close

Вход

Забыли?

вход по аккаунту

?

Libération - 04.02.2019

код для вставкиСкачать
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LUNDI 4 FÉVRIER 2019
2,00 € Première édition. No 11719
www.liberation.fr
DÉBAT
EDGAR MORIN
«Je crois dans la multiplication
des oasis de résistance liées
par l’idée de fraternité»
ALAIN TOURAINE
«Si on lâche sur les migrants,
on lâche sur tout, en particulier
sur l’Europe»
FRÉDÉRIC STUCIN
PAGES 2-5
AFFAIRE
BAUPIN
Un procès
à front
renversé
PAGES 14-15
MARTIN COLOMBET
PAGES 2-5
GILETS JAUNES
n Jérôme Rodrigues,
icône malgré lui
n Référendum après
le grand débat ?
VENEZUELA
Six pays
d’Europe
larguent
Maduro
PORTRAIT, PAGE 32, LIRE AUSSI PAGES 10-11
REPORTAGE, PAGES 6-7
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,50 €, Andorre 2,50 €, Autriche 3,00 €, Belgique 2,00 €, Canada 5,00 $, Danemark 29 Kr, DOM 2,80 €, Espagne 2,50 €, Etats-Unis 5,00 $, Finlande 2,90 €, Grande-Bretagne 2,20 £,
Grèce 2,90 €, Irlande 2,60 €, Israël 23 ILS, Italie 2,50 €, Luxembourg 2,00 €, Maroc 22 Dh, Norvège 30 Kr, Pays-Bas 2,50 €, Portugal (cont.) 2,90 €, Slovénie 2,90 €, Suède 27 Kr, Suisse 3,40 FS, TOM 450 CFP, Tunisie 5,00 DT, Zone CFA 2 500 CFA.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2 u
ÉVÉNEMENT
ÉDITORIAL
Par
LAURENT JOFFRIN
Alternative
Où la longue expérience n’est
pas l’ennemie de la fraîcheur
d’esprit… Tous deux nonagénaires, Edgar Morin et Alain
Touraine en donnent la preuve
éclatante. Le premier, passé par
la Résistance et le communisme, pense depuis les années 60 la «complexité» des sociétés modernes à l’aune des
valeurs d’humanisme et de solidarité planétaire, sur la base
d’une pensée globale qui a
nourri de nombreux ouvrages
essentiels. Le second, pape de
l’ancienne «deuxième gauche»,
universitaire pour qui la sociologie est un sport démocratique, accompagne la gauche depuis des lustres en l’obligeant à
réfléchir sur les rapports toujours épineux entre égalité et
liberté, voyant dans l’autonomie de l’individu une condition
de l’action collective et dans les
«nouveaux mouvements sociaux» le ferment précieux d’un
avenir plus juste. Si nous leur
donnons longuement la parole
pour en faire l’ouverture de ce
numéro de Libération, c’est
parce qu’ils figurent parmi les
rares intellectuels progressistes
qui opposent à la régression
identitaire si prisée parmi les
penseurs dominants d’une
scène médiatique outrageusement droitisée une alternative
cohérente et globale. Allergiques aux pensées du déclin, ils
abordent la mondialisation
non comme une menace générale justifiant la fermeture des
frontières, ni comme une perspective radieuse qui assure le
triomphe des dogmes libéraux,
mais comme un défi planétaire
qui convoque les valeurs les
plus solides de la gauche pour
concevoir un futur conforme à
l’idéal humaniste. Le sort des
migrants comme test de la culture démocratique, les impératifs de la transition écologique
comme composante décisive
d’un projet d’émancipation, la
révolte d’une partie des classes
populaires comme point d’appui au renouveau de la pensée
progressiste: sur tous ces
points d’une urgente actualité,
ils avancent des vues larges
conformes aux aspirations
d’une humanité désormais
comptable du devenir de la
«Terre-patrie» et qui transcendent les petites politiques enfermées dans l’égoïsme national. Sur une scène
intellectuelle hantée par le
spectre abusif de la décadence
et de la peur de l’autre, une
belle rafale d’air pur… •
Libération Lundi 4 Février 2019
EDGAR MORIN
ET ALAIN TOURAINE
Une
humanité
de pensée
INTERVIEW
Migrants, Europe, nationalismes,
écologie, gilets jaunes… Parties
prenantes d’un projet de liste
européenne, les sociologues ont
échangé leurs analyses à l’initiative
de «Libé», et partagé leur vision
d’un monde égalitaire et solidaire.
Recueilli par
ÉRIC FAVEREAU
et THIBAUT SARDIER
Photo FRÉDÉRIC STUCIN
C’
est l’hypothèse d’une liste
«Pour une Europe migrante et solidaire» aux
élections de mai prochain qui les a
réunis (lire Libération du 14 novembre). Si, quelques semaines après la
naissance de cette idée, ils n’y
croient déjà plus vraiment, les sociologues Edgar Morin, 97 ans, et Alain
Touraine, 93 ans, restent persuadés
que la place que nous faisons aux
migrants reste une «question test»
posée à une Union sur le déclin. Confrontant leurs analyses politiques à
propos d’Emmanuel Macron ou des
gilets jaunes, ils esquissent aussi un
portrait de la France et du monde, où
quelques «oasis» humanistes per-
mettent encore de garder l’espoir
d’une planète vivable, sur le plan social comme sur le plan écologique.
A l’heure de la mondialisation,
Alain Touraine a l’habitude de
dire que l’étranger n’existe plus.
C’est votre avis ?
Edgar Morin: Je voudrais partir de
cette croyance qu’il y a des seuils de
tolérance, et qu’il faudrait en tenir
compte pour les migrants. Cette
idée, je crois qu’il faut la soumettre
à discussion: est-ce un seuil de tolérance psychique, biologique ou psychologique ? On peut supposer
qu’une peuplade d’Indiens d’Amazonie ne peut ni accueillir ni supporter l’arrivée d’un grand nombre
d’étrangers. Il suffit même d’un petit
nombre de colonisateurs pour la détruire. En revanche, on peut penser
que les populations européennes ne
sont pas surpeuplées.
Alain Touraine : C’est même le
contraire…
E.M. : En Europe, en tout cas, on
peut penser qu’il y a encore des espaces inoccupés dans les campagnes, et qu’il n’y a donc aucun problème d’ordre physique ou
biologique qui limiterait l’arrivée
des migrants. Donc on arrive à cette
idée que le seuil est psychologique.
A un moment, «on» se sent menacé,
saturé, et cela aussi bien par les
étrangers qui restent que par ceux
qui ne sont que de passage. La question centrale est celle de cette peur
de l’arrivée des étrangers. D’autant
que, lorsqu’il y a des crises économiques ou de civilisation, les angoisses se cristallisent sur des boucs
émissaires devenus responsables de
tous les maux, que ce soient les
Juifs, les Arabes, les migrants. La
question fondamentale devient
alors: comment lutter contre cette
dérive psychologique ?
A.T.: J’ai une approche assez différente. Je pense que la question qui
se pose aujourd’hui à nous est de savoir si l’on accepte une vision d’un
monde égalitaire ou bien si nous
voulons maintenir notre situation
d’ancien dominateur. Cette question, je la pose face à deux catégories, que je mets sur le même plan:
les migrants et les femmes. Allonsnous sortir d’un monde où la liberté
est limitée, dominé par les hommes
blancs, ou bien considérons-nous
comme indispensable de rentrer
dans un monde entier et pas seulement fait pour nous? Nous serons
dans la modernité quand nous
aurons admis que nous y serons
tous. Lorsque l’on évoque le trio «liberté, égalité et fraternité», notions
auxquelles j’aime ajouter celle de di-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 4 Février 2019
u 3
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Deux
engagés
volontaires
A l’origine du dialogue entre les
deux penseurs nonagénaires,
un constat commun: l’Europe
ne peut plus fermer les yeux
sur la crise migratoire.
E
Edgar Morin
et Alain
Touraine
à la Maison
des sciences
de l’homme,
à Paris, le
10 janvier.
gnité, est-ce que l’on parle bien de la
liberté de tous, de la fraternité de
tous? Autrement dit, je suis moins
sensible aux thèmes de laisser entrer ou pas un certain nombre de
personnes. Je dirais plutôt: effaçons
l’immense tache d’une expérience
de domination où l’on retrouve la
colonisation, l’esclavage, l’infériorité des femmes. Nous ne serons jamais dans un monde normal tant
que huit personnes sur dix ne sont
pas égales. Avant toute chose, même
les problèmes écologiques pourtant
cruciaux, notre humanité doit se reconnaître comme une unité, un ensemble d’être égaux et libres.
Cela rejoint la pensée universaliste d’Edgar Morin.
E.M. : Ce que propose Alain est le
problème que je me pose depuis des
années et qui demeure sans solution. En 1991, en écrivant Terre-pa-
trie, j’ai pris conscience qu’avec la
mondialisation, tous les Terriens
ont un destin commun avec les mêmes périls, qu’ils soient économiques, écologiques ou politiques.
Cela doit entraîner un humanisme
régénéré prenant conscience que
toute l’humanité est emportée dans
une aventure commune. Or, plus il
apparaît évident que cette communauté de destins existe, avec la progression des événements mondiaux
qui nous concernent tous, moins la
conscience se fait. Pourquoi? Est-ce
parce que les angoisses provoquées
par la mondialisation conduisent à
des replis sur des cultures, des identités religieuses et nationales? Sûrement. Cette question dramatique a
pesé sur toute mon entreprise intellectuelle. Or, je vois depuis
trente ans à quel point nous piétinons. La question écologique, qui
était un des leviers pour ressentir
cette communauté de destins, n’est
pas ressentie comme telle. Comment réussirons-nous à renverser
les esprits et les consciences? On a
eu l’expérience de la crise des années 30, qui était économique, mais
aussi démocratique et presque civilisationnelle, et l’on a vu déjà à ce
moment-là arriver le repli nationaliste fermé. Aujourd’hui, le
néoautoritarisme nationaliste progresse dans le monde entier. Toutes
ces questions sont liées, et Alain, tu
as raison d’ajouter la question féminine et celle des séquelles de la colonisation. Les pays décolonisés
jusque dans les années 70 ont été
recolonisés économiquement.
L’émancipation politique n’a pas été
suivie d’une démocratisation. Pire,
les terres fertiles ont été vendues à
des sociétés chinoi- Suite page 4
dgar Morin a 97 ans, Alain Touraine 93 ans.
Ils sont amis, sans trop souvent se voir. Vieux?
Bien sûr. Ils ont partagé ensemble les différentes épreuves de leur vie. L’un entend mal, l’autre
peut souffrir pour marcher. Mais tous les deux sont
impressionnants de vitalité. Dès qu’ils se mettent
à parler ou à dialoguer, quelque chose d’inouï resurgit, autour d’une colère intacte face à «la honte devant ce qui se passe en Méditerranée», mais aussi
avec cette évidence d’un engagement.
Edgar Morin est donc l’aîné de quelques années. Ce
qui fit de lui un résistant convaincu; dès 1942, il est
entré dans la Résistance communiste. Sociologue,
philosophe, membre du Parti communiste français,
il s’en éloignera avant d’en être exclu en 1951. Mais
jamais il ne s’arrêtera de s’engager, en particulier
dans le combat pour la décolonisation.
Alain Touraine, sociologue aussi, engagé tout
autant, a été spécialiste de l’action sociale et des
nouveaux mouvements sociaux; il développera une
méthode d’intervention sociologique. Les deux se
sont suivis, appréciés, se lisant comme deux compagnons qui se guettent. Lorsqu’Edgar Morin, dans les
années 60, a des ennuis avec son institution, en l’occurrence le CNRS, Alain Touraine sera un des rares
grands noms à le défendre publiquement.
A l’automne dernier, on les sollicite. En effet, épouvantés par ce qui se passe pour les migrants dans la
Méditerranée, quelques intellectuels comme le professeur Alexis Nouss, professeur en littérature générale, Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue et
fille d’Edgar Morin, ou le sociologue Philippe Bataille, mais aussi quelques humanitaires, veulent
réagir. Et s’interrogent sur le projet d’une liste à présenter aux élections européennes. «Autour du migrant qui est un sujet politique devenu central, il
s’agirait de bâtir un nouveau projet démocratique»,
nous expliquait ainsi Jean-François Corty, ancien
directeur de Médecins du monde. «Avec les démunis,
les sans-toit, les exclus, ce sont les mêmes valeurs de
solidarité qui sont en jeu.» Edgar Morin se montre
intéressé, Alain Touraine aussi. Et tous les deux se
disent aussitôt ravis de débattre ensemble autour
de ces questions.
Ce soir-là, dans les locaux un peu sombres de la
Maison des sciences de l’homme, dans le VIe arrondissement de Paris, ils se retrouvent. Echangent
des nouvelles, s’écoutent avec attention. Puis débattent. Alain Touraine s’étonnant, parfois, quand
il perçoit un désaccord avec Edgar Morin, manifestement plus inquiet que lui. L’idée d’une liste pour
une Europe migrante et solidaire ? Elle n’a plus
guère d’avenir. Bien des événements se sont succédé, le mouvement des gilets jaunes, mais aussi
ce Brexit qui patine, ce populisme qui gangrène, et
enfin l’effritement suicidaire de la gauche. «Le
mouvement pour porter ses idées est vivace et continue», insiste néanmoins, de son côté, le professeur
Alexis Nouss.
Après plus de deux heures d’échanges, Edgar Morin
et Alain Touraine se quittent, se saluant rapidement
comme on le fait sur le pas d’une porte, puis disparaissent d’un pas hésitant, tels d’impressionnants
albatros que les combats, passés et à venir, continuent à unir.
É.F.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
4 u
ÉVÉNEMENT
Suite de la page 3 ses, coréennes, etc., qui les exploitent à leur
seul profit.
Comment faire pour combattre
le repli nationaliste ?
E.M. : Je suis d’accord avec l’idée
qu’il faut faire appel à notre sentiment d’identité humaine, qui
contient aussi celui de l’altérité.
Quel est le critère de la compréhension d’autrui? C’est de comprendre
qu’il est à la fois identique à soi par
sa capacité de souffrir, d’aimer, de
ressentir, mais aussi différent par
son caractère, ses croyances, ses
manies, etc. Or, dans la logique binaire technocratique qui nous domine actuellement, nous sommes
incapables de le ressentir. C’est soit
l’étranger absolu, soit le frère. Nous
sommes pourtant tous compatriotes de notre Terre-patrie, et en
même temps il y a en chacun des
particularités. Il nous faut reconnaître que l’unité humaine et la diversité humaine sont inséparables, et
respecter l’une et l’autre.
A.T.: Le modèle rationaliste, démocratique, est directement menacé.
Pour la première fois depuis plusieurs centaines d’années, le monde
est de plus en plus dominé par des
non-démocraties, ce que j’appelle
d’un vieux mot, des empires: avec
Donald Trump, les Etats-Unis en deviennent un. La Chine également,
de même que les pays à pouvoir religieux. Dans ce contexte, la recon-
naissance des droits est une donnée
fondamentale ; c’est seulement si
nous nous considérons tous comme
ayant les mêmes droits que nous
pouvons déclencher nos mécanismes politiques. Ce que je demande,
c’est de se mettre en position de défense citoyenne, car je préfère dire
que les problèmes écologiques sont
des problèmes qui s’inscrivent dans
la défense de la citoyenneté. Il ne
faut surtout pas séparer le politique,
l’écologique et l’économique, même
si je défends une certaine priorité
aux problèmes politiques. Pour
nous, il s’agit de savoir si l’on fait ou
pas l’Europe, seul continent qui représente la démocratie. On ne peut
y arriver que si nous donnons la
priorité aux thèmes de l’humanité
unie. Car soit vous faites du nationalisme xénophobe, comme la Hongrie, la Pologne ou l’Italie, soit vous
faites l’Europe.
E.M.: L’Europe –on l’a vu pour la
crise de la Grèce et pour celle des migrants – a montré sa cécité, mais
aussi son côté réactionnaire. Je dirais que, devant cette régression généralisée, ce ne sont pas seulement
les régimes autoritaires qui sont en
cause, mais aussi la façon de penser
des élites dominantes, fondée sur le
calcul économique et sur le profit,
cachant les problèmes fondamentaux. Contre cela, il s’agit de créer le
maximum d’oasis qui permettent de
faire place à nos résistances. Il y a
Libération Lundi 4 Février 2019
«[Les gilets jaunes sont] un
mouvement sans forme, infra et
suprapolitique à l’origine, qui se trouve
parasité par des forces politiques
réactionnaires et des casseurs
qui se croient révolutionnaires.»
Edgar Morin
heureusement dans nos pays un
bouillonnement associatif, des lieux
de fraternité où règne l’idée qu’il n’y
a pas d’étrangers, que nous sommes
tous frères, comme on l’a vu en Savoie. Ainsi, nous nous préparons à
être des points de départ d’une nouvelle progression en même temps
que des points de résistance à l’actuelle régression. Mais, contrairement à Alain, je note que les conditions actuelles sont globalement
défavorables. Aujourd’hui, le seul
homme politique d’esprit humaniste
est le maire de Palerme, lorsqu’il a
dit qu’il n’y avait pas d’étrangers et
qu’il n’y a que des Palermitains. Cela
montre à quel point nous sommes
isolés, en régression. C’est pourquoi
je pense que l’heure est à la résistance à toutes les régressions et barbaries, y compris la barbarie glacée
du calcul qui ignore que les humains
sont de chair, de sang et d’âme.
A.T.: Le thème des migrants, pour
moi, est le thème test. Si vous lâchez
sur les migrants, vous lâchez sur
tout. En particulier sur l’Europe. En
tant que Français, je voudrais obliger le gouvernement à s’engager. Il
faut des accords, que cela soit
ouvert, dire aussi que nous y avons
nos intérêts. Nombre de nos régions
ont besoin d’être reindustrialisées,
d’autres doivent faire face à une
réelle désertification, d’autres encore souffrent d’un manque de services publics. Il ne faut pas oublier
que la population française est très
peu mondialisée. Nous avons seulement deux villes mondiales en
France : Lyon et Paris.
Réindustrialiser des régions périphériques, n’est-ce pas un vœu
pieux ? Ne faut-il pas plutôt les
accueillir dans les métropoles, là
où l’économie est dynamique ?
A.T.: Vous pouvez dire cela en Pologne ou en Allemagne, où l’on manque de travailleurs. En France, c’est
Sur la place de la République à Lille, le 8 décembre, lors de l’acte IV des gilets jaunes. PHOTO AIMÉE THIRION
différent, et intégrer des migrants
chez nous permettra d’intégrer nos
territoires à l’économie mondiale.
E.M.: Cela suppose un changement
de vision et de voie politiques, et de
tirer le meilleur de la mondialisation
transculturelle. Plus ça mondialise,
plus il faut localiser, protéger les territoires, surtout ceux qui sont en
voie de désertification. Il faut une
pensée politique nouvelle, qui ne
soit pas fondée uniquement sur la
concurrence, les économies budgétaires, la baisse du nombre de fonctionnaires et des retraites. Il faut
une politique hardie qui ne s’occupe
pas seulement de développer les
énergies propres, il faut dépolluer
les villes, piétonniser les centres, refouler progressivement l’agriculture
industrialisée au profit de l’agriculture fermière. Il y faut favoriser les
solidarités, ne plus subir les publicités qui suscitent les achats les plus
futiles. Il faut un renversement de
pensée politique fondamental.
Face à ce vaste programme,
pourquoi la question des migrants constitue-t-elle un test ?
E.M.: Il y a toujours eu deux France
dans la France. L’une, démocratique
et républicaine, a longtemps dominé l’autre, réactionnaire. Il y a
des époques où c’est l’inverse. Certes, il n’y a ni Vichy ni Occupation,
mais on voit réapparaître cette tendance à la fermeture et à l’hostilité,
avec un dépérissement de la culture
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 4 Février 2019
démocratique, de gauche. Les grandes idées universalistes étaient enseignées par les instituteurs de
campagne, les enseignants du secondaire, les écoles du PC qui, en
dépit de son stalinisme, apportait
une idéologie universaliste. Les socialistes étaient aussi porteurs de
ces idées-là. Or, aujourd’hui, il n’y
a plus de PC, plus de PS, moins
d’instituteurs de campagne. Il faut
repartir à zéro.
A.T.: Absolument. Il y a une chose
qui est un enjeu important: il y a ou
il n’y a pas d’Europe. Et aujourd’hui,
il n’y a qu’un homme politique en
faveur de l’Europe : Emmanuel
Macron.
Sur les migrants, il a pourtant
joué un rôle plus qu’ambigu…
A.T. : Tout à fait. Face à la position
de l’Italie, il a fait un pas en refusant
de fermer les frontières comme le
fait Salvini. Mais il a fait preuve
d’une modération tout à fait excessive. Pour s’en sortir, il faut que Macron fasse alliance avec les gens qui
portent ces valeurs universalistes
dont nous parlons, ce que j’appelais
le «tous ensemble».
A moins de quatre mois des élections, que peuvent les institutions européennes ?
A.T.: Dans tout ce qui se passe en ce
moment, Bruxelles a joué un rôle
positif, en freinant les gouvernements italien et hongrois, et en appuyant des pays comme la France.
E.M.: Bruxelles a joué récemment
un rôle modérément positif, et dans
l’ensemble il a été négatif. Avec les
élections au Parlement européen,
on risque pour la première fois
d’avoir une majorité antieuropéenne. L’Europe est actuellement
disloquée, et il faut l’empêcher de se
désintégrer totalement.
Après tout, pourquoi ?
E.M. : Elle a permis des échanges
humains et culturels entre les nations. Elle a contribué à la grande atténuation des hostilités nationales
entre Allemands et Français, du mépris des Français pour les Italiens.
Mais ce qui domine aujourd’hui
n’est pas le sentiment commun, universel. Jusqu’à présent, toutes les
élections européennes se sont faites
sur des thèmes locaux, clochemerliens, et pas européens. Et maintenant, cela va se faire sur des thèmes
antieuropéens. Nous sommes là
aussi en période régressive. Il faut
sauver les meubles.
Faut-il investir ces élections
européennes à travers une liste
centrée sur les migrants ?
A.T. : Il faut être conscient du fait
que la défense de l’Europe est
aujourd’hui une nécessité. Mais sur
les élections européennes, je suis
très pessimiste. Il y a quelques semaines, je suis allé à une réunion du
projet de liste «Pour une Europe migrante et solidaire». Il y avait peu de
monde. Il faut lutter contre le recul,
la régression, il faut redonner de la
confiance, de la volonté d’agir…
E.M.: Je me suis converti à l’Europe
dans les années 70, alors que le continent se purifiait du péché originel
de la décolonisation, et parce que
l’Europe proposait de se défendre
vis-à-vis de la menace soviétique, ce
qui m’a semblé important lorsque
je suis devenu antistalinien. Mais
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
A Calais, en janvier. PHOTO MATHIEU FARCY. SIGNATURES
aujourd’hui, je n’y crois plus, je
crois qu’elle est victime de forces de
dislocation trop fortes: domination
de l’économie financière, tendance
aux régimes postdémocratiques et
autoritaires. Il faut espérer limiter
la casse et voir comment repartir,
mais je ne fonde plus d’espoir sur
l’Europe. Je crois dans la multiplication des oasis de résistance, liées
les unes aux autres par cette idée de
fraternité humaine et universelle.
Cela existe, un peu partout dans le
monde, ce sont nos réserves, ce sont
nos bases. Mais malgré cela, on ne
voit rien surgir. Si je prends l’exemple des gilets jaunes, il s’agit d’un
phénomène difficile à saisir car très
complexe, autonome mais aussi parasité à gauche comme à droite.
C’est une oasis d’après vous ?
E.M. : Non, pas encore. C’est un
mouvement sans forme, protoplasmique, infra et suprapolitique à
l’origine, qui se trouve parasité par
des forces politiques réactionnaires
et des casseurs qui se croient révo-
lutionnaires. Il se politise lentement
dans le chaos, avec des idées qui ne
vont pas encore au fond des choses,
mais il exprime des souffrances et
des angoisses profondes. Comme
disait la pancarte d’une vielle dame
gilet jaune : nous voulons vivre et
pas seulement survivre. Devant sa
complexité, les uns ne veulent voir
que les aspects positifs, les autres
que les aspects négatifs. Même si les
gilets jaunes s’effilochent, il en restera des éléments positifs et des résidus négatifs fascistoïdes. Désor-
mais, la France est marquée par
cette crise singulière et originale
dans la crise générale de la démocratie. Je ne sais pas si le président
Macron pourra reconquérir une crédibilité morale, ou plutôt il ne
pourra la reconquérir qu’en changeant de voie, ce qu’il appelle «cap».
Nous sommes dans une période
d’incertitude. Est-ce un tsunami qui
se prépare, ou tout repartira-t-il
cahin-caha ? Chi lo sa ? [Qui sait ?]
A.T.: J’admets tout ce que dit Edgar,
mais j’en tire des conséquences
«En tant que Français, je voudrais
obliger le gouvernement à s’engager
sur les migrants. […]
Intégrer des migrants chez nous
permettra d’intégrer nos territoires
à l’économie mondiale.»
Alain Touraine
u 5
beaucoup plus activistes. Il faut
réorganiser tous les sujets de débat
autour du thème général de la démocratie. Et défendre une position
d’ensemble plutôt qu’un programme ultraminoritaire.
E.M.: Pour moi, l’activisme est dans
la résistance, et pas dans l’idée que
l’on pourra reconstruire quelque
chose dans une perspective proche.
