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Le Point - 24.01.2019

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CLAVIER RACONTE
SON « BON DIEU »
LA CONFESSION D’UN
VÉGÉTARIEN REPENTI
L 13780 - 2421 - F: 4,90 €
CORÉE DU SUD LE PAYS QUI FAIT
RÊVER LES JEUNES FRANÇAIS
Macron face aux technocrates
C’est qui
le patron ?
L’étrange bataille au cœur du pouvoir
Normes, fiscalité : leurs nouvelles inventions
La revanche des maires
Alexis Kohler, secrétaire
général de l’Elysée, et Emmanuel
Macron, le 2 décembre 2018.
STÉPHANE MAHÉ/AP/SIPA
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www.lepoint.fr Hebdomadaire d’information du jeudi 24 janvier 2019 n° 2421
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26° 24’ 40.26’’ Est
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération. Droits réservés PONANT. Document et photos non contractuels.
Crédits photos : © PONANT / Philip Plisson / François Lefebvre / Gettyimages. * 0.09 €TTC/min.
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L’éditorial de Franz-Olivier Giesbert
La farce française du « trésor caché »
Les révolutions, c’est long, surtout vers la
fin, quand les haines et les ressentiments se déchaînent.
Sans parler des « quenelles » antisémites et des mensonges éhontés qui, ces temps-ci, salissent la cause des
gilets jaunes.
A quoi les gilets jaunes auront-ils servi ?
Avant tout, à montrer l’inanité des pseudo-politiques
sociales qui profitent toujours aux mêmes et l’état de
délabrement de nos finances publiques, gérées pendant des décennies par des jean-foutre.
« Mais que faites-vous du pognon ? » demandait Jacline
Mouraud, l’une de madones du mouvement, il y a
presque trois mois, à Emmanuel Macron, qui, arrivé
peu auparavant à l’Elysée, n’en pouvait mais. Elle résume bien la tragédie que nous vivons, sur fond de colère des classes moyennes inférieures.
Plus l’Etat impose, pressure les contribuables au nom de l’égalité, moins les Français voient la couleur des sommes colossales qu’il
prélève. Qui se gave ? Le prétendu « modèle français »
est à la dérive et fait eau de toutes parts. Le coulage est
tel que notre système se révèle incapable d’assurer sa
mission de redistribution.
Que la France ait été, sous l’égide de Rousseau, le
berceau de la « pensée magique » explique ses déboires
actuels, ses injustices sociales, alors que son inculture
économique nous donne une idée de l’infini. Il y a
quelque chose de surréaliste, voire de comique, à entendre une grande partie du « microcosme » politico-médiatique ressasser, au mépris des faits, les mêmes
fadaises sur l’ultralibéralisme qui aurait mis le pays
à la rue alors que nous vivons, au contraire, sous la
coupe d’un communisme mou.
Les chiffres sont imparables. La « démocratie
populaire » de triste mémoire n’est pas loin. Répétons-le encore, puisque personne ne veut l’entendre :
la France bat tous les records de dépenses publiques,
culminant aujourd’hui à 56,5 % par rapport à la richesse nationale. Sans oublier, pour nourrir la bête affamée, 48,4 % d’impôts et de cotisations sociales qui
écrasent l’économie. Avec de pareils boulets aux pieds,
notre pays est condamné à rester cloué au sol.
L’Etat français est si démentiellement prodigue que la dépense publique par habitant y est supérieure de 12 % à celle de l’Allemagne, la majorité de
l’argent récupéré étant destinée à une protection sociale administrée en dépit du bon sens. A l’arrivée, le
déficit devrait s’élever cette année à 100 milliards :
quand il perçoit 100, il dépense 130. D’où le niveau explosif de notre endettement (autour de 100 % par rapport au PIB).
Moins ça marche, plus nous persistons dans
le mauvais sens. Même quand il ne reste plus un
sou dans les caisses de l’Etat, il se trouve toujours des
démagogues de droite ou de gauche qui, à l’instar de
Georges Marchais, paix à son âme, prétendront sans
vergogne qu’il suffirait de mettre la main sur le « trésor caché » pour régler tous les problèmes du pays.
Où est ce « trésor caché » ? Est pointée en premier lieu la fraude fiscale, qui est souvent évaluée
entre 20 et 25 milliards, mais qui, selon certains syndicalistes de la Direction des impôts, culminerait, au
doigt mouillé, à 80 milliards d’euros. Est également
mis en question le manque à gagner pour l’Etat (3,2 milliards d’euros) provoqué par la suppression de l’ISF à
l’ancienne, transformé en Ifi par Emmanuel Macron
et qui ne vise plus que les biens immobiliers.
Autant d’argent qui ne suffira pas à remplir le tonneau des Danaïdes des dépenses
sociales. Il y a d’autres pistes : ainsi, l’absentéisme,
sport national, notamment dans la fonction publique,
coûterait chaque année, selon une étude récente,
107 milliards à la collectivité. Ou bien la fraude sociale (travail au noir, triche sur les prestations sociales, etc.), qu’un rapport parlementaire chiffrait, il
n’y a pas si longtemps, à 20 milliards d’euros. Ou encore les milliards qui seraient récupérés par les syndicats, notamment dans les caisses de la formation
professionnelle, pratique dénoncée, il y a plusieurs
années, par un autre rapport parlementaire, signé
Nicolas Perruchot, aussitôt interdit de publication.
Courage, fuyons…
Pourquoi ne pas en finir avec ce grand foutoir ? Le mouvement des gilets jaunes aura au moins
permis de le mettre au jour, qui charrie le pire et le
meilleur. Le pire : ces relents de « populace » qu’illustrent à la marge un confusionnisme idéologique
rouge-brun, un antisémitisme « dieudonnesque » et
rampant. Le meilleur : une saine révolte de la part de
gens de peu qui se lèvent tôt, travaillent pour pas
grand-chose, profitent moins que les autres de l’assistanat à la française et que notre charmant modèlefrançais-que-le-monde-entier-nous-envie exploite
jusqu’au trognon, sans crainte ni pitié. Ce sont, pour
la plupart, les dindons de la farce française, à laquelle
il est plus que temps de mettre fin §
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 5
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SOMMAIRE2421
Macron va devoir apprendre à perdre
6 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
28
C’est qui le patron ?
52
Corée du Sud, l’eldorado des « millennials »
111
Keir Watson : la confession d’un végétarien repenti
70
Le dernier Clavier : ce film va nous faire du bien
BASTIEN/DIVERGENCE - ILLUSTRATION DUSAULT/LE POINT - SOULARUE/HEMISFR - BORREL/UGC
C’est officiel, nous sommes en campagne électorale. Pour trois ans
et demi. Après les européennes du mois de mai se succéderont
les municipales en 2020, les départementales et régionales en 2021
puis, en 2022, la présidentielle et les législatives.
Or c’est une tentation aussi vieille que la démocratie : reporter
les décisions qui fâchent au-delà du prochain scrutin. A ce rythme,
on se retrouvera à la rentrée de septembre 2022. Le président
de la République devra donc apprendre à encaisser stoïquement
les défaites s’il ne veut pas rester dans les livres d’Histoire
comme un ordinaire locataire de l’Elysée.
Après tout, les élections intermédiaires sont faites pour être
perdues. D’ailleurs, il n’est pas dit que les déconvenues
soient beaucoup plus sévères s’il prend des risques. Les réformes
peuvent énerver, mais au moins elles apportent du respect
à celui qui entreprend.
La situation dans laquelle le chef de l’Etat se trouve aujourd’hui
prouve au moins une chose : Alain Juppé avait raison. Le candidat
(malheureux) à la primaire de la droite proposait de faire passer
le gros de ses réformes par ordonnances. En six mois, l’affaire était
pliée, et les inévitables mécontentements pouvaient par la suite
être reçus avec sérénité et même générosité, les bouleversements
structurels étant actés.
Au lieu de cela, Emmanuel Macron a pris les problèmes un par un,
sans doute trop confiant en sa capacité à faire avancer les choses
tout au long de son mandat. Il n’a eu recours aux ordonnances que
pour le droit du travail. Logiquement, l’ouverture des horizons
personnels, ou « émancipation », qu’il appelait de ses vœux, tarde
à se manifester. Les résultats sont longs à venir, surtout quand
on a commencé trop doucement. Il est vrai que ce qui plombe
l’économie et bloque la société ne date pas du mois de mai 2017.
Mais enfin, si Macron a pu balayer l’ensemble du système,
c’est aussi parce qu’il y avait urgence.
Pour réaliser la révolution dont il a l’ambition, le président
de la République devra non seulement vivre avec des déroutes
dans les urnes, mais aussi consacrer moins de temps à sa chère
recomposition politique, son péché mignon. Après avoir
dynamité la logique de parti, Macron a établi le sien. Il n’est pas
le premier à procéder de la sorte, mais attention à ne pas devenir
l’esclave de sa chose.
Sans compter qu’une campagne permanente risque de fatiguer
ceux de son équipe qui ont le moins de passion pour cela. « Presque
partout (…) l’obligation de prendre parti, de prendre position pour ou
contre, s’est substituée à l’obligation de la pensée », a écrit la philosophe
Simone Weil dans sa « Note sur la suppression générale des partis
politiques ». Le macronisme (originel) risquerait de se perdre
dans les subtilités de la carte électorale. Quant à Macron
lui-même, il est nettement moins convaincant quand il s’essaie
à la cuisine partisane que lorsqu’il affirmait au Point, en août 2017,
qu’il fallait « renouer avec l’héroïsme politique » §
Etienne Gernelle
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28
CORÉE DU SUD LE PAYS QUI FAIT
RÊVER LES JEUNES FRANÇAIS
CLAVIER RACONTE LA CONFESSION D’UN
SON « BON DIEU » VÉGÉTARIEN REPENTI
52
www.lepoint.fr Hebdomadaire d’information du jeudi 24 janvier 2019 n° 2421
Macron face aux technocrates
C’est qui
le patron ?
64
ÉCONOMIE
Paul Polman, PDG d’Unilever :
« Il faut un nouveau contrat social »
1083, un jean et 1 001 idées
L’éditorial de Franz-Olivier Giesbert
La chronique de Patrick Besson
Les éditoriaux de Nicolas Baverez,
Pierre-Antoine Delhommais,
Laetitia Strauch-Bonart
68
SCIENCES
Savants migrants
LE POINT DE LA SEMAINE
Macron veut remanier
les « Mormons »
74
78
84
88
58
Alexis Kohler,
secrétaire général de l’Elysée,
et Emmanuel Macron,
le 2 décembre 2018.
14
28
36
38
42
44
46
50
STÉPHANE MAHÉ/AP/SIPA
L’étrange bataille au cœur du pouvoir
Normes, fiscalité : leurs nouvelles inventions
La revanche des maires
5
9
10
SOCIÉTÉ
Corée du Sud, l’eldorado
des « millennials »
EN COUVERTURE
C’est qui le patron ?
Alain Lambert : « Le pouvoir
est paralysé par des rivalités
de chapelles administratives »
Maires, l’arme anti-« technos »
Et Lamartine inventa
le « girondisme »
Denys de Béchillon : « La foule,
le plus mauvais décideur politique
qui soit »
MONDE
Ces Indiens qui résistent à Trump
Calais : le bouchon du siècle ?
COMMUNIQUÉ
JUDICIAIRE
Par arrêt en date du 27 avril
2017, la cour d’appel de Paris
(chambre de la presse)
a condamné Franz-Olivier
GIESBERT, en qualité
de directeur de publication,
Mélanie DELATTRE et
Christophe LABBÉ, en qualité
de journalistes, pour avoir diffamé Jean-François COPÉ dans
une publication parue dans le
numéro 2163 de l’hebdomadaire
Le Point daté du 27 février 2014,
annoncée en page de couverture
par les titres « Sarkozy a-t-il été
volé ? L’affaire Copé », et a ordonné la publication du présent
communiqué pour rétablir
l’intéressé dans ses droits.
70
CULTURE
Cinéma (« Qu’est-ce qu’on a
encore fait au Bon Dieu ?) :
le film qui va nous faire du bien
La folle odyssée des Belles Lettres
BD : rencontre avec Milo Manara
Bio (A. Kerlan) : en lettres de sang
Brèves
TENDANCES
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90 Auto : le festival du design
94 Table : Laurent Petit, 3-étoiles
97 Vins : les blancs de Collioure
100 Mode
104 Marché de l’art
106 Bridge & mots croisés
108 Le bloc-notes de Bernard-Henri Lévy
111
111
114
116
118
LE POSTILLON
Pour en finir avec les calembredaines, par Sébastien Le Fol
Keir Watson : vive la viande !
Barbara Stiegler : « s’adapter »,
aux origines d’une injonction
Enfiler le gilet des (vraies)
réformes, par Guy Sorman
Narcisse 2.0 contre les journalistes,
par Kamel Daoud
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Friche de lecture, 8
Patrick Besson
Une biographie d’Homère :
boulot pour gros paresseux.
*
« L’Iliade », suite de
bagarres ; « L’Odyssée »,
succession de repas.
*
Nous sommes tous les fils d’un
Ulysse qui voyageait dans sa tête.
*
Le matin sera à jamais pour
les hommes l’« aurore aux doigts
de rose », surtout l’été.
L’importance de qui on
est le fils, même à 70 ans.
*
C’est donc Athéna qui, chaque
soir, me fait dormir, comme
Pénélope : « (…) elle pleurait
encore Ulysse, son époux, à l’heure
où la déesse aux yeux pers,
Athéna, lui jeta sur les yeux
le plus doux des sommeils. »
*
La solitude
de l’Achéen végan.
*
FINEARTIMAGES/LEEMAGE
Télémaque se rêve président
de la République :
« Régner n’est pas un mal, croismoi ; tout aussitôt, c’est la maison
fournie et l’homme mieux prisé. »
*
Le plaisir et la fréquence avec
lesquels Athéna change de sexe.
Les fesses d’Hélène
de Troie à 50 ans, ramenée
à Sparte une décennie
plus tôt par Ménélas ?
*
*
Zeus au bord d’inventer
le libre arbitre : « C’est de nous,
disent-ils, que leur viennent les
maux quand eux en vérité, par
leur propre sottise, aggravent
les malheurs assignés par le sort. »
La leçon d’Homère, bien
retenue par Joyce : entrer tout de
suite dans l’action sans présenter un seul de ses protagonistes,
qui le feront eux-mêmes par la
suite avec leurs actes.
*
Athéna, amoureuse
sans espoir de Télémaque
comme elle l’a été d’Ulysse.
*
*
Heureux qui comme
Homère a fait un beau roman.
N’importe qui peut être
un dieu déguisé, même moi.
*
*
*
Pénélope, femme voilée
de nombreux siècles avant
l’islam : « (…) ramenant sur ses
joues ses voiles éclatants. »
Selon Littré, « pers » :
« De couleur bleue dans toutes
ses nuances. » Les yeux d’Athéna
auraient alors plusieurs bleus.
A 50 ans, Tolstoï apprend
le grec ancien en huit semaines
pour lire « L’Iliade » et
« L’Odyssée » dans le texte.
*
*
Pourquoi la religion antique
a-t-elle disparu ? Elle était bien :
cratères de vin et brochettes
de bœuf, avec danses
et chants, « ces atours
du festin ».
Le violent pessimisme d’Homère, pourtant auteur de deux
best-sellers : « De tout ce qui sur
terre a force et mouvement aucun
être n’est plus misérable que
l’homme. » §
« Pallas Athéna », de Klimt (1898).
Athéna, amoureuse sans espoir
de Télémaque comme elle l’a été d’Ulysse.
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 9
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ÉDITORIAUX
Comment éviter d’autres Brexit
par Nicolas Baverez
L
e référendum sur le Brexit a lancé la vague populiste qui submerge les démocraties. Huit ans après le krach de 2008, il a refermé le cycle de la mondialisation libérale, inauguré en 1979
par les réformes de Mme Thatcher, et ouvert l’ère de la démondialisation, placée sous le signe du repli national, du protectionnisme et de la xénophobie. Deux ans et demi après le vote du
23 juin 2016, le Brexit est dans l’impasse. Le 15 janvier, le gouvernement de Theresa May a subi devant la Chambre des communes la plus lourde défaite d’un gouvernement britannique
depuis un siècle en voyant son projet d’accord de sortie de l’Union
européenne rejeté par 432 voix contre 202. Le lendemain, la motion de défiance contre May était repoussée par 325 voix contre
306, la plaçant dans l’obligation de présenter dès le 21 janvier
l’introuvable plan B exigé par les députés – qui se réduit à l’accord initial associé à un accord bilatéral avec l’Irlande sur la
frontière. A deux mois de l’échéance du 29 mars 2019 fixée en
application de l’article 50 du traité de l’Union, le Royaume-Uni
bascule dans le chaos. L’activité économique et le pouvoir d’achat
s’effondrent, les délocalisations d’entreprises et d’emplois s’emballent. La société est profondément divisée et la violence explose,
avec pour symbole l’épidémie d’attaques au couteau dans le
Grand Londres. La situation politique est dominée par le nihilisme : le Royaume-Uni ne peut ni sortir de l’Union ni y rester ;
le deal est impossible, mais le non-deal est reconnu comme suicidaire ; il n’existe pas de majorité au Parlement, ni pour approuver un accord avec l’Union, dont May continue à affirmer qu’il
est la raison d’être de son gouvernement, ni pour la renverser.
Le naufrage du Brexit s’explique tout entier par la démagogie
dont il est le produit. Le débat référendaire a occulté les questions
décisives sur les conséquences de la sortie de l’union douanière,
sur la situation de l’Ecosse et plus encore sur la préservation de
la paix en Irlande du Nord qui impose de ne pas rétablir une
frontière qui partagerait l’île. La faible majorité de 51,9 % en faveur du Brexit est issue de l’alliance contre nature entre la partie de la population marginalisée par la mondialisation et
demandeuse de plus de protection avec la frange des élites de la
City souhaitant s’émanciper de toute régulation pour créer un
Singapour européen. May a cultivé le déni des réalités en se révélant incapable de définir une position de négociation, puis en
se voyant contrainte de multiplier les concessions dans des plans
mort-nés, à l’image de celui de Chequers du 6 juillet 2018. Au fil
des mois et de la descente en vrille du Royaume-Uni, l’intérêt
national et le respect des institutions ont été emportés par le déchaînement des passions collectives et le primat des partis.
Le Brexit est un poison lent qui menace d’enfermer le pays
dans une instabilité économique, sociale et politique chronique,
qui serait catastrophique pour lui comme pour l’Europe. Il est
donc indispensable d’imaginer une sortie coordonnée de la
crise qui devrait s’articuler autour des principes suivants.
1. Le rejet de l’accord avec l’Union impose une clarification de
la position du Royaume-Uni, dont la préservation de l’unité
nationale et le développement économique passent par le
maintien d’une union douanière avec l’Europe.
2. Par leur comportement, les dirigeants britanniques mettent
aujourd’hui en danger la démocratie, dont ils ne respectent
plus ni les valeurs, ni les institutions, ni le sens du pragmatisme
et la capacité à nouer des compromis. Il leur faut rétablir le
Le naufrage du Brexit
s’explique tout entier par la démagogie dont il est le produit.
Les Femen se joignirent au mouvement des Gilets jaunes.
10 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
ILLUSTRATION : JEAN POUR « LE POINT »
Six pistes pour une sortie coordonnée de la crise
britannique.
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lien avec l’esprit de responsabilité pour placer l’intérêt supérieur de la nation au-dessus des partis.
3. Le renforcement des menaces stratégiques sur l’Europe
émanant des démocratures, du djihadisme, de la militarisation
de l’espace et du cybermonde exige la sanctuarisation et la garantie des accords de défense et de sécurité conclus entre le
Royaume-Uni et les membres de l’Union, tout particulièrement
du traité de Lancaster, signé avec la France, qui constitue le seul
autre pays européen à disposer d’une armée opérationnelle et
d’une force nucléaire.
4. La réorientation du Brexit ne peut ultimement être arrêtée
que par le vote des Britanniques. Celui-ci, inéluctable, devrait
prendre la forme d’élections générales plutôt que d’un nouveau
référendum dont la légitimité serait douteuse et qui risquerait
d’être à nouveau biaisé par la démagogie et les interférences
de la Russie.
5. L’extension du délai du Brexit au-delà du 29 mars, qui demande le vote unanime des 27, n’a pas de sens si elle vise à prolonger la confusion actuelle, mais devient pertinente si elle
répond à une stratégie, des objectifs et un calendrier précis.
6. Quelle que soit l’issue du Brexit, la refondation de l’Union
s’impose pour répondre aux attentes des citoyens et désarmer
les forces populistes, qui pourraient prendre le contrôle du
Parlement en mai. Plus l’Europe se repensera en termes de
croissance inclusive, de souveraineté, de sécurité et de démocratie, plus elle facilitera une solution positive au Brexit.
Le Brexit constitue la plus grande catastrophe politique pour
le Royaume-Uni depuis le déclenchement de la guerre de 1914,
qui mit fin à son leadership mondial. Il est essentiel pour les
démocraties d’en tirer toutes les leçons. En temps de crise, le
référendum constitue une arme fatale entre les mains des démagogues. En tant que laboratoire du populisme du XXIe siècle,
le Brexit illustre les ravages qu’il inflige aux nations et aux
peuples qu’il prétend servir : les promesses de « take back control »
aboutissent à une impasse « out of control ». Tout comme la guerre
commerciale lancée par Donald Trump, il souligne également
les dangers de la démondialisation, qui bride le développement
et paupérise les masses tout en affaiblissant la souveraineté et
l’Etat de droit. Enfin, les Britanniques démontrent, à leur corps
défendant, que les acquis communautaires ne relèvent pas du
mythe mais constituent des réalités tangibles. N’attendons
donc pas que les populistes détruisent l’Europe pour assumer
ses réussites tout en nous mobilisant pour la réinventer autour
de la sécurité et de la défense de la liberté ! §
Ce que les villages disent de la France actuelle
Dans un essai iconoclaste, l’urbaniste Eric Charmes
remet en question l’éternel refrain qui oppose la
« France des villes » à la « France des campagnes » :
un cliché bien éloigné de la réalité.
par Pierre-Antoine Delhommais
O
n parle beaucoup, à l’occasion du mouvement des gilets
jaunes, de fracture sociale, mais aussi de fracture territoriale,
avec la présentation d’une France coupée en deux : entre, d’un
côté, une France des villes économiquement prospère et démographiquement dynamique et, de l’autre, une France des campagnes, pauvre et délaissée, aux habitants en proie à une double
déprime, à la fois financière et morale.
Dans son dernier essai, « La revanche des villages » (Le Seuil),
l’urbaniste Eric Charmes montre une réalité bien plus complexe. « La vieille opposition entre villes et campagnes est dépassée,
écrit-il. Elle continue à dominer nos représentations, alors qu’elle ne
donne plus sens aux réalités vécues. » Il relève notamment que,
dans beaucoup de villes moyennes, la catégorie des hauts revenus
est moins représentée que dans de nombreux villages où vivent
des cadres supérieurs et des professions libérales travaillant
dans une métropole proche. « Toutes les campagnes ne sont pas
pauvres, écrit-il. Certaines campagnes sont même dans une situation
nettement plus confortable que les villes voisines. Opposer la richesse
des villes à la pauvreté des campagnes, c’est ne pas comprendre la
réalité des inégalités territoriales. »
Après un siècle ininterrompu d’exode rural, de nombreux
villages ont également vu leur population fortement augmenter depuis la fin des années 1960, alors que, dans le même temps,
quantité de villes faisaient face à une saignée démographique.
Un exemple : la population de la petite commune rurale de
Montlivault (Loir-et-Cher), située à 12 kilomètres de Blois, avait
baissé d’un tiers entre 1850 et 1975. Mais, depuis cette date, elle
a doublé, passant de 660 à 1 371 habitants, tandis qu’au cours
de la même période la ville-préfecture voisine a perdu près de
10 % de sa population. « Contrairement à une idée reçue, les villages des campagnes ont conservé leur poids démographique dans la
population française », explique Charmes. Aujourd’hui, comme
dans les années 1960, c’est un Français sur quatre qui y vit.
A l’origine de la renaissance de nombreux villages ruraux,
il y a le phénomène que les spécialistes désignent sous le terme
de « périurbanisation » : l’intégration des campagnes dans l’orbite des villes, avec la décision prise par beaucoup de citadins
d’aller s’installer dans un petit bourg ou village situé dans un
rayon de 20 à 30 kilomètres autour de la ville voisine où ils travaillent. Moins à cause de la cherté de l’immobilier urbain que
par choix délibéré d’un mode de vie jugé plus agréable (maison
individuelle, jardin, moins de stress, de bruit, de pollution, etc.).
Comme le souligne l’auteur, nombre de territoires ruraux se
retrouvent ainsi sous l’influence économique directe des villes,
mais aussi de la culture urbaine. Avec pour conséquence l’apparition de conflits de voisinage entre les citadins des campagnes,
aux tendances bobo-écolos affirmées, et les rares agriculteurs
encore présents dans les villages : les premiers reprochent aux
seconds l’utilisation de pesticides dans les champs qui entourent
leurs maisons, ils veulent entendre le chant des oiseaux, …
Le rêve est devenu réalité
pour des millions de Français,
mariant les avantages de la vie
citadine et ceux de la vie rurale.
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 11
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ÉDITORIAUX
mais pas le bruit des engins agricoles les nuits d’été.
La principale contrainte du mode de vie périurbain reste celle
du trajet, effectué le plus souvent en voiture, pour se rendre à
son travail dans la ville voisine. Si on ne dispose pas d’études précises sur le lieu d’habitation des gilets jaunes, il est probable que
les « rurbains », pour qui le prix du carburant ou la limitation de
vitesse à 80 km/h ont un impact immédiat sur leur budget et
leur temps de loisirs, y sont fortement représentés. Selon un rapide calcul, c’est au bas mot 13 000 kilomètres qu’une infirmière,
habitant dans un bourg situé à 30 kilomètres de l’hôpital qui
l’emploie, parcourt chaque année pour ses seuls trajets professionnels. Ce n’est pas un hasard non plus si, pour exprimer leur
colère, les gilets jaunes ont choisi d’occuper ces ronds-points
qui rythment leur vie quotidienne et constituent pour eux des
repères aussi familiers que peuvent l’être pour les Parisiens les
stations Châtelet ou Concorde où ils changent de métro.
Alphonse Allais proposait astucieusement de « construire les
villes à la campagne, car l’air y est plus pur ». Eric Charmes observe
que la périurbanisation a fait que ce rêve est devenu réalité pour
des millions de Français, mariant en théorie les avantages de
la vie citadine et ceux de la vie rurale. Le mouvement des gilets
jaunes rappelle toutefois qu’il suffit de peu de choses, d’une
hausse des prix du carburant par exemple, pour que, dans la
pratique, le rêve se brise et tourne même au cauchemar §
…
Au grand dam de nombre d’experts, l’essayiste
Nassim Nicholas Taleb remet en question la fiabilité
et la pertinence des tests de quotient intellectuel.
par Laetitia Strauch-Bonart*
T
witter est le théâtre d’une polémique acérée entre, d’un côté,
l’auteur du best-seller « Le cygne noir », Nassim Nicholas Taleb,
et, de l’autre, une ribambelle de têtes pensantes renommées.
L’objet de l’ire talebienne ? Le culte que vouent les psychologues
et experts au « quotient intellectuel », ce test né au début du
XXe siècle et affiné depuis, qui mesure l’« intelligence générale »
– le raisonnement abstrait et la capacité à résoudre des problèmes
et à acquérir des connaissances. Pour Taleb, le QI ne serait qu’une
« escroquerie pseudo-scientifique » qui ne permettrait en aucun cas
de décrire et de mesurer ce qu’est réellement l’intelligence.
On pourrait penser que cette bataille ne concerne qu’une
poignée d’experts. Rien n’est moins sûr, au vu de l’importance
qu’a prise cette mesure dans certains pays, comme les EtatsUnis, pour l’évaluation des élèves et, plus généralement, dans
la recherche en psychologie. Or il semble que le QI présente
des défauts majeurs. Certes, le test semble être efficace pour détecter les difficultés sévères d’apprentissage, mais on peut se
demander s’il permet vraiment, comme le pensent la majorité
des experts, de prédire la réussite future d’un individu. D’abord,
le fait que le test de QI soit un indicateur pertinent de bons résultats scolaires et professionnels futurs est un argument circulaire, puisque le test est construit de façon à mesurer les
qualités recherchées chez les élèves et le personnel de bureaux.
Selon Taleb, qui a détaillé ses critiques dans un article sur le
12 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
site Medium, c’est surtout le lien entre QI et richesse qui serait
le moins évident : on peut avoir un faible QI et être riche, et vice
versa. Or la richesse n’est-elle pas une mesure – certes très imparfaite, mais concrète – d’une certaine forme de réussite ?
Nombre de spécialistes du domaine ont exprimé leur net désaccord avec Taleb, défendant l’existence de ces diverses corrélations, qui font autorité en psychologie, mais le réquisitoire
de celui-ci laisse entrevoir là où le bât blesse. Au fond, ce que le
QI qualifie d’« intelligence » est une vision fort étriquée de
celle-ci. S’il a un sens dans le monde des tests, il ne donne qu’une
idée très approximative de ce qu’est l’intelligence dans le monde
réel, où celle-ci est bien plus une capacité multiforme d’adaptation qu’autre chose. Même si on parvenait à mettre au point
un test plus complet, il y manquerait ce qui fait la différence
entre le réel et le virtuel – la présence d’un enjeu. Comme l’explique Taleb, dans la vraie vie, lorsqu’on nous pose une question, nous ne cherchons pas d’abord à y répondre, mais à
comprendre pourquoi on nous la pose, car l’enjeu n’est pas de
trouver la bonne réponse, mais de survivre. Par ailleurs, ne pas
savoir résoudre certains problèmes mineurs est parfois la condition d’une réussite à plus long terme. Ce qui manque donc à un
test comme le QI, c’est la prise en compte de la complexité de
l’esprit et du monde – et ce n’est pas rien. En définitive, le QI
nous dit bien quelque chose d’une forme d’intelligence – et surtout de son absence. Mais si la véritable intelligence est une
forme de sagesse réelle dont les résultats parlent d’eux-mêmes,
il est inutile de chercher à la mesurer. L’humanité a toujours
valorisé l’excellence de l’intellect, mais, en la matière, les Anciens semblaient mieux armés que nous : ainsi, Aristote distinguait la sophia, la sagesse intellectuelle, de la phronesis, sorte de
mélange de sagesse, d’esprit pratique et de prudence. Aujourd’hui,
nous nous contentons de célébrer une intelligence abstraite et
livresque plutôt que réelle. Et il n’est pas sûr que ce soit l’idée
la plus intelligente que nous ayons eue §
*
Responsable éditoriale de Phébé (www.lepoint.fr/phebe/).
Ce qui manque à un test comme
le QI, c’est la prise en compte
de la complexité de l’esprit et
du monde – et ce n’est pas rien.
ILLUSTRATION : TARTRAIS POUR « LE POINT »
La bataille du QI
Je vous rappelle les règles du débat…
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127 à 135 / RX 450h de 5,8 à 5,9 et 132 à 134 / RX 450hL de 5,9 à 6,0 et de 136 à 138 / LC 500h 6,6 et 150 / LS
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Le point de la semaine
PAR MICHEL REVOL, FABIEN ROLAND-LÉVY ET LES SERVICES DU « POINT »
EN FORME
François Sillion
54 ans - Le PDG par intérim
de l’Inria est nommé par
Uber à la tête de son centre
de recherche en Europe. Il
devrait notamment mettre
au point la voiture volante.
Stéphanie Le Quellec
31 ans - La cheffe de
La Scène, le restaurant du
palace parisien Prince de
Galles, figure parmi les cinq
cuisiniers honorés de deux
étoiles par le Michelin 2019.
EN PANNE
Claude Guéant
74 ans - L’ex-ministre et bras
droit de Nicolas Sarkozy est
définitivement condamné à
un an de prison ferme dans
l’affaire des primes en liquide
du ministère de l’Intérieur.
Edwy Plenel
66 ans - Le directeur de la
publication de Mediapart
a été condamné pour
diffamation à l’encontre
d’Hervé Gattegno, directeur
de la rédaction du « JDD ».
Gilbert Baumet
75 ans - L’ancien maire
de Pont-Saint-Esprit (Gard)
a été condamné à six mois
de prison ferme
pour favoritisme lors
de marchés publics.
14 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
L’équipe de campagne
d’Emmanuel Macron à
l’Elysée, le 14 mai 2017.
Macron veut remanier les « Mormons »
« A l’Elysée, le grand remaniement a commencé », ironise un
habitué du Château. Tirant les leçons de l’affaire Benalla
et du mouvement des gilets jaunes, Emmanuel Macron
aurait pris conscience de ce que certains qualifient d’« erreur originelle ». « L’équipe de campagne a fait son temps », a-t-il
lâché à l’un de ses visiteurs. En clair, le staff qui entourait
le candidat ne peut plus être le même que celui qui épaule
le président, ces « Mormons » parmi lesquels figurent Stéphane Séjourné, conseiller politique, qui est déjà parti diriger la campagne d’En Marche ! pour les européennes,
Sibeth Ndiaye (presse et communication) et Ismaël Emelien (conseiller spécial). Les noms de quelques anciens
sont évoqués pour réintégrer l’Elysée : Gaspard Gantzer,
ex-conseiller de François Hollande, et Nicolas Revel, secrétaire général adjoint de l’Elysée de 2012 à 2014, en même
temps qu’un certain Macron… §
La jalousie de Dupont-Aignan
Nicolas Dupont-Aignan n’a jamais digéré de s’être rallié à Marine Le Pen
entre les deux tours de la présidentielle de 2017. Quelqu’un qui le connaît
bien explique que, si « NDA » a refusé de figurer avec elle sur une liste européenne, c’est en réalité parce qu’il est… « jaloux ». « Il est admiratif, mais, en
même temps, il ne comprend pas pourquoi il n’est pas à sa place. (…) Le traumatisme
s’est produit à Villepinte le 1er mai 2017, au cours du meeting entre les deux tours :
Nicolas n’a pas supporté d’être ce jour-là la vedette américaine de la candidate. »
GETTY IMAGES/AFP – SIPA – HTTP://PONT-SAINT-ESPRIT.RASSEMBLEMENT-CONTRIBUABLES.FR/
WITT/SIPA – INRIA/PHOTO G. SCAGNELLI – YAGHOBZADEH/AP/SIPA – BELGA/AFP/FLEMAL
Kristin Scott Thomas
58 ans - L’actrice francobritannique présidera la
44e cérémonie des César,
qui se déroulera le 22 février
à la salle Pleyel, à Paris. Elle
succède à Vanessa Paradis.
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LA LONGUE CROISADE DU PRÉSIDENT MIGAUD
Depuis 2010, Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes, qu’on dit
sortant, réclame une bonne gestion des finances publiques. Mais qui l’écoute ?
2010- « Le redressement des comptes publics est
nécessaire. » 2011- « Les déficits publics, aux niveaux
atteints, sont désormais une menace pour la croissance. »
2012 - « Aujourd’hui, le redressement rapide
des comptes publics est une nécessité impérieuse. »
2013- « L’effort de maîtrise des dépenses impose
à notre pays un changement culturel important. »
2014- « Le redressement de nos finances publiques
serait bien plus avancé si la Cour avait été plus écoutée
au cours des dernières années. » 2015- « Depuis 2010,
L’inquiétude de Hollande
MEIGNEUX/SIPA – ROBERT/SIPA – GUAY/AFP – DESSONS/JDD/SIPA – MESSYASZ/SIPA
En privé, François Hollande
défend mordicus le grand
débat lancé par Emmanuel
Macron. « A condition, dit-il,
qu’en émerge un nouveau
contrat social et démocratique
avec les Français. » L’ancien
président de la République,
qui prend soin de ne plus
critiquer publiquement
son successeur, se dit très
inquiet de la violence qui
accompagne le mouvement
des gilets jaunes. « Des forces
sont à l’œuvre pour déstabiliser
non pas seulement le pouvoir,
la dépense publique a continué d’augmenter. »
2016- « La capacité de la France à procéder à des choix
souverains de politique publique (…) reste entravée
par la situation des finances publiques. » 2017- « Le
redressement de nos comptes publics est encore loin
d’être acquis. » 2018- « La baisse du déficit public ne
doit pas faire illusion. » 2019-« Il reste possible de répondre aux attentes exprimées [par les gilets jaunes,
NDLR] (…) sans renoncer à l’effort de redressement
des comptes publics. »
mais le pays tout entier. »
Et d’ajouter : « Qui leur
a soufflé l’idée du RIC,
sinon l’extrême droite ? »
Wauquiez va
faire sa liste tout seul
Alors que les grandes
manœuvres commencent
chez Les Républicains en vue
des élections européennes,
Laurent Wauquiez a fait
passer le message. « C’est moi
qui choisirai les dix premiers de
la liste. Vous vous occuperez du
reste », a-t-il indiqué à Roger
Karoutchi, sénateur des
Hauts-de-Seine et viceprésident de la commission
nationale d’investiture de LR,
qui se réunira pour la
première fois le 29 janvier et
doit désigner les 79 candidats.
Cela a le mérite d’être clair !
« Dans les années 1960, 1970 et 1980,
les intellectuels ont offert à la jeunesse
Che Guevara et Mao comme modèles,
un tueur fiévreux et un criminel contre
l’humanité. S’ils leur avaient donné des
posters de Jean Moulin
et de Churchill, on n’en
serait pas là. »
Philippe Val,
ancien directeur
de Charlie Hebdo,
cible des islamistes,
auteur de « Tu finiras
clochard comme
ton Zola » (Le JDD, 20 janvier).
Le préfet
de police
sur le départ
Michel
Delpuech,
qui aura 66 ans en février,
ne sera, selon nos
informations, pas prolongé
au-delà de l’âge de la retraite.
Place Beauvau et à l’Elysée,
on évoque de « réelles
dissensions sur le dispositif
de maintien de l’ordre
du 1er décembre, révisé
le 8 décembre après une
remontée de bretelles ».
Ce que conteste le directeur
du cabinet du préfet.
Le nouveau préfet aura une
nouvelle feuille de route :
la fin du « 36 », la police
judiciaire parisienne, qui
devrait être fondue au sein
de la direction centrale
de la PJ.
LE CHIFFRE
DE PIERRE-ANTOINE
DELHOMMAIS
14,2
Selon Eurostat, le pourcentage
de retraités se trouvant
en situation de pauvreté
(aux revenus inférieurs à 60 %
du niveau de vie médian)
se situait en moyenne dans
l’Union européenne à 14,2 %
en 2017. C’est dans les pays
Baltes qu’il est le plus élevé :
46 % en Estonie, 44 %
en Lettonie, 37 % en Lituanie.
C’est en France que la proportion
de retraités pauvres est
au contraire la plus faible (7 %),
suivie par la Slovaquie (8 %),
le Danemark, le Luxembourg
et la Hongrie (9 %).
LE « COPÉ DE MACRON »
Le sentant affaibli, certains
proches d’Emmanuel Macron
sont de plus en plus sévères
avec le porte-parole du
gouvernement, Benjamin
Griveaux. « En dix-huit mois,
il est devenu le Jean-François Copé
de Macron, assène l’un d’eux.
Son image d’arrogant nuit
au président. » Et d’ajouter : « Cela pose un sérieux problème
pour la conquête de Paris. » Problème qu’a compris un autre
candidat potentiel, Mounir Mahjoubi, qui multiplie
les sorties médiatiques et surjoue la bienveillance et
la modestie, y compris à l’égard des gilets jaunes. Même
Edouard Philippe, admet un de ses amis, « se remet à penser
à Paris quand il ne se rase pas »...
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 15
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LE POINT DE LA SEMAINE
Macron et « l’enfer de l’impopularité »
Malgré un sursaut lors des derniers sondages, Emmanuel Macron échappera-t-il à ce que Frédéric Dabi (Ifop)
appelle « l’enfer de l'impopularité », qui a conduit ses prédécesseurs à la défaite, hors période de cohabitation ?
Evolution de la cote de confiance des présidents auprès des Français, en %
VALÉRY
GISCARD D’ESTAING
60
50
60
JACQUES
CHIRAC
63
52
44
40
EMMANUEL
MACRON
57
55
37
30
30
FRANÇOIS
HOLLANDE
NICOLAS
SARKOZY
20
10
Jean d’Orléans
Son père a poussé la
« conscience professionnelle » jusqu’à mourir un
21 janvier, jour anniversaire de la décapitation
de Louis XVI. Jean d’Orléans, désormais comte
de Paris, est né en 1965.
Ex-consultant chez Lazare, il met en valeur le
patrimoine de ses ancêtres et gère 2 500 hectares de forêt hérités de
sa grand-mère. Il descend
de Philippe, frère cadet
de Louis XIV, ainsi que de
Louis-Philippe, le dernier
souverain. Cela suffit à
faire de lui, aux yeux des
Orléanistes, le prétendant au trône de France.
Pour les légitimistes, il
est le lointain rejeton de
Philippe Egalité, qui vota
la mort de son cousin le
roi Louis XVI. Une plaie
qui se ravive à chaque
querelle dynastique. Un
point commun pourrait
rapprocher Jean et Louis,
son « cousin ennemi »,
l’aîné de la maison de
Bourbon, né à Madrid :
l’épouse de Jean est la
petite-fille de l’ancien
chef du secrétariat personnel du comte de Barcelone, grand-père de
l’actuel roi d’Espagne.
C’est de l’autre côté des
Pyrénées que pourrait
(re)naître la concorde
monarchique § JÉRÔME BÉGLÉ
22
14
0
Octobre 1978*Mai 1981
Mai 2002** Mai 2007
Juin 2007
Mai 2012
Juin 2012
Mai 2017
Juin 2017 Janvier 2019
* Début du mandat en mai 1974, mais les chifres de popularité ne sont disponibles qu’à partir d’octobre 1978.
**Le premier mandat n’est pas indiqué, car moins représentatif en raison de la cohabitation. Source : Baromètre Kantar TNS/Le Figaro Magazine.
Et maintenant les Antilles
La métropole ne suffit pas à
François Hollande. A l’occasion de la sortie de son livre
(« Les leçons
du pouvoir »,
Stock) en format de poche,
en mars, l’exchef de l’Etat,
qui a déjà participé à quelque 80 séances de
dédicaces dans l’Hexagone, se
lancera dans une tournée de
signatures aux Antilles et en
Afrique. Il ne faut négliger
aucun (é)lectorat.
Le PS pioche
chez les gilets jaunes
Olivier Faure a décidément
beaucoup de mal à constituer
la liste PS pour les européennes. Il espère toujours
faire alliance avec Raphaël
Glucksmann, le leader de
16 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
La (mauvaise) blague de la sénatrice
A une question posée lors de la commission d’enquête sur
son voyage au Tchad, Alexandre Benalla a répondu lundi :
« J’ai été reçu en tant qu’Alexandre Benalla, et je suis désolé, je n’ai
pas pu changer de prénom… » Dans la salle, on entend en écho :
« Bah, c’est déjà fait ! », allusion déplacée au prénom de naissance de Benalla (Maroine). Stupéfaction de certains, gloussement de la sénatrice Esther Benbassa (EELV). La remarque
vient de la sénatrice Eliane Assassi, présidente du groupe
communiste qui, quelques secondes après, met sa main sur
sa bouche. « C’est malheureux, ça lui a échappé », la défend Loïc
Hervé (UDI). La sénatrice reconnaît sa bourde en nous précisant qu’il s’agissait d’une « réaction spontanée et en aparté ». E. T.
Place publique, mais les aubryistes et autres ténors, telle
Valérie Rabault, patronne des
députés PS, s’y opposent. En
attendant, le patron du PS a
approché Ingrid Levavasseur,
gilet jaune, un temps pressentie pour être chroniqueuse
sur BFMTV. Glucksmann
serait d’accord pour qu’elle
figure sur une liste.
« Il ne faut
pas regarder
BFMTV toute
la journée. »
Céline Pigalle, directrice
de la rédaction de la chaîne
d’info en continu, évoquant
notamment des élus
politiques obsédés par
les images et qui les
« consomment sur des
durées épouvantables »
(France 5, 19 janvier).
ILLUSTRATION : GOUBELLE POUR « LE POINT » – HANS LUCAS/IDRISS BIGOU-GILLES – APAYDIN ALAIN/ABACA – PDN/SIPA, GRAPHISME CHRISTOPHE THOGNARD - GABRIEL DUVAL / AFP - PATRICK KOVARIK / AFP - CHARLES PLATIAU / POOL / AFP LEWIS JOLY/SIPA - LUDOVIC MARIN / POOL / AFP
À L’AFFICHE
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RTL
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LE POINT
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POSITIF
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LE POINT DE LA SEMAINETECH&NET
Ne laissons pas mourir l’Increvable !
possibles figure la création d’une ligne
de production dans l’ancienne usine de
FagorBrandt à La Roche-sur-Yon. Le problème, c’est que cela nécessiterait un
important investissement, entre 5 et
10 millions d’euros. « Notre objectif est de
trouver un partenaire industriel qui nous
accompagne dans cet investissement », explique Christopher Santerre. Une initiative qui, tout comme le lancement
récent du lave-vaisselle Bob (voir
Le Point du 17 janvier), permettrait de
lutter contre l’obsolescence programmée tout en créant des emplois dans
l’Hexagone § PAGE DIRIGÉE PAR GUILLAUME GRALLET,
Après leurs études de design industriel
à l’Ensci, Julien Phedyaeff et Christopher Santerre, tous les deux âgés de
moins de 35 ans, ont eu l’idée de l’Increvable, une machine à laver qui ne lâche
pas avant… cinquante ans. L’idée ? S’appuyer sur l’utilisation de matériaux robustes et offrir la capacité de changer
une à une les pièces défectueuses. Le
projet a déjà séduit plusieurs acteurs du
numérique comme le français Dassault
Systèmes ou encore l’américain Cisco,
qui a distingué le projet, lauréat de son
SwitchUp Challenge. Mais le rêve des
deux entrepreneurs est également de
produire en France. Parmi les pistes
Le secret du drone
Cartographie et surveillance :
voilà les deux fonctions principales d’Avem – du latin avis,
qui signifie « oiseau » –, un
drone signé du français Aeromapper. Pesant 2 kilos, ce
drone peut couvrir 400 hectares par heure à 150 mètres
du sol, en surveillant les rails,
les pipelines ou encore les ga-
Justice algorithmique
Les salles d’audience américaines ont décidé de faire appel à l’intelligence artificielle
pour calculer la probabilité
de récidive d’un accusé, révèle la MIT Technology Review.
