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Le Point - 17.01.2019

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Le prisonnier
Deux mois
dans la vie de
Carlos Ghosn
www.lepoint.fr Hebdomadaire d’information du jeudi 17 janvier 2019 n° 2420
L’art de
négocier
Avec son employeur,
son conjoint, ses enfants,
en affaires, en politique…
(avec ou sans gilet jaune)
Le nouveau mode d’emploi
« Le Corbeau et le Renard » version « win-win »
L 13780 - 2420 - F: 4,90 €
Venezuela
Voyage
au bout
de l’enfer
ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT ». JULIEN FAURE POUR « LE POINT ». JOEL SAGET/AFP.
ALLEMAGNE : 5.70 € - BENELUX : 4.90 € - CANADA : 8,00 $CAN – SUISSE : 6.90 CHF - DOM : 4.90 € - TOM : 750 CPF - ESPAGNE/GRÈCE/ITALIE/PORTUGAL CONTINENTAL : 4.90 € - MAROC : 42 MAD – TUNISIE : 6.50 TND - CÔTE D’IVOIRE/CAMEROUN/GABON/SÉNÉGAL : 3 500 CFA.
Matthieu Ricard,
Christophe André,
Alexandre Jollien
Comment se libérer
Photo Michel Gibert, non contractuelle. Fleurs : www.tableau-cph.net
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French Art de Vivre
French : français
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L’éditorial de Franz-Olivier Giesbert
Macron et le syndrome Louis XVI
C’est un spectacle qui vaut bien toutes les
séries télé. Chaque samedi, en fin d’après-midi,
la France contemple son nombril en direct et ressent,
avec des picotements narcissiques, l’impression de
faire l’Histoire en regardant manifester et casser du
flic, du journaliste, du mobilier urbain.
A croire que notre pays est passé directement de
1789 à 1793 quand la seconde Déclaration des droits
de l’homme avait établi que le droit à l’insurrection
était « le plus sacré et le plus indispensable des devoirs ».
Quant au grand débat national lancé par M. Macron,
il rappelle furieusement les cahiers de doléances
pour les états généraux convoqués par le roi avant
la Révolution française.
Sylvain Fort, qui écrivait là son dernier texte présidentiel avant de s’éclipser, a décidément bien du
talent : la « Lettre aux Français » est d’une belle facture. Mais permettra-t-elle à Emmanuel Macron de
retrouver le contact avec les Français ? C’est tout le
problème du chef de l’Etat, qui a, ces temps-ci, des
airs de Louis XVI, monarque impénétrable, incompris, loin du peuple, injustement vomi par beaucoup
de ses contemporains.
Contrairement à la légende, Louis XVI était
grand, athlétique, compétent, ouvert à la
modernité. Mais ses contempteurs n’avaient pas
tort quand ils affirmaient que le roi était inapte à
gouverner : affligé d’une tendance à la procrastination et d’une réelle faiblesse de caractère, il peinait
à prendre des initiatives et avait toujours une calèche
de retard. Pour l’instant, entre Macron et lui, la comparaison s’arrête là…
Dieu sait où nous emmène le remake que nous
sommes en train de vivre mais, à ce stade, on peut
déjà en tirer plusieurs grandes leçons, en dehors de
la grave crise qui frappe la France périphérique et la
classe moyenne inférieure.
Le démago-dégagisme a fait reculer la
démocratie. La politique est un métier qui s’apprend. Plus un politicien est expérimenté, meilleur
il sera. C’est une vieille règle historique. Sinon, le
bleu fera son stage aux frais du contribuable en tombant dans tous les pièges dressés sous ses pas. Surtout, il se laissera griser par les feux du pouvoir.
Observons les présidents américains. Il n’y a pas
photo entre les amateurs comme Carter, Obama,
Trump d’un côté, et les professionnels comme Roosevelt, Reagan, Clinton de l’autre. Elu à 39 ans, le
nôtre a certes la vista mais encore beaucoup à ap-
prendre. En plus, avec la vague Macron, a déferlé sur
l’Assemblée nationale une tripotée d’élus LREM qui,
à quelques exceptions près, ont à peu près la même
consistance que des zombies hors sol. Il a fallu attendre que Paris brûle pour qu’ils ouvrent les yeux.
Le non-cumul des mandats a lâché la bride
à l’étatisme jacobin, ce mal français. Mesure démagogique amenée par la gauche et soutenue
par M. Macron, la suppression du député maire, personnage clé de la politique française depuis des générations, a désarmé nos provinces. Ses partisans
prétendaient qu’elle permettrait d’en finir avec la
politique professionnelle, la concentration des pouvoirs. Fadaises !
Dans notre pays ultracentralisé, le député maire
était un contre-pouvoir qui portait haut la parole des
territoires face à Paris. Nouvelle victoire posthume
du jacobinisme contre le girondisme régionaliste, sa
suppression a éradiqué les grands élus locaux, gardefous dont les colères faisaient peur aux gouvernants
et qui, souvent, prévenaient des dangers. D’où la surprise du gouvernement devant le mouvement des
gilets jaunes, malgré plusieurs alertes, notamment
celle, prémonitoire, de Gérard Collomb avant sa
démission.
Les médias sont devenus les boucs
émissaires de la République. Les lynchages
de journalistes dans les manifestations de gilets
jaunes sont intolérables, angoissants quant à l’état
psychologique du pays, mais ils devraient obliger la
presse à s’interroger sur elle-même, ce qui n’est pas,
il est vrai, son activité préférée. A tort ou à raison,
elle est perçue par la France périphérique comme
une supplétive des pouvoirs, ultraparisienne, antipopuliste, rétive au débat, souvent manipulée.
Plutôt que d’enquêter en faisant parler tout le monde
sur le mode contradictoire, nous autres journalistes
avons trop tendance à pratiquer un journalisme « moral » beaucoup moins fatigant, qui se borne à diviser
le monde en « bons » et en « méchants » ou à publier
des pseudo-investigations qui consistent à recopier
des rapports de police, de justice. Par exemple, un
grand journal comme Le Monde n’a-t-il pas mieux à
faire que d’annoncer, cinq colonnes à la une, qu’il publie en exclusivité le document renvoyant en correctionnelle François Fillon et son épouse pour une affaire
d’« emplois fictifs » ? Ce faisant, ne se comporte-t-il
pas, une fois de plus, en journal officiel du Parquet national financier, notre nouvelle police politique ? §
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 5
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17h15
45° 10’ 50.868’’ Nord
0° 43’ 30.506’’ Ouest
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération. Droits réservés PONANT. Document et photos non
contractuels. Crédits photos: © PONANT/ Philip Plisson / François Lefebvre. * 0.09 €TTC/ min.
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SOMMAIRE2420
Les couteaux sont tirés
8 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
des valeurs. Comme si l’agresseur était
la police. Comme si l’on pouvait poser
un signe égal entre la brutalité
individuelle de certains gilets jaunes et
le monopole de la violence physique
légitime, qui appartient, selon la
formule de Max Weber, à l’Etat
– qui plus est démocratique.
Evidemment, tout cela n’empêche en
rien de sanctionner chaque faute ou
bavure policière. La justice est là pour
le faire. Mais, globalement, il faut
noter que la maîtrise des forces de
l’ordre est plutôt remarquable : dans
combien de pays de telles émeutes
peuvent-elles se produire sans que les
drames se multiplient ?
Quoi qu’il en soit, c’est moins la police
que le pouvoir qui est en cause dans les
affirmations de certains gilets jaunes
et – ce qui est bien plus gênant – de
quelques élus. Marine Le Pen a accusé
Emmanuel Macron d’une « violation
systématique des droits politiques de ses
opposants ». Ah bon ? Laquelle ?
François Ruffin, qui lui ressemble de
plus en plus, a, lui, évoqué « la
Constitution, texte chaque jour bafoué »…
Sans rire ? Que l’on sache, Macron a été
élu et exerce ses responsabilités – bien
ou mal – selon les principes
constitutionnels. Et, quoi que l’on
pense de sa politique ou de son
discours, sa légitimité vient des urnes.
Tout comme les députés, d’ailleurs, qui
sont désormais assez nombreux à
avoir reçu des menaces de mort. Eux
aussi seraient des oppresseurs ?
Si nos « persécutés » autoproclamés
veulent voir une dictature, qu’ils
aillent donc faire un peu de tourisme
autocratique afin de découvrir ce que
signifie ce mot (lire Kamel Daoud,
p. 118). Qu’ils se promènent, par
exemple, au Venezuela (lire p. 38), où
nombre d’opposants sont exilés, en
prison ou morts !
A tout confondre, on se perd vite.
Pawel Adamowicz s’était battu au côté
de Lech Walesa, dans les années 1980,
contre une vraie dictature : celle du
régime communiste présidé par le
général Jaruzelski. Contre quoi a
souhaité se révolter son assassin ?
La liberté ? § Etienne Gernelle
46
L’art de négocier
30
A quoi leur sert Benjamin Griveaux ?
66
Carlos Ghosn, le prisonnier de Kosuge
62
Matthieu Ricard, Christophe André,
Alexandre Jollien : comment se libérer
ILLUSTRATION : TARTRAIS POUR « LE POINT » - ELODIE GREGOIRE POUR « LE POINT » - ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT » - JULIEN FAURE POUR « LE POINT »
Voici donc un assassinat politique,
en Europe, c’est-à-dire chez nous…
Pawel Adamowicz, le maire libéral et
proeuropéen de Gdansk, ancien de
Solidarnosc, est tombé sous les coups
de couteau d’un assaillant de 27 ans
tout juste sorti de prison. On sait
encore peu de choses du tueur, mais
cela est bien un meurtre politique.
Tout comme celui de la députée
travailliste Jo Cox, au Royaume-Uni,
en juin 2016, en plein débat sur le
Brexit. Plus loin de nous, mais plus
récemment, une autre tentative n’a pas
abouti : celle sur Jair Bolsonaro,
devenu depuis président du Brésil.
Les couteaux sont tirés dans nos
démocraties, et, s’il est difficile d’en
tirer une leçon générale, ce n’est pas
une chose à prendre à la légère.
Stendhal plaisantait en disant que le
meilleur des régimes était, selon lui,
« la monarchie absolue tempérée par
l’assassinat », mais derrière cette
boutade se cache une vérité : les
démocraties libérales dans lesquelles
nous vivons avec un bonheur souvent
ignoré reposent précisément sur le fait
qu’on y vote, mais n’y tue pas.
La tragédie de Gdansk est une raison
de plus de ne pas s’habituer à la
légitimation de la violence qui affleure
de plus en plus dans les discours
politiques en France, à la faveur d’un
pernicieux glissement sémantique.
Lorsque le fameux boxeur s’en est pris
aux gendarmes sur la passerelle
Léopold-Sédar-Senghor, Jean-Luc
Mélenchon a tweeté ceci : « Bataille au
corps-à-corps sur les ponts de Paris. Est-ce
un pouvoir républicain celui qui donne de
tels ordres ? » Thomas Guénolé, son zélé
et clownesque avocat, a semblé, lui, se
réjouir de chaque affrontement,
comme s’il s’agissait d’une saine et
juste réplique : « Face à la radicalisation
de Macron, les Français sont en état de
légitime défense. »
Plus précis, Edwy Plenel, le patron de
Mediapart, s’est fendu d’un long et
stupéfiant article intitulé « La violence
du pouvoir attise la violence du pays »,
évoquant une « radicalisation sans
précédent du maintien de l’ordre »…
Spectaculaire inversion des faits et
www.lepoint.fr Hebdomadaire d’information du jeudi 17 janvier 2019 n° 2420
L’art de
négocier
Avec son employeur,
son conjoint, ses enfants,
en affaires, en politique…
(avec ou sans gilet jaune)
Le nouveau mode d’emploi
« Le Corbeau et le Renard » version « win-win »
80
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Le prisonnier
Deux mois
dans la vie de
Carlos Ghosn
L 13780 - 2420 - F: 4,90 €
Venezuela
Voyage
au bout
de l’enfer
82
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ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT ». JULIEN FAURE POUR « LE POINT ». JOEL SAGET/AFP.
LE POINT N° 2420
Matthieu Ricard,
Christophe André,
Alexandre Jollien
Comment se libérer
ALLEMAGNE : 5.70 € - BENELUX : 4.90 € - CANADA : 8,00 $CAN – SUISSE : 6.90 CHF - DOM : 4.90 € - TOM : 750 CPF - ESPAGNE/GRÈCE/ITALIE/PORTUGAL CONTINENTAL : 4.90 € - MAROC : 42 MAD – TUNISIE : 6.50 TND - CÔTE D’IVOIRE/CAMEROUN/GABON/SÉNÉGAL : 3 500 CFA.
46
§ L’ART DE NÉGOCIER § RICARD, ANDRÉ, JOLLIEN : COMMENT SE LIBÉRER § VENEZUELA, VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER § DEUX MOIS DANS LA VIE DE CARLOS GHOSN
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11
12
L’éditorial
de Franz-Olivier Giesbert
La chronique de Patrick Besson
Les éditoriaux de Pierre-Antoine
Delhommais, Nicolas Baverez
et Julien Damon
16
LE POINT DE LA SEMAINE
Pourquoi Mariani a préféré
Le Pen
5
30
35
36
38
46
52
54
58
60
62
66
74
78
FRANCE
A quoi leur sert
Benjamin Griveaux ?
Baromètre : le président
des villes et des cadres
Service national universel,
mode d’emploi
MONDE
Venezuela, voyage au bout
de l’enfer
EN COUVERTURE
L’art de négocier
Un expert nommé Soubie
Les secrets de l’ancien
négociateur du RAID
Jean-Claude Kaufmann :
« La chambre à coucher, ce n’est
pas forcément une bonne idée »
Comment se faire obéir
de ses enfants
SOCIÉTÉ
Matthieu Ricard, Christophe
André, Alexandre Jollien :
trois sages en quête de liberté
ÉCONOMIE
Carlos Ghosn, le prisonnier
de Kosuge
CULTURE
En Irak, le club des libraires
disparus
Essai : « Chambord-des-songes »,
de Charles Dantzig
86
88
Feuilleté de (Bertrand) Belin
Roman : « Doggerland »,
d’Elisabeth Filhol
Cinéma : Viggo Mortensen,
Monsieur Parfait
Clint Eastwood, autoportrait
de l’artiste en vieillard
Art : immersion totale
au pays des soviets
Brèves
CROISIÈRE
Patagonie
et Terre de feu
CHILI - URUGUAY - ARGENTINE
Du 3 au 20 janvier 2020
TENDANCES
Evasion : Laponie, étoile du Nord
Haute horlogerie,
le millésime 2019
100 Mode hommes et femmes
102 Le nouvel élan de J. M. Weston
104 Table : Julien Lemarié, à Rennes
105 Auto : Lexus ES
106 Marché de l’art
107 Bridge & mots croisés
90
94
108
111
111
114
116
118
Le bloc-notes
de Bernard-Henri Lévy
LE POSTILLON
35 questions pour un champion,
par Sébastien Le Fol
Cahiers de doléances :
quand le peuple prenait la parole
Claude Habib : « L’intolérance
s’enracine dans les corps »
Metin Arditi : esprit français,
es-tu encore là ?
Ce qu’est vraiment un dictateur,
par Kamel Daoud
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l’hebdomadaire Le Point-Sebdo – 1, boulevard Victor,
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(1) Source : IPE « Top 400 asset managers » publié en juin 2018 sur la base des encours sous gestion à décembre 2017. Amundi Asset Management, société par
actions simplifiée, SAS au capital de 1 086 262 605 € - société de gestion de portefeuille agréée par l’AMF sous le n° GP04000036 - Siège social : 90 boulevard
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Pour la Crimée
Patrick Besson
D
ans « Naissance du monde moderne », d’Albert Malet et Jules Isaac (1961), quatre pages
sur la guerre de Crimée (1854-1856). Pas
une fois les mots Ukraine ou Ukrainien n’apparaissent. Le sultan ne déclare pas la guerre, en 1853,
à l’Ukraine mais à la Russie, dont le tsar n’est pas
ukrainien mais russe : Nicolas 1er. L’Angleterre et
la France ne rompront avec la Russie qu’en 1854,
mais nulle part n’est annoncée une rupture de ces
deux grandes puissances occidentales avec
l’Ukraine. Bismarck refusa de s’engager aux côtés
des Russes sans jamais citer l’Ukraine dans ses explications. Victor-Emmanuel II et son ministre
Cavour rangeront le royaume de Sardaigne aux
côtés des Alliés contre la Russie, non contre
l’Ukraine. Anglais, Français et Sardes ont « décidé
de détruire Sébastopol, base de la puissance maritime
russe en mer Noire ». Aucune allusion à une hypothétique flotte ukrainienne stationnée en Crimée.
C’est un colonel russe – Todleben –, non ukrainien, qui organise la défense de la ville. Le 8 septembre 1855, le général Mac Mahon enlève le
bastion Malakoff aux soldats russes, non à l’armée
ukrainienne, qui n’existe pas. L’Ukraine, qui revendique pourtant aujourd’hui son autorité sur
la presqu’île de Crimée, ne participera pas à la signature du traité de Paris (30 mars 1856), qui mettra un terme au
conflit. Celui-ci ne
restera pas dans l’histoire comme la
guerre d’Ukraine,
mais comme celle de
Crimée.
« Les récits de Sébastopol », du jeune comte Tolstoï (il a 27 ans), paraissent dans Le Contemporain
– revue fondée par Alexandre Pouchkine au début
du XIXe siècle – en juin et août 1855 et en janvier
1856. J’y cherche en vain une allusion quelconque
à un rapport politique ou militaire entre la Crimée
et l’Ukraine. Tous les soldats qui défendent la ville
sont russes. Même saoul, aucun d’eux ne lève son
verre de vodka en l’honneur de l’Ukraine. Je trouve
quand même une fois le mot « tartare » : « … des pans
de murs de pierre en ruine des maisons tartares de Douvanka… » (page 522, édition de la « Pléiade » de 1960).
En 1899, Anton Tchekhov publie dans La Pensée russe sa nouvelle « La dame au petit chien »,
dont l’action se déroule à Yalta, principal spot du
tourisme criméen. Première constatation : ni la
dame ni le petit chien ne sont ukrainiens. Le café
Vernet, où Gourov rencontre Anna, n’est pas ukrainien mais, comme son nom l’indique, français. De
ce texte magnifique (« Pas une feuille ne bougeait, on
entendait le chant des cigales, et le bruit sourd et monotone qui montait de la mer parlait du repos, du sommeil éternel qui nous attend ») l’Ukraine est absente.
Quand Anna, consciente de sa faute, s’écrie : « Je
n’ai jamais été heureuse, maintenant je suis malheureuse », elle ne songe pas à maudire ce voyage en
Ukraine au cours duquel elle a perdu son honneur,
car la Crimée, pour
elle comme pour
tous les Russes depuis des siècles et
pour pas mal d’années encore, se
trouve en Russie §
MARY EVANS/RUE DES ARCHIVES
8 septembre 1855 : attaque de la tour Malakoff lors du siège de Sébastopol.
Tous les soldats qui défendent Sébastopol sont russes.
Même saoul, aucun d’eux ne lève son verre de vodka
en l’honneur de l’Ukraine.
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 11
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ÉDITORIAUX
Ce qu’Emmanuel Macron
n’a pas osé écrire
par Pierre-Antoine Delhommais
«M
es chers compatriotes,
Ma cote de popularité, au plus bas selon les sondages
unanimes, comme le large soutien que vous apportez depuis
le départ, malgré ses violences, au mouvement dit des gilets
jaunes indiquent aujourd’hui assez clairement que non seulement ma politique mais aussi ma personne font l’objet d’un rejet que l’on peut qualifier, sans exagération je crois, de franc et
massif. Alors le moment est venu pour moi de vous dire, en ce
début d’année 2019, que la réciproque est également vraie. Si
dix-huit mois ont été nécessaires pour qu’éclate votre haine à
mon égard, il m’a fallu nettement moins de temps pour ne plus
pouvoir vous supporter.
Pour ne plus supporter vos jérémiades incessantes et vos
plaintes continuelles, votre capacité inégalée dans le monde
– les autres chefs d’Etat rencontrés lors des G20 me l’ont
confirmé – à vous lamenter en permanence sur votre sort. A
vouloir, aussi, tout et son contraire : à réclamer moins d’impôts
mais plus de dépenses sociales, à militer pour le made in France
mais à acheter toujours plus de produits importés, à hurler
parce que l’Etat n’en fait pas assez dans la lutte contre le réchauffement climatique mais à vous révolter contre la hausse de la
taxe carbone sur les carburants.
Vous m’aviez trouvé blessant quand j’avais évoqué un peuple
de “Gaulois réfractaires”. Je le reconnais, le mot était mal choisi.
Ce n’est pas réfractaires que vous êtes, c’est ingouvernables. Par
ignorance, bêtise ou aveuglement, probablement un peu les trois,
vous continuez de vivre dans un complet déni de la réalité économique qui est celle de la France, celle d’un pays qui vit depuis
des décennies au-dessus de ses moyens, endetté jusqu’aux oreilles,
où l’on travaille moins qu’ailleurs, où l’on crée moins de richesse
et de croissance qu’ailleurs. Ce qui ne vous empêche pas d’exiger le même niveau de vie et les mêmes hausses de pouvoir d’achat
que celles qu’obtiennent, grâce à leurs performances collectives,
les Allemands, les Suédois ou encore les Américains. Vous êtes
convaincus, et je suis d’accord avec vous au moins sur ce point,
que la France va mal et pourtant vous voulez que surtout rien ne
change, vous vous opposez par principe aux réformes qui ont
réussi chez nos voisins. Vous avez même l’arrogance de prétendre
imposer notre modèle de société au reste du monde, qui nous regarde pourtant, de façon assez objective, comme un pays à l’agonie. Vous vous donnez des grands airs révolutionnaires pour
mieux cacher votre ultraconservatisme.
Je dois dire que l’indifférence que vous manifestez à l’égard
de la situation de nos finances publiques m’a régulièrement
mis dans des colères noires, m’a fait pousser des “Nom de nom !”
et même des “Sacrebleu !” tonitruants qui ont résonné dans tout
« Vous vous donnez des
grands airs révolutionnaires
pour mieux cacher votre
ultraconservatisme. »
Le premier présentateur météo.
12 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
ILLUSTRATION : JEAN POUR « LE POINT »
Notre éditorialiste imagine la lettre que
le président aurait pu adresser aux Français.
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le palais de l’Elysée. Je tiens tout de même à vous rappeler, mes
chers compatriotes, vous qui aimez tant les cagnottes, qu’il
faudrait en lancer une où chacun d’entre vous verserait 35 000 euros pour éponger notre dette publique. Votre obsession de justice
fiscale s’arrête visiblement au fait de léguer aux générations
futures le soin de la rembourser avec leurs impôts.
Je ne supporte plus, enfin, votre détestation factice de l’argent
– en premier lieu celui des personnes qui en gagnent plus que
vous –, votre haine envieuse des riches et des “élites” – sauf quand
il s’agit des joueurs de l’équipe de France de football –, votre jalousie maladive que vous maquillez en amour de l’égalité. Je ne
supporte plus ces contempteurs en chef du “système” qui ont
passé leur existence, comme sénateur ou héritière, à en vivre
grassement. Ni ces pseudo-intellectuels déclinistes faussement
préoccupés, eux qui n’en connaissent pas, par les problèmes de
fins de mois d’un peuple dont ils méprisent par ailleurs les aspirations “bassement matérialistes”. Au premier rang desquels ce
philosophe pour midinettes qui fait l’éloge de la sagesse romaine
mais écrit, sans que cela offusque grand monde, des textes à mon
encontre d’une vulgarité homophobe à vomir.
Inutile de vous préciser que je n’attendais strictement rien
de l’organisation de ce grand débat national qui n’avait d’autre
objectif, je peux maintenant vous l’avouer, que de satisfaire
votre goût immodéré pour les palabres et votre propension pa-
thologique à la procrastination. Il ne pouvait guère en résulter
qu’un gloubi-boulga informe de propositions plus irréalistes
et stupides les unes que les autres, probablement aussi quelques
poudres de perlimpinpin dont vous possédez le secret de fabrication. Permettez-moi, mes chers compatriotes, de douter fortement de votre expertise et de votre sagesse en matière
économique, vous qui avez constamment élu et parfois même
réélu sans discontinuer depuis quarante ans, sur la foi de promesses électorales à dormir debout, des dirigeants parfaitement
incompétents ayant conduit le pays au bord de la faillite.
Pour votre plus grand soulagement, qui n’égale toutefois pas
le mien, j’ai donc décidé de démissionner de la présidence de
la République, annonce qui sera très certainement fêtée jusqu’au
bout de la nuit, sur tous les ronds-points du pays, par des chenilles enflammées, dansées en chantant des “Macron Ciao”
vous procurant des petits frissons de nostalgie révolutionnaire.
Profitez-en bien. Je crains en effet que la mise en œuvre des résultats de vos référendums d’initiative citoyenne ne conduise
très rapidement la France à se retrouver sous la tutelle du FMI,
dont les programmes d’ajustement structurel vous feront paraître, en comparaison, comme incroyablement douce et protectrice la politique de réformes économiques que je menais.
Alors, chers gilets jaunes et chers compatriotes, je vous souhaite bon vent et surtout, saperlipopette, bon courage. » §
Le populisme à l’épreuve du pouvoir
« Shutdown » américain, manifestations contre
Viktor Orban, Brexit insoluble… Le dégagisme
pourrait bien se retourner contre ses promoteurs.
par Nicolas Baverez
D
epuis 2016, l’onde de choc populiste partie du Royaume-Uni
et des Etats-Unis a gagné l’ensemble du monde démocratique.
En Europe, l’extrême droite a resurgi y compris dans des pays
que l’on croyait immunisés. La France est devenue le thermomètre de cette poussée populiste. L’élection d’Emmanuel Macron
en 2017 autour d’un projet associant modernisation de la France
et refondation de l’Europe avait nourri l’espoir d’un coup d’arrêt porté au populisme. La crise des gilets jaunes montre qu’il
n’en est rien, qui débouche sur une délégitimation du président
et une défiance envers les institutions sans précédent depuis
1958. L’éclatement de la bulle du macronisme, l’impuissance du
président jupitérien à imaginer une sortie à la crise politique et
la paralysie de l’Union ouvrent un vaste espace aux populistes.
Ils entendent l’exploiter pleinement lors des élections européennes. L’atmosphère lugubre de ce début d’année 2019, placé
sous le signe du ralentissement de l’économie et de la remontée
des risques politiques, ne doit cependant pas masquer les difficultés des populismes, qui sont rattrapés par leurs mensonges
et leur irresponsabilité.
Aux Etats-Unis, Donald Trump est confronté avec la paralysie budgétaire à la réalité de sa défaite lors des élections de mi-mandat et à l’inconséquence de son projet de construction d’un mur
à la frontière mexicaine. La guerre commerciale et technologique
contre la Chine porte préjudice aux entreprises américaines. La
dénonciation des engagements internationaux et le travail de
sape contre les alliances stratégiques font le jeu des démocratures : ainsi, le retrait impromptu des Américains en Syrie abandonne le Moyen-Orient à la Russie, à l’Iran et à la Turquie, tout
en fournissant une planche de salut à l’Etat islamique.
Au Royaume-Uni, le Brexit tourne à la chronique d’un suicide annoncé, broyant l’économie, la nation et la démocratie
britanniques. En Italie, la radicalisation du discours antisystème, illustrée par le soutien apporté par Matteo Salvini et Luigi
Di Maio aux gilets jaunes, cache la normalisation des relations
avec l’Union, dont l’Italie dépend pour financer sa dette publique de 132 % du PIB. En Hongrie, le pouvoir autocratique de
Viktor Orban affronte des manifestations de masse. En Pologne,
la société civile se mobilise contre le parti Droit et justice de Jaroslaw Kaczynski, qui a par ailleurs été contraint par la Cour
de justice de l’Union européenne à renoncer à la réforme visant
à asseoir le contrôle du gouvernement sur la Cour suprême.
L’expérience du pouvoir pourrait donc exposer les populistes
au dégagisme qui fut leur principal moteur politique. Pour autant, cela ne suffira pas à désarmer la crise de la démocratie qui
plonge ses racines dans des évolutions fondamentales : la stagnation des revenus pour une majorité de la population et la montée des inégalités ; la déstabilisation des classes moyennes …
Le véritable antidote au
populisme doit être trouvé
dans la régénération de
la démocratie libérale.
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 13
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ÉDITORIAUX
par la mondialisation et la révolution numérique ; la perte
des repères culturels et le désarroi identitaire créé par la peur de
l’immigration et de l’islam ; la montée de l’insécurité ; la délégitimation des dirigeants et des institutions politiques.
Le populisme est la face cachée de la démocratie libérale : il
disparaît quand elle est en bonne santé ; il se déchaîne quand elle
est malade. Il ne tire sa force que des dysfonctionnements et des
faiblesses de la démocratie. Voilà pourquoi le populisme ne saurait être défait seulement par ses échecs, qui peuvent au contraire
encourager la fuite en avant dans la démagogie et la violence,
comme durant les années 1930. Le véritable antidote au populisme doit être trouvé dans la régénération de la démocratie libérale. Cela passe par un nouveau pacte économique et social
ainsi que par une meilleure association des citoyens aux décisions publiques, sans rien céder sur le respect de l’Etat de droit.
Sur le plan européen, cela implique une refondation de l’Union
autour de la souveraineté et de la sécurité : dans une mondialisation qui se recompose autour de grands blocs régionaux et face
à la remontée des risques géopolitiques, l’Europe ne doit plus
seulement être pensée en termes de régulation et de marché,
mais avant tout en termes de puissance §
…
Les organismes trop subventionnés deviennent
des agences publiques.
par Julien Damon*
L
es jaunes budgétaires – qui n’ont strictement rien à voir avec
les gilets jaunes – sont des documents annexés aux projets de
loi de finances. Démocratie et transparence obligent, ils se
consultent très aisément sur Internet. Jusqu’ici, rien de très excitant. L’ensemble constitue pourtant une matière passionnante
dont sont sorties les informations au sujet du traitement de Chantal Jouanno. Avec les suites que l’on sait. Toute personne intéressée accède en quelques clics aux « rémunérations et avantages »
des personnes présidant les autorités indépendantes : 160 000 euros par an pour le défenseur des droits, 195 000 pour le président
de l’Autorité de régulation des jeux en ligne, etc. Parmi ces jaunes
budgétaires, celui consacré à « l’effort financier de l’Etat en faveur
des associations » est une véritable mine d’or, visitée chaque année avec délectation par les connaisseurs. Il récapitule les crédits
attribués par l’Etat aux associations. Le parcourir, c’est découvrir
que l’Etat ne soutient pas les associations pour ce qu’elles sont
et font, mais afin de soutenir ses propres politiques.
En 2017, ce sont quelque 70 000 versements qui ont été effectués, pour un coût total de 5,3 milliards d’euros. Dans plus de la
moitié des cas, les subventions n’ont pas dépassé 5 000 euros. La
mise à disposition de ce tableau à 70 000 lignes est formidable
pour les chasseurs de saupoudrage. La lecture autorise un voyage
à travers toute la France, certes inégalement arrosée, et dans tous
les compartiments de la vie sociale : partis politiques, anciens
combattants, LGBT, tir à l’arc. La mise à nu est intégrale.
14 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
Ventilés par secteurs, ces fonds, issus des ministères ou des réserves parlementaires, vont d’abord vers le logement, la solidarité, le travail, l’immigration, l’enseignement. Curieusement, la
rubrique « Sport, jeunesse et vie associative », que l’on pourrait
penser au cœur de l’identité associative, ne représente que 3 %
des dépenses. Le détail surprend. La plus importante subvention
(70 millions d’euros) va à la Fondation nationale des sciences politiques (c’est-à-dire Sciences po), qui se situe juste devant l’Institut Pasteur (62 millions). Il faut néanmoins de petits calculs
pour retrouver la Croix-Rouge en tant que bénéficiaire du total
le plus élevé de contributions (130 millions). Officiellement « auxiliaire des pouvoirs publics », l’institution est financée pour une
multitude d’opérations locales ou nationales, avec des montants
allant de 25 euros à 26 millions d’euros.
La grande surprise provient de la ventilation des subventions selon leur objet. Plus du quart de cette dépense publique
singulière est consacré à l’hébergement d’urgence. La subvention fait ainsi vivre une priorité étatique contemporaine. Très
loin du club local de pétanque ou de vélo, les associations subventionnées de la sorte deviennent de véritables opérateurs des
politiques étatiques. Elles risquent l’étatisation. Avec d’ailleurs
davantage de contrôles que les autorités dites indépendantes.
Le souhaitent-elles ? §
*
Sociologue. Dernier ouvrage paru : « Quelle bonne idée ! » (PUF).
Loin du club local de vélo,
plus du quart de cette
dépense publique va à
l’hébergement d’urgence.
ILLUSTRATION : GLEN BAXTER POUR « LE POINT »
Les associations,
béquilles de l’Etat
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Le point de la semaine
PAR MICHEL REVOL, FABIEN ROLAND-LÉVY ET LES SERVICES DU « POINT »
EN FORME
Véronique Cardi
38 ans - Jusqu’ici directrice
générale du Livre de poche,
elle a été nommée présidente
des éditions JC Lattès
(Hachette). Elle succède
à Isabelle Laffont.
Eric Larchevêque
45 ans - Le patron de Ledger,
une start-up qui a créé un
coffre-fort numérique pour
cryptomonnaies, a reçu au
CES de Las Vegas le prix de
l’Innovation en cybersécurité.
EN PANNE
Robert Bourgi
73 ans - L’avocat a été interdit
d’exercer pendant six mois
par ses pairs après avoir révélé le piège qu’il avait monté
pour disqualifier François
Fillon lors de la présidentielle.
Laurent Wauquiez
43 ans - Après avoir annulé
celui de 2016, le tribunal administratif a retoqué le budget
2017 de la région AuvergneRhône-Alpes, que préside
le patron des Républicains.
Teddy Pellerin
33 ans - Le codirigeant (avec
Mathieu Jacob) de Heetch,
plateforme de covoiturage,
est définitivement condamné
pour complicité d’exercice illégal de la profession de taxi.
16 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
Marine Le Pen et Thierry
Mariani à la Mutualité,
le 13 janvier.
Pourquoi Mariani a préféré Le Pen
Si Thierry Mariani a choisi de rejoindre Marine Le Pen
en vue des européennes de mai plutôt que Nicolas DupontAignan, qui le courtisait également, c’est aussi, jure-t-il,
pour des raisons d’« amitié ». « Si j’avais été candidat sur la
liste de Debout la France, j’aurais été en troisième position.
Cela m’embêtait, car la place était promise à Jean-Frédéric
Poisson et c’est un copain. Il se serait alors retrouvé à la cinquième
place et son élection aurait été moins assurée », explique-t-il.
Mais il y en a un qui n’est pas son ami, c’est le président
de LR. « En décembre, Wauquiez m’avait dit que je m’occuperais
des relations internationales au bureau politique. Mais il ne
l’a pas fait à cause d’une cabale de Valérie Pécresse et Virginie
Calmels. Il m’a lourdé sans me prévenir. Sarkozy ne m’aurait
jamais fait ça. Il m’aurait appelé et m’aurait dit : “Thierry, je
n’ai que 80 places. Toi t’es un mec fidèle. Je ne te mets pas au
bureau politique, mais je te nomme secrétaire national.” » « Il
ne m’a même pas passé un coup de fil (…) Wauquiez, il est
comme Macron, il pense qu’il est tellement intelligent qu’il va
tous les couillonner. » Une thèse à méditer… §
HACHETTE LIVRE SP – ROMUALD MEIGNEUX/SIPA – ERIC PIERMONT/AFP – GABRIEL BOUYS/AFP – JOHANNA LEGUERRE/AFP – SIPA – ROBERT ALAIN/SIPA
Sébastien Lecornu
32 ans - Le ministre chargé
des Collectivités territoriales
a été choisi, avec sa collègue
Emmanuelle Wargon, pour
coordonner le grand débat
national.
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LE CHIFFRE
DE PIERRE-ANTOINE
DELHOMMAIS
4,2
Selon les données établies par
l’Onu, 4,21 milliards de personnes, soit 55 % de la population mondiale, vivaient dans des
villes en 2018, contre 33 % seulement en 1960. La planète comptait à cette époque 2 milliards de
ruraux et 1 milliard de citadins.
Selon les projections des démographes, les citadins devraient
être en 2050 deux fois plus nombreux que les ruraux (6,7 milliards contre 3,1 milliards).
Davet et Lhomme
enrôlent Lavrilleux
Jérôme Lavrilleux, député
européen LR mis en examen
dans l’affaire Bygmalion, préparait un livre, « A la table
des cannibales », sur son expérience personnelle au sein
de l’UMP. Mais l’ex-proche
de Jean-François Copé a été
convaincu d’abandonner son
projet et de le fondre dans un
autre ouvrage prévu en avril
chez Fayard : « La haine. Les
années Sarko. L’histoire secrète de la droite française »,
signé par Gérard Davet et
Fabrice Lhomme, du Monde.
Emmanuel Macron
à Gasny, dans l’Eure, où
il a assisté au conseil
municipal, le 15 janvier.
Pour eux, le grand débat sera…
Le grand débat qui vient de démarrer coupe la classe politique
en deux. Mais, qu’ils soient pour ou contre, les leaders
politiques se décarcassent pour le qualifier !
« UNE MASCARADE ! »
« UN BIDE TOTAL »
« Un débat doit se terminer
par un vote »
MARINE LE PEN
(RN)
MANUEL BOMPARD
« UNE GRANDE DIVERSION »
(LFI)
JEAN-LUC MÉLENCHON
AFP (X3) – LUDOVIC MARIN/AFP
Si François Bayrou répète
que la commission présidée
par Chantal Jouanno n’avait
« aucune légitimité » pour
coordonner le grand débat
national, que tout ça, c’est
« n’importe quoi », le Béarnais
a sa petite idée sur la
personne idoine pour
présider cette consultation :
le chef de l’Etat lui-même.
« Macron est le seul qui ait
l’intuition. » Et Bayrou a-t-il
l’intuition nécessaire pour
devenir favori du président
pour Matignon ?
... du mouvement des gilets jaunes »
« UNE FUMISTERIE »
ÉRIC COQUEREL
CLÉMENTINE AUTAIN
(LFI)
(LFI)
Clémentine Autain,
beaucoup sur sa mère
Clémentine Autain publiera
début mars « Dites-lui que je
l’aime », chez Grasset. Dans
ce livre, la députée LFI de
Seine-Saint-Denis brossera le
portrait de sa mère, la comédienne Dominique Laffin (à
dr.), qu’elle a perdue en 1985,
à l’âge de 12 ans. Elle y parle
longuement du deuil et de
la maternité.
« Les qualités d’un bon président ? Etre capable de résister
à un stress dont je vous garantis
qu’il a peu
d’équivalents. »
Edouard Philippe,
interrogé par un
lycéen lors d’une
visite dans un lycée allemand (Le
Monde, 11 janvier).
« LE GRAND ENTERREMENT ...
(LFI)
Bayrou et l’« intuition »
de Macron
...
« UN EXERCICE DÉMOCRATIQUE
« UN GRAND DÉGÂT »
... dans lequel nous devons
nous impliquer »
BENJAMIN CAUCHY
(« gilets jaunes libres » à Toulouse)
«UNE GIGANTESQUE FUMISTERIE
»
JEAN-PIERRE RAFFARIN
(LR)
IAN BROSSAT
« DU VENT ...
(PC)
E »
« UNE MANŒUVRE D’ENFUMAG
ANDRÉ LAIGNEL
(PS)
... pour faire gagner quatre mois
à Macron jusqu’aux élections
européennes »
JORDAN BARDELLA
(RN)
« UN DÉBAT PIPÉ »
« DE LA FOUTAISE INTÉGRALE »
NICOLAS BAY
(RN)
NICOLAS DUPONT-AIGNAN
(DLF)
« LE PIRE OU LE MEILLEUR ...
« UNE PÉPITE D’INTELLIGENCE
COLLECTIVE »
... et moi je préfère que ce soit le
meilleur »
GILLES LE GENDRE
GÉRARD LARCHER
(LREM)
(LR)
« UN GRAND CAUSE TOUJOURS »
ALEXIS CORBIÈRE
(LFI)
« UN GRAND PIPEAU NATIONAL »
SÉBASTIEN CHENU
(RN)
« LE BINZ »
HERVÉ MARSEILLE
(Union centriste)
« LE MOMENT TOCQUEVILLIEN »
JEAN-MICHEL BLANQUER
(LREM)
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 17
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LE POINT DE LA SEMAINE
Cesare Battisti
Après trente-sept ans de
cavale et d’exil, l’ancien
terroriste italien, devenu
écrivain, a entendu lundi
claquer les verrous de sa
cellule de la prison de
haute sécurité d’Oristano, en Sardaigne. Cet
homme de 64 ans y finira
sans doute ses jours.
Presque aucun de ses
nombreux soutiens –
politiques, intellectuels
ou artistes de premier
plan – n’a jusqu’à présent
commenté la chute de
son ancien héros. Cette
gauche française bienpensante des années 2000
nourrissait alors une inépuisable indulgence pour
le criminel racheté par
son talent littéraire. Plus
grave, ces crédules défenseurs adoraient croire
cette fable de l’habile
Battisti : « C’est l’Etat
– contrôlé par la Démocratie chrétienne – qui nous
a poussés à la violence,
à l’image des résistants
pendant la Seconde Guerre
mondiale. » L’Etat – et
aujourd’hui la mondialisation– responsable de la
violence, celle de casseurs
en gilet jaune, quand
ce n’est pas celle de terroristes islamistes : une
dialectique qui sert encore et qui doit faire
sourire Battisti au fond
de sa prison… § F. R.-L.
Faure se creuse
les méninges
Olivier Faure « n’exclu[t] pas »
de prendre la tête d’une liste
socialiste aux européennes,
mais, selon un ténor du PS,
il n’a pas abandonné une
autre option : convaincre
Raphaël Glucksmann d’être
le numéro un de cette liste.
Avantage : les amis de Benoît
Hamon pourraient du coup
les rejoindre, entraînant
les communistes.
A défaut, Olivier Faure
pourrait mener la liste avec
des proches de Glucksmann,
voire demander à…
Jean-Christophe Cambadélis
d’être le numéro un.
L’ancien lieutenant de DSK
pourrait en effet rassembler
quelques ex-strausskahniens qui se sont égarés
en macronie. On a le droit
de rêver…
LE MERCATO DES POLITIQUES
Comme Thierry Mariani, ils ont changé de club politique
en devenant membre ou en le soutenant.
Certains ont même fait le grand écart...
LES RÉPUBLICAINS
THIERRY MARIANI
Gilbert Collard : PS
Maurice Leroy : PCF
Eric Besson : PS
Olivier Stirn : UDR
(*) soutien sans adhésion
T H I E R RY M A R I A N I ( * )
RPR (*)
RPR (*)
RPR
Ils voient Borloo à la mairie de Paris
Un des visiteurs du soir d’Emmanuel
Macron a récemment testé Jean-Louis
Borloo sur une éventuelle candidature
à la mairie de Paris en 2020. Cette personnalité est membre du Conseil présidentiel
des villes, l’organisme créé par Emmanuel
Macron pour élaborer une nouvelle politique de la banlieue et qui est piloté par
Ismaël Emelien, collaborateur du président. « Borloo est
complètement en phase avec la sociologie parisienne », analyse-t-il.
Une nouvelle ambition à 67 ans ? Réponse de l’intéressé
au Point : « Toute déclaration publique de ma part entrave ma vie
professionnelle (…) Hier, on m’annonçait à Matignon. J’ai quitté la
vie politique en 2013, cela ne vous aura pas échappé. » A. Z.
18 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
RASSEMBLEMENT NATIONAL
Nouveau centre (*)
UDF
UDF
PS
RN
UDI
UMP
UMP
« J’ai demandé
au président de
la République
de revoir à la
baisse mon
niveau de
rémunération.
Le juste choix
lui appartient. »
Chantal Jouanno,
ex-ministre des Sports,
qui refuse de quitter la tête
de la Commission nationale
du débat public malgré
la polémique sur son
salaire, qui sélève
à 14 666 euros
brut par mois
(Le Figaro,
11 janvier).
ILLUSTRATION : GOUBELLE POUR « LE POINT » – FRANCOIS LO PRESTI/AFP – CHARLES ROBERGE/REA – ALBERTO PIZZOLI, GRAPHISME CHRIS
À L’AFFICHE
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LE POINT DE LA SEMAINETECH&NET
Hep, taxi volant !
FLASH-TEST
Ce sera donc François Sillion,
ex­chercheur à Cornell, à
l’Inria et au CNRS, qui diri­
gera le laboratoire d’intelli­
gence artificielle d’Uber à
Paris. Il sera notamment
chargé du développement
L’enjeu. Samsung lance une nouvelle version
de The Frame, un téléviseur qui, lorsqu’il
n’est pas allumé, reproduit vos œuvres d’art
préférées. Le coréen veut également contrer
l’innovation de LG, qui a présenté au CES de
Las Vegas, le plus grand Salon du high­tech,
un téléviseur qui se déroule et s’enroule
à l’infini.
Pour qui. Destiné à ceux qui n’aiment pas
les écrans noirs. Il est possible de changer
d’œuvre grâce à une application.
A savoir. Technologie d’écran Qled. Un seul
câble (électricité, données) alimente l’écran.
Disponible en 43, 49, 55 et 65 pouces. Partena­
riat avec plusieurs dizaines de musées, dont
celui du Prado (Madrid), celui des Offices
(Florence), le musée Van Gogh (Pays­Bas),
et le musée Te Papa (Wellington, Nouvelle­
Zélande). L’application YellowKorner et
l’agence Magnum permettent aussi de diffu­
ser des photos (Franck Bohbot, David Alan
Harvey, Carolyn Drake…). A partir de1 148 €.
On aime. Les œuvres de Van Gogh et
de Renoir tirent bien parti de la richesse
des couleurs. L’appareil se met en veille
lorsque vous n’êtes plus dans la pièce.
On regrette. On aimerait pouvoir changer
d’œuvre d’un simple geste de la main,
comme chez le concurrent Meural.
Verdict. Jamais votre poste n’a été si discret.
Le casse-tête du lave-vaisselle
« Le nom du plus grand des inventeurs ? Accident », disait l’essayiste
américain Mark Twain. C’est parce qu’ils vivaient dans un
tout petit appartement que deux Français, Antoine Fichet et
Damian Py, ont eu l’idée de Bob, mini­lave­vaisselle de 35 centi­
mètres de largeur qui sera fabriqué en Vendée, dans l’ex­usine
Fagor Brandt. « Il tient sur l’égouttoir », explique Antoine. Certes,
il ne peut laver la vaisselle que de deux personnes, mais Bob,
avec son réservoir de 3 litres, n’a pas besoin d’arrivée d’eau.
« Si les 7 millions de foyers qui, en France, n’ont pas de lave-vaisselle
utilisaient Bob, on économiserait l’équivalent de 30 000 piscines
olympiques d’eau par an », explique l’entrepreneur. Voici le
casse­tête du lave­vaisselle, imaginé en 1886 par l’Américaine
Josephine Cochrane : faire mieux avec
moins. Le lave­vaisselle, au cœur
d’innovations poussées comme
chez Sharp, qui a créé un mo­
dèle commandé par la voix,
est surtout le théâtre d’inno­
vations qui s’adaptent à nos
contraintes. Ainsi, Li Huan,
étudiant en design à l’uni­
versité de Dalian (Chine), a
imaginé un concept de vélo
d’appartement : une des roues
actionne un tambour du lave­
linge. Il fallait y penser ! §
PAGE DIRIGÉE PAR GUILLAUME GRALLET
20 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
L’œuf d’Insta
Pari réussi : cet
œuf est devenu, le
13 janvier, la pu­
blication disposant
du plus grand nombre de
mentions « j’aime » d’Insta­
gram. Comment ? En le de­
mandant, tout simplement.