Cette résistance qui n’est pas analogue à celle des années d’Occupation, mais c’est aussi une résistance
à la barbarie. Il n’y a pas que la barbarie des jihadistes musulmans,
certes épouvantable, mais pas unique. Le mépris d’autrui, le fait de
laisser crever le migrant, je le dis
clairement, c’est une forme de barbarie. Il y a aussi la barbarie intérieure dans la domination du profit
et du calcul, où tout est aujourd’hui
réduit au PIB, aux taux de croissance, aux statistiques et aux sondages. Il faut renverser absolument
la tendance. Je ne suis pas découragé, il faut continuer.
A.T. : Ce qui est capital, c’est de
trouver un système d’argumentation, de confiance dans une vision
des choses. La seule manière de défendre ce projet très isolé, c’est de
dire que la France a besoin, dans
tous ses aspects, d’affirmer sa confiance en elle-même.
Que peut-on espérer face à
la situation sombre que vous
décrivez ?
E.M.: Il y a quelque chose d’intéressant qui pourrait se passer aujourd’hui dans le fait que beaucoup de
maires ouvrent des cahiers de doléances. Le 14 juillet 1789, cette explosion de furie apparemment irrationnelle n’a pris son sens que parce
qu’il y avait auparavant les Etats généraux, puis une Assemblée constituante. C’était l’époque de la démocratie naissante. Aujourd’hui, nous
sommes à l’époque de la démocratie gravement malade. Mais il est
évident que si on retourne à quelque chose qui ressemble aux Etats
généraux, si ces doléances exprimées dans le désordre le plus total
par les représentants autoproclamés des gilets jaunes sont écrites
dans les mairies et promulguées
dans cette grande consultation nationale, il peut y avoir un réveil.
Mais les problèmes de fond ne seront pas posés, je le crains: le pouvoir devenu sans frein des puissances d’argent sur la société et la
politique ; corrélativement, les
dommages sur la santé des produits
de l’agriculture industrialisée ; la
nécessité d’une nouvelle voie pour
la politique française.
A.T. : C’est trop optimiste. Mais il
faut trouver, à partir de l’ébranlement donné par les gilets, un nouvel équilibre pour la défense de la
démocratie.
E.M. : Pendant longtemps, j’ai
pensé que l’homme intelligent,
cultivé, énergique et stratège qu’est
Emmanuel Macron saurait transgresser ses croyances économiques
fondamentales, comme il avait été
capable de transgresser les règles
démocratiques quand il s’est lancé
dans l’aventure présidentielle. Je
doute très fort, mais comme disait
Molière, «belle Philis, on désespère,
alors qu’on espère toujours». •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
6 u
MONDE
Par
FRANÇOIS-XAVIER GOMEZ
Photos ANDRÉ GARDAS.
LE PICTORIUM
L’
ultimatum fixé par six pays de
l’Union européenne ayant
expiré dimanche à minuit, la
France, l’Allemagne, l’Espagne, le
Royaume-Uni, le Portugal et les PaysBas vont reconnaître dans la journée
Juan Guaidó comme président légitime, par intérim, de la République
bolivarienne du Venezuela. Et probablement un septième, l’Autriche ayant
annoncé dimanche son intention de
rejoindre les six. Pour Paris, la ministre
française des Affaires européennes,
Nathalie Loiseau, l’a confirmé dimanche: «Si d’ici ce soir Maduro ne s’engage
pas à organiser des élections présiden-
Libération Lundi 4 Février 2019
tielles, nous considérerons que Guaidó
est légitime pour les organiser à sa place
et nous le considérerons comme le
président par intérim jusqu’à des élections légitimes.» Une reconnaissance
qui pour le moment ne va pas s’accompagner d’une rupture diplomatique
avec l’équipe au pouvoir.
Fidélité
La décision prise par une minorité
des 28 pays membres de l’UE marque
une rupture. Jusqu’à présent, toutes
les prises de position sur la crise vénézuélienne relevaient du consensus. Il
s’agissait de sanctions économiques
contre un régime accusé de ne pas respecter le jeu démocratique en muselant l’opposition, ou de gel des avoirs
bancaires de personnalités soupçonnées de corruption ou de malversa-
La cohésion
de l’UE se
fracasse
sur le cas
Caracas
Face au refus de Nicolás Maduro de
convoquer une élection présidentielle,
six voire sept pays européens,
dont la France, devraient reconnaître
ce lundi la légitimité de Juan Guaidó.
Hormis la Grèce qui soutient encore
le régime chaviste, les autres Etats
invoquent la non-ingérence.
tions. Désormais, l’Europe, sur ce sujet
comme sur beaucoup d’autres enjeux
de politique étrangère, est désunie.
D’un côté, la bande des six qu’on peut
comparer au groupe de Lima, qui réunit les pays d’Amérique latine proches
de la diplomatie des Etats-Unis.
De l’autre, des Etats qui privilégient le
principe de non-ingérence, position
synthétisée (avant le revirement de
Vienne dimanche) par la cheffe de la diplomatie autrichienne, Karin Kneissl:
«Nous reconnaissons les Etats, pas les
gouvernements.» Un seul pays, la Grèce,
soutient Nicolás Maduro, par fidélité de
gauche. A l’opposé du spectre idéologique, l’Italie a jugé, par la voix de son
Premier ministre, Giuseppe Conte, qu’il
n’était pas «opportun de se précipiter
à reconnaître des investitures comme
celle de M. Guaidó, qui n’ont pas été validées par un processus électoral».
Parmi les pays qui soutiennent Juan
Guaidó, figurent deux Etats gouvernés
à gauche : l’Espagne et le Portugal.
Deux pays qui comptent de nombreux
ressortissants (ou descendants de ressortissants) du Venezuela, comme le
montrent, selon l’Organisation internationale des migrations, les chiffres
de migrants vénézuéliens accueillis
en 2017: 209000 en Espagne, 25000 au
Portugal. Mais c’est aussi le cas de l’Italie qui a vu entrer sur son territoire,
la même année, 49000 migrants.
Fauteuil
Le régime chaviste et ses sympathisants reprochent aux Etats de l’UE de
s’aligner, avec dix jours de retard, sur la
décision de Donald Trump de reconnaître Juan Guaidó comme président.
C’est méconnaître les actions passées
de l’UE sur le sujet. Les Vingt-Huit
n’avaient pas reconnu les résultats de
la présidentielle du 20 mai 2018, tenus
dans un contexte qu’il convient de rappeler. Fin janvier, le Conseil national
électoral (CNE), contrôlé par le pouvoir,
avait interdit à l’opposition de présenter, comme elle le souhaitait, un candidat unique sous l’étiquette de la Table
de l’unité démocratique (la coalition
MUD). Plusieurs partis avaient opté
pour présenter des candidats, mais le
même CNE avait décidé en février
d’avancer le scrutin de décembre à avril
(date fixée en mai par la suite).
Dans l’impossibilité d’organiser des
primaires et de préparer en quelques
semaines leur campagne, les candidats
potentiels de l’opposition avaient alors
préféré jeter l’éponge, à l’exception de
Henry Falcón, un ex-chaviste critique.
Faute d’adversaires, Nicolás Maduro a
été logiquement réélu dans un fauteuil,
dès le premier tour, avec 68% des voix,
et un taux de participation éloquent
de 46 %. Le déni de démocratie du
régime chaviste, bâti sur une totale absence de séparation des pouvoirs, est
donc dénoncé de longue date par l’UE.
Mais la reconnaissance de Juan Guaidó
soulève d’autres questions.
Réunis à Bucarest où ils ont étalé leurs
divergences, les ministres des Affaires
étrangères des Vingt-Huit ont voté
jeudi la création d’un groupe de contact
mixte UE-Amérique latine pour tenter
de faire avancer le dialogue. Sa première réunion est programmée jeudi
prochain à Montevideo. Mais le fait que
sept pays (ou davantage) aient porté
leur choix sur le président autoproclamé du Venezuela risque bien d’affaiblir le poids de ce groupe de contact. •
Vingt ans après l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez,
des
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 4 Février 2019
u 7
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
«Avant j’avais des œillères,
mais on s’est réveillé»
Les anti-Maduro ont
manifesté en masse
samedi à Caracas, sans
violence, ni accrochage
avec la police. Les soutiens
du Président, eux, ont
peiné à mobiliser.
L’
dizaines de milliers de personnes désireuses d’en finir avec le chavisme ont défilé samedi dans le pays.
n
éa ue
Oc ntiq
la
At
image d’un pont débordé par
une foule immense au Venezuela a longtemps été celle
de l’émigration. Des milliers de Vénézuéliens qui traversent chaque jour le
Río Táchira par le pont Simón-Bolívar
pour rejoindre la Colombie et quitter
l’enfer vénézuélien. Samedi, vingt ans
jour pour jour après l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez, c’est un autre
pont, en plein cœur de Caracas, qui a
été foulé par des dizaines de milliers de
personnes, désireuses d’en finir avec le
chavisme. Tout un symbole. «C’est fou,
souffle une manifestante. Je crois qu’on
est encore plus nombreux que le 23 janvier.» A l’appel de leur chef de file Juan
Guaidó, les partisans de l’opposition
ont investi le quartier de Las Mercedes,
séparé du nord de la ville par le Río
Guaire. Sur l’autoroute surélevée qui
longe le cours d’eau, quelques automo-
bilistes s’arrêtent pour immortaliser la ton de produits de bases offert par le
scène avant de repartir en lâchant quel- gouvernement aux plus pauvres dont
ques coups de klaxon de soutien.
elle n’avait plus vu la couleur depuis des
Sur l’avenue du quartier, au bout de semaines. «C’était bien tenté, rigole-tlaquelle le président autoproclamé elle. Mais nous voilà dorénavant derdepuis le 23 janvier, Juan Guaidó, va rière Guaidó.»
s’exprimer, il est très difficile de progresser tant la foule est dense. Chaque SALSA
slogan lancé par un manifestant est re- Au même moment, à l’ouest, c’est tout
pris par un millier de voix enthousias- de rouge que se colore l’avenue Bolívar.
tes. Plusieurs drapeaux européens sont Le peuple chaviste se rassemble pour
brandis, comme pour inciter les pays célébrer deux décennies de révolution
concernés à reconnaître «leur» prési- bolivarienne. «Sans Chávez, nous ne
dent, Juan Guaidó. Giusepina s’est en- sommes rien !» hurle un vieux monroulé un drapeau italien autour de la sieur, béret militaire sur le crâne, un
taille. «Je suis très triste, dit-elle, les lar- immense portrait du commandante
mes aux yeux. Je suis d’origine italienne dans les bras. Son cri est vite étouffé par
et c’est très douloureux de savoir que la salsa qui fait danser l’avenue. Dermon pays refuse de reconnaître Guaidó. rière son stand, Mary se laisse aller au
Tout ça à cause de ce Mouvement Cinq rythme de la musique. Elle vend des
Etoiles qui ne comprend décidément casquettes et objets à l’effigie de la révorien à rien.» Elle n’est pas la seule : la lution. Lorsqu’on lui parle d’opposition,
communauté italienne
son visage souriant s’assomest l’une des plus
brit. «Qu’ils marchent. On
Mer des
fournie au Venezuela.
est en démocratie ici, ditCaraïbes
Pour elle, la fin de
elle. Mais ils feraient
l’ultimatum de six
mieux de discuter avec
autres pays euronous plutôt qu’avec les
Caracas
péens dimanche n’est
Etats-Unis.» Rien
VENEZUELA
pas juste un symbole.
qu’en prononçant ce
GUYANA
«Les militaires ne se
mot, la chaviste deretourneront pas sans
vient aussi rouge que
COLOMBIE
BRÉSIL
un appui extérieur, s’emses casquettes. «Vous
balle-t-elle, la voix tremcroyez qu’il veut quoi mon200 km
blante. A la France, l’Espagne,
sieur Trump? Le bonheur des
l’Italie, à toute la communauté euro- Vénézuéliens ? Faire copain-copain ?
péenne : j’appartiens à votre commu- Non! Il veut notre pétrole et notre or, et
nauté, j’ai du sang italien! Je vous im- eux, ils tombent dans le panneau!»
plore d’aider le Venezuela…» Et Ici, l’ombre de l’oncle Sam est l’objet de
Giusepina de s’effondrer en sanglots toutes les haines, plus que les militants
dans les bras de son mari.
d’opposition. «Ils se sont fait laver le
cerveau, tranche Luis, d’un air un peu
TISSU NOIR
condescendant. Et puis ils ne sont pas
Tous les manifestants s’accordent à dire si nombreux, les rues étaient bien vides
qu’il faut accroître la pression exté- ce matin.» Il vient de sortir de l’un des
rieure pour faire plier Nicolás Maduro. bus garés en contrebas, venus par cen«Cette fois-ci, on n’a plus besoin de prou- taines d’un peu partout au Venezuela.
ver qu’on est en majorité, c’est acté», Pour gonfler les rangs de la manifestaveut croire Juan, 26 ans. La défection tion prorégime ? «Non ! Pour rendre
samedi d’un général de l’armée de l’air hommage à Chávez!» s’agace-t-il. Luis
le laisse évasif: «C’est bien, mais je ne fait partie de la milice bolivarienne. Un
vois pas trop ce que ça va changer. Ce corps spécial créé par le gouvernement
qu’il faut, c’est que tous ceux qui meu- et armé par les militaires. «Si les gringos
rent de faim et les soldats nous rejoi- venaient à nous envahir, nous sommes
gnent comme l’ont fait les quartiers po- prêts», assure-t-il alors qu’il flotte dans
pulaires le 23 janvier.» Dans le cortège, son uniforme. Autour de lui, les chavisRosaura vient justement de Petare, le tes attendent leur président. Il y a du
plus grand bidonville du pays, à l’est de monde, mais l’avenue est loin d’être
la capitale. La jeune femme progresse pleine.
avec un grand drapeau qu’elle porte De retour à Las Mercedes, Juan Guaidó
aidée par des voisins. Ancienne mili- a gagné la scène sous les applaudissetante chaviste, elle manifeste pour la ments de ses partisans. Il a la voix casdeuxième fois consécutive. «Avant, sée par les deux dernières semaines de
j’avais des œillères, mais on s’est ré- crise. Il annonce que l’aide humaniveillé», assure-t-elle. Ce jour-là, son taire va arriver, et que de nouvelles maquartier a été le théâtre d’une violente nifestations auront lieu. Notamment
répression. Elle dit avoir vu plusieurs le 12 février pour le «jour de la jeujeunes tomber sous les tirs de la police. nesse». Une jeunesse qui a fui le pays
Plusieurs drapeaux brandis par les ma- en masse ces derniers mois et qu’il
nifestants sont d’ailleurs surmontés espère voir revenir. Des cris de joie red’un bout de tissu noir, en hommage tentissent. Le leader s’en va et la foule
aux victimes de la répression. «Ils ont se disperse, sans violence, sans accrovoulu nous punir, parce que normale- chage avec la police. Elle retraverse le
ment nous sommes chavistes, analyse pont dans le sens inverse, avec l’espoir
Rosaura. Désormais, on préfère mourir qu’un jour la diaspora fera de même.
par balle que mourir de faim.» VenBENJAMIN DELILLE
dredi, elle a reçu sa «caja clap», un carCorrespondant à Caracas
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
8 u
MONDE
Libération Lundi 4 Février 2019
LIBÉ.FR
Les sangliers
polonais au bord
de la disparition
Pour lutter contre l’épidémie de peste
porcine qui sévit dans le pays, les autorités
polonaises ont lancé une campagne
massive de chasse au sanglier,
délaissant les mesures de sécurité
sanitaire. PHOTO AFP
enjeu après avoir déjà avalé
une cargaison de couleuvres
au cours des derniers mois.
Que ce soit sur d’autres
grands chantiers (comme un
gazoduc dans les Pouilles), la
loi ultrasécuritaire voulue
par Matteo Salvini ou encore
l’intransigeance de ce dernier sur les questions migratoires, les renoncements de
la formation populiste ne se
comptent plus. La direction
du Mouvement Cinq Etoiles
les justifie par la nécessité de
trouver des compromis avec
son encombrant allié léguiste
en échange de mesures jugées emblématiques, comme
l’introduction d’un revenu de
citoyenneté pour les plus
démunis ou la réduction des
dépenses militaires pour
1 demi-milliard d’euros.
Bataille. Reste qu’auprès
Luigi Di Maio (M5S) et Matteo Salvini (la Ligue) à Rome en juin. PHOTO TONY GENTILE. REUTERS
TGV Lyon-Turin: l’alliance entre le
M5S et la Ligue entre dans un tunnel
Associés au sein
du gouvernement,
les dirigeants
du mouvement
populiste et
de la formation
d’extrême droite
se sont écharpés
tout le week-end à
propos du chantier
transalpin.
Par
ÉRIC JOZSEF
Correspondant à Rome
L
e long du projet de
ligne ferroviaire à
haute vitesse devant
relier Lyon à Turin, l’alliance
populiste entre le Mouvement Cinq Etoiles (M5S) et la
Ligue (extrême droite) donne
des premiers signes de déraillement. Huit mois après
leur accession au pouvoir et
à quatre mois seulement des
élections européennes, le
ton monte en effet entre les
deux partenaires gouvernementaux à propos d’un
chantier qui depuis des années divise l’opinion publique italienne.
«Fière». La construction de
la TAV (nom italien du TGV
Lyon-Turin) a débuté des
deux côtés des Alpes, mais
le projet, qui prévoit un
tunnel de 57,5 kilomètres
pour un coût total de 8,6 milliards d’euros a toujours été
contesté par le M5S, qui parle
d’un chantier inutile et coûteux. «Cela ne va profiter
qu’aux constructeurs», dénonce régulièrement son leader historique, Beppe Grillo,
pour qui la TAV est un «foutage de gueule». Dimanche, le
vice-Premier ministre et lea-
der actuel du M5S, Luigi
Di Maio, a de son côté réaffirmé que les promesses électorales du mouvement seront
tenues et que «la TAV ne se
fera pas». La veille, il avait
prévenu: «Le discours est clos.
Nous pouvons simplement
dire que tant que le M5S sera
au gouvernement, ce chantier
ne débutera pas», n’hésitant
pas à défier ouvertement son
homologue gouvernemental,
l’autre vice-président du
Conseil et ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini. Vendredi, ce dernier s’était rendu
dans la vallée de Suse, lieu
des travaux, pour affirmer
que «plus tôt on fait la TAV,
mieux ce sera. Il faut achever
cet incroyable, exceptionnel
ouvrage public dont l’Italie
devrait être fière dans le
monde entier».
Pour le leader d’extrême
droite dont la base électorale
se situe dans le nord productif du pays et notamment
auprès des petits et moyens
entrepreneurs, la poursuite
du chantier est d’autant plus
fondamentale que l’Italie
vient d’entrer en récession.
«Il y a 50 000 emplois, entre
ceux directs et les sous-traitants, qui sont en jeu dans
une phase de crise économique, et y renoncer et mettre
en danger la vie des entreprises me semble peu raisonnable», a pointé Matteo
Salvini. Vendredi, il avait
toutefois laissé une porte
ouverte à l’attention de ses
alliés gouvernementaux et
assuré qu’il était tout de
même possible de réduire
le coût du projet pour environ un milliard d’euros.
«Avec un peu de bon sens,
on peut trouver un accord»,
a ajouté l’homme fort du
gouvernement. Mais pour le
M5S, les déclarations de Matteo Salvini sont perçues
comme une véritable provocation. «Si on insiste sur cette
question, dois-je en tirer la
conclusion que c’est pour
rompre l’alliance gouvernementale ?» s’est publiquement interrogé dimanche
soir Luigi Di Maio. Pour le
M5S, la ligne Lyon-Turin s’est
ainsi colorée de rouge. Pas
question de reculer sur cet
«Tant que
le M5S sera au
gouvernement,
le chantier
ne débutera
pas.»
Luigi Di Maio
dirigeant du M5S
d’une partie des électeurs du
M5S, l’équilibrisme affiché
est avant tout synonyme de
reniement. Le mouvement
s’effrite chaque mois dans
les sondages. De 32,7 %
en mars dernier, il est tombé
à 24,9% dans la dernière enquête de l’institut Demos,
tandis que dans le même
temps, la Ligue s’affirme
comme la première formation du pays, avec 33,7% des
intentions de vote contre
17,4 % lors du scrutin. Soupçonnés par certains opposants historiques du projet
Lyon-Turin d’avoir déjà trahi
la cause, les leaders du M5S
semblent avoir finalement
décidé de renverser la vapeur et d’en faire une bataille
symbolique pour éviter un
ultérieur discrédit auprès de
leur base. Et cela à la veille
du scrutin européen.
Iront-ils jusqu’à mettre en
péril l’alliance gouvernementale avec la Ligue ? Ils ont
aussi beaucoup à perdre. Une
obstination sur le dossier
Lyon-Turin entraînant une
éventuelle chute du gouvernement et un retour aux
urnes risquerait de les renvoyer dans l’opposition. C’est
sans doute la raison pour
laquelle le ministre des
Transports (M5S), Danilo Toninelli, n’a toujours pas rendu
public le «rapport coûts-bénéfices» commandé par le
gouvernement et sur la base
duquel la décision sur le
Lyon-Turin devrait être prise.
Selon la presse italienne,
l’analyse recommanderait
l’arrêt des travaux. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 4 Février 2019
u 9
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
LIBÉ.FR
Etats-Unis : un gouverneur
démocrate refuse de démissionner après une photo raciste
Plusieurs images de Ralph Northam, gouverneur de Virginie,
apparaissent dans un trombinoscope de son école de médecine en 1984. L’un des clichés montre deux personnes :
l’une grimée en noir et l’autre vêtue de la tunique blanche
du Ku Klux Klan. «J’ai l’intention de continuer à gouverner»,
a malgré tout déclaré Ralph Northam. PHOTO REUTERS
LE PAPE FRANÇOIS
dimanche sur Twitter,
avant de s’envoler vers
Abou Dhabi
AFP
«Je me rends [aux Emirats
arabes unis] comme un frère
pour écrire ensemble une page
de dialogue et parcourir
ensemble les chemins de paix.»
Le souverain pontife est le premier chef de l’Eglise à fouler
le sol de la péninsule Arabique, berceau de l’islam. Il doit
participer ce lundi à une rencontre interreligieuse et célébrer mardi, dans un stade, une messe à destination de la
communauté catholique (1 million de personnes, essentiellement des Philippins). Avant de quitter Rome, le pape a
pressé les parties impliquées dans la guerre au Yémen,
dont les Emirats, de «favoriser de manière urgente le respect
des accords établis»: «La population est épuisée par le long
conflit et de très nombreux enfants souffrent de la faim.»
Algérie: vers une cinquième
candidature pour Bouteflika
Abdelaziz Bouteflika n’a pas
encore déposé officiellement
sa candidature pour l’élection
présidentielle du 18 avril mais
les dirigeants des quatre partis de la coalition au pouvoir
(FLN, RND, TAJ, MPA) réunis
pour une conférence de
presse commune, samedi,
ont affirmé qu’«il n’y avait
aucun doute». Oui, le chef
de l’Etat algérien briguera
un cinquième mandat, ont
annoncé les caciques de la
majorité.
«Nous devons être reconnaissants à son égard en appelant
Dieu à le préserver pour l’Algérie», a déclaré Mourad Bouchareb, le président de l’Assemblée populaire nationale.
«Il est évident que M. Bouteflika n’animera pas sa campagne électorale», a précisé le
Premier ministre, Ahmed
Ouyahia. Depuis un accident
vasculaire cérébral survenu
en 2013, qui l’a laissé lourdement handicapé, le président
algérien n’a plus jamais prononcé de discours en public.
Ses apparitions médiatiques,
en chaise roulante, sont de
plus en plus rares. Mais selon
Ahmed Ouyahia, le chef de
l’Etat de 81 ans n’a plus
besoin de faire campagne
«car le peuple le connaît
désormais».
Dans l’hypothèse, désormais
quasi certaine, de sa candidature, l’issue de l’élection ne
Rectificatif. Contrairement à ce qui était indiqué par
erreur dans la légende de l’image publiée page 11 dans Libération du 11 janvier, ce n’est pas Nacer Blendrer qui figure
sur la photo en compagnie de l’avocat Henri Laquay lors
du procès de Mehdi Nemmouche. Toutes nos excuses aux
intéressés et à nos lecteurs.
rilleux du statu quo, se désole
l’éditorialiste d’El Watan Hacen Ouali. Mais pour quelle
mission, lorsque l’on sait déjà
que le quatrième mandat
n’aura servi qu’à accentuer la
crise politique, à aggraver
l’échec économique et surtout
au renforcement du désespoir
national ? […] L’image du
pays s’assombrit et la dignité
des Algériens s’affaisse.»
La loi oblige les postulants à
recueillir 60000 parrainages
d’électeurs répartis à travers
au moins 25 wilayas (départements) ou 600 parrainages
d’élus pour pouvoir se présenter. Ils ont jusqu’au 3 mars
minuit pour déposer leur
dossier de candidature.
