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Détours en France N°213 – Janvier 2019-compressed

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213
TOULON / CANNES / FRÉJUS / SAINT-RAPHAËL
DE L A CÔTE VAROISE AUX GORGES DU VERDON
PROVENCE
DÉCOUVREZ UNE « AUTRE »
ÉDITION 2019
MASSIF DES MAURES…
LA VIE DANS DES VILLAGES
AU CHARME PROVENÇAL
MOURILLON,
CORNICHE
DE TAMARIS,
PRESQU’ÎLE
DE SAINTMANDRIER…
TOULON,
LA PLUS BELLE
BAIE D’EUROPE
RANDONNÉES DANS LE
GRAND CANYON… LE VERDON,
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VISITES GUIDÉES ET BONNES ADRESSES
3
Bertrand Rieger / Détours en France
ÉDITO NUMÉRO 200
213
Massif de l’Esterel : la calanque d’Anthéor et le cap Roux. Dominant
le site, le Saint-Pilon voit aussi défiler les pèlerins du célèbre
« Chemin des roys ».
L E P A Y S S O U S L’ É C O R C E *
Elles sont là. À portée de regard. Trois pépites qui
nous lancent de charmeuses œillades : les îles d’Or…
Tel Ulysse, faites un beau voyage. Quai des Îles-d’Or
au Lavandou, embarquez à bord d’une vedette, un de
ces matins d’été, lorsque l’air commence à tiédir et
que l’odeur des tamaris et des figuiers embaume
l’azur marin. L’étrave du bateau fendille, dans un
chuintement soyeux, une Méditerranée aux nuances
de pierres précieuses. Passage au ras des caps Bénat
et de Brégançon. La villégiature républicaine semble
assoupie. À bâbord, le Levant et ses calanques secrètes, puis Port-Cros et ses maisons alignées qui
colorent le fond de l’anse arrondie de ce port creux,
avant d’accoster à l’île sous le vent, Porquerolles.
« C’est là que j’ai connu l’une des expériences les plus
bouleversantes de ma vie. (…) Ici, sous un ciel bleu, dans
une mer bleue, (…) je pouvais assister à la véritable vie du
monde. » C’est Georges Simenon, qui s’exprime. Au
bras de sa femme Tigy, il y débarque dans les années
trente. Sa fascination est totale. Entre deux parties de
pétanque, Porquerolles devient l’un de ses personnages favoris pour les nouvelles et romans qu’il y
écrit avec ardeur. Filez plein nord de l’île jusqu’à la
plage Notre-Dame, longue étendue convexe de sable
fin. Un air de déjà-vu ? Souvenirs… 1965 : Anna Karina,
dans une scène désormais mythique de Pierrot le Fou
de Jean-Luc Godard, psalmodie « mais qu’est-ce j’peux
faire, j’sais pas quoi faire », en traînant les pieds dans
l’eau… Sale gosse qui ne croque pas à pleines dents les
bonheurs de cet éden de nature prodiguant une délicieuse sensation de flotter, de nager, de plonger dans
la Grande Bleue… Retour sur la terre ferme. L’arrièrepays de la Provence varoise offre des contrastes terrestres plus tourmentés, mais toujours dans des
chatoiements de couleurs et de lumières. Le massif
de l’Esterel, dans une transparence laiteuse, livre aux
morsures du soleil le rouge sang de son porphyre.
Par opposition, le vaste massif forestier des Maures,
le repaire de Maurin des Maures, entaillé de vallons
encaissés, apporte des ondulations vert sombre.
Bertrand Rieger / Détours en France
213
Boussole bloquée sur le septentrion, coupez par la
Dracénie, direction les gorges du Verdon. Comme
toutes les célébrités, on est persuadé de les connaître
jusqu’aux plus intimes détails. Peu d’entre nous, en
parfaite honnêteté, peuvent se targuer de saisir les
infinies nuances, les secrets du Grand Canyon. Pour
Jean Giono, qui aimait y vagabonder en quasi-voisin,
« rien n’est plus extraordinaire que
le mélange de ces rochers et de
ces abîmes, de ces eaux vertes et
de ces ombres pourpres, de ce ciel
semblable à la mer homérique et
de ce vent qui parle avec la voix des
dieux morts ! »
* Titre emprunté à Jacques Lacarrière
PAR DOMINIQUE ROGER
RÉDACTEUR EN CHEF
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Plus d’infos sur : www.detoursenfrance.fr
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
P.20 – TOULON :
SA VIE INTIME EST MARITIME
P.48 – LES VILLAGES DES MAURES
Bertrand Rieger / Détours en France x 3
4
SOMMAIRE N°213
LA PROVENCE
6
PORTFOLIO : LA FRANCE VUE PAR… SAMUEL DHOTE
14
LES RENDEZ-VOUS DE DÉTOURS : EXPOS, SORTIES ET COUPS DE CŒUR
18
LES PROMESSES DE LA PROVENCE VAROISE
20
22
TOULON : SA VIE INTIME EST MARITIME
ILS ONT DONNÉ SON IMAGE À TOULON : LA PLACE VATEL, LE QUARTIER
DU PETIT CHICAGO, LA CADE, LE VILLAGE DU MOURILLON,
LA PLACE SAINT-VINCENT, L’OPÉRA, LE MARCHÉ DU COURS LAFAYETTE
EN COULISSES : LE PORT MILITAIRE
LES AMBASSADEURS : JEAN-CHRISTOPHE GIOL, SERGE PLAGNOL,
BERNARD CROS, RÉMI KERFRIDIN, NICOLAS FAURE, VINCENT RIGAUD
26
34
P.80 – LE VERDON : 3 RANDONNÉES SENSATION
Abonnez-vous à Détours en France sur
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Une partie de cette édition comprend pour les abonnés : une lettre
de bienvenue, une lettre de réabonnement et une lettre nouvelle formule
à Détours en France. Pour le kiosque : un encart Noël collé. Pour le kiosque
et les abonnés : un encart jeté Soupe de courge butternut et une carte
Michelin spéciale Provence, insérée entre les pages 98 et 99.
213 / Janvier 2019 / www.detoursenfrance.fr
Matthieu Colin / hemis.fr
Retrouvez la version numérique du magazine sur :
facebook.com/detoursenfrance
LES ÎLES D’OR
46
CE QUE LA PROVENCE A APPORTÉ À LA FRANCE
48
LES VILLAGES DES MAURES
56
LE GOÛT DU TERROIR : LA LAVANDE
58
FRÉJUS ET SAINT-RAPHAËL : CITY BREAK
66
BALADE ÉQUESTRE SUR LA CORNICHE DE L’ESTEREL
70
CANNES : CITY BREAK
77
LES ÎLES DE LÉRINS
80
LE VERDON : 3 RANDONNÉES SENSATION
96
97
QUIZ
MOTS CROISÉS
P.90 – L’INVENTION
DE LA PROVENCE
LA CARTE DÉTACHABLE LA PROVENCE
Plus d’infos sur : www.detoursenfrance.fr
40
Méditerranéenne et alpestre,
parée de paysages somptueux
et baignée d’un climat
doux, la Provence séduit
de premiers voyageurs
à la fin du xviiie siècle. Depuis,
la peinture, la littérature,
le cinéma ou la publicité
ont façonné un certain mythe
de la région. La lumière,
l’accent, des personnages
hauts en couleur et un
certain art de vivre les ont
grandement inspirés.
©Philippe Murtas
PUBLI-COMMUNIQUÉ
Moustiers-Sainte-Marie,
M
oustiers-Sainte-Marie est situé dans
les Alpes-de-Haute-Provence au cœur
du Parc Naturel du Verdon, proche du
lac de Sainte-Croix, des Gorges du
Verdon et des champs de lavande à perte de vue.
Village provençal de caractère, son histoire
remonte au Ve siècle, date à laquelle les moines
de Lérins occupèrent le village et fondèrent un
monastère. Le village possède une histoire et
un patrimoine exceptionnels. Classé parmi les
plus beaux villages de France, Moustiers-SainteMarie peut également compter sur deux de ses
monuments classés monuments historiques.
L’église paroissiale et la chapelle Notre-Dame de
Beauvoir. Avec ses 262 marches à gravir, vous
pourrez admirer, le long de votre ascension les
anciens remparts défensifs, le clocher datant du
XIIe siècle de l’église paroissiale ainsi que d’autres
joyaux architecturaux.
Une étoile perchée, surplombant le village, intrigue
tous les visiteurs. De nombreuses légendes
existent autour de cette étoile. Celle de Frédéric
Mistral raconte qu’un chevalier de Moustiers,
le Chevalier de Blacas, parti en croisade et
emprisonné par les Sarrasins en 1210, aurait émis
le vœu de suspendre une étoile et sa chaîne s’il
revenait dans son village. Cependant, aucune
certitude n’est pour l’heure fixée et le mystère
règne reste donc, entier.
Pour tous les amoureux de la randonnée,
Moustiers-Sainte-Marie est le lieu idéal pour
passer vos vacances. De nombreuses randonnées
sont au départ du village pour tous les niveaux.
Allant de la promenade d’une heure dans les
champs d’oliviers centenaires à des randonnées
plus sportives avec des dénivelés importants.
LA FAÏENCE,
Pourquoi la faïence de Moustiers-Sainte-Marie
était-elle autant réputée ? Grâce à la très belle
qualité de son émail. L’argile, avant d’être
travaillée, devait être broyée, nettoyée et lavée.
Elle devait pourrir plusieurs mois dans des caves
à terre. Or, l’argile de Moustiers-Sainte-Marie
était de qualité supérieure car elle contenait
suffisamment de calcaire pour que la future pièce
de faïence ne se fende pas à la première cuisson
et que l’émail puisse adhérer parfaitement.
Aussi, cette qualité d’émail était due à la durée
exceptionnelle de pourrissement de l’argile
de Moustiers. Pierre Clérissy sera le premier à
obtenir le titre de « Maître-Faïencier » en 1679.
Toutes les faïences sorties de son atelier où on
©Office de Tourisme
©Office de Tourisme
©Philippe Murtas
©Laure Roux
L’Etoile de Provence
utilisait le bleu cobalt, étaient très luxueuses. Ses
pièces ont fait le bonheur de tous les grands du
royaume de France et son entreprise n’eut aucune
concurrence pendant 50 ans. Par la suite, deux de
ces apprentis, Olérys et Laugier se sont installés
à leurs comptes et apportèrent ainsi une nouvelle
dynamique dans les décors classiques. Vous
pouvez voir ces pièces au Musée de la Faïence.
Ce musée, retrace toute l’histoire de la faïence. Au
fil de votre visite, vous pourrez admirer des pièces
datant du XVIIe siècle et l’évolution des différents
décors.
AGENDA :
LavandEvasion : Du 24 juin au 7 juillet 2019, des
professionnels du secteur, en partenariat avec
l’Office du Tourisme, vous invitent à découvrir la
région en profitant de tarifs avantageux sur un
panel d’activités, au moment de la floraison de la
lavande.
Fête Patronale Notre-Dame de Beauvoir : Du
31 Août au 8 Septembre, fête traditionnelle de
Moustiers-Sainte-Marie !
Moustiers à la Page ! Rencontre autour du
livre et de la BD. Une journée de rencontres et
dédicaces avec plusieurs auteurs. Le 3e dimanche
de septembre.
Office de Tourisme de Moustiers-Sainte-Marie
Maison de Lucie, Place de l’Eglise, 04360 Moustiers-Sainte-Marie : +33 (0) 4 92 74 67 84 - info@moustiers.fr - www.moustiers.fr
6
PORTFOLIO
LA FRANCE VUE PAR… SAMUEL DHOTE
Une chose est certaine : en compagnie de Samuel Dhote et de ses images, puisque ce Chti grand teint (qu’il
a pâle, avec de grands yeux bleus car tel est, déterminisme à l’appui, l’homme du Nord) est photographe,
vous ne perdrez jamais le Nord. Bien au contraire, vous le trouverez ! Travailleur indépendant, installé près
de Lille depuis sa sortie de l’École supérieure de photographie de Paris au début des années 1990, son
terrain d’expression est multiple. Reportages pour la presse nationale (de Geo à Détours en France,
du Monde au Nouvel Observateur), commandes institutionnelles et productions pour les entreprises qui
l’emmènent à travers l’Europe et le monde, portraits en studio, illustrations de beaux livres : quels que
soient le thème et la finalité, c’est son regard humaniste qui prime. Après La Voix du Nord, écho de la parole
nordiste, jetez un œil à ces « yeux du Nord ». Votre vision de ce pays, si haut perché sur la carte de France
que les bureaucrates l’ont d’un coup dénommé « Hauts-de-France », ne sera jamais plus la même…
www.samueldhote.com
+
d’images sur www.detoursenfrance.fr
7
Dans la lumière
opalescente de la biennommée Côte d’Opale,
retour de pêche
d’un flobart,
bateau d’échouage
traditionnel des côtes
du Boulonnais,
de Wissant au nord
à Équihen au sud.
Ces petites unités
rapportent bars,
maquereaux, crabes
et homards, dans leurs
filets et casiers.
8
PORTFOLIO
LA FRANCE VUE PAR… SAMUEL DHOTE
Grande bande, chapelle, berguenaere, clet’che, rigodon, klipper, Cantate à Jean Bart… Le carnaval
de Dunkerque est une tradition dont l’origine remonterait au xviie siècle, lorsque les marins partaient
pour six mois de pêche en Islande et que les armateurs offraient la « foye » (la fête). Pour être un grand
spectacle et un fol amusement, le carnaval n’est jamais la porte ouverte à tous les défoulements.
Pour « faire » les Trois Glorieuses (festivités du Mardi gras), il faut être initié aux codes (vestimentaires,
vocabulaire, expressions…) et aux règles (il existe une charte officielle) des carnavaleux. Histoire
de respecter l’esprit et la lettre. Le carnaval 2019 débute le 2 février pour s’achever le 23 mars.
+
d’images sur www.detoursenfrance.fr
9
10
PORTFOLIO
LA FRANCE VUE PAR… SAMUEL DHOTE
Si vous trouvez qu’il n’y a aucune raison d’aller à Arras, c’est que vous appartenez à l’engeance des
grincheux ! Arras, cité natale de Robespierre, Vidocq ou, plus près de nous, de l’écrivain Jean-Louis
Fournier, concentre un patrimoine d’exception : citadelle de monsieur Vauban (inscrite au patrimoine
mondial de l’Unesco), cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Vaast ( xviiie siècle), musée des Beaux-Arts
(au sein de l’ancienne abbaye Saint-Vaast), beffroi de l’hôtel de ville ( xve-xvie siècles), une ville
souterraine (les boves) et, pièces maîtresses arrageoises, la place des Héros et la Grand-Place,
un ensemble monumental de style baroque flamand unique en Europe.
+
d’images sur www.detoursenfrance.fr
11
12
LES RENDEZ-VOUS
DETOURS
Ils étaient
amoureux dans
la vie, mais leur
cœur battait aussi
pour l’art. L’union
des peintres
Jean‑Paul Riopelle
(1923‑2002)
et Joan Mitchell
(1925‑1992)
est inscrite sur la
même liste que
celles de Rodin
et Camille Claudel,
Man Ray et Lee
Miller, Diego Rivera
et Frida Kahlo.
Ils étaient deux
artistes audacieux,
dont la relation
se conjugua
à l’expression
de leur talent. Pour
la première fois,
une exposition
retrace leurs
carrières,
respectives et
parallèles, depuis
leur rencontre
à Paris en 1955 –
elle est américaine,
lui canadien –
jusqu’à leur
séparation en 1979.
Des toiles,
principalement
grand format,
emblématiques
de leur travail
réalisé sous
l’emprise
de leur passion,
sont présentées
à Landerneau.
Cette exposition
a été conçue par
le musée national
des Beaux-Arts
du Québec.
DE
TEXTE DE DOMINIQUE ROGER ET FRANÇOISE SURCOUF
EXPOSITION
Photo John Craven © Adagp, Paris 2018
DU BRUIT DANS
LANDERNEAU
Réouverture des appartements du duc
d’Aumale. À partir du 23 février.
Tarif : 17 €. Château. 60500 Chantilly.
03 44 27 31 80. domainedechantilly.com
213 / Janvier 2019 / www.detoursenfrance.fr
MUSÉE
APPARTEMENTS PRINCIERS
Sophie Lloyd
Situés au cœur de la partie
la plus ancienne du
Chantilly, le Petit Château
Renaissance bâti pour le
connétable de Montmorency,
les appartements privés
du duc et de la duchesse
d’Aumale, ouvriront leurs
portes le 23 février. Depuis
près de deux ans, huit salles –
décor et mobilier – ont
bénéficié d’une restauration
soignée. Une invitation
inédite à revivre les fastes
de la monarchie de Juillet :
Chantilly abrite les seuls
appartements princiers
conservés en France.
Mitchell-Riopelle –
Un couple dans la démesure.
Jusqu’au 22 avril.
Tarif : 8 €. Fonds Hélène
et Édouard Leclerc.
71 rue des Capucins,
29800 Landerneau.
02 29 62 47 78.
fonds-culturel-leclerc.fr
13
Musée du Louvre / RMN-Grand Palais
Servir les dieux
d’Égypte – Divines
adoratrices,
chanteuses et prêtres
d’Amon à Thèbes.
Jusqu’au 27 janvier.
Tarif : 10 €.
Musée.
5 place Lavalette,
38000 Grenoble.
04 76 63 44 44.
museedegrenoble.fr
PAR OSIRIS !
ANTIQUITÉ
Une incroyable immersion dans
la société thébaine, de 1069 à 664
avant notre ère : c’est ce que propose
le musée de Grenoble, s’appuyant
sur son propre fonds, complété par les
prêts de grands musées européens,
dont le Louvre. L’exposition est articulée
en quatre parties : « La Thèbes
du premier millénaire redécouverte »,
« D’Amon à Osiris », « Les prêtres dans
le temple d’Amon à Karnak » et « Des
femmes dans le domaine d’Amon ».
Ce parcours met en lumière les
adoratrices du dieu solaire et leurs
suivantes, les « chanteuses d’Amon »,
et explore leur lien avec Osiris, dieu
de la Fertilité, dont une chapelle est
reconstituée en 3D à partir de photos.
Il fait bleu
on vous emmène ?
Sur votre radio
entre la Provence et le Var
Ecoutez, on est bien ensemble
francebleu.fr
+
LES RENDEZ-VOUS DE DÉTOURS
LES COUPS DE CŒUR DE LA RÉDACTION
Notre sélection de livres et de guides
Philippe Fraysseix x 5
14
BEAU LIVRE
LES AUTRES CHÂTEAUX DE L A LOIRE
Trésors cachés
du val de Loire,
de Christine Quinet
(texte), Philippe
Fraysseix,
Erwan Fiquet,
Philippe Body
et Christophe Apatie
(photographies).
Éditions La Pierre
et la Plume,
200 pages, 34,90 €
L’année 2019 est marquée par les 500 ans
de la Renaissance (1519 datant les premiers
tours de roue du chantier de Chambord).
Un événement qui fait se mettre en fête les
plus grands châteaux de la vallée des Rois.
Une occasion, forcément royale, de (re)découvrir
les plus fastueuses réalisations architecturales
et artistiques signées François Ier, Catherine
de Médicis et les artistes italiens, dont Léonard
de Vinci n’est pas le moindre : Chambord, Blois,
Chenonceau, Amboise… Mais à côté de ces stars
du val de Loire, nombre de châteaux, certes plus
213 / Janvier 2019 / www.detoursenfrance.fr
modestes, attendent, tapis dans les campagnes
tourangelle, angevine ou solognote, d’être enfin
reconnus à leur juste et grande beauté.
C’est à la découverte de ces trésors cachés
que nous invite ce beau livre, fruit d’un patient
et passionné travail de recherche sur un
patrimoine exceptionnel. Débusquer, au cœur
du « jardin de la France », les châteaux
et manoirs de L’Islette, de Marcilly-sur-Maulne,
de Launay, de Poncé-sur-le-Loir ou de ChâteauGaillard, constitue un merveilleux jeu de piste
EN VENTE
CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX
Disponible aussi sur : kiosque.uni-medias.com
16
LES RENDEZ-VOUS DE DÉTOURS
LIVRE
SUR DES RAILS
Avec le train, la vie n’est jamais duraille ! Un bon mot
un peu facile mais qui sied parfaitement à la philosophie
de Philippe Gougler. Depuis huit saisons, il est l’auteur
et le présentateur de la série documentaire Des trains pas
comme les autres, version France 5. Pour ce journaliste
reporter, grand voyageur qui comptabilise pas moins
de 55 visas sur son passeport, prendre le train ne représente
jamais une simple façon de se déplacer. C’est une manière
de rencontrer l’autre, de se couler en toute discrétion
dans le quotidien d’une population. Il est affable, curieux,
malicieux, et ses hôtes ne résistent pas bien longtemps
à son charme et sa gentillesse. Avec le présent ouvrage,
du « Glacier Express » suisse au « Train des nuages »
caracolant sur les très hauts plateaux des Andes argentines,
en passant par le luxueux « Shongolo Express » traversant
l’Afrique australe, ce tour du monde à bord des trains
mythiques ou merveilleusement pittoresques nous emmène
dans des lieux cachés ou secrets. Tous ceux qui l’aiment,
pour sûr, prendront le train…
Des trains pas comme les autres – Mes plus beaux voyages, de Philippe Gougler.
Éditions Albin Michel, 240 pages, 29,90 €
LIVRE
LE « PAYS À CHE VAL »
Grands versants, de Pierre Présumey (texte) et François Lacour (photographies).
Éditions Hauteur d’homme, 42 pages, 19,50 €.
LIVRE
LES BIELLES DU DÉSIR
Les 100 voitures qui ont fait
la France, de Vincent Lalu
et Robin Loison. Éd. La Vie
du rail, 142 pages, 35 €.
Vincent Lalu a trois marottes qui rythment sa vie. Il est ferrovipathe. Rien de plus normal quand
on est le patron de La Vie du rail ! À ses heures perdues, il se livre à sa passion pour les pêches
sportives (son magazine, 8’6. La Pêche autrement, est un must pour les fous de pêche à la mouche) et
il attache une attention particulière aux objets qui racontent notre époque. Dans la lignée du succès
des 100 trains qui ont fait la France, voilà un sympathique livre qui aligne sur la ligne de départ
100 voitures : de la Fardier à vapeur de Cugnot, ancêtre de l’automobile, aux dernières livraisons
de monospaces et SUV par Renault ou PSA. Alors que les temps sont bien difficiles pour « l’homo
automobilus », les auteurs de cet ouvrage nous donnent envie de démarrer et tailler la route.
213 / Janvier 2019 / www.detoursenfrance.fr
Luc Olivier
Voilà une histoire de frontière. Une frontière imaginaire, mais
dont les éléments géographiques permettent de (re)tracer au
moins mentalement les limites. Ces Grands versants proposent
une circumambulation photographique (et panoramique), sur la
ligne de partage des eaux entre les bourgs ardéchois de SaintAgrève et de Saint-Laurent-les-Bains. Comme le précisent les
auteurs, nous voilà en balade dans le « pays à cheval ». D’un côté,
les eaux coulent et s’écoulent pour rejoindre l’Océan ; de l’autre,
elles caracolent, via l’Ardèche puis le grand Rhône, « mer
transitoire avant la grande mer », vers la Méditerranée. On fait,
au fil des pages, un beau voyage entre les paysages du Vivarais,
du Mézenc, du mont Gerbier et des Cévennes. À cet amusant jeu,
on peut facilement perdre le nord, mais on gagne un sentiment
de liberté, celui du découvreur d’une terre inconnue.
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18
En dépit d’une
urbanisation
outrancière et des
aménagements
« tout tourisme »,
le massif
de l’Esterel,
qui ourle
le trait de côte
méditerranéen,
est parvenu
à sauvegarder
une part
de nature intacte.
Au pied des
grands donjons
de porphyre rouge
s’engloutissant
dans la
Grande Bleue,
il est loisible
de dénicher
des calanques
de poche,
où le plus beau
des privilèges
est de se sentir
seul au monde…
19
Voilà bien un pays trompeur. À se laisser aller aux charmes immédiats de ses couleurs,
celles du Midi, débauche d’ocre, de rouge, de jaune d’or, de bleu du ciel et de la mer,
l’on entre tête baissée dans les clichés picturaux provençaux. Oui, les îles sont « d’Or » ;
oui, les villages perchés avec leurs places ombragées et leurs fontaines fraîcheur sont
de redoutables invites au farniente ; oui et encore oui, les plages sont des tentatrices
à l’alternance bain de mer-bain de soleil. La Provence varoise, toutefois, pour celui qui aime
« faire l’école buissonnière », c’est découvrir un pays qui résiste aux clichés. Du piémont
littoral de l’Esterel, truffé de micro-calanques, aux sentiers perdus, tapis dans les gorges
du Verdon, c’est une « autre » Provence qui s’offre à votre curiosité.
LES PROMESSES DE
LA PROVENCE
VAROISE
DOSSIER RÉ ALISÉ PAR FLORENCE DONNAREL ET DOMINIQUE ROGER (TE X TE) ET BERTR AND RIEGER (PHOTOGR APHIES)
20
GRAND ANGLE
TOULON
TEXTE DE FLORENCE DONNAREL – PHOTOGRAPHIES DE BERTRAND RIEGER
S A
V I E
I N T I M E
E S T
M A R I T I M E
Depuis près de quatre siècles, Toulon s’est taillée un destin maritime.
