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Napoléon 1er N°91 – Février-Avril 2019-compressed

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LÉGENDES ET VÉRITÉS
N°
91
LE SIÈGE DE GÊNES
6 AVRIL – 4 JUIN 1800
LA CLÉMENCE IMPÉRIALE
ENVERS LA PRINCESSE DE HATZFELD
N°91
FÉVRIER / MARS / AVRIL 2019
Belgique, Portugal cont. : 11,30 *
DOM : 11,70 * - Grèce : 10,90 *
Suisse : 19,80 CHF - Canada : 18,80 $Can.
M 01052 - 91 - F: 9,90 E - RD
LÉGENDES
ET VÉRITÉS
3’:HIKLKF=WU^^UU:?a@a@j@l@k";
L’EMPEREUR
©Marie.C graphisme - ©histodec - 2019
PEINTURES - SCULPTURES - OBJETS D’ART
ACHAT - VENTE - CONSEIL
Attribué à Andrea APPIANI (1754-1817) : important dessin de
l'Empereur Napoleon Ier provenant des collections princières
de Monaco. « L'empereur Napoléon Ier, portant la Grand Croix
de la Couronne de fer ». Dessin au fusain et pastel.
Dimensions : 48 x 36 cm. Époque : début du XIXe siècle.
Imperial Art Paris
4 rue Drouot - 75009 Paris
07 66 53 84 27 - contact@imperialartparis.com
www.imperialartparis.com
ÉDITO
Pour l’éternité
À propos de l’Empereur, tout à déjà été écrit. Du moins, c’est ce que l’on imagine, à tort. Entre légendes
et vérités, de nombreuses zones d’ombre subsistent. Et les rumeurs tout autant que les plus incroyables
suspicions continuent de se répandre. Près de deux cent cinquante ans après sa naissance, notre dossier
(voir p. 9) permet de mieux comprendre les nombreuses facettes de son destin et de sa personnalité.
À partir de ce numéro, le magazine Napoléon 1er et la Revue du Souvenir Napoléonien s’unissent.
Avec un format unique et une présentation modernisée, vous retrouverez désormais chaque trimestre
une publication commune, à la mise en pages aérée et abondamment illustrée. De nouvelles rubriques
font également leur apparition, tandis que d’autres réapparaissent. Un dossier principal, présenté par
les meilleurs spécialistes de l’histoire impériale, vous sera dorénavant proposé dans chaque numéro.
Avec ce nouveau partenariat et le concours de la Fondation Napoléon, vous serez ainsi mieux informés
de la richesse et de la diversité du monde napoléonien. Les actualités occupent en effet une place
de choix et le titre Revue du Souvenir Napoléonien est désormais accolé au magazine Napoléon 1er,
avec un logo renouvelé. Un cahier complémentaire de 8 pages, réservé aux adhérents du Souvenir
napoléonien, rend également compte, à chaque publication, de la vie de l’association ainsi que
des nombreuses activités nationales et des délégations.
Bonne lecture !
SOMMAIRE / N°91 février-mars-avril 2019
4
8
9
Actus
par Emmanuelle Papot
Autour
de l’Empereur
par Raphaël Lahlou
DOSSIER
L’Empereur
légendes et vérités
Un éclairage nouveau sur la personnalité
et les actions de Napoléon.
44
46
Le saviez-vous ?
52
56
59
60
64
«Faire casquer»
par Éric Jousse
Batailles
L’héroïque siège de Gênes
par Jacques Jourquin
70
www.napoleon1er.fr
Art
Les tabatières
au portrait de Napoléon
par Élodie Lefort
Événement
Napoléon et
la princesse de Hatzfeld
par Jean Tulard
Association
par Dominique Timmermans
Grande Armée
Fournier-Sarlovèze
face à Dupont
par Vincent Rolin
David Chanteranne
napoleon1er
72
74
78
80
Patrimoine
Le château de la Paix
à Fleurus
David Chanteranne
Rédacteur en chef
5
7
45
76
77
79
Vie quotidienne
Le châle
par Chantal Prévot
Souvenir
napoléonien
Fondation
Napoléon
Publications
par Bruno Calvès, Thierry Choffat
et Vincent Rolin
Hors série
Livre
Anciens numéros
Courrier
Numérique
Abonnement
Ce numéro comporte un
encart supplément destiné
aux abonnés-adhérents
du Souvenir napoléonien.
Culture
Exposition à Shanghai
par Tarik Bougherira
Avec le concours de la Fondation Napoléon.
En couverture : Un portrait équestre de l’empereur Napoléon avec à l’arrière-plan une bataille.
Huile sur toile anonyme (New York, Wildenstein & Co. Inc.). © Sotheby’s.
Pour contacter la rédaction
David Chanteranne
Napoléon 1er / SOTECA
48-50, boulevard Sénard 92210 Saint-Cloud
courrier@napoleon.hommell.com
NAPOLÉON 1er / RSN 3
ACTUS
Emmanuelle Papot / historienne et journaliste
STATUE
JEUNESSE
À la une
MURAT
STATUFIÉ
Bien que malmené par les programmes
scolaires, Napoléon n’est pas oublié de
la presse jeunesse. Le magazine Okapi
(Bayard), réservé aux 10-15 ans, a consacré
son dossier de janvier 2019 à « L’incroyable
famille Bonaparte ». Six pages pour
suivre le parcours des frères et sœurs.
Si les illustrations sont traitées sur un ton
humoristique, le propos est sérieux
et agrémenté d’une chronologie.
Diplômée des beauxarts de Paris depuis
1983, c’est la sculptrice
Élisabeth Cibot qui a
remporté le projet d’une
statue réaliste du roi
Murat destinée à orner
la place de la mairie de
sa ville natale dans le
Lot. Avec beaucoup de
rigueur historique et un
véritable attachement
pour ce personnage,
elle a livré une œuvre
d’un réalisme saisissant,
redonnant vie au beau
maréchal. La statue,
grandeur nature, a été
inaugurée en grande
pompe par le prince
Murat le 3 novembre
2018 à Labastide-Murat.
© Élisabeth Cibot.
Pour en savoir plus : https://blog.okapi.fr
© Brice Charton.
Des centaines de reconstitueurs se sont retrouvés en juin 2018
sur le site même de la bataille de Waterloo pour partager leur
passion avec les milliers de spectateurs venus applaudir le
spectacle. Cette année, la scénographie a présenté les fantassins
français s’élançant à l’assaut de la ferme d’Hougoumont. En plus
de la reconstitution, les visiteurs ont pu découvrir les nombreux
bivouacs, animés de nombreux exercices (comme les combats
épiques opposant les voltigeurs aux fusiliers anglais dans les bois),
offrant ainsi un aperçu de la vie d’antan. Brice Charton
4 NAPOLÉON 1er / RSN
THÉÂTRE
© Bayard.
RECONSTITUTION
Joséphine,
mon amour
L’Impératrice continue
d’inspirer les artistes.
La comédienne et
metteur en scène
Christine Bussière
lui a dédié une pièce.
Alors sous l’emprise
de la fièvre et tandis
que Napoléon est en
exil sur l’île d’Elbe,
Joséphine révèle les
secrets de leur vie de
couple entre amours
déchirants et folle
passion. L’artiste
l’appuie sur une
expérience olfactive
avec la complicité du
parfum d’Empire « Eau
suave », bouquet de
rose thé aux notes
chyprées et musquées.
Renseignements :
ciedansmesreves@gmail.com
En bref
L’exposition
L’Empire des
jouets a été
présentée à
Châteauroux
du 22 décembre
2018 au
6 janvier 2019.
La conservatrice du château
d’Arenenberg, Christina Egli, a été faite
chevalier de la Légion d’honneur dans la
promotion du 1er janvier 2019. Cette
distinction récompense plus de quinze ans
au service de la demeure de la reine
Hortense sur les bords du lac de
Constance (Suisse).
© Ville de Châteauroux.
Hôtel de Ville – place de la
mairie 46240 Labastide-Murat.
Tél. : 05 65 31 11 50.
HORS SÉRIE
La cavalerie de la Révolution puis de l’Empire écrit, à elle
seule, une des pages de gloire de l’armée française. À partir
de 1789, de nombreux officiers supérieurs et généraux de
cavalerie émigrent, provoquant une crise majeure dans
l’encadrement. Il faut tout reconstruire. C’est en partie l’œuvre
du Consulat et des différents règlements sous l’Empire, le
plus important étant celui de 1807, notamment quant à la
composition des régiments. De nombreux nouveaux généraux
se révèlent et se distinguent pendant un quart de siècle sur
tous les champs de bataille européens et même en Égypte.
Les Bessières, Murat, Lasalle, Marulaz, Montbrun, Nansouty,
Hautpoul, Colbert entrent dans la légende impériale au
cours de charges mémorables, mais aussi dans des retraites
épuisantes et des pertes importantes dans certaines batailles.
Certains d’entre eux payent de leur vie les rencontres avec
l’ennemi ; ils sont une quarantaine.
L’objectif de cet ouvrage est de présenter une synthèse,
campagne par campagne, où s’est signalée la cavalerie,
ainsi que les hommes qui l’ont conduite. Comment ne pas se
reporter aux charges grandioses de Marengo, Austerlitz, Iéna,
Eylau, Wagram, La Moskova, Dresde, Montereau, Waterloo ?
L’intérêt repose également sur une riche iconographie faite
de portraits et de batailles, sans oublier un classement
alphabétique de ces généraux de cavalerie.
Alain Pigeard est né à Dijon en 1948. Juriste de formation, il a enseigné cette
matière, mais sa réelle passion est l’histoire napoléonienne. Docteur en Histoire en
Sorbonne, il est l’auteur de soixante ouvrages dont les classiques Dictionnaire de la
Grande Armée, Dictionnaire des Batailles de Napoléon, L’armée napoléonienne, La
Garde impériale, L’Allemagne napoléonienne et récemment l’Histoire de la Grande
Armée. Il est également le créateur de la reconstitution historique napoléonienne
en France en 1984. Président du Souvenir napoléonien de 2012 à 2017, il est
conférencier et guide sur les sites napoléoniens. En 2009, la Légion d’honneur
a récompensé l’ensemble de son œuvre.
14,90
¤
Commandez en envoyant le bon de commande ci-dessous
ou vous pouvez également le commander par internet sur :
www.hommell-magazines.com RUBRIQUE HISTOIRE
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31 juillet 2019. Vous recevez votre livre si nous recevons votre bon avant le 20 du mois sinon celui-ci sera enregistré pour le mois suivant.
NAP91
ACTUS
ÉDITIONS
SAINT-LEU À L’HONNEUR
Le musée Girodet a rouvert ses portes le
15 décembre dernier, après six années de
rénovation complète. Des travaux qui ont
permis de doubler la superficie d’exposition.
Sont désormais présentées un grand nombre
d’œuvres du peintre néoclassique Anne-Louis
Girodet-Trioson mais aussi d’autres grands
maîtres européens. Pour fêter sa réouverture,
l’accès est gratuit jusqu’au 28 février et une
application smartphone a été spécialement créée.
© Saint-Leu-la-Forêt..
© Saint-Leu-la-Forêt..
Syndicat d’initiative – 13 rue du général Leclerc
95320 Saint-Leu-la-Forêt. Tél. : 01 39 95 63 04.
CÉRÉMONIE
© APN.
Hommage au général Leseur à Brasles
Offerte par les Amis du Patrimoine
napoléonien, une plaque a été
inaugurée le 17 décembre 2018,
au lieu-dit la Briqueterie à Brasles
(Aisne), sur la demeure du général
Louis Jean-Baptiste Leseur (17741818). Enrôlé à dix-sept ans au
5e bataillon de volontaires de
l’Aisne en 1792, celui-ci servit à
l’Armée du Rhin, puis à celle de
Hollande de 1796 à 1798, avant
les armées du Rhin de 1800 à
1801 et du Hanovre en 1803.
Chevalier de la Légion d’honneur le
6 NAPOLÉON 1er / RSN
Girodet et les salles de Montargis
© Musée Girodet.
Située dans le Val d’Oise, la ville impériale veille sur le souvenir de Hortense
et Louis Bonaparte. Son syndicat
d’initiative et son association culturelle
viennent d’éditer en DVD un récital des
romances composées par la reine, avec
un livret des paroles. Et une nouvelle
biographie de Louis, sous la plume de
Denise Delsaux-Gindre, retrace aussi le
parcours du frère préféré de l’Empereur.
MUSÉE
14 juin 1804, il fut à Iéna avant
de devenir chef d’état-major au 9e
corps de l’Armée du Portugal. Après
l’Espagne en 1812, il commanda
l’année suivante la 1re brigade de la
2e division du général d’Armagnac
à l’armée des Pyrénées et se distingua au combat de Vic-en-Bigorre
le 19 mars 1814, sous les ordres
de Soult. Au retour de l’Empereur, il reçut le commandement de
la place de Marseille et fut confirmé comme général de brigade le
10 juin 1815. Daniel Poisson
Musée Girodet – 2, rue du faubourg de la Chaussée
45200 Montargis. Tél. : 02 38 98 07 81.
www.musee-girodet.fr
PATRIMOINE
L’antichambre
de l’Impératrice
Située au
premier étage à
Malmaison, cette
pièce placée juste
avant la chambre
de Joséphine, où
se tenaient sous
le Premier Empire
ses valets de
pied, est en cours
de restauration.
Elle conserve de
nombreux objets
ayant appartenu
à l’Impératrice :
une table de lit
et un nécessaire
de toilette par
Biennais.
Château de la
Malmaison – avenue
du château de
Malmaison 92500
Rueil-Malmaison.
Tél. : 01 41 29 05 55.
https://museesnationauxmalmaison.fr
Agenda
SAMEDI 9 FÉVRIER 2019
Séminaire « Histoire vivante napoléonienne,
étude des acteurs et des pratiques »
animé par Alexandre Dimitri Vidal, au
centre d’affaires Artipolis, 1 A chemin de
la Rollanden Avignon Agroparc. Contact :
alexandre.dimitri.vidal@gmail.com
JUSQU’AU 10 JUIN 2019
Le musée municipal de Saarlouis propose
une exposition, Maréchal Michel Ney –
stations d’une vie, à l’occasion du
250e anniversaire de la naissance du duc
d’Elchingen et prince de la Moskowa.
revue du souvenir napoléonien
BLOG
www.napoleon1er.fr
napoleon1.magazine
ÉDITIONS SOTECA
La campagne de France est la plus belle que livre
Napoléon, selon de nombreux historiens. En effet, devant
des forces de loin très supérieures, l’Empereur chausse les
bottes du jeune Bonaparte, celui de la campagne d’Italie.
In extremis, il remporte des victoires, réussit même à faire
douter les Alliés de l’issue victorieuse de cette campagne.
Mais derrière la légende, il y a les hommes d’une armée
mal équipée qui meurent de faim et qui, avec courage
et vaillance, dans la neige et le froid, se sacrifient sur le
champ de bataille pour défendre un pays épuisé autant par
la victoire que par la défaite. Mais contrairement aux idées
reçues, qui imputent la défaite aux différents abandons,
les raisons véritables résident essentiellement dans les
difficultés financières, administratives et logistiques. Les
trahisons, celles de Marmont, de Talleyrand, du maire de
Bordeaux et des maréchaux ne sont que les conséquences
de ces difficultés qui ont conduit à la défaite. Même s’il
remporte des victoires sur les coalisés, Napoléon peut-il
encore gagner ? Peut-il seulement espérer la paix, une
paix même défavorable pour la France ?
Pascal Cyr est titulaire d’un doctorat de l’Université de Montréal. Sa thèse,
Waterloo origines et enjeux, a été publiée en 2011 aux éditions l’Harmattan. Il
a également publié Égypte, la guerre de Bonaparte. Parallèlement, il enseigne
l’histoire de France à l’UTA de l’Université de Sherbrooke.
23
¤
Format 15 x 23 cm – 372 p.
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NAP91
AUTOUR DE L’EMPEREUR
Chapeau
bas
« Si mon chapeau connaissait mon
plan, je le mangerais. » Napoléon eut
son empire dans un chapeau : bicorne
de feutre noir dit de castor, gansé de
soie avec cocarde tricolore. Le modèle
fabriqué par le chapelier Poupard est
classé « à la française ». S’il jouait ses
colères à coups de chapeau, l’Empereur
les faisait remettre à neuf, liant à l’art
économe la propagande et la singularité
personnelle. Et et en huit chapitres
picturaux, comme le prouve un tableau
du baron Steuben, ces chapeaux
signent la vie de Napoléon.
Bonaparte devant Toulon.
Gravure.
Coll. part.
Un esprit
cavalier
« J’ai vu l’Empereur – cette âme du
monde – sortir de la ville pour aller en
reconnaissance ; c’est effectivement
une sensation merveilleuse de voir un
pareil individu qui, concentré ici sur un
point, assis sur un cheval, s’étend sur le
monde et le domine » (Hegel). Comme
chez le philosophe allemand, Napoléon
via Frédéric Masson ou Paul Morand
a été salué tel un cavalier pressé
mais efficace. Quant à la centaine des
chevaux impériaux, certains restent
célèbres, dont Marengo peint par
Gros et David, ou le Vizir restauré au
musée de l’Armée. Napoléon aimait
les chevaux gris, ceux dits « truités ».
Wellington l’avoua : la cavalerie
française était la meilleure du monde.
Cheval : autre masse de granit.
Marengo, cheval de Napoléon.
Huile sur toile par Antoine-Jean Gros (coll. privée).
Coll. privée.
8 NAPOLÉON 1er / RSN
Raphaël Lahlou / historien
DOSSIER
L’EMPEREUR
LEGENDES
ET VERITES
10
16
20
24
26
32
34
40
Génie ou tyran ?
5 secrets sur la jeunesse
La première lettre
Le profil par Longhi
Un chasseur maladroit ?
Les trois époques de Napoléon
Le tombeau de l’Empereur
Que reste-t-il de Napoléon aujourd’hui ?
Auteurs
Pierre
Branda
David
Chanteranne
Patrice
Gueniffey
François
Houdecek
Thierry
Lentz
Henri
Ortholan
Charles-Éloi
Vial
Responsable du
Patrimoine de la
Fondation Napoléon,
il a récemment signé
La saga des Bonaparte
(Perrin, 2018).
Rédacteur en chef du
magazine, il vient de
publier Napoléon et les
grandes cérémonies
impériales (Cabédita,
2018).
Auteur de Bonaparte
(Gallimard, 2013) et
Napoléon et de Gaulle
(Perrin, 2017), il est
directeur d’études
à l’EHESS.
Il a dirigé la
Correspondance de
Napoléon (Fayard) et
a publié, avec Patrick
Le Carvèse, Moscou
occupé (AKFG, 2017).
Directeur de la Fondation
Napoléon, il a édité
de nombreux ouvrages
dont le récent Bonaparte
n’est plus ! (Perrin,
2019).
Auteur de plusieurs
ouvrages, notamment
L’armée du Second
Empire (Soteca, 2010),
il a été conservateur
au musée de l’Armée.
Il vient de publier
Napoléon à SainteHélène (Perrin, 2018)
et est conservateur à la
Bibliothèque nationale
de France.
NAPOLÉON 1er / RSN 9
DOSSIER ANALYSE
UN DÉBAT NATIONAL
Génie
ou tyran ?
Napoléon a trop remué le monde pour faire
l’unanimité. Il a traversé son époque comme
un météore, laissant derrière lui une traînée
de feu qui, depuis, ne s’est jamais effacée.
Génie pour les uns, monstre et tyran pour
les autres. Comment pourrait-il en être
autrement ? Patrice Gueniffey / directeur d’études à l’EHESS
L
’histoire s’est mêlée de l’affaire en donnant à
l’Empereur, trente ans après sa disparition, un
successeur en la personne de Louis-Napoléon
Bonaparte. Ce second épisode de la saga impériale
n’a pas arrangé les choses car si la mémoire du
captif de Sainte-Hélène fut longtemps chère aux
républicains, que le retour de la monarchie, en
1814, rejetait instinctivement du côté de l’Empire, le coup d’État
du neveu contre la IIe République devait étendre son ombre sur la
légende. Napoléon Bonaparte, héritier de la Révolution, devenait
le prédécesseur de « l’usurpateur », et le 18 brumaire – jusqu’alors
absous au nom des circonstances qui avaient présidé à la fin du
Directoire – une anticipation du 2 Décembre. On était loin de
cette journée froide de décembre 1840 où Paris avait accompagné
avec ferveur les cendres de l’Empereur aux Invalides. Lamartine,
qui avait alors refusé de « se prosterner » devant « cette religion
napoléonienne, ce culte de la force », dut se sentir moins seul.
Michelet, premier détracteur
La condamnation portée contre le Second Empire rejaillissait
sur le Premier. La défaite de Sedan n’arrangea rien. Véritable
traumatisme national – non seulement la France se voyait
amputée de l’Alsace et de la Lorraine, mais la défaite de la
« Grande nation », vaincue en 1815 par l’Europe coalisée, avait été
cette fois humiliante –, elle provoqua un divorce entre mémoire
républicaine et mémoire napoléonienne. C’est alors que le
souvenir de Napoléon fut le plus malmené et la figure du « tyran »
la plus présente.
Le vieux Michelet, né en 1798, qui n’a jamais vibré à l’évocation
de l’épopée napoléonienne et assure que ses années d’enfance
ne lui rappellent qu’un « dôme de ténèbres », décide de
compléter sa monumentale Histoire de France, interrompue
après l’épisode de la chute de Robespierre. Il a tout juste le temps,
avant de s’éteindre en 1874, de publier les premiers volumes
de cette Histoire du xixe siècle. Jamais peut-être Napoléon
n’est plus malmené que dans ce livre. Ce n’est pas le meilleur
de Michelet, tant la passion obscurcit le jugement du grand
historien. À peine français puisque corse, quasi-africain car né
d’une Mauresque (Laetitia), étranger à la civilisation européenne,
aventurier opportuniste, usurpateur, dictateur et tyran, fléau de
la France et de l’Europe, traître à la Révolution, fossoyeur de la
10 NAPOLÉON 1er / RSN
Allégorie de la reddition d’Ulm, 1805. Huile sur toile par Antoine-François Callet (châteaux de Versailles et de Trianon). © Bridgeman Images/Leemage.
NAPOLÉON 1er / RSN 11
DOSSIER ANALYSE
TOUS LES DÉTRACTEURS DE L’EMPEREUR SONT LES HÉRITIERS DE MICHELET, QUI DÉTESTE
TANT NAPOLÉON QUE MÊME L’ŒUVRE CIVILE NE LUI ARRACHE AUCUN COMPLIMENT.
république, responsable de la mort de centaines de milliers de
jeunes Français et, surtout, coupable d’avoir sacrifié la France à
ses ambitions, puisqu’il l’a finalement laissée plus petite qu’il ne
l’avait trouvée en 1799 : rien, chez Napoléon, ne trouve grâce aux
yeux de Michelet. L’Empereur ? L’homme qui s’est approprié la
souveraineté du peuple, a supprimé le suffrage universel, rétabli
l’esclavage et entraîné la France dans une aventure sans issue,
sans même avoir l’excuse d’avoir été bon chef d’armée ou brillant
stratège puisque, Michelet l’assure, Napoléon n’excelle dans la
guerre que grâce à l’armée qu’il a héritée de la Révolution.