TOUS LES MARDIS
Au Caire, les Egyptiennes
tombent le voile
Sur une chaîne égyptienne autour du cou. Certes, cela
consacrée aux femmes, une n’a jamais interdit à leur
émission de cuisine met en coquetterie de s’exprimer
scène deux présentatrices par des foulards aux couapprêtées comme pour une leurs éclatantes, encadrant
grande soirée. Robe de gala, souvent un visage lourdecrinière travaillée, décolleté ment maquillé, tandis que
plongeant… Une apparence leurs jupes longues très
impensable il y
moulantes conÀ L’HEURE tredisent l’oba encore quelques années en
jectif du hijab de
ARABE
Egypte, où la
cacher l’appamême émission était ani- rence des femmes.
mée par des femmes por- On avait oublié que, dans
tant le hijab. Loin d’être les années 60, étudiantes et
réservé à la télé, le phéno- femmes lambda ne pormène du renoncement au taient pas de couvre-chef
voile s’est accéléré ces deux en référence au geste histodernières années, surtout rique des premières milichez les jeunes, au nom de tantes nationalistes des an«la liberté de choix» dans ce nées 20, qui avaient ôté leur
domaine. Même parmi les voile en signe d’émancipaministres, les députées et tion. Toujours est-il que la
les fonctionnaires, certai- vague actuelle de renoncenes découvrent leur tête.
ment au symbole des anOn s’était en effet habitué nées de conservatisme sodepuis des décennies à voir cial et religieux qui a touché
plus de 90% des Egyptien- le monde arabo-musulman
nes la tête recouverte d’un est sans doute bienvenue.
voile étroitement serré
HALA KODMANI
fera une nouvelle fois aucun
doute. Plusieurs partis d’opposition (le Rassemblement
pour la culture et la démocratie, le Front des forces socialistes) ont déjà annoncé qu’ils
boycotteront le scrutin. Les
candidats déclarés jusqu’à
présent – l’ancien Premier
ministre Ali Benflis, le général retraité Ali Ghediri, le
chef du principal parti islamiste Abderrazak Makri –
n’ont aucune chance de l’emporter face au vieux moujahid au pouvoir depuis 1999.
«Dans un élan d’absurdité
stupéfiante, les partisans visibles et invisibles de la “continuité” imposent ainsi de
poursuivre le chemin pé-
accueille
Sénégal Premier
jour de campagne
pour Macky Sall
Le président sénégalais sortant, candidat à sa réélection,
est confronté à quatre adversaires. Ses deux concurrents
les plus sérieux –Karim Wade,
ex-ministre et fils de l’ancien
chef d’Etat Abdoulaye Wade,
et Khalifa Sall, maire déchu
de Dakar– ont été écartés de
la course en raison de condamnations judiciaires. Leurs
consignes de vote seront
particulièrement scrutées.
Macky Sall, 57 ans, vise une
victoire dès le premier tour,
le 24 février. Face à lui se présentent deux ex-collaborateurs d’Abdoulaye Wade (l’ancien Premier ministre Idrissa
Seck et l’ex-ministre Madické
Niang) et deux députés (l’opposant tapageur Ousmane
Sonko et Issa Sall, chef d’un
parti proche de la mouvance
religieuse). PHOTO AFP
EEKLY
IONAL W
INTERNAT
TU ESDAY,
JAN UA RY
Copy righ
t © 2019
22, 2019
The New
York Time
s
h
ration wit
In collabo
Saudi
Women
s
Take Risk
e
le
F
d
An
By BEN
HUBBA RD
CK
C. PADDO
RD
ver
and RICHA
— Whene
Lebanon bound her
BEIRUT,
or
for
beat her,
her father ankles to punish her di
Sau
wrists and disobedience, the she
escape,
of
perceived
ed
n aldream
teenager the same questio she
t
w would
said. Bu
d her: Ho
the
ways stoppe ran away within uld
she
pol ice wo
get out? If
S
law
the Saudi
YORK TIME
cou ntr y, her home. Saudi oad
S/THE NEW
DOUG MILL
APHS BY
mp.
just send from traveling abr .
PHOTOGR
nald J. Tru
sident Do
barred her father’s permission n
atio
hard on Pre
without hering a fam ily vac
right, to be
Sha
er,
17,
dur
um
s
t
wa
Bu
Chuck Sch
when she ted. While
bol
in Turkey
osi, left, and
uha imeed
a tax i
Nancy Pel
had al-M slept, she took and
ts, led by
Democra
her fam ily border to Georgia now
ns expect
Republica
across the self a refugee. “I Ms.
her
d
d
to,” sai
declare
y I wa nt
e in
.
live the wa 19, from her hom
inistration to reed,
up
Muhaime
his own adm
to
this adds
s drawn
What all r. Whether it will
Sweden.
er
ent ion wa
lea
World att Saudi women aft n,
ma ins unc -blown impeachof
unu
the status nager, Ra haf Alq this
lead to a full y in the House has
d
uir
it underanother tee pped in Tha ilan it to
ment inq
ided. But with cant
18, wa s stoile try ing to ma ke re.
yet to be dec
e
cha nce tha
month wh to seek ref uge theme scores the eady lining up to tak l
ates alr
al social
ngton wil
Australia
did
shi
tion
Wa
s
rna
0,
tion
inte
202
deAfter an gn, the United Na
him on in
s to come mp’s
y
nth
uar
mo
pai
dia cam
gee on Jan
spend the future of Mr. Tru
her a refu two days later
of
d
the
ion
lare
dec
direct
bating
said
Tha iland
y and the
BAK ER
9. She left , where officia ls
presidenc y.
By PETER
.
ait has
for Canada n gra nted asylum trythe countr lity,” said Andy Sur
TON — So
n
WASHING The president of
tegist
“The rea
she had bee enon of wome
:
,
last
ublica n stra
to
come to thisStates was asked
The phenomdi Arabia is not new
bia n, a Rep specia l assista nt
as
n
n
Sau
ited
r
ssia
ntio
Un
me
flee
Ru
the
next two
s atte
ing to
and for
he is a
the world’ en a Saudi
, is “that the stop
whether used to directly
to
mp
ek
ing
we
Tru
.
non
wh
com
Mr
d he ref
the 1970s, trying to flee
going to be
agent. An
early as
answer.
yea rs are r.”
n,
was caught were executle
The questio
princess
political wa mp’s inner circ
They
r
olitical Wa
P
’
p
o
t
s
n
o
Trump’s ‘N
ll fight
A border wa
of many
is the first
.
the horizon
battles on
Chaque mardi, un supplément de quatre pages par
le «New York Times»: les meilleurs articles du quotidien
new-yorkais à retrouver toutes les semaines dans
«Libération» pour suivre, en anglais dans le texte,
l’Amérique de Donald Trump.
b
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
10 u
FRANCE
Libération Lundi 4 Février 2019
RÉFÉRENDUM
Macron tâte
le scrutin
Pour répondre aux exigences des gilets jaunes
et tenter d’endiguer le mouvement, le Président
envisage une consultation dans le sillage du grand
débat, le jour des élections européennes. Si rien
n’est encore arbitré, le projet divise déjà la majorité.
Par
ALAIN AUFFRAY
U
n big-bang électoral pour
sortir de la crise sociale et
politique provoquée par la
révolte des gilets jaunes ? Emmanuel Macron envisage de frapper
fort en fixant au dimanche 26 mai
le rendez-vous crucial où se jouera
la suite de son quinquennat. Interrogé par plusieurs médias, dont
Libération, il a confié jeudi qu’il
n’écartait pas l’idée de faire coïncider le renouvellement du Parlement
européen avec une consultation où
les électeurs seraient invités à trancher sur plusieurs questions soulevées par le grand débat.
Un référendum fin mai en même
temps que les européennes? «Cela
fait partie des sujets sur lesquels il
faut cogiter», a-t-il répondu. Pas
question, a-t-il ajouté, de «se défaus-
ser» avec l’une ou l’autre des «réponses traditionnelles» aux crises majeures qui ébranlent la République:
réponse politique avec la dissolution de l’Assemblée nationale ou réponse sociale avec l’organisation
d’un grand et coûteux Grenelle négocié avec les syndicats.
PROCÉDURE LOURDE
En fait, l’exécutif «cogite» sur cette
réponse inédite depuis plus d’un
mois. Début janvier, le député
LREM Sacha Houlié avait révélé que
la piste étudiée était celle d’un référendum à questions multiples sur
des sujets touchant à la vie démocratique : vote blanc, proportionnelle ou encore réduction du nombre de parlementaires et le cumul
des mandats, à l’issue du grand débat national voulu par Emmanuel
Macron. A l’Elysée, on avait alors
fait valoir qu’il était prématuré d’en-
GILETS JAUNES : UN ACTE XII
QUI MOBILISE ENCORE
Quelque 58 600 manifestants, contre 69 000 la semaine
dernière : pour l’acte XII de leur mouvement placé sous le signe
d’un hommage aux victimes des violences policières, grenades
et tirs de «LBD», les gilets jaunes ont encore réussi à mobiliser.
Emmenée par Jérôme Rodrigues (lire page 32), l’un des leaders
gravement touché à l’œil le 26 janvier, la «grande marche des
blessés» a réuni 13 800 personnes à Paris, selon le cabinet
Occurrence. Des incidents avec les forces de l’ordre ont éclaté en
fin d’après-midi sur la place de la République et 33 manifestants
ont été interpellés. Bordeaux a aussi été le lieu de
21 interpellations. Idem à Nantes et Morlaix où des policiers ont
été blessés, et à Strasbourg et Nancy où 32 personnes au total ont
été arrêtées. La mobilisation a été forte à Valence, où 5 400 gilets
jaunes ont défilé après la venue de Macron la semaine dernière.
visager cette hypothèse. Pas question de trancher sur l’éventuelle organisation d’un référendum, et
encore moins sur les questions qui
pourraient être posées avant la
conclusion du grand débat, prévue
le 15 mars. Mais pour d’évidentes
raisons pratiques, impossible d’attendre les arbitrages du chef de
l’Etat, probablement début avril,
pour lancer la machine administrative qui permet d’organiser un référendum. La procédure s’annonce
particulièrement lourde puisqu’il
devrait y avoir autant d’urnes que de
questions posées, chaque question
devant porter sur un projet de loi
précis et préalablement rédigé.
S’il veut se donner les moyens d’être
prêt pour le 26 mai, l’exécutif doit s’y
préparer dès maintenant. Comme le
révèle le Journal du dimanche, le
bureau des élections au ministère de
l’Intérieur a déjà alerté ses prestataires, imprimeurs et papetiers, afin
qu’ils soient prêts le jour J, si Macron le décide. Invitée du Grand
Jury de RTL, la ministre des Affaires
européennes, Nathalie Loiseau, assurait dimanche que rien n’était
tranché: «Le président de la République n’exclut rien mais n’a pas pris sa
décision.» Très engagée dans la campagne européenne, au point que son
nom est cité avec insistance pour
conduire la liste de la majorité, la
ministre n’est pas très enthousiaste
à l’idée d’un référendum le 26 mai.
Ce jour-là, elle souhaiterait plutôt
qu’on parle d’Europe.
Dans l’exécutif comme au Parlement, la question divise la majorité.
«On parle d’Europe tous les cinq ans
dans ce pays. C’est un sujet sur lequel
on est fort. En ajoutant le référendum, on fait un cadeau à ceux qui
n’ont pas de ligne sur l’Europe», se
désole un député LREM. Même inquiétude dans la bouche de ce ministre, interrogé par Libération :
«Dans les majorités précédentes, de
droite comme de gauche, il y a toujours eu des divisions entre eurosceptiques profonds et pro-européens.
Pour la première fois une majorité
présidentielle est unie sur la question
européenne; ce serait vraiment dommage d’en détourner les électeurs.»
«GRAND RISQUE»
Une autre crainte, moins avouable,
tient au fait qu’en faisant du 26 mai
le grand rendez-vous électoral censé
purger la crise des gilets jaunes, le
gouvernement va faire mécaniquement monter la participation aux
européennes. Ce qui pourrait profiter au vote protestataire, aux dépens
de la liste que devrait présenter, début mars, l’alliance pro-européenne
LREM, Modem et juppéistes. Tout
en se déclarant «toujours d’accord
avec les référendums», la présidente
du Rassemblement national (RN),
Marine Le Pen, a pourtant dénoncé
dimanche, sur BFM TV, «une
manœuvre» qui viserait à «détourner» les électeurs des positions de
Macron sur l’Europe, selon elle
«tout à fait minoritaires dans le
pays». En attendant une dissolution
qu’elle juge incontournable, la patronne du RN veut un référendum
sur «la proportionnelle intégrale» et
«le référendum d’initiative populaire». Au nom de LR, Laurent Wauquiez estime que Macron prendrait
«un grand risque» en se contentant
de consulter les Français sur des sujets «institutionnels». S’il souhaite
vraiment faire de ce 26 mai son
heure de vérité, Macron va devoir se
décider dans les jours qui viennent.
D’ici là, il aura pu sonder les chefs
des groupes représentés à l’Assemblée nationale, au Sénat et au Parlement européen, tous convoqués
cette semaine pour des entretiens
à l’Elysée. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 4 Février 2019
u 11
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
tion d’Istanbul contre les violences faites aux
femmes. Dans plusieurs pays de l’Est, on a fait
croire que ce texte ouvrait la porte à la reconnaissance du mariage gay. «Cela venait de mouvements
religieux évangéliques, probablement américains»,
confie un proche de la ministre.
Très en vogue parmi les gilets jaunes, les infox sur
le pacte de Marrakech ou sur le traité d’Aix-la-Chapelle (supposé livrer l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne) ont montré que la France n’était pas à l’abri.
«Tout se passe comme si le mouvement des gilets
jaunes avait décomplexé les dirigeants d’extrême
droite. Ils ne se contentent plus d’encourager discrètement la propagation des mensonges, ils les assument clairement», constate Séjourné. Pendant la
campagne des européennes, il s’attend à ce que
l’ex-directeur de campagne de Trump, Steve Bannon, ne soit «pas inactif». N’a-t-il pas déjà ses bureaux à Milan et à Bruxelles?
En la matière, le parti des marcheurs a déjà une
certaine expérience. Pendant la présidentielle,
une vidéo de Macron s’essuyant longuement les
mains avait été largement partagée pour illustrer
«le mépris de classe» du banquier qui se salit en
serrant des mains ouvrières. Il n’était pas précisé
que ce dernier venait d’attraper à pleine main une
anguille devant des pêcheurs. Séjourné se souvient d’avoir pris la mesure de la puissance de
cette manipulation le 26 avril à Amiens, à l’usine
Whirlpool, lorsqu’une salariée avait posé cette
question à Macron: «On est des ouvriers, vous nous
serrez la main ?»
Rubrique «désintox»
Macron dans
la Drôme lors
d’un débat
citoyen,
le 24 janvier.
PHOTO ALBERT
FACELLY
Européennes: face au pipeau,
les macronistes jouent la lutte
Groupe de travail,
loi anti-fake news,
réseau de factchecking… A moins
de quatre mois
du scrutin, la majorité
se prépare
à combattre
la propagation
de fausses nouvelles
pendant la campagne.
A
ucune démocratie ne semble pouvoir y
échapper : à grand renfort de fake news,
les campagnes électorales sont devenues
les cibles de manipulations en tous genres. L’ONG
Freedom House en a recensé dans une vingtaine
de pays, la présidentielle américaine de 2016 ou
le référendum sur le Brexit faisant figure de cas
d’école. A Paris, comme dans la plupart des capitales européennes, on s’attend donc à des attaques
massives à l’occasion du scrutin du 26 mai, potentiellement crucial pour l’avenir de l’UE. Selon Nathalie Loiseau, ministre en charge des Affaires
européennes, la menace vient tout particulièrement, à l’extérieur de l’UE, «d’acteurs étatiques et
non-étatiques hostiles au projet européen».
Pour faire face à la guerre de la désinformation
russe, la Commission européenne a créé en 2015
un groupe de travail baptisé East Stratcom, qui a
déjà recensé plusieurs milliers de campagnes douteuses. Et Stéphane Séjourné, proche d’Emmanuel
Macron en charge de la campagne européenne de
la majorité, s’attend à ce que les Etats-Unis et la
Russie s’emploient, chacun de leur côté, «à détruire ce que nous faisons en favorisant leurs amis
populistes». La menace serait particulièrement
élevée dans les pays de l’Est, plus vulnérables.
«Extrême droite décomplexée»
Nathalie Loiseau évoque la récente manipulation
sur le pacte de Marrakech par lequel les pays de
l’UE auraient prétendument renoncé à leur souveraineté migratoire : «C’est arrivé en piqué sur le
gouvernement belge, qui est tombé à cause de ça.»
La ministre dit avoir également été frappée de voir
«des campagnes similaires se déclencher dans
plusieurs pays au même moment» sur la conven-
Macron a fait de cette bataille l’une de ses priorités. Il constate que le développement des réseaux
sociaux et de l’info en continu a favorisé «un zapping permanent» dans lequel «le nombre de vues»
a supplanté la hiérarchisation de l’information.
Lors de ses échanges avec les maires, dans l’Eure
puis dans la Drôme, il a parlé de reconstruire «le
rapport à la vérité», dénonçant avec insistance
«les infox» qui ont rendu possible le Brexit. Et devant quelques journalistes, reçus jeudi à l’Elysée,
il s’est demandé s’il ne fallait réfléchir à «une forme
de subvention publique dédiée à la vérification de
l’information».
Publiée au Journal officiel fin décembre, la loi
anti-fake news donne la possibilité de saisir la justice pour faire cesser la diffusion d’une information «manifestement fausse, diffusée de manière
délibérée, massive et artificielle». Très controversé,
ce texte impose aux réseaux sociaux plus de transparence sur l’origine des messages sponsorisés;
il donne au Conseil supérieur de l’audiovisuel le
pouvoir de faire cesser la diffusion d’une chaîne
de télévision étrangère soupçonnée de manipulation. Au QG de la campagne LREM pour les européennes, on ne se fait pas d’illusion: le droit français, désormais plus protecteur, ne met pas à l’abri
des ingérences. Séjourné envisage des «conférences de presse hebdomadaires pour déconstruire les
fake news». Chargée par LREM de piloter une «task
force», la députée Anne-Laure Cattelot confie
qu’elle passe son «temps à éteindre le feu des fausses informations du Rassemblement national». Sur
son site, le parti macroniste a inauguré sa propre
rubrique «désintox», largement relayée sur les
boucles de la messagerie Telegram. L’une des difficultés étant, selon le directeur de campagne, «de
ne réagir ni trop tard ni trop tôt car cela risque de
contribuer à la propagation des mensonges».
Loiseau confirme que le sujet est pris très au sérieux à Bruxelles, où l’on réfléchit à la construction
d’un réseau de fact-checking «afin de mieux relayer tous ceux qui, dans les médias européens, travaillent à débusquer les infox». Fin décembre, la
Commission a présenté un plan de lutte contre la
désinformation qui prévoit notamment une augmentation du budget du service diplomatique de
l’UE. Avant le début de la campagne, les ministres
européens veulent avoir mis en place un réseau
d’alerte, un «mécanisme de réaction rapide» sur les
ingérences ou hackings repérés dans l’un
des 28 Etats de l’UE.
A.A.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
12 u
FRANCE
Libération Lundi 4 Février 2019
LIBÉ.FR
Mal-logement
à Marseille Une deuxième
marche pour le logement a eu
lieu samedi dans le centre-ville de la cité
phocéenne, réunissant plusieurs milliers
de manifestants venus rappeler à la mairie
que les effondrements de la rue d’Aubagne,
qui ont fait huit morts en novembre, n’étaient
pas oubliés. PHOTO PATRICK GHERDOUSSI
Tourcoing: Gérald
Darmanin ne perd
pas le Nord
Après le décès
du maire de la ville,
Didier Droart,
le ministre des
Comptes publics
cherche à garder
la main sur
son bastion sans
laisser de côté
son maroquin.
Par
LILIAN ALEMAGNA
et STÉPHANIE
MAURICE
Photo
AIMÉE THIRION
A
cre-t-il le retour de l’enfant
prodigue sur ses terres ? «Il
n’est jamais parti. La seule
question est de savoir s’il va
revenir à plein temps ou pas,
tranche Xavier Bertrand. Il
faut compter sur les doigts
d’une main les week-ends où
il n’est pas là.»
Le 9 décembre, Gérald Darmanin, toujours premier adjoint à Tourcoing, publie une
vidéo-selfie avec une perruche sur l’épaule pour faire la
pub du Noël des animaux organisé par la SPA dans sa
commune. On est à la veille
de l’allocution solennelle du
chef de l’Etat pour répondre
à la crise des gilets jaunes, la
majorité est sous pression…
doux à Martine, analyse un
élu socialiste. Il lui a dit “je te
laisse tranquille à Lille, et tu
me laisses la présidence de la
MEL”», la métropole européenne de Lille. «Le véritable
enjeu n’est pas Tourcoing,
mais la MEL», estime aussi
Vincent Lannoo, opposant
socialiste tourquennois.
La quatrième métropole de
France, 1,1 million d’habitants, un budget 2018
de 1,8 milliard d’euros, est un
poids lourd politique. Pierre
Mauroy en a été le président,
Martine Aubry aussi. Le
poste idéal pour attendre
sagement que le paysage
s’éclaircisse pour 2022. Que
ce soit pour revenir aider Emmanuel Macron ou faire le
choix de Xavier Bertrand,
présidentiable potentiel. Un
socialiste l’assure : «Je suis
certain qu’il se voit déjà directeur de campagne de
Bertrand.»
Mais encore faut-il être élu à
Tourcoing. «Il avait fait un
pari, en espérant que la santé
de Didier Droart tienne jusqu’au bout du mandat», affirme Vincent Lannoo. Son
décès est survenu trop tôt. La
question n’aurait pas dû se
poser avant quelques mois,
lorsque les ministres aux ambitions municipales obtiendraient leurs bons de sortie à
l’occasion d’un remaniement. Invité in extremis par
le chef de l’Etat en Egypte,
Darmanin a eu l’occasion de
réaborder son cas après un
premier tête-à-tête élyséen
(prévu à l’agenda) au lendemain du décès de Droart.
Pour plaider l’exception sur
la règle du non-cumul pour
les ministres ? «Il sera soit
maire de Tourcoing, soit mi-
quoi pense Gérald
Darmanin, en l’église
Saint-Christophe de «Yeux doux». La légèreté
Tourcoing, samedi au matin? du ministre ne passe pas
On ne voit que lui, au premier auprès de collègues de gourang des obsèques de Didier vernement présents, eux, au
Droart, le maire de Tour- front médiatique pour défencoing. Son bras droit, son fi- dre le Président. Darmanin
dèle grognard, à qui il a laissé est jugé trop discret, trop disle siège de premier magistrat tant, alors que les revendicaquand il est devenu ministre tions du mouvement –«poude l’Action et des Comptes voir d’achat», baisses
publics. Depuis
d’impôts – le
L’HISTOIRE concernent au
dix jours, Darmanin hésite enpremier chef.
DU JOUR
tre son beffroi et
Gérald Darmason ministère. Surtout qu’il nin l’a déjà proclamé, il sera
rêvait de l’Intérieur, et qu’il candidat aux prochaines mune l’a pas eu.
nicipales, et compte bien
«Ça nous pend au nez», sou- confirmer sa mainmise sur
pire un député La Répu- une ville qu’il a ravie au PS
blique en marche (LREM). en 2014. Il a bien pensé aller
Comme lui, ils sont nom- affronter Martine Aubry sur
breux ces responsables de la ses terres, à Lille. Mais un
majorité à l’imaginer être le sondage intramuros n’était
prochain membre du gouver- guère flatteur, alors il a renement à s’en aller. A son noncé à cette bataille. Les ruarrivée dans la nef, Gérald meurs d’un pacte antiagresDarmanin a salué à droite, à sion ont enflé après un dîner
gauche, tout l’aréopage poli- entre les deux responsables
tique local présent: l’ami, Xa- politiques en septembre :
vier Bertrand (ex-LR), le pré- «Darmanin a fait les yeux
sident du conseil régional,
Jean-René Lecerf (LR), président du conseil départemental, et aussi Martine Aubry,
maire socialiste de Lille. Mais
celui qui se dresse à côté de
lui est le Premier ministre en
personne, Edouard Philippe.
Vincent Lannoo opposant socialiste
Le moment est politique: saà la mairie de Tourcoing
«Il avait fait un pari, en espérant
que la santé de Didier Droart
tienne jusqu’au bout du mandat.»
Gérald Darmanin aux obsèques de Didier Droart à Tourcoing, samedi.
nistre, pas les deux», a confié
le chef de l’Etat à quelques
journalistes, dont un de Libération, la semaine dernière.
S’il veut rester ministre, il lui
faut trouver un maire par intérim à Tourcoing. C’est la
question qu’il devait trancher
ce week-end. Mais les couteaux sont aiguisés, et les
prétendants nombreux.
Didier Droart, dans une interview posthume à la Voix
du Nord, cite nommément sa
deuxième adjointe, Doriane
Bécue. Elle n’a que 33 ans, est
déjà vice-présidente au
conseil départemental, et
suscite des jalousies. «Droart
était un mec adorable, qui
n’avait pas d’ambition et était
prêt à laisser la place à Darmanin. Elle, elle est beaucoup
moins souple, et n’en aura pas
forcément envie», analyse un
bon connaisseur de la vie politique métropolitaine.