Sa rade exceptionnelle, fermée par la presqu’île de Saint-Mandrier,
et la protection, à terre, d’un amphithéâtre de collines, ont fait de son port
la base de la Marine française en Méditerranée. Ces dernières années,
elle n’a de cesse de se réinventer. Elle réhabilite son centre-ville, mise sur
son âme provençale et ses côtes ourlées de villas orientalistes, de ports
de pêche et de cabanons. Des places du Vieux-Toulon aux plages du Mourillon,
du mont Faron aux fortifications portuaires, escales en terre mal connue.
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Page de droite :
Transport hors
du commun.
Le téléphérique
permet d’accéder,
en 6 minutes, du pied
du mont Faron
(au-dessus du
quartier Sainte-Anne)
jusqu’à son sommet.
D’un cap à l’autre.
La chapelle NotreDame, à l’extrémité
du cap Brun. Elle
est surmontée d’une
Vierge, autrefois
située sur le cap
Falcon à Oran.
Ci-dessous :
Palais oriental.
L’Institut MichelPacha, rattaché à
l’université des
sciences de Lyon. Le
bâtiment de style
mauresque s’élève
depuis 1900 dans le
quartier de Tamaris,
à La Seyne-sur-Mer.
21
22
GRAND ANGLE
ILS ONT DONNÉ SON IMAGE
À TOULON
En arrivant à Toulon, mieux vaut laisser ses idées reçues à quai. La ville militaire, au quartier
portuaire mal famé, s’est dissoute dans une cité en rénovation, qui redécouvre ses placettes
méridionales, ses ruelles anciennes et sa fierté sportive. Le tout, sous l’œil du mont Faron.
LA PLACE VATEL
À l’angle de la rue Vezzani et du passage des Capucins, un bateau-sculpture a mouillé l’ancre depuis 1995. Cette proue
conquérante, prolongeant la façade d’un immeuble, est une réplique de celle de la Flore, une frégate royale basée à Toulon
au xviiie siècle. L’œuvre originale, figurant Neptune, dieu de la Mer, est conservée au musée national de la Marine, à Paris.
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LE QUARTIER DU PETIT CHICAGO
Descendez vers la « vieille darse » (comme on appelle ici le port) et l’arsenal, via un lacis de placettes et de rues piétonnières
formant l’ancien « Petit Chicago ». Des années 1920 à 1980, les matelots en goguette, souvent américains, s’encanaillaient
dans les tripots et caboulots. Les filles de joie arpentaient les trottoirs et la pègre traficotait à tout-va. Aujourd’hui ? Les bars
louches ont presque tous baissé le rideau… Reste une pépite. Près du bar Aux Cinq Parties du monde, on lit sur une plaque :
« À la mémoire de Miquette. Les anciens marins reconnaissants ». Hommage à la belle qui déniaisa des générations d’arpètes.
LA CADE DU COURS LAFAYETTE
La cade est
arrivée dans
le quartier
Besagne, il y a
200 ans, dans
la musette de
charpentiers
génois,
embauchant
sur les
chantiers
navals.
Alchimie
réussie entre
la farine de
pois chiches et
l’huile d’olive,
cette galette
se déguste
chaude ou
froide, relevée
d’anchois
ou de figues.
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LE VILLAGE DU MOURILLON
Les habitants de ce quartier à part entière et entièrement à part vous le diront, ils sont du Mourillon avant d’être de Toulon.
À l’est de la ville, ce véritable village présente un riche patrimoine : fort Saint-Louis (xviie siècle), tour Royale (xvie), églises…
Ses belles plages ont été gagnées sur la Méditerranée dans les années 1960-70, le sable remplaçant les criques de galets.
LA PLACE SAINT-VINCENT
L’actuelle fontaine
du lavoir SaintVincent date
de 1832. Bugadières
et blanchisseuses
s’y assemblaient
pour battre le linge
et « commenter »
la vie du quartier.
L’agora fut chassée :
le Mont-de-Piété
étant tout près, on
a connu plus discret !
Les coups de battoir
se sont tus en 1975…
25
L’OPÉRA
Inauguré en 1862, le Grand Théâtre (c’est ainsi qu’il est alors nommé) est le premier monument érigé dans le nouveau
Toulon, dont la superficie a été multipliée par trois à partir de 1853. Avec ses arcs en plein cintre, ses colonnes roses et son
fier fronton, l’édifice néoclassique est enrichi de nombreux éléments, dont des frises géométriques d’inspiration byzantine,
très en vogue à cette époque. Il a été conçu par l’architecte Léon Feuchères, qui avait vu les choses en grand : il a établi
la jauge de la salle à 1 797 places, soit à peine moins de 100 fauteuils que l’Opéra de Paris inauguré treize ans plus tard.
LE MARCHÉ DU COURS LAFAYETTE
Gilbert Bécaud
s’en inspira
pour chanter
ses Marchés
de Provence
« qui sentent
le matin, la mer
et le Midi… »
Sur le cours
Lafayette, les
étals prennent
leurs aises,
un fleuriste tire
sa carriole, un
marchand de
quatre saisons
fait l’article
à grande voix,
et les vendeurs
de cade
parfument
l’atmosphère
de bonheur.
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GRAND ANGLE
EN COULISSES
LE PORT MILITAIRE DE TOULON
La Marine nationale française nous a ouvert les portes de la base navale de Toulon.
Le port d’attache du porte-avions Charles-de-Gaulle, de l’escadrille des sous-marins
nucléaires d’attaque et de bien d’autres bateaux de combat, s’impose en Europe pour sa capacité
à projeter sur les mers nos forces militaires. Dans cet ancien arsenal développé sous
Louis XIV, les navires nouvelle génération côtoient des bâtiments patrimoniaux, tels l’ancienne
corderie royale ou le premier bassin de radoub français de Méditerranée.
Vue depuis le mont Faron (584 mètres) sur la rade de Toulon, morcelée d’anses et fermée par
la presqu’île de Saint-Mandrier. Au loin se détachent l’imposant cap Sicié et les îles d’Hyères.
Sur le pont d’envol, un frisson nous
gagne. Sur cette piste longue de
261 mètres, des Rafales peuvent être
catapultés dans le ciel en une minute.
Nous sommes à bord du Charles-deGaulle, amarré au quai Vauban Ouest, à
la sortie de la première darse de la base
navale. Une ceinture de bouées rouges
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tient à distance les navigateurs qui se
montreraient trop curieux. Après quinze
années de service, la rénovation à « mivie » du porte-avions nucléaire français
est presque achevée. Elle aura duré
18 mois et coûté 1,3 milliard d’euros. À
l’heure où vous lirez ces lignes, le bâtiment aura repris la mer, probablement
en mission en Orient. Dans la passerelle du fleuron de la Marine nationale, avec vue imprenable sur la base,
le chef de chantier de Naval – groupe
de construction… navale –, pointe les
modernisations les plus remarquables.
« On a transformé le système de combat,
les installations aviation pour passer au
27
L’arsenal de
Toulon
s’étend sur
268 ha.
Il compte
10 km
de quais et
une dizaine
de bassins.
Outre
le Charlesde-Gaulle,
ceux-ci
abritent
une
trentaine
de vaisseaux
de la Force
d’Action
navale.
“tout Rafale”, et la plateforme du navire.
On pourra, par exemple, faire décoller des
avions par mer 6, soit avec 2 mètres de
creux de plus que ce qu’il était possible auparavant. » Au cœur du vaisseau, la salle
de contrôle opérationnel a entièrement
été démontée pour être équipée du nec
plus ultra des dispositifs de communication, avec en ligne de mire un renforcement de la cybersécurité. La visite, à
travers les coursives bardées de câbles
et de tuyaux qui s’étagent sur 15 ponts
percés d’étroites échappées, donne le
vertige. Haut de 75 mètres, il embarque
40 aéronefs et un équipage de près de
2 000 personnes dont 600 aviateurs et
90 membres de l’état-major. Toutefois,
le porte-avions n’atteint pas les dimensions colossales des géants américains
affichant près de 90 000 tonnes.
Mis en service
en 2001,
le Charles-deGaulle vient
de bénéficier,
à « mivie », d’une
rénovation
complète qui
a duré dix-huit
mois et s’est
entièrement
effectuée
à Toulon.
Il est prévu
que le porteavions prenne
sa retraite
en 2040,
au plus tard.
LE PREMIER PORT DE PROJECTION
D’EUROPE
« Le Charles-de-Gaulle, c’est 42 000 tonnes de diplomatie », explique le contreamiral Vandier, depuis ses bureaux de
la préfecture maritime de la Méditerranée, à l’entrée de la base navale. « La typologie des crises et leur localisation dans
la partie Est du globe ont positionné le
Charles-de-Gaulle à Toulon. Depuis la fin
des années 1970, c’est le port d’attache des
porte-avions français », poursuit le commandant de la base de Défense de Toulon (dont l’emprise militaire comprend
un territoire qui court de Saint-Mandrier à Hyères). « Avec les deux tiers de
la flotte de la marine française, Toulon est
le premier port de projection d’Europe »,
résume l’officier, faisant référence à la
capacité d’envoi des forces armées sur
les mers. Cette suprématie est le fruit
d’une Histoire de quatre siècles. Elle
commença par ce qui constitue l’actuel
port de plaisance de Toulon, autrefois >
François Demoulin, directeur à Toulon de Naval,
le groupe qui a opéré la rénovation et transformé
les installations aviation pour passer au “tout Rafale”.
Les avions de Dassault seront désormais les seuls
accueillis sur le Charles-de-Gaulle.
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28
GRAND ANGLE
Le tarmac encombré d’un aéroport ? Non, nous sommes sur le Charlesde-Gaulle. Il s’agit du pont d’envol, compact mais dont la surface atteint tout
de même 12 000 m2, et de l’îlot central, lequel en fait est décalé sur tribord.
« LA TYPOLOGIE DES CRISES ET LEUR LOCALISATION
DANS LA PARTIE EST DU GLOBE ONT POSITIONNÉ
LE “CHARLES-DE-GAULLE” À TOULON. DEPUIS 1970, C’EST LE PORT
D’ATTACHE DES PORTE-AVIONS FRANÇAIS. »
La rénovation a impacté tous les équipements
du porte-avions, de la propulsion au système de
combat. Le chantier a employé 2 000 ouvriers.
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Ci-dessus :
Missiles
sol-air
(à gauche)
et vue sur
le pont
d’envol
(à droite)
depuis la
passerelle
de
navigation.
Ci-contre :
Une des
deux
chaufferies
nucléaires
utilisées
par le
système
de
propulsion.
Pendant les travaux, la Défense
continue : les membres de l’équipage sont
restés affectés au Charles-de-Gaulle.
30
GRAND ANGLE
> « vieille darse », fortifié en même temps
que la ville sous Henri IV. La nuit, une
chaîne en fer tendue entre deux platesformes d’artillerie en fermait l’accès.
Le fortin de l’angle Robert formait la
plate-forme Ouest : il semble qu’il veille
toujours à la manœuvre des plaisanciers. Les cales d’un premier chantier de construction navale occupaient
l’emplacement actuel de la préfecture
maritime. Le transfert provisoire des
galères de Marseille à Toulon, effectué
en 1624 par Richelieu, a donné une première impulsion. Mais c’est surtout la
création de la Marine royale par le cardinal, en 1631, qui va précipiter le destin
maritime de Toulon. L’établissement
d’un véritable arsenal est bientôt programmé. Colbert a chargé Vauban pour
les plans. La première et grande darse,
située derrière les grilles de l’entrée
principale de la base navale, a ainsi été
imaginée par le commissaire des Fortifications de Louis XIV, au xviie siècle.
Elle est aujourd’hui désignée comme
« darse Vauban ».
LE PREMIER BASSIN DE RADOUB
FRANÇAIS EN MÉDITERRANÉE
L’entrée dans l’ancien « parc de la
Marine » est marquée par la tour de
l’Horloge, couronnée d’un campanile
de style provençal. Visible depuis la
ville, c’est elle qui, aux yeux des Toulonnais, symbolise le port militaire.
« Sa cloche a longtemps rythmé la vie
des travailleurs de l’arsenal », explique
Cristina Baron, du musée national de la
Dans les
entrailles
de la « darse
Vauban ».
Achevé en 1778,
le bassin
de radoub est
encore apte
à accueillir les petits
bâtiments
(plongeursdémineurs,
remorqueurs,
patrouilleurs).
Cristina
Baron est
administratrice
de l’antenne
toulonnaise du
musée national
de la Marine,
le seul de ses
cinq sites
sur le littoral
méditerranéen.
Marine. « La cloche initiale, coulée dans
la fonderie de canons de Toulon en 1672,
est désormais exposée à l’intérieur du
musée : elle était trop lourde. Celle que
vous voyez est une cloche factice en bois »,
confie-t-elle. Le bâtiment de l’horloge
a été remanié plusieurs fois depuis
le xviie siècle, victime des outrages du
temps et des bombardements de la Seconde Guerre mondiale qui ont touché
près de la moitié des édifices de l’arsenal. Tout près, la corderie royale, pièce
maîtresse de l’époque Vauban, longue
de 402 mètres, a été relativement préservée. Ses façades endommagées
furent rebâties à l’identique. « Il fallait
un édifice à la hauteur des ambitions de
Louis XIV. Les fenêtres sont serties de
pierre de taille », commente Cristina Baron, alors que nous déambulons dans
les salles du rez-de-chaussée coiffées
de voûtes d’arête. À la fin du xviie siècle, >
Le musée national de la Marine constitue la mémoire de l’arsenal
de Toulon, dont il conserve la porte monumentale (1738).
213 / Janvier 2019 / www.detoursenfrance.fr
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La chapelle Saint-Louis. Construite en 1830, elle intégrait alors l’hôpital maritime de Saint-Mandrier.
En 1937, l’établissement ferma au profit de l’hôpital Sainte-Anne et laissa place à l’École des
mécaniciens, chauffeurs et scaphandriers de la Marine. Depuis, la chapelle est dite « des mécaniciens ».
LE BÂTIMENT DE L’HORLOGE A ÉTÉ REMANIÉ PLUSIEURS FOIS
DEPUIS LE xviiE SIÈCLE, VICTIME DES OUTRAGES DU TEMPS ET
DES BOMBARDEMENTS DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE
QUI RAVAGÈRENT PRÈS DE LA MOITIÉ DES ÉDIFICES DE L’ARSENAL.
Ci-dessus : La tour de l’Horloge.
Haute de 24 mètres, elle surmonte un
pavillon sur pilotis datant de 1775. Photo
de gauche : La préfecture maritime.
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
32
GRAND ANGLE
> près de 400 ouvriers s’affairaient dans
ses ateliers de filage et de commettage.
La disparition de la marine à voile, à la
fin du xixe siècle, sonne le glas de l’activité. « C’est la seule corderie de la Marine
encore existante en France, avec celle
de Rochefort », souligne l’historienne.
Désormais occupée par différents services de la Marine, la corderie marque
encore la frontière entre la ville et la
base navale… Un autre site historique
tient à cœur à notre guide. Elle nous
emmène dans la « darse Vauban »,
près des grands bassins où le Charlesde-Gaulle a fait peau neuve. L’impérieuse coque du porte-avions amarré
tout près, son îlot piqué de mâts et de
radômes, solennise l’espace. Longue
forme sculptée de gradins et tapissée de pierres claires patinées par le
temps, courbes arrondies, le bassin
Groignard n’a pas l’allure habituelle des
cales sèches utilisées pour caréner les
navires. « Achevé en 1778, cet ouvrage
d’art constitue le premier bassin de radoub français en Méditerranée et, bien
sûr, le premier de l’arsenal. Une prouesse
ont été mis à contribution pour pomper
l’eau d’une caisse immergée, dont par
la suite on maçonnera l’intérieur.
Le contre-amiral Pierre Vandier, commandant
de la base de Défense de Toulon.
technique à une époque où l’on ne sait
pas bâtir sur l’eau dans des mers sans
marées. » Pour la construire, il n’y a pas
eu à chercher loin la main-d’œuvre : des
centaines de forçats, détenus au bagne,
Quais de la zone Milhaud, laquelle est dévolue aux bâtiments importants – notamment
le Charles-de-Gaulle – et aux états-majors de la Force d’action navale et de l’Aviation
embarquée. En photo : La frégate La Fayette, en service depuis 1996. Elle intègre une
plate-forme et un hangar pour hélicoptère. 150 marins composent son équipage.
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UNE FORMIDABLE DIVERSITÉ
D’ÉPOQUES
Car, bien sûr, l’établissement pénitentiaire établi à Toulon de 1748 à 1873,
après le transfert des galériens de
Marseille, a marqué l’Histoire de l’arsenal. Et la littérature : Victor Hugo y a
puisé l’inspiration pour Jean Valjean, le
personnage central de ses Misérables.
Toujours en service, le bassin Groignard
illustre cette formidable diversité au
sein de l’arsenal, où se côtoient architecture du xviie et bâtiments contemporains, vieilles darses et appontements
modernes, ancienne et surtout nouvelle
générations de bâtiments de combat.
Les deux derniers siècles ont profondément transformé la base. Développement de la marine à vapeur, avènement
des cuirassés, apparition des sous-marins…, ont obligé l’arsenal à se transformer et à se développer à l’ouest et à
l’est (au Mourillon).
33
Dans le poste central de navigation et d’opération d’un sous-marin nucléaire d’attaque de type Rubis. À la
fois forces de combat et de dissuasion, ces navires ont été mis en service entre 1983 et 1993. Au nombre
de six : Rubis, Saphir, Casabianca, Émeraude, Améthyste et Perle, les joyaux de la Marine sont basés à Toulon.
REDOUTABLE CHASSEUR DE SUBMERSIBLES, LE « RUBIS »,
SOUS-MARIN NUCLÉAIRE D’ATTAQUE RÉALISE DES MISSIONS
DE COMBAT, DE RENSEIGNEMENT, DE DÉFENSE. ET IL ESCORTE
LE PORTE-AVIONS « CHARLES-DE-GAULLE ».
BIENTÔT UNE NOUVELLE
GÉNÉRATION DE SOUS-MARINS
La base des sous-marins nucléaires
d’attaque est notre prochaine étape,
dans la zone de Missiessy. Des hangars, des grues et, au loin, les silhouettes grises et massives de frégates
ponctuent le trajet vers un bâtiment moderne étiré le long de la darse des sousmarins. À quai, le Rubis fait l’objet d’une
opération de maintenance. Une coque
noire fuselée de 70 mètres de long
sur 7 mètres de large, hérissée d’un
kiosque et compartimentée en quatre
tranches. Les officiers et les marins qui
pénètrent dans ses entrailles saluent
le pavillon français. Redoutable chasseur de submersibles, le sous-marin
nucléaire d’attaque (SNA) réalise des
missions de combat, de renseignement,
de défense. Et il escorte le porte-avions
Charles-de-Gaulle. « Les SNA, au nombre
de six, bénéficient d’une propulsion nucléaire mais ne transportent pas l’arme
atomique, contrairement aux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE).
Ces derniers, instruments de la dissuasion nucléaire, sont basés à l’île Longue
en Bretagne. L’un d’entre eux est toujours positionné en mer, dans un endroit
tenu secret », rappelle le capitaine de
frégate Nicolas Faure. Bientôt, le Rubis
sera remplacé par le premier SNA de
la génération Barracuda. La base va
connaître une transformation majeure,
avec la création d’une infrastructure
pour accueillir ces sous-marins plus
performants, plus longs (99 mètres) et
qui pourront embarquer des femmes.
Une nouvelle page de l’Histoire de la
Marine s’écrit à Toulon. Une Histoire
déjà riche. Tragique comme lors du
sabordement de la flotte française le
27 novembre 1942. Ou glorieuse, quand
le 2 novembre 1840, l’amiral Jules Dumont-d’Urville pénétra dans la rade de
Toulon à la tête de l’Astrolabe et de la
Zélée. Il venait de découvrir le continent
Antarctique.
PRATIQUE
La base navale de Toulon a longtemps ouvert ses portes au public lors des Journées
du patrimoine. Dans le cadre actuel du plan Vigipirate, ces visites sont interrompues.
Musée national de la Marine de Toulon : place Monsenergue, quai de Norfolk.
04 22 42 02 01. musee-marine.fr – Pour tout savoir sur la base navale de Toulon et son
Histoire, avec des modèles de vaisseaux, des maquettes, des décorations… En 1976,
le port militaire céda des terrains à la ville et la porte historique de l’arsenal, pièce
d’art sculptée, fut déplacée pour devenir l’entrée du musée. Tarif : 6,50 €.
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34
GRAND ANGLE
L A M E R D A N S L’Â M E
LES AMBASSADEURS DE TOULON
Un producteur primé, un artiste inspiré, un historien militaire, un illustre auteur, un haut gradé
et un chercheur enthousiaste. Ils dessinent une carte du Tendre de Toulon, où la mer – est-ce
si étonnant ? – a pris toute la place. Elle est leur élément, inonde une part de leur vie. On les suit !
35
Coquillages
Giol.
220 allée
de la PetiteMer.
83500 La
Seynesur-Mer.
06 71 13 26 55.
Ouvert tous
les jours,
de 7h30
à 12h30.
JEAN-CHRISTOPHE GIOL
L’HUÎTRE GIOL, LA PERLE DU VAR
La mer est d’huile. Jean-Christophe Giol fait glisser
sa barge sur l’eau, vers les tables conchylicoles qui
strient la baie du Lazaret. Perchés sur les piquets, les
goélands semblent veiller sur un butin. Il remonte
une corde à huîtres, évalue la maturité des coquillages
à leur grosseur et prélève les fruits de mer bien jugés.
Il est l’un des huit conchyliculteurs de la rade de
Toulon et le seul véritablement producteur d’huîtres
(40 tonnes par an). Tous sont basés entre La Seyne-sur-Mer et la presqu’île de Saint-Mandrier, dans le quartier des
Sablettes. « Je me suis lancé sur un coup de cœur. J’étais pêcheur d’oursins à Nice, mordu de plongée sous-marine et j’ai racheté
en 2001 la maison de mes grands-parents à Tamaris » : il pointe du doigt une demeure sur la corniche face à nous. « Les
cabanons sur pilotis dans la baie, attachés aux parcs à moules ou à huîtres, me fascinaient. Pour avoir un cabanon sur l’eau, j’ai
repris une concession ! » Il s’est ainsi découvert une passion pour la conchyliculture : observer la croissance des huîtres, voir
jour après jour se développer la dentelle de la coquille. Il n’a pas d’écloserie, achète ses naissains en Charente-Maritime
ou dans le bassin d’Arcachon et les installe dans une lanterne. Ce panier sert de nurserie pendant quatre mois aux larves
d’huîtres ou de moules. L’huître triploïde met dix-huit mois pour arriver à maturité. En 2017 et 2018, sa « spéciale »
a obtenu la médaille d’argent au Concours général agricole de Paris. L’huître de Tamaris, baptisée ainsi en référence
au quartier qui borde la baie au nord-ouest, est un coquillage charnu, au goût de noisette. Elle bénéficie de l’ouverture
de la baie sur la pleine mer, avec un important apport en plancton. « Beaucoup l’ignorent mais la conchyliculture dans la baie
du Lazaret remonte à la fin du xixe siècle. C’est l’un des plus anciens bassins de production de moules de la Méditerranée. »
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
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GRAND ANGLE
SERGE PLAGNOL UNE VILLE
ENTRE ABSTRACTION ET FIGURATION
Serge Plagnol
a publié
Carnets
d’atelier
(éditions L’Art
et la Manière)
et Écritures
(éditions
Turtleback).
Il a collaboré
à de nombreux
ouvrages
en tant
qu’illustrateur.
Son atelier occupe une ancienne ébénisterie, au pied
du mont Faron. Agrafées au mur, de grandes toiles
où se déploient des paysages imaginaires traversés d’évocations humaines. Adossées contre les parois
restantes, de nombreuses séries de tableaux, que l’on feuillette comme un livre. « Mon inspiration vient
de la peinture abstraite et figurative du xxe siècle », commente Serge Plagnol qui a arpenté dans son enfance les
musées de la Côte d’Azur. Originaire de Toulon, il a trouvé dans la Provence méditerranéenne les couleurs,
les lumières, l’espace et les sensations qui nourrissent son œuvre.
Ancien enseignant aux Beaux-Arts de Toulon, il a observé l’évolution de la scène culturelle de la ville.
« Deux phares l’éclairent : Châteauvallon, un espace pluridisciplinaire créé en 1964 à Ollioules, et le Liberté, un
théâtre inauguré en 2011. Les deux sont des scènes nationales. » Il salue l’initiative de la galerie du Canon, ouverte
en 2017 pour représenter des artistes et soutenir la jeune création. Cet espace s’est installé fort à propos dans
le quartier des Arts, revitalisé par la ville, sur
l’ancien secteur mal famé du Petit Chicago,
derrière le port. À l’instar de cet ancien cœur
sombre de Toulon, apparaît le visage d’une ville
difficile. « C’est une cité de garnison, victime des
bombardements et maltraitée par un urbanisme
par endroits terrifiant. Mais elle est pittoresque
aussi, avec un marché attachant, un sentier
du littoral, et des plages artificielles réussies
du Mourillon. Et, bien sûr, il y a la rade, où l’on peut
rêver face à l’horizon. La palette monochrome
des bateaux gris qui mouillent devant la base
navale m’interpelle. » Une ville qui brouille son
image, comme lui-même brouille les frontières
entre abstraction et figuration.
