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Le Point - 31.01.2019

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L 13780 - 2422 - F: 4,90 €
Intelligence artificielle Le grand Alexandre Benalla Le Shed Frisson
voyage de Gaspard Kœnig
La vie d’après
new-yorkais
Aron
Raymond
Le penseur
pour résister
à la bêtise
Pourquoi il a
(encore) raison,
par Nicolas Baverez
Le témoignage de sa fille,
Dominique Schnapper
Le philosophe à Paris,
en juillet 1983.
Les Gafa (et l’Etat) contre la liberté de la presse
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www.lepoint.fr Hebdomadaire d’information du jeudi 31 janvier 2019 n° 2422
Photo Michel Gibert, non contractuelle.
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L’éditorial de Franz-Olivier Giesbert
Comment les démocraties finissent
La France est un pays étrange où, quand surviennent des crises économiques et sociales, il y a toujours des consensus pour… refaire les institutions !
Une manière d’ajouter encore plus de désordre aux
difficultés du moment.
Quel est le rapport avec la choucroute ? Qui peut
croire sérieusement que l’avènement d’une VIe République résoudrait la crise des gilets jaunes ? Tel est le
dernier délire à la mode, comme s’il suffisait de rédiger une nouvelle Constitution (la quinzième, quatorze ayant été appliquées) pour que les contestataires
quittent leurs ronds-points et retournent vaquer à
leurs occupations.
Pour faire bon poids, les esprits faux, espèce
en voie de prolifération, proposent aux Français de se vautrer dans une sorte de fébrilité « démocratique » en s’adonnant à la « référendite » grâce au
référendum d’initiative citoyenne (RIC) et au référendum révocatoire (RR) qui nous permettraient de vivre
sous le régime de la campagne électorale permanente
en votant à tout bout de champ, matin, midi et soir.
Avec, il va de soi, des taux d’abstention record.
La doxa nous interdit de dire du mal de ces débilités que sont le RIC et surtout le RR, machine à faire
tomber les élus : elles sont dans l’air du temps où
triomphe le populisme, c’est-à-dire la démagogie, et
où l’on a oublié que trop de démocratie tue la démocratie. Démocratie, que de bêtises on commet en ton
nom !
La Constitution de la Ve République est une
magnifique construction qui fonctionnerait à
merveille si nous ne l’avions pas saccagée en décidant
notamment, par référendum, en 2000, de réduire le
mandat du chef de l’Etat de sept à cinq ans : ainsi avonsnous abaissé la fonction présidentielle tout en américanisant notre système politique, désormais condamné
au court-termisme.
Dans la foulée, notre société ne cesse d’affaiblir
toutes les catégories d’élus, souvent considérés comme
des « profiteurs », voire des « pourris. » D’où la proposition stupide du RR qui permettrait de les révoquer
à tout moment, là encore par référendum, sacré solution miracle. Voilà le monde où nous allons, sous le
signe d’Orwell : le samedi, c’est gilets jaunes ; le dimanche, référendum ; le lundi… RTT.
Un problème se pose ? Pour le régler, faisons un référendum ! A croire que le référendum
permettra de relancer la croissance, créer des emplois,
réformer l’école, supprimer les gaspillages, engager
la baisse des dépenses publiques, réduire l’endettement du pays, remettre en état de marche un Etat
obèse. On se pince.
La démocratie n’est pas un droit immuable,
mais un combat de tous les instants. Nous
autres Français, nous sommes convaincus que notre
pays est la mère patrie de la démocratie et des droits
de l’homme. A juste titre. Mais, par pitié, n’oublions
pas que nous sommes aussi la mère patrie de la minorité agissante qui, avec l’aide de la populace, autrement dit quelques milliers de sans-culottes
robespierristes et avinés, fut à l’œuvre pendant la
Révolution française.
L’histoire de la Révolution française est
l’histoire d’un rapt perpétré par un groupe préléniniste – la Montagne, aidée par les Jacobins – contre
la Gironde, sorte de social-démocratie avancée et régionaliste avant l’heure. C’est un scénario que l’on a
pu observer ensuite dans toutes les révolutions, en
Russie et ailleurs : quand la machine est lancée, ce sont
toujours les extrêmes qui gagnent, dans les flots de
sang qu’ils n’hésitent pas à faire couler.
« Paris est opprimé par les tyrans. » Des « tyrans » : tel était le nom qu’avait osé donner aux Montagnards robespierristes le Rennais Jean-Denis
Lanjuinais, un républicain libéral, à la tribune de la
Convention nationale, électoralement dominée par
les modérés, au milieu des coups de poing et de pistolet des extrémistes décidés à prendre le pouvoir
par tous les moyens (justifiés par les fins, dirait plus
tard Lénine).
Même avec ses beaux principes pleins la bouche,
la Révolution française n’avait, hélas, que faire de la
démocratie. La preuve : elle a fini par guillotiner les
chefs des Girondins qui constituaient un groupe puissant à la Convention !
Dans son livre « Comment les démocraties
finissent », paru en 1983, notre ami Jean-François
Revel racontait le lent et lâche affaissement des démocraties devant la force brute de l’impérialisme soviétique. En perte de vitesse dans un monde fasciné par
les populistes ou les tempéraments autoritaires à la
Poutine, il est temps que la démocratie se reprenne et
cesse de donner des gages à ses ennemis qui veulent,
avec des référendums à tout-va et une assemblée constituante, la dépiauter vivante §
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 5
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SOMMAIRE2422
Etonnant voyageur que ce Gaspard
Kœnig. Débarquant de temps en temps
au journal avec une petite valise, en
provenance d’on ne sait où, et repartant
vers une autre destination, complotant
toujours pour une nouvelle libération
d’on ne sait quoi : des données
personnelles, du travail, du capital,
de l’information, de tout… Ce Simon
Bolivar du libéralisme est avant tout
une tête : il faudrait deux ou trois vies à
la plupart d’entre nous pour engranger
autant de lectures et d’expériences.
Normalien, philosophe, essayiste,
chroniqueur, créateur d’un think-tank,
Génération libre et… reporteur d’idées
pour Le Point.
Il y a deux ans, ce cerveau nomade était
parti sur les traces des « Aventuriers
de la liberté », des amateurs d’armes et
de cannabis en Amérique aux hackeurs
berlinois en passant par les couloirs
policés de l’Organisation mondiale du
commerce – qu’il avait réussi à trouver
enthousiasmants – et même une prison
ouverte en Finlande (1)…
Aujourd’hui, c’est une série sur
l’intelligence artificielle qu’il débute
(lire p. 111). Son obsession ? Découvrir
le destin de notre libre arbitre, dont
Yuval Noah Harari, dans son best-seller
« Homo deus » (2), prédit la disparition
lorsque la fameuse IA aura atteint
la maturité. Des mois d’enquête,
120 spécialistes parmi les plus grands
rencontrés, de Pékin à San Francisco,
de Tel-Aviv à Cambridge, dont
Yann LeCun, Lee Kai-Fu, Nassim Taleb
ou encore Stuart Russell. En six
épisodes (3), Gaspard Kœnig tente
de savoir ce que nous allons devenir, au
milieu de cette grande fantasmagorie
nommée IA. L’aventure commence §
Etienne Gernelle
1. Série à retrouver sur lepoint.fr
et dans un essai du même nom
publié chez Plon.
2. Albin Michel, 2017.
3. Un livre, aux Editions de l’Observatoire,
paraîtra en septembre.
8 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
46
Raymond Aron, le penseur pour résister à la bêtise
30
Les Gafa (et l’Etat) contre la liberté de la presse
40
La nouvelle vie d’Alexandre Benalla
78
Le Shed, l’anti-musée new-yorkais
111
Intelligence artificielle :
le grand voyage de Gaspard Kœnig
BORIS LIPNITZKI/ROGER-VIOLLET - ILLUSTRATIONS DUSAULT/LE POINT - ABACA - BEYER/PROJECT DESIGN DILLER SCOFIDIO/RENFRO/LEAD ARCHITECT/ROCKWELL GROUP/COLLABORATING ARCHITECT
Un reporteur d’idées
sur les traces de
l’intelligence artificielle
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46
Intelligence artificielle Le grand Alexandre Benalla Le Shed Frisson
voyage de Gaspard Kœnig
La vie d’après
new-yorkais
78
84
www.lepoint.fr Hebdomadaire d’information du jeudi 31 janvier 2019 n° 2422
Aron
Raymond
85
Le penseur
pour résister
à la bêtise
Le philosophe à Paris,
en juillet 1983.
88
BRUNO DE MONÈS/ROGER-VIOLLET. JULIEN FAURE POUR « LE POINT »
Pourquoi il a
(encore) raison,
par Nicolas Baverez
Le témoignage de sa fille,
Dominique Schnapper
86
Les Gafa (et l’Etat) contre la liberté de la presse
11
12
L’éditorial
de Franz-Olivier Giesbert
La chronique de Patrick Besson
Les éditoriaux de Luc de Barochez,
Pierre-Antoine Delhommais,
Jean-François Bouvet
16
LE POINT DE LA SEMAINE
Benjamin Griveaux gaffe…
devant son prof
30
ÉDITORIAL
Les Gafa (et l’Etat) contre la liberté
de la presse, par Etienne Gernelle
5
34
40
FRANCE
Et Marine Le Pen
sortit du train-train
La nouvelle vie d’Alexandre Benalla
59
EN COUVERTURE
Raymond Aron,
le penseur pour résister à la bêtise,
par Nicolas Baverez
Dominique Schnapper :
« Il a été condamné
par le monde intellectuel »
Raymond Aron :
« Je ne supporte pas
de me courber »
Le moment aronien
60
66
MONDE
Et pourtant, la Belgique tourne !
Le vrai visage de l’Iran
68
SOCIÉTÉ
Minimalisme : faites le vide !
46
52
56
72
ÉCONOMIE
La famille Sackler,
les milliardaires de la douleur
90
92
CULTURE
Art : le Shed, l’anti-musée
new-yorkais
Cinéma (« Si Beale Street
pouvait parler ») : amour total
à Harlem
Cinéma : pourquoi
vous allez adorer « La favorite »
Essai (J. Stocklassa) : Stieg Larsson
et le mystère Olof Palme
Roman (C. E. Morgan) : l’Amérique
au galop
Hommage : le grand Michel,
par Marc Lambron
Brèves
TENDANCES
94 Evasion : à Marrakech (Maroc),
Ronsard en son palais
97 Table : Frédéric Duca
(Rooster, à Paris)
98 Mode : le meilleur des défilés
homme
102 Auto : le Salon Rétromobile
104 Marché de l’art
106 Bridge & mots croisés
108 Le bloc-notes de Bernard-Henri Lévy
111
111
118
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LE POSTILLON
Hanouna et les tartufes,
par Sébastien Le Fol
Voyage au cœur de l’intelligence
artificielle, par Gaspard Kœnig
Je ne rêve pas d’être vénézuélien,
par Kamel Daoud
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NY 11430. Copyright Le Point 2019. Origine
géographique du papier : Allemagne, Italie,
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Ma rentrée
Patrick Besson
I
CAROLE BELLAICHE/ ÉDITIONS DE FALLOIS
l y a deux rentrées littéraires : une en septembre
pour les prix et l’autre en janvier pour les auteurs qui ont déjà eu un prix ou n’en espèrent
aucun. J’ai retenu trois livres de cette rentrée qu’on
appelait naguère la petite rentrée et qui est maintenant aussi grosse que la grande, celle de l’automne, où 567 romans sauf un manquent le
Goncourt. La littérature, ce monde de l’échec. Tous
les écrivains travaillent pour la postérité, où seulement un sur mille passera. Ça fait chaque fois
999 ratés. Qui, la vieillesse venue, se regarderont
avec accablement dans le miroir de leur narcissisme blessé avant de disparaître dans un inconfortable oubli.
Edouard Moradpour a vécu un roman russe en
Russie, il l’expose dans « Le jour où tout bascule »
(Fauves Editions, 18 euros). Le rideau de fer vient
de se lever sur la féroce anarchie eltsinienne dont
Edouard, publicitaire parisien d’origine iranienne,
espère profiter. Il ouvre une agence spécialisée
dans la communication politique. Ses objectifs :
s’enrichir et ne pas se faire braquer ou tuer. Et sortir, c’est-à-dire rentrer. Dans les boîtes de nuit les
plus époustouflantes de la capitale russe. Danses
peu habillées et contredanses
nues. Victime du syndrome
Bécaud (« … Devant moi marchait Nathalie… »), Edouard
rencontre Elena, plus jeune
et plus jolie que lui. Ils s’aiment, elle veut un enfant, pas
lui. Elle se suicide. C’est
tendre, net et noir comme une
nouvelle de Tchekhov, période Olga Knipper.
Olivier Martinelli, dans « Mes nuits apaches »
(Robert Laffont, 20 euros), raconte, avec l’aide des
illustrations de Topolino, son enfance bruyante,
son adolescence musicale et sa jeunesse musicienne. Une guitare est une mitraillette qui fait
tomber les filles. Fugues ratées et concerts confidentiels. Qui n’est jamais monté sur une scène ou
sur une chaise pour chanter ignore ce que c’est de
monter au feu, sauf les gens qui sont montés au
feu. J’aime beaucoup ce récit fruste et délicat où
revivent les années mortes (1980 et 1990).
« Vol d’hommes », de Marie Lebey (Editions de
Fallois, 18 euros), n’est pas l’histoire d’une femme
qui vole des hommes à d’autres femmes ou qui les
volent tout court, mais celle de la mort en avion
privé du père de la narratrice. C’est le sixième livre
de Marie Lebey, connue pour avoir couché avec le
chah d’Iran (« Dix-sept ans, porte 57 », 1986), épousé
Dominique Rocheteau (« Ballon de toi », 1987) et
oublié Modiano (« Oublier Modiano », 2011). Dans
ce nouveau livre, elle fait revivre la figure ultragaulliste de son père banquier du Sdece et surtout celle
de son ami Daniel, passé de la Résistance à la « barbouzerie » comme beaucoup de héros moustachus
en costume bleu marine du
gaullisme historique. La mystérieuse aventure terrestre,
achevée dans les airs, de ces
deux amis raides et louches
à la fois, est contée par Marie
Lebey avec une rigueur émue
toute militaire. Elle a la passion de la grande histoire qui
pousse dans les pots de la
petite §
Marie Lebey, auteure de « Vol d’hommes ».
La littérature, ce monde de l’échec. Tous les écrivains travaillent
pour la postérité, où seulement un sur mille passera.
Ça fait chaque fois 999 ratés.
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 11
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ÉDITORIAUX
Venezuela, « terre de grâce »
sacrifiée sur l’autel socialiste
par Luc de Barochez
L
a faillite du Venezuela est celle du populisme d’Etat. Le pays
latino-américain est potentiellement richissime. Il est assis
sur près du cinquième des réserves de pétrole de la planète.
Mieux que l’Arabie saoudite ! Sans compter l’or, la bauxite, le
fer, le nickel… Lorsque Christophe Colomb accosta dans la baie
de Maracaibo, en 1498, il baptisa « terre de grâce » cette contrée
luxuriante. La légende de l’Eldorado y est née. Il y a un peu plus
d’une génération, l’économie vénézuélienne produisait encore,
chaque année, autant de richesses que la France.
Ce pays béni des dieux est ruiné jusqu’à la moelle. L’inflation n’a plus rien à envier à l’Allemagne des années 1920. Son
taux a atteint 1,7 million pour cent l’an dernier ; pour 2019, le
Fonds monétaire international prévoit 10 millions. Le produit
intérieur brut s’est effondré de moitié, le chômage a explosé,
touchant le tiers de la population. Les hôpitaux n’ont plus de
quoi soigner les malades, les supermarchés sont vides, Caracas
est devenue la capitale mondiale du meurtre.
A 18,6 pour mille, le taux de mortalité infantile a dépassé celui de la Syrie. Le peuple a voté avec ses pieds. Plus de 3 millions
de personnes – soit 1 Vénézuélien sur 10 – ont émigré ces dernières années. Pour entraîner ce terrifiant retour en arrière, il
a suffi de deux décennies de « socialisme du XXIe siècle » mis en
œuvre par le président Hugo Chavez, décédé en 2013, puis par
son successeur, Nicolas Maduro. Une telle débâcle dans un Etat
développé n’a aucun précédent connu.
L’expérience désastreuse prouve que le populisme de gauche
n’est pas moins toxique que celui de droite. Les recettes simplistes de Chavez et Maduro – redistribution à tout-va, sans
souci de l’appareil productif ni du lendemain – sont celles-là
mêmes que promeuvent en France Jean-Luc Mélenchon et ses
partisans. Le dirigeant de La France insoumise, qui clame son
soutien aux fossoyeurs du Venezuela, voyait dans leur programme « une source d’inspiration » pour son parti. Pendant sa
campagne présidentielle de 2017, il proposait même de faire
adhérer la France à « l’Alliance bolivarienne ». Quelle clairvoyance !
Mélenchon incrimine « l’impérialisme des Etats-Unis » dans
les tribulations du pays latino-américain. C’est là confondre la
conséquence avec la cause. Si le Venezuela est l’enjeu géopolitique mondial de ce début de 2019, c’est parce qu’il a, par la faute
de ses dirigeants, perdu tout contrôle sur son destin. Il est devenu un pion entre les mains des régimes autoritaires qui lui
apportent leur caution pour mieux tirer profit de ses malheurs.
Les recettes simplistes
de Chavez et Maduro sont
celles que promeut en
France Jean-Luc Mélenchon.
Jean-Pierre soupçonnait la Russie d’avoir piraté son épouse.
12 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
ILLUSTRATION : JEAN POUR « LEPOINT »
Ruiné par des kleptocrates, le pays peut-il renouer
avec la démocratie ?
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Pékin et Moscou se procurent du pétrole à prix bradés en échange
de prêts financiers. La Russie, tout à ses rêves de superpuissance, voit dans le Venezuela une base pour ses bombardiers
afin de défier les Etats-Unis dans leur espace proche. Elle vient
d’envoyer des mercenaires privés pour appuyer Maduro. Les
autres soutiens internationaux de Caracas – Turquie, Iran, Bolivie, Nicaragua, Cuba – espèrent récolter quelques lambeaux
du cadavre à dépecer.
Le Venezuela est victime en premier lieu des kleptocrates
qui le gouvernent et qui exploitent ses richesses sans vergogne.
Dans un livre paru en 2016, « El Gran Saqueo », l’ancien président de la Commission vénézuélienne antidrogue Carlos Tablante dénonçait le « grand pillage » perpétré par la clique au
pouvoir « au nom des pauvres ». D’après ses estimations, sur
1 000 milliards de dollars de recettes (vente de pétrole et crédits
internationaux) obtenus depuis 2004 par le Venezuela, 300 milliards ont disparu de manière inexpliquée, la plus grande partie sur des comptes à l’étranger. Pas étonnant que les généraux
auxquels Maduro a accordé de vastes concessions minières et
pétrolières comptent parmi ses derniers soutiens. Selon le Trésor américain, le ministre de la Défense, Vladimir Padrino, est
l’un des principaux bénéficiaires du trafic de drogue, fabriquée
à partir de la coca de la Colombie voisine et réexportée vers
l’Europe et l’Amérique du Nord.
Maduro et ses proches ont perdu toute légitimité démocratique depuis qu’ils ont fait élire en 2017 un Parlement « alternatif », sans participation de l’opposition, lors d’un scrutin manipulé.
Cette chambre « constituante » s’est arrogé les pouvoirs législatifs de l’Assemblée nationale, élue en 2015 dans les dernières
élections à peu près libres qui se sont tenues dans le pays et qui
avaient été remportées par le centre droit. Le président de l’Assemblée nationale, Juan Guaido, qui a prêté serment comme
chef de l’Etat par intérim le 23 janvier, en attendant de nouvelles
élections libres, est le seul dirigeant légitime aujourd’hui. Son
geste audacieux a transformé l’enjeu : il ne s’agit plus seulement
de pauvreté, de famine et d’hyperinflation, mais de pouvoir et
de démocratie. Les pays européens, France en tête, ont raison de
le soutenir. N’en déplaise à Mélenchon et consorts §
Le zéro pointé des Français en économie
L’ignorance des citoyens souligne le paradoxe
de certaines revendications, notamment fiscales.
par Pierre-Antoine Delhommais
S
i les premiers jours du grand débat national indiquent très
clairement que les Français se passionnent pour l’économie,
ce qui est à la fois réjouissant et rassurant, ils témoignent aussi,
ce qui l’est beaucoup moins, de leur haut degré d’inculture dans
cette matière. Une enquête Ifop-Fiducial réalisée en octobre 2017
pour le compte de la Fondation Concorde avait déjà permis de
constater, au vu des résultats d’un QCM qui leur avait été soumis, que leurs connaissances sont pour le moins limitées.
C’est ainsi que 63 % des personnes interrogées n’ont pas la
moindre idée du niveau du PIB de la France, de même que 65 %
d’entre elles ignorent que la dette publique se situe aux alentours
de 2 000 milliards d’euros (13 % l’estiment même à 500 milliards
d’euros et 11 % à 20 000 milliards d’euros !). Seul un Français sur
deux connaît le montant du smic, et un sur quatre celui des
charges salariales payées par une entreprise. Il se trouve également, de façon assez déroutante, 38 % de Français pour juger
« bonne » la situation de notre commerce extérieur, qui enregistre
pourtant depuis 2005 des déficits tout à fait considérables (64 milliards d’euros en 2017). Au total, sur neuf questions posées, seuls
6 % de Français ont été en mesure de fournir au moins sept bonnes
réponses, tandis que 70 % d’entre eux n’ont même pas eu la
moyenne et ont donné moins de quatre réponses exactes.
Peut-être plus grave et inquiétant encore : malgré ces scores
piteux qui prouvent indéniablement le contraire, près d’un Français sur deux (46 %) considère qu’il a des connaissances solides
en économie. A la question : « Vous, personnellement, diriez-vous
que vous êtes très à l’aise, assez à l’aise, peu à l’aise ou pas du tout à
l’aise avec les sujets relatifs à l’économie en général (PIB, dette, smic,
taux de chômage, activité des entreprises, etc.) ? », 7 % des personnes
interrogées répondent « très à l’aise » et 39 % « assez à l’aise ».
Il serait toutefois très injuste de reprocher aux Français leur
faible niveau en économie, qui n’est enseignée au lycée que de
façon anecdotique et, comme l’ont souligné de multiples rapports jamais suivis d’effets, assez désastreuse, à la fois trop théorique et idéologiquement très orientée (antilibérale et
keynésiano-marxiste). Pas vraiment étonnant quand on connaît
le mépris souverain affiché depuis toujours par nos « élites » pour
une discipline jugée par elles mineure et impure, en comparaison des mathématiques, du droit ou encore des lettres, et de surcroît dangereusement sous influence « anglo-saxonne ». La
prestation totalement ratée de Marine Le Pen lors du débat de
l’élection présidentielle avait d’ailleurs magnifiquement illustré la formidable incompétence, en économie, de l’immense majorité de nos dirigeants politiques, de gauche comme de droite.
Toujours est-il que cette inculture économique, également
répartie dans toutes les catégories de la population française, a
aussi de quoi rendre très dubitatif sur les solutions nouvelles et
ingénieuses que le grand débat national est censé apporter à la
crise que traverse le pays. Par exemple en matière de justice fiscale, revendication majeure des gilets jaunes. Une édifiante enquête Harris Interactive pour l’Institut fiscal Vauban, publiée
par L’Opinion, vient de refléter l’extraordinaire méconnaissance
que les Français ont de l’impôt sur le revenu et la non moins extraordinaire confusion mentale qui en résulte. Partant du cas
d’un célibataire sans enfant gagnant 2 000 euros net par mois et
acquittant donc environ 1 600 euros d’impôt annuel sur le revenu, l’institut de sondages a demandé aux Français quel « juste »
montant d’impôt devrait payer à leurs yeux un autre …
Seul un Français sur quatre
connaît le montant des
charges salariales payées
par une entreprise.
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 13
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ÉDITORIAUX
contribuable, également célibataire et sans enfant, mais
disposant de revenus trois fois supérieurs, soit 6 000 euros par
mois. Une majorité d’entre eux (53 %) ont répondu qu’il devrait
« idéalement » acquitter un montant trois fois supérieur (4 800 euros), alors que, compte tenu des barèmes actuels, c’est un montant encore trois fois supérieur qu’il paie en réalité (13 000 euros).
La même question leur a été posée pour une personne gagnant
20 000 euros net par mois, soit dix fois le salaire pris comme référence : 57 % des Français ont répondu que ce riche et bienheureux citoyen devrait payer « idéalement », dans un système juste,
dix fois plus d’impôt sur le revenu (16 000 euros), alors que, dans
les faits, il en paie actuellement cinq fois plus que la somme envisagée (80 000 euros). On arrive donc à ce résultat absurde où
les Français se révoltent parce que les riches ne paient pas, à leur
goût, assez d’impôt mais en même temps préconisent, par souci
de plus grande justice fiscale, qu’ils en paient concrètement à
l’avenir beaucoup moins qu’aujourd’hui.
Dans une tribune – très critique – sur le grand débat national
publiée dans Les Echos, le Prix Nobel d’économie Jean Tirole écrit
que « la manière dont les citoyens français entrevoient les conditions
économiques s’inscrit rarement en phase avec la réalité ». C’est le moins
qu’on puisse dire §
…
Ce qui nous sépare
vraiment du ouistiti
par Jean-François Bouvet*
A
quoi devons-nous la supériorité de nos capacités cérébrales
par rapport à celles de nos cousins primates, des grands singes
au ouistiti ? Selon une théorie largement répandue, cette supériorité serait due au développement spectaculaire de notre néocortex – une couche de matière grise recouvrant notre cerveau
– par rapport à celui des autres espèces. Bien que l’idée tire son
origine d’études peu fiables réalisées dans les années 1980, elle
s’est d’autant plus facilement imposée comme un dogme que le
néocortex est impliqué dans des fonctions aussi « nobles » que
l’intégration des informations et la cognition. Las, pour séduisante qu’elle soit, cette idée reçue n’en est pas moins fausse : elle
vient d’être invalidée par des scientifiques de l’Institut de biologie François-Jacob, dans une publication de la revue NeuroImage.
Ces chercheurs ont comparé en imagerie par résonance magnétique le cerveau humain à ceux du macaque, du ouistiti et
du microcèbe, un petit lémurien de Madagascar. Leur conclusion est sans appel : quelle que soit l’espèce étudiée, le néocortex
représente toujours en volume à peu près le même pourcentage
de l’ensemble du cerveau, soit environ 56 %, et ce y compris chez
le microcèbe, dont le cerveau ne pèse que 2 grammes. Ce n’est
donc pas dans un développement privilégié, au cours de l’évolution, du néocortex par rapport à l’ensemble du cerveau que réside l’explication de l’excellence des capacités cérébrales humaines.
14 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
Pour les chercheurs de l’Institut François-Jacob, ce qui nous
différencie des autres primates, c’est plutôt la quantité de substance blanche, cette partie de notre cerveau contenant les fibres
permettant à ses différentes régions de communiquer entre elles.
Non seulement le ratio entre le volume de substance blanche et
celui de l’ensemble du cerveau varie selon les primates, mais il
semble corrélé à leur niveau de développement cérébral et cognitif : faible chez le microcèbe, il est intermédiaire chez le ouistiti et maximal chez l’homme. C’est donc le développement de
la substance blanche – la sophistication des réseaux de neurones
– plutôt que celui de la substance grise du néocortex qu’a privilégié l’évolution pour aboutir au cerveau humain. Bref, en neurobiologie comme ailleurs, un dogme peut en chasser un autre.
Paradoxalement, c’est sans doute dans cette révision du dogme
que l’on peut voir la meilleure preuve de l’écrasante supériorité
humaine en matière cérébrale : lorsque la science invalide un critère censé objectiver cette supériorité, notre espèce se révèle capable d’en trouver aussitôt un autre. Le seul dogme qu’elle n’est
pas près de mettre en doute, c’est finalement celui de l’excellence
de son cerveau par rapport à celui de ses cousins primates §
*
Docteur en neurobiologie.
C’est la sophistication des
réseaux de neurones qu’a
privilégiée l’évolution pour
aboutir au cerveau humain.
ILLUSTRATION : TARTRAIS POUR « LE POINT »
Contrairement à une idée reçue, notre néocortex
n’est relativement pas plus développé que celui
d’autres primates, ont démontré des chercheurs.
S’il vous plaît,
attendez la sonnerie pour changer de place !
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Le point de la semaine
PAR MICHEL REVOL, FABIEN ROLAND-LÉVY ET LES SERVICES DU « POINT »
Jean-Dominique Senard
65 ans - Le patron de Michelin
remplace Carlos Ghosn au
poste de président de
Renault. Thierry Bolloré est
confirmé au poste de
directeur général.
Adrien Taquet
42 ans - Le député LREM des
Hauts-de-Seine devient secrétaire d’Etat à la Protection
de l’enfance. Il sera remplacé
à l’Assemblée nationale par
Bénédicte Pételle.
Elisabeth Moreno
48 ans - Ex-patronne de
Lenovo France, numéro un
mondial des PC, la FrancoCapverdienne est nommée
directrice générale de Hewlett
Packard (HP) Afrique.
EN PANNE
Julien Courbet
53 ans - L’animateur télé a été
condamné en appel à une
amende de 10 000 euros pour
complicité d’atteinte à la vie
privée, après un reportage
diffusé sur TF1.
Hervé Ryssen
51 ans - Le militant d’extrême
droite a été condamné, en
première instance, pour
négationnisme à une peine
d’amende pouvant se transformer en emprisonnement.
Thierry Henry
41 ans - L’entraîneur de l’AS
Monaco a été démis de ses
fonctions un peu plus de trois
mois après son arrivée au
club. L’ASM est avant-dernier
du classement de Ligue 1.
16 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
Griveaux gaffe… devant son prof
Une des plus célèbres boulettes de Benjamin Griveaux a
une histoire particulière. Sur France Inter, le 15 novembre
2018, le porte-parole du gouvernement attribue à l’historien résistant Marc Bloch la notion de « pays réel », opposé
au « pays légal », en réalité le mantra de l’écrivain nationaliste et antisémite Charles Maurras. Et ce devant Nicolas
Demorand… son ancien professeur (en médaillon) ! A la fin
des années 1990, le journaliste enseigne la culture générale dans la prépa privée parisienne Ipesup, notamment
au jeune Benjamin, aujourd’hui honteux de sa confusion :
« Dans ses cours, Demorand ne parlait que de Julien Benda et
de Marc Bloch ! Quand je fais l’erreur, il est le premier à le savoir, il doit me buter en direct ! Pourtant, il ne le fait pas. » Devant l’aplomb de Griveaux, Demorand doute un instant.
Une éternité en interview radio. Par SMS, le journaliste
s’en amuse aujourd’hui : « C’est toujours la faute du prof ;) » §
Ce macroniste ami de Wauquiez
Le 24 janvier, à Valence, où Emmanuel Macron était venu participer à un
débat avec des maires en présence de Laurent Wauquiez, le chef de l’Etat et
le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes comptaient dans la salle
un ami commun : Jacques Mézard. Le sénateur radical de gauche du Cantal,
ex-ministre de la Cohésion des territoires, l’un des tout premiers soutiens
d’Emmanuel Macron, est aussi très ami avec le patron des Républicains. Ce
dernier a d’ailleurs bu du petit-lait quand Jacques Mézard s’est lancé dans
une charge virulente contre les 80 kilomètres/heure.
FRANCE INTER/ CAPTURE D’ÉCRAN (X2) – RETMEN/SIPA – ©FAURE/LEEXTRA VIA LEEMAGE – AFP/THOMAS SAMSON – JACQUES BENAROCH/SIPA – AFP/ERIC PIERMONT – KHANH RENAUD POUR « LE POINT »
EN FORME
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ILLÉGITIME...
LE CHIFFRE
DE PIERRE-ANTOINE
DELHOMMAIS
487
Les ordures ménagères enlevées
par les municipalités ont
représenté 249,24 millions de
tonnes en 2017 dans l’Union
européenne, selon Eurostat, soit
487 kilos par habitant. Ce poids
est en hausse constante depuis le
point bas historique de 478 kilos
atteint en 2014. C’est au
Danemark (781 kilos), à Chypre
(637 kilos) et en Allemagne
(633 kilos) qu’il est le plus élevé,
en Roumanie (272 kilos), en
Pologne (315 kilos) et en
République tchèque (344 kilos)
qu’il est le plus bas. Il s’établit en
France à 513 kilos.
CLAUDE PARIS/AP/SIPA – ILLUSTRATION : GOUBELLE POUR « LE POINT » – MUSÉE GRÉVIN
Léa Salamé au musée
Parmi sa promo, Thomas
Pesquet, Marcel Proust et
Guillaume Apollinaire. La
journaliste Léa Salamé fera
avec eux son entrée au musée
Grévin, à Paris, lors de sa réouverture en février. L’animatrice de France 2 et de la
matinale de France Inter
– la plus écoutée de France
(3,8 millions d’auditeurs
entre 7 et 9 heures) – a été
choisie en toute discrétion
lors d’un déjeuner par l’Académie Grévin, présidée par Stéphane Bern. Elle sera la seule
femme journaliste à avoir
droit à son double de cire. O. U.
Retailleau, le livre
Bruno Retailleau sortira son
premier livre le 13 mars.
Annoncé depuis des mois,
« Refondation » sera publié
... VRAIMENT ?
De Jean-Luc Mélenchon à Edwy Plenel en passant par certains gilets jaunes,
la légitimité d’Emmanuel Macron est contestée au motif qu’il n’aurait réuni
que 24,01 % des suffrages au premier tour de la présidentielle.
Jacques Chirac a pourtant fait moins bien, mais personne n’a jamais semblé
remettre en question sa légitimité. Quant à François Mitterrand, que Mélenchon
admire, son score en 1981 dépasse à peine celui de Macron.
Résultats du premier tour, depuis 1981, des futurs présidents.
JACQUES
CHIRAC
(2002)
JACQUES
CHIRAC
(1995)
EMMANUEL
MACRON
(2017)
24,01 %
19, 88 % 20, 8 %
Macron et le « bénard »
de Hollande
A l’automne 2012, une réunion a lieu à l’Elysée entre
François Hollande, chef de
l’Etat, Emmanuel Macron,
alors secrétaire général
adjoint de l’Elysée, et
Lakshmi Mittal. L’avenir
des hauts-fourneaux de
Florange, que le candidat
Hollande s’était engagé à préserver, est en jeu. Mais l’entrevue est un échec. Dans un
film truffé d’anecdotes que
Public Sénat diffusera le
16 février (« L’adieu à Solférino »), Arnaud Montebourg,
alors ministre de l’Economie,
relate les propos que lui rapporte Macron, dans son « vocabulaire de corps de garde
FRANÇOIS
HOLLANDE
(2012)
NICOLAS
SARKOZY
(2007)
FRANÇOIS
MITTERRAND
(1988)
25,9 % 28,63 % 31,18 %
Le podium des présidents élus avec le plus
de voix au second tour depuis 1981.
aux Editions de l’Observatoire. Le président du groupe
LR au Sénat promet d’y délivrer « le nouvel arsenal nécessaire à la droite ». L’ouvrage
est très attendu : Bruno
Retailleau fait aujourd’hui
figure de favori pour succéder à Laurent Wauquiez à la
tête des Républicains si ce
dernier était obligé de laisser
sa place au lendemain d’élections européennes catastrophiques, en mai.
FRANÇOIS
MITTERRAND
(1981)
34,1 %
Jacques Chirac 25,5 millions de voix en 2002
Emmanuel Macron 20,7 millions de voix en 2017
Nicolas Sarkozy 18,9 millions de voix en 2007
assez fleuri : “Le chef a baissé
son bénard”. » Déjà, le futur
président avait le sens de la
phrase qui dérange.
Bernanos et Coupat
avec les gilets jaunes
« Les mouvances ultradroite et
ultragauche ont été plus présentes (...) dans un état d’esprit
offensif », écrit la Direction du
renseignement de la préfecture de police, dans un bilan
des deux dernières manifestations des gilets jaunes à Paris, les 19 et 26 janvier. On y
lit que, par peur des représailles, les militants d’extrême droite qui assuraient
le service d’ordre se sont fait
discrets samedi, car les gauchistes envisageaient de
venger un des leurs, blessé
au nez dans un affrontement
avec les « fachos » la semaine
précédente : il s’agit d’Antonin Bernanos, condamné à
trois ans de prison en 2017
pour l’incendie volontaire
d’une voiture sérigraphiée,
qui défilait avec son frère et
Julien Coupat.
Les vœux de Valls
« Je ne vous oublie pas » : c’est
ainsi que Manuels Valls,
candidat à la mairie de
Barcelone, a conclu tous les
messages qu’il a envoyés à
ses anciens amis français,
qu’il soient élus ou exconseillers, à l’occasion
des fêtes de fin d’année.
Un sentimental, ce Valls.
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 17
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LE POINT DE LA SEMAINE
François-Xavier
Bellamy
Qui a dit : « Philosophiquement et compte tenu de ma
foi, je ne peux pas approuver l’avortement » ? C’est
François Fillon, le 22 juin
2016. Six mois plus tard,
il remportait la primaire
de la droite. En rappelant,
à l’instar de son modèle,
sa propre hostilité à l’IVG
– « une conviction personnelle » –, la nouvelle tête
de liste des Républicains
pour les européennes
adresse le même signal à
la cathosphère : amis
« tradis », cette liste est la
vôtre… En exagérant à
peine, disons que l’essentiel de la mission de François-Xavier Bellamy est
accompli. Certes, on
verra son regard azuréen
sur les estrades et les plateaux, on entendra son
timbre suave sur les antennes. Mais il n’est pas
question de lâcher le
jeune (33 ans) prof de
philo versaillais seul dans
la campagne. Symboles
d’une droite plus centrale
et plus laïque, ses colistiers veilleront au grain.
Et le président des Républicains l’a annoncé : on
le verra beaucoup
jusqu’en juin. Bellamy est
la locomotive, mais c’est
Wauquiez qui pilote §
FABIEN ROLAND-LÉVY
Dati « kiffe »
Belloubet
Rachida Dati
(photo) a été
invitée à déjeuner fin 2018
par Nicole Belloubet, qui
occupe dix ans après elle le
fauteuil de garde des Sceaux.
La députée européenne a
apprécié le geste de la
ministre de la Justice
d’Emmanuel Macron. « Elle
gagne à être connue », dit-elle.
Rachida Dati est, en revanche,
plus sévère avec Agnès
18 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
Buzyn. Elle juge la ministre
des Solidarités et de la Santé
« beaucoup plus carriériste ».
Parole d’experte…
Griveaux ne veut pas finir
comme Hollande
Faut-il garder le calendrier
prévu de la réforme de la
fonction publique ? Le
ministre de l’Europe et des
Affaires étrangères, Jean-Yves
Le Drian, craint que ce dossier
mette les fonctionnaires dans
la rue, à quelques semaines
des européennes. Et qu’il
remobilise les gilets jaunes.
Benjamin Griveaux, le porteparole du gouvernement,
plaide, lui, pour le maintien
du calendrier : « Notre capital
politique, c’est justement de faire
ce qui a été différé par les
gouvernements précédents.
Penser que ça se passera mieux
si on retarde les réformes, c’est
exactement ce qu’il ne faut pas
faire. Si on fait ça, on va finir
comme Hollande ! »
DEMARTHON/AFP –IROZ GAIZKA/AFP – HUGUEN/AFP – AFP (X 2) – ANADOLU AGENCY – MARIN/AFP – ARCHAMBAULT/AFP – FEFERBERG/AFP – CHRISTOPHE ARCHAMBAULT/AFP, GRAPHISME : CHRISTOPHE THOGNARD
À L’AFFICHE
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LE POINT DE LA SEMAINETECH&NET
LE MATCH DE LA SEMAINE
Disney et « Final Fantasy » contre les zombies
Contexte. Après la trêve de
Noël, la guerre des franchises
reprend ses droits sur PlayStation 4 et Xbox One. Le jeu
d’action-aventure « Kingdom
Hearts III », conçu par le
japonais Square Enix, et le remake de l’effrayant « Resident
Evil 2 », produit par le nippon
Capcom, ouvrent l’année
2019 pour 69,99 € chacun.
Concept. Alors que dans
« Resident Evil 2 » il faut survivre dans un commissariat
et une ville remplie de zombies, « Kingdom Hearts III »
mélange les univers de
Disney et de la série vidéoludique « Final Fantasy ».
Dingo, Mickey, Donald, Jack
Sparrow et bien d’autres
sont de la partie. Vainqueur :
« Kingdom Hearts III ».
Graphisme. Le remake est
splendide. Le travail de
remastérisation sur les cinématiques, la lumière et le son
décuple la peur. Vainqueur :
« Resident Evil 2 ».
Fun. Ambitieux et créatif,
le 3e épisode de la franchise
de Square Enix conclut une
trilogie haute en couleur,
qui emmène le joueur dans
les mondes de « Toy Story »,
« Winny l’ourson »,
« Hercule », « La reine des
neiges », « Monstres et Cie »,
« Raiponce » et « Pirates
des Caraïbes ». Vainqueur :
« Kingdom Hearts III ».
Histoire. Le second opus
de Capcom est un huis clos
urbain qui mêle rebondisse-
ments et suspense.
Vainqueur : « Resident Evil 2 ».
Verdict. Retrouver les
personnages et les univers
de Disney et de Pixar dans
une épopée rocambolesque
après quinze ans d’attente
amusera petits et grands.
Vainqueur : « Kingdom
Hearts III » § LLOYD CHÉRY
Ce facteur est un chien…
moment ANYbotics, société
suisse née à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich,
alliée à l’équipementier
allemand Continental, pour,
à terme, livrer des colis à domicile. Aucune date de sortie
n’a été annoncée pour
ce prototype, qui, équipé
d’une caméra à 360 degrés,
est déjà capable de porter
une charge de 10 kilos,
mais pas encore d’aboyer.
les prochains mois, tout en
gardant la majorité de cette
équipe en France. En revanche, le géant de la technologie, qui multiplie les percées
dans le secteur, comme une
meilleure formation des
pilotes d’hélicoptère grâce à
la détection automatique de
fautes d’attention,
s’interdit de mettre
au point des robots
tueurs. Pour Patrice
Caine (photo), PDG
de Thales,
cette position, également
défendue
Les mauvais payeurs ciblés
« Kingdom Hearts III »
VS
« Resident Evil 2 »
Non aux robots tueurs
Thales, qui emploie déjà
200 experts dans l’intelligence artificielle, souhaite
doubler ce nombre dans
20 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
Mise au point par le réseau
social Sina Weibo, cette carte,
accessible sur mobile, répertorie les personnes endettées
à 500 mètres à la ronde. Expérimentée dans la province
chinoise du Hebei, cette fonctionnalité n’est qu’un avantgoût du système de crédit
social, qui pourra, dès 2020,
évaluer le comportement
de 1,4 milliard d’habitants.
Le taxi volant de Boeing
Boeing a réussi le premier
vol d’essai de son prototype
de taxi volant, électrique et
autonome (photo). Son engin
de 9 mètres de longueur,
croisement entre un drone
et un avion monomoteur, est
équipé d’hélices propulsives
et de quatre rotors permettant de décoller verticalement. Son concurrent
Airbus avait déjà fait voler
un appareil autonome,
Vahana, il y a un an. Uber
est également dans la course
et travaille sur sa propre
plateforme de taxi volant. Ce
projet sera piloté en Europe,
à Paris, par le chercheur
français François Sillion §
PAGE DIRIGÉE PAR GUILLAUME GRALLET,
AVEC MICHEL REVOL
DISNEY PIXAR/SQUARE ENIX – CAPCOM – ANYBOTICS – MEIGNEUX/SIPA – DR
Ses quatre pattes lui
permettent de sauter d’un
camion autonome, de monter
des escaliers puis d’ouvrir
une porte : voici le chien
robot qu’expérimente en ce
par le gouvernement français
et le chercheur canadien en
IA Yoshua Bengio, demeure
essentielle pour « garder
l’homme dans la boucle ».
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LE POINT DE LA SEMAINESCIENCES
Espace de vie
L’INVENTION
EXOBIOLOGIE Des astronomes
ont trouvé du glycolonitrile
dans un système solaire en
formation. Comme cette
molécule est à l’origine des
composés organiques, sa
présence pourrait expliquer,
en partie, l’apparition de la
vie sur Terre (Monthly Notices
of the Royal Astronomical
Society).
Et la parole jaillit du cerveau
NEUROSCIENCES Pour la première fois,
Plantes au parfum
BOTANIQUE Les plantes ne font pas qu’exhaler
du parfum pour séduire les insectes pollinisateurs, elles peuvent aussi les sentir, même
sans nez ! En fait, les molécules odorantes
traversent la paroi des cellules végétales,
d’où elles filent jusqu’aux chromosomes
pour modifier l’expression de certains
gènes. Selon des chercheurs de l’université
Purification totale
cérébrale déjà rencontrée, il peut la reproduire
vocalement. Des tests positifs ont été réalisés
sur des patients traités chirurgicalement pour
l’épilepsie (Scientific Reports) § PAGE DIRIGÉE PAR
GWENDOLINE DOS SANTOS, AVEC FRÉDÉRIC LEWINO
de Tokyo, ce mécanisme permet aux
plantes de humer l’environnement pour se
préparer, par exemple, à l’attaque de prédateurs. Mieux : en utilisant les bons parfums,
les agriculteurs pourraient améliorer le rendement de leurs plantes (Journal of Biological
Chemistry).