«Envergure». Cette succession difficile a sans doute entretenu le désir de Darmanin
de reprendre son écharpe de
maire. «Il ne partira pas
avant les européennes», veut
croire un des spécialistes
budgétaires de l’Assemblée
qui l’imagine bien, cependant, changer de portefeuille
pour laisser le sien à un autre
ministre chargé d’appliquer
les gestes fiscaux de la seconde partie du quinquennat. Bertrand le pressent: «Il
va rester au gouvernement, il
a une histoire à écrire avec les
Français, et il faut qu’il la renforce. Des ministres avec son
envergure et son talent, il n’y
en a pas trente-six.» Dimanche soir, Darmanin confirmait au Parisien qu’il sera
candidat aux municipales
en 2020. D’ici là, il assure
vouloir rester au gouvernement «tant que le Président
et le Premier ministre [lui]
feront confiance». •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération et le Grand Bivouac présentent
CONCOURS 2019
SUR LE THÈME
DU VOYAGE
www.stephanie-ledoux.com
TEXTES ET DESSINS
3 Remise
des prix durant
le festival
3 Plusieurs
grands treks à gagner
3 Plus
d’informations sur
liberation.fr/voyages,55
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
14 u
FRANCE
Par
ANAÏS MORAN
C’
est un scénario assez déroutant,
dans lequel les rôles semblent avoir
été inversés. A partir de ce lundi,
la XVIIe chambre du tribunal correctionnel de
Paris va juger le procès en diffamation de
l’affaire Denis Baupin. Ou plutôt de l’affaire
dans l’affaire. En mai 2016, l’ancien vice-président de l’Assemblée nationale avait porté
plainte contre X pour «dénonciation calomnieuse» après une enquête de Mediapart
et France Inter dans laquelle une dizaine de
témoins dénonçaient les violences sexistes
et sexuelles commises par ce dernier entre 1998 et 2014. Par un invraisemblable retournement, six femmes qui déclarent avoir
été victimes vont se retrouver durant quatre
jours sur le banc des prévenus.
Au total, douze personnes seront jugées dans
cette affaire: les journalistes Lénaïg Bredoux
(Mediapart) et Cyril Graziani (France Inter),
leur directeur de publication respectif, deux
hommes témoins des agissements de Denis
Baupin (Frédéric Toutain et Jean-Claude
Biau) et surtout ces six femmes qui avaient
témoigné à visage découvert dans la presse.
A savoir, Isabelle Attard (ex-députée écologiste du Calvados), Sandrine Rousseau (ancienne secrétaire nationale d’Europe Ecologie-les Verts), Elen Debost (adjointe EE-LV au
maire du Mans), Annie Lahmer (conseillère
régionale EE-LV d’Ile-de-France), Geneviève
Zdrojewski (ancienne cheffe de cabinet du
ministère de l’Environnement) et Laurence
Mermet (ex-militante écologique). Toutes
dénoncent des faits semblant relever de
harcèlements sexuels et d’agressions
sexuelles, Denis Baupin n’hésitant pas, selon
elles, à leur toucher la nuque ou les seins sans
leur consentement.
«DOULOUREUX»
Le 10 mai 2016, au lendemain de la parution
des révélations de Mediapart et France Inter,
le procureur de Paris de l’époque, François
Molins, avait ouvert une enquête préliminaire
pour des faits «d’agressions sexuelles, de harcèlements sexuels et d’appels téléphoniques malveillants» à l’encontre de Denis Baupin. Les
investigations avaient conduit le mis en cause
à démissionner dans la foulée de son poste de
vice-président de l’Assemblée nationale.
Après dix mois d’enquête menée par la Brigade de répression de la délinquance contre
la personne (BRDP), le parquet avait finalement classé l’enquête sans suite pour prescription. «A l’issue de l’ensemble des investigations, il apparaît que les faits dénoncés, aux
termes de déclarations mesurées, constantes
et corroborées par des témoignages, sont pour
certains d’entre eux susceptibles d’être qualifiés pénalement. Ils sont cependant prescrits»,
avait indiqué François Molins dans un communiqué de presse.
«Puisque la vérité juridique ne pourra jamais
être établie sur cette affaire, ce procès en diffamation permettra tout de même, pour la
première fois, de parler des agissements de
monsieur Denis Baupin devant un tribunal»,
avance Jean-Yves Moyart, l’avocat de Sandrine
Rousseau. «Qu’elles soient prévenues ou simplement témoins, une dizaine de femmes entendent livrer publiquement leur version de l’histoire. Elles sont toutes déterminées à témoigner
à la barre des violences sexuelles vécues, enchérit son confrère, Me Antoine Comte. Replonger
dans cette histoire risque d’être très douloureux
pour elles, elles sont épuisées, mais c’est la seule
occasion qu’un certain procès se fasse.»
De son côté, Denis Baupin ne devrait pas être
présent lors de l’audience. «Mon client s’est
déjà longuement expliqué devant les policiers
durant l’enquête judiciaire. Il n’a pas envie de
revivre tout ça et il en a tout à fait le droit, car
Libération Lundi 4 Février 2019
Affaire
Denis Baupin :
une audience
à double sens
Le procès intenté par l’ex-député écologiste
pour diffamation contre «Mediapart» et
France Inter s’ouvre ce lundi. Parmi les
douze prévenus, six femmes qui l’avaient
accusé en 2016 dans la presse de harcèlements
et d’agressions sexuelles, des faits prescrits.
l’affaire a été classée sans suite», indique son
avocat, Emmanuel Pierrat. Cette semaine au
tribunal, les écologistes Dominique Voynet,
Véronique Massonneau, Jacques Archimbaud, Mireille Ferri et Emmanuelle Cosse,
l’actuelle compagne de Baupin, témoigneront
à la barre en sa faveur.
Lors de l’enquête préliminaire, des dizaines
de personnes – témoins directs, indirects,
proches– ont été auditionnées dans les locaux
de la BRDP. Les sept femmes qui s’étaient
confiées à visage découvert dans Mediapart
et France Inter ont toutes réitéré leurs déclarations. Quatre d’entre elles ont également
porté plainte (Sandrine Rousseau pour «agression sexuelle», Isabelle Attard et Elen Debost
pour «harcèlement sexuel» et Véronique Haché pour «tentative d’agression sexuelle»).
De même, les cinq femmes qui avaient témoigné anonymement dans ces médias ont été
entendues par les enquêteurs. A ces douze
auditions se sont ajoutées celles de deux
autres femmes «qui ont pris attache avec
la BRDP en se présentant comme victimes des
agissements de Denis Baupin», note le rapport
de synthèse consulté par Libération. Deux
femmes qui n’avaient jusqu’alors jamais parlé,
en dehors de la sphère privée, du calvaire
qu’elles affirment avoir subi.
Le premier témoignage n’est autre que celui
de l’ancienne ministre Cécile Duflot. Lors de
son audition, le 27 mai 2016, l’ex-députée
écologiste a raconté aux policiers avoir subi
des faits pouvant relever d’une agression
sexuelle de la part de Baupin en mai 2008 (lire
ci-contre). La seconde femme est également
une ancienne élue politique. Le 9 juin 2016,
elle a expliqué à la BRDP avoir eu «une relation personnelle» avec Denis Baupin «marquée
d’une certaine emprise». Et détaille: «Je recevais des dizaines de textos par jour et j’ai fini
par accepter ses avances. En fait, j’étais mal du
fait d’une déception amoureuse et je voulais retrouver un peu de chaleur de cœur. C’était une
relation où il n’y avait aucun épanouissement
de ma part, je me sentais plus comme un objet
sexuel qu’autre chose, et petit à petit, c’était de
plus en plus dévalorisant.»
«DRAGUE LOURDE»
De l’ensemble de ces auditions, les policiers
chargés de l’enquête ont constaté un «point
commun» entre toutes les déclarantes: «Elles
présentaient au moment des faits une certaine
fragilité due pour certaines à des problèmes
rencontrés dans leur vie personnelle ou pour
d’autres à leur arrivée récente en politique,
peut-on lire dans la synthèse de la BRDP. La
plupart expliquaient leur mutisme à l’époque
des faits par l’impossibilité de parler sans
compromettre leur avenir politique. Il leur
paraissait impossible de mettre en cause une
personnalité telle que monsieur Baupin, lequel
jouissait d’une compétence reconnue et d’une
implantation de longue date dans le milieu de
l’écologie politique.»
Auditionné à quatre reprises, Denis Baupin
a toujours réfuté les accusations d’agressions
et de harcèlements sexuels. «Ce n’est pas dans
ma nature, je n’ai pas l’idée d’obtenir quelque
chose de quelqu’un sous la contrainte, notamment dans le domaine amoureux ou sexuel»,
explique-t-il aux enquêteurs le 2 août 2016.
Concernant les SMS envoyés par dizaines,
l’ex-député les qualifie au pire de «drague
lourde». «Denis Baupin niait avoir eu conscience de commettre une quelconque infraction
au travers des messages qu’il adressait, résume
le rapport. Questionné sur la difficulté ressen-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 4 Février 2019
u 15
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Cécile Duflot en appui
des prévenues
L’ancienne secrétaire
nationale EE-LV
témoignera jeudi
contre Denis Baupin
pour des faits qui
auraient été commis
lors d’un congrès
en 2008 à São Paulo.
C’
est un quatorzième
témoignage qui
s’ajoute à une bien
longue liste de femmes se
déclarant victimes des violences sexuelles commises par
Denis Baupin. Cécile Duflot,
ex-députée écologiste et
ex-ministre du Logement,
devrait témoigner à la barre
jeudi, lors du quatrième jour
du procès en diffamation
contre Mediapart, France
Inter et leurs témoins, pour
dénoncer des agissements
commis à son encontre par
l’ancien vice-président de l’Assemblée national.
D’après le rapport d’enquête
préliminaire visant ce dernier
et consulté par Libé, Duflot
s’était présentée le 27 mai 2016
devant les policiers de la Brigade de répression de la délinquance contre la personne
pour «porter à leur connaissance des faits dont elle avait
été victime». Ces faits remonteraient à mai 2008, lors d’un
congrès mondial des partis
écologistes à São Paulo.
Cécile Duflot, en 2017. PHOTO M.COLOMBET. HANS LUCAS
mains puis j’ai claqué la porte.
[…] Suite à ces événements, j’ai
tout fait pour l’éviter.»
Suicidaire. Interrogé sur ces
faits le 2 août 2016, Baupin a
affirmé «que les déclarations de
Mme Duflot étaient totalement
fausses». «S’imaginer qu’au
moment où j’envisage de candidater contre elle [au poste de
secrétaire national, ndlr] je sois
l’auteur d’une telle démarche,
ça n’a pas de sens, c’est suicidaire politiquement, parce que
forcément elle va aller le racon-
ter partout pour démonter son
concurrent», s’est-il offusqué
face aux enquêteurs.
De son côté, Cécile Duflot a expliqué aux policiers qu’elle
«craignait à l’époque que la
mise au jour de ces faits fasse
l’objet d’une exploitation politique». Aussi, la députée a indiqué qu’elle ne pensait pas que
«ces faits pouvaient faire l’objet
d’une plainte. Vu que je n’en ai
presque pas parlé, on ne m’a
pas dit que je pouvais déposer
plainte».
A.Mo.
Tibia. A l’époque, Cécile Du-
tie par ses interlocutrices d’être en mesure de
lui opposer clairement un refus du fait de son
autorité au sein du parti, il ne disait pas en
avoir conscience.» Lors de sa dernière audition, Denis Baupin a déclaré : «Le but de ces
femmes n’est pas la condamnation, c’est clairement de me casser politiquement.» •
Denis Baupin lors
d’un conseil fédéral
d’EE-LV, à Paris
le 5 avril 2014.
PHOTO LAURENT TROUDE
flot est secrétaire nationale
des Verts et Denis Baupin adjoint au maire de Paris chargé
des transports et de la voirie.
«Un soir après la journée de
travail, je reçois un SMS de
Denis qui me dit, de mémoire,
“Il faut que je te voie, c’est quoi
ton numéro de chambre ?” Je
lui ai répondu sans réfléchir.
Nous étions tous les deux en
charge de la négociation d’un
texte spécifique à l’occasion de
ce congrès, raconte-elle à son
audition. Très peu de temps
après, il frappe à la porte de la
chambre et j’ouvre. Il me dit
avec un air libidineux “Ah je
suis sûr que tu en avais autant
envie que moi”. Je suis restée
stupéfaite, je lui ai demandé ce
qu’il voulait dire. Il a alors apposé sa main sur mon cou en
me caressant et dit “Allez,
laisse-toi faire”. J’ai alors posé
ma main sur sa poitrine en lui
disant “Ça ne va pas”. Il a alors
avancé le pied pour coincer la
porte. J’ai eu très peur. Dans un
réflexe, je lui ai alors donné un
grand coup de pied dans le
tibia. Il a poussé un petit cri, il
a reculé puis s’est réavancé. Je
l’ai alors poussé de mes deux
Retrouvez
dans 28 minutes
presente par elisabeth quin
du lundi au jeudi a 20h05 sur
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
16 u
FRANCE
Libération Lundi 4 Février 2019
La façade de l’Isba, à Courchevel, le 29 janvier, neuf jours après l’incendie qui a fait deux morts et plusieurs blessés.
COURCHEVEL
«Avoir des 5 étoiles
et faire vivre ses
salariés dans de
telles conditions…»
Le 20 janvier, un incendie ravageait
un hôtel déclassé de la luxueuse
station de ski qui logeait des
saisonniers. L’événement a mis en
lumière les conditions de logement
indécentes auxquelles peuvent être
exposés quelque 5000 travailleurs.
Par
FRANÇOIS CARREL
Envoyé spécial
à Courchevel (Savoie)
Photos PABLO CHIGNARD.
HANS LUCAS
L
ugubre, l’immeuble calciné
de l’Isba trône au cœur de la
station de ski de Courchevel 1850, tout près des pistes.
Le 20 janvier, en pleine nuit, un incendie a ravagé cet ancien hôtel déclassé. Son propriétaire, la Maison
Tournier, groupe familial d’hôtels
et restaurants de luxe, y logeait une
soixantaine de ses travailleurs saisonniers. Deux d’entre eux, une
femme de chambre et un plongeur,
sont morts asphyxiés. Dix-sept
autres, souvent étrangers, ont été
blessés, dont quatre grièvement.
Côté pile, place du Rocher, l’Isba est
haut de trois étages. Par les ouvertures béantes des fenêtres disparues,
on distingue la toiture carbonisée.
Le rez-de-chaussée, intact, est vide:
la boutique Chanel qui l’occupait a
vidé les lieux après l’incendie. Côté
face, sur l’étroite impasse des
Verdons, l’Isba, bâti sur un terrain
en pente, compte un étage de plus.
Ici, des saisonniers ont sauté du
quatrième pour échapper aux flammes. Sur le bord de la façade brûlée,
un escalier de secours métallique
en colimaçon, avec des portes à
chaque palier. Pourquoi n’a-t-il pas
permis de limiter le bilan ?
Ambre, 24 ans, l’une des saisonnières blessées après avoir sauté dans
le vide, ne remarchera peut être ja-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 4 Février 2019
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u 17
mais. Son père, Alain Corsi, com- tecteurs de fumée. Ils flippent !»
pile les témoignages de rescapés et Nous avons visité l’un de ces loged’anciens résidents de l’Isba. Il ments, une ex-résidence hôtelière
dresse un réquisitoire accablant : dans un immeuble promis à la réha«Seule l’issue de secours du pre- bilitation. Dans le hall d’entrée, momier étage s’est ouverte, à force de ta- quettes et murs dégradés, une quinper dessus ; celles des étages supé- zaine de bidons d’huile de friture
rieurs sont restées fermées. Il y avait de 25 litres, pleins, certains ouverts,
des détecteurs de fumée dans
sont entassés devant
certaines chambres mais
un extincteur.
aucun n’a fonctionné.
Deux des six niHAUTE-SAVOIE
Aucune alarme inveaux de l’imcendie. Les extincmeuble sont ocAIN
teurs ne fonccupés par des
tionnaient pas,
saisonniers.
Chambéry
la lance à inMurs des couSAVOIE
cendie n’était
loirs défoncés,
pas alimentée
trous, fissures,
ISÈRE Courchevel
en eau. Il n’y
installations
avait ni plan
électriques abîITALIE
Grenoble
d’évacuation ni
mées, pièces dépoHAUTESALPES
consignes de sécurité
toirs aux portes arra10 km
dans les chambres.» Les
chées, odeurs de
enquêteurs de la gendarmemoisissure… Les extincteurs,
rie devront établir la véracité de cet un par étage, n’ont pas été révisés
état des lieux accusateur : une in- depuis décembre 2017.
formation judiciaire a été ouverte Nous croisons quelques saisonniers
Une bénévole trie des vêtements collectés pour les saisonniers victimes de l’incendie.
à Chambéry pour «destruction par étrangers qui refusent de parler, jusincendie ayant entraîné la mort». qu’à ce qu’Alpha, 33 ans, nous ouvre
Si la piste criminelle est privilé- la chambre qu’il partage avec un refusée. Il pèse ses mots, s’inquiète Face à l’image renvoyée par leur sta- l’emploi mais aussi soutien juridigiée, l’instruction devra aussi «dé- autre. Derrière la porte déglinguée, d’être reconnu, mais soupire: «Si on tion, les locaux serrent les dents, que et social aux saisonniers.
terminer si les conditions de sécu- une pièce propre mais petite et nue, ne témoigne pas, rien ne va chan- à l’image du directeur d’un petit hô- Problème: souligne la responsable
rité répondaient aux exigences deux lits une place, un placard, un ger.» Alpha montre le courrier de re- tel qui emploie une dizaine de sai- Elisabeth Mugnier, de nombreux
réglementaires».
lavabo devant lequel est posée, au merciement qu’il prépare «pour les sonniers. «Vu le niveau de prestation saisonniers ne passent jamais par sa
Pour Alain Corsi, «les dysfonctionne- sol, une plaque chauffante. La gens de la mairie et du village, des qu’on attend à Courchevel, il faut les structure. La carte offrant des réments remontent à des années. Le nourriture est stockée dehors, personnes super qui nous ont épau- loger décemment, et très bien les ductions dans les commerces et des
propriétaire, Eric Tournier, un derrière la fenêtre.
lés, donné des sourires, des vête- payer, sinon on ne trouve pas de per- gratuités de services n’est ainsi dehomme puissant, qui a de l’argent, Alpha travaille de jour, son coloca- ments. Je compte plus sur eux que sonnel ! Il y a des cas limites, mais mandée que par un quart d’entre
n’a pas fait le minimum pour assurer taire de nuit : ils se réveillent mu- sur mes employeurs». La population c’est une minorité. Le drame va faire eux. Sur le mal-logement, «nous
la sécurité. Il a laissé l’immeuble se tuellement, le repos n’est pas facile. de Courchevel a vécu le drame avec bouger les lignes.» Il ne veut pas leur offrons un accompagnement, en
dégrader: fils dénudés, fuites, saleté, Alpha dormait à l’Isba le soir de l’in- beaucoup d’émotion et réagi massi- croire en revanche à l’absence totale direction des employeurs ou pour un
c’était une infection. Des saisonniers cendie, à six dans une chambre vement. Une collecte organisée par de sécurité à l’Isba –«Il faut attendre signalement aux autorités de
partageaient le même lit, il y avait du premier étage, raconte-t-il. Ré- des saisonniers et des employés les résultats de l’enquête!»– et souli- l’Etat… mais nous n’avons quasides chambres minuscules…»
veillé par des cris, il s’est échappé communaux a permis de recueillir gne la difficulté de gérer parmi les ment jamais de plainte», déplore
«sans avoir le temps d’avoir peur». Il bien plus qu’il n’en fallait pour réé- saisonniers une frange de locataires Elisabeth Mugnier.
«ILS FLIPPENT !»
a depuis demandé une chambre in- quiper les sinistrés de l’Isba. Les «incontrôlables»: incivilités, addic- En quatre ans, Valérie Léger,
Si la Maison Tournier ne répond pas dividuelle à son employeur, requête offres de relogement ont afflué.
tions et violence parfois, détecteurs du CCAS, n’a eu l’occasion de faire
à la presse, à Courchevel, des saide fumée désactivés…
que deux signalements. Le drame
sonniers confirment une partie de
de l’Isba est pour elle «un choc» :
ces accusations. Stéfan (1), Niçois
«PEU SCRUPULEUX»
aucun des saisonniers n’avait alerté
de 23 ans, a été logé l’hiver dernier
La mairie de Courchevel a déve- le CCAS de l’état de l’immeuble
à l’Isba. Cet hébergement était
loppé une politique de soutien aux qu’ils dénoncent aujourd’hui. Anfourni par son employeur, avantage
saisonniers. Le Centre communal toine Fatiga, secrétaire général du
en nature en plus de son salaire, sed’action sociale (CCAS) gère syndicat national CGT des remonlon l’usage généralisé à Courchevel,
sept immeubles qui leur sont réser- tées mécaniques, confirme : «Une
avec un bail et une caution de
vés dans la station, construits par partie des saisonniers sont des “invi400 euros: «J’étais écœuré de verser
des bailleurs sociaux sur du foncier sibles”, des gens déracinés, fragilisés,
ça. Vu l’état de la chambre, difficile
communal. Les employeurs louent beaucoup ne parlent pas français.
de la dégrader plus! C’était obsolète,
au CCAS et attribuent les places C’est pour eux qu’il faut se battre.
pas entretenu, sale. Deux lits dans
à leurs saisonniers. «Cela représente Il y a 100000 saisonniers hivernaux
une chambre minuscule, mal isolée,
637 places aux normes, avec des dans les Alpes, entre 10 et 30% d’ensimple vitrage, pas de coin cuisine.
chambres privatives, 14 m² par per- tre eux sont mal logés: il faut plus de
Après deux semaines j’ai démissonne, des gardiens salariés dans contrôles et de structures d’aide et la
sionné : jamais je n’avais été logé
chaque immeuble», détaille Valérie législation doit évoluer.»
comme ça.» Très bien logé cet hiver
Léger, directrice du CCAS. Budget Elisabeth Mugnier est volontariste:
par ses nouveaux employeurs, il
pour la commune : 2,8 millions «Il va y avoir une série de contrôles.
conspue «monsieur Tournier» :
d’euros par an. Ce parc permet de Nous allons travailler sur le loge«Avoir des 5 étoiles et faire vivre ses
loger 13% des quelque 5000 saison- ment avec les employeurs. Et nous
salariés dans de telles conditions…
niers hivernaux de la station, parmi voulons aider les saisonniers à parJe suis content de dénoncer ça.»
lesquels on compte aussi un millier ler…» Valérie Léger poursuit : «On
Matthieu, Bayonnais de 30 ans,
de locaux souvent déjà logés. Près va se focaliser sur les points noirs,
dix saisons «à Courch’» au compde 3500 saisonniers sont donc logés ces 10 à 20% de logements qui posent
teur, confirme : «Pas mal d’entre
dans un cadre privé, hors la régle- problème. J’espère une mobilisation
nous sont logés correctement, mais
mentation stricte des établisse- de tous les acteurs; nous travaillons
des sales logements, il y en a! L’Isba,
ments recevant du public (ERP) et notamment à un projet de charte enon connaissait tous, c’était l’un des
de tout contrôle de la mairie.
tre employeurs, logeurs et saisonplus gros et on savait qu’il était insaLes employeurs ont leurs propres niers.» Elle conclut : «Il faut que ce
lubre. Il y en a d’autres: on m’a déjà
hébergements saisonniers ou pas- drame fasse évoluer les choses, et pas
collé dans des trous à rats sans fenêsent par des bailleurs privés, le plus qu’à Courchevel. Pourquoi la législatre.» Cet hiver, il est logé «à trois
souvent en bas dans la vallée. «Il y tion n’impose-t-elle pas, dans les
dans une chambre minuscule avec
a une minorité d’acteurs peu scrupu- zones comme les nôtres, de prévoir
des lits superposés, pas la place de
leux», regrette Valérie Léger. des chambres pour le personnel à la
bouger. La porte ferme mal et on doit
Le CCAS a créé en 2001 un «Espace construction des grands hôtels?» •
laisser le chauffage à fond. Juste
saisonniers», avec interface entre
après l’incendie, les proprios nous
employeurs et demandeurs d’em- (1) Tous les prénoms des saisonniers
ont acheté des extincteurs et des déKévin a déjà logé dans le bâtiment incendié.
ploi, journées d’accueil, salon de cités ont été modifiés.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
18 u
FRANCE
Libération Lundi 4 Février 2019
LIBÉ.FR
Blog «Enlarge your Paris» :
les fermes à la ville
Le territoire urbain n’est plus aussi
hostile qu’avant pour l’agriculture. La preuve en trois
exemples dans le Grand Paris alors qu’est organisée
le 13 février une conférence sur le thème «Peut-on
construire la ville agricole ?» à la Maison de l’architecture en Ile-de-France, dans le Xe arrondissement.
PHOTO ATELIER D’ARCHITECTURE AUTOGÉRÉE
Six ans après
l’explosion du
scandale de la
viande de cheval,
la société
Spanghero retourne
devant la justice ce
lundi. L’affaire est
devenue le symbole
d’une filière bovine
opaque.
envoyées à l’abattoir à l’âge
de 5 ou 6 ans. Ces vaches «réformées» (c’est le terme utilisé) finissent souvent en
plats préparés: kebab, rôtis,
brochettes… La «viande
transformée» est ainsi composée pour moitié de vieilles
vaches à lait. Elles alimentent
aussi abondamment le marché du steak haché, mais pas
que: «Les rayons libre-service
des grandes surfaces absorbent le tiers de la production
de vaches laitières», détaille
un document, «Où va le
bœuf?», édité en octobre 2015
par l’Institut de l’élevage.
