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Le Point - 03 01 2019 1

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Houellebecq punk
Sloterdijk érotique
Le Maire intime
L 13780 - 2418 - F: 4,90 €
Leila Moustapha Pourquoi
la femme qui Daoud
sauve Raqqa
dérange
Honneur, droiture
et hédonisme…
Onfray
Vivre heureux
comme un Romain
« Sagesse », son grand guide philosophique
Michel Onfray au musée du Louvre
dans la salle des antiquités
grecques, étrusques et romaines.
ÉLODIE GRÉGOIRE POUR « LE POINT » (X2). BERIVAN. MICHEL GINIES/SIPA. AUBREY WADE/RÉA POUR « LE POINT »
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www.lepoint.fr Hebdomadaire d’information du jeudi 3 janvier 2019 n° 2418
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L’éditorial de Franz-Olivier Giesbert
Michel Onfray au pied du volcan
Dis-moi où tu habites, je te dirai qui tu es.
Si vous voulez comprendre Michel Onfray, allez en Martinique, du côté de la montagne Pelée dont les « nuées
ardentes » de l’éruption de 1902, mélange de cendres,
gaz, blocs volcaniques, ont fait près de 30 000 morts.
Ce n’était pas la première éruption de la montagne
Pelée, ce ne sera pas la dernière. Le volcan est resté actif et c’est à ses pieds que notre philosophe national
a décidé de se retirer de temps en temps du monde,
dans un paysage d’une beauté à tomber, où la terre et
le sable sont quasi noirs, souvenir de la plus grande
éruption volcanique du XXe siècle en attendant la
prochaine.
Tel est notre destin : la fin du monde n’est
jamais loin et, nous autres humains nous vivons,
dansons sur des volcans. Ils changent tout le temps
de nature. Une fois, c’est la résistible ascension de Hitler. Une autre, l’épidémie de grippe espagnole, la montée des populismes ou la débine des classes moyennes
inférieures. Sans parler de la mort qui guette, la nôtre
et celle de notre civilisation.
La montagne Pelée est une métaphore de la mort
que notre époque ne sait pas apprivoiser. C’est à se demander, parfois, si elle n’a pas été inventée pour nous
empêcher de vivre. Sur ce point, au moins, il est stupéfiant d’observer à quel degré l’Antiquité était en
avance sur notre triste XXIe siècle. « On a deux vies, disait Confucius, et la deuxième commence quand on se rend
compte qu’on n’en a qu’une. »
Bienheureux, les libres-penseurs, qui, à l’heure
du numérique, vivent encore au rythme de la Rome
antique pour laquelle savoir mourir était un devoir
qui relevait du… savoir-vivre. Lucien Jerphagnon, le
maître de Michel Onfray, fut de cette école-là, tout
comme notre cher Claude Imbert, Romain dans l’âme,
qui éditorialisa longtemps ici même, pour le bonheur
de tous.
De tous les livres de Michel Onfray « Sagesse » est sans doute le plus important.
Une leçon de vie, d’amour, de philosophie, façon péplum, à garder près de son lit. Une célébration des
penseurs romains qui, loin de la théâtralité ou de la
scolastique grecques, ont, selon sa propre expression,
« sauvé » l’auteur. Un ouvrage érudit, beau comme
l’antique, qui entend nous réconcilier avec l’esprit de
la philosophie romaine et se lit aussi facilement qu’un
roman.
« Sagesse » fait beaucoup de bien en ces temps de
cynisme galopant, quand un journal comme Le Monde
ose présenter en une de son magazine Emmanuel
Macron avec les codes iconographiques du IIIe Reich.
Bouffre ! Le fascisme ne passera pas ! Quand tout se
vaut, rien ne se vaut, observait à juste titre le fondateur du quotidien, Hubert Beuve-Méry.
Effrayés d’aller d’un néant (avant la vie)
l’autre (après la vie), nous avons beaucoup à apprendre de personnages puissants, passionnants, dont
le moindre n’est pas Marc Aurèle, empereur, auteur de
« Pensées pour moi-même », qui a écrit un jour cette
maxime géniale : « Il faut vivre chaque jour comme si
c’était le dernier. » Il entendait vivre en Romain, autrement dit se tenir droit, maîtriser ses affects les moins
ragoûtants, manifester humanité, sévérité, clémence,
simplicité, grandeur d’âme (voir notre article page 38).
A la fin, parce qu’il n’a pas su abolir tout ce qui, dans
l’Empire, était contradictoire avec la sagesse de « Pensées pour moi-même, » Marc Aurèle, qui aurait pu devenir philosophe, se sera contenté d’être un mauvais
empereur, comme dit Michel Onfray, qui reste toujours Michel Onfray : redresseur de torts, sans pitié
pour les mensonges, les impostures. On ne se refait
pas. Mais il absout, malgré tout, Marc Aurèle : « Il vaut
mieux mener une belle vie en ratant l’Empire qu’une vie
laide en le réussissant. »
Sénèque, qui en prend pour son grade, écrivait aussi « pour être le contraire de ce qu’il
fut ». Sans rien cacher des sales petits secrets des
grandes figures de l’Antiquité romaine, « Sagesse » ne
lésine pas sur les exercices d’admiration envers ces
géants que restent Plutarque, Tacite et tant d’inconnus que Michel Onfray sort de leur purgatoire. Tous,
par son entremise, nous aideront à vivre.
Comme les grands esprits se rencontrent !
Sans se concerter, le grand Michel Houellebecq, dans
« Sérotonine », et Michel Onfray, dans « Sagesse », répondent à la même interrogation. « Notre civilisation
judéo-chrétienne, et la France tout particulièrement, note
Michel Onfray, a massivement désamorcé le pouvoir de
volonté », en prescrivant les anxiolytiques, les antidépresseurs, etc.
Face à la crise existentielle que nous vivons, Houellebecq propose la rédemption par le Christ, Onfray, plus
prosaïque, la philosophie romaine que « Sagesse » rend
si vivante qu’après avoir refermé le livre on a envie de
revenir aussitôt dans ce monde qui a tant à nous dire.
Bonne année ! §
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 5
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Houellebecq contre Macron
C’est le choc de 2019. Si l’avenir confirme
sur la répartition des revenus du capital et du travail.
les constatations de l’auteur de « Sérotonine »
Une querelle passionnante, mais dont la portée pratique
(Flammarion), le président de la République aura perdu.
est faible : jamais aucun dividende, rapporté à chaque
Car Michel Houellebecq, comme l’ont démontré
salarié, ne représentera autant que l’argent ponctionné
le regretté Bernard Maris (1) et notre éditorialiste
par les charges sociales ou l’impôt. Ce n’est tout
Pierre-Antoine Delhommais, est un économiste plutôt
simplement pas le même ordre de grandeur.
inspiré. « La carte et le territoire », par exemple,
La principale piste, pour répondre au « problème
avait brillamment peint le tableau d’une France
Houellebecq », reste donc l’allègement des prélèvements obligatoires, notamment ceux sur le travail.
désindustrialisée, devenue un gigantesque Disneyland
On objectera – et justement – que cet argent n’est pas
du terroir, dont l’unique possibilité était de servir
inutile. Certes, mais est-on vraiment sûr que les quelque
convenablement des touristes indonésiens et chinois,
1 300 milliards d’euros de dépense publique (en 2019)
grands vainqueurs de la mondialisation. Spécialisée
sont tous indispensables ?
dans les « confitures artisanales de griottes », avait ensuite
Au sein de l’exécutif, tout le monde ne semble pas avoir
dit l’écrivain au Point, la France pouvait « arriver à être
la même perception. Certains ont l’air plus volontaires
un pays demi-pauvre pas si malheureux »…
(lire l’interview de Bruno Le Maire, p. 24), d’autres
Dans « Sérotonine », Houellebecq récidive. Alors qu’il est
semblent plus sceptiques
question de Claire, devenue alcoolique et désespérée, l’auteur
ou plus résignés. Emmanuel
« Vers 2003-2004, elle s’était
nous indique ceci : « Vers 2003Macron, lors de son allocution
2004, elle s’était rendu compte que
du 31 décembre, a paru osciller
rendu compte que son
son appartement gagnait tous les
entre les deux. A l’appui de son
appartement gagnait tous
mois beaucoup plus qu’elle. » Oh, la
« vœu de vérité », il a martelé
bonne question… Du mouvecette évidence : « On ne peut pas
les mois beaucoup plus
ment des gilets jaunes, dont on
travailler moins, gagner plus,
qu’elle », écrit Houellebecq.
oublie parfois qu’il était à l’oribaisser nos impôts et accroître nos
gine une révolte fiscale, il faut
dépenses, ne rien changer à nos
Oh, la bonne question…
retenir – entre autres – cette
habitudes et respirer un air plus
exaspération née du sentiment
pur. » Mais s’il a annoncé une
que le travail ne paie pas. Ou plus. Selon Houellebecq, ou
réforme « en profondeur » de l’assurance-chômage et évoqué la question de l’efficacité de l’Etat, il n’a pas formulé
du moins son narrateur, Florent-Claude, celui-ci n’a d’ailleurs jamais payé : « L’argent n’avait jamais récompensé le
cette vérité dans son entière âpreté : il faudra tailler très
travail, ça n’avait strictement rien à voir, aucune société hufranchement dans les dépenses actuelles pour se donmaine n’avait jamais été construite sur les rémunérations du
ner de l’air. Prudence, modération polie à l’heure des
travail, et même la société communiste future n’était pas cenvœux de la nouvelle année ou petite hésitation ? Nous
sée reposer sur ces bases. »
le verrons assez vite.
Il pousse sans doute le bouchon un peu loin, HouelleC’est tout le paradoxe : le président, avocat de la rationabecq. Disons, au minimum, que la possibilité d’enrichislité, semble aujourd’hui condamné à dire les choses en
sement par sa propre activité est aujourd’hui peu
les enrobant quelque peu. L’écrivain, qui tient en général l’économie pour une science molle voire fumeuse,
perceptible… Emmanuel Macron a beaucoup évoqué,
par le passé, cette économie de la rente dont Claire, le
les exprime plus crûment. Avant, bien sûr, de brouiller
les cartes. Dans « Sérotonine », il écrit : « Les conversations
personnage de « Sérotonine », est une bénéficiaire autant qu’une victime. Au cours du mois de décembre, lors
sur l’économie sont un peu semblables à celles sur les cyclones,
de l’une de ses interventions, le président est d’ailleurs
sur les tremblements de terre ; on finit assez vite par ne plus
revenu sur le sujet, suivi en cela par Edouard Philippe.
comprendre de quoi on parle, on a l’impression d’évoquer une
Mais que faire ? D’abord, constater que le problème est
divinité obscure et on se ressert du champagne »… Macron
plus lourd qu’on ne le pense. Le pouvoir d’achat collectif
n’aura pas les mêmes possibilités : ni l’échappatoire
des Français est dopé par le déficit : le pays vit en partie
rigolarde de l’écrivain, ni le champagne, pour lequel,
à crédit.
c’est sûr, il devra attendre un peu… Bonne année ! §
Etienne Gernelle
Augmenter les salaires ? Ceux-ci dépendent avant tout
de la productivité, et celle-ci ne progresse pas assez vite
1. « Houellebecq économiste », Flammarion, 2014.
Lire p. 62 la critique de « Sérotonine ».
chez nous pour le justifier. Il y a certes ce fameux débat
8 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
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SOMMAIRE2418
Leila Moustapha Pourquoi
la femme qui Daoud
sauve Raqqa
dérange
L 13780 - 2418 - F: 4,90 €
60
76
82
94
TENDANCES
Réchauffez votre hiver !
Mots croisés et bridge
65 Onfray
Vivre heureux
comme un Romain
« Sagesse », son grand guide philosophique
Michel Onfray au musée du Louvre
dans la salle des antiquités
grecques, étrusques et romaines.
66 69
71
71
5
11
12
16
24
29
32
36
38
40
44
46
47
48
52
57
59
L’éditorial de Franz-Olivier
Giesbert : Michel Onfray au pied
du volcan
La chronique de Patrick Besson :
premières pensées de 2019
Editoriaux : Pierre-Antoine
Delhommais, Luc de Barochez,
Jean-François Bouvet
LE POINT DE LA SEMAINE
Il ont dit non à Ségolène Royal
FRANCE
Bruno Le Maire : « Nous allons
trop lentement »
Francis Lalanne, le barde jaune
MONDE
La femme qui fait revivre Raqqa
Syrie, le « grand jeu » selon
Donald Trump
EN COUVERTURE
Michel Onfay : vivre heureux
comme un Romain
« Un philosophe devrait être
un gladiateur »
Petites leçons de savoir-vivre
(extraits de « Sagesse »)
Ce qu’il écrivait à 11 ans
Lettre de Lucien Jerphagnon
à Michel Onfray
SOCIÉTÉ
Les Beaux-Arts, une fable
française
ÉCONOMIE
Jean-Claude Trichet,
il était une fois l’euro
Chancerelle, le seigneur
de la sardine à l’huile
Etat-major : La Mutuelle générale
SCIENCES
Que la montagne est verte
CULTURE
« Sérotonine » : vous reprendrez
bien un peu de houellebecquine ?
« Etat de nature » : Jean-Baptiste
de Froment, l’insider qui
dézingue la politique française
« Le projet Schelling », roman
du plaisir de Peter Sloterdijk
John Steinbeck (« Jours de
travail ») : « Comme des raisins
hors de leur peau »
Caroline Lunoir : « Première
dame » de pique
Livres : les meilleures ventes
de la Fnac
La minute antique, de
Christophe Ono-dit-Biot
Cinéma : « Edmond » envoie
et touche !
Brèves
62 Honneur, droiture
et hédonisme…
ÉLODIE GRÉGOIRE POUR « LE POINT » (X2). BERIVAN. MICHEL GINIES/SIPA. AUBREY WADE/RÉA POUR « LE POINT »
LE POINT N° 2418
Houellebecq punk
Sloterdijk érotique
Le Maire intime
www.lepoint.fr Hebdomadaire d’information du jeudi 3 janvier 2019 n° 2418
ALLEMAGNE : 5.70 € - BENELUX : 4.90 € - CANADA : 8,00 $CAN – SUISSE : 6.90 CHF - DOM : 4.90 € - TOM : 750 CPF - ESPAGNE/GRÈCE/ITALIE/PORTUGAL CONTINENTAL : 4.90 € - MAROC : 42 MAD – TUNISIE : 6.50 TND - CÔTE D’IVOIRE/CAMEROUN/GABON/SÉNÉGAL : 3 500 CFA.
§ ONFRAY : VIVRE HEUREUX COMME UN ROMAIN § LEILA MOUSTAPHA, LA FEMME QUI SAUVE RAQQA § POURQUOI DAOUD DÉRANGE
38
71
72
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LE POSTILLON
103 Stora-Sévillia, l’Algérie en débat
107 Tardieu, le réformateur oublié
108 Quand la pensée « décoloniale »
s’en prend à l’art
110 Rentrez ou taisez-vous sur nos
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Le Point is published weekly by Société d’exploitation de
l’hebdomadaire Le Point-Sebdo – 1, boulevard Victor,
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Le Point 2018. Origine géographique du
papier : Allemagne, Autriche, Italie. Taux de
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COMMUNIQUÉ
Bouchon éco-responsable
CRISTALINE
Plus pratique,
moins de plastique.
Solidaire de la bouteille, le bouchon Cristaline
ne se perd pas dans la nature, il ne risque donc pas
d’être avalé par les oiseaux marins. Eco-conçu,
il nécessite moins de plastique, permet également
d’alléger le poids de la bouteille et favorise le
recyclage systématique du bouchon avec sa bouteille.
Sélectionné parmi les innovations remarquables
du SIAL, le bouchon Cristaline vient d’être
récompensé au Salon International de l’Emballage
dans la catégorie « Bénéfce sociétal de l’emballage ».
M. Luc Baeyens, Directeur
Général de Cristaline, nous
explique tout l’enjeu
écologique qui se cache
derrière ce bouchon.
Comment est née l’idée
de ce nouveau bouchon ?
Luc Baeyens : « A l’origine de ce lan-
Adobe Stock/Roberto Zocchi
cement, un constat environnemental :
malgré l’augmentation du recyclage,
des bouchons en plastique se retrouvent
parfois perdus dans la nature… et les
oiseaux marins peuvent confondre ces
déchets fottants avec de la nourriture.
Seule une gestion effcace et responsable des déchets peut réduire cette menace. De là est née l’idée : nous avons
inventé le bouchon Cristaline solidaire
de sa bouteille, pour que les bouchons
ne s’égarent plus dans la nature. »
Comment s’est ensuite développé
ce nouveau bouchon ?
LB : « Lancé en juin 2016 dans les départements du Nord-Ouest de la France
en phase pilote sur les petits formats,
CRISTALINE POSSEDE SA PROPRE USINE DE RECYCLAGE EN FRANCE
100 % recyclable, le plastique des bouteilles (PET) était, il y a 10 ans,
majoritairement recyclé pour le textile polaire ou les matériaux isolants.
Cristaline a fait le choix écologique d’intégrer ce plastique recyclé dans
la fabrication de ses bouteilles d’eau et de créer sa propre usine de
fabrication de plastique recyclé.
Créée en 2009, l’usine ROXPET de Cristaline, à Lesquin, est capable de
produire annuellement 15 000 Tonnes de PET recyclé.
« Les bouteilles 1,5l Cristaline intègrent aujourd’hui plus de 20% de PET
recyclé ! C’est une prouesse technologique car il faut garder toutes les
propriétés en termes de qualité, sécurité, résistance… et le tout sans surcoût
pour le consommateur fnal ! »
L. Baeyens
le bouchon solidaire de la bouteille
Cristaline s’étend aujourd’hui sur
l’ensemble du territoire, sur tous les
formats de bouteilles. »
Expliquez-nous en quoi ce bouchon constitue une réelle avancée écologique…
LB : « Plusieurs mois ont été nécessaires pour développer et mettre au
point le nouveau bouchon solidaire de
la bouteille. Il présente plusieurs avantages : sa taille réduite nécessite moins
de plastique pour le fabriquer, attaché
à la bouteille, il ne risque pas de se
perdre dans la nature ni d’être avalé par
les oiseaux marins.
Il favorise également le recyclage
systématique du bouchon avec sa bouteille, qui ne font plus qu’un élément à
trier pour le consommateur. »
Pour réduire les emballages,
vous allez encore plus loin ?
LB : « Exactement ! Bouchon, bouteille, flm de pack, étiquette, chaque
élément de l’emballage est optimisé.
Un travail permanent réalisé avec les
ingénieurs en packaging, le développement et les fournisseurs. En investissant ainsi pour réduire le poids de
ses emballages, Cristaline propose
aujourd’hui la bouteille de 1,5l parmi
les plus légères du marché. A peine
plus de 20g ! En seulement 25 ans, le
poids de l’emballage plastique d’une
bouteille d’eau Cristaline de 1,5l a
diminué de près de 60%. Une bouteille
légère, 100% recyclable, un bouchon
solidaire et un film sans colorant,
c’est aussi cela, le respect de l’environnement. »
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Premières pensées de 2019
Patrick Besson
Les ivrognes laissent
de gros pourboires.
Je suis un boulevardier extérieur.
Chrétiens : menacés de
l’enfer depuis vingt siècles.
*
*
*
La caravane aboie,
les chiens passent.
Rien ne contrarie
un amoureux.
*
*
Comment rendre justice
à un génie ? Personne n’en
a les moyens, pas même lui.
Jésus nous a dit d’aimer
nos ennemis, mais il ne nous
a pas interdit de les crucifier.
Sur la première édition
d’« Ulysse » par Sylvia Beach
(1 000 exemplaires),
le pourcentage accordé à
l’auteur irlandais était de 66 %.
*
*
Quand je pense que j’ai eu 8 ans.
Le terroriste a honte.
*
*
« Ultraminoritaire »
(autobiographie).
*
Les progrès techniques servent
d’abord la police et l’armée.
Le moment où on connaît
plus de morts que de vivants.
*
25 décembre 1989 :
joyeux Noël roumain !
*
*
L’art est insuffisant.
James Joyce ne trouvait aucun
talent à Marcel Proust.
*
*
Les films sont des pâtisseries
qui ne font pas grossir,
surtout quand on les voit
à l’heure du déjeuner.
*
Les Palestiniens veulent
une vie quotidienne.
Je vais faire un posthume neuf.
Mobutu a satisfait le besoin d’un
roi chez les Congolais, abandonnés par Baudouin le 30 juin 1960.
*
*
Le raciste ne buvait
que du vin blanc.
Ecrire au réveil, après le café
et avant les cabinets.
*
LEEMAGE
Sylvia Beach, qui publia la première édition d’« Ulysse », et James Joyce, à Paris.
Comment rendre justice à un génie ? Personne
n’en a les moyens, pas même lui.
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 11
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ÉDITORIAUX
Si les Français étaient suisses…
par Pierre-Antoine Delhommais
I
l convient d’abord de dire ici un grand merci aux gilets jaunes,
grâce à qui les repas de Noël ont échappé à l’ennui qui trop
souvent les guette, grâce à qui la soirée du réveillon a été animée par des débats enflammés sur la justice fiscale et le pouvoir d’achat, grâce à qui le foie gras et le saumon fumé se sont
retrouvés joliment accompagnés de discussions passionnées
sur la hausse du smic et le rétablissement de l’ISF. Passionnées, voire houleuses, entre les cousins de Paris signataires
enthousiastes de la pétition dénonçant l’inaction de l’Etat
dans la lutte contre le réchauffement climatique et l’oncle de
Poitiers, signataire non moins enthousiaste de la pétition
s’opposant au relèvement de la taxe carbone sur les carburants : la crise des gilets jaunes a fait apparaître des fractures
familiales tout aussi profondes que les fractures territoriales
et sociales.
La dégustation de la bûche glacée a également pu offrir un
moment propice pour aborder le sujet presque aussi incontournable, cette année, que le coulis de framboise : le référendum
d’initiative citoyenne. La fin de repas aidant, les bons vins aussi,
l’idée d’un RIC appliqué aux questions économiques a, dans
un premier temps, il faut bien l’avouer, de quoi séduire. A observer notre taux de chômage trois fois plus élevé qu’en Allemagne, notre dette publique sur le point de dépasser 100 % du
PIB, nos emplois industriels qui continuent à disparaître, nos
déficits budgétaires et commerciaux qui ne cessent de se creuser, on se dit que la France se porterait nécessairement mieux
si le « peuple » avait été plus souvent consulté et plus étroitement associé, depuis des décennies, à la conduite de la politique
économique. On se le dit plus encore lorsqu’on observe que la
Suisse voisine, à l’économie incroyablement florissante, a régulièrement recours à la pratique de votations sur de grands
sujets économiques.
Ce serait toutefois oublier un peu vite le résultat de quelquesuns de ces référendums organisés dans ce pays dont les gilets
jaunes vantent volontiers le fonctionnement éminemment démocratique. Les Suisses ont ainsi par exemple rejeté massivement (à 76,9 %) la création d’un « revenu de base inconditionnel »,
attribué à tous les citoyens, salariés ou sans emploi, revenu universel qui compte en France de très nombreux partisans. Ils
avaient précédemment refusé de porter leurs congés payés de
quatre à six semaines, craignant qu’une telle mesure ne pénalise gravement la compétitivité de leurs entreprises. Ils ont
aussi voté à une écrasante majorité contre l’initiative « Pour
des salaires équitables » lancée par la Jeunesse socialiste suisse,
qui proposait de limiter les salaires des patrons à douze fois le
salaire le plus bas de l’entreprise. Ils se sont enfin, aux trois
quarts, prononcés contre l’instauration d’un salaire minimum
Convaincus que l’Etat peut
tout et leur doit tout, les
Français se contrefichent
des déficits budgétaires.
Il lança alors son fameux « Haltérophiles je vous ai compris ».
12 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
ILLUSTRATION : JEAN POUR « LE POINT »
Lors de votations, nos voisins helvètes se sont
prononcés, par exemple, contre le salaire minimum.
On imagine la réponse chez nous !
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
(22 francs suisses l’heure) à l’échelle nationale, craignant là encore qu’une telle mesure ne renchérisse le coût du travail non
qualifié et ne mette en danger la formidable puissance exportatrice du pays.
Tout cela laisse évidemment songeur. Il y a fort à parier
qu’aux mêmes questions les Français auraient apporté des réponses très différentes. Il est même permis d’imaginer, au vu
de quelques-unes des revendications des gilets jaunes et du
large soutien dont ces derniers bénéficient dans l’opinion publique, le résultat de quelques RIC économiques qui pourraient
être organisés en France : renationalisation des sociétés d’autoroutes mais aussi du secteur bancaire, instauration de la semaine de 32 heures, hausse immédiate du smic à 2 000 euros,
doublement du montant des APL, rétablissement, cela va de
soi, de l’ISF, mais aussi création d’une tranche marginale d’imposition sur le revenu à 90 % et peut-être même – tout est désormais envisageable – condamnation à de la prison ferme pour
tout citoyen devenant millionnaire. Il n’est pas tout à fait exclu
non plus qu’une majorité de Français se prononceraient en faveur du non-remboursement, auprès de nos créanciers étrangers, de la dette publique, considérée par plusieurs leaders du
mouvement comme parfaitement illégitime.
Les Français ne sont pas les Suisses. Viscéralement antilibéraux, effrayés par la concurrence et la mondialisation, indécrottablement socialistes dans l’âme, convaincus que l’Etat peut
tout et leur doit tout, mus enfin par cette passion de l’égalité
qui leur tient lieu de culture économique, les Français se contrefichent éperdument, dans leur immense majorité, des déficits
budgétaires, du solde de la balance commerciale, de la compétitivité des entreprises ou de l’attractivité du pays auprès des
investisseurs internationaux. Sans même parler de la dette publique, à propos de laquelle on attend toujours qu’une pétition
citoyenne soit lancée pour dénoncer le rôle de l’Etat dans son
envolée, pourtant synonyme de pertes de pouvoir d’achat catastrophiques pour les générations futures. Alors, vivement les
RIC et vivement la faillite §
Dissiper le brouillard européen
Dans un contexte de Brexit imminent,
l’europhobie, c’est heureux, bat de l’aile. Mais la
réaction des Etats membres n’est pas à la hauteur.
par Luc de Barochez
J
amais les enjeux d’un renouvellement du Parlement européen n’ont été aussi élevés que cette année. A un peu plus de
quatre mois du scrutin, l’Union européenne (UE) doit retrouver une raison d’être, dans un monde trumpien qui met à rude
épreuve les valeurs humanistes sur lesquelles elle est fondée.
Sans cap, elle risque de perdre aussi son capitaine. Angela Merkel, leader par défaut de l’UE depuis quatorze ans, s’approche
de la sortie. Emmanuel Macron, qui se faisait fort de reprendre
le gouvernail européen des mains de la chancelière allemande,
a été stoppé net dans son élan par la révolte des gilets jaunes.
Le paquebot européen vogue dans le brouillard au moment
où les périls se multiplient. Près de trois ans après le vote fatidique des électeurs britanniques, l’UE s’apprête à perdre, pour
la première fois de son histoire, un Etat membre. Et non des
moindres ! Le Royaume-Uni, berceau de la démocratie moderne,
est l’une des principales puissances européennes. Il n’est pas
exclu que sa sortie du club se déroule dans les pires conditions,
de manière chaotique et abrupte, si la Chambre des communes
rejette l’accord que la Première ministre, Theresa May, a conclu
avec Bruxelles sur les modalités du divorce.
Le Brexit, s’il a bien lieu comme prévu le 29 mars prochain,
témoigne de la menace existentielle que le nationalisme chauvin fait peser sur la construction européenne. Tout indique que
L’Europe du XXIe siècle
mérite mieux que des
propositions mal pensées
et jamais appliquées.
l’essor du populisme va se poursuivre lors de l’élection du Parlement européen prévue du 23 au 26 mai (la date varie selon
les pays). Les sondages laissent penser que les mouvements nationalistes pourraient recueillir au moins le quart des 705 sièges
à pourvoir, contre le cinquième aujourd’hui.
La poussée europhobe à l’intérieur de l’Union se double de
défis inédits à l’extérieur. Les Etats-Unis, parrains de l’Europe
depuis l’après-guerre, la considèrent désormais comme un « adversaire », selon le terme employé, le 15 juillet dernier, par Donald Trump. Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo,
est venu mettre les points sur les « i » le 4 décembre à Bruxelles.
Dans un discours provocant, il a mis en doute l’intérêt des nations européennes à rester dans l’UE. Le dernier membre éminent
de l’administration américaine encore attaché au lien transatlantique, le secrétaire à la Défense James Mattis, a rendu son
tablier à Noël.
Dans le nouveau monde voulu par l’hôte de la Maison-Blanche,
c’est le règne du chacun pour soi. Face à un président des EtatsUnis prêt à piétiner les intérêts de ses alliés pour promouvoir
l’« Amérique d’abord », à une Chine en quête de domination
mondiale, à une Afrique en pleine explosion démographique,
à une Russie prédatrice dont les légions de trolls attisent la
haine anti-UE sur les réseaux sociaux, l’Union européenne doit
créer les conditions de sa puissance pour défendre et développer ses acquis. C’est la première condition pour qu’elle se rapproche de ses citoyens, dont l’écrasante majorité lui reste très
attachée. Effet induit du Brexit, jamais autant d’Européens n’ont
été convaincus des bienfaits de l’appartenance à l’Union, selon
la dernière enquête Eurobaromètre publiée à la veille du Nouvel An. La libre circulation dans l’espace Schengen est plébiscitée par 83 % des personnes interrogées. L’enthousiasme vaut
aussi pour la monnaie unique. Vingt ans après sa création, l’euro
est soutenu par 75 % des sondés, un record.
Les gouvernements ne sont malheureusement pas à la hauteur de l’engouement des citoyens pour l’Europe. Que ce soit à
propos de la nécessaire démocratisation de l’Union, de …
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 13
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ÉDITORIAUX
la construction d’une autonomie stratégique vis-à-vis
des Etats-Unis, de la réforme de la zone euro, de la définition
d’une politique d’asile européenne ou encore de la taxation des
géants américains du numérique, les réponses apportées ces
derniers mois par les Etats membres ont été futiles, voire dérisoires. Face à l’isolationnisme américain, Emmanuel Macron
puis Angela Merkel ont lancé l’idée d’une « armée européenne »,
sans que ni l’un ni l’autre se préoccupent de jeter les bases politiques et stratégiques qui permettraient de rendre un tel projet envisageable.
L’Europe du XXIe siècle mérite mieux que des propositions
mal pensées et jamais appliquées. La survie de l’UE en dépend,
et donc les conditions de notre prospérité future. Les mauvais
présages peuvent être démentis. Le Brexit n’est pas encore
consommé et, devant l’ampleur du désastre annoncé, un sursaut du peuple britannique reste possible. La campagne électorale qui va s’ouvrir devrait être l’occasion pour les partis
politiques de se saisir des enjeux vitaux pour l’avenir du continent, si seulement ils arrivaient à laisser un instant leurs querelles picrocholines et à se trouver des têtes de liste crédibles.
C’est la condition pour que l’Europe puisse retrouver un cap et
un capitaine, afin de sortir du brouillard §
…
Des chercheurs américains ont démontré que
la taille d’un individu était prévisible à la lecture
de son ADN. Mais pas seulement…
par Jean-François Bouvet
P
our connaître la taille d’un individu, on peut se contenter de
la mesurer ; on peut aussi désormais la prédire par « simple »
examen de son ADN. Du moins, c’est ce que s’est employée à
montrer une équipe scientifique de la Michigan State University dans un récent article de la revue Genetics. Pour ce faire, les
chercheurs ont eu recours à une très large analyse statistique,
portant sur quelque 500 000 échantillons d’ADN d’une banque
génétique du Royaume-Uni et faisant appel à l’intelligence artificielle. Grâce à une technique sophistiquée de traitement des
données relevant du machine learning, l’équipe a pu montrer
que la taille d’un individu était relativement prévisible à la « lecture » de son ADN.
Faut-il pour autant en déduire que la taille n’est contrôlée
que par les gènes ? Non, bien sûr. Il suffit pour s’en convaincre
de constater la rapidité de son évolution à l’échelle mondiale.
On observe en effet qu’au cours du XXe siècle la stature moyenne
des individus s’est nettement accrue dans de nombreux pays ;
et rares sont les exceptions. Si on prend l’exemple de la France,
la taille des femmes y a augmenté en un siècle de 9,5 centimètres
et celle des hommes de 13,3.
Pour expliquer le grandissement d’une génération à l’autre,
une hypothèse fréquemment retenue invoque le recul des travaux de force en période de croissance. On sait qu’une sollici14 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
tation excessive de l’activité musculaire avant que les os aient
atteint leur plein développement a un impact négatif sur la
taille. En France, en 1959, la scolarisation est devenue obligatoire jusqu’à 16 ans, pour 13 ans auparavant. Si, en 1970, les
bacheliers ne représentaient que 20 % de leur génération, ce
taux est passé à près de 80 % aujourd’hui. Or, tant qu’ils sont
sur les bancs de l’école, les adolescents sont préservés de conditions de travail susceptibles de nuire à leur croissance.
De manière générale, le grandissement d’une génération
à l’autre est tributaire des conditions de vie, en particulier de
l’apport alimentaire quantitatif et qualitatif. Si, pour l’acquisition de leur stature définitive, les individus sont dépendants
de facteurs biologiques – gènes et hormones, en particulier –,
ils ne peuvent exprimer pleinement leur potentiel de croissance que si les conditions s’y prêtent. Au XIXe siècle, déjà, le
médecin Louis René Villermé écrivait : « La taille des hommes
devient d’autant plus haute (…) que, toutes choses étant égales par
ailleurs, le pays est plus riche, l’aisance plus générale ; que les logements, les vêtements, et surtout la nourriture, sont meilleurs, et que
les peines, les fatigues, les privations éprouvées dans l’enfance et la
jeunesse sont moins grandes. En d’autres termes, la misère, c’est-àdire les circonstances qui l’accompagnent, produit les petites tailles. »
Villermé ne connaissait pas l’ADN. En revanche, l’impact de
l’hérédité sociale sur la taille des individus ne lui avait pas
échappé §
En un siècle, en France,
la taille des femmes a
augmenté de 9,5 centimètres et celle des hommes
de 13,3.
ILLUSTRATION : TARTRAIS POUR « LE POINT »
La grandeur est-elle
dans les gènes ?
Ah ! Ah ! Ah ! Que c’est drôle, redites-moi ça,
“une démocratie participative”? Ah ! Ah !
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Antarctique, le paradis blanc
Exploration au cœur de l’empire des manchots
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Détroit de
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Le point de la semaine
EN FORME
Brigitte Julien
60 ans - La patronne de
la police de Bordeaux va
prendre en janvier la direction
de l’Inspection générale de la
police nationale, la police des
polices.
Jean-Jacques Goldman
67 ans - Pour la huitième fois,
le chanteur arrive en tête du
classement des personnalités
préférées des Français établi
par le « JDD ». Kylian Mbappé
y entre à la 4e place.
Bertrand Camus
51 ans - Le conseil d’administration du groupe de gestion
de l’eau et des déchets Suez
l’a désigné pour succéder en
mai à Jean-Louis Chaussade
comme directeur général.
Ségolène Royal
Ils lui ont dit :
Yannick Jadot, tête de
liste EELV, a refusé la
proposition de Ségolène
Royal de constituer une
liste aux européennes.
Il n’est pas le premier
à lui dire non…
Yannick Jadot Elle
lui propose de figurer
en deuxième place
derrière lui, il lui
répond qu’il ne veut
pas de « magouilles ».
Fabien Roussel Sitôt
arrivé à la tête du PCF,
le secrétaire général dit
« niet » à une liste avec
elle aux européennes.
EN PANNE
Joachim Son-Forget
35 ans - Le député des
Français de l’étranger (Suisse,
Liechtenstein) a quitté le parti
présidentiel et son groupe
parlementaire après une série
de dérapages sur Twitter.
François Bayrou Elle veut
le rencontrer chez lui
entre les deux tours de
la présidentielle de 2007,
il lui claque la porte au nez.
Olivier Falorni
Imposée par le PS
aux législatives à
La Rochelle, en 2012,
elle lui demande en
vain de se retirer à son
profit. Elle est battue.
Jérôme Kerviel
41 ans - La cour d’appel de
Paris a annulé la condamnation de la Société générale
pour licenciement abusif prononcée en première instance
au bénéfice de son ex-tradeur.
Elle sait aussi dire NON à...
Benoît Hamon
Olivier Faure
Le premier secréCandidat socialiste
taire du PS lui a
à la présidentielle,
il lui demande de
proposé la tête
de liste aux eurole soutenir en 2017.
péennes. Refus poli. Elle choisit Macron.
Olivier Dall’Oglio
54 ans - L’entraîneur du club
de football de Dijon a été
démis de ses fonctions après
plus de six saisons à sa tête.
Le club bourguignon est 18e au
classement de la Ligue 1.
Les européennes de Dupont-Aignan
16 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
François Hollande
2007 : après sa défaite contre Sarkozy,
elle veut remplacer
son ex-compagnon
à la tête du Parti
socialiste.
2016 : elle demande
au chef de l’Etat le
poste de Laurent
Fabius au Quai d’Orsay. A chaque fois
c’est un non poli.
Martine Aubry
La patronne du PS
sollicite son soutien
contre Hollande
pour la primaire de
la gauche en 2011.
François Hollande
Le chef de l’Etat lui
propose un ministère en 2012, pressentant sa défaite
aux législatives.
Nicolas Dupont-Aignan a fait calculer son potentiel électoral par l’Ifop,
qui serait de 23 %. Crédité pour l’instant de 6 à 8 %, le président de Debout
la France veut « se concentrer sur les zones rurales ». « Dans les sous-préfectures,
l’électeur de droite estime que je suis plus clair que Wauquiez et, chez les personnes
âgées, je fais autant que Le Pen », assure-t-il. Réponse d’un député européen LR :
« Les gens votent utile. S’ils veulent contester, il votent pour Le Pen, pas pour lui ! »
SIPA (X3) – MARC BERTRAND/CHALLENGES-RÉA – PATRICK BERNARD/ABACA – PATRICK HERTZOG/AFP – BADIAS/ANDBZ/ABACA – AFP – IBO/SIPA – PJB/SIPA – ROMAIN LAFABREGUE/AFP – JACQUES WITT/SIPA
PAR MICHEL REVOL, FABIEN ROLAND-LÉVY ET LES SERVICES DU « POINT »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE CHIFFRE
DE PIERRE-ANTOINE
DELHOMMAIS
12 117 132
Selon les dernières statistiques
de l’Insee, la population de
l’Ile-de-France s’élevait à
12 117 132 habitants au 1er janvier
2016, soit une hausse de
264 000 personnes en cinq ans.
Paris fait toutefois exception :
il comptait 2 190 327 habitants
au 1er janvier 2016, contre
2 249 975 habitants cinq ans plus
tôt. De 2011 à 2016, la capitale
a perdu en moyenne chaque
année 0,5 % de sa population
(– 11 900 habitants) alors qu’elle
en avait gagné 0,6 % par an
(+ 13 700) entre 2006 et 2011.
ANADOLU AGENCY – ERIC FEFERBERG/AFP – GILLES ROLLE/RÉA – YANN BOHAC/SIPA - COURTESY OF JAMES TUTTLE KEANE/JHUAPL/SWRI/NASA
Il a le pouvoir à Bruxelles
Valdis
Dombrovskis
En matière budgétaire, ce
n’est pas le commissaire aux
Affaires économiques et monétaires, Pierre Moscovici, ni
même le président, JeanClaude Juncker, qui tient les
manettes à Bruxelles. Celui
qui a le pouvoir dans la
Commission européenne,
c’est le discret vice-président
letton chargé de l’euro et
du dialogue social, Valdis
Dombrovskis. « Celui qui
décide de tout, c’est lui et ses
services, parce qu’il travaille et
connaît par cœur ses dossiers »,
confie un haut responsable
hexagonal. Pierre Moscovici
partage-t-il cet avis ?
Feu sur le clan des technos
Qui, au sommet de l’Etat,
a le plus résisté avant de tout
lâcher sur la taxe sur le diesel,
aujourd’hui annulée ? « Ce
sont Philippe, Ribadeau-Dumas
et Kohler qui ne voulaient pas
lâcher », jure François Patriat,
sénateur (ex-PS) de Côte-d’Or,
président du groupe LREM
au Sénat. Les macronistes
comme Patriat se sont donné
le mot : il faut sauver Macron.
Ils pointent donc du doigt le
clan des « technos », à savoir
le Premier ministre, son
directeur de cabinet et le
secrétaire général de l’Elysée.
Qui ont bon dos.
La proposition de François Fillon
à Agnès Buzyn
En 2012, avant de devenir
ministre de la Santé du gouvernement Philippe, Agnès
Buzyn s’était vu proposer par
François Fillon d’être sa suppléante lors des législatives,
comme le révèle Véronique
Jacquier dans « L’homme qui
ne voulait pas être président » (L’Artilleur, en vente
le 15 janvier), livre consacré
au candidat malheureux à
l’Elysée. Candidat dans la
2e circonscription de Paris,
l’ancien Premier ministre
Vers l’infini et au-delà…
Jamais vaisseau humain n’avait survolé un objet si lointain
d’aussi près. Après avoir été la première à dévoiler au monde le
visage de la planète naine Pluton, la sonde américaine « New
Horizons », lancée en 2006, a survolé, avec succès, un petit corps
de la ceinture de Kuiper baptisé Ultima Thule, situé à 6,4 milliards de kilomètres de notre planète, le 1er janvier 2019. Un
signal envoyé à la Terre a confirmé la bonne marche des opérations. « New Horizons » devait prendre près d’un millier
d’images lors de ce survol à 3 500 kilomètres de distance. Les
scientifiques les attendent avec impatience, car elles devraient
pouvoir les aider à mieux comprendre la formation du Système
solaire. Pour célébrer cette nouvelle prouesse de la Nasa, le guitariste de Queen, Brian May, également astrophysicien, a même
composé et publié une toute nouvelle chanson… § C. D.-P.
« Merci, monsieur
Drouet »
Jean-Luc Mélenchon, rendant un
vibrant hommage au porte-parole
des gilets jaunes, Eric Drouet,
qui a appelé à « rentrer »
dans l’Elysée, poursuivi
pour port d’armes et encourageant les menaces
envers les médias
(Facebook, 1er janvier).
avait comme adversaire
le généticien Axel Kahn.
Il cherchait alors une femme
médecin pour l’épauler.
L’hématologue, qui présidait
alors l’Institut national du
cancer, avait refusé.
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 17
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
LE POINT DE LA SEMAINETECH&NET
Uberstats vous dit tout
EN VUE
Quel casque de ski vous
protégera le mieux ?
Design
Vous dévalez les pistes avec le casque Oakley
et le masque Recon, qui a intégré dans sa
visière un écran couleur de 428 x 240
affichant l’altitude, la température ou
encore la vitesse. Avantage Oakley.
Prix
Pour profiter de l’expérience Oakley, il faut
s’offrir le casque (160 euros pour le Mod 3)
et la visière (190 euros minimum pour le
Recon GPS), contre environ 100 euros pour
Cosmo Ski. Avantage Cosmo Connected.
Verdict
Le français Cosmo Connected remporte
ce match. Mais, sauf surprise, il ne sera
disponible qu’à partir de septembre.
Intelligence
artificielle : en
2019, l’Europe
doit se réveiller
C’est une injustice qu’il serait
bon de réparer en 2019. Qui a
entendu parler de Sinequa, un
spécialiste de la recherche
Mariya Gabriel,
d’informations professioncommissaire
nelles ? De Cardiologs, l’expert
européenne.
de l’analyse des signaux émis
par les électrocardiogrammes ?
Ou de Shift Technology, qui détecte les fraudes à l’assurance ?
Toutes ces entreprises françaises sont des pépites d’intelligence
artificielle. Mais elles n’ont pas les reins assez solides pour lutter contre les géants américains et chinois Google, Microsoft
ou encore Baidu et Xiaomi. Que faire ? L’Europe, sous la houlette de la commissaire Mariya Gabriel, a réuni en décembre
52 spécialistes (professeurs à la Sorbonne ou à l’université de
Delft, chercheurs chez Bosch, Axa, Bayer, Orange, BMW…) qui,
d’ici à mai, doivent lister des recommandations en matière
d’éthique et d’investissement. Or ce dernier point est capital
pour faire naître des champions capables de peser face aux
Chinois et aux Américains. Car le rythme d’innovation ne va
pas mollir. « La Chine produit de plus en plus de brevets », explique
Yasheng Huang, l’auteur de l’ouvrage « Capitalism with
Chinese Characteristics », à la MIT Technology Review. Ce n’est
pas un hasard si un des livres de chevet de Xi Jinping, le secrétaire général du Parti communiste chinois, est « The Master Algorithm », sous-titré « Comment la quête vers l’apprentissage
automatique le plus performant va remodeler le monde » §
PAGE DIRIGÉE PAR GUILLAUME GRALLET, AVEC HÉLOÏSE PONS
18 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
Auchan Minute arrive
Après la Chine, où il a déjà
déployé plus de 750 magasins sans caissier ouverts
24 heures sur 24 et 7 jours
sur 7, Auchan s’attaque à la
France. En mars, un Auchan
dépourvu d’employés
ouvrira ses portes à
Villeneuve-d’Ascq. Ce
magasin sera déployé dans
un conteneur de 18 mètres
carrés, où les clients devront
scanner les produits avec
leur smartphone et régler
leurs achats en ligne. Besoin
d’aide ? Des conseillers
seront disponibles à distance
par vidéo.