Tous les détracteurs de l’Empereur sont les héritiers de Michelet,
mais aucun ne montre sa hargne. Il déteste tant Napoléon que
même l’œuvre civile du Premier consul ne lui arrache aucun
compliment. De ces années 1800-1805, pendant lesquelles
Bonaparte met un terme à la guerre civile et jette les bases de
tant d’institutions dont certaines existent encore aujourd’hui – de
la Banque de France au Code civil et du système préfectoral à
l’organisation judiciaire –, Michelet écrit que ce furent « six années
insipides où il ne fit rien, absolument rien, que des décrets qu’on
ne lisait pas, et qui, enfouis au Moniteur, changeaient peu la face
des choses ». Le Consulat ? Une page blanche entre Marengo et
Austerlitz, et qui prélude à une « histoire fangeuse ».
Une inaptitude française
Cette gauche des années 1870-1880 – on pourrait ajouter
l’oublié Jules Lanfrey à Michelet – reprend à son compte maints
arguments dont la contre-révolution a fait son miel en 1814.
N’est-ce pas Chateaubriand qui, le premier, a parlé du « fatal
étranger » qui s’est abattu sur la France ? Mais il y a autre chose.
Napoléon, entré avec fracas dans l’histoire de France, en serait
sorti tout aussi brutalement en 1815. Peut-être serait-il resté
comme une incompréhensible anomalie dans le cours de l’histoire
s’il n’avait trouvé en son neveu un successeur et si la révolution
de 1848 n’avait, après celle de 1830, fait faillite. Ce bégaiement de
l’histoire, qui se répète génération après génération, la monarchie
amenant la république et celle-ci l’empire, semble à Michelet
comme à de nombreux républicains le symptôme d’une pathologie
François-René Chateaubriand.
Huile sur toile (Paris, bibliothèque
des Arts décoratifs). © Akg-images /
De Agostini Picture Lib. / G. Dagli Orti.
12 NAPOLÉON 1er / RSN
Le tyran démasqué.
Eau-forte par Jean-Baptiste Gauthier
(Arenenberg, musée Napoléon).
© akg-images.
française, d’une inaptitude à la liberté et, pour tout dire, d’une
immaturité collective. « France, guéris des individus ! », s’écrie
Michelet. Les Français sont-ils condamnés à toujours chercher un
roi de substitution ? Incapables de se conduire en peuple adulte,
responsable, autonome ? Tyran, Napoléon ? Certes, mais avec
l’assentiment passif des Français subjugués.
Le grief n’est pas seulement le fait des républicains les plus
sourcilleux sur le respect des libertés politiques. S’il n’y avait eu
que cela à reprocher à Napoléon, ils auraient facilement passé
l’éponge. Après tout, les circonstances étaient si embrouillées en
1800, la situation si complexe qu’une dictature de salut public, du
genre de celle dont le général avait été investi au retour d’Égypte,
n’était pas tout à fait une surprise. Le problème c’est qu’une fois
l’ordre rétabli et les réformes les plus urgentes accomplies, il n’est
pas retourné à sa charrue comme Cincinnatus après avoir sauvé
Rome, ni comme George Washington après deux mandats à la tête
de la toute jeune république américaine. Au contraire, il a coiffé
la couronne royale. Qu’il l’ait baptisée impériale en se référant à
la volonté du peuple ne changeait rien, c’est bien de la fondation
d’une nouvelle dynastie qu’il était question. Les Français, si
habitués à la royauté que l’élévation du Premier consul n’avait
choqué personne, avaient démontré combien la liberté conquise
en 1789 était faiblement enracinée.
La nation va spontanément à la servitude, prête à sacrifier la
liberté, pourvu que l’égalité soit garantie. Benjamin Constant
l’avait dit, et Germaine de Staël, et Alexis de Tocqueville, et
Chateaubriand. Le problème n’était pas que Napoléon eût été
« tyran » ou « despote », c’était que pour accéder au pouvoir
suprême il avait joué de cette inaptitude française à la liberté,
il l’avait entretenue en centralisant le pouvoir et, enserrant le
pays tout entier dans les mailles serrées de l’administration, il
l’avait renforcée.
Une centralisation excessive du pouvoir
Ainsi, Napoléon, loin d’avoir trahi la Révolution, en avait prolongé
l’œuvre, continuant ce que le jacobinisme, lui-même héritier de
l’absolutisme monarchique, avait accentué : la centralisation
UN TEMPÉRAMENT
HORS CADRE
« Démesuré en tout, mais encore plus étrange, non seulement il est hors ligne, mais il est hors cadre ; par son
tempérament, ses instints, ses facultés, son imagination,
ses passions, sa morale, il semble fondu dans un monde
à part, composé d’un autre métal que ses concitoyens
et ses contemporains. Manifestement, ce n’est ni un
Français, ni un homme du xviiie siècle ; il appartient à une
autre race et à un autre âge […]. Il descend des grands
Italiens, hommes d’action de l’an 1400, des aventuriers
militaires, usurpateurs et fondateurs d’États viagers ;
il a hérité, par filiation directe, de leur sang et de leur
structure innée, mentale et morale » (Hippolyte Taine, Les
Origines de la France contemporaine).
Napoléon relevant
la France.
Huile sur toile par
Auguste-Charles
Risler (châteaux
de Malmaison et
de Bois-Préau).
© akg-images /
Laurent Lecat.
NAPOLÉON 1er / RSN 13
DOSSIER ANALYSE
Napoléon, Empereur des Français.
Imagerie d’Épinal. Coll. V.R.
Allégorie représentant Napoléon recevant la visite de la Mort, lui présentant un crâne humain, à la place
du globe terrestre. Gravure, xixe siècle. © Isadora/Leemage.
administrative. De Louis XIV à Robespierre et à Napoléon, une
même histoire se déroule, dont les ruptures sont plus apparentes
que réelles. Certes, la république a remplacé la monarchie, et
l’empire la république, mais de l’un à l’autre régime, l’État et
son administration ne cessent de renforcer leur emprise sur la
société française, détruisant peu à peu les corps intermédiaires
et éteignant chez les Français tout esprit d’initiative. Napoléon
a domestiqué les Français comme Louis XIV a transformé les
nobles frondeurs en courtisans. Il avait achevé l’œuvre du
Roi Soleil. Les libéraux du xixe et du xxe siècles en voudront
beaucoup plus à Napoléon pour la centralisation que pour son
pouvoir absolu ou ses guerres, car en détruisant dans les âmes
tout instinct de liberté, il compromet l’avenir, faisant de la
France un pays condamné à toujours se tourner vers l’État et
lui fermant la voie d’une évolution vers une liberté imitée du
parlementarisme anglais.
Pas question pour autant, bien sûr, de contester le génie de
l’Empereur. Ainsi, Chateaubriand n’est pas Michelet. Critique envers
l’œuvre napoléonienne, il ne marchande pas son admiration pour
l’homme. Qui d’autre que le jeune général aurait pu, en 1800, « établir
un gouvernement régulier et puissant, un code de lois adopté en
divers pays, une administration forte, active, intelligente », et « faire
renaître l’ordre au sein du chaos » ? Et quand, dans ses Mémoires
d’outre-tombe, il en arrive aux années de la Restauration, il ne peut
cacher le découragement qui le saisit : « Retomber de Bonaparte et de
l’Empire à ce qui les a suivis, c’est tomber de la réalité dans le néant,
du sommet d’une montagne dans un gouffre. Tout n’est-il pas terminé
avec Napoléon ? […] Quel personnage peut intéresser en dehors de
lui ? De qui et de quoi peut-il être question, après un pareil homme ?
[…] Comment nommer Louis XVIII en place de l’empereur ? Je
rougis en pensant qu’il me faut nasillonner à cette heure d’une foule
d’infimes créatures dont je fais partie, êtres douteux et nocturnes que
nous fûmes d’une scène dont le large soleil avait disparu. »
Un homme universel
Point besoin d’être bonapartiste pour s’incliner devant le génie
de Napoléon. N’a-t-il pas offert, aux yeux de ses contemporains,
14 NAPOLÉON 1er / RSN
une image de l’homme universel excellant dans tous les
domaines, de la guerre à l’administration et de la législation à la
politique ? On sait combien il est attentif à son image, contrôlant
ce qu’on dit de lui et la manière dont peintres et sculpteurs le
représentent, mais son histoire, si brève fut-elle, témoigne tant
en faveur de son génie que de la variété de celui-ci. Chassé par
les partisans de Paoli, jeté dans la rade de Toulon, n’a-t-il pas su,
instinctivement, ce qu’il fallait faire pour reprendre la ville ? Deux
ans plus tard, n’a-t-il pas vu le chemin qui permettrait de séparer
les deux armées piémontaise et autrichienne et de marcher
sur Milan ? N’a-t-il pas conçu l’audacieuse manœuvre de Lodi,
transporté son armée jusqu’aux portes de Vienne et, plus tard,
sur les arrières autrichiens par le col du Grand-Saint-Bernard ?
N’avait-il pas imaginé la prodigieuse campagne de 1805 et
celles qui ont suivi ?
En Italie, il a suffi de quelques mois pour que tous s’accordent
à penser que rien n’a de secrets pour lui. Il a réformé, fondé des
institutions, négocié avec les puissances et imaginé la politique
de réconciliation qu’il devait ensuite appliquer à la France.
Jusqu’à Tilsit, c’est un « sans faute » ou presque. Dix années qui
laisseront une trace ineffaçable dans l’histoire. Napoléon n’a pas
d’alter ego, sinon Jules César. Ils sont les deux grands hommes
de l’histoire universelle. César serait-il devenu un Auguste
supérieur à Octave qui lui succéda, s’il avait vécu ? Dans ce
cas, il serait supérieur à Napoléon qui pour finir échoua et
laissa en héritage une foule d’institutions civiles, mais aucun
régime politique susceptible de lui survivre et de conférer
à la politique française la stabilité qu’elle cherchera, en vain,
deux siècles durant.
Jacques Bainville aura un mot cruel, disant de Napoléon que
« sauf pour l’art », il eût été préférable qu’il n’eût pas existé.
L’art y eût assurément perdu. On se souvient de Goethe
s’extasiant sur l’état d’« illumination perpétuelle » qu’il a
senti chez Napoléon lors de leur entretien à Weimar.
Le génie n’est en lui-même ni bon ni mauvais. Celui de Napoléon
est singulier. Il participe autant de la raison que de l’imagination.
De la tête de Bonaparte, Mallet du Pan a dit qu’elle est « un
magasin rempli de songes » ; à quoi l’Empereur a rétorqué : « Je
mesurais mes rêves au compas de la raison. » En fut-il toujours
capable ? Aurait-il réuni Gênes à la France en 1805, au risque de
coaliser une nouvelle fois l’Europe contre la France, s’il ne s’était
cru assez fort pour affronter une double guerre, d’un côté contre
les Anglais, de l’autre contre Autrichiens et Russes ? Aurait-il
envahi la Russie en 1812 si la raison avait été son seul guide ? Et
serait-il revenu en 1815 alors qu’un froid calcul aurait suffi à lui
démontrer qu’il ne pouvait qu’échouer ? Si la période de Consulat
reste comme une leçon indépassable de sagesse et de prudence
politiques, il s’en faut de beaucoup que l’Empereur ait toujours
suivi cette ligne. Il a trop souvent gagné pour ne pas croire qu’il
gagnera encore et que la « fortune » ne l’abandonnera pas. Il y a
du joueur en lui. Tant que la partie n’est pas terminée, il veut croire
à la pioche miraculeuse qui le tirera in extremis d’un mauvais
pas. Ainsi à Moscou en 1812, ainsi après Leipzig, ainsi pendant
la campagne de France, ainsi encore après Ligny où, pourtant, la
partie est jouée puisqu’il n’a pas réussi à éloigner suffisamment
les Prussiens des Anglais.
Alors, victime de son tempérament ? C’est succomber trop
facilement au mythe de Prométhée. L’histoire napoléonienne
n’est pas exempte de fatalité. Si libre est-il, il est comptable des
conquêtes de la Révolution, celle de la Belgique notamment,
condamné dès lors à livrer une guerre inexpiable aux Anglais, et
une guerre perdue d’avance ou presque, puisque la Révolution
lui a légué une marine en si piteux état que des années de paix et
d’énormes investissements auraient été nécessaires pour qu’elle
soit en mesure de s’imposer. Du reste, c’est au moment où le génie
militaire de Napoléon atteint son zénith, à Austerlitz, que ses
marins essuient, à Trafalgar, la plus irréparable des défaites. Dès
lors, condamné à étendre sa domination à toute l’Europe, faute
de pouvoir l’emporter sur mer, le plus libre et le plus volontaire
des chefs devient le jouet de la fatalité. « Ce maître absolu, dira
Mathieu Dumas, a été lui-même maîtrisé par les circonstances. » n
DES SOLDATS
TOUJOURS FIDÈLES
« Sa chute fut gigantesque, en proportion de sa gloire. En
présence d’une aussi prodigieuse carrière, le jugement demeure partagé entre le blâme et l’admiration. Napoléon a laissé la France écrasée, envahie, vidée de sang et de courage,
plus petite qu’il ne l’avait prise, condamnée à de mauvaises
frontières […], exposée à la méfiance de l’Europe […] ; mais,
faut-il compter pour rien l’incroyable prestige dont il entoura
nos armes, la conscience donnée, une fois pour toutes, à la
nation de ses incroyables aptitudes guerrières, le renom de
puissance qu’en recueillit la patrie et dont l’écho se répercute
encore ? Nul n’a plus profondément agité les passions humaines, provoqué des haines plus ardentes, soulevé de plus
furieuses malédictions ; quel nom, cependant, traîne après lui
plus de dévouements et d’enthousiasmes, au point qu’on ne le
prononce pas sans remuer dans les âmes comme une sourde
ardeur ? Napoléon a épuisé la bonne volonté des Français,
fait abus de leurs sacrifices, couvert l’Europe de tombes, de
cendres et de larmes ; pourtant, ceux-là mêmes qu’il fit tant
souffrir, les soldats, lui furent les plus fidèles, et de nos jours
encore, malgré le temps écoulé, les sentiments différents,
les deuils nouveaux, des foules, venues de tous les points du
monde, rendent hommage à son souvenir et s’abandonnent,
près de son tombeau, au frisson de la grandeur. Tragique revanche de la mesure, juste courroux de la raison ; mais prestige surhumain du génie et merveilleuse vertu des armes ! »
(Charles de Gaulle, La France et son armée).
NAPOLÉON 1er / RSN 15
DOSSIER SECRETS
5 secrets
sur la
jeunesse
de
Napoléon
La jeunesse de Napoléon
Bonaparte est mal
connue, du moins jusqu’à
son irruption sur la scène
publique au moment du
siège de Toulon (1794).
À l’information historique
fiable se sont souvent
substituées des légendes
ou des idées reçues
qui, faute d’archives et
de témoignages, sont
difficiles à dissiper.
Thierry Lentz /
directeur de la Fondation Napoléon
16 NAPOLÉON 1er / RSN
1
Napoléon a-t-il des
origines modestes ?
Napoléon est le fils
de Charles et Letizia
Bonaparte. Ce ménage
est souvent présenté
comme « modeste »,
voire comme « pauvre »
dans les versions les plus
légendaires. Il ne faut
rien exagérer. Charles
est un homme ambitieux
et un rien affairiste. Il
profite de son ralliement
au « parti français »
en Corse pour arrondir
sa fortune foncière et
immobilière, en profitant
des facilités offertes aux
notables de l’île pour les
attacher au royaume.
Il finit par étendre ses
domaines immobiliers et
agricoles jusqu’à devenir
un des plus importants
propriétaires du sud
de la Corse.
Il obtient aussi des
postes, des subventions
pour ses projets, des
bourses d’études pour
ses enfants. Il est assez
vite reconnu comme un
interlocuteur valable par
les autorités et devient
successivement avoué,
avocat, assesseur à
la juridiction royale
d’Ajaccio et membre
du conseil des douze
nobles qui assistent le
gouverneur de la Corse.
Il fait même partie de
la délégation présentée
à Louis XVI, en 1778, à
l’occasion d’une brève
audience à Versailles.
Tout ceci lui assure
des revenus fixes
avoisinant les 7 000 livres
annuelles, ce qui lui
permet de porter beau,
d’entretenir sa maisonnée
et les domestiques
qui en facilitent le
fonctionnement. Il
connaît pourtant un
revers de fortune avec
l’échec de son projet de
développement de la
culture des mûriers à vers
à soie à l’entrée d’Ajaccio.
Cela étant, si une sorte
de gêne s’installe à la
casa Buonaparte, elle
n’est pas synonyme de
misère. Après la mort de
Charles (1785), Joseph
poursuit son « œuvre »
d’achats de biens les
plus divers dont les
revenus permettent aux
Bonaparte, désormais
nombreux, de ne pas
crier famine.
Portrait de Charles-Marie Bonaparte.
Huile sur toile par un peintre anonyme français
(Ajaccio, musée de la maison Bonaparte).
© RMN-Grand Palais (maison Bonaparte)/Gérard Blot.
2
Napoléon a toujours
considéré que son
prénom lui rendait
service, en le
distinguant. Il est vrai
qu’il est peu commun,
surtout aux oreilles
des continentaux.
Sous diverses formes
(Nabulio, Napulione,
Napoleone, Lapulion,
etc.), il n’est pourtant
pas rare en Corse :
deux cents ans avant
la naissance du plus
connu d’entre eux, un
certain Napoleone de
Nonza a combattu aux
côtés des Génois lors
de la conquête de l’île ;
plus tard, dans le camp
Poignard corse de
Charles Bonaparte.
Ajaccio, musée
de la maison
Bonaparte.
© RMN-Grand Palais
(maison Bonaparte)/
Gérard Blot.
D’où vient
le prénom
« Napoléon » ?
opposé, un Napoleone
de Santa-Lucia a lutté
pour l’indépendance.
Ce prénom n’a rien
d’exceptionnel non
plus dans la famille
Bonaparte : il est donné
au futur empereur
en souvenir d’un de
ses grands-oncles,
récemment décédé.
On hésite sur son
origine. La thèse la
plus en faveur est qu’il
viendrait de l’italien
Nevolone, lui-même
issu de Neapolis
(Naples) et leone
(lion)… le « lion de
Naples » en somme.
C’est sans doute cette
piste qui est suivie
lorsque, sous l’Empire,
il faut « trouver » un
« saint » Napoléon.
Rome finit par trouver
(ou inventer) un
martyr à l’existence
douteuse, du nom de
Neopolus, dont on
fixe évidemment la
célébration au 15 août.
Ce jour devient fête
officielle à compter d’un
décret du 19 juin 1806.
On fête ce jour-là tout à
la fois saint Napoléon,
l’Assomption de la
Vierge et le souvenir
de « l’époque » où a
été signé le Concordat
(en réalité le 15 juillet
1801). Triste destin
pour NeopolusNapoléon : il a depuis
disparu de la liste
officielle de ceux que
célèbre l’Église, ne
sauvant sa place que
dans le Dictionnaire
des saints imaginaires
et facétieux, de
Jacques Merceron
(2002). Mais il est vrai
que sa célébrité tient
plus au Napoléon
qui l’a porté si haut
qu’au calendrier
catholique romain.
Le bucheron Antonino
avec son chien Mascarone
et Bonaparte enfant.
Illustration par Jacques
Onfroy de Bréville,
dit Job.
Coll. V.R.
NAPOLÉON 1er / RSN 17
3 4
DOSSIER SECRETS
Napoléon
est-il né
Français ?
À la suite de
Mme de Staël et de
Chateaubriand, la
première le qualifiant
de « fatal étranger »,
on a mis en cause
la « nationalité »
française de
Napoléon, pendant
son règne comme
depuis lors. Pour y
parvenir, on a aussi
contesté sa date de
naissance, le faisant
venir au monde en
1768 et non en 1769.
Il n’y a pourtant
aucun doute sur ce
point-là : Napoléon
est bien né à Ajaccio,
le 15 août 1769.
Même si l’on ne
possède pas son acte
de naissance, celui
de son baptême
(21 juillet 1771)
atteste bien de
cette date qui figure
aussi dans un carnet
rempli au jour le jour
par son père, Charles
Bonaparte, et dans
la plupart des autres
documents de sa
jeunesse. Quant à
l’accusation d’être
né « étranger », elle
se réfère au fait que
la Corse n’était que
« louée » à la France
par la république de
Gênes. Cet argument
peut tout aussi
facilement
être rejeté.
D’abord parce
que la notion de
« nationalité »,
telle qu’elle est
entendue à partir
de la Révolution, n’a
aucune signification
au moment de
la naissance de
Napoléon. On
est « sujet » d’un
monarque et non
« citoyen » d’une
nation. Qui plus est,
malgré les termes
ambigus du traité
de Versailles du
15 mai 1768 qui cède
temporairement
la Corse, celle-ci a
été unilatéralement
rattachée au
royaume dès le
mois d’août suivant.
Napoléon Bonaparte
naît donc « sujet du
roi de France ». Et
si ces arguments
ne suffisent
pas, on ajoutera
que, lors de la
départementalisation
de la Corse (1790),
l’Assemblée
constituante
décrète que tous les
habitants de l’île et
ceux qui y sont nés
sont de plein droit
citoyens français.
Charles Bonaparte
conduisant son fils
Napoléon à l’école
militaire de Brienne.
Gravure sur bois
d’après un dessin
de Nicolas Toussaint
Charlet (coll. privée).
© akg-images.
18 NAPOLÉON 1er / RSN
À Ajaccio,
Napoléon
fréquente
probablement les
petites classes du
collège d’Ajaccio
et bénéficie
de leçons
particulières d’un
certain abbé
Recco, ami de la
famille. À l’âge de
neuf ans, il passe
sur le continent,
Napoléon
est-il un
« bon élève » ?
perfectionne
son français au
collège d’Autun
puis intègre
l’école militaire
de Brienne où
il séjourne de
1779 à 1784. Il
est ensuite admis
à l’école royale
militaire de Paris,
près du Champ
de Mars, d’où il
sort lieutenant en
second. Rien que
sur le papier, ce
cursus est déjà
remarquable
pour un nobliau
venu de Corse.
Généralement
apprécié par ses
professeurs, le
jeune Napoléon
obtient toujours
des résultats
passables
(comprendre :
L’entrée du collège de Brienne vers 1780. Dessin par Regnier. Coll. V.R.
Bonaparte à Auxonne, 1788. Typogravure d’après une peinture par François
Flameng (coll. privée). © Heritage Images / The Print Collector / akg-images.
moyens) en
français (mauvaise
syntaxe,
orthographe
et grammaire
peu assurées,
confusions de
vocabulaire,
italianismes
tenaces), en latin
et en philosophie
romaine.
Il se montre
en revanche
excellent en
mathématiques
et en histoire.
Figurant donc
dans une bonne
moyenne, il
ne cesse de
progresser, si
bien qu’à Paris
ses professeurs
commencent à lui
prédire un brillant
avenir, mais sans
doute pas au
point de le voir
un jour souverain
de la moitié
de l’Europe.
Et toujours, y
compris après sa
sortie de l’école,
pour meubler ses
longs moments
de solitude ou ses
loisirs, le jeune
homme est un
lecteur avide,
ne négligeant
aucun auteur,
ni aucun sujet.
Il se constitue
ainsi un fond de
connaissances
et une culture qui
étonneront ses
contemporains
et les historiens.