Transmis au juge, ce résultat
aiderait le magistrat à décider
de la sévérité de la peine, si le
prévenu doit faire de la prison préventive ou s’il peut
être libéré… Des algorithmes
biaisés selon leurs opposants,
inquiets de voir les tribunaux
se déshumaniser.
50 millions
d’euros
Voilà l’amende que vient
d’infliger la CNIL à Google.
Les géants d’Internet sont
régulièrement taclés par Tim
Cook, le numéro un d’Apple,
qui ne cesse de répéter sa
volonté de protéger la vie
privée des utilisateurs. Dans
une tribune publiée dans
Time, il appelle à lutter
LE MATCH DE LA SEMAINE
Qui va mettre en place
le meilleur PC pour joueurs ?
L’enjeu. Mettre en place le
meilleur ordinateur à destination des fans de jeux vidéo.
Le constructeur américain
Dell s’y essaie avec son modèle baptisé Alienware M17,
alors que le taïwanais Asus
dégaine un Zenbook
S13. Les deux modèles sont attendus au premier
semestre.
Ecran. Le Dell, avec son écran
de 17,3 pouces, est plus grand
que celui de 13,9 pouces signé Asus. Avantage Dell.
Poids. 2,63 kilos pour le modèle signé Dell. L’Asus Zenbook S13 ne fait que 1,1 kilo.
Avantage Asus.
Processeur. Si les deux ultraportables fonctionnent sur
IntelCore, le processeur du
modèle Dell peut tourner
jusqu’à 4,5 gigahertz. Avantage Dell.
18 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
contre les data brokers
qui font commerce de nos
données.
Design. Quasiment pas de
bordure pour l’Asus Zenbook
S13, qui a une caméra en
encoche inversée ; alliage de
magnésium et de cuivre pour
l’ordinateur de Dell. Egalité.
Verdict. Dell remporte
ce match réservé aux
passionnés de jeux
vidéo. On attend les
prix de ces machines
de course.
Bientôt Winky
Le français MainBot vient de
lever 500 000 euros pour son
robot ludique Winky,
qu’il prévoit de sortir cet
automne. Doté de la reconnaissance gestuelle et incubé
à l’Ecole polytechnique,
il veut offrir une alternative
hexagonale aux robots
programmables, comme
les Lego Mindstorms.
« La France est en
proie à suffisamment
de menaces. N’y
ajoutons pas notre
propre naïveté. »
Florence Parly, ministre
des Armées, en annonçant la nouvelle
cyberdoctrine française et le recrutement d’un millier de
cybercombattants.
DELL INC. – ASUS – MARIO SIMON LAFLEUR/SP – MUSTAFA YALCIN/ANADOLU AGENCY/AFP – AEROMAPPER
zoducs. En cas de panne de
batterie, Avem est en outre
capable de planer sur 2 kilomètres, ce qui évite les chutes
intempestives.
AVEC GUERRIC PONCET ET HÉLOÏSE PONS
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détaillée ci-après). (1) Exemple pour la Location Longue Durée sur 36 mois et 30 000 km d’un Nouveau SUV Citroën C5 Aircross PureTech 130 S&S BVM6 Start
neuf, hors option ; soit un 1er loyer de 3 700 € puis 35 loyers de 249 € incluant l’assistance, l’extension de garantie et l’entretien au prix de 23 €/mois pour 36 mois
et 30 000 km (au 1er des deux termes échu). Montants exprimés TTC et hors prestations facultatives. Offre non cumulable, valable jusqu’au 28/02/19, réservée aux
particuliers, dans le réseau Citroën participant et sous réserve d’acceptation du dossier par CREDIPAR/PSA Finance France, locataire gérant de CLV, SA au capital de
138 517 008 €, RCS Nanterre n° 317 425 981, 9 rue Henri Barbusse CS 20061 92623 Gennevilliers Cedex. Citroën C5 Aircross est éligible à la prime à la
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LE POINT DE LA SEMAINESCIENCES
Inégaux devant la douleur
L’INVENTION
SANTÉ Hommes et femmes
Un logiciel pour détecter le cancer du col de l’utérus
CANCÉROLOGIE Grâce à l’intelligence artificielle,
des chercheurs ont mis au point un tout
nouveau logiciel capable d’améliorer
sensiblement le dépistage du cancer du col
de l’utérus. Son algorithme, qui analyse des
photos, fait mieux que les experts humains
et que les examens de type frottis cervical.
Ainsi, la présence de cellules précancereuses
a été visuellement détectée dans 91 % des
cas, contre 69 % qui l’ont été par un expert
et 71 % grâce à un frottis. Pour développer
cet algorithme, le logiciel a dû « étudier »
plus de 60 000 images prises lors du suivi
médical de 9 400 femmes pendant plusieurs
années, dix-huit ans pour certaines. Ce qui
lui a permis de relier chaque cancer, apparu
chez ces femmes, à l’image du col de l’utérus
avant l’apparition de la maladie. Ses
concepteurs espèrent encore améliorer les
performances de leur système dans les trois à
cinq prochaines années, tout en réalisant
plus d’essais cliniques. L’objectif à terme
est que les professionnels de santé puissent
Micrographie.
Cellule
cancéreuse du
col de l’utérus.
n’auraient pas la même
mémoire de la souffrance
physique. Une équipe
canadienne a montré que
les hommes conservent un
souvenir net de leur douleur
passée. De sorte que, s’il est
ravivé, il provoque un stress
et une hypersensibilité
à la douleur ultérieure.
En revanche, les femmes ne
semblent pas stressées par le
souvenir de leur souffrance.
L’expérience produit le même
résultat chez la souris
(Current Biology).
Jeunes anneaux
effectuer ce dépistage sans formation
préalable, simplement en prenant une photo
qui sera analysée par le logiciel. De quoi
faire très certainement reculer la mortalité
liée à cette pathologie (Journal of the National
Cancer Institute).
ASTRONOMIE Saturne n’a pas
ESPACE Une graine de coton emportée par
la sonde chinoise « Chang’e 4 » a poussé sur
la face cachée de la Lune. Bien sûr, cette
petite plante n’a pas pris racine dans le sol
lunaire. Elle a pointé son nez dans un module de 3 kilos pour 18 centimètres, totalement étanche mais contenant de la terre et
dotée d’un éclairage reproduisant le spectre
de la lumière du soleil (photo). Arrosée dès
l’alunissage de « Chang’e 4 », le 3 janvier,
maintenue à bonne température et alimentée en oxygène, cette graine a germé avant
de succomber au gel par un froid lunaire
aux côtés de ses compagnons de voyage : des
œufs de mouche, de la levure, un plant de
pommes de terre et des graines de moutarde,
restés – du moins pour le moment – inertes.
CHIFFRES
1,5
1,4
1/4
litre
centimètre
C’est la quantité de saumure rejetée pour chaque litre d’eau douce
produit par une usine de dessalement d’eau de mer. Au niveau
mondial, ce sont 51,8 milliards
de mètres cubes de solution ultrasaline qui sont générés chaque
année. De quoi bouleverser les
écosystèmes et accroître, encore,
le réchauffement des océans
(Science of the Total Environment).
C’est la montée du niveau des
océans due à la fonte des glaces de
l’Antarctique enregistrée entre
1979 et 2017. Or, depuis 2009,
cette fonte est 6 fois plus rapide
qu’il y a quarante ans. Au total, le
continent blanc renferme
suffisamment de glace pour
provoquer une élévation
de 57 mètres du niveau des mers.
Demain, le déluge ? (PNAS)
Un Français sur quatre a déjà été
confronté à une pénurie de médicaments. C’est le résultat d’un
sondage réalisé par l’Union
nationale des associations agréées
d’usagers du système de santé. Ces
ruptures d’approvisionnement
ont une conséquence directe sur
la qualité des soins, y compris
pour des patients atteints d’une
affection de longue durée, parfois
grave (France assos santé).
20 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
toujours été entourée
d’anneaux. Ceux-ci seraient
apparus il y a entre dix et cent
millions d’années, selon
les données récoltées en 2017
lors du plongeon suicide de la
sonde « Cassini ». Une période
qui correspond à peu près à
l’époque des dinosaures sur
Terre (Science). H. P.
La faute au sperme ?
PROCRÉATION Et si les fausses
couches étaient aussi liées
à la santé des pères ? Des chercheurs britanniques ont comparé le sperme de 50 hommes
dont les partenaires avaient
subi plusieurs fausses
couches d’affilée avec celui
de 60 volontaires dont les
partenaires n’en avaient subi
aucune. L’analyse a révélé
que le sperme des hommes
du premier groupe présentait
deux fois plus de dommages
au niveau de l’ADN
(Clinical Chemistry).
PAGE DIRIGÉE PAR GWENDOLINE
DOS SANTOS, AVEC CHLOÉ DURAND-PARENTI
SCIENCE PHOTO LIBRARY – LEEMAGE – AFP
Du coton a poussé sur la Lune
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LE POINT DE LA SEMAINE
LE CARNET
DÉCÉDÉS
Le prix François-Sommer
pour Alain Finkielkraut.
Bruno Sialelli, directeur
artistique de Lanvin.
CONCOURS
Paysagiste et organisateur des Journées
des plantes de Courson, transférées à
Chantilly, le prince Amyn Aga Khan,
frère de l’Aga Khan, présidera le jury
du 28e Festival international des jardins
du domaine de Chaumont-sur-Loire.
COUTURE
Ancien de chez Loewe, Balenciaga,
Acne Studios et Paco Rabanne, Bruno
Sialelli devient le directeur artistique
de la maison Lanvin.
GARDE-ROBES
Au lendemain de la vente par
Mouna Ayoub de 100 pièces signées
Yves Saint Laurent chez Cornette
de Saint Cyr, Catherine Deneuve,
grande amie du couturier, se sépare,
le 24 janvier chez Christie’s à Paris, de
350 pièces de sa collection personnelle.
Le vestiaire de Catherine
Deneuve aux enchères.
Philippe Decouflé,
au Mondial du tatouage.
Xavier Couture, président
du Théâtre de la Ville.
NUANCE
Après le jaune-vert en 2017 et
l’ultraviolet en 2018, le rose corail sera
la teinte phare de 2019. Ainsi en a
décidé Pantone, le coloriste américain
bicentenaire, éditeur d’un nuancier qui
compte 2 300 coloris, dont la référence
16-1546 baptisée Living Coral.
TATOUAGES
Contacté par Tin-Tin, le tatoueur star
fondateur du Mondial du tatouage,
le chorégraphe Philippe Decouflé va
parrainer la 9e édition de ce Salon.
Du 15 au 17 février, il réunira à la
Villette 420 tatoueurs venus de 40 pays.
ENTRÉE EN SCÈNE
Xavier Couture, ancien numéro deux
de France Télévisions, vient d’être
nommé président du Théâtre de
la Ville. Il succède à Dominique Alduy,
nommée en 2006. Le théâtre parisien
est en rénovation depuis 2016.
PAGE DIRIGÉE PAR MARIE-CHRISTINE MOROSI
22 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
Henri d’Orléans
85 ans. Comte de Paris, prétendant au trône de France.
Né en Belgique, officier, il
quitte l’armée en 1967 pour
se lancer dans la finance. Descendant du frère de Louis XIV,
Philippe d’Orléans, et de
Philippe Egalité – qui avait
voté la mort de Louis XVI –,
il appartenait à la branche
des orléanistes. Père de cinq
enfants nés de son mariage en
1957 avec Marie-Thérèse de
Wurtemberg, il divorce en
1984 et se remarie la même
année avec Micaela Cousino
Quinones de Leon. Désavoué
par son père, il ne fut
confirmé qu’en 1996 dans
l’ordre de succession dynastique. Le nouveau prétendant
est Jean d’Orléans (lire p. 16).
Marcel Azzola
91 ans. Légende
de l’accordéon. Né
à Ménilmontant
dans une famille
de musiciens italiens, il pratique
le violon avant de s’initier au
piano à bretelles. As du musette, il fut le précurseur de
l’accordéon classique et de
jazz. Il a joué avec autant
d’aisance avec Bécaud, Gréco,
Barbara, Mouloudji, Vian,
Piaf ou Brel qu’avec Django
Reinhardt, Stéphane Grappelli, Yehudi Menuhin ou
Didier Lockwood. Egalement
interprète de nombreuses
musiques de film, il avait
obtenu en 2002 l’intégration
de l’enseignement de son instrument fétiche au Conservatoire. Il est le fameux Marcel
du « chauffe, Marcel, chauffe »
de Brel dans « Vesoul ».
François Perrot
94 ans. Figure populaire
du cinéma, du théâtre et
de la télévision, cet ébéniste
de formation a interprété des
centaines de seconds rôles.
Michael Atiyah
89 ans. Mathématicien
britannique, Médaille Fields
en 1966.
Masazo Nonaka
113 ans. Selon le « Guinness
des records », ce Japonais né
en 1905 était l’homme le plus
âgé du monde.
Andrew Orr
70 ans. Cofondateur de Radio
Nova avec Jean-François Bizot
en mai 1981.
Philippe Rivé
60 ans. Artisan de la création
du Mémorial national de
la prison de Montluc (Rhône),
qu’il dirigeait depuis 2017.
Anne-Marie Minvielle
75 ans. Journaliste et photographe, auteure de nombreux
guides touristiques.
Carol Channing
97 ans. Vedette de Broadway,
créatrice de la comédie
musicale « Hello, Dolly ! »
en 1964.
LEEMAGE – THE YOMIURI SHIMBUN /AFP – AFP – DOMINIQUE MAITRE/WWD/REX//SIPA – COURTESY – AFP/MEHDI FEDOUACH – STUDIO HARCOURT PARIS
LAURÉAT
Pour son livre « Des animaux et des
hommes » (Stock-France Culture),
Alain Finkielkraut a reçu le prix
François-Sommer. Créé en
1980 par l’épouse du fondateur du
musée de la Chasse et de la Nature,
ce prix est doté de 15 000 euros.
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LE POINT DE LA SEMAINEVOTRE ARGENT
OLIVIER DE BERRANGER
La Financière de l’Echiquier
Pourquoi ne croyez-vous
pas à une récession
mondiale ?
Pour au moins trois raisons.
Les taux d’intérêt vont arrêter
de monter. Les gouvernements se sont engagés dans
une politique de soutien
budgétaire qui va prendre
le relais de la politique
monétaire expansionniste
des banques centrales.
Enfin, le prix du pétrole
a fortement baissé et les
marchés ne l’ont pas suffisamment pris en compte.
Cela vous incite-t-il
à revenir en Bourse ?
Oui, car les valorisations des
actions de la zone euro sont
arrivées à des niveaux tels
qu’elles ne peuvent que
rebondir à l’horizon de trois à
cinq ans. Les investisseurs,
qui ont commencé à déserter
les marchés européens à
partir de mars 2018, amorcent
leur retour. Cela n’exclut pas,
à court terme, de la volatilité,
même si beaucoup de
mauvaises nouvelles (Brexit,
Italie…) sont déjà « pricées ».
Il faudra tenir les positions
en profitant des rendements.
Assurance-vie : les gagnants de 2018
On nous avait annoncé la poursuite en 2019 de LE CRU 2018
la descente en enfer. C’est loin d’être le cas !
Rendement
Distributeur/
Nom du contrat
Certes, le rendement des fonds en euros pourassureur
2017*
2018
suit sa baisse (– 0,15 % par rapport à 2017), mais
Afer (Aviva)
Contrat Afer
2,40 % 2,25 %
après une année 2018 noire pour les placements
financiers – quasiment tous les fonds actions
Agipi
Cler
2,10 % 2,10 %
sont dans le rouge – les taux servis par les meilleurs fonds en euros restent positifs. Dès lors
AGPM Vie
Eparmil
2,35 % 2,30 %
qu’ils dépassent 2,10 %, ils sont supérieurs à
Asac Fapès
Epargne
l’inflation, même après la ponction opérée par
2,13 % 2,48 %
(Allianz)
retraite 2
les prélèvements sociaux (17,2 %).
Le placement phare de l’assurance-vie contiCarac
Entraid’Epargne 2,20 %
2%
nue ainsi année après année de remplir son ofGaipare
Livret Gaipare,
2,65 % 2,50 %
fice : délivrer une performance qui sauvegarde
(Allianz Vie)
Gaipare II…
le pouvoir d’achat de l’épargne. Un des atouts
Le Conservateur Conservateur
Helios Sélection 2,45 % 2,27 %
du fonds en euros est en effet que, contrairement aux unités de compte (actions, obligaMACSF
RES
2,40 % 2,20 %
tions…), le rendement est définitivement acquis
et capitalisé quelles que soient les performances
Parnasse Maif
Nouveau Cap
2,05 % 1,80 %
futures. Une sécurité qui explique que, malgré
Primonial
Sérénipierre
tous les efforts des assureurs pour convertir les
3,40 % 3,20 %
épargnants aux unités de compte en actions,
Batiretraite
SMAvie
2,26 % 2,24 %
les sommes investies dans les fonds en euros
Multicompte
représentent 1 300 milliards sur les 1 600 milSociété générale Ebène
1,80 % 1,80 %
liards d’euros investis en assurance-vie.
L’Afer, la première association d’épargnants *Net de frais de gestion mais avant prélèvements sociaux.
avec plus de 750 000 adhérents et
56 milliards d’euros d’épargne
Euro du contrat Sérénipierre (79 %
gérée, a annoncé un taux de 2,25 %
de l’épargne est investie dans la
LE MEILLEUR
net de frais de gestion, mais avant
pierre) distribué par le groupe PriRENDEMENT REVIENT
prélèvements sociaux, contre
monial a délivré 3,20 % pour 2018
AU FONDS EN EUROS À
2,40 % en 2017. L’association Gaitout en renforçant la réserve
FORTE CONNOTATION
constituée en 2017.
pare fait encore mieux avec un
IMMOBILIÈRE.
taux de 2,50 %, contre 2,65 % en
Mais tous les fonds en euros ne
2017. Et ce sans puiser dans les réfont pas aussi bien. La moyenne
serves. Bien au contraire, l’association a accru attendue devrait se situer à 1,60 %. Ce sera la
de 15,2 millions d’euros sa provision pour par- première fois que le taux moyen sera inférieur
ticipation aux bénéfices. Si elle avait distribué à celui de l’inflation (1,70 %). Si le rendement
cette somme, elle aurait affiché un taux supé- est quand même deux fois plus élevé que celui
rieur. SMAvie a presque réitéré le taux de 2017 du livret A, bloqué à 0,75 %.
à 2,24 % pour son support en euros Batiretraite
La baisse des rendements s’explique comme
MultiCompte et celui de 2,12 % pour Batire- l’an passé par la faiblesse des taux d’intérêt
traite 2. Le Conservateur a, quant à lui, délivré maintenus à des niveaux bas par les banques
2,27 % aux souscripteurs de son contrat Conser- centrales afin de favoriser la croissance et de
diminuer le poids des dettes publiques. S’y est
vateur Helios Sélection, et la Carac 2 %.
Le meilleur rendement revient comme l’an ajoutée cette année la contre-performance des
dernier aux fonds en euros à forte connotation actifs investis en actions §
immobilière. Ainsi, le fonds Sécurité Pierre PAGE DIRIGÉE PAR LAURENCE ALLARD
PERFORMANCES DES PRINCIPALES PLACES SUR UNE SEMAINE
Sur quels titres faut-il miser ?
Nous privilégions les
business models déconnectés
en grande partie du cycle :
la pharmacie au travers de
Novo Nordisk, l’alimentation
bio (Wessanen), les éditeurs
de logiciels (SAP) ou les
télécoms (Vodafone) §
New York
Paris
Zone euro
Shanghai
Tokyo
Dow Jones
CAC 40
Euro Stoxx 50
SSEC
Nikkei 225
+ 3,33 %
+ 2,21 %
+ 2,29 %
+ 2,95 %
+ 1,77 %
Prêts à la consommation Taux le plus fréquemment accordé
Sur 24 mois : 1 %
Source : Empruntis.com.
24 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
Sur 36 mois : 2,10 %
Sur 48 mois : 2,80 %
CRÉDITS IMMOBILIERS
15 ans : 1,05 %
25 ans : 1,25 %
20 ans : 1,17 %
30 ans : 1,80 %
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LE POINT DE LA SEMAINEURBANISME/IMMOBILIER
De grands jardins
suspendus ponctuent
la minitour tous les
quatre étages.
CASTRO-DENISSOF ASSOCIÉS (X2)
L’innovation urbaine
de la place du FrontPopulaire traduit
la mixité voulue
du Grand Paris.
26 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
Aubervilliers,
la révolution
de Castro
Tout est bien qui finit bien. Après une
« longue marche » de dix années d’attente,
l’architecte Roland Castro, inaltérable trublion des maîtres d’œuvre de l’Atelier international du Grand Paris, voit enfin
fleurir sa tour Emblématik au pied du
métro Front-Populaire (ligne 12), en plein
cœur de La Plaine-Saint-Denis. Un ensemble mixte de quelque 130 appartements (dont 40 logements sociaux),
complété de 110 chambres pour étudiants,
de commerce en socle d’immeuble ainsi
que de 75 places de parking. « Faire oublier
les tristes tours “cages à lapins”, n’utiliser que
le minimum de surface au sol pour bâtir plus
et limiter l’étalement urbain… Ce premier
maillon concret du programme “Habiter le
ciel”, élaboré par l’agence Castro-Denissof
Associés, a remporté un vif succès dans un délai de vente record », s’enthousiasme
Jean-Philippe Ruggieri, directeur général
délégué du promoteur Nexity, porteur du
projet. La nouveauté réside dans le changement d’échelle qui rythme les 18 étages
du bâtiment principal, culminant à
57 mètres. Tous les quatre niveaux, des
jardins suspendus, accessibles à l’ensemble des habitants de l’immeuble, entourent des duplex superposés. Une mise
en scène végétale qui s’apparente aux carrés d’espaces verts agrémentant les maisons individuelles. « Tout d’abord prévu à
Clichy puis à Gennevilliers, ce type de “village vertical”, qui n’existe nulle part ailleurs
dans le monde, émerge à Plaine Commune
grâce à l’autorisation de doubler ici le seuil
réglementaire de 28 mètres de hauteur maximale, nous a confié Roland Castro. Intense,
agreste, ce projet-manifeste reflète une certaine idée de la ville et de Paris en grand. Je
rêve que son concept soit pillé et réutilisé à loisir par mes confrères. Je souhaite aussi qu’il
rejoigne les aspirations de la population, de
l’apéritif convivial entre voisins jusqu’aux potagers urbains. » Résidence universitaire,
logements sociaux et privatifs rassemblant propriétaires et locataires… ce collage dessine un quartier mixte semblable
à un petit morceau de ville. « N’oublions
pas la brasserie située en pied d’immeuble.
Vivement qu’elle devienne un sympathique
lieu de rendez-vous pour les étudiants du campus Condorcet tout proche », ajoute Roland
Castro § BRUNO MONIER-VINARD
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EN COUVERTURE
C’est qui le pa
Cordon ombilical. Alexis Kohler,
secrétaire général de l’Elysée,
tend une note à Emmanuel
Macron, lors de la venue du
président de la République
au Parlement européen,
à Strasbourg, le 17 avril 2018.
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tron ?
Coulisses. Entre Macron et
les technocrates, une étrange
bataille est engagée.
Qui a vraiment le pouvoir
au sommet de l’Etat ?
PAR LAURELINE DUPONT ET MARC VIGNAUD,
AVEC ERWAN BRUCKERT ET OLIVIER PÉROU
« Depuis son itinérance
mémorielle, le président est agacé par
l’administration »,
murmure en petit comité Nathalie Loiseau,
ministre chargée des
Affaires européennes.
PASCAL BASTIEN/DIVERGENCE
«L
e premier qui dit du mal des technos met 2 euros
dans le cochon ! » Au ministère des Relations
avec le Parlement, Marc Fesneau a décidé de
moquer l’air du temps, de rompre avec le discours
anti-haute administration tellement en vogue qu’il
en devient conventionnel. Avant même la crise des
gilets jaunes, combien de ministres et de députés
a-t-on entendus accuser de tous les maux ces fameux
« technos » obsédés par l’orthodoxie budgétaire et « en
dehors du monde », selon l’expression d’un député
LREM francilien ? Leur incarnation parfaite aux yeux
de ces élus ? Le duo Alexis Kohler-Benoît Ribadeau-Dumas, respectivement secrétaire général de l’Elysée et
directeur du cabinet du Premier ministre, coupables,
selon leurs interlocuteurs, d’être obsédés par les
comptes publics quand on attendait d’eux un peu
d’empathie et de sens politique. « Il ne faut pas oublier
que la vie humaine n’est pas faite de chiffres, on ne peut pas
dire “votre pouvoir d’achat va augmenter” sur la base d’indicateurs économiques alors que des gens sont en difficulté
et que leur pouvoir d’achat n’augmente pas, s’indignait
en décembre Marlène Schiappa. Un discours éthéré ne
peut pas tenir, car ça n’évoque rien, il n’y a pas de chair. Et
ce n’est pas faux de dire que certains responsables politiques
ou hauts fonctionnaires sont complètement déconnectés.
Quand on a gagné toute sa vie plus de 10 000 euros par
mois, on ne sait pas comment on s’en sort dans la vie quand
la carte bleue affiche “paiement refusé” dès le 15 du mois. »
Paradoxalement, ce discours anti-technos est alimenté jusqu’au sommet de l’Etat. « Depuis son itinérance mémorielle, le président est agacé par l’administration », murmure en petit comité Nathalie Loiseau,
ministre chargée des Affaires européennes. A l’Elysée, plus personne ne se prive de pointer du doigt ces
hauts fonctionnaires qui seraient à l’origine de cafouillages, d’exécutions hasardeuses de réformes, voire
de blocages. « L’administration est trop lente », trompette
le conseiller spécial Ismaël Emelien quand le …
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 29
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EN COUVERTURE
tère de l’Economie et des Finances,
à se frotter les mains de voir débarquer à l’Elysée l’un des leurs, un
inspecteur des Finances passé par
la maison. Son programme colle
parfaitement aux idées qu’ils défendent : la nécessité de respecter
les engagements européens de la
France en matière budgétaire en
jugulant l’augmentation inexorable de la dépense publique. Alors,
quand la Cour des comptes prépare son rapport annuel sur l’état
des finances publiques, en juin, les
fonctionnaires de la direction du
Budget et du Trésor ne se privent
pas de noircir un peu le tableau de
la situation laissée par Michel Sapin, l’ancien ministre des Finances,
afin de bien garantir le passage
sous la barre européenne fatidique
des 3 %. Message reçu par les magistrats financiers, qui tirent la sonnette d’alarme : si rien n’est fait
pour corriger la copie, le déficit se
dirige allègrement vers 3,2 %, bien
au-delà de la cible officielle de 2,7 %,
prévient son premier président,
Didier Migaud. Si elle avait écouté
les fonctionnaires de Bercy, la Cour
L’incroyable affaire du E171
Le 22 novembre dernier, Matignon
convoque quelques hauts fonctionnaires à une « réunion interservices » sur
la loi EGalim, votée quelques semaines
plus tôt à l’Assemblée. Une nouvelle
étude d’impact sur la suspension de
l’additif alimentaire E171, présent notamment dans les bonbons et suspecté
d’être cancérogène par plusieurs organismes de santé, est alors demandée.
Une requête qui balaie de facto la suspension votée par les députés. Un mois
plus tard, Bruno Le Maire l’annonce : il
ne signera pas le décret d’application
de la suspension du dioxyde de titane.
« La cohérence, c’est d’avoir une évaluation
qui soit partagée sur les dangers du
dioxyde de titane », justifie-t-il. Les députés LREM, ainsi que Brune Poirson, la
secrétaire d’Etat à la Transition écologique et solidaire, montent au front.
« Les gens de Bercy se sont mis dans leur
bulle et n’ont répondu à personne, déplore-t-on au ministère de la Transition
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Sans E171. Brune Poirson visite la confiserie Verquin
à Tourcoing, le 18 mai 2018.
écologique. La réunion interservices s’est
tenue entre technos et aucun politique
n’était présent pour rappeler le vote de
notre majorité. » Un refus qui a fait long
feu. Sous la pression des associations et
des parlementaires, Bercy cède et demande à l’Anses un ultime rapport afin
de signer le décret. Au ministère de
l’Ecologie, on veille au grain :
« La bataille avec Bercy sur ce sujet n’est
pas terminée. » § O. P.
des comptes aurait pu aller jusqu’à
3,3 %, souligne une source impliquée dans le processus. Il faut dire
que la dernière loi de finances de
François Hollande est un budget
de campagne électorale, truffé de
sous-évaluations de dépenses dont
les technos savent parfaitement
qu’elles dépasseront les montants
inscrits. Grâce à une accélération
inattendue de la croissance, le déficit 2017 tombera finalement à
2,6 %. Mais à l’époque les huiles de
Bercy ne le savent pas encore. Entretemps, ils ont vendu au gouvernementdesmesurestrèsimpopulaires
pour contenir la dérive des comptes
publics. La majorité précédente
avait sous-estimé le montant des
aides au logement à distribuer en
2017 ? Qu’à cela ne tienne, Edouard
Philippe accepte la baisse de 5 euros des APL qui lui est proposée,
malgré le montant modeste des
économies générées (quelques centaines de millions d’euros sur les
derniers mois de l’année). Ce coup
de rabot deviendra un des symboles du mépris supposé du pouvoir envers les Français aux fins de
mois difficiles, un des sparadraps
qui collent encore aujourd’hui aux
doigts d’Emmanuel Macron.
Puissance de Bercy. Pour l’ancien secrétaire d’Etat au Budget de
François Hollande, Christian Eckert, ce genre de coupe budgétaire
figure en bonne place dans le « musée des horreurs » de Bercy. Comprendre : des mesures que la
direction du Budget ressort de ses
cartons à chaque changement de
majorité pour les vendre au ministre fraîchement arrivé, pas toujours immunisé contre la puissance
d’une administration beaucoup
plus expérimentée que lui. Cette
emprise de la haute fonction publique sur les ministres des Finances et du Budget aurait été
encore renforcée avec la réduction
à dix collaborateurs au maximum
par cabinet ministériel voulue par
le chef de l’Etat, dans l’espoir de forcer les cabinets ministériels à travailler main dans la main avec leur
administration, et non plus contre
ou à côté d’elle. « Les cabinets ne sont
plus assez fournis pour faire à la fois
SYLVAIN LEFÈVRE/ABACA
président s’agace de ne pas
voir ses décisions se traduire immédiatement dans le réel. « Macron
est un président dont le défaut principal est d’imaginer que, dès qu’il parle,
le reste du système va se mettre en ordre
de marche, mais ça ne se passe pas
comme ça », soupire un visiteur du
soir. A en croire son entourage, le
chef de l’Etat a été particulièrement
agacé de constater que sa prime à
la conversion était jugée totalement
virtuelle par bon nombre de gilets
jaunes, alors qu’elle est censée leur
permettre de changer de voiture à
moindres frais pour réduire leur
facture de carburant. « On a lancé
cette prime pour aider les gens à s’adapter à la hausse de la taxe carbone et on
a estimé que le job était fait. On ne s’est
pas mis à la place de l’utilisateur »,
regrette-t-on en haut lieu.
Mais le problème est-il vraiment
limité à une mauvaise exécution
administrative des réformes ? Au
sein même de la majorité, beaucoup mettent en cause l’influence
néfaste de Bercy. De fait, quand
Emmanuel Macron est élu, en mai
2017, ils sont nombreux, au minis…
ÉLODIE GRÉGOIRE POUR « LE POINT »
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le travail technique et le travail de packaging politique, déplore un fonctionnaire à Bercy. Une fois enlevés
les chefs, le conseiller presse et le conseiller politique, il ne reste que très peu de
postes pour les conseillers techniques,
alors que ce sont eux qui sont censés
alerter le ministre sur la sensibilité de
telle ou telle mesure. Les alertes ne remontent plus, car ils n’ont pas le temps
de tout voir. Ils ne font que gérer l’urgence. Le pouvoir de décision a été
transféré à Matignon et à l’Elysée, où
il y a une armée mexicaine de conseillers », s’agace le même fonctionnaire. Un conseiller ministériel,
lui, se plaint du manque de variété
des parcours des fonctionnaires et
des membres des cabinets. « Ils ont
le même profil, la même formation, la
même intelligence », tance-t-il. Résultat, tout ce petit monde, passé par
le moule de l’Ena et qui a souvent
connu les deux côtés du miroir, serait incapable d’imaginer l’effet de
ses mesures sur les « vraies gens ».
« Il y a un manque de personnalités
politiques au sens propre du terme »,
poursuit notre interlocuteur.
On ne compte plus les situations
dans lesquelles la main de fer de
Bercy fait sentir sa puissance. Fin
2018, les députés de la majorité découvrent, un peu interloqués, que
c’est le ministère des Armées qui
va devoir financer seul le surcoût
des interventions de l’armée française à l’étranger, en puisant dans
ses autres crédits. La grande muette
doit faire une croix sur la traditionnelle « solidarité interministérielle »
alors même que la loi de programmation militaire, votée quelques
mois auparavant, prévoyait le
Arbitrage. Le ministre
de l’Economie, Bruno
Le Maire, s’entretient
avec Emmanuel Moulin,
son directeur de
cabinet, et Odile
Renaud-Basso, directrice générale du Trésor,
dans le train qui les
mène à Bruxelles,
le 19 décembre 2018.
contraire ! C’est une entaille à la
forte hausse du budget de la Défense progressivement mise en
œuvre par Macron. « Cette solidarité interministérielle était une victoire
du ministère de la Défense qui remontait à Chirac. Bercy a toujours tenté
d’y mettre un terme. Chaque fois, la
Défense a résisté. Florence Parly a été
la première à céder », raconte François Cornut-Gentille, député LR
spécialiste des questions militaires,
qui y voit une illustration de la puissance du ministère des Finances,
mais aussi de son représentant supposé à l’Elysée, Alexis Kohler, un
ancien collaborateur de Pierre Moscovici aux Finances et d’Emmanuel
Macron à l’Economie.
Le paroxysme est atteint quand
Matignon annonce, le 18 décembre, l’annulation des …
« S’il s’agit de qualifier de technos ceux qui font attention
au budget, qui comptent les sous, c’est un peu caricatural. »
Un proche du Premier ministre
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 31
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Casting. Amélie
Verdier, une socialedémocrate à la tête de
la direction du Budget,
à Bercy.
Travail de sape. Pointer du
doigt Bercy ou les technos pour diluer a posteriori la responsabilité
d’arbitrages politiques difficiles à
assumer, la ficelle est un peu grosse.
Central dans l’avènement du mouvement des gilets jaunes, le décalage, de janvier à octobre, des deux
tiers des baisses des cotisations salariales, alors que l’augmentation
de la CSG, elle, a frappé de plein
fouet les 60 % de retraités concernés dès le 1er janvier, a bien été sorti
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du chapeau au dernier moment
par des fonctionnaires du Budget.
Mais il s’agissait de tenir l’objectif
politique de revenir à tout prix
sous la barre de 3 % de déficit, considéré comme un préalable indispensable pour crédibiliser la parole
française à Bruxelles dans la perspective d’une réforme de la zone
euro, tout en se pliant aux promesses un peu trop dispendieuses
du gouvernement. L’épisode est
révélateur. En ce début juillet 2017,
Edouard Philippe annonce un programme économique assez austère dans son discours de politique
générale. Devant les députés du
« nouveau monde », le Premier ministre promet une stabilisation de
la dépense publique et repousse à
2019 les baisses d’impôt sur le ca-
Ils s’intéressent même
aux GPS !
Tom ou Coyote. Ces derniers, afin de
rendre invisibles les opérations de
contrôle de vitesse inopinées – signalées en temps réel par les utilisateurs –,
auraient besoin de recevoir quotidienLa frénésie technocratique s’immisce
parfois dans des recoins insoupçonnés. nement la carte des radars mobiles. Or,
répondent en chœur la police et la genAu moment de l’élaboration de la loi
d’orientation des mobilités (toujours
darmerie, il est impossible d’isoler les
elle), plusieurs participants observent,
opérations de contrôle de vitesse des
ahuris, le délégué interministériel à la
autres opérations de maintien de
sécurité routière en action. Emmanuel l’ordre. Chaque matin, des milliers de
Barbe, à qui l’on doit les 80 kilomètres/ salariés d’entreprises privées receheure, souhaite que les utilisateurs des vraient donc la liste détaillée et cartoapplications de navigation GPS ne
graphiée des interventions de police en
puissent plus voir s’afficher sur leurs
cours. Difficile de ne pas y voir de
écrans les emplacements des radars mo- risques pour la sécurité ! Alerté par plusieurs observateurs, c’est finalement
biles. Cette décision nécessite une coopération entre la police, la gendarmerie Emmanuel Macron lui-même qui interet les opérateurs que sont Waze, Tomvient pour sonner la fin de la récré § L. D.
CÔME SITTLER/RÉA – WAZE – HAMILTON/RÉA
… mesures d’aide à la transition écologique pourtant dévoilées un mois auparavant, au motif
que le gouvernement vient de renoncer à l’augmentation des taxes
sur les carburants en 2019. La décision, là aussi motivée par des critères purement budgétaires,
déclenche une levée de boucliers
immédiate dans la majorité. Le
soir même, Matignon est contraint
d’annoncer l’« annulation de l’annulation »…
Dans l’entourage du Premier
ministre, qui se réclame de la « droite
sociale », on se sent d’ailleurs visé
par le discours anti-technos. « S’il
s’agit de qualifier de technos ceux qui
font attention au budget, qui comptent
les sous, c’est un peu caricatural, dénonce-t-on. Bien sûr qu’on pense qu’il
faut faire attention à la dépense publique et que la dette est mauvaise. Ne
pas vivre à crédit est la condition d’une
justice sociale durable. » Le député
LREM du Finistère Jean-Charles
Larsonneur refuse ce qu’il assimile
à une caricature : « Il n’y a pas les
parlementaires et les technos. Ce discours, je le trouve stérile. »
pital promises par Emmanuel
Macron pendant sa campagne. La
priorité est à la réduction du déficit et de la dette. Stupeur dans une
partie de la macronie, qui crie à la
trahison du programme présidentiel. Bruno Le Maire s’empresse de
plaider auprès de l’Elysée pour revenir sur les arbitrages de Matignon. Emmanuel Macron finit par
donner raison au ministre de l’Economie : l’ISF sera bien transformé
en impôt sur la seule fortune immobilière (Ifi) et l’impôt sur les revenus du capital ramené au taux
unique de 30 %. Et ce dès 2018.
Quant aux économies annoncées
par Edouard Philippe, elles seront
moins drastiques, pour ne pas risquer de plomber la croissance. La
variable d’ajustement sera donc la
baisse des cotisations sociales pour
les salariés, repoussée, pour l’essentiel, de neuf mois.
Les technos de la direction générale du Trésor et du Budget se
plaignent d’ailleurs qu’on leur
prête beaucoup plus de pouvoir
qu’ils n’en ont réellement. « La critique de technos, ça nous fait marrer,
car Bercy est bien souvent borgne »,
confie un fonctionnaire de la maison. Un autre se plaint en effet de
découvrir bon nombre d’annonces
importantes pour le budget à la télévision. Pour préparer ses mesures
sur le pouvoir d’achat, le 10 dé-
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ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
« Bercy est une machine ultra-efficace.
En quarante-huit heures, ses fonctionnaires vous
présentent des solutions. » Un ancien de Bercy
cembre, Emmanuel Macron s’est
passé de leur expertise, reconnaît-on d’ailleurs à demi-mot dans
son entourage. Le chef de l’Etat,
qui a travaillé sa copie avec son petit cercle de conseillers, n’avait pas
envie de s’entendre rétorquer que
les mesures envisagées n’étaient
pas possibles. Mais ce court-circuitage en règle de Bercy a aussi son
revers. Quand les Français entendent le président leur expliquer
que « le salaire d’un travailleur au
smic augmentera de 100 euros par
mois dès le début de 2019 », ils comprennent : tous les travailleurs au
smic. Ce qui est impossible à faire
sans alourdir le coût du travail pour
les employeurs, une piste explicitement exclue par le président. Ce
sera donc aux technos de ramer
pour coller le plus possible à la parole de Jupiter sans donner l’impression de se renier. « Bercy est une
machine ultra-efficace. Quand on leur
dit d’y aller, ils y vont. Et en quarante-huit heures, ils vous présentent
des solutions », se défend un ancien
de la maison, maintenant attaché
à un organe de contrôle. Mais, cette
fois, ils n’ont pas pu empêcher l’impression de flottement entre l’annonce du chef de l’Etat et sa
traduction concrète, ce qui n’a pas
manqué de susciter de l’amertume
dans les rangs de la majorité.
« Quand le président de la République
déclare que le salaire d’un travailleur
au smic augmentera de 100 euros par
mois, ce n’est pas pour que le gouvernement explique ensuite que la hausse
ne bénéficiera qu’à 45 % d’entre eux.
C’est de la magouille de technocrate,
tout ça ! » s’exclame un député.
Il est vrai que la machine de
Bercy peut se cabrer quand elle est
confrontée aux injonctions contradictoires des politiques. La puis-
A la source. Le 10 avril
2018, Gérald Darmanin,
ministre de l’Action et
des Comptes publics,
discute avec Bruno
Parent, le patron de la
Direction générale des
finances publiques, qui
a défendu mordicus le
prélèvement à la source
face aux doutes du chef
de l’Etat lui-même.
sante direction du Budget, chargée
de veiller à la maîtrise des dépenses
publiques, a ainsi pesé de tout son
poids pour stopper l’inflation des
coûts liés à la prime d’activité versée aux travailleurs pauvres,
qu’Emmanuel Macron a promis
d’augmenter pendant sa campagne. C’est peu dire que Bercy n’a
pas œuvré pour trouver un moyen
de la verser automatiquement sur
les comptes bancaires des bénéficiaires afin d’augmenter le taux
de recours à cette aide. Tout en respectant officiellement l’engagement présidentiel de l’augmenter
de 20 euros en octobre, le ministère a même discrètement obtenu
une baisse du taux de cumul entre
la prestation et les revenus du travail. Résultat, la hausse réelle pour
les personnes concernées a plutôt
été de l’ordre de… 8 euros. « Comme
les décisions politiques ne sont …
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 33
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Qui parle le « techno » ?
Jetez un bref coup d’œil à l’intitulé de
l’article 22 de la loi d’orientation des
mobilités (toujours elle), par exemple :
« Mobilités actives et intermodalité ».
Voilà une formule qui mériterait à elle
seule une analyse du regretté Gérard
Genette. S’il existe des mobilités actives,
que recouvrent les mobilités inactives ?
La question reste en suspens. Difficile
de mesurer les conséquences exactes de
l’usage de cette novlangue, ce « langage
de mabouls », pour reprendre l’expression de l’écrivain et avocat François
Sureau. Mais elle contribue à l’évidence
à saper le langage commun et à creuser
le fossé entre des dirigeants « technoï-
souvent plus raisonnables, ils
font parfois un travail de sape pour
limiter la dérive des dépenses, reconnaît un familier de la maison. C’est
terrible, car on peut difficilement faire
autrement sur le plan financier, mais
ça contribue à démonétiser la parole
politique. » Le résultat est paradoxal : « Après avoir fait des économies de bouts de chandelle, ils ont été
obligés de lâcher n’importe comment
face à la crise des gilets jaunes », dénonce un député Les Républicains.
Le coût de la prime d’activité devrait passer de 6 milliards d’euros
par an à quelque 8,5 milliards après
les annonces présidentielles.
Il faut dire aussi que la mission
du ministère du Budget n’est pas
facile. Comme ses prédécesseurs,
Gérald Darmanin a dû endosser le
rôle du père Fouettard face aux ministères « dépensiers ». Et, contre
certains poids lourds, le combat
est inégal. Jean-Michel Blanquer,
le très apprécié ministre de l’Education nationale, a par exemple
pesé de tout son poids politique
pour écarter au maximum les sup-
…
sés », au vocabulaire incompréhensible,
et le citoyen. Certains élus LREM en ont
d’ailleurs pris conscience et jurent que
la crise de décembre leur servira de
leçon. « Prélèvements obligatoires, ça ne
veut rien dire en dehors de Paris », souffle
ainsi Thierry Solère, député LREM des
Hauts-de-Seine. « Désormais, je vais me
faire davantage confiance et m’autoriser à
être moi-même, jure quant à elle Olivia
Grégoire, députée de Paris. Cela fait des
mois que je suis mal à l’aise avec la sémantique. » Même Benjamin Griveaux, pourtant porte-parole du gouvernement,
avoue, dépité : « Moratoire, ça ne parle à
personne. » § L. D.
pressions de postes. Le problème,
c’est que son ministère est un
mastodonte de plus de 1 million
de fonctionnaires sur un total de
5,5 millions, collectivités locales
et fonction publique hospitalière
comprises. Difficile, dans ces conditions, de respecter l’engagement
de supprimer 50 000 postes dans
la fonction publique d’Etat, comme
l’a promis Emmanuel Macron,
sans toucher à ce ministère.
