close

Вход

Забыли?

вход по аккаунту

?

Le Journal du Dimanche - 03.02.2019

код для вставки
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
dimanche 3 février 2019 N° 3760 2 € (le JDD +Version Femina)
Bernard BISSON POUR LE JDD
Blanquer : Faut-il avoir peur de
Tina Turner
facebook ? Son patron
« Notre
en France répond
L’amour,
réforme
les perruques,
du lycée Stationnement
son fils et
va compenser
à Paris : la baisse
Mick Jagger
surprise des amendes
les inégalités »
3’:HIKKSF=VUWUUU:?n@r@g@a@a";
En fin de journal, nos pages Grand Paris
Macron,
le référendum
secret
Révélations Comment le chef de l’état
prépare dans l’ombre une consultation
des Français pour sortir de la crise des Gilets
Jaunes. Les questions qu’il pourrait poser
Pages 2 à 5
Emmanuel Macron au Touquet le 18 juin 2017. Jacovides/Valiela/Bestimage
France métropolitaine : 2 €
Pages 38 -39
LILO/SIPA
Pages 30-31
Interview pages 10-11
M 00851 - 3760 - F: 2,00 E
www.lejdd.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
2
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
L’événement
StratÉgie Selon les confidences de ses proches, le président de la République est
prêt à convoquer un référendum le jour des élections européennes, le 26 mai, pour
s’extraire de la crise des Gilets jaunes. Les révélations de David Revault d’Allonnes
La question
est une
réponse
pris de court par la fronde des
Gilets jaunes et la rage qu’elle
a fait surgir à travers la France,
Emmanuel Macron avait perdu
la première manche en cédant
face à la rue. Avec le grand débat
national qu’il anime en personne,
multipliant les stand-up en bras
de chemise et bluffant ses auditoires, il est en passe de gagner
la deuxième. L’émulation de sa
campagne victorieuse retrouvée,
le voici qui prépare la belle. Selon
toute vraisemblance, elle prendra
la forme d’un référendum, qui se
tiendrait – selon les informations
rassemblées par le JDD – le même
jour que les élections européennes.
Est-ce la bonne issue ? C’est en
réalité la seule. D’abord, parce que
l’essence du mouvement des Gilets
jaunes est
l’exigence
d’une parHervé gattegno
ticipation
du plus
g r a n d
nombre aux décisions des gouvernants : quelle meilleure réponse
qu’un référendum ? Ensuite, parce
que la crise a mis en évidence le
besoin de réformes significatives
dans plusieurs domaines. Ces changements nécessaires dans l’organisation institutionnelle, la pratique
politique et les systèmes sociaux
requièrent une approbation plus
large que celle d’une majorité
parlementaire, certes ample mais
désormais réduite au soutien discipliné du chef de l’État.
Enfin, l’option référendaire est
aussi la plus rapide pour tourner la
page d’un mouvement qui n’a que
trop duré. Outre les dégâts humains
(des milliers de blessés et douze
morts, qu’il serait fautif d’escamoter en dénonçant hâtivement
la répression policière), matériels
et économiques, la hargne destructrice d’une minorité ne peut
durablement menacer la paix
civile et faire régner dans le pays
un climat mortifère. Un référendum rondement mené permettra
de clore ce chapitre pénible pour
n’en garder que le meilleur : la soif
qu’expriment un grand nombre de
citoyens d’une démocratie enfin
revigorée. « Je n’ai pas réussi à
réconcilier le peuple avec ses gouvernants », a admis récemment
Emmanuel Macron. Il a raison de
ne pas y renoncer. En interrogeant
la France par le bas, il peut encore
s’offrir une sortie par le haut. g
Macron
prépare
son coup
P
our ­s’extraire de la
crise des Gilets jaunes, E
­ mmanuel
Macron se convertit à l’hypothèse
d’un référendum. Selon les confidences de sources haut placées
recueillies par le JDD, il envisage
même de plus en plus sérieusement d’organiser cette consultation le même jour que les élections
européennes, le ­dimanche 26 mai.
Preuve tangible que ce scénario
prend corps : le bureau des élections au ministère de l’Intérieur,
chargé de l’organisation des
scrutins, a pris langue en fin de
semaine avec des imprimeurs
et des papetiers afin d’être prêt
pour le jour J, si le chef de l’État
confirme ce calendrier. Le papier
destiné au « matériel électoral »,
c’est-à-dire les enveloppes et les
bulletins, a été préréservé – ce
qui préfigure un appel d’offres en
bonne et due forme dans les prochaines semaines, une fois le feu
vert donné par l’Élysée.
Officiellement, le ministère de
l’Intérieur se refuse à tout commentaire. Mais plusieurs interlocuteurs confirment : « Nous nous
préparons à toutes les éventualités,
indique un haut fonctionnaire.
Hors de question d’être pris au
dépourvu. » Un autre le dit plus
crûment : « Pas question de dire
au Président, quand il prendra sa
décision : “Ce n’est pas possible, il
est trop tard”. C’est un peu lourd,
car ça implique d’anticiper des commandes, mais nous avons pris nos
dispositions. »
Le président de la République,
vendredi à l’Élysée, lors de la réception
des maires d’outre-mer.
Stéphane Lemouton / Bestimage
À en croire certains proches du
chef de l’État, ce dernier n’a plus
que quelques jours devant lui pour
appuyer sur le bouton : « Il va falloir
décider très vite, sous une semaine. »
Selon cette source, le pourcentage
de chances qu’un référendum se
tienne le 26 mai est « très élevé ».
Pourquoi ce plan-là a-t-il subitement pris une telle consistance ?
Pour échapper au feuilleton éprouvant des Gilets jaunes, Macron a
identifié quatre options : un « Grenelle » sur le modèle de Mai-68,
associant syndicats et corps intermédiaires, piste à laquelle il ne croit
pas ; une dissolution de l’Assemblée,
qui n’aurait guère de sens mais causerait sans doute le recul, voire la
perte de sa majorité ; un remaniement ministériel d’ampleur, mais
comme le souffle un poids lourd du
« Il va falloir
décider très
vite, sous une
semaine »
Un proche d’Emmanuel Macron
gouvernement, « le remaniement,
tout le monde s’en fout ». « On n’aura
pas une personne extraordinaire qui
chamboulerait tout, précise le même.
Xavier ­Bertrand Premier ministre,
est-ce que ça change tout ? Non. »
Conclusion d’un membre du
premier cercle macroniste : « La
dernière option, c’est le référendum,
et on y va. Avec le grand débat, le
Président a montré qu’il avait le ressort personnel pour faire redémarrer la machine. Il occupe l’espace.
Le sujet, c’est : comment organiser
la sortie ? Il est important, au milieu
du grand débat, d’ouvrir cette perspective pour lui redonner du souffle
et une traduction très concrète. On
ne peut pas éloigner le temps de la
réponse politique de la fin du débat,
ni organiser un référendum en septembre pour un débat qui se termine
à la mi-mars. » Ainsi, en organisant
un référendum le 26 mai, l’exécutif
tenterait de rebondir aussitôt après
les conclusions du grand débat, qui
doivent survenir les week-ends des
9 et 16 mars via des assemblées
­générales citoyennes constituées
de citoyens tirés au sort.
L’enjeu est d’importance, et fait
l’objet depuis plusieurs semaines
d’intenses discussions stratégiques
et tactiques dans l’entourage du chef
de l’État. Le ministre de l’Intérieur,
Christophe Castaner, plaide pour le
principe d’un référendum qui poserait plusieurs questions aux Français. Le président de l’Assemblée
nationale, Richard Ferrand, également, même si lui hésite encore
sur la date idéale. Plusieurs autres
proches préconisent nettement de
coupler la consultation populaire
avec les élections européennes.
Mais au sein de La République en
marche (LREM), où se préparent la
liste et la campagne, on se montre
plus circonspect quant à l’idée des
deux votes simultanés. Alors que
dans un scrutin simple, une forte
abstention favorise les électeurs
les plus motivés – pour les européennes, ce serait probablement
ceux du parti présidentiel et ceux
du Rassemblement national (RN) –,
ce dispositif ne risque-t-il pas, en
augmentant la participation, de
minorer le score des macronistes ?
Ou de brouiller les enjeux du vote ?
Un dirigeant du parti s’avoue perplexe : « Bien malin celui qui sait à
qui ce serait profitable. Les électeurs
qui viendront pour le référendum
seront-ils plus enclins à voter pour
nous ou pour le RN ? Est-ce que cela
ne minore pas l’enjeu européen en
faisant du vote européen une des
questions du référendum ? On n’en
sait rien du tout… »
D’autres, dans l’entourage du
chef de l’État, balaient ces doutes.
« Je plaide pour qu’on soit hyper
disruptifs, hyper originaux et qu’on
reprenne la main en surprenant à
nouveau tout le monde », confie
un ministre influent. Un proche
du Président ajoute : « On a failli
crever de la crise des Gilets jaunes.
Un référendum, c’est un moment
citoyen très fort qui redémarre la
machine et nous permet de repartir
politiquement pour pouvoir continuer à réformer. Et un référendum à
questions multiples, ce serait inédit. »
Mais avec cette mise en garde : « Il
va falloir que la valeur des questions
soit suffisamment puissante pour
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
3
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Le référendum secret
Une arme
politique
à double
tranchant
histoire Pour le chef de l’État,
le recours au peuple peut être
un atout ou un piège
nous permettre d’acquérir encore du
gain électoral et limiter la neutralisation de notre score du fait d’une
participation en hausse. Quelquesuns plaident, et ils ont raison, pour
que la position de la majorité ne
soit pas de répondre “oui” à toutes
les questions, pour ne pas générer
quelque chose de binaire, où l’enjeu
se résumerait à être pour ou contre
la ligne du Président. » D’autant que
les électeurs, lors des référendums,
sont réputés ne pas répondre à la
question posée mais à celui qui la
pose – quitte à le sanctionner.
Voilà qui peut inciter Macron à
peaufiner son questionnaire. « Pour
la ou les questions formelles, on peut
attendre la fin du débat, le 15 mars »,
juge un poids lourd du gouvernement, qui considère qu’« on ne
peut pas se contenter des questions
institutionnelles, qui ne suffiront
pas ». Il faudrait donc élargir la
consultation aux questions économiques, sociales et sociétales. Grâce
au « ­rétroplanning » préparé place
Beauvau, le Président pourra ajouter
ou modifier des questions jusqu’au
dernier moment, et le budget de
l’État semble à l’abri des surcoûts
que causeraient des commandes de
papier lancées à la dernière minute.
Reste à Macron à donner le signal.
Évoquant la piste du référendum
devant cinq journalistes qu’il recevait à l’Élysée, il a déclaré jeudi :
« Ça doit être cogité. » En réalité, sa
réflexion est presque terminée. g
David Revault d’Allonnes
Ce que le chef de l’État pourrait
demander aux Français
RÉFLEXION Une consultation
à questions multiples
permettrait d’aborder les sujets
institutionnels, mais aussi
socio-économiques
Pour éviter à tout prix que le référendum ne tourne, comme les précédents, au plébiscite contre le chef
de l’État, ses soutiens ont dégainé
l’idée de multiplier les questions…
afin de noyer la contestation. Un
tel questionnaire à choix multiple
serait une première dans l’histoire
de la Ve République. Encore fautil déterminer quelles seront les
propositions soumises au vote
des Français.
Le consensus commence à se
faire sur la possibilité de tester les
dispositions initialement prévues
par la réforme des institutions :
« Doit-on réduire le nombre de parlementaires ? », « Faut-il limiter le
cumul de mandats dans le temps ? »
pourraient figurer parmi la liste
d’interrogations. « Beaucoup de
Français demandent ces mesures,
estime Sacha Houlié, député La
République en marche (LREM)
de la Vienne et premier soutien
de l’option du référendum. On
peut espérer une forte adhésion
qui rassemblerait la société. » Son
collègue Aurélien Taché (Vald’Oise) pousse, lui, pour inclure
des réponses multiples, notamment pour choisir le niveau de
proportionnelle à mettre en place
pour les élections législatives.
« Il ne faut pas que les Français se
sentent coincés », abonde Didier
Paris (Côte-d’Or), porte-parole
des députés LREM, qui cite aussi
la suppression de la Cour de justice ou la réforme du Conseil
supérieur de la magistrature.
Taché évoque une autre question
« Il ne faut pas
que les électeurs
se sentent
coincés »
Didier Paris
député LREM de Côte-d’Or
possible : « Faut-il inscrire dans la
Constitution la nécessité de la participation citoyenne ? » Laquelle
serait ensuite déclinée, dans son
esprit, en diverses propositions :
« généralisation des référendums
l­ ocaux, expérimentation de politiques publiques par la société
civile… »
Mais au-delà de l’organisation
institutionnelle, de la question du
vote blanc ou du vote obligatoire,
d’autres champs pourraient être
investis, au regard des résultats
du grand débat. « On pourrait en
retenir quatre ou cinq questions
essentielles, avance le président
des sénateurs macronistes,
­F rançois Patriat (Côte-d’Or).
Y compris sur des thématiques
sociétales, ou socio-économiques
par exemple. » Difficile de savoir
lesquelles, tant les conclusions
des échanges citoyens sont lointaines – on ne sait toujours pas qui
sera chargé de rédiger la synthèse
des dizaines de milliers de contributions recueillies pendant trois
mois. « Ça dépend quelles idées,
tente Houlié. Le but est de ne pas
se dédire, sans pour autant tout
rejeter en bloc. » Pas de question
sur le rétablissement de l’ISF, a
précisé Emmanuel Macron. Mais
l’exécutif pourrait choisir de tester des réformes visant à faire des
économies ou à garantir une plus
grande justice fiscale. g
Sarah Paillou
Arme de démocratie massive ou instrument de la présidentialisation du
régime ? À en observer l’utilisation
par les présidents successifs de la
Ve République, le référendum est
sans doute les deux à la fois. À l’origine, les antigaullistes y voyaient
une tentation plébiscitaire héritée
des régimes autoritaires. De Gaulle
était, il est vrai, convaincu de l’utilité
du vote référendaire autant pour
trancher des débats essentiels
que pour revigorer la légitimité
du pouvoir. Sur les neuf consultations organisées depuis 1958, il en
a convoqué quatre : deux sur l’avenir de l’Algérie (1961 et 1962) ; une
sur un changement institutionnel
radical (l’élection présidentielle au
suffrage universel direct, 1962) ; la
dernière sur des réformes certes
­importantes, mais surtout destinées
à lui redonner la main (modernisation du Sénat et régionalisation,
1969) – le « non » des Français provoqua sa démission immédiate.
Preuve que de Gaulle voyait
dans le référendum un moyen de
conforter son pouvoir, il en avait
annoncé un en pleine crise de
Mai-68 avant d’y renoncer pour
préférer dissoudre l’Assemblée
nationale. Sans être dicté par des
événements similaires, le vote sollicité en 2000 par Jacques Chirac
(sur l’adoption du quinquennat)
résultait lui aussi de calculs politiques, pour ne pas dire tactiques.
En pleine cohabitation, le chef de
l’État y avait vu l’opportunité d’un
succès facile sur un sujet consensuel. À l’arrivée, le succès fut net
mais mitigé en raison d’une abstention considérable (69,8 %).
Le choc du « non » de 2005
Cinq ans plus tard, sa seconde tentative se solda par un échec complet.
En soumettant au vote le projet de
Constitution européenne, il espérait
à la fois se remettre en selle pour
un éventuel troisième mandat et
se porter à la hauteur de François
Mitterrand, qui avait fait adopter de
justesse, en 1992, le traité de Maastricht. Le « non » des Français laissa
Chirac exsangue mais, à l’inverse du
général de Gaulle, dont il se voulait
l’héritier, lui ne quitta pas le pouvoir.
Aucun de ses successeurs n’a
utilisé le référendum depuis lors.
­Nicolas Sarkozy en a cependant
élargi l’accès en 2008, en instaurant la possibilité d’une « initiative
partagée » (20 % des parlementaires, 10 % des électeurs). En
1984, ­Mitterrand avait envisagé,
lui, d’en étendre le champ aux
sujets de société ; mais la ruse
consistait à a­ nnoncer pour cela
un « référendum sur le référendum » afin de sortir de la bataille
politique déclenchée par le projet
de loi sur l’enseignement privé. La
droite bloqua le processus au Sénat
et seul le Premier ministre (Pierre
Mauroy) en fit les frais, poussé à
la démission. g H.G.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
*
4
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
L’événement
Jean-Pierre Mignard, avocat
« À Macron
de convaincre »
fait l’objet de violences, mais les
manifestants aussi, et même d’un
surcroît de violence. Le ministre
de l’Intérieur doit rappeler que,
s’il d
­ éfend l’ordre public, il n’est
pas que le ministre de la police,
mais aussi de la protection des
citoyens. Pourquoi avoir refusé de
reconnaître un nombre anormal
de blessés graves chez les manifestants ? Il y a eu au départ une
grave erreur politique. On n’a pas
fini de la payer.
interview
DIAGNOSTIC Proche
du chef de l’État,
il critique sa
gouvernance. Et plaide
pour le référendum
Intime de François Hollande et
­Ségolène Royal, aujourd’hui proche
d’Emmanuel Macron, l’avocat JeanPierre Mignard devrait prochainement prendre la présidence du
comité d’éthique d’En marche.
Vous aviez soutenu Emmanuel
Macron, dès 2016. Quel bilan
tirez-vous de ses premiers mois au
pouvoir ?
D’abord, c’est un président qui veut
absolument tenir son programme de
candidat. Cette intégrité est la première de ses qualités. Mais c’est aussi
sa fragilité. Le voilà confronté à la
même difficulté que Jacques Chirac
en 2002 : un quart de l’électorat qui
vote pour lui au premier tour, puis
une large majorité au second parce
qu’il est le candidat qui fait obstacle
au Front national. Mais Emmanuel
Macron, comme Jacques Chirac, n’a
pas réussi à prendre en compte, dans
ses politiques, le « second cercle »,
celui du second tour, qui était aussi
son électorat à part entière. Or on
ne peut mener une politique avec
« Le Président
a complètement
omis le débat »
l’assise du seul premier tour, soit
25 % de l’électorat.
Qu’aurait-il fallu faire, dès lors ?
Amender le programme du premier tour. Négocier davantage
avec différentes sensibilités pour
créer une sorte d’arc parlementaire ­représentant ce vote du second tour. Le scrutin majoritaire
fait que les autres formations sont
sous-­représentées, ce qui crée une
situation déséquilibrée et dangereuse : une partie de la population
s’estime non représentée, et toute
majorité large a tendance à abuser
de sa majorité. Celle-ci comme les
autres.
Y a-t-il eu d’autres fautes ?
Emmanuel Macron a complètement omis le débat. La majorité a
eu des attitudes péremptoires sur
la conduite du changement. Et le
Président n’a pas fait ce qu’il aurait
dû faire pour en corriger la brutalité. Une majorité politique ne transforme pas une société à elle seule.
Pour transformer, il faut l’adhésion
d’un arc politique beaucoup plus
ample que la majorité actuelle. Et
nous n’avons pas cherché, au Parlement, des alliances et des compromis.
Jean-Pierre Mignard JOEL SAGET / AFP
Le chef de l’État s’est-il vu plus fort
qu’il ne l’était réellement ?
Il prenait acte des tergiversations du
précédent quinquennat, et aussi de
la situation : des grandes formations
politiques effondrées, une société très
fragile… Fallait-il un pouvoir fort ?
Oui, mais dans la négociation. Un
pouvoir fort, c’est un pouvoir légitime, qui ­recherche l’adhésion. Or
la démarche d’Emmanuel Macron a
été d’aller vite, d’abord par les ordonnances, puis à une cadence parlementaire infernale qui rendait illisibles
les lois. Emmanuel Macron voulait
convaincre. Mais, en allant trop vite,
il a dissuadé. « Lève-toi et marche »,
dans notre société indomptable plus
que réfractaire, ça ne fonctionne pas.
Comment analysez-vous
le mouvement des Gilets jaunes ?
Une partie de la population est en
rage. En 2005, c’étaient les jeunes
des banlieues. Avec les Gilets
jaunes, une autre partie de la société
­manifeste une forme de dissidence
parce que la vie lui est devenue tout
aussi impossible. Et cette société, si
elle se disloque, sera prête à toutes
les aventures politiques, y compris
les pires. La deuxième partie du
quinquennat Macron doit donc
consister moins à réformer qu’à unir.
La répression a-t-elle été
trop sévère ?
L’ampleur des moyens déployés a
été démesurée. Les policiers ont
L’aveu de Hollande
« Comme acteur politique qui a
exercé le pouvoir, j’ai ma part de
responsabilité. » Dans un e­ ntretien
au quotidien belge Le Soir, François Hollande, ­l’ancien président de
la République (2012-2017), se dit
« forcément » comptable de la colère
qui s’exprime dans le mouvement des
Gilets jaunes depuis le 17 novembre.
Il critique cependant son successeur,
Emmanuel M
­ acron, pour la lenteur
de sa réaction. « Si cette protestation largement soutenue par l’opinion
publique avait obtenu une réponse
plus tôt, les débordements auraient
pu être évités, tout comme la répétition des manifestations », dit-il. g P.C.
Comment sortir de la crise ?
Par la délibération permanente,
comme l’a promis le Président. Il
faut prendre acte de ce qu’il y a de
bon dans le désaccord, être capable
de changer de position. Notre programme ne doit pas être lu comme
la Loi et les prophètes.
Comment prolonger le grand débat ?
Si on veut un débat permanent,
il faut s’en donner les outils. Par
exemple, des formules d’assemblée
citoyenne, dans toutes les régions,
regroupant des citoyens tirés au sort,
avec des votes obligatoires et indicatifs, et des élus de tous niveaux qui
iraient devant ces assemblées pour
soumettre leurs décisions budgétaires à leur vote.
Êtes-vous favorable à
un référendum ?
S’il a une volonté réelle et affichée
de donner de la force à ces innovations démocratiques, oui. Cela lui
« “Lève-toi et
marche”, ça ne
fonctionne pas »
donnera d’autant plus de vigueur
et d’adhésion. Au Président de
convaincre. Ce qui veut dire ne pas
avoir peur du suffrage et apporter
beaucoup de soin pour que toutes
les questions soient réellement
posées. Mais cela ne doit pas être
l’occasion d’un « ball-trap » contre
le Président.
Quelles questions, justement ?
Les pratiques référendaires
­devraient être beaucoup plus massives, plus pratiques à mettre en
œuvre au niveau local, par exemple.
Je préconise aussi un vote obligatoire, comme l’impôt, et le décompte
des votes blancs. Voire qu’une élection soit considérée comme invalide
au-delà d’un certain pourcentage de
votes blancs. Et bien sûr une Assemblée nationale qui fonctionne et qui
soit représentative.
Avez-vous toujours des contacts
réguliers avec Emmanuel Macron ?
Quand c’est très important, je lui
écris. Et il me répond.
Et avec François Hollande ?
Non. g
propos Recueillis par
David Revault d’Allonnes
Règlements de comptes
entre Gilets jaunes
BAZAR Leur première liste aux
européennes a déjà perdu trois
membres. Pour le plus grand
plaisir de ceux qui n’en sont pas
Entre défections et coups bas, les
Gilets jaunes engagés dans les élections européennes n’ont pas mis
longtemps à se familiariser avec les
vicissitudes du monde politique.
Tout juste présentée, la liste RIC
– pour « Ralliement d’initiative
citoyenne » – a perdu, en une
semaine, trois de ses membres :
son directeur de campagne, Hayk
­Shahinyan, et deux des dix candidats connus, l’ancien Marcheur de
l’Oise Marc Doyer et la conseillère
municipale de Seine-et-Marne
­Brigitte Lapeyronie.
Ces départs ne remettent
« ­absolument pas » en question
l’avenir de cette liste, évacue celle
qui la conduit, l’aide-soignante
Ingrid Levavasseur. Mais ces retraits successifs sonnent bel et bien
comme un faux départ. « On paie
le fait d’être un jeune mouvement,
résume un membre du groupe.
On s’engueule souvent, on n’est pas
d’accord sur tout. » Ces Gilets ont
beau être novices, les commentaires
acerbes pleuvent comme dans le
plus installé des partis. « C’est
vrai qu’Hayk a envie d’avoir un
parcours individuel, il a du mal à
s’intégrer dans une équipe », lâche
cette source. Le directeur de campagne lyonnais, critiqué pour son
passage au Mouvement des jeunes
socialistes, avait été le premier à
jeter l’éponge, lundi. Mystérieux, il
regrettait sur Facebook la « précipitation » qui l’aurait entraîné « dans
une configuration différente de ce
[qu’il] prônait depuis des semaines ».
Des chemins divergents
Résultat : la liste ne s’appuie désormais plus que sur huit candidats…
dont trois viennent de la ville de
Montargis (Loiret). Avant même
son lancement, elle avait déjà connu
d’autres défections : ainsi JeanFrançois Barnaba, qui assure qu’il
ne s’y retrouvait plus. « En réalité,
c’est une bande de copains qui ont fait
passer leurs aspirations personnelles
avant tout projet », ­fusille cet autre
Gilet jaune très médiatique, qui se
targue d’avoir lancé cette initiative.
En ­décembre, en lien avec le romancier Alexandre Jardin, Barnaba avait
favorisé un premier rendez-vous à
Paris entre représentants du mouvement. Mais leurs chemins ont vite
divergé : Barnaba était résolument
opposé au « crochet par Marseille »,
le 5 janvier, lorsque ses camarades
s’étaient retrouvés dans un local
du journal La Provence, prêté par
son actionnaire Bernard Tapie. Et
il assure avoir été mis ensuite sur
la touche peu avant l’annonce de la
liste, le 23 janvier.
« La bande de Tapie »
À ce moment-là, Alexandre J
­ ardin,
lui, n’en était déjà plus. « Je n’ai pas
perçu chez eux de désir de construire
autre chose, seulement du rejet »,
regrette cet habitué des mouvements citoyens. Mais du côté « de
la bande de Tapie », comme ses
­détracteurs l’appellent désormais,
on propose une tout autre version :
« Barnaba voulait la tête de liste
et Jardin espérait placer quelques
hommes à lui. »
Jean-François Barnaba tente
­désormais de monter sa propre
liste, et prédit la mort de l’autre.
Bernard Tapie, à l’inverse, soutient
« plus que jamais » la première.
L’homme d’affaires dément tout
­apport financier ou toute fonction
de conseil auprès de ces débutants
en politique. Il a dû aussi revenir
sur sa promesse de leur ouvrir des
pages d’expression dans La Provence. « À partir du moment où ils
ont décidé de s’engager politiquement,
leur expression relève de l’éditorial et
non de l’actionnaire », justifie Tapie.
Une « expression » qui tend à devenir plurielle : cette semaine, deux
autres listes se réclamant des Gilets
jaunes ont été annoncées. g
Arnaud Focraud
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
5
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Le référendum secret
Des heurts lors de la
« marche des blessés »
Acte XII La participation
est en léger recul : 58 600
personnes ont manifesté hier
Le cortège parisien d’hier.
Laurent Pailler / Le Pictorium / MAXPPP
Selon un comptage du cabinet
Occurrence pour un collectif de
médias, 13 800 personnes ont participé au cortège parisien des Gilets jaunes, hier, et 10 500 d’après
la police. Dans toute la France,
ils étaient 58 600 contre 69 000
samedi dernier, selon le ministère de l’Intérieur. La participation était en baisse dans certaines
villes, comme Toulouse, Marseille
et Montpellier. Les Gilets jaunes
avaient placé ce douzième ­samedi
de manifestations sous le signe
de la dénonciation des violences
policières. La veille, beaucoup
appelaient sur les réseaux sociaux
à défiler dans le calme. Las, sitôt
arrivée place de la République,
la « grande marche des blessés »
– autorisée par la préfecture de
police – partie du 12e arrondissement de la capitale s’est enflammée. Des heurts ont éclaté entre
­manifestants et forces de l’ordre,
qui ont mis plusieurs heures à
disperser la foule. Louis Boyard,
président de l’Union nationale
lycéenne (voir tribune page 34),
a dû être hospitalisé après avoir
reçu, selon lui, un tir de lanceur
de balles de défense (LBD). La
veille, le Conseil d’État avait validé
l’usage des LBD, e­ mployés plus
de 9 200 fois depuis le début de la
contestation. Une décision qui n’a
pas empêché les Gilets blessés de
brandir une banderole réclamant
leur interdiction.
Mélenchon à Marseille
Figure du mouvement touchée
par un tir au visage la semaine
dernière, Jérôme Rodrigues a été
acclamé avant de quitter le défilé
sous escorte. La police des polices
a été saisie de 116 enquêtes, selon
une source policière. Signe que le
sujet se politise, des personnalités de La France insoumise, dont
Jean-Luc Mélenchon à Marseille,
s’étaient mêlées aux Gilets jaunes.
Des débordements ont également eu lieu à Bordeaux, à Nantes
où des banques ont été dégradées
et deux policiers blessés, ou
­encore à ­Strasbourg. À ­Valence, le
contrôle des accès au centre-ville
et la saisie d’une centaine d’armes
ont permis de limiter la casse,
alors que plus de 5 000 Gilets y
avaient afflué. g
Emmanuelle Souffi
Flop en vue pour la grève de mardi
Social Même si les Gilets
jaunes se joignent à la CGT,
l’appel ne devrait pas attirer
les foules
À côté du jaune, le rouge tente de
percer. Non sans mal. En décembre,
les trois manifestations de la CGT
étaient passées quasi inaperçues. Celle du 5 février risque de
connaître le même sort : pas sûr que
ses appels à la grève, même relayés
par des Gilets jaunes comme Éric
Drouet, attirent d
­ avantage.
Encore faudrait-il pour cela que
les salariés soient prêts à perdre une
journée de paie, ce que veut croire
la CGT. Mais si les Gilets jaunes ont
choisi d’occuper le pavé chaque
­samedi, c’est précisément afin
d’éviter les pertes de salaire. « Pour
eux, les journées d’action ritualisées ne sont pas efficaces, observe
­Stéphane Sirot, historien spécialiste des conflits sociaux. Déporter
les mobilisations des ronds-points
vers les entreprises est illusoire car
la grève s’est démonétisée. »
Un syndicalisme fragilisé
Compte tenu de sa force de frappe
dans le public, le – désormais – deuxième syndicat de France pourrait
tout de même rassembler seul
« ­environ 200 000 personnes », calcule Stéphane Sirot. Avec leur fonctionnement horizontal, sans hiérarchisation des décisions, les Gilets
ont contribué à ringardiser l’antique
centrale, au fonctionnement pyramidal. Le ­Comité confédéral national, où se réunissent les numéros
un des unions départementales et
des fédérations, devient de plus en
plus une caisse d’enregistrement.
La fièvre jaune a certes agité ses
­récents ­débats entre partisans d’une
véritable convergence des luttes et
fidèles de la ligne de Martinez, qui,
au début, a pris ses distances avec
un mouvement jugé trop à droite.
Mais en fin de compte, c’est souvent
le texte présenté par la confédération qui est entériné. « Les Gilets
jaunes mettent le syndicalisme face
à ses fragilités », juge l’historien.
Il faut dire que ses victoires
sont rares. « La CGT mobilise plus
que les Gilets jaunes, mais eux obtiennent 10 milliards d’euros, tacle
Raymond Soubie, ancien conseiller
social de Nicolas Sarkozy. Le reste
sortira du grand débat, pas du rapport de force qu’elle aura instauré.
Cela lui pose un problème existentiel considérable. » Tout occupée à
préparer son congrès de mai, qui
devrait voir Philippe ­Martinez se
présenter à sa propre succession,
la CGT a déjà prévu d’organiser
une nouvelle journée d’action,
mi-mars, ainsi que des « mardis
de l’urgence sociale. » De quoi rassurer ceux qui, en interne, veulent
qu’elle crie plus fort… à ­défaut
d’être entendue. g E.S.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
6
le journal duDimanche
dimanche
3 février 2019
Les indiscrets JDD – Europe 1
La lettre de Pénicaud
La ministre du Travail
a écrit cette semaine
à 1 400 entreprises de
plus de 1 000 salariés
pour leur rappeler leur
nouvelle obligation
de résultat en matière d’égalité salariale.
« Il n’est pas admissible que les femmes
soient, pour le même travail, moins bien
payées que les hommes », pointe-t-elle.
En vue
le VRAI
du faux
« La TVA à 0 %
[sur les produits
de première nécessité],
c’est essentiel. Je ne
comprends pas pourquoi
ils n’ont toujours pas
planché dessus »
LR : l’heure du choix
Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin
devraient prendre position sur les
européennes « fin février ou début
mars », après le discours que Macron doit
prononcer sur l’Europe, selon un juppéiste.
Sauf surprise, ils soutiendront la liste
LREM, où devraient figurer des juppéistes.
« Les discussions avancent, même
s’ils attendent des précisions sur la liste,
le programme ou les relations avec le Parti
populaire européen (PPE) », confie cet élu.
Le PSG fixé fin février
Initialement attendue en 2018, la décision
du Tribunal arbitral du sport sur le PSG
devrait être rendue fin février. Le club
l’avait saisi début octobre pour contester
la décision de l’UEFA de rouvrir l’enquête
dans le cadre du fair-play financier.
Bellamy reste à quai
À quinze jours des
européennes, en mai,
la tête de liste des
Républicains devait
prendre le large.
Le 19 janvier, dans
une publicité du Figaro Magazine,
François-Xavier Bellamy, présenté comme
« philosophe, écrivain », apparaissait
comme conférencier de la « croisière de
la rédaction du Figaro » en Méditerranée.
« Évidemment, lorsque nous avons appris
qu’il était tête de liste, nous avons annulé
d’un commun accord sa (bénévole)
participation », précise-t-on au quotidien.
Mahjoubi et Cie
Pour le secrétaire d’État Mounir Mahjoubi,
possible candidat à la mairie de Paris,
il y a de l’émulation pour représenter La
République en marche. « Il y a aujourd’hui
le Griveaux de l’ordre, le Mahjoubi du cœur,
le Villani du progrès ou encore le Renson
de l’aile droite. On est différents, mais
à la fin, c’est celui qui répondra le mieux
aux attentes qui portera nos couleurs. »
Présidente à succès
Sorti jeudi, Madame la Présidente, le
livre-enquête sur Brigitte Macron écrit par
les journalistes du Parisien Ava Djamshidi
et Nathalie Schuck, démarre fort : Plon,
l’éditeur, a réimprimé 7 000 exemplaires.
Jason Herbert, Gilet jaune, sur Franceinfo
FAUX • Bercy planche sur cette pro-
Muselier veut l’Arc de Triomphe
Fort du succès de la cagnotte qu’il a lancée pour les victimes des brutalités commises
contre les forces de l’ordre, Renaud Muselier, président de la Région Provence-Alpes-Côte
d’Azur, remettra le 12 février un chèque de 1 million d’euros à l’Amicale de la police nationale, qui représente aussi les gendarmes, les marins-pompiers et les sapeurs-­pompiers.
Christophe Castaner doit assister à la remise du don mais Muselier a refusé qu’elle ait
lieu au ministère de l’Intérieur. Il préférerait l’Arc de Triomphe, ou « un autre lieu symbolique des violences dont sont victimes ceux qui protègent les citoyens ». Samedi, le montant
collecté dépassait 1,46 million d’euros. Au-delà du million, les fonds seront versés aux
orphelinats de la police, de la gendarmerie et des pompiers. g Théo Giacometti/Hans Lucas
Ghosn à l’attaque
La cellule de défense de Carlos Ghosn qui
opère à Paris, au Liban et au Japon pointe
du doigt la justice nippone, accusée de ne
pas respecter les droits de l’homme. Elle
met en avant un avis émis en août par l’ONU
la qualifiant de « justice des otages ». Dans
un rapport de 23 pages, l’organisation
internationale interpelle le gouvernement de
Shinzo Abe sur les conditions de détention
« arbitraires » d’un activiste, Yamashiro Hiroji.
Attal dans le Mouv’
En février, la radio Mouv’ part
à la rencontre des jeunes.
À cette occasion, Gabriel
Attal, le secrétaire d’État
auprès du ministre de
l’Éducation nationale et
de la Jeunesse, débattra en direct à l’antenne
le 28 février de 19 h 30 à 20 h 30 avec de
jeunes auditeurs dans l’émission Debattle,
qui durera exceptionnellement une heure.
Des Zèbres veulent éclairer les quartiers
Après la Grande Équipe de France pour la jeunesse, l’association citoyenne Bleu Blanc Zèbre avec
Unis-Cité, Article 1, l’Agence pour l’éducation par le sport et Sparknews lanceront Les Nouveaux
Éclaireurs des quartiers, le 14 février au Théâtre du Rond-Point, à Paris, en présence du ministre
de la Ville, Julien Denormandie, et de l’écrivain Alexandre Jardin. Des personnalités engagées
dans les quartiers seront mises à l’honneur. Leur quotidien : apporter des réponses concrètes
sur l’insertion des jeunes, des femmes isolées, sur le lien social ou le décrochage scolaire.
Des bisous parisiens
Un appel aux Parisiens à
venir danser et s’embrasser
est lancé par la mairie de
Paris pour le 14 février,
jour de la Saint-Valentin
et de l’inauguration du
monumental cœur rouge de la porte de
Clignancourt, sculpture de l’artiste portugaise
Joana Vasconcelos. Le bal sera ouvert par
une bise de l’adjoint à la Culture, Christophe
Girard, à la maire, Anne Hidalgo.
La peur des patrons
La volonté de Le Maire d’inscrire dans une loi
les règles de domiciliation fiscale, afin que les
patrons des grandes entreprises avec un siège
social en France y paient leurs impôts, a mis
en émoi les PDG membres de l’Association
française des entreprises privées. Attachés
à l’autorégulation, ils redoutent un nouveau
texte. Certains ont fait savoir au JDD qu’ils
étaient bien domiciliés en France, tels Robert
Peugeot, à la tête de la holding familiale FFP,
ou les dirigeants d’Auchan et de Decathlon.
position, qui jouit d’une forte popularité
chez les Gilets jaunes. Mais si le gouvernement se dit « ouvert à la discussion », cette idée n’enthousiasme pas ses
services. La TVA, créée en 1954, est la
première ressource financière de l’État :
elle lui a rapporté 146 milliards d’euros
l’an dernier (hors TVA payée par les
administrations publiques.) Le taux de
20 % a généré 120 milliards de recettes.
Différents secteurs sont taxés à 10 %
(hôtellerie, restauration, transport de
voyageurs, qui rapportent 15 milliards),
et certains biens et services dits de « première nécessité » se voient appliquer un
taux de 5,5 % (alimentation, gaz, électricité… pour 11 milliards de revenus). Un
taux « super-réduit » de 2,1 % concerne
les médicaments remboursés par la Sécurité sociale, la presse et les spectacles
vivants (525 millions).
L’annulation de la TVA sur les produits de première nécessité représenterait une perte de 11 milliards pour les
finances publiques, mais elle toucherait
tout le monde, riches ou pauvres… « La
TVA est l’impôt le moins redistributif,
juge François Ecalle, ex-conseiller à la
Cour des comptes. Le gain serait dilué
entre 67 millions de consommateurs, et
rien ne garantit que les industriels répercuteraient ce cadeau. » Au contraire…
« On crée des niches fiscales déguisées,
explique l’économiste, citant la baisse
de TVA sur la restauration et celle sur les
tampons et serviettes en 2016, qui n’ont
pas été visibles sur les prix. Une baisse
de TVA sur les couches pour bébé ferait
gagner, au mieux, 3 centimes par paquet au
consommateur, mais perdre 240 millions
aux finances publiques. » L’introduction
de taux différenciés s’avère complexe : il
existe deux taux pour le chocolat, mais
l’article du Code des impôts tentant de les
distinguer est incompréhensible. « Il faudrait une dérogation de Bruxelles, puisque
les taux de TVA se déterminent au niveau
européen, et ce serait inefficace », tranchet-il, plaidant pour une revalorisation des
prestations sociales, voire… une hausse
globale du taux de TVA (ceux de Belgique
et de France sont les plus bas d’Europe)
pour compenser une baisse des charges
dans les entreprises. g géraldine woessner
À suivre cette semaine
Lundi >
Macron dans
l’Essonne pour
rencontrer des élus et
associations d’Île-deFrance dans le cadre
du grand débat.
g Denis Baupin
attaque au tribunal
Mediapart, France
Inter et plusieurs de
ses accusatrices en
diffamation après les
révélations en 2016 de
témoignages l’accusant
d’agressions sexuelles.
g Journée mondiale
sa vente aux enchères
est exposée à BadenBaden (Allemagne).
contre le cancer.
225e anniversaire de
la première abolition
de l’esclavage,
le 4 février 1794.
g
Mardi >
Journée de grèves
et manifestations en
France à l’appel de la
CGT pour répondre à
« l’urgence sociale ».
g Trump prononce
son discours annuel
de l’état de l’Union
devant le Congrès
américain. g Célébration
Mercredi >
François Hollande.
du Nouvel An chinois.
g Championnats du
monde de ski alpin
à Are (Suède).
g La toile de Banksy
devenue mondialement
célèbre après son
autodestruction lors de
Hollande (photo)
prononce un discours
à Science-Po Paris
sur l’avenir de la
social-démocratie et
sur l’enjeu européen.
g Nouveau procès en
appel de l’agriculteur
Paul François contre
la firme Monsanto, à
Lyon. g Angela Merkel
(photo) préside les
cérémonies pour le
100e anniversaire
de la naissance
de la démocratie en
Allemagne, à Weimar.
e
g 44 édition du Salon
Rétromobile, à Paris.
Jeudi >
Didier Migaud dépose
le rapport annuel de
la Cour des comptes
au Sénat. g Grève
nationale contre la
réforme de la fonction
publique à l’appel
de FO. g 2e édition de
LUDOVIC MARIN/AFP ; Olivier Corsan/MaxPPP ; ClÉment Mahoudeau/ABACA ; Bernard Bisson pour le JDD ; Thibault Camus/SIPA ; JOEL SAGET/AFP ; HAYOUNG JEON / MaxPPP
Vendredi >
Angela Merkel.
la Nuit de la solidarité
organisée par la Ville de
Paris. g Ouverture de la
Berlinale, le festival du
film de Berlin. g Congrès
de l’UEFA à Rome,
durant lequel le nouveau
président sera élu.
Procès à Paris
du « couple de
la Contrescarpe »,
molesté par
Alexandre Benalla
mais poursuivi
pour violences sur
des policiers le 1er mai
2018. g 34e cérémonie
des Victoires de la
musique, à Paris.
e
g 100 anniversaire
du premier vol
commercial
entre Paris et
Londres.
Samedi >
Belgique-France, quart
de finale de la Fed Cup
de tennis à Liège.
Dimanche >
Angleterre-France,
2e journée du Tournoi
des 6 nations de
rugby. g 72e cérémonie
des Baftas,
les récompenses
britanniques
du cinéma, à Londres.
e
g 61 Cérémonie
des Grammy Awards
à Los Angeles.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
7
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Actualité
Politique
Dati-la-menace
COULISSES Dans
l’attente de l’annonce de
la totalité de la liste LR
aux européennes, une
lutte sourde s’est engagée
pour les places éligibles
BRAS DE FER
L’ex-ministre Rachida
Dati fourbit ses armes.
Elle assure : « Je serai
avant la huitième place »
L
aurent Wauquiez ?
« Il sera comptable des ­résultats »
des élections européennes.
­François-Xavier Bellamy ? Rachida Dati ne l’aurait « peutêtre pas » choisi en tête de liste.
En deux coups de griffe, mardi
matin sur France Inter, la députée ­européenne a haussé le ton,
alors que Les Républicains (LR)
venaient de désigner un trio pour
mener la liste LR – le philosophe
François-Xavier Bellamy, la viceprésidente de l’Île-de-France,
Agnès Evren et l’euro-député
Arnaud Danjean. Assez pour
faire dresser les oreilles à droite,
la maire du 7e arrondissement de
Paris ayant une solide réputation
de grenade dégoupillée.
« Rachida, quand elle est contente,
elle ne dit rien, explique un de ses
voisins au Parlement européen. Une
personne qui est sûre d’être sur la
liste ne dirait pas ça. Si elle tape,
c’est qu’elle se sent en danger. Là,
elle nous dit : “Vous avez intérêt à me
mettre sur la liste, sinon je vais vous
en mettre plein la gueule”. » Or, à
droite, l’ancienne garde des Sceaux
fait l’unanimité sur un point : sa
capacité de nuisance. Pour avoir
subi ses foudres, l’ancien Premier
ministre François Fillon ou l’exministre Brice Hortefeux peuvent
en témoigner. « Même Sarkozy en
a peur », glisse un membre de la
direction de LR.
Inquiète, Dati ? Pas du tout,
nous jure-t-elle : « Je suis assez
zen sur tout, et comme toujours je
suis déterminée. » Après tout, ditelle, elle a reçu de Wauquiez la
Le président de LR, Laurent Wauquiez, et les anciennes ministres Rachida Dati et Nadine Morano, à Menton (Alpes-maritimes) en juin 2018. Jean-Claude COUTAUSSE/DIVERGENCE
garantie qu’elle serait en position
éligible. Quand ? « Depuis toujours,
et le week-end dernier encore. » « Je
serai avant la huitième place, précise
même Rachida Dati, avant d’ajouter : mais je ne fais pas campagne. Je
fais confiance à Laurent Wauquiez. »
On l’accuse de manier la menace ?
« Il n’y a jamais eu d’éclats de voix
avec Laurent, assure-t-elle. Je ne lui
mets pas de pression. » D’ailleurs,
« il y a quelques mois, nous avions
évoqué la tête de liste, comme il l’a
fait avec d’autres. »
N’empêche qu’à droite beaucoup
voient arriver avec angoisse le deuxième épisode du processus de
désignation des candidats aux européennes, qui verra le retour en force
de trois célèbres sortants : N
­ adine
Morano, qui tiendrait la corde pour
la quatrième place, Brice ­Hortefeux,
probable cinquième, et Rachida
« Si elle tape,
c’est qu’elle se
sent en danger »
Un député européen LR
Dati. Le renouvellement incarné
par F
­ rançois-Xavier Bellamy et
Agnès Evren risque d’en prendre
un coup. « Cette brochette-là va
être indigeste », s’inquiète déjà un
cadre de LR. Le come-back de ces
représentants de l’ancien monde
sarkozyste passe mal dans la nouvelle génération de l’après-2017, qui
les a même affublés du surnom de
« vieux schnocks ». Au point qu’en
2018 une poignée de jeunes députés
LR étaient allés réclamer leurs têtes
à Wauquiez. En vain.
Car Brice Hortefeux demeure
l’indispensable passerelle entre le
président de LR et Nicolas Sarkozy.
L’écarter reviendrait à déclarer la
guerre à l’ancien président. Impensable. Nadine Morano, elle, jouit
d’une popularité certaine chez
les militants et peut jouer la carte
régionale en tant qu’élue de l’est de
la France. Celle qui avait suscité un
tollé en 2015 avec ses propos sur
la « race blanche » fait aussi office
pour la campagne d’arme antiLe Pen et anti-Dupont-­Aignan.
« Pour conquérir l’électorat populaire, il faut faire attention à la sociologie, met en garde le député LR
Julien Aubert. Bellamy et Evren,
ce n’est pas la France des Gilets
jaunes. » En quittant la Commission
nationale d’investiture, mardi soir,
Nadine Morano se montrait donc
confiante : « J’ai bien l’intention
de peser de tout mon poids dans la
campagne à la… Oups. J’ai failli vous
dire ma place ! »
« Des trois, la plus en danger,
c’est Dati », conclut un ténor LR.
Et ce d’autant plus que beaucoup
d’élus pestent contre la surreprésentation de l’Île-de-France dans
les places éligibles. Avec Bellamy,
élu de V
­ ersailles, et Evren, élue
du 16e arrondissement, « l’Ouest
parisien occupe les deux premières
places de la liste, souligne le maire
du 15e arrondissement, Philippe
Goujon. En pleine crise des Gilets
jaunes, c’est un très mauvais signal. »
Goujon est furieux de la promotion surprise d’Evren, qui avait
remporté en octobre la présidence
de la fédération LR de Paris sans
son aval. Mais il n’est pas le seul à
juger qu’il y a « trop de Parisiens »
en lice pour un parti qui se flatte de
parler à la France rurale. « Sur les
dix premières places, vous ne pouvez
pas avoir quatre Parisiens », avertit
un député européen LR, en rappelant que « l’Est et le Sud sont de gros
pourvoyeurs de voix » pour la droite.
«Elle veut se faire
élire au Parlement
européen,
et après elle
essaiera Paris »
Un élu parisien
« La Région est un critère, mais
parmi d’autres, comme la visibilité,
la notoriété ou la sensibilité, rétorque
un élu francilien. L’équilibre se fera
sur les 20 premières places. » Reste
que, au vu des sondages qui créditent LR de 12 % des suffrages en
mai prochain, la bagarre fait rage
en coulisses pour figurer dans les
12 premières places. Objectif : échapper à tout prix à la « dead zone »
(zone morte) des non-éligibles,
selon l’expression d’une candidate.
Dans cette bataille qui s’ouvre
et que Wauquiez ne devrait pas
conclure avant « plusieurs se-
maines », d’après un proche, Dati
a ses armes : c’est une personnalité
médiatique, et « on va avoir besoin
de guerriers », selon un cadre LR.
Elle garde également un atout parisien dans sa manche en laissant
entendre qu’elle pourrait aussi
être candidate… à la mairie de la
capitale en 2020. « Elle veut se
faire élire au Parlement européen
pour avoir un filet de sécurité, et
après elle essaiera d’être candidate
à Paris », résume un élu parisien.
Quitte à démissionner aussitôt
de son mandat de députée européenne en cas de victoire. Quand
on lui fait remarquer que si elle est
élue en mai prochain elle devra
automatiquement abandonner sa
mairie du 7e arrondissement, elle
élude. « Elle mettra un faux nez,
s’amuse un député européen.
Je parie qu’elle gardera même son
bureau de maire ! »
Candidate à deux élections à
la fois, Rachida Dati ne demande
rien, à l’entendre, mais elle veut
tout. « Parce que les autres ne
veulent pas tout ?, réplique-t-elle.
Ce qui est normal pour certains est
souvent anormal pour moi ! Depuis
que je suis en politique, chaque
échéance est un combat, même
lorsque je suis légitime. » Et d’éclater de rire quand on évoque les
tractations et rumeurs que suscite
la ­composition de la liste : « Avec
nous, c’est comme dans les séries
télé : il y a des saisons à l’infini !
Vous devez vous ennuyer avec les
macronistes, non ? » g
Christine Ollivier
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
8
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Actualité Politique
Olivier Faure, ascenseur pour l’échafaud
PRESSION Le chef du
PS, bien que poussé par
ses camarades, retarde
le moment où il devra
prendre la tête de liste
pour les européennes
« Encore un instant, monsieur le
bourreau… » Ces jours-ci, Olivier
Faure ressemble de plus en plus à la
comtesse du Barry. Celle-ci, en 1793,
ne put faire entendre sa requête et
finit guillotinée. À quatre mois du
scrutin européen, et alors que ses
camarades ne cessent de le prier de
monter sur l’estrade pour endosser
la tête de liste, le premier secrétaire
du PS semble sans cesse implorer
un « instant » afin de ­repousser le
moment du supplice final.
Depuis des mois, il prône le rassemblement de la gauche, pousse
d’autres candidatures que la sienne.
Dernière en date : celle de l’essayiste
Raphaël Glucksmann, la tête de
proue du jeune mouvement Place
publique. Insuffisant, selon Julien
Dray, vieux routier du parti : « Crier
unité, unité, unité ne suffira pas. Il
faut faire un manifeste unitaire européen, y compris avec les écologistes
et les Insoumis, et on appellera le
peuple de gauche à venir voter s’il y
a des désaccords. » Les principales
figures du PS craignent surtout un
effacement derrière Glucksmann.
Mais les proches de Faure, comme le
porte-parole du parti Pierre ­Jouvet,
pointent le danger de la multiplication des petites candidatures :
« Nos électeurs, ce qu’ils veulent, c’est
l’union de gauche. Il peut y avoir un
certain nombre de grincheux, mais ce
n’est pas pour autant qu’il faut faire
un concours de nains. »
Traduction des opposants
­internes : « Faure ne veut absolu-
Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, hier à Paris. Bernard BISSON POUR LE JDD
ment pas y aller », affirme un cadre
du PS. « Il a tout mis dans les mains
de Glucksmann », poursuit un autre.
« Mitterrand disait qu’il fallait avoir
le talisman de l’union en main, mais
quand ce n’est pas possible, le chef du
parti doit prendre ses responsabilités
et être tête de liste, c’est une logique
implacable », souligne Michel Sapin,
ex-ministre de François Hollande et
l’un de ses proches.
