
ou une connaissance croisée en chemin…
Car qui sait ce qui adviendra demain ? Pas
étonnant, dès lors, que la nuit y soit plus
vivante qu’ailleurs. De par ses prix attractifs
SeS nuitS pluS vivanteS que jamaiS font la réputation
et la programmation musicale de ses mulde la capitale Serbe. loin de Son hiStoire tumultueuSe.
tiples bars et clubs, Belgrade est devenue
p a r Solenn CordroC’h — p h o t o s SaSha ColiC
le nouveau passage obligé des couche-tard
européens.
Ce dynamisme s’observe notamment dans
le quartier branché de Dorcol. Strogi Centar,
1 — carpe diem au Strogi centar
« le nouveau Berlin » ou « la Barcelone des un appartement transformé en bar,
Au carrefour de l’Est et de l’Ouest, la capi- Balkans », Belgrade se forge une identité y accueille des jeunes ravis de se retrouver
tale serbe a toujours été une ville convoitée. festive, façonnée par l’enthousiasme de ses dans une ambiance chaleureuse et sans préSubissant successivement les dominations habitants, bien décidés à proiter de l’instant tention. De grandes fresques colorées, reprécelte, romaine, hongroise, bulgare, turque et présent. Chaque soir de la semaine, l’avenue sentant des icônes telles que Grace Jones ou
autrichienne, elle a été maintes fois détruite, principale Kneza-Mihailova, dans le centre- John Lee Hooker, donnent le ton aux soirées
mais s’est toujours relevée. Si les bombarde- ville, fourmille d’hédonistes de tous âges, vibrantes, où s’entremêlent éclats de rires et
ments de l’OTAN de 1999 marquent encore qui s’octroient une pause dans un bar ou un fumée de cigarettes.
les esprits, les regards sont aujourd’hui tour- kafana, un restaurant traditionnel. De nomGospodar Jevremova 43, Dorcol.
nés vers l’avenir, dans une atmosphère apai- breux Belgradois ont beau avoir du mal à Ouvert du lundi au jeudi et le dimanche de 18 h à 1 h ;
sée, mais non moins palpitante. Surnommée joindre les deux bouts – le salaire moyen est vendredi et samedi de 18 h à 2 h.
circuit court
Belgrade est une fête.
73
2 — avant-garde artistique chez cetinjska
Tout près de la rue bohème de Skadarlija,
jumelée avec le quartier de Montmartre à
Paris, cet étonnant parking est bordé
d’adresses en tout genre, dont le club Zaokret,
une institution réputée pour savoir dénicher
les nouveaux talents. Quelques mètres plus
loin, le bar-galerie d’art Polet accueille une
foule venue étancher sa soif d’art et de bières
artisanales, dans un décor typique de la
Yougoslavie des années 1970.
Cetinjska 15, Stari Grad.
3 — un verre à la main au mama shelter Belgrade
y aller
En avion : A/R Paris-Belgrade
avec Air Serbia, à partir de 250 €.
www.airserbia.com/fr
3
2
4
Installé depuis un an sur l’avenue piétonne
Kneza Mihailova, le cœur névralgique de la
ville, cet établissement de la chaîne d’hôtelsrestaurants se distingue par sa décoration.
Celle-ci fait écho à l’histoire de la Serbie à travers des kilims, tapis rappelant son passé ottoman, ou du mobilier aux formes géométriques
évoquant l’esthétique brutaliste de l’ère communiste. Son grand toit-terrasse (500 m2)
permet de jouir d’une vue imprenable sur
Belgrade et d’entamer sa soirée tranquillement, un cocktail à la main, avant de descendre dans les artères bouillonnantes.
Kneza Mihaila 54A, Stari Grad. Chambre à partir de 69 €.
www.mamashelter.com/fr/belgrade
4 — nuits expérimentales à ciglana
5
Cette ancienne usine reconvertie en haut lieu
de la culture alternative invite les noctambules à vivre des expériences atypiques.
Cirque, street art, performances, concerts…
le programme hétéroclite ne manque pas
de panache et atteint son apogée en juin, lors
du festival Dev9t. Ciglana se transforme alors
en terrain de jeux artistique et festif, dans une
ambiance post-industrielle à la croisée de Mad
Max et du festival Burning Man.
Slanacki put 26, Palilula. Ouvert du lundi au jeudi
et le dimanche de 10 h à 1 h ; vendredi et samedi
de 10 h à 3 h. www.dev9t.com
5 — piste sur l’eau au 20/44
Ce club électro anime les nuits belgradoises
depuis son ouverture, en 2009. Sur une
authentique péniche, dans un décor feutré de
velours rouge inspiré du ilm Mulholland Drive,
de David Lynch, les danseurs sont bercés par
les lots sonores jusqu’au petit matin, moment
idéal pour contempler depuis le ponton les
premiers rayons de soleil sur la forteresse de
Kalemegdan.
Ušce Bd, Novi Beograd. Ouvert mardi, mercredi
et dimanche de 17 h à 2 h ; jeudi de 17 h à 4 h ;
vendredi et samedi de 17 h à 6 h.
2 février 2019 — M Le magazine du Monde
74
le croquem a da m e
de david flynn
2 belles tranches
de pain de mie brioché
10 g de beurre doux
(à température ambiante)
50 g de jambon blanc
en chifonnade
25 g de comté
ainé 10-12 mois (coupé
en une grande tranche ine
de la taille du pain de mie)
50 g de comté
ainé 10-12 mois,
grossièrement râpé
40 g de béchamel maison
1 œuf
Poivre noir
une affaire de goût
ma mère raconte qu’enFant
je parlais sans cesse de
et que je dessinais les
restaurants que je voulais avoir
plus tard. Je ne m’en souviens
pas. J’ai toujours eu l’impression
d’être tombé dans ce milieu par
nécessité. Je suis né à New York
et j’ai grandi un peu partout, car
mes parents, kinésithérapeutes,
travaillaient pour l’armée. Nous
déménagions sans arrêt. J’ai suivi
des études de philosophie et de
graphisme à l’American University de Washington DC et, pour
inancer la fac, j’ai commencé
comme barista au Murky Cofee,
l’un des meilleurs cafés de
l’époque. Tout est parti de là. À la
in de mes études, j’étais obsédé
par le café… Je rêvais d’aller en
Europe, j’ai passé quelques mois
en Suède, puis je suis arrivé à
Paris en 2009. Un ami travaillait à
la Caféothèque, le premier lieu
parisien à avoir tenté des choses
intéressantes avec cette boisson,
qui fédérait une petite communauté de passionnés. J’ai fait
quelques extras et c’est là que j’ai
rencontré mes futurs collaborateurs. De il en aiguille, j’ai ouvert
avec un premier associé mon
propre lieu, Télescope, qui m’a
permis d’approfondir mes
connaissances en approvisionnement. Puis, en 2013, je me suis
tourné vers la torréfaction et
avec Thomas Lehoux nous avons
créé Belleville Brûlerie. Nous
sommes partis du constat qu’en
nourriture
M Le magazine du Monde — 2 février 2019
Accro au croque.
installé en France depuis dix ans,
l’américain david Flynn a coFondé Belleville Brûlerie et le caFé la Fontaine de
Belleville, à paris. il est aussi un amateur
de croque-monsieur, et madame, grand
classique du Bistrot Français.
par
Camille labro —
France on boit généralement du
mauvais café, alors qu’il y a une
vraie culture de la consommation
et du lieu, qui est ancrée dans les
mœurs. On a cherché à créer un
café français équilibré – à la fois
doux, complexe et délicieux – en
travaillant en même temps sur les
origines et sur les assemblages.