« Fiers comme des paons ».
Dans un livre paru en 2018 (1),
Pierre Moscovici reconnaît que
« l’administration des finances peut
paraître arrogante, dure, rigide, voire
hostile aux projets politiques progressistes ». Selon l’ex-ministre des Finances aujourd’hui commissaire
européen aux Affaires économiques, « son inclinaison spontanée
la pousse plutôt au conservatisme.
Ainsi en va-t-il des arbitrages budgétaires, qui ont tendance à cibler prioritairement toutes les politiques
publiques à finalité sociale, environnementale ou éducative, et des notes
« [Les technocrates de Bercy] nous voient
comme des hippies décroissants et croient
qu’on les considère comme des ogres productivistes. » Un conseiller à la Transition écologique
34 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
du Trésor, qui vont toujours, au nom
de l’exigence des réformes structurelles, dans le sens du libéralisme économique et de la dérégulation ».
A noter toutefois que deux des
directions les plus puissantes de
Bercy sont aujourd’hui occupées
par des femmes marquées plutôt
à gauche (tendance sociale-démocrate) : Amélie Verdier, ancienne
directrice du cabinet de Jérôme
Cahuzac, est à la tête de la direction du Budget, tandis qu’Odile
Renaud-Basso, ancienne directrice
adjointe du cabinet de Jean-Marc
Ayrault à Matignon, commande
la direction du Trésor.
Cela n’empêche visiblement
pas les autres ministères de pester
contre l’arrogance du ministère
de l’Economie et des Finances –
un paquebot de verre on ne peut
plus austère, installé dans le 12e.
« Il faut les voir, ces technocrates, arriver dans une réunion au ministère
de la Transition écologique. Ils sont
fiers comme des paons. Ils nous voient
comme des hippies décroissants et
croient qu’on les considère comme des
ogres productivistes. Non, ils sont
justes des empêcheurs d’avancer ! »
s’exclame un conseiller au ministère de l’Ecologie.
« Bercy ne demande qu’une chose,
c’est d’être commandé, tranche pour
sa part Michel Sapin, qui rappelle
que, à l’origine, la Direction générale des finances publiques n’était
pas du tout favorable à l’instauration du prélèvement à la source
voulue par François Hollande. Et
l’ancien ministre de s’agacer :
« Maintenant, on entend que Bercy
aurait imposé la réforme ! C’est grotesque. » L’ironie du sort, c’est que
Bruno Le Maire est d’accord avec
lui. « J’entends de plus en plus souvent monter dans le débat public cette
idée que tout serait la faute de Bercy.
(…) Je veux m’insurger contre cette vision. Elle est lâche. (…) Si nous voulons le rétablissement des finances
publiques, ce n’est pas parce que Bercy
l’a décidé, c’est parce que deux ministres à leur tête – sous l’autorité du
président et du Premier ministre – ont
décidé le rétablissement des finances
publiques. » C’est loin d’être gagné §
1. « Dans ce clair-obscur surgissent les
monstres » (Plon, 2018).
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EN COUVERTURE
Alain Lambert : « Le pouvoir
est paralysé par des rivalités
de chapelles administratives »
Réglementation. Le président du Conseil national
d’évaluation des normes constate combien il est difficile
de s’attaquer à l’inflation normative.
Le Point : Emmanuel Macron a
notamment été élu sur la promesse
de mettre un terme à l’inflation
normative. Un an et demi après,
où en est-on ?
Alain Lambert : La volonté du président
la simplification d’au moins deux
normes existantes ». Ça ne marche
pas ?
Non, car toutes les normes n’ont pas le
même poids. Si je peux utiliser cette métaphore, deux alouettes n’ont pas le même
poids qu’un cheval. Autrement dit, si vous
supprimez deux alouettes mais que vous
ajoutez un cheval, cela n’a pas le même
effet en termes de complexité et de coût.
de la République est vraiment très forte.
J’ai toutes les raisons de penser, par des
contacts personnels, qu’il est d’une totale
Vous qui présidez le Conseil national
d’évaluation des normes (CNEN),
sincérité. Mais l’inertie administrative
vous voyez toujours les fonctionnaires
française est inébranlable ! Emmanuel
arriver avec la certitude que leurs
Macron se heurte à une rigidité extrême
normes sont nécessaires pour le
du système central qui asphyxie l’innopays ?
vation et même la sérendipité, c’est-àdire la capacité des humains à trouver des
Ça fait dix ans que je suis à la tête de cette
institution, dix ans que j’observe les rapsolutions inattendues aux problèmes qui
porteurs des textes réglementaires qui
leur sont posés. La réglementation est
l’essence de l’administration. Un présont présentés aux élus locaux du Conseil.
Alain Lambert
sident de la République ne peut pas s’ocJe constate que leur art d’écrire le règleAncien ministre du Budget
cuper de tout lui-même, je ne vois pas
ment s’est dégradé. Ils font du journacomment il aurait le temps. Au fond, le
lisme juridique. Ils décrivent une sorte
pouvoir en France n’est plus exercé par personne : il est
d’idéal, qui devient un blocage lorsqu’il doit être appliqué sur
paralysé par des rivalités de chapelles administratives imprele terrain par un fonctionnaire de base. Ils ont beaucoup de
mal à accepter de remettre en question ce qu’ils ont déjà écrit
nables. Je tiens à dire que le chaos du droit est devenu aussi
par le passé. Ce qui me paraît le plus porteur, dans ce qu’Empréoccupant que le chaos des finances publiques. Pire : l’un
alimente l’autre.
manuel Macron a imposé, c’est l’inclusion dans chaque nouveau texte d’un chapitre comportant des mesures de
C’est un constat un peu déprimant. Emmanuel
Macron a pourtant imposé de compenser chaque
simplification. Le problème, c’est son application concrète.
Dans le projet de loi de santé, par exemple, ce chapitre se
nouvelle norme inscrite dans un décret réglementaire
contente de lister une série de textes périmés, déjà désuets. Les
par « la suppression ou, en cas d’impossibilité avérée,
« En dix ans, le Conseil national d’évaluation des normes
a examiné 3 000 textes. Leur coût global atteint près
de 15 milliards d’euros pour les collectivités locales ! »
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ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA
PROPOS RECUEILLIS PAR MARC VIGNAUD
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Le gouvernement a déposé un projet de loi visant
à supprimer certaines surtranspositions de règlements
européens – c’est-à-dire ne plus les transposer
dans le droit français en les rendant encore plus
contraignants. Mais on voit bien que c’est très difficile.
Le problème n’est-il pas que, comme pour les niches
fiscales, il y a toujours un chien pour défendre chaque
norme prise individuellement, par exemple au nom de
la protection du consommateur ou de celle de
l’environnement ?
Ensemble
Royal
Fauteuil inclinable
et son pouf
1890
€
au lieu de 3133€
Il y a une schizophrénie française. Les Français demandent de
la protection, donc des règles, puis viennent se plaindre de ces
mêmes règles. Il y a aussi des lobbys, tant privés que publics,
qui obtiennent des règles de protection en s’appuyant sur la
demande des citoyens. Au CNEN, nous proposons non pas de
passer en revue les textes européens un par un, ce qui est un
travail de bénédictin confinant au ridicule, mais d’édicter une
règle simple : toute surtransposition française relevant du droit
réglementaire ne serait pas opposable. Cela éviterait d’avoir à
supprimer individuellement toutes les surtranspositions et
de se retrouver avec des chiens hurlants aux fesses.
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Les Bonnes Adresses du
supprimer n’apportera donc pas de véritable simplification !
En dix ans, le Conseil national d’évaluation des normes a examiné 3 000 textes, c’est-à-dire presque un par jour. Leur coût
global atteint près de 15 milliards d’euros pour les collectivités locales ! J’affirme que ces 15 milliards auraient pu être économisés. On aurait pu édicter de nouvelles normes en en
effaçant d’autres plus anciennes.
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Il y a tout de même eu des avancées, comme
la suppression de l’adaptation obligatoire de tous
les logements neufs aux normes d’accessibilité aux
handicapés…
Oui, c’est un domaine où Emmanuel Macron a fait comprendre
à l’administration prescriptrice que ça finirait mal si elle
résistait.
Sous l’impulsion d’un groupuscule de l’environnement, il y
en a une qui impose de réduire l’intensité lumineuse de l’éclairage public dans un délai de quelques mois, au nom de la réduction de la consommation d’énergie. On se demande s’il
s’agit de faire changer tout l’éclairage public de France pour
faire gonfler le chiffre d’affaires de certaines entreprises ! Le
texte est uniforme pour Paris et le petit village de Trifouillis-les-Oies… Les maires ne le feront évidemment pas ! Le président avait aussi promis d’alléger les normes sismiques là où
la terre n’a jamais tremblé. Le texte est prêt, mais il ne sort pas
parce qu’un chef de bureau en a décidé autrement.
Y a-t-il un pays européen qui était entravé par le poids
des normes et a réussi à inverser la tendance ?
L’Allemagne, qui a créé une sorte de CNEN à peu près à la même
époque que nous. Sauf qu’elle lui a donné une espèce de droit
de veto non pas sur les textes législatifs, car il faut évidemment
respecter le Parlement, mais sur les textes réglementaires produits par l’administration. L’administration fédérale a dû entamer un dialogue, une démarche consensuelle. Lorsque les
citoyens se plaignent de l’absence de protection par les règles,
les pouvoirs publics peuvent faire valoir qu’ils doivent composer avec un organisme en dehors de leur contrôle. On pourrait l’essayer à titre expérimental §
* Selon dates en vigeur par départements. Voir conditions en magasin.
Quel exemple de norme absurde adoptée récemment
pourriez-vous donner ?
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Les maires, armes
anti-« technos »
Contournement.
Et si le grand débat
permettait au chef
de l’Etat de lancer,
enfin, son « pacte
girondin » ?
PAR JÉRÔME CORDELIER
S
ous nos yeux, une mue est en
marche. Les grands raouts municipaux partout dans le pays
seraient-ils en train de révéler un
Macron girondin ? Allons-y prudemment, surtout avec des élus
locaux crispés à force de rendez-vous manqués, de rancœurs
accumulées face au mépris aveugle
38 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
du pouvoir de ces maudits Parisiens… Mais voilà le président au
pied du mur : jamais élu avant d’accéder à l’Elysée, bénéficiant de peu
de relais dans le pays – contrairement à ses prédécesseurs, en particulier François Hollande,
soutenus par des réseaux locaux
puissants, des sections de partis,
des collectivités « amies » –, Emmanuel Macron doit chausser les
bottes terriennes des Auvergnats
Pompidou et Giscard et des Corréziens Chirac et Hollande, s’il veut
survivre. C’est pourquoi il tourne
dans nos provinces pour retrouver un contact « sans filtre » comme
il le dit. Traduisez : sans conseillers, sans cabinets ministériels,
sans hauts fonctionnaires, bref,
sans cette technostructure ano-
Arène. Emmanuel
Macron parmi les
600 maires d’Occitanie
réunis à Souillac (Lot),
le 18 janvier.
nyme mais omniprésente qui fait
écran entre lui et nous.
« Emmanuel Macron a besoin de
retrouver un fil direct avec la base, car
il réalise que l’éloignement a nui au début de son mandat, et le poids de la
technostructure n’y est pas pour rien »,
note Arnaud Péricard, maire (DVD)
de Saint-Germain-en-Laye, qui faisait partie des quelques édiles des
Yvelines reçus à l’Elysée en fin d’année pour un tour de chauffe – à huis
clos -– de ces rencontres cash.
Jusque-là, le chef de l’Etat avait
laissé le champ libre à son Premier
ministre, ancien maire du Havre,
Edouard Philippe, pour gérer les
relations avec les élus, se bornant
à recevoir quelques grands barons
choisis pour promouvoir des métropoles à dimension européenne
– fusionnées avec des départements.
La crise actuelle ramène sur le plancher des vaches, si l’on peut dire,
un président qui ne perd plus une
occasion de souligner ses aspirations provinciales – comme au
temps béni de la campagne présidentielle. « Il écoute ce que disent les
élus du bas de la pyramide, qui ne sont
ni parlementaires ni énarques, se félicite Vanik Berberian, maire de
Gargilesse-Dampierre (Indre),
MARIN/AFP
EN COUVERTURE
WITT/SIPA
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président de l’Association des
maires ruraux de France. Depuis
trente ans, les alternances politiques
ont beau se succéder, dans la seringue
on nous sert le même produit, et pourquoi d’après vous ? Jusqu’à présent,
tout était filtré par les préfets, dont les
notes de synthèse édulcorent la réalité. »
Mais les préfets ne sont pas tous
elliptiques : le 4 décembre, dans
Le Monde, juste après l’incendie de
la préfecture du Puy-en-Velay, certains de ces représentants de l’Etat,
anonymement, s’alarmaient non
seulement d’un exécutif « à côté de
la plaque », mais aussi d’autorités
centrales sourdes et absentes face
à la crise des gilets jaunes. Sourdes
mais envahissantes dans la gestion
publique. « On nous impose un carcan oppressif », constate Arnaud Péricard, qui, comme d’autres, se bat
contre un jacobinisme qu’il juge
« culturel, structurel » (sic). « L’urbanisme, les projets d’infrastructures sont
devenus ingérables par leur complexité.
Et souvent, on est mis devant le fait imposé, comme quand le préfet vous appelle un dimanche soir pour vous dire
que le lendemain 3 ou 4 bus avec 150 migrants de 11 nationalités arrivent : on
est d’accord pour les accueillir en humanité, mais, concrètement, comment
fait-on ? Cela m’est arrivé trois fois en
seize mois. » Et il y a la pression au
quotidien, comme s’en est fait l’écho
Raphaël Bernardin, maire de SaintSulpice-la-Pointe (Tarn), en présence
du président à Souillac (Lot) : « Avec
l’administration, la phrase qui revient
toujours est : “C’est compliqué ”. »
Cette crise offre une occasion en
or à Emmanuel Macron de traduire,
enfin, dans les faits, son « pacte girondin », promis puis remisé. « La
verticalisation de l’Etat, sa volonté de
tout diriger est une des causes de ce que
nous vivons actuellement », a soutenu
Dominique Bussereau, président
de l’Assemblée des départements
de France (ADF), le 21 janvier, au
Sénat, devant une foule d’élus, lors
de premiers vœux communs avec
ses homologues de l’Assemblée des
régions de France (ARF), présidée
par Hervé Morin, et de l’Association des maires de France (AMF),
dont François Baroin est à la tête.
Le premier a dénoncé le pouvoir
des administrations déconcentrées,
« très pauvres en personnels et en compétences ». « Ce n’est pas demain la
veille que l’administration centrale enverra des fonctionnaires sur le terrain »,
a grommelé le Normand. Le deuxième a surenchéri, fustigeant « une
recentralisation hors du temps, dépassée, d’avant 1982 », martelant que
« les communes de France ne sont ni
des filiales ni des succursales de l’Etat,
et les maires pas ses agents ». Ambiance. « On ne parle pas le même langage, on n’a pas le même dictionnaire,
on n’a pas les mêmes lectures », gronde
encore le maire de Troyes, François
Baroin. Quelques minutes plus tôt,
en ouverture, le président du Sénat, Gérard Larcher, assénait : « Les
collectivités ne sont pas un simple instrument entre les mains de l’Etat ; elles
doivent être des partenaires. »
Partenaires, les élus locaux ne
demandent qu’à l’être. Emmanuel
Macron lui-même peut-être aussi.
« Ce qu’on lui reproche sur la recentralisation du pouvoir est un faux procès,
affirme un préfet, qui a exercé au
sein de l’exécutif national et de régions sous le quinquennat précédent. Il n’a rien bougé sur le plan
institutionnel. L’Etat n’a pas étendu ses
compétences au détriment des collecti-
Mousquetaires. Autour
de Gérard Larcher,
président du Sénat,
François Baroin,
président de
l’Assemblée des maires
de France, Dominique
Bussereau, son homologue de l’Assemblée
des départements de
France, et Hervé Morin,
celui de l’Assemblée
des régions de France
(de g. à dr.), présentent
les premiers vœux
des Territoires unis,
le 21 janvier, au Sénat.
« Les communes ne sont ni des filiales
ni des succursales de l’Etat. » François Baroin,
président de l’Association des maires de France
vités – d’abord il ne peut pas se le permettre budgétairement. Quant à
l’excès de normes, rien de nouveau : on
est un pays qui a une loi bavarde, qui
produit des règlements. Si une vision
jacobine s’est exercée dans les premiers
mois du quinquennat, c’est dans la mise
en œuvre des pactes financiers avec
322 collectivités seulement : Bercy les
a toutes alignées sur le même modèle
pour fixer les limites des dépenses de
fonctionnement. Or les régions en ont
peu au regard de celles des départements, puisque sont comptabilisées les
dépenses sociales, le RSA par exemple,
qui représentent de 60 à 70 % du budget. On ne peut pas dire que ce pouvoir
fasse preuve de jacobinisme exacerbé. »
« Algorithmes ». Ah bon ? « Objectivement, Emmanuel Macron n’a
pas maltraité les collectivités, constate
le maire (ex-LR) d’Angers, Christophe Béchu. Les associations d’élus
ont imposé dans le débat leur lecture
polémique et partisane. Dans les faits,
il n’y a plus de baisse automatique de
la dotation globale de fonctionnement,
celle-ci peut être restreinte si les collectivités, peu nombreuses, qui ont contractualisé avec l’Etat ne respectent pas
l’accord. Un président qui maintient
la dotation malgré la situation financière du pays et qui dit aux grosses
collectivités “je vous respecte, donc je
vous responsabilise en passant un
contrat avec vous”, comment peut-on
le taxer de jacobinisme ? » Pour
Béchu, Macron serait « en même
temps girondin et jacobin ». « Il a l’obsession de l’efficacité, poursuit-il, et,
pour la mettre en œuvre il a théorisé
le fait qu’il fallait s’appuyer sur une
fonction publique d’Etat en responsabilisant les directeurs d’administration centrale. » Trop ? « Nous avons
de moins en moins d’autonomie dans
notre action locale, tonne Caroline
Cayeux, maire (ex-LR) de Beauvais
et présidente de Villes de France
(villes moyennes). La technostructure pense la France depuis ses bureaux parisiens à partir d’algorithmes
et de visions statistiques. »
Pour nombre d’élus, les jacobins
auraient mis la France d’en bas en
coupe réglée. Exemple très concret ?
Le transfert de la compétence aux
intercommunalités pour la gestion
de l’eau et l’assainissement. …
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 39
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EN COUVERTURE
Des élus impatients
« Jusqu’à présent, tout
était filtré par les préfets,
dont les notes de synthèse
édulcorent la réalité. »
Christophe Béchu
Maire d’Angers
Johanna Rolland
Maire de Nantes
« Macron n’a pas maltraité
les collectivités. (…) Il a
l’obsession de l’efficacité,
et, pour la mettre en
œuvre, il s’appuie sur la
fonction publique d’Etat. »
« Une révolution mentale
est à enclencher. (…)
L’état d’esprit
décentralisateur a été
quasiment perdu depuis
une dizaine d’années. »
« Toutes les communes n’ont
pas forcément envie d’être raccordées
à la même station d’épuration, mais
on n’a pas laissé le libre choix, comme
le souhaitaient le Sénat et les associations d’élus, déplore Vanik Berberian.
L’Assemblée nationale s’est rangée à
l’avis de l’administration. » Ce jacobinisme à l’œuvre, le maire (DVD)
de Neuilly-sur-Seine, Jean-Christophe Fromantin, l’a expérimenté
lors de son projet d’Exposition universelle. « Chaque fois que l’on
rencontrait nos interlocuteurs de l’interministériel, on se retrouvait devant
des équipes pléthoriques, on avait l’impression de passer un examen », se souvient-il. Pour lui, « le jacobinisme et
la technostructure ne font qu’un ». « Si
l’on retire cette résistance verticale, normative et contraignante, on libérera
l’initiative locale, promet-il. Comme
il ne peut plus investir, l’Etat agit à court
terme et se complaît dans des missions
de contrôle, de contrainte, d’encadrement. Il prélève la dîme sur les collectivités sans se remettre en question et
perçoit souvent la province comme une
charge et non comme une chance. »
Un diagnostic partagé par Denis Thuriot, maire de Nevers, élu
avec le soutien d’En Marche ! « On
a souvent le sentiment que des décisions,
…
des orientations sont pondues par des
gens qui ne nous connaissent pas, lâche
l’édile. On se sent méprisés par des administrations centrales bloquantes qui
ne savent pas ce qu’est la province. Les
fonctionnaires de l’Etat devraient venir suivre des stages longs dans nos
collectivités… » Tacle sévère ? « On
peste toujours contre les mesures qui
viennent d’en haut, comme aujourd’hui
la gestion que l’on nous impose des Pacs,
des cartes d’identité, des changements
de nom, relève Christophe Béchu.
Mais depuis quinze ans que je suis en
responsabilité locale [NDLR : avant
d’être maire, il a été président de
département et sénateur], je constate
que dans 99 % des cas ces dispositifs
proviennent de changements de normes
et non d’une décision politique. »
La baisse des dotations, la
contractualisation budgétaire, le
non-cumul des mandats – qui les
prive de relais à Paris – ont renforcé
l’impression chez les élus d’un Etat
qui voudrait les tenir en « vassalité ». Et pourquoi pas, carrément,
demain les ordres du jour des
conseils municipaux visés par les
préfets ? Ne souriez pas : la proposition a été très sérieusement avancée par un haut fonctionnaire du
ministère de l’Intérieur en juillet
« Les fonctionnaires de l’Etat devraient
venir suivre des stages longs dans nos
collectivités. » Denis Thuriot, maire de Nevers
40 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
Arnaud Péricard
Maire de
Saint-Germainen-Laye
« Au quotidien,
nous sommes
confrontés à un jacobinisme structurel. »
Jean-Christophe
Fromantin
Maire de Neuilly
« Si l’on retire cette
résistance verticale,
normative et contraignante du jacobinisme, on
libérera l’initiative locale. »
2017 à la commission d’évaluation
des normes, affirme Vanik Berberian, qui en est membre. « Il s’agissait, paraît-il, de nous aider, en nous
évitant d’être traînés devant le tribunal administratif parce que des points
ne seraient pas conformes, indique
l’élu, qui n’en revient toujours pas.
Ce fonctionnaire n’avait pas réalisé
qu’un tel contrôle a priori portait en
lui une véritable bombe à retardement.
Heureusement, il a été désavoué. »
Maturité. Un Macron plus proche
du local pourrait-il contrecarrer des
réflexes ancrés ? « Une révolution
mentale est à enclencher, affirme la
maire socialiste de Nantes, Johanna
Rolland. La dimension hors sol des
services de l’Etat est très nette, on l’a
vu par exemple quand Bercy a décidé
la fin des contrats aidés. L’état d’esprit décentralisateur a été quasiment
perdu depuis une dizaine d’années, et
le gouvernement n’a pas encore donné
de signes tangibles d’y revenir. » Mais
le vent tourne. Comme le constate
justement l’édile nantaise, « il y a
dans la population une aspiration
plus forte à l’horizontalité des pouvoirs. Les citoyens veulent s’exprimer
en dehors des échéances électorales,
les réseaux sociaux modifient la façon de diriger ». Le pays semble mûr
pour une nouvelle décentralisation ou, pour le moins, une déconcentration des pouvoirs, qui, pour
l’instant, a davantage les faveurs
d’Emmanuel Macron. Mais les
technos sont à l’affût §
MARIN/AFP - EVRARD/AFP - LE GALL/HAYTHAM-RÉA - GAILLARD/RÉA (X 2)
Vanik Berberian
Président de
l’Association
des maires ruraux
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31 JANVIER AU 3 FÉVRIER 2019
W W W.F E S T I VA L AU TO M O B I L E.CO M
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Histoire. Petit
catalogue des
idées reçues sur
la centralisation.
PAR FRANÇOIS-GUILLAUME LORRAIN
A
h, les vieilles lunes de notre
Histoire, indécrochables ! A
peine Emmanuel Macron a-t-il
tendu la perche aux maires de
France qu’on s’est exclamé : regardez Paris, qui descend enfin de son
Olympe, regardez les Jacobins, qui
font enfin alliance avec les Girondins, comprenez le pouvoir local,
les acteurs de terrain. Encore faudrait-il que les Girondins aient été
les tenants d’un fédéralisme. Voire
42 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
qu’ils aient seulement existé. Or,
au risque de décevoir, nous avons
affaire à une jolie reconstruction.
C’est la thèse d’un spécialiste incontesté de la Révolution française,
Jean-Clément Martin, qui nous
rappelle que c’est Lamartine, en
1847, républicain modéré, qui fige
ce terme dans un ouvrage un peu
romancé, « L’histoire des Girondins », qui fut un best-seller. Les Girondins passent donc à la postérité
comme les victimes des Montagnards. La légende est en marche.
« Or, en mai 1793, quand les “Girondins” perdent le pouvoir, ils ne se nomment pas ainsi, c’est un agrégat de
plusieurs groupes, les brissotins, partisans de Brissot, un Parisien, les rolandins (Roland, de Lyon), les buzotins
(Buzot, de l’Eure). Le seul Girondin ac-
Cliché. Auteur du
« Dernier banquet des
Girondins » (vers 1850),
Félix Philippoteaux
s’inspire de la Cène.
Réécriture. En 1847,
avec « L’histoire des
Girondins », Lamartine
romance la période
révolutionnaire.
tif est l’avocat Vergniaud, sur lequel
Lamartine jette son dévolu. Par ailleurs, Buzot, Pétion, le maire de Paris,
et Barbaroux, un Marseillais, vont
trouver refuge en Gironde, voilà pourquoi Lamartine fait l’amalgame. »
En outre, lorsque la guerre est
déclarée, à l’été 1792, les « Girondins » aux manettes seront les
tenants d’un pouvoir fort et centralisé, tout autant que les Montagnards. Mais pourquoi ceux-ci
traitent-ils leurs nouveaux ennemis « Girondins » de « fédéralistes » ?
« Etre fédéraliste, explique Martin,
c’est menacer l’unité nationale. Etiqueter l’adversaire de fédéraliste, c’est le
disqualifier. Surtout en 1792, lorsque
débute la guerre, où seule compte l’unité
nationale. Le fédéraliste devient l’ennemi, qui désunit. » Résumons : pas
MUSÉE DE BOULOGNE-SUR-MER – JOSSE/LEEMAGE
Et Lamartine inventa
le « girondisme »
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Trois siècles de centralisation-décentralisation
WWW.BRIDGEMANART.COM (X 2) – AFP – BRIDGEMAN IMAGES
1792 La décentralisation amorcée
en 1789 (ci-dessus, des Marseillais)
est écrasée par l’unité nationale
affichée par le gouvernement
révolutionnaire, lors de la déclaration de guerre à l’Autriche.
plus de Girondin fédéraliste que
de beurre en branche. Etant donné
que les « Girondins », revenus au
pouvoir après Thermidor (1794),
disqualifieront en retour les Montagnards en stigmatisant leurs commissaires sanguinaires envoyés en
province, se met en place une opposition entre deux France. Là où
il n’y avait qu’alliances, rivalités,
désunions, l’Histoire a étiqueté les
positions en y plaquant de l’idéologie. Ne nous faisons pas d’illusions : malgré cet article, on
continuera à penser qu’il a existé
des Girondins favorables à un pouvoir local. Contre Lamartine on ne
peut pas lutter.
Mais, au-delà des termes, venons-en à l’essentiel : les idées, avec
le vieux couple centralisation-décentralisation. Là encore, tordons
le cou au cliché d’un Ancien Régime hypercentralisé, forgé par Tocqueville. Certes, on ne reviendra
pas sur la construction d’une monarchie absolue qui a accaparé les
pouvoirs – c’est la spécificité de la
France, édifiée par des rois –, mais
l’Ancien Régime propose aussi la
forte résistance des assemblées provinciales. Parce qu’en 1789 fut installée une France décentralisée où
ces assemblées éliront les juges, les
prêtres, les députés, on a repeint en
noir ce qui était gris. La guerre, en
1792, qui invente les commissaires
1815 Napoléon
instaure la
centralisation
administrative. Après
Waterloo,
Louis XVIII
(ci-contre),
de retour sur
le trône,
garde l’idée
pour « fixer
la France »,
rappelle l’historien Arnaud
Teyssier.
1958 Le général de Gaulle
assoit la centralisation
politique par référendum.
de la République, ancêtres des préfets, aura tôt fait de jeter aux oubliettes ce modèle décentralisé.
Mais le débat resurgit en 1815,
comme le rappelle Martin, avec le
retour de la monarchie. Certains
royalistes, nostalgiques de l’Ancien
Régime, plaident pour une fédération de provinces, remplacées à la
Révolution par les départements.
Louis XVIII opte cependant pour
la centralisation administrative
instaurée par Napoléon. « Celui-ci
avait tranché un débat laissé ouvert
par la Révolution, jetant sur le sol, selon son expression, ces masses de granit, préfets, Conseil d’Etat, Cour des
comptes, pour fixer la France, analyse
l’historien Arnaud Teyssier. Louis
XVIII estima dommage de se priver
d’un outil aussi puissant alors qu’il fallait remettre le pays en ordre. »
Exit le débat pendant près d’un
siècle. Tous les régimes se gardent
bien de le rouvrir. Il réapparaît vers
1900 avec… l’Action française. Maurras, qui adorait prendre un train au
hasard pour humer l’air de la province, estime que la Révolution a
détruit ces cellules naturelles
qu’étaient les provinces, au profit
d’une « France artificielle ». Comme
le souligne Teyssier, « l’idée régionaliste est d’abord une idée antirépublicaine ». Si elle connaît un regain
après la Première Guerre mondiale,
à la faveur des monuments aux
« L’idée régionaliste est d’abord une idée
antirépublicaine. » Arnaud Teyssier, historien
1982 Dès son élection, François
Mitterrand confie à son ministre
de l’Intérieur, Gaston Defferre
(ci-dessus), le projet d’une loi de
décentralisation, qui sera votée
le 2 mars de cette année-là.
morts – en Bretagne, en Vendée, en
Corse, notamment –, elle n’aboutit
pas sous Vichy, régime qui aurait
pu faire droit à ces aspirations : « Les
préfets régionaux mis en place par Pétain n’étaient qu’un autre outil administratif plus tendu dans le contexte de
l’Occupation », précise Teyssier. De
même, de Gaulle, qui a parachevé
la centralisation politique avec la
Constitution de 1958 en créant les
régions en 1966, suit une logique
administrative d’aménagement du
territoire non décentralisatrice : « Il
veut contourner la classe politique locale, dont il se méfie, en créant un autre
niveau d’action publique, de jeunes
élites économiques qui émergent, qui
seraient le relais, la courroie de transmission avec la société », analyse Teyssier, qui publiera en mars un
ouvrage sur le sujet (« De Gaulle,
1969 », Perrin).
Paradoxe. En instaurant la décentralisation, Mitterrand emprunte le chemin inverse : il casse
l’Etat gaullien en redonnant le pouvoir à la classe politique locale.
Premier acte suivi d’un second en
2004, sous Raffarin, qui accentue
la décentralisation. « On oublie que
la France est très décentralisée », insiste Teyssier. Il n’en reste pas
moins qu’aux yeux des citoyens
les assemblées locales demeurent
évanescentes et qu’on se tourne,
au moindre dysfonctionnement,
vers le maire ou l’Etat, identifiés
comme un couple. C’est ce couple,
en réalité, dont Macron vient de
renouveler l’alliance §
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 43
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MAGAZINE
SUJET
EN COUVERTURE
Denys de Béchillon : « La foule
est le plus mauvais décideur
politique qui soit »
Expertise. Grand débat, pouvoir de la technocratie,
référendum… L’analyse du constitutionnaliste.
aurait du souci à se faire. Cela étant, de deux choses
l’une. Si le grand débat n’est qu’un défouloir où tout
un chacun vient dire n’importe quoi, dans l’illusion
Le Point : De quelle maladie souffre notre
entretenue que son sentiment deviendra la loi comdémocratie ?
Denys de Béchillon : Méfions-nous du diagnostic.
mune, le pire est à craindre. Si, en revanche, on parvient à faire un vrai débat – il faut être deux pour
Chaque fois que nous traversons un moment de crise,
débattre –, on peut en espérer de bons résultats. Les
on nous explique que nous n’en serions pas là si nos
décideurs ont besoin d’entendre des choses qu’ils ne
institutions étaient meilleures. C’est une illusion.
savent pas ou qu’ils veulent ignorer. Mais notre ciPrenez la montée générale des populismes, elle est
insensible à la diversité des formes d’organisation
toyen « investi » doit aussi se voir mis en situation de
politique. Les Américains ont Trump ; les Anglais
mieux comprendre en quoi l’action politique, natioDenys
sont empêtrés dans un Brexit suicidaire ; une partie
nale
ou locale, est parfois plus délicate que ce qu’il
de Béchillon de la proche Europe centrale est revenue à ses pires
croit.
Quant à savoir si certains sujets devraient ou auJuriste
démons, et je laisse de côté l’Italie, le Brésil, etc. Même
raient
dû être mieux sanctuarisés, je n’en suis pas sûr.
et professeur
Puisqu’il s’agit de s’exprimer et que l’Etat ne s’est a
l’Allemagne bat de l’aile alors qu’on y pratique le réde droit
à l’université
priori engagé à rien d’autre qu’à écouter et à réfléchir,
gime politique le plus évolué, le plus efficace et le
de Pau
je ne vois pas d’obstacle à ce que les gens disent ce qui
plus intelligemment représentatif qui soit. Je trouve
les trouble. Il reviendra aux pouvoirs publics de s’extrop confortable d’accuser les institutions. Personne
pliquer sur les raisons qu’ils auront de ne pas suivre certaines
n’a la solution magique pour éradiquer le chômage, la pauvreté,
propositions, voire d’en condamner d’autres. Mais c’est leur resla dette, l’insécurité, le déficit éducatif ou les effets toxiques de
ponsabilité. Ils se grandiront à l’exercer, surtout s’ils le font sans
la mondialisation. La vérité est que nous sommes assez impuismorgue, avec bienveillance et respect. On peut même entrevoir
sants, et que c’est insupportable. Les acteurs politiques sont
qu’ils seront, ce faisant, mieux compris qu’on ne le croit.
donc obligés de dire (et souvent de penser) le contraire. Mais
ils sont condamnés à enregistrer des frustrations immenses. La
Le pouvoir jacobin et la technocratie française peuvent-ils
supporter un débat aussi décentralisé ?
tentation de faire croire qu’il existe des moyens simples et gratuits de fabriquer un monde meilleur est gigantesque, même
C’est justement la force du système centralisé que de laisser
pour ceux qui se refusent à raconter que tout ira mieux lorsaux citoyens la liberté de s’approprier des sujets tout en s’asqu’on aura mis les étrangers à la porte, fait payer les riches ou
surant que les institutions soient préservées. Il n’y a rien d’insorti la France de l’Union… C’est le drame du Meccano instituquiétant à cela. Aucune société ne peut être sérieusement
gouvernée autrement que dans la représentation et la délégationnel : ça ne coûte rien, tout le monde aime y jouer, et ça crée
de faux espoirs à trop bon compte.
tion du pouvoir. C’est aux politiques élus et nommés de faire
attention à la demande des administrés et à leur vécu.
A débattre hors du cadre traditionnel, ne risque-t-on pas
d’affaiblir la Ve République ?
Si la République avait quelque chose à craindre d’un débat, il y
Quels devraient être les contours constitutionnels du RIC
(questions posées, étendue des questions…) ?
« Le mouvement des gilets jaunes est parti de la critique
de cet aveuglement technocratique qui fait croire, parfois,
qu’une mesure est forcément “bonne” parce que rationnelle. »
44 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
ÉMILIE MASSAL
PROPOS RECUEILLIS PAR OLIVIER PÉROU
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Le référendum d’initiative citoyenne pose des problèmes assez
atroces. Quel objet lui donner raisonnablement (faire des lois,
en défaire, révoquer des responsables, etc.) ? De quelles garanties l’entourer, notamment pour qu’il ne débouche pas sur une
modification sauvage de la Constitution ou la violation de nos
droits fondamentaux ? Comment rendre tout cela compatible
avec le respect du mandat que nous sommes réputés donner
en conscience à nos représentants ? Un vrai casse-tête. Mais il
y a pire. Personne n’est sage par nature, et surtout pas la foule.
Elle a contre elle son hypersensibilité aux émotions, aux colères, aux enthousiasmes. Cela fait d’elle le plus mauvais décideur politique qui soit. D’autant qu’elle se vérifie très
manipulable avec les moyens de communication d’aujourd’hui.
Le paradoxe est vertigineux. L’opinion n’a jamais été plus instable, plus fragile et plus susceptible de se voir « marionnettiser » par des forces insidieuses, et c’est à ce moment que certains
voudraient lui confier notre destin, sans intermédiaire, en pleine
effervescence… J’espère qu’on ne s’embarquera pas là-dedans,
au moins sans y avoir mis d’immenses garde-fous. Et encore.
Quelle est la marge de manœuvre constitutionnelle
du gouvernement sur la proportionnelle ?
Juridiquement très grande. Le choix du mode de scrutin relève
de la loi ordinaire, pas de la loi constitutionnelle. Politiquement,
c’est une autre affaire. Il est tentant de chercher à répondre à ce
qu’on perçoit comme une crise de la représentation en augmentant la « dose » de proportionnelle prévue. Mais c’est une décision lourde. L’absence possible de majorité parlementaire ouvre
sur la nécessité d’un gouvernement de coalition, et donc sur
l’obligation de reconstruire un programme de gouvernement
postérieur aux législatives. Or c’est peu compatible avec le fait
que nous élisons le président deux mois avant, sur un programme
forcément différent. Il faut réfléchir pour de bon.
Dans sa lettre aux Français, Emmanuel Macron semble les
inviter à modifier les fondamentaux de sa politique. Or il a
été élu. Est-ce une remise en question de la démocratie
représentative ?
Je trouverais injuste de reprocher au président de chercher à
être éclairé, avec le moins de filtres possible, sur les attentes et
le ressenti des Français. Le mouvement des gilets jaunes est
parti de la critique – légitime en son principe – de cet aveuglement technocratique qui fait croire, parfois, qu’une mesure est
forcément bonne parce que rationnelle ou, plus exactement,
parce que rationnellement adaptée à un objectif que l’on présume plus important que tous les autres à un moment donné.
La politique doit être réaliste dans tous les domaines : sur la
force des contraintes économiques et budgétaires, certes, mais
aussi sur l’acceptabilité sociale des réformes, considérées du
point de vue de ceux qui en subiront les effets, de même que
sur leurs attentes. A mon sens, plus on cherche à y voir clair sur
ces réalités, plus on sort de l’illusion dogmatique de savoir, déjà
ce qui est bon, mieux c’est. Après, il est vital que la recherche
de cette connaissance ne se transforme pas en renoncement à
exercer le pouvoir que la Constitution et le suffrage des électeurs ont confié aux autorités publiques pour prendre ellesmêmes leurs décisions. Mais je ne vois rien, dans la lettre du
président, qui rende inéluctable une telle dérive. Je lis qu’il veut
agir sur la base d’une compréhension meilleure, et pas qu’il se
dispose à laisser aux foules les clés du destin national sans autre
forme de procès. Si c’est bien le cas, ça n’a rien d’épouvantable
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MONDE
Ces Indiens qui résis
Etats-Unis. Le président américain
s’accroche à son projet de mur à la frontière mexicaine. Mais celui-ci se situe sur
les terres sacrées des Tohono O’odham…
A
ARIZONA
ÉTATS-UNIS
MEXIQUE
A R I Z O N A
Tucson
Réserve indienne
des Tohono O’odham
Sells
San Miguel
MEXIQUE
Postefrontière
So
n
o
a
r
46 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
ÉTATS-UNIS
de
rt
Dése
mesure que l’on s’enfonce
dans le désert, la circulation
se fait de plus en plus rare. Les
seuls véhicules sont les voitures
blanc et vert de la Border Patrol, la
police des frontières. Et puis brusquement la route s’arrête et vient
buter contre une rangée de potelets en métal. De l’autre côté, c’est
le Mexique. A cette époque de l’année, le désert de Sonora, dans l’Arizona, est tout vert. Sous un ciel
piqueté de cumulonimbus,
s’étendent à perte de vue mesquites, figuiers de Barbarie et saguaros, les célèbres cactus
candélabres immortalisés par les
westerns, qui ont l’air de monter
la garde. A bien y regarder, ils ne
sont pas les seuls. Postées à intervalles réguliers le long de la barrière, les voitures des agents
patrouilleurs guettent un ennemi
invisible.
« Une armée d’occupation », grommelle Mike Wilson, membre de la
nation des Tohono O’odham. Ici, à
une centaine de kilomètres de Tucson, ce sont les terres ancestrales
de cette tribu indienne. Après la
délimitation de la frontière, en
1854, leur territoire s’est retrouvé
divisé entre les deux pays. Aujourd’hui, 17 000 membres vivent
côté américain sur une réserve
grande comme la Gironde et
2 000 au Mexique. Pendant des décennies, ils ont franchi à leur gré
cette « ligne dans le sable », mais, au
début des années 2000, le durcis-
sement des contrôles dans les zones
urbaines a poussé les trafiquants
à se replier sur des contrées plus
isolées, comme celle des Tohono.
Devant l’afflux de passeurs et l’insécurité croissante, les Amérindiens ont fini par accepter en 2006,
à contrecœur, des barrières antivéhicules sur les 100 kilomètres de
territoire le long du Mexique.
Désormais, pour traverser, les
membres de la tribu sont obligés
de passer par l’un des deux
postes-frontières officiels, dont celui de San Miguel. Poste est un bien
grand mot. Il n’y a ni guérite ni
douaniers. Juste un long portail
que Verlon Jose, vice-président de
la nation, pousse doucement sous
l’œil attentif d’une des inévitables
voitures de la Border Patrol. Le problème, c’est au retour. Même si ce
monsieur rondouillard qui porte
un collier de coquillages possède
une carte d’identité tribale, il doit,
s’il n’y a pas d’agent dans le coin,
appuyer sur une sonnette fixée sur
un poteau et attendre que l’un d’eux
vienne le contrôler. Et pas question
d’enjamber les potelets, il risquerait d’être jeté en prison ou renvoyé
au Mexique.
Les barrières ont limité les incursions des trafiquants, mais elles
ont aussi affecté la vie de la communauté en compliquant les visites des membres mexicains à
l’hôpital de la réserve, les réunions
familiales et les cérémonies religieuses sur les sites sacrés éparpillés des deux côtés. A 500 mètres
du portail de San Miguel, au
Mexique, se trouve un cime- …
CHRISTOPHER BROWN/ZUMA/REA POUR « LE POINT »
DE NOTRE CORRESPONDANTE
AUX ÉTATS-UNIS, HÉLÈNE VISSIÈRE
0
40 km
Nogales
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
tent à Trump
Dérisoire.
Verlon Jose,
vice-président
de la nation Tohono
O’odham, au « poste »
de San Miguel,
le 31 août.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
MONDE
tière. « On se rendait souvent
avec ma femme sur la tombe de ses
grands-parents », raconte Richard
Saunders, directeur de la sécurité
publique de la tribu. Plus aujourd’hui. Pis, un éleveur doit maintenant aller chercher son eau en
camion à 6 kilomètres de là alors
qu’il possède un puits à 100 mètres
de chez lui, mais côté mexicain.
« Chaque buisson a une histoire,
chaque pierre est sacrée. C’est notre
terre. Le Créateur nous a mis là pour
la protéger », explique Verlon Jose.
Une tâche de plus en plus ardue
dans ce désert si fréquenté. Outre
les passeurs, les trafiquants, les milices d’Américains armés, il y a les
agents patrouilleurs et, bien sûr,
les migrants qui laissent une foule
de traces. Pas besoin d’être un chef
sioux pour les détecter. Le sol est
jonché de bouteilles d’eau, de vêtements, d’emballages… Richard
Saunders se penche et ramasse une
sorte de patin en tissu camouflé
que l’on fixe sous la chaussure de
façon à éviter les empreintes. Au
bord de la route, il y a un tas de
pneus. Les policiers les traînent
pour lisser la chaussée et distinguer plus facilement les traces.
Tout ça finit par peser sur la
…
48 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
tribu. « Les gens ont peur des flics qui
viennent frapper à leur porte et les
traitent sans aucun respect, peur des
trafiquants, des voleurs, des clandestins… », poursuit Verlon Jose. Dans
une vidéo récente, on voit une voiture de la Border Patrol renverser
un Amérindien et continuer, sans
s’arrêter. Le gouvernement tribal
dépense 3 millions de dollars par
an pour la sécurité et doit payer
l’autopsie des corps découverts sur
la réserve, la plupart victimes de
déshydratation. En 2017, ils en ont
ramassé 79.