5
Napoléon veut-il
« l’indépendance »
de la Corse ?
Le père de Napoléon, Charles
Bonaparte, a participé, aux
côtés du chef indépendantiste
Pascal Paoli, à la lutte contre la
présence française dans l’île.
Après la défaite paoliste de
Ponte-Novo, le 9 mai 1769, il
s’est rallié aux continentaux. Ses
fils Joseph, Napoléon et Lucien
paraissent vouloir reprendre
le flambeau au début de la
Révolution. Joseph est président
du district d’Ajaccio puis siège
dans l’exécutif du département
de la Corse. Il s’oppose très vite
aux « paolistes » car il pense
que les libertés régionales
peuvent mieux se développer
dans l’ensemble français.
Agitateur né et brouillon, Lucien
se détache lui aussi assez
vite de la cause paoliste. Le
parcours de Napoléon est plus
difficile à cerner. Alors jeune
officier, il séjourne plusieurs
fois sur l’île et veut tenter sa
chance dans un jeu politique
local qu’il comprend mal, ayant
été absent depuis plus de dix
ans. Un rien idéaliste, il pense
dans un premier temps que le
grand chambardement français
aboutira à la « libération » de la
Corse. On le voit donc se ranger
de ce côté de l’échiquier, quitte
d’ailleurs à être en désaccord
avec Joseph. Rayé des cadres
de l’armée pour absence sans
motif (janvier 1792), il s’enrôle
chez les volontaires corses qui
l’élisent lieutenant-colonel.
C’est à ce moment-là qu’il fait
tirer sur la foule ajaccienne qui
proteste contre les mesures
anticléricales. Plus tard, il reçoit
son baptême du feu lors d’une
désastreuse expédition corse
en Sardaigne (février 1793). Il
espère malgré tout que Paoli et
ses alliés – eux-mêmes divisés
en plusieurs tendances – lui
donneront un rôle important,
ce qui ne se produit pas. Les
espoirs du futur empereur
sont alors déçus et ses
relations avec Paoli se tendent.
Lorsque celui-ci, poussé par un
entourage moins regardant sur
les principes, se tourne vers les
Anglais et semble s’appuyer
de plus en plus sur les contrerévolutionnaires, le désaccord
se creuse davantage. Quand la
Convention décrète d’accusation
le chef corse, Ajaccio se soulève.
Considérée comme trop
pro-française, la famille
Bonaparte doit fuir vers le
continent. Elle se réfugie dans
la région de Marseille en juin
1793. Par la force des choses,
mais aussi par conviction
révolutionnaire (qui ne peut
plus s’exprimer en Corse,
ouverte aux Anglais par Paoli),
Napoléon a choisi la France.
Bonaparte, jeune officier, dans un restaurant
parisien. Illustration par Jacques Onfroy
de Bréville, dit Job. Coll. V.R.
NAPOLÉON 1er / RSN 19
DOSSIER ARCHIVES
La première lettre
du jeune Bonaparte
Mi-juin 1784, collège royale de Brienne : Napoléon sait
que, prochainement, son père Charles doit lui rendre visite.
Financièrement en difficulté, dans un coup de poker, le
pater Napoleonis a décidé quelques mois auparavant
de se rendre à Paris dans l’espoir d’obtenir de nouveaux
secours pour l’asséchement des Salines.
François Houdecek / responsable des projets spéciaux de la Fondation Napoléon
C
e coûteux voyage est l’occasion
d’emmener Maria-Anna (Élisa) et
Mlle Colonna, une cousine, pour
la maison royale de Saint-Louis à
Saint-Cyr. Charles étant malade,
l’autre objectif de ce périple est
de consulter le docteur Lassone,
médecin de la reine, pour tenter de curer
le mal qui le ronge. Au début de juin 1784,
la petite caravane se met en route pour
Paris. En chemin, Charles passe à Autun
où étudient Joseph et Lucien.
La visite de Charles
En plus de voir ses deux fils, il vient
récupérer le plus jeune des frères pour
l’emmener à Brienne, en qualité de
pensionnaire pour y poursuivre ses études.
Lors de l’entrevue familiale, Charles apprend
avec surprise que Joseph ne veut plus
poursuivre ses études ecclésiastiques, et
désire se diriger vers la carrière militaire.
Charles tente de le faire changer d’avis,
cependant sans succès.
Le 21 juin, ce sont les retrouvailles avec
Napoléon, qui doit attendre ce moment avec
une certaine impatience. Depuis son entrée
à l’école le 15 mai 1779, le jeune homme
n’en est pas sorti et n’a eu qu’une unique
visite familiale à l’été 1782. Charles ne reste
que quelques heures et repart le lendemain,
non sans avoir appris les projets de Joseph.
Napoléon prend la plume le 25 juin pour
écrire à son oncle Joseph Fesch. Dans ce
qui est la première lettre authentifiée et
conservée du futur Empereur, il narre
cette visite.
Un jugement déjà sévère
Il y scrute ses frères et leurs caractères, d’un
regard froid. Lucien est liquidé en quelques
lignes. Âge : neuf ans ; taille : trois pieds
sept pouces, six lignes ; il est « gros, vif et
étourdi. Il faut espérer que ce sera un bon
sujet ». Un professeur n’aurait pas mieux
dit. L’avenir de Joseph est examiné avec le
même regard inquisiteur, mâtiné cette fois
de ressentiment pour son nouveau plan de
carrière. Après avoir cité le rapport flatteur
du principal d’Autun, il résume ce qui le
rendrait inapte à la profession des armes. Il
n’a pas « assez de hardiesse pour affronter
les périls d’une action. » Sa santé « faible ne
lui permet pas de soutenir les fatigues d’une
campagne », sans compter qu’il a l’esprit
« léger et frivole ». Joseph a étudié pour être
ecclésiastique, qu’il persévère : ce serait
un grand avantage pour la famille. En tout
cas, ses connaissances en mathématiques
sont insuffisantes pour la marine ou le
génie, il ne serait bon que comme officier
d’infanterie et pour rester en garnison…
Si Joseph s’entête, il devra quitter Autun
pour étudier le droit.
Ces réflexions ont probablement été
soufflées par Charles, mais Napoléon
les reprend à son compte, espérant
probablement l’intercession de Fesch.
L’expérience parfois un peu rude de Brienne
a fait grandir le jeune homme. À quatorze
ans, il a déjà acquis la maturité qui lui
donne le discernement et deviendra son
atout majeur. Cette qualité ne le quittera
que sur son lit de mort. Le texte autographe
de cette missive inaugurale (1) ouvre sa
Correspondance générale et elle a déjà le
ton des quelque 40 500 qui la suivront.
Ce précieux document autographe est resté
dans les mains de la famille Levie-Ramolino,
puis a été donné au comte Casabianca qui
l’a transmis à son petit-fils Lucien Biadelli.
Vendu au tournant du xxe siècle, il a été
acquis par le collectionneur et banquier
américain John Pierpont Morgan. Il est
aujourd’hui conservé à New York, à la
Pierpont Morgan Library (Ma 316).
n
(1) Cette lettre porte le n° 1 dans la Correspondance générale publiée par la Fondation Napoléon en 2004 aux éditions Fayard.
20 NAPOLÉON 1er / RSN
Napoléon consulte un globe terrestre à l’école de Brienne.
Illustration par Raymond de La Nézière.
© Bianchetti/Leemage.
Note de la
Commission
de la
Correspondance,
sous le Second
Empire.
Archives
Nationales.
© Archives
Nationales.
Première page
de la copie
de la lettre.
Archives
Nationales
(400 AP 137).
© Archives
Nationales.
NAPOLÉON 1er / RSN 21
DOSSIER ARCHIVES
Dernière page
de la copie
de la lettre.
Archives
Nationales
(400 AP 137).
© Archives
Nationales.
22 NAPOLÉON 1er / RSN
Salle de la Pierpont Morgan
Library, à New York,
où se trouve conservé
l’original de cette première
lettre autographe.
© New York, Pierpont
Morgan Library.
TRANSCRIPTION
« À Joseph Fesch / Brienne,
[25 juin] 1784. / Mon cher oncle,
je vous écris pour vous informer
du passage de mon cher père par
Brienne pour aller à Paris conduire
Marianna à Saint-Cyr (A) et
tâcher de rétablir sa santé (B).
Il est arrivé ici le 21 avec
Lucciano (C) et les deux
demoiselles que vous avez
vues (D). Il a laissé ici ce dernier
qui est âgé de neuf ans et grand
de trois pieds, onze pouces,
six lignes (E). II est en sixième
pour le latin, va apprendre
toutes les différentes parties
de l’enseignement. Il marque
beaucoup de disposition et de
bonne volonté. Il faut espérer que
ce sera un bon sujet. Il se porte
bien, est gros, vif et étourdi et,
pour le commencement on est
content de lui. Il sait très bien
le français et a oublié l’italien
tout à fait. Au reste il va vous
écrire derrière ma lettre. Je
ne lui dirai rien enfin que vous
voyiez son savoir-faire. J’espère
qu’actuellement il vous écrira
plus souvent que lorsqu’il était
à Autun. Je suis persuadé que
Joseph, mon frère (F), ne vous
a pas écrit. Comment voudriezvous qu’il le fît ? Il n’écrit à mon
cher père que deux lignes quand
il le fait. En vérité, ce n’est plus
le même. Cependant il m’écrit
très souvent. Il est en rhétorique
et ferait mieux s’il travaillait, car
M. le principal a dit à mon cher
père qu’il n’avait dans le collège
ni physicien, ni rhétoricien, ni
philosophe qui eût tant de talents
que lui et qui fit si bien une
version. Quant à l’état qu’il veut
embrasser, l’ecclésiastique a été
comme vous savez, le premier
qu’il a choisi. Il a persisté dans
cette résolution jusqu’à cette
heure où il veut servir le roi (G) ;
en quoi il a bien tort par plusieurs
raisons : 1° Comme le remarque
mon cher père, il n’a pas assez
de hardiesse pour affronter les
périls d’une action. Sa santé faible
ne lui permet pas de soutenir les
fatigues d’une campagne et mon
frère n’envisage l’état militaire
que du côté des garnisons.
Oui, mon cher frère sera un
très bon officier de garnison,
bien fait, ayant l’esprit léger,
conséquemment propre à ses
frivoles compliments, et, avec ses
talents, il se tirera toujours bien
d’une société mais d’un combat ?
C’est ce que mon cher père doute.
Qu’importe à des guerriers ces
frivoles avantages ? Que sont
tous ces trésors sans celui du
courage ? À ce prix, fussiez-vous
aussi beau qu’Adonis, / Du Dieu
même du Péon (H) eussiez-vous
l’éloquence, / Que sont tous ces
dons ? sans celui de la vaillance.
2° Il a reçu une éducation pour
l’état ecclésiastique. Il est bien
tard de se démentir. Monseigneur
l’évêque d’Autun (I) lui aurait
donné un gros bénéfice et il était
sûr d’être évêque. Quels avantages
pour la famille ! Monseigneur
d’Autun a fait tout son possible
pour l’engager à persister, lui
promettant qu’il ne s’en repentirait
point. Rien, il persiste. Je le loue
si c’est de goût décidé qu’il a pour
cet état, le plus beau cependant
de tous les corps et si le grand
moteur des choses humaines,
en le formant, lui a donné (tel
que moi) une inclination décidée
pour le militaire. 3° Il veut qu’on
le place dans le militaire, c’est
fort bien, mais dans quel corps ?
Est-ce dans la marine ? 1° Il ne
sait point de mathématiques. Il lui
faudra deux ans pour l’apprendre.
2° Sa santé est incompatible avec
la mer. Est-ce dans le génie, dont il
lui faudra quatre ou cinq ans pour
apprendre ce qu’il lui faut et au
[bout] (J) de ce terme, il ne sera
encore qu’élève du génie, d’autant
plus, je pense, que toute la journée
être occupé à travailler n’est pas
compatible avec la légèreté de
son caractère. La même raison qui
existe pour le génie existe pour
l’artillerie, à l’exception qu’il faudra
qu’il ne travaille que dix-huit mois
pour être élève, et autant pour
être officier. Oh ! Cela n’est pas
encore à son goût. Voyons donc :
il veut entrer sans doute dans
l’infanterie. Bon, je l’entends. Il
veut être toute la journée sans rien
faire, il veut battre le pavé toute la
journée et, d’autant plus, qu’est-ce
qu’un mince officier d’infanterie ?
Un mauvais sujet les trois quarts
du temps et c’est ce que mon cher
père, ni vous, ni ma mère, ni mon
oncle l’archidiacre ne veulent, car
il a déjà montré des petits tours
de légèreté [et] de prodigalité. En
conséquence, on fera un dernier
effort pour l’engager à l’état
ecclésiastique, faute de quoi mon
cher père l’emmènera avec lui en
Corse où il l’aura sous ses yeux.
On tâchera de le faire entrer au
barreau. Je finis en vous priant de
me continuer vos bonnes grâces.
M’en rendre digne sera le devoir
pour moi le plus essentiel et le plus
recherché. Je suis avec le respect
le plus profond, mon cher oncle,
votre très humble et très obéissant
serviteur et neveu. / Napoléone di
Buonaparte. / P. S. Déchirez cette
lettre : mais il faut espérer que
Joseph avec les talents qu’il a et
les sentiments que son éducation
doit lui avoir inspirés prendra le
bon parti et sera le soutien de notre
famille. Représentez-lui un peu tous
ces avantages (K). » (L)
(A) Charles Bonaparte a
obtenu une place pour sa fille
Maria-Anna (Elisa), née en
1771, à la maison royale
de Saint-Louis à Saint-Cyr.
(B) Il souffre du cancer de
l’estomac qui l’emportera
un an plus tard, le 24 février
1785, à Montpellier. Charles
va consulter Jean-MarieFrançois de Lassone (et
sans doute pas « de La
Sonde » comme le dit
Joseph Bonaparte dans ses
Mémoires).
(C) Lucien Bonaparte, frère
de Napoléon, né en 1775.
(D) Charles Bonaparte,
qui a donc fait un détour
par Aix, emmène avec lui
mademoiselle de Casabianca
qui a également obtenu
une place à Saint-Cyr, la
deuxième « demoiselle » étant
donc Maria-Anna (Elisa). En
chemin, il passe au collège
d’Autun où il récupère Lucien
(qui y étudie depuis 1781)
et le laisse à Brienne où il
va poursuivre ses études
avec son frère.
(E) Soit environ 1,30 m.
(F) L’aîné des Bonaparte
est alors âgé de seize ans.
(G) Devenir militaire.
(H) Médecin des Dieux.
(I) Marbeuf, le frère du
gouverneur de la Corse.
(J) Les mots entre crochets
sont incertains.
(K) Au bas de la lettre se
trouvent les lignes ci-après
écrites par Lucien : « Mon
cher oncle, Je suis arrivé à
Brienne il y a trois jours. Le
premier moment de loisir
que j’ai, je l’emploie à vous
remercier des bontés que
vous m’avez de tous temps
témoigné et à vous prier de
me les continuer. Je tâcherai
de m’en rendre digne en
m’appliquant de plus en plus à
mes devoirs et en contentant
mes maîtres le plus qu’il me
sera possible. Je finis en vous
souhaitant une santé aussi
parfaite que la mienne. Mon
cher oncle, votre très humble
et très obéissant serviteur
et neveu. Marie François di
Buonaparte. » Fesch a porté
sur la lettre : « J’ai reçu cette
lettre le 14 juillet 1784. Le 25
j’ai répondu. »
(L) Copie d’après l’expédition
conservée par la famille
Biadelli, communiquée à la
commission d’édition de la
Correspondance du Second
Empire par M. le comte
de Casabianca, Archives
nationales, 400 AP 137.
NAPOLÉON 1er / RSN 23
DOSSIER DÉCOUVERTE
PREMIER PORTRAIT DE BONAPARTE
Le profil par Longhi
Quelques
semaines
avant d’être
peint par Gros
pendant qu’il
franchit le
pont d’Arcole,
Bonaparte est
portraituré par
un artiste,
italien cette
fois. Dès le
début de
l’année 1796,
c’est en effet
à Giuseppe
Longhi
que revient
l’honneur de
dessiner, de
profil, le futur
vainqueur de
la campagne
qui oppose
Français et
Austro-Sardes.
Ce portrait (A)
est donc le
premier et
sera, ensuite,
imité par tous
les artistes.
David Chanteranne /
rédacteur en chef
(A) Buonaparte,
prem[ier portrait].
Aquarelle par Giuseppe
Longhi (coll. privée).
Coll. privée.
24 NAPOLÉON 1er / RSN
D
epuis une récente
étude qui a
définitivement
rejeté le croquis
d’un certain
Pontornini (1)
– en réalité un « faux »
grossier –, on sait
qu’aucune représentation
du jeune Bonaparte n’est
avérée avant sa prise
de commandement
en mars 1796.
S’il n’en reste
qu’un…
Le dessin portant la
dédicace « Mio caro
amico Buonaparte,
Pontornini del
1785-Tournone » (B) que
l’on considérait encore
avant la Première Guerre
mondiale comme un
« vrai », n’a finalement
qu’une « apparence
d’authenticité » (2).
Avant son mariage
avec Joséphine, le jeune
général est encore
méconnu du grand public
et aucun portrait n’a
été fait de lui. Il n’est
qu’« un » général parmi
d’autres. Même ses
exploits à Toulon, puis en
Vendémiaire, ne l’ont pas
vraiment révélé. Il ne fait
son entrée médiatique
qu’à partir de 1796,
par la campagne
qui débute à Nice.
Séance de pose ?
Les batailles qu’il
remporte dans la vallée
du Pô attirent l’attention.
Elles conduisent les
artistes, en particulier
dessinateurs et
portraitistes, à
s’intéresser à son visage,
si caractéristique. En un
temps sans télévision ni
Internet, où les médailles
et médaillons coûtent
cher à reproduire, chaque
Italien souhaite connaître
le visage de ce héros
victorieux.
Parmi eux, et il sera
le premier : Giuseppe
Longhi (1766-1831). La
rencontre avec le jeune
général paraît s’être
faite par hasard et le
dessinateur ne bénéficie
pas d’une importante
séance de pose (comme
ce sera plus tard le cas
d’Antoine-Jean Gros
pour Arcole). Longhi
se contente donc d’une
sorte de « portraitrobot », avec tous les
éléments fondamentaux
du visage.
Deux versions
successives
Son aquarelle succède
à un double croquis,
également en main
privée (3). Au crayon,
rehaussé d’aquarelle,
le premier document
achevé par l’artiste
italien est de profil à
droite (C), avec deux
couleurs distinctes,
bleu et rouge. Au
verso, contenu sur un
petit billet, un travail
préparatoire, sobrement
(B) Portrait
présumé de
Bonaparte
à l’âge de
seize ans.
Par Pontornini
(coll. privée).
© Wikipedia.
signé « Longhi », est
cette fois inversé (D),
donc de profil à gauche,
composé de quelques
lignes simples.
Mais après cela, et
concomitamment, l’artiste
achève donc le véritable
premier grand portrait de
« Buonaparte ». Il est sur
simple papier, encadré
et liseré. Longhi reproduit
les cheveux ébènes
du jeune Corse avec
quelques reflets éclaircis.
Entre les traits de plume
du contour, on retrouve
les célèbres attributs :
un nez aquilin, une
joue légèrement
arrondie, de fines lèvres
(ici avec un petit rictus),
un œil sombre et, juste
au-dessus, un sourcil
bien régulier. Le foulard
noir sert de tour de
cou et cache le col de
l’uniforme tricolore. Le
bleu et le rouge sont
ici contrastées d’or,
en particulier sur les
feuilles (sans doute
d’acanthe ou de chêne)
placées le long de la
passementerie et
sur les boutons.
Une mention
« Buonaparte prem. »,
ajoutée peut-être plus
tard, confirme qu’il
s’agit du « premier »
portrait connu du futur
Empereur. La valeur de
cette œuvre est donc
inestimable, tant d’un
point de vue artistique
qu’historique.
n
(C) Portrait
de Bonaparte.
Aquarelle
par Giuseppe
Longhi
(coll. privée).
© Le Seuil.
(1) Olivier Ihl, « Le premier portrait de Buonaparte. Sur l’histoire d’un “faux” », Circé. Histoire, savoirs, sociétés, n°7, octobre 2015.
(2) Frédéric Masson, Napoléon et sa jeunesse 1769-1793, Paris, Ollendorff, 1907, p. 132.
(3) Napoléon intime, les trésors de la collection Bruno Ledoux, préface de Bernard-Henri Lévy, Paris, Le Seuil, 2018, p. 93.
(D) Dos de l’encadrement du portrait de Bonaparte par Longhi.
Au dos de l’encadrement figure un texte manuscrit :
« Bonaparte en 1796. Dessin par Giuseppe Longhi
célèbre graveur né à Manza 1766-1831. Il me fut
envoyé en septembre 1897 de Rome par le révérend
père Louis Antoine, définiteur général des frères
mineurs capucins. Écrivain distingué et créateur à
Marseille du musée de son ordre. » Ce texte n’est
pas signé ; il est accompagné de l’ex-libris armorié
d’Antoine d’Esperandieu, 1846 (coll. privée). © Le Seuil.
(D) Détail du verso portrait de Bonaparte par Longhi.
Cet autre portrait a été réalisé par l’artiste et signé au
crayon. Bonaparte y est représenté sur son autre profil
(coll. privée). © Le Seuil.
ET APRÈS…
Dans les mois qui suivront, David, Bacler
d’Albe, Appiani – toujours en Italie – puis
Dutertre – l’année suivante en Égypte –
continueront de capter l’image de l’étoile
montante des stratèges militaires. Par
leurs croquis, portraits peints ou gravures,
ils diffuseront à travers le monde les traits
de celui qui « vole comme l’Aigle, et frappe
comme la foudre » (A). Mais avant eux,
Longhi aura été un précurseur, faisant
le pari de fixer les traits d’un visage
jusqu’alors inconnu…
(A) La France vue de l’armée d’Italie, 1797.
DOSSIER VIE DE L’EMPEREUR
Napoléon, un chasseur maladroit ?
Les historiens ont longtemps cru que Napoléon s’était infligé, comme une véritable corvée,
de chasser quatre ou cinq fois dans son règne, par souci de se conformer aux usages
des monarchies européennes, pour impressionner ses hôtes de marque ou pour rassurer
l’aristocratie de l’Ancien Régime. L’idée que le grand conquérant puisse se « rabaisser » en
partageant les mêmes loisirs que les anciens rois de France, tous passionnés de chasse à
courre au point d’en délaisser les affaires du royaume, semble presque gênante. Napoléon
savait que la chasse faisait partie des obligations d’un monarque devant vivre en public.
Comme sous l’Ancien Régime, ses courtisans ont donc été fréquemment invités à chasser.
Charles-Éloi Vial / conservateur à la Bibliothèque nationale de France, secrétaire général de l’Institut Napoléon
D
e récentes recherches incitent
à complètement remettre
en question la tradition
historiographique qui fait de
l’Empereur un piètre chasseur.
Au contraire, à défaut d’y
exceller réellement, cette
activité semble avoir été pour lui une
véritable passion. Les archives révèlent
ainsi que Napoléon a chassé au moins
trois cent vingt fois en dix années de
règne, soit une fois tous les cinq jours,
à tir comme à courre.