Nous avons ouvert La Fontaine
de Belleville, il y a presque
trois ans, comme une évidence.
C’est un rade de quartier typique
datant de 1908, qui se situait à
mi-chemin entre mon domicile
et celui de Thomas. Nous nous y
retrouvions très souvent pour
boire une bière. Quand le lieu a
été mis en vente, on l’a repris, il
fallait, c’était notre destin. Nous
avons embauché ma compagne,
Madison O’Mara, canadienne et
cuisinière, pour les assiettes. Car
le café se devait d’être bon mais
tous les classiques du troquet
aussi : jambon-beurre, œuf
coque-mouillettes et, bien sûr,
croque-monsieur et croque-
photos
julie balagué
madame. Pour moi, ce plat est
emblématique de l’esprit café.
Enfant, quelle que fût la région
où nous résidions, je pouvais
toujours trouver un grilled cheese
avec un œuf. C’était mon plat
préféré, mon repère, ma base.
Arrivé en France, j’ai découvert
le croque-madame (un croquemonsieur avec un œuf au plat)
et je me suis pris d’amour pour
ce grilled cheese ++. Même avec
un croque-monsieur médiocre,
on peut éprouver du plaisir, car
on sent le potentiel d’un bon
croque. Celui que nous servons
à La Fontaine, créé par Madison,
est parfait, selon moi. Nous
avons procédé à de nombreux
tests avant de nous arrêter sur
un croque 100 % comté. C’est un
sandwich équilibré et délicieux.
Exactement comme
je le rêvais.
La Fontaine de Belleville,
31-33, rue Juliette-Dodu, Paris 10e.
www.cafesbelleville.com
i
Pour la béchamel
30 g de beurre, 30 g de
farine, 500 ml de lait, noix
de muscade, sel et poivre
Dans une casserole, faire
fondre le beurre sur feu
moyen, puis ajouter
la farine en remuant.
Faire cuire ce roux
quelques minutes puis
verser le lait par-dessus,
en ilet et en fouettant
(pour éviter les grumeaux).
Cuire 5 à 10 minutes, en
remuant jusqu’à ce que le
mélange épaississe. Assaisonner de sel, poivre et
2 pincées de muscade.
ii
Beurrer un des côtés
de chaque tranche de pain
et la retourner pour que
le côté beurré soit à l’extérieur. Répartir les lamelles
de comté sur une tranche
de pain pour la recouvrir
en entier. Étaler 20 g de
béchamel sur le comté en
le couvrant jusqu’aux
bords. Placer le jambon sur
la béchamel en légère
chifonnade (sans l’aplatir).
Assaisonner de 2 tours de
moulin à poivre noir.
Refermer le sandwich avec
la seconde tranche de
pain. Griller le tout à la
plancha (ou à la poêle)
pour le dorer de chaque
côté. Étaler 20 g de
béchamel sur un côté,
puis saupoudrer de comté
râpé. Mettre sous la
salamandre ou au four
et laisser griller 2 min.
iii
Pendant la cuisson au four,
faire un œuf au plat. Poser
le sandwich grillé sur
une assiette, le couper en
deux dans la diagonale,
ajouter l’œuf par-dessus
et servir avec une salade
verte bien assaisonnée.
COMME SI VOUS
(Y)
ÉTIEZ
Sans reliefs.
PAR
VOUS ÊTES CE JEUNE HOMME UN PEU
D’ailleurs,
vous avez commandé du
champagne. Le Chardenoux est
l’un des premiers restaurants
que vous avez aimés à Paris, il
y a dix ans. Cyril Lignac venait
de reprendre cet ancien
bouillon pour en faire un
bistrot gourmand dans l’Est
parisien. Vous étiez tout jeune,
pensez-vous, en vieux jeune
que vous êtes devenu. Vous
êtes heureux d’être assis dans
cette salle où vous avez passé
tant de dîners en amoureux.
La pièce a été rafraîchie après
plus de neuf mois de travaux.
Au plafond, des peintures
végétales donnent un second
soule à cette adresse que
Cyril Lignac a envisagé de
vendre ces dernières années.
À la tête de trois restaurants
parisiens et de plusieurs boulangeries-pâtisseries, le chef
cathodique voulait une afaire
qui tourne, et ce bistrot était
un peu lent. Après plusieurs
ofres infructueuses, il s’est
ravisé et a choisi de lui donner
une autre chance.
Vous trouvez ça chouette, car
Le Chardenoux incarnait bien
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde. Thomas Dhellemmes. Marie Aline
BARBU, À L’ŒIL PÉTILLANT.
MARIE ALINE
la vivacité généreuse de
Lignac. La première fois que
vous y êtes venu, il y avait deux
hommes d’un certain âge
qui finissaient leur déjeuner en
partageant un baba au rhum
dans la bonne humeur. Certainement une habitude de longue date. Vous vous étiez imaginé pouvoir vieillir de la sorte.
Aujourd’hui, les serveurs ont
changé ainsi, bien sûr, que la
carte. Des poissons et des
fruits de mer, beaucoup de
choses crues ou marinées. Il y
a l’éternelle volaille et le burger. Il manque la côte de bœuf.
C’est d’autant plus dommage
que vous apprenez en cours
de route que la cuisine est
dotée d’une « braise », un gril
où l’on pourrait faire des merveilles. Sage, vous commandez
des saint-jacques caramélisées
au miso et un burger. Votre
invitée, un carpaccio de
limande à queue jaune (dite
« yellowtail », photo ci-contre)
et un lobster roll (du homard
dans un pain à hot-dog). Le
tout est accompagné de
champagne, pour fêter le
retour aux bonnes habitudes.
Mais rien n’est immuable. En
attendant vos plats, vous vous
apercevez qu’il y a un peu de
musique, du Michael Jackson
lancinant. Le volume sonore
est bien dosé. Pourtant, vous
n’êtes pas sûr d’apprécier
l’anachronisme. Ça tue l’efet
XIXe siècle. Vous demandez une
carafe d’eau (oui, il est possible
de boire du champagne et
de l’eau du robinet), le serveur
vous apporte deux verres
d’eau. Mais, fichtre !, il fait soif.
Les verres sont vidés d’un trait.
Faut-il attendre que le serveur
revienne pour se désaltérer
de nouveau ? C’est la politique
de la maison : pas de carafe
sur la table. Si vous aviez commandé une eau pétillante de
luxe, comme la Chateldon,
vous auriez pu être maître de
votre débit. Ça vous agace
légèrement, mais le serveur,
attentionné, a compris que
vous étiez déshydraté. Vous le
verrez tout le long du déjeuner.