Désert hostile. Près du
poste-frontière, on a planté un panneau de mise en garde en espagnol,
« Attention, n’exposez pas votre vie
aux éléments. Ça n’en vaut pas la
peine », agrémenté de pictogrammes
sur les dangers du désert : un soleil,
un individu se noyant dans un
oued, un serpent à sonnette… Il ne
manque que la voiture de police.
Le désert de Sonora est un territoire hostile. Shura Wallin, une bénévole non amérindienne de
l’association Green Valley-Sahuarita Samaritans, le sait bien. Plusieurs fois par semaine, cette petite
dame infatigable va disposer des
Le mur de
la discorde
Déclenché le 22 décembre 2018, le shutdown, ou mise à
l’arrêt d’une partie
du gouvernement
fédéral, dure depuis
un mois, faute d’accord sur le budget
avec les démocrates,
majoritaires à la
Chambre. A l’origine de ce conflit, les
5,7 milliards de dollars demandés par
Donald Trump pour
ériger 376 kilomètres de mur à la
frontière avec le
Mexique. Plus de
1 million de fonctionnaires sont privés de salaire et des
centaines de milliers
d’entreprises privées
travaillant pour le
gouvernement sont
en difficulté.
bonbonnes d’eau à des points
stratégiques pour les migrants. « Je
ne peux pas vivre ici en sachant que
des gens souffrent jusqu’à en mourir
à côté de chez moi. Ils viennent afin
d’échapper aux gangs, à la misère. Je
ferais pareil si j’étais à leur place »,
commente-t-elle. Elle a aperçu de
drôles de choses dans le désert : une
image de la Vierge, un soutien-gorge
accroché à un cactus, vestige du
viol d’une migrante. Dans sa jolie
maison, pas loin de Tucson, elle
sort d’un sac en plastique des objets abandonnés dont un sac à dos
d’enfant. A l’intérieur quelqu’un a
empaqueté avec amour un slip, des
pansements, des biscuits et… une
rose rouge en feutrine. Qu’est-il devenu ? Elle ne sait pas. « Ça m’a bouleversée. Je l’ai cherché en vain. » Elle
est aussi tombée sur le corps d’un
vieux monsieur, les mains jointes
pour supplier. Elle déploie une
carte émaillée de points rouges :
les cadavres découverts dans la région. Beaucoup se trouvent sur la
réserve des Tohono O’odham. Peutêtre parce que les Amérindiens refusent qu’on y dépose des
bonbonnes d’eau. Elles attirent les
migrants et leur donnent de faux
espoirs, se défendent-ils.
CHRISTOPHER BROWN/ZUMA PRESS/RÉA POUR «LE POINT»
Surveillance.
San Miguel, le 31 août.
Les moyens d’action
de la police tribale
sont très limités.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Elles mettent en rogne surtout
les gardes-frontières, hostiles à
cette aide humanitaire. Or, depuis
des années, le gouvernement tribal coopère activement avec le ministère de la Sécurité nationale,
les stups, la police de l’immigration… Outre la barrière antivéhicules, il a accepté la construction
de routes et de deux bases d’opération des agents patrouilleurs. Il
n’a pas vraiment le choix. Légalement, la nation Tohono est un Etat
semi-autonome avec son propre
gouvernement, sa police, son système judiciaire… Mais, en matière
de sécurité et d’immigration, « le
gouvernement américain agit quasiment de manière unilatérale, observe
Stephen Cornell, professeur à l’université d’Arizona. Les Tohono
O’odham sont dans une situation délicate. Ils ont besoin du soutien fédéral car la police tribale manque de
ressources. En même temps, à juste
titre, ils en veulent aux agences gouvernementales qui leur imposent des
décisions sans les consulter. » Et s’ils
font de la résistance, ils craignent
de perdre les précieuses subventions publiques dont dépendent
30 à 40 % du budget de fonctionnement de la tribu.
Militarisation. Ces plaintes sur
les pauvres Indiens victimes du
méchant Blanc exaspèrent Mike
Wilson, un enseignant à la retraite,
activiste à ses heures. « Si le gouvernement continue à nous opprimer, c’est
aussi notre faute. Nous sommes complices de cette invasion des agences
américaines, s’insurge ce grand gaillard à la queue de cheval poivre et
sel. Le conseil législatif de la tribu
donne aux flics de la Border Patrol ce
qu’ils veulent. Personne ne veut mordre
la main qui vous nourrit. » Il est bien
conscient que, sans surveillance,
la réserve deviendrait le terrain de
jeu des trafiquants. « Je ne suis pas
contre les contrôles, je refuse juste de
donner carte blanche à la police fédé-
rale », précise-t-il.
C’est un peu tard. Ces dernières
années, la militarisation croissante
de la frontière et la multiplication
des agents patrouilleurs – 3 700 rien
que dans le secteur de Tucson – ont
accru les tensions. Les Tohono,
surtout les jeunes, dénoncent la
« colonisation » et l’« Etat policier ».
Le décret signé par Donald Trump
à son arrivée appelant à « la construction immédiate d’un mur » a achevé
de les ulcérer. « Il faudra me passer
sur le corps, s’est exclamé Verlon
Jose. Le mot “mur” n’existe pas dans
notre langue. On ne va pas laisser
le gouvernement fédéral profaner davantage nos terres et chambouler nos
vies. Si quelqu’un débarquait dans
votre salon et se mettait à édifier un
mur sans vous consulter, que diriez-vous ? » La nation indienne n’est
pas la seule à dénoncer cette ligne
de fortification. Beaucoup d’Américains, y compris des élus républicains, contestent son efficacité.
« Trump veut nous faire payer des milliards pour un truc totalement inutile.
Il est si facile de l’enjamber avec des
échelles ou de creuser des tunnels », affirme Shura Wallin. « La muraille
de Chine a-t-elle arrêté l’envahisseur ? »
renchérit un éleveur. Sans parler
des ravages sur l’environnement,
notamment pour les mouflons, jaguars et autres espèces en danger
dont le territoire va se retrouver
divisé. Les opposants font également remarquer que le nombre de
migrants a baissé. Chez les Tohono,
par exemple, depuis le pic de
2004 où jusqu’à 1 500 individus traversaient la réserve chaque jour, le
nombre d’arrestations – 14 000 en
2016 – a chuté de 84 %.
Pour l’instant le « beau mur » de
Donald Trump est dans l’impasse.
Et certains, comme les Amérindiens, sont prêts à prendre les
armes si celui-ci voyait le jour.
Même s’ils n’ont guère de recours.
« La nation n’a pas les moyens d’empêcher le gouvernement d’appliquer
Typologie des
migrations
A entendre Trump,
des hordes de migrants passent illégalement la frontière
mexicaine tous les
jours. En fait, depuis
2010, le nombre d’arrestations est tombé
en deçà de 500 000 en
raison de la crise financière de 2007, de
l’amélioration de
l’économie mexicaine, du durcissement des contrôles…
Le type de migrants a
également changé. Il
y a moins de
Mexicains et plus de
gens en provenance
d’Amérique centrale,
qui fuient la violence
et la pauvreté. Fait
nouveau : les parents
traversent avec les
enfants. Ils ont été
107 000 en
2018 (42 % de plus
qu’en 2017).
« Le mot “mur” n’existe pas dans notre langue.
On ne va pas laisser le gouvernement fédéral
chambouler nos vies. » Verlon Jose
les lois sur la sécurité, estime le professeur Cornell. Un tribunal statuera probablement en disant que la
souveraineté des Etats-Unis prévaut
sur celle des Tohono. » Et l’exemple
de la réserve de Standing Rock,
dans le Dakota du Nord, n’est pas
très encourageant. Les Sioux se
sont battus pour empêcher la
construction d’un pipeline qui menaçait leur eau potable. Peine perdue, Trump a autorisé la reprise
des travaux.
Le principal obstacle à la muraille présidentielle, c’est sans
doute… la nature. La ligne de fortification actuelle est pleine de trous.
Un tiers seulement des 3 200 kilomètres de frontière est bordé d’une
barricade de bric et de broc, tantôt
une palissade de 9 mètres de hauteur, tantôt des chevaux de frise,
des barres en métal, des parpaings…
Le reste, dont 70 kilomètres du territoire Tohono, n’a même pas une
clôture. Parce qu’il s’agit de coins
montagneux. Ou de zones inondables. « Comment est-il possible de
construire un mur ici ? se demande
Richard Saunders en traversant
avec son 4 x 4 le lit à sec d’un oued.
Quand il pleut, l’eau emporte tout. »
Il y a quatre ans, à Nogales, une
ville proche, le mur s’est transformé
en barrage après de gros orages,
bloquant l’écoulement des eaux et
entraînant l’effondrement d’une
partie de la palissade.
Lorsque le président a signé début 2017 un décret annonçant « la
construction immédiate » du mur,
le standard du gouvernement de
la tribu a explosé sous les appels
de gens prêts à manifester. Il n’y
aura sans doute pas besoin de déterrer la hache de guerre. La bataille contre les cow-boys de
Washington est déjà perdue, à en
juger par le drôle de totem érigé
au sommet d’une des collines.
C’est une tour de surveillance
équipée de la dernière technologie – caméras à infrarouge, radars,
capteurs – qui détecte un mouvement à des kilomètres à la ronde.
Une douzaine de ces tours sont
prévues sur la réserve dans le but
de créer « un mur virtuel ». Pas tout
à fait l’harmonie avec la nature
prônée par les Indiens… §
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 49
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MONDE
Brexit. Comment
la cité portuaire
se prépare
au pire scénario.
PAR CLÉMENCE DE BLASI
«A
nticiper l’inconnu, c’est
quand même assez
difficile », soupire un directeur d’entreprise d’une cinquantaine d’années, en costume bleu
foncé. A ses côtés, plusieurs
confrères opinent du chef en silence. Ce vendredi 18 janvier, le Premier ministre, Edouard Philippe,
leur a donné rendez-vous dans un
lieu particulièrement symbolique :
le port de Calais, première ville
française de liaison avec l’Angleterre. Une quarantaine de kilomètres de mer seulement la
séparent de Douvres, une cité côtière du Kent, dans le sud-est de
l’Angleterre. A Calais, le chef du
gouvernement se fend d’une visite
surprise, montée en moins de vingtquatre heures, flanqué des ministres Gérald Darmanin, chargé
notamment des douanes, et Nathalie Loiseau, des Affaires euro50 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
péennes. Vincent Pourquery de
Boisserin, haut fonctionnaire désigné mi-octobre coordinateur gouvernemental pour gérer les
conséquences du Brexit sur les ports
et territoires français bordant la
Manche, est également du voyage.
Objectif : rassurer les acteurs politiques et économiques locaux, alors
que le plan lié à un Brexit sans accord, c’est-à-dire à une sortie brutale du Royaume-Uni de l’Union
européenne, vient d’être déclenché, la veille, à l’issue d’une réunion interministérielle à Matignon.
« Le 29 mars [date à laquelle le
Royaume-Uni devrait sortir de l’UE,
NDLR], nous serons prêts », martèle
Edouard Philippe à Calais, tentant
ainsi de repousser le spectre d’une
embolie du trafic transmanche liée
à de nouveaux contrôles douaniers
et sanitaires. Sur toutes les lèvres,
le même refrain : il faut à tout prix
maintenir la fluidité des échanges
entre la France et la Grande-Bretagne. Sous-entendu : si l’on veut
éviter de donner l’avantage aux
ports belges et néerlandais, suspectés d’être moins regardants, il vaut
mieux éviter de trop multiplier les
contrôles. « Il n’y a pas de raison que
ça bouchonne : je veux bien parier une
Stratégique.
Conférence de presse
d’Edouard Philippe,
accompagné (à dr.) de
la ministre chargée des
Affaires européennes,
Nathalie Loiseau,
dans le port de Calais,
le 18 janvier.
ROYAUMEUNI
KENT
Douvres
MANCHE Calais
Cherbourg
Dieppe
Le Havre
Saint-Malo
FRANCE
0
100 km
caisse de champagne avec vous là-dessus ! avance Jean-Marc Puissesseau,
président de la Société d’exploitation des ports du détroit (SEPD, regroupant les ports français de
Boulogne-Calais), qui assure travailler depuis un an sur l’hypothèse du non-accord. Le port de
Calais a entrepris environ 6 millions
d’euros de travaux pour pouvoir organiser les flux à l’export et à l’import
après le Brexit. » Le plan déclenché
par la France après le rejet de l’accord européen par le Parlement
britannique prévoit 50 millions
d’euros de travaux d’aménagement
(infrastructures, parkings…) dans
les ports et les aéroports, et près de
600 embauches, surtout de douaniers et de vétérinaires, au niveau
national – dont environ 150 dans
la région de Calais.
A proximité du tunnel sous la
Manche, pelleteuses et tractopelles,
dont le jaune vif éclaire un peu la
grisaille de janvier, attestent du lancement des travaux de construction du poste de douane provisoire.
« Pour les passagers, ce ne sera pas très
pénalisant : des contrôles, il y en a toujours eu, le Royaume-Uni ne faisant
pas partie de l’espace Schengen », rappelle-t-on chez Getlink, société mère
FRANCK CRUSIAUX/REA POUR « LE POINT »
Calais,
le bouchon du siècle ?
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
FRANCK CRUSIAUX/REA POUR « LE POINT »
d’Eurotunnel, qui exploite le tunnel ferroviaire de plus de 50 kilomètres, ouvert en 1994 et emprunté
en 2017 par 21 millions de passagers et 2,6 millions de véhicules de
tourisme.
Un quart des échanges commerciaux entre le Royaume-Uni et l’Europe continentale transitent par
ce nœud stratégique, qui a également vu passer plus de 1,6 million
de poids lourds en 2017, soit
5 000 camions par jour environ. « Il
va y avoir des modifications administratives pour les transporteurs, qui devront passer par une procédure de
déclaration préalable, mais ce n’est
pas la mer à boire », jure la société
franco-britannique, consciente que
d’éventuels blocages pourraient
raviver le problème migratoire
pour ses clients. Selon une étude
de l’Imperial College de Londres,
publiée en mars 2018 dans The
Evening Standard, deux minutes
d’attente en plus pourraient occasionner 48 kilomètres de bouchons
supplémentaires aux abords du
terminal anglais.
Opération séduction. C’est
en deux mots prononcés dans la
langue de Shakespeare que s’expriment désormais tous les espoirs
de Calais : duty free. Il y a encore
une vingtaine d’années, les lignes
de ferrys qui traversaient la
Manche pouvaient vendre des produits détaxés, avant que ces magasins soient supprimés en 1999 par
une directive européenne. La maire
de la ville, Natacha Bouchart (LR),
souhaite ardemment leur retour,
et la création de boutiques hors
taxes en centre-ville. « Il faut que
l’on puisse s’assurer que le produit
acheté sorte du territoire national. Il
y a des règles européennes à ce sujet ;
si nous faisons ça, nos voisins européens vont nous demander des
comptes. Pour le duty free au port de
Calais ou au tunnel, nous y sommes
très favorables. Mais nous ne pouvons
pas le faire pour toute la ville, à moins
de changer les règles européennes »,
a répondu le ministre Gérald Darmanin aux sollicitations appuyées
de l’édile de Calais lors de sa visite.
Natacha Bouchart ne s’avoue pas
vaincue pour autant et n’a pas man-
Trafic. Gérald Darmanin, ministre de l’Action
et des Comptes publics,
chargé notamment des
douanes, s’entretient
avec des fonctionnaires
de la police aux frontières, le 18 janvier. Un
quart des échanges
entre l’Europe continentale et le RoyaumeUni passent par Calais.
qué de réitérer sa demande auprès
du Premier ministre : « Il n’y est pas
hostile », croit-elle savoir.
La cité portuaire n’a pas attendu
que se précise l’hypothèse d’un
Brexit dur pour se lancer dans une
vaste opération de séduction outreManche, visant à maintenir son attractivité vaille que vaille. En juin
2017, la municipalité invitait
1 000 touristes britanniques tirés
au sort à passer une journée dans
la ville – une vingtaine de bus
étaient affrétés à Douvres. Au programme : distribution de goodies,
shopping et inauguration de deux
statues de bronze de Churchill et
de Gaulle, installées à l’entrée du
parc Richelieu. L’œuvre, financée
conjointement par la ville, l’agglomération et la région, aura coûté
195 000 euros. « Le message qu’on
voulait faire passer aux Anglais, qui
ont un peu délaissé Calais pendant la
crise migratoire, c’était : vous avez
l’habitude de venir ; continuez à le
faire ! » explique Pascal Martinache,
directeur du service marketing de
la ville, qui envoie également un
signal aux chefs d’entreprise britanniques. « On sent beaucoup de frilosité de leur part désormais. Nous
voulons créer un climat propice à de
bonnes relations, pour faire en sorte
que la transition au moment du Brexit
ne soit préjudiciable à personne. »
« On se pose forcément pas mal de
questions, admet Jérôme Pont, patron depuis une vingtaine d’années
de Calais Vins, un caviste qui emploie 15 salariés dans ses deux magasins. Aujourd’hui, pour les pays
membres de l’Union européenne, les
quotas d’alcool autorisés aux voyageurs pour leur consommation person-
nelle sont de 90 litres de vin (soit
120 bouteilles environ), 110 litres de
bière et 10 litres d’alcool pur. En cas de
no deal, on descendrait à 4 litres de
vin, 16 litres de bière et 1 litre d’alcool
fort. C’est une part substantielle de
notre activité qui risque d’être réduite
à néant. Nous avons quand même 30 %
de clientèle anglaise. »
Comment s’adapter, alors qu’il
est évidemment impossible d’anticiper les décisions qui pourraient
être prises du côté des douanes britanniques ? « En cas de no deal, on
va devoir rechercher d’autres marchés
alternatifs : se tourner davantage vers
Internet, les comités d’entreprise ou les
restaurants des Hauts-de-France,
poursuit Jérôme Pont. Nous avons
déjà vécu des moments durs lors de la
crise financière, il y a une dizaine d’années, donc nous savons bien que tout
problème est aussi une source d’opportunités. Même si nous regrettons le
Brexit, évidemment. »
Lors de son récent passage à Calais, le Premier ministre a confié
ses inquiétudes quant à la « relative
impréparation des entreprises françaises [près de 30 000 exportent au
Royaume-Uni et plus de 3 000 y
sont installées] qui n’imaginaient
pas une seconde que cette situation se
présenterait ». Un retard à l’allumage
qui concernerait surtout les petites
et moyennes entreprises, qu’il faudra accompagner. Comment ?
« Nous n’avons pas eu de réponse sur
ce sujet », déplorait Natacha Bouchart à l’issue de la rencontre entre
chefs d’entreprise du Calaisis et
ministres. Edouard Philippe s’est
en revanche engagé à inciter les
banques à aider les entreprises qui
rencontreraient des difficultés liées
au Brexit après le 30 mars. Le sujet
– particulièrement sensible à Calais – de la pêche ne devrait être
abordé, lui, qu’au mois de février.
Sans accord, les marins-pêcheurs
français n’auront plus le droit de
jeter leurs filets dans les eaux territoriales britanniques. Le cas de
ce secteur très exposé devrait être
prochainement examiné devant
la Commission européenne. En attendant, les incertitudes demeurent : pour la cité portuaire du
Pas-de-Calais, le smog anglais n’est
pas près de se dissiper §
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 51
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SOCIÉTÉ
Corée du Sud,
l’eldorado
des « millennials »
DE NOTRE CORRESPONDANT À SÉOUL,
SÉBASTIEN FALLETTI
P
erles de sueur sur le front,
Sophie Paoletti reprend son
souffle. Vêtue d’un tee-shirt,
d’un pantalon de sport moulant
et chaussée de baskets, elle affiche
un sourire communicatif. Une
heure et demie de chorégraphie
K-pop sur ce parquet blond éclairé
par un néon blafard dans un soussol de Hongdae, quartier étudiant
de Séoul, cela laisse des traces.
« J’adore la danse. Ici, on en prend
plein les yeux ! » déclare la mère de
famille, aussi enthousiaste qu’essoufflée, après ce cours particulier
à la Real K-pop Dance School, qui
vise une nouvelle clientèle au pays
du Gangnam Style : les touristes
fans venus du monde entier. « La
responsable, c’est elle ! » explique
Sophie en pointant sa fille au teint
mat de vahiné. Keaheana, 15 ans,
52 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
Tahitienne haute comme trois
pommes, confirme : « Il y a trois
ans, j’ai découvert une vidéo de BTS,
j’ai adoré. Leur style, leur danse… Et
ils sont si beaux ! » L’adolescente de
Papeete a convaincu sa famille de
traverser le Pacifique pour voir son
groupe de K-pop préféré en concert
à Los Angeles et, maintenant, de
visiter sa terre natale, la Corée du
Sud, à seize heures de vol. C’est ici
qu’elle compte étudier, une fois
son bac en poche. A Tahiti, elle a
même créé son girls band, pendant
que sa mère a entraîné ses copines
pour fonder un fan club coréen
sur l’atoll ! Feuilletons à l’eau de
rose sud-coréens et acteurs de Séoul
font le bonheur de la famille.
BTS : l’acronyme est lâché. Petit
cours de rattrapage pour les parents
perdus face à la passion soudaine
de leurs ados pour ces sept garçons
dans le vent, venus d’ExtrêmeOrient. Il ne s’agit pas d’une filière
de formation technique postbac
mais des Bangtan Sonyeondan, ou
« boy-scouts en gilet pare-balles ».
Ces Beatles de la génération YouTube rivalisent avec Justin Bieber
dans le cœur des ados du monde
entier. Premier groupe de K-pop à
devenir numéro un du prestigieux
classement américain Billboard,
BTS a rempli Bercy à deux reprise
en octobre 2018, lors d’une tournée triomphale. Et à Berlin, les
0
200 km
CHINE
CORÉE
DU NORD
Pyongyang
Mer
du
Japon
Séoul
Mer
Jaune
Mer
de Chine
orientale
CORÉE
DU SUD
JAPON
Mascotte. A Séoul, dans
le quartier étudiant de
Hongdae. Fabien Yoon,
star française du petit
écran à Séoul, partage
un selfie avec des fans.
Arrivé en Corée en 2007,
le Parisien a débuté par
le mannequinat avant
de passer au théâtre
puis aux séries télé.
17 000 tickets se sont vendus en
neuf minutes. « L’ambiance était incroyable ! On avait l’impression de
faire partie d’une famille », raconte
Léa, fan de 18 ans. Chorégraphies
millimétrées, rythmes entêtants,
look androgyne et 16 millions de
followers sur Twitter, le boys band
vient de faire la une de Time Magazine. Ce fer de lance du soft power
sud-coréen accompagne le président Moon Jae-in en visite officielle à Paris auprès d’Emmanuel
Macron ou s’exprime à l’Assemblée générale de l’Onu.
Conquête. BTS est la tête de
gondole de la Hallyu, la « vague coréenne » qui a conquis l’Asie et qui
maintenant déferle sur les banlieues américaines comme sur la
province française. De quoi attirer dans le lointain pays du MatinCalme une foule de jeunes en quête
d’eldorado. A Séoul, les entreprises
françaises croulent sous les CV
d’ados voulant assouvir leur « rêve
coréen ». Les arrivées de Français
en visa « vacances travail » ont
bondi de 50 % depuis 2013. Le
nombre d’étudiants étrangers a
été multiplié par 12 depuis 2003
et a encore progressé de 18,8 % en
2017. Le total des étudiants français a été multiplié par 6 en une
décennie, et ils sont les Occidentaux les plus représentés …
SOULARUE/HEMISFR
Phénomène.
Le pays de la K-pop
fait rêver les jeunes
du monde entier,
dont les Français.
Mais le réveil est
parfois difficile…
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Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 53
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SOCIÉTÉ
Cheongdam. « Les Sud-Coréennes
font les tendances en Asie. Les marques
ont compris qu’en réussissant à Séoul
elles rayonnent dans le monde entier »,
juge David-Pierre Jalicon, président
de la chambre de commerce franco-coréenne. A Paris, les restaurants coréens pullulent et le géant
des cosmétiques Amore Pacific, le
L’Oréal coréen, se lance à l’assaut
des marchés européens et américains. « Il y a un désir de Corée. Les
jeunes arrivent ici avec les yeux qui
brillent. Ils projettent sur cet ailleurs
leurs propres fantasmes. La Corée est
une nouvelle frontière de notre modernité, prenant le relais du Japon, dont
l’attraction s’essouffle. La joliesse des
Coréens offre une image du futur moins
inquiétante », analyse l’anthropologue Benjamin Joinau, professeur
à l’université Hongik et fondateur
de L’Atelier des cahiers, maison
d’édition spécialisée sur la Corée.
Idoles. Le boys band
BTS en concert à
l’AccorHotels Arena, à
Paris, en octobre 2018.
La chorégraphie au
millimètre du groupe
culte doit pouvoir être
reproduite à la perfection grâce aux cours de
K-pop, comme ici, le 21
janvier, au Black & Gold
Dance Studio de Séoul.
54 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
Quelle métamorphose ! Le
pays du Matin-Calme, longtemps
angle mort de l’Asie, à portée
d’artillerie de Kim Jong-un, est
désormais le nouvel aimant des
millennials. Oublié, le temps où les
équipages d’Air France soupiraient
« Séoul, les boules ! » quand leur plan
de vol les assignait à une escale
dans cette capitale grise, où il fut
longtemps difficile de trouver ne
serait-ce qu’un expresso. Aujourd’hui, la mégalopole pullule de
cafés branchés où des jeunes du
monde entier viennent tenter
leur chance ou simplement enchaîner les selfies. « Les Coréens
sont les hipsters de l’Asie », explique
Oriane Lemaire, originaire de La
Queue-en-Brie et qui a émigré
après avoir regardé des feuilletons.
JEAN CHUNG/NYT/REDUX/RÉA – SHUTTERSTOCK/SIPA
derrière les Américains. Sur
les campus français, on murmure
que Séoul est la nouvelle destination de la fête. A Itaewon, quartier
de la nuit, on détecte désormais
l’accent français chez certains serveurs dans les pubs. Fabien Yoon,
star française du petit écran à Séoul
grâce à ses rôles dans des feuilletons comme « Mr Sunshine », n’en
revient pas, lui qui avait débarqué
seul en 2007, à 20 ans, guidé par sa
passion du taekwondo. Ce Parisien
a appris le coréen et le japonais, se
soumettant au rythme stakhanoviste du show-business coréen. « A
l’époque, on me traitait de fou ! Aujourd’hui, les jeunes ont l’impression
que j’ai réalisé leur rêve », raconte
l’acteur aux 41 000 followers.
Les marques ne s’y sont pas
trompées, notamment dans le luxe,
multipliant les magasins phares
dans le quartier huppé de Séoul,
…
RYU SEUNG IL/ZUMA/RÉA POUR « LE POINT »
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Entre la Chine polluée et autoritaire et un Japon vieillissant, le
royaume de Samsung attire par
son énergie, ses stars glamour et
son high-tech. « A mon oral d’entrée
à Sciences po, j’ai parlé de la Corée
pendant un quart d’heure », se
souvient la jeune femme partie en
année de césure. « C’était exaltant
de se retrouver dans cette mégalopole
trépidante qui ne dort jamais, où
tout semble possible d’un coup de
taxi, où les supérettes restent ouvertes
toute la nuit et où il y a un vrai sens
du service », poursuit Oriane Lemaire, qui termine son contrat à
la mission économique de l’ambassade de France à Séoul. En
deux jours, déjà 80 CV de candidats sont arrivés pour la remplacer. Loin des blocages français. « Et
on se sent en sécurité », ajoute-t-elle.
Un point récurrent souligné par
les jeunes filles, fatiguées du harcèlement dans les rues de Paris.
Bisounours. L’attraction pour
le pays du Matin-Calme (et des
nuits agitées) révèle en miroir les
aspirations de la jeunesse occidentale. La quatrième économie d’Asie,
adepte du Pali Pali (« vite vite »), a
su capter les désirs d’une époque
assoiffée de mobilité et de technologie. Une culture obsédée par les
apparences, comme le rappellent
l’omniprésence des cliniques de
chirurgie esthétique le long des
avenues de Gangnam ou les cafés
au décor minimaliste qui sied à
l’ère Instagram. Les Coréens savent
saisir au bond les tendances, rivés
Allures. Des adolescentes se rendent à un
concert de rue dans le
quartier de Hongdae, le
19 janvier. « Les Coréens
sont les hipsters de
l’Asie », explique Oriane
Lemaire, employée à
l’ambassade de France
à Séoul.
à l’écran plutôt qu’à un livre, dont
ils sont parmi les plus faibles
consommateurs au monde, hormis pour les études. Une nation
d’early adopters, toujours assoiffée
de nouveauté, mais conservatrice
en matière sociétale, sous la bannière ordre, sécurité et bon sentiments. « C’est parfois le royaume
des Bisounours », confirme Oriane.
La société confucéenne s’avère
friande d’emojis, mais l’avortement
y est illégal, l’immigré mal venu
et fumer un joint peut conduire à
la prison. C’est comme si la jeunesse occidentale venait chercher
des repères au pays du stakhanovisme et du respect des ancêtres…
Surtout, ce « rêve coréen » est
le sien, nullement imposé par les
baby-boomeurs fantasmant …
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 55
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SOCIÉTÉ
sur les Etats-Unis, mais
construit dans l’intimité d’un
écran d’ordinateur. La Corée du
Sud, en pointe sur la 5G, a construit
son soft power grâce à la puissance
globale de la Toile. « Les Coréens ont
su adapter le contenu américain à
leurs propres codes asiatiques. Cela
permet aux nouvelles générations de
s’approprier un rêve différent de celui de leurs parents », décrypte Jane
Carda, qui a fondé avec des amies
K-pop Life Magazine, qui tire déjà à
14 000 exemplaires. Sur les réseaux
sociaux, les groupes de discussion
dévolus à la K-pop ou aux dramas
pullulent dans toutes les langues.
Un labourage souterrain commencé il y a une décennie qui prend
au dépourvu les parents d’aujourd’hui. Comme cette mère lyonnaise déboussolée, croisée au Korea
Day, événement rassemblant plus
de 3 000 fans à la Croix-Rousse, à
Lyon : « Ma fille de 12 ans apprend
le coréen toute seule dans sa chambre
après l’école. J’essaie de comprendre »,
confie-t-elle en achetant un livre
sur la Corée du Sud pour mieux
cerner la fascination de sa pré-
…
56 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
ado pour ce pays si éloigné du sien.
Les demandes d’apprentissage de
cette langue ardue ont explosé
dans les universités françaises, triplant par exemple à La Rochelle
ou bondissant de 149 % à l’université Bordeaux-3 entre 2008 et 2010.
Mais le rêve coréen tourne bien
souvent au mirage. Une fois passé
l’enthousiasme exotique des premiers mois, beaucoup de jeunes
émigrés déchantent. Ils se heurtent
à une société cadenassée à double
tour par des codes sociaux ancrés
dans la tradition péninsulaire,
qui voit encore d’un œil méfiant
l’étranger, exaltant encore souvent
la pureté du sang coréen. Surtout,
les espoirs se fracassent sur un
marché du travail fermé, protégé
par une politique stricte des visas
et la nécessaire maîtrise de la
langue. « Vu de France, il y a un écran
de fumée qui se dissipe sur place »,
confirme Oriane Lemaire. Seuls
débouchés, les entreprises étrangères qui, en général, préfèrent
des locaux francophones et
anglophones, tous surdiplômés.
Cette barrière drastique empêche
La Corée d’Ida
Arrivée en 1991
au pays du MatinCalme, la journaliste
Ida Daussy est devenue l’icône française
des médias sudcoréens. Elle raconte
son pays d’adoption
dans « Corée à cœur »
(L’Atelier des cahiers,
à paraître le 12 fév.).
Expat. Après avoir
rencontré une SudCoréenne, Arnaud
Laudrin, un Breton, s’est
installé dans le pays de
sa dulcinée. Il a monté
une crêperie, Yec’hed
Mat, dans le quartier
de Hongdae, à Séoul.
la plupart des jeunes Français de
rester après l’expiration de leur
visa « vacances travail ». « La Corée
du Sud fait miroiter un rêve, mais
sans offrir les moyens de le réaliser »,
juge Benjamin Joinau.
La déception se vit également
au quotidien dans une société
ultracompétitive, au taux de suicide le plus élevé de l’OCDE. La
romance projetée par les dramas
tourne souvent à l’aigre pour les
filles dans un pays aux fondamentaux machistes, pointant au
118e rang mondial en matière
d’égalité entre les sexes, selon le
World Economic Forum. Et où
nombre de garçons sortant du
service militaire aiment se vanter
d’avoir, au moins une fois, « chevauché le cheval blanc » . Le divorce
reste souvent un tabou, comme
le raconte Ida Daussy, star française du petit écran coréen, dans
un livre témoignage à venir.
Mirage. L’attraction coréenne en
dit long sur une planète connectée, travaillée par le désir mimétique, où chacun projette au loin
ses propres fantasmes, pour
mieux échapper à un quotidien
jugé décevant. « Certains viennent
ici pour fuir la France et ses blocages »,
constate Oriane Lemaire. Mais,
ironie de l’histoire, la jeunesse
de Séoul rêve elle aussi d’ailleurs.
Selon un sondage réalisé en 2016
par le site Saramin, 80 % des jeunes
Sud-Coréens âgés de 20 à 30 ans
souhaitent émigrer. Hell Joseon
(« l’enfer de Joseon »), en référence
à la dynastie néoconfucéenne
(1392-1910) qui imposa un carcan
encore prégnant aujourd’hui, est
devenu le hashtag de ralliement
de ces jeunes amers dénonçant le
conformisme suffocant d’une
société ultrahiérarchisée. Cela
n’arrêtera pas Léa, tombée dans
la potion magique BTS et qui
économise afin de décoller pour
Séoul. « Je rêve d’y aller, mais cela
coûte cher , raconte cette Bretonne
âgée de 18 ans. Avant, lorsque je
voyais quelqu’un portant un tee-shirt
BTS dans la rue, je lui faisais un signe.
Maintenant, je ne fais plus attention,
c’est aussi banal qu’un tee-shirt des
Beatles. » §
RYU SEUNG IL/ZUMA/RÉA POUR « LE POINT »
« Les jeunes arrivent ici avec les yeux qui brillent.
Ils projettent sur cet ailleurs leurs propres
fantasmes. » Benjamin Joinau, anthropologue
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ÉCONOMIE
Vigie.
Paul Polman, ancien
PDG d’Unilever,
à Londres,
le 9 décembre.
Legende
58 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
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Paul Polman :
« Il faut un nouveau
contrat social » Engagé. Développement durable, avenir du capitalisme,
Brexit, technologies… Celui qui fut pendant dix ans le PDG
d’Unilever, géant de l’agroalimentaire et des cosmétiques,
livre sa vision du XXIe siècle.
PAR BEATRICE PARRINO ET LAETITIA STRAUCH-BONART
ÉRIC TSCHAEN/RÉA POUR « LE POINT »
Y
a-t-il une vie après une carrière de PDG de l’une
des entreprises les plus puissantes du monde ?
Pour le Néerlandais Paul Polman, 62 ans, qui fut à
la tête d’Unilever pendant dix ans jusqu’en décembre 2018, la réponse est positive. Très actif au sein
de l’Onu et d’organisations d’entreprises, figure de
Davos, Polman est un fervent défenseur de la mondialisation et des grandes entreprises. Il ne craint pas
d’afficher des convictions presque à contre-courant,
à une époque où la critique du libre marché et des
grands patrons est monnaie courante. Pour lui, les entreprises et leurs dirigeants sont non seulement légitimes à œuvrer pour les causes collectives, mais ils
sont plus que nécessaires, tant leur impact est grand.
En France, il a rejoint l’One Planet Summit Lab, coordonné par la secrétaire d’Etat à la Transition écolo-
gique, Brune Poirson, qui réunit autour d’Emmanuel
Macron penseurs, économistes et patrons. Leur objectif : faire en sorte qu’au moins 30 % des financements privés soient investis dans des projets
écologiques. C’est à Londres, au siège d’Unilever, que
nous avons rencontré celui qui, dans sa jeunesse, ne
se voyait pas vraiment faire des affaires, mais plutôt
devenir prêtre ou médecin.
Le Point : Comment se passent ces premiers
temps de retraite ?
Paul Polman : Je ne veux pas être connu pour ce que
j’ai fait – comme ces gens qui vous disent à 50 ans :
« J’ai fait HEC. » Ce qui compte, c’est ce que je fais aujourd’hui et demain. Je fais ainsi partie des 27 personnes qui ont construit les Sustainable Development
Goals (SDG) de l’Onu et nous avons beaucoup de travail, car l’agenda du Programme de développe- …
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 59
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ÉCONOMIE
Environnement : encore beaucoup de progrès à faire
3 000
+ 26 %
Ce serait la hausse
du taux d’acidité
des océans
milliards de dollars
C’est le chifre d’afaires
annuel estimé des ressources
et des industries marines.
depuis le début de la
révolution industrielle.
17
Vous décrivez des actions mondiales.
Pour le commun des mortels, c’est assez loin…
Il faut bien commencer quelque part ! Bien sûr, il faut
également savoir parler de ce que nous faisons et
nous assurer que ces stratégies aient une application concrète. Mais nous avons besoin de ces stratégies mondiales, car beaucoup de nos problèmes sont
planétaires, tout comme les chaînes de valeur et les
marchés financiers. On a besoin de la pression d’en
bas, oui, celle de la société civile, des ONG et des
entreprises, mais aussi d’une unification. Sans cela,
rien ne se passe.
Régulièrement, les pays du monde se
réunissent pour signer des accords ou des
déclarations. Quelles actions concrètes en
ressort-il vraiment ?
ont disparu entre
2010 et 2015.
pour un « avenir durable
pour tous » : lutte contre
le gaspillage, plus large
accès à l’éducation…
Les pays se sont engagés à
les atteindre à l’horizon 2030.
ment durable est en retard ; je suis président de
la Chambre de commerce internationale (ICC) ; le
vice-président du Global Compact des Nations unies,
la plus grande initiative mondiale des entreprises
pour le développement durable ; le président de la
B Team, une initiative menée par des entreprises pour
réfléchir à de meilleures façons de conduire les affaires.
Le changement climatique est le plus grand crime
intergénérationnel que nous ayons commis. Tout le
monde sait désormais qu’il faut faire quelque chose
pour la planète, qu’il faut un système de croissance
plus durable et équitable – nous le devons aux futures
générations. Cela avance, mais pas à la vitesse et à
l’échelle nécessaires. Le plus important est que le secteur privé y participe, car son impact sur le monde est
énorme. Lui peut changer de modèle. D’autant plus
que le système politique mondial ne fonctionne pas
idéalement – il date de l’après-guerre, une époque où
80 % de l’économie était située en Europe et aux EtatsUnis. Même les organismes internationaux créés à
cette époque ne sont plus forcément adaptés.
millions d’hectares
de forêts
objectifs ont été
fixés par l’Onu en 2015
Vous avez raison, il reste une trop grande distance
entre le dire et le faire. Mais ce qui est positif, d’abord,
c’est la prise de conscience de l’opinion que notre
temps est compté. Ensuite, on en est à un point où le
coût de l’inaction est bien plus élevé que le coût de
l’action. Aujourd’hui, par exemple, le monde entier
dépense 12 à 14 % de son PIB pour les conflits et les
guerres, alors qu’il serait bien plus judicieux d’investir en amont pour les éviter.
…
Le développement durable, c’est donc votre
priorité aujourd’hui ?
3,3
UNILEVER
EN CHIFFRES
Chiffre d’affaires
53,715
milliards
d’euros en 2017
161 000
salariés
(dont 2 200
en France)
Présent
dans
190
pays
6
usines
en France
Marques : Knorr,
Amora, Magnum,
Signal, Monsavon…
Alors pourquoi n’agissons-nous pas ?
Nous vivons dans un monde où le court-termisme et
la gestion du quotidien accaparent l’énergie de tous.
C’est absurde. Les marchés doivent se projeter sur le
long terme. On doit aussi fonder le capitalisme non
pas seulement sur le capital financier, mais aussi sur
le capital social et environnemental. C’est pour cela
qu’il faut œuvrer pour l’éducation et donner un prix
au carbone : il faut un nouveau contrat social. Mais
trop souvent nous nous concentrons sur les symptômes et non sur les causes profondes. Il faut des gens
à haut niveau dont la morale et le courage permettent
de faire avancer ces projets, et qui ont le temps et le
niveau de responsabilité pour le faire, avec une vision
de long terme. Il faut avoir confiance dans les êtres
humains pour régler ces problèmes – seule une minorité de personnes sont mal intentionnées.
Comment répondre à ceux qui diraient que
votre discours n’est qu’un emballage
marketing ?
Quand on veut gagner la confiance, on doit donner la
transparence. Je citerai Unilever. Pour gagner la
confiance du public, Unilever s’est engagé sur 50 objectifs pour un mode de vie durable et publie chaque
année ses résultats en la matière. Ils sont très bons !
Un exemple : il y a dix ans, 10 % de nos matériaux
étaient durables ; aujourd’hui, nous en sommes à 70 %.
Continuez-vous à gagner de l’argent de cette
façon ?
Oui. La morale, la logique économique et l’opinion
publique convergent toutes en faveur de ces actions.
« On doit fonder le capitalisme non pas seulement sur le capital
financier, mais aussi sur le capital social et environnemental. »
60 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
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3
milliards
de personnes
sont dépendantes
des ressources marines,
2,6
1,6
52 %
Près de
des terres agricoles
sont modérément ou
sévèrement touchées
par la pollution des sols.
milliards
le sont de l’agriculture et
milliard
le sont des forêts.
Le retour financier pour les actionnaires et la croissance sont au rendez-vous. Dans le cas d’Unilever, par
exemple, le rendement pour les actionnaires a été de
290 % sur dix ans et le rendement du capital, de 19 %.
Est-il difficile de convaincre vos actionnaires ?
A 80 %, le marché est constitué d’investisseurs institutionnels, qui veulent minimiser les risques et avoir
un rendement sur le long terme. La difficulté vient
plutôt du fait que certains pays ne prennent pas la direction du développement durable, sans parler du populisme qui détruit l’ordre libéral du monde – deux
phénomènes qui expriment un fort court-termisme.
Mais le populisme n’est-il pas aussi une
demande de national et de local ? Plus
généralement, de nombreux Français aiment
sûrement la marque Maille, qui appartient à
Unilever, mais on peut parier qu’ils aiment moins
Unilever, un grand groupe anglo-néerlandais.
La nationalité du propriétaire d’une entreprise n’est
pas importante. Ce qui importe, c’est ce que les entreprises ont à offrir. Unilever a six usines en France. Et
Maille est produit près de Dijon par des Français. En
Bourgogne, nous avons œuvré pour le retour de la
culture de la graine de moutarde locale en passant de
0 à 10 000 tonnes par an, et nous travaillons avec 270 petits producteurs locaux. C’est cela qui fait vivre Maille,
qui permet de produire Maille et de l’exporter dans le
monde entier. Et ceux qui l’achètent, n’importe où, le
font car ils sont séduits par l’image de la France.
Que cela inquiète les gens ne vous dérange pas ?
Ils s’en fichent ! Ce qui compte, pour les gens, c’est que
leurs enfants aillent à l’école, qu’ils respirent un air
sain, qu’ils aient un travail décent. C’est ce que nous
offrons à des milliers d’employés d’Unilever, partout
dans le monde. Prenez Hindustan Unilever en Inde :
les Indiens se sont complètement approprié la société,
ils se fichent qu’Unilever soit anglo-néerlandais. Tous
les individus, au fond, ont les mêmes besoins.
Vous décrivez des populations qui n’ont pas
accès au même degré de confort que nous…
30 %
de l’énergie
consommée
1/3
est liée au secteur alimentaire.
Ce dernier dégagerait
22 % des gaz
à efet de serre.
des produits
alimentaires,
soit 1,3 milliard de tonnes,
finissent à la poubelle.
Les gens, en Occident, ont raison de se demander ce
que la mondialisation leur rapporte. Si elle améliore
la vie des autres mais pas la leur, de leur point de vue
elle ne sert à rien. Après la crise de 2007-2008, on a vu
à quel point les banques étaient « trop grosses pour
échouer », mais les gens « trop petits pour compter ».
Les gens ont raison de s’en plaindre. Mais, dans le
même temps, il faut mieux expliquer quels sont les
bénéfices, incontestables, de la mondialisation.
Que pensez-vous de ce qui se passe en France ?
C’est une explosion d’interrogations ; les citoyens se
demandent : « Est-ce que je compte ou est-ce que je ne
compte pas ?» « Fais-je partie du système ou le système
n’inclut-il qu’une poignée de personnes ? » Il faut être
patient, donner du temps aux réformes qui cherchent
à soutenir l’économie. Je suis réaliste. Beaucoup des
problèmes actuels remontent à loin et ne sont pas le
fait de ce gouvernement. Dans toutes les transitions,
il y a aussi des gens qui souffrent et il faut prendre
soin d’eux. On a célébré les avantages de la mondialisation, sans reconnaître qu’ils ne touchaient qu’un
groupe limité de personnes. Il faut en reconnaître
aussi les inconvénients et les corriger. C’est le cas, par
exemple, des technologies.
Que voulez-vous dire ?