Son auteur a appelé
les utilisateurs du réseau à
l’aider à obtenir le titre d’« œuf
record du monde ». La photo a
dépassé Kylie Jenner, cham­
pionne déchue, qui avait
récolté plus de 18 millions
de « like » pour le faire­part de
naissance de sa fille Stormi.
3 milliards de dollars
C’est le montant des béné­
fices engrangés l’an dernier
par le studio Epic Games,
éditeur du jeu vidéo
de survie « Fortnite »,
qui regroupe plus
de 125 millions
d’aficionados.
d’une plateforme adaptée aux
nouveaux véhicules volants,
comme le modèle Bell (photo),
présenté au CES de Las Vegas.
« Nous serons prêts en 2023. »
Mais il pourrait aussi affron­
ter la concurrence d’acteurs
comme Airbus, également
intéressé par le marché
des taxis volants.
Le retour du flipper
Alors que l’entre­
prise tarnaise Arcade
Activity travaille
sur des flippers en
version numérique,
l’américain Stern
Pinball a remis au
goût du jour un modèle
dévolu aux Beatles et doté
d’écrans LCD (photo). Ce der­
nier travaille sur une édition
limitée consacrée aux
Munsters, des héros déjantés
de la télévision américaine.
« La technologie
a aboli de vieux
monopoles,
mais elle a abouti
à des concentrations de pouvoir
plus grandes
encore ! »
Glen Weyl,
auteur de
« Radical Markets »
et chercheur
chez Microsoft.
SAMSUNG – INSTAGRAM – STERN PINBALL – BELL – SP – WINKELMEYER/GETTY FOR WIRED25/AFP
Votre télé se déguise
en œuvre d’art
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EN BUSINESS
PREMIÈRE, CAFÉ
ET JOURNAUX
À QUAI*
VOYAGEZ AVEC VOTRE TEMPS
RENDEZ-VOUS SUR
, EN GARES, BOUTIQUES, AGENCES DE VOYAGES AGRÉÉES SNCF ET PAR TÉLÉPHONE.
* D’ici 2020, la SNCF transforme les TGV en TGV INOUI. Télépaiement obligatoire sur Internet et par téléphone au 3635 (0,40 € TTC par minute + coût de la communication). Pour l’achat d’un billet TGV PRO 1ère et sur une sélection de trains, en semaine (hors vacances et
jours fériés), sur les lignes de Paris vers Bordeaux, Lyon, Marseille, Montpellier, Nantes, Rennes, Lille et Strasbourg (et inversement). TGV INOUI est une marque déposée de SNCF Mobilités. Tous droits de reproduction réservés. SNCF Mobilités – 9, rue Jean-Philippe Rameau
– CS 20012 – 93200 Saint-Denis Cedex – R.C.S. BOBIGNY B 552 049 447.
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LE POINT DE LA SEMAINESCIENCES
Perte de matière grise
dix fois plus performante que celle au
lithium-ion, mais sa mise au point posait
d’énormes problèmes, notamment
l’encrassement des électrodes. Des
chercheurs de l’université
de l’Illinois annoncent
avoir contourné cet
obstacle en utilisant un catalyseur en
2D, c’est-àdire composé d’une
seule couche
de matériau.
Celle-ci combine
atomes de carbone
et de disulfure de molybdène. Si c’est du
chinois pour vous, sachez que, à la condition
que cette batterie tienne ses promesses,
la voiture électrique a de fortes chances
d’enfin s’imposer (Advanced Materials).
En voiture Simone
pour 800 kilomètres !
BATTERIES ÉLECTRIQUES Un pas de géant vient
d’être effectué vers la voiture électrique à l’autonomie de 800 kilomètres. Le bond technologique repose sur une batterie lithium-air
utilisant un catalyseur 2D. On parle depuis
longtemps de cette dernière susceptible d’être
PAGE DIRIGÉE PAR FRÉDÉRIC LEWINO ET GWENDOLINE DOS SANTOS
Une bonne paire de ciseaux
PALUDISME La méthode consistant à répandre
dans la nature des moustiques mâles stérilisés avec des rayons X donne de bons résultats pour faire chuter la population de ces
vecteurs de maladies graves, comme le
paludisme. Une nouvelle méthode de
stérilisation utilisant des ciseaux moléculaires pourrait se révéler bien plus
productive pour répandre des millions
d’œufs qui ne donneront que des mâles
stériles (Nature Communications).
Des boules de cristal par milliards
ASTRONOMIE
On le sait, notre Soleil n’a plus que 5,5 milliards d’années à vivre avant de se transformer en naine blanche. Il faudra encore
attendre 4,5 milliards d’années pour qu’il
se transforme en boule de cristal composée
d’oxygène,
de carbone et
de métal. C’est
le sort promis
à toutes les
étoiles. Pour
la toute
première fois,
une équipe
d’astronomes
de l’université
de Warwick
vient de détecter l’existence d’une telle
naine blanche cristallisée dans la
Voie lactée grâce au satellite « Gaia »,
de l’Agence spatiale européenne.
C’est la confirmation d’une prédiction
faite il y a un demi-siècle. Ces étoiles
cristallisées existeraient par milliards
dans l’Univers (Nature).
CHIFFRES
45 %
Des eaux de surface françaises
relevaient, en 2015, d’un état
écologique moyen, médiocre
ou mauvais. Quant à la surface
des sols artificialisés, elle atteint
désormais 800 mètres carrés
par habitant (Bilan biodiversité
2018).
X 100
En administrant des doses microscopiques de lysophospholipide à des souris, on est parvenu
à centupler la quantité d’omégas 3 présente dans leur cerveau.
Pour l’homme, cela revient
à avaler un quart de gramme par
jour (Journal of Lipid Research).
22 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
6 heures
Les personnes totalisant moins
de six heures de sommeil quotidien développent un risque
cardio-vasculaire supérieur
de 27 % par rapport à celles
qui dorment deux heures de
plus (Journal of the American
College of Cardiology).
OBÉSITÉ Les personnes obèses,
surtout celles dont la graisse
est répartie autour de la
ceinture, possèdent moins
de matière grise que les
autres. L’étude a porté sur
10 000 Américains avec une
moyenne d’âge de 55 ans.
La perte moyenne est de
12 grammes (sur un poids
de matière grise de
798 grammes chez la personne saine) (Neurology).
Bactéries en orbite
ASTRONAUTIQUE Bonne nouvelle, les milliers d’espèces
de bactéries qui ont colonisé
la Station spatiale internationale depuis sa mise en orbite
n’ont pas connu de mutations les ayant rendues
dangereuses pour les astronautes. En fait, les seuls
changements observés leur
ont été utiles pour s’adapter
aux conditions difficiles
de survie dans l’espace.
Femmes au pinceau
HISTOIRE Des particules de
lapis-lazuli utilisé comme
pigment dans les manuscrits
enluminés ont été repérées
sur les dents d’une Allemande ayant vécu au XIe ou
au XIIe siècle. Cette découverte amène les experts à
émettre l’idée que le métier
de scribe était plus répandu
chez les femmes qu’on ne
le pensait jusqu’à présent
(université d’Etat d’Ohio).
UNIVERSITY OF WARWICK/MARK GARLICK – CHRISTINA WARINNER (MPI SHH) – SIPA
L’INVENTION
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FAISONS
POUSSER
L’ÉLECTRICITÉ
DANS
LES JARDINS.
Panneaux solaires, valorisation des déchets,
géothermie… Le groupe EDF développe des solutions
qui permettent aux collectivités de révéler le potentiel
énergétique de leur territoire.
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LE POINT DE LA SEMAINE
LE CARNET
Martine Monteil conseille
les casinos Partouche.
Marie Darrieussecq à
l’Avance sur recettes.
PRIX LITTÉRAIRES
Alexandria Marzano-Lesnevich, auteure américaine, a reçu le prix du livre
étranger France Inter/JDD pour son premier roman, « L’empreinte » (Sonatine).
Anton Beraber s’est vu attribuer le prix
Valery-Larbaud pour son premier roman, « La grande idée » (Gallimard).
PROMOTIONS CASINO
Deux anciennes figures de la police,
Martine Monteil, ex-patronne de la police judiciaire, et Eric Battesti, ancien
directeur des Renseignements généraux en Corse, ont été recrutés comme
conseillers par les casinos Partouche.
NOMINATIONS
Marie Darrieussecq a été nommée à la
présidence de la Commission d’avance
sur recettes par Frédérique Bredin, présidente du CNC. Patrice Locmant, chef
de bureau de la création et de la diffusion du ministère de la Culture, est le
nouveau directeur général de la Société
des gens de lettres (SGDL).
MARRAINE
L’actrice Bérénice Bejo est la marraine
de la troisième édition de la Nuit de
la lecture, manifestation qui aura lieu
le samedi 19 janvier et qui vise
à faire découvrir les bibliothèques
et les librairies.
DISTINCTIONS
Bernard Lavilliers s’est vu décerner
le prix Chanson pour l’ensemble de sa
carrière par l’académie Charles-Cros.
Clara Luciani et le duo Bigflo & Oli
se partagent le Grand Prix CharlesCros pour la scène.
Clara Luciani, saluée par
l’académie Charles-Cros.
Andy Murray, statufié
à Wimbledon.
CONSÉCRATION
Andy Murray, qui a annoncé la fin imminente de sa carrière après avoir
perdu au premier tour de l’Open d’Australie, aura droit à sa statue à Wimbledon, tournoi qu’il a gagné à deux
reprises.
DIVORCE
Jeff Bezos, fondateur et PDG d’Amazon,
première fortune mondiale (estimée à
136 milliards de dollars), quitte sa
femme après vingt-cinq ans de mariage.
PAGE RÉALISÉE PAR JEAN-MARC TURC
24 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
Pawel Adamowicz
53 ans. Maire de Gdansk.
L’édile de la grande ville
portuaire polonaise de la Baltique est mort poignardé lors
d’un gala de charité. Libéral,
très populaire et farouche
opposant au gouvernement
conservateur, il dirigeait
la cité hanséatique depuis
1998. Son assassinat a provoqué un choc en Pologne.
Donald Tusk, son ami,
président du Conseil européen et ancien Premier ministre polonais, lui a rendu
hommage, et le président
de la République, Andrzej
Duda, a décidé que ses
obsèques seraient un jour
de deuil national.
Pierre Barillet
95 ans. Dramaturge, auteur
de comédies
devenues des
classiques du
théâtre de boulevard. Après
des études de droit, il se
passionne pour le théâtre
et fréquente le milieu artistique. C’est en 1950 qu’il
connaît le succès avec « Le
don d’Adèle », comédie écrite
avec son ami étudiant JeanPierre Gredy. Rendu célèbre
par l’émission télévisée « Au
théâtre ce soir », le duo Barillet/Gredy impose son style
pendant une trentaine
d’années, de Paris à Broad-
way, avec des pièces comme
« Fleur de cactus » ou « Folle
Amanda », et des actrices
fétiches comme Sophie Desmarets et Jacqueline Maillan.
Thierry Séchan
69 ans. Ecrivain, parolier et
frère de Renaud. Parolier des
chanteurs Julien Clerc et
Daniel Lavoie, il est l’auteur
d’une vingtaine d’ouvrages,
dont des biographies
consacrées à Brassens ou
Sardou. Connu pour ses
portraits au vitriol publiés
dans « Nos amis les chanteurs » (Les Belles Lettres),
le frère aîné de Renaud lui
a consacré six livres.
Anatoli Loukianov
88 ans. Dernier président
du Soviet suprême de
l’Union soviétique, organe
législatif de l’ex-URSS, et
adversaire résolu de Mikhaïl
Gorbatchev.
Xavier GouyouBeauchamps
81 ans. Dirigeant de France
Télévisions de 1996 à 1999.
Jakiw Palij
95 ans. Ancien gardien SS
de camp nazi. Avant d’en
être expulsé en août 2018,
il vivait depuis 1949 aux
Etats-Unis. Assistant SS
en 1941 dans le camp
de Trawniki, où plus de
6 000 juifs ont été exterminés,
il est décédé dans une maison
de retraite en Allemagne.
SP SONATINE – SIPA (X3) – ELLA LING/BPI/REX//SIPA – NEWSPIX/ABACA – PHILIPPE MATSAS/OPALE/LEEMAGE
Alexandria MarzanoLesnevich a laissé son
« Empreinte ».
DÉCÉDÉS
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véhicule particulier ou VUL avec une date de première mise en circulation avant le 01/01/2006, cumulable avec la prime gouvernementale en vigueur selon éligibilité. Offre réservée
aux particuliers, valable du 01/01/2019 au 31/03/2019 pour toute commande d’un 2008 neuf ou d’un 3008 neuf, hors Access, ou d’un 5008 neuf, hors Access, passée avant le
31/03/2019 et livrée avant le 31/05/2019 dans le réseau PEUGEOT participant. Offre non valable pour les véhicules au prix PEUGEOT Webstore.
** De série, en option ou indisponible selon les versions.
Consommations mixtes (en l/100 km) : 2008 : de 3,9 à 5,5 ; 3008 et 5008 : de 4 à 5,6. Émissions de CO2 (en g/km) : 2008 : de 98 à 114 ; 3008
et 5008 : de 101 à 129 (selon tarif 18E). Données indicatives sous réserve d’homologation.
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LE POINT DE LA SEMAINEVOTRE ARGENT
STÉPHANE FURET
Dorval Asset Management
Après la forte correction en
fin d’année, l’heure est-elle
à la prudence ?
La correction a été excessive.
Les Etats-Unis ne vont pas
plonger en récession. On s’attend outre-Atlantique à une
croissance supérieure à 2 %
en 2019. Il faut donc profiter
des valorisations basses sur
les titres qui afficheront encore une croissance des bénéfices à deux chiffres. De
même, le marché n’a pas encore pris en compte l’impact
de la baisse du prix du pétrole sur les marges et la
hausse du pouvoir d’achat.
Prélèvement à la source : les cas où vous devez agir
Ne sautez pas au plafond.
Votre salaire ou votre pension de retraite n’ont pas
baissé. Ils ont juste été amputés du prélèvement à la
source d’un douzième de
votre impôt sur le revenu.
C’est-à-dire d’un douzième
du montant qui a été calculé
sur la base des revenus perçus en 2017 tels que vous les
avez communiqués en
mai 2018 au fisc. A partir des
renseignements fournis, le
fisc a calculé le taux d’imposition de votre foyer fiscal –
ou les taux individualisés ou
encore le taux neutre, si vous
avez opté pour l’une de ces
deux options. Il les a ensuite
transmis à votre employeur
ou à votre caisse de retraite.
Mais, depuis 2017, votre situation a pu évoluer sur un
plan financier ou personnel.
Pour éviter de trop payer, il
faut vous manifester.
Vous vous êtes marié ou
pacsé depuis le 1er janvier
2018. Même si vos revenus
sont restés inchangés, dans la
PROPOS RECUEILLIS PAR L. A.
mon prélèvement à la
source » dans votre espace
personnel sur impots.gouv.
fr), par téléphone (n° spécial :
0 809 401 401) ou au guichet
des services des impôts.
Vous avez eu un enfant en
2018. Une naissance donne
droit à une demi-part de quotient familial, voire une part
si c’est votre troisième enfant. Sa prise en compte fera
automatiquement baisser le
taux de votre prélèvement à
la source, à moins que vos revenus aient augmenté de façon conséquente.
Vos revenus soumis à
acompte ont baissé. Il peut
s’agir de revenus fonciers
moindres parce que vous
avez vendu un bien auparavant mis en location, de revenus exceptionnels (droits
d’auteur) non récurrents,
de revenus financiers…
Là encore, il vous est possible
de diminuer les prélèvements sur votre compte
(voir ci-dessous) §
PAGE DIRIGÉE PAR LAURENCE ALLARD
Des prélèvements du fisc sur votre compte bancaire
Faut-il donc réinvestir ?
Pour que le marché reparte
durablement à la hausse, il
faut un catalyseur : le plus
fort serait un accord entre la
Chine et les Etats-Unis. Celui-ci peut venir d’ici au sommet de Davos, fin janvier.
Nous avons commencé à réinvestir à la mi-novembre en
priorité sur des titres massacrés comme Target, Mersen…
Nous nous sommes renforcés
aussi sur Airbus et sur des valeurs qui vont bénéficier de la
baisse du prix du pétrole
(TUI, Thomas Cook…). Dans
les fonds flexibles et actions,
nous croyons toujours à la
thématique digitale, en misant sur des titres à forte
croissance déconnectés du
scénario macroéconomique
(Wirecard, Solution 30…) §
majorité des cas, votre taux
d’imposition va diminuer en
raison de l’application du
quotient familial, qui vous
donne deux parts. Vous avez
donc intérêt à informer le
fisc directement depuis votre
espace particulier sur le site
impots.gouv.fr. Comptez
ensuite trois mois au
maximum pour obtenir
votre nouveau taux. Du fait
de votre union, vous aurez
aussi la possibilité d’opter
pour le taux personnalisé ou
le taux neutre.
Vous avez pris votre retraite en 2018 et le montant
de votre pension se révèle inférieur à votre salaire de
2017 : vous pouvez moduler
votre taux de prélèvement à
la baisse. Il vous suffit d’indiquer au fisc l’estimation de
vos revenus de 2018 et 2019 :
votre taux de prélèvement
sera alors recalculé et appliqué sur vos pensions de retraite du mois suivant. Vous
pouvez le faire par Internet
(en utilisant le service « gérer
Vous ne vous y attendiez pas ! Des prélèvements du fisc sont apparus sur vos relevés
sans que vous en ayez été averti. Ce n’est
pas une erreur. Ils correspondent à un
acompte mensuel d’impôt sur vos revenus
autres que salariaux : pensions alimentaires, revenus fonciers, financiers, exceptionnels comme des droits d’auteur… Si
vous reprenez l’avis d’imposition reçu en
août ou septembre, le montant de ces
acomptes y apparaît bien. De deux choses
l’une : soit ces revenus ont été récurrents en
2018 et vous n’avez rien à faire, soit ils ne le
sont pas et vous pouvez demander au fisc
de diminuer ou de supprimer l’acompte.
Vous pouvez le faire par Internet (en utilisant le service « gérer mon prélèvement à la
source » dans votre espace personnel sur
impots.gouv.fr), par téléphone
(0 809 401 401) ou à un guichet.
La bonne nouvelle : votre compte a été crédité de 60 % du montant des réductions
d’impôt éligibles à l’acompte qui figure sur
ce même avis d’imposition §
PERFORMANCES DES PRINCIPALES PLACES SUR UNE SEMAINE
New York
Dow Jones
+ 0,51 %
Paris
CAC 40
+ 0,49 %
Zone euro
Shanghai
+ 1,04 %
+ 1,74 %
Euro Stoxx 50
SSEC
Tokyo
Nikkei 225
+ 1,75 %
Prêts à la consommation Taux le plus fréquemment accordé
Sur 24 mois : 1 %
Source : Empruntis.com.
26 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
Sur 36 mois : 2,1 %
Sur 48 mois : 2,8 %
CRÉDITS IMMOBILIERS
15 ans : 1,05 %
25 ans : 1,25 %
20 ans : 1,17 %
30 ans : 1,80 %
Taux hors assurance pour un très bon dossier.
Pour 100 € de mensualité,
vous empruntez (assurance comprise) :
15 ans : 16 262 €
25 ans : 24 799 €
30 ans : 26 620 €
20 ans : 20 743 €
Source : Meilleurtaux.com
SP
BOURSE : L’AVIS DE…
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LE POINT DE LA SEMAINEURBANISME/IMMOBILIER
C’est une métamorphose de taille. Au cœur
de la capitale, à deux pas du nouveau Forum
des Halles et du futur musée Pinault-Paris
à la Bourse du commerce, l’ancien plus
gros bureau de poste de France, qui a fermé
ses portes en 2015, prépare sa nouvelle vie.
« Ce vaste édifice industriel, construit en 1886
par Julien Guadet, va laisser place à un authentique îlot urbain mixte de 32 000 mètres
carrés, traversé par un passage public », indique Rémi Feredj, directeur de Poste Immo.
Au menu de ce chantier XXL mené par
Bouygues Bâtiment Ile-de-France : bureau
de poste ultramoderne (1 000 mètres carrés), espaces tertiaires avec coworking,
commerces, hôtel 5 étoiles, halte-garderie,
commissariat de police, logements sociaux.
Les architectes Dominique Perrault (DPA)
et Jean-François Lagneau (ACMH) ont gardé
la façade en pierre et la structure métallique d’origine (6 300 tonnes de fonte et
d’acier, soit autant que la tour Eiffel). Les
nouveautés ? Des parkings en sous-sol, un
colossal plancher porteur, un patio baigné
de lumière naturelle et une terrasse panoramique donnant vue sur les toits de Paris.
Ouverture des portes : printemps 2020 §
BRUNO MONIER-VINARD
Au croisement
de la rue EtienneMarcel et de
la rue Jean-JacquesRousseau.
Une cour intérieure
à ciel ouvert et des
passages couverts
végétalisés.
28 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
L’ancien édifice
industriel, construit en
1886, va se transformer
en îlot urbain.
La Poste du Louvre
abritera un marché
aux fleurs.
DOMINIQUE PERRAULT ARCHITECTE/ADAGP (X3) – ELISE ROBAGLIA
Poste du Louvre :
changez tout !
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FRANCE
A quoi leur sert Benja
Préparatifs. Après le séminaire gouvernemental du 9 janvier, à l’Elysée, élaboration des « éléments de langage » de la
conférence de presse. Face à Emmanuel
Macron et Alexis Kohler
(secrétaire général de l’Elysée), le porteparole du gouvernement, Benjamin
Griveaux, est assis à la droite du Premier
ministre, Edouard Philippe. Entouré de
Benoît Ribadeau-Dumas (directeur de
cabinet – à g. du Premier ministre),
Marc Guillaume (secrétaire général du
gouvernement – debout, à dr., avec
lunettes), Charles Hufnagel (directeur de
la communication de Matignon) et
Nicolas Escoulan (directeur de cabinet de
Benjamin Griveaux – tenant un dossier).
30 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
min Griveaux ?
Paratonnerre. Le porte-parole du
gouvernement, devenu la cible
numéro un des gilets jaunes, irrite
jusque dans les rangs de la macronie.
Mais il assume, même ses « boulettes »…
ÉLODIE GRÉGOIRE POUR « LE POINT »
« Dans l’état actuel du pays,
mon job, c’est d’éviter que les gens
pensent qu’on leur raconte des
cacahouètes ! » Benjamin Griveaux
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 31
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
FRANCE
PAR ERWAN BRUCKERT
Q
ue peut-il désormais lui arriver de pire ? En quatre mois,
Benjamin Griveaux a tout
connu, ou presque, des mésaventures qui guettent un porte-parole :
les blagues qui tombent à côté, les
boulettes, des députés de la majorité qui le contestent ouvertement
sur les réseaux sociaux, la place de
deuxième homme le plus détesté
par les gilets jaunes après le président de la République, à touchetouche avec Christophe Castaner…
le tout sur fond de critiques, de
l’opposition comme d’une partie
de son camp, sur son incapacité à
apaiser les Français. Fallait-il y voir
une conséquence ou un hasard ?
C’est le portail de son ministère
qu’une quinzaine de factieux ont
choisi d’enfoncer à l’aide d’un engin de chantier, le premier samedi
de janvier. Beaucoup pour un seul
homme.
Pour en parler, Benjamin
Griveaux nous reçoit longuement
dans son bureau rue de Grenelle.
En cible aguerrie, le quadragénaire
en bras de chemise, les jambes croisées, démine tour à tour les sujets
sensibles et dresse lui-même la
liste des petits copains qui le vilipendent dans la presse : « Vous avez
les mecs qui veulent une place au gouvernement et qui auraient été ravis
que je sorte », et ceux avec qui il est
« en concurrence » pour la mairie de
Paris. Ça ne rate pas. Si la crise gouvernementale n’étoffe pas le
courage, elle délie les langues une
fois le micro éteint : « Il suffit de regarder comment s’en sort Benjamin
pour ne pas en rajouter. On ne tire pas
sur une ambulance », tance un député LREM, narquois. « Dès que
vous croisez quelqu’un dans Paris, il
vous dit du mal de Griveaux », ajoute
un autre prétendant à la capitale.
S’il reçoit, en réalité, autant de
louanges que de rosseries, c’est
que, sur l’échiquier du pouvoir en
place, il est à la croisée des ambitions personnelles et des querelles
de famille recomposée. Un acteur
central entre les macronistes pur
jus et les pièces rapportées qui
peinent parfois à supporter le « nouveau monde » auquel ils se sont
arrimés.
Avant de flatter Emmanuel
Macron ou de prononcer la
moindre vacherie à propos de ceux
qui l’empêchent de tourner en
rond, Benjamin Griveaux commence par sucer une pastille antiseptique pour sa gorge irritée.
Question de survie médiatique :
« Si je perds la parole, j’ai l’air con,
déjà que je n’ai plus de porte… » Ces
quatre derniers jours, il a maltraité
sa voix au cours de deux matinales
radio et d’une émission télévisée,
sans compter les interviews qu’il
accorde aux gratte-papier. Une
nécessité.
« Annulation de l’annulation ». Car, dix-huit mois après
avoir conquis l’Elysée, l’exécutif
compte encore trop peu de personnalités capables de sortir de leur
couloir pour le protéger. « Un vrai
problème dans le dispositif gouvernemental », soupire-t-on dans le premier cercle du chef de l’Etat, qui
fait de lui un rouage essentiel de
l’édifice macronien, plus que jamais bringuebalant. « C’est pendant la tempête qu’on voit les bateaux
bien amarrés. Benalla, les gilets
jaunes… On n’est pas toujours nombreux pour croiser le fer, et Benjamin
est toujours en première ligne »,
affirme Marlène Schiappa.
Même les plus vachards en
conviennent, le porte-parolat est
sans doute l’une des pires fonctions politiques qui soient. Impersonnelle, sacrificielle : « Ce qui est
certain, c’est que ce n’est pas dans son
« On lui donne un produit brut et il doit restituer
un produit fini. Parfois, Griveaux en vient
même à devoir faire des arbitrages… et après
on constate les dégâts. » Un « Macron boy »
32 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
intérêt, confirme l’ami Stanislas
Guerini, avec lequel Griveaux a
mené la campagne de DSK en 2006
et qu’il retrouve aujourd’hui à la
tête de La République en marche.
On s’abîme beaucoup, on peine à travailler son image personnelle. Il faut
faire le job, même quand tout le monde
se contredit à tous les étages de la fusée », conclut celui qui apprend à
composer avec les couacs. Pris à
Noël entre deux lignes sur la question des dépenses publiques,
« Stan » sollicite son pote « Ben »,
le référent qui irrigue en argumentaires le reste de la pyramide LREM :
« Comment je la joue là-dessus, moi,
maintenant ? s’inquiète Guerini.
– Voilà, bienvenue dans mon monde,
mon gars », ironise Griveaux.
Il faut dire qu’en termes de zigzags le secrétaire d’Etat a été servi,
alors même que l’une des faces cachées de sa besogne est justement
de limiter la casse, comme ce fameux 18 décembre, qui restera l’improbable jour de l’« annulation de
l’annulation » : une semaine après
les mesures exceptionnelles pour
le pouvoir d’achat annoncées par
Emmanuel Macron, Matignon décide d’annuler les aides à la transition écologique. A 17 heures, assis
sur son banc au Sénat, Griveaux
voit la dépêche AFP tomber sur son
smartphone. Ni une ni deux, il envoie un SMS au président de la République pour l’alerter et un autre
au député Laurent Saint-Martin,
vice-président de la commission
des Finances, pour agir. « Il faut buter ce truc ! » écrit-il au parlementaire. Bercy et Matignon finissent
par revenir sur leur décision. « Dans
l’état actuel du pays, mon job, c’est
d’éviter que les gens pensent qu’on leur
raconte des cacahouètes ! »
Voiture-bélier. Si ses passages
médiatiques ne représentent que
« 5 % du boulot », Griveaux est
conscient que c’est bien là-dessus
qu’est jugé un porte-parole, de plein
exercice qui plus est. Après la
langue de bois en chêne massif de
Najat Vallaud-Belkacem, la bougonnerie de Stéphane Le Foll et,
surtout, la gouaille de Christophe
Castaner, avec laquelle il voulait
trancher, l’ancien directeur de la
ÉLODIE GRÉGOIRE POUR « LE POINT »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
communication d’UnibailRodamco s’est cherché. Pour ses
tout premiers pas, il joue la neutralité, la sécurité. « A ses débuts, je
ne le reconnaissais pas, confie Guerini. Je le trouvais engoncé, je pense
qu’il voulait démontrer qu’il était solide, bon élève. » La confiance engrangée, Griveaux s’est mué en
porte-parole hybride. Cyclothymique, diront d’autres. Assidûment
posée sur la mélodie monotone des
éléments de langage, la voix du
gouvernement prend parfois des
libertés avec la partition. Quand il
s’agit de « protéger à tout prix le PR
et le PM [le président de la République et le Premier ministre,
NDLR] », elle s’assèche, grince, stridule. Il n’y a plus de bémol qui
tienne, les croches deviennent des
crochets. « Il est très offensif, il ne
tombe pas dans le politiquement correct et c’est très utile pour nous », commente-t-on à Matignon, quand
Ismaël Emelien, conseiller spécial
à l’Elysée, loue « sa franchise assez
directe qui rend sa parole intelligible
auprès des Français ». En résumé :
« Benjamin, il est rentre-dedans. Et,
quand c’est la boucherie, il faut des
bouchers ! » s’amuse un ministre. Le
Pen, Mélenchon, Faure, Wauquiez ?
Cisaillés. « Des faussaires de la politique », lâche-t-il à leur propos en
octobre au Figaro. Au sujet du président des Républicains, c’est
Griveaux qui fut désigné, il y a un
an, pour affronter Laurent
Wauquiez lors de « L’Emission politique » consacrée au nouveau patron de la droite. Mais la stratégie
de la voiture-bélier n’est pas toujours adaptée. « Quand, quelques
mois plus tard, Edouard Philippe dut
faire face à Wauquiez, on a revu la séquence ratée de Benjamin pour se préparer, se souvient un intime du
Premier ministre. L’idée, c’était de
faire l’exact inverse. A quoi ça sert de
paraître encore plus antipathique que
Wauquiez ? Il faut se montrer malin.
Mais ça, Benjamin, il n’y arrive pas,
il a naturellement un air cassant. »
Le porte-flingue prend d’ailleurs
souvent le meilleur sur le porte-parole : Griveaux s’octroie une certaine latitude dans l’exercice de
ses fonctions et « enjambe » parfois ses collègues. « C’est un alchi-
Reflet. Avant la conférence de presse relative
au séminaire gouvernemental, rue de l’Elysée, mercredi 9 janvier.
Le porte-parole du
gouvernement est
attentif aux dernières
recommandations
du Premier ministre,
en présence de Charles
Hufnagel (directeur
de la communication
de Matignon – de face)
et de Benoît RibadeauDumas (directeur de
cabinet – de profil,
à dr.).
miste, glisse l’un des “Macron boys”
originels. On lui donne un produit
brut et il doit restituer un produit fini.
Parfois, il en vient même à devoir faire
des arbitrages… et après on constate
les dégâts. »
Noms d’oiseaux. Une matinée
de décembre, interrogé sur le refus de Ford d’instaurer un plan de
reprise de son usine de Blanquefort, il menace l’entreprise américaine de ne plus être retenue lors
d’attributions de marchés publics.
« Je m’autorise ce genre de point de
pression, je me dis que ça peut servir
le PR ou le PM que quelqu’un le fasse »,
affirme-t-il fièrement quelques
heures plus tard dans son fauteuil.
Les premiers intéressés, eux,
goûtent moins l’initiative : « Il faut
toujours qu’il fasse un truc en plus !
grogna, le soir même, un conseiller de Bercy. Cette sortie sur les marchés publics, c’est juste un gadget !
Quand le ministre de l’Economie instaure un rapport de force avec la direction, est-ce vraiment le moment de
mettre de l’huile sur le feu ? » Heureusement, contrarier des …
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 33
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
FRANCE
négociations entre une
firme automobile et un ministre
n’a jamais fait trembler le pouvoir.
En revanche, secouer à plusieurs
reprises une foule composite en
gilet jaune, qui se durcit à mesure
que les jours passent, se révèle bien
plus problématique…
Depuis le début du mouvement,
le nom du porte-parole tapisse les
commentaires des groupes Facebook de Français en colère, souvent accompagné de plusieurs
noms d’oiseaux. De toute évidence,
Griveaux horripile par son rictus
sauvage, qui transpire l’arrogance.
« Je le sais, mais je me soigne ! » lancet-il en forme de pirouette quand
l’ancienne sénatrice Bariza Khiari
l’alerte sur « sa tendance à faire un
peu donneur de leçons ». « Je doute de
plein de choses alors que lui ne doute
jamais de rien, explique Guerini. Il
n’est pas du tout comme ça, mais c’est
certainement sur ce marqueur qu’il
doit progresser : sa sincérité. »
…
Proche du point Godwin.
Seulement, Benjamin Griveaux
électrise surtout par ses prises de
position, qui sonnent comme des
provocations. Passons sur la polémique Wauquiez, « candidat de ceux
qui fument des clopes et qui roulent
au diesel », qui a exaspéré nombre
de ses amis. Le Bourguignon persiste et signe : « J’ai dit “candidat
DES clopes et DU diesel”! Mon père
est mort d’avoir fumé des clopes et
roulé au diesel ; vous ne trouverez jamais de mépris dans ma bouche sur
ce sujet, parce que c’est mon enfance. »
Soit. Mais quelle idée de déclarer,
après le premier conseil des ministre de l’année, que le gouvernement devait « être encore plus radical
dans ses méthodes, ses manières de
faire » après une trêve des confiseurs apaisée ? Pourquoi diable devait-il, pour tancer la frilosité des
oppositions à condamner les vio-
lences de l’acte VIII, frôler le point
Godwin en qualifiant leur esprit
de « munichois » ? Car l’ex-socialiste,
qui adore répéter à longueur d’entrevues qu’il a « un vrai problème
avec l’autorité et aucune aversion pour
le risque », s’inscrit dans la lignée
des Sarkozy, Valls et Macron : dans
le camp de ceux qui prônent le parler-vrai plutôt que le sens de l’à-propos. Et il l’assume.
D’ailleurs, il assume toujours
tout, Benjamin Griveaux. « Je préfère ne pas laisser indifférent quand je
m’exprime. C’est toujours mieux,
quand vous faites de la politique… On
est dans une période qui teste les caractères et je ne fais pas partie des planqués ; je n’ai pas peur d’afficher mes
convictions. » Tout de même, n’est-ce
pas un brin antinomique lorsqu’on
s’exprime pour beaucoup plus
grand que soi ? L’expert en communication feint de ne pas saisir la
ligne de crête sur laquelle il doit
pourtant « funambuler » chaque
jour : celle qui sépare l’action –
« Dire, c’est faire », écrivait John Austin – et le bon tempo. Certains de
ses collègues au sein du gouvernement, issus d’un vieux monde où
l’on pratique avec plus de prudence
la disruption, commencent sérieusement à se désoler qu’au cœur de
la crise les écarts de forme gâchent
les efforts de fond : « Benjamin, il est
sympa, mais il est nul. Il n’est jamais
dans le bon timing ! Castaner a fait des
erreurs, mais on pouvait mettre ça sur
le compte de la maladresse. Benjamin,
ce n’est pas de la maladresse. Il est nul.
Point », désespère un ministre.
Le dernier exemple en date est
symbolique du ton péremptoire
regretté par ses détracteurs et d’une
forme de cassure avec ceux qui ne
sont pas nés de la cuisse d’Emmanuel Macron. Tandis que début
janvier les contours du grand débat national restent flous, l’exécutif est suspecté de vouloir interdire
« On est dans une période qui teste
les caractères et je ne fais pas partie
des planqués ; je n’ai pas peur d’afficher
mes convictions. » Benjamin Griveaux
34 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
la discussion autour de certains
sujets : l’ISF, le Mariage pour tous…
Comme souvent, Benjamin
Griveaux donne le la sur BFMTV :
pas question d’un « grand déballage » ni d’une « remise en question
de ce que [le gouvernement] a fait
ces dix-huit derniers mois ». Seuls
quatre grands thèmes, certes très
larges, seront donc explorés. Fallait-il, alors que la défiance grandit, décréter a priori ce sur quoi la
population pourra s’exprimer ?
« Un truc de dingue ». Côté
MoDem, la sortie du porte-parole
irrite. « Au minimum, il faut fermer
sa gueule ! » peste François Bayrou
en petit comité. Jacqueline Gourault, chargée de la Cohésion des
territoires, peine à cacher son mécontentement en privé, et le ministre des Relations avec le
Parlement, Marc Fesneau, traduit
le malaise en douceur sur France 2 :
« Personne ne muselle la parole de personne (…) Dans un débat, vous n’empêcherez pas quelqu’un de vouloir
aller à côtés des items. » Réponse du
porte-parole, droit dans ses bottes :
« C’est un truc de dingue si expliquer
qu’on ne va pas remettre en question
l’IVG, la peine de mort ou le Mariage
pour tous pose un problème ! Si certains dans la majorité ne sont pas à
l’aise avec ça, c’est sans doute qu’ils
n’ont pas bien lu le programme d’Emmanuel Macron ou peut-être qu’ils
n’ont pas été les compagnons de la première heure. » Et d’ajouter, un tantinet agacé : « Vous pensez qu’on n’a
pas suffisamment parlé du Mariage
pour tous ? Que les couples qui se sont
fait traiter d’animaux ont envie de revivre ça ? Là, c’est pas Griveaux qui
remet 10 balles dans la machine, c’est
eux. C’est eux qui veulent remettre de
la tension dans le pays. Certains, je
l’espère, ont encore quelques convictions, et elles ne doivent pas varier
avec la réalité du moment. »
Dans sa lettre adressée aux Français, Emmanuel Macron a tranché :
« Pour moi, il n’y a pas de questions
interdites. » Friture sur la ligne ? Virage dans le procédé ? Quoi qu’il
en soit, dans les semaines qui
viennent, Benjamin Griveaux aura
bien besoin de quelque pastilles
antiseptiques pour l’expliquer §
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Le président des villes et des cadres
Baromètre. Les promesses du grand débat
offrent un regain de
popularité à Macron.
PAR LAURELINE DUPONT
S
erait-ce la fin du calvaire ? Dans notre
baromètre Ipsos du mois de janvier,
réalisé avant la publication de la lettre
d’Emmanuel Macron, le chef de l’Etat grappille quelques points. Avec 23 % d’opinions
favorables (+ 3), contre toujours 74 % d’opinions défavorables (– 2), ce n’est pas une
franche et solide remontée mais enfin, les
promesses que renferme le grand débat
national, qui a débuté mardi 15 janvier,
semblent mettre l’opinion dans de meilleures dispositions à l’égard du président
et de l’exécutif. Edouard Philippe profite
aussi de cette éclaircie avec 25 % d’avis positifs (+ 3), contre 70 % de négatifs (– 2).
Emmanuel Macron, comme le Premier
ministre, doit en grande partie ce léger regain de popularité aux 60 ans et plus : 30 %
d’entre eux jugent avec bienveillance son
action (+ 9). D’autre part, la fracture territoriale et sociologique mise en lumière
par les gilets jaunes transparaît dans notre
baromètre. Macron reste plus plébiscité
dans l’agglomération parisienne (33 %
d’avis positifs, + 8) et chez les cadres (38 %
d’opinions favorables), tandis que les catégories populaires continuent à exprimer leur scepticisme, voire leur rejet (10 %
seulement émettent un avis positif). L’opposition profite-t-elle des errements de
l’exécutif ? Pas le moins du monde ! Dernier du classement général, Olivier Faure,
le patron du PS, plafonne à 8 % d’opinions
favorables (–4), Jean-Luc Mélenchon perd
3 points (23 %), tandis que Laurent
Wauquiez recueille 16 % d’avis positifs
(+1). Dans ce maelström, des personnalités surnagent, tels Nicolas Hulot, toujours
premier avec 57 % d’opinions favorables
(+ 6), et Nicolas Sarkozy, qui devient 4e du
classement en gagnant 6 points en deux
mois et 2 points le mois dernier (34 %) §
Baromètre Ipsos/« Le Point ». Quel jugement portez-vous sur l’action
des personnalités politiques suivantes ?
MARINE LE PEN
+ 2 points
ALAIN ROBERT/SIPA - CHRISTOPHE MORIN/IP3 PRESS/MAXPPP - CHAMUSSY/SIPA
Avec 29 % d’opinions
favorables, la cheffe du
Rassemblement national
est la seule personnalité de
l’opposition dont la popularité
est en nette progression.
Son calme affiché tout au long
de la crise semble payant.
+ 6 Nicolas Hulot
=
TOTAL
DÉFAVORABLE
%
57
36
51
42
43
41
44
41
38
52
37
51
+ 2 Nicolas Sarkozy
34
60
32
62
32
39
32
41
46
Jean-Yves Le Drian
+ 1 Xavier Bertrand
31
46
30
30
62
30
61
29
67
27
68
François Bayrou
28
60
28
61
+ 3 Marion Maréchal
28
64
25
66
+ 1 Martine Aubry
27
59
26
59
François Baroin
26
45
26
49
+ 3 Gérard Collomb
25
54
22
57
+ 2 Valérie Pécresse
24
54
22
58
+ 3 François Hollande
24
71
21
74
+ 1 Bruno Le Maire
23
58
22
60
+ 2 Anne Hidalgo
23
62
21
65
+ 1 Benoît Hamon
23
64
22
63
67
=
Ségolène Royal
+ 2 Marine Le Pen
=
=
– 3 Jean-Luc Mélenchon
23
71
26
+ 1 Jean-Michel Blanquer
22
38
21
41
+ 2 Christophe Castaner
21
63
19
64
+ 1 Marlène Schiappa
20
52
19
54
– 5 Nicolas Dupont-Aignan
20
67
25
63
+ 3 Christian Estrosi
18
58
15
60
– 5 François Fillon
18
73
23
68
Agnès Buzyn
16
42
16
46
+ 3 Gérald Darmanin
16
54
13
58
+ 1 Laurent Wauquiez
16
69
15
67
+ 1 Benjamin Griveaux
13
44
12
46
13
45
13
49
=
=
Muriel Pénicaud
– 2 Manuel Valls
12
80
14
78
=
Eric Ciotti
11
49
11
55
=
François de Rugy
11
53
11
55
8
39
12
40
– 4 Olivier Faure
+3 PAR RAPPORT À DÉC. 2018
TOTAL
TOTAL
FAVORABLE
DÉFAVORABLE
% RAPPEL
% RAPPEL
DÉCEMBRE 2018 DÉCEMBRE 2018
+ 1 Alain Juppé
=
Jack Lang
TOTAL
FAVORABLE
%
Quel jugement portez-vous
sur l’action du président
de la République?
74%
Défavorable
52%
40%
Favorable
23%
Avril
2018
Juin
2018
Sept.
2018
Nov.
2018
Janv.
2019
+3 PAR RAPPORT À DÉC. 2018
Quel jugement portez-vous
sur l’action du Premier
ministre?
70%
Défavorable
50%
36%
Favorable
25%
Avril
2018
Juin
2018
Sept.
2018
Nov.
2018
Janv.
2019
Enquête réalisée sur un échantillon national représentatif
de la population française de 1 005 personnes âgées de
18 ans et plus, interrogées par Internet les 11 et 12 janvier
2019. Méthode des quotas.
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 35
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
FRANCE
Service national universel,
PAR GUERRIC PONCET
L
e secrétaire d’Etat auprès du
ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse, Gabriel
Attal, est tiraillé entre les journalistes et les élèves pendant qu’il visite, lundi 14 janvier, un collège
de Clermont-Ferrand. Les premiers
veulent tout savoir sur la mise en
œuvre du service national universel (SNU), alors que les seconds
n’en ont… jamais entendu parler.
Pourtant, dans quelques mois, le
Puy-de-Dôme sera l’un des dépar36 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
tements pilotes du SNU, cette période d’engagement citoyen d’un
mois, bientôt obligatoire pour les
jeunes de 16 ans. Le projet a pris
de multiples formes depuis que le
candidat Emmanuel Macron avait
promis, début 2017, la mise en
place d’un « service militaire universel ». Les armées n’ayant plus les
moyens d’accueillir des centaines
de milliers de jeunes chaque année, l’exécutif a remplacé le « m »
par un « n ». Au revoir le service
militaire à l’ancienne, bienvenue
au service national universel.
Générateur d’inquiétudes pour
les familles, le brûlant dossier est
passé du cabinet de Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’Etat auprès
de la ministre des Armées, à celui
de Gabriel Attal. Le SNU approche
de sa phase de préfiguration. Dès
le mois de juin, treize départements l’expérimenteront à petite
échelle : Ardennes, Cher, Creuse,
Exposé. Le secrétaire
d’Etat à l’Education nationale et à la Jeunesse,
Gabriel Attal, présente
le SNU à Orcines (Puyde-Dôme), le 14 janvier.
Le Code
pour tous
Durant leur SNU,
les jeunes pourront
commencer leur formation au Code de
la route. Ils auront
ensuite accès
gratuitement à une
plateforme d’entraînement en ligne et,
lorsqu’ils seront
prêts, le gouvernement leur offrira
l’inscription à l’examen. Cela représente
une économie potentielle de plusieurs
centaines d’euros
pour les familles.
Eure, Guyane, Hautes-Pyrénées,
Haute-Saône, Loire-Atlantique,
Morbihan, Nord, Puy-de-Dôme,
Val-d’Oise et Vaucluse. Dans chacun d’eux, environ 200 « appelés »
de 16 ans, exclusivement des volontaires dans un premier temps,
seront réunis dans une cohorte représentative de la composition
moyenne d’une classe d’âge, avec
des décrocheurs, des jeunes en situation de handicap ou des étrangers nés sur le sol français.
Mise en place accélérée ?
Cette phase d’expérimentation
permettra au gouvernement de
définir le budget du SNU, que le
secrétaire d’Etat estime aujourd’hui
à « 1 à 1,5 milliard d’euros par an ».
« Je souhaite qu’en 2020 tous les départements accueillent une première
cohorte de quelques centaines de
jeunes », confie Gabriel Attal. La
mise en place à grande échelle se
VINCENT POILLET/RÉA POUR « LE POINT »
Exclusif. Le Point
lève le voile sur
le dispositif expérimenté dès le mois
de juin dans treize
départements.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
mode d’emploi
fera ensuite progressivement : « Le
rapport du général Ménaouine sur le
SNU évoque un régime de croisière
en 2026, mais je pense que nous pouvons aller plus vite et viser par exemple
2022 ou 2023. »
La partie obligatoire du SNU
sera divisée en deux phases de deux
semaines. La première, le séjour
de cohésion, se fera obligatoirement en internat, par exemple en
internat scolaire ou en centre de
vacances. Les élèves arriveront le
dimanche soir et repartiront une
douzaine de jours plus tard, le vendredi midi, à l’issue d’une cérémonie présidée par le préfet. Deux
semaines d’internat, « c’est court,
mais cela permet de côtoyer la différence », estime Jean-Yves Gouttebel, président du conseil
départemental du Puy-de-Dôme.