Beaucoup attendaient de la réunion des secrétaires de section, hier,
une clarification et une annonce
de la part de celui qui a assuré à de
nombreuses reprises qu’il prendrait
ses responsabilités. Peine perdue.
Faure temporise, et n’a nullement
l’intention de prendre l’ascenseur
pour l’échafaud alors que les sondages promettent aux socialistes
une déroute historique. Ce qui
tend quelque peu la situation. Cette
semaine, le bureau national a été
particulièrement houleux. Pierre
Jouvet a prévenu : « J’ai dit que ceux
qui voulaient presser Faure d’être tête
« Ce n’est pas pour
autant qu’il faut
faire un concours
de nains »
Pierre Jouvet
de liste n’avaient pas pour souhait
qu’il fasse un bon score, mais un petit
score pour se débarrasser de lui et
récupérer le parti. Cela a provoqué un
peu d’agitation. » Un cadre, sévère,
résume : « Des gens veulent pousser Faure dans les cordes, l’envoyer
aux européennes pour qu’il se plante
et qu’il se barre. Donc, lui, il fait la
victime, le chien battu. Mais on est
en droit d’attendre autre chose d’un
leader du PS. Faure restera dans l’histoire comme le mec qui a demandé à
Glucksmann d’éteindre la lumière du
parti de Jaurès. »
Signe que dans cette course de
lenteur vers les européennes Faure
est plus poussé que soutenu, il s’est
durant cet épique bureau national
attiré les foudres de plusieurs participants. Alors que Julien Dray lui
faisait remarquer que si le PS avait
eu un candidat dès le mois de juin il
n’en serait pas là, le premier secrétaire a ironisé, saluant la prescience
d’un Dray qui aurait tout vu et tout
prévu, y compris le mouvement des
Gilets jaunes. « Avec ton air de ne
pas y toucher, tu mets des claques à
tout le monde et tu t’étonnes que les
gens s’énervent », a rétorqué Dray.
Dans la même réunion, Faure a ­irrité
le député du Val-de-Marne Luc
Carvounas en rappelant l’opacité
de son opération Ségolène Royal,
que ce dernier avait sollicitée pour
conduire la liste. « Carvounas a
allumé son micro et il l’a repris en
disant que c’était faux et que, par ailleurs, il n’était pas normal qu’on n’ait
aucun retour sur les négociations avec
Place publique », raconte un témoin.
Commentaire d’un autre présent :
« C’était ridicule. Faure est en train
de se mettre tout le monde à dos. »
Beaucoup de socialistes échafaudent déjà le scénario de l’après
26 mai. « Continuer avec Faure,
c’est la mort assurée », explique
un poids lourd du PS, qui espère
que l’ex-Premier ministre Bernard
Cazeneuve viendra remplacer Faure.
« Si le score est mauvais, la question
qui va se poser, c’est celle de la mort
du PS », nuance l’ancien frondeur
Laurent Baumel, pour qui l’avenir
est au « dépassement du PS et des
autres organisations ». Michel Sapin
aussi s’interroge : « Il faudra une
sorte de big bang, inventer quelque
chose qu’on n’a jamais fait. » Et il
ajoute : « Est-ce que certains voudront renverser Faure comme Rocard
l’a été après les européennes de 1994 ?
Cela peut être une conséquence, mais
en aucun cas un objectif. » L’aprèsscrutin, pour le premier secrétaire,
s’annonce compliqué. g
Arthur Nazaret
Aurélien Taché, député LREM du Val-d’Oise
« Je ne voterai pas la loi “anticasseurs” »
Aurélien
Taché.
interview
Bruno LEVY/
FRONDE Figure de l’aile
gauche de la majorité,
l’élu dénonce un texte
« qui peut nous éloigner
des principes fondamentaux »
DIVERGENCE
D’autres points motivent-ils votre
future abstention ?
Le texte conserve le principe de
fouilles à proximité d’une manifestation. Bien sûr, on cherche
à repérer d’éventuelles armes.
Mais j’ai toujours des réserves :
et si un étranger qui n’a pas ses
papiers d’identité est contrôlé
par les forces de l’ordre ? Cela
risquerait d’entraver sa liberté de
manifester…
La loi « anticasseurs », il ne peut
se résoudre à se prononcer en sa
faveur « en l’état ». Dans le viseur
d’Aurélien Taché, député La
­République en marche (LREM)
du Val-d’Oise, l’article 2 du texte,
qui autorise les préfets à prononcer
des interdictions de manifester.
Vous avez voté contre l’article 2 de
la loi « anticasseurs ». Pourquoi ?
On sort du schéma qui est le nôtre
depuis la Révolution française, dans
lequel le juge est le gardien de nos
libertés individuelles. On p
­ ermet
à une autorité administrative, non
indépendante, le préfet, de restreindre le droit de manifester de
manière préventive, sans qu’aucun
acte répréhensible ait été commis.
Voterez-vous cette loi mardi ?
En l’état, je ne la voterai pas.
On verra en deuxième lecture
[le texte devrait revenir à l’Assemblée n
­ ationale après son examen
par le Sénat à partir du 12 mars].
C’est loin d’être anodin. Bien sûr,
le travail du gouvernement et des
députés En marche a rendu le texte
beaucoup plus équilibré et protecteur que sa première version. Mais
je ne suis pas d’accord avec l’idée
que nos institutions seraient mises
en danger par les Gilets jaunes,
même infiltrés par des individus vio-
lents. Et si on avait des populistes au
pouvoir ? Avec des dispositions de
cette nature, Marion Maréchal pourrait, pour des raisons d’ordre public,
demander aux préfets d’interdire
à des Français d’aller manifester
pour défendre l’avortement, ou
­François Ruffin pourrait interdire de
défendre la liberté d’entreprendre.
Ce texte est initialement
une proposition du sénateur
Les Républicains Bruno Retailleau.
Est-il dans l’ADN de La République
en marche ?
Résolument non. On l’a vu : les
­députés LREM étaient très mobilisés sur ce texte, ils étaient
mal à l’aise. Notre ADN, c’est un
libéralisme politique qui inclut la
défense des libertés individuelles.
Cette loi n’est pas fasciste ou
­ultra-liberticide, mais soyons vigilants : donner des moyens à notre
police de faire respecter l’ordre
public ne doit pas être fait au nom
de la mise de côté de nos principes.
On met le doigt dans un engrenage
qui peut nous éloigner des principes fondamentaux. Cela s’explique par le mouvement des Gilets
jaunes : la réponse du ­Président, en
­décembre, qui a débloqué 10 milliards d’euros – une redistribution
des richesses sans réflexion sur
l’émancipation et l’autonomie des
citoyens –, était nécessaire pour
répondre à l’urgence, mais n’est
pas non plus complètement dans
notre logiciel. Je suis résolument
macroniste, donc il faut être prudent quand on s’éloigne de notre
ADN, et garder à l’esprit la promesse initiale : donner à chacun
les moyens de décider de sa vie. g
Propos recueillis par
Sarah Paillou
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
9
Actualité Politique
Darmanin,
parti pour rester
DILEMME Après le décès
du maire de sa ville, le ministre
des Comptes publics éprouve
la tentation de Tourcoing.
Mais devrait pour l’heure
demeurer au gouvernement
Envoyé spécial
Tourcoing (Nord)
Dans cette église qui porte le deuil, il
est assis au premier rang. À sa droite,
le Premier ministre, Édouard Philippe. À sa gauche, son grand ami,
le ministre Sébastien Lecornu (Collectivités territoriales). Les mains
jointes, Gérald Darmanin écoute
l’hommage de la fille de Didier
Droart à son père, maire de Tourcoing récemment décédé. En regardant Darmanin, elle dit : « Tu es le
fils que mon père aurait aimé avoir. »
Lorsqu’il prononce à son
tour quelques mots d’adieu, il
dépeint cette vie d’élu recevant
« les honneurs » et confronté aux
« ­bassesses », une vie entre « remerciements et insultes ». Puis il évoque
la mémoire du défunt, « qui se levait
le matin en pensant politique et se
couchait en pensant politique ». On ne
peut s’empêcher d’y voir aussi une
forme d’autoportrait. Encarté avant
même d’être majeur, Darmanin n’a
que 36 ans, mais il a déjà été député,
vice-président du conseil régional
des Hauts-de-France et maire de
Tourcoing pendant plus de trois
ans, avant de confier son fauteuil à
Didier Droart pour devenir ministre
de l’Action et des Comptes publics
d’Emmanuel Macron.
« Un grand sensible »
Proche de Darmanin, le président
(ex-LR) de la région Hauts-deFrance, Xavier Bertrand, assiste
aussi à la cérémonie, tout comme la
maire PS de Lille, Martine Aubry. Le
président des Républicains, Laurent
Wauquiez, arrivera seulement à la
toute fin de la cérémonie, son TGV
étant resté « bloqué un moment »
durant le trajet, selon son entourage.
Si, depuis l’église, Gérald Darmanin voulait regagner la mairie,
il n’aurait que quelques pas à faire.
Et c’est précisément à ces quelques
pas que le gouvernement est suspendu. Lui qui est toujours premier
adjoint choisira-t-il de reprendre
ses fonctions de maire lors du vote
du conseil municipal prévu jeudi ?
Il doit s’entretenir ce matin avec
les membres de l’équipe municipale et leur en dire un peu plus sur
ses intentions. Avant de les dévoiler
publiquement d’ici au 7 février.
Ses collègues qui l’ont croisé au
Conseil des ministres dépeignent un
homme « sous le choc ». « ­Darmanin
est un grand sensible », pointe un
conseiller. « Il est malheureux »,
ajoute un proche de Philippe.
Du coup, beaucoup s’inquiètent :
« ­Macron va essayer de le retenir, mais
il a assez d’indépendance et d’autonomie pour partir, dit un ministre. Il a
vraiment envie de retourner là-bas. »
« Gérald a une occasion de sortir par
le haut car il a réussi le challenge du
prélèvement à la source », note un
proche du Président. « Il a été particulièrement affecté par ce décès,
mais si vous demandez s’il va quitter
le gouvernement, la réponse est non »,
assure, a contrario, un de ses amis.
« Je cherche un remplaçant »
Selon toute vraisemblance, il devrait
choisir de rester au gouvernement.
De ne pas provoquer un remaniement en pleine crise des Gilets
jaunes. À l’Élysée, on glisse que le
Président, qui s’est longuement
entretenu avec lui cette semaine,
« a de l’estime pour lui ». Tout en
rappelant qu’il n’y a « pas de cumul
possible » entre un mandat de maire
et un poste de ministre. À Matignon,
on se montre plus prolixe : « Ce serait
une perte pour le Premier ministre et
une perte pour le gouvernement. C’est
un très bon ministre, qui pilote bien
son administration sur des sujets très
importants comme le prélèvement à
la source. Ce n’est pas la même chose
avec ou sans lui. »
Son ministère devrait pour
l’heure avoir la préférence, mais
Gérald ­Darmanin risque fort de
finir par sauter le pas, plus tard.
« Je ne cherche pas un successeur à
Tourcoing, je cherche un remplaçant,
confiait-il à des proches il y a peu. Si
je suis au gouvernement, ce n’est pas
pour mes diplômes mais parce que je
suis un élu. Ma légitimité vient de là :
si je ne suis plus élu, je ne suis rien. »
L’homme n’a donc pas renoncé à la
mairie de Tourcoing et aux municipales de 2020. Il sera en tout état de
cause candidat. Reste à savoir quelle
place il occupera sur la liste. g
Arthur Nazaret
LES INVITÉS POLITIQUES DU DIMANCHE
>>Stéphane Le Foll
(PS) : L’Interview du
6/9 du week-end, sur
France Inter, à 8 h 20.
>>Noël Mamère
(DVG) : Toute l’info
du week-end, sur
Europe 1, à 8 h 15.
>>Éric Coquerel (LFI) :
RTL matin week-end,
sur RTL, à 8 h 50.
>>Laurent Wauquiez
(LR) : Le Grand
Rendez-Vous, sur
Europe 1/Les Échos/
CNews, à 10 heures.
>>Marine Le Pen (RN) :
BFM Politique, sur
BFMTV/Le Parisien,
à 12 heures.
>>Nathalie Loiseau
(ministre chargée
des Affaires
européennes) :
Le Grand Jury, sur
RTL/Le Figaro/LCI,
à 12 heures.
>>Julien Denormandie
(LREM) : Questions
politiques, sur France
Inter/Franceinfo/Le
Monde, à 12 heures.
>>Philippe Martinez
(CGT) : Dimanche
en politique, sur
France 3, à 12 h 10.
>>Franziska Brantner
(députée Die Grünen
au Bundestag) :
Internationales,
sur TV5 Monde/RFI,
à 12 h 10.
>>Éric Ciotti (LR) :
Forum, sur RadioJ,
à 14 h 20. Et En toute
franchise, sur LCI,
à 18 heures.
>>Nadine Morano
(LR) : Et en même
temps, sur BFMTV,
à 19 heures.
>>David Cormand
(EELV) : Soir 3, sur
France 3, à 0 h 05.
Édouard Philippe
et Gérald
Darmanin, hier à
Tourcoing (Nord)
pour les obsèques
du maire, Didier
Droart. FLORENT
MOREAU/VDN/MAXPPP
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
10
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Actualité Politique
Jean-Michel Blanquer
« N’écoutons
pas les
habituels
ventilateurs
à angoisses »
Le Ministre de l’Éducation
nationale vendredi.
Bernard BISSON POUR LE JDD
interview
DÉFI Avant l’examen
de son projet de loi sur
l’éducation, le ministre
analyse la crise des Gilets
jaunes et défend
son bigbang du bac
Il n’est pas beaucoup question
d’éducation dans le grand débat,
vous le regrettez ?
Elle est toujours présente, explicitement ou implicitement ; c’est la
chose la plus déterminante pour
l’avenir d’un pays, notamment
pour lutter contre les inégalités.
Cela ne fait pas partie des quatre
thèmes proposés, mais on en débat
depuis des mois : l’évolution du
lycée a fait l’objet d’une consultation auprès de 40 000 élèves, la
gestion des ressources humaines
est discutée avec les syndicats. Le
dernier baromètre Cevipof/OpinionWay montre que la confiance
dans notre institution a augmenté
ces derniers mois. Je participe à
de nombreuses réunions dans les
départements. J’observe une volonté d’approfondir les directions
que nous avons prises : attention
à l’école rurale, dédoublement
des classes, ancrage des savoirs
fondamentaux, projets comme
« Devoirs faits » visant à compenser les inégalités, campus professionnels pour mailler le territoire…
Le projet éducatif porte les enjeux
qui sont au cœur du grand débat :
la justice territoriale et la justice
sociale.
Face au mouvement des Gilets
jaunes, l’école a-t-elle un rôle à
jouer ?
La crise actuelle me fait penser à
cette phrase de Marguerite d’Angoulême : « L’amour n’est pas un
feu que l’on tient dans la main ».
Les passions ne peuvent pas être
traitées comme des objets. Il
faut certes prendre des mesures
concrètes – réforme de l’assurance
chômage, de l’école ou de la mobilité –, mais aussi tenir compte de
la dimension humaine. Ce qui m’a
frappé sur les ronds-points, c’est de
voir à quel point les gens attendent
plus de considération. Il y a un besoin d’attention, d’amour, de lien
social. Autrefois, les gens admiraient Stendhal et voulaient stendhaliser le monde. Aujourd’hui, on
admire Houellebecq mais on veut
« déhouellebecquiser » le monde.
me crier des choses inexactes à
l’oreille. Il y a des forces qui n’aiment pas débattre et qui tentent
d’imposer une idée de la politique
aux antipodes de la démocratie.
« Il y a un besoin
d’amour,
de lien social »
Face aux fake news, l’école doit-elle
apprendre aux enfants à distinguer
le vrai du faux ?
Elle le fait déjà en partie, explicitement, mais aussi comme M.
Jourdain fait de la prose. Car au
cœur des missions de l’école, il y
a l’ambition des Lumières : donner à chaque enfant des outils de
discernement et d’émancipation.
Cela passe par une éducation aux
médias. Mais aussi par deux approches clés, celles de la logique
et de la culture. La logique doit
retrouver toute sa place dans nos
enseignements, d’où, par exemple,
l’importance que j’accorde aux mathématiques ou à la grammaire. Il
faut aussi ouvrir l’accès à la culture.
La pratique de la musique contribuera à une meilleure écoute de
l’autre. Et comme l’éducation à
l’image est fondamentale, nous développons les ciné-clubs dans les
collèges et lycées et nous créons,
avec l’académie des César, le César
des lycéens.
espace pour le dialogue quand les
personnes sont de bonne volonté.
Cela, on ne le montre pas. Cette
scène est une métaphore : je parle
avec des gens, nous échangeons
des arguments, et une dame vient
Avez-vous une proposition
dans le cadre du grand débat ?
Dans un pays qui compte 18 millions de bénévoles, je propose de
passer à une nouvelle étape en
matière de vie associative. Depuis
la suppression de la réserve parle-
Une femme vous a houspillé
sur un rond-point…
C’était le seul moment conflictuel
de la journée lors d’un déplacement dans les Hautes-Alpes.
J’avais eu des échanges constructifs. Un groupe de Gilets jaunes, à
la fin de notre discussion prolongée, avait même applaudi. Il y a un
mentaire, nous alimentons un fonds
pour les associations à l’échelle de
chaque département. Les citoyens
devraient pouvoir l’utiliser et choisir les projets qu’ils veulent financer en priorité : soin aux personnes
âgées, environnement, etc.
Avec la réforme du lycée, les élèves
de seconde ont désormais trois
spécialités à choisir pour leur année
de première. Quel état des lieux
dressez-vous ?
Cette réforme porte de formidables
opportunités. Pour la voie générale,
nous passons d’un système qui proposait trois couloirs, avec des choix
brusques et parfois irréversibles,
à un système de passerelles, avec
plus de liberté. Nous avons une
offre plus importante. Aujourd’hui,
92 % des lycées proposent au moins
sept enseignements de spécialités
au-delà du tronc commun. Auparavant, seuls 84 % des lycées offraient
les trois séries L, S et ES. C’est une
palette de choix qui s’ouvre pour
les lycéens.
Certains s’inquiètent des inégalités
entre établissements…
La réforme permet au contraire
de compenser les inégalités. Nous
avons implanté certains enseignements de spécialité dans les lycées
plus défavorisés, fréquemment en
banlieue ou en milieu rural, pour
leur donner des atouts supplémentaires. C’est un levier en faveur de
la mixité. La nouvelle spécialité
Numérique et sciences informa-
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
11
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Actualité Politique
Pourquoi sa réforme fait débat
différends Plusieurs
points de ce texte
hétéroclite sont
critiqués par les
syndicats d’enseignants
En dépit des promesses, il y aura
bien une loi écrite par l’actuel
ministre de l’Éducation. Après
un passage en commission cette
semaine, le texte sera débattu
dans l’hémicycle de l’Assemblée
à partir du 11 février.
« Un nouvel élan », se félicite
Jean-Michel Blanquer. « Une
loi sans souffle, faite de bric et de
broc », taclent les opposants. Une
chose est sûre : le projet de loi
« pour une école de la confiance »
traite de sujets très variés… et soulève des débats.
> L’exemplarité
des fonctionnaires
L’article 1, qui rappelait que « par
leur engagement et leur exemplarité, les personnels de la communauté éducative contribuent à
­l’établissement du lien de confiance
qui doit unir les élèves et leurs familles au service public de l’éducation », a créé des remous.
« On cherche à nous museler,
­notamment sur les réseaux sociaux »,
s’alarme le SNUipp-FSU, syndicat
majoritaire des enseignants du
premier degré. L’article a été complété, le ministre assure qu’il s’agit
seulement de rappeler le devoir de
réserve des f­ onctionnaires.
tiques sera, par exemple, dispensée
dans 53 % des lycées, dont beaucoup ne sont pas en centre-ville
(aujourd’hui, seuls 3,5 % des élèves
étudient l’informatique au lycée).
Cette nouvelle matière s’accompagne de la création du Capes
informatique et de la formation
de 1 500 professeurs. Nous serons
le seul pays au monde à proposer
un enseignement informatique
systématique !
Mais toutes les combinaisons ne
seront pas possibles. Il faudra tenir
compte des emplois du temps et des
dotations horaires des lycées.
La situation de chaque établissement se situera entre deux extrêmes
qui doivent être évités : d’une part
la reconstitution des trois séries
précédentes, d’autre part la combinaison de tout avec tout, qui serait
infaisable. Concrètement, chaque
lycéen de la voie générale aura le
choix parmi une vingtaine ou une
trentaine de combinaisons, contre
deux ou trois seulement aujourd’hui.
C’est un progrès considérable ! Il
ne faut pas écouter les habituels
ventilateurs à angoisses ; ce serait
hallucinant qu’ils réussissent à faire
passer l’or pour du plomb !
Les professeurs de latin et grec
s’angoissaient aussi…
Pas tous, loin s’en faut ! Car nous
avons impulsé un véritable rebond.
La spécialité Littérature, langues et
cultures de l’Antiquité (LCA) sera
proposée dans 24 % des lycées, ce
> L’instruction obligatoire
à 3 ans
Cette mesure, annoncée par le
président de la République, est
symbolique : 98,9 % des enfants
sont déjà scolarisés en maternelle. Mais la moyenne masque
des différences selon les territoires et une assiduité irrégulière
durant la journée.
Certains pestent malgré tout
contre l’accompagnement financier aux écoles privées qui,
logiquement, en découlera. Un
amendement prévoit d’ailleurs
de garantir la pérennité de ces
ressources supplémentaires
r> De nouvelles écoles
internationales
La loi crée un cadre pour des établissements publics locaux d’enseignement international (Eplei) qui
prépareront soit à l’option internationale du brevet ou du bac, soit
au baccalauréat européen. « Des
écoles pour milieux favorisés, qui
pourront être sponsorisées par
des fonds privés ! », déplorent des
syndicalistes.
Le ministre s’engage à jouer la
carte de la mixité sociale. Cela suffira-t-il ? À Courbevoie, la création
d’un Eplei est clairement liée à l’arrivée prochaine, à la suite du Brexit,
de l’Autorité bancaire européenne,
actuellement implantée à Londres.
> Une réforme de la formation
des professeurs
Les écoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espe),
maintes fois critiquées, dispa-
qui s’ajoute à l’option grec ou latin
présente dans 72 % des établissements. Cela amplifie nos efforts en
faveur des langues anciennes : à la
rentrée 2018, 45 218 élèves supplémentaires ont pris l’option latin ou
grec au collège (+11 %).
Choisir ses spécialités en seconde,
n’est-ce pas trop tôt ?
C’est le système actuel qui conduit
à décider trop tôt ! En ne prenant
pas S, vous vous fermiez beaucoup
« Chaque lycéen
aura le choix
parmi une
vingtaine de
combinaisons »
de portes. Avec la réforme, on pourra
changer entre la première et la terminale. Mais chaque élève est invité
à se poser la question dès la seconde :
qu’est-ce qui me plaît ? Chacun peut,
en allant sur le site horizons2021.fr,
réfléchir à ses choix en partant des
grands domaines qui l’intéressent.
Et consulter la carte des spécialités
de tous les lycées de France sur le
site quandjepasselebac.education.fr.
L’article 1 du projet de loi évoque
l’exemplarité des professeurs,
certains y ont vu une volonté de
museler les enseignants.
raissent, remplacées par des instituts nationaux supérieurs du
professorat (INSP). Le ministère,
premier employeur de France,
entend peser davantage sur le
contenu des formations. Mais les
volumes horaires des différentes
disciplines, la place du concours
ou le dosage entre leçons et stages
sera précisé ultérieurement.
> Des pions en renfort
des enseignants
C’est présenté comme une mesure
de prérecrutement. Les assistants
d’éducation qui se destinent au
métier d’enseignant pourront
désormais être recrutés pendant
trois ans, se voir progressivement
confier des fonctions d’enseignement, et être rémunérés. Certains
syndicats et certains députés
craignent déjà qu’ils servent à remplacer les enseignants absents.
> Un nouveau conseil
d’évaluation
Exit le conseil national d’évaluation
du système scolaire (Cnesco) créé
sous le ministère de Vincent Peillon.
La loi met en place une nouvelle
instance pour évaluer les écoles, collèges et lycées. « Le conseil n’aura aucune indépendance », dénonce déjà
le Snes-FSU, syndicat majoritaire
dans le secondaire, qui pointe la
composition de la nouvelle instance
(huit membres sur douze représentant le ministère ou choisis par lui).
Jean-Michel Blanquer se dit prêt
à des ajustements… sans renoncer
à la mise en place d’une culture
de l’évaluation.
L’avez-vous modifié ?
L’article a été réécrit en faisant
référence au système existant de
droits et de devoir de réserve des
fonctionnaires pour bien montrer
que ce n’était pas cela qui changeait. La très grande majorité des
enseignants a bien vu notre logique :
remettre le professeur au centre de
la société. C’est exactement ce que
pensait Jules Ferry, il y a cent quarante ans, quand il faisait confiance
aux « hussards » et mettait en avant
leurs droits et leurs devoirs.
Le Conseil national de l’évaluation,
dont vous choisirez plusieurs
membres, sera-t-il
vraiment indépendant ?
Je suis prêt, là aussi, à faire évoluer la loi. Mais ce débat ne doit
pas masquer l’essentiel. Le sujet,
c’est d’avoir pour la première fois en
France un mécanisme d’évaluation
digne d’un grand pays. La logique,
c’est d’abord l’autoévaluation, puis
l’accompagnement des établissements pour la réalisation de leur
projet éducatif, enfin une évaluation de son accomplissement au
bout de cinq ans. C’est une nouvelle
culture de l’évaluation qui en résultera, complètement dédramatisée.
Ce n’est pas l’évaluation punitive,
mais l’évaluation-levier. Cette logique vaut pour les élèves comme
pour les établissements.
Najat Vallaud-Belkacem avait
supprimé les classes bilangues
au nom de l’égalité, vous créez
> Des expérimentations
sur les horaires
Le projet permet d’élargir le
champ des expérimentations
menées dans les établissements.
Avec de nouveaux domaines à la
clé : procédures d’orientation des
élèves, relations avec les parents
ou… organisation des horaires
d’enseignement.
Le Snes-FSU exprime des
craintes : « Ils pourront moduler
les horaires d’enseignement sur
une année scolaire : mettre plus d’
heures de français sur un semestre,
plus de maths sur un autre… »
Les parents inquiets, eux,
pourront toujours demander
une dérogation.
> Le regroupements
collège-école
Un amendement au projet de
loi adopté cette semaine permet
de créer des établissements publics des savoirs fondamentaux
qui regrouperont un collège avec
une ou plusieurs écoles situées
dans le même bassin de vie.
Objectif ? « faciliter le parcours
et le suivi individuel des élèves de
la petite section à la troisième »
et permettre à de très petites écoles
(la moitié des 45 000 de France
compte moins de quatre classes)
« d’atteindre une taille critique ».
Certains enseignants du primaire s’interrogent : « Quid du
lien avec les parents, de la gestion
des équipes ou de la surveillance
des bâtiments ? » g
Marie Quenet
au contraire de nouvelles écoles
internationales. N’est-ce pas élitiste ?
Ma logique est de tirer tout le monde
vers le haut. Il faudra m’expliquer où
était l’égalité quand on a supprimé,
sous le précédent quinquennat, 5 %
des classes bilangues dans l’académie de Paris, mais 84 % dans celle de
Caen. Aujourd’hui, nous comptons
35 000 élèves supplémentaires en
classe bilangue. On cherche toujours
à opposer les riches et les pauvres,
moi je fais l’inverse. Je m’engage
donc à ce que ces nouveaux établissements publics locaux d’enseignement internationaux (Eplei) soient
mixtes. Ce serait bien d’en avoir au
moins un par académie et d’en implanter dans des territoires qui ont
besoin de renforcer leur attractivité.
« Le taux
d’encadrement à
l’école primaire
va s’améliorer »
La loi lance aussi une réforme de la
formation. Le ministère veut peser
davantage ?
Les nouveaux Instituts de formation des professeurs resteront dans
les universités tout en devenant de
vraies écoles professionnelles. Car
l’Éducation nationale, qui est l’employeur, a son mot à dire pour garantir l’homogénéité des formations.
Aujourd’hui, vous avez par exemple
Le sOS des
Stylos rouges
« Moyens d’agir , c’est pour
quand ? », « à quand la reconnaissance ? » ou « Stylos rouges en
colère »… Hier, environ 200 enseignants (80 selon la police) se sont
réunis à Paris, près du ministère de
l’Éducation, dans l’espoir de se faire
entendre. « Nous manifestons pour
une revalorisation de nos salaires
à la hauteur du pouvoir d’achat
perdu », explique Nicolas, professeur de français dans un collège
parisien, qui touche moins de
2 000 euros net malgré son bac+5
et ses onze ans d’ancienneté.
Ce mouvement national, né le
12 décembre 2018 dans le sillage
des Gilets jaunes, appelait aussi à
se rassembler hier devant les rectorats de Lyon, Bordeaux et Nice.
Parmi leurs revendications : « limiter
le nombre d’élèves par classe suivant le niveau », « stop aux locaux
dégradés, voire insalubres », « plus
de moyens pour les élèves à besoins
particuliers »… Certains dénoncent
aussi la réforme du bac – « elle
sert uniquement à supprimer des
postes » – ou « les programmes qui
changent sans arrêt ».
Et si les manifestants n’étaient
pas nombreux (la page Facebook des Stylos rouges compte
67 000 membres), ce serait,
assurent certains, par peur des
représailles : « Quand les profs
osent s’exprimer, ils sont punis,
dit l’un. Ils ont droit à des blâmes,
des menaces, du harcèlement. »
Eux ne veulent pas se taire : ils espèrent être reçus par Jean-Michel
Blanquer. g M.Q.
moins de dix heures d’enseignement
sur les méthodes d’apprentissage de
lecture à certains endroits, quatrevingts heures ailleurs, il en faudrait
en réalité au moins une centaine !
Nous ferons aussi en sorte qu’un
tiers des formateurs soient des professeurs de terrain, qui ont encore
une classe.
Dans le cadre du grand débat,
Emmanuel Macron a parlé d’étendre
le dédoublement des classes
de CP-CE1 au-delà des écoles
défavorisées. C’est prévu ?
Le taux d’encadrement à l’école
primaire va s’améliorer pendant
tout le quinquennat, à chaque
rentrée scolaire, dans chaque
département de France. Contrairement à ce qu’on peut entendre,
les dédoublements des CP et CE1
ne se feront pas au détriment des
autres niveaux. Et nous n’avons
jamais fermé aussi peu de classes
en milieu rural. Nous avons même
commencé à y dédoubler des CP et
CE1 en dehors des réseaux d’éducation prioritaire. Dans l’Aisne, par
exemple, 40 % des dédoublements
ont lieu dans les zones rurales. L’an
prochain, nous renforcerons aussi
le taux d’encadrement en grande
section de maternelle. L’affirmation du Président montre bien
que le grand débat est l’occasion
d’indiquer un cap. g
Propos recueillis par
Hervé Gattegno, Marie Quenet
et David Revault d’Allonnes
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
*
12
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Actualité International
Impasse
à Caracas
Venezuela Camp contre
camp, l’opposition et les
pro-Maduro ont défilé hier
dans les rues de la capitale
Manifestation La journée
s’est déroulée sans heurts,
mais sans sortie de crise
à l’horizon
Correspondante
Caracas (Venezuela)
I
l est 11 heures à Caracas
et déjà une marée humaine envahit l’avenue Las Mercedes, dans
le quartier de Baruta. « Liberté,
Liberté ! » L’artère, où résonnent
cornes de brume et bruits de casseroles dans une ambiance bon enfant,
n’est pas assez large pour contenir
la foule, contrainte d’investir les
rues adjacentes. Des manifestants se
sont postés sur l’autoroute aérienne
qui surplombe le podium monté le
matin. Sur la scène se succèdent les
visages de l’opposition, qui encouragent la foule à rester mobilisée
et demandent une nouvelle fois le
départ du chef de l’État, Nicolás
Maduro, « l’usurpateur ». Juan
Guaidó, le président de l’Assemblée nationale de 35 ans qui s’est
autoproclamé président par intérim
le 23 janvier, y fait son apparition,
annonçant l’arrivée prochaine de
l’aide humanitaire, alors que le pays
traverse une crise économique sans
précédent.
« Maduro doit partir, va partir »
Dix jours après le début de la contestation, ce nouveau rassemblement
avait valeur de test pour l’opposition. Ses troupes ne désarment
pas. « Maduro doit partir, va partir,
c’est certain », croit savoir Anna
Paula, 22 ans, venue « pour offrir
un futur » à sa petite Isabella, 5 ans,
serrée contre elle. Elle concède
avoir un peu peur de manifester.
« Mais la peur, je la ressens tous les
jours, ajoute-t-elle. Peur de ne pas
avoir à manger, de ne pas trouver
de médicaments, de ne pas pouvoir
me déplacer… C’est pour ça que je
suis ici. » Drapeau vénézuélien sur
les épaules, Luiz, 17 ans, estime que
« c’est maintenant ou jamais » que le
pouvoir doit tomber. « Aujourd’hui
est un jour symbolique. Il correspond
au début du chavisme, il va aussi
signer sa fin. »
Le 2 février n’est pas une date
anodine au Venezuela : il y a vingt
ans, Hugo Chávez prêtait serment
comme chef de l’État et installait la
république bolivarienne. Pour fêter
cet anniversaire et montrer son soutien à Maduro, le PSUV (Parti socialiste unifié du Venezuela) a organisé
un rassemblement hier, à quelques
kilomètres de celui de l’opposition.
Devant ses soutiens, Maduro a proposé des élections législatives cette
année au lieu de 2020.
Chacun campe sur ses positions
Partisans contre partisans. Président contre président. Le blocage
politique semble total au pays du
chavisme. Combien de temps ce
bras de fer durera-t-il avant que les
choses ne dégénèrent totalement ?
Déjà 40 personnes sont mortes depuis le début du mouvement. « S’ils
ne voient pas de changement arriver
pacifiquement, les plus pauvres pourraient verser dans la violence, craint
Jo D’Elia, de l’ONG de défense des
droits de l’homme Civilis. Ce scénario servirait évidemment Maduro. »
En attendant, chaque camp
s’arc-boute sur ses positions – Juan
Guaidó a refusé la médiation proposée par le Mexique, la Russie,
­l’Urugay mais aussi l’UE – et compte
ses soutiens. Outre l’appui des ÉtatsUnis, de la Colombie et du Brésil, le
leader de l’opposition devrait voir
plusieurs pays européens, dont la
France, le reconnaître aujourd’hui
comme président. Il a enregistré
l’important ralliement hier d’un
général de division de l’armée de
l’air. La première défection d’un
haut gradé de l’armée, pilier du
régime. Pas suffisant pour déstabiliser Maduro, qui bénéficie encore
de l’appui de la Russie, de Cuba et
de la Chine. g
ÉLISE PERRIER
À Arauca, la frontière
REPORTAGE Migrants
réguliers, clandestins sur
des pirogues, ils fuient
chaque jour vers la
Colombie. À la recherche
d’une vie meilleure
Envoyé spécial
Arauca (Colombie)
Depuis le parapet qui regarde la
plage, il a brandi le poing, levé la
tête en direction de son pays et
hurlé comme si quelqu’un à Apure,
le bourg de l’autre côté de la rivière,
pouvait l’entendre. « Eh, Maduro !
Faut que tu saches qu’on est toujours
mieux là que chez toi. » La bordée
d’injures contre son président qui
a suivi n’est pas allée au-delà de ces
eaux limoneuses qui séparent la Colombie du Venezuela. Mais elle a fait
rire ses compatriotes. « C’est vrai,
ce que je dis, affirme le longiligne
Henriquez, barbe éparse poivre et
sel. Avant de partir du ­Venezuela il
y a cinq mois, je n’avais pas assez
d’argent pour survivre. Ici, avec les
petits boulots et l’aide qu’on reçoit,
au moins on mange tous les jours. »
Ici, c’est Arauca, ville frontière
du nord-est de la Colombie. Depuis
2014, elle est devenue un point
de passage des Vénézuéliens qui
chaque jour fuient par milliers le
marasme économique dans lequel
est plongé leur pays. L’exode est sans
précédent dans l’histoire de l’Amérique latine. Déjà 3,3 millions se sont
exilés. Si rien ne change à Caracas,
ils seront 2 millions de plus d’ici à
fin 2019, selon l’ONU. La Colombie
en accueille un million sur son sol.
À Arauca, officiellement, le pont
métallique José-Antonio-Páez sert
de frontière entre les deux États.
Ce jeudi, ceux qui l’empruntent
n’arrivent qu’au compte-gouttes.
« Il y a 3 000 arrivées par jour en
moyenne, explique Emilio Reyes, du
service des migrations. Mais 90 %
de ce flux correspond à des mouvements pendulaires. Les migrants
repartent chez eux le soir. » On est
loin des 30 000 passages quotidiens
qui engorgent le poste-frontière de
Cúcuta, situé 200 km plus au nord.
Mais les chiffres officiels ne disent
pas tout. Pour s’en rendre compte,
il suffit de longer sur quelques centaines de mètres la rive du río Arauca
et d’observer le ballet des pirogues
à la proue pareille à des becs de
héron. À intervalles réguliers, les
embarcations déversent sur la plage
leur flot de passagers, encombrés de
valises ou de baluchons. Le soldat
vénézuélien que l’on distingue sur la
rive d’en face semble fermer les yeux
sur le trafic. Et, côté colombien, les
policiers, pourtant prompts à faire la
chasse aux clandestins, ne montrent
pas le bout de leur nez. Seule une
patrouille de la marine vénézuélienne interrompt quelques minutes
Tous racontent
la même histoire
pour justifier leur
départ. Les prix
qui s’envolent,
les salaires qui
ne suivent pas
le chassé-croisé des barques effilées.
« Mais ce ne sont pas les migrants
qui les intéressent, commente Jorge,
un chauffeur de taxi qui observe la
scène. Ils tournent par ici depuis qu’il
y a des rumeurs d’intervention armée
américaine. »
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
13
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Actualité International
30 000 passages quotidiens
engorgent le poste-frontière
de Cúcuta, situé à 200 km au
nord d’Arauca. Éric Dessons/JDD
les doigts d’une main. Et encore,
certaines fonctionnent grâce au soutien de l’ONG Care. « Ce manque de
moyens est lié au contexte régional
difficile », affirme Jorge Ramirez.
Le contexte, c’est la présence de
groupes armés. Le département
d’Arauca est un bastion de l’ELN
(l’armée de libération nationale),
toujours en guerre contre le gouvernement de Bogotá. D’autres formations, notamment des dissidents
des Farc, y sont aussi implantées.
Selon Jorge, ce sont eux qui tiennent
la ville. Tous les commerçants leur
paient la taxe révolutionnaire pour
acheter leur tranquillité. Les petits
vendeurs de rue vénézuéliens aussi.
Il y a plus inquiétant. « Ce qui nous
remonte du terrain depuis deux mois
est que les groupes armés recrutent
à nouveau, assure Jorge Ramirez.
Parmi les jeunes ciblés, il y a les
migrants vénézuéliens. » Mieux
vaut donc parfois ne pas s’enraciner à Arauca. Chaque jour, une
centaine d’exilés prennent ainsi la
route, direction Bogotá, Medellín,
Cali ou encore plus loin, l’Équateur
ou le Pérou. Le voyage se fait à pied.
En Colombie, on les a baptisés les
« marcheurs ».
C’est le royaume
de la contrebande.
Ici, tout se vend
et tout s’achète
des espoirs
Ceux qui débarquent sur les bancs
de sable n’ont pas l’allure soignée
des migrants du pont ou de ceux qui
passent par Cúcuta. Tous sont clandestins. Tous racontent la même histoire pour justifier leur départ. Les
prix qui s’envolent, les salaires qui ne
suivent pas. La nourriture, le gazole,
les médicaments qui manquent.
Tous, ou presque, maudissent
­Maduro d’avoir conduit le socialisme bolivarien dans l’abîme. « En
majorité, ceux qui arrivent à Arauca
sont parmi les plus vulnérables, explique Jorge Ramirez, responsable
de l’ONG NRC (Consejo noruego
para refugiados) à Arauca. Ils
viennent de régions rurales, souvent
très pauvres, du Venezuela. » Après
avoir payé 1 000 pesos (30 centimes
d’euros) la traversée de la rivière,
ils n’ont plus un sou en poche. C’est
le cas de Wendy Urbin, 30 ans, qui
a trouvé refuge avec sa fille de
2 ans sur une placette ombragée,
à proximité de la rivière. Avec des
abris faits de cartons et des hamacs
tendus entre deux arbres, l’endroit a
été transformé en camp de fortune.
La jeune femme, partie de Valence,
à l’ouest de Caracas, il y a trois semaines, a quitté une misère pour une
autre. « Ma fille fait des convulsions,
soupire-t-elle. Au Venezuela, je ne
trouvais plus de médicaments pour
la soigner. Maintenant, je dors ici. La
nuit, c’est dangereux, mais je n’ai nulle
part d’autre où aller. » Ce désœuvrement inquiète Jorge Ramirez : « On
essaie de remettre des jeunes dans le
circuit scolaire. Mais ceux qui ont fini
leur lycée n’ont qu’une idée en tête :
gagner un peu d’argent pour l’envoyer
à leur famille restée au Venezuela. »
Et à Arauca, ils trouvent de
quoi faire. En ville-frontière qui
se respecte, elle est le royaume de
la contrebande. Ici, tout se vend
et s’achète. Dans les rues, ce sont
donc désormais les Vénézuéliens
qui proposent morceaux de viande,
essence, fruits, cigarettes. Dans un
recoin, une jeune fille se fait couper
les cheveux. Une longue crinière
brune comme la sienne vaut aux
alentours de 100 000 pesos, environ
25 euros. Le soir venu, les terrasses
des cafés du quartier se remplissent
de prostituées vénézuéliennes. Sur
la placette, les dealers proposent
leur dope.
Face à cette situation chaotique,
la réponse des autorités est avant
tout sécuritaire. Les sans-papiers
vénézuéliens n’ont que peu accès
aux services sociaux ou aux hôpitaux. Quant aux associations d’aide
aux migrants, elles se comptent sur
Quand elle est arrivée à Arauca
en septembre 2017, Leidy, 38 ans,
a songé elle aussi à s’en aller. « Et
puis je me suis dit que c’était trop
dangereux pour mes deux garçons », explique-t-elle en regardant
­Lissander, 6 ans et son frère Lyams,
bientôt 3. Alors elle a dormi dans
la rue, près de la plage, comme les
autres. Avec l’aide de l’association
de jésuites JRS, elle a ensuite trouvé
une chambre, au sol de terre battue, qu’elle loue à un Colombien.
Aujourd’hui, l’ancienne travailleuse sociale, qui a dû quitter le
Venezuela parce qu’elle avait été
menacée pour sa proximité avec
l’opposition, jure qu’elle n’y retournera pas. Même si Juan Guaido, qui
s’est proclamé président par intérim, venait à prendre le pouvoir.
« Mon pays est à terre. Cela prendra
trop de temps pour le reconstruire. »
Son avenir s’écrit donc en Colombie. Son aîné a un peu aidé à
cela. L’année passée, quand Iván
Duque, aujourd’hui président
de la Colombie, est venu comme
candidat à Arauca, Lissander
est parvenu à lui demander une
faveur : devenir colombien. Il ne
supportait plus qu’on le traite
de Veneco, surnom péjoratif des
Vénézuéliens. Le chef de l’État a
exaucé ses vœux. Dans quelques
jours, la famille obtiendra sa
naturalisation. Après des années
de brouillard, la mère de famille
entrevoit enfin un peu de lumière.
« Les garçons vont aller à l’école
et moi je vais pouvoir travailler,
raconte Leidy, les larmes aux yeux.
Petit à petit, peut-être, on va se
construire une vie ici. » g
JACQUES LEBASNIER
Khartoum, le 18 janvier, lors d’une marche de protestation.
Mohamed Nureldin Abdallah / Reuters
Au Soudan,
les femmes en tête
de cortège
RÉVOLUTION Des
milliers de Soudanaises
protestent pour
demander le départ
du dictateur Omar ­
El-Béchir
Elle a manifesté une fois, dans le
centre de Khartoum, en direction
du palais présidentiel. C’était le
17 janvier, un mois après le début
du mouvement de contestation,
déclenché par le triplement du
prix du pain. Sara, médecin de
30 ans, s’en souviendra longtemps. Ce jour-là, comme des
centaines de manifestants, la
jeune femme a haussé la voix
pour demander le départ du dictateur soudanais Omar El-Béchir,
après que celui-ci a rejeté leur
appel à l’aide sur la cherté de la
vie. Le cri de ralliement, dans
la rue ou sur Twitter, résonnait
d’un même écho : « Dégage et
c’est tout ! »
Sara s’en souviendra longtemps
car la journée, à la fois grisante
et éprouvante, s’est achevée
par dix heures de détention au
commissariat. « Dans la rue, les
agents du renseignement ont
commencé à menacer les filles en
nous disant “on va vous violer”,
raconte la jeune femme depuis
Khartoum, via une messagerie
cryptée. Puis les policiers nous ont
arrêtés, ont pris nos noms et nos
téléphones. Certains ont été frappés. Comme on était nombreux,
environ 400 personnes dont une
centaine de femmes, ils nous ont
laissés partir. » Les policiers finiront par ricaner : « Vous avez eu
de la chance de tomber sur nous. »
« En effet, on aurait pu être arrêtés
par les officiers du renseignement,
bien plus cruels, souffle la jeune
femme médecin. Ils n’hésitent pas
à tirer à balles réelles ou envoyer
du gaz lacrymogène dans les maisons ou les voitures. »
Bravant le danger, Sara compte
descendre à nouveau dans la
rue à l’appel de l’Association
des professionnels soudanais
– composée de membres de la
société civile – pour demander
la démission d
­ ’El-Béchir. Au pou-
voir depuis 1989, il est visé par
deux mandats d’arrêt de la Cour
pénale internationale pour crimes
de guerre, crimes contre l’humanité et génocide. « Les citoyens
savent ce que le gouvernement a
fait, assure-t-elle, ils ne vont pas
s’arrêter là. »
Le régime rase les détenues
Malgré le harcèlement et les menaces de viol de la part des sbires
du régime islamo-militaire, les
femmes marchent côte à côte
avec les hommes, presque tous
les jours dans les 15 provinces (sur
18) qui se sont soulevées. Malgré,
aussi, la dernière « punition » en
date infligée aux manifestantes
détenues : une chevelure entièrement rasée… « C’est une nouvelle
manière de nous humilier, déplore
Rania, 34 ans, manager dans une
entreprise, qui a protesté à huit
reprises à Khartoum depuis le
début du mouvement. Dans les
deux précédentes révolutions, les
femmes soudanaises ont toujours
été à l’avant du cortège. Mais qui
que nous soyons, nos demandes
sont les mêmes : vivre de manière
juste et libre. »
Certaines professionnelles de
santé choisissent de participer en
soignant les blessés. D’autres, en
ouvrant leur maison pour protéger les manifestants. Une implication féminine qui n’étonne guère
Marc Lavergne, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de
la Corne de l’Afrique : « En 1985, je
me souviens déjà de femmes tapant
dans la rue sur des casseroles pour
demander le départ du maréchal
El-Nimeiry. Du Darfour aux monts
Nuba en passant par la vallée du
Nil, les Soudanaises jouent un rôle
social très important, notamment
parce que la société, à mi-chemin
entre le monde arabe et l’Afrique,
est encore très rurale. On observe,
malgré ­l’excision, une émancipation féminine dès le début du
XXe siècle. » Selon Amnesty International, depuis le début du mouvement, près de 1 000 personnes
ont été arrêtées par le puissant
Service national du renseignement et de la sécurité. Quarante
ont perdu la vie – 29, selon le bilan
officiel. g
CAMILLE NEVEUX
*
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
*
14
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Actualité International
Les dessous de l’offensive contre Huawei
CYBERSÉCURITÉ
Comment les
Américains tentent
de déstabiliser
leur rival chinois
Correspondant (Europe 1)
New York (États-Unis)
Le bras de fer entre la Chine et les
États-Unis pour le futur contrôle
des communications mondiales a
pris ces derniers jours un tour particulier. Alors que les deux premières
puissances économiques mondiales n
­ égociaient cette semaine
pour mettre un terme à leur guerre
­commerciale, la justice américaine
s’est attaquée à Huawei, géant
chinois des télécoms, soupçonné
d’espionnage industriel. L’une de
ses dirigeantes, Meng Wanzhou,
pourrait être extradée le mois
prochain du Canada vers les ÉtatsUnis. Elle a été arrêtée en décembre
à Vancouver à la demande des enquêteurs américains et a été placée
en résidence surveillée.
> Qui est Meng Wanzhou ?
Meng Wanzhou est l’une des
patronnes les plus influentes de
Chine : elle est la directrice financière de Huawei, et la fille de son
discret fondateur, Ren Zhengfei.
Ancien officier de l’armée chinoise,
cet ingénieur a fait de son entreprise de télécommunications un
mastodonte mondial, qui vend des
équipements, des téléphones et du
stockage de données. « Huawei est
un fleuron de l’économie chinoise,
Meng Wanzhou, le 12 décembre à Vancouver. Darryl Dyck/AP/SIPA
explique Guy Saint-Jacques, exambassadeur du Canada en Chine.
Mme Meng fait partie de ce que
j’appelle la “royauté chinoise”, très
proche du pouvoir. »
> Que lui est-il reproché ?
Vols de secrets industriels, fraude
bancaire ou encore violation de
l’embargo sur l’Iran, c’est une
longue liste de chefs d’inculpation
contre Huawei et ses filiales qu’a
détaillée lundi dernier le ministre
américain par intérim de la Justice.
Dans l’acte d’accusation, on apprend
qu’un employé de Huawei est allé
jusqu’à dérober le bras d’un robot
inventé par l’américain T-Mobile
pour tester les smartphones. En tant
que dirigeante, Mme Meng devra
répondre de ces accusations devant
un tribunal new-yorkais si elle est
extradée par le Canada.
> Pourquoi Huawei inquiètet-il autant les Occidentaux ?
Parce qu’ils voient cette ­entreprise
comme un cheval de Troie des
ambitions chinoises. Huawei
veut devenir le principal fournisseur d’infrastructures pour
passer à la 5G, la prochaine
génération de réseau portable.
Intelligence artificielle, voitures
autonomes, objets connectés, la
5G lancera la nouvelle « révolution ­industrielle  », selon le PDG
de Verizon, premier opérateur
téléphonique a­ méricain. Et pour
cela, Huawei est le mieux placé,
ayant « ­massivement investi dans la
5G », explique Philippe Le Corre,
chercheur s­ pécialiste de la Chine
à Harvard et pour la ­fondation
Carnegie. Les O
­ ccidentaux ont
peur de perdre leur ­domination
technologique.
> Quelles sont leurs craintes
en matière de sécurité ?
Construire le réseau 5G avec les
équipements Huawei, c’est lui donner accès aux données échangées.
S’il n’y a aucune preuve pour l’heure
d’une volonté d’espionnage, la proximité de l’entreprise avec le régime
chinois inquiète. « Huawei prétend
être une entreprise indépendante,
mais personne n’y croit vraiment,
constate Philippe Le Corre. Le président Xi a récemment dit que tout le
monde en Chine était gouverné par
le Parti. Si on permet à des sociétés
chinoises d’avoir accès à des données
d’entreprises ou d’institutions dans
d’autres pays, il y a donc le risque
qu’elles soient transmises au gouvernement chinois. » Selon le Wall
Street Journal, les maîtres espions
des « Five Eyes » – l’alliance des
services de renseignement des pays
anglo-saxons – se sont mis d’accord
pour « contenir » Huawei, lors d’une
réunion l’été dernier.
Le 24 janvier, devant la commission des affaires étrangères
et de la défense du Sénat, le ministre français des Affaires étrangères, J
­ ean-Yves Le Drian, affirmait : « Nous sommes tout à fait
conscients des risques résultant de
la place de Huawei dans les réseaux
centraux et des risques que peut entraîner le fait qu’il intervienne largement sur la 5G. Le gouvernement
prendra les dispositions nécessaires
quand il le faudra. »
> Quelles conséquences
cette affaire peut-elle
avoir pour Huawei ?
L’entreprise pourrait perdre des
marchés dans les pays occiden-
taux. Depuis l’année dernière,
l’administration américaine mène
une campagne auprès de ses alliés
pour empêcher Huawei de participer à la construction des réseaux
5G. Washington fait par exemple
pression sur la Pologne, et fait passer ce message, notamment aux
Britanniques et aux Allemands :
l’intérêt économique des produits
chinois moins chers ne fait pas
le poids face à la menace sécuritaire. Jusque-là hésitante, la
France vient de renforcer son
contrôle sur ses infrastructures
télécoms. L’Australie s’est alignée
sur les États-Unis en interdisant
les équipements chinois pour son
réseau 5G. Certains soupçonnent
Washington d’en profiter pour
couper les ailes d’un concurrent sérieux de son industrie
­technologique.