Il faut toujours tenir compte de l’impact local d’une
avancée technologique. Certaines d’entre elles accentuent la pauvreté. Prenez Uber par exemple. C’est bien,
car cela augmente le confort. Mais il faut assumer ses
responsabilités quand cela provoque la chute des revenus de tous les taxis de Paris et une explosion de
leur temps de travail. Ce n’est pas une solution acceptable en l’état. On a le droit de le dire. Facebook le découvre de manière dure. L’entreprise ne peut pas se
contenter de célébrer le fait qu’elle connectet des gens,
alors que, dans le même temps, son système est utilisé pour détruire la société et la démocratie.
Côté technologie, l’Europe a déjà perdu contre
les Gafam…
Ne dites pas cela ! L’Europe a un avenir dans ce
…
« Cinq des dix pays les plus innovants du monde
sont en Europe, dont la France. »
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 61
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ÉCONOMIE
elles assumer dans le monde d’aujourd’hui ?
Responsabilité.
Pour Paul Polman,
« il faut que le salaire
des PDG soit raisonnable et conforme à la
vraie performance, en
toute transparence ».
Davantage d’entreprises devraient prendre des positions agressives sur les sujets sociaux. A Unilever, nous
avons accompagné la mise en place d’un système de
retraite au Vietnam, par exemple. Cela bénéficie aux
salariés, mais aussi à l’entreprise.
Certains vous diront que c’est un argument
facile quand on gagne des millions…
Même les personnes qui gagnent beaucoup, voire trop,
devraient aider à changer le système pour le rendre
plus inclusif. Heureusement, de plus en plus le font.
Nous devrions juger ces personnes sur leurs actions.
Quand on a un très haut niveau de salaire, a-t-on
une responsabilité particulière envers les autres ?
Comment l’Europe peut-elle rivaliser avec les
puissances commerciales chinoise et
américaine ?
Si vous répétez sans arrêt que l’Europe a perdu face
aux Etats-Unis et à la Chine, les gens ne pourront que
le croire. Outre-Atlantique, 80 millions de personnes
vivent tout de même sous le seuil de pauvreté. Et, si
on a du retard, eh bien on peut le rattraper : le téléphone portable n’a pas été inventé en Chine, et pourtant ce pays actuellement abrite d’importants
fabricants de portables. L’Europe peut être la première
région. D’abord parce que c’est une démocratie, et que
rien ne peut fonctionner à long terme sans cela. Ensuite parce que ses pays et ses activités sont diverses,
ce qui est une richesse. L’Europe investit dans les gens
et l’éducation, et c’est une des clés de l’avenir. Même
si ce n’est jamais assez, l’Europe a l’économie la plus
avancée du monde. On doit donc avoir des leaders
forts pour diriger l’Europe, qui ont une vraie vision
mais sont aussi capables de la communiquer.
Ce n’est pas ce qu’ont dit les Britanniques
en votant pour le Brexit…
Ce Brexit est vraiment un choix regrettable. Ma préférence a toujours été que le Royaume-Uni reste dans
l’Europe. Si l’on n’est pas content de l’Europe, alors
changeons-la, mais ne la quittons pas. Partir, c’est la
solution la plus simple et la plus lâche. Car il est plus
facile de détruire que de construire. Mais, paradoxalement, cela pourrait être un bien pour l’Europe :
puisqu’on va recommencer à faire la queue à la frontière, à ne plus pouvoir aller facilement étudier et travailler au Royaume-Uni, on va comprendre que l’on
doit beaucoup à la construction européenne.
Quelles responsabilités les entreprises doivent-
En même temps, vous deviez vous douter que
vous gagneriez bien votre vie…
Bien entendu. Je ne pensais pas gagner autant. J’ai touché le même salaire pendant dix ans – j’ai insisté là-dessus. Et à Unilever, les règles d’obtention des bonus
sont très dures. Mais si j’avais touché la moitié ou un
dixième de ce salaire, cela fâcherait les gens tout autant ! Ce sont tous les salaires au-dessus de 100 000 euros par an qui agacent. Le problème n’est pas dans le
montant, mais dans le symbole.
Comment cela ?
Les êtres humains ne sont pas identiques, mais ils
luttent pour obtenir les mêmes chances, à commencer par un niveau de vie digne. Tout ce qui semble
aller à l’encontre de cela, même si ce n’est pas le cas
dans les faits, effraie les gens.
Etes-vous croyant ?
Je suis catholique. Je pense que nous sommes ici-bas
pour servir un but plus grand que nous-mêmes. Je
crois aussi que nous sommes tous connectés les uns
aux autres d’une manière ou d’une autre. Je voulais
être prêtre, je suis même allé au séminaire avant de
choisir une autre voie et d’épouser Kim, qui est ma
femme depuis trente-sept ans. Il y a des choses dans
la vie qui forgent le caractère, et même une vision. Je
me trouvais dans un des hôtels de Bombay où l’attentat terroriste de 2008 a eu lieu. Ce genre de choses
donne forcément matière à réfléchir §
« Si l’on n’est pas content de l’Europe, alors changeons-la,
mais ne la quittons pas. Partir, c’est la solution la plus lâche. »
62 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
ÉRIC TSCHAEN/RÉA POUR « LE POINT »
domaine, car nous sommes créatifs. Pourquoi
être défaitiste ? Cinq des dix pays les plus innovants
du monde sont en Europe, dont la France.
…
Il y a sans doute un petit groupe de personnes qui perçoivent des salaires plus élevés qu’elles ne le méritent.
De plus en plus de patrons le disent. Ces vingt dernières années, les salaires des PDG ont augmenté beaucoup plus rapidement que ceux du reste de la
population, et cela n’a aucun sens. Le système de bonus
peut nuire aux entreprises, car on peut gagner davantage de primes en prenant des décisions qui influencent
positivement le cours de la Bourse mais sont nuisibles
à long terme. Il faut donc que le salaire soit raisonnable et conforme à la vraie performance, en toute
transparence. Quand je suis arrivé à Unilever, je n’ai
pas demandé quel serait mon salaire.
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ÉCONOMIE
1083, un jean
et 1 001 idées
Succès français. Depuis 2013,
Thomas Huriez produit de nouveau
des jeans dans l’Hexagone. Et fourmille
de nouveaux projets.
PAR JUDIKAEL HIREL
C
ela faisait bien longtemps que
les denims et le bleu de Gênes
(devenu blue-jean) ne venaient
plus de Nîmes. Ni même de France,
à vrai dire. Jusqu’à ce que Thomas
Huriez ait l’idée, en 2013, de produire de nouveau des jeans en
France. Aujourd’hui, sa société fabrique des denims made in France
à 97 %. « Une fois relocalisée la production des rivets et des boutons, qui
viennent encore d’Italie, nous serons
à 100 % », annonce d’un air amusé
ce grand jeune homme qui a décidé, en 2007, de changer de vie et
de voie. « Pour autant, je ne me suis
64 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
jamais dit : “Je veux recréer une industrie textile !” Tout s’est fait de manière itérative. J’étais informaticien
depuis 2002. Et, vu que l’on consacre
un temps énorme au travail, je ne pouvais pas concevoir de passer ma vie à
faire des choses qui n’avaient pas de
sens pour moi ! »
C’est ainsi qu’à 26 ans Thomas
Huriez transforme la maison de
famille à Romans (Drôme) en magasin. « Cela m’a donné l’occasion de
créer une boutique de mode, mais
éthique, baptisée Modetic. J’en avais
assez de l’image du bonnet péruvien.
Ce n’est pas parce qu’un vêtement est
bio et français qu’il doit être moche !
J’étais nourri, logé, blanchi chez ma
Bleu horizon. Thomas
Huriez, créateur des
jeans 1083. Le nom
de la marque fait
référence à la distance
entre Menton
et Porspoder, les deux
villes les plus éloignées
de France.
Circuit court. Pour autant, un
millier de jeans ne suffisent pas à
rebâtir une filière. Afin de grandir
vite et bien, 1083 fait le choix de
la proximité et du travail en réseau. « Nous savons tout faire, mais
nous partageons aussi le travail, explique Thomas Huriez. Nous voulons créer une filière en réseau, pas
tout centraliser. » Quant à la vente
en circuit court, principalement
via Internet, cela a un gros avantage à ses yeux : les économies : « Ce
n’est pas que pour les maraîchers ! Sur
un jean vendu une centaine d’euros,
en passant par des intermédiaires, il
ne vous en reste environ qu’un tiers. »
La différence de marge récupérée en se passant d’intermédiaire
permet de rapatrier la production
sans vendre plus cher que les produits des marques fabriqués au
bout du monde. « L’enjeu de la fabrication en France, c’est la distribution.
Soit vous faites le choix de vous positionner sur une niche de luxe made
in France, soit vous faites du volume
et vous générez des emplois. Ainsi,
quand vous achetez un jean 1083, vous
payez la TVA, mais aussi la …
STÉPHANE AUDRAS/RÉA POUR « LE POINT »
grand-mère. Je n’ai pas payé de loyer
pendant trois ans, ce fut une grande
chance. » Jusqu’à ce que ses fournisseurs mettent la clé sous la
porte. « Du coup, je me suis décidé à
créer ma propre marque pour ne plus
dépendre de quelqu’un d’autre. »
Son premier objectif, en lançant
son entreprise via la plateforme de
financement participatif Ulule :
fonder une marque de proximité
et parvenir à vendre une centaine
de jeans. Il lève ainsi 100 000 euros
pour financer les premiers pas de
1083, ainsi nommée parce que c’est
la distance entre Menton et Porspoder, les deux villes les plus éloignées de France métropolitaine.
« A ce moment-là, le made in France
était tout sauf à la mode. Deux mois
plus tard, nous en avions vendu 1 000 ;
j’étais le premier surpris ! » Mais
pourquoi le jean ? « C’est un symbole de pollution – du fait d’une
production gourmande en eau et du
recours à la teinture – et de mondialisation. C’était un beau défi de le relocaliser, avec la volonté de défendre les
gens et l’environnement. »
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ÉCONOMIE
… production, l’atelier de confection, la filature, la teinture, toute une
filière relocalisée. Nous ne sommes que
la conséquence des achats de nos clients.
Par leurs achats ils contribuent à créer
des emplois locaux. » D’ailleurs, depuis 2013, la jeune marque bénéficie de la certification Origine
France garantie, qui atteste qu’au
moins 50 % du prix de revient unitaire du produit est français.
En cinq ans, la marque a déjà
créé 50 emplois directs et 55 indirects. Et, comme 1083 peine à
recruter des couturières, en septembre 2017 elle a aussi ouvert, en
association avec l’antenne locale
de Pôle emploi, sa propre Ecole du
jean. « Mais c’est presque par dépit,
confie le créateur. Dans la Drôme,
on a du mal à recruter des couturières.
Si nous avions pu embaucher, nous
l’aurions fait ! » S’y ajoute la reprise
récente des filatures de Valrupt,
sauvées de la fermeture et reprises
à la barre du tribunal. Une façon de
sauvegarder un savoir-faire essentiel à la production de 1083 et de ne
pas dépendre, encore une fois, de
ses fournisseurs. Mais ce rachat a
supposé d’ouvrir enfin le capital de
l’entreprise à des investisseurs. Thomas Huriez n’était pourtant pas emballé à l’idée de partager sa société
66 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
avec des partenaires financiers.
« Plus on travaille, plus on donne de
valeur aux parts du partenaire et moins
on a de liberté. Et, quand il quitte le
tour de table, c’est lui qui vous dit avec
qui travailler demain. C’est un peu
comme si votre femme vous quittait en
vous disant : “Ne t’inquiète pas, voici
la nouvelle !” »Toutefois, grâce à
l’argent frais, l’équipe et l’activité
se développent, à tel point que
1083 déménagera en 2020 dans les
2
1083 EN CHIFFRES
millions d’euros
Chiffre d’affaires 2017.
1083 ne réalisait que 200 000 euros de
CA en 2013 et vise plus de 7 millions
d’euros en 2019, du fait de la reprise de
la filature de Valrupt.
105
En cinq ans, 1083
a créé 50 emplois
directs et
55 emplois
indirects.
100
euros
Prix moyen
d’un jean 1083.
6
Les familles
peuvent louer
un jean pour
enfant à 6 euros
par mois.
Le secteur du fabriqué en France dans l’industrie du textile
représente 38 667 emplois, pour un chiffre d’affaires
de 7,2 milliards d’euros (Insee).
Maroquinerie et horlogerie.
Quitte à cultiver le made in France,
pourquoi s’arrêter au jean ? 1083 se
lance aussi dans la production de
chaussures. « Pour le jean, on ne fait
au fond que transformer une matière
première, le coton. La chaussure, c’est
différent. Nous sommes à Romans,
qui en était la capitale. Nous espérons
créer notre propre atelier cette année.
Nous allons refaire de Romans la cité
de la chaussure ! » Après tout, pourquoi pas puisque, entre deux jeans,
l’entrepreneur, qui fonce à 1083 kilomètres/heure, vient aussi de
contribuer à créer Routine, une
marque de montres à la fabrication 100 % française et, comme
1083, lancées via le financement
participatif en ligne. Relancer l’horlogerie française, voilà un nouveau défi complexe à relever §
STEPHANE AUDRAS/RÉA (X 4) POUR « LE POINT »
Savoir-faire. Les jeans
1083 sont entièrement
fabriqués et assemblés
en France, hormis,
pour l’instant, boutons
et rivets, qui viennent
d’Italie.
anciens locaux du chausseur
Charles Jourdan.
Jamais à court d’idées, Thomas
Huriez se diversifie sans cesse.
Après plusieurs mois de recherches
avec des industriels (Filatures du
parc, Manufacture Regain) et les
sapeurs-pompiers, 1083 a mis au
point un bonnet et une écharpe
composés à 65 % de pulls recyclés
de pompiers et confectionnés dans
le Tarn. Seule limite : la couleur est
exclusivement bleue, du bleu des
pompiers, ce qui diminue de 70 %
le besoin en teinture. L’entrepreneur a aussi lancé la location de
jeans pour les tout-petits et la vente
de jeans réparables. « Les bébés grandissent trop vite pour user les jeans.
Pour les plus grands, nous proposons
des jeans réparables », déclare
Thomas Huriez. Prochain pari de
l’entreprise iséroise : produire le
dernier chaînon manquant, du coton made in France (il est aujourd’hui
acheté à l’étranger). Comment ?
Tout simplement en recyclant les
jeans usagés pour en produire de
nouveaux. « Mais il faut littéralement fabriquer une filière pour permettre de recycler le coton. Hormis une
culture de coton expérimentale dans
le Gers, le plus simple est quand même
de l’extraire des vêtements que l’on
porte. Cet hiver, nous sommes en train
de finaliser l’idée de jeans consignés et
de jeans 100 % recyclés. »
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Etat-major Naval Group
FRANCK DUNOUAU/SP (X 12)
Alain
Guillou
Frank
Le Rebeller
Jean-Yves
Battesti
Olivier de la
Bourdonnaye
Laurent
Espinasse
Nathalie
Smirnov
Jean-Michel
Billig
Caroline
Chanavas
Claire
Allanche
Guillaume
Rochard
Fabien
Menant
de Thales et de la DGA, il doit « conduire le changement ».
Acteur majeur de l’industrie de défense, Naval Group
Responsable du respect des engagements à la tête de la
(ex-DCNS) vient de dévoiler sa nouvelle équipe de dinouvelle direction des programmes, Olivier de la
rection. Le groupe réalise à l’international 35 % de ses
Bourdonnaye (51 ans, Polytechnique, SupAéro) est
3,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires. A la tête des
14 000 collaborateurs depuis 2014, Hervé Guillou
passé par la DGA et Airbus. Laurent Espinasse (51 ans,
(63 ans, Polytechnique, ENSTA ParisTech, INSTN et InPolytechnique, SupAéro), directeur de l’industrie, veille
sead) débute chez Naval Group en 1978, avant de reà l’efficacité des bureaux d’études, des équipes de projoindre la Direction générale de l’armement, puis une
duction et de la chaîne logistique. Nathalie Smirnov
Hervé Guillou
filiale d’Areva. Il supervise ensuite les équipes du lan(52 ans, Supélec, Harvard) est directrice services, charceur Ariane et du missile M51 chez EADS, au sein duquel il crée gée de la maintenance et de la modernisation des navires. JeanCassidian CyberSecurity. Ingénieur général hors classe de l’ar- Michel Billig (55 ans, Centrale) est directeur exécutif du
mement, Alain Guillou (59 ans, Insead, ENSTA Bretagne) est di- programme des sous-marins pour l’Australie. Caroline Chanavas
recteur général adjoint développement et armes sous-marines. (53 ans, Inalco, EHESS) est directrice des ressources humaines.
Directeur général adjoint chargé des finances, des achats, du ju- Claire Allanche (57 ans, Paris-IV) est directrice de la communiridique et de l’immobilier, Frank Le Rebeller (55 ans, IEP de Bor- cation. Guillaume Rochard (49 ans, Toulouse Business School,
deaux, DESS de gestion) est passé notamment par Matra, MBDA IHEDN) est directeur de la stratégie. Fabien Menant (37 ans,
et Airbus. Jean-Yves Battesti (61 ans, Polytechnique, SupAéro, Paris-IV) est directeur des affaires publiques et des relations inStanford) est secrétaire du CA et membre du comité exécutif. Ex ternationales, et directeur de cabinet du PDG § GUERRIC PONCET
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Savants migrants
Saute-frontières. Ils ont fui le
nazisme. Un livre retrace leur épopée.
PAR FRANÇOIS-GUILLAUME LORRAIN
L
a superfluidité de l’hélium : présenté ainsi, cela ne dira peutêtre rien à personne. Mais si l’on
ajoute que parmi ses applications,
imputables aux propriétés refroidissantes de l’hélium, on trouve
les scanners IRM, le boson de Higgs
– ultime particule élémentaire dé68 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
couverte – ou les immenses électroaimants de la recherche
fondamentale, alors là, vous vous
direz peut-être que l’hélium, ça ne
sert pas qu’à gonfler des ballons.
Qui s’y est intéressé d’aussi près
dans les années 1930 ?
Des migrants. Ou, si l’on préfère, des immigrés. Qui découvrirent à leurs dépens que la
« Père de la bombe
atomique ». Le physicien Robert Oppenheimer dans les années
1940, alors qu’il dirige le
projet Manhattan. Il fait
appel à de nombreux
savants immigrés :
Peierls, Szilard, Wigner,
Fermi, Frisch…
déflagration n’était pas qu’un phénomène physique, mais qu’elle
pouvait être engendrée par des
hommes appelés Hitler ou Staline.
Parmi ces cerveaux déplacés, Fritz
London, un juif allemand qui travaille d’abord à Munich avec Erwin
Schrödinger, dont la fameuse équation permit de formaliser la mécanique quantique. London, lui,
allait expliquer pourquoi deux
atomes d’hydrogène H peuvent
former une molécule de dihydrogène H2 alors que l’hydrogène
n’existe pas dans la nature. En toute
simplicité, la base de la chimie moderne. Grâce à Schrödinger, London « fit le lien entre la chimie et la
physique », écrit Sébastien Balibar,
qui, avec simplicité et humour,
nous retrace les pérégrinations de
ces savants errants, ballottés par
les événements mais concentrés
sur leurs recherches. En 1933, London est à Berlin. Et en 1933, à Berlin, l’air n’est pas bon pour un Fritz
London. Direction Oxford, puis
Paris, où il connaît un chimiste
russe, Michel Magat, qui travaille
sur la structure de l’eau lourde
dans le laboratoire de Paul Langevin. Tous ces gens-là se connaissent,
se lisent. La communauté scientifique, qui inventera d’ailleurs le
Web en 1989 au CERN de Genève,
est la première mondialisée.
Paris sera pour un temps le cœur
du réacteur. 1936 : il fait bon être
un scientifique étranger en France.
Le Front populaire vient de lancer
un sous-secrétariat à la Recherche
scientifique, confié à Irène Joliot-Curie, puis au physicien Jean
Perrin. Ils savent de quoi ils parlent.
Au même moment se crée à Paris
un Comité français pour l’accueil
et le travail des scientifiques étrangers, sous l’impulsion d’un Biélorusse clandestin, Louis Rapkine.
Dans son comité d’honneur, le gratin de la science française. London
reçoit une bourse de ce comité et
soutient une thèse en 1937 sur la
fameuse supraconductivité. Il est
rejoint, entre autres, par un juif
hongrois, Laszlo Tisza. Après un
passage dans le laboratoire de Kharkov pour travailler sur l’hélium
liquide avec le plus grand savant
russe, Lev Landau, Tisza a échappé
RUE DES ARCHIVES/BCA
SCIENCES
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L’INTERNATIONALE DE LA BOMBE
RUE DES ARCHIVES/SPPS – KEYSTONE ARCHIVES/HIP/LEEMAGE
– COSTA/LEEMAGE – JOHN MINNION/LEBRECHT/LEEMAGE – SP
– AGIP/LEEMAGE – MP/LEEMAGE – DR – SCIENCE PHOTO LIBRARY /AFP
de peu aux geôles staliniennes et
ne s’est pas attardé dans sa Hongrie fasciste. London lui écrit : « Et
si tu venais à Paris ? » Banco. Tisza,
comme London, bénéficie d’une
bourse du comité puis d’un poste
à la CNRS. « La » et non « le ». La
Caisse nationale de la recherche
scientifique vient d’être ouverte
en 1937 par Jean Perrin ; elle deviendra, en 1939, le Centre national de la recherche scientifique.
Propositions d’autant plus remarquables qu’elles interviennent
dans une France xénophobe, qui
instaurera en 1938 des lois très restrictives sur l’immigration. Mais
l’ennemi qu’on a fui se rapproche
de la France, où, d’ailleurs, l’on voit
d’un très mauvais œil ces savants
allemands ou étrangers. London,
t Ei
Alb er
r
1942 Le projet Manhattan est lancé : sous la houlette de Robert
Oppenheimer, d’origine allemande, on y retrouve Rudolf Peierls,
Leo Szilard, Eugene Wigner, Enrico Fermi, Otto Frisch et le Hongrois Edward Teller, qui, lui, proposera la bombe à hydrogène.
rd
Octobre 1939 Leo Szilard persuade son
ami Albert Einstein
d’alerter le président
Roosevelt : les nazis
peuvent avoir la
bombe atomique et il
faut répliquer.
f Pe
le
Tel
Leo Sz
ila
oh
rd
Fer
mi
Janvier 1939 Le Danois
Niels Bohr présente
à Washington l’interprétation MeitnerFrisch devant le juif
italien Enrico Fermi,
les juifs hongrois
Eugene Wigner et
Leo Szilard, qui ont
fui la Hongrie puis
l’Allemagne.
Edwa
h e i m er
Enrico
Robert
Op
Fin 1938 Lise Meitner et Otto Frisch
(juifs autrichiens), en exil à Copenhague, découvrent le principe de la
fission nucléaire.
pen
e in
nst
r
ls
ier
Rudol
Li s e M
h
Niels B
Otto F
risc
r
eit
ne
Printemps 1940 L’Allemand
Rudolf Peierls,
rejoint par Frisch, calcule à
Birmingham la masse critique d’uranium 235 nécessaire pour fabriquer une
bombe atomique.
en septembre 1939, prend le dernier bateau pour l’Amérique. Tisza
s’engage dans la Légion étrangère
puis, réformé, échappe à la mort
et se glisse entre les mailles du filet pour arriver aux Etats-Unis en
1941.
Exil américain. La valse de l’immigration n’est pas terminée. Au
tour cette fois des scientifiques
français qui ont mis les voiles d’être
accueillis par l’université de New
York pour recréer une Ecole libre
des hautes études. On y retrouve
Jean Perrin, Louis Rapkine, Michel
Magat… Tandis que d’autres physiciens français, Pierre Auger,
Bertrand Goldschmidt, Jules Guéron, trouvent asile à Chicago dans
le laboratoire d’Enrico Fermi, juif
italien chassé par le fascisme, ou
au Canada. L’objet de leurs travaux ?
L’uranium, le plutonium. En 1939,
Frédéric Joliot-Curie avait publié
à Paris un article sur la possibilité
d’une fission de l’uranium (par une
multiplication des neutrons, générant une énergie surpuissante).
Il est resté en France, mais ses deux
élèves, Hans von Halban et Lew
Kowarski, des réfugiés, ont rejoint
leurs collègues français au Canada,
où ils travaillent sur le programme
anglo-canadien de la bombe. C’est
là, le 11 juillet 1944, que Guéron,
Goldschmidt et Auger rencontrent
de Gaulle pour l’informer de la « nécessité de développer le nucléaire en
France ». Tout se décide là-bas, à Ottawa. De retour en France, de
Gaulle, qui les a « compris », crée le
Commissariat à l’énergie atomique.
La bombe américaine sera aussi
une affaire de migrants. Des Hongrois encore. Eugene Wigner, Edward Teller et Leo Szilard, qui
viendra persuader Albert Einstein,
en octobre 1939, d’écrire à Roosevelt pour que les Etats-Unis se
lancent dans un programme nucléaire. Ce trio sera au cœur de
l’aventure du projet Manhattan à
Los Alamos. Les avancées théoriques ont été formulées en 1938
par deux immigrés juifs allemands
réfugiés au Danemark, Lise
Meitner et son neveu Otto Frisch,
lequel rejoindra le laboratoire de
Birmingham et l’Allemand Rudolf
Peierls, qui calculera la masse critique d’uranium 235 pour fabriquer une bombe.
Voilà une valse folle qui donne
le vertige. A croire que le déracinement, l’angoisse donnent aussi
des ailes, provoquant, comme la
fission nucléaire, des réactions en
chaîne. Preuve également que la
science ne connaît pas de frontières. Balibar n’écrit pas ce livre
de nulle part : il est membre du
Programme d’aide à l’accueil en
urgence des scientifiques en exil
(Pause) mis en place sous François
Hollande. Pas de pause pour les savants syriens, kurdes, turcs. La
valse continue. L’Histoire a aussi
ses lois intangibles §
« Savant cherche refuge », de Sébastien
Balibar (Odile Jacob, 240 p., 23 €).
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 69
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CULTURECINÉMA
Direction l’Algérie.
Isabelle (Frédérique
Bel) et Rachid (Medi
Sadoun) veulent
devenir avocats à Alger
pour défendre les
femmes qui portent
le Bikini sur les plages.
L’appel de l’Inde.
Laure (Elodie Fontan)
et Charles (Noom
Diawara) projettent
de s’installer à Bombay,
Charles voulant faire
carrière à Bollywood.
Objectif Chine.
Ségolène (Emilie Caen)
et Chao (Frédéric Chau)
rêvent de Shanghai, où
les banques fleurissent.
Israël, mon amour.
Odile (Julia Piaton)
et David (Ary Abittan)
apprennent l’hébreu
pour faire leur alya.
Le film qui va nous
Migration. Les quatre
filles Verneuil ont
décidé de partir vivre
dans le pays d’origine
de leurs maris.
Au grand dam de
leurs parents,
Marie et Claude
Verneuil (Chantal Lauby
et Christian Clavier).
PAR JEAN-LUC WACHTHAUSEN
I
l y a des moments où le cinéma colle bizarrement
à l’actualité. Prenons le cas de « Qu’est-ce qu’on a
encore fait au Bon Dieu ? », suite de la comédie à
succès de Philippe de Chauveron qui avait fait plier
de rire 12 millions de spectateurs en 2014. En plein
débat national sur quelle société, quelles réformes,
quel avenir souhaitent les Français, ce tableau
comique d’une France multiculturelle malgré elle,
jamais contente mais heureuse malgré tout, tombe
à pic pour nos gouvernants en mal d’idées. Au-delà
de la satire, genre polémique par nature, on peut y
déceler une célébration – idéalisée sans doute – d’une
belle et douce France des campagnes, des châteaux
de la Loire et de la bonne chère. Il y est question non
70 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
pas des ronds-points, mais des vertus des petits villages où l’on prend le temps de vivre, loin du tumulte
de la grande ville. Alphonse Allais et son idée de
« construire des villes à la campagne car l’air y est plus
pur » ne sont pas loin. Evidemment, à l’ère des gilets
jaunes, cela fait sourire.
Alors, que se passe-t-il cette fois ? Grosse crise :
leurs quatre gendres ont décidé de quitter la France
avec femmes et enfants pour tenter leur chance à
l’étranger. « Vous avez bien voté Macron, hein ? Alors,
pourquoi partir ? », leur lance leur beau-père. Rien à
faire : Rachid en a marre de voir défiler les femmes
voilées dans son cabinet d’avocats, David se plante
avec son projet de halal bio, Charles rame dans les
castings réservés aux Noirs et Chao patine dans sa
banque. Une catastrophe pour le couple Verneuil,
ARNAUD BORREL/UGC (X5)
Dans « Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? »,
on vante une France où il fait bon vivre. Réjouissant.
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ARNAUD BORREL/UGC
faire du bien
prêt à tout pour les retenir et les convaincre que la
France reste le plus beau pays du monde. De leur
côté, André et Madeleine Koffi, couple ivoirien, décollent d’Abidjan direction la France pour le mariage
de leur fille – qui leur réserve une grosse surprise –
et pour l’accouchement de leur belle-fille (Elodie
Fontan). Le tout est prétexte à quelques scènes délirantes, comme la naissance du bébé – « très africain »,
selon André Koffi, forcément « noir », selon Claude
Verneuil. Ce dernier, toujours prêt à mettre les pieds
dans le plat, n’a pas peur de proclamer haut et fort :
« Vive le plancher des vaches ! » Pas bio ni écolo, juste
cocardier et fier de ses racines. Comme Chantal Lauby,
sa femme, Marie, qui cite Sylvain Tesson : « La France
est un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer. »
Un duo sur mesure, loin de la famille Bisounours,
un brin franchouillarde, des Tuche. Les Verneuil sont
toujours bourgeois, cathos, moins réacs, plus généreux et surtout pleins d’attention, d’amour pour
leur grande famille mixte qui a fait voler en éclats
(((()
Une famille
formidable
tous leurs préjugés. On voit que le cinéaste Philippe
de Chauveron – accusé de tous les maux pour sa précédente comédie, « A bras ouverts », sur la communauté rom – et son coscénariste, Guy Laurent, se sont
encore bien amusés à boxer le politiquement correct
dans cette suite qui n’a rien perdu de sa verve. A coups
de répliques insolentes, de situations cocasses, de
retournements malins, ils surfent sur des sujets tabous tels que les tensions communautaires, l’immigration, la religion, le vivre-ensemble, les clichés
racistes, les préjugés en tout genre. Comme ils sont
habiles et trouvent le ton juste avec des acteurs sans
filtre, tout est prétexte à en rire sans trop se poser de
questions. Bien sûr, il y a quelques facilités, mais le
scénario est bien ficelé, les dialogues fusent, les scènes
s’enchaînent sans temps mort, conçues chacune
comme des saynètes avec une chute, un gag ou un
clin d’œil. Tout le talent, le culot même, des scénaristes est de rendre crédibles et drôles des situations
aussi « sensibles », comme on dit aujourd’hui, …
On prend les mêmes
et on recommence.
En mieux. La famille
Verneuil use de
stratagèmes pour
vanter la douce
France à ses gendres
qui ont décidé de
partir à l’étranger.
Et la famille Koffi ne
s’attend pas du tout
au mariage de sa
fille, qui lui réserve
une grosse surprise.
Christian Clavier et
Chantal Lauby
portent cette
nouvelle comédie
qui bouscule les
conventions et file
à toute vitesse.
On rit beaucoup,
sans arrière-pensées.
Et Dieu que c’est
bon !
Sortie le 30 janvier.
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 71
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CULTURECINÉMA
Parachutés. Madeleine
et André Koffi (Salimata
Kamate et Pascal
NZonzi) débarquent
en France pour marier
leur fille (Tatiana Rojo).
de charger leurs personnages jusqu’à la caricature, de bousculer la bien-pensance. Ils n’ont pas
peur de s’attaquer dans la bonne humeur à tous les
clichés sur les Arabes, les juifs, les Chinois et les
Noirs. Pour mieux les désamorcer dans la seconde.
Rien de lourd. Tout va très vite.
A ce niveau-là, il faut beaucoup de doigté, pas mal
d’insolence et un goût prononcé pour la fantaisie.
…
Le casting et la direction d’acteurs font le reste. En
notaire retraité qui s’est mis à l’écriture (« Mon petit
Balzac », le surnomme sa femme), ardent défenseur
du patrimoine et des châteaux de la Loire qu’il fait
visiter à ses gendres, Christian Clavier est parfait,
à la fois drôle et touchant, lourd et léger en mari
et beau-père que l’on déteste aimer. De son côté,
Chantal Lauby est bien à sa place dans son rôle de
mamie pugnace, dopée non plus à la zumba, mais à
la marche nordique. Elle est futée, tout comme ses
filles. Enfin, il ne manque rien aux parents Koffi (Pascal NZonzi et Salimata Kamate) pour incarner deux
bons bourgeois ivoiriens malmenés par l’évolution
des mœurs.
Et le Bon Dieu dans tout ce joyeux méli-mélo familial ? Il ne peut pas faire grand-chose, à l’image du
prêtre dans le film, dépassé par les événements et
pris d’un fou rire. Morale de l’histoire : les hommes
sont tombés sur la tête depuis belle lurette, mais cela
n’empêche pas d’en rire. Et de gagner, à coup sûr, des
millions de spectateurs au box-office §
CHRISTIAN CLAVIER : « CE N’EST PAS UN FILM POUJADISTE »
très bon ressenti de Philippe de Chauveron. Le film parle
tellement de la France et de ses problématiques que l’on a
l’impression qu’il suit l’actualité, alors que ce n’est pas le cas.
Le film n’a rien de prémonitoire, car cela ne parle tout de
même pas de la situation que nous sommes en train de
vivre, mais il évoque les mêmes thématiques que le premier.
Dans celui-ci, on aborde le fait d’être bien dans son pays, de
se sentir utile dans son pays, de ne pas être
brimé. C’est quelque chose qui fait écho à ce
que vivent les Européens. Et puis, Philippe est
un homme très sincère dans ce qu’il écrit. C’est
cette sincérité qui lui permet de ne jamais
édulcorer les rapports humains, les conflits et
les a priori des uns et des autres.
Dans le film, Chantal Lauby cite une phrase
de Sylvain Tesson : « La France est un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer. »
Est-ce la nouvelle devise de la République ?
des comédiens pour que cela fonctionne (rires). Philippe de
Chauveron a basé entièrement son film sur le fait que,
lorsque l’on ne se connaît pas, on a des a priori ; et lorsqu’on
apprend à se connaître les a priori tombent.
C’est aussi une ode à la province et à la France
périphérique…
Lui étant notaire à Chinon, il fait obligatoirement partie de
cette France. En même temps, ce que je trouve intéressant,
c’est que les jeunes ont envie d’aller voir ailleurs. Le monde
est ouvert. Moi qui suis né en 1952, j’appartiens à la première génération qui commence à se balader,
qui parle plusieurs langues, qui apprécie les
cultures des autres et qui se dit qu’il faut dépasser ce monde fermé. Le film parle de tous
ces éléments. Ce n’est pas un film poujadiste.
Faire une suite est toujours périlleux.
Je n’ai jamais pensé que l’on ferait une suite.
Philippe m’a apporté le script et il y avait une
bonne idée : les gendres veulent partir, car ils
en ont plein le dos de la France ; le beau-père
va tout faire pour les garder, alors que dans le
premier il aurait tout fait pour les voir partir !
C’était donc nouveau. De plus, je m’entends
très bien avec Chantal Lauby. Je savais que
l’on pouvait trouver de nouvelles idées.
Je réponds à Chantal : « Et c’est très pointu. »
Pour une fois, la réponse de Verneuil à sa
Christian Clavier
femme est juste et bien vue. Pour autant, ce serait exagéré de dire que c’est la nouvelle devise
de la République. Il y a des tas de gens qui pensent que nous Le premier film est sorti en 2014, le second en 2019.
avons beaucoup d’atouts chez nous. Mais c’est un point de
Comment a évolué la société française ?
vue intelligent. Tesson a un regard et des avis qui sont touJe ne suis pas sociologue, donc je ne porterai pas de jugejours intéressants, qui nous apportent quelque chose.
ment de valeur. Mais je trouve qu’elle s’est crispée, qu’elle
est très agressive. Par ailleurs, dans le cinéma, cela fait un
Ce deuxième opus est finalement une déclaration
certain temps que l’on nous explique que le film grand
d’amour à la France, aux Français et à l’esprit français…
Exactement. C’est tout ce qu’il y a de mieux chez nous. C’est public est automatiquement moins bien que le film
tout ce que revendiquent les beaux-parents pour convaincre d’auteur. Moi j’ai fait toute ma carrière en pensant le
leurs gendres de rester en France. Ils engagent tout de même contraire § PROPOS RECUEILLIS PAR FLORENT BARRACO ET JÉRÔME BÉGLÉ
72 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
ARNAUD BORREL/UGC – PIERRE VILLARD/SIPA
Le Point : Le film a été tourné il y a un an et pourtant il
colle parfaitement à l’actualité. Comment l’expliquer ?
Christian Clavier : C’est une incroyable coïncidence ou un
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VIGGO MORTENSEN
MAHERSHALA ALI
ACTUELLEMENT AU CINÉMA
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CULTUREÉDITION
Grecque et latine.
La librairie Guillaume
Budé en 1935 et la
chouette, son emblème, d’après un vase
à parfum (aryballe)
du Louvre.
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La folle odyssée
des Belles Lettres
Aujourd’hui centenaire,
la maison édite la plus
grande collection au monde
de textes antiques, mais
aussi les auteurs libéraux.
François Malye, petit-fils
d’un de ses fondateurs,
en conte la saga.
BELLES LETTRES (X3)
Dès 1930,
Les Belles Lettres
inventent
les croisières
culturelles
où le public peut
rencontrer
les érudits.
« Propagandiste ».
Jean Malye, l’un des
fondateurs des Belles
Lettres.
PAR FRANÇOIS MALYE
C
ette odyssée-là dure depuis un siècle. Fondée le
17 juin 1919, sept mois après l’armistice, la société d’édition Les Belles Lettres naît d’une revanche à prendre contre l’Allemagne, qui détient
alors le monopole des textes classiques. Elle en édite
aujourd’hui la plus importante collection au monde.
Les prestigieux « Budés », textes et traductions de
classiques grecs et latins, sont célèbres dans les universités et bibliothèques du monde entier, ainsi qu’auprès des professeurs, des érudits et de tous ceux pour
qui la langue compte. Mais pas seulement. L’historienne Stéphanie-Anne Ruatta, chargée du dernier
volet du mythique jeu vidéo canadien « Assassin’s
Creed », qui se déroule au lendemain des guerres médiques, a expliqué dans les colonnes du journal Le Devoir que, sans la collection des Belles Lettres, elle
n’aurait pas pu restituer le niveau de détails demandé
par les réalisateurs.
Selon la légende, l’idée de lancer une collection
française des textes classiques, grecs et latins, provient d’une colère du linguiste Joseph Vendryes : mobilisé en 1914, ce spécialiste du monde celte avait
voulu emporter « L’Iliade » dans son paquetage. Or,
à l’époque, c’est l’Allemagne, avec les éditions Teubner, qui domine l’édition des textes classiques. Insupportable. « Depuis la guerre, j’ai honte de ne mettre que
les éditions Teubner entre les mains d’étudiants qui se préparent à aller défendre au péril de leur vie la culture française contre l’Allemagne », écrit l’helléniste Louis …
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 75
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CULTUREÉDITION
Pour leurs cent ans
d’édition, Les Belles
Lettres publieront,
tout au long de l’année, une sélection,
en traduction seule,
des titres emblématiques de la maison.
La série du Centenaire – couvertures
texture aquarelle et
dessin imprimé au
fer à dorer –, confiée
à l’illustrateur Scott
Pennor’s, a débuté
par « Les métamorphoses », d’Ovide.
Dans le catalogue
riche de 4 000 ouvrages, on trouve
aussi des auteurs
majeurs du siècle
comme Alexandre
Soljénitsyne et de
grandes signatures
de la pensée libérale,
notamment Nassim
Nicholas Taleb.
76 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
Patronne. Caroline Noirot, à la tête des Belles Lettres depuis 2007.
Jean Malye sera le « propagandiste » des Belles
Lettres, « art » moderne né durant la Première Guerre
mondiale et sur lequel il a beaucoup appris en Amérique. Il sillonne le monde pour imposer la collection. Dès 1930, Les Belles Lettres inventent les
croisières culturelles où le public peut rencontrer
les érudits. C’est alors le nouvel âge d’or de l’Antiquité. Les Budés deviennent une référence mondiale.
« Lorsque j’étais jeune étudiante, séduite par le grec, la
maison du boulevard Raspail, dans laquelle fraternisaient
notre maître Paul Mazon et Jean Malye, le savant et l’éditeur, représentait pour moi le haut lieu de la culture à laquelle j’aspirais », écrit Jacqueline David, qui y rencontre
son futur mari, Michel Worms de Romilly. Il y est
éditeur et Jacqueline de Romilly deviendra l’éditrice
de l’œuvre de Thucydide.
Apollonios de Rhodes et… Iggy Pop. Aujourd’hui, les Budés représentent 25 % des ventes
d’une société d’édition qui, au fil des décennies, a su
se diversifier et pas seulement dans les humanités.
Si dans son catalogue figurent les plus illustres signatures d’antiquisants – Jacqueline de Romilly, Paul
Veyne, Pierre Vidal-Naquet et aujourd’hui Peter
Brown et Andrea Marcolongo –, à partir des années 1980 le nouveau patron, Michel Desgranges,
lance un grand chantier de rénovation. Les Belles
Lettres publieront Charles Dantzig, Samuel Fuller,
Edouard Limonov, des météores de la pensée française comme Philippe Muray, mais aussi Iggy Pop
ou Philippe Léotard, agrégé de lettres classiques, qui
passait régulièrement à la librairie faire provision
de Budés, après avoir jeté sa décapotable sur le trottoir. « A l’origine, la création des Belles Lettres correspondait à un besoin intellectuel mêlé de curiosité. Cet éclectisme
est resté dans l’ADN de la maison », explique Caroline
Noirot, 44 ans, qui veille sur les mânes des Belles
SEBASTIEN LEBAN POUR « LE POINT »
Une collection
en or
… Méridier en 1917. Mais, sur le front, parfois
sous des volées d’obus, un groupe d’universitaires
correspondent et préparent la revanche. Ce sera la
fondation de l’Association Guillaume-Budé la même
année, du nom de l’humaniste du XVIe siècle, cénacle
qui assure le patronage scientifique des éditions,
celles-ci étant publiées et distribuées par les Belles
Lettres. Le président de la société est l’helléniste Paul
Mazon, célèbre traducteur d’Homère, première grande
figure des Belles Lettres, qui se fixent pour but d’éditer – en les traduisant, grande nouveauté pour l’époque
– l’intégralité des textes grecs et latins recensés, estimée à l’époque à 1 300 ouvrages. Ces pères fondateurs
savent qu’ils ne verront jamais la cathédrale bâtie,
mais leur serment sera tenu. En cette année du centenaire, au rythme de dix à quinze nouveautés par
an et d’une centaine de réimpressions – qui garantissent la disponibilité de l’intégralité du catalogue –,
Les Belles Lettres en sont à 963 exemplaires, 542 grecs
et 421 latins, diffusés au sein de la prestigieuse CUF
– Collection des universités de France. Le premier volume, publié en 1920, le dialogue de Platon « Hippias
mineur », est d’emblée salué par une presse enthousiaste comme une seconde victoire contre l’Allemagne :
« C’est presque un devoir pour les lettrés d’adhérer à la société Guillaume-Budé (…) œuvre patriotique dans le meilleur sens », écrit L’Opinion, tandis qu’Abel Hermant,
dans Le Gaulois, souligne que « les études grecques étaient
jusqu’à ce jour une de nos provinces dévastées. La société
Guillaume-Budé en a entrepris la restauration ».
C’est à ce moment que Jean Malye – mon grandpère – entre en scène. Cet autre celtiste, âgé de 32 ans,
dont la guerre a interrompu la thèse sur l’écrivain
W. B. Yeats, revient d’Amérique. En octobre 1917,
après trois années passées au front, il a été parmi les
premiers officiers français à y débarquer pour former
l’armée américaine naissante. Engagé comme directeur commercial des Belles Lettres en 1921, il en prendra ensuite la tête, jusqu’à sa mort, en 1973. J’avais
alors 14 ans. Enfant, j’ai beaucoup joué dans les travées de la librairie, et, si j’ajoute que mon père et mon
frère ont travaillé dans cette maison durant toute
leur vie et que mon fils porte la chouette d’Athéna tatouée sur son biceps gauche, le lecteur comprendra
mieux – ou pas – pourquoi on m’a confié cet article.
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Publier un Budé, travail de Romain !
BELLES LETTRES – SEBASTIEN LEBAN POUR « LE POINT » (X2)
Thébaïde. Une lectrice dans la librairie du 95, bd Raspail, à Paris.
Lettres depuis 2007, devant les rayonnages de Budés,
jaunes pour le grec et rouges pour le latin, les premiers frappés de la chouette d’Athéna, les seconds
de la louve nourricière de Romulus et Rémus, qui occupe tout un pan de mur de la librairie du 95 boulevard Raspail à Paris, adresse immuable. Celle-là même
où la majeure partie de l’aventure s’est déroulée depuis 1920. « Ici, l’esprit de cette mission n’a jamais quitté
quiconque, ajoute Caroline Noirot. C’est une œuvre, un
service au plus beau sens du terme et une charge phénoménale. Vous êtes responsable vis-à-vis de vos aînés, de
votre catalogue, et quel catalogue ! » Elle y poursuit l’édition de penseurs libéraux – Ayn Rand, Alain Laurent,
Adam Tooze – et y a ajouté des auteurs comme Nassim Nicholas Taleb, Nuccio Ordine, le poète Yves
Bonnefoy, aussi bien que des inédits de John Steinbeck ou de Curzio Malaparte.