Par
SARAH FINGER
L’
affaire des 795 kilos de
viande polonaise suspecte écoulés frauduleusement en France tombe
en plein procès Spanghero. Et
l’audience, qui reprend ce
lundi à Paris, devrait relancer
le débat sur l’opacité de la
filière, en mettant en lumière
un volet du dossier moins
médiatisé que les 750 tonnes
de viande de cheval déguisées en viande de bœuf qui
avaient fait scandale à l’époque. «Entre mars 2012 et janvier 2013, 83 tonnes de viande
de mouton et d’agneau provenant du Royaume-Uni ont été
vendues par un trader à la société Spanghero. Cette viande
destinée à la fabrication de
merguez était pourtant invendable», explique Raphaël
Bartlomé, responsable du
service juridique de l’association de consommateurs UFCQue choisir, partie civile dans
ce dossier. Cette viande aurait
été obtenue par un procédé
spécifique consistant à enlever la chair des os à l’aide de
moyens mécaniques ; on
parle de «viandes séparées
mécaniquement» (VSM).
Tromperie. «Ces produits
Low-cost. Il en est de même
L’ex-directeur de Spanghero, Jacques Poujol, à l’ouverture du procès, le 21 janvier. PHOTO CYRIL ZANNETTACCI. VU
Les consommateurs, vaches
à lait des pros du bœuf
peuvent contenir des résidus
d’os, de cartilages ou de Ainsi, l’affaire Spanghero
moelle», explique sur son site n’en finit pas de révéler l’opale ministère de l’Agriculture cité des circuits commerciaux
et de l’Alimentation. «Or, à la de la viande. La composition
suite des crises liées à la vache des plats industriels n’appafolle et à la tremblante du raît guère plus transparente,
mouton, la régled’autant que l’on
L’HISTOIRE assiste, comme
mentation européenne a interdit
le dit l’office
DU JOUR
les VSM à partir
agricole Franced’os de ruminants, poursuit AgriMer, à l’«avènement de
Raphaël Bartlomé. Ces rési- la viande ingrédient». Pour
dus de viande potentiellement Olivier Andrault, chargé
dangereux n’auraient donc de mission alimentation à
jamais dû se retrouver dans l’UFC-Que choisir, le scandes circuits commerciaux. dale des lasagnes au cheval
Dans ce dossier, des risques aura au moins eu un mérite:
sanitaires viennent donc «Révéler l’opacité et la coms’ajouter à la tromperie des plexité impressionnantes des
consommateurs.»
sources d’approvisionnement
des industriels et leur quête
perpétuelle d’ingrédients les
moins chers possible.»
Pourtant, force est de constater qu’il en faudrait davantage pour nous dégoûter :
avec 23,7 kilos par an et par
habitant, les Français s’imposent toujours comme les
champions d’Europe des
consommateurs de viande
bovine. Mais qu’entend-on
exactement par «viande de
bœuf» ? La question mérite
d’être posée lorsqu’on sait
que le bœuf à proprement
parler ne représente que 7%
de la consommation de
viande bovine en France,
tandis qu’environ 80 %
«Ces résidus de viande
potentiellement dangereux
n’auraient jamais dû se retrouver
dans des circuits commerciaux.»
Raphaël Bartlomé UFC-Que choisir
repose en fait sur des vaches
et des génisses. Ces femelles,
dont la viande est plus rouge
et donc plus appétissante
pour les Français, sont soit
des vaches dites «allaitantes»
(terme pudique qui désigne
en fait les races à viande), soit
des vaches laitières. Ces
dernières représentent pas
moins de 40 % de la viande
bovine consommée en
France. Rien d’illégal, mais il
faut bien reconnaître que
commercialement parlant,
«pur bœuf», ça sonne mieux
que «vaches laitières»…
Après avoir été exploitées
toute leur vie pour leur production de lait, elles sont
dans la restauration hors
domicile (RHD, qui regroupe
la restauration collective et
commerciale), où 40% de la
viande «de bœuf» est en fait
de la viande de vaches
laitières réformées, et où seulement 24 % est d’origine
française. Car, tandis que la
France exporte de jeunes
bovins (des mâles destinés à
être engraissés), elle importe
des vaches réformées. Au total, un quart de la viande bovine consommée dans
l’Hexagone provient de
l’étranger.
Dans le cadre de ces importations, la brochure éditée par
l’Institut de l’élevage note
une progression des importations low-cost venues de Pologne, lesquelles représentent désormais 6 % de nos
achats de viande bovine à
l’étranger. La Pologne, où un
scandale vient donc d’éclater: Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, révélait
vendredi que sur les 2,7 tonnes de bœuf polonais avarié
vendue dans treize pays de
l’UE, 795 kilos avaient été
écoulés dans neuf entreprises
françaises de négoce.
Cette viande est issue de
l’abattoir de Kalinowo, dans
lequel un journaliste d’investigation polonais s’était fait
embaucher durant trois semaines. Ses images, tournées
en caméra cachée, montraient des vaches malades
traînées au sol, mises à mort,
puis découpées en l’absence
de tout contrôle. Samedi, le
ministère annonçait que
la totalité de cette viande
frauduleuse avait été «retrouvée» mais pas forcément
récupérée: environ 150 kilos
auraient déjà été vendus à des
consommateurs, notamment
dans des boucheries. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 4 Février 2019
u 19
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
LIBÉ.FR
Education nationale
La semaine dernière, les députés en commission ont
tenté de sauver l’indépendance du Cnesco, qui
évalue les politiques scolaires. A chaque fois, le
ministre Blanquer évacue la question (et à nouveau dans le JDD de dimanche) : pour lui, le seul
sujet, c’est le nouveau rôle de ce conseil : évaluer les bahuts. PHOTO AFP
mois et demi avant la sienne,
pour que l’Etat l’admette.
Avant cela, son combat aura
été semé d’obstacles. En
juillet 1957, elle dépose
plainte contre X pour homicide volontaire, mais une loi
d’amnistie conduit le procureur général René Sénac à
prononcer un non-lieu
en 1962. Dès 1958, un livre de
l’historien Pierre Vidal-Naquet (l’Affaire Audin) révèle
que l’homme ne s’est pas
évadé, mais qu’il est mort aux
mains des parachutistes. Son
décès ne sera pourtant acté
qu’en 1963. Josette Audin
expliquait à Libé en 2001 :
«On m’a dit qu’il allait revenir, qu’il était gardé dans un
“camp noir”, où les militaires
plaçaient les torturés trop
abîmés, le temps qu’ils se refassent. Mais je n’ai jamais
cru à cette fiction.»
En 2001, elle dépose une nouvelle plainte contre X pour séquestration. Les mémoires
du général Paul Aussaresses
viennent de paraître. Il y reconnaît et défend le recours
à la torture en Algérie, et livre
le nom de l’homme qui aurait
passé Maurice Audin à la
Rugby: l’Angleterre foule
l’Irlande au pied
Le Tournoi des six nations 2019 a débuté ce weekend sur les chapeaux de
roue: débarrasse-toi du ballon mon frère, et tu seras
payé au centuple. Après la
victoire (19-24) des Gallois
vendredi au Stade de
France, les Anglais l’ont emporté (32-20) à Dublin
samedi face à des Irlandais estampillés «meilleure
équipe du monde» (Rory
Best et consors avaient en
effet battu les All Blacks
néo-zélandais cet automne)
en utilisant la même recette
que les tombeurs des Bleus:
le fameux «jeu au pied offensif», qui consiste à se délester du ballon –et de la conduite du jeu –en le tapant
dans le camp adverse sans
toutefois le sortir des limites
du terrain et en montant la
ligne défensive le plus vite
possible pour presser ceux
d’en-face.
Ce qui force ceux-ci à se
débrouiller sous pression,
non loin de leur en-but, la
tentation de dégager en
touche (avec lancer pour
l’équipe qui s’est débarrassée du ballon, donc) étant
alors grande. En Irlande, les
Anglais ont utilisé ce jeu au
question, le lieutenant Charbonnier. Et écrit que «comme
on sait, Audin disparut le
21 juin». Comme attendu, un
non-lieu sera prononcé.
L’ultime rebondissement survient en 2014, avec la révélation d’un enregistrement posthume d’Aussaresses, où le
gradé semble admettre sa responsabilité: «On a tué Audin.
On l’a tué au couteau pour
faire croire que c’était les Arabes qui l’avaient tué. Voilà.
Qui c’est qui a décidé de ça ?
C’est moi.» En septembre 2018, Macron a demandé
pardon à Josette Audin, et lui
a remis une déclaration reconnaissant que son époux
est «mort sous la torture du
fait du système institué alors
en Algérie par la France».
Avec AFP
«Facebook n’a ni créé
ni amplifié le mouvement
des gilets jaunes»
REUTERS
Elle aura consacré l’essentiel
de son existence à faire éclater la vérité sur le sort de son
mari, le mathématicien communiste Maurice Audin, torturé et tué pendant la guerre
d’Algérie. Josette Audin, mathématicienne et communiste également, est morte
samedi à 87 ans, rapporte
l’Humanité, journal qui a
accompagné son combat tout
au long de ces années.
Le 11 juin 1957, Maurice
Audin, 25 ans, fut embarqué
par des militaires français
à son domicile d’Alger. Il ne
réapparut jamais. L’armée expliqua, mise en scène à l’appui, qu’il s’était évadé. Il avait
en fait été assassiné. Josette
Audin aura dû attendre
soixante et un ans après la
mort de son mari et quatre
ALAIN APAYDIN. ABACA
Josette Audin, une vie pour la vérité
LAURENCE SOLLY
Vice-président de
Facebook en charge
de la France et de
l’Europe du Sud
Dans un entretien au JDD, le vice-président de Facebook
en charge de la France et de l’Europe du Sud minimise le
rôle du réseau social vis-à-vis des gilets jaunes. «Nous donnons les outils, mais nous ne favorisons aucun mouvement»,
indique Solly, qui livre au passage des chiffres: la France
compte plus de 35 millions d’utilisateurs actifs mensuels
et 27 millions actifs chaque jour (par actifs, entendre qui
font une action, comme un «like»). Concernant les autres
applications du groupe de Mark Zuckerberg, 17 millions
de Français sont sur Instagram et 26 millions utilisent
Messenger. Et sa messagerie chiffrée WhatsApp? Motus,
c’est secret.
NBA Luka Doncic, l’étoile précoce
Luka Doncic confirme son statut d’attraction du basket
mondial. Après avoir brillé en Europe avec le Real Madrid,
l’étoile slovène, 20 ans à la fin du mois, affole les compteurs
en NBA en inscrivant son nom à tous les records de précocité. Samedi soir, en marquant 35 points face aux Cavs, l’arrière de Dallas est devenu le sixième joueur de moins
de 20 ans à atteindre la barre des 1000 unités depuis 2000.
A ses côtés, LeBron James, Kevin Durant ou encore
Carmelo Anthony. Rien que ça. Pourtant drafté à la 3e place
en juin, le titre de rookie de l’année, qui récompense la
meilleure première saison NBA d’un athlète, devrait selon
toute vraisemblance lui échoir.
Premier League Manchester United
gagne encore
A l’Aviva Stadium de Dublin, samedi. PAUL FAITH. AFP
pied offensif deux, cinq,
dix fois, en lui ajoutant la
seconde lame: une défense
de fer où les hommes entraînés par l’Australien Eddie
Jones ont fait parler une
certaine supériorité athlétique au fil du match, comme
s’ils fatiguaient moins que
leurs adversaires. «Je n’ai
pas souvenir d’un match où
on a autant subi au placage,
a expliqué après-coup le
coach irlandais Joe Schmidt. [Les Anglais] nous ont
battu physiquement.»
L’Equipe remarquait que
cette stratégie était prônée
en 2015 par l’ex-sélectionneur des Bleus Philippe
Saint-André, «exécuté» de-
puis à l’issue d’un procès en
ringardise et après une élimination (d’une ampleur il
est vrai historique, 13-62)
face aux Blacks en quart de
finale du précédent Mondial, une compétition qui
avait favorisé les équipes qui
portaient le ballon.
Peut-être que Saint-André a
eu raison trop tôt et que le
balancier s’est inversé : le
prochain mondial japonais
(20 septembre-2 novembre) risque bien d’être aussi
spéculatif (jeu au pied, puis
défense) que ce qu’on a vu ce
week-end. Puissent les équipes du Sud proposer autre
chose cet automne…
GRÉGORY SCHNEIDER
Quatre jours après avoir concédé son premier match nul
(face à Burnley, 2-2) depuis le remplacement de José Mourinho par le Norvégien Ole Gunnar Solskjær au poste d’entraîneur, le club mancunien a repris dimanche sa marche
en avant: une chiche victoire (1-0) mais une victoire quand
même aux dépens de Leicester à la suite d’un coup d’éclat
de Paul Pogba, passeur décisif pour Marcus Rashford.
Neuf victoires en dix matchs avec Solskjaer aux commandes: le Paris-SG, qui se rendra à Manchester dans huit jours
en 8e de finale aller de la Ligue des champions, est prévenu.
Rugby Les Bleues laminent Galles
Il faut se tourner vers le Tournoi des six nations féminin
pour voir la France qui gagne: face à des Galloises qui ne
font certes pas partie du gotha mondial, les joueuses de
rugby tricolores ont fait tourner les serviettes (52-3) à
Montpellier, égrenant pas moins de neuf essais au fil d’une
partie qu’elles auront dominée du début à la fin. Trois d’entre eux furent l’œuvre de la talonneuse Caroline Thomas,
ce qui traduit la domination des avants françaises. Prochaine étape, plus compliquée: le Crunch au féminin en
Angleterre dans deux semaines.
17
C’est le nombre de buts
de l’attaquant madrilène Karim Benzema
cette saison toutes
compétitions confondues avant la réception
d’Alavès dimanche soir,
ce qui fait de l’exercice en
cours son plus prolifique
depuis qu’il a rejoint l’Espagne en 2009. L’explication est simple: le départ
de Cristiano Ronaldo cet
été après une décennie
qui aura vu l’attaquant
portugais aspirer les ballons et prendre une
bonne moitié (et encore,
les soirs où il avait décidé
de se tourner vers les
autres) des tirs de son
équipe. «Désormais, on
me demande de marquer,
a expliqué l’international
tricolore. J’ai donc décidé
de changer mon jeu.»
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
20 u
SPORTS
Libération Lundi 4 Février 2019
Le Portugais Gelson Martins (à gauche), arrivé à Monaco fin janvier, a été impliqué sur les deux buts de son équipe contre Toulouse, samedi. PHOTO ÉRIC GAILLARD. REUTERS
A Monaco, le foot de L
demain, c’est maintenant
Par
GRÉGORY SCHNEIDER,
Envoyé spécial à Monaco
Enfin vainqueur à domicile samedi face à Toulouse, l’AS Monaco,
qui a retrouvé Leonardo Jardim comme entraîneur après le fiasco
de Thierry Henry, lutte aujourd’hui pour son maintien en Ligue 1.
Chantre du football mondialisé, l’équipe a été rebâtie pendant
le mercato d’hiver avec des joueurs venus de tous les horizons.
e 27 octobre, au stade Louis-II
de Monaco, le capitaine polonais des locaux, Kamil Glik,
égalisait au bout du match face à Dijon (2-2) et en profitait pour signifier
à son coach, Thierry Henry, qu’il serait mieux inspiré à l’avenir de fermer sa gueule : la main à l’horizontale avec les doigts du dessus serrés
qui claquent à plusieurs reprises
contre le pouce en plus du regard
noir, c’est aussi universel que le football. Samedi, durant la victoire – la
première à domicile cette saison– de
l’AS Monaco devant le Toulouse FC
(2-1), le pic de rébellion fut plus
doux, plus œcuménique aussi: le regard ahuri d’un joueur de 24 ans, l’attaquant portugais Gelson Martins,
qui comprend que son entraîneur le
sort en cours de jeu et qui voit un
type habillé comme lui poiroter en
sautillant sur le bord de la touche, un
type qui va le remplacer.
Pourquoi moi ? Un écho à ce qui se
passe sur tous les terrains tous les
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 4 Février 2019
week-ends, à tous les âges. Pourquoi
moi ? Ceux qui, comme Gelson
Martins samedi, viennent justement
de gagner le match tout seuls y
voient une injustice: et les autres? Ils
t’ont gagné le match, les autres ?
Mais alors, pourquoi ils restent sur
le terrain et pas moi ? Et ceux qui, à
l’inverse, ont raté leur partie entendent les trompettes de la (petite)
mort : plus moyen de se refaire.
TRIP ÉGOTIQUE
On s’est pointé samedi au stade
Louis-II pour voir le coach portugais
Leonardo Jardim, champion de
France 2017 et demi-finaliste de la
Ligue des champions cette même
année, rentrer dans ses chaussons:
viré en octobre et remplacé par
Thierry Henry, revoilà Jardim qui reprend le magistère après que Thierry
Henry eut été pareillement licencié.
Et on a vécu des moments formidables. La légère bouderie de Gelson
Martins, déjà : enfantine. Le formidable sourire de Jardim à la toute fin
de sa conférence de presse d’aprèsmatch, celui d’un homme austère
qui ne sourit pas ou peu, parce que
ce disciple du philosophe Edgar Morin prend les choses (et le football)
très au sérieux : «C’est un plaisir de
vous revoir.» Un sourire qui ressemblait à une grimace mais qui était
tout sauf ça, désarmant.
Et l’incroyable spectacle d’une
équipe qui tapait sur le ventre des
plus grands clubs du monde il y a
vingt mois et qui là, parce qu’elle
tombe dans la douleur le 14e de Ligue 1 devant 3000 spectateurs silencieux sous un déluge biblique (il a
plu des grêlons), s’offre une nouba
du feu de Dieu sur la pelouse après
le coup de sifflet final, shootant des
ballons dans le public –il fallait être
adroit pour trouver un fan dans les
rangs clairsemés – et faisant valser
les doudounes au risque de se tremper jusqu’aux os : il fallait exorciser
la peur. Le foot, c’est peu de chose :
aujourd’hui, l’AS Monaco doit sauver
sa peau en Ligue 1 et c’est un combat
pour la vie, parce qu’il y a des emplois à la clé (une quarantaine au
service communication et marketing, par exemple) et qu’une rétrogradation en Ligue 2, c’est la mort
clinique, les droits télé réduits à rien,
le trading joueur (les valoriser sportivement puis les vendre) qui s’arrête
net.
Il y a aussi des emplois à sauver chez
leurs adversaires du bas de tableau:
le Stade Malherbe de Caen, le Dijon
FCO, Amiens, Guingamp. Sauf qu’en
Normandie ou dans la Somme, le salaire brut moyen dans le vestiaire
n’avoisine pas les 200000 euros brut
mensuels. Ça change beaucoup de
choses. Le 10 décembre, à l’issue
d’une conférence de presse précédant la réception du Borussia Dortmund en Ligue des champions,
Thierry Henry et le défenseur
de 18 ans Benoît Badiashile se lèvent
de concert pour quitter la pièce. Sauf
que l’ex-superstar des Bleus bute
dans la chaise de son joueur: celui-ci
ne l’a pas remise en place. Courroucé, Henry n’y touche même pas:
il rappelle Badiashile et lui intime,
en lui montrant la chaise sans mot
dire, de la remettre en place. Le gamin s’est exécuté. Le 27 octobre, une
u 21
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
demi-heure après que Glik lui eut intimé de la boucler, un journaliste
avait demandé à Henry s’il était heureux de l’égalisation de son capitaine. Le coach avait alors minimisé
l’apport du Polonais sur l’action, insisté sur le centre «de grande qualité» précédant le but et invité, quelque peu professoral, les présents à
analyser les actions dans leur globalité plutôt que de ne s’en tenir qu’au
geste final. La direction du club monégasque est tombée de l’armoire :
Henry était venu pour sauver un business, pas nourrir son trip égotique
en humiliant un gosse de 18 ans devant les caméras (les choses pouvaient être dites entre quatre yeux,
si tant est que ranger une chaise affecte le rendement d’une équipe) ou
en se vengeant en public de l’attitude d’un Glik qui est pourtant du
genre à défoncer un mur à coups de
tronche si son coach le lui demande.
Sept défaites (pour deux victoires et
trois nuls) en Ligue 1 plus tard,
Henry débarrassait son casier
le 24 janvier.
En attendant l’interview testamentaire de rigueur, et le retour de Jardim aidant, l’impression générale
est que l’ex-champion du monde 98
n’est jamais repassé cet automne
dans le club qui l’avait révélé en tant
que joueur. Thierry Henry appartient au monde d’avant, une image
d’Epinal un peu paradoxale –le costard noir assorti de baskets à semelles blanches lors de sa présentation,
en octobre – dont la puissance illusoire s’est évanouie au contact de la
réalité et du terrain.
«DES MECS DE VITESSE»
Or, l’AS Monaco, ce n’est pas le foot
d’hier, ni même celui d’aujourd’hui:
c’est le football de demain. Et le
football de demain, c’est un marché
des transferts chauffé à blanc et l’accélération du temps: jusqu’à la clôture du mercato hivernal le 31 janvier à minuit, l’ASM a fait rentrer pas
moins de huit joueurs tout en en faisant partir autant, une équipe refaite de A à Z en moins de trois semaines, un club comme un
porte-avions en temps de guerre. Samedi, les témoins ont dû se pincer:
toutes les recrues disponibles (le
Brésilien Naldo et le milieu William
Vainqueur étaient suspendus) ont
eu du temps de jeu et il fallait revisiter sa géographie dans les coins; un
attaquant brésilien venu de Naples
(Vinícius), un champion du monde
espagnol en mal de temps de jeu à
Chelsea (Cesc Fàbregas), un Français galérant à Tottenham (GeorgesKévin Nkoudou), un Franco-Ivoirien
de Lille (Fodé Ballo-Touré), un
champion d’Europe portugais né à
Angoulême et passé par le championnat israélien venu de Leicester
(Adrien Silva) plus, bien sûr, Gelson
Martins. Tous ou presque ont été
bons. Du solide, du prêt à jouer; capable de tenir un niveau de performance sous toutes les latitudes à
peine descendus de l’avion. Jardim,
quand on lui a parlé de la fin de
match difficile de l’ASM: «Attendre
la 22e journée de championnat pour
l’emporter à domicile, psychologiquement, c’est lourd.» Moins lourd
pour un Portugais d’Angoulême
passé par le Maccabi Haïfa avant de
Incroyable spectacle
d’une équipe qui
tapait sur le ventre
des plus grands
clubs il y a vingt
mois et qui là, parce
qu’elle tombe dans
la douleur le 14e
de Ligue 1, s’offre
une nouba du feu
de Dieu.
remporter l’Euro 2016 que pour
d’autres.
Jardim, toujours : «On a pris des
joueurs capables d’adopter le même
comportement positif qu’ils soient titulaires ou remplaçants. Sinon, je
prends ou bien des joueurs que je connais, ou bien des types qui connaissent déjà la Ligue 1. Si tu vas chercher
un mec en Allemagne ou au Brésil à
ce moment-là de la saison, il est prêt
en mai et le championnat est fini.»
Son homologue toulousain Alain Casanova, sur l’asymétrie sportive existant entre un club qui peut tout repeindre du sol au plafond en
quelques jours et le sien, qui doit
faire sa saison à périmètre quasi
constant : «Là, Monaco a mis des
noms. Il y a des capacités de dribble,
d’élimination, de l’explosion sur les
côtés : ça change le profil et ça propage de la crainte chez l’adversaire.
Chacun fait avec ses moyens, je ne
peux rien dire d’autre. Ce que fait
Monaco est permis. Ils ont pris des
mecs de vitesse, dangereux dans les
transitions [les deux secondes après
la perte ou le gain du ballon, où la
plupart des matchs se jouent, ndlr],
ça sort très vite… Ils ont le droit de le
faire. Ils ont les moyens de le faire.
Voilà.»
Pour les moyens, ça se discute quand
même: cinq des huit recrues monégasques sont arrivées en prêt, c’est-àdire sans que le club de la principauté ne règle un transfert. Même
dans le cas où l’ASM réglerait l’intégralité du salaire du joueur sur la période, c’est donné ou presque. Surtout, on est hors marché : du
post-capitalisme, où le club prêteur
économise six mois de salaire tout en
assainissant son vestiaire (un joueur
qui ne joue pas est toxique) et en s’attirant les bonnes grâces d’un futur
obligé; un réseau informel liant les
clubs par strates horizontales – les
grands de ce monde entre eux– valorisant l’entregent et permettant aux
plus puissants de garder les pieds au
sec autant que faire se peut ; un
monde où les agents influents font
le lien. Quand le vice-président de
l’ASM, Vadim Vasilyev, a dîné avec
Jardim dans un restaurant asiatique
de Monaco pour lui proposer le
poste, le coach était accompagné de
son agent, le tout-puissant Jorge
Mendes, architecte du recrutement
monégasque entre 2011 et 2014.
MÉRITOCRATIE
Aucun des joueurs débarqués à Monaco cet hiver n’est représenté par
Mendes. Après, celui-ci peut toujours passer quelques coups de fil.
A l’issue du match de samedi, le défenseur Djibril Sidibé s’est vu demander si Monaco avait bel et bien
disputé son meilleur match de la saison. Comme la question n’était pas
innocente (l’international tricolore
était donc mis en demeure de choisir
entre la période Thierry Henry et la
période Jardim, c’est-à-dire entre les
deux hommes), la réponse ne fut pas
innocente non plus, Sidibé étant du
genre à voir venir: «Hum… Il y a eu
de bonnes choses, mais on a douté
aussi. Disons que Jardim est un coach
expérimenté, qui connaît la maison.
Il nous a apporté ses connaissances
et sa rage de vaincre.»
Sidibé en dit un peu quand même.
Fàbregas était passé à confesse avant
lui : froid, disponible, très élégant
dans l’appréhension des questions.