Fortnite fortune
Oubliez YouTube. C’est sur
Twitch, une plateforme où
les fans de jeux vidéo retransmettent leurs exploits, que
les internautes rencontrent
le plus d’audience. Le gagnant du moment s’appelle
Tyler « Ninja » Blevins
(photo). Ce natif de Chicago
de 27 ans gagne 500 000 dollars par mois à « Fortnite ».
L’appli
Froggipedia
Vous rêvez de
savoir comment
est fait le corps d’une grenouille ? Cette appli vous
livrera les secrets des batraciens. 4,49 euros.
Facebook dégaine
sa cryptomonnaie
Perroquet fan de rock
La firme développe une
cryptomonnaie dont le
transfert pourrait être réalisé
sur WhatsApp, a révélé
Bloomberg. Depuis 2014,
la compagnie travaille au
développement de nouveaux
services financiers sous la
houlette de David Marcus,
qui dirige la stratégie
blockchain de Facebook,
composée d’une équipe
de 40 personnes.
Eteindre et allumer la
lumière mais aussi commander des fraises ou encore
écouter le groupe Kings of
Leon grâce à Alexa, la commande vocale d’Amazon.
Telles sont les prouesses du
perroquet, un gris du Gabon,
qu’a élevé Marion Wischnewski, employée par le National Animal Welfare Trust,
une organisation caritative
de protection des animaux §
SP (X2) – ROBERT REINERS/GETTY/AFP – DPA/ABACA
L’enjeu. Mettre au point le casque qui protégera le mieux le skieur lorsque ce dernier
s’aventure dans des endroits dangereux. Le français
Cosmo Connected, qui s’intéressait jusqu’ici à la
sécurité des motards, vient affronter l’américain
Oakley, qui commercialise des casques de ski et
s’associe pour l’occasion au fabricant Recon,
spécialiste des visières connectées.
Sécurité. Le casque Cosmo Connected possède un
bouton SOS, pour prévenir ses amis ou les secours
en cas d’urgence grâce à une localisation intégrée.
Il permet également de suivre le parcours de ses
enfants à distance ou encore d’éclairer dans l’obscurité. Le casque Oakley protège très bien la tête, mais
pour profiter du GPS il faut s’équiper de la visière
compatible Recon. Avantage Cosmo Connected.
Si vous êtes adepte d’Uber,
vous risquez de déchanter en
utilisant cet outil. Uberstats
est une extension Chrome
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plus déprimantes statistiques. Somme dépensée
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D E M A N D E Z N O T R E D O C U M E N TAT I O N
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LE POINT DE LA SEMAINESCIENCES
Essorage atmosphérique
Annus horribilis
CLIMATOLOGIE On ne voudrait pas plomber
l’ambiance à l’aube de cette nouvelle année, mais 2018 a probablement été la plus
chaude de France depuis plus d’un siècle.
L’excès de température aura été de 1,4 °C
par rapport à la normale. Si l’été s’est
fait remarquer avec + 2 °C, voilà plus
de 280 jours d’affilée que les températures françaises restent au-dessus
la normale. En fait, toute l’Europe
est concernée avec une anomalie de
+ 1,8 °C. Le reste de la planète n’est pas
mieux loti avec des records de 50 °C en Australie et les incendies dévastateurs de Californie. D’après la société d’assurance Swiss
Re, le nombre de catastrophes naturelles
dans le monde a été multiplié par 4 depuis
1970, aboutissant à 135 milliards d’euros de
pertes économiques en 2018. La plupart
découlant du changement climatique
(cyclones, inondations…). Quant à 2019,
les émissions de CO2 restent à la hausse
avec + 2,7 % en 2018.
Ecart de la température moyenne
par rapport à la moyenne annuelle
de la période de référence
1981-2010
°C
de
Source et crédit : Météo France 2018.
3,0
2,8
2,6
2,4
2,2
2,0
1,8
1,6
1,4
1,2
1,0
0,8
0,6
0,4
0,2
0,0
– 0,2
– 0,4
– 0,6
– 0,8
– 1,0
– 1,2
– 1,4
– 1,6
– 1,8
– 2,0
– 2,2
– 2,4
– 2,6
– 2,8
– 3,0
triel pour la casser. Il est désormais possible
de produire des sucres, des phénols et
d’autres molécules qu’on retrouve dans les
bonbons, les colles ou même le vinaigre.
C’est assez !
Une épine du pied
RECYCLAGE Chaque année, la France jette
5 millions de sapins de Noël et l’Angleterre,
7 ! Pour stopper ce gâchis, Cynthia Kartey, de
l’université de Sheffield, a créé un procédé
capable de recycler la lignocellulose composant à 85 % les épines des conifères. C’est un
exploit, car jusqu’ici cette molécule ultracomplexe résistait à tout processus indus-
DÉPOLLUTION Piéger le gaz
carbonique à la sortie
des cheminées industrielles,
avant qu’il ne pollue l’atmosphère : le procédé proposé
par Zhongwei Chen, de l’université de Waterloo, est très
malin. Il se présente sous
la forme de microscopiques
billes de carbone percées
de milliers de pores.
Le CO2 s’y trouve piégé par
absorption. Il ne reste plus
qu’à enfouir bien profondément dans le sol cette
poussière chargée de gaz
carbonique (Carbon).
Gare au gorille
sion baleinière internationale (CBI).
Désormais, ses chasseurs n’auront plus
de quotas à respecter. Toutefois, ce n’est pas
une nouvelle si calamiteuse, à plusieurs
titres. Désormais, les baleiniers nippons
seront cantonnés aux seules eaux de leur
pays. Ils n’iront donc plus piller le sanctuaire
antarctique. Ensuite, sans le Japon pour
bloquer le processus, la CBI pourra enfin
créer plusieurs sanctuaires dans le monde et
décréter un moratoire sur les petits cétacés.
PRIMATOLOGIE La chute de 80 %
du nombre de gorilles des
plaines orientales depuis un
PAGE DIRIGÉE PAR FRÉDÉRIC LEWINO ET GWENDOLINE DOS SANTOS
5 700 115
20 %
C’est l’âge d’un chewing-gum
en poix d’écorce de bouleau
mâchonné autrefois par une
Danoise. Il contenait encore
des restes de canard, d’anguille
et de noisettes (bioRxiv).
Avec ce nombre de lancements
spatiaux dans le monde, l’année
2018 se révèle le meilleur cru
depuis 1990. Avec 39 tirs, la
Chine arrive largement en tête.
(Sputnik News).
Telle est la hausse du taux de
cholestérol chez les Danois après
les fêtes de fin d’année. Mais les
Français ne devraient pas non
plus être épargnés par ce phénomène… (Atherosclerosis).
20 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
Le gaz part
BALEINES Ça y est, le Japon a quitté la Commis-
CHIFFRES
ans
HYDROLOGIE Encore une fois,
rien de mieux qu’imiter la
nature pour améliorer son
quotidien. En s’inspirant
des cactus, des herbes du
désert et des scarabées,
Bharat Bhushan, de
l’université de l’Ohio, a
conçu une membrane
épineuse capable de
collecter l’eau contenue
dans l’air ambiant et le
brouillard des déserts
(Philosophical Transactions
of the Royal Society A).
siècle se traduit par une
perte de leur diversité génétique et par une accumulation de mutations délétères.
D’où une population davantage à la merci des maladies
et moins capable de s’adapter
à un changement de son
environnement
(Current Biology).
SOUDAN/ANDBZ/ABACA – GERARD LACZ/VWPICS/SIPA
BILAN 2018
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LE POINT DE LA SEMAINE
LE CARNET
LEWIS/WRITER PICTURES/LEEMAGE – DANIEL SIMON/GAMMA-RAPHO – AFP – RAYMOND DELALANDE/SIPA – VITALIY BELOUSOV/SPUTNIK/AFP – NATHALIE GUYON/FTV – JEAN-PIERRE CLATOT/AFP
René de Obaldia, poète
commandeur.
Jean-Pierre Thomas,
à la tête de Rusal.
Andréas Perez-Ursulet,
contre-ténor prodige.
Carla Bruni-Sarkozy,
jolie poupée de cire.
Hervé Gaymard, la mémoire du Grand Charles.
DÉCÉDÉS
LÉGION D’HONNEUR
Parmi les 402 personnes faisant partie
de la promotion du 1er janvier, le poète
et académicien René de Obaldia,
100 ans, est fait commandeur. Michel
Houellebecq ainsi que les 23 joueurs
de l’équipe de France de football sont
nommés chevaliers. Tout comme
Marin Sauvajon, cet étudiant sauvagement passé à tabac en novembre 2016
à Lyon après être intervenu contre des
individus qui reprochaient à un couple
de s’embrasser dans la rue.
RUSSIE
L’ancien député UDF des Vosges,
ex-trésorier du Parti républicain et
banquier d’affaires Jean-Pierre
Thomas, 61 ans, devient président
de Rusal, le géant russe premier
producteur d’aluminium du monde.
Maurice Leroy, député (UDI) du Loiret-Cher et ancien ministre, a démissionné de son siège de député, après
vingt et un ans de vie parlementaire.
Il devient directeur général adjoint
du Grand Moscou.
VOIX D’OR
Lycéen parisien, Andréas Perez-Ursulet,
chanteur lyrique de 16 ans, a remporté
la finale du 5e concours des « Prodiges »
organisé par France 2.
DOUBLE
Elue par l’Académie Grévin en 2008,
Carla Bruni-Sarkozy vient, dix ans
après, d’y inaugurer son effigie, qui
se tient désormais au côté de celle
de son mari, installée au musée de cire
en 2006.
CHANGEMENTS DE DIRECTION
Annick Lemoine, spécialiste de la
peinture française et italienne du
XVIIe siècle, vient d’être nommée directrice du musée Cognacq-Jay, consacré
aux œuvres du XVIIIe siècle. Elle remplace Rose-Marie Herda-Mousseaux,
qui rejoint l’équipe scientifique du
Louvre Abou Dhabi. Hervé Gaymard,
ancien ministre de l’Economie et des
Finances de Jacques Chirac et écrivain,
a été élu président de la Fondation
Charles-de-Gaulle. Il succède à Jacques
Godfrain, qui la présidait depuis 2011.
PAGE DIRIGÉE PAR MARIE-CHRISTINE MOROSI
Amos Oz
79 ans. Ecrivain israélien, militant pour la paix, figure de
la gauche sioniste. Né à Jérusalem en 1939 dans une
famille ukrainienne immigrée, il grandit dans l’amour
de la langue et des livres que
lui transmettent son père,
spécialiste de littérature, et
sa mère, diplômée de l’université de Prague. Après le
suicide de celle-ci, alors qu’il
n’a que 12 ans, puis le remariage de son père, il rejoint le
kibboutz Houlda. Né Amos
Klausner, il y prend le nom
d’Oz, « courage, force » en hébreu, et apprend à travailler
la terre. La vie de cette communauté, où il rencontrera
sa femme, Nili, va nourrir
plusieurs de ses 20 romans,
traduits dans 30 langues.
Le premier, « Ailleurs peutêtre », paru en 1966, sera suivi
d’« Un juste repos » puis de
« La boîte noire », prix Femina
en 1988. « Une histoire
d’amour et de ténèbres »,
paru en 2002, sera adapté au
cinéma : Nathalie Portman
jouera le rôle de sa mère dans
le film. Après avoir pris part
à la guerre des Six-Jours en
1967, il milite contre l’annexion des territoires palestiniens et deviendra un fervent
militant pour la paix, cofondant en 1978 le mouvement
La Paix maintenant.
Georges David
95 ans. Professeur
de médecine,
agrégé d’embryologie, fondateur
des Cecos, les
Centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme
humain. En 1973, il avait
convaincu Simone Veil, ministre de la Santé, de l’utilité
de créer des banques de
sperme et d’ovocytes.
Seydou Badian Kouyaté
90 ans. Ecrivain malien auteur
de l’hymne national du Mali.
Paru en 1957, « Sous l’orage »
reste l’un des romans fondateurs de la littérature malienne.
Georges Loinger
108 ans. Doyen de la résistance juive en France
pendant l’Occupation.
Né à Strasbourg, il réussira
avec son épouse à faire passer
350 enfants juifs en Suisse et
jouera en 1947 un grand rôle
dans l’affaire de l’« Exodus ».
Edgar Hilsenrath
92 ans. Ecrivain de la Shoah.
Ancien déporté, il a signé
« Nuit », « Le nazi et le barbier » et « Terminus Berlin »,
son dernier livre.
Jean Cormier
75 ans. Plume atypique
et marquante du Parisien,
passionné de rugby ou
de Che Guevara, il fut
le compagnon de route
d’Antoine Blondin.
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 21
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LE POINT DE LA SEMAINEVOTRE ARGENT
JEAN-LUC EYSSAUTIER
Union bancaire privée
Quelle différence y a-t-il
entre un fonds ESG et votre
fonds à impact positif ?
L’approche est différente.
Un fonds ESG prendra en
compte l’opérationnel : la
composition du conseil
d’administration, les relations humaines, la sécurité…
au sein des entreprises,
quel qu’en soit le secteur.
Notre fonds, lui, se concentre
sur les sociétés dont les
produits et les services ont
un impact direct positif
pour l’environnement,
la santé, la société…
Bourse : les grands perdants de 2018
L’année n’aura pas été de tout repos. « Décembre,
qui est souvent un mois de rallye, s’avère pour le
marché américain le plus mauvais depuis 1931.
Et le dernier trimestre, le pire enregistré depuis
2008 », constate Igor de Maack, gérant chez
DNCA Finance. Résultat, le Dow Jones a perdu
plus de 6 % en 2018, le CAC, 11 %, l’Euro Stoxx,
14 %. Et c’est pire pour les marchés émergents :
la Bourse chinoise (Shenzhen Composite) a
chuté de 33 %.
Sur le plan sectoriel, de grandes différences. Les
banques ont continué de s’enfoncer (–27 %) tandis que la technologie a décroché en fin d’année
(–10 %). Renversement de tendance pour les petites et moyennes : après dix ans de surperformance par rapport aux « large caps », elles ont
fortement corrigé (–21 %). Les investisseurs ont
pris leurs gains et privilégié la liquidité.
Côté valeurs du CAC 40, des comportements
extrêmes marqués par le décrochage d’Atos et
de Valeo, la résistance de Total, le rebond de
Quels sont les critères
retenus ?
Il y en a quatre : l’intentionalité, à travers par exemple
la proportion des dépenses
d’investissement et de recherche et développement
allouée à cette solution ;
la matérialité, à travers le
pourcentage de revenus provenant des domaines qui
génèrent un impact positif ;
la place ou non de leader de
la société ou le caractère innovant de la solution ; et enfin
son impact sur le monde.
Quels titres y répondent ?
Créé fin septembre, le fonds
comporte 25 à 35 titres, européens aux deux tiers. Ce sont
principalement des sociétés
de croissance. Nous avons en
portefeuille par exemple
Aquafil, Befesa, Marine Harvest, Valeo, Red Electrica… §
PROPOS RECUEILLIS PAR LAURENCE ALLARD
22 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
Evolution du cours du CAC 40 en 2018, en points
5 600
4 730,7 pts
31 déc. 2018
5 200
5 288,6 pts
2 janv. 2018
4 800
Source : Boursorama.
4 500
02/1
05/3
18/5
19/7
19/9
20/11
Sanofi et le parcours spectaculaire de Safran,
Dassault Systèmes et Kering.
Après le rebond de ces dernières années, les
marchés sont-ils durablement plombés ? Depuis 1928, relève un gérant américain, il n’y a
eu que neuf cas où le S&P 500 a chuté de plus
de 10 % au quatrième trimestre, et, dans six cas
sur neuf, la baisse s’est poursuivie au cours du
trimestre suivant § PAGE RÉALISÉE PAR LAURENCE ALLARD
Les six zones d’ombre pour 2019
La crainte d’une récession. « Si le ralentis-
sement de la croissance est indéniable outreAtlantique, aucun élément ne permet de prétendre aujourd’hui que les Etats-Unis vont
entrer en récession », analysent les experts
de BFT IM. « Nous estimons la probabilité d’une
récession à 12 %, pas loin des calculs de la Fed »,
complètent Hervé Goulletquer et Stéphane
Dao, stratégistes à La Banque postale AM. La
croissance mondiale est attendue à 3,7 %
l’an prochain par le FMI et à 6,2 % en Chine.
De même, les indices PMI restent au-dessus
de 50 points aux Etats-Unis et dans la plupart des pays d’Europe. Pour preuve, les
marchés anticipent encore une croissance
des profits de 9 % aux Etats-Unis et de 7,5 %
en Europe. « Nous tablons plus sur un ralentissement graduel en 2019 et en 2020 que sur une
brutale décélération », déclare Jean-Jacques
Friedman, de Natixis Wealth Management.
La fin des politiques monétaires accommodantes. C’est le point qui inquiète
les investisseurs. Après la Fed, la BCE et la
Banque du Japon ont mis fin à leur programme de rachat d’actifs. La raréfaction
des liquidités devrait peser sur les actions.
En revanche, la hausse des taux devrait
rester contenue. La Fed devrait ralentir le
rythme de progression pour soutenir la
croissance.
La guerre commerciale. Moratoire
sur l’augmentation des droits de douane
jusqu’au 1er mars, reprise des discussions en
janvier… Les tensions entre les Etats-Unis
et la Chine s’apaisent. La Chine s’est engagée dans un plan de relance (augmentation
du volume de crédits, baisse des impôts sur
les ménages et les entreprises, encouragement de l’immobilier, hausse des dépenses
d’infrastructures). « C’est une bonne nouvelle
pour l’économie mondiale. Souvenons-nous que,
en 2016, de telles mesures d’encouragement de
l’activité avaient été à l’origine de la belle embellie économique de 2017 », estime Florent Delorme, analyste macro chez M&G.
Le prix du pétrole. Il affiche une chute de
plus de 30 % par rapport à ses plus hautes
valeurs de l’année. Les experts tablent sur
un rebond autour de 70 dollars le baril.
Le Hard Brexit ? On devrait être fixé en
2019. « Le scénario d’un hard Brexit aura un
impact sur la croissance mais dissipera le
climat d’incertitude qui prévaut depuis deux
ans et demi », estime-t-on chez Fidelity.
La crise de l’euro. Bien que le gouvernement italien et la Commission européenne
soient parvenus à un accord sur le budget,
le risque de crise n’est pas évacué. Le déficit
est certes ramené à 2,04 %, mais « une forte
baisse de la croissance rouvrirait le débat sur
la soutenabilité de la dette », mettent en garde
Hervé Goulletquer et Stéphane Dao. Autre
risque d’inquiétude : la volatilité créée en
mai par les élections européennes §
DR
BOURSE : L’AVIS DE…
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LE POINT DE LA SEMAINEURBANISME/IMMOBILIER
Une silhouette inédite,
élégante et stylisée,
aux teintes dorées et
aux volumes contrastés.
Les terrasses, généreuses,
offrent une vue unique
sur le 17e arrondissement.
Des appartements
spacieux et lumineux
aux angles atypiques.
DAVID FOESSEL (X3)
Aux Batignolles, un
puzzle qui a de l’Allure
Beau et innovant. Telle une proue de
navire surplombant jusqu’à 50 mètres de
hauteur le parc du nouvel écoquartier
Clichy-Batignolles, l’immeuble Allure
porte bien son nom. Porté et mis en œuvre
en tandem par deux promoteurs immobiliers (Ogic et Demathieu Bard) et deux
agences d’architecture (Fresh et Itar), ce
projet a su déjouer la contrainte d’une
pointe de parcelle triangulaire pour en
tirer le meilleur parti. Assemblage d’éléments préfabriqués en usine avec un
degré de finition supérieur à une réalisation in situ, ce puzzle résidentiel se
distingue aussi par ses généreux balconsterrasses. Optimisant leur double hauteur en quinconce, ceux-ci baignent de
lumière naturelle les pièces à vivre, ouvrant également de superbes vues sur le
17e arrondissement de Paris. De nuit, la
silhouette stylisée de ce bâtiment resplendit comme un phare grâce à une guirlande
d’éclairages à leds qui diffusent leur lumière artificielle à travers des bardages
papillons en aluminium doré. Le grand
prix régional des Pyramides d’argent de
la Fédération des promoteurs immobiliers d’Ile-de-France a récompensé cette
réussite tant esthétique que technique §
BRUNO MONIER-VINARD
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 23
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FRANCE
Le Maire : « Nous allo
« J’ai besoin de surmonter
les épreuves que je rencontre
par les livres. Les livres me
donnent de la force comme
ministre : ceux des autres
comme ceux que j’écris. »
A la manœuvre. Avec
Emmanuel Macron à
l’Elysée, lors du dernier
conseil des ministres,
le 19 décembre.
24 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
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ns trop lentement ! »
Rebond. Le ministre de l’Economie
publie « Paul » (Gallimard ), un récit
intime et politique. Entretien.
PAR CHRISTOPHE ONO-DIT-BIOT
ET MARC VIGNAUD
ÉLODIE GRÉGOIRE POUR « LE POINT »
U
n jardin japonais en Argentine avec un ministre à l’intérieur. Enfin seul dans le parfum
des feuilles humides, un bassin de
carpes koï à ses pieds. Il ferme les
yeux, il se sent bien, même s’il a le
cœur en hiver. En plein mois de
juillet, faut le faire. La mort s’en
est chargée. Elle vient d’emporter
un ami très cher. Le vivant, le ministre, c’est Bruno Le Maire. Et c’est
par cette scène zen, si loin de l’ambiance française du moment, qu’il
ouvre son dernier livre, « Paul », du
prénom qu’il a donné à cet ami mort
d’un cancer et dont, dit-il, « il voulait
témoigner du courage et de la dignité ».
En Argentine, il assiste au G20,
entouré d ’autres ministres, de banquiers centraux, de directeurs du
Trésor, et de Mario Draghi, président de la BCE, qui dit que « les
choses pourraient aller mieux ». En effet. Dans « Paul », Bruno Le Maire
raconte tout, presque tout, des coulisses où s’agitent ceux qui mènent
le monde. Où ? On ne sait pas trop.
« Je suis dans le toboggan », dit Paul
sur son lit d’hôpital, et on se demande si ce n’est pas le monde luimême qui vient de parler. Dans
« Paul », troublante mise à nu d’un
homme de pouvoir, s’entremêlent
constamment le journal de bord
du ministre et les conversations
avec son ami. D’un côté, Macron,
l’avenir de la Syrie, les assemblées
du FMI à Washington ou la mort
d’Arnaud Beltrame ; de l’autre, les
soins au carboplatine, la foi qu’il
faudrait avoir et la force qu’on ai-
merait garder, et que le mourant aimerait transmettre au vivant : « Tu
as un beau poste, tu dois faire des
choses. » Livre émouvant, et presque
inquiétant parce qu’on a l’impression que l’agonie de cet homme va
de pair avec la déliquescence d’un
monde que le ministre observe aux
premières loges. Livre émouvant,
et presque inquiétant parce qu’on
y croise parfois, dans la même page,
Jean-Jacques Bourdin et Fernando
Pessoa. Livre politique, au sens
étymologique, de ce qui a trait à
l’Etat et que l’auteur persiste à vouloir servir au cœur d’une France en
convulsions. Comment, encore,
être un homme politique ? §
Le Point : La France vit un
moment compliqué et vous,
vous publiez un livre intime, où
vous parlez du deuil, de Borges
et Dürer. Vous n’avez pas peur
que les Français se disent :
« Il est ministre, il n’a pas plus
urgent à faire ? »
Bruno Le Maire : J’ai écrit ce livre
durant les deux premières semaines
d’août, quand j’étais en congés, au
Pays basque, où je me ressource dès
que je le peux. C’est l’urgence du décès de mon ami qui me l’a dicté. Chacun fait ce qu’il veut de ses congés ;
moi, j’écris. Ce n’est pas mon premier livre, et ce ne sera pas le dernier. Je suis responsable politique
ET écrivain, je me suis toujours défini comme ça, et je ne m’en suis jamais caché. Les deux activités pour
moi sont indissociables. La meilleure réponse qu’un responsable
politique peut donner aux Français
dans le climat actuel, c’est …
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 25
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
FRANCE
… d’être totalement sincère,
de ne pas cacher qui l’on est. Il se
trouve que j’ai besoin de surmonter les épreuves que je rencontre
par les livres. Les livres me donnent
de la force comme ministre : ceux
des autres, comme ceux que j’écris.
Dans les revendications des
gilets jaunes , on entendait peu
parler de littérature. Plutôt de
fins de mois difficiles…
Evidemment. Mais la crise des gilets jaunes va au-delà de la question
du pouvoir d’achat. C’est une crise
sociale, une crise du travail, une
crise démocratique. Nous sommes
face à des millions de Français qui
non seulement n’arrivent pas à
joindre les deux bouts, mais qui
ne se sentent également plus représentés par leurs élus. La racine
de ce mal, pour moi, c’est le référendum de 2005, où une majorité de
Français se sont prononcés contre
la Constitution européenne et où
leur choix a été contourné par le
traité de Lisbonne voté par le Parlement trois ans plus tard. C’est aussi
une crise de la nation : la France s’est
toujours vécue comme une nation
unie, et elle est désormais déchirée
entre des territoires qui plongent et
d’autres qui réussissent. La France
a toujours eu un esprit de conquête
et ne se voit plus de projet collectif.
Notre nation a toujours été animée
par un esprit de raison et de laïcité,
et se voit menacée par un islam politique qui progresse en France. La
meilleure réponse à tout cela, j’en
suis convaincu depuis longtemps,
c’est la culture, parce qu’on voit bien
qu’il y a dans cette crise des gilets
jaunes un sentiment de dessaisissement et d’insécurité culturelle.
Ce qui a toujours fait la force et le
respect de la France dans le monde,
c’est notre culture. Quand on pense
à la France, on pense à sa capacité à
lutter contre les grands problèmes
de la planète en dépassant notre intérêt national pour défendre un intérêt collectif. On le voit aujourd’hui
Mais une autre partie du peuple
français a voulu se faire entendre
et nous dit : « Nous souffrons, nous
avons besoin d’attention, de considération et de compréhension. » S’il
était facile de gouverner la France,
ça se saurait. Ma conviction, c’est
qu’Emmanuel Macron va, à la faveur de cette épreuve, entrer en
résonance avec cette autre partie
de la population et sortir plus fort.
sur la lutte contre le changement
climatique, ou sur la taxation des
géants du numérique.
Quelle épreuve s’agissait-il de
surmonter avec « Paul » ?
Je voulais raconter l’histoire de ma
rencontre avec un ami emporté par
la maladie en quelques semaines.
Quelqu’un qui n’avait pas le même
parcours que moi, un dirigeant d’entreprise qui m’a soutenu pendant
la primaire, et après ma défaite, au
moment où presque tout le monde
me lâchait. Paul a toujours été là, me
disant « nous croyons dans le projet
que tu portes ». J’ai voulu témoigner
de la force que m’a donnée sa fragilité. Il m’a dit qu’il fallait, à un moment, arrêter d’écouter les autres,
mais s’écouter soi-même si on voulait être libre. Il m’a convaincu de
m’appuyer sur deux ou trois convictions et ne jamais les lâcher. Tout
cela, il me l’a dit, affaibli sur son lit,
paralysé par le cancer et dégageant
pourtant une force incroyable. Et
quand, le jour de la mise en examen
du candidat de la droite, le 1er mars
2017, suivant ses conseils et m’écoutant enfin, j’ai plié bagage et que les
militants me disaient : « On aura ta
peau », je me suis abandonné à ces
moments précieux avec Paul, qui
allait mourir, et qui avait cette incroyable dignité. Je voulais en témoigner.
Paul vous a offert « Le tout
petit livre de la divine
douceur ». Le conseilleriezvous à Emmanuel Macron ?
La douceur naît des épreuves qu’on
a rencontrées, et la vie politique ne
porte pas spontanément à la douceur. Ceux qui reprochent au président de la République un manque
d’expérience sont les mêmes qui
se félicitaient il y a dix-neuf mois
d’avoir élu un homme de 39 ans.
Soyons cohérents. Emmanuel
Macron a été élu pour son dynamisme, pour son esprit de conquête
qui répondait à une aspiration profonde de la majorité des Français.
« Paul. Une amitié »,
de Bruno Le Maire
(Gallimard, 160 p., 15 €).
Extrait
« “Macron, j’ai voté
pour lui à cause de
l’économie. Il était
le seul qui proposait
quelque chose de
sensé. Pour dormir,
je te dis, un shoot de
BFMTV. Ensuite, je
demande un somnifère. ” Après cette
digression politique,
Paul est à nouveau
rattrapé par sa
maladie. Sa pensée,
d’ordinaire si droite,
se perd dans des
méandres qui le
ramènent invariablement (…) à ce
point aveugle où se
livre son combat
pour sa survie et
se posent toutes
les questions que
les bien-portants ne
se posent jamais.
“Vers 1 heure du
matin, dit-il dans
un souffle, je guette
la maladie.” »
« Il faut accélérer la baisse des impôts et
donc la baisse des dépenses. Nous demanderons aux Français lesquelles baisser. »
26 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
Dans « Paul », on lit : « La
France a des atouts maîtres :
l’élection d’un nouveau
président qui dispose d’une
majorité large et jouit de la
considération internationale,
des institutions solides. » Tout
cela n’a-t-il pas volé en éclats ?
Non, nous avons fait depuis dixneuf mois un travail considérable.
Nous avons allégé massivement
la fiscalité sur le capital pour permettre de réindustrialiser le pays,
car il n’y a pas d’industrie sans capital, nous avons réformé la SNCF ou
le droit du travail… Mais tout commence maintenant, au sens où nous
devrons apporter la preuve par le
résultat que ces transformations
profitent à tous les Français. Tout
commence maintenant, car nous
ne pouvons pas sortir d’une crise
sociale aussi profonde en disant
que nous ne touchons ni à notre
gouvernance ni à notre représentation. Nous devons écouter davantage, accélérer la réduction du
nombre de parlementaires, muscler les pouvoirs de contrôle du
Parlement, changer de système de
représentation en tirant au sort,
par exemple, un certain nombre
de citoyens pour les associer aux
processus de décision. Je pense notamment au Conseil économique,
social et environnemental. Pourquoi ce qui était juste et vrai dans
la démocratie athénienne ne le serait-il pas dans la démocratie française ?
Qu’est-ce que vous n’avez pas
vu pour que les Français se
braquent ainsi ?
Je crois, paradoxalement, que nous
allons trop lentement ! Je soutiens
le président de la République avec
la même détermination qu’en mai
2017. L’équation politique n’a pas
changé : le choix est entre la majo-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ÉLODIE GRÉGOIRE POUR « LE POINT »
rité que nous incarnons ou les extrêmes. Mais nos institutions et le
processus législatif sont trop lourds
et trop complexes pour avoir des
résultats suffisamment rapides. Je
dis, par exemple, depuis un an aux
PME de 48 ou 49 salariés qu’elles
vont pouvoir franchir le seuil de
50 pendant cinq ans sans que cela
ne déclenche d’obligations supplémentaires. Sauf que le projet de loi
que je porte pour la croissance et
la transformation des entreprises
(Pacte) n’a toujours pas été définitivement voté alors qu’il est prêt depuis huit mois ! Autre chose : nous
devons associer davantage les citoyens à l’élaboration des lois. Je
ne vois pas pourquoi ils ne pourraient pas compléter les textes législatifs par une procédure adaptée.
Si tous les citoyens amendent
la loi, comment réformer ?
J’ai défendu le droit d’amendement
citoyen depuis 2016 et je suis favorable au référendum d’initiative
populaire, certes pas pour n’importe quel sujet ni dans n’importe
quelles conditions. L’accélération
du rythme économique fait que le
rythme démocratique, avec une
élection reine tous les cinq ans,
est un temps qui paraît trop long
aux citoyens. Les gens veulent intervenir durant ces cinq années. La
politique doit aussi reprendre ses
droits sur ce que j’appelle depuis
des années la « monarchie technocratique ». Les élèves de l’Ena
devraient être affectés non pas en
fonction de leurs desideratas mais
des besoins de la nation. L’accès direct aux grands corps nécessiterait
d’être revu au profit d’une affectation dans les administrations qui
ont besoin d’eux. De même, la question de la possibilité pour les élus de
rester hauts fonctionnaires devrait
être posée. En revanche, je n’accepte
pas qu’on caricature l’administration de Bercy, dont les agents font un
travail remarquable. On les décrit
comme des technos sans âme : c’est
à la fois lâche et injuste. Pas besoin
de chercher des boucs émissaires :
nous pouvons être fiers des serviteurs de l’Etat qui donnent force à
la loi et à nos décisions politiques.
Vous reste-il des marges
de manœuvre après avoir
Le ministre et l’éditeur.
Avec Antoine Gallimard,
le 14 décembre, au
siège de la maison
d’édition. Son essai,
« Paul. Une amitié »,
sortira dans la
collection « Blanche »
le 3 janvier.
dépensé 10 milliards ?
Nous avons entendu le cri de colère,
mais cela ne doit en rien modifier
les lignes de force du quinquennat
qui sont celles qui ont été tracées,
non pas par le président de la République seul, mais par les Français qui
l’ont élu ! Dans ces lignes de force,
il y a le rétablissement des finances
publiques. C’est une nécessité pour
avoir une croissance solide et durable et réduire les impôts. Si dépenser toujours plus était la solution à
tous les problèmes, la France n’en
aurait plus aucun ! Nous avons pris
des mesures qui nous permettent
de rester le plus près possible de
notre engagement européen de 3 %
de déficit et, hors basculement du
CICE en allégements de charges,
nous serons largement en dessous.
Nous ne pouvons pas répondre à
une crise au travers de laquelle des
millions de Français ont manifesté
leur overdose de taxes et d’impôts
en les alourdissant. Il faut accélérer la baisse des impôts et donc la
baisse des dépenses. Nous demanderons aux Français quelles dépenses ils souhaitent baisser …
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 27
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
FRANCE
… dans le cadre du grand débat
national annoncé par le président.
euro comme sur la taxation des
géants du numérique…
Pourrez-vous réduire
les impôts de production ?
Une large majorité d’Européens
veulent cette taxation parce qu’ils
trouvent injuste que nos PME soient
taxées 14 points de plus que les
géants du numérique. Si les gouvernements ne veulent pas entendre,
les peuples, eux, se feront entendre,
notamment aux prochaines élections européennes. Une phrase de
Churchill décrit parfaitement la
situation à laquelle nous faisons
face : « Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne
vous prenne par la gorge. » Nous
devons en finir avec l’Europe faible
avec les forts et forte avec les faibles.
Nous devons y travailler ! Parce que
ce sont aussi ces impôts qui sont la
cause de notre crise territoriale. Il
faut que des usines puissent à nouveau s’installer dans les territoires.
Elles le feront moins si les impôts
de production restent à de tels niveaux. Nous devons l’expliquer.
Dans « Paul », vous attaquez
le « pessimisme européen »,
et ceux qui disent que tout est
déjà trop tard face à la Chine.
La Chine est une puissance impériale. Elle a fait émerger un géant
ferroviaire alors que Siemens et Alstom n’avaient aucun concurrent il
y a dix ans. Elle sera bientôt capable
de concurrencer Airbus et Boeing.
Elle nous concurrence en matière
spatiale et elle a déjà dix fois plus
de chercheurs en intelligence artificielle que l’Europe ! Militairement, elle produit tous les quatre
ans l’équivalent de l’ensemble de
la Marine nationale française. Face
à cette réalité, l’Europe a tous les
atouts pour réussir. Nous avons le
plus grand marché du monde avec
450 millions de consommateurs
qui disposent d’un haut niveau
de vie. Nos systèmes de formation
sont parmi les meilleurs de la planète. Nos banques sont parmi les
plus puissantes. Nous avons une
monnaie commune, l’euro, qui
peut demain s’affirmer comme une
monnaie internationale aussi puissante que le dollar. Notre génération
doit faire un choix historique, celui de la souveraineté européenne.
Soit nous nous rassemblons face
à la Chine et aux Etats-Unis pour
jouer nos atouts collectivement,
soit nous continuons sur la voie
dangereuse de la division qui nous
conduira dans le mur.
Mais les Allemands et les
Néerlandais ne vous suivent
pas ! Sur la réforme de la zone
Sur l’Europe, vous citez
Münchau : « Un ensemble de
petits pays avec une mentalité
de petits pays »…
C’est hélas ce que je peux parfois
constater dans certaines réunions
auxquelles je participe à Bruxelles.
Nous passons des heures, parfois
des nuits entières, à discuter de détails, à pinailler sur des projets discutés depuis des années, alors que
la marche du monde ne nous attend plus. L’Europe doit renouer
avec l’Histoire, sinon elle sera vassalisée ou broyée.
Vous soulignez dans le livre
la brutalité de Trump. Mais
ne faut-il pas un peu de
« trumpisme » dans la
gouvernance européenne ?
Le président Trump fait des tweets
de menace ; nous prenons des décisions pour défendre nos intérêts. Si
la règle de décision à l’unanimité
bloque les décisions, n’hésitons
pas à développer la majorité qualifiée, voire la majorité simple, par
exemple sur la fiscalité. Le temps
de décision européen est trop long.
Mais c’est au président de la République, et à lui seul, de décider
s’il faut porter une modification
des traités.
Extrait
« Paul attend qu’elle
soit repartie pour
se tourner vers moi,
il tient à me parler
de la réforme de la
SNCF, il faut absolument tenir, dit-il, si
le gouvernement ne
tient pas, vous perdrez toute crédibilité. Je réponds que
bien sûr nous tiendrons, alors il décide
que la prochaine fois
qu’il se rendra sur
la côte normande,
la grève sera finie
et il prendra le train.
Sans doute que la
prochaine fois sera
aussi la dernière,
il le devine, mais il
ne fait pas de doute
pour lui, à ce
moment de notre
conversation, qu’il
y aura une dernière
fois et que la maladie lui laissera le
temps d’un dernier
bain dans la mer
avec ses petitsenfants. »
Comment s’affranchir des lois
extraterritoriales américaines ?
« Si la règle [européenne] de décision à
l’unanimité bloque les décisions, n’hésitons
pas à développer la majorité qualifiée.» 28 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
Les Américains utilisent les
sanctions extraterritoriales pour
s’imposer comme le gendarme
économique de la planète. Ce n’est
pas acceptable. Cela nous empêche
de faire du commerce avec l’Iran,
et peut-être demain, avec d’autres
Etats, car nos banques ne peuvent
plus financer nos échanges commerciaux, par peur de représailles.
C’est la raison pour laquelle nous
sommes en train de créer une institution financière indépendante
qui servira de chambre de compensation pour financer les échanges
avec des pays sous sanctions
extraterritoriales américaines. Elle
devra être sur pied en 2019. C’est
la preuve de notre détermination
à faire émerger une souveraineté
européenne.
On apprend dans « Paul »
des choses étonnantes :
par exemple que vous laissez
vos enfants de 9 et 6 ans
dans la voiture avec un iPad
quand vous vous absentez.
C’est bien pour cela que je n’ai pas
fait relire le livre à ma femme avant
de le publier ! J’allais voir Paul dans
sa chambre d’hôpital, et je ne tenais pas forcément à les emmener…
Vous y lisez une biographie
de Drieu, écrivain collabo…
J’ai lu sa biographie, mais jamais
un seul livre de lui. Le personnage,
en effet, est troublant : Drieu la
Rochelle était à la fois collaborateur et ami de Malraux. Voilà résumée toute la complexité de notre
histoire, mais, en bon gaulliste,
je me range du côté de Malraux et
pas de Drieu.
Vous parlez avec Paul de la
rivalité entre Ayrton Senna et
Alain Prost. Senna disait que la
conduite, ce n’était « pas de la
politique », et pourtant on vous
sent fasciné par Senna…
En effet. J’admire la technique de
Prost, mais je suis fasciné par l’instinct de Senna. Un jour, d’ailleurs,
j’écrirai un livre sur Senna. Sa rivalité avec Prost était métaphysique.
Prost disait qu’il avait commencé à
avoir peur de Senna quand il avait
appris qu’il priait sur la ligne de
départ. C’est ce que j’aime dans
la course automobile : on ne peut
pas tricher §
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Lalanne, le barde jaune
NICOLAS TAVERNIER/RÉA POUR « LE POINT »
Héraut. Le chanteur fantasque veut
créer une liste gilets jaunes pour les
élections européennes. Explications.
PAR HUGO DOMENACH
A
première vue, Francis Lalanne
est l’anti-gilet jaune. Il a composé la chanson « Dépolluer
la planète » et s’est présenté à plusieurs élections nationales sous diverses étiquettes écologistes alors
que le mouvement est né contre
l’instauration d’une taxe carbone
sur l’essence ; il a été la cible de l’extrême droite pour avoir chanté « Ou-
vrir son cœur » en réaction à la crise
migratoire en Europe, alors que des
gilets jaunes ont dénoncé des migrants cachés dans un camion ; il
est réserviste dans la gendarmerie,
alors que des centaines de gilets
jaunes se sont battus contre des policiers sur les Champs-Elysées ; il
exècre les réseaux sociaux alors que
les gilets jaunes s’organisent sur
Facebook. Et, surtout, Lalanne, qui
gagne confortablement sa vie, est
Présent ! En décembre,
lors d’une conférence
de presse, Francis
Lalanne annonce
la création d’une
liste gilets jaunes.
un anticonsumériste, ne possède
presque rien, juste un sac avec
quelques affaires usées qu’il garde
sur lui, alors que le mouvement accueille nombre de travailleurs
pauvres réclamant plus de pouvoir
d’achat. Pourquoi ce baladin des
causes perdues serait-il leur
porte-étendard ?
Le chanteur se défend vigoureusement de vouloir faire parler de
lui. Il sera 79e, soit dernier, sur la
liste « Gilets jaunes citoyens », qu’il
est en train de créer pour que le
mouvement soit représenté aux
prochaines élections européennes.
« Je ne veux pas de poste, je ne suis pas
en mal de notoriété. Je mets la …
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 29
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
FRANCE
mienne au service de cette noble
cause parce que c’est le sens de ma
vie », jure-t-il, les yeux dans les yeux,
les cheveux longs et la barbe touffue, en avalant une bouchée de filet de bœuf dans un restaurant du
XVIIe arrondissement de Paris. Le
« sens de [sa] vie », c’est de ressembler à ses héros préférés. Vêtu d’une
veste militaire bleue, un immense
bandana blanc noué autour du cou,
Lalanne se compare à « Toshiro et
aux six autres samouraïs qui aident
le village à repousser les hordes de
ploutocrates », à « Gary Cooper dans
“Les trois lanciers du Bengale”, un
homme prêt à mourir pour un idéal ».
Il cite aussi Lagardère, Thierry la
Fronde, l’Ivanhoé de Walter Scott,
« Les tortues Ninja 2 » et, bien sûr,
Robin des bois : « Tous les chevaliers
qui défendent le pauvre, le faible, la
veuve et l’orphelin. »
Si la démarche ne manque pas
de noblesse, le discours politique
n’est pas toujours nuancé. Pour lui,
les partis sont « des sectes » et les élections européennes « ne servent à
rien ». Il veut transformer celles de
2019 en un « immense référendum
d’initiative citoyenne en faveur des gilets jaunes » pour mesurer à quel
point le peuple français les soutient. « C’est l’occasion, pour la première fois dans l’histoire de la
Ve République, de faire censurer le gouvernement directement par le peuple
sans passer par ses représentants »,
explique-t-il. Il prévoit également
de « lancer une internationale jaune
dans toute l’Europe ». Paré de jaune,
le Parlement européen deviendrait
« assemblée constituante ». Tout
comme l’Assemblée nationale après
sa dissolution. S’il ne réclame pas
la guillotine, il prévoit tout de même
de « faire tomber Macron, le dernier
roitelet de la monarchie constitutionnelle de 1958 ». Et fustige « les salaires
trop élevés des politiciens qui creusent
la dette publique ». Un classique du
discours démagogique.
…
30 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
Engagé. En 2007, le
chanteur est candidat
du Mouvement écologiste indépendant
(MEI) dans la deuxième
circonscription de
Strasbourg. On le voit
ci-dessus à l’œuvre
dans un campement
de tsiganes de la ville.
dirigeant des magasins dans le sud
de la France, avant de vendre ses
parts pour se consacrer à l’écriture
et à l’engagement politique, notamment en faveur de l’environnement. Il doit également trouver
78 personnes à inscrire sur la liste
avant lui. Le troubadour a développé un réseau dans toute la
France et sélectionne ses colistiers
de manière informelle avec une
poignée d’autres gilets jaunes. Leur
place sera déterminée en fonction
de leur date d’arrivée. Comment
faire cohabiter des personnes portant des revendications aussi différentes, voire contradictoires ?
Pour lui, c’est justement ça, la démocratie : « Un homme, une voix. »
Un système qu’il oppose à « la république, où l’on décide qui va décider ». Quant aux potentielles listes
concurrentes de gilets jaunes, elles
ne lui posent aucun problème.