213 / Janvier 2019 / www.detoursenfrance.fr
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BERNARD CROS FORT
EN PATRIMOINE MILITAIRE
Des navettes maritimes papillonnent d’un
point à l’autre de la rade, croisant barques,
voiliers et roulier. À l’approche de la passe
entre la tour Royale et le fort Balaguier, à bord
d’un navire de la Marine, Bernard Cros livre
une instructive démonstration. « Voyez comme
la petite rade est fermée aux trois quarts ;
de certains points, on ne voit pas le large.
Et derrière vous, à terre, observez cette ceinture
de points hauts. Toulon était l’endroit idéal
pour une place forte. Bâtis entre 1512 et 1930, 70 ouvrages militaires s’élèvent depuis la mer jusqu’à 800 mètres
d’altitude », s’enthousiasme l’ancien ingénieur en chef de la Marine, devenu historien du patrimoine militaire
et maritime. Sa première affectation à Rochefort fut décisive. « La corderie royale était en restauration. J’ai
voulu en savoir plus sur les arsenaux et je me suis intéressé à leur patrimoine et aux fortifications. »
Il nous invite à mettre pied à terre pour monter sur le mont Faron et interpréter les fortifications
terrestres. Une première ligne de forts tracée à l’est de Toulon au xviiie, complétée au siècle suivant
d’ouvrages capables de résister à la nouvelle artillerie, bâtis sur le mont Faron, au cap Brun et jusqu’à SaintMandrier. À la fin du xixe, une troisième ceinture coiffe les sommets de la Colle-Noire à Six-Fours, en passant
par le Coudon et le mont Faron. « En dehors de l’évêché, Toulon n’a pas accueilli de grandes institutions ; ce qui
explique le peu de monuments publics. Mais notre patrimoine militaire est exceptionnel. »
La passion
de Bernard
Cros pour
le patrimoine
militaire
et maritime
s’est nourrie
de la volonté
de « montrer
l’entreprise
humaine
derrière
l’entreprise
technique. »
RÉMI KERFRIDIN REGARD
MULTIPLE SUR UNE CITÉ SINGULIÈRE
Dernier
ouvrage
paru de Rémi
Kerfridin :
Le Casse de
la cimenterie
Boniface (édition
Mauricette).
Dessinateur, illustrateur de procès, écrivain, Rémi
Kerfridin multiplie les regards sur Toulon. Il aime la ville,
les architectures qui la composent, leur histoire. Dans
L’Arsenal de Toulon (coécrit avec Bernard Croset) et Escales
dans la grande rade, il a réalisé un inventaire de son bâti.
« Les bombardements ont produit un collage architectural
illustré par la frontale du port, des bâtiments modernistes cohabitant avec les constructions du xviiie et du xixe,
en particulier dans le quartier haussmannien au nord du boulevard de Strasbourg. L’Art déco se dévoile sur des
pépites comme les anciennes halles municipales. Ce désordre urbain génère une idée de liberté précieuse. »
Ce féru d’architecture habite le Mourillon. Près du port Saint-Louis, où les cabanons se pelotonnent
dans le mur de soutènement de la route. Un quartier balnéaire aisé mais à l’origine populaire, fief jadis
des ouvriers de l’arsenal. Depuis
la terrasse de sa maison, nous
suivons des yeux un ferry qui
fend vers la Corse. Il commente :
« Toulon n’est pas méditerranéenne
au sens ou elle ne commerce pas
avec les pays riverains comme le fait
Marseille. L’arsenal a façonné une ville
de défense. » Cette cité singulière,
où viennent se fixer pendant des
années des gens de la Marine
venus de toute la France, ce port
tout de même lieu de trafics, ne
pouvaient que l’inspirer. Il concède :
« Toulon est un parfait décor de polar. »
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
38
GRAND ANGLE
En 2017,
le capitaine
de frégate
Nicolas Faure
est devenu
l’un des deux
commandants
du Casabianca.
Dès son entrée
dans la Marine
en 2001,
sa formation
l’a préparé à cette
haute fonction.
NICOLAS FAURE PACHA
DANS UNE MARINE DE PREMIER RANG
« Par essence, un sous-marin évolue dans un milieu
hostile. Ce n’est pas naturel de naviguer sous l’eau dans
la durée. » Nicolas Faure, commandant du Casabianca,
un sous-marin nucléaire d’attaque, plante le décor.
Au sein de la Marine, les hommes (et bientôt les femmes)
qui choisissent de faire carrière à bord de cet engin
hors du commun occupent une place à part. « Le niveau
d’exigence vis-à-vis de l’équipage est très élevé. Mon
principal défi est d’arriver à créer l’adhésion de ses membres
et à maintenir sa cohésion. » La crise de nerfs d’un de ses hommes ? Inenvisageable dans cet espace confiné !
Chaque sous-marin dispose de deux équipages (75 personnes chaque, 27 ans de moyenne d’âge), un bleu et un rouge,
avec deux commandants distincts. « Nous partons pour quatre à cinq mois et réalisons une escale tous les 30 à 45 jours »,
explique Nicolas Faure. Pourquoi choisit-on d’entrer dans les forces sous-marines ? « Notre niveau d’autonomie procure
une vraie satisfaction », répond celui qui a été affecté à Toulon il y a quatorze ans. « À mon arrivée, j’ai senti que j’appartenais
à une Marine de premier rang. En commandant le Casabianca, je vis l’histoire de la Marine à Toulon. Ce sous-marin a réussi
à s’échapper lors du sabordage de la flotte en 1942 et a participé à la libération de la Corse », éclaire le jeune pacha (surnom
donné au commandant d’un navire de guerre) décoré de la fourragère. Chaque retour dans la rade est d’ailleurs marqué
par un rituel. Alignés sur la plage, les membres de l’équipage saluent le monument aux sous-mariniers morts, installé
devant la tour Royale. « C’est toujours un moment intense de refaire surface dans la baie, on retrouve nos amers, les forts SaintLouis, Balaguier, l’Éguillette, le mont Faron. Bien sûr, il y a surtout la joie de retrouver nos familles après plusieurs mois. »
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VINCENT RIGAUD
LA MER, CÔTÉ SCIENCES
Est-ce le regard pétillant derrière les lunettes
ou l’enthousiasme à présenter ses engins de
recherche océanographique ? Il y a un air de Géo Trouvetou chez Vincent Rigaud, directeur du centre Ifremer
Méditerranée basé dans la rade de Toulon, à la Seyne-sur-Mer. Le scientifique s’occupe de sous-marins mais
pas de ceux qui escortent le Charles-de-Gaulle ou font de la dissuasion nucléaire. Non, les siens auscultent
le fond des mers, cartographient les reliefs subaquatiques, échantillonnent les eaux et les roches des abysses.
« Notre site est spécialisé dans le développement, l’exploitation et la maintenance des systèmes sous-marins
de l’Ifremer. L’aventure a commencé dans les années 1960 avec la construction à Toulon du bathyscaphe Archimède,
qui réalisa une plongée dans la fosse des Kouriles au Japon, à -9 545 mètres. Le sous-marin habité Nautile, mis au
point ici, a exploré l’épave du Titanic et découvert des sources hydrothermales dans les profondeurs du Pacifique. »
Lors d’une plongée d’essai dans la grande
rade de Toulon en 1993, le Nautile a découvert
par 90 mètres de fond l’épave de la Lune, un
trois-mâts coulé en 1664… Ingénieur offshore
spécialisé dans la robotique sous-marine
autonome à Paris, Vincent Rigaud s’est
vu confier par l’Ifremer, dans les années
1990, un laboratoire dédié au sujet à Toulon.
L’occasion de constater combien la Marine
a irrigué l’économie locale, avec un réseau
d’entreprises spécialisées. « Les Toulonnais
ont longtemps ignoré la mer : c’était le domaine
des militaires. Aujourd’hui, le tourisme maritime
et balnéaire se développe. Notre littoral a été
préservé par l’armée et par le parc national de
Port-Cros. » La mer reste la force de Toulon.
Ifremer,
Institut
français
de Recherche
pour
l’Exploitation
de la mer –
Centre
Méditerranée.
Zone portuaire
de Brégaillon,
83500 La
Seynesur-Mer.
04 94 30 48 00.
ifremer.fr
40
À PARTIR DE TOULON
06
06
83
83
VAR
TOULON
ALPESMARITIMES
NICE
CANNES
FRÉJUS
HYÈRES
Le fort
SainteAgathe
( xvie siècle).
Dès l’arrivée
au port de
Porquerolles,
il aimante les
regards. Sa
terrasse, elle,
embrasse
l’île et la rade
d’Hyères : une
autre vision
superbe.
LES ÎLES D’OR
Anciens abris pour brigands, sentinelles du port de Toulon, les îles d’Hyères, dites d’Or, sont
devenues un refuge pour la vie sauvage. De la fondation d’art sur Porquerolles, au sentier
sous-marin de Port-Cros en passant par le centre d’essais sur Le Levant, immersion insulaire.
TEXTE DE FLORENCE DONNAREL – PHOTOGRAPHIES DE BERTRAND RIEGER
Précieuses sentinelles
Les îles d’Or
Durée : 1 jour pour Porquerolles ; 2 jours pour Porquerolles et Port-Cros
L’escorte a de l’allure. Quatre grands
dauphins évoluent dans le sillage de la
navette maritime reliant la presqu’île
de Giens à Porquerolles ; ils nous
offrent de gracieux saltos. Leur présence signale notre entrée dans les
eaux protégées du parc national de
Port-Cros, lequel inclut Porquerolles.
Porquerolles
est encore très
sauvage, avec
des plages
toutes plus
belles les
unes que les
autres. Parmi
elles, la plage
de l’Alycastre,
mélange de sable
et de rochers, en
contrebas du fort
du même nom.
Elle est abritée
du mistral
et la pinède qui
la borde fournit
une ombre
bienvenue les
jours de grosse
chaleur. Autant
d’atouts qui
ne plombent pas
sa fréquentation,
faible même
en pleine saison.
Carte : IGN, 1/20 000, « Îles d’Hyères à vélo et à pied »
Sur l’île, quelques forteresses
émergent d’une épaisse gangue végétale. Immanquable sur son promontoire rocheux à l’ouest, le fort du Grand
Langoustier, bastion ocre, évoque une
pyramide inca. Un édifice patiemment
restauré, entre 2006 et 2010, par Paul
Vuillard, un particulier amoureux des
vieilles pierres. À l’est, le fort de l’Alycastre, enlacé par une enceinte en
forme d’étoile, accapare les derniers
rayons du soleil. Bientôt, une forêt de
mâts annonce le port. Le navire déverse
son flot d’excursionnistes, auxquels se
sont mêlés quelques Porquerollais
reconnaissables à leur pas vif.
41
Le cap des Mèdes, à Porquerolles. Depuis le xix e siècle, il accueille une batterie.
Lorsqu’il l’atteint, une sensation de bout du monde saisit le randonneur : son accès,
par le chemin stratégique côtier, est assez difficile dans le dernier kilomètre.
PORQUEROLLES, UNE ÎLE VIVANTE
Attablé à une terrasse du port,
Maxime Prodromidès, président du
Conseil économique, social et culturel du parc national, explique : « Nous
sommes près de 350 à vivre à l’année
à Porquerolles. En 1912, mes grandsparents, de retour de leur voyage de
noces en Espagne, ont fait escale sur l’île.
Elle était à vendre. Devant le coup de cœur
de sa femme, mon grand-père, FrançoisJoseph Fournier, l’acheta en cadeau de
mariage. Il avait fait fortune au Mexique
et s’inspira de la gestion d’une hacienda
pour bâtir le village. Il a fait venir différents
corps de métiers et créé une sorte de
phalanstère autour du vignoble existant,
restructuré et développé. En 1971, l’île a
été revendue à l’État… » Ce vignoble, on
l’admire depuis le fort Sainte-Agathe,
épaisse tour ronde à canons, construite
sous François Ier et qui domine le village. L’île apparaît sculptée de collines, nappées de chênes verts, de pins
et d’un dense maquis, séparées par
quatre plaines agricoles. À l’est, bien
visibles, les plaines de la Courtade et
de Notre-Dame déroulent leurs broderies de vignes. « Porquerolles est une
île laborieuse, poursuit le descendant
des Fournier. Elle compte trois viticulteurs, six pêcheurs professionnels, de
nombreuses personnes employées dans
la restauration, l’hôtellerie, ainsi que
des télétravailleurs, bien sûr. Deux Porquerollais viennent même d’ouvrir une
microbrasserie. » Une île bien vivante, à
la fois agricole et sauvage, qui affiche
un visage arty depuis l’ouverture, en
juin 2018, de la Fondation Carmignac.
L’ART LOVÉ DANS LA PINÈDE
Sur le domaine de la Courtade, en
effet, les jardins et la villa du collectionneur Édouard Carmignac servent
d’écrins à des œuvres d’art contemporain. « Un coup d’accélérateur pour la vie
sociale et culturelle de l’île », se réjouit
Maxime Prodromidès. Nous avons
enfourché nos vélos pour rejoindre le
domaine lové dans la pinède, guère loin
du village. Dès l’entrée dans le parc,
nous voilà invités à déguster une tisane
de lavande-verveine. Puis, à l’intérieur
du bâtiment, à nous… déchausser ! « Un
rituel pour assurer une meilleure réception des œuvres », promet Juliette Russier, une des médiatrices. La Fondation
Carmignac, riche de 300 pièces, célèbre
l’art américain des années 1960 à 1980.
Lors de notre visite, Warhol, Lichtenstein et Basquiat étaient à l’honneur. >
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
À PARTIR DE TOULON
LA REPENTANCE, UN BASTION
DE LA SPIRITUALITÉ
À Porquerolles, l’art peut également se nicher dans des endroits
inattendus. Nous remontons à vélo
pour retrouver de nouveau Maxime
Prodromidès, cette fois au fort de la
Repentance, dans la partie orientale.
Nous pédalons avec vigueur à travers
le maquis vers une crête où se cache,
à moitié enterrée, une vaste batterie
de la fin du xixe siècle. Depuis une vingtaine d’années, le fort accueille une
communauté monastique orthodoxe,
rattachée à la congrégation de Simonos Petra du Mont Athos, en Grèce. « Le
père Séraphin, très aimé des Porquerollais, a redonné vie à l’ouvrage, à force de
travail. Il a aussi fait venir un iconographe
russe pour transformer la caponnière en
chapelle », explique notre guide. Deux
frères retirés auprès du père Basile,
l’ermite qui a succédé au père Séraphin parti l’an dernier, nous ouvrent les
portes de cette pièce de tirs, dissimulée dans l’enceinte fortifiée. La lumière
des bougies révèle des fresques aux
Photos
de la page :
Musée et
parc de
la Fondation
Carmignac, à
Porquerolles.
(04 65 65 25 50,
fondation
carmignac.
com). La villa
est ouverte
de début avril
à la Toussaint.
Entrée sur
réservation
(15 €),
l’accès étant
restreint à
50 personnes
par demiheure.
couleurs vibrantes. Elles décorent
entièrement les murs, tout comme le
plafond que les militaires avaient bâti
en croisées d’ogives ! « Le père Séraphin s’est inscrit dans la tradition des
ermites qui s’installèrent au ve siècle
Jaume Plensa, Les Trois Alchimistes, 2018 © Adagp, Paris, 2019
> Remarquable aussi : l’architecture des
espaces d’expositions creusés sous
la villa Carmignac, vu l’impossibilité
d’agrandir le bâtiment originel dans
un parc protégé. Un bassin a ainsi été
transformé en plafond aquatique. Il fait
joyeusement danser la lumière sur des
murs peints en bleu. Dans le jardin,
essaimées parmi les pins et les cistes,
des sculptures monumentales, interrogent le rapport entre l’art et la nature.
Bruce Nauman, One Hundred Fish Fountain, 2005 © Adagp, Paris, 2019
42
au cap des Mèdes », explique Maxime
Prodromidès, avant de nous mener vers
l’extrémité orientale de l’île. Falaises
sombres giflées par le vent, sol étouffé
par un tapis de griffes de sorcières, le
cap des Mèdes et sa batterie en ruine
distillent une beauté âpre et sauvage.
À PORT-CROS, UN HERBIER MARIN,
DES MÉROUS ET UN POULPE
Au large, derrière les rochers des
Mèdes, Port-Cros se découpe. Sur
le quai de cette île forestière, nous
embarquons avec Gaëlle Urvoy,
garde-monitrice du parc national,
pour une tournée de surveillance.
« Nous sommes le premier parc marin
d’Europe », confie la naturaliste, avant de
pointer les taches sombres qui taguent
les fonds marins dès la sortie du port :
« C’est l’herbier de posidonie. Une plante
– et non une algue – qui peut produire
jusqu’à 14 litres d’oxygène par jour et par
mètre carré, soit un taux d’oxygénation
43
Le fort de la Repentance. Depuis 1995, les moines de Sainte-Marie du Désert y ont élu domicile
et réalisé les travaux de réhabilitation. Le père Séraphin, qui a fondé la communauté, avait
vu dans le site : « une copie conforme en miniature du mont Athos [en Grèce] », d’où il est originaire.
aussi important que celui de la forêt
amazonienne. » Des zones interdites au
mouillage préservent cet herbier qui
couvre plus de 50 % des fonds marins
de Port-Cros. Six agents assermentés
veillent au respect de la réglementation, alors que de nombreuses espèces
de poissons dépendent de l’herbier
pour se nourrir, se protéger d’attaques
de prédateurs et se reproduire. L’air
marin fouette notre visage, tandis que
nous longeons l’île de Bagaud, une
réserve intégrale au large de PortCros. Les roches métamorphiques
anciennes de gneiss et de micaschistes
ont ciselé dans la falaise des lames
de pierre irisées, qui reçoivent des
canards dodus au bec rouge. « Des
tadornes de Belon venus de la presqu’île
de Giens, connus pour installer leur nid
dans un terrier de lapin », précise Gaëlle
Urvoy. Au sud de Port-Cros, autour de
l’îlot en pierre rousse de la Gabinière,
des bateaux de plongée s’agglutinent
près des bouées d’amarrage. « C’est le
site le plus prisé pour observer le mérou :
la grande vedette du parc. En 1973, il en
restait… quatre ! En 2016, lors du dernier
comptage, on approchait les 800 individus. C’est le résultat d’un moratoire de
protection interdisant la chasse du mérou
depuis 1993. » Ce poisson curieux, qui
peut mesurer jusqu’à 1,30 mètre, nous
a salués de ses nageoires pectorales
sur le sentier sous-marin de Port-Cros.
Le premier itinéraire aquatique de ce
genre a été ouvert sur la côte Nord
de l’île. Sur la plage de la Palud, face
au rocher du Rascas, nous ajustons
notre masque et contemplons à mieau la prairie de posidonie ondoyante.
De grandes nacres plantées à la verticale jaillissent de ce tapis végétal
traversé de bancs de saupes. Dans
les anfractuosités du relief côtier : des
anémones encroûtantes jaunes et des
tomates de mer écarlates. C’est dans >
En investissant le fort, les moines ont aussi transformé
la caponnière en chapelle. Ou plutôt en œuvre d’art.
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
44
À PARTIR DE TOULON
Sur l’île du Levant, le phare du Titan (1897) garde le cap du Pauvre Louis. Il est désormais intégré dans
la zone du centre Essais de missiles de la Méditerranée. Un site qui relève du secret de la Défense nationale.
« Le Levant fonctionne comme un vaisseau
ancré au large, avec une vie en communauté
tournée vers les missions à mener. »
François-Xavier Dufer, ingénieur
en chef de l’Armement, est le
patron du centre Essais de missiles,
installé sur l’île du Levant.
213 / Janvier 2019 / www.detoursenfrance.fr
45
> ces profondeurs que nous avons croisé
le mérou brun. Le sentier sous-marin
équipé d’une main courante pour se
reposer, se poursuit plus au large
autour de rochers à fleur d’eau. Dernière rencontre de notre promenade
aquatique : un poulpe. Il nous donne
une leçon de camouflage, changeant de
couleur pour se confondre avec le récif.
LE LEVANT, TERRITOIRE SECRET
DES MILITAIRES
L’île du Levant ferme les îles d’Hyères
à l’est. Sa vocation demeure singulière avec la présence d’une base militaire sur 90 % de son territoire et d’un
domaine naturiste, Héliopolis, sur
l’espace restant. Une île mystérieuse
à l’épaisse végétation, sertie dans des
falaises escarpées, étirée sur 8 kilomètres. Quelques radars et hangars,
des bouts de route bitumée, rappellent
une présence humaine. « Le Levant
fonctionne comme un vaisseau ancré au
large, avec une vie en communauté tournée vers les missions à mener », commente François-Xavier Dufer, directeur
du centre d’Armement Essais de missiles implanté là. Il nous convie à découvrir ce Levant secret où travaillent près
de 250 personnes, essentiellement des
civils. Leur mission ? Tester en réel des
systèmes d’armement et entraîner des
équipages à leur maniement. « J’aime
le paradoxe entre l’essence sauvage de
l’île et la haute technicité des installations. Au milieu des pins, on communique
par satellite avec des drones et des aéronefs à des milliers de kilomètres », poursuit François-Xavier Dufer, au poste
optique de La Verrette offrant une vue
GUIDE PRATIQUE
SE RENSEIGNER
Parc national de Port-Cros
portcrosparcnational.fr
Les îles de Port-Cros et Porquerolles
disposent chacune d’une Maison du parc, qui
délivre informations, documentation
et cartes. Celles-ci sont situées près
du débarcadère à Port-Cros (04 94 01 40 70),
et à la sortie du village de Porquerolles
(04 94 58 07 24), direction route du Phare.
Office de tourisme d’Hyères
Avenue de Belgique, 83400 Hyères.
04 94 01 84 50. hyeres-tourisme.com
Le parc national
de Port-Cros,
pionnier des
parcs marins
en Europe, est
un sanctuaire pour
la faune et la flore
méditerranéenne.
Au sud, l’îlot
de la Gabinière
est connu de tous
les amateurs
de plongée car ses
eaux accueillent
la plus forte
concentration
en mérous bruns
de la région.
à 360 degrés sur la mer, depuis l’arête
centrale de l’île. À l’abri d’une coupole
blanche, la tourelle optronique (qui
combine des systèmes optiques et électroniques) est le bureau de Raymond P.
« J’étudie la trajectographie des missiles
avec des moyens comme le radar, le GPS,
des équipements de veille infrarouge…
Après quarante années ici, je continue
à sentir monter l’adrénaline lors des
essais, juste avant le tir. Mais les bancs
de cétacés que je vois chasser au large
des côtes dans mon viseur m’émeuvent
aussi », confie le chef d’équipe-technicien. Sur la côte Nord-Est, au sommet
d’un à-pic à la végétation brossée par
le vent, le phare du Titan est un marqueur du Levant. Murs chaulés et volets
bleus, il cultive un certain charme grec.
Si les navigateurs venus de Corse distinguent en premier le puissant phare
de Porquerolles, le passage au large
du Titan, singulier avec sa tour indépendante et à la lanterne mitraillée
pendant la Seconde Guerre mondiale,
insuffle toujours autant d’exaltation. ∫
SE BALADER – EXPLORER
Sun Plongée
Port de Port-Cros. 04 94 05 90 16.
sun-portcros.com
Plongée ; location de palmes, masques, tubas.
TLV-TVM
04 94 58 21 81. tlv-tvm.com
Liaisons vers Porquerolles depuis la presqu’île
de Giens (11,50 € l’aller) et vers Port-Cros
depuis Hyères (16,40 €).
Vedettes Îles d’Or & Le Corsaire
04 94 71 01 02. vedettesilesdor.fr
Liaisons inter-îles Porquerolles / Port-Cros
(16 € l’aller) et Porquerolles / Le Levant (via
Port-Cros) (24 €).
Le Cycle porquerollais
Port de Porquerolles. 04 94 58 30 32.
cycle-porquerollais.com
Location de vélos, mécaniques et électriques.
SE LOGER – SE RESTAURER
Villa Sainte-Anne
Place d’Armes, 83400 Porquerolles.
04 98 04 63 00. sainteanne.com
Un hôtel familial confortable, doté d’une belle
terrasse. À partir de 100 € la chambre.
L’Escale
2 rue de la Ferme, 83400 Porquerolles.
04 94 05 90 16.
Une brasserie avec une carte courte (poissons
et fruits de mer) mais de qualité. Plat : 20 € env.
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
46
PATRIMOINE
Carte
postale
provençale.
L’acteur
Fernandel
(1903-1971),
autre
grande
figure
régionale,
dispute
une partie
de pétanque,
sur une
placette
baignée
de soleil.