Professionnel. On finira bien par
être gré à l’ASM non pas de voir le
foot comme il est (tout le monde a
compris) mais de ne jamais le cacher, assumant une démarche que
d’autres préfèrent taire pour complaire à un public qui a besoin du
foot patrimonial et identitaire du
siècle dernier : dans les tribunes
pourquoi pas, mais sur le terrain,
c’est fini. Le foot, c’est la méritocratie mondialisée. Et il faut être ou très
fort, ou très solide pour en faire son
métier. Samedi, personne ne trouvait à s’en plaindre : après tout, on
n’a pas un Gelson Martins sous les
yeux tous les jours. •
23e/38 journées
Le classement
POINTS
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
Paris
Lille
Lyon
Saint-Etienne
Montpellier
Strasbourg
Reims
Nice
Rennes
Marseille
Nîmes
Bordeaux
Angers
Toulouse
Nantes
Dijon
Caen
Monaco
Amiens
Guingamp
56
46
40
37
36
35
34
34
33
31
30
28
27
26
24
20
18
18
18
14
JOUÉS GAGNÉS
20
23
22
22
22
22
23
23
23
22
23
21
23
23
22
22
22
23
23
22
18
14
11
10
9
9
8
9
9
9
8
7
6
6
6
5
3
4
5
3
NULS
2
4
7
7
9
8
10
7
6
4
6
7
9
8
6
5
9
6
3
5
PERDUS MARQ.
0
5
4
5
4
5
5
7
8
9
9
7
8
9
10
12
10
13
15
14
66
40
36
33
29
38
20
18
31
35
31
23
24
22
27
19
20
21
18
16
ENC.
DIFF.
11
22
25
26
17
25
21
23
31
33
33
23
27
33
29
34
31
39
38
46
55
18
11
7
12
13
-1
-5
0
2
-2
0
-3
-11
-2
-15
-11
-18
-20
-30
Carnet
DÉCÈS
Mme Safia ABROUS,
sa femme
Yasmine et Mehdi,
ses enfants
L’ensemble de la famille
et les proches
ont l’immense tristesse
de vous faire part du décès
de
M. Mansour
ABROUS
Ecrivain,
Chargé de mission Culture
à la Ville de PARIS
survenu le 30 janvier
à PARIS 13ème,
à l’âge de 62 ans.
L’inhumation aura lieu le
mardi 5 février à 15H15
au cimetière parisien d’Ivry
44 avenue de Verdun
94200 IVRY-SUR-SEINE.
Famille ABROUS
142 rue de Picpus
75012 PARIS
Sameh MOHAMED,
son conjoint ;
Ivan BELLE et Dalila,
son fils et sa compagne ;
Yohan et Marvin BELLE,
Robin BELLE,
ses petits-enfants ;
Pierre BELLE,
le père de ses enfants ;
Anne DUSSAUD,
Michèle VALNET,
Romain LEFÈVRE,
ses sœurs et son frère ;
Sophie et Thomas DUSSAUD, Nicolas BOURGUE,
ses neveux, et leurs enfants ;
Patricia, Michèle, Maud,
Colette et Jean-Marie,
Ainsi que toute sa famille
et ses amis
ont la peine de vous faire part
du décès de
Mme Marianne
BELLE
née COUQUEBERG
survenu le samedi 26 janvier
2019 à l’âge de 83 ans.
Un recueillement aura lieu au
crématorium du Père
Lachaise le mercredi 6
Février 2019
à 15H30.
Cet avis tient lieu de
faire-part.
01 87 39 84 00
carnet-libe@teamedia.fr
La reproduction de nos petites
annonces est interdite
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
22 u
Libération Lundi 4 Février 2019
Répertoire
Entre-nous
repertoire-libe@teamedia.fr
01 87 39 84 80
entrenous-libe@teamedia.fr
01 87 39 84 80
MUSIQUE
MESSAGES
PERSONNELS
DISQUAIRE SÉRIEUX
ACHÈTE DISQUES
VINYLES
33 TOURS ET 45 TOURS
TOUS STYLES
MUSICAUX :
POP ROCK, JAZZ,
CLASSIQUE,
MUSIQUES DU MONDE,...
AU MEILLEUR TARIF +
MATÉRIEL HI FI HAUT
DE GAMME.
RÉPONSE ASSURÉE ET
DÉPLACEMENT
POSSIBLE.
TEL : 06 08 78 13 60
L’amour s’écrit dans
A l’occasion de la
Je vous ai vu le 31 janvier
au théâtre des Loges
Pantin à la dernière
représentation de la
Tempête de Shakespeare.
Vous étiez devant moi
vous vous êtes levé nous
avons échangé regard et
sourire. Depuis cet
instant, des lumières
d’étoiles illuminent le
souhait de vous revoir.
06 87 42 57 86
Saint Valentin
déclarez votre flamme...
sur notre site
http://petites-annonces.liberation.fr
rubrique entre-nous
ou par téléphone
01 87 39 84 80 (Paiement CB uniquement)
Retrouvez
tous les jours
les bonnes
adresses de
(cours, association,
enquête, casting,
déménagement, etc.)
Quels sont les pesticides
autorisés dans
l’agriculture biologique?
Y a-t-il vraiment vingt
à trente personnes qui
meurent chaque année
«victimes» de la police ?
Une étude récente prouvet-elle une surmortalité
des enfants vaccinés
en Guinée-Bissau?
Contactez-nous
Professionnels, 01 87 39 80 59
Particuliers, 01 87 39 84 80
ou repertoire-libe@teamedia.fr
ABONNEZ
Offre
intégrale
33€
La loi alimentation va-t-elle
provoquer une hausse
des prix?
XIZUWQ[ [WQ\XT][LMLMZuL]K\QWV
XIZZIXXWZ\I]XZQ`LM^MV\MMVSQW[Y]M
VOUS
7ЄZMoL]ZuMTQJZM[IV[MVOIOMUMV\
^ITIJTMR][Y]¼I]
vous demandez
ABONNEZ-VOUS À LIBÉRATION
²LuKW]XMZM\ZMV^WaMZ[W][MV^MTWXXMIЄZIVKPQMo4QJuZI\QWV [MZ^QKMIJWVVMUMV\
2 rue du Général Alain de Boissieu 75015 PARIS7ЄZMZu[MZ^uMI]`XIZ\QK]TQMZ[
Oui,
AUTLIB1
je m’abonne à l’offre intégrale Libération. Mon abonnement intégral comprend la
livraison chaque jour de Libération et chaque samedi de Libération week-end par portage(1) + l’accès aux services
numériques payants de liberation.fr et au journal complet sur iPhone et iPad.
Nom
N°
Prénom
Rue
Code postal
Ville
E-mail
@
N° de téléphone
(obligatoire pour accéder aux services numériques de liberation.fr et à votre espace personnel sur liberation.fr)
Règlement par carte bancaire. Je serai prélevé de 33€ par mois (au lieu de 50,80 €, prix au
numéro). Je ne m’engage sur aucune durée, je peux stopper mon service à tout moment.
Carte bancaire N°
Expire le
mois
année
Signature obligatoire :
Règlement par chèque. Je paie en une seule fois par chèque de
391€ pour un an d’abonnement (au lieu de 659,70€, prix au
numéro).
Vous pouvez aussi vous abonner très simplement sur : www.liberation.fr/abonnement/
(1)
nous vérifions
Cette offre est valable jusqu’au en France métropolitaine. La livraison est assurée par porteur avant 7)30 dans plus de 500 villes, les autres communes
sont livrées par voie postale. Les informations requises sont nécessaires à Liberation pour la mise en place et la gestion de l’abonnement. Elles pourront Ðtre cédées à
des Partenaires commerciaux pour une finalité de prospection commerciale sauf si vous cochez la case ci-contre .
Conformément à la loi jinformatique et libertésx du janvier 17 vous disposez d’un droit d’accÒs, de rectification, de limitation, d’opposition et de suppression des
données que vous avez transmises en adressant un courrier à Libération o rue de .ouchy o 03 N0"*LLES cedex. Pour en savoir plus sur les données
personnelles, rendez-vous sur http:bit.lyLibeC(V
CheckNews.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 4 Février 2019
u 23
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
À LA TÉLÉ CE SOIR
TF1
FRANCE 4
TFX
21h00. Sam. Série. Charlotte.
Victor. Avec Natacha Lindinger, Fred Testot. 23h10. New
York, unité spéciale. Série.
3 épisodes.
21h00. Famille d’accueil.
Série. Beau-père. Terre
d’accueil. 22h45. Famille
d’accueil. Série. 5 épisodes.
21h00. Appels d’urgence.
Magazine. Samu du Val-d’Oise :
Urgences sur les routes
dangereuses. 22h00. Appels
d’urgence. Magazine.
FRANCE 5
FRANCE 2
21h00. Les petits meurtres
d’Agatha Christie. Téléfilm.
Mademoiselle Mac Ginty est
morte. 22h40. Stupéfiant !.
Magazine. Spéciale cirque.
FRANCE 3
21h00. American Gangster.
Policier. Avec Denzel Washington, Russell Crowe. 23h45.
Soir 3. 00h15. Qui sommesnous ?. Documentaire.
CANAL+
21h00. Engrenages. Série.
Épisodes 1 & 2. Avec
Caroline Proust, Thierry
Godard. 23h00. Rendez-vous
avec Kevin Razy.
23h25. La mélodie. Film.
ARTE
20h55. Le merdier. Film de
guerre. Avec Burt Lancaster,
Craig Wasson. 22h45.
Docteur Folamour. Film.
21h00. Les Franglaises.
Spectacle. 23h00. Les duos
impossibles de Jérémy
Ferrari, 5e édition. Spectacle.
PARIS PREMIÈRE
TF1 SÉRIES FILMS
20h50. Ennemi d’état.
Thriller. Avec Will Smith,
Gene Hackman. 23h05.
Les Globes de Cristal 2019.
Divertissement.
21h00. Dr House. Série.
La face cachée. L’hypocrite
heureux. 22h35. Dr House.
Série. Le petit paradis. À la
recherche du bonheur.
TMC
6TER
21h00. Kaamelott. Série.
Avec Alexandre Astier, Franck
Pitiot. 22h45. Kaamelott.
M6
21h00. À bout portant.
Policier. Avec Gilles Lellouche,
Roschdy Zem. 22h40.
Espion(s). Film.
21h00. Le flic de
Beverly Hills 3. Policier. Avec
Eddie Murphy, John Saxon.
23h00. Le flic de
Beverly Hills 2. Film.
RMC STORY
20h30. Droit de suite - Le
documentaire. Documentaire.
Nasser, du rêve au désastre.
21h30. Droit de suite - Le
débat. 22h00. On va plus loin.
21h00. John Wick. Action.
Avec Keanu Reeves, Willem
Dafoe. 23h10. Le dernier
rempart. Film.
MARDI 5
Quelques pluies se produiront dans le Sudouest. Le temps sera calme mais souvent
gris ailleurs, excepté à l'est du Rhône et de
la Saône où les gelées seront marquées.
L’APRÈS-MIDI Hormis quelques gouttes près
des Pyrénées et un peu de pluie en bord de
Manche, le temps sera calme partout
ailleurs. Il fera doux près de la Méditerranée
sous le soleil.
Lille
Caen
Paris
Strasbourg
Brest
Paris
Orléans
Dijon
Nantes
1,5 m/10º
1,5 m/10º
Bordeaux
Toulouse
2,5 m/12º
Nice
Marseille
Toulouse
1/5°
6/10°
11/15°
VIII
Marseille
16/20°
21/25°
26/30°
31/35°
Agitée
Éclaircies
Peu agitée
Nuageux
Calme
Fort
Pluie
Modéré
Couvert
Orage
Pluie/neige
FRANCE
MIN
MAX
0
3
9
4
1
-1
-3
3
6
10
9
3
4
3
FRANCE
Lyon
Bordeaux
Toulouse
Montpellier
Marseille
Nice
Ajaccio
Grille n°1133
Solutions de la grille d’hier
Horizontalement I. SACRIPANT. II. ADO. SALIR. III. NIQAB. LÉA.
IV. CE. SAFI. V. HUGH. QATS. VI. YÉTI. EF. VII. PEN. RHÔNE.
VIII. AMÈRE. RER. IX. NICOMAQUE. X. CROUPEUSE. XI. ASSIÉGÉES.
Verticalement 1. SANCHO PANÇA. 2. ADIEU. ÉMIRS. 3. COQ. GYNÉCOS.
4. ASHE. ROUI. 5. ISBA. TREMPE. 6. PA. FQIH. AEG. 7. ALLIA. ORQUE.
8. NIE. TENEUSE. 9. TRANSFÉRÉES. libemots@gmail.com
ON S’EN GRILLE UNE AUTRE ?
Mots croisés,
sudoku,
échecs…
Retrouvez
tous nos jeux
sur mobile
avec RaJeux,
la nouvelle Déjà
appli de disponible sur
Libération iOS et Androïd
9
MAX
-3
0
-1
3
5
5
8
3
4
6
10
10
11
13
MONDE
Alger
Berlin
Bruxelles
Jérusalem
Londres
Madrid
New York
MIN
MAX
7
-1
-1
9
4
2
1
12
2
2
19
7
12
8
7
3
Indicateur
d’eutrophisation :
PTot 0.009 kg/t de papier
La responsabilité du
journal ne saurait être
engagée en cas de nonrestitution de documents.
Pour joindre un journaliste
par mail : initiale du
prénom.nom@liberation.fr
GORON
VERTICALEMENT
1. Voitures aussi blindées que la Curie 2. Caractère propre à un groupe
3. Père du père de Troie # Ce mot est ailleurs dans la grille # Elle a fini
par être mise ONU 4. De quoi faire un joint et le garnir # Chiffre de l’unité
5. Sentie # Comme la terre porte d’Auteuil 6. Suis au repos pour un bout
de temps # Lis bien écrit, si si… 7. Maison ou demi-duché # Avant le zénith # Mi-stratégie politique 8. Période de crise 9. Danses avec les loups
2
Taux de fibres recyclées:
100 % Papier détenteur de
l’Eco-label européen
N° FI/37/01
Neige
1BS ("²5"/
(030/
Par GAËTAN
HORIZONTALEMENT
I. Cité russe pendant dix ans
II. Airbus en est actionnaire #
Elle prend position dans un
circuit III. La triche avant le
tirage IV. Ce qu’il faut faire
avant de pouvoir mettre la
main au panier # Argent papier
V. Deuxième sous sol # Petit
renard en Algérie VI. Qui a les
yeux un peu partout # Points
de réflexion VII. Loupe devant
les deux yeux # Infime pointe
de sel VIII. Amitié sans celle
qui la permet # Ville toujours
française IX. Entre SainteFoy et Lyon # Il met lecteur à
l’ouvrage # Beau vase après
le premier cinq horizontal
X. Eaux de Provence XI. Briseuses de rêves
9
XI
PUBLICITÉ
Libération Medias
2, rue du Général Alain
de Boissieu - 75015 Paris
tél. : 01 87 25 85 00
36/40°
Faible
MIN
8
◗ SUDOKU 3889 MOYEN
15
Lille
Caen
Brest
Nantes
Paris
Strasbourg
Dijon
7
X
9 3
8
◗ SUDOKU 3889 DIFFICILE
6
2
Origine du papier : France
Soleil
6
IX
ABONNEMENTS
abonnements.liberation.fr
sceabo@liberation.fr
tarif abonnement 1 an
France métropolitaine: 384€
tél.: 01 55 56 71 40
1 m/12º
5
VII
Imprimé en France
Membre de OJD-Diffusion
Contrôle. CPPAP : 1120 C
80064. ISSN 0335-1793.
Nice
Montpellier
0,6 m/12º
-10/0°
Directeur délégué
de la rédaction
Paul Quinio
Rédacteurs en chef adjoints
Jonathan Bouchet-Petersen
(France), Lionel Charrier
(photo), Cécile Daumas
(idées), Gilles Dhers (web),
Fabrice Drouzy (spéciaux),
Matthieu Ecoiffier (web),
Christian Losson (monde),
Catherine Mallaval
(société), Didier Péron
(culture), Sibylle
Vincendon (société)
4
V
IMPRESSION
Midi Print (Gallargues),
POP (La Courneuve),
Nancy Print (Jarville),
CILA (Nantes)
Lyon
Bordeaux
Montpellier
VI
Dijon
Nantes
Lyon
1 m/12º
Strasbourg
Brest
Orléans
Directeur de la publication
et de la rédaction
Laurent Joffrin
Rédacteurs en chef
Michel Becquembois
(édition), Grégoire Biseau
(enquêtes), Christophe
Boulard (technique),
Sabrina Champenois
(société), Guillaume
Launay (web)
3
III
IV
Directeurs adjoints
de la rédaction
Stéphanie Aubert,
Christophe Israël,
Alexandra Schwartzbrod
2
II
Petites annonces. Carnet
Team Media
10, bd de Grenelle CS 10817
75738 Paris Cedex 15
tél. : 01 87 39 84 00
hpiat@teamedia.fr
0,3 m/10º
Caen
1
I
Lille
1 m/9º
0,6 m/10º
S’EN
ĥ
UNE?
Ģ
ON
GRILLE
Cogérants
Laurent Joffrin,
Clément Delpirou
Directeur artistique
Nicolas Valoteau
LCP
C8
LUNDI 4
IP 04 91 27 01 16
20h55. Révélations.
Magazine. Casino, roulette
et pistolet. 22h45.
Révélations. Magazine.
21h00. Crimes dans le Berry.
Documentaire. 22h50. Crimes
dans les Hauts-de-France.
Le temps se dégrade progressivement par
l'ouest, avec de la pluie et quelques flocons
de neige qui sont possibles, puisque l'air
sera bien froid. Dans l'est, le soleil domine.
L’APRÈS-MIDI La perturbation progressera
un peu plus à l'intérieur des terres. Le
contraste des températures sera important
entre les régions de l'est et de l'ouest où le
froid recule.
IP
CHÉRIE 25
W9
Edité par la SARL
Libération
SARL au capital
de 15 560 250 €.
2, rue du Général Alain
de Boissieu - CS 41717
75741 Paris Cedex 15
RCS Paris : 382.028.199
Principal actionnaire
SFR Presse
21h00. Sans identité. Thriller.
Avec Liam Neeson, Diane
Kruger. 23h05. Mission à haut
risque. Téléfilm.
NRJ12
21h00. L’amour est dans le
pré. Divertissement. Présentation des nouveaux agriculteurs - Parties 3 & 4. Présenté
par Karine Le Marchand.
23h25. L’amour est dans le
pré : Que sont-ils devenus ?.
1 m/9º
CSTAR
20h50. Les uns et les autres.
Drame. De Claude Lelouch.
Avec Robert Hossein, Nicole
Garcia. 00h00. C dans l’air.
Magazine.
www.liberation.fr
2, rue du Général Alain
de Boissieu, 75015 Paris
tél. : 01 87 25 95 00
4 8 2
6 5
1
3 7
2
9
7
7
9
8 2
4
5 4
9
7
9
8
2
6
1
5
3
4
7
1
3
6
4
2
7
5
8
9
2
5
7
3
4
6
8
9
1
3
6
8
9
7
1
2
5
4
4
1
9
2
5
8
7
6
3
5
9
3
7
8
4
1
2
6
6
2
1
5
3
9
4
7
8
9
8
7
4
1
6
2
9
3
5
7
2 9
8 4
6
5 1
5
9 6
5
8
SUDOKU 3888 MOYEN
7
4
5
8
9
3
6
1
2
8
8
1 3
3
3
4
7 9
5
4 8
1
5
6 7 1
9
2 9 1
SUDOKU 3888 DIFFICILE
Solutions des
grilles d’hier
9
3
7
1
8
2
4
5
6
1
2
6
5
9
4
3
7
8
4
5
8
6
7
3
9
2
1
6
8
1
3
2
9
5
4
7
7
9
3
4
5
6
1
8
2
2
4
5
7
1
8
6
9
3
3
1
2
8
4
5
7
6
9
5
6
9
2
3
7
8
1
4
8
7
4
9
6
1
2
3
5
3 4 7
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
24 u
Libération Lundi 4 Février 2019
IDÉES/
Ai-je moins
à craindre de
Salvini en soi
que de Salvini
en moi?
A
bsente du Mondial, l’Italie
a assisté avec des grincements de dents à la victoire des Bleus, et elle reste tout
autant nerveuse, même lorsqu’il
ne s’agit plus d’amertumes nées
de déceptions footballistiques.
Au cours des trente-cinq ans qui
se sont écoulés depuis ma venue
au monde, je ne me souviens pas
d’avoir jamais perçu une nervosité aussi exacerbée, répandue,
invasive et aveugle que de
nos jours. Au XIXe siècle, le plus
grand historien de la littérature
italienne s’appelait Francesco
De Sanctis. Né en Campanie,
il a su résumer en quelques lignes
pleines d’ironie une vérité désagréable: «De même que les individus, lorsque les peuples sont engagés sur la pente de la décadence,
ils deviennent nerveux, vaporeux,
sentimentaux.» Je devrais donc
me convaincre que: a) Cette décadence dure depuis longtemps ou
bien que b) les tours et détours de
l’histoire nous ont ramenés
à l’époque de l’énervement.
En réalité, un courant de mauvaise humeur a traversé toutes les
époques, et c’est tout à fait
naturel (Flaubert l’a par exemple
très bien expliqué dans l’Education sentimentale). Mais la plupart du temps, on a canalisé ce
courant vers une cible, et il laissait entrevoir un pourquoi. Au
printemps 1993, vers le début de
cette opération «mains propres»
destinée à marquer du sceau
de l’infamie et à balayer toute une
classe politique, les pièces
de monnaie jetées à la figure du
leader socialiste Bettino Craxi
visaient un objectif précis
(un bouc émissaire). De même, au
début des années 2000, l’antiberlusconisme avait catalysé
des énergies civiques et politiques contre l’inoxydable «Cavaliere»: deux Italie se défiaient
donc sans répit, pour aboutir
parfois même à des résultats
féconds. La mauvaise humeur de
cette piteuse conclusion des années 2010, en revanche, est une
rogne permanente, transversale
et non pas antipolitique –comme
on le prétendait encore il y a quelques années–, mais prépolitique.
Car enfin, que se passe-t-il? Mes
compatriotes, traditionnellement
si solaires, auraient donc perdu
leur sourire? Et voilà que je m’y
mets, moi aussi, moi qui me réveille chaque matin avec une sensation d’amertume, sans plus
trop bien savoir pourquoi. Oh,
bien sûr, il aurait fallu une dystopie saugrenue pour me laisser
imaginer, avec frayeur, la présence de quelqu’un comme Matteo Salvini à la tête du ministère
de l’Intérieur. Reste que, pour paraphraser ce chansonnier sophistiqué qu’était Giorgio Gaber, j’ai
peut-être moins à craindre de Salvini en soi que de Salvini en moi.
Je suis de l’autre côté de la barricade: pendant qu’il parle de
purification ethnique et de rapatriements forcés, qu’il tourne
en dérision les intellectuels qui
s’opposent à lui (il est allé jusqu’à
porter plainte contre Roberto
Saviano!), j’essaie de m’interroger
sur la façon dont je dois rester
fidèle à certains principes
inaliénables d’humanité. Et
lorsque je lis tel ou tel tweet d’un
de ses partisans que le spectacle
d’une femme secourue en mer
fait rire, je frissonne. Je me demande –le cas échéant par écrit,
sur ma page Facebook ou dans un
article de presse– comment on
peut se montrer aussi inhumain,
et cætera, et cætera. Sans mesurer dans toute son étendue le risque que je prends de jouer le rôle
de l’intolérant envers les intolérants. Comment s’en sortir? Je ne
sais pas. Mais j’ai la sensation que
nous vivons une époque différente de celle où l’on réclamait la
guillotine pour les corrompus de
la Première République italienne,
et de celle où l’on s’agitait autour
du berlusconisme. J’ai l’impres-
sion d’assister –à la fois impuissant et complice– à l’ère de la
multiplication de l’Ennemi. Par
exemple: je suis l’ennemi de Salvini, et je suis du même coup ton
ennemi aussi, à toi qui tresses ses
louanges et qui me perçois donc
comme ton ennemi; je te rends la
pareille, et ce d’autant plus que tu
considères les migrants comme
Par
PAOLO DI PAOLO
DANIELA ZEDDA
Comment ne pas
tomber dans le piège
de la polarisation
de la société voulue
par l’extrême droite
et ne pas étouffer
dans la mauvaise
humeur qui se répand
en Italie ? Selon
l’écrivain Paolo
Di Paolo, le mieux est
de renoncer au rôle
de ricaneur et choisir
d’être à nouveau
«pour» quelque chose.
Ecrivain, auteur de Presque
une histoire d’amour (Belfond)
et d’A Rome avec Nanni Moretti
(la Table ronde)
des ennemis, alors que je ne me
lasserai jamais, de mon côté, de
dénoncer leurs ennemis à eux. A
quoi tout cela nous mène-t-il? A
une méfiance réciproque impossible à dissiper, à une succession
en boucle de phrases toujours
identiques et toujours lancées
de la même manière, à une
communication entre gens qui
se bouchent les oreilles. «A sa première leçon de natation, mon fils
de 3 ans était plus en danger que
ces gens-là», les migrants: quand
je retrouve mon calme après le
mouvement de colère que m’a
provoqué cette phrase mise en
ligne par un imbécile –nous y
voilà, vous voyez!–, je sens
plusieurs questions dérangeantes
remonter des profondeurs de
mon psychisme. Dérangeantes
et nécessaires: y a-t-il vraiment
un sens à se lancer dans une
«compétition d’humanité» avec
ton voisin de palier ou de métro?