> L’inculpation d’Huawei
a-t-elle des répercussions
sur la guerre commerciale ?
Elle a créé une très forte tension
entre Pékin et Washington. Les
Chinois considèrent cette affaire
comme une « manipulation politique », selon la réaction courroucée de leur ministère des Affaires
étrangères. Les Américains, eux,
assurent que les poursuites contre
Huawei sont un dossier séparé
du différend commercial entre
les deux pays. Donald Trump se
montre d’ailleurs très confiant
dans l’issue des négociations,
comme il l’a tweeté plusieurs fois
cette semaine. g
XAVIER YVON
(avec Delphine JUNG à Montréal)
Pourquoi le pape se rend dans la péninsule arabique
MÉDIATION Le souverain pontife
François est aujourd’hui
aux Émirats arabes unis.
Sur fond de dialogue
interreligieux, cette visite
s’annonce très politique
L’annonce faite début décembre
par le Vatican d’un voyage du pape
à Abu Dhabi avait plus que surpris.
Un événement en soi. Avant lui,
jamais un souverain pontife n’avait
foulé le sol des Émirats arabes unis,
pays voisin du berceau de l’islam en
Arabie saoudite. C’est aujourd’hui
le seul pays de la ­péninsule où le
pape peut se rendre. La communauté catholique, qui représente
un peu moins d’un million de personnes, y est tolérée, à l’inverse du
voisin saoudien.
Officiellement, le voyage de trois
jours est destiné à promouvoir le
dialogue interreligieux : le pape
prendra la parole pour un discours
lundi au cours d’une rencontre
sur la « fraternité humaine ». Il y
retrouvera une autorité importante
en islam, le grand imam d’Al-Azhar,
qu’il a déjà rencontré quatre fois,
notamment en Égypte en 2017.
Cette étape diplomatique s’inscrit dans une séquence de dialogue
avec l’islam, comme l’explique
Le pape François,
mercredi au Vatican.
Giuseppe Ciccia/MaxPPP
Mgr Bousquet, recteur de SaintLouis-des-Français, à Rome :
« Après la béatification des martyrs
d’Algérie, dont les sept moines de
Tibéhirine à Oran en décembre, et
avant son étape au Maroc les 30 et
31 mars, le pape veut promouvoir un
dialogue avec tous les musulmans
dans leur diversité, avec une stratégie Maghreb/Machrek. Le message
est clair : le Vatican ne choisit pas
les musulmans avec lesquels dialoguer. » Dans un message vidéo
jeudi, le pontife s’est lui-même
déclaré « fier d’écrire une nouvelle
page dans l’histoire des relations
entre les religions ».
« François veut
promouvoir un
dialogue avec tous
les musulmans »
Mgr Bousquet
Le pape célébrera d’ailleurs
une messe mardi, la première
en péninsule arabique, dans le
principal stade d’Abu Dhabi. La
communauté catholique du pays
est principalement constituée de
migrants issus des Philippines et
d’Inde. Mais, comme toujours,
la diplomatie vaticane poursuit
plusieurs objectifs. D’abord celui
d’une médiation officieuse entre
le Qatar et les Émirats. Le Qatar
s’est vu imposer un blocus depuis
juin 2017 par l’Arabie saoudite,
alliée des Émirats. L’opération
semble très délicate.
Ce voyage pourrait en revanche
être une étape fondamentale dans
la recherche d’une solution pour
le Yémen voisin, en guerre civile
depuis quatre ans. Le pape ne cesse
de dénoncer la catastrophe humanitaire qui s’y déroule. Les Émirats arabes unis et l­ ’Arabie saoudite sont à la tête d’une ­coalition
militaire de pays arabes en guerre
depuis 2015 contre les rebelles
houthis, soutenus par l’Iran. Le
conflit est dans l’impasse militaire
et politique.
Pour Didier Billion, directeur
adjoint de l’Iris, spécialiste du
Yémen, l’action du pape pourrait être déterminante : « Comme
personne ne veut perdre la face
dans ce conflit, dont la seule issue
est politique, il faut des gestes de
bonne volonté pour entamer une
négociation. En tant qu’homme de
paix, le pape peut jouer un rôle de
médiateur. » François pourrait tenter d’obtenir un cessez-le-feu suivi
– le précédent ne l’a pas été – et négocier des voies s­ écurisées d’acheminement de l’aide ­humanitaire.
« Il arrive au bon moment »,
conclut Didier Billion. g
VIRGINIE RIVA
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
15
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Actualité International
Autour du monde
L’étoile montante démocrate répondra à Trump
STACEY ABRAMS
À 45 ans, l’ancienne
candidate malheureuse
au poste de gouverneur
de l’État de Géorgie
a été choisie par les
démocrates pour faire
face à Trump lors de son
discours sur l’état de
l’Union mardi
leader de la semaine
Melissa GOLDEN/REDUX-REA
À croire qu’elles se sont
donné le mot pour le rendre
chèvre. Après avoir eu affaire
à la poigne de Nancy Pelosi,
speaker de la Chambre des
représentants, le président
américain aura pour contradicteur lors de son discours
sur l’état de l’Union, au
Congrès à Washington mardi,
la non moins redoutable
étoile montante du Parti démocrate, Stacey Abrams. Ce
sera la première femme noire
à exercer ce choix hautement
symbolique. Une situation
inhabituelle pour quelqu’un
qui ne détient actuellement
aucun mandat.
Mais Stacey Abrams n’a
pas été choisie par hasard.
Elle colle à l’image d’un parti
soucieux de la promotion des
femmes et des minorités. Elle
est aussi considérée comme
une progressiste soutenue par
Bernie Sanders, ancien candidat à la Maison-Blanche.
Un détail de poids pour un
parti qui hésite entre son
aile modérée et son aile plus
à gauche. Forte en gueule,
Stacey Abrams avait déjà
contesté les résultats de son
élection en Géorgie, accusant
son adversaire, le républicain
Brian Kemp, d’avoir empêché les électeurs, en majorité
noirs, d’aller voter.
Dans une tribune enflammée sur la politique d’identité, vendredi dans le journal Foreign Affairs, Stacey
Abrams prouve encore une
fois qu’elle ne recule devant
rien et qu’elle est aux antipodes du président américain. Donald Trump est prévenu. Stacey Abrams ne lui
fera aucun cadeau. g
Karen LAJON
Russie Moscou a suspendu
Signe positif
hier sa participation au traité sur les armes
nucléaires de portée intermédiaire (INF),
et a promis de développer de nouveaux types
de missiles. Cette annonce intervient au
lendemain de celle faite par les États-Unis,
qui se retirent également de cet accord bilatéral
de désarmement nucléaire signé à la fin de la
guerre froide. Les deux puissances s’accusent
mutuellement de violer ce texte qui abolit
l’usage des missiles terrestres d’une portée
de 500 à 5 500 kilomètres. g
La Syrie condamnée
pour l’assassinat
d’une journaliste
C’est un signal très fort pour
les dizaines de milliers de Syriens
victimes du régime de Damas. Une
première qui pourrait leur donner
l’espoir de voir jugé le régime, déjà
poursuivi en France et en Allemagne
pour crime contre l’humanité et
crime de masse. Jeudi, une juge
fédérale américaine a condamné les
autorités syriennes pour avoir planifié
l’assassinat de la célèbre journaliste
Marie Colvin, tuée le 22 février 2012
dans un bombardement, au début de
la guerre. L’attaque avait également
tué le photoreporter français Rémi
Ochlik. Le tribunal américain a établi
que ce bombardement faisait partie
d’une « politique de violence de
longue date de la Syrie » contre des
journalistes qualifiés d’« ennemis
de l’État ». Il a condamné le régime
syrien à verser la somme de
264 millions d’euros à la famille. g
Iran Les États-Unis ont marqué
le 40e anniversaire de la Révolution islamique en Iran en
fustigeant, hier, les « promesses non tenues » de ce régime, ennemi
numéro un de Washington au Moyen-Orient. Téhéran avait
entamé la veille les cérémonies de célébration, quarante ans
jour pour jour après le retour d’exil de l’ayatollah Khomeyni.
En pleines festivités hier, l’Iran a par ailleurs testé avec « succès »
un missile de croisière d’une portée supérieure à 1 350 kilomètres.
Ce nouveau test risque de provoquer des critiques, principalement
des États-Unis, qui plaident pour une interdiction des tirs
de missiles et de fusées spatiales par Téhéran. g (photo : AFP)
Centrafrique
Un accord a été conclu hier entre
le gouvernement centrafricain et 14 groupes
armés, sous l’égide de l’Union africaine et de
l’ONU. Cet accord, dont les détails n’ont pas
été rendus publics, le septième depuis 2012,
relance l’espoir d’un retour à la paix dans
un pays meurtri par des années de conflit.
Bangui a toujours refusé une amnistie des
chefs de guerre, dont plusieurs sont sous
sanctions de l’ONU ou sous la menace
d’un mandat d’arrêt, et qui s’affrontent
pour le contrôle des richesses (diamants,
or et uranium). g
L’Italie entre en récession
Variation annuelle PIB italien (en %)
Royaume-Uni
1 300
personnes dormaient dans les rues de Londres
à l’automne 2018. Un chiffre en hausse
de 300 % en huit ans, selon le bilan de l’Office
national des statistiques publié jeudi.
Le nombre de personnes sans logement
stable s’élève à 320 000
dans le pays.
Mauvaise nouvelle pour la coalition populiste au pouvoir. L’Italie
est entrée en récession fin 2018. La péninsule, dont le produit
intérieur brut (PIB) a reculé de 0,2 % au quatrième trimestre
1,687
après - 0,1 % au précédent, est le seul pays de la zone euro
1,474
0,858
0,8 dans cette situation. Deuxième nation manufacturière
d’Europe, elle a déjà connu une dure récession en 2012-2013,
0,114
et n’avait retrouvé qu’une croissance atone depuis 2014.
2007
2009
2011 2012 2013
2015 2016 2017 2018
En cause : le ralentissement de l’économie européenne, les
tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis, mais
aussi la prudence des entreprises italiennes, inquiètes de la
politique engagée par l’alliance Ligue-Mouvement 5 étoiles,
au pouvoir depuis juin. L’équation budgétaire du gouvernement
− 2,819
s’annonce d’ailleurs compliquée. Rome, qui a accepté de
ramener son déficit public à 2,04 % du PIB en 2019, table sur
une croissance de 1 %. Une prévision jugée très optimiste par
− 5,482
les experts, qui anticipent une hausse du PIB entre 0,2 % et
Source : Banque mondiale et pour 2018 Istat
0,7 % seulement. g
Libéré, Laurent Gbagbo va-t-il retourner en Côte d’Ivoire ?
analyse
Après sept ans de prison, l’ancien
président ivoirien a passé sa première nuit de liberté, de vendredi
à samedi, dans un hôtel de La Haye,
aux Pays-Bas. Il était accompagné
de Charles Blé Goudé, ex-leader des
Jeunes Patriotes, libéré lui aussi.
Laurent Gbagbo devrait maintenant
se rendre en Belgique, qui a accepté
de l’accueillir, et où vivent sa deuxième épouse et leur fils.
Laurent Gbagbo, 73 ans, et Charles
Blé Goudé, 47 ans, étaient jugés pour
des crimes contre l’humanité commis entre 2010 et 2011. À l’époque,
Gbagbo avait refusé de laisser le
pouvoir à son rival, l’actuel président
Alassane Ouattara. Plus de 3 000 personnes sont mortes pendant les violences. L’ancien président avait été
arrêté en avril 2011 par les forces
du président Ouattara, soutenues
par l’ONU et la France. Il est alors
devenu le premier chef d’État africain à avoir été directement remis à
la Cour pénale internationale.
À la surprise générale, Gbagbo
et Blé Goudé ont été acquittés mi-­
janvier en première instance. Malgré
la demande de la procureure de la
CPI pour leur maintien en prison,
les deux hommes ont été libérés.
Craintes que l’ancien
président ne prenne la fuite
Mais Fatou Bensouda a réussi à imposer des conditions très restrictives
à cette libération. Elle entend en effet
faire appel du jugement. Ce qui prendra des mois. La procureure craint
que l’ancien président ivoirien et
l’ex-leader des Jeunes Patriotes ne
prennent la fuite dans le cas d’un
nouveau procès. « L’acharnement
de Fatou Bensouda est incompréhensible », affirme le professeur de droit
émérite Albert Bourgi, proche de
Laurent Gbagbo.
Les restrictions imposées pour la
libération s’apparentent à une « assignation à résidence » : interdiction
de quitter sa future commune de
résidence, se présenter à la police
chaque semaine, ne pas faire de
déclarations à la presse. Et habiter
dans un pays proche des Pays-Bas
où siège la CPI, sous peine d’être à
nouveau interpellé.
Pour le moment, donc, pas question de retour en Côte d’Ivoire. « À un
moment ou un autre, Laurent Gbagbo
retournera dans son pays, promet
Albert Bourgi. Il y a un temps pour
tout. » À Abidjan, dans les quartiers
pro-Gbagbo, l’annonce de sa libération n’a pas donné lieu à des scènes
de liesse comme celle de son acquittement, mais ses partisans attendent
son retour. Depuis mi-­janvier, des
centaines de pro-Gbagbo sont d’ailleurs rentrés au pays. g
Garance Le Caisne
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
16
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Actualité Société
Paul François, agriculteur
« On se moque des victimes des
préférait se focaliser sur le défaut
d’information : l’étiquette n’indiquait
pas la dangerosité du Lasso, interdit
depuis 1985 au Canada. A
­ ujourd’hui,
le droit européen a évolué. Les décisions favorables s’accumulent.
Si Monsanto est condamné pour
« produit défectueux », cela fera
jurisprudence pour des milliers
d’utilisateurs qui pourront réclamer
un préjudice d’anxiété. Même s’ils
ne sont pas malades.
interview
PROCÈS Le céréalier
charentais entame
mercredi son quatrième
round judiciaire
face à Monsanto
accident Il tente
d’obtenir réparation
après avoir inhalé
malencontreusement
du désherbant en 2004
Cette intoxication a eu de graves
effets sur votre santé.
J’ai de très violents maux de tête.
Lors de certaines crises, je perds
connaissance ou l’usage de mes
membres. J’ignore comment mes
lésions neurologiques vont évoluer.
Mes fonctions immunitaires sont
aussi perturbées : sept septicémies
en trois ans, une tumeur de la thyroïde retirée. Cette opération simple
m’a valu trente-sept jours d’hôpital
et une embolie pulmonaire.
Il a remporté la bataille en première instance et en appel, avant
de perdre en cassation. Mercredi,
l’agriculteur charentais Paul
­François, 54 ans, revient devant la
cour d’appel de Lyon dans le procès
au civil qui l’oppose depuis douze
ans à la multinationale Monsanto
(rachetée depuis par Bayer). Le
céréalier estime avoir été intoxiqué
en 2004 en inhalant accidentellement du Lasso, un herbicide retiré
du marché en 2007. Sollicité par le
JDD, le groupe Bayer répond que
« les témoignages appellent à une
écoute attentive » et se dit «attaché à une juste compréhension des
situations ». Il indique en outre que
« l’évaluation et la commercialisation » des produits phytosanitaires
sont parmi « les plus strictement
encadrées au monde ». À la veille
de ce quatrième acte judiciaire,
le président de l’association
­Phyto-Victimes se confie.
La création d’un fonds
d’indemnisation des victimes de
pesticides a encore été repoussée...
C’est une honte ! On se moque des
victimes qui attendent réparation. Cette proposition de loi a été
adoptée deux fois au Sénat en 2018.
Jeudi, elle est passée en fin de soirée
à l’Assemblée, trop tard pour être
discutée. Or quand le gouvernement veut vraiment agir, comme
sur la loi anticasseurs par exemple,
il sait adapter le calendrier.
Qu’est-ce qui bloque ?
La ministre de la Santé, Agnès
Buzyn, s’y oppose. D’un côté, elle
met encore en doute le lien de
­causalité entre les pesticides et certaines pathologies. Elle s’abrite derrière les prochains résultats d’une
expertise de l’Anses et de l’Inserm.
C’est scandaleux ! Pour Parkinson
et le lymphome non hodgkinien,
inscrites au tableau des maladies
professionnelles, la relation est établie. Et de l’autre côté, la main sur
le cœur, la même ministre regrette
que la loi ne puisse être votée… On
n’est pas au théâtre !
Pourquoi continuez-vous ?
Mes filles m’ont dit : « Maman
n’aurait pas voulu que tu lâches. »
­Autour de moi, des agriculteurs
sont morts. Je suis debout, j’ai
la chance d’avoir une famille, de
grands amis. Plus de 1 900 personnes ont participé à une cagnotte
pour couvrir les 70 000 euros déjà
dépensés, surtout pour des expertises. Sans cela et sans l’engagement de mon avocat, je n’aurais pas
tenu. Sylvie m’avait averti : « Très
vite, ce ne sera plus ton procès… »
Ce combat est devenu collectif, je
le mène aussi pour l’association
Phyto-Victimes. On ne savait pas.
Maintenant on sait. On a le devoir
de témoigner.
Lewis Joly pour le JDD
Comment abordez-vous ce nouveau
procès ?
Après le décès de ma femme,
Sylvie, en septembre, je me suis
demandé si tout cela avait un
sens. Elle a toujours été à mes
côtés dans ce combat. Elle n’en
verra pas l’issue. Je vais replonger
dans ce dossier et dans l’une des
périodes les plus douloureuses de
ma vie. Monsanto prétend encore
que l’intoxication n’a pas eu lieu ;
que si j’ai eu un accident, ce n’était
pas avec son produit… J’ai songé à
tout arrêter.
Pensez-vous obtenir la
condamnation de Monsanto ?
La justice travaille bien, elle va plus
vite que les politiques. On n’a jamais
été aussi proches du but. Le temps
nous donne raison. Chaque semaine,
des scientifiques démontrent les
­effets nocifs des pesticides sur la
santé et on découvre le comportement de cette multinationale qui
cache la dangerosité de ses produits.
Comment livrez-vous bataille face à
un géant de l’agrochimie ?
Combattre Monsanto, c’est affronter le déni et le dénigrement permanents. Prouvez-nous que vous
avez acheté ce produit ! Montrez
« Monsanto
prétend que mon
intoxication
n’a pas eu lieu »
les factures, le bon de livraison,
le numéro de lot… ! Leurs consultants contestent tout : les faits, les
experts, des scientifiques affirmant
à l’unanimité que le principe actif
du Lasso, l’alachlore, est un perturbateur endocrinien et cancérogène
probable. Les plaidoiries de leurs
avocats sont d’une rare violence.
Ils ont même reproché à ma femme
de ne pas avoir appelé d’huissier,
lors de l’intoxication, pour constater quel produit j’avais utilisé, plutôt que de me conduire à l’hôpital !
Ils ont refusé de fournir l’étiquette
du produit que j’avais inhalé, ont
dissimulé sa composition exacte
et notamment la part importante
du solvant qui m’a empoisonné.
La cour d’appel doit trancher sur le
caractère « défectueux » du Lasso.
Votre avocat, qui n’avait pas choisi
cet angle d’attaque en 2007, se dit
confiant. Qu’est-ce qui a changé ?
À l’époque, François Lafforgue
Est-ce un manque de courage ?
Oui. Ce double langage du gouvernement est irresponsable. L’État
a tous les rapports en main pour
agir, y compris sur le financement
du fonds. Mais les industriels de
l’agrochimie mènent un travail de
lobbying intense. Car si ce fonds
se met en place, on ouvre la boîte
de Pandore. Après l’indemnisation
des agriculteurs viendra celle des
riverains… Résultat, Emmanuel
Macron, capable de recadrer un
général, cède devant les syndicats
agricoles et le lobby agrochimique.
J’ai cru en lui. Je suis très déçu.
Il y a un an, il ­lançait à un céréalier : « Les o
­ uvriers agricoles, les
­consommateurs qui demain diront
“vous aviez le ­glyphosate, vous le
saviez, vous n’avez rien fait”, ils me
regarderont les yeux dans les yeux,
et ils iront pas vous chercher ! »
Aujourd’hui, il annonce qu’on ne
pourra pas se passer de ce désherbant en 2022.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
17
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Actualité Société
Vous-même avez utilisé des
pesticides pendant trente ans
dans votre ferme.
Oui, j’en ai même fait la promotion ! Je ne me pose pas en donneur
de leçons, je ne suis pas un militant
écolo. Au départ, on n’en voit pas
les ravages. Mais d’année en année,
nos sols s’appauvrissaient : plus de
vivant, plus de vers de terre.
Comment convaincre les
consommateurs qui peinent
à boucler leurs fins de mois ?
Dans une baguette, le blé
­représente 10 % du prix. Avec du
blé bio, il n’augmente que d’un
­c entime. Pour une a­ griculture
­durable, il faut devenir des consommateurs durables. En dix ans, on
peut apprendre à s­ ’alimenter
mieux, avec des ­produits de qualité et de saison, et à dépenser
moins ; à réduire le g­ aspillage ; à
manger moins de viande, mais de
qualité et d’origine française. Ce
­changement viendra de la société.
Des groupes industriels y sont
prêts, avant les politiques. Dans
dix ans, on ­vendra des produits
garantis sans ­glyphosate. g
Vous avez converti votre exploitation
et cultivez 240 hectares en bio.
Est-ce rentable ?
C’est une belle surprise. De trois
espèces cultivées (soja, maïs,
blé), on est passés à 12 (blé dur,
blé tendre, luzerne, sarrasin, etc.).
La chute des rendements n’a pas
été celle que l’on craignait. Surtout,
comme nous valorisons très bien
nos produits, la rentabilité est là.
Et surtout, je retrouve ma liberté.
Propos recueillis par
Juliette Demey
Le silence et l’indifférence
valent presque complicité
par Nicolas Hulot
«
« Paul François est doublement
victime : dans sa chair car il a été
livré à des produits dangereux ; et
d’un rapport de forces inégal dans
le combat devant les tribunaux.
C’est le pot de fer contre le pot de
terre. Il ne réclame pas vengeance
mais justice pour lui et pour toute
sa profession. Ses deux précédentes
victoires en première instance et
en appel à Lyon ont été de grandes
avancées. S’il perdait ce nouveau
procès, ce serait évidemment une
humiliation pour toutes les victimes.
Cet agriculteur de Charente fait
partie des centaines de personnes
en lutte, sur le plan judiciaire,
contre la pire firme au monde. Audelà des pesticides, cette entreprise
cherche, avec ses OGM, à mettre les
ressources alimentaires en coupe
réglée. Ces mêmes OGM étaient,
par exemple, supposés permettre
aux producteurs de coton en Inde
de se passer de pesticides, mais c’est
le contraire qui s’est produit.
Je ressens une profonde colère
face à l’indulgence dont bénéficie
Monsanto : toutes les portes lui
sont ouvertes dans la plupart des
institutions. Ce lobbying musclé
est intense. Lors d’une visite ministérielle au Saint-Siège, à Rome
– j’étais venu parler du climat –, le
cardinal présidant l’Académie des
sciences m’a gratifié d’un plaidoyer
Arnault Serriere/ABACA
Nicolas Hulot,
ex-ministre de
la Transition
écologique.
pro-Monsanto. Et, quelques mois
après que j’ai été nommé ministre,
une personne de ma connaissance,
haut placée dans une entreprise travaillant dans le domaine de l’environnement et qui pourra confirmer
ce que je révèle ici, est venue me
voir avec ce message menaçant :
Monsanto avait demandé à une
officine belge de s’occuper de ma
réputation*.
La journaliste Marie-Monique
Robin a, elle aussi, fait les frais de
ces méthodes. Des agriculteurs en
ont été victimes aux États-Unis :
Monsanto leur a envoyé des huissiers, en plein champ, pour constater
que certains des plants qu’ils cultivaient ne leur appartenaient pas. Les
paysans ont eu beau rétorquer que
la contamination s’était produite à
cause de la proximité des parcelles
OGM, ils ont été poursuivis devant
les tribunaux.
Dans la plupart de ces affaires, il
y a la responsabilité de Monsanto
mais aussi celle, collégiale, d’une
accoutumance à sa puissance de feu.
Tous ses agissements se font sous le
regard de la plupart des décideurs
mondiaux. Leur silence et leur indifférence valent presque complicité.
De manière plus générale, la question des pesticides est tranchée :
même si la relation de cause à effet
est difficile et longue à démontrer,
on dispose désormais d’un faisceau
de présomptions attestant leur toxicité pour la santé humaine. Tout cela
devrait conduire non à des tergiversations, mais à l’application du
principe de précaution. L’Histoire
comme la Justice ne seront pas
amnésiques : tous ceux qui ont participé par ignorance, complaisance
ou cupidité à leur défense auront
un jour à rendre des comptes. » g
Propos recueillis par A.-L. B.
* Sollicité par le JDD, Bayer Monsanto
dément « formellement ces allégations
très graves et diffamatoires ».
Hervé Pinel
pesticides »
Alerte, les punaises de lit
contre-attaquent
piqûres Près de 400 000
logements seraient infestés
par ces parasites qui avaient été
éradiqués dans les années 1970.
Des couples se déchirent… en se
grattant
Elle en parle comme d’un mauvais
film. Pendant des mois, Cécile s’est
battue contre de minuscules petites
bêtes noires, à la nocivité inversement proportionnelle à la taille. « Le
jour, elles se planquent, la nuit, elles
te mangent, raconte cette mère de
jumeaux. Avec mon mari, on était
rincés, on ne dormait plus, on se
disputait pour savoir qui les avait
ramenées. »
Les punaises de lit se nichent partout : hôtels de luxe, locations de vacances, cinémas, écoles et crèches,
hôpitaux… Derrière une fermeture
pour travaux se cache souvent une
opération de décontamination.
D’après la Chambre syndicale
des industries de désinfectiondésinsectisation- ­d ératisation
(CS3D), près de 180 000 sites
ont été envahis en 2017. « Avant,
nous recevions un appel par mois.
Aujourd’hui, c’est trois ou quatre
par jour, note Stéphane Bras, son
porte-parole. L’activité progresse
de plus de 30 % par an. » Selon cet
expert, près de 400 000 locaux,
d’habitation ou de bureaux, pourraient être contaminés en France.
« C’est un véritable fléau », alertet-il. Le bailleur Paris Habitat, qui
gère 120 000 logements sociaux,
affiche un taux d’infestation de près
de 8 %. « Les cas ont été multipliés
par quatre, calcule Cyrille Fabre,
chargé du service expertise-exploitation-équipement. Depuis 2017,
nous avons traité 3 000 foyers. »
Ces animaux de mauvaise compagnie aux faux airs de lentilles
pas cuites vont là où nous sommes.
« Quand on vivait dans des grottes,
elles étaient avec les chauves-souris,
rappelle Arezki Izri, chef du service
parasitologie-mycologie à l’hôpital
Avicenne de Bobigny (Seine-SaintDenis). Puis elles nous ont goûtés
et ne nous ont plus quittés ! » Les
bestioles ne sont pas difficiles.
« On les trouve dans les quartiers
chic comme populaires », poursuit
le médecin. Le spécialiste de la
Cimex lectularius (son nom scientifique) voit passer des directeurs
de chaînes hôtelières ou de compagnies aériennes désespérés, des
people et des familles au bord de la
crise de nerfs. Lui s’inquiète de leur
récente prolifération. « La punaise
de lit n’est pas considérée comme un
problème de santé publique, dénonce
en écho Cyrille Fabre. C’est un frein
au développement d’une politique
de prévention et à une meilleure
connaissance. »
Le nettoyeur à vapeur et
le congélateur, armes fatales
Alerté par ses agences régionales,
le ministère de la Santé préparerait
toutefois une campagne d’information. Car les Jeux olympiques
de 2024 se profilent, et la Coupe du
monde de foot de 1998 avait signé
leur come-back en France. Disparues durant les Trente Glorieuses
grâce aux insecticides, les punaises
ont ressurgi avec l’apparition de
résistances aux traitements (leur
ADN a muté) et la démocratisation
des voyages. Le chemin de SaintJacques-de-Compostelle en est
truffé. Disneyland Paris a même
créé un service spécial pour les
éradiquer !
Soirées pyjama des enfants, videdressings entre copines, mode des
brocantes et des achats sur Le Bon
Coin, échanges d’appartements
et locations sur Airbnb… « Nous
sommes le véhicule des punaises »,
résume Stéphane Bras. Tout
sauf rassurant. D’autant qu’elles
pondent de 5 à 15 œufs par jour,
peuvent vivre près d’un an sans
manger et piquer jusqu’à 90 fois
Cimex lectularius
Nom scientifique de
la punaise de lit. Cet insecte
hématophage (qui se nourrit
de sang humain) avait
été éradiqué à partir des
années 1970 dans les pays
développés. Il y est
en recrudescence
dans une nuit. Certains ne sentent rien. D’autres développent
des lésions cutanées parfois très
graves. Sans compter les insomnies,
les bouffées d’angoisse. La plupart
des « punaisés » développent un
syndrome post-­traumatique. Le
mari de Cécile a ainsi mis des semaines à réinvestir le lieu du crime,
à savoir leur chambre, préférant
dormir dans le salon.
Le jour, les suceurs de sang
se planquent dans des endroits
improbables, derrière le papier
peint, les plinthes, à l’intérieur
des prises. Faute de modes opératoires clairs, les contaminés
font généralement tout ce qu’il
ne faut pas faire, comme jeter le
mobilier – du coup, les insectes se
répandent dans la rue – ou acheter
des produits prétendument éradicateurs en supermarché, qui ne
servent qu’à les disséminer dans
la maisonnée.
Les armes fatales ? Le nettoyeur
à vapeur et le congélateur, les bêtes
détestant le très chaud et le très
froid. Pierre a ainsi loué un camion
frigorifique pour « nettoyer » ses
objets. Cécile a fait inspecter ses
pièces par un chien renifleur. Ces
canidés élevés pour « sentir » les
punaises repèrent les endroits
où elles se cachent encore. Paris
Habitat y a recours dans moins
de 10 % des cas. Car leur flair est
aléatoire. Et la note plutôt salée.
Cécile a dû payer cash et sans
facture. Avec des coûts allant de
500 à plus de 1 000 euros selon la
superficie à traiter, les sociétés de
désinsectisation mal intentionnées
prospèrent dans ce juteux business,
au grand dam des professionnels
certifiés. Depuis le vote de la loi
Élan sur le logement, le bailleur est
tenu de louer un logement certifié
« exempt de nuisibles et parasites ».
Et en cas d’attaque en cours de bail,
les responsabilités sont partagées.
Ce que la plupart des propriétaires
privés feignent d’ignorer en laissant
leurs locataires se débrouiller seuls.
Résultat, les plus favorisés sortent
le carnet de chèques. Et les autres
se saignent ou se laissent dévorer. g
Emmanuelle Souffi
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
18
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Actualité Société
L’histoire vraie d’une dénonciation
gilets jaunes
Campement
de Gilets jaunes
au rond-point
de Flixecourt,
le 17 janvier.
Fin novembre, ils ont
livré six migrants aux
gendarmes, en direct sur
Facebook. Un vidéaste
sera jugé le 1er mars
Jan SCHMIDT-WHITLEY/
LE PICTORIUM POUR LE JDD
Envoyée spéciale
Flixecourt (Somme)
« Vous voyez bien qu’on n’est pas
racistes ! » Miguel Niewiadomski,
porte-parole des Gilets jaunes du
rond-point de Flixecourt (Somme),
pose fièrement la main sur l’épaule
d’un homme discret. Noir. Un ancien
surveillant de prison. Ici, au bord de
l’autoroute A16 qui mène à Calais, les
occupants du campement semblent
dépassés par les répercussions de
la journée du 20 novembre 2018,
au cours de laquelle six migrants
ont été dénoncés aux gendarmes.
Filmée, la scène a donné lieu à une
polémique sur les réseaux sociaux
et à l’ouverture d’une enquête pour «
injure publique à caractère r­ aciste ».
Assis sur un banc de palettes sur
lequel le vent de cette mi-janvier fait
claquer un drapeau français, Miguel
Niewiadomski livre sa version des
faits. Ce matin-là, comme tous les
jours depuis l’acte I de la contestation, le retraité de la pénitentiaire
se trouvait au bord du rond-point.
« C’était le barrage complet, préciset-il, on arrêtait tous les poids lourds. »
À un moment, un camion-citerne
immatriculé en Belgique est immobilisé. Le chauffeur, qui doit livrer
des billes de plastique à une entreprise d’Amiens, accepte de partager
un café avec les bloqueurs. Au milieu
des blagues qui fusent, ces derniers
entendent frapper. Le bruit provient
des cuves. Bientôt, tout le monde
comprend que des migrants sont
cachés à l’intérieur. Sur la route de
l’Angleterre, c’est fréquent. « Ils sont
montés par le haut, explique un cadre
de la société de transport belge. Les
cuves étaient pleines aux deux tiers. »
Très vite, ce jour-là, les Gilets
jaunes ont alerté les gendarmes.
« On a un deal avec eux, continue
Miguel Niewiadomski. Quand on
voit quelque chose, on les prévient.
L’autre fois, il y avait un mec bourré ;
on les a appelés tout de suite. » Certains ont même eu l’impression
d’avoir sauvé la vie de ces exilés.
Parmi les six hommes cachés, deux
faisaient l’objet d’une obligation de
quitter le territoire français (OQTF) ;
eux ont été immédiatement relâchés
par les gendarmes. Les quatre autres
se sont vu notifier des OQTF puis ils
ont pu recouvrer leur liberté. Sur
le rond-point, aucun Gilet ne comprend que la dénonciation puisse
poser problème.
Par contre, pour Alexandre
de Bosschère, procureur d’Amiens,
le « problème » est juridiquement
clair. Et ce d’autant plus que l’arrestation des six hommes apeurés avait été diffusée en direct sur
Facebook. L’auteur de la vidéo, seul à
être poursuivi pour « injure publique
à caractère raciste », avait commenté
la scène avec des mots nauséabonds :
« Quelle bande d’enculés ! Tout ça va
encore être prélevé sur nos impôts »
ou « Ils sont en France, ces sales bâtards ! ». « Ces propos n’ont pas pu
Certains croient
avoir aidé ces
exilés cachés
dans la cuve d’un
poids lourd
être audibles pour les migrants ou
les gendarmes, précise le procureur.
C’est leur diffusion qui rend l’injure
publique, ce qui ramène les faits à leur
juste proportion. » En revanche, les
investigations ont déterminé que
l’évocation d’un « barbecue géant »,
qui avait beaucoup choqué en novembre, avait été mal interprétée : il
s’agissait d’une référence aux cuves
métalliques, « qu’un certain nombre
de gens utilisent pour leurs grillades »,
selon Alexandre de Bosschère.
Le vidéaste amateur ne vient plus
sur le rond-point de Flixecourt. Ce
« gamin », comme l’appellent ses
camarades, est un « taiseux », selon
les mots de son avocat, Ghislain Fay.
Le jeune homme de 23 ans vit en
concubinage dans les environs, au
cœur d’une région sinistrée très mobilisée. « À la suite de cette affaire, il
a perdu son boulot, indique Me Fay. Il
bossait en intérim dans une usine. »
Le suspect a ensuite été interpellé
à Amiens lors de la manifestation
du 29 décembre. En jaune, il lançait
des cailloux sur les policiers. Il sera
jugé le 1er mars.
« Ce n’est pas un gamin raciste »,
ajoute son conseil. Et les propos
tenus ? Miguel Niewiadomski minimise : « Des histoires pour rien. » Les
Gilets jaunes de Flixecourt, patrie
de François Ruffin – qui y a même
tourné un bout de Merci patron ! –,
vireraient-ils au brun ? Leur porteparole se raidit : « Ici, il n’y a pas de
politique, pas de syndicats, pas de
races. » Sur le banc de palettes, sous
l’inscription « Retraités en colère »,
se sont pourtant assis successive-
ment deux élus : le député LFI et le
Patriote Florian Philippot. Miguel
Niewiadomski l’assure : « L’immigration ne nous pose pas de problème. »
Mais si elle entre en conflit avec le
pouvoir d’achat… « C’est comme une
famille qui invitait à dîner des amis,
des voisins, tente-t-il de justifier.
Quand elle n’a plus d’argent, elle n’a
plus les moyens de recevoir. »
Sur le côté de la route, sous les
nombreux klaxons de soutien, un
Gilet se prépare à distribuer des
tracts pro-référendum d’initiative
citoyenne. Sur la moitié de la page
s’étale un dessin représentant Hervé
Ryssen en jaune. Ce dernier porte
une pancarte « Je suis partout ».
Lorsqu’on apprend aux Gilets qu’il
s’agit d’un négationniste, antisémite
et raciste, et que le dessin comporte
une référence à un hebdomadaire
collaborationniste, les hommes en
colère rétorquent : « Et alors ? Ça
circule sur Facebook. » g
Plana Radenovic
Un gilet de sauvetage pour le repas de famille
John Foley/Leemage
Ma tasse de café Le repas de
famille est
une histoire
française ; depuis
la poule au pot
du dimanche,
des images fortes
illustrent ce
rite : une table
simple mais gaie,
teresa cremisi un grand plat
mêlant viandes
et légumes,
du bon pain.
Ajoutez le feu qui crépite (les
enfants qui gazouillent ou le
chien qui tend la patte) et vous
avez une image rassurante du
premier noyau de la société qui se
conforte en partageant les mêmes
mets cuisinés par la maîtresse
de maison. C’est tellement vrai
que les étrangers nous envient
ce rendez-vous familial : grâce à
eux, paraît-il, les Français sont
moins obèses et l’alimentation
est mieux structurée. Les usages
de politesse et de conversation
sont nés autour de la table
française, et c’est là que les
enfants apprennent à participer
à la vie sociale. Je ne sais quand
le repas de famille a commencé
à se fissurer, mais je sais qu’il a
désormais volé en éclat.
Les mères sont fatiguées et les
enfants s’y ennuient.
Les occasions se sont réduites,
espacées. Plus solennelles, elles
sont devenues plus pesantes.
Plus compliquées, aussi : depuis
quelques années, personne ne
mange plus la même chose, exit
le pot-au-feu, la blanquette ou
le petit salé ; deux jeunes sur
quatre sont végétariens, un
est végan et le dernier n’aime
que les omelettes à la confiture
(ou un équivalent). Quant
aux plus âgés, c’est un festival
d’injonctions médicales : pas de
sauce, pas de friture, pas de sel,
pas d’assaisonnement, pas de
fromage, pas de pain… Comment
voulez-vous que la conversation
pétille ? On embête les enfants
en leur demandant comment ça
se passe à l’école et on évite la
politique pour ne pas s’engueuler.
Il y a quatre ans, le service de
communication de Manuel
Valls avait créé sur un site
innovant une sorte de jeu de
société qui s’appelait « Kit repas
de famille », dont le but était
d’aider des individus de bonne
disposition à répondre aux
sujets qui empoisonnent les
retrouvailles familiales. « Cliquez
sur la case correspondante, vous
accéderez à des informations
simples et concises pour casser
les idées reçues », clamait le
bingo familial. Les sujets étaient
d’une formidable clairvoyance ;
la preuve, ils sont toujours
d’actualité, réutilisables dans tout
débat citoyen : « C’est toujours
la classe moyenne qui trinque »,
« Les impôts n’arrêtent pas
d’augmenter », « Je n’arrive plus
à boucler mes fins de mois », « Se
loger, c’est la galère ». Les réponses
prémâchées étaient tordantes. Si
un oncle déprimé disait que rien
n’était fait pour l’aider à sortir du
chômage et qu’il envisageait de
se flinguer, il fallait lui répondre :
« Toute la politique de la France
est dédiée [sic] à la lutte contre
le chômage. » À la cousine qui
n’arrivait pas à vivre de son
salaire, la réponse frappait par
son évidence : « Le gouvernement
a pris une série de mesures pour le
pouvoir d’achat : baisse des impôts,
loi consommation qui permet de
réduire le prix de bien des choses
[sic]. » Bon, tout le monde a
oublié cette brillante tentative
de revitaliser le repas familial.
Mais, aux dernières nouvelles,
nombre de témoignages attestent
de mères et de grands-mères
revigorées qui ont cuisiné et
apporté des marmites fumantes
aux barrages routiers. Peut-être
que les nostalgiques pourraient
aller faire un tour du côté
des ronds-points. g
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
19
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Actualité Société
Soupçonné d’avoir aidé des djihadistes,
un avocat parisien est suspendu
JUSTICE La profession
a sanctionné Bruno
Vinay, déjà mis en
examen. Ses défenseurs
dénoncent une mesure
disproportionnée
Bruno Vinay ne peut plus plaider.
Pour une durée renouvelable de
quatre mois, l’ordre des avocats de
Paris l’a suspendu, vendredi 1er février. Il avait été mis en examen le
17 janvier pour « financement d’une
entreprise terroriste », « transfert non
autorisé d’une somme supérieure à
10 000 euros » et placé sous contrôle
judiciaire. Dans ce cadre, les trois
juges d’instruction avaient demandé
sa suspension en invoquant la gravité de l’accusation de terrorisme et
la matérialité du transfert d’argent,
reconnu par Bruno Vinay. Ses défenseurs, Laure Heinich et Emmanuel
Daoud, affirment dans un communiqué que leur client « se considère
comme totalement innocent des faits
qui lui sont à tort reprochés ».
Ce nouvel épisode vient s’ajouter
à une histoire vieille de deux ans qui
met en scène, outre Bruno Vinay,
un djihadiste français et sa famille,
deux journalistes et un nébuleux
réseau d’exfiltration de la zone
irako-syrienne. Tout commence
en mai 2017. Un djihadiste français,
Maximilien Thibaut, est installé
à Mossoul (Irak) avec sa femme,
Mélina Boughedir et leurs enfants.
Il a rejoint les rangs de l’État islamique (EI) depuis deux ans, tout en
restant en relation avec la France
via Internet. Alors que la ville irakienne est soumise à une offensive
des forces alliées, il fait connaître
à un expert du terrorisme, habitué
des plateaux de télévision, son souhait de se rendre aux autorités françaises. Ce dernier lui recommande
de s’adresser à Édith Bouvier et
Céline Martelet, deux journalistes
ayant de nombreux contacts dans
la région et ayant déjà procédé à
des opérations de ce genre.
Bruno Vinay entre alors en action. Cet avocat parisien de 45 ans a
un profil particulier. Il n’est inscrit
au barreau que depuis 2009. Il a
auparavant appartenu à la direction juridique de l’Opéra de Paris.
Engagé dans l’humanitaire, il a
effectué plusieurs missions pour
le compte de Médecins sans frontières (MSF) au Liban et au Soudan. Depuis 2006, il a adopté la
religion musulmane. D’abord spécialisé dans le droit des étrangers,
il s’est tourné vers la défense des
islamistes radicaux. Il représente
ainsi Kamel Daoudi, condamné
pour une tentative d’attentat contre
l’ambassade des États-Unis à Paris
et assigné à résidence depuis plus
de dix ans. Ou Émilie König, une
Bretonne radicalisée, partie en
Syrie en 2012, et arrêtée en 2017
par les forces kurdes.
Les deux journalistes proposent à
l’avocat de coordonner la reddition
de Maximilien Thibaut et des siens.
Il accepte et expédie, le 13 juin 2017,
un courrier au procureur de Paris,
au magistrat de liaison et au consulat général d’Erbil en Irak, dans
lequel il indique : « M. ­Thibaut
s’apprête à fuir Mossoul avec sa
famille dans le but de se livrer aux
autorités françaises et d’être jugé
en France pour l’infraction qu’il a
commise. » Me Vinay précise avoir
été mandaté pour que le départ et
l’arrivée du djihadiste « s’effectuent
en toute transparence ». Aucune
réponse ne lui parvient.
S’il reconnaît la
remise d’argent,
il la justifie par
une motivation
humanitaire
Édith Bouvier et Céline Martelet suggèrent alors à Me Vinay de
recourir aux services d’un passeur,
capable de conduire la famille de
Mossoul à Erbil. Il en coûtera à leurs
parents en France 37 000 euros,
20 000 payables immédiatement
et 17 000, une fois l’opération menée
à bien. La première somme doit être
remise à Francfort, en Allemagne.
La livraison est assurée par l’avocat,
guidé au téléphone par l’une des
deux journalistes. À son retour, il
écrit à nouveau au procureur, le
10 juillet 2017. Il signale alors la
disparition de Maximilien Thibaut,
probablement tué alors qu’il allait
chercher de l’eau, et transmet les
coordonnées GPS de son domicile
en Irak.
À la fin de l’été, l’échec de l’opération est consommé. Mélina Boughedir, l’épouse de Thibaut, est arrêtée
et condamnée en juin 2018 à vingt
ans de prison. L’argent n’est jamais
arrivé en Irak. L’avocat restitue à
la famille les 17 000 euros restants.
Puis il demande aux journalistes de
rembourser les 20 000 euros. Le
ton monte. Interrogée par la police,
Édith Bouvier se plaint de menaces.
L’impartialité d’un juge en question
Une requête en récusation a été
déposée par Emmanuel Daoud,
l’avocat de Bruno Vinay, contre l’un
des trois juges qui instruisent l’enquête mettant en cause son client.
Jean-Marc Herbaut avait en effet
instruit le dossier de l’assassinat
d’un couple de fonctionnaires du
ministère de l’Intérieur, le 13 juin
2016 à Magnanville (Yvelines). Or
l’un des mis en cause, Mohamed
Aberouz, présenté comme proche
du tueur, Larossi Abballa, avait pour
avocat Bruno Vinay. Ce dernier avait
obtenu sur un point de procédure
la remise en liberté de son client,
puis avait déposé contre le juge une
plainte pour détention arbitraire.
Selon le défenseur de Bruno Vinay,
ces éléments suffisent à semer le
doute sur l’impartialité objective
du juge Jean-Marc Herbaut. g P.C..
À l’automne 2018, les enquêteurs de
la Direction générale de la sécurité
intérieure (DGSI) s’intéressent à
Bruno Vinay. Filature, examens
de ses comptes, rien n’est décisif.
Mais son comportement intrigue.
Sa proximité avec ses clients islamistes est pointée : il dort chez l’un
d’eux, sert de témoin de mariage
à une autre et envoie quelques
centaines d’euros à ­Émilie König,
détenue en Irak. L’argent destiné
au passeur, présenté comme lié à
l’armée irakienne, n’a-t-il pas fina-
lement atterri dans les poches de
l’EI ? Deux notes de Tracfin, l’organisme chargé de la lutte contre
les circuits financiers clandestins,
alertent de deux transferts de fonds
suspects (certes modiques : 200
puis 250 euros) de Bruno Vinay
vers la zone irako-syrienne. N’est-il
pas un habitué de ces opérations ?
Le 15 janvier, l’avocat est placé
en garde à vue, puis mis en examen.
S’il reconnaît la remise d’argent, il
la justifie par une motivation humanitaire : permettre au djihadiste
français et à sa famille d’échapper
aux dangers de la zone de guerre.
Le conseil de l’ordre n’a pas voulu
retenir l’argument, considérant
que la preuve n’en était pas rapportée. Les défenseurs de Vinay
considèrent la sanction « infondée » et « disproportionnée ». Ils
estiment que leur client n’a manqué en rien aux obligations de son
métier d’avocat. Ils ont décidé de
faire appel. g
Pascal Ceaux
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
20
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Actualité Société
Hervé Temime, avocat
« Il faut enseigner la justice à nos concitoyens »
interview
plaideur Star des prétoires,
il vient de fêter ses quarante ans
de barreau. Pour le JDD,
il observe les évolutions
de l’institution judiciaire
et alerte sur certaines dérives
Spécialiste du droit pénal,
comment avez-vous vu évoluer
le fonctionnement de la justice
et le rôle du défenseur ?
Il a gagné en professionnalisme et
en technicité. Dans les affaires criminelles, une part de plus en plus
grande de notre travail est déployée
à l’instruction et pendant les débats. La plaidoirie est devenue un
exercice moins décisif aux assises,
même si elle reste un moment de
vérité qui fait valoir les meilleurs
d’entre nous. L’attention prêtée à
l’éloquence a d’ailleurs considérablement grandi. Mais ce qui est
à mes yeux le plus frappant, c’est
la surmédiatisation des avocats,
d’autant qu’elle succède à une
indifférence quasi absolue.
N’y a-t-il pas pourtant toujours eu
des vedettes, les fameux ténors
du barreau ?
Ils étaient peu nombreux.
­Aujourd’hui, je constate un intérêt massif pour le métier d’avocat.
Un confrère est qualifié de ténor
par la presse alors qu’il n’a encore
rien montré. Une sorte de course à
l’échalote de la médiatisation a été
lancée. De jeunes avocats passent
à la télévision avant d’avoir fait la
preuve de leur compétence, parfois
au risque de privilégier leur intérêt
personnel au détriment de celui du
client. Autrefois, nous n’étions que
des personnages secondaires. Je
me souviens d’un procès ­d’assises,
il y a vingt-cinq ans. Henri Leclerc
avait obtenu par son seul talent
un acquittement miraculeux.
­Libération avait écrit une page sur
le sujet sans citer une seule fois le
nom d’Henri, qui était pourtant
l’avocat du journal !
Qu’est-ce qui a suscité cette
nouvelle considération ?
Les avocats pénalistes ont changé
de registre. Ils ne se sont plus
c­ antonnés à la défense des voyous
ou des figures du banditisme.
L’irruption des affaires politico-­
financières a été déterminante.
Elle a redoré notre image. Et il y
avait fort à faire ! Je me souviens
d’un confrère qui, au début d’une
audience, avait pris soin de dire
au président : « Je ne suis pas
pénaliste », comme si c’était une
marque d’infamie. En fait, les
clients mêlés à ces dossiers se sont
rendu compte que notre mauvaise
réputation était injustifiée. Ils ont
découvert nos premières qualités, une extrême connaissance du
combat judiciaire et une extrême
prudence. Nous agissions en permanence comme si nous étions
toujours sous les yeux de la police ou du procureur qui rêvait de
faire condamner. Notre savoir-faire
valait mieux que les médailles
accrochées à la robe des avocats
jusque-là choisis pour assurer la
défense de ces personnalités prises
dans les rouages de la justice.
L’importance du rôle de l’avocat
n’est-elle pas aussi liée
au renforcement des droits
de la défense ?
Ce renforcement a été considérable depuis mes débuts. En février
1979, je m’en souviens comme si
c’était hier, je plaide devant la cour
la présomption d’innocence. Elle
existait déjà dans les textes, comme
d’ailleurs le fait que la détention
devait rester une exception. Ce
jour-là, les juges m’ont ri au nez !
Le rôle de la défense est désormais
mieux accepté. Mais je suis parfois
surpris du peu de connaissance
du droit de nos concitoyens, y
compris parmi les plus cultivés.
Récemment, quelqu’un m’a soutenu avec la plus grande assurance
que l’accusé n’avait pas le droit de
mentir, alors que c’est un principe
fondamental de notre procédure.
Il faut enseigner la justice à nos
concitoyens.
Vous dites redouter le poids de la
morale publique sur les affaires.
Est-ce vraiment nouveau ?
C’est un phénomène de l’époque.
Les médias adoptent un point de
vue, manifestent une opinion. Souvent, ils ont une vision univoque
qui va dans le sens de l’accusa-
recevoir. Huit jours plus tard, un
confrère m’appelle, embarrassé. Il
représente dans ce même dossier
la famille de la victime. Celle-ci
doit être enterrée en Israël. Or la
juge lui a réservé le même traitement, pas de rendez-vous. Elle n’a
pas plus accepté de délivrer une
copie du dossier. C’est pourquoi
il s’est tourné vers moi. C’est fou !
Que serait selon vous une bonne
réforme ?
La première qualité exigée d’un
magistrat, c’est l’impartialité. Pour
moi, il faut séparer le siège et le
parquet, les juges et les procureurs qui poursuivent et défendent
l’accusation, en créant deux corps
absolument distincts. Je suis choqué lorsque je vois un juge d’instruction s’entretenir longuement
avec un substitut, alors qu’il refuse
de recevoir les avocats. Où est l’impartialité ? De qui se moque-t-on ?
Il suffit de lire les questions des
juges sur les procès-verbaux. Trop
souvent, ça ressemble à des accusations, alors que les magistrats
du siège ont pour vocation de se
tenir à équidistance de toutes les
parties. Dans la justice américaine,
la confiance en l’avocat est présumée, chez nous c’est la méfiance !
Hervé Temime dans son bureau parisien. Éric Garault/Pascoandco pour le JDD
tion, au point que la présomption
d’innocence en devient une fiction mentale ! J’ai la conviction
que le silence est la meilleure
réaction, même s’il est très rude
de recevoir des tombereaux d’attaques sans réagir. Ma mémoire
ne conserve aucune trace d’une
défense médiatique gagnante.