Elles s’additionneront à la sienne
pour que le Parlement européen
soit le plus jaune possible. Bref,
plus on est de jaunes, plus on rit.
Enfin, pour l’instant. Car il faudra
aussi compter sur les grosses cylindrées, le Rassemblement natio-
nal de Marine Le Pen et La France
insoumise de Jean-Luc Mélenchon :
leurs militants travaillent ce mouvement au corps et tenteront d’en
récupérer le maximum le moment
venu. Ceux-là ricanent en entendant le chant de Lalanne.
Peu importe l’ampleur de la
tâche, le chanteur a forgé sa réussite en soulevant des montagnes.
En restant toujours fidèle à luimême et aux causes qui lui tiennent
à cœur. En 1995, il est parvenu à
sauver du dépôt de bilan l’usine
Starlux qui fabriquait les figurines
de son enfance. Puisqu’il ne pouvait pas faire face à la concurrence
venue d’Asie du Sud-Est, il a changé
son business plan. Au lieu de racheter des machines pour produire
plus, il a créé des modèles originaux, notamment de Napoléon Bonaparte et de Jules, la mascotte de
l’équipe de France de football, pour
vendre les copyrights. L’entreprise
est devenue pérenne. Il en tire toujours des revenus substantiels.
« Mon parrain m’offrait ces figurines
quand j’étais enfant pour m’habituer
à communiquer avec des humains
parce que je préférais parler aux objets.
FREDERICK FLORIN/AFP
Réseau. Mais sa mission Gilets
jaunes s’annonce compliquée, ne
serait-ce que sur le plan financier.
Heureusement, le chanteur a
trouvé une caution pour sa campagne : son ami Jean-Marc Governatori, qui a fait fortune en
Il prévoit de « faire tomber Macron, le dernier
roitelet de la monarchie constitutionnelle de 1958 ».
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Elles étaient mon peuple. J’ai réussi à sauver mon peuple
et les employés de l’usine », explique-t-il fièrement.
A la fois barde, mascotte et supporter en chef de
l’équipe de France de foot, Lalanne a réussi un autre
petit miracle lors de la Coupe du monde 2002 en Corée du Sud : réunir autour de lui des ultras marseillais,
parisiens, lyonnais et messins sans que personne ne
s’écharpe. Une expérience utile pour sa mission politique. Il a également été, entre 2004 et 2013, le président de l’AS Fresnoy-le-Grand, club d’une commune
de 3 000 habitants dans l’Aisne, et a réalisé la prouesse
de le faire monter en CFA 2, soit, à l’époque, un échelon avant le niveau professionnel. Impossible n’est
pas Francis.
En bon chevalier, Francis Lalanne a le sens du
combat. Un peu trop parfois. Il a été condamné cinq
fois pour coups et blessures. Une première fois pour
un coup de tête asséné à son prof de philo ; une autre
pour un coup similaire, sa spécialité, dirigé contre
un huissier qui voulait l’empêcher de monter sur
scène s’il ne prenait pas connaissance d’un pli ; une
troisième fois pour avoir fait voler un journaliste de
Chalon-sur-Saône sur une table parce qu’il insistait
de « manière agressive » pour obtenir une interview
après avoir raté sa conférence de presse ; une quatrième pour avoir poursuivi puis frappé un automobiliste qui avait failli renverser un enfant dont il était
responsable ; une cinquième pour un coup de coude
dans l’œil d’un homme violent avec une femme.
« C’est pas beaucoup, cinq procès pour coups et blessures
en soixante ans de vie quand on est aussi impulsif que
moi », s’amuse-t-il.
Raillé. Finalement, Francis Lalanne ressemble beaucoup aux gilets jaunes. S’il est capable de se transformer en casseur, comme ces pères de famille au casier
judiciaire vierge arrêtés sur les Champs-Elysées, c’est
probablement parce qu’il partage avec eux un sentiment d’humiliation, en particulier vis-à-vis des élites.
Les arbitres des élégances artistiques moquent sa
chevelure, ses chansons mièvres, son romantisme.
« Dans la bobosphère, je suis passé de l’héritier de Léo Ferré
à Cagliostro, un des intellectuels les plus raillés de son
temps », s’émeut-il. Il accuse Pierre Desproges d’avoir
donné le signal en lui refaisant le portrait dans l’émission « Le tribunal des flagrants délires », diffusée sur
France Inter en 1981. Et décrit un autre épisode qui
l’a marqué à vie : son père a fait une crise cardiaque
en regardant Les Nuls se payer sa tête lors d’une émission spéciale, sur Canal+, consacrée à la mort de l’humoriste en avril 1988. « Normalement, je devais passer
dans cette émission. Les Nuls ont dit à l’antenne que grâce
à la mort de Desproges on avait évité Francis Lalanne. Je
les ai réunis avec Gildas et je leur ai dit : “Vous êtes une
bande de merdes. Si mon père meurt, je vous égorgerai les
uns après les autres et vous crèverai les yeux” », raconte-t-il.
Pour se faire pardonner et pour rassurer son père qui
a survécu à l’épisode, Les Nuls ont enregistré une
nouvelle émission avec lui. Lalanne n’avait pas encore raconté cette histoire. Il ne l’oubliera jamais §
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Qu’on y croie ou non, les dieux
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РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
MONDE
Leila sait que sa tête est mise à prix.
« Le jour où je pourrai me construire une
maison et y loger, c’est que tout ira bien. »
32 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
La femme
qui fait revivre
Raqqa
Syrie. « Maire » de
l’ancienne capitale
de Daech, la jeune Kurde
Leila Moustapha reconstruit la ville martyre.
DE NOS ENVOYÉS SPÉCIAUX EN SYRIE
MARC NEXON ET BERIVAN VIGOUREUX
Chantier.
Leila Moustapha,
ingénieure agronome
de formation, supervise
la reconstruction
de l’un des deux
ponts sur l’Euphrate.
REPORTAGE PHOTO : BERIVAN
L
es gardes s’essuient rapidement la bouche,
planquent leurs barres chocolatées et se lèvent.
La porte s’ouvre. Des chaises s’entrechoquent
et une délégation sort d’une salle enfumée : des
hommes en chemisette, des chefs de tribu en djellaba, quelques responsables en uniforme. Et au
milieu d’eux une femme en pantalon, dressée sur
des talons, les bras dénudés. Elle s’appelle Leila
Moustapha, elle est kurde. A 31 ans, elle dirige la
ville syrienne de Raqqa, l’ancienne capitale de
l’Etat islamique libérée en octobre 2017 par une
armée arabo-kurde aidée des Occidentaux. Cet
après-midi-là, elle achève une réunion sur les questions de sécurité au siège du gouvernorat installé
dans un ancien institut de technologie. Elle allume une cigarette et rejoint son bureau. Des vieux
patientent à l’entrée, munis de papiers froissés,
tandis qu’une secrétaire en jean tente de leur trouver une chaise.
Leila Moustapha, ingénieure agronome de formation et célibataire, écrase sa cigarette puis en
reprend une autre. Elle a fui la ville de son enfance
en 2013 avant d’y revenir à la fin des bombardements et d’en prendre les commandes, désignée
par une assemblée de 120 notables. Une gageure
dans une cité majoritairement arabe. Son sourire
ne la quitte pas face aux visiteurs qui entrent et
sortent. Pourtant, l’heure est grave. Presque chaque
jour, un attentat secoue la ville. Véhicules piégés,
exécutions à l’aide de silencieux, bombes téléguidées… Hier encore, un explosif a été déclenché
sur le passage d’une voiture de police. Cette fois,
pas de victime, un miracle. « Des groupes veulent
créer le chaos », dit-elle. Des groupes ? Plusieurs cellules de Daech encore actives dans les quartiers
du centre et de l’est. Mais pas seulement. Damas
dépêche aussi ses tueurs en espérant un soulèvement de la population contre les « occupants ». Et
puis, un autre protagoniste sème la terreur : la Turquie, hostile à toute autodétermination des Kurdes.
En mars, cinq hommes payés par Ankara ont planifié l’élimination de l’adjoint de Leila : Omar Allouch, 61 ans, tué à son domicile. La récompense
s’élevait à 100 000 dollars. Le commando a été arrêté, dénoncé par un habitant parvenu à surprendre
une dispute entre ses membres. « Quand je pense
à Omar, je pleure », avoue Leila. Dans la pièce, elle
a accroché un médaillon à son effigie et déposé
sur le canapé, entre la télé et le frigo, un immense
plateau en verre orné de sa photo. A Raqqa, le
Kurde Omar Allouch était un homme clé. Un médiateur entre sa communauté et les sunnites. Depuis son assassinat, Leila sait que sa tête est mise
à prix. Elle ne dort jamais au même endroit et circule à bord d’une Toyota blindée fournie par les
Américains. « Le jour où je pourrai me construire une
maison et y loger, c’est que tout ira bien », poursuit-elle.
Un horizon encore lointain. La ville est détruite
à 80 %, privée d’électricité et de téléphone ;
35 000 maisons sont à l’état de ruine. Immeubles
éventrés, ponts engloutis, voitures calcinées… Un
an après la défaite des djihadistes, Raqqa …
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 33
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
MONDE
… est un amas de ferrailles enchevêtrées et de gravats. Des décombres d’où émergent parfois
des silhouettes blanchies par la
poussière, équipées de pelles. Sur
les artères principales, il y a bien
des boutiques ouvertes, mais elles
occupent les rez-de-chaussée de
bâtiments désossés. La coalition
internationale menée par Washington a eu, il est vrai, la main
lourde. Au cours des cinq mois de
l’opération, 20 000 bombes ont été
larguées. Un déluge de feu jamais
vu depuis la guerre du Vietnam.
« Se débrouiller tout seuls ».
Depuis, rien n’a bougé. Ou presque.
« On veut redonner du travail aux
jeunes pour les détourner des extrémistes », dit Leila. Alors, elle s’accroche au moindre projet. Le plus
symbolique ? La reconstruction de
l’un des deux ponts sur l’Euphrate.
La voilà à présent qui file vers les
berges à bord de son 4 x 4. Les travaux avancent. Trop lentement.
« Il nous faudrait davantage de métaux », se lamente Hassan, un avocat reconverti en architecte. « Je
connais un endroit où on peut en récupérer, poursuit-il en montrant une
photo. – Ah non ! coupe la gouverneure, on ne va pas commencer à vo34 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
ler ! » L’autre s’étrangle. « Mais il y
en a partout dans les destructions…
– Oui, mais ils appartiennent à
quelqu’un. On va faire une demande
officielle. » L’architecte range sa
photo. Un ingénieur intervient. « Il
y a le problème des tunnels, Daech a
créé une ville sous terre et ça fragilise
les ouvrages… Est-ce qu’on ne pourrait pas les détruire ? » Leila secoue
la tête en fixant une branche de
dattier qu’on vient de lui offrir. « Ça
risque d’endommager les canalisations, on doit d’abord continuer à tout
déminer. – Ça prend beaucoup de
temps ! rétorque l’ingénieur. Et si on
attendait les aides ? – Les aides ne viendront pas », tranche la gouverneure.
Il faut se débrouiller tout seuls. »
Seuls en dépit des promesses.
Car les Occidentaux ont beau avoir
dépensé 13 millions de dollars par
jour en missiles, ils tardent à débloquer les fonds de la reconstruction. A commencer par les
Etats-Unis, bien décidés à geler
230 millions de dollars d’aides en
l’absence de transition politique à
Damas. De quoi dissuader les autres
donateurs. « Les Français viennent,
prennent des notes et repartent »,
s’agace Omar Cihad, un politicien
local venu inspecter le stade transformé en centre de torture géant à
Espoir. La structure
du toit métallique,
les gradins et les soussols du stade de Raqqa
– qui a servi de centre
de torture et
d’exécutions à l’époque
de Daech – est à
reconstruire. « On veut
pouvoir rejouer au
football », espère le
politicien Omar Cihad.
Alep
Raqqa
SYRIE
Homs
Damas
Euphra
te
IRAK
0
100 km
l’époque de Daech. « Ça va coûter
plus cher que prévu », dit-il en observant le toit et les tribunes effondrés. Sans parler des sous-sols
jalonnés de cellules grillagées et
criblés d’impacts de balles. « On ne
fera pas venir le PSG, mais on veut
pouvoir rejouer au football », dit-il.
Retour au siège du gouvernorat.
Un homme patiente dans le bureau de Leila : Hassan Mohammed
Ali, le chef de la sécurité de la région. C’est lui qui se rend à Damas
pour sonder les intentions du régime. Sa dernière visite ne le rend
pas optimiste. « Ils veulent récupérer Raqqa et ne proposent rien en
échange », dit-il. D’autant que les
hommes de Bachar el-Assad ne
cessent de soudoyer les tribus du
coin. Une dizaine d’entre elles auraient déjà prêté allégeance au
maître de Damas. Un risque de déstabilisation accru depuis l’annonce
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Protection. Leila Moustapha, désignée maire de la ville par une assemblée
de 120 notables, se déplace à bord d’une Toyota blindée fournie par les Américains.
du retrait des troupes américaines
de Syrie. « En quelques jours, tous les
adeptes de Daech se sont réveillés, admet Leila. S’il faut en plus se battre
contre l’armée turque qui veut nous
envahir, ça va devenir compliqué. »
De fait, dans la rue, les tensions
s’exacerbent. Place du Paradis, là
où Daech exposait les têtes décapitées de ses suppliciés, quatre
membres d’une tribu coiffés d’un
keffieh aspirent leur Seven Up au
bout d’une paille. Leila Moustapha ? « On ne la connaît pas ! s’exclame l’un d’eux. Mais on voudrait
pouvoir vendre notre coton. » « Avant,
on avait de l’engrais et on arrivait à
faire du commerce avec la Turquie »,
lance son voisin en évoquant la
période de l’Etat islamique.
A trois tables de là, le Kurde Ali,
le gérant du café, s’offusque. « Leila,
elle se tue pour rebâtir sa ville. Ici, ils
n’acceptent pas les succès des Kurdes ;
ça me pèse, cette ambiance. » Puis il
pointe les nostalgiques de Daech.
Courage. Mohammed Ali Mahmoud a sauvé deux jeunes esclaves
sexuelles yézidies en les emmenant à Kobané, au péril de sa vie.
« Le marchand de glaces, là-bas, le
vendeur de cartes à puce de l’autre
côté de la place, le propriétaire du magasin d’électroménager… Et tiens !
Celui-ci, c’était un dénonciateur !
lance-t-il en apercevant un homme
à moto. Alors, après 20 heures, je ne
prends pas de risques, je ferme le bar. »
Esclaves sexuelles. Il suffit
de s’enfoncer dans les ruelles. Les
traces du règne de Daech sont partout. « Il peut rester », lit-on sur une
porte en fer forgé. Une inscription
destinée à épargner un collaborateur. En face, une demeure de trois
pièces agrémentée d’une cour, à
l’abandon. Le lieu a servi à la détention d’esclaves sexuelles yézidies. Mohammed Ali Mahmoud
tenait une boutique dans la maison mitoyenne. Il se souvient de
la visite en juillet 2015 de deux
d’entre elles, âgées de 24 ans et de
16 ans. La veille, elles étaient venues acheter des œufs avec leur
« On a monté 8 hôpitaux, 13 cliniques et recruté
400 professeurs d’école. Et, bien sûr, on a
supprimé les cours de religion. » Leila Moustapha
maître. Le lendemain, elles surgissent seules et implorent Mohammed de les tuer. « On souffrira
moins qu’avec eux », disent-elles. Il
les embarque alors dans sa voiture
et les emmène jusqu’à Kobané.
Elles lui racontent leur calvaire :
leur passage entre les mains de
sept « propriétaires » et leur viol
une nuit par 18 hommes. A son
retour, les djihadistes le soupçonnent. « Où étais-tu passé ? – Je
cultivais chez un fermier. – Allons le
voir ! » « Heureusement je m’étais
arrêté chez lui pour le mettre dans
la confidence et lui remettre une
somme », se souvient-il en essuyant
ses larmes. Pour lui aussi, Raqqa
mettra du temps à chasser ses démons. « Je connais un voisin qui a
décapité six personnes et qui vient
dans ma boutique. Chaque fois, je lui
dis de dégager. »
Leila, elle, préfère regarder devant. Et mentionner ses réalisations. « On a monté 8 hôpitaux,
13 cliniques et recruté 400 professeurs
d’école, dit-elle. Et, bien sûr, on a
supprimé les cours de religion. [Elle
soupire.] J’aimerais tellement prendre
des jours de vacances et découvrir Paris… On y fait toujours de bons croissants ? » §
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 35
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MONDE
Syrie, le « grand jeu » selon
Repli. Le retrait des
Etats-Unis de Syrie
laisse les mains
libres à la Turquie, à
la Russie et à l’Iran.
PAR ROMAIN GUBERT
36 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
Zone de conflits.
Le 26 décembre
dernier, Donald Trump
s’est rendu pour une
visite surprise sur la
base américaine
d’Al-Assad, en Irak.
sein de l’équipe au pouvoir. Rien
n’y a fait. James Mattis n’a pas supporté le dernier tweet de Donald
Trump : « Nous avons vaincu l’Etat islamique en Syrie. Nous avons gagné. Il
est temps que nos troupes rentrent à la
maison. Ils rentrent tous, et ils rentrent
maintenant. »
Pour Mattis, c’était une faute
grave dont il ne voulait pas être
comptable. Cette décision contredit
toutes les analyses sur la situation
de Daech en Syrie et en Irak. L’organisation a certes perdu des milliers
de combattants, la quasi-totalité de
son territoire en Syrie et en Irak et
la plupart de ses leaders. Mais beaucoup de djihadistes réfugiés au sein
des tribus sunnites attendent de reconstituer leurs cellules. Le tweet
de Trump est donc une sorte de si-
La décision du président
américain place Emmanuel
Macron dans une situation
difficile, presque intenable.
gnal alors que plusieurs attentats
ont déjà eu lieu dans les zones libérées de l’Etat islamique.
La décision de Trump bouleverse
aussi les cartes d’état-major de ceux
qui, depuis 2011, soufflent sur les
braises de la guerre civile en Syrie :
la Turquie, la Russie, l’Iran. Même
si l’engagement militaire américain en Syrie était modeste et ne dépassait pas 2 000 hommes, la seule
présence de ces forces spéciales
américaines au côté des Kurdes
contenait les appétits des uns et des
autres dans le nord de l’Irak. Il n’était
pas question pour la Russie, l’Iran
ou pour leur rival turc d’affronter
les Etats-Unis.
Pour les Kurdes, qui contrôlent
aujourd’hui le nord de la Syrie, le retrait américain est une catastrophe.
Même s’ils ont payé un très lourd
tribut lors de l’offensive contre
Daech à Raqqa et à Kobané, l’appui au sol des forces américaines
(et françaises) fut décisif pour venir à bout de Daech. La Turquie,
qui redoute la création d’un Etat
autonome kurde à ses frontières,
se frotte les mains.
ANDREW HARNIK/AP/SIPA
J
ames Mattis est un homme en
colère. Quelques jours avant
Noël, le secrétaire d’Etat à la Défense a distribué sa lettre de démission à 50 personnes de la
Maison-Blanche. Ce n’était pas une
lettre d’adieux convenue, de celles
dans lesquelles on rend hommage
à ceux avec qui on a travaillé. Celle-ci
ne contenait pas un mot pour Donald Trump, mais une mise en garde
claire : « Mes points de vue sur le respect dû à nos alliés, et sur la nécessité
d’être lucide devant des acteurs néfastes
et des concurrents stratégiques, proviennent de quarante ans d’immersion
dans ces problématiques. »
Ceux qui ont croisé Mattis à la
Maison-Blanche le jour où il a jeté
l’éponge n’ont pas reconnu celui
qui, depuis deux ans, les impressionnait par son calme et sa courtoisie au plus fort de la tempête.
A 68 ans, il faisait figure de sage
et parvenait à convaincre Donald
Trump par ses arguments et son
charisme d’ancien général du corps
des marines. Ces derniers mois, il
a désamorcé le projet de Trump de
démanteler une partie des activités
de l’armée de l’air pour créer une
« armée spatiale » à part entière.
Il était aussi celui qui passait des
messages apaisants aux alliés traditionnels des Etats-Unis, la Corée
du Sud ou les pays membres de
l’Otan, que Trump ne manque jamais d’éreinter.
Les plus hauts gradés ont tout
fait pour convaincre Mattis, en lui
expliquant qu’il était le dernier qui
comprenne les affaires militaires au
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Donald Trump
Lorsque le Pentagone avait
choisi, courant 2015, d’équiper et
d’assister les milices kurdes et leurs
alliés arabes pour mener l’assaut
contre Raqqa, capitale du califat autoproclamé de Daech, Recep Tayyip
Erdogan, le président turc, avait
aussitôt allumé un contre-feu pour
affaiblir les Kurdes en attaquant les
Unités de protection du peuple
kurde (YPG) sur leur front ouest.
En janvier 2018, après la chute de
Daech, l’armée turque – aidée de
milices syriennes – avait aussi lancé
une offensive dans la région d’Afrine
dont elle a pris le contrôle grâce à
ses chars et son aviation.
Dès l’annonce du retrait américain, Erdogan a d’ailleurs présenté
celui-ci le comme un feu vert pour
reprendre l’offensive contre les
Kurdes : « Nous avons officiellement
annoncé que nous allions lancer une
opération militaire à l’est de l’Euphrate.
Nous en avons discuté avec M. Trump
et il a donné une réponse positive. Nous
pouvons enclencher nos opérations en
Syrie à n’importe quel moment. Comme
je le dis toujours, nous pourrions arriver une nuit, soudainement. »
Les Kurdes n’ont pas eu à décrypter le message. Il est clair. D’autant
qu’avec la crise financière qui frappe
la Turquie, Recep Tayyip Erdogan
a besoin d’un dérivatif. Il a immédiatement acheminé de nouveaux
renforts militaires à sa frontière
avec la Syrie. Ceux-ci se sont donc
aussitôt tournés vers le régime de
Bachar el-Assad et ses alliés qui redoutent, eux aussi, que la Turquie
(elle contrôle aujourd’hui 10 % du
territoire syrien) agrandisse son influence. Entre les Kurdes et le régime syrien, les ponts n’ont jamais
été coupés. En échange de la neutralité des leaders kurdes lors des manifestations pacifiques de 2011, le
régime syrien a progressivement
laissé une grande autonomie aux
zones où l’influence des Kurdes des
PYD (la branche syrienne du PKK)
était forte (les régions du nord-est
sont majoritairement peuplées de
Kurdes). Bachar el-Assad avait alors
peu à peu quitté ces régions pour se
redéployer dans les villes rebelles,
à Alep, à Homs, laissant les Kurdes
y installer une administration autonome. Dès l’annonce du retrait
Les Kurdes, otages des grandes puissances
Avec le retrait américain, les Kurdes sont
une fois de plus instrumentalisés. Et
voient leur rêve de créer un Etat s’éloigner. Ce n’est pas la première fois. Après
la Première Guerre mondiale, lors du démantèlement de l’Empire ottoman, le
traité de Sèvres (1920) leur avait promis
un Etat. Mais depuis près d’un siècle, personne n’a envisagé de remettre en cause
les frontières existantes. Surtout pas les
Etats concernés et les grandes puissances,
qui ont pourtant utilisé et organisé leurs
divisions en finançant des mouvements
kurdes rivaux. Dans les années 1970,
l’Iran du chah, soutenu par les Etats-Unis,
apportait une aide directe aux peshmergas pour affaiblir l’Irak, allié de Moscou.
Dans les années 1980, Hafez el-Assad, en
Syrie, a aussi joué la carte kurde afin de
fragiliser la Turquie rivale. Il avait offert
l’asile à Abdullah Ocalan, installé dans la
Bekaa libanaise contrôlée par l’armée syrienne. En 1988, alors que Saddam Hussein avait bombardé au gaz moutarde la
ville irakienne de Halabja, aux mains des
Kurdes, les Etats-Unis n’avaient rien dit
pour ne pas affaiblir l’allié irakien, alors
en guerre avec l’Iran. Lors de la première
guerre du Golfe en 1990-1991, alors que la
coalition menée par les Etats-Unis avait
défait l’armée de Saddam Hussein, George
Bush refusait de renverser le dictateur
pour éviter l’effondrement du régime irakien. Les Kurdes, alors en pleine révolte
contre Bagdad, avaient une nouvelle fois
subi une répression tragique § R. G.
américain, en guise de geste de
bonne volonté vis-à-vis de la Syrie,
les Kurdes se sont retirés de la ville
de Minbej pour laisser les forces de
Damas s’y déployer.
Malgré les annonces de Trump,
ils conservent un atout maître dans
leur jeu : ils détiennent, côté syrien,
plusieurs centaines de djihadistes
étrangers et leurs familles. Or les
pays d’origine de ces prisonniers
ne souhaitent ni leur libération
ni leur retour. Les leaders kurdes
connaissent la valeur de leur rôle
de gardiens de prison des djihadistes étrangers. Ils ont déjà signalé
qu’en cas d’offensive turque ils ne
seraient plus en mesure d’assurer
cette mission avec autant de soin…
Cet argument n’a pas échappé
à la France, excédée par les manières de Donald Trump. En se
retirant de Syrie, il place Emmanuel Macron dans une situation
difficile, presque intenable. Depuis 2015, la France a elle aussi déployé des hommes pour aider les
Kurdes. Grâce à leur matériel sophistiqué et à leur engagement au
sol – non officiel –, les forces spéciales françaises ont donné le coup
de grâce à Daech lors de la bataille
de Kobané menée par les combattants kurdes. Même si, « moralement » (le mot est employé par
plusieurs responsables français), la
France refuse de lâcher les Kurdes,
a-t-elle les moyens, seule, de contenir les offensives d’Erdogan ? Peutelle jouer, sans les Etats-Unis, une
partition singulière alors que la
Russie, l’Iran et la Turquie ont déployé des moyens colossaux pour
contrôler la Syrie ? Est-ce son intérêt stratégique ?
Comme une réponse à ces questions, Donald Trump a tweeté : « Ce
que je n’aime pas, c’est quand nombre
de ces pays [alliés] profitent de leur
amitié avec les Etats-Unis, à la fois pour
la protection militaire et le commerce…
L’AMÉRIQUE EST DE NOUVEAU
RESPECTÉE. » §
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 37
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Onfray
Vivre heureux
comme un Romain
Guide. Michel Onfray
publie « Sagesse » (Albin
Michel/Flammarion),
un revigorant éloge de
la philosophie romaine.
Voici comment elle peut
nous aider aujourd’hui.
PAR SÉBASTIEN LE FOL ET CHRISTOPHE ONO-DIT-BIOT
38 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
ÉLODIE GRÉGOIRE POUR « LEPOINT ». REMERCIEMENTS AU MUSÉE DU LOUVRE.
A
près « Décadence », reconstruction ! C’est
comme ça que l’on a compris « Sagesse », le
nouveau livre de Michel Onfray, 500 pages
qui remontent à la Rome antique pour essayer
de trouver des remèdes à « notre Occident nihiliste », écrit-il. Cicéron, Tite-Live, Quintillien, Sénèque,Epictète, Marc Aurèle, Pline, l’Ancien et
le Jeune, ils sont tous là, pour fournir leur dose
de stoïcisme et d’épicurisme à une époque qui
en manque tant. L’occasion, pour Onfray, de réhabiliter le suicide pour l’honneur et les gladiateurs, sur lesquels on aurait raconté n’importe
quoi. Savez-vous qu’il existait des femmes gladiatrices ? Cette parité rétablie, le philosophe
nous emmène dans un voyage dans la sagesse
païenne : amitié, douleur, sexe, vieillissement,
enfants, politique… tout est chez les Romains !
Avec ce troisième tome, le philosophe poursuit
sa « Brève encyclopédie du monde », entamée
avec « Cosmos », sa philosophie de la nature,
continuée avec « Décadence », sa philosophie
de l’Histoire, et achevée, donc, avec « Sagesse », sa
philosophie pratique. Elle commence par l’éruption d’un volcan, le Vésuve évidemment, …
« Je me moque de ceux qui,
sans lire ce livre, diront
qu’il est un bréviaire fasciste
parce que Mussolini et Hitler
tenaient l’Antiquité en haute
estime. Il me serait facile
de leur répondre qu’elle fut
aussi aimée par les Jacobins
terroristes de 1793. »
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Rencontre. Michel Onfray
au musée du Louvre,
salle du département
des antiquités grecques,
étrusques et romaines, en
novembre 2018, à Paris.
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 39
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… et toute ressemblance avec l’actualité n’est
pas forcément un hasard. « Savoir mourir, c’est savoir vivre », proclame Onfray, qui, dans « Sagesse »,
renfourche sa monture préférée, l’athéisme, repeint cette fois aux couleurs du paganisme contre
l’« obscurantisme judéo-chrétien ». « Les “Œuvres morales” [de Plutarque, NDLR], écrit-il, témoignent
qu’on pouvait être moral avant le christianisme et
que, donc, on peut l’être aussi sans le christianisme –
il suffit d’aller voir ce que les grands hommes de l’Antiquité grecque et romaine ont à nous dire. » Tellement
plus revigorants, nous dit Onfray, que saint Augustin, rebaptisé le « chialeur » tant il nous gratifie de larmes dans ses « Confessions » : « On n’a
jamais autant arrosé un livre », dit l’auteur d’« Un
requiem athée ».
Paradoxalement, c’est sous le haut patronage
de Lucien Jerphagnon qu’écrit Onfray. Jerphagnon, son vieux maître, qui l’initia à Lucrèce, publia une « Histoire de la Rome antique », mais
dirigea aussi la publication de saint Augustin
dans « La Pléiade »… Contradiction n’est pas déraison : voyez Sénèque, qui professait le mépris
de la richesse et qui s’y vautra ! Ou Marc Aurèle,
l’empereur réputé philosophe qui, rappelle Onfray,
justifiait la torture et faisait décapiter les prisonniers de guerre…
« Un philosophe
Stoïques. L’ensemble est tonique, violent, réjouissant, exagéré, aussi, comme chaque fois
qu’Onfray parle des Grecs, pour qui « la pensée des
idées pures faisait un détour par les corps d’éphèbes »,
et qu’il réduit à des esthètes de l’abstraction par
rapport aux Romains, qui, eux, seraient dans le
concret. Et « L’Anabase », de Xénophon, alors ? Et
les grands tragiques que sont Eschyle, Sophocle
et Euripide, et le rire salutaire d’Aristophane, et
la résistance de Socrate au pouvoir, sa magnifique
ironie ? « Des simagrées intellectuelles », dit Onfray,
qui a choisi son camp : c’est vers Rome, désormais,
que nous devons nous tourner si nous voulons
réapprendre à vivre. Pour être ferme dans la douleur comme Mucius Scaevola, ce jeune patricien
romain qui, devant le roi étrusque qui menaçait
de le faire brûler vif s’il ne révélait pas les noms
de ses complices, posa la main droite sur un brasier en disant : « Regarde le peu que vaut la chair
pour ceux qui aspirent à la gloire. » Ou comme Pline
l’Ancien, qui, sous la pluie de cendres et de feu du
volcan qui va le tuer, prend un bain, dîne et se
rend agréable à ses amis. Ils sont fous, ces Romains ? Bien au contraire, nous dit Onfray, ce sont
eux les plus sages ! §
« Le pragmatisme romain invite
le sage à pratiquer un genre
de sainteté terrestre païenne. »
40 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
Le Point : « Savoir vivre au pied d’un volcan » est
le sous-titre de « Sagesse ». Le volcan symbolise
l’effondrement de notre civilisation que vous
avez décrit dans « Décadence ». En quoi vivre
comme un Romain nous empêchera-t-il d’être
recouverts de cendres ?
Michel Onfray : La fréquentation des auteurs romains
ne nous empêchera pas d’être recouverts de cendres !
Mais on trouve dans leur philosophie de quoi vivre
droit et debout en attendant la catastrophe. La philosophie romaine a été discréditée par Hegel puis par
Heidegger. Rome propose des exemples à suivre et non,
comme les Grecs, des théories fumeuses. Après la parution de « Décadence », beaucoup m’ont dit : « Nous
sommes dans un champ de ruines, que fait-on maintenant ? » J’ai voulu leur proposer une morale pratique
sans Dieu. Je ne suis ni réactionnaire ni progressiste,
mais tragique. Je pense qu’on ne peut ni changer l’ordre
profond des choses ni restituer un ordre ancien, mais
qu’il faut savoir disparaître avec élégance.
La philosophie romaine, selon vous, a été
minorée. Pour quelles raisons ?
L’université m’a enseigné la fiction d’un miracle grec et
le dédain des Romains. Athènes aurait inventé la philosophie, la démocratie, l’art, alors que les Romains se
seraient contentés de mal traduire la pensée grecque !
Or l’idéalisme grec s’avère extrêmement compatible
avec le christianisme. De son côté, le pragmatisme romain invite le sage à pratiquer un genre de sainteté terrestre païenne. Le ciel grec de Platon s’est donc montré
plus utile pour la philosophie judéo-chrétienne que
l’invitation romaine à vivre une vie droite selon les
seules raisons terrestres.
Ne caricaturez-vous pas la philosophie
grecque ? Les dialogues socratiques parlent de
la vie. L’exemple de résistance au pouvoir que
donne Socrate, dans « Apologie de Socrate »,
n’est-il pas concret, politique, une leçon de
rébellion ? « Allons ! Du calme, de la fermeté »,
dit-il à ses disciples qui pleurent.
Ces dialogues parlent de l’idée de la vie, de l’illusion
de la vie, de la vérité du contraire de la vie, de la supériorité de ce qui se trouverait en dehors de cette vie,
dans le ciel des idées. Les Romains sont insensibles aux
fictions idéalistes utiles aux discours philosophiques
dans des banquets mais nullement sur le terrain des
vies philosophiques. Quant à « la résistance au pouvoir » de Socrate, elle n’est pas une leçon de rébellion
mais, bien au contraire, une leçon d’acceptation de
ce que le pouvoir a décidé afin de pouvoir dire qu’un
sage vit par-delà ce genre de considérations. Socrate,
qui obéit à la loi, est moins un modèle politique que
philosophique.
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devrait être un gladiateur »
Legende. Lo qui qui alia
qui dunt. Itatur? Nest
exceped eos ernati dollandello voluptur audandigent aut aspersp
errovitio.
ÉLODIE GRÉGOIRE POUR « LEPOINT »
Vous n’êtes pas tendre avec Paul Veyne parce
qu’il a parlé d’empire « gréco-romain ».
Le concept de « gréco-romain » fonctionne sur le
principe du concept de « judéo-chrétien ». Mais comparaison lexicale n’est pas raison historique. Le christianisme procède du judaïsme alors que Rome ne
procède pas généalogiquement d’Athènes, ce qui n’empêche pas ensuite des relations entre les deux pays.
Mais le concept « gréco-romain » laisse entendre
qu’il y aurait eu une matrice hellénique suivie d’une
forme romaine induite. Rome dispose de sa spécificité qui est l’obsession pratique et le refus de la théorie pour elle-même. Paul Veyne dit dans ce recueil
d’articles ainsi titré que les Romains sont « les singes
des Grecs ». Avec une thèse pareille, on ne sort pas
du lieu commun du génie grec mal copié par les Romains, un peuple de paysans et de soldats illettrés.
… Si on la prend pour autre chose qu’une façon
d’exprimer que les Romains voulaient imiter les
Grecs. L’empereur Hadrien était surnommé le
« petit Grec » parce qu’il était « soigneusement
instruit dans les lettres grecques », nous dit
l’« Histoire Auguste », ce qui ne l’empêcha pas
d’être parfaitement romain et de consolider et
réorganiser l’empire. Plutarque n’écrivait-il pas
« Pour apprendre, il faut convenir
qu’on ne sait pas. Or la pédagogie du
jour prétend que les élèves ont des
choses à apprendre aux professeurs. »
Parabole.
Le philosophe remonte
à la Rome antique pour
trouver des remèdes
à notre Occident.
Le peintre JacquesLouis David a revendiqué les idéaux
esthétiques grecs et
romains (« Les Sabines
arrêtant le combat
entre les Romains et
les Sabins », 1799).
en grec ? Si le pouvoir était romain, la culture
n’était-elle pas hellénique ?
Les Romains huppés imitaient les Grecs comme la
bourgeoisie de province imite aujourd’hui Paris. Mais,
hors intelligentsia, un Romain n’avait pas du tout envie d’être grec. Le « petit Grec » associé à Hadrien renvoie à sa passion amoureuse pour un jeune garçon,
Antinoüs. L’effémination grecque est mal vue par les
Romains. Par ailleurs, le fait d’être amoureux d’un
jeune et bel homme n’interdit évidemment pas de réorganiser efficacement l’empire ! Ecrire en grec est
une pratique de l’intelligentsia romaine, qui, je le répète, est fascinée par Athènes. Mais nous sommes là
après la conquête d’Athènes par Rome.
« Qu’à Athènes on excelle à théoriser la vertu
…
mais qu’à Rome on brille à la pratiquer,
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 41
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EN COUVERTURE
… voilà qui résume à la perfection la tension
entre le Parthénon et le Forum », écrivez-vous.
Pardon, mais la double vie de Sénèque ? Qui
enseigne le courage et qui se comporte en
salaud ? Merci pour l’exemple !
En effet, vous pourriez aussi convoquer la biographie
de Cicéron, et je ne me prive pas de le faire. Je cite beaucoup de Romains qui ne sont pas ceux évoqués dans
les manuels de latin du collège et dont les histoires
sont racontées dans les « Faits et dits mémorables »,
de Valère Maxime, ou dans les « Nuits attiques », d’Aulu-Gelle. Ces Romains négligés ont associé leur nom
à des gestes mémorables – Cincinnatus, Regulus, Sextius, Volumnius, Dendatus, Pulcher… C’est plus à eux
que je rends hommage qu’à Sénèque ou Cicéron.
Qu’est-ce qui nous sépare le plus des Romains ?
Leur spiritualité religieuse n’est plus la nôtre.
L’homme du XXIe siècle a « congédié la nature »,
écrivez-vous.
Mythe. Michel Onfray
face à la « Statue du
Tibre », exposée au
Louvre, allégorie du
fleuve qui arrose la ville
de Rome.
« Pour philosopher, il faut une relation entre un
maître et un disciple, un individu qui sait et un
autre qui ne sait pas. » Vivre comme un Romain,
c’est d’abord accepter de s’en remettre à
quelqu’un qui sait ce que nous ne savons pas ?
La relation de maître à disciple est mal acceptée par
notre époque, qui a moins le souci de l’égalité dévoyée
en une dévotion égalitariste qui transforme toute différence en inégalité. Un maître véritable nous libère
en nous révélant à nous-même. Mon maître Lucien
Jerphagnon a fait de l’adolescent abîmé que j’étais en
entrant à l’université le philosophe que je suis devenu.
Le bon maître apprend à ce qu’on se déprenne de lui
– selon l’heureuse formule de Nietzsche.
L’Homo festivus d’aujourd’hui refuse la
transmission ?
Pour apprendre, il faut convenir qu’on ne sait pas.
Or la pédagogie du jour prétend que les élèves ont
des choses à apprendre aux professeurs ! Comment
pourraient-ils transmettre quoi que ce soit à qui
que ce soit ?
Votre modèle de Romain n’était-il pas votre
père ?
Mon père m’a enseigné un certain nombre de valeurs
et de vertus romaines : le sens de l’honneur, celui de
la parole donnée, celui du travail et du travail bien
fait, celui de la dignité. « Sagesse » lui doit beaucoup.
« Je persiste à croire qu’il ne faut
pas faire d’enfants… par amour
des enfants. »
42 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
« Sagesse » est un vibrant éloge des gladiateurs.
Leur image est malheureusement construite par le
péplum. Or ce genre cinématographique véhicule
une vision judéo-chrétienne de Rome qui oppose les
méchants Romains sanguinaires et les gentils chrétiens qui viennent les sauver avec leur belle religion…
Les gladiateurs n’étaient pas des barbares cruels. Dans
l’arène, ils théâtralisaient la vertu des vertus pour les
Romains : le courage.
Quand vous allez sur BFM ou ailleurs,
théâtralisez-vous aussi la vertu ?
Un philosophe digne de ce nom devrait être en effet un gladiateur. Un studio de radio ou un plateau
de télé sont un genre d’arène, mais nombre de philosophes sont plus fascinés par la place d’empereur que
par celle de gladiateur.
Faut-il y lire un éloge de la force et de la
violence ?
Plutôt une célébration du courage. Dans les péplums,
on ne voit jamais l’arbitre qui officie avec sa badine lors
de combats régis par des règles du jeu précises. Cette
règle du jeu est passée sous silence afin d’assimiler le
combat en un spectacle de barbares assoiffés de sang.
Pour vivre en Romain en 2019, il ne faudrait pas
avoir d’enfants, si on vous lit bien. Pour les deux
pères de famille que nous sommes, nulle
sagesse romaine accessible alors ?
Je persiste à croire qu’il ne faut pas faire d’enfants…
par amour des enfants.
Un chapitre évoque Celse, le dernier païen avant
le triomphe des chrétiens. Seriez-vous le premier
païen après la disparition du christianisme ?
C’est une charge bien trop lourde à porter ! La religion
à venir aura probablement à voir avec le transhumanisme et je ne serai ni le prophète ni le dévot de cette
religion-là – pas plus que de toute autre, d’ailleurs…
Sur l’amour, vous conseillez de lire Lucrèce :
« Mieux vaut jeter ta liqueur à fille qui se
présente/Que de la réserver à quelque unique
amante,/Tu t’épargnes de la sorte un malheur
presque certain. » Pas très #Metoo, tout ça !
ÉLODIE GRÉGOIRE POUR « LEPOINT »
Il est dit aujourd’hui que tout serait culture, à commencer par notre sexe, et que la nature serait une
fiction. C’est cette idée qui est une fiction. Les hormones font la loi. Lorsqu’une personne change de
sexe, elle recourt plus aux hormones et au bistouri
qu’aux livres de Judith Butler. Il existe bel et bien
une nature humaine.
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En effet, Lucrèce n’avait pas lu Simone de Beauvoir et
encore moins Judith Butler ! Il faut éviter toute lecture
anachronique : on ne trouvera aucun des commandements de notre modernité dans des œuvres écrites
plus de vingt siècles en amont. Lucrèce ne voit pas aujourd’hui son propos contredit avec le sexe tarifé, la
pornographie, le sexe virtuel, le site Tinder ou la réalité sexuelle augmentée. Par ailleurs, il propose une
théorie matérialiste de l’amour : il n’y a pas chez lui un
désir qui est manque et suppose la quête d’une moitié
perdue, mais un désir qui menace débordement et nécessite une réception. Il fait ici la critique de l’amour
passion qui rend fou et prive le philosophe de liberté
et de lucidité. Il invite à faire dériver ce désir-débordement dans des bordels. Mais il effectue aussi, ailleurs,
un éloge de l’amour-amitié avec la compagne d’une
vie. Il dit tout haut ce que beaucoup vivent tout bas.
clave nu afin qu’on croie qu’elle avait été mise à mort
parce qu’elle avait fauté avec lui… Elle n’avait d’autre
solution que de lui céder. Ensuite, elle raconte à tous
ce qui s’est passé puis se donne la mort. « Si je m’absous
de la faute, je ne me libère pas du châtiment », dit-elle.
L’aventure de cette femme irréductible a fondé le régime politique des Romains sur la passion de la vertu.
Un mal d’où sort un bien, vous voyez que ce n’est pas
méprisant pour les femmes, loin de là.
Vous n’avez pas peur des attaques qui vont vous
tomber dessus : Onfray, nostalgique du culte de
la force, réhabilitant les gladiateurs et le suicide ?
Je me moque de ceux qui, sans lire ce livre, diront qu’il
est un bréviaire fasciste parce que Mussolini et Hitler
tenaient l’Antiquité en haute estime. Il me serait facile de leur répondre qu’elle fut aussi aimée par les Jacobins terroristes de 1793, leurs amis et, par plus d’un
point, les modèles des dictateurs du XXe siècle…
« Pour l’être et le devenir de la cité, la femme
doit procréer et l’homme se battre ; elle fait des
soldats qu’il conduit sur les champs de bataille.
C’est ainsi que Rome est, mais surtout que
Rome est grande… » Une telle grandeur est-elle
souhaitable aujourd’hui ?
Existe-t-il des Romains dans la politique
française ?
Jean-Pierre Chevènement. A part lui, plus personne.
C’est une grande figure politique, un personnage d’une
incroyable culture et un ami fidèle. Moi qui ne suis
pas un amateur de fictions, il m’arrive parfois de me
demander à quoi ressemblerait une France qu’il aurait présidée pendant au moins un septennat.
Ne me faites pas dire ce que je ne dis pas : j’explique ce
que sont à Rome le couple, la procréation, l’association
des familles par le mariage et ce que cela induit sur
le terrain de l’amour ou de la sexualité avec des maîtresses. Cette phrase se trouve dans une explication de
l’amour à Rome, ce qui ne vaut pas validation ! Faitesmoi la grâce de croire que je ne défends pas la femme
au foyer et l’homme au combat : rien dans « Sagesse »
ne permet de conclure cela. Précisons que je parle de
cette grandeur dans un chapitre consacré à la morale
de l’honneur. Lorsque j’évoque le suicide de Lucrèce
violée par Sextus Tarquin, qui l’avait menacée, si elle
ne lui cédait pas, de la tuer et de l’enterrer avec un es-
Emmanuel Macron porte le nom d’un Romain.