Les entrées arrivent. Elles sont
belles, fraîches, exquises, rapidement avalées. Vous comptez
sur les plats de résistance pour
donner un peu de densité
à ce repas. Mais le burger et
la portion de frites semblent
tout droit sortis de Chérie, j’ai
rétréci… De l’autre côté de la
table, le lobster roll se laisse
croquer : pain fondant, assaisonnement bien relevé,
homard un peu trop discret. En
quatre bouchées, c’est réglé.
Votre vis-à-vis voulait manger
léger, son vœu est exaucé.
Certainement par volonté de
coller à une tendance éthique
(mangeons moins et moins
de viande pour un monde plus
responsable), Cyril Lignac perd
ce qui faisait le charme de
cette adresse : une générosité
simple et spontanée.
Le millefeuille dément avec
légèreté ce que vous venez de
penser (bien qu’il lui manque
un étage de crème). Décidément, soit vous êtes un râleur,
soit quelque chose ne tourne
pas rond. D’ailleurs en regardant autour de vous, vous
vous faites cette réflexion : Le
Chardenoux a comme perdu
son âme. Le « gourmand,
croquant » ne serait-il devenu
qu’un simple slogan ?
LE CHARDENOUX
1, rue Jules-Vallès, Paris 11e.
Tél. : 01-43-71-49-52.
www.restaurantlechardenoux.com
Tous les jours de midi à 14 h 30
et de 19 heures à 23 heures.
L’ADDITION
Autour de 50 €.
DÉLIT D ’INITIÉS
S’asseoir au bar sera plus
dans l’esprit de la maison.
LES INCONTOURNABLES
Le millefeuille, le burger
et le lobster roll.
LE BÉMOL
Les assiettes sont chiches à
l’inverse des prix excessifs.
LA SENTENCE
Le Chardenoux est devenu
un restaurant pour les
gens qui n’ont plus faim.
76
produit intérieur brut
où en
trouver
L’oca
du Pérou.
par
La Ferme ô VR
(les samedis
matin),
101, impasse
Camille-Turgis,
Annoville
(Manche).
camille labro —
illustration
Sur le site www.
culinaries.fr
Patrick Pleutin
oxalide crénelée, Oxalis crenata
ou tuberosa, pour les experts, l’oca
du pérou vient des plateaux andins.
importée en France par l’angleterre vers
1830, l’oxalide a d’abord été considérée
comme une nouveauté précieuse, mais
son faible rendement l’a vite reléguée au
rang de curiosité. Croquante et fraîche,
acide et succulente, la racine est fort
agréable en bouche, mais l’on peut tout
autant se régaler de ses feuilles trifoliées
au goût citronné semblable à l’oseille.
Dans leur ouvrage Le Potager d’un curieux
(1885), le botaniste Désiré Bois et
le jardinier auguste paillieux relatent
diverses expériences horticoles et
culinaires autour de l’oxalide :
consommés frais, en salade cuite ou
séchés au four puis compotés avec
du vin et du sucre comme des pruneaux,
les tubercules intriguent décidément
les gourmets. le maraîcher norbert
nicolet, de la Ferme ô Vr, en normandie,
atteste de la vigueur de ces plantes
qui « ne meurent jamais, même sorties
de terre et suspendues en l’air une saison
entière ». il aime manger les ocas crues,
en carpaccio ou légèrement blanchies et
Le Zingam,
51, rue de la
Fontaine-au-roi,
Paris 11e.
où en
goûter
UMA,
7, rue du 29-Juillet,
Paris 1er.
Monsieur P,
14, rue Royale,
Lyon.
Palissade,
36, rue de Sambreet-Meuse, Paris 10e.
sautées au beurre. Chez Uma,
restaurant de fusion nippo-péruvienne,
l’oca est marinée au moût de saké
et servie avec un pot-au-feu japonisant.
Chez Monsieur p, à lyon, elle escorte
le poisson, tout comme chez palissade,
à paris, où son acidité juteuse relève
le turbot rôti et risotto de riz noir.
union libre
Tire-bouchon.
Delas Frères, sainte-épine,
ChâteaU la tUilerie DU pUy, Vintage,
saint-Joseph, 2016
BorDeaUx sUpérieUr, 2016
Pour accompagner des
lasagnes préparées avec de la
chair à saucisse et des champignons, mieux vaut s’équiper
d’une bouteille solide…
Ce saint-joseph possède tous
les contours nécessaires : ses
tanins soyeux sont fondants,
et sa base de syrah sanguine
prolonge l’onctuosité du plat.
Il existe une autre option,
plus simple, pour ces lasagnes
de caractère : ce bordeaux qui
n’a pas été élevé en fûts.
Du coup, le palais reste luide et
souple. L’accord se fonde sur
une évidence de saveurs, bien
que sans complexité. Idéal
pour ceux qui ne veulent pas
se prendre la tête. L.G.
39,60 €. Tél. : 04-75-08-60-30.
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Pages réalisées par Chloé Aeberhardt, Vicky Chahine et Fiona Khalifa. Et aussi Marie Aline, Carine Bizet, Solenn Cordroc’h,
Claire Dhouailly, Stefania Di Petrillo, Laure Gasparotto, Marie Godfrain, Camille Labro, Valentin Pérez et Jean-Michel Tixier.
Illustration Broll & Prascida pour M Le magazine du Monde — 2 février 2019
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à l’échelle
78
Bertrand Belin,
le 9 janvier,
à Paris.
Encensé par ses pairs pour l’acuité
de ses textes et son interprétation
magnétique de crooner,
Bertrand Belin
a longtemps été vu comme un artiste
conidentiel. Un nouvel album,
“Persona”, un troisième roman et
une apparition au cinéma devraient
changer la donne.
Par Stéphane Davet — Photos Lisa Miquet
2 février 2019 — M Le magazine du Monde
«Pour moi, Bertrand Belin est devenu un classique, insiste
Le chanteur nantais a
depuis longtemps adoubé son confrère breton. Même si
d’autres ont succombé à l’exigence de l’univers du Morbihannais, que ce soit dès son premier album (Bertrand Belin, en
2005) ou plus tard, avec des disques comme Hypernuit
(2010), l’énigmatique crooner, guitariste élégant et plume singulière n’a pas encore atteint une large reconnaissance. Ce
début de 2019 est l’occasion d’y parvenir. Le natif de Quiberon
brille en efet par des sorties en rafale : un sixième opus, Persona (sorti le 25 janvier), gorgé d’envoûtantes langueurs ; un
troisième roman, Grands carnivores (paru chez P.O.L le 24 janvier) ; un film, Ma vie avec James Dean (en salles depuis le
23 janvier), de Dominique Choisy, dont il a composé la
musique et dans lequel il joue un petit rôle. « Je suis fan de
Bertrand depuis le premier album, conie le réalisateur. Sa voix
m’hypnotise, tout comme son écriture, qui tend de plus en
plus vers l’épure absolue. Pour la BO de James Dean, il a créé
des espaces d’étrangeté qui poussent encore plus loin l’histoire du ilm. » Le cinéaste a proposé au musicien de faire ses
débuts de comédien après un concert au Théâtre de la Ville.