Je n’ai qu’une exception en tête,
celle de Dominique de Villepin
dans l’affaire Clearstream. Pourquoi cela avait-il marché ? Parce
que la défense de l’ancien Premier
ministre était une accusation. Si je
suis là devant vous, avait-il dit au
tribunal, c’est par la volonté d’un
seul homme. Il visait ainsi Nicolas
Sarkozy et détournait le sens du
débat : il n’avait plus à répondre
des faits qui lui étaient reprochés.
Vous parliez tout à l’heure de fiction
mentale à propos de la présomption
d’innocence, n’est-ce pas presque
toujours le cas ?
J’aurais rêvé de créer un grand
média dénonçant toutes les
atteintes à la présomption d’innocence. Je me suis contenté
d’acheter tous les sites portant
cette mention. Des étudiants de
Sciences Po en ont un moment
assuré la gestion. Puis ils ont dû
cesser devant l’importance de la
charge de travail. Je vais essayer de
relancer ce projet en collaboration
avec d’autres cabinets d’avocats.
Contre les médias, nous devons
nous appuyer sur le droit. Les juges
sont notre seul recours, à condition
que nous tenions un discours de
vérité à leur égard.
La réforme de la justice présentée
par le gouvernement suppose
un renforcement des pouvoirs
du parquet. Cela vous inquiète-t-il ?
Ils sont renforcés de manière
scandaleuse pour une réforme
calamiteuse. Elle va aboutir
­notamment à une augmentation
« Nous sommes
mieux reçus par
les policiers que
par les juges »
des détentions provisoires, alors
que déjà environ 600 d’entre elles
se concluent chaque année par un
non-lieu, une relaxe ou un acquittement ! Un monde très inquiétant
se prépare. Beaucoup de substituts et de juges d’instruction ont
pour règle de ne jamais rencontrer
les avocats. Ils partent du principe
que nous sommes un ennemi. Je
vous donne un exemple : dans une
affaire de meurtre, je demande à
une collaboratrice d’aller voir la
juge d’instruction. Elle revient penaude, la magistrate a refusé de la
Avec le développement de la police
scientifique pour conforter la preuve
et la présence de l’avocat lors
d’une garde à vue, n’y a-t-il pas
tout de même un vrai progrès ?
Pour innocenter des personnes
mises en cause, la police scientifique est un incontestable progrès.
Je regrette toutefois que les techniques d’enquête intrusives pour
la vie privée prolifèrent. Notre
présence en garde à vue se passe
extrêmement bien. Nous sommes
mieux reçus par les policiers que
par les juges. Au fond, ils sont
beaucoup plus dans l’acceptation
de ce qu’est la défense. Parfois, certains autorisent même l’avocat à
contribuer à la rédaction des procès-verbaux. La justice ne gagne
pas à la violence. Les meilleurs
magistrats l’ont compris : être dur
et ferme sur le fond n’interdit pas
d’être correct.
L’apparition des lanceurs d’alerte
a modifié le cours des enquêtes.
Le voyez-vous comme un bien
ou comme un mal ?
Je dirais que c’est le plus souvent
un mal inutile et quelquefois
un bien nécessaire. Lorsque les
auteurs des dénonciations poursuivent un but désintéressé pour
prévenir des dérives, il n’y a rien
à dire. Trop souvent, ces interventions dans le débat judiciaire sont
le fait de gens sans aucune morale,
prêts à dénoncer contre argent aux
médias ou à la justice de prétendues infractions. Les journalistes
sont confrontés à un problème
éthique. Si la presse accepte le
hacking informatique dans les
cabinets d’avocats comme source
d’information, nous ne pourrons
plus travailler, étant judiciairement
démunis. Si on laisse faire, on est
au bord du désastre. g
Propos recueillis par
Pascal Ceaux et Hervé Gattegno
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
21
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Actualité Sciences & Innovation
L’intelligence
artificielle
en copilote
route Malgré dix ans
de recherche,
la voiture autonome,
sans volant ni pédales,
reste une chimère
sécurité L’ordinateur
de bord fournit déjà
une aide précieuse à
la conduite en imposant
un freinage d’urgence
Décembre 2018. 23 h 30. L’autoroute est bondée. Les voitures
roulent trop vite, trop près les unes
des autres. Tout à coup, boum !
C’est l’accident. Un carambolage
inévitable, sauf pour une Tesla
en mode « pilote automatique ».
Son radar a détecté le ralentissement de deux véhicules, bien
avant que son conducteur ait pu
le voir. Et elle a déclenché seule
le freinage d’urgence. La vidéo a
fait le tour du Web. Une aubaine
pour le constructeur américain,
qui en a aussitôt fait un argument
de communication. Car sa fonction « Autopilot » est auscultée
de toutes parts depuis un crash
mortel en 2016. L’occasion rêvée
donc de montrer qu’elle peut aussi
sauver des vies.
« Nous restons
persuadés
que l’homme
aimera garder
le contrôle »
Lucian Gheorghe, Nissan
À lui seul, cet épisode résume le
virage que sont obligés de prendre
les hérauts de la voiture autonome.
Plus question de supprimer le
chauffeur : l’automobile sans volant
ni pédales s’apparente de plus en
plus à une chimère. Même Google
ne semble plus trop y croire. John
Krafcik, le patron de Waymo, sa
division chargée des véhicules
autonomes, a confié au Wall Street
Journal : « Il faudra des décennies
avant que les voitures autonomes
sillonnent les routes – et même si cela
arrive, elles ne pourront pas, dans
certaines conditions, se conduire
seules. » Comme souvent, dans
l’euphorie, on a sous-estimé le défi
technologique et surestimé les capacités de l’intelligence artificielle.
Désormais, les efforts se
concentrent sur la sécurité et
­l’assistance à la conduite. Plus de
90 % des crashs mortels étant dus
à des erreurs humaines, une partie
de ces travaux a été recentrée sur la
prévention d’accidents. Scénario typique : on est au volant, on cherche
son chemin. Mais à regarder partout, on finit par manquer d’écraser
un piéton qui traverse au mauvais
endroit. Grâce au Learning Intelligent Vehicle (LIV 3.0) développé
par l’équipementier Veoneer, la voiture est équipée d’une caméra qui
épie le chauffeur en permanence :
position de la tête, expression du
visage, regard, etc. S’il en déduit
de la fatigue ou de l’inattention, ce
dispositif prévient : « Vous semblez
distrait, je prends la main. » Une
lumière s’allume alors et le véhicule bascule en mode autonome. En
cas de danger imminent, l’assistant
ne s’attardera même pas à donner
l’alerte, il freinera ou évitera l’obstacle automatiquement.
« Aujourd’hui, le mode “conduite
autonome” doit être activé
­manuellement quand on cherche
du confort, rappelle Nishant Batra,
directeur technique de Veoneer.
Nous militons pour un fonctionnement différent où il ne s’engagerait
qu’en cas de force majeure. » Un
fonctionnement qui aura un avantage indéniable : le conducteur ne
pourra plus se défausser sur le pilote
automatique. Il restera responsable
quoi qu’il arrive. Régulateur et assureurs devraient apprécier.
Nissan va plus loin dans cette
logique. Il cherche à rendre ses voitures encore plus sûres en transformant les conducteurs du dimanche
en as du volant. Par quelle magie ?
Avec un casque qui va analyser
l’activité cérébrale du chauffeur,
déterminer ses intentions et les
transmettre à l’ordinateur de bord.
Cela permettra, le cas échéant, de
corriger une manœuvre mal engagée. Exemple : on entre un peu vite
dans un virage ou on braque trop.
Le système va « lire dans nos pensées », comprendre que l’on souhaite tourner mais que l’on panique.
Il va donc réajuster l’angle des roues
et la vitesse pour prendre le virage
à la perfection et éviter un tonneau.
« La voiture autonome aura certainement une place importante
mais nous restons persuadés que
l’homme aimera garder le contrôle,
explique Lucian Gheorghe, responsable de la recherche Nissan. Grâce
à cette technologie, nous souhaitons
non seulement rendre le conducteur
meilleur, mais aussi lui donner une
expérience plus agréable en ajustant les réactions du véhicule à ses
attentes. » En clair, on aura l’impression d’avoir le coup de volant
de Sébastien Loeb.
Tous ces projets sont encore
balbutiants. Finiront-ils par
nous rendre trop confiants ? Les
constructeurs l’assurent : il y aura
des garde-fous pour éviter de se
mettre en danger. Mais la Prévention routière en doute. « Nous
l’avons bien constaté dans nos
études, précise Anne Lavaud, déléguée générale de l’association, les
aides à la conduite sont utilisées pour
rouler encore plus vite. » g
Anicet MBIDA
Retrouvez sa chronique du lundi au samedi
à 7 h 25 sur Europe 1.
Le défi
technologique
est de rendre
les voitures
autonomes
encore plus sûres
en transformant
les conducteurs
du dimanche
en as du volant.
PATRICE SAUCOURT/
MAXPPP
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
22
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Actualité Économie & Business
La famille « Comme J’aime »
n’a pas peur de grossir
Régimes Bernard
Canetti et ses trois
enfants cartonnent
avec leurs repas minceur
livrés à domicile
Marketing
L’entreprise s’appuie
sur des campagnes de
publicité massives à la
radio et à la télévision
A
ppelez-moi
­ ouboule tant que vous y êtes ! »,
b
rit Bernard Canetti, en rabattant
les pans de sa veste sur son ventre.
Quand on évoque ses rondeurs
passées, le PDG de Comme J’aime
n’en fait pas tout un plat. Derrière
la marque de ce programme diététique qui pilonne du matin au soir
votre télévision, à coups de spots
publicitaires, se cache un fringant
septuagénaire. Dans les couloirs du
tout nouveau siège de 2 900 mètres
carrés à Levallois-Perret (Hautsde-Seine), il ne marche pas, il
court. Cartons encore à peine ouverts, murs recouverts de peinture
Assis de gauche à droite,
devant Bernard Canetti :
son gendre Arthur Furtos
et ses enfants Arthur,
Mathilde et Victor.
Éric dessons/jdd
fraîche, le groupe vient de quitter la
maison de Bernard Canetti, après
en avoir exploité le moindre mètre
carré disponible.
Ce déménagement marque le
début d’une nouvelle vie. Oubliées
les vingt années à la présidence d’un
leader européen des encyclopédies
à fascicules, les Éditions Atlas. Ses
enfants gardent le souvenir des
miniatures des voitures de Tintin
et des maquettes Star Wars, ces
­collections qui ont fait la renommée de la maison. Il a tout plaqué
en 2009, à la suite d’un désaccord
stratégique avec ses actionnaires.
Un an après, il repart à zéro. Avec
des investisseurs, il pose 2 millions d’euros sur la table et monte
sa start-up.
Un poids lourd de la minceur
C’est lors d’un voyage aux ÉtatsUnis que Bernard Canetti flaire la
piste de la minceur. Lui-même a
mouillé le maillot à l’époque. Il a
déjà perdu 8 kilos à force de privations et de rigueur. Il n’a qu’une
idée en tête : faire maigrir sans frustration. Dans ses menus, il met des
lasagnes, du bœuf bourguignon,
du couscous… et même un goûter.
Des repas hypocaloriques préparés en barquette, prêts en deux
minutes. Tout est livré à domicile
en début de mois avec, en prime,
le coup de fil régulier d’un coach
personnalisé. Pour un ­programme
de huit mois, les prix ­oscillent de
13 à 20 euros par jour. Bilan des
courses : le grand patron fond de
8 autres kilos, en quelques mois,
grâce aux recettes gourmandes et
variées de Comme J’aime.
L’entrepreneur ne se lance pas
seul. Il embarque avec lui sa fille,
Mathilde, et la nomme directrice
générale. La jeune femme, timide,
sort à peine de l’université. Pas question pour elle de se mettre en scène
dans les publicités, contrairement à
son père et au directeur marketing,
Arthur Furtos, son époux. Cheffe
exigeante, elle fait parfois refaire
les recettes une bonne dizaine de
fois avant leur commercialisation.
Bernard Canetti a vu juste.
L’affaire familiale décolle. Sur la
balance, les résultats sont visibles.
Plus de 90 % des clients se disent
satisfaits. Ils perdent en moyenne
5 kilos dès le premier mois. En
huit ans, père et fille réussissent à
faire de la marque un poids lourd
français des petits plats minceur
par ­correspondance. Avec ses
200 000 inscrits, Comme J’aime a
généré près de 130 millions d’euros
de chiffre d’affaires en 2018, contre
seulement 1,6 million en 2012.
La principale clé de son succès
est la publicité. Depuis
2014, Bernard Canetti,
qui vendait déjà à grand
renfort de réclames les
petits soldats de plomb
des Éditions Atlas,
augmente le budget
communication
de la marque
de 50 % par
an depuis
2014. Il en a fait un des cinq plus
gros annonceurs de la chaîne TF1.
« Notre principal concurrent, c’est
Carglass ! », plaisante-t-il. Et tant
pis si le sens de ces campagnes reste
incompris ! Car la surmédiatisation
de la marque a fini par attirer les
foudres de certains téléspectateurs.
En plus des accusations de « grossophobie », quatre pétitions contre
le « matraquage publicitaire Comme
J’aime » ont été lancées ces deux
dernières années.
« Satisfait ou remboursé »
Malgré les critiques, Comme J’aime
ne cesse de grossir. Avec la moitié
des Français qui aspirent à maigrir,
le marché est plus que porteur.
« C’est un des seuls acteurs sur le
créneau des box qui a réussi à percer,
livre Cathy Alegria, auteure d’une
étude sur le marché de la minceur
pour l’institut indépendant Xerfi.
Sa formule “satisfait ou remboursé”
et la première semaine gratuite ont
crédibilisé la marque. » Mieux, les
clients ne veulent pas seulement
profiter des sept jours offerts. En
moyenne, ils souhaitent perdre
une quinzaine de kilos. Fort de ce
succès, le groupe ne cesse de se
diversifier. En début d’année, le
grand patron a lancé MimiBio, la
version bio de Comme J’aime, et
racheté Happineo, une plateforme
de consultation de psychologues en
ligne. « C’est une nouvelle étape,
explique-t-il. Développer des
marques, c’est long. Maintenant, je préfère les acheter. »
Il n’y a pas que les bons chiffres
qui font le bonheur de Bernard
Canetti. Il jubile en pensant qu’il
a réussi à convaincre trois de
ses enfants de le rejoindre dans
l’aventure. Après avoir racheté les
parts des investisseurs en 2014, il
a d’abord séduit Arthur, le jumeau
de Mathilde. Pantalon rose et veste
bleu électrique, celui-ci affiche un
air confiant de start-upper. Après
une dizaine d’années dans la finance,
il a fini par céder et a intégré l’entreprise familiale en 2015. « Je pensais comme lui à son âge, reconnaît
­Bernard Canetti. Je ne voulais pas
être un “fils à papa”. » Pour l’appâter,
il lui confie la création de Biotyfull
Box, qui livre des boîtes de cosmétiques 100 % naturels. Victor, lui, a
fait moins de complications. Las de
courir les rues polluées de Shanghai
(Chine), où il est resté cinq ans, il
revient en France pour prendre la
direction commerciale de Comme
J’aime. « J’étais très impressionné
par les succès de mon père et de ma
sœur », confie-t-il.
Le défi, c’est désormais de garder
le feu sacré de la jeune entreprise
familiale. Le chef de la tribu en est
conscient. « Le risque, c’est qu’on ne
se voit plus, conçoit-il, en adressant
à Mathilde un regard qui en dit long.
Tu verras quand tu commenceras à
multiplier les réunions et les comités d’entreprise… » Mais ce scénario
n’a pas l’air d’inquiéter la famille
Comme J’aime. g
Romane Lizée
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
23
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Actualité Économie & Business
Unédic, les négociations reprennent
chômage La CPME annonce
au JDD son retour dans
les discussions avec des
propositions sur la taxation
des contrats courts
Un Boeing B737 de la compagnie aérienne DPA/ABACA
Norwegian
contraint
de voler low cost
Aérien Déficitaire,
la star du long-courrier
bon marché doit
couper dans ses coûts
Suspendre des vols n’est jamais
l’exercice préféré des patrons de
compagnie. Surtout ceux qui ont fait
de l’ouverture de nouvelles lignes le
cœur de leur stratégie. Bjorn Kjos
doit pourtant se réduire à réduire la
voilure de Norwegian. Il annoncera
cette semaine, lors de la présentation des résultats 2018, l’étendue des
difficultés du plus audacieux des
transporteurs aériens de ces dernières années. Ses pertes devraient
atteindre les 390 millions d’euros.
Mardi, la compagnie a annoncé
une augmentation de capital qui
doit lui permettre de traverser
cette zone de turbulences inédite.
Elle a aussi confirmé une nouvelle
stratégie de « décroissance ». Elle
passe par des réductions de coûts
supplémentaires : personnel, soustraitance, maintenance, carburant… Des fermetures de lignes,
des réductions de coûts, le report
de livraisons et même l’annulation
de certains achats d’avions.
La filiale de
la Lufthansa non
plus n’a pas trouvé
de recette miracle
Vendredi à Londres, Willie Walsh,
le PDG du groupe IAG, propriétaire
de British Airways, Iberia, Vueling et
Aer Lingus, n’a pas caché ses doutes
quant à l’efficacité du plan de redressement de Norwegian. « Sa base de
coûts reste très élevée », a-t-il tranché.
Le plus puissant des patrons de l’aérien européen a pourtant bien failli
en devenir le nouveau propriétaire.
Il a d’abord acheté 4 % de son capital avant de faire plusieurs offres de
reprise… Elles ont toutes été jugées
insuffisantes par Bjorn Kjos. Provisoirement ? Le rapprochement
entre le numéro un européen et le
pionnier du low cost long-courrier
ne manquerait pas de sens et permettrait certainement à Norwegian
de trouver un nouvel élan.
En novembre 2013, l’ouverture
de ses lignes depuis Copenhague,
Oslo, Stockholm vers le petit aéroport de Floride de Fort Lauderdale
est une grande première. L’année
suivante, New York et Los Angeles
s’ajoutent au programme de vols
du scandinave depuis Londres. En
2016, c’est au tour de Paris de bénéficier de liaisons transatlantiques à
petits prix. Là encore, le catalogue
de destinations s’était allongé au fil
des mois, de Denver à Oackland.
L’Amérique du Nord n’est pas la
seule conquête de Norwegian. Toujours en 2013, il s’était élancé vers
l’Asie. À l’époque, il s’estime prêt
à se frotter aux grands d’Europe,
comme Lufthansa, mais aussi aux
compagnies asiatiques et surtout
aux redoutables transporteurs du
Golfe. En septembre, l’arrêt du vol
Londres-Singapour après quinze
mois de service confirme que le
Sud-Est asiatique n’est pas un terrain de jeu facile. Et sur Bangkok,
son autre destination vedette, la
croissance n’est pas au rendez-vous.
Depuis 2017, Bjorn Kjos, fringant
septuagénaire, s’est lancé dans un
nouveau défi. Il crée Norwegian
Argentine et obtient des droits de
trafic pour des vols intérieurs mais
aussi vers l’Europe.
Tous ces projets nécessitent
bien sûr des avions. En juin 2017, le
premier de la centaine de 737-800
commandés rejoint la flotte norvégienne. Avec 150 avions âgés en
moyenne de 3,7 ans, elle est parmi
la plus récente au monde. La plus
efficace en carburant. Mais cela ne
suffit pas pour lui assurer des coûts
de fonctionnement compatibles
avec les exigences du low cost.
Pour proposer des vols à partir de
119 euros entre Paris et New York,
ou de 190 euros vers Los Angeles.
Aucun groupe aérien ne semble
encore avoir la recette miracle
pour être rentable sur le low cost
long-courrier. Ces derniers mois,
Primera a fait faillite et Wow s’est
fait racheter par Icelandair. Level,
filiale du groupe IAG, peine à décoller. Eurowings, petite sœur low cost
de Lufthansa, n’a pas encore trouvé
la trajectoire parfaite. Elle aussi
connaît plus de difficultés que
prévu sur le Sud-Est asiatique. Elle
vient de fermer Cologne-Bangkok
et Munich-Bangkok. g
Sylvie Andreau
Il faut parfois taper du poing sur la
table pour être entendu. Après le
Medef vendredi, la CPME (Confédération des petites et moyennes
entreprises) a décidé de reprendre
les négociations sur l’assurance
chômage, que les deux organisations avaient suspendues en début
de semaine.
Ce sont surtout les mots du
Premier ministre mercredi à
l’Assemblée nationale qui les ont
rassurées. Alors que dans la Drôme
Emmanuel Macron affichait sa
détermination à mettre en place
un bonus-malus sur les contrats
courts, quels que soient les choix
des partenaires sociaux, Édouard
Philippe s’est contenté de les inviter à lutter contre la précarité.
Pas une seule fois, il n’a prononcé
l’expression (« bonus-malus ») brocardée par le Medef et la CPME,
rappelant que la lettre de cadrage
rédigée par le ministère du Travail pour cranter les thèmes de
discussion restait « valable ». Or
cette dernière n’évoque à aucun
moment le bonus-malus, laissant
le champ libre aux négociateurs.
Durant toute la semaine, Medef
et CPME ont échangé avec l’Élysée,
Matignon et la Rue de Grenelle.
Car aucun n’a intérêt à ce qu’il n’y
ait pas d’accord. Soutenue par le
Medef, la CPME a donc planché
sur un dispositif alternatif. « Des
mesures peuvent être trouvées pour
inciter les employeurs à enrayer la
hausse des contrats courts et les
salariés à accepter des CDI, confie
François Asselin, président de la
CPME. Aujourd’hui, nous avons
beaucoup de mal à en faire signer,
certains préférant alterner chômage
et activité. »
Les négociations pourraient
reprendre la semaine prochaine,
voire dans dix jours. « On peut
encore tenir la date limite, c’est-àdire le 22 février », assure François
Asselin. g
e
r
t
o
v
r
e
d
i
a
Pour
r
e
s
s
a
p
à
e
s
entrepri n
du brouillo
au projet, es là.
m
m
o
s
s
u
o
n
se :
n d’entrepriader
de la créatio
r-le
rs
eu
ou
en
rc
pr
pa
re
Le
rance.fr/ent
www.iledef
reneurs
t les entrep ancer
n
e
ti
u
o
s
ce
bâtir et fin
e-de-Fran
La Région Îl tapes pour les aider à .
é
s
s
trepri e
à toutes le
oter leur en
il
p
u
o
t,
je
leur pro
THE
PLACE
BIZ
TO
Emmanuelle Souffi
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
24
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Actualité Économie & Business
• il ose
• Le chiffre
Willie Walsh veut des A380 soldés
lejdd.fr
RetrouveZ
toute l’Actualité
sur notre site
Le patron du premier groupe aérien européen (British
Airways, Iberia, etc.) n’en démord pas. L’A380 est
trop cher pour qu’il passe de nouvelles commandes.
Vendredi, lors d’une réunion de l’alliance Oneworld
(13 compagnies dont American Airlines et Qatar), il
a reconnu une nouvelle fois être intéressé… mais pas
au prix demandé par l’avionneur (environ 390 millions d’euros). Emirates serait lui-même en train
de renégocier le prix des 53 appareils qu’il attend.
Il reste encore à Airbus 90 A380 à produire, s’il n’enregistre aucune annulation, ou conversion en A350. Sur
les sites de l’avionneur, la production est au ralenti :
le programme est clairement en danger. S.A.
• Coulisses
34
Parmi les 500 marques classées dans le
rapport annuel Global 500, édition 2019,
du cabinet Brand Finance, 34 sont françaises. Ensemble, elles ont une valorisation cumulée de
312,2 milliards de dollars. Le trio de tête des 34 réunit
l’énergéticien Total (25,1 milliards de dollars, en hausse
de 4 % par rapport à 2018), l’opérateur télécoms Orange
(21 milliards, - 29 %) et l’assureur Axa (15,6 milliards,
- 7 %). Autres mouvements : l’arrivée de Thales et de
CNP Assurances, la chute de Saint-Gobain (449e du
classement) en recul de 119 places et l’ascension de
Chanel (149e) qui gagne 150 rangs. Les premiers restent
les géants du numérique, Amazon (187,9 milliards de
dollars,+ 24,9 %), Apple et Google. B.B.
Les gaspillages du textile
Selon une étude Ipsos-Comerso qui sera mise en ligne
le 7 février, les acteurs du retail de grande et moyenne
surface (GMS) ne sont que 28,2 % à se conformer à
la hiérarchie d’actions – dons, stickage et valorisation
des biodéchets – de la loi Garot du 11 mars 2016. Plus
étonnant, 61 % des décideurs sondés par Ipsos avouent
ne pas connaître l’acronyme RSE (responsabilité sociale
et environnementale). Autre enseignement : 13 % des
dirigeants d’enseignes de textile et de sport avouent
détruire leurs marchandises plutôt que de les donner à
des associations, et une majorité dit faire du déstockage,
revendant les produits de 20 à 40 % moins cher. B.B.
Lire notre décryptage complet sur le jdd.fr.
CitizenM, le Zara de
l’hôtellerie à l’offensive
MARKETING Comment
l’enseigne change les
codes de l’hébergement
des voyageurs d’affaires
Le miroir connecté Artemis dispose d’une cinquantaine de fonctions. DR
Le miroir français que
le monde entier regarde
HI-TECH La société
CareOs a développé
une plateforme
intelligente qui pilote
le bien-être et la santé
dans la salle de bains
Depuis plusieurs semaines, les
grands acteurs mondiaux de l’hôtellerie, de la cosmétique ou de
l’ameublement ont les yeux rivés
sur un miroir. Mais pas n’importe
lequel. Un miroir connecté, français,
créé par la start-up CareOs. Star du
dernier CES de Las Vegas début janvier, l’objet magique mais pas gadget
veut s’imposer comme la tour de
contrôle des objets connectés de la
salle de bains.
La tête endormie, vous vous présenterez devant lui : Artemis, c’est
son nom, vous reconnaîtra, lancera
votre radio ou votre chaîne de télé
préférée. Par la voix, vous lui demanderez de faire chauffer l’eau de la
douche ou d’afficher la météo, vos
SMS, votre agenda… Comme dans le
film Minority Report, vous le piloterez d’un mouvement de mains sans
laisser de traces de doigts. Grâce à
la réalité augmentée, vous pourrez
suivre un tutoriel pour vous maquiller ou vous raser, voire pratiquer une
séance de stretching. Surtout, il sera
le centre de pilotage de votre santé,
du brossage des dents au sommeil
en passant par le poids, le rythme
cardiaque, la vue ou l’évolution des
grains de beauté. à terme, il permettra de bénéficier d’une téléconsultation médicale.
« Ce miroir haute technologie développé par nos ingénieurs apporte
aux gens plus que leur reflet, il les met
au centre du monde, confie Chloé
Szulzinger, cofondatrice de CareOs.
Pour vivre mieux et plus vieux, on
optimise le temps dans la salle de
bains. » Mais cette pièce est particulière, lieu de l’intime par excellence.
« La protection et la sécurisation des
données sont au cœur de notre système d’exploitation, dont la plupart
des fonctions opèrent en réseau local
privé », explique-t-elle. Néanmoins,
pour rassurer les utilisateurs à qui
la caméra fait peur, CareOs a ajouté
un clapet manuel qui permet de la
masquer à tout moment.
Déjà inventeur de la brosse
à dents connectée
Terraillon, Legrand, Wella, Tefal
sont déjà partenaires de CareOs.
D’autres géants pourraient signer
dans les prochaines semaines des
accords avec la start-up, qui reste
encore discrète sur ces discussions.
« Nous avons convaincu la majorité des grandes marques de salles
de bains de travailler avec nous
ou d’évaluer notre technologie »,
­esquive Thomas Serval, un des trois
fondateurs de Baracoda, maison
mère de CareOs. Ce groupe né en
2001 a inventé, entre autres, le premier lecteur de codes-barres Bluetooth ou l’appli de radios mondiales
Radioline. Récemment, sa filiale
Kolibree a créé la brosse à dents
connectée Ara (vendue par Colgate
dans le monde entier). Il produit
aujourd’hui, dans son usine des
Philippines, des millions d’objets
intelligents liés au bien-être, à la
santé ou… à la détox numérique. Sur
trois continents, Baracoda emploie
200 personnes de 13 nationalités et
a réalisé un peu moins de 20 millions d’euros de chiffre d’affaires
en 2018, en croissance de 300 %
sur un an. Objectif pour les dix
prochaines années : « Devenir un
leader de la prévention en santé »,
annonce Thomas Serval.
Dans les tout prochains mois,
le miroir connecté de CareOs sera
installé dans des salons de coiffure
américains, puis dans des hôtels.
Pour l’avoir à la maison, il faudra
encore patienter un ou deux ans.
Prix estimé des différents modèles :
entre 700 et 20 000 euros. Pour l’instant, il n’existe que sept exemplaires
d’Artemis. Mais des centaines de
regards sont posés sur lui. g
Cyril Petit
À deux pas de la mairie de
­C openhague, le long du large
­Andersens Boulevard emprunté par
bus, voitures et vélos, chacun dans
son couloir, l’hôtel CitizenM joue la
discrétion. Inauguré en décembre,
il est le quatorzième de la chaîne
néerlandaise, qui vient de fêter ses
10 ans. Dans le hall d’entrée, vide et
sombre, un jeune employé invite les
arrivants à monter au dernier étage
pour effectuer leur check-in. Changement d’atmosphère. On entre dans
un vaste espace convivial composé
d’un bar, d’un restaurant et de coins
salon. Un balcon tournant offre une
vue imprenable sur la ville. La décoration est colorée et tendance, le
personnel jeune et international,
la musique entraînante. Devant les
ascenseurs, une série de pupitres
disposés en arc de cercle, sur lesquels sont fixés de grands écrans
tactiles : le client finalise lui-même
son entrée dans les lieux.
Direction les chambres. Les 283
que compte l’établissement sont
identiques. Petites, elles offrent
un concentré de technologies pilotées avec un iPad mini. Avec lui, on
choisit son ambiance lumineuse,
son programme de télévision (une
chaîne ou Netflix), sa musique,
la température, etc. Il donne les
informations pratiques sur la ville,
météo en tête. Dans la mini-salle
de bains, la douche à l’italienne
est made in Germany. L’utilisation
de l’espace est optimisée dans les
moindres détails : le coffre-fort
est placé dans un tiroir sous le
lit de deux mètres sur deux, luimême encastré entre la fenêtre et
un mur, le minibar est astucieusement glissé sous le lavabo…
Un maximum de confort dans un
minimum d’espace.
80
millions d’euros
C’est le somme déboursée
par l’hôtelier pour acquérir
un immeuble sur les
Champs-Élysées
Le concept du CitizenM est né
de la vision d’un entrepreneur
indien installé aux Pays-Bas. Rattan
Chadha y avait créé l’entreprise de
prêt-à-porter Mexx. Son fils Robin
Chadha, directeur du marketing de
CitizenM, raconte la suite : « Mon
père en avait assez de voir ses équipes
voyager partout dans le monde sans
jamais trouver un hôtel de bonne qualité offrant, pour un prix raisonnable,
un grand lit confortable, une bonne
douche, une technologie de pointe et
des espaces communs conviviaux »,
explique-t-il. Épaulé par le groupe
hôtelier indien Oberoi, il décide de
changer de métier et de renverser la
table sur un marché dominé jusquelà par les grandes chaînes mondiales
des groupes Hilton, Marriott ou
Accor. « L’idée, c’était de faire à la
fois comme Zara, pour le marketing
et le prix, et comme Tesla pour la technologie », poursuit Robin Chahda. Le
consommateur est assuré de trouver
une décoration, une ambiance et une
chambre identiques dans chaque
hôtels. Et un tarif toujours raisonnable, autour de 150 euros la nuit.
Vingt-trois nouveaux hôtels
en développement
Le succès de l’enseigne repose
sur trois piliers. D’abord, le choix
des emplacements, toujours des
lieux névralgiques pour la clientèle
d’affaires : à Paris, les trois établissements déjà ouverts sont situés
à la Défense, à la gare de Lyon
et à Roissy. Les trois prochains
seront situés dans le quartier de
l’Opéra, sur les Champs-Élysées
et au bord du boulevard périphérique de Paris. Ensuite, l’acquisition des murs, inhabituelle dans ce
secteur d’activité : cela coûte cher
(80 millions d’euros sur la plus
belle avenue du monde) mais CitizenM peut ainsi lancer ses aménagements en toute liberté. Enfin,
la standardisation des chambres :
elles sont constituées de modules
complets fabriqués dans des usines
en Asie ou en Europe de l’Est.
Vingt-trois nouveaux hôtels sont
en développement dans le monde.
Celui de Shanghai vient d’ouvrir,
ceux de Zurich, Boston et Seattle
suivront en 2019. « Nous voulons en
avoir 100 en 2025 », annonce Robin
Chadha. Le marché de la nouvelle
hôtellerie branchée d’affaires est
aussi porteur que disputé. Plusieurs
enseignes (Mama Shelter, 25hours,
Okko, Hoxton…) s’y investissent
activement. Mais CitizenM fait la
course en tête. g
RéMY DESSARTS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
25
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Actualité Économie & Business
Chargeurs,
un géant renaît
Industrie Le groupe
spécialisé dans le textile
retrouve de l’ambition
avec un patron de 36 ans
qui cible des niches
profitables
De la Compagnie maritime des
chargeurs réunis, il reste ces
­affiches de navires à vapeur et de
paquebots de croisière voguant
sur toutes les mers du monde.
Des i­ llustrations surannées d’un
groupe de transport né en 1872,
porté par l’industrialisation et les
colonies, et dont le contour est
devenu flou au fil des décennies.
Chargeurs est toujours coté
à la Bourse de Paris et contrôlé
par des investisseurs familiaux.
Le petit conglomérat industriel a
aujourd’hui encore une présence
mondiale et des positions commer‑
ciales fortes. Mais son activité s’est
recentrée sur des métiers qui ne
tiennent parfois qu’à un fil avec
les origines du groupe.
Premier fabricant mondial
de fibre haut de gamme
Diversifié dans le textile, les ser‑
vices financiers, les transports ma‑
ritime, aérien, la chimie et même
les travaux publics, Chargeurs
s’articule a­ ujourd’hui autour de
quatre ­métiers pointus. L’ancien
géant de la laine n’a plus d’élevage
de moutons, mais reste le premier
fabricant mondial de fibre haut de
gamme. Il est aussi incontournable
dans l’entoilage, cette pièce inté‑
rieure indispensable à la confec‑
tion, dans le luxe et le prêt‑à-­porter.
Dans le domaine des textiles tech‑
niques, il s’est lancé dans la com‑
munication visuelle avec des pan‑
neaux lumineux en tissu imprimé.
­Chargeurs propose enfin des films
de protection provisoires, notam‑
ment pour les écrans de téléphone
ou les pare-brise automobiles.
Depuis son quartier géné‑
ral ­parisien, où il ne passe que
quelques jours par mois, Michaël
1
milliard d’euros
Le chiffre d’affaires
ambitionné par le patron
de Chargeurs d’ici à 2021
4
Le nombre de patrons
qu’a connus l’entreprise
depuis sa création
en 1872
Fribourg expose avec méthode la
stratégie qu’il a imaginée pour ce
groupe atypique. Le jeune nor‑
malien de 36 ans formé à l’ENA,
et passé par l’Inspection des
finances, n’est que le quatrième
patron de l’entreprise, qui file
vers ses 150 ans. C’est à lui que
Jérôme Seydoux, le précédent
propriétaire, a choisi de confier
l’entreprise. « Il ne voulait vendre
ni à des fonds d’investissement ni à
un étranger, mais à un actionnaire
familial », explique Michaël Fri‑
bourg. Il y a quatre ans, il réunit de
quoi racheter le tiers des actions du
groupe. Son projet est ambitieux :
atteindre le milliard d’euros de
chiffre d’affaires d’ici à 2021. Pour
y parvenir, il déroule une feuille de
route qui s’est déjà traduite par une
demi-douzaine d’acquisitions et un
doublement du chiffre d’affaires,
proche de 600 millions d’euros.
Insuffler une culture
de l’innovation
Inspiré par le Mittelstand allemand,
l’entrepreneur veut insuffler chez
ses 2 100 salariés une culture de
l’innovation et de la performance
à la japonaise. Il a réorganisé son
groupe avec un management à
l’américaine, tout en restant très
attaché à la création à la française.
C’est la recette, il en est persuadé,
pour rayonner à l’international.
Présent dans 90 pays, il estime avoir
mis C
­ hargeurs à l’abri du risque de
retournement de l’un de ses mar‑
chés. « Être numéro un donne un
avantage compétitif déterminant,
indique-t‑il. Cela permet d’être le
partenaire évident de ses clients. »
Michaël Fribourg n’a pas choisi
au hasard les quatre métiers sur
lesquels il a recentré Chargeurs.
Chaque division est assise sur une
petite pépite, comme Lainière de
Picardie, établie dans la Somme.
En 1980, quand Jérôme Seydoux,
héritier de l’empire ­Schlumberger,
se met sur les rangs pour a­ cquérir
Chargeurs, il apporte dans la
corbeille Pricel, première entre‑
prise textile française, qui détient
­Lainière de Picardie. Au fil des ans,
l’activité entoilage va se dévelop‑
per et hisser Chargeurs au rang de
numéro un mondial de la spécialité.
Un autre marché de niche à forte
valeur ajoutée s’apprête à tirer la
croissance de Chargeurs. Là en‑
core, le groupe, qui n’avait pas fait
d’acquisitions pendant quinze ans,
est parti en quête d’une entreprise
partageant ses valeurs. La famille
des fondateurs de Leach dans le
centre de l’Angleterre se cherchait
un partenaire. Ses cadres lumi‑
neux de tissus imprimés d’images
viennent décorer boutiques ou évé‑
nements dans le monde entier. « Le
savoir-faire de Leach correspond au
type d’animation que recherchent
aussi les musées, précise Michaël
Fribourg. Chargeurs peut accompagner l’entreprise à l’international.
Et durablement. » Pour le dirigeant,
c’est la bataille du long terme
que l’Europe ne doit pas perdre.
« Il faut être obsédé par 2030 ou
2040, défend-il, comme le sont les
Américains ou les Chinois. » g
Sylvie Andreau
Panneau lumineux
en tissu imprimé,
réalisé par l’une
des filiales du
groupe français
pour le musée
du Louvre
et représentant
La Grande
Odalisque d’Ingres.
Benoît GALERA
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
26
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Johnny Fidelin/Icon Sport
Actualité Sport
Tuchel en position de force
FOOTBALL L’entraîneur
allemand du PSG
jouit d’une cote que
n’ont jamais eue
ses prédécesseurs
COULISSES Le conflit
avec le directeur sportif,
Antero Henrique, devrait
tourner à son avantage
S
’il fallait demander
aux supporters du PSG d’arbitrer
entre Thomas Tuchel et Antero
Henrique, dont les relations sont
exécrables au sortir d’un nouveau
mercato illisible, le verdict ne ferait
pas un pli. Sur le devant de la scène,
l’entraîneur allemand étale au naturel sa loyauté envers le jeu, qui le lui
rend bien, quand le directeur sportif
portugais s’agite dans l’ombre avec
des méthodes discutées. Cette présentation manichéenne recouvre
une réalité plus nuancée, mais elle
dit quand même quelque chose :
l’ancien technicien du Borussia
­D ortmund recueille bien plus
l’adhésion que ses prédécesseurs
de l’ère QSI. Dans l’environnement,
c’est une évidence. À l’intérieur du
club, on assure aussi qu’il fait l’unanimité. C’est éluder la fracture avec
Antero Henrique, qui ne l’a pas
choisi mais a placé ses hommes.
Hier en conférence de presse,
Tuchel n’a pas caché que leurs avis
avaient différé durant ce mercato
« pas complètement » satisfaisant,
faisant passer les messages avec
limpidité sans se montrer frontal.
Entre l’élu de l’Émir et l’ancien dirigeant de Porto, ça grince depuis le
départ. La gestion d’Adrien Rabiot,
mis à l’écart avec le consentement
du président Nasser Al-Khelaïfi,
a envenimé l’histoire. Un des deux
devra sans doute partir. Au son
des éloges dans les hautes sphères
du PSG, ce ne sera pas Thomas
Tuchel, sauf s’il le décide lui-même.
Il y a les résultats, bien sûr, même
si ceux qui arrivent emporteront
toutes les analyses. Il y a surtout
l’aura qu’il dégage : il est perçu
comme le fédérateur qui manquait
pour transmettre l’énergie « à tous
les étages ». Plus encore que Carlo
Ancelotti, dont le mandat heurté
avait posé les fondations.
La fin de la République
des joueurs
Malgré la rechute de Neymar, sur
le flanc jusqu’en avril, la manière
dont l’Allemand gère son affaire
depuis sa prise de fonction diffuse
des ondes positives à l’abord des
8es de finale de la Ligue des champions contre Manchester United
(12 février, 6 mars). Pour beaucoup,
il est même la principale raison de
croire que le PSG peut briser son
plafond de verre depuis sept ans.
Thomas Tuchel n’a pourtant qu’une
expérience limitée de la compétition : une édition où il a, lui aussi,
calé en quart. C’était en 2017 contre
­Monaco, une confrontation tronquée par l’attentat contre le bus de
Dortmund. L’épisode avait aussi
marqué la rupture avec ses dirigeants. Outre-Rhin, il polissait alors
Lyon-Paris SG
Groupama Stadium (21 h, Canal+)
sa réputation de surdoué sanguin et
clivant. Son profil interpellait sur sa
capacité à gérer le vestiaire parisien,
ses stars et leurs ego. C’est pourtant
dans ce domaine qu’il a pris un spectaculaire contre-pied.
On le dit curieux, avenant, « un
peu fou » hors caméra. Devant, on
le voit tactile et enjoué. Surtout
avec Neymar. Avant d’entrer en
fonction, il avait séduit le Brésilien,
convalescent, en lui témoignant sa
confiance. De longues conversations
bien préparées, où il lui promettait
la tête de gondole d’un projet de jeu
excitant. Il prend aujourd’hui garde
à « maintenir la connexion » avec son
médiatique blessé en l’étreignant
ou en lui envoyant des textos. « Les
Sud-Américains ont besoin de cette
relation pour se sentir bien », dit-il.
À la différence d’Unai Emery, il a
aussi compris qu’il valait mieux
caresser dans le sens du poil Thiago
Silva, « un capitaine exceptionnel ».
Là où l’Espagnol avait tout bouleversé avant de rétropédaler pour
faire du Laurent Blanc, lui a rebattu
les cartes avec clarté et fermeté.
« Il appartient à la catégorie des
[Jürgen] Klopp et [Pep] Guardiola,
décrète son compatriote Peter
Zeidler, qui a passé ses diplômes
d’entraîneur avec lui. Quand on
voit le comportement de Neymar
et Mbappé à la perte du ballon, ce
gegenpressing… Cette attitude dès la
première seconde peut leur éviter de
courir 50 mètres derrière. Les meilleurs le comprennent, mais il faut les
convaincre. Et c’est ça son talent. »
Comme si les intéressés avaient
enfin pris conscience que la République des joueurs, tant pointée du
doigt à Paris, n’avait pas que des
bons côtés. Tout n’est pas venu d’un
coup. La claque à Liverpool (2-3)
en ouverture de la Ligue des champions a servi de piqûre de rappel.
Et en égalisant miraculeusement
contre Naples (2-2), Angel Di Maria
a rendu au centuple la considération que son entraîneur lui porte.
Sans cela, l’histoire serait différente
alors que le fond resterait le même.
Avec son staff, le géant (1,92 m)
allemand a su redresser la barre,
trouver la bonne formule pour terminer en tête de la poule. Laisser
infuser ses divers systèmes tactiques, ses ajustements en cours de
match, ses rotations permanentes,
ses exercices insolites.
Séjour en Italie
sans pâtes ni pizza
Il était précédé de stéréotypes sur
son côté « control freak » alors qu’à
Paris, son management est basé sur
la responsabilisation des joueurs ;
Rabiot et Mbappé ont payé pour voir
à Marseille. Lui-même a alimenté
cette réputation d’obsessionnel.
Pour la nutrition notamment : cet
ennemi des céréales s’est vanté de
passer quatre semaines en Italie sans
manger de pâtes ni de pizza. « Il brise
les règles dans tous les domaines »,
sourit Peter Zeidler qui a vu celui qui
était cadet de sa promotion dézinguer l’intérêt de la formation devant
une assistance médusée. Après sa
modeste carrière de joueur, il a agrémenté ses études de commerce d’un
petit boulot dans un bar. Il a planché
sur d’autres sports (basket, volley),
échangé avec le multimillionnaire
Matthew Benham, as de la modélisation sportive. Il n’a pas d’agent mais
un avocat qui gère des artistes et a
découvert le milieu du foot avec lui.
À 45 ans, Thomas Tuchel vit sa
17e saison sur un banc. Depuis 2014,
il a pris deux années sabbatiques.
À Mayence comme à Dortmund,
l’histoire a mal fini. Ses relations
avec les directeurs sportifs ont été
tendues. Guère adepte des grands
compromis dans un secteur qui en
réclame. Le PSG est conscient qu’il
ne faudrait pas que les crispations
actuelles aillent trop loin. Face à
Antero Henrique, l’Allemand a
la main. Hier, avec le sourire et
dans son français ingurgité en
deux ­semaines, il a expliqué qu’il
n’avait pas demandé la réintégration de Rabiot comme il l’avait
laissé entendre. A priori, il aura
pourtant ce qu’il veut. Tant que
les résultats suivent… g
Solen Cherrier
Wenger a eu deux propositions de l’Émir
Serpent de mer depuis l’arrivée de QSI, l’hypothèse de voir Arsène ­Wenger
au PSG a repris de la vigueur alors que la position d’Antero Henrique est
fragilisée. L’été dernier, le Cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani avait sondé
l’ex-manager d’Arsenal pour devenir directeur général en charge du sportif au
sein du club parisien, ou bien pour tenir un rôle au Qatar avec le Mondial 2022
à l’horizon. Il n’y aurait rien eu de plus depuis. Wenger a de nombreuses propositions, notamment de la Fifa et de l’UEFA, depuis son départ d’Arsenal. Il
n’aurait toujours pas pris de décision. Avec Thomas Tuchel, l’admiration est
réciproque mais, du côté du PSG, on dément cette piste. g S.C.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
27
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Actualité Sport
e
L’OM coule
Reims-Marseille 2-1
Dingomé (21e), Suk (68e) / Njie (88e)
Ça ne consolera pas les supporters de l’OM
mais Mitroglou a exporté sa peine en Turquie.
Pour son premier match avec Galatasaray, le
Grec a touché sept ballons en 55 minutes. À
Reims, Balotelli, son successeur au poste de
grantatakan, a fait plus. Mais trop peu pour
éviter sa deuxième défaite olympienne en
deux sorties. Isolé et sans jus, l’Italien s’est
signalé à la 40e par le premier tir marseillais ;
le corner qui a suivi a accouché de la seule
vraie action de la première période. Puis à
l’heure de jeu par un coup franc qui se logeait
sous la barre sans le gardien rémois. Il y avait
2-0 pour Reims quand il est sorti à la 72e : la
défense marseillaise avait pris un coup de
clim’ de Cafaro et oublié Suk rentré douze
secondes plus tôt. Njie avait du gaz mais
sa réduction du score laisse plus de regrets
(réaction tardive) que d’espoirs pour la suite.
L’OM file vers la deuxième partie du tableau.
Rudi Garcia n’a pas de solution.
Monaco-Toulouse Golovine (15e), Fabregas (62e) / Jullien (20e)
2-1
Des instants panique mais un constat
clinique : premier succès à domicile pour
l’ASM, sortie de zone rouge et cinq recrues
mercato qui chantent sous la pluie. Dont
Fabregas, avec son exter qui libère, et
Gelson Martins, deux passes dé sous
ses airs de danseur de frevo. Moralité :
les fondations sont posées et la truelle
de Jardim n’est pas rouillée.
Rennes-Amiens 1-0
Angers-Dijon 1-0
Zeffane (83e)
Bahoken (28e)
Aujourd’hui : Nîmes-Montpellier (15 h, beIN)
Classement
G
N
P bp bc diff.
1 Paris SG
Pts J
56 20 18
2
0
66
2 Lille
46 23 14
4
5
40 22 +18
36 25 +11
11 +55
3 Lyon
40 22
11
7
4
4 St Etienne
37 22 10
7
5
33 26
5 Strasbourg
35 22
8
5
38 25 +13
9
+7
6 Montpellier
35 21
9
8
4
28 16 +12
7 Reims
34 23
8
10
5
20 21
-1
8 Nice
34 23
9
7
7
18 23
-5
9 Rennes
33 23
9
6
8
31
31
0
10 Marseille
31 22
9
4
9
35 33
+2
8
5
9
30 32
-2
11 Nimes
29 22
12 Bordeaux
28 21
7
7
7
23 23
0
13 Angers
27 23
6
9
8
24 27
-3
14 Toulouse
26 23
6
8
9
22 33 -11
15 Nantes
24 22
6
6
10 27 29
16 Dijon
20 22
5
5
12 19 34 -15
-2
17 Caen
18 22
3
9
10 20 31
18 Monaco
18 23
4
6
13 21 39 -18
19 Amiens
18 23
5
3
15 18 38 -20
20 Guingamp
14 22
3
5
14 16 46 -30
-11
Buteurs : 18 Mbappé (PSG) 16 Cavani (PSG)
Pépé +1 (Lille) 13 Neymar (PSG)
L’ultime schuss
de Lindsey Vonn
SKI Alors qu’elle visait le record
absolu de victoires, la star
américaine tirera sa révérence
cette semaine aux Mondiaux
d’Are. Contrainte et forcée
C’était une lueur d’espoir dans un
hiver passé à l’ombre des sapins.
Annoncée mercredi, la sélection de
Lindsey Vonn dans l’escouade américaine pour les Mondiaux, ne sera
finalement qu’un simple sursis. Pas
une surprise au regard des derniers
bulletins de santé, plombés par
un genou malfaisant. Après avoir
abandonné à Cortina d’Ampezzo et
renoncé à la séquence GarmischPartenkirchen, la championne de
34 ans a entériné son crépuscule :
« Après plusieurs nuits sans sommeil, j’ai finalement accepté le fait
que je n’étais plus en état de skier »,
a-t-elle posté avant-hier. Are sera
donc sera le théâtre de ses deux dernières courses (Super-G mardi et
descente dimanche). Sans grand
espoir d’enluminer un palmarès qui
contient un sacre olympique (2010),
deux titres mondiaux (2009) et
quatre gros globes de Coupe du
monde.
Cette saison, elle n’avait pris que
trois départs, pour deux arrivées
anonymes en descente (15e et 9e).
Or, la tournée devait prendre de
toutes autres couleurs. En tête,
comme une idée fixe, le record
d’Ingemar Stenmark et ses 86
victoires entre 1975 et 1989. « Peu
importe combien je souffre pour y
parvenir », clamait-elle aux JO de
Pyeongchang il y a un an. Avant de
réduire la voilure en posant une
balise à la fin de saison 2019. Puis
évoquer un éventuel jubilé, l’hiver
suivant, à Lake Louise. Là où elle a
empilé 18 de ses 82 succès.
Voilà donc des mois que l’Américaine oscille entre pragmatisme
Le faux pas du Barça
ESPAGNE Lionel Messi ne peut pas
tout faire : malgré un neuvième match de
rang à faire trembler les filets, en l’occurrence un doublé, l’Argentin a vu son Barça
accroché par Valence (2-2). Le Camp Nou
a sifflé et l’Atlético s’est réjoui : une victoire aujourd’hui au Betis et le retard sur le
leader de la Liga se réduira à trois unités. Le
Real n’a pas pleuré non plus en voyant Messi
touché à la cuisse, à trois jours de croiser
l’ennemi juré en demi-finale de Coupe du Roi.
« Son côté
people a fait
du bien au ski »
Carole Montillet
a fait du bien au ski. C’est la première qui arrive à s’ouvrir autant
sur l’extérieur, sans pour autant
être nombriliste », observe Carole
Montillet, qui se souvient l’avoir vu
débouler « toute fraîche et pleine de
folie » pour son premier podium en
2004, derrière la Française.
À l’époque, elle portait encore
son nom de jeune fille : Kildow. La
chronique de ses aventures conjugales, depuis un mariage (à 23 ans)
et un divorce avec Thomas Vonn,
qui fut son entraîneur au sein du
team USA, a du reste accentué sa
mise en lumière. Surtout depuis
l’épisode Tiger Woods, près de
trois ans de glamour et de paparazzades avant une séparation pour
incompatibilités d’agenda, selon la
version officielle. En janvier 2015, à
Cortina, quand elle tombe le record
féminin d’Annemarie Moser-Pröll
(62 victoires), le golfeur lui fait la
surprise de sa présence en bas de
la piste. Quand il a remis son jeu à
l’endroit l’an dernier, elle n’en a dit
que du bien.