Il est si peu romain qu’il en est l’exact inverse : c’est un
enfant-roi pour lequel il n’y a aucun devoir mais que
des droits, alors que les Romains étaient prioritairement des gens de devoirs.
Vous fêtez vos 60 ans. Que conseillent les
Romains pour vivre cet âge de la vie ?
La même chose qu’à tous les autres âges : rester debout dans un monde qui invite si souvent à être à genoux ou à ramper §
Sa bibliothèque romaine
« La naissance
des choses »,
de Lucrèce (Mollat)
Un immense poème traduit pour la première fois
en respectant la métrique
du poète. Une encyclopédie du monde où l’on
trouve tout sur tout :
des relations sexuelles
au rapport à la mort,
de la déconstruction des
religions à la promotion
d’une morale hédoniste…
« Les vies parallèles
des hommes
illustres », de
Plutarque (Robert
Laffont, « Bouquins »)
Une bible pour entrer dans
le monde antique par la
porte des grandes vertus.
On y découvre que la philosophie n’est pas une affaire d’idées pures mais de
belles actions morales susceptibles d’être imitées.
« Entretiens.
Lettres à Lucilius »,
de Sénèque
(Robert Laffont,
« Bouquins »)
La relation d’un disciple à
son maître. Lettre après
lettre, Sénèque initie Lucilius à la philosophie en
partant du menu détail de
la vie quotidienne. Le but ?
Approcher le plus possible
de la sagesse par une série
d’exercices existentiels.
« L’amitié »,
de Cicéron
(Les Belles Lettres)
Voici un dialogue qui
permet de réfléchir à
cette belle vertu romaine
qu’est l’amitié avant
que le christianisme ne
l’interdise parce qu’elle
est jugée élective et
aristocratique et qu’elle
contrevient donc à l’universalisme de l’amour
du prochain.
« Discours »,
de Musonius Rufus
(Vrin)
Comment vivre la philosophie stoïcienne dans le
menu détail : le vêtement,
la nourriture et l’ameublement, le mariage et la famille, la vertu et la piété,
l’éducation des filles et le
salaire des philosophes, la
paternité et la condamnation de l’infanticide, l’éducation des princes, etc.
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 43
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EN COUVERTURE
Petites leçons de savoir-vivre
Pratique. Apprivoiser la mort, respecter les anciens,
préférer le concret aux concepts… Les leçons de « Sagesse ».
EXTRAITS
parousie technologique et le passé, l’obscurantisme
en la matière. Les vieux sont donc obsolètes et jetables, alors que les jeunes sont parés de toutes les
plumes du paon. L’ignorance et la naïveté, l’inexpérience et l’incompétence sont devenues les vertus
d’une époque sans vertu. Pendant ce temps, le savoir
accumulé par les vieux compte pour rien. L’adage
africain selon lequel « un vieux qui meurt, c’est une
bibliothèque qui brûle » est devenu un proverbe réactionnaire. Voilà pourquoi Caton ne pourrait plus
dire : « Le poids de la vieillesse est allégé par la déférence et l’affection de la jeunesse ; en revanche, les
adolescents goûtent les préceptes des vieillards, qui
les ramènent à la recherche de la vertu » (IX, 26). Les
conseils de sages antiques ne sont plus pensables.
La leçon du Vésuve
Si le monde doit disparaître, qu’on ne disparaisse
pas, soi-même, avant l’heure, ce qui serait donner
raison au monde et tort à soi-même. Pline l’Ancien
donne l’exemple : sous la pluie de cendres et de feu
qui va le tuer, il prend un bain, il dîne, il manifeste
de la gaieté, il se rend aimable, il dort, il ronfle même
bruyamment. Le souci de soi est un devoir.
Quand l’heure est venue de mourir, il ne convoque
pas le ban et l’arrière-ban. Son neveu raconte la scène,
elle est un antidote à la mort chrétienne parfumée
aux fleurs du mal : on étend un drap à même le sol,
on demande un verre d’eau, on s’allonge, on meurt.
Savoir mourir est un devoir ; c’est même la forme ultime du savoir-vivre.
Rappelons-nous cette phrase magnifique, déjà citée, de Pline : « Dieu est, pour un mortel, le fait d’aider un mortel, et c’est là la voie vers la gloire éternelle.
C’est le chemin qu’ont emprunté les plus éminents
des Romains » (II, V, 18-19). Voilà le seul Dieu possible et pensable pour un athée dans un monde déserté par le Dieu des autres. Ne pas ajouter à la misère
du monde, augmenter son savoir, aimer son ami, aider son prochain, se soucier de soi, savoir mourir
parce que c’est savoir vivre : voilà de quoi attendre
sagement que le volcan nous recouvre de cendres.
Bien vieillir avec Caton et Cicéron
La vigueur n’a pas que du bon. Caton constate qu’en
politique ce sont les jeunes qui cassent, défont, démontent et brisent les choses, alors que ce sont les
vieux qui les préservent, les protègent et les restaurent. « L’irréflexion est bien le propre de l’âge en
fleur, la sagesse celui de l’âge qui vieillit » (Cicéron,
« De la vieillesse », VI, 20). Variation sur le thème des
jeunes cons et des vieux sages – une pensée profonde
inaccessible… aux jeunes !
Les vieux perdraient la mémoire, dit-on. Non, pas
les vieux, mais, quel que soit leur âge, ceux qui ne
l’exercent pas, ne l’entretiennent pas. Car elle est
moins l’affaire de la matière qui la porte, le cerveau,
que de la dynamique qui l’entretient, la mémorisation. Cicéron s’avère très moderne sur cette question
de la plasticité neuronale par l’exercice.
Cicéron défend une thèse qui, hélas, n’est plus
d’actualité dans notre Occident nihiliste : celle de la
déférence que les jeunes portaient aux vieux. Dans
nos temps de religion du progrès, le futur incarne la
44 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
Egalité femme-homme ?
« Sagesse », de Michel
Onfray (Albin Michel/
Flammarion, 528 p.,
22,90 €).
(…) Pour que la société romaine soit, il ne suffit pas
que les femmes effectuent leur devoir de mères en
donnant au mari une descendance à qui seront transmis les patrimoines familiaux et les valeurs de la civilisation. Avec le ventre des femmes, Rome fabrique
des enfants. Les filles seront des épouses, des mères et
des matrones ; les garçons donneront des soldats et
des sénateurs, des paysans et des marins, des légionnaires et des commerçants, des colons et des prêtres,
des rhéteurs et des avocats, des écrivains et des maîtres
d’école, des gladiateurs et des sportifs. On ne demande
pas aux petites filles ce que l’on exige des petits mâles.
Si la femme perd son honneur avec sa pureté,
l’homme perd le sien par manque de vertu, dont le
courage. Pour l’être et le devenir de la cité, la femme
doit procréer et l’homme se battre ; elle fait des soldats qu’il conduit sur les champs de bataille. C’est
ainsi que Rome est, mais surtout que Rome est grande.
Désir à la romaine
L’homme ne perd son honneur en devenant homosexuel que si et seulement si, dans cette relation, il
occupe une position passive ; en revanche, s’il occupe
une position active, il ne craint rien de la société. Celui qui prend est sauf ; celui qui est pris est vil.
Valère Maxime rapporte ainsi une histoire édifiante
sur ce sujet : un jeune esclave eut un jour envie de
manger de la viande ; son maître énamouré fit abattre
« Caton constate qu’en politique ce
sont les jeunes qui cassent, défont,
démontent et brisent les choses. »
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« l’un comprime sa blessure et ne bouge pas d’une
ligne (…), l’autre, se tournant vers le public en rumeur,
fait signe qu’il ne s’est rien passé et refuse qu’on suspende le combat » (XVI, 2). Ce sont deux façons de se
comporter face à l’adversité : la première est celle des
épicuriens, pour lesquels le sage supporte la douleur,
donc ne la nie pas ; la seconde, celle des stoïciens, pour
lesquels il n’y a pas de douleurs, car il n’existe que des
représentations de celles-ci sur lesquelles le sage a tout
pouvoir. Dans les deux cas, quels que soient les chemins, il faut parvenir à ce mépris de la douleur. Disciple du Jardin ou adepte du Portique, le sage méprise
la douleur. Il montre du courage.
Le péplum, propagande chrétienne
Legende. Lo qui qui alia
qui dunt. Itatur? Nest
exceped eos ernati dollandello voluptur
un bœuf de labour ; le mignon eut son rôti ; le maître,
son giton ; mais il fut traîné au tribunal… Non pour
avoir usé d’un jeune garçon, mais pour avoir tué un
animal de travail – ce qui était alors interdit (VIII, I, 8).
Les Romains punissaient très sévèrement l’adultère pour une femme de condition libre. A l’origine,
c’était la mort. Plus tard, on répudie l’épouse discrètement en conservant sa dot. La répudiation oblige
l’homme qui, sinon, devient un entremetteur.
En même temps, les Romains sont d’une grande
tolérance pour les relations entre un homme de
condition libre et une femme qui ne l’est pas. Le
même Caton rencontra un jour un jeune homme
qui sortait honteusement du bordel et reconnut l’austère censeur. Il prit peur. « Bravo, courage, lui cria la
divine sagesse de Caton ; oui, lorsqu’un désir furieux
vient gonfler leurs veines, c’est là que les jeunes gens
doivent descendre plutôt que de pilonner les femmes
d’autrui » (Horace, « Satires », I, 2, 31-35). Le lendemain, fort du conseil reçu la veille, il retourna au
même endroit. Le même Caton le surprit une fois de
plus sortant du lupanar et lui dit, comme Diogène
aurait pu le faire : « Je t’ai loué d’aller chez les filles,
c’est vrai, mais pas d’habiter chez elles » (Porphyrion,
« Commentaire à Horace », I, 2, 31). En finir avec un
désir qui tenaille en prenant le chemin du boxon,
oui ; y prendre pension, non.
ÉLODIE GRÉGOIRE POUR « LE POINT »
Réhabiliter les gladiateurs
Sous le soleil écrasant, des hommes théâtralisent la
vertu sans laquelle Rome ne serait pas ce qu’elle est :
le courage. Ici, le courage se donne en spectacle. Il ne
s’agit donc pas de bestialité, de sauvagerie, de barbarie,
de brutalité, de férocité, mais d’édification morale :
sur le sable, les gladiateurs racontent comment un
homme doit se comporter devant la mort : avec courage.
Dans « De la constance du sage », Sénèque parle de
la réaction de deux gladiateurs devant la souffrance :
Stoïque. « Le souci de
soi est un devoir », écrit
Michel Onfray dans son
livre « Sagesse » (Albin
Michel).
Le péplum est aussi l’occasion de nombreux films de
propagande chrétienne : Jésus et les premiers chrétiens y jouent un rôle important. Dans ce genre, le
film est souvent construit à destination d’un public
de patronage : les Romains sont méchants, ils ont mis
à mort le Christ ; les juifs ne sont pas gentils, car ils
ont fait cause commune avec les méchants ; les premiers chrétiens se cachent dans les catacombes, où
ils se réunissent, mais on ne sait pas de quoi ils se protègent puisqu’on nous les présente comme désireux
du martyre : à quoi bon, dès lors, se priver de ce qu’on
chérit le plus ? Pourquoi craindre ce qu’on prétend
vouloir ? Ces chrétiens de la première heure sont doux,
ils mangent du pain et du poisson, ils parlent, mastiquent et déglutissent lentement, comme pénétrés
par l’importance de chacun de leurs gestes ; ils posent
sur le monde un regard un peu niais ; ils font le bien
alors que les Romains, même à l’écran, sentent l’ail et
la sueur, le cuir puant et le vin non coupé. Le légionnaire éructe et rote, peu s’en faut qu’il ne pète, il a une
mine patibulaire, il n’est pas rasé, il pourrait même
arborer un tatouage d’avant l’époque où la chose ne
signifiait pas encore la rébellion panurgique. Au bout
de plus de cent vingt minutes, le bon persécuté voit
son visage enfin illuminé, car le légionnaire qui puait,
rotait et pétait s’est converti et se met, lui aussi, à boire,
à manger, à marcher, à parler avec une infinie componction. Le péplum nous dit que le bien triomphe
toujours du mal et que la Rome païenne était du côté
obscur de la force et que la Rome chrétienne apportait la lumière à ces temps enténébrés.
Les Grecs ? Des idéalistes !
Athènes aime les idées et les concepts, la métaphysique et l’idéalisme. Athènes, et la Grèce avec elle, c’est
la sphère de Parménide et le nombre de Pythagore, le
« Parménide » de Platon et « La métaphysique » d’Aristote, l’Idée pure du premier et le Premier moteur immobile ou la Cause incausée du second, c’est la
métempsycose et la métensomatose pythagoricienne
recyclée par Platon puis par le christianisme. (…)
Rome aime les choses et la réalité, le monde et l’histoire, la géographie et l’architecture, l’agriculture et
la politique, les sciences naturelles et la rhétorique,
la poésie et le théâtre, le droit aussi. (…) A Rome, on ne
fait pas carrière avec des idées pures ou des concepts,
mais avec du concret §
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 45
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MAGAZINE
SUJET
EN COUVERTURE
Ce qu’il écrivait
à 11 ans
Exclusif. Un Cahier de l’Herne
consacré au philosophe paraît
avec son premier texte,
intitulé « Carnet jaune ».
V
oici donc le tout premier texte écrit par Michel
Onfray à l’âge de 11 ans. Il tire son nom (comme
« Le cahier bleu » et « Le cahier brun » de Wittgenstein) de la couleur du carnet de la marque Héraklès sur lequel il a été écrit. Michel Onfray avait déjà
évoqué, de façon allusive, l’écriture de ce type de texte
narratif au détour d’une page du « Désir d’être un volcan ». Etrangement, il pratiquera par la suite à peu
près tous les genres (essai, théâtre, poésie, journal,
chronique d’actualité, traité), sauf : le roman ou la nouvelle, se disant incapable d’imagination et trop obsédé par le réel. A la question qu’on lui pose souvent,
« Quand allez-vous écrire un roman ? », il répond « Jamais. » Et il n’y a pas a priori de raison que cela change.
Bien entendu, on ne saurait attendre la même chose
d’un texte écrit par un enfant de 11 ans avec quelques
fautes d’orthographe et des maladresses (mais combien d’enfants seraient capables d’écrire cela aujourd’hui ?) que de celui d’un homme rompu à l’usage
de la réflexion et de l’écriture : ce « Carnet jaune » a
avant tout une valeur documentaire. Mais celle-ci
peut être articulée à une autre dimension, fondamentale pour Onfray : celle de la biographie et de la généalogie. « Le carnet jaune » a été écrit à l’orphelinat de
Giel, où Onfray a été placé par ses parents entre 10 et
14 ans et où il a vécu au milieu de prêtres salésiens autoritaires, brutaux, parfois pédophiles : il raconte cet
épisode dans la préface de « La puissance d’exister »
(2006). Dès lors, le personnage de l’oncle alcoolique
voulant fouetter l’enfant (chap. I) évoque la violence
qu’il a subie, de même que celle de sa mère, qui le frappait, avant de le placer dans cet orphelinat. Le jeune
Onfray vit à son tour ce placement comme un abandon : pourquoi aller dans un orphelinat quand on a
des parents ? On comprend que cette petite nouvelle
prenne la forme d’une sorte de roman familial : interrogation sur l’origine et l’identité, quête des parents
(métaphorisée par le voyage) et construction de sa
propre famille pour conjurer l’instabilité, l’incertitude et le sentiment d’abandon. Ainsi, on peut dire
que ce carnet d’enfance a une importance généalogique et peut être mis en résonance avec beaucoup de
46 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
« Cahier Michel
Onfray », dirigé par
Henri de Monvallier
(L’Herne, 288 p., 33 €),
parution le 9 janvier.
On y trouve des textes
inédits, de nombreuses
contributions et l’intégralité du « Carnet
jaune » de Michel
Onfray.
pans de l’œuvre d’Onfray. « L’enfant est le père de
l’homme », disait le poète anglais Wordsworth (17701850) dans une formule reprise (et pillée) par Freud.
Onfray souscrit fondamentalement à cette idée, car
c’est dans notre enfance que se constituent notre tempérament et notre sensibilité. Ce « Carnet jaune » est
en un sens le père de l’œuvre à venir § HENRI DE MONVALLIER
EXTRAIT DU « CARNET JAUNE »
Il fait froid et derrière le petit buisson le vent souffle.
Le vent transporte les feuilles mortes en tourbillon.
La lune avec son sourire narquois se fiche de moi,
quelle sournoise. Et moi là-dedans, je rentre de l’école
où M. Quentin m’a gardé en retenue car mon oncle
n’a pas voulu me donner une bûche pour le feu à
l’école. Et puis aussi j’ai regardé les flammes lécher
le feu et j’aimais entendre le petit craquement que
fait la bûche lorsqu’elle s’affaisse sur les chenêts. Je
savais ; je me laissais emmener, transporter sur mon
songe. Bouh ! une forte bourrasque envoie mon béret voltiger dans la grande allée. Je le ramasse… Oh !
il est plein de boue. Tonton René va me disputer ! Si
je l’essuyais. Aussitôt dit aussitôt fait, je sort mon
mouchoir de mon manteau percé par où s’engouffre
le vent, puis j’essuie mon béret. Malheur, je salis le
mouchoir et puis je me dis, un mouchoir de plus ou
de moins allez hop ! je le jette où mon béret a tombé
au paravent. La maison délabrée n’est plus qu’à
quelques pas maintenant, puis là ou là j’essuie mes
pieds presque nus et entre. Dans un fauteuil percé
(le seul rescapé de la colère de mon oncle) mon oncle
gît la sans vivacité, une bouteille de vin et un verre
sale près de lui. Il a encore bu me dis-je ! avec cette
odeur de vin règne une odeur de viande carbonisée.
Par instinct mon regard se porte dans l’âtre où flamboyent encore quelques bûches et un reste de viande
qui se tortille que mon oncle avait voulu cuire sur
la braise pour manger bien à son aise, quand je ne
suis pas là ! Je pose mon cartable près du bûcher.
J’enlève aussi mon manteau et voici mon oncle qui
se réveille ah ! c’est maintenant que va commencer
le suplice ! mon Oncle jette quelque chose par terre
et gromelle de sa bouche qui sent le vin des mots
qui ne ressemblent à rien et me dit : « Ah ! te Voilà
microbe ! cela fait-il longtemps que tu es arrivé ?
« Bien… » Alors réponds ou peut-être veut tu un coup
de fouet que m’a réparé le père Guillaume il y a de
ça 2 jours ? puis il se rassoit dans le fauteuil épuisé
d’avoir pu décrocher quelques mots. Je prends peur,
j’ai envie de fuir loin de cet homme qui s’adonne à
la boisson et qui dort toutes les journées. Puis d’un
« Dans un fauteuil percé (le seul
rescapé de la colère de mon oncle)
mon oncle gît la sans vivacité. »
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Lucien Jerphagnon à Michel Onfray : « Maintenant on va
enfin dire du mal de vous… Si, si, c’est bon signe. »
Maître. L’historien de la philosophie grecque et romaine et son élève Michel
Onfray, lors d’une conférence à Caen, en 1991.
Lettre de Lucien Jerphagnon adressée à
Michel Onfray le 10 novembre 1993
« Merci, mon cher Michel, pour votre lettre et votre livre.
COLLECTION PARTICULIÈRE
Oui, le “229 point rouge” – hé oui ! – est fort beau, et j’aimerais que l’éditeur en fût félicité : c’est trop rare pour n’être
pas souligné, et le vieux cognoisseur que je suis a plaisir à
dire sa satisfaction devant cette œuvre d’art. Et puis, quant
au contenu, il est bon que vous foutiez le bordel – quelle
autre expression répondrait à mes normes artistiques –
comme vous le dites fort bien,
a) j’apprends quelque chose (72 ans que je ne fais que ça…) ;
b) j’ai le bonheur de constater que mes élèves volent avec
leurs ailes, pas avec une prothèse que je leur aurais bricolée
et imposée. C’était ma terreur, ça, surtout quand j’étais prof
de lycée, avec des gamins et gamines prêts à l’imitation.
Et cette disposition d’esprit me vient de mes convictions
néoplatoniciennes, ce qui me permet de me répéter :
toute hypostase procède d’elle-même en même temps
que de son principe ; l’un donne ce qu’il n’a pas – c’est-à-dire
l’être dans lequel s’auto-posent ses émanations. Je ne
connais pas de pensée moins aliénante. Avec Jean Trouillard, nous en causions souvent : le dieu judéo-chrétien crée,
c’est-à-dire pose des êtres à la liberté limitée par la nature
réflex toujours, j’essuie la table et pose les 2 assiettes
dont une fêlée puis un verre et les couverts. Que
mange-t-on ce soir s’il vous plaît mon oncle ? Quoi
tu ose me demander cela ! n’as-tu donc rien préparé
depuis ton arrivée ? Non mon oncle répondis-je en
bafouillant, il soulève lentement sa grosse main
puis à une vitesse inouïe me frappe au visage, je recule de quelques pas puis deux petites perles roulent
doucement sur mon visage, je pleure… Mon oncle
sortit du garde manger troué un morceau de fromage et un trognon de pain rassis, depuis quatre
qu’il leur impose. L’Un néoplatonicien donne de quoi se
poser librement, d’une liberté absolue (on peut se rater
comme se réussir).
Ça y est, ça me reprend. Le métier !
Frisson en lisant la description de ce vernissage-signature :
O dieux, je vous rends grâce que m’aient été épargnées ces
épreuves… Cela dit, cela correspond bien à ce que j’imaginais, pour avoir dû “faire-de-la-plante-verte” tant d’années
durant, dans les ambassades, salons + ou – républicains,
royaux, impériaux (rayez la mention inutile).
Seule me soutenait la pensée de ce que j’avais à faire :
écouter, provoquer des besoins irrépressibles de parler
de tel ou tel, retenir avec soin en buvant du mauvais scotch.
Plus jamais ça. Il y a un bonheur curieux, avec “La sculpture
de soi”, vous entrez seulement dans le circuit, car maintenant on va enfin dire du mal de vous… Si, si, c’est bon signe.
Vous intriguiez, vous suscitiez jusque-là la surprise. Et puis,
couic, vous dérangez : c’était donc sérieux ? Il vous va falloir
supporter la connerie, les injustices, les incompréhensions
(au sens obvie), la jalousie des demi-gagnants, qui sont
des demi-ratés.
J’ai rigolé à la sortie de Polac (c’est vous qui me l’apprenez :
je ne regarde guère la TV, à part les informations sur
TF1 parce qu’il y a moins de socialistes et de paléo-staliniens
que sur les autres). Un juif devenu mahométan : c’est
curieux.
Oui, votre antichristianisme… Vous ferez bien ce que vous
voudrez, mais je me demande si vous ne devriez pas
dépasser ça. Je ne suis pas soupçonnable d’être inféodé
aux Eglises, pourtant… Vous allez rigoler : et si vous faisiez
un “Jésus”, un jour ? Un Christ en pointe sèche, dégagé de
tous ces enduits couleur étron-passé… Vous allez dire que
je suis devenu bien malade. Non, je vous assure, réfléchissez
à quelques thèses. Je ne verrai pas ça. Mais plus tard, cela
peut vous venir. (…)
J’ai mis au point ma petite causerie aux hellénistes de Caen.
Je suis toute la semaine entre les mains des toubibs, des laboratoires, etc. Vieille auto, en somme, qu’on révise, qu’on
retape après un si long kilométrage. Et moi qui déteste
m’occuper de ma personne humaine… Pas le droit de me
plaindre. Moi aussi je vous embrasse » § LUCIEN JERPHAGNON
jours nous avons mangés que du fromage j’ai faim !
Plusieurs jours se sont écoulés et mon oncle est toujours aussi méchant. Je me lève très tôt le matin pour
aller chercher les fagots puis des bûches même j’ai
peur mais je n’en dit mot à personne. Puis un jour
la même chose que ce qu’il m’est déjà arrivé (c’està-dire que mon oncle se fâche) a recommancé ; alors
furieux je me dit qu’il faut que je prenne une résolution, je la découvrit plus tard c’était de m’en aller
si une telle chose se reproduisait et j’étais très affirmatif (…) § MICHEL ONFRAY
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 47
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SOCIÉTÉ
Les Beaux-Arts,
une fable
française
Ingérable. L’école mythique, qui
enchaîne les psychodrames, sort d’une
énième crise. Sur fond de Metoo et de
contestation post-68, la colère enfle…
«P
eut-être que je suis fou, que
je vais crouler sous les
contraintes, les ennemis,
mais je suis très heureux » : ainsi s’exprime en septembre 2015, dans les
colonnes du Figaro, le peintre, photographe et sculpteur Jean-Marc
Bustamante, tout juste nommé à
la tête de l’Ecole des beaux-arts de
Paris. Trois ans plus tard, le même
homme époussette rageusement
la farine qu’on vient de lui lancer
au visage : nous sommes le 28 juin
2018, à la cérémonie de remise des
prix des Amis des Beaux-Arts de
Paris, et l’artiste enfariné écoute le
féroce discours surprise que lui
adresse un petit groupe d’étudiants.
Accusé de ne pas avoir pris au
sérieux des problèmes de
harcèlement sexuel au sein de l’établissement, il s’entend souhaiter,
devant l’assistance ébahie, une « très
belle retraite » – qu’il n’a nulle intention de prendre. Il quittera pourtant l’école quelques jours après
cette humiliation publique, lâché
par la Rue de Valois, qui, jure-t-il,
avait promis de prolonger son mandat. Premier artiste depuis un
demi-siècle à diriger l’école, Bustamante succédait au critique d’art
et conservateur Nicolas Bourriaud,
48 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
lui-même limogé par Fleur Pellerin en 2015 après avoir été déstabilisé par des pétitions internes et un
rapport sévère de l’Inspection générale des affaires culturelles. En
ce début d’année 2019, c’est au tour
de Jean de Loisy, ex-directeur du
palais de Tokyo, de prendre ses
quartiers dans le vaste bureau surplombant la Seine qu’occupe traditionnellement le directeur des
Beaux-Arts. Et avant même sa nomination officielle, des peaux de
banane en jonchaient déjà le sol :
pétition « d’artistes et de personnalités du monde de l’art », appelant Loisy,
au nom du renouveau, à renoncer
au poste ; tribune vacharde écrite
par l’un de ses prédécesseurs à la
tête de l’école, le philosophe Yves
Michaud, l’accusant de vouloir
achever sa carrière à bon compte
en profitant, entre autres, du fastueux logement de fonction dont
dispose l’école. En réalité, l’appartement de 400 mètres carrés, dans
lequel logea effectivement
Michaud, n’existe plus…
Bienvenue aux Beaux-Arts de
Paris, ses 2 hectares de bâtiments
classés, chapelle, palais, cours intérieures, hôtel particulier et verrière en restauration perpétuelle,
sa collection inouïe de dessins et
d’estampes, et ses incessants psy-
Inspiration. Le célèbre
cours de dessin sur
modèle vivant, dans la
salle de morphologie de
l’Ecole des beaux-arts.
Courage ! Début
janvier, Jean de Loisy,
ex-directeur du palais
de Tokyo, va diriger
l’Ecole des beaux-arts
dès début janvier.
chodrames. Coincée entre le quai
Malaquais et la rue Bonaparte,
l’école, fondée en 1817, se trouve à
équidistance du musée du Louvre
et de l’église Saint-Germain-desPrés. Il suffit de traverser la Seine
pour gagner le ministère de la
Culture ; quant aux rues alentour,
elles abritent d’innombrables galeries d’art… L’Ensba – Ecole nationale supérieure des beaux-arts de
Paris – est au cœur du pouvoir, des
réseaux de l’art contemporain et
de ses faiseurs de gloire.
AFP
PAR VIOLAINE DE MONTCLOS
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ANTHONY MICALLEF/HAYTHAM-REA
Claude Monet, Henri Matisse, le sculpteur
César ou encore Christian Boltanski ont été
élèves ou enseignants dans ces murs.
Les peintres Jean Dominique
Ingres, Gustave Moreau, Claude
Monet, Henri Matisse, le sculpteur
César, le plasticien Christian Boltanski et tant d’autres figures de
l’histoire artistique française ont
été élèves ou enseignants dans ces
murs, et les artistes de demain sont
sans doute là, aujourd’hui, prêts à
éclore parmi les 650 élèves inscrits
et qui n’ont encore pour la plupart
pas 20 ans. « On pratique ici un
darwinisme bienveillant, explique
Olivier Blanckart, professeur de
modelage et de sculpture. Certains
élèves vont devenir les prochaines
stars du marché de l’art. D’autres finiront céramistes à Saint-Tropez ou
intermittents des réseaux institutionnels. » Pour repérer les quelques
vocations intéressantes qui
peuvent émerger, l’école s’appuie
sur un système d’ateliers unique
en France, sorte d’écuries dirigées
avec plus ou moins de zèle par des
artistes accomplis qui jouent le
rôle de tuteurs, d’accoucheurs de
talents. Le dessinateur et …
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 49
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SOCIÉTÉ
cinéaste Joann Sfar, qui fut
lui-même élève aux Beaux-Arts et
y dirige aujourd’hui son propre
atelier, résume, dans son dernier
ouvrage, « Modèle vivant » (Albin
Michel), l’impitoyable vocation
des lieux. « L’Ecole des beaux-arts de
Paris ne sert qu’à une chose : trouver
le ou la nouvelle Picasso. On cherche
mollement, écrit le cruel. On n’a pas
encore trouvé, je crois. »
Incendie. Ce 18 décembre, alors
que l’école s’apprête à fermer pour
les congés de Noël, l’atmosphère
est crépusculaire. Dans l’amphithéâtre de morphologie, deux modèles nus à la peau bleuie par le
froid posent au milieu des élèves.
On aperçoit encore dans les couloirs la rousse et pâle Joan Ayrton,
directrice des études, qui vient de
démissionner. L’intendant a lui
aussi pris congé pour un temps indéterminé. Un professeur de dessin est suspendu. Aux murs, des
graffitis, une photo « fuck the governement », une affiche contre le
harcèlement sexuel. En septembre,
des mannequins en petite culotte
défilaient pour la marque de lingerie Etam sous la majestueuse
verrière du palais des Etudes.
Régulièrement, les lieux sont investis pour des défilés de mode ou
bien privatisés car l’école, vétuste
malgré d’incessants travaux, est
toujours à la recherche de subsides.
Et, chaque fois ou presque, ce recours au financement privé allume
le même incendie chez nos apprentis artistes, rageant d’être vendus
au « grand capital ». C’est d’ailleurs
à l’organisation d’un dîner et d’un
défilé pour le couturier et mécène
Ralph Lauren que Nicolas Bourriaud doit, en partie, la contestation interne qui mena à son
éviction. « Le chahut fait partie de
nos traditions », explique le très
respecté professeur d’histoire de
l’art et ex-directeur des études
Didier Semin.
Changements.
Ci-dessus, le bal des
Quat’z’Arts, le carnaval
dénudé de l’Ecole des
beaux-arts, vers 1930.
Ci-contre, dans les couloirs des Beaux-Arts,
une affiche gouvernementale dénonçant le
harcèlement sexuel.
« Nos élèves sont de jeunes impulsifs, mais c’est une erreur de les traiter comme des enfants ou des abrutis.
J’ai moi-même servi une fois d’émissaire auprès de la direction alors qu’un
projet de chaire financée par Walt Disney était examiné. Les étudiants
avaient séquestré le représentant de
la firme, ne peut-il s’empêcher de
sourire. Disney s’est retiré. » C’est
lui, Semin, alors encore directeur
des études, qui donna sa bénédiction pour que le livret d’information de l’école soit écrit, à la
demande de quelques étudiant-e-s
militant-e-s féministes, en écriture
inclusive : « J’ai jugé plus sage de laisser les élèves éprouver par eux-mêmes
l’absurdité de ce nouveau dogme »,
précise l’ancien militant d’extrême
gauche. En mars 2016, l’école fut
Au sein de l’école, deux générations se
confrontent, pour lesquelles la contestation de
l’ordre établi n’a pas, du tout, le même visage.
50 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
occupée plusieurs jours par des
centaines de participants au mouvement Nuit debout, et, alors que
de jeunes élèves méchamment
éméchés se hasardaient en équilibre sur la fragile verrière, il fallut
bien que les membres de la direction, eux-mêmes souvent anciens
sympathisants d’extrême gauche,
se résolvent à jouer les « vieux
cons » : appeler la préfecture et faire
évacuer l’école en douceur…
C’est ici, aux Beaux-Arts, que
furent conçues toutes les affiches
désormais célèbres de Mai 68. Tout
en étant à l’épicentre du pouvoir
institutionnel, l’école revendique
une intense tradition contestataire.
Mais les soixante-huitards ont
vieilli ; tandis qu’au printemps 2018
une exposition célébrait ces images
si emblématiques de l’histoire de
l’école – on y vendait aussi des sacs
en toile souple et des mugs « Mai
68 » –, des étudiants d’aujourd’hui
tractaient contre le harcèlement
sexuel. Et il y a de cela, au fond, dans
la crise que traverse aujourd’hui
l’établissement : deux générations
se confrontent, pour lesquelles la
contestation de l’ordre établi n’a
pas, du tout, le même visage.
Le dernier incendie en date a
pour toile de fond le mouvement
Metoo et le féminisme intersectionnel. Il démarre à l’été 2017, alors
qu’une responsable du ménage
est suspectée d’injures racistes à
l’égard des membres de son équipe.
SÉBASTIEN LEBAN POUR « LE POINT » – ADOC-PHOTOS
…
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Des plaintes sont déposées. Tous
les protagonistes de l’affaire sont
salariés d’une société de ménage
extérieure, elle concerne donc de
bien loin la direction de l’école,
mais des étudiants s’en emparent
via les réseaux sociaux, accusant
l’intendant général, ainsi que la
direction, de quasi-complicité…
Puis arrivent, à l’automne, l’affaire
Weinstein et la déferlante Metoo.
Alors qu’un chorégraphe, professeur intervenant ponctuel aux
Beaux-Arts, est déprogrammé par
une directrice de théâtre à la suite
d’accusations de harcèlement lancées sur les réseaux sociaux, des
étudiants s’emparent de son cas et
alertent la nouvelle directrice des
études, Joan Ayrton : que compte
faire la direction ? A ce stade, aucun fait n’est établi concernant cet
homme au sein de l’établissement.
C’est alors que Françoise Nyssen,
ministre alors déjà fort contestée, va, un peu malgré elle, tout
faire basculer. Le 26 octobre, avec
quelques membres de son cabinet,
elle s’invite dans l’établissement
pour une table ronde totalement
improvisée autour de l’égalité des
sexes et de la discrimination. On
convie en catastrophe des professeurs – dont Joann Sfar – et des
étudiants – dont le petit groupe
qui vient de saisir la direction. La
réunion doit durer dix-huit mi-
nutes, elle se poursuivra près d’une
heure. Et, devant sa ministre de tutelle qui écoute les étudiants courroucés avec attention, Bustamante
s’entend dire, effaré, que les BeauxArts, repaire d’hommes blancs et de
sexagénaires, sont minés par quantité de cas de harcèlements sexuels.
Sans doute avec maladresse, il se
récrie qu’aucune plainte ne lui est
jamais parvenue. Il l’ignore, mais
une journaliste du Monde est dans
la salle. L’article qui paraît le lendemain met le feu à l’école…
Cette réunion ubuesque sera
très drôlement racontée, et moquée, par Joann Sfar dans son ouvrage. Mais durant près d’un an, à
coups de « mails à tous » insultants,
de rapports internes, d’invectives
en écriture inclusive, deux camps,
l’un formé autour de Jean-Marc
Bustamante, l’autre autour de la
directrice des études, Joan Ayrton,
vont s’affronter aux Beaux-Arts.
Les uns accusent le directeur, dont
on a exhumé d’anciens propos jugés sexistes, de ne pas prendre au
sérieux les signaux d’alerte sur
le harcèlement. Les autres, en attendant que des faits soient éventuellement établis, dénoncent une
chasse aux sorcières, une entreprise de démantèlement des ateliers et de déstabilisation menée
par Joan Ayrton. L’atmosphère est
irrespirable ; et la licence joyeuse et
délirante des bals des Quat’z’Arts,
ces carnavals dénudés qui furent
organisés jusqu’en 1966 par les
étudiants de l’école, semble tellement loin… « Une charte a été mise en
place, une cellule d’écoute a été ouverte,
soupire Jean-Marc Bustamante.
Que pouvait-on faire de plus ? » Aujourd’hui, Joan Ayrton et lui ont
donc quitté la rue Bonaparte, Françoise Nyssen n’est plus ministre, et
une mission harcèlement/discrimination menée au sein de l’établissement devrait rendre bientôt
ses conclusions : sans qu’aucune
explication officielle ait encore
été donnée, elle semble avoir déjà
abouti à la suspension d’un professeur de dessin. « Les Beaux-Arts sont
une communauté sensible et fragile,
veut croire Jean de Loisy, le nouveau capitaine qui débarque dans
cette pétaudière. Mais les lieux sont
d’une incroyable poésie, et aucune
école d’art au monde ne peut s’appuyer sur une telle collection de dessins et d’estampes. Il y a beaucoup de
chantiers à mener – former aux métiers de l’exposition, élargir le recrutement des élèves, les ouvrir aussi à
la compréhension du monde contemporain qui nourrit le travail de tant
de jeunes artistes. On a glosé sur mon
âge, mais, si je fais deux mandats, j’ai
six ans devant moi et j’ai déjà montré que je savais transformer un établissement. » §
BERTRAND RINDOFF PETROFF/GETTY IMAGES
Faux résidents à Monaco : Maurice Amon nous répond
3) Que les allégations reproduites dans l’article ici critiqué,
A la suite de l’encadré : « De faux résidents (très) choyés »,
faites sur le seul fondement des déclarations de son
paru dans Le Point du 13 décembre 2018, M. Maurice
épouse, ont été démenties par les autorités administratives
A. Amon entend nous préciser, « sans crainte d’être
qui ont rejeté la plainte de celle-ci.
démenti :
1) Qu’il est résident monégasque depuis 2011 ;
Elles ont également été rejetées par un réquisitoire du
procureur général près le tribunal de Monaco. Enfin,
ce qui résulte notamment, mais pas seulement,
malgré une plainte pénale de son épouse et
de cartes de résident qui lui ont été régulièreaprès une enquête approfondie, M. Amon
ment délivrées depuis lors et jusqu’à aun’a pas été mis en examen, le magistrat insjourd’hui.
2) Que non seulement il est titulaire de cette
tructeur n’ayant pas jugé nécessaire de l’encarte de résident mais qu’il est propriétaire
tendre personnellement.
d’un appartement qu’il occupe à Monaco.
4) Quant au fait que « son » dossier
(de divorce ?) se serait retrouvé dans le bureau
En outre, il a fondé en 2011 une société dont le
siège est à Monaco, animée par une dizaine
de l’ancien directeur des services judiciaires,
d’employés et qui gère la totalité de son patrice n’est certainement pas à son initiative.
M. Amon n’a enfin pas le moindre lien avec
moine. Il a également l’honneur et le plaisir
M. Carpinelli [cité par ailleurs dans
d’être membre actif de plusieurs grandes
Maurice A. Amon.
l’article]. » §
associations culturelles monégasques.
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 51
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ÉCONOMIE
Trichet,
KHANH RENAUD POUR « LE POINT »
Vigie. Jean-Claude Trichet à
Saint-Malo, le 29 décembre.
Il fut le principal négociateur
du traité de Maastricht
côté français.
52 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
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il était une fois l’euro
Confidences. La monnaie
européenne a 20 ans.
L’ex-président de la Banque
centrale européenne raconte
cette aventure historique.
PROPOS RECUEILLIS PAR ROMAIN GUBERT
P
résident de la Banque centrale européenne de
2003 à 2011, Jean-Claude Trichet a laissé dans la
mémoire de nombreux Français l’image d’un Père
Fouettard qui donnait des leçons à Jacques Chirac ou à
Nicolas Sarkozy sur la tenue de leurs comptes publics
et sur les dépenses de l’Etat. Mais celui qui a piloté la
monnaie unique au plus fort de la crise grecque et de
la crise des dettes souveraines a surtout été, côté français, l’artisan de la mise en place de la monnaie européenne. La décision de faire participer la France à cet
ambitieux projet était certes politique et revient à François Mitterrand – ainsi qu’à Valéry Giscard d’Estaing,
qui en avait jeté les bases. Mais, dans l’ombre, comme
collaborateur de VGE (1978-1981), puis comme directeur de cabinet du ministre de l’Economie (1986-1987),
directeur du Trésor (1987-1993) ou gouverneur de la
Banque de France (1993-2003), Trichet était l’un de ces
« technos » qui ont écrit le fameux traité de Maastricht
et trouvé des solutions techniques pour que l’euro devienne réalité. Vingt ans après le lancement officiel de
la monnaie européenne, il se confie au Point.
Le Point : Quand avez-vous entendu parler pour
la première fois d’une monnaie européenne ?
Jean-Claude Trichet : Au début des années 1970, alors
que j’étais au milieu de mon cursus à l’Ena et que je
m’intéressais aux affaires européennes, j’ai lu le rapport Werner, commandé par le sommet de La Haye en
1969 dans le sillage du plan Barre [Raymond Barre est
alors vice-président de la Commission européenne,
NDLR]. Pierre Werner, le Premier ministre luxembourgeois, préconise la mise en place d’une Union éco-
« L’Ecu, panier de monnaies, sert
d’unité de compte. Ce qui se passe
à ce moment-là est fondateur. »
nomique et monétaire, ou UEM, avec une monnaie
unique. La dénomination UEM avait déjà été employée
dans le rapport Marjolin de 1962. A l’époque, le rapport Werner a eu peu d’écho politique ou médiatique.
Pourtant, c’est révolutionnaire…
Oui et non. Werner – comme Barre et comme Marjolin – défend une logique simple. Puisque les membres
de la Communauté économique européenne – la CEE,
c’est encore l’Europe des 6 ! – ont décidé de créer un
grand marché commun, il faudra à terme une monnaie
européenne unique pour supprimer les obstacles que
constituent les fluctuations des taux de change. C’est
dans les mois qui suivent la publication du rapport
Werner que les choses se précipitent sur le plan mondial avec la suspension de la convertibilité en or du dollar le 15 août 1971. Avec la fin des accords de Bretton
Woods, système avec des taux de change fixes, mais
ajustables, fondé sur le dollar, les Européens tentent
de préserver leur propre stabilité monétaire dans un
système de changes flottants mondiaux rapidement
généralisé. Ce sont les expériences du « serpent monétaire européen ». L’idée d’un système de change
organisé en Europe apparaît progressivement plus
nécessaire que jamais.
Au début des années 1970, après l’Inspection
générale des finances, vous entrez à la direction
du Trésor. Travaillez-vous sur ce mécanisme ?
Non, pas immédiatement. Je suis d’abord affecté au
Comité interministériel pour l’aménagement des
structures industrielles, qui traite des entreprises en
difficulté. L’administration du Trésor, avec ses homologues des 6 pays membres puis des 9, ainsi que les
banques centrales travaillent à la mise en place des
différentes modalités du « serpent monétaire », qui
vise à limiter les très fortes fluctuations entre monnaies européennes. Mais le vrai coup d’envoi est le
fruit d’une décision économique, monétaire et stratégique de Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt.
Ils avaient été l’un et l’autre ministre des Finances
et, s’appréciant mutuellement, avaient travaillé ensemble. Ils deviennent, en 1974, respectivement chef
d’Etat et chef de gouvernement, et poursuivent à ce
niveau leurs habitudes d’étroite coopération. C’est
ensemble qu’ils proposent à leurs collègues européens le système monétaire européen (SME) et son
mécanisme de change, dont ils lancent les négociations en 1978. Elles aboutiront le 13 mars 1979. Sans
le SME, il n’y aurait pas eu l’euro. Ils affrontent ensemble les deux chocs pétroliers, mettent tout leur
poids politique pour créer le système monétaire …
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 53
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ÉCONOMIE
L’euro en 12 dates
Octobre 1970 1998 Janvier 2002 Référendum français sur le traité
de Maastricht (victoire du oui
avec 51 % des suffrages).
Qualification de 11 pays pour
l’euro, création de la Banque centrale européenne (BCE) et nomination de son premier président,
le Néerlandais Wim Duisenberg.
Mise en place du système
monétaire européen.
Janvier 1994 Janvier 1999 Mise en circulation des espèces
en euros dans les 12 pays
membres (Allemagne, Autriche,
Belgique, Espagne, Finlande,
France, Grèce, Irlande, Italie,
Luxembourg,
Pays-Bas, Portugal).
Rapport Delors.
Juin 1997 Adoption du traité de Maastricht
Adoption du pacte de stabilité ;
présentation des projets de billets.
Rapport Werner.
et de l’Union économique et
monétaire par les chefs d’Etat.
Avril 1972 Septembre 1992
Création du serpent monétaire
européen.
Mars 1979 Avril 1989 Décembre 1991 Création de l’Institut monétaire
européen.
Création de la monnaie unique
avec la fixation définitive des
parités entre les monnaies
participantes ; les marchés
financiers passent à l’euro.