Lever à 6 h 30. Pendant leur séjour, ils seront répartis par maisonnées (c’est le terme officiel) de
dix au maximum. Ils se lèveront
à 6 h30 pour prendre un petit déjeuner, puis participer à une levée
des couleurs, avec salut du drapeau
et « Marseillaise ». Les activités seront organisées en demi-journées
de quatre heures : cohésion en
pleine nature, connaissance des
institutions et services publics, résilience et secourisme ou encore
esprit de défense. Des consultations auprès des jeunes durant l’actuelle journée du citoyen ayant
montré que les filles étaient demandeuses de cours d’autodéfense,
ce module a été ajouté au programme. Après un petit temps
libre et le dîner, la journée se ter-
« Maisonnées ». Les centres de vacances (ici, à Orcines) accueilleront
les jeunes gens.
Des « missions liées à l’entretien ou à la préservation du
patrimoine » ont été évoquées avec Stéphane Bern.
minera vers 22 heures, après un
conseil de maisonnée, qui permettra de « faire de la démocratie interne
pour organiser la vie en collectivité,
entre jeunes et par les jeunes », précise Gabriel Attal.
L’encadrement de premier niveau sera assuré par de jeunes
adultes titulaires du Bafa (un par
maisonnée), alors que les niveaux
supérieurs seront assurés par
les services déconcentrés de l’Etat,
des militaires et des partenaires
associatifs. Les groupes seront
composés de jeunes d’origines géographiques différentes : pas question d’envoyer toute une classe de
lycée au même endroit, par
exemple. Les déplacements seront
financés par l’Etat et se feront essentiellement en train. « Trop de
jeunes aujourd’hui naissent et grandissent dans un périmètre circonscrit
et n’en sortent pas », commente
Gabriel Attal. Les centres et les
activités seront mixtes, mais pas
les dortoirs. Les jeunes devront
porter un uniforme qui ne sera pas
un treillis, mais des « grades »
seront visibles sur celui des encadrants. Les téléphones seront
interdits durant la journée.
Structure d’utilité publique.
La seconde partie du SNU, la mission d’intérêt général, pourra se
faire soit en une fois, sur quinze
jours, soit de manière perlée, avec
de 84 à 120 heures réparties sur
l’année. Les appelés devront s’engager auprès d’une structure d’utilité publique proche de chez eux,
dans un secteur qu’ils pourront
choisir. « Etre au contact de publics
précaires ou affronter des situations
psychologiquement difficiles dans un
hôpital, cela doit relever d’un choix »,
assure le scrétaire d’Etat, qui a par
ailleurs rencontré Stéphane Bern
pour évoquer « des missions liées à
l’entretien ou à la préservation du
patrimoine », en complément des
traditionnelles missions civiques
« auprès des corps en uniforme ». La
dernière phase du SNU permettra
aux jeunes qui le souhaitent de
s’engager pendant plusieurs mois
dans des missions d’intérêt général à partir de 18 ans, via une labellisation des dispositifs de
volontariat déjà existants §
Quatre étapes dans la vie d’un « appelé »
1 Information
Avant
16 ans
Sensibilisation dès l’école
primaire. Journée d’information
des élèves de troisième.
de
2 Séjour
cohésion
A
16 ans
Etape obligatoire.
Douze journées en internat
pour les jeunes « appelés ».
au service
3 Mission
de l’intérêt général
A
16 ans
Etape obligatoire.
Quinze jours continus ou 100 heures
réparties tout au long de l’année.
sur la
4 Engagement
base du volontariat
Dès
18 ans
Labellisation des dispositifs existants :
cadets de la Sécurité civile, volontariat
dans les armées, associations…
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 37
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MONDE
Venezuela, voyage
Legende
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au bout de l’enfer
Traque. Poussés par la faim,
les Vénézuéliens se réfugient
dans les îles des Antilles
néerlandaises, où ils sont
pourchassés. Reportage.
DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE DANS LES CARAÏBES, CLAIRE MEYNIAL
Sacrifiés. Jessi Leon
(à g.) chez elle, dans le
quartier de La Vela de
Coro, au Venezuela. Sa
sœur Joselyn (en haut),
et son frère Dani (au
centre) ont fait naufrage, le 10 janvier 2018,
alors qu’ils tentaient de
gagner Curaçao.
Janaury (ci-dessus) a
péri dans le même
naufrage.
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 39
REPORTAGE PHOTO : PANOS/RÉA POUR « LE POINT »
D
ani Sanchez devait l’aimer, le tee-shirt Pablo
Escobar qu’on lui voit porter sur la photo. Il trône
dans un cadre argenté, entre un père Noël et des
verres à thé. Il pose comme un caïd. Au mur, une autre
photo montre une jolie brune, fin sourire et cheveux
bouclés sous son chapeau de diplôme. Joselyn Piña
était au chômage. « Dani était taxi-moto. Il n’y a plus
d’argent liquide dans le pays, il ne gagnait plus rien », relate Jessi Leon, leur sœur. Le bateau à moteur qui menait Dani, 33 ans, et Joselyn, 25 ans, à Curaçao a fait
naufrage le 10 janvier 2018. « Dani a pris un coup sur
la tête. On n’a pas retrouvé Joselyn. Une amnésique s’est
enfuie de l’hôpital de Curaçao, c’est peut-être elle… » Jessi
détourne ses yeux verts embués. Son père, deux frères
et un cousin sont là-bas, son mari est en Colombie.
Grâce à eux, « on survit, mais on ne vit pas ». Il y a un
hamac au milieu de la pièce, un lit pour enfant effondré dans lequel dort un bébé, des câbles qui pendent
du toit en zinc et un téléviseur qui crache un dessin
animé. C’est le seul bruit dans ce quartier de La Vela
de Coro, au Venezuela. La ville côtière est vide. Normeli Raz, l’épouse de Dani, travaille dans l’un des
rares restaurants : « Il est parti pour nos deux filles. Les
clients le payaient en nourriture, ça ne suffisait plus. Il était
déjà allé à Curaçao deux fois, on avait pu manger. Le maire
m’a promis une aide mensuelle, j’ai donné mon numéro de
compte. Et puis… rien. Ici, il n’y a plus que les femmes. Les
hommes partent. » Quarante-deux habitants auraient
péri dans la traversée en 2018. Non loin, Auri Chirina,
39 ans épuisée, renchérit dans sa maison vide : « Le
maire a promis d’aider, il m’a donné son numéro de portable. On n’a rien reçu. » Sa fille, Janaury, 19 ans, est
morte dans le même naufrage. Elle distribuait le « carnet de la patrie », carte d’adhésion aux aides sociales
du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), à la
mairie. « Elle répétait “je vais partir”, je la traitais de folle.
Un matin, elle n’était plus là. » Janaury était surnommée « la Blonde ». Sur l’album de photos, elle danse,
fillette rayonnante puis adolescente en robe …
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MONDE
Emeute de la faim.
Un groupe de personnes
bloque la route de
l’aéroport : les aliments
subventionnés n’ont pas
été livrés comme promis.
à volants. Tout, ici, dit la misère. Les cartons
écrasés du Comité local d’approvisionnement et de
production (Clap, aide alimentaire gouvernementale), les rues trouées où stagnent les eaux grises, les
magasins fermés, les chiens efflanqués. Sur le sable
blanc, léché par des vagues turquoise, les pêcheurs
discutent sous les palmiers. « Les hameçons sont devenus trop chers », explique l’un d’eux. Surveillés par la
Garde nationale bolivarienne (GNB, police militaire),
des hommes chargent des noix de coco sur un bateau
pour Curaçao. Ici, les fruits et légumes sont devenus
un luxe. Les chiffres ont perdu toute signification :
l’hyperinflation atteint 1,7 million %. Manger est devenu une obsession. L’omniprésence de la GNB peut
s’expliquer par la nouvelle délinquance, les crimes
motivés par la faim. Elle rappelle aussi que la démocratie est un lointain souvenir, dans la patrie du « socialisme du XXIe siècle » qui ne tolère plus la
contestation. Encore moins depuis la réélection de
Nicolas Maduro, le 20 mai 2018. « Chavez vit ! » hurle
un passant, alors qu’Andres Eloy, ingénieur à la retraite émacié, fulmine dans la cour de sa maison. Les
rues ont des oreilles. « Jamais, dans mes pires cauchemars, je n’aurais imaginé ça. J’ai perdu 12 kilos en un an,
je survis grâce à mes fils en Colombie et en Australie », décrit-il. La table de sa cuisine est encombrée de bouteilles d’eau, qu’il filtre. La mer est au bout de la rue,
mais on ne peut pas boire l’eau à La Vela, « le budget
de maintenance des équipements pour la rendre potable a
…
40 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
ANTILLES NÉERLANDAISES
MER
DES ANTILLES
ARUBA
Oranjestad
Punto Fijo
COLOMBIE
Maracaibo
« ABC »
Les îles d’Aruba,
Bonaire et Curaçao
ont toujours été un
lieu d’échange économique et culturel
avec le Venezuela.
Les Pays-Bas ont
avec leurs anciennes
colonies des rapports
compliqués, en particulier Curaçao, où
l’esclavage a été très
pratiqué. Les ABC
n’ont pas le même
statut : Bonaire est
une municipalité
des Pays-Bas. Curaçao et Aruba sont
des pays membres
du royaume.
É
CURAÇAO
BONAIRE
Willemstad
Coro La Vela de Coro
D E FA LCÓ N
T
TA
VENEZUELA
Caracas
0
100 km
disparu et il n’y a pas d’usine de désalinisation ». Celle du
robinet est marron.
Les Vénézuéliens n’en peuvent plus d’entendre
que leur pays est le plus riche en pétrole du monde.
La déliquescence des raffineries a tué la production
et toute l’économie, l’Etat du Falcon est dévasté. Danièle Iskandar, une Française, tient l’un des derniers
hôtels : « Je ne mets plus mes couvre-lits indiens blancs, je
ne peux plus les laver. Je ne sais jamais quand j’aurai de
l’eau. Je ne mets plus de savon dans les salles de bains. Les
clients volaient le papier-toilette, j’en mets juste un peu autour du tube. De toute façon, ils ont peur de faire la route,
il n’y a plus de pièces détachées. Je ne paie pas l’électricité,
mais on a des coupures tout le temps. La dernière fois, ça
a duré vingt heures. Le téléphone fixe ne marche plus, ni
mon mobile Movistar. » Les occupants de la maison historique voisine, en bois, sont partis. Il ne reste plus
une poutre. Tout se vole, tout se négocie. A l’hôpital
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Maduro défié
Abondance. Fruits et légumes transitent par le port de La Vela de
Coro (en haut) avant d’être vendus dans un supermarché d’Aruba.
Paradisiaque. L’île d’Aruba – au large des côtes vénézuéliennes –,
une destination très prisée des Américains.
de Punto Fijo, un carnet de vaccination contre la fièvre
jaune, exigé à Curaçao et Aruba, s’achète 60 dollars.
Il n’y a pas de vaccin, pas de médicaments, mais il
faut bien que les médecins vivent. Pour changer la
date, car il doit avoir été administré dix jours avant
le voyage, il faut ajouter un supplément.
Tout s’achète, sauf la nourriture. Les queues devant
les supermarchés sont l’occupation principale. « Je ne
peux pas évaluer l’inflation, je sais juste que les prix changent
d’une heure sur l’autre », déclare Edgar Bolivar, 62 ans.
D’après son groupe WhatsApp, il y aura de la farine
de maïs au supermarché, aujourd’hui. « Le salaire minimum est de 1 800 bolivars, mais 1 kilo de viande, c’est
1 200. Les mesures sont vaines, la seule solution, c’est d’avoir
quelqu’un à l’étranger. J’ai un fils au Pérou, un autre en
Equateur, je ne vivrais pas sinon », conclut-il. La dernière
dévaluation, en août, était de 96 %. Cinq zéros de moins
et un bolivar « souverain » qui n’a rien changé. Le pou-
L’investiture de
Maduro pour son
second mandat
de six ans, le 10 janvier, n’a pas été sans
provoquer des
remous. Le lendemain, Juan Guaido,
35 ans, président
du Parlement, seule
institution d’opposition, a déclaré devant un millier de
personnes à Caracas
que la Constitution
vénézuélienne lui
permettait d’assumer le pouvoir dans
le cadre d’un gouvernement de transition, s’il était suivi
par l’armée.
Le 13, il a été arrêté
pendant près
d’une heure par
les services de
renseignement puis
relâché. Il appelle à
la mobilisation massive le 23 janvier.
voir tient la population par l’estomac. Ce jour-là, une
centaine de personnes bloque la route de l’aéroport
avec des troncs d’arbres : « Je ne bougerai pas, j’ai laissé
ma mère affamée à la maison ! » hurle une femme. Les
Clap n’ont pas été livrés, à Concordia, depuis six mois.
« Il y a une bouteille d’huile, un paquet de riz, des lentilles,
de la farine, du lait… ça ne résout rien, mais sans ça on ne
vit pas », résume Estefania, son fils agrippé à son sein.
La GNB démantèle le barrage, sans une concession à
ces gens qui ont adhéré au parti pour une aide détournée. Une émeute de la faim. Dans le rôle des sans-culottes, un peuple qui se croyait riche. Dans le rôle de
Marie-Antoinette, Maduro, roi d’un eldorado devenu
tiers-monde. La conséquence de ce drame humanitaire est un sauve-qui-peut national. L’Onu estime que
3 millions de Vénézuéliens sur 32 sont partis et en
prévoit 5,2 millions pour 2019, à raison de 5 000 par
jour. La Brookings Institution, un cercle de réflexion
américain, en voit 8,2 millions dans les deux ans, soit
un quart de la population. « C’est la plus grande crise de
réfugiés au monde, plus que les Syriens qui fuient une guerre
depuis sept ans », souligne David Smolansky, coordinateur du groupe de l’Organisation des Etats américains pour la crise des réfugiés vénézuéliens dans la
région. Il tente de convaincre les pays d’organiser une
réponse collective : « Il faut que les conditions soient les
mêmes, que les Vénézuéliens arrivent en Equateur ou au
Panama. Et que le statut de réfugiés leur soit accordé par
défaut. »
Las Vegas sur l’eau. Certains, comme la Colombie, se démènent pour les accueillir. Mais un ancien
paradis est devenu l’enfer pour eux : Aruba et Curaçao, dans les Antilles néerlandaises. Au plus proche,
Aruba est à 20 kilomètres du Venezuela. De l’aéroport
de Las Piedras, l’avion met dix-neuf minutes. L’atterrissage est hallucinant : baigné par la même mer que
le Venezuela médiéval, c’est un Las Vegas sur l’eau.
Oranjestad, la capitale d’Aruba, dont l’économie repose sur le tourisme américain, est une suite de magasins Cartier, Breitling, Omega, de centres
commerciaux climatisés où l’on gagne une Porsche à
la tombola, de cafés où la salade coûte 20 dollars, de
yachts avec maîtres d’hôtel. Pour comprendre l’île, il
faut monter dans le taxi de Ramon, jovial colosse vénézuélien. Chaque jour, il transporte Carmen, chanteuse. Elle entre dans un nuage de parfum, en robe
lamée, perchée sur des talons vertigineux et se produit au Ritz-Carlton et au Hilton, avec un répertoire
casual chic. Mais, le soir, Ramon va chercher Wilfredo
et Juan à leur chantier. Ils appartiennent à …
Oranjestad, la capitale d’Aruba,
est une suite de magasins Cartier,
Breitling, de centres commerciaux où
l’on gagne une Porsche à la tombola.
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 41
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MONDE
l’armée de l’ombre qui fait vivre Aruba et Carmen, grâce à ses hôtels de 2 000 chambres posés sur le
sable fin. Ceux qui les construisent, les nettoient et y
cuisinent sont des Vénézuéliens, en majorité clandestins. Sur 110 000 habitants, le gouvernement clame
que 10 000, avec et sans papiers, sont vénézuéliens.
Personne ne sait d’où sort ce chiffre.
Depuis le 10 octobre 2010, Aruba, Curaçao, Saint-Martin et les Pays-Bas sont membres égaux du royaume
des Pays-Bas. La Défense et les Affaires étrangères sont
du ressort du royaume, et la Migration de chacun.
Aruba a ratifié la Convention de l’Onu relative au statut des réfugiés en 1951 et est liée par la Convention
européenne des droits de l’homme signée par les PaysBas pour le royaume. Le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) a délivré 400 certificats, après entretiens,
à des Vénézuéliens en danger, qui ne peuvent être déportés mais n’ont pas le droit de travailler. En septembre, Aruba s’est réapproprié la procédure, à l’arrêt
depuis. Elle soutient que les Vénézuéliens qui viennent
sont des migrants économiques, que rien n’oblige à
protéger. La police multiplie les rafles et déporte en
masse, sauf les porteurs du certificat. Wilfredo et Juan,
clandestins, s’interdisent donc le bus. Ils consacrent
75 à 100 florins (37 à 50 euros) par semaine aux trajets, sur les 500 à 700 (245 à 345 euros) qu’ils gagnent
et envoient 100 dollars (87 euros) à leur famille. Ils
vivent dans la terreur, leur vie se résume au travail.
« On sort à 6 heures et on rentre à 16 heures. Jamais une
bière, on ne sort que pour faire les courses, tous les quinze jours.
La plage, je l’ai vue trois fois en un an », dépeint Wilfredo.
Ceux qui sont arrêtés par les Warda nos costa, « gardecôtes » en langue papiamento, sont menés dans une
prison spéciale avant d’être renvoyés, quand ils peuvent
payer leur billet. Ils sont ensuite interdits de séjour
pour trois ans et prennent des bateaux clandestins
pour revenir.
…
Menaces de mort. La prison est propre, son parloir climatisé. Ely Parcas, costaud de 37 ans, vient d’être
raflé sur son chantier : « Ils ont voulu me faire signer un
texte en néerlandais, mais je sais que ça dit que je veux rentrer au Venezuela. J’ai refusé. J’ai le papier du HCR. » Cela
enrage les autorités, mais Ely était garde du corps d’un
gouverneur d’opposition, son coéquipier a été assassiné. Il a passé deux ans en prison au Venezuela. Loin
d’être isolé, son cas prouve que la notion de migrant
économique n’a plus de sens pour les Vénézuéliens.
Il suffit d’aller chez Ramon, qui vit avec seize compatriotes. De 2003 à 2016, ceux qui voyageaient touchaient des dollars à taux préférentiel. Ils faisaient la
fortune d’Aruba et descendaient dans des maisons-dortoirs. La propriétaire de celle de Ramon, avec piscine
et barbecue, en héberge toujours, mais le rapport de
forces a changé. Certains ont le papier du HCR, tous
travaillent, en fraude. Leurs histoires montrent qu’ils
n’ont pas eu le choix. Ramon transportait du matériel
de construction et a été séquestré pendant deux jours.
« J’ai porté plainte et les menaces de mort ont suivi : une couronne mortuaire, des coups de fil… » Sa famille est restée
42 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
« Privilégiés ».
Les marins
vénézuéliens restent
trois mois légalement
sur leur bateau. Rien ne
pousse sur les îles,
qui se nourrissent
des fruits et légumes
du Venezuela. Pour
400 dollars, certains
vendent le trajet retour
aux clandestins.
Hyperinflation
Le salaire minimum
est récemment passé
à 36 000 bolivars.
Il a augmenté six
fois en un an. Le FMI
estime que l’hyperinflation atteindra
10 millions % en
2019.
à Maracaibo, car l’un de ses fils n’a pas de passeport,
qui coûte 5 000 dollars. A côté, Veronica, 29 ans, menue et piercée, rédigeait les communiqués de l’organisme d’aide alimentaire public : « Cinq cents tonnes
d’aide avaient été livrées au Falcon et ma chef m’a ordonné
d’écrire qu’il y en avait 200, car 300 avaient été détournées.
J’ai refusé. On m’a changée de poste, et on a dit à mon mari
que lui et ma fille de 2 ans allaient le payer… » D’autres
logent dans des maisons sans eau ni électricité, loin
du carton-pâte d’Aruba. Dans sa cour, William, 31 ans,
chauffeur de taxi, raconte qu’il a refusé de transporter des Clap détournés par un élu local qui l’a menacé
de mort. Americo, 28 ans, a été accusé de voler dans
un chantier d’électrification à la place de son chef.
Efrain, 23 ans, a surpris le sien, à la mairie de Pueblo
Nuevo, dérobant du matériel de construction et a été
menacé de mort. Le Venezuela, gangrené par la corruption, est une immense mafia où les faibles sont à
la merci des puissants. Les déporter, c’est les condamner à mort, en violation des conventions internationales. Les Pays-Bas soutiennent que les îles sont
autonomes et qu’elle ne peut intervenir.
L’élégant Arthur Dowers, ex-ministre de la Justice,
« Ils ont voulu me faire signer un texte
en néerlandais, mais je sais que ça dit
que je veux rentrer au Venezuela. J’ai
refusé. » Ely Parcas, raflé sur son chantier
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Amsterdam des
tropiques. L’île de
Curaçao compte
officiellement
16 000 Vénézuéliens
sur 160 000 habitants.
reçoit dans un café où les serveuses aux dents étincelantes portent des bonnets de père Noël : « Les gens
doivent demander l’asile à l’aéroport. Ils ne peuvent décider après trois mois de visa tourisme de rester parce que
la plage et les filles sont belles. Nous avions peur que le Venezuela ne s’effondre, ça ne s’est pas produit. » Est-il allé
vérifier ? « Non. Je ne suis jamais allé en Amérique latine,
je déteste la corruption. » Pourtant, beaucoup de chantiers pharaoniques d’hôtels sont financés par de
l’argent vénézuélien récent et douteux. Et Dowers
connaît le régime, il était en poste quand Hugo Carvajal, ancien chef des renseignements de Chavez, fut
nommé consul à Aruba en 2014. Les Etats-Unis, qui
l’accusaient de trafic de cocaïne, avaient demandé
son extradition et il avait été arrêté. « Le ministre des
Affaires étrangères vénézuélien, Elias Jaua, m’a appelé en
hurlant, révèle-t-il. Il a fermé les frontières, 500 personnes
étaient bloquées à l’aéroport. » Le Venezuela envoie des
navires de guerre, Aruba tient bon. Mais les Pays-Bas
ordonnent de relâcher Carvajal. « C’est une journaliste
qui me l’a appris, j’étais furieux », confie Dowers. Aruba
a beau être autonome, certains sujets méritent que
l’ancien colon s’y penche. En janvier 2018, Nicolas
Maduro a fermé la frontière avec les îles pendant trois
mois, les accusant de contrebande, ce qui a bloqué
l’importation de fruits et légumes vénézuéliens. En
avril, Stef Blok, ministre des Affaires étrangères néerlandais, a rencontré Tareck el-Aissami, vice-président
du Venezuela, visé par des sanctions américaines et
européennes pour son implication présumée dans
le trafic de cocaïne colombienne. Résultat, les frontières ont rouvert et les Pays-Bas ont accepté comme
Protection
Le HCR tente
de faire appliquer
par défaut
aux Vénézuéliens
la Déclaration
de Carthagène,
mécanisme
de protection créé
en 1984 entre les
pays de la région
pour faire face à
l’afflux de réfugiés
d’Amérique
centrale. Aruba
ne l’a pas signée
et Curaçao, qui
l’a adoptée par
acclamation au
Brésil en 2014,
considère qu’elle est
non contraignante.
consul d’Aruba le général Carlos Mata Figueroa, ancien ministre de la Défense de Chavez et personnage
trouble. Le renvoi des migrants vénézuéliens aurait
fait partie de l’accord. Shell, compagnie pétrolière
néerlandaise (qui veut revendre à Maurel et Prom),
était encore dans le lac Maracaibo.
Curaçao a respiré. L’île se nourrit des fruits partis
de La Vela. Sur le port, les montagnes de bananes,
coco et tomates et l’effervescence rappellent le Venezuela d’avant. Les marins gagnent des devises, « mais
l’inflation mange l’euro et le dollar », nuance Ronald,
60 ans, de Coro. L’île est aussi néerlandaise qu’Aruba
est américaine, le centre-ville de Willemstad évoque
une Amsterdam des tropiques. L’économie, liée au
Venezuela à cause de la raffinerie louée à PDVSA, s’est
effondrée. Officiellement, il y a 16 000 Vénézuéliens
sur 160 000 habitants, 10 % aussi. A l’aéroport, ils
doivent montrer qu’ils possèdent 1 000 dollars pour
deux semaines, et leur visa de tourisme est d’un mois,
renouvelable deux fois, pour 525 florins (260 euros).
Curaçao n’a pas signé la Convention de 1951 et rechigne à appliquer la Convention européenne. En
juin, le HCR, qui avait délivré 300 certificats, a été
poussé dehors. Conscient de la capacité limitée des
îles, il réclame que les demandes soient traitées, quitte
à déplacer ceux qui obtiennent l’asile. Mais rien dans
la Constitution de Curaçao ne le prévoit.
Torture. En septembre 2018, Amnesty International a sorti un rapport alarmant sur le barak, la prison
des clandestins. Il décrit les toilettes sans porte des
femmes, les hommes entassés, les mauvais traitements. Deux demandeurs d’asile y ont passé des mois.
Lino Z., 25 ans, téléphone grâce au crédit qu’on lui a
acheté : « Je travaillais au ministère de la Santé, à Coro.
Je devais installer la machine à voter, pour la présidentielle du 20 mai 2018. Le soir, la responsable de la machine
tape un code et proclame que Maduro a gagné. Je le refais,
je vois qu’elle ment, je tente de changer le résultat. Le Sebin [Service bolivarien de renseignements national]
m’a cherché. Je me suis caché dans une colline en attendant
un bateau et je suis venu avec mon neveu. » Le Sebin est
connu pour torturer, dans la prison de l’Hélicoïde, à
Caracas. Il passe le combiné à Maurico O., 19 ans, le
neveu : « J’étais GNB, à Petare [bidonville près …
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 43
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MONDE
de Caracas] pour surveiller la machine. Au retour
du dîner, on nous a dit qu’un sergent, d’opposition, avait
tenté de modifier les résultats. Les témoins, trois camarades, avaient été tués. Le DGCIM [contre-espionnage
militaire] m’a cherché jusqu’à Coro. » Que deux membres
d’une famille aient été témoins de fraudes pour la
même élection peut étonner. Guillermo Salas, du
groupe Esdata, qui étudie les manipulations électorales, réagit : « Je ne peux pas confirmer ces histoires, mais
c’est possible de changer les résultats des machines, elles
sont faites pour ça. Le pouvoir exerce une répression féroce
sur ceux qui en parlent, il ne permet pas qu’on dise qu’il
est illégitime. » Si Lino et Mauricio disent vrai, leurs
vies sont en danger en cas de déportation. « On est ici
depuis le 17 août, les toilettes débordent, il fait une chaleur
de bête, on est dévorés par les moustiques. Mais un an ici
vaut mieux que deux jours en prison au Venezuela », soutient Lino. Mauricio renchérit : « Ils vont me torturer
et me tuer. » Leurs avocats plaident l’article 3 de la
Convention européenne – « Nul ne peut être soumis à
la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants » –, dont découle le principe de non-refoulement. Mais le gouvernement multiplie les obstacles
à la protection.
Impossible de voir le ministre de la Justice, on nous
prie d’envoyer des questions par écrit (sans réponse).
…
Incognito.
Un clandestin
vénézuélien pose
à son domicile sur
l’île de Curaçao.
Les migrants vivent
dans la peur, ils ne
prennent jamais
le bus pour ne pas
être arrêtés.
« Les toilettes débordent, on est
dévorés par les moustiques. Mais
un an ici vaut mieux que deux jours
en prison au Venezuela. » Lino
44 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
Même chose pour le ministre néerlandais des Relations entre les membres du royaume. « Selon notre
charte, il doit assurer le respect des droits humains et si l’un
des membres n’y parvient pas, les autres doivent l’aider. Le
rapport d’Amnesty International décrit de sérieuses violations et les Pays-Bas, membre le plus riche, devraient au
moins fournir des avocats », analyse Thomas Van Houwelingen, avocat spécialiste en migration aux Pays-Bas.
Le pays se serait contenté d’envoyer 130 000 dollars
pour moderniser le système carcéral, alors qu’il a promis 4 millions de dollars d’aide à la Colombie face à
la migration vénézuélienne. Il a aussi envoyé des experts juridiques. « Le niveau d’ignorance est sidérant, témoigne l’un d’eux. Ils sont effrayés par l’article 3. Ils
disent que l’asile n’existe pas dans leur Constitution, mais
il suffit de créer une loi. On leur explique aussi le trafic d’êtres
humains, avec des Nigérianes. Il y a un manque de solidarité féminine envers les Vénézuéliennes. » Beaucoup sont
entraîneuses dans les « snacks », bars où elles poussent
les clients à consommer. Ce sont les trago girls (trago :
« verre » en espagnol), les ficheras (de ficha, « jeton »,
preuve d’achat du verre). Cachée dans la maison où
elle est devenue employée, Luisa, 32 ans, témoigne :
« On ne paie pas les 400 dollars du bateau. On arrive avec
une dette, jusqu’à 2 000 dollars, à rembourser en un mois,
sinon on te force à te prostituer. Un verre rapporte 1 ficha,
6 florins [3 euros], une passe, c’est 150 [75 euros]. Impossible de fuir. S’ils te retrouvent, les vigiles te frappent et te
font déporter. Certains snacks, comme la Flor de Noruega,
gardent ton passeport. » Le drapeau du Venezuela y est
punaisé à côté de celui de Curaçao. La patronne est colombienne, mais les 20 filles en robe moulante sont
vénézuéliennes. Maria, 20 ans, en rose, était étudiante
en design et vient souvent pour un mois, pour ne pas
risquer la déportation. Sa voisine, Nelimar, 30 ans,
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traits creusés par un an et demi ici, a laissé à Coro son
emploi dans une banque et ses quatre enfants auxquels
elle envoie tout. Elle hausse la voix, au-dessus du reggaeton : « La patronne paie, elle est prévenue avant les descentes. »
La dernière fois que Luisa a été arrêtée, elles étaient
15. « Les policières du barak nous disaient : “Vous êtes de sales
putes venues baiser nos maris.” Les conditions sont ignobles,
certaines couchent pour du déo, des biscuits… Ensuite, on t’emmène menottée comme une criminelle à l’avion. » La xénophobie s’exprime sans honte. « Il y a un an, je voulais les
aider, maintenant, si j’en vois un, je le dénonce, assène Robi,
entrepreneur. Ce sont des voleurs, à 95 %. » Il en emploie,
pourtant : « Je les paie 65 florins [32 euros] par jour au lieu
de 100 [49 euros], mais je les loge. Je viens d’en prévenir deux
que le chantier se terminait. Ils sont partis sans dire au revoir !
Ils se prennent pour les rois du monde. » Un matin, sur la
plage, Robi a vu un chien qui mâchonnait quelque chose.
« Un cadavre, tout blanc. Il y en avait deux ou trois autres, j’ai
appelé la police… Je vous aurais montré les photos, mais j’ai
tout effacé. » C’était le 11 janvier, dans la baie de Labadera.
La mer y est poussée par un vent si fort qu’on a planté
des éoliennes. Elle se rue avec rage sur le rivage corallien,
ciselé comme des milliards de couteaux. Les ordures du
Venezuela gisent dans les criques : des boîtes de fromage
à tartiner Mavesa, des tubes de dentifrice… et des morceaux de bois rouge. Les restes d’un bateau.
« J’en peux plus ! » A peine déportée, Luisa a voulu
repartir. Elle est allée sur la colline de San José de la Costa,
avec d’autres. « On s’était rencontrés et organisés dès le barak, mi-novembre, révèle Edison, 37 ans, regard perdu.
Dani et Joselyn étaient là. Sur la colline, on a attendu un mois.
Le 10 janvier, on s’est perdus. La mer était déchaînée, le pilote
a barré, on a pris une vague de face. Le bateau s’est retourné.
Mon ami Jaime hurlait : “J’en peux plus !” mais personne ne
pouvait sauver personne. On a nagé quatre heures, puis on a
pris ce qui avait échoué sur la plage. Dans le sac en plastique
de Joselyn, il y avait des chocolats, on les a mangés. Un téléphone aussi : j’ai appelé sa cousine qui vit là, elle pensait que
c’était elle… » Luisa est si menue qu’on peine à croire
qu’elle ait survécu. Sur 30 passagers, 5 sont morts, 9 ont
disparu et des restes humains n’ont pas été identifiés.
« Quand le bateau s’est renversé, on a tous sauté, sauf un qui
dormait… » On lui montre la photo de Janaury. « La blonde ?
Elle s’agrippait à mon épaule. J’ai dit : “Lâche-moi !” mais elle
s’accrochait… Je l’ai frappée. » Elle sait qu’elle devrait dire
qu’elle est désolée. « C’était elle ou moi. Tout le monde hurlait. On était un groupe de quatre en tête, il y avait un mec,
sa sœur ne suivait pas. » On lui montre la photo de Dani.
Elle hoche la tête : « Le petit gros ! Il était marrant sur la colline… Il a plongé pour rejoindre sa sœur, mais il a heurté une
pierre. Il est remonté avec un trou dans la tête. Elle, son corps
n’est jamais réapparu. Mon amie enceinte avait pris un bidon d’essence qui flottait, elle m’a mis la main dessus. Elle
criait : “Pense à tes enfants !” J’ai grimpé sur les coraux, en
sang… Ça valait le coup. D’ici, j’envoie des médicaments à
mon père qui a eu un AVC. Il a été dévalisé en rentrant d’Aruba,
les gens pensaient qu’il était milliardaire… On ne peut plus
vivre au Venezuela. Mais si Dieu m’a laissée en vie, il y a une
raison. Ça va changer là-bas. Non ? » §
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46 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
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L’art
de négocier
Vade-mecum. Avec son employeur, son conjoint,
ses enfants, en affaires, en politique, les nouvelles méthodes
pour obtenir ce que l’on souhaite et éviter les conflits.
PAR VIOLAINE DE MONTCLOS
S
i cet été, comme les dix étés qui ont précédé, votre
conjoint a choisi la destination des vacances – la
Provence quand vous rêviez de Bretagne ; si les
discussions avec vos enfants sur le nombre d’heures
passées devant les écrans se transforment en pugilat quotidien ; si, malgré des demandes répétées à
votre direction, votre salaire stagne misérablement
depuis des années, alors vous n’êtes sans doute pas,
admettez-le, un as de la négociation… Peut-être d’ailleurs êtes-vous convaincu qu’un bon éducateur ne
« négocie » pas avec sa progéniture – vous ne croyez,
en cela, qu’à l’autorité. Quant à la possibilité d’une
négociation avec votre patron ou avec votre compagne, elle ne vous évoque qu’un marchandage sans
panache, une sorte d’aveu de faiblesse qui ne sied
pas à l’idée que vous vous faites des relations humaines. Ni, peut-être, à l’idée que vous vous faites de
vous-même…
« Cette connotation spontanément négative est assez
franco-française. Le compromis, résultat naturel d’une
négociation, semble à beaucoup trop proche de la compromission, explique Aurélien Colson (1), professeur de
« La solution se trouve presque
toujours dans ce qu’on va entendre
chez la partie adverse. »
Lionel Bellenger, intervenant à HEC
sciences politiques à l’Essec et responsable de l’Institut de recherche et d’enseignement sur la négociation. Pourtant, ailleurs en Europe, en Allemagne ou dans
les pays scandinaves, la négociation est au contraire une
noble activité au cœur du bien commun ; elle élève ceux
qui s’y consacrent. Un des négociateurs favoris de Louis XV,
Antoine Pecquet, a défini en 1737 la négociation comme
“l’instrument de la réconciliation entre les princes” – on
dirait aujourd’hui “entre les peuples”. »
La négociation comme antidote à la violence,
comme moyen de sortir, par le haut, des conflits inhérents à toute société humaine. Mais qu’ont à voir
vos anecdotiques soucis domestiques avec les pourparlers diplomatiques qu’évoque l’émissaire de Louis XV ?
Tout, justement. Car, quels que soient l’enjeu, le
contexte, le nombre de parties en présence, l’art de
bien négocier obéit à des constantes applicables, en
fait, à tous les domaines. « La négociation est au cœur
de toutes les relations sociales et, qu’il s’agisse de pourparlers diplomatiques, de discussions commerciales ou de la
simple recherche de compromis conjugal, elle requiert en
fait les mêmes qualités », affirme Lionel Bellenger (2).
Pour cet ancien professeur de philosophie qui enseigne aujourd’hui la négociation à HEC, la première
des vertus du bon négociateur est la capacité à… écouter. « Un beau parleur croit qu’il va exceller en négociation en dominant l’autre par le verbe, mais c’est précisément
l’inverse. C’est d’abord l’oreille qu’il faut exercer, car la solution se trouve presque toujours dans ce qu’on va entendre
chez la partie adverse. Le syndicaliste Henri Krasucki était
un piètre communicant et sa manière de s’exprimer a été
beaucoup moquée, mais c’était un négociateur hors du commun. » Deuxième vertu à travailler : le respect …
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 47
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EN COUVERTURE
… de l’autre. Mieux vaut ne pas exagérément tirer parti des avantages ou des points déjà gagnés, car,
si vous écrasez l’adversaire, vous risquez de payer
cette humiliation plus tard. Dernière qualité primordiale aux yeux de Lionel Bellenger : le pragmatisme.
« Beaucoup pensent que négocier consiste à démontrer
qu’on a raison. Mais c’est un contresens ! Négocier, c’est
obtenir l’accord de l’autre, ce qui est bien différent. » En
somme, asseyez-vous à une table de négociation avec
la ferme intention de rester constant dans vos prérogatives, et vous courez, à n’en pas douter, à votre perte.
Vous devez apprendre à vous adapter, à changer si besoin votre fusil d’épaule en cours de pourparlers.
« François de Callières – diplomate sous le règne de Louis
XIV et auteur d’un extraordinaire petit traité sur l’art de
la négociation (3) – explique que le bon négociateur doit
savoir “quand être ferme comme le roc” et “quand être
souple comme le saule pleureur”, cite Aurélien Colson. Cette capacité personnelle d’adaptation selon les su-
Pression. Auteur de
« L’art de négocier »,
Donald Trump est
persuadé que les
méthodes qui ont fait
sa fortune dans les
affaires peuvent
s’appliquer dans la
diplomatie.
jets, les interlocuteurs et les circonstances reste aujourd’hui
au cœur de l’acte de négociation. »
Hélas, cet art subtil, vecteur d’équilibre familial,
social, entrepreneurial, politique, qui requiert méthode et connaissance de certains fondamentaux,
ne fait l’objet d’aucune transmission académique. Il
existe bien des cours dispensés dans les écoles de
commerce ainsi qu’un master de négociation internationale accessible à la Sorbonne, mais la plupart
des gens passent leur vie à négocier sans que personne ne leur ait appris comment procéder. « Les ingénieurs diplômés, par exemple, vont passer leur temps,
comme chefs de projet, à négocier des ressources, des délais, des moyens, et ils n’ont jamais eu le moindre cours
sur la question », regrette Bellenger. Certains s’en sortiront tout de même. D’autres perdront une énergie
et un temps considérables, et s’enliseront dans d’interminables conflits.
Mais suffit-il d’obtenir l’accord de l’autre …
lest et retourner à la négociation un an
après, conseille la jeune femme. Braquer les gens, c’est la plus grosse erreur. »
D’après cette trentenaire, il faut
avant tout savoir jusqu’où on est prêt à
aller dans une négociation et ne pas
hésiter à faire part d’idées inattendues
et taillées sur mesure. « Certains magasins qui souhaitaient distribuer nos bijoux
nous ont demandé des taux de commission
trop élevés. Nous ne pouvions pas les accepter, car cela faisait trop augmenter nos
prix de vente. Pour les convaincre de baisser leurs tarifs, nous leur avons proposé
une contrepartie créative, c’est-à-dire que
nous leur avons suggéré de suivre à nos côtés une formation au commerce en ligne.
Ils ont accepté. Dans le même genre
d’idées, nous avons négocié à un bon prix
une campagne d’affichage dans le métro
parisien, car, en contrepartie, j’ai mis à
leur disposition mon carnet d’adresses
pour leur apporter de nouveaux clients. »
Autre exemple : dans le cadre d’une
Convaincre. Pour Pauline Laigneau, entourée ici d’une partie de son équipe, il ne faut pas hésiter à surprendre. levée de fonds, Pauline Laigneau, avec
ses associés, soigne l’estimation de la
valorisation de son entreprise. Car qui
t-elle. C’est pour cela que, selon elle, il
auline Laigneau est cofondatrice du
dit levée de fonds dit entrée dans le casite de vente de bijoux Gemmyo, créé faudrait s’efforcer de conclure des accords gagnant-gagnant. « Cela peut sem- pital de nouveaux investisseurs. « Il
en 2011, qui compte aujourd’hui
faut trouver des experts qui confirment le
bler contre-intuitif, mais il ne faut pas
trente salariés. Au quotidien, elle doit
chiffrage, expliquer la démarche et, surnégocier avec ses actionnaires, ses four- négocier pour négocier. Il ne faut pas aller
grappiller quelques euros pour sa fierté per- tout, il faut être le premier à ancrer un
nisseurs et aussi mener des opérations
chiffre cohérent dans la négociation.
commerciales. « Ce ne sont pas des adver- sonnelle. Cela peut se savoir, braquer les
gens et nuire à moyen et long terme à votre Cela servira de base de discussion »,
saires, ce sont des partenaires avec qui il
explique-t-elle § BEATRICE PARRINO
réputation. Mieux vaut parfois lâcher du
faut nouer des liens durables », affirme-
P
48 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
KHANH RENAUD POUR « LE POINT »
Pauline Laigneau, cofondatrice du site Gemmyo
« Braquer les gens, c’est la plus grosse erreur »
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EN COUVERTURE
pour être satisfait de la négociation menée ? Et
à quoi reconnaît-on, au fond, une négociation réussie ? « A ce que son résultat dure dans le temps, assure Aurélien Colson. Un bon accord n’a pas besoin d’être
renégocié chaque matin. Cela signifie qu’il est productif –
il crée quelque chose que chaque négociateur ne pouvait atteindre seul – et il est équitable – chaque négociateur y trouve
son intérêt. C’est la négociation qui a ainsi durablement rétabli la paix en Nouvelle-Calédonie avec les accords de Matignon en 1988 puis ceux de Nouméa en 1998. » Derrière
la poignée de mains historique, le 26 juin 1988, entre
Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur, un marathon
de pourparlers entre les délégations kanak et caldoche,
sous la médiation de Michel Rocard, et alors que la
Nouvelle-Calédonie est en train de basculer dans la
guerre civile. Les dissensions sont innombrables, mais
les deux leaders semblent déterminés à trouver un accord politique, et Rocard, en faisant pénétrer secrètement les délégations dans les jardins de Matignon, les
…
« Négocier ne consiste pas à démontrer qu’on a raison. C’est obtenir
l’accord de l’autre. » Lionel Bellenger
prévient solennellement : « Nous sortirons avec la paix
ou la guerre. » Jacques Lafleur racontera plus tard :
« Nous avancions sur une voie commune en laissant de côté,
pour un temps, ce qui nous divisait trop fortement. » La négociation dans ce qu’elle a de plus noble…
Bien différents furent les pourparlers diplomatiques de Camp David, qui aboutirent au traité de
paix israélo-égyptien de 1979. Pour l’historien et politologue Pascal de Crousaz, Camp David fut d’abord
la démonstration éblouissante des techniques de négociation israéliennes. « Les Israéliens ont utilisé tout
l’arsenal de la négociation dite brutale, ce ne fut qu’un rap-
Hélène Bourbouloux, administratrice judiciaire
« Un bon accord est souvent le résultat de sueur et de pleurs »
cela est bien préparé, les parties ne pourtager le diagnostic. Il faut établir un état
ieux vaut ne pas croiser Hélène
ront se chamailler que sur le décorum. »
des lieux, présenter les problèmes et indiBourbouloux sur son chemin. Non
quer comment on souhaite s’en sortir. Sans Pour l’administratrice judiciaire, le sucpas qu’elle soit antipathique, mais dicès d’une négociation passe forcément
cela, les autres parties peuvent avoir l’imsons qu’elle pratique un métier bien
par la confidentialité. « Une entreprise
pression de se faire rouler », insiste-t-elle.
particulier. Cette quadra est en effet
pourra tout dire d’elle si les autres parties
Ce n’est qu’ensuite qu’il est possible
administratrice judiciaire, elle accompagne les entreprises en difficulté. Avec d’élaborer un cahier des charges en esti- s’engagent à ne pas déballer ces informations sur la place publique. Cela doit être
mant, par exemple dans son domaine,
poigne et efficacité, ce qui en fait une
des stars du milieu. Elle a eu à traiter les les besoins d’argent et les cessions éven- contractualisé pour protéger l’entreprise en
tuelles d’activités d’une entreprise. « Si situation de fragilité. » En négociation,
dossiers Gérard Darel, France Loisirs,
Hélène Bourbouloux s’efBata, Kindy, Petroplus, Saur,
force de recentrer régulièreVivarte, Presstalis et tant
ment les discussions, de
d’autres, et à négocier avec
rappeler les besoins de l’endes fonds d’investissement,
treprise et utilise l’humour
des banquiers, des avocats,
pour détendre l’atmosphère.
des syndicalistes… la survie
« C’est beaucoup de théâtre,
de toutes ces entreprises. « Il
reconnaît-elle. Il faut savoir
peut y avoir des négociations bifaire des pauses en réunion ou
latérales, c’est le cas le plus fréaller au clash, c’est selon…
quent et ce n’est pas simple.
Mettre du cœur, cela peut aussi
Mais il arrive aussi que cela soit
rassurer les parties. Mais il faut
du multilatéral. Par exemple,
surtout être bon technicien. »
dans le cas du distributeur ViSelon Hélène Bourbouloux,
varte, je devais discuter avec
les femmes ont des qualités
170 créanciers. Dans ce type de
en négociation que n’ont pas
situations, je dois négocier la
les hommes. Elles auraient
moins pire des solutions pour le
une plus grande capacité
maximum de personnes. Un
d’écoute et seraient dans un
bon accord est souvent le résulrapport de forces plus doux
tat de sueur et de pleurs », exqu’eux. Elles éviteraient
plique Hélène Bourbouloux.
ainsi d’humilier les autres
Pour limiter les tensions,
parties – ce qui n’est jamais
rien ne vaut la préparation.
très bon en négociation §
« Quel que soit l’objet négocié, la
première étape doit être de parRéférence. Hélène Bourbouloux a traité les dossiers Gérard Darel, France Loisirs… B. P.
50 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
AUGUSTIN LE GALL/HAYTHAM-RÉA POUR « LE POINT »
M
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port de forces, explique ce spécialiste des relations internationales. Sadate est malade, Carter est à un an de
sa possible réélection, mais Begin, lui, a tout son temps. Or
il est décidé à n’accepter de restituer le Sinaï que pour mieux
continuer d’occuper la bande de Gaza, la Cisjordanie, Jérusalem-Est et le Golan. En bon juriste, il noie le débat dans
d’interminables discussions sémantiques, montre une opposition inflexible aux propositions du médiateur américain –“la réponse du Premier ministre Begin à tout ce
que nous proposons est non, non, non”, racontera Carter –, esquive très habilement les sujets qui fâchent, abuse
des doubles sens, des ambiguïtés langagières, n’hésite pas
à jouer la carte de l’intimidation, de la menace et du chantage face aux dirigeants américains. Il épuise l’adversaire
et le médiateur, et finit par arracher un traité. Mais le volcan palestinien ne cessera plus jamais de se réveiller. »
Arsenal. Le récit de ces négociations spectaculairement brutales et surtout le constat que la paix, quarante ans plus tard, n’est toujours pas revenue dans la
région obligent à méditer les méthodes d’un dirigeant
qui bouscule actuellement l’échiquier planétaire. Auteur de « The Art of the Deal », sorte de mode d’emploi
de la négociation de combat, Trump est en effet
convaincu qu’il peut appliquer à la diplomatie les méthodes qui firent sa fortune dans le monde des affaires :
« Pression maximale, insultes, menaces jusqu’à acculer
l’adversaire, détaille Pascal de Crousaz. Trump est
« Pression maximale, insultes, menaces… Trump est convaincu qu’il est
un négociateur de génie. » P. de Crousaz
convaincu qu’il est un négociateur de génie. Mais il voit à
court terme. Or une bonne négociation ne se jauge qu’à la
pérennité de ses résultats». A l’inverse, dans l’interminable rapport de forces qu'a institué le mouvement
des gilets jaunes avec le pouvoir, Emmanuel Macron
aurait fait, de l'avis de l'expert en négociation Laurent
Combalbert (voir p. 54), l’erreur de céder... sans contrepartie. "On est pas dans une négociation, car il n’y a pas
de leaders identifiables et que les revendications fluctuent,
c’est donc difficile» reconnaît-il. «Mais le gouvernement
devrait savoir que ce que l'on cède sans rien en échange –
en l'occurrence 10 milliards d'euros sans obtenir la
fin des manifestations – est pour la partie adverse dénué
de valeur. Les gilets jaunes, qui ont plus obtenu que les syndicats en trente ans, n’en tirent pas satisfaction car on n’a
rien d’exigé d’eux en contrepartie. Pas étonnant, donc, que
la crise s'enlise»... §
1. Voir son Mooc « Les fondamentaux de la négociation » .
2. Auteur de « La négociation » (« Que sais-je ? », PUF).
3. « De la manière de négocier avec les souverains »
(Librairie Droz).