La centenaire et ses treize salariés réalisent un
chiffre d’affaires de 3 millions d’euros, mais la société
est son propre distributeur par sa filiale Belles Lettres
Diffusion Distribution (16,6 millions d’euros de
chiffre d’affaires), qui diffuse également les ouvrages
d’une centaine d’éditeurs indépendants. L’actionnaire principal, William Bonner, est un discret homme
d’affaires irlandais. Les descendants des 300 actionnaires d’origine sont toujours au capital, même si
leurs actions ont fondu jusqu’au centime d’euro en
raison des augmentations de capital successives. Car
la société a vécu des moments difficiles. Les conséquences de la crise de 1929, l’Occupation (durant laquelle elle ne publia que quelques livres) et, en 2002,
l’incendie de son entrepôt de Gasny (Eure), où 3 millions de volumes disparurent en fumée. Mais elle a
réussi, depuis un siècle, à faire mentir l’adage de Jules
Vallès rendant hommage « à tous ceux qui, nourris de
grec et de latin, sont morts de faim ». Ce dont je peux témoigner, c’est que l’état d’esprit y est resté le même §
Le savant doit d’abord établir le texte original, c’està-dire recenser toutes les
versions copiées, reprises,
citées au fil des siècles,
bâtir son stemma codicum
– l’arbre généalogique –
afin de l’élaguer et d’en
dégager la meilleure version. Celle-ci passe ensuite entre les mains d’un
Bilingue. L’édition d’« Alcibiade », de Platon.
réviseur, lui-même scientifique, qui vérifie, amende et suggère le texte jugé digne de figurer
en page de droite. Car il ne faut pas céder à la facilité. L’œil, par réflexe, se posera ainsi d’abord sur le texte grec ou latin avant d’en lire
la traduction en page de gauche. Suivent également le travail d’apparat critique et de présentation de l’œuvre. Il faut, au minimum,
cinq ans pour publier un Budé, à l’origine imprimé sur un papier
vélin crème de Guyenne 80 grammes, format 12,5 x 19 centimètres,
destiné à tenir « dans la poche d’un honnête homme ». Mais certains peuvent rester en souffrance des décennies, comme « Sur les
héros », de Philostrate, finalement publié en 2017, au bout de quarante-deux années de travail. Les savants, héros oubliés, meurent
aussi, mais le flambeau est toujours transmis, comme le rappellent
d’émouvantes notes de bas de page de certains Budés : « La mort
ayant surpris M. Théodore Reinach alors qu’il corrigeait les épreuves de ce
livre, M. Isidore Lévy a bien voulu revoir l’ensemble du volume. » §
Les Budés : jaunes
et frappés de la
chouette d’Athéna
pour le grec,
rouges et ornés
de la louve nourricière de Romulus
et Rémus pour le
latin.
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 77
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CULTUREBANDE DESSINÉE
Manara : « L’époque de la lib
L’auteur italien, qui fête ses cinquante ans
de carrière, est l’un des grands invités du
46e Festival d’Angoulême, avec Frank Miller,
pour les 80 ans de « Batman », et Emil Ferris.
« Le Point » les a rencontrés.
S’ils
savaient d’où
vient cette
expression…
L’extase
reste l’extase,
d’où qu’elle surgisse.
Mais la toile servira
à m’acheter une
grâce.
PAR SOPHIE PUJAS
Signé Manara.
Détail d’une planche du
« Parfum de l’invisible »
(1986).
En haut, planche du
tome 2 du « Caravage »
(2018).
MILO MANARA/ÉDITIONS GLÉNAT (X2)
P
rononcez son nom, et voici qu’aussitôt flotte un
parfum de sensualité et de transgression. L’Italien Milo Manara a beau être né en 1945 dans une
famille où les bandes dessinées étaient interdites (la
faute à une mère institutrice), il est pourtant devenu
une légende du neuvième art. Un peu grâce aux
femmes longilignes et dénudées qui peuplent ses dessins. Par exemple l’héroïne du « Déclic », bande dessinée érotique en plusieurs tomes parue à partir de
1984 et qui l’a imposé comme un maître du genre. Le
Festival d’Angoulême lui rend hommage en célébrant
cinquante ans d’une carrière loin de se limiter aux
contours de ses obsessions érotique. Sa route a croisé
celle d’Hugo Pratt, qui fut son scénariste le temps de
deux albums, « Un été indien » (1987) et « El Gaucho »
(1995). Il travailla même avec Fellini à l’adaptation
en bande dessinée de deux de ses projets, « Voyage à
Tulum » et « Le voyage de G. Mastorna », dans l’attente des financements qui devaient permettre de les
faire naître à l’écran (et qui ne vinrent jamais). « Quand
on me demande quelle est mon orientation politique, je réponds toujours que je suis fellinien, confie-t-il dans un
français parfait. De lui je retiens un regard détaché, dé-
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erté sexuelle est terminée »
calé, ironique sur l’existence. » Il nous raconte l’une de
ses passions au long court : le Caravage. Il vient de
faire revivre en bande dessinée le peintre voyou, génial et flamboyant. Un maître en audace §
Le Point : Pourquoi le Caravage ?
Milo Manara : Le Caravage me séduit depuis toujours.
Quand j’étais enfant, sur un livre de catéchisme j’ai
vu la « Crucifixion de saint Pierre », sans rien savoir
du Caravage, et l’image m’a beaucoup frappé. Le Caravage, c’est quelqu’un qui raconte des histoires dans
ses tableaux, il fait de la fiction ! Il a vraiment inventé
le maximum de réalisme dans le maximum de fiction. Il organisait sa scène comme un cinéaste, la lumière, la composition de l’image comme un metteur
en scène. Il prenait un jeune homme dans la rue comme
il aurait choisi un acteur et lui faisait jouer le Christ.
Il n’avait pas de caméra mais, à la place, ses mains miraculeuses. S’il était vivant aujourd’hui, je crois qu’il
ferait du cinéma plutôt que de la peinture. Parce qu’il
n’avait pas une grande facilité pour peindre. Il pei-
gnait quelques jours et ensuite ne faisait rien pendant
des mois, allait à la taverne… Il n’avait pas la même facilité qu’un Rubens ou un Fragonard, qui s’amusaient
à peindre. Lui, on sent la fatigue, le travail.
Le Caravage vous donne l’occasion de retrouver
votre goût pour la sensualité féminine…
Oui, parce que le Caravage, c’est l’un des plus grands
peintres de femmes de toute l’histoire de l’art ! Même
si ses nus sont exclusivement masculins, à mon avis
pas par goût personnel comme on l’a beaucoup dit,
mais parce qu’il peignait sur commande. Il ose les
représenter d’une manière incroyable, jambes écartées ! C’est un signe de son audace, mais ce n’est pas
le seul. Sur l’un de ses retables, en Sicile, il a laissé la
moitié supérieure du tableau entièrement noire.
C’est fou, non ?
« Un peu partout
dans le monde,
on a régressé,
au nom du respect
qu’on doit à
toutes les formes
de religion
et de culture. »
Milo Manara
En 2014, une couverture que vous avez dessinée
pour Marvel a fait scandale, à cause d’une
Spider-Woman aux formes trop explicites.
C’est un retour du puritanisme ?
C’était la 15e couverture que je faisais et il ne
…
RETROUVEZ LE MEILLEUR DE LA BANDE DESSINÉE
AU FESTIVAL INTERNATIONAL D’ANGOULÊME !
Pierre-Henry GOMONT
Catherine MEURISSE
Un récit d’inspiration
autobiographique autour
d’un père manipulateur et
charismatique ; un drame
familial au cœur d’une
Afrique envoûtante.
L’enfance de l’auteure
de La Légèreté, une ode
malicieuse dédiée à la
nature et l’art : tout ce
qui pousse et vit envers
et contre tout sera une
chance.
Grand prix RTL
de la Bande dessinée
2018
Fabien NURY et
Matthieu BONHOMME
Fred DUVAL, EMEM
et Fred BLANCHARD
L’histoire tragique et vraie
de Charlotte de Belgique,
impératrice à 23 ans, folle
à 26 ans, brisée par la
violence de son milieu et
de son époque.
2084, les pires scénarios
se sont réalisés. La Terre
se meurt et la Fédération
des Intelligences Mammifères décide d’intervenir
pacifiquement…
5 ALBUMS DARGAUD À DÉCOUVRIR DANS LA SÉLECTION OFFICIELLE
APPOLLO et TEHEM
Une fresque lycéenne
romantique, fantaisiste
et enfiévrée entre
Le Grand Meaulnes
et Les Quatre Cents
Coups.
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CULTUREBANDE DESSINÉE
riches et les pauvres toujours plus pauvres, les océans
pollués, pas besoin d’être Einstein pour voir qu’on
fait fausse route.
Mais vous ? Après cinquante ans de carrière, la
joie de dessiner est-elle toujours là ?
Fellinien. Milo Manara dans son atelier de Vérone.
« Quand on me demande quelle est mon orientation politique, je
réponds toujours que je suis fellinien… », nous a-t-il confié.
s’était jamais rien passé. Après, on ne m’a plus
jamais demandé d’en faire. C’est bien l’hypocrisie
américaine ! Un peu partout, on a régressé, au nom
du respect qu’on doit à toutes les formes de religion
et de culture. Il y a vingt ans, on avait beaucoup plus
de liberté. Surprenant pour moi.
…
Aujourd’hui, pourriez-vous publier « Le déclic » ?
Je ne crois pas que le livre serait aussi bien accueilli,
non. Vous savez, j’ai commencé à la fin des années
1960, en pleine libération sexuelle. Cette époque est
terminée ! Ma bible, c’était le livre « Eros et civilisation », de Marcuse, où il théorisait le fait que la libération des hommes mais surtout des femmes
passerait par l’érotisme. On commençait à comprendre que le sexe, ce n’est pas uniquement pour
la reproduction ! Tout le grand mouvement de changement social a été lié à cette liberté nouvelle. Mais
oui, on a régressé, et la preuve, c’est que même nous,
dessinateurs, pouvons être tentés de nous autocensurer. On ne peut pas oublier Charlie Hebdo.
Vous connaissiez bien Wolinski,
vous lui avez rendu hommage dans un dessin
où on voit une femme voilée l’embrasser.
Que vouliez-vous dire ?
Le Point est partenaire des Rencontres
internationales
d’Angoulême,
retransmises en
Facebook live, où de
prestigieux artistes
sont invités à parler
de leur œuvre devant
le public. Le vendredi 25 janvier, dans
la salle Buñuel de
l’Espace Franquin,
une master class
réunira à 10 heures
Frank Miller, Paul
Dini et Jock pour
évoquer la saga
« Batman », puis à
15 heures, c’est Emil
Ferris qui reviendra
sur la genèse de
« Moi, ce que j’aime,
c’est les monstres ».
Le samedi 26 janvier,
Taiyo Matsumoto
répondra aux questions de nos journalistes au CGR à
14 heures, tandis que
Milo Manara
revisitera ses
cinquante ans de carrière à 15 heures à
l’Espace Franquin,
parallèlement à la
rétrospective qui lui
est consacrée.
Du 24 au 27 janvier,
www.bdangouleme.
com.
Il m’a honoré de son amitié. Je m’en souviens comme
de quelqu’un qui adorait les femmes. Et les
femmes le lui rendaient bien. J’imagine
que même une femme voilée l’aurait adoré.
Quels sont vos prochains projets ?
J’ai besoin de faire le point sur la situation,
de prendre le temps de la réflexion, et je
vais le faire à travers mon personnage de
Giuseppe Bergman. Je lui ai fait vivre une
odyssée, cette fois mon livre de référence
sera « L’Amérique », de Kafka, dont le soustitre est « Le disparu ». Notre époque a
perdu tout sens de la vie et de l’optimisme. Nous sommes tous des disparus. On a l’impression d’avoir perdu la Amitié. Dessin de Milo Manara en homlutte. Les riches sont toujours plus mage à Wolinski.
80 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
Oui, j’ai eu une chance inouïe, je n’aurais pas pu rêver mieux. Pour moi, le dessin, c’est aussi la vie. Même
après cinquante ans, j’aime dessiner comme au premier jour. Mon luxe, aujourd’hui, c’est le calme, ne
pas être obligé de travailler trop vite §
« Le Caravage », deux tomes, de Milo Manara (Glénat, 14,95 €
chaque tome). A Angoulême, exposition « Manara, itinéraire
d’un maestro de Pratt à Caravage » (Espace Franquin).
A quoi sert encore
Batman ?
PAR PHILIPPE GUEDJ
Q
uand le talentueux Frank Miller s’empare du
super-héros, avec sa minisérie « Batman : The
Dark Knight Rerturns », en 1986, c’est la révolution. Dans une Gotham futuriste plus que jamais
ravagée par le crime et la corruption, on y découvre
un Batman/Bruce Wayne quinquagénaire et usé, reprenant du service après une longue dépression. Et
le lecteur médusé de réaliser qu’un super-héros, ça
vieillit, ça picole et ça peut même songer à en finir…
L’ombre de ce nouvel archétype planera jusqu’à aujourd’hui sur tout un pan des comics, tandis que le
traitement néo-noir de Miller a été recyclé (en moins
radical, forcément) dans quasiment tous les films
« Batman » sortis depuis celui de Tim Burton, en 1989.
Mais dans une Amérique plus sécurisée que jamais,
Batman comme ses confrères masqués servent-ils encore à quelque chose ? « Tous les dix ans, j’entends que
les super-héros sont un archétype obsolète, et puis arrive un
auteur qui révolutionne le genre et donne tort à ses détracteurs, nous répond Frank Miller, au téléphone depuis
New York. Quand j’ai fait “Dark Knight”, j’étais juste la
bonne personne au bon moment : le public était prêt, il y
avait une très forte demande pour un bouleversement du
personnage. De nos jours, il y a toujours des injustices à
combattre, ne serait-ce que les corruptions politiques ou industrielles. Tant que les foules auront besoin de s’évader
dans un monde plus juste, Batman et les super-héros seront
toujours pertinents. » Aujourd’hui âgé de 62 ans (il les
fêtera ce 27 janvier), Frank Miller n’oubliera jamais
sa première rencontre avec le personnage qui fit sa
gloire : « J’étais un jeune garçon dans le Vermont et mon
père VRP nous rapportait souvent des comics de ses voyages
à New York. L’un d’eux était une réimpression d’une aventure de Batman parue d’abord en comic strip : un détenu
condamné à la chaise électrique le suppliait de prouver son
innocence et il passait tout l’épisode à s’y employer mais finissait par découvrir que l’accusé était coupable… et n’empêchait pas l’exécution. C’est encore à ce jour l’une des
MATTIA ZOPPELLARO/CONTRASTO-RÉA POUR «LE POINT» – MILO MANARA/ÉDITIONS GLÉNAT
« Le Point »
à Angoulême
SOPHY HOLLAND/SP – FRANK MILLER/DC/TM/1966-2000-2002-2007-2016/DC-COMICS/ALL RIGHTS RESERVED ©2018
URBAN-COMICS POUR LA VERSION FRANÇAISE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Super-héros. Frank Miller et
Batman. Le Festival consacre
une exposition pour les 80 ans
du super-héros (à l’Alpha).
histoires les plus intenses de Batman que j’aie jamais lues. »
A l’opposé de la candeur idéaliste d’un Superman,
Batman a déjà lui-même tué certains ennemis au cours
de sa carrière. Miller partage-t-il les solutions parfois
expéditives du « Dark Knight » de Gotham ? L’artiste,
qui souhaite désormais s’éviter toute polémique et
faire oublier son image d’auteur réac, se contente
d’éluder tout échange aux relents politiques par
un rire bon enfant et un « question suivante ! » poli
mais ferme. Finies ses embardées fustigeant les
« voyous et violeurs » du mouvement Occupy Wall
Street en 2011 ou ses sorties belliqueuses proguerre
en Irak sous Bush Jr… « Je suis passé à autre chose »,
balaie-t-il, suggérant une évolution de sa vision
du monde, y compris au sujet des médias, dont il
brocardait l’omniprésence frénétique dans « Batman : Dark Knight » : « J’ai inclus des flashs télé pour
des raisons narratives mais aussi à des fins satiriques,
c’était fun. La liberté de parole est cependant pour moi
une valeur sacrée. Jamais je ne prendrai les médias
pour cible. J’ai entendu parler de votre mouvement
des gilets jaunes et je vous le dis : faites très attention
à tous ces groupes haineux contre les journalistes. Je
n’aime pas les incendiaires et je soutiens la presse. »
Batman contre les gilets jaunes… voilà un titre
de série qui ferait du bruit ! §
« Batman : The Dark Knight Rerturns », de Frank Miller,
avec Klaus Janson et Lynn Varley (Urban Comics, 22,50 €).
© Bouzard – Fischetti / Dargaud 2019
Einstein, Curie, Newton...
Portrait de 37 scientifiques qui ont changé le monde
Une réjouissante promenade
dans l’Histoire des Sciences !
Au rayon bande dessinée
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CULTUREBANDE DESSINÉE
La pythie du roman graphique
PAR ROMAIN BRETHES
«P
Dure à cuire. Emil Ferris
à San Diego en juillet
2018.
our moi, le monde est divisé entre les monstres
et ce que j’appelle “les villageois”. Je vénère les
monstres, ce que nous, humains, sommes pour
l’essentiel. Mais je n’aime pas les villageois, qui pourchassent
les monstres, veulent les contrôler et les exploiter. Les villageois ne pensent qu’au profit et sont animés par la peur et
le vide spirituel. » Avec ses yeux qui vous fixent intensément, ses traits tirés et ses cheveux en bataille, Emil
Ferris a des allures de pythie hallucinée, d’autant plus
qu’elle s’exprime volontiers avec ce genre de fulgurances poétiques. La première image que nous avons
eue d’elle fut lorsqu’elle se frayait sans ménagement
un passage avec son fauteuil roulant au milieu des
allées du dernier Comic-Con de San Diego.
Emil Ferris est une sacrée dure à cuire. En 2002,
alors qu’elle est illustratrice indépendante, elle est
piquée par un moustique porteur de la maladie du
virus du Nil occidental, qui provoque une méningo-encéphalite. Plongée dans le coma, elle se réveille
privée de l’usage de ses jambes et de ses bras : « Pouvez-vous imaginer ce que c’est que d’être privé
de votre bien le plus précieux, du jour au
lendemain ? » Ferris ne renonce pas,
pour elle, et pour sa fille, qu’elle
éduque seule. Elle s’inscrit dans une école d’art de Chicago, et c’est en travaillant jusqu’à l’épuisement, en
fixant parfois le stylo à bille sur ses doigts à l’aide d’attaches qu’elle regagne une partie de ses facultés. Après
48 refus, son manuscrit est enfin accepté et « Moi, ce
que j’aime, c’est les monstres » devient un phénomène
aux Etats-Unis. Stupéfiant d’inventivité, ce roman graphique dessiné au stylo à bille, donc, est célébré par
la presse américaine comme un équivalent graphique
de « L’attrape-cœurs », de J. D. Salinger, et le réalisateur Sam Mendes vient d’en acquérir les droits en vue
d’une adaptation cinématographique. Le récit multiplie les histoires enchâssées, avec en maître d’œuvre
la petite Karen, peinte sous les traits d’un loup-garou
échappé d’un livre de Maurice Sendak. Elle évoque sa
vie dans le Chicago des années 1960 en compagnie de
sa mère et de son frère, ainsi que sa fascination pour
les monstres et la découverte de sa préférence pour
les filles. Emil Ferris, qui aime vivre recluse, comme
tout bon monstre, fera volontiers une exception pour
la France et pour le Festival d’Angoulême, dont elle
est l’une des invités phares : « Je voudrais rencontrer
Jacques Audiard, dont j’ai adoré “Les frères Sisters”. Je
croyais l’avoir croisé lors d’un voyage à Paris, mais j’étais
si délicieusement fatiguée que j’ai peut-être rêvé cette rencontre. Monsieur Audiard, si vous lisez ces pages, laissez-moi une autre chance ! » §
« Moi, ce que j’aime, c’est les monstres », d’Emil Ferris
(Monsieur Toussaint Louverture, 416 p., 34,90 €).
DAVID POLLER/ZUMA/RÉA POUR « LE POINT » – EMIL/FERRIS/MONSIEUR TOUSSAINT LOUVERTURE (X2)
Horrifique. Une double page de « Moi,
ce que j’aime, c’est les monstres ».
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CULTURELIVRES
Martyre. Lin Zhao,
un destin tragique
dans la Chine de Mao,
découvert en France
grâce à la biographie
d’Anne Kerlan.
(
Avec « Lin Zhao, combattante de la liberté » (Fayard),
Anne Kerlan remporte
le 16e prix de la Biographie
du « Point ». Il lui sera remis
au Festival de la biographie
de Nîmes (26-28 janvier).
PAR MARIE-FRANÇOISE LECLÈRE
C
’est un récit tragique, romanesque et exemplaire
que le jury du Point distingue cette année : la biographie d’une jeune Chinoise qui, à 17 ans, avait
embrassé le communisme avec ferveur et osa ensuite
se dresser contre le régime totalitaire mis en place
par Mao. Au prix de sa vie. Elle s’appelait Lin Zhao.
L’auteure, Anne Kerlan, historienne de la Chine
et du cinéma, a découvert cette oubliée de l’histoire
officielle en 2008, lors de la projection d’un documentaire du cinéaste chinois Hu Jie, « A la recherche de
l’âme de Lin Zhao ». Bouleversée, elle rencontre le cinéaste, qui lui ouvre ses archives. C’est s’engager sur
un chemin semé d’embûches : textes égarés ou inaccessibles, témoins disparus ou réticents, pour dire le
moins. Il lui a fallu des années d’enquête, mais le ré84 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
Le jury
du prix de
la Biographie
Dominique Bona,
de l’Académie
française,
présidente.
Marie-Françoise
Leclère, Le Point.
Didier Le Fur.
François-Guillaume
Lorrain, Le Point.
Lorraine de Meaux.
Christophe Onodit-Biot, Le Point.
Jean-Christian
Petitfils.
Albert Sebag,
Le Point.
Laurent Theis,
Le Point.
sultat est là, superbe, où s’entrecroisent l’histoire
convulsive de la Chine du troisième tiers du XXe siècle
et l’histoire poignante d’une femme exceptionnelle.
Lin Zhao naît en 1932 à Suzhou, une ville de jardins et de canaux située non loin de Shanghai, dans
une famille bourgeoise progressiste. Son père est un
fonctionnaire confucéen qui dérange une hiérarchie
corrompue, sa mère, une révolutionnaire et une féministe proche des communistes. Tous deux rêvent
du redressement de leur pays. L’invasion japonaise
et la guerre civile en décideront autrement.
L’après-guerre est une déliquescence. Aussi les
jeunes veulent-ils plus que jamais rompre avec l’ancien monde. Parmi eux, Lin Zhao, qui s’engage avec
fougue. Elle est éduquée, elle aime rire et séduire,
elle est bourrée de talent. Et radicale. Au point de
rompre avec ses parents. En 1949, quand Mao arrive
au pouvoir, elle choisit de devenir journaliste et participe avec enthousiasme à la réforme agraire. La soumission à l’autorité n’est pas son fort, mais elle se
plie à la loi de fer du Parti, jusqu’à ce qu’elle subisse
à son tour séances de critiques et de lutte idéologique.
Viendra le temps des doutes et de la révolte. Cent
Fleurs, Grand Bond en avant, cette « combattante de
la liberté », ainsi qu’elle se présentait elle-même, ne
se taira jamais. Incarcérée, torturée, violée, elle ne
cessa pas d’écrire. Avec son sang. Elle se perçait les
doigts ou les bras avec une épingle et traçait des caractères sur du papier ou sur des bouts de tissu. …
DR
En lettres de sang
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CULTURELIVRES
Elle fut exécutée le 29 avril 1968, après un simulacre de procès. Elle avait 36 ans. « L’Histoire m’innocentera », avait-elle déclaré peu avant sa mort.
Souhaitons que le beau livre d’Anne Kerlan fasse
avancer le dossier §
Fogg ayant la bosse du commerce, il invente le voyage
moderne en négociant d’arrache-pied et aux quatre
coins du monde avec les compagnies de transport,
les grands hôtels, les guides… Une vie trépidante qui
se lit à toute vapeur § FRANÇOIS-GUILLAUME LORRAIN
…
« Lin Zhao, combattante de la liberté », d’Anne Kerlan
(Fayard, 388 p., 24 €).
Moi, Sade, homme de lettres
LES FINALISTES
Qui était vraiment Laval ?
« Pierre Laval. Un mystère français »,
de Renaud Meltz (Perrin, 1 226 p., 35 €).
Titre figurant au palmarès des
25 livres de l’année du Point. Renaud Meltz publie la biographie
rigoureuse et élégante d’un
homme qui manquait de rigueur
et d’élégance, et fut chef du gouvernement du maréchal Pétain.
Pierre Laval ressemblait à M. Toutle-Monde. Un homme ordinaire ?
Sans doute : cet être typique de la
IIIe République, vaguement soucieux d’humanisme laïque, fut, face à la brutalité nazie, un juriste qui s’illusionna avec les mirages du
droit, prêt à tout pour préserver l’ordre, quel qu’il fût.
« Fruit de son temps et de son milieu », il n’a rien de monstrueux mais « va pourtant se rendre complice de décisions
monstrueuses ». L’enfant de Châteldon manquait sans
doute des qualités élémentaires, intellectuelles et morales, pour affronter l’hydre hitlérienne. A travers sa
biographie, de son Auvergne natale à la prison de
Fresnes (où il fut fusillé), une part de notre histoire
s’anime, tragique souvent, de l’aube d’un XXe siècle
menaçant aux turpitudes de Vichy § LORRAINE DE MEAUX
Thomas Cook, suivez le guide
« Thomas Cook », de Béatrix de l’Aulnoit
et Philippe Alexandre (Robert Laffont,
255 p., 20 €).
Nous sommes tous, sinon les
clients, du moins les héritiers de
Thomas Cook, cet explorateur
touristique qui estima qu’aucune
partie du monde ne devait plus
se refuser à la curiosité de
l’homme moderne. Pourtant, il
a fallu attendre 2018 pour que ce
missionnaire anglais ait droit à
sa première biographie française.
En 1841, engagé dans une croisade contre l’alcool, Cook commença par véhiculer
en train 570 membres d’une ligue antialcoolique. Il
est fils de son temps : industriel mais héroïque. Il croit
à l’éducation, au savoir, à l’Angleterre : tel un Phileas
86 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
Demandez le
programme
Le point commun
entre Clara Dupont-Monod et JeanLouis Debré ? Dans
« La révolte » (Aliénor d’Aquitaine)
comme dans « Nos
illustres inconnus »
(les grands réformateurs de la République), ils se sont
penchés sur des destins d’exception,
motif majeur de ce
Festival de la biographie, dont ils sont
justement les coprésidents. Pour illustrer ce thème au
Carré d’art de
Nîmes, le débat avec
la lauréate de notre
prix, Anne Kerlan
(samedi, 15 h), le dialogue entre Alain
Duhamel et
Franz-Olivier Giesbert (samedi, 16 h),
ainsi que des rencontres pour leurs
derniers livres avec
Dominique Bona,
Jean-Jacques Annaud, Olivia de Lamberterie, Jean des
Cars et Ségolène
Royal.
« Sade », de Stéphanie Genand
(Folio Gallimard, 352 p., 9,50 €).
En 1806, un interné de l’asile de
Charenton signe son testament :
« Donatien Alphonse François
Sade, homme de lettres. » Tout ce
bruit qui depuis un demi-siècle
frappait d’infamie le marquis
provençal, époux aimant, amateur de confitures, de théâtre et
d’ébats inventifs avec des jeunes
gens des deux sexes, c’était donc
de la littérature ? Celle-ci, en l’occurrence, s’organise selon la mécanique des fluides. Il faut, chez Sade, que le corps
exulte : « Le gourmand, comme le libertin, a besoin d’ingérer et d’évacuer. » Mais lorsque, enfermé vingt-sept
ans durant, il est empêché d’agir, l’écriture se substitue à la pratique et il dit son fait à l’humanité : dans
l’existence, les passions emportent tout et le mal est
partout à l’œuvre. Ainsi le monstre n’était qu’un
homme. Cet essai biographique étincelant, lui, est
un bijou, indiscret juste ce qu’il faut § LAURENT THEIS
Il faut imaginer Molière heureux
« Molière », de Georges Forestier (Gallimard, 520 p., 24 €).
Vous aviez appris avec Ariane
Mnouchkine que les rires des comédies de Molière cachaient bien
des tourments dans sa vie. Que
cet être renfermé avait connu la
pauvreté, la galère, qu’il suait sang
et eau sur ses répliques et qu’il
s’était peint tout entier dans ses
vieux barbons jaloux, ayant
connu les affres de la jalousie avec Armande, sa jeune
épouse. Bref, un artiste maudit. Dix-septièmiste émérite, Georges Forestier, qui a édité les œuvres de Molière dans la « Pléiade », fait table rase de cette vision
établie à la fin du XVIIe siècle. Selon l’universitaire, il
faut imaginer au contraire un Molière également heureux en ménage, dans l’écriture, véritable star adulée
du public et non seulement de la cour. Imaginer ? Pas
seulement. Car, si les sources font défaut – les rares
documents laissés par Molière ont été détruits par ses
proches –, Forestier en fait son miel pour étayer une
vision iconoclaste que les professeurs de français, entre
autres, seraient bien inspirés de découvrir § F.-G. L.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Les meilleures ventes de la Fnac
Fnac/Le Point du 13 au 17 janvier 2019
Rang
Nombre de semaines de présence continue
Genre
Classement précédent
Titre
Auteur
Editeur
1
R
Sérotonine
Michel Houellebecq
Flammarion
1
2
E
Frédéric Saldmann
Albin Michel
21
2
3
E
Michel Onfray
Albin Michel
5
2
4
R
Vital !
Sagesse. Savoir vivre
au pied d’un volcan
Rompre
Yann Moix
Grasset
-
1
5
E
Devenir
Michelle Obama
Fayard
3
10
3
6
R
Cupidon a des ailes en carton
Raphaëlle Giordano
Plon
6
3
7
R
Leurs enfants après eux
Nicolas Mathieu
Actes Sud
2
11
11
8
E
Le lambeau
Philippe Lançon
Gallimard
4
9
R
Eric-Emmanuel Schmitt
Albin Michel
9
3
10
E
Yuval Noah Harari
Albin Michel
8
111
11
E
12
E
13
E
14
R
Félix et la source invisible
Sapiens. Une brève histoire
de l’humanité
Le piège américain
Emmanuel le Magnifique.
Chronique d’un règne
Réflexions sur la question
antisémite
La goûteuse d’Hitler
15
E
Le tueur et le poète
Frédéric Pierucci/Matthieu Aron
Lattès
-
1
Patrick Rambaud
Grasset
11
2
Delphine Horvilleur
Grasset
-
1
Rosella Postorino
Nicolas Domenach/
Maurice Szafran
Albin Michel
23
2
Albin Michel
-
1
17
E
Qu’est-ce qu’un chef ?
Pierre de Villiers
Ed. Sciences
humaines
Fayard
18
E
21 leçons pour le XXIe siècle
Yuval Noah Harari
Albin Michel
13
17
19
R
Le signal
Maxime Chattam
12
13
20
E
Un hosanna sans fin
Jean d’Ormesson
14
10
21
E
La guerre des pauvres
Sorcières. La puissance
invaincue des femmes
A même la peau
Eric Vuillard
Albin Michel
Héloïse
d’Ormesson
Actes Sud
-
1
Mona Chollet
Zones
17
15
Laura Gardner
Albin Michel
15
3
La disparition de Stephanie Mailer
Brèves réponses
aux grandes questions
Joël Dicker
Fallois
20
9
Stephen Hawking
Odile Jacob
22
2
16
E
Psychologie de la connerie
Jean-François Marmion
22
E
23
R
24
R
25
E
R : Romans et nouvelles
E : Essais et documents
7
10
10
10
HERVÉ LE CORRE
EMBARQUE
LE POLAR DANS
LA TOURMENTE
DE L’HISTOIRE
Entrée ou retour dans la liste
La minute antique
MANQUE D’OBOLE. Dans la première lettre d’Emmanuel
Macron aux Français – que nous n’aurions jamais lue si PierreAntoine Delhommais ne l’avait rendue publique (à lire sur lepoint.
fr) – était soulignée l’une des grandes passions françaises : la passion, « maquillée en détestation factice », de l’argent. Bien sûr, c’est
mal, mais peut-on vraiment en vouloir à nos compatriotes ?
Il semble, en effet, que ce ne soit pas leur faute, mais celle des
mots. En l’occurrence, d’un mot, « obole », qui désignait une monnaie utilisée en Grèce dans l’Antiquité et en France jusqu’à la Révolution. Or « obole », nous rappelle Daniel Duigou dans « Vanité
des vanités… » (Albin Michel), vient d’obelos, ὀϐελός, la broche de
fer qui permettait de faire rôtir les animaux lors des sacrifices.
Et alors, tout s’éclaire : l’argent, le fric, l’obole, appelle le sang et
le meurtre rituel, comme la broche appelle le bouc émissaire qui
doit payer pour les autres. Et d’obelos à Obélix, qui les aimait tant,
les broches à rôtir, il n'y a pas loin. Où l’on retrouve, une fois encore, le fameux « Gaulois réfractaire »… § CHRISTOPHE ONO-DIT-BIOT
L’INTÉGRALITÉ DE CETTE « MINUTE ANTIQUE » SUR lepoint.fr
« Dans l’ombre du brasier dit avec une
singulière puissance l’idéal joyeux
d’une société plus démocratique. »
TÉLÉRAMA
« Par l’un des plus grands auteurs
de romans noirs français ! »
LIBÉRATION
« On en ressort conquis
et bouleversé ! »
LE NOUVEAU MAGAZINE LITTÉRAIRE
« Vibrant ! »
LE MONDE DES LIVRES
RIVAGES/NOIR
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CULTURE
PÉRIER SALUE
SES COPAINS !
Une folle nouba
de la pensée
Exposition. « Je suis un photographe populaire, et ce mot, aux yeux et oreilles de certains de l’intelligentsia de la culture, est un
gros mot. Moi, ce que j’aime, c’est faire plaisir aux gens, et donc je montre mes photos en
grand format sur 1 200 mètres carrés. Parce
que les années 1960 ont inventé un style inimitable, musique et image, et que cette mémoire appartient à tout le monde, les vieux
comme moi qui l’ont vécue et les jeunes qui
la découvrent. » Sur le toit de la Grande
Arche de la Défense, Johnny, Sylvie, Françoise, Mick et les autres s’affichent, toujours jeunes, toujours beaux. C’était le
temps où le génial producteur Daniel
Filipacchi proposait en 1962 au JeanMarie de 22 ans qui venait de finir ses
vingt-huit mois de service de collaborer
au magazine Salut les copains. « Pendant
douze ans, j’ai fait ce que j’ai voulu, toutes
mes photos étaient mises en scène, et toutes
ces “vedettes” n’ont jamais refusé une photo. »
O la belle vie ! « Aujourd’hui je refuse de
m’arrêter, sinon… » Alors, comme on lui
pose toujours les mêmes questions,
Jean-Marie Périer, fils d’acteur, a décidé
de monter sur la scène d’un grand théâtre
pour raconter cette vie incroyable, avec,
comme décor, ses photos et la bande-son
de « ces années-là ». Une façon de saluer
ses copains § BRIGITTE HERNANDEZ
« Flashback pour un soir », le 28 janvier, Théâtre
du Rond-Point (Paris).
Expo « Souvenirs d’avenir », jusqu’au 3 mars,
Grande Arche de la Défense. www.lagrandearche.
fr. Catalogue « Jean-Marie Périer, souvenirs d’avenir » (éditions CDP, 100 p., 22 €).
Marie-Thérèse, la princesse oubliée
Poche. Née princesse
royale dans le palais du
Roi-Soleil, elle est morte
en 1851, à 72 ans, après la
première élection d’un
président de la République
au suffrage universel. Elle
a vécu trois révolutions, l’Empire, la Restauration, la monarchie de Juillet. Marie-Thérèse Charlotte de France,
« Mousseline la Sérieuse », comme l’appelait sa mère, avait l’étoffe d’une héroïne. Dans un récit plein de panache,
Sylvie Yvert lui rend hommage . A 16 ans,
Marie-Thérèse, prisonnière, orpheline,
est l’unique rescapée de la Révolution et
de la monarchie. En 1794, Madame Eli88 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
sabeth – sa tante – est guillotinée, et, en
1795, Louis XVII – son frère – meurt de
la tuberculose. De l’infâme nichée il ne
reste plus qu’elle, « le seul homme de la famille », comme disait Napoléon. Elle passa
à la prison du Temple trois ans, quatre
mois, cinq jours, de 13 à 16 ans, isolée,
ignorant tout du sort des siens. L’enfant
avait des raisons de devenir une adulte
sensible, sauvage, triste et solitaire. Madame Royale fut longtemps exilée loin
de sa « chère France », tour à tour glorifiée,
condamnée, broyée par l’Histoire. Sa vie
« poursuivie par le malheur » ainsi rapportée par Yvert est un bijou § MARINE DE TILLY
« Mousseline la Sérieuse », de Sylvie Yvert
(Pocket, 352 p., 7,50 €).
Maxence Caron pulvérise la langue.
muniste. Aujourd’hui, il est chrétien,
adorateur de poésie mystique, de Tzara,
de Claudel. Penseur de Lacan et de saint
Augustin, il se présente comme un « anarchiste de droit divin ». Dès les premières
pages de « Fastes », sa dernière chose philosophico-littéraire, étrange et puissante,
il (re)pose les bases : « On ne me promiscuite pas avec l’active masse écrivassière de
toutes les contemporaines vidures plumitives. O joie ! Car, certes, les suffrages des sots
sont blessants et leur mépris un honneur. »
Nous ne lui faisons donc pas honneur.
Espérons que nos suffrages ne lui piqueront pas trop les quinquets. Son livre est
une folle nouba de la pensée. Une orgie.
Un enchevêtrement de fulgurances prodigieuses, orgueilleuses, gourmandes,
géniales. Il pulvérise la langue et le conte
philosophique § M. D. T.
« Fastes », de Maxence Caron
(Les Belles Lettres, 640 p., 35 €).
SERVICE DE PRESSE POCKET – SERVICE DE PRESSE (X2) – BELLES LETTRES
Françoise Hardy et Mick Jagger, toujours jeunes, toujours beaux sous l’objectif de Jean-Marie Périer.
Essai. Maxence Caron est né en 1976.
Doué de l’oreille absolue, il achève à
14 ans le cursus du Conservatoire national (piano). En 1995, il écrit un premier
roman. Agrégé de philosophie en 1999,
docteur ès lettres en 2003, il est Prix de
philosophie de l’Académie française en
2006 (une « synthèse » de 2 000 pages sur
Heidegger). Editeur aux Editions du Cerf,
qu’il quitte en 2014 après le changement
de directoire, auquel il ne trouve « ni intelligence ni goût », il présente en 2012 sa
« vraie-fausse » candidature Quai Conti.
A 40 ans, il est l’auteur d’une œuvre « virtuose et musicale », selon Sollers. Il suit
son « chemin de lumière comme si les ténèbres n’avaient pas de prise sur lui », ajoute
Fumaroli. Avant, il était athée et com-
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« Lumières » sur
le cinéma français
Bienvenue
chez Kim Jong-un
Evénement. D’un côté, la Hol-
lywood Foreign Press Association (HFPA), dirigée par les
journalistes étrangers en poste
à Los Angeles qui critiquent et
promeuvent le cinéma américain. De l’autre, l’Académie des
Lumières, composée de
quelque 100 correspondants
étrangers basés à Paris, qui
font de même avec tous les
films français de l’année. S’inspirant de la HFPA, Daniel Toscan du Plantier, producteur,
et Edward Behr, journaliste
américain, ont fondé il y a
vingt-cinq ans, à Paris, une académie de la presse internationale et lancé les prix Lumières
– hommage à la Ville lumière
et aux frères Lumière. Une
contribution au rayonnement
du cinéma français à travers le
monde. Si cette académie parisienne est moins riche que
son homologue américaine,
« L’étoile du Nord », de D. B. John. On pourrait trouver
24e édition des prix Lumières.
elle parvient, grâce son palmarès annuel, à définir les tendances du cinéma français.
Tout comme les Golden
Globes préfigurent les favoris des oscars, les prix Lumières
annoncent souvent les césars.
Cette année, la 24e édition des
Lumières, à laquelle s’associe
Le Point, aura lieu à l’Institut
du monde arabe, à Paris.
Trente-sept longs-métrages et
leurs interprètes seront départagés dans treize catégories §
JEAN-LUC WACHTHAUSEN
au début de l’intrigue la saveur molle du déjà-vu. Jenna Williams, la trentaine, professeure à l’université de Washington,
ne s’est jamais remise de la disparition de sa sœur. L’étudiante
était sur une île avec son petit ami. Pour les autorités, ils sont
morts noyés. Sauf que cette île se trouve en Corée du Nord, que Jenna est coréenne par sa
mère, que sa thèse porte sur le pays et que la
CIA recherche activement des spécialistes. La
suite de ce roman d’espionnage britannique
prend un tour excitant sitôt que l’on bascule
dans le pays du tyran le plus dingue au monde.
En raison du réalisme des lieux, des faits, parfois insoutenables, et qui ne sont pas exactement ce que l’on peut appeler de la « fiction », nous déclare John, l’auteur. L’enfer dont
il fait son théâtre, il s’en est approché lors d’un voyage en
2012. Cette « monarchie marxiste absolue », « qui a utilisé la faim
comme moyen de contrôle politique, qui a envoyé des enfants dans
des camps de travail », dit-il, est devenue son obsession. Son
roman en palpite, tout comme l’entretien qu’il nous a accordé, à Paris. A lire sur Lepoint.fr § JULIE MALAURE
Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Antoine Chainas
(Les Arènes/Equinox, 624 p., 22 €).
Le 4 février, Institut du monde
arabe, à Paris.
Les choix du « Point »
CORBIS VIA GETTY IMAGES – PATTI PERRET/2018 UNIVERSAL STUDIOS – SERVICE DE PRESSE
Le mythe du mérite
Gilles Vervisch, philosophe.
Essai. Quel rapport entre
Maxime Le Forestier et Blaise
Pascal ? Aucun. Sinon de se retrouver dans le dernier ouvrage
de Gilles Vervisch. L’un chante
« Etre né quelque part », l’autre
écrit qu’il ne serait pas né « si
[sa] mère eût été tuée avant [qu’il
n’eût] été animé ». Nous sommes
le fruit d’un enchaînement de
circonstances. Le prof de philo
le plus pop-culture signe un
pamphlet contre le mérite
digne d’Yves Michaud. Parmi
les beaux déboulonnages :
\ Série
Le self-made-man ? Un mythe !
Cette figure de « l’entrepreneur
super-héros comme modèle de
réussite permet d’entretenir cette
croyance, cette religion même :
le mérite ».
Léa Seydoux ou Cosette ? « Je
ne sais pas comment j’ai appris
à jouer », confie l’actrice, qui
s’étonne de sa réussite. Sauf
que son grand-père était président de Pathé et son grandoncle, président de Gaumont.
La méritocratie n’est-elle qu’un
conte de fées ? Cendrillon, c’est
« la vertu récompensée », le « vrai
mérite qui est reconnu », écrit
Bruno Bettelheim. « C’est dire
que les femmes ne peuvent réussir que grâce (…) à leurs fesses »,
tacle Vervisch ; « nul ne choisit
ni ne mérite d’être belle » § J. M.
« Peut-on réussir sans effort ni aucun talent ? », de Gilles Vervisch
(Le Passeur, 160 p., 17,90 €).
\ Cinéma
« Green Book », de Peter Farrelly. Un pianiste virtuose
afro-américain et son chauffeur italien du Bronx partent
en tournée dans le sud des
Etats-Unis. Un nouveau
rôle éblouissant pour Viggo
Mortensen qui devrait lui valoir un oscar.
« La mule », de et avec Clint
Eastwood. A 88 ans, le génie
américain est de retour avec
ce film tiré d’une histoire
vraie : un thriller très émouvant qui s’inspire de la vie du
vétéran américain Leo Sharp.
On y court !
« Il Miracolo ». Le fabuleux
Niccolo Ammaniti, romancier multiprimé pour ses
œuvres singulières, s’est lancé
dans la création de cette série
originale où une madone en
plastique pleurant des larmes
de sang provoque des crises de
foi politiques et personnelles.
Prodigieux et sur Arte.
\ Exposition
« Récits du monde ». Entre les
murs de l’abbaye d’Ardenne,
cette exposition conçue par
Gilles A. Tiberghien propose,
à partir des journaux, des dessins et de la correspondance
d’écrivains-explorateurs
conservés par les archives de
l’Imec, un voyage de Jules
Verne à Jean Rouch et de la
Terre de Feu au fleuve Niger.
Imec, abbaye d’Ardenne,
Saint-Germain-la-BlancheHerbe (Calvados). Jusqu’au
17 février.