Novembre 2009 Début de la crise grecque
(mai 2010 : premier plan d’aide
à la Grèce).
…
européen et préparent donc directement la
mise au point de la monnaie européenne.
En 1981, vous quittez l’Elysée et vous retournez
au Trésor…
Vous êtes un des conseillers économiques de
Giscard dans la seconde partie de son mandat.
Les questions monétaires sont-elles majeures ?
Les deux premières années qui suivent l’élection de
Mitterrand, la ligne européenne est clairement remise
en question. Non que Mitterrand ne soit pas « philosophiquement » européen – il le prouvera par la suite
sans ambiguïté –, mais ses premiers choix vont à l’encontre de la convergence économique et monétaire au
sein de l’Europe. Le débat est ouvert au sein de l’élite
politique et économique. Certains chefs d’entreprise
encouragent Mitterrand à mener une politique délivrée des contraintes nationales ou européennes.
Au sein du gouvernement, le débat est majeur. Les
« raisonnables » et « proeuropéens » Pierre Mauroy
et Jacques Delors, ainsi que leurs collaborateurs, ont
compris que les deux premières années du septennat
nous promettent beaucoup de difficultés et rendent
l’Union européenne impossible. Ils affrontent ceux
qui préféreraient – comment dire – l’aventure.
Oui, c’est l’un des principaux sujets des discussions
entre Giscard et Schmidt. Pour les questions techniques,
Giscard se repose sur Bernard Clappier, gouverneur de
la Banque de France. Le président et le chancelier sont
portés à la fois par leurs convictions européennes et
par la nécessité. L’économie occidentale est en crise.
Et la France et l’Allemagne choisissent – c’est un vrai
choix – de travailler ensemble pour affronter la tempête. C’est à cette époque que Giscard, avec le plein
soutien de Schmidt, crée à Rambouillet le G6 des chefs
d’Etat et de gouvernement des pays industrialisés, qui
deviendra rapidement le G7. Ils créent aussi le Conseil
européen régulier, qui jouera un rôle majeur. On ne
crée pas encore la monnaie unique, mais elle est à l’horizon. Et il y a une monnaie commune, c’est l’Ecu, panier de monnaies qui sert d’unité de compte. Ce qui
se passe à ce moment-là est fondateur.
Y avait-il déjà des débats sur l’opportunité de
cette coordination monétaire ?
Oui. La Bundesbank est jalouse de son indépendance
et fière de sa réussite. Pour les Allemands en général,
rien ne devait affaiblir la position du mark, qui symbolise le redressement du pays après le drame absolu
de la Seconde Guerre mondiale. En France, la politique
monétaire était, en dernière analyse, de la responsabilité du gouvernement [article 20 de la Constitution :
« Le gouvernement détermine et conduit la politique
de la Nation », NDLR]. Le Trésor et la Banque de France
étaient naturellement pour une saine gestion macroéconomique et monétaire, et je pense que l’on peut
dire que les initiatives franco-allemandes étaient assez largement appréciées par les membres des deux
institutions. D’ailleurs, à cette époque, la France ellemême était sage sur le plan budgétaire et monétaire.
« Les “raisonnables” Mauroy et Delors
affrontent ceux qui préféreraient
– comment dire – l’aventure. »
54 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
Et ces débats, on les retrouve au Trésor ?
Les fonctionnaires du Trésor sont totalement loyaux.
Leurs recommandations vont le plus souvent dans le
sens de la sagesse macroéconomique et monétaire,
quelles que soient leurs opinions politiques. Ils proposent des solutions aux politiques, qui décident… A
cette époque, les fonctionnaires du Trésor sont très
sollicités. Ils doivent organiser des nationalisations
généralisées, une première dans le monde occidental moderne. Et en 1986 les privatisations. Quand
François Mitterrand donne raison à Pierre Mauroy et
Jacques Delors, la plupart des fonctionnaires du Trésor sont rassurés.
Et l’idée d’une monnaie unique fait son chemin.
Oui, à un horizon encore lointain. En fait, une nouvelle
conjonction d’influences se retrouve sur le principe de
cette monnaie. En premier lieu, François Mitterrand
et Helmut Kohl veulent l’un et l’autre ancrer leur pays
dans une Europe unie et comprennent que le destin de
leurs deux pays ne peut se jouer qu’au sein de celle-ci.
En France, nombreux sont aussi ceux, chez les modérés dans le gouvernement de cohabitation, qui sont
en faveur de la monnaie unique. Edouard Balladur
rend public un mémorandum qui pose la question
d’une banque centrale européenne. En second lieu,
les travaux académiques, ceux de Robert Alexander
Mundell qui critique les taux de change flottants,
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Banque d’Angleterre. Le rapport, qui souligne qu’une
monnaie unique ne sera possible que si les banques
centrales nationales et la Banque centrale européenne
sont indépendantes, reprend l’idée d’une convergence
économique et monétaire en trois étapes que l’on retrouve déjà dans les rapports Marjolin et Werner. Le
rapport Delors crédibilise la possibilité d’une future
monnaie unique et en souligne les conditions nécessaires. Mais elle est encore loin d’être faite.
Mais à quel moment comprenez-vous que cette
monnaie européenne va se faire ?
défendent l’Union économique et monétaire européenne et fonde la théorie des zones monétaires optimales. Robert Alexander Mundell aura d’ailleurs le
Nobel d’économie l’année de la naissance de l’euro,
en 1999. En troisième lieu, au sein des banques centrales, j’évoquerai l’influence de Paul Volcker, qui préside la Réserve fédérale américaine de 1979 à 1987 et
est lui-même convaincu que les taux de change flottants généralisés sont négatifs pour l’économie mondiale. Il regrette la disparition d’un système monétaire
plus organisé. En quatrième lieu, la libre circulation
des capitaux décidée à la fin des années 1980 est un
argument supplémentaire pour accélérer.
Passeur. Pour l’ancien
artisan de la monnaie
européenne – ici en
famille à Saint-Malo –,
il reste encore
beaucoup à faire pour
réduire les inégalités
entre les pays
membres.
KHANH RENAUD POUR « LE POINT »
Qui prend la décision de travailler sur cette
monnaie européenne ? Et quand ?
C’est en marge du sommet du G7 qui s’est tenu à Toronto du 19 au 21 juin 1988 que Helmut Kohl et François Mitterrand décident de confier à Jacques Delors
la présidence d’un groupe de réflexion sur la monnaie
unique, formé des gouverneurs des banques centrales,
sans les ministres des Finances de leurs pays. La décision formelle a été prise au Conseil européen de Hanovre le 28 juin 1988. C’était une très bonne idée : la
plupart des ministres des Finances auraient été hostiles à la monnaie unique qui les dépossédait d’une importante responsabilité. La plupart des gouverneurs
pensaient avec raison que la création d’une banque centrale européenne indépendante rendrait leurs propres
banques centrales nationales indépendantes. Enfin,
Jacques Delors, ancien de la Banque de France et ancien ministre des Finances, excellent président de la
Commission européenne, avait la confiance de tous.
Le principal mérite du rapport Delors est de
faire tomber plusieurs oppositions.
En effet. Tous les banquiers centraux signent le rapport : Jacques de Larosière, de la Banque de France,
mais aussi Karl Otto Pöhl, le président de la Bundesbank, et Robin Leigh-Pemberton, le gouverneur de la
340
C’est, en millions,
le nombre d’Européens qui utilisent
la monnaie commune aujourd’hui.
A 20 ans, elle a déjà
traversé plusieurs
crises, dont celle,
majeure, de 2008.
Il n’y a pas eu à mes yeux « un seul moment » avant
la signature du traité et le référendum français, mais
plusieurs temps très forts. En premier lieu, en 1989,
une réunion du Conseil économique et financier franco-allemand sur les bords du lac Tegernsee, en Bavière,
à l’invitation du ministre allemand des Finances Theo
Waigel. Du côté français, il y a Pierre Bérégovoy, alors
ministre des Finances, Jacques de Larosière et Philippe Lagayette, gouverneur et sous-gouverneur de la
Banque de France, et moi-même, directeur du Trésor.
Du côté allemand, outre le ministre des Finances, il y
a Hans Tietmeyer, secrétaire d’Etat aux Finances, Karl
Otto Pöhl et Helmut Schlesinger, président et vice-président de la Bundesbank. C’est ce jour-là que la partie
allemande, y compris la Bundesbank, signale qu’elle
pourrait accepter la monnaie unique et lui apporter
le deutsche Mark si c’est pour le confier à une banque
centrale sérieuse et indépendante. La partie française,
quant à elle, indique qu’elle pourrait accepter la pleine
indépendance de la banque centrale – qui suppose un
amendement à la Constitution de la Ve République – s’il
y a effectivement création de la monnaie unique. Rien
n’était encore fait : de puissantes oppositions allaient
encore se manifester en Allemagne comme en France.
Mais un concept encore abstrait venait de prendre un
tour concret sous mes yeux au bord du Tegernsee, à
un moment où le rideau de fer commençait de s’effondrer et où le cours de l’histoire européenne hésitait. En second lieu, lorsque j’ai pris la mesure de la
détermination du chef du gouvernement allemand
en négociant le traité de Maastricht avec mon homologue Horst Köhler, qui recevait ses instructions du
chancelier. Horst, plus tard, allait devenir président
de la République allemande. Nous nous retrouvions
systématiquement tous les deux, avec nos collaborateurs, avant toutes les réunions de négociation comprenant nos autres collègues pour être sûrs d’aboutir.
Comment se passe la rédaction du traité de
Maastricht, dont vous êtes, côté français, le
principal négociateur ?
La feuille de route était claire : nos instructions étaient
d’aboutir. Nous faisions, avec mon homologue, la
liste des points qui posaient problème et des points
de convergence pour avancer vite sur ces derniers.
Comment les réunions se passaient-elles ?
Concrètement, les directeurs des pays membres se
retrouvaient très régulièrement, le plus souvent à
Bruxelles. La direction du Trésor était entièrement
mobilisée, en particulier le chef de service des …
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 55
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ÉCONOMIE
soit le nombre de pays satisfaisant les critères d’éligibilité. Les directeurs du Trésor et les ministres des
Finances n’avaient pas négocié cette disposition historiquement fondamentale.
affaires internationales, Denis Samuel-Lajeunesse, et le chef de bureau des affaires européennes,
Xavier Musca, qui serait secrétaire général de l’Elysée plus tard, avec lequel je revenais le plus souvent
de ces négociations en voiture de Bruxelles. Plusieurs
pays jouaient la montre car ils étaient réticents. Des
oppositions se manifestaient aussi sur des enjeux
symboliques. Le gouvernement français était attaché à l’écu [acronyme d’« European Currency Unit »,
mais aussi ancienne dénomination monétaire française, NDLR]. Le gouvernement allemand expliquait
que ce mot était loin d’être euphonique en allemand.
L’accord s’est fait entre tous les Européens sur la dénomination « euro ».
…
Il fallait enfin convaincre les populations…
Comment les fameux 3 % ont-ils été choisis ?
S’agissant des règles budgétaires, il y avait deux écoles :
celle préconisant une « règle d’or » – selon laquelle
seules les dépenses d’investissement pouvaient être
financées par l’emprunt – et celle préconisant une limite chiffrée de déficit quelles que soient les catégories de dépenses. Après de longues discussions, il est
apparu que la seconde école était plus simple et évitait d’entrer dans des débats sans fin. Par exemple : les
dépenses militaires ou pour l’éducation étaient-elles
ou non des dépenses d’investissement ?
Finalement, la deuxième école, que je soutenais,
l’a emporté. Mais n’oublions pas que les 3 % du produit intérieur brut est, en principe, une limite maximale qui s’applique à toutes les dépenses publiques.
En outre, en temps normal, la règle consiste à être
proche de l’équilibre ou en excédent…
On l’a oublié, mais tous les pays ont fait de gros efforts pour satisfaire les critères d’entrée dans la monnaie unique, y compris la France du président Jacques
Chirac, d’Alain Juppé puis de Lionel Jospin, ses Premiers ministres successifs, et l’Allemagne du chancelier Kohl et du ministre des Finances Theo Waigel.
3%
Sur les deux options
possibles, c’est la
règle budgétaire que
préconisait JeanClaude Trichet
qui fut retenue.
Une limite de déficit
maximale de 3% du
PIB qui s’applique,
« en principe, à toutes
les dépenses publiques.
En temps normal, la
règle consiste à être
proche de l’équilibre
ou en excédent... ».
Une fois que les « technos » ont rédigé le traité,
il a fallu le faire accepter aux politiques ?
Non ! Les gouvernements ont évidemment suivi en
temps réel, pas à pas, nos travaux. Et nous leur avions
laissé, à leur demande, des points non tranchés qu’il
fallait décider à Maastricht : par exemple, la question de l’Angleterre, celle de la rédaction exacte des
règles budgétaires sur le critère du déficit annuel des
finances publiques (3 % maximum) et sur le critère
de l’encours de dettes publiques en proportion du PIB
(60 %). Mais l’apport remarquable des chefs d’Etat
et de gouvernement à Maastricht a été de décider, à
l’initiative du président français et du chancelier allemand soutenus par le président du Conseil italien,
que la monnaie unique serait créée, en tout état de
cause, le 1er janvier 1999, avant l’an 2000, quel que
« Nous avions laissé des points non
tranchés, comme la question de l’Angleterre ou des règles budgétaires. »
56 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
En effet. Le point crucial est que tous les pays qui ont
signé et ratifié le traité de Maastricht et tous ceux qui
sont entrés dans la monnaie unique l’ont fait sur la
base d’un consensus bipartisan, multipartisan. J’ai moimême, plus tard, en tant que président de la Banque
centrale européenne, toujours indiqué aux pays qui
souhaitaient adopter la monnaie unique (il y en a eu
5 nouveaux, en sus des 11 puis 12 premiers, qui sont
entrés lorsque j’étais président, et plusieurs autres
l’envisageaient) qu’il fallait n’entrer dans la zone euro
que sur la base d’un accord national transpartisan, car
c’était l’avenir à long terme du pays entier qui était en
jeu. En France, il y a eu un grand débat au sein des modérés et de la droite, comme au sein du centre gauche
et de la gauche. Les leaders des deux grandes sensibilités politiques ont recommandé le vote positif. Cela a
été la même chose dans les autres pays, y compris en
Allemagne, où c’est la menace de démission de Theo
Waigel, ministre des Finances et président de la CSU,
qui a permis, avec la voix initialement réticente de la
Bavière, d’obtenir la majorité du Bundesrat en faveur
de la monnaie unique.
Une majorité bipartisane mais étroite dans le référendum français. Une majorité bipartisane mais
étroite dans la chambre haute allemande… Quant
aux deux pays membres de l’Union européenne qui
n’avaient pas de consensus multipartisan, le RoyaumeUni et le Danemark, ils ont choisi la solution de l’« opting out », c’est-à-dire la possibilité de ne pas adopter la
monnaie unique même si tous les critères les concernant étaient respectés.
Que dit aujourd’hui l’ancien gouverneur de la
Banque de France et président de la Banque
centrale européenne ?
Que cinquante-six ans après le rapport Marjolin, quarante-neuf ans après le plan Barre et le rapport Werner,
vingt-six ans après la signature du traité de Maastricht
et vingt ans après la naissance de l’euro, une entreprise historique sans précédent, importante non seulement pour l’Europe mais aussi pour le monde, est en
cours. Les succès de la deuxième monnaie du monde
en termes de stabilité, de solidité dans la crise financière, de soutien populaire dans la zone euro (74 % de
soutien) et de croissance par tête (la même que celle
des Etats-Unis sur les vingt ans de l’euro) ne veulent
pas dire qu’il n’y ait pas encore beaucoup à faire pour
l’emploi, pour la croissance et pour la réduction des inégalités entre pays membres. Comme l’a recommandé
le président de la République dans son discours de la
Sorbonne, la gouvernance des 28 pays de l’Union européenne et celle des 19 pays de la zone euro peuvent
et doivent être encore substantiellement améliorées
et réformées au service de tous nos concitoyens. Le
marché unique à monnaie unique – le dollar – des
Etats-Unis ne s’est fait ni en un jour ni en vingt ans ! §
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Chancerelle, le seigneur
de la sardine à l’huile
Success story. Créée en 1853, la conserverie Chancerelle, dont la
marque phare est Connétable, a réhabilité les conserves de poissons.
PAR PIERRE-HENRI ALLAIN
145
millions
JEAN-CLAUDE MOSCHETTI/REA POUR « LE POINT »
de boîtes
de conserves
de poisson produites
chaque année.
J
ean-François Hug, 63 ans, est un
grand poisson dont la taille doit
avoisiner les 2 mètres et qui ne
serait sûrement pas facile à mettre
en boîte, au propre comme au figuré. Surtout, c’est depuis 2009 le
premier PDG de la conserverie
Wenceslas Chancerelle – plus
connue sous sa marque phare
Connétable – à ne pas porter le nom
des fondateurs qui se sont succédé
depuis cent soixante-cinq ans à la
tête de cette entreprise installée à
Douarnenez (Finistère). « Mais c’est
toujours la famille Chancerelle qui
possède la quasi-totalité des parts »,
tient à préciser l’intéressé, qui s’est
inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs. Tout comme dans une
tradition de la conserverie bretonne. Avec des recettes qui ont fait
leurs preuves, telles la sardine nature ou celle à l’huile d’olive vierge
extra. Mais aussi des combinaisons
plus élaborées, comme les sardines
aux cinq baies ou aux échalotes de
Bretagne. Dans un secteur décimé,
les performances de Chancerelle,
la plus ancienne conserverie au
monde en activité, sont en tout cas
remarquables. Ces dernières années, elle n’a cessé d’investir (5 millions d’euros en 2018), d’embaucher
(une centaine de personnes au
cours des derniers mois) et de proposer de nouveaux produits. Le
tout avec une courbe de croissance
qui a régulièrement grimpé. …
Continuité. Jean-François Hug, PDG
de la maison Chancerelle depuis 2009.
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 57
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ÉCONOMIE
Les clés de cette réussite ?
Une stratégie commerciale offensive et une fidélité à des critères de
qualité qui ont su redonner toutes
ses lettres de noblesse à un produit
parfois négligé, mais que l’on sert
aujourd’hui comme un grand cru,
à même sa boîte en fer-blanc millésimée, dans certains restaurants.
Chancerelle reste une entreprise
familiale, et son mode de fonctionnement est donc un peu à part.
« Quand la plupart des entreprises investissent dans le but de baisser leurs
prix de revient, nous le faisons essentiellement dans le développement de
nos produits, les conditions de travail,
le bien-être, la qualité, l’environnement,
relève Jean-François Hug. Nous
sommes très peu endettés et n’avons ni
banque ni actionnaire étranger pour
nous dire ce que nous devons faire. »
…
Tempêtes. En 1853, le Nantais
Robert Chancerelle inaugurait à
Douarnenez la première conserverie portant son nom. Ce port est
déjà reconnu pour être un haut lieu
de la pêche à la sardine, et ses quais
sont couverts d’ateliers où les
femmes s’activent pour fumer ou
presser le précieux poisson. Son
conditionnement est une activité
essentiellement manuelle et féminine, et la multiplication des conserveries dans la seconde moitié du
XIXe (la famille Chancerelle comptera jusqu’à trois usines) n’y changera pas grand-chose, ne faisant
qu’industrialiser cette activité. Sur
les hauteurs de Douarnenez, où
Chancerelle a pris ses quartiers en
2015, quittant son usine historique
du port du Rosmeur, c’est toujours
une grande majorité de femmes qui
conditionnent de façon artisanale,
à la main et un à un, les petits poissons argentés dans leurs boîtes.
La famille Chancerelle a traversé
toutefois quelques tempêtes. La
sardine est versatile et les périodes
de pénurie peuvent succéder aux
périodes fastes. Sa pêche peut s’avérer aléatoire, en quantité comme
en qualité. Et c’est précisément la
capacité de Chancerelle à s’adapter
à ces aléas qui lui aura permis de
tenir le cap. La société, qui se fournit en direct grâce à une trentaine
de bateaux artisanaux pour la sardine, privilégie également une
pêche durable et respectueuse de
la ressource. « Depuis 2015, nos ventes
en Label rouge ont progressé de 20 %
Chancerelle
en chiffres
145
millions
d’euros
de chiffre d’affaires
en 2017
9,8 %
des parts de marché
des conserves de
poisson en France
760
salariés
à Douarnenez
1 salariés
300 au Maroc
35 000 tonnes de
poissons
achetées par an
et elles ont augmenté de 54 % pour les
produits estampillés pêche durable »,
précise le PDG de Chancerelle.
Il faut aussi souligner qu’en rachetant en 2013 la conserverie
douarneniste Cobreco, qui pesait
alors 30 millions d’euros de chiffre
d’affaires et produisait conserves
de thon et de coquilles SaintJacques, Chancerelle a franchi une
étape décisive de son développement. Cette même année, l’entreprise prenait également la majorité
du capital de l’usine de conserves
de sardines Belma, à Agadir, au
Maroc, ce qui lui permit d’ouvrir
les portes d’un nouveau marché,
sans pour autant renoncer à la boîte
de sardines à l’ancienne.
« 2013 est l’année où l’on s’internationalise, par des implantations physiques, comme avec notre filiale Belma,
mais aussi en créant de nouveaux partenariats pour proposer du foie de morue d’Islande ou du saumon d’Alaska »,
souligne Jean-François Hug.
Au risque de se disperser ? Le
directeur de Chancerelle rappelle
ce qui reste le socle de la conserverie : la sardine à l’ancienne. Un produit, dit-il, « inscrit dans le marbre
et qui ne changera pas » §
Les différents produits mis en boîte
Sardine
Maquereau
58 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
Thon
Noix de saint-jacques
Saumon
Foie de morue
JEAN-CLAUDE MOSCHETTI/REA POUR « LE POINT » (X2)
Artisanat. Malgré l’industrialisation des conserveries, le conditionnement de la sardine, activité depuis toujours essentiellement féminine, se fait encore à la main.
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Etat-major La Mutuelle générale
Christophe Harrigan
Arnaud Lherbière
Stéphane Gannac
Frédéric Rousseau
Serge Marcante
Pierre Mas
Stéphane Poulard
Troisième mutuelle
Frédéric Rousseau
française avec 1,4 mil(43 ans, ESC Grenoble
lion de personnes
et master HECcouvertes (1,1 milMines), qui a débuté
à la Société générale
liard d’euros de
avant de rejoindre le
chiffre d’affaires en
2017), La Mutuelle gégroupe Humanis, est
nérale intervient esdirecteur général adsentiellement autour
joint développement
Patrick Sagon
des métiers de l’assuet marketing. Pierre
rance-santé, sur le marché des Mas (49 ans, Ecole centrale
particuliers et des entreprises. d’électronique de Paris), ancien
L’entreprise a par exemple rem- d’Axa et d’Europ Assistance, a
porté, au printemps 2018, l’ap- rejoint La Mutuelle générale
pel d’offres lancé par le groupe en juin 2018 en tant que direcLa Poste portant sur la couver- teur des systèmes d’informature santé de ses 93 000 fonc- tion. Stéphane Gannac
tionnaires et la couverture (52 ans, IEP de Strasbourg), qui
santé et prévoyance de ses a effectué une grande partie de
120 000 salariés de droit privé. sa carrière au sein du groupe
Patrick Sagon (65 ans, Insti- Dexia, est directeur adjoint
tut national des télécoms) est chargé des ressources huprésident de La Mutuelle gé- maines, des projets, de la comnérale depuis juin 2007. Cet in- munication, des partenariats
génieur a effectué une grande industriels et de l’action sopartie de sa carrière au sein du ciale. Serge Marcante (56 ans,
groupe Orange. Christophe Ecole nationale d’assurances),
Harrigan (43 ans, IAE de ancien de la Fédération natioRennes et DESCF) occupe la nale de la mutualité française,
fonction de directeur général. est directeur des risques de La
Il entre en 2006 chez Grou- Mutuelle générale, poste qui
pama, où il a des fonctions d’au- recouvre le contrôle interne,
dit, avant de devenir directeur la sécurité, l’immobilier, les affinancier de la filiale grecque faires juridiques et le secrétade Groupama puis de rejoindre riat général. Sté p h a n e
La Mutuelle générale en 2013. Poulard (41 ans), ancien resArnaud Lherbière (46 ans, ponsable des centres de relaInstitut des actuaires, maîtrise tion clients du groupe BPCE et
de l’université Pierre-et-Marie- ancien directeur du service
Curie), ancien de BPCE et de clients d’Accor Services, est diMalakoff Médéric, est direc- recteur des opérations clients
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SCIENCES
Energie. Refuges écologiques, stations
de ski économes, labels exigeants…
Les nouvelles idées pour combattre
le réchauffement climatique.
PAR HÉLOÏSE PONS
E
n hiver, c’est chaussé de raquettes ou à skis de fond qu’on
peut accéder au nid lambrissé
d’Henri et Andrée Brosse, couple
et gardiens de refuge de haute montagne depuis quarante ans, à Névache – commune de moins de
400 habitants –, dans les HautesAlpes. La route de la haute vallée
de la Clarée, enneigée, est fermée
une bonne moitié de l’année. Après
avoir croisé un troupeau d’une cinquantaine de brebis, on distingue
au bout du chemin le refuge Laval, véritable laboratoire du développement durable, comme les
60 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
maisons alpines voisines. Ne surtout pas demander aux gardiens
du coin s’ils s’impliquent dans la
mode des énergies renouvelables…
C’est elle qui les suit. « On n’a pas
attendu le boom de ces dernières années pour nous y mettre, on se sert des
énergies propres depuis quarante ans
en site isolé. Notre situation géographique nous impose d’utiliser les
moyens du bord et de faire preuve de
sobriété énergétique », martèle Sébastien Louvet, président de l’Association des gardiens de refuge.
Panneaux solaires, éoliennes,
turbines hydroélectriques… De
l’Italie à l’Autriche en passant par
la France, les 190 000 kilomètres
Laboratoire.
Le refuge Laval, situé
dans la haute
vallée de la Clarée,
sur la commune
de Névache (HautesAlpes), fonctionne
en autonomie
énergétique grâce
a une picocentrale
hydroélectrique.
carrés du massif des Alpes regorgent d’énergies propres qui ne
demandent qu’à être exploitées
dans les refuges. « La majorité de
nos sites dans les Hautes-Alpes est
équipée en panneaux solaires, continue l’Alpin. Chez moi, ils comptent
pour 90 % de l’énergie produite chaque
jour. » Une belle promesse, certes,
mais qui ne convainc pas tous ses
collègues. « Le solaire, ça ne vaut
rien ! » va même jusqu’à glisser
Claude Devalle, gardien du refuge
de Buffère, situé à 8 kilomètres de
là et qu’il a construit de ses propres
mains vingt-huit ans plus tôt.
Alors, à quoi carbure le montagnard ? A l’eau ! Ce « McGyver »
– comme le surnomment ses
confrères – a été l’un des pionniers
à installer une picocentrale hydroélectrique pour électrifier et chauffer son refuge. Captée d’un torrent
en amont, l’eau est dérivée vers
une turbine. Celle-ci entraîne un
ALBAN PERNET/RÉA POUR « LE POINT » (X 2)
Que la montagne est verte
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
alternateur qui produit de l’électricité (voir schéma ci-dessous). L’eau
rejoint ensuite son cours initial,
aussi claire qu’à l’entrée, à tel point
que « vous pouvez boire l’apéritif
avec ! » plaisante Henri Brosse, le
gardien du refuge Laval que ses
amis surnomment Riton. « On ne
se prive de rien, ici ! » s’exclament
en chœur Henri et Andrée, qui ne
jurent eux aussi que par l’hydroélectricité. A 2 030 mètres d’altitude, le couple a mis au point un
système de production 100 % autonome. « Le torrent nous procure
un débit d’eau ininterrompu, explique
le gardien. Certes, cela ne dispense
pas de devoir faire des efforts d’adaptation au quotidien. Penser à prendre
sa douche pendant les quelques heures
de la journée où l’eau chauffe, ne pas
faire couler le café si le lave-vaisselle
– très gourmand en énergie – est en
route… » Mais cela fonctionne. « Il
suffit de donner la priorité au besoin
immédiat, notre picocentrale
hydroélectrique fait du 6 kilovoltampère [mesure de la puissance électrique d’une installation], c’est
largement assez pour l’éclairage du
refuge, du bâtiment annexe, le chauffage, les machines énergivores… et
même pour alimenter un chauffe-chaussures ! » insiste Claude Devalle, qui
gère avec sa femme un abri de
35 lits.
Les gardiens de refuge ne sont
pas les seuls à se mettre au vert en
altitude. Les directeurs des stations
de ski, souvent montrés du doigt
pour l’impact écologique de l’enneigement artificiel, s’y mettent
aussi et cela aux quatre coins du
100 % autonome.
Henri Brosse, gardien
du refuge Laval devant
la picocentrale
hydroélectrique.
La picocentrale hydroélectrique,
comment ça marche ?
monde. La Station Taos, au Nouveau-Mexique, a par exemple lancé
un programme de développement
durable, Taos Verde, qui mêle efficacité énergétique, gestion responsable de l’eau, des déchets et
protection locale de la forêt. Grâce
à de nouvelles infrastructures
dotées de thermostats liés à des
détecteurs de présence, de leds ou
de pompes à chaleur géothermiques, Taos a déjà réduit sa
consommation énergétique de
presque 11 % entre 2014 et 2016
– soit une réduction des émissions
de gaz à effet de serre de 340 tonnes
de CO2 – et prévoit d’atteindre une
réduction de 20 % d’ici à 2020. L’arrêt de la vente de bouteilles en
plastique au profit de la mise à disposition de fontaines à eau ou
encore l’encouragement pour les
restaurants à servir des produits
locaux ont accompagné ce mouvement. Aux Etats-Unis, le
Berkshire East Mountain Resort,
dans le Massachusetts, ne fonctionne qu’au soleil et au vent, ce
qui lui a valu d’être distingué en
1 L’eau est captée dans une
prise d’eau et dirigée vers
une turbine à l’aide d’une
conduite d’amenée
2 L’eau turbinée entraîne
un alternateur qui
produit de l’électricité
3 L’électricité produite
permet d’alimenter
des appareils basse
consommation
(éclairage...)
1
2
3
2017 par la NSAA (Association nationale des stations de ski) pour
son excellence environnementale.
Et, à plus de 6 000 kilomètres de là,
en Finlande, la station Pyhätunturi s’illustre par le recours au
chauffage à la biomasse…
En France, l’association Mountain Riders cherche à populariser
le label Flocon vert. Parmi les 21 critères à remplir figurent des exigences aussi diverses que la
réduction de l’impact paysager, la
valorisation des espaces protégés,
la sensibilisation des visiteurs ou
encore le respect de débits réservés des rivières pour la production
de neige de culture. Soutenu par
l’Agence de l’environnement et de
la maîtrise de l’énergie, le label a
déjà distingué six stations : la vallée de Chamonix Mont-Blanc
(Haute-Savoie), Châtel (Haute-Savoie), Les Rousses (Jura), La PierreS a i n t - Ma r t i n ( P y r é n é e s ) ,
Chamrousse (Isère) et Valberg
(Alpes-Maritimes).
Stockage en Antarctique.
Ces initiatives vont se multiplier
et se préciser, à l’image du projet
Ice Memory, un programme international de sauvegarde de la mémoire des glaciers, initié par
Jérôme Chappellaz, glaciologue à
l’Institut de géosciences de l’environnement de Grenoble et directeur de recherche au CNRS,
soutenu par la fondation Université Grenoble Alpes et la Fondation BNP Paribas. Les carottes de
glace permettent de reconstituer
les conditions climatiques du passé
et d’anticiper les changements environnementaux. L’idée consiste
à effectuer des forages dans les glaciers à travers le monde et de les
stocker en Antarctique. Après une
expédition sur le glacier du col du
Dôme, dans le massif du MontBlanc, en août 2016, et sur le glacier de l’Illimani, en Bolivie, en
juin 2017, deux nouvelles explorations ont été lancées en mai et
juin en Russie. De nouvelles initiatives rassurantes, car le temps
presse. Réchauffement climatique,
fonte des glaces, montée des eaux…
Bientôt tous réfugiés climatiques
dans des montagnes vertes ? §
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 61
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CULTURELIVRES
Vous reprendrez
bien un peu de
houellebecquine ?
PAR CHRISTOPHE ONO-DIT-BIOT
H
ouellebecq est-il enfin heureux ? C’est la question qu’on se pose en terminant son nouveau
roman, consacré à la longue et lente dérive d’un
homme que toute bonté a quitté, que toute culture
a déserté, dont le nihilisme a grignoté toutes les cellules. Et l’on ne peut être qu’au zénith du bonheur
pour écrire un tel traité du malheur. Serait-ce l’effet
du mariage ?
Bien sûr, tout le monde va parler avec « Sérotonine » d’un Houellebecq de nouveau prophétique
et « giletjaunisé », puisqu’il est question ici d’une révolte venue des profondeurs du pays, en l’occurrence
la Basse-Normandie. Sauf que c’est tout le contraire
d’une révolte populaire campant sur les ronds-points
que décrit notre « mage » national, mais plutôt une
vraie jacquerie menée par un aristocrate « ancien de
l’Agro », aussi à l’aise dans le maniement du fusil d’assaut que du pis de vache, et surtout possesseur, par
son père, membre du Jockey Club, de la moitié de la
région. Rien d’un Eric Drouet, donc. Ni même d’un
Benjamin Cauchy.
Et puis Houellebecq gilet jaune, désolé, mais,
même si l’image, visuellement, avec la parka, peut
être jouable, ça ne colle décidément pas, son personnage ne ressentant ni indignation ni empathie – il
n’en est plus capable – et se tirant fissa, dès que la
mort a moissonné entre paysans et CRS, vers la capitale pour regagner son lit… Même son voisin de bun62 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
Nulle empathie
dans ce nouveau
livre, plus rien non
plus de la douceur
résignée de
« Soumission »,
mais tout d’un
gigantesque
plaisir cannibale
à tout sucer – on a toujours
énormément sucé
chez Houellebecq.
La possibilité du
bonheur. Le 21 septembre, à Paris,
où l’écrivain épousa
Qianyum Lysis Li.
galow, un ornithologue allemand pédophile, il n’a pas
été capable de le dénoncer ni même, au minimum, de
lui mettre son poing dans la figure, alors c’est dire. « Je
me demandai s’il la payait, c’était difficile à savoir, mais la
réponse à mon avis était probablement oui », préfère-t-il
monologuer quand il croise la petite fille qu’il a vue
nue sur les films tournés par l’Allemand. Non, nulle
empathie dans ce nouveau livre, plus rien non plus
de la douceur résignée de « Soumission », mais tout
d’un gigantesque plaisir cannibale à tout sucer (on
a toujours énormément sucé chez Houellebecq), à la
façon d’un vampire, appliqué à vider de sa substance
toute forme de vie (villes et campagnes, prolos et aristos, jeunes et vieux, Japonais et Hollandais – « vraiment
des putes », sic). Un vampire punk qui, après ce festin
et en attendant le suivant, éclaterait de rire, et certainement pas d’un rire jaune. Non, Houellebecq rit franchement, Houellebecq s’amuse comme un petit fou à
nous peindre l’enfer occidental contemporain, à tout
rendre absurde, mais ce faisant Houellebecq se moque
de nous, et c’est en cela que Houellebecq est grand.
Gang bang et quotas laitiers. Passons, vite,
sur l’intrigue de « Sérotonine » : il n’y en a presque pas
et le plaisir n’est pas là. Florent-Claude vit avec Yuzu,
une Japonaise œuvrant dans la culture et, sans lien
de cause à effet, adepte du gang bang et zoophile à ses
heures. Il ne l’aime pas, d’ailleurs il déteste les Japonais, qui « ne peuvent pas vraiment rougir, le mécanisme
psychologique existe mais le résultat est plutôt ocre ». Il la
quitte et se remémore son bonheur enfui avec la
Danoise Kate et la Française Camille, deux filles qu’il
aurait pu rendre heureuses, en se rendant heureux
par ricochet, c’est-à-dire par amour, s’il avait été moins
bête. Cette plongée dans son passé le ramène en
Basse-Normandie, où, à peine trentenaire, il avait
vaguement essayé d’aider les Normands à mieux
valoriser leur production fromagère. Il travaillait à
la DRAF (Direction régionale de l’agriculture …
PHILIPPE MATSAS/OPALE
Et si « Sérotonine », le
nouveau roman de Michel
Houellebecq sur le déclin
de l’homme occidental,
était écrit pour notre bien ?
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Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 63
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CULTURELIVRES
64 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
Trois coups d’avance.
A New York, en 2017,
Houellebecq présente
son exposition photo
« French Bashing »
à la galerie Venus Over
Manhattan.
Houellebecq
a tout compris
du masochisme
national, alors il
y va, rase gratis,
remet de la
mousse misanthropique, sachant
que le traitement
de choc implique
le « no limit ».
Moral. Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Non. Mais
les héros de Houellebecq, si, et ça console. Ça décomplexe, aussi, le no limit. C’est cathartique. Houellebecq
est grand parce qu’il nous redonne le rire. Le sur-rire ,
mieux que le sourire. Regardez, amis français, semblet-il dire à ses compatriotes, vous n’en êtes pas là ! Vous
n’êtes pas Florent-Claude, qui a peut-être 700 000 euros sur son compte en banque mais qui est en train de
mourir de chagrin parce qu’il a laissé partir Camille,
celle qu’il aimait. Vous voyez bien que l’argent ne fait
pas le bonheur et que seul l’amour compte ! On exagère à peine : l’écrivain l’écrivait déjà, dans un texte
écrit pour Emmanuel Carrère : « Peut-être aussi que la
question de la communauté humaine en général m’intéresse moins parce que je m’intéresse passionnément à cette
communauté plus restreinte composée par un homme et
une femme » (1). Il nous le confiait déjà dans des interviews : « On a envie de se créer son petit truc à soi quand on
voit que tout le reste, autour, merde » (2). « Un couple, oui,
c’est un but » (3). Houellebecq, cet amoral, est au fond
très moral. Son nihilisme est un humanisme. N’oset-il pas citer « Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé », de Lamartine ? Non, ne négligez pas votre Camille,
nous dit son roman, l’amour vaut mieux que tous les
Captorix. Laissez en paix votre taux de sérotonine et
reprenez, plutôt, un peu de houellebecquine ! Oui, en
ce moment, Houellebecq doit être très heureux. Il faut
imaginer Houellebecq heureux §
« Sérotonine », de Michel Houellebecq (Flammarion, 352 p., 22 €).
1. « Emmanuel Carrère, faire effraction dans le réel », sous la
direction de Laurent Demanze et Dominique Rabaté (POL,
550 p., 37 €).
2. Le Point, 21 août 2014.
3. Le Point, 4 avril 2013.
NATAN DVIR/POLARIS /STARFACE
et de la forêt), sorte d’intermédiaire régional
du ministère, et il a échoué, à cause de la fin des quotas laitiers, à cause de l’Europe. Il a aussi échoué à garder Camille, pas à cause de l’Europe, quoique. Depuis
il erre et il errera, se maintenant à flot grâce au Captorix, un médicament qui, jouant sur son taux de sérotonine, hormone décisive, l’aide à vivre, du moins
à ne pas se tuer. On s’arrête là, pour ne pas « spoiler
», omme on dit sur Le Point Pop.
Houellebecq se moque de nous, et c’est en cela
que Houellebecq est grand, disions-nous. Pourquoi ?
Parce que dans ce livre, encore plus que dans ses précédents, il assène que tout se vaut, que le beau n’est
pas supérieur au laid, ni le vulgaire au raffiné, que le
must dans une vie n’est pas de visiter la galerie des
Offices à Florence, mais peut-être bien « le Centre Leclerc de Coutances », qu’un grand amour n’est jamais
aussi émouvant qu’immortalisé par une photo de
celle qu’on aime agenouillée avec un sexe dans la
bouche, qu’un écran de télévision remplace avantageusement une vue sur mer, qu’il faudrait rebaptiser les « jeunes filles en fleurs » de Proust par « les jeunes
chattes humides », que Goethe est un « vieil imbécile »
et Laurent Baffie, « une belle personne ».
C’est ce que Houellebecq veut nous faire croire.
Mais il n’en pense pas un mot. Ses détracteurs vont
se régaler, et lui aussi assurément, tant il aime à donner à chacun ce qu’il adore détester. De la droite quand
ils sont de gauche, du matérialisme quand ils le voudraient croyant, du beauf quand ils le voudraient branché. Houellebecq a tout compris de la France, parce
qu’il la regarde de très haut et a trois coups d’avance.
Il a tout compris du masochisme national, alors il y
va, rase gratis (enfin, presque, pour 22 euros), remet
de la mousse misanthropique, sachant que le traitement de choc implique le no limit.
Oui, « Sérotonine » prêtera le flanc aux polémiques
…
parce que c’est un précipité de tous les romans de
Houellebecq – sexe, 4 x 4 et burn-out – et que son narrateur s’essuie les pieds sur tout ce qu’on peut aimer,
jusqu’aux enfants, qu’il met littéralement en joue. Pour
les filles, « pute » doit revenir une bonne cinquantaine
de fois, avec un petit côté syndrome de La Tourette à
l’effet prodigieusement comique. « Pédé » est très présent aussi. Les « bobos » sont ridicules, et souvent alcooliques, surtout quand ils sont dans le cinéma. Quant
aux aristocrates, ils sont quittés par leurs femmes et
vivent dans des châteaux péraves. Seuls les animaux
sont épargnés, il n’est pas juré du prix 30 Millions
d’amis pour rien. Houellebecq, nouveau Céline ? Non,
c’est le Lautréamont des « Chants de Maldoror ». Celui qui, assistant à un naufrage depuis la rive, au lieu
d’aider les survivants, les abat à coups de fusil pour
que les requins puissent davantage se rassasier. Et le
pire, c’est que c’est drôle. Parfaitement, « Les chants de
Maldoror », c’est drôle. Comme Houellebecq est parfaitement drôle quand il ne respecte rien et met en
scène un médecin, le Dr Azote, qui, en guise de traitement, propose à son patient d’essayer « les putes »,
encore elles, et va jusqu’à lui donner le 06 d’une certaine Samantha qu’il vaut mieux « appeler de [s]a part »
car « c’est des filles qui se méfient ». Hippocrate doit se
retourner dans sa tombe de Thessalie.
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Jean-Baptiste de Froment, l’insider
qui dézingue la politique française
Ancien conseiller à l’Elysée,
il publie « Etat de nature »,
un roman visionnaire sur
une France en révolte.
PAR SOPHIE PUJAS
PHILIPPE MATSAS/OPALE/LEEMAGE
O
n n’aurait pas parié sur Jean-Baptiste de Froment pour écrire le roman politique le plus férocement drôle de cette rentrée. Normalien et
agrégé de philosophie, ce membre du Conseil d’Etat
et ancien camarade de khâgne d’Emmanuel Macron
a les allures de premier de la classe qu’augure son CV.
Ancien conseiller à l’Elysée sous Nicolas Sarkozy, élu
Les Républicains et indépendants au Conseil de Paris,
il appartient à cette droite libérale et modérée qu’on
imagine mal rêver de grand soir. Et pourtant. « Etat
de nature », son premier roman, cogne fort sur la vie
politique à la française, pour plonger le pays dans un
chaos réjouissant. Et très actuel.
Ici, tout part de la Douvre intérieure, région de
France profonde qui ne se trouve sur aucune carte
mais doit beaucoup à la Creuse (dont le père de l’auteur fut député RPR). Les Douvriens n’ont jamais fait
parler d’eux, ce qui permet au pouvoir en place de les
regarder de très haut. L’arrivée d’une fringante préfète,
Barbara, va changer la donne. Car les administrés aiment soudain cette belle jeune femme qui éveille
une ferveur au parfum quasi médiéval. « Elle a un petit
côté Jeanne d’Arc », avoue Froment. Son limogeage par
Claude, ministre ambitieux, va entraîner des réactions
en chaîne et une insurrection. Vérité embarrassante :
« A tout moment, aujourd’hui comme hier, les gouvernés
peuvent retirer leur consentement. N’est-ce pas effrayant
de penser que l’ordre social – notre propre tranquillité – est
ainsi suspendu au bon vouloir, au caprice de tous ces individus dispersés ? » La révolte d’une France jusque-là invisible ? Les gilets jaunes ne sont pas loin. « La France est
un pays qui ne se réforme pas et se révolutionne de temps
en temps, analyse Froment. La révolution ne vient pas
de l’avant-garde, mais au contraire de ce qui est résiduel,
venu d’un passé qui ne veut pas passer… » Déjà en 2011,
Froment présentait à Sarkozy Christophe Guilluy, le
géographe qui a théorisé la « France périphérique ».
« Il a été le premier à parler des tensions dans le pays sous
un angle territorial. Ça fait longtemps qu’on voit que cette
France périphérique monte. Si on se fie à une technocratie
pure, à une intelligence rationnelle mais non empathique, on
se coupe du territoire. » Une technocratie qu’il dézingue
joyeusement. Sous sa plume, les hommes politiques
Veste bleue.
Jean-Baptiste de
Froment chez lui,
le 18 décembre.