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 4 Février 2019
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
u 25
Le ministre de
l’Intérieur italien,
Matteo Salvini,
avant une émission
de télé à Rome en
décembre. PHOTO
ANGELO CARCONI.
ANSA. AP
MÉDIATIQUES
Par
DANIEL SCHNEIDERMANN
Les deux monstres
Emmanuel Macron ne devrait pas réduire
Eric Drouet à un simple «produit
médiatique», ni tous les marginaux
et les dominés à des «extrêmes».
L’
Et d’ailleurs, qu’est-ce que cela
signifie exactement, être «plus
humain» que quelqu’un d’autre?
Je crains que nous ne sortions jamais de ce mixeur devenu fou de
phrases toutes faites, et de propos
de plus en plus agressifs, tant que
nous n’aurons pas trouvé, ou fabriqué ensemble, une réponse.
Parce que pendant ce temps-là, la
nervosité et la mauvaise humeur
ont dépassé les limites des sujets
d’actualité et envahi le quotidien:
elles nous incitent à pousser
des braillements face à l’incident
le plus insignifiant, à descendre
dans la rue habillés de la cape
des superhéros du préjugé. Tous
devenus méchants, au fond, tous
écrasés par le désenchantement
et, dans le même temps, tous
en proie à l’illusion d’avoir raison.
Dans de telles conditions, le débat
public n’avance pas d’un centimètre. Et pendant que Matteo Renzi
se consacre à la télévision, que le
Parti démocrate est réduit à l’état
de fantôme, que les membres de
la Ligue gouvernent en faisant de
l’ombre au président du Conseil
et que ceux du Mouvement Cinq
Etoiles ne sont plus que leur
propre, pâle caricature, les Italiens privés de bannière de ralliement risquent de se retrouver inscrits chacun à un nouveau parti.
Le «Parti moi-même». Multipliez
le phénomène par 60 millions de
citoyens et vous éprouverez une
impression d’étouffement. Mais
vous percevrez aussi le véritable
défi qui se pose aux habitants
de ce pays: renoncer au rôle
de professionnels du ricanement,
arrêter de se penser encore et toujours contre, choisir d’être à nouveau pour quelque chose –intensément, passionnément. Quelque
chose qui aille au-delà de son
propre jardin ou de son propre
réservoir de certitudes. •
Traduit de l’italien par Renaud Temperini.
heure étant grave,
comme chacun sait, le
Point (comme d’autres
médias, dont Libération) a sollicité un spécialiste de la critique des médias. Qui ne mâche
pas ses mots à propos des figures des gilets jaunes. «Drouet,
c’est un produit médiatique,
un produit des réseaux sociaux. L’envers du décor de
cette crise a été très peu montré», estime mon honorable
confrère. A ses yeux, les analystes traditionnels des médias, ses concurrents, ont failli
à leur mission: «Les différentes
strates de gilets jaunes, la déconstruction de ce qu’est le
mouvement, de ses influences,
la déconstruction de ses influences extérieures, ça, on l’a
très peu entendu.»
Responsables de cette lacune?
«Les quotidiens, quels qu’ils
soient», qui «ne font plus l’actualité», poursuit l’analyste.
«Ils suivent les chaînes d’information en continu qui, de plus
en plus, suivent les réseaux sociaux. Or, vous pouvez manipuler les débats. Il y a quelqu’un qui est à la frontière
technologique de cette transformation, c’est Trump. Une
des fonctions des journalistes,
qui est justement de hiérarchiser ce qui, dans l’information,
est accessoire et ce qui est important, a été abandonnée. Ce
qui est en train de fixer ça dans
la vie politique du pays, c’est le
nombre de vues [sur Internet,
ndlr] et les manipulations qui
vont avec. On l’a bien vu sur
Facebook: plus j’ai d’amis, plus
j’ai de capacité de diffusion,
plus je suis relayé. Or, dans l’affaire Benalla comme [avec les]
gilets jaunes, la fachosphère, la
gauchosphère, la russosphère
représentent 90% des mouvements sur Internet. De plus en
plus, des chaînes d’information disent “ceci est important,
ceci est légitime” parce qu’il y
a du mouvement sur Internet.
Ce mouvement est fabriqué par
des groupes qui manipulent, et
deux jours après, ça devient un
sujet dans la presse quotidienne nationale et dans les
hebdos.»
Reconnaissons à ce confrère
que l’analyse est assez irréfutable. Et que le jour où Emmanuel Macron (puisque les
phrases ci-dessus sont extraites d’une «conversation libre»
du Président avec des journalistes) sera libéré de ses responsabilités actuelles, un solide avenir l’attend dans la
critique des médias. A deux
nuances près, toutefois.
D’abord, cette mécanique de
l’influence «indirecte» exercée
par les réseaux sociaux sur le
grand public, par l’intermédiaire des médias traditionnels dont les réseaux dictent
désormais largement l’agenda
Il est cocasse
d’entendre
Macron traiter
Drouet de
«produit
médiatique».
Qu’était-il luimême, avant
d’être lancé
avec le concours
de la reine
des paparazzi,
«Mimi»
Marchand?
(un thème naît sur Facebook,
on le retrouve plusieurs jours
après en manchette des journaux, ou en bandeau sur
BFM TV), n’est pas à proprement parler récente. Elle s’est
installée depuis une décennie
environ. Quand les médias en
ligne, voici une dizaine d’années, commencèrent à propulser dans l’espace public la voix
des marginaux et des dominés,
on put penser un moment
qu’ils allaient rapidement supplanter les médias traditionnels, porteurs des agendas des
dominants. Ceux-ci, à coups
de milliards, ont trouvé la parade, en prenant pied eux-mêmes solidement sur Internet,
et en investissant méthodiquement les nouveaux réseaux sociaux au fur et à mesure de leur
apparition. S’est donc constituée entre les uns et les autres
une ligne de front relativement
stable, chacun dans sa tranchée, de concurrence-complémentarité-opposition, que Macron décrit assez bien. Dans
leur tranchée, marginaux et
dominés, prenant leurs aises,
se découvrant multitude, ont
souvent muté en «extrêmes»,
comme dit Macron. Oui, les
Russes, et la fachosphère, y ont
trouvé un terrain fertile. Oui,
des haines se sont constituées,
qui ont éclaté au grand jour
le 17 novembre. Oui, deux visions du monde se sont développées, hermétiques, étrangères l’une à l’autre. Mais chez
les dominants, à part le secrétaire d’Etat Mounir Mahjoubi,
qui s’est soucié de considérer
avec bienveillance la tranchée
adverse?
Il est par ailleurs cocasse d’entendre Emmanuel Macron
traiter Eric Drouet de «produit
médiatique». Qu’était Macron
lui-même, avant d’être lancé
comme une savonnette, notamment avec le concours de
la célèbre reine des paparazzi,
«Mimi» Marchand (à qui, selon
les auteurs d’un livre récent, il
aurait été présenté par le propriétaire du Monde, Xavier
Niel) ? Qui le connaissait,
avant qu’un tapis de bombes
de couvertures de magazines,
seul ou en fausses «paparazzades» avec Brigitte, ne s’abatte
sur la tête des électeurs ? A la
légitimité de Drouet en nombre de partages Facebook,
Macron peut certes opposer la
sienne, de président élu au
suffrage universel (par défaut,
et pour éviter Marine Le Pen).
Mais si l’on ne considère que la
construction des notoriétés,
deux monstres se font face. •
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
26 u
IDÉES/
Libération Lundi 4 Février 2019
Donald Trump
à Washington,
le 6 janvier.
BÉRENGÈRE VIENNOT
LA LANGUE DE TRUMP
Les Arènes, 2019,
162 pp., 14,90 €.
PHOTO JOSHUA
ROBERTS . REUTERS
T
«Trump utilise le
même registre, qu’il
s’adresse à un enfant
ou à un chef d’Etat»
gage très pauvre de Trump. Mais
n’y a-t-il pas un effet de contexte,
au sens où les Français attendraient de leurs hommes politiques un langage plus châtié ?
Les élites françaises sont beaucoup
plus formatées, il faut sortir de
l’ENA. Mitterrand et De Gaulle écrivaient des livres, Macron utilise des
expressions désuètes, le «casse-toi
pauvre con» de Sarkozy n’est qu’un
accident. Aux Etats-Unis, l’homme
politique peut être un self-mademan qui n’a pas fait de longues études et qui doit se montrer proche
des gens. Surtout, la politique doit
être un show. Le débat télévisé de la
campagne entre Hillary Clinton et
Donald Trump en était une bonne
illustration. Les deux candidats se
tenaient debout sur un plateau, sans
se regarder. Trump se montrait
presque menaçant physiquement
envers Clinton. En grand habitué
des reality shows, il a gagné. Pourtant, elle parlait bien mieux que lui,
mais ce n’est pas ça qui comptait. Le
discours est secondaire.
DR
raductrice pour la presse,
Bérengère Viennot relate le
cauchemar professionnel
auquel elle est confrontée depuis
l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche. Pour des journaux et
sites français, elle traduit de nombreux articles sur l’actualité politique américaine, qui reprennent
notamment les fameux tweets présidentiels. La Langue de Trump (Arènes) est un livre coup de sang, et
aussi très drôle.
Quelle a été votre réaction au
lendemain de l’élection de Donald Trump le 8 novembre 2016?
Comme une interminable gueule de
bois. Cette élection pose un problème de représentation, puisqu’il
a été élu avec 3 millions de voix de
moins que Hillary Clinton. Un autre
problème est que, outre son parti, il
a été soutenu par de nombreux
Américains qui, jusque-là, ne
s’étaient jamais sentis représentés
auparavant, et qui iront revoter
pour lui, sauf en cas de destitution.
Cette base électorale existe, et je
pense qu’elle ne disparaîtra pas avec
Trump. Le vrai problème n’est donc
pas le président américain luimême, mais ce qu’il représente. On
ne peut continuer à commenter sa
présidence juste en s’offusquant
qu’il fasse livrer des burgers à la
Maison Blanche lors de réceptions
officielles. Ce sont des manœuvres
de diversion. Trump a ouvert une
vanne aux Etats-Unis, mais c’est
aussi le cas au Brésil ou en Hongrie.
Vous citez le psychologue Ben
Michaelis qui note une baisse de
niveau dans l’expression de
Trump au fil du temps… Faitesvous le même constat depuis le
début de la présidence ?
Je n’ai pas remarqué de grandes
dégradations ces deux dernières années. Et cela me paraît à peine envisageable: sa langue était complètement destructurée dès le début de sa
présidence. Pas de syntaxe, très peu
de vocabulaire, des phrases inachevées… Cela me contraint à le traduire comme je le ferais avec de la
littérature, en m’adaptant à un contexte très particulier, sans tenir
compte du cadre politique dans lequel on traduit habituellement les
paroles de personnalités politiques.
Il n’existe aucun vrai contexte politique à son discours. Avec lui, on repart de zéro à chaque discours.
Cela transparaît-il dans toutes
ses interventions, qu’elles soient
spontanées ou plus préparées?
Oui, il est toujours dans l’oralité, jamais dans l’écrit. Il utilise le même
registre, qu’il s’adresse à un enfant
ou à un chef d’Etat. Je pense que s’il
était francophone, il tutoierait tout
le monde. Il est incapable d’empathie sociale, il ne peut pas se mettre
à la place de son interlocuteur.
Vous avez évidemment un jugement très sévère envers le lan-
INTERVIEW
Traduire les propos
du président américain
a fini par arracher un
livre énervé et inquiet
à l’interprète Bérengère
Viennot, qui se heurte
à son vocabulaire borné
et à son absence totale
de syntaxe. Ce discours
dyslexique et déviant
ne serait qu’une
diversion, un symptôme
d’un fait politique
bien plus grave.
Les discours de Trump sont souvent analysés sur la forme. Vous
semblez plus inquiète sur le
fond…
On ne s’inquiète pas assez de tout ce
qui est libéré à chaque parole,
comme le racisme suggéré dans
beaucoup de ses propos. Les minorités incriminées ne devraient pas
être les seules à s’en alarmer. Ce travail d’analyse manque. Ainsi, lorsque Trump a reçu il y a quelques semaines une équipe de football
américain à la Maison Blanche en
leur servant des burgers achetés au
fast-food, la presse américaine a critiqué le fait qu’un président fasse
entrer la malbouffe à la Maison
Blanche! Or on était en plein shutdown, les fonctionnaires n’étaient
plus payés depuis vingt-six jours. Le
FBI venait de lancer une enquête à
cause d’un soupçon de plus en plus
sérieux de collusion avec la Russie.
Cette histoire de burgers n’aurait jamais dû faire les gros titres durant
une période politique aussi folle.
C’est une faute des médias mais
aussi des démocrates, qui doivent
s’interroger: pourquoi son discours
passe-t-il si bien auprès de son électorat? Il semble qu’il existe une césure de plus en plus importante entre les analystes et ceux qui
écoutent.
Les propos de Trump permettent tout de même de l’inscrire
politiquement. Il marque parfois sa proximité avec les Tea
Parties…
Les Tea Parties sont une référence
historique qui n’est pas anodine.
Au XVIIIe siècle, ce sont des opposants à l’impôt britannique qui jettent les sacs de thé anglais dans la
baie de Boston. Mais il ne s’agit pas
que d’un mouvement d’émancipation contre la puissance coloniale:
les membres du Boston Tea Party
étaient déguisés en Indiens afin que
la faute retombe sur ces derniers. La
référence est donc loin d’être innocente. Mais il faut tout de même
dire que Trump a une grande ignorance de l’histoire de son pays –ce
qui ne semble pas gêner grand
monde. Une fois de plus, les propos
qui le rapprochent des Tea Parties
semblent plus opportunistes
qu’idéologiques.
La fin de votre livre, très virulente, explique que le ver était
dans le fruit dès les origines historiques, avec un lien direct entre les Pères pèlerins et Trump.
Quid de Barack Obama ?
Par sa réussite, Obama incarne une
partie du rêve américain: il a été élu
au poste suprême bien que noir. Il
incarne une émancipation. Il incarne aussi probablement un processus en marche que les Blancs
américains rejettent ou ne veulent
pas voir: l’émergence des minorités.
Le mouvement est là, mais les sursauts sont virulents. Aussi, je pense
qu’Obama est surtout une exception, un accident dans l’histoire, et
que s’ils étaient là aujourd’hui, les
Pères pèlerins seraient derrière
Trump. Là encore, s’ils nous semblent incarner la liberté vis-à-vis de
l’Angleterre, ce sont aussi ceux qui
ont lancé la conquête du pays au détriment des Indiens. Aujourd’hui,
ils seraient donc sans doute contre
l’avortement, pro-armes, défenseurs d’un esprit pionnier où l’on se
fait tout seul en ne devant rien à
personne.
Reste tout de même un point positif : avec Trump, on sort de la
langue de bois…
La langue de bois est aussi très ennuyeuse pour une traductrice, elle
est beaucoup plus fréquente et permet de ne prendre aucun risque et
de n’aborder vraiment aucun sujet.
C’est plus confortable pour tout le
monde, mais est-ce que cela ne
mène pas finalement à l’élection
d’un Trump ?
Recueilli par CATHERINE
CALVET et THIBAUT SARDIER
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 4 Février 2019
u 27
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Face aux plateformes en ligne, l’Europe
ne doit pas laisser tomber la presse!
M
Sept collectifs
de journalistes
appellent
l’Allemagne
et la France
à ne pas
compromettre
les efforts
du Parlement
européen
pour assurer
la protection
et la rémunération
de leurs contenus,
régulièrement
utilisés par
les plateformes
du Web
pour générer
des revenus
publicitaires.
MOGENS
BLICHER
BJERREGARD
Par
Association des journalistes
européens (EFJ)
PETER
KROPSCH
Alliance européenne des
agences de presse (EANA)
XAVIER
BOUCKAERT
Association européenne des
médias magazines (EMMA)
CARLO
PERRONE
Association européenne des
éditeurs de journaux (ENPA)
CHRISTIAN
VAN THILLO
Conseil des éditeurs
européens (EPC)
CLIVE MILNER
News Media Coalition (NMC)
FERNANDO
DE YARZA
News Media Europe (NMC)
onsieur le président de la
République française,
Emmanuel Macron,
Madame la chancelière allemande, Angela Merkel,
Nous, présidents de l’EANA
(Alliance européenne des agences
de presse), l’EFJ (Association des
journalistes européens), l’EMMA
(Association européenne des médias magazines), l’ENPA (Association européenne des éditeurs de
journaux), l’EPC (Conseil des éditeurs européens), la NME (News
Media Europe) et la NMC (News
Media Coalition), représentant les
intérêts de dizaines de milliers
d’acteurs du secteur de la presse
européenne (éditeurs de journaux
et magazines, journalistes et
agences de presse), souhaitons
vous faire part de nos préoccupations sur l’évolution des discussions relatives à la proposition de
directive sur le droit d’auteur dans
le marché unique numérique.
Les plateformes en ligne utilisent
régulièrement le contenu des éditeurs et des agences de presse
pour générer des revenus publicitaires et fidéliser leur audience
sans aucune compensation pour
les journalistes, les agences ou les
éditeurs qui possèdent et produisent ce contenu, investissent dans
l’avenir du journalisme et assument la responsabilité éditoriale
des contenus. Sans une protection
juridique claire de ces contenus
telle que proposée à l’article 11, la
pérennité de la presse indépendante et du journalisme professionnel est menacée, raison pour
laquelle le législateur européen
doit remédier au déséquilibre existant dans l’écosystème en ligne.
Par conséquent, nous soutenons
fermement les efforts de l’Union
européenne visant à instaurer
l’équité et à veiller à ce que les plateformes en ligne rémunèrent de
manière adéquate les médias.
En septembre, une écrasante majorité du Parlement européen a
voté en faveur d’un droit voisin
DONNER
ON PEUT HEUR,
DU BON USSI
A
ON PEUT ETTRE
M
S
LE TRAN
fort pour les éditeurs de presse et
les agences de presse et des journalistes, en garantissant une protection pour les très courts extraits de publications de presse.
Il s’agissait d’un signal démocratique fort adressé aux Etats
membres pour avancer dans
cette réforme.
Les négociations ont aujourd’hui
atteint un stade critique et nous
sommes profondément inquiets
de la menace désormais réelle
d’une remise en cause de cette
réforme, faute d’accord entre
l’Allemagne et la France dans
les prochains jours.
Nous vous demandons de faire en
sorte que ces points de blocage
soient levés dans les tout
prochains jours afin de ne pas
compromettre l’aboutissement
de cette directive. La survie
d’une presse libre et indépendante est en jeu. Et avec elle le
bon fonctionnement de nos
démocraties. •
L'ŒIL DE WILLEM
Léguer au Secours populaire français, c’est multiplier
votre bonheur à l’infini pour faire vivre une solidarité
de proximité contre la pauvreté et l’exclusion des
enfants et des personnes les plus démunies.
Secours populaire français
9/11, rue Froissart
75140 Paris Cedex 03
LEGS, DONATIONS, ASSURANCES-VIE
APPELEZ LE 01 44 78 79 26
www.secourspopulaire.fr
pour une documentation gratuite et confidentielle
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
28 u
A Marseille,
plus belle
magie
Libération Lundi 4 Février 2019
Projet fantôme,
d’Etienne Saglio.
PHOTO E. SAGLIO
Eclose dans les
années 2000 et objet
d’une formation
spécifique, la magie
nouvelle revendique
aujourd’hui une centaine
de disciples français
et étrangers. La Biennale
internationale des arts
du cirque en présente les
plus beaux fleurons dans
une exposition étonnante.
Par
GILLES RENAULT
Envoyé spécial à Marseille
D
ans la note d’intention de sa troisième
création, présentée à Marseille dans le cadre de la 3e Biennale internationale des
arts du cirque (lire ci-contre), l’acrobate Damien
Droin évoque des «visions de la réalité transformées, comme dans un rêve», ainsi qu’une «aventure poétique» où «nos repères s’effacent peu à
peu». Mélange de trampoline et de danse voltige,
ce charmant Open Cage – qui ne rappelle pas
pour rien l’univers de Yoann Bourgeois, puisque
son metteur en scène et co-interprète (avec Sarah
Devaux) figure au générique de certains spectacles de son illustre aîné – fait naturellement la
part belle à la prouesse athlétique. Mais il s’emploie également à explorer des voies détournées,
telles ces grosses cordes qui, soudain, se contorsionnent sans la moindre intervention humaine
apparente.
C’est là qu’intervient Benoît Dattez. Membre de
Hors Surface, la compagnie toulonnaise créée
en 2010 par Damien Droin, le garçon y officie non
pas en qualité de circassien, mais de magicien.
Comme il le fait également pour le spectacle du
Collectif AOC, Des bords de soi, inauguré également à Marseille, ainsi que pour le théâtre,
l’opéra ou le cinéma. «Il faut savoir qu’une création comme celle-ci nécessite environ trois années
de gestation, au terme desquelles ne survivent
peut-être qu’un tiers des idées formulées, précise
Damien Droin. Rien n’est simple. Encore moins
lorsqu’on décide de croiser le cirque avec d’autres
regards, comme dans ce numéro de cordes, techniquement très compliqué et requérant un timing
précis, qui nous a causé bien du souci.»
NOUVELLES TECHNOLOGIES
Plutôt que de magie, au sens générique du terme,
il convient ici de parler de «magie nouvelle». Un
courant vibrionnant à valeur de manifeste, initié
par Raphaël Navarro et Clément Debailleul à
l’aube du XXIe siècle, auquel Marseille consacre,
dans le cadre de la Biennale, une première exposition d’envergure, «Traversée des apparences»,
à la Friche la Belle de Mai. «Au même titre que le
trapèze ou le tissu aérien, la magie fait bien partie
des arts du cirque, juge utile de préciser Guy Carrara, le directeur du festival. D’autant que la plupart de ses représentants ont à la base des forma-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 4 Février 2019
u 29
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
CULTURE/
TRAVERSÉE DES APPARENCES
Exposition dans le cadre de la 3e Biennale
internationale des arts du cirque.
Friche la Belle de Mai, Marseille (13).
Jusqu’au 24 février.
Rens. : www.lafriche.org,
www.biennale-cirque.com
En trois éditions,
la manifestation,
qui privilégie la
qualité et l’inédit, a
pris de l’ampleur au
point de devenir le
plus grand rendezvous mondial .
«T
out va bien. Nous
sommes en pleine
forme, vraiment.»
En ces temps de soupe à la
grimace, la phrase dénuée
d’équivoque que prononce
Guy Carrara, codirecteur
(avec Raquel Rache de Andrade) de la Biennale internationale des arts du cirque
(Biac), aurait presque de quoi
décontenancer. En ce samedi
d’hiver, comme partout
ailleurs dans le pays, les gilets jaunes continuent de
battre le pavé, aux abords du
Vieux Port. Mais, à quelques
minutes plus au sud, un vent
d’assouvissement, quoique
glacial, souffle sur les plages
du Prado, qui offrent l’hospitalité au Village chapiteaux
de la troisième Biac. Un événement né à Marseille
en 2015 qui embrasse désormais toute la région Provence-Alpes-Côte d’Azur avec
une quarantaine de localités
concernées, de Arles à Nice.
moitié de l’étranger, viennent
à la fois débattre et faire leur
marché, au gré de quelque
65 spectacles, dont 30 inédits. Ils étaient ainsi 360 pendant la semaine pro, fin janvier, et environ le double sur
le mois que dure la manifestation, bâtie sur un budget de
3,5 millions d’euros.
Insolite. De quoi voir plus
grand, en capitalisant sur le
fait que tous les indicateurs
sont au vert? Pas nécessairement. Si la Biennale contribue à l’évidence à donner du
mEr. 06/02
lustre au cirque contemporain – qui, par-delà son
rayonnement régional, peut
encore s’estimer déprécié par
l’intelligentsia, comparé par
exemple au théâtre ou à la
danse–, l’objectif n’est pas de
mettre les bouchées doubles
pour autant. «Notre propos se
fonde sur la découverte, ce qui
constitue un pari indéniable,
explique Guy Carrara. Or, accélérer le mouvement en passant à un rythme annuel nous
ferait courir le risque de rogner le critère qualitatif. En
revanche, cette position avan-
20H30
GENTILLY • Le Générateur
CARTE BLANCHE
AU COLLECTIF
OLLECTIF COAX
CO
Marché. Chiffres à l’appui,
en effet, la manifestation pavoise. S’il existe quelques
exemples comparables, à
l’étranger (République tchèque, Pays-Bas, Belgique, Brésil) et en France (les festivals
Spring, en Normandie, ou
Circa, à Auch et dans le Gers),
la Biac s’est imposée en seulement trois moutures
comme le plus grand rendezvous mondial de la discipline. Succès public avéré
(avec plus de 110000 entrées
payantes, ce qui en ferait,
quasi ex aequo avec le In
d’Avignon, le cinquième plus
grand festival de l’Hexagone
en termes de fréquentation,
tous styles confondus), elle
attire également quantité de
professionnels qui, pour
tageuse nous incite plutôt à
développer des relations à
l’international avec d’autres
événements, ainsi qu’à investir dans la création, en accompagnant diverses troupes
dont nous coproduisons les
spectacles.»
A deux post-scriptum près (à
Nice et à Martigues), la
Biac 2019 baisse le rideau
le 10 février. Ce qui laisse le
temps d’y voir encore quelques propositions majeures:
de Campana, quatrième
création, logiquement ovationnée, du Cirque Trottola,
à l’Absolu, solo prométhéen,
à la fois insolite et anxiogène, de cet insatiable explorateur qu’est Boris Gibé,
questionnant (entre autres)
l’aliénation et l’enfermement dans un vertigineux
silo spécifiquement construit à cet effet.