André Bonnard, secrétaire général de la Fédération nationale des producteurs de lait
« Le consommateur est notre principal allié »
JOËL LE GALL/OUEST FRANCE/MAXPPP
C
latif de la négociation du
ela peut être plus specprix du lait très contraitaculaire qu’une grève
gnant. Mais, depuis
de la SNCF. Les producquelques années, un acteurs de lait n’ont pas atteur informel, le consomtendu les gilets jaunes
mateur, a modifié le
pour bloquer des rondsrapport de forces. « Le
points. Ils ont l’habitude
consommateur est notre
de cibler ceux qui sont siprincipal allié. Nous
tués à la sortie des usines
sommes face à un mouvedes industriels qui leur
ment sociétal qui s’interroge
donnent du fil à retordre
sur la responsabilité des uns
avec le prix du lait. « Nous
et des autres vis-à-vis du
faisons cela dans le cas de
producteur. L’industriel doit
négociations déséquilibrées,
en tenir compte dans son
résume André Bonnard,
marketing et donc être plus
secrétaire général de la
Fédération nationale des
Issue. En cas de blocage, la fédération fait appel à des médiateurs, assure André Bonnard. ouvert avec les producteurs
en négociation. » Le gouverproducteurs de lait. On
bloque les ronds-points quand l’entreprise
données qui faciliteraient les discussions. » nement peut-il faire pencher une nénous dénigre, c’est-à-dire quand elle rejette Toute la difficulté pour les agriculgociation ? « Non, le ministre de
nos arguments en bloc. Il peut y avoir une
l’Agriculture ne peut pas influencer une
teurs est que, à la différence des salaseconde motivation : la transparence. Ce
discussion, mais notre secteur a des médiariés avec leur employeur, ils ne
n’est pas rare que les industriels renvoient peuvent pas rompre facilement avec
teurs sur lesquels il peut s’appuyer pour
la responsabilité du blocage vers les distri- un industriel. Il n’y a qu’une poignée
sortir d’une situation de blocage. » La prochaine négociation s’ouvrira en mars §
d’industriels en France pour des milbuteurs. Alors, là, nous allons sur les parliers de producteurs, et un cadre légiskings des supermarchés pour obtenir des
B. P.
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 51
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MAGAZINE
SUJET
EN COUVERTURE
Un expert nommé Soubie
Sage. L’ex-conseiller ministériel Raymond Soubie défend
une vision réformatrice des
négociations syndicales.
PAR BEATRICE PARRINO
A table. Elysée,
avril 2008 : Raymond
Soubie (à g.) est alors
conseiller social de
Nicolas Sarkozy (à dr.).
55 451
C’est le nombre
d’accords
d’entreprise
ou assimilés
signés par des
représentants
du personnel
en 2016.
Source : Dares
« Le rôle d’un syndicat, ce n’est
pas seulement de créer un rapport
de force. » Raymond Soubie
52 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
ser la compétitivité et l’emploi, et qui, elles, ne sont
pas obligatoires. Selon Soubie, une négociation réussie résulte d’une bonne préparation. Il faut que le climat social de l’entreprise ne soit pas « trop mauvais »,
tout comme les relations entre les organisations syndicales et la direction. Mais comment cette dernière
peut-elle créer un climat de confiance ? « D’abord en
voyant les intéressés [les syndicats] en dehors des périodes
obligatoires imposées par la loi, en leur disant toujours la
vérité sur la situation de l’entreprise et, enfin, en ne leur faisant jamais de mauvais coups. La confiance se crée dans la
durée. Cela suppose un terreau préalable, fait de relations
tissées, formelles ou informelles, au cours des années précédentes. C’est une condition capitale. »
Côté syndicats, le sens du mot « négocier » est un
sujet de clivage. « Négocier, est-ce perdre la face ? interroge Soubie. Le rôle d’un syndicat, ce n’est pas seulement
de créer un rapport de force, c’est d’aboutir à un résultat
pour le salarié. Il arrive que des syndicats ne signent pas
en raison de rivalités avec d’autres syndicats ; ils disent ensuite : “Voyez comment telle autre organisation est en train
de se compromettre, moi je reste pur.” C’est hypocrite. On
n’améliore pas pour autant la situation des salariés. »
L’une des faiblesses des syndicats est le niveau de
compétence de leurs représentants rattrapés par des
sujets complexes sans avoir eu la formation adéquate.
« Les chefs d’entreprise ont une part de responsabilité. Ils
devraient favoriser les parcours syndicaux. Ainsi, ils auraient face à eux des gens de qualité, des gens qui d’ordinaire n’occupent pas les fonctions syndicales. Ce serait
positif pour les syndicats aussi. C’est une des clés de la réussite de la négociation. » Les ordonnances Macron instaurent des conseils sociaux et économiques qui
concentrent les pouvoirs des comités d’entreprise, des
ÉLODIE GRÉGOIRE/ABACA
I
l en a des surnoms. Des taquins l’appellent « Raymond-la-Science », d’autres « le pape du social ». Raymond Soubie a mis quelques millions de Français
dans la rue avec sa réforme des retraites avant de
prendre, à 70 ans, sa retraite politique. C’était en 2010.
Il était alors conseiller social de Nicolas Sarkozy et un
redoutable expert de la comédie française du social,
que lui-même a rejointe en 1969 en devenant membre
du cabinet de Joseph Fontanet, ministre du Travail.
Depuis lors, il n’a jamais été très loin des gouvernements de droite, car sa connaissance parfaite des dossiers sociaux, son carnet d’adresses et son entregent
inégalé l’ont rendu indispensable. Soubie a planché
sur le service minimum, la représentativité syndicale,
le smic, la rupture conventionnelle… Ses amis à droite
diront qu’il n’a pas réussi à faire sauter le système. « La
réforme idéale, c’est celle qui s’applique, pas la réforme rêvée », répond-il. Depuis qu’il n’œuvre plus directement
dans les coulisses de l’Etat, il a, à 78 ans, repris les commandes de sa société Alixio, spécialisée en « stratégie
sociale ». C’est donc un chef d’entreprise qui conseille
des chefs d’entreprise face aux syndicats.
Les salariés n’en ont pas forcément toujours
conscience, mais beaucoup de leurs droits sont le fruit
de discussions au sein de l’entreprise et non au niveau
national. On parle de « négociation collective dans
l’entreprise », qui implique des représentants de l’employeur et très souvent des syndicalistes. Elle permet
d’aboutir à un texte, à un accord. « Pour réussir, il faut
être franc et savoir lâcher du lest sur l’accessoire pour sauver l’essentiel. Surtout, il ne faut jamais humilier », prévient Soubie. Dans l’entreprise, il y a des obligations
rituelles, prévues par le Code du travail, comme la
NAO (négociation annuelle obligatoire), durant
laquelle les salaires, la durée du travail, l’égalité
hommes/femmes sont abordés. Et puis il y a des négociations qui apparaissent nécessaires, pour favori-
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Les Bonnes Adresses du
3 conseils pour se faire augmenter
Chaque année, vous redoutez de demander une augmentation ; vous en avez envie, besoin, mais vous ne savez pas
comment vous y prendre. Des DRH vous éclairent.
1 « Première chose : se renseigner sur les us et coutumes
de votre entreprise », recommande Jean-Christophe
Sciberras, directeur des ressources humaines du groupe
chimiste Solvay. Autrement dit, cibler la ou les personnes
à aller voir – est-ce le DRH, votre supérieur hiérarchique,
votre PDG ? – et choisir le bon moment pour l’/les interpeller. Dans nombre d’entreprises, des entretiens
d’évaluation annuels sont organisés pour les salariés ;
si c’est votre cas, c’est dans ce cadre-là que vous devez
formuler votre demande. Pour les autres salariés,
la demande doit survenir à un moment porteur,
c’est-à-dire quand vous sentez que vous êtes apprécié.
Vous hésitez ? Demandez conseil.
aiguisée. Face à votre interlocuteur, il s’agira, dans un
premier temps, de démontrer que vous avez atteint les
objectifs fixés, voire que vous avez fait mieux. Ensuite,
il faut que vous compariez votre salaire à celui des autres
– pas à vos voisins immédiats, les employeurs n’apprécient pas –, mais plutôt à ceux pratiqués par les entreprises concurrentes. En d’autres termes, faites valoir que
vous êtes moins bien payé que vos confrères. Et cela avec
des preuves. Où trouver des chiffres pertinents ? Sur les
sites d’offres d’emploi ou dans des études de cabinets de
recrutement. Vous pouvez aussi présenter une proposition d’embauche que vous avez reçue d’une autre
entreprise. C’est en effet plus simple d’obtenir une
augmentation quand le marché du travail est fluide
et surtout quand votre profession est recherchée.
3 Enfin, ne menacez jamais votre employeur de quitter
l’entreprise s’il ne vous augmente pas ; cela ne vous
apportera que des ennuis et pas un seul euro §
délégués du personnel et des comités d’hygiène, de
sécurité et des conditions de travail. Cette évolution
pourrait favoriser l’émergence de nouveaux profils,
plus qualifiés. Une autre évolution législative – celle-ci
voulue par la loi El Khomri – vient bousculer les habitudes des patrons. Elle change les règles de conclusion d’un accord d’entreprise. Jusque-là, pour être
valable, un accord devait être signé par une ou plusieurs organisations syndicales de salariés représentatives ayant recueilli plus de 50 % des voix au premier
tour des élections professionnelles. Désormais, 30 %
peuvent suffire et permettre de déclencher un référendum au sein de l’entreprise. C’est un vrai big bang
pour Soubie, car cela va imposer aux dirigeants d’être
transparents, pédagogues et de jouer la carte de la communication interne. Vers la fin des blocages ? « Les
vrais révolutionnaires sont les réformateurs. » §
* Selon dates en vigeur par départements. Voir conditions en magasin.
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MAGAZINE
SUJET
EN COUVERTURE
Les secrets de l’ancien
négociateur du RAID
PAR VIOLAINE DE MONTCLOS
A
vec son crâne lisse comme un œuf et son pas
élastique, il ressemble furieusement, c’est drôle,
à l’acteur Kad Merad. « D’habitude, on me compare plutôt à Bruce Willis », plaisante-t-il. Laurent Combalbert est négociateur professionnel. A 47 ans, il a
déjà son double à l’écran puisque sa carrière et son
étrange métier ont directement inspiré la série « Ransom », diffusée durant deux saisons sur CBS et sur
TF1. « L’acteur qui m’incarne, c’est Luke Roberts, qui a
joué dans “Game of Thrones” : la classe, non ? » La série
est loin d’être inoubliable. Mais lui, dans la vie, quel
personnage ! Des centaines d’heures de négociations
au compteur, dix-huit ans à mener d’un bout à l’autre
de la planète des pourparlers diplomatiques et commerciaux, à sauver des négociations annuelles obligatoires (NAO) enlisées, à gérer des kidnappings, des
retranchements de forcenés, des menaces d’extorsion ou de suicide ; pourtant, l’homme a la mine aussi
détendue et souriante que s’il était vendeur de fruits
et légumes.
Le jour où nous l’avons rencontré, une prise
d’otages vient d’avoir lieu en plein Paris. La veille,
des représentants de l’Etat, de la FNSEA et des membres
de la direction de Total se sont enfermés, jusque tard
dans la nuit, pour tenter de négocier le déblocage de
raffineries d’huile de palme. Quant à Kim Jong-un
et Donald Trump, après des mois d’insultes et de me-
« Une vraie négociation, ce n’est pas
l’un gagne, l’autre perd, c’est tout
le monde gagne un truc qu’on s’est
fixé au départ. » Laurent Combalbert
54 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
naces, ils se sont donné, devant les caméras du monde
entier, une imprévisible poignée de mains. Preuve
que tout, dans notre monde conflictuel, n’est que négociation permanente. « Et pas seulement dans la sphère
publique, souligne Laurent Combalbert avec le léger
accent du Sud-Ouest qu’il a conservé de son enfance
près de Toulouse. Au quotidien, qu’il s’agisse des discussions avec le conjoint, avec les enfants, des entretiens avec
le boss pour parler salaire ou changement de poste, vous
passez votre vie à négocier. Hélas, personne ne vous a jamais appris comment faire. »
Dans les locaux de son agence ADN Group, fondée
avec son comparse Marwan Mery – qui a lui aussi
son double dans la série –, Laurent Combalbert donne
ce matin une master class en négociation dite complexe à une douzaine de DRH et d’entrepreneurs.
L’exercice du matin, inspiré de l’actualité : trouver
une issue aux négociations entre Total et la FNSEA.
« Vous avez une heure »… Les élèves sont déjà à un stade
avancé du cursus, mais, lorsque Laurent Combalbert
revient écouter l’exposé des résultats, il s’étonne.
« Vous avez oublié l’essentiel : verbaliser l’OPC – objectif
commun partagé – et, sans OPC, vous allez dans le mur. »
Tête des DRH… Des semaines, pourtant, que Laurent
Combalbert leur répète qu’il est indispensable de
s’entendre, dès le départ, sur ce que les parties en présence ont en commun à gagner dans la négociation.
« Ce peut être sauver les emplois d’une entreprise en difficulté dans le cadre de négociations sociales ou faire en
sorte qu’il n’y ait aucun mort à déplorer lors d’une prise
d’otages, mais il doit y avoir un objectif commun à atteindre, et il faut, absolument, que cela soit formulé avant
que la négociation ne commence. Ça a l’air évident, il n’empêche que tout le monde l’oublie. Or, une vraie négociation,
ce n’est pas l’un gagne, l’autre perd, c’est chacun gagne
un truc qu’on s’est fixé au départ. »
Autre conviction forte de Laurent Combalbert :
le meilleur outil d’un bon négociateur n’est ni le pou-
JULIEN FAURE POUR « LE POINT »
« Conflit constructif ». Laurent Combalbert
a mis au point une méthode de négociation
applicable à tous les domaines, qu’il enseigne
dans le monde entier. Portrait.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
voir institutionnel – « je suis chef de service, coco,
on va voir ce qu’on va voir » – ni la compétence ou
la connaissance, mais le pouvoir relationnel. Autrement dit la capacité à déceler et à prendre en compte
les émotions de celui qui vous fait face. Complètement contre-intuitif tant il semble a priori plus
logique d’évacuer l’émotion pour objectiver les
discussions.
Un témoin des neuf mois de négociations ayant
abouti chez Renault aux accords de compétitivité signés en 2013 raconte comment Laurent Combalbert
avait formé en amont la direction de l’entreprise à
ces outils qui se sont révélés extrêmement efficaces :
Imparable. Laurent
Combalbert dans les
locaux de sa société
de conseil, ADN Group,
à Paris, en juin 2018.
En mars paraîtra
« Negociator »
(Dunod), la méthode
de négociation
qu’il a mise au point
avec son associé
Marwan Mery.
Hier, il formait des diplomates
saoudiens. Demain, il prêtera mainforte à un oncologue dont un patient
refuse de suivre le traitement.
« Tout le monde croit savoir négocier, mais, quand on se
met autour de la table, on peut avoir des façons très différentes de procéder. Laurent nous a donné un référentiel.
Il nous a appris que le décideur, celui qui a intérêt à ce que
les choses avancent, ne doit surtout pas se jeter lui-même
dans la fosse, mais donner un mandat de négociation à
une tierce personne. Il nous a surtout appris l’importance
de l’empathie. Le nez dans le guidon, on est tenté de rationaliser au maximum, mais il faut avoir en tête que rien
n’est désincarné, que l’on discute avec des individus, et
qu’il faut être capable de comprendre et de formuler ce
qu’ils ressentent. »
Vocation. Dans les locaux d’ADN Group, une petite pièce est dotée d’un large miroir sans tain derrière
lequel les apprentis négociateurs, qu’ils soient
syndicalistes, DRH ou diplomates, doivent apprendre
à observer les « fuites émotionnelles » de la partie
adverse. « Notre visage parle à notre insu », explique
Laurent Combalbert, montrant une photo de
Jonathann Daval le jour de l’enterrement de son
épouse. « Regardez la forme de ses sourcils : cette …
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 55
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
EN COUVERTURE
expression-là, ce n’est pas le chagrin, c’est la peur.
Apprendre ce langage donne un atout majeur, quel que
soit le type de pourparlers que l’on mène. Evidemment,
quand, au RAID, j’ai annoncé : “Les gars, on va bosser
sur les émotions”, ils m’ont regardé avec des yeux ronds »,
dit-il en souriant.
Cette méthode de négociation, que Laurent
Combalbert applique à tous les domaines, il l’a d’abord
éprouvée au sein de l’unité d’élite de la police française. Fils d’une professeure de lettres et d’un ancien
militaire, il rêve, dès l’âge de 14 ans, de devenir flic
d’élite. Après une formation en droit et en sciences
politiques, il entre dans la police, dont il dirige durant trois ans les sections protection intervention
(SPI). Jusqu’au jour où, en 1994, le commandant Michel Marie, qui est en train de monter la cellule de
négociation du RAID, lui demande de le rejoindre.
« Avec un preneur d’otages ou un forcené, notre seule méthode, à l’époque, c’était de parler d’honneur au type en
face et, si ça ne marchait pas, de donner l’assaut, raconte
Michel Marie. Mais il y a eu la dramatique affaire de
Ris-Orangis – en 1989, deux policiers du RAID sont tués
par un forcené. Il fallait que la police française apprenne
à négocier. C’était révolutionnaire, mais, dès la prise
d’otages de Neuilly *, cela a porté ses fruits. A mon côté,
Laurent a mis au point une méthodologie dont je suis très
admiratif. C’est un type intelligent, boulimique de savoir. »
…
Un an à Quantico. Une fois au RAID, Combalbert va compléter sa formation de négociateur durant un an à Quantico, la prestigieuse académie du
FBI. « Un grand bâtiment blanc en pleine forêt vierge, on
se serait vraiment cru dans “X Files”, raconte-t-il en
riant. Là bas, ils ont un manuel où tout est prévu, un processus rigide censé s’appliquer à toutes les situations, mais
Le b.a.-ba
1 Répartir les rôles :
le décideur ne doit
jamais (si possible)
être le négociateur.
2 Tuer la frustration
en formulant, dès le
départ, ce qui ne sera
jamais négociable.
3 Quand l’interlocuteur pose une
question à laquelle
la réponse doit être
négative, ne pas s’opposer, ne pas se justifier et ne pas lui faire
perdre la face, mais
pratiquer la méthode
redoutable de
l’« ouverture sur
la question fermée ».
Démonstration
avec un enfant :
« Papa, je peux
regarder la télé ? »
(question fermée
à laquelle la réponse
est « non », d’où
potentiel conflit)
Papa : « A quelle
heure on se couche
les veilles d’école ? »
Enfant : « A 21 heures »
Papa : « Quelle heure
est-il ? »
Enfant : « 21h5 »
Et le tour est joué…
Votre visage vous trahit :
la théorie des « fuites
émotionnelles »
Toutes les recherches sur l’art de la négociation
le démontrent : un bon négociateur sait déceler avec
empathie les émotions ressenties par la partie
adverse et reconnaître quand celle-ci simule. Votre
interlocuteur feint-il la colère, est-il réellement
surpris par ce que vous lui proposez, se croit-il
supérieur à vous ? Hugues Delmas (ici en photos),
docteur en psychologie et responsable du département sciences comportementales à ADN Group,
décrypte pour nous les expressions faciales théorisées par le psychologue américain Paul Ekman :
chaque émotion s’exprime par un agencement de
muscles faciaux spécifiques. Certains sont difficilement contrôlables et peuvent alors laisser échapper
des « fuites émotionnelles » même lorsque l’on tente
de réprimer une émotion § V. M.
56 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
je ne crois pas que l’humain se mette en équation. » A
Quantico, dont il sort diplômé et fort bien classé, on
le surnomme le « free-styler ». « Il faut un cadre, mais,
pour ma part, je crois beaucoup à l’improvisation. »
Le député Joaquim Pueyo, qui était directeur de
la prison de Fresnes lors de la spectaculaire prise
d’otages de 2001 – trois surveillants avaient été retenus par des détenus tentant de s’évader –, se souvient
des dix-neuf longues heures de négociations que
Laurent Combalbert et son collègue du RAID avaient
menées par téléphone avec les preneurs d’otages.
« Dans la cellule de crise, chacun avait un rôle précis. Dixneuf heures dans un tel état de tension, c’est long. Mais
Laurent avait beaucoup de sang-froid, il prenait son temps,
je l’ai vu réussir à établir petit à petit de véritables liens
de confiance avec ses interlocuteurs, c’était impressionnant », dit-il.
Aujourd’hui, Laurent Combalbert a quitté la police pour monter sa propre agence privée de négociateurs. Il vend ses services dans le monde entier et
dans tous les domaines. Hier, il formait des diplomates saoudiens. Demain, il prêtera main-forte à un
oncologue parisien dont un patient – « un type célèbre, une forte tête » – refuse de suivre le traitement.
« La non-observance de traitement est un problème qui se
pose de plus en plus fréquemment et, là encore, c’est une
négociation à mener avec le patient. Nous épaulons et formons de plus en plus de médecins, explique-t-il. Nous aidons également aux fusions-acquisitions, aux négociations
sociales, et nous sommes aussi régulièrement appelés à
l’aide pour des kidnappings. » Officiellement, 92 000 kidnappings ont lieu chaque année dans le monde. « Officieusement, c’est plutôt 900 000 », commente-t-il. Son
livre de chevet ? « Saint-Germain ou la négociation »,
de Francis Walder, récit des pourparlers entre
Peur
On peut sourire
pour dissimuler
sa peur mais
le mouvement des
sourcils est difficile
à réprimer.
Tension visible
au niveau du cou.
Tristesse
Pour la distinguer
de la peur, regardez les rides.
Abaissement
des lèvres en forme
de U inversé.
Haussement et
rapprochement
des sourcils, rides
ondulées tout le long
du front.
Blanc de l’iris visible.
Lèvres étirées.
Elévation de la seule
pointe interne
et rapprochement
des sourcils et des
rides seulement
au milieu du front.
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Trois négociations commentées
par Laurent Combalbert
• Abandon de l’aéroport de
Notre-Dame-des-Landes, 2018
« Il n’y avait pas d’objectif commun
partagé. Chaque camp s’est
enkysté dans sa position et a joué
le rapport de forces. Résultat de décennies de pourparlers : la décision
finale a fait 50 % de contents, 50 %
de mécontents. Avec une vraie
négociation, la majorité des parties
prenantes est satisfaite. »
• Echec du rapprochement
d’Orange et de Bouygues
Telecom, 2016
« Les deux décideurs, Martin
Bouygues et Stéphane Richard,
se sont impliqués directement
dans la négociation. Grosse erreur,
et inflation narcissique caractéristique. Ceux qui décident doivent
rester en retrait. »
• Rencontre Donald Trump/
Kim Jong-un, juin 2018
« Position de Kim : “Je n’arrêterai
pas mon programme nucléaire.”
Enjeu : revenir à la table des
négociations internationales et être
traité comme un vrai chef d’Etat.
Position de Trump (en début
de crise) : « Jamais je ne négocierai
avec ce “petit bonhomme”,
ce “rocket man”. » Enjeu : apparaître comme un chantre de la paix
et faire taire ceux qui le prennent
pour un un mauvais négociateur.
Trump a utilisé l’enjeu de Kim sans
pour autant accepter sa position
et il a trouvé un objectif commun
(une rencontre bilatérale et des
photos historiques de poignées de
main) qui satisfait à la fois ses enjeux et ceux du dirigeant coréen :
la négociation est donc réussie. »
« Il faut un cadre, mais, pour ma
part, je crois beaucoup à l’impro­
visation. » Laurent Combalbert
Colère
Pour déceler
la vraie colère,
observez davantage la bouche
que les sourcils.
Joie
AFP
Sourire social
ou vrai contentement : observez
le coin de l’œil.
Sourire :
très facile
à simuler.
Froncement des sourcils
et élévation de la
paupière inférieure :
possible à simuler.
Rétrécissement des lèvres,
au point qu’elles deviennent
parfois blanches. Difficile à
faire de manière volontaire.
Resserrement des yeux
faisant apparaître
des pattes d’oie, signe
d’une joie sincère.
Elévation de
la paupière
inférieure.
catholiques et huguenots qui aboutirent, en 1570,
au traité de Saint-Germain-en-Laye. « Dans le monde
de la négociation, nous ne sommes pas très nombreux et
nous nous connaissons tous, raconte Malick Baulet, chef
de l’unité de négociation de la police de Genève.
Laurent est très estimé. Ce qu’il fait avec les enfants, notamment, est formidable. »
Avec sa nouvelle structure, baptisée ADN Kids,
Laurent Combalbert a en effet décidé de former
gracieusement, dans les établissements scolaires qui
le lui demandent, les jeunes enfants à la négociation.
« Leur faire aimer le conflit constructif, leur donner les
clés d’une négociation paisible, c’est le meilleur moyen
d’éviter la bagarre ou le harcèlement dans les cours de
récré, s’enthousiasme-t-il. Et puis les élèves de CM2 d’aujourd’hui, ce sont les syndicalistes, les DRH et les diplomates
de demain. Or, plus de négociation, c’est toujours moins
de violence. D’ailleurs, les élèves aiment ça. Tous les parents le savent, les enfants peuvent être de redoutables
négociateurs. »
Le casse-tête du quotidien. Lui-même admet
en riant que les pourparlers les plus rudes qu’il a à
gérer sont ceux, quotidiens, qu’il mène avec ses
propres enfants. D’autant que la configuration de
son foyer n’est pas des plus simples : quatre enfants,
âgés de 11 à 20 ans et issus de deux mariages, et une
nouvelle compagne, mère de son côté de trois autres
enfants. Comment fait le négociateur de combat
dans ce maelström familial ? Il hausse les épaules
avec des airs de cow-boy un peu fatigué. « C’est pas
compliqué. On a des objectifs communs partagés… » §
*
En mai 1993, un chômeur prend en otages les élèves d’une classe
de maternelle. Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, est alors
conseillé par Michel Marie.
Surprise
Souvent
confondue
avec la peur.
La surprise est
une émotion de
courte durée, pas
plus de 0,5 seconde.
Mépris
Signe que celui
qui vous fait face
se croit supérieur.
Haussement des sourcils,
rides plates sur tout
le front.
Blanc de l’œil visible
au-dessus de l’iris.
Bouche ouverte sans
tension dans le cou.
Détournement
du regard
et de la tête.
Mouvement
unilatéral
de la lèvre.
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 57
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EN COUVERTURE
Kaufmann : « La chambre à coucher,
ce n’est pas forcément une bonne idée »
Couple. Le sociologue nous
livre son manuel de survie
conjugale.
Lesquels ?
I
l décortique depuis des années dans des best-sellers
pleins d’humour les relations intrafamiliales, y compris dans leurs ressorts les plus intimes. Il vient de
lancer une enquête sur le « devoir conjugal » et, pour
Le Point, il se penche sur l’art de négocier dans le couple.
Le Point : Pour négocier entre époux,
faut-il s’asseoir autour d’une table ?
Jean-Claude Kaufmann : Non ! Si vous voulez faire
exploser un couple, il n’y a pas mieux que de le mettre
autour d’une table, toute discussion en face-à-face
pouvant se révéler extrêmement difficile : on risque
d’ouvrir la boîte de Pandore. Pourquoi ? Parce que la
base du fonctionnement conjugal, c’est l’amour. L’autre
n’est jamais tel qu’on rêverait qu’il soit. Il a des gestes
qui énervent, des opinions qui hérissent, des rapports
au temps, à l’argent qui ne sont pas les nôtres. J’ai mené
une enquête sur les petits agacements du couple, et
ceux que j’interrogeais m’ont spontanément adressé
des listes de ce qu’ils reprochaient à leur conjoint(e) !
Et plus ils avaient de temps pour réfléchir, plus la liste
s’allongeait… On a beaucoup de choses à se reprocher
quand on vit à deux. Mais, si l’on
veut que cela fonctionne, il faut
passer outre, accepter l’autre.
Faire des compromis ?
Jean-Claude
Kaufmann
Sociologue.
Dernier
ouvrage
paru :
« L’amour
qu’elle n’attendait plus »
(Hugo & Cie,
2018).
Y a-t-il moins d’affrontements aujourd’hui
au sein du couple ?
Non. Mais il y a plus de discussions, par rapport aux
années 1950, et c’est salutaire. On n’imagine pas le
nombre d’insatisfactions refoulées dans un couple.
La relation survit si, assez vite, elle se rééquilibre dans
une sensation globale de satisfaction ou d’absence
d’insatisfaction notable.
Mails ou SMS aident-ils à négocier ?
Cela évite la discussion ouverte. On maîtrise ce qu’on
dit, on peut changer un mot, construire son message.
Ce n’est pas magique, mais ça aide. Même si l’on ne
règle pas une insatisfaction par un SMS.
Certains lieux sont-ils plus propices que
d’autres ? La chambre à coucher, par exemple ?
C’est en effet un lieu de rapprochement intime. Mais
si à ce moment-là la femme a souvent très envie de dire
quelque chose, l’homme se ferme comme une huître.
« Elle commence gentiment, mais je sais comment ça
va évoluer… » La femme se montre
prête à ouvrir une négociation, mais
l’homme redoute de nouveaux
problèmes. La femme est réformatrice, l’homme se contente du petit
bonheur immédiat. La chambre à
coucher, ce n’est pas forcément une
bonne idée.
Oui, user du compromis intuitif,
spontané. Si je commence à additionner tous les petits agacements
que l’autre provoque chez moi, c’est
sans issue. Ce qui crée le lien, c’est
le don de soi. On accepte de rentrer
dans le monde de son conjoint et,
en agissant ainsi, par l’acceptation
des différences, on crée un univers
commun. Dans une négociation
classique, je viens avec mon identité, mes repères, mes revendications, et je m’affronte à l’autre. Dans
la logique conjugale, au contraire,
je reste en mouvement, je m’ouvre
à l’autre. Du coup, il est compliqué
de négocier, et cela ne peut se faire
que dans des contextes particuliers. J’aimerais qu’on négocie qui vide le lave-vaisselle.
58 | 18 octobre 2018 | Le Point 2407
Mais alors, où négocier ?
Il y a un lieu qui pourrait être très
favorable : la voiture. On est côte à
côte, on va quelque part : on évite
les situations frontales. Mais la voiture est un concentré d’agacements.
Les lieux favorables sont peu nombreux. Je préfère parler de moments,
comme l’apéro ou la pratique d’un
sport : la conversation est plus fluide
parce qu’elle n’est pas instituée §
On peut adresser son témoignage à
Jean-Claude Kaufmann sur son blog :
www.jckaufmann.fr.
QUENTIN HURIEZ POUR « LE POINT » - ILLUSTRATION : TARTRAIS POUR « LE POINT »
PROPOS RECUEILLIS PAR JÉRÔME CORDELIER
A l’occasion de bulles de détente, à distance du front.
On profite de l’apéro d’été pour relire un épisode passé
de façon amusée. Ou d’un chantier. Le couple se transforme en équipe de travail autour d’un projet. L’aménagement du logement, le choix de vacances, voire
le projet des projets : un enfant. On n’est plus dans un
face-à-face. Même s’il y a des divergences, on arrive
à discuter. Le projet fait médiation. La négociation
conjugale se déroule de plus en plus dans le cadre de
chantiers. On construit dans une discussion apaisée.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
220 PAGES
12 €
UN ATLAS EXHAUSTIF Pour chacun des 198 pays du monde,
les chiffres-clés (population, PIB, part du commerce avec la Chine et
les Etats-Unis...), une carte et une analyse politique et économique
de l’année par les correspondants du Monde.
UN PORTFOLIO 16 pages des meilleures photos d’actualité de
l’année, sélectionnées par le service photo du Monde.
INTERNATIONAL Le recul des démocraties face aux régimes
autoritaires et à la montée de l’extrême droite dans le monde ; les
guerres commerciales de Trump ; Mohammed Ben Salman en échec
face à l’Iran ; le jeu de dupes du Brexit.
PLANÈTE Alors que la fréquence et les coûts des catastrophes
naturelles ont battu des records en 2018, les Etats ne sont pas
parvenus à s’accorder, à la COP24, sur les mesures à prendre.
FRANCE Emmanuel Macron, tout à ses réformes, n’a pas pris la
mesure de l’écart entre « les premiers de cordée » et « les invisibles » :
la révolte des « gilets jaunes » signe le retour de la question sociale.
IDÉES Catherine Deneuve, Roberto Saviano, Tony Blair, Yann ArthusBertrand, Laurent Gaudé.., les textes publiés dans Le Monde qui ont
marqué l’année 2018.
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EN COUVERTURE
Autorité. Les plus
redoutables
des négociateurs,
ce sont… eux.
Cas pratiques.
PAR CLAIRE LEFEBVRE
T
ous les soirs, c’est le même
« combat ». Ugo, 9 ans, et Augustin, 6 ans, refusent d’aller
au lit. « Ils traînent pendant le brossage des dents, ils demandent une deuxième histoire, ils veulent boire de l’eau,
leur pyjama les gratte, ils ont peur de
quelque chose dans leur chambre… Ils
font preuve d’une imagination désespérante », raconte leur mère, qui
peut ainsi passer deux heures en
pourparlers. « Cela finit généralement par des cris, des pleurs, et le sentiment d’être nulle », explique cette
cadre de 39 ans, qui dit avoir tout
essayé : manière douce, passage en
60 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
force, chantage, marchandage…
Voilà le genre de cas pratiques auxquels Béatrice Sabaté est confrontée lors de ses ateliers de coaching
parental. « Le terme “négociation” arrive en tête des difficultés évoquées, au
même titre que la gestion des écrans,
l’agressivité verbale et le non-respect
des limites », indique la psychologue
et membre fondatrice de l’association Discipline positive France.
Une méthode éducative associant
bienveillance et fermeté, importée
des Etats-Unis. « Sorties, vacances,
menu du dîner, station de radio écoutée dans la voiture, notes, punitions…
tout est matière à discussion », rapporte la psychologue.
Dur, dur d’éduquer un enfant
aujourd’hui. Selon un sondage Ipsos
Dialogue. Béatrice
Sabaté, psychologue,
avec une classe de CM2
à Levallois-Perret :
l’école a ouvert ses
portes à la discipline
positive, une méthode
éducative qui associe
bienveillance et
fermeté.
« Il faut impliquer l’enfant
dans la prise de décision. »
Béatrice Sabaté, psychologue
publié en octobre 2011, 67 % des
parents estiment manquer d’autorité. En cause ? Une perte de repères.
Car l’époque a changé. Les vieilles
recettes ne fonctionnent plus. « Le
rapport à l’autorité n’est plus le même
qu’il y a ne serait-ce qu’une génération.
On le voit dans les entreprises, avec la
génération Y. Mais aussi à l’école : élèves
et parents n’hésitent pas à contester
une note ou une punition auprès des
enseignants », constate Julie Pinsolle,
chercheuse en sciences de l’éducation et enseignante à l’université
de Bordeaux, qui, dans son livre
« Une question d’autorité ? » (PUF,
2017), parle de « malaise éducatif ».
Mai 68 est passé par là.
Surtout, l’enfant a gagné un statut. Longtemps assimilé à un simple
« tube digestif », il est devenu un
sujet de droit, avec notamment la
loi du 4 mars 2002, qui dispose que
« les parents associent l’enfant aux décisions qui le concernent selon son âge
et son degré de maturité ». « Et puis,
Françoise Dolto et la psychanalyse ont
imposé l’idée qu’il fallait “parler vrai”
à l’enfant et qu’une éducation trop rigide était néfaste, qu’elle créait des individus mal dans leur peau et
dépourvus de confiance en eux. Les neurosciences ont confirmé cela. Aujourd’hui, plus personne n’a envie de
revenir au modèle éducatif autoritaire
qu’il a connu quand il était jeune. Le
problème, c’est que les parents actuels
n’ont pas de modèles auxquels se référer », développe l’universitaire.
Ajoutez à cela la pression liée à
la volonté de réussir l’éducation
de leurs descendants, les injonctions éducatives contradictoires,
l’avènement d’une société plus égalitaire, où chaque décision doit être
discutée et justifiée, et celui de la
société de consommation, où le
plaisir prévaut… et vous avez un
KHANH RENAUD POUR « LE POINT »
Comment se faire obéir
de ses enfants
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boulevard pour les négociateurs
en culotte courte !
Entre le tout-autoritaire et le
laxisme éducatif, les tenants de la
parentalité bienveillante mettent
en avant une sorte de troisième
voie. « L’idée est d’impliquer l’enfant
dans la prise de décision et de le responsabiliser afin de favoriser sa coopération », explique Béatrice Sabaté.
En clair, d’entrer dans son jeu.
« Pour les plus petits, cela pourrait
être : “Je veux que tu prennes ton petit déjeuner. Aujourd’hui, tu as le choix
entre des tartines ou des céréales,
qu’est-ce que tu préfères ?” Pour les
plus grands, ce sera par exemple : “Je
veux que tu sois de retour de ta soirée
avant 23 heures. Si je dois venir te
chercher, dis-moi où tu veux que l’on
se retrouve. Mais si tu préfères rentrer avec tes amis, fais en sorte d’être
accompagné et de rentrer à l’heure à
Déroutés. Pour Julie
Pinsolle, chercheuse en
sciences de l’éducation,
le rapport à l’autorité a
changé : les parents
manquent de modèles
éducatifs.
la maison.” » Enfin, on se met d’accord sur une solution qui convienne
à tout le monde, à l’intérieur de
ces limites. Ainsi, si votre cadet
traîne pour ranger sa chambre,
vous pouvez lui laisser le choix de
le faire avant ou après avoir joué
à la console. Mais en lui précisant
bien qu’il y a une heure limite.
Et si le contrat n’est pas honoré ?
On réfléchit ensemble à ce qui n’a
pas marché. Plus tard, lorsque la
colère est retombée. Et on réadapte
ses exigences. « Le dialogue est une
posture éducative, pas un outil. C’est
une démarche qui s’inscrit dans le
temps. Quand l’accord n’est pas respecté, on en fait une occasion d’apprentissage. A l’inverse, lorsque l’enfant
respecte l’accord, il ne faut pas oublier
de le féliciter et de le valoriser, pour lui
donner envie de poursuivre dans cette
voie. Le but est de faire prendre
10 règles pour un accord parfait
Comment dialoguer avec ses bambins sans perdre son autorité ?
Voici quelques règles d’or à respecter.
1 Distinguer le « négociable » du
« parfois négociable » – qui ne doit avoir
lieu que dans des circonstances exceptionnelles – et du « jamais négociable »
– que l’on peut expliquer, mais sans
laisser de place à la remise en question.
2 Ecouter de manière active. C’est-à-dire
vraiment, en se mettant au niveau de
l’enfant, en l’encourageant à s’exprimer,
en le relançant et en reformulant ses
propos afin d’être sûr de l’avoir compris
et le lui montrer. C’est ce qui le mettra en
confiance.
SEBASTIEN ORTOLA/REA POUR « LE POINT »
3 Exprimer clairement ce que l’on veut.
C’est vrai pour l’adulte, comme pour
l’enfant, qui peut user de détours infinis
par peur de se voir opposer un refus :
« Dis-moi vraiment ce que tu veux ! »
4 Jouer sur la forme pour faire accepter
le fond : « Tu préfères aller te laver les dents
avant ou après que je t’ai raconté une
histoire ? »
5 Etre constant. On ne revient sur un
accord que si le contexte a radicalement
changé.
6 Avoir du temps. Si l’enfant commence
à discuter le choix de ses chaussures
avant de partir à l’école, on tranche, en
promettant de revenir sur le sujet le soir
même. Et on tient parole.
7 Savoir dire stop. Lorsque le ton monte
et que l’émotion devient trop forte, on
propose un temps mort, avec la possibilité de reprendre plus tard la discussion.
8 Faire bloc. A la moindre divergence
parentale, les enfants s’engouffrent. Les
parents doivent s’assurer d’être d’accord
avant toute discussion.
9 Etre juste. Ce qui n’est pas négociable
pour un enfant ne l’est pas pour les
autres membres de la fratrie. Dans le cas
contraire, il faut en expliquer la raison
clairement : « Ton frère a le droit de sortir ce
soir car il a deux ans de plus que toi. A ton
âge, il ne sortait pas non plus le soir. »
J Sanctionner en cas de transgression.
C’est ce qui donne du poids aux règles du
jeu. Mais plutôt en proposant des actions
éducatives ou réparatrices qu’en privant
son enfant de jeux vidéo.
conscience aux plus jeunes qu’ils vivent
dans un environnement constitué
d’autres personnes et que celles-ci n’ont
pas les mêmes envies ni les mêmes besoins au même moment qu’eux. »
Une méthode plutôt bien perçue par le Dr Jean Chambry, pédopsychiatre et chef de service à
l’hôpital Maison-Blanche à Paris.
qui voit dans la capacité à gérer les
conflits, à maîtriser ses émotions,
à écouter l’autre, à argumenter et
à s’affirmer des « compétences utiles ».
Mais à condition que les règles du
jeu soient claires : « Certaines choses
comme l’hygiène, la santé, la sécurité,
la politesse, le respect des autres ne sont
pas négociables. Pour que cela fonctionne, il faut poser nettement et fermement ces conditions dès le départ.
Et surtout s’y tenir ! » dit-il.
Principe de plaisir. Autre chose
à garder en tête : « La famille n’est
pas une petite démocratie où on vote
à main levée. Les parents doivent garder l’ascendant sur l’enfant, car celui-ci ne sait pas ce qui est bon pour
lui. Il est porté par ce que Freud appelait le principe de plaisir. Si quelque
chose vient contrecarrer ce projet, il
ne sera pas content et vous le fera savoir », affirme le pédopsychiatre.
Favorable à un modèle plus autoritaire, Didier Pleux, psychologue,
met, quant à lui, en garde contre
une bienveillance dénuée de fermeté. « La frustration est un mal nécessaire au développement. Un jeune
qui n’a pas appris à gérer la non-satisfaction de ses désirs devient un petit despote. »
Il n’empêche : l’enfant parfait
n’est plus tout à fait ce qu’il était.
« Il y a encore quelques décennies, les
plus jeunes devaient être obéissants,
avoir de bonnes notes à l’école et se
taire. Aujourd’hui, les gens veulent
des enfants épanouis, observe
Isabelle Cussac-Mazarguil, fondatrice du label Approuvé par les familles. On est face à une nouvelle
génération de parents qui ont compris
qu’impliquer leurs enfants dans les
décisions qui les concernent ne remettait pas en question leur autorité, que
cela pouvait même être bénéfique. »
Pas tout à fait la démocratie. Mais
une bonne manière de s’y exercer
tout de même §
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SOCIÉTÉ
Trois sages
en quête de liberté
Inspirés. Dans « A nous la liberté ! » (L’Iconoclaste/Allary), le moine
Matthieu Ricard, le psychiatre Christophe André et le philosophe
Alexandre Jollien expliquent comment chacun peut s’affranchir
de ses freins psychologiques pour s’épanouir. Conversation.
I
l y a trois ans, on pensait que tout avait été dit. Les
trois éminences de la pensée méditative, le moine
bouddhiste le plus célèbre de France Matthieu
Ricard, le psychiatre toulousain Christophe André
et le philosophe suisse Alexandre Jollien, avaient
fait œuvre commune avec ce qui allait devenir un
best-seller : « Trois amis en quête de sagesse ». Mais,
nous révèle aujourd’hui Ricard, « il n’y avait, malgré
le titre, pas un chapitre sur la sagesse ! ». Les trois amis
décident alors d’« explorer ce concept ». En se retrouvant,
à nouveau, à la neige, en vacances d’hiver, puisque
la base de leur travail collectif consiste à « faire de la
luge, prendre du bon temps », puis enregistrer leurs
conversations « à 5 heures au coin du feu », nous explique Ricard. « Comme Christophe s’est cassé une vertèbre en faisant du trampoline en Norvège [à 62 ans !
NDLR], le livre se prépare depuis Saint-Maurice, chez
Christophe, plutôt qu’en Dordogne chez moi », précise le
moine. Mais les causeries dévient. La sagesse cède sa
place à la liberté, « plus accessible, plus centrale ». « A
nous la liberté ! », leur nouveau livre, propose un « degré d’exploration supplémentaire » pour le chemin de
la transformation. Un travail de libération de nos
souffrances psychologiques et de construction, à la
mesure de chacun une méthode pour atteindre, sur
le plan spirituel, plus de bien-être, et non le « bonheur
en boîte » que promet la société de consommation.
Alignés sur le canapé du salon de leur éditeur,
L’Iconoclaste (avec Allary Editions), les sages profitent
« A nous la liberté ! »,
de Christophe André,
Alexandre Jollien
et Matthieu Ricard
(L’Iconoclaste/Allary
Editions, 592 p., 22,90 €).
Parution le 23 janvier.
de leurs horizons multiples pour répondre à nos
questions. L’un, volubile, sort pour le thé les sachets
qu’il a rapportés de l’aéroport international dont il
débarque (Ricard) ; l’autre, tactile, canaille, se tient
serré au premier de ses « copains » (Jollien), tandis
que le troisième écoute avec une distance attentive
(André). L’éclectisme fait la force de ce trio qui se retrouve régulièrement depuis une dizaine d’années.
Handicapé moteur cérébral, Jollien a vécu en institution spécialisée de 4 à 20 ans avant de découvrir la
philosophie. Il a rencontré Ricard, interprète du dalaïlama depuis 1989, sur un plateau de Bernard Pivot
en 1997. En robe safran et rouge, ce docteur en génétique cellulaire présentait avec son père, l’académicien Jean-François Revel, « Le moine et le philosophe »
(NiL). Ricard rencontre ensuite André, en 2003. Thérapeute et auteur de nombreux essais sur le bonheur,
l’homme a signé le best-seller sur la méditation « Méditer jour après jour ». Ce sont donc trois regards croisés que proposent le moine, le philosophe et le psy,
pour un objectif unique à atteindre : nous libérer §
Quelle est cette « liberté intérieure »
que vous préconisez d’acquérir ?
Matthieu Ricard : Nous sommes conditionnés par
nos automatismes mentaux, nos plis acquis, et par
l’ignorance des causes. Mais l’erreur serait de considérer que c’est irrémédiable. La liberté intérieure
peut s’obtenir. On peut s’affranchir d’un TOC,
d’une phobie, de la dépendance, tout ce qui entrave
notre liberté.