En 2011, il avait
présenté à Nicolas
Sarkozy Christophe
Guilluy, le géographe
qui a théorisé la
« France périphérique ».
« A tout moment,
les gouvernés
peuvent retirer
leur consentement. N’est-ce
pas effrayant de
penser que l’ordre
social est ainsi
suspendu au
caprice de tous
ces individus
dispersés ? »
se livrent à des marchandages tout sauf reluisants.
« Je ne suis qu’un petit élu local, je n’aurais pas pu écrire
ce livre en étant un homme politique de haut niveau, assure-t-il. Cela aurait trop ressemblé à un règlement de
comptes. » Même si sa connaissance des coulisses du
pouvoir a nourri le roman. « Bien sûr que j’ai fait l’expérience de la bêtise, du cynisme de ce monde politique et
ressenti une forme de déception et de dégoût. L’expérience
est vieille comme Cicéron ! »
Spa, façon péplum. Le grand talent de Froment
est de ne pas avoir signé un roman à clé, mais un miroir déformant et délirant. Avec notamment une décapante réunion politique dans un spa, façon péplum.
« J’avais l’image de Peter Ustinov en Néron dans “Quo
Vadis”. » Il imagine aussi une grande école, la Sapience,
dont les diplômés arborent le tatouage serpentin et
fonctionnent comme une société secrète – serait-ce
l’Ena ? Ou encore un meurtre politique avec une arme
archaïque et des paysans radicalisés… Impossible
d’assigner ce roman à une case idéologique. Air du
temps ? Comme chez les gilets jaunes, les luttes
convergent sans pour autant être compatibles : Barbara
tombe sous le charme d’un troublant gauchiste, tête
pensante un peu paumée d’une communauté néorurale. Un personnage inspiré de Julien Coupat, chantre
supposé de l’insurrection qui vient. Jeanne d’Arc et le
libertaire, ou un « Roméo et Juliette » made in France…
Méfiez-vous des hommes sages et des régions tranquilles : ils peuvent se révéler explosifs §
« Etat de nature », de Jean-Baptiste de Froment
(Aux forges de Vulcain, 272 p., 18 €).
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 65
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CULTURELIVRES
Le roman du plaisir
de Peter Sloterdijk
On le connaissait pour ses
essais. Il publie « Le projet
Schelling », un roman philosophique d’une drôlerie incisive sur la sexualité. Extraits.
« La jouissance
de la femme est
à sa façon aussi
mystérieuse que
le moment où
l’être humain
prend conscience
de soi. »
Peter Sloterdijk
PAR CHRISTOPHE ONO-DIT-BIOT
O
n ne le connaissait pas sous ce jour. Peter Sloterdijk, le philosophe le plus décapant d’Europe, celui qui avait prévu l’élection de Macron
mais aussi ses difficultés, celui qui diagnostique impitoyablement le mouvement des gilets jaunes et
notre manie française à vouloir couper tous les jours
la tête des souverains que nous avons élus, est aussi
un romancier qui vaut le détour, tout à fait électrisant à l’heure de commencer la nouvelle année. Une
sorte de Houellebecq d’outre-Rhin qui ferait littéralement l’amour avec David Lodge.
Houellebecq pour la liberté de ton, la question
sexuelle comme révélateur de notre condition humaine et l’humour ravageur. David Lodge pour la
finesse de l’observation du milieu universitaire, la
rosserie amicale avec laquelle il traite ses éminents
collègues, pour le savant mélange de joutes intellectuelles et de tension érotique, et évidemment
aussi pour l’humour ravageur. Mais il faudrait ajouter à ces caractéristiques, et à cet humour ravageur
EXTRAIT
au carré, la touche allemande, c’est-à-dire la touche
« nature », physique, nordique, une certaine décontraction qui fait du bien quand on aborde des sujets
qui, dixit l’un des personnages, « font rougir jusqu’aux
oreilles même un simple témoin ».
Au départ, ce « Projet Schelling » déconcerte un
peu : un certain Peer Sloterdijk, sans t, transformant
Peter en Peer (comme dans peer to peer, en anglais
« d’égal à égal », ce modèle de réseau informatique
où l’on est à la fois client et serveur ?), propose par
e-mail à quatre de ses collègues universitaires, deux
hommes et deux femmes, un nouveau jeu intellectuel. Il s’agira de former un groupe de recherche
scientifiquement ambitieux pour enfin percer à jour
le mystère de la sexualité féminine, de la préhistoire
à aujourd’hui. Pourquoi la sexualité féminine ? Parce
que l’orgasme y est bien plus intéressant que son
pendant masculin, tous en conviennent (les hommes
en prennent d’ailleurs pas mal pour leur grade dans
« Le projet Schelling »), et surtout « neuf fois plus puissant », selon Tirésias, le grand devin de l’Antiquité,
qui avait été homme et femme.
Très vite, à la façon d’une variation digitale des
« Liaisons dangereuses », se met en place une correspondance par e-mails, à la fois érudite et érotique. Les membres de ce nouveau Club des cinq
passent en effet avec une virtuosité remarquable
d’une considération sur la « philosophie de la nature » de Schelling à l’intimité d’Eve ou à l’anus
d’Alcibiade, du « Voyage d’hiver » de Schubert au
catalogue des mille et tre de Don Giovanni, puis assez
de colonnes vertébrales horizontales (…). Les femmes éclairées doivent apprendre à classer les hommes dans le personnel au sol. Certes, il arrive bien qu’on trouve de temps en
Un professeur d’orgasme ?
temps, à l’Ouest, un homme capable de soutenir du sol le vol
de sa femme. En temps normal, disait Mira, la partie mascuKurt : « Mira semble croire très sérieusement que les
femmes sont des déesses qui sont originairement chez elle
line ne comprend pas quelle bénédiction c’est de participer
dans l’orgasme. Comme elle souriait en disant cela, d’un
au vol de la femme (…). L’orgasme était la réponse à tout et le
sourire fait de méchanceté et de félicité ! Si les femmes n’y re- début de tout. Quand Mira prononçait ces mots, elle souriait
de nouveau, d’une manière qui nous faisait frissonner, nous,
viennent pas, ajoutait-elle, c’est uniquement par bravade.
les hommes du groupe. Pas d’inquiétude, disait-elle juste
Elles sont des êtres qui volent, comme les oiseaux, comme
les libellules, comme les fleurs de tilleul, comme les graines après : si nous nous sommes retrouvés ici, c’est que le
message nous a atteints. Nous sommes l’avant-garde parce
de pissenlit. Leur tragédie, c’est qu’elles s’imaginent devoir
imiter les hommes. Les hommes sont par nature incapables que nous voulons savoir comment nous avons si longtemps
tenu dans le non-orgasme. » §
de voler, parce qu’ils sont issus de créatures vivantes dotées
66 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
vite à des confessions plus intimes. Chacun y va de
son vécu sexuel, du concept de « nuit d’amour » à un
hilarant séminaire de tantrisme dans les années 1980
(voir extrait)…
Tout cela est d’une drôlerie irrésistible malgré le
sérieux de l’enjeu : les cinq universitaires ne sont
pas des glaçons, et leur agilité intellectuelle est égale
à leur ouverture d’esprit sur les possibilités du corps
– on aurait pu dire aussi avec leur ouverture du corps
sur les possibilités de l’esprit.
Pourquoi Schelling, au fait ? Parce que ce philosophe allemand, qui eut pour collègue Hegel et Hölderlin et fut disciple de Kant et de Fichte, a rompu
avec ses maîtres pour tout miser sur la liberté et la
nature. Pour Peter Sloterdijk, ce philosophe pourrait revenir en force dans notre horizon intellectuel
quand nous en aurons assez de spéculer sur une
humanité qui trouverait son aboutissement dans
le devenir-robot, conditionnant pour chacun de
nous une « existence d’automate ». Or il reste du sang
et des nerfs ! proclame Sloterdijk, décidément de
plus en plus solaire intellectuellement, même quand
il emprunte la voie du roman.
« L’arbre magique », son premier (1988), s’amusait,
façon machine à remonter le temps, à envoyer Sigmund Freud du côté de la France prérévolutionnaire,
où le Viennois découvrait les possibilités du magnétisme. Dans « Le projet Schelling », Sloterdijk nous
convainc que la sexualité est le meilleur des objets
philosophiques parce qu’elle permet de parler de ce
qui compte vraiment : notre conscience de soi et de
l’autre. Maniant avec la même aisance le cru …
Peter Sloterdijk explorant la Nana « Hon »
(traduction suédoise
de « Elle ») de Niki
de Saint Phalle, vu par
Antoine Dusault.
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 67
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CULTURELIVRES
et l’éthéré et un sens de l’aphorisme libérateur, ses intellos chauds-bouillants nous invitent
en outre à moult observations et activités qu’on
pratique rarement.
Et qu’est-ce qu’on en apprend avec eux ! Sur les
pouvoirs insoupçonnés, par exemple, de la déesse
babylonienne Inanna (représentée avec une barbe
tressée et des seins proéminents) ou sur ceux des
déménageurs de l’Europe centrale. Sur la sourate 44 du Coran consacrée aux fameuses soixantedouze vierges ou houris, dont le nom aurait été mal
traduit et ne désignerait peut-être que des grains de
raisin blanc, ou sur le sexe conjugual, tellement
meilleur quand les enfants ont quitté la maison.
Le secret de l’orgasme féminin sera-t-il découvert ? Encore faudrait-il qu’il puisse l’être, ce formidable cadeau de la nature que la biologie ne justifiait
aucunement mais qui, nous dit Sloterdijk, justifie
une vie. Et qui justifiait donc, au moins, qu’on lui
consacre un roman §
…
« Le projet Schelling »,
de Peter Sloterdijk,
traduit de l’allemand
par Olivier Mannoni
(Piranha, 240 p., 18 €).
Le Point : C’est votre second roman.
Que trouvez-vous dans le roman que vous
ne trouvez pas dans l’essai ?
Peter Sloterdijk : La possibilité d’aller plus loin
dans la subjectivisation de la parole. Un personnage
qui parle à la première personne peut assumer des
énoncés que l’essayiste ne pourrait pas défendre. Et
plusieurs personnes peuvent se permettre plus
qu’une seule ! Par exemple, une voix dans le roman
assume le fait d’avoir la nostalgie des manuels de
confession…
Mais il y a beaucoup plus inavouable que ça
dans « Le projet Schelling » ! D’où le
personnage de Peer Sloterdijk, sans « t »,
connaît-il si bien les séances de tantrisme ?
Probablement parce que l’auteur s’y est adonné dans
le contexte si particulier des années 1970 ! Mais ce
n’était pas en Allemagne, comme dans ce livre, c’était
à Pune, en Inde.
Pourquoi avez-vous mis l’accent sur l’orgasme
féminin ?
Parce que la jouissance de la femme est à sa façon aussi
mystérieuse que le moment où l’être humain prend
conscience de soi. Selon Schelling, c’est la nature qui
s’éveille dans la « chose qui pense », et cet éveil du cogito trouve son pendant dans l’orgasme féminin. Regardez comment l’affaire se présente : la procréation
est une chose quasi incontournable pour l’espèce,
mais les mammifères que nous sommes n’avaient pas
besoin d’une gratification aussi luxueuse ! Le personnage de Désirée fait cette réflexion, peut-être dangereuse, que la véritable sexualité féminine commence
quand les enfants ont quitté la maison, c’est-à-dire
quand la perspective de la reproduction est éliminée.
C’est là que se révèle toute la beauté de la sexualité
pour rien. Alors, pour quoi ? C’est le sujet de ce livre,
assez abyssal sous son côté burlesque. Ce que je propose, au fond, c’est une paraphrase de Nietzsche, selon lequel l’existence ne se justifie qu’en tant que
phénomène esthétique, c’est-à-dire, au sens étymologique, par ce qui nous est donné par les sensations.
Parlez-vous souvent de sexe avec vos amis
universitaires ?
Jamais.
En Allemagne, le livre a parfois choqué
par son érotisme franc. Qu’attendez-vous
du public français ?
Chez nous, il a troublé quelques belles âmes, mais
seulement celles qui n’ont jamais fait leur stage dans
la folie libertaire. Or je crois que dans une bonne
biographie contemporaine une étape dans l’excès
est souhaitable. Mais les jeunes, comme certains
vieux, sont devenus trop sages. C’est aussi le souvenir d’un sentiment de liberté oublié que je voulais
transmettre. Je ne pense pas que les Français seront
choqués. Je fais confiance à leur tradition littéraire
libertine. Mais qui sait ? En ce moment, n’est-ce pas,
tout le monde a du mal à suivre les tourments de
l’âme française… §
EXTRAITS
La profession de foi dans la visibilité garantit la cohésion
du monde. »
Lumières de la pornographie
Guido : « Si je donne l’impression de défendre la pornographie, c’est parce qu’en plusieurs décennies de terrain je me
suis convaincu que les Lumières sociales et les Lumières
tout court ne sont pas concevables sans la surexposition
des parties génitales. Un rôle particulier revient ici aux
organes féminins et à leur excitante demi-visibilité.
L’abus est ici en œuvre par nature, nul ne le contestera.
Mais les Lumières sont un pacte avec la visibilité.
C’est l’impératif de civilisation qui nous appelle au
venir-à-la-lumière et au porter-à-la-lumière. Cet impératif,
nous, les Européens, l’avons exfiltré des aléas de la querelle
des cultures, des nations et des classes, au fil d’un processus
d’apprentissage qui a duré plusieurs siècles. (…)
Des hommes si limités
DR
Désirée : « Notre relation connut naturellement une évolution difficile. Je l’appréciais comme on apprécie un saintbernard avec lequel on se sent plus en sécurité pendant les
promenades en montagne. Je n’avais pas encore totalement
compris la différence entre les hommes et les animaux
domestiques. Un homme sans laisse, c’était hors de question.
Sepp ne comprit jamais qu’il avait quitté son statut d’oiseau
coureur bavarois pour être promu à celui d’aboyeur et
d’escorte. Cette transition vers une autre espèce dépassait ses
possibilités. La liaison avec une femme portant le titre de docteur lui apparaissait comme une conquête qui lui fit perdre
son reste de raison. Il se mit à gonfler comme si l’accès à mon
vagin lui avait procuré un siège permanent à l’Institut. » §
68 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
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Steinbeck : « Comme des raisins
hors de leur peau »
Pourquoi il faut lire le
journal, enfin traduit, que le
Nobel écrivait parallèlement
aux « Raisins de la colère ».
POPPERFOTO/GETTY IMAGES
PAR VALÉRIE MARIN LA MESLÉE
«J
’ai eu peur de le commencer, mais ce journal est
une bonne idée : il m’ouvre, chaque jour, l’usage
des mots. » Entre le 7 février 1938 et, au-delà
du livre achevé, jusqu’au 30 janvier 1941, John Steinbeck (1902-1968) s’est astreint à tenir son journal de
travail, celui qu’il consacre à son grand roman, « Les
raisins de la colère » (il recommencera pour « A l’est
d’Eden »). On l’a encore dans la peau, l’histoire de cette
famille de cultivateurs de l’Oklahoma que la sécheresse et l’industrialisation de l’agriculture conduisent
à la ruine. Endettés, devenus otages des banques, ils
fuient sur la longue Route 66 vers un supposé paradis nommé Californie. Sur place ne les attendent que
la cueillette du coton et les camps. C’est Tom Collins,
le directeur du camp de migrants à Arvin, Californie,
qui inspira à Steinbeck ses « Raisins de la colère ». Tout
écrivain aspirant (ou pas) devrait lire son journal. Et
pas seulement ceux qui seraient en quête d’inspiration romanesque dans la colère populaire actuelle.
Car son auteur y livre entier son combat intime avec
l’écriture. Voici comment il entame ces « Jours de travail », un texte jusqu’ici inédit en français : « Ma volonté est au plus bas. Il faut que je reconstruise ma volonté. »
Alors il se chauffe, il s’échauffe, l’excitation est palpable
dans ses notes brutes, franches, où il dit la …
L’Amérique dans le
viseur. John Steinbeck
et son caniche Charley
à Sag Harbor, dans
les Hamptons, en 1962.
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 69
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CULTURELIVRES
panique, l’agitation, la peur de la paresse, sa
responsabilité vis-à-vis de ses personnages, qu’il faut
« conduire » jusque-là, ce jour-là, sans report au lendemain. Son défi quotidien, ici, pour évoquer « les tracteurs,
les hommes qui les conduisent, les hommes qu’ils déplacent,
le bruit des tracteurs, l’odeur des tracteurs. Il faut que je
fasse passer ça. Il le faut (…). Je dois le faire bien ». Le muscle de la volonté, le nerf de l’écriture est mis en branle
chaque matin, vers 10 ou 11 heures, jours de détente
exceptés où les proches et les amis passent. Parmi eux,
Charlie Chaplin, qu’il est content de voir : « Je crois qu’il
aimera la cave à vin et le raisin (…). Moi j’adore. J’aime
l’odeur et le processus. Je suis sûr qu’il en sera de même pour
lui. Drôle d’homme. A l’air si effroyablement seul. Peut-être
que c’est pour ça qu’il veut tant venir. »
Mais Steinbeck lutte constamment avec le temps
pour ce grand livre qu’il sait, qu’il sent qu’il sera. Un
matin, cela donne : « Et maintenant je suis prêt à travailler
et je suis content d’entrer dans d’autres vies et d’échapper
à la mienne pour un temps. » Un autre, il jure et tempête
contre les maudits intrus de toutes sortes qui parasitent
sa concentration, du bruit de la machine à laver aux
demandes d’utilisation de son nom déjà fameux (« Mon
nom s’arrache », râle l’auteur sauvage de « Tortilla Flat »
et déjà de « Des souris et des hommes », en tournée à
cette période), le porte-parole des sans-voix ruinés par
la crise de 1929. De l’autre côté de l’Atlantique gronde
la Seconde Guerre mondiale. « Les voix puissantes de
l’hystérie et de la terreur emplissent l’atmosphère. »
Laissés pour compte. 1936. Des migrants en Californie, photographiés par Dorothea Lange.
Aveux. Durant l’écriture des « Raisins », il déménage
dans le ranch tant convoité où il s’installe avec la
pauvre petite Carol, sa première épouse, à laquelle il
doit le « merveilleux » titre de son livre et la dactylographie des pages rédigées avec son « merveilleux stylo ».
Steinbeck a dédié son livre à Carol, dont il divorcera
peu de temps après pour épouser Gwyn Conger, qui
apparaît dans ce journal. Poignants, ses aveux approchent au plus près de l’homme derrière celui qui
obtiendra le prix Nobel de littérature en 1962. « Personne ne connaît mon absence de facilité comme moi je la
connais. » Plus loin : « J’ai peur de ce chapitre. (…) Dois me
remettre à la tâche et travailler dur. » Et encore : « J’ai l’impression d’employer le mot “doit” plus que n’importe quel
autre. » Vrai ! Sans compter les « il faut »…
Steinbeck s’exhorte avec vigueur et puis : « Laisse
le foutu livre passer à 300 000 mots s’il en a envie. Ce livre
est ma vie. Pourquoi voudrais-je en finir avec ma propre
vie ? » Parfois, il aimerait troquer la sienne contre celle
du jardinier qu’il contemple par la fenêtre.
Et savoir, aussi, en jouir ! « Oh ! Seigneur, quelle sensation délicieuse, ce papier sous la plume. Je peux être assis
ici à écrire et les mots glissent comme des raisins hors de
leur peau, et, le faisant, je me sens tellement bien. » Pour
bien commencer l’année ! §
Redresseur de torts. Steinbeck photographié par Robert Capa, cofondateur
de Magnum, en 1947.
70 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
« Jours de travail », de John Steinbeck, traduit de l’anglais
par Pierre Guglielmina (Seghers, 216 p., 19 €).
A voir aussi, la rétrospective Dorothea Lange au Jeu de Paume,
à Paris, où l’on voit Collins, l’inspirateur des « Raisins de la
colère », debout au milieu des réfugiés. Jusqu’au 27 janvier.
ROBERT CAPA © 2001 BY CORNELL CAPA / MAGNUM PHOTOS – DOROTHEA LANGE/CORBIS VIA GETTY IMAGES
…
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Les meilleures ventes de la Fnac
« Première dame »
de pique
HERVÉ AUDOUIN/ACTES SUD
Les affaires Fillon et DSK planent
sur ce roman dans lequel
une femme de l’ombre doit faire
face à ses contradictions.
Fnac/Le Point du 24 au 27 décembre 2018
Rang
Genre
Nombre de semaines de présence continue
Classement précédent
Titre
Auteur
Editeur
1
R
Leurs enfants après eux
Nicolas Mathieu
Actes Sud
1
8
2
E
Devenir
Michelle Obama
Fayard
2
7
Jean d’Ormesson
Héloïse
d’Ormesson
3
7
3
E
4
E
Un hosanna sans fin
5
E
Sapiens. Une brève histoire
de l’humanité
21 leçons pour le XXIe siècle
Yuval Noah Harari
Albin Michel
6
6
E
Le lambeau
Philippe Lançon
Gallimard
4
8
7
R
Le signal
Maxime Chattam
Albin Michel
7
10
PAR SOPHIE PUJAS
8
E
Pierre de Villiers
Fayard
15
7
A
9
R
Qu’est-ce qu’un chef ?
La disparition de Stephanie
Mailer
Joël Dicker
Fallois
9
6
10
E
Psychologie de la connerie
Jean-François Marmion
Ed. Sciences
humaines
13
7
11
R
Par accident
Harlan Coben
Belfond
8
13
vec « Etat de nature », du haut fonctionnaire JeanBaptiste de Froment (voir p. 65), « Première dame » est
l’autre roman politique de la rentrée, signé de l’avocate Caroline Lunoir, déjà auteure de deux fictions parues
chez Actes Sud.
Des années de mariage, quatre enfants, une carrière
de journaliste en sourdine malgré de solides études : depuis longtemps, Marie ne vit plus que pour sa famille et
Paul, son époux. Quand ce dernier décide d’être candidat
à l’élection présidentielle, elle
le soutient comme toujours
et commence à tenir son journal. Mais ce qui devait conserver la mémoire d’une ambition
partagée devient le carnet de
bord d’une femme trahie, à mesure que la logique médiatique
expose les failles de Paul, en
contradiction avec les valeurs
conservatrices qu’il a toujours
affichées. Marie tiendra-t-elle ?
« Dans les fidélités comme dans les
haines, dans les sacres comme dans
les chutes, il est un principe qui surCaroline Lunoir.
nage et écorne le mépris : le respect
La romancière interroge de celui qui sait encaisser. »
Dans ce récit d’une chute et
le mystère de celles
d’une résistance, Caroline
qui sont assignées à la Lunoir s’est inspirée de l’actualoyauté quand tout
lité récente : le cas Penelope Fillon, bien sûr, mais aussi l’affaire
s’effondre.
DSK ou encore le couple François Hollande-Valérie Trierweiler. Elle croque avec verve
l’envers du décor d’une campagne en marche, avec son lot
de coups de théâtre. Un jeu implacable qui arrache les
masques et où les médias mènent la danse, où faire bonne
figure est la règle cardinale. Mais ce qui intéresse la romancière avant tout, c’est interroger le mystère de celles qui
sont assignées à la loyauté quand tout s’effondre. Elle dresse
le portrait d’une héroïne ambiguë, que la tourmente oblige
à affronter ses contradictions. Ou quand la fidélité à l’autre
flirte dangereusement avec le reniement de soi-même §
« Première dame », de Caroline Lunoir (Actes Sud, 184 p., 18 €).
Yuval Noah Harari
Albin Michel
5
108
14
12
R
Frère d’âme
David Diop
Seuil
11
7
13
E
Idiss
Robert Badinter
Fayard
12
9
14
R
L’été des quatre rois
Camille Pascal
Plon
18
8
15
R
Je te promets la liberté
Laurent Gounelle
Calmann-Lévy
17
11
16
R
La vraie vie
Adeline Dieudonné
L’Iconoclaste
16
17
17
R
My Absolute Darling
Gabriel Tallent Gallmeister
20
5
18
E
McFly & Carlito
Michel Lafon
24
14
19
E
Yuval Noah Harari
Albin Michel
26
5
20
R
Le dictionnaire moderne
Homo deus. Une brève histoire
de l’avenir
Le meurtre du Commandeur
Haruki Murakami
Belfond
21
12
21
R
J’ai encore menti
Gilles Legardinier
Flammarion
19
12
22
R
Mary Higgins Clark / Alafair Burke
Albin Michel
23
7
23
E
Mona Chollet
Zones
28
12
24
R
De si belles fiançailles
Sorcières. La puissance
invaincue des femmes
La boîte de Pandore
Bernard Werber
Albin Michel
25
14
25
R
Corruption
Don Winslow
HarperCollins
31
3
R : Romans et nouvelles
E : Essais et documents
Entrée ou retour dans la liste
La minute antique
ET MAINTENANT, REGARDONS BIEN LE CIEL ! C’est ce
qu’on se dit en fermant « Les fastes », texte inachevé mais fascinant d’Ovide (Les Belles Lettres, 288 p, 29 €), où l’auteur des « Métamorphoses » étudie le calendrier qui rythmait la vie des anciens
Romains. Célébraient-ils la nouvelle année ? Mais oui ! Et s’il y
eut des époques où c’était en mars (avec la reprise des activités
agricoles), au temps d’Ovide, c’était le 1er janvier, comme nous.
On s’offrait, à cette occasion, des présents sucrés, dattes ou figues,
car ils avaient « valeur de présage » : commencer l’année avec ces
fruits doux au palais était une garantie que la douceur perdure
pour les jours à venir. Plus difficile, l’activité d’observation du
ciel à laquelle les Romains se livraient en ce jour faste. « Les commencements, écrit Ovide, fournissent des présages. C’est la première
parole que guettent vos oreilles craintives, c’est l’oiseau aperçu le premier
que consulte l’augure. » Sur l’oiseau à observer cette année, nous
avons une petite idée : pour le savoir lisez sur LePoint.fr « La minute antique » #40, et bonne année à toutes et à tous ! § C. O.-D.-B.
L’INTÉGRALITÉ DE CETTE « MINUTE ANTIQUE » SUR lepoint.fr
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 71
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CULTURECINÉMA
« Edmond »
envoie et touche !
PAR MATHILDE CESBRON
A
Inspirés. Ci-dessous,
le metteur en scène
Alexis Michalik et une
scène du film avec
Thomas Solivérès
(au centre) en Edmond
Rostand. A droite,
le Belge Olivier
Gourmet dans le rôle
du comédien Coquelin
Aîné, le tout premier
Cyrano.
vant d’être un triomphe, « Cyrano » fut un supplice. A quelques heures de la première, le poète
et auteur de la pièce, Edmond Rostand, persuadé
que son œuvre est vouée à l’échec après une série de
répétitions laborieuses, s’excuse auprès de son acteur
principal, Coquelin Aîné, de l’avoir entraîné dans cette
galère. Cinq actes plus tard, standing ovation ! Rostand
se fait épingler la Légion d’honneur sur-le-champ par
le ministre des Finances présent dans la salle, qui la
dégrafe de sa propre poitrine. Ce 28 décembre 1897,
« Cyrano » entre au panthéon littéraire au même titre
que « Hamlet » et « Don Quichotte ». Alexis Michalik
nous raconte cette pétulante épopée, d’abord dans
une pièce en 2016 (récompensée de cinq molières) et
aujourd’hui dans un film, « Edmond ». Le réalisateur
et metteur en scène a commencé sa carrière au théâtre
(il est l’auteur de plusieurs succès dont « Le porteur
d’histoire » et « Le cercle des illusionnistes »), mais a
toujours eu un pied dans le cinéma (il a réalisé des
courts-métrages) et à la télévision (il a joué dans un
72 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
épisode de la série « Urgences »). « Edmond » était d’ailleurs à l’origine un scénario de film mais, faute de financement, le Franco-Anglais de 36 ans a décidé de le
transposer au théâtre. Alexis Michalik nous ouvre les
coulisses burlesques de la création de la « pièce préférée des Français », en s’autorisant quelques digressions
par rapport à la véritable histoire (il ajoute notamment de truculents producteurs proxénètes corses,
un patron de café noir de peau qui inspire Cyrano à
Edmond, et une histoire d’amour…). Une pléiade d’acteurs nous entraîne dans cette trépidante aventure :
Thomas Solivérès (Edmond), Olivier Gourmet (Coquelin/Cyrano), Mathilde Seigner (Maria Legault/
Roxanne), Tom Leeb (Léo/Christian) et Clémentine
Célarié (Sarah Bernhardt). « J’ai voulu raconter ce chant
du cygne du théâtre, explique le réalisateur-dramaturge.
A l’époque où la pièce est montée, c’est aussi le début du cinéma. « Cyrano » est le dernier blockbuster du théâtre. Ensuite, les superproductions seront cinématographiques. »
Le terme risque de choquer les puristes, mais « Cyrano » est bel et bien un blockbuster, pas hollywoodien mais made in France. Une pièce populaire …
CORENTIN FOHLEN/DIVERGENCE - NICOLAS VELTER/LÉGENDE FILMS/EZRA/GAUMONT (X2)
Rêve exaucé : Alexis Michalik porte à l’écran sa pièce
sur la genèse de « Cyrano de Bergerac ».
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« “Cyrano” est
le dernier blockbuster du théâtre.
Ensuite, les superproductions seront
cinématographiques. »
Alexis Michalik
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Ils ont aussi joué Cyrano
Très bon
« Edmond » !
(((()
Après le succès de sa
pièce au Théâtre du
Palais-Royal, Alexis
Michalik transpose
avec habileté son
histoire au cinéma.
« Edmond » raconte
la genèse agitée de
« Cyrano » en 1897 :
l’époque, le génie
d’Edmond Rostand,
les répétitions
houleuses,
clownesques, et
d’amusantes
digressions à la
véritable histoire.
Un film réjouissant,
charmant et
malicieux.
Coquelin Aîné,
le premier Cyrano.
1984
Jacques Weber,
dans la pièce de Jérôme
Savary pour TF1.
1990
Jean-Paul Belmondo,
dirigé par Robert Hossein
au Théâtre Marigny (Paris).
1990
Gérard Depardieu,
dans le film de Jean-Paul
Rappeneau.
1897
et intelligente, composée en alexandrins mais
dans un français moderne et accessible à tous. Une
histoire poétique et cocasse, pétillante et émouvante,
ponctuée de moments de suspense et de bravoure.
« Tout le monde y trouve un sens », analyse Michalik.
Oui, il est facile de s’identifier à ce héros romantique
sans le sou, au physique disgracieux, matamore provocateur à l’esprit aussi affûté que l’épée, amateur de
bons mots et de bonne chère et que l’on découvre, au
fil de l’œuvre, fraternel, courageux, mélancolique, désintéressé et sublime dans l’échec. « Il préfère que ses
vers restent intacts, purs, plutôt que les déclamer et être
confronté à l’échec. Il refuse le compromis, il n’a pas de succès et en devient touchant. On ne peut même pas le jalouser parce qu’il est malheureux. On ne peut que l’admirer,
lui qui se veut admirable en tout et pour tout », précise le
réalisateur. « Ce n’est pas un battu. Il se révolte et essaie
jusqu’au bout. Jusqu’à la fin, il conserve son humour, sa pudeur », estimait Jean-Paul Belmondo, qui l’a interprété
en 1990. Bref, si les Français se retrouvent dans la personnalité du héros de Bergerac, c’est surtout parce
qu’il a du panache.
Ah, le panache de Cyrano ! Qu’il emporte avec lui
dans son dernier souffle, adossé contre un arbre. Le
poète au grand nez fait vibrer la corde patriotique et
s’élève au rang de mythe de la nation. Cyrano, c’est
Vercingétorix qui ne se rend pas mais se sacrifie pour
sauver son peuple, c’est le général de Gaulle (dont
« Cyrano » était, dit-on, la pièce favorite) appelant à
ne pas laisser la flamme s’éteindre. Le Gascon est le
symbole de l’homme libre, l’incarnation d’un idéal
tricolore. « Le panache n’est pas la grandeur, mais quelque
…
« Ce n’est pas un
battu. Il se révolte
et essaie jusqu’au
bout. Jusqu’à
la fin, il conserve
son humour,
sa pudeur »,
estimait JeanPaul Belmondo,
qui l’a interprété
en 1990.
74 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
chose qui s’ajoute à la grandeur (…). C’est quelque chose de
voltigeant, d’excessif – et d’un peu frisé (…), le panache c’est
l’esprit de bravoure. (…) Un délicat refus de se prendre au
tragique ; le panache est alors la pudeur de l’héroïsme,
comme un sourire par lequel on s’excuse d’être sublime (…) »,
résumait Edmond Rostand en 1903 lors de son discours d’entrée à l’Académie française. Pour dresser un
parallèle avec « Cyrano », Alexis Michalik fait ressortir, dans son film, le panache de Rostand, en déroute
financière, mais pas vaincu et dont les bons mots, l’esprit et la persévérance lui inspireront « Cyrano ».
« C’est peut-être la seule pièce qui sera un triomphe annoncé, peu importe qui la monte et où.“Cyrano”, c’est l’assurance d’avoir une salle pleine », affirme Michalik. Mais
rien ne surpassera jamais la gloire de la première, le
28 décembre 1897 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin.
En représentation au théâtre voisin, Sarah Bernhardt
arrive à temps pour le Ve acte et sera témoin de la fièvre
qui s’empare de la salle. Dans « Edmond » comme dans
la véritable histoire, le public se lève comme un seul
homme pour une interminable ovation – il y aura
quarante rappels. Sur les trottoirs des Grands Boulevards, la foule partage sa joie d’avoir vu un chef-d’œuvre.
« Cyrano » est un remède pour le cœur malade de la
nation française encore sous le coup de la victoire allemande de 1870, secouée par la crise boulangiste, enlisée dans l’affaire Dreyfus (le « J’accuse » de Zola sera
publié quelques semaines après la première) et choquée par l’assassinat du président Sadi Carnot. Le
Gascon est le parangon dont rêve le public. Quand on
lit cette pièce, on ne peut que se sentir « fier d’être français », dixit Gérard Depardieu lorsqu’il reprit le rôle
dans le film de Jean-Paul Rappeneau.
Adapté par Netflix. Plus qu’une histoire bien ficelée, « Cyrano » est un exutoire à la morosité, aux
temps difficiles. Le personnage de Rostand nous rassure sur nous-mêmes, nous conforte dans l’idée que
nous valons mieux que ce que nous semblons être.
Cette philosophie résonnera d’autant plus profondément quarante ans plus tard, en pleine Seconde Guerre
mondiale. « La Comédie-Française est le baromètre de l’esprit public. Elle remonte “Cyrano” au moment où les Français cherchent à relever leur panache et veulent s’appuyer
sur des valeurs qui ont fait leurs preuves », décrétait Le
Mois, une revue artistique, en 1942. Sa bravoure et la
fêlure qui l’habitent rendent le personnage curieusement populaire aux quatre coins du monde, jusqu’au
Japon et en Chine. Les Anglais s’apprêtent à lui rendre
un hommage en série (par Joseph Fiennes, le frère de
Ralph). Même Netflix s’est emparé du mythe en l’adaptant en comédie romantique pour adolescents, « Sierra
Burgess is a Loser ». L’arrivée du géant du streaming
dans le jeu ne gêne aucunement Michalik, persuadé
que l’important ce n’est pas le média, mais les conteurs
et leurs histoires. « Créer une histoire, la raconter, c’est ce
qui fait qu’on est humain. On aura toujours besoin des
mythes et des gens qui les transmettent. » Et de Cyrano,
qui, selon son épitaphe, « fut tout et ne fut rien » §
« Edmond », en salles le 9 janvier.
GUSMAN/LEEMAGE – CAMERA ONE/CNC/DD PRODUCTIONS/COLLECTION CHRISTOPHEL – SIPA – JULIO DONOSO/SYGMA VIA GETTY IMAGES
CULTURECINÉMA
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CULTURE
LES FALAISES
DE GEORGES
Caporal écrivain Böll
Recueil. Fin 2016, L’Iconoclaste publiait
les écrits de soldats allemands cantonnés en France entre 1939 et 1944.
Quelques-uns étaient signés Heinrich
Böll, l’un des auteurs majeurs de la RFA.
L’ensemble inédit de ses lettres de guerre
prolonge la première impression : audelà de quelques préjugés teutons, Böll
fait ses gammes d’écrivain dans ces
courriers à sa fiancée que le soldat malgré lui définit ainsi : « Tout ce qui existe en
dehors de cette “vie”, la maison, la musique
et les livres, tout ce qui au fond constitue notre
vraie vie, j’y pense comme à un monde authentique et vivant, mais entièrement différent de celui-ci, un monde dans lequel je peux
BD. On connaissait de lui
dans sa formidable préface. Mais elle est
aussi le lieu privilégié de la splendeur,
un hymne au désir toujours renouvelé,
à l’image de cet aphorisme aussi définitif qu’émouvant, lancé par un personnage devant le spectacle d’un fragile soleil
plongeant dans la mer : « C’est beau, la
beauté. » § ROMAIN BRETHES
« Les falaises », de Georges Wolinski,
préface d’Elisabeth Roudinesco (Seuil, 160 p., 21 €).
Gomorra le retour, encore plus effarant
Poche. Dans les livres
de Roberto Saviano, dont
on attend la suite de « Piranhas », il y a presque
autant de morts que de
mots. Il y a la description
des corps en pièces ou
cramés à l’acide. Il y a du
fric, du sexe et des mafieux. Il y a tout
ce qu’il faut pour un polar dément. Sauf
qu’il y a les noms, aussi, et les adresses.
Du parrain, de l’indic, de son cousin et
des cousins de son cousin, de la putain,
du banquier, de sa mère. Il y a les chiffres,
les dates, les preuves. Ce n’est pas
Scorsese, ce n’est pas Coppola, c’est pire,
76 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
c’est vrai, c’est une enquête. Alors il
faut faire des pauses. Pour être sûr
d’avoir bien compris, pour respirer, ne
pas dégobiller, espérer qu’il y a de la
fiction dans toute cette saleté. Portée à
l’écran par Matteo Garrone en 2008,
l’investigation du performer des lettres
italiennes sur les structures économiques et territoriales de la Camorra
est une bombe. Revue et augmentée,
actualisée d’une préface inédite et dans
le contexte de l’Italie d’aujourd’hui,
cette réédition est encore plus effarante
que la publication de 2006 § MARINE DE TILLY
« Gomorra », de Roberto Saviano
(Folio, 480 p., 9,40 €).
Heinrich Böll
parfois pénétrer et qui me caresse souvent de
ses signes bénis que sont les lettres et les rêves. »
Portraitiste de Français exubérants qui
le déconcertent, troublé par de jeunes
« sorcières » qui l’escortent dans ses réquisitions de maisons, Böll apprend à observer et à s’observer lui-même, jusqu’à
la dissociation : « Je suis le caporal Böll, qui
dirige un groupe à contrecœur et avec un certain sadisme, rempli d’une haine immense
de la guerre, pas heureux mais pas non plus
malheureux, habité par un certain cynisme,
mais qui dirige bel et bien un groupe. L’autre
se réveille parfois en moi, et il est effrayé par
le premier, mais seulement au début, après,
il s’y habitue et les deux finalement s’entendent bien. » Quand la guerre mène à la
littérature § FRANÇOIS-GUILLAUME LORRAIN
« Lettres de guerre. 1939-1945 »,
de Heinrich Böll, traduction de Jeanne Guérout
(L’Iconoclaste, 360 p., 22,90 €).
SP – ALAIN MINGAM/GAMMA
ses déclarations d’amour
adressées au beau sexe, sa
passion pour le dessinateur
Albert Dubout et pour Lydia
Delectorskaya, la muse de
Matisse, ou encore son goût
pour les cigares sculpturaux.
Mais il y avait aussi, moins
connues, ces planches élégiaques où l’ami Georges se
plaisait à peindre une falaise
faisant invariablement face
à un soleil couchant. Quatre
ans après l’assassinat, dans
les locaux du journal satirique Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, de l’homme que
l’on n’oubliera jamais, ce
recueil original rassemble
cinquante ans de dessins
délicats où transparaît cette
mélancolie si particulière et teintée d’humour désespéré que Cavanna appelait
son « étrangeté des profondeurs ». Quelques
lignes suffisent à former un horizon, un
précipice, et parfois un homme, une
femme, ou les deux. La falaise, selon
Wolinski, est « un trait de plume », « un
entre-deux entre la mort à venir et le passage
à l’acte toujours retardé », ainsi que la décrit
la psychanalyste Elisabeth Roudinesco
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Des vertus
d’un bon gros QI
« Gangs of L.A. », de Joe Ide. On dit que
Ah, le beau voyage !
Exposition. Créé à l’initiative de chercheurs et de professionnels de l’édition en 1988,
l’Institut mémoires de l’édition contemporaine (Imec)
rassemble, préserve et met en
valeur des fonds d’archives
consacrés aux principales maisons d’édition, aux revues et
aux différents acteurs du livre.
Installée depuis 1995 à l’abbaye d’Ardenne, près de Caen,
la collection de l’Imec compte
aujourd’hui plus de 600 fonds
(manuscrits originaux, brouillons, correspondances, notes
de travail, photos…). Chaque
année, l’institut invite une personnalité du monde des arts
et des lettres à construire une
exposition « en choisissant librement les pièces qui parlent à
son imaginaire ». Cette année,
c’est le chercheur Gilles A. Tiberghien qui a élaboré une
sélection autour de « Récits du
monde ». De romans en journaux de voyages, de correspondances d’explorateurs en
comptes rendus scientifiques,
de cartes (du pôle Sud annotée par Jules Verne) en lettres
(d’Henri Michaux à Alfredo
Gangotena), de photos (de la
descente du fleuve Niger avec
Jean Rouch) en feuillets du
manuscrit de Segalen sur
Gauguin, d’Hergé à Loti en
passant par London, Amundsen et Le Clézio, cette exposition est un voyage, on y fait le
tour du monde en 380 trésors
d’archives manuscrites,
sonores et filmiques § M. D. T.
la taille ne compte pas. Erreur. Isaiah
Quintabe a la chance d’être doté d’un
énorme QI et ça change tout. Isaiah, chez
nous, passerait pourtant pour un demeuré.
Aucun diplôme, une casquette Harvard
vissée sur la tête, habitant d’un quartier
pourri dans la grande banlieue de Los
Angeles, East Long Beach. Un Afro-Américain de la Californie de Tupac et Jay Z, aussi, et en cela le
texte demande une bonne dose de culture de la rue pour
saisir qu’il faut choper la weed (l’herbe) à la vitesse d’un
Amtrak (la compagnie des trains express). Mais ce qui fait
mouche, c’est que c’est un Sherlock – accompagné de son
fidèle Dodson – qui résout les affaires plus vite que le LAPD.
Et accepte de se faire rémunérer en « tartes à la patate douce,
en coups de râteau dans son jardin ou en tout nouveaux pneus
radiaux ». On rit de la faune qui l’entoure, de la déglingue
urbaine de L.A. et des coups fourrés sans gloire, qui justifient son formidable succès aux Etats-Unis et sa prochaine
adaptation en série télé § JULIE MALAURE
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Diniz Galhos (Denoël, 284 p., 21,90 €).
« Récits du monde », Imec, jusqu’au
17 février. www.imec-archives.com.
FINEARTIMAGES/LEEMAGE – ARCHIVES JEAN PAULHAN - SP
Vénus fait chanter Marina
Biographie. « Grande
gueule », « hippie avant
les hippies », Marina
Tsvetaïeva (18921941), racontée par Vénus Khoury-Ghata, se
lit d’un souffle ardent,
celui qui unit ces deux
poétesses ayant vécu à des
époques différentes. Le livre
s’ouvre là où le souffle s’arrête, au village d’Elabouga, où
Marina se pend. Elle a 48 ans,
laisse un mari et une fille aînée
aux mains de Staline, ainsi
qu’un fils adolescent né d’on
ne sait quel père. Elle rejoint
sa petite Irina, morte de
faim à l’âge de 3 ans. On
se passerait de tant de
drames s’ils n’étaient si
bien contés, en intimité
avec cette voix intense
de la poésie, une vie otage
de l’histoire de la Russie.
Exilée à Prague, à Paris (dès
1925), Marina survit par son
orgueil, ses amours et, plus
que tout, dit l’auteure s’adressant à elle, par « les mots écrits
sur ta peau » § VALÉRIE MARIN LA MESLÉE
« Marina Tsvetaïeva, mourir à
Elabouga », de Vénus Khoury-Ghata
(Mercure de France, 208 p., 15,50 €).
MISSING
MISSING
Inédit
Inédit
Voyage
au coeur
Voyage
au coeur
Ledu
quotidien
d’une
petite
polar
nordique
Le
quotidien
d’une
petite
du
polar
nordique
ville suédoise sans
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CONCEPTION PAR LE POINT STORIES
Sur POLAR+, à partir du 9 décembre.
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CONCEPTION PAR LE POINT STORIES
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 77
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Quand l’imaginaire
permet de guérir
M
Dans son nouveau flm, Robert Zemeckis s’intéresse
à l’histoire vraie de Mark Hogancamp, un Américain
violemment agressé dans un bar par plusieurs hommes.