TEXTE DE FLORENCE DONNAREL
CE QUE LA PROVENCE
A APPORTÉ
À LA FRANCE
Les régions et terroirs, riches de leurs contrastes,
ont forgé l’unité de notre pays au fil des siècles.
Personnalités locales aux destins qui marquèrent
l’Histoire nationale, littérature, manifestation, fêtes
et traditions… découvrez ce que chaque province
a légué à la France.
The Kobal Collection/ Aurimages
Le cinéma « avé l’accent ». Raimu est un cocu magnifique dans La Femme du boulanger
(1938), un film réalisé par Pagnol, d’après une nouvelle de Giono.
« Tu me fends le cœur ! » On connaît tous la réplique lancée lors
d’une partie de cartes sur le Vieux-Port de Marseille, dans
Marius, écrit par Marcel Pagnol. Jules Muraire (1883-1946), dit
Raimu, y reprend le rôle de César, dans lequel il avait triomphé
au Théâtre de Paris en 1929. Originaire de Toulon, ami de Pagnol,
il joue dans Marius, Fanny, César et La Femme du boulanger. L’acteur
devient, pour les Français, l’incarnation du Méridional truculent
à l’accent chantant. C’est oublier que sa carrière, commencée sur
les planches auprès de Sacha Guitry en 1916, a croisé Molière : sous
l’Occupation, il fut pensionnaire et sociétaire de la Comédie-Française.
213 / Janvier 2019 / www.detoursenfrance.fr
AGIP / Rue des Archives / Bridgeman Images
RAIMU, LA FIGURE MÉRIDIONALE
Au
siècle, le jeu de boules
conquiert la France, avec des
variantes régionales. Dans le Midi,
le jeu (la longue) impose aux tireurs
de faire trois pas de course pour
prendre leur élan. En 1907 à La Ciotat,
à cause de ses rhumatismes,
le champion local Jules Hugues tire
en restant pieds joints. La pétanque
est née. Le terme vient du provençal,
où pè signifie « pied » et tanco « pieu
planté pour fixer (quelque chose) »,
soit « les pieds ancrés dans le sol ».
En 1910, le premier concours officiel
se tient à La Ciotat.
JEAN GIONO, CHANTRE DE LA HAUTE-PROVENCE
L’enfant de Manosque a célébré la Haute-Provence, ses
paysages grandioses, ses hommes de caractère. Jusqu’à
ce qu’il vive de sa plume, il est un simple employé de banque.
Son premier roman, Colline, publié en 1929, évoque les paysans
qui, à l’ombre de la montagne de Lure, sont en symbiose avec
la nature. Suivront Un de Baumugnes et Regain, formant
La Trilogie de Pan. Le Hussard sur le toit, probablement son œuvre
la plus connue, retrace le parcours à travers la Provence d’un
aristocrate fuyant l’épidémie de choléra de 1832. Membre de
l’académie Goncourt, il s’illustre aussi dans les récits de voyage,
les chroniques pour la presse régionale et le cinéma. Le 9 octobre
1970, il meurt à Manosque qu’il n’a jamais quitté ; il avait 75 ans.
Lors
du Festival
de Cannes
2018.
L’Américaine
Bella Hadid est
mannequin,
elle n’avait
aucun film
à y présenter.
Il fallait
juste qu’elle
y soit vue et
photographiée.
En mai,
la Croisette est
le rendez-vous
des stars
de la planète.
Jean-Marc Haedrich / Sipa
LA PÉTANQUE
xixe
Jean Giono
dans sa maison
de Manosque,
achetée
en 1929 grâce
à ses premiers
succès
de librairie.
Il y rédige
une grande
partie de son
œuvre. Les
lieux abritent
aujourd’hui
l’Association
des amis de
Jean Giono,
qui entretient
sa mémoire.
Renaud / Leemage
47
LE FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE CANNES
Depuis sept décennies, tous les projecteurs sont braqués sur
la ville de Cannes, tandis qu’elle fait son cinéma. À l’origine
du festival international du Film : Philippe Erlanger, un diplomate
français. Il en a eu l’idée alors que, membre du jury à la Mostra
de Venise en 1938, il subit les pressions d’Hitler et de Mussolini.
Le festival libre qu’il veut offrir au monde voit le jour en septembre
1946. Cannes est choisie pour sa capacité d’accueil et de projection.
Très vite, les stars américaines cautionnent la manifestation, qui se
tient au mois de mai depuis 1951. Leur présence contribue au succès
du festival, faisant connaître la Croisette dans le monde entier.
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
48
À PARTIR DE TOULON
06
06
83
83
VAR
TOULON
HYÈRES
ALPESMARITIMES
NICE
CANNES
FRÉJUS
La rue Carnot,
à Bormesles-Mimosas.
Cette artère
commerçante
scinde
le village
en deux : la cité
médiévale d’un
côté, la partie
xvie siècle
de l’autre.
LES VILLAGES DES MAURES
Entre Hyères et Fréjus, le massif des Maures déploie maquis et forêts. Perdus dans les
bois comme Collobrières ou ouverts vers le large tels Bormes-les-Mimosas, Ramatuelle
ou Gassin, ses villages cultivent le goût du beau et bon : fleurs, châtaignes, vins et artisanat.
TEXTE DE FLORENCE DONNAREL – PHOTOGRAPHIES DE BERTRAND RIEGER
L’é v e i l d e s s e n s
Les villages des Maures
Durée : 1 à 2 jours
Cartes : IGN, 1/25 000, « Saint-Tropez–Sainte-Maxime–Massif des Maures », 3545 OT
IGN, 1/25 000, « Cuers-Pierrefeu-du-Var–Collobrières–Massif des Maures », 3445 OT
Des guirlandes de figuiers de barbarie courent sur les rochers bordant
les lacets qui grimpent vers Bormesles-Mimosas. Le village épouse les
premières pentes des Maures, incrustant sur le relief ses maisons saumon,
miel et ocre. Au sommet, un château
en pierre, veillé par de grands pins.
Avec un tel nom,
il ne pouvait
en être
autrement.
Bormesles-Mimosas
est un jardin
extraordinaire,
où la végétation
crible de couleurs
le paysage. Dans
le village, plus
de 700 espèces
ont été
recensées,
mariant plantes
rustiques,
grimpantes,
vivaces, arbustes
à fleurs…
En photo :
Jacaranda
près du parvis
de l’église SaintTrophyme.
À l’horizon : la mer. Installée sur ces
rivages il y a plus de deux millénaires,
une tribu ligure faisait commerce du
sel d’Hyères et du plomb argentifère
du cap Bénat. Le village perché est né
au ixe siècle, quand ces « Bormani » se
replièrent sur les hauteurs pour s’abriter des pirates et de Sarrazins.
À BORMES-LES-MIMOSAS,
JACARANDAS ET CUBERTS
Sous le château des seigneurs de Fos,
désormais propriété privée, s’étire
le quartier médiéval de Bormes-lesMimosas. Un bouquet de maisons
hautes, coiffées de tuiles roses, dans
un dédale de rues étroites. Le quartier >
49
Bormes-les-Mimosas épouse les premières
pentes des Maures. L’altitude du village culmine
à 324 mètres avec la chapelle Notre-Damede-Constance. Laquelle constitue le terme
d’une jolie balade, le long d’un ancien chemin
de croix jalonné d’oratoires.
Brégançon, à la pointe du hameau
de Cabasson. L’îlot a connu un destin militaire
du fait de sa situation de vigie sur les rades
d’Hyères et de Toulon. Déclassé, le fort qui
surmonte le piton rocheux devient, en 1968,
lieu officiel de villégiature du président de la
République. Une jetée, construite la même
année, a mis fin à son insularité.
50
collectionneur de mimosas : il détient
180 variétés de cet arbre de la famille
des acacias. « Des botanistes anglais ont
introduit le mimosa dans les jardins de la
Côte d’Azur, au xixe siècle. Sa croissance
rapide, son feuillage persistant dix mois
de l’année et sa floraison spectaculaire
en hiver expliquent son succès. »
>
Le Réal
Collobrier,
la « rivière aux
couleuvres »,
donna son
nom au village,
tant il en
était infesté.
Aujourd’hui,
la paisible cité
est connue
pour de bonnes
raisons :
les châtaignes.
Fraîches
ou en bocal,
en crèmes,
sirops, bonbons
soupes…, elles
alimentent
un délicieux
artisanat.
> s’anime près du parvis de l’église
Saint-Trophyme, à laquelle sont accrochées les fleurs violettes d’un immense
jacaranda. « L’église des présidents »,
confie avec une pointe de fierté Gérard
Daumas, ancien directeur de l’école
primaire et mémoire vivante de la commune. « Lors de leurs séjours au fort de
Brégançon, Bernadette et Jacques Chirac
assistaient aux offices religieux. Et c’est
Georges Pompidou qui a offert le cadran
solaire de l’église. » En face, les bibis
colorés de la boutique d’une modiste
annoncent un quartier plus commerçant. « Au sud de la rue Carnot, on bascule sur le quartier du xvie siècle. À cette
époque sont créés des cuberts (passages
couverts), pour permettre la circulation
entre les rues, dans ce village en étages »,
commente notre guide. Des restaurateurs et des artistes ont installé leurs
Les cuberts, des passages intégrés aux maisons,
donnent du cachet au cœur médiéval de Collobrières.
Il compte parmi les 8 « Villages de caractère du Var ».
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tables et leurs ateliers dans ces oasis de
fraîcheur. Bougainvilliers, jacarandas,
yuccas… En été, les plantes tropicales
criblent de couleurs le paysage. Et le
mimosa ? En début d’année, il nappe
d’un jaune éclatant les coteaux qui descendent jusqu’à la mer. « Il aime la terre
acide des massifs des Maures, de l’Esterel et du Tanneron », explique Julien
Cavatore, pépiniériste dans la plaine et
COLLOBRIÈRES, CAPITALE
DES MAURES ET DE LA CHÂTAIGNE
Nous retrouvons l’arbre iconique,
escorté de chênes-lièges et d’arbousiers, dans la forêt des Maures traversée par la route tortueuse qui mène
à Collobrières. Après un col, les premiers châtaigniers surgissent. Au cœur
du massif, blotti dans un méandre du
Réal Collobrier (la « rivière aux Couleuvres » en provençal), ce village s’est
enrichi grâce au bois. Bouchons de
liège, charpente, feuilles et fruits du
châtaignier… « Collobrières connaît un
âge d’or au xixe siècle, avec 17 fabriques
de bouchons », explique Fabienne
Segard, guide de l’association Monts
et merveilles des Maures. Une prospérité visible dans les balcons en ferronnerie et les agrafes aux fenêtres
des quelques demeures cossues qui se
dressent près des maisons rustiques
aux murs épais. C’est l’époque où
l’on élève l’église Notre-Dame-desVictoires (1875). De nos jours, elle est
masquée par l’imposante voûte végétale tressée par les frondaisons de
platanes. L’église originelle de SaintPons (xvie siècle), qui dominait les lieux
depuis un affleurement rocheux, est en
ruine. Alors que nous faisons le tour de
ses façades pour contempler la vallée,
nos pas libèrent les effluves de plantes >
Ci-dessus : L’église Notre-Dame-des-Victoires a été bâtie, en 1875,
pour répondre à l’essor démographique qui a accompagné celui
de l’industrie du liège. L’édifice originel de Saint-Pons (xvie siècle),
tombé en ruine, est inscrit au titre des monuments historiques.
Ci-dessous : Fabien Tamboloni est castanéiculteur à Collobrières.
Forestier passionné par son activité, avide de transmettre, il anime
des sorties découvertes avec le Conservatoire du patrimoine.
Collobrières
est le départ
idéal d’une
randonnée
pédestre dans
le massif
des Maures :
une dizaine
de sentiers
rayonnent
depuis
le village.
Selon votre
niveau, l’office
de tourisme
vous proposera
une de ses
8 randonnées
(entre 2,5 et
31 kilomètres).
52
Certains vignobles des Maures, qui reviennent à des méthodes
traditionnelles, font appel à Jean-Louis. Guidant le soc tracté par
sa jument Thalissa, celui-ci s’attaque au plus près du cavaillon,
la terre entre les pieds de vigne, qu’un tracteur ne peut atteindre.
Gassin est titré « Plus Beau Village de France ». Un label qu’il est
le seul à détenir sur la Méditerranée. Maisons typiques, forêts, vignes,
plages – elles sont au nombre de trois sur la commune : La Moune,
Le Treizain et… La Bouillabaisse ! Pas doute, il fait honneur à la région.
Une place
en terrasse.
Après avoir
grimpé les
rues de
Gassin, depuis
la place deï
Barri, vous
pourrez
profiter
du panorama
sur la baie
de Cavalaire,
au sud
du golfe
de SaintTropez, ainsi
que sur
le massif
des Maures.
213 / Janvier 2019 / www.detoursenfrance.fr
53
Le château de Grimaud ( xie siècle), démantelé sur l’ordre de Mazarin, en 1655. Il a perdu
depuis des lustres sa vocation défensive mais cet amer pierreux reste un indicateur
précieux. Il signale la frange littorale du massif des Maures, sur laquelle il veillait.
> aromatiques sauvages. L’authenticité
de Collobrières est touchante : les boutiques de souvenirs sont rares, l’herbe
folle perce entre les pavés des calades,
les couleuvres se dorent au soleil sur les
pierres près de la rivière… Près de la
rivière justement, Anneke Lepra tresse
des paniers en châtaignier. La castanéicultrice d’origine hollandaise, installée
dans les Maures depuis une quarantaine d’années, s’attache à conserver
ce savoir-faire vannier. « Le bois de châtaignier est léger, imputrescible, bourré
de tanins qui éloignent les insectes. Il ne
craint pas l’eau de mer. Les pêcheurs de
Port-Cros, les cueilleurs de champignons
et de baies l’apprécient », explique-t-elle
sans cesser son ouvrage.
LA MARROUGE ET LES CHARTREUX
Fabien Tambolini, un autre castanéiculteur, nous a donné rendez-vous à
la sortie de Collobrières, parmi ses
arbres. Le quadragénaire effleure un
tronc enflé, tortueux, ridé, ausculte
d’épaisses branches et soupèse les
Notre-Dame-de-la-Consolation ( xie siècle). Aujourd’hui simple
chapelle, elle était autrefois l’église paroissiale de Gassin.
fleurs jaunes, fins chapelets agrémentant les longues feuilles dentées.
Comme Anneke, il est passionné par
la châtaigne et possède 5 hectares de
vergers. « J’ai le sentiment de cultiver un
patrimoine. C’est un vrai pari car ce terrain, qui peut donner 2,5 tonnes de fruits,
en a seulement produit 150 kg l’an dernier.
En cause, la sécheresse exceptionnelle et
le cynips, un champignon parasite. Mais
avec les fortes pluies du printemps, la
prochaine récolte s’annonce meilleure »,
espère-t-il. Autour de Collobrières,
900 hectares sont dévolus à la marrouge, une variété sucrée de châtaigne,
idéale pour les crèmes et les marrons
glacés. Sa culture a été introduite au
xe siècle par les premiers chartreux
installés dans les Maures. Tel un vaisseau de pierre, leur monastère émerge
d’un océan de verdure sur le site de
La Verne. Une étrange vision, alors que
nous traversons le massif vers l’est, en
direction du golfe de Saint-Tropez.
GASSIN, VIGIE DU GOLFE
Le château de Grimaud annonce la
frange littorale des Maures et l’adieu
à l’épaisse forêt du cœur du massif.
Puis Gassin surgit à l’horizon, juché à
200 mètres sur une colline. Depuis la
table d’orientation à l’entrée du bourg,
le regard s’attarde sur les silhouettes >
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
54
À PARTIR DE TOULON
Photos de droite : porches, passages, placettes,
ruelles empierrées, portes sculptées. Autant de
trésors dévoilés lors d’une simple balade. Ramatuelle
porte beau les marques de son passé médiéval.
> des Maures, de l’Esterel, des Alpes, des
îles du Levant et de Port-Cros ancrées
au large. Gassin ou la vigie du golfe.
Le clocher de l’église Notre-Damede-l’Assomption s’est fondu dans une
ancienne tour de guet. Les rues pavées
semblent de longs tentacules agrippés
à la pente. Les maisons prennent même
appui sur le rocher. Certaines laissent
deviner la richesse de leurs propriétaires passés, avec des portes ornées
de serpentine verte des Maures ou de
basalte gris. L’année de leur construction est gravée dans la pierre : 1422,
1556, 1663… Le rempart du xiiie siècle
n’impressionne plus guère. À l’est, il
borde la place deï Barri (soit « place
du Rempart »), où tous les restaurants
sont regroupés, magnétisés par l’espace et la vue. Un endroit secret, le jardin L’Hardy-Denonain, occupe le coteau
en contrebas. Mûriers noirs, grands
agaves, caroubiers, buis, plantes aromatiques, iris… foisonnent sur les
restanques. Un cabinet de curiosités
végétal, avec ses étiquettes d’identification et ses bancs semés partout,
comme pour inviter à la contemplation.
Marie-Thérèse L’Hardy, chignon gris et
sourire bienveillant, cultive depuis près
de vingt ans ce conservatoire botanique
hérité de sa belle-mère. « Ce jardin
participe à la sauvegarde du patrimoine
rural de Gassin. Nos aïeux exploitaient les
chênes-lièges et les mûriers sur ce versant du village. Ils produisaient aussi des
fèves et des pois chiches, et travaillaient
la terre à cheval. »
Photo du bas :
Le théâtre
de verdure.
Parfaitement
intégré dans son
environnement,
il a été créé en
même temps
que le festival
de Théâtre et
peut accueillir
1 100 spectateurs.
L’été, Ramatuelle
la Culturelle
programme
deux autres
manifestations
d’envergure,
autour du jazz
et de la musique
classique.
RESPECT POUR L’ENVIRONNEMENT
Le cheval, justement, est de retour
dans la broderie de vignes qui
tapissent la plaine de Gassin. En ce
matin de mai, Jean-Louis et Christine
Calla sont venus décavaillonner une
parcelle du domaine de la Rouillère.
« Allez, on y va ! » « À gauche ! » Dans les
allées de terre rouge, Jean-Louis guide
Thalissa, sa jument percheronne. Elle
tracte le soc tandis qu’il dirige, à la force
de ses bras, l’instrument vers les ceps.
« Le décavaillonnage consiste à désherber les pieds de vigne et à couper les
petites racines qui s’étalent en surface.
Avec le cheval, on exécute un travail plus
précis qu’avec un tracteur. De plus, c’est
une opération écologique qui évite l’usage
de produits phytosanitaires », éclaire
Christine. Dans les vignobles voisins,
dans un souci très actuel de respect de
l’environnement, on revient significativement à ces méthodes traditionnelles.
RAMATUELLE, L’ÂME CULTURELLE
Depuis Gassin, il faut préférer la route
de Paillas à la départementale pour
rejoindre Ramatuelle. L’itinéraire, sur
une crête, longe cinq moulins, dont un
superbement restauré sous la houlette
d’une association de passionnés. « À
la fin du xviiie siècle, il y avait plus de blé
que de vigne dans la région. Ramatuelle
comptait 20 moulins », rappelle Pierre,
l’un des meuniers qui ouvrent l’édifice
55
Ramatuelle s’élève sur un contrefort
de la colline de Paillas. Un village qui
n’a gardé de sa vocation défensive
que la forme en escargot de ses
rues. Tranquille et centré sur luimême. On en oublierait que sa plage
de Pampelonne et l’engouement
touristique qu’elle suscita
ont engendré le mythe de Saint-Tropez.
au public le dimanche. À l’approche du
village, on saisit Ramatuelle du regard,
sorte de corolle où les pétales sont ces
maisons serrées qui déclinent la palette
des roses. La forme en escargot, à la
vocation défensive, déboussole le visiteur qui arpente les rues du cœur historique, où les murs épais des demeures
extérieures servaient de remparts.
Cette gangue de pierre ne manque pas
de charme : portes anciennes et passages voûtés ponctuent la promenade.
De plus, Ramatuelle s’est dotée d’une
image culturelle, avec un festival de
théâtre créé en hommage à Gérard Philipe, lequel repose dans son cimetière.
GUIDE PRATIQUE
SE RENSEIGNER
Offices de tourisme
Bormes-les-Mimosas : 1 place Gambetta.
04 94 01 38 38. bormeslesmimosas.com
Collobrières : boulevard Charles-Caminat.
04 94 48 08 00. Collobrieres-tourisme.com
Gassin : 20 place Léon-Martel, montée SaintJoseph. 04 98 11 56 51. gassin.eu
Ramatuelle : place de l’Ormeau.
04 98 12 64 00. ramatuelle-tourisme.com
Golfe de Saint-Tropez :
golfe-saint-tropez-information.com
VISITER
Jardin botanique L’Hardy-Denonain
Place deï Barri, 83580 Gassin. 04 94 56 18 72.
Ouvert du 30 avril au 15 octobre. Gratuit.
La manifestation, qui a acquis une
certaine réputation, fêtera en 2019 sa
trente-cinquième édition.
L’UN DES DERNIERS CERCLES
ACTIFS DU VAR
Au cœur du Vieux Ramatuelle, place
Gabriel-Péri, la devanture du Cercle
du littoral, encadré par des portesvolets couleur lavande, ressemble à
celle de n’importe quel troquet de village. L’intérieur ? Un long comptoir en
bois, des tables et des photos sépia au
mur. Il existe depuis 1885. « Le cercle
est un lieu de sociabilité typique de la Provence, explique sa présidente Claude
SE LOGER – SE RESTAURER
Hostellerie du Cigalou
Place Gambetta, 83230 Bormes-les-Mimosas.
04 94 41 51 27. hostellerieducigalou.com
Une adresse à retenir pour ses chambres
spacieuses à la déco rustique-contemporaine,
sa piscine et son restaurant de spécialités
provençales. À partir de 110 € la chambre.
Ferme de l’Empereur
6773 route des Plages, 83350 Ramatuelle.
06 11 57 99 34.
Quatre appartements, pour 3 à 9 personnes,
situés dans un mas à la campagne, avec une
agréable terrasse. Compter entre 590 et
1 190 € la semaine, selon la saison, pour un
appartement de 2 chambres (4 personnes).
Restaurant La Petite Fontaine
Place de la République, 83610 Collobrières.
Clerici. Autrefois, les corps de métiers s’y
réunissaient. À Ramatuelle, les vignerons
étaient les plus présents. La dimension
politique était aussi marquée avec parfois,
dans le même village, un cercle “rouge”
fréquenté par les ouvriers et un cercle
“blanc” pour les notables. » Aujourd’hui,
l’association compte 180 membres et
figure parmi les derniers cercles actifs
du Var. « Nous organisons de grands
soupers, le carnaval et des fêtes locales.
Parmi elles : la Saint-Dindon, qui célèbre
depuis plus d’un siècle l’éradication d’une
invasion de sauterelles qui menaçaient les
vignes. Nous sommes les garants des traditions provençales dans le village… » ∫
04 94 48 00 12.
Une table sympathique, proposant de savoureux
plats faits maison. Menus à 26 et 33 €.
ACHETER
Pépinière Cavatore
22 chemin des Orchidées, 83230 Bormes-lesMimosas. 04 94 00 40 23. mimosa-cavatore.com
Mimosas et plantes méditerranéennes en pot.
Lou Castagnié
Place du Banastié, 83610 Collobrières.
06 76 36 79 97.
Vannerie en bois de châtaignier, meubles,
paniers, crème de marrons…
Fêtes de la châtaigne de Collobrières
En octobre, les trois derniers dimanches, lors
de la récolte. Grand marché d’artisans, de
producteurs. Plus d’une centaine d’exposants.
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
56
LE GOÛT DU TERROIR
TEXTE DE FLORENCE DONNAREL
LA LAVANDE
Camille Moirenc x 2
Entre 600 et 1 800 mètres d’altitude, sur les contreforts
des Alpes, une plante mauve distille le parfum enivrant
de la Provence. La lavande fine, ou lavande vraie, cultivée
pour la parfumerie, la cosmétique et l’aromathérapie,
apporte aussi une saveur identitaire à la gastronomie locale.
Soleil
triomphant
et montagne
victorieuse :
la lavande
a conquis
les terres
provençales
au Moyen
Âge. D’abord
cueillie par les
bergers, elle
est cultivée
depuis le
xx e siècle pour
répondre
à la demande
croissante des
parfumeurs
de Grasse.
DES CULTURES PERCHÉES
Des champs brodés de fleurs mauves s’agrippent au flanc de la montagne
de Cordoeil, tels des tapis colorés étendus au soleil. Nous sommes dans
le Haut-Verdon, au cœur des Alpes-de-Haute-Provence. Véronique Blanc s’est
installée à La Mure-Argens, en 2002, pour ressusciter la culture de la lavande
qui couvrait jadis 70 hectares autour de ce village perché à 1 400 mètres. « Dans
la région, le train des Pignes acheminait la récolte jusqu’à la distillerie de Barrême. »
L’altitude est cruciale pour cette plante aromatique qui affectionne la neige
en hiver, la chaleur en été et un sol caillouteux argilo-calcaire.
Bertrand Rieger / Détours en France
« L’or bleu » de la Provence. La lavande
est l’un des emblèmes de la région
et sa couleur de prédilection.