« Dans un long moment de lâcher-prise, il a ilé toute une iction à partir d’une phrase d’un de ses morceaux. Je me suis
dit : “Ce garçon est aussi un acteur”. »
Dominique Choisy, déjà remarqué pour Les Fraises des bois
(2012), a demandé au chanteur de jouer un marin-pêcheur,
sans savoir que le père de Bertrand Belin l’avait été lui-même.
Plus proche du décalage ludique que du réalisme social, cette
courte apparition n’en était pas moins un drôle de clin d’œil
au destin, pour ce Morbihannais né en 1970, ayant grandi
entre une cité HLM et la lande de la côte sauvage. Le grand
blond à la classe urbaine a plusieurs fois parlé d’une enfance
marquée par la violence de la vie familiale, et de la musique
comme première bouée. Initié à la guitare électrique à 13 ans
par l’un de ses frères, c’est en jouant du rock’n’roll (Elvis
Presley, Johnny Cash, Eddie Cochran…) dans les bistrots qu’il
a la première fois l’impression de « sortir la tête de l’eau ».
Devenu instrumentiste dans des groupes (Sons of the Desert)
ou accompagnateur de chanteurs (Bénabar, Néry…), puis
étrange conteur de ses propres histoires, il gardera dans son
jeu et le crooning retenu de sa voix grave des échos de rockabilly. « On cite souvent Bashung à son propos, mais il joue
également d’un charme un peu désuet qui me fait penser à
dominique a. et ça va finir Par se savoir. »
“On cite souvent Bashung à son propos,
mais il joue également d’un charme
un peu désuet qui me fait penser
à Yves Montand.”
Son ami, le chanteur Dominique A
Photos Lisa Miquet pour M Le magazine du Monde — 2 février 2019
Persona, de Bertrand Belin (Cinq 7/Wagram).
en tournée dans toute la France à partir du 26 février.
Ma vie avec James Dean (1 h 48), de dominique Choisy. en salle.
Grands carnivores, 176 p., p.O.l.
Angelin Preljocaj
Gravité
7 – 22 février 2019
danse
Photo : Jean-Claude Carbonne
Yves Montand », commente Dominique A, en décrivant celui
qu’il appelle aussi le « Bill Callahan français ». Le musicien
américain, aussi connu sous le nom de Smog, auteur d’une
country-folk-blues lugubre traversée d’humour noir, est une
inluence revendiquée de Bertrand Belin.
Sorti de l’adolescence, le ils de pêcheur métamorphosé par
la guitare s’est mué, au il des rencontres, en grand lecteur.
« Je m’intéresse aux écrivains, aux rapports que leur production littéraire entretient avec leur vie », explique cet admirateur de Malcolm Lowry, Herman Melville, Thomas de Quincey
ou Samuel Beckett. « Je suis fasciné par ce que l’exigence de
Beckett, son désir de tendre vers l’absence, vers le verbe sans
locuteur, ont impliqué dans sa vie sociale. La limite de la possibilité de dire est quelque chose qui me passionne », ajoutet-il en citant aussi les poètes Christophe Tarkos et Philippe
Jaccottet. Comme d’autres confrères – Raphaël, Mathias
Malzieu, Arthur H, Dominique A, Gaëtan Roussel… –, Bertrand
Belin a franchi le pas de la littérature en 2015 avec un premier
roman, Requin, publié chez un éditeur exigeant, P.O.L. Sans
s’étonner de cette envie d’une génération de musiciens. « Les
chanteurs ne passent pas à l’écriture, ils écrivent ! Nous
sommes nombreux à aimer poser des mots, assumer leur
sens, en ayant conscience des contraintes du format de la
chanson. » Le temps de parole plus long du roman lui ofre,
dit-il, la possibilité de mieux déplier sa pensée, d’aller au bout
de ses idées, exposant « un regard sur le monde et la condition de vivre ». Le tableau, dans Grands carnivores, de
notables dévorés par l’avidité de pouvoir, dans une ville
portuaire en proie à des fauves invisibles échappés d’un
cirque, donne à l’écriture dense et ironique de Belin l’occasion
de tracer des lignes de force sociales et de dessiner une
allégorie des peurs que la « menace terroriste » a fait émerger
ces dernières années.
Ce travail d’éCrivain, explique l’artiste, permet à ses
chansons de «satisfaire un besoin de divertissement et de garder un caractère ludique ». Persona n’en capture pas moins,
comme ses précédents albums, des moments de l’époque
avec une acuité singulière. Moins anxiogène que la cité imaginaire de Grands carnivores, l’urbanité parisienne au centre de
ce nouvel opus (le Breton habite depuis plusieurs années dans
le 20 e arrondissement) peut s’assouplir de synthétiseurs
accrocheurs (Nuits bleues), rarement croisés dans sa discographie, et faire l’éloge majestueux du déséquilibre (Glissé
redressé). Son apparente nonchalance est aussi habitée par la
réalité des fractures sociales (De corps et d’esprit, Sur le cul ou
le prenant Bronze). « L’amplitude entre les plus miséreux et les
autres ne cesse de s’agrandir à Paris », constate l’ancien gamin
de milieu populaire. Une sensibilité de transfuge de classe faitelle mieux percevoir la colère qui bouillonne aujourd’hui ? « Il
n’y a pas d’endroit privilégié pour comprendre le monde, corrige-t-il. L’idée qu’il y aurait une vraie vie et une autre, irréelle,
vécue par les nantis, est absurde. L’aveuglement de classe
existe dans les deux sens. » La crise des « gilets jaunes » lui
évoque surtout « l’incapacité où en est rendu le langage. La
naissance de la violence vient de la perte du pouvoir des mots.
Toutes les paroles sont discréditées, celle du haut comme celle
du bas ». Ce « solitaire sociable » se dit inquiet mais optimiste.
« Tout cela oblige ceux qui avaient la lemme de réléchir à leur
position dans ce monde à se réveiller de leur anesthésie. »
1 place du Trocadéro, Paris
www.theatre-chaillot.fr
Danseurs
et toiles.
Making of.
Par Roxana Azimi
« on danse ? », MuceM, 7, promenade robert-lafont
(esplanade du J4), Marseille. Jusqu’au 20 mai. www.mucem.org
Salut les Cubains,
d’Agnès Varda (1963).
M Le magazine du Monde — 2 février 2019
Rap
ministériel.
Vu d’Afrique du Sud.
Par Adrien Barbier
Au pAys de NelsoN MANdelA, les MiNistres des fiNANces
en cinq ans, pas moins de sept
personnes se sont succédé à ce poste périlleux pour une
économie en crise. Mais avec Tito Mboweni, nommé en
octobre dernier à la suite de la démission de son prédécesseur, impliqué dans une afaire de corruption, le changement de style est radical : le nouveau titulaire n’a rien de
moins qu’un morceau de rap à son nom.
L’auteur en est Cassper Nyovest, célébrité et rappeur en
vue en Afrique du Sud. À sa sortie, en 2017, son titre Tito
Mboweni est devenu un tube incontournable en boîte de
nuit. Avec la nomination, un an plus tard, de Tito Mboweni
aux finances, la chanson a trouvé un second souffle
inattendu. En quelques heures, le clip a dépassé les trois
millions de vues sur YouTube, se hissant au sommet des
classements musicaux.