Son penchant pour les sportifs
l’a ensuite guidée vers un coach
de football américain et désormais
un hockeyeur, P.K. Subban (Nashville, NHL). Autant d’idylles qu’elle
s’est plu à afficher sur les réseaux
sociaux (1,6 million d’abonnés Instagram). Il lui arrive aussi de lancer
les hameçons. À Pyeongchang, elle
twittait ceci : « C’est la Saint-Valentin… J’ai tout oublié du sujet car je
suis aux Jeux, et je suis célibataire.
Quelqu’un est libre ici aussi pour
sortir avec moi ? » Buzz garanti.
Papier ou piste, Vonn aime quand
c’est glacé. Mais le strass ne l’a jamais détournée des priorités. La
variété de ses blessures – elle a une
plaque en acier dans le bras droit et
des vis en titane dans les genoux –
en ferait un parfait cas d’étude pour
étudiants en médecine. Pas de quoi
tempérer sa nature casse-cou ou
ses efforts en salle de musculation.
Plus que les jalousies, elle suscite
d’abord le respect de la confrérie.
Avec son staff étoffé et un fonctionnement à la marge, chacun pouvait pourtant sentir la différence.
Championne du monde de descente
en 2013, Marion Rolland se souvient
d’une skieuse qui ne « se mélangeait pas trop, allant parfois dans
un autre resto que celui dans lequel
toutes les filles attendaient en haut
de la piste ». « Le sourire s’affichait
aussi plus facilement quand les
caméras étaient dans les parages,
poursuit la Française. Pour autant,
c’était elle la patronne. Une institution en soi. »
Victorieuse dans toutes les disciplines, comme seules cinq autres
skieuses jusqu’ici, elle a voulu
s’étalonner avec les hommes sur
sa descente fétiche de Lake Louise,
elle qui utilise des skis masculins
depuis 2009. La Fédération internationale lui a opposé deux fins de
non-recevoir. Désormais loin de ces
lubies, elle a juste envie de réussir
sa sortie, même si ce n’est pas celle
qu’elle avait choisie. g
DAMIEN BURNIER
XV de France : chronique d’un fiasco
RUGBY Battus en ouverture
du Tournoi des Six Nations,
les Bleus errent toujours
dans le désert
Dixièmes du classement mondial après leur défaite contre
les Gallois vendredi (19-24), les
Bleus font peine à voir. Les débats
légitimes sur la formation ou le
nombre d’étrangers dans le Top 14
ne répondent pas à l’urgence de la
situation. Que s’est-il passé depuis
l’humiliation contre les Fidji au
Stade de France fin novembre ?
Pack Japon et pigeonnier
tour d’europe
médical et rage d’en découdre.
Fin octobre, sa lettre ouverte dans
Sports Illustrated s’écrivait telle une
préface aux adieux : « Il me reste une
saison, je vais tout donner. Je n’ai
plus rien à prouver. Je ne suis plus
la petite fille nerveuse au sommet de
la montagne, mais une femme prête
pour le chapitre suivant. Mon héritage ne se limitera pas au ski. »
De fait, l’écho suscité par Lindsey Vonn s’est depuis longtemps
échappé des vallées. On l’a vue sur
quantité de tapis rouges, égérie de
marques diverses, en position de
schuss avec escarpins dans Vogue
sous l’objectif d’Annie Leibovitz.
Ses conseils en développement
personnel figurent en librairie,
sa fondation vient au soutien des
adolescentes déboussolées. Bref, la
montagne est belle mais pas assez
grande pour elle. « Son côté people
Johann Groder/EXPA/PRESSE SPORTS
• 23 journée
Au regard de cette débâcle automnale, la Fédération (FFR) aurait dû
déclencher le plan Orsec. Elle a
balayé la poussière sous le tapis et
rien n’a changé. Dans la foulée, les
entraîneurs du Top 14 ont débriefé
la tournée avec le staff tricolore.
Après ce nouvel épisode du révolutionnaire « rapprochement avec les
clubs », chacun est retourné vaquer
à ses occupations. Ensuite ? Pendant que le sélectionneur Jacques
Brunel faisait payer la note à Babillot, Fall, Gabrillagues ou Maestri, non retenus pour le Tournoi,
les membres du bureau fédéral se
sont occupés de « booker » le pack
concocté pour eux par l’agence
Eventeam, le voyage et les billets
pour la Coupe du monde au Japon ;
c’était important.
À Marcoussis, ils se sont aussi
employés à sécuriser la confidentialité de leurs réunions : le pigeonnier attenant à la résidence du
XV de France a été aménagé, tandis
que la « salle du président » doit faire
l’objet de travaux d’isolation phonique. Ils ont enfin décidé, à l’initiative du vice-président Serge Simon,
la création d’une cellule de riposte
contre les articles de presse qui ne
brossent pas la FFR dans le sens du
poil. Jeudi, en prélude à l’annonce
de la composition des Bleus que
L’Équipe avait révélée, Brunel a lu
d’une voix essoufflée et hésitante
les notes fumeuses qu’on lui avait
dictées. Ce France-Galles, qui devait
donner le ton de 2019, s’engageait
déjà bien mal.
Brunel entre les gouttes
Du rêve au cauchemar : 16-0 à la
pause pour des Bleus enthousiasmants et portés par une certaine
baraka, qui encaissent un 24-3 de la
part des Gallois en seconde période.
À qui la faute ? On parle de faillite
mentale. De panne de confiance.
Auteurs d’une boulette chacun,
Huget et Vahaamahina morflent.
Brunel, lui, continue de passer
entre les gouttes. Il a pourtant
écarté Dupont, « match winner »
du Stade toulousain (sept essais en
onze matches cette saison) et peutêtre meilleur joueur français du
moment. Il a éjecté le vice-capitaine
Bastareaud et sa science du grattage, dont l’entrée en jeu aurait été
précieuse sous la pluie. Il a titularisé l’invisible Willemse, deuxième
ligne franco-sud-africain du groupe
Altrad, dont les statistiques livrées
par les Six Nations font pleurer :
un mètre parcouru ballon en main,
trois passes et neuf plaquages. Il a
aussi aligné le pack le plus lourd
du rugby français (954 kilos selon
la police fédérale), un mammouth
dominé en mêlée fermée qui n’avait
que quarante minutes d’autonomie.
Le coaching ? Brunel a sorti Guirado et Parra, ses deux leaders, à
la 57e minute alors qu’il n’y avait
pas encore péril en la demeure.
Puis un troisième élément de la
colonne vertébrale, Picamoles, à
la 70e, tandis que les Bleus venaient
de reprendre le score.
Leçon d’anglais
« Un Tournoi réussi, c’est un
Tournoi gagné », déclarait Laporte,
jeudi, sur RMC Sport. Le président
de la FFR risque désormais de
ramasser les joueurs français à la
petite cuillère (de bois). Les Bleus
vont jouer la trouille au ventre à
l’idée de perdre leur place dans
l’avion pour le Japon. Dimanche
à Twickenham, ils affrontent l’Angleterre, qui a donné une leçon à
l’Irlande (32-20), pourtant favorite
du Tournoi. Quant à l’union sacrée
avec les clubs, marotte brunélienne,
on attend la suite. Vendredi, le Stade
toulousain a perdu son capitaine,
Marchand, sur blessure jusqu’à la
fin de la saison. Déjà très agacés
d’avoir été privés de Bézy lors de la
tournée d’automne, durant laquelle
il est resté au frigo, les Rouge et
Noir, dépouillés cette fois de sept
joueurs, paient un lourd tribut à
la cause nationale. La rançon de la
gloire a des bornes qui, à ce rythme,
ne tarderont pas à être franchies. g
Philippe KALLENBRUNN
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
28
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Actualité Sport
Le padel tient la forme olympique
PHÉNOMÈNE Mélange
« Ce sont deux activités complémentaires et on veille à ne pas les mettre
en concurrence », soupèse Hubert
Picquier, membre du Comex,
chargé du padel.
Pour parvenir à ses fins, la FFT
veut aussi structurer l’enseignement,
les compétitions et le haut niveau.
À l’échelle mondiale, la France ne
pèse pas grand-chose. Un seul représentant masculin et féminin dans
les tops 100, trustés par l’Espagne
et l’Amérique du Sud (les meilleurs
en vivent). Onzième nation selon la
fédération internationale (FIP) chez
les hommes, neuvième chez les filles
(sur une vingtaine de fédérations).
Mais les bons résultats lors des derniers championnats du monde par
équipes en novembre au Paraguay
(4e et 5e) sont une promesse pour la
FFT. Elle ambitionne ainsi de placer
très vite quatre garçons et quatre
filles parmi les 50 meilleurs. Et que
l’on vienne au padel sans forcément
passer par la case tennis. « On ne se
limite à rien, on fera tout pour en faire
une discipline majeure », décrète
Hubert Picquier.
de tennis et de squash,
cette discipline
à la mode fait toujours
plus d’adeptes.
Et postule aux JO 2024
Sur un court à l’écart, des enfants
s’initient. Sur les onze autres, un
tournoi au niveau incertain bat son
plein. Casa Padel affiche complet en
ce samedi matin. Comme souvent.
Ce centre indoor de 4 000 mètres
carrés, situé dans une zone d’activité un brin enclavée de Saint-Denis
(93), à quelques encablures du Stade
de France, enregistre une affluence
croissante : plus de mille nouvelles
inscriptions dans les trois derniers
mois de 2018 pour 4 000 au total depuis sa création, il y a un an et demi.
L’engouement dépasse l’offre,
malgré des tarifs très CSP+
(19 euros par joueur pour une heure
et demie, 99 euros par mois). En
région parisienne, seules deux
enceintes similaires proposent ce
sport de raquette qui se joue en
double sur un terrain de tennis
rétréci et fermé comme au squash.
Marché mûr en Espagne
À la sortie des courts, un mot tourne
en boucle : addictif. Il ­revient aussi
dans la bouche ­d’Arnaud Clément.
Lui qui a quitté le circuit en 2012
est un habitué des lieux, souvent
avec Arnaud Di Pasquale, quand il
est à Paris. Dans son club d’Aix-enProvence, où quatre courts extérieurs de padel ont été construits,
il y joue presque plus qu’au tennis.
L’ancien capitaine de Coupe Davis
et l’ex-DTN ont même affronté la
paire Herbert-Pouille. « On les a
battus mais c’est normal, il faut
avoir des habitudes », s’amuse Clément, qui détaille les atouts de sa
nouvelle marotte : « Tu t’y amuses
tout de suite. C’est très convivial et
ludique. Les points s’enchaînent, on
ne perd pas de temps à ramasser les
Tournoi à la Casa Padel (Saint-Denis) en janvier. Pierre COSTABADIE/ICON SPORT POUR LE JDD
balles. Avoir été bon au tennis reste
un avantage. Mais il y a aussi des
techniques spécifiques. »
Parmi les tennismen actuels,
Novak Djokovic, Gaël Monfils et
Rafael Nadal taquinent. Comme
Éric Cantona à l’occasion. Didier
Deschamps est, lui, un adepte
de longue date de ce dérivatif
de la balle jaune né au Mexique
en 1962 mais encore confidentiel
dans l’Hexagone (non, le padel ne
se pratique pas debout avec une
pagaie sur une planche longue ; ça,
c’est le stand up paddle). Directeur
sportif de Casa Padel, Loïc Le Panse
a attrapé le virus quand il vivait en
Espagne en 2006, « une période de
boom qui correspond à ce que vit
actuellement la France ». À l’époque,
il était classé moins 15 et allait à
reculons vers cette nouvelle expérience. « Mais j’ai adoré et j’ai tout
de suite acheté une raquette, rembo-
ABONNEZ-VOUS
objectifs
La Fédération française de
tennis vise 500 terrains
supplémentaires de padel
et 150 000 pratiquants
d’ici à deux ans et demi
bine-t‑il. Je me suis mis à 100 % au
padel. » Désormais il l’enseigne, et
fait partie des dix meilleurs Français de la discipline.
Depuis le début de l’année en
France, la fréquentation des terrains aurait bondi de 30 % par
rapport à l’année dernière. JeanPhilippe Renaut, qui dirige Casa
Padel, l’imagine en « troisième
sport en termes de pratique d’ici à
dix ans ». Un horizon très lointain.
Le padel ne compte que 50 000 pratiquants et « ce serait déjà beau
s’il pouvait en avoir autant que le
badminton [190 000 licenciés] »,
tempère David Gire, directeur com-
mercial de Babolat. Bien ­implanté
en ­Espagne où le marché est mûr,
l’équipementier français croit beaucoup en « ce sport qui colle mieux
au mode de consommation d’aujourd’hui » et l’imagine en « relais
de croissance de la marque d’ici à
trois à cinq ans ». « Il y a la mèche,
il ne reste plus qu’à l’allumer, image
David Gire. Ce qui manque, ce sont
des terrains. » On en recense 500
dans l’Hexagone.
Babolat a noué un accord avec
la société Le Five (foot à cinq), qui
a ouvert douze centres 4Padel et
envisage de construire 300 terrains.
La Fédération française de tennis
(FFT) vise de son côté 500 terrains
supplémentaires dans les clubs affiliés d’ici à deux ans et demi ; elle a
déjà mobilisé 600 000 euros. C’est
qu’après la défiance initiale elle a
intégré le padel dans son giron en
2014. Dans la foulée d’un audit,
elle vient de lancer un plan de
développement. Objectif : tripler
le nombre de pratiquants d’ici à
2021, alors que le tennis connaît
une lente érosion (il est passé sous
le million de licenciés en 2018).
De Riton à Zlatan
La Fédération rêve même tout haut
de « l’amener aux JO 2024, et pas en
sport de démonstration ». Cinq sports
additionnels peuvent prétendre aux
Jeux de Paris. Le processus de sélection a commencé. Si on devrait sous
peu y voir plus clair, la décision définitive surviendra fin 2020. Le padel
a pour lui d’être attractif au regard
de la jeunesse et d’avoir, avec Casa
Padel, un site en Seine-Saint-Denis.
Il manque en revanche de notoriété
et de diversité à l’international.
Créée en 1991, la FIP revendique
12 millions de pratiquants. Un quart
viennent d’Espagne, où le padel (et
ses 4 500 clubs, souvent en extérieur) tutoie le football. Reste que
le phénomène qui touche la France
n’est pas isolé en Europe : l’Italie, le
Portugal, la Belgique, les Pays-Bas,
l’Allemagne, l’Angleterre ou encore
la Suisse ont succombé. Comme
Henri Leconte dans l’Hexagone il
y a cinq ans, Zlatan Ibrahimovic a
monté sa franchise (Padel ­Zenter).
Depuis, la Suède est devenue l’autre
marché du padel. g
Solen Cherrier (avec D.B.)
Trump, cet ami encombrant
SUPER BOWL Entre les Patriots
et les Rams, le président
américain a choisi son camp
OFFRE 100%
NUMÉRIQUE
9
€
seulement
/trimestre
Pour en profiter, rendez-vous sur :
www.jemabonne.fr/jdd339
L’équipe la plus détestée de l’histoire. Voilà l’étiquette qui colle au
casque des Patriots de New England, opposés la nuit prochaine
aux Los Angeles Rams lors du 53e
Super Bowl (0 h 30, TF1 et beIN),
la grand-messe du championnat de
football américain (NFL). Suscitant
des jalousies pour sa réussite (cinq
titres et neuf finales depuis 2001), la
franchise a aussi un penchant pour
la controverse. Des scandales liés
à l’espionnage d’équipes adverses
(SpyGate) ou à des ballons sousgonflés (DeflateGate) ont jalonné
son histoire récente. Pour ne rien
arranger, son fan numéro un s’appelle Donald Trump. Le président
américain, dont l’interview à CBS
sera diffusée peu avant ce match à
l’audience unique (plus de 100 millions de téléspectateurs dans le
pays), affiche volontiers son amitié
avec les piliers des Pats.
Le propriétaire Bob Kraft, qui
n’a pas oublié « ses coups de fil hebdomadaires pendant un an » suite
au décès de son épouse, l’assume
volontiers. Bill Belichick, coach
légendaire, est plus mutique. Surtout depuis que Trump a relaté
à l’estrade une lettre de soutien
pendant la campagne électorale.
Même gêne du côté de Tom Brady.
Le quarterback est souvent interrogé sur Trump depuis qu’une
casquette « Make America great
again » a été aperçue dans son casier, fin 2015. « On se connaît depuis
15-16 ans. On a eu beaucoup de bon
temps ensemble au golf », dira-t-il,
sans pour autant assurer lui avoir
accordé son vote. Brady, mari du top
model Gisele Bündchen, a ensuite
dû faire avec les foucades de cet ami
encombrant. Et prendre ses distances quand Trump, en plein débat
sur les violences policières envers
les Noirs, a vilipendé les joueurs
mettant genou à terre pendant
l’hymne national en signe de protestation (« Virez ces fils de pute »).
Après la qualification pour le
Super Bowl, ces trois-là ont été
nommément félicités dans un
tweet venu de la Maison Blanche.
À l’inverse, pas un mot sur les
Rams, vers qui affluent les soutiens de circonstance. Comme
celui de Daniel Radcliffe, Harry
Potter à l’écran : « Désolé mais le
monde entier est contre les Patriots. »
Avec cette injonction à l’adresse de
Brady : « Enlève donc cette casquette
de ton vestiaire ! » g D.B.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
29
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Actualité Médias
interview
TÉLÉVISION Le directeur
de l’information du
groupe TF1 analyse
le traitement médiatique
des Gilets jaunes
ANNONCE La Une lance
un rendez-vous le samedi
soir pour décrypter
rumeurs et fausses infos
Alors que la France traverse la
crise des Gilets jaunes, le directeur
général adjoint de l’information de
TF1 et LCI insiste sur la nécessité
de donner la parole aux Français et
de décrypter l’actualité.
Chez TF1 et LCI, quel bilan tirez-vous
de la crise des Gilets jaunes ?
Les équipes ont fait un travail considérable et nous avons essayé de traiter avec recul les différents stades de
la crise : curiosité, sidération, inquiétude, questionnement. Sur TF1, avec
des formats longs dans nos JT et
des magazines en immersion. Pour
LCI, c’est une étape importante. La
chaîne a trouvé sa place et a été la
première à monter un débat avec
La Grande Explication, suivie par
un million de téléspectateurs. Les
résultats sont là : l’audience a été
multipliée par deux en un an pour
atteindre en janvier 1,3 %.
Quelle est la différence entre BFMTV
et LCI dans le suivi de cette crise ?
LCI n’a rien à gagner à courir après
le breaking news. Nous préférons le
décryptage et la mise en perspective,
politique, sociale et économique.
LCI est une chaîne d’info en continu
mais pas une chaîne de hard news.
Le public perçoit cette différence et
cela explique que l’écart d’audience
s’est très fortement réduit.
La France des territoires s’exprime
actuellement. Est-ce une victoire pour
le 13 Heures de Jean-Pierre Pernaut,
qui met en avant la proximité ?
Jean-Pierre Pernaut a eu raison
avant tout le monde. C’est le premier
qui, dans les années 1980, a changé
le traitement de l’actualité politique,
sociale et économique, refusant par
exemple les comptes rendus du
Conseil des ministres en direct de
l’Élysée, chaque mercredi. Il travaille
en proximité avec la presse régionale et nos équipes locales. CSG,
80 km/h, pouvoir d’achat… Tous
ces signaux faibles sont dans ses
JT depuis longtemps. L’interview
sur TF1 de Macron dans une école
Thierry Thuillier,
jeudi, dans les
locaux de TF1
à BoulogneBillancourt.
Cyril ENTZMANN/
DIVERGENCE
pour le JDD
Thierry Thuillier, directeur de l’info de TF1 et LCI
« Du fact-checking au 20 Heures »
de l’Orne en est un symbole. Et ce
qui vaut pour le 13 Heures vaut pour
le 20 Heures, où nous multiplions
les grands formats au plus près des
Français. La proximité est l’ADN de
l’info de TF1 et nous voulons plus
que jamais permettre aux gens de
s’exprimer et de se parler.
Qu’est-ce qui différencie le 20 Heures
de TF1 de celui de France 2 ?
La différence notable : la parole
des Français est plus présente chez
nous. Par ailleurs, notre public est
moins âgé, avec 55 ans de moyenne.
Nous sommes premiers sur les plus
jeunes. Un téléspectateur sur six
environ a entre 25 et 49 ans.
Avez-vous l’intention de réinstituer un
grand rendez-vous politique sur TF1 ?
On ne s’interdit rien, mais je ne crois
pas que les circonstances permettent
de créer un rendez-vous politique
régulier. Quand je vois d’autres
chaînes maintenir des rendez-vous
politiques en prime time, je mesure
la difficulté de cet exercice… Les
acteurs politiques sont bien plus
exposés qu’auparavant, avec la multiplication des supports. Pour que la
politique suscite un intérêt, il faut
qu’elle soit rare. Or elle ne l’est plus.
La défiance des Français envers
les médias (en particulier la
télévision) augmente fortement.
Comment inverser la tendance ?
Les critiques sont utiles et les médias
ont une part de responsabilité. Les
politiques aussi, dont certains appellent à attaquer notre métier. Pour
regagner cette confiance, nous allons
continuer à tisser ce lien distendu
avec les Français. Nos rédactions sont
des armes anti-fake news et nous lutterons avec toujours plus de rigueur
contre ce phénomène. Ainsi, nous
lançons cette semaine une rubrique
dans le 20 Heures du samedi consacrée au fact checking. En collaboration avec l’AFP, elle s’appellera « Factuel » et décryptera le parcours d’une
rumeur, d’une fausse info. Nous en
démonterons les mécanismes.
Les jeunes s’éloignent de la télé pour
s’informer via Internet ou les réseaux
sociaux. Peut-on les rattraper ?
Adaptons-nous aux usages. Peu
importe le support, l’essentiel est la
qualité du contenu. Ainsi nous réflé-
chissons à développer des ­modules
sur les réseaux sociaux, avec des
contenus LCI ou TF1. Une des
questions est : doit-on traiter l’actu
ou faire de la pédagogie sur l’actu ?
L’éducation aux médias est une préoccupation et nous y consacrerons
des moyens. Mais n’enterrons pas
pour autant le JT de 20 heures, qui
rassemble encore cinq à sept millions de personnes. Quand Macron
sort de son silence le 10 décembre,
il ne l’a pas fait à 18 heures sur les
réseaux sociaux, mais à 20 heures
à la télé. Il y a réuni 23 millions de
téléspectateurs dont 9,7 sur TF1. Le
JT reste une horloge dans ce pays
calé sur deux grands moments d’info
à 13 heures et à 20 heures !
L’exécutif travaille sur une instance
qui surveillerait la déontologie
journalistique. Qu’en pensez-vous ?
Les chaînes sont déjà régulées et surveillées par le CSA. Or ce n’est pas
là qu’on trouve les propos les plus
outranciers, les plus inacceptables,
et encore moins les fausses infos. Ils
fleurissent sur les réseaux sociaux,
qui ne sont pas régulés. Il y aurait
urgence à encadrer leurs pratiques.
Le CSA va se pencher sur la
numérotation de la TNT. BFMTV
s’inquiète qu’une autre chaîne
d’info lui passe devant. Dans le JDD,
son patron, Alain Weill, a parlé de
« pression » et « d’agression ».
Vous vous sentez visés ?
Il y a un régulateur, le CSA. Ce n’est
pas à un acteur, aussi important soitil, de fixer les règles. Nous sommes
simplement favorables à une meilleure visibilité des chaînes d’info sur
la TNT. Si le CSA veut les regrouper,
on ne dira pas non, évidemment. Si
Franceinfo bouge, nous demandons
la même chose. Ni plus ni moins.
Vous ne vous sentez donc pas visés
par les mots du patron de BFMTV ?
Je m’interroge : pourquoi la montée
en puissance de LCI lui pose tant de
problèmes ? Si BFMTV a d’excellentes audiences, c’est qu’elle va bien.
Félicitons-nous plutôt de ce que la
diversité de l’offre d’information
réponde aux attentes des téléspectateurs, comme le prouve la nouvelle
place de LCI dans le débat public. g
Propos recueillis par
Cyril Petit et Renaud Revel
Les revues futuristes sont à la page
Presse « We Demain »
et « Usbek & Rica » redonnent
du tonus au média papier
Ils ont été parmi les premiers à
parler transhumanisme, villes flottantes, e-citoyenneté ou théories de
l’effondrement. Chaque trimestre,
les revues We Demain et Usbek &
Rica détectent les signaux faibles
du changement pour « explorer le
futur ». Ignorant ceux qui annonçaient la fin du papier, ils ont fait
le pari des livres-magazines, ou
« mooks ». Paradoxal ? « Je crois à la
résistance de la matière, au bel objet »,
explique Jérôme Ruskin, fondateur
d’Usbek & Rica. D’où le soin accordé
aux illustrations. « À chaque article
sur l’intelligence artificielle, on ne voit
souvent que des illustrations bleutées ou gris métallique. Nos lecteurs
apprécient nos couv multicolores. »
« L’objet échappe aux Gafa »
L’aventure était pourtant mal partie. En 2008, la première édition,
riche de 200 pages, est vendue en
librairie et coûte 15 euros. Très vite,
le modèle se montre peu viable. Le
média décide alors de diviser son
prix par deux et d’être distribué chez
les marchands de journaux. Avec
succès : aujourd’hui, chaque numéro
est vendu à près de 15 000 exemplaires, et le chiffre d’affaires de la
société croît de 40 % par an. Même
tendance pour We Demain, censé
être, à l’origine, un magazine TV.
« On voyait bien que le papier était
concurrencé par les outils numériques, raconte Jean-Dominique
Siegel, directeur commercial. On
pensait qu’il n’y avait pas la place
pour une autre revue. » Finalement,
en 2012, We Demain sort en papier
glacé. Un pavé XXL à 12 euros. Sept
ans plus tard, il s’en écoule plus de
20 000 par trimestre. « On a réussi à
faire un objet qui échappe aux Gafa ! »
Les deux mooks ont aussi voulu se
libérer de la publicité. Même si, au
besoin, ils s’associent à des marques
compatibles. « Avant, la presse fonctionnait grâce aux abonnements et
aux annonceurs, mais ça ne suffit
plus, il faut trouver autre chose »,
souligne le cofondateur de We
­Demain. Il a inauguré en novembre
l’« appart We Demain », un espace
d’événementiel au cœur de Paris,
et pense à se lancer dans les podcasts. « Nous avons la souplesse d’une
start-up », résume-t-il. De son côté,
Usbek & Rica a inventé une monnaie,
l’usbek, que les lecteurs gagnent en
partageant ou en commentant les
articles du site Internet. Ils peuvent
les dépenser en ligne, pour y acheter
des croquettes à base d’insectes ou
y louer un mouton pour tondre la
pelouse, des produits fournis gratuitement par les annonceurs. g
Romane Lizée
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
30
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Actualité Médias
Laurent Solly, vice-président
« Facebook
interview
Exclusif Gilets
jaunes, impôts, sécurité,
données personnelles…
Le responsable de
Facebook en France
répond aux critiques
Il y a quinze ans, le 4 février 2004,
Mark Zuckerberg, alors âgé de
19 ans, créait TheFacebook, un
trombinoscope amélioré pour les
étudiants de Harvard, qui deviendra Facebook. Mercredi, le premier
réseau social au monde (qui possède
Instagram, Messenger et ­WhatsApp)
a publié un bon bilan financier
mondial pour 2018 : 48,7 milliards
d’euros de chiffre d’affaires et un bénéfice net de 19,3 milliards d’euros,
en hausse. Mais l’an passé, Facebook
a été attaqué sur le non-respect de la
vie privée, l’utilisation des données
personnelles, la diffusion de haine
et de fausses infos, ou la fiscalité.
Laurent Solly, son vice-­président
chargé de la France et de l’Europe
du Sud, répond aux critiques.
Quelle place a la France
dans l’écosystème Facebook ?
Nous ne donnons pas de résultat
financier par pays. Mais, pour Facebook, la France compte beaucoup,
notamment parce que le tissu économique y est très développé et que
nous avons de grandes entreprises
leaders dans le monde. Plus d’un
million d’entreprises françaises
utilisent Facebook, et des centaines
de milliers, Instagram. Ce sont des
outils capitaux pour leur croissance.
On investit énormément dans la formation des TPE et PME françaises,
des femmes entrepreneurs ou des
demandeurs d’emploi. Fin 2019,
65 000 personnes auront bénéficié
de ces dispositifs. Et puis, c’est ici que
nous avons installé notre premier
incubateur de start-up à Station F, et
le laboratoire sur l’intelligence artificielle de Facebook pour l’Europe, où
travaillent 80 chercheurs. C’est notre
plus grand centre dans le monde !
Laurent Solly au siège de Facebook à Paris. Corentin Fohlen/Divergence pour le JDD
ABONNEZ-VOUS et découvrez la nouvelle
application Le Journal du Dimanche !
9
€
NOUVEAU
OFFRE 100% NUMÉRIQUE
seulement
/trimestre
Pour en profiter :
www.jemabonne.fr/jdd339
Avez-vous prévu de créer
des emplois en France en 2019 ?
En moins de dix ans, nous sommes
passés de 20 à 200 salariés en
France. Mais l’investissement le plus
important est indirect. Nous permettons aux TPE et aux PME d’accélérer leur business et d’embaucher
davantage. Ainsi, Facebook contribue à créer des millions d’emplois
dans le monde et en France.
Paierez-vous des impôts en France ?
Oui, nous en payons déjà et nous
allons en payer progressivement
davantage, et ce dès cette année.
­Désormais, les bénéfices des revenus liés aux publicités qui sont vendues sur ­Facebook et Instagram en
France par nos équipes françaises
sont sujets à l’impôt sur les sociétés.
C’est une évolution forte décidée il
y a plus d’un an, sans attendre une
nouvelle loi.
Pourquoi seulement maintenant ?
Facebook est une jeune entreprise.
Elle a commencé son déploiement
en Europe à Dublin en 2008 avec
quelques petites équipes en Allemagne, en Italie et en France. Notre
activité s’étant ensuite étendue en
France, il était normal de changer
notre système de déclaration de
revenus et de modifier notre situation fiscale. Nous sommes devenus
un acteur important de l’économie
française.
Bruno Le Maire a annoncé vouloir
taxer les Gafa. Qu’en pensez-vous ?
Si une loi est votée, nous la respecterons. Je rappelle toutefois ce qui
est très important pour les entreprises : la stabilité, la clarté et la non-­
discrimination des règles fiscales.
Combien y a-t-il d’utilisateurs
de Facebook en France ?
Plus de 35 millions d’utilisateurs actifs mensuels (qui viennent au moins
une fois par mois et font une action,
par exemple un like). Et 27 millions
actifs chaque jour. Dix-sept millions
de Français sont sur Instagram, c’est
3 millions de plus qu’il y a un an.
Enfin, 26 millions utilisent Messenger. Pour WhatsApp, nous ne
communiquons pas à ce stade de
chiffres nationaux. Dans le monde,
2,7 milliards de personnes utilisent
notre « famille d’applications ».
Pour 2018, certains parlent d’annus
horribilis, avec force polémiques.
Vous partagez le constat ?
Je ne vous dirai pas le contraire ;
2018 a été intense pour les équipes.
Mais c’est aussi une année où Facebook a beaucoup écouté, appris et
surtout agi. Nous avons travaillé sur
la sécurité : désormais 30 000 personnes assurent la modération. Des
milliards ont été investis, notamment dans l’intelligence artificielle,
pour lutter contre les faux comptes,
les contenus haineux, violents, pornographiques ou liés au terrorisme.
Et les interférences politiques ?
Le combat contre ces interférences
et pour protéger l’intégrité de nos
plateformes est central. Il passe
prioritairement par la lutte contre
les faux comptes et pages. En six
mois, en 2018, nous en avons bloqué
1,5 milliard, soit plusieurs millions
par jour. Nous repérons aujourd’hui
99 % des contenus terroristes, avant
même qu’ils ne soient vus par les
utilisateurs. Plus de 18 millions de
contenus haineux et violents ont été
bloqués en un trimestre l’an passé.
Dans cette lutte, menez-vous des
initiatives spécifiques à la France ?
Oui. Ce mardi, à l’occasion du Safer
Internet Day et en présence de Marlène Schiappa, Patrick Bruel, Lola
Dubini et d’autres personnalités de
premier plan, nous dévoilerons les
prix du Fonds pour le civisme en
ligne. C’est une dotation de 1 million d’euros pour des projets luttant
contre le harcèlement ou les propos haineux et qui encouragent le
civisme sur Internet. Nous avons
aussi lancé un programme pilote
de corégulation avec l’État sur les
contenus haineux. C’est le premier
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
31
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Actualité Médias
du réseau social, chargé de la France et de l’Europe du Sud
n’a pas créé les Gilets jaunes »
du genre. Les conclusions seront
rendues à la fin du premier semestre.
Que faites-vous contre les infox ?
C’est un axe d’action et d’investissement majeur. Nous luttons contre
les fausses infos en travaillant avec
plusieurs médias, dont Le Monde et
l’AFP, qui les vérifient, ce qui réduit
significativement leur poids dans le
fil des utilisateurs. Nous faisons également de la pédagogie sur la façon
de repérer les fausses informations
et de se prémunir contre elles.
Mais la fausse information, si elle
est signalée, n’est pas supprimée…
Nous ne sommes pas arbitres de la
vérité, mais nous devons tout faire
pour empêcher que ce qui est faux
se répande sur notre service. Nos
actions nous permettent de réduire
de 80 % la visibilité de ces infox dans
le fil d’actualité des utilisateurs.
Nous coupons également toutes
leurs sources de financement. La
grande majorité des infox n’a rien à
voir avec le débat public mais ont un
caractère commercial pour engranger de la publicité. En faisant cela,
nous cassons leur modèle.
Et pourtant, on a vu de nombreuses
infox partagées sur les groupes
Facebook des Gilets jaunes…
Tout comme il y a de nombreuses
fausses infos qui n’ont pas été vues
par nos utilisateurs parce que nous
avons réduit leur visibilité ! Sur ce
sujet, nos partenaires vérificateurs
ont fait un travail remarquable, sur
le texte mais aussi sur les images
qu’ils ont pu vérifier depuis le début
du mouvement. Il est de notre responsabilité de mettre en place des
dispositifs pour lutter contre cela. Il
nous faut encore accélérer notre efficacité avec les fact-checkers. Mais
ce n’est pas le rôle de Facebook de
dire ce qui est vrai ou faux.
Début 2018, vous avez changé
votre algorithme : la publication
d’un ami est plus valorisée que celle
d’un média. N’est-ce pas paradoxal
quand on lutte contre les fake news ?
Facebook est un réseau social ! C’est
son objet même. Avec notre mise à
jour du fil d’actualité en 2018, nous
avons justement souhaité encourager la discussion et l’échange entre
les gens, que ce soit sur les publications des amis ou sur un article qui
apparaît dans votre fil d’actualité. Ce
n’est pas du tout contradictoire avec
la lutte contre les fausses infos. Trois
récentes études ont montré que le
nombre de fausses informations
partagées sur Facebook avait baissé.
Cela ne crée-t-il pas des bulles
de filtre enfermant les utilisateurs
dans leur cercle et leurs certitudes ?
C’est l’inverse, Facebook est une formidable fenêtre sur le monde. On n’a
jamais eu autant accès à une telle
diversité d’infos, de points de vue,
d’opinions. Mais cela dépend de la
façon dont on l’utilise. Comme dans
une soirée, c’est vous qui décidez
avec qui vous discutez. Vous pouvez
choisir de parler uniquement avec
les gens que vous connaissez, et qui
vous ressemblent, ou vous pouvez
parler avec de nouvelles personnes
car vous êtes curieux, ouvert.
Fake News
« Nos actions nous
permettent de réduire
de 80 % la visibilité
de ces fausses informations
dans le fil d’actualité
des utilisateurs »
Impôts
« Nous allons en payer
davantage dès cette année.
Les bénéfices des revenus
liés aux pubs vendues
en France sont sujets
à l’impôt sur les sociétés »
Haine
« En France, nous dotons
un fonds d’un million d’euros
pour des projets luttant
contre le harcèlement et qui
encouragent le civisme »
Selon des analystes, le mouvement
des Gilets jaunes n’aurait pas pu naître
sans Facebook. Qu’en pensez-vous ?
Facebook n’a ni créé ni amplifié ce
mouvement. En revanche, l’objectif même de la plateforme, c’est
de donner une voix à chacun. Les
gens s’expriment, se retrouvent,
partagent. Vous pouvez créer des
communautés, des groupes, c’est le
principe, et cela se passe des millions
de fois par jour sur Facebook, que ce
soit pour s’exprimer sur la société
dans laquelle on vit, pour se regrouper autour d’une passion ou pour
commémorer une personnalité.
Nous donnons les outils, mais nous
ne favorisons aucun mouvement.
Facebook doit-il supprimer des vidéos
du Gilet jaune Maxime Nicolle quand
il tient des propos complotistes ?
Facebook n’est pas un censeur, et la
liberté d’expression est un principe
fondamental pour nous, mais nous
avons des règles strictes et nous
respectons les lois des pays dans
lesquels nous sommes. Quand des
contenus ne les respectent pas et
qu’ils nous sont signalés, nous pouvons être amenés à les supprimer.
Que va faire Facebook contre le risque
de fausses informations durant
les élections européennes ?
Nos règles de transparence des
publicités politiques, testées avec
succès aux États-Unis, sont appliquées au monde et à l’Europe
pour les élections. Elles sont même
élargies à des sujets de société, par
exemple l’immigration. Et nous
installerons à Dublin un centre
Quand le réseau social influe sur la politique
DÉCRYPTAGE Tunisie, ÉtatsUnis, Venezuela… Comment
Facebook a changé les
conditions de la démocratie
L’essor du mouvement des Gilets
jaunes est un exemple de plus de
l’influence de Facebook dans la
sphère politique. Depuis près de
dix ans, le premier réseau social
au monde offre un « terrain fertile »
aux militants et aux colères en tout
genre, remarque Fabrice Epelboin,
enseignant à Sciences-Po et spécialiste des médias sociaux. Utilisé
comme outil de communication,
d’organisation voire de manipulation dans les cas les plus controversés, Facebook s’invite dans les
scrutins ou mouvements sociaux
ces dernières années.
1. La Tunisie et les
révolutions arabes
C’est en Tunisie, en 2011, qu’il joue
pour la première fois un rôle déterminant. Parce qu’il permet de libérer
la parole et de contourner la censure,
de publier des photos et des vidéos
de la répression et d’organiser la
mobilisation, Facebook prend une
place centrale. Il permet « la naissance d’une nouvelle forme de contestation sociale », souligne Fabrice
Epelboin. La colère des Tunisiens,
qui a éclaté après l’immolation par
le feu du jeune marchand de fruits
et légumes Mohamed Bouazizi,
prend alors « une trajectoire exponentielle » qui aboutira au départ du
président Ben Ali. Cette « révolution
Facebook » en inspirera d’autres
dans le monde arabe, notamment
en Égypte, où le réseau social a aussi
été déterminant.
2. Occupy Wall Street
et les citoyens
Quelques mois plus tard, Facebook
joue un rôle de catalyseur dans le
mouvement Occupy Wall Street,
lancé à New York pour dénoncer
les abus du capitalisme financier.
Des pages locales se créent dans
la plupart des grandes villes américaines et aident le mouvement à
se répandre à travers les États-Unis.
Facebook permet aux « 99 % »,
comme ils se surnomment, de
recruter des activistes et de partager des informations. Sur le même
modèle, le mouvement des Indignés, lancé en Espagne en mai 2011,
s’était aussi appuyé sur Facebook
pour grandir, tout comme la « révolution des parapluies » à Hongkong
en 2014 ou plus récemment, Nuit
debout en France en 2016.
3. L’élection américaine
et ses polémiques
Mais la force de frappe de Facebook lui vaut également son lot de
polémiques. Pendant la campagne
présidentielle américaine de 2016,
le réseau social sert de caisse de
résonance aux fausses informations
qui visent Hillary Clinton et le camp
démocrate. Par ailleurs, l’équipe de
Donald Trump s’appuie sur les services de la société britannique Cambridge Analytica, qui exploite les
données privées de dizaines de millions d’usagers du réseau à leur insu
pour cibler précisément les attentes
de son électorat. Un scandale planétaire qui poursuit encore Facebook.
Lundi, son PDG, Mark Zuckerberg,
a promis que des mesures contre les
ingérences seraient mises en place
en vue des élections européennes.
4. Au Brésil, Bolsonaro
et sa campagne 2.0
Fin 2018, le candidat d’extrême
droite Jair Bolsonaro utilise également Facebook pour faire campagne
durant la présidentielle brésilienne.
Poignardé à l’abdomen par un opposant à quelques semaines du scrutin, il multiplie les vidéos en direct
pendant sa convalescence et court-
circuite ainsi les canaux médiatiques
traditionnels. Dans un pays réputé
pour son « appétence pour les réseaux
sociaux », selon Fabrice Epelboin,
il utilise également WhatsApp, la
messagerie qui appartient à Facebook, pour diffuser sa rhétorique
sécuritaire et nationaliste auprès des
120 millions d’utilisateurs brésiliens.
Une campagne 2.0 qui lui permet
d’être largement élu fin octobre.
5. Le Venezuela et la
parole de l’opposition
Ces derniers jours, la crise au
­Venezuela a mis en lumière l’usage
politique des réseaux sociaux par
l’opposition. Facebook, comme
Twitter et Instagram, permet en
effet à Juan Guaidó – qui s’est autoproclamé président le 23 janvier –
et à ses partisans de contourner
la censure imposée par le régime
aux télévisions et aux radios. De
quoi excéder Nicolás Maduro, qui
dénonçait en octobre 2017 la « dictature » des réseaux sociaux. L’observatoire de l’Internet NetBlocks
a d’ailleurs signalé que Facebook,
comme d’autres plateformes, avait
été coupé de « façon intermittente »
ces derniers jours. g
Thomas Liabot
d’opérations pour éviter des interférences extérieures.
Vous avez été également critiqué sur
l’utilisation des données personnelles.
Comment mieux les sécuriser ?
En quinze ans, nous avons évolué,
nous avons aussi fait beaucoup
en 2018 et nous allons continuer.
Nous investissons dans des outils
qui permettent aux utilisateurs
de contrôler leurs données personnelles. En 2019, l’un d’eux leur
permettra de consulter l’historique
de leurs data pour encore plus de
contrôle. Nous avons totalement
rénové nos paramètres de confidentialité en 2018 pour les rendre
plus clairs et accessibles. Nous allons continuer à expliquer aux gens
comment chacun peut contrôler ses
données et ses préférences publicitaires. Un engagement plus fort
des utilisateurs entraînera une plus
grande protection des données. Et,
je veux le redire, nous ne vendons
pas les données personnelles.
De plus en plus d’anciens salariés ou
dirigeants de Facebook sont critiques.
Aux yeux de certains, Facebook
est un monstre. Qu’en pensez-vous ?
Si Facebook était malveillant, je n’y
travaillerais pas. C’est au contraire
une entreprise qui écoute beaucoup, qui apprend de ses erreurs
et qui cherche des solutions. Le
plus important pour nous, c’est la
confiance de nos utilisateurs et de
nos partenaires. g
Propos recueillis par Michaël
Bloch, Hervé Gattegno et Cyril Petit
Sur Internet,
Les violences sont
en forte hausse
La haine gagne du terrain
sur les réseaux sociaux. C’est ce qui
ressort d’une étude réalisée pour
RespectZone et TF1 par Dentsu
Consulting et Netino by Webhelp*.
Selon cette enquête, en 2018,
9,5 % des commentaires sur les
réseaux sociaux ont été violents
(appels à la haine ou à la violence,
insultes…). Surtout, ils sont en
hausse de 66,6 % par rapport
à 2017. Publics les plus attaqués :
la classe politique, le gouvernement
ou un parti. Les résultats complets
seront dévoilés demain soir lors
de la présentation de l’appel des
100 pour le respect sur Internet,
une pétition en ligne lancée par le
label RespectZone et déjà signée
par des dizaines de personnalités,
dont Amir, Bernard Cazeneuve,
Tony Estanguet, Laura Flessel…
L’association a aussi obtenu le
soutien d’Anton’Maria Battesti,
responsable des affaires publiques
de Facebook en France. g C.P.
* L’agence de publicité Dentsu a travaillé
sur tous les réseaux sociaux en comparant
2018 à 2017 via TalkWalker, outil qui
source et monitore le Web. Netino,
spécialisée dans la modération
des contenus sur Internet, a analysé
les commentaires de 20 pages Facebook
de grands médias français sur 2018.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
32
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Enquête
Carlos imperator
A
u-delà de sa mégalomanie, de
son besoin de reconnaissance et de sa capacité
hors du commun à transformer les entreprises,
Carlos Ghosn est doté d’une personnalité qui reste
énigmatique. On lui connaît peu de passions, à
une exception : l’Empire romain. Il dévorait les
ouvrages sur son histoire et son livre de chevet
a longtemps été S.P.Q.R. – Histoire de l’ancienne
Rome, la somme de Mary Beard (Perrin).
Il expliquait que les leçons à tirer de la grandeur
du monde romain étaient toujours pertinentes
au XXIe siècle, notamment pour construire un
empire industriel. Les principes qui guidaient
l’alliance Renault-Nissan-­Mitsubishi étaient ceux
de la conquête ­romaine. La capacité d’inclusion.
Décupler la puissance par l’expansion et incorporer de plus en plus de sociétés à l’ensemble.
Dacia, Nissan, Lada-AvtoVAZ, Mitsubishi…
La série télé préférée du patron déchu de
­Renault-Nissan, elle aussi, est centrée sur le pouvoir
et les conquêtes : il s’agit de Game of Thrones. Sur
WhatsApp, le groupe qui réunit la famille Ghosn
s’appelle « Game of Ghosns ». Mais Carlos Ghosn
a oublié une leçon essentielle de la Rome impériale
et du trône de fer : il y a toujours un complot qui se
trame pour assassiner Jules César ou Eddard Stark…
Comme il n’y a pas loin du Capitole à la roche
Tarpéienne, Ghosn croupit depuis le 19 novembre
dans une cellule de 5 mètres sur 3 éclairée jour
et nuit, accusé d’avoir dissimulé et détourné des
millions d’euros. Pour qu’il ne puisse pas être
libéré, il a été inculpé à trois reprises.
Carlos Ghosn a été un bâtisseur d’empire pour
qui la fin justifie toujours les moyens, grand architecte d’une improbable alliance industrielle francojaponaise. Son insatiable ambition a donné corps
aux paris stratégiques un peu fous de son prédécesseur, Louis Schweitzer, qui est allé le chercher
en 1996 chez Michelin. Carlos Ghosn a construit
l’Alliance autour de sa propre personne. Il en était
la pierre angulaire, concentrant peu à peu presque
tous les pouvoirs : président de l’alliance, des trois
constructeurs, Renault, Nissan et Mitsubishi, et
directeur général des deux premiers.
Cette gouvernance autocratique est la raison
à la fois du succès de l’alliance et de sa fragilité.
Il ne s’agit pas d’une fusion mais d’un rapprochement entre entreprises égales conservant
théoriquement leur capacité de décision et leur
personnalité. C’est un discours qui a longtemps
fonctionné au Japon comme en France.
UNE ALLIANCE
IMPROBABLE
Chez Renault, Carlos Ghosn a poursuivi et accéléré la transformation radicale commencée par
Louis Schweitzer de ce qui était encore la régie
Renault, emblème du modèle social français et de
son capitalisme d’État, bastion historique de la CGT
privatisé par étapes au cours des années 1990. « Il
ne faut pas désespérer Billancourt » (l’usine historique de Renault), clamait Jean-Paul Sartre, à en
croire la légende, en mai 1968. Un peu moins de
quarante ans plus tard, en 2006 et 2007, une vague
de suicides a secoué le Technocentre Renault de
Guyancourt. Selon les syndicats, elle n’était pas sans
lien avec des méthodes brutales de management.
Le choc chez Nissan a été encore plus violent.
En 1999, quand ­Carlos Ghosn, âgé de 45 ans, prend
la d
­ irection du constructeur japonais, les experts,
unanimes, estiment que sa mission de sauvetage
est vouée à l’échec. A fortiori pour un étranger
et pour un cost killer (« tueur de coûts ») qui débarque au Japon dans un costume rayé en portant
des lunettes de soleil. On lui conseille de louer
une maison à Tokyo plutôt que d’en acheter une.
Bob Lutz, le vice-président de General Motors,
déclare que « Renault ferait mieux de prendre
SPLENDEUR Avant d’être jeté en prison,
patron surpuissant et impopulaire. La rémunération de Carlos Ghosn chez Renault est un sujet
récurrent de controverse.
Carlos Ghosn n’est de toute façon pas vraiment
apprécié au ministère de l’Économie. Il ne prend
pas beaucoup de gants avec les ministres et les
BASCULEMENT À la tête de l’Alliance, il avait
hauts fonctionnaires, ni même avec les présidents
bâti un subtil équilibre d’intérêts. Dont la rupture
d’ailleurs. Il est arrogant et fatigué d’entendre des
politiques lui prodiguer depuis des décennies
en 2015 par Emmanuel Macron, ministre
des conseils douteux sur l’industrie automobile…
de l’Économie, a scellé sa chute
Voilà la trame de l’affaire dite des « droits
de vote double », une loi qui vise à consolider
un actionnariat de long terme stable dans les
entreprises françaises. Elle va permettre à l’État
5 milliards de dollars, les mettre dans une barge
de renforcer son contrôle de Renault. Quitte à
et la couler au milieu de l’océan ».
passer en force.
Éric Leser
Renault vient d’acheter 36,8 % de Nissan pour
Le 7 avril 2015, Emmanuel Macron téléphone à
5,4 milliards de dollars. Le constructeur japonais
Carlos Ghosn pour l’informer que l’État français,
a 35 milliards de dollars de dettes, des salariés
qui possède 15 % des actions Renault, vient d’en
employés à vie et une gamme de véhicules d’une
acheter 4,7 % supplémentaires pour 1,2 milliard
banalité à pleurer.
d’euros. L’échange est tendu. E
­ mmanuel Macron a
Dans une interview à la revue du cabinet
agi comme un banquier d’affaires lançant un raid
McKinsey, treize ans plus tard, Carlos Ghosn n’en
sur les marchés boursiers. Comme un apprenti
revenait toujours pas lui-même de ce qu’il avait
sorcier aussi. Il n’a prévenu personne chez R
­ enault,
alors accompli : « Je ne peux pas m’imaginer faire
et encore moins chez Nissan. Que cherche-t‑il ?
aujourd’hui ce que j’ai fait en 1999 quand je me suis
Monter à plus de 20 % du capital et imposer, lors de
levé pour leur dire : “Nous allons nous débarrasser
l’assemblée générale des actionnaires qui se tient
du système à l’ancienneté. Nous allons fermer des
deux semaines plus tard, les droits de vote double
usines. Nous allons réduire le personnel. Nous allons
à un conseil d’administration qui n’en veut pas.
défaire le système du keiretsu [liens consanguins
Carlos Ghosn craint la réaction de Nissan. Voir
entre grandes entreprises et fournisseurs].” »
l’État français changer soudain les règles du jeu de
Carlos Ghosn licencie 21 000 personnes, fait le
l’Alliance et se renforcer dans le capital du groupe
ménage dans les sous-traitants et investit massiverevient à valider toutes les craintes des Japonais. Et
ment dans le design des nouveaux modèles. Avec la
notamment celle de se voir imposer une fusion qui
berline Altima, le pick-up Titan et le SUV Murano,
entérine la d
­ omination française. Nissan détient
Nissan devient un acteur important du marché
seulement 15 % de Renault et ses actions n’ont
américain de l’automobile.
même pas de droit de vote, tandis
En 2004, l’empereur Akique Renault possède 43,4 % du
hito décore Carlos Ghosn de la
capital du japonais.
Carlos Ghosn a mis en garde
médaille au ruban bleu ; c’est
Sa direction
le premier chef d’entreprise
le ministre de l’Économie. Mais
autocratique
étranger à la recevoir depuis sa
Emmanuel Macron va moncréation en 1882. En 2005, Nistrer à Carlos Ghosn qui est le
a fait le succès
san dépasse Honda et devient
patron. Le 30 avril 2015, Renault
de l’Alliance,
le deuxième constructeur japoadopte le régime des droits de
nais. Les marges ont été multivote double. L’alliance Renaultet sa fragilité
pliées par dix et la capitalisation
Nissan est déstabilisée.