N’EST PAS LAVANDE QUI VEUT
C’est l’altitude de pousse, comprise entre
600 et 1 800 mètres, ainsi que des touffes
plus petites et un épi floral, qui distinguent
la lavande du lavandin. Issu du croisement
de la lavande fine et de la lavande aspic (une
variante sauvage), le lavandin est plus
vigoureux mais moins parfumé. Planté entre
200 et 1 000 mètres, il dessine des vagues
bleues à perte de vue, en particulier sur
le plateau de Valensole. Pour valoriser
la lavande vraie, il existe, depuis 1981, une
appellation d’origine protégeant l’huile
essentielle de lavande de Haute-Provence.
Elle concerne les plantes cultivées au-dessus
de 800 mètres. À cette altitude, la floraison
intervient entre fin juin et mi-août.
213 / Janvier 2019 / www.detoursenfrance.fr
57
Bertrand Rieger / Détours en France
Sur rendez-vous,
Véronique Blanc
ouvre son exploitation
lavandicole au
public : découverte
de la distillation,
vente de produits
bien-être à base
d’huile essentielle…
DE NOMBREUSES VERTUS
Vient ensuite la distillation, avec un « feu à paille » qui utilise
les résidus de lavande. Un hectare de lavande fine produit 15 kg
d’huile essentielle, un élixir antiseptique, cicatrisant et relaxant.
Il fait merveille sur la peau pour calmer les démangeaisons.
Son arôme suave joue sa note dans les fragrances masculines
et dans la gastronomie. Crèmes brûlées, glaces et biscuits sont
ainsi parfumés avec de l’huile essentielle ou des fleurs séchées.
LA RÉCOLTE
ET LE PRÉFANAGE
Au cœur de l’été, quand près de 80 %
des fleurs sont ouvertes ou fanées,
Véronique Blanc sait qu’il est temps
de procéder à la cueillette. « On coupe
“à l’iroquoise”, en rassemblant le plant
pour effectuer une coupe droite. »
Une opération réalisée au tracteur,
tout comme le désherbage effectué
en mars, après la fonte de la neige.
Une fois qu’elle est coupée, la lavande
est mise à sécher en extérieur pendant
deux à quatre jours, sous forme
de petits tas formant des bandes.
« On reconstitue des lignes. Cette étape,
appelée préfanage, est indispensable
pour éliminer l’odeur du camphre. »
R E C E T T E
Gâteaux
à la lavande,
de la Boîte
à Biscuits,
à Digneles-Bains.
LES « PETITS BLEUS » DE VÉRONIQUE BLANC
Bertrand Rieger / Détours en France
L A
Faire fondre le beurre.
Ajouter le sucre roux
et le sucre vanillé.
POUR 6 À 8 PERSONNES
500 g de beurre
l 500 g de sucre roux
l 6 œufs
l 1 kg de farine
l 2 sachets de sucre vanillé
l 1 sachet de levure chimique
l 15 gouttes d’huile
essentielle de lavande fine
l Fleurs de lavande
l 1 pincée de sel
l
l
Hors du feu, faire blanchir
le mélange en remuant
vigoureusement ; puis
incorporer les œufs, un par
un, sans cesser de tourner.
l
Ajouter la farine, l’huile
essentielle de lavande,
le sel et la levure.
l
Véronique Blanc – Bleu d’Argens.
Le village, 04170 La Mure-Argens.
04 92 89 09 22.
bleudargens.fr
Répartir dans des petits
moules. Cuire 15 min à 175°,
l
dans un four préchauffé.
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
58
C I T Y
B R E A K
FRÉJUS ET
S A I N T- R A P H A Ë L
Où donc se côtoient un amphithéâtre romain, une vaste pagode bouddhique et un palais
épiscopal ? À Fréjus, façonnée par un destin militaire dès l’Antiquité, amer
de tous les passionnés d’archéologie et des visiteurs friands de patrimoine éclectique.
Saint-Raphaël, station de villégiature, tire ses charmes de son parfum Belle Époque,
d’une basilique exotique et d’une douceur de vivre toute provençale. Un duo de cités
à découvrir au pied de l’Esterel, sur les rives de la Méditerranée.
TEXTE DE FLORENCE DONNAREL – PHOTOGRAPHIES DE BERTRAND RIEGER
59
La villa Pierre-Aublé,
quartier Notre-Dame,
à Saint-Raphaël. Son
cachet, ses volumes
et son parc arboré
en font l’un des lieux
emblématiques
de la ville. Pierre
Aublé la construit
en 1883 pour abriter
ses bureaux.
De ce jour, l’architecte
accompagne
l’essor immobilier
de la station balnéaire
et essaime ses
réalisations : des
maisons à foison,
un pensionnat
de filles, l’église
Notre-Damede-la-Victoire
et plusieurs hôtels,
dont le Winter Palace.
60
CITY BREAK FRÉJUS ET SAINT-RAPHAËL
Dans la galerie des arènes. L’amphithéâtre de Fréjus (début du iie siècle) mesurait
113 mètres de long pour 85 mètres de large. Il pouvait accueillir 10 000 spectateurs.
Au sommet d’une pile d’une quinzaine
de mètres foudroyée par le soleil,
Pierre Excoffon inspecte les travaux
de rénovation d’un appareil en grès
et estérellite. Avenue du 15e-Corpsd’Armée, sur l’un des vestiges de
l’aqueduc romain de Fréjus, le chef du
service Archéologie et Patrimoine de la
ville s’enthousiasme. « L’ouvrage acheminait l’eau sur près de 42 kilomètres
depuis Mons, dans l’actuel Haut-Var et,
fait peu courant, se transformait en rempart-aqueduc dans la cité. » Tels des
totems dressés le long de l’avenue, des
restes d’arches s’égrènent sur l’ancienne voie Aurelia. Ils se fondent bientôt dans une muraille dévorée par la
végétation, où s’adossent presque des
maisons particulières qui semblent
dialoguer avec l’Histoire. Tout près,
à l’intérieur de l’enceinte, le théâtre
antique a conservé sous les pins ses
fondations et ses murs rayonnants
en grès brun. « En 49 avant notre ère,
César utilise le site comme base arrière
de sa guerre contre Pompée, explique
213 / Janvier 2019 / www.detoursenfrance.fr
l’archéologue. Octave, futur Auguste,
y abrite une partie de la flotte de Cléopâtre prise à Antoine lors de la bataille
d’Actium, en 31 avant notre ère. Forum
Julii, son nom antique, va devenir l’un des
trois principaux ports militaires romains
de Méditerranée après Misène, près de
Naples, et Ravenne sur l’Adriatique. »
La lanterne
d’Auguste,
qui marquait
l’entrée
de l’ancien
port romain.
Il y a 2 000 ans,
Fréjus était
l’un des ports
militaires
les plus
importants
de la
Méditerranée.
Bassin artificiel
aujourd’hui
comblé,
le port antique
est situé
à l’intérieur
des terres,
à 1 200 m
du littoral.
RUE ARISTIDE-BRIAND,
DES TRÉSORS ARCHÉOLOGIQUES
L’Histoire en tête et un plan de la
ville antique en main, nous partons
sur les traces des Romains. Près du
stade Pourcin, la plate-forme est un
espace sauvage où les soubassements
de bâtiments et de thermes romains
61
Julius
Agricola,
général romain
né à Fréjus,
en l’an 38.
C’est sans
doute grâce
à son influence
que la cité fut
dotée d’un
amphithéâtre
et desservi
par l’aqueduc
de Mons.
Située… place
Agricola,
cette statue
est l’œuvre
d’un autre
enfant du pays,
le sculpteur
Luccerini.
jaillissent entre les pois de senteur.
Des marches s’enfoncent sous terre :
elles révèlent une citerne avec un bassin à trois nefs et un puits de lumière.
« La plate-forme était un site de l’administration impériale. Nous avons le projet
de le mettre en valeur dans les années
qui viennent. » À l’instar de ce lieu, à
Fréjus, Pierre Excoffon veille sur un
gisement archéologique, où le moindre
coup de pelle mécanique peut mettre
au jour des trésors. Comme en 2008,
rue Aristide-Briand. Sollicité pour un
diagnostic préalable à la construction
du Centre communal d’action sociale,
le service de Pierre Excoffon a découvert un vivier romain, le seul visible en
France par le public ! « Cette fouille m’a
particulièrement ému. Des élévations
importantes étaient conservées en quasitotalité. Il y avait un côté mystérieux.
Nous avons mis du temps à déterminer
la fonction du site. » Aujourd’hui, depuis
une passerelle, nous distinguons nettement les bassins de stockage des
poissons, baignés d’un fond d’eau,
L’aqueduc
romain
(ier siècle),
intégré aux
remparts
de la ville
antique.
Ci-dessus :
Il fait office
de clôture pour
le jardin d’un
particulier. On lit
son tracé grâce
aux vestiges
qu’il a égrenés
dans la vallée
du Reyran,
le parc
Aurélien et
la plaine
Sainte-Croix
(ci-contre).
couverts de mousse et de petits coquillages. Des grilles en plomb pour le
filtrage et une martelière pour distribuer l’eau ont aussi traversé le temps.
Un système de captage de la nappe
phréatique alimentait en eau douce le
vivier de 500 m3, également raccordé
à la mer. La mer ? C’est la grande histoire de Fréjus ! Pour le prouver, Pierre
Excoffon nous emmène vers le sud.
POUR L’AMPHITHÉÂTRE,
UNE RÉNOVATION… AUDACIEUSE
Nous longeons la butte Saint-Antoine,
un promontoire empli de végétation
et ceint d’une muraille à quelques
kilomètres du rivage. « Sur ce domus
était probablement installée la préfecture maritime surplombant le port »,
explique notre guide. Dans l’Antiquité,
la mer arrivait jusqu’ici, à presque
2 kilomètres de l’actuel rivage ! Entre
une jardinerie et des espaces de
maraîchage, une sorte de campagne
en ville, nous empruntons le chemin de
la Lanterne d’Auguste. Un mur avec un
remarquable appareil pierreux borde
le trajet. « Nous avons longtemps pensé
que ce mur était le quai du port romain,
un bassin que l’on imaginait relié à la
mer par un chenal. En réalité, il s’agissait >
La tour romaine du jardin du Clos de la Tour, espace vert
aux portes du centre historique. C’est sur ce site, que
fut découvert l’Hermès bicéphale, emblème de Fréjus.
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
62
CITY BREAK FRÉJUS ET SAINT-RAPHAËL
AU MOYEN ÂGE, LES PAREMENTS
DU THÉÂTRE ANTIQUE DE FRÉJUS
FURENT EMPLOYÉS À L’ÉDIFICATION
DU GROUPE ÉPISCOPAL.
> d’un brise-lames à une époque où le port
ouvrait sur la pleine mer, bien avant qu’il
ne s’ensable. » Sur cette digue, brillait
la lanterne d’Auguste. Il en reste une
tour s’élevant au-dessus des champs.
De l’époque romaine, Fréjus a aussi
conservé un amphithéâtre (construit
au début du iie siècle), dont la rénovation entre 2008 et 2012 a suscité la
polémique. À l’extérieur de l’antique
enceinte, près de la porte des Gaules,
l’endroit ressemblait à un trognon
pierreux. Au Moyen Âge, la plupart des
parements furent employés à l’édification du groupe épiscopal. Dans un
élan… audacieux, la rénovation a complété le squelette antique en grès brun
avec des murs et des gradins en béton.
« Seule la première phase des travaux
a été réalisée, plaide Pierre Excoffon.
Une coque et un porte-à-faux en béton
devaient produire un résultat plus homogène. » À la place du porte-à-faux, des
tôles noires couronnent l’édifice.
UNE CITÉ ÉPISCOPALE RENOMMÉE
Changement de décor. Avec ses
grands platanes, la place où s’élève
le groupe épiscopal ne déparerait pas
dans un village provençal. « Après
la chute de Rome, la ville se contracte
dans le quart Sud de la cité antique »,
La cathédrale
Saint-Léonce
de Fréjus
(xvie siècle).
Ce bâtiment,
médiéval
à l’origine,
fait se croiser
plusieurs
époques. Ainsi,
le baptistère
paléochrétien
(photo du haut)
du v e siècle, dont
les 8 colonnes
d’angle sont de
style corinthien,
avec réemploi
d’un édifice
romain.
Ci-contre :
Le cloître du xiie.
justifie Hélène Garcia, archéologue, de
l’équipe de Pierre Excoffon. « Du viiie au
xe siècles, les Sarrasins sont à La GardeFreinet et pillent la région. Les gens fuient,
la population diminue. » Massive élévation de grès brun-rouge de l’Esterel,
le groupe épiscopal comprend le
baptistère paléochrétien (dont les
colonnes en granit proviendraient du
forum romain), l’église-cathédrale et
un cloître canonial. Derrière la façade
jaune de l’hôtel de ville, se cache le
palais épiscopal radicalement transformé. « Le cloître était purement ostentatoire. On passait par là pour accéder à
l’église », explique Margareth Pavoni,
guide-conférencière. Ce qui pourrait
justifier le bestiaire fantastique peint
sur des plafonds en mélèze. Là un dragon, ici un être hybride. Le mâchicoulis
au-dessus de l’entrée extérieure et, à
l’arrière, la tour crénelée rappellent
aussi que l’évêché de Fréjus traversa
des temps obscurs avant de rayonner
sur la région. Des travaux de fortifications du groupe épiscopal furent
ordonnés par le futur pape Jean XXII,
évêque de Fréjus en 1300.
Le mémorial des guerres d’Indochine a été inauguré en
1993. Sur le mur du souvenir, les noms de 34 935 soldats
« morts pour la France », pour la plupart entre 1946 et 1954.
63
La pagode Hông-Hiên, lieu de culte bouddhique édifié en
1917 par les tirailleurs indochinois. Un temps délaissée,
elle est réouverte par des réfugiés vietnamiens en 1954.
LA PLUS ANCIENNE PAGODE
BOUDDHIQUE DE FRANCE
Notre visite s’achève sur les hauteurs
de la ville. Bercés par des chants religieux vietnamiens, nous promenons
notre curiosité dans la pagode HôngHiên. Sous les pins, des pavillons aux
toits retroussés, des statues en plâtre,
un gong, une cloche. La plus ancienne
pagode bouddhique de France a été
élevée, pendant l’hiver 1917-1918, par
les tirailleurs indochinois stationnant
à Fréjus lors de la guerre. En 1915, la
ville a renoué avec sa vocation militaire et accueilli les troupes coloniales. La pagode servira de lieu de
culte aux Indochinois et elle conserve
aujourd’hui cette fonction. La mosquée
Missiri, à l’est de la ville, est aussi
un héritage de l’Histoire coloniale.
Réplique en béton rouge de la mosquée en terre de Djenné au Mali, elle
accueillait les tirailleurs africains.
DANS L’ÉGLISE DE SAINT-RAPHAËL,
UN MILLE-FEUILLE D’HISTOIRE
Accolée à Fréjus, Saint-Raphaël a
longtemps sommeillé dans son ombre
avant de s’émanciper au xixe siècle.
« Il n’existait pas de véritable vie romaine
dans l’Esterel », explique Anne Joncheray, la conservatrice du musée d’Archéologie de Saint-Raphaël, en partie
hébergé dans l’église médiévale de
San Rafeù. « On a seulement retrouvé
les vestiges d’une villa balnéaire, ainsi
qu’un vivier en bord de mer et un lieu
de culte sur la butte où nous sommes.
Dans l’Antiquité, le site de Saint-Raphaël
est un espace agricole avec des fermes
qui produisent du vin, de l’huile d’olive
et des céréales. » Des denrées transportées dans des amphores, mises
au jour par des fouilles sous-marines
dans les années 1960 et exposées dans
le musée. « Les épaves antiques découvertes au large de nos côtes proviennent
d’embarcations d’une quinzaine de
mètres qui effectuaient du cabotage au
départ de Fréjus ou de navires deux fois
plus grands, opérant un commerce entre >
L’église
romane
San Rafeu, dite
des Templiers,
en raison
de son
apparence
massive.
Son presbytère
(xiie siècle)
abrite
aujourd’hui
le musée
d’Archéologie
de SaintRaphaël, que
dirige Anne
Joncheray.
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
64
jour frétille au milieu de la glace. « L’été
est la saison des rougets, des poissons
pour la soupe, et des homards », éclairent
les pêcheurs Astrio et Gilbert Soccoja.
Attrapé ce matin par 90 mètres de
fond, le beau homard qu’ils emballent
dans du papier journal gigote encore.
Ci-dessus :
La promenade
de-Lattrede-Tassigny,
bordant la
plage du Veillat.
Ci-contre :
Astrio
et Gilbert
Soccoja sont
des figures
du marché
de poissons
raphaëlois, qui
se tient tous les
jours. La pêche
artisanale
est toujours
pratiquée
à partir
du Vieux-Port.
> Rome et la province de la Narbonnaise. »
Dans les entrailles de l’église en grès
rouge, la crypte recèle un mille-feuille
d’Histoire : un lieu de culte romain, une
sépulture paléochrétienne, une abside
et un autel décoré d’une croix latine
préromans, une nouvelle abside et des
murs du xie siècle sur lesquels s’élève,
comme dans un jeu de poupées russes,
l’église du xiie siècle. « Saint-Raphaël
acquiert vraiment une identité au Moyen
Âge, avec l’érection de cette église et
d’un castrum qui dépend du diocèse de
Fréjus », nuance Anne Joncheray. Les
empreintes du castrum ? Les étroites
ruelles s’enroulant autour de l’église
flanquée d’une tour carrée, et les murs
épais de quelques maisons. Autour, se
déploie un quartier vivant, avec un marché couvert, des commerces de bouche
et des restaurants. Nous empruntons la bien-nommée rue Charabois,
qui continue de relier la cité médiévale
au Vieux-Port. Lequel se développa à
la fin de Moyen Âge, alors que celui de
Fréjus s’ensablait. Sur le front de mer,
sous une halle climatisée, la pêche du
Dans la vieille ville de Saint-Raphaël : façades colorées,
rues pavées et passages voûtés.
213 / Janvier 2019 / www.detoursenfrance.fr
UN DESTIN BALNÉAIRE
Le marché des pêcheurs offre l’un des
plus beaux points de vue sur la curiosité architecturale de Saint-Raphaël :
la basilique Notre-Dame-de-la-Victoire. Son style néobyzantin, avec un
dôme vernissé, distille une touche exotique dans le ciel provençal. Élevé à la
fin du xixe siècle, le sanctuaire en grès
rouge accompagne l’essor de SaintRaphaël, devenue station balnéaire
avec l’arrivée du train en 1863. Autour
de la basilique, à l’est du Vieux-Port,
fleurissent bientôt les immeubles Belle
Époque, tels le Winter Palace avec sa
façade immaculée ornée de frousfrous, et les grands hôtels au fronton
arrogant. Au-dessus de la voie ferrée,
le plateau Notre-Dame et la colline de
Valescure se couvrent de villas opulentes sous l’impulsion du « créateur »
de Saint-Raphaël, Félix Martin, le
maire qui a transformé le petit village
de pêcheurs en une station de villégiature de grande renommée. Dans une
de ces demeures, à l’été 1924, un certain Francis Scott Fitzgerald s’installe
en famille. Il y rédige son chef-d’œuvre,
Gatsby le Magnifique. ∫
65
CARNET D’ADRESSES
SE RENSEIGNER
Office de tourisme de Fréjus
249 rue Jean-Jaurès,
83600 Fréjus.
04 94 51 83 83. frejus.fr
L’office propose plusieurs visites
guidées du patrimoine romain
ou religieux de la ville. Certains
sites sont seulement accessibles
dans ce cadre (vivier romain,
chapelle Cocteau…). Tarif : 8 €.
Office de tourisme
de Saint-Raphaël
99 quai Albert-Ier,
PLAN DE FRÉJUS
83700 Saint-Raphaël.
04 94 19 52 52. saint-raphael.com
Visites guidées thématiques
(Belle Époque, Vieille ville
et station balnéaire…).
Tarif : à partir de 3,50 €.
VISITER
Musée archéologique de Fréjus
3 place du Docteur-Calvini,
83600 Fréjus.
04 94 52 15 78.
Statues et mosaïques romaines,
issues des fouilles réalisées
depuis le xixe siècle. Tarif : 3 €.
Cloître de la cathédrale
de Fréjus
58 rue du Cardinal-Fleury,
83600 Fréjus. 04 94 51 26 30.
cloitre-frejus.fr
Le cloître fait partie d’un
ensemble élevé entre les
v e et xiv e siècles, à l’emplacement
de l’antique cité fondée par
Jules César, en 49 avant notre
ère. Tarif : 6 €.
Musée d’archéologie
de Saint-Raphaël
Parvis de l’Église, rue des
Templiers, 83700 Saint-Raphaël.
04 94 19 25 75.
musee-saintraphael.com
Pour les cryptes de son église
médiévale et les pièces extraites
des épaves sous-marines
de la Côte (amphores, canons,
ustensiles…). Entrée libre.
SE LOGER – SE RESTAURER
Le Clos des Roses
1609 route de Malpasset,
lieu-dit Sainte-Brigitte, RD 37,
83600 Fréjus. 04 94 53 32 31.
clos-des-roses.com
Sur les hauteurs de la ville,
un hôtel de charme au cœur
d’un vignoble. Huit chambres
dans un esprit contemporain.
Une belle adresse, avec
une piscine extérieure.
De 175 à 285 € la chambre,
en basse saison.
Quant au restaurant, il propose
une cuisine raffinée sur une
terrasse appréciable en été.
Menu du jour : de 29 à 49 €.
Hôtel Excelsior
Promenade du Président-RenéCoty, 83700 Saint-Raphaël.
04 94 95 02 42.
excelsior-hotel.com
Cet établissement historique,
classé 4 étoiles, est une
valeur sûre du quartier Belle
Époque. Une trentaine
de chambres
à la décoration sobre, plus
ou moins stylée selon
la catégorie. Entre 120 et 220 €
la chambre, selon la saison.
Le Bouchon provençal
45 rue de la République,
83700 Saint-Raphaël.
04 94 53 89 18.
Dans la vieille ville, une adresse
aux accents du Sud, avec deux
rendez-vous culinaires :
la bouillabaisse du mercredi
et l’aïoli du vendredi (à réserver)
dans une version bistronomique.
Menu à 34 €.
PLAN DE SAINT-RAPHAËL
ACHETER
Michel Sinier / Détours en france
Au Poussin jaune
52 rue Charabois,
83700 Saint-Raphaël.
04 94 95 05 66.Une épicerie fine,
restée dans son jus rétro. Pâtes
fraîches, fromages, charcuterie…
Marché provençal de Fréjus
Dans la vieille ville, autour
du groupe épiscopal.
Les mercredi et samedi matin.
Pour faire le plein de spécialités
locales : herbes et plantes, huiles
d’olive, confitures, miels,
charcuterie…
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
66
À PARTIR DE FRÉJUS
06
06
83
83
VAR
TOULON
ALPESMARITIMES
NICE
CANNES
L’ESTEREL
FRÉJUS
HYÈRES
Au large du
cap Dramont,
l’île d’Or.
Hergé
s’en serait
inspiré pour
dessiner
son Île Noire.
Quant au
détroit qui
la coupe
du continent,
certains le
nomment
détroit de…
Haddock.
Aux confins du Var, entre Le Muy et Théoule-sur-Mer, l’Esterel dresse ses roches feu au-dessus
de la Méditerranée. Ses pentes fondent sur les eaux bleues pour ourler la côte de criques
et de falaises. À découvrir à cheval, à pied, à vélo ou en voiture, sur la route de la corniche d’Or.
TEXTE DE FLORENCE DONNAREL – PHOTOGRAPHIES DE BERTRAND RIEGER
Balade équestre sur
La corniche de l’Esterel
Durée : 1 demi-journée
Carte : IGN, 1/25 000, « Fréjus–Saint-Raphaël–Corniche de l’Esterel », 3544 ET
Actaris est gourmand. Il aime brouter
les rameaux tendres de la bruyère
arborescente et les feuilles croquantes du chêne vert. Le grand poney
pyrénéen trotte sur le sentier taillé
dans l’épais maquis, frottant parfois sa
croupe sur l’écorce d’un chêne-liège.
Devant, en direction du plateau des
L’Esterel couvre
32 000 hectares,
dont près
de la moitié sont
classés zone
« Natura 2000 »,
signant des sites
à haute valeur
patrimoniale,
par leur faune
et leur flore
exceptionnelles.
Le massif
s’étend sur
les communes
de SaintRaphaël (photo :
la crique du cap
du Dramont,
au lieu-dit Agay),
Fréjus, Bagnolsen-Forêt
et Les Adrets.
Ferrières, les quatre autres chevaux
de notre randonnée grimpent les premières hauteurs de l’Esterel dans un
nuage de poussière. Au loin, les roches
rouges du cap Dramont se découpent
sur la mer. Le promontoire au relief
accidenté captive les regards par son
curieux îlot rocheux et sa haute tour
crénelée. « Il aurait inspiré Hergé pour
la couverture de l’album L’Île Noire »,
explique Christelle, la monitrice-guide
de l’excursion. En réalité, le bout de
terre flottant s’appelle : l’île d’Or. Le
docteur Auguste Lutaud l’avait gagnée
au jeu en 1905. Personnage fantasque,
il se proclama souverain de l’île et fit
67
De nombreuses randonnées balisées traversent
l’Esterel, dévoilant ses splendeurs sauvages :
reliefs accidentés, paysages déchiquetés
et criques abruptes. Parmi elles, le rastel
d’Agay et le pic du Cap Roux (en arrière-plan).