Chasses à courre, chasses de cour
Dès 1801, le docteur Corvisart s’inquiète
de voir Bonaparte s’épuiser au travail et
26 NAPOLÉON 1er / RSN
lui conseille de faire de l’exercice. Son
entourage, qui compte de nombreux
chasseurs, notamment Joseph, a donc
l’idée de lui organiser des chasses à
courre. L’apparition de ces chasses,
évoquant celles de Louis XV et de
Louis XVI, au moment où le Premier
consul est accusé de vouloir reconstituer
une monarchie à son profit, a d’ailleurs
frappé les esprits. En 1804, parallèlement
à la reconstitution de la cour sur le
modèle de Versailles, Napoléon confie
l’office de grand veneur au maréchal
Berthier, déjà passionné de chasse.
Avec un budget de 445 000 francs par an,
Napoléon peut entretenir quatre-vingt
deux veneurs, recrutés parmi d’anciens
employés de Louis XVI, cent chevaux et
deux cents chiens. En 1810, la meute et
les chevaux s’installent dans le Grand
chenil de Versailles, construit pour
Louis XIV. Les officiers de la vénerie
impériale, choisis parmi l’ancienne
et la nouvelle noblesses, travaillent
avec l’administration des forêts de la
Couronne. Citons entre autres le capitaine
des chasses à tir, le comte de Girardin,
également aide de camp de Berthier, ou
encore le porte-arquebuse de l’Empereur,
le chevalier de Beauterne, qui a servi
Louis XV et est connu pour avoir aidé à
tuer la bête du Gévaudan en 1765 !
Dès 1804, la cour impériale prend
l’habitude en temps de paix de se
Fusils de chasse
de Napoléon.
Par Jean Lepage,
arquebusier
(Paris, musée
de l’Armée).
© Paris, musée
de l’Armée (dist.
RMN-Grand
Palais) / Pascal
Segrette.
Départ de Napoléon et Marie-Louise pour la chasse à Compiègne en 1811.
Huile sur toile par Joseph Bidault (Paris, musée Marmottan). © Photo Josse/Leemage.
CHASSE ET DIPLOMATIE
Comme autrefois à Versailles, les hôtes de marque sont
invités à chasser avec le souverain, ce qui est considéré
comme un grand privilège. Napoléon se sert souvent de ses
chasses pour mener des entretiens avec des diplomates
étrangers. Lors des rencontres avec d’autres souverains,
par exemple le tsar Alexandre en 1808 ou l’empereur d’Autriche à Dresde en 1812, il organise alors des parties de
chasse, manière de créer des liens avec ses alliés tout en
les impressionnant par les performances de son équipage.
Lors de l’entrevue d’Erfurt, un observateur remarque cependant que certains rabatteurs effrayés préfèrent creuser des
trous pour se cacher pendant les chasses à tir, Napoléon et
Alexandre Ier étant tous les deux myopes et piètres tireurs !
L’Empereur chasse au sanglier
dans la forêt de Marly. Illustration
par Louis Bombled. Coll. V.R.
Le maréchal Berthier en habit de grand veneur.
Huile sur toile par Jacques‑Augustin‑Catherine
Pajou (châteaux de Versailles et de Trianon).
© RMN-Grand Palais (château de Versailles) / Gérard Blot.
déplacer entre les différents palais de la
Couronne. Dans ces lieux prestigieux, la
chasse a toujours été considérée comme
un art de vivre. Napoléon séjourne ainsi à
Rambouillet au printemps, à Saint-Cloud
et à Trianon en été, à Compiègne et
Fontainebleau en automne : ces anciens
palais des rois, environnés d’immenses
forêts, sont tous propices à la pratique de
la chasse. Lors des séjours de la cour à
Fontainebleau ou Compiègne, les chasses
ont lieu presque tous les jours. Napoléon
prend grand soin de ses forêts. Il y fait
réintroduire du gibier et remeuble les
pavillons de chasse comme Bagatelle,
dans le bois de Boulogne, La Muette
en forêt de Saint-Germain-en-Laye, ou
NAPOLÉON 1er / RSN 27
DOSSIER VIE DE L’EMPEREUR
Le Butard, près de Versailles. En 1810, il
rachète même les domaines de Marly et du
Raincy, et une partie de la forêt de Meudon
afin d’agrandir son domaine de chasse (1).
La chasse, rituel dont le déroulement
est prévu par l’Étiquette du palais
impérial, est un des événements les plus
importants de la vie de cour. L’Empereur
fait généralement inviter entre dix et
trente personnes, qui se retrouvent à
l’heure prévue au rendez-vous de chasse,
revêtus de la tenue verte à galons dorés
règlementaire.
Les courtisans, qui rêvent tous d’obtenir
une invitation, ne manquent jamais
de s’y rendre, comme le raconte le
général Thiébault dans ses célèbres
Mémoires. La présence de la cour, sans
oublier celle des mendiants, curieux et
solliciteurs qui poursuivent l’Empereur
sur les chemins forestiers, explique
que certaines chasses sombrent parfois
28 NAPOLÉON 1er / RSN
Napoléon à la chasse
au daim dans les bois
du Butard (derrière
lui se trouve son
mamelouk, Roustam).
Porcelaine de
Sèvres peinte
par Jean‑
François Robert,
assiette livrée
à l’impératrice
Joséphine
en 1808
(châteaux
de Malmaison et
de Bois‑Préau).
© akg-images /
Laurent Lecat.
dans le désordre, comme le remarque le
prince Clary, qui représente l’Autriche
au mariage de 1810 : « J’errai en tous
sens dans la forêt ; tantôt je rencontrais
un palefrenier, tantôt un général égaré,
tantôt je voyais passer la chasse de
bien loin, tantôt des promeneurs et des
curieux m’en donnaient des nouvelles.
Enfin je ne rejoignis l’Empereur qu’à la
mort du cerf. » Après chaque chasse, les
invités sont conviés à un déjeuner fourni
par la Maison de l’Empereur, sur des
tables à tréteaux et des meubles pliants,
en général dans un pavillon de chasse,
parfois sous une tente dressée en forêt.
Napoléon peut y discuter gaiement avec
Berthier, Duroc ou Caulaincourt.
les grandes chasses aristocratiques
de l’Ancien Régime. Il ignore donc
tout des techniques de la chasse.
Cependant, chasser dans les anciens
domaines des rois de France l’aide
peut-être à se glisser dans la peau d’un
monarque. Il fait même adapter à sa
taille les fusils de Louis XVI !
Dans sa hâte d’imiter les anciens
usages, il se montre parfois maladroit.
Dès 1803, il est blessé par un sanglier,
manquant d’y perdre un doigt (2). Il
est en outre un piètre cavalier, qui
maltraite ses montures et qui tombe
plusieurs fois de cheval. Au tir, il est
tout aussi maladroit. Du fait de sa
myopie, il rate souvent sa cible. Lors
d’une chasse en 1808, le maréchal
Masséna se fait ainsi crever un œil
par l’Empereur, qui s’empresse
d’accuser Berthier ! L’Empereur est
donc un médiocre chasseur. Il ne se
Un veneur médiocre
mais enthousiaste
Que ce soit en Corse ou pendant sa vie
de garnison, Napoléon n’a jamais connu
Napoléon à la
chasse dans
la forêt de
Compiègne.
Huile sur toile
par Carle
Vernet (Saint‑
Pétersbourg,
musée de
l’Ermitage).
© Bridgeman
Images/
Leemage.
Couteau de chasse
ayant appartenu à
Napoléon, porté par
lui le jour où le pape
Pie VII arriva en forêt
de Fontainebleau,
le 25 novembre 1804.
Château de Fontainebleau.
© RMN-Grand Palais (château
de Fontainebleau) / Gérard Blot.
LES CHASSES LES PLUS
AGRÉABLES SE RÉSUMENT
À DE LONGUES GALOPADES
EN FORÊT, OÙ IL CHERCHE
PLUS À SE DÉFOULER
QU’À SUIVRE LE GIBIER.
fait réellement expliquer les règles de
la vénerie qu’en 1807 par un de ses
chambellans, le comte d’Haussonville :
« C’est très savant la chasse à courre,
presque aussi savant que la guerre »,
aurait-il dit à la fin de la leçon…
Pour Napoléon, les chasses les plus
agréables se résument longtemps
à de longues galopades en forêt, où
il cherche plus à s’épuiser et à se
défouler qu’à suivre le gibier. En
une chasse, il peut parcourir près de
100 km au galop, laissant les courtisans
loin derrière lui. Les chasses à courre
servent aussi à Napoléon de substitut
à la guerre : uniformes, armes, cartes
et réflexion stratégique lui rappellent
les champs de bataille.
Le danger ne manque pas, les cerfs
et sangliers aux abois se défendant
toujours âprement. On dénombre huit
(1) Voir à ce sujet Charles‑Éloi Vial, Le Grand veneur,
de Napoléon Ier à Charles X, Paris, École des Chartes, 2016.
(2) Napoléon Bonaparte, Correspondance générale,
Paris, Fayard, 2006, vol. iii, p. 1 000, lettre n° 6952
à Joséphine, Malmaison, 23 juin 1802 [4 messidor an x].
NAPOLÉON 1er / RSN 29
DOSSIER VIE DE L’EMPEREUR
morts parmi les veneurs de l’Empereur,
sans compter de nombreux blessés.
Moins violente, la chasse à tir aux
perdrix, faisans ou lièvres est pour
lui une distraction qu’il s’accorde à
la fin d’une journée de travail bien
remplie. Rappelons en outre que
Napoléon ne chasse pas toujours le
gibier : certaines chasses sont parfois
des prétextes qui lui permettent de
retrouver ses maîtresses loin des
regards jaloux de Joséphine, les
pavillons de chasse ayant été équipés
de chambres confortables… C’est
notamment le cas de la belle Christine
de Mathis, en 1809.
Les observateurs remarquent qu’à la fin
du règne la qualité des laisser-courre
s’améliore, Napoléon s’intéressant
de plus en plus à la chasse : il y a
moins d’invités, la meute est plus
30 NAPOLÉON 1er / RSN
320
C’est le nombre de chasses auxquelles
Napoléon a participé au cours
des dix années de son règne.
performante, les veneurs mieux
entraînés et les règles de la vénerie
davantage respectées. L’Empereur
a pris l’habitude de suivre la chasse
en compagnie de Marie-Louise, qui
monte à cheval en amazone. Pour
l’impressionner, il achève lui-même
le cerf au fusil. Avant la campagne
de Russie, l’équipage des chasses
impériales est même considéré
comme l’un des meilleurs d’Europe.
Une activité symbolique
Napoléon apprécie aussi la chasse car
il la considère comme un instrument
de propagande, qui lui permet
d’augmenter sa popularité. Des fêtes
sont spontanément organisées dans les
villages où l’Empereur passe en allant ou
en rentrant de ses chasses. Il distribue
parfois plusieurs milliers de francs à
ses sujets venus l’acclamer en forêt. La
presse s’empare également des récits
des chasses impériales, qui paraissnt
dans le Moniteur, le Journal de Paris ou
le Mercure de France.
Fier de ses chasses, Napoléon veut très
tôt se faire peindre en chasseur. En 1810,
lors d’une visite à la manufacture de
Sèvres, il invite le peintre Jean-François
Robert à le suivre en forêt. Des vases,
des assiettes, des services en porcelaine
représentant des chasses sont acquis
LE PALAIS
DU ROI DE ROME
En 1811, au moment de concevoir le
palais dit du roi de Rome sur la colline
de Chaillot, l’architecte Fontaine songe
à créer une vaste réserve cynégétique
aux portes de la capitale, en entourant
le bois de Boulogne d’une grande enceinte. Dans un moment d’inspiration,
le premier architecte propose même
à l’Empereur d’y lâcher des animaux
sauvages d’Afrique ou d’Asie pour organiser des chasses exotiques. Nul ne
sait ce que Napoléon a pensé de cet
incroyable projet !
par la Maison de l’Empereur. Carle
Vernet, le grand peintre de batailles
et de chevaux, peint notamment un
portrait de Napoléon en pied en tenue de
chasseur, aujourd’hui perdu, ainsi qu’un
tableau représentant un hallali au bois
de Boulogne, commandé pour le prince
Eugène, qui fait sensation au Salon de
peinture de 1812, les critiques s’étonnant
de voir Napoléon représenté autrement
qu’en général victorieux.
Connues de toute l’Europe, les chasses
impériales connaissent cependant un
rapide déclin après la campagne de Russie.
Les diplomates et les souverains étrangers
s’y font de plus en plus rares, au point
que l’Empereur finit par chasser seul. Il se
rend pour la dernière fois à une chasse à
Versailles, en novembre 1813, quelques
semaines avant la campagne de France.
À l’île d’Elbe, il continue à s’intéresser
à la chasse. Il organise un champ de tir
au lapin et se constitue une petite
meute. À la veille de partir à SainteHélène, cherchant à se renseigner
sur les conditions de vie sur l’île, il
demande aux Anglais s’il est possible
d’y chasser à courre ou à tir ! Son lieu
d’exil manque cruellement de gibier,
mais il y a quelques chasses, fort
modestes. Napoléon va ainsi chasser
la perdrix près de Longwood House le
16 janvier et le 14 août 1816. Las Cases
rapporte le souvenir de cette dernière
chasse à tir où l’Empereur, déçu et
bredouille, fait remarquer que « tout ceci
n’était point précisément les chasses de
Rambouillet ni de Fontainebleau ».
Une telle nostalgie montre que Napoléon
est bel et bien, comme les rois de France
avant lui, un passionné de chasse. Ces
grandes chevauchées comblent son besoin
de faire de l’exercice ainsi que son goût
pour la nature et les grands espaces. Il a
fini par aimer ses forêts, comme il aimait
son Empire. N’a-t-il pas déclaré : « Mon
jardin, c’est la forêt de Fontainebleau
et je n’en veux pas d’autre » ?
n
IL APPRÉCIE LA CHASSE CAR IL LA CONSIDÈRE COMME UN INSTRUMENT
DE PROPAGANDE, QUI LUI PERMET D’AUGMENTER SA POPULARITÉ.
L’Empereur chassant à Choisy-au-Bac.
Dessin à la plume et encre noire
par Jean‑François Robert
(Sèvres, archives de la manufacture).
© RMN-Grand Palais (Sèvres, Cité de la
céramique) / Martine Beck-Coppola.
NAPOLÉON 1er / RSN 31
DOSSIER DÉCRYPTAGE
Trois allures
pour trois périodes.
Napoléon avait compris
l’importance de sa
silhouette. Avec lui,
celle-ci est d’emblée
marquante, presque
unique. Pour l’acteur
Les trois époques
de Napoléon
de l’histoire qu’il
entend être, il se doit
d’apparaître sur la scène
mouvante de son temps
comme l’on s’attend à ce
qu’il soit. Il le sait déjà :
l’image compte autant
que le reste.
Pierre Branda / historien, responsable
du patrimoine de la Fondation Napoléon
Dessins : Jean-François Krause
32 NAPOLÉON 1er / RSN
Sa première apparence est un peu celle d’un
chien fou. Il a le cheveu en bataille. Normal,
pour un général qui enchaîne les victoires. Le
cheveu abondant, c’est également le triomphe
de la jeunesse, de la fougue bien sûr. Il est
rebelle et bouscule les conventions. Impossible
dès lors d’adopter une coupe sage. Non, la
sienne restera ébouriffée, cheveux au vent,
libres, sans attaches tant qu’il sera le général
Bonaparte. Pour courir et braver la mort sur le
pont d’Arcole, il faut être ainsi. Le nouveau héros
ne peut porter ni perruque, ni paraître timoré. Le
jeune révolutionnaire qu’il est a aussi le profil
Vient le temps du pouvoir. S’il
reste un général, il ne doit pas
inquiéter. Son profil martial
rassure certes tous ceux
qui aspirent, après l’épisode
révolutionnaire, à un retour à
l’ordre, mais il ne faut pas pour
autant inquiéter tous ceux qui
pourraient craindre une dictature
militaire. Bonaparte ne doit plus
être un aventurier : il lui faut
incarner un chef d’État crédible.
Dans une société qui aspire à
la stabilité et à une certaine
concorde, quel modèle adopter ?
Celui-ci ne peut être qu’ancien
et faire l’unanimité. L’époque est
pointu, aiguisé comme les piques de son armée.
Anguleux, il ne fait guère dans la nuance. Bien
sûr, en observant son profil, on pense déjà à
l’aigle, son futur emblème, tant il paraît acéré.
L’œil est perçant aussi. Tout le rapproche du
grand oiseau des cimes. Affilé et fulgurant, il
imite le feu venu du ciel : « Napoléon vole comme
l’éclair et frappe comme la foudre » fait-il écrire
d’ailleurs dans ses journaux. Sous l’image,
la légende pointe, s’installe, impressionne
et marque ses contemporains, avant que les
générations suivantes ne s’enthousiasment
à leur tour pour ce général fascinant.
en pleine vogue néoclassique.
L’Antiquité séduit les esprits et
inspire la mode comme les arts
depuis quelques années déjà.
Pour Bonaparte, la solution est
toute trouvée : il sera un dirigeant
à la romaine. Il devient consul de
la République comme autrefois
César ou Pompée. Les institutions
sont au diapason : un Sénat et
un Tribunat sont institués, des
préfets aussi. Des codes sont en
préparation, l’imitation romaine
bat son plein. Évidemment, sa
figure doit muer. Le général
de la Révolution laissera place
à un Consul. Les cheveux
Empereur, Napoléon change à nouveau d’image.
Ce sera la dernière et celle qui restera la plus
fameuse, même si les deux autres perdurent
toujours. C’est sa création la plus aboutie, la
plus originale et qui, cette fois, n’appartient qu’à
lui. Son empire se fonde sur la gloire militaire.
Comme le roi de Prusse Frédéric II, il adopte
une tenue réglementaire, celle de colonel des
chasseurs de sa Garde, verte ou bleue, affichant
ainsi une certaine simplicité. Il se démarque
de ses maréchaux chamarrés en diable, de son
mameluk aux atours exotiques ou du roi de
Naples, Murat, dont les tenues à la Franconi
peuvent faire sourire. Parmi son aréopage
galonné d’or, Napoléon détonne, se distingue.
De loin, on le reconnaît et il peut impressionner.
Le couvre-chef est lui aussi discret. Il choisit
son fameux bicorne, un chapeau que d’aucuns
peuvent acheter pour quelques francs. Fait en
sont vite raccourcis. ll adopte
une coiffure à la Titus. Devant
comme derrière, ses mèches
sont égales. Quand ses
premières gravures se diffusent,
son profil pointu rappelle
encore sa fougue mais elle se
marie désormais à une coupe
régulière, gage de stabilité.
C’est en effet l’époque où
il pose sur le sol de France
les « masses de granit » qui
fondent la France moderne.
L’image est donc subtile, encore
originale, mais fort bien étudiée
pour correspondre à la réalité
nouvelle.
castor, il ne résiste pas à la pluie et au moins
une centaine de ceux qu’il porte seront recyclés
en poignée de fer à repasser pour sa lingère.
Ce chapeau aussi est reconnaissable entre
tous : son ombre symbolise, aujourd’hui comme
hier, le « personnage Napoléon ». C’est ce que
l’on appelle une communication réussie. Enfin,
l’Empereur ajoute au bicorne et à l’uniforme une
redingote grise, elle aussi ordinaire. Elle lui donne
une certaine ampleur et complète le tableau.
Physiquement, les rondeurs de Napoléon sont
celles d’un homme qui se veut désormais le plus
bienveillant possible, comme tout monarque se
doit d’être. Partant, le souverain entend par son
apparence rester proche de ses soldats comme
de ses sujets. Un pari de proximité réussi audelà des espérances surtout pour sa postérité :
bicorne, uniforme comme redingote deviennent
aussi légendaires que lui.
NAPOLÉON 1er / RSN 33
DOSSIER PATRIMOINE
SYMBOLIQUE ET
DISCOURS POLITIQUE
Le tombeau
de l’Empereur
En codicille de son testament rédigé le
16 avril 1821, peu avant sa mort à SainteHélène, Napoléon manifeste le désir d’être
inhumé à Paris : « Je désire que mes
cendres reposent sur les bords de la Seine,
au milieu de ce peuple français que j’ai tant
aimé. » Son tombeau en traduit l’esprit.
Henri Ortholan / docteur en histoire et ancien conservateur au musée de l’Armée
Lente évolution de l’opinion publique…
et des Britanniques
Pour des raisons autant politiques que d’opinion publique,
il faut attendre 1840 pour que le retour en France des
Cendres soit possible. À l’initiative d’Adolphe Thiers, nouveau
président du Conseil en même temps que grand historien
du Consulat et de l’Empire, Louis-Philippe obtient l’accord
des Britanniques. Aussitôt, une loi en date du 10 juin vote
un budget pour faire reposer l’Empereur en l’église des
Invalides : « Le tombeau sera placé sous le dôme, consacré
ainsi que les quatre chapelles latérales à la sépulture de
l’empereur Napoléon. » Pourquoi les Invalides ? Parce
que, comme l’exprime Charles de Rémusat, ministre de
l’Intérieur, « il ne faut pas à Napoléon la sépulture ordinaire
des rois ; il faut qu’il règne et commande encore dans
l’enceinte où vont se reposer les soldats de la patrie, et où
iront toujours s’inspirer ceux qui sont appelés à la défendre ».
Le 7 juillet 1840, la frégate la Belle-Poule et la corvette
la Favorite quittent Toulon pour Sainte-Hélène sous le
commandement du prince de Joinville, troisième fils de
Louis-Philippe. La petite division navale arrive à bon port
le 8 octobre, l’exhumation et le transfert du cercueil de
Napoléon ayant lieu le 15. Joinville lève l’ancre le 18 et arrive
à Cherbourg le 30 novembre. Six jours après, le cercueil passe
sur le vapeur la Normandie, lequel gagne le Val de la Haye,
où un petit caboteur fluvial, la Dorade, prend la relève pour
remonter la Seine et s’amarrer à Courbevoie le 14 décembre.
Cérémonie grandiose et inhumation provisoire
Le lendemain, un char imposant, construit pour la circonstance
et tiré par seize chevaux, transporte en grande pompe le
cercueil jusqu’aux Invalides en présence d’une foule dense
et de troupes en armes. Ferment le cortège de nombreux
survivants de la Grande Armée qui veulent rendre un dernier
hommage à leur Empereur.
À l’entrée des Invalides, trente-six marins de la Belle-Poule
placent le cercueil sur un cadre et le conduisent jusqu’à
l’église du Dôme où attendent Louis-Philippe et les grands
corps de l’État. La dépouille impériale prend place, à gauche
34 NAPOLÉON 1er / RSN
Vue du Tombeau de Napoléon sous le dôme des Invalides. © De Agostini/Leemage.
NAPOLÉON 1er / RSN 35
DOSSIER PATRIMOINE
Le Retour des Cendres : le prince de Joinville au tombeau de Napoléon à Sainte-Hélène. Bas-relief de marbre blanc par Augustin-Alexandre
Dumont (Paris, hôtel des Invalides). © Musée de l’Armée (dist. RMN-Grand Palais) / Pierre-Luc Baron-Moreau.
du Dôme en entrant dans la chapelle Saint-Jérôme, qui reçoit
un décor d’apparat fait de pesantes draperies décorées
d’aigles et d’abeilles. Veillée par des pensionnaires des
Invalides, elle y restera plus de vingt ans.