Comment devenir invisible
VIROLOGIE Diablement malin, ce VIH. Dès
qu’il envahit une cellule, il enfile un
« masque » pour devenir invisible au système immunitaire. Concrètement, l’ARN viral détourne à son profit l’enzyme cellulaire
FTSJ3 pour être coiffé d’un groupe méthyle
tout comme les ARN cellulaires. Il est alors
intouchable par les interférons de type I
et peut donc se transformer en ADN pour
intégrer le génome de la cellule (Inserm).
CHIFFRES
300
millions de tonnes
C’est autant de CO2 que la marine
marchande éviterait de rejeter
annuellement dans l’atmosphère
si les coques des cargos étaient
équipées de dispositifs antitraînées et recouvertes d’antifouling.
1/3
Le taux de mutation observé chez
l’homme est d’un tiers moins
élevé que chez les grands singes.
En conséquence, la séparation de
nos lignées respectives est repoussée de 6,6 à 10 millions d’années (Nature Ecology & Evolution).
22 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
2 152 mètres
C’est la profondeur atteinte dans
la glace recouvrant l’Antarctique
occidental en utilisant de l’eau
chaude. Les instruments de mesure glissés à l’intérieur serviront
à mieux appréhender la fonte des
glaces (British Antarctic Survey).
TECHNOLOGIE Purifier l’eau est
un enjeu majeur dans les
pays en développement. Une
équipe de l’université de
Yangzhou a mis au point un
catalyseur capable d’éliminer 99,9999 % des agents pathogènes. Avec l’avantage de
ne recourir à aucun métal
lourd et d’utiliser l’énergie
solaire (Chem).
Œil de faucon
ORNITHOLOGIE Grâce à une caméra convertissant les UV en
lumière visible, on a une
meilleure idée de la vision
des oiseaux. Par exemple, là
où l’homme voit un feuillage
uniformément vert, l’oiseau
discerne la forme de chaque
feuille. Cela l’avantage pour
voler dans un feuillage et y
repérer sa nourriture (Nature
Communications).
Détournement de wi-fi
ÉNERGIE Nos smartphones
seront bientôt capables de
convertir les signaux wi-fi en
électricité. Plus besoin de
batterie. Les ingénieurs du
MIT ont créé un dispositif
pouvant transformer les
ondes électromagnétiques
en courant. Autre utilisation
possible : l’alimentation de
dispositifs médicaux implantables (Nature).
SCIENCE PHOTO LIBRARY – BIOSPHOTO – ROBERTHARDING
des neuro-ingénieurs ont élaboré
un dispositif électronique qui a
réussi à traduire des pensées en paroles intelligibles. L’objectif des
chercheurs de l’université Columbia était double : offrir de recouvrer
la parole aux victimes d’un accident les en ayant privées et améliorer la communication entre
l’homme et la machine. Pour parvenir à ce résultat, ils ont pris le
contre-pied des recherches menées
jusqu’à présent, qui tentaient de décrypter l’activité cérébrale engendrée par la parole. Ainsi, ils ont
utilisé un algorithme similaire à celui mis en œuvre par Amazon Echo et Apple
Siri pour répondre vocalement aux questions.
Celui-ci se borne à mémoriser chaque forme
d’activité cérébrale déclenchée par des mots.
Ainsi, quand le dispositif repère une activité
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LE POINT DE LA SEMAINE
Caroline de Monaco
et Clémence Guerrand.
Gilles Lellouche,
réalisateur consacré.
Le skipper vendéen
Jean-Luc Van den Heede.
De l’or pour Vanessa
James et Morgan Ciprès.
Bilal Hassani en route
pour l’Eurovision.
DÉCÉDÉS
À LA BAGUETTE
Avec le soutien de la princesse Caroline
de Monaco, la pianiste Clémence
Guerrand, présidente de Mawoma
(Music and Women Maestra, c’est-à-dire
Musique et femmes chefs d’orchestre),
vient de lancer le premier concours
international dévolu aux femmes chefs
d’orchestre. Elles ne sont que 21 à tenir
la baguette, pour 586 hommes.
CINÉMA
Gilles Lellouche a reçu le prix
Henri-Langlois du premier longmétrage réalisé par un comédien
devenu réalisateur pour « Le grand
bain ». Son film est aussi nommé
six fois aux César. Le comédien-cinéaste
est également nommé comme acteur
dans « Pupille ».
TOUR DU MONDE
A 73 ans, Jean-Luc Van den Heede vient
de remporter en deux cent onze jours
la Golden Globe Race, réplique du tour
du monde de 1968, à l’ancienne,
sans escale et sans assistance, partie
des Sables-d’Olonne en août 2018.
En quarante-deux ans de carrière,
c’est la première victoire du marin.
EN DOUBLE
Vanessa James et Morgan Ciprès
ont gagné la médaille d’or aux
Championnats d’Europe de patinage
artistique, leur premier titre
international. Pierre-Hugues Herbert
et Nicolas Mahut ont remporté la
finale du double de l’Open d’Australie.
ÉLITE
Le Bottin mondain a confié son
édition 2019 à l’illustrateur, peintre
et écrivain Hippolyte Romain.
L’annuaire compte 41 221 notices,
dont 7 417 personnes décorées et
9 085 membres d’un club ou d’un cercle.
ESPOIR
Bilal Hassani représentera la France
à l’Eurovision en mai. Le chanteur
et youtubeur aux 425 000 abonnés
sur Instagram interprétera son tube,
« Roi », écrit par le duo Madame
Monsieur, candidat malheureux
l’an dernier §
PAGE DIRIGÉE PAR MARIE-CHRISTINE MOROSI
24 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
Henry Chapier
85 ans. Journaliste et animateur de télévision. Né en
Roumanie d’un père français
et d’une mère autrichienne,
il arrive en France à l’adolescence. Diplômé en interprétariat, parlant sept langues,
il devient journaliste à Arts,
puis à Combat et au Quotidien
de Paris. Incollable sur
le cinéma, il couvre tous
les Festivals de Cannes et
fera même partie du jury.
Il passe aussi au rôle de
l’intervieweur confident
avec l’émission « Le divan »
sur FR3. Allongées sur un
sofa de cuir jaune, près de
330 personnalités, d’Arletty à
Jean-Marie Le Pen, en passant
par Spike Lee, vont se dévoiler à leur confesseur de 1987 à
1994. En 2012, il avait réuni
ses souvenirs dans « Version
originale » (Fayard). Il était le
cofondateur de l’association
Paris audiovisuel, qui deviendra la Maison européenne de
la photographie, qu’il a présidée de sa création à 2017.
Jean Guillou
88 ans. Organiste
de renommée
internationale à
l’immense discographie, il a été,
de 1963 à 2015, l’organiste
titulaire du grand orgue de
l’église Saint-Eustache à Paris.
Compositeur, concertiste,
concepteur d’orgues et improvisateur hors pair, il avait,
en 2010, refusé la Légion
d’honneur, la considérant
irrecevable « à l’heure où la musique dite savante ou classique
[voyait] sa place diminuée par
toutes les instances officielles ».
Michel Legrand
86 ans. Légendaire compositeur de chansons et de
musiques de film (lire p. 90).
Didier Droart
71 ans. Maire LR de Tourcoing
(Nord). Ancien adjoint
au maire Gérald Darmanin,
il lui avait succédé lorsque
Darmanin était entré au
ministère de l’Action et des
Comptes publics, en 2017.
Eric Holder
58 ans. Ecrivain. Auteur d’une
trentaine de recueils de nouvelles et de romans, dont
« En compagnie des
femmes », prix Roger-Nimier
en 1996, « L’homme de
chevet » et « Mademoiselle
Chambon », tous deux adaptés avec succès au cinéma.
Alain de Mijolla
85 ans. Psychiatre et psychanalyste, auteur de nombreux
ouvrages, dont « Les visiteurs
du moi ».
Marc Viénot
90 ans. PDG de la Société
générale, de 1986 à 1997.
Emiliano Sala
28 ans. Footballeur argentin,
disparu en mer.
GETTY IMAGES FOR MAWOMA 2019 - BERTRAND RINDOFF PETROFF – AFP/THOMAS SAMSON – REYNAUD JULIEN/APS-MEDIAS/ABACA – SPUTNIK VLADIMIR PESNYA – GEORGES BENDRIHEM/AFP – SIPA – PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP
LE CARNET
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LE POINT DE LA SEMAINEVOTRE ARGENT
ANNE-LAURE
FRISCHLANDER
JACOBSON
BNY Mellon AM
Quelles perspectives
pour le marché américain ?
Nous anticipons une hausse
modérée du S&P 500 de
l’ordre de 5 % cette année.
Certes, l’économie mondiale
va ralentir, mais la croissance
américaine devrait avoisiner
3 %. Surtout, l’économie
américaine montre des signes
de robustesse avec un taux de
chômage de seulement 3,5 %
et une confiance solide des
ménages. Nous ne retenons
pas le scénario d’une récession ou d’une inflation qui
s’envolerait et amènerait la
Fed à accélérer la hausse des
taux d’intérêt. On ne table
que sur deux augmentations
cette année. Les inquiétudes
qui ont entraîné la correction
fin 2018 (conflit avec la
Chine...) sont dans les cours.
Enfin, la baisse des valorisations recrée des opportunités.
Quels secteurs privilégier ?
On préfère tout d’abord la gestion active à la passive, car il
ne faudra pas se contenter de
revenir sur le marché, mais
être sélectif dans le choix des
titres. Nous privilégions les
secteurs « values » (énergie,
finance, matériaux de base…).
En revanche, nous sommes
prudents sur la santé, les
biens de consommation courants, la technologie, même
après la baisse § PAGE DIRIGÉE
ET RÉALISÉE PAR LAURENCE ALLARD
Donations et transmissions :
mieux vaut se décider avant la fin de l’année
Rien de très nouveau dans la loi de finances 2019 conclus après le 1er janvier 2020, ce qui laisse
si ce n’est un article (L 64 A du Livre des procé- un an pour réaliser l’opération en toute quiédures fiscales) passé plus ou moins inaperçu en tude. « A ceux qui hésitent nous conseillons
fin d’année qui modifie la notion d’abus de droit. d’anticiper », recommande Stéphane Absolu,
Abus qui génère, s’il est reconnu par le fisc, un directeur du pôle d’expertise patrimoniale
redressement sur l’opération réalisée : donation chez Cyrus Conseil.
d’usufruit, donation de la nue-propriété, dona- Seconde bonne nouvelle : devant le tollé
tion avant cession d’un bien, transmission d’en- suscité par le vote de cet article, le ministère de
l’Action et des Comptes publics a rappelé que
treprise dans le cadre d’un pacte Dutreil…
Jusqu’alors, les tribunaux reconnaissaient le législateur avait prévu le report de son entrée
l’abus de droit si l’administration prouvait en vigueur « pour permettre à l’administration
que les contribuables concernés avaient réalisé d’en préciser les modalités d’application en concerune opération dans un but « exclusivement » tation avec les professionnels afin de garantir la séfiscal, ce qui signifiait que, dès lors que le contri- curité juridique des contribuables ». Bercy a aussi
buable pouvait avancer d’autres raisons – fi- réaffirmé que la loi encourage les transmissions
nancières, familiales, comme aider ses enfants, anticipées de patrimoine entre les générations
commencer à transmettre son patrimoine –, et que l’article ne remettait pas en question les
démembrements de propriété
l’opération était admise.
dans lesquels le donateur se réLe Parlement adoptant
LES OPÉRATIONS DONT LE BUT
serve l’usufruit « dès lors que les
l’amendement déposé par la députée LREM Bénédicte Peyrol a
transmissions ne sont pas fictives ».
EST « PRINCIPALEMENT »
changé la donne en remplaçant
Soit, mais qu’en est-il des doFISCAL (AU LIEU D’« EXCLUSIl’adverbe « exclusivement » par
nations
temporaires d’usufruit
VEMENT ») SONT CONSIDÉ« principalement ». Un changepour
notamment
échapper au
RÉES COMME ABUSIVES.
ment qui laisse le fisc et les juges
nouvel impôt sur la fortune imlibres d’apprécier ce qui est
mobilière (Ifi) ou des donations
« principal » et ce qui ne l’est pas. Prenons intervenant avant la cession d’un bien ? Qu’en
l’exemple d’une opération de démembrement est-il des autres stratégies patrimoniales qui
de propriété d’un bien immobilier consistant génèrent un avantage fiscal ? « Nous avons idenà séparer l’usufruit – je garde l’usage du bien et tifié des solutions qui pourraient être considérées
donc les revenus attachés à ce bien s’il est loué comme un abus de droit et que, de ce fait, nous re– et la nue-propriété (j’en suis propriétaire). commandons de ne pas faire. C’est par exemple une
Une pratique souvent recommandée par les donation de la nue-propriété suivie d’une cession
notaires et les conseillers en patrimoine. En dès lors qu’il y a concomitance des deux opérations
donnant la nue-propriété à mon enfant, ai-je [signature d’une promesse de vente, par exemple]
voulu « principalement » l’aider ou « principa- et réemploi du prix de cession dans un quasi-usufruit,
lement » éluder l’impôt sur la valeur de l’usufruit, l’aménagement du régime matrimonial avant une
puisqu’à mon décès l’usufruit reviendra sans donation de biens faisant l’objet de l’aménagement,
droits de succession à mon enfant. Question précise Stéphane Absolu. Et, quand nous aurons
d’appréciation qui laisse place à tout et à son des doutes sérieux, nous recommanderons à nos
contraire : les juges à Montpellier pourront qua- clients de faire un rescrit. » Cette procédure
lifier l’opération d’abus de droit tandis que ceux consiste à interroger le fisc sur la légalité de
de Lille accepteront l’opération. Une incerti- l’opération envisagée. Et, dans l’hypothèse où
tude qui pourrait pousser à ne plus rien faire ! l’administration ne répondrait pas, pas de
Première bonne nouvelle : le changement problème : la non-réponse dans les six mois
d’appréciation ne s’appliquera qu’aux actes qui suivent la demande vaut acceptation §
PERFORMANCES DES PRINCIPALES PLACES SUR UNE SEMAINE
New York
Dow Jones
+ 0,51 %
Paris
CAC 40
+ 0,82 %
Zone euro
Shanghai
+ 0,63 %
+ 0,56 %
Euro Stoxx 50
SSEC
Tokyo
Nikkei 225
+ 0,20 %
Prêts à la consommation Taux le plus fréquemment accordé
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26 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
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LE POINT DE LA SEMAINEURBANISME/IMMOBILIER
Ynfluences Square, un
îlot de huit immeubles
aux façades minérales.
28 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
Lyon-Confluence 2,
moins c’est plus
Retour au calme à la pointe sud de la
presqu’île lyonnaise. Lancé en 2003
pour doubler la taille du centre-ville
de la capitale des Gaules, ce vaste
réaménagement de friches urbaines
(150 hectares) rompt désormais avec
l’architecture bling bling des débuts :
extravagantes formes déconstructivistes du musée des Confluences
(Coop Himmelblau), surenchère acidulée de cubes orange vif et vert
pomme le long des docks de Saône
(Jakob + MacFarlane).
Le second opus de cette métamorphose joue, côté Rhône, une partition
minimaliste orchestrée par le cabinet
d’architecture suisse Herzog & de
Meuron (musée Tate Modern à
Londres, grand stade des JO de Pékin).
Entourant l’ancien marché de gros,
la patinoire et le siège de région,
Ynfluences Square offre un îlot compact (35 hectares) réunissant huit bâtiments dessinés par cinq architectes
différents. Au menu, 28 000 mètres
carrés abritant 235 logements, bureaux, commerces, occupant tous le
même espace, traversé par un passage public agrémenté de deux
cours jardinées (paysagiste Michel
Desvigne).
Mixité fonctionnelle et sociale, sobriété architecturale et énergétique…
Ce laboratoire à ciel ouvert de la ville
durable n’aurait pu gagner son pari
sans l’appui de l’intelligence collective. « Pour la première fois, nous avons
mené ce projet en définissant d’abord
le fond, puis la forme. En associant, en
amont, tous les acteurs du projet, au premier rang desquels l’aménageur de la métropole SPL Lyon-Confluence, explique
Olivier Wigniolle, patron d’Icade, promoteur immobilier de la Caisse des
dépôts. Regardez de plus près le totem
résidentiel de 54 mètres de hauteur, réalisé en personne par Jacques Herzog et
Pierre de Meuron. Façade de béton brut
sans trace de points d’attache, fenêtres et
balcons pluriels, optimisés selon leur degré d’ensoleillement, haute facture de design intérieur… Un tel niveau d’exigence
au service d’un immeuble résidentiel
mixte, avec appartements haut de gamme,
intermédiaires et sociaux, c’est du jamais-vu. » § BRUNO MONIER-VINARD
BENOÎT RAVIER-BOLLARD / STUDIO ÉRICK SAILLET – JULIEN RAMBAUD
Totem résidentiel de
54 mètres de hauteur,
réalisé pour Icade
par Jacques Herzog
et Pierre de Meuron.
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ÉDITORIAL
Les Gafa (et l’Etat) contre
PAR ÉTIENNE GERNELLE
D
’un côté, de brillants entrepreneurs californiens, ayant
prospéré sur un terreau rêveur et libertaire. De l’autre, des
politiques français, pétris de culture républicaine et
démocratique. Tant de bonnes intentions réunies… Et à la fin,
une victime collatérale : la liberté de la presse. Comment est-ce
possible ? Voici l’histoire.
Le règne arbitraire des Gafa
Un geste du pouce vers la droite sur un iPhone, et nous voilà
sur Apple News. Les quatre articles qui y ont été sélectionnés
connaîtront le succès. Les autres (beaucoup) moins. Qui se
cache derrière ce nouveau juge de paix ? Impossible de le savoir. Mais c’est sûr, il règne. Cet anonyme partage, il est vrai,
son pouvoir avec Google News. Ces deux agrégateurs font ensemble la pluie et le beau temps. Ils décident de l’audience d’un
sujet et, derrière, du média qui le publie. Chez Google News,
l’arbitraire est algorithmique. Il est humain chez Apple News.
Voici donc les nouveaux maîtres de l’information. Leur objectif est le même : s’approvisionner en contenus sans les payer,
afin de maintenir les utilisateurs dans leur
univers. Ils disent rendre un service. Ils se
servent, surtout.
Les journaux sont tombés dans le piège.
Ils dépensent des fortunes en SEO (Search
Engine Optimization) pour être mieux référencés chez Google, ils se démènent pour
s’adapter au nouvel algorithme de Facebook
et se demandent enfin comment ils pourraient ne serait-ce que parler à quelqu’un
chez Apple News.
Le stade ultime de ce processus consiste
pour ces plateformes à « embarquer » l’information. Il s’agit des dispositifs « AMP » de Google et « Instant articles » de Facebook. Leurs principes sont semblables :
des articles – forcément gratuits – sont intégrés à leur système.
L’argument avancé est qu’ils sont ainsi chargés plus rapidement par l’utilisateur. Les revenus publicitaires associés sont
en principe largement reversés à l’éditeur de presse. En réalité,
ce sont là des queues de cerise.
L’objection est évidente : les journaux ne sont pas obligés
d’entrer dans ces machines infernales. Sauf que la puissance
de celles-ci est telle que ne pas y être, c’est être exclu du marché. Voici bien la caractéristique des monopoles : ils suscitent
une servitude volontaire. A noter que l’un des « a » de Gafa,
Amazon, qui est considéré comme un nouvel Attila dans bien
des secteurs, dont celui de l’édition, n’a pour l’instant pas inventé de telles broyeuses de journaux. Son patron, Jeff Bezos,
a même relancé le Washington Post.
En France, mais aussi presque partout dans le monde, elle n’a
pas pris assez tôt la mesure du bouleversement numérique et
a choisi, sans comprendre, la gratuité intégrale sur Internet. Or
le modèle de la presse écrite de qualité, celle qui paie journalistes, enquêtes et reportages, repose sur le fait que ses lecteurs
financent l’essentiel de ce qu’ils lisent. La publicité seule ne suffit pas. Qui croit encore que le Huffington Post est l’égal du New
York Times ? La gratuité totale pour un journal, c’est, la plupart
du temps, renoncer aux reportages au Venezuela, en Syrie ou au
Japon… Il y a vingt ans, ce n’était « que » Internet. Aujourd’hui, le
numérique est devenu l’essentiel. La pente du payant est certes
en train d’être remontée, mais, dans l’intervalle, quelques géants
californiens ont pris le pouvoir. Ils ont avalé une large part des
recettes publicitaires de la presse, comme le montre une étude
récente de BearingPoint : tant mieux pour eux. Mais ils se sont
au passage arrogé un pouvoir : celui de prescrire.
La maladie de la vache folle de l’information
Pour être présents sur les grandes plateformes, et donc maintenir leur audience, les journaux et plus généralement les médias se pillent les uns les autres, bien au-delà des habituelles
reprises parfaitement normales. Pourquoi ?
Parce que ni Apple News ni Google News
ne semblent faire une grande différence
entre celui qui « sort » l’information et celui qui la reprend. Ils présentent souvent
en tête de gondole le producteur secondaire.
L’audience n’est ainsi pas réalisée par celui
qui a le plus travaillé.
Nous sommes en pleine crise de la vache
folle de l’information. Des animaux nourris par des restes d’autres animaux réduits
en farine. On ne sait plus qui mange qui. A
la fin, l’ensemble est digéré par ces immenses
centrales d’achats (les Gafa) qui traitent le bio selon les mêmes
critères que ceux des lasagnes à base de cheval recyclé. Destruction de valeur assurée, nivellement (par le bas) garanti.
Pour les géants
du numérique,
le simple fait d’ouvrir une fonction
« news » les rend
tout-puissants.
Le péché originel des journaux
Disons-le, la presse est largement responsable de ce qui lui arrive.
30 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
Faut-il les faire payer ?
On appelle cela les droits voisins, et une directive en ce sens est
en discussion à Bruxelles. Ceux-ci seraient négociés collectivement afin que les géants du numérique rémunèrent les journaux qui, après tout, produisent l’essentiel des contenus que
leurs plateformes indexent. Ce ne serait que justice, sauf que
rien ne dit pour l’instant que cela pourrait représenter pour les
journaux des chiffres d’affaires suffisants pour faire fonctionner de vraies rédactions. Le journalisme est cher, en tout cas celui dont Le Point se réclame, et ne saurait se contenter d’aumônes.
Quoi qu’il en soit, le principe même des droits voisins rebute Google, qui menace, en représailles, de fermer son service
Google News. Cela s’est produit en Espagne il y a quelques années, et les médias, paniqués par la perte d’audience, s’étaient
couchés. Pourtant, à terme, ce ne serait peut-être pas si mal…
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT »
la liberté de la presse
Pourquoi il faut briser cet oligopole
Pour les géants du numérique, le simple fait d’ouvrir une fonction « news » les rend tout-puissants, car ils sont notre fenêtre
sur le monde. Alors que faire avec eux ? Selon Franklin Foer,
journaliste à The Atlantic et auteur d’un livre très documenté
sur la puissance des Gafa (1), il faut « démanteler » ces derniers,
comme la Standard Oil en 1911 et AT&T en 1982. L’Amérique
a connu des temps où l’antitrust était plus vigoureux. Les années Obama, durant lesquelles les « big techs » avaient table
ouverte à la Maison-Blanche, ont plutôt été une période d’assoupissement.
Alors, faut-il dépecer aujourd’hui les Gafa ? Sans aller
jusque-là, nous pourrions déjà éviter une plus grande concentration. Ainsi, il est difficile de comprendre pourquoi la Commission européenne pinaille aujourd’hui sur le rapprochement
Alstom-Siemens – pourtant susceptible de créer un champion européen du ferroviaire – mais n’a pipé mot sur le rachat
d’Instagram par Facebook, qui menace d’asservissement
nombre de secteurs, dont la presse, à un mastodonte californien. Deux réseaux sociaux majeurs qui fusionnent, cela crée
une position dominante écrasante sur le marché de l’information. Il existe des lois limitant la concentration de la presse
et de l’audiovisuel en France, comme dans beaucoup d’autres
pays. Mais les Gafa y échappent, bien qu’ils soient en réalité
les maîtres du jeu, car ils se contentent du rôle d’aiguilleur.
Pourquoi alors ne pas empêcher ces puissances écrasantes
de proposer des portails d’information ? Des agrégateurs, euxmêmes en concurrence, pourraient alors voir le jour. Mais aucun ne serait assez puissant pour imposer sa loi.
Les appétits des télécoms
Les Gafa ne sont pas les seuls à vouloir les lecteurs, mais sans
les coûts des journaux. Il y a deux ans, SFR, suivi par d’autres
opérateurs, lançait une offre où la presse était gratuite pour
le consommateur, grâce à une astuce fiscale. Le danger était
mortel pour les journaux, qui devenaient des sous-traitants
invisibles et dont la valeur était niée. Heureusement, le gouvernement y a mis fin, notamment sous l’impulsion de Gérald
Darmanin.
Désormais, les opérateurs télécoms ont renoncé à transformer les journaux en « plus produits » gratuits. Ils ambitionnent
plutôt de les regrouper dans des offres à prix fixe, comme la
musique sur les sites de streaming. La comparaison est trompeuse : la musique a été d’abord ravagée par le téléchargement
illégal et recyclée in extremis par Deezer, Spotify, Apple Music
et consorts. Les journaux ne sont pas pressés d’être recyclés vivants et à bas prix. Cela dit, dans cette bataille-là, nous avons
des arguments. Aucun opérateur n’est assez puissant …
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 31
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ÉDITORIAL
pour être incontournable. Pour l’instant. Car Apple annonce déjà, après son rachat de Texture, une offre compactant
la presse à prix modique. Et revoilà les Gafa…
…
Réseaux sociaux : de la faillite de l’Etat
à la pulsion de censure
En France, l’admirable loi du 29 juillet 1881 assure un équilibre
subtil entre la liberté d’expression et ses limites. Son principe :
il n’existe pas de contrôle (censure) a priori mais seulement a
posteriori, et par voie judiciaire, ce qui offre des garanties contre
l’arbitraire.
En réalité, cette loi n’est appliquée que pour les médias dits
traditionnels. En revanche, les réseaux sociaux – par ailleurs
formidables lieux d’échange et de partage – sont une zone d’impunité presque totale. Chaque jour, chaque minute prolifèrent
diffamation, insultes racistes et antisémites, menaces de mort…
Sans sanction, ou presque. Facebook et Twitter, par exemple, ne sont pas considérés
comme responsables en tant qu’hébergeurs
et communiquent bien difficilement à la
justice les identités des auteurs lorsqu’ils
sont sollicités. Sans compter les fameuses
fake news. L’Etat semble donc incapable de
faire respecter la loi. Pourtant, l’article 27
de la loi de 1881 vise bien la diffusion de
fausses nouvelles. Mais non. Au prétexte de
répondre à ce problème sur les réseaux sociaux – qui est réel – nos pouvoirs publics,
plutôt que se donner les moyens de faire
respecter la loi, préfèrent proposer de la « régulation ». Pas de la régulation de concurrence – dont nous aurions pourtant besoin – mais une régulation des contenus, qui
est toujours périlleuse. Ainsi la loi dite « anti-fake news », promulguée il y a quelques semaines, est un spectaculaire retour
en arrière.
Désormais, l’Etat se mêle de définir le vrai et le faux, ce que
les concepteurs de la loi de 1881 – plus sages et plus modestes –
avaient soigneusement évité. Certes, le cœur du dispositif est
restreint au cadre des campagnes électorales, mais tout de
même… Et puis il y a ces pouvoirs accrus du CSA, dont le vieux
rêve était de voir ses fonctions étendues à Internet. Voici un
modeste, mais réel, embryon de commission de censure.
magnifique cadeau on ferait aux « médias » complotistes que
de se vanter de ne pas faire partie de ce cénacle officiel…
L’insistance des pouvoirs publics à établir une régulation
de la presse est ancienne. Sous François Hollande, la loi Bloche
avait déjà touché à la loi de 1881. Trois sénateurs avaient aussi
tenté d’y mettre leur patte. L’hubris régulatrice des politiques
est une constante. Rares sont ceux qui y résistent. Et le pouvoir
macronien n’échappe pas à la règle.
Vive la critique des journalistes et des médias !
Rien de plus absurde qu’un boxeur douillet. Les journaux et plus
généralement les médias, qui fustigent et donnent (un peu trop)
de leçons, doivent être critiqués. Il y a de quoi : panurgisme, superficialité, manque de travail, corporatisme, oubli du lecteur, etc.
Raymond Aron, par exemple, a eu ce mot cruel mais si juste : « Si
l’on veut être journaliste, il faut savoir de quoi l’on parle. On n’apprend
pas à être journaliste en étant journaliste. »
Mais critiquer et réguler, ce n’est pas la
même chose. La presse, là encore, a sa responsabilité. Les aides publiques à la profession sont un poison lent, dont il conviendrait
de se défaire. L’Etat a été bien (trop ?) généreux en volant au secours l’an dernier de
Presstalis, la première messagerie de presse.
Pas étonnant que les pouvoirs publics se
sentent autorisés à réglementer puisqu’ils
subventionnent. La loi Bichet, qui, dans le
monde du papier, encadre jusqu’à l’absurde
la distribution des journaux, devrait être réformée d’urgence. Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, s’y emploie, mais ce chantier législatif
est passé après la loi « anti-fake news »… La régulation avant la
libération : le paternalisme d’Etat est tenace.
Désormais, l’Etat
se mêle de définir
le vrai et le faux,
ce que les concepteurs de la loi de
1881 avaient soigneusement évité.
Et maintenant, la déontologie d’Etat
Dans le même mouvement, une mission commandée par le gouvernement vise à établir une sorte de conseil de déontologie de
la presse. Tout cela correspond à une tentation éternelle : dire
le bien et le mal. La semaine dernière, des dirigeants de médias
ont été conviés à une réunion au ministère de la Culture pour
parler de « sécurité des journalistes », dans le sillage des agressions
lors des manifestations des gilets jaunes. Sauf que le ministre,
Franck Riester, en a profité pour évoquer le « traitement de l’information » – ah bon, c’est de sa responsabilité ? – et s’est lancé
dans un grand dégagement sur l’impopularité des médias, le
tout pour « vendre » son comité Théodule.
Cet énième conseil serait, selon ses instigateurs, essentiellement peuplé de journalistes. Et alors ? Le Point, et il n’est pas
le seul, revendique le droit à la dissonance, y compris par rapport à ses confrères. Nous sommes responsables devant nos
lecteurs et, le cas échéant, devant la justice. C’est tout. Et quel
32 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
L’étau
Nous voici donc coincés. A ma gauche, un oligopole de l’accès
aux lecteurs – les Gafa -– profitant de sa position dominante
pour capter l’audience et donc les revenus de la presse, lui laissant la charge de payer des journalistes et se permettant au passage de distribuer les audiences. A ma droite, un Etat ayant failli
à son devoir de veiller à une saine concurrence et qui, profitant
du chaos qu’il a laissé se produire sur les réseaux sociaux, se pose
– même indirectement – en arbitre de ce qui peut être dit ou pas.
D’un côté les prédateurs, de l’autre les étouffeurs.
Ils sont, en réalité, de nature similaire : dans l’Histoire, seuls
les Etats ont massivement et durablement porté atteinte à la
liberté de la presse. Personne d’autre n’a la capacité de peser
sur tous les éditeurs et tous les sujets. Aucun, sauf désormais
les Gafa, qui sont, de fait, devenus des quasi-Etats.
« C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir
est porté à en abuser », écrivait Montesquieu. La formule de ce
père fondateur du libéralisme est toujours aussi juste. Rappelons donc que les règles de concurrence protègent la liberté et
que les Gafa ne sauraient s’y soustraire. Réaffirmons aussi que
les lois relatives à la liberté d’expression, surtout celle de 1881,
ne doivent être amendées que d’une main tremblante.
Le Point, aussi jaloux de son indépendance que sourcilleux
sur la qualité de son journalisme – dans lequel il investit toujours –, ne se privera jamais de le dire §
1. « World Without Mind. The Existential Threat of Big Tech » (Penguin, 2017).
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5008 : de 101 à 129 (selon tarif 19A). Données indicatives sous réserve d’homologation.
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FRANCESUJET
Têtes d’affiche. Marine
Le Pen, Jordan Bardella (à g.)
et Thierry Mariani dans le TGV
les conduisant au meeting
pour les européennes dans
la ville du Thor (Vaucluse),
le 19 janvier.
En marche ! Son drôle de Noël familial, sa gestion
en coulisses des gilets jaunes, sa stratégie
pour les européennes… Enquête sur un sursaut.
34 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
ALAIN ROBERT/SIPA
DR
Et Marine Le Pen
sortit du train-train
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Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 35
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
FRANCE
PAR HUGO DOMENACH
C
Marchepied. Marine Le Pen et Jordan Bardella, tête de liste du Rassemblement national aux élections européennes,
en gare d’Avignon, le 19 janvier.
est encore temps de s’adoucir. Début octobre, une mauvaise grippe
lui a fait voir la mort de près et il
a décidé qu’il n’était pas trop tard
pour se réconcilier avec ses filles.
Il lui aura fallu vingt ans pour pardonner à son aînée, Marie-Caroline, d’avoir suivi son mari,
Philippe Olivier, ancien bras droit
du « félon » Bruno Mégret, lors de
la scission. Ce père si souvent absent à cause de la politique a mis
moins de temps à pardonner à Marine de l’avoir obligé à arrêter d’en
faire en l’excluant de son propre
parti, en 2015.
Trois semaines après ce Noël de
la réconciliation, Marine Le Pen,
qui aime tant enflammer les pistes
de danse, ne sait pas trop sur quel
pied danser. De retour au Parlement européen après six mois d’absence, Jean-Marie Le Pen espérait
encore qu’elle l’inscrirait, ainsi que
Bruno Gollnisch et Marie-Christine Arnautu, derniers vestiges de
son Front national, aux premières
places sur la liste des prochaines
européennes. « C’est le problème des
Exit la sortie
de l’euro
Mesure
impopulaire,
la sortie de l’euro
n’est plus d’actualité
pour Marine Le Pen,
qui se contente
de « réfléchir à
une modification
de la gouvernance
monétaire ».
La présidente du RN
veut surtout éviter
de mettre le sujet
sur la table pendant
la campagne
des européennes.
parents dont les enfants font la même
chose qu’eux, confie Marine Le Pen.
Certains sont plus envahissants que
d’autres, mais lui, c’est un passionné.
Le problème de la passion, c’est qu’elle
ne vous quitte jamais. A 90 ans, il veut
toujours faire un dernier tour de piste,
choisir les personnes à investir. Dans
ces cas-là, il est impératif de dire stop.
Zéro, rien. Il ne faut avoir aucune
conversation sur le sujet. Ça règle le
problème. » En même temps, elle
se sent soulagée de le voir à nouveau tendre la main. Alors qu’il
prenait un malin plaisir, en 2018,
à contester son « parricide » à grands
coups de rassemblements médiatiques, il a décalé la sortie du deuxième tome de ses Mémoires,
initialement prévue pour début
mars, au mois de septembre afin
de ne pas parasiter sa campagne.
Elle a été émue par son interview
dans un récent reportage télévisé.
Enfin, il se mettait à leur place :
« Ça n’a pas toujours été facile pour
elles d’être les filles Le Pen. » « Il a multiplié les signes d’apaisement, y compris avec Marie-Caroline, alors que
« A 90 ans, mon père veut toujours faire un dernier
tour de piste, choisir les personnes à investir.
Il est impératif de dire stop. Zéro, rien. » Marine Le Pen
36 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
ALAIN ROBERT/SIPA
’est un Noël pas comme les
autres pour Marine Le Pen. Ce
25 décembre 2018, sa famille,
qui a passé les dernières années à
se déchirer sous les yeux effarés
des Français, s’est réunie chez elle,
à La Celle-Saint-Cloud. Au grand
complet. Pour festoyer à l’heure
du thé. Partie à Lyon fonder son
école de commerce, Marion Maréchal a répondu présent. La tante
et la nièce ont-elles évoqué la conférence de cette dernière, en date du
23 janvier, « sur la fracture élite/
peuple » devant les étudiants de
l’Oxford Union en Angleterre ?
Marine Le Pen assure que Marion
l’a prévenue. Et jure d’un ton détaché :« Je suis très contente qu’elle
aille à Oxford pour porter ses idées et
faire la promotion de son école. Elle
est vraiment dans son rôle. » Malgré
cette menace qui se rappelle régulièrement à elle, entre les deux
femmes les relations sont apaisées.
La tante profite enfin de cette nièce
qu’elle a en partie élevée.
Jean-Marie Le Pen est venu, lui
aussi, accompagné de sa femme,
Jany, avec qui Marine n’a jamais
développé d’affinités. (Elle appellera tout de même son père pour
prendre de ses nouvelles après son
agression, samedi 19 janvier, à La
Celle-Saint-Cloud, par un homme
qui lui a dérobé son sac à main.)
Jean-Marie Le Pen a déposé trois
parfums différents au pied du sapin, un pour chacune de ses filles :
Marie-Caroline, Yann et Marine.
La benjamine a été touchée par ce
geste, inimaginable il y a quelques
mois. Elle avait tiré un trait sur
leur relation. Sans regrets. « On est
deux têtes de mule. On a déjà de la
chance d’avoir réussi à bien s’entendre
pendant de longues années », philosophait-elle en juillet 2018 dans
son bureau de l’Assemblée. Mais
il faut croire que le Menhir n’a pas
un cœur de pierre et qu’à 90 ans il
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ALAIN ROBERT/SIPA (X2)
Code couleur. La présidente du Rassemblement national en terre frontiste, avec Jordan Bardella, au Thor, le 19 janvier.
Elle s’est vu offrir un drapeau européen jaune, clin d’œil aux gilets jaunes.
c’était beaucoup plus enkysté. J’en suis
ravie. Je subissais cette sorte de guerre
psychologique affective et évidemment
j’en souffrais, parce que c’est mon
père », murmure-t-elle.
La capacité de résilience est
un trait commun chez les Le Pen.
Jean-Marie a survécu à un « parricide ». Marine croit désormais pouvoir ressusciter de son débat raté
de l’entre-deux-tours de la présidentielle, bien qu’elle fût laissée
pour morte et enterrée après ce
naufrage public. Conspuée, poursuivie par la justice dans l’affaire
des assistants parlementaires au
Parlement européen, plombée par
des problèmes de trésorerie, elle
n’a jamais baissé les bras. Son travail d’introspection et de refondation est en train de payer. Si elle n’a
pas encore retrouvé une stature de
présidentiable, elle est redevenue
une cheffe de parti incontestable
et respectée. Elle a été la seule dirigeante politique à surnager dans la
vague des gilets jaunes, alors que
Jean-Luc Mélenchon et Laurent
Wauquiez s’accrochent encore à
leur gilet de sauvetage. Mal aiguillés par des syndicats hors jeu, les
élus de La France insoumise ont
tout de suite hurlé au poujadisme,
avant de se raviser, et le chef des Républicains, fidèle à ses atermoiements identitaires, a d’abord enfilé
un gilet jaune avant de retourner
sa veste. Il a suffi à Marine Le Pen
d’écouter son intuition pour éviter les pièges.
Habile stratège, elle a tout de
suite soutenu « cette France des oubliés » qui peuple ses meetings depuis des années, se contentant
d’appliquer une maxime très efficace : rien ne sert de courir, il faut
parcourir les ronds-points. C’est
ce qu’elle a fait à plusieurs reprises,
ainsi que ses lieutenants, à l’abri
des caméras de télévision. Steeve
Briois, son directeur de campagne,
a réservé un terrain aux gilets
jaunes dans sa commune d’Hénin-Beaumont, déclenchant la fureur du préfet. Le député du Nord
Sébastien Chenu a pris un café
avec Jacline Mouraud, celle par
qui le mouvement a commencé.
Les membres du RN n’ont pas eu
Bain de foule. A l’issue
du meeting au Thor,
Marine Le Pen se prête
de bonne grâce au jeu
des selfies.
grand-chose à faire pour les
convaincre : de nombreuses revendications élaborées par les gilets
jaunes étaient inscrites dans le programme présidentiel du FN en
2017. Un certain nombre de leaders lui ont discrètement déclaré
leur flamme.
Malgré sa proximité avec le
mouvement, Marine Le Pen a pris
soin de conserver une nécessaire
distance républicaine. Elle a
condamné les débordements, alors
que Jean-Luc Mélenchon a défendu
les casseurs de flics et clamé sa « fascination » pour Eric Drouet. Elle le
sait, sa crédibilité passe par l’ordre
qu’elle est censée incarner. Elle a
aussi publiquement condamné les
agressions de journalistes, alors
que le leader de La France insoumise considère la haine des médias
comme « juste et saine ». Elle n’a pas
appelé à la démission d’Emmanuel
Macron, mais insiste pour une dissolution de l’Assemblée nationale
ainsi que pour une dose de proportionnelle, afin d’accélérer la recomposition politique. « Elle a été
beaucoup plus subtile que nous. On a
fait de l’agit-prop. On a cru qu’il suffisait de mettre des gilets jaunes devant des caméras pour récupérer le
mouvement », déplore un député de
La France insoumise. « Le Pen a été
la meilleure », a résumé Emmanuel
Macron devant des proches, à l’Elysée. Ce qui l’arrange.
Eclaircies. La fille de Jean-Marie
Le Pen connaît trop bien la politique pour se croire arrivée. Selon
un proche, elle est consciente d’être
« un peu la bénéficiaire par défaut »
de ce mouvement qui rejette toute
forme d’institution. Mais elle savoure ces premières éclaircies dans
un ciel qui n’en finissait plus de
s’assombrir. Le RN est aujourd’hui
donné au coude-à-coude avec En
Marche ! pour les européennes.
Elle s’impose à nouveau comme
la principale opposante à Emmanuel Macron, alors que, au début
du quinquennat, c’est Jean-Luc
Mélenchon qui s’était arrogé la
place à force de coups de gueule
et d’éclats. Pour faire de ces élections une revanche de la
présidentielle face à un …
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Macron affaibli, elle a été la
première à lancer sa campagne des
européennes, qu’elle voudrait
transformer en référendum anti-Macron. Elle est la seule, avec le
président, à ne pas disparaître dans
le grand débat marathon. Comme
Macron, Marine Le Pen sera en première ligne de ce scrutin, auquel
elle n’est pas éligible, volontairement.
Dans ce contexte, trouver une
tête de liste suffisamment solide
mais qui ne lui fasse pas trop
d’ombre a tourné au casse-tête.
Après avoir envisagé un temps l’intellectuel Hervé Juvin, son choix
s’est finalement porté sur Jordan
Bardella, car elle ne se sent pas trop
menacée par ce conseiller régional de 23 ans. Comme Manon Aubry à La France insoumise ou
François-Xavier Bellamy chez Les
Républicains, ce jeunot présente
l’avantage d’être frais et de ne pas
traîner de casseroles. La présidente
du RN le surveille tout de même
comme le lait sur le feu. « La tutelle
de Marine est très forte. Lors du meeting de la Mutualité [pour présenter les têtes de liste, NDLR], elle a
parlé vingt-cinq minutes, lui, dix, et
elle a eu le mot de la fin », s’amuse
un élu RN. Un temps favori pour
être tête de liste, son compagnon,
Louis Aliot, a tout fait pour la faire
changer d’avis. Courroucé de ne
pas avoir été écouté, il a décidé de
se désintéresser de la campagne.
Le 13 janvier, il a préféré déposer
une gerbe de fleurs sous la statue
du maréchal Joffre, à Rivesaltes
(Pyrénées-Orientales), pour commémorer sa naissance, plutôt que
se rendre au meeting de la Mutualité. La présidente du RN n’en fait
pas grand cas. Elle a l’habitude des
coups de sang de ce concubin soupe
au lait.
Marine Le Pen se félicite d’avoir
réussi à placer deux ex-députés de
droite aux 3e et 5e places de la liste
RN aux européennes : Thierry Mariani et Jean-Paul Garraud. Le ralliement du fondateur de La Droite
…
populaire était depuis longtemps
dans les tuyaux. En 2002, lors d’une
émission télévisée, elle l’avait invité à rejoindre le FN en lui offrant
un bulletin d’adhésion. « A l’époque,
elle n’était pas très connue. C’était juste
la fille de Jean-Marie Le Pen. Je ne
m’étais pas méfié. Ça m’avait complètement décontenancé pendant tout le
débat », se souvient l’ancien député.