Pour en profiter, tout en montant sur le dos d’un
cheval, mieux vaut être un cavalier aguerri…
ériger un palais : la fameuse tour carrée en pierre ocre. Toujours privée,
l’île est désormais courtisée par les
nombreux bateaux, kayaks et paddles,
qui viennent mouiller dans ses eaux.
En face, sur la terre ferme, une grande
plage de galets grisés bouscule la
palette des rouges. « Le 15 août 1944, ce
fut l’un des principaux sites du débarquement de Provence », commente Christelle. Les pierres sont les déchets d’une
ancienne carrière d’estérellite, une
roche présente autour du Dramont, qui
veine de tons gris-vert la rhyolite rouge
de l’Esterel. En arrière de la plage, la
carrière emplie d’eau cisèle désormais
deux lacs scintillant sous le soleil.
UNE CATHÉDRALE MINÉRALE
Les chevaux poursuivent leur montée
vers un belvédère. La chaleur émise
par la terre exhale les senteurs capiteuses du maquis. Il nous faut parfois
saisir la crinière de la monture et nous
tenir en équilibre au-dessus de la selle
mais nos efforts sont récompensés par
la vue panoramique sur l’intérieur du
massif et ses formations sculpturales.
Au premier plan, la barre du Rastel, impressionnante épine rocheuse,
semble éduquer le regard à la beauté
des paysages de pierre. Plus loin, le
cap Roux ressemble à une cathédrale
minérale avec sa crête ocre, hérissée
de colonnes veillant sur la forêt méditerranéenne. C’est sur l’un de ses sentiers que nous cheminons aux côtés de
Christophe Pint-Girardot, agent de l’Office national des forêts (ONF), chargé
de l’accueil du public. « J’aime l’imbrication des arbres et de la roche rouge qui
rend le paysage de l’Esterel si singulier.
“Esterel”, cela signifie stérile. Mais regardez comme les arbres se sont adaptés à
ce milieu et poussent avec des formes
étonnantes. » Autour des pierriers, véritables coulées rocheuses qui émaillent
la forêt, de grands arbres se dressent,
désaltérés par l’eau emprisonnée dans
les cailloux. Une trilogie de pins, maritimes-d’Alep-parasols, et des chêneslièges à l’épaisse carapace dévalent les
pentes escarpées vers la mer. « La forêt >
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
68
À PARTIR DE FRÉJUS
> domaniale couvre 6 000 de 32 000 hectares du massif de l’Esterel. Jusque
dans les années 1960, le boisement était
exploité pour ses pins maritimes ; puis
la cochenille a provoqué leur dépérissement, explique le forestier. C’est à cette
époque aussi que les grands incendies
sont devenus moins fréquents. » Ce,
grâce au débroussaillage et à l’entretien des pistes, menés par l’ONF et
les auxiliaires de la Protection de la
forêt méditerranéenne (rattachés à la
préfecture). « Nous intervenons aussi
sur des feux naissants, en coordonnant
les patrouilles de la préfecture porteuses d’eau, selon les indications des
pompiers. » En 2017, les hommes ont
circonscrit un incendie sur 1,5 hectare
près de la calanque de Saint-Barthélemy mais, sur la commune de Fréjus,
des dizaines d’hectares ont brûlé.
LA MONTAGNE, UN REFUGE
Le feu était aussi là, aux origines : le
massif est né d’une éruption volcanique, il y a 250 millions d’années.
« On retrouve la roche rouge de l’Esterel, la rhyolite amarante, en Corse, dans
les calanques de Piana et à Scandola. À
l’ère primaire, la Corse, la Sardaigne et la
GUIDE PRATIQUE
À SAVOIR
Plusieurs sentiers de grande randonnée
et des itinéraires balisés permettent
d’aborder le massif de l’Esterel à pied. Pour
une randonnée en boucle de 4,3 km autour du
cap Roux, d’un niveau plutôt facile, compter
2 heures. Prévoir de bonnes chaussures de
marche, un chapeau, de l’eau, une carte (IGN
ou éditée par l’ONF). Préférer le printemps
et l’automne, pour éviter d’éventuelles
fermetures du massif. En été, en raison des
risques d’incendies, l’accès aux massifs
forestiers est réglementé. Se renseigner
la veille, dès 19h : 04 89 96 43 43. var.gouv.fr
213 / Janvier 2019 / www.detoursenfrance.fr
Photo en haut
à gauche :
Christophe
Pint-Girardot,
agent de l’ONF.
Dans l’Esterel,
les véhicules
sont autorisés
sur 40 km
de routes. Des
circuits ont
été aménagés
pour les VTT
(100 km),
les chevaux
(100 km) et les
marcheurs
(40 km). On
a aussi le droit
de lézarder sur
les calanques…
Provence cristalline étaient réunies ; elles
ont été séparées par les bouleversements
tectoniques qui suivirent la formation des
Alpes », éclaire encore Christophe PintGirardot. Une histoire mouvementée
qui comprend aussi, plus récemment,
la présence de bandits et d’évadés du
bagne de Toulon : ils trouvèrent refuge
dans les cavités et vallons sombres du
massif. L’hôte le plus célèbre de ces
lieux reculés est sans doute saint Honorat, ermite de la grotte de la SainteBaume, au cap Roux. Au ve siècle, il
partit fonder l’abbaye de Lérins sur une
île, au large de Cannes, qu’il contemplait depuis les hauteurs de l’Esterel. ∫
SE RENSEIGNER
Passion Esterel
Avenue du Cap-Roux, 83530 Agay.
06 12 29 47 67. passion-esterel.com
Excursions accompagnées, en VTT ou à pied.
Offices de tourisme
Saint-Raphaël. 99 quai Albert-1er. 04 94 19 52 52.
Agay. Place Charles-Giannetti. 04 94 82 01 85.
saint-raphael.com ;
circuits.esterel-cotedazur.com
SE BALADER
Centre équestre des 3-Fers
Chemin des Sangliers-Prolongé, 83700 SaintRaphaël. 06 85 42 51 50. les3fers.com
Un centre à l’accueil très professionnel.
Compte tenu du relief accidenté, seuls les
cavaliers confirmés pourront chevaucher
à travers les roches rouges, lors
de randonnées d’une ou plusieurs journées.
À partir de 49 €, la randonnée d’1 heure 30.
SE LOGER – SE RESTAURER
Hôtel Les Roches rouges
90 boulevard de la 36e-Division-du-Texas,
83530 Saint-Raphaël. 04 89 81 40 60.
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Un hôtel 5 étoiles, avec vue sur l’île d’Or et
le cap Dramont. À partir de 280 €, la chambre.
Club Agathos
1510 bd de la Baumette, 83530 Agay. 04 94 82 12 31.
Sur la plage d’Agay, une table de qualité, avec
des plats (autour de 25 €) plutôt sophistiqués.
69
Entre Saint-Raphaël et Mandelieu,
la corniche d’Or est l’une des belles routes
de cette Provence, dont elle déroule les
tentations. Plages, calanques et criques
nichées au sein des roches rouges
de l’Esterel répondent au bleu des eaux
de la mer Méditerranée.
Photo : La pointe du cap Roux, à Agay.
70
C I T Y
B R E A K
CANNES
Une Croisette qui a fait le tour de la planète, des palaces à l’élégance imposante, des villas
au luxe ostentatoire. Elle intimiderait presque, cette ville qui capte toute la lumière des
projecteurs braqués sur les célébrités qu’elle reçoit. Il ne faudrait pas : ses quartiers anciens
sont riches d’une authenticité préservée. Et puis, il n’est pas interdit pas de rêver…
TEXTE DE FLORENCE DONNAREL – PHOTOGRAPHIES DE BERTRAND RIEGER
Le peintre JeanGabriel Domergue
dessine cette
villa en 1934,
en s’inspirant des
palais vénitiens.
Inscrits depuis
dans le patrimoine
local, les lieux
accueillent chaque
année, belle
consécration,
le jury du festival
du Film pour
ses délibérations.
Notre-Dame-de-l’Espérance
( xvie-xviie siècles). L’église est
située place de la Castre, point
culminant de la ville. C’est aussi
un point d’orgue touristique
pour l’horizon qu’elle étreint.
71
Dans les rues du Suquet, le plus ancien quartier de Cannes. C’est autour de ce promontoire fortifié par les
moines de l’abbaye de Saint-Honorat, point de vue stratégique sur la baie, que la ville s’est développée. Hier
abrité des pirates et des sarrasins, aujourd’hui des éclats de la Croisette, il a gardé son esprit villageois.
« À la fin du xie siècle, l’abbé Aldebert Ier fait édifier sur le sommet de la
colline, une tour de guet qui communiquait probablement avec le monastèreforteresse de l’île Saint-Honorat. »
Marija Matejcic, médiatrice au musée
de la Castre installé au pied de la tour
carrée du château, nous guide dans
notre première approche de Cannes.
« Le château avait une fonction agricole.
On y stockait du vin et des aliments. Surtout, la colline disposait de précieuses
sources d’eau. Un village va se développer autour. L’appellation “Suquet” date
du xixe siècle ; en provençal, cela signifie
“tête” ou “sommet”. À l’époque médiévale,
on désigne cette élévation de 40 mètres
par “Puy”. » D’ailleurs, la chapelle fortifiée Sainte-Anne édifiée par les moines
(qui abrite une salle du musée) s’appelait pour cette raison Notre-Damedu-Puy. L’œuvre religieuse iconique
du quartier, aujourd’hui, c’est l’église
mitoyenne Notre-Dame-d’Espérance
et son imposant portail baroque. Achevée au milieu du xviie siècle, riche d’exvoto marins, elle est financée par les
confréries de métiers de la ville, dominées par les pêcheurs. Dans les ruelles
qui dévalent de la colline vers le VieuxPort, c’est bien l’âme d’une bourgade
de marins qui perdure, comme restant
un peu à l’écart de l’incessante rumeur
cannoise. Maisons basses et étroites,
anciennes remises, boutiques voûtées :
« Cannes était réputée pour la qualité de
ses sardines et de ses anchois », éclaire
Marija Matejcic. Les collages d’art
urbain essaimés sur les murs évoquent
encore les pêcheurs, la vie quotidienne
des habitants, l’Histoire. On suit les
noms chantants des voies : Panisse,
Coste-Corail… mais c’est la rue Forville qui rejoint le marché, hébergé
sous une grande halle couleur corail. >
Grâce à
l’artiste
Olivia Paroldi,
les murs du
Suquet portent
la mémoire de
l’ancien village
de pêcheurs,
depuis les
Ligures des
origines
jusqu’aux
élèves
de l’école
de la Castre.
DANS LES RUELLES QUI DÉVALENT
DE LA COLLINE VERS LE VIEUX-PORT,
PERDURE L’ÂME D’UNE BOURGADE DE MARINS.
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
72
CITY BREAK CANNES
Le musée de la Castre est installé dans
l’ancien château des moines de Lérins.
Parmi les pièces présentées : une
collection de peintures de paysages,
montrant Cannes et la Riviera
et datées du xixe siècle.
> UNE VILLÉGIATURE
ARISTOCRATIQUE
À la fin du xixe siècle, la construction
du marché accompagne la transformation de la bourgade de pêcheurs en station de villégiature. Un Écossais, Lord
Henry Peter Brougham, a scellé le destin étoilé de Cannes. L’Histoire retient
qu’un jour d’hiver 1834, ce riche avocat,
écrivain, orateur et homme politique,
en route pour un séjour d’agrément à
Nice, doit s’arrêter à Cannes à cause de
l’épidémie de choléra qui sévit dans le
comté voisin. Il s’installe dans l’unique
auberge de l’époque, en bord de mer.
À l’ouest du Suquet, la colline de la
Le marché
Forville.
C’est « le »
marché
historique.
Sur les
étals des
commerçants :
poissons
de la baie
et produits
maraîchers
du Bassin
cannois.
Une visite
s’impose
pour goûter
à la Provence
et tâter
le pouls
de la ville.
213 / Janvier 2019 / www.detoursenfrance.fr
Croix-des-Gardes, plantée d’oliviers
et d’orangers, l’enchante. Il y acquiert
très vite un terrain et fait construire un
manoir d’inspiration palladienne. Ce
sera le théâtre, trente-quatre années
durant, des fêtes somptueuses que
le lord donne lors de ses escapades
cannoises. Pourtant, le château Éléonore-Louise, converti à présent en
copropriété, nous paraît bien modeste,
malgré ses trois niveaux couleur crème
et sa terrasse portée par une colonne
de porphyre, comparé aux grandioses
résidences édifiées par tous les aristocrates européens arrivés à Cannes
dans le sillage de Lord Brougham…
Quelques rues plus loin, les étudiants
qui planchent sous les boiseries en
chêne de la médiathèque Noailles se
doutent-ils qu’ils sont accueillis dans
l’ancien grand salon de la villa Rothschild ? Dans cette demeure néoclassique du xixe siècle, Christine Cecconi,
responsable du département Cinéma
de l’établissement public, n’a pas eu
de mal à trouver l’inspiration pour sa
73
maîtrise d’Histoire sur la haute société
de Cannes au tournant du xxe siècle.
« Le salon en chêne provient de l’hôtel
particulier de Talleyrand, à Paris. Le
péristyle et l’escalier monumentaux, en
marbre de Carrare, témoignent d’une
recherche évidente d’apparat. » On
s’installerait bien dans la salle de lecture (l’ancien jardin d’hiver de la villa),
sous la verrière en forme de demi-coupole. « Le parc était l’un des plus beaux
de la Côte d’Azur. Il descendait jusqu’à la
mer, aujourd’hui à quelques centaines de
mètres de la clôture », poursuit notre
guide. Au milieu des flamboyants, des
cèdres et des nombreuses variétés
de palmiers, Antoine Py, le jardinier
chargé de leur entretien, confirme :
« Entre les propriétaires de villa, c’était
la course à celui qui rapporterait l’espèce
de plante la plus rare. On architecturait
les jardins avec du feuillage et des fleurs,
du relief, des cascades et des fontaines. »
En face de la médiathèque, avenue
Jean-de-Noailles, le château Vallombrosa, érigé au mitan du xixe siècle
pour un lord anglais, plastronne
Photos du haut :
Le château
ÉléonoreLouise (à g.),
construit en
1836, pour Lord
Brougham.
La villa
Bellevue (à dr.)
a été bâtie, en
1858, pour faire
office d’hôtel.
Ci-contre :
La villa
Rothschild,
(1881), autre
joyau de
l’architecture de
villégiature. Elle
est reconvertie
en médiathèque.
avec ses deux grandes tours de style
néogothique. Un nouveau propriétaire,
hôtelier, y ajouta deux ailes, à la symétrie parfaite et percées de fenêtres
aux balcons ouvragés de délicates
ferronneries. L’interminable façade
de ce qui, là aussi, est désormais une
copropriété cache une chapelle privée
voûtée d’ogives. À l’est de la ville, la
colline de la Californie a également vu
fleurir, sur ses pentes, des habitations
à l’architecture bluffante : le château
Scott, la villa Rose-Lawn et celle de la
Californie… Avenue Fiesole, c’est celle
du peintre Jean-Gabriel Domergue,
élevée par les architectes Émile Molinié et Charles Nicod en 1934, qui
attire le regard. Dès l’entrée, d’interminables cyprès, élégants flambeaux
de verdure, signent une influence florentine dans les jardins, tandis que
les lignes graphiques de la façade en
moellon insufflent un esprit Art déco
mâtiné d’une touche provençale. « Il a
lui-même dessiné les plans de la villa »,
précise Hanna Baudet, responsable du
développement artistique et culturel >
Le château Vallombrosa. Il a connu, depuis
1858, des heurs divers, selon les changements
de propriétaires et d’affectations. D’où
son style chahuté mais parfaitement intégré
dans le paysage architectural cannois.
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
74
S’il fallait résumer Cannes en deux mots, ce serait : palace
et Croisette. Un seul ? « Carlton » ! Ouvert en 1913, ce monument
hôtelier est historique à plus d’un titre. Il a accueilli la première
conférence de la SDN en 1922 et le premier festival du Film en 1946.
Plein la vue. Idéalement situé en surplomb de la baie, le Carlton est
un acteur majeur du tourisme cannois. Inutile de casser sa tirelire
pour dormir dans l’une des 343 chambres : le raffinement est aussi
au menu du restaurant et inclus dans le prix d’un verre au bar.
Suivant le vœu
du fondateur
Henry Ruhl,
l’architecture
intérieure
du Carlton unit
l’élégance au
rêve. Une déco
intemporelle,
toujours
d’actualité.
À gauche :
le lobby et sa
belle hauteur
de plafond.
À droite :
l’escalier
monumental
qui dessert les
sept étages.
213 / Janvier 2019 / www.detoursenfrance.fr
75
Le front de mer
qui relie
les places
du Généralde-Gaulle
et FranklinRoosevelt, sur
3 kilomètres,
est connu
dans le monde
entier. Pour
les Cannois,
la Croisette
est d’abord
le cadre de
leurs balades,
et la baie
en toile de fond,
leur source
d’inspiration.
> de la ville. Le jardin est précieux avec
ses cascades, ses grottes artificielles,
ses chemins parsemés de sculptures
et sa vue sur la mer et l’Esterel. Artiste
mondain, Domergue avait fait de sa
villa un haut lieu de la vie locale. Il
signa d’ailleurs la première affiche du
Festival de Cannes, en 1939… qui fut
annulé pour cause de guerre.
en 1863, renforce la fréquentation.
Derrière une haie de palmiers et une
route carrossable, vont fleurir, au fil du
temps, le Gray d’Albion, le Carlton, le
Majestic, le Martinez, le Grand Hôtel,
le Noga Hilton (devenu JW Marriott),
rivalisant tous d’audace architecturale.
Il faut déambuler sur la Croisette entre
les boutiques de luxe et les grands
SUR LA CROISETTE, LES PLUS
BEAUX PALACES DE LA CÔTE
En bord de mer, les palaces de la
Croisette ont poursuivi cette quête
de faste pour accueillir une clientèle
aristocratique, qui se déplaçait en
famille et avec une large domesticité.
Le sentier du littoral est élargi dans
les années 1850 et l’arrivée du train,
La Croisette est le boulevard identitaire de Cannes.
Plus qu’une promenade, un synonyme. Elle est
inaugurée en 1866, tandis que la station s’impose comme
un lieu de villégiature aristocratique : son nom est alors
boulevard de l’Impératrice. Il y avait déjà des goélands…
La Croisette concentre les résidences
luxueuses et les hôtels somptueux. Partageant
la même adresse, le Martinez (ci-dessus)
voisine avec le Carlton, le Majestic et le Marriott.
hôtels d’un côté, la plage et ses restaurants pieds dans l’eau de l’autre, pour
prendre la mesure d’une telle concentration de palaces. L’occasion d’admirer la délicatesse de la façade Belle
Époque du Carlton, classée monument
historique, ou le style Art déco du Martinez, furieusement tendance. Plus
loin, sur la pointe Ouest de la rade, une
petite croix chrétienne marquait jadis
l’étape ultime d’une procession des
confréries de pénitents cannois, ainsi
que le port d’embarquement des pèlerins pour l’abbaye de Lérins. Le « crouseto », en provençal, a donné son nom
à… la Croisette, le célèbre boulevard,
confirmant d’une certaine manière
Cannes dans son rôle de sanctuaire. ∫
76
CITY BREAK CANNES
CARNET D’ADRESSES
SE RENSEIGNER
Office de tourisme
Palais des festivals et des
congrès, 1 boulevard
de la Croisette, 06400 Cannes.
04 92 99 84 22.
cannes-destination.fr
Présentation exhaustive et bien
ficelée de la ville. L’office vient
de lancer des visites thématiques
gratuites de Cannes,
accompagnées par des habitants
(les greeters). Un site leur est
dédié : cannesgreeters.fr
VISITER
Musée de la Castre
Le Suquet, 06400 Cannes.
04 89 82 26 26.
Collections historiques de la ville,
des arts primitifs aux antiquités
méditerranéennes. Tarif : 6 €.
Villa Rothschild –
Médiathèque Noailles
1 avenue Jean-de-Noailles,
06400 Cannes. 04 97 06 44 83.
La villa et son parc, riche de
nombreuses essences exotiques,
ont été classés monuments
historiques. Accès libre.
Michel Sinier / Détours en France
Villa Domergue
15 avenue Fiesole, 06400 Cannes.
04 97 06 44 90.
Ouvert au public de juillet à fin
septembre, elle accueille des
expos artistiques (payantes).
SE LOGER - SE RESTAURER
Hôtel Chalet de l’Isère
42 avenue de Grasse,
06400 Cannes. 04 93 38 50 80.
hotel-chalet-isere-cannes.com
Près du centre-ville (de l’autre
côté de la voie rapide), l’ancienne
demeure de Guy de Maupassant
abrite un hôtel 3 étoiles
confortable, tenu par une
sympathique famille italienne.
Huit chambres à la déco sobre.
Agréable jardin, qui ne demande
qu’à accueillir votre petit déjeuner.
À partir de 90 € la chambre.
Restaurant Sardine
1 rue Florian, 06400 Cannes.
04 93 39 65 79.
Le poisson dans tous ses états :
frit, en tartare, grillé… Une
adresse du nouveau « carré
d’or » cannois, très tendance
avec sa vaste terrasse donnant
sur une rue piétonne. Compter
40 € le repas.
Restaurant Le Relais
des semailles
9-11 rue Saint-Antoine,
06400 Cannes. 04 93 39 22 32.
lerelaisdessemailles.com
Dans une ruelle du Suquet. Une
adresse intimiste, qui sert une
cuisine provençale de qualité.
Penser à réserver pour être en
terrasse. Menu du marché à 33 €.
ACHETER
Marché Forville
5-11 rue du Marché-Forville,
06400 Cannes. marcheforville.com
Fruits, légumes, fleurs
et spécialités provençales,
regroupés sous une grande halle
au pied du Suquet. Autour,
de nombreux commerces
de bouche et d’agréables cafés.
BONNE BALADE
AVEC L’APPLICATION
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votre ordinateur à l’adresse :
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77
06
06
83
83
VAR
TOULON
ALPESMARITIMES
NICE
CANNES
FRÉJUS
HYÈRES
LES ÎLES DE LÉRINS
L’abbaye
de Lérins,
à SaintHonorat.
Depuis
la première
communauté
fondée par
un ermite,
vers 400410, l’île
est dévolue
à la vie
monastique.
L’une cultive un éden végétal, un jardin de pleine nature où prospèrent des variétés rares
de plantes et d’arbres méditerranéens. L’autre est une belle du Seigneur, sur laquelle
une congrégation de moines cisterciens prie et travaille le sang de la vigne. Elles, ce sont
Sainte-Marguerite et Saint-Honorat, petites îles ancrées au large de la trépidante Croisette…
TEXTE DE FLORENCE DONNAREL – PHOTOGRAPHIES DE BERTRAND RIEGER
Île verte et île aux moines
Les îles de Lérins
Durée : 1 journée
Carte : Portail IGN Rando, Parcours « L’île Sainte Marguerite » (ignrando.fr)
Tout a commencé sur des îles plates
et calcaires au large de Cannes : les
îles de Lérins. Sainte-Marguerite estelle aussi boisée que quand les CeltoLigures y ont accosté, il y a 2 500 ans ?
Dès qu’on
y accoste,
Saint-Honorat
impose
calme et
recueillement.
Elle appartient
aux moines
cisterciens
qui y cultivent
la vigne. Les
visiteurs
peuvent
accéder
à leur église
abbatiale
et parcourir
librement l’île.
Pour en faire
le tour, il faut
suivre les
allées boisées
du chemin
de ronde, qui
borde au plus
près les récifs
de calcaire.
Compter deux
heures.
Une vague verte, pins parasols et
eucalyptus en tête, ondule sur les roches
blanches de l’île. Un morceau de nature
sauvage à seulement 1 300 mètres du
cap Croisette. Un confetti de terre, de
3,5 kilomètres sur 1 kilomètre, que
l’on rejoint depuis le continent à bord
de la navette. Un confetti paradis pour
l’avifaune marine qui se réfugie autour
de l’étang du Batéguier, côté Est. Des >
78
À PARTIR DE CANNES
Seules une vingtaine de personnes habitent
à l’année Sainte-Marguerite, une île où toutes les
maisons s’habillent à l’identique de volets verts.
> sternes pierregarins reconnaissables
à leur silhouette gracieuse disputent
le ciel aux goélands. L’étang occupe
l’emplacement d’une carrière, où les
habitants successifs de l’île puisèrent
matière à leurs constructions.