Quelle sépulture donner à l’Empereur ?
Le ministre de l’Intérieur, Tanneguy Duchâtel, ouvre
un concours dont le programme impose de « respecter
l’œuvre de Mansart et de Louis XIV ». Comme voulu par la
Chambre le 13 mai 1841, le tombeau doit avoir « l’aspect
de la grandeur sans trop s’élever du sol, quelque chose qui
attire le regard, qui s’en empare, mais sans lui interdire
d’embrasser l’ensemble de l’édifice ». Parmi les quatrevingt-un projets déposés à l’École des Beaux-Arts à partir
du 27 octobre, une commission retient en mars suivant
celui de l’architecte Visconti, qui sans nul doute est celui
qui respecte le mieux les volumes du Dôme.
Visconti procède à d’importantes transformations en creusant
une immense excavation. Les travaux dépassent le budget
initial et se poursuivaient toujours à la chute de LouisPhilippe en février 1848. Visconti meurt en 1853, peu avant
l’achèvement. Il faut attendre encore huit ans, le 2 avril 1861,
pour que, en présence de Napoléon III, Empereur des Français,
le cercueil de son oncle rejoigne sa sépulture définitive.
Ainsi donc ce projet, décidé par la monarchie de Juillet et
destiné à honorer la mémoire du grand homme du Premier
36 NAPOLÉON 1er / RSN
Allégorie de la Victoire.
Marbre blanc par
Jean-Jacques
Pradier, appartenant
à un ensemble
de douze statues
entourant le
Tombeau sculptées
entre 1843 et
1852 (Paris, hôtel
des Invalides).
© Musée de l’Armée
(dist. RMN-Grand
Palais) / Christian
Moutarde.
Tombeau de l’Aiglon et statue de Napoléon Ier. Sculpture de marbre blanc par Pierre-Charles Simart (Paris, hôtel des Invalides).
© Musée de l’Armée (dist. RMN-Grand Palais) / Christophe Chavan.
Empire, s’achève sous le Second Empire. Voulu par LouisPhilippe dans une démarche de rassemblement des Français,
il va se retrouver décalé par rapport au discours initial, en
raison des bouleversements politiques qui venaient de se
produire depuis 1848.
Symboles et messages officiels
Comme l’impose le concours de 1841, l’autel s’offre en vue
directe au visiteur au moment où il entre dans l’église du Dôme.
Ce n’est qu’en s’avançant et en se penchant par-dessus une
vaste balustrade circulaire qu’il découvre l’imposant tombeau.
La perspective ne manque ni de grandeur, ni de majesté.
En se dirigeant vers l’autel, le visiteur emprunte, par la droite
ou par la gauche, un escalier semi circulaire conduisant à un
palier qui le place face à une entrée monumentale fermée
par des portes de bronze. On entre dans le domaine des
symboles : deux austères statues colossales (1) portant les
attributs du pouvoir – à droite le globe terrestre et l’épée, à
gauche la couronne impériale et le sceptre –, gardent l’entrée,
que domine bien au-dessus du linteau l’inscription formulant
le vœu de Napoléon de reposer parmi les siens.
Après avoir franchi ces portes qui font passer sous l’autel,
on aperçoit le sarcophage impérial qui paraît encore lointain.
Le passage donne sur un escalier d’une seule volée que prolonge
un couloir, parcours qui, telle une démarche initiatique, plonge
le visiteur dans les profondeurs de la construction.
Il faut remarquer, tout en bas, deux bas-reliefs de marbre
blanc représentant, à gauche Le prince de Joinville au
tombeau de Napoléon à Sainte-Hélène par Augustin Dumont
(1808-1884) et, à droite, Louis-Philippe recevant les cendres de
l’Empereur sous le dôme des Invalides par François Jouffroy
(1806-1882). En fait, ils ne sont en place que depuis 1910, sous
la IIIe République. Réalisés à la gloire de Louis-Philippe, mais
achevés en 1861, en plein Second Empire, on avait alors
jugé leur installation peu opportune.
Le visiteur débouche ensuite à l’air libre dans un espace
circulaire, et c’est là que le génie de Visconti se manifeste.
De dominé qu’il était par le visiteur, l’ouvrage funéraire cette
fois le domine de sa masse lorsqu’il arrive à son pied. Là, un
sarcophage en quartzite de Finlande repose sur un socle en
granit vert des Vosges et a pris place au centre d’un ensemble
scénographique qui se décline dans le mode militaire, mais
surtout dans le mode civil (2).
Au pied du caveau, sur un sol de marbre polychrome, une
couronne de lauriers et huit inscriptions rappellent autant
les grandes victoires du général Bonaparte (Rivoli,
Pyramides et Marengo) que celles de Napoléon (Austerlitz,
Iéna, Friedland, Wagram et la Moskowa). Entourant le
(1) Réalisées par Francisque Duret (1804-1865).
(2) De l’autre côté du monument funéraire repose le Roi de Rome (depuis le 15 décembre
1940), dominé par une statue de l’Empereur revêtu de la symbolique impériale.
NAPOLÉON 1er / RSN 37
DOSSIER PATRIMOINE
Création du Conseil d’État, le 12 décembre 1799.
Bas-relief de marbre blanc par Pierre-Charles Simart, décor de
la galerie circulaire autour du Tombeau rappelant les réalisations
civiles de l’Empereur (Paris, hôtel des Invalides).
© Musée de l’Armée (dist. RMN-Grand Palais) / Pierre-Luc Baron-Moreau.
Au pied du Tombeau de Napoléon. © De Agostini/Leemage.
Tombeau, douze « Victoires » ailées de marbre blanc dues à
Jean-Jacques Pradier (1790-1852), dans l’attitude de divinités
féminines vêtues à l’antique, symbolisent les campagnes que
l’on reconnaît aux attributs qu’elles tiennent en main : couronne
et sceptre pour la première campagne d’Italie (1795), couronne
et glaive pour la seconde (1800), pomme de pin pour celle de
Pologne (1804), couronne et rouleau de parchemin pour celle
de Russie (1812), et même palme renversée pour la dernière,
celle de Belgique (1815)…
Enfin, et c’est là que s’exprime en fait le message officiel voulu
par la monarchie de Juillet, une galerie circulaire présente une
suite de dix bas-reliefs sculptés par Pierre-Charles Simart (18061857) qui présentent l’œuvre civile et organisatrice du règne. Ils
couvrent autant le Consulat que le Premier Empire. Ils se lisent de
gauche à droite dans l’ordre suivant : La Pacification des troubles,
L’Administration, Le Conseil d’État, Le Code (civil), Le Concordat,
L’Université, La Cour des Comptes, Le Commerce et l’industrie,
Les Grands travaux publics, La Légion d’honneur. Chaque fois,
sous une représentation résolument antique qui permet de
donner une certaine distance au discours, Napoléon trône tel un
Jupiter en majesté recevant les hommages de la société française
comme il a voulu la façonner. La symbolique et l’académisme
conservent leurs droits : vices et vertus se reconnaissent, là
aussi, à des attributs particuliers. Des citations, extraites pour la
plupart du Mémorial de Sainte-Hélène, explicitent chacune de ces
compositions et magnifient l’œuvre de Napoléon Bonaparte.
Ces bas-reliefs sont certainement les éléments les plus
significatifs du décor du Tombeau car ils mettent davantage
en valeur le législateur que l’homme de guerre. Nous sommes
loin du « petit caporal » des soldats de la Grande Armée et plus
encore de l’exceptionnel capitaine qui a fait trembler l’Europe,
tout comme de l’Empereur des Français : nous voilà surtout face
à l’homme providentiel qui a pacifié le pays, rétabli la confiance et
permis au commerce et à l’activité économique de reprendre un
cours normal à l’issue de la Révolution. À cet égard, le discours
est proche de celui du roi bourgeois et de la monarchie de Juillet.
Mais n’est-il pas aussi celui du Second Empire ?
Seul le recul du temps a permis de prendre peu à peu
conscience du caractère grandiose du Tombeau de l’Empereur,
aujourd’hui détaché des considérations partisanes et politiques
de l’époque, au point d’attirer des visiteurs venus de la plupart
des pays du monde actuel. Si la scénographie de l’ensemble
a sciemment atténué le caractère éminemment militaire
du personnage, elle a retenu ce que notre pays lui doit
aujourd’hui encore, dans nos institutions en particulier,
et qui contribue à entretenir sa mémoire.
n
BIBLIOGRAPHIE
Céline Gautier, Le Tombeau de Napoléon,
préface du général Bresse, Saint-Cloud, Soteca, 2010.
François Lagrange et Jean-Pierre Reverseau, Les Invalides,
la guerre, la mémoire, Paris, Gallimard, 2007.
Albert Lenoir, Le Dôme des Invalides et le Tombeau de Napoléon Ier,
Paris, Librairie classique et d’éducation, 1850.
Anne Muratori-Philip, L’Hôtel des Invalides, Paris, Éditions Complexe,
Musée de l’Armée / Caisse nationale des monuments historiques et
des sites, 1992.
Général Niox, Napoléon et les Invalides, Paris, Delagrave, 1911.
38 NAPOLÉON 1er / RSN
Dôme des Invalides. © Viard M./HorizonFeatures/Leemage.
NAPOLÉON 1er / RSN 39
DOSSIER DÉBAT
Près de deux cent cinquante ans après sa naissance
Que reste-t-il de
Napoléon aujourd’hui ?
Auteurs chacun d’ouvrages remarqués consacrés à la légende napoléonienne (1),
l’écrivain-éditeur Arthur Chevallier s’entretient avec l’historien-chroniqueur
Xavier Mauduit sur la place accordée à l’Empereur dans la société actuelle. Quelle
est la part d’héritage encore consentie et en quoi Napoléon se trouve-t-il toujours
au cœur des débats de société ? Propos recueillis par David Chanteranne.
Malgré les critiques, Napoléon
demeure-t-il en France une
« statue du commandeur » ?
XAVIER MAUDUIT : Sans chercher
à provoquer, il me semble qu’il a déjà
disparu en tant que figure tutélaire
depuis le Second Empire. Et même,
pour simplifier, son caractère politique
n’existe quasiment plus depuis sa propre
chute. En 1869, pour le centenaire de
sa naissance, il n’est même pas fêté.
Napoléon III, en pleine libéralisation du
régime, ne cherche pas à s’en servir et
ne lui octroie que quelques cérémonies,
sans plus. Il le transforme en « figure »
historique. En revanche, et c’est à
souligner, depuis ce temps, il demeure
omniprésent par capillarité. En 1914,
on l’a placé aux côtés de Vercingétorix
ou de Jeanne d’Arc dans le panthéon
national. Et aujourd’hui, il est plus que
cela. Pour preuve : dans le magazine
28 minutes sur Arte, je propose une
chronique quotidienne où j’ai un mal fou
à ne pas parler de Napoléon. Non que je
souhaite à chaque fois l’évoquer, mais
dans chaque recherche que j’effectue
je tombe systématiquement sur lui. Le
principe de mon sujet étant de choisir un
élément de l’actualité et de tirer du passé
un événement ou un personnage qui
peut s’y rattacher ou y faire référence, la
Révolution – en tant que bouleversement –
ou l’Empire – comme période de
reconstruction – sont toujours là.
ARTHUR CHEVALLIER : Il n’est plus
la statue du commandeur, comme on
l’imaginait au milieu du xixe siècle, mais
plus simplement l’incarnation de la
Révolution. Il en est même « la preuve »
pourrait-on dire. Cependant, pour une
partie de l’échiquier politique qui tend
à assimiler Révolution et Terreur, c’est
davantage Robespierre qui apparaît, à
l’étranger Napoléon reste la caution de
40 NAPOLÉON 1er / RSN
« scandaleuse » qu’elle a en 2019. Et
Napoléon n’a pas inventé la bataille,
que je sache ! En revanche, qu’il en
ait « révolutionné » l’exercice est
indéniable. Sinon, Clovis, Philippe
Auguste, Louis XIV et même Joffre
sont aussi à classer parmi les plus
grands « ogres ». Or, on ne faisait pas
la guerre pour tuer mais pour étendre
des territoires, exercer son influence
ou dominer un adversaire politique.
Et au début du xixe siècle, c’était au
nom de l’universalisme. Mais on tape
aujourd’hui allègrement sur Napoléon
parce que les monarchistes, tout
au long de la Restauration et même
les années suivantes, ont tenté de
discréditer cet enfant d’Ajaccio, parti
de rien, qui avait réussi. C’était un
symbole d’intégration et de réussite.
Il dérangeait. Pour eux, il fallait que
chacun restât à sa place.
X.M. : Cela s’est poursuivi pour une autre
raison au début du siècle suivant. Le
pacifisme est passé par là. L’argument a
donc repris une vigueur insoupçonnée.
Et les plus récents reproches concernent
davantage le rétablissement de
l’esclavage. Mais lorsque l’on connaît la
situation géopolitique de ces années-là,
on comprend qu’il soit le produit de ses
années de formation.
frère Lucien Bonaparte, qui sont des
cautions du temps passé. Pour garder le
pouvoir, il lui faut nourrir son règne de
symboles évidents de la Révolution.
Mais alors, est-il à considérer, à la
suite de la Terreur, comme un mal
pour un bien ? Et avec le recul, faut-il
le voir comme un ogre ou un héros ?
X.M. : Pour moi, c’est sans conteste
un héros. On ne peut pas le réduire au
« tueur » que certains caricaturent, même
s’il possède toute la complexité que recèle
chaque « grande » personnalité de l’histoire.
L’argument « belliqueux », qui évidemment
concerne chaque chef de guerre, ne tient
pas. C’est factuel et trop simpliste.
A.C. : Il faut situer le contexte. En
1800, la guerre n’a pas la réputation
En 2019, à vos yeux, ce qui demeure
de l’épopée, est-ce l’ensemble des
institutions léguées par Napoléon
ou la culture française qu’il a
diffusée à travers le monde ?
X.M. : La culture est là, sans conteste.
Il n’est qu’à voir les files de touristes
qui viennent admirer les toiles de David
dans les musées. Et les institutions
restent une évidence, par les créations
pérennes que sont la banque de France,
les lycées, le Code civil, la Légion
d’honneur… Pourtant, ce qui est encore
plus prégnant, c’est ce sentiment
français, qui est partout, en chacun de
nous, à plus ou moins forte dose, une
autre forme de chauvinisme. On « s’aime
bien », on admire notre histoire, et on
reste nostalgique de ce que Jean Tulard
a fort justement appelé « le mythe du
sauveur » (2). En revanche, ce qui fait
peur et qui est né d’une confusion,
c’est le césarisme. Et cette forme de
pouvoir, cet exercice fait d’autorité et
de réglementations, c’est finalement
Napoléon III qui l’a davantage appliqué.
Photo D.C.
l’après-1789. Il est plus jeune d’environ dix
ans que tous les chefs de la Convention
(tels Billaud-Varenne ou Danton). Il n’a
pas encore vingt ans à la prise de la
Bastille et, d’une certaine façon, en 1799, il
« ringardise » les membres du Directoire. Il
récupère alors le pouvoir en effectuant une
sorte de hold-up, héritant non seulement
d’une France républicaine confrontée à
une Europe coalisée contre la nouvelle
France mais surtout devant exercer son
pouvoir en tant que Consul puis Empereur
au nom de la République et des valeurs
de la Révolution. C’est écrit et il l’assume.
En 1815, pendant les Cent-Jours, preuve
supplémentaire, il sait que le peuple
est en faveur de la Révolution. Aussi lui
faut-il composer avec Carnot, Benjamin
Constant, La Fayette et même son propre
(1) Arthur Chevallier, Napoléon sans Bonaparte, Paris,
Le Cerf, 2018, 230 p. ; Xavier Mauduit, Napoléon,
l’homme qui voulait tout, Paris, Autrement, 2015, 336 p.
(2) Jean Tulard, Napoléon ou le mythe du sauveur,
Paris, Fayard, 1977.
NAPOLÉON 1er / RSN 41
A.C. : D’où le paradoxe. À cause de son
neveu, la République ne souhaitait pas
faire de Napoléon un héros, donc elle l’a
érigé en grand administrateur. Oubliant
au passage qu’une partie de tout ce
qu’il avait fondé l’avait été un peu avant
lui. Bref : on valorise des réalisations
« consensuelles ». Or, lorsqu’il s’agit de
consacrer une exposition à l’Empereur,
le premier souci des commissaires de
musées concerne le parcours pour les
enfants. Et, immanquablement, il leur faut
en revenir aux symboles incontournables :
le fascicule de jeu, le bicorne, le sabre
(en mousse…). Ce qui prouve que, pour
s’identifier à Napoléon, on en revient
toujours à l’homme qui monte à cheval,
porte un chapeau et fait la guerre. Et
j’ajoute que ce mythe là n’a pas été créé
par l’Empereur à Sainte-Hélène, mais par
la littérature tout au long des décennies
suivantes. Tous les héros de Stendhal
sont d’ailleurs mus par la même ambition.
Napoléon au pouvoir, c’est celui que
l’on déteste pour de mauvaises
raisons mais qui a fini par gagner
la bataille culturelle. C’est le héros
de la méritocratie.
Serait-il de nos jours un habile
communicant ou une caricature de
lui-même ? Parviendrait-il à offrir
une autre image de son parcours ?
X.M. : Il est intéressant de se poser
la question. En enlevant tout ce qui
dépasse ou déborde du cadre, il resterait
l’essentiel. Depuis la génération des
Musset et Lamartine, il porte l’espoir
d’une ascension. Chaque époque de
doute ou d’interrogation forte, comme
c’est le cas aujourd’hui, considère
que l’image qui fait rêver, c’est celle
des maréchaux de l’Empire, d’origine
modeste, et de Bonaparte, lui-même venu
de Corse. Cette image est compréhensible
par tout le monde, à travers tous les
pays, sans difficulté et à tout moment.
Le fantasme de l’épopée, qui fonctionnait
au xixe siècle, n’a pas pris une ride.
Notre société manque d’aventure. Elle
peut se raccrocher à ce mythe aisément
lisible. Toute réussite devient une
reproduction dans d’autres domaines :
on parle alors du « Napoléon » de
l’industrie, du « Napoléon » la presse,
de l’internet, etc.
A.C. : C’est bien pour cela que les
héritiers ne peuvent pas l’aimer. Il
représente tout ce qu’ils abhorrent, tout
ce qu’ils rejettent. Cette prise de risque
permanente les indispose, elle heurte leur
façon de penser. Quand on a tout, on ne
peut admirer celui qui cherche à vouloir
davantage. À leurs yeux, il en devient
presque « vulgaire ».
42 NAPOLÉON 1er / RSN
Photo D.C.
DOSSIER DÉBAT
« LES MONARCHISTES ONT TENTÉ DE DISCRÉDITER
CET ENFANT D’AJACCIO PARCE QUE C’ÉTAIT UN SYMBOLE
D’INTÉGRATION ET DE RÉUSSITE. IL DÉRANGEAIT. » Arthur Chevallier
Politiquement, les années 17991815 servent-elles encore de
référence ? Ont-elles réellement un
poids quelconque sur l’exercice du
pouvoir ? En résumant : s’agit-il
d’une posture de se réclamer à
notre époque de Napoléon ?
X.M. : Disons-le tout de suite : le
bonapartisme n’existe pas sous
Napoléon. C’est une construction
politique qui apparaît dans les années
1820-1830, après sa mort, et qui naît
sur les ruines fumantes de son exil.
Le Premier Empire s’est effondré avec
la disparition de son chef. Il a alors
été possible de reconstituer une idée
politique qui a conduit, à la première
présidence de la République, un
Bonaparte qui a ensuite mené un coup
d’État rétablissant l’Empire. Mais ce qui
est grave aux yeux de ses détracteurs,
c’est que ce pouvoir, malgré cette tache
originelle, reste « populaire ». Le mot
est lâché. C’est difficile de l’accepter
pour certains, mais Napoléon III va
rester dix-huit ans sans être discuté,
sans faiblir aux yeux des Français. Son
trône n’est renversé que par l’extérieur,
par une guerre contre la Prusse, et non
de l’intérieur. Et même vaincu, cette
adhésion demeure quelques années
puis disparaît avant 1914, une fois la
République consolidée. Le danger, pour
tous les autres partis, c’est donc cette
popularité indiscutable des Bonaparte.
A.C. : Pour ma part, je considère, en allant
plus loin, que la classification proposée par
René Rémond des droites en France (3)
est même artificielle. C’est une sorte
de récupération politique, savamment
opérée par la droite et qui, sur ce plan,
a été accompagnée par la gauche, qui
trouvait gênante la confusion opérée
par Napoléon entre pouvoirs civil et
militaire. Dans son livre, Lionel Jospin (4)
dénonce les guerres de l’Empire en
tentant de faire oublier qu’elles sont
dans la continuité de celles de la
Révolution. Personne ne peut tenir ce
discours. Ce n’est ni loyal, ni honnête
intellectuellement.
X.M. : Ces guerres étant, j’ajoute, ellesmêmes dans la continuité des luttes
contre l’Angleterre sous l’Ancien Régime.
A.C. : Ce sont, nous sommes d’accord,
des guerres entre puissances.
X.M. : Ce qui se résume sur le long terme,
entre rejet et fascination, et directement
en lien avec la Révolution, au principe
dynastique. C’est le caractère le plus
complexe de Napoléon. Comment
accepter que ce pouvoir issu de la
République se soit fondu dans le moule
ancien ? Il me semble qu’aujourd’hui
les Français rejettent cette idée de
permanence, de famille au pouvoir, de
pouvoir héréditaire, qui se transmet de
père en fils ou de mère en fille.
Photo D.C.
funèbre aux Invalides en 1840. Et sans
larmes. On rend hommage au général
devenu chef de l’État, au conquérant,
au vainqueur.
« SA SILHOUETTE EST REPÉRABLE. SA FIGURE,
ON L’A RECONNAÎT. ET AUTOUR, IL Y A BEAUCOUP
D’ÉLÉMENTS QUI FONT TOUJOURS RÊVER. » Xavier Mauduit
tous ses défauts apparents ressemblent
à s’y méprendre à ceux des autres
personnages du temps. Seulement,
avec Napoléon, cela reste complexe :
il incarne une certaine idée de la
France, il dépasse la simple étude
biographique. C’est presque impossible
de le résumer.
(3) René Rémond, La Droite en France de 1815 à nos jours.
Continuité et diversité d’une tradition politique, Paris, Aubier, 1954.
(4) Lionel Jospin, Le mal napoléonien, Paris, Le Seuil, 2014.
(5) Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Correspondance, tome I, p. 114.
© Le Cerf.
Pourquoi arrive-t-il encore à
donner autant d’énergie et même
d’enthousiasme ?
A.C. : Parce qu’il est, d’une certaine
manière, et même si cela peut paraître
évident, plus humain que les autres.
Il a mieux aimé la vie que la France,
il a prouvé qu’elle valait d’être vécue
pleinement. Si la Révolution avait
proclamé la gloire et l’ambition pour tous,
lui l’a réellement accompli.
X.M. : C’est la seconde confession
d’un enfant du siècle ! [Rires.] Ce
que Napoléon a créé, ce qu’il a légué
à travers le Mémorial relu par les
romantiques, ce sentiment diffus au
travers de sa personne, cela fonctionne
encore aujourd’hui. Quel autre que lui
peut se prévaloir d’une telle aura ?