G.R. (à Marseille)
© Frank Schemmann
INSTALLATIONS FLIPPANTES
Ainsi, durant cette «Traversée des apparences»
– où plusieurs œuvres se réfèrent à l’op art et à
l’art cinétique–, tombe-t-on sur Neptunia: une
vraie «plante de cirque» (une schefflera arboricola, pour les botanistes), dont les tiges et les
feuilles dansotent gracieusement, que son concepteur (ou dresseur ?), Antoine Terrieux, a dû
bichonner «pendant trois ans, en combinant les
aspects végétaux, humains et la robotique». Ou
sur Killing Alice, un ensemble animé d’installations fantasmagoriques, sinon flippantes, conçues par Violaine Fimbel et Marjan Kunaver. Une
création de 2017, à l’origine destinée au spectacle
Possession, qui racontait comment Antonin Artaud, découvrant Alice de l’autre côté du miroir,
avait accusé Lewis Carroll de l’avoir plagié «par
anticipation» (sic).
Un pied sur scène, l’autre dans un atelier, Violaine Fimbel tergiverse quand on lui demande
où elle se situe exactement : «Je me considère à
la fois comme une marionnettiste et une plasticienne, qui a pactisé avec la magie, de manière
intuitive d’abord, puis plus structurée, lorsque j’ai
intégré la 10e promo du Cnac. Pour autant, il n’est
toujours pas évident pour moi de mettre des mots
sur un langage artistique qui, dans mon cas, de
l’émerveillement à la peur, tourne par essence
autour du rêve.» •
Une Biennale qui
ne perd pas le Sud
JEU. 07/02
20H30
VINCENNES • Auditorium Jean-Pierre-Miquel
TYSHAWN SOREY
© John Rogers
tions de jongleurs.» De fait, la mouvance, qui
revendique à ce jour une centaine de disciples
(moitié français, moitié étrangers), a ses entrées
au Centre national des arts du cirque (Cnac) de
Châlons-en-Champagne, où une formation spécifique a vu le jour en 2005. Quinze artistes en
sortent chaque année, les désormais archi reconnus Etienne Saglio ou Yann Frisch ayant figuré
dans les premières promos. L’enseignement s’articule en deux stages de quatre semaines, où il
est question d’esthétique, d’anthropologie, de lévitation, de transformation, de travail sur le
mouvement, etc.
«Décréter quelque chose d’impossible n’est pas
une raison suffisante pour ne pas le réaliser» :
telle serait, en substance, la devise du commissaire (d’expo) Navarro, dont le champ d’investigation s’étend aux univers de la danse, du théâtre, des arts plastiques et des nouvelles
technologies. A l’instar d’une collaboration avec
le Cirque du Soleil, pour lequel il vient de développer «un système de vol humain circulaire» présenté non sans fierté comme «une première»
dans l’histoire de l’illusionnisme. «Le cirque et
la magie ont ceci de commun qu’ils questionnent
le rapport au réel, dans le but, précisément, d’en
repousser les limites, analyse celui qui a déjà signé un Faust à la Comédie-Française et frayé
avec l’écrivain Michel Butor, le couturier
Jean Paul Gaultier ou le chorégraphe Philippe
Decouflé. L’acrobate ira aux confins de ce qu’un
être humain peut accomplir sans artifice et, là où
la performance physique s’arrête, la magie prend
le relais en cherchant à aller encore plus loin, sans
révéler le processus.»
TRIO
SYLVIE
COURVOISIER
& MARK FELDMAN
"PLAY JOHN ZORN"
+ D’INFOS ȏȐȓȕȗȖȒȐȒȐɞWWW.SONSDHIVER.ORG
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
30 u
Libération Lundi 4 Février 2019
CULTURE/
MUSIQUES
Laure Briard, d’amour
et d’odes fraîches
Après plusieurs albums
au romantisme appuyé,
la chanteuse trouve une
inspiration solaire avec
son nouveau disque.
L
e troisième album de Laure
Briard s’appelle Un peu plus
d’amour s’il vous plaît,
comme la délicieuse chanson qui
le clôt, et c’est plus qu’une supplique, une invocation qui le motive
telle une religion. «Unissons-nous,
mélangeons-nous, autour d’un feu
sacré», implore la Toulousaine
d’une voix défaillante et palpitante
d’humanité, à l’image d’une jeune
Jeanne Moreau étourdie par le carrousel baroque et psyché qui emballe sa quête ésotérique de chaleur
humaine. L’album a été produit
«dans la douleur d’une pneumonie»,
apprend-on, et fait bien souvent
hyperventiler, fusant d’une ballade
alanguie à des courses psyché essoufflées. Buvant un chocolat
chaud réconfortant dans un troquet parisien, Laure Briard a retrouvé tout son souffle pour s’expliquer : «Cette chanson est un peu
mystique, presque digne d’une secte.
Je n’écris pas des chansons enga-
gées, car je n’aborde rien de manière
frontale. Mais si la demande
d’amour qui passe dans cet album
peut s’adresser à soi-même, ou à un
individu particulier, elle est surtout
à l’échelle de l’humanité. Je lisais
des articles très durs sur les migrants, un sujet auquel je suis très
sensible, et ce titre m’a sauté aux
yeux.»
Sept ans après son premier single,
intitulé Laure Briard chante la
France et édité sur le label Tricatel
de Bertrand Burgalat, c’en est désormais fini de l’égérie tricolore, ersatz
d’une chanson française douce et
inoffensive, fantasmée dans les
lounges du monde entier. Après des
albums aux textes romantiques,
écrits à la suite de ruptures, qu’ellemême qualifie d’«un peu plombants», elle est passée l’été dernier
au portugais pour Coração Louco,
mini-album enregistré avec le
groupe brésilien Boogarins.
Audace. L’horizon débouché par
La Toulousaine Laure Briard se destinait au départ à une carrière de comédienne. LISA BOOSTANI
cette incartade et des tournées à
l’étranger, elle ouvre son nouvel album sur Marin solitaire, qui reprend à son compte cette bossanova consolatrice qu’elle a chérie in
situ. Pour le texte, elle s’est laissé
happer par une interview du navigateur François Gabart: «Je me suis
vraiment fait un film sur lui et le
rapport qu’il pouvait avoir avec
moi», se souvient-elle vaguement.
Egalement affamée de liberté,
Laure Briard s’est entourée de musiciens français issus d’une scène
indé discrète mais audacieuse, qui
élèvent sa pop au-delà d’influences
yé-yé rebattues en expérimentant
sur chaque titre, notamment un
ancien membre du groupe normand Da Brasilians (le hasard fait
bien les choses). Son chant lui aussi
varie, comme si la Française s’enrôlait différemment dans sa mission
d’aller embellir notre monde. Laure
Briard se destinait d’ailleurs autrefois à une carrière de comédienne,
avant que les transports de la musique ne prennent finalement le dessus. «Le théâtre, ce n’était vraiment
plus moi. Même sur scène, quand
j’ai commencé les concerts, c’était
très compliqué. Je suis de nature timide.»
Sa demande d’attention clairement
énoncée pourrait aussi être celle
d’être plus écoutée dans un contexte français où, toujours, deux ou
trois idoles temporaires gagnent
l’ouïe collective et excluent les
autres. «Pour moi, il y a quelques
années, réussir ma promo était obsessionnel. J’ai eu du mal à gérer ça,
puis j’ai appris à m’en détacher, à
me dire que si je faisais de nombreux
concerts, des tournées au Brésil,
c’était super aussi», résume-t-elle à
propos d’un business de la musique
qui s’est, faute de recettes suffisantes engrangées par les ventes de
musique en physique ou en virtuel,
recentré sur le live.
Cavalcade. «Quand j’avais la
vingtaine, j’étais plutôt figée dans la
brit-pop. Aujourd’hui, j’adore explorer, écouter des vieux disques algériens, brésiliens…» Laure Briard dit
n’écouter plus grand-chose de français, même si elle accepte de faire
partie du «game» de la pop française. Son tout premier album, Révélation, avait été enregistré par
Aquaserge, les parrains de la chanson tranchant avec les traditions,
effrontée et joueuse, alors qu’ils
étaient encore basés à Toulouse. «Je
suis sortie de cette nébuleuse, mais
je suis toujours très amie avec Julien
Gasc et Eddy Crampes qui m’ont
bien boostée pour que j’écrive mes
premiers textes.» Désormais signée
sur le label parisien Midnight Special Records avec la Panaméenne
Michelle Blades ou encore Cléa Vincent, elle rêve large, aussi naturellement en français qu’en anglais.
«I let my fantaisy overflow/ Once
again», chante-t-elle sur Kooky Sun,
tube parfait dans la lignée des Anglais de Broadcast.
Perché dans des aigus qu’elle ne
peut atteindre sans un peu de fausseté, le théâtral Changer d’avis rappelle, lui, plutôt Valérie Lemercier
chansonnant pour Tricatel en 1996.
L’instrumental Love Across the Sea,
sorti de sa forme pop, entre free
jazz et easy listening très travaillé,
fait un pont inattendu avec le superbe Sea Calls Me Home de l’Américaine Julia Holter (sauvez les
océans et vous sauverez l’imaginaire de bien des musiciens). Surtout, il y a la cavalcade free jazz et
punk titrée Energie, au texte délectable («Je dois économiser mon
énergie/ Ne pas la gaspiller inutilement/ Ne pas l’égarer dans le vent/
Et toi, être sans importance,/ Avec
ton pouvoir prétentieux/ Ne viens
pas brouiller mon énergie») qui
élargit la sphère intime et interroge
subtilement le choix de la légèreté
à l’époque de la collapsologie tous
azimuts: même la pop la plus téméraire offre une zone de résistance
bienvenue dans le déluge d’œuvres
survivalistes.
CHARLINE LECARPENTIER
LAURE BRIARD UN PEU PLUS
D’AMOUR S’IL VOUS PLAÎT
(Midnight Special Records).
En concert le 28 février
au Bikini, Ramonville (31).
Puis en tournée, en première
partie de Lemon Twigs :
le 1er mars à l’Aéronef, Lille (59),
le 4 mars à la Cigale (75018)…
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 4 Février 2019
u 31
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
A ses débuts, Gyedu-Blay
Ambolley fut surnommé
le James Brown du Ghana.
PHOTO CLARENCE ARYEE
Figure du funk tropical
au Ghana dans les
années 70 , le chanteur
et multi-instrumentiste
se produit pour la
première fois à Paris.
curseurs supposés du hiplife, contraction de hip-hop et highlife, pour
ses incursions dans le spoken word
au début des années 70. En termes
de cocktail détonant, la récente réédition chez Analog Africa d’un quatre-titres typique du son proto-synthétique des années 80 (en mode
funk azimuté sur The Message en
face A, versant electro stratosphérique sur Burkina Faso en face B) témoigne de sa facilité à combiner le
highlife à toutes les sauces.
A
croire que le temple du
«jazz» est devenu le passage
obligé pour les vétérans
ghanéens qui révolutionnèrent le
highlife dans les années 70. Pour sa
première date parisienne, après un
bon demi-siècle de carrière, GyeduBlay Ambolley a choisi le New Morning, où furent intronisés les septuagénaires Ebo Taylor et Pat Thomas. Cela devrait augurer de beaux
lendemains au natif du port de
Sekondi, si l’on en juge la renaissance qu’ont connue ses deux aînés
depuis leur passage ici même. Tout
comme eux, Gyedu-Blay Ambolley
doit cette tardive reconnaissance au
travail acharné d’une poignée de
diggers acharnés qui mesuraient la
valeur de ce musicien à la discographie plutôt fournie.
Le premier déclic fut avec Simigwa-Do, son premier 45-tours produit en 1973 par Ebo Taylor, plus
qu’un mentor, un guide spirituel: au
programme de la compilation
Ghana Soundz, publiée par le label
Soundway, ce titre pionnier va le
ressortir d’un relatif oubli à partir
de 2002. Percussion afro-latine, guitare jazz-funk, clavier sorti tout
droit d’une église baptiste: GyeduBlay Ambolley y déploie l’étendue
Culte. Pour ultime preuve de cette
Gyedu-Blay Ambolley,
le highlife sauce piquante
de sa science d’un rare groove «américain». Que du normal, quand on
sait qu’ado, «Ambo» (un de ses surnoms) fut sevré de Voice of America
Jazz Hour, un programme radio qui
diffusait les héros de la note bleue.
Inclassable. Cette prégnance
«transatlantique» sera d’ailleurs la
marque de fabrique d’Ambolley, une
caractéristique qui le différencie de
ses pairs de l’époque. Le multi-instrumentiste (basse, guitare, sax…)
chanteur fut même appelé le James
Brown du Ghana, et on comprend
mieux pourquoi en écoutant Simigwa, son premier LP daté de 1975.
Un objet aussi inclassable que culte,
qui a bénéficié d’une nouvelle réédition en 2018, après celle d’Academy
Records en 2012. Le Ghanéen y cite
abondamment le godfather américain, et c’est bien sur les pistes d’un
funk tropicalisé qu’il nous emmène,
avec pour peak This Hustling World.
Sans négliger des passages plus
tranquilles, comme la ballade Toffie,
dont les arrangements évoquent
tout autant l’influence de Mr Dynamite. Pour autant, Gyedu-Blay Am-
Lou Doillon, la belle absente
Pour «Soliloquy»,
la chanteuse, entourée
d’une armada de
producteurs peu inspirés,
ne brille vraiment qu’en
duo avec Cat Power.
L
Lou Doillon, lonesome cow-girl. PHOTO CRAIG MCDEAN
ou Doillon est de celles dont on
se dit qu’elle accède à tous les
luxes. Et pourtant, il en est un
qui lui résiste sur son troisième album,
Soliloquy : celui de pouvoir être ellemême sans que rien autour ne vienne
polluer son essence. «Pourquoi vous,
vous êtes dans les pages des magazines,
super belles, et moi je me contenterais
d’un rocking-chair ?» se plaignait-elle
tout en se comparant à sa mère, Jane
Birkin, et sa sœur, Charlotte Gainsbourg, lors d’une rencontre en 2012
avec Libération. Cette année-là, elle
avait 30 ans et s’improvisait chanteuse
bolley ne sombre jamais dans la pâle
copie, irriguant sa musique des
rythmes simigwa de sa région natale. Une formule imparable que ce
fervent adepte de l’unité panafricaine–sa devise «My music is for one
world, one people, one destiny» et ses
paroles engagées sur le front social
ne sont pas sans rappeler les slogans
du visionnaire président Kwame
Nkrumah– va se charger par la suite
de démultiplier.
Disco, soul, funk, jazz, reggae, le
Ghanéen aura beaucoup testé: il est
même crédité comme l’un des pré-
sur son premier album, Places, produit
avec dévotion et pureté par Etienne
Daho. Avec lui, Lou Doillon pouvait
faire douter les médisants, sa voix rauque, agréablement maniérée, honorant des chansons folk-pop touchantes bien qu’un peu formelles.
Sur son troisième album, alors qu’elle
pense offrir un «soliloque», sa voix se
perd dans une grappe de sons polis
par des producteurs qui ont oublié à
quel plant ils se sont accrochés. Produit par Benjamin Lebeau de
The Shoes, le single Burn est un brasier d’artifices embarrassants, aux guitares et rythmiques mécaniques, sans
lien et sans passion. Nothings, ornementé par Dan Levy de The Dø, semble de son côté ne venir d’aucun élan
vital de créer, mais seulement d’une
méthodologie de pop-rock tiède.
La question n’est plus de savoir si Lou
Doillon est trop entourée, mais de vérifier si elle est seulement là, si elle est
bien dedans. Son chant pourtant plein
de promesses, ses mots pourtant lettrés, s’éreintent dans la routine d’attaquer d’une voix grave et autoritaire,
féconde versatilité, son album Ketan (2016), rappelle aussi que Gyedu-Blay Ambolley excelle dans les
versions latines: le thème-titre (Ketan, la région d’où il est originaire)
est un modèle du genre, puisant
dans les musiques du bassin caribéen, qui furent l’une des sources
du highlife. Ce n’est pas un hasard
si le Ghanéen est depuis belle lurette
l’objet d’un culte sur les côtes Atlantique de la Colombie, ayant été
maintes fois repris par les adeptes
de la champeta locale. Autant d’indices qui devraient incliner ceux qui
aiment suer sur la piste à venir se
précipiter pour cet unique concert,
potentiellement show bouillant.
JACQUES DENIS
GYEDU-BLAY AMBOLLEY
SIMIGWA (Mr Bongo).
KETAN (Agogo Records).
THE MESSAGE (Analog Africa).
En concert le 8 février
au New Morning, 75010.
avant de slalomer vers un certain lâcher prise, à moins que ce ne soit vers
l’ennui. La lonesome cow-girl se veut
plus légère que sur ses précédents disques mais est alourdie par les bagages
de son équipe : Benjamin Lebeau ou
Dan Levy, donc, mais aussi le Canadien Taylor Kirk, de Timber Timbre,
qui avait poliment soigné son précédent album, Lay Low.
Le recentrage de Lou Doillon sur ellemême intervient finalement sur It’s
You, en duo avec Cat Power, fait d’accords simples et presque scolaires,
mais dégageant une beauté harmonique, avec de discrets pianos et harmonicas. «It seems hard to believe it’s still
you», chantent-elles dans des souffles
qui s’emboîtent. Cat Power, elle-même
experte en soliloques possédés, a, bien
plus que toute la délégation de producteurs qui ne semblent pas avoir
écouté Lou Doillon avant de travailler
avec elle, la griffe nécessaire pour
percer à jour l’enfant-bulle.
C.Le.
LOU DOILLON SOLILOQUY (Barclay).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Libération Lundi 4 Février 2019
www.liberation.fr f facebook.com/liberation t @libe
Martyr un jour
Jérôme Rodrigues Grande gueule et cœur tendre,
la figure barbue des gilets jaunes voit sa blessure à l’œil
devenir un symbole de la répression.
O
n fait la connaissance de «Jérôme» le 26 janvier. Place
de la Bastille, les groupes de gilets jaunes murmurent
son prénom sous les lacrymos. Bientôt ils le crieront
d’indignation. Sur leurs téléphones, tourne en boucle la vidéo
qu’il diffusait en direct sur Facebook, avant de s’effondrer, gravement blessé à l’œil par une grenade ou un lanceur de balles
de défense (LBD, arme de type Flash-Ball), l’enquête IGPN le
dira. Le barbu, connu des manifestants depuis la mi-décembre, devient symbole de la répression.
On retrouve Jérôme Rodrigues moins
d’une semaine plus tard, à la veille de
l’acte XII, auquel il participera entre une
interview au New York Times et un passage dans Balance ton
post. Il rechigne à laisser de côté le gilet jaune pour la photo
et refuse de quitter le chapeau. Il relève son jogging pour nous
montrer ses chaussettes –jaunes, forcément– et se marre. Son
téléphone n’arrête pas de sonner, il le file à son pote Djamel,
«rencontré à l’acte I», qui assure les relations avec la presse et
le reste du mouvement. Quand il le récupère, Rodrigues nous
montre ému les attentions reçues depuis sa blessure : une
photo d’un graffiti en son honneur, un dessin d’enfant, un gilet jaune avec son portrait dans le dos… Jérôme Rodrigues se
raconte tant que sa clope s’éteint souvent. Rude mais prévenant, il vous regarde bien en face, jamais avare d’un mot pour
ceux qui le reconnaissent et demandent des nouvelles: il ne
sait pas encore ce que va devenir son œil.
Sa tchatche, qui l’a fait connaître en ligne puis sur les plateaux
télé, le jeune quadra la tient d’un passé dans la vente et le commerce. Le CV est servi assaisonné d’anglicismes: bac pro, vendeur, animateur, directeur d’un magasin de jouets parisien
dans les années 2000, puis boîte de merchandising. «Je sais que j’ai une force de frappe verbale, parce
que j’ai parlé aussi bien à des prolos qu’à des PDG», plastronnet-il, pas peu fier d’avoir un jour fait une blague à Chirac : «Il
venait sur un salon, moi je gérais un stand. Il claque la bise à
toutes les meufs, et je lui dis: “Et moi, monsieur le Président?”
On s’est marrés comme des gorets.»
Le gamin de Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis) était
«loin d’être un mauvais élève», dit sa sœur Helena. Il était très
LE PORTRAIT
intelligent «mais il s’emmerdait à l’école, c’était le petit rigolo
de la bande et avec les profs ça passait mal». Alors dès 15 ans,
l’ado va vider les camions sur les marchés, livre des pizzas ou
accompagne son père dans ses tournées hexagonales pour
sa société. Car «la culture du travail», elle vient du paternel:
un Portugais qui a suivi leur mère en France alors qu’elle venait au Portugal pour des vacances. A la maison, «on s’aime
mais on se le dit peu», esquisse la frangine. Les «valeurs» et
la langue sont françaises, mais pour les trois gamins, c’est
école portugaise chaque mercredi. Et retour «au pays» à toutes
les vacances.
Du Portugal, où il a de la famille et des potes, Jérôme Rodrigues s’est aussi fait tatouer l’escudo sur le bras. Pour lui, c’est
«fado, football et Fatima». Le fado, c’est les bals de village; le
foot, c’est Cristiano Ronaldo et quelques virées au stade ; et
le sanctuaire de Fatima, il y est allé trois fois ces dernières années. Il croit à moitié et ne pratique pas, malgré des grands-parents rincés au catholicisme lusitanien. Ce qui lui plaît dans
le pèlerinage, c’est «la communauté» : «Les gens prient, on
bouffe, on boit un coup.» Côté français, le grand-père était communiste. Les deux branches de la famille ont fait bon ménage:
«J’ai pu me faire ma propre idée et pas forcément tomber dans
un carcan ou dans l’autre.»
Sa grand-mère française l’aidait pour les devoirs, dictionnaire
sur les genoux. Il en a gardé un amour des mots et on le sent.
Dans son MP3, un peu de
tout, mais son cœur penche
pour la variété française et le
1979 Naissance
rap. Il cite NTM, son enfance,
à Montreuil.
«9-3 oblige». On retrouve le
2005 Naissance
numéro du département de
de sa fille.
la Seine-Saint-Denis dans
Fin 2014 Coups durs,
son pseudo utilisé pour jouer
professionnel
aux jeux vidéo en réseau,
et personnel.
même s’il a rangé la manette
26 janvier 2018
ces derniers temps. Côté ciTouché à l’œil.
néma, il mange un peu à tous
les râteliers, avec une préférence pour les Disney: ça lui rappelle la sortie annuelle quand il était gamin. Il les a revus avec
sa fille, qui a maintenant 13 ans. Et puis la télé : Hanouna,
«pour se vider la tête» et des documentaires animaliers ou historiques «pour apprendre des trucs».
La synthèse, Jérôme Rodrigues la cultive jusque dans ses convictions politiques. «Pas forcément à gauche», il prêche surtout
la discussion. Obtus mais ouvert: «Y a des idées de merde, y a
des bonnes idées, tout est discutable.» A la présidentielle
de 2017, il a glissé un bulletin de gauche dans l’urne, mais seulement au premier tour. C’était la première fois depuis 2005.
A l’époque, il avait voté contre le projet de Constitution européenne. «Mais quand tu vois la douille qu’ils nous ont mise,
je me suis dit : “Ça sert à quoi de voter ?”» Alors il a arrêté, et
ne prévoit pas de recommencer. L’année dernière, un différend avec les impôts l’a fâché un peu plus avec les administrations: «Je suis pas anar, mais faut remettre à plat le système.»
Dans les manifs d’aujourd’hui, Jérôme Rodrigues retrouve
la fraternité de son enfance en banlieue, entre «Boubakar, Mohammed, Antonio et Jean-Paul». Le pire des maux chez certains gilets jaunes, selon lui, c’est la solitude. Il sait ce que c’est.
Fin 2014, il perd son boulot et connaît ce qu’il appelle pudiquement «un accident de vie sentimentale». Le coup est dur.
Il s’éloigne, disparaît presque pour ses proches. Un sourire
chasse la buée de son œil: «Maintenant c’est fini, j’ai plein de
copains.» L’optimisme de ceux qui ont tout perdu.
C’est sa sœur surtout qui est venue le tirer par la manche. Helena le dit «teigneux», mais surtout «courageux». Aujourd’hui,
elle l’emploie dans son entreprise de BTP et l’aide à se reconvertir à la plomberie –«faut bien bosser», lâche-t-il. Derrière
sa longue barbe et sa moustache qu’il torsade de temps en
temps, Jérôme Rodrigues cache des dents «à refaire»,
4000 euros qu’il n’a pas. Ça le gêne parce que «les dents c’est
presque pire qu’un œil, tout passe par là, la nourriture, le sourire». Son salaire, un gros smic, lui suffit péniblement, entre
son appartement mal chauffé de l’Oise et la pension alimentaire pour la gamine. Mais il ne nous le dira pas. Il préfère assurer qu’il n’est «pas le plus à plaindre» des gilets jaunes, et c’est
pour eux qu’il se bat. Ils le lui rendent bien. Lors de l’acte XII,
les manifestants scanderont son nom lors de l’hommage aux
blessés du mouvement: «Quand t’as des milliers de personnes
qui crient ton nom, forcémént t’as l’œil humide.» •
Par FABIEN LEBOUCQ
Photo MARTIN COLOMBET
Документ
Категория
Журналы и газеты
Просмотров
9
Размер файла
14 816 Кб
Теги
liberation
1/--страниц
Пожаловаться на содержимое документа