VAUBAN ET LE MASQUE DE FER
On a découvert la trace d’une villa
antique près du débarcadère et les
vestiges d’un bâtiment romain sous
le fort royal. C’est lui qui accapare
l’attention sur la côte escarpée au nord
de l’île. Les vagues se brisent au pied
de la falaise dominée par la terrasse
Bazaine. La vue sur Cannes, les crêtes
des Alpes en arrière-plan et la dentelle rouge de l’Esterel apaise. La fortification de Sainte-Marguerite (et du
littoral varois) est l’œuvre de Richelieu
lorsqu’il prit la mesure, lors du débarquement des Espagnols en 1635, de la
vulnérabilité des côtes provençales.
Une forme pentagonale flanquée, côté
terre, de trois bastions et demi : on
Le fort royal,
sur l’île
SainteMarguerite.
L’ancienne
prison
du Masque
de fer
accueille
désormais
le musée
de la Mer.
Depuis son
chemin
de ronde
panoramique,
s’offre la baie
de Cannes :
le cap
Croisette n’est
distant que de
1 300 mètres.
reconnaît la patte de Vauban, venu à
trois reprises sur l’île. Les volets vert
amande et le chant des cigales adoucissent la sévérité du décor mais un
mystère demeure. C’est en effet dans
le château du Gouverneur, en surplomb
sur la Méditerranée, que fut prisonnier,
onze années durant, le Masque de fer.
Celui que l’on soupçonnera d’être le
frère de Louis XIV bénéficiait d’une
vaste cellule, fenêtre protégée par trois
épaisses grilles, à flanc de falaise.
UNE DES PLUS ANCIENNES ABBAYES
DE LA CHRÉTIENTÉ OCCIDENTALE
L’île Sainte-Marguerite fut longtemps
une dépendance de l’abbaye de Lérins,
fondée sur l’île voisine Saint-Honorat.
Un chenal large de 800 mètres sépare
les deux terres, couloir d’eaux cristallines mouchetées à la belle saison de
coques de bateaux. Dès que l’on pose
Sur l’île Saint-Honorat,
l’austère monastèreforteresse tranche
avec l’abbaye de Lérins,
égayée de fleurs
et de palmiers.
79
L’étang du Batéguier est
un sanctuaire sauvage :
grands cormorans, sternes
pierregarins et une nuée
d’oiseaux marins s’y
ébattent. Pour les humains
aussi, cette partie de l’île
Sainte-Marguerite, avec ses
criques de sable ou de galets,
est propice à la baignade.
le pied sur Saint-Honorat, le changement d’atmosphère est palpable. Moins
sauvage car façonnée par l’agriculture
et surtout la culture de la vigne, laquelle
occupe 8 hectares au cœur de l’île.
Spirituelle bien sûr, avec la présence
de 21 moines de la congrégation cistercienne de l’Immaculée Conception.
Dans les années 400-410, après avoir
séjourné dans la grotte de la SainteBaume, dans l’Esterel, l’ermite Honorat
a établi là l’une des premières installations monastiques en Occident. L’austérité du monastère-forteresse agrippé à
un promontoire rocheux tranche avec
l’architecture romane de l’abbaye,
égayée de fleurs et de palmiers. Les
GUIDE PRATIQUE
Office de tourisme de Cannes
Palais des festivals et des congrès, 1 boulevard
de la Croisette, 06400 Cannes.
04 92 99 84 22. cannes-destination.fr
Navettes maritimes pour les îles de Lérins
depuis le port de Cannes, quai Laubeuf :
Sainte-Marguerite est un confetti paradis
pour l’avifaune marine : les sternes
pierregarins disputent le ciel aux goélands.
moines ont élevé cette tour-monastère,
entre les xie et xiiie siècles, pour se protéger des attaques maritimes. Admirable pièce maîtresse du sanctuaire,
le cloître à deux niveaux orne l’étiquette des bouteilles de vin produites
de manière ancestrale par l’abbaye
(entre 30 000 et 35 000 par an). Sept
chapelles – dont six en élévation – et
deux fours à rougir les boulets de la
fin du xviiie siècle poussent le visiteur
à la balade insulaire. On méditera sur
le fait que, depuis ce territoire de près
de 40 hectares, les moines, grâce à
de nombreuses donations de terres,
ont étendu leur influence aux confins
de la Provence et jusqu’aux frontières
actuelles de la France et de l’Italie.
Naturellement, ils mirent le cap sur le
continent juste en face de leurs îles, sur
la colline du Suquet, foyer historique de
la ville de Cannes. ∫
- Compagnie Trans Côte d’Azur pour l’île
Sainte-Marguerite.
04 92 98 71 30. trans-cote-azur.com
Tarif : 15 € l’aller-retour.
- Compagnie Planaria pour l’île SaintHonorat.
04 92 98 71 38. cannes-ilesdelerins.com
Tarif : 16,50 € l’aller-retour
Il n’existe pas de navette maritime entre les
deux îles mais des services de bateau-taxi.
Attention : les vélos et trottinettes
sont interdits sur Sainte-Marguerite
et Saint-Honorat
Musée de la Mer
Île Sainte Marguerites, 06400 Cannes.
04 89 82 26 26.
Ce musée consacré à l’archéologie sousmarine et terrestre est hébergé dans la partie
la plus ancienne du fort royal. Tarif : 6 €.
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
80
À PARTIR DE CANNES
06
06
83
ALPESMARITIMES
LE VERDON
83
VAR
NICE
CANNES
FRÉJUS
HYÈRES
Le village
de Rougon
surplombe
le point
Sublime. Sur
la commune,
sous le pont
de Carajuan,
confluent
Verdon et
Jabron. Une
union parfois
dévastatrice :
gare à la
montée subite
des eaux !
Dans les Alpes-de-Haute-Provence, à la frontière du Var, coule le Verdon. Nous avons suivi
la rivière, en amont et en aval de son Grand Canyon. De ses sources, près du col d’Allos
jusqu’à sa confluence avec la Durance, le Verdon fait rugir ses eaux à travers les montagnes.
TEXTE DE FLORENCE DONNAREL – PHOTOGRAPHIES DE BERTRAND RIEGER
C h â t e a u d ’e a u d e l a P r o v e n c e
Le Verdon
Durée : De 1 demi-jour à 1 jour
Cartes : IGN, 1/25 000, « Gorges-du-Verdon, Moustiers-Sainte-Marie, Lac de Sainte-Croix,
PNR du Verdon », 3442 OT ; IGN, 1/25 000, « Gréoux-les-Bains, Rians, PNR du Verdon » 3343 OT
Nous sommes aux sources du Verdon,
tout près du col d’Allos, dans les Alpesde-Haute-Provence. Au début de la
belle saison, des névés constellent
encore, à 2 060 m d’altitude, la prairie alpine du cirque de la Sestrière,
où se dresse une cabane pastorale :
autour d’elle, des marmottes lancent
leurs sifflements stridents. Les eaux
qui ruissellent de la montagne donnent
Le fort de Savoie ( xviie siècle), à Colmars-lesAlpes. Il marquait, sévère, la frontière avec
le duché. Devenues hospitalières, ses salles
accueillent aujourd’hui spectacles et expositions.
naissance à la rivière provençale qui se
jette dans la Durance près de 170 kilomètres plus au sud. En bas du cirque,
les torrents nés sur le massif des TroisÉvêchés et du mont Pelat, ainsi que le
Chadoulin, annonçant le lac d’Allos, se
marient en un cours d’eau impétueux
qui gronde déjà sur les rochers, en traversant la station de sports d’hiver de
Val d’Allos-La Foux.
LE HAUT-VERDON,
UNE ANCIENNE FRONTIÈRE
Une vingtaine de kilomètres en aval,
deux sentinelles de pierre montent la
garde au bord du Verdon. Les forts de
Savoie, au nord, et de France, au sud,
défendent Colmars-les-Alpes. Située
dans un ancien verrou calcaire, la cité
marquait la frontière avec le duché de
Savoie qui, à partir de 1388, s’étendait par-delà le col d’Allos. Depuis le
xive siècle, des remparts flanqués de
tours carrées avec des meurtrières à
arbalète embastionnent le vieux bourg
aux maisons surmontées de granges à
foin. Trois siècles plus tard, Louis XIV,
las des attaques transalpines, fera
édifier les deux forts extérieurs et
de nouveaux remparts, d’après des
plans de Vauban. Au sud, le Verdon
lèche des pentes bardées de pins et de
mélèzes, avant de flirter avec la voie
ferrée du train des Pignes jusqu’à la
gare de Saint-André-les-Alpes. Ce village signale la fin de la vallée du HautVerdon. Le relief se fait moins âpre,
le paysage s’ouvre, embrassant le lac
de Castillon, étroit ruban puis vaste
81
Aux sources du Verdon. La rivière naît au pied de… la tête de la Sestrière, entre le col d’Allos
et le pic des Trois-Évêchés. Elle vit, traversant les montagnes, arrosant des villages de
caractère, croisant des lacs turquoise et finit par s’unir, 170 kilomètres plus loin, à la Durance.
plan d’eau couleur turquoise. « Nous
sommes dans l’une des régions les plus
arides de France qui, paradoxalement,
est aussi la plus munie et la mieux aménagée pour lutter contre la sécheresse »,
explique Jean-Claude Bonaïti, chef
d’exploitation du barrage EDF de Castillon. L’aménagement ? Cinq retenues
jalonnent le Verdon d’amont en aval :
Castillon, Chaudanne, Saint-Croix-duVerdon, Quinson et Gréoux. Autant de
lacs où évoluent dériveurs, kayaks et
canoës, alors que dans les entrailles de
Quand le Verdon joue du coude, il peut créer une
gravière, comme à Chasteuil. Au loin, les falaises
des Cadières de Brandis bousculent le paysage.
quatre des barrages, des turbines produisent de l’électricité à la demande.
« Ces ouvrages servent à lisser l’effet des
crues, à fournir de l’eau potable et pour
l’irrigation, à produire de l’électricité et…
à favoriser les activités touristiques sur la
rivière en procédant à des lâchers d’eau
en été, quand le niveau le permet. Le Verdon et la Durance sont les châteaux d’eau
de la Provence. Ils alimentent le Midi,
de la plaine de la Crau jusqu’au Var, à la
limite des Alpes-Maritimes. » Depuis la
plate-forme surplombant le barrage,
alors que nous promenons notre regard
sur la paroi haute de 100 mètres, équipée d’un cadran solaire géant, on réalise quel défi technique il a constitué,
à une époque (il a été envisagé dès
1922) où les retenues les plus élevées atteignaient quelques dizaines de
mètres. Premier barrage du Verdon,
édifié par les Allemands en réparations
de guerre, il est inauguré en 1948.
LE CANYON LE PLUS PROFOND
D’EUROPE
Nous retrouvons le Verdon à Castellane. Bientôt, la rivière émeraude
baguenaude entre les saules et les
peupliers jusqu’au couloir Samson,
point d’entrée des gorges du Verdon :
une entaille spectaculaire dans le massif calcaire avec des falaises hautes
de 250 à 700 mètres. On mesure ici la
puissance du travail d’érosion de la
rivière, qui déborda de son lit après
le soulèvement des Alpes à l’ère quaternaire. Au fond des gorges, le Verdon coule dans des ténèbres vertes
et humides. Au sommet, la roche >
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
82
À PARTIR DE CANNES
> karstique claire est livrée à la morsure
du soleil et du vent. « À partir du couloir
Samson, la descente du Verdon, confiné
dans des passages étroits et jalonné
de gros rochers, est périlleuse pour les
rafts, trop larges, et pour les pagayeurs
amateurs », explique Éric Olive, ancien
kayakiste professionnel reconverti
dans la promotion touristique du Verdon et notre accompagnateur dans les
gorges. Randonneurs, amateurs de
sports d’eaux vives, alpinistes trouvent
ici, entre la route des Crêtes et les sentiers du Grand Canyon un inépuisable
terrain d’aventures.
L’ELDORADO DES ALPINISTES
ET DES VAUTOURS
Sur la rive droite, le sentier BlancMartel ourle la rivière. Bientôt, Éric
Olive allume une lampe électrique,
devant l’entrée d’un tunnel sombre
qui ne manque pas de surprendre.
« En 1905, déjà, un projet hydroélectrique
voulait canaliser les eaux du Verdon entre
l’amont et l’aval des gorges, explique-til. Des ouvriers, charriant les matériaux
à dos de mulets sur ces pentes raides,
percèrent trois galeries avant l’abandon
du projet quatre ans plus tard. » Le plus
long des tunnels, celui du Baou, nous
offre sa fraîcheur sur 650 mètres et
quelques ouvertures sur la rivière…
Pour rejoindre en voiture le chalet de
la Maline, il faut emprunter la route des
Crêtes depuis le village de La Palud-surVerdon. Au belvédère de la Dent-d’Aire,
à 1 238 mètres, la falaise de l’Escalès,
sur la rive droite de la rivière, est le
site d’escalade le plus célèbre du Verdon : il est mondialement reconnu pour
la longueur de ses voies sur une hauteur de 300 mètres. D’abruptes parois
Ci-dessus : Le
guide Bernard
Gorgeon,
installé
à La Palud.
Il fait partie
des pionniers
de l’escalade,
ouvreurs
de voies dans
des sites
provençaux,
dont les gorges
du Verdon
de réputation
mondiale.
Ci-contre :
Dans le tunnel
du Trescaire,
qu’emprunte
le sentier
Blanc-Martel.
qui ont également l’heur de plaire à de
drôles d’oiseaux : « En 1999, le vautour
fauve est une espèce qui a été réintroduite dans les gorges avec succès », précise Bernard Gorgeon, guide de haute
montagne installé depuis quarante ans
à La Palud-sur-Verdon. Et de pointer
du doigt, derrière l’Escalès, les roches
blanchies par les fientes, où furent installées les premières volières.
À Saint-Paullez-Durance,
à la confluence
des eaux
bleues
du Verdon
(premier plan)
et de celles,
brunes,
de la Durance.
Un partage
des eaux
peut-être pas
miraculeux,
mais tout de
même assez
merveilleux.
MOUSTIERS-SAINTE-MARIE,
UN VILLAGE DE CRÈCHE
La route des Crêtes quitte bientôt les
sommets pour retrouver le niveau
des hommes à La Palud-sur-Verdon,
remarquable pour son château ventru
du xviie siècle qui abrite un musée sur
le patrimoine des gorges. Puis, voilà le
lac de Sainte-Croix. En 1974, le barrage
a bouleversé le paysage, ennoyant une
vallée agricole et un village : Les Sallessur-Verdon. Quatre fois plus vaste que
Castillon, le lac de Sainte-Croix est une
petite mer intérieure émaillée de plages
de sable orangé. Au bord de la route, des
genêts et des oliviers fleurent la Méditerranée. Un peu à l’écart, au nord du
lac : Moustiers-Sainte-Marie. Adossé au
pied d’une montagne de tuf fendue d’une
profonde ouverture, le village est surplombé d’une chapelle. Une étoile dorée
suspendue entre les deux à-pics achève
de lui donner une allure de crèche
grandeur nature. Dans les ruelles, nous >
83
Un peu à l’écart, au nord du lac de Sainte-Croix :
Moustiers-Sainte-Marie, adossé au pied
d’une montagne de tuf fendue d’une ouverture.
Moustiers, rallongée de Sainte-Marie
au xixe siècle, compte une église
(ci-dessus) et plusieurs chapelles dont
Notre-Dame-de-Beauvoir ( xiie), où
mène un chemin de croix (ci-contre).
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
84
Photos de la page : Le lac de Sainte-Croix. Le Verdon, rivière
torrentielle dans son cours supérieur, se calme lorsqu’il rejoint les
grands lacs. Des eaux pacifiques qui encouragent de sages activités
nautiques : kayak, pédalo, planche à voile et, bien sûr, baignade.
Les gorges du Verdon se découvrent traditionnellement par la route,
sur des sentiers. Mais il existe des alternatives : le canyoning, le rafting,
l’escalade… Ou la spéléologie. Si tant de splendeurs naturelles vous
éblouissent, vous pouvez explorer les cavités et souterrains de la région.
213 / Janvier 2019 / www.detoursenfrance.fr
Le lac de
Sainte-Croix,
a été créé
avec la mise
en eau
de l’ancienne
vallée, après
la construction
du barrage
EDF. Bordée
de plages
aménagées,
cette petite
mer intérieure
artificielle
rehausse
de façon
spectaculaire
la beauté
naturelle
des gorges
du Verdon.
85
> retrouvons Caroline Noisel, guideconférencière. « Au ve siècle, l’évêque du
village proche de Riez invita des moines de
l’abbaye de Lérins à fonder un monastère
dans cet amphithéâtre rocheux. La croix
serait l’ex-voto offert par le chevalier de
Blacas, prisonnier lors de la croisade de
1249 et rentré sain et sauf au pays. » La
rivière de l’Adou, qui traverse le village,
a contribué au développement de son
l’artisanat : la poterie au Moyen Âge,
puis la faïencerie au xviie siècle, sous
l’impulsion de la famille Clérissy. Après
Moustiers-Sainte-Marie, notre route se
poursuit sur la rive Nord-Ouest du lac
de Sainte-Croix, à travers le plateau de
Valensole. Un patchwork de champs de
blé et de lavandins précède notre entrée
dans les moyennes et basses gorges du
Verdon, en aval du lac.
INTRIGANTES GROTTES
À Quinson, nous embarquons dans un
canoë pour naviguer sur le Verdon.
Dans ces basses gorges qui courent
sur une douzaine de kilomètres, la
rivière fut canalisée pour alimenter
Aix-en-Provence et ses environs. Le
canal du Verdon fut aménagé, à partir
de 1863, par les bagnards de Toulon et
fonctionna près d’un siècle. Le sentier
du garde-canal, sculpté dans la roche
le long de l’ouvrage, nous accompagne sur quelques kilomètres. Puis
la nature reprend le dessus, falaises et
affleurements rocheux en gradins,
cascades de chênes verts et de pins. En
GUIDE PRATIQUE
SE RENSEIGNER
Alpes-de-Haute-Provence tourisme
tourisme-alpes-haute-provence.com
Verdon tourisme
Ancienne Auberge Fleurie, RD 908,
04370 Colmars-les-Alpes.
04 92 83 41 92. verdontourisme.fr
Maison du parc naturel du Verdon
Domaine de Valx, 04360 Moustiers-SainteMarie. 04 92 74 68 00. parcduverdon.fr
VISITER
Écomusée des gorges du Verdon
Maison des gorges du Verdon, le château,
04120 La Palud-sur-Verdon. 04 92 77 38 02.
Faune et flore, hydrogéologie et peuplement
des gorges sont abordés dans cet établissement
ouvert d’avril à octobre. Tarif : 4 €.
NELLY KARS, LA DAME DES LACS
Pour son documentaire sur les lacs sud-alpins,
dans le cadre d’un programme d’éducation,
Les Marcheurs de la Terre, la nageuse Nelly
Kars a parcouru 80 kilomètres dans les gorges
et lacs ennoyés du Verdon. « J’ai été frappée par
la beauté et le mystère de la forêt fantôme sous
l’eau. Dans le lac de Sainte-Croix, j’ai été émue par
des vestiges de bergeries bien visibles. » Parmi
ses rencontres insolites : la méduse du Verdon,
observée dans les basses gorges et sur le lac
d’Esparron. Une odyssée aquatique également
marquée par la découverte des grottes
immergées entre Sainte-Croix et Esparron.
hauteur, rive gauche, la grotte SainteMaxime, aux parois noircies, indique
l’installation de foyers anciens. C’est
dans un autre abri-sous-roche, en
amont de Quinson, que furent découverts à partir de 1946 de précieux artefacts. Empierrements, silex, restes
d’animaux… Certains remontent à plus
de 400 000 ans, témoignant d’une présence préhistorique sur les rivages. La
grotte de la Baume-Bonne n’est pas
accessible directement mais les pièces
trouvées sont exposées au musée de la
Préhistoire, à Quinson. Notre promenade aquatique se poursuit. Une autre
grotte suspendue intrigue par son
entrée partiellement murée sur la rive
droite du Verdon. La légende veut qu’elle
ait servi de refuge, au xviiie siècle, à Gaspard de Besse, un Robin des Bois provençal. Plus sûrement, elle fut utilisée
Musée de Préhistoire des gorges du Verdon
Route de Montmeyan, 04500 Quinson.
04 92 74 09 59. museeprehistoire.com
Ouvert de février à décembre. Tarif : 8 €. Le
musée encadre les visites (5 €) de la grotte.
EXPLORER
Verdon Electronautic
Allée des Prés-du-Verdon. 04500 Quinson.
04 92 74 08 37. verdon-electronautic.com
Location de bateaux électriques.
D’avril à octobre.
Loisirs Aventures Kayak
Les Prés-du-Verdon, 04500 Quinson.
04 92 74 01 36. bateau-location-verdon.com
Location de canoës, pédalos… D’avril à octobre.
Bachelas Bike Shop
10 place de l’Hôtel-de-Ville. 04800 Gréoux-lesBains. 06 81 00 33 98. bachelasbikeshop.com
Location de vélos, classiques ou à assistance
électrique. D’avril à octobre.
par des charbonniers qui exploitaient
du bois sur un plateau proche.
CADARACHE, UN LIEU D’EXCEPTION
Autre ambiance à Gréoux-les-Bains,
où le Verdon s’offre aux cyclistes et
aux pêcheurs de truites. Canards,
foulques et hérons affectionnent la
rivière qui s’entoure de marécages à
l’approche de la Durance. La confluence
s’admire depuis un lieu d’exception : le
château de Cadarache à Saint-Paullez-Durance, ancienne propriété d’une
grande famille provençale – les Castellane – devenue celle du Commissariat à
l’énergie atomique et énergies alternatives. Une ligne droite sépare les eaux
vertes du Verdon de celles, brunes, de
la Durance. Une frontière entre les deux
châteaux d’eau de la Provence, observée
d’un œil distrait par les cygnes blancs. ∫
SE LOGER – SE RESTAURER
La Ferme rose
04360 Moustiers Sainte-Marie.
04 92 75 75 75. lafermerose.com
Un hôtel de charme, classé 3 étoiles, avec une
déco chinée qui lui donne de la personnalité.
À partir de 90 € la chambre double.
Le Manoir d’Amaury
362 chemin de Babaou, 04800 Gréoux-lesBains. 06 08 17 56 47. le-manoir-damaury.com
4 chambres d’hôtes décorées avec soin. Vue
sur le Verdon, accueil chaleureux et piscine
agréable. À partir de 85 € la chambre double.
Le Chalet de la Maline
Route des Crêtes, 04120 La Palud-sur-Verdon.
04 92 77 38 05. chaletlamaline.ffcam.fr
Superbe terrasse suspendue au-dessus des
gorges du Verdon. Gîte et restaurant de la
FFCAM, Fédération française des clubs alpins
et de montagne. Une cuisine simple, avec des
produits frais et de qualité. Compter 15 € le plat.
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
86
À PARTIR DE CANNES
LE GRAND CANYON
TROIS RANDONNÉES SENSATION
On peut, sans chauvinisme, déclarer le Grand Canyon du Verdon « le plus grand d’Europe ».
Pour découvrir ses sites naturels parmi les plus sauvages de France, délaissez la route des Crêtes
serpentant de belvédère et belvédère et faufilez-vous plutôt, 700 m plus bas, dans ses profondeurs.
Michel Cavalier / hemis.fr
TEXTE DE DOMINIQUE ROGER
LE SENTIER BLANC-MARTEL : SUR LES PAS DES DÉCOUVREURS
« Le Verdon est une pure merveille
et le plus américain des canyons du
vieux monde. » Lorsqu’il déclare cela,
en 1905, Édouard-Alfred Martel, géographe, cartographe et père de la spéléologie, achève juste d’explorer, pour
le compte du ministère de l’Agriculture, l’intégralité du canyon du Verdon.
Une première rendue possible grâce à
Isidore Blanc, instituteur à Rougon. Sa
mission : étudier la mise en place d’un
barrage à la clue de Carajuan. Un projet
213 / Janvier 2019 / www.detoursenfrance.fr
qui ne verra jamais le jour, tant une
topographie difficile et des accidents de
chantier l’ont contrarié.
C’est dans l’entre-deux-guerres que
le Touring Club de France, s’appuyant
sur Isidore Blanc, aménage le sentier.
Entièrement restauré au début des
années 2010, il est devenu LE classique
incontournable pour découvrir à pied le
Grand Canyon, par sa rive droite. D’où
une surfréquentation au cours de la
saison estivale. Laquelle ne doit néanmoins pas vous rebuter : programmez
un départ de randonnée… tôt le matin.
Et dans le bon sens, soit du Chalet de
la Maline (balisage du GR 4) au point
Sublime, cela vous évitera de longuement patienter avant de vous engager
dans les tunnels de Trescaire et du Baou
(munissez-vous d’une torche électrique
ou d’une lampe frontale, les galeries sont
longues et obscures) ou dans le vertigineux escalier-échelle de 240 marches
de la brèche Imbert – tellement moins
fatigant dans le sens de la descente !
Laurent Giraudou / hemis.fr
87
ENTIÈREMENT RESTAURÉ AU DÉBUT DES ANNÉES 2010, LE SENTIER BLANC-MARTEL EST DEVENU LE CLASSIQUE
INCONTOURNABLE POUR DÉCOUVRIR À PIED LE GRAND CANYON, PAR SA RIVE DROITE.
Johannes Braun / hemis.fr
Photos des deux
pages : Sur les
pas d’AlfredÉdouard Martel
et Isidore Blanc.