A.C. : Et pourtant, il n’y a jamais eu
de martyrologie napoléonienne. À la
différence des Bourbons, Napoléon,
même mort, n’a jamais été accompagné
par des prêtres mais par ses grognards.
Ce sont eux qui ont conduit son char
© Autrement.
Mais le reproche le plus courant est
lié à son ambition personnelle et
surtout à l’hypothèse qu’il aurait été
un précurseur du pouvoir colonial…
A.C. : Je ne pense pas du tout. N’oublions
pas deux choses. Tout d’abord, comme
plus tard avec la vente de la Louisiane,
la campagne d’Égypte a des origines
commerciales, simplement destinée à
barrer la route des Indes aux Anglais.
Souvenons-nous que Bonaparte demande
à ses publicistes d’écrire, dans des
journaux qui seront ensuite envoyés à
Paris, le récit de ses succès en tant que
« grand homme », c’est-à-dire celui qui
diffuse les Lumières, et non comme
« héros », en simple conquérant militaire.
Il s’inscrit donc dans la même logique
que celle des rois de la Renaissance, qui
avaient poursuivi un objectif analogue
mais sur un axe Paris-Milan. Dans un
second temps, la France a toujours été
expansionniste, bien avant Napoléon, et
en cela il ne fait que se mettre dans les
pas de François Ier, Henri IV et Louis XIV.
X.M. : Si l’on cherche à le défendre
aujourd’hui, cela peut paraître comme
un combat perdu d’avance. C’est la
détestation qui domine l’homme des
conquêtes. Mais si l’on monte dans les
niveaux de savoir, dans les hauteurs
de connaissance, les lecteurs qui
connaissent la période, qui savent
« contextualiser », comprennent que
Près de deux siècles après sa mort,
à quoi sert-il alors ?
X.M. : À rassurer. En période troublée, il
reste une valeur, une évidence. Napoléon,
à la différence d’autres personnages
de l’histoire, est marquant. Il n’y a pas
de « flou » qui l’entoure, comme pour
d’autres, même plus proches de nous.
La silhouette est repérable. Sa figure,
on l’a reconnaît. Et autour de cela,
il y a beaucoup d’éléments qui font
toujours rêver.
A.C. : Le dernier élément qui intéresse
pourtant peu les scientifiques, c’est le
« folklore impérial » qui l’accompagne.
Et ce n’est pas péjoratif. Hegel l’avait
écrit le premier à Niethammer : « J’ai vu
l’Empereur – cette âme du monde – sortir
de la ville pour aller en reconnaissance ;
c’est effectivement une sensation
merveilleuse de voir un pareil individu
qui, concentré ici sur un point, assis sur
un cheval, s’étend sur le monde et le
domine. » (5) C’est cette « esthétique »
napoléonienne qui demeure. Elle résiste
à tout et à tous. La domination militaire
n’est rien en comparaison. D’ailleurs, à
l’origine, les guerres conduites n’étaient
que défensives. Et qui a commencé par
les engager ? En 1793, Bonaparte n’était
pas le chef. On peut lui faire porter
tous les chapeaux, mais pas celui-ci…
La France, avec lui, n’est pas l’idiote
du village européen. Elle a puni
les nations qui voulaient dénier
sa souveraineté.
X.M. : L’exemple le plus frappant, c’est
quand je cite Napoléon à la radio ou à
la télévision. Tout le monde réplique :
« Oh, lui encore ! » et parfois « oh, pas
encore ! » Et pourtant, sans Napoléon,
nous serions bien orphelins…
n
NAPOLÉON 1er / RSN 43
LE SAVIEZ-VOUS ?
Éric Jousse / écrivain
«Faire casquer»
D
urant le Premier Empire, de nombreux militaires sont
présents dans les loges maçonniques, alors en plein essor.
Traditionnellement, à la fin de la tenue, on fait circuler le
« tronc de la veuve », petit sac en tissu noir, dans une coupelle
ou un panier pour ramasser quelques pièces destinées
à alimenter le fonds afin d’aider de manière modeste les
besoins des frères dans le malheur. Au sein des loges à forte
représentation militaire, la coupelle et le panier sont alors remplacés par un
casque de soldat, d’où l’origine de l’expression (source maçonnique / J.F.C.). n
ÉPHÉMÉRIDES
1769
44 NAPOLÉON 1er / RSN
Mars
16 Bougainville arrive à Saint-Malo, de retour de son
voyage dans le Pacifique, et boucle le premier tour
du monde officiel français.
1819
Cérémonie maçonnique.
Gravure, xixe siècle
(Paris, musée de la Grande Loge de France).
© Hugues Vassal / akg-images.
Mars
5
Le roi Louis XVIII crée Jean-Baptiste Jourdan comte et le
nomme pair de France. L’Empereur l’avait écarté après la
défaite de Vitoria le 21 juin 1813.
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NAP1VPCAN
BATAILLES
Masséna au siège de Gênes en avril 1800. Gravure (coll. Leemage). © Leemage.
46 NAPOLÉON 1er / RSN
MASSÉNA ET BONAPARTE DIRIGENT
l’héroïque siège
de Gênes 6 avril – 4 juin 1800
En novembre 1799, Masséna a été nommé commandant en chef de l’armée
d’Italie – sur le papier, 50 000 hommes, en réalité 30 000 opérationnels mais
dans un triste état – tandis que Moreau s’est vu confier les 150 000 soldats
des armées d’Allemagne et d’Helvétie. C’est une tâche défensive,
ingrate, d’un front de 300 km sur l’Apennin ligure et les Alpes contre les
140 000 Autrichiens de Mélas qui projette de prendre Gênes, Nice, Toulon
puis Marseille et de s’installer sur le Rhône. Jacques Jourquin / vice-président de l’Institut Napoléon
L
Avril
6
Début du
siège de
Gênes.
11
Annonce
du plan de
campagne
de
Bonaparte.
e Premier consul a
flatté Masséna pour le
convaincre et le garder
parmi ses fidèles, alors
que la situation intérieure
n’est pas stabilisée. «Vous
serez mon bras droit.
Allez en Italie, relevez l’honneur de nos
armes. L’Enfant chéri de la victoire n’y
peut trouver que des triomphes. »
Mai
20
Franchissement
du GrandSaint-Bernard.
Un rôle primordial
Masséna a pu constater le désastreux
état physique et moral des engagés
comme des conscrits. Les Autrichiens
se sont vite emparés des cols et des
positions fortifiées des sommets.
Malgré une vigoureuse contreoffensive, il ne peut empêcher en avril
1800 le corps du centre commandé par
Suchet d’être séparé de lui et refoulé
sur le Var, et Soult à l’aile droite
d’être étrillé (il sera fait prisonnier le
13 mai). Les fortifications de Gênes sont
étendues et dégradées. La population
dépasse les 100 000 personnes. La route
des approvisionnements est coupée
de la France ; ils ne peuvent parvenir
qu’en quantités négligeables par la
mer contrôlée par la flotte anglaise
de lord Keith.
Mais de secondaire, le rôle de
Masséna est devenu primordial depuis
que Bonaparte a conçu le plan de
déboucher dans la plaine du Pô avec
son Armée de réserve. Il importe que
la riviera de Gênes tienne coûte que
coûte pour immobiliser une partie des
forces de Mélas. La correspondance
du Premier consul en fait foi. Dès le
5 février, il a écrit : « J’ai vu avec
1800
Juin
2
Entrée
dans
Milan.
4
Accord
entre les
belligérants
pour mettre
fin au siège.
6
Départ de
Masséna
vers
Antibes.
14
Victoire de
Bonaparte
à Marengo.
« Il nous fera manger jusqu’à nos bottes » disaient les soldats de Masséna, rationnés
à l’excès pendant le siège de Gênes en juin 1800.
Chromolithographie (coll. Bianchetti). © Bianchetti/Leemage.
1801
NAPOLÉON 1er / RSN 47
BATAILLES
L’héroïque siège de Gênes
beaucoup de plaisir, citoyen général,
la fermeté que vous mettez pour
rétablir l’ordre dans votre armée. […]
Je compte dans ce moment-ci que
vous êtes à Gênes ». (1) Le « citoyen
général » n’y arrivera que cinq jours
plus tard. Le 12 mars, il lui fait part de
la situation militaire dans son ensemble,
annonce des approvisionnements
(qui n’arriveront jamais) et termine
ainsi : « Je suis extrêmement peiné
de la situation pénible où vous vous
trouvez ; mais je compte sur votre
zèle et vos talents ». (2) Puis plus rien.
Une brève lettre de Bonaparte, le
11 avril, annonce l’envoi de son plan
de campagne par le général Reille
qui ne parviendra à le remettre que le
Portrait de
Masséna en
uniforme de
général de
division.
Huile sur toile
anonyme
(Nice, musée
Masséna).
© Selva/
Leemage.
Masséna
à Gênes.
Gravure en
couleurs
par LucienPierre
Sergent (coll.
akg-images).
© akgimages.
ISOLÉ, ABANDONNÉ ET MÊME SACRIFIÉ, MASSÉNA A TENU DANS D’ÉPOUVANTABLES
CONDITIONS ET A LAISSÉ LE TEMPS À BONAPARTE DE METTRE EN ŒUVRE SA STRATÉGIE.
48 NAPOLÉON 1er / RSN
BONAPARTE
SENT LE DANGER
Dans une lettre du 4 mai à Berthier,
commandant nominal de l’Armée
de réserve, il a insisté sur le danger
d’un Masséna capitulant ou étant forcé dans Gênes : « Vous sentez que le
général Mélas n’a besoin que de huit
jours pour se porter de Gênes à Aoste,
et que s’il parvenait là avant que vous
eussiez débouché seulement avec
20 000 hommes, cela lui donnerait
des avantages immenses pour vous
disputer l’entrée en Italie. » (A) Aussi,
le 14 mai, réitère-t-il ses encouragements : «Vous êtes dans une position
difficile ; mais ce qui me rassure, c’est
que vous êtes dans Gênes ; c’est dans
des cas comme ceux où vous vous
trouvez qu’un homme en vaut vingt
mille. » (B)
(A) Correspondance générale, 5 229.
(B) Ibid., 5 300.
2 mai (3). De son côté, Masséna a fait
porter un rapport du 23 avril : « Je vous
conjure, citoyen Premier consul, venez
à notre secours. La poignée de braves
que je commande ici mérite bien par
sa constance et son dévouement toute
votre sollicitude. » Il faut attendre le
5 mai pour qu’une lettre encore plus
brève, donnant des nouvelles des
victoires de l’Armée d’Allemagne, lui
recommande : « Je compte que vous
tiendrez le plus possible, mais au moins
jusqu’au 10 prairial [30 mai]. » (4)
Bonaparte est sérieusement préoccupé.
Un siège de plus d’un mois
Depuis les derniers jours d’avril, la cité
est investie de tous côtés par terre et
par mer. Elle résistera au total plus d’un
mois. Le 20 mai, Bonaparte franchit le
Grand-Saint-Bernard ; le 26, l’avant-
garde de Lannes est en Piémont ; le
2 juin, le Premier consul entre à Milan.
Isolé, abandonné et même peut-on dire
sacrifié, Masséna a tenu la gageure
dans d’épouvantables conditions et a
laissé le temps à Bonaparte de mettre
en œuvre sa stratégie.
Échouant à réduire Gênes par la force,
le général autrichien Ott a entrepris
de l’affamer. Les vivres que réussit à
faire passer le corsaire Bavastro sont
dérisoires par rapport aux besoins.
On se restreint autant qu’on peut.
150 gr de pain et une demi-livre de
viande de cheval (bientôt remplacé
par chien, chat et rat) par jour et par
soldat. Les civils n’ont droit qu’à la
(1) Correspondance générale, 4 936.
(2) Ibid., 5 094.
(3) Ibid., 5 166.
(4) Ibid., 5 244.
Le golfe de Gênes à la fin du xviiie siècle. Gouache par Philipp Hackert (Weimar). © akg-images.
NAPOLÉON 1er / RSN 49
45
L’héroïque siège de Gênes
Carte Jean-François Krause.
BATAILLES
C’est le nombre de jours que dure le siège. Dès la signature de la convention entre les différents protagonistes le 4 juin
1800, la ville est laissée aux mains des Autrichiens. Masséna embarque avec 1 500 hommes à bord de navires corsaires
et débarque à Antibes quelques heures plus tard. Pendant ce temps, le reste de ses troupes regagne la France par la côte
avec armes et bagages.
moitié et les ennemis prisonniers au
quart seulement. On ne dispose plus
que de sel, d’huile et de vin qui finit par
être épuisé. Le pain est confectionné
avec des grenailles de toutes espèces,
« un mélange d’huile et de tourbe,
intérieurement soutenu par de petits
morceaux de bois, sinon il serait tombé
en poudre » relate le général Thiébault,
auteur d’un livre fameux sur le siège (5).
Les Autrichiens ayant coupé les
aqueducs, il faut remettre en service
les vieux moulins à bras pour moudre
ces mélanges de matières infectes.
Les soldats sont si faibles qu’on les
autorise à monter la garde assis.
Les civils pro- et anti-français en
viennent aux mains pour quelques
graines de lin, de son, d’avoine, se
rabattent sur n’importe quoi : lézards,
limaces, serpents. Les femmes suivent
la troupe au cours de rares sorties
pour cueillir toutes sortes d’herbes ;
une compagnie est exterminée par
une soupe de cigüe. Quelques cas
50 NAPOLÉON 1er / RSN
d’anthropophagie sont signalés. On
perd la raison. On meurt d’inanition ou
de maladie car le typhus s’est déclaré.
Quotidiennement, on ramasse une
centaine de cadavres jetés dans des
fosses communes remplies de chaux.
Masséna, qui prend sa part des
privations, demeure inébranlable. Il a
méthodiquement organisé rationnement
et réquisitions, interdit les enterrements
pour ne pas miner davantage le
moral. Mais il est impuissant devant
la détresse qui s’accroît de jour en
jour. Il a repoussé plusieurs offres de
capitulation, espérant toujours l’arrivée
de l’armée de Bonaparte. Le 30 mai,
monté sur une hauteur près de la
ville avec son état-major, il ne voit ni
n’entend rien. Il suggère une tentative
de percée désespérée : ses officiers la
refusent. Son ordre du jour du 31 mai
contre les désertions est mal accueilli.
Il se résout le 1er juin à traiter avec les
Autrichiens, pressés également de se
dégager.
Une reddition plus qu’honorable
Le général Ott, qui vient de recevoir
de Mélas inquiet l’ordre de lever le
blocus, le dissimule et sursoit à son
exécution. Au cours d’une première
conférence, le 2 juin, entre les
représentants des belligérants, on
exige que les Français soient faits
prisonniers de guerre et que les
bâtiments dans le port soient livrés
aux Anglais. Masséna demande à
réfléchir. Le lendemain, les Français
contestent point par point les
propositions. Lors d’une suspension
des pourparlers menés par le colonel
Andrieux, Masséna lui fait passer
une note : « Exiger que l’armée
rentre librement en France avec
armes et bagages, sinon prévenir
qu’elle se fera jour à la pointe
des baïonnettes. »
Coup de bluff incroyable en n’ayant
que quelques milliers d’hommes
presque incapables de combattre.
Mais la réputation du général est
Rencontre de Masséna avec ses adversaires à Cornigliano. Gravure d’après une aquarelle par F. de Myrbach (coll. Heritage). © Heritage Images / The Print Collector / akg-images.
Portrait de l’amiral lord George Keith Elphinstone,
premier vicomte de Keith.
Huile sur toile par William Owen (Greenwich,
Nationale Maritime Museum).
© National Maritime Museum, Greenwich/Leemage.
telle que les entretiens reprennent.
Le résultat n’est pas encore
jugé satisfaisant. Les trois chefs
– Masséna, Ott et l’amiral Keith –
se rencontrent enfin en personne
le 4 juin et tombent d’accord. Les
Français pourront se retirer avec
armes et bagages. Sur la question
des bâtiments dans le port, Keith
est réticent. Alors Masséna lui dit :
« Milord, après nous avoir pris les
gros, vous pourriez bien nous laisser
les petits. » Et Keith de répondre :
« Monsieur le général, on ne peut
vraiment rien vous refuser. » L’amiral
écrit le soir même à sa sœur : « J’ai
signé une capitulation avec le type
le plus intraitable que j’ai jamais
rencontré. »
Masséna a montré autant de fermeté
à négocier que d’obstination à
résister. « Cette convention sauvait
plus que l’honneur » (Albert Vandal).
Le 6 juin, Masséna embarque pour
Antibes avec 1 500 hommes sur les
8 000 qui lui restent, et une douzaine
de canons cachés à fond de cale.
Les autres rentrent en France par la
côte sans artillerie car on n’a plus de
chevaux pour la tracter. La chevelure
du général a blanchi.
Ce jour-là, Bonaparte lance Lannes,
Murat et Duhesme dans l’étape
décisive de sa campagne. Singulière
« capitulation » que, selon le mot
d’un combattant, « le vaincu sembla
dicter au vainqueur ». Mme Reinhardt
écrit : « La capitulation de Gênes est
unique dans l’histoire, elle ressemble
plus à une victoire qu’à une défaite. »
Bonaparte a critiqué la tactique de
Masséna (il désirait qu’il passe à
l’offensive) en paraissant oublier la
réalité, et le résultat. C’est injuste.
Sans résistance opiniâtre à Gênes,
probablement pas de victoire à
Marengo, bataille gagnée de justesse,
et sans Marengo le pouvoir du
Premier Consul n’était pas assuré.
Si l’histoire ne doit pas être réécrite,
il faut admettre cependant que le
« sauveur de la France » à Zurich,
l’année précédente, contribua
à sauver, cette fois, le destin
du futur Empereur.
n
(5) Le Blocus de Gênes, éd. définitive, Paris, 1846, 2 tomes.
NAPOLÉON 1er / RSN 51
ART
Les tabatières
au portrait de Napoléon
Objets de luxe, les tabatières (ou boîtes à présent) sont très prisées au
début du xixe siècle. Déjà utilisées sous l’Ancien Régime en tant que cadeaux
diplomatiques, ces objets sont remis au goût du jour par Bonaparte dès le
début du Consulat. Élodie Lefort / responsable des collections à la Fondation Napoléon
D
ès l’arrêté du 7 thermidor an viii, très
rapidement, ces boîtes
s’ornent du portrait en
miniature de Napoléon
ou de son chiffre, le
« N » émaillé et/ou
incrusté de diamants. La qualité et
la préciosité du travail dépendent à
chaque fois du récipiendaire ou de
la valeur du service récompensé.
Des joailliers réputés
Après le Sacre, les commandes
augmentent en proportion du nombre
croissant de cadeaux diplomatiques à
offrir. L’Empereur fait appel aux plus
grands joailliers de Paris pour créer ces
pièces d’orfèvrerie. Les plus connus sont
Adrien-Jean-Maximilien Vachette (actif
entre 1799 et 1839), Bernard-Armand
Marguerite (actif entre 1804 et 1815)
ou encore Étienne-Lucien Blerzy
(actif entre 1798 et 1820).
L’ensemble des boîtes, élaborées
en or jaune, est souvent décoré de
motifs végétaux, antiquisants ou
géométriques. Certaines incrustations
d’émail en font souvent de véritables
chefs-d’œuvre. Le travail des orfèvres
est parfois réhaussé d’or vert et d’or
rose. Les techniques de ciselures et
de guillochages sont maîtrisées à la
perfection, notamment sur les motifs
en guillochage ondé ou en damier.
Quel que soit le peintre, les portraits
de Napoléon sont assez standardisés.
Comme il est d’usage, il est représenté
en buste de trois-quarts ; son expression
est neutre. Le fond des miniatures est
principalement clair, comme s’il s’agissait
d’un ciel à la manière de la fin du
xviiie siècle diffusée par Richard Cosway,
ou sombre, symbolisant l’intérieur d’un
palais, où il est parfois possible de
distinguer une colonne ou une tenture.
52 NAPOLÉON 1er / RSN
Napoléon se fait toujours représenter
dans les mêmes uniformes militaires
qu’il affectionne particulièrement : soit
en uniforme de colonel des chasseurs
à cheval de la Garde impériale, soit
en colonel des grenadiers à pied de
la Garde impériale. À partir de 1802
apparaît la Légion d’honneur sur
les différentes représentations. Les
peintres peuvent alors se permettre
quelques fantaisies en ajoutant des
décorations ou en faisant apparaitre
plus ou moins clairement le cordon
de la Légion d’honneur. Ces mêmes
caractéristiques sont également valables
pour les portraits officiels de l’Empereur
à l’huile sur toile réalisés par François
Pascal Simon Gérard, dit le baron Gérard
(1770-1837), Robert Lefèvre (17551830) ou encore Antoine-Jean Gros, dit
baron Gros (1771-1835). L’ensemble
de ces caractéristiques permet de
dater précisément chacune des
représentations de Napoléon Bonaparte.
UN CADEAU
DE VALEUR
Un arrêté du 7 thermidor an viii
(26 juillet 1800), signé « Bonaparte
Premier consul », stipule que « le présent d’usage du gouvernement français aux ministres étrangers sera une
boîte d’or, portant le chiffre R.F., enrichi
de diamants. En conséquence, il sera
fait des boîtes de différentes valeurs
et en raison du titre des agents auxquelles elles seront destinées. Celles
pour les ambassadeurs seront du
prix de 15 000 francs - Celles pour
les ministres plénipotentiaires, de
8 000 francs - Celles pour les chargés
d’affaires, de 5 000 francs. »
Deux spécialistes
de la miniature
Napoléon s’adresse principalement aux
deux peintres en miniatures les plus
connus au début du xixe siècle : JeanBaptiste Isabey (1767-1855) et JeanBaptiste-Jacques Augustin (1756-1835).
Ancien élève de Jacques-Louis David
et ayant étudié à l’Académie royale de
peinture, Isabey décide rapidement de
se spécialiser dans l’art de la miniature.
Ce type d’œuvres permet une diffusion
optimale du travail de l’artiste, à des
coûts et des formats moindres. Son talent
est reconnu très rapidement puisque,
déjà sous le Directoire, il a la réputation
d’être le premier peintre en miniatures
français. Grâce à Joséphine, il rencontre
Bonaparte en 1797 et s’impose petit à
petit à la cour du Premier consul pour
devenir enfin son peintre officiel et le
suivre jusque dans ses déplacements
hors de Paris, en Normandie par exemple.
En 1804, il reçoit ainsi la commande des
dessins pour les costumes officiels du
Sacre. Sa participation à cet événement,
puis l’édition du Livre du Sacre, assoient
encore plus sa renommée. Ainsi,
Isabey accède au titre de « dessinateur
du Cabinet et peintre des Relations
extérieures », par un arrêté du 16 ventôse
an xiii (7 mars 1805). Il prend alors la tête
de l’atelier des portraits de Napoléon
pour les présents diplomatiques.
L’Europe entière apprend à connaître
le nom d’Isabey grâce à la diffusion de
ses miniatures de Napoléon. L’artiste
sait user de stratagèmes pour répondre
à la demande croissante de portraits
(environ cent par an) : Isabey profite de
voir régulièrement Napoléon à la cour
pour noter sa physionomie et produit
ensuite des portraits en série, toujours
de trois-quarts droit, dans la technique
du pointillé, notamment au niveau du
visage. Le résultat fait naître un style
Portrait de Napoléon. Miniature sur ivoire par Jean-Baptiste-Jacques Augustin (Paris, Fondation Napoléon, inv. 1100). © Fondation Napoléon, Patrice Maurin-Berthier.