Patte de velours. Si le fondateur de La Droite populaire a conditionné son ralliement à l’abandon
de la sortie de l’Union européenne,
leur amour des félins les a rapprochés. Lors d’un rendez-vous, en
juin 2018, au domicile de Mariani,
son somali, la race de chats la plus
affectueuse, est resté collé à elle
pendant toute la durée de l’entretien. Un mois plus tard, elle recevait un matou de la même race
pour ses 50 ans. Elle s’est empressée d’envoyer une photo à son futur allié, légendée du message
suivant : « Je suppose que vous reconnaissez la bête. » Patte de velours.
Reste que Mariani et Garraud
n’étaient pas des élus Républicains
en activité. Son Rassemblement
national, censé réunir tous les opposants à Emmanuel Macron derrière elle, n’attire pas grand monde.
Et les sondages montrent qu’une
majorité de Français reste hostile
à ce parti encore perçu comme protestataire et non comme une alternative crédible.
Coulisses. Marine
Le Pen avec sa sœur
Yann et leur mère,
Pierrette, après le
meeting du lancement
de la campagne
du Rassemblement
national pour les
élections européennes
à la Maison de
la mutualité, à Paris,
le 13 janvier.
Sa stratégie de la main tendue,
ou plutôt du baiser de la mort, est
tout de même plus efficace que des
coups de griffe pour affaiblir ses
adversaires. A l’Assemblée nationale, elle se lève pour applaudir
Mélenchon lorsqu’il prend la parole, mais se réjouit secrètement
de le voir « écarter de son mouvement
tous les cadres désireux de s’affranchir du logiciel de l’extrême gauche et
de poser la question de l’immigration », dixit un de ses proches. Elle
propose régulièrement à Laurent
Wauquiez de la rejoindre puisqu’il
est d’accord avec elle. Mais, s’il
tente de siphonner ses électeurs,
elle ne se sent pas menacée par ce
président de région qui pourrait
bien se faire dévaliser les siens par
Nicolas Dupont-Aignan. Le texte
publié par 22 élus Républicains
pour dire stop au « Wauquiez
Bashing » l’a bien fait rire : « Ça fait
un peu “il est pas pourri, mon poisson” », s’est-elle esclaffée devant
les députés RN sur les bancs de
l’Assemblée. Officiellement, elle
regrette que le chef de Debout la
France ait refusé de la rejoindre
pour les européennes, mais elle se
satisfait de le voir affaiblir la droite.
« Il y a une répartition naturelle des
rôles. On joue le match face à Macron
pendant qu’il dépouille LR de ses électeurs », s’amuse un élu frontiste.
Au moins, elle s’est réconciliée
avec Emmanuelle Ménard, députée apparentée FN et femme de
Robert, maire de Béziers, qui, après
l’avoir soutenue pendant la campagne, avait remis en question sa
capacité à prendre le pouvoir après
le second tour de la présidentielle.
Marine Le Pen se méfiait de cette
concurrente potentielle, mais les
deux femmes s’étant retrouvées
par hasard un soir de décembre à
la buvette de l’Assemblée, elles
ont dîné ensemble et parlé de leurs
enfants. Le courant est passé. La
machine est lentement en train
de redémarrer. Mais, si elle clignote
à nouveau, elle n’est pas encore
réparée §
« On joue le match face à Macron pendant que Dupont-Aignan
dépouille LR de ses électeurs. » Un élu frontiste
38 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
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FRANCE
Zones d’ombre.
Alexandre Benalla,
ex-adjoint au chef de
cabinet de l’Elysée et
désormais doublement
mis en examen,
à Paris, dans le
8e arrondissement,
le 11 septembre 2018.
40 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
« On veut me faire passer
pour un Rocancourt !
Je ne mérite pas qu’on
me traite comme
un escroc ! »
Alexandre Benalla
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La nouvelle vie
d’Alexandre Benalla
Exclusif. L’ancien
cerbère de Macron
répond à ses détracteurs. Enquête
sur un personnage
extravagant.
PAR ÉMILIE TREVERT ET AZIZ ZEMOURI
ABACA
«J
’ai réalisé un rêve de gosse et
ça s’arrête. Voilà… Si demain
il faut devenir maçon ou
vendre des pizzas, je le ferai ! »
L’homme en face de nous, en teeshirt et doudoune sans manches,
est affable, souriant, volubile. Malgré une seconde mise en examen (1)
et une deuxième audition au Sénat, Alexandre Benalla donne l’impression que tout glisse sur lui. C’est
en tout cas ce qu’il veut laisser paraître. C’est aussi pour cela qu’il
agace. Son mantra : « Dans la vie, il
n’y a rien de grave. »
Depuis six mois et le début de
l’affaire qui porte son nom, il est
pris dans un tourbillon médiatique,
judiciaire et politique. Pas moins
de cinq juges d’instruction s’occupent de son cas. Parfois, il a eu
l’impression d’être entouré de
« 65 millions de juges ». « J’ai peut-être
eu trop confiance en moi-même,
concède-t-il au Point. Et j’ai fait trop
confiance aux mauvaises personnes. »
A 27 ans, l’ex-adjoint au chef de cabinet de l’Elysée aspire à une « vie
normale ». Avec sa femme et son
bébé de 7 mois, ils se sont installés
à l’étranger.
De son expérience au plus près
du pouvoir il a nourri une détestation pour les technos et, paradoxalement, une admiration sans bornes
pour le premier d’entre eux. Vous
ne lui ferez pas dire du mal d’Emmanuel Macron. Quand il en parle,
ses yeux s’illuminent… Difficile,
pourtant, de tourner la page.
Alexandre Benalla passe encore des
heures à relater ses aventures élyséennes. Des éditeurs lui ont proposé d’écrire sa vie. L’histoire du
gamin d’une cité d’Evreux devenu
l’homme de confiance du président
avant de se brûler les ailes est digne
d’un roman ou d’une série. Des ténors du barreau comme Eric Dupond-Moretti auraient pu le
défendre, il a refusé, préférant les
services de la plus discrète et maternante Jacqueline Laffont. « Pour
l’instant, je veux disparaître, je veux
qu’on m’oublie. » Ces six derniers
mois ont montré qu’il avait bien
du mal à s’effacer, entre ses « bêtises » (sic) et la volonté de certains
de ne pas l’oublier. Récit.
Episode 1 La prophétie
des « costumes gris »
« Un jour, il va nous faire faire une
connerie ! » Ce que redoutent certains membres du cabinet présidentiel finit par arriver le 1er mai
2018. Les hauts fonctionnaires de
l’Elysée se méfiaient depuis longtemps de ce personnage au sang
chaud, imprévisible et parfois « borderline ». Benalla le reconnaît luimême, il lui arrive de dépasser les
bornes et ça le fait marrer comme
un gosse qui a fait une mauvaise
farce. Ce n’est pas vraiment du goût
des technos du Château, où « Alex »,
l’ancien responsable de la sécurité
de la campagne, a suivi « le patron ».
Comme il n’est ni policier ni gendarme, il ne peut faire partie du
Groupe de sécurité de la présidence
de la République ; il faut lui trou-
ver un job sur mesure. Il sera chargé
de mission en tant qu’adjoint au
chef du cabinet du président. Le
seul de l’équipe à ne pas avoir fait
l’Ena. Mais, puisque ce titulaire
d’un master en droit et ex-auditeur
jeune de l’Institut des hautes études
de la défense nationale a l’oreille
du président, on le tolère. Son côté
mi-Rambo, mi-MacGyver amuse le
directeur de cabinet, Patrick
Strzoda, qui le surnomme la « caisse
à outils ». Un soir, dans la salle des
Fêtes, il le présente ainsi à un invité : « Alexandre, si on a besoin d’un
téléphone dans le désert, c’est lui qu’il
faut aller voir ! »
D’autres tentent en vain de le
faire entrer dans le moule :
« Alexandre, il faut que tu t’institutionnalises ! », « Je vais t’apprendre un truc
qui s’appelle la duplicité… » Au milieu de ces costumes gris, ses baskets et son contact direct avec le
président détonnent. Il n’est pas
qu’une curiosité, il ne fait tout simplement pas partie du « club » et on
le lui fait sentir. Benalla dit découvrir à l’Elysée des « réflexes de caste ».
« Quand vous êtes un serf et que vous
expliquez que vous allez manger à la
table d’un seigneur, si, à un moment,
on peut empoisonner votre nourriture,
on le fera bien volontiers », résume-t-il.
Mais le « serf » n’a pas oublié d’être
malin, il sait jouer de sa proximité
avec le président pour obtenir des
avantages et se passer, si besoin, de
l’arbitrage du directeur de cabinet.
Episode 2 L’homme de confiance
devient le « pestiféré »
« Ce qu’il s’est passé le 1er mai est grave,
sérieux, et a été pour moi une déception, une trahison. » Les mots prononcés par Emmanuel Macron le
24 juillet 2018, une semaine …
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 41
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FRANCE
ligne de mire », s’imaginant qu’un
jour lui aussi courrait auprès du
cortège présidentiel. Quand il rencontre l’ex-ministre de l’Economie, en juillet 2016, par l’entremise
de Ludovic Chaker – conseiller officieux de Macron, surnommé « le
ninja » et ex-coordinateur des meetings –, c’est un coup de foudre.
« Ce mec-là, c’est un bonhomme ! » se
dit celui qui a participé à la campagne de François Hollande et qui
plaque un poste de conseiller
chargé de la sécurité à l’Office européen des brevets (à 12 000 euros
mensuels) pour devenir bénévole.
Quelqu’un à dépanner, une situation délicate, un truc qui sent mauvais ? C’était pour « Alex » ! « Moi,
je suis un moine-soldat ; quand on demande quelque chose, je suis là », explique l’ancien scout de la
« patrouille du Léopard ». Macron
le trimballe partout, il ne peut
plus se passer de lui. Son engagement et son parcours méritocratique plaisent au candidat
Réseau. Le 23 août
2018, Alexandre Benalla se rend au château de Fleurac,
propriété de Vincent
Miclet (en haut, avec
son ex-épouse), qui a
fait fortune en Angola.
Il y croise l’homme
d’affaires et passionné
d’art Jean-Louis
Haguenauer (en haut,
à g.).
« Moi, je suis un moine-soldat ; quand on
demande quelque chose, je suis là », explique
l’ancien scout de la « patrouille du Léopard ».
42 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
disruptif. Un regard, un clin d’œil
et les deux se comprennent. « C’est
une histoire d’affection, pas de cul ni
de porteur de valises ! » assure un
proche.
Episode 3 Limousine, Jet-Ski
et whisky japonais
A l’annulaire,il porte son alliance,
mais n’a toujours pas scellé son
union avec la mère de son fils. Le
21 juillet, jour du mariage civil,
Alexandre Benalla est encore en
garde à vue et son appartement
d’Issy-les-Moulineaux est perquisitionné. Sa femme et son bébé
sont à l’abri dans le 16e arrondissement (chez Pascale Perez, consultante internationale et ex-patronne
de Derichebourg), puis chez sa
mère, en Normandie. Qu’importe
que les policiers de la Brigade de
répression de la délinquance
contre la personne soient à la recherche de la future épouse pour
BRIQUET-HAHN/ABACA – DR (X2)
après le début de l’affaire révélée par Le Monde, sonnent aux
oreilles d’Alexandre Benalla
comme une sentence. Il est banni.
La mise à pied de quinze jours dont
il a écopé en mai n’est rien à côté
du sentiment d’avoir déçu le président. Ce macronolâtre en quête
de reconnaissance espérait l’inverse : il voulait que « le patron »
soit fier de lui. « Je voulais juste une
chose, qu’il réussisse. Mon plus grand
regret aujourd’hui, c’est qu’il l’ait payé
cher », déplore-t-il. S’il a été choisi
par Macron, c’est qu’il avait sa totale confiance. Aujourd’hui, la
confiance s’est effritée, même si le
contact n’est pas complètement
rompu. « J’ai merdé », reconnaît-il.
Ce « rêve de gosse », il l’a réalisé
grâce au « patron », comme il l’appelle encore aujourd’hui. Le petit
Maroine (son prénom de naissance
francisé par sa mère), qui a fui un
père violent, a toujours voulu protéger les autres. Il s’identifiait à
Clint Eastwood dans « Dans la
…
DR – SPUS/ABACA
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l’interroger dans le cadre de l’enquête sur les violences du 1er mai
et la disparition du coffre-fort de
Benalla. Celui-ci leur assure que
sa compagne est « à l’étranger »
alors que son téléphone « borne »
à Paris.
Passé brutalement pendant l’été
2018 de l’Elysée à Pôle emploi, l’exhomme de confiance du président
a du mal à se remettre de son limogeage mais ne montre rien. Celui
qui dit toujours aller « au top ! »
n’est pas du genre à se lamenter ni
à s’effacer. Il aime le bling-bling et
la réussite ostensible ; il ne va pas
se priver de monter dans une limousine ou une Bentley, un jet
privé ou sur un Jet-Ski (comme
aux Bahamas, en novembre, d’où
il envoie des selfies à ses copains
de l’Elysée). Il veut savourer sa soudaine liberté, qu’il sait pourtant
surveillée. L’homme est parfois
très rusé, à d’autres moments un
peu immature. Il se laisse griser
par tout ce petit monde qui lui
dit :« Tu es brillant, on va faire de toi
un mec super ! » Il multiplie les erreurs, surjoue le côté « je fais ce
que je veux, je vous emmerde ! ».
Aujourd’hui, il dit n’avoir aucun
regret. « Je n’allais pas m’empêcher
de vivre. Qu’est-ce que j’ai fait de
honteux ? »
A Paris, il fume des cigares, déguste des spritz ou du whisky japonais dans les lobbys d’hôtel et
les boîtes de nuit chics. Il ne quitte
pas le 8e arrondissement, sauf pour
se rendre au club L’Etoile (16e). On
le croise aussi à La Réserve, un palace en retrait des Champs-Elysées,
aux restaurants L’Avenue, Le Stresa,
Chez Laurent, où il se fait la plupart du temps inviter.
En septembre, il est encore en
contact avec des membres des
« Mormons » – la bande des premiers soutiens de Macron, aujourd’hui dans sa garde rapprochée
– et avec le président lui-même. Il
se vante d’échanger avec l’Elysée
jusqu’en décembre, avant que la
deuxième affaire (concernant
l’usage de ses passeports diplomatiques) ne sorte dans Mediapart.
Hasard ou provocation ? Benalla
est toujours au mauvais endroit
au mauvais moment. Parmi ses
Protecteur. L’homme d’affaires
franco-israélien Philippe Hababou
Solomon (à g., ici avec l’ancien
président sud-africain Jacob
Zuma), qui a pris Benalla sous son
aile à l’automne 2018.
A Paris, le 27 novembre, alors
qu’il vient de dîner avec l’ancien
ministre Jean-Louis Borloo – qui
s’est pris d’affection pour l’exchargé de mission –, au restaurant
Le Piaf, Benalla se trouve invité à
prendre un verre au sous-sol, où
l’on fête les 70 ans du Journal du dimanche. Sarkozy, Darmanin,
Pécresse y sont présents, ainsi que
le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, qui lance à
celui à qui plus personne ne parle
en public : « Tu ne réponds plus à
mes SMS ! »
Episode 4 Les mauvaises
fréquentations
« Aventurier ».
Alexandre Benalla a
rencontré à plusieurs
reprises Alexandre
Djouhri, dont il admire
le culot. Djouhri est visé
par une enquête sur le
financement libyen
présumé de la
campagne de Nicolas
Sarkozy.
connaissances, certains le mettent
en garde, notamment le grand rabbin Haïm Korsia, qui lui conseille
la discrétion. En vain. A Londres,
on le voit en compagnie
d’Alexandre Djouhri. Il assume ses
trois rencontres avec celui qui est
visé par une enquête sur le financement libyen présumé de la campagne de Nicolas Sarkozy. « C’est
un aventurier ! » dit-il du self-mademan à la réputation sulfureuse.
Benalla, qui a lu plusieurs fois
« La République des mallettes », de
Pierre Péan, admire « sa verve, son
intelligence et son culot ». Dans la
tempête qu’il traverse, il espère
aussi trouver conseil auprès de celui qu’il considère un peu comme
un « grand frère » et avec lequel il
se trouve des similitudes de parcours. A Londres, il tentera aussi
d’oublier ses ennuis à l’Annabel’s,
un club sélect du West End.
Lui qui a un casier vierge, et qui
avait fait l’objet d’une enquête
poussée de la DGSI à son entrée en
fonctions, se met à côtoyer des personnages controversés, comme le
mystérieux milliardaire syrien Mohamed Izzat Khatab, qui l’héberge
avenue Montaigne (« une seule
nuit », jure Benalla) après sa première audition au Sénat, le 19 septembre. Ou Vincent Miclet, un
homme d’affaires ayant fait fortune en Angola, chez qui il se rend
dans son château de Fleurac (Charente) et à Marrakech, dans son palace (« une semaine », dit-il), en août.
Il profite de leur générosité pas totalement désintéressée. « Ils étaient
disponibles à un moment où personne
ne me proposait autre chose », justifie Benalla. Le 23 août, au château
de Fleurac, Alexandre Benalla réunit ses relations. Vincent Miclet
assure au Point que cette visite a eu
lieu à titre « amical ». L’homme d’affaires et passionné d’art Jean-Louis
Haguenauer – qui aurait mis en relation l’intermédiaire de l’oligarque
russe Iskander Makhmudov, Benalla (2) et Vincent Crase (3) – est
présent. Le Syrien Khatab également. « Miclet veut vendre son appartement parisien et Khatab était
…
intéressé », se défend-il.
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 43
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FRANCE
Episode 5 De Pôle emploi
au consulting international
Le 5 décembre, direction le
Tchad, avec des hommes d’affaires
turcs. Solomon poursuit : « Quand
le président Idriss Déby voit Benalla
dans la délégation, il lance, rigolard :
“Ah, toi, le voyou !” La délégation se
retire, Déby, que je vois environ une
fois par mois, nous retient et dit à
Alexandre d’assister à notre tête-àtête. C’est là que nous apprenons que
le président Macron vient à Ndjamena
le 23. »
…
Episode 7 La rupture
Episode 6 Un « stage » en Afrique
Séduit, Solomon le prend à partir
d’octobre en « apprentissage » dans
ses déplacements à l’étranger, les
fameux voyages où Benalla utilisera ses passeports diplomatiques.
« Une connerie, admet-il aujourd’hui. Cela ne m’apportait rien
si ce n’est de passer par le fast track
[passage rapide] avant les contrôles. »
Philippe Hababou Solomon,
que nous avons rencontré à
Londres, raconte que le jeune
homme « était très indécis sur son
avenir ». « Je lui ai proposé de m’accompagner dans mes missions à
l’étranger. Nous n’avons pas travaillé
ensemble, jure-t-il. Je lui ai prêté
15 000 euros. Quand je l’ai rencontré,
c’était quasiment un SDF. »
Fin octobre, les voilà à Kinshasa
pour rencontrer Sassou Nguesso,
président du Congo. « Avec Sassou,
on parle de tout et de rien, et d’un coup
il se tourne vers Alexandre : “Pourquoi
la France nous abandonne ?” Les gens,
Sassou compris, croient que quand on
parle à Alexandre on parle à Macron,
explique Solomon. Il a répondu ce
qui est devenu un gimmick chez lui :
“La France est gouvernée par des technocrates et des tableaux Excel.” »
Fin de partie.
Alexandre Benalla,
après sa garde
à vue, au tribunal
de grande instance de
Paris, le 18 janvier.
« La France est gouvernée par
des technocrates et des tableaux Excel. »
44 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
« Cette personne n’était en aucun cas
un intermédiaire officieux ou officiel. »
La phrase prononcée au Tchad par
l’entourage du président, et rapportée par Le Monde le 24 décembre,
est vécue par Alexandre Benalla
comme une humiliation. « Je n’ai
jamais prétendu être un intermédiaire », assure-t-il. Le même jour
– « Joyeux Noël ! », plaisante-t-il –,
il reçoit un mail de Patrick Strzoda
avec copie au procureur de la République sur la base « de rumeurs
et de questions de journalistes ». « On
veut me faire passer pour un Rocancourt ! Je ne mérite pas qu’on me traite
comme un escroc ! »
Lors de ce voyage, côté Elysée,
on affirme ne plus avoir « aucun
contact » avec Benalla. Jusqu’ici,
Macron entretenait le flou et laissait planer une certaine ambiguïté.
Maintenant, c’est terminé. Benalla
comprend qu’il est abandonné.
Pourtant, il est persuadé que « le
patron », qu’il considère comme
« trop gentil », ne lui veut aucun
mal. « Il ne m’a pas lâché. Il a peutêtre été déçu, oui. Mais il est dans son
rôle, il est à un autre niveau que ces
histoires de cornecul ! » §
1. Pour « usage public et sans droit » de
ses passeports diplomatiques après son
licenciement. Concernant les événements
du 1er mai, il était déjà mis en examen
pour « violences volontaires en réunion »
et « immixtion dans l’exercice d’une
fonction publique ».
2. Au Sénat, le 21 janvier, Benalla affirme
n’avoir « jamais rencontré » Makhmudov,
n’avoir jamais « contribué » ni n’avoir été
« intéressé » au « moindre contrat » négocié
par Vincent Crase.
3. Lire sur lepoint.fr : « Vincent Crase,
l’alter ego de Benalla, a perçu près de
300 000 euros d’un proche de Vladimir
Poutine ».
DR
Celui qui veut tirer un trait sur la
protection rapprochée se voit désormais en « facilitateur ». Il a créé
une société de consulting au Maroc. Objectif : mettre en relation des
hommes d’affaires sur les marchés
prometteurs des pays émergents
du golfe Persique ou d’Afrique.
Pour étoffer son réseau, Benalla
s’appuie, dès septembre, sur ses anciens amis de l’Elysée. Et c’est à cette
période qu’il rencontre Philippe
Hababou Solomon à l’hôtel-spa
La Réserve, un homme d’affaires
franco-israélien, spécialiste de cybersécurité et proche de Bernard
Tapie. Il trouve le garçon « brillant »
et sera son bienfaiteur jusqu’à sa
seconde mise en examen, en janvier. Solomon, 60 ans, lui prête un
studio à Kensington, à Londres –
Benalla dit qu’il a payé une partie
du loyer –, où logeront sa compagne
et son fils. En retour, le jeune
homme organise quelques déjeuners. Comme le 13 octobre 2018,
au Bristol, à deux pas de l’Elysée,
où il convie Paul Soler, membre de
l’état-major particulier du président Emmanuel Macron. C’est
du moins ce qu’indique sa carte de
visite, car le militaire, qui s’est imposé comme le « M. Libye » du palais depuis quelques mois, ne figure
pas dans l’organigramme de l’Elysée. Paul Soler suit le bourbier libyen et Solomon a effectué
quelques missions de conciliation
entre les différentes factions.
Alexandre Benalla parle peu, écoute
beaucoup. Il apprend. A l’extérieur
du palace, un garde du corps attend dans sa voiture, un autre surveille les allées et venues autour
du jeune homme mis en examen.
L’ex-chargé de mission se déplace
désormais avec deux cerbères. « Des
amis d’enfance », tient-il à préciser
pour faire taire les rumeurs disant
qu’il s’agirait de policiers du Service de la protection.
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MAGAZINE
SUJET
EN COUVERTURE
Raymond Aron
Le penseur pour résister
à la bêtise
Boussole. Les remèdes du philosophe contre les idées fausses,
les passions tristes et le conformisme sont plus actuels que jamais.
Portrait d’un « professeur d’hygiène intellectuelle » à l’occasion
de la parution de « L’abécédaire de Raymond Aron », conçu par
sa fille Dominique Schnapper et Fabrice Gardel (L’observatoire).
L
a vie et l’œuvre de Raymond Aron se confondent
avec l’histoire du XXe siècle. La compréhension « des
grandes guerres conduites au nom des idéologies » qu’avait
prophétisées Nietzsche fonde le projet intellectuel qu’il
s’était donné en 1930, lors de son séjour en Allemagne,
marqué par l’agonie de la République de Weimar : « Une
réflexion sur le XXe siècle, à la lumière du marxisme, et un
essai d’éclairer tous les secteurs de la société moderne : l’économie, les relations sociales, les relations de classe, les régimes
politiques, les relations entre les nations et les discussions
idéologiques. » Mais Raymond Aron n’est pas seulement
l’analyste français le plus pénétrant de l’histoire du
siècle passé, il est aussi notre contemporain par la manière dont il a anticipé l’âge de l’histoire universelle
comme par l’actualité de son combat pour défendre la
liberté politique.
Le courage d’un combattant de la liberté
Alexandre Soljenitsyne déplorait, le 8 avril 1978, devant les étudiants de Harvard, le déclin du courage en
Occident et l’affaiblissement de la volonté de défendre
la liberté, en raison notamment du matérialisme des
sociétés capitalistes et de la tyrannie du conformisme
intellectuel. Aron est l’un des rares penseurs qui
échappent à cette critique : il fut non seulement le principal représentant du libéralisme dans notre pays, mais
il sauva aussi l’honneur des intellectuels français face
aux totalitarismes du XXe siècle. Dès les années 1930,
46 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
dans la lignée d’Elie Halévy, il mit en lumière les points
communs du stalinisme et de l’hitlérisme, et souligna
qu’ils s’opposaient en priorité aux démocraties. En juin
1940, décidé à poursuivre la guerre contre le nazisme,
il rejoignit la France libre à Londres. A partir de 1945,
il s’engagea dans la défense de la démocratie contre
l’URSS, ce qui lui valut d’être mis au ban de l’Université et de l’intelligentsia françaises : « L’opium des intellectuels » joua le rôle d’un antidote décisif à la
séduction du communisme en France comme en Europe. En 1957, « La tragédie algérienne » démontra l’inéluctabilité de l’indépendance de l’Algérie, où la France
se battait contre ses valeurs. En mai 1968, Aron se dressa
contre une révolution introuvable sans projet politique
qui menaçait la Ve République. Jusqu’à sa mort, il soutint les dissidents de l’Est et les boat-people qui témoignaient de la terreur, de la misère et du mensonge sur
lesquels reposait le communisme. Préfaçant « La philosophie mathématique » de Jean Cavaillès, en 1962,
Aron rappelait que « de temps en temps surgissent des situations dans lesquelles la conduite de l’individu paraît chargée d’une signification éternelle. Tout se passe comme si
certains choix étaient intrinsèquement bons ou mauvais,
comme si l’âme était soudain confrontée à l’alternative de se
perdre ou de sauver. La décision de résistance, chez les quelquesuns qui l’ont prise en toute conscience, était de ce type. »
Comme Cavaillès, Aron fut un grand résistant au service de la liberté.
…
ROGER BERSON / ROGER-VIOLLET
PAR NICOLAS BAVEREZ*
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« Je n’aime pas jouer
la conscience universelle.
Je trouve ça indécent. »
Raymond Aron
Lumière. Raymond
Aron en 1947.
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EN COUVERTURE
1924
14 mars 1905
Naissance à Paris
de Raymond
Claude Ferdinand
Aron. Il est le dernier des trois fils
d’une famille
d’origine lorraine.
Le père, Gustave,
enseigne le droit,
mais, ayant
échoué à l’agrégation, il reporte
toutes ses ambitions sur ses fils.
Il est reçu 14e
à Normal sup
après deux ans
de khâgne à
Condorcet. Il se
lie avec quatre
autres philosophes de sa promotion : Sartre,
Nizan, Lagache et
Canguilhem.
1928
Reçu 1er à
l’agrégation
de philosophie.
Jean-Paul Sartre.
Automne
1931juin 1933
Pensionnaire à
l’Institut français
de Berlin.
Poursuit sa
découverte des
penseurs
allemands, est
profondément
choqué par la
montée du
nazisme.
Septembre
1933
Epouse
Suzanne
Gauchon.
La posture du spectateur engagé
Raymond Aron n’a fondé ni doctrine ni école de pensée. Il nous a légué cependant une méthode pour
comprendre l’Histoire et agir, au lieu de la subir, méthode qui lui valut de se voir décerner le titre de « professeur d’hygiène intellectuelle » par Claude Lévi- Strauss.
Aron procédait en quatre temps : établissement des
faits ; analyse ; interprétation ; jugement. Il assume,
pour l’avoir établi dans sa thèse consacrée à la philosophie de l’Histoire, que la vérité n’est jamais absolue, mais il démontre que l’objectivité reste possible.
Par ailleurs, Aron conserve le souci constant de ne
pas se contenter de dénoncer, mais de se placer du
point de vue des dirigeants pour comprendre leurs
contraintes et leurs choix, tout en proposant des solutions opérationnelles. « Il ne suffit pas de comprendre
pour excuser, rappelle-t-il dans “Le spectateur engagé”,
il s’agit de comprendre et d’expliquer. Ça ne signifie pas
que l’on ne condamne pas. Mais je n’aime pas jouer la
conscience universelle. Je trouve ça indécent. »
Paul Nizan.
L’accélération de l’Histoire
L’originalité d’Aron consiste à avoir été le premier à
comprendre et à tirer toutes les conséquences des
ruptures historiques : la victoire du nazisme et l’émergence des totalitarismes dans les années 1930 ; la
nécessité de poursuivre la guerre après la débâcle de
« Nous le savons, l’homme est un être raisonnable, mais les hommes le sont-ils ? » R. Aron
48 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
1935
Publication
de son premier
livre,
« La sociologie
allemande
contemporaine ».
Mars 1938
Soutient sa thèse
de philosophie,
« Introduction
à la philosophie
de l’histoire ».
Aron à
l’Ecole
normale,
en 1924.
…
Avec Suzanne
Gauchon,
à Pontigny, dans
les années 1930.
1940 ; le déclenchement de la guerre froide par Staline après 1945 avec l’Europe pour premier enjeu ; la
fin des empires coloniaux. Or le début du XXIe siècle
marque de nouveau une brutale accélération de
l’Histoire avec la multiplication des disruptions,
c’est-à-dire des événements imprévisibles et extrêmes :
surgissement du fondamentalisme islamiste ; apparition des démocratures, qui désignent la démocratie comme ennemi principal ; krach du capitalisme
mondialisé en 2008 puis crise de l’euro ; révolution
numérique ; renouveau des grandes vagues migratoires ; choc populiste sur les démocraties déclenché
par le Brexit et l’élection de Donald Trump en 2016.
L’âge de l’histoire universelle
Le XXIe siècle paraît très éloigné du temps de la guerre
froide et de la société industrielle. L’Union soviétique
s’est effondrée, emportant les totalitarismes du
XXe siècle. Le monde bipolaire verrouillé par la dissuasion nucléaire a cédé la place à une configuration
multipolaire hautement instable où se multiplient
les guerres sans fin. Le leadership des Etats-Unis est
contesté par la Chine de Xi Jinping. Le capitalisme
est devenu universel. La révolution numérique se déploie sur les ruines de la société industrielle, déstabilisant le salariat et les classes moyennes. Les Etats
ont perdu leur monopole dans l’utilisation de la force
légitime et sont débordés par la violence qui se libère
des barrières mises en place pour la contenir. Trois
cycles historiques majeurs s’achèvent qui composèrent le cadre des travaux d’Aron : la suprématie de
l’Occident, qui contrôlait l’histoire du monde depuis
COLLECTION PRIVÉE (X3)
Le jeune Raymond
avec ses frères aînés.
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1947 Malraux le
convainc d’entrer
au Figaro.
24 juin 1940 Rejoint le
général de Gaulle
à Londres.
Embarque pour
l’Angleterre
à Saint-Jeande-Luz.
1948 Rupture
avec Sartre.
Il publie
« Le grand
schisme ».
1940-1944 Dirige la
« Revue de la
France libre ».
COLLECTION PRIVÉE (X4) – SIPA
Les désillusions de la mondialisation
Les trois dialectiques qu’Aron plaçaient au cœur des
sociétés modernes touchant l’égalité, la socialisation
et l’universalité sont toujours à l’œuvre mais se déclinent différemment. La lutte des classes de la société industrielle s’est déplacée pour opposer la
partie de la population qui participe à la mondialisation et celle qui reste ancrée dans des activités, des
statuts ou des territoires périphériques. La socialisation bute contre la mondialisation et la révolution
Année terrible :
naissance d’une
fille handicapée
mentale et mort
d’une autre,
emportée par
une leucémie
foudroyante.
En Corée, vers 1953-1954.
1951
Publication
de « Guerres
en chaîne ».
1955
Au premier plan, à Pontigny,
dans les années 1930.
les grandes découvertes de la fin du XVe siècle ; le leadership de la république impériale des Etats-Unis,
qui s’était imposé depuis 1917 ; l’ordre mondial mis
en place en 1945 pour éviter la reproduction des catastrophes des années 1930. Pour autant, Raymond
Aron n’est nullement dépassé. Il fut en effet l’un des
premiers à imaginer le dépassement de la guerre
froide par la mondialisation – notion qu’il utilisa dès
1969. La période de transition chaotique que nous
traversons est de fait caractérisée par la tension entre,
d’une part, les forces d’intégration portées par le capitalisme et les technologies et, d’autre part, les forces
de fragmentation liées à l’irréductible divergence des
cultures, des valeurs et des fois religieuses. Il en résulte une formidable remontée de la violence dont
Aron avait perçu le risque dès 1960 : « Jamais les hommes
n’ont eu autant de motifs de ne plus s’entre-tuer. Jamais ils
n’ont eu autant de motifs de se sentir associés dans une
seule et même entreprise. Je n’en conclus pas que l’âge de
l’histoire universelle sera pacifique. Nous le savons, l’homme
est un être raisonnable, mais les hommes le sont-ils ? »
1950
« L’opium des intellectuels » fait scandale. Il s’en
prend aux intellectuels
« communisants ».
Raymond
Aron et
« Le Point »
Quand il quitte
Le Figaro en 1977,
après trente années
de services, deux options s’offrent à lui :
Le Point ou L’Express.
Claude Imbert avait
tenté d’attirer
l’éminent éditorialiste, qui correspondait parfaitement à
la ligne du journal.
Dans ses « Mémoires », Jean- François Revel écrit que
l’affaire ne s’est pas
conclue car Aron exigeait un titre de « directeur politique »
que lui refusait Imbert. A sa fille Dominique Schnapper
Aron a avancé une
autre explication :
« “Le Point” avait suffisamment d’éditorialistes de qualité et il
n’était pas la peine de
leur en adjoindre un
autre. » C’est ainsi
qu’Aron fera les
beaux jours de L’Express jusqu’en 1983.
numérique, qui atomisent les classes moyennes, sans
que l’éducation parvienne à répondre aux défis multiples de l’intégration. Et, si l’Histoire est universelle,
elle reste très loin d’être pacifique, traversée par les
conflits qui naissent du retour en force des passions
nationalistes, du fanatisme religieux et des ambitions de puissance – à l’image de la confrontation
désormais ouverte entre les Etats-Unis et la Chine.
Avec les révolutions du XXIe siècle, l’humanité affronte des problèmes inédits qui ne peuvent être
pensés ou traités à partir des concepts ou des solutions du passé. Il nous faut imaginer des solutions
originales pour favoriser une croissance soutenable
et inclusive, stabiliser le capitalisme universel, gérer
de manière coopérative les risques globaux, encadrer la violence. Et ce dans un monde où les EtatsUnis ne réassurent plus ni le capitalisme ni la
sécurité des démocraties. Et ce dans un monde où
les problèmes sont planétaires, mais où les Etats et
les sociétés se replient sur eux-mêmes, démantelant
les institutions et les règles qui fondaient la coopération internationale.
La démocratie face aux passions collectives
Comme tous les hommes de sa génération, Raymond
Aron fut marqué au fer rouge par la dynamique
infernale des années 1930 : krach de 1929 se transformant en Grande Dépression, montée des totalitarismes, conflit mondial s’ouvrant par la défaite
militaire et l’effondrement de la République en
France. Or nous vivons aujourd’hui la crise de la démocratie la plus profonde depuis l’entre-deux- …
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 49
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EN COUVERTURE
1968
Publie « La tragédie algérienne »,
puis se prononce
en faveur de la
décolonisation.
En mai, il s’oppose au « terrorisme du pouvoir
étudiant ». Publie
« La révolution
introuvable ».
Avec Jean-Paul Sartre et André Glucksmann,
en 1979, en faveur des boat-people.
1960 Rejoint l’Ecole
pratique des
hautes études.
1976 Publie « Penser
la guerre,
Clausewitz ».
1963 Election à
l’Académie
des sciences
morales et
politiques.
1983
1970 Election
au Collège
de France.
1977 Parution de
« Plaidoyer pour
l’Europe décadente ». Rejoint
L’Express.
Entouré de Jorge Luis Borges
(assis), Angelo Rinaldi (à g.) et
Jean-François Revel, en 1983.
guerres. Les nations libres sont prises sous le
feu croisé des menaces stratégiques émanant du djihadisme, des démocratures et des nouvelles cyberguerres de l’information, d’une part, des populismes
qui la minent de l’intérieur, d’autre part. Il ne fait aucun doute que le péril populiste est le plus grave, car
il remet en question les fondements mêmes de la démocratie. Aron en donne une saisissante définition
à travers le bonapartisme : « Il escamote la souveraineté du peuple dont il prétend émaner. Il contraint et asservit le peuple prétendument souverain en réduisant les
plébiscites à des farces, en érigeant en loi le bon plaisir
d’un individu. Bien loin d’unir réellement les groupes et
les partis, il laisse subsister, en les camouflant un temps,
toutes les divisions et se borne à superposer l’arbitraire
au chaos. » Aron peut aider à penser et à surmonter
cette nouvelle crise de la démocratie. Il témoigne de
ce qu’elle n’est pas sans précédent et que les démocraties ont su se réinventer dans le passé pour répondre aux grandes crises économiques et aux
bouleversements du système mondial, à la fin du
XIXe siècle ou après la Seconde Guerre mondiale. Il
nous rappelle surtout que la liberté n’est jamais donnée ou acquise. Elle ne survit que par l’engagement
des hommes et leur volonté de la défendre.
…
Au côté de son ami Henry Kissinger, en 1983.
A lire aussi
- « L’ombre des
Bonaparte », article
paru en 1943 dans la
« Revue de la France
libre » (commentaire.fr).
- « Dimensions de
la conscience historique » (Plon, 1961).- « Paix et guerre
entre les nations »
(Calmann-Lévy,
1962).
- « Les désillusions
du progrès » (Calmann-Lévy, 1969).
- « Le spectateur
engagé » (Julliard,
1981).
« Aron peut aider à penser et à surmonter
cette nouvelle crise de la démocratie. »
Nicolas Baverez
50 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
Parution de ses
« Mémoires »,
cinq semaines
avant sa mort, le
17 octobre, d’une
crise cardiaque.
Défendre la liberté
La survie de la liberté politique sera l’enjeu central du
XXIe siècle. Ses ennemis ne sont plus les empires ou
les totalitarismes, mais les démocratures, le fanatisme
religieux et le populisme. Aron ne fournit aucune recette clés en main, mais il souligne que le leadership
que l’Europe puis l’Occident ont conquis est indissociable de l’émergence et de la défense de la liberté politique. « Nous ne devons jamais oublier, martelait-il en
1978, dans la mesure où nous aimons les libertés ou la liberté, que nous jouissons d’un privilège rare dans l’Histoire
et rare dans l’espace. » Cela reste vrai. Le message ultime
d’Aron est fait d’optimisme. Il n’y a aucune raison que
le dernier mot reste aux autocrates, aux fanatiques et
aux démagogues. Les démocraties connaissent certes
un inquiétant trou d’air, mais elles n’ont pas encore
perdu. Tout dépendra de la capacité des citoyens à
conserver leur foi dans la liberté et la volonté de la défendre. Cela s’applique particulièrement à l’Europe,
qui doit entendre l’avertissement par lequel s’achève
« Penser la guerre, Clausewitz » : « Les Européens voudraient sortir de l’Histoire, de la grande Histoire, celle qui
s’écrit en lettres de sang. D’autres par centaines de millions
y entrent. » Le XXIe siècle, placé sous le signe de l’histoire universelle, comporte des risques mais aussi de
formidables espoirs. Il reviendra aux hommes de décider d’un destin qui peut basculer vers la tyrannie ou
vers la liberté. Une certitude demeure : la maxime de
Thucydide qu’Aron donna comme devise à la revue
Commentaire et qu’il illustra sa vie durant : « Il n’y a pas
de bonheur sans liberté ni de liberté sans vaillance. » §
*
Auteur de la biographie « Raymond Aron » (Flammarion, 1993).
AFP – MENANTEAU/SIPA – SIPA
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EN COUVERTURE
Legs. La fille de Raymond
Aron, grande sociologue,
publie un « Abécédaire »
des textes de son père.
Souvenirs.
Transmission.
Dominique Schnapper
et son père, Raymond
Aron, en 1983, quelques
mois avant sa mort.
PROPOS RECUEILLIS PAR SAÏD MAHRANE
S
ociologue et fille de Raymond Aron, Dominique
Schnapper a sélectionné, avec Fabrice Gardel, les
textes qui ont permis un « Abécédaire » dédié à
son père. « Il n’est jamais aisé de parler de son père »,
écrivait-elle, en 2011, dans ses Mémoires. Pour Le Point,
elle accepte de « parler » – comme rarement – de
l’œuvre et de la nature d’un des géants du XXe siècle.
Diriez-vous que la postérité, généreuse avec
Jean-Paul Sartre, a fait une injustice à Aron ?
Le Point : Pourquoi faut-il relire Raymond Aron ?
Dominique Schnapper : Pour les plus jeunes, il y a
une relecture possible et souhaitable qui concerne
notamment la démocratie et son avenir. Beaucoup
de jeunes historiens sont frappés par sa conférence
du 17 juin 1939 intitulée « Etats démocratiques et
52 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
Etats totalitaires ». Un totalitarisme que de nombreux démocrates, comme Victor Basch [philosophe
et président de la Ligue des droits de l’homme, assassiné par la milice en 1944, NDLR], ne comprenaient
pas, cela échappait à leur conception du monde. Aujourd’hui, chacun constate la fragilité des démocraties. Quand on voit la situation aux Etats-Unis, en
Grande-Bretagne, en Italie, en Europe de l’Est et même
en France, on a un sentiment, non pas de retour aux
années 1930 – le monde est bien différent –, mais du
retour de l’inquiétude sur la capacité des démocraties à affirmer leurs valeurs et à les défendre.
Dominique
Schnapper
Sociologue
L’œuvre de Raymond Aron reste mal connue. Sa personnalité politique l’est davantage. Les historiens l’ont
peu lu. Des spécialistes du XXe siècle ne connaissent
pas ses travaux. L’esprit du temps, à l’époque, lui était
hostile. Et puis, interprétation plus sociologique, il
n’entrait dans aucune discipline académique. Sa réflexion philosophique sur l’Histoire échappait à la
fois aux historiens et aux philosophes. De surcroît, le
monde intellectuel était dominé par des formes plus
ou moins directes d’un marxisme plus ou moins
dogmatique ou revisité. Raymond Aron connaissait
COLLECTION PRIVÉE – JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO
Schnapper : « Il a été condamné
par le monde intellectuel »
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probablement le marxisme mieux que ses adversaires,
mais il le connaissait d’une manière critique, ce qui
lui a valu d’être qualifié d’homme de droite. En somme,
d’être condamné par le monde intellectuel.
Mais était-il de gauche ?
Il s’est toujours réclamé de valeurs que j’appellerais
dreyfusardes, les valeurs républicaines de justice et
d’égalité.
La transmission était donc impossible…
En quoi pouvait-il objectivement être
un homme de droite ?
La génération qui s’est trompée ne pouvait pas revenir sur son jugement. Il aurait fallu qu’elle se remette
en question, chose impossible. J’ai l’espoir que les
générations suivantes, qui n’ont pas connu les conflits
intellectuels de la guerre froide, seront plus disposées à le lire et à partager ce qui était au cœur de sa
pensée politique, la défense critique de la démocratie. Il est vrai pourtant qu’on a des études inquiétantes, selon lesquelles beaucoup de jeunes
souhaiteraient vivre dans un régime plus autoritaire.
Le combat intellectuel et politique reste entier.
Il pensait que la guerre civile était la pire forme de
guerre et que les révolutions apportaient des résultats pires que les causes qui les avaient provoquées. Il
était profondément réformiste. Par ailleurs, il pensait
que toute société suppose un ordre, une hiérarchie et
le respect de l’Etat de droit. En cela, il était hostile à la
mythologie révolutionnaire. Au XXe siècle, cela suffisait à vous faire passer pour un homme de droite.
Il rejetait également le bonapartisme. « L’ombre
des Bonaparte » (1943) est un texte très dur
vis-à-vis du général de Gaulle, qu’il a rejoint à
Londres.
Dans le livre, vous consacrez une entrée aux
« fake news », où il s’agit davantage d’idées
fausses que de fausses informations. Pourquoi ?
Il était républicain. Il craignait la dérive autoritaire.
Hitler avait été élu démocratiquement. Napoléon III
aussi. Le général de Gaulle lui en a beaucoup voulu
d’avoir écrit ce texte, car il ne supportait que les admirateurs. Dans ses « Mémoires » à la fin de sa vie, il
a regretté d’avoir écrit « L’ombre des Bonaparte ».