Partis, en 1905,
explorer les gorges
du Verdon, ils
sont les premiers
à avoir parcouru
l’intégralité
du canyon.
L’expédition,
périlleuse, dura
4 jours. Aujourd’hui
balisé et aménagé,
le sentier encore
très sauvage
se laisse dompter
en… 6 heures.
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
88
À PARTIR DE CANNES
LE SENTIER DE L’IMBUT :
PLONGÉE AU PLUS PROFOND
DU CANYON
Que vous partiez du Chalet de la Maline
(à La Palud) ou de l’Auberge des Cavaliers (à Aiguines), vous plongez directement, par un chemin abrupt et pierreux,
au fond des gorges jusqu’à la passerelle
de l’Estellier. Détruite à l’automne 1994
lors d’une crue centennale, la nouvelle
passerelle (1999) est un magnifique arc
tout acier, représentant l’un des rares
passages piétons qui communiquent
avec les deux rives du Verdon au niveau
des Hautes-Gorges. Aux traversées en
sous-bois succèdent des éboulis, des
baumes sombres (grottes sous-abri),
des corniches équipées de câbles main
courante. À la corniche du Vieux-Cade,
un genévrier âgé de… 3 000 ans serait
l’un des plus vieux arbres de France. À
mi-parcours, vous connaîtrez un passage en enfer. Car vous voilà devant le
Styx ! Véritable canyon dans le canyon,
ce défilé est jalonné de marmites naturelles où l’eau court avec un fort débit,
assez impressionnant, avant d’être
comme aspirée par un entonnoir – en
réalité, un gouffre souterrain. Encore
quelques efforts pour atteindre l’Imbut,
via un itinéraire taillé dans la falaise
dotée de câbles main courante. Pour le
retour, les randonneurs sensibles au
vertige reprendront le sentier en sens
inverse pour rejoindre leur voiture ; les
autres pourront trouver du plaisir à
emprunter le sentier Vidal (interdit à la
descente par arrêté préfectoral).
Parfois très étroit, au-dessus d’un Verdon agité,
le sentier de l’Imbut peut présenter des phases
délicates mais il est sécurisé par des cordes
métalliques. Et il est alors possible de s’assurer
avec un mousqueton : pensez à vous équiper.
213 / Janvier 2019 / www.detoursenfrance.fr
Christophe Boisvieux / hemis.fr
Courant sur la rive gauche du Grand
Canyon, ce sentier est sûrement le
plus beau et le plus spectaculaire
des gorges du Verdon. Il n’est pas
très long, moins de 8 kilomètres, et
n’affiche pas des dénivelés déraisonnables. Cependant, il comporte
quelques passages délicats, où il est
préférable d’avoir une certaine habileté
physique : la configuration du terrain
interdit d’emmener des enfants.
89
Avec le sentier du Lézard,
adapté à la famille, plusieurs
boucles sont possibles
pour des balades variant
de 30 minutes à 4 heures.
À composer, selon la patience
des enfants. Le décor, lui,
ne change pas. Sublime,
comme son point de départ.
LE SENTIER DU LÉZARD : INITIATION À LA NATURE
Vous avez des enfants et vous voulez
partager en famille, hors tout danger,
les merveilles des gorges du Verdon ?
Le sentier du Lézard représente une initiation à la faune, la flore, les paysages,
la géologie, l’hydrologie, les activités
d’autrefois. Le point de départ est situé
sur le parking du point Sublime, première halte pour apprécier la vue panoramique sur le couloir Samson, l’entrée
du Grand Canyon – on peut rejoindre
les rives du Verdon par les escaliers du
couloir Samson. Le sentier se décline
en trois tronçons, indépendants et
complémentaires : on peut les parcourir
séparément ou en les enchaînant. L’intégralité du parcours s’effectue aisément en quatre heures, en comptant les
18 stations jalonnant le sentier ; cellesci s’apprécient d’autant qu’elles trouvent
leurs commentaires dans le Livret-guide
du sentier du Lézard (en vente à la Maison des gorges du Verdon, 5 €). ∫
I T I N É R A I R E S
D2
3
C
O
R
N
IC
LE SENTIER DU LÉZARD
Durée : entre 2 et 4 heures pour 5 km.
Dénivelé : environ 80 m. Points d’intérêts :
le Vieux Pont d’origine médiévale de Tusset
à 697 m d’altitude, départ d’une randonnée
aquatique familiale (restanques-couloir
Samson-portion du sentier Martel avec les
deux tunnels de Trescaire et du Baou).
H
E
ROUGON
AUBERGE
DU POINT SUBLIME
PONT DE TUSSET
ROUTES
RIVIÈRES
LE SENTIER BLANC-MARTEL
LE SENTIER DE L’IMBUT
LE SENTIER DU LÉZARD
LIEUX
BELVÉDÈRE
DE L’ESCALÈS
BOULOGNE
CHALET
DE LA MALINE
BELVÉDÈRE
DE LA MALINE
LE STYX
S U
B L I M
E
POINT
SUBLIME
52
CIRQUE DE ROUGON
D9
LE SENTIER BLANC-MARTEL
Durée : 6 heures de marche avec peu de difficultés pour 14,4 km.
Dénivelé : 350 m. Points d’intérêts : la Mescla (confluence de l’Artuby
avec le Verdon) ; petites plages pour la baignade ; belvédère Guègues ;
Sainte-Baume, la grotte aux Œufs ; belvédère de Trescaire (vue sur
des nids de vautours) ; tunnels de Trescaire et du Baou ; point Sublime
qui mérite pleinement son appellation.
LA PALUD
LE SENTIER DE L’IMBUT
Durée : entre 5 et 6 heures pour 9,6 km.
Dénivelé : 340 m en descente et 400 m
en montée. Points d’intérêts : la
passerelle de l’Estellier, le défilé du Styx.
Préconisation : ne jamais s’engager
VER
DON
sur le sentier par mauvais temps (pluies,
forts vents) et lorsque les eaux du
Verdon sont hautes. À certaines saisons,
la montée des eaux est très rapide.
L’IMBUT
BELVÉDÈRE DE LA MESCLA
AUBERGE
DES CAVALIERS
D 71
AR
TU
BY
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
90
DÉCRYPTAGE
TEXTE DE FLORENCE DONNAREL
L’INVENTION DE
LA PROVENCE
LUMINEUSE CONTRÉE
D
É
C
R
Y
P
T
A
G
E
Méditerranéenne et alpestre, parée de paysages
somptueux et baignée d’un climat doux,
la Provence séduit de premiers voyageurs à la fin
du xviiie siècle. Depuis, la peinture, la littérature,
le cinéma ou la publicité ont façonné un certain
mythe de la Provence. La lumière, l’accent,
des personnages hauts en couleur et un certain
art de vivre les ont grandement inspirés.
Appréciée des voyageurs, aimée
des artistes, flattée par les publicitaires, la Provence n’en finit pas de
faire rêver. Mais de quelle Provence
parle-t-on ? Quelles sont ses frontières ? « Pour les historiens, la Provence est celle d’avant la Révolution :
celle qui appartient aux Angevins de
Naples, unie au royaume de France
en 1481 », tranche Régis Bertrand,
auteur de La Provence des origines à
nos jours. Une région aux frontières
compliquées, qui n’inclut ni le comté
de Nice, lequel s’est donné à la maison de Savoie en 1388, ni le comtat
Venaissin et Avignon appartenant aux
États de l’Église depuis, respectivement, les xiiie et xiv e siècles. En revanche, elle comprend des enclaves
actuellement situées dans la Drôme
(le comté de Grignan, Séderon et le
val d’Oule) ; ce sont ces enclaves qui
délimitent actuellement l’appellation
d’origine contrôlée Drôme provençale. Une Provence comprise donc, à
quelques exceptions près, entre les
fleuves du Rhône et du Var, entre la
Méditerranée et les Hautes-Alpes.
« Des frontières compliquées et fluctuantes », insiste le professeur émérite d’Histoire moderne à l’université
213 / Janvier 2019 / www.detoursenfrance.fr
+
POUR EN
SAVOIR
À LIRE
La Provence des
origines à nos jours,
de Régis Bertrand.
Éditions Ouest-France,
collection Histoire
des provinces, 2014,
128 pages, 18,50 €.
d’Aix-Marseille, rappelant qu’en 1713,
la vallée de l’Ubaye demande son
rattachement à la Provence, après
s’être émancipée du comté de Nice
par le traité d’Utrecht.
L’antichambre
de l’Italie
La Provence a des origines latines.
Son nom ne vient-il pas du mot « Provincia », par lequel les Romains
désignent les premiers territoires
conquis en Gaule transalpine ? Couvrant le Dauphiné et le Languedoc,
cette province romaine s’appellera
bientôt la Narbonnaise. Toutefois, le
nom « Provence » sera de nouveau
réutilisé à partir du ix e siècle. Forte
de cet héritage antique, qui s’appuie >
91
18 03
Matthieu Colin / hemis.fr
LES SANTONS
SONT
À LA FÊTE
185 4
Albert Harlingue / Roger-Viollet
LE FÉLIBRIGE DÉFEND
LA CULTURE PROVENÇALE
Ce mouvement, fondé en 1854 par
l’écrivain Frédéric Mistral
(1830-1914), défend la culture
provençale et veille à sauvegarder
et promouvoir la langue d’oc – une
mission qui perdure au xxie siècle.
On doit au félibrige, par exemple,
la codification du patrimoine festif
régional, comme les rituels de Noël.
Mistral (photo : avec la barbe
blanche, en 1910) a aussi créé
le Museon Arlaten, à Arles. Cet
établissement, où est valorisée la vie
quotidienne de la Provence
rhodanienne, doit rouvrir en 2019,
après des années de travaux.
Mis au point par
le Marseillais
Jean-Louis Lagnel
(1764-1822),
le santon en argile
devient un élément
à part entière
de l’identité
provençale quand,
à Noël 1803, une
foire lui est
consacrée pour
la première fois
dans la cité
phocéenne.
La tradition
consistant
à réaliser une
crèche pour cette
période s’enracine
en Provence
comme
à Barcelone, Gênes
ou Naples. Ce sont
ces santons,
la pastorale
(théâtre de Noël)
ou les 13 desserts
qui donnent
cette couleur
si particulière aux
fêtes en Provence.
www.detoursenfrance.fr / Janvier 2019 / 213
92
DÉCRYPTAGE
> sur un remarquable patrimoine bâti,
elle deviendra l’antichambre de l’Italie aux yeux des voyageurs venant
du Nord. Depuis la Renaissance, ces
derniers découvrent, enthousiastes,
le théâtre d’Orange, les arènes
d’Arles et de Fréjus. Bien entendu,
son climat va aussi contribuer au
succès de la Provence. Un hiver doux
qui motivera les premiers séjours
des visiteurs, dont certains préoccupés par leur santé. « Au xviiie siècle,
on pense que le climat influe sur l’organisme. Quand la tuberculose commence à frapper plus de monde, dans
la seconde moitié du xixe siècle, les
malades fortunés viennent se soigner
sous le climat bienfaiteur de la côte
provençale et azuréenne », rappelle
Régis Bertrand. Hyères est l’une
des premières stations à accueillir
des hivernants et des phtisiques…
La douceur des températures bénéficie également aux cultures : l’olivier bien sûr, mais aussi les plantes
exotiques qui s’adaptent à merveille
sur le littoral comme le palmier, le
mimosa, l’eucalyptus, l’agave. « Entre
Toulon et le fleuve du Var, on assiste à
un phénomène d’inversion économique
dans des petites villes telles Fréjus ou
Saint-Tropez, autrefois marécageuses
ou soumises aux exactions des pirates
barbaresques. En revanche, la HauteProvence sera plus tardivement découverte par les voyageurs. En dehors de
la vallée de la Durance et de Sisteron,
il faudra pour cela attendre la seconde
moitié du xixe siècle. »
>
Bibliothèque Forney / Roger-Viollet
185 4-186 4
LE CHEMIN DE FER SOUTIENT LE TOURISME RÉGIONAL
Marseille à partir de 1854, Toulon en 1859, Cannes en 1863, Nice en 1864… Les
trains de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée
(la fameuse P.L.M.), ont fortement contribué à l’essor du tourisme en Provence.
Voyageurs venus du Nord, Français, Britanniques, Allemands et Suisses,
montent à bord pour rejoindre la Côte d'Azur et ses stations balnéaires en vogue.
1869
Soutenues par le félibrige, les Fêtes romaines d’Orange
programment à leur création, en 1869, des pièces pour
redonner vie au théâtre antique de la ville. En 1902,
la manifestation est rebaptisée « Chorégies » et, à partir
de 1971, privilégie l’art lyrique… comme le Festival
d’Aix-en-Provence, né en 1948. Un an plus tôt, Jean Vilar
(photo : en 1954) avait fait d’Avignon un haut lieu de l’art
dramatique et du spectacle vivant. Enfin, depuis 1970, Arles
s’impose aussi avec ses Rencontres de la photographie.
213 / Janvier 2019 / www.detoursenfrance.fr
Studio Lipnitzki / Roger-Viollet
LES FÊTES ROMAINES D’ORANGE
LANCENT LA SAISON DES FESTIVALS
93
xixE
ET
xxE
SIÈCLES
LES PEINTRES SUBLIMENT
LA PROVENCE
www.bridgemanimages.com
Au mitan du xixe siècle, les peintres
régionaux, menés par Adolphe
Monticelli, ouvrent la voie. Capturant
ses couleurs, Van Gogh, Cézanne,
Signac, Braque ou Dufy font rayonner la
Provence dans le monde entier. Grâce
à eux, les oliveraies d’Arles, le port
de l’Estaque, Saint-Tropez…, s’exposent
dans les musées. Le plus célèbre
artiste du xxe siècle, Picasso, repose
au château de Vauvenargues, face à la
montagne Sainte-Victoire (illustration),
sujet favori de son maître Cézanne.
LA LITTÉRATURE
PREND L’ACCENT
À PA R T I R D U
xixE
SIÈCLE
Albert Harlingue / Roger-Viollet
Après la publication du Comte
de Monte-Cristo (1844),
de nombreux curieux ont
afflué au château d’If, dans
le sillage du héros
d’Alexandre Dumas. Mais
ce sont surtout les écrivains
régionaux qui, par leur vision
aimante, font entrer
la Provence en littérature. Paul
Arène à Sisteron, René Char
dans le Vaucluse, Marcel
Pagnol autour de Marseille,
et Jean Giono dans les
Alpes-de-Haute-Provence.
Avec Les Lettres de mon moulin,
(1869), Alphonse Daudet
a aussi marqué de son talent
la littérature populaire. Il lui
sera toutefois fait le reproche
de caricaturer les Méridionaux
dans son Tartarin de Tarascon.
GRASSE SE MET AU PARFUM
SECOND
EMPIRE
Au Moyen Âge, la ville de Grasse est déjà réputée pour ses activités de tannerie
quand elle se spécialise dans la ganterie parfumée. Roses, jasmins, œillets,
lavandes, mimosas, plantes aromatiques…, fleurs cultivées dans la région
ou importées des colonies, alimentent bientôt l’industrie de la parfumerie, dont
Grasse devient la capitale sous le Second Empire. L’attrait de cette époque raffinée
pour les fragrances subtiles rejaillit sur toute la région.
Eric Boizet / Alpaca / Andia
D
É
C
R
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P
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A
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94
DÉCRYPTAGE
Camille Moirenc
1935
LA CAMARGUE ENTRE
DANS L'ARÈNE
Né à Aix, l’écrivain félibre
Folco de Baroncelli (18691943) s’installe en Camargue,
à l’extrémité du delta du Rhône.
Tombé amoureux de cette
terre à la beauté rugueuse,
le marquis devient manadier.
Il entreprend de codifier la tenue
des gardians et les règles des
courses camarguaises. Enfin,
il obtient la participation des
Gitans au pèlerinage annuel des
Saintes-Maries-de-la-Mer, dont
il met sur pied la première édition,
le 24 mai 1935… La croix, avec
un cœur et une ancre, symbole
du territoire, est aussi à mettre
à l'actif de celui qui est
considéré comme le « fondateur »
de la Camargue.
213 / Janvier 2019 / www.detoursenfrance.fr
>
Une terre de résistances
L’image de la Provence est liée à
Marseille. Au xviiie siècle, cette villeport figure la modernité alors que,
sur ses quais, défile le monde entier.
L’élite n’est pas seulement issue de
la noblesse, elle est aussi composée
de négociants. Marseille a toujours
cultivé sa différence, à l’instar de
cette Provence rebelle qui ne rentrera dans le giron de la France qu’à
la fin du xv e siècle. Avant, au xie siècle,
une vingtaine de grandes familles
contestent déjà le pouvoir des comtes
de Provence, qui représentent les
monarques du royaume de Provence
et de Bourgogne. Plus tard, en 1125,
quand la Provence est partagée entre
les Maisons de Barcelone et de Toulouse, les résistances reprennent. Là
encore, les dirigeants de la Provence
catalane, comprise entre la Durance,
le Rhône, les Alpes et la mer – et qui
deviendra le comté de Provence –,
doivent composer avec les grandes
lignées locales : les Castellane, les
Amic-Sabran ou les Agoult-Simiane,
dont les noms distillent toujours une
certaine aura.
Pieuse, folklorique
et accueillante
L’Église a aussi fortement marqué
l’identité de la Provence. Avant la
présence des papes en Avignon de
1309 à 1377, et la donation du comtat
Venaissin au Saint-Siège en 1229, le
territoire était partagé en provinces
ecclésiastiques. Cette organisation
remonte à peu près à l’époque paléochrétienne. De puissants archevêchés, à Arles, Avignon, Aix et Embrun,
ainsi que les abbayes Saint-Victor, à
Marseille, et de Lérins, sur les îles de
Cannes, rayonnent dans la région (et
parfois au-delà), y léguant un patrimoine bâti exceptionnel et enracinant
les traditions religieuses. Pieuse donc
mais aussi folklorique, picturale, accueillante, la Provence reçoit ses premiers touristes à la fin du xviiie siècle,
pour ne plus jamais cesser.
95
ET VADIM CRÉA LE MYTHE DE SAINT-TROPEZ
Diltz / Rue des Archives / Bridgeman Images
Quand, en 1956, Roger Vadim filme Brigitte Bardot et Saint-Tropez pour Et Dieu créa la femme,
le village varois est déjà dans le cœur des peintres et des écrivains : Paul Signac, fixé là
en 1892, et Colette, installée dans les années folles, ont contribué à sa notoriété. Ce succès
de cinéma et l’acquisition par B.B. de sa propriété La Madrague, deux ans plus tard, attirent la jetset internationale dans l’ancien port de pêcheurs. Depuis, c'est toujours une destination phare.
1956
D
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96
QUIZ LA PROVENCE
Chacune des réponses aux questions correspond à une lettre. Replacez cette lettre dans la case numérotée
correspondant au chiffre de la question et vous découvrirez le nom d’une île du golfe d’Hyères.
1.
En-Vau, Sormiou et Port-Pin,
évoquent le soleil et une douceur
de vivre toute méditerranéenne.
De quoi s’agit-il ?
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
A. De quartiers de Marseille.
P. De calanques près de Cassis.
S. De plages à Saint-Tropez.
La Provence-Alpes-Côte d’Azur
possède 5 parcs naturels
régionaux, et 4 parcs nationaux.
Parmi ces derniers, se trouve…
Bertrand Rieger / Détours en Farnce
2.
O. Le parc de Port-Cros.
T. Le parc de l’Esterel.
E. Le parc du golfe de Saint-Tropez.
3.
Il se présente enveloppé
de feuilles de châtaignier.
Quel est ce fleuron des
fromages provençaux ?
6.
O. Le baron.
R. Le banon.
E. Le balon.
4.
À Cannes, la Croisette est
un des lieux où il faut
se montrer. D’où vient le nom
donné à ce boulevard ?
7.
Quand a eu lieu le débarquement
allié en Provence, lors de la
Seconde Guerre mondiale ?
E. En mai 1944.
R. En août 1944.
G. En janvier 1945.
8.
À quelques kilomètres d’Apt,
il existe un endroit appelé
le « Colorado de Rustrel ». Il est
formé d’anciennes carrières
exploitant…
O. L’ocre.
R. L’étain.
S. L’ardoise.
Q. D’une petite croix dressée
à l’une de ses extrémités.
U. Du fait que, sur ce boulevard,
on pouvait croiser
des personnalités.
E. D’une relique de la croix
du Christ rapportée
de Jérusalem après une
croisade.
5.
Paul Cézanne, qui est né
à Aix-en-Provence et y est décédé
(1839-1906), a souvent peint
la majestueuse barre rocheuse
de la montagne…
T. Sainte-Cécile.
A. Sainte-Baume.
9.
Julien Muraire est né à Toulon,
le 18 décembre 1883. Sous quel
nom est-il devenu célèbre ?
O. Pagnol.
R. Fernandel.
L. Raimu.
10. Dans les ports provençaux,
quel poisson est
appelé « loup » en raison
de sa voracité ?
M. Le congre.
A. La lotte.
L. Le bar.
11. En 1985, à Marseille, près
du cap Morgiou, des peintures
préhistoriques ont été trouvées
dans une grotte sous-marine.
Comment s’appelle le plongeur
qui est à l’origine de cette
découverte et qui lui a légué
son nom ?
B. Basquer.
E. Cosquer.
L. Musquer.
12. À Grasse, capitale
de la parfumerie, on fixe
l’odeur des fleurs en les
faisant macérer dans une huile.
Comment s’appelle
cette technique ?
S. L’enfleurage.
E. L’enfleurement.
T. L’enfleuraison.
2019
U. Sainte-Victoire.
Toulon est le chef-lieu
du département du Var depuis
1974. Auparavant, quelle
en était la préfecture ?
A. Saint-Tropez.
L. Brignoles.
E. Draguignan.
1.P. 2.O : Le parc national de Port-Cros, premier parc maritime européen, a été créé le 14 décembre 1963. 3.R : Ce fromage est élaboré avec du lait de chèvre cru et entier.
4.Q. 5.U. 6.E. 7.R : L’opération a été déclenchée le 15 août 1944, entre le cap Nègre et Théoule. 8.O. 9.L. 10.L. 11.E : Cette grotte présente des peintures datant de 25 000 à 19 000 ans
avant notre ère. 12.S. Le 28 novembre 2018, les savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse ont été inscrits au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
PORQUEROLLES
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MOTS CROISÉS
HORIZONTALEMENT
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
A
A. Napoléon Bonaparte défendit cette ville contre l’assaut des
Anglais. Bourgade typique entre Nice et Antibes. B. Tête de sanglier.
Mettait de l’ambiance. C. Village perché au-dessus d’Ollioules, près
de Sanary-sur-Mer. Il conserve soigneusement les images de l’ORTF.
D. Disque d’or égyptien. Perroquet coloré. Rendu plus agréable à l’œil.
E. Donne son accord. Une nourrice antique. Pronom réfléchi. F. Ville
sur l’Erdre, près de Nantes. Fleuve italien. Orifice naturel. G. Fus
attirant. H. Le Saint le plus bling-bling du monde. Chaîne de télévision.
I. Fruits appelés pommes-cannelles. Victoire impériale. J. Arbrisseau
provençal. Mammifère insectivore malgache. K. N’importe qui. Unités
communes. L. Peintre qui a son musée à Biot. Elle fait la meule.
B
C
D
E
F
G
H
I
VERTICALEMENT
1. L’une des plus anciennes abbayes cisterciennes de Provence (Le).
Celui de Babaou se trouve dans le massif des Maures. 2. Pour choisir.
Volcan philippin. Travaille au bouvet. 3. Bœuf disparu. Nous rendrions.
4. Une des îles d’Hyères. Plat roboratif. 5. Division géologique. Contenu
exact, littéral, d’un texte. 6. Fille de Zola. Argent populaire. 7. Spectacle
japonais. Particule chargée. Il faut y marquer l’arrêt. 8. Petit carnivore à
la fourrure estimée. Possessif. Roi de la Bible. 9. Groupe de chefs pendant
des opérations. Plante aromatique de la garrigue. 10. Personne de
petite taille. Massif montagneux entre Cannes et Saint-Raphaël.
11. Il est fêté à Cannes, au mois de mai. Direction. 12. Lettre grecque.
Saison du tourisme en Provence. Au goût agressif.
2019
J
K
L
1. THORONET. COL. 2. OU. APO. RAINE. 3. URE. IRIONS. 4. LEVANT. POTÉE.
5. ÈRE. TENEUR. 6. NANA. PÈZE. 7. NÔ. ION. STOP. 8. VISON. TA. ASA.
9. E.M. ROMARIN. 10. NAIN. ESTEREL. 11. CINÉMA. E.N.E. 12. ÊTA. ÉTÉ.
ÂCRE.
Verticalement
A. TOULON. VENCE. B. HURE. ANIMAIT. C. ÉVENOS. INA. D. RÂ. ARA. ORNÉ.
E. OPINE. INO. ME. F. NORT. PÔ. MÉAT. G. TENTAS. H. TROPEZ. ARTE.
I. ANONES. IÉNA. J. CISTE. TANREC. K ON. EUROS. L. LÉGER. PAILLE.
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