Le 3 septembre 2015, Hiroto
boursière par quinze. Bob Lutz
avoue s’être trompé et ne pas
Saikawa, alors directeur de la
avoir pris en compte « la personnalité, la vision,
compétitivité de Nissan, pas encore directeur géla ferme volonté et l’audace » de Carlos Ghosn.
néral – et accusateur public de Carlos Ghosn lors
Le « sauveur » de Nissan devient une star. Bade la conférence de presse du 19 novembre 2018
rack Obama lui ­demande en 2009 de venir au
ayant suivi son arrestation –, écrit dans une note
chevet de General Motors, que l’administration
au conseil d’administration de Renault : « La gouaméricaine vient de nationaliser pour lui éviter
vernance de Renault et en conséquence l’autonomie
la faillite. Bill Ford le contacte. Carlos Ghosn
du management de Renault, qui ont été la base de
refuse les propositions. Il préfère se consacrer
la confiance [dans] l’Alliance, seront sensiblement
à l’Alliance, l’œuvre de sa vie. Il la peaufine penaffectées. » Nissan menace de ne plus respecter les
dant quinze ans jusqu’à ce que la fiction d’un
accords dits « Rama » (Restated Alliance Master
attelage entre égaux vole en éclats en 2015. Le
Agreement), qui régissent les rapports entre les
acteurs de l’Alliance.
responsable ? Emmanuel Macron.
Une négociation s’engage. Les accords d’actionPASSAGE EN FORCE
naires sont revus. La France accepte de plafonner
ses droits de vote dans Renault à 18 % pour la pluDE L’ÉTAT
part des décisions non stratégiques. Elle s’engage
On sait aujourd’hui que Carlos Ghosn ne se remettra
à ne jamais s’opposer au conseil d’administration
pas de ce bras de fer perdu avec le futur président
de Nissan et aux assemblées générales, au nom
de la République en dépit d’un dernier succès, la
de la non-ingérence exigée par les Japonais. Tout
L’auteur
prise de contrôle en 2016 de Mitsubishi Motors. La
cela pour ça…
Éric Leser est
défiance des Japonais à son égard et envers l’alliance
Dans un rapport publié deux ans plus tard, la
journaliste, ancien
ne cessera de grandir. Ils finiront par trouver le
Cour des comptes démolira la stratégie d’Emmacorrespondant du
moyen de le mettre définitivement sur la touche.
nuel Macron : « Une opération réalisée sans inforMonde aux États-Unis
Au printemps 2015, Emmanuel Macron est
mation des dirigeants, ni du conseil d’administration,
et cofondateur du site
ministre de l’Économie depuis sept mois. Il entend
ni du partenaire Nissan » et « très mal perçue ».
d’information
affirmer son autorité, celle de Bercy et du corps de
Pour les cadres de Nissan, qui supportaient de
Slate.fr. Il est l’auteur
l’Inspection des ­finances dont il est issu, montrer
plus en plus mal le management autoritaire de
de Automobile, France
son expérience de « grand » banquier d’affaires
Carlos Ghosn et son avidité, c’est un tournant. Ils
d’en haut contre France
chez ­Rothschild & Cie et au passage, pourquoi
commencent dès lors à considérer qu’ils n’ont plus
d’en bas (éd. Eyrolles).
pas, faire un coup politique en s’en prenant à un
besoin de l’alliance et des Français. D’autant que,
l’ancien PDG de Renault-Nissan a été
un dirigeant aussi redouté qu’adulé
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
33
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Enquête
Onze jours avant
son arrestation
au Japon, Carlos
Ghosn était à
l’usine Renault
de Maubeuge
à l’occasion
de la visite du
président Macron
le 8 novembre.
Eliot Blondet/ABACA
depuis des années, la croissance des ventes de Nissan
est très supérieure à celle qui a cours chez Renault.
« Les anciens de Nissan n’étaient déjà pas ravis
que des intérêts étrangers aient plus à dire qu’euxmêmes sur la gestion de la société, souligne Takaki
Nakanishi, directeur du Nakanishi Research Institute de Tokyo et spécialiste de l’automobile.
Ils ont eu peur, de surcroît, que Nissan soit utilisé
pour servir l’intérêt des actionnaires français ou
les ambitions de Carlos Ghosn. » De façon plus
imagée, Glen S. Fukushima, ancien responsable
de la chambre de commerce américaine au Japon,
explique que Renault est devenu « la queue qui
mène le chien ».
ESPIONNAGE
ET PARANOÏA
« Ce qui vient de se passer [avec les accusations
portées contre Carlos Ghosn] est assez évident,
décrypte Richard Dasher, directeur de l’US-Asia
Technology Management Center de l’université ­Stanford, en Californie. Le consensus de
management japonais à l’ancienne a décidé de se
Carlos ghosn
en cinq dates
1996 Quitte Michelin
pour devenir directeur
général adjoint de Renault
1999 Prend la direction
de Nissan, partiellement
rachetée par Renault
2009 Cumule les
fonctions de PDG de
Renault et de Nissan
2016 Président de
Mitsubishi, désormais
contrôlé par Nissan
2018 Arrêté à la sortie
de son jet privé qui vient
d’atterrir au Japon
L’enquête conclut que les trois ingénieurs sont
innocents et que l’affaire a été montée de toutes
pièces par d’anciens barbouzes de Renault. Carlos
Ghosn fait porter le chapeau à son numéro deux,
Patrick Pélata, contraint à la démission.
La controverse sur la rémunération de Carlos
Ghosn à la tête du groupe Renault est un autre
révélateur. En mai 2016, il défie même directement l’assemblée générale des actionnaires, qui
avait – une première en France – voté contre la
rémunération demandée pour le PDG. Furieux,
il lance : « Ce n’est pas aux actionnaires de décider la rémunération du président ! C’est [le conseil
d’administration] qui juge si la façon dont le PDG
est payé est conforme à ses efforts, à son talent et
à la situation. »
La volonté insatiable d’enrichissement de
­Carlos Ghosn transparaît encore au travers d’une
révélation faite en 2017 par l’agence Reuters. Elle
dévoile un projet de montage financier permettant
« de verser des millions d’euros de bonus annuels à
Carlos Ghosn et à d’autres dirigeants via une société
de services créée spécialement pour l’occasion ».
Une société installée aux Pays-Bas, où se trouve le
siège de l’Alliance et où Carlos Ghosn est résident
fiscal depuis 2012… Renault, Nissan et Mitsubishi
­devaient transférer chaque année à cette société
un pourcentage (8 %) des synergies nouvelles
dégagées par l’Alliance. Les fonds versés sous la
forme de bonus devaient « encourager les dirigeants à poursuivre les opportunités de synergies ».
L’alliance entre Nissan, ­Mitsubishi et Renault
peut-elle survivre à Carlos Ghosn ? Comme
chaque société est restée indépendante et
qu’elles partagent des coûts et de la technologie, le système n’a de sens que si la coordination
est forte. C’est ce à quoi Ghosn s’employait. Il
avait toujours écarté l’idée d’une fusion et bien
mesuré les risques d’un tel scénario. Pour rendre
l’alliance « indétricotable », selon son propre mot,
il comptait sur la part grandissante des synergies
industrielles et technologiques.
Renault et Nissan ont ainsi mis en commun
leurs politiques d’achat de composants, ce qui a
permis de faire des milliards d’euros d’économies.
Les deux marques ont intégré leurs activités de
conception et de production. Les usines européennes de l’Alliance assemblent des modèles
des deux constructeurs sur les mêmes chaînes.
« Détricoter » coûterait cher. Mais cela reste
possible. L’allemand Daimler Benz a bien fini
par couper les ponts avec l’américain Chrysler
en 2007 après une fusion en 1998… Et la défiance
qui s’est installée aujourd’hui entre Nissan et
Renault sera difficile à surmonter.
­débarrasser d’une direction étrangère ­autocratique.
Hiroto Saikawa a beau déclarer que « l’alliance
Un groupe de cadres dirigeants a décidé de revenir
avec Renault n’est pas en danger », le doute s’est
installé. « Nissan estime avoir déjà plus que remà la façon dont les entreprises sont g­ érées traditionnellement au Japon. » Le coup de force de
boursé ce qu’il devait à Renault, tandis que Renault
l’État français leur en a monne veut pas perdre sa poule aux
tré la nécessité, la dérive de
œufs d’or, affirme Etsuo Abe,
Carlos Ghosn leur en a donné
chercheur à l’université Meiji
l’occasion.
de Tokyo, spécialiste du manaIl prend
Cette dérive avait comgement. Mais quand les choses
de haut les
mencé des années plus tôt,
deviennent chaotiques, la seule
comme l’illustrent plusieurs
solution est de divorcer. »
ministres
scandales en France. À comL’an dernier, Carlos Ghosn
et même les
avait senti que la situation
mencer par l’invraisemblable
pseudo-affaire d’espionnage
commençait à lui échapper. Le
présidents
de 2011. Le 23 janvier de cette
16 février 2018, lors de la présenannée-là, Carlos Ghosn accuse
tation des résultats de Renault
théâtralement, en direct dans
pour l’année 2017, il se disait bien
le journal de 20 heures de TF1, trois ingénieurs
conscient de la nécessité de prendre en compte « les
de Renault d’avoir vendu des secrets industriels
exigences des deux États » réunis dans l’Alliance :
à la Chine. Ils sont licenciés immédiatement. On
« L’État japonais est très attaché à l’avenir de Nissan,
découvre à cette occasion l’existence au sein du
et il pourrait rendre les choses difficiles s’il constatait
groupe Renault d’un puissant service de renseique les intérêts de cette entreprise étaient menacés »,
gnement et de sécurité et l’ampleur de la paranoïa
expliquait-il. Une vision prophétique. Mais, pour
de Carlos Ghosn.
lui, il était déjà trop tard. g
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
34
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Opinions & controverses
Les Français méritent-ils
la France ?
« Sois jeune
et tais-toi »
Par Michel Cicurel
C. LEBEDINSKY/REA
Le pessimisme
que représente notre
­fra n ç a i s e s t u n e
dette publique.
énigme. Il se situe au
On dit que la colère
niveau des pays les
française se nourrit
plus déshérités de la
du scandale des inéplanète. Comment cet
galités, alors que nous
esprit ombrageux a-t-il
sommes l’un des pays
pu se former ici ? Cocles plus égalitaires du
teau disait des Italiens
monde. Selon l’Insee,
qu’ils étaient des Franle rapport entre les
çais de bonne humeur,
revenus des 10 % les
et ceux-là évoquaient
plus riches et des 10 %
la furia francese. Se
les plus pauvres est
peut-il que les Frande 22 avant le passage
çais ne méritent pas la
Président fondateur du groupe
de l’État providence,
France, et qu’ils dénond’investissement La Maison
prélèvements et prescent la paille dans l’œil
tations sociales, ce qui
de leur patrie sans voir
est plutôt élevé, et de
la poutre dans le leur ?
5 à 6 après redistribuCar les reproches qu’adressent à la
tion, ce qui est bas en comparaison des
France nos concitoyens, si nombreux
pays de même niveau. La France est
à soutenir nos Gilets jaunes, sont
aussi l’un des pays où le taux de pauexactement l’inverse des critiques
vreté est le plus bas, même s’il demeure
qu’elle mériterait. Ce qui menace la
à un niveau douloureux (14 %).
France, c’est qu’elle vit au-dessus de ses
En revanche, ce qui pèche en
France, c’est que nous ne sommes
moyens, qu’elle donne généreusement
plus capables de porter durableà ses enfants ce qu’elle n’a pas, et n’est
ment cet État providence, car nous
plus en état de produire. La France est
championne du monde de la redistrine produisons pas assez. Nos déficits
jumeaux, extérieur et public, ne sont
bution et du prélèvement qui s’ensuit.
Les transferts sociaux (santé, vieilplus soutenables. Pour produire ce
lesse, chômage, logement, famille…)
que nous consommons, il nous faut
atteignent 800 milliards par an, soit
plus de travail et plus de capital. Or
le tiers de la création de richesses de
ces deux facteurs de production ont
la nation et près des deux tiers de la
été ravagés par la retraite à 60 ans,
dépense publique. C’est beaucoup
les trente-cinq heures, l’imposition
plus qu’aucun autre pays développé,
confiscatoire du capital.
ce qui conduit à un autre trophée de
Il ne s’agit pas de faire reproche aux
champion du monde, celui de l’impôt,
Gilets jaunes, dont les revendications
auquel on devrait ajouter l’impôt futur
sont celles des classes populaires qui
souffrent de la transformation du
monde. La mondialisation, et son
stade ultime qui est la digitalisation, ont formidablement profité au
consommateur français qui importe
ses vêtements, son électroménager,
son électronique, etc. à des prix exceptionnellement bas. Mais elle a meurtri
nombre de travailleurs bousculés par
les grands mouvements d’urbanisation et de modernisation. Cette France,
chassée des centres-villes par le prix
de l’immobilier, et des banlieues par
l’immigration, est désormais contrariée dans son refuge pavillonnaire
par le choc pétrolier et la contrainte
écologique. Il s’agit d’une part significative de la population française, fort
bien décrite depuis longtemps par le
géographe Christophe Guilluy, dont la
situation mérite considération et traitement. Mais il ne s’agit certainement
pas des trois quarts de nos concitoyens
qui soutiennent les Gilets jaunes, et
dont la mauvaise humeur pourrait
conduire à de mauvaises décisions.
Les populismes trouvent un magnifique terrain de jeu dans le pessimisme
latent des Français. Mais curieusement, ceux-ci n’ont jusqu’ici jamais
choisi délibérément les extrêmes
quand les autres Européens le faisaient
sans hésiter. Comme si la grogne française s’arrêtait là où elle pourrait briser
la France. Il y a beaucoup d’intelligence
politique dans notre pays, et peut-être
la bonne foi des débats lui permettra-telle de retrouver le bon sens. Ce serait
bien que la France conserve les Français qu’elle mérite. g
Par des représentants
de lycéens et
de parents d’élèves*
Inscrit dans leur chair,
pour Loris, Matteo, Anis et
beaucoup trop d’autres, le
souvenir d’être allés manifester lors des derniers mouvements lycéens risque de
durer. Stress post-traumatique, suivi psychiatrique,
points de suture… Certains
de nos enfants payent leur
expression démocratique
au prix fort. Et subissent
ensuite la double peine de se
voir exclus pour avoir voulu
manifester.
Depuis quelques mois, la
France est le théâtre d’affrontements très durs, qui
questionnent les conditions
du débat démocratique. Le
« monopole de la violence »
par l’État ne peut pas légitimer l’ordre de la force. Il
est là pour que personne ne
s’en serve.
À travers cet usage démesuré de la force, quel message
ce gouvernement veut-il
faire passer à la jeunesse ?
« Passe ton bac d’abord » ?
Cinquante ans après Mai-68,
le pouvoir n’a pas changé de
visage : « Sois jeune et taistoi. » Apprentis citoyens,
vous n’avez pas l’âge d’avoir
une opinion sur votre avenir.
Pourtant, les lycéens veulent
être entendus, par exemple
sur la réforme du lycée. Et
leurs parents exigent de
l’État la garantie des conditions d’exercice de ce droit
fondamental d’expression.
D’autant plus que le gouvernement dédaigne le dialogue
avec les représentants des
lycéens, comme avec tous
les corps intermédiaires.
Certes, des « éléments extérieurs » infiltrent les cortèges
pour casser. Mais, entre une
police armée comme pour la
guerre urbaine et des manifestants, dans leur immense
majorité, prodémocratie,
l’asymétrie est inacceptable.
Avec sa loi anticasseurs,
le gouvernement choisit
l’épreuve de force. Pour sortir de cette spirale malsaine,
nous aimerions suggérer au
gouvernement trois mesures :
l’interdiction immédiate du
LBD et des grenades dites
de « désencerclement » ; le
vote à 16 ans ; une réforme du
dialogue démocratique. Il est
temps de donner aux corps
intermédiaires toute leur
place dans la construction
des politiques publiques. g
* Louis Boyard, président de l’UNL
(blessé hier à Paris), Carla Dugault
et Rodrigo Arenas, coprésidente
et coprésident de la FCPE, Nathan
Le Potier, président de l’UNL-SD
Dupond et Dupond
Étrange
La semaine
d’Anne Sinclair spectacle qu’un
avocat sur scène.
Éric DupondMoretti, le
célèbre avocat
pénaliste,
se produit pour
un mois à Paris
au Théâtre de
la Madeleine.
La pièce,
ou plutôt le monologue,
s’appelle Éric DupondMoretti à la barre. C’est une
conversation entre Dupond
et Dupond. Dupond-M.
le prof de droit, convaincant,
déshabille son métier et
explique avec fougue la
difficulté de défendre et celle
de juger. Dupond-M. le citoyen
se déshabille lui-même,
raconte sa jeunesse et
disserte sur une société qu’il
trouve trop moralisatrice,
sur les hommes, les femmes,
les mœurs, les journalistes et
les réseaux sociaux. J’avoue
que j’ai été alternativement
séduite et gênée.
Séduite par son éloquence
efficace, sa présence qui
en impose, massive, bourrue,
à l’aise. Par son discours
puissant, sa voix qui porte
loin, sa franchise revendiquée.
Par le courage de ses propos
sur la défense, les coupables,
les criminels, les victimes.
Par son affirmation du droit
au blasphème ou son refus
de l’enfermement des fichés S.
Séduite aussi par le récit
de ses débuts comme avocat,
son éperdu désir de justice,
lui dont le grand-père a été
retrouvé assassiné sur une
voie de chemin de fer, sans
qu’on retrouve le meurtrier
ni même qu’on le recherche.
Désintérêt de classe,
à l’évidence.
Quant aux variations de
Dupond-Moretti sur la
vérité en justice, elles sont
passionnantes dans le contexte
actuel, et font réfléchir : « En
justice, le contraire de la vérité
n’est peut-être pas le mensonge,
mais une autre vérité »,
dit-il. Contrairement donc à
l’information ou à la politique,
il n’y a pas de fake news en
justice, et on admet qu’il y
ait des vérités qui coexistent.
Dérangeant, mais juste.
Conclusion provisoire :
pourquoi refuserait-on
à un homme de qualité de
s’épancher au théâtre, avec des
mots soigneusement choisis,
plus pudiquement qu’à la
télévision, où il est devenu
si banal de le faire ?
Mais j’ai été gênée aussi. Par
certains de ses arguments,
trop faciles. Facile de taper
sur les médias par les temps
qui courent, même si DupondMoretti a totalement raison sur
la présomption d’innocence
et le secret de l’instruction.
Tout au moins aurait-il dû
reconnaître sa fascination pour
le petit écran, qu’il ne boude
jamais, et surtout justifier
l’accord qu’il donna à une
chaîne d’information continue
de le suivre durant tout le
procès d’Abdelkader Merah.
Facile aussi de tourner en
ridicule le politiquement
correct. Et de faire rire à
bon marché sur la nouvelle
libération de la parole des
femmes. Oui, Maître, je vous
rassure, le comportement
maladroit du jeune homme qui,
pendant un slow (si tant est
qu’ils existent toujours dans
les soirées), essaie d’embrasser
sa cavalière, laquelle ne le
veut pas et refuse le baiser,
s’appelle toujours « se prendre
un râteau » et pas encore un
« délit ». Mais vous avouerez
que ce n’est pas exactement ce
dont on parle depuis seize mois
qu’a éclaté l’affaire Weinstein…
Et puis, même si je vous
accorde que le politiquement
correct va trop loin, vous
reconnaissez vous-même
que sont insupportables les
éructations de Dieudonné ou
de Zemmour. À chacun donc
finalement son curseur.
Enfin, il m’a paru un peu
indécent de lire sur scène
quelques lignes de votre
plaidoirie dans le procès
d’Abdelkader Merah.
Le drame d’une cour d’assises
se transpose mal dans trois
minutes de spectacle. De
manière tout aussi lapidaire,
on pourrait dire que la détresse
éprouvée par Latifa Ibn Ziaten,
par les familles Sandler et
Monsonego de Toulouse, paraît
plus incontestable que celle,
définitivement équivoque, de
la mère de Mohammed Merah
que vous avez brandie dans le
prétoire.
Un mot maintenant du
narcissisme assumé qu’il faut
pour se produire en spectacle :
est-ce lui qui m’a dérangée ?
Les ministres se font bien
animateurs de télé, pourquoi
serait-on troublé qu’un avocat
explique son métier en public
s’il est plus à l’aise avec la
parole qu’avec l’écriture
d’un livre ? C’est peut-être
simplement parce que la
justice pénale est une matière
grave. Il en allait hier de la vie
ou de la mort, aujourd’hui de
la liberté ou de la prison, et
de tout temps des chagrins,
des souffrances, de la matière
vivante nue. Si bien que son
client, accusé ou victime, est
en droit de se demander si
son avocat, qu’il aimerait voir
se donner corps et âme à sa
propre cause, ne cherche pas,
y compris à l’audience,
les applaudissements.
Une remarque pour finir : ce
spectacle est l’illustration
parfaite de l’individualisme
de nos sociétés. Nos opinions,
notre action sont le centre
de nos vies. Aucun ensemble
ne nous dépasse, ne nous
enveloppe. Seuls comptent
nos actes, nos privilèges,
nos droits, notre parole.
Le collectif a disparu.
Le citoyen plaide sa cause
tout seul face au monde.
Face à la salle. g
J.-F. Paga
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
35
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Opinions & controverses
Pour une Europe
sociale
Par dix organisations mutualistes*
L’Europe est suspendue aux élections
prévues en 2019. L’instant est idéal pour
réfléchir à ce que pourrait être l’Union
européenne demain, et, surtout, à ce que
nous, les mutualistes, voulons qu’elle
soit.
Nous croyons dans ses valeurs fondamentales et saluons l’acquis historique, sinon unique dans l’histoire des
hommes : la paix, l’avancée de la démocratie, de l’État de droit, le respect des
droits de l’homme, la liberté de circulation. Il reste remarquable que, sur ce
territoire, des langues et des cultures
plurielles réussissent à se parler, à faire
ensemble aujourd’hui, alors qu’elles se
sont fait la guerre hier.
Mais l’Europe a changé, et le monde
a changé. Les années de crise ne sont
toujours pas derrière nous. Elles laissent
leur empreinte : l’augmentation de la
pauvreté, des inégalités, le chômage,
notamment des jeunes. Parallèlement,
des transformations géopolitiques bousculent la capacité des Européens à faire
ensemble, qu’il s’agisse du réchauffement climatique, des flux migratoires,
du terrorisme ou encore du numérique.
Face à ces évolutions, l’Union ne
pourra pas répondre comme elle en a
pris l’habitude, à savoir en élargissant
le marché, en abattant les frontières,
en instaurant un grand espace de mouvement pour tous les Européens. Elle
ne pourra pas non plus se limiter à sa
« clientèle » habituelle, composée historiquement des entreprises, des étudiants
et des plus diplômés. Renforcer la cohésion économique, sociale et territoriale
est, selon les traités, l’un des principaux
objectifs de l’Union. Du chemin reste à
parcourir, au vu du nombre de citoyens
qui se sentent exclus du projet européen.
L’Europe doit, à nouveau, améliorer le
quotidien de tous ses habitants, protéger
l’environnement dans lequel ils vivent.
Elle doit porter de manière audible un
discours protecteur, pour regagner la
confiance des citoyens.
En vue des prochaines élections,
il est urgent de renouer avec un récit
européen, de l’incarner. L’enjeu, c’est de
pouvoir dire « nous, les Européens », et
non plus « eux, à Bruxelles », ou encore
« eux, les continentaux », comme on
a pu l’entendre au Royaume-Uni. Le
thème de la protection a été au cœur
des consultations citoyennes organisées
par la Commission européenne. On y a
beaucoup parlé d’Europe sociale, de la
« Pour regagner
la confiance
des citoyens,
il faut porter de
manière audible
un discours
protecteur »
santé, des solidarités, de l’environnement, du travail et de l’emploi. Or c’est
précisément sur ces points que l’Union
manque aujourd’hui de souffle, d’idées,
de volonté politique partagée.
Nous, les mutualistes, acteurs européens de la société civile et du progrès
social, croyons dans une mobilisation
citoyenne dans les 28 États membres,
à laquelle nous comptons contribuer
ces prochaines semaines. Le modèle
mutualiste est capable de fournir des
réponses aux crises économiques, sociales et démocratiques que l’Europe
traverse. Notre ambition est de ranimer
les idées qui ont sous-tendu la création
de l’Union, en plaçant l’avenir de la protection sociale en Europe au cœur des
débats politiques nationaux.
À notre échelle, nous voulons porter
une vision de l’Europe, juste, redistributive, respectueuse de l’humain et de
l’environnement. Nous voulons croire
que ce sont les valeurs de solidarité,
notre conception de l’organisation de
la vie en société, qui nous caractérisent.
Citoyens européens, ayons le courage
de défendre une certaine idée de la
construction européenne, sur l’ensemble
des sujets qui rongent aujourd’hui sa
légitimité. En d’autres termes, si nous
voulons la paix, cultivons la justice. g
* Mutualité française (France), Montepio
(Portugal), Fimiv (Italie), SVB (Autriche),
Solidaris, LCM-ANMC (Belgique), VDEK,
SVLFG, Knappschaft (Allemagne),
Association internationale de la mutualité
À la source
rouge vif
Source
d’autosatisfaction
– Quelle réussite,
ce lancement
de l’impôt à la
source !
Il n’y a presque
pas de bug.
– Ça représente
anne Roumanoff
quand même une
grosse surcharge
de travail
pour les agents des centres
des impôts. Ils sont harcelés
de questions de contribuables
qui ne comprennent rien.
Ils ont même prévu de se mettre
en grève.
– Il va y avoir une petite phase
d’adaptation mais selon les premières
remontées que nous avons, pour
l’instant, sur le terrain, ça se passe
plutôt bien.
– Pour l’instant…
Source d’incompréhension
– Madame, je ne comprends rien.
Ça veut dire quoi, taux personnalisé ?
– Le taux personnalisé, c’est quand
le même taux est appliqué à tous
les membres du foyer. Ce taux a
été calculé en fonction de votre
déclaration 2018 sur les revenus 2017.
– Mais c’est quoi la différence
entre le taux individualisé et le taux
personnalisé ?
L’avocate
des « déglingués »
C
e n’est pas vraiment une autobiographie. Même si l’on y apprend que
l’auteure vénère les animaux, a tout
sacrifié à son métier, se revendique laïque en
dépit d’une mère juive et, que de l’incarcération de son père avocat, elle a fait une force.
« Je suis comme je suis. Je plaide comme je
parle » : le livre que Françoise Cotta a écrit
« plus pour conjurer la maladie [un cancer]
que pour essayer de transmettre quoi que ce
soit » est au diapason de
sa personnalité, cash et
anticonformiste.
Trente-huit ans de
barreau, 950 plaidoiries
aux assises – « et je crois
n’avoir vu condamner
qu’un seul innocent »,
indique-t‑elle. Violeurs, mères infanticides… Me Cotta reconnaît un faible pour les
« déglingués » de la vie
La Robe noire
parce que l’exploration
Françoise Cotta, Fayard,
340 p., 20 euros.
de leur part d’humanité est la base de son
engagement. « C’est
la vie d’un individu
qui explique le passage à l’acte », résumet‑elle. Dans ce qui s’apparente finalement
à un plaidoyer pour une justice « à qui on
demande trop », Françoise Cotta n’épargne
personne. Pas plus ses confrères – « l’avocat
était un personnage m
­ ythique, il est devenu
une marchandise médiatisée » – que les juges
et les journalistes : « Ces métiers ne souffrent
pas la médiocrité. » Retirée à 67 ans dans
sa maison des montagnes niçoises qu’elle
a ouverte aux migrants, Françoise Cotta
enfilera-t‑elle à nouveau la robe noire ? « S’il
­refaisait surface, j’aimerais défendre Xavier
Dupont de Ligonnès. Avec lui, on a atteint le
summum de l’incompréhension… » g
Stéphane Joahny
La fin de l’Occident
– Le taux individualisé,
ça permet aux couples de répartir
la charge de leur impôt.
Chaque membre du couple
a un taux différent en fonction
de ses revenus.
– Moi je vis seule.
– Sinon vous pouvez opter pour
le taux neutre ou non personnalisé.
C’est si vous avez des revenus
annexes à votre salaire et que vous ne
souhaitez pas que votre employeur
ait connaissance du taux retenu par
l’administration.
– Oh là là, c’est compliqué ! J’hésite…
– Pas besoin d’hésiter, on a décidé
pour vous. Le taux retenu par
l’administration fiscale vous a été
communiqué via l’avis d’imposition
que vous avez reçu au mois de juillet.
– Je ne peux plus changer ?
– Vous pouvez nous avertir
de changements survenus dans
votre situation personnelle,
et l’administration décidera si
elle modifie ou pas votre taux
d’imposition. Pour cela, il suffit
de vous rendre dans votre espace
personnel sur le site Impots.gouv.fr,
rubrique « Gérer mon prélèvement
à la source ».
– Mais pour changer mon taux
d’imposition, je fais comment ?
– Vous ne pouvez pas changer
votre taux d’imposition, madame,
c’est pas à la carte, non plus ! Si vous
voulez payer moins, il faut gagner
moins.
– Bon. Je ne suis pas sûre d’avoir tout
compris, mais merci.
– Vous savez, avec les impôts, il n’y a
rien à comprendre, madame, il faut
juste payer.
Source d’étonnement
– Monsieur, « nuit blanche », je sais
ce que c’est, mais « année blanche »,
c’est quoi ?
– En 2018, vous avez payé des impôts
sur vos revenus de 2017, d’accord ?
– Ouais.
– En 2019, an I du prélèvement à
la source, on va vous prélever des
impôts sur vos revenus de 2019,
donc 2018 est une année blanche.
– C’est compliqué, la simplification.
Alors en fait, je ne vais pas payer
d’impôt sur l’année 2018 ?
– Voilà ! Sauf si vous avez perçu des
revenus exceptionnels ou différés
en 2018, votre impôt 2018 sera effacé
par un crédit d’impôt spécifique
appelé CIMR (crédit d’impôt pour
la modernisation du recouvrement)…
– Vous allez me filer du blé ? Sérieux ?
Quand ?
– On va vous verser de l’argent dans
un premier temps, effectivement ;
mais, ne vous inquiétez pas, on va
très vite vous le reprendre par la
suite.
– Ça m’étonnait, aussi. g
E
t si l’on n’avait pas à choisir entre
Trump et Poutine ? Entre des ÉtatsUnis toujours impériaux, ne s­ erait-ce
que dans la méthode, et la Russie, dont la
stratégie antieuropéenne ne fait guère de
doute ? Pour Pascal Boniface, le maître du
Kremlin restera hostile à l’unité ­européenne
tant qu’il la percevra comme un outil au
service d’une politique d’endiguement
et d’humiliation décidée et continuellement ­a ppuyée par
­Washington.
D’où la nécessité,
selon lui, de redevenir plus autonomes,
plus ouverts sur
le reste du monde,
moins ­o ccidentaux,
en somme, surtout
Requiem pour
lorsque ­l ’Occident
le monde occidental
semble, à tort, engloPascal Boniface, Eyrolles,
160 p., 16 euros.
ber la communauté
internationale tout entière. Sévère, il évoque
le « ­somnambulisme
­stratégique  » des Européens, comme s’il
­fallait se réveiller et oser ­devenir lucides
pour se réinventer. Vaste programme, auraient dit de Gaulle ou Mitterrand. Ces deuxlà semblent servir de boussoles à Boniface
pour ne pas se perdre dans les méandres
du monde. g
François Clemenceau
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
36
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Lire
L
’amitié. Ils n’auraient pas dû être amis. Paul est
un industriel à la retraite, d’une
soixantaine d’années. Ils se sont
rencontrés en 2016, lors d’une
réunion de levée de fonds en vue
de la primaire de la droite et du
centre. Un coup de foudre amical. Quand Bruno Le Maire a été
battu, Paul est resté auprès de lui.
Paul est aujourd’hui atteint d’une
tumeur au cerveau. Il va mourir, il
est mort. Bruno Le Maire consacre
à leur amitié de deux ans un émouvant récit. Le temps est son sujet.
Les deux hommes se retrouvent à
habiter un espace-temps différent
quand Paul tombe malade. L’ancien
cadre dirigeant, si actif naguère,
passe ses journées paralysé sur un
lit d’hôpital. Le ministre de l’Économie, pris par ses fonctions, n’arrête pas de courir d’une réunion à
l’autre. L’un aimerait remettre le
temps en marche ; l’autre aimerait
arrêter la marche du temps.
L’amour. Elle était lunatique,
exigeante, généreuse. Elle était
­altruiste, sans être moralisatrice.
Gene a perdu Maida. Ils ont été
mariés pendant près de cinquante
ans. Leur vie commune défile
comme sur un drap blanc. La première rencontre ; le mariage lors
Bruno Le Maire
et Katharine Dion.
TERRI LOEWENTHAL/
Lewis Joly pour le JDD
La vie
après
la mort
Deuil Le ministre de
l’Économie, Bruno Le Maire,
et la romancière américaine
Katharine Dion parlent
de la perte. Le premier en
amitié, la seconde en amour
L’autre est
à jamais
une chance,
un apport, une
consolation
d’un printemps froid de 1955 ; les
vacances près du lac avec leurs meilleurs amis, Ed et ­Gayle ­Donnelly ; la
naissance des enfants. A-t-elle été
heureuse ? A‑t-elle été suffisamment
heureuse ? « Pas sa vie extérieure,
mais sa vie dans la vie. » Maida est
morte soudainement durant le mois
de juin. La fille (Dary) et la petitefille (Annie) ont fait le voyage, depuis
la Californie, pour être présentes
lors de la cérémonie des adieux à la
fin de l’été. Gene Ashe aurait aimé
écrire une oraison de seulement cinq
petits mots : « Quelque chose a été
perdu. » Il a toujours craint d’être
seul. Il est seul.
Les enfants sont omniprésents,
bousculant les lignes agencées. Le
ministre de l’Économie laisse ses
enfants dans la voiture lorsqu’il
rend visite à Paul à l’hôpital.
Ils sont ceux pour qui la mort
n’existe pas encore ; ils sont ceux
qui l’obligent à revenir à la vie
simple. La politique n’attend pas,
les enfants n’attendent pas, la mort
n’attend pas. Comment trouver des
heures libres pour un ami mourant ? Quelle hiérarchie établir
entre vie publique et vie privée ?
Que faire de son impuissance face
à la maladie ? Gene a des rapports
continuellement tendus avec Dary.
Sa fille est trop tourmentée et vindicative pour lui. Durant la cérémonie des adieux, Dary déroule
son discours : « ­Aujourd’hui, nous
Paul, une amitié
bruno le maire,
Gallimard, 160 pages, 15 euros.
Après Maida
Katharine Dion, trad. Juliane Nivelt,
Gallmeister, 270 pages, 22 euros.
avons beaucoup entendu parler de
Maida l’épouse, la mère et l’amie.
Mais la question qui me hante
depuis sa mort, c’est : qui était
Maida quand elle ne s’occupait
de personne ? » La fille ne mentionne pas une seule fois le père
lors de sa tirade sur Maida. Gene
semble un homme sans histoires,
aux rêves ordinaires. Il est né
en 1931 dans une petite ville du
New ­Hampshire, il a été gérant
d’un magasin de chaussures. On
va découvrir qu’il connaît mieux
sa fille qu’elle ne le connaît, lui.
Pourquoi s’aime-t-on ? Les sentiments se situent bien au-delà
des divergences. Dary élève seule
Annie. Elle ne souhaite pas vivre au
sein d’une famille conventionnelle.
Gene craint que Dary confonde
bonheur et indépendance. Dary lui
explique qu’elle ne veut pas devenir
celle qu’il veut qu’elle soit. Le père
est profondément meurtri par les
propos de sa fille. Il n’y a que le
mensonge qui blesse. Sa douleur
­aimerait cisailler le silence. « Voilà
un sentiment qu’il avait éprouvé
toute sa vie, plus profond qu’un
simple concept : quoi que Dary fasse,
il ne cesserait jamais de l’aimer – peu
importe le nombre de fois où elle se
transformerait, son amour s’adapterait pour la suivre. C’était cela,
être parent : accepter de ne pas avoir
de contrôle sur son amour. Aimer,
même quand la sympathie venait à
manquer. » Dans la chambre d’hôpital, ils se parlent. Les deux hommes
divergent sur beaucoup de sujets,
dont la foi et la musique, mais rien
ne vient entamer la solidité de leur
lien d’amitié. Paul nous apprend la
beauté de la vie imparfaite. « Paul
me montrait que la vie pouvait être
vécue différemment, avec plus de
recul, avec plus d’erreurs, avec plus
de distance. »
Les gestes. Elle le ramenait à la
vie, à sa vie, à leur vie. Quand Gene
se perdait dans un flot de pensées
le faisant dériver de plus en plus
loin de la réalité des choses, il suffisait d’un geste de Maida pour le
ramener sur une terre en paix.
Elle lui prenait la main, elle lui
ébouriffait les cheveux et alors
une douceur se déposait en lui.
Les choses se passent, parfois,
en dessous ou au-delà des mots.
Quand Bruno Le Maire rend visite
à Paul à l’hôpital, il pose aussi sa
main sur la sienne. La main de Paul
est plus grande que celle de Bruno
Le Maire. Le narrateur nous le
­signifie comme pour nous indiquer
qu’il y a transfusion de vitalité du
malade vers le bien portant. L’un
est fort, l’autre est fragile. Bruno
Les morts
apprennent
aux vivants
la pérennité
du lien entre
les êtres
Le Maire évoque ses larmes. Les
larmes témoignent du droit à
s’abandonner à la ­douleur, quand
on se tient droit le reste du temps.
La romancière américaine
­Katharine Dion a composé un
roman subtil à la beauté froissée. Un
homme âgé comprend qu’il a encore
des choses à apprendre sur lui, sur
les autres, sur la vie au moment où
il pense avoir tout perdu. Il doit seulement s’ouvrir au non-sens de la
nature humaine. Le couple d’amis,
rencontré à l’université, complexifie
l’histoire. Chaque couple se lit dans
le miroir inversé de l’autre couple.
Le ministre de l’Économie a écrit
un récit tendu, brisé par des rais de
lumière. Paul sait qu’il va mourir,
Paul croit qu’il va vivre. Les deux
hommes de pouvoir, habitués à
vaincre les obstacles, doivent s’incliner devant la progression de
la maladie. Ils le font ensemble.
L’action (le monde chronométré
de la politique) et la réflexion (le
monde chaotique ouvert par la
mort) entrent en lutte. Dans les
deux textes, les vies et les univers
s’enrichissent les unes les autres.
Une idée fausse. Depuis la mort
de son père, perdu tôt, Gene sait
combien les années n’apaisent pas
la souffrance. Le chagrin épouse la
forme d’un cercle. Chaque perte
renvoie à une perte. Gene se sent,
avec l’âge, plus vulnérable. « Parce
que le corps n’avait qu’un espace
­limité pour accueillir toutes les
morts qu’il lui fallait absorber afin de
continuer à vivre. » Une autre idée
fausse. L’amitié de Bruno Le Maire
pour Paul n’obéit à aucun code. Ils
ne sont pas de la même génération,
ils ne partagent pas forcément les
mêmes goûts, ils ont forgé une
relation inaltérable en peu de
temps. Dans les deux œuvres, la
rencontre est célébrée. Qu’il soit
vivant ou qu’il soit mort, l’autre est
à jamais une chance, un apport, une
consolation. La seule, la dernière.
Les morts apprennent aux vivants
la pérennité du lien entre les êtres.
Leur absence sans forme sera une
autre forme de p
­ résence.
Car quand un mort est-il mort ?
Dans la chambre d’hôpital, Paul se
confie à Bruno Le Maire. Ce qu’il
aimerait le plus au monde, c’est
nager dans les vagues avec son petitfils. Paul murmure : « Cet été, aller
dans les vagues. » Marcher dans la
montagne basque, se baigner sur la
côte normande, humer la beauté du
monde. Paul aimerait un autre été,
un dernier, qui ne lui sera pas offert.
Bruno Le Maire a écrit un récit de
grâce rendue et de bonté terrestre.
Gene a vécu, toute une partie de sa
vie, avec deux pères. Il se retrouve
aujourd’hui avec deux femmes : la
vivante et la morte. Dès leur jeunesse, le couple a passé des vacances
heureuses dans la propriété familiale des Donnelly. Maida pouvait
nager durant des heures dans le lac,
en direction de la rive opposée, ses
bras fendant l’eau avec délicatesse.
Gene était incapable de nager à son
rythme et son angoisse atteignait
alors un paroxysme. Gene restait sur
la plage à attendre Maida. On s’en
souvient. Il n’avait d’autre choix que
de rester sur terre et de la regarder
s’éloigner au loin. g
Marie-Laure Delorme
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
dimanche 3 février 2019
37
le journal du dimanche
Lire
La fuite en Alsace
B
portrait d’un vieil
ien sûr, il y a
homme ­d ésabusé
l’histoire, et
collectionneur de
elle n’est pas
boîtes à musique –
banale, lentement
angoissante, en
lui a dit que le jeune
route pour le drame,
et beau Samuel, déjà
peut‑être la tragédie,
alcoolique, fourgueur
mais imprévisible,
Bernard Pivot
d’objets probable‑
aussi surprenante
ment volés, bientôt
de l’académie Goncourt
ébéniste spécialisé
pour les lecteurs que
dans l’art de faire
pour les victimes de
vieillir les meubles
ce roman sombre,
presque noir, pourquoi presque ?
neufs, lui a dit qu’elle devrait se
Bien sûr, il y a l’histoire, et elle
défier de lui, elle ne l’a évidem‑
paraît être une banale affaire de
ment pas écouté. Elle était fol‑
famille, quelque chose d’assez
lement amoureuse. « C’était un
classique – une femme élève
cadeau cet homme, il était d’une
seule ses deux filles –, mais on
douceur extrême, le contraste
se méfie parce qu’on sait qu’avec
entre la douceur des hommes et
Véronique Ovaldé les familles
leur visible puissance physique
sont piégeuses et les femmes
est un miracle. » La vie était belle
éprises de liberté.
et prometteuse. À 18 ans, Gloria
Bien sûr, il y a l’histoire, et on
hériterait de son père. Et l’avo‑
se surprend, le livre achevé, à en
cat corse à qui il avait confié ses
relire le début pour constater
intérêts était un type épatant.
qu’on était déjà dans le dur, l’ir‑
Et si Tonton Gio s’était
trompé ? Stella est née et le
rémédiable, et qu’on partait sans
retour possible, sans regrets, et
couple va très bien. « Je sais, je
sais, se disait-elle, je sais tout ce
même sans remords, mais ça, on
ne pouvait pas encore le savoir.
qu’est Samuel, mais je l’adore, ce
Car Gloria, la mère, a pris
type est une merveille. » Peutl’essentiel, bourré et bouclé
être Stella est-elle plus perspi‑
cace que sa mère ? Un jour, elle
une énorme valise, téléphoné
au collège et à l’école pour
lui a dit : « Tu n’as pas remarqué
qu’on libère Stella, la grande,
qu’on nous demande de toujours
sourire pour ne pas effrayer les
hommes ? » Et de conseiller à
Gloria « de ne plus sourire au
monde entier comme une désespérée ». C’est la vie qui un jour
ne lui sourira plus. Alors elle
révélera sa vraie nature.
Bien sûr, il y a l’histoire, mais
il y a surtout la construction
du livre et son écriture. Admi‑
rables l’une et l’autre. Véronique
Ovaldé lâche des mots comme
des appâts : revolver… suicide…
incendie… disparition…, et c’est
un peu plus tard, après avoir
intrigué le lecteur, que chacun
de ces mots est justifié par l’épi‑
sode suivant. Romancière douée
et Loulou, la petite – sous pré‑
et rouée, elle partage avec son
texte d’un incident familial –, et
héroïne une sorte de maîtrise,
hop ! en voiture. Adieu, Valle‑
l’une du suspens, l’autre des len‑
nargues et son cabanon en face
demains qui déchantent.
de la mer, adieu, le Sud. Mais
Véronique Ovaldé a surtout
Gloria se garde bien de dire tout
une technique très originale de
de suite à ses deux filles qu’elles
mêler les dialogues au mono‑
logue intérieur ou au récit, de
ne reverront plus leurs copines,
qu’elles ne pourront même pas
sorte que l’écriture, débarrassée
leur téléphoner. Ce voyage est
de ses scories habituelles, est à la
une fuite et la maison dans la
fois fluide et percutante (en dépit
forêt de Kayserheim, en Alsace,
de parenthèses parfois inutiles).
restera une adresse secrète.
Gloria est petite et elle a de
À partir de là, Véronique
gros seins qu’elle déteste. Elle
Ovaldé consacre un chapitre
est d’autant plus redoutable
sur deux à la vie de la famille
qu’elle n’a pas le physique qui
Marcaggi en Alsace, l’autre à
va avec son sang-froid. Encore
l’histoire de Gloria et des événe‑
une ruse des deux femmes. g
ments qui l’ont amenée à aban‑
donner brutalement sa maison
et son passé.
À l’âge de 17 ans, Gloria s’est
retrouvée seule. Onze ans aupa‑
ravant, sa mère avait déguerpi
avec un dentiste qui ne s’intéres‑
sait pas qu’à ses canines. Quant
à son père, il venait de mourir.
Elle a interrompu ses études et
demandé à un ami de son père,
Tonton Gio, de l’engager comme
serveuse dans son café appelé
curieusement La Traînée. Elle
Personne n’a peur des gens qui sourient
continue de s’y forger un carac‑
Véronique Ovaldé, Flammarion,
272 pages, 19 euros.
tère fier, volontaire, indocile.
Quand Tonton Gio – superbe
« Tu n’as pas
remarqué qu’on
nous demande
de toujours
sourire pour ne
pas effrayer
les hommes ? »
Les repas
de Hitler
Survivre Un premier roman
de Rosella Postorino inspiré de
Margot Woelk, qui goûtait tous
les plats du Führer de crainte
d’un empoisonnement
« On l’appelait “ Wolfsschanze ”, la
“ Tanière du Loup ”. » Affaibli par
de récents revers militaires, Hitler
­rejoint à l’automne 1943 son quar‑
tier général de Prusse-Orientale et
vit reclus, miné par la crainte d’être
assassiné. « “ Le Loup ” était son
surnom. Aussi ingénue que le Petit
Chaperon rouge, j’avais atterri dans
son ventre. » Comme une dizaine
d’autres jeunes femmes des villages
alentour, Rosa Sauer est enrôlée de
force pour servir le Führer. Sa mis‑
sion ? Goûter chacun des plats qui
seront ensuite servis à Hitler, pour
prévenir toute tentative d’empoi‑
sonnement. Entre les murs blancs
du réfectoire, sous le regard des SS
chargés de leur surveillance, cha‑
cune s’exécute, la peur au ventre
à l’idée que la prochaine bouchée
soit la dernière.
La proximité forcée fait naître
une complicité naturelle entre ces
femmes, qui jugent d’abord Rosa
d’un œil hostile – elle, la Berlinoise
trop coquette pour Gross Partsch –
avant de l’accepter comme l’une
des leurs. « Les semaines passèrent
et notre méfiance à l’égard de la
nourriture faiblit, comme devant
un homme qui vous fait la cour et
à qui vous autorisez une intimité
croissante. » Si la faim s’atténue,
les corps depuis trop longtemps
esseulés ont soif de vivre, et des
Hitler au restaurant Osteria Bavaria à Munich (photo non datée). roger-viollet
intrigues se nouent entre cobayes
et geôliers. Inconsolable depuis que
son mari a été porté disparu, Rosa
se retrouve bientôt confrontée à
l’intérêt croissant d’un lieutenant
SS, dont la silhouette se découpe
avec une inquiétante régularité sous
sa fenêtre, à la nuit tombée.
Entre instinct égoïste
de survie et compassion
Explorant un pan méconnu de
la ­Seconde Guerre mondiale, ce
roman, couronné en Italie par le
prix Campiello et son jury popu‑
laire de 300 lecteurs, éclaire d’un
jour nouveau le rôle de citoyens
allemands acquis ou non à l’idéal
national-socialiste, loin des lignes
de front, malgré tout engagés dans
un affrontement qui les dépasse.
Inspirée par le témoignage de
­Margot Woelk, dernière goûteuse
de Hitler alors en vie, l’auteure
rend de manière saisissante
le conflit intérieur auquel ces
femmes doivent faire face, ­forcées
de partager les repas de Hitler
alors que leurs proches meurent
de faim. Tiraillées entre l’instinct
égoïste de survie et la compassion
éprouvée pour leurs sœurs d’in‑
fortune, elles suscitent l’empathie
et une compréhension immédiate
de leurs choix, de leurs erreurs
et de toutes les petites lâchetés
qui, en temps de guerre, peuvent
condamner avec l’arbitraire le
plus implacable. Nul doute que
les voix de Rosa, Elfriede, Leni,
Augustine, Heike et les autres
résonneront en vous longtemps
après avoir tourné la dernière
page de cet envoûtant récit. g
Laëtitia Favro
La goûteuse d’Hitler
Rosella Postorino, trad. Dominique Vittoz,
Albin Michel, 400 pages, 22 euros.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
38
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Plaisirs
La survivante
légende Une
nouvelle autobiographie
de Tina Turner
sort mercredi en France
Confessions La star
américaine revient sur
les coups encaissés, de la
perte de ses cheveux au
suicide de son fils aîné
L
e 26 novembre,
elle fêtera ses 80 ans. Pourtant,
il y a peu encore, la perspective
de nouvelles bougies à souffler
semblait impossible pour l’inoubliable interprète de Proud Mary
et de What’s Love Got to Do with
It. Depuis qu’elle s’est retirée de la
scène en 2009, la star à la retraite
a vu les problèmes se bousculer :
un AVC, un cancer de l’intestin,
une greffe de rein. Alors qu’elle
se résigne à en finir par euthanasie assistée en Suisse, c’est son
fils Craig qui se donne la mort le
3 juillet dernier. Recluse depuis
à Zurich, Tina Turner s’est résolue à tout raconter d’une existence
en forme de résilience, les coups
reçus qui ont forgé cette voix brisée et pourtant d’une puissance
inégalée. « Vous pensez connaître
mon histoire. Laissez-moi vous la
raconter », prévient la lionne sur
la couverture de sa nouvelle autobiographie, que nous avons pu
découvrir en exclusivité.
L’amour plutôt
que le sexe
« Je n’ai jamais eu besoin de faire
l’amour à tout prix. Il m’est même
arrivé de me passer de sexe pendant
une année entière », confie l’icône
sexy des eighties avec sa minijupe
en cuir, ses talons aiguilles et son
rouge à lèvres vif. À 46 ans, la mère
de famille divorcée rencontre enfin
l’homme de sa vie : Erwin Bach, un
jeune cadre de sa maison de disques,
logeant dans un deux-pièces en banlieue de Cologne. Après une cérémonie au Chateau Algonquin, près de
Zurich (une haie de 140 000 roses,
Oprah Winfrey en guest star et
Bryan Adams à la mandoline), le
métier glose sur le nouveau fiancé de
la chanteuse, de seize ans son cadet.
Vingt-huit ans après leur rencontre,
Tina Turner a décidé de dire « oui »
une deuxième fois, à 73 ans, et se
fait désormais appeler Mme Bach.
Son homme, elle l’a vraiment dans
la peau : pour leurs cinq années de
mariage, il lui a offert un rein qui l’a
ramenée à la vie.
Fausse crinière
La vie ne tient qu’à un fil. Et dans
le cas de Tina Turner, c’est un cheveu ! Au début des années 1960, un
accident de décoloration sacrifie
sa crinière originelle. Depuis, c’est
postiche sur postiche. « À force de
les sculpter et de les peigner, je me
suis retrouvée avec les plus belles
perruques du showbiz », confie
Anna Mae Bullock (pour l’état
civil), qui redoute d’affronter son
crâne nu devant le miroir. « J’avais
beau adorer la beauté qu’elles me
conféraient sans effort, je risquais
toujours de rencontrer un homme
qui soulèverait une objection, lésé
d’être sorti avec Tina aux cheveux
bouffants et aux parures glamour
pour se réveiller auprès d’Anna Mae,
beaucoup plus banale. » Alors, T.T.
compense. Au début de son idylle
avec Erwin, l’« acheteuse de classe
internationale » débarque avec dix
valises Vuitton dans son minuscule
logis. La star devra les entreposer au
sous-sol, près de la laverie collective, à la grande surprise des voisins
croisant la star en train de farfouiller dans ses affaires au moment de
la lessive.
Son nom, une marque
déposée par son mari
En 1984, Mark Knopfler de Dire
Straits lui offre avec Private D
­ ancer
le tube du revival, « un morceau
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
39
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Musique
bridgemanimages.com
une feuille morte, mais vous, vous
survivrez et vous irez de l’avant. »
Les cartes n’ont pas menti.
Jagger et Bowie
Au premier, dont elle admirait la chevelure (« Oui, et ce sont les miens »,
se vantait l’espiègle Mick Jagger),
elle a appris à danser. « On l’avait
vu se déhancher avec son tambourin,
encore un peu gauche. […] Avec les
filles, on l’a inclus dans notre groupe
pour lui apprendre le “poney”. Mick
a vite pigé le truc, même s’il avait du
mal sur certains pas. […] Pour autant,
nous n’avons jamais été remerciées
pour son nouveau jeu de jambes.