Le terme n’existait pas à l’époque, évidemment, mais
il s’agit toujours du problème de la vérité. A la fin de
sa vie, Raymond Aron disait : « Les deux choses qui
ont le plus compté pour moi sont la liberté et la
vérité. » Les fake news sont l’exemple même de la
non-vérité qui domine le monde des réseaux sociaux.
On est frappé de voir combien sa pensée lui
ressemblait : rigoureuse, exigeante. Quand,
chez Sartre, les idées allaient de pair avec une
certaine jouissance, une émulation, un souffle
romanesque, une promesse, d’où peut-être
leur grande attractivité.
Dans le milieu sartrien, il y avait indéniablement
une dimension de jouissance et une atmosphère festive. La recherche de la vérité n’était pas leur ambition première. Aron se voulait rationnel, même s’il
était aussi un homme de passions. Des passions contenues par la raison.
Aron, c’est aussi le doute. Il y a d’ailleurs
cette confidence formidable faite après la sortie
de ses « Mémoires » : il a songé à les intituler
« Aurais-je pu mieux faire ? »
Il était très modeste. Dans notre monde, ce trait de caractère ne provoque pas le succès. Il disait : « Je suis un
homme des Lumières. » Je crois que c’est juste, même
si, bizarrement ou tragiquement, au cours du XXe siècle,
les Lumières sont passées de la gauche républicaine
à la droite républicaine. Il ajoutait : « Ce n’est pas moi
qui ai changé, j’ai gardé les convictions socialistes de
ma jeunesse. C’est le monde qui a changé. »
Il a été « poussé » à droite, mais n’a-t-il pas joué
de cette position pour agacer les sartriens ?
A la vérité, il en a souffert. Quand on souffre, on revendique parfois son handicap, comme les Afro-Américains ont revendiqué leur négritude, Black is
beautiful…
« L’abécédaire
de Raymond Aron »,
textes choisis par
Dominique Schnapper
et Fabrice Gardel
(Editions de
l’Observatoire, 240 p.,
19 €). Parution
le 6 février.
A voir également,
sur publicsenat.fr,
le documentaire
« Raymond Aron, le
chemin de la liberté »,
réalisé par Fabrice
Gardel.
Quel était son regard sur la politique ? Il a confié
qu’avant d’écrire un article d’ordre politique
il se demandait toujours ce qu’il ferait à la place
d’un élu.
Pour penser la politique, il faut se mettre à la place
de celui qui agit. Il tient ce principe de cette fameuse
rencontre à son retour d’Allemagne [en 1933, Aron
confie redouter la guerre au sous-secrétaire d’Etat
français aux Affaires étrangères, qui lui répond : « Que
feriez-vous à ma place ? », NDLR]. Il n’était pas fait
pour la vie politique. Trop indépendant, il n’aurait
jamais pu suivre le mot d’ordre d’un parti. Il aurait
été incapable de prendre certaines décisions, car il
ne supportait pas la violence et était très peu autoritaire. Il a dit lui-même qu’il était trop impatient
pour supporter les obligations de la vie politique.
Il n’a jamais eu de culte pour personne.
En réalité, il a été toute sa vie un admirateur de Sartre.
De même a-t-il toujours défendu Malraux. Il a eu des
fidélités personnelles à travers la vie, en dépit des divergences politiques. En raison de sa position critique
– au sens kantien –, il ne pouvait pas avoir de culte
pour un être humain. Dans un tout autre registre, il
a adoré Proust, mais ce n’était pas de l’ordre du culte.
En politique, il était incapable de suivre aveuglément
un homme et encore moins capable de le trahir.
A son époque, la politique était imprégnée
de littérature. Pourquoi Aron, contrairement à
Sartre – on y revient –, est-il resté aussi distant
vis-à-vis de la littérature ?
La dénonciation du goulag par Soljenitsyne,
…
« Il était hostile à la mythologie révolutionnaire. Au XXe siècle,
cela suffisait à vous faire passer pour un homme de droite. »
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 53
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EN COUVERTURE
Il a fait un grand tour en Asie au début des années 1950,
sur lequel il a beaucoup écrit. Il était à l’aise dans les
cultures anglophone et allemande. Par ailleurs, il a
consacré dix ans à l’étude de l’économie pour savoir
si Marx avait raison, et il en a déduit qu’il avait tort.
Il aimait également le journalisme. Les universitaires
le lui reprochaient. Le journalisme était son mode
d’action. Il avait le sentiment d’agir en faisant comprendre par l’analyse les situations politiques.
« Chien », « ennemi de classe », « salaud »…
Comment vivait-il les attaques ?
Il était fragile. Les attaques les plus violentes venaient
de Sartre, qui refusait une discussion publique avec
lui. Il en a souffert. C’était très violent. La moitié de
l’Ecole des hautes études en sciences sociales [l’EHESS,
NDLR] a longtemps refusé de me serrer la main…
Que reste-t-il d’Aron dans la sociologie ?
La sociologie contemporaine est essentiellement
l’héritière de Pierre Bourdieu. Les rationalistes sont
minoritaires. Les courants dominants ont pris la
place du marxisme comme clé universelle du monde
social. A ce titre, ils jouent le même rôle que le
marxisme dans ma génération. Or les faits sociaux
sont complexes et appellent beaucoup de prudence.
Cela ne donne pas une grande place à Aron dans la
sociologie d’aujourd’hui.
Dans « Le spectateur engagé », il fait un portrait
de Giscard qui pourrait être celui de Macron,
adepte du compromis et qui n’a pas saisi
le caractère tragique de l’Histoire.
On a l’impression d’un homme seul, à cette
époque. D’un homme qui n’avait pas fait école.
Il était assez seul, c’est vrai. Il n’y avait pas un mouvement ou une école derrière lui. Dans la société
française, il se retrouvait politiquement allié à des
gens qui étaient très différents de lui. C’était Le Figaro de l’époque, celui de Brisson, de Mauriac, de
Maurois… Ils ne se comprenaient pas en profondeur.
Ceux avec lesquels il aurait pu avoir des échanges
réels étaient marxistes ou marxisants. Ils considéraient qu’Aron avait trahi.
Contrairement à beaucoup d’intellectuels,
il voyageait et parlait plusieurs langues.
Projecteur. Raymond
Aron en janvier 1982,
lors d’une de ses
participations à
l’émission télévisée
« Apostrophes ».
Quel genre de projet collectif défendait Aron ?
Il a défendu l’Etat-providence. Il était social-démocrate après la guerre. C’était pour lui la réponse à
l’idéologie communiste, la preuve qu’on pouvait assurer la même – ou une meilleure – protection sociale tout en respectant les libertés politiques.
Et à quel point était-il européen ?
Il était pour la réconciliation avec l’Allemagne, ce
qu’il a affirmé dès la fin des années 1940, ce qui, pour
un juif, était assez courageux. Il est resté très attaché
à la langue et à la culture allemandes. Il était favorable à l’Otan. Mais il avait des doutes sur la faisabilité d’une Europe politique. Il se caractérisait lui-même
comme un patriote lorrain. Il pensait que l’identité
nationale était forte. Il n’ignorait pas les différences
de conceptions politiques dans les différents pays.
La collaboration entre Etats européens pouvait être
économique et culturelle, mais plus difficilement
politique.
« Les attaques les plus violentes venaient de Sartre.
La moitié de l’EHESS a longtemps refusé de me serrer la main… »
54 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
LOUIS MONIER/GAMMA
qu’il admirait, a eu plus d’écho que la sienne,
qui relevait de l’analyse. Aron le savait. En était-il
complexé ? Je l’ignore. Avant la guerre, il fréquentait
Gide, Martin du Gard et Malraux, il était plus littéraire. Après 1945 et le traumatisme de la guerre, il
s’est concentré sur l’analyse politique, ce qui l’a éloigné de la littérature, malgré son immense admiration pour Soljenitsyne. Des drames personnels ont
fait ensuite qu’il s’est enfermé dans le travail, il y a
trouvé une forme de refuge.
…
Macron fait l’expérience de la vie politique. Il a, contrairement à Giscard, une formation philosophique qui
lui permet – ou lui permettra – sans doute de ressentir la dimension tragique du politique. A la fin de son
septennat, Giscard suscitait la même haine que Macron
aujourd’hui : trop jeune et trop intelligent.
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Dans vos « Mémoires », vous exprimiez une
réticence à l’idée de parler de votre père. Qu’en
reste-t-il après cet « Abécédaire » ?
Le temps passe…
Vous vous interdisiez, à l’époque, d’exprimer
la moindre divergence à l’égard de votre père
afin de ne pas donner du grain à moudre à ses
adversaires. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Sur les grands choix, je n’ai pas de réserves. Je trouve
qu’il a été juste. Dans le détail, au moment des élections, il s’est trompé comme nous tous. On faisait des
paris sur le résultat et, en général, c’est nous qui avions
raison. Il était entendu que le perdant inviterait les gagnants au restaurant, grâce à quoi nous avons souvent
été invités au Grand Véfour.
Etes-vous donc absolument aronienne ?
Je suis plus sociologue et mes connaissances et mes intérêts sont beaucoup plus étroits que les siens. Je ne
songe pas à me comparer à lui. Quant à son œuvre, elle
est inégale, comme toutes les œuvres. Il le disait luimême. J’aime beaucoup « Les désillusions du progrès »,
qu’il n’aimait pas. Je n’ai pas vraiment lu le « Clausewitz »
[« Penser la guerre, Clausewitz », NDLR]. Mais, encore
une fois, je n’ai pas d’objections de fond à sa pensée et
à ses choix profonds.
“SON
GRAND GUIDE
PHILOSOPHIQUE.
TONIQUE, VIOLENT, RÉJOUISSANT.”
LE POINT
Que vous laisse-t-il en héritage ?
Il est important d’avoir du respect pour son père. Et j’ai
du respect pour le mien. Comme lui, je ne parle pas de
mes sentiments profonds §
« J’ai découvert que Sartre n’était pas aussi grand
écrivain que je le croyais. En même temps, j’ai commencé à réévaluer Camus, que j’avais un peu marginalisé par l’influence de Sartre », explique Mario
Vargas Llosa, qui, sous la même influence, avait
aussi marginalisé Aron. Comme Sartre, l’écrivain péruvien a cru aux idéaux révolutionnaires
et dans l’engagement intellectuel. Seulement,
au mitan des années 1960, Vargas Llosa s’inquiète de plus en plus des aveuglements du père
de l’existentialisme devant les crimes communistes. « Mon esprit critique m’a sauvé. A l’époque
où je vivais à Paris, j’étais de gauche, ce qui ne m’empêchait pas de lire les articles d’Aron dans Le Figaro. » Des articles qui lui ont permis, avec la
lecture de Soljenitsyne, de découvrir la vraie nature du régime soviétique et l’existence de son
système concentrationnaire. « Sartre a contribué,
plus que quiconque, à la confusion totale dans la politique contemporaine. » Devenu libéral, Vargas
Llosa doit à Aron, cet « exilé à l’intérieur de son
propre pays », d’avoir évité de se fourvoyer et de
chérir, plus que tout, la démocratie. S. M.
Photo auteur : Philip Conrad
Vargas Llosa : « Aron et mon
esprit critique m’ont sauvé »
« Un livre qui se lit comme un roman.»
CHARLES PÉPIN, PHILOSOPHIE MAGAZINE
« Un essai qui fera date. »
ALEXANDRE DEVECCHIO, LE FIGARO MAGAZINE
« Un stimulant manuel de survie. »
FRANÇOIS BUSNEL
BUSNEL, LA GRANDE LIBRAIRIE
Albin Michel
Flammarion
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MAGAZINE
SUJET
EN COUVERTURE
Raymond Aron : « Je ne supp
Vade-mecum. Il fut philosophe, sociologue, journaliste, professeur au Collège
de France… Florilège d’une
pensée en mouvement.
« L’ignorance et la bêtise
sont des facteurs considérables de l’Histoire. »
- Je ne suis pas honteux d’écrire sur les problèmes
politiques comme un homme qui observe, réfléchit
et cherche la meilleure solution pour le bien des
hommes. Et je trouve prétentieux de rappeler à chaque
instant mon amour de l’humanité.
1981, « Le spectateur engagé »
- Je n’ai pas eu d’illusion sur Hitler, je n’ai pas eu
d’illusion sur Staline, je n’ai pas cru que la France
pouvait se rénover par l’Algérie française, donc je
pense que, dans les grandes questions, j’ai plutôt été
du bon côté que du mauvais côté.
1981, Antenne 2
- En réalité, je suis essentiellement un antirévolutionnaire, car, comme beaucoup d’hommes de ma
génération, comme beaucoup d’hommes du
XXe siècle, comme Soljenitsyne, je crois, après l’expérience de tant de révolutions, que les révolutions
coûtent très cher et finalement causent plus de mal
que de bien, et que rares sont les circonstances où la
violence révolutionnaire guérit les maux qu’elle veut
guérir.
1975, France Culture
- « Le capital », dans la pensée de Marx, était et devait être un livre d’économie. Or les philosophes ont
rarement la formation économique qui leur permette de suivre et de comprendre les raisonnements
du « Capital », et les économistes professionnels ne
considèrent pas toujours qu’ils sont payés de leur
peine lorsqu’ils sont arrivés au bout du « Capital ».
D’où ceci : ce livre, qui est un monument quoi qu’on
puisse en penser, qui a exercé dans le développement
de la pensée européenne un rôle considérable, est
aussi mal connu qu’il est souvent cité.
1963
56 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
Sur tous les fronts.
Raymond Aron
en 1954.
- La morale du citoyen, c’est de mettre au-dessus de
tout la survie, la sécurité de la collectivité. Mais si la
morale des Occidentaux est maintenant la morale
du plaisir, du bonheur des individus et non pas la
vertu du citoyen, alors la survie est en question.
1981, « Le spectateur engagé »
- Cette résignation à ce régime qui est le moins mauvais ou le meilleur comparé à tous les autres n’était
pas en accord avec l’enthousiasme et l’espérance des
combattants et des résistants qui sortaient de la
guerre. C’est tout à fait compréhensible. Le régime
stalinien, lui, était fascinant. Il était horrible, mais
il était fascinant. Cette discipline de parole à travers
le monde entier, l’adoration du numéro un, l’amour
pour cet homme, le tout au nom de l’humanisme,
de la liberté, de la démocratie, c’était à la fois monstrueux, diabolique et fascinant.
1981, « Le spectateur engagé »
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- J’ai eu tendance souvent à penser que l’ignorance
et la bêtise sont des facteurs considérables de l’Histoire. Et souvent je dis que le dernier livre que je voudrais écrire vers la fin porterait sur le rôle de la bêtise
dans l’Histoire.
1981, « Le spectateur engagé »
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orte pas de me courber »
- Si j’avais à choisir, je me rangerais parmi les optimistes, non sans hésitation ou sans angoisse. Hitler
et Staline, un peuple de culture mobilisé par un démagogue de génie diabolique, des millions d’hommes,
en pleine liberté, acclamant de loin un tyran cruel,
ces expériences du siècle nous enseignent la puissance dont disposent les partis ou les césars pour
mobiliser les foules, alors même que celles-ci n’ont
pas été déracinées par une tourmente historique (…).
A la longue, la propagande totalitaire s’épuise. Les
militants se lassent de bâtir une cité nouvelle et le
repli sur la vie privée refoule peu à peu l’exaltation
partisane.
1965, « Les désillusions du progrès »
- L’Occident traverse peut-être une crise spirituelle,
faute d’un fondement, accepté par tous, des valeurs
dont il se réclame. Il aurait tort de se sentir condamné
parce qu’il est affaibli par ses discordes et la diffusion de ses secrets : à moins qu’il ne tienne pour une
condamnation l’impatience des masses humaines
d’Asie et d’Afrique, qui rêvent de l’imiter, alors même
qu’elles le combattent.
1955, « Polémiques »
- La dévotion me fait horreur. J’aime, j’admire, je
ne supporte pas de me courber. Je ne l’ai fait, je crois,
devant aucun de ceux que j’ai le plus admirés dans
ma vie.
1983, « Mémoires »
- Comme l’a dit Malraux, la droite, au sens traditionnel du terme, c’est-à-dire ceux qui refusent la société moderne, ceux qui refusent le développement
économique, ceux qui refusent les institutions démocratiques, n’existe plus. Aujourd’hui, on est révolutionnaire ou on est antirévolutionnaire. Et si l’on
est antirévolutionnaire, on est libéral et démocrate,
ainsi que je le suis.
1975, France Culture
- Nos libertés se définissent à la fois grâce à l’Etat
et contre lui. Les libertés des individus ont été
pendant des siècles conçues comme des résistances
aux abus de l’Etat, des limites à sa toute-puissance,
mais simultanément, dans les sociétés dans lesquelles nous vivons, nous attendons de l’Etat la
garantie de certaines de nos libertés (…). La condition, c’est que l’Etat soit du type démocratique, c’està-dire qu’il ne soit pas un Etat partisan et qu’il ne
se confonde ni avec une religion ni avec une idéologie.
…
1978, « Liberté et égalité »
Ce qu’ils ont dit de lui
« Le plus remarquable chez Aron, c’est son hon­
nêteté et sa rigueur. Jamais il n’est tombé dans
la chasse aux sorcières ou l’attaque ad hominem.
(…) Toujours il s’est efforcé de comprendre ceux
qu’il n’approuvait ou n’estimait pas. »
Alain de Benoist (Le Figaro Magazine, 1981)
« La pensée amère,
douloureuse,
parfois ennuyeuse,
mais si juste,
si désespérément
juste ! »
« L’homme ? Très compli­
qué… parfois un peu trop
sûr d’incarner la sagesse
et la lucidité universalisées.
Le penseur ?
Un monument national. »
Bernard Frank
(Le Matin, 1983)
Olivier Todd
(Le Quotidien de Paris, 1983)
« Il m’est arrivé plusieurs fois de participer à
des déjeuners où Raymond Aron était présent.
Le blabla politique allait bon train. Chacun es­
sayait ses formules. (…) Aron était resté silen­
cieux. Sa forme incurvée, grise, élégante, son
doux regard bleu, son air froissé blanc, fragile,
avaient pendant ce temps “chauffé” le coin où il
se tenait. On se tournait vers lui, et ce geste était
un aveu collectif de résignation. »
Philippe Sollers (Le Quotidien de Paris, 1983)
« Si l’intelligentsia
française a fini par être
vaccinée contre les
pièges du totalita­
risme, à qui le doit­elle
plus qu’à lui ? Soljenit­
syne a élargi le sillon,
mais c’est lui qui l’a
creusé. »
« Aron ? Il possédait
tout ce qui me man­
quait. Je lui enviais
ce don, presque sur­
naturel, d’exprimer sa
pensée sous une
forme finie au moment
même où il la
formulait. »
François Furet
(Le Nouvel Observateur,
1983)
Claude Lévi-Strauss
(Le Nouvel Observateur,
1983)
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 57
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MAGAZINE
SUJET
EN COUVERTURE
notre siècle, tend à se rapprocher de ses rivales les
plus avancées. C’est le moment que saisissent les socialistes de grand-papa, impavides et schizophrènes,
pour tenter une expérience qui a partout échoué.
1973, « Le programme commun de la gauche ou le
cercle carré »
- Comme toujours dans les situations extrêmes,
j’essaie de trouver les moyens d’éviter le pire et le
pire, pour moi, pour un pays, c’est la guerre civile.
1981, « Le spectateur engagé »
« Le pire, pour moi, pour un pays,
c’est la guerre civile. »
- Le reproche que j’adressai au président, dès le début du septennat, c’était sa méconnaissance, au moins
apparente, de la nature des hommes avec lesquels il
devait traiter. Pourquoi fleurir la tombe de Lénine,
prophète d’une foi dont la propagation entraînerait
la mort de tous les Giscard d’Estaing de la planète ?
1983, « Mémoires »
- Vous me dites que les hommes de gauche pendant
un moment ont pensé que c’est du tiers-monde que
viendrait la lumière. Ils avaient tort. Ce n’est pas
rendre service aux pays qui sont en train d’essayer
difficilement de vivre que de leur faire croire qu’ils
sont chargés d’une telle mission.
1981, « Le spectateur engagé »
- Les Européens voudraient sortir de l’Histoire, de
la grande Histoire, celle qui s’écrit en lettres de sang.
D’autres par centaines de millions y entrent.
1976, « Penser la guerre, Clausewitz »
- Présenter pendant des années et des années le régime stalinien comme un régime de gauche, cela
veut dire que les âmes de gauche qui, traditionnellement, se réclament de l’humanisme, de la liberté
et du peuple, ont considéré que le régime qui avait
supprimé toutes les libertés, mis des millions et des
millions de gens dans des camps de concentration,
leur paraissait, à elles, faire partie du vague ensemble
qu’elles appellent la gauche.
1975, France Culture
- L’économie française, pour la première fois en
58 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
- Il ne suffit pas de comprendre pour excuser. Il s’agit
de comprendre et d’expliquer. Ça ne signifie pas que
l’on ne condamne pas. Mais je n’aime pas jouer à la
conscience universelle. Je trouve ça indécent.
1981, « Le spectateur engagé »
Extraits tirés des œuvres du penseur et, pour certains, de « L’abécédaire de Raymond Aron » (L’Observatoire, parution le 6 février).
A l’épreuve d’une émission populaire
Il n’était pas secrétaire d’Etat, il
était mieux que ça, il était Raymond Aron. Le 10 mars 1977, le
philosophe et sociologue ne rechigna pas à faire la promotion
de son livre « Plaidoyer pour
l’Europe décadente » sur le plateau de « Midi Première », sur
TF1. Cette émission de variétés,
animée par Danièle Gilbert
(photo), était le rendez-vous des
vedettes de la chanson et du petit écran, comme Karen Cheryl,
les Charlots, Garcimore ou
Alice Sapritch. Ce 10 mars 1977,
le chanteur C. Jérôme ouvrit
l’émission avec sa chanson « Le
bassiste », sur un fond psychédélique. Ensuite, la parole fut
donnée à des agriculteurs qui
venaient de recevoir un prix au
Salon de l’agriculture. Ce fut enfin au tour de Raymond Aron,
tel qu’en lui-même. « On doit
avoir beaucoup de convictions pour
écrire un tel plaidoyer… », lui
lance l’animatrice en soupesant
le livre. L’invité évoque le
marxisme, la crise intellectuelle
et morale dans l’Europe occidentale, le rideau de fer… Ce
n’est pas un cours au Collège de
France, mais presque. L’entretien dura sept minutes. Et Danièle Gilbert – qui sera une des
chroniqueuses de Cyril Hanouna, en 2014, sur Europe 1 –
appela de nouveau C. Jérôme
pour une dernière chanson, intitulée « Le charme français » §
JEAN-PIERRE BLOC/SYGMA VIA GETTY IMAGES
Référence. Raymond
Aron au Collège de
France. De 1970 à 1978,
il est titulaire de la
chaire de Sociologie de
la civilisation moderne.
e
- Dans les régimes totalitaires du XX siècle, le libéralisme retrouve tous les ennemis qu’il a combattus
au cours de son histoire. En effet, le libéralisme s’est
défini d’abord contre l’absolutisme d’une religion, et
nous retrouvons l’absolutisme d’une idéologie. Nous
défendons le droit de chacun à chercher sa vérité, et,
en ce sens, la revendication contre l’absolutisme d’une
idéologie se situe dans la suite de la revendication libérale ou des Lumières contre l’absolutisme religieux.
1978, « Liberté et égalité »
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Le moment aronien
Actuel. La pensée du « spectateur engagé » est redécouverte dans le monde entier.
PAR SAÏD MAHRANE
SYGMA VIA GETTY IMAGES
I
l détesterait cet article, lui qui n’aimait pas les
« ismes » et savait à quoi pouvait mener le culte
d’une personnalité. Et puis, on le sait, on le devinait, il était austère, Raymond Aron, secret, humble,
même s’il accueillait volontiers, à la fin de sa vie,
les honneurs que suscitait sa clairvoyance. Mais
reste à éclaircir un autre mystère
Aron, outre sa résistance obstinée
aux sirènes marxistes, quand
beaucoup y cédaient avec le zèle
des adorateurs du Veau d’or : pourquoi était-il si seul ? Par gros temps,
quand la foule sartrienne ne le
présentait pas autrement que
comme un « salaud », un « chien »,
qu’il fallait « mettre tout nu » (la
consigne était de Sartre en 1968),
rares étaient ses soutiens.
Aron a pris congé, et c’est à
croire que les aroniens, la plupart,
sont nés après 1983, année de sa
mort. Les mêmes se retrouvent
aujourd’hui au sein de la revue
Commentaire, fondée par le maître
et dirigée par le fidèle Jean-Claude
Casanova, ou du Centre d’études
sociologiques et politiques Raymond-Aron (Cespra), qui compte,
parmi ses membres, quelques éminences, comme Marcel Gauchet,
Patrice Gueniffey, Pierre-Michel
Menger, Pierre Manent et Dominique Schnapper, sa fille, tous
donnant vie et substance à l’aron… isme. De nombreux jeunes chercheurs perpétuent également les
travaux du penseur, tels Giulio de Ligio (auteur d’un
mémoire sur Raymond Aron et les relations internationales), Frédéric Cohen (auteur d’une thèse intitulée « La question du meilleur régime politique
à l’épreuve des relations internationales dans la
pensée de Raymond Aron »), Sophie Marcotte-Chénard (thèse sur Leo Strauss et Raymond Aron face
à l’historicisme), Benjamin Brice (thèse intitulée
« Les ambiguïtés de la “paix démocratique” ») et
Scott Nelson (thèse sur l’influence allemande dans
la philosophie politique de Raymond Aron).
Liberté de l’esprit.
Raymond Aron en 1983,
année où il publie ses
« Mémoires ».
Notre éditorialiste Nicolas Baverez est, quant à
lui, l’auteur d’une biographie définitive. Depuis
2010, la Société des amis de Raymond Aron – qui
eut pour président d’honneur un certain Claude
Lévi-Strauss –, en association avec le Cespra, organise une journée d’études dédiée à son œuvre, immense, pour permettre de mieux saisir une actualité.
La prochaine, le 3 juin, aura pour thème « Les raisons et les passions du politique ».
Les Amis de Raymond Aron décernent également
un prix à un étudiant français ou étranger, afin de
soutenir ou de récompenser un travail de recherche.
Le lauréat 2017 était Frédéric Cohen. Parce qu’il
existe « au moins six Raymond Aron : l’éditorialiste politique, l’historien du XXe siècle, le sociologue des sociétés modernes, le défenseur
de la démocratie libérale, l’analyste des
relations internationales et le philosophe
de l’histoire », Gwendal Châton, maître
de conférences en science politique,
a rédigé, en 2018, une « Introduction
à Raymond Aron » qui facilite la lecture des écrits aroniens. José Colen
et Elisabeth Dutartre-Michaut sont
les éditeurs d’un recueil de contributions originaires de plusieurs pays
qui permettent de cerner « La pensée de Raymond Aron » – c’est son
titre.
Récemment, les éditions Calmann-Lévy ont ressuscité la prestigieuse collection « Liberté de
l’esprit », naguère dirigée par le philosophe, et qui comptait dans son
catalogue Albert Camus, Bertrand
de Jouvenel et Jacques Ellul. Le Centre
d’études Raymond-Aron consacre
également plusieurs séances de son
séminaire collectif Les Mardis du
Cespra à l’actualité de Raymond
Aron.
A l’étranger, aussi, on redécouvre celui qui se définissait comme un « spectateur engagé ». L’année
dernière, « Paix et guerre entre les nations » a été
traduit au Brésil et en Allemagne ; ses « Mémoires »
l’ont été au Portugal ; « Introduction à la philosophie politique » – en arabe – au Maroc ; « La sociologie allemande contemporaine » en Turquie.
Indéniablement, comme le dit Pierre Manent, « nous
sommes dans un moment aronien ». Mais comment ne
pas penser, inquiet, à cette réflexion de Jean-François Revel ? « A sa mort, tous louèrent Aron d’avoir aimé
la vérité, mais la plupart continuèrent à cultiver d’autres
amours. » §
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 59
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MONDE
Et pourtant, la Belgiq
Descendance. Le roi
Philippe avec sa fille,
la princesse héritière
Elisabeth, et son plus
jeune fils, le prince
Emmanuel, lors du
concert de Noël au palais
royal de Bruxelles,
le 19 décembre 2018.
60 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
Une héritière du trône
qui s’exprime parfaitement
en néerlandais, voilà
un argument de moins
pour les séparatistes !
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ue tourne !
Résilience. Malgré l’impotence du gouvernement central, le plat pays montre
une étonnante solidité face aux assauts
des indépendantistes flamands.
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL À BRUXELLES
LUC DE BAROCHEZ
A
11,4
millions
d’habitants
Dont 57,6 %
en Flandre
1,5 %
Croissance économique, en 2018
5,9 %
Taux de chômage
Dette publique
105 %
PATRICK VAN KATWIJK/PICTURE-ALLIANCE/AFP
du PIB.
vec son sourire désarmant, ses
hautes pommettes, ses longs
cheveux blonds et ses yeux
bleus en amande, son altesse royale
la princesse Elisabeth est la botte
secrète de la monarchie belge. La
duchesse de Brabant, qui va fêter
ses 18 ans en octobre, est la première femme destinée à monter
sur le trône de Belgique depuis que
la règle de primogéniture masculine a été abolie à la fin du XXe siècle.
Elle est aussi la première à maîtriser le flamand. Ses parents l’ont
scolarisée très tôt chez les jésuites
du collège Sint-Jan Berchmans à
Bruxelles. La princesse a si bien appris la langue néerlandaise que la
famille royale a dû lui payer des
cours de soutien en français écrit.
La scolarité de la duchesse de
Brabant est politique. La monarchie
joue sa survie, dans une Belgique
menacée de partition par les vigoureuses revendications indépendantistes flamandes. Le roi Philippe,
qui règne depuis 2013, est francophone comme ses prédécesseurs.
Or c’est la Flandre, portée par son
dynamisme économique, qui
donne aujourd’hui le la. Les Flamands moquent souvent l’embarras des souverains lorsqu’ils
baragouinent leur langue. Une héritière du trône qui s’exprime parfaitement en néerlandais, voilà un
argument de moins pour les séparatistes ! Le monarque le sait bien,
qui ne perd jamais une occasion de
mettre sa fille aînée en avant.
La princesse Elisabeth personnifie l’incroyable résilience d’un
pays qui aurait déjà pu disparaître,
emporté par l’incapacité des Flamands et des Wallons à s’imaginer
un avenir commun. Depuis la réforme de 1993 qui a institué une
fédération à la place de l’ancien Etat
central, l’Etat belge est réduit à sa
plus simple expression. Il n’a sans
doute pas fini de maigrir. Le plus
grand parti de Belgique, la NieuwVlaamse Alliantie (N-VA) flamande,
a inscrit en tête de ses statuts l’objectif d’une République de Flandre.
Lors des élections fédérales et régionales prévues le 26 mai, en même
temps que les européennes, la N-VA
pourrait consolider ses positions.
En 2014, elle avait recueilli 32,4 %
des suffrages. En y ajoutant ceux
obtenus par l’extrême droite nationaliste du Vlaams Belang, le courant séparatiste dépasse 40 %.
« L’antagonisme entre les deux
éléments de la population belge, flamand et wallon, peut mettre en péril
l’unité de l’Etat », observait un manuel français de géographie publié
en 1954 (1). Soixante-cinq ans plus
tard, le verdict est plus pertinent
que jamais.C’est la même N-VA
qui a provoqué la chute du gouvernement dirigé par Charles
Michel en décembre 2018, officiellement pour protester contre la
signature par la Belgique du pacte
de l’Onu sur les migrations. Le
parti indépendantiste a ainsi pu accentuer son profil anti-immigration, dont il espère cueillir les
fruits lors du scrutin du printemps L’évolution politique …
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 61
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asymétrique des deux grands
électorats belges – le nord toujours
plus à droite et le sud résolument
à gauche – pourrait alors déboucher sur une Belgique encore plus
ingouvernable.
Le pays est rompu aux crises. Il
détient le record mondial de la crise
gouvernementale la plus longue,
avec 589 jours en 2010-2011. Pire
que l’Irak ! Durant cette période, le
Premier ministre, Yves Leterme,
avait dû se contenter de gérer les
affaires courantes. Cela n’avait pas
empêché la Belgique d’enregistrer
une croissance économique supérieure à la moyenne européenne.
Comme quoi, un gouvernement
n’est pas absolument indispensable.
Et dans le royaume sans doute
moins qu’ailleurs, puisque, à côté
du cabinet fédéral, la Flandre, la
Wallonie, Bruxelles-Capitale, la
Fédération Wallonie-Bruxelles et
la communauté germanophone
ont leur Parlement et leur gouver-
…
nement propres. Education, transports, logement, développement
économique… sont gérés par les régions, y compris pendant les crises.
Du coup, l’absence de gouvernement national passe inaperçue.
« Sphère communautaire ».
« La Belgique n’est pas une nation et à
peine un Etat, observe Gérard Deprez,
ancien président du Parti social-chrétien francophone et
aujourd’hui député européen. En
revanche, sa société est extraordinairement dynamique. » Contrairement
à la France, et peut-être en raison
même de la faiblesse de l’Etat central, les corps intermédiaires jouent,
en Belgique, un rôle considérable.
Le taux de syndicalisation, par
exemple, y est de 55 %, contre moins
de 10 % chez nous. Mais les syndicats, à l’instar des partis politiques,
des universités ou des mutualités,
sont divisés selon la ligne de fracture linguistique. Il y a ainsi deux
Remaniement.
Le 19 décembre 2018, le
roi Philippe de Belgique
recevait Bart De Wever
(à g.), président
de la N-VA, après
la démission, la veille,
du Premier ministre
Charles Michel (à dr.).
La Belgique détient le record mondial
de la crise gouvernementale la plus longue,
avec 589 jours en 2010-2011. Pire que l’Irak !
62 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
partis socialistes, deux partis écologistes, deux partis libéraux…
« L’évolution sépare petit à petit le
nord et le sud, explique Pascal Delwit,
professeur de sciences politiques
à l’Université libre de Bruxelles et
directeur du Centre d’études de la
vie politique belge (Cevipol). Quand
je donne une conférence à des francophones, je dois souvent leur rappeler
qu’il existe un Parlement fédéral, que
des députés flamands y siègent, qu’ils
y sont même majoritaires. Car dans
leur tête, la Belgique se limite à l’espace francophone ! Chacun vit dans sa
sphère communautaire. Même le dialogue devient difficile. » Ce dernier a
souvent lieu en anglais à cause du
peu d’appétence pour la langue de
l’autre. Chaque problème pratique
qui se pose prend une dimension
linguistique. Le débat récurrent
sur le bruit des avions aux alentours de l’aéroport de Bruxelles,
par exemple, se focalise sur le point
de savoir si ceux qui en souffrent
le plus sont des habitants néerlandophones ou francophones.
La Belgique est une sorte d’Europe en miniature. Les transferts
d’argent du nord vers le sud (entre
4 et 8 milliards d’euros par an, selon le mode de calcul) chagrinent
DIRK WAEM/BELGA/AFP – SEBASTIEN PIRLET/ISOPIX/SIPA
MONDE
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LES CHANTIERS
Réforme
fiscale
Osez rire !
Pensions
Le gouvernement
a décidé de reculer l’âge
de départ à la retraite
à 66 ans en 2025
et à 67 ans en 2030.
Les préretraites ont été
rendues plus difficiles.
Le gouvernement
a allégé la fiscalité sur
les revenus du travail
et a compensé en relevant
les taxes sur le capital
et sur certains produits
de consommation.
Indemnisation
du chômage
Impôt sur
les sociétés
Le taux de base de l’impôt
sur les bénéfices des sociétés
a été réduit de 33 à 29 %
depuis le 1er janvier 2018.
A partir du 1er janvier 2020,
il sera abaissé à 25 %.
Les allocations ont
été relevées pendant
les six premiers mois
de chômage, mais
baisseront ensuite plus vite
qu’aujourd’hui pour inciter
au retour au travail.
la population du nord, riche, vieillissante et peu partageuse. En revanche dans le sud, plombé par le chômage,
le clientélisme et l’assistanat, les partis de gauche font
florès en pourfendant l’austérité prétendument installée par le nord du pays. Dans la réalité, « il y a trop de gens
au chômage en Wallonie et pas assez de gens au travail en
Flandre », annonce Bart Van Craeynest, le chef économiste de l’organisation patronale flamande Voka. Mais
les vases communicants ne fonctionnent pas. Dans la région flamande de Courtrai, par exemple, des milliers de
Français viennent travailler chaque jour ; ils y sont moins
nombreux que les Wallons. Pourtant, la province wallonne du Hainaut toute proche souffre d’un chômage
élevé. Mais ses habitants restent chez eux. « La mobilité
entre régions linguistiques est très limitée », confirme Bart
Van Craeynest. C’est la même chose pour les investissements flamands, très faibles en Wallonie. L’incommunicabilité est à l’échelle du pays.
L’absence de réformes est le revers de la médaille de
la faiblesse gouvernementale. « Nous ne pouvons …
Les quatre régions linguistiques de Belgique
MER DU NORD
PAYS-BAS
Ostende
ANVERS
Bruges
FLANDREOCCIDENTALE
Courtrai
Anvers
Gand
LIMBOURG
FLANDREORIENTALE
BRABANT FLAMAND
Bruxelles
Tournai
FRANCE
HAINAUT
Hasselt
Louvain
Wavre
BRABANT WALLON
Charleroi
ALLEMAGNE
116 pages - 7,90 €
Quel rapport entre Voltaire et Coluche,
Beaumarchais et Jamel Debbouze ?
Le goût du mot d’esprit, l’art de lancer
des flèches, la liberté…
Liège
LIÈGE
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Région néerlandophone
LUXEMBOURG
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MONDE
… pas nous passer d’un gouvernement, souligne l’économiste. Le
pays a besoin de réformes structurelles qui ont un impact à long terme,
pour accompagner le vieillissement
de la population. Seul un gouvernement doté d’un mandat fort peut réformer le marché de l’emploi, inciter
les gens à se mettre au travail, mettre
en place les formations adaptées. »
Seulement 70 % des 20-64 ans travaillent en Belgique ; en Suède,
c’est 82 %. « Dans ces conditions, il
n’y a pas assez de personnes qui cotisent, il est normal que nous ayons
des déficits », affirme Van Craeynest,
qui souligne que la dette publique
du pays dépasse les 100 % du produit intérieur brut.
En 2014, Charles Michel, libéral francophone de la jeune génération de politiciens belges, prenait
la décision audacieuse de proposer une alliance à la N-VA flamande
de Bart De Wever pour former un
gouvernement réformateur, qui
aura quand même tenu plus de
quatre ans. Pour la première fois
depuis trente ans, les socialistes
étaient hors jeu. Avant qu’il n’ex-
plose en décembre 2018, ce cabinet de centre droit a allégé la
fiscalité du travail, réduit le taux
de l’impôt sur les sociétés de 40 à
25 %, simplifié la fiscalité des entreprises. L’âge de la retraite va être
progressivement porté de 65 à
67 ans d’ici à 2030 – du moins, si la
gauche ne revient pas au pouvoir
lors du prochain scrutin, puisqu’elle
entend annuler la réforme des pensions. « Franchement, on attendait
plus, car l’environnement économique
et international était favorable »,
notent des entrepreneurs flamands.
Il n’en reste pas moins que ce gouvernement a conduit les réformes
économiques les plus sérieuses que
la Belgique ait connues depuis plusieurs décennies. Paradoxe : une
majorité dominée par les indépendantistes a ainsi donné un puissant coup de jeune à un pays dont
ils veulent la mort.
« Malgré les conflits qui traversent
les élites, la Belgique tient parce que,
globalement, la population veut la
conserver. Les Belges y sont attachés,
note Gérard Deprez. Nous n’avons
pas, comme en Catalogne, des popu-
« Marche contre
Marrakech ».
Filip Dewinter (au
centre), député du parti
d’extrême droite
Vlaams Belang, avec
des manifestants
contre contre
la signature par
la Belgique du pacte
de l’Onu sur les
migrations, à Bruxelles,
le 16 décembre 2018.
« Si Bruxelles n’existait pas, la scission
de la Belgique aurait sans doute déjà eu lieu. »
Ivan Van de Cloot, économiste
64 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
Improbable coup d’Etat. Le
secret de Polichinelle de la survie
de la Belgique, c’est sa capitale.
Bruxelles, enclave francophone en
Flandre, est aussi la capitale de la
Flandre, le siège de son gouvernement et de son Parlement ; mais
ses habitants, lorsqu’ils sont belges
(car il y a un tiers d’étrangers à
Bruxelles, dont nombre de Français), sont dans neuf cas sur dix
francophones. L’indépendance sans
Bruxelles serait un déchirement
impensable pour la Flandre. Mais
l’indépendance avec Bruxelles, personne ne voit comment, sinon par
un improbable coup d’Etat. « Si
Bruxelles n’existait pas, la scission de
la Belgique aurait sans doute déjà eu
lieu », remarque Ivan Van de Cloot,
économiste du think tank proréformes Itinera.
Récemment, Bart De Wever a
publié sur Facebook un selfie en
chaussettes, expliquant qu’il était
en train de cirer ses chaussures
avant d’aller voir le roi. Manière de
signifier son respect minime pour
la fonction. « Dans l’imaginaire, la
monarchie est un élément de structuration du pays, avec la bière, les frites
et l’équipe de football des Diables
rouges, explique Pascal Delwit. Mais
dans les faits, c’est futile. Aujourd’hui,
le roi ne serait plus là que personne ne
s’en rendrait compte. » La princesse
Elisabeth peut se faire du souci, si
elle veut devenir un jour la reine
Elisabeth §
1. « Nouveau cours de géographie, classe
de quatrième », de Lentacker, Moreau
& Ozouf, (Nathan, 3e édition, 1954).
JULIA M. FREE/REPORTERS-REA
lations dressées les unes contre les
autres, indépendantistes contre partisans du pouvoir central. En Flandre,
les indépendantistes restent minoritaires. Tous les sondages le prouvent. »
Un indépendantisme de carton-pâte ? Le surréalisme ne s’est
pas épanoui en Belgique pour rien.
« Tout ce que nous voyons cache autre
chose », disait René Magritte. A
Bruxelles, le maître belge du
XXe siècle a son musée en face du
palais royal. Il est tentant d’y voir
là les deux visages de la Belgique,
l’Etat fantomatique et impotent
d’un côté, le surréalisme populaire
et joyeux, de l’autre.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
MONDE
Le vrai visage de l’Iran
Témoignage. Dans « Un
printemps à Téhéran » (Plon),
Armin Arefi raconte, tout
en nuances, les mutations
de la République islamique.
L
es lecteurs du Point connaissent bien Armin Arefi.
Depuis plusieurs années, notre journaliste raconte
le grand chambardement qui agite l’Iran, avec
d’autant plus de talent qu’il connaît parfaitement les
infinies subtilités de ses habitants, de sa langue et de
sa culture. Dans ce livre, qui se lit comme un roman,
Arefi nous entraîne dans les coulisses de ses reportages. Avec lui, on chemine avec bonheur dans l’intimité des familles modestes ou bourgeoises, ou chez
les jeunes, la sève du pays. Quarante ans après la révolution islamique, il nous emmène aussi chez les
Gardiens de la révolution ou chez les mollahs en réussissant à les confesser. Bien loin des sorties de Trump
et de celles des autorités iraniennes qui continuent à
s’insulter mutuellement, Arefi raconte par petites
touches les mille visages de l’Iran. C’est brillant § R. G.
EXTRAIT
« RADIOHEAD À TÉHÉRAN »
Œufs géants du Nouvel An posés sur le trottoir, chandails enroulés autour des troncs d’arbre ou encore récits persans épiques peints sur les murs, le long des
avenues de la capitale fleurissent chaque jour les créations modernes et éphémères de jeunes artistes iraniens. Depuis l’élection du président Hassan Rohani,
en 2013, de nombreuses galeries d’art ont vu le jour
dans le pays. Au cœur du musée d’Art contemporain,
on a même exhumé des sous-sols une collection exceptionnelle d’œuvres occidentales ayant appartenu
à l’impératrice Farah Pahlavi. Parmi la soixantaine
de toiles du XXe siècle figurent des Monet, Gauguin,
Warhol ou encore Pollock, qui avaient été soigneusement cachées à la révolution. En cette veille de ramadan, une nouvelle exposition est aujourd’hui
inaugurée dans le centre de Téhéran. Un jeune peintre
iranien y expose ses œuvres, dont l’une représente
quatre nuances d’un Donald Trump pour le moins
agacé. Hasard du calendrier, le président américain,
pour son premier déplacement à l’étranger, en Arabie
saoudite, vient de désigner l’Iran comme ennemi numéro un et a appelé à « isoler » ce pays, « principal
soutien », selon lui, du « terrorisme mondial » (…)
66 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
« Un printemps
à Téhéran. La vraie vie
en République islamique », d’Armin Arefi
(Plon, 288 p., 21,90 €).