Trait d’union surprenant entre le monde du rap et celui de la
politique, le texte en lui-même n’est pas d’un « génie lyrique
lagrant», remarque le site News24. Ode à l’argent et au succès, voitures de luxe, grosses chaînes en or et liasses de
billets, le clip respecte tous les codes du genre. Le refrain du
morceau se limite à une répétition du nom du ministre,
entrecoupée d’un “sha, sha” devenu emblématique.
oNt teNdANce à vAlser :
Si Tito Mboweni est honoré
de la sorte, c’est parce qu’il
était gouverneur de la banque
centrale sud-africaine de
1999 à 2009, et qu’il est, à ce
titre, le premier Sud-Africain
noir à avoir sa signature
sur des billets de banque.
Bon public, Tito Mboweni avait, au moment de la sortie du
morceau, demandé, par le biais de Twitter, à Cassper
Nyovest de verser de l’argent à l’hôpital pour enfants
Nelson-Mandela. Particulièrement agile sur le réseau social,
l’ancien ministre du travail dans le premier gouvernement
Illustrations Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde. Agnès Varda/Ciné Tamaris. Captures d’écran
« on danse ? » plus qu’une question, c’est une invitation que
lance le MuceM, à Marseille, avec une exposition qui prête
moins à guincher qu’à gamberger. le sujet est vieux comme
le monde, un puits sans fond que les deux commissaires,
Émilie Girard et Amélie couillaud, ont exploré pendant
deux ans avant de s’accorder sur le périmètre : « Notre
sujet, ce n’est pas la danse qu’on apprend, mais celle qu’on
fabrique tous. » celle qui se partage et fait société, celle
qui change notre rapport aux autres, traversant les corps,
les villes et les territoires. Avec, à la clé, une myriade de
questions : faut-il nécessairement bouger pour danser ?
doit-on être virtuose pour être danseur ?
d’emblée, les commissaires optent pour un format insolite,
un long lux audiovisuel. deux ans durant, elles visionnent
des centaines d’heures d’enregistrement, se plongent
dans les ilms d’artistes, majoritairement de la in des
années 1970 à aujourd’hui, mais aussi les transes
vaudoues, les raves chamaniques ou les fêtes de village
issus du fonds du MuceM. et des règles s’imposent : pas
de séquences dépassant dix minutes, pas d’œuvre nécessitant une projection multi-écrans, pas de captation de
spectacle. la liste s’aine au gré de découvertes fortuites
auprès des galeries. le duo init par retenir cinquante-neuf
ilms. intercalés entre les images, treize extraits de textes
puisés dans la littérature font surgir une ronde des mots.
pas simple d’imprimer un rythme à un ensemble aussi
hétérogène. Quinze jours pleins de montage échelonnés
sur six mois, sous le regard vigilant de Jeanne fontaine,
monteuse de cinéma, donnent forme à ce grand collage
de six heures. « Le montage était la partie la plus compliquée, conie Amélie couillaud. L’enchaînement est
possible entre un ilm d’artiste en noir et blanc et une
farandole, malgré les diférences esthétiques, parce que
les deux nous mettent dans une même disposition
physique. » « On a dû renoncer à des pièces, ajoute Émilie
Girard. Une œuvre, c’est très fragile selon ce qu’on met
avant et après. On a choisi des ilms qui se supportent. »
restait enin à créer une scénographie propice au mouvement. pour renforcer le sentiment de durée, le tandem a
choisi de difuser les vidéos en même temps sur treize
écrans de diférentes tailles, de la dimension d’une tablette
au format cinéma. Au sol, moquette épaisse et plan
incliné convenant au pas… de danse, cela va sans dire.
83
de Nelson Mandela a même demandé en plaisantant au
trublion d’extrême gauche Julius Malema de négocier des
royalties en son nom. Un geste transpartisan particuliè­
rement commenté, alors que Julius Malema a plutôt l’habi­
tude de tirer à boulets rouges sur le parti au pouvoir, le
Congrès national africain (ANC).
De son côté, l’artiste de 28 ans, Reiloe Maele Phoolo de son
vrai nom, s’est réjoui du succès renouvelé de son tube. Il a vu
le moyen de faire taire les railleries sur sa piètre qualité.
Selon les médias sud­africains, Cassper Nyovest s’est imposé
en 2018 comme le rappeur de l’année, nommé parmi les «30
de moins 30 ans» qui comptent en Afrique, d’après le maga­
zine Forbes. Un brin mégalomane, il médiatise ses clashs
avec le chanteur sud­africain AKA, et n’a pas hésité à faire
enregistrer comme marque déposée le mot­dièse
#illup («on fait le plein»), alors qu’il s’est donné pour déi de
remplir des stades entiers lors de ses concerts.
Tito Mboweni, lui, n’a pas réagi lorsque les chaînes
nationales et internationales d’information ont passé le hit
à son nom en boucle à l’annonce de sa nomination, par
ailleurs saluée par les milieux d’affaires. Avec une
économie au bord de la récession, le nouveau ministre,
défenseur de l’orthodoxie inancière, avait certainement
plus urgent à faire.
Ode à
l’argent et
au succès,
le clip de
Cassper
Nyovest
respecte
tous les codes
du genre.
“un fILM évènEMEnT”
“MAGISTRAL”
STudIO
L’OBS
“MAGnIfIquE”
ELLE
archiPel 35
et
StUdiocanal
PréSentent
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Ulliel
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libéreaU
et
laUrent
lafitte
de la comédie francaiSe
Il suit de mentionner son titre, Ces gens-là, et
la chanson surgit aussitôt. Elle résonne dans la
tête pendant que les personnages décrits par
Jacques Brel, en 1965, se dressent devant nos
yeux : l’aîné qui boit, l’autre « méchant comme
une teigne », la mère, aussi froide que sa
soupe, et Frida qui échappe miraculeusement
à cette laideur. Voilà l’inspiration de la nouvelle
pièce des chorégraphes Aïcha M’Barek et
Haiz Dhaou, Ces gens-là !. Aux manettes de
la compagnie Chatha depuis 2005, ce couple
de Tunisiens, installé à Lyon, ne prétend pas
illustrer ce classique, mais évoquer à travers lui
les thèmes de la diférence et de l’indiférence,
de la haine, ainsi que les relations entre
les corps. Aïcha M’Barek et
Haiz Dhaou veulent aussi livrer un
« hommage à ceux que l’on appelle
Le sens du détail. Brel
aujourd’hui les invisibles ».
à corps
Un esprit dont le duo est coutumier.
Sacré printemps ! (2014), enraciné
ouverts.
Par Rosita Boisseau
dans le mouvement des révolutions
arabes, ou Narcose (2017), autour
de l’asphyxie du monde, secouaient
les clichés pour lever un vent
insurrectionnel. Avec cinq danseurs
et le musicien électro Ogra,
Ces gens-là ! risque de renvoyer
un écho strident à la voix habitée
de Jacques Brel.