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 89
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SPÉCIALDESIGN AUTO
L’auto se réinvente
à Paris
Monoplace
La Ferrari Monza SP1
se pare d’un couvretonneau condamnant
la place du passager
comme certaines
voitures de course
des années 1950.
90 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
FERRARI/SP
Voitures de rêve. De la sportive spartiate
au luxueux salon roulant autonome,
les concept cars du Festival
automobile international
préfigurent la mobilité
du futur.
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PAR YVES MAROSELLI
C
FERRARI/SP (X2)
’est devenu un rituel. Les plus grands designers automobiles se retrouvent chaque début d’année dans le cadre majestueux de
l’hôtel des Invalides pour exposer leurs dernières créations. L’édition 2019 s’annonce d’une diversité exceptionnelle témoignant de la richesse du champ des possibles
pour une industrie automobile en complète transformation. Ainsi, selon qu’ils
puisent leur inspiration dans l’histoire glorieuse de leur marque ou qu’ils s’imprègnent d’ouvrages de science-fiction imaginant la vie d’habitants d’une mégapole futuriste, ces designers peuvent aussi bien concevoir une sportive taillée
pour battre un record de vitesse qu’un engin aux proportions inédites – et parfois étranges. Des formes qui sont dictées par la nécessité de dégager un volume
intérieur suffisant pour transporter confortablement des occupants devenus
simples passagers puisque déchargés de toute tâche de conduite.
Pour l’équipe de Flavio Manzoni, responsable du design chez Ferrari, la Monza
est aussi l’occasion de rendre hommage à la 750 Monza Spyder de 1955. Comme
cette dernière, la Monza de 2018 est ce que l’on peut appeler une barquette, c’està-dire une voiture de sport ouverte, sans vitres latérales ni pare-brise, …
810 chevaux
La Monza est aussi
déclinée en version SP2
biplace, avec un deuxième bossage derrière
l’appuie-tête du
passager.
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 91
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SPÉCIALDESIGN AUTO
juste dotée d’un saute-vent. Deux
versions en sont proposées : la SP1 monoplace, munie d’un couvre-tonneau fermant l’habitacle à la droite du conducteur,
et la SP2 à deux places. Le bossage en forme
de dérive situé derrière l’appuie-tête de
chaque siège est typique des voitures de
course des années 1950. La mécanique est,
elle, bien moderne, puisqu’il s’agit du
V12 de la récente 812 Superfast dont la
puissance a été portée à 810 chevaux.
Plus innovant mais toujours inspiré
par la course, le concept car DS X E-Tense,
dessiné sous la direction de Thierry Métroz, présente une architecture inédite et
complètement asymétrique : un cockpit
ouvert à gauche pour le poste de conduite
et, pour plus de confort, un habitacle
fermé à droite offrant deux places en tandem auxquelles les passagers accèdent
par une porte papillon. La chaîne de traction électrique de 272 chevaux est celle
qu’utilise DS en formule E, le championnat qui voit s’affronter des monoplaces
silencieuses et zéro émission dans les
rues des plus grandes villes du monde.
…
92 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
Asymétrique
L’habitacle de la DS X
E-Tense est ouvert côté
conducteur pour accentuer ses sensations,
fermé pour le confort
des passagers.
Chambre
Le Nucleus est un
monospace 100 %
autonome dont la
banquette peut aussi
faire couchette.
RENAULT/SP – NUCLEUS/SP (X3) – ASTUCE PROD. WILLIAN CROZES/PEUGEOT/SP
Un « robot-véhicule » urbain.
A l’autre bout du spectre sont aussi
exposés des engins 100 % autonomes,
c’est-à-dire dépourvus de toute commande pouvant ressembler à un volant. Un champ d’expérimentation
que l’équipe de design de Renault, dirigée par Laurens van den Acker, a déjà
bien défriché, notamment avec l’EZ-GO,
un « robot-véhicule » urbain conçu pour
accueillir jusqu’à six personnes installées
sur une banquette courant sur toute la
périphérie de l’habitacle. L’originalité du
concept réside ici dans l’ouvrant avant,
qui élève une partie du toit afin de permettre aux passagers d’entrer debout dans
l’habitacle, tandis qu’une rampe en pente
douce autorise l’accès à des personnes en
fauteuil roulant. Moins fonctionnel,
l’EZ-Ultimo se contente de portes latérales coulissantes plus classiques, mais
l’habitacle, combinant cuir, marbre et
bois précieux, est beaucoup plus luxueux.
A bord, deux personnes s’installent sur
une large banquette à l’arrière, la troisième occupant un profond fauteuil club
installé à l’avant, dos à la route.
Sur le même thème, le Nucleus du
bureau de design Icona affirme un style
à la fois plus futuriste avec sa ceinture de
caisse très haute et ses immenses roues
très étroites, mais aussi nettement plus
sobre avec sa teinte d’un blanc immaculé.
Ultraluxueuse
La Renault EZ-Ultimo
a été conçue comme
une voiture de grande
remise sans chauffeur.
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Lumineuse
Le Peugeot e-Legend
dédouble ses montants
avant et arrière pour
améliorer le champ de
vision.
Délicieusement néo-rétro, le Peugeot e-Legend est un coupé électrique autonome dont on peut à tout
moment reprendre le volant pour revenir au plaisir simple de conduire.
Ingénieuse
Le système d’ouverture
du Renault EZ-GO (prononcez « Easy Go »)
permet d’entrer debout
dans son habitacle ou
en fauteuil roulant.
RENAULT/SP – PEUGEOT/SP (X3)
Ouvert au public
Créé en 1986 par Rémi Depoix, le Festival automobile international s’est
depuis imposé comme un rendez-vous incontournable, une véritable
« Fashion Week » pour l’industrie dont l’exposition « Concept cars et
design automobile » est la vitrine. Organisée du 31 janvier au 3 février à
l’Hôtel national des Invalides, côté place Vauban, elle permet au grand public d’admirer quelques-uns des plus beaux concept cars de l’année passée.
A mi-chemin entre les deux concept cars
autonomes de Renault, son habitacle –
auquel on accède par le côté droit de la
carrosserie avec un système d’ouvrants
combinant porte à pantographe et toit vitré articulé – peut accueillir jusqu’à quatre
occupants. Ceux-ci ont le choix entre deux
sièges et une banquette pouvant aussi
faire office de couchette, le tout étant organisé comme une pièce à vivre très lumineuse et conviviale.
Le meilleur des (deux) mondes.
Enfin, il y a le concept Peugeot e-Legend,
star incontestée du Mondial de l’automobile parisien de 2018, qui tente et réussit
la synthèse. Alors que la carrosserie au
style néo-rétro imaginée par l’équipe de
Gilles Vidal s’inspire ouvertement du
coupé 504 de 1969 avec sa généreuse surface vitrée garantissant un excellent
champ de vision, sa rigidité de structure,
garante d’un niveau de sécurité passive
et d’un comportement routier dignes
d’une voiture moderne, est par exemple
assurée par de fins montants de pare-brise
et de lunette arrière dédoublés. Même refus du compromis à l’intérieur : si un total de 16 écrans, dont un de 49 pouces de
diagonale occupant toute la planche de
bord, garantit aux quatre passagers de ne
jamais s’ennuyer lorsque l’e-Legend évolue en mode autonome, l’occupant(e) de
la place avant gauche peut à tout moment décider de reprendre la main et de
revenir au plaisir simple consistant à
conduire un magnifique coupé de 462 chevaux. Le meilleur de deux mondes en
quelque sorte §
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 93
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TENDANCESGASTRONOMIE
Laurent Petit et Emmanuel Clerc,
son nouveau pêcheur, sur le lac
d’Annecy, le 17 janvier.
La pêche du jour trône sur le
passe de la cuisine ouverte,
un bloc de granit de Savoie
de 6 tonnes.
Distingué. Le chef du
Clos des Sens à Annecyle-Vieux, nouveau
3-étoiles Michelin,
compose une cuisine
lacustre et végétale.
94 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
PAR THIBAUT DANANCHER
I
l a fait son cooking-out la nuit du 7 mars
2015. Ce samedi soir, à la fin du service,
Laurent Petit a la révélation. Trois mois
avant de souffler ses 52 bougies, le chef
2 étoiles déplie une carte routière régionale, s’empare d’un compas, trace un
rayon de 100 kilomètres autour de son
restaurant du Clos des Sens, à Annecy-
le-Vieux, puis découpe minutieusement
le cercle qui définira le périmètre de sa
future partition. « Je me suis dit : “Stop, fini
les conneries. J’arrête de faire semblant et je
me mets à nu pour donner un sens responsable à ma gastronomie” », se souvient-il
avec émotion.
En étendant son territoire mental, le
garçon, originaire du petit village de Bussières-lès-Belmont, en Haute-Marne, fait
ALBAN PERNET/REA POUR « LE POINT »
Laurent Petit,
locavore trois étoiles
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La salle du restaurant, habillée
de mélèze, d’épicéa et de frêne,
s’ouvre largement sur une terrasse peuplée de marronniers.
ALBAN PERNET/REA POUR « LE POINT » (X3)
Truite sauvage confite du Léman, condiment
d’escargots hachés, sauce au chignin-bergeron.
L’envolée de champignons-saumur joue sur les
contrastes de textures et de températures.
tomber « les dernières barrières psychologiques » qui vont lui permettre d’être enfin celui qu’il est réellement : un chantre
de la nature. Derrière ses petites lunettes
rondes et sa barbe naissante, la toque millésime 1963 dessine les prémices de sa
cuisine lacustre et végétale sans la moindre
trace de viande. Un paradoxe pour ce fils
de boucher-charcutier dont la chambre
d’enfant embaumait les effluves de pâté
en croûte, de fromage de tête, de saucisson sec et de boudin noir. « Ces parfums
furent mes premières émotions gustatives »,
confie celui qui a décidé de passer aux
fourneaux lorsqu’il a redoublé sa sixième,
« une grande claque ».
Cette vexation l’a conduit, son CAP en
poche, à « décrocher la lune », ces 3 étoiles
décernées par le Michelin. Lui, le trublion
qui a connu « le choc » lors d’un stage …
Sous les yeux de Laurent Petit, son chef,
Franck Derouet, laque la tarte de chou
façon millefeuille, tapissée de féra fumée.
Les canapés apéritifs : « crèm’œuf de féra » ;
« ma friture du lac » ; quenelle de brochet,
râpé de raifort ; feuille à feuille de champignon.
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 95
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TENDANCESGASTRONOMIE
L’une des onze chambres à
l’ambiance de chalet contemporain.
…
« Simplexité ». Ces 3 étoiles au Michelin sont la concrétisation du travail entamé par Laurent Petit auprès de ses
fournisseurs « magiciens » qui lui confient
leurs « trésors ». Côté français, ses pêcheurs
des lacs d’Annecy, du Bourget et du Léman : Bernard Curt, Emmanuel Clerc,
Henri Ricort et Vincent Coly ; ses maraîchers Yannick et Sylvia Viret, de Marcellaz-Albanais ; son ramasseur des
« hauteurs » Alain Folliet ; son éleveur
d’escargots Philippe Héritier, à Poisy ; son
producteur de safran de Salagine Dominique Griot… Côté suisse, son agrumiculteur Niels Rodin, à Borex ; la ferme
Courtois avec ses lentilles beluga, à Sau96 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
verny ; les mines de sel de Bex… Il connaît
tous ses artisans, avec qui il a créé une relation intime. « Avec eux, je me suis fixé des
règles d’or : ne jamais passer commande, accepter ce qu’ils me proposent et ne pas discuter les prix », confie le cinquantenaire aux
cheveux poivre et sel.
La rencontre avec ces hommes et ces
femmes a été décisive dans son évolution.
« J’ai compris en les écoutant qu’il fallait que
je sois en communion avec mon public. » Ce
puriste a d’abord ouvert sa cuisine et ensuite complètement revu le décor de sa
salle de 12 tables sur lesquelles trônent
des clématites sauvages. Les hôtes
prennent désormais place dans un cube
habillé de mélèze, d’épicéa et de frêne, et
bordé d’une interminable baie vitrée
lorgnant une terrasse habitée de marronniers centenaires enlacés.
Depuis son passe en pierre bleue de Savoie – un bloc de 6 tonnes de granit vieux
de 190 millions d’années, qu’il a lui-même
choisi au cœur de la carrière d’Aime dans
la vallée de la Tarentaise –, Laurent Petit
fait valser les saveurs au fil de ses menus
en 5, 8 et 10 séquences. Un hommage à
ses racines de cœur et un dépaysant voyage
fleurant la « simplexité » (mélange de simplicité et de complexité) d’une cuisine à
l’instinct. Une balade dans l’originel et
pas dans l’original. « Je veux que mes convives
se laissent cueillir sans savoir ce qu’ils
mangent. »
Ses plus belles signatures ? Une envolée de champignons-saumur façonnée
de dizaines de copeaux crus cachant un
champignon entier mi-cuit mi-cru, chapeluré de poudre séchée, escorté d’un
consommé façon pot-au-feu et de sa gelée. Ou encore sa fameuse déclinaison de
betteraves avec ses voiles plissés, son palet cuit au barbecue, ses lamelles en croûte
de sel, sa douce vinaigrette et sa compotée d’oignons et féra fumée. Sans oublier
sa truite sauvage confite coiffée d’un
condiment d’escargots hachés et nappée
d’une sauce au chignin-bergeron
montée au beurre, ni sa racine d’endive
cuite à la verticale et laquée de jus de légumes assortie d’un poupeton cajolé à la
vapeur, de zestes d’agrumes, de noix
fraîches de Grenoble, d’échalotes grillées
et de gratons de peaux de canard. Pour
clore le repas, une tarte évanescente de
chicorée garnie de son espuma et de son
granité et bercée par une meringue
presque brûlée. Une ode à la terre de
Savoie ! §
Le Clos des Sens, 13, rue Jean-Mermoz,
Annecy-le-Vieux (Haute-Savoie). 04.50.23.07.90.
Menus : 78 € (déjeuner), 128, 168, 198 €.
ALBAN PERNET/REA POUR « LE POINT » (X3)
en 1984 chez Michel Guérard à Eugénie-les-Bains, puis chez Charles Barrier
à Tours, Roger Vergé à Mougins, Gérard
Boyer à Reims, les Troisgros à Roanne,
Pierre Gagnaire à l’ère Saint-Etienne,
Georges Blanc à Vonnas…
Laurent Petit et son épouse, Martine,
sont portés par leur philosophie locavore.
« Depuis notre installation en Haute-Savoie,
il y a vingt-six ans, nous avons fait des investissements en permanence. » Le dernier,
en 2018, est un jardin en permaculture
de 1 500 mètres carrés peuplé de plus de
200 variétés de légumes, fruits, aromates,
plantes, herbes et fleurs. « On avance pas
à pas dans notre maison, qui prend beaucoup
de place dans notre quotidien », reconnaît
Martine Petit, qui veille sur Le Clos des
Sens, douillet Relais & Châteaux 5 étoiles
abritant 11 chambres contemporaines au
pied du Semnoz.
Tarte évanescente de chicorée maison,
meringue presque brûlée.
En bas, variation de betteraves avec
ses voiles plissés, son palet cuit au
barbecue, ses lamelles en croûte de sel
et sa compotée d’oignons et féra fumée.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
TENDANCES VINS
LES DÉGUSTATIONS de Jacques Dupont et Olivier Bompas
Collioure, cap sur les blancs
Roussillon. A base de
grenache gris, ces vins
parfumés et typés font
la réputation du cru.
L
PIERRE MÉRIMÉE/REA POUR « LE POINT »
e vignoble de Collioure est d’abord
connu pour sa production de banyuls,
vin doux naturel emblématique de la
Côte Vermeille, à l’extrémité orientale
des Pyrénées. C’est durant les Trente Glorieuses qu’il connaît ses heures de gloire,
époque bénie où les vins doux coulaient
à flots pour alimenter le négoce des apéritifs de marque (Dubonnet, Byrrh…). Mais
au début des années 1970 s’amorce une
baisse de la consommation qui pousse les
vignerons à s’adapter. Ils obtiennent en
1971 l’AOC collioure, qui leur permet de
convertir une partie des volumes à la production de vin rouge sec. Un nouvel élan
est donné. Vingt ans plus tard, l’appellation est accordée aux rosés, mais il faut
attendre 2003 pour que soit reconnue la
production de blancs. « On avait la culture
des vins doux, pour les secs on a dû tout apprendre, tout inventer », explique Vincent Parcé,
des Vins Parcé frères, dont le père et l’oncle
sont à l’origine du Domaine de La Rectorie.
Si, dès les années 1990, les rouges se démarquent des autres vins de la région par une
touche de fraîcheur et de raffinement supplémentaire, ce sont les blancs qui donnent
à l’appellation son caractère original. Les
Parcé ont été parmi les premiers à comprendre l’importance de préserver les
cépages anciens pour produire de grands
vins secs, surtout les blancs. Eternel second rôle dans la production de banyuls
– dominée par le grenache noir –, le grenache gris vinifié en blanc donne des vins
originaux, incisifs, teintés d’une note de
minéralité et légèrement tanniques en finale. Une signature, de l’avis de tous les
vignerons rencontrés, ce que confirme
Romuald Peronne, vice-président de l’appellation, associé à Jacques Piriou au Clos
Saint-Sébastien : « Sous les effets de notre
terroir de schistes et de la proximité de la mer,
le grenache gris est ici étonnant, mais beaucoup reste à faire pour gagner en notoriété. Il
y a une prise de conscience sur l’importance
des élevages, on va vers les gros contenants en
bois qui marquent moins les vins et il faut jouer
entre le vignoble de bord de mer et les zones
d’altitude pour favoriser la fraîcheur, on gagnerait à définir les grandes zones de terroir,
comme les climats en Bourgogne. » § O. B.
Romuald Peronne
(Clos Saint-Sébastien) :
« Beaucoup reste
à faire pour gagner
en notoriété. »
Ω NOTRE SÉLECTION
17 - Parcé frères
66650 Banyuls-sur-Mer, 04.68.81.02.94.
Agrumes, pamplemousse, note anisée,
de la chair, amer fin, astringence légère,
finale minérale, presque iodée. 12 €.
16,5 - Clos Saint-Sébastien
66650 Banyuls-sur-Mer, 04.68.88.30.14.
Empreintes. Typé, nez frais, fruits
blancs, floral, végétal frais, net, bien sec,
bonne astringence, minéral. 15 €.
16,5 - Les Clos de Paulilles
66660 Port-Vendres, 06.15.73.91.09.
Classique. Aromatique, élégant, bouche
délicate, note mentholée, fleur blanche,
poire, sapide, fin, tout en longueur. 18 €.
16 - Terres des Templiers
66650 Banyuls-sur-Mer, 04.68.98.36.70.
Premium. Nez fin, orange, bouche
délicate, juteux, fine astringence,
harmonieux, long, fleurs de garrigue,
sapide. 33,50 €.
15 - Les Schistes de Valbonne
Cédrat, amande, rond, note réglissée,
typé, riche, reste frais, juteux. 15,80 €.
14,5/15 - Madeloc
Expressif, note mentholée, fruits
jaunes, charnu, juteux, amer fin,
finale fraîche. 10,80 €.
15,5 - Domaine Madeloc
66650 Banyuls-sur-Mer, 04.68.88.38.29.
Penya. Nez frais, fruits blancs, note exotique, frais en bouche, amer très léger,
du gras, finale anisée, charmeur. 23 €.
15,5 - Coume del Mas
66650 Banyuls-sur-Mer, 06.86.81.71.32.
C’est pas du pipeau. Nez fin,
délicat, agrumes, charnu, onctueux,
fruits jaunes, ananas, fruité éclatant,
gourmand. 21 €.
15 - Vial-Magnères
66650 Banyuls-sur-Mer, 06.32.98.53.90.
Le Petit Couscouril. Nez fin,
note exotique, fleurs de garrigue,
note mentholée, tanins gourmands,
long, sapide. 12 €.
15 - Clos Saint-Sébastien
66650 Banyuls-sur-Mer, 04.68.88.30.14.
Inspiration minérale. Fruits blancs,
agrumes, pomelo, bien frais en bouche,
amer fin, sapide, juteux. 28 €.
14,5 - Cave Tambour
66650 Banyuls-sur-Mer, 04.68.88.12.48.
Hautes Vignes. Fruits blancs,
poire, note florale, anisé, onctueux,
touche minérale, de la fraîcheur,
tendu, amer fin. 17,50 €.
14/14,5 - Clos Castell
66650 Banyuls-sur-Mer 06.07.36.80.45.
Expression. Nez frais, ciste, floral,
tendu, sapide, minéral, finale
légèrement astringente. 13,50 €.
TOUTES LES DÉGUSTATIONS DE JACQUES DUPONT ET OLIVIER BOMPAS SUR lepoint.fr
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 97
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TENDANCESÉVASION
HÔTELS
Saint-Barth, nouvelle vague
LE SERENO
AUX QUATRE VENTS
Où ? Dans la baie de Grand-Cul-de-Sac, au
nord-est.
La signature. Christian Liaigre. Ses lignes
élégantes et épurées dévoilées à l’ouverture de l’hôtel en 2002 ont été conservées
à grand renfort de pierre, de bois exotique,
de voilages, de persiennes, de murs blanc
immaculé, de meubles sur mesure et d’espaces ouverts sur l’extérieur.
A l’affiche. 39 suites, pour certaines (Bungalow Piscine, Family Suite et Grande
98 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
Suite Plage Sud) entièrement reconstruites ; trois villas de 4 chambres avec
piscine chauffée et services hôteliers ;
deux restaurants, dont un les pieds dans
le sable ; un bar ; une piscine ; une salle
fitness et un spa Valmont avec trois salles
de soin.
Le must. L’accès direct au lagon et à la réserve marine propices au kitesurf, à la
plongée, au paddle et au kayak.
Le plan B. Il Sereno, du même groupe,
ouvert fin 2016 sur les rives du lac de
Côme, en Italie, et signé Patricia Urquiola.
A partir de 760 € la nuit, www.lesereno.com.
CHEVAL BLANC ST-BARTH
ISLE DE FRANCE
EXOTIQUE CHIC
Où ? Dans la baie des Flamands, au
nord-ouest.
La signature. Triple, LVMH a fait appel à Jacques Grange pour la décoration, Madison Cox pour les jardins
et Jean-Michel Othoniel pour la création d’une œuvre iconique évoquant la
constellation de Pégase. Entre cabane
et bâtisse créole réinventées, l’établissement mêle luxe et décontraction à
travers meubles en rotin, bois décapé,
nattes en paille, tissus blancs, ikats, couleurs caribéennes et jarres werregue.
A l’affiche. A terme (l’hôtel achèvera
sa deuxième phase de travaux en octobre 2019) : 61 chambres, bungalows,
suites et villas répartis entre plage et
jardins ; un restaurant ; un bar ; une piscine ; une salle fitness et un spa Guerlain avec quatre cabines de soin.
Le must. Sans conteste la plage, l’une
des plus belles de Saint-Barth.
Le plan B. Le Cheval blanc Randheli
aux Maldives, autre maison stylée
conçue par Jean-Michel Gathy.
A partir de 1 000 € la nuit,
www.chevalblanc.com.
V.MATI (X2) – V. MATI – PATRICIA PARINEJAD (X3)
Caraïbes. Un an et demi après l’ouragan Irma,
coup de projecteur sur deux adresses rénovées
à ne pas manquer. PAR MARION TOURS
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TENDANCESMODE
MONTRES
En toute liberté
Insolite. Au Salon international de la haute
horlogerie, à Genève, les indépendants exposent
leur créativité débridée. PAR CONSTANCE ASSOR ET JUDIKAEL HIREL
LIQUIDE
GALBÉE
A
ux côtés de ses pièces Galet inspirées
de l’art horloger du XIXe siècle, le légendaire maître horloger Laurent Ferrier
dévoile cette année sa nouvelle collection
Bridge One. L’étonnant rectangle incurvé
du boîtier, inspiré d’un des ponts de l’île,
à Genève, est surmonté d’une glace saphir sphérique. Il intègre également un
nouveau mouvement à remontage manuel aux finitions d’exception.
L
RALF BAUMGARTEN - SP (x4)
vec sa H0 Time Is Precious, HYT
transpose l’esprit des métiers d’art
dans l’univers contemporain. Le recours
au silicium monocristallin et la découpe
laser font du cadran une œuvre de marqueterie tridimensionnelle futuriste. Le
module microfluidique breveté – l’heure
liquide, inventée par les ingénieurs de la
maison, associée à un calibre mécanique
exclusif – offre une lecture originale de
l’écoulement du temps.
HYBRIDE
C
ette Ressence Type 2 est la première
montre mécanique enrichie d’une couronne intelligente, l’e-Crown. Ce module
horloger se compose de disques et de cadrans hypnotiques qui semblent continuellement graviter les uns autour des
autres. Activée et commandée en tapotant une ou deux fois le verre bombé du
cadran, la couronne 2.0 tire son énergie
de la lumière absorbée par ses microvolets photovoltaïques. Une fois connectée et réglée, plus besoin de vérifier ou
de corriger l’heure, même après plusieurs
mois d’inactivité §
NATURELLE
e roi du buzz horloger, H. Moser & Cie,
fait la preuve de son engagement écorespectueux en imaginant la Moser
Nature (jeu de mots anglophone autour
de Mère Nature), la première montre
vivante, 100 % fabriquée et cultivée en
Suisse. Sur son cadran en acier et son
bracelet en gazon poussent succulentes,
mousse, mini-echeverias, cresson, tradescantias et oignons de semence. Il faut donc
en prendre soin au quotidien, comme de
la nature. Une responsabilité partagée
avec la maison horlogère, qui s’engage,
de son côté, à n’utiliser pour ses créations
que des matériaux écorespectueux (Fair
Trade), dont de l’or équitable, à optimiser
ses méthodes de production pour réduire
l’empreinte carbone et à compenser le
reliquat en achetant des crédits carbone.
A
ATOMIQUE
L
es savants fous horlogers d’Urwerk
croisent deux approches de la mesure
du temps, mécanique et atomique. La
montre-bracelet AMC (au centre de la malette) s’associe à une pendule atomique
portable (de 35 kilos !), l’Atomolithe,
pour une synchronisation exacte de l’affichage des minutes et des secondes de
la montre avec celui de la pendule atomique. La nuit, posez-la dans son « berceau » temporel pour la remonter.
RETROUVEZ TOUTE
L’ACTUALITÉ DES
MONTRES SUR
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montres
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 99
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TENDANCESMODE
Par Fabrice Léonard Pages coordonnées par Marine de La Horie
Le trésor Semainier
Pour sa nouvelle collection de joaillerie, Marc Deloche
imagine sept modèles de bagues, chacune étant inspirée
par une divinité gréco-romaine qui préside à un jour de la
semaine. La bague du mardi est placée sous le signe du
dieu guerrier, Mars, prenant la forme d’une forteresse à la
tour crénelée de diamants ; celle du jeudi symbolise les
pouvoirs de Jupiter avec une croix byzantine ; celle du
dimanche, une bague en or jaune ornée d’un saphir de
plus de 2,5 carats, fait référence au dieu du Soleil.
PARFUMS
Olfactories par Prada
L’histoire. Présentée en 2015,
la collection Olfactories
de parfums unisexes de
la griffe italienne Prada
a accueilli l’an dernier
une nouvelle ligne inspirée
de l’Orient, baptisée
Les Mirages. Composée
de quatre parfums, celle-ci se
dote de trois nouvelles
créations.
Les fragrances.
La parfumeuse Daniela
Andrier, en tandem
avec la créatrice Miuccia
Prada, bouscule la notion
du parfum oriental.
Desert Serenade se présente
comme une essence sombre
et dense de cuir miellé et
de safran. Moonlight
Shadow est à base de figues
mûres, de cuir, de chocolat,
mêlés à des notes de fond
de bois de cèdre et de bois
de santal. Enfin, Babylon
est conçu sur un accord
bois de santal, labdanum
et ambre.
Le flacon. Le verre de
la bouteille rectangulaire,
d’un bleu nuit intense,
est réveillé par de multiples
détails or. Le bouchon
est gansé de cuir saffiano
subtilement grainé,
une variété de peau utilisée
par la griffe pour sa
maroquinerie § F. L.
Chic
et choc
100 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
L’objet Rétro
Louis Vuitton dévoile le sac Dauphine.
Revisité par Nicolas Ghesquière, directeur
artistique de la maison, ce modèle à rabat
fut créé en 1976. A l’association des toiles
Monogram et Monogram Reverse
s’ajoutent désormais des éléments
nouveaux comme une bandoulière en
chaîne et une fermeture aimantée en
métal doré.
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La collaboration
PHOTOS :SP
Sport de luxe
Yoon Ahn, créatrice de bijoux et
cofondatrice de la marque
Ambush, signe une ligne pour
Nike. Cette collection comprend
deux manteaux, un body Dri-Fit
stretch, un top court et un pantalon
en molleton. Pour les chaussures,
Yoon a choisi de travailler sur le
modèle mythique Air Max 180.
La silhouette Signée Gucci
Mêlant baroque, mysticisme, rétro et futurisme,
les collections imaginées par Alessandro Michele
pour la griffe florentine surprennent encore et
toujours, comme ce manteau en tweed assorti à une
jupe plissée et à une blouse blanche, accessoirisé
d’un sac en forme de tête de Mickey, de lunettes façon
« Blade Runner » et de mocassins à logo XXL.
La tendance Militaire chic
Les créateurs réinventent l’imprimé
camouflage. } Parka en coton imprimé
et brodé, dessous blouson à capuche en
tissu technique imprimé, bob en tissu
technique, pantalon en coton
imprimé, baskets en cuir, tissu et
gomme et sac en cuir, Valentino.
} Blouson en tissu technique à
capuche intégrant des lunettes,
C. P. Company. } Sac banane
imprimé Camo Fox,
Eastpak x Maison
Kitsuné.
Nuxe
et la confiance
en soi
Une première pour
la marque française
de cosmétiques ! Nuxe a fait
appel à un laboratoire de
recherche en neurosciences
pour prouver les bienfaits
sur la perception de soi de
sa nouvelle ligne de soins
antiâge Nuxuriance Gold,
composée à 92 % d’ingrédients d’origine naturelle.
C’est également la première
marque à utiliser des cellules « biflorales » de safran
et de bougainvillier, riches
en vitamines, qui favorisent
la régénération de la barrière
cutanée de la peau. La
maison les a associées, pour
répondre aux besoins spécifiques des peaux sèches,
à des plantes telles que
le jiaogulan – considéré
comme l’élixir de jeunesse
dans certaines régions d’Asie
pour sa capacité à reconstituer les lipides essentiels à
la jeunesse de la peau – et
la fleur de ciste pour son
hyperconcentration en
polyphénols (trois fois plus
que le thé vert). Enfin, pour
illuminer le teint, les chercheurs ont misé sur l’huile
de rose de porcelaine.
Au total, pas moins de trois
nouveaux brevets sont été
déposés. Développement durable oblige, Nuxe a conçu
un packaging 27 % plus
léger que les précédents § L. A.
Sérum nutri-revitalisant
(65€), Crème-huile nutrifortifiante (59 €), Baume nuit
nutri-fortifiant (59 €),
Baume regard lumière (46 €).
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 101
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TENDANCESMODE
FOCUS
Le Tanneur mise sur le sanscouture, dont il est l’inventeur,
et sur des collections plus
identitaires.
Polyvalente
La griffe propose
des collections
pour hommes et
femmes pour tous
les styles de vie.
Renouveau
L’experte en
marketing
Suzanne Stahlie
a pour mission de
rendre Le Tanneur
désirable dans
le secteur très
concurrentiel
de la maroquinerie.
Un maroquinier
inoxydable
L
’aventure Le Tanneur commence en
1898, sous l’impulsion d’un tanneur
et d’un maroquinier. Le duo se fait rapidement remarquer pour ses créations
ingénieuses et épurées. C’est à peine deux
ans plus tard, lors de l’Exposition universelle de Paris, qu’il dévoile le fameux
« sans-couture ». Grâce à un jeu de pliages
et de rivets, cette prouesse de savoir-faire
maroquinier va lui permettre de décrocher le Prix d’argent, derrière la boîte de
marketing et communication de la marque.
Ce best-seller, reconnaissable également à ses bords francs, n’a pas pris une
ride. Décliné dans toute une palette de
couleurs, en plusieurs formats, il peut
même être personnalisé lors d’ateliers en
boutique. Du choix des matières et des
fermoirs aux finitions, rien n’est laissé au
hasard. La marque travaille avec des tanneries proches de son lieu de production
dans un souci écologique, une valeur importante pour les fameux millénials.
« On se repositionne comme un expert de
la maroquinerie. L’idée est également de séduire une clientèle plus jeune et plus mode.
Cela passe par une offre réduite afin de proposer une collection plus harmonieuse. Mais
cela se fait pas à pas pour ne pas trop bousculer notre clientèle existante », insiste cette
brune gracile qui souligne l’esprit de famille qui règne dans la maison. « On va
mettre en avant nos cent vingt ans dans la
maroquinerie. Nous avons aussi plusieurs
projets de collaborations, essentiellement avec
des marques françaises, comme celle que nous
avons faite avec le musée des Arts décoratifs.
Le sujet de la transmission de notre savoir-faire
est une autre préoccupation », annonce
Suzanne Stahlie, qui enchaîne les chantiers § MARINE DE LA HORIE
conserve Campbell. Un sésame qui va propulser la jeune griffe comme une référence dans son domaine.
« On s’est concentrés sur le sans-couture,
décliné notamment en sacs et porte-documents.
C’est le premier modèle que les deux fondateurs ont créé ensemble. On a voulu relancer
la marque autour de ce produit emblématique
qui incarne nos valeurs et les codes maroquiniers, comme la qualité du cuir et le côté pratique », détaille Suzanne Stahlie, directrice
It-bag Le sans-couture a été inventé en 1900 lors de l’Exposition universelle de Paris.
DR
Décliné dans plusieurs formats et couleurs, il est aujourd’hui personnalisable.
102 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
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TENDANCESJOAILLERIE
FOCUS
Des créations sonnantes et trébuchantes
PAR MARINE DE LA HORIE
C
’est à deux pas de la Seine, dans un illustre bâtiment situé quai de Conti, que
sont fabriquées les plus belles pièces de
monnaie. Si celles qu’on utilise tous les jours
sont frappées à 850 coups par minute à Pessac, en Gironde (à raison de 800 millions
d’unités par an), les pièces de collection, certaines devises étrangères et les séries limitées sont façonnées à la Monnaie de Paris,
au cœur de la capitale, depuis l’an 864.
Joaquin Jimenez, directeur de la création
de la gravure, est intarissable sur son métier. « Nous, les maîtres graveurs, sommes les
héritiers des graveurs généraux. Nous nous formons durant toute notre vie et notre rôle est de
transmettre notre savoir-faire », rappelle ce
passionné, qui encadre notamment les
quinze recrues de l’atelier maniant toute
une gamme d’outils hétéroclites. « On réalise d’abord des maquettes en plâtre, qui sont ensuite réduites. A l’origine, on travaillait à l’envers
et en creux dans un bloc d’acier », détaille le
maître graveur, pour qui chaque millimètre
compte, avant d’enchaîner : « Les techniques
ont évolué. On utilise aussi aujourd’hui le laser
et le numérique. Les ordinateurs sont une aide à
la création, mais jamais une substitution. Le duo
papier/crayon reste indispensable. On fait des
métiers d’art, alors il faut pratiquer ses gammes,
tout en utilisant aussi l’informatique. »
Le tour de force des graveurs est d’arriver à raconter toute une histoire sur une
médaille ou une pièce de petite taille.
Celles du Petit Prince, d’Astérix, de Mickey ou encore de Marianne, les dernières
créations de la Monnaie de Paris §
L’art de repousser
les limites
Dans le cadre de sa série
« Excellence à la française », la Monnaie de Paris
et le joaillier Boucheron ont uni
leurs savoir-faire pour réaliser
1 kilo d’or figurant une subtile
feuille de lierre, pavée de diamants (photos à dr. et en haut).
Joaquin Jimenez a arpenté cent
fois la place Vendôme et rencontré Claire Choisne, directrice artistique de Boucheron. « On a
aussi repoussé les possibilités de la
frappe avec une représentation de la
place vue du ciel, avec une forme de
cabochon d’émeraude et ce lierre envahissant », évoque le maître graveur. Cette édition limitée,
réalisée à 11 exemplaires et affichée à 130 000 euros, se décline
aussi dans une version en argent
beaucoup plus abordable, à
78 euros. Attention, collectors !
Maître
graveur
Joaquin Jimenez,
directeur de
la création de
la gravure à la
Monnaie de Paris.
SP (X10) – © ARNAUD ROBIN
Visite dans les coulisses
de la Monnaie de Paris
avec Joaquin Jimenez,
directeur de la création.
Collection
Pendentif Abeille
d’Ephèse, pièce à
la mémoire de
Simone Veil ou série
« Mickey et la
France », trois créations de l’institution
du quai de Conti.
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 103
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TENDANCESMARCHÉ DE L’ART
ENCHÈRES ET GALERIES par Judith Benhamou-Huet
Avec le temps et l’affaiblissement à Paris
de la Biennale (ex-« des antiquaires »), la
Brafa, la foire annuelle d’antiquités de
Bruxelles, est devenue le deuxième plus
important rendez-vous en Europe, derrière
la remarquable Tefaf de Maastricht. Avec
133 participants venus de 16 pays, cette
manifestation, qui mélange ancien et
contemporain, est cependant d’une qualité encore inégale. Cette année, les vedettes
sont les artistes anglais Gilbert & George.
Ils sont l’objet d’une mini-exposition de
cinq œuvres monumentales récentes. On
les retrouve aussi sur les stands du grec
Bernier/Eliades et du belge Albert Baronian. Ce dernier propose d’ailleurs une de
leurs photos de 2008, « Handball », à vendre
180 000 euros §
Du 26 janvier au 3 février, Bruxelles,
www.brafa.art.com.
Corot le moderne
La star Jitish Kallat
Comme tous les artistes à
succès de l’histoire de l’art,
Corot (1796-1875) a eu la
tentation de produire beaucoup. Avant cela, il peint,
alors qu’il est pour la première fois en Italie, des petits
formats réalisés en plein air,
comme celui-ci (détail), qui
annoncent la modernité
impressionniste, vive
et spontanée.
Estimation : 60 000 euros.
Le 30 janvier, New York,
www.sothebys.com.
L’Indien Jitish Kallat (né en
1974) est l’un des artistes
phares de son pays. Il expose
son travail, spirituel et
conceptuel, à la galerie
Daniel Templon. Ses toiles,
conçues comme de grands
carnets intimes, parlent de
l’histoire des hommes et de
la destruction de la nature. A
vendre à partir de 6 000 euros.
Jusqu’au 9 mars, Paris,
www.templon.com.
Rembrandt gravé
Rares sont ceux qui peuvent
se payer un Rembrandt.
Parce que les tarifs sont
inabordables, mais surtout
parce que les peintures de
l’immense maître sont rarissimes sur le marché. Reste
les gravures à l’eau-forte, une
technique dont l’artiste était
particulièrement féru. Christie’s en propose 11 estimées
entre 3 000 et 300 000 euros.
Le 29 janvier, New York,
www.christies.com.
104 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
COMME AU MUSÉE
Un Indien rescapé de 1789
Ce portrait (225 x 136 cm) de
l’ambassadeur de Mysore, en
Inde, par Elisabeth Vigée Le
Brun (1755-1842), fut exposé
au Salon de 1789, en plein
chaos politique. Miraculeusement préservée, l’œuvre est
estimée à 4 millions de dollars.
Le 30 janvier, New York,
www.sothebys.com.
COURTESY GILBERT & GEORGE, WHITE CUBE AND ALBERT BARONIAN – COURTESY TEMPLON, PARIS & BRUSSELS – CHRISTIE’S – SOTHEBY’S (X2)
Brafa, l’autre grand
rendez-vous des
antiquaires d’Europe
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HORIZONTALEMENT I. Meurtriers. II. Part d’héritage. III. Haranguet.
Commune en 64. IV. Les copains des « poilus ». V. Centre de loisirs.
Plus chez Xénophon que chez Platon. Prises en pitié. VI. La femme de
tonton. Comme du bon pain. VII. Pas seule. Le travailleur le fait avec
plaisir. VIII. Sciante. IX. Entres dans une nouvelle vie.
VERTICALEMENT 1. Ne pas garder. 2. Comme la puissance fiscale.
3. Le roi Arthur y est à Avalon, selon la légende. 4. Province iranienne.
Ville d’Allemagne. 5. Pour la protection des jeunes tiges. Symbole.
6. Mises en lumière. En 76, sur la Bresle. Entrée. 7. Victoire de Condé.
Pas mauvais du tout… 8. N’y entre pas qui veut. Agréable de s’en payer
une bonne. 9. Karl Lagerfeld et Coco Chanel, entre autres.
Solution de la grille
du numéro 2420
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L
BRIDGE PAR MICHEL LEBEL
LE PROBLÈME DE LA SEMAINE
II. Jeu de la carte
Vous jouez 3 SA en Sud.
Ouest entame du 6 de ¿
pour le Roi du mort et le 9 d’Est.
Voici les jeux de Nord-Sud :
¿R
• V8753
\ 8762
± A6 4
Réponse
Un compte rapide vous montre,
avec quatre levées maîtresses dans
les autres couleurs, que vous devez faire
cinq levées à ± – après l’entame à ¿.
Le maniement classique de la couleur
consiste à encaisser l’As de ± – le gros
honneur de la main courte – en coup
de sonde, puis à jouer ± pour le 10.
Sur la donne, Ouest défausse un •. Il vous
manque une communication pour refaire
l’impasse ! Voici la bonne manœuvre :
vous êtes au mort, au lieu d’encaisser
l’As de ± en coup de sonde, jouez
le 4 de ± pour le 10 de votre main,
qui fait la levée. Rejouez le 2 de ± pour
l’As et recommencez l’impasse. Encaissez
le Roi de ±, vous êtes à la tête de neuf
levées. Ne donnez pas de coup de sonde
s’il vous manque une communication.
N
O
E
S
¿ A 10 2
• R9
\ AR5
± R V 10 7 2
I. Enchères
Sud donneur.
Faites les enchères de Nord-Sud,
qui se déroulent dans le silence
adverse.
Réponse
La bonne séquence :
Sud
1±
2 SA
3 SA
LE TEST D’ENCHÈRES
Nord
1•
3\
Voici les quatre jeux :
Quelques commentaires :
1 ± : avec un jeu trop fort pour 1 SA.
1 • : Nord nomme sa majeure en 1 sur 1.
2 SA : montre un jeu régulier
de 18 ou 19 points H.
3 \ : l’autre mineure, pour rechercher
un fit 5-3 en majeure.
3 SA : dénie trois cartes à •.
¿R
• V8753
\ 8762
± A6 4
¿ V8763
N
• A 10 2
O
E
\ D 10 4 3
S
±5
¿ A 10 2
• R9
\ AR5
± R V 10 7 2
¿ D954
• D64
\ V9
±D983
LE POINT
1, boulevard Victor, 75015 Paris – Tél. : 01.44.10.10.10 – Fax : 01.43.21.43.24
Vice-président opérations
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Vice-président
et directeur général délégué :
et directeur de la publication :
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François Claverie
Etienne Gernelle
Renaud Grand-Clément
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Le Point, fondé en 1972, est édité par la Société d’exploitation de l’hebdomadaire Le Point - Sebdo
Société anonyme au capital de 10 100 160 euros, 1, boulevard Victor, 75015 Paris. R.C.S. Paris B 312 408 784
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Dépôt légal : à parution - n° ISSN 0242 - 6005 - n° de commission paritaire : 0620 C 79739
106 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
Le test d’enchères du Point
est fondé sur « La Majeure cinquième,
édition spéciale », de Michel Lebel.
Le début des enchères a été :
Sud
1•
?
Ouest Nord
passe
2•
Est
2¿
Vous êtes en Sud (Est-Ouest vulnérables).
Quelle doit être votre deuxième enchère
avec chacun des cinq jeux suivants ?
¿
A R87
B R8
C 98
D AD
E A D 10 7
•
\
±
AD973
RD9763
A D 10 7 4
R V 10 9 7 4
A V 10 9 8
V9
87
AD
6
52
A 10 9
A 10 9
A 10 8 6
AR74
AR
Infos bridge
Suspense
pour la quatrième place
Le troisième tour qualificatif de la Division
nationale 1 par équipes s’est déroulé
les 19 et 20 janvier. Pour accéder à la phase
finale, il fallait terminer dans les quatre
premières places. Voici les résultats :
1. Bessis (132,21),
2. Zimmermann (128,47),
3. Sebanne (127,91),
4. Vinciguerra (124,74).
L’équipe Vinciguerra, en tête après deux
week-ends, a terminé avec 0,5 point
d’avance sur l’équipe Fleury. La phase
finale se déroulera du 20 au 22 avril.
Impression : Maury Imprimeur SA (45330 Malesherbes).
Réponses
A passe = 20 ; 3 • = 10 ; 2 SA = 5.
Vous possédez une ouverture
minimum et une distribution régulière ;
passez sur 2 ¿.
B 3 • = 20 ; passe = 10 ; 3 ± = 5.
Avec une belle couleur sixième,
annoncez 3 •. C’est une surenchère
compétitive dans la couleur d’atout fittée,
qui signifie que vous voulez lutter
pour la partielle.
C 3 ± = 20 ; 4 • = 10 ; 3 • = 5.
Comme dans les enchères à deux,
utilisez l’enchère d’essai en situation
compétitive. Avec une distribution 5-4,
faites une enchère d’essai à la couleur
– 3 ± –, c’est une tentative de manche.