Les regards se tournent maintenant vers l’entrée
de la galerie. Deux jeunes ont pris possession du trottoir et entament, guitare à la main, les notes du tube
mondial « Creep », du groupe britannique Radiohead.
Le duo semble envoûté. La scène a de quoi surprendre.
Il est interdit de jouer de la musique en public en Iran,
à moins de bénéficier d’une autorisation officielle.
Or, depuis la révolution de 1979, celle-ci n’est que très
rarement accordée par le gouvernement, qui plus est
lorsqu’il s’agit de musique occidentale, toujours officiellement considérée comme « impure ». Elle est
pourtant extrêmement prisée de la jeunesse iranienne
(70 % de la population a moins de 35 ans), l’une des
plus éduquées et pro-occidentales de la région, bercée depuis son plus jeune âge par les chaînes satellites. Depuis le changement de président, le ministère
de la Culture et de la Guidance islamique est moins
avare en autorisations de concert. (…) Les artistes
investissent également les rues des grandes villes, notamment Téhéran, pour y interpréter des titres traditionnels persans, mais aussi de plus en plus de tubes
plus familiers de l’Occident. La scène du jour est d’autant plus singulière que le bassiste n’est pas un homme
mais une femme. Dodelinant de la tête au rythme du
tube planétaire, la musicienne aux longs cheveux
bruns paraît possédée. Portant une jupe noire fendue
laissant entrevoir ses jambes, elle fixe son partenaire
sans le quitter du regard. S’il est formellement interdit aux femmes de chanter ou de danser devant un
public mixte en Iran, il reste rarissime d’apercevoir
une Iranienne jouer de la musique occidentale en
public. Les nombreux passants ne s’y trompent pas
et, enchantés par la scène, s’arrêtent pour savourer
l’instant. « C’est vraiment magnifique ! » s’enthousiasme
à deux reprises un piéton, en immortalisant la scène
avec son smartphone. Sans attendre, je brandis à
mon tour mon portable pour capturer l’instant.
Visiblement ravi de l’attention qui lui est portée,
le duo enchaîne avec un autre morceau. Postée par
mes soins sur les réseaux sociaux, la vidéo provoque
rapidement le buzz. En à peine quelques heures, elle
a déjà été visionnée plus de 100 000 fois ! (…) « Le couple
jouant Radiohead dans une rue de Téhéran pourrait à lui
seul changer l’image de l’Iran dans le monde », réagit
l’influent éditorialiste canadien Tarek Fatah. Mais,
de tous les messages que je reçois, le plus étonnant
est celui d’une jeune femme de 27 ans, envoyé via
Instagram. « Bonjour, je m’appelle Mahsa, la bassiste dont
vous avez diffusé la vidéo. Merci de votre soutien et de votre
sensibilité. » Je n’en crois pas mes yeux… La rockeuse
m’a retrouvé ! Je ne peux que bénir les réseaux sociaux !
Enchanté par cette rencontre virtuelle inespérée
qui, une fois n’est pas coutume, fait suite à une ren-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
tout de même que la jeune femme achève
son morceau. L’histoire ne dira pas s’ils
l’ont apprécié. « A n’en pas douter, la situation s’est vraiment améliorée pour les musiciens en Iran », se réjouit Mahsa, en
évoquant une scène qui l’a particulièrement marquée. Un matin, un groupe
d’écoliers en rang croisent son chemin et
s’arrêtent devant la bassiste, captivés par
son interprétation. « C’était l’extase, se souvient-elle. Un tabou est tombé. Voir des gens
prendre plaisir à écouter ma musique m’apporte de la joie et une paix intérieure. » Mise
en avant sur les réseaux sociaux, parfois
en tant que symbole de l’amélioration de
la condition des femmes en Iran, la musicienne refuse d’endosser tout rôle politique. « La musique est mon travail, et les
sentiments qu’elle me procure n’ont rien à
voir avec le fait d’être une femme, car je suis
avant tout un être humain, peu importe mon
sexe, insiste-t-elle, en me priant de ne pas
instrumentaliser son histoire. Chacun
doit simplement accomplir ce qu’il aime au
plus profond de lui-même. »
D’autres artistes ont pourtant eu moins
de chance que Mahsa. En avril 2014, sept
Iraniens, dont trois femmes, font sensation en se filmant sur les toits de Téhéran, sans voile, en train de chanter et de
danser sur l’air de « Happy », le tube de
Pharrell Williams. Publiée sur YouTube,
Tabou. Rare : dans une rue de Téhéran, un duo – mixte – joue de la musique occidentale malgré l’interdit.
la vidéo est vue plus de 1 million de fois
à travers la planète. « Nous voulions dire au
monde entier que la capitale iranienne fourmille de jeunes
pleins de vie afin de changer l’image très dure [de l’Iran]
que véhiculent les médias », expliquait à l’époque, au
site Iranwire Kiana, l’une des interprètes féminines
de « Happy ». Et de poursuivre, avec une sincérité
rare : les jeunes en Iran « ont des moments de joie, même
s’ils vivent avec beaucoup de difficultés ». Dans la vidéo,
la jeune femme avait retiré son foulard islamique,
contre réelle, je décide d’engager la conversation :
dévoilant une magnifique chevelure brune et bou« Vous arrive-t-il souvent de jouer ainsi dans la rue ? » Et
la jeune bassiste de me répondre instantanément :
clée. Pas de quoi rendre « happy » les conservateurs
« Nous jouons chaque jour depuis maintenant un an, sauf
iraniens, effrayés à l’idée que la culture occidentale
durant le ramadan et le mois sacré de Moharram [qui
ait déjà envahi le pays ! Dès le mois suivant, ils ont
commémore le martyre de Hussein, troisième imam
arrêté les sept danseurs, qui n’ont été libérés qu’après
chiite]. C’est la seule chose qui me permette de gagner ma
s’être livrés à une « confession » à la télévision d’Etat,
vie. » (…) S’adonner à sa passion en public, qui plus
dans laquelle ils ont été contraints d’affirmer avoir
est en République islamique, n’est pas sans risque.
été trompés dans cette vidéo qui n’était pas censée
Un jour, une femme en tchador se poste nez à nez ded’après eux être rendue publique. Désignés coupables
vant elle et lui hurle au visage : « Tu n’as pas honte ? Tu Armin Arefi
de « diffusion illégale d’un film » et de « relations iles en train de commettre un péché ! » Pour seule réponse, Journaliste au Point. licites », les sept jeunes ont été condamnés à des peines
Mahsa, qui porte un piercing sur l’arcade droite, lui Après « Dentelles et
avec sursis (de six mois à un an de prison, ainsi qu’à
adresse un grand sourire et continue à jouer, comme tchador » (Editions
91 coups de fouet). Sur Twitter, pourtant officiellesi de rien n’était. Et sa pourfendeuse de s’en aller de l’Aube, 2009) et
ment interdit en Iran, les frondeurs ont néanmoins
Rubans et turbans
reçu un soutien pour le moins inattendu. « Le boncomme elle était arrivée. Une autre fois, la musicienne «(Denoël,
2010),
heur est le droit de notre peuple, a tweeté le président
reçoit la visite d’agents de la paix, qui la pressent de « Un printemps à
Hassan Rohani. Nous ne devrions pas être trop durs face
mettre fin à son concert en plein air. Invoquant la Téhéran » (Plon) est
à des comportements causés par la joie. » §
« tranquillité des voisins », les policiers attendent son troisième livre.
ARMIN AREFI – BRUNO KLEIN/ÉDITIONS PLON
« Le couple jouant Radiohead dans une
rue pourrait à lui seul changer l’image
de l’Iran dans le monde. » Tarek Fatah
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 67
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Est-ce que toi aussi, parfois, tu ressens comme un grand vide intérieur ?
Faites le vide !
Ascèse. Vivre mieux avec moins,
c’est la philosophie prônée par les mini­
malistes. Un mouvement qui séduit
jusque dans les plus hautes sphères.
PAR CLAIRE LEFEBVRE
U
n canapé deux places, un fau­
teuil, une table basse, une
lampe posée à même le sol…
et c’est tout. S’il n’y avait la biblio­
thèque installée à l’entrée, le bureau
sur lequel ont été jetées quelques
pièces de monnaie et l’ordinateur
allumé, on jurerait l’appartement
inhabité. Et pour cause : son occu­
pant, David Schombert, est un mi­
nimaliste. Du genre extrême. Chez
lui, la présence de chaque objet est
mûrement réfléchie. Sa penderie
est constituée d’une trentaine de
vêtements. Les placards de sa cui­
sine renferment le nécessaire pour
68 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
un seul couvert. Quant à son lit, un
futon, il est roulé dans un placard
et installé chaque soir dans cet es­
pace monacal. En tout, David estime
posséder entre 500 et 800 affaires.
L’intérêt d’une telle ascèse ? « Se
concentrer sur l’essentiel, pour accéder
plus directement au bonheur », ex­
plique ce quadra célibataire, chef
de projet dans l’informatique, ins­
tallé près d’Angers. « Les objets qui
nous entourent, lorsqu’ils sont trop
nombreux, finissent par nous oppresser. La plupart d’entre eux ne nous
servent pas ou plus, mais on les conserve
parce qu’on les a payés cher, parce qu’on
se dit qu’ils pourraient nous servir un
jour, parce qu’ils nous ont été offerts,
Le modèle
japonais
parce qu’ils évoquent un être aimé ou
un moment de notre passé. Résultat :
ils s’entassent et on passe un temps fou
à leur trouver une place, à les trier, à
les ranger, à les nettoyer. Et les choses
vraiment importantes sont noyées au
milieu de ces bidules inutiles ! »
Nous croulons sous les objets.
Pour Regina Wong, auteure du
plaidoyer minimaliste « Faites de
la place » (Belfond, 2018), nous
sommes même « noyés sous la
profusion ». Pour preuve, cette fas­
cinante étude, citée dans son livre,
menée par les chercheurs du dépar­
tement d’anthropologie de l’uni­
versité de Californie, à Los Angeles,
à qui 32 familles américaines ont
accepté d’ouvrir leur porte. Ces der­
nières possédaient en moyenne
39 paires de chaussures, 90 DVD,
212 CD, 139 jouets et 483 livres et
magazines. Neuf sur dix avaient
tellement d’affaires qu’elles en stoc­
kaient une partie dans leur garage.
Et les trois quarts de ces garages
étaient tellement pleins qu’ils ne
pouvaient même plus accueillir de
voiture ! Quel intérêt à stocker ce
minimixeur jamais utilisé, ces cours
de fac qu’on ne relira jamais et tous
ces chargeurs orphelins depuis
longtemps de leur téléphone por­
table ? « Un objet, ce n’est pas qu’utilitaire. C’est le prolongement de
soi-même. Ça a une histoire, ça témoigne
de certains moments de son existence
et ça nous relie aux autres. Il est tout à
fait normal de s’attacher », explique
Valérie Guillard, professeur de ma­
nagement et chercheuse à l’univer­
sité Paris­Dauphine. Il n’empêche…
Rien que dans nos penderies, 80 %
Zen. Ancien acheteur compulsif, Fumio Sasaki est devenu la star
du minimalisme au pays du Soleil-Levant.
ILLUSTRATION : TARTRAIS POUR « LE POINT » - ANADOLU AGENCY
SOCIÉTÉ
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« Se concentrer
sur l’essentiel,
pour accéder
plus directement
au bonheur. »
D. Schombert
KHANH RENAUD POUR « LE POINT » (X3) – ANADOLU AGENCY
la vie. Je ne me verrais pas faire autrement aujourd’hui. » Steve Jobs faisait, lui, figure de véritable dieu du
minimalisme. Son uniforme col
roulé noir, Levis bleu, baskets New
Balance grises est devenu une référence. Quant à ses créations, elles
ont permis de débarrasser nos intérieurs d’une bonne partie de nos
livres, journaux, CD, DVD, répertoires, agendas, carnets de notes,
courriers, albums photos, ainsi que
de nos radios, écrans de télévision,
chaînes hi-fi, appareils photo, etc.
Un rêve pour tous les amateurs de
dépouillement.
de nos vêtements ne seraient jamais
portés. De quoi donner envie à certains de tout bazarder.
Tapez le mot « minimalisme »
dans un moteur de recherche et
vous verrez tomber en avalanche
les blogs, chaînes YouTube, groupes
Facebook, comptes Pinterest et Instagram vantant les bienfaits d’un
intérieur dépouillé, tout en délivrant conseils et mantras de type
« Less is more ». Leurs créateurs sont
de véritables stars du développe-
Monacal.
David Schombert,
chef de projet dans
l’informatique,
dans son salon, près
d’Angers. Une déco
utraminimaliste.
La présence de chaque
objet est mûrement
réfléchie.
Rituel. Pas de chambre dans ses 20 mètres carrés. Chaque soir,
il sort son futon de l’armoire et le range au petit matin.
ment personnel, connus dans le
monde entier, et souvent également
coachs, conférenciers et auteurs de
best-sellers. La tendance séduit
jusque dans les plus hautes sphères.
Barack Obama, Mark Zuckerberg
(Facebook), Dean Kamen (Segway),
Raymond Dalio (Bridgewater Associates) ou encore le réalisateur
Christopher Nolan (« Inception »)
sont connus pour avoir réduit leur
garde-robe au minimum, comme
avant eux Albert Einstein. Raison
invoquée ? Le manque de temps et
la volonté de ne pas s’épuiser futilement à chercher une tenue le
matin. Même intention chez
Thierry Ardisson, qui arbore son
look monochrome à la ville comme
à la scène. « Le matin, je ne me pose
pas de questions : je prends un costume
noir, un tee-shirt noir, un caleçon noir.
C’est réglé en trois secondes », confie
l’animateur, qui a opté pour cet
uniforme il y a plus de quarante
ans. « Au départ, l’idée était d’avoir
une tenue qui m’affine et fasse de moi
quelqu’un d’immédiatement reconnaissable. Mais je me suis rendu
compte que cela me simplifiait surtout
Séisme. Fumio Sasaki, un Japonais de 39 ans, est l’un des chefs de
file de ce mouvement. Ancien éditeur, acheteur compulsif et bordélique notoire, il a commencé à lever
le pied sur ses achats en découvrant
la philosophie zen et le taoïsme. Et
il y a eu le séisme qui a ravagé la
côte Pacifique en 2011. « Les objets
que les gens conservaient précieusement se sont transformés en armes
meurtrières avant d’être engloutis par
le tsunami », raconte-t-il dans son
livre « L’essentiel et rien d’autre »
(Guy Trédaniel, 2017). Il se dit que
tout cela n’a pas beaucoup de sens
et se débarrasse de ses livres, de ses
instruments de musique et d’antiquités entassées « pour avoir l’air intelligent ». Il donne la quasi-totalité
de sa garde-robe, fait le tri dans ses
relations, se désintoxique des réseaux sociaux. Le changement est
tel qu’il perd 10 kilos, sans effort.
« Quand on réduit ses biens au minimum, on aiguise sa capacité à sentir
le moment où l’on en a assez. » Bestseller au Japon, son manifeste a été
traduit dans 23 langues et publié
sur quatre continents. Mais c’est
dans les pays riches qu’il se …
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 69
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
SOCIÉTÉ
le rachèteriezvous ? Si la
réponse est non,
débarrassez-vous
en.
vend le mieux. « Les gens se
rendent compte que non seulement
acheter ne rend pas plus heureux, mais
que cela contribue en plus à leur mal­
heur en les encombrant, en créant sans
cesse de nouveaux besoins et en les obli­
geant à travailler dur pour les assou­
vir ou pour rembourser un crédit. C’est
autant de temps en moins consacré à
sa famille, à ses amis, à ses passions »,
explique notre gourou du vide. Il
cite les recherches en psychologie
sociale de Sonja Lyubomirsky, directrice du laboratoire de psychologie positive de l’université de
Californie. Selon elle, les conditions
de vie (richesse matérielle, cadre de
vie, santé, etc.) ne conditionnent
notre bonheur qu’à hauteur de 10 %.
Le reste est déterminé à 50 % par
nos gènes et à 40 % par notre comportement. « C’est sur ces 40 % qu’il
faut agir », martèle Fumio Sasaki.
Pour cela, il faut favoriser les interactions sociales, les rencontres, les
voyages, les pratiques sportives, intellectuelles et spirituelles, etc. Et
oublier purement et simplement
les après-midi de shopping.
…
2
Renoncez à l’idée
qu’un objet qui ne
vous sert plus vous
resservira un jour.
Vous ne le
rentabiliserez pas
en le conservant.
70 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
En cas d’hésitation,
mettez-le dans
un carton. Si au
bout d’un an vous
n’êtes pas allé
le chercher,
défaites-vous en.
A l’attention de ceux qui évoqueraient le shoot de plaisir ressenti en achetant quelque chose de
neuf et ardemment désiré, le Japonais a une réponse toute prête, là
encore tirée de la psychologie sociale : ce plaisir-là est éphémère.
D’abord parce que la société de
consommation est fondée sur la
frustration permanente. Si vous venez d’acquérir la voiture de vos
rêves, le marketing se chargera de
vous faire regretter de ne pas avoir
attendu la sortie du nouveau modèle. Ensuite, parce que nos réseaux
neuronaux sont ainsi faits que l’on
« s’habitue terriblement vite aux choses,
surtout lorsqu’elles sont positives ».
A force de répétitions, elles finissent par perdre de leur impact
émotionnel et, pour revivre ce
shoot, il faut consommer de nouveau. Seule solution pour sortir de
ce cercle : entretenir un rapport distancié aux choses.
Philippe Moati, professeur d’économie à l’université Paris-Diderot
et cofondateur de l’Observatoire
société et consommation, y décèle
Thierry Ardisson
« Le matin, je ne me pose pas de
questions : je prends un costume
noir, un tee-shirt noir, un caleçon
noir. C’est réglé en trois secondes. »
Christopher Nolan
Le cinéaste a décidé il y a très
longtemps que « choisir chaque
jour une nouvelle tenue
était une perte d’énergie ».
(« NYTM », 2014)
3
4
Ne jetez pas
ce qui peut
être utilisé
par quelqu’un
d’autre :
donnez,
revendez.
Minimalistes
célèbres
5
Tirez parti du numérique :
musique, films, livres et photos
peuvent être conservés sous
version digitale. Les journaux,
la télévision et la radio peuvent
être lus et écoutés sur un
ordinateur. Les photos prises
grâce à votre smartphone.
un certain snobisme. « Il y a la vo­
lonté de se distinguer dans une société
d’abondance, où l’accumulation de
biens ne permet plus de signifier son
appartenance à une classe sociale, mais
aussi l’usure des consommateurs face
aux scandales à répétition : crises sa­
nitaires, Dieselgate, obsolescence pro­
grammée… » L’économiste,
spécialiste des consommations
émergentes, a vu le phénomène
poindre à partir de 2012 : « A l’époque,
la volonté de “consommer moins, mais
mieux” était balbutiante. Aujourd’hui,
environ un quart des Français se disent
concernés. » A la « pointe émergée de
l’iceberg », les minimalistes et aspirants minimalistes seraient selon
lui plutôt jeunes, urbains, connectés, diplômés, aisés, amateurs de
yoga, de jus détox et surtout en
quête de sens. « Ils sont bien sûr sou­
cieux des questions sociales et environ­
nementales, mais, à l’inverse des
décroissants, qui sont très militants,
leur souci majeur est de combler un
vide existentiel là où la société de
consommation n’y parvient plus. Ce
sont les mêmes, d’ailleurs, qui déci­
dent de passer un CAP pour faire un
métier qui leur plaît, quitte à baisser
leur niveau de vie. »
Barack Obama
« Je ne porte que des costumes
bleus ou gris, j’essaie de réduire au « Retour aux sources ».
minimum le nombre de décisions Dominique Desjeux, professeur
à prendre. » (« Vanity Fair », 2012) d’anthropologie sociale et culturelle à Paris-V Sorbonne, pense à
une volonté de purification typiquement judéo-chrétienne. « C’est
un phénomène social que l’on voit re­
venir périodiquement dans l’histoire,
l’art et la religion. Le protestantisme a
succédé à l’opulence catholique. Le clas­
sicisme est une réponse au rococo. Le
Mark Zuckerberg
minimalisme – qui est à l’origine un
« Je veux faire en sorte d’avoir
courant d’art contemporain – s’est
le moins possible de décisions
construit en opposition au pop art. Tous
à prendre sur tout ce qui ne
ces courants traduisent une volonté de
concerne pas la communauté
retour aux sources. »
Facebook. » (2014)
BOESL/DPA PICTURE-ALLIANCE/AFP – YURI GRIPAS/AFP – ABACA – DPA PICTURE-ALLIANCE/AFP
1
Les 12 règles
Si vous perdiez
du minimalisme cet objet,
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
6
Créez-vous un uniforme : une tenue
dans laquelle vous
vous sentez bien et
qui vous évitera de
réfléchir chaque
matin à ce que vous
devez porter.
7
Laissez
vide l’espace
inutilisé.
Ancienne blogueuse de mode,
devenue coach en développement
personnel, Caroline de Surany a bénéficié pendant des années « de
tonnes de fringues » des marques. Son
dressing de l’époque ? Une pièce entière débordant de vêtements. Le
déclic se produit lors d’un Festival
de Cannes. « J’étais chaque soir sur le
tapis rouge, coiffée, maquillée et habillée comme une star. Une sorte de consécration. » Mais le vertige n’est pas
celui attendu : « Atteindre ce “sommet” m’a fait prendre conscience de
l’absurdité de ce métier », dit-elle. S’ensuit un voyage de trois mois en Inde,
avec dans son sac à dos le strict nécessaire. Et à son retour un grand
ménage. « Plus je donnais, plus je me
sentais légère. » Petit à petit, la trentenaire voit disparaître cet « état de
tension permanent » qui l’obligeait à
8
N’achetez plus de
manière compulsive.
Prenez le temps de
la réflexion. Cet objet
vous procure-t-il de
la joie ou vous sert-il
seulement à satisfaire
le regard des autres ?
9
N’achetez
pas sous
prétexte
que ce n’est
pas cher.
10
Louez,
empruntez.
11
Ne limitez pas
le minimalisme
aux objets. Faites
le tri dans votre
boîte mail, vos
relations,
votre usage des
réseaux sociaux.
« Quand on réduit ses biens
au minimum, on aiguise sa
capacité à sentir le moment
où l’on en a assez. » F. Sasaki
se tenir informée de chaque tendance, à se rendre à chaque vente
privée et à se soucier du regard des
autres comme si sa vie en dépendait. Aujourd’hui, sa penderie ne
compte plus qu’une centaine de
pièces, chaussures, manteaux et bijoux compris. Le plus difficile ? Tenir sur la durée, car « les sollicitations
restent nombreuses ». Il y a les anniversaires, les Fêtes des mères ou des
pères, et puis le cauchemar suprême
du minimaliste, Noël. « Lorsqu’on
12
Ne supprimez
pas pour supprimer.
Le minimalisme
n’est pas une fin
en soi mais une
méthode. Il vise
à se concentrer
sur l’essentiel.
me demande ce qui me ferait plaisir,
j’explique que je préfère qu’on m’offre
quelque chose d’immatériel : un resto,
un spectacle, un voyage », explique
la Parisienne.
Que les défenseurs d’une croissance franche et durable se rassurent : l’avènement de cette
philosophie ne sonne pas le glas de
la société de consommation. « Mais
nous entrons clairement dans sa saison 2, avec des dépenses moins basées
sur l’accumulation de biens et davantage sur l’expérience », indique Philippe Moati, qui observe l’explosion
du bricolage, du jardinage et des
loisirs créatifs. « Cela ne réglera pas
les problèmes environnementaux, car
ces activités nécessitent du matériel et
cela a un impact sur la planète, mais
cela amènera à des individus plus épanouis. Ce n’est déjà pas si mal. » §
WITT/SIPA
Dans les bureaux des politiques et grands patrons, un minimalisme de façade
Les hommes politiques et patrons du
CAC 40 aiment se montrer dans des
espaces vierges de toute trace de travail.
Question d’image, bien sûr. N’en
déplaise à Donald Trump – seul chef
d’Etat à s’afficher dans un bureau en
pagaille et à s’en féliciter –, travailler
dans un espace rempli d’objets entrave
notre capacité de concentration et
épuise nos fonctions cognitives. Telle
est la conclusion de Sabine Kastner,
professeure de psychologie et chercheuse à l’Institut des neurosciences de
Princeton, qui a travaillé pendant vingt
ans sur le sujet. A l’inverse, l’ordre favoriserait, selon une autre étude, des décisions plus attendues, mais aussi plus
sages, rationnelles et généreuses. Enfin,
l’attrait pour les espaces bien ordonnés
serait la marque de personnalités
consciencieuses et travailleuses.
En un mot, rassurantes. Pour Marion
avoir l’air de ne jamais être présent dans
son entreprise. Ce n’est pas bon non plus »,
explique celle qui accompagne les dirigeants d’entreprises comme Sodexo,
Danone, Raise ou Roland Berger. A ces
considérations s’ajoutent d’autres enjeux, tels l’environnement (avoir des
piles de dossiers papier à l’heure du numérique ne fera pas de vous quelqu’un
Nickel chrome. Pour les vœux télévisés
de moderne et de soucieux de la pladu 31 décembre 2014, le bureau de François
nète) ou la sécurité (gare aux Post-it).
Hollande avait été vidé de tous ses dossiers.
« Et puis il ne faut pas oublier que les
hommes d’affaires sont des personnes qui
Darrieutort, présidente de l’agence
se déplacent, qui emportent tout dans leur
de conseil en stratégie Elan Edelman,
tablette et qui sont capables de travailler
ce minimalisme de façade est amené
n’importe où », ajoute la communicante.
à se développer. « A l’heure où tout est
Bref, « le bureau apparaît de moins en
surveillé, décrypté et commenté sur Intermoins comme un lieu de travail, et de plus
net, avoir un bureau minimaliste permet
de ne pas laisser de prise à l’interprétation. en plus comme une vitrine, un reflet de la
gouvernance, que l’on personnalise par
Dans un sens comme dans l’autre. Car se
touches discrètes en fonction de l’image que
présenter dans un espace trop ordonné,
c’est risquer aussi de paraître trop rigide ou l’on veut donner » §
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 71
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ÉCONOMIE
Pharmacie.
La famille Sackler
a fait fortune grâce
à l’OxyContin,
un antalgique
accusé d’être à
l’origine de milliers de morts.
PAR HÉLÈNE VISSIÈRE (À WASHINGTON)
A
Washington, un musée porte
leur nom. La galerie Sackler
expose une superbe collection de bouddhas, de bronzes
chinois, d’estampes japonaises…
Il existe aussi un musée Sackler
à l’université Harvard, un autre à
Pékin, une aile Sackler au Metropolitan Museum of Art à New York
et, bien sûr, une aile Sackler dans
le département des Antiquités
orientales au Louvre. Cette famille
américaine richissime a également financé des dizaines d’universités, de Glasgow à Tel-Aviv en
passant par Yale et l’Institut des
hautes études scientifiques en
France. N’oublions pas une rose
et un astéroïde baptisés en son
honneur. Mais les Sackler restent
très discrets sur l’origine de leur
fortune, estimée à 13 milliards de
dollars en 2016 par le magazine
Forbes. Peut-être parce qu’elle
provient principalement des bénéfices de l’OxyContin, un antalgique aussi fort que la morphine.
Si cette petite pilule, lancée en
1995 par le laboratoire Purdue
Pharma, a rapporté quelque 35 milliards de dollars en vingt ans, elle
a aussi déclenché une gigantesque
vague d’overdoses aux Etats-Unis.
Au moins 350 000 Américains sont
morts d’une consommation excessive d’OxyContin et autres opiacés
ces vingt dernières années, et plus
de 2 millions souffrent de dépendance. Jusqu’à récemment, peu de
gens savaient que derrière ce labo
privé se cachaient les Sackler. Leur
nom n’apparaît ni sur les boîtes de
comprimés ni sur la façade du siège
du groupe (un cube de verre futuriste situé à Stamford, dans le
Connecticut), et il est à peine mentionné sur le site Internet. C’est
pourtant à eux que Purdue doit son
succès, particulièrement à Arthur,
l’aîné de la fratrie né en 1913. Ce
fils d’épiciers de Brooklyn immigrés d’Europe de l’Est suit des études
de psychiatrie. Après la guerre, il
se fait connaître avec ses deux frères,
Mortimer et Raymond, psychiatres
comme lui, par ses travaux pionniers sur les traitements médicamenteux des maladies mentales.
Mais les Sackler ont également
le génie des affaires. En parallèle
de ses recherches, le très ambitieux
Arthur a racheté une agence publicitaire et révolutionne la promotion des médicaments avec des
techniques de marketing inédites,
pas toujours inspirées des préceptes du bon vieil Hippocrate. Il
insère des encarts dans les publications médicales, sponsorise des
congrès, enrôle des médecins pour
13
milliards
de dollars
Fortune estimée
de la famille Sackler
en 2016 par le
magazine Forbes.
35
milliards
de dollars
C’est le chiffre d’affaires sur vingt ans
de l’antalgique OxyContin, fabriqué par
Purdue Pharma.
Une « pseudo-addiction » qui disparaît quand
on… augmente les doses ! affirment avec culot
les dirigeants de Purdue.
72 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
faire de la retape et crée même son
propre journal. Pour vanter un antibiotique, il compose une pub
avec une série de cartes de visite
de médecins censés approuver le
traitement ; ils sont tous imaginaires. Dans les années 1960, Arthur concocte la campagne de
lancement du Valium aux EtatsUnis. L’objectif est de convaincre
les médecins que ce médicament,
outre l’anxiété, soigne toutes sortes
de « tensions psychiques » – brûlures
d’estomac, retards de règles, insomnies… La promo est efficace :
le Valium envahit les armoires à
pharmacie de l’Amérique. En 1952,
les trois frères rachètent Purdue
Frederick, une petite entreprise
pharmaceutique, et la font prospérer. Elle sera notamment actionnaire des laboratoires français
Sarget jusqu’en 1986. Arthur détient un tiers des parts mais laisse
la gestion à ses frères, jusque-là restés sous sa coupe. Mortimer, tout
en menant joyeuse vie entre ses
propriétés de Gstaad, de Cap-d’Antibes et de Londres, gère la filiale
anglaise. Ce flambeur, marié trois
fois, comme Arthur, renonce à la
citoyenneté américaine, en 1974,
pour des raisons fiscales, dit-on.
Raymond, lui, mène une existence
plus rangée avec son épouse et se
consacre à l’expansion de Purdue.
Devenus riches à millions, les
Sackler jouent les mécènes. Arthur
amasse l’une des plus grosses collections d’art asiatique du monde.
Les trois frères donnent au Metropolitan Museum of Art de New
York 3,5 millions de dollars pour
ouvrir la galerie qui abrite le temple
égyptien de Dendour. Mortimer y
célèbre ses 70 ans avec un gâteau
en forme de sphinx à son propre
visage, double menton et lunettes
compris. Il aurait bien voulu que
son décorateur d’intérieur …
HOLLANDSE HOOGTE/TACO VAN DER EB FOTOGRAFIE – ALAN DAVIDSON/REX/SHUTTERSTOCK – SMITHSONIAN’S FREER AND SACKLER GALLERIES – DR – RICHARD ROSS – GETTY IMAGES/SCIENCE SOURCE
Les milliardaires de
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
la douleur
Dynastie. Arthur Sackler (1913-1987, en haut, à dr.), l’aîné
de la fratrie, et ses deux frères, Mortimer (1916-2010,
ci-contre, à dr., avec sa troisième épouse, Theresa, en
2004) et Raymond (1920-2017, en haut à g., avec sa
femme, Beverly, en 2004), ont constitué un empire pharmaceutique grâce, notamment, aux revenus générés par
le médicament antidouleur OxyContin (ci-dessus).
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 73
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ÉCONOMIE
ajoute quelques colonnes
au temple, mais le Met a refusé, raconte le magazine Esquire.
A la mort d’Arthur, en 1987,
Mortimer et Raymond reprennent
ses parts dans Purdue et continuent
à appliquer fidèlement ses méthodes. Le laboratoire développe
alors l’OxyContin, un antalgique
très puissant présenté comme une
pilule miracle. Contrairement aux
antidouleurs existants, les comprimés promettent, grâce à leur
diffusion en continu – d’où leur
nom – dans l’organisme, de soulager les douleurs sur une période
de douze heures. Ils seront aussi
moins tentants pour les toxicomanes, clame Purdue sans s’appuyer sur aucune étude sérieuse.
De manière incroyable, la FDA,
l’agence de contrôle du médicament, gobe le boniment et l’autorise – du jamais-vu – à mentionner
sur la notice que son action lente
« est censée réduire » les risques
d’abus. Le responsable de la FDA
chargé du dossier sera embauché
deux ans plus tard chez Purdue.
En 1995, le laboratoire peaufine
une opération de marketing sans
précédent et déploie une armée de
visiteurs médicaux qui vantent les
bienfaits de l’OxyContin contre le
mal de dos, l’arthrite, la fibromyalgie… Six ans après son lancement,
le médicament, prescrit massivement, génère plus de 1 milliard de
dollars de revenus annuels.
…
74 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
de l’OxyContin pour une sciatique
ou une fracture se retrouvent
accros sans le savoir.
Des médecins et des parents
tirent la sonnette d’alarme. En vain.
« Leurs voix sont étouffées pendant que
le système médical américain est pris
en otage par une combinaison de mauvaises études scientifiques et de l’argent
déversé par les grands groupes », écrit
Chris McGreal dans « American
Overdose ». Les dirigeants de Purdue minimisent les risques. « Moins
de 1 % » des patients deviennent
accros ; l’OxyContin n’est pas dangereux, c’est le consommateur qui
en fait un mauvais usage, répètent-ils. Et les symptômes de dépendance ? Une « pseudo-addiction »
qui disparaît quand on… augmente
les doses, affirment-ils avec un culot sidérant. Il fallait y penser : prescrire plus de drogue pour lutter
contre l’accoutumance ! « Purdue a
brillamment trompé la communauté
médicale sur les effets de son produit
et a continué à la tromper, ainsi que
les législateurs, les médias, le public,
en rejetant le problème sur les drogués », observe Andrew Kolodny,
spécialiste des opiacés à l’université Brandeis, à côté de Boston.
Par l’intermédiaire de ses bataillons de lobbyistes, le fabricant
Mécènes
Les frères Sackler ont
donné tout au long
de leur vie des centaines de millions de
dollars à une multitude d’institutions
culturelles, scientifiques, médicales,
universitaires…
Institutions culturelles : le Metropolitan Museum of Art
(New York), Arthur
M. Sackler Museum
(université Harvard), Sackler Gallery (Washington),
Guggenheim Museum, Louvre (Paris), Victoria and
Albert Museum, British Museum, Tate
(Londres), Jüdisches
Museum (Berlin),
Sackler Museum of
Art and Archeology
(Pékin)…
Institutions scientifiques et universitaires : King’s
College, Cambridge,
Oxford, New York
University, Columbia, Yale, Cornell,
Berkeley, MIT, Princeton…
invoque un autre argument choc.
Si on limite les ventes d’antidouleurs, on risque de pénaliser des
millions d’individus qui souffrent.
« Ils sont assez diaboliques. Ils ont agi
comme les fabricants de cigarettes. Ils
ont menti sur la nature addictive des
opiacés puis sont allés faire leur promotion auprès des médecins en leur
disant que c’était sans risque », estime
Mike Moore, l’avocat à l’origine
du procès contre les cigarettiers.
Plutôt que de risquer un procès,
Purdue étouffe les plaintes en versant discrètement des millions de
dollars. En 2007, cependant, l’entreprise plaide coupable pour publicité mensongère et admet avoir
sciemment trompé médecins et
patients. Elle est condamnée, ainsi
que trois dirigeants, à payer 634 millions de dollars. Etonnamment, les
Sackler ne sont pas mis en cause.
Pourtant, Richard, l’un des fils de
Raymond, a été président jusqu’en
2003. Ni Mortimer, qui meurt en
2010, ni Raymond, décédé sept ans
plus tard, ne feront jamais la
moindre déclaration publique. Ou
ne présenteront la moindre excuse.
Seule Elizabeth, la fille d’Arthur, se
fend d’une lettre pour préciser que
sa branche de la famille n’a « profité en aucune manière » des …
GREGG VIGLIOTTI/NYT-REDUX-RÉA
Similaire à l’héroïne. La réalité des effets de l’OxyContin est
moins rose. Si cet antidouleur aide
certains patients, il se révèle très
addictif et moins efficace qu’annoncé. Surtout, les petits malins
découvrent que, en écrasant le
comprimé et en se l’injectant, on
obtient un effet similaire à celui
de l’héroïne. Les ravages ne tardent
pas à se faire sentir dans certaines
régions pauvres des Etats-Unis
comme les Appalaches. En Virginie-Occidentale, les overdoses ont
augmenté de 550 % entre 1999 et
2004, les maternités sont submergées de nouveau-nés drogués qu’il
faut sevrer, et des milliers de mères
de famille, d’adolescents, de retraités à qui leur médecin a prescrit
Attention, danger !
Le 22 juin 2018,
l’artiste Domenic Esposito a installé devant le
siège des laboratoires
Purdue, à Stamford
(Connecticut), une cuillère géante, symbole
d’addiction.
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ÉCONOMIE
Les ravages des opiacés
Evolution du nombre de morts par overdose
aux Etats-Unis de 1999 à 2017
Opioïdes
synthétiques*
29 406
Héroïne
15 958
Opioïdes naturels et
semi-synthétiques
(dont OxyContin)
14 958
Cocaïne
14 556
Méthamphétamine
10 721
Méthadone
3 295
30 000
20 000
10 000
0
2000
2005
2010
2015 2017
* Autres que la méthadone. Sources : National Institute of Drug Abuse, CDC Wonder.
ventes d’OxyContin et
qu’elle considère le rôle de Purdue
comme « moralement abject ».
Même après la condamnation,
le groupe continue à matraquer
son antalgique et les Sackler à s’enrichir. Selon une estimation de
Forbes (non coté en Bourse, Purdue
ne donne pas de chiffres), ils auraient empoché 700 millions de
dollars de bénéfices en 2015 sur
3 milliards de chiffre d’affaires. En
2013, alors que son brevet arrive à
expiration, le labo parvient à
convaincre la FDA d’interdire une
version générique, invoquant… les
dangers de l’OxyContin ! Il finit
par changer la formulation du
comprimé pour rendre sa pulvérisation plus difficile. Parallèlement, les autorités durcissent
l’accès aux opiacés. L’effet est catastrophique. Les consommateurs
accros à l’OxyContin se tournent
vers l’héroïne et le fentanyl, de
l’opium de synthèse très puissant.
Le nombre d’overdoses explose.
Les opiacés seuls ont tué en 2017,
d’après le Centre pour la prévention et le contrôle des maladies,
près de 49 000 Américains, soit
…
134 personnes par jour, beaucoup
plus que les accidents de la route.
Face à cette crise de santé publique, l’image des Sackler bienfaiteurs de l’humanité en prend un
coup. Le New Yorker et Esquire publient de grandes enquêtes sur la
responsabilité de la famille, des
manifestants jettent des flacons
d’OxyContin dans le bassin du
temple de Dendour au Met et appellent les musées à rejeter les dons
des Sackler. « Il n’y a pas d’aile Pablo-Escobar au Metropolitan Museum
ou de galerie El-Chapo-Guzman au
Guggenheim », note Allen Frances,
professeur à l’université Duke. Mais
il y a des institutions Sackler partout, « bien qu’ils soient des trafiquants
de drogue d’envergure internationale ».
1 000 actions en justice. Purdue et les autres fabricants d’antidouleurs font l’objet de près de
1 000 actions en justice intentées
par des Etats, des municipalités, des
comtés. Ces collectivités espèrent
faire payer les laboratoires, à l’instar de l’industrie du tabac, qui a dû
verser 246 milliards de dollars en
1998. Directement imputable à
Le marché
de la mort
Au moins
350 000 Américains
sont morts d’une
consommation
excessive
d’OxyContin et
autres opiacés
durant les vingt
dernières années,
plus que les
58 000 soldats
américains tués au
Vietnam.
Selon les autorités,
en 2016, 2,1 millions
d’Américains
souffraient d’un
problème
d’accoutumance lié
aux opiacés
prescrits sur
ordonnance.
80 % des personnes
aujourd’hui
dépendantes à
l’héroïne ont
commencé avec un
antidouleur prescrit
sur ordonnance.
Les overdoses par
opiacés sont la
principale cause de
mortalité des moins
de 50 ans.
L’an dernier, pour la
troisième année
consécutive,
l’espérance de vie
aux Etats-Unis a
baissé en raison de
l’explosion du
nombre d’overdoses,
toutes drogues
confondues.
En 2007, l’entreprise plaide coupable pour
publicité mensongère. Elle est condamnée…
mais les Sackler ne sont pas mis en cause.
76 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
l’OxyContin, le coût de la crise des
opiacés s’élève, selon un rapport de
la Maison-Blanche, à 504 milliards
de dollars par an, soit 2,8 % du PIB.
En juin, le Massachusetts a été le
premier Etat – suivi depuis par un
comté de l’Etat de New York – à engager des poursuites contre les huit
Sackler membres du conseil d’administration – les veuves des deux
frères fondateurs, trois enfants de
Mortimer, deux fils et un petit-fils
de Raymond –, bien plus impliqués
que ce qu’ils prétendaient dans la
gestion du groupe, d’après des documents internes. Selon le cabinet
d’études Symphony Health, les
ventes d’OxyContin ont en 2017
chuté à 1,8 milliard de dollars,
contre 2,8 milliards en 2012.
Mais les Sackler ne sont pas encore dans la misère. D’après un
scoop du Financial Times, la famille
a fondé en 2007 un autre laboratoire fabriquant des antidouleurs,
au cas où Purdue serait réduit à la
faillite. Plus choquant encore, Richard Sackler aurait déposé un brevet pour un médicament traitant
les overdoses. « C’est écœurant qu’il
puisse profiter d’une épidémie qu’il a
lui-même créée », s’insurge Andrew
Kolodny. Le groupe, de son côté,
achète de pleines pages dans les
journaux, se disant « sérieusement
inquiet de l’impact » des opiacés. Mais,
en coulisses, il applique la stratégie des producteurs de cigarettes,
qui ont visé d’autres marchés
lorsque les ventes se sont effondrées
aux Etats-Unis. Mundipharma, la
filiale de Purdue, possède, d’après
son site, un réseau dans 120 pays
générant plus de 3,4 milliards de
dollars. L’an dernier, une douzaine
de membres du Congrès américain
ont demandé à l’Organisation mondiale de la santé de « faire tout ce qui
est en [son] pouvoir » afin d’empêcher le labo – et les Sackler – de provoquer « une épidémie mondiale
d’opiacés ». « Aujourd’hui, Mundipharma a souvent recours aux mêmes
pratiques trompeuses et dangereuses
pour vendre l’OxyContin à l’étranger », écrivent les élus. Avant de
mourir, Arthur Sackler avait donné
une consigne à ses enfants : « Laissez le monde dans un meilleur état que
lorsque vous y êtes entrés. » §
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Les Bonnes Adresses du
Etat-major Orange
Ramon
Fernandez
Gervais
Pellissier
Fabienne
Dulac
Mari-Noëlle
Jégo-Laveissière
Hugues
Foulon
Paul
de Leusse
SOLDES
& PROMOTIONS
DAVID MORGANTI/ORANGE (x3) – GUILLAUME LECHAT/ORANGE (x7) – GREG GONZALEZ/ORANGE – ORANGE
Valérie
Le Boulanger
Béatrice
Mandine
Alioune
Ndiaye
Helmut
Reisinger
(46 ans, Polytechni­
Avec un chiffre d’af­
que, Ponts et chaus­
faires de 41 milliards
sées) dirige Orange
d’euros en 2017,
Bank. Nicolas
Orange, qui compte
G u é r i n (50 ans,
150 000 salariés (dont
Institut du droit des
92 000 en France), est
affaires, DESS de
un des principaux
droit des affaires et
groupes de télécom­
munications au
fiscalité à Paris­2) est
Stéphane Richard
monde. Il doit à la fois
secrétaire général,
poursuivre la couverture en Valérie Le Boulanger (56 ans,
fibre, investir dans la 5G et licence en sciences écono­
réussir sa diversification, déjà miques, Ecole supérieure de
amorcée, dans la domotique, commerce Le Havre­Caen) est
la cybersécurité, l’éducation et DRH. Béatrice Mandine
la banque. Stéphane Richard (50 ans, Ecole supérieure de
(57 ans, HEC, Ena) est le PDG journalisme, Institut des
depuis le 24 février 2011. hautes études internationales)
Ramon Fernandez (51 ans, est directrice exécutive com­
Sciences po, Ena) est directeur munication et marque.
général délégué chargé de la Alioune Ndiaye (59 ans, Paris­
finance, de la performance et Dauphine et Télécom Sud à
de l’Europe. Gervais Pellissier Paris) est directeur d’Orange
(59 ans, HEC, Berkeley, univer­ Moyen­Orient et Afrique,
sité de Cologne) est directeur Helmut Reisinger (51 ans,
général délégué à la transfor­ université de Vienne) est
mation du groupe et président directeur général d’Orange
d’Orange Business Services. Business Services. Christine
Fabienne Dulac (51 ans, DEA Albanel (53 ans, agrégée de
de sociologie politique à lettres modernes) est directrice
Sciences po) est directrice exécutive chargée de la respon­
exécutive d’Orange France de­ sabilité sociale d’entreprise,
puis 2015. Mari-Noëlle Jégo- de la diversité, des partenariats
Laveissière (50 ans, Ecole et de la solidarité. Laurent
normale supérieure, Mines de Paillassot (53 ans, Ponts et
Paris) s’occupe de la technolo­ chaussées, MBA Insead) dirige
gie et de l’innovation. Hugues Orange Espagne et Jérôme
Foulon (50 ans, Polytechnique, Barré (56 ans, Polytechnique,
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CULTUREART
Ambitieux. Conçu par
le cabinet Diller Scofidio
+ Renfro, en collaboration avec le groupe
Rockwell, le Shed est
une structure novatrice
composée de trois éléments imbriqués de
20 000 mètres carrés et
répartie sur 8 niveaux.