Ces gens-là, de Aïcha M’Barek et Haiz Dhaou, au Tarmac, 159, avenue Gambetta, Paris 20 e.
Du 4 au 6 février au festival Faits d’hiver.
M Le magazine du Monde — 2 février 2019
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde. Blandine Soulage
84
SD Distribution
Jeune pousse.
Manal Issa, ingénue engagée. Par Valentin Pérez
Aux curieux qui lui demandent
ce qu’elle fait dans la vie, Manal
Issa, 26 ans, rétorque, c’est
selon : « Je suis une maman »,
« Je bois », « Je ris »… Mais se
dire actrice, jamais. Lorsqu’est
sorti dans les salles libanaises
Peur de rien, le ilm de Danielle
Arbid qui l’a révélée en 2015,
ses amis à Beyrouth ont été
bluffés de voir fleurir dans les
bars de la ville des aiches où
s’imprimait son visage : « Mais
t’es actrice, en fait ! »
Pourtant, depuis ses débuts,
cette native de Neuilly-sur-Seine,
près de Paris, qui a grandi dans
un village du sud du Liban de 2 à
13 ans avant de revenir en France
lors de la guerre de 2006, ne
q u i t te p a s l e s p l ate a u x e t
embrase les écrans. Ces jours-ci,
elle donne la réplique à Éric
Cantona dans Ulysse & Mona
(photo), fable tendre et neurasthénique signée Sébastien
Betbeder. « J’ai aimé la candeur
de mon personnage, cette fille
qui réalise simplement son rêve :
devenir l’assistante d’un artiste
qu’elle admire, raconte-t-elle au
téléphone depuis la Sicile où elle
tourne actuellement. Cantona
est un fou superbe, qu’est-ce
qu’on s’est marrés ! D’habitude,
les gens sont tellement sérieux
sur les plateaux… »
Comme l’ex-footballeur, Manal
Issa ne se prédestinait pas à
prendre la lumière face caméra.
Après des études à l’Institut des
sciences et techniques de
l’ingénieur d’Angers, elle change
de trajectoire, remarquée sur
Facebook à 22 ans par Danielle
Arbid. « J’étais bonne en logique,
j’aimais les machines, mes
études me plaisaient. Faire de
l’art ne m’avait pas traversé
l’esprit auparavant car je ne
connaissais personne qui en faisait. » Depuis, la voilà courtisée.
Au service de personnages de
femmes déterminées, en quête
de liberté, comme chez Bertrand
Bonello (Nocturama, 2016) ou
Gaya Jiji (Mon tissu préféré,
2018), elle multiplie les projets :
ilms français, libanais, prochainement allemand ou québécois…
« Les réalisateurs avec qui je travaille sont des gens rencontrés
par l’intermédiaire de proches ou
dans un festival. C’est seulement
après être devenue amie avec
eux que je passe des essais. »
Elle se paie le luxe de refuser les
castings. « À quoi bon forcer le
désir d’un metteur en scène ? »
Entière, elle n’a pas peur de
déplaire ni de rendre publiques
ses positions comme elle l’a fait
en 2018 au Festival de Cannes,
foulant le tapis rouge munie
d’une pancarte en référence au
conflit israélo-palestinien :
« Stop the attack on Gaza !! »
tracé en lettres capitales rouge
sang. « Il ne faut pas tricher,
dans la vie comme à l’écran,
tranche-t-elle. Ne pas être fauxcul. Aujourd’hui, le cinéma obéit
trop à des règles, les ilms ressemblent à des dossiers thématiques qui doivent proposer forcément une résolution. Moi, je
préfère les ingrédients des ilms
d’autrefois, ceux de Jean-Luc
Godard ou de Youssef Chahine,
par exemple : la spontanéité, la
fraîcheur, l’amour, la vérité. »
Ulysse & Mona (1 h 22),
de Sébastien Betbeder, avec Manal
Issa et Éric Cantona. En salle.
venez
en
voir
Création graphique : Aïtao
Sonia Delaunay,
Fabbri (détail), 1972. Sérigraphie sur papier.
Collection MAMC+.
Photo : Yves Bresson/MAMC+ © Pracusa S.A.
François Duplat
Valéry Colin
86
Plein les yeux.
Sinérama.
DIRECTION ARTISTIQUE : GIlleS bRINaS
30 jaNvIeR - 21 avRIl 2019
Location : 01 43 27 24 24 - www.bobino.fr - Magasins Fnac et points de vente habituels
0 892 683 622
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LE BATELEUR THEATRE PRÉSENTE
DESIGN : STÉPHANE KERRAD { KB STUDIOS } WWW.KBSTUDIOS.FR • N° LICENCE : 2-1079429
Théâtre Trévise
À PARTIR DU 17 JANVIER 2019
Huit cents pages drolatiques, furibardes, désopilantes,
politiques, érotiques, engagées. Huit cents pages manuscrites. Huit cents pages de la main de Maurice Sinet
(1928-2016), semées de dessins de Siné – même son pseudonyme fait trouvaille. Ses Mémoires reprennent Ma vie,
mon œuvre, mon cul ! publié en neuf fascicules. C’est le
mot. Huit cents pages de cul, de combats, de passion de
la vie. Une liberté déchaînée et mille inventions de titres,
de formes, d’humours pluriels. Mise en page étourdissante
et, mine de rien, huit décennies d’histoire. Une histoire
racontée par un gamin de Belleville singulièrement lucide :
athée psychoactif, matérialiste eicace, Siné aura déniaisé
le dessin de presse et politisé trois générations de
dessinateurs. Il écrit comme il dessine. Ce que lui avait dit
Prévert à propos de Picasso : « Tu vas te régaler, il écrit
comme il peint. » Lequel riait aux éclats en feuilletant Siné.
Histoire de France : Siné a 10 ans en 1939. Guerre
d’Algérie, dont il partage le combat anticolonialiste.
Mai-68, après quoi « il ne m’est plus rien arrivé d’intéressant ». Histoire du monde – Afrique, Cuba, États-Unis.
Histoire de rencontres (Ahmed Ben Bella, Fidel Castro,
Malcolm X, Jean Genet). Histoire des mœurs : vie du
quartier de Belleville à la in des années 1920. Histoire
de l’amour. Histoire d’amour : Catherine Sinet, sa muse,
sa compagne, son associée, toujours aux commandes
de Siné Mensuel (ex-Siné Hebdo). Énorme histoire du cul
– personne n’est allé si loin, si vrai : une sorte d’Histoire
de l’œil rewrité par un Rabelais futuriste. Célébration des
chats, des musiques noires, des révoltes et des pauvres.
Une énergie soulante ! Siné a publié partout. Jamais dans
une feuille d’extrême droite ou antisémite. François Mauriac lui avait écrit : « Je suis heureux de votre mot amical.
Ne me croyez pas loin de vous en dépit des apparences.
J’aurais par nature réagi comme vous devant le monde. »
Mémoires, Siné, Les Cahiers dessinés, 800 p.
(2 volumes en cofret grand format), 79 €.