…
« Une phrase bouddhiste dit : “Il n’y a pas de grande tâche difficile
qui ne soit décomposable en petites tâches faciles”. » Matthieu Ricard
62 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
JULIEN FAURE POUR « LE POINT »
PROPOS RECUEILLIS PAR JULIE MALAURE
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Complémentaires.
Matthieu Ricard,
Christophe André
et Alexandre
Jollien, en janvier.
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 63
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SOCIÉTÉ
… Alexandre Jollien : La liberté, c’est tout le potentiel humain. Qui peut résister au conditionnement et détricoter les préjugés. Ce n’est pas quelque
chose de triste, c’est une joie, au contraire.
Christophe André : Ce qui nous a intéressés, c’est le
travail de libération progressive. C’est-à-dire aller
vers davantage d’autonomie, de conscience de ce qui
nous enchaîne à l’intérieur de nous-mêmes.
Vous écrivez que le chemin vers la liberté passe
par la prise de conscience des « prisons mentales », causes de nos souffrances. Quelles sontelles et comment notre esprit les fabrique-t-il ?
C. A. : Ce sont les peurs que nous hébergeons, les
mauvaises habitudes auxquelles nous restons
accrochés, nos erreurs de jugement, le manque de
discernement dans les objectifs que nous nous fixons.
La condition humaine est faite de cette tendance à
l’aveuglement, à la soumission aux habitudes.
M. R. : Les prisons mentales sont en effet un processus de répétition et d’enfermement dans nos habitudes. Par exemple, si vous pensez qu’une chose est
100 % désirable et que vous ne pouvez pas être
heureux sans elle, vous opérez une distorsion de la
réalité. Lorsque ces déformations de la réalité se
font dysfonctionnelles, elles deviennent cause de
souffrance. Et vous, prisonnier de vos propres prisons mentales. Ce ne sont pas des concepts éthérés,
mais un processus éminemment mécanique, aux
conséquences concrètes sur notre bien-être.
Vous évoquez, parmi ces mauvaises habitudes,
l’acrasie, méconnue, qui nous concerne tous…
A. J. : L’acrasie, c’est le divorce intérieur : je veux le
bien et je fais le mal. Comme chez Ovide et saint Paul.
C’est le divorce entre nos aspirations les plus profondes et la médiocrité de nos actes au quotidien.
C’est ce que j’ai fait tout à l’heure : je me suis résolu
à maigrir et je me jette sur un gâteau. Cette aspiration est plus forte que nous, elle nous entraîne et
donne lieu à un déchirement intense.
C. A. : L’acrasie est douloureuse parce qu’on a repéré
de quelle manière on doit se comporter pour aller
vers le bien – le petit bien qui consiste à maigrir ou
le grand bien qui consiste à être altruiste – et on se
voit ne pas y arriver. C’est inhérent à l’homme, inévitable, nous sommes tous régulièrement exposés
à l’acrasie. La question est : que fait-on ? Est-ce que
l’on reste à ressasser son émotion douloureuse, son
impuissance, ou est-ce que l’on se dit que c’est un
obstacle sur le chemin et on envisage des solutions
pour le surmonter ?
M. R. : Les neurosciences nous ont beaucoup éclairés sur cette question. Notamment un ami, un
grand scientifique, qui a montré la différence entre
aimer et vouloir quelque chose, « like and want ». Ça
a été une révélation. Parce que aimer quelque chose
Extraits : trois amis, trois conseils
Matthieu Ricard : « Sans carburant, on stagne. Mon oncle, le navigateur solitaire Jacques-Yves Le Toumelin, s’est trouvé encalminé
dans le pot au noir, près des Galapagos, pendant trois semaines
sans un souffle de vent. Son voilier n’avait pas de moteur. Dans une
telle situation, tu peux tourner le gouvernail dans tous les sens,
tu ne bougeras pas d’un centimètre. Personnellement, je dirais que
notre motivation est la barre du bateau : en contrôlant le gouvernail,
elle détermine la direction de notre traversée. La volonté est le vent
qui gonfle les voiles et nous permet d’arriver à bon port. »
Christophe André : « La peur est sans doute l’une des émotions les
plus inhibitrices de la liberté. Qu’il s’agisse de liberté extérieure,
puisqu’elle nous pousse souvent à la fuite ou aux dérobades. Ou de
liberté intérieure : la peur pollue nos pensées, nous pousse à surveiller notre environnement, à anticiper tous les dangers possibles,
à calculer à l’avance ce qui serait le plus sûr pour nous et nos
proches : notre cerveau est transformé en machine à surveiller,
à éviter, à planifier. »
Alexandre Jollien : « Entraîner son esprit, c’est en somme le déprogrammer, le déconditionner, s’employer avec bienveillance
à repérer sa logique de dingue – c’est souvent un grand parano
et un sacré tyran – pour nous élargir et sortir progressivement de
nos préjugés. A la surface, où sévit le fameux ego, règnent l’appât
du gain, la crainte, les projections et une insatisfaction des plus
tenaces. Au plus profond de notre être nous attendent la nature
de bouddha, le calme, la paix, une liberté inconcevable. » §
est assez labile, on peut rapidement s’en désintéresser. En revanche, si l’on continue de prendre cette
chose pendant un certain temps, cela construit un
réseau extrêmement stable qui veut cette chose.
A. J. : Du désir !
M. R. : Et l’on en vient donc à vouloir quelque chose
qui ne vous fait plus plaisir. C’est terrible. On peut
ne plus aimer mais vouloir quand même. Une nouvelle prison mentale.
Outre les chaînes intérieures, vous insistez sur les
facteurs extérieurs qui nous empêchent d’avancer.
C. A. : Dans ce qui nous fait souffrir, il y a toujours
une part extérieure. Si j’ai des soucis au travail, je
ne les invente pas, la plupart du temps. Mais je les
amplifie. Il y a ce qui relève de la réalité d’un côté et
ce qui relève de la lecture de la réalité de l’autre :
pourquoi moi ? C’est cette part de souffrance, qui
relève de l’auto-intoxication, que nous invitons à
travailler. Pour ce faire, il faut s’interroger : quel est
le problème dans la réalité, que déclenche-t-il à l’intérieur de soi, quel genre de pensées cela produit-il,
quelles solutions envisageons-nous et celles-ci
sont-elles conformes à ce que nous souhaitons ?
« Travailler sur soi, c’est fatigant mais indispensable.
Et cet effort peut être joyeux. » Christophe André
64 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
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de bronze et moi, médaille en chocolat ! J’ai des dépendances carabinées. Hier, avec Matthieu, on s’est
demandé pourquoi dans les retraites zen il y a parfois des gens complètement déséquilibrés. Précisément pour la même raison que, chez le médecin, il
y a des gens qui se sentent dysfonctionner – on ne
va pas dire malade, c’est un jugement – et c’est mon
cas. Ce qui m’attire dans la pratique, c’est le constat
d’un dysfonctionnement affectif, mais aussi que ma
motivation va me permettre de traverser tout ça.
M. R. : Il faut y aller étape par étape. La motivation
c’est d’aller d’ici au bout de la rue, du bout de la rue
au prochain croisement. Une phrase bouddhiste
dit : « Il n’y a pas de grande tâche difficile qui ne soit
décomposable en petites tâches faciles. » Personne
n’échoue, mais il faut faire les choses à sa mesure et,
pour cela, il faut des clés, des boîtes à outils.
Vous proposez justement des « boîtes à outils »
pratiques, à la fin de chaque chapitre. Ce sont
des kits de secours quand on risque de flancher ?
C. A. : Pour moi, ce livre est un plaidoyer pour un art
Ce travail de prise de conscience, d’auto-compréhension, est très précieux pour ne pas surajouter aux
souffrances et aux adversités que la vie nous impose.
JULIEN FAURE POUR « LE POINT »
Vous consacrez un quart de l’ouvrage à la valeur
de l’effort. Cela vous semblait nécessaire ?
M. R. : Parce que personne n’arrive à rien sans effort !
C. A. : Nous avons voulu enfoncer le clou de ce qui
nous agace dans notre société, qui est de déconsidérer les efforts laborieux. De dire, au fond, comme en
pédagogie, on laisse aller les enfants à ce qu’ils aiment,
et ainsi ils apprendront des tas de choses par euxmêmes. Mais ça ne marche pas comme ça. A un moment donné, on est obligé de s’imposer des contraintes,
une discipline. Et ce sont des efforts joyeux. Un peu
comme une randonnée en montagne. On sait qu’on
va en baver, mais, dans le fond, on sait aussi très bien
pourquoi on fait ça et on arrive assez facilement à
transformer ses efforts en plaisir. Parce que le cheminement va contribuer au plaisir que l’on prendra
là-haut. Travailler sur soi, c’est fatigant mais indispensable. Et cet effort peut être joyeux, puisqu’il
permet de ressentir du bonheur d’être un vivant à
côté des autres et d’accroître leur bonheur à eux.
Mais pour qui n’est pas « bodybuildé »
par la pratique comme vous, cette prise de
conscience de soi demande un travail fou, non ?
A. J. : Bodybuildés ! Si on devait faire le podium,
Matthieu serait médaille d’or, Christophe médaille
Explorateurs. Les trois
éminences de la pensée méditative ont
voulu, avec ce nouvel
ouvrage, approfondir
les thèmes abordés
dans leur best-seller
écrit il y a trois ans,
« Trois amis en quête
de sagesse ».
du changement psychologique. Alors il s’agissait de
trouver des choses qui s’appliquent concrètement,
pour donner confiance.
M. R. : De mon côté, j’ai voulu mettre l’essentiel. Les
trois points qui comptent, la leçon à tirer. J’ai essayé
de prioriser. Pour inciter à l’action.
A. J. : Moi, j’ai une lecture très affective des philosophes. Nietzsche, Heidegger ou le maître bouddhiste
Trungpa sont des copains. Je les lis en soulignant ce
qui est vraiment utile à ma vie, au quotidien, pour
aller vers la joie. En rédigeant les boîtes à outils, j’ai
voulu faire la même chose. Ça donne un rappel, une
boussole.
Vous parlez de la joie, mais comment passe-t-on,
dans l’optique du bonheur, du « je », individuel,
au « nous », que vous prônez ?
M. R. : Vous savez, en Bretagne, il y a des bols sur les-
quels on écrit son prénom : Alexandre, Christophe,
Matthieu. Mais, en réalité, il devrait y avoir écrit « les
autres », « les autres », « les autres ». Car savez-vous
combien de personnes sont impliquées dans leur fabrication ? On n’imagine pas le nombre d’interconnexions dont tout dépend. Rien que dans la
fabrication d’une feuille de papier blanche A4, trente
pays sont impliqués. L’amidon vient des patates de
Tchécoslovaquie, le bois de Finlande, le transport est
assuré par un Néerlandais… Là, on comprend à quel
point, en réalité, on passe vite du « je » au « nous ».
Et ça n’a rien de sacrificiel, tout le monde est gagnant !
A. J. : J’ai traversé pas mal de souffrance et je me
suis aperçu que, ce qui me réjouissait, c’est vraiment
le partage. Dans la dépendance, on n’est pas dans
le partage, on est dans l’attachement, dans la peur.
Dans le partage, il y a une dilatation du cœur. Donc,
quand je vous ai demandé de me prendre en photo
avec Matthieu en arrivant, j’espère que j’étais dans
la dilatation plutôt que dans le narcissisme ! Mais
c’est un chemin de crête, et Sénèque a raison, il faut
être l’ami de soi-même, mais en étant solidaire §
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 65
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ÉCONOMIE
ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT »
Carlos Ghosn, le pris
66 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
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onnier de Kosuge
Reportage.
« Le Point » est
parti au Japon
sur les traces
du président de
Renault. De son
arrestation à sa
cellule de Tokyo,
récit de deux mois
de supplice.
PAR MARIE BORDET,
NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE AU JAPON
T
rois courtes récréations quotidiennes. Pas une de plus. 7 h 20,
midi et 17 heures. Un besoin
du corps à combler qui permet de
calmer les tortures de l’esprit,
quand le cerveau ne peut plus s’arrêter de galoper, malgré la fatigue,
l’angoisse du présent et la peur du
futur. Trois courtes récréations
pour cesser un instant de passer
en revue les événements dramatiques et d’en évaluer minutieusement les conséquences définitives.
7 h 20, midi et 17 heures. Ce sont
les horaires des trois repas des détenus de la prison de Kosuge. Des
horaires respectés à la minute près
par les gardiens japonais. Carlos
Ghosn reçoit alors dans sa cellule
un plateau composé d’un bol de
riz, d’une soupe, de poisson et de
légumes. A la fin du repas, il lave
soigneusement sa vaisselle et la
remet au surveillant pénitentiaire.
Depuis près de soixante jours,
le tycoon de l’automobile déchu
est réveillé à 7 heures du matin et
contraint de se coucher à 9 heures
du soir, sous le halo d’une lampe
carcérale qui ne s’éteint …
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 67
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ÉCONOMIE
jamais. Le détenu, qui a
l’obligation de laisser son visage
visible toute la nuit, expérimente
une vie à l’isolement réglée au cordeau. Au programme : trente minutes d’exercice par jour (sauf le
week-end et les jours fériés) dans
une cour à ciel ouvert de 5 mètres
sur 3 qui n’accueille qu’une personne à la fois ; deux bains par semaine ; les visites régulières des
ambassadeurs des nations dont il
est citoyen (France, Brésil, Liban),
au titre de la « protection consulaire » ; les rendez-vous de travail
avec ses avocats. Moins prévisibles,
plus erratiques et à durée indéterminée, les auditions par les procureurs. C’est ainsi que désormais les
heures s’égrènent pour Carlos
Ghosn, le fondateur et président
de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, depuis son arrestation, le
19 novembre 2018 à Tokyo.
…
Sidération. Il faut encore se pincer très fort pour y croire. Mais
non… Il n’y a pas erreur sur la personne. Il s’agit bien de Carlos
Ghosn, le superman-PDG aux sourcils en accent circonflexe, le grand
patron de l’automobile aux trois
passeports, le « président » qui était
reçu par Vladimir Poutine dans sa
Que reproche-t-on
à Carlos Ghosn ?
çoit, pour la première fois, la silhouette massive de Kosuge,
bâtiment d’une dizaine d’étages
surmonté d’une zone d’atterrissage pour hélicoptère. Glaçant.
On entend seulement le bruit répétitif des trains qui filent vers le
nord et les vibrations de l’autoroute suspendue provoquées par
le défilé ininterrompu de camions.
Le quartier est paisible, presque
désert en cette matinée de janvier.
On ne croise que quelques étudiants et des jeunes femmes promenant leur enfant. Les salarymen,
dans leur costume gris, ont grimpé
quelques heures plus tôt dans le
métro à la station Ayase pour rejoindre, en une trentaine de minutes, le centre de Tokyo. Les
habitants sont fiers de leur joli
temple shinto, le Kosuge-Jinja, de
leur petit canal peuplé de truites
bien grasses et de leurs maisons
confortables devant lesquelles
sèchent des draps et du linge,
comme en Italie. Ils en oublieraient
presque leurs chambres avec vue
sur la prison… A travers le double
grillage marron, on aperçoit un
terrain de foot au revêtement de
béton, qui semble n’avoir pas servi
depuis un siècle, une imposante
porte d’entrée encadrée par des
Greg Kelly, minoré, peninvestissements personnels »
au moment de la crise
dant huit ans, le montant
financière d’octobre 2008.
de sa rémunération dans
La somme incriminée
le rapport financier
s’élève à 15 millions d’euque Nissan remet chaque
année aux autorités bourros. Pour résoudre un problème financier, Ghosn
sières. Il lui est reproché
aurait obtenu qu’un
de ne pas avoir fait état
milliardaire saoudien,
d’un système de paiement
Khaled Juffali, se porte
différé de revenus qui
Homme clé.
serait intervenu après son
Le milliardaire saoudien garant. Il l’aurait ensuite
« dédommagé » en lui
départ du groupe. Ghosn
Khaled Juffali.
versant l’équivalent de
s’est défendu en déclarant
qu’il « n’avait jamais eu l’intention de vio- 14,7 millions de dollars, par le biais
ler la loi » et qu’il n’avait jamais reçu de d’une filiale de Nissan au MoyenOrient. Ghosn et Juffali nient en bloc.
Nissan la moindre compensation qui
Ils affirment que les paiements corresn’aurait pas été divulguée. Pour cette
infraction, Carlos Ghosn risque une
pondent à la rémunération de services
amende et de la prison avec sursis.
réels, notamment des activités de lob– Un « abus de confiance aggravé »
bying et la résolution d’un différend
Selon le parquet, il est caractérisé
avec un distributeur de la zone.
par la tentative de Ghosn de faire
Pour cette infraction, Carlos Ghosn
couvrir par Nissan « des pertes sur des
risque jusqu’à quinze ans de prison §
DR
Résidences achetées par Nissan
pour l’usage personnel du PDG
avec les fonds de la filiale Zi-A Capital,
rémunération « cachée » de 7 millions
d’euros par une structure conjointe
à Nissan et à Mitsubishi aux Pays-Bas,
versement de rémunérations à une
de ses sœurs, etc. Les révélations sur
le train de vie de Carlos Ghosn sont
quasi quotidiennes. Mais les charges
retenues contre l’ancien président
de Nissan par le procureur de Tokyo
se limitent, pour l’instant, à deux
infractions.
– Une infraction à la loi dite FIEL
(Financial Instruments and
Exchange Law)
Le parquet reproche à Ghosn d’avoir,
avec la complicité de son bras droit,
datcha des environs de Moscou et
parlait à Emmanuel Macron d’égal
à égal. Chute vertigineuse. Sidération absolue. Il s’agit bien de cet
homme de 64 ans qui jouait à la
marelle avec la planète, sautant à
pieds joints d’un pays à l’autre, se
moquant bien du jet-lag et des fuseaux horaires. Il s’agit bien de cet
homme qui passait la moitié de sa
vie au-dessus de la ligne de crête
des nuages dans les fauteuils en
cuir du jet d’affaires de Nissan, et
que même ses plus proches collaborateurs avaient parfois du mal
à localiser précisément sur une
carte, perdant le fil entre son dernier speech aux Etats-Unis, sa visite officielle en Chine, son conseil
d’administration au Japon, le Salon automobile de Paris, son weekend au Liban, ses rendez-vous au
Brésil… Oui, c’est Carlos Ghosn,
dont l’agenda millimétré était établi près d’un an à l’avance, qui est
aujourd’hui enfermé entre quatre
murs dans ce sinistre bunker de
béton de la banlieue de Tokyo et
attend patiemment les heures des
repas, assis en tailleur dans sa cellule. 7 h 20, midi et17 heures.
Aux abords de la prison, tout
est calme. En traversant le pont
qui enjambe le fleuve Ara, on aper-
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AFP – KHADEMIAN FARZANEH/ABACA – JIJI PRESS/ABACA
Le PDG de Renault est détenu dans le même bâtiment qu’une
soixantaine de condamnés à mort qui attendent leur dernière
heure à Kosuge. Le gourou de la secte Aum y a été exécuté.
gardes en uniforme bleu et jaune
et un mât en haut duquel flotte le
drapeau rouge et blanc du Japon.
Mille sept cents détenus séjournent actuellement à Kosuge.
Autant de voisins qui restent invisibles aux yeux de Carlos Ghosn,
mais qui sont soumis au même régime de détention. Il cohabite ainsi
avec de nombreux yakuzas, ces
membres de la mafia japonaise qui
sont souvent des criminels multirécidivistes. Le PDG de Renault est
détenu dans le même bâtiment
qu’une soixantaine de condamnés
à mort qui attendent leur dernière
heure à Kosuge. Le 6 juillet 2018,
Shoko Asahara, gourou à demi
aveugle de la secte Aum, responsable de l’attentat au gaz sarin dans
le métro de Tokyo en 1995, y a été
exécuté. Une pièce est spécialement aménagée pour la pendaison ; elle est dotée d’une trappe qui
laisse tomber le corps du condamné
pendu au bout de la corde dans
une salle en dessous. Carlos Ghosn,
qui a beaucoup souffert du froid
dans les premiers jours de son incarcération, a changé de cellule. Il
ne dort plus sur un tatami avec un
futon à la japonaise, il a été autorisé à bénéficier d’un lit et a été
admis dans une cellule de l’infirmerie, bien chauffée. « Dans le cas
de Carlos Ghosn, personnalité internationale, le stress des gardiens redouble, car ils savent qu’ils doivent
prendre soin de lui, qu’il ne faut pas
qu’il lui arrive quelque chose », assure Toshio Sakamoto, gardien de
prison retraité qui a travaillé des
décennies à Kosuge.
Le 8 janvier, Carlos Ghosn a raté
le service de midi. Ce jour-là, il a
passé la matinée dans la petite salle
d’audience numéro 425, située
dans l’enceinte du tribunal de
Tokyo, grand bâtiment moderne
localisé dans le quartier des ministères, à Kasumigaseki. Carlos
Ghosn se trouvait à quelques centaines de mètres, à vol d’oiseau, du
palais impérial et de ses magnifiques jardins entourés de douves,
là où l’empereur Akihito, dieu vivant au Japon, l’avait reçu en 2004
pour célébrer sa médaille du Ruban bleu, récompense pour son
rôle dans la revitalisation de l’industrie automobile japonaise. Un
honneur exceptionnel pour un
gaijin. Devant le juge Yuichi Tada,
quelques journalistes japonais et
étrangers, les ambassadeurs de
France et du Liban et 14 personnes
tirées au sort dans le public, Carlos Ghosn, amaigri d’une dizaine
de kilos, a clamé son innocence,
d’une voix forte, en lisant un texte
en anglais. Il était en costume
sombre sans cravate, chaussé de
pantoufles vertes en plastique, menotté et encadré par deux gardiens
qui le menaient avec une corde
nouée autour de la taille. « Je suis
accusé à tort et je suis détenu injustement », a-t-il déclaré lors d’une prise
Pénitencier. Incarcéré
dans la prison
de Kosuge, dans la
banlieue de Tokyo,
Carlos Ghosn ne dort
plus sur un tatami. Il a
été transféré depuis
quelques semaines
dans une cellule
de l’infirmerie, plus
confortable.
Greg Kelly
en résidence
surveillée
L’Américain Greg
Kelly, inculpé pour
infraction à la loi financière, a été arrêté
le même jour que
Carlos Ghosn. Il a
été libéré sous caution le jour de Noël.
Depuis, Greg Kelly
– qui avait programmé une intervention chirurgicale
aux Etats-Unis début
décembre – a finalement été opéré au Japon. Il vit
actuellement dans
une résidence surveillée, dont
l’adresse exacte est
tenue secrète.
de parole d’une dizaine de minutes.
Le juge a justifié le maintien en
détention par la crainte d’une fuite
du suspect et d’une possible destruction de preuves. « Cette audience, demandée par les avocats de
Ghosn pour clarifier les motifs de la
détention, n’a servi à rien juridiquement, analyse Jake Adelstein, journaliste américain d’investigation
au Japon depuis 1993, collaborateur du Daily Beast et de l’Asia
Times, spécialiste des affaires judiciaires. Mais c’est un bon coup de
communication. Les avocats ont voulu
dramatiser la situation et cela a plutôt bien fonctionné. Cela a dû agacer
considérablement le juge et le procureur. Ça leur met la pression. » Aucune photo du PDG n’a pu être
prise ce jour-là.
Invisible. Carlos Ghosn reste invisible aux yeux du monde depuis
le 19 novembre 2018. Dix jours
plus tôt, il était en visite à l’usine
Renault de Maubeuge, au côté
d’Emmanuel Macron. A sa place
habituelle, devant les caméras, à
côté d’un président… Le son et
l’image sont coupés depuis que
son jet privé a posé son train d’atterrissage sur le tarmac de l’aéroport d’Haneda, roulé jusqu’à son
point de stationnement et ouvert
le battant de la porte… pour faire
monter les procureurs. Cette scène,
filmée par une caméra du journal
japonais Asahi Shimbun (qui …
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 69
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ÉCONOMIE
Audience. Le 8 janvier,
Carlos Ghosn
comparaissait pour la
première fois – devant
le juge Yuichi Tada,
quelques journalistes
japonais et étrangers,
les ambassadeurs de
France et du Liban et
14 personnes tirées au
sort dans le public –
au tribunal de Tokyo,
qui a rejeté sa
demande de libération
sous caution. Carlos
Ghosn pourrait rester
en détention jusqu’au
10 mars au moins.
étranges… Mais Carlos Ghosn l’avait
rassurée : « Ne vous inquiétez pas, tout
cela est normal. Ce sont des procédures
classiques en vigueur dans une grande
société comme Nissan. » Carlos Ghosn
n’a jamais soupçonné un instant
qu’il faisait l’objet d’une enquête
interne au sein de l’entreprise qu’il
présidait. Carlos Ghosn, l’homme
de la renaissance de Nissan, auréolé
de tous les honneurs, grisé par ses
succès, craint et respecté en interne,
se croyait-il au-dessus de toutes les
contingences ? Se prenait-il pour
une icône intouchable ? Tant d’années de pouvoir absolu lui ont-elles
fait perdre le sens de l’humilité et
de l’écoute ?
Le PDG de Renault est tellement
loin d’imaginer l’inimaginable
que, lorsque les procureurs l’informent officiellement qu’il est en
état d’arrestation, son premier réflexe est de lancer : « Call Nissan !
Call Nissan ! » Carlos Ghosn,
confiant, pense que le vice-président de Nissan, Hari Nada, 54 ans,
un de ses proches dont la mission
est de gérer le « bureau de la présidence », pourra le sortir rapidement de cette mauvaise passe… et
qu’il pourra aller dîner comme
prévu dans un bon restaurant de
sushis de Ginza, quartier chic de
Tokyo, le soir même, avec sa fille
cadette Maya, 26 ans, venue exprès
de San Francisco pour lui présenter son petit ami. Mais aucun appel ne changera quoi que ce soit à
l’affaire. Et surtout pas celui qui
est passé à Hari Nada, ce Britannique d’origine malaise, au pur accent d’Oxford. Car Nada est en
réalité la « taupe », qui accumule
des éléments de preuve contre
Ghosn, dans le plus grand secret,
depuis de longs mois…
Opération commando. C’est
toujours Nada, homme de l’ombre
du 21e étage du QG de Nissan à Yokohama – celui de la direction –,
qui a attiré l’Américain Greg Kelly,
membre du comité de direction
de Nissan, dans une souricière japonaise. Alors que Kelly, 62 ans,
réside aux Etats-Unis et fait rarement le voyage au Japon, Nada
réclame sa présence en chair et en
os pour une réunion. Kelly tente
de résister, il doit subir prochainement une opération du dos…
Mais il cède devant l’insistance de
Nada, qui lui affrète un jet au départ de Nashville. Greg Kelly est
arrivé à Tokyo, il roule sur une
grande artère de la capitale nipponne quand la police demande à
son chauffeur de se garer sur la
bande d’arrêt d’urgence. Les arrestations de Ghosn et de Kelly ont
lieu en même temps. L’opération
commando montée par Nada s’est
déroulée sans accroc.
A l’origine de l’enquête interne
de Nissan, un commissaire aux
comptes de la société, Hidetoshi
Imazu, 69 ans, qui s’interroge sur
les agissements de la société Zi-A,
une filiale néerlandaise de Nissan.
Il soupçonne que les fonds de cette
société ont été détournés de leur
but initial, l’investissement dans
des start-up. Elle aurait plutôt servi
« Les femmes au foyer japonaises se passionnent pour cette
histoire. Elles suivent ses rebondissements comme on suivrait
une série télé haletante. » Tsuruhara Tetsuya, journaliste
70 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
AYAMI YOSHIKAWA/AP/SIPA
avait été mis dans la confidence), où l’on voit des hommes
en noir pénétrer dans la cabine de
l’avion et les rideaux électriques
se fermer lentement, les proches
de Carlos Ghosn en cauchemardent
encore. Ils se la repassent en boucle
dans leur tête. « S’il avait su que les
procureurs l’attendaient… Il n’aurait
jamais dû ouvrir cette porte… D’ailleurs, vous savez que personne ne pouvait l’y obliger légalement ! Il aurait
pu se poser, faire demi-tour et s’envoler vers un autre pays. Tant qu’il était
enfermé dans son avion, il n’était pas
considéré comme étant sur le territoire japonais… » Ou encore : « Je l’ai
appelé douze minutes après l’arrivée
de l’avion au parking. Les procureurs
devaient déjà être montés à bord et lui
devait être en train de se dire qu’il y
avait un malentendu, que c’était forcément une erreur… »
Carlos Ghosn ne s’est douté de
rien. Il n’avait pas capté les « signaux
faibles » qui auraient pu lui mettre
la puce à l’oreille. Comme quand
sa secrétaire au Brésil, au retour de
l’été, avait été interrogée par un responsable de Nissan. Elle avait
trouvé les questions un peu
…
MUSTAFA YALCIN/ANADOLU AGENCY/IMAGEFORUM
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à acquérir des résidences dont
l’usage serait réservé à un seul
homme, Carlos Ghosn. En cause,
un appartement à Rio de Janeiro
et une maison à Beyrouth dans laquelle de coûteux travaux auraient
également été réalisés – la découverte de tombes anciennes et leur
restauration auraient augmenté
la facture. Hari Nada se trouve être
un des administrateurs de cette filiale, aux côtés de Carlos Ghosn et
de Greg Kelly. Nada commence à
rassembler des documents.
Ceux qui sont dans la confidence se comptent sur les doigts
d’une main. Au début de l’été, les
conjurés de l’intérieur se décident
à transmettre le dossier au procureur de Tokyo. Par souci de justice ?
Pour couvrir leurs arrières ? Le timing n’est pas anodin, un nouveau
dispositif légal a été introduit au
Japon en juin 2018 : un lanceur
d’alerte qui aurait des choses à se
reprocher mais qui coopérerait
avec les autorités verrait sa
condamnation allégée ou pourrait
même être complètement
blanchi… « Cette histoire est quand
même étrange, note Adelstein. C’est
comme si Nissan avait décidé de se
débarrasser de Ghosn et avait cherché un bon moyen pour arriver à ses
fins. » Sans préjuger du fond de l’affaire, du procès à venir et des
preuves qui seront apportées du
côté de l’accusation et de la défense, la question se pose. Derrière
la mise hors jeu de Ghosn, un coup
d’Etat industriel ?
Depuis quelques années, les
tensions au sein de l’Alliance Renault-Nissan sont perceptibles.
Les Japonais supportent de moins
en moins l’idée que Nissan, sauvé
de la faillite en 1999 mais devenu
ensuite le géant économique du
duo, soit un nain politique sans
grand pouvoir au sein de l’Alliance.
Et puis, il y a ces rumeurs de fusion dans l’air… Sur l’archipel, il
se dit que Carlos Ghosn aurait monnayé son renouvellement au poste
de président de l’Alliance avec Emmanuel Macron, contre la promesse d’une fusion pure et simple.
« Les Japonais ne veulent pas détricoter l’Alliance, cela n’aurait d’ailleurs
aucun sens et cela fragiliserait Nis-
san, Renault et Mitsubishi, assure
un bon connaisseur de l’économie
japonaise. Mais ils veulent tout simplement la diriger… »
Et puis, Carlos Ghosn, avec ses
manières d’imperator tout-puissant,
en a poussé certains à bout. Même
son protégé Hiroto Saikawa, qu’il
avait bombardé au poste de directeur général de Nissan, éprouve de
la rancœur. Saikawa aurait notamment reproché à Ghosn de ne pas
l’avoir suffisamment soutenu
quand Nissan a été accusé de défaillances en matière d’inspection de
voitures neuves dans ses usines au
Japon, en juillet 2018. Ghosn aurait
refusé d’interrompre ses vacances
et laissé Saikawa s’excuser seul devant la presse japonaise… « Coup
d’Etat ou pas ? Je ne sais pas… Mais il
est clair que, dans la mentalité japonaise, on encaisse, on encaisse, jusqu’au
moment où ça explose, explique l’avocat Yasuyuki Takai, ex-procureur
du bureau des enquêtes spéciales
de Tokyo. Ghosn a dû dépasser la limite et les Japonais ont considéré qu’il
était temps d’aller parler de certaines
choses au procureur. » Certains lisent
cette affaire comme une remontée
à la surface du vieux Japon impérial, un accès de fierté nationale.
Shinzo Abe, Premier ministre qui
joue sur la fibre nationaliste japonaise, était-il au courant ? Il paraît
peu probable qu’il ait pu ne pas être
informé de l’arrestation d’une personnalité du calibre de Carlos
Ghosn sur le sol japonais…
Dès le 19 novembre, la nouvelle
Tapis rouge. Avec sa
femme, Carole, lors du
70e Festival de Cannes,
en mai 2017.
L’épouse de
Carlos Ghosn
sort du silence
Le courrier est long
de neuf pages.
Neuf pages rédigées
par Carole Ghosn,
dont la destinataire
est la responsable
japonaise de
l’organisation non
gouvernementale
de défense des droits
humains Human
Rights Watch. Carole Ghosn dénonce
les « rudes » conditions de détention
du patron de Renault, le fait que son
mari soit détenu
dans une cellule
éclairée nuit et jour,
et qu’il n’ait pas accès à son traitement
médical quotidien.
« Pendant des heures,
chaque jour, les inspecteurs l’interrogent,
l’intimident, le sermonnent et
l’admonestent, dans
l’intention de lui extirper une confession »,
écrit-elle. Elle
appelle de ses vœux
une réforme
du système de
détention et
d’interrogatoire.
provoque un tsunami médiatique.
Les quotidiens nippons, si longtemps subjugués par « Ghosn-san »,
dressent un portrait sombre du personnage, obsédé par l’argent. Ils
multiplient les fuites assassines en
provenance du bureau des procureurs et de Nissan. Les journaux ne
publient désormais plus que des
photos de Ghosn affublé de son air
de grand méchant. Impossible de
trouver un cliché où il sourit. Les
programmes télé regorgent d’émissions spéciales sur l’affaire Ghosn.
« Les femmes au foyer japonaises se
passionnent pour cette histoire. Elles
suivent ses rebondissements comme on
suivrait une série télé haletante, avec
avidité…, assure Tsuruhara Tetsuya,
journaliste au quotidien Yomiuri
Shimbun, premier quotidien du Japon avec un tirage de 13 millions
d’exemplaires par jour. Mais elles
ne sont pas les seules… Tout le pays est
dans le même état. »
Guerre secrète. Outre l’accusé
Ghosn, les héros principaux de
cette « série » sont de nationalité
japonaise et se connaissent bien,
depuis longtemps. Ils se nomment
Hiroshi Morimoto, 51 ans, et Motonari Otsuru, 63 ans, et se livrent
une guerre secrète. Silencieuse et
fratricide. Le premier, Morimoto,
est procureur, il est le grand chef
du Tokuso-bu, le bureau des enquêtes spéciales qui concentre
l’élite des procureurs du tribunal
de Tokyo, spécialisés dans la traque
des fraudes financières. Le second,
Otsuru, est l’avocat de Carlos
Ghosn et a la particularité d’avoir
été… le chef du premier. En effet,
Otsuru a été, dans une vie antérieure, patron de ce fameux bureau et a donc été le supérieur
hiérarchique, tendance père spirituel, de Morimoto, alors jeune
procureur talentueux. Morimoto,
Eliot Ness japonais, diplômé de la
prestigieuse université de Nagoya,
dirige cette équipe d’une trentaine
de personnes depuis un peu plus
d’un an. Il pilote l’enquête Ghosn.
Yasuyuki Takai, avocat, ancien lui
aussi de ce bureau spécial, raconte
ses anciens collègues : « C’est la
crème de la crème. Ce sont des incorruptibles qui sont déterminés …
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 71
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à aller jusqu’au bout. Ils sont
très professionnels. S’ils ont inculpé
Ghosn, c’est qu’ils ont un dossier solide. Dans cette affaire, ils savent que,
s’ils se plantent, ils sont morts. » Mais
pour l’avocat de Ghosn, Motonari
Otsuru, imper beige ressemblant
à celui de l’inspecteur Columbo,
air faussement endormi, c’est aussi
le dossier d’une vie. Il croit fermement en ses chances d’innocenter
son client.
Pendant la conférence de presse
qu’il a tenue à Tokyo mardi 8 janvier, Motonari Otsuru s’est refusé
à émettre la moindre critique sur
le fonctionnement de la justice
japonaise. Surtout pas devant ces
centaines de journalistes et de caméras étrangères massés devant
lui… Il a pourtant été largement
questionné à ce sujet. L’affaire
Ghosn met en lumière le système
japonais et les conditions de détention, méconnus dans le monde
entier. Ce qui étonne, voire choque
à l’étranger, c’est : 1/La possibilité
de maintenir un accusé en garde
à vue pendant plusieurs semaines.
2/ La non-assistance d’un avocat
pendant les auditions avec le procureur. 3/Le non-accès de l’avocat
aux pièces du dossier. Le cas Ghosn
provoque un débat national sur la
dureté du système judiciaire japonais. Est montrée du doigt, notamment, la « culture de la prise en
otage » de l’accusé. L’ancien procureur Nobuo Gohara dénonce ce
principe : « Si vous admettez le crime
pour lequel vous avez été arrêté, vous
serez libéré sous caution assez rapidement. Cependant, si vous contestez
les accusations ou si vous prétendez
être innocent, vous serez détenu plus
longtemps. Ce n’est pas ainsi que cela
devrait fonctionner dans une société
en bonne santé. »
Chez Nissan, l’enquête interne
suit son cours. A première vue, rien
d’anormal dans la tour ultramoderne qui sert de QG à l’entreprise,
à Yokohama, à une demi-heure de
Un déséquilibre originel au profit de Renault
…
Répartition du capital de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi
Renault détient 43,4 % de Nissan
Nissan
détient 34 %
de Mitsubishi
RENAULT-NISSAN BV
RENAULT
La grande
peur des
étrangers
Le sort de Ghosn est
devenu le sujet de
conversation préféré
dans les milieux
d’affaires étrangers.
« Cette affaire
intervient au pire
moment… Le Japon
tente d’attirer des
cerveaux, car les
entreprises souffrent
d’un manque de diversité de leur management. Mais cette idée
que l’on peut être
détrôné du jour au
lendemain, mis en
prison pour une durée
indéterminée angoisse
les étrangers présents
sur place et ceux
qui pourraient
s’expatrier », assure
le journaliste d’investigation Jake
Adelstein, qui réside
au Japon depuis
plus de vingt ans.
Comme cet ancien
PDG français d’une
PME japonaise qui
a décidé de ne pas
remettre les pieds
au Japon avant
quelques années.
On ne sait jamais…
Détient
50 % de
Renault-Nissan
Détient
50 % de
Renault-Nissan
NISSAN
Nissan détient 15 % de Renault
train de Tokyo, du haut de laquelle
on aperçoit, par temps clair, le mont
Fuji enneigé. Mais rien ne sera plus
comme avant. Le constructeur automobile est au cœur de la plus
grande tourmente judiciaire de son
histoire. Des perquisitions se sont
étalées sur plusieurs jours. Et puis,
Nissan, en tant que personne morale, est inculpé pour fausses déclarations fiscales. Jeudi 10 janvier,
dans le showroom de Yokohama,
a été présentée la nouvelle Nissan
Leaf, la voiture électrique star du
constructeur. Mais la conférence
de presse s’est tenue en catimini,
avec seulement quelques journalistes, et l’habituelle séance de questions-réponses a été annulée…
« Lanceur d’alerte ». Hiroto
Saikawa, directeur général, qui
avait « flingué » Ghosn dans une
conférence de presse d’une rare
violence le soir même de son arrestation, est l’homme fort du
groupe depuis la destitution de
Ghosn, le 22 novembre. Hari Nada
est devenu une star à la cantine.
Le « lanceur d’alerte » est toujours
à son poste au bureau de la présidence. Il communique avec Renault, envoie des mails à Thierry
Bolloré, le directeur général de Renault nommé après l’arrestation
de Ghosn, ou à Mouna Sepehri, directrice déléguée à la présidence,
se mêle de tout. De nombreux exé-
cutifs de Nissan consacrent une
grande partie de leur temps à collaborer chez le procureur. Le bureaudeCarlosGhosnestcondamné.
Ses ordinateurs et tablettes ont été
confisqués par les procureurs et
les mots de passe révélés. Nissan
a même cessé de régler le loyer
mensuel de 12 000 dollars de son
appartement luxueux de Tokyo,
au 17e étage de la tour Azabu Motors, située non loin du quartier
de Hiroo où les quatre enfants
Ghosn ont grandi.
Reste à écrire la suite de l’histoire pour l’Alliance Renault-Nissan, subtile alchimie industrielle
qui reposait jusque-là sur un seul
homme. Renault refuse pour l’instant de lâcher Ghosn et de le démettre de son poste de PDG de
Renault. Jusqu’à quand ? Nissan
travaille à une refonte de sa gouvernance. Toshiyuki Shiga, ancien
directeur général autrefois destitué par Ghosn, aurait conservé une
grande influence. Pendant ce
temps, Carlos Ghosn lit des romans policiers en prison. Sa famille devrait être prochainement
autorisée à venir le voir. Ses chances
d’obtenir un verdict d’acquittement apparaissent bien minces.
Au fond de sa cellule, lui a-t-on
communiqué le chiffre fatidique ?
Au Japon, 99 % des personnes inculpées sont reconnues coupables
en dernier ressort §
S’ils ont inculpé Ghosn, c’est qu’ils ont un dossier solide.
Dans cette affaire, ils savent que, s’ils se plantent,
ils sont morts. » Yasuyuki Takai, avocat
72 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
Sources : sociétés.
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Etat-major Yamaha France
Isabelle Franquin
Grégory Lejosne
Mickaël Walls
Guillaume Verbrugghe
François Tarrou
SP (X6)
Voilà plus de vingt ans que ça dure ! En France, Yamaha
Franquin (57 ans, diplôme en informatique) dirige
est leader sur le marché du deux-roues de 125 cm3 et
l’informatique jusqu’en 2016, puis le département Corplus, avec deux produits phares : la MT-07, une moto
porate (fonctions support). Grégory Lejosne (50 ans,
de milieu de gamme devenue le best-seller des deuxExecutive MBA à HEC) prend la tête de la division moto
roues immatriculables, et le X-Max, un scooter fabriqué
en 2002 et y ajoute les produits Power Product (comme
en France qui se décline en plusieurs cylindrées (celui
les groupes électrogènes) à compter de 2009. Mickaël
Walls (48 ans, diplômé en management général à l’Esde 125 cm3 est le deuxième scooter le plus vendu dans
l’Hexagone). En 2018, Yamaha a vendu 31 845 deuxsec)
intègre Yamaha en 1995 pour des fonctions commerVincent Thommeret
roues, une progression de 8,6 % par rapport à 2017. Son
ciales puis de marketing. Il est aujourd’hui directeur des
chiffre d’affaires épouse cette évolution : il est passé de 310 mil- services et du développement réseau. Guillaume Verbrugghe
lions d’euros en 2017 à 313 millions l’an dernier. A côté des scoo- (45 ans) entre chez Yamaha en 1993, dans les services publicité,
ters et motos (65 % de l’activité), l’entreprise est présente sur événementiel et commerce. Il occupe aujourd’hui la fonction
deux autres marchés : le nautisme (moteurs pour bateaux, 20 % de manager du département marine. Enfin, François Tarrou
de l’activité) et les produits motorisés (quads, motoneiges, voi- (51 ans, master II de marketing et transformation numérique)
turettes de golf, groupes électrogènes, pour 15 %). A la tête de a travaillé chez Harley-Davidson, Weber BBQ et Nikon avant
Yamaha France et de ses 115 collaborateurs, Vincent Thom- de rejoindre Yamaha comme directeur du marketing commumeret (47 ans, Ecole supérieure de commerce du réseau auto- nication compétition § MICHEL REVOL
mobile). Après trois années chez Porsche, il rejoint Yamaha en Précision : Isabelle Bascou (Le Point n° 2419) est directrice des services
LE POINT 1996
• 1/2 Page
Largeur
• 205directeur
x 127 mm •général
Visuel : SOLDES
17/01/19
• Remise
TAF •
et des
relations9/01/19
humaines de Voyages SNCF.
avant
d’être PPR
nommé
en 2014.• Parution
Isabelle
Du 9 janvier au 5 février
www.roche-bobois.com
PARIS 3 e* • PARIS 7e* • PARIS 12 e* • PARIS 14 e* • PARIS 17e* • ATHIS-MONS • COIGNIÈRES • HERBL AY / MONTIGNY-LÈS-C. (1) • ORGEVAL • SAINTE-GENEVIÈVE-DES-BOIS
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BAG
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CULTURELIVRES
En Irak, le club des
Vestiges de papier.
Un étudiant en
pharmacie porte
ses livres devant les
bâtiments détruits de
l’université de Mossoul,
le 22 janvier 2017,
une semaine après
que le service de lutte
contre le terrorisme
irakien l’a repris
aux djihadistes.
74 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
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libraires disparus
Au lendemain de la chute du
califat, comment Harith et
Fahad, ingénieurs à Mossoul,
ont créé le Book Forum,
un café-librairie où hommes
et femmes refont le monde.
PAR MARINE DE TILLY
DIMITAR DILKOFF/AFP – CÉCILE MASSIE (X2)
A
u premier étage d’un immeuble de l’une des plus
larges artères du quartier commerçant et animé
de l’université de Mossoul, les lumières sont
toujours allumées. Au Book Forum, on peut lire, boire
du thé et remplir les cendriers tous les jours jusqu’à
minuit. La plupart des habitués de ce café littéraire
sont des jeunes musulmans branchés et cultivés, mais
on y croise aussi des anciens, des chrétiens, des étrangers, des hommes, des femmes, voilées ou pas, qui se
retrouvent pour parler littérature, foot ou photographie, jouer de l’oud (sorte de luth), déclamer des poèmes
ou simplement avoir une vie sociale. Des choses toutes
simples, élémentaires, essentielles, mais qui étaient
haram – illégales – sous Daech et synonymes de punition, de mutilation, de racket ou d’exécution.
Avant le carnage islamiste, Harith Yaseen Abdulqader et Fahad Sabah Mansoor al-Gburi étaient déjà deux
jeunes garçons pleins d’avenir. Le premier venait d’obtenir son diplôme de géomètre, le second de décrocher
une bourse du gouvernement irakien. « J’étais sur le
point de partir aux Etats-Unis pour finir mes études d’ingénieur, répète le trentenaire bien mis et gominé de
frais, tout était prêt. » La belle vie. Sauf que des âmes
mal famées sont entrées dans leur ville. En quatre
jours, Daech a pris possession de tous les bâtiments
officiels. Le 13 juin 2014, une nouvelle Constitution
était prononcée, la charia instaurée et, le 29 juin, Al-Baghdadi se déclarait calife, « émir de tous les croyants », à
la grande mosquée Al-Nouri. A compter de ce jour-là,
c’était officiel, quelques sauvages avaient la puissance
et les autres, l’humiliation. A compter de ce jour-là,
les minorités (chrétiennes, yézidies, kakaïes, shabbaks, chiites) partageaient leurs persécuteurs avec
tous les sunnites – une majorité dans les minorités –
refusant de se rallier.
Fahad et Harith étaient de ceux-là. « Il fallait fuir, se
souvient le premier. Bien sûr qu’on voulait partir, mais
je ne pouvais pas, ma femme attendait des jumeaux, c’était
trop dangereux. Je n’avais pas assez d’agent pour organiser le départ et je ne m’enlevais pas de la tête les images de
ces bateaux pneumatiques bourrés d’enfants qui s’échouaient
sur les plages d’Europe. » « Et même pour atteindre les
camps de réfugiés du Kurdistan, ajoute le second, encore
fallait-il sortir de Mossoul vivants. »
A cette époque, ces deux-là ne se connaissaient pas.