D 4 • = 20 ; 3 ± = 15 ; 3 • = 5.
Revalorisez votre distribution 6-4
et la Dame de ¿. Demandez directement
la manche à 4 •.
E contre = 20 ; 2 SA = 15 ; 4 • = 10.
Retenez cette règle : le contre
d’une intervention après un soutien
simple en majeure est un contre punitif
s’il reste un espace pour faire
une enchère d’essai. Vos adversaires
sont vulnérables : contrez 2 ¿ .
VOTRE RÉSULTAT :
- De 90 à 100 : un excellent résultat.
- De 70 à 85 : un bon résultat.
- De 50 à 65 : assez bien, travaillez
davantage vos enchères.
- Moins de 50 : lisez « La Majeure cinquième,
édition spéciale ».
Diffusion : MLP.
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et aux organismes liés contractuellement avec Le Point à des fins de prospection notamment
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DeBonneville-Orlandini
*
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Le bloc-notes
de Bernard-Henri Lévy
Si c’était à refaire, je recommencerais par l’Italie
M
ilan, 21 janvier.
Conférence de presse de lancement de « Looking
for Europe », la grande tournée théâtrale qui me mènera, du 5 mars au 21 mai, dans vingt villes européennes.
Pourquoi commencer par Milan ?
Parce que c’est là, à Milan, que tout a commencé.
Parce que c’est chez eux, les Italiens, que, trente ans avant
Baby Trump, un certain Berlusconi a inventé la figure du
nouvel « homme à cheval » fait par et pour les spotlights.
Parce que c’est des ateliers berlusconiens que sont sortis
tous ces visages clonés, lippe torve, boursouflure et Colgate,
gomina et sourire de maquignon, qui deviennent la marque
de fabrique des démocratures européennes.
Et parce que ce soleil-là, ce soleil noir de la démagogie et de
la bouffonnerie plébiscitaire, s’est levé, lui aussi, hélas, à Rome
et est en train de donner le ton au reste de l’Europe et du monde.
C’est en Italie qu’a pris forme cette façon d’enfouir sous
des chapes de marbre, de dorures et de cachemire le néant
d’une gouvernementalité réduite à un « art du deal » qui, en
langue Cavaliere, se disait « contratto ».
C’est à Arcore, et à la Villa Brugherio, qu’est né, avant de
migrer sur Park Avenue, le modèle de la salle de marchés politique où l’on compose un gouvernement comme on lance
une OPA – ici, la Trump Tower ; là, Mediaset.
Et aussi, un peu plus tard, la réduction de l’art politique à
une chamaillerie entre boutiquiers jouant leur nombre de
députés au quota de femmes et d’enfants migrants abandonnés ou rejetés à la mer.
Et encore, aujourd’hui, au terme du chemin, ce casting stupéfiant, ce ménage à trois, où, comme dans la commedia
dell’arte, un Docteur aux faux diplômes (Conte), un Matamore éructant sa mégalomanie (Salvini) et un Polichinelle
plus pusillanime qu’habile (Di Maio) se disputent les faveurs
du sort : ces trois-là ne sont d’accord sur rien ; ils n’ont d’autre
but que la perpétuation d’un pouvoir qui, à chaque strapontin ministériel, les fait entrer un peu plus avant, comme chez
Dante, dans les cercles d’un Enfer où le réactionnaire côtoie
l’insoumis, le criminel l’affairiste, l’ultraclérical l’ultraservile ;
mais n’est-ce pas ainsi, selon ce paradigme, que fonctionnent
de plus en plus d’anciennes et vénérables démocraties ?
Alors, bien sûr, les 5 étoiles mènent, à Rome, une politique
municipale qui livre la ville, dans des proportions jamais
vues depuis Caton l’Ancien, à la prévarication et aux herbes
folles.
Bien sûr, ce gouvernement à tête de Méduse se sera, en
quelques mois, plus renié que n’importe quel autre (que l’on
songe, par comparaison, aux sages décisions prises naguère,
en un an, par le bouillant Matteo Renzi : baisse des impôts,
hausse des petits salaires, modernisation de la justice, fin du
gaspillage régional…).
Et, bien sûr, l’on se croirait, par moments, dans un conte
absurde de Dino Buzzati où un pouvoir supposé « souverai-
108 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
niste » prendrait ses ordres à Moscou, se ferait financer par les
amis de Steve Bannon et tenterait d’embrasser, par-dessus les
Alpes, la révolte des gilets jaunes français (comment tous les
Italiens n’éclatent-ils pas de rire au spectacle de ces fiers-à-bras
ruineux et inconséquents qui déguisent en une nouvelle bataille de Solferino un budget s’écartant de quelques déciles de
la trajectoire maastrichtienne – puis qui, le moment venu, se
couchent devant les marchés financiers avec un entrain que
n’exigeaient ni l’intérêt du contribuable ni le simple bon sens ?).
Mais ainsi va l’Histoire.
Etre grotesque n’a jamais empêché d’être exemplaire.
Malgré ses pantalonnades de mauvais personnage de Dario
Fo, Di Maio est un prototype.
Par-delà ses spasmes virils et presque embarrassants, Salvini, cette rencontre improbable du régionalisme et d’Instagram, peut parfaitement apparaître, de Varsovie à Paris et
de Budapest à Vienne, comme l’agent de liaison de la nouvelle internationale brunâtre ; comme l’homme de paille
rusé décrit par le Malaparte d’une « Technique du coup d’Etat »
à l’œuvre sur tout le continent ; et comme le parrain d’un
groupe europhobe dominant dans le prochain Parlement.
En sorte que ce reboot postmoderne du bon vieux fascisme,
cette sainte alliance des deux populismes qui se disputent
l’espace idéologique laissé vide par le recul des démocrates
de conviction, ce bas-les-masques généralisé où, sur les deux
rives du Rubicon politique, l’on boit à la santé de Poutine et
communie dans la haine de « Bruxelles », est en passe de devenir un antimodèle pour toute l’Europe.
J’ajoute que, si je commence par Milan, c’est que ni Milan
ni l’Italie ne se réduisent à ces caricatures pathétiques et transitoires.
C’est parce que j’enrage de voir le pays de Leopardi, de Verdi
et de son « Va, pensiero » sombrer dans cette haine de la culture
qui est toujours le premier mouvement de cet autre opéra, celui de Brecht et de ses « Quat’sous », celui de l’irrésistible ascension des marchands de choux-fleurs et de discours infâmes.
Et c’est parce que je sais qu’il s’y trouve gens de toutes
sortes, contadini et avvocati, lavoratori et gattopardi, héritiers
lointains de Pasolini ou de tel ingegnere à l’incontestable panache, bref, un peuple, un vrai, pour estimer, en très grand
nombre, qu’il est de son honneur de prendre, à Lampedusa
par exemple, sa digne et juste part du malheur de ces frères
de chagrin venus de l’autre côté du monde.
Si je suis à Milan, c’est à cause de Stendhal.
C’est à cause de l’incipit tonitruant d’une « Chartreuse de
Parme » qui a fait de Milan, à jamais, la capitale de la poésie
et de l’amour, des places aux ogives de stuc et de marbre et
des plus belles arias d’Europe.
Et puis c’est à cause de ces deux stendhaliens de grand
style – Claudio Magris et Mario Vargas Llosa, mes amis – qui
n’ignorent rien de cet art de la vendetta que doit toujours
être, même au théâtre, la littérature §
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prix ou le retrait sans avertissement. Les honoraires de chaque agence immobilière et les commissions pour chaque bien sont consultables sur le site de chaque agence immobilière ainsi que sur notre site www.sothebysrealty-france.com.
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Keir Watson :
vive la viande !
Cet enseignant britannique de physique s’est remis à l’alimentation carnée après vingt-cinq ans de régime
végétarien. Il dénonce les idéologies qui faussent les débats et veut réconcilier élevage et écologie.
A
uteur d’une critique de l’orthodoxie végétarienne
très remarquée dans le journal australien en ligne
Quillette – qui fut traduite en français et publiée sur
Lepoint.fr sous le titre « Soyez écolo, mangez de la
viande ! » –, Keir Watson est un ancien végétarien. Il s’est
abstenu de manger de la viande pendant vingt-cinq ans
pour des questions d’éthique, d’écologie et de bien-être.
Revenu sur sa décision depuis dix ans après avoir cherché des informations au-delà de la doxa écologique, ce
physicien anglais analyse pour nous la question de la
« viande durable ». Loin des fantasmes et études à l’appui,
Watson relativise ainsi les mises en garde anxiogènes des
auteurs de la pétition « Lundi vert », qui défendent un
lundi sans viande ni poisson dans nos assiettes § G. B.
Le Point : Pourquoi, selon vous, la viande a-t-elle si
mauvaise réputation d’un point de vue écologique ?
Keir Watson : Je ne suis pas sûr que la viande ait si mau-
vaise réputation ! Ça dépend de ce que vous lisez sur le sujet. Il y a une forte distorsion de la question de …
Pour en finir avec les calembredaines
PAR SÉBASTIEN LE FOL
Les débats de ces dernières semaines autour
des gilets jaunes ont confirmé à quel point
notre pays était gangrené par le
complotisme. Une étude de Conspiracy
Watch et de la Fondation Jean-Jaurès parue
il y a un an en avait déjà révélé toute
l’étendue. Le conspirationnisme est devenu
un phénomène social majeur. Il concernerait
un Français sur quatre. Plus des deux tiers
des personnes interrogées par l’Ifop
« croient » à au moins une théorie du
complot. Et 10 % d’entre elles estiment
possible que la Terre soit plate et non ronde.
Nul n’est à l’abri de ces mensonges
planétaires et nous sommes tous
susceptibles d’adhérer à ces idées fausses.
Notre cerveau est vulnérable. On a beau
mettre sous nos yeux la réalité et les chiffres
qui invalident nos croyances, nous nous y
accrochons mordicus. Et cela est notamment
vrai chez les personnes les plus intelligentes,
très habiles pour trier les faits et les
accommoder à leurs croyances.
Afin de combattre cette armada de
calembredaines, nous manquons de
méthode. La « diabolisation du soupçon » a
échoué. Nous voyons bien qu’il faudrait
enseigner l’esprit critique, mais de quelle
manière ? Un ouvrage scientifique dirigé par
Nicolas Gauvrit et Sylvain Delouvée, « Des
têtes bien faites » (PUF), fournit de
précieuses munitions aux défenseurs de la
raison. Ce manuel d’autodéfense
intellectuelle s’appuie sur une connaissance
précise des mécanismes du raisonnement
humain. Avant d’examiner certaines
croyances, il faut connaître leur origine et
analyser les raisons susceptibles d’y
souscrire. L’un des textes les plus stimulants
de ce recueil collectif est l’œuvre du
neuropsychologue Sebastian Dieguez. En
examinant la croyance de la vie après la
mort, il montre comment aujourd’hui, pour
des raisons de tact ou de respect, on
s’empêche de critiquer de plus en plus de
croyances. Ainsi, on évite un examen sérieux
de leurs conséquences néfastes. Au royaume
des aveugles, le complotiste est roi §
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 111
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ALIMENTATION
l’impact de la consommation de viande sur l’écologie dans les médias. Il y a aussi une forte influence idéologique des végétariens et des végétaliens… Mais, parmi les
spécialistes, il n’y a pas de consensus. En revanche, ceux qui
alertent sur les dégâts environnementaux de l’élevage se
fondent toujours sur les pires méthodes de production pour
appuyer leurs propos. L’élevage hyperintensif est désastreux,
c’est clair ! La plupart des consommateurs le savent et ne
veulent pas de produits issus de l’élevage intensif. Avec l’industrie de la viande, nous n’avons pas encore développé, ou
au moins démocratisé, les meilleurs systèmes de production. Celui qui concerne la gestion holistique, le pâturage
rotatif, vaudrait la peine qu’on s’y intéresse.
…
C’est-à-dire ?
ceux qui essaient de faire passer ce message rencontrent une
forte hostilité. Un des obstacles est que les politiques agricoles sont pensées à grande échelle alors que la réalité des
petites exploitations est très différente. En Grande-Bretagne,
on est un peu schizophrène sur ces sujets : on veut plus de
pâturages pour la biodiversité, ce qui implique forcément
plus d’élevage, sinon ce sont des terres qui ne sont pas mises
en valeur. Mais on veut aussi réduire notre consommation
de viande ! On voit bien que ces deux volontés sont inconciliables. Il y a une sorte d’idéalisme qui vient des végans et
alimente les médias. On aime bien les gros titres. Et, quand
on vise avant tout un gros titre, il est plus facile de dire que
manger de la viande est mauvais pour la planète et pour la
santé que de titrer « La viande : selon la technique d’élevage
et la préparation, ça peut être bon ou mauvais ». L’argument
le plus facile à comprendre, et dont les implications sont les
plus choquantes, est toujours mieux valorisé que le contreargument qui serait plus long à expliquer et à
contextualiser.
Il s’agit d’élever du bétail avec de l’herbe, en déplaçant les troupeaux tous les jours, voire plusieurs fois par jour, afin d’imiter les troupeaux d’herbivores sauvages, qui bougent
continuellement : c’est ce qu’on voit avec les troupeaux de gnous, en Afrique. Les sols réagissent,
l’herbe repoussant plus rapidement de cette façon,
Si la viande achetée est très bon marché,
C’est la quantité de
et les animaux trouvent donc davantage de nour- viande que consom- les conditions de vie des animaux sont
probablement déplorables ; mais est-ce le cas
riture lorsqu’ils reviennent. C’est gagnant-gagnant.
mait en moyenne
C’est le biologiste Allan Savory qui est le principal un Français en 2017. des viandes d’excellente qualité, achetées
En 2000, cette
en boucherie ?
défenseur de ces techniques. Il a longtemps traconsommation
vaillé à lutter contre la désertification en Afrique
Ça dépend des cas. Par ailleurs, il ne faut pas croire
et s’est rendu compte qu’on pouvait redynamiser s’élevait à 91,9 kilos. que nous sommes capables de nous mettre tota: FranceAgriMer
des zones complètement désertifiées en augmen- Sourced’après
lement à la place des animaux que nous élevons.
SSP.
Je vous donne un exemple : si on laisse le choix à
tant le nombre de grands herbivores qui s’y trouvent,
à condition qu’ils se déplacent régulièrement. En deux ou des bêtes de rester dehors pendant l’hiver ou de se réfugier
trois ans, les végétaux et l’eau étaient de retour. On peut réus- dans une étable, elles choisissent souvent la seconde option !
sir à inverser le processus de l’érosion des sols grâce à l’éle- On fait trop de raccourcis sur le supposé bien-être des anivage. On en parle encore assez peu, parce que peu d’agronomes maux, sans demander à ceux qui passent le plus clair de leur
travaillent sur ces questions en continu. Selon le même Al- temps avec eux ce qu’ils en pensent. Personnellement, je suis
lan Savory, deux tiers des terres émergées ne peuvent pas être pour que les animaux vivent aussi naturellement que poscultivées. Par contre, des animaux peuvent y paître, à condi- sible et restent le plus de temps possible dehors, parce que
tion d’être déplacés régulièrement. Il y a un autre avantage à l’élevage de plein air est un meilleur choix. Ce n’est pas pour
cette pratique : en luttant contre l’érosion des sols, on conserve autant que les animaux sont nécessairement d’accord ! Bien
plus de dioxyde de carbone. Les pâturages sont donc extrême- sûr, on peut créer des conditions qui les rendent très malheument importants dans la lutte contre les émissions de gaz à reux en intérieur, mais il ne faut pas céder à l’idée que, pour
effet de serre.
un animal, dehors c’est forcément mieux. La réalité est plus
S’il existe autant d’avantages écologiques à un élevage
nuancée que ce que beaucoup de personnes prétendent. Mais,
« intelligent », pourquoi le débat public sur la
encore une fois, la nuance n’est pas l’amie des gros titres…
84,3 kilos
consommation de viande est-il aussi biaisé ?
Ces informations sur l’élevage n’atteignent pas les consommateurs, et j’ai du mal à comprendre pourquoi. La plupart
des fermiers et éleveurs dans de petites exploitations comprennent très bien les bénéfices liés à leurs élevages. Mais
Pour en revenir à l’environnement, vous ne pouvez pas
nier que la production de méthane des élevages n’est
pas bonne pour l’atmosphère !
C’est évident que l’impact du méthane des élevages est non
négligeable, mais c’est quand même compliqué d’évaluer
« Même en ayant une meilleure hygiène de vie,
les végétariens ne vivent pas plus longtemps que l’Anglais
moyen, qui fume et mange du bacon. »
112 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
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cet impact. On ne comprend pas complètement la manière
dont se comporte le méthane dans l’atmosphère. En effet,
le radical hydroxyle qui s’y trouve décompose le méthane,
qui est donc beaucoup moins persistant que d’autres gaz,
en particulier le CO2. Par ailleurs, il y a beaucoup d’autres
activités humaines qui augmentent la part du méthane dégagé dans l’atmosphère. Il est donc compliqué de déterminer l’ampleur de l’impact de l’élevage sur le réchauffement
climatique. Comme pour les questions de l’érosion des sols,
de l’impact de la consommation de viande sur la santé, du
bien-être animal, les réponses sont nuancées, et nous manquons d’études scientifiques pour pouvoir vraiment nous
prononcer. Ce serait plaisant que le débat public sur ces
questions soit plus équilibré. Ça permettrait d’en poser de
plus pertinentes sur la manière dont
nous consommons de la viande, au
lieu d’affirmer de but en blanc qu’il
faut cesser de consommer des protéines animales. Ça conduit à
adopter des politiques stupides. En même temps, je
comprends ceux qui sont
submergés par la masse d’informations disponibles sur
le sujet et ont envie d’avoir une
réponse simple aux problèmes
liés à la consommation de viande.
Si on se dit « la viande rouge, ce
n’est bon ni pour la santé ni pour
l’environnement, alors j’arrête », ça
fait déjà une préoccupation de moins !
ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT »
Est-ce vraiment une mauvaise idée
d’être strictement végétarien ?
Les humains sont omnivores,
mais peut-être nos végans
contemporains ont-ils trouvé le
secret d’un régime sans produits
issus d’animaux…
La réponse se trouve dans l’histoire de l’humanité. Il n’y a jamais eu de société végétalienne, de culture végétalienne, nulle part.
C’est contraire à la nature humaine. Il n’y a
pas, non plus, de sociétés humaines qui ne
mangent que de la viande, et vous avez raison de rappeler que les humains doivent
manger de tout. Il faut quand même souligner que certains groupes, les Inuits
en particulier, consomment jusqu’à
90 % de leurs calories sous
forme de protéines animales.
C’est le cas depuis des siècles !
Leur organisme s’y est adapté
progressivement, ce n’est
donc pas un exemple à suivre
pour nous, mais ça montre bien que c’est possible pour un
humain de suivre un régime très fortement carné. Même sans
prendre cet exemple extrême, lorsqu’on s’est intéressé à la
nourriture des dernières sociétés de chasseurs-cueilleurs dans
les années 1950, on s’est rendu compte qu’ils mangeaient en
moyenne plus de viande que dans nos sociétés. Ça dépend
bien sûr de la tribu, mais, dans toutes ces cultures, on consomme
de la viande et des produits laitiers dès que possible. Dans le
monde occidental, en revanche, le quart de ce que nous mangeons vient du blé ! C’est trop pour un individu : d’ailleurs,
un archéologue n’a aucun mal à savoir si le squelette qu’il a
déterré vivait dans une société ayant déjà adopté l’agriculture
ou non. Plus petit cerveau, plus petite taille, squelette en mauvais état d’un individu étant mort plus jeune en moyenne,
c’est un fermier !
Pourtant, nous, Français, mangeons beaucoup
de pain, et nous avons quand même une
très bonne espérance de vie !
C’est vrai ! Mais vous êtes aussi la société européenne qui a le moins de
problèmes cardiaques, tout en étant
celle qui mange le plus de viande et
de produits laitiers. Il y a quand même
une sacrée corrélation… La nutrition
est un domaine infiniment complexe ;
ce qui fonctionne pour un groupe d’individus ne fonctionne pas nécessairement
pour un autre. Mais notre problème à tous,
et celui des végans en particulier, c’est qu’on
ne souhaite que des solutions simples, absolues, comme toutes les idéologies. Finalement, en ce qui concerne la santé, je vous
renvoie à une étude de 2016 qui ne montrait
pas de différence dans la mortalité des végétariens par rapport aux autres. De plus,
il y a un biais de sélection qui rend encore
plus déprimantes les conclusions de
l’étude pour ceux qui voudraient croire
que ne pas manger de viande permet de
vivre en meilleure santé : les végétariens, en moyenne, ont aussi tendance
à moins fumer, moins boire et faire
plus de sport. Par ailleurs, même en
ayant une meilleure hygiène de vie,
les végétariens ne vivent pas plus
longtemps que l’Anglais moyen, qui
fume, mange du bacon et ne va pas
assez souvent à la salle de gym. Globalement, il faut manger moins de
produits transformés et cuisiner
plus, sans se torturer avec des
dogmes intenables et qui reposent
sur une idéologie pleine de trous §
PROPOS RECUEILLIS PAR GABRIEL BOUCHAUD
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 113
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PHILOSOPHIE
Barbara Stiegler : « s’adapter »,
aux origines d’une injonction
Evoluer, muter… C’est à la biologie que le « néolibéralisme » emprunte son vocabulaire, explique la philosophe.
Dans « “Il faut s’adapter” » (Gallimard), elle établit la généalogie d’un impératif qui régit les démocraties
libérales, où l’homme semble toujours en retard sur la mondialisation. Illustration avec les gilets jaunes.
I
l faut s’adapter : tel est le mantra qu’on entend depuis que
l’économie régit nos existences. Cet impératif catégorique
infuse dans tous les discours – politiques, médiatiques,
managériaux. Cette expression est aussi une formidable clé
de lecture pour les événements actuels. Pour les uns, ce sont
les gilets jaunes qui refusent de s’adapter, pour d’autres, c’est
Emmanuel Macron – ou, plus généralement, le champ politique. Mais d’où vient cette expression et le magistère qu’elle
exerce ? Barbara Stiegler, philosophe politique venue des
sciences du vivant, en dresse la généalogie dans un livre dépaysant qui nous emmène chez les penseurs américains des
années 1920 et 1930 et leurs lectures de Charles Darwin.
Belle découverte : et si notre rapport au politique était innervé par le biologique ? §
Le Point : Votre livre part d’un constat, l’omniprésence
d’un discours sur le retard. De quel retard s’agit-il ?
Barbara Stiegler : C’est un énoncé politique dominant dans
le néolibéralisme. L’homme y est censé devoir toujours rattraper son retard dans la course à la mondialisation. Nouvelles technologies, compétition loyale : on impose une
nouvelle fin de l’Histoire, un horizon glorieux vers lequel
il faut aller. Nous sommes en retard : cette déploration agit
comme une injonction.
Est-ce une nouvelle version du progrès cher
aux Lumières ?
Dans les Lumières, cette foi dans le progrès social, économique, moral, reposait sur l’émancipation de l’individu.
Cette fois, il en va de notre survie. Si on ne s’adapte pas, dit
ce discours, on meurt.
Mais n’est-ce pas le discours qu’ont adopté les gilets
jaunes, qui refusent de s’adapter ?
Ils l’ont peut-être intériorisé sur le mode du refus ou de la
résistance. C’est le propre d’un discours hégémonique. Tous
les acteurs du champ politique et social se définissent par
rapport à ce retard éventuel, ce qui, pour compliquer les
choses, s’est enrichi récemment d’une autre dimension. Le
retard sur la mondialisation des échanges se télescope depuis le début des années 2000 avec l’exigence et l’urgence
écologiques, qui sont contradictoires.
114 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
La campagne présidentielle de 2017 axée sur
l’opposition ouverture/fermeture n’était-elle qu’une
déclinaison de cette obsession ?
En effet. On a tenté de polariser le débat de manière assez
caricaturale entre ceux qui étaient pour une circulation des
hommes et des capitaux, qui permettrait de construire cet
horizon indiscutable, et ceux qui se positionnaient du côté
de la clôture, jugée rétrograde.
Venons-en à la généalogie de ce discours du retard,
que vous construisez en expliquant l’opposition
entre deux grands penseurs américains du libéralisme,
Walter Lippmann et John Dewey.
Avec Dewey, chef de l’école dite pragmatiste, Lippmann a
d’abord en commun de réfléchir au sein du grand champ de
l’évolution de la vie. Une pensée très dépaysante pour l’Europe, qui a évacué la biologie de la politique depuis 1945 et
la Shoah. Nous avons refoulé ces références, mais le vocabulaire que nous employons, importé des Etats-Unis, est
bien d’origine biologique : il faut évoluer, s’adapter, muter...
Lippmann et Dewey, dans le contexte de ce que Nietzsche a
appelé la « mort de Dieu », réfléchissent au sens à donner à
la vie. Reprenant le constat d’une grande société mondialisée, industrialisée, ils critiquent tous les deux la position de
Herbert Spencer, inspirateur d’un prétendu « darwinisme
social », qui s’imagine que les sociétés humaines s’adaptent
mécaniquement et que l’Etat doit se cantonner à ses fonctions régaliennes. Lippmann appartient au courant américain « progressiste », il est soucieux de la misère sociale, mais
Dewey lui reproche, et c’est là leur point de fracture, de
« Si on ne s’adapte pas, dit le
discours, on meurt. Les gilets
jaunes l’ont peut-être
intériorisé sur le mode du
refus ou de la résistance. »
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L’AUTEURE
LE LIVRE
pas là à l’origine, il se construit dans le temps. Il peut échouer
d’ailleurs à se construire.
Avec les gilets jaunes, des publics se sont-ils
constitués ?
Il est trop tôt pour le dire. On pouvait s’attendre à ce que
seules des revendications économiques, individualistes et
atomisées se fassent jour, mais ce qui a étonné tout le monde,
c’est qu’une autre manière de faire de la politique a également émergé. Alors oui, on peut se poser la question : des
publics ne sont-ils pas déjà en train de se constituer ?
Le grand débat ne va-t-il pas dans le sens de ce travail
d’échange collectif et public préconisé par Dewey ?
FRANCESCA MANTOVANI /EDITIONS GALLIMARD
Barbara Stiegler
Maître de conférences
en philosophie
à l’université Bordeaux-3
« “Il faut s’adapter”. Sur un
nouvel impératif politique »,
de Barbara Stiegler
(Gallimard, 336 p., 22 €)
Toute occasion de débat, dans quelque contexte que ce soit,
est toujours une chance pour la démocratie. Mais il faut rester prudent, un débat peut être instrumentalisé. Par ailleurs,
le débat doit être surtout l’occasion d’une discussion sur les
fins choisies ensemble. A partir de là, il est très compliqué
de lancer ce débat en disant qu’on ne changera pas de cap.
donner une seule direction à l’évolution. Or, pour Dewey
comme pour Darwin, l’évolution est multidirectionnelle.
Il n’y a pas de grand environnement global auquel il faut fatalement s’adapter, mais des environnements locaux qui
communiquent entre eux. Il n’y a pas un seul rythme du
progrès, mais une multitude de rythmes qui ne s’accordent
pas. Prenant acte comme Lippmann d’un « funeste retournement du libéralisme », qui s’est mué en un statu quo, celui de la défense des plus privilégiés, Dewey tire la conclusion
inverse. Au lieu de se résigner à une adaptation uniforme,
il retient l’émancipation, la capacité pour chacun d’exprimer des capacités inédites, d’interagir de manière conflictuelle avec un environnement qu’il transforme. Il invente
un autre libéralisme.
Oui, mais un président a été élu sur un programme.
Pourquoi, au bout de dix-huit mois, les mêmes qui ont
accepté son élection pourraient-ils lui dire :
« Rediscutons du programme » ?
Cette scission implique une pratique contrastée de la
démocratie.
Quelles sont les conditions concrètes de réalisation de
cette participation continue préconisée par Dewey ?
Chez Lippmann, la démocratie est menée par l’alliance entre
les leaders et les experts, qui fabriquent le consentement
d’une masse qui n’est pas un peuple. Le peuple est introuvable. Pas de Peuple avec un grand P ni de volonté générale,
au sens de Rousseau. Il prône une démocratie qui élit un
leader honnête et où chacun retourne à ses affaires après le
ralliement des supporteurs. Dewey part du même constat :
pas de Peuple, mais une masse. Il faut cependant sortir de la
massification pour faire émerger des publics.
Elle implique tout un ensemble de conditions, qui ne sont
jamais réunies à l’origine et qu’il faut chaque fois construire :
une culture et une éducation politiques qui valorisent l’intelligence collective, des assemblées qui allient des relations
vivantes et locales avec un usage émancipé des médias et
des nouveaux moyens de communication, une relation renouvelée avec le savoir, l’enquête scientifique et les experts,
qui se mettent véritablement au service des publics et de
leurs problèmes.
Qu’est-ce qu’un public ?
Est-ce caricaturer que de dire que le gouvernement de
Macron répond à la vision de Lippmann, tandis que les
gilets jaunes sont dans la mouvance de Dewey ?
C’est une notion essentielle développée dans « Le public et
ses problèmes ». Selon Dewey, il faut partir des problèmes
éprouvés par ceux qui sont concernés. La politique commence quand il y a un trouble de plusieurs citoyens dont
la résolution est indispensable, ce qui ne peut se faire que
par l’intelligence collective du public concerné. L’acteur
politique qui mène la transformation n’est plus le représentant et encore moins le leader, mais cette intelligence collective. Dewey met en avant la nécessité pour les publics
d’être les sujets actifs de l’action politique. Le public n’est
C’est tout le problème de la démocratie élective, que critique
Dewey, laquelle présuppose une participation intermittente,
uniquement au moment des élections, ce qui produit une
apathie des participants. Quand on veut l’imposer aux citoyens, le programme est sacralisé. Quand on veut le réviser, on dit qu’on est « pragmatique » et « à l’écoute ». Contre
cette sacralisation du programme, des élections et des élus,
Dewey a raison de dire qu’une action politique est d’abord
une expérimentation, qui implique un réajustement continu
des fins et des moyens par ceux qui sont concernés.
Tous les gouvernements depuis le septennat de Valéry Giscard d’Estaing ont repris le discours dominant du néolibéralisme. Si on compare avec de Gaulle, par exemple, qui était
souverainiste, qui proposait un autre cadre, plus fermé, on
voit qu’il échappait encore à cette emprise. S’il y a quelque
chose de Dewey dans les gilets jaunes, c’est une volonté de
faire autrement de la politique §
PROPOS RECUEILLIS PAR FRANÇOIS-GUILLAUME LORRAIN
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 115
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SOCIÉTÉ
Enfiler le gilet des (vraies) réformes
PAR GUY SORMAN
Pour réduire la fracture entre la classe moyenne et les nouveaux pauvres, l’essayiste préconise deux grandes
réformes : l’instauration d’un « impôt négatif sur le revenu » et l’investissement massif dans l’école primaire.
Vouloir surtaxer les grandes fortunes revient à ne pas
du tout comprendre que le vrai capital, c’est le diplôme.
116 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT »
L
es gilets jaunes, me semble-t-il, ont globalement raison, est aujourd’hui quasi parfaite. Sans diplôme, il est à peu près
mais sans savoir pourquoi et tout en se trompant de slo- certain que vous ne rejoindrez pas les classes moyennes et
gans, de méthode et de revendications. Sans doute est-ce supérieures. Dans l’ensemble, même en travaillant d’arla marque de toute révolte spontanée. Par-delà la violence rache-pied, le labeur non expert paie de moins en moins ; c’est
de certains, absolument haïssable (Macron a raison de l’écrire), profondément injuste mais réel. Le président Macron, qui
ils désignent une faille réelle, béante, dans la société fran- dénonce volontiers la paresse, sur ce point se trompe : une
çaise et celle d’autres pays développés qui nous ressemblent. erreur commune fondée sur quelques exceptions visibles,
Ce qui explique la sympathie spontanée, évidemment rela- alors qu’en vérité les plus pauvres sont rarement les plus pative, que les rebelles suscitent ici est cependant ailleurs. Ce resseux. Pourquoi ne progresse-t-on plus par le travail seul ?
soulèvement des gilets jaunes n’est donc pas
Parce que l’économie moderne ne recrute que
anecdotique, il ne tient pas seulement au
des experts ou des manœuvres. Et, comme
prix de l’essence ni à la personnalité du préles experts ne sont pas assez nombreux, ils
sident Macron. Où est la faille ? En réalité et
sont surpayés : les salaires du haut s’envolent,
pour la première fois, sur un mode spectatandis que les travailleurs du bas stagnent et
côtoient la pauvreté, quels que soient leurs
culaire apparaît nettement une fracture inefforts. C’est très injuste mais factuel.
déniable non pas entre riches et pauvres,
On doit donc redistribuer les revenus ; la
mais entre les nouveaux pauvres, ou ceux
qui craignent de le devenir, et la classe
France est le pays qui le fait le plus au monde,
moyenne. Depuis une bonne vingtaine d’anmais sans vraiment réduire la pauvreté, pas
nées, cette fracture est connue, documentée,
plus que les Etats-Unis, qui redistribuent peu.
expliquée. Mais il se passe toujours une vingLes deux pays comptent environ 14 % de
Guy Sorman est écrivain
pauvres – un revenu d’environ 1 000 euros
taine d’années au moins entre les découet essayiste. Dernier ouvrage
par mois étant considéré comme le seuil de
vertes essentielles et leur application
paru : « Journal d’ailleurs.
2015-2017 » (Grasset).
pauvreté. Le paradoxe s’explique ainsi : en
pratique. En raison de ce décalage entre la
France, les pauvres restent pauvres sans trascience économique et la politique, les gilets
jaunes revendiquent un retour à l’ancien monde, idéalisé, vailler, tandis qu’aux Etats-Unis les pauvres travaillent tout
celui où tous avaient accès à un emploi rémunérateur et en restant pauvres. Voilà deux choix de société distincts, auquand l’Etat garantissait l’égalité. Le gouvernement, de son cun n’étant satisfaisant. La redistribution, même massive,
côté, avance des solutions tout aussi surannées : un débat, à la française est particulièrement décevante, parce qu’elle
organisé autour de questions abstraites telles qu’on les pose ne restaure pas la mobilité sociale ; elle peut même la congeà l’Ena, inévitablement suivi de quelque redistribution en ler d’une génération à l’autre. Alors, haro sur les très riches ?
guise de rustine sociale. Là encore, le vieux style.
Dénoncer les grandes fortunes, comme l’a fait avec succès
Or nous sommes entrés dans un monde nouveau, celui l’économiste Thomas Piketty, et vouloir les surtaxer revient
où l’éducation reçue dès l’âge de 5 ans détermine pour l’es- à ne pas du tout comprendre que le vrai capital, aujourd’hui,
sentiel ce que probablement vous serez toute votre vie, où c’est le diplôme. Il est tout aussi vain de s’en prendre à l’écovous vous situerez. On appelle cela la prime à l’éducation : nomie de marché, à la mondialisation et à l’« ultracapitaen clair, plus vos études auront été longues et couronnées de lisme », ce néologisme signé Macron ; l’alliance de l’entreprise
diplômes, plus votre rémunération sera élevée : l’indexation et de l’échange est le moteur de notre enrichissement et de
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notre bien-être collectifs. Le made in France ? Il ne crée pas
d’emplois mais pourrait en détruire. Et veut-on réellement
se priver de téléphone portable sous prétexte qu’il est assemblé dans dix ou vingt pays ? Made in monde.
N’en concluons surtout pas qu’il n’y a rien à faire, bien au
contraire. Il existe de bonnes crises et celle-ci pourrait en être
une. On devrait donc, pour commencer, remercier les gilets
jaunes de nous alerter sur la fracture, celle qui sépare les classes
moyennes des classes pauvres et celle qui nous sépare de la
connaissance. Ils nous permettent, si on sait faire bon usage
de la crise, de proposer une analyse authentique et une réponse politique adéquate : ce que ne fait pas la feuille de route
proposée par le président aux Français ni les premiers débats
publics. La politique adéquate exige des investissements massifs dans les crèches, jardins d’enfants, classes maternelles et
primaires, à l’âge où tout se joue, de manière à effacer la discrimination originelle, à rétablir l’égalité des chances et à assurer à terme une distribution plus équitable des revenus du
travail. Il n’est pas, dit l’économiste Pierre-André Chiappori,
« d’investissement public plus rentable que l’enseignement primaire ». Nul ne parle de cela – c’était pourtant mentionné dans
le programme électoral de Macron –, sans doute parce que
l’on se trouve dans l’urgence. L’urgence, n’est-ce pas aussi de
dire le vrai ? Certes, investir dans l’enseignement primaire
n’améliorera pas le sort immédiat des gilets jaunes, seulement
celui de leurs enfants, ce qui n’est pas indifférent.
Cela urge. Dans l’immédiat, il n’est pas d’alternative à la
redistribution mais, différemment : les sommes actuellement allouées par l’Etat empruntent mille canaux tortueux
au bénéfice des habiles, parfois, autant que des nécessiteux.
Là encore, saisissons la crise pour fondre toutes les aides en
une allocation unique, un revenu minimum universel
(RMU), connu aussi sous l’appellation d’impôt négatif sur
le revenu, une vieille proposition libérale qu’approuvent
certains socialistes, ni de droite ni de gauche. Le RMU sera
géré par ceux qui le reçoivent et non plus par les administrations qui l’octroient. Les aides actuelles, spécialisées, déresponsabilisent, tandis que le RMU, à la place de ces
allocations, responsabilisera : chacun deviendra l’arbitre de
son usage. La mise en pratique serait simple : chaque citoyen
remplit une déclaration de revenus, paie au-dessus d’un certain seuil, reçoit en dessous. Une retenue à la source mais
inversée.
Quitte à débattre, ce qui en principe aurait dû avoir lieu
au Parlement et pas ailleurs, voilà sur notre table deux réformes fondamentales, précises, pas verbeuses : le RMU tout
de suite et la préscolarisation de qualité pour tous ; cela urge.
Va-t-on m’objecter qu’il est encore trop tôt pour que soient
prises en compte les recherches et conclusions unanimes
des économistes sur les causes réelles de la nouvelle pauvreté de masse dans les pays riches ? Je suggère que les économistes arborent un gilet pour être entendus dans le débat
national ; la couleur est en option §
Controverse
Claude Askolovitch réplique
à Pascal Bruckner
Dans un texte sans concessions
pour le mouvement des gilets
jaunes, intitulé « Le peuple,
quel peuple? » (Le Point du
10 janvier), Pascal Bruckner
déplore le rôle d’intellectuels
fascinés par les contestataires
au point de ne pas voir leurs
travers violents ou antisémites.
Le journaliste Claude Askolovitch a souhaité lui répondre.
A
u détour de sa dernière
diatribe, publiée dans
Le Point la semaine dernière, M. Pascal Bruckner
me reproche d’être à la
fois un thuriféraire des
gilets jaunes, en dépit de
leurs violences, et un
« grand défenseur des islamistes (…) qui conteste tout
antisémitisme dans les banlieues ou chez les salafistes » :
un aveuglement conduirait à l’autre. Ceci est faux
et injurieux.
J’ai décrit et dénoncé l’antisémitisme « nouveau »,
dans les quartiers populaires il y a plus de quinze
ans dans Le Nouvel Observateur ; je fus alors le
premier à signaler les
procédés antisémites
de Tariq Ramadan et à
contester les alliances
d’une partie de la gauche
radicale (altermondialiste
à l’époque) avec des islamistes. Je n’ai pas changé
d’avis sur une réalité
inchangée, et je le répète
régulièrement, y compris
dans des textes où je combats le rejet que subissent
des musulmans en France
et où je défends des
valeurs libérales qui ne
sont plus celles de
M. Bruckner, chevauléger de l’identité nationale, qui combat moins
l’antisémitisme qu’il ne
l’exploite. Il y a un an,
M. Bruckner coparrainait
un « Manifeste contre le
nouvel antisémitisme »
auquel j’ai répondu ceci :
« Ce texte est glaçant pour la
vérité dont il émane comme
pour les mensonges qu’il induit. Il est terrifiant pour ce
qu’il rappelle de la vie et de
la mort de juifs, ici, depuis le
début du siècle ; et horrible
pour ce qu’il nourrit : une
mise en accusation des musulmans de ce pays, réputés
étrangers à une véritable
identité française, sauf
à renoncer à leur dignité. »
Ma réponse complète est
en accès libre sur Slate.fr ;
on peut la lire. Elle est
longue car les haines et
les mensonges entremêlés sont complexes à dénouer. M. Bruckner, qui
garde dans son néoconservatisme les folklores gauchistes de sa jeunesse, a
sur moi l’avantage de ferrailler en slogans et d’insulter sans détail. Il me
reproche ainsi (outre
mon islamisme) d’être
ému par des moments de
fraternité sur les barrages
de gilets jaunes et de refuser « que la France des provinces soit réduite à la haine
de l’élite et des juifs ». Je refuse effectivement cette
infamie. Pas lui ? §
CLAUDE ASKOLOVITCH
Le Point 2421 | 24 janvier 2019 | 117
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CHRONIQUE
Narcisse 2.0 contre les journalistes
PAR KAMEL DAOUD
C
omment « tuer » un journaliste en démocratie ? En le
frappant. Côté « coût », c’est le moindre. Ailleurs, on le
tue jusqu’au sang, on l’emprisonne jusqu’à l’os ou on le
censure jusqu’à la caricature. Est-ce moins coupable ? Non.
Mais c’est à s’interroger sur la raison profonde de ce crime.
En dictature, cela s’explique : le dictateur aime le selfie et
cultive le narcissisme. Le journaliste est là pour faire écho à
son prestige, gonfler ses bilans, diffamer les opposants ou
se taire sur la répression et le massacre. Mais que reproche-t-on
en démocratie à la presse ? De parler au nom du plus riche,
pas souvent au nom du plus pauvre ou seulement à sa place.
C’est une caricature de l’exactitude mais, en
populisme, cela fonctionne comme explication et donc justification de la violence contre
les journalistes. On n’aime pas la représentation, on crache sur l’élu et donc on étend
le domaine du crachat et de la haine aux médias. Au final, on se retrouve à vouloir par la
matraque du manifestant ce que d’autres obtiennent par le chèque : des médias asservis,
dominés ou sous contrôle. Ce qu’on veut,
c’est censurer au nom du refus de la censure.
Mais pour la France ? C’est une partie du pays
qui n’aime plus ce qu’elle est, veut détester
activement ce qu’on montre d’elle.
Le chroniqueur se souvient des assassinats de journalistes dans son pays, l’Algérie, durant les années de la guerre civile des années 1990. Le même principe :
d’un côté, le régime à Alger tuait parce qu’il avait la vocation du parti unique, père et mère de la vérité unique. Mais,
de l’autre côté, les islamistes tuaient aussi, et plus encore.
La vérité étant eux, les autres étaient une infraction ou une
diffamation contre Dieu. C’est d’ailleurs le slogan des Frères
musulmans, en Egypte et ailleurs : « L’islam est la solution. »
Traduire : « Le problème, c’est vous. » Et on résout un problème en tuant aussi.
En France, le « meurtre » sur les journalistes est pratiqué,
de plus en plus, avec une violence qui le détache du symbole
et le rapproche du crime : on hait l’élu, le président, le représentant et le représenté. Du coup, on déteste la presse, les
médias, l’image de soi, l’image. La France est-elle une douleur de Narcisse ? Parce que la source d’eau ne lui renvoie pas
la meilleure image de lui, il en trouble l’eau par le saccage.
Mais c’est toujours étrange de constater que les populismes,
qui sont une dictature en devenir, procèdent toujours de la
même façon : l’autodafé commence par les journaux puis
s’étend aux livres, puis au reste des libertés. L’autodafé devient immolation puis incendie et, enfin, purification. Cela
est-il possible en France ? Peut-être que non,
mais déjà on envisage, maladie du temps,
que le meilleur moyen d’exprimer le réel,
c’est de frapper les journalistes. La vérité
étant celui qui la prononce et ce qu’il tient
à la main : micro, matraque ou mécénat.
Un constat presque amusant, sinon tragique : aux Etats-Unis, démocratie universelle, c’est le président Trump qui use des
réseaux sociaux contre la presse. En France,
c’est la jacquerie qui use des réseaux contre
le discours institutionnel et les médias. Du
coup, on reste songeur sur ce qui arrive. La
guerre civile tant promise entre islamistes
et citoyens en France se retrouve être incarnée par une guerre civile entre soi. Le grand remplacement est surtout celui du grand désordre, et « Soumission »,
le roman de Houellebecq, est à relire sous le titre de « Démission » ou « Sédition » ou « Confusion ».
La grande aventure du journalisme, qui dure depuis un
siècle et demi, finit un peu douloureusement peut-être : dans
le sang en dictature, à coups de pied à terre en démocratie,
appauvrie par Internet et diffamée par les réseaux sociaux,
haïe par les populistes et mal entretenue, ou soumise, par
les mécènes. C’est le retour violent de la Vérité face au règne
laborieux de l’Exactitude §
Les populismes, qui sont une dictature en devenir, procèdent
toujours de la même façon : l’autodafé commence par les
journaux puis s’étend aux livres, puis au reste des libertés.
118 | 24 janvier 2019 | Le Point 2421
ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT »
Attention, alerte le journaliste et écrivain : faire de la presse le bouc émissaire de nos mécontentements
est un piège où risquent de s’engloutir nos libertés fondamentales.
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