Amnésique et traumatisé, il s’est reconstruit psychologiquement en fabriquant une ville imaginaire dans laquelle
il “rejouait” son agression. De Forrest Gump à Bienvenue
à Marwen, Robert Zemeckis a décidément l’art de s’emparer de personnages à part, en soufrance, mais fnalement
victorieux et toujours connectés à leur part d’enfance et
d’imaginaire, arme fatale pour s’en sortir.
ark Hogancamp, privé de ses
souvenirs et de certaines de
ses facultés après une violente
agression, crée une ville miniature dans
laquelle il met en scène des poupées.
Plus qu’un refuge, ce monde imaginaire lui permet de revenir à la vie et de
faire resurgir des bribes du passé. Une
véritable thérapie par le jeu et l’art - il
réalise des photographies de ses mises
en scène - semblable au principe du
jeu de sable. Cet exercice, imaginé par
Carl Gustav Jung, consiste à se laisser
aller à jouer comme un enfant avec des
figurines ou des pierres dans un carré
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LES HÉROS DE ROBERT ZEMECKIS
SAUVÉS PAR L’IMAGINATION
L’acteur Steve Carell
incarne Mark Hogancamp
dans le film de
Robert Zemeckis.
Le jeu lui permet aussi de se reconnecter
à l’enfant qu’il était : “Tout est possible
quand on joue. Même si on meurt dans
un jeu, on renaît. Cela permet à Mark
Hogancamp d’intégrer cette expérience
qu’il ne peut pas changer.” Dans l’œuvre
de Robert Zemeckis, d’autres héros survivent grâce à la force de leur imagination : dans Le Pôle Express, c’est toute
la rêverie enfantine qui est convoquée
avec le mythe du Père Noël revisité, et
en filigrane, l’idée de toujours croire en
ses rêves. Dans Seul au monde, le personnage principal survit au naufrage, à
la solitude et paradoxalement à la folie,
en faisant d’un ballon son meilleur ami.
“En art-thérapie aussi, on utilise des objets pour intégrer certaines parties de
soi, révèle Alexandra Duchastel. C’est
une approche psycho-spirituelle.” Ainsi,
loin de fuir sa soufrance par le biais de
son imagination, Mark Hogancamp est
parvenu au contraire à la transfigurer,
pour mieux l’accepter.
De haut en bas:
• Les agresseurs de Mark Hogancamp sont
représentés par des figurines de nazis.
• Du côté du héros, les femmes forment
une armée
• Mark Hogancamp (Steve Carell) admire
les photos qu’il réalise des mises en scène
de ses figurines.
Dans Bienvenue à Marwen, le héros panse ses
blessures par le jeu et la puissance de son imagination.
Un personnage qui, à l’instar des héros de Robert
Zemeckis, se relève malgré les épreuves subies.
de sable, et ainsi relier le conscient et
l’inconscient. Pour Alexandra Duchastel, art-thérapeute québécoise, le jeu,
l’imagination et l’art permettent de guérir les états de stress post-traumatiques
en sortant du sentiment d’impuissance face à ce que l’on a vécu: “Si on
demande par exemple à des vétérans
qui ont connu l’horreur de simplement
parler, cela réactive leurs souvenirs, explique-t-elle. Alors que si on leur dit de
dessiner leurs cauchemars, les symptômes diminuent, parce qu’en recréant
ce qui leur fait peur, ils peuvent modifier l’image, la transformer. De la même
façon, par le jeu, graduellement, Mark
Hogancamp reprend du pouvoir sur ce
qui lui est arrivé.”
CONCEPTION PAR LE POINT STORIES
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Les poupées de Mark Hogancamp ne
le quittent jamais, surtout lorsqu’il se rend
au magasin pour agrandir sa collection.
DES PERSONNAGES QUI
SURMONTENT LES ÉPREUVES
Dans sa filmographie, le réalisateur
a d’ailleurs souvent mis en avant des
personnages rejetés, esseulés, ou en
proie à des addictions qui les mettent
en marge de la société. Au fond, Robert
Zemeckis pose souvent la question de
savoir comment renaître lorsque l’on a
été repoussé ou tyrannisé à cause de
qui l’on est. Ainsi, Forrest Gump, simple
d’esprit largement moqué dans le film
éponyme, parvient à poursuivre sa
route et à construire sa vie. Dans Flight,
le personnage incarné par Denzel
Washington gagne son combat contre
l’alcoolisme et fait amende honorable.
Des personnages qui restent fidèles à
eux-mêmes et surmontent les épreuves.
AGRESSÉ POUR SA DIFFÉRENCE
Dans Bienvenue à Marwen, le héros est
quant à lui passé à tabac pour avoir osé
dire qu’il aimait porter des chaussures
de femmes. Un aveu qui pointe du
doigt une diférence insupportable aux
yeux de ses agresseurs. Ces derniers le
traitent de “queer” avant de lui asséner de violents coups de pied à la tête,
laissant des séquelles dramatiques.
In Fine, Mark Hogancamp se relève et
continue à assouvir sa passion pour les
talons hauts, malgré les insultes et les
coups. À une époque où un homosexuel
est agressé toutes les 33 heures et où la
diférence continue de déranger, l’histoire de Mark Hogancamp résonne plus
que jamais.
Sa nouvelle
voisine,
Nicol, objet
de désir,
trouve
rapidement
sa place parmi
les figurines.
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Les guerrières
de Marwen
Les personnages féminins ont un rôle central dans la
guérison du héros
À Marwen, les femmes ne sont pas que des poupées
aux formes avantageuses. Elles sont armées jusqu’aux
dents, valeureuses, solidaires et généreuses. Ce sont
elles les véritables héroïnes de ce monde miniature,
puisqu’en dehors du personnage principal, les seuls
hommes représentés sont des nazis, symboles des
agresseurs de Mark Hogencamp dans la vraie vie. Les
notions de courage et de force sont incarnées par elles,
et c’est par le biais de cette petite armée diablement
eficace que Mark rend hommage aux femmes qui
l’entourent dans la réalité : sa soigneuse, sa collègue,
sa voisine... L’exception? Deja, petite sorcière néfaste
et possessive, personnification cauchemardesque de
ses addictions. Au quotidien, Roberta, Anna, Julie ou
Nicol lui apportent soutien et afection. Transposées
dans l’univers imaginaire de Mark, elles se muent en
guerrières prêtes à tout pour le tirer d’afaire. L’alter
égo miniature de Mark le dit lui-même: “Les femmes
sont les sauveuses du monde”. Le message est clair.
Bienvenue à Marwen,
de Robert Zemeckis,
avec Steve Carell,
en salles le 2 janvier.
5 femmes de la vie de
Mark Hogancamp
personnifiées en
héroïnes guerrières.
Alexandra Duchastel,
auteur de Art-thérapie, un outil
de guérison et d’évolution
(La voie de l’imaginaire),
aux éditions Dangles.
© 2018 UNIVERSAL STUDIOS
CONCEPTION PAR LE POINT STORIES
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82 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
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Viva Italia !
Le concept store parisien Merci,
qui fête ses 10 ans, a confié
à la créatrice italienne Paola Navone
l’édition d’assiettes en série limitée.
La collection, baptisée Viva le
Puglie, compte 190 modèles réalisés
et peints à la main dans les Pouilles
par les céramistes de Grottaglie,
réputés pour leur savoir-faire. M.-C. M.
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consacrée à Gio Ponti au musée
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réédite des pièces iconiques
du designer italien. Avec sa
structure en laiton satiné, son
fauteuil D.153.1 imaginé en 1953
pour la Villa Planchart de Caracas
et pour son domicile milanais,
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velours pointilliste Punteggiato,
dessiné par Gio Ponti en 1934
et tissé par Rubelli. M.-C. M.
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Williams et Chanel
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L’artiste a pensé
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Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 83
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La tête dans
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Situés en pleine
Laponie finlandaise,
les igloos de verre de
l’hôtel Kakslauttanen
promettent une féerie
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mariné, crème fraîche aux herbes et œuf poché. T. D.
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Brunchs : de 31 à 34 €, www.clausparis.com.
84 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
On les voit trôner
en majesté sur
les étagères des
restaurants.
Les légumes sont de
plus en plus cajolés
par les chefs, comme
Yannick Alléno ou
Guillaume Sanchez,
dans du sel ou dans
une saumure à
l’intérieur de bocaux
hermétiques à l’air.
Ce processus de lactofermentation permet
de faire vieillir
pendant plusieurs
mois tomates, choux,
navets, radis et autres
oignons sans
la moindre trace
de pourrissement.
Ni crus ni cuits,
ces trésors végétaux
prennent alors
des saveurs à la fois
vinaigrées, pimentées
et sucrées. T. D.
YANN DERET – ISTOCKPHOTO/GETTY – KAKSLAUTTANEN ARCTIC RESORT/LAPLAND/FINLAND
TENDANCES
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PASCAL BROZE/REPORTERS-RÉA – DOUIEB/ALTOPRESS/ANDIA –
FABRICE RAMBERT/MAJESTIC BARRIÈRE
La forme de l’eau
Etre dans l’eau chaude apaise l’esprit et procure
un sentiment de bien-être et de paix. De là,
Juan Villalloso a inventé le janzu, pratique
aquatique inspirée des techniques de guérison
des chamanes, qui se servent de l’eau pour se
plonger en état de régression. Son usage est
préconisé pour lutter contre les douleurs et
raideurs musculaires, les migraines, les
symptômes liés au stress, les troubles du
sommeil. Dans le même esprit, Harold Dull, au
début des années 1980, a développé dans la
source thermale de Harbin, dans le nord de la
Californie, le watsu, inspiré du shiatsu, thérapie
combinant mouvements, étirements et
bercements. Sourire aux lèvres garanti. N. L.
Chambre
avec vue
A nous Cannes,
la Croisette et
la grande bleue !
L’hôtel Majestic
Barrière réédite son
offre Un hiver face à
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vue sur la mer à partir
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Le jeûne :
toute une histoire
Le renouveau de la pratique
du jeûne en France s’inscrit dans
le contexte de la promesse
d’optimisation de soi. C’est du
Moyen Age que parviennent les
premiers cas d’anorexie avec la
diabolique puis la sainte anorexie,
qui frappent des femmes
considérant leur corps comme un
fardeau. A la Renaissance, devant les
progrès des observations médicales
et des valeurs humanistes, le corps
devient un bien précieux, la
signification religieuse du jeûne est
refoulée. Dès lors, la voie est ouverte
pour les fasting girls anglo-saxonnes,
jeûneuses qui rivalisent dans
l’abstention de nourriture et
prétendent aussi détenir des
pouvoirs magiques. L’anorexie
devient spectacle. Au siècle suivant,
elle sera stigmatisée et traitée en tant
que maladie. Les représentations
actuelles du corps commandent de
jeûner pour fabriquer un corps sain.
Le tout est de réussir à dominer le
corps et ses besoins et de faire en
sorte que ce corps ne finisse pas dans
un état pitoyable § N. L.
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 85
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TENDANCES
Sur les rails
En marge de ses nombreuses routes ferroviaires
en Afrique australe, le mythique Rovos Rail
traversera pour la première fois en 2019 le
continent d’est en ouest. Au départ de Dar
es Salam, en Tanzanie, le train rejoindra Lobito,
en Angola, après avoir traversé la Zambie et la
République démocratique du Congo. Autant
d’étapes et d’immersions dans la nature qui
permettront, entre autres, de découvrir les
animaux de la réserve de Sélous, les chutes de
Chisimba et la mine de cuivre de Luishia. M. T.
Départs de Paris le 16 juillet et le 2 août.
19 jours/17 nuits, à partir de 16 300 €/ pers.,
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Des mômes philosophes
On salue l’initiative d’Estelle Roulin, mère de
deux fillettes à l’origine du concept de La Carabane,
qui propose des ateliers philo aux bambins.
Selon elle, il n’y a pas d’âge pour s’initier et on
aurait tort de sous-estimer les enfants, qui sont
sans filtre et justement très capables d’exprimer
avec une justesse surprenante leurs émotions
face aux choses de la vie. Leur apprendre à
s’exprimer librement, c’est aussi leur donner
confiance en eux et en faire des adultes de demain
sereins. Les thèmes abordés sont aussi variés que
Que veut dire grandir ? (« Grandir, c’est comme
les arbres, tu pousses et après tu as des racines »),
Peut-on décider d’être heureux ? A quoi sert
la colère ? Un cadeau fait-il toujours plaisir ?
Au-delà du débat, chaque atelier comporte aussi
des moments de graphisme et de méditation.
Essayez, vous serez surpris de la capacité d’analyse
de ces Platon en puissance. M. D. L. H.
21 € l’atelier, www.lacarabane.com.
86 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
DOOKPHOTO.COM SP – GETTY IMAGES – SP
Bouffée d’oxygène
Au Centre O2 Relax se trouvent
les premiers caissons hyperbares
en France hors milieu médical.
Le cobaye, allongé dans une bulle
pressurisée, inhale de l’oxygène pur
à 97 %. Compter entre 49 et 59 €
la séance d’une heure pour l’effet
anti-coup de pompe, avec la caution
des sportifs qui en raffolent. N. L.
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TENDANCES
Canaille
Aux bons crus
« Cuisine soignée, tout
au beurre ». Le slogan
annonce d’emblée
la couleur. La preuve
au fil des morceaux de
bravoure qui défilent
à foison sur les nappes
à carreaux rouge et
blanc de ce bistrot
niché près du
boulevard Voltaire :
œufs en meurette ;
quenelles de brochet ;
chou farci ;
andouillette à la
ficelle ; île flottante
aux pralines roses. T. D.
Aux bons crus, Paris 11e.
Plats : de 9 à 19 €,
www.auxbonscrus.fr.
Une voiture aux petits soins
Karim Adduchi (à dr.) est né en
1988 dans le village berbère
d’Imzouzen, au Maroc. Elevé
dans une famille de
tailleurs, il grandit parmi
les machines à coudre.
Lorsqu’à 6 ans il
déménage à Barcelone, le
jeune garçon ne parle pas
un mot d’espagnol. Il se
réfugie dans le dessin,
son seul moyen
d’expression. Ses
professeurs sont
subjugués par son sens
du graphisme et l’encouragent à explorer
cette voie. Aujourd’hui basé à Amsterdam,
Karim mène une carrière de créateur de
mode et d’illustrateur. On lui doit
notamment les couvertures de la trilogie de
Virginie Despentes « Vernon Subutex ». Ses
collections couture très métaphoriques sont
pour lui une manière de s’exprimer sur le thème
des racines culturelles. Elles font la part belle au
savoir-faire avec des robes entièrement rebrodées,
nécessitant des centaines d’heures de travail.
Des chefs-d’œuvre textiles réalisés en partie par
des réfugiés, des êtres comme lui déracinés, mais
qui portent en eux de multiples talents § M. D. L. H.
Prix sur demande, www.karimadduchi.com.
88 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
Premium Pack Energizing, accessible dès la Mercedes
Classe B, à partir de 1 900 €, www.mercedes-benz.fr.
Chocolat
bien-être
De la verveine et
des écorces de citron
pour évacuer le stress,
des graines de soja
associées à des
canneberges pour faire
le plein d’énergie…
L’Atelier du chocolat,
maison française
fondée à Bayonne,
a fabriqué quatre
tablettes bien-être
100 % bio. A déguster
sans tarder ! L. A.
6,60 € la tablette,
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DAIMLER AG (X2) – SP (X3) – MICHELLE YONG/SP – 2017 TEAM PETER STIGTER/SP
De déraciné à couturier
Affronter un long trajet en voiture – éventuellement
embouteillé – après une journée de travail peut
être une épreuve harassante. Partant de ce constat,
Mercedes a développé son programme de confort
Energizing : en fonction du mode choisi (Freshness,
Warmth, Joy, Vitality, Comfort ou Training) ou
du niveau de stress éventuellement mesuré par
une montre à capteur de pouls, la voiture fait feu
de tout bois pour prendre soin de ses occupants.
Musique, ambiance lumineuse, diffusion de parfum,
fonction massante du siège (ventilé ou à effet pierres
chaudes) peuvent même, à l’arrêt, être complétés par
une fonction Coach indiquant sur écran les exercices
à suivre pour se détendre ou au contraire se tonifier,
selon le besoin… Y. M.
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TENDANCES
Et vogue le navire
Embarquement à bord
du « Lapérouse » pour
une croisière le long
des côtes du Kimberley,
région méconnue du
nord-ouest de l’Australie.
Au programme : la rivière
Hunter et ses mangroves ;
la baie de Collier et ses
bancs de corail ; ou encore
les cascades horizontales
et leur étonnant
phénomène de marée. M. T.
11 jours/10 nuits de Darwin à
Broome, à partir de 8 370 €/
pers. Prochaines disponibilités : printemps 2020,
www.ponant.com.
Telle mère, telle fille
Envie d’un moment de détente mère-fille ? On fonce
au spa de l’hôtel parisien Le Bristol, qui a ouvert, en
collaboration avec Bonpoint, une cabine de soins et
une chiquissime kid’s room. La déco est signée Christine
Innamorato, la talentueuse directrice artistique de la
maison de prêt-à-porter depuis une douzaine d’années.
Pour patienter, les enfants peuvent jouer sous un tipi
immaculé, faire des galipettes sur un onctueux tapis,
pendant que les mères sirotent une tisane en attendant de
se faire chouchouter. Au-delà d’un moment de détente
(massage ou soin du visage) avec sa progéniture, on
découvre que chaque produit est pensé pour la peau
des bambins. Un concept mille fois plus raffiné que la
tendance des bars à ongles mères-filles qui fait fureur
outre-Atlantique § M. D. L. H.
A partir de 110 €/pers. le soin parent-enfant de vingt-cinq minutes,
www.lebristolparis.com.
From Future et Hircus sont deux griffes françaises qui
ont décidé de chahuter le marché du pull en cachemire
en proposant des modèles haut en couleurs et abordables
(autour de 100-150 euros). Leur secret : jouer la
transparence et supprimer les intermédiaires pour
maîtriser leur production et faire baisser les marges,
donc la facture pour le consommateur. Mais qui dit prix
bas ne dit pas forcément qualité et style en berne.
C’est là que ces deux start-up pourraient donner du fil
à retordre aux géants de la discipline. A découvrir en ligne
et dans leurs boutiques parisiennes. M. D. L. H.
www.fromfuture.com, www.hircus.fr.
90 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
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Tous en cachemire
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Prendre
son envol
Comme on partage
désormais sa
voiture ou son
bureau, on peut
aussi partager
son avion…
de tourisme,
lors d’une balade
au-dessus de
l’île d’Ouessant,
du golfe de
Saint-Tropez,
de l’estuaire de
la Gironde ou des
Alpes enneigées.
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Définir sa propre nature chromatique pour
créer une peinture reflétant sa personnalité,
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Tout commence par un entretien de trente
minutes avec une experte en sciences humaines.
Les données sont passées au crible d’une grille
d’analyse puis moulinées par un algorithme
et transmises à la coloriste de la maison aixoise.
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d’une teinte exclusive et à votre nom est livré
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Année lumière
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plus léger que l’acier inoxydable et à la surface cinq fois plus
dure. Sa technologie Eco-Drive convertit la lumière naturelle
comme artificielle, même faible, en énergie. Résultat : sa pile
n’a jamais besoin d’être remplacée ou rechargée. J. H.
Eco-Drive One, de Citizen, 3 500 €.
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 91
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TENDANCES
L’empreinte de Marc
Attention, grand talent !
Matthias Marc renverse les
papilles de la capitale depuis
l’ouverture de Substance,
le 15 octobre. Le garçon de
24 ans, qui a aiguisé sa lame
auprès de premiers couteaux
– Michel Portos, Franck
Cerutti, Christophe Moret et
Jocelyn Herland – fait dans
la haute voltige : saint-jacques,
butternut, anguille fumée,
romarin ; volaille de Culoiseau
rôtie, céleri en croûte de sel,
citrons confits ; soufflé
au chocolat, crème glacée
au sapin. T. D.
Sprint « on the rocks »
Courir dans la neige est l’entraînement
idéal pour réussir les courses du début
du printemps et les marathons de la
saison. Légère et poudreuse, lourde et
humide, solide et glissante, chacune de
ces surfaces permet d’expérimenter
différentes techniques de course. Au
cœur du Parc naturel de la Chartreuse, en
Isère, Saint-Pierre propose une douzaine
de parcours sur neige (de 10 à
30 kilomètres), praticables en baskets ou
à raquettes, dotés d’un code couleur,
comme pour les pistes de ski. N. L.
www.stationdetrail.com.
Joue-la comme Rimbaud
Dans l’esprit des cafés de Saint-Germain-des-Prés, l’hôtel La Réserve,
à Paris, et l’écrivain Olivier Barrot lancent la saison hivernale
de leurs Petits déjeuners poésie. L’occasion de (re)découvrir l’œuvre
et la personnalité de grands noms tels que Blaise Cendrars,
Gérard de Nerval, Alphonse Allais et René Char. M. T.
Chaque samedi une fois par mois, du 19 janvier au 15 juin. 65 €/pers.,
www.lareserve-paris.com.
92 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
ROMAIN GAILLARD/REA – GETTY IMAGES – SP
Substance, Paris 16e.
Menus : de 35 à 39 € (déjeuner),
79 € (dîner). Carte : de 36 à 67 €,
www.substance.paris.
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Bain de forêt
Objectif zen grâce à la sylvothérapie,
qui, après avoir séduit des millions de
Japonais, conquiert l’Hexagone. Quid
de la thérapie ? Un mélange de balades
dans les bois, de câlins d’arbres et de
goûters d’écorce qui, en compagnie
d’un spécialiste, permet de s’imprégner
de l’énergie des « grands maîtres »
et, dit-on, de gagner en sérénité… M. T.
Fasciathérapie
Dans l’Orne, à partir de 30 €/pers.,
www.sylvoterrehappy.com. En Gironde,
dès ce printemps aux Sources de Caudalie,
95 €/pers., www.sources-caudalie.com.
Comme une vaste toile
d’araignée, le fascia
forme l’ensemble des
tissus qui enveloppent
les structures du corps :
muscles, nerfs, os,
vaisseaux sanguins. Ce
sont ces forces vives que
le geste thérapeutique
met en mouvement pour
relier la tête aux pieds
et la profondeur à la
superficie, unissant ainsi
le corps et l’esprit. N. L.
SP – ORNE TOURISME – ROBERTA VALERIO – PETER RIGAUD/LAIF-REA
Les mots de la mode
Avec ses créations d’un luxe inouï et ses coupes
sublimant les courbes de la femme, le style d’Azzedine
Alaïa a marqué à jamais l’histoire de la mode.
Le couturier aimait aussi collectionner toiles, photos
et livres rares. En mémoire de son affection pour
le monde des arts et des lettres, la Fondation AzzedineAlaïa inaugure une librairie dans la cour intérieure du
lieu où il vivait et travaillait. On y trouve des ouvrages
liés à l’univers de la maison, de la mode, de la
photographie et de l’art, au sein d’une scénographie
qui fait sens puisque le mobilier est composé de pièces
issues de sa collection personnelle, tels la
bibliothèque en bois Jean Prouvé et les lustres Serge
Mouille. Le tout sous la surveillance d’un portrait cher
à la maison, celui d’Azzedine Alaïa par Julian
Schnabel. Un lieu plein de charme, où l’âme du
couturier plane avec bienveillance § F. L.
18, rue de la Verrerie, Paris 4e.
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 93
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JEUX
RETROUVEZ DÉSORMAIS SUR IPAD ET IPHONE
NOS MOTS CROISÉS SUR L’APPLICATION LE POINT
MOTS CROISÉS PAR ALBERT D’AUNAC
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
1
C
A
B
O
T
I
N
E
R
2
A
M
O
U
R
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U
S
E
3
P
I
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4
A
C
E
S
5
R
A
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T
A
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A
H
P I E
U S S
6 7 8 9
A C O N
L E
A
S
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T V S
R R E E
E A N E
A I K U
G L E S
I S S E
HORIZONTALEMENT I. Plus pour le palefroi que pour le destrier.
II. Une agréable association. III. Attention aux Satan. Floué. IV. A gauche
par convention. Encore une taxe ! (sigle) V. S’il a passé, il n’est plus là.
Là-haut en Bretagne… VI. Explique en fin de partie. Va pour l’Atlantique,
pas pour la Méditerranée. VII. Assortit les tons. Dix-sept syllabes au
Japon. VIII. Petits polissons. IX. Mène à bien.
VERTICALEMENT 1. Faire des manières. 2. Peut-être (probablement)
obsédée. 3. Ecrasée. A mené à bien, en deux mots. 4. De bons coups.
Quartier de Paris. 5. Relies. 6. Ile danoise. Répondu. 7. On l’élit. Motos
pour le sport. 8. Une minorité en Yakoutie. 9. Qui fait rendre.
Solution de la grille
du numéro 2416-2417
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
1
2
3
4
5
6
7
8
G
A
T
E
S
A
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C
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S
C
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L
N
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X
E
D
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T
S
E
R
I
9
B
T
E
R
A
I
A
R
M
I
T
S
S
E
O
I
R
Z
I
N
N
A
E
U
S
E
S
BRIDGE PAR MICHEL LEBEL
LE PROBLÈME DE LA SEMAINE
Voici les jeux de Nord-Sud :
¿ 7642
• D983
\ A62
± A 10
N
O
E
S
¿ AD3
• 64
\ R V 10 9 4
±RD5
I. Enchères
Sud donneur.
Faites les enchères de Nord-Sud,
qui se déroulent dans le silence
adverse.
Réponse
La bonne séquence :
Sud
1 SA
2\
Nord
2±
3 SA
Quelques commentaires :
1 SA : avec un jeu régulier
de 15 points H.
2 ± : avec les deux majeures
quatrièmes et une certitude
de manche.
2 \ : pas de majeure quatrième.
3 SA : une conclusion évidente.
LE TEST D’ENCHÈRES
II. Jeu de la carte
Vous jouez 3 SA en Sud.
Ouest entame du Valet de ¿ pour
le 2 du mort et le Roi d’Est.
Le test d’enchères du Point
est fondé sur « La Majeure cinquième,
édition spéciale », de Michel Lebel.
Réponse
Ne laissez pas passer le Roi de ¿.
Prenez de l’As et affranchissez votre
couleur principale. Si vous adoptez
– un peu rapidement – le maniement
classique, voici ce qui va se passer : vous
jouez le 4 de \ pour l’As, puis le 2 de \
pour le 9 et la Dame d’Ouest. Il contreattaque du 2 de • pour le 8 du mort et
le 10 d’Est. La défense réalisera cinq levées.
Avant de jouer \, il fallait penser à
protéger la Dame de • du mort. En effet,
si Est prend la main, la défense ne peut
pas réaliser quatre levées dans la couleur.
Voici la bonne manœuvre : à la deuxième
levée, jouez le Valet de \ et fournissez
le 2 du mort si Ouest ne couvre pas.
Continuez la manœuvre pour capturer
une éventuelle Dame quatrième. Sur
la donne, Ouest possédait la Dame seconde.
Vous réaliserez dix levées au lieu de huit.
Le début des enchères a été :
Sud
1¿
Ouest Nord
passe
?
Est
Vous êtes en Nord.
Quelle doit être votre première
réponse avec chacun des cinq jeux
suivants ?
¿
•
A
4
A V 10 8 6
B V 10 4
86
C RV3
A 10 8 7
D A 10
A V 10 8
E R 10 8 7 4
A 10
\
±
D9872
A 10 8 7 2
A D 10 6 3
A 10 5
D 10 8 6 2
98
RD8
V
R963
8
Voici les quatre jeux :
¿ 7642
• D983
\ A62
± A 10
¿ V 10 9 8
N
• R72
O
E
\ D5
S
± V6 3 2
¿ AD3
• 64
\ R V 10 9 4
±RD5
¿ R5
• A V 10 5
\ 873
±9874
LE POINT
1, boulevard Victor, 75015 Paris – Tél. : 01.44.10.10.10 – Fax : 01.43.21.43.24
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Le Point, fondé en 1972, est édité par la Société d’exploitation de l’hebdomadaire Le Point - Sebdo.
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Actionnaire principal : ARTEMIS S.A. (99,9% du capital social)
Dépôt légal : à parution - n° ISSN 0242 - 6005 - n° de commission paritaire : 0620 C 79739
94 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
Michel Lebel
vous souhaite
une heureuse année
2019.
Réponses
A 1 SA = 20 ; 2 • = 10 ; 2 \ = 5.
Répondez 1 SA avec 7 points H
et une distribution 5-5, c’est-à-dire
un jeu pas assez fort pour répondre 2 •.
L’ouverture de 1 ¿ ne facilite pas
la découverte d’un fit à •.
B 2 SA = 20 ; 3 ¿ = 15 ; 2 ¿ = 10.
Annoncez 2 SA, la réponse de 2 SA Fitté
sur une ouverture majeure fait partie
du Standard français. C’est une proposition
de manche avec trois atouts.
C 2 \ = 20 ; 2 • = 15 ; 4 ¿ = 5.
Vous devez faire un changement
de couleur avec ce jeu trop fort
pour un soutien direct. Répondez 2 \,
votre couleur la plus longue.
D 2 ± = 20 ; 2 • = 15 ; 3 SA = 10.
Avec 16 points H, vous devez annoncer
une couleur au palier de 2. Avec deux
couleurs quatrièmes, commencez
par nommer la plus économique : 2 ±.
E 4 ± = 20 ; 4 ¿ = 15 ; 3 ¿ = 10.
Adoptez les Splinters classiques
avec votre partenaire. Répondez 4 ±
pour indiquer la valeur d’un bon soutien
à 4 ¿ avec la courte à ± (lire « La pratique
de la Majeure cinquième », p. 30).
Jeu de Sud :
¿ AD962
• RD9
\V
± A 10 7 2
VOTRE RÉSULTAT : De 90 à 100 : un excellent résultat.
De 70 à 85 : un bon résultat. De 50 à 65 : assez bien,
travaillez davantage vos enchères. Moins de 50 : lisez
« La Majeure cinquième, édition spéciale ».
Impression : Maury Imprimeur SA (45330 Malesherbes)
Diffusion : MLP
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Votez pour
la Plus Belle Voiture de l’Année 2018
du 27 décembre 2018
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Tentez de gagner UNE Voiture d’UNE VALEUR DE 30.000 € *
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Plus Belle Voiture de l’Année 2018.
C’est à vous d’élire celle qui remportera le titre.
Les critères sont simples : beauté, esthétisme,
design. La lauréate sera dévoilée lors de la
Cérémonie de Remise des Grands Prix à l’Hôtel
national des Invalides le mardi 29 janvier 2019.
Rendez-vous sur :
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et choisissez le modèle qui, selon vous, mérite
d’être élu.
Il vous reste deux étapes du jeu pour voter :
Demie Finale : 27/12/2018 au 6/1/2019.
Finale : 7 au 20/1/2019.
Retrouvez les candidates sur BFMTV et RMC.
Un tirage au sort parmi les internautes ayant
voté pour la voiture gagnante désignera celui
ou celle qui remportera une voiture de
30 000 €*.
*Prix public
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COMMUNIQUÉ
Sierra
Leone,
nouveau chemin en Afrique
Une économie
en réparation
LE PRÉSIDENT ET L’ÉQUIPE GOUVERNEMENTALE RECHERCHENT AVANT TOUT
LA STABILISATION ET LA TRANSPARENCE DU CLIMAT DES AFFAIRES.
Q Cet Etat membre de la Communauté
économique des États de l’Afrique de
l’Ouest (CEDEAO) dépend sensiblement
des exploitations minières de diamants
et d’or. 30 000 personnes travaillent
directement dans le secteur qui représente 24% du PIB, 300 000 indirectement. Shandong Steel, le principal
exportateur, a suspendu ses activités. Le
gouvernement a d’ailleurs baissé sa prévision de croissance de 6,1 à 3,7%. Mais
les ressources importantes augurent
d’une activité florissante à venir, qui
occasionnera plus de retombées avec la
révision de la réglementation minière.
Une reprise progressive de la production de minerai et des investissements
dans les infrastructures encouragera la
croissance dans le futur. De nouveaux
investissements dans l’agriculture, qui
représente 57% du PIB, devraient également relancer un secteur durement
touché pendant l’épidémie. Au programme la diversification des cultures,
la mécanisation du secteur et des chantiers d’irrigation. La pêche emploie encore 200 000 personnes directement et
600 000 indirectement, pour 10% du
PIB. Le gouvernement, qui lutte contre
la pêche illégale, promet d’améliorer les
infrastructures. Il entend aussi investir
dans les dernières technologies de recueil
de données technologiques pour faire
revenir les compagnies d’exploitation du
gaz et du pétrole qui avaient résilié leur
contrat en 2015, à l’exception d’African
Petroleum. Le cadré règlementaire
rendu plus transparent devrait
aussi les rassurer. En revanche, tout
reste à faire au niveau de l’électricité. La production du pays est
encore inférieure à 100MW, dont
50% provient de l’usine hydroélectrique de Bubumba dans le nord.
L’industrie, équivalente à 2% du PIB,
nécessite également de nombreux
efforts. Au niveau du tertiaire, la
finance est détenue à 75% par des
étrangers et 12 banques sur 14 en
activité ne sont pas à majorité de
capitaux sierra-léonais.
Le poids du passé sur
la population
Cette cicatrice dans la montagne, illustre l’horreur
du glissement de terrain qui s’est produit en 2017
et qui a causé plus de 400 morts.
1
L’économie de ce pays a été dévastée par une guerre civile (19912002) qui a occasionné 120 000
Chiffres clés
• Superficie : 71 140 km²
• Nombre d’habitants : 7,4 millions
• Densité : 103,1 habitants / km²
• PIB : 3,64 milliards d’euros
• PIB / hab : 587 euros
• IDH (Indice de développement
humain) : 0,42
morts ; elle reste fragile après les chocs
de l’épidémie d’Ebola qui a fait 4 000 victimes en 2014-2016 et après la chute des
cours mondiaux des matières premières.
Le climat n’épargne pas non plus le pays.
Pluies torrentielles, glissements de
terrains et coulées de boue viennent
fréquemment émailler l’actualité.
Rénovation des routes et amélioration
de la distribution d’eau sont dans les
cartons. Ainsi, la signature de plusieurs
contrats permet de mieux approvisionner les populations de Bo, Kenema
et Makeni. Mais le chantier est encore
immense. La Sierra Leone est aussi un
importateur net de riz. Le prix des denrées de base connait une inflation de 15%.
La faute à la dette de 6,6 milliards de dollars et à l’effondrement des exportations
de minerai de fer.
Rétablir la confiance
La stratégie du Président Julius Maada
Bio consiste donc à rétablir la sérénité
par une réglementation plus sévère et
des efforts financiers. La plus grande
transparence sur le secteur minier, l’austérité, la fin des subventions sur l’essence,
le paiement des fonctionnaires sans
recourir à l’emprunt sont autant de signes
encourageants lancés aux investisseurs
étrangers. De quoi faciliter les discussions avec le FMI et ainsi convaincre
la communauté internationale de la
légitimité et de la crédibilité du gouvernement pour développer et moderniser le pays dans un climat économique,
social et même sociétal apaisé.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
COMMUNIQUÉ
First Tricon
sur la bonne route
LA COMPAGNIE NIGÉRIANE A SU EN QUELQUES ANNÉES
S’IMPOSER DANS LE PAYSAGE DE SIERRA LEONE ET PARTICIPER
À LA RÉHABILITATION DES INFRASTRUCTURES
Q Le 8 juin dernier, le Président Julius
Maada Bio a officiellement chargé la
société First Tricon de réhabiliter la
route Bo - Mattru Jong, qui était l’une
des plus endommagées du pays. Une de
plus pour le dirigeant Remy Olumuyiwa,
jadis passé par le secteur ferroviaire, puis
aéronautique au Nigéria, qui enregistre
un bon taux de croissances. « Notre
volonté ? Devenir les leaders incontestés
de la construction au Sierra Leone »,
campe le dirigeant.
Arrivée par la petite porte…
La société s’est créée et établie en 2011
en Sierra Leone, sous l’ère Ernest Bai
Komora. A cette époque les autorités
avaient déjà décidé de s’attaquer au
problème de l’infrastructure routière.
First Tricon a d’abord travaillé sur les
routes des provinces. Elle a construit
Moyamba, complété Pujehun ou
Mattru. Elle s’est illustrée avec la route
de Taiama qui est l’axe permettant
d’accéder à l’université. La société - qui
Remy Olumuyiwa,
dirigeant de First Tricon
été réhabilitées. Remy Olumuyiwa s’est
donc attaché à cibler les opportunités
en Sierre Leone, voulant éviter de se
disperser pour respecter les délais. Son
assise géographique bien établie et la
modernisation de ses technologies - la
formation des salariés à l’utilisation
de machines anglaises dernier cri a
été introduite - ont rendu First Tricon
toujours plus fiable. Désormais, Remy
Olumuyiwa et ses équipes n’excluent
pas de s’étendre au Libéria qui a aussi
subi la guerre et le virus Ebola, au Ghana,
en Côte d’Ivoire et dans quelques pays
voisins… pour y devenir leader encore
une fois.
Potentiel
minier reconnu
Un large spectre d’activités
First Tricon s’est taillé la part du lion
dans différents domaines comme
la construction, l’engineering, le
conseil et tout le développement
d’infrastructure. L’entreprise nigériane
est astucieusement devenue un leader
du BTP, de l’approvisionnement de
matériel ou du management de projet en
essayant de coller au mieux aux besoins
de ses clients, en priorité dans le sud de
la Sierra Leone. Elle a su aussi s’entourer
de partenaires financiers sérieux comme
Keystone Bank ou Ecobank qui s’illustre
par sa rapidité d’exécution, apportant
donc de l’agilité à First Tricon.
possède une carrière tant portable que
stationnaire, une usine de groupage
de production de béton et une autre
d’asphalte -, a su petit à petit rassurer ;
elle a définitivement gagné ses lettres
de noblesse en restant en Sierra Leone
et en aidant les ONG durant l’épidémie
d’Ebola, pendant que ses concurrents
quittaient le pays. Alors que le Président
entend construire plusieurs routes
dans la région de Kenama – le berceau
du diamant dans le pays - First Tricon
escompte bien être de la partie.
Et demain ?
Le pays a fourni un effort intense. Quand
on va à Freetown, 85% des routes ont
Q Les richesses du sous-sol ne sont
plus à prouver. Le pays est l’un des
plus importants producteurs de diamants au monde - dont la vente a
malheureusement financé la guerre
civile entre 1991 et 2002. Mais il
détient aussi des gisements importants de chrome, de bauxite, de minerai de fer et de rutile. Il recèle de
petites quantités d’or et de platine.
Le secteur contribue pour 24% du
PIB et représente 80% des revenus
à l’export. Le potentiel reste encore
largement sous-exploité. Le « Mines
and Mineral Act » de 2009 a besoin
d’être complété pour plus de transparence, ce que le gouvernement a
d’emblée commencé à réaliser.
2
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COMMUNIQUÉ
Les engagements
du Président
JULIUS MAADA BIO A DÉBUTÉ SES GRANDS CHANTIERS :
GRATUITÉ SCOLAIRE ET LUTTE CONTRE LA CORRUPTION,
POUR PRÉPARER L’AVENIR DU PAYS.
Q Candidat de la principale force
d’opposition - Le Parti du Peuple de Sierra
Leone (SLPP) - le général Julius Maada Bio
a été élu avec 51,8% des voix. Cet ancien
militaire a été le chef d’état de la Sierra
Leone de janvier à mars 1996 et s’est
illustré par la relance du multi partisme
ainsi que la mise en place du processus
de paix, dans un pays longtemps meurtri
par les coups d’états, les guerres civiles
et les instabilités économiques.
Promesse tenue sur l’école
gratuite
La rentrée scolaire du 17 septembre 2018
restera dans les annales. Deux millions
d’élèves ont repris le chemin de l’école
en Sierra Leone. Un premier test pour
l’enseignement gratuit dans le pays, qui
est une des réformes phares annoncées
par le Président Julius Maada Bio. En août,
il a même averti que trois mois de son
salaire mensuel seraient versés en faveur
de ce programme, prévoyant la prise en
charge par l’Etat des frais de scolarité
et de fournitures. Pour convaincre les
familles les plus pauvres d’envoyer leurs
enfants à l’école plutôt que de les faire
travailler dans la rue, le gouvernement a
prévu le versement d’aides en espèces
sous condition d’assiduité. Financements
chinois ou de la Banque Mondiale se
greffent aux fonds nationaux débloqués.
Hôtel Golden Tulip Essential
Kimbima
la redistribution des revenus au
développement et à l’éducation. Une des
priorités du Président est de consolider
la fiscalité en renforçant principalement
la mobilisation du revenu national :
durant les 100 premiers jours, les
mesures visant à mieux règlementer
les exemptions de droits et de taxes
se sont succédé. Ceci combiné à une
rationalisation des dépenses vise
à restaurer une certaine stabilité
macroéconomique. Ainsi, des économies
sont réalisées sur le train de vie de
l’Etat et de ses administrations, alors
que la dette intérieure de 6,6 milliards
pèse sur le budget. Toujours dans une
optique d’économie, la suppression des
Hôtel Radisson Blu Mammy
Yoko
suite en page 4 >>
Mercury International
Lutter contre les abus du passé
Le nouveau Président s’est aussi engagé
à réviser les baux et concessions
miniers, ainsi que les exonérations
d’impôts accordés aux compagnies
étrangères. Une nouvelle réglementation
(« Extractive Industry Bill ») plus
conforme aux standards internationaux,
entre en vigueur. Il s’agit d’introduire
plus de transparence et de clarifier
3
Q Loteries, jeux en lignes, paris sur le football… La société Mercury
International se porte à merveille mais n’oublie pas de participer au
développement économique et éducatif. Ainsi, elle vient de s’engager à
faire construire 80 classes pour un montant d’1,2 millions d’euros.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
COMMUNIQUÉ
Le Président Julius
Maada Bio
>> suite de la page 3
subventions sur l’essence a en revanche
été beaucoup moins populaire. Suite
à la parution d’un rapport accablant
début juillet, cinq responsables de
l’administration sortante ont aussi été
arrêtés et inculpés pour corruption. Le
gouvernement s’est également engagé
dans une campagne pour lutter contre
la pêche illégale, avec des amendes
importantes imposées aux navires
récalcitrants.
Renouer plus de liens
internationaux
L’ouverture passe aussi par un accueil
plus soutenu des touristes venus de
l’extérieur. La Sierra Leone bénéficie de
la plus longue côte d’Afrique de l’Ouest
et de nombreuses plages attractives.
Avant la guerre civile, le pays faisait
office de paradis vert et de première
destination. Ayant plus que doublé entre
2007 et 2013, le secteur
a malheureusement
connu un coup de
frein avec Ebola. Le
Président compte bien
inverser la donne et
privilégier l’ouverture.
Mais pas à n’importe
quel prix. En matière
d’infrastructures, il a
ainsi fait des choix forts
malgré l’importance
stratégique
des
partenaires. Il a ainsi
abandonné le projet
d’aéroport international
initialement confié
à un groupe chinois ou celui d’une
autoroute à péage de 143 M€ financée
par un prêt de l’Empire du Milieu. Julius
Maada Bio n’a pas non plus caché sa
volonté stratégique de renforcer les
Hôtel Radisson Blu Mammy Yoko
liens politiques et économiques avec
la France. L’Hexagone est en effet un
acteur clé en Afrique de l’Ouest mais
aussi dans l’Union Européenne, dont la
Grande-Bretagne s’apprête à sortir.
Hôtel Golden Tulip Essential Kimbima
Q Cet hôtel 3 étoiles en bord de mer de Freetown, à proximité
des principales attractions culturelles de la ville, à 40 minutes
du sanctuaire de chimpanzés de Tacugama au bord du Western
Area Peninsula National Park, se fait remarquer. Il propose
65 chambres et les salles de réunion peuvent être configurées
de différentes manières afin de réussir au mieux les événements
professionnels.
Q Près de la plage de Lumley, à 10 km du centre-ville de
Freetown et à 30 minutes de l’aéroport Lungi par bateau,
l’établissement à la vue exceptionnelle sur la côte propose 171
chambres et suites avec WIFI, piscine, courts de tennis et salle
de sport. Il dispose de 9 espaces modulables pouvant accueillir
jusqu’à 340 personnes pour les conférences et réunions.
4
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Un Chief Minister
opérationnel
DAVID JOHN FRANCIS S’EST VU CONFIER DES MISSIONS PRIMORDIALES
POUR AIGUILLER AU MIEUX L’ACTION GOUVERNEMENTALE.
Q Premier ministre depuis mai 2018,
cet ancien professeur d’université ne
s’est pas retrouvé par hasard à un poste
aussi influent au sein du gouvernement.
Juste avant sa nomination, ce titulaire
d’un PhD en relations internationales de
l’université de Southampton était déjà
le chef de «l’équipe de transition et de
gouvernance». Il cumulait la casquette
de ministre des affaires étrangères et
de la coopération internationale pour les
objectifs du Commonwealth. Il a donc
participé au sommet de Londres du 18 au
20 avril 2018 et pris part à une visite
d’État au Qatar. On l’aura compris,
celui qui appartient au groupe
ethnique Mende jouit d’une stature
internationale reconnue. Mais l’ancien
professeur à l’université de Bradford
a surtout pour mission d’insuffler
l’action gouvernementale vers les
sujets annoncés comme prioritaires
stratégiquement. Sous la direction du
Président, le natif de Kenema - dans l’est
de la Sierra Leone -, devra coordonner
l’opérationnel au quotidien, veiller à
ce que les directives s’appliquent dans
les ministères et les agences, mais
aussi contrôler et évaluer l’action du
gouvernement. Ce qui est loin d’être
aisé en période d’austérité économique.