Comme tous les civils, ils se terraient chez eux. La
femme de Fahad avait accouché, « plus personne n’osait
bouger ». Dehors, c’était l’enfer, les tirs de snipers, les
roquettes, le ciel qui pleurait des obus. Les mois passaient et la terreur s’intensifiait, les exécutions publiques se multipliaient, n’importe quel comportement
était jugé suspect ou séditieux. Pas de boulot, sauf si
l’on acceptait de travailler pour Daech. Les jours noirs,
les nuits blanches, la survie comme des insectes pris
dans les mâchoires du diable. « Dans le chaos, notre seul
salut, c’étaient les livres, raconte Fahad. On lisait toute la
journée, tout le temps, tout ce qu’on pouvait trouver, des
magazines, des ouvrages scientifiques, n’importe quoi. »
Le 3 février 2015, Daech brûle des milliers de volumes de la bibliothèque universitaire. « Je la connaissais bien, cette bibliothèque, j’y avais traîné pendant huit
ans, se souvient Fahad, c’est entre deux rayons que je
donnais rendez-vous à ma femme. » Et Harith de poursuivre : « Daech savait que la culture, la littérature étaient
ses ennemies. Nous, on savait que c’était notre dernier lien
avec la vie. »
Le 1er novembre 2016, après trois ans d’un siège
barbare, Mossoul exsangue se lance dans sa dernière
bataille. « C’était la période la plus difficile, se souvient
Fahad. Je ne savais plus quoi dire à mes enfants pour qu’ils
dorment la nuit, qu’ils n’aient plus peur, qu’ils y croient
encore. » En janvier, l’est de la ville est repris par …
Initiateurs. Fahad
Sabah Mansoor
al-Gburi et Harith
Yaseen Abdulqader,
fondateurs du
premier café littéraire
de Mossoul.
« Daech savait
que la culture, la
littérature étaient
ses ennemies.
Nous, on savait
que c’était
notre dernier lien
avec la vie. »
Fahad Sabah
Mansoor al-Gburi
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 75
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CULTURELIVRES
Renaissance. Ci-dessus,
le Book Forum, un lieu
ouvert aux hommes
comme aux femmes,
où les écrivains
peuvent dédicacer leurs
livres, les peintres y
exposer leurs œuvres
et où chacun réapprend
à échanger et à
débattre. Ci-contre, au
festival du livre Je suis
irakien… je lis, dans
un parc de Mossoul,
le 1er septembre 2018.
Ouverture. Fahad Sabah Mansoor al-Gburi donne des conseils
à l’un des membres de son équipe sur la manière de filmer
une conférence pour ensuite alimenter les réseaux sociaux.
Mossoul sur mer, avec Sylvain Tesson
Accompagnés de l’écrivain aventurier et d’Hugues Dewavrin,
de l’ONG La guilde européenne du raid, les deux Irakiens fondateurs
du Book Forum seront au Havre pour leur première en France.
Grands invités – comme William Finnegan, Prix Pulitzer, surfeur
et auteur de « Jours barbares » (Sous-sol), ou le Cubain Leonardo
Padura – du festival littéraire ouvert aux vents du large Le Goût
des autres (du 17 au 20 janvier), Fahad et Harith raconteront
leur expérience de la guerre et des livres, en public, le samedi
19 janvier à 16 h 30.
Plus d’informations sur le festival : https ://legoutdesautres.lehavre.fr/.
76 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
Espace de liberté. Le 30 décembre 2017, le Book
Forum ouvre ses portes sur la rive gauche du Tigre.
Du café, du thé, Kipling, Kafka, Flaubert, Balzac, des
livres romantiques ou de science-fiction, irakiens ou
américains, qui, du temps de Daech, coûtaient au
mieux un bras et au pire la vie, quelques photos d’artistes accrochées aux murs, un monde fou et des narguilés. Un espace de liberté, ce mot damné hier et chéri
aujourd’hui, un lieu ouvert à tous, où l’on trouve de
tout (« sauf des livres politiques ou de religion ! » s’exclame
Harith). Une Closerie des lilas mossouliote, en somme,
où, chaque semaine, un artiste donne une conférence,
un auteur dédicace son livre, un peintre expose ses
œuvres ; un refuge où l’on réapprend à échanger, à débattre, à s’engueuler même, mais sans s’égorger à la
fin. Bref, une sorte de cité idéale qui n’oublie rien de
ce qui a été mais qui palpite encore, et qui participe
de ce renouveau mossouliote qui voit les filles et les
garçons acheter, échanger des livres. Imaginé sous les
feux du califat, ouvert six mois à peine après sa chute,
ce Book Forum est le nouveau carrefour intellectuel
et artistique de Mossoul, un vivifiant bouillon de
culture, la preuve que le célèbre adage dit – toujours
– vrai : « L’Egypte écrit, le Liban imprime et l’Irak lit. » §
CÉCILE MASSIE – ZAID AL-OBEIDI/AFP – AHMAD MUWAFAQ/AFP
les alliés. Au printemps, Fahad vit toujours à
l’ouest, aux mains des djihadistes. « Plus c’était difficile,
plus je réfléchissais à l’après, à ce qu’il faudrait faire pour
rallumer les esprits, ouvrir les mentalités, laisser renaître
les idées, ne plus jamais revivre ça. »
A la libération totale de Mossoul (en juillet 2017),
Fahad et Harith sont deux jeunes survivants sans la
moindre perspective d’avenir. Ils enchaînent les petits boulots, les missions d’aide humanitaire. « On ne
gagnait pas d’argent mais au moins on sortait, on se reparlait, on s’aidait. » C’est au cours de l’une d’entre elles
…
qu’ils se rencontrent et décident de s’associer. « On
était convaincus tous les deux que c’était le seul moyen de
ressusciter notre ville, se rappelle Fahad. Mossoul était en
lambeaux, toutes les ONG s’attelaient à la reconstruction
physique, mais il fallait aussi penser à celle des esprits et
des mentalités. » Dans les débris de leur quartier, pendant six mois, les deux camarades cherchent des financements : chou blanc. Lire, c’est bien, mais l’urgence
est ailleurs. Alors, leurs femmes ont vendu tout ce
qu’elles pouvaient de biens et de bijoux pour qu’ils
puissent louer un local et mener leur projet à bien.
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CULTURELIVRES
« Ah, ce gâteau
de flammes posé sur
une plaine, qu’on ne
voyait pas de loin. »
Charles Dantzig
Dantzig-des-songes
PAR JEAN-PAUL ENTHOVEN
C
ontrairement à ce que croient nombre de naïfs
(historiens, cuistres, touristes japonais, indépendantistes du Loir-et-Cher, etc.), le Chambord
construit par François 1er n’est pas un château ni une
mirobolante meringue – c’est un état d’esprit. Et, depuis près de cinq siècles, des bataillons de rêveurs
professionnels ont versé, dans cet état-là, délires, méditations, enchantements, songes et nostalgies du
bel hier. Le subtil Charles Dantzig (poète, hommelivre, picador grammairien, grand amoureux de l’intelligence et de l’amour…) vient de prendre la tête de
ces bataillons farfelus, et il le fait à la faveur d’un
livre tout bâti de saillies, de douves, d’escaliers doubles,
à l’image du lieu-dit qui lui sert de prétexte.
Car cette balade érudite et sans frontières – du
désastre de Pavie à Philip Roth, de Charles d’Orléans
à Trump, de la mode de l’« escafignon » ou de l’« eschappin » aux querelles Valois-Bourbons-Orléans – ébouriffe, déconcerte, épate. On y retrouve Dantzig le
poète (« le sonnet, cette fourchette de quatre vers… »),
l’ami cosmopolite (« les nations sont des boîtes à chaussures »), le fashioniste lettré (« les femmes d’alors ressemblaient à des hortensias »), l’ennemi de Céline et
78 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
Virtuose. Charles
Dantzig signe un livre
de haute voltige sur la
merveille qui servit
d’écrin au « Peau
d’âne » de Jacques
Demy.
des méchants célinards, le gaullien (« Quel tricot, un
pays ! »), ainsi que plusieurs autres lui-même plus
ou moins répertoriés. Ici, un Dantzig-des-songes en
pleine maturité (et en grande liberté) chambordise
pour son plaisir et le nôtre : c’est dire qu’il survole
tourelles, Clément Marot, fleurs de pierre, Tartuffe,
mâchicoulis, théorie de la monarchie, « style gâteau », duc de Berry et plusieurs autres bibelots de
grande vitalité sonore. Dantzig ou le virtuose de la
digression, de la volte-face rhétorique, du paradoxe
qui tue (« un roi, ça fait peuple… »). Sur sa montagne
super-française, le lecteur doit s’accrocher – pour
son plus grand profit. « Ô saisons, ô châteaux… », ce
livre est sans défaut…
Au fond, Dantzig adore, d’abord, l’idée de Chambord, et on le comprend. Il adore ce château vide dans
lequel il a pu injecter son dandysme et son amour
des mots. Il vénère cet édifice cérébral où, pour peu
que l’on soit aussi habité que lui, il est facile de suspendre ses songes. Le Chambord-Dantzig ? Exactement ce que Proust (qui va vénérer ces 300 pages dès
qu’il les lira) aurait appelé « un nom de pays »… Suivez le guide ! §
« Chambord-des-songes », de Charles Dantzig
(Flammarion, 300 p., 21,90 €).
MATHIEU ZAZZO/FLAMMARION – ZYLBERYNG DIDIER / HEMIS.FR
Chambord a été créé il y a cinq cents ans.
L’avez-vous déjà (vraiment) visité ?
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Osez rire !
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CULTURELIVRES
Feuilleté de Belin
Mais qui est cet auteur-compositeur-écrivain-acteur qui
sera partout en cette rentrée ?
PAR SOPHIE PUJAS
Bertrand Belin
en 5 dates
1970 Naissance
à Quiberon.
1989 Il rencontre
le groupe Stompin’
Crawfish, avec
lequel il tournera
six ans.
2005 Premier album
solo, « Bertrand
Belin ».
2010 « Hypernuit »,
troisième album,
prix Charles-Cros.
2015 « Requin »,
premier roman
chez POL.
I
l y a un cas Bertrand Belin. Car, en ce mois de janvier, le chanteur sort son sixième album, vaporeux
et envoûtant, « Persona », ainsi qu’un troisième roman, acide et caustique, « Grands carnivores » ; un peu
comme si Bashung avait décidé de s’offrir çà et là la
parenthèse d’un livre inspiré et moqueur. De Bashung
l’homme a le goût des arrangements aériens et des
phrases sibyllines, une certaine mélancolie rêveuse
et la voix grave. Quatorze ans après son premier album, l’auteur-compositeur salué notamment pour
« Hypernuit » (2010) parle du métier en orfèvre. « Créer
une chanson, c’est un spectacle hypnotisant et un peu aléatoire, comme quand on laisse tomber une goutte d’encre et
qu’on voit un dessin se former, ou qu’on fume et qu’on voit
le rond de fumée se déliter selon des arborescences inattendues. Les mots sont posés à des endroits de la musique qui
leur confèrent une certaine profondeur ou une certaine sécheresse. » C’est la musique qui a ouvert un horizon
imprévu à ce fils de pêcheur issu d’une fratrie de cinq,
d’une enfance où alcool et violence étaient présents.
A 14 ans, il apprend la guitare en empruntant celle de
l’un de ses frères – très tôt il chantera dans les bistrots
avec deux d’entre eux, reprenant Elvis ou Johnny
Cash, entre autres. Les livres sont venus plus tard, vers
17 ans, grâce à une amoureuse. « J’habitais seul, j’étais
un noctambule aux envies d’ailleurs. »
« Grands carnivores » est le livre d’un écrivain à la
plume déjà bien trempée. Belin imagine deux frères
qui ne peuvent pas se supporter : un « récemment
promu », obsédé par une réussite sociale dérisoire (il
travaille dans une usine de boulons), et un peintre en
quête d’absolu. Un beau jour, dans leur ville tranquille,
des lions échappés d’un cirque sèment la panique. Les
fauves sont surtout prétexte à parler de paranoïa collective et de propagation de la peur. « Ma génération
n’a pas grandi avec le danger qu’on rencontre à chaque
coin de rue, raconte-t-il. Les attentats ont été la première
expérience de ce type de peur. Le climat général dans lequel
nous vivons a contribué à la venue du livre. » Mais sa fable
est teintée d’un humour savoureux, peuplée de personnages dont il se moque avec gourmandise. « La
veine satirique, c’est le désespoir dans la meilleure santé
qui soit », diagnostique-t-il.
De son premier livre (« Requin », 2015) il raconte
la publication avec une émotion intacte. Il l’avait soumis à Paul Otchakovsky-Laurens. Au bout de quelques
mois d’attente, le fondateur de POL (disparu il y a un
an) le reçoit. « J’ai mangé une barre de chocolat avant d’y
aller parce que j’avais trop le trac, sourit Belin. Quand il
m’a annoncé qu’il avait aimé mon texte, qu’il avait l’intention de le publier, je suis resté sans voix, sourd comme après
une explosion. Il a dû me demander si j’avais entendu ce
qu’il m’avait dit ! » Et d’avouer : « Encore aujourd’hui, les
livres restent pour moi un domaine sacré. »
Turban. Le cinéma aussi lui fait de l’œil. Et ça vaut
le coup de voir Bertrand Belin, coiffé d’un turban, en
loufoque capitaine de bateau, dans « Ma vie avec James
Dean », de Dominique Choisy, dont il a signé la BO. Il
faut le voir dans cette comédie délicieusement fantasque pour comprendre à quel point son élégance
est de celles qui résistent à tout, et combien la folie
douce lui sied. Le cinéphile rêve de tourner à nouveau.
Parmi ses admirations, il cite Bruno Dumont. On adorerait voir ce que la rencontre de ces deux poètes, de
ces deux aventuriers de l’étrange donnerait à l’écran §
« Grands carnivores », de Bertrand Belin (POL, 176 p., 16 €).
Parution le 24 janvier. « Persona » (Cinq 7), sortie le 25 janvier.
En tournée. « Ma vie avec James Dean », de Dominique Choisy.
En salles le 23 janvier.
« Lui construit tandis que son frère pille. Il ensemence quand
l’autre dilapide. (…) Un tel frère ne peut lui être d’aucune utilité
décidément, pense-t-il. Sa clique, ses frasques, sa mise, tout le navre.
Le navre et lui nuit. » Extrait de « Grands carnivores », de Bertrand Belin
80 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
JULIEN FAURE POUR « LE POINT »
Aventurier de l’étrange.
Bertrand Belin.
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Les meilleures ventes de la Fnac
Géologie de l’amour
Fnac/Le Point du 6 au 10 janvier 2019
Rang
FABIEN TIJOU/P.O.L
H
PAR CLAUDE ARNAUD
abitée il y a encore six mille ans, avant d’être inondée
après la fin de la dernière glaciation, une île aussi étendue que la Sicile repose au cœur de la mer du Nord, à mi-chemin de l’Angleterre et du Danemark. De la croûte de ce
banc de Dogger, situé à 15 mètres sous l’eau, on extrait
aussi bien des squelettes et des outils que, en forant plus
profondément, des volumes de pétrole et de gaz nés de la
décomposition des forêts où les Doggermen vécurent : un
millefeuille d’os et d’huiles que pompent les plateformes
offshore et dont l’exploitation contribua au succès économique du tournant libéral thatchérien – tout comme son
épuisement programmé fait écho au Brexit en cours.
Les héros d’Elisabeth Filhol vivent chacun de ce fabuleux trésor sous-marin. Géologue de formation et Anglaise de naissance, la rêveuse Margaret rencontra, sur
les bancs du département de géologie
de l’université de St Andrews, Marc,
un Français hyperactif qui devint son
amant. Mais autant elle se sentait mal
à l’aise dans ces années 1980 finissantes, bien trop matérialistes pour
elle, autant Marc était impatient de
profiter de la course à l’échalote ouverte par la libéralisation de l’économie : au premier poste que lui a
proposé l’industrie pétrolière, il est
Elisabeth Filhol.
parti sans mot dire pour devenir ingénieur, laissant seule Margaret, qui
ELLE SE LIVRE
finit par épouser un autre ingénieur
À LA RECHERCHE
LA PLUS DÉSINTÉRES- pétrolier.
Vingt ans plus tard, les deux exSÉE ; LUI, À LA PLUS
CORROMPUE amants se retrouvent pour un congrès
ET POLLUANTE
de géologie à Esbjerg, au Danemark,
alors que la tempête Xaver ravage les
DES INDUSTRIES.
côtes de la mer du Nord. La bourrasque
dépressionnaire fait remonter en eux les sédiments d’un
passé douloureux, fait d’attentes affectives et d’approches
intellectuelles dont le temps n’a fait qu’amplifier les divergences, l’une se livrant à la recherche la plus désintéressée – l’étude d’une civilisation dont l’engloutissement
pourrait anticiper le nôtre –, l’autre, à la plus corrompue et polluante des industries.
Leurs retrouvailles parachèvent une intrigue étonnamment complexe où l’intime s’entremêle au géologique, tandis que le dérèglement du climat – encore le
pétrole – réveille les forces économiques et sociales qui
les séparèrent. L’avenir de la planète, à l’heure de sa surexploitation, s’impose ainsi comme l’enjeu central d’un
roman remarquablement solide qui intéressera bien plus
de lecteurs que les amateurs de littérature, comme l’avait
déjà fait « La centrale », le premier livre d’Elisabeth Filhol,
tout entier centré sur la fournaise du nucléaire §
« Doggerland », d’Elisabeth Filhol (POL, 352 p., 19,50 €).
Nombre de semaines de présence continue
Genre
Classement précédent
Titre
Auteur
Editeur
1
R
Sérotonine
Michel Houellebecq
Flammarion
1
2
2
R
Leurs enfants après eux
Nicolas Mathieu
Actes Sud
2
10
3
E
Devenir
Michelle Obama
Fayard
3
9
4
E
Le lambeau
Philippe Lançon
Gallimard
5
10
5
E
Sagesse. Savoir vivre
auprès d’un volcan
Michel Onfray
Albin Michel
-
1
6
R
Cupidon a des ailes en carton
Raphaëlle Giordano
Plon
13
2
7
E
Psychologie de la connerie
Jean-François Marmion
Ed. Sciences humaines
11
9
8
E
Sapiens. Une brève histoire
de l’humanité
Yuval Noah Harari
Albin Michel
4
110
9
R
Félix et la source invisible
Eric-Emmanuel Schmitt
Albin Michel
16
2
10
E
Qu’est-ce qu’un chef ?
Pierre de Villiers
Fayard
6
9
11
E
Emmanuel le Magnifique.
Chronique d’un règne
Patrick Rambaud
Grasset
-
1
12
R
Le signal
Maxime Chattam
Albin Michel
7
12
13
E
21 leçons pour le XXIe siècle
Yuval Noah Harari
Albin Michel
9
16
14
E
Un hosanna sans fin
Jean d’Ormesson
Héloïse d’Ormesson
8
9
15
R
A même la peau
Laura Gardner
Albin Michel
20
2
16
E
Père riche, père pauvre
Robert Kiyosaki
Un monde différent
-
1
17
E
Sorcières. La puissance
invaincue des femmes
Mona Chollet
Zones
18
14
18
R
Idiss
Robert Badinter
Fayard
12
11
19
E
Paul. Une amitié
Bruno Le Maire
Gallimard
-
1
20
R
La disparition de Stephanie Mailer
Joël Dicker
Fallois
10
8
21
E
Vital !
Frédéric Saldmann
Albin Michel
-
1
Stephen Hawking
Odile Jacob
-
1
Albin Michel
-
1
22
E
Brèves réponses aux grandes
questions
23
R
La goûteuse d’Hitler
Rosella Postorino
24
R
My Absolute Darling
Gabriel Tallent
Gallmeister
17
7
25
R
Je te promets la liberté
Laurent Gounelle
Calmann-Lévy
15
13
R : Romans et nouvelles
E : Essais et documents
Entrée ou retour dans la liste
La minute antique
FORCES DE L’ORDRE ET ARCHERS SCYTHES. On se souviendra longtemps, hélas, de l’« affaire du boxeur de la passerelle Léopold-Sédar-Senghor » et de la canonisation d’un géant
à bonnet noir face à des forces de l’ordre caricaturées en « police
politique ». Puisque tout le monde a plein la bouche du mot « démocratie », en ce moment, rappelons quand même que la ville
qui l’inventa, Athènes, avait une police assez peu citoyenne.
Au Ve siècle, l’ordre était en effet assuré par des archers scythes.
Des esclaves publics (les fameux δημόσιοι ou demosioi) achetés
à l’étranger, qui obéissaient aux magistrats de l’Etat et étaient
armés d’un arc et de flèches, ainsi que d’un fouet et d’un coutelas. Les sources manquent, et l’on ne sait pas s’ils eurent affaire
un jour à l’équivalent antique de nos gilets jaunes. Mais, dans
sa pièce « Lysistrata », Aristophane les oppose à ses fameuses
grévistes du sexe, admirables combattantes du verbe et reines
de l’art de négocier. Façon de dire qu’elles ne boxaient pas dans
la même catégorie § CHRISTOPHE ONO-DIT-BIOT
L’INTÉGRALITÉ DE CETTE « MINUTE ANTIQUE » SUR lepoint.fr
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 81
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CULTURECINÉMA
Viggo Mortensen, Monsieur Parfait
L’Aragorn du « Seigneur des
anneaux », fan d’Albert
Camus, est devenu une icône
du cinéma indépendant et
même éditeur. Rencontre.
PAR MATHILDE CESBRON
« Green Book »,
un oscar pour
Viggo ?
Don Shirley, un
riche pianiste
afro-américain, et
Tony Lip, son chauffeur italien du
Bronx, partent en
tournée dans le sud
des Etats-Unis…
« Green Book », tiré
d’une histoire vraie,
est un film à la fois
divertissant et intelligent. On rit des
lettres maladroites
que Tony Lip écrit à
sa femme, de sa façon de rouler les pizzas pour les manger.
On s’émeut de la solitude de Don Shirley, des humiliations
quotidiennes et de
cette amitié inespérée entre les deux
hommes. L’excellent
Viggo Mortensen
mériterait amplement une statuette.
« Guide de survie ».
L’édition 1940 du « Negro
Motorist Green-Book ».
I
l avait indéniablement quelque chose de mythique
dans le rôle qui l’a révélé au grand public en 2001,
celui d’Aragorn, valeureux chevalier du « Seigneur
des anneaux » de Peter Jackson. Une fois face à nous,
on le confirme : le Dano-Américain de 60 ans, en marinière rouge et bleue sous une veste de costume, dégage un magnétisme particulier, une force non
agressive, un charme qui n’est pas de la séduction et
une affabilité de gentleman. Même dans son nouveau film, « Green Book », l’acteur conserve une certaine noblesse alors qu’il a facilement 20 kilos en
trop, un accent italien à couper au couteau et porte
des chemisettes en jean. Dans le road-movie de Peter Farrelly (« Dumb and Dumber », « Fous d’Irène »),
il incarne Tony Lip, un Italien du Bronx bourru engagé comme chauffeur par Don Shirley (Mahershala
Ali), un pianiste virtuose déterminé à partir en tournée dans le sud des Etats-Unis. Ce sont les années 1960
et Don Shirley est noir. Ce drôle de tandem sillonne
les Etats les plus ségrégationnistes en suivant ce fameux « Green Book » (« The Negro Motorist GreenBook »), un « guide de survie » selon Mortensen, qui
fut publié annuellement de 1936 à 1966 par un postier noir de New York et répertoriait tous les lieux
où les Afro-Américains étaient autorisés. « Ce film atteint un équilibre difficile : il est à la fois drôle et divertissant, émouvant à vous tirer des larmes et en même temps
propice à la réflexion », argumente Viggo Mortensen.
Cette comédie dramatique, truffée de scènes facétieuses, nous épargne le discours emphatique et
« Plus personne ne prononce le mot “nègre” »
En conférence de presse pour promouvoir
« Green Book », Viggo Mortensen a eu le malheur
de prononcer un mot désormais strictement interdit aux Etats-Unis : « Par exemple, plus personne
ne prononce le mot “nègre” », a-t-il déclaré, évidemment sans aucune volonté d’injurier, mais pour
souligner les progrès réalisés depuis les années 1960. Face au tollé sur les réseaux sociaux,
l’acteur a dû s’excuser publiquement : « En vou-
82 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
lant expliquer qu’en 1962, époque à laquelle se déroule
le film, le mot n---- [les Américains disent désormais
« N-word », NDLR] était communément utilisé, j’ai
prononcé le mot en entier. Même si mon intention était
de m’élever contre le racisme, je ne peux pas imaginer
la douleur causée à certains qui ont entendu ce mot
hors contexte, énoncé par un homme blanc. Je n’utilise
pas ce mot en privé ou en public. Je suis désolé d’avoir
dit le mot entier et je ne le répéterai plus. » §
WIKIPEDIA
((((
devrait placer l’acteur en bonne position dans la course
aux oscars. Il est parti de loin, Viggo… D’abord chauffeur de poids lourds et docker au Danemark, il se
lance dans le cinéma contre l’avis de son père. Il commence sa carrière à 20 ans, en costume d’officier français, dans un film sur George Washington. Il a ensuite
été coupé au montage plusieurs fois, notamment
dans « La rose pourpre du Caire », de Woody Allen
(1985). Enfin, Peter Jackson lui a mis le pied à l’étrier.
Sur le tournage du « Seigneur des anneaux », ses camarades le surnommaient « Viggo sans ego », mais
son prénom signifie « guerrier » en danois. Et même
si, au cinéma, il n’en découd plus tellement depuis
« A History of Violence » (2005) et « Les promesses de
l’ombre » (2008), il reste un combattant, un engagé.
Son ennemi ? « La rigidité d’esprit. » Son modèle ? Albert Camus. « Camus était sincèrement libre d’exprimer
ce qu’il ressentait, explique-t-il en mélangeant le français et l’anglais (il parle aussi couramment l’espagnol). Il prenait position sans se soucier de ce qui était
populaire. Il recherchait toujours la vérité absolue, sans
allégeance à des partis politiques ou aux tendances. »
Viggo Mortensen, comme l’Italien Tony Lip, ne
tergiverse pas avec l’éthique. Même sa maison d’édition, Perceval Press, applique un code d’honneur. Il
a fondé cette petite entreprise presque non lucrative
avec son cachet du « Seigneur des anneaux » et ne
publie qu’une dizaine d’œuvres par an – dont les
siennes – en s’engageant à ne pas trahir les auteurs.
« Mon prochain recueil de poèmes en espagnol, “Todo lo
que no se puede escribir” (“Tout ce qu’on ne peut pas
écrire”), regroupe des pensées qui me sont venues lorsque
mes parents sont tombés malades. J’ai aussi écrit un poème
sur la difficulté d’écrire un bon poème… » Sur le site de
Perceval Press, on trouve également des articles, parfois tirés de sites d’informations alternatifs, contre
le « militarisme » des gouvernements Bush, Obama
et Trump, sur « l’hypocrisie américaine », la guerre
au Yémen, le réchauffement climatique. Certains diront que l’acteur, soutien de l’aile gauche des démocrates, se bat contre des moulins à vent… Trêve de
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Sous bonne escorte. Pour « Green Book », Viggo Mortensen a pris du poids. Dans le nouveau film de Peter Farrelly, il sert de chauffeur à un pianiste noir virtuose
dans le sud des Etats-Unis, pas très ouvert aux hommes de couleur.
PATTI PERRET/2018 UNIVERSAL STUDIOS
plaisanterie, on s’interroge. Le don Quichotte danois
a-t-il un défaut ? « Je suis impétueux. Si j’éprouve un sentiment d’injustice à mon égard ou à propos de quelqu’un
que j’aime, d’une vieille personne ou d’un enfant, je suis
capable de réagir verbalement avec violence, sans réfléchir. Parfois je me trompe royalement. » Mince, même
son défaut n’en est pas vraiment un…
Superficiel. Dans « Green Book », Viggo Mortensen
dénonce un autre travers de la société, ce qu’il appelle
« la limite d’une première impression ». Comme lorsqu’il
a apporté son soutien à une association catalane, Omnium, partisane de l’indépendance. « Les gens ont pensé
que j’étais indépendantiste, mais je n’ai jamais rien exprimé
à ce sujet. Omnium travaille depuis les années 1960 à faire
la promotion de la culture et de la langue catalanes, c’est
ce qui m’intéresse », précise l’acteur. « Tout est toujours
superficiel », lâche-t-il, lassé, visiblement fatigué de sa
tournée promotionnelle et essoré par la polémique
qu’il a déclenchée aux Etats-Unis autour du mot
« nègre » (dont l’emploi est désormais strictement interdit outre-Atlantique, voir encadré page précédente).
Il lui reste la lecture comme refuge. Mortensen
vit avec un livre greffé à la main. Il a dévoré le dernier recueil de Sam Shepard durant les trois heures
de vol entre Marrakech et Paris. « Il y a un peu de Beckett
dans cet ouvrage », assure l’acteur. Mais, quand on lui
demande s’il a lu le dernier roman de l’Espagnol Javier
Viggo, côté poète
Quand il délaisse le cinéma, la musique
ou la peinture, Viggo Mortensen
s’adonne à la poésie et à la photographie.
I see you
I see you as though you were still sitting next to me
Will hear you until I forget why I
didn’t love you more
This winter
Keep the comb you left behind
The honey that healed your wound
And the black pearl of my doubt
(Je te vois
Je te vois comme si tu étais toujours assise à côté de moi
Je t’entendrai jusqu’à ce que j’oublie
pourquoi je ne t’ai pas plus aimée
Cet hiver
Garder le peigne que tu as laissé en partant
Le miel qui a guéri ta blessure
Et la perle noire de mes doutes)
Extrait de « Canciones de Invierno/
Winter Songs », recueil de poèmes
et de photographies (2010).
Traduction : Mathilde Cesbron.
Cercas, son visage se ferme. Dans « Le monarque des
ombres », l’écrivain évoque le douloureux divorce
de son meilleur ami, le réalisateur David Trueba, et
de l’actrice espagnole Ariadna Gil, partie avec… Viggo
Mortensen, nommément cité. Le romancier n’a que
des mots élogieux pour qualifier l’acteur américain :
« beau », « riche », « des yeux bleus », « une belle personne »,
« un acteur hors pair ». Mais l’allusion n’a pas fait rire
l’intéressé. « Ce qu’il écrit sur cette rupture, ce n’est pas
représentatif de la réalité. C’est injuste. Etait-ce vraiment
nécessaire de raconter tout ça ? Pour moi, ce sont des compliments à double tranchant. » Ah, on a enfin trouvé un
défaut à Viggo : il manque un peu d’humour… §
« Green Book », en salles le 23 janvier.
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 83
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CULTURECINÉMA
Clint Eastwood,
autoportrait de l’artiste en vieillard
Et si, à travers « La mule », histoire vraie d’un octogénaire
aux abois devenu passeur de drogue, l’acteur-réalisateur
avait décidé d’avouer ses fautes à ses proches ?
Q
uand il apparaît sur l’écran, le
cœur se serre. Bien sûr, il porte
toujours beau, Clint Eastwood,
avec son œil bleu, son sourire charmeur et cette haute silhouette qui
n’a rien perdu de son élégance. Mais
celui qui devint une star internationale dans les années 1960, grâce aux
westerns spaghettis de Sergio Leone,
ne peut, ni ne veut, cacher le poids
de ses 88 ans, cette inévitable vulnérabilité qui accompagne le grand âge.
Sous l’apparence d’un thriller, son
nouveau film – « La mule » –, l’histoire vraie d’un grand-père tranquille
devenu sur le tard passeur pour un
redoutable cartel, recèle un émouvant autoportrait de l’artiste en vieillard. Lequel soupire, lorsqu’un trafiquant de drogue lui offre une
soirée avec deux prostituées, pour le remercier de
ses services : « Il va falloir que je vous donne le numéro
de mon cardiologue. » Séducteur et drôle, Earl Stone,
la « mule » d’Eastwood, n’en est pas moins douloureusement conscient de ses imperfections.
« Une bonne part de “La mule” se raccorde directement
à la vie de Clint, nous confie le critique et historien
du cinéma Todd McCarthy, familier d’Eastwood depuis plusieurs décennies. Je veux parler de la culpabi­
lité que le film exprime, le sentiment d’avoir négligé des
membres essentiels de sa famille, d’avoir fait passer le tra­
vail avant eux, de ne pas avoir été le père ou le mari qu’il
aurait dû être. » Marié et divorcé deux fois, l’exinspecteur Harry a eu huit enfants avec une demidouzaine de femmes différentes (parfois de façon
simultanée, faisant la joie de la presse à scandale),
tout en tournant en moyenne deux ou trois films
par an. « Quand on se consacre à la création et de façon
aussi prolifique que Clint, on sacrifie forcément quelque
chose, poursuit McCarthy. A mon sens, c’est la première
fois qu’il traite directement le sujet dans son œuvre. »
Ce n’est donc pas un hasard si la propre fille de la
star, Alison, 46 ans, apparaît dans le rôle d’Iris, une
« femme blessée par la négligence de son père et qui ne lui
adresse plus la parole ». Après avoir joué dans plusieurs
films, dont « Minuit dans le jardin du bien et du mal »
84 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
Double casquette.
L’icône du cinéma,
88 ans, repasse devant
la caméra, s’attribuant
le premier rôle dans
ce thriller émouvant
qui s’inspire de la vie
du vétéran américain
Leo Sharp.
(1997), Alison Eastwood ne se considérait plus comme comédienne : « Jus­
qu’à ce qu’on m’appelle en me disant :
“ton père voudrait vraiment que tu lises
ce scénario”. » Résultat : un touchant
pas de deux entre père et fille qui dessine un rapprochement possible sans
jamais minimiser les blessures du
passé. Dans le film (comme dans la
réalité), l’octogénaire se met à transporter de la drogue pour le cartel de
Sinaloa parce que son activité de pépiniériste est en faillite. Sa spécialité ? Le « lys d’un jour », fleur qui n’a
une durée de vie que de vingt-quatre
heures. Façon de souligner le caractère éphémère de toute création.
Avec « Sur la route de Madison »
(1996), qui témoignait d’un profond
romantisme, et « Gran Torino » (2008), où il apparaissait en vieux réac acariâtre, « La mule » est donc
le film où Eastwood révèle le plus de lui-même. D’autant que le générique de fin affiche une dédicace à
deux amis disparus, le critique Richard Schickel et
le Français Pierre Rissient. Attaché de presse au côté
de Bertrand Tavernier, producteur, distributeur et
réalisateur, ce dernier fut un véritable hommecinéma qui joua un rôle crucial dans la carrière
d’Eastwood, travaillant de façon inlassable auprès
des grands festivals et de la critique internationale
((((
Une belle tête de « Mule » !
« La mule », c’est Earl Stone (Clint Eastwood), octogénaire en manque d’argent qui devient un transporteur de drogue idéal pour un cartel mexicain : avec
ses allures de grand-père inoffensif, il passe totalement inaperçu sur les routes du Texas, malgré des
cargaisons impressionnantes dissimulées dans le
coffre de sa voiture. Ecrit par Nick Schenck, scénariste de « Gran Torino » (2008), le film brosse le portrait attachant d’un personnage complexe, père et
mari défaillant qui aspire à la rédemption tout en
plongeant sur le tard dans la criminalité. L’occasion
d’un retour en grande forme d’Eastwood, qui livre
un film personnel et profondément émouvant §
De Clint Eastwood. Avec Clint et Alison Eastwood,
Dianne Wiest, Taissa Farmiga, Bradley Cooper.
CLAIRE FOLGER/2018 WARNER BROS ENTERTAINMENT INC
PAR FLORENCE COLOMBANI
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CLAIRE FOLGER/2018 WARNER BROS ENTERTAINMENT INC
Binôme. La fille de Clint Alison Eastwood incarne Iris, « femme blessée par la négligence de son père », le vieil Earl Stone.
pour faire reconnaître son talent de cinéaste, puis le
conseillant sur le scénario et le montage de ses films.
« J’ai vite compris que j’avais affaire à un homme d’une
remarquable intelligence, nous confiait Pierre Rissient
– se remémorant sa première rencontre avec son ami
Clint – à la sortie d’« American Sniper » (2015), d’abord
parce qu’il a un sens de l’humour qui ne trompe pas et
puis parce que, très vite, ses films, notamment “Breezy”
(1973), ont révélé une sensibilité que personne ne soupçonnait à cause de son physique viril et de son image de
cow-boy. Aujourd’hui, Clint a toute la reconnaissance
du monde, il n’a rien à prouver. Il lui reste une dernière
frontière : faire encore des films. »
De fait, quelle que soit la mélancolie d’un Clint
Eastwood contemplant les failles de sa vie privée,
« Une bonne part
du film se raccorde
directement
à la vie de Clint :
le sentiment de
ne pas avoir été
le père ou le mari
qu’il aurait dû
être. » T. McCarthy
l’existence même de « La mule » témoigne d’un appétit
créateur intact. « La place de Clint dans l’histoire du cinéma américain est assurée depuis longtemps, souligne
McCarthy, et, à 88 ans, il est l’homme le plus âgé de l’histoire hollywoodienne à réaliser un film. Un film dans lequel il joue et qui rapporte de l’argent. Car le public l’a
toujours suivi, quoi qu’il fasse. » Dans le film, Iris reproche
à son père qu’on ne sait jamais où le trouver. Lorsqu’il
se retrouve en prison, elle plaisante : « Comme ça, on
saura toujours où tu es. » Avec Eastwood, tout est plus
simple. Qui le cherche le trouve facilement : sur un
plateau de tournage ou, pour nous, spectateurs, dans
une salle de cinéma. Et il y a dans cette certitude
quelque chose de profondément rassurant §
Sortie le 23 janvier.
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 85
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Jeux de rôles. De g. à dr., trois images extraites des sept cents heures de film tournées par Ilya Khrzhanovsky à l’Institut des problèmes physiques, en Ukraine…
Immersion totale au pays des soviets
Incroyable ! A Paris,
deux théâtres et un musée
s’associent pour une
expérience artistique qui
catapulte le visiteur en URSS.
PAR JUDITH BENHAMOU-HUET
Chaque volontaire,
en entrant dans
l’Institut, se voyait
entièrement
rhabillé à la
soviétique.
C
’est une chose inimaginable, presque surhumaine.
Un voyage dans le temps, ce qu’on appelle aujourd’hui une « expérience immersive », que tout
le monde va pouvoir faire moyennant l’obtention
d’un « visa ». Pour une plongée dans la vie qu’on menait au temps de l’URSS. Nom de code : Dau.
Dau est une opération gigantesque qui se déroule
à Paris pendant trois semaines, vingt-quatre heures
sur vingt-quatre, au Théâtre du Châtelet et au Théâtre
de la Ville, ainsi qu’au Centre Pompidou. L’intérieur
des deux théâtres – actuellement tout deux en travaux – a été entièrement relooké, jusqu’au moindre
bout de moquette, rouge évidemment, et décoré de
bustes et de portraits de Lénine et autres icônes de la
grande Russie des soviets, ainsi que de mannequins
hyperréalistes postés un peu partout, représentant
d’illustres personnages de l’époque. Dau propose un
parcours artistique total, multiforme, où, dans ce labyrinthe made in USSR, vous êtes guidé par la voix
d’Isabelle Adjani, de Gérard Depardieu ou d’Isabelle
Huppert via une petite machine, une sorte d’iPad, qui
aura cerné votre personnalité grâce à un questionnaire préalablement rempli. Le KGB a laissé des séquelles… Ce grand tour sur mesure vous propose de
multiples expériences : une dégustation de vodka
(étape capitale pour le trip), d’authentiques conférences scientifiques, des concerts classiques, des performances d’art contemporain (on attend l’artiste
Philippe Parreno, le metteur en scène Peter Sellars, la
designeuse Rei Kawakubo), et surtout le visionnage
des treize longs-métrages tournés par Ilya Khrzhanovsky, le grand architecte de ce projet hors norme.
Laboratoire. Tout a commencé en 2005 par un projet de film. Ilya Khrzhanovsky, né en 1975, avait alors
pour objectif un biopic sur le physicien génial Lev Davidovitch Landau (1908-1968), dit Dau, lauréat du prix
Nobel en 1962 pour avoir découvert les propriétés de
l’hélium. Un brillant polyglotte. Un personnage complexe, aussi : mystique, farouche opposant à Staline
et menant une vie sexuelle très riche. On dit que le
héros du livre mythique de Vassili Grossman, « Vie et
destin », est en partie inspiré par Dau. Cependant, très
vite, le cinéaste réalise que la pellicule sera un outil
trop faible pour raconter l’extraordinaire de la vie de
ce personnage. Avec l’aide financière de Sergueï Adoniev, le roi de la 4G en Russie, il va créer un studio de
cinéma gigantesque (12 000 mètres carrés) basé à Kharkov, en Ukraine, pour reconstituer, à la façon d’un
programme de télé-réalité historique, l’Institut des
problèmes physiques, le laboratoire dirigé à partir de
1938 par Dau. De 2009 à 2011, pas moins de 400 personnes y séjournent pour faire revivre le laboratoire
tel qu’il était à l’époque, mais aussi tous les corps de
Savant. Tout est parti d’un film sur le physicien Landau (à g.) du cinéaste Ilya Khrzhanovsky (à dr.). métiers qui assuraient sa vie quotidienne.
86 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
KEYSTONE-FRANCE – DARREN GERRISH/WIREIMAGE/GETTY IMAGES – DAU © PHENOMEN IP 2019/PHOTOGRAPHER ALEXANDER ZAKUTSKY – DAU © PHENOMEN IP 2019/PHOTOGRAPHER JÖRG GRUBER
CULTUREART
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DAU © PHENOMEN IP 2019/PHOTOGRAPHER OLYMPIA
ORLOVA – DAMIAN GRIFFITHS/ PHENOMEN IP, 2019
… une sorte de télé-réalité artistique à laquelle ont participé 400 personnes.
Chaque volontaire, en entrant dans l’Institut, se
voyait entièrement rhabillé à la soviétique, des chaussures à la culotte, tout en continuant à exercer son
métier – architecte, professeur ou boulanger –, mais
tel qu’il l’aurait fait du temps de l’URSS. Quelques
stars ont joué le jeu, comme Marina Abramovic, la
reine de la performance. Quant au rôle de Dau, il a été
tenu par le chef d’orchestre Teodor Currentzis. De
cette expérience folle ont été tirées sept cents heures
de pellicule, matière première des films qui sont projetés à Paris dans les deux théâtres. L’installation devrait ensuite voyager à Londres et à Berlin. Pour son
héroïque productrice, Martine d’Anglejan-Chatillon,
Reconstitution. Le Théâtre du Châtelet, à Paris, recrée l’univers soviétique.
« c’est le projet le plus extraordinaire que j’aie jamais connu.
Il a pour vertu de montrer la perversité de tout système créé
par les hommes, et pas seulement le système communiste ».
Le Centre Pompidou a reconstitué un appartement
soviétique qui accueillera en continu des scientifiques
observables derrière des vitres sans tain. Enthousiaste,
son directeur, Bernard Blistène, s’exclame : « C’est une
œuvre d’art totale. Ilya Khrzhanovsky a une puissance
créatrice énorme. C’est une expérience qu’il faut absolument tenter. » Suivez les conseils du spécialiste ! §
Du 24 janvier au 17 février, aux théâtres du Châtelet et de la Ville,
ainsi qu’au Centre Pompidou.
Demande de « visa » sur www.dau.com.
« Ce projet a pour
vertu de montrer
la perversité de
tout système créé
par les hommes. »
Martine d’AnglejanChatillon, productrice du projet Dau
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CULTURE
Monfreid, filou céleste
L’apnéiste Guillaume Néry
tutoie les cétacés.
L’HOMME QUI MARCHE SOUS L’EAU
O
n connaissait Jésus-Christ, l’homme
qui marchait sur l’eau. Guillaume
Néry, que les lecteurs du Point
connaissent déjà (peut-être un peu moins,
certes, que Jésus-Christ), est l’homme qui
marche sous l’eau. Qui y court, même.
Guillaume Néry est apnéiste. Double
champion du monde (– 126 mètres), il est
aussi celui qui, en 2015, dans le clip « Runnin’ (Lose it All) », tube de la star planétaire Beyoncé, retrouvait sous les vagues
celle qu’il aimait et finissait par étreindre
après une course-poursuite haletante ET
en apnée. Impossible ? Rien n’est impossible à Néry dès qu’il est sous l’eau. Surtout quand, comme dans le clip, il y
retrouve sa compagne, Julie Gautier, elle
aussi championne d’apnée. Font-ils des
courses-poursuites avant de s’étreindre ?
Le beau livre que lui consacre le photographe Franck Seguin, qui l’a suivi dans
ses exploits, répond presque à la question.
On l’y voit avec sa moitié plongeuse, ou
seul, explorant les glaces de Finlande, les
restes d’une Atlantide nipponne ou nageant avec les Bajau, nomades des mers
indonésiens dont les palmes sont en bois.
La vie de Néry est une vie rêvée, sauf qu’il
la vit. Les photos sont d’une beauté à couper le souffle, sauf le sien, parce qu’il le retient trop bien, huit minutes lorsqu’il est
immobile. Chez certains, l’expression
« être sous l’eau » est une bénédiction §
Archives. Des spasmes de vie balancés
comme au gré d’un grain ou d’une marée, où même entre les lettres dactylographiées on sent les pleins et les déliés,
la sueur, les larmes, le sel et le souffle sur
le papier, comme des baisers : tels sont
les carnets, articles et autres thésaurus
inédits rassemblés dans le testament
spirituel d’Henry de Monfreid. En dehors
des épisodes croquignolets des mille vies
de celui qui avait magnifiquement tout
foiré à 30 ans et tout enflammé à 90, c’est
presque physiquement qu’on rencontre
ici l’écrivain par ses mots. Monfreid crève
les pages. Sa frénésie n’est pas que de la
mer ou du désert, elle est aussi du verbe.
De la sincérité et, qui sait, de la vérité, ce
qui, pour un filou céleste, un brigand,
un trafiquant, est assez fort (de café).
« Parfois chargées, comme une barque de
contrebande, les phrases sont émaillées de
fulgurances qui ne doivent pas tout à
l’opium », écrit Arnaud de La Grange dans
sa très belle préface. Dur mais franc
Henry de Monfreid
en 1926.
CHRISTOPHE ONO-DIT-BIOT
« A plein souffle », de Guillaume Néry et Franck
Seguin (Glénat, 35 €).
A voir, son film « A Breath Around the World »,
disponible gratuitement en ligne le 1er février.
Poche. Des histoires de
famille, de forgerons ou
d’herboristes, des héros au
cœur tendre et aux mains
calleuses, voilà trente ans
et au moins autant de
best-sellers que Christian
Signol chante un passé français où les
étés sont bleus, les Noëls blancs et les
amandiers rouges. Dans « La vie en son
royaume », Adrien Vialaneix est un jeune
médecin plein de bonne volonté qui se
bat pour que la vie dure dans une petite
commune du Limousin. Comme toujours chez Signol, la chanson rurale en88 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
sorcelle. Les étés sont tendres, les hivers
rudes ; durs sont les hommes, seules et
en mal d’amour sont les femmes. Accablé par cette population « vieillie, fragile,
démunie de tout, isolée, s’excusant le plus
souvent de déranger, refusant de quitter la
maison où s’était écoulée une vie de patience
et de labeur », Adrien s’indigne. Comme
lui, la nostalgie ne semble plus consoler
Signol, qui, plutôt qu’un nouveau récit
poétique et agreste, signe ici un bouleversant roman social § M. D. T.
« La vie en son royaume », de Christian Signol
(Le Livre de poche, 264 p., 7,40 €).
Parution le 30 janvier.
comme l’or, plus honnête en tout
cas qu’avec les douaniers, Monfreid
n’avait qu’une parole et c’est cette parole
qu’on lit. Celle d’un poëte – avec tréma,
comme l’écrivait Hugo à Baudelaire.