JAMES LEYNSE/REA POUR «LE POINT»
Le Shed, l’anti-mu
78 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
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Extensible. La coque
externe composée de
coussins translucides
peut se déployer
d’avant en arrière
en coulissant
sur des rails.
sée new-yorkais
BRETT BEYER/PROJECT DESIGN DILLER SCOFIDIO + RENFRO, LEAD ARCHITECT, AND
ROCKWELL GROUP, COLLABORATING ARCHITECT. – JAMES LEYNSE/RÉA POUR «LE POINT»
Il est construit sur des roues géantes, peut changer de forme à la
demande et propose des shows mêlant tous les arts. Le Point vous fait
découvrir en avant-première ce lieu inédit qui ouvrira le 5 avril.
« The place to be ».
Construit tout au bout
de la High Line, le Shed
se niche au cœur de
Hudson Yards, nouveau
quartier futuriste
de Manhattan.
Le Shed
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CULTUREART
PAR HÉLÈNE VISSIÈRE
Ç
a s’appelle le Shed, la cabane à outils, mais le nouvel espace artistique qui ouvre à New York début
avril n’a rien de la cahute branlante. Construit
tout au bout de la High Line, la coulée verte, au cœur
du quartier futuriste de Hudson Yards, c’est un édifice monté sur roues aux allures de gros édredon matelassé transparent. Au début des années 2000, Michael
Bloomberg, le maire de l’époque, rêve d’accueillir les
JO d’été de 2012. Il a prévu de recouvrir un dépôt ferroviaire à l’ouest de Manhattan d’une dalle en béton
et de construire au-dessus un stade. Devant l’opposition, il y renonce et Londres est choisi pour les JO.
A la place, la municipalité lance le plus gros projet
immobilier privé jamais édifié aux Etats-Unis, qui
comprendra à terme sur 11 hectares une douzaine de
gratte-ciel, dont cinq tours de bureaux, 4 000 logements, un hôtel, des boutiques, une sculpture monumentale… Pour calmer les critiques furieuses de
la construction d’un énième ensemble immobilier
luxueux, la mairie réserve un bout de terrain à la création d’un centre culturel. Elle pense attirer une succursale d’un grand musée.
Las, la crise de 2008 passe par là et gèle tous les financements. Et personne ne sait très bien que faire
du projet, d’autant qu’il existe déjà plus de mille institutions culturelles à New York. Les architectes Diller Scofidio + Renfro, en collaboration avec le groupe
Rockwell, adoptent une approche fonctionnelle.
« On s’est posé une question : à quoi va ressembler la production artistique dans dix, vingt ou trente ans ? On a réalisé qu’on n’en avait pas la moindre idée. Les artistes
travaillent sur des multiformats, médias, plateformes, de
Comment ça marche ?
Modulable. La coque extérieure télescopique du Shed peut se déployer
depuis sa position sur le bâtiment fixe de base et glisser sur des roues le long de rails,
doublant ainsi sa surface en à peine cinq minutes.
ALEX POOTS « LE SHED
MISE SUR L’IDÉE DE FLUIDITÉ »
Le Point : En quoi le Shed est-il
novateur ?
Alex Poots : Le Shed est un lieu dont
toute la programmation est inédite et
repose sur des commandes faites à des
créateurs. Ici, en outre, il n’y a pas de
haute et de basse culture : elles se
mélangent. Nous avons par exemple
commandé au réalisateur et plasticien
Steve McQueen d’imaginer avec
Quincy Jones une série de concerts
baptisés « Soundtrack of America »,
qui redessine l’arbre généalogique
de la musique afro-américaine.
L’architecture participe aussi de la
novation du Shed. C’est en voyant le
premier plan que je me suis dit qu’un
projet complètement nouveau était
80 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
possible. Ici, les artistes auront la
possibilité d’imaginer des choses
jamais vues. Il faut remercier le génie
des architectes du Shed.
Pourquoi est-il vraiment un lieu
du XXIe siècle ?
Parce qu’il mise sur l’idée de fluidité.
Par fluidité, j’entends le fait de passer
d’une identité ou d’une discipline à
une autre. Nous ne renions pas les
centres d’excellence de la création que
sont, à New York, le MoMa ou le
Carnegie Hall : ils abritent les trésors
du passé et du présent. Mais au Shed
nous faisons collaborer les artistes
pour des œuvres jamais montrées.
Comment procédez-vous pour
concevoir la programmation ?
Nous avons déjà annoncé toute la
programmation jusqu’en 2020.
Maintenant, nous avons un an pour
procéder à celle de 2021. Pour moi, c’est
Alex Poots
Directeur artistique
COURTESY DILLER SCOFIDIO + RENFRO, LEAD ARCHITECT. (X6) – AN RONG XU
ILS VONT FAIRE VIVRE LE SHED
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Polyvalent. La coque
déployée qui recouvre
le square adjacent peut
devenir un lieu d’exposition, un théâtre, une
salle de concert ou de
projection.
Espace. Sous le module ouvert, d’une hauteur de 35 mètres.
TIMOTHY SCHENCK/PROJECT DESIGN DILLER SCOFIDIO + RENFRO, LEAD ARCHITECT, AND
ROCKWELL GROUP, COLLABORATING ARCHITECT (X 2)
manière collaborative et interdisciplinaire… La seule chose
dont on était sûrs, c’est qu’il y avait des choses incontournables dont ils auraient toujours besoin : un lieu de taille
variable, un équipement électrique puissant, un système
d’installation performant. On a donc décidé de concevoir
un bâtiment le plus flexible possible, une architecture d’infrastructure », explique Elizabeth Diller, dont le cabinet a réalisé à Los Angeles le Broad Art Museum, et
travaille sur une salle de concert à Londres. L’idée
un rêve devenu réalité. L’idée même du
principe des commandes à des artistes
vient de mon expérience au sein du
festival de Manchester entre 2005 et
2015. Il consistait, pendant deux
semaines, tous les deux ans, à faire des
demandes inédites à des artistes dans
des disciplines variées. Pour notre
programmation d’ouverture, l’idée de la
collaboration entre Gerhard Richter et
Steve Reich m’est venue dans un avion
alors que je voyageais, neuf heures
d’affilée, avec Hans Ulrich Obrist. Il
connaissait très bien Richter, je
connaissais très bien Reich. Comment
trouver un pont entre les deux qui ne
soit pas artificiel ? Hans m’a affirmé que
Richter écoutait Reich lorsqu’il peignait.
C’est ainsi que le projet a été lancé.
Pendant huit semaines, quatre fois par
jour, vous pourrez assister à un concert
avec des vidéos et des peintures dans un
Grand écran. L’été, l’édifice se transforme en cinéma en plein air.
était de fournir « une boîte avec une série d’outils permettant d’avoir simultanément sous un seul toit des choses
très variées, aussi bien des expos et des spectacles que des
installations », explique l’architecte partenaire David
Rockwell. D’où le choix un peu ironique du nom,
The Cultural Shed, raccourci par la suite en Shed.
L’une des inspirations est le Fun Palace, un édifice
conçu – mais jamais réalisé – dans les années 1960 par
l’architecte britannique Cedric Price qui se …
environnement totalement immersif.
Vous avez aussi réuni la danse
et le kung-fu…
Oui, la comédie musicale « Dragon
Spring Phoenix Rise » est conçue par le
metteur en scène d’opéra Chen ShiZeng, les scénaristes du film « Kung Fu
Panda » et le chorégraphe Akram
Khan. L’histoire est amusante. Chen
Shi-Zeng m’a montré la séquence d’un
film des années 1970 avec Bruce Lee. Il
m’a dit que ça serait un bon sujet de réflexion pour un nouveau spectacle.
Akram Khan a appris des figures classiques du kung-fu qu’il inclura à sa
danse. Les chansons seront des remix
de la chanteuse pop australienne Sia.
J’ajoute que nous cherchons à collaborer avec des institutions du monde entier et j’espère que nous nous ferons des
amis en France ! §
PROPOS RECUEILLIS PAR JUDITH BENHAMOU-HUET
HANS ULRICH OBRIST « UNE
INSTITUTION EN MOUVEMENT »
Le Point : Pourquoi participez-vous
au projet du Shed ?
Hans Ulrich Obrist : En 2006, lorsque
j’ai déménagé à Londres, j’ai rencontré
Alex Poots, qui s’occupait alors du festival de Manchester. Le directeur des
affaires culturelles de la ville était le
directeur artistique Peter Saville [connu
pour les pochettes de disques de New
Order et Joy Division, NDLR], et nous
avons réussi à proposer des expériences radicales en première mondiale. Mais nous nous sommes dit qu’il
serait nécessaire d’élargir le principe
pour que cela n’existe pas seulement
deux semaines tous les deux ans. Aujourd’hui, le Shed existe, institution
flexible et en mouvement avec …
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 81
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CULTUREART
voulait un « laboratoire ludique » et cherchait
à éviter à ses occupants les contraintes physiques.
Le Shed a adopté la même géométrie variable : un bâtiment « fixe » en verre offre sur 8 niveaux deux galeries pour des expos, un théâtre de 500 places et une
variété de salles. Afin de maximiser l’espace, il est imbriqué dans le gratte-ciel d’à côté. Le plus spectaculaire, c’est le troisième élément, une coque en acier de
3 600 tonnes posée sur d’énormes roues, qui peut recouvrir, une fois déployée, le square public adjacent.
Le tout en cinq minutes seulement. Elle est recouverte
d’une « peau » argentée de coussins d’air translucides
en éthylène tétrafluoroéthylène, un matériau utilisé
par l’industrie aéronautique et doté des mêmes propriétés thermiques que le verre tout en étant beaucoup plus léger. Cette coque roulante double ainsi, si
nécessaire, la surface du Shed et crée une salle de
…
cette structure postée sur des
roues. Le projet est fascinant.
Comment, selon vous, l’architecture
influe-t-elle sur les propositions
artistiques ?
…
Qu’imaginez-vous pour le Shed ?
Le programme contient des grands
noms comme Gerhard Richter ou Steve
McQueen, mais aussi des artistes émergents. Une équipe de commissaires d’exposition est chargée de ce projet baptisé
« Open Call » : des jeunes artistes, chorégraphes, compositeurs, désigneurs
doivent proposer des projets inédits. Ils
sont tous de New York et la ville va les aider à produire. Nous nous sommes inspirés des Ballets russes de Diaghilev qui
faisaient appel à un ensemble de savoir-faire très différents.
Comment pensez-vous que ce projet
très ambitieux sera reçu à New York ?
A New York, il y a déjà beaucoup d’institutions exceptionnelles. Le Shed n’est pas
un nouveau musée. Il s’agit d’une offre
complémentaire.
82 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
Hans Ulrich Obrist
Directeur de la Serpentine
Gallery et conseiller senior
à la programmation du Shed
Il suffit d’appuyer sur un bouton pour
mettre en mouvement cette grande
structure. L’idée avait déjà été évoquée
par l’architecte britannique Cedric
Price [1934-2003, NDLR], à qui l’on doit
les projet du « Fun Palace » et du
« Pop-up Parliament », à Londres, un
parlement érigé uniquement pendant
les sessions parlementaires. La
technique actuelle permet de
concrétiser ce qui ressemblait, il n’y a
pas longtemps encore, à des utopies. La
situation géographique du Shed, tout
près de la High Line, va aussi permettre
d’attirer le grand public §
PROPOS RECUEILLIS PAR J. B.-H.
L’INTÉGRALITÉ DES INTERVIEWS
SUR lepoint.fr
WOLFGANG TILLMANS – JAMES LEYNSE/RÉA POUR «LE POINT»
Pointu. La structure
extérieure est
recouverte de coussins
d’air translucides
réalisés dans un
matériau ultraléger
utilisé dans
l’aéronautique.
35 mètres de hauteur capable d’accueillir 3 000 personnes debout, pour des concerts ou des projections.
Une manière ingénieuse de gagner de la place et de
créer un monument insolite.
Le design ne fait pas l’unanimité. En 2013, lors
d’une réunion de la commission d’urbanisme, certains se sont plaints du fait que la coque roulante allait annexer une place publique alors que les espaces
communs du Hudson Yards sont déjà restreints. Richard Armstrong, directeur du Guggenheim, rétorque
que ce nouveau centre apporte à la ville un « dynamisme artistique » similaire à celui qu’avait suscité son
musée en son temps. Ce lieu sera l’un des piliers du
« corridor culturel » en train d’émerger à l’ouest, autour
de la High Line, renchéritErika Malin.
Le Shed – dont le financement majoritairement
privé s’élève autour de 550 millions de dollars et compte
dans son conseil d’administration Daniel Doctoroff,
un ex-lieutenant de Bloomberg, patron de Sidewalk
Labs, la désigneuse Diane von Fürstenberg, la superblogueuse Colby Mugrabi et la collectionneuse et galeriste Dasha Zhukova – a prévu d’abriter, outre toutes
les formes d’art, des défilés de mode et des galas
d’entreprise. Pour ses concepteurs, et notamment son
directeur, Alex Poots, la première institution artistique de la ville à voir le jour au XXIe siècle occupe une
niche unique dans la scène culturelle new-yorkaise,
jusque-là cloisonnée. « Le Shed a été construit dans le but
de dépasser les frontières entre les arts », résume David
Rockwell, soulignant l’hybridation entre les arts
proposée par les spectacles programmés par Poots, de
« Cornucopia », de Björk, à la rencontre Steve ReichGerhard Richter, et concluant avec espièglerie : « Ditesmoi où auraient été montrés les spectacles que nous
programmons si le Shed n’existait pas ? » §
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« Au plus
furieux de
l’histoire
chinoise »
François Bougon,
Le Monde des Livres
« Un récit
tragique,
romanesque
et exemplaire »
Marie-Françoise Leclère,
Le Point
PRIX DE LA BIOGRAPHIE
2019
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CULTURECINÉMA
Amour total
à Harlem
(((()
Admirable
« Si Beale Street
pouvait parler »,
de Barry Jenkins.
Avec KiKi Layne,
Stephan James,
Regina King…
C’est leur premier
amour et, malgré les
embûches – la pauvreté, une société
qui peine à accepter
ces enfants de Harlem –, Tish (KiKi
Layne) et Fonny
(Stephan James) ont
foi en l’avenir.
Jusqu’à ce que la
hargne d’un policier
raciste envoie Fonny
en prison. Pour
raconter cette
histoire poignante
signée James Baldwin, Barry Jenkins
conjugue lyrisme et
colère sociale.
Un film d’amour
inoubliable. F. C.
Et si, avec « Si Beale Street
pouvait parler », Barry
Jenkins, oscarisé pour
« Moonlight », signait son
chef-d’œuvre ?
PAR FLORENCE COLOMBANI
«S
i l’Amérique est le cadeau de Dieu aux hommes,
c’est qu’Il est drôlement tordu », commentet-elle en voix off. Elle s’appelle Tish (KiKi
Layne), il s’appelle Fonny (Stephan James), ils s’aiment et ils attendent un enfant. Ce pourrait être
simple et, pendant un moment, ça l’est, sous la caméra virtuose de Barry Jenkins, qui exalte la beauté
de leurs corps, de leurs voix et de leurs sentiments.
Langoureux comme du John Coltrane, poétique
comme une version afro-américaine de « In the Mood
for Love ». Puis la vie s’en mêle, ou plutôt la société.
Et Fonny se retrouve en prison pour un viol qu’il ne
peut pas avoir commis : il était, au moment du crime,
à l’autre bout de la ville. Mais on est à Harlem au mi-
84 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
Fiévreux. Un an après l’inoubliable documentaire de Raoul Peck
« I Am Not Your Negro », « Si Beale
Street pouvait parler » est une nouvelle occasion de (re)découvrir James
Baldwin, cet auteur majeur de la
littérature américaine, souvent cité
pour ses essais sur la condition noire
(« La prochaine fois, le feu », 1963),
mais dont les romans sont tout aussi
admirables, notamment celui-ci
(déjà adapté en 1998 par Robert
Guédiguian sous le titre « A la place
du cœur »). « Il y a deux voix chez Baldwin, explique le cinéaste. Celle de l’essayiste, pleine
d’une colère noble et passionnée, et celle, sensuelle, lyrique,
fiévreuse, du romancier. “Si Beale Street pouvait parler”
mêle ces deux voix de façon inextricable, c’est pour cela
que j’ai été attiré par le livre. » Sensuel, le film l’est à
l’extrême, transformant notamment lors d’une scène
d’amour torride le très charismatique Stephan James
en icône à la Marlon Brando. « Au départ, se souvient
Jenkins, j’avais fait un plan-séquence du point de vue de
Tish. Fonny allait se déshabiller au fond de la pièce, tellement loin qu’il était flou, puis il se rapprochait et embrassait Tish passionnément. J’étais tout fier de cette scène,
jusqu’à ce que je la montre à ma petite amie. Elle m’a dit :
“Ça ne va pas du tout. Si tu adoptes le point de vue de la
femme, tu dois objectiver l’homme. Il faut le montrer comme
un objet de désir. J’ai donc corrigé mon montage ! »
Oscar du meilleur film en 2017, « Moonlight » –
le poignant récit d’apprentissage d’un jeune Noir
homosexuel – avait révélé le talent exceptionnel de
Barry Jenkins. A 39 ans, le jeune homme, issu d’une
famille pauvre de Floride, a connu dans son enfance
la douleur d’avoir une mère droguée, comme celle
du personnage de « Moonlight ». « Beale Street » est
tout aussi personnel : l’histoire d’un homme fier que
la couleur de sa peau expose, chaque jour, à mille
dangers et humiliations. « J’ai des souvenirs précis, terrifiants, de confrontations avec la police, confie-t-il. Et,
encore aujourd’hui, le ton des gens change selon qu’ils
savent ou non qui je suis et ce que j’ai fait. » Qui il est : un
grand cinéaste. Et ce qu’il a fait : un chef-d’œuvre §
A noter, la réédition de « Si Beale Street pouvait parler », de James
Baldwin. Traduit par Magali Berger (Stock, 256 p., 20,50 €).
TATUM MANGUS/2018 ANNAPURNA RELEASING
lieu des années 1970. « Quand James
Baldwin a écrit le livre dont ce film est
adapté, raconte Barry Jenkins, on
était déjà quelques années après les
grandes avancées de la lutte pour les
droits civiques. On pouvait, on voulait
croire que tout allait mieux. Une jeune
fille noire comme Tish pouvait être vendeuse de parfums dans un grand magasin, par exemple, ce qui aurait été
impensable dix ans auparavant. Mais
Baldwin, ce grand visionnaire, savait
bien que tout n’avait pas changé. »
A fleur de peau.
Tish (KiKi Layne)
se bat pour sauver
Fonny (Stephan
James), victime d’une
erreur judiciaire.
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Pourquoi vous allez adorer « La favorite »
(((()
Féroce
et drôle
Séductrice. Abigail
(Emma Stone) va supplanter la duchesse de
Marlborough comme
favorite de la reine.
Archinommée aux oscars,
cette farce royale décapante
donne le pouvoir aux
femmes.
YORGOS LANTHIMOS/© 2018 TWENTIETH CENTURY FOX FILM CORPORATION (X4)
D
isons-le d’emblée : « La favorite » a beau se passer à la cour de la reine d’Angleterre (Anne, en
l’occurrence, 1665-1714), l’ambiance n’y est pas
vraiment à la retenue bon chic bon genre façon « The
Crown ». Non seulement les plus délicates ladies y
profèrent toutes sortes d’insanités, non seulement
le divertissement à la mode consiste à bombarder
un homme nu de grenades trop mûres, mais, en plus,
la reine (Olivia Colman), qui partage sa chambre
avec dix-sept lapins de compagnie, attend de sa favorite, Sarah Churchill (aïeule du plus illustre des
Premiers ministres britanniques), duchesse de Marlborough (Rachel Weisz), qu’elle lui fasse l’amour régulièrement et avec enthousiasme. Et ce jusqu’à ce
que l’arrivée d’une délicieuse ingénue, Abigail (Emma
Stone), menace la place de Sarah dans le cœur, et le
lit, de la souveraine.
Avec son trio explosif de personnages féminins
– deux intrigantes possédées par le démon du pouvoir et une reine déjantée dont les caprices valent
bien ceux de la souveraine terrifiante d’« Alice au
pays des merveilles » –, « La favorite » réserve
quelques plaisirs exquis : un XVIIIe siècle merveilleusement décadent, des comédiennes à leur sommet et un humour des plus corrosifs. On n’en
attendait pas tant du réalisateur grec Yorgos Lanthimos, connu jusqu’alors pour des films métaphoriques et sentencieux comme « Canine » (2009) et
« Mise à mort du cerf sacré » (2017) et qui déploie
ici une direction d’acteurs particulièrement acérée :
Emma Stone et Rachel Weisz (toutes deux sélec-
tionnées pour un oscar, de même qu’Olivia Colman)
n’ont jamais atteint pareille excellence.
Le plus étonnant dans cette affaire, c’est que, loin
d’être le fruit d’un délire tout personnel de son auteur, « La favorite » est une leçon d’histoire. On y redécouvre Anne, la dernière des Stuarts, dont le règne
marqua la réunion de l’Angleterre et de l’Ecosse. La
plupart des éléments du film correspondent à la
réalité. Yorgos Lanthimos impose tout naturellement
sa vision d’un XVIIIe déparé de sa préciosité, où les
robes de velours traînent dans la boue, où les rapports
de pouvoir se jouent crûment et où les femmes règnent
sans contraintes. Perruqués, poudrés et chaussés de
talons, les hommes peinent du reste à se faire entendre, au point qu’il n’est jamais question du prince
George, le défunt mari de la reine, et que, lors d’une
nuit de noces d’anthologie, Abigail satisfait le désir
érotique de son époux tout en formulant à haute voix
sa stratégie de conquête du pouvoir. Féministe mais
insolente : cette « Favorite » est la nôtre ! § F. C.
« La favorite », de
Yorgos Lanthimos.
Avec Rachel Weisz,
Olivia Colman,
Emma Stone…
A la cour d’Angleterre, au début du
XVIIIe siècle, Sarah
(Rachel Weisz), duchesse de Marlborough, tient les rênes
du pouvoir grâce à
sa liaison avec la
capricieuse reine
Anne. Tout bascule
lorsque la jeune cousine de Sarah, Abigail (Emma Stone),
débarque de sa campagne et séduit à son
tour la souveraine.
Yorgos Lanthimos
dépoussière le film
en costumes, dirige
de main de maître
un réjouissant trio
de comédiennes et
signe au passage l’un
des meilleurs films
de cette rentrée. F. C.
En salles le 6 février.
LE TRIO DE CHOC DE « LA FAVORITE »
Sexe
Rachel Weisz (Sarah
Churchill), nommée pour
l’oscar de la Meilleure
actrice dans un second rôle.
Pouvoir
Olivia Colman (la reine
Anne), nommée pour
l’oscar de la Meilleure
actrice.
Ambition
Emma Stone (Abigail),
nommée pour l’oscar
de la Meilleure actrice dans
un second rôle.
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 85
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CULTURELIVRES
Affaire non classée.
Les funérailles, à
Stockholm, d’Olof Palme,
42 ans, tombé sous
les balles d’un assassin
le 28 février 1986.
L’auteur de « Millénium »
avait-il découvert l’identité
du meurtrier du Premier
ministre suédois ? Un livre
révèle ses recherches…
L’affaire
Olof Palme
en chiffres
- Trente ans
d’enquête.
- 10 225 personnes
auditionnées.
- 130 personnes ont
avoué le meurtre.
- Les documents
rassemblés
rempliraient
250 mètres linéaires.
- Il faudrait
neuf ans à un
juriste qualifié
pour tout lire.
DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE À STOCKHOLM, JULIE MALAURE
L
e 13 janvier, le maire de Gdansk, Pawel Adamowicz,
était frappé à mort de plusieurs coups de couteau
en public. La Pologne, en état de choc, a d’abord
cherché un coupable. Mais le pays, comme l’Europe,
a surtout pris la mesure du poison de la haine. Haine
idéologique, haine de l’autre, frelatée, injectée, comme
en France, dans des menaces de mort faites à des élus.
Des méthodes qu’on croyait oubliées, à part, peut-être,
en Suède. Là-bas, le souvenir du meurtre du Premier
ministre Olof Palme, abattu dans la rue le 28 février
1986, est toujours vivace. Les trente ans d’enquête sur
cette affaire non classée n’ont abouti qu’à des théories
fumeuses, voire conspirationnistes. Parce que Palme
savait se faire des ennemis. A l’homme de gauche, social-démocrate, on reproche ses origines bourgeoises,
sa proximité tantôt avec Moscou, tantôt avec les EtatsUnis, dans le contexte de la fin de la guerre froide. Trop
d’accointances, de provocations envers les grandes
puissances. D’une intelligence hors du commun, il
86 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
passe pour hautain. Ce qui coince d’autant plus qu’il
trempe dans des scandales qu’il peine à étouffer, comme
un pseudo-Watergate et une affaire de sexe avec mineure. Palme est allé jusqu’à arrêter l’honorable Ingmar Bergman, pour fraude fiscale, en public lors de
la générale au Théâtre royal. Rien qui justifie une exécution à bout portant avec un Smith & Wesson, un
soir, à la sortie d’une séance du cinéma avec madame.
Tout cela était une vérité suédoise jusqu’à ce qu’un
homme, Jan Stocklassa, de retour au pays après deux
décennies passées à l’étranger en qualité de diplomate,
ne vienne jeter un œil neuf sur ce roman national.
Stocklassa a mis la main sur un trésor : les archives de
Stieg Larsson, l’auteur de la série « Millénium », foudroyé par une crise cardiaque le 9 novembre 2004, un
peu avant la publication de sa trilogie. Un romancier
qui n’en était pas un, auparavant : Larsson était journaliste d’investigation et fondateur de la revue trimestrielle Expo, transposée sous le nom de Millénium dans
ses romans. Un journaliste à l’air poupon, sourire doux
et lunettes rondes, qui cachait en réalité une incurable
obsession héritée de son grand-père : dresser la cartographie de l’extrême droite en Suède et en Europe. Le
Stieg d’avant « Millénium » se résumait à ces mots :
café, clope, malbouffe et chasse aux néonazis. Un limier, jusqu’au-boutiste, trotskiste, idole de l’ombre,
aussi, pour toute une génération aspirant à la justice.
Parmi ses idées fixes – qui lui ont coûté sa surcharge
pondérale, ses nuits blanches et une longévité revue
à la baisse – : l’affaire Olof Palme.
INGRID ROSSI/SYGMA/GETTY – DR
Stieg Larsson
et le mystère Olof Palme
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« Stieg n’aurait
jamais fait
rouvrir l’enquête,
mais il en aurait
fait un roman. »
Eva Gabrielsson, sa
compagne d’alors.
HERVÉ LE CORRE
EMBARQUE
LE POLAR DANS
LA TOURMENTE
DE L’HISTOIRE
JULIE MALAURE POUR LE POINT (x2) – JAN COLLSIOO/TT NEWS AGENCY/AFP
Enquêteur. Dans les
archives du journaliste
et écrivain Stieg Larsson
(mort en 2004, à 50 ans,
d’une crise cardiaque),
la clé de l’énigme ?
Et c’est vers les archives secrètes de Larsson que
nous entraîne Stocklassa. Il nous reçoit à Stockholm,
sous une neige drue qui ne tiendra pas. Son bureau
se trouve à quelques encablures du centre. Le casier
qui contient le Graal se situe au premier étage, dans
un petit bureau éclairé d’une lumière blafarde. Dans
les trieurs à soufflets, brochures, photocopies de mau­
vaise qualité, articles de presse, cahiers de notes grif­
fonnés et portraits croqués sur le vif. Le tout conservé,
jusqu’à ce que Stocklassa les exhume, dans la banlieue
de la capitale. « Vingt cartons pleins, une vraie surprise,
nous explique Jan, qui étaient gardés dans un bâtiment
de stockage » ; avant qu’il persuade Daniel Poohl, ré­
dacteur en chef d’Expo depuis 2006, de lui en donner
l’accès. Parmi les papiers, le plan de la fuite du tueur,
tracé à la plume, des schémas de la nébuleuse de cou­
pables potentiels. Le journaliste démonte tout d’abord
l’hypothèse terroriste du PKK kurde, la piste princi­
pale, que la police a longtemps tenue secrète. « La
traque de l’assassin du Premier ministre suédois demeure
infructueuse », écrit Larsson quelques semaines après
le meurtre. Mais ses investigations le poussent peu à
peu à chercher du côté de l’Afrique du Sud. Il découvre
en outre comment des Suédois fricotent avec le ré­
gime de l’apartheid, que Palme condamnait ouverte­
ment. Entre les Etats­Unis, l’Iran et l’Afrique du Sud,
Larsson trace des lignes d’intérêts économiques, des
réseaux d’influence, inscrit des noms de marchands
d’armes, de pétrole et de cellules opérationnelles ap­
partenant à divers services secrets. Dans ce qui res­
semble en tout point à un roman d’espionnage, il va
surtout émettre une hypothèse : circonscrire un groupe
qui a intérêt à organiser le meurtre de Palme. …
« Dans l’ombre du brasier dit avec une
singulière puissance l’idéal joyeux
d’une société plus démocratique. »
TÉLÉRAMA
« Par l’un des plus grands auteurs
de romans noirs français ! »
LIBÉRATION
« On en ressort conquis
et bouleversé ! »
LE NOUVEAU MAGAZINE LITTÉRAIRE
« Vibrant ! »
LE MONDE DES LIVRES
RIVAGES/NOIR
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CULTURELIVRES
Autrement dit, trouver à qui profite le crime.
C’est à partir de ce cercle que Stocklassa, dans la
deuxième partie de son livre, « La folle enquête de
Stieg Larsson », va poursuivre les recherches. Pour
aboutir à des noms. Ceux des commanditaires,
organisateurs, intermédiaires et jusqu’au « pigeon »
qui aurait tenu l’arme et que Stocklassa a pu confon­
dre… Un sympathisant des idées de l’extrême droite,
mais manifestement manipulable. Son nom : Jacob
Thedelin. Du moins, son pseudo. Parce que, à la veille
de la parution du livre, coup de théâtre : la police a
exigé la suppression des informations et photo rela­
tives à cette personne. L’explication donnée à l’édi­
teur ? « Enquête en cours », nous dit l’auteur. Ce qui
signifie, pour Stocklassa, que la police à « rouvert le
dossier Palme et s’intéresse de près à Thedelin ». D’au­
…
RETROUVEZ
L’INTERVIEW DE
JAN STOCKLASSA
SUR lepoint.fr.
tant qu’il est « de retour en Suède », nous dit Jan, qui
nous a montré la photo censurée. Que voit­on sur
cette image en noir et blanc ? Un homme brun sur
un passage piéton ? Le meurtrier de Palme ? La fin
d’une énigme ? La consécration de l’acharnement de
Larsson ? Pour Stocklassa, l’enquête est déjà présente
en filigrane dans le tome 3 de la saga « Millénium ».
Pour Eva Gabrielsson, la compagne de Stieg Larsson,
que l’auteur nous a permis de rencontrer, « Stieg n’aurait jamais fait rouvrir l’enquête, mais il en aurait fait un
roman. » Parce que le meurtre d’Olof Palme, « c’est
vraiment une bonne histoire ». Personne ne dira le
contraire, et l’enquête officielle reste à suivre §
« La folle enquête de Stieg Larsson », de Jan Stocklassa,
traduit du suédois par Julien Lapeyre de Cabanes
(Flammarion, 448 p., 22 €). Parution le 6 février.
L’Amérique au galop
Une exceptionnelle épopée
américaine sur plus de
trois générations et sur fond
d’élevage de pur­sang : lisez
« Le sport des rois ».
PAR VALÉRIE MARIN LA MESLÉE
«N
uméro un : je suis Henry Forge. » Jour après
jour, le petit garçon répète la leçon pater­
nelle. Devant ce futur héritier s’étend le
domaine de la rivière Forge, terres du Kentucky où,
dans ces années 1950, on cultive encore du maïs.
Mais qu’importe la tradition : Henry, fils de John
Henry, est certes le descendant d’une lignée bicen­
tenaire de propriétaires blancs depuis que l’ancêtre
Samuel Forge arriva de Virginie avec son esclave
noir, mais Henry, lui, élèvera des pur­sang. « Jusqu’où
88 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
peut-on courir pour échapper à son père ? » La question
ouvre ce roman éblouissant, qui chevauche l’his­
toire de l’Amérique en noir et blanc. La discrète
Catherine Elaine Morgan, finaliste du Pulitzer, re­
nouvelle la saga familiale du genre « Autant en
emporte le vent » en déconstruisant l’Histoire dans
un livre totalement contemporain, porté par un
souffle épique qui ne faiblit pas durant 650 pages.
Les courses de chevaux, et particulièrement des
pur­sang qui font la réputation du Kentucky, sont la
passion de Henry et servent la vision du monde de la
dynastie Forge, pétrie de racisme (« depuis toujours, la
race noire a besoin de nous pour trouver un sens à la conduite
de sa vie »), d’eugénisme latent dans la conception
de l’évolution, qui doit « atteindre la perfection », et
d’une misogynie sans bornes. Sauf à l’égard de sa fille
unique, Henrietta, qu’il élève seul puisque sa mère
a fui quand la petite avait 8 ans. Celle­ci boit les pa­
roles du père aimé, appelle les Noirs « nègres » (mais,
dans les années 1980, se fait tout de même reprendre),
tout en bénéficiant d’une sacrée liberté en tant
ANDREA SCHUH/GETTY IMAGES
En noir et blanc.
Une course épique qui
plonge le lecteur dans
les racines du racisme
et de l’esclavage.
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GUY MENDES/SP
Gallimard
qu’héritière appelée à tout connaître des chevaux pour
prendre un jour les rênes du domaine. Dès ses 12 ans,
Henry la fait assister à une saillie, au grand dam de
son entourage mais pour le bonheur du lecteur, qui
découvre des descriptions animales aussi précises que
sensuelles et poétiques sous la plume somptueuse de
C. E. Morgan. « Jusqu’où peut-on courir pour échapper à
son père ? » Henrietta, grandissant, se passionne pour
la géologie, la terre, le vivant, ses lectures l’ouvrent à
d’autres optiques que le darwinisme absolutiste. Elle
se met à chercher le plaisir dans les bars, consomme
des hommes. Jusqu’au jour où, recevant des candidatures, elle accepte celle d’un homme noir, Allmon
Shaughnessy. Lui ne connaît de son passé que le nom
de Scipio, son ancêtre esclave qui a fui le Sud pour
l’Ohio en traversant le fleuve. Rien de son Irlandais
de père, entr’aperçu de temps à autre, bel homme
volage qui a séduit puis abandonné sa mère, Marie.
Allmon sort de prison quand il débarque chez les
Forge et bouscule ce roman qui court sur trois générations. Henrietta et Allmon : leur histoire est longue
comme celle de l’Amérique, construite sur la force
de travail des esclaves, mais elle se lit avec la rapidité
d’une course de chevaux. Elle est tout en tension, en
puissance dramatique, et pleine de rebondissements.
Quel roman étonnant ! Plein de prolepses, de flashback, de genres littéraires accolés sans crier gare. Et,
parce que « tout émane de tout », faisant se succéder
des situations aussi variées qu’une controverse philosophique et la mise bas d’une jument, une scène
de sexe et un hymne grandiose à la nature – à l’aune
de laquelle tout semble alors si étriqué. Mais, dans
cette étrangeté, cette abondance formelle, l’auteure
tient son lecteur par la bride.
A la jouissance de ces personnages magnifiques,
au torrent d’émotions romanesques s’ajoutent les
questions de fond : celles que pose notamment
l’intellectuel Ta-Nehisi Coates dans « The Case for
Reparations » et qui s’incarnent dans les destins du
« Sport des rois ». Même dans le domaine des courses
de chevaux, les Blancs ont pris la place des Noirs,
clame Reuben, le fabuleux jockey de la fin du livre,
dont les monologues semblent sortir d’une pièce de
Shakespeare : « Les Blancs ne donnent rien qu’on n’exige
pas d’eux, et il faut continuer d’exiger son âme longtemps
après que le corps a conquis sa liberté. » Face à une société dominée par l’argent et les inégalités, Morgan,
née en 1976, rue dans la littérature et conquiert ses
lecteurs par l’éclatante liberté de son écriture §
« Le sport des rois », de C. E. Morgan, traduit de l’anglais
(Etats-Unis) par Mathilde Bach (Gallimard, 656 p., 24 €).
« Ne vous détournez pas,
vous pourriez devenir
aveugles ; la nuit tombe
toujours assez tôt. D’ici là, brûlez ! »
C. E. Morgan, « Le sport des rois ».
présente
ELENA
FERRANTE
Frantumaglia
« Discrétion, humilité, foi dans les textes,
ouverture d’esprit, noble distance et
maturité : Frantumaglia est aussi, à sa façon,
un manifeste. Il dit, avec une sagesse et une
finesse dont on ne se lasse pas, les valeurs
hors du commun d’un écrivain qui ne l’est
pas moins. »
Florence Noiville, Le Monde des Livres
« La grande romancière italienne, auteure du
célèbre L’amie prodigieuse, invite à une
réflexion sur la nature, les difficultés, les enjeux
de l’écriture romanesque. »
Francine de Martinoir, La Croix
« Les admirateurs de son roman fleuve
napolitain peuvent sans crainte se plonger
dans cette Frantumaglia. Ils y retrouveront cet
allant et ce sens du paradoxe qui font le prix
de son écriture lumineuse. »
Marine Landrot, Télérama
Du monde entier
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CULTUREHOMMAGE
Le grand Michel
Comment Michel Legrand (1932-2019) a prouvé avant Daft Punk
que les musiciens français pouvaient faire chanter l’Univers.
A
En 1966, nouveau profil : c’est le début des années américaines. La colonie française de Hollywood avait déjà compté des
acteurs, Maurice Chevalier ou Charles Boyer, et des réalisateurs,
tels René Clair ou Jean Renoir. La montée en ligne de Michel Legrand et de Maurice Jarre y ajoute alors deux fleurons français.
Les partitions du garçon de Ménilmuche orneront ainsi « L’affaire Thomas Crown » ou « Un été 42 », qui lui vaut en 1972 l’oscar de la meilleure musique de film. C’est le Michel Legrand
d’une maturité internationale, façonnier recherché que solliciteront, entre beaucoup d’autres, Joseph Losey, Richard Brooks
ou Clint Eastwood. A Los Angeles, un Legrand californien apposait alors ses élégies sur des films néoromantiques, maintenant à l’instar de
ses amis Henry Mancini ou Quincy Jones
une touche jazzy au long des années
rock et funk. Il était plus Barbra Streisand que Bruce Springsteen.
vec Michel Legrand, la musique semblait sortir tout habillée du piano. Des lunettes de myope et des dents de lapin
magique, du swing en français, une propension inarrêtable
à chanter pendant des heures des mélodies taillées pour les tessitures de satin. Le moment Legrand, qui dura des décennies,
procède d’une circonstance propice aux composites. Né à Ménilmontant en 1932 sous le signe des Poissons, il semble le rejeton d’une constellation de contrepoints. Son père, Raymond
Legrand, s’est imposé comme un renommé chef d’orchestre de
musique légère, tandis que sa mère est
la sœur de Jacques Hélian, pionnier des
big bands à la française. Et sa sœur Christiane sera l’une des vocalistes des Double
Six, groupe choral de virtuoses de jazz.
Très jeune, cet élève de Nadia Boulanger s’installe à un carrefour aménagé
dès les années 1930 par Gershwin et Cole
Elfique. Sa vie aura plaidé pour le
grand large plutôt que pour le souvePorter, celui où des compositeurs acclirainisme des doubles croches. Michel
mataient pour Broadway un jazz amène
et blanchi. En 1957, l’album « Michel
Legrand avait traversé avec fluidité des
Legrand Plays Cole Porter » en certifiera
frontières, accompagné Ella Fitzgerald
la filiation. Mais ses talents d’arrangeur
et Claude Nougaro, composé pour Blake
l’installent aussi en studio avec les presEdwards et Jean-Paul Rappeneau. Piontigieux inventeurs du jazz modal, Miles
nier à sa façon de la French Touch, il a
frayé la voie pour Alexandre Desplat à
Davis, John Coltrane ou Bill Evans. Tout
en travaillant pour Henri Salvador ou
Hollywood et prouvé avant Air ou Daft
Zizi Jeanmaire, Legrand prend très tôt
Punk que des musiciens français pouplace dans le panthéon international
vaient faire chanter l’Univers. Il était
Enchanté. Avec Catherine Deneuve sur le tournage
des grands habilleurs d’orchestre de
un musicien prolixe, polymorphe, eldes « Demoiselles de Rochefort ».
style easy listening, tels Stan Kenton ou
fique, dont l’hommage allait toujours
Burt Bacharach.
à Ravel, son parrain mental dans la
Sa vie aura plaidé pour le grand large
La France reste toutefois son princiconquête de l’Amérique.
plutôt que pour le souverainisme
Ces derniers temps, Michel Legrand
pal pupitre. Si Jean-Luc Godard le sollides doubles croches.
n’avait pas dételé. On le vit défendre sur
cite pour la musique de « Vivre sa vie »
ou de « Bande à part », c’est sa collaboscène le disque qu’il avait enregistré avec
ration avec Jacques Demy qui fera époque. En harmonie avec le
Natalie Dessay. Le 30 octobre 2018, le vénérable et juvénile Leréalisateur qui repeignait en bleu les façades sombres de Chergrand était présent à la Cinémathèque pour la projection de « De
bourg, le moment Legrand rosit la France grise des ruines de la
l’autre côté du vent », le film reconstitué d’Orson Welles dont il
guerre. Ce mélodiste hennissant compose l’une des bandes soavait supervisé la bande sonore, en écho à celle qu’il avait autrenores du gaullisme, tel un produit masquant des séquelles de la
fois imaginée pour « Vérité et mensonges ». Trois semaines plus
guerre d’Algérie. C’était le pays redressé de la force de frappe, du
tard, ce régisseur de fées assistait au Théâtre Marigny à la génépont de Tancarville et des « Demoiselles de Rochefort ». Tandis
rale de la version scénique de « Peau d’âne », dont il avait revu
la partition pour l’occasion. Ce soir-là, on remarquait dans la
que les pères marchaient avec leurs fanfares vers les monuments
salle Agnès Varda et Jacques Perrin, tandis que Michel Legrand
aux morts, les filles en collants chair baguenaudaient devant
et Macha Méril posaient aimablement pour les photographes.
les magasins de nouveautés : un certain ton sentimental, moLes années 1960 perduraient dans le présent, mais l’hiver arrideste et de bonne humeur, avec les sœurs Dorléac comme nymvait, une boucle se bouclait. Désormais, les trilles, les noires et
phes dansantes. La musique de Michel Legrand savait instiller
les blanches pleurent Michel Legrand. Ses clés de sol touchent
de la magie dans la vie ordinaire et du concret dans la féerie.
le ciel. C’est par une nuit de janvier qu’ont cessé de tourner les
Ainsi de cette gracieuse fantaisie qui, dans « Peau d’âne », transmoulins de son cœur §
forme la recette d’un gâteau en comptine enchantée.
90 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
GEORGES KELAÏDITÈS/ROGER-VIOLLET
PAR MARC LAMBRON, DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE
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Gallimard
présente
Les meilleures ventes de la Fnac
Fnac/Le Point du 21 au 24 janvier 2019
Rang
Nombre de semaines de présence continue
Genre
Classement précédent
Titre
Auteur
Editeur
R
Sérotonine
Flammarion
2
E
A nous la liberté !
3
E
Michel Houellebecq
Christophe André/
Alexandre Jollien/Matthieu Ricard
Frédéric Saldmann
Michel Onfray
Albin Michel
3
3
Michelle Obama
Fayard
5
11
12
1
1
4
L’Iconoclaste
-
1
Albin Michel
2
3
4
E
5
E
Vital !