NAPOLÉON 1er / RSN 53
ART
Les tabatières au portrait de Napoléon
Portrait de
Napoléon.
Miniature
sur ivoire
par Daniel
Saint (Paris,
Fondation
Napoléon,
inv. 629).
© Fondation
Napoléon,
Patrice
MaurinBerthier.
vaporeux, propre aux miniatures d’Isabey.
Le peintre ne modifie tout au plus que
quelques détails sur l’uniforme. Dès
1807, les commandes sont si importantes
qu’il est obligé de déléguer une partie
de ses peintures et ouvre un atelier. La
Maison de l’Empereur sollicite alors la
concurrence pour compléter les séries
de portraits en miniatures de Napoléon.
La renommée grandissante et la réussite
d’Augustin coïncident avec cette date.
Jean-Baptiste-Jacques Augustin vient
d’une famille de l’est de la France et n’a
pas connu un apprentissage artistique
aussi prestigieux que celui d’Isabey ; il se
qualifie d’ailleurs lui-même d’autodidacte.
Grand collectionneur et amateur d’art,
il arrive à Paris au début des années
1790. Il développe un goût et un style
s’inspirant de la peinture flamande, très
en vogue au début du xixe siècle. Ses
miniatures ont des couleurs plus franches
que celles d’Isabey et il applique une
grande précision dans ses portraits, sans
utiliser la technique de l’estompe. Ses
œuvres paraissent ainsi très fidèles à
leurs modèles, un effet particulièrement
prisé par Napoléon. Le peintre n’a pas
rencontré l’Empereur pour réaliser une
première miniature : il s’inspire des
portraits de Robert Lefèvre. Au Salon de
1806, Augustin expose ce premier portrait
sur émail où Napoléon est présenté plus
vif dans une esthétique plastique plus
développée et en reçoit de nombreux
éloges. Sa technique est plus difficile
que la peinture sur ivoire, puisqu’il doit
Portrait de Napoléon.
Miniature sur ivoire par Jean-Baptiste-Jacques
Augustin (Paris, Fondation Napoléon, inv. 1101).
© Fondation Napoléon, Patrice Maurin-Berthier.
54 NAPOLÉON 1er / RSN
Portrait
de Napoléon
en costume
de sacre.
Miniature
sur ivoire par
Jean-Baptiste
Isabey (Paris,
Fondation
Napoléon,
inv. 1096).
© Fondation
Napoléon,
Patrice MaurinBerthier.
Portrait
de Napoléon.
Miniature
sur ivoire
par JeanBaptisteJacques
Augustin
(Paris, Fondation
Napoléon,
inv. 388).
© Fondation
Napoléon,
Stéphane Pons.
Portrait
de Napoléon.
Miniature
sur ivoire par
Jean-Baptiste
Isabey (Paris,
Fondation
Napoléon,
inv. 1099).
© Fondation
Napoléon, Patrice
Maurin-Berthier.
EN RENOUVELANT LE STYLE DES PORTRAITS IMPÉRIAUX, IL S’ASSURE DE NOMBREUSES
COMMANDES AUPRÈS DE NAPOLÉON MAIS ÉGALEMENT DE LA COUR.
prêter une attention particulière aux
aspérités de la matière ainsi qu’à la
cuisson des couleurs. En renouvelant le
style des portraits impériaux, il s’assure
de nombreuses commandes auprès de
Napoléon mais également de la cour.
Augustin propose par la suite une série
de portraits totalement originale,
puisque l’Empereur y est représenté
de face.
Tout au long de leurs carrières, Isabey
et Augustin exécuteront ces portraits
de l’Empereur pour une somme allant
de 500 à 600 francs pièce.
Des élèves
particulièrement doués
Napoléon, comme à son habitude,
vérifie tout, et notamment ses portraits.
Par ailleurs, Il n’aime pas poser (il n’en
a pas le temps et a toujours d’autres
préoccupations). Les peintres en
miniatures doivent donc faire preuve
d’ingéniosité pour réaliser des portraits
aussi fidèles que possible, sous l’œil
vigilant de l’Empereur. La production
des miniatures le représentant se fait
pratiquement à la chaîne, les artistes
travaillent avec des élèves qui réalisent
les fonds, les décors, les uniformes…
Isabey et Augustin n’interviennent que
pour représenter le visage de Napoléon
qui, s’il n’est pas satisfait du résultat,
n’hésite pas à laisser éclater sa colère
et/ou à renvoyer les miniatures. Cette
mésaventure arrive à Isabey en 1807,
sur une série de vingt-cinq portraits qu’il
promet à Daru de retravailler avec soin
afin de regagner la confiance
de l’Empereur.
Les élèves les plus doués d’Isabey et
Augustin s’installent à leur propre compte
et répondent ainsi aux commandes qui
affluent de la part de la famille impériale et
de la cour. Certains parviennent même à
éclipser leur maître ; Daniel Saint (17781847), élève d’Augustin, ou Louis-François
Aubry (1767-1851), qui a travaillé dans
l’atelier d’Isabey, en sont deux exemples
flagrants. D’autres se spécialisent dans des
techniques particulières, comme JeanJacques Karpff, dit Casimir (1770-1829), qui
utilise principalement la grisaille sur ivoire.
Peu à peu, de véritables collections de
miniatures sont créées. Napoléon luimême garde auprès de lui à Sainte-Hélène
plus d’une cinquantaine de tabatières avec
le portrait de ses plus proches parents
et amis. Il aime à les contempler afin
de se rappeler les grandeurs passées.
n
L’EMPIRE EN BOÎTES
Plusieurs tabatières au portrait de Napoléon ainsi que de la cour impériale sont présentées pendant
l’exposition L’Empire en boîtes au Domaine de la Vallée aux Loups – Maison de Chateaubriand, à
Châtenay-Malabry, jusqu’au 10 mars 2019. Parmi elles, une est ornée d’un portrait réalisé par Isabey
en uniforme de colonel des grenadiers à pied de la Garde impériale (inv. 1055). La tabatière, créée par
Vachette, est en or jaune, mat et poli. Son décor reprend une frise de feuillage en enroulement. Une
autre présente un portrait de Napoléon en costume de colonel des chasseurs à cheval de la Garde impériale par Augustin (inv. 1101). L’orfèvre, anonyme, a choisi d’utiliser de l’or et un fond à guillochage
ondé qui laisse place aux décors floraux sur les pourtours. Enfin, une boîte à présent, dont le portrait
de Napoléon est l’œuvre de Saint, est également exposée (inv. 629). L’Empereur porte le même habit
que pour la boîte d’Isabey. Le portrait est entouré par un décor de feuilles de lauriers ciselées.
Portrait de Napoléon. Miniature sur ivoire par Jean-Baptiste Isabey (Paris, Fondation Napoléon, inv. 1055).
© Fondation Napoléon, Patrice Maurin-Berthier.
NAPOLÉON 1er / RSN 55
ÉVÉNEMENT
La clémence d’un empereur
Napoléon et
la princesse
de Hatzfeld
La clémence de Napoléon. Huile sur toile par Marguerite Gérard (châteaux de Malmaison et de Bois-Préau). © RMN-Grand Palais (musée des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau) / Daniel Arnaudet.
56 NAPOLÉON 1er / RSN
L’empreinte laissée par l’histoire est souvent affaire d’images.
Pour contrebalancer une attitude jugée parfois trop dure à
l’égard des populations et faire oublier le sort réservé quelques
années plus tôt aux pestiférés de Jaffa, Napoléon utilise un
épisode situé en marge de l’entrée à Berlin en 1806 et met
à contribution peintres et graveurs pour le présenter à son
avantage. Un bel exemple de magnanimité. Jean Tulard, de l’Institut
L
e 6 novembre 1806, à neuf
heures du soir, de Berlin,
Napoléon écrit à Joséphine :
« J’ai reçu la lettre où tu me
parais fâchée du mal que
je dis des femmes. Il est
vrai que je hais les femmes
intrigantes au delà de tout ; je suis
accoutumé à des femmes bonnes, douces
et conciliantes ; ce sont celles que j’aime.
Si elles m’ont gâté, ce n’est pas ma faute,
mais la tienne. Au reste tu verras que j’ai
été fort bon pour une qui s’est montrée
sensible et bonne, Mme d’Hatzfeld.
Lorsque je lui montrai la lettre de son
mari, elle me dit en sanglotant avec une
profonde sensibilité et naïvement : “C’est
bien là son écriture.” Son accent allait à
l’âme, elle me fit peine, je lui dis : “Eh
bien ! Madame, jetez cette lettre au feu,
je ne serais plus assez puissant pour faire
condamner votre mari.” Elle brûla la lettre
et me parut bien heureuse, son mari est
depuis tranquille, deux heures plus tard
il était perdu. Tu vois donc que j’aime les
femmes bonnes, naïves et douces, mais
c’est que celles-là seules te ressemblent. »
Cette lettre, recueillie dans le Mémorial de
Sainte-Hélène à la date du 19 décembre
1815, fait allusion à un événement
entré dans la légende, la clémence d’un
empereur, qui rappelle le Cinna de
Corneille. Rapp, principal témoin des faits,
les a relatés dans ses Mémoires.
Après la victoire d’Iéna, le 14 octobre
1806, Napoléon va s’installer à Potsdam où
il visite le tombeau de Frédéric II. Le 26, le
prince de Hatzfeld, gouverneur de Berlin,
vient lui apporter les clefs de la ville. Il fait
son entrée à Berlin, le lendemain, à 15 h,
et va loger au Palais royal. Il quittera la
capitale prussienne le 25 novembre.
C’est au cours de son séjour à Berlin
qu’éclate l’affaire du prince de Hatzfeld.
Lors de sa venue à Potsdam, le prince
en a profité pour observer l’état des
troupes françaises, le nombre des
canons, l’importance des munitions,
le moral des hommes et envoyer les
renseignements ainsi recueillis aux
forces prussiennes encore en état de
combattre. Espionnage ? La lettre est
interceptée et transmise à Napoléon.
Colère de l’Empereur. Berthier,
Duroc et Caulaincourt essaient de le
calmer, minimisant l’affaire. En vain.
Savary, commandant la gendarmerie,
étant absent, c’est le général Rapp qui
est chargé d’arrêter le prince. Il le fait
avec ménagement. Napoléon exige que
soit constituée une commission militaire
composée de sept colonels, présidée
par le maréchal Davout, « afin de faire
juger, comme convaincu de trahison et
d’espionnage, le prince de Hatzfeld ».
Une seule peine : la mort.
La princesse de Hatzfeld s’est précipitée
au Palais royal, alors que Napoléon se
prépare à aller faire visite au prince
Ferdinand. C’est dans l’un des corridors
du palais de ce prince qu’elle retrouve
Napoléon et se jette à ses pieds.
Citons Rapp : « Elle était enceinte.
Napoléon parut touché de sa situation
et lui dit de se rendre au château ; en
même temps il me chargea d’écrire à
Madame de Hatzfeld
face à l’Empereur.
Boîte en corne, cuivre,
écaille (châteaux
de Malmaison et de
Bois-Préau, collection
Georges de Grèce).
© RMN-Grand Palais
(musée des châteaux de
Malmaison et de BoisPréau) / Gérard Blot.
NAPOLÉON 1er / RSN 57
ÉVÉNEMENT
Napoléon et la princesse de Hatzfeld
Davout de suspendre le jugement. » En
fait, Rapp n’a rien transmis à Davout. Il
espère que la colère de Napoléon finira
par retomber. Reprenons le récit de
Rapp : « Napoléon rentra au palais où
madame de Hatzfeld l’attendait ; il la fit
entrer dans le salon où je restai. “Votre
mari, lui dit-il avec bonté, s’est mis dans
un cas fâcheux ; d’après nos lois, il a
mérité la mort. Général Rapp, donnezmoi sa lettre. Voyez, lisez, madame.”
Elle était toute tremblante. Napoléon
reprend aussitôt la lettre, la déchire,
la jette au feu. “Je n’ai plus de preuve,
madame, votre mari a sa grâce.” Il me
donna ordre de le faire revenir sur-lechamp du quartier général de Davout ;
je lui avouai que je ne l’y avais pas
envoyé ; il ne me fit pas de reproche,
il parut même en être satisfait. »
Libéré, le prince revient chez lui et
apprend le rôle de Rapp. Il lui écrit une
Portrait du général Rapp, chargé d’arrêter le prince
de Hatzfeld et témoin de la scène avec la princesse.
Gravure par Ambroise Tardieu, 1818 (coll. Stella).
© Bianchetti/Leemage.
lettre que Rapp a reproduite dans ses
Mémoires : « Au milieu des sentiments
de toute espèce que j’ai éprouvés dans
la journée d’hier, les marques de votre
sensibilité, de votre intérêt, n’ont pas
échappé à ma reconnaissance ; mais
hier au soir j’appartenais tout entier
au bonheur de ma famille et je ne puis
m’acquitter qu’aujourd’hui envers vous. »
Si l’anecdote est authentique, on peut
s’interroger : la clémence de Napoléon
est-elle spontanée ou tout n’est-il pas
arrangé par son entourage dans un souci
de propagande ? En tout cas, l’histoire
est aussitôt exploitée. La scène de la
lettre jetée au feu par Napoléon est
racontée, peinte et gravée en
des centaines d’exemplaires.
Plus tard, établi à Bruxelles, le prince de
Hatzfeld fera installer dans son salon un
grand tableau représentant l’entre-vue
de la princesse avec Napoléon.
n
LA CLÉMENCE DE NAPOLÉON EST-ELLE SPONTANÉE OU TOUT N’EST-IL PAS ARRANGÉ
PAR SON ENTOURAGE DANS UN SOUCI DE PROPAGANDE ?
Scène de la clémence de l’Empereur envers la princesse de Hatzfeld. Gravure. © Isadora/Leemage.
58 NAPOLÉON 1er / RSN
LE SOUVENIR NAPOLÉONIEN
Créé le 27 décembre 1937, le Souvenir napoléonien – société française d’histoire
napoléonienne est la plus importante association napoléonienne d’Europe,
reconnue d’utilité publique par décret ministériel du 5 novembre 1982. Il a pour
but d’étudier et de faire connaître les institutions, les lieux, les événements et
les personnes qui y ont fait l’histoire du Premier et du Second Empire.
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LIEU NAPOLÉONIEN
Palais impérial de la dernière victoire
Le château de
la Paix à Fleurus
Gentilhommière de la fin du xviiie siècle, le château de la Paix de Fleurus est situé sur
l’ancien chemin vicinal qui reliait Mons à Namur, via Gosselies et Fleurus, et qui était
la route du courrier hebdomadaire par voiture. Dominique Timmermans / historien
60 NAPOLÉON 1er / RSN
L
e château est un élégant
bâtiment de style classique,
de type château de
plaisance. L’ensemble
du bâtiment, en pierres
calcaires et en briques
cimentées, est entouré
d’un parc. Le hall d’entrée a toujours son
magnifique escalier à deux volées, et à
l’arrière, la salle à manger, maintenant
salle des mariages, donne sur le parc.
À l’étage se trouvent plusieurs pièces,
dont celle qui deviendra pour une nuit
la chambre à coucher de l’Empereur.
La date exacte de sa construction est
inconnue, mais le bâtiment est déjà
cité lors d’un différend en 1782. Il a été
construit sur ordre du chevalier Perpète
Joseph de Paul de Barchifontaine (17441813) et de son épouse, Anne Thérèse
Joseph de Rasquin. Le château ne doit
nullement son nom à la conclusion
d’un traité, comme on pourrait le
croire, mais à une chapelle de NotreDame de la Paix. Celle-ci se trouvait à
l’emplacement actuel de la grange de la
ferme de la Paix ou Grande Cense, qui
jouxte le château. La chapelle a depuis
longtemps disparu, mais une statuette
de la Vierge figure encore dans une
Plaque commémorative rappelant le passage
de l’Empereur. © Dominique Timmermans.
Façade principale du château
de la Paix à Fleurus.
© Dominique Timmermans.
NAPOLÉON 1er / RSN 61
LIEU NAPOLÉONIEN
Le château de la Paix à Fleurus
niche de la grange, qui date de 1648.
C’est évidemment au soir de la bataille
de Ligny que le château entre dans
l’histoire, quand Napoléon y installe
son quartier-général et y passe la nuit
du 16 au 17 juin 1815. Perpète de Paul
de Barchifontaine étant décédé en
1813 à la ferme de la Paix, le château
appartient alors au cadet de ses cinq
enfants, Frédéric Joseph de Paul de
Barchifontaine, ancien capitaine au
service de l’empereur... d’Autriche !
La chambre à coucher de l’Empereur est
située à l’étage, à l’arrière du château.
Ses fenêtres sont les 3e et 4e fenêtres à
partir de la gauche, qui offrent une vue
sur le champ de bataille de Fleurus. Il
est à noter que l’Empereur ne semble
pas dormir, cette nuit-là, dans son lit
de campagne habituel.
Ce 16 juin 1815, tous les environs
fourmillent de l’activité de l’entourage
de Napoléon. La ferme de la Paix est
occupée par l’escadron de service
du jour, le 2e escadron du régiment
des chasseurs à cheval de la Garde
impériale. L’état-major impérial est
installé à 200 m, au château de Zualart
(aujourd’hui école Notre-Dame).
Quant au moulin Naveau, il sert un
temps d’observatoire à l’Empereur.
Les bataillons de la Garde de service
au quartier-général bivouaquent
dans le parc.
Chambre de l’Empereur au château.
© Dominique Timmermans.
62 NAPOLÉON 1er / RSN
Le moulin Naveau, qui sert d’observatoire à l’Empereur
pendant la bataille de Ligny. © Dominique Timmermans.
On sait que la matinée du 17 a été
marquée par l’inaction de l’Empereur.
Pourtant, il déjeune déjà à 7 h, quand
Flahaut vient lui rendre compte du
déroulement de la bataille des QuatreBras. Entre 8 et 9 h, Napoléon monte
en voiture et quitte le château.
Après la campagne, celui-ci retombe
dans l’oubli. Par héritage ou par vente,
il passe aux mains de diverses familles
et, en 1980, la ville de Fleurus l’achète
à Godefroy Dumont de Chassart,
pour en faire sa maison communale.
La façade principale du château
apparaît telle qu’elle était en 1815,
hormis le cimentage grisâtre qui date
du début du xxe siècle. L’arrière du
bâtiment a encore moins changé. À
l’occasion du bicentenaire, la chambre
de l’Empereur, qui avait été transformée
en bureau, a été restaurée à l’identique,
et c’est dans cet état qu’on peut
maintenant l’admirer, complétée
d’une scénographie soignée.
Très récemment, le château a fait
l’objet d’une profonde restauration :
réaménagement des abords,
plantations, ravalement de la façade,
nettoyage des pierres bleues, remise
en couleurs. L’inauguration a eu lieu le
16 juin 2018 et s’est accompagnée d’une
labellisation en tant que Dernier palais
impérial de l’Empereur Napoléon en
campagne, ce qui ne doit bien sûr pas
faire oublier le dernier quartier-général
de Napoléon à la ferme du Caillou.
Le château de la Paix devient ainsi
une étape marquante de la Route
Napoléon en Wallonie.
n
INFORMATIONS PRATIQUES
Château de la Paix, chemin de Mons 61
6220 Fleurus (Belgique) – www.fleurustourisme.be/fr Tél. : (0032) 71 88 50 72.
La ferme de la Paix à Fleurus, à côté du château.
Au soir du 16 juin 1815, elle a été occupée par l’escadron de service
du régiment des chasseurs à cheval de la Garde impériale.
© Dominique Timmermans.
LA CHAMBRE DE L’EMPEREUR, QUI AVAIT ÉTÉ TRANSFORMÉE EN BUREAU, A ÉTÉ
RESTAURÉE À L’IDENTIQUE, ET C’EST DANS CET ÉTAT QU’ON PEUT MAINTENANT L’ADMIRER.
Scène de reconstitution avec l’Empereur (Frank Samson)
dans sa chambre, entouré de son état-major.
© Dominique Timmermans.
NAPOLÉON 1er / RSN 63
GRANDE ARMÉE
Un duel mythique
FournierSarlovèze
face à Dupont
Si les duels sont fréquents dans la société militaire du Premier Empire, l’un
d’entre eux est resté célèbre : celui qui oppose François Fournier à un dénommé
Dupont. Ce différend de près de dix-neuf ans, et qui aurait même fait l’objet d’une
convention entre les deux hommes, est entré dans la légende napoléonienne.
Pourtant, bien des éléments de cette affaire restent mystérieux. Vincent Rolin / historien
L
a légende impériale se
compose d’événements
qui partent souvent d’un
fait réel mais qui, ensuite,
se trouve transformé afin
de glorifier certaines valeurs
de l’Empire. On peut penser
que c’est le cas de cette extraordinaire
histoire entre Fournier et Dupont.
Les sources
Les textes relatant ce duel sont assez
confus. Aucun document concernant
ce duel n’existe dans le dossier de
Fournier-Sarlovèze conservé aux
archives de la Défense sous la cote 7YD
553. Un seul ouvrage retrace toutes les
étapes et les circonstances de cette
affaire, Histoire anecdotique du duel de
tous les temps et dans tous les pays de
Émile Colombey. Ce livre paraît en 1861,
c’est-à-dire au début du Second Empire,
période où la légende napoléonienne
64 NAPOLÉON 1er / RSN
va prendre son envol. Par ailleurs, il
est à noter que les deux biographes de
Fournier ne parlent pas de cet épisode.
En effet, ni Marcel Dupont dans FournierSarlovèze, le plus mauvais sujet de
l’armée, publié chez Hachette en 1936, ni
Jean Delpech La Borie dans Le général
Fournier-Sarlovèze, démon de l’Empire,
aux éditions Baudinière en 1944, ne
font référence à ce duel. C’est donc
finalement ce récit d’Émile Colombey,
plusieurs fois repris par des auteurs
du xixe siècle, qui donne naissance
à la légende.
Un fils d’aubergiste…
François Fournier, lui, est bien connu.
Né à Sarlat le 6 septembre 1773 d’un
père aubergiste, il entre au service en
janvier 1792 au 9e dragons. Il connaît
une ascension assez chaotique.
Destitué pour comptes frauduleux et
absence illégale en novembre 1794, il
est réintégré mais reste en non-activité
en mai 1795. Il devient aide de camp
d’Augereau en 1797 puis s’impose
comme chef de brigade au 11e hussards
en avril 1798. Il s’illustre à l’armée de
Réserve en 1800 mais il s’oppose déjà à
Bonaparte et est arrêté comme prévenu
de conspiration contre le Premier consul.
Il est écarté pendant plusieurs années
et retrouve un véritable commandement
grâce à son ami Lasalle dont il devient
le chef d’état-major en 1807. Il obtient
enfin le grade de général de brigade
le 25 juin 1807. Il s’illustre surtout
en Espagne de 1808 à 1811 où il se
distingue notamment en étant un des
rares généraux de cavalerie à enfoncer
un carré anglais.