Siné/Les cahiers dessinés, Paris 2019
che
malambo
Licences 2 - 1100096 & 3 - 1100095 - Photo : Michel Lidvac - design graphique : Vincent Jacquet
Par Francis Marmande
envoyés dans un camp disciplinaire en Libye
dans La Colline des hommes perdus… et désormais ce groupe de femmes, en théorie émancipées, découvrant que leur liberté est, sinon
impossible, très lourde à payer.
Pour ce film, Lumet s’adjoint les services de
Sidney Buchman, l’un des grands scénaristes
des années 1930 (connu en particulier pour
Monsieur Smith au Sénat, Frank Capra), que le
réalisateur tire de l’ornière du maccarthysme – le
scénariste avait été inscrit sur la Liste noire à la
in des années 1940.
Le Groupe, de
Sidney Lumet,
ou l’émancipation
de huit femmes
dans l’Amérique
des années 1930.
“Le Groupe”.
Le DVD de Samuel Blumenfeld.
À
DèS Sa puBLicatiOn en 1963, Le
Illustration Satoshi Hashimoto pour M Le magazine du Monde. 2018 Blaq Out
r O m a n D e m a r y m c c a r t h y,
Pages
coordonnées par
Clément Ghys
Le Groupe, arrive en tête des
meilleures ventes aux ÉtatsUnis, et le restera deux ans
durant. La romancière publie
en pleine vague féministe. Si l’action se déroule
entre 1933 et 1940, entre l’arrivée d’Hitler au
pouvoir en Allemagne et le début de la seconde
guerre mondiale, les récits entrelacés de huit
amies fraîchement diplômées de Vassar College,
prestigieuse université de la Côte est, racontent
autant de la désillusion d’une époque, les
années 1930, que les aspirations de la décennie 1960. À travers les personnages, sont abordés les thèmes de la violence masculine, la
contraception, la sexualité, l’homosexualité, du
socialisme et de la psychanalyse.
On ne peut que constater l’intelligence avec
laquelle Sidney Lumet adapte en 1966 ce bestseller. Le metteur en scène américain n’est pas
encore le maître du polar urbain (Serpico,
Un après-midi de chien, Le Prince de New York)
ou le satiriste des médias (Network) qui s’airmera dans la décennie suivante. Mais il est déjà
capable d’observer un groupe humain : les jurés
de Douze hommes en colère, les soldats anglais
Le scénario, difficile
à écrire avec ses
huit trajectoires, est
un travail de haute
précision, offrant
la place nécessaire
à tous les personnages,
pour décrire un destin
commun, une vie
impossible à mener.
Issu du théâtre yiddish, où il avait fait ses débuts
enfant, Lumet était resté jusque dans les
années 1950 un metteur en scène de théâtre.
Presque toutes les comédiennes du Groupe sont
inconnues et seules trois feront carrière : Candice
Bergen, Shirley Knight et, à un degré moindre,
Jessica Walter, dans Un frisson dans la nuit, le
premier film réalisé par Clint Eastwood. L’impression durable laissée par ces actrices doit
beaucoup à la direction de Lumet. Au-delà du
tournage du film, ces huit femmes semblent
avoir toujours vécu ensemble.
La sensibilité de gauche de Lumet et Buchman
transpire dans ce ilm tout en subtilité, qui souligne aussi comment les sympathies communistes de la bourgeoisie urbaine américaine des
années 1930 étaient afaire de mode plus que de
conviction, l’expression d’une futilité et d’une
préciosité. Une amertume qui se retrouve dans
les années 1960, avec l’intuition qu’à la liberté
exprimée durant cette décennie succédera
mécaniquement un relux conservateur.
Le Groupe, de Sidney Lumet (2 h 35),
édité en DVD et en Blu-ray par Blaq Out.
2 février 2019 — M Le magazine du Monde
Mots croisés
Sudoku
g r i l l e n o 385
1
2
3
4
n o 385
-
très difficile
yan georget
PhiliPPe duPuis
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
Compléter toute
la grille avec des
chiffres allant de 1
à 9. Chacun ne doit
être utilisé qu’une
seule fois par ligne,
par colonne et par
carré de neuf cases.
I
II
III
IV
V
VI
solution de la grille
VII
précédente
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
Horizontalement I Consommateur. Con, sot… mateur. II Équipent chaudement au foyer.
Personnel. III Tient les lecteurs informés des départs et des arrivées. En vol. Aura cinquante
illes avec Nérée. IV Reste en bordure. Belle à croquer. Piégeant les oiseaux. V En bien mauvais
état. Traiter après ouverture. VI Long cours italien. Le parti de Rocard. C’est quand elle est
bonne qu’il y a danger. VII Envenimerai la situation. S’enfonce en terre. VIII A éduqué le futur
Louis-Philippe. Élévation. Ouvre la gamme. IX Saint breton. Fermeture intérieure. Afluent
de l’Adour. X En appel. Regardent avec mépris. Créateur du New Look. XI Anciens mendiants
devenus hommes d’affaires. Support de quille. Ses lecteurs attendaient la suite. XII Pas toujours facile à tenir. Forme d’avoir. Prends connaissance. L’argon. XIII Homme du large. Fut
instruit. Lagune mise en culture. XIV Les autres dans la société. Conjonction. Son école est
recherchée par les collectionneurs. XV Firent couler le raisiné.
Verticalement 1 Reste au second plan, sauf quand elle sert de guide. 2 Travaille au tour.
Préparation de bouse et de boue. 3 Retrouve le monde sauvage après une vie domestique.
Fondé par Gémier. Très rapprochées. 4 Cours de la Mayenne. Découpage en ville. 5 Base de
départ. Chez les Grecs. Ferme la discussion. 6 Accumulés sans soin. Frétille dans l’étang. Au
large. 7 Dans tout. La couleur la rend plus terrible. Qui proviennent.8 Font plaisir à voir.Article.
Gros et grave dans la fosse. 9. Belle et bête. Assure la liaison. Poudre d’écorce 10 Oppose dans
le texte. Dérange au sommet. Dans la main du travailleur. Moitié de part. 11 Renvoient chez
le ils de Jocaste. Cercle lumineux. 12 Source pour La Fontaine. Tombe chaque jour. 13 Vont
inir par prendre de la valeur. Donne sous pression. Sur un rocher de la Côte d’Azur. 14 Travaille
sur la pièce. Grenouille taureau. 15 Repartirent sur de nouvelles bases.
Solution de la grille n° 384
Horizontalement I Populicultrices. II Analyse. Arasa. III Ieltsine. Arcs. IV Irisation. Vas. V Lenap (panel).
Campanile. VI Apo. Pilipino. Is. VII Sodée. Roi. Le. VIII Suit. Ostensoirs. IX Oseras. Ussel. SA. X Ne.Arêtes. Rit.
XI Néants. Rivages. XII IGS. Naos. Omet. XIII Gode. Sain. Pré. XIV Épatiez. Novalis. XV Satelliseraient.
Verticalement 1 Paillassonnages. 2 One. Épousée. OPA. 3 Palinodie.Aidât. 4 Ultra. Étrangeté. 5 Lysippe.Arts.
Il. 6 Isis.Osés.Sel. 7 Cénacles.Nazi. 8 Étai.Tuerai. 9 La.Impressionne. 10 Copions.Vs.Or. 11 Ra.Nanisera.Eva.