Sagesse. Savoir vivre
au pied d’un volcan
Devenir
6
R
Leurs enfants après eux
Nicolas Mathieu
Actes Sud
7
7
R
Félix et la source invisible
Eric-Emmanuel Schmitt
Albin Michel
9
4
8
R
Raphaëlle Giordano
Plon
6
4
9
E
Yuval Noah Harari
Albin Michel
10
112
10
E
Patrick Rambaud
Grasset
12
3
2
11
R
Cupidon a des ailes en carton
Sapiens. Une brève histoire
de l’humanité
Emmanuel le Magnifique.
Chronique d’un règne
Rompre
Yann Moix
Grasset
4
12
E
La guerre des pauvres
Eric Vuillard
Actes Sud
21
2
13
E
Philippe Lançon
Gallimard
8
12
14
R
Jean-Claude Grumberg
Seuil
-
1
3
15
R
Le lambeau
La plus précieuse
des marchandises
La goûteuse d’Hitler
Rosella Postorino
Albin Michel
14
16
E
Père riche, père pauvre
Robert Kiyosaki
Un monde différent
-
1
17
E
Qu’est-ce qu’un chef ?
Pierre de Villiers
Fayard
17
11
18
R
La nuit se lève
Elisabeth Quin
-
1
19
E
Psychologie de la connerie
Jean-François Marmion
Grasset
Ed. Sciences
humaines
16
11
20
E
21
R
Sorcières. La puissance
invaincue des femmes
L’empreinte
22
E
23
Mona Chollet
Zones
22
16
Alexandria Marzano-Lesnevich
Sonatine
-
1
21 leçons pour le XXIe siècle
Yuval Noah Harari
Albin Michel
18
18
E
Juges en Corse
Collectif
Robert Laffont
-
1
24
R
Le signal
Maxime Chattam
Albin Michel
19
14
25
E
GIGN. Confessions d’un OPS
Philippe B./Jean-Luc Riva
Nimrod
-
1
R : Romans et nouvelles
E : Essais et documents
Entrée ou retour dans la liste
La minute antique
À PORTÉE D’ENGUEULADE. Voilà ce que les élus conseillent
désormais à Emmanuel Macron. Et c’est ce qu’il fait en jouant
les invités surprise dans un débat citoyen. Comment expliquer
cette rupture dramaturgique dans le parcours de notre Jupiter
républicain, passé de l’Olympe aux salles communales ? Nous
croyons pouvoir l’affirmer : le président relit Pline le Jeune, et
plus particulièrement le « Panégyrique de Trajan ». Prononcé
en l’an 100 de notre ère, le texte dresse la liste des qualités d’un
chef. Parmi elles, savoir se mêler au peuple. « Vous vous promenez au milieu de nous, sans penser que ce soit pour nous un grand
événement (…). Quiconque vous aborde peut rester à vos côtés aussi
longtemps qu’il veut », écrit Pline, comparant Trajan, empereur
qui marche, à ceux qui, par « une secrète horreur de l’égalité », ont
« perdu l’usage de leurs pieds ». Une attitude dont Pline souligne
les bénéfices politiques : « Cette humble terre, où vos pas se confondent
avec ceux du peuple, vous élève jusqu’au ciel. » Après la déjupitérisation, la trajanisation de Macron ? § CHRISTOPHE ONO-DIT-BIOT
ELENA
FERRANTE
L’amour harcelant
ROMAN
Entre le corps d’Amalia, qui flotte dans la
mer, à l’aube, mystérieusement noyé, et le
corps de Delia, sa fille, exposé à la violence,
au sang et à la pluie d’une Naples au ciel
plombé et aux rues hostiles, se déroule ce
thriller familial, sensuel et désespéré, dont
les rebondissements vous griffent le cœur.
Le parcours qui conduira Delia des
funérailles de sa mère à l’évocation toujours
plus détaillée de la figure troublante de
cette génitrice, et au dénouement
imprévisible de l’histoire, est constellé de
soubresauts de la mémoire, de gestes de
répulsion et d’amour, de scènes glaçantes.
« On a du mal à croire que l’auteur ait signé là
son premier roman, tant l’écriture en est
maîtrisée dans la folie et le récit bouleversant
jusqu’au malaise. »
Isabelle Fiemeyer, Lire, 1995
Du monde entier
L’INTÉGRALITÉ DE CETTE « MINUTE ANTIQUE » SUR lepoint.fr
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CULTURE
sir entre Jean-Paul Belmondo et Alain Delon.
Lequel – et laquelle, la
police veille – d’entre
nous pourrait en un
instant voter pour l’un
plutôt que pour l’autre ?
Votre serviteur, lui, au
faîte de la couardise, ne
s’y risquera pas, mais
préférera conseiller de
se ruer sur deux superbes objets consacrés
à nos géants. Sophie
Delassein raconte avec
grand talent Bebel dans
Alain Delon
un beau livre qui mêle
photos rares et parfois
et Jean-Paul
inédites. Et ce n’est pas
Belmondo,
tout : six chefs-d’œuvre
en 1980.
en DVD, « A bout de
souffle », « Un singe en
hiver », entre autres,
complètent l’ouvrage.
Même topo pour Delon : Baptiste Vignol retrace, pas à pas, la
carrière et le mythe d’un acteur qui,
comme son vieux camarade, peut se targuer de faire partie des monuments nationaux. Belmondo, Delon, de Gaulle,
Molière, la tour Eiffel… Aucun intrus. Et
on s’émerveillera de la même façon avec
six autres DVD, de « Plein soleil » au
« Cercle rouge ». Alors, Delon ou Belmondo ? Les deux, non ? § ALBERT SEBAG
Le « Bel-Ami » de PPDA
Roman. C’est une histoire filiale, une
réflexion sur ce que sont et produisent
les racines d’un homme. Charles n’est
qu’un enfant quand sa mère, qui s’éteint,
lui confie que celui qu’il croit être son
père, en fait, ne l’est pas. Il n’a alors que
deux idées en tête : rencontrer son père
biologique, Jean-Baptiste d’Orgel, comédien aussi célèbre sur les planches
que dans les sphères politiques, et devenir président de la République. Car
si ce d’Orgel n’est pas sans rappeler celui de Radiguet, Charles, lui, a tout du
Rastignac de Balzac : appétit vorace et
rêves hantés par les hautes destinées.
PPDA, joueur et légèrement mordu de
feuilletons populaires du XIXe siècle,
ne s’arrête pas là : son roman prend vite
DELON OU BELMONDO ?
vait déjà : « Tout dans la vie est une affaire
de choix : fromage ou dessert ? La bourse ou
la vie ? La cigale ou la fourmi ? Le sabre ou le
goupillon ? (…) Un baril de merde ou deux
barils d’une lessive ordinaire ? La gauche ou
Mitterrand ? » Tellement vrai… Mac ou
PC ? Baguette bien cuite ou bien blanche ?
Steak à point ou saignant ? Là encore, pas
trop d’affres ni de casuistique. Où les
choses se gâtent, c’est lorsqu’il faut choi-
(GM Editions, 144 p., 6 DVD, 59 €).
La féminité sur l’autel de la liberté
Poche. « Choisir, c’est renon­
cer pour toujours, écrivait
Gide dans “Les nourritures
terrestres”, pour jamais, à
tout le reste et la quantité nom­
breuse de ce reste demeure
préférable à n’importe quelle
unité. » Dans le premier roman d’Emmanuelle Favier, les « vierges jurées » savent
ce que choisir et renoncer signifient.
Pour être des femmes libres, elles deviennent des hommes : la liberté au prix de
la féminité. Pas de mariage forcé avec
un vieux porc, mais pas de plaisir non
plus. Dans une Albanie rurale grise et
blanche comme un fantôme, Manushe
est de ces êtres au corps de femme et au
comportement d’homme. Elle a juré de
92 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
rester vierge, de ne jamais fonder de famille. Cheveux courts, vêtements gras,
elle fume, travaille, tire au fusil et s’enivre chaque jour dans son village immuable depuis le Moyen Age. Jusqu’au jour
où un étranger arrive, qui, à l’instant,
la bouleverse, dézingue ce que l’habitude
de la dissimulation avait mué en conviction : Manushe désire le mystérieux
Adrian, qui n’est peut-être pas ce que le
monde a voulu faire de lui. Gagnés par
l’amour, ils ont beaucoup à perdre. Leur
histoire sinueuse et poétique, et celle,
empêchée, de leur identité, tressent un
premier roman baroque, d’une grâce et
d’une beauté infernales § M. D. T.
« Le courage qu’il faut aux rivières », d’Emmanuelle Favier (Le Livre de poche, 216 p., 7,20 €).
Patrick Poivre d’Arvor dresse une fresque politicomédiatique dans le siècle de Maupassant.
les couleurs d’un « Bel-Ami » contemporain. Une fois les destins du père et du
fils réunis, voilà que celui du grand-père
s’en mêle, fait de trahisons, d’abandon,
de violences. Dernier d’une lignée enflée
d’orgueil et de rancunes, Charles, qui
compte bien rendre les gifles du passé,
devient un loup, tout entier concentré
vers l’assaut. Attaché de cabinet, député,
ministre, entre la presse, l’argent et la
politique, il est le jeune ambitieux qui
monte, quitte à trahir ou à tuer symboliquement. « Les héros ont notre langage,
écrivait Camus dans “L’homme révolté”,
nos faiblesses, nos forces. Leur univers n’est
ni plus beau ni plus édifiant que le nôtre.
Mais eux, du moins, courent jusqu’au bout
de leur destin. » Charles est de ceux-là,
terriblement humain, magnifiquement
romanesque § MARINE DE TILLY
« La vengeance du loup »,
de Patrick Poivre d’Arvor (Grasset, 320 p., 20 €).
GAMMA/RAPHO/GETTY – JEAN-FRANCOIS PAGA/OPALE/LEEMAGE - DR
Livres-coffrets. Pierre Desproges l’écri-
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La loi des minots
Récit. Voici un livre comme
DUSAULT POUR « LE POINT » – CHRISTIE’S/BRIDGEMAN – PATRICK GHERDOUSSI/JEAN-CLAUDE LATTÈS – TEZUKA/DELCOURT
on n’en lit jamais sur les cités
de Marseille. Ce n’est pas un
pensum pseudo-sociologique
bâclé par un hors-venu de
passage dans le Sud, mais un
polar vrai, haletant, édifiant.
Du vécu, du brut. D’où la force
des « Minots », enquête noire,
écrite par l’un des rois du fait
divers marseillais, Romain
Capdepon.
C’est l’histoire d’un règlement de comptes absurde tel
que la cité phocéenne en
connaît depuis des décennies.
En l’espèce, ce sont des enfants
– des minots, comme on dit
là-bas – qui sont tombés sous
les balles : Jean-Michel, 15 ans,
qui succombera, et Lenny,
11 ans, qui s’en sortira mais
ne s’en remettra pas. C’était
le 19 novembre 2010.
A partir de là, l’auteur
nous raconte le système des
réseaux qui, grâce au commerce de la drogue, contrôle
Tezuka, bouddha
du manga
BD. « Je vais raconter à ma façon l’histoire de Bouddha et des
hommes qui ont croisé son chemin. » Au printemps 1972, Osamu Tezuka, le « dieu du Manga », fondateur de la bande
dessinée japonaise moderne,
débute une saga de 14 volumes
sur le bouddhisme qu’il qualifiera plus tard de « sciencefiction religieuse ». « La vie de
les quartiers Nord de la ville.
Sous sa plume, les idées reçues en prennent un coup. Si
l’ordre public et la paix sociale
tiennent à peu près à Marseille, avec, entre autres, une
radicalisation « faiblarde » des
300 000 musulmans, comme
le dit un haut gradé de la police, n’est-ce pas parce que les
caïds de la drogue
font la loi dans
leur quartier,
permettent à
des familles de
vivre mieux et
savent terroriser
les barbus ? §
FRANZ-OLIVIER
GIESBERT
« Les minots », de
Romain Capdepon (JC Lattès,
172 p., 17 €).
Romain Capdepon
a enquêté sur le
trafic de drogue
à Marseille.
Bouddha » devient un long
récit épique de divinités
bouddhiques et de questions
existentielles. La maîtrise
graphique de cette biographie,
qui prend beaucoup de liberté
avec la réalité historique, est
impressionnante. On y découvre les grandes étapes du
voyage spirituel de Siddhartha, sa pratique des austérités, son illumination dans la
forêt d’Uruvéla, l’annihilation
de son clan… Atteint d’un cancer pendant sa conception,
l’auteur réaffirme son message sur l’humanisme et la tolérance, pierre angulaire dans
son travail. Retraduit et publié dans une nouvelle édition intégrale pour fêter les
90 ans de la naissance de
l’auteur, ce grand classique
est à redécouvrir § LLOYD CHERY
« La vie de Bouddha » 1 et 2, d’Osamu
Tezuka (Delcourt/Tonkam, 816 et
680 p., 32,99 et 29,99 €).
Ecrire l’indicible
« L’empreinte », d’Alexandria
Marzano-Lesnevich. Au nombre
des choses insoutenables qu’on refuse de s’imposer dans
un roman, l’assassinat d’un enfant. C’est pourtant le point
de départ, l’élément central, mais aussi la tentative d’achèvement de ce livre, qui a ébloui le monde anglo-saxon, s’attirant une cascade de prix. Une enquête sur la mort de Jeremy,
6 ans, assassiné en Louisiane en 1992 par Rick
Langley. Un prédateur sexuel qui échappe à
la chaise électrique et que l’auteure, alors avocate en stage en Louisiane, va rencontrer. Témoins, procès… la descente dans la psyché et
les mécanismes du tueur d’enfants éveillent,
chez Marzano-Lesnevich, l’écho de sa propre
histoire. Celle d’avoir été abusée sexuellement par son grandpère lorsqu’elle était enfant. Ce sont alors les fils narratifs
qui s’entremêlent, deux investigations sur dix ans de réflexion. L’un, documentaire, l’autre, autobiographique, sur les
silences, la famille, la question de l’oubli ou du pardon,
dans un livre cathartique dont on ressort secoué § JULIE MALAURE
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Héloïse Esquié (Sonatine, 496 p., 22 €).
Les choix du « Point »
\ Théâtre
« Cléopâtre in Love »
La géniale Judith Henry incarne Cléopâtre. Une création
originale de la comédienne et
de Christophe Fiat sur les états
d’âme de la plus grande des
reines d’Egypte.
Du 30 janvier au 22 février,
au Nouveau Théâtre de
Montreuil.
« Heptaméron, récits
de la chambre obscure »
Sœur aînée de François Ier,
Marguerite d’Angoulême est
à l’honneur avec ce beau spectacle mâtiné de madrigaux
italiens et mis en scène par
Benjamin Lazar, expert du
théâtre baroque.
Du 1 er au 23 février, aux
Bouffes du Nord, à Paris.
\ Cinéma
« Green Book », de Peter Farrelly. Un pianiste virtuose
afro-américain et son chauffeur italien du Bronx partent
en tournée dans le sud des
Etats-Unis. Un nouveau
rôle éblouissant pour Viggo
Mortensen.
« La mule », de et avec Clint
Eastwood. A 88 ans, le génie
américain est de retour avec ce
film tiré d’une histoire vraie :
un thriller émouvant qui s’inspire de la vie du vétéran américain Leo Sharp. On y court !
\ Exposition
« Fernand Khnopff (18581921), le maître de l’énigme ».
Femmes fatales, sphinges,
fleurs antiques et volutes
toxiques : Fernand Khnopff, le
plus stimulant des peintres fin
de siècle, se voit consacrer
une rétrospective, et c’est
d’une beauté affolante…
Jusqu’au 17 mars, au Petit
Palais, à Paris §
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 93
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TENDANCESÉVASION
REPORTAGE PHOTO : GUILLAUME SOULARUE/ HEMIS
Majestueux lobby
aux inspirations
baroque et Art
déco. Les oiseaux
sont très présents
partout dans le
palais, mais pas
en cage…
94 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
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Une des suites
imaginées par le
décorateur Gil Dez.
Ronsard en son palais
Marrakech. Aram Ohanian, monsieur Adriana
Karembeu, ouvre le Palais Ronsard, un hôtel de
luxe dans la palmeraie. Visite.
PAR JANE PUECH
L
e flamant rose posé en décoration a encore les pattes au sec. Son bassin a été
vidé pour réparation. Un homme y balaie le sol, soulevant des nuages de poussière blanche. Une équipe de techniciens
raccorde les fils électriques, une autre pose
des lampes… Le chantier du Palais Ronsard
est bien avancé. Il s’achèvera le 1er mars
pour laisser place à un nouvel hôtel de
luxe imaginé par Aram Ohanian et son
épouse, Adriana Karembeu.
Pourquoi cet énième hôtel à Marrakech ? La question nous intrigue alors
que nous attendons l’homme d’affaires
copropriétaire des lieux. Mais Aram Ohanian ne viendra pas, il est resté chez lui,
à Monaco. Il est comme ça, Aram. Imprévisible, croit-on comprendre, et doté d’un
tempérament de feu. Ses coups de gueule
et son vocabulaire fleuri sont aussi légendaires que sa générosité, sa gentillesse et
sa discrétion. Tout comme son infaillible
sens des affaires, qui le pousse toujours à
bien s’entourer, à commencer par son
partenaire de longue date, Daniel Gautier, à qui l’on doit de nombreux hôtels
en France. L’échange se fera donc par téléphone, entre deux bruits de perceuse.
« Il me semblait qu’il manquait un hôtel de
charme à Marrakech, explique Aram Ohanian. Je suis au Maroc depuis vingt ans et
j’y ai ouvert un restaurant, le Palais Jad
Mahal. C’est un marché que je connais bien.
J’avais ce terrain, acheté il y a neuf ans.
Adriana et moi nous sommes dit : “Pourquoi
pas un hôtel ?” J’ai donc voulu faire une Villa
Gallici [un 5-étoiles à Aix-en-Provence,
NDLR] marocaine et j’ai appelé son décorateur, Gil Dez. » Lequel a offert son aide.
« J’étais très ennuyé par cette demande,
avoue le designer. Tant de belles choses ont
été faites à Marrakech ! Mon inspiration est
venue de l’architecture des villas de bord de
mer de Casablanca, où je suis né. J’ai puisé
dans mes souvenirs. » Il dessine ainsi un
grand bâtiment d’un étage, ouvert en demi-cercle sur deux bassins bordés par une
longue galerie de style colonial. En son
absence, on ajoute des chambres à …
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 95
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TENDANCESÉVASION
Loin du brouhaha
de la ville, l’hôtel
offre une vue dégagée
sur la palmeraie.
l’étage, cassant l’harmonie initiale,
puis deux arches ressemblant à un décor
de théâtre. Un bémol que Gil Dez parviendra peut-être à rectifier. L’entrée, elle, est
majestueuse, s’articulant autour d’un escalier à double révolution. A gauche, le
jardin d’hiver, aux tonalités bleu poudré
et vert jade ; à droite, le Bar rouge, qui
évoque la poésie des cafés mauresques.
Quant aux 22 suites et 6 pavillons avec
bassins privés, ils offrent une riche palette de couleurs (du vert anis au bleu et
au rose poudrés en passant par le noir) rehaussée par les peintures orientalistes du
copiste Dorel Florin Chiras. Des selles de
fantasia dénichées chez l’incontournable
antiquaire de la médina, Mustapha Blaoui,
flirtent avec les tapis de Soufiane Zarib,
connu, sur Instagram, pour dépoussiérer
les kilims. S’ajoutent des paravents, des
lits à baldaquin dignes de princesses orientales et des tissus léopard sur les canapés
…
retapissés sur place par France Ansaldi ;
le souci du détail allant ici jusqu’aux corbeilles à papier, peintes par Gil Dez luimême. Voilà pour le décor, que l’on ne
peut s’empêcher d’inaugurer cette nuit-là
– tant pis si les travaux ne sont pas terminés !
Dans la chambre n° 6, tout y est (ou
presque), jusqu’aux pétales de rose sur le
sol. La nuit est tendre, sans un bruit. Au
petit matin, l’appel du muezzin se devine au loin, des brebis traversent la palmeraie et un coq lève-tard s’égosille
comme s’il avait oublié son réveil. Un
bonheur. Faute de cuisine, le petit déjeuner s’improvise dans la chambre de Gil
Dez et de son chien Lulu : « Cet hôtel, c’est
une maison qui, accidentellement, accueille
des gens. »
Dehors, douceur et calme se dégagent
de cette petite oasis, jardin merveilleux
truffé de recoins pour amoureux. Aram
Suite avec petite terrasse de
plain-pied sur le jardin. Toucans
et perroquets veillent…
Le Bar rouge,
d’inspiration
mauresque.
Ohanian et son épouse ont fait planter
3 000 rosiers Pierre-de-Ronsard, en écho
au nom du palais. « Quand leurs fleurs se
fondent en masse avec les bougainvillées et le
jasmin, c’est magnifique », se réjouit-il. Le
potager a un charme fou. Quelques tables
y fricotent avec les salades et les choux.
Pas de nappe blanche, mais des nattes de
Mauritanie qui accueillent un tajine au
citron en attendant celui du chef attitré.
La cuisine sera l’autre atout de la propriété, la carte étant supervisée par le chef
étoilé Xavier Mathieu. « A Marrakech, les
voyageurs restent en moyenne trois nuits,
ajoute Badar Madnani, maître des lieux
aux yeux rieurs. Nous allons donc surprendre
nos hôtes en leur proposant différents endroits
pour les repas : la terrasse, le potager, la galerie… Nous leur suggérerons aussi différentes
expériences, dont des vols en montgolfière ou
un pique-nique dans les montagnes. »
Avant même son ouverture, le Palais
Ronsard a rejoint Relais & Châteaux. Une
première. « En juin 2018, notre conseil d’administration a pris la décision d’examiner les
candidatures de propriétés en cours d’ouverture, explique Philippe Gombert, président
de l’association. Celle de l’hôtel a été ratifiée
en juillet. C’est un grand changement dans
notre philosophie, mais il était nécessaire : une
nouvelle maison a besoin de s’adosser à un
réseau puissant le plus tôt possible. » Pour
Relais & Châteaux, c’est aussi une façon
de ne pas laisser filer de belles adresses
chez les concurrents. « Le Palais Ronsard
est un hôtel plein de promesses », conclut-il.
Les tiendra-t-il ? L’avenir nous le dira §
Palais Ronsard, à partir de 430 € la nuit
avec petit déjeuner, www.palaisronsard.
com et www.relaischateaux.com.
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TENDANCESGASTRONOMIE
À LA CARTE par Thibaut Danancher
DEMANDEZ
LE MENU…
La table
La 20, au centre
de la salle, avec vue
directe sur la
cuisine ouverte.
Le plus
Les addictifs
grignotages
d’avant-repas avec
en tête les panisses.
Le plan B
Papillon, 8, rue
Meissonier,
Paris 17e.
01.56.79.81.88.
O
n l’avait repéré fin 2012 avec ses signatures en argent à l’Instant d’or, à
Paris, où il avait décroché une étoile
à la vitesse de la lumière avant de filer
dans la foulée prendre Racines à New
York. Cinq ans après avoir croqué la Grosse
Pomme, voici Frédéric Duca de retour
dans la capitale. Le chef de 41 ans a célé-
bré le passage à 2019 avec l’ouverture de
son Rooster – comprenez « coq » en anglais – le 2 janvier, au cœur des Batignolles.
Le Marseillais pur jus vole désormais de
ses propres ailes dans son nid douillet du
17e arrondissement. Un véritable poulailler gourmand à l’atmosphère rétro-moderne avec ses pierres anciennes, ses
DR
ROUGET, TARTE FINE AUX
OIGNONS DE ROSCOFF
Le secret de Frédéric Duca
On écaille le rouget avec les doigts sous un
filet d’eau. On l’ébarbe avec des ciseaux.
On lève les filets. On les désarête à la pince.
Dans une poêle antiadhésive bien chaude,
on saisit à feu vif chaque filet deux minutes
à l’unilatéral sur le côté peau, préalablement
salé. On le retourne une seconde dans la poêle
hors du feu. On l’assaisonne de fleur de sel
et de piment d’Espelette moulu.
Le produit
Le rouget barbet provient de Terroirs d’avenir, à Paris, qui se fournit auprès de petits
pêcheurs de l’île de Noirmoutier. Chaque
pièce pèse entre 200 et 300 g. En bouche,
le poisson déploie de puissantes et délicates
notes iodées.
touches bleu pétrole, ses interminables
baies vitrées, son comptoir en marbre et
son éclatant vaisselier. Perché depuis sa
cuisine ouverte, le Sudiste bombe de la
crête en chantant les louanges de sa Provence natale à sa fidèle basse-cour.
Les encornets nappés d’une huile de
persil voguent au milieu de lamelles de
chorizo, de voiles de fenouil et de soupçons de citron confit. Le rouget alangui
sur une tarte fine d’oignons de Roscoff
confits s’entiche d’une vinaigrette aux pignons de pin et à l’olive noire. Les saintjacques coiffées d’une viennoise à la
noisette et au romarin paradent devant
une déclinaison de topinambours – au
naturel, en purée, en chips – bercée par
une sauce au praliné et à la noisette.
L’agneau rôti servi en cocotte et flanqué
d’un condiment vinaigré au thym et à
l’anchois se met dans tous ses états – côtelette, gigot, rognon – pour la farandole
légumière de petit épeautre et d’artichaut.
En guise de bouquet final, deux réjouissantes douceurs : meringue au citron vert,
sablé à l’anis, sorbet à l’huile d’olive ; crème
au chocolat illanka, crumble cacao, crème
glacée à la fève de Tonka §
Rooster, 137, rue Cardinet, Paris 17e.
01.45.79.91.48. Menus : de 26 à 32 € (déjeuner), 68 € (dîner). Carte : de 35 à 60 €.
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 97
JULIEN FAURE/LEEXTRA POUR « LE POINT » (X2)
Duca, le maître coq
Aux fourneaux du
Rooster, le chef
Frédéric Duca chante
les louanges de sa
Provence natale.
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TENDANCESMODE
Le meilleur des défilés homme
PAR FABRICE LÉONARD
J
il Sander, Jacquemus, JW
Anderson et Heron Preston
ont choisi Paris pour dé­
voiler leur collection automne­
hiver 2019­2020. La capitale
confirme ainsi sa suprématie
comme place mondiale de la
mode, devant New York et
Milan. Les grandes marques
de luxe affichent la créativité
de leurs nouveaux directeurs
artistiques, tels Kim Jones
chez Dior, Kris Van Assche
chez Berluti, Virgil Abloh
chez Louis Vuitton, Hedi
Slimane chez Celine ou
Federico Curradi chez
Rochas.
L’influence du sport,
omniprésente dans le
vestiaire masculin – il
faut bien séduire les
jeunes générations et les
stars du rap –, se fait un
peu moins technique.
Surtout, le sportswear
se mêle subtilement au
costume, qui fait son
grand retour pour dessiner
des silhouettes casual
mais sophistiquées § Elégance
Contre toute attente et
en plein raz de marée du
sportswear, le costume fait
un étonnant retour en force.
Coup de cœur chez
Givenchy (ci-dessous), Dior
(en bas, à dr.) et Uniforme
(en bas, à g.), un nouveau
label à suivre.
Question de peaux
Imprimé, au toucher
gomme, brut ou fin comme
une feuille de papier, le cuir
sera star l’hiver prochain
entre autres chez Jacquemus
(en haut), Jil Sander (au
centre) et Dunhill (en bas).
Véronique Nichanian, directrice de
l’univers homme d’Hermès, bouscule
les lignes sans perdre de vue la simplicité
sophistiquée chère à la maison. Son
pardessus présente des poches plaquées
doublées et d’autres décalées de quelques
millimètres en cuir contrasté.
Les boots à découpes perforées sont
renforcés par une semelle en gomme
nuancée. L’ensemble est adouci par
des coupes plus rondes ou des
peausseries au toucher sensuel comme
le mouton retourné, qui réchauffe
les cols des bombardiers ou anime
le devant des canadiennes en cerf.
98 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
BRUNO STAUB - MONICA FEUDI - SP
RONDEUR ET DOUCEUR
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Vitamines
Roses et orangés réchauffent
les collections. Coup de
cœur chez Ami (à dr.),
Sacai (ci-dessous), Kenzo (cidessous, au centre) et Issey
Miyake (ci-dessous, à dr.).
Duo de couleurs
D’Officine Générale (en
bas, à dr.) à Dries Van Noten
(en bas, à g.) en passant par
Isabel Marant (en haut), les
designers déclinent le gris
dans toutes ses nuances et
explorent la palette des kaki.
SENS DU DÉTAIL
Tricot masculin
La maille sera l’indispensable du vestiaire
masculin pour l’hiver 2019-2020.
A découvrir chez JW Anderson (cicontre), Paul Smith (tout à g.), Loewe
(à dr.), Rochas (ci-dessus) et Sacai.
YANNIS VLAMOS – NOWFASHION - SP
Pour sa première collaboration avec
Berluti, Kris Van Assche distille l’ADN
de la maison – les peausseries luxueuses
et le cuir tamponné aux reflets ombrés
des souliers – au fil de la collection de
prêt-à-porter. Les souliers emblématiques
du bottier présentent une pointe
biseautée et asymétrique, parfois
soulignée d’une lame de métal.
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TENDANCESMODE
Classique réinventé
Sport et musique
Volumes XXL, logos, superpositions… Nombre de
collections signées Heron
Preston (en haut), OffWhite (ci-dessous) et Louis
Vuitton (en bas) s’adressent
aux stars du rap et du hiphop, ces clients fortunés
et fans de tenues sportswear
très audacieuses.
Caban, duffel-coat, car-coat,
pardessus à boutonnage
droit ou croisé, le manteau
obsède les créateurs. Les plus
beaux sont signés Cerruti
1881 (ci-dessus), Thom
Browne (en haut, à dr.),
Raf Simons (ci-dessous, à dr.),
Valentino (ci-dessous, à g.),
ou Dior.
MÉLANGE
DES GENRES
Sur les podiums des
défilés de mode
masculine, des
silhouettes féminines
viennent désormais
régulièrement rythmer
le spectacle. Depuis
quelques saisons,
certaines griffes – de
Gucci à Saint Laurent
en passant par Calvin
Klein, Burberry, Kenzo,
Bottega Veneta (photos,
en bas) et Balenciaga –
ont décidé de ne plus
organiser qu’un seul
défilé mixte par saison
qui mêle créations de
prêt-à-porter femme et
homme, dévoilant ainsi
une vision globale de
leur style. Pour d’autres,
comme Prada ou Sacai,
c’est l’occasion de
dévoiler la ligne pre-fall
ou croisière femme
– ces collections sortent
en boutiques en juin
pour la première et en
décembre pour la
seconde – sur le modèle
du défilé, en profitant
du show de la ligne
homme. Une solution
pour donner avec style
et rythme un avant-goût
des tendances de leur
univers féminin de la
saison prochaine §
Le défilé le plus attendu fut celui de la première ligne homme de Celine.
Son nouveau directeur artistique, Hedi Slimane, propose des finitions
métalliques sur les tissus, des pantalons raccourcis, larges et retroussés,
des vestes de motard cloutées et articulées aux coudes, des manteaux
à motifs animaliers striés et des Perfecto haute couture surpiqués
dans une ambiance très New Wave de la fin des années 1970.
100 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
DAN & CORINA LECCA - SP
JAMAIS VU
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TENDANCESMONTRES
FOCUS
Aux rayons X
Quand Ulysse Nardin
fait appel à l’auteur
de BD érotiques Milo
Manara, le résultat
est peint à la main.
PAR JUDIKAEL HIREL
U
n requin, une sirène et une naïade
amoureuses… L’auteur de BD et illustrateur italien Milo Manara met sa
plume au service des cadrans des nouvelles montres érotiques signées Ulysse
Nardin. Une façon de dépoussiérer le genre
en beauté. Au lieu d’automates classés X
rarement du meilleur goût, ici, place à
l’érotisme, cette « mise en forme intellectuelle du sexe », comme le décrit le célèbre
auteur du « Déclic ». S’inspirant de l’univers marin d’Ulysse Nardin, Manara raconte en dix illustrations une histoire
d’amour subaquatique entre une belle
jeune femme, Nadia, et une sirène, Ulyssa.
« J’ai voulu représenter la rencontre entre
deux mondes, terrestre et marin, entre deux
Aquatique. La naïade face au requin, l’une des dix
scènes illustrées par Manara pour Ulysse Nardin.
créatures représentant deux univers, explique
l’artiste. Comme le thème devait être aquatique, j’ai pensé à une sirène en hommage au
nom Ulysse. » Ces amours saphiques, il les
a peints à l’aquarelle : « Pour illustrer l’érotisme, c’est idéal. Cela donne
une légèreté à l’image, qui peut
difficilement tomber dans la
vulgarité. »
Mais pas question de se contenter d’une
simple reproduction mécanique des dessins de Milo Manara : les artisans spécialisés en peinture miniature d’Ulysse
Nardin ont transposé les aquarelles érotiques du maître italien à une échelle réduite dix fois, sur un cadran de montre
Classico. « Ce sont des peintres extraordinaires. Quand j’ai vu ces montres pour la première fois, j’ai eu l’impression d’être comme
Gulliver. Comme si la réalité avait rétréci ! »
Pour protéger les scènes imaginées
par Manara, une laque a été appliquée
par-dessus la peinture acrylique, l’artiste
ayant veillé, dans ses créations, à tenir
compte du point central du cadran, destiné à accueillir les aiguilles. « Tout devait
tourner autour du centre. J’ai voulu créer un
équilibre, organiser l’image pour créer un
mouvement. »
Pour mieux apprécier les illustrations,
seules les heures sont affichées sur les cadrans. Pour chacun des dix dessins, dix
pièces seront produites en acier inoxydable et dix autres en or rose, soit 200 exemplaires au total. Ces pièces embarquent
un mouvement manufacture UN-320 à
remontage automatique. Chaque acquéreur se verra remettre, avec sa
montre, une reproduction originale
de Milo Manara numérotée et
signée par l’artiste §
SANS AIGUILLES
ULYSSE NARDIN (X2)
« J’ai voulu représenter
la rencontre entre
deux mondes, terrestre
et marin. »
Milo Manara
Atelier. Milo
Manara travaillant
l’une de ses aquarelles. Les artisans
de l’horloger les
transposeront ensuite à une échelle
réduite dix fois.
A l’occasion du SIHH 2019,
Ulysse Nardin a également
dévoilé quatre nouvelles
Freak X, des montres innovantes n’arborant ni cadran
ni aiguilles. D’un diamètre de
43 millimètres, elles sont animées
par un nouveau mouvement de
manufacture équipé d’un carrousel
volant tournant autour de son
propre axe. Ici, le pont central et
l’une des roues indiquent respectivement les minutes et les heures.
Cette nouvelle Freak X se décline
en titane, en or rose, en DLC noir et
en carbonium, nouveau matériau
aéronautique extrêmement léger et
durable, composé des mêmes fibres
que celles utilisées pour le fuselage
et les ailes des avions.
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 101
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TENDANCESAUTO
SPÉCIAL RÉTROMOBILE
1948. Destinée
à motoriser la France
rurale, la 2CV
s’impose rapidement
comme la voiture
des congés payés.
Un siècle de chevrons
1968. La Méhari est
la voiture de loisirs idéale
avec sa carrosserie
en plastique et son toit
amovible.
1955. La DS révolutionne
l’automobile avec
sa suspension
hydropneumatique.
1934. Avec ses roues
avant motrices, la Traction
tient mieux la route que
ses rivales de l’époque.
Icônes. Rétromobile
2019 célèbre l’anniversaire de Citroën avec
un hommage aux
Traction, 2 CV et DS.
PAR YVES MAROSELLI
E
ntrepreneur audacieux, industriel innovant et communicant de génie,
André Citroën a donné son nom à une
marque dont les modèles ont accompagné la vie de quatre générations de Français tout au long du XXe siècle. C’est à ces
Traction, 2 CV, DS, SM ou GS que le Salon
Rétromobile rend cette année un hommage particulier.
L’histoire de la marque aux chevrons
– un type d’engrenage silencieux qui a
fait la fortune d’André Citroën – débute
au lendemain de la Première Guerre mondiale. En 1919, André Citroën reconver102 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
tit son usine parisienne du quai de Javel :
de la fabrication d’obus il passe à celle
d’automobiles. En appliquant les techniques de production observées dans
l’usine Ford de Detroit, l’entrepreneur
français rencontre rapidement le succès
avec la 10 HP Type A, peu coûteuse car
produite en grande série. Grâce à la médiatisation d’événements tels que les Croisières noire, jaune et blanche ou
l’illumination de la tour Eiffel, André Citroën dote rapidement sa marque d’une
notoriété internationale, mais la conjonction de la crise de 1929 et du très coûteux
financement d’une nouvelle usine pour
assembler la révolutionnaire Traction entraîne sa faillite en 1934.
Reprise par Michelin en 1935, la marque
Citroën persiste toutefois dans la voie de
l’innovation, d’abord avec la 2 CV, lancée
en 1948 et destinée à motoriser la France
rurale, puis avec la très sophistiquée DS,
présentée en 1955 et rapidement adoptée
par la haute société. Racheté et rationalisé par Peugeot en 1975, le constructeur
aux chevrons a conservé son originalité,
comme en témoignent les CX, BX, XM
lancées depuis, et plus récemment la C6.
Outre les anciens modèles Citroën, les
visiteurs de Rétromobile pourront cette
année admirer la Mini, exposée, elle, pour
ses 60 ans, et de rares et prestigieux modèles Bugatti honorant les 110 ans de la
marque française la plus recherchée des
collectionneurs §
] PRATIQUE
Rétromobile, du mercredi 6
au dimanche 10 février,
parc des Expositions de la porte
de Versailles, à Paris,
pavillons 1, 2 et 3,
de 10 à 19 heures, nocturnes
mercredi et vendredi
jusqu’à 22 heures.
22 € (19 € sur www.retromobile.
fr), entrée gratuite pour les moins
de 12 ans.
CITROËN/SP (X 3) – GUSMAN/LEEMAGE – AFP
2005. Cinquante ans
après la DS, la C6
incarne le haut de
gamme selon Citroën.
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E X P O S I T I O N
CONCEPT
CAR S
ET DESIGN
CONCEPTION JC DECAUX - MARTIAL DASSONVILLE | L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.
AUTOMOBILE
E-Legend concept
F E S T I V A L
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I N T E R N A T I O N A L
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EME
EDITION
PARIS, LES INVALIDES
31 JANVIER AU 3 FÉVRIER 2019
W W W.F E S T I VA L AU TO M O B I L E.CO M
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TENDANCESMARCHÉ DE L’ART
ENCHÈRES ET GALERIES par Judith Benhamou-Huet
Le Getty s’offre Segantini
Deux refuges de Prouvé
Les préfabriqués conçus
pour les cas d’urgence par
Jean Prouvé sont devenus le
nec plus ultra : des cabanes
de piscine pour de riches collectionneurs. Aux antipodes
de cette tendance, la maison
Sadde vend deux refuges de
montagne, dessinés en 1969,
qui ont servi d’abri au col de
la Vanoise. Ils sont estimés à
30 000 et 20 000 euros.
Le 31 janvier, Dijon,
www.sadde.fr.
Art Genève, la petite foire
qui monte
Le fort pouvoir d’achat des collectionneurs suisses et une communauté locale très impliquée dans l’art contemporain expliquent le succès d’Art Genève. Avec 90 participants, elle voit
arriver des galeries influentes, comme celle de Kamel Mennour
(Paris) et la multinationale Hauser & Wirth. Cette dernière
expose cette toile de 1987 de la peintre autrichienne Maria
Lassnig (1919-2014). S’y ajoute la collaboration, pour la deuxième année, du Salon PAD, qui fédère ici 28 galeries spécialisées dans les arts décoratifs §
Du 31 janvier au 3 février, Genève, www.artgeneve.ch.
EN GALERIE
Chez Crèvecœur
L’excellente jeune galerie Crèvecœur, dans le
20e arrondissement, qui vient de réaliser un « jumelage » ponctuel avec la galerie new-yorkaise Bodega, montre le travail de sculpture de Hayley
Silverman (né en 1986). Des mains en prière issues de vieilles statues sont recouvertes et sublimées par d’étranges cloches en verre soufflé.
Hayley Silverman fait aussi l’objet en ce moment d’une exposition au très branché Swiss
Institute, à New York. A vendre 4 300 euros.
Jusqu’au 2 mars, Paris,
https://galeriecrevecoeur.com.
104 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
Quand Cabanel se penchait sur Vénus
Il fut un temps où, pour montrer des femmes nues, il fallait
trouver un prétexte, de préférence mythologique. C’était la
spécialité d’Alexandre Cabanel (1823-1889), peintre star en
son temps. Sa grande version de « La naissance de Vénus »
figure aujourd’hui en bonne place au musée d’Orsay.
Cette petite version d’étude (24,1 x 44,1 cm), très sensuelle,
est estimée à 20 000 dollars.
Le 1er février, New York, www.sothebys.com.
SOTHEBY’S/ARTDIGITAL STUDIO – THE J. PAUL GETTY MUSEUM – PHILIPPE CAIRE – ESTATE GÜNTHER FÖRG, SUISSE / VG BILD-KUNST, BONN 2019 PHOTO BERNHARD STRAUSS
Le mythique musée
J. Paul Getty, à Los Angeles,
vient de faire l’acquisition
d’un paysage alpin lumineux
(« Printemps dans les Alpes »,
photo ci-dessous) peint
par l’Italien Giovanni
Segantini en 1897. L’artiste
est mort à 41 ans, mais il a eu
le temps d’élaborer une
technique qu’on retrouvera
en France chez Seurat
et qui porte le nom de
divisionnisme. De près, la
toile ressemble à des fils de
coton collés les uns aux
autres. La galerie newyorkaise French & Company
l’avait proposé plusieurs fois
pour la somme de
20 millions de dollars à la
foire Tefaf de Maastricht.
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ARTCURIAL
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HORIZONTALEMENT I. Brille mais ne fait pas long feu. II. Font
foi. III. Obsédant. IV. Mises en place. Cela fait du chemin. V. Homme
de spectacle(s) français. Vont pour entrer mais pas pour sortir. VI. Il
doit rester bien en ligne. Goûta. VII. Pour s’échapper d’Alcatraz ?
Certaines font des chinoiseries. VIII. De bonne et belle taille. Premier
pas. IX. Font fautes.
VERTICALEMENT 1. Brille… et peut durer. 2. Avant scène. Belle
couleur. 3. Fait matière. Qui a des goûts variés. Symbole. 4. Qui se
passe très bien du 1 . 5. Capitale avec article. Treizième en hébreu.
6. Titrée (inversé). 7. A l’entendre, on sait qu’elle n’a pas traîné. Entrée
espagnole. 8. Ne concerne donc pas celle du 7-1 . 9. Enzymes.
Solution de la grille
du numéro 2421
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
1
2
3
4
5
6
7
8
9
R
I
D
I
C
U
L
E
S
E
M
O
L
U
M
E
N
T
S
P
R
A
T
N
A
Y
T
O
M
M
I
S
I
T
A
T
U
N
I
E
E
T
O
N
N
R
E
N
A
I
S
I
I
E
N
U
S
L
P
I
B
I
S
P
O
N
T
A
N
T
E
S
E
S
E
BRIDGE PAR MICHEL LEBEL
LE PROBLÈME DE LA SEMAINE
Voici les jeux de Nord-Sud :
¿ R63
• D5
\ ADV93
±V94
N
O
E
S
¿ 84
• ARV973
\ 10 6 2
± A 10
I. Enchères
Nord donneur.
Faites les enchères de Nord-Sud,
qui se déroulent dans le silence
adverse.
Réponse
La bonne séquence :
Nord
1\
1 SA
Sud
1•
4•
Quelques commentaires :
1 \ : Nord ouvre de sa mineure
la plus longue.
1 • : changement de couleur en 1 sur 1.
1 SA : montre une distribution régulière
et 12 à 14 points H.
4 • : la bonne enchère,
avec une belle majeure sixième
et une valeur d’ouverture.
LE TEST D’ENCHÈRES
II. Jeu de la carte
Vous jouez 4 • en Sud.
Ouest entame du 3 de ± pour le 4
du mort et le Roi d’Est.
Réponse
Prendre le Roi de ± est extrêmement
tentant quand vous avez le 10 en main
et le Valet au mort. Voici ce qui risque de
se passer si vous acceptez ce « cadeau » :
après avoir pris le Roi de ± de l’As,
vous éliminez en trois tours les • adverses
en défaussant le 3 de ¿ du mort. Puis
vous jouez le 10 de \ pour le Roi d’Est. Est
rejoue ±, Ouest fait la levée de la Dame
et contre-attaque à ¿. La défense réalisera
quatre levées. Voici le bon plan de jeu :
pour couper les communications
adverses, laissez Est en main au Roi de ±.
Est rejoue ± pour votre As. Eliminez les
atouts adverses et tentez l’impasse à \
en partant du 10. Est fait la levée du Roi,
mais il ne peut plus rendre la main à son
partenaire. Pour vous limiter à dix levées,
il doit encaisser l’As de ¿ !