Il aime raconter que sa mère lui a
­appris à danser. Mais on ne me la fait
pas… » Le second, quant à lui, l’aide
à se ­relancer en 1983 en citant Tina
Turner comme étant sa chanteuse
préférée lors d’un rendez-vous avec
sa maison de disques. Après une nuit
à faire le bœuf au Ritz avec Keith
Richards et Ron Wood des Rolling
Stones, le lien sera indéfectible.
Et si le doute n’a jamais vraiment été
levé avec ­Jagger, concernant Bowie,
elle est catégorique : « Contrairement aux rumeurs – au risque de
décevoir –, nous n’avons jamais
couché ensemble. David était différent des autres rockers. Un véritable
gentleman. »
Mère inconsolable
sur la prostitution ». « Je ne suis
jamais arrivée à ce stade, mais […]
les moments où j’avais cédé à Ike, où
je m’étais tue pour éviter la dispute,
où j’étais restée avec lui alors que je
voulais partir, voilà à quoi je pensais
en interprétant cette chanson : à la
tristesse de devoir, jour après jour,
faire ce qu’on refusait. » En 1976, à
l’âge de 37 ans, Tina Turner avait
enfin repris sa vie en main. Après
une tentative de suicide, elle avait
décidé de couper définitivement
les ponts avec son mari Ike Turner,
qui lui a donné son nom de scène
parce qu’il se savait assis sur une
« mine d’or » (« Mon million de
dollars », aimait-il appeler Tina).
N’ayant rien trouvé de mieux qu’un
bordel pour leur nuit de noces, le
musicien en a fait voir de toutes les
couleurs à sa jeune épouse : les maîtresses, la cocaïne, le studio d’enregistrement dans le salon et les yeux
au beurre noir avant de monter sur
scène. Elle n’a que quelques centimes en poche quand elle s’enfuit
de leur chambre d’hôtel : elle n’a
jamais perçu aucune rémunération
pour ses prestations à ses côtés.
Lors du divorce, elle récupérera
son bien le plus précieux : son nom,
qu’Ike Turner avait déposé comme
une marque commerciale. En 1966,
une voyante anglaise lui avait prédit : « Vous compterez parmi les
plus grandes stars. Parmi vos partenaires, quelqu’un tombera telle
Le 3 juillet 2018, Tina Turner
s’apprête à fêter son cinquième
anniversaire de mariage quand son
mari consulte ses messages. Erwin
s’isole et revient, bouleversé. Il vient
d’apprendre que Craig, le fils aîné de
Tina, né en 1958 d’une relation avec le
musicien R
­ aymond Hill, s’est donné
la mort : une balle tirée avec l’arme
qu’il avait héritée de la mère de Tina,
cette femme dont la chanteuse s’était
toujours sentie rejetée. Tina Turner a
refait le film, revoyant son garçon de
2 ans coupé de sa mère qu’il appelait
« chérie », « forcé par Ike d’aller dans
sa chambre » quand ils rentraient de
tournée. Un sentiment d’abandon
qu’il n’aura apparemment jamais
surmonté. « Je crois qu’il a gardé
ces souvenirs toute sa vie. […] Je suis
sûre que dans son esprit d’enfant, il
n’avait pas de mots pour expliquer à
quel point il lui fallait sa maman. »
Après les funérailles, Tina Turner est
allée répandre ses cendres en mer au
large de la Californie. « Je sais que je
m’en sortirai encore, d’une façon ou
d’une autre. Je suis quelqu’un de fort.
[…] Mais ce que je voudrais vraiment,
c’est entendre mon fils m’appeler
encore “chérie”. » g
Ludovic Perrin
Tina Turner, Autobiographie
(éditions Harper Collins).
En librairie le 6 février
Eddy de Pretto
« un batteur, moi et mon iPod »
Prix Il sera l’un des favoris
de la 34e édition des Victoires
de la musique, qui se tiendra
vendredi à La Seine musicale
interview
Déjà présent l’année dernière dans
la catégorie Révélation, Eddy de
Pretto, 27 ans, cumule cette année
trois nominations (meilleur album
de musique urbaine, meilleur artiste masculin, meilleur concert)
pour son remarquable premier
album, Cure, écoulé à plus de
250 000 exemplaires. Interview
cash d’un artiste qui trace sa route.
Vous êtes nommé dans trois
catégories reines.
C’est une pression ?
Les remises de prix, c’est du bonus.
Si je repars avec une Victoire, je
serai content ; dans le cas contraire,
je serai un peu triste, mais ça passera. La pression se situe surtout au
niveau de ma prestation scénique
durant la soirée. Chanter sur un plateau de télévision n’a rien à voir avec
un concert classique. Ce ne sont pas
les mêmes enjeux, pas le même lien
avec le public, il faut tenir compte
des caméras. Mais c’est une chance
de disposer d’un tel espace d’expression. À la télévision, à l’exception de
Taratata, il existe peu d’émissions où
l’on peut chanter en direct.
Vous avez des souvenirs marquants
des Victoires comme téléspectateur ?
J’avais beaucoup aimé la prestation de Nekfeu en 2016 et celle du
Alain Leroy/L’Œil du spectacle
Tina Turner sur le plateau de
l’émission télévisée américaine
« Soundstage », en 1982.
rappeur marseillais Jul l’année suivante. Il s’était mis à nu, en danger,
avec une interprétation piano-voix
de sa chanson Je ne suis pas fou. Il
avait été pas mal critiqué, pourtant
j’avais trouvé sa performance puissante. Après, en toute franchise,
quand j’étais gamin, je regardais
aussi les NRJ Music Awards sur
TF1. On aimait bien sa dimension
pop, plus drôle et divertissante que
le côté prestigieux des Victoires de
la musique. Mais je suis ravi d’être
invité cette année à y participer.
Vous vous retrouvez dans
la catégorie Album de musiques
urbaines. Vous vous y reconnaissez ?
Je fuis toutes les classifications, c’est
même le sens de ma démarche artistique : ne surtout pas être catalogué.
Mais c’est le jeu des Victoires, il faut
bien mettre les artistes dans des
cases pour les distinguer.
Pour la première fois dans l’histoire
des Victoires, une catégorie Rap
a été instaurée…
Tant mieux. Le rap est la locomotive
de l’industrie musicale, la musique
la plus écoutée par la jeunesse, mais
elle a trop longtemps été dénigrée
ou considérée comme une sousculture. Les mentalités évoluent.
Vous vous sentez appartenir à
la famille de la musique française
célébrée pendant les Victoires ?
Non, mais je le dis sans aucun mépris. Au contraire. Il y a encore du
boulot pour que je fasse partie de
quelque chose. Je n’ai sorti qu’un
seul album.
Vous avez également une formation
théâtrale. Vous avez des projets
autres que musicaux ?
J’ai eu quelques propositions de
réalisateurs pour faire du cinéma.
J’ai décliné. Pour le moment, je
veux rester focalisé sur la musique.
Je tourne depuis un an dans des
salles moyennes, là je vais entamer
une tournée des Zénith. C’est nouveau pour moi, mais je vais garder
le même dispositif scénique : un
batteur, moi et mon iPod pour
envoyer la musique. J’aime cette
épure pour favoriser un contact
plus direct avec le public. g
Propos recueillis par éric Mandel
Les Victoires de la Musique, vendredi à 21 h.
France 2.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
40
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Plaisirs Cinéma
Femmes
en majesté
Royauté Favori aux Oscars,
Yorgos Lanthimos orchestre
une guerre des sexes cruelle
et jubilatoire dans l’Angleterre
du XVIIIe siècle
Son film porte bien son nom.
Après un prix d’interprétation
féminine à la Mostra de Venise
en septembre et un Golden Globe
de la meilleure actrice pour Olivia
Colman il y a quelques semaines,
Yorgos L
­ anthimos voit sa Favorite se tracer une voie royale sur
le tapis rouge des Oscars avec
dix nominations. De quoi donner
le sourire à celui qui aura beaucoup donné de lui-même dans la
campagne menée par la Fox pour
s’imposer dans l’incontournable
course aux statuettes dorées. Rien
d’exceptionnel pourtant pour un
réalisateur grec apparemment
béni des dieux (de l’Olympe) :
en dix ans, l’insaisissable Yorgos
­Lanthimos a su imposer un cinéma
aussi maîtrisé visuellement que
­radical et déroutant dans son propos en raflant des récompenses
dans les grands festivals internationaux : prix Un certain regard à
Cannes en 2009 et nomination à
l’oscar du meilleur film en langue
étrangère en 2011 pour Canine,
prix du Jury à Cannes en 2015 et
nomination à l’oscar du meilleur
scénario original en 2017 pour The
Lobster, prix du meilleur scénario
à Cannes pour Mise à mort du cerf
sacré en 2017.
Fort de ce beau pedigree, celui
qui a quitté voilà quelques années
sa péninsule natale (plus à la hauteur de ses ambitions artistiques)
pour l’accueillante Angleterre a
pu enfin mettre en chantier un
projet qu’il avait dans un coin de
sa tête depuis de longues années,
mais qui ­demandait un budget à
la hausse que seul un grand studio pouvait lui accorder. Raconter le destin d’une des reines les
moins connues de l’histoire de la
Grande-Bretagne, mais pas la
moins remarquable : Anne, dernière héritière des Stuart, obligée
de gérer sans aucun talent politique un royaume en pleine mutation au cœur du XVIIIe siècle, et
au cœur de nombreuses intrigues
de cour.
Metteur en scène désormais
reconnu, Yorgos Lanthimos n’a
pas eu (trop) de mal à convaincre
la Fox de se lancer dans l’aventure de La Favorite. « Je ne suis
La Favorite iiii
De Yorgos Lanthimos avec Emma Stone, Rachel Weisz, Olivia Colman. 2 h. Sortie mercredi.
Au début du XVIIIe siècle, lady Marlborough est à la fois la maîtresse et la
conseillère politique de la reine Anne, dernière des Stuart. Elle accepte de
prendre sous son aile une lointaine et jolie cousine dans le besoin. Une élève
bien trop douée… Face à Olivia Colman, irrésistible en souveraine autoritaire
et pathétique, la fausse ingénue Emma Stone et l’ambitieuse Rachel Weisz
s’affrontent, chacune avec ses armes de séduction, dans une guerre des sexes
à la fois cruelle, drôle et grotesque que la mise en scène élégante, moderne
et inventive (avec des distorsions de l’image) de Yorgos Lanthimos rend
totalement jubilatoire. g B.T.
Abigail (Emma Stone) va devenir la nouvelle confidente de la reine. Twentieth Century Fox France/Arcana Studio/Element Pictures
pas ­Scorsese non plus ! plaisante
le cinéaste. J’ai vite compris que
je devais limiter les dépenses si je
voulais garder le contrôle créatif.
Et c’est vrai qu’un film en costumes
qui se passe dans la cour d’une
reine ne se prête pas facilement
à l’exercice… Mais les contraintes
poussent toujours un réalisateur à
se dépasser. »
Après avoir souvent joué avec
les codes du thriller horrifique, le
grand barbu a eu envie de dynamiter ceux du film d’époque et de les
plier à son imagination, toujours
faite d’étrangeté, de cruauté et de
manipulation. « En tant qu’étranger, je me sentais assez libre de ne
pas coller parfaitement à la vérité
historique, explique le cinéaste. Je
voulais que La Favorite ait des résonances fortes avec la réalité d’aujourd’hui. C’est pour cette raison
« Si l’on veut
rendre justice
aux femmes au
cinéma, il faut
les montrer telles
qu’elles sont
vraiment »
Yorgos Lanthimos, réalisateur
que j’ai choisi comme héroïne Emma
Stone, star de la nouvelle génération, que je me suis amusé à ajouter
des matières modernes, comme le
cuir et le denim dans les costumes, à
abandonner le langage ampoulé de
l’époque. Tout en filmant à la seule
lumière des bougies. »
Surtout, Yorgos Lanthimos a eu
envie de donner la part belle aux
femmes, en recentrant l’intrigue
autour des relations de pouvoir
entre une reine en déroute sentimentale, une des aristocrates
les plus puissantes de la cour qui
­aurait été (vraiment) sa maîtresse
et une jeune ambitieuse prête à
tout pour sortir de la misère
­sociale. « Si l’on veut rendre justice
aux femmes au cinéma, il faut les
montrer telles qu’elles sont vraiment, avec leurs qualités mais aussi
leurs défauts, assure Lanthimos.
Elles peuvent être merveilleuses
et vertueuses, mais aussi terribles,
effrayantes et abusives quand les
circonstances les y obligent. Bref,
complexes comme n’importe quel
être humain. » g
Barbara Théate
Acteur à tout faire
pendant sept ans, dans l’adaptation
de la sitcom britannique The Office,
de Ricky Gervais. Là encore, le costume de Michael Scott, manager
couard, farfelu et attachant, lui
sied à merveille.
Caméléon Venu de la comédie,
Steve Carell s’impose dans
le registre de la gravité avec
« My Beautiful Boy »
« Je suis normal ! » à chaque
interview, c’est le même refrain.
Non pas que Steve Carell érige la
banalité au rang de vertu ni qu’il
botte en touche face aux questions
indiscrètes, mais il ne perçoit rien,
chez lui, pouvant prétendre à l’originalité. Un physique de M. Toutle-Monde, une enfance heureuse
et ordinaire, un quotidien dénué
d’aspérités dédié à sa femme et
ses enfants. Bref, aucun cadavre
dans le placard. On ­aurait aimé le
titiller gentiment sur le sujet, mais
l’acteur de 56 ans a séché la promotion française de My ­Beautiful
Boy, de Felix Van ­Groeningen, où
il interprète avec justesse un père
confronté à la dépendance de son
fils. La fatigue, sans doute, accumulée lors d’une année chargée
durant laquelle il a également
incarné un homme brisé tentant
de se reconstruire à l’aide de maquettes dans Bienvenue à Marwen,
de Robert Zemeckis, et l’ancien se-
Maura Tierney et Steve Carell dans « My Beautiful Boy ». Metropolitan Film export
crétaire à la Défense D
­ onald Rumsfeld dans Vice, d’Adam McKay.
Des personnages empreints de
gravité bien éloignés de ceux qui
ont popularisé cet ancien correspondant du Daily Show à l’orée
d’une carrière amorcée par la
farce, notamment aux côtés de Jim
­Carrey dans Bruce tout-puissant,
de Tom Shadyac (2003). Mais c’est
en 2005, avec le tendrement drôle
Quarante Ans, toujours puceau, de
Judd Apatow, estampillé nouveau
roi de la comédie américaine, que
Carell confirme au cinéma, en se
glissant dans la peau d’un vieux
benêt tentant de se déniaiser. Il se
distingue également à la télévision
Un côté passe-partout
Avec son allure ordinaire, ses
mimiques étudiées, son économie
de gestes, cet admirateur de Peter
Sellers a façonné son propre style, à
l’instar de ses camarades Ben Stiller,
Owen Wilson ou Will Ferrell, tous
membres du Frat Pack, nom donné
par la presse américaine à cette génération d’acteurs comiques. Un
côté passe-partout et une p
­ alette
de jeu aux couleurs ­variées lui
permettant d’incarner avec la
même justesse un universitaire
proustien suicidaire dans Little
Miss Sunshine (2006), un agent de
stars des années 1930 pour Woody
Allen dans Café Society (2016) ou
un ancien professionnel de tennis
défiant une joueuse sur le court
dans Battle of the Sexes (2017).
Ses facultés à passer du type
lambda à l’allumé flamboyant, de
la comédie au drame, lui ont valu
de décrocher une nomination aux
Oscars 2015 pour son interprétation aussi bluffante que flippante du
milliardaire John du Pont dans Foxcatcher. On aurait d’ailleurs aimé le
sonder sur d’éventuelles névroses
ou failles cachées : un côté sombre,
comme le veut la légende du clown
triste. Sans doute aurait-il répondu
par la négative, insistant une nouvelle fois sur sa normalité. g
Baptiste Thion
My Beautiful Boy
iii
De Felix Van Groeningen, avec Steve Carell,
Timothée Chalamet. 2 h 01. Sortie mercredi.
Un père ne sait plus quoi faire pour sauver de la drogue son fils, brillant lycéen
promis à un bel avenir universitaire. On
est touché aux larmes par la confrontation poignante, mais jamais déprimante,
entre ces deux êtres qui s’aiment mais
n’arrivent plus à se comprendre. Face
à Steve Carell, sobre dans la douleur,
Timothée Chalamet, à fleur de peau,
confirme son jeune talent. g Bap.T.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
41
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Plaisirs Cinéma
L’ombre d’un doute
Marina Foïs et
Olivier Gourmet.
Memento Films
Distribution/UMedia/
Delante Productions
Justice « Une intime
conviction » revient sur le procès
de Jacques Viguier, accusé
d’avoir assassiné sa femme
À seulement quelques jours de la
sortie, le réalisateur appréhende.
Antoine Raimbault, qui signe son
premier long-métrage avec Une
intime conviction, revient sur une
affaire encore non élucidée : la disparition mystérieuse de Suzanne
Viguier, mariée et mère de trois enfants, en 2000. Le jeune réalisateur,
qui n’a pas fait d’études de droit, a
développé « une véritable obsession
quant à la question de la justice ».
Tout commence il y a dix ans
quand son ami le metteur en scène
Karim Dridi lui raconte avoir croisé
à la cinémathèque de Toulouse
Jacques Viguier, accusé du meurtre
de sa femme. « L’idée de tourner un
thriller judiciaire me trottait déjà
dans la tête, note Antoine Raimbault.
Mais cela m’intimidait car il n’y en a
pas en France. Mes seules références
étaient américaines : Douze Hommes
en colère [1957], de Sidney Lumet, et
JFK [1991], d’Oliver Stone. »
Une histoire opaque
En 2009, il décide d’assister en tant
que simple spectateur au procès du
professeur de droit. Il écoute, observe, prend des notes, filme pendant les interruptions d’audience
et va à la rencontre de la famille
afin de recueillir des témoignages.
« Lui n’était pas accessible. Bipolaire, il se trouvait alors en phase
dépressive, quasiment mutique, le
regard vide. Un homme en cire. »
Antoine Raimbault est captivé par
cette histoire opaque. « Il n’y avait
pas de corps, de preuves et d’aveux.
Tout reposait sur la conviction policière et l’embrasement médiatique.
J’ai découvert que la justice faisait
feu de tout bois et dysfonctionnait
gravement. En France, le doute doit
profiter à l’accusé. » Il envisage dans
un premier temps de tourner un
documentaire, avant de renoncer
à la demande des enfants Viguier,
qui craignent d’être trop exposés.
« Je suis devenu leur émissaire en
allant trouver l’avocat Éric DupondMoretti pour le convaincre d’assurer
la défense de Jacques Viguier en appel
aux assises. Je qualifie ma démarche
de citoyenne. »
Le cinéaste s’empare du dossier
de l’instruction, des écoutes téléphoniques (250 heures), des articles de
Seul au monde
Mads Mikkelsen en mode survie. SLOAN
Helen/Les Bookmakers
Arctic ii
Sur la banquise, personne ne l’entend crier. En Arctique, un homme
dont le petit avion s’est écrasé organise sa survie. Un combat quotidien :
il pêche du poisson en creusant un
trou dans la glace, se réchauffe
comme il peut à l’intérieur de la
carlingue, et lance des appels au
secours… dans le vide. Un hélicoptère survole la zone où il se trouve.
Hélas, le vent violent provoque le
crash de l’appareil. Présenté en
séance de minuit au dernier Festival
de Cannes, ce drame minimaliste et
radical met en scène un héros dont
on ne connaît ni le nom ni le passé.
Derrière la caméra, Joe Penna, qui
a rencontré le succès grâce à sa
chaîne YouTube, réalise avec Arctic son premier film de cinéma dans
la lignée de Seul au monde (2000),
de Robert Zemeckis, 127 Heures
(2010), de Danny Boyle, et Seul sur
Mars (2015), de Ridley Scott. Au
cœur de l’enfer blanc, il interroge
sur l’altruisme, la capacité d’un individu à se surpasser en situation de
crise et à préserver son humanité.
De tous les plans, quasiment sans
répliques, Mads Mikkelsen, au jeu
dépouillé et intériorisé, lutte contre
les éléments, le désespoir, la solitude, la faim et le froid. Habitué
aux rôles exigeants qui demandent
une excellente condition physique,
l’acteur scandinave a été quelque
peu éprouvé par la rudesse des
conditions météorologiques en
Islande, où se déroulait le tournage. « J’avais signé pour partir
à l’aventure, finalement je me suis
gelé les fesses pendant un mois, plaisante-t-il. Je n’ai pas suivi d’entraînement particulier, car mon personnage n’était pas du tout préparé à
affronter une telle épreuve. Heureusement, je suis un Viking, costaud et
endurant ! Sec de nature, j’ai perdu
du poids à force de marcher dans la
neige. Mon corps ressemblait à celui
d’un oscar, la statuette ! Dommage,
il n’y avait pas de scène de douche
pour le prouver. » g S.B.
De Joe Penna, avec Mads Mikkelsen. 1 h 37.
Sortie mercredi.
presse, des archives de l’INA pour
retranscrire avec exactitude chaque
détail (décors, costumes, accessoires, dialogues) dans son film de
fiction « entièrement sourcé ».
Peaufiner sa stratégie
Seule liberté, il imagine un personnage qui n’existe pas : Nora,
dont l’obstination va permettre au
ténor du barreau de peaufiner sa
stratégie. En réalité, un avatar du
metteur en scène et d’Émilie, la
maîtresse de Jacques Viguier, âgée
de 20 ans au moment des faits, une
ancienne étudiante de l’universitaire. « Elle est devenue sa compagne, lui a rendu visite en prison, a
témoigné à la barre, a remué ciel et
terre. » Les enfants de l’accusé ont
validé ce parti pris. « Ils ont compris que ma démarche était honnête,
qu’il s’agissait d’un geste artistique.
Éric Dupond-Moretti a fait preuve
d’énormément de bienveillance à mon
égard, il m’a donné son autorisation
et sa confiance. On est devenus amis
au point que nous avons d’abord fait
ensemble un court métrage en 2013,
Vos violences. » Tous deux ont longuement discuté de la présomption d’innocence. « Aujourd’hui,
elle est constamment bafouée sur
les réseaux sociaux, lieu privilégié
de la rumeur, de la chasse aux sorcières et de l’indignation perpétuelle.
Derrière nos écrans, nous sommes
tous des procureurs. » g
Stéphanie Belpêche
Une intime
conviction ii
D’Antoine Raimbault, avec Olivier Gourmet
et Marina Foïs. 1 h 50. Sortie mercredi.
Le 27 février 2000, une femme
disparaît de son domicile, Suzanne
Viguier. Son mari, Jacques, est inculpé
pour meurtre… Antoine Raimbault
signe un thriller judiciaire haletant
qui revient sur une des affaires criminelles les plus médiatisées. Malgré
son manque de contextualisation,
ce récit, qui aborde le doute, l’obsession et l’erreur judiciaire, captive
son auditoire même s’il en connaît le
dénouement. Grâce à l’interprétation
au cordeau d’acteurs investis, Olivier
Gourmet et Marina Foïs. g S.B.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
42
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Plaisirs Cinéma/Séries
• en salles mercredi
On aime Passionnément iiii Beaucoup iii Bien ii Un peu i Pas du tout f
Nuestro Tiempo iii
De et avec Carlos Reygadas, Natalia Lopez. 2 h 58.
Scènes de la vie conjugale dans un ranch mexicain. Juan, poète à
ses heures, sait que sa dulcinée a engagé une liaison avec leur ami
Phil, un gringo dresseur de chevaux. Il accepte, à condition de tout
savoir. Carlos Reygadas délivre un film tellurique et personnel sur
une relation maritale en péril. Au risque d’être parfois long sinon
démonstratif, il garantit un dépaysement très élégant dont l’atmosphère devient progressivement onirique, somnambulique. Al.C.
Dragons 3 : le monde caché iii
De Dean DeBlois. 1 h 34.
Les années ont passé. Aujourd’hui adulte, Harold est
devenu le chef de son village
de Vikings. Son fidèle dragon
Krokmou tombe amoureux
d’une congénère… Dean DeBlois
signe un final en apothéose en
trouvant un équilibre parfait
entre action, humour et émotion. Visuellement splendide, ce
récit dynamique et foisonnant
mise sur ses personnages et son
univers très attachants, tout
en s’interrogeant sur l’amitié,
l’émancipation, le sacrifice et
le vivre-ensemble. S.B.
Un coup de maître ii
De Gaston Duprat, avec Guillermo Francella, Luis Brandoni. 1 h 41.
Arturo, propriétaire d’une galerie d’art, et Renzo, peintre en perte
de vitesse, sont amis depuis des décennies. À la suite d’un accident,
le second perd la mémoire. Après Citoyen d’honneur, le réalisateur égratigne le milieu de l’art contemporain par le biais d’une
histoire d’amitié aussi drôle que surprenante. Un ton gentiment
acide, des dialogues ciselés, une intrigue parfaitement menée et
des personnages bien dessinés qu’incarnent d’excellents acteurs...
Sans parler de coup de maître, ce film pétri de qualités se révèle
une belle réussite. Bap.T.
Thierry Godard
et Caroline Proust.
Caroline Dubois/
Son et Lumière/CanaL+
Le monde pris dans
l’« Engrenages »
• déjà en salles
• à voir
prod
Avec l’adaptation du manga culte de son enfance, l’acteur et réalisateur de Babysitting signe une comédie d’action efficace dans
ses cascades et ses effets spéciaux, mais d’un vide abyssal dans son
intrigue, limitée à une succession de gags prévisibles à l’humour
lourdingue et vulgaire façon Max Pecas. Le jeu poussif et démonstratif des comédiens n’arrange rien, Philippe Lacheau réduisant
son personnage à un bellâtre bas du front et libidineux. E.M.
Elle fut l’une des premières séries
françaises diffusées sur Netflix.
Bien avant, la prestigieuse BBC
avait acheté, dès 2006, cette fiction
sombre et âpre sur le quotidien
de ces flics parisiens borderline
qui se démenaient entre violence
sociale et embrouilles sentimentales. La précédente acquisition
d’un programme français par la
chaîne publique anglaise remontait à… Belle et Sébastien, vingt ans
plus tôt. Aujourd’hui, Engrenages
appartient au petit cercle (aujourd’hui de plus en plus large) des
séries made in France auréolées
d’un succès mondial, comme Le
Bureau des légendes, Dix pour cent,
Un village français… Elle est ainsi
diffusée dans 105 pays, du Brésil
en passant par la Géorgie, l’Irlande
et l’Australie . Une reconnaissance
internationale couronnée en 2015
aux International Emmy Awards.
Cette success story n’avait rien
de programmé. Au moment de
son lancement en 2005, les séries
françaises peinent à rivaliser avec
les créations américaines, britanniques, scandinaves ou israéliennes.
L’arrivée d’Engrenages marque un
tournant. À commencer par son
format de cinquante minutes par
épisode, mais aussi par la qualité de
ses intrigues, ses personnages percutants, son réalisme social et sa vision
La Dernière Folie de Claire Darling i
De Julie Bertuccelli, avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni. 1 h 35.
Convaincue qu’elle va mourir,
Claire Darling décide de brader tous ses objets de valeur. Au
grand dam de sa fille, qu’elle n’a
pas vue depuis vingt ans. Julie
Bertuccelli réunit Catherine
Deneuve et Chiara Mastroianni
dans un récit nostalgique où
présent et passé s’entremêlent.
D’abord intriguant, ce film sur
le temps qui passe et les souvenirs qui restent finit par susciter
l’ennui. Certains lui trouveront
un joli charme suranné, les
autres le jugeront un peu vain
et poussiéreux. Bap.T.
Nicky Larson et le parfum de Cupidon f
Un film de et avec Philippe Lacheau, Élodie Fontan. 1 h 31.
pointue du système pénal français
– des policiers de terrain aux juges
d’instruction en passant par les avocats. « Le feuilleton criminel est un
genre très populaire en Angleterre,
souligne Sue Deeks, responsable des
acquisitions à la BBC. Avec Engrenages, on a vu une offre différente.
On découvrait un autre Paris, loin
de son image de carte postale romantique et glamour. » Un ponte de la
BBC avait ainsi déclaré : « Quand je
­regarde Engrenages, j’ai l’impression
de sentir l’odeur des Gauloises. »
Polar De retour pour une
septième saison, la série de
Canal+ continue à séduire
le public à l’étranger
« Une identité culturelle forte »
Loin de chercher à imiter les productions américaines ou britanniques, Engrenages s’impose en effet
comme une série franco-française.
« Cela peut sembler paradoxal, mais
c’est justement la clé de son succès international, explique Vera P
­ eltekian,
responsable des ventes chez Canal+.
Sale temps pour les enquêteurs de la
deuxième DPJ. Laure (Caroline Proust),
en plein déni de maternité, sombre dans
la dépression. Gilou (Thierry Godard)
se démène avec les fantômes de son
passé. De son côté, l’avocate Joséphine
Karlsson (Audrey Fleurot) échoue en
prison. Quant à l’incorruptible juge
Roban (Philippe Duclos), la perspective
de la retraite le pousse à sortir des clous
de la légalité… Résolument noire et palpitante, cette nouvelle saison plonge
au cœur d’une vaste affaire de blan-
chiment d’argent sale, directement
inspirée par les affaires Fièvre jaune
et Virus révélées en 2017. Mafieux
chinois, pègre juive tunisienne, caïds
de cités, délinquants en col blanc… Tout
ce beau monde se croise dans cette
enquête sans temps mort avec son lot
de filatures magistralement filmées,
les dilemmes intimes de ses protagonistes et les petits arrangements avec
la morale. Une huitième saison est déjà
annoncée. g E.M.
Lundi à 21 h sur Canal+
The Bold Type, saison 1 iiii
2017 Universal Television LLC.
De Philippe de Chauveron, avec Christian Clavier, Chantal Lauby. 1 h 39.
pliquer la même recette, quitte
à provoquer l’indigestion. Tout
n’est pas antipathique dans ce
second volet porté par de bons
comédiens : il parvient même
parfois à faire sourire. Mais l’ensemble reste lourd, prévisible et
finalement très convenu. De là
à brûler un cierge pour que les
Verneuil s’abstiennent de revenir sur nos écrans… Bap.T.
Éric Mandel
Engrenages, saison 7 iii
Qu’est-ce qu’on a encore
fait au Bon Dieu ? i
Alors que tout semble aller
pour le mieux, les Verneuil
apprennent que leurs gendres
envisagent de quitter la France.
Peu disposés à voir s’éloigner
leurs filles, ils élaborent un plan
pour les retenir. Rien d’étonnant
à ce que Philippe de Chauveron
donne une suite à sa comédie
aux 12 millions de spectateurs, et
l’on ne peut lui reprocher d’ap-
On séduit quand on défend une identité culturelle forte, mais aussi universelle par les thèmes et les ressorts
intimes de ses protagonistes. » Au
Royaume-Uni, où la critique considère Engrenages comme l’équivalent de la série culte britannique
Jeux de pouvoir pour son réalisme
social, son succès est allé crescendo.
La première saison avait ainsi réuni
120 000 téléspectateurs sur BBC4.
Ils étaient plus d’un million l’année
dernière pour la saison 6. Un score
supérieur à la France. Les fans britanniques les plus durs en viennent
même à s’approprier l’argot des flics
de la série, organisent des soirées
Engrenages durant lesquelles ils
rejouent des scènes en se déguisant
pour incarner les personnages de la
série. Quand on met le doigt dans
l’engrenage… g
Téva Amies et collègues, Jane, Sutton et Kat travaillent au sein de la rédaction
d’un magazine féminin et s’épaulent pour mener de front leur carrière et
leur vie personnelle. Sous des dehors glamour qui pourraient faire penser à
un nouvel ersatz de Sex & the City, The Bold Type cache une série qui traite
frontalement – et toujours avec une pointe d’humour – des combats féministes à l’heure des réseaux sociaux et des applis de rencontres. En partie
inspirée par la vie d’une ex-rédactrice en chef du magazine Cosmopolitan,
les épisodes s’intéressent sans tabou au cyber-harcèlement, aux agressions
sexuelles, au cancer du sein, ou encore à l’accès aux serviettes hygiéniques
pour les plus démunies. Même si les intrigues romantiques ne sont pas
toujours des plus originales, ses héroïnes attachantes en font l’une des
séries les plus pertinentes (et impertinentes) du moment. g Romain Nigita
De Sarah Watson, avec Katie Stevens, Aisha Dee, Meghann Fahy. Aujourd’hui à 21 h.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
43
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Plaisirs Expositions/Danse
Chagall sur le tard
Rencontre L’une
des petites-filles du
peintre consacre une
exposition aux dernières
œuvres de l’artiste
à Aix-en-Provence
à gauche,
« Le Couple
au bouquet »,
(1964),
encre de Chine.
Ci-contre,
« Esquisse pour
Le Rappel »,
(1968-1971),
collage de tissus.
Le peintre Marc Chagall a fermé ses
yeux clairs à l’âge de 97 ans, en 1985.
Un âge plus que respectable pour un
homme dont la vie a été marquée
par deux guerres, une révolution,
le nazisme, la disparition de Bella,
sa première femme tant aimée, et
l’exil loin de Vitebsk, la petite ville
russe où il a grandi (aujourd’hui en
Biélorussie). Pourtant à l’époque,
le départ du presque centenaire
n’avait pas été envisagé par ses
proches. « On ne s’attendait pas à son
décès », glisse Meret Meyer, l’une de
ses petites-filles, aujourd’hui viceprésidente du comité Marc Chagall. Son grand-père travaillait en
permanence du matin jusqu’à tard le
soir, dans son atelier à Saint-Paul-deVence. L’homme, en proie au doute,
« se posait continuellement des questions », indique Meret Meyer, qui
développe : « à aucun moment il ne
se reposait sur ses acquis, il explorait
de nouvelles techniques comme la
céramique, la sculpture, les vitraux,
qui toutes nourrissaient sa peinture. »
Il plonge dans le noir et blanc
C’est pour renouveler le regard
sur son œuvre, notamment sur les
créations tardives des années 1950
à la fin des années 1970, que Meret
Meyer et Ambre Gauthier ont monté
l’exposition « Chagall – Du noir et
blanc à la couleur » à l’hôtel de Caumont à Aix-en-Provence. De grandes
toiles éclatantes, des dessins mais
aussi des vases oniriques, des sculptures évoquant des bas-reliefs et des
piliers romans décrivent la quête
sans fin de Chagall. Après guerre,
installé dans le sud de la France,
Collection
particulière/ADAGP,
Paris, 2019/Archives
Marc et Ida Chagall,
Paris
dans une toile comme Les Amoureux au poteau (1951), ou du blanc
de la neige dessinant le volume des
toits dans La Nuit verte (1952). Cette
dernière peinture était accrochée
dans la maison de la famille Meyer.
« Enfant, j’avais le sentiment que la
chèvre verte allait sortir du tableau,
se rappelle Meret Meyer. Mais le
regard se transforme avec le temps
et je comprends aujourd’hui, grâce au
cheminement du noir et blanc dans
son œuvre, pourquoi les formes colorées de cette toile sont d’expression
aussi puissante, ce qui explique le
secret de ce jaillissement. »
le peintre continue d’employer un
vocabulaire mis en place des décennies plus tôt, comme les motifs des
isbas de Vitebsk, du Juif errant portant son baluchon, ou des amoureux
volant dans les airs. Mais pour Meret
Meyer, l’artiste ne s’est pas répété.
« La presse a pu considérer qu’il était
replié sur lui-même alors qu’il était
à l’écoute de son temps et des mou-
vements artistiques de son époque »,
raconte la petite-fille de l’artiste.
De retour des États-Unis fin 1947,
le coloriste célèbre pour sa palette
harmonieuse, plonge dans le noir
et blanc. Il joue sur les effets de
voile de l’encre de Chine délayée au
même moment que d’autres artistes
comme Rouault ou Dubuffet. La
couleur revient, surgissant du noir
Couleurs acidulées du pop art
Chagall ne fait pas mention dans
ses lettres ni ses écrits de la peinture abstraite américaine qu’il a pu
découvrir à New York, notamment
lors d’expositions organisées par
des proches. « Ce sont des hypothèses qui méritent d’être étudiées »,
estime Meret Meyer. Certaines
toiles tardives font en effet penser
à l’expressionnisme de Willem de
Kooning. Le rose vif du Village fantastique (1968-1971) claque comme
les couleurs acidulées du pop art. À
la toute fin du parcours, de petites
esquisses, des collages de papiers,
de bouts de tissus, montrent qu’à
près de 80 ans Chagall s’amusait
toujours à expérimenter. « Il avait
un rayonnement personnel, il dégageait une grande tolérance, se remémore Meret Meyer. Son œuvre rend
les visiteurs heureux, parce qu’elle
transmet quelque chose qui permet
de se reconstruire, de chercher en
soi-même de quoi se révéler et se
renouveler. »
Marc Chagall demandait l’avis de
ses petits-enfants sur ses peintures.
Chez les Meyer, il y avait aussi des
toiles de Miró, de Picasso et d’autres
artistes. « Pour lui, à force de regarder
une œuvre, on devait naturellement
la comprendre, sourit Meret Meyer.
Il était soucieux de savoir lesquelles
nous préférions. Bien sûr, on lui répondait que c’étaient les siennes. »  g
Marie-Anne Kleiber
« Chagall – Du noir et blanc à la couleur »,
hôtel de Caumont, Aix-en-Provence.
Jusqu’au 24 mars. caumont-centredart.com
Danseurs en apesanteur
Création Dans sa nouvelle pièce
« Gravité », Angelin Preljocaj
défie l’attraction terrestre
La loi de la gravité, c’est un peu
l’ennemi et le complice du danseur.
Rien d’étonnant donc qu’Angelin
Preljocaj ait imaginé une pièce où
il s’amuse avec les aléas de cette
manifestation physique qui vise
à nous empêcher de nous élever.
« Le ballet classique a toujours cherché à s’affranchir de la pesanteur,
avec des ballerines qui ont fini par
se hisser sur des pointes, explique le
créateur. La danse contemporaine,
elle, a choisi d’en faire une partenaire pour renouveler le langage
chorégraphique. »
Et c’est exactement ce que réussit Angelin Preljocaj en inventant,
pour Gravité, toute une gestuelle,
à la fois académique et abstraite,
physique et organique, destinée à
explorer et déjouer les manifestations impérieuses de l’attraction
terrestre. « C’est un phénomène très
théorique et impalpable, et en même
temps, le corps l’expérimente au
quotidien, tout au long de sa vie. »
Ensemble ou en petits groupes,
les 13 interprètes dessinent des
trous noirs autour desquels ils gravitent, s’agrègent ou se repoussent,
s’affaissent lourdement sur le sol
ou se libèrent de leur poids le
temps d’impressionnants équilibres aériens.
Une odyssée sensorielle
et sensuelle
La performance des corps côtoie
la poésie des mouvements, fluides
ou déstructurés, le temps d’une
odyssée aussi sensorielle que
sensuelle, portée par une scénographie sobre et graphique. Sans
aucun artifice. « Il m’est d’abord
venu à l’esprit de jouer sur l’illusion
et de suspendre mes danseurs à des
filins, mais cela aurait été cédé à la
facilité, explique Angelin Preljocaj. Je me suis confronté aux questions qui me taraudent à chaque
fois que je crée : l’énergie, le temps,
l’espace, la vitesse… Avec en plus le
défi d’aller le plus loin possible dans
l’idée de rendre visible quelque chose
qui ne l’est pas. Cela m’a conduit à
travailler sur le corps et ses limites,
que la danse aime tant à repousser.
Il offre tellement de possibilités à
porte la phrase chorégraphique
avec celui quasi atmosphérique
qui évoque le grand mouvement
de l’Univers. »
« Gravité » offre une nouvelle version du « Boléro » de Ravel. jean-claude carbonne
explorer. C’est cette recherche qui
me passionne et m’inspire dans mon
écriture chorégraphique. »
Parce qu’elle est portée par un
big bang musical (de Bach à Philip
Glass, en passant par Daft Punk)
qui alterne pesanteur et légèreté,
lenteur et vivacité, la magnifique
tectonique des corps que le créateur du Parc orchestre dans Gravité
se vit comme un voyage intersidéral à travers de petites galaxies
uniques et jamais répétitives. « J’ai
tenté de conjuguer le rythme qui
Un seul cœur qui bat
à l’unisson
Angelin Preljocaj s’offre l’audace
ultime de nous ramener sur Terre
en fin de spectacle avec l’inusable
Boléro de Ravel, chorégraphié
en 1928 par Bronislava Nijinska
puis en 1961 par Maurice Béjart.
Rien de prémédité. « Il s’est
tout simplement imposé à moi. »
Pendant les dix-sept minutes
de l’envoûtante ritournelle, les
danseurs, regroupés de façon
compacte, réussissent à créer un
seul cœur qui bat à l’unisson. Les
mouvements de bras, les corps en
apesanteur s’imposent comme
de nouvelles formes d’opposition
aux forces gravitationnelles. On
est comme suspendu, transporté
dans un nouvel espace-temps. g
Barbara Théate
« Gravité » d’Angelin Preljocaj, du 7 au
22 février au Théâtre national de Chaillot.
Tél. : 01 53 65 30 00 ou theatre-chaillot.fr
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
44
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Plaisirs Tourisme
Pomme verte
ÉTATS-UNIS New York
leur retour au printemps entre les
ceps plantés dans des bacs (rooftopreds.com).
se croque à pleines
dents sur le mode
écoresponsable.
Suivez le fil vert au
milieu des buildings
YOGA
À CENTRAL PARK
Le poumon vert de New York reste
Central Park, entièrement interdit
aux voitures depuis juin 2018. Ses
ormes centenaires forment une
cathédrale végétale sous laquelle
effectuer des assouplissements
contre un banc : durant sa balade
« yoga au lever du soleil », Cindy
Riordan raconte des anecdotes
historiques tout en favorisant
une reconnexion avec la nature
(35 euros, fittoursnyc.com). Idéal
pour se remettre du jetlag à l’arrivée. On tente ainsi la « posture de
l’arbre » sur un affleurement du
schiste de Manhattan, cette roche
si dure qu’elle supporte, sans vaciller, les hauts et lourds buildings de
Big Apple.
TUNNEL VÉGÉTAL
SUR LA HIGH LINE
Dès avril, une mini-forêt va pousser
au pied des gratte-ciel de Manhattan : des liquidambars et des tilleuls
déploieront leurs branches sur la
High Line, les plus grands arbres
jamais plantés sur la coulée verte
de New York. Un nouvel espace,
The Spur « l’éperon », est aménagé
à l’extrémité nord de cette ancienne
voie de chemin de fer transformée
en parc urbain il y a déjà dix ans,
vers Hudson Yards. Cette oasis
en surplomb de l’Hudson River
comportera un tunnel végétal, des
terrasses en bois, des sculptures…
La High Line abrite 500 plantes
différentes, une diversité botanique
inattendue. Les fleurs fanées ne sont
pas coupées afin que les oiseaux
puissent y glaner des graines, les
insecticides sont bannis, l’arrosage
est limité à l’eau de pluie. « Nous
avons observé une recrudescence
des geais bleus ainsi que le retour de
22 espèces d’abeilles », se réjouit Eric
Rodriguez, le responsable horticole.
Les promeneurs y migrent aussi
en nombre à la belle saison, au
coude-à-coude le long de cette
promenade surélevée qui s’arrête,
2 ­kilomètres plus au sud, au W
­ hitney
Museum. Le bâtiment, dessiné
en 2015 par Renzo Piano, est l’un
des rares musées à avoir décroché le
LEED d’or, certification américaine
pour un design éthique. Mais, plutôt
que se pencher sur son efficacité
énergétique, on y contemple les
toiles d’Edward Hopper et, jusqu’au
31 mars, d’Andy Warhol, au cœur
d’une rétrospective.
COMPOST
À GOVERNORS ISLAND
Une autre ferme urbaine a préféré se développer au niveau de la
mer, sur Governors Island, 1 kilomètre au sud de Manhattan dans
la baie de New York. À partir du
1er mai, un ferry, gratuit le weekend avant midi, assure la liaison en
dix minutes jusqu’à cette ancienne
base militaire, ouverte au public
depuis 2002. On déambule librement entre les rangs de carottes
et de persil, que l’on retrouve dans
l’assiette des gargotes de l’île, dont
le Little Eva’s. Quelques chèvres y
ont pris leurs quartiers, des cours de
compost sont dispensés aux NewYorkais et une école d’ostréiculture
planche sur la réintroduction des
huîtres, destinées non à la consommation mais à recréer un écosystème dans la baie. On peut louer
un vélo et faire le tour de l’île en une
demi-heure, avec vue sur la statue
de la Liberté au large. Seul hic : le
vacarme des hélicoptères qui, non
autorisés à survoler Manhattan,
effectuent leurs rotations juste audessus de Governors Island.
JARDINS PARTAGÉS
À EAST VILLAGE
Des coins de verdure insoupçonnés se cachent dans East Village,
quartier historiquement engagé et
bohème qui recèle la plus grande
concentration de jardins communautaires de la ville. Une centaine
ont été aménagés sur des friches
abandonnées entre 1970 et 1990,
où il est agréable de se poser
au calme (235 euros le tour en
français pour quatre, newyorkoffroad.com). Quelques blocs au
nord, le potager bio du restaurant
­River Park se niche le long de la
­Franklin R
­­ oosevelt ­Drive, la voie
rapide au bord de l’East River. Quoi
de plus chic qu’un dîner locavore à
­Manhattan ? Basilic, fenouil, shiso
japonais et sorgho africain : le chef
n’a qu’à sortir de sa cuisine pour les
cueillir (plat à partir de 18 euros,
riverparknyc.com). « Nous faisons
aussi pousser de l’indigo pour teindre
les nappes et les tabliers des serveurs », souligne Jonathan Sumner,
l’élégant jardinier en Dr. ­Martens,
son sécateur accroché à la ceinture
dans un étui en cuir.
La High Line au cœur de Manhattan offre une promenade suspendue. plainpicture/Sara Foerster
FERME URBAINE
À BROOKLYN
Le plus grand toit végétalisé de
New York se situe de l’autre côté
de l’East River, au sein d’un ancien
chantier naval, Brooklyn Navy
Yard. La Brooklyn Grange Farm
produit 5 tonnes de fruits et légumes bio par an sur ce champ
en altitude de 6 500 mètres carrés, où l’on trouve un poulailler et
une ruche (ouvert le samedi, brooklyngrangefarm.com ; visite guidée 17 euros). L’ex-zone militaire
comprend également des vignes
cultivées sur un toit voisin, le
Rooftop Reds. Devin Shomaker y a
effectué ses deuxièmes vendanges
cet automne. « Pour le cru de 2017,
j’avais produit environ 200 bouteilles que je compte vendre 1 000
dollars pièce », confie-t-il. Le vin
servi provient, lui, des vignobles de
son associé, dans les Finger Lakes,
au nord de l’État de New York :
39 euros le pichet, « un bon prix
au verre pour Brooklyn ! », vante le
jeune entrepreneur doué pour le
marketing. Tables et hamacs feront
Pour un séjour écolo
Un hôtel Le 1 Hotel Brooklyn
Bridge, avec vue sur le pont de
Brooklyn d’un côté, la statue de la
Liberté de l’autre. Chambre design
en bois recyclé et sablier dans la
douche pour limiter sa consommation d’eau. Chambre double à partir
de 262 euros, 1hotels.com/fr/brooklyn-bridge
Un rooftop Le Gallow Green,
à Chelsea, pour partager, au vert,
un plateau de crudités à 28 euros,
mckittrickhotel.com/gallow-green
Un brunch Le Jams et sa fa-
çade végétalisée, près de Central
Park. Produits de saison au menu,
jamsrestaurant.nyc
Y aller XL Airways propose
sept vols directs par semaine depuis Roissy, à partir de 176 euros
l’aller, xl.fr g
BOL D’IODE
À CONEY ISLAND
Envie de se poser sur du sable fin ?
Direction Coney Island, terminus
des lignes de métro D et F. Dans
une démarche de tourisme participatif, on s’y fait guider par un
« Big Apple Greeter », concept né
à New York selon lequel un habitant montre, gratuitement, son
quartier. Ce jour-là, c’est Jay, prof
d’histoire à la retraite, qui joue
pour nous les ambassadeurs de
la station balnéaire désuète. « La
plage était bien plus grande quand
j’étais enfant ! », regrette ce petit-fils
de migrants roumains et polonais
arrivés dans les années 1890. Après
un bol d’iode et des loopings sur les
montagnes russes du Luna Park,
on se requinque d’un hot dog chez
Nathan’s. Prêt à retourner dans la
forêt d’immeubles de Manhattan. g
MATHILDE GIARD
Plus d’infos : office de tourisme, nycgo.com
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
45
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Plaisirs Bien-être
ALTERNATIF Le shiatsu,
technique énergétique
japonaise, est de plus en plus
pratiqué dans les hôpitaux
Séance de shiatsu.
omgimages/iStockphoto/GETTY
Redécouvrir le toucher, ce sens qui
peut avoir de grandes vertus pour
soulager les individus en souffrance. De plus en plus de services
hospitaliers français l’ont compris
et ouvrent leurs portes au shiatsu.
Cette technique originaire du
Japon mais basée sur la médecine
chinoise traditionnelle consiste en
des pressions (atsu) des doigts (shi)
et des paumes sur les points clés du
corps dans le but de le rééquilibrer.
Comme l’acupuncture, la sophrologie ou l’hypnose, il fait partie des
« médecines alternatives et complémentaires » qui font doucement
mais sûrement leur entrée à l’hôpital, temple de la médecine allopathique scientifiquement vérifiable.
Lever les éventuels blocages
Le shiatsu se pratique sur un
patient habillé, allongé sur des
tatamis ou des tapis de sol. Le
praticien, à genoux auprès de lui,
établit un protocole de pressions,
d’étirements ou de frictions sur le
corps, afin de lever les éventuels
blocages des canaux énergétiques
(« méridiens ») et des points d’acupuncture qui les constituent. « Le
toucher est universel, il atteint
toutes les sphères de l’individu »,
précise Bernard Bouheret, fondateur de l’École de shiatsu thérapeutique (EST) à Paris.
SOIGNER par le toucher
Comme beaucoup de soins
orientaux, le shiatsu est une discipline holistique qui prend en
compte l’individu dans sa globalité.
« Nous sommes dans des sociétés
rapides où l’alternance entre le travail et le repos n’est plus respectée,
poursuit le praticien. Le shiatsu va
inciter l’individu à entrer à nouveau
dans ses rythmes intérieurs. Il est
aussi particulièrement efficace en
cas de pathologies du système ner-
veux, d’origine psychosomatique
ou dues au stress, ainsi que pour
soulager les maux de tête, de ventre
ou du dos. Les médecins m’envoient
beaucoup de patients. »
Au Japon, la discipline est reconnue par le ministère de la Santé et il
existe un diplôme d’État. En France,
où le shiatsu a été introduit par le
maître japonais Shizuto Masunaga,
plusieurs instances représentent
la profession. Il existe près de
70 écoles et le titre de « spécialiste
en shiatsu » a été validé en 2015 par
la Commission nationale de certification professionnelle.
Une partie du corps médical a
compris l’intérêt de proposer des
séances. « Nous allons lancer une
recherche clinique à l’hôpital HenriMondor de Créteil sur la pathologie
de l’amylose cardiaque, dit Jacques
Laurent, du Syndicat professionnel de shiatsu. Il y a de plus en plus
de praticiens en milieu hospitalier.
Les services de psychiatrie l’utilisent
aussi beaucoup, comme à l’hôpital de
Ville-Évrard [Seine-Saint-Denis]. »
Diminution des troubles
Depuis cinq ans, le service de pédopsychiatrie de la Pitié-Salpêtrière
à Paris accueille également chaque
semaine des praticiens de l’École
de shiatsu thérapeutique pour
une séance avec des adolescents
en difficulté (dépression, troubles
du comportement…). L’EST organise aussi des ateliers pour certains
personnels des hôpitaux parisiens
Cochin et Necker.
« Le shiatsu aide l’hospitalisation, constate Bénédicte Seguin,
qui a pratiqué pendant six mois
au service d’oncogériatrie de
l’hôpital Dupuytren de Draveil
(Essonne). Il permet la diminution
des troubles anxieux et des insomnies
des p
­ atients, souvent seuls et alités.