12 Ira. Nô. Oligo. Aï. 13 Carvi. Li. Temple. 14 Escaliers. Serin. 15 Sasse. Sac. Test.
M Le magazine du Monde — 2 février 2019
Bridge
n o 385
Fédération Française de bridge
© Hergé-Moulinsart 2019
89
« Charmante soirée !… » Lorsque,
à la page 17 des 7 Boules de
cristal le capitaine Haddock,
flanqué de Tintin, sort du MusicHall Palace, il est sombre. Il n’a
pas réussi à comprendre comment « Bruno, le roi des illusionnistes » transforme l’eau en vin,
et il a copieusement gâché
le spectacle. Dehors, il pleut.
Entre la case en noir et blanc,
publiée dans le journal Le Soir le
16 février 1944, qui montre la
Lincoln Zephyr du capitaine
roulant sous la pluie, et la version couleur de 1948, la différence n’est pas si grande : seuls
les phares et les vitrines éclairées introduisent la couleur
dans une vignette japonisante
digne du Lotus bleu.
Hergé ne consacre pas moins
de 22 cases à ce modèle de
luxe. Après le château, le cheval
et le monocle, la Lincoln, dont la
version cabriolet est sortie aux
États-Unis en 1938, constitue
encore un signe de nouvelle
richesse du capitaine ayant
hérité de son ancêtre. Une case
de la page 26 montre en légère
plongée Haddock, Tournesol,
Tintin et Milou roulant vers la
demeure du professeur Bergamotte, un ancien condisciple de
Tournesol, américaniste bien
La Lincoln Zephyr
du capitaine.
“LE MONDE” PROPOSE UNE COLLECTION
“LES VOITURES DE TINTIN”. CETTE SEMAINE,
LE CABRIOLET DE HADDOCK, PRÉSENT
DANS L’ALBUM “LES 7 BOULES DE CRISTAL”.
PAR
JEAN-PIERRE NAUGRETTE
connu, qui a rapporté de l’expédition au Pérou la momie de
« Rascar Capac : Celui-quidéchaîne-le-feu-du-ciel ».
Haddock gare la voiture devant
les grilles de la propriété bien
gardée.
Est-ce l’influence maléfique de
l’efrayante momie ? Un bruit de
tonnerre se fait entendre, le ciel
s’obscurcit. Puis un « Pan ! »
retentissant : un coup de feu
COLLECTIONNEZ LES VOITURES DE
TINTIN
à l’échelle
dans le parc ? Ce sont en réalité
les pneus de la voiture qui ont
éclaté : « Vous avez eu tort de
laisser votre voiture en plein
soleil… », explique l’un des inspecteurs. Or le ciel est trop
assombri par l’orage pour que le
soleil ait pu faire éclater les
pneus. Hergé laisse de côté la
vraisemblance pour suggérer
une explication d’ordre symbolique : c’est plutôt le Soleil
LE
N°2
incarné par une momie vengeresse qui s’insinue en rêve dans
les chambres des personnages
endormis. Magie, ésotérisme,
onirisme. Momie, boules de cristal, boule de feu.
Ce « feu-du-ciel » n’est-il pas
aussi, en cette année 1944, une
image de bombardements et de
guerre ? Le choix d’une Lincoln
issue de La Revue Ford indique
peut-être un espoir de changement. Aux pages 54-55, la
décapotable envahit l’album de
toute sa splendeur jaune. Alors
que la pluie tombe à nouveau, le
dépliement de la capote fait
l’objet d’une scène cocasse. Une
fois la capote péniblement
posée, la pluie cesse aussitôt
pour laisser place à un arc-enciel ! Arc-en-ciel contre feu-duciel : l’espoir renaît. La Zephyr
roule vers Saint-Nazaire en
quête des ravisseurs. La dernière page montre un hydravion
de la même couleur jaune qui
s’envole pour l’Amérique du
Sud, réincarnation de l’automobile dans ce qu’elle a de rapide
et de rassurant, et du zéphyr,
connu du capitaine pour être un
vent marin doux et léger.
LA DÉCAPOTABLE DE HADDOCK (N O 2),
COLLECTION « LES VOITURES DE TINTIN ».
EN KIOSQUE, 19,99 €.
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Le livret +
La Décapotable de Haddock
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1/24e
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aux enfants de moins de 14 ans. © HERGÉ  MOULINSART 2019  Hachette Collections - 58 rue Jean Bleuzen - 92178 Vanves Cedex
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90
Le croco
de Guillaume Gouix.
ancien détenu dans “les drapeaux de papier”, premier film du réalisateur
nathan ambrosioni, 18 ans, le comédien planque partout des bonbons
fluo et sucrés, source d’énergie et douceur de l’enfance.
Le croco en gélatine m’accompagne
partout. J’en achète toujours avant
une séance de cinéma. Je les glisse dans
mon bonnet ou mon tee-shirt car je déteste
le bruissement des paquets de bonbons
en début de ilm. J’en ai aussi au fond de
ma poche quand je suis avec mon ils.
Je suis un peu comme une grand-mère
qui a toujours sur elle son paquet de
pastilles à la menthe. Rien à voir avec un
truc d’angoissé ni de névrosé, je ne nourris
aucun rapport compulsif aux choses.
Avant d’arriver sur un tournage, chacun
achète son magazine chez le marchand de
journaux. Moi, je prends systématiquement
mon journal et un paquet de crocodiles.
Sans être capricieux, il m’est arrivé de
demander au régisseur d’en acheter et de
les ajouter au bufet tournage. Le sucre
me donne un petit coup d’énergie salutaire.
C’est un peu mon raisin sec à moi…
Mes premiers crocos, je les ai mangés
dans la voiture de mon père. Il en avait toujours dans la boîte à gants et me les glissait
discrètement dans la main. On habitait
M Le magazine du Monde — 2 février 2019
Marie Godfrain
à quelques kilomètres de l’usine Haribo,
entre Aix et Marseille. Des surveillants
de mon collège ou des grands du
quartier qui bossaient là-bas nous en
rapportaient des paquets énormes.
Les crocodiles m’évoquent les premières
boums, les premiers lirts, les premiers
baisers avec la langue… À cette époque,
on en faisait volontiers des indigestions.
Dès que j’ai eu de l’argent de poche,
je me suis acheté des crocos au bureau
de tabac pour masquer l’odeur de cigarette. Je les mâchais consciencieusement
avant de rentrer chez moi. La vingtaine
approchant, j’ai découvert la vodka
infusée aux crocodiles.
Dans mon métier, j’ai conservé la même
conviction que lorsque je jouais aux
super-héros dans la cour de récré. C’est un
peu la même chose avec le croco : un plaisir
simple. Sans être nostalgique, tout le monde
cherche à retrouver ces saveurs d’enfance.
Le croco n’a rien d’un aliment sournois,
il s’aiche luo et sucré : avec lui,
on en a pour son argent.
à voir
Les drapeaux
de papier,
de nathan
ambrosioni,
en salle
le 13 février.
Marie Godfrain
propos recueillis par
coniance en SOI
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