Celle d’un contemplatif qui, comme saint
Augustin, croyait parce que c’est absurde.
Celle d’un « esclave du vivant », ainsi que
le suggère le nom qu’il s’est choisi en se
convertissant à l’islam – Abd el-Haï. Celle,
peut-être, du dernier prophète de la
liberté § MARINE DE TILLY
« Vivre libre. Le testament spirituel d’un écrivain », d’Henry de Monfreid (Grasset, 312 p., 20 €).
RUE DES ARCHIVES/TALLANDIER – F. SEGUIN/« L’ÉQUIPE »/GLÉNAT
Les sortilèges de Christian Signol
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L’Amérique
en vert et rouge
Le happening chic d’Arielle Dombasle
Nicolas Ker et Arielle Dombasle dans « Alien Crystal Palace ».
Cinéma. « Ce film est littéraire,
épique, c’est une fable, c’est ce que
j’ai voulu. Libre. » Ainsi Arielle
Dombasle décrit-elle « Alien
Crystal Palace », son quatrième
long-métrage en tant que réalisatrice. Quelque part entre
un happening intello-cinéphile, une série Z de SF et un
« giallo » érotico-chic, cet ovni
pulvérise toutes les frontières
de l’inexplicable. Certes, il y a
une intrigue : dans son
sous-marin nucléaire, un
scientifique cintré (Michel
Fau) aspire à reconstituer le
mythe platonicien de l’androgyne. Ses trois émissaires localisent le couple idéal :
Dolorès, une cinéaste
avant-gardiste hantée par une
Les oubliés
d’Indochine
DR – JM STEINLEIN/KEYSTONE-FRANCE/GAMMA
Histoire. Au registre de la mé-
moire, ces morts ont tout faux.
Tombés loin de la France entre
la Libération et la guerre d’Indochine, ils se l’étaient coulé
douce durant la guerre, sous
un régime favorable à Vichy,
grâce à un statu quo négocié
d’arrache-pied avec Tokyo.
Mauvais lieu, mauvais timing.
Facteur aggravant, ils n’ont été
reconnus qu’en 2015. Or, après
le 9 mars 1945, ils ont vécu l’enfer : tortures, exécutions en
masse. La Kempeitaï, la Gestapo japonaise, ne plaisantait
pas. Ce sont aussi les premiers
morts de la guerre d’Indochine. Car impossible de
comprendre celle-ci sans cet
épisode d’humiliation des
Blancs sous les yeux du Viet-
malédiction antique (Dombasle) et Nicolas, un rockeur
constamment ivre (campé
avec un naturel confondant
par le chanteur Nicolas Ker).
Malgré leur passion réciproque, les deux sujets de l’expérience peinent hélas à partir
du bon pied. Asia Argento
campe une restauratrice aux
répliques cultes, Jean-Pierre
Léaud fait un hilarant dieu Horus, des flics en mode Village
People enquêtent sur une série de meurtres entre Venise
et Le Caire, et Joana Preiss partage avec Dombasle un certain
nombre de scènes dénudées.
Libre ? Très libre ! §
« Le Cherokee », de Richard Morgiève. Est-il possible
de voir la même nuit atterrir un avion de chasse sans pilote
et apparaître un puma blanc ? De voir un Indien cherokee
se pencher sur vous en pleine nuit et annoncer dans une
langue inconnue que vos parents ont été assassinés durant
leur sommeil ? Ces choses bizarres, moyennant une langue puissamment évocatrice, forment le point de départ du vingt-huitième
roman de Richard Morgiève. « Pathologiquement con et paranoïaque », Nick Corey enquête
au fin fond de l’Utah dans l’Amérique de 1954.
Une Amérique faite par et pour les Blancs, où
l’on se « tamponne » de la nature « comme les cornes des cocus,
normales et invisibles », mais hantée par l’invisible : les petits
hommes verts (les Martiens) et les petits hommes rouges
(les communistes). Une Amérique « étouffée par ses frigos, ses
téléviseurs », déjà folklorique, à laquelle le romancier déballe
au passage ses quatre vérités § JULIE MALAURE
(Joëlle Losfeld, 480 p., 24 €).
Les choix du « Point »
rusant avec les autorités communistes. Un film en noir et
blanc sur une période rouge,
mélancolique et électrisant.
PHILIPPE GUEDJ
En salles le 23 janvier.
minh naissant. C’était un bel
angle mort de notre Histoire.
Guillaume Zeller, dont les
grands-parents maternels ont
croupi dans un camp japonais,
vient de le ranimer § FRANÇOIS-GUILLAUME LORRAIN
« Les cages de la Kempeitaï.
Les Français sous la terreur
japonaise. Indochine, mars-août
1945 », de Guillaume Zeller
(Tallandier, 316 p., 20 €).
Affiche de soutien aux troupes
françaises en Indochine (1945).
\ Série
\ Spectacle
« Les misérables ». Victor
Hugo pour toujours ! A l’affiche depuis trente ans, cette
comédie musicale signée Cameron Mackintosh combine
grand spectacle et chansons
inoubliables signées par le
tandem français Alain Boublil/Claude-Michel Schönberg. Rendez-vous à Londres…
\ Cinéma
« Bienvenue à Marwen », de
Robert Zemeckis. Le réalisateur de « Retour vers le futur »
imagine un homme sortant
d’un traumatisme grâce à des
figurines. Allumé, comme
toujours, et revigorant !
« Leto ». Evocation d’un Leningrad rock, à l’époque où la
jeunesse russe s’essayait à la
musique occidentale en
« Il Miracolo ». Le fabuleux Nicollo Ammaniti, romancier
multiprimé pour ses œuvres
singulières, s’est lancé dans
la création de cette série originale qui mêle crises de foi
politique et personnelle déclenchées par une madone
en plastique aux larmes de
sang. Prodigieux et sur Arte,
dès maintenant.
\ Exposition
« Récits du monde ». Dans le
cadre de l’abbaye d’Ardenne,
cette expo conçue par Gilles
Tiberghien propose, à partir
des journaux, des dessins et
de la correspondance d’écrivains-explorateurs conservés
dans les archives de l’Imec, un
voyage de Jules Verne à Jean
Rouch et de la Terre de Feu au
fleuve Niger.
Imec, abbaye d’Ardenne,
Saint-Germain-la-Blanche-Herbe.
Jusqu’au 17 février.
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 89
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TENDANCESÉVASION
Laponie, étoile du Nord
Finlande. Traîneau à chiens, motoneige, ski de
fond, étude du folklore… Immersion fusionnelle
dans ce petit pays nordique et magique.
PAR NATHALIE LAMOUREUX
L
a Finlande mobilise tout un imaginaire qui en fait à la fois le pays au
soixante mille lacs et aux mille musées, peuplé par des hommes qui s’expriment dans une langue aux sonorités
étranges, la terre mythico-touristique
du père Noël avec son attelage de rennes
courant la forêt boréale, mais aussi celle
de la modernité, qui a vu naître les pre90 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
miers smartphones et est devenue la
patrie du design. On ne présente plus la
Laponie, dont l’exotisation est un héritage historique de voyageurs qui, dès le
XVIIe siècle, parcoururent l’extrême
nord du pays pour s’intéresser presque
exclusivement aux mœurs des Lapons.
A l’époque, toute expédition dans le
Grand Nord était vécue comme une exploration vers le moi profond, ce moi
que l’on pensait découvrir là où les
conditions de vie sont les plus rudes et
les coutumes les plus primitives. Le voyage
dans l’espace s’entendait alors comme
un déplacement dans le temps.
En cette fin de matinée, nous voilà donc
projetés dans la féerie de l’hiver arctique,
du grec arktos signifiant « ours ». Les
peuples du Grand Nord ont été appelés
arctiques car on supposait qu’ils habitaient sous la constellation de la Grande
Ourse. Sur la terre comme au ciel, la figure de l’ours a une influence sur leur
carte cognitive, mais nous n’en croiserons
point. Le roi, dans cette propriété nichée
dans la forêt non loin de Rovaniemi, c’est
le chien. Dès l’aurore, des hurlements se
font entendre lorsque le musher – meneur
de chiens – vient les nourrir. L’hôtel Beana
Laponia gère une ferme de 280 huskies.
Au moment du départ, les chiens sont
tous plus excités les uns que les autres,
aboyant à en perdre haleine. Le soir, on
les retrouve dans la chambre, décorée
sur le thème des chiens de traîneau. Les
enfants ne sont pas admis dans cet établissement. « Seulement les adultes et les
animaux », sourit la patronne, Yona Malla.
En hiver, le soleil brille de tout son
éclat, mais pas longtemps. A 15 heures,
au-dessus du cercle polaire, la journée est
finie. Le ciel est d’une limpidité parfaite,
mais la notion d’heure et de jour s’efface
complètement. En mars, les journées sont
plus longues et moins froides, et …
EMMANUEL BERTHIER/HEMIS.FR - JON ARNOLD IMAGES/HEMIS.FR
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Un paysage
énigmatique : les
arbres enneigés de
la station Ruka, à
Kuusamo. Ci-contre,
un pêcheur samé
dans le parc national
de Riisitunturi.
Les eaux sont riches
en truites, ombles,
ombres communs,
lavarets, brochets
ou perches.
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 91
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TENDANCESÉVASION
NORVÈGE
FINLANDE
LAPONIE
Rovaniemi
SUÈDE
FINLANDE
Helsinki
dans les années 1980, l’agriculteur occu­
pait la fonction de fermier durant l’été et
de forestier l’hiver, les femmes se char­
geant souvent des animaux au cours de
la mauvaise saison. Puis les habitants sont
partis vivre à la ville. Les citadins, le plus
souvent d’ex­agriculteurs ayant hérité
d’une parcelle, se sont lancés dans le tou­
risme et ont pu proposer une large gamme
d’activités sur leurs espaces forestiers.
la neige toujours au rendez­vous,
mais les chances de voir une aurore boréale
s’amenuisent. Le soir, on se retrouve dans
la salle à manger, on fait connaissance.
Un client vient de Grande­Bretagne. Il est
venu se reposer au calme avec son épouse.
A côté, une grande tablée de Belges aux
accents fleuris s’amusent comme des fous.
Pour s’immerger dans la carte postale,
il y a aussi la balade à skis, à raquettes ou
en motoneige électrique. Les pistes sont
assez peu fréquentées : avec de la chance,
on rencontre une ou deux personnes par
jour. Ce midi, elles sont quatre, venues
pêcher et pique­niquer sur la neige. La
forêt, qui croule sous l’or blanc, est un dé­
cor à la beauté brute. Les Finlandais lui
doivent beaucoup. A la fin de la Seconde
Guerre mondiale, l’URSS exige de la
Finlande des réparations exorbitantes
en échange de la sauvegarde de son indé­
pendance. Pour s’acquitter de cette dette,
le pays se tourne vers sa principale ri­
chesse : la forêt. Celle­ci couvre plus de
80 % du territoire et compte pour plus de
40 % des exportations. Les propriétaires
privés en détiennent plus de 60 %. Dans
ce pays, agriculture et forêt ne s’opposent
pas, elles se complètent. Ainsi, jusque
…
92 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
Epopée nationale. Rovianemi, sur
le cercle arctique, n’est pas qu’un parc
consacré au business du père Noël ; c’est
une ville pleine de charme qui abrite
l’Artikum, musée populaire et centre
scientifique de renommée mondiale. Les
archives du folklore sont considérées
comme les plus importantes au monde
et la folkloristique (étude du folklore) est
reconnue comme discipline académique
depuis plus d’un siècle. La constitution
de ces archives est liée à l’émergence
d’une idéologie nationale qui a poussé
les petits peuples à démontrer qu’ils
possèdent une identité dont la base est la
langue. En 1809, la Russie s’empare de la
Finlande. Les liens pluriséculaires avec
la Suède une fois rompus, le contexte
politique apparaît favorable au développe­
ment du finnois. Et c’est ainsi que naquit
le Kalevala, épopée nationale des Finnois.
Puis le concept de tradition populaire va
constamment s’élargir au fil de l’Histoire,
en n’intégrant plus seulement des contes,
des chansons populaires, des devinettes
ou des rites magiques, mais aussi des ré­
cits biographiques, des souvenirs et des
textes exprimant la mémoire collective.
Les cultures lapones ne sauraient être
réduites aux regards que les autres ont
portés sur leur monde. Les Lapons ne sont
Mer
Baltique
RUSSIE
ESTONIE
500 km
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Nortours. Spécialiste des destinations
nordiques, l’agence propose un forfait
Cap nord à l’hôtel Beana Laponia de
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ners, safari motoneige de 3 heures,
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petit déjeuner, www.beanalaponia.fi.
d’ailleurs plus appelés des Lapons mais
des Samés, le Lapon étant une personne
qui, en tant qu’habitant du village lapon
exerçant une activité économique sur le
territoire, payait un tribut à la couronne
suédoise. Excédés par les enquêtes an­
thropologiques, les Samés ont revendi­
qué avec raison que les études menées
sur eux leur soient utiles et ont réussi à
imposer leur point de vue §
JEAN-DANIEL SUDRES/HEMIS.FR – EMMANUEL BERTHIER/HEMIS.FR – NATHALIE LAMOUREUX POUR LE POINT – LIONEL MONTICO/HEMIS.FR
Vivre l’aventure en traversant les parcs
nationaux en traîneau tiré par des
huskies ou des rennes (à dr., un éleveur
en costume traditionnel), croiser
la faune arctique, tel l’écureuil roux…
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
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TENDANCESMONTRES
Haute horlogerie,
le millésime 2019
Luxe. La nouvelle année
horlogère sera-t-elle un
bon cru ? Tour d’horizon
des nouveautés dévoilées
au Salon international
de la haute horlogerie
de Genève.
Anniversaire
Il y a pile vingt-cinq ans, la Lange 1
marquait la réouverture de la manufacture
saxonne A. Lange & Söhne. Cette
Lange 1 édition « 25th Anniversary » en or
blanc est proposée à 250 exemplaires,
pourvue d’un cadran argenté imprimé
bleu nuit avec date et chiffres bleus.
Son couvercle à charnière est gravé d’une
représentation de la manufacture.
PAR LAURENCE ALLARD, CONSTANCE ASSOR ET JUDIKAEL HIREL
Audemars Piguet crée l’événement cette année avec l’un des plus
grands lancements de sa longue histoire : une nouvelle collection entière,
baptisée Code 11.59. A la fois masculine et féminine avec ses diamètres
de 41 millimètres, elle affiche un style
résolument contemporain, associé
à de nouveaux calibres maison ancrés
dans la plus pure tradition horlogère.
Côté style, le nouvel air du temps
94 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
Nouvelle lune
Reconnaissable à son cadran guilloché, à
ses chiffres floraux et à ses chatons soulignant les heures, la Rendez-Vous Moon de
Jaeger-LeCoultre offre un nouveau
visage à sa phase de lune. A 6 heures, l’astre
poli dévoile ses différentes phases sur un
ciel étoilé bleu laqué. Lorsqu’elle est
pleine, la lune rappelle que le cercle est
justement la forme prédominante de cette
collection exclusivement féminine lancée
en 2012, qui talonne désormais l’historique Reverso en termes de succès.
AUDEMARS PIGUET – JAEGER – LANGE
Evolution
se décline entre
cornes ajourées,
lunettes ultrafines et
fond de boîte rond sur
carrure octogonale. Automatique, chronographe,
quantième perpétuel… Au total, ce ne sont pas moins de 13 modèles, dont 5 complications, qui sont
présentés simultanément dans cette
nouvelle ligne. En leur sein battent
6 calibres manufacture de dernière
génération, dont 3 nouveaux : un
chronographe intégré automatique
disposant d’une roue à colonnes avec
la fonction retour en vol, un mouvement automatique avec secondes et
date et un tourbillon volant à remontage automatique.
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Interplanétaire
Cette imposante Girard-Perregaux
Bridges Cosmos de 48 millimètres de
diamètre est un pur chef-d’œuvre astronomique. Dénuée de couronne, c’est au dos
qu’on en règle l’heure et les indications.
Sur son cadran, deux globes complets
– céleste et terrestre – baignent dans une
ambiance bleu nuit et affichent continents
et signes du zodiaque.
Tank libre
Chaque année, la collection Cartier Libre
vient revisiter les lignes
de ses montres cultes. Le
cru 2019 détourne ainsi le
carré signature de la Tank
pour dévoiler cette fois un rectangle pavé de diamants, bordé de
deux linteaux de rubis. Forgée
dans l’or, l’émail et la laque, cette
Tank chinoise haute couture n’est
éditée qu’à 100 exemplaires. Plus
originale encore, la montre Diagonale twiste les fameux brancards du
garde-temps dessinés lors de la Première Guerre mondiale et inspirés
d’un char allié vu de dessus. Loin des
modèles tout en rondeur de l’an passé,
celui-ci se joue de la symétrie rigoureuse de la Tank, en croisant les barres
habituellement parallèles. D’un côté,
le cadran minuscule frappé de chiffres
romains donne l’heure, de
l’autre, les diagonales, qui
donnent leurs noms à ce modèle
édité à 50 exemplaires, tord le cou au
conformisme. Une prouesse.
GIRARD PERREGAUX – PIAGET – PARMIGIANI – PANERAI – VINCENT WULVERYCK/CARTIER (X2)
Habits de lumière
Plongée extrême
Montre sportive par excellence, la Polo de
Piaget a vu le jour il y a quarante ans, avant
d’être repensée en 2016. Elle fait cette année
le pari d’une déclinaison joaillière. Lové dans
un cadran coussin en or rouge de 42 millimètres, son fond blanc est serti de 496 diamants. La lunette, parée d’un halo
56 diamants de taille variable, parachève
l’extravagance du modèle anniversaire.
Le boîtier satiné de 47 millimètres de
diamètre de cette Panerai Submersible BMG Tech est réalisé dans un
alliage high-tech, et sa lunette tournante unidirectionnelle est en Carbotech. Des matériaux de pointe qui
posent l’ADN technique de cette
montre de plongée à la fois légère et
résistante, étanche jusqu’à
300 mètres.
Pomme de pin
On admire le guillochage de cette
Parmigiani Fleurier Toric Chronomètre Slate certifiée COSC. « Le décor
est fondé sur le nombre d’or. On y voit se
dessiner les spirales de Fibonacci, qui retranscrivent l’harmonie omniprésente
dans la nature qui nous entoure »,
explique Michel Parmigiani.
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 95
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TENDANCESMONTRES
Rayons X
Rien à cacher ! Avec sa Skeleton X, Ulysse
Nardin exhibe le mouvement de sa
montre comme s’il était révélé par des
rayons X. Le concept est clair : révéler au
maximum sa beauté intérieure, jouer
la transparence en ôtant de la matière sans entamer sa résistance.
D’un diamètre de 42 millimètres,
sa symétrie centrale se bâtit entre
le cadre rectangulaire unissant
les index à 2, 4, 8 et 10 heures
tandis que le grand X semble
traverser le cadran en réunissant quatre autres index. Au
cœur de cette géométrie horlogère en suspension flotte un mouvement maison, doté de 96 heures de
réserve de marche. Cette Ulysse Nardin
Skeleton X est notamment proposée
dans un nouveau matériau ultraléger, le
carbonium, métal aéronautique notamment utilisé pour le fuselage et les ailes des
avions de dernière génération. Son impact
environnemental est inférieur de 40 % à
celui du carbone.
Médicinale
Inspirée des montres
Minerva des années
1940 et 1950, la Montblanc
Heritage Pulsograph est une
édition limitée à 100 exemplaires.
Dotée d’un boîtier en acier de
40 millimètres, cette « montre de
médecin » marie un cadran bombé
rose saumon résolument vintage
et un pulsomètre de docteur,
gradué pour 30 pulsations.
Supercar
La Roger Dubuis Excalibur Huracan Performante
est une nouvelle édition
limitée extrême, proposée
en partenariat avec Lamborghini. Imposante avec
ses 45 millimètres de
diamètre, l’esthétique squelettée de son calibre automatique rappelle celle des
moteurs V10.
Longtemps dominées par les références à quartz ou les pièces
joaillières, les montres féminines se réinventent sous la férule
d’horlogers réputés pour leurs belles mécaniques. Connu et
reconnu pour ses modèles virils inspirés de l’automobile,
Richard Mille s’emploie ainsi à emporter les collections
femmes au sommet, sans renier ses codes esthétiques ni ses exigences techniques. Forte du succès de sa RM71-01 Automatic Tourbillon Talisman, un modèle à
la mécanique apparente imaginé l’an passé
avec l’artiste Cécile Guenat, la manufacture d’extrême horlogerie dévoile
ici la RM 07-03 automatique Marshmallow. Une édition limitée à
30 pièces dotée d’un mouvement squeletté à remontage
automatique avec heures,
minutes et rotor à géométrie
variable. Clou du spectacle,
le boîtier en céramique
blanche dévoile un cadran
en émail grand feu tricolore,
figurant… une guimauve tressée. Régressif à souhait !
96 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
Atemporelle
Cette Clifton Baumatic Calendrier Perpétuel équipée d’un boîtier de 42 millimètres en or rouge associe
un quantième perpétuel au mouvement Baumatic.
En sus d’une autonomie de cinq jours, elle bénéficie
d’une précision de –4/+6 secondes par jour et résiste à
des champs magnétiques jusqu’à 1 500 Gauss. Elle ne
nécessitera pas d’entretien pendant au moins cinq
ans ni de correction de date avant le 1er mars 2100.
BAUME&MERCIER – ULYSSE NARDIN – YOUENN.B/RICHARD MILLE – MONTBLANC – ROGER DUBUIS
Guimauve gourmande
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L’ADRESSE HORLOGÈRE PARISIENNE
12, B OULEVARD DES CAPUCINES – PARIS 9 E
BUCHERER.COM
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TENDANCESMONTRES
Aérienne
IWC dévoile cette année
une nouvelle ligne Spitfire dans sa collection de
Montres d’aviateur.
Toutes sont équipées de
calibres manufacture
IWC et s’inspirent de
l’esthétique épurée de la
Mark 11, jadis portée par
de nombreux pilotes et
navigateurs. Mention
spéciale pour la Chronographe Spitfire, avec son
boîtier en bronze et son
cadran vert olive.
Tridimensionnelle
Cette Greubel Forsey Art
Piece édition historique est
une œuvre d’art horlogère
tridimensionnelle. Son
Double Tourbillon 30° trône
sur un fond bleu roi, sous un
pont « poli noir » et des piliers
de cage anglés et ajourés à la
main. A 2 heures, le cadran
heures/minutes excentré fait
place à un audacieux dôme
en titane. On retrouve à
4 heures l’indication de la
réserve de marche.
Elle et lui…
98 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
Econome en temps
Ralentissez le cours du temps avec cette étonnante
Vacheron Constantin Traditionnelle Twin Beat quantième perpétuel, pourvue d’une double fréquence, entre
mode veille et mode actif. D’un diamètre de 42 millimètres pour seulement 12,3 millimètres d’épaisseur et
dotée d’un boîtier en platine, elle affiche les heures, les
minutes, le jour, le mois, le cycle des années bissextiles
et la réserve de marche lorsqu’elle est portée. Quand elle
n’est plus au poignet, on peut diminuer la consommation énergétique de son calibre d’une simple pression
sur un poussoir. Cette montre dispose alors d’une réserve de marche d’au moins soixante-cinq jours. Ce système s’inspire de la perception de la longueur des saisons
au Japon à l’époque Edo (1603-1868), où jour et nuit se
divisaient en six segments de durée variable. Les horloges datant de cette époque étaient équipées d’un balancier dont on pouvait très simplement modifier
automatiquement la vitesse de fonctionnement. Ainsi,
cette montre peut être rangée durant plus de deux mois
sans que les affichages de jour, de mois et d’année bissextile
en soient affectés.
VON ALLMEN/HERMÈS – HERMÈS – VACHERON – IWC – SP
Plutôt que de « mesurer, séquencer, contrôler », la maison dont la première montre mécanique a vu le jour
en 1999 ose un autre temps, histoire de « susciter des
émotions ». Cette nouvelle Hermès Arceau heure de
la Lune affiche en simultané des phases de la Lune
aux hémisphères Nord et Sud. Ici, sur un cadran en
météorite ou en aventurine, deux compteurs mobiles
gravitent, dévoilant les lunes de nacre au rythme d’un
module breveté qui maintient leur orientation horizontale. D’une épaisseur de 4,2 millimètres, les
117 composants s’intègrent au mouvement de manufacture Hermès H1837. « Un défi technique pour préserver la finesse de l’ensemble du châssis mobile, qui survole
le cadran en cinquante-neuf jours. »
Pour les femmes, la maison a fait appel à un jeune
designer de 35 ans, Ini Archibong, pour dessiner une
nouvelle ligne baptisée Galop. Fidèle à l’esprit Hermès, ce dernier s’est inspiré d’un étrier et s’est attaché à travailler les perspectives et les courbes. Loin
d’être symétriques, les chiffres s’amincissent progressivement de bas en haut.
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TENDANCESMODE
Par Fabrice Léonard Pages coordonnées par Marine de La Horie
L’adresse
Plein la vue
Moscot, célèbre opticien newyorkais centenaire prisé par
Johnny Depp, Andy Warhol,
Truman Capote ou encore
Lady Gaga, ouvre son premier
magasin en France dans le
quartier du Marais, à Paris.
Déployé sur deux étages, cet
espace reprend les codes des
autres boutiques du lunetier :
une façade jaune et un
intérieur au décor rétro chic.
26, rue du Temple, Paris 4e.
Guerlain réinvente
le fond de teint
L’Essentiel, la nouvelle
gamme de fonds de teint
que lance en février
Guerlain, entend
réconcilier deux
exigences apparemment
contradictoires : la
naturalité et l’efficacité.
Composées à 97 %
d’ingrédients d’origine
naturelle, les 30 teintes
proposées se révèlent être
un soin qui équilibre en
laissant la peau respirer,
protège contre les méfaits
de la lumière bleue, lisse
les rides et hydrate la peau.
« Sur le long terme, la peau
nue est plus lumineuse,
plus vivante », commente
Frédéric Bonté, directeur
de la recherche scientifique
du groupe. Outre la teinte,
la marque propose
pour chaque carnation
trois niveaux d’intensité
et garantit une tenue
d’au moins seize heures.
Plus besoin de retouches
en cours de journée.
Son secret, fruit de deux ans
de recherche : des extraits
d’algue et de cacao blanc.
Le flacon dessiné par
Mathieu Lehanneur fait
penser à un parfum.
Inédit, il se compose
de deux sphères qui
s’emboîtent dans un subtil
jeu d’équilibre. Le designer
a aussi conçu le pinceau
qui complète l’offre § L. A.
L’Essentiel, 55 €.
Actu-style
Le parfum
A l’italienne
En 2011, Bottega Veneta créait
sa ligne de parfums avec l’Eau
de parfum pour femme, aux
accents chyprés et cuirés.
Cet hiver, la griffe dévoile l’eau
de parfum L’Absolu. Le maître
parfumeur Michel Almairac a
pensé à un mélange chaud et
enveloppant, identifiable
par un accord cuiré familier,
souligné par le jasmin sambac
pour une finition sensuelle.
L’ajout d’ambroxan,
un ingrédient aux multiples
facettes évoquant l’ambre gris
naturel, apporte une nouvelle
profondeur à la structure
finale. Les notes de ce chypré
floral se combinent pour
dévoiler un arôme aux accords
musqués, boisés et ambrés.
100 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
La silhouette
Signée Louis Vuitton
C’est l’un des looks
les plus marquants du
premier défilé imaginé
par Virgil Abloh pour
le malletier. Ce long
pardessus en cuir
souple marron clair,
accessoirisé de détails
sportswear (zips,
sangles…), est porté
sur une base
entièrement rouge et
accompagné de baskets
au design urbain.
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L’objet
La tendance
Le nouveau trench
Ce grand classique du vestiaire refait
surface, porté plus « casual ».
-Imperméable en gabardine
de coton, tee-shirt en jersey
de coton, pantalon en soie à
bandes contrastées et baskets
en cuir et gomme, Burberry.
-Pull en cachemire, Loro
Piana.
-Sac Cityslide Cross en
veau grainé, Hermès.
-Baskets en Nylon et
gomme, Stella McCartney.
Désir
C’est un des nouveaux modèles
de sacs imaginés par Hedi
Slimane, directeur artistique de
Celine. Il se nomme Triomphe,
façonné en veau satiné et muni
d’une bandoulière. Le fermoir
en laiton doré reprend le logo
double C imaginé en 1972
par Céline Vipiana, fondatrice
de la maison de mode.
Ce double C lui a été inspiré
par la chaîne qui borde
l’emplacement de l’Arc de
triomphe, devant laquelle elle
tomba en panne en voiture.
Céline Vipiana utilisera par
la suite cette boucle sur
une multitude de créations :
bijoux, chaussures, sacs.
SP/JULIA-CHAMPEAU – CELINE (X2) – SP (X12)
La collection
Nom de code : Françoise
C’est la marque qui va
faire sensation. Fondée
par Johanna Senyk (elle
s’était fait connaître
avec son précédent label,
Wanda Nylon), sa
nouvelle griffe puise les
bases de son vocabulaire
stylistique dans les
années 1970. Se côtoient
des tailleurs pattes
d’eph’, des trenchs
ajustés, des minirobes
lacées et des tops
volantés en Lurex.
TALENT À SUIVRE
Grigri de luxe
Gaya, petite sœur de
la griffe de joaillerie
Garnazelle, créée
par l’artiste joaillière
Céline Rivet, vient
d’imaginer la Créoles
Box. Il s’agit d’un
concept de bijou
à composer
au gré de ses
envies et de
son humeur.
Dans un écrin
se nichent
une ou deux
créoles en or façonnées selon le style granule de la maison. On peut
alors les porter nues ou
ornées d’un ou plusieurs
charms de son choix. Les
plus timides se laisseront
tenter par un motif étoile.
Les cœurs de rockeuse
succomberont au fulgurant
éclair d’or ou au serpent
ondulant, tandis que les
croqueuses de diamants
adopteront le charm
exclusif de la collection,
serti de trois de leurs
gemmes favorites.
Les plus mystiques
valideront la main de
Fatma ou autres délicats porte-bonheur
sertis de pierres fines
aux accents bruts à
porter en solo, duo
ou trio. Et plus
si affinités ! §
M. D. L. H.
www.gayajoaillerie.com.
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 101
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TENDANCESMODE
Le nouvel élan
de J. M.
Modèles iconiques et
savoir-faire réinventés :
sous l’impulsion de
Thierry Oriez et Olivier
Saillard, J. M. Weston
poursuit son envol.
Richelieu
s, m
bottines ocassins et
collectio basses de la
n Ultra W
eston.
bre.
e Cam
L
s
e
n
Botti
PAR MARINE DE LA HORIE
O
n aurait tort de se fier à la consonance
de J. M. Weston. Si son nom évoque
le fief des bottiers yankees, réputés
pour leur solide cousu Goodyear, ou encore
les artisans british, experts ès souliers
sur mesure, J. M. Weston est bel et bien
une marque française made in Limoges.
Sans doute, en 1891, quand Edouard Blan102 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
chard fonde sa manufacture de chaussures, nourrit-il l’espoir que sa réputation
dépasse les frontières du Limousin ? Après
avoir envoyé son fils Eugène perfectionner ses techniques de bottier outre-Atlantique à Weston, dans le Massachusetts, il
donne à son entreprise un nom anglosaxon, plus propice à un rayonnement
international. Le chausseur, mondialement connu pour son mocassin 180 lancé
en 1946, compte aujourd’hui une quarantaine de boutiques à travers le monde,
dont la dernière à Tokyo dans le quartier
de Marunouchi.
Le mocassin 180,
avec triple semelle
en cuir végétal.
J. M. Weston a récemment multiplié
les innovations. Tout d’abord sur le plan
créatif, avec l’arrivée d’Olivier Saillard à
la direction artistique. Cette figure emblématique du musée de la Mode, ex-directeur du Palais Galliera, est connue pour
ses performances arty singulières. « On
voulait marquer une rupture grâce à quelqu’un
qui ait une approche culturelle de la mode et
connaisse les métiers liés à son savoir-faire.
Cette personne devait aussi avoir l’autorité
et la capacité de faire évoluer la marque et de
construire le patrimoine de demain. Olivier
Saillard est un créatif incroyable qui jongle
SP/DMITRY KOSTYUKOV – SP (X6)
Les c
las
à sem siques ri
elle e chelie
n go us
mme
.
Thierry Oriez,
président de
J. M. Weston,
impose sa patte.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Pendant deux
mois, la fondation
d’entreprise
J. M. Weston
a accueilli deux
futurs bottiers
japonais dans son
usine de Limoges.
Weston
SP (X4)
entre art et mode avec pertinence », détaille
Thierry Oriez, président de J.M. Weston,
qui a notamment fait carrière chez Nestlé,
Baccarat et Christofle.
Si le chausseur cultive une image classique à travers, entre autres, son inoxydable mocassin et ses modèles disponibles
en plusieurs largeurs, il s’impose également comme un électron libre qui
n’aime rien faire comme tout le monde.
La griffe a eu l’idée d’un échange singulier digne d’un remake du film « Lost in
Translation ». Prenez deux apprentis bottiers japonais et envoyez-les pendant deux
mois en immersion dans l’usine Weston
de Limoges, parmi 170 artisans. De l’autre
côté, plongez deux jeunes femmes, aspirants Compagnons du Devoir, chez un
bottier japonais spécialisé dans la
grande-mesure, Yohei Fukuda. Puis envoyez-les chez Scotch Grain, un chausseur plus industriel. Cet amoureux du
travail bien fait est aussi suffisamment
fantaisiste pour enseigner l’art de la patine des souliers au whisky, lors de tutoriels mémorables.
Compagnons du Devoir. Au cours
de cette expérience insolite, chaque étudiant va se nourrir des différences culturelles et réaliser une paire de chaussures
d’exception grâce aux techniques du cru.
« L’enjeu était de faire découvrir à chaque apprenti les valeurs de l’artisanat local et de proposer une ouverture sur le monde. La barrière
de la langue s’effondre souvent grâce au langage universel de la main. Les artisans s’entendent très vite, sans avoir besoin de se
parler. Le rapport à l’objet et la recherche mutuelle de l’excellence permettent de construire
un pont entre deux cultures », souligne
Thierry Oriez.
Les deux apprenties françaises en cordonnerie-botterie ont été bouleversées
par cette plongée en terre inconnue. Elles
ont pu observer le perfectionnisme proverbial des Japonais, qui peuvent passer
des heures à peaufiner une teinture de
tranche. Cette immersion a été rendue
possible grâce à la fondation d’entreprise
J. M. Weston, créée en 2011 – à l’occasion
La fondation a financé la formation de deux
apprenties françaises en cordonnerie-botterie
au pays du Soleil-Levant.
des 120 ans de la marque – par Christopher
Descours, le patron du groupe EPI, la maison mère du chausseur. Elle a pour but
de valoriser le travail manuel et de transmettre des savoir-faire d’exception en
France. « Quand on embauche un jeune dans
nos ateliers, il a souvent été rejeté par tout le
système. Le travail manuel est mal vu en
France. Au-delà de l’enseignement, la force
des Compagnons du Devoir est d’apporter
confiance en soi, savoir-être et fierté du métier. Nous finançons aussi des bourses pour
aider des Compagnons à poursuivre leur tour
de France à l’étranger et les sensibiliser aux
techniques locales », ajoute Thierry Oriez.
« Au Japon, certains artisans sont considérés
comme des trésors vivants. Ils peuvent adopter leur apprenti si jamais ils n’ont pas de descendance », contrebalance Christian Piat,
le patron de J. M. Weston en Asie.
Aujourd’hui, Weston est le seul chausseur à posséder sa propre tannerie végétale de cuir à semelle. Chaque paire
nécessite jusqu’à 150 étapes de fabrication. La griffe, labellisée « Entreprise du
patrimoine vivant », ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. « On explore de nouveaux univers, comme la maroquinerie et la
chaussure pour femme, tout en restant une
marque masculine. Nous sommes le seul chausseur qui possède sa propre tannerie pour la
fabrication des semelles en cuir, selon un procédé de tannage végétal extralent, une tradition qui s’accompagne d’une réflexion globale
autour des cuirs, alternatifs ou écoresponsables, pour développer davantage notre
responsabilité environnementale », livre
Thierry Oriez, avant de conclure : « Selon
un proverbe japonais, la possession d’un
bel objet anoblit son propriétaire. On s’assure
que les nôtres durent le plus longtemps possible. La preuve, on répare 10 000 paires
par an ! » §
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 103
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TENDANCESGASTRONOMIE
TENDANCESGASTRONOMIE
À LA CARTE par Thibaut Danancher
ŒUF, MOUSSE DE FOIN
Le secret de Julien Lemarié
On porte à ébullition 300 grammes de
crème double dans une casserole. On
incorpore une poignée de foin bio. On
laisse infuser vingt minutes à couvert.
On rince les pommes de terre. On les
pique avec une petite fourchette. On les
dépose sur un lit de gros sel sur une
plaque à rôtir. On les enfourne quarante
minutes entre 160 et 170 °C. On coupe les
pommes de terre en deux. On prélève la
pulpe. On la passe au tamis. On la détend
avec la crème double infusée au foin. On
rectifie l’assaisonnement. On met
l’ensemble dans un siphon à chantilly.
Dans son boudoir, Ima,
Julien Lemarié célèbre
la cuisine franco-japonaise.
Vive Lemarié !
1977 célèbre ses signatures fleurant l’acidité, l’amertume, les contrastes de textures et de températures. Des fulgurances
attisées par des touches japonisantes, clin
d’œil aux origines de son épouse.
Les saint-jacques s’extasient dans un
bouillon dashi et galanga où barbotent
du broccolini, du chou-fleur et du cédrat.
L’œuf parfait se fait cajoler dans un nid
de mousse de foin parsemé de graines de
tournesol, de citron meyer et de paillettes
d’algue nori. Le saint-pierre coiffé de
poudre d’hibiscus et de limequat en pince
pour la quenelle épinard, vinaigre tosazu
et graines de lin. Le pigeonneau rôti se
sent pousser des ailes avec la mousseline
de topinambour, le gingembre, les graines
de pavot et son jus acidulé. Pour le bouquet final, un sponge cake, glace au lait ribot, crémeux au chocolat, gelée au citron,
meringue au charbon végétal §
Ima, 20, boulevard de La Tour d’Auvergne,
Rennes (Ille-et-Vilaine). 02.23.47.82.74.
Menus : 30 € (déjeuner), 70, 90 € (dîner).
LA BONNE PIOCHE
Acrobatiques Funambules
Guillaume Besson entouré
de Félix Le Scour et de
Jean-Baptiste Becker.
104 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
Après avoir eu la tête dans les étoiles, Guillaume Besson en
cuisine et Jean-Baptiste Becker en salle et à la sommellerie se
sont envolés avec leurs Funambules, qu’ils ont suspendus en
août 2016 à Strasbourg. Le duo de trentenaires a pris de la
hauteur dans son chic cocon contemporain. Guillaume Besson tient la corde au fil de sa vertigineuse partition faisant la
part belle au terroir alsacien flanqué de pépites du monde :
bar, sabayon au beurre noisette, chou pointu grillé, baies de
cassis, condiment fruits de la Passion ; aiguillettes de canard,
betteraves multicolores, crème de prune japonaise, condiment pistache, jus corsé ; persil – sorbet, racines –, crémeux
citron, granola au miel, gel à la Chartreuse, meringue.
Les Funambules, 17, rue Geiler, Strasbourg (Bas-Rhin).
03.88.61.65.41. Menus : de 20 à 38 € (déjeuner), de 44 à 54 € (dîner).
DR
MILAN SZYPURA/HAYTHAM-RÉA POUR « LE POINT » – ROMAIN GAILLARD/RÉA POUR « LE POINT » (X2)
0
n l’avait découvert fringant au
LeCoq-Gadby, à Rennes. On le retrouve renversant à la tête de son Ima,
« maintenant » en nippon, qui a éclos en
juin 2017 en pleine capitale bretonne. Julien Lemarié est dans son intime vérité
au cœur de son boudoir bercé par d’envoûtants jeux de matières – béton, bois,
céramique, laiton, cuir, toile tendue… –
et une délicate lumière tamisée. Derrière
sa cuisine ouverte embrassant son comptoir de 8 places – la salle compte par ailleurs 30 couverts –, le garçon millésime
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TENDANCES AUTO
ESSAI
La nouvelle grande
berline de Lexus,
hybride, affiche un look
audacieux et futuriste.
Tendu de cuir et rehaussé d’inserts en métal brossé, l’habitacle est spacieux et connecté.
DAVID DEWHURST/LEXUS/SP – LEXUS/SP (x3)
Lexus ES, l’alliance du luxe et de la sobriété
100 g/km de CO2. Pionnier de la technologie hybride dès 1997 avec la Prius, le
géant Toyota touche aujourd’hui les
dividendes de cet investissement en déclinant progressivement ce savoir-faire
technique sur toute sa gamme. C’est
encore plus vrai pour Lexus, la marque
de luxe du groupe, dont tous les modèles
sont d’ores et déjà proposés en version
hybride. Sa nouvelle grande berline de
standing ES affiche ainsi une émission
de CO2 de seulement 100 g/km, ce qui lui
permet d’échapper à tout malus.
Spacieuse. Sous une carrosserie au style
rendu spectaculaire par son énorme
calandre et ses galbes travaillés, l’ES ménage une belle habitabilité. Les passagers
sont choyés et le conducteur bénéficie
d’un siège à dix axes de réglages en finition
haute. L’affichage numérique, aussi bien
pour les instruments que pour l’écran
central de 12,3 pouces, est très lisible,
même si l’interface homme/machine
réclame un petit temps d’adaptation.
Bimoteur. Sous l’imposant capot trône
un modeste 4-cylindres 2,5 litres essence,
optimisé pour une consommation
réduite, ce qui a pour conséquence de
limiter sa puissance à 178 chevaux. Heureusement, il est épaulé par une machine
électrique permettant de porter la cava-
Lexus ES 300 h
A partir de 52 990 euros (finition Luxe)
Moteurs : 4-cylindres 2,5 l
+ électrique de 218 ch combinés
L x l x h (m) : 4,97 x 1,86 x 1,44 – Coffre : 455 l
0 à 100 km/h et Vmax : 8,9 s et 180 km/h
Conso : 4,4 l/100 km – CO2 : 100 g/km (pas de malus)
lerie totale disponible à 218 chevaux
lorsque le besoin s’en fait sentir. Alimentée par une batterie nickel métal hydrure
logée sous la banquette arrière, cette
machine électrique se transforme en
générateur à chaque décélération pour
réduire la consommation.
Ouaté. Comme tous les modèles hybrides
du groupe Toyota, la Lexus ES s’apprécie
particulièrement en conduite coulée,
éventuellement rapide. C’est la bonne
méthode pour tirer le meilleur parti de la
sobriété de la chaîne de traction hybride
sans avoir à subir la montée en régime
trop brutale du 4-cylindres due à la
transmission électrique à variation
continue. C’est aussi le style de conduite
qui s’accorde le mieux à la suspension de
l’ES, plutôt souple afin de privilégier un
confort ouaté § JACQUES CHEVALIER
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 105
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TENDANCESMARCHÉ DE L’ART
ENCHÈRES ET GALERIES par Judith Benhamou-Huet
Cent vingt-huit lots pour raconter comment
Catherine Deneuve, à partir de 1965, fait appel à Yves Saint Laurent, alors jeune couturier, pour l’habiller. La suite est une longue
complicité au cinéma et à la ville. Mlle Deneuve se sépare de 101 lots dans une vente
baptisée « De mode et d’amitié »,
qui devrait attirer les groupies du
cinéma et de la sphère fashion. Au
programme, les fameux smokings
YSL, dont un modèle ivoire de 1989
(estimation : 800 euros), ou la robe
longue lamée or, haute couture,
qu’elle portait à la cérémonie des
Oscars en 1995 (estimation :
2 000 euros). Les estimations sont
plutôt basses pour attirer les enchérisseurs. Une autre vente de
pièces moins spectaculaires, de la même origine, se tiendra en parallèle , mais exclusivement sur Internet §
Le 24 janvier, Paris, www.christies.com.
Taïwan fait sa foire
Aujourd’hui, le marché de
l’art, avec les milliards de
dollars qu’il met en jeu, est
l’objet de calculs géopolitiques. Ainsi, les Chinois,
qu’ils vivent à Hongkong ou
en Chine continentale, sont
considérés comme les acheteurs les plus prometteurs
du monde, même si l’économie est moins bonne et la réglementation des changes
devenue plus sévère. De son
côté, Taïwan, Etat souverain
créé en 1945, abrite de nombreux collectionneurs riches
et puissants qui ont été particulièrement actifs lors des
dernières ventes de Hongkong. Pékin a réaffirmé qu’il
avait des vues sur cet Etat.
C’est dans un tel contexte
que s’ouvre la première foire
d’envergure internationale
de Taïwan, Taipei Dangdai,
avec 90 participants dont les
poids lourds du marché
mondial que sont Gagosian,
Hauser & Wirth ou Zwirner,
mêlés à des galeries asiatiques comme Roh Projects,
de Jakarta, qui expose cette
grosse boule, compression à
la César version indonésienne d’une Volkswagen
Coccinelle réalisée par
Ichwan Noor (né en 1963).
Du 18 au 20 janvier, Taipei,
https://taipeidangdai.com.
Un bijou d’horloge
Vers 1927, Van Cleef & Arpels
a dessiné cette horloge Art
déco, avec encadrement en laque et chien chinois en jade.
Estimation : 8 000 euros.
Le 23 janvier, Monaco,
www.invaluable.com.
COMME AU MUSÉE
Troublant Henry Darger
Le musée d’Art moderne de la ville de Paris a reçu en 2015 une
donation de 45 œuvres de Henry Darger (1892-1973), extraordinaire artiste américain, par ailleurs manutentionnaire dans un
hôpital. Son univers est peuplé d’enfants esclaves et de poupées effrayantes. Sotheby’s vend une de ses fresques sur papier,
de près de 1,80 mètre de longueur, estimée à 150 000 dollars.
Le 20 janvier, New York, www.sothebys.com.
106 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
BRUNO BACHELET / PARIS MATCH / SCOOP/CHRISTIE’S – CHRISTIE’S – SOTHEBY’S – ARTCURIAL – PHOTO COURTESY OF ROH PROJECTS
Deneuve-Saint Laurent,
une double légende
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JEUX
RETROUVEZ DÉSORMAIS SUR IPAD ET IPHONE
NOS MOTS CROISÉS SUR L’APPLICATION LE POINT
MOTS CROISÉS PAR ALBERT D’AUNAC
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
1
C
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N
O
N
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S
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2
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I
E
L
HORIZONTALEMENT I. Qui a été promu très haut et sans
traîner. II. Qui n’ont certainement pas été promues. III. Futures
plates ? IV. Courant asiatique. Fada. V. Belle azuréenne. Explique,
en partie. VI. Peut-être en quarantaine. Quartier de Brest. VII. Ne
pleure pas de chagrin. Bien entendu. VIII. Un lieu où l’on n’a pas
bonne vue. IX. Conjonction. Qui forme un ensemble.
VERTICALEMENT 1. D’abord béatifiée. 2. Linguiste spécialisé.
3. Pour faire la part des choses. Montant. 4. Endroits généralement
humides. 5. Monnaie. En se retournant, il a fait un grand voyage.
6. Muse. Mises en terre. 7. Affluent de l’Aller. Fait ceinture. 8. Village
suisse (La). Certaine. 9. C’est ce qui compte.