Trois domaines transversaux lui sont
particulièrement dévolus : l’éducation
et le social, la finance et l’économie, la
sécurité et la justice. Il n’a certainement
pas échappé au Président Julius Maada
Bio que cet homme de 53 ans a à chaque
fois été loué - au niveau national ou
international -, pour son efficacité, son
professionnalisme ou son approche
directe des problèmes très orientée sur
les résultats. De quoi l’aider à s’acquitter
de ses nombreuses missions, différentes
et complémentaires de celles du vicePrésident Mohamed Juldeh Jalloh ou du
Président lui-même.
L’autorité de régulation des télécoms
(Natcom)
NATCOM COMPTE BIEN ŒUVRER À LA RÉGLEMENTATION ET LA STABILISATION
DU SECTEUR.
Q Le ton est donné par le président Julius Maada Bio, avec
la nomination d’Alex Prince Harding à la tête de la commission nationale des télécommunications. Le nouveau
dirigeant est aussi celui du parti SLPP ; il devra travailler
main dans la main avec Maxwell Massaquoi, directeur
général. Créée en 2006, composée d’un président et de
six autres membres nommés, l’institution réglemente les
activités des opérateurs de télécommunications afin de
garantir une concurrence loyale, l’expansion des investissements dans le secteur et la protection des utilisateurs
de réseaux et de services de télécommunications.
Rattraper le temps perdu
Dans le pays, la pénétration du mobile atteint les 73,4 %, contre 21 % pour
Internet. Natcom peut encore largement «dynamiser» le secteur.
5
L’objectif de l’institution de Hill Station ? Rattraper le
temps perdu en initiant un cadre juridique solide - notamment au niveau des licences accordées aux opérateurs –
sans interférence politique ou clanique.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
COMMUNIQUÉ
Fatima Maada Bio,
une First Lady impliquée
LA PREMIÈRE DAME ESCOMPTE BIEN IMPRIMER SA MARQUE DANS
L’ÉDUCATION ET LA JEUNESSE.
Kenema
Poumon
économique
Q Kenema, d’où est originaire le
Chief Minister David J. Francis, est
la troisième ville du pays, reliée
par route à Bo par la société First
Tricon. Cette cité de 165 000 habitants est située dans le district de
Kenema, dans la province orientale,
à environ 300 km au sud-est de
Freetown. Historiquement, elle est
un important centre de commerce
des diamants grâce à des gisements
importants - dont le premier a été
découvert en 1931 - et joue donc un
grand rôle économique et financier.
Q L’épouse et Julius Maada Bio est
née et a grandi à Koidu Town, dans le
district de Kono, dans l’est de la Sierra
Leone, a été actrice et scénariste
primée dans des films africains tournés
au Royaume-Uni. Sous son nom de
jeune fille Fatima Jabbe a remporté le
prix de la meilleure actrice aux Oscars
africains à Washington DC en 2013. Elle
est aujourd’hui mécène de la Fondation
John Utaka, qui aide les enfants et les
jeunes africains à faire face aux défis
de la santé. Mais surtout elle a en 2014
lancé avec son mari la Fondation Maada
et Fatima Bio qui offre des subventions à
l’éducation pour les enfants défavorisés,
organise des programmes de formation
professionnelle et de développement
des entreprises pour les femmes et les
jeunes défavorisés, aide à la prestation
de services de santé et offre un soutien
aux programmes de développement
agricole des communautés rurales. »
La Sierra Leone
Commercial Bank
(SLCB) sur de nouveaux rails
LA SLCB A DÉSORMAIS UN NOUVEAU DIRECTEUR, QUI DOIT AGIR SUR
PLUSIEURS FRONTS.
Q De nombreux défis attendent Abduli
Fidelis Turay, le nouveau directeur
général de la SLCB. Ce cadre reconnu
du secteur bancaire depuis 25 ans, qui
a occupé une multitude de postes à la
Union Trade Bank (UTB) par le passé,
doit œuvrer au rassemblement et la
reconstruction de la monnaie avec
les parties prenantes - le régulateur,
les clients et les actionnaires. Il doit
aussi garder un œil sur les actions de
la SLCB qui ont depuis longtemps sous-
performé par rapport à celles de ses pairs
du secteur privé, essentiellement en
raison de créances douteuses. Certains
analystes revoient leur copie depuis
sa nomination, persuadés que ce père
de trois enfants, titulaire d’un MBA
en finance de l’Université de Leicester
au Royaume-Uni, est l’homme de la
situation pour résoudre les problèmes de
gouvernance et répondre à une demande
croissante de prêts aux entreprises.
Mohamed Rahman Swaray,
Ministre de l’information
La Sierra Leone est incontestablement
entrée dans une nouvelle ère. Le retour
à la démocratie, la plus grande transparence des règlementations, les efforts
portés sur l’éducation, la réhabilitation
et la construction
d’infrastructures
ne laisseront pas
à terme les investisseurs étrangers
insensibles.
Dossier réalisé par Universal Communications - usacommnctn@aol.com
Nadia Murte
6
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Le bloc-notes
de Bernard-Henri Lévy
Mes vœux pour 2019
P
rimo, qu’il soit encore possible de faire des vœux : car
ne voit-on pas une foule grandissante de nos contemporains en train de se liguer contre les fomenteurs de
vœux, les comploteurs d’espoir, les expérimentateurs d’avenir ? ne sont-ils pas innombrables, soudain, à jouer avec le
nihilisme et à sembler prendre en horreur tout futur, tout
projet, toute temporalité, toute intensité ?
Secundo, que le XXIe siècle, qui va entrer dans sa 20e année, décide enfin de dire qui il est : le siècle précédent, au
même âge, avait déjà traversé le symbolisme, Proust, Joyce,
Stravinsky, D’Annunzio, l’aviation, les tranchées, la mort
industrielle, la fin du miracle austro-hongrois, la mort-née
de la SDN ; nous ? la clé USB ; la dataïsation galopante ; Poutine et les fantômes de l’islamisme radical ; la zone indifférenciée du tourisme mondial ; c’est peu ; c’est piteux.
Tertio, que des événements de sens et d’intelligence surgissent de l’enfer où le technicisme entend les reléguer et
montent, comme disait Baudelaire, tels des « soleils rajeunis » ; que des poètes viennent et fassent, à nouveau, rugir
les mots ; que des philosophes apparaissent et rouvrent aux
aventures humaines des autoroutes et des grands canaux
conceptuels ; que recommencent de voguer, sur les océans
du possible, des galions chargés d’or philosophal ainsi que
des flibustiers qui les attaqueront avec la férocité, la ruse et
la secrète clémence propres à l’amour de la pensée.
Quarto, que l’économie, qui n’est rien d’autre, à la fin des
fins, que l’organisation des échanges entre les corps, se rappelle qu’elle n’est ni une religion, ni une malédiction ; que
les banquiers cessent de prétendre pénétrer le secret de nos
désirs et de nos âmes ; que les gilets jaunes cessent de croire
que les banquiers sont des diables et des vampires ; que les
inventeurs, les vrais, ne reculent ni devant les banquiers ni
devant les gilets jaunes ni, surtout, devant leur propre audace singulière.
Quinto, que l’amour revienne dans les rues, sur les places
et dans les cafés comme autre chose qu’un contrat à clauses
résolutoires et conditions suspensives ; qu’il soit innocent,
enfantin, joueur, fou, dangereux, mousseux, rêveur, nuageux, sans limites, sans concession ; qu’il soit heureux de
dire « femme » sans risquer la colère de Metoo ; qu’il soit heureux de dire « homme » sans s’entendre hurler Metootoo ;
qu’il redevienne clair, au plus grand nombre possible, qu’il
y a là une noble entreprise et non la trame d’une conspiration ou le germe d’une tyrannie.
Sexto, que nous regardions avec une circonspection grandissante ce que l’on nous tente de nous refiler comme des
véhicules d’occasion de la vie (le nationalisme, le chauvinisme, le souverainisme) ; que l’on se rappelle qu’il n’y a
rien de fait dans l’homme et que l’on n’appartient à un peuple
que parce qu’on le veut bien (un peuple n’a-t-il jamais rien
102 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
été d’autre qu’une fiction tenue ensemble par des locuteurs
de même langue ?).
Settimo, que ceux qui aiment les biens et l’industrie parce
qu’ils haïssent le reste des humains cèdent à ceux qui fabriquent des biens et fondent des industries parce qu’ils
chérissent les humains ; que ceux qui aiment la Terre et sa
couche d’ozone parce qu’ils se défient des autres humains
soient vaincus par ceux qui défendent la Terre et combattent
pour sa couche d’ozone – mais parce que rien, à leurs yeux,
ne vaut une vie d’humain.
Ottavo, que devienne pensable un monde où chacun
puisse rêver d’une vie à part entière ; que soient parlées des
langues où chacun puisse se tenir afin d’y recevoir les signes
de la vérité et les abîmes glorieux du doute ; que soit offert
un pays natal ou de refuge à tous les offensés de la planète
(n’est-ce pas à cela que servent, après tout, le monde, les langues, les nations ?).
Nono, que le Royaume-Uni redevienne la patrie de l’humour et du sang-froid, du chic et du dingue, de William
Kent et des jardins à l’anglaise, du courage churchillien et
de la modération russellienne : toutes choses qui n’ont jamais cessé d’être siennes – sinon quand il se laisse gagner
par les humeurs tristes d’un Farage, les ébouriffages d’un
Johnson, les tergiversations d’une May et, aussi, les
manœuvres d’un Trump.
Decimo, que l’Italie redevienne la patrie de l’autre chic
et de la canzone, de Dante et du Tasse, de Léonard et de Tiepolo, de l’humanisme et de la sublime ruine, du Palazzo
branlant et des plus belles églises du monde : toutes choses
qui constituent son essence même – sinon quand elle se
laisse gagner par les criailleries d’un Salvini et les mauvais
souvenirs de Mussolini.
Undecimo, que mon pays, la France, redevienne le pays
de la clarté et de la distinction ; de Pascal, le fiévreux géomètre, et de Descartes, le rêveur de raison ; de Molière, l’immense malheureux, et de Baudelaire, le luxueux et pâle
gnostique ; de Debussy et Monet crissant comme des poignées de neige ; toutes choses, tous noms, à quoi tient le « génie français » – sinon quand il se laisse rattraper par les
vulgarités d’un Mélenchon, les criailleries d’une Le Pen ou,
sur les « ronds-points », les concerts furieux du ressentiment, de la haine contre « les élites » et du mensonge conspirationniste.
Duodecimo, que 2019 soit une année de paix ou de bruit ;
de réformes ou de révoltes ; d’événements à pas de loup ou
de colombe ; de décisions historiques ou sans histoire, précipitées ou suspendues ; tout, vraiment tout, plutôt que ces
limbes où, en longues files mornes, la sainte alliance des
braillards populistes et des programmeurs silencieux de la
Toile nous numérote et, un jour, nous tuera §
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Stora - Sévillia,
l’Algérie en débat
A l’occasion de la sortie de son livre « Les vérités cachées de la guerre d’Algérie » (Fayard), Jean Sévillia s’entretient avec l’historien Benjamin Stora sur le conflit et ses conséquences sur les relations franco-algériennes.
L
a rencontre a eu lieu au musée de l’Histoire de l’immigration, à Paris, que préside, depuis 2014, Benjamin
Stora. L’historien de gauche, spécialiste de l’Algérie, a
accepté, pour Le Point, de débattre avec Jean Sévillia, journaliste au Figaro Magazine et auteur d’un livre intitulé
« Les vérités cachées de la guerre d’Algérie » (Fayard). L’occasion de confronter – sans tabous – leurs regards sur un
conflit qui se joue encore dans les mémoires § F. M.
LUISA RICCIARINI/LEEMAGE
Le Point : Jean Sévillia, vous commencez votre
ouvrage par une violente critique de la déclaration
d’Emmanuel Macron sur le crime contre l’humanité
qu’aurait été la colonisation française en Algérie. Un
qualificatif « infamant », selon vous.
Jean Sévillia : « Tout ce qui est excessif est insignifiant »,
dit Talleyrand. Comment qualifier de crime contre l’humanité cent trente-deux ans de présence française en Algérie ? La colonisation française a été un temps d’histoire
partagé entre deux peuples, un mariage qui commence
par ce qu’on peut appeler un viol – la conquête – et se termine par un divorce. Pourquoi s’est-on marié, pourquoi
a-t-on divorcé ? C’est ce qui m’intéresse. L’image, simpliste,
choisie par le président est d’abord anachronique, car la
notion de crime contre l’humanité n’existe que …
Conquête. La prise de la smalah d’Abd el-Kader par le duc d’Aumale, le 16 mai 1843. Peinture de Hippolyte Bellangé (1800-1866).
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 103
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HISTOIRE
« L’élément progressiste, en
Algérie, c’est l’armée française.
Il y a un volet d’action sociale.
On peut parler de la torture,
mais il ne faut pas oublier
cela. » Jean Sévillia
depuis 1945. Bien sûr, la conquête a été dure avec, côté
français, des méthodes militaires utilisées en Vendée puis
par les troupes de Napoléon durant la guerre d’Espagne.
L’école du vélite Bugeaud, c’est la lutte contre la guérilla espagnole, vingt ans plus tôt, mais ses adversaires se sont défendus tout aussi férocement. La conquête a été cruelle et
violente de part et d’autre, mais il n’y avait pas de volonté
génocidaire de la France.
Benjamin Stora : Evidemment, et je l’ai déjà dit, notamment
dans les colonnes du Point [n° 1862] il n’y a jamais eu de projet français de génocide en Algérie. En revanche, là-bas, ce
qui demeure dans les mémoires, c’est le souvenir d’un système colonial très dur. C’est cela qu’ici on peine à comprendre.
D’une rive à l’autre de la Méditerranée, les points de vue sont
très différents. C’est pourquoi il n’y a pas d’histoire partagée, tout vient de là. La conquête a été terrible pour les Algériens et cette mémoire de massacres s’est transmise de
génération en génération. Pour les Français, la part tragique
de la mémoire, c’est de la fin de l’histoire, l’exode des piedsnoirs, le massacre des harkis. On a, d’un côté, la France qui
vit la colonisation comme une mission civilisatrice et de
l’autre une Algérie qui la vit comme un drame. La souscitoyenneté, l’accaparement des terres, l’exclusion de la
sphère publique sont le lot de l’indigène et ce quel que soit
le nombre de kilomètres de routes bâties. Il est donc très difficile de créer des passerelles, de passer de la mémoire à l’histoire. Mais le livre de Jean Sévillia ouvre des pistes de
compréhension sur le destin de l’Algérie française, et pourtant nous n’avons pas la même vision sur la colonisation.
C’est un ouvrage qui tranche parmi ceux de votre camp.
J. S. : Je ne suis le défenseur d’aucun camp, même si je me
situe dans une perspective française. Je n’ai pas d’attache familiale avec l’Algérie et n’ai pas dans ma famille ni parmi
mes proches de militaires ayant servi là-bas. Mais il est injuste et faux de criminaliser cette période. Il y a aussi en Algérie une œuvre française qui mérite d’être saluée, par
exemple dans le domaine médical. Par ailleurs, je ne suis pas
d’accord avec votre façon d’associer les massacres des trente
premières années de la conquête, indéniables, et l’ensemble
de la présence française. Ce que je reproche au camp, disons,
anticolonialiste, c’est de faire croire que le militaire français
…
104 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
Jean Sévillia.
Rédacteur en chef
adjoint au « Figaro
Magazine », il est
également l’auteur
de nombreux essais
historiques.
qu’on envoie en garnison en 1900 est un adepte de Bugeaud,
qu’il n’a évidemment pas connu, ou que le pied-noir qui naît
en 1920 est responsable des violences de la conquête. Indéniablement, il y a une mémoire autochtone de ces années
terribles et j’ai d’ailleurs été très surpris de découvrir qu’on
trouvait trace à Palestro, en Kabylie, en 1956, d’une volonté
de venger les morts de la répression française de la révolte
kabyle de… 1871, près d’un siècle plus tôt. C’est sidérant. Il
est évident que l’Algérie ne pouvait qu’aller un jour vers son
indépendance. L’idéal aurait été que cela s’opère graduellement, pacifiquement. Mais on a tout fait pour bloquer l’élite
musulmane et, là, la responsabilité des élus européens d’Algérie est grande, si bien que tout s’est radicalisé.
Quand le drame s’est-il noué ?
B. S. : Le mystère qui demeure pour moi, c’est comment on
n’a pas vu la montée du nationalisme algérien à partir des
années 1930 jusqu’aux années 1950. Il y avait Ferhat Abbas, les oulémas, des gens qui ne sont pas contre la France
mais pour la reconnaissance d’une identité culturelle. Les
nationalistes comme Messali Hadj qui, eux, veulent l’indépendance dès les années 1920-1930, n’ont pas non plus été
pris en compte. Comment, alors qu’aux élections du second collège, en 1947, les nationalistes indépendantistes
raflent la mise, les socialistes, un an plus tard, peuvent-ils
truquer les élections ? Au moment des émeutes du Nord
constantinois en 1945, le premier qu’on arrête, c’est Ferhat
Abbas, qui était un partisan d’une intégration égalitaire de
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
« Le mystère, c’est comment
on n’a pas vu la montée du nationalisme algérien à partir
des années 1930 jusqu’aux années 1950. » Benjamin Stora
ROMAIN GAILLARD/RÉA POUR « LE POINT »
Benjamin Stora.
Historien, professeur
à l’université Paris-XIII,
le président du musée
de l’Histoire de
l’immigration est
l’auteur de plusieurs
livres sur la guerre
d’Algérie.
l’Algérie à la France. Certains veulent même le fusiller.
J. S. : Je pense que la classe politique de l’époque ne s’est jamais beaucoup intéressée à l’outre-mer. On est au sortir de
la Seconde Guerre mondiale et il faut rebâtir la France tout
en tenant les colonies. La répression des émeutes de Sétif
en 1945 se fait sur ordre de De Gaulle. Et puis il y a de grandes
occasions manquées comme avec Ferhat Abbas, pour lequel j’ai beaucoup de respect. Le problème, c’est que la IVe République, avec sa valse des gouvernements et avant elle la
IIIe, n’a pas de vision politique. Cette incurie aboutit à une
sous-administration effarante de l’Algérie, dès qu’on sortait
des grandes villes. Or il se trouve que les Européens étaient
majoritairement citadins et les Algériens majoritairement
ruraux. Mais si les campagnes étaient sous-équipées, ce
n’était nullement par volonté discriminatoire, c’était tout
simplement parce qu’il n’y avait pas de politique publique
active à l’échelle de l’immense territoire algérien, laissant
des carences que le plan de Constantine, en 1958, s’efforcera tardivement de combler. En 1954, les rares Européens
qui vivent au fond du djebel manquent eux aussi d’écoles
ou d’hôpitaux.
B. S. : Jean Sévillia met l’accent sur un point trop négligé.
Quand les premiers appelés du contingent arrivent en 1956,
ils sont effarés par le sous-développement des campagnes
qu’Albert Camus a très bien raconté dès 1939 dans ses « Chroniques algériennes ». Ils se disent qu’il va falloir mener une
autre conquête, 90 % des musulmans vivant hors des villes
ne connaissant rien de l’Algérie française. La plupart des Européens ne connaissaient pas ce monde non plus. C’est cela,
la discrimination. Pour moi, la République n’a jamais vraiment pénétré ce territoire à part les villes, où vivait une élite
cultivée. Les discours prononcés sur l’égalité républicaine
ne se sont jamais traduits dans les faits. A partir de cette
contradiction tragique, vous avez le développement du nationalisme algérien.
J. S. : Je vais être provocateur, mais l’élément progressiste,
en Algérie, c’est l’armée française avec, par exemple, les SAS.
Il y a tout un volet d’action sociale, d’éducation, mené par
les militaires à partir de 1956 et jusqu’en 1962. On peut parler de la torture, mais il ne faut pas oublier cela.
En ce 60e anniversaire du retour au pouvoir du général
de Gaulle, vous tombez d’accord pour dater la rupture
du chef de l’Etat avec l’Algérie lors de son discours
du 16 septembre 1959 sur l’autodétermination,
« événement politique majeur du conflit algérien »,
selon vous, Benjamin Stora.
B. S. : De Gaulle n’a pas tout dit quand il a pris le pouvoir, mais
il était partisan, de longue date, de la sortie du statu quo en
Algérie. Il n’a pas ouvert la crise, celle de la tragédie des Européens puis des harkis. Elle existait déjà. Il a essayé d’abord de
l’éteindre, de trouver des solutions en proposant une autonomie large, l’« association », mais plus l’« intégration ».
J. S. : Il sait ce qu’il va faire, moins comment il va le faire. De
toute façon, l’indépendance était à terme inéluctable. Mais
de Gaulle a menti et les mensonges, en politique, cela se paie.
Il a accéléré et aggravé le drame. D’un côté, il donne les
moyens au général Challe de battre la rébellion, avant d’annoncer aux militaires qu’ils devront cesser le combat, et de
l’autre, comme il est pressé de réaliser son grand dessein
pour la France et qu’il juge que l’Algérie est un « boulet », il
engage des négociations où les intérêts de la France ne sont
pas garantis, et, comme il ne trouve pas d’interlocuteur modéré, il cède et confie les clés de l’Algérie au seul FLN. Tout
cela avec une indifférence totale et confondante envers le
drame humain des pieds-noirs et des harkis.
Quelle est la part du religieux dans la guerre menée par
le FLN ?
B. S. : Les militaires, à l’époque, ne voyaient dans la rébellion
qu’une action inspirée en sous-main par les communistes
contre lesquels il fallait lutter, comme on l’avait fait …
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 105
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HISTOIRE
en Indochine. Pas du tout la part religieuse du nationalisme, qui est incontestable, surtout dans les campagnes.
Mais la grande majorité des chefs du FLN, on peut citer Hocine Aït Ahmed ou Abane Ramdane, n’étaient pas des intégristes musulmans. Si on veut éviter que la transmission
mémorielle de cette histoire dans la jeune génération, en
France, dans les banlieues, se fasse d’une mauvaise manière,
il faut expliquer que les nationalistes n’étaient pas favorables
à un Etat islamique. Et c’est ce qui explique sans doute l’échec
des islamistes durant la terrible « décennie noire » des années 1990.
J. S. : Il faut distinguer deux choses. Que les laïques aient
été majoritaires chez les chefs, sans doute, mais ils ont recruté pour faire la guerre des hommes qui, dans l’Algérie
profonde, avaient une pratique religieuse forte. En 1955, le
massacre de Philippeville se fait au nom du djihad. Le journal du FLN s’appelle El Moudjahid, ça veut quand même dire
le combattant de la foi.
…
N’est-ce pas surtout l’extrême violence qui caractérise
les rapports entre la France et l’Algérie ?
J. S. : En 1954, le FLN déclenche une guerre fondée sur le ter-
rorisme. On a beaucoup mis en cause les méthodes utilisées
par l’armée française pour y répondre, mais je regrette qu’on
fasse moins le bilan du terrorisme du FLN.
B. S. : Pas d’anachronisme. Le mot utilisé à l’époque est la
lutte armée, dans un contexte général qui est celui des guerres
de décolonisation.
J. S. : C’est un euphémisme. Poser des bombes dans des lampadaires ou dans des cafés, j’appelle cela du terrorisme.
B. S. : Allons-nous passer à la lutte armée ? C’est la question
que se posent les nationalistes depuis 1947, parce qu’il n’ont
plus de solutions politiques pour sortir du statu quo. C’est
en partie le drame de Messali Hadj, ami d’Albert Camus, et
de l’ancienne génération, qui croyait que la politique restait l’unique solution. Ferhat Abbas n’a pas eu d’autre choix
que de rejoindre le FLN en 1956, aucun signal ne lui ayant
été adressé par les politiques français. Si on se remet dans
le contexte de l’époque, avec, en particulier, les guerres en
Indochine ou dans le continent africain, pourquoi voulez-vous que l’Algérie échappe à ce mouvement général du
passage à la lutte armée ? Le prix à payer a été très lourd
pour les Algériens en raison de la répression, mais aussi
« En 1955, le massacre de
Philippeville se fait au nom
du djihad. Le journal du FLN
s’appelle “El Moudjahid”
(“Combattant de la foi”). »
J. Sévillia
106 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
parce que s’est installée dans leur pays une culture politique du rapport de forces, de la violence.
De Jacques Chirac à Emmanuel Macron, tous
les présidents de la France ont multiplié les gestes
en faveur de la reconnaissance de fautes commises
par la France. Qu’en est-il côté algérien ?
B. S. : De quelle Algérie parle-t-on ? Car il y en a plusieurs.
Dont une Algérie officielle, étatique, qui a transformé la
guerre d’indépendance en rente mémorielle. Et on a du mal
à identifier qui dirige l’Algérie d’aujourd’hui.
J. S. : Le problème est qu’en France, c’est cette Algérie officielle qu’on connaît.
B. S. : Ne refaisons pas l’erreur de 1955, essayons de connaître
l’Algérie telle qu’elle est aujourd’hui. Un pays indispensable
à l’Europe parce qu’elle a avec elle la plus grande frontière
méditerranéenne, et la plus étendue côté Sahara avec une
armée aux frontières lancée – aux côtés de la France – dans
une mission très périlleuse.
J. S. : Neuf Algériens sur dix n’ont pas connu la guerre d’Algérie, que les Algériens appellent la guerre de libération nationale. La France n’a pas de contentieux avec eux. L’Algérie
est un grand pays voisin de la France et il faut qu’on parvienne avec celui-ci à une relation pacifiée qui doit passer
par l’Histoire, ce qui suppose de mettre tout sur la table.
Faudrait-il relancer le traité d’amitié entre les deux
pays, abandonné en 2005 ?
B. S. : Je ne sais pas. Je n’ai plus de solutions. Après quarante
années de travaux, je suis arrivé à la conclusion que la mémoire est devenue un carburant politique. J’ai cru qu’écrire
des livres et que le savoir académique pourraient arrêter ces
saignements de l’Histoire, mais cela visiblement ne suffit
pas. « La mémoire divise et l’Histoire rassemble », disait
Pierre Nora, mais, en même temps, force est de constater que
les mémoires ont submergé le champ de l’Histoire. Mais il
faut poursuivre le travail historique.
J. S. : Un geste qui ferait avancer les choses serait par exemple
que l’Etat algérien cesse de vilipender les harkis, ces hommes
qui avaient choisi la France et qui en ont été si mal récompensés des deux côtés de la Méditerranée, hélas ! §
1. Fayard, 416 p., 23 €.
A lire : « Histoire dessinée de la guerre d’Algérie » (Seuil), de Benjamin Stora
et Sébastien Vassant, prix de la BD au Salon du livre politique en 2017.
« La majorité des chefs du FLN
n’étaient pas des intégristes
musulmans. Les nationalistes
n’étaient pas favorables à un
Etat islamique. »
B. Stora
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BIOGRAPHIE
Tardieu,
le réformateur oublié
L’essayiste Maxime Tandonnet, dans son ouvrage « André Tardieu, l’incompris »,
exhume la vie et les combats de l’un des esprits les plus virulents de la IIIe République.
SELVA/LEEMAGE
O
n lui doit les assurances sociales (1930), la première maître, de Washington, l’aide américaine dans la Grande
autoroute – Paris-Normandie, 1927 –, les linéaments de Guerre, avant de seconder Clemenceau dans la difficile néla sécurité routière et la mise en œuvre de la future SNCF. gociation du traité de Versailles. Mais la défaite ignominieuse
Mais qui s’en souvient ? On lui doit surtout une réflexion sur de son patron à la présidentielle de 1920 allait inaugurer la
la culture politique de notre pays dont le magistère a large- longue liste de ses humiliations : liquidation politique de son
ment été oublié. « Pour ma part, je suis convaincu de travailler autre inspirateur, Poincaré, par les radicaux en 1928, coup de
pour une échéance de pas moins de quatre-vingts ans », écrivait pied de l’âne à son propre gouvernement en 1930, torpillage
André Tardieu à la fin des années 1930, alors que l’ermite de par la gauche de sa conférence pour la paix de Genève en
Menton, déçu par les trafics politicards,
1932, immobilisation de Doumergue après
s’était lancé dans la rédaction d’une œuvre,
le 6 février 1934 alors qu’il tentait avec lui
« La Révolution à refaire », qui connut
de réformer l’Etat en donnant plus de poualors un grand succès polémique. Dans
voir à l’exécutif face à l’Assemblée natiole marigot à courte vue de l’époque, une
nale, ce qui fait de Tardieu un des pionniers
telle ambition réformatrice venue d’un
de la Constitution de la Ve République.
ancien président du Conseil ne manque
Cet incompris avait une plume trop
pas de surprendre. Quatre-vingts ans :
intransigeante dans un entre-deux-guerres
nous y sommes.
trop combinard. Son échec reflète celui
d’une France rattrapée par ses démons
Dans les deux volumes qu’il eut le temps
de publier avant son accident cérébral
après 1919 et qui fonce droit vers le 10 juilsurvenu fin 1939 qui allait le priver de ses
let 1940 et le sabordage républicain. Il
facultés intellectuelles jusqu’à sa mort,
était l’anti-Laval. Trop amoureux des
en 1945, Tardieu avait placé la barre très
idées, une conscience de sa supériorité
haut : transformation des mœurs poliqui lui joua des tours, une échine trop
André Tardieu
Maxime Tandonnet décrit un homme
raide qui lui valut bien des haines et une
tiques, réforme morale en profondeur :
politique remarquable, un visionnaire
sensibilité trop exacerbée pour s’impo« Le problème n’est pas de chercher des chefs !
soucieux du bien commun, qui se heurta
C’est de rendre à des millions de Français un
ser comme le recours que certains appeà l’incompréhension de son époque.
esprit public. » Autrement dit, asseoir prolaient de leurs vœux. La France aurait pu
avoir Tardieu, elle eut Laval et Pétain ;
grès et liberté sur une conscience populaire développée du destin de la France : tout un programme ! dans son propre camp du centre droit, il fut supplanté par
Maxime Tandonnet, qui avait déjà inclus Tardieu dans sa Daladier et Reynaud. Son exil intérieur à Menton après 1935
galerie de « Parias de la République » (Perrin), lui consacre puis sa léthargie cérébrale se chargeront de donner à sa vie
cette fois toute une biographie. A raison, tant la trajectoire une teinte tragique : celle d’un destin de réformateur que la
du meilleur d’entre eux – major à Normale sup et au Quai France une fois encore fit tomber dans une trappe, celle aussi
d’Orsay – suscite des regrets et laisse l’impression d’un d’un homme venu trop tôt qui n’eut pas le temps ni l’occarendez-vous manqué entre lui et la France.
sion de s’accomplir § FRANÇOIS-GUILLAUME LORRAIN
De Gaulle, dans les années 1930, ne cachait pas son admi- « André Tardieu, l’incompris », de Maxime Tandonnet (Perrin, 400 p.,
ration pour cet organisateur qui avait conduit de main de 23,50 €). A lire aussi : « La paix », d’André Tardieu (1921, Payot).
Cet incompris avait une plume trop intransigeante
dans un entre-deux-guerres trop combinard.
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 107
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IDÉES
Quand la pensée « décoloniale »
s’en prend à l’art
Dans « l’art du politiquement correct », Isabelle Barbéris dénonce un « différentialisme bien-pensant »
appliqué au monde de la culture, où la singularité de la représentation primerait sur le sens.
E
t si le dernier chic des milieux artistiques était d’être
conformistes ? Pour Isabelle Barbéris, maître de conférence en arts du spectacle à l’université Paris-Diderot et
chercheuse associée au CNRS, l’espace artistique, qui devrait
être celui de la libre parole, est aujourd’hui rongé par une
obsession normative, tournée vers la valorisation des identités particulières et la dénonciation compulsive de tout ce
qui pourrait être suspecté d’impérialisme. Entretien.
Le Point : Vous êtes spécialiste des politiques
culturelles. Comment se manifeste ce « politiquement
correct » que vous dénoncez dans le monde de l’art ?
Isabelle Barbéris : L’artistiquement correct est une nouvelle
différentialiste, on ne peut pas contredire une position
antiraciste ou antisexiste, sous peine de basculer dans
l’affrontement. Le contradicteur devient alors un opposant
et mérite d’être détruit. Tout cela est foncièrement antidémocratique ; les idées devraient pouvoir circuler sans
dépendre de ceux qui les énoncent – ce qui les rend
infalsifiables et conduit à des monopoles de position, avec
des groupes qui sont, par exemple, persuadés de détenir le
monopole de l’antiracisme.
Ce phénomène est-il à mettre en parallèle
avec l’émergence politique d’un antiracisme
de plus en plus radical et vindicatif ?
forme d’académisme anticulturel. J’ai travaillé sur le lien
entre art et idéologie, et j’ai pu, à cette occasion, mesurer le
conformisme intellectuel de la rhétorique de l’engagement.
Certaines manifestations culturelles paresseuses cochent
toutes les cases : un passage sur les migrants, un autre antisexiste, antispéciste, un laïus décolonial et, bien évidemment, une « scie » anticapitaliste… Le tournoiement de ces
moralités parcellaires, aussi inoffensives que répétitives, devrait nous interpeller ! Ce sont des « subverleçons » : au nom
de la contestation de la norme, l’artiste répond souvent par
la mise en place d’un conformisme inébranlable.
L’irruption de ces luttes parcellaires – décoloniale, antisexiste
et antiuniversaliste – vient de ce que le monde de l’art a démonétisé la représentation, la mimêsis. L’art ne peut plus se
contenter de représenter, il se doit désormais d’intervenir
dans le monde. On voit alors émerger des artistes qui prétendent sauver, changer ou réparer le monde, sans que personne ne les interroge sur leur éthique et leurs valeurs. C’est
le principal sujet de mon ouvrage, qui porte d’abord sur la
destruction de l’espace symbolique, c’est-à-dire de la mimêsis qui traverse une crise profonde, comme le rationalisme,
l’humanisme ou l’universalisme.
Qu’est-ce que ce « différentialisme bien-pensant » que
vous dénoncez ? Sur quels mécanismes s’appuie-t-il ?
Vous avez été citée comme victime dans le manifeste
« contre la stratégie hégémonique décoloniale » signé
par 80 intellectuels, publié dans « Le Point ». Comment
décririez-vous cette pensée ?
Appliqué au monde de l’art, le différentialisme est le moment
où on oublie le contenu d’une représentation et où on
considère qu’elle ne vaut que pour sa différence. Sa singularité primerait sur le sens. Mais le plus frappant est la manière dont le différentialisme met en danger la communication humaine : le sens ne se lit plus dans le message
véhiculé, mais dans la position de celui qui parle et qui dit
« en tant que ». Cette idéologie différentialiste se pare de
tolérance, mais c’est une forteresse, qui interdit l’accès à
toute forme de débat démocratique. Dans un système
Le décolonialisme est une idéologie militante qui pratique
le révisionnisme historique. Cette pensée qui se prévaut de
scientificité agit au service de l’idée que nous vivrions encore dans un monde de colonisation, ce qui ne peut passer
que par le procès systématique des représentations culturelles, puisque les faits historiques contredisent quant à eux
cette théorie… L’appel des Indigènes de la République de
2005 donne le bréviaire de cette idéologie en diffusant des
« Cette idéologie se pare de tolérance, mais c’est une forteresse,
qui interdit l’accès à toute forme de débat démocratique.
Le contradicteur devient un opposant et mérite d’être détruit. »
108 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
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L’AUTEURE
Isabelle Barbéris
Maître de conférences en arts
du spectacle à Paris-Diderot,
chercheuse associée au CNRS.
LE LIVRE
« L’art du
politiquement correct »,
à paraître le 9 janvier
(PUF, 208 p., 17 €).
« L’artiste devrait s’inquiéter
de ces étaux qui oppressent
la liberté de créer, mais sa
carrière en serait secouée… »
éléments de langage pauvres, répétitifs et dispensés par des
adeptes surentraînés. Le « camp décolonial » est un camp
d’entraînement rhétorique qui forme ses militants à la phraséologie. L’indigence de cette pensée décourage certains adversaires, qui considèrent la contradiction comme un
abaissement : c’est une des multiples manières dont cette
idéologie progresse.
DAVID BETZINGER/HANS LUCAS
La question de l’« appropriation culturelle », qui avance
que la culture des « minorités opprimées » ne pourrait
être énoncée que par ses représentants, oblige-t-elle
les milieux artistiques à se censurer ?
Nous sommes au cœur du problème. Il suffit de voir ce qui
est arrivé à Ariane Mnouchkine lorsqu’elle a monté « Katana » avec Robert Lepage sans faire appel aux premiers habitants du Canada… « Katana » a été violemment attaqué car
aucun autochtone n’était présent dans la distribution. La censure est d’abord venue des milieux financiers, qui ne voulaient pas risquer de s’abîmer dans la polémique. Imaginons
qu’il y ait eu des autochtones dans la distribution… On aurait reproché aux producteurs d’avoir embauché des
autochtones « de service » et de les avoir essentialisés. La théorie de l’appropriation culturelle fonctionne par injonctions
paradoxales, comme un totalitarisme culturel : ça rend littéralement fou, c’est un lavage de cerveau ! L’artiste qui se dit
rebelle devrait s’inquiéter de ces étaux qui oppressent la liberté de créer, mais sa carrière en serait fortement secouée…
Vous écrivez à propos d’Edouard Louis (à qui l’on doit
« En finir avec Eddy Bellegueule » et « Histoire de la
violence ») qu’il se fait le « chantre littéraire du
sociologisme, qui noie la responsabilité individuelle
dans le darwinisme social ». Pourquoi un tel rejet ?
Le fait qu’Edouard Louis invoque systématiquement des
arguments émotionnels pour dédouaner de leurs responsabilités ceux qu’il prétend défendre ou accabler ceux qu’il
considère comme responsables n’est ni démocratique ni
émancipateur. Son altruisme invite à abaisser ses exigences
quand il est question d’une catégorie que son baromètre de
la souffrance juge plus vulnérable qu’une autre… C’est une
manière de nier toute dignité, toute décence et surtout toute
culture à ceux qui sont pauvres et renvoyés là encore à l’état
de nature, de non-civilisés. Enfin, cet imaginaire victimaire
n’existe pas sans « faire le procès » de quelqu’un ou d’un
groupe ciblé et, comme il s’agit d’un imaginaire mélodramatique, les arbitrages y sont toujours sommaires et basés
sur l’affect. On retrouve la manie du procès de l’art contemporain : son esprit de litige, l’obsession de chercher la faute
et de « dénoncer ».
Vous écrivez : « Nous sommes capables d’entendre que
Descartes était sexiste, que Hobbes était freak control,
que Voltaire était un salaud, qu’Hugo était raciste,
Cendrars dégueulasse (…), nous avons tant besoin de
nous renier pour croire en quelque chose, tant besoin
de nous vider afin de faire place pour l’homme sans
histoire »… Quel est cet homme sans histoire ?
C’est l’homme qui ne veut pas d’ennuis, qui se pense sans
préjugés et sublimement désintéressé, ce que seuls les plus
favorisés peuvent s’autoriser. En dressant le portrait caricatural d’un dominant qui serait blanc, raciste, sexiste et colonialiste, l’intersectionnalité et ses innombrables traductions
artistiques dessinent en creux un idéal de victime : victime
qu’on ne pourrait plus contredire et qui bénéficierait d’une
impunité. Au titre de son ressenti, on pourrait ne plus être
contredit, exiger tous les droits et s’affranchir des règles de
la cité… Au théâtre, on relit désormais les classiques de Bizet,
Racine ou Marivaux à travers des filtres intersectionnels qui
procèdent à une expurgation, afin de les rendre « sans histoire », prêts à la consommation. De ce point de vue, la mise
en scène est souvent une mise hors scène de ce qui, dans les
grandes œuvres, et pour cause, résiste à ce paramétrage. Il
faut désormais se demander ce qui est mis hors scène quand
on va voir une mise en scène : si on étudie « La reprise », de
Milo Rau, c’est un spectacle qui parle avant tout de sa propre
impossibilité à représenter. Malgré les apparences, ce spectacle est « artistiquement correct ». Pas parce qu’il dénonce
l’horreur homophobe, mais parce qu’il le fait en se protégeant derrière des attendus intersectionnels et racialisés,
donc en occultant une réflexion universaliste sur l’homophobie. L’art s’expose aujourd’hui très fortement au politiquement correct, car il se définit d’abord comme politique §
PROPOS RECUEILLIS PAR CLÉMENT PÉTREAULT
Le Point 2418 | 3 janvier 2019 | 109
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CHRONIQUE
Rentrez ou taisez-vous
sur nos sorts !
PAR KAMEL DAOUD
U
ne expérience étonnante : l’auteur de ces lignes a écrit,
en Algérie, pour un journal algérien, une chronique sur
la tragédie de l’ennui. Chaque semaine, la mer rejette
des dizaines de cadavres de jeunes qui essaient de fuir non
le manque de pain mais le manque de sens et de joie. Chaque
plage est désormais un versant de cimetière parce que le pays
est vieux et s’enfonce dans les condoléances mémorielles et
l’éloge du passé. La réaction, sur Twitter, à cette chronique
intitulée « Question sérieuse : que faire de
son temps en Algérie ? », a été virulente. De
la part des Algériens ? Non. Après vérification, il s’avère que l’écrasante majorité des
insultes et menaces reçues arrive de France.
Certains immigrés, des Français d’origine
algérienne, des exilés n’ont pas accepté cette
« atteinte à l’image de l’Algérie ». Pas l’image
du réel, mais l’image du pays que certains
cultivent dans une sorte de remake pauvre
de la « nostalgérie ». L’image fantasmée du
pays que certains ont fui, où ils ne reviennent
qu’en touristes ou jamais, ou avec la grimace
méprisante qui commence à l’aéroport.
Ce fut un déluge d’arguments hallucinants. D’abord, « il ne faut pas parler ainsi de l’Algérie car cela
sert nos adversaires racistes en France ». L’argument est une
nuance sournoise du mépris : cela veut dire que je ne dois
pas écrire en Algérie ce qui arrive dans mon pays, ce que je
vis, pour préserver le narcissisme blessé de quelques immigrés ou exilés. En plus clair : crevez, mais ne dénoncez pas,
car cela incommode notre image, notre ego communautaire.
Un autre argument ? « Le tourisme existe en Algérie, j’y vais
chaque été. » Bien sûr, cela est possible : avec 500 euros échangés au marché noir à 1 euro contre 210 dinars, le loisir
« existe ». Un exilé me photographia même son plat dans
un restaurant algérois, oubliant qu’Alger n’est pas l’Algérie.
Une autre, vivant à Paris, libre de son corps et de ses mou-
vements, m’expliqua que ses cousines avaient Internet ! Le
salaire minimum atteignant à peine 200 euros par mois
pour l’Algérien, il est facile de revenir en été, se loger dans
un 5-étoiles à Alger et décréter que le pays va bien et que
ceux qui dénoncent la misère sont des traîtres. Traîtres pourquoi ? « Pour avoir des papiers. » Ces papiers que ces exilés
possèdent déjà, heureux du passeport rouge mais crachant,
en intime, sur le drapeau qui va avec.
« La France n’est pas le paradis non plus »,
m’a-t-on écrit. Mais alors pourquoi y rester
et pourquoi ne pas s’y investir et lutter pour
rendre ce pays heureux ? Pourquoi avoir
quitté l’Algérie si, contrairement à ce que
je dis, l’Algérie va si bien ? Fuit-on jamais le
paradis pour vivre en enfer parisien ?
Et pourquoi ne jamais revenir ?
Deux chiffres : cette semaine, on a compté
20 morts, brûlés ou noyés en haute mer au
large d’Oran. La chaloupe de 29 passagers
clandestins vers l’Espagne avait pris feu.
On en sauva 9. Cette « communauté » si
narcissique ne s’est pas émue de cette tragédie, comme elle le fit pour son « souci
d’image ». Un autre chiffre ? En 2017, l’Algérie n’a reçu que
2,1 milliards de dollars en transfert de devises par sa communauté à l’étranger, loin derrière le Nigeria (22 milliards),
l’Egypte (20 milliards) et le Maroc (7,5 milliards de dollars).
La raison est qu’on ne fait pas confiance à ce pays, qu’on préfère le marché noir aux banques. On ne place pas son argent
dans ce pays, on fait fuir ses enfants, on s’installe en France
pour mieux jouer l’Algérien et rêver de l’Algérie.
L’exil est dur et douloureux, mais il ne faut pas le transformer en refus de vivre ou en intégrisme. Jouer aux commissaires politiques contre les autochtones qui démentent
ce souvenir idéalisé de la terre natale est un aveu d’échec
intime. Alors, aidez-nous ou aidez-vous avec votre silence §
Pourquoi avoir quitté l’Algérie si l’Algérie va si bien ?
Fuit-on jamais le paradis pour vivre en enfer parisien ?
110 | 3 janvier 2019 | Le Point 2418
ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT »
Comment une chronique dénonçant le manque de loisirs en Algérie a déclenché un procès en traîtrise.
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