Il participe ensuite à la campagne
de Russie mais, après Leipzig, en
octobre 1813, il critique ouvertement
l’Empereur. Il est à nouveau destitué et
écarté de l’armée. Il retrouve un emploi
UN RÉCIT DÉTAILLÉ
Extrait du film Les Duellistes de Ridley Scott (1977) avec Keith Carradine et Harvey Keitel. © Rue des Archives/Diltz.
d’inspecteur général de cavalerie après
1815, rallié à la nouvelle monarchie.
Il meurt à Paris le 18 janvier 1827.
Fournier est effectivement réputé
querelleur à l’extrême et, sans aucun
doute, un tantinet caractériel. Il a pu
provoquer en duel de nombreux soldats
au cours de sa carrière.
Mais qui est ce Dupont à qui il se
serait opposé aussi longtemps ? Pour
tous ceux qui rapportent ce duel, et en
premier lieu Émile Colombey, il serait
devenu général. En effet, deux militaires
ne peuvent s’opposer en duel que s’ils
ont le même grade. Alors, qui est ce
général Dupont ?
… et un général difficile
à identifier
Deux généraux seulement portent le
nom de Dupont. Le premier est Pierre
Dupont de l’Étang, né à Chabanais en
Charente le 4 juillet 1765, et c’est celui
qui est le plus souvent cité comme
l’adversaire de Fournier. Or, la carrière
de celui-ci commence beaucoup plus tôt
que celle de son supposé adversaire.
Au service de Hollande dès 1784 et
jusqu’en 1790, il entre au 12e régiment
d’infanterie comme sous-lieutenant le
21 juillet 1791. Ses états de service sont
ensuite plutôt brillants : capitaine en
1792, chef de brigade puis général de
brigade à titre provisoire en 1793, il est
nommé général de division en 1797. Il
s’illustre en Italie en 1800 et 1801, puis
en Allemagne à partir de 1805. Grand
aigle de la Légion d’honneur en 1807,
comte de l’Empire un an plus tard, tout
le destine à un grand avenir jusqu’à
la malheureuse affaire de Bailén en
Espagne. Là, il est en effet contraint
« Disons un mot de la cause première
de ce duel. Un capitaine de hussards,
nommé François Fournier-Sarlovèze,
bretteur forcené et d’une redoutable
habileté, avait, pour le plus futile des
motifs, provoqué et tué un brave jeune
homme, appelé Blumm, seul appui
d’une nombreuse famille. Il n’y avait
eu qu’un cri par toute la ville, un cri
de malédiction. Une foule considérable suivit le convoi. Le soir on dansait chez le général Moreau ; ce bal
était donné à la bourgeoisie. Le général, craignant que la présence de
Fournier n’occasionnât du scandale,
chargea le capitaine Pierre Dupont
de l’Étang, son aide de camp, de lui
barrer le passage. Celui-ci se plaça
près de l’entrée, et lorsque Fournier se
présenta : “– Oses-tu bien, lui dit-il, te
montrer ici ? – Hein ! Qu’est-ce que
cela signifie ? – Cela signifie que tu
aurais dû comprendre que, le jour de
l’enterrement du pauvre Blumm, il eût
été décent de rester chez toi et surtout
de ne pas paraître dans une réunion
où tu es exposé à rencontrer des amis
de ta victime. – C’est-à-dire des ennemis. Tu devrais savoir, toi, que je ne
crains personne et que je suis d’humeur à défier tout le monde. – Tu ne te
passeras pas de cette fantaisie ce soir,
car tu vas aller le coucher par ordre
du général. – Tu te trompes, Dupont ;
je ne puis m’attaquer au général qui
m’insulte en me faisant fermer sa
porte, mais je m’en prends à toi et
à eux, et veux payer généreusement
la commission que tu as acceptée.
– Nous nous battrons quand bon te
semblera. Il y a longtemps que tes
manières fanfaronnes me déplaisent
et que la main me démange de te
corriger. – Nous verrons lequel des
deux corrigera l’autre.” Ce fut Fournier qui reçut le châtiment. “Première
manche !” s’écria-t-il, renversé par un
vigoureux coup d’épée. “Tu entends
donc renouveler l’expérience ?” demanda Dupont. “Oui, mon vieux, et
j’espère que ce sera bientôt...” Un
mois après Fournier était guéri, et
Dupont, grièvement blessé à son
tour, s’écriait en tombant : “Seconde
manche ! Au premier jour, la belle !” »
(extrait de Histoire anecdotique du
duel de tous les temps et dans tous
les pays par Émile Colombey).
NAPOLÉON 1er / RSN 65
Le général comte
François FournierSarlovèze.
Huile sur toile
par Antoine-Jean
Gros (Paris,
musée du Louvre).
© Bridgeman
Images/Leemage.
66 NAPOLÉON 1er / RSN
GRANDE ARMÉE
Fournier-Sarlovèze face à Dupont
de signer une capitulation déshonorante
le 22 juillet 1808 face aux Espagnols
du général Castaños. Un moment
prisonnier, il revient à Toulon où il est
immédiatement arrêté le 21 septembre
1808. L’Empereur ne lui pardonnera
jamais cet échec. Il le destitue
le 1er mars 1812 et ordonne son
incarcération au fort de Joux. Dupont se
rallie à Louis XVIII dont il devient même
le ministre de la Guerre. Il poursuit une
carrière politique après 1815 comme
député. Il meurt à Paris le 9 mars 1840.
Il apparaît donc clairement que les
progressions en grade des deux
protagonistes sont complètement
décalées. Pour simple exemple, Fournier
est nommé général près de quatorze ans
après Dupont ! Ils n’ont donc pas pu
se provoquer en duel.
L’autre général Dupont est Pierre
Antoine Dupont-Chaumont, frère aîné
du précédent. Né le 27 décembre 1759,
il compte donc quatorze ans de plus que
Fournier ! Général de brigade en 1793
et de division en 1795, il est un moment
sans activité puis sert
pendant tant d’années. Il semble donc
que cette histoire de duel FournierDupont soit une invention. Si Fournier
a pu éventuellement se battre en duel
avec un Dupont, il ne s’agit pas d’un
des deux généraux cités et en aucun
cas cette opposition n’a pu durer aussi
longtemps.
Un duel riche en symboles
Pierre Antoine Dupont de l’Étang.
Gravure par Ambroise Tardieu d’après Forestier.
© GaPel/AIC/Leemage.
en Hollande en 1805, et en Prusse en
1806. Il exerce ensuite les fonctions
d’inspecteur général puis est admis
à la retraite en 1812. Lui non plus
n’a donc pu rencontrer Fournier et
encore moins se battre en duel avec lui
Pourquoi cette opposition est-elle
entrée dans la légende ? Pourquoi
a-t-elle inspiré une nouvelle, celle de
Joseph Conrad, Le duel, parue en 1908,
un film, Les Duellistes de Ridley Scott
en 1977, et plus récemment une bandedessinée, celle de Renaud Farace,
Duel, parue en 2017 ?
Ce duel, tel qu’il est raconté à partir
du Second Empire, rassemble en
réalité tous les ingrédients qui font la
valeur du soldat impérial. La première
est bien sûr le sens de l’honneur :
le soldat impérial doit défendre son
honneur et ne peut refuser de se battre,
même si la querelle est insignifiante.
Ensuite, il doit prouver sa bravoure en
Duel entre Charles Lameth, député à l’Assemblée Constituante, et le marquis de Castries, député de la noblesse le 12 novembre 1790.
Gouache par les frères Lesueur, duel symbolisant l’opposition entre nouveau et ancien régimes (Paris, musée Carnavalet). © Photo Josse/Leemage.
NAPOLÉON 1er / RSN 67
GRANDE ARMÉE
Fournier-Sarlovèze face à Dupont
respectant certaines règles du combat.
Il montre également son adresse dans
le maniement des armes – sabre, épée
ou pistolet.
Il souhaite évidemment paraître le
plus fort, surtout si son adversaire est
ou devient son ami. Il n’y a en effet
aucune haine entre les duellistes mais
uniquement le désir de se montrer le
plus habile. On ne cherche pas à tuer
son adversaire mais à le surpasser,
car le duel doit s’arrêter au premier
sang. Il s’agit de cette lutte amicale
voire fraternelle que l’on retrouve
dans certains westerns.
Ainsi, ce duel riche de sens a conduit
Joseph Conrad à écrire sa nouvelle.
Mais il y ajoute un aspect politique à
travers ses héros : Féraud (alias
Fournier) est issu du peuple et
bonapartiste convaincu alors
que d’Hubert (alias Dupont) est
d’origine noble et reste fidèle à
l’Ancien Régime. Dans la réalité,
IL N’Y A AUCUNE HAINE ENTRE LES DUELLISTES MAIS
UNIQUEMENT LE DÉSIR DE SE MONTRER LE PLUS HABILE.
68 NAPOLÉON 1er / RSN
Affiche du film
Les Duellistes,
réalisé par
Ridley Scott
en 1977.
© akgimages /
Album /
Paramount
Pictures.
on sait que les convictions politiques
de Fournier ont été fluctuantes. Il se
montre d’abord un ardent jacobin au
point d’adopter le prénom Réséda du
calendrier révolutionnaire. Il ne cache
pas ensuite son opposition au Consulat
mais sert toutefois sous l’Empire avec
l’aide de son ami Lasalle. Après 1815,
il se rallie à la monarchie qu’il sert
avec zèle puisqu’il obtient le grade de
grand officier de la Légion d’honneur
en 1826. Ridley Scott et Renaud Farace
s’inspireront très largement du livre
de Conrad et s’éloigneront un peu
plus encore de la réalité.
Pour conclure, le duel Fournier-Dupont
fait aujourd’hui partie intégrante de la
légende napoléonienne et ne recouvre
aucune réalité historique. Si François
Fournier est sans aucun doute un
incorrigible duelliste, son différend
avec Dupont est une invention
romanesque d’Émile Colombey, à une
époque où la légende impériale est
en pleine construction. Cet épisode,
comme « la punition de Golymin »
de Lasalle ou « la jument Lisette »
de Marbot, ont surtout alimenté une
certaine image de la bravoure et du
sens de l’honneur du soldat impérial. n
ENTRE LIBERTÉ
ÉMANCIPATRICE
ET EXPRESSION DU
POUVOIR ABSOLU
Gardes pour l’assaut. Gravure couleur, xviiie siècle. © MEPL/Rue des Archives.
Couverture de la bande dessinée Duel
par Renaud Farace. © Éditions.
Renaud Farace : « À mon sens, ce duel
a plusieurs niveaux symboliques […].
Il me semble l’avoir tourné en une
sorte de “lutte de classes”, puisque
les deux protagonistes sont issus de
milieux bien différents. Mais chaque
classe lutte avec ses propres paradoxes, comme le prouve la relation
que Féraud entretient avec son père
: on pourrait imaginer que le vieux
maréchal-ferrant, issu du peuple, se
réjouisse de la réussite militaire de
son fils, mais il n’en est rien. Je l’imagine s’être indigné du départ de son
rejeton pour la Grande Armée, rejoignant l’ogre corse qui condamnait
à l’époque les pratiques religieuses,
alors que lui-même devait être très
pieux, comme beaucoup de paysans.
Ce départ le privait également des
bras de Féraud, qui lui auraient été
bien utiles à la forge. À l’inverse, on
pourrait croire d’Hubert, qui est issu
de la vieille noblesse, peu enclin à se
battre pour l’Empereur ; mais il est
progressiste par bien des aspects,
reconnaissant par exemple la valeur
d’un homme à son courage, et non à
son extraction. En réalité, Féraud et
d’Hubert s’admirent l’un l’autre autant
qu’ils se détestent, et craignent d’être
une seule et même personne… »
(BDzom.com).
NAPOLÉON 1er / RSN 69
CULTURE
Exposition à Shanghai
Sélection inédite par sa composition, quelque 185 œuvres de la prestigieuse collection
Chalençon sont depuis le 26 octobre 2018 présentées à l’Himalayas Museum de
Shanghai. Tarik Bougherira / président d’Imperial Art Paris
P
endant quatre mois,
dans un décor moderne
et futuriste, le public
chinois peut admirer
de nombreux chefsd’œuvre, tel le buste
colossal de Napoléon
par Canova qui se juxtapose à un
spectaculaire portrait de Bonaparte
Premier consul par Antoine-Jean
Gros. Les nombreux souvenirs
historiques ne laissent pas le visiteur
indifférent. Une des attractions de
l’exposition est le très rare madras
de l’Empereur à Sainte-Hélène ainsi
qu’une paire de bas, elle aussi
portée en exil.
La collection Chalençon n’en est pas
à son premier succès en Chine. En
effet, après une première série en
2014 dans quatre musées à travers le
pays, c’est une nouvelle aventure qui
commence, pour une durée de trois
ans. Le public se révèle passionné par
l’histoire européenne, en particulier
de l’épopée impériale. Napoléon
y est vénéré comme un véritable
héros, personnage de légende au
caractère intemporel, qui a su dès
son époque reconnaître la puissance
en sommeil de la Chine. Durant cette
exposition, de nombreux ateliersdécouverte et conférences permettent
d’accompagner les passionnés et
d’aller plus loin dans la connaissance
de la période. C’est lors de deux
conférences conduites par Bernard
Chevallier et David Chanteranne, face
à la pertinence des questions posées,
que les intervenants ont pu noter la
qualité d’expertise de la jeunesse
chinoise sur le sujet.
Napoléon n’est pas près quitter
l’Empire du Milieu : il y est làbas comme chez lui et le nombre
de demandes d’exposition le
démontre. Le nombre sans cesse
croissant de projets concernant
l’épopée napoléonienne prouve que
l’Empereur des Français a conquis
les cœurs asiatiques.
n
70 NAPOLÉON 1er / RSN
Entrée de la rétrospective Napoléon au Shanghai Himalayas Museum. © Shanghai Himalayas Museum.
Salle de souvenirs des campagnes militaires.
© Shanghai Himalayas Museum.
Arts graphiques et livres en langue chinoise.
© Shanghai Himalayas Museum / Li Hongbo.
Le mobilier de l’Empereur, replacée au cœur de
l’exposition. © Shanghai Himalayas Museum.
Buste de Napoléon.
Marbre par Antonio Canova, 73 cm.
Coll. Chalençon.
INFOS PRATIQUES
Shanghai Himalayas Museum
3F, 869 Yinhua Lu, Pudong, Shanghai.
Ouvert de 10 h à 18 h, jusqu’au 28 février 2019.
https://www.247tickets.com/t/napoleon-special-exhibition
Pendule au buste de Napoléon
Coll. Chalençon.
NAPOLÉON 1er / RSN 71
VIE QUOTIDIENNE
Le châle
indispensable accessoire de mode
Le 3 nivôse de l’an ix (nuit de Noël 1800), la citoyenne Bonaparte marche d’un pas
précipité. Sa voiture l’attend pour se rendre au théâtre, mais son magnifique et
nouveau châle en cachemire tombe alors de ses épaules. Elle l’ignore encore :
ce simple détail va la sauver… Chantal Prévot / responsable des bibliothèques à la Fondation Napoléon
D
ans ses Mémoires,
le général Rapp
se souvient qu’il
a galamment aidé
Joséphine à replacer
son châle de manière
que cette grande étole
mette en valeur sa robe d’apparat
et sa silhouette. Dans la cour des
Tuileries, au même moment, le Consul
s’impatiente. Il déteste attendre.
Cette anecdote (vraie ou romancée)
a autorisé certains historiens à louer
la coquetterie de Joséphine (pour
une fois !) : ces quelques secondes
données à l’élégance auraient sauvé
la vie de Napoléon Bonaparte car
la machine infernale qui devait le
tuer explosera légèrement trop tôt
dans la rue Saint-Nicaise. Quoi qu’il
en soit, l’épisode est révélateur de
l’importance du châle dans la toilette
féminine sous le Consulat et l’Empire,
et d’un certain savoir-faire pour le
porter avec charme et distinction.
Un tissu importé
Cette pièce d’étoffe souple, carrée
ou longue, aux motifs tissés, brodés ou
imprimés, que les femmes drapent sur
leurs épaules, est connue en Europe
depuis un siècle sous sa forme
orientale la plus luxueuse : en laine de
cachemire. Importée par la Compagnie
britannique des Indes depuis le
xviiie siècle, sa réputation a grandi aux
temps révolutionnaires et s’est muée
en une vogue sans précédent lorsque
les officiers de l’expédition d’Égypte
en ont envoyé en France. On les juge
tout d’abord vilains mais si exotiques :
« Madame Bonaparte reçut deux châles
de cachemire, qui lui furent envoyés
par son époux. Mesdames Bourrienne,
Hamelin et Visconti en eurent aussi. Ces
dames les portèrent uniquement parce
que cette parure était bizarre ; car elle
fut jugée affreuse, et ne devant pas être
adoptée. Cependant, depuis lors, les
femmes ont voulu toutes se parer de ces
châles si laids, et c’était un vrai malheur
pour une élégante d’en être privée. » (1)
Objet de convoitise
L’inventaire après-décès de l’Impératrice,
grande prescriptrice de mode, fait état
de quarante-sept « schalls » (selon
l’orthographe de l’époque) en cachemire,
et plus d’une vingtaine en mousseline ou
en laine. Le prix de cet accessoire de luxe
équivaut à celui d’une robe de couturier,
de 1 400 à 3 200 francs (soit de deux à
cinq ans de salaire d’un ouvrier). Les
récits de l’époque relatent de nombreux
« emprunts » non déclarés entre femmes
de la bonne société. Un « schall » oublié
sur un fauteuil trouve vite preneuse.
Tout futur époux de la bonne société doit
déposer dans la corbeille de sa fiancée
un châle (Napoléon en met dix-sept
dans celle de Marie-Louise), en dépit
du Blocus continental décrété en 1806
interdisant l’importation de marchandises
anglaises, et donc de châles orientaux.
Les fabricants français peuvent ainsi
doubler leurs productions et rivaliser
d’astuces pour fournir un marché en
pleine expansion. Ainsi, le châlier le plus
renommé, Guillaume Ternaux, tente,
mais en vain, d’acclimater des chèvres
UNE MODE INSPIRÉE DE L’ANTIQUITÉ
Les châles se marient parfaitement avec la nouvelle mode inspirée de l’Antiquité. C’est
avec dextérité que les élégantes jouent avec les effets de l’étole qui prolonge le mouvement de leurs bras, prenant des poses, augmentant les effets gracieux. Les plus beaux
sont les cachemires, portant aux extrémités les palmes tout en volute et couleurs issues
de motifs floraux persans stylisés. Accessoire pour les temps froids, en laine ou en cachemire, déployé, il couvre les femmes comme un manteau. La merveilleuse étoffe, si fine
et si légère, se prête à tous les drapés. Écharpe d’été, en mousseline ou en soie, plié, il
peut devenir turban dans les cheveux.
72 NAPOLÉON 1er / RSN
Costume du matin.
Gravure (extraite
de Costumes
parisiens de
1803 à 1807 par
Pierre-Antoine
Leboux de la
Mésangère).
Coll. V.R.
sauvages du Tibet dans son usine de
Saint-Ouen. Sous la Restauration, le châle
se démocratise et devient l’attribut de
chaque femme de la bourgeoisie et même
du peuple. Il est le vêtement féminin par
excellence tout au long du xixe siècle.
n
(1) Mémoires de Georgette Ducrest.
Négligé. Gravure (extraite de Costumes
parisiens de 1803 à 1807 par PierreAntoine Leboux de la Mésangère). Coll. V.R.
Portrait de l’impératrice Joséphine avec un châle. Huile sur toile par Pierre-Paul Prud’hon (Paris, musée du Louvre). © Luisa Ricciarini/Leemage.
NAPOLÉON 1er / RSN 73
SOUVENIR NAPOLÉONIEN
Conférences
PARRAINAGE
Le 4 décembre 2018, S.A.I. le prince Napoléon
s’est rendu au siège national du Souvenir
napoléonien. Il y a été reçu par le président
Christian Bourdeille, entouré de S.A.R. le
prince Joachim Murat, prince de Ponte Corvo,
et de Pierre Murat, chargé des relations
institutionnelles du Souvenir napoléonien.
À l’issue de cette journée, le prince Napoléon a
accepté de devenir le parrain des manifestations
organisées par l’association en 2019, année de
commémoration du deux cent cinquantième
anniversaire de la naissance de l’Empereur.
Paris-Île de France
À 18 h à la mairie
d’arrondissement, 3 rue
de Lisbonne, 75008 Paris.
MERCREDI 13 FÉVRIER 2019
1812 : Moscou occupé.
Lettres de grognards,
par Francois Houdececk,
historien, responsable
des projets spéciaux à
la Fondation Napoléon.
JEUDI 14 MARS 2019
Pauline Bonaparte,
par Florence de Baudus,
historienne, romancière
et essayiste.
JEUDI 11 AVRIL 2019
Bonaparte n’est plus. Le
monde apprend la mort
de Napoléon, par Thierry
Lentz, directeur de la
Fondation Napoléon.
Photo D.C.
Berry-Val de Loire
À 18h30 au Campus
Centre, site Balsan,
2 allée Jean Vaillé
36000 Châteauroux.
VENDREDI 1ER MARS 2019
Mécénat
Après seize années au service de
la délégation Poitou-Charentes, le
délégué Alain Lescroël a décidé de
prendre une retraite bien méritée. À
l’occasion d’une dernière conférence,
le 8 décembre 2018, il a remercié
les adhérents : « Je tiens à vous
témoigner toute ma gratitude et ma
fierté d’avoir pu vivre ces moments
de partage et de convivialité. Je vous
remercie du fond du cœur de nous
permettre d’entretenir le souvenir de
l’Empereur à la tête du Grand Empire.
Ces seize merveilleuses années de
délégué régional me permettent
de remettre en toute sérénité le
flambeau au futur délégué qui sera
désigné par notre président. Je
prends l’engagement de lui apporter
mon concours, si nécessaire, pour
le début de ses fonctions. »
L’association a apporté un large mécénat pour l’acquisition
par le château de Fontainebleau du tableau Allégorie de Napoléon donnant la paix à la Terre (ou Allégorie de la paix de
Presbourg du 26 décembre 1805 après la victoire d’Austerlitz du 2 décembre 1805). Cette œuvre majeure (64,4
x 94,3 cm) sera placée au centre du parcours du musée
Napoléon Ier dans la salle 5 « Napoléon et l’Europe ». Le nom
du Souvenir napoléonien sera désormais inscrit sur le panneau des mécènes à l’entrée du musée.
74 NAPOLÉON 1er / RSN
VENDREDI 29 MARS 2019
Tuileries Impériales, par
Juliette Gilkman, université
Panthéon-Sorbonne Paris 1.
Nice-Alpes Maritimes
À 15h30 à la Villa
Masséna, 65 rue de France
06000 Nice.
SAMEDI 23 FÉVRIER 2019
© Château de Fontainebleau.
Hommage
Moi la Malmaison,
l’amie intime de
Joséphine, par Françoise
Deville, historienne
et collectionneuse.
La formation intellectuelle
de Bonaparte, par Patrice
Gueniffey, directeur
d’études à l’EHESS.
TOUTES LES AUTRES
CONFÉRENCES SUR
www.souvenir
napoleonien.org/
delegations
FRESQUE
Le 15 décembre
2018, une immense
fresque napoléonienne
a été inaugurée,
dans la commune de
Baillargues, par le prince
Joachim Murat et le