Solution de la grille
du numéro 2419
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
1
2
3
4
5
6
7
8
C
O
R
N
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M
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L
L
L
9
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S
G
R
E
I
S
E
BRIDGE PAR MICHEL LEBEL
LE PROBLÈME DE LA SEMAINE
Voici les jeux de Nord-Sud :
¿ 54
• V62
\ A R D 10 4 2
±87
N
O
E
S
¿ D 10 9 6 2
• AR74
\ 53
±AR
I. Enchères
Sud donneur.
Faites les enchères de Nord-Sud,
qui se déroulent dans le silence
adverse.
Réponse
La bonne séquence :
Sud
1¿
2•
3 SA
Nord
2\
3\
LE TEST D’ENCHÈRES
II. Jeu de la carte
Vous jouez 3 SA en Sud.
Ouest entame du 3 de ± pour
le 7 du mort et le 10 d’Est.
Le test d’enchères du Point
est fondé sur « La Majeure cinquième,
édition spéciale », de Michel Lebel.
Réponse
Vous faites la levée du Roi. Dès que les \
sont normalement répartis (3-2) ou
si le Valet est sec, vous réaliserez un total
de dix levées. Sans danger dans les autres
couleurs, vous devez rechercher un jeu de
sécurité. La première manœuvre qui vient
à l’esprit consiste à faire l’impasse directe
au Valet de \ en jouant un petit \ pour
le 10. Il existe un jeu de sécurité à 100 %
dès qu’Ouest fournit à \ au premier tour
de la couleur. Voici la bonne manœuvre :
à la deuxième levée, jouez le 3 de \
de votre main pour le 6 d’Ouest et le 2
du mort. Ce coup à blanc vous permet de
faire cinq levées à \ en faisant l’impasse
au Valet au tour suivant.
A noter : si vous jouez contre un « super
champion » qui fournit le Valet de \
au premier tour, laissez-lui faire la levée !
Le début des enchères a été :
Voici les quatre jeux :
Quelques commentaires :
2 \ : changement de couleur 2 sur 1.
2 • : bicolore économique
(14 à 19 points DH).
3 \ : Nord répète sa très belle couleur
sixième – non forcing.
3 SA : avec 16 points H et un double arrêt
dans la quatrième couleur.
¿ 54
• V62
\ A R D 10 4 2
±87
¿ RV
N
• 83
O
E
\ V9876
S
±D953
¿ D 10 9 6 2
• AR74
\ 53
±AR
¿ A873
• D 10 9 5
\–
± V 10 6 4 2
LE POINT
1, boulevard Victor, 75015 Paris – Tél. : 01.44.10.10.10 – Fax : 01.43.21.43.24
Vice-président opérations
Président-directeur général
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et directeur général délégué :
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Dépôt légal : à parution - n° ISSN 0242 - 6005 - n° de commission paritaire : 0620 C 79739
Sud
2\
?
Ouest Nord
passe
2 ¿*
Est
passe
* Un As quelconque.
Vous êtes en Sud.
Quelle doit être votre deuxième enchère
avec chacun des cinq jeux suivants ?
¿
•
A AR
A74
B AR
ADV9
C AR
A R 10 8 7 4
D AR
ARD9
E ARDV654
7
\
±
R85 ARDV8
V
A R V 10 8 4
R9
AD8
RDV2
AV9
RDV
RD
Infos bridge
Quatrième titre pour les Bessis
Véronique Bessis – championne
du monde par paires Dames 2018 – vient
de remporter le Championnat de France
par paires mixte de première division
avec son fils, Thomas, un pilier de l’équipe
de France open. Il s’agit de leur quatrième
victoire dans cette épreuve.
Sylvie Willard et Philippe Soulet terminent
deuxièmes – comme l’année précédente.
Carole Puillet et Simon Poulard,
en tête après le premier week-end,
sont troisièmes.
Impression : Maury Imprimeur SA (45330 Malesherbes).
Réponses
A 2 SA = 20 ; 3 ± = 10 ; 3 SA = 5.
Avec un jeu régulier de 24 points H,
annoncez 2 SA. Cette redemande
n’a pas de limite supérieure (voir jeu D).
B 3 ± = 20 ; 2 SA = 10 ; 3 SA = 5.
Nommez votre couleur longue – 3 ± –
avec une distribution 6-4 pour trouver
soit un soutien à ±, soit un fit 4-4
ou plus à • – votre majeure quatrième.
C 3 • = 20 ; 2 SA = 10 ; 4 • = 5.
Annoncez votre majeure sixième – 3 • ;
un chelem est possible si votre partenaire
est fitté à •.
D 2 SA = 20 ; 4 SA = 10 ; 3 SA = 5.
Grâce à la réponse économique de 2 ¿
– un As quelconque –, vous pouvez
faire la redemande de 2 SA. Sur 2 SA,
votre partenaire peut faire un Stayman
ou un Texas pour rechercher une manche
ou un chelem en majeure.
E 4 ¿ = 20 ; 3 ¿ = 10 ; 4 SA = 5.
Demandez directement la manche à 4 ¿
– dans votre couleur septième –
pour indiquer qu’il manque deux As.
Jeu de Sud :
¿ 9873
• V653
\ A 10 7 6
±6
VOTRE RÉSULTAT :
- De 90 à 100 : un excellent résultat.
- De 70 à 85 : un bon résultat.
- De 50 à 65 : assez bien, travaillez
davantage vos enchères.
- Moins de 50 : lisez « La Majeure cinquième,
édition spéciale ».
Diffusion : MLP.
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et aux organismes liés contractuellement avec Le Point à des fins de prospection notamment
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Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 107
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Le bloc-notes
de Bernard-Henri Lévy
La « Lettre aux Français » d’Emmanuel Macron :
où sont les amis du peuple ?
I
l sera curieux de voir jusqu’où ira la mauvaise foi de ceux
qui occupent les ronds-points, non pour gagner, mais
pour casser.
Pour l’heure, et à condition d’être lue avec un minimum
de loyauté et de probité, la « Lettre aux Français » du président
Macron a cinq mérites incontestables.
1. C’est, parsemé d’une bonne trentaine de questions, un
texte très étrange, inédit dans la tradition républicaine, où
l’on demande aux Français leur opinion sur les réformes à
entreprendre et l’esprit de nos institutions. Pas un scrutin,
bien sûr. Pas un référendum. Mais une proposition de partenariat franche, presque candide. Une délibération démocratique de type nouveau appelée à s’ouvrir dans chaque foyer,
chaque bourg, chaque esprit citoyen. Et une volonté, apparemment sincère, de dire à l’esprit du temps non seulement
« je vous ai compris », mais « je vous ai entendu ».
2. Ce sont les mots d’un président – avec tout ce que le vocable charrie, en France, de nostalgie monarchique, de mélancolie nietzschéenne et, depuis dix-huit mois, de
jupitérisme – qui se débarrasse de ses oripeaux de sujetsachant, de thaumaturge omniscient et de miraculé surgi des
urnes. Je ne suis ni loup ni renard, semble-t-il dire. Je ne suis
plus simplement votre élu ni, encore moins, celui de la Fortune ou de l’Histoire. Je suis l’émissaire de vos cahiers. L’ambassadeur de vos délibérations. Je suis l’abeille qui fera son
miel de vos indignations, l’architecte qui les transformera en
solutions. Je suis – dans la mesure, naturellement, où cela ne
conduirait pas à trahir le mandat qui m’a été donné et, par
voie de conséquence, à me parjurer – l’interprète épistolaire
de vos doléances et de vos attentes.
3. Ce sont les Français qui, du coup, et pour peu qu’ils le
prennent au mot, sont appelés à tourner, non plus autour des
ronds-points, mais, comme jadis les passants d’Athènes, autour de la nouvelle agora assignée à ce grand débat. Ainsi advient le citoyen. Ainsi surgit parfois cet acteur intempestif
et grand que peut aussi être le peuple français, dans les riches
heures de son Histoire. Et alors, par sa méditation giratoire,
par sa façon de passer et repasser par les réponses qu’il pensait posséder mais qui redeviennent, pour lui aussi, des questions, par la perturbation qu’il est capable d’injecter dans les
règles d’airain du savoir, du pouvoir et de la gouvernementalité, par cette singulière crise de conscience, enfin, qu’il lui
arrive d’ouvrir dans les certitudes d’une nation et qu’un grand
philosophe contemporain aurait pu appeler « circumfession », ce peuple redevient véritablement souverain.
4. On ne voudrait pas pousser l’analogie trop loin. Mais,
si l’on prend cette logique au sérieux, c’est aussi, toutes proportions gardées, une sorte de geste socratique qui vient
contrarier l’exercice traditionnel de la relation entre diri-
108 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
geants et dirigés. Le président de la République, le temps de
ce grand débat toujours, dit vouloir se muer en maître sondeur des cœurs et des âmes. Les maires et les préfets sont invités à devenir les accoucheurs des volontés du peuple citoyen.
Et la politique française tout entière est appelée à devenir
– mais oui ! – un exercice de maïeutique nationale. On peut
douter, bien sûr. On peut suspecter la manœuvre du fin
politique à la Machiavel. Mais on peut aussi, comme dans le
pari pascalien, choisir d’y croire. Cette lettre, alors, est un
faire-part. Mais c’est aussi un avis de décès. Celui d’une France
autoritaire qui n’aurait que la matraque pour désespérer ses
nouveaux Billancourt.
5. Imaginons, enfin, le pari gagné. Imaginons que, dans ce
Grenelle puissance mille, dans ces états généraux numériques
géants, la « volonté de tous » s’augmente vraiment d’une « volonté générale ». Ce serait un début de changement dans le
fonctionnement même de l’autorité. Ce serait, dans le combat si souvent vain et, en tout cas, infini, entre les droits et les
devoirs, les citoyens et leurs représentants, les libertés et les
disciplines, une dialectique nouvelle et une avancée. Ce serait comme si le fameux « lieu vide » du pouvoir identifié par
les théoriciens modernes de la démocratie, comme si ce fameux « point de fuite » théorisé par les Jürgen Habermas et
autres Claude Lefort, devenait soudain convexe et accueillait en son orbe un peu de l’espérance des hommes. Ce serait,
sans toucher une ligne de notre Constitution, une authentique réforme de nos institutions.
Il reste à vérifier que, dans ses voies et ses moyens, le grand
débat soit à la hauteur de cet enjeu.
Et il est entendu que jamais un coup de dé n’abolira ni le
hasard ni ce qu’un pays conserve d’indignes souffrances et
de dignes désarrois.
Mais le président a tendu la main.
Il a pris le risque politique d’offrir aux gilets jaunes cette
toge de législateurs parmi le peuple.
Les gilets jaunes, à partir de là, ont le choix entre relever
le gant, ou faire comme s’il ne s’était rien passé.
Entre miser, eux aussi, sur un dialogue dont nul ne peut
aujourd’hui prédire où il mènera – ou poursuivre l’hallali
contre les élites, les journalistes, les minorités, les policiers.
Entre travailler, vraiment, à l’amélioration du sort des plus
déshérités – ou persévérer dans une haine froide, sans volonté ni intention, à la lettre nihiliste.
Il faut seulement savoir que ceux qui seraient tentés par
ce second choix, ceux qui, à partir d’aujourd’hui, s’obstineraient dans leur fièvre du samedi soir, ceux qui infligeraient
à leurs concitoyens de nouvelles fins de semaine de larmes
et de honte, tomberaient le masque et n’auraient plus aucun
droit de se parer du beau titre d’amis du peuple §
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Quand le peuple
prenait la parole
A la suite de la colère des gilets jaunes, le président Macron réactive les cahiers de doléances qui marquèrent l’imaginaire de l’Ancien Régime. Rappel de ce que furent réellement ces adresses au pouvoir.
PAR FRANÇOIS-GUILLAUME LORRAIN
C
omment s’adresser au sommet de l’Etat ? Comment faire
remonter vers le haut ce qu’éprouve le bas ? L’ouverture
du grand débat national, la résurrection des cahiers de
doléances, relayés diligemment par l’Association des maires
ruraux de France, plus mollement en ville, ont remis cette
question sur le devant de la scène. A l’ère numérique, la teneur encore écrite des registres ouverts en mairie a favorisé inconsciemment la réactivation du souvenir de ces
plaintes de l’Ancien Régime. Mais là où elles s’exprimaient
jadis en assemblées collectives, elles sont le fait aujourd’hui,
dans nos sociétés unicellulaires, de citoyens solitaires. Le
PCF lui-même a exhumé via L’Humanité des « Cahiers de
la misère et de l’espoir », support oublié qu’il avait utilisé
en 1977 pour faire pression sur le PS au moment du Programme commun. A l’époque, l’initiative avait été dénoncée comme misérabiliste. Autres temps, autres mœurs.
Aujourd’hui, un #MeToo social a pris le chemin des mairies, en attendant celui des plateformes numériques. …
35 questions pour un champion
PAR SÉBASTIEN LE FOL
L’essence de la vie civique est la conversation, selon Emerson. Le philosophe américain estimait d’ailleurs que Paris était
« la ville de la conversation et des cafés ».
Depuis le début de cet hiver jaune, les cafés
parisiens doivent souvent baisser leur
rideau. Les Français ne se parlent plus,
ne s’écoutent plus ; ils s’insultent et
s’agressent. Le dialogue est rompu. La civilité se meurt. Des gendarmes et des journalistes sont lynchés. Des élus menacés de
mort. L’ensauvagement fait son œuvre.
La tentation autoritaire n’a jamais été aussi
vive.
Le consentement à l’impôt est de plus en
plus remis en question tandis que le rapport
avec l’Etat se dégrade nettement. Selon le
dernier baromètre annuel de la confiance
Cevipof-OpinionWay-Le Figaro, la politique
inspire du « dégoût » à 32 % des Français
interrogés. Les acteurs de la vie démocratique sont rejetés vivement. Les gilets jaunes
ne veulent pas de représentants, mais des
youtubeurs. Il est pourtant nécessaire que ce
mouvement puisse trouver une traduction
civique. Car il révèle des problèmes de fond
trop longtemps éludés, notamment le poids
de la fiscalité dans notre pays et la reconnaissance du travail.
C’est tout l’enjeu du grand débat. Etrange
exercice pour le président de la République.
Vingt mois après son élection, le voilà
contraint de demander aux Français de
l’éclairer sur la politique qu’il doit mener.
Que restera-t-il de ce « 35 questions pour
un champion » ? L’opposition enterre déjà
cette consultation. Elle semble jouer le
chaos pour emporter la mise. Etrange
conception du… débat. Ne rêvons pas :
ce forum géant ne traitera pas toutes les
causes du malaise de notre démocratie.
Mais il sera pertinent s’il remet les Français
autour d’une table et ravive leur goût de la
conversation. On doit pouvoir tout se dire,
même les choses les plus désagréables.
Il ne doit pas y avoir de mots tabous entre
nous. Par exemple, l’« effort ». Il faut sortir
de ce dialogue de sourds entre le moralisme et le complotisme. Les raisins de la
colère produiront-ils l’élixir de jouvence
dont a besoin notre république abîmée ? §
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 111
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
On se focalise sur les cahiers. Mais la question est plus
vaste et plus ancienne. Comme le rappelle Yves-Marie Bercé
dans « Révoltes et révolutions dans l’Europe moderne » (éd.
Biblis), il a toujours existé des vecteurs d’adresses au pouvoir.
Chaque ordre, chaque corps envoyait des remontrances au
souverain. Les états généraux, qui virent le jour en 1302 sous
Philippe le Bel, créèrent certes les cahiers de doléances, mais
ils institutionnalisèrent surtout le « droit d’aide et de conseil »
au roi. Un droit qui était aussi un devoir. Jusqu’au début du
XVIIe siècle, les états provinciaux, plus régulièrement réunis,
ne manquèrent pas non plus de formuler vertement leurs remarques, notamment dans les provinces à forte identité : Languedoc, Bourgogne, Bretagne, Provence. On y parlait des
passages des troupes, de la levée de l’impôt. Chaque sujet était
même en mesure de saisir le Conseil privé du roi par le biais
d’une requête, assez onéreuse. Se plaindre était un privilège.
Mais la France, des siècles durant, fut le pays des placets – demandes pour obtenir justice ou faveurs –, des dénonciations,
des projets. Libre ensuite aux ministres d’y donner suite. L’Assemblée générale du clergé, ajoute Michel Briard, historien
de la Révolution, faisait également part de ses remarques.
S’adresser au roi était donc assez banal, et tout ne se résuma
pas à ces cahiers de doléances érigés à tort, selon une lecture
rétrospective, en machine de guerre révolutionnaire. Bouillon de culture, peut-être. Laboratoire abolitionniste de la monarchie, certainement pas. Comme souvent, on n’a retenu, là
encore, qu’une partie de l’Histoire. Michel Briard rappelle
qu’en parallèle aux cahiers de 1788 furent massivement dif…
Les cahiers de doléances de
1788 ? Un premier acte de démocratie participative qui n’a
pas débouché sur la démocratie directe – enterrée en 1793.
fusées des brochures qui multiplièrent leurs avis sur la situation du pays. Influencées par les patriotes, ces brochures
imposèrent quelques mots d’ordre qui pèseront lourd dans
le déroulement des événements de 1789 : vote par tête et non
plus par ordre aux états généraux, doublement du nombre
de députés du tiers état. Elles ne circulaient pas sous le manteau. L’ordre, comme aujourd’hui, était venu d’en haut, de
Versailles, en août 1788, le pouvoir invitant à exprimer son
opinion sur le royaume. « Ce souhait royal a ouvert une double
boîte de Pandore, résume Briard, celle des brochures et des cahiers
de doléances, qui ont réduit la censure à l’impuissance. » La limite
entre démocratie participative et démocratie directe fut
franchie ensuite en février 1793 avec les propositions de
Condorcet pour une future Constitution : il suggérait un référendum d’initiative populaire, idée aujourd’hui très en
vogue, mais qui ne fut pas retenue par la Constitution du
24 juin 1793, la plus progressiste de toutes nos Constitutions,
si progressiste qu’elle ne fut jamais appliquée.
De la nation assemblée à l’Assemblée nationale.
Venons-en à ces cahiers pléthoriques, que Tocqueville, avec
le recul du temps, baptisa joliment « le testament de l’ancienne
France », et dûment classés dans nos archives départementales qui en conservent près de 60 000, parfois mis en ligne.
Les doléances des paysans furent-elles répercutées par les
hommes de loi qui les formulèrent ? On reconnaît certaines
préoccupations paysannes, nuance Michel Briard, en particulier fiscales. Un écho à la situation actuelle. « La demande
de diminution des impôts royaux (dîmes) et des droits seigneuriaux
et féodaux est quasi systématique. » Diminution, mais non suppression, précise Briard, exigée seulement pour le droit de
mainmorte – l’incapacité à transmettre ses biens –, un vestige du servage encore en vigueur en Bourgogne et en FrancheComté. Les décrets de la nuit du 4 août sont bien là, en filigrane.
Mais dans ce gigantesque sondage affleurent d’autres revendications extrapaysannes : une demande générale de liberté,
notamment religieuse, de « démocratie participative », avec
une réunion régulière des états généraux, qui n’avaient plus
été convoqués depuis 1614 : « La petite monnaie des Lumières
Expression directe. Du « Cahier de doléances » de la ville de Marseille en 1789 au « Cahier de la misère et de l’espoir aujourd’hui » initié par le PCF en 1977…
jusqu’au « Cahier de doléances et de propositions » déposé à la mairie de Marquillies (Nord) en 2018.
112 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
BRIDGEMAN IMAGES/LEEMAGE – PHOTOS12.COM-HACHEDÉ – CHEUVA/KHARBINE-TAPABOR – FONDS DU PCF CANTAL – STÉPHANE MORTAGNE/PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP
HISTOIRE
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
ILLUSTRATION : TARTRAIS POUR « LE POINT »
Je sais qu’il y a des doléances intéressantes, mais avez-vous lu celle que j’avais posée par ici, mardi ?
passe dans certains textes. On parle déjà de “nation”. Si vous demandez que la nation soit assemblée régulièrement, le renversement
des termes aboutit vite à l’Assemblée nationale », souligne Briard.
Mais le bas a-t-il vraiment fait entendre sa voix ? A-t-on fait
droit aux plaintes des paysans, qui représentaient plus des
trois quarts de la population ? Le bilan est nuancé, reflet de
l’élaboration complexe de ces cahiers. Des modèles, rédigés
par des hommes de loi, furent distribués dans les campagnes.
Au sein des communautés d’habitants (ancêtres des communes), on convoqua les paysans par affichage, par annonce
du curé en chaire ou au son de la caisse. Qui tenait la plume ?
Un juge seigneurial, un notaire, un curé, un maître d’école…
Mais l’époque voit se développer une vie sociale et démocratique, souligne Michel Briard. Une évolution des réseaux et
de la sociabilité – incarnée dans les villes par les clubs politiques – qu’on pourrait d’ailleurs comparer, mutatis mutandis, à celle qui est en cours actuellement. Comme le rappelle
Robert Darnton dans son dernier ouvrage, « Un tour de France
littéraire » (éd. Gallimard), le pays est en pleine ébullition en
cette fin du XVIIIe siècle. Après une consignation et une rédaction qui amènent à amender ou à ajouter un supplément
au cahier de doléances modèle, le texte est apporté au cheflieu de bailliage où il est confronté à d’autres cahiers. Une synthèse sera présentée à chaque député à Versailles (où un comité
nommé par la nouvelle Assemblée nationale fut chargé de
réaliser une autre synthèse de tous ces cahiers du tiers état,
remise ensuite au roi, nous précise l’historien Timothy Tackett).
Cette synthèse impossible dont il est aussi question ces jours-ci.
On a retenu les cahiers du tiers état, mais le clergé, qui finira
par rallier le tiers ordre à Versailles, exprima aussi son ras-lebol envers les seigneurs et une hiérarchie aussi absente qu’in-
compétente. Dans les campagnes, selon la proportion de
grands propriétaires ou de métayers, le poids du président de
séance fut donc plus ou moins prépondérant. « Sur certaines
listes, très peu ont signé de leurs noms et, pour les autres, on rajoute
une formule collective, précise Michel Briard, preuve que la parole a été confisquée. » Si Gérard Noiriel, dans « Une histoire populaire de la France » (éd. Agone), estime que, dans les trois
quarts des cas, les présidents d’assemblée n’ont eu aucune influence, Briard incite à la prudence : « Un ouvrage de Jean Boutier analyse la situation du Limousin. Les cahiers sont très modérés.
Or, après 1789, on assiste à une incroyable explosion de violence.
Signe que la parole contestataire a été aseptisée. »
Voix multiples. Ce filtrage, cette « modération » n’est plus
possible aujourd’hui. De même qu’il n’y a plus, comme en
1789, cette opposition entre des élites bourgeoises éprises de
liberté – religieuse, économique et sociale – et des classes populaires aspirant à plus d’égalité. Aujourd’hui semble prédominer une plus grande homogénéité que dans la France de
1788 : qu’avaient alors en commun des négociants marseillais qui réclamaient la liberté des échanges, la suppression
des douanes intérieures, avec des Nîmois plus soucieux de liberté de conscience ? Pourquoi ces cahiers, sur lesquels Jaurès ouvre son « Histoire socialiste de la Révolution française »,
ont-ils marqué ainsi notre imaginaire ? Sans doute leur inventaire a-t-il constitué une première étape de politisation. Une
initiation. Un premier acte de démocratie participative qui
n’a pas débouché sur la démocratie directe – enterrée en 1793 –,
mais libéré un fleuve de voix multiples ayant fait le lit d’une
révolution politique. Ils n’étaient pas révolutionnaires. Mais
ils furent un des affluents de la Révolution §
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 113
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
IDÉES
Claude Habib : « L’intolérance
s’enracine dans les corps »
« Comment peut-on être tolérant ? » (Desclée de Brouwer), interroge la spécialiste de la littérature du
XVIIIe siècle dans un essai. Née dans le sillage des guerres de Religion, la notion de tolérance s’est ensuite
élargie à des questions de mœurs, de modes de vie. Mais les actes terroristes l’ont à nouveau bousculée.
D
ans « Comment peut-on être tolérant ? » Claude Habib,
docteur ès lettres et spécialiste de la littérature du
XVIIIe siècle, souligne un paradoxe autour de cette idée
fille des Lumières. Vertu capitale de nos sociétés occidentales, la tolérance y est pourtant mise à rude épreuve, alors
que l’on demande aux citoyens d’accepter de plus en plus
de pratiques et de croyances, ce qui en retour provoque une
aversion à l’altérité toujours plus forte. Entretien §
Le Point : Pourquoi, selon vous, faut-il réfléchir à la
notion de tolérance ?
Claude Habib : La cause immédiate de ce livre, c’est le terro-
risme qui a frappé la France. Après Charlie, j’ai proposé à mes
étudiants un séminaire sur la tolérance. Après la sidération,
il y avait un désir de comprendre : comment concevoir l’irruption de la barbarie parmi nous ? Comment l’appréhender ? Qu’est-ce que le fanatisme ? La première impulsion fut
de retrouver la leçon des Lumières : le couple fanatisme-tolérance est central pour les philosophes, en particulier pour
Voltaire, qui a joué sur ces questions le rôle de chef de file. Il
fallait y retourner. Reste que ce séminaire m’a laissé un goût
d’inachevé. Les philosophes réfléchissaient dans les termes
de leur temps, quand l’intolérance était celle de l’Etat monarchique et catholique. L’intolérance aujourd’hui inverse le
mouvement : elle monte de la société, d’une fraction de la société, la jeunesse islamiste ; elle est réprimée par l’Etat neutre,
laïque et tolérant. Autre différence, la tolérance au XVIIIe siècle
concerne des opinions religieuses. Le catholicisme est alors
religion d’Etat : l’incroyance ou les croyances dissidentes sont
interdites et persécutées. Nous sommes dans une situation
très différente : ce qui met notre tolérance à l’épreuve, dans
la société française, ce ne sont pas seulement des opinions
en matière de religion, mais des mœurs différentes. Ce qui
revient en boucle, c’est la question de l’égalité des hommes
et des femmes, l’acceptation ou le rejet des homosexualités,
ou encore la souffrance animale dans l’abattage rituel. Le
divorce porte à présent sur des modes de vie.
Vous dites que la tolérance est née au XVIIe siècle.
Pourquoi cette borne chronologique ?
L’invention de la tolérance est la conséquence des guerres
de Religion qui ont dévasté la France et l’Europe au XVIe siècle.
Elle est consécutive au schisme, car la pensée vient après les
faits, comme la chouette de Minerve. Bien entendu, le mot
apparaît antérieurement, il existe un édit de tolérance au
XVIe siècle, mais le mot n’a pas le sens que nous lui donnons.
Il n’a aucun sens moral. Avec l’édit de Nantes, la royauté reconnaît une situation de fait, qu’elle stabilise. Mais la pluralité n’est en aucune façon un bien. Il faut attendre la fin
du XVIIe siècle pour qu’une élaboration théorique se produise et que la tolérance soit défendue pour elle-même. Deux
grands textes européens, écrits aux Pays-Bas l’un et l’autre,
et quasi simultanément, en 1686, ont ouvert cette voie : le
« De la tolérance. Commentaire philosophique », de Bayle,
et la « Lettre sur la tolérance », de Locke. Si grand soit le génie littéraire de Voltaire, et sa formidable drôlerie, le travail
théorique a été accompli auparavant. C’est Bayle qui a trouvé
la solution sur laquelle nous vivons toujours : la liberté de
conscience assortie de la liberté d’expression.
La tolérance peut-elle varier ? Comment s’est-elle
étendue à des problématiques éloignées de la religion ?
La tolérance est variable parce qu’elle est inscrite dans l’Histoire. Or les termes du problème varient au cours de l’Histoire.
Les catholiques du XVIIe siècle ne sont pas ceux que nous rencontrons de nos jours. Au XVIIe, ils sont un danger direct pour
la notion parce qu’ils sont activement en lutte contre elle. Bossuet la fustige sous le nom de « tolérantisme ». C’est la religion des dragonnades et des enlèvements d’enfants, arrachés
à leurs parents pour être élevés dans la vraie foi. Le propre
frère de Bayle mourut en prison parce qu’il refusait de se
convertir. Dans ces conditions, tolérer le catholicisme, ce serait tendre le cou à l’ennemi en armes. Quel rapport avec les
catholiques d’aujourd’hui ? L’Eglise, après Vatican II, a reconnu
« L’intolérance aujourd’hui inverse le mouvement :
elle monte d’une fraction de la société. »
114 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Comment le rapport de la société française à la
tolérance a-t-il changé dans les dernières décennies ?
Claude Habib
Docteur ès lettres
et spécialiste de la littérature
du XVIIIe siècle
« Comment peut-on
être tolérant ? »,
de Claude Habib (Desclée
de Brouwer, 288 p., 17,90 €).
« La tolérance n’a parfois plus
pour but d’assurer le brassage
des modes de vie divers.
Elle devient séparatrice. »
la liberté de conscience. Il faut en prendre acte et ne pas traiter les fidèles d’aujourd’hui comme s’ils préconisaient les
conversions forcées. L’athéisme est un autre cas de figure. A
l’âge classique, il est sévèrement proscrit, comme il l’est de
nos jours en Arabie saoudite ou au Pakistan. Il existe donc de
manière souterraine. C’est le libertinage de pensée, qui fait
l’objet d’une réprobation quasi universelle. On appelle alors
« paradoxe de Bayle » l’idée qu’il puisse exister un athée vertueux. Vous vous souvenez du mot de Kirillov : « Si Dieu
n’existe pas, tout est permis. » Eh bien, pour l’immense majorité, les athées sont des gens qui se sont débarrassés de Dieu
pour tout se permettre. Ce sont des dangers publics.
Quant à l’expansion de la notion, elle passe en effet de la
tolérance des opinions religieuses à la tolérance des manières de vivre, pourvu qu’elles ne nuisent pas à autrui, puis
à la tolérance de l’orientation sexuelle, voire à présent du
choix du genre : il est clair qu’elle suit les progrès des droits
humains. La revendication de droits au nom de l’égalité
ouvre à la tolérance des champs nouveaux, complètement
imprévisibles aux hommes des Lumières.
DR
Peut-on vraiment tolérer ce qu’on trouve répulsif ?
C’est précisément sur ce que vous trouvez « répulsif » que
votre tolérance doit s’exercer : c’est son point d’application.
Toute la difficulté est là, et c’est pourquoi c’est une vertu.
Comme toute vertu, elle exige un effort. Si vous ne pouvez
pas y parvenir, vous devez au moins masquer votre intolérance. C’est ce qu’on apprend aux élèves infirmiers, bien
souvent des infirmières, qui devront prendre soin d’alcooliques ou de SDF : ne rien laisser paraître de leur répulsion.
Les choses ont changé à partir des crimes terroristes. Que la
prise de conscience date du 11 Septembre ou des attentats de
Toulouse, de Charlie ou du Bataclan, les Français ont fini par
percevoir l’existence d’une hostilité contre les « juifs et les
croisés ». A partir de là, le séparatisme d’une partie des musulmans français ou vivant sur le territoire français a changé
de signification : ce qui pouvait passer jusque-là pour un particularisme ou un défaut d’adaptation fut envisagé avec une
méfiance nouvelle.
La tolérance peut-elle exister si les références
communes à une norme sociale n’existent plus ?
La tolérance et les droits de l’homme ne sont pas la solution
complète au problème de l’association humaine : ce couple
nous est précieux, mais il n’a pas à se substituer à la politique, qui, depuis les cités grecques, prend en charge l’ambition de se gouverner soi-même. C’est dans la réalité des
nations telles qu’elles existent que la tolérance peut s’exercer, elle n’est pas hors-sol.
La société française est-elle, comme certains le
prétendent outre-Atlantique, intolérante ?
L’Amérique a son histoire, elle s’est vécue comme la terre
d’accueil des sectes persécutées dans la vieille Europe. Il en
résulte une incompréhension de la voie française. En France,
la IIIe République s’est vigoureusement dégagée de l’emprise
catholique : elle l’a bornée, en particulier dans le champ de
l’éducation. C’est évidemment un contresens de voir dans
la laïcité un athéisme d’Etat, semblable à celui de l’URSS ou
de la Chine, mais c’est un contresens presque inévitable.
Que penser de « l’intolérance des tolérants »,
qui clament leur progressisme mais font la chasse
à l’appropriation culturelle ?
Vous mettez le doigt sur un point limite ou un effet pervers :
la tolérance n’a plus pour but d’assurer l’échange d’arguments et le brassage des modes de vie divers, mais au contraire
de préserver le moi de chacun, supposé infiniment vulnérable, et de ménager l’estime de soi, toujours en danger. Elle
devient séparatrice, sous prétexte de protéger les membres
de groupes qui s’estiment discriminés et dont la susceptibilité s’accroît à mesure qu’ils se coupent de la société.
Que voulez-vous dire quand vous affirmez que « la
tolérance est prise dans la polarité du haut et du bas » ?
L’intolérance est une réaction violente qui s’ancre dans la répulsion. Elle a trait non seulement à des idées ou à des postulats spirituels – c’est le haut –, mais aussi à ces réactions
physiologiques élémentaires que sont la nausée et le vomissement. C’est pourquoi nous parlons sans cesse d’idées « nauséabondes ». Nous risquons d’être intolérants à ce qui menace
nos convictions, mais aussi, fatalement, à ce qui nous écœure
– pour certains la fumée de cigarette, la saleté supposée, le
malsain en général. C’est pourquoi nous n’en aurons jamais
fini de lutter contre l’intolérance : elle s’enracine dans les
corps § PROPOS RECUEILLIS PAR GABRIEL BOUCHAUD
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 115
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ÉDITION
Esprit français, es-tu encore là ?
L’écrivain francophile d’origine turque Metin Arditi offre une déclaration d’amour – et d’humour – à ce qui fait,
de Diderot à Françoise Sagan, la grandeur de la France : son esprit.
Hector Berlioz
S’il me fallait, dans tout le répertoire de Berlioz, faire un
choix, ce serait sans hésiter « Les nuits
d’été ». Le morceau a été enregistré par
les plus grandes chanteuses, parmi lesquelles Kiri Te Kanawa, Joyce DiDonato,
Janet Baker ou encore Jessye Norman.
Proposé par Régine Crespin, il incarne
le « chant à la française » dans ce qu’il a
de plus noble et de plus raffiné. Son enregistrement avec l’Orchestre de la Suisse
romande, dirigé par Ernest Ansermet, est
un sommet musical et une référence discographique. J’ai eu beau l’écouter cent
fois et plus, l’émotion est toujours aussi forte.
François Cheng
« Tu ouvres les volets, toute la nuit vient à toi,
Ses laves, ses geysers, et se mêlant à eux,
Le tout de toi-même, tes chagrins, tes émois,
Que fait résonner une très ancienne berceuse. »
C’est avec ce quatrain que François Cheng accueille le lecteur
d’« Enfin le royaume ». Oui, l’un des plus grands poètes français contemporains est chinois.
116 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
Colette
Si Colette incarne l’esprit français,
si son œuvre a connu en francophonie un tel succès (en Orient,
il fut immense), c’est qu’elle portait en elle la promesse du plaisir. Il était sulfureux, mais il avait
en lui quelque chose de très authentique. C’était, plus qu’un plaisir romanesque, un plaisir vécu.
Diderot
« Je vois le matin la vraisemblance à ma droite, et l’aprèsmidi elle est à ma gauche. » De tous les personnages cités
dans ce dictionnaire, si je pouvais me choisir un ami et un
seul, je n’hésiterais pas une seconde. Ce serait Diderot, homme
de cœur plus encore qu’homme d’esprit. Et s’il ne devait y
avoir qu’un seul nom dans ce dictionnaire pour incarner
l’esprit français, ce serait le sien.
Pierre Drieu la Rochelle
Peut-on aimer Drieu ? Moi pas. A-t-il sa place ici, dans ces
pages ? Je me suis posé la question vingt fois. Et, chaque fois,
j’ai abouti à la même réponse. Toute sa place. D’abord, parce
que Drieu est un romancier dont la finesse d’analyse, le style,
l’acuité psychologique, l’élan romanesque le placent, à mes
yeux, parmi les grands écrivains français du XXe siècle. Ensuite, parce que ce dictionnaire ne se veut pas une fable, que
l’on ne construit pas une histoire d’amour en se trompant
de personnage, et que Drieu rassemble en lui les qualités si
françaises d’élégance formelle (si pas morale), de séduction
et, à sa manière, d’allure. Enfin, parce qu’inclure Drieu dans
ce dictionnaire m’oblige à essayer de le comprendre, même
s’il m’est difficile de comprendre comment un homme aussi
intelligent peut être antisémite.
Alain Finkielkraut
Ainsi est Finkielkraut. Elégant en toutes circonstances, y
compris sous l’insulte, comme il l’a démontré souvent. Son
souci d’exactitude reste seul pilote de ses propos. Si sa volonté
de séduire n’est pas le trait saillant de son caractère, son brio,
son sens de l’humour (qui a lu « Ralentir : mots-valises ! » s’en
CARICADOC/LEEMAGE – DEAGOSTINI/LEEMAGE – RUE DES ARCHIVES/RDA – EWA KLOS/LEEMAGE
C
’est un dictionnaire qui remet un peu d’ordre dans l’esprit français, qui, en ces temps d’infox, d’outrances et de
menaces, est quelque peu malmené. C’est un dictionnaire qui inspire également l’humilité – une autre absente
de nos débats –, et d’abord celle de son auteur, Metin Arditi.
L’écrivain, né à Ankara, concède que « vingt mille personnes
seraient plus compétentes » que lui pour rédiger un « Dictionnaire amoureux de l’esprit français » (Plon/Grasset) et que,
s’il a accepté de rendre hommage à cette composante majeure de notre identité, c’est parce qu’il a « une dette » à l’égard
de la France. Et, disons-le, il l’honore de fort belle manière.
De Céline au Café de Flore, de Saint-Simon au jambon-beurre,
de Sagan au TGV, c’est précisément avec esprit (et souvent
humour) que l’auteur de « L’enfant qui
mesurait le monde » détaille ce qui
fait la grandeur de la France.
Extraits § SAÏD MAHRANE
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souviendra pour toujours) pourraient faire
de lui le plus attachant des débatteurs. On dirait qu’il s’y refuse. On en est étonné. Et puis
on s’interroge : quoi de plus logique ? Séduire,
c’est déplacer, amener ailleurs, surprendre.
C’est déjà trahir. C’est donc une forfaiture. Le
séducteur Finkielkraut se refuse à séduire.
Chacun ses responsabilités. Sa France est généreuse mais exigeante, intégrante. Elle offre
sa langue, cadeau inestimable, et il faudrait
encore faire le beau ? Séduire ? Racoler ? Vous
n’y pensez pas. Le rapport de Finkielkraut à
cette langue est d’une autre nature, une de
ces amours violentes, particulières à ceux qui
viennent d’ailleurs.
Jean d’Ormesson
LE LIVRE
« Dictionnaire amoureux de
l’esprit français », de Metin
Arditi (Plon/Grasset, 650 p., 25 €).
Serge Gainsbourg
Extravagant. Provocateur. Ricaneur. Insupportable. Mais
quel talent ! Ou plutôt : quels talents !
Jean Giono
Il avait quitté l’école gamin, et, comme il l’a écrit : « Dans
notre maison, nous n’avions que deux livres… » Pourtant,
c’est à lui que les éditions Gallimard feront appel pour rédiger la préface à l’œuvre de Machiavel, publiée dans la collection de la Pléiade. Il traduira « Moby Dick », écrira sur
l’Arioste, beaucoup sur Machiavel, aussi. Son essai sur Virgile, dans lequel se mêlent poésie, histoire et histoire personnelle, est grandiose. « C’est ainsi qu’un 20 décembre
1911 je reçus Virgile. » Il avait 16 ans…
Sacha Guitry
Ma mère avait vu Guitry plusieurs
fois au théâtre et le vénérait. A ses
yeux, il incarnait la France dans ce
qu’elle avait de plus éclatant : la
culture, le plaisir, le brio, et surtout
« la repartie », comme disait ma
mère. Sans doute ce talent représentait-il pour elle, minoritaire toute sa
vie en Turquie, l’arme ultime du quotidien. Avoir de la repartie, c’était pouvoir défendre sa dignité, même face
à l’arbitraire.
Guy de Maupassant
Quand on lit Maupassant à 15 ans, on a envie
de devenir écrivain
(illustration).
L’esprit français…
P.-S. : Jean d’Ormesson était le roi de la plus
irrésistible des formes d’humour : l’autodérision. Un commentateur l’interrogeait un
jour sur ce sujet clé : « Il y a les petits cons…
Il y a aussi les vieux cons… » Il n’eut pas le
temps de lui poser la question que la réponse fusait : « Vous parlez à un expert ! »
Le mot déclencha une ovation.
Edith Piaf
D’abord, il y a la voix. Une voix qui
fait frémir. Qui bouscule. Qui
transporte. Où ? Dans des lieux
où il vaudrait mieux ne pas se
trouver, sans doute. Là où l’on
est nu. Là où l’on aime. Là où l’on souffre. Là où
l’on vit vraiment. Une voix posée sur le diaphragme comme sur un socle en béton. Solide,
puissante, une voix qui vient des profondeurs,
une voix des entrailles. Une voix douloureuse
mais sans faiblesse. Une voix qui ne laisse
rien de côté, non, rien de rien, pas la fraction
d’une syllabe. Une voix d’une justesse absolue, toujours. Une voix qui tient la note et ne la
lâche pas. Une voix qui va jusqu’au bout, dans
tous les sens du mot. Une voix comme Piaf.
Françoise Sagan
Une anecdote incarne à quel point Sagan n’a jamais dévié
d’une authenticité assumée. Durant Mai 68, elle décide de
se rendre à une réunion, théâtre de l’Odéon. « Tiens, lance
quelqu’un, la camarade Sagan est venue en Ferrari ? – Non,
corrige-t-elle. C’est une Maserati. » §
Nombre des auteurs qui figurent dans
notre hors-série consacré aux grands
textes de l’humour français pourraient
avoir leur place dans le « Dictionnaire
de l’esprit français », et vice versa.
On pense, spontanément, à Audiard,
à Devos, à Desproges et à tant d’autres.
Il nous faut d’autant plus renouer avec
le rire que celui-ci est menacé, comme
le rappelle notre consœur Catherine
Golliau, qui a dirigé ce numéro :
« Le domaine de l’humour se rétrécit. Donc, vite, lisez ces textes
sans modération ! » Sur RTL, Flavie Flament demandera à
Catherine Golliau : « Qu’est-ce que notre sens de l’humour
révèle de nous ? », le mardi 22 janvier, entre 15 et 16 heures.
Le Point 2420 | 17 janvier 2019 | 117
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CHRONIQUE
Ce qu’est vraiment un dictateur
PAR KAMEL DAOUD
L
es Français le savent-ils tous ? Si leur pays bascule dans
le chaos, la radicalité, c’est que tout est permis ailleurs.
C’est le quitus rêvé pour les populismes en Occident. Il
faut espérer que cela ne se passe pas ainsi. Et, pour espérer,
il faut au moins corriger le sens des mots. Ceux de la presse,
des médias. A lire les titres et l’usage que l’on fait de la
langue, on déchiffre presque un espoir malsain de voir
s’écrouler un pays comme pour justifier, rétrospectivement, une titraille.
Quelques mots sont à redéfinir d’urgence pour recouvrer la mesure. « Dictature », d’abord, utilisé à l’intention
du macronisme. Certains oublient donc ce qu’est un dictateur. La littérature en a adouci le mystère brutal, le reportage en a fait un « sujet »
exotique, les années 1970 étant un souvenir, on en parle aujourd’hui avec une dangereuse négligence. Un dictateur, c’est un
homme qui prend le pouvoir à la vie à la
mort. Qui tue la moitié de son peuple pour
gouverner l’autre moitié agenouillée, qui
a des prisons secrètes, une police secrète,
une humeur secrète. Il est sanguinaire,
fantasque, assassin. Il adore faire du pays
une photo de lui-même, il aime la parade
et le portrait géant. Le confort étant un
abrègement inévitable de la mémoire, on
semble avoir oublié ce qu’est un dictateur
et on le voit partout, dans la presse et la parade.
« Violences policières ». C’est l’usage que l’on fait de la
police pour protéger un dictateur, ses proches, ses biens.
C’est synonyme de sang, blessés graves, morts quotidiens,
« disparitions » et procès de minuit. C’est loin de définir des
heurts entre manifestants et policiers à Paris ou à Bordeaux.
« Guerre ». C’est un souvenir terrible, une divinité qui
boit du sang, pas un jeu de mots. Une guerre tue, par milliers, par millions. C’est la perte de la maison, du sens, de
l’humain, du pays, de la dignité. Ce n’est pas un échange
de cailloux et de lacrymogènes. Il faut laisser se reposer les
morts et la mémoire. Il ne faut pas les convoquer pour habiller ses démesures.
« Résistance ». Ce mot, en France, a une mémoire. Ce
n’est pas un sticker jaune qu’on appose sur un bocal, un
front ou un gilet. On peut faire de la résistance mais pas se
faire passer pour elle.
« Décapitation ». « Monarchie ». « Bastille ». « Roi ». On
a suivi dans le reste du monde ce remake faiblard et artificiel de la Révolution française dans la France des intox. Plus
proche de la redéfinition de l’œdipe que de la vraie révolution. Ici, avec ces mots, certains veulent « tuer » le père,
épouser la mère et errer, aveugles et coupables.
« Printemps européen ». Ou français. Irrespectueux
pour les Egyptiens, Syriens, Tunisiens, Ukrainiens qui
sont morts sous les sabots, les avions
russes en Syrie ou les tirs des snipers au
Caire. Un « printemps » est une chose
sérieuse, espérée une vie durant, payée
chèrement : c’est se soulever contre un
dictateur pour atteindre la liberté et pas
seulement la détaxe, la dignité. On y voit
de la colère, pas de la haine de l’ordre. On
y crie liberté, pas anarchie. On y rêve
d’urnes, d’élections propres, de démocratie et de presse indépendante.
« Répression ». Cela arrive de nuit. Vous
êtes dans votre maison et on vous arrête
– cagoule, menottes, cellule secrète, torture et PV à signer sous la menace de câbles
électriques nus. Votre famille ne sait pas où vous êtes et
votre vie dépend d’une ONG qui se bat pour vous en Europe. Votre corps devient un délateur contre votre âme,
vous perdez vos dents et votre dignité. La fosse sera votre
rêve nocturne et, quand vous êtes libre, vous ne pouvez
rien saisir de vos mains sans gémir et recompter vos doigts.
Cela ne se passe pas ainsi à Paris.
Tout cela pour revenir par des mots sur les mots. Ils sont
dangereux. « Gazer » en est un de plus qu’il faut redéfinir
avec précaution. Si, en France, on commence à abuser
jusqu’au ridicule des mots « dictature » et « répression »,
que va-t-il nous rester à nous, au Sud, comme mots pour
parler de nos sorts? §
Un « printemps » est une chose sérieuse.
On y crie liberté, pas anarchie.
118 | 17 janvier 2019 | Le Point 2420
ILLUSTRATION : DUSAULT POUR « LE POINT »
De « dictature » à « violences policières », les gilets jaunes convoquent des termes qu’il est urgent de redéfinir.
Création www.egga.fr - 01 40 27 01 04 - Crédit photo : ©Jean Platteau. Reconnue d’utilité publique, la Fondation Raoul Follereau a obtenu la certification
de services du Bureau Veritas Certification France portant sur le référentiel IE001/11 des organismes faisant appel à la générosité du public.
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Dons par SMS collectés sur la facture de téléphone mobile des opérateurs
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POUR BRISER LES RÈGLES,
IL FAUT D’ABORD LES MAÎTRISER.
+33 1 53 57 42 16 | AUDEMARSPIGUET.COM | PHOTOGRAPHIÉ EN INFRAROUGE
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YOU MUST FIRST MASTER
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