Les médecins constatent une baisse
de la consommation de somnifères et
d’antidépresseurs. C’est aussi un toucher moins médical, qui leur apporte
un apaisement que, hélas, le personnel hospitalier n’a pas toujours le
temps de dispenser. » Un vrai soin,
dans le sens ancestral du terme :
englobant et bienveillant. g
Charlotte Langrand
Pour aller plus loin : « La Voie du shiatsu »,
par Bénédicte Seguin et Mylène Pierrard,
aux Éditions Montparnasse et chez Nature
et Découvertes, 30 euros.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
46
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Plaisirs Jeux & Météo
• Mots croisés
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15
lève le doigt
en espérant
être
interrogée
2
Albert Varennes albert.varennes@hotmail.fr
a tendance à
envoyer voir
ailleurs
s’il y est
instrument
jaugeant du
niveau quand
on balise
d
d
U
1
• Mots fléchés
Jean-Paul Vuillaume jpvuillaume@sfr.fr
Y
Y
approcher
résultat
ses objectifs
peu probant
produire
des perles d’une addition
fin de
l’histoire
point sans
cœur
avoir le
vent en
poupe
d
d
d
d
Y
pêcher sans
èche
bande devant
un sexe
féminin
quantité
négligeable b
5
dit avoir vu
qu’il est
a alors
placé de dos
6
licenciement
à termes
7
prend son
plaisir dans
le frottement
8
joue la
montre
racole ou
caracole
U
11
subir des
pertes ou
les éviter
pronom
12
@
agit avec
une ruse
de renard
b
se baisse
dans
l’intimité
article
d
d
d
b
U
• mots fléchés
s t
u e
e t
r e
a
a t
m o
a t
z o
o
n e
e g
a
a l
m
c
g a
m
o p p
t t e
t
l l e
t e r
g
l o g
e
a
u t e
r e l
r
s
e l
e s
i c e
m o l
a n o
m
n
c
p
e u s e
s
p r
i p i s
u r
i
m o i e
t o n
u e
n
n g l e
e u
i s e
a l u e
g i r l
z
o p
j e
o t o v
n
u i
o y e r
• Sudoku
Solution
dont le lancement fait
un four
à tous les
coins de rues
d
b
Y
nettoie après
une forte
marée
se la péter
grave
du temps
des shoguns
général en
retraite
entre jeunes
et anciens,
on s’emmêle
un peu les
pinceaux
chasse
le loup
lie les deux
membres
b
d
affluant
vers
giverny
érection
d’une
statue
sert à table
est civil...
ou militaire
pour passer,
à repasser
d
terme de
golf plus
que de polo
autre
maître
discipline
au bahut
pour
le bahut
b d
tout émerveillée
plein de
bons sens
d
est de la
troupe, a de
la croupe
donnant un
point de vue
amateur de
vodka et de
cocktails
pulsions
pour un
coup à boire b
ou à tirer
a mis à l’envers
côté où
arrive
la bise
pétale de
rose des
vents
d
principal
sujet de
conversation
b
cuit à cœur
b
d
b
d
régler son
compte en
liquide
moyen
b
d
d
b
• Sudoku
d
b
ne donnera
pas l’ordre de
larguer
les voiles
b d
d
on a fait
bonne impression dans
la famille
c
d
dame de cœur
ou débutant
en amour
dans la
a pan
gueule !
d
b
b
• Météo
Cherbourg
4
10
z
a u t o
b r o
n i o m
q u e
f u i r
i l
i s l a
t o m
d e m a
e d
d e t o
b r u
k l e e
e
g y
e p t e
l i n
Métronome.
4. Détail. Edo. Pu.
5. Stèles. Ebruiter.
6. Tael. Sari. Irisé.
7. Réseaux. Parent.
8. On. Surélevé. Ter.
9. Pis. Rasade. Pire.
10. Hauban. Merlin.
11. Tu. Crisser. Ir.
12. Bourgeon. Etable.
13. Errer. Sensation.
14. Beau-père. Lente.
15. Désuète.
Emergée.
là bas au
connemara
de shakes...
pire
Y
1. Veille à la bonne tenue de la caisse.
- 2. Est ouverte mais pas au dialogue.
A manifestement été satisfait de son
Mises debout à coup de pompe. Mopremier choix. Se livrer à des déducdèle de bravoure. - 3. Nouveau domitions. - 3. Traités d’un ton léger. Empêcile pour celui qui déménage. Son
ché de sortir. - 4. Victime d’un arrêt du
but est ne pas en avoir. Prises dans
cœur. Traité en liquide à toute vapeur.
les lacs. - 4. Met le nez dans une dis- 5. Bases de lancements. Désespoir
cussion. Arracha des plumes. Préfixe
d’une maîtresse. Porte sur les nerfs. - 6.
de répétition. - 5. Matières plastiques.
Cité pour mémoire. Homme à l’affût.
Calvaire normand. - 6. Propose un pied
Répété par le mouton. - 7. Avoir une
de biche. Derrière le rideau de fer. Un
divergence de vue. Invitation à se
bras entre Ouessant et Sein. - 7. Arrivé
mettre à l’ouvrage. Retournés dans
à la fin du concert. Mène une existence
leur intérieur. - 8. Prime pour le pernormale. Lanceur de disque. - 8. Représonnel. Elles ont la cosse. Agents de
sentant du personnel. Prise de terre.
fermentation. - 9. Bateau qui transEnfant de cœur. - 9. Vieux monsieur
portait des huiles. Unités d’ensemble.
parfois triste. Rosse de sable. Fait
Nom de guerre. - 10. Est bonne pour
passer le courant entre la Suisse et la
le service actif. Une bonne assiette
France. - 10. Volent sur l’eau. Soupe au
assurée. - 11. Plis qui se repassent. La
canard. Préposition. - 11. Poteau qu’on
proie pour l’ombre. Reviennent sur
enterre. Entreprise d’investissement.
une mauvaise impression. - 12. Glisse
- 12. Maux de dents. Eclipse partielle
sur une descente de lit. Victime d’un
de lune. - 13. Passage qui mène à la
mauvais contact. - 13. Normale pour
mer. Il a un rôle de composition. - 14.
une école. Air vendu en boîte. S’évite
Se trouve facilement sur une carte de
de courir. - 14. Capitales d’Etats unis.
l’Asie. Indisposés par des salades crues.
Pansement pour boyaux. Vol organisé.
A émigré en Italie après la guerre. - 15. Vaisseaux en bois. Tenter de faire
15. Farouches quand ils sont anglais.
baisser le crédit.
Réserver un mauvais accueil.
Solution la semaine prochaine
1. Crénothérapie.
2. Leva. Pépier. Gel.
3. Agace.
trompe à
la chasse
VERTICALEMENT
U
1. Cause de mauvais sang pour certains. - 2. Tout nouveaux, tout beaux.
VERTICALEMENT
b d
a
U
Horizontalement
1. Claustrophobe.
2. Reg. Tænia. Orbe.
3. Evadées. Sutures.
4. Nacelles. Bureau.
5. Eté. Aura. Grue.
6. TP. Assurance. Pt.
7. Hémi. Axes. Rosée.
8. Epeler. Laminer.
9. Rit. Bipèdes. Née.
10. Aérer. Averses.
11. Produire. Létale.
12. Noire. Pirater.
13. Ego. Tintin. Bing.
14. Empester. Ilote.
15. Fleure. Réfrénée.
d
ramadan
sans trop
d’abstinence
15
HORIZONTALEMENT
relation
ancienne qui
a fait bien
des histoires
l’aube ou
la nuit
14
Solution
du numéro 3759
b
b
d
13
• mots croisés
d
d
Y
d
b
b
9
10
formant
village
formant
maisons
jalousie des
observateurs
à belle allure
d
3
4
excité en
une fraction de
seconde
Abbeville
0
6
0
Caen 8
Brest 102
Rennes
0
9
Nantes
-1
9
Dimanche 3 février
Indice de confiance 5/5
Tours
1
7
b
Lille
0
5
Paris
2
6
Nancy
0
4
Dijon
1
5
Strasbourg
1
4
Besançon
1
4
ClermontLyon
Ferrand
2
1
6 Grenoble
3
Bordeaux
1
Aurillac
1
5
9
-3
1
Nice 5
Toulouse
13
Biarritz
1
4
3
6
9
9
7
Perpignan Marseille
13 Bastia
4
7
- 10°/0°
1°/5°
Ensoleillé
Éclaircies
6°/10°
11°/15°
16°/20°
21°/25°
26°/30°
Nuageux
Couvert
Orages
Pluie
31°/35°
Neige
36°/40°
Solution
LEJDD.FR
Rédactrice en chef déléguée Marianne
Enault. Chef d’édition Vivien Vergnaud.
Directeur de la rédaction Hervé Gattegno.
Directeur adjoint de la rédaction Pascal Ceaux.
Rédacteur en chef central, secrétaire
général de la rédaction Cyril Petit.
Directrice artistique Anne Mattler.
Rédacteurs en chef François Clemenceau
(International), Rémy Dessarts (économie),
Stéphane Joby (Plaisirs), Pierre-Laurent Mazars
(Enquête, opinions). Secrétaire général adjoint
Robert Melcher (Paris). Rédacteurs
en chef adjoints Emmanuelle Aubry (édition),
Bruna Basini (économie), David Revault
d’Allonnes (Politique). Chefs de service
Anne-Laure Barret (Société), Solen Cherrier
(Sport), Aurélie Chateau (Photo).
Premier SR Benoît Leprince.
LE JOURNAL DU DIMANCHE est édité
par : Lagardère Media News, Société
par Actions Simplifiée Unipersonnelle
(Sasu) au capital de 2.005.000 euros.
Siège social : 2, rue des Cévennes, 75015
Paris.
RCS Paris 834 289 373. Associé :
Hachette Filipacchi Presse.
Président : Arnaud Lagardère
Directrice de la publication
Constance Benqué.
Président d’honneur Daniel Filipacchi.
Directrice générale adjointe
Anne-Violette Revel de Lambert.
Communication Anabel Echevarria.
Ventes Laura Felix-Faure.
Contact diffuseurs 01 80 20 31 68.
Imprimé en France par Paris Offset Print
93120 La Courneuve,
CIMP Toulouse, MOP Vitrolles,
CILA Nantes, CIRA Lyon et Nancy Print.
N° de Commission paritaire 0420 C 86
368. Numéro ISSN 0242-3065.
Dépôt légal : juin 2018.
Renseignements lecteurs :
01 80 20 31 03.
Publicité : Lagardère Publicité News
2, rue des Cévennes 75015 Paris
Présidente Constance Benqué.
Directrice de la publicité Frédérique
Vacquier. Tél. : 01 87 15 49 32.
Tarif France Le JDD + Version Femina
(Ile-de-France) : 1 an, 99 € ;
JDD (hors Ile-de-France) : 1 an 79 €.
Tirage du 27 janvier 2019 :
181.198 exemplaires.
Papier provenant majoritairement
de France 100 % de fibres recyclées,
papier certifié PEFC.
Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/T
Travail exécuté
par les ouvriers
syndiqués
RELATIONS
ABONNéS
Internet
journaldimancheabo.
com
E-mail
abonnementsjdd
@cba.fr
Téléphone
(+33) 01 75 33 70 41
Courrier
Le JDD
Abonnements
CS 50002
59 718 Lille Cedex 09
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
47
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Plaisirs
Michel-Édouard Leclerc
« Je n’arrête pas le moteur »
bas. Jamais avare d’une formule
qui fait mouche pour défendre
les prix bas ou gagner ses combats de distributeur, toujours
disponible pour répondre aux
micros qui se tendent.
Ni énarque ni polytechnicien, c’est un chef d’entreprise
atypique dans ses actes et dans
ses paroles qui, dit-il, « ne fré‑
quente pas les cercles patro‑
naux ». D’où cette position,
inattendue, contre le travail du
septième jour. « Je comprends
que le Printemps ou les Galeries
Lafayette aient ­besoin de cap‑
ter les bus de touristes chinois
qui iraient ailleurs autrement,
mais les gens ont droit au repos
dominical, e­ xplique MichelÉdouard Leclerc. Je sais que
je profite des nombreuses per‑
sonnes qui travaillent le di‑
manche dans les ­magasins ou
dans les services publics, mais
je respecte ceux qui bossent. Je
suis comme tous les Français :
un citoyen à double face. »
Arnaud Meyer/LEEXTRA pour le JDD
le dimanche
De
Le dirigeant
du leader de
la distribution
française aime
cuisiner un bon
poisson avant une
balade en forêt
en Bretagne ou
une expo à Paris
D
ire que l’on
n’est pas « un militant de
l’ouverture des magasins le
­dimanche  » est banal si l’on
est un petit commerçant ou
un syndicaliste, mais beaucoup plus surprenant si l’on
est un représentant de la
grande distribution qui ouvre
de nombreux supermarchés…
le dimanche matin.
Michel-Édouard Leclerc, dirigeant du groupe du même nom
depuis 1988 (681 points de vente
dont 547 hypermarchés avec
un chiffre d’affaires supérieur
à 37 milliards d’euros en 2017)
n’est plus à une contradiction ou
à une provocation près. Depuis
quarante ans, le dirigeant du leader de la distribution française
s’est taillé une réputation de trublion de l’économie et de star
patronale des médias en disant
tout haut ce que ses pairs n’osent
parfois même pas penser tout
• sa Playlist
Every Breath You Take,
Police (1983)
J’ai eu une époque « Marathon Man », je voulais m’entraîner tous les jours. J’étais
dans cet ascétisme de la course décrit par
­Murakami. J’aimais écouter souvent cette
chanson dans l’effort.
She’s a Rainbow,
Rolling Stones (1967)
C’est une ritournelle qui me fait penser à une
femme au visage amoureux, qui danse, qui
éclate de rire. Elle me renvoie à celles dont j’ai
rêvé ou à des souvenirs de rencontres.
La nuit je mens,
Alain Bashung (1998)
Ce chanteur hypersensible est un peu mon
opposé, à cause de mon look très juvénile. En
même temps, je me sens très proche de lui.
J’aime le côté poétique de cette chanson : elle
dit la difficulté d’exprimer l’amour quand on
ne peut pas le montrer.
Pas simple de s’imposer
un vrai repos dominical
Une forme de schizophrénie
qu’il assume et défend : selon
lui, le sens de l’Histoire reste
celui de la baisse du temps de
travail. « Se reposer le dimanche
est un droit car beaucoup ne
peuvent pas l’exercer le reste
de la semaine, poursuit-il. Je
crois au primat de la vie sociale
sur l’activité économique. C’est
sans doute mon côté breton ca‑
tholique qui s’exprime. » Pourtant, les familles françaises sont
nombreuses à se promener
dans les centres commerciaux
ou les magasins Ikea ouverts
le dimanche. « Parce qu’on ne
leur propose pas assez d’acti‑
vités ludiques et culturelles,
regrette-t‑il. Elles vont dans ces
lieux parce qu’il n’y a pas assez
d’offres alternatives. »
Du coup, s’impose-t‑il un vrai
repos dominical ? Pas si simple.
« Je ne débranche pas, sinon c’est
trop dur le lundi », avoue-t‑il en
préambule avant de dérouler son
programme du dimanche au pas
de charge : « Je mets un grand
coup de frein, mais je n’arrête pas
le moteur. Je continue de phos‑
phorer. D’ailleurs, un dimanche
sur deux je suis d’astreinte,
c’est‑à-dire en mode veille avec
une équipe de collaborateurs qui
peut se ­mobiliser à tout moment,
comme lorsqu’il a fallu gérer
des problèmes d’approvisionne‑
ment en carburants pendant la
période des Gilets jaunes. Tout le
monde connaît mon numéro de
portable. » Il scrute les alertes
de Google. Mais pas au point
de vouloir connaître les résultats de ses magasins. « Jamais !
­assure-t-il. Je ne suis pas et je n’ai
jamais été un businessman qui
reste le nez collé sur des écrans. »
L’incontournable jogging,
plutôt en solitaire
Un week-end sur deux, il file
vers sa Bretagne natale, à
Concarneau ou à Landerneau,
où il rend toujours visite à sa
mère, âgée de 91 ans. Sinon il
reste à Paris, ou s’évade vers une
autre ville, Aix-en-­Provence, par
exemple. Le programme reste le
même : le grand patron de 66 ans
commence par un jogging, plutôt en solitaire. Sur les quais de
Seine ou dans la forêt de Fouesnant. Après avoir couru deux
heures, il passe à la boulangerie
pour rapporter des croissants
à ses proches. Les repas, en
famille le midi ou avec les amis
le soir, rythment cette journée
sans temps mort. Il se met aux
fourneaux et affiche sa fierté de
maîtriser la cuisson des poissons. « Je prends mes recettes à
Pont-Aven, comme celle du bar
au beurre nantais », confie le dirigeant. En Bretagne, il consacre
ses après-midi aux ballades avec
des copains sur des sentiers de
randonnée ; à Paris, il marche
aussi beaucoup. Les cours d’eau
lui servent de repère : il aime
longer le canal Saint-Martin ou
flâner dans le port de la Bastille.
Mais sa priorité reste la culture,
sa deuxième nourriture. Il voltige d’une expo à une autre, d’un
musée à un parcours de street
art. Il est incollable sur les lieux
méconnus, notamment le musée
de la Vie romantique.
Pourquoi cette boulimie ?
« Je n’ai jamais lu de livres de
management, la culture est ma
seule source d’inspiration, certifie
­Michel-Édouard Leclerc. C’est
en lisant Dos Passos, ­Steinbeck,
Zola ou Mark Twain que j’ai ap‑
pris à diriger. » En fin de soirée,
il se livre à un rituel immuable.
Une fois ses amis partis quand
il est à Paris ou après être descendu du TGV qui le ramène
dans la capitale, tel un étudiant
bûcheur il ­découpe des articles
de journaux qu’il lit assidûment
avant de les classer dans des dossiers. Il se prépare ainsi, jusque
tard dans la nuit, à redémarrer
à fond le lundi matin. Ce n’est
pas trop difficile : le moteur est
encore chaud. g
Rémy Dessarts
• son qg parisien
• sa passion
Je vais très souvent au restaurant Les
Éditeurs, à Paris, dans le 6e arrondissement. C’est l’un de mes endroits
favoris. Le service est hyper sympa, la
cuisine est bonne. J’y rencontre mes
amis écrivains ou auteurs de BD.
Mon amour pour la BD a commencé
quand j’étais adolescent. En parrainant
le festival d’Angoulême, j’ai rencontré les
auteurs français, qui sont devenus des
amis. Tous les ans, nous décernons le
prix Landerneau BD : cette année, il est
allé à Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil
pour L’Âge d’or.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
I
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Grand ParisGrand Paris
transport Un an
après la privatisation
des contrôles et
des amendes à Paris,
les résultats sont
surprenants
CHIFFRES Les pénalités
et recours sont en baisse,
mais les paiements
et les places libérées
sont plus nombreux
L
’adjoint d’Anne
­ idalgo chargé des déplacements,
H
de la ­voirie et de l’espace public,
Christophe Najdovski (EELV),
dresse un bilan « très positif » de la
réforme du s­ tationnement mise en
place au 1er janvier 2018 dans la capitale (comme partout en France).
« La physionomie des rues de Paris
a complètement changé d
­ epuis un
an : on y voit beaucoup moins de
voitures garées et donc beaucoup
plus de places disponibles. » Et ce
malgré un démarrage laborieux
au premier trimestre : bugs techniques, erreurs des agents de
contrôle, objectifs non atteints
par les deux nouveaux opérateurs
privés – Streeteo (filiale d’Indigo)
et Moovia (filiale de Transdev) – et
même fraude interne qui a poussé
la Ville à déposer une plainte
contre un responsable de Streeteo.
La réforme a consisté à transférer
la compétence du stationnement de
l’État aux collectivités. L’ancienne
amende pénale unique de 17 euros
– non dissuasive – est devenue un
« forfait post-stationnement » (FPS),
dont le montant est fixé par la commune. La plupart des grandes villes
l’ont augmenté* et ont fait appel à
des sociétés privées. À Paris, le FPS
s’élève à 50 euros dans la zone 1 (arrondissements 1 à 11) et à 35 euros
dans la zone 2 (12 à 20) ; avec un
tarif minoré de 30 % en cas de paiement sous 96 heures. À Lyon, le FPS
atteint 60 euros. Après des débuts
chaotiques, Streeteo et M
­ oovia effectuent aujourd’hui 75 000 contrôles
par jour, « dans toutes les rues sans
exception », dixit la mairie, soit plus
de la moitié des 133 530 places de
stationnement payant de la capitale.
« Sur 100 places,
12 sont inoccupées »
Pourtant, contrairement à ce
qu’on pourrait croire, le nombre
d’amendes a baissé en 2018 :
3,2 millions de FPS ont été délivrés, contre 4 millions de PV de
contravention en 2017. Par contre,
« le taux de respect du paiement a
doublé, passant de 9 % à 20 % », se
félicite l’adjoint écologiste. Ce qui
signifie tout de même que 80 % des
automobilistes ne paient toujours
pas leur ­parcmètre. « Les contrôles
vont s’intensifier en 2019 », promet Christophe N
­ ajdovski. Pierre
­Chasseray, ­délégué général de
l’association 40 Millions d’automobilistes, conteste les « chiffres
Premier
bilan pour le
stationnement
payant
bidon de la mairie ». Selon son
recensement, les deux tiers des
automobilistes près de la gare
Montparnasse s’acquitteraient de
leur droit de stationnement. En fait,
la mairie distingue le stationnement
des visiteurs et le stationnement
résidentiel, « payé, lui, à 90 % ».
D’ailleurs, les demandes de cartes
d’abonnés aux tarifs préférentiels
(résidents ou professionnels) ont
bondi de + 30 % depuis la réforme.
Pierre Chasseray dénonce aussi
les « dérives de la privatisation du
stationnement : les entreprises
­privées recherchent naturellement
la rentabilité, ce qui incite leurs
agents à faire du zèle et à délivrer
des amendes indues ». Ce à quoi
la Ville rétorque que Streeteo et
Moovia peuvent p
­ rétendre à un
intéressement indexé non pas sur
le nombre de FPS émis mais sur les
recettes provenant du paiement
immédiat du stationnement. Ces
recettes – paiements et FPS – ont
été plus faibles que prévu en 2018 :
230 millions d’euros. La « preuve »,
pour Christophe N
­ ajdovski, que
« la Ville ne pratique pas une politique du chiffre ». L’objectif est
d’aboutir à un « fonctionnement
vertueux », insiste-t-il. À l’en croire,
le but est atteint : « Sur 100 places,
12 sont i­ noccupées, contre trois ou
quatre précédemment. Cela évite
de tourner des heures pour se garer,
fluidifie le trafic et fait b
­ aisser la
pollution de l’air. »
Le nombre de recours a également diminué en 2018. Selon le
cabinet Claisse & Associés, avocats
de la Ville de Paris, 3 % des FPS
apposés sur les véhicules ont fait
l’objet d’un « recours administratif
préalable ­obligatoire  » (Rapo), soit
110 000 recours en 2018, contre
160 000 en 2017. Plus de la moitié de ces Rapo ont été favorables
à l’usager. « Paris a voulu un premier recours utile, plutôt tolérant
Dans la capitale,
plus de
75 000 contrôles
par jour sont
effectués par
les deux opérateurs
privés Streeteo
et ­Moovia.
É. BAUDET/DIVERGENCE
POUR LE JDD ;
M. FOURMY/SIPA ;
P. Lavieille/LP/MAXPPP
Gratuit pour les scooters et motos, mais...
À Paris, le stationnement est
payant pour les voitures et les
poids lourds de 9h à 20h, du
lundi au samedi, sauf jours
­fériés, y compris en août. Pour
les automobilistes visiteurs, le
prix s’élève à 4 euros de l’heure
en zone 1 (du 1er au 11e arrondissement) et à 2,40 euros en zone
2 (12e au 20e). Le stationnement
résidentiel, lui, coûte 9 euros la
semaine (45 euros par an). Idem
pour le stationnement des professionnels sédentaires (commerçants, artisans…). Pour les professionnels mobiles (réparation,
entretien…) : 0,50 euro par
heure, avec une carte
de 240 euros par an. Le
stationnement est gratuit
pour les personnes handicapées, les professionnels
de santé et les véhicules électriques. Ces derniers peuvent
aussi se garer sans payer sur les
3 000 anciennes places d’Autolib’.
Quant aux motards et conduc-
teurs de scooters, ils bénéficient
depuis courant 2018 – à Paris* –
de la gratuité du stationnement
sur les 133 530 emplacements
des voitures. Ils disposent aussi
de plus de 50 000 places dédiées
(6 000 nouvelles depuis 2014).
« Les deux-roues motorisés n’ont
plus d’excuse : les trottoirs sont
totalement interdits », prévient
Christophe Najdovski. En 2018,
106 000 PV ont été dressés contre
les motos et scooters garés sur les
trottoirs. La future police municipale aura la même mission. g B.G.
* Vincennes et Charenton-le-Pont (94)
ont décidé en avril de rendre payant
le stationnement des motos et scooters
(de 1,50 à 2 euros les deux heures).
Une première en France.
et soucieux de pédagogie », assure
Me Jean-Alexandre Cano, chargé
du dossier au cabinet Claisse. Pour
les contestations n’ayant pas obtenu
gain de cause (16 % à Paris), une nouvelle juridiction administrative a été
spécialement créée : la Commission
du contentieux du stationnement
payant. Installée à Limoges, cette
CCSP a examiné 10 000 recours
par mois en moyenne depuis juillet 2018 – la moitié concerne Paris,
10 % Marseille, 3 % Bordeaux.
Plusieurs nouvelles
jurisprudences établies
Afin d’établir une jurisprudence
sur certains points, plusieurs
audiences publiques se sont
tenues. Il s’agissait par
exemple de savoir si la carte
de stationnement des personnes handicapées doit
être visible sur le tableau
de bord ou si le simple fait
d’en être détenteur suffit à être
exonéré d’un FPS : la CCSP a opté
pour la seconde option, contre l’avis
de la Ville de Paris. Autre type de
contentieux : la preuve du caractère
payant des places. Cette fois, la Commission a donné raison à la mairie.
« Il appartient à l’usager de démontrer l’irrecevabilité du contrôle, pas
à la municipalité », résume l’avocat.
Concernant les voitures louées, la
juridiction a décidé que, « contrairement à l’ancien système, le loueur
est maintenant tenu de payer le FPS ;
à lui de se tourner ensuite vers son
client ». Quant à l’argument d’usurpation de plaque d’immatriculation,
l’automobiliste doit prouver qu’une
plainte a bien été déposée au commissariat. On n’évite plus le parcmètre aussi facilement. g
Bertrand Greco
* Le FPS est de 20 euros à Antony (92),
25 euros à Pontoise (95), 32 euros à
Courbevoie (92), 35 euros à Vincennes (94),
Meudon ou Boulogne-Billancourt (92).
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
II
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Grand Paris
Rue de Trévise, la longue attente
ENQUÊTE Depuis
qui ne cessent de me réclamer
des documents ­disparus dans le
sinistre », soupire-t-elle, lassée.
l’explosion mortelle
du 12 janvier, près de
400 habitants n’ont
toujours pas pu regagner
leur appartement
Après l’explosion au gaz qui a
frappé la rue de Trévise (9e), causant la mort de quatre personnes
et en blessant 60 autres voici trois
semaines, les environs des Folies
Bergère et leurs résidents auront
encore besoin de temps pour panser
leurs plaies. Rares encore sont les
commerçants, cabinets de conseil,
artisans – 82 acteurs économiques
au total – à avoir pu rouvrir leurs
portes tandis que les travaux de
consolidation et d’étayage menés
dans l’épicentre de la catastrophe,
au 6, rue de Trévise, se prolongeront au moins jusqu’à la fin février.
Les investigations promettent
d’être également longues et complexes après l’ouverture cette semaine d’une information judiciaire
contre X pour homicides et blessures involontaires. Une attente qui
s’ajoute aux maux des habitants des
neuf immeubles frappés d’interdits
d’occupation – six pour cause de désordres structurels majeurs et trois
autres menacés par l’écroulement
des bâtiments mitoyens –, appelés
à durer de longs mois encore.
« À 9 heures, je bois un café dans
ma cuisine, et la seconde d’après, je
quitte une zone de guerre, témoigne,
encore bouleversée, Colette,
­habitante du 2e étage au 6, rue de
­Trévise. C’était une scène digne d’un
bombardement : du verre plein les
cheveux, l’encadrement des fenêtres
écroulé, la porte sortie de ses gonds,
les cris des enfants, les gravats à escalader, la cage d’escalier enfumée…
et puis, au 1er étage, un gigantesque
trou, avec seulement une ou deux
pièces ayant encore leur plancher. »
Jeudi, rue de Trévise (9e arrondissement). Tant que les travaux de déblaiement et de sécurisation ne seront pas terminés,
les enquêteurs ne pourront pas accéder aux neuf immeubles fragilisés par l’explosion. Éric BAUDET/DIVERGENCE POUR LE JDD
À ce traumatisme initial s’est
immédiatement ajoutée l’angoisse
pour 150 foyers du quartier – 350 à
400 personnes – brutalement à la
rue. « D’habitude, les victimes d’un
accident ou d’un attentat ont leur
chez-soi pour se sentir en sécurité.
Là, leur appartement est devenu le
lieu même des souffrances. Certains
ne veulent plus jamais y vivre »,
constate Carole Damiani, directrice
de l’association Paris aide aux victimes, qui offre un guichet unique
avec psychologue, juriste, avocat,
assistante sociale, etc. aux rescapés.
« Des gestes de générosité
qui font chaud au cœur »
C’est le cas de Colette, encore
hagarde. « Je suis toujours sous le
choc. Incapable d’écrire la moindre
page, ne trouvant pas le sommeil sans
médicaments, luttant contre les crises
d’angoisse, épuisée par les moments
où je revis l’explosion. Mercredi dernier, le podologue a découvert un éclat
de verre dans mon pied, je ne m’en
étais pas rendu compte ! », confie la
romancière, qui a pu trouver refuge
auprès de sa famille dans le 6e arrondissement.
Colette n’a trouvé de rares moments de répit qu’auprès des psychologues de la cellule de crise
installée pour quelques semaines
encore dans la mairie du 9e arrondissement, lors des réunions entre
sinistrés, ou durant son audition
auprès de la police judiciaire. Autres
réconforts pour les rescapés : l’élan
de s­ olidarité* du quartier face au
désastre. « Du petit déjeuner offert
par le café du coin, transformé en
QG le matin de l’explosion, jusqu’aux
collectes de vêtements de la mairie
et de jouets des parents d’élèves, ce
sont des petits gestes de générosité
qui font chaud au cœur, se réjouit
Nicolas Sallavuard, autre sinistré du
6, rue de Trévise. Ma femme et mon
fils, qui se trouvaient dans l’appartement au moment de l’explosion,
sont indemnes. Mais aujourd’hui, je
suis frustré de ne plus y avoir accès.
Tout est à portée et en même temps
inaccessible. »
En outre, pour ces sinistrés,
le « groupe WhatsApp des survivants », comme le surnomme
­Colette, semble un espace autant
de décompression que de conseils
face à l’ampleur des démarches
administratives et juridiques à
effectuer. « Papiers d’identité,
carte bancaire, carte Vitale, permis
de conduire… il y a d’abord toute
une existence légale à refaire. Sans
compter la gestion des assurances,
des experts, de la copropriété, etc.,
Logés jusqu’au 31 mars,
mais après ?
Si la majorité est aujourd’hui
­hébergée chez des parents ou des
proches, 38 autres résidents sont
logés dans des hôtels des environs ou
dans une résidence du parc municipal du 13e arrondissement, grâce à la
prise en charge par leurs assurances
jusqu’au 31 mars. Mais après ? « Nous
travaillons en sur-­mesure. Certains
sont éligibles au parc social [29 sont
demandeurs, selon la mairie de
Paris], je serai aussi très vigilante à
conserver dans le quartier les familles
scolarisées, avec un enfant en crèche,
ou encore les plus âgés », précise au
JDD Delphine Bürkli, maire du
9e arrondissement.
Autre cas épineux, celui de huit
sinistrés n’ayant pas souscrit d’assurance habitation et qui pourraient
bénéficier du fonds d’aide au relogement d’urgence. Pour la famille
Sallavuard, dont les quatre membres
partagent aujourd’hui un studio
dans le 2e arrondissement, la priorité
est désormais de trouver un logement de transition. « Grâce à notre
assurance habitation, on va bénéficier
durant un an d’une enveloppe pour se
loger à loyer équivalent. Ensuite, celle
de la copropriété doit prendre le relais
pendant deux ans. Cela devrait permettre de tenir le temps des travaux
pour remettre en état l’immeuble »,
espère l’architecte d’intérieur, qui
n’aspire qu’à retrouver à terme ses
pénates : « Cet appart, c’est notre
cocon. Nous prendrons le temps qu’il
faudra, nous surmonterons tous les
obstacles juridiques nécessaires, mais
nous y retournerons. Je ne me vois
pas vivre ailleurs. » g
Julien Descalles
* Un concert de musique classique au
bénéfice des sinistrés de la rue de Trévise
se tient aujourd’hui à l’église Saint-Eugène
Sainte-Cécile, à 15 h 30. Participation libre.
PATRIMOINE Choisyle-Roi (94) va acquérir
la maison du compositeur
de « La Marseillaise » pour
la transformer en musée
Un « monument national » bientôt
dans le domaine public. La Ville
de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne)
va acquérir la maison où Rouget
de Lisle (médaillon) a passé une
dizaine d’années et où il est décédé.
Didier Guillaume, maire (PCF) de
Choisy-le-Roi, a annoncé cet achat
lors de la cérémonie des vœux, le
9 janvier. La maison, un bel ensemble de la fin du XVIIIe siècle, est
encore miraculeusement debout.
C’est un bien privé, et l’acquisition
aura lieu directement auprès du
propriétaire. Actuellement lotie en
logements locatifs, la maison, qui
nécessite des travaux, est répertoriée dans l’Inventaire général du
patrimoine culturel, mais n’est pas
classée monument historique.
« Notre intention est d’abord de
sauver ce site historique à forte
­résonance nationale, dont on estime
qu’il est en danger, nous at‑on indiqué au cabinet du
maire. D’autre part, nous
réfléchissons à un projet
culturel, un musée. »
L’acquisition pourrait se faire au cours
de ce présent semestre
– en mars-avril. Les
travaux de restauration
commenceraient dans la
foulée pour un musée qui
ouvrirait au plus tôt en 2020.
Parallèlement, la statue en bronze
(1882) du fameux troubadour semblant chanter La Marseillaise sera
réinstallée au carrefour Rougetde-Lisle après les travaux du T9
en 2020. Aussi la Ville envisage-t‑elle
de coupler l’ouverture du musée et la
réinstallation de la statue. Il s’agit de
construire un « lieu de mémoire » où
la banlieue s’inscrit, elle aussi, dans
l’histoire de France.
Quand il s’installe à Choisy-le-Roi
après 1826, Claude Joseph Rouget
de Lisle, au bout du rouleau, est
recueilli par des amis. À 66 ans, il
a tout vu : Ancien Régime, Révolu-
tion, Empire, Restauration.
Mais la société de l’époque,
fatiguée des guerres de la
­Révolution et de l’Empire, préfère oublier
cet ancien officier du
génie. Autrefois, en
garnison à Strasbourg, après avoir fait
connaissance du maire,
Philippe-Frédéric de Dietrich, dans une loge maçonnique, il avait composé en une
nuit – du 25 au 26 avril 1792 – le
Chant de guerre pour l’armée du
Rhin. Chantée le 26 avril pour la
première fois en public, cette œuvre
deviendra La Marseillaise.
Criblé de dettes
« Monarchien », c’est‑à-dire royaliste
constitutionnel, Rouget de Lisle se
veut libre, mais se rend suspect à
tout le monde pendant la ­Révolution
– jacobins, bonapartistes, ultraroyalistes. Après la journée du
10 août 1792, qui voit la chute de
la monarchie, Rouget est destitué
de ses fonctions de capitaine après
avoir protesté contre l’internement
de Louis XVI. Emprisonné sous la
Terreur, il échappe à la guillotine.
En 1795, il est envoyé pour affronter
les chouans et les émigrés lors de
l’expédition de Quiberon. Témoin
d’horreurs, Rouget de Lisle quitte
l’armée en 1796. Revenu à la vie
civile, il se fâche avec Napoléon et
lui écrit en 1804 : « Bonaparte, vous
vous perdez, et ce qu’il y a de pire,
vous perdez la France avec vous. »
Rouget connaît alors la vie
de ­bohème des écrivains et des
poètes. Il publie Essais en vers et
en prose en 1796 puis, en 1814, un
hymne ­royaliste, Vive le Roi !, qui
n’est pas agréé par Louis XVIII. Il
publie en 1825, à compte d’auteur,
Cinquante Chants français. Mais il
tire le diable par la queue et vend
l’héritage de son père avant d’être
incarcéré pour dettes à Sainte-Pélagie en 1826. R
­ ouget de Lisle écrit à
Hector ­Berlioz le 20 décembre 1830 :
« Je ne suis qu’un misérable ermite
éclopé, qui ne fait que des apparitions
très courtes et très rares dans votre
grande ville [Paris]. »
Finalement, le roi Louis-­Philippe,
compagnon d’arme de l’ancien capitaine du génie, le fait décorer de la
Légion d’honneur et lui octroie une
pension viagère de 1 500 francs, puis
une supplémentaire de 2 000 francs
en 1832.
Rouget de Lisle meurt le
26 juin 1836 à Choisy-le-Roi – il
a 76 ans. Il disparaît sans avoir
connaissance de deux faits qui auraient éclairé sa vieillesse. La Marseillaise, interdite sous la Restauration et le Second Empire, devient
hymne national en 1879. Autre satisfaction : lors de ses obsèques, des
ouvriers de Choisy-le-Roi ont entouré la fosse mortuaire. L’un d’eux
s’est mis à chanter La Marseillaise,
alors que ses compagnons reprenaient le refrain. Au sixième couplet,
« Liberté, Liberté chérie/Combats
avec tes défenseurs ! », on raconte
que tous les ouvriers tombèrent à
genoux et jetèrent sur le cercueil
du poète-musicien des dizaines de
bouquets d’immortelles… g
Hervé Guénot
Bridgeman
La dernière demeure de Rouget de Lisle sera restaurée
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
III
le journal du dimanche
dimanche 3 février 2019
Grand Paris
Bains chauds en plein air
bonnes tables
L’adresse du dimanche
Sando Club (11 ), brioches japonaises
e
Un coffee-shop genre béton carrelage propret avec des tables
bien alignées. Dans les assiettes, les meilleurs des sandos – ces
sandwichs faits de pain brioché moelleux et légèrement grillé. En
bouche, ils font l’effet de coussinets totalement régénérants. Entre
deux tranches épaisses et molletonnées de pain sont calées des
petites choses démentes. Les best du moment : le torikatsu, poulet
pané au cœur tendre et sésame noir, ­carottes, chou, le tout enrobé
d’une sauce bulldog extra ; le tamago, à base d’omelette et d’une sauce
hot hot (12 euros). Ou encore le pulled beef : bœuf braisé tendre
imbibé d’une sauce hoisin (12 euros)… Les réfractaires aux brioches
peuvent retrouver les mêmes préparations, mais sans le pain. Bon
à savoir : sur place ou à emporter. Du petit déjeuner au goûter. g
7/10
Sando Club, 1-3, passage Thiéré (11e). Entre 15 et 20 euros environ.
7j/7 de 9 h (10 h le week-end) à 18 h 30 (17 h le week-end). Tél. : 09 82 59 50 33.
Pour oublier le club sandwich, autant passer au Sando Club. J. DE FONTENAY POUR LE JDD
La nouveauté de la semaine
Vermillon (9e), pépite à partager
C’est l’un des derniers-nés du quartier que certains appellent
« South Pigalle ». Un micro-bistrot où Roland Dufour, le
patron, a calé une poignée de tables. Vermillon donne le rose aux
joues et le sourire aux lèvres. Pas tant dans son décor, qui reste sobre :
tomettes, tables et chaises en bois. Mais tout se passe dans les assiettes
d’Arthur Havet. Réconfortantes, soyeuses, joyeuses, elles ont le goût
d’un joyeux dimanche en famille. Exemple, cette soupe de patates
douces au lait de coco bien câlinante ; houmous à la coriandre ; courge
rôtie, farce champignons, ricotta, épinards et œuf de caille : régénérant.
Desserts doudous : on hésite entre le moelleux à l’orange et pavot ou
le fondant chocolat beurre salé. L’ensemble est bercé par un service
de bonne humeur. Bon à savoir : formules au déjeuner à 11, 13,50 
et 16 euros. Et 1 euro de moins si vous prenez à emporter. g
7,5/10
J. DE FONTENAY POUR LE JDD
Vermillon, 5, rue de Calais (9e). À la carte le soir, entre 30 et 35 euros environ.
Fermé dimanche et lundi. Tél. : 01 42 41 49 68.
Un micro-bistrot qui donne le rose aux joues et le sourire aux lèvres.
Retour chez…
Roco (17e), pizzas qui nous bottent
On l’aime, cette napolitaine fine à l’intérieur, pulpeuse sur
les bords, brunie au four et garnie de produits impeccables.
Ça fait quatre ans que Roco sort des pizzas sacrément bottées qui
n’ont rien à envier à celles de Naples. Une base de sauce tomate
et de fior di latte, et pour le reste, chacun son goût. Belle Fiamma
– spianata, piment, pecorino sardo fumé (17 euros) ; la Parigi, son
jambon blanc et ses champignons (15 euros), et bien sûr, la Napoli
et ses anchois de Cetara, olives de Kalamata, huile d’olive et basilic
(13 euros). Pour le reste : burrata, charcuterie ou foccacia. Bon à
savoir : à l’intérieur, ça débite, ça court, ça parle fort, et surtout ça
ne désemplit jamais. Peut-être simplement parce que c’est bon. g
7/10
Roco, 1, rue Guillaume-Tell (17e). 7j/7. Entre 20 et 25 euros environ. Tél. : 01 47 64 49 39.
Aurélie Chaigneau
Détente Barboter dans de
l’eau chaude, mais au grand air :
une expérience étonnante,
typique des pays nordiques,
mais encore rare à Paris
Ils ont été construits avec du bois,
et du béton de chanvre en deux
semaines, par les associations et
ateliers (spécialisés en architecture)
Yes We Camp, ­Superfluides et A+1.
Ce dimanche, les amateurs peuvent
aller faire trempette dans les bains
chauds installés depuis quelques
jours, et ouverts jusqu’à ce soir,
dans une cour de l’ancien hôpital
Saint-Vincent-de-Paul, dans le 14e.
L’ex-établissement hospitalier a été
investi depuis 2015 par les Grands
Voisins, un collectif d’associations
qui a transformé les lieux désaffectés
en espace de vie et de solidarité.
Tout le week-end, des thermes
éphémères, baptisés « Choc
­thermique », ont donc ouvert.
Sauna et hammam
Au menu des « curistes » : quatre
bains chauds à l’air libre, un sauna
(à vapeur sèche), un banya (un
bain russe à vapeur humide, où
les baigneurs se fouettent avec des
branches), un hammam (vapeur humide)… Quarante personnes maximum peuvent fréquenter le Choc
thermique pendant une demi-heure
environ. Le tout dans une ambiance
festive, avec du théâtre, des performances surprises et une radio en
direct. Les débats à l’antenne por-
teront sur « les évolutions de notre
rapport à l’eau, à l’hygiène et à la
pudeur », avec par exemple Fabienne
Chevallier, historienne et auteure de
Le Paris moderne : histoire des politiques d’hygiène, ou Jean-Christophe
Choblet, urbaniste et scénographe
qui a lancé Paris-Plage.
Pour ceux qui préfèrent une
­atmosphère plus calme, et plus sportive, une autre option de plongeon
en plein air existe à Paris : le bassin
nordique de la piscine de la Butteaux-Cailles, avec une eau à 26 °C. g
Marie-Anne Kleiber
« Choc thermique », Grands Voisins (14e),
de 14 h à 20 h, apporter maillot et serviette,
participation au choix à partir de 5 €.
Restauration sur place. Vestiaire individuel.
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
IV
le journal dudimanche
dimanche
3 février 2019
Grand Paris
Sortir en Île-de-France
Artistes
77 amateurs
Exposition
de peinture
La ville de Provins organise
son salon annuel consacré
aux artistes amateurs
à l’Hôtel de Savigny.
Venez découvrir
les peintres de la région.
Cette exposition propose
des œuvres pour tous les
goûts.
Hôtel de Savigny, Provins.
14 h-18 h. Gratuit. provins.net
Sculptures
78 lumineuses
Tradition chinoise
À la tombée de la nuit,
les jardins du ZooSafari
de Thoiry s’illuminent
de plus de 600 sculptures
lumineuses géantes tout
droit venues de la culture
traditionnelle chinoise et
offriront un voyage féerique
sur près de 6 hectares
de jardins botaniques.
ZooSafari, Thoiry. 18 h-22 h.
Tarif : 19,90 euros. thoiry.net
91 Concert
92 Photographie
Langue des signes
Un concert à écouter
et à regarder. Pour son
nouveau spectacle musical
aux sonorités pop rock, Liz
Cherhal sera accompagnée
d’un interprète en langue
des signes pour traduire
ses compositions
et permettre à tous
d’accéder à son univers.
93 Philharmonie
Architecture
Promenade dans Issyles-Moulineaux à travers
une quarantaine de
photographies de Raymond
Depardon exposées au
musée français de la Carte à
jouer. Ou comment observer
l’architecture de la ville à
travers le regard de l’artiste.
Œuvres classiques
La Jeune Philharmonie
de Seine-Saint-Denis
présente son concert
de Nouvel An. Cette saison,
le programme sera très
européen avec des œuvres
de Wagner, de compositeurs
français mais aussi italiens
dont Verdi.
Musée français de la Carte
à jouer, Issy-les-Moulineaux.
14 h-18 h. Tarif : 5,20 euros.
museecarteajouer.com
Théâtre intercommunal, Étampes.
17 h. Tarif : à partir de 8 euros.
essonne.fr
L’Espace 93, Clichy-sous-Bois.
15 h 30. Tarif : 9 euros.
lespace93.fr
Jeux
94 vidéo
Cosplay
Les fans de jeux vidéo
pourront trouver
leur bonheur au Games
Weekend de Chennevières.
Dix espaces sont proposés
pour vous affronter
sur différents jeux et
consoles.
Au programme également,
un concours de cosplay.
Centre Jean-Moulin,
Chennevières. 10 h-18 h.
Tarif : 3 euros. chennevieres.com
95 Théâtre
Conterie pour enfant
Le centre culturel Art’M
organise Scènes d’hiver,
un festival de théâtre
amateur. Le matin,
une conterie pour les 3
à 6 ans, et l’après-midi,
trois pièces dont
Bataille navale
de Jean-Michel Ribes.
Place de la Division-Leclerc,
Montmagny. 11 h et 16 h 30.
Gratuit. valdoise.fr
Aujourd’hui dans la capitale
1er
Films sur l’art
La 12e édition des Journées
internationales du film sur l’art
se déroule au Louvre. Aujourd’hui,
Different Trains d’Alain Fleischer
puis Imposed Piece de Brecht
Vanhoenacker et L’Esprit
des lieux de Stéphane
Manchematin et Serge Steyer.
Auditorium du Louvre. M° Palais-Royal.
14 h 30 et 17 h. Tarif : 4 euros. louvre.fr
4e
6e
7e
Le Centre Wallonie-Bruxelles
accueille une exposition autour
de la gravure et de l’art imprimé.
L’installation propose différents
parcours à la manière du récit
pédestre de Jacques Lacarrière,
Chemin faisant.
Les Beaux-Arts de Paris présentent
l’exposition « Léonard de Vinci
et la Renaissance italienne ».
L’accrochage rend hommage
à l’artiste et ses contemporains
en exposant trente dessins de
maîtres de la Renaissance italienne.
L’exposition « Concept-Cars
et design automobile » revient au
pied des Invalides. Les amoureux
des belles carrosseries peuvent
venir découvrir les plus belles
voitures de demain, pour certaines
en exclusivité.
Gravure
et art imprimé
Les dessins
de Vinci
Centre Wallonie-Bruxelles.
M° Rambuteau. 11 h-19 h.
Tarif : 5 euros. cwb.fr
Voitures
de demain
Beaux-Arts de Paris.
M° Saint-Germain-des-Prés. 13 h-18 h.
Gratuit. beauxartsparis.fr
Hôtel national des Invalides.
M° Varenne. 10 h-18 h. Tarif : 15 euros.
festivalautomobile.com
18e
8e
17e
11e
19e
Joan Miró,
Derniers jours
Fables
de La
Fontaine
10e
9e
Derniers instants pour profiter
de l’exposition sur le maître catalan
Joan Miró. Cent cinquante œuvres
évoquent les périodes charnières
de l’artiste, du mouvement fauve
au surréalisme en passant par
le cubisme ou le détaillisme.
16e
Grand Palais. M° Champs-ÉlyséesClemenceau. 10 h-20 h. Tarif : 15 euros.
grandpalais.fr
Coup
8e
de cœur
2e
Dernier jour de Paris1er
face cachée. Quelques
places encore
e sur le site
7cet
comme
atelier
de sculptrice dans
e
le 14 . Tarif :
6e
de 7 à 13 euros
parisface
e
15 cachee.fr
14e
3e
4e
5e
Les animaux de
La Fontaine donnent
rendez-vous à la Folie
Théâtre. Destiné
aux enfants de 5 à
12 ans, ce spectacle
est mis en scène
de manière ludique
et pédagogique
dans le respect
du texte original.
11e 20e
12e
13e
12
e
12e
un palais
transformé
Le Palais de la porte Dorée
comme vous ne l’avez jamais
vu. À l’occasion de l’événement
L’Envers du décor, le lieu est
métamorphosé par de jeunes
artistes. Également au programme,
des concerts, des performances,
des parcours sonores…
Palais de la porte Dorée. M° Porte-Dorée.
10 h-19 h. Gratuit. palais-portedoree.fr
Folie Théâtre. M° SaintAmbroise. 15 h. Tarif :
14 euros.
folietheatre.com
Cirque jeune
Le Festival mondial du cirque
de demain fête sa 40e édition.
Venez découvrir des numéros
de cirque parmi les meilleurs
du monde effectués par des
artistes de moins de 25 ans.
Un cirque jeune, inventif,
pluridisciplinaire et fort.
14e
15e
Cirque Phénix. M° Liberté. 15 h.
Tarif : à partir de 28 euros.
cirquededemain.paris
Spectacle unique et exaltant, Che Malambo est
à découvrir au théâtre Bobino. Cette danse majeure
d’Argentine sera interprétée par 12 artistes à la fois
danseurs et musiciens dirigés par Gilles Brinas.
Porte de Versailles, le Salon d’art contemporain art3f
est l’occasion pour tous, amateurs ou collectionneurs,
de céder à des acquisitions coup de cœur. Également au
programme, un espace consacré à la créativité des enfants.
15e
17e
Orchestre
symphonique
L’Orchestre symphonique
interuniversitaire de Paris vous
propose un concert gratuit sous
la direction de Chloé Dufresne.
Avec une ouverture de Wagner,
un concerto pour violon de Lalo
et une symphonie de Mendelssohn.
Église Saint-Christophe-de-Javel.
M° Javel-André-Citroën. 15 h. Gratuit.
osiup.paris
Danse et puissance
Théâtre Bobino. M° Gaîté. 17 h. Tarif : à partir de 24 euros. bobino.fr
Chevelure rousse
Le musée Jean-Jacques Henner
consacre une exposition au thème
de la chevelure rousse. L’artiste
en avait fait sa signature.
La rétrospective se compose de cinq
sections, réunissant une centaine
d’œuvres au total.
Musée Jean-Jacques Henner.
M° Malesherbes. 11 h-18 h. Tarif : 6 euros.
musee-henner.fr
Salon d’art
Parc des expositions. M° Porte-de-Versailles. 10 h-19 h.
Tarif : 10 euros. art3f.fr
19e
Architecture
parallèle
Sculptures éphémères
et immersives, les œuvres
de Pablo Valbuena s’installent
au Centquatre. L’artiste modèle
le son, la lumière et le mouvement
pour suggérer une architecture
parallèle.
Centquatre. M° Riquet. 14 h-19 h.
Tarif : 8 euros. 104.fr
20 e
Perles musicales
Venez découvrir les toutes
dernières perles musicales
issues du blues, de la folk ou
encore du rock lors des Nuits
de l’alligator. Aujourd’hui, J.P.
Bimeni, Ann O’Aro et Muddy
Gurdy sont à l’affiche.
La Maroquinerie. M° Ménilmontant.
19 h 30. Tarif : 22 euros.
nuitsdelalligator.com
Beaux-arts de Paris. Dist. Rmn Grand Palais/Thierry Ollivier/Philippe STIRNWEISS/Frédérique Dumoulin-Sonia Rykiel
РЕЛИЗ ПОДГОТОВИЛА ГРУППА "What's News" VK.COM/WSNWS
Документ
Категория
Журналы и газеты
Просмотров
12
Размер файла
18 950 Кб
Теги
Le Journal du Dimanche
1/--страниц
Пожаловаться на содержимое документа