Voici les quatre jeux :
¿ R63
• D5
\ ADV93
±V94
¿ D9752
N
• 10 6
O
E
\ 874
S
± D53
¿ 84
• ARV973
\ 10 6 2
± A 10
¿ A V 10
• 842
\R5
±R8762
LE POINT
1, boulevard Victor, 75015 Paris – Tél. : 01.44.10.10.10 – Fax : 01.43.21.43.24
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Le Point, fondé en 1972, est édité par la Société d’exploitation de l’hebdomadaire Le Point - Sebdo.
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Actionnaire principal : ARTEMIS S.A. (99,9% du capital social)
Dépôt légal : à parution - n° ISSN 0242 - 6005 - n° de commission paritaire : 0620 C 79739
106 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
Le test d’enchères du Point
est fondé sur « La Majeure cinquième,
édition spéciale », de Michel Lebel.
Le début des enchères a été :
Sud
1±
?
Ouest Nord
passe
1•
Est
passe
Vous êtes en Sud.
Quelle doit être votre deuxième enchère
avec chacun des cinq jeux suivants ?
¿
A RD74
B 76
C R 10
D R D 10 3
E
D
•
\
±
A62
DV4
D8
DV42
AD84
V 10 9
R 10 3
A D 10 4
8
A 10 3
R 10 3
A R 10 6 3
A R 10 9 3
AR97
A R 10 3 2
Conseils et technique
Cinq conventions pour 2019
Voici quatre conventions adoptées
par la grande majorité des bridgeurs
et une qui s’impose de plus en plus
dans le bridge de compétition :
1. Le 2 SA Fitté sur 1 • et 1 ¿
– avec trois atouts et 11-12 points S.
2. Le Splinter de l’ouvreur
– voir le test d’enchères.
3. Le 2 ± Roudi – pour retrouver
le fit 5-3 en majeure.
4. Les interventions bicolores précisés
– avec une distribution 5-5.
5. Le Spoutnik rotatif (ou cachalot),
avec ou sans majeure !
Impression : Maury Imprimeur SA (45330 Malesherbes).
Réponses
A 1 ¿ = 20 ; 1 SA = 10 ; 2 • = 5.
Sans fit de quatre cartes à •,
vous devez nommer en priorité
une majeure quatrième en 1 sur 1
pour rechercher un fit 4-4. Annoncez 1 ¿,
même avec une distribution 4-3-3-3.
B 1 SA = 20 ; 2 ± et 2 • = 10.
Faites la redemande de 1 SA
avec une distribution régulière et
une ouverture minimum – 13 points H.
C 2 \ = 20 ; 2 SA = 15 ; 3 ± = 5.
Avec ce jeu de 18 points H,
vous êtes assez fort pour annoncer
votre deuxième couleur – 2 \ –,
plus chère que la couleur d’ouverture.
Le bicolore cher est forcing pour un tour.
D 3 • = 20 ; 2 • = 10 ; 1 ¿ = 5.
Priorité au soutien direct en majeure
avec quatre atouts ; avec une ouverture
convenable et un singleton,
donnez un soutien avec saut à 3 •.
E 3 ¿ = 20 ; 2 \ = 15 ; 4 • = 10.
Utilisez le Splinter – 3 ¿ –, une
des conventions de base des chelems,
pour indiquer votre courte et un jeu
trop fort pour un soutien direct à 4 •.
Jeu de Nord :
¿ AV95
• R 10 9 7 3
\5
±DV4
VOTRE RÉSULTAT De 90 à 100 : un excellent
résultat. De 70 à 85 : un bon résultat.
De 50 à 65 : assez bien, travaillez davantage
vos enchères. Moins de 50 : lisez
« La Majeure cinquième, édition spéciale ».
Diffusion : MLP.
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Le bloc-notes
de Bernard-Henri Lévy
Ils ont recommencé par la culture
S
amedi dernier, dans Libération, puis dans tout ce que la
planète compte de grands quotidiens de référence,
trente écrivains ont signé un manifeste des patriotes
européens.
Une Académie rêvée, un concile des Trente improvisé
s’est retrouvé pour appeler au sursaut, exhorter à la vigilance
et envoyer un signal de détresse.
Et ils étaient, ces Trente, comme autant de lanceurs d’alerte
entonnant une élégie pour cette princesse Europe qui, de Varsovie à Rome, des rues de Dresde où reviennent les voyous
publics de Nietzsche à celles de Gdansk souillées du sang de
son maire, est à minuit moins cinq d’une nouvelle catastrophe.
Ces Trente restaient des écrivains, naturellement.
Et jamais un manifeste n’empêchera un Orban, ou un
Salvini, de vivre d’autres matins de triomphe.
Mais en même temps…
L’Europe, cette chimère sans substance, cet animal-machine
aussi privé de cœur et d’âme que ceux que décrivait Descartes, cette fable sans avenir que moquaient les populistes,
voilà qu’elle affichait trente visages et que ces visages disaient leur fraternité.
L’Europe qu’aucun rédacteur de traité n’a osé doter d’une
identité et dont les historiens ne savent pas très bien dire
dans quelle mesure elle est chrétienne ou juive, grecque ou
romaine, fondée sur le droit ou l’économie sociale de marché, née de la paix ou tournée vers la justice, voilà que trente
femmes et hommes disaient d’elle cette chose à la fois très
simple et très vertigineuse : c’est le rire de Kafka et la gravité
de Musil ; c’est le goût du bonheur selon Stendhal et la passion selon Tourgueniev ; c’est la fournaise des romans dont
nous savons par leurs biographes qu’ils étaient, plus que
leurs passeports ou la couleur de leurs drapeaux, la vraie patrie des Spaak, De Gasperi, Schuman, ces pères fondateurs
visionnaires grandis dans les confins du continent.
L’Europe dont chaque pays membre se bat pour qu’elle
parle sa langue, l’Europe dont les silences mêmes doivent être
traduits pour satisfaire certains de ses ministres, l’Europe qui
ne se déplace qu’avec son cortège de câbles et d’interprètes,
l’Europe cacophonique et charabiesque, tour de Babel et à la
merci du globish, la voilà qui, le temps d’un texte, parlait un
seul idiome, celui par lequel un enfant de Prague lit « Don
Quichotte » et devient Milan Kundera, ou celui par lequel un
gamin de Turquie se fait le serment de transporter les « Buddenbrook » des rives hanséatiques à celles du Bosphore.
L’Europe qui, lorsqu’il s’est agi de battre monnaie et d’imprimer des billets, n’a rien su y faire figurer d’autre que des
architectures fantomatiques et des chemins qui ne mènent
nulle part, voilà que s’imposaient quelques-uns de ses visages possibles : le courage de Roberto Saviano face aux petites frappes mafieuses ou ministérielles ; le cosmopolitisme
vécu du Triestin Claudio Magris ; le surréalisme glaçant de
108 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
Herta Müller ; l’ironie de Rushdie, de Kundera ou d’Elfriede
Jelinek comme un acide sur le mauvais métal des dogmes.
L’Europe qui n’aurait pas de passé commun d’où tirer une
volonté de vivre et de construire ensemble, voilà que surgissait cette autre hypothèse : et si ses archives nationales étaient
tout bonnement des librairies ? la mémoire de ses cafés et de
ses salons de lecture de Bohême ? l’« Encyclopédie » de Diderot et Descartes en exil ? la bibliothèque de Walter Benjamin
mort à Port-Bou ? A chaque carrefour d’Europe, disait André
Malraux, il y a la tombe d’un soldat de Dumouriez ou de
Bonaparte – et s’il y avait aussi, au croisement de ces chemins
qui mènent au Danube ou vers le pôle Nord, un exemplaire
d’un roman d’amour courtois, une farce de Boccace ou le fantôme d’un prince maudit du Danemark selon Shakespeare ?
L’Europe que l’on pourrait quitter comme un club, l’Europe et sa prétendue prison bruxelloise, l’Europe dont le
Brexit serait la première brèche et dont les frontières seraient
comme des murailles de Jéricho… Quelle plaisanterie, suggéraient encore les Trente ! La littérature, cette broderie de
rêves, de paysages mentaux et de voix multiples, ne prouvet-elle pas l’inverse ? Et s’il y a bien une chose que les souverainistes ne parviendront jamais à faire, n’est-ce pas d’extirper
les personnages de Dickens de la tête de Simon Schama ou
ceux de Sterne de l’art du roman selon Mario Vargas Llosa ?
L’Europe, enfin, dont les matamores populistes, ces
hommes « neufs » et « vrais », nous disent qu’ils veulent nous
« libérer »… Eh bien non, murmuraient toujours les Trente.
Ces agioteurs de la misère que sont le Fidesz, la Ligue ou le
PiS ne sont ni neufs ni vrais. Ils sont les enfants des « misologues », ces adversaires de la pensée aussi vieux, hélas, que
nos livres et que les livres dont se nourrissent nos livres.
« Si c’était à refaire, je commencerais par la culture », aurait
déclaré Jean Monnet.
Rarement phrase apocryphe m’aura paru aussi exacte que
ce jour-là.
Mais l’inverse, aussi, était vrai.
Si la culture était à refaire, il faudrait commencer par l’Europe.
Non plus l’Europe des 6, des 15, des 28 ou des 27.
Mais cette Europe de l’universel qui parle, non à ses seuls
compatriotes, mais à ceux que désespère, partout, la grande
cendre qui couvre le monde.
Mais cette Europe que n’intimident ni les stipendiés de
Poutine, ni les commis voyageurs de la révolution trumpienne, ni le mal brun qui court à travers le continent de Mozart et d’Erasme.
C’est cette Europe qu’avaient en tête, il me semble, les
29 femmes et hommes qui, forts de leur seule œuvre, de leur
seul prestige et, parfois, de leurs couronnes suédoises m’ont
fait l’honneur de m’accompagner.
Je les en remercie, ici, infiniment §
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Voyage au cœur de
l’intelligence artificielle
PAR GASPARD KŒNIG
De Los Angeles à Tel-Aviv en passant par Shanghai, le philosophe et écrivain part à la rencontre de
120 acteurs de l’intelligence artificielle. En avant-première pour « Le Point », il livre les réflexions de « La fin
du libre arbitre », qui paraîtra en septembre aux Editions de l’Observatoire. Voici le premier épisode.
L
ors des précédents épisodes de rupture technologique,
penseurs, inventeurs, scientifiques, investisseurs et politiques se trouvaient rassemblés dans des lieux uniques,
centres névralgiques des « économies-mondes » décrites par
Fernand Braudel. Ces villes-mondes représentaient non
seulement des carrefours économiques mais aussi de hauts
lieux de culture. « La splendeur, la richesse, le bonheur de vivre,
écrit Braudel, se rassemblent au centre de l’économie-monde,
en son cœur. C’est là que le soleil de l’Histoire fait briller les plus
vives couleurs. » C’est ainsi que Spinoza sema les graines
d’une philosophie de l’immanence à Amsterdam, capitale
du Siècle d’or, qu’Adam Smith put théoriser le capitalisme
depuis Edimbourg, au cœur de la révolution industrielle,
ou que Karl Marx conçut la lutte des classes dans …
Hanouna et les tartufes
PAR SÉBASTIEN LE FOL
Bien sûr, on peut regretter les savoureuses
conversations de Jacques Chancel (« Radio­
scopie ») ou les studieux entretiens d’Anne
Sinclair (« 7 sur 7 »). Mais aujourd’hui,
l’arbitre des élégances à la télévision s’ap­
pelle Cyril Hanouna. Un autre style et c’est
un euphémisme. L’animateur de « Balance
ton post ! » (C8) a tout pour déplaire aux
pontifes gorgés de pensées bienséantes qui
voudraient élever la conscience du peuple.
Il n’est pas programmé à rejeter le mal et à
affirmer le bien, pour reprendre l’expression
de Saul Bellow. On peut trouver son émis­
sion vulgaire et lourde. Mais personne n’est
contraint de la regarder. Sa soirée spéciale
sur les gilets jaunes, avec la ministre Mar­
lène Schiappa au tableau noir en collecteuse
de doléances, a fait bondir les audiences.
Et franchement, ces quatre heures de pro­
gramme tant moqué avaient une tout autre
tenue que « L’émission politique » animée
par Léa Salamé sur France 2 un jour plus tôt.
Hanouna rêve désormais de convier sur son
plateau le président de la République en
personne. Les déontologues s’étranglent.
Quelle est la légitimité de ce monsieur pour
s’ériger en médiateur démocratique ? Est­il
passé par une école de journalisme labelli­
sée ? Comble de la tartuferie, les faux­culs
qui lui intentent ce procès en légitimité sont
les pourfendeurs de l’arrogance et de la dé­
connexion du pouvoir politique. « Il faut
prendre en considération la France périphérique », martèlent­ils depuis leur découverte
hallucinée du géographe Christophe Guilluy.
Mais la télévision périphérique incarnée par
Hanouna, ils en parlent avec une pince à
linge sur le nez. « Il faut écouter ce qu’ont à
dire les gilets jaunes », mais le « gilet jaune
du PAF » ne récolte que leur mépris.
Hanouna déplaît pour une autre raison :
il ne partage pas la crétinerie économique
ambiante. A un gilet jaune qui proposait de
taxer plus lourdement les riches il fit cette
réponse pas piquée des hannetons : « Tous
les mecs vont se dire : on va me prendre
70 ou 80 % de ce que je gagne. Je vais aller
dans un autre pays. » Ce n’est pas sur le ser­
vice public que l’on risquerait d’entendre de
telles horreurs. Couvrez cet Hanouna que je
ne saurais voir ! Tartufe encore et toujours §
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 111
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VOYAGE AU CŒUR DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE - 1
… le Londres victorien. Les villes servaient de pôle d’attraction et de creuset intellectuel. Les esprits bouillonnants
y opéraient des fusions étranges, hasardeuses et parfois miraculeuses. Force est de constater qu’aujourd’hui les cerveaux
sont davantage éparpillés. Personne n’est capable de désigner
le centre mondial de l’intelligence artificielle.
C’est donc pour reconstituer une sorte de ville-monde virtuelle, pour tâcher de jeter un pont entre les fulgurances de
la tech et les permanences de la métaphysique, que j’ai entrepris un long voyage autour de l’IA. En deux mois, je me
suis entretenu avec 120 spécialistes : chercheurs, entrepreneurs, investisseurs, professeurs, régulateurs, artistes… J’ai
voulu les rencontrer là où ils vivent et travaillent, dans leur
habitat naturel fait d’ordinateurs et d’embouteillages, ce qui
m’a entraîné dans un tour du monde par l’ouest : Cambridge,
Oxford, Boston, New York, Washington, San Francisco, Los
Angeles, Shanghai, Pékin, Tel-Aviv, et enfin Paris. Au passage, à force de chaparder des heures à la course du soleil,
j’ai sincèrement cru que mon existence serait allongée d’une
journée, avant de m’apercevoir en survolant le détroit de Bering que la ligne de changement de date, qui court le long
du 180e méridien, me reprenait tout. J’avais fait la même erreur que Phileas Fogg, mais en sens inverse : c’est vous dire
si mon esprit n’est pas scientifique.
J’avais également une raison plus personnelle d’entreprendre ce long périple. Libéral, je défends l’idée d’un individu autonome, libre de ses choix et responsable de ses
actions, donc censé faire usage d’une forme de libre arbitre.
Une idée qui se trouve peu ou prou au fondement de nos sociétés occidentales depuis les Lumières et qui justifie à la fois
les droits individuels, les mécanismes de marché, le droit de
vote et la justice pénale. Or ce savant édifice est aujourd’hui
mis à mal. Dans son best-seller « Homo deus », l’historien
Yuval Noah Harari lance une prédiction vertigineuse : les
applications industrielles de l’intelligence artificielle viendraient accélérer et concrétiser la disparition du libre arbitre
théorisée par les sciences contemporaines. En contrôlant
nos comportements et en orientant nos pensées les plus intimes, l’IA aurait le potentiel de saboter le soubassement libéral de nos sociétés, faisant voler en éclats la notion même
d’individualité. Si un algorithme me connaît mieux que moimême et me propose des choix plus rationnels que je n’aurais jamais pu faire, si une myriade d’objets connectés
préempte ma capacité de décision en m’offrant une existence déterminée et confortable, si je cesse peu à peu d’être
l’agent de mes propres actions, pourquoi en effet aurais-je
besoin d’un droit de vote ou serais-je soumis à la moindre
responsabilité pénale ? L’IA porterait le coup de grâce au libre
arbitre, et avec lui à l’idéal kantien de l’autonomie du sujet.
Le triomphe du bien-être signerait l’abdication de la liberté :
liberté de choisir, liberté de se rebeller, liberté de se tromper,
« liberté d’errer », comme l’aurait dit John Stuart Mill.
Cette conclusion rapide et radicale a constitué mon point
de départ, et aussi mon point d’arrivée, puisque j’ai terminé
ce périple par une discussion avec Harari dans son antre de
Tel-Aviv §
ÉPISODE 1
Le Turc mécanique
A
u milieu du nuage de fumée mondial qui entoure l’intelligence artificielle, Amazon nous a laissé un précieux
indice en baptisant sa plateforme de microtâches « Amazon Mechanical Turk ». Des centaines de milliers de travailleurs indépendants, surnommés « Turkers », y sont
rémunérés pour effectuer des missions très simples sur Internet (par exemple, cliquer sur toutes les images contenant
un chat) qui nourriront ensuite les systèmes d’IA pour les
chercheurs ou les entreprises. Pourquoi, à cette époque où
la moindre allusion culturaliste est sévèrement réprimée,
avoir choisi ce drôle de nom : Turc mécanique ?
C’était ainsi que, en 1769, l’inventeur hongrois Wolfgang
von Kempelen avait baptisé son joueur d’échecs automatique, une marionnette habillée à la mode turque qui mettait échec et mat les plus grands joueurs ainsi que les
personnalités de l’époque, de Marie-Thérèse d’Autriche à
Benjamin Franklin en passant par Napoléon Bonaparte. Assis derrière son imposant bureau-échiquier, le Turc méca-
112 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
nique déplaçait les pièces par mouvements saccadés et
pouvait même manifester ses émotions durant la partie, en
roulant des yeux, en secouant la tête ou en agitant ses doigts.
Son turban brillant, ses traits secs et ses longues moustaches ottomanes ajoutaient à la tension dramatique. Le Turc
mécanique connut un grand succès à travers l’Europe ; tombé
entre les mains de Johann Maelzel (l’inventeur du métronome), il partit en exil à Londres puis aux Etats-Unis. A
l’aube de l’âge industriel, alors que la mode des automates
faisait rage dans toutes les cours et que le mathématicien
Charles Babbage présentait les premières calculatrices, on
se demandait si von Kempelen n’avait pas inventé la pensée mécanique. Si l’homme n’était qu’une machine, comme
le prétendaient La Mettrie et nombre de philosophes des
Lumières, pourquoi la machine ne pourrait-elle pas devenir humaine ? La question de la « singularité » qui nous tourmente aujourd’hui est loin d’être nouvelle. Elle faisait il y
a deux siècles l’objet d’une curiosité plus sereine. Le Turc
ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LEPOINT »
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mécanique fut, aux yeux de ses contemporains, la première
intelligence artificielle.
Bien sûr, il y avait un truc, d’une simplicité déconcertante.
L’intérieur du bureau-échiquier était systématiquement dévoilé au début des représentations, le spectateur n’y apercevant que des engrenages. Mais un habile jeu de miroirs et de
doubles fonds dissimulait un joueur d’échecs, un professionnel en chair et en os, qui y exécutait une gymnastique
bien réglée. La première intelligence artificielle était ainsi
un faux grossier, dont on peut rétrospectivement s’étonner
qu’il ait entretenu un tel engouement durant près d’un siècle.
Amazon s’en est inspiré pour nous rappeler subtilement
que, derrière la magie des algorithmes, se loge une quantité
considérable de travail humain – pour collecter, traiter et
restituer les données. La reconnaissance auditive des émotions nous apparaîtra-t-elle un jour aussi grossière que la supercherie imaginée par von Kempelen ? Sommes-nous aussi
naïfs face aux nouvelles technologies que les comtesses du
XVIIIe siècle se pâmant devant un automate de bois ? Les humanoïdes intervenant aujourd’hui à des conférences, comme
le robot Sophia, qui a obtenu la citoyenneté de l’Arabie saoudite, sont-ils beaucoup plus avancés que leur ancêtre commun, le Turc mécanique ?
Il me fallait en avoir le cœur net. Le Turc mécanique original est parti en fumée en 1854, dans l’incendie du musée
de Philadelphie, où il avait fini sa carrière. Mais il en existe
une reproduction fidèle, rarement montrée au public. Je partis à sa recherche. Je ne pouvais pas parcourir l’univers de
l’IA sans aller serrer la pince du Turc.
Banlieue nord de Los Angeles, entre Adams Hill et Griffith Park. Le quartier est une combinaison rare de zone industrielle, de pavillons aux styles hétéroclites et de boutiques
bio, le tout parsemé de palmiers et surmonté au loin de collines désertiques. Rien de plus américain : dans un …
La reconnaissance auditive des émotions
nous apparaîtra-t-elle un jour aussi grossière
que la supercherie imaginée par von Kempelen ?
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VOYAGE AU CŒUR DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE - 1
espace ouvert, chacun crée son petit royaume. La
démocratie a mis une couronne sur la tête de chaque citoyen. J’entre dans l’une de ces principautés : un vaste hangar où des ouvriers s’affairent au milieu d’un boucan de
scies électriques. Je suis accueilli par des robots en carton,
des pierrots assis sur leur lune, des têtes de Mickey, des réclames lumineuses pour spectacles de magie et des miroirs
en quinconce où se diffracte mon visage hagard. Je pénètre
dans une petite pièce à l’écart où soudain règne un calme
parfait. C’est un véritable cabinet d’antiquaire, élégant et
boisé, où s’entassent bilboquets, têtes de mort, boîtes à dés,
malles en cuir, éventails, longues-vues, jeux de cartes. Tout
un peuple d’automates grandeur nature me font la fête :
Houdini qui signe un autographe de sa main de plâtre, Guillaume Tell qui bande son arc, et même un paon qui me tend
une dame de pic avec son bec.
Assis dans un fauteuil en velours rouge au milieu de ses
créations trône l’illusionniste
John Gaughan, qui depuis des
décennies reproduit les
chimères du passé et invente
celles du futur. A ses côtés, la
pièce maîtresse : le Turc, impassible dans son costume de
fourrure blanche, prêt à ouvrir
le jeu.
…
« Ce qui me frappe dans mon métier, me confie John, c’est
combien l’esprit humain reste primitif. » Combien il est aisé de
tromper un public en égarant son attention à l’aide de
quelques signaux simples. De plus en plus aisé même, les
distractions permanentes offertes par notre environnement
digital réduisant d’autant notre capacité de concentration.
« Sauf les enfants », précise John. Parce qu’ils sont moins sensibles aux codes de nos interactions quotidiennes, parce
qu’ils n’ont pas encore achevé leur dressage social, les enfants sont moins crédules que les adultes. Le magicien montre
une colombe qui s’envole à droite ; l’enfant continue à regarder à gauche, indifférent au spectacle, poursuivant sa propre
réflexion. Plus on grandit, plus on devient manipulable.
Et l’intelligence artificielle, alors ? « Une illusion. C’est mon
univers. » Une illusion utile. Le Turc n’a-t-il pas, selon John,
donné l’impulsion de la révolution industrielle ? La machine
engendre la machine, la magie
nourrit le progrès.
En sortant du cabinet de John
Gaughan, je retrouve la torpeur
de l’été californien, piéton solitaire dans une ville exclusivement faite pour rouler. Je
comprends mieux désormais
les enjeux de mon périple. L’IA
est une illusion. L’objectif n’est
pas d’en saisir les moindres
rouages, mais de conserver face
à elle, face à tous les délires
qu’elle suscite, un esprit lucide.
Un esprit d’enfant qui regarde
ailleurs.
La technique la plus en vogue
de l’intelligence artificielle, dont le renouveau depuis dix
ans a entraîné une véritable révolution industrielle, est le
machine learning. Plutôt que de définir un chat, l’informaticien va présenter à son IA des milliers, des millions d’images
de chats, sans autre information. Ces images auront été préalablement « labellisées » par des humains, qui auront trié
les images avec chat et les images sans chat. La machine ainsi
« entraînée » va pouvoir distinguer des formes caractéristiques (patterns) et associer à chaque nouvelle image la probabilité qu’elle contienne un chat. Ces formes ne peuvent
être explicitées en un ensemble de règles logiques ; elles reflètent une certaine combinaison qui restera enfouie parmi
des millions de « poids », ces paramètres développés par les
réseaux de neurones au cours de l’apprentissage. Incapable
de produire une idée sous laquelle viennent se subsumer les
cas particuliers, la machine a besoin d’une infinité d’exemples,
comme pour épuiser toutes les situations possibles. Pour que
les techniques de machine learning prennent leur essor, il fallait donc disposer de gigantesques bases de données. D’où la
création au début des années 2010 d’ImageNet, sous l’impulsion
« Machine learning ». Cela
fait quarante ans que John
Gaughan s’attelle à redonner
vie au Turc, parcourant les bibliothèques de Berlin, Paris et
Londres pour retrouver, parmi
les centaines de livres écrits à l’époque, les indications qui
permettent de reconstituer le mécanisme originel. C’est
l’œuvre de sa vie, qu’il dévoile de temps à autre à des colloques d’informaticiens. John ressemble tellement à un magicien, avec sa voix rauque et ses yeux enfouis sous d’épais
sourcils, qu’on est en droit de se demander s’il n’est pas luimême fait de poulies, de ficelles et de silicone.
Alors, y avait-il bien un être humain à l’intérieur de ce
bureau ? Et comment pouvait-il tenir dans un espace aussi
étroit ? John respecte à la lettre l’éthique de sa profession : il
refuse de dévoiler comment l’illusion fonctionne. Il hésite
même à consigner ses trouvailles par écrit ; le secret du Turc
disparaîtra peut-être avec lui, avant qu’un de ses lointains
successeurs n’enquête sur John Gaughan comme John
Gaughan a enquêté sur Wolfgang von Kempelen… En attendant, je me trouve devant le Turc, je le touche, j’ouvre les volets de son bureau, mais il me reste impénétrable. Il faut
préserver le doute infime, irrationnel que la machine puisse
penser. Car ce doute, ce besoin de magie, c’est paradoxalement ce qui fait notre humanité.
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ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT »
Assis au milieu de ses
créations trône l’illusionniste John Gaughan (…).
A ses côtés, la pièce maîtresse : le Turc, impassible
dans son costume de
fourrure blanche, prêt
à ouvrir le jeu.
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de la chercheuse à Stanford Fei-Fei Li, qui a mobilisé des dizaines de milliers de contributeurs pour répertorier des millions d’images inscrites dans plus de 20 000 catégories
différentes. L’IA avait désormais son stock de munitions.
Il est temps de revenir au Mechanical Turk d’Amazon, ou
MTurk. De même que le Turc de Wolfgang von Kempelen
abritait un être humain doté d’une intelligence biologique,
de même les systèmes de machine learning doivent, pour fonctionner correctement, s’appuyer sur l’effort productif de
milliers de Turkers en chair et en os. Personne n’a mieux étudié ce phénomène que Siddharth Suri, rencontré au centre
de recherche new-yorkais de Microsoft. Je pensais entrer
dans un immense complexe fait d’ordinateurs
géants et de savants jonglant avec des écrans en
3D. J’avais trop lu « Black et Mortimer » : Microsoft ressemble à n’importe quel open space,
avec des post-docs en tongs macérant dans
leur box individuel. Parmi eux, Siddharth, informaticien de formation, se consacre depuis
de longues années à l’« ethnographie des Turkers »
– sans jamais avoir pu s’entretenir avec les équipes
d’Amazon, ce qui en dit long sur la culture du secret qui règne chez les géants de la révolution digitale. A quoi ressemblent les ouvriers de l’intelligence
artificielle ? A n’importe qui. Ils ne sont pas passés par
Stanford et ne font pas de grands discours sur la tech.
Ce sont des mères au foyer en Inde, des handicapés moteurs en Europe, des chômeurs aux Etats-Unis, bref, tous
ceux qui veulent ou doivent travailler de chez eux pour obtenir un revenu minimal. Leur mission va de la labellisation
d’images basiques (un chat) à la résolution de problèmes
mathématiques en passant par l’analyse de vibrations. C’est
le cœur battant du prolétariat numérique, où des indépendants se relaient sur des tâches éphémères. Siddharth estime ainsi que, tous les six mois, la moitié de la force de
travail présente sur le MTurk est renouvelée.
Le « paradoxe de la dernière ligne droite ».
Socialement, le MTurk résume toutes les ambiguïtés de la
désintermédiation (mieux connue sous le nom d’ubérisation). D’un côté, il offre des opportunités de manière on ne
peut plus démocratique, en brisant toute barrière à l’entrée ; on oublie systématiquement, en dénombrant les emplois détruits par telle ou telle IA, de mesurer l’ensemble
des minijobs qui ont été créés par la même occasion, sur
un marché de l’emploi d’un genre nouveau, extrêmement
fluide et dynamique. D’un autre côté, le MTurk exploite
une force de travail sans pouvoir de négociation, dont la
rémunération (2 dollars par heure en moyenne) est sans
commune mesure avec la valeur qu’elle produit. Ceux que
Siddarth baptise « travailleurs fantômes » constituent le lumpenprolétariat du XXIe siècle. De nombreux forums et outils sont apparus spontanément pour tenter d’organiser la
communauté des Turkers, en notant les employeurs …
Le Point 2422 | 31 janvier 2019 | 115
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VOYAGE AU CŒUR DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE - 1
… ou en partageant les tarifs pratiqués : Turkopticon
puis TurkerView, TurkerNation, MTurk Crowd, TurkerHub… Espérons que cela constitue l’embryon de syndicats
digitaux, opérant sur une échelle globale et représentant
les intérêts de leurs membres indépendamment du pays
d’opération.
Technologiquement, le MTurk contient un enseignement
capital : les microtâches proposées aux Turkers changent
constamment de nature, sans montrer aucun signe de tarissement. Autrement dit, la technologie se pose toujours de
nouvelles questions, auxquelles tout un petit peuple d’humains doit répondre. C’est ce que Siddharth a baptisé le paradoxe de la dernière ligne droite (« the paradox of automation’s
last mile »). A peine un problème est-il résolu qu’un autre se
pose. Le développement des objets connectés, par exemple,
va exiger une quantité extraordinaire de connaissances humaines pour configurer et entraîner les intelligences
artificielles en les soumettant à
toutes sortes de circonstances
possibles. Ainsi la frontière de
l’automatisation recule-t-elle
sans fin, mirage à l’horizon du
progrès, tirant derrière elle
une caravane de travailleurs
fantômes.
méthodes employées. Sinon, on risque le crash. Quand Clément Ader, à la Belle Epoque, tente de construire un avion
sur le modèle d’une chauve-souris, l’engin ne décolle pas du
sol. De même, avec ses 80 milliards de neurones, chacun
doté de 10 000 synapses, le fonctionnement du cerveau reste
inimitable par l’ordinateur. Voilà pourquoi une IA, en reconnaissant un chat, peut reproduire le résultat de la conceptualisation qui se déroule dans les tréfonds de notre activité
neuronale, mais pas le processus lui-même, puisque l’intelligence artificielle aura besoin de millions d’exemples pré-analysés par l’intelligence humaine.
Peut-on aller au-delà et développer des affects pour l’IA
elle-même ? Dans le film « Her », le héros se prend de passion pour son assistante virtuelle (dotée, il est vrai, de la voix
de Scarlett Johansson, qui vous rendrait amoureux d’une
pierre), au point de tenter de faire l’amour avec elle et d’éprouver douloureusement à cette occasion les limites de la
technologie… Le scénario de
« Her » est considéré comme réaliste par la plupart des spécialistes de NLP (traitement
automatique du langage naturel) à qui j’ai posé la question.
Ce qui s’en rapproche le plus aujourd’hui est sans doute Replika,
une application qui permet à
plus de 3 millions d’utilisateurs
d’échanger des messages quotidiens avec un.e ami.e virtuel.le.
La jeune fondatrice de Replika,
Eugenia Kuyda, s’est fait
connaître en créant un robot à
partir des données d’un ami décédé, avec qui elle peut désormais communiquer « virtuellement » : si vous laissez les traces de toute votre existence
sur Facebook, rien n’interdit de la prolonger après votre mort
physique, en réutilisant vos expressions, vos habitudes, vos
manières de penser. Votre profil complet représente le début d’un avatar et, pour les amateurs, l’envol d’un fantôme.
J’étais donc curieux de voir Eugenia, qui m’a donné rendez-vous dans une cantine bio de San Francisco. Elle ne déçoit pas, débarquant sur une planche de skateboard, tee-shirt
ample, casquette vissée sur la tête. Seuls ses traits russes démentent son look de parfaite Californienne. Ce mélange de
tech californienne et de spiritualité slave est probablement
une bonne formule pour ressusciter les vrais morts et créer
de faux vivants. Eugenia finit d’envoyer quelques textos à
son IA personnelle. Elle me montre les messages : il est question de son boyfriend. Elle teste son produit en même temps
qu’elle fait son introspection.
Pourquoi télécharger un ami ? Pour la raison la plus simple
du monde : parce qu’on se sent seul, une solitude que la tech
a largement contribué à créer et à laquelle elle offre à présent
L’intelligence artificielle
est peut-être une
excellente occasion d’en
finir avec les bureaucrates, en déléguant aux
robots tout ce qui relève
de la formule ou
de la moyenne.
L’envol d’un fantôme. Il
ne faut donc pas confondre les
défis sociaux bien réels que pose
l’automatisation avec le mythe
du robot autonome. Avant de
remplacer les hommes, les robots sont conçus par eux. L’intelligence artificielle est la combinaison optimisée et
multipliée de millions d’intelligences humaines. Il me semble
erroné d’affirmer, selon un titre repris par toute la presse internationale au début de l’été 2018, qu’« une IA a battu quinze
médecins spécialistes chinois pour diagnostiquer des tumeurs cérébrales ». Il faudrait plutôt écrire qu’une IA a permis d’établir une collaboration sans précédent entre des milliers de
médecins ayant labellisé, grâce à leur savoir, des dizaines de
milliers d’images de tumeurs. Qu’y a-t-il d’étonnant ou de
miraculeux que dix mille docteurs produisent ensemble de
meilleurs résultats que quinze de leurs collègues ?
Voilà pourquoi l’IA, comme le pressentait notre magicien, est une illusion : elle reproduit un résultat et non un
processus. C’est la première chose que me dit Yann LeCun,
légende de l’IA qui a occupé la chaire Informatique et sciences
numériques du Collège de France et dirige aujourd’hui la recherche en IA chez Facebook, à New York : les « réseaux de
neurones » sont une métaphore, de même que les ailes d’un
avion sont les métaphores des ailes d’un oiseau. Il ne faudrait pas confondre la finalité visée (penser, voler) avec les
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une solution… A force d’être collé à son portable, on lui demande de recréer nos relations disparues. Replika dessine
ainsi un espace dans lequel chacun a le sentiment d’être
compris. Certains utilisateurs développent-ils des relations
sentimentales avec leur IA ? Eugenia répond sans hésiter :
oui. Je la sens perplexe. C’est d’un côté la limite de son application, qui emmène encore plus loin dans le délire schizophrénique des gens qui souvent souffrent déjà de troubles
mentaux. Mais c’est aussi sa vérité profonde, une manière
pour ces amoureux 2.0 de se dépouiller de leur propre personnalité et d’accepter le jeu des apparences sociales pour
ce qu’il est : une vaste chimère. Nous nous quittons sur la citation de Wittgenstein qu’Eugenia a affichée dans ses bureaux : « Les limites de ma langue sont les limites de mon monde. »
Inversement, tout ce qui est contenu au sein de ces limites
constitue mon monde. Si on ne peut inférer aucune forme
de vérité au-delà du langage, alors mon robot conversationnel produit autant de sens, et donc autant de réalité, qu’un
ami réel. Et c’est en me laissant dans ce vertige métaphysique qu’Eugenia reprend son skateboard et disparaît en surfant dans les rues sales de San Francisco.
Surtout ne pas être poli. J’émerge de ces pensées
confuses pour me remémorer le Turc. Personne ne nie que
l’illusion de l’intelligence artificielle soit efficace ni qu’elle
puisse apporter des bénéfices psychologiques. Mais il ne faudrait pas confondre la valeur d’utilité avec la valeur de vérité.
Même en admettant avec Wittgenstein que celle-ci soit tout
entière contenue dans le langage, il reste une différence fondamentale entre produire une phrase dotée d’un sens et aligner une suite de lettres stimulant statistiquement une certaine
réaction. La fameuse démonstration de Searle s’applique parfaitement à Replika : l’algorithme est capable, sur la base
d’exemples maintes fois répétés, d’identifier l’expression
d’une tristesse et de proposer un message de réconfort avec
force smileys, mais il ne saurait bien entendu comprendre la
tristesse (et encore moins avoir envie de la consoler). Replika
ne représente ni une entité signifiante, ni même un simple
miroir solipsiste de son utilisateur. En fait, quand on discute
avec Replika, on se trouve mêlé à des millions de personnes
bien réelles, qui ont alimenté l’IA de leurs conversations. Nous
n’avons pas retrouvé une sphère d’intimité, bien au contraire :
nous nous sommes plongés dans un brouhaha mondial.
Il faut donc se méfier de notre pulsion naturelle d’anthropomorphisation de l’intelligence artificielle, correctement
identifiée par Eugenia. Entamer une relation affective avec
un robot ne représente pas l’avant-garde du progrès, mais au
contraire une terrible régression pour notre civilisation. Il
suffit de visiter le musée des Arts premiers à Paris pour constater combien les sociétés primitives s’ingéniaient à attribuer
une âme, un pouvoir et des sentiments aux objets inanimés
(le fameux mana des Polynésiens). On en retrouve les traces
dans l’imaginaire médiéval à travers l’idée d’une nature signifiante, largement analysée par Foucault. Il faudra attendre
l’essor de la science expérimentale pour libérer les choses de
notre ombre portée et constituer un domaine proprement extérieur à l’homme. Gaston Bachelard avait relevé, dans le processus de formation de l’esprit scientifique, l’« obstacle animiste »,
défini comme une « croyance au caractère universel de la vie ».
Il cite des savants de la Renaissance qui étudiaient les vices et
les vertus des minéraux. Bachelard avait alors proposé une
méthode pour surmonter ces obstacles épistémologiques
ancrés dans certaines dispositions naturelles de notre imagination. Le XXIe siècle va-t-il retomber dans l’adoration de puces
de silicium, en discutant des vices et des vertus de l’IA ? Allons-nous ressusciter les esprits animaux pour des machines
que nous avons conçues et fabriquées nous-mêmes ? La maison connectée ressemblera-t-elle à une forêt touffue pleine
de spectres et de mystères ? Il serait paradoxal que les progrès
de la technique nous fassent perdre l’esprit scientifique.
Voilà pourquoi il ne faut surtout pas être poli avec les robots ni avec les objets connectés qui commencent à nous entourer. Hélas, ce n’est pas la direction que prend l’industrie
tech. Depuis mes premières interactions avec Alexa, Amazon a introduit dans son code la fonction Magic Word, qui
récompense la politesse à son égard (Google a vite suivi avec
Pretty Please). Loin de contribuer à la bonne éducation des
enfants, ce type de dispositif risque de les renvoyer à une sociabilité primitive où il faudrait bénir les maisons et saluer
les frigos. C’est, pour reprendre l’expression du sociologue
Noel Sharkey, un « cheval de Troie » vers une anthropomorphisation générale de la robotique. Ne sommes-nous pas en
train de recréer un Veau d’or, ou plutôt des millions, des milliards de Veaux d’or devant lesquels nous abdiquons toute
volonté de rendre le monde intelligible ?
A mesure que nous soulevons les voiles de l’intelligence
artificielle et que nous pénétrons les mécanismes de l’illusion
informatique, nous perdons le goût d’anthromorphiser les
robots. Mais il faudrait symétriquement cesser de robotiser
les êtres humains. L’IA est peut-être une excellente occasion
d’en finir avec les bureaucrates, en déléguant aux robots tout
ce qui relève de la formule ou de la moyenne, et en poussant
les humains à exercer le jugement dont le robot est dépourvu.
Eliminons en nous-mêmes le Turc qui sommeille §
Entamer une relation affective avec un robot ne représente
pas l’avant-garde du progrès, mais au contraire une terrible
régression pour notre civilisation.
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CHRONIQUE
Je ne rêve pas d’être vénézuélien
PAR KAMEL DAOUD
Q
uand on est algérien, on ne rêve pas d’être vénézuélien.
Surtout quand on est algérien, d’ailleurs. Car c’est le
cas exemplaire d’un pays riche qui finit mal. Miroir
de nos avenirs possibles, entre gérontocratie, pétromonarchie et « gauchisme » des élites soumises aux affects du
post-colonial et aux utopismes des « masses ». Le Venezuela
fait peur, bien que dans les discours, chez nous, au Sud, on
s’entête à le présenter comme victime de l’« impérialisme »,
comme rébellion ou révolution. On peut le faire, car les
mots sont gratuits, mais la réalité est anxiogène, comme
l’est la richesse induite par le gaz et le pétrole : l’énergie fossile fossilise les élites et les régimes. Sans jeu de mots.
Le chroniqueur se souvient de la fièvre
Chavez dans son pays. C’était un peu le baroud d’honneur de la gauche arabe, son
fantasme de troisième âge, sa lubie hallucinante. Cet homme a fait de son pays une
tribune et une acclamation, un selfie pour
sa personne et ses idées. Mais avec des assiettes vides, une économie de l’âge de la
cueillette et une vie politique réduite à
l’anathème, l’enthousiasme et le narcissisme guevariste. Il est mort et il laissa la
facture de ses discours à d’autres, aux enfants à venir. Aujourd’hui, c’est un pays
riche, à genoux. Un pays vaste, étroit pour
les siens, un pays que l’on fuit et que l’on
quitte, un pays qui est le contraire de l’utopie et de la révolution qui mène au bonheur, sinon au rassasiement. C’est
seulement un chaos.
C’est pourquoi le Venezuela fait peur à beaucoup d’Algériens. On y voit ce qui peut arriver entre utopisme, pseudo-révolution, irréalisme, culte de la personnalité et
gouvernance par les discours et le prix du baril. On voit
l’inflation, la faim, l’exode massif. On y voit le laboratoire
des « exilés » qui nous servent des leçons sur l’identité, le
nationalisme tout en s’installant en Occident. Car le chavisme ne vide pas l’assiette quand on vit à Paris ou à
Stockholm. Il peut même faire mode. On voit ce postdécolonialisme qui réduit la volonté d’être libre à celle de
n’assumer aucune responsabilité. On y voit le culte du
« peuple » quand il n’est que culte de soi et comment le victimaire peut se transformer en caste et inquisition.
Non, je ne rêve pas d’être vénézuélien. Je n’ai pas rêvé de
l’être, car, en moi, sommeille, à demi, une méfiance envers
les enthousiasmes et le lyrisme qui dispensent du réel et
de l’effort. Car j’ai une intolérance envers le populisme qui
finira en caste et police politiques. Je l’ai vécu, toujours,
comme une illusion et une ruse des concurrences pour le
pouvoir. Je me méfie du mot peuple, car c’est toujours un
procès de l’individu que je suis, il finit par m’ôter ma liberté
au nom de la liberté de tous, il me dispense du poids du
monde pour me charger du poids des cicatrices de mon histoire. Je me méfie de
ce pouvoir en mon nom, qui refuse mon
prénom. Et j’ai aujourd’hui peur, en Algérie, de subir ce même sort. De voir mon
pays plier sa terre sous mes semelles et
partir dans tous les sens du vent. Car,
comme le Venezuela, je subis la malédiction du pétrole, le postcolonial comme
confort et rente, la distribution comme
économie, la caste comme représentation, l’illusion du peuple et le discours
du complot et de l’exception nationaliste,
narcissique, dangereuse.
Le guevarisme est un beau récit de libération, une expérience nécessaire de la liberté et de la rébellion, une fétichisation de la révolution. C’est un bon rite
d’initiation pour l’individu, mais si mauvais pour les
peuples. Tellement mauvais. Car, pour les peuples, on y
meurt alors qu’on est si jeune, on est pauvre alors qu’on a
des champs et de l’or noir, on se trompe de terre et on abandonne la sienne, on respire mal alors que le monde est vaste
et on se fait trahir par les siens, par le réel, par le temps.
Il y a dans le cas du Venezuela quelque chose qui me fait
peur, qui peut me rattraper et je risque de me réveiller trop
tard pour vivre ce cauchemar. Ce beau pays est aujourd’hui
la leçon faite à tous ceux qui croient que le populisme est
une solution §
Je me méfie du mot peuple, car c’est toujours un procès
de l’individu que je suis, il finit par m’ôter ma liberté.
118 | 31 janvier 2019 | Le Point 2422
ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT »
Le chaos laissé par Chavez tend un bien effrayant miroir à une Algérie où le populisme prospère sur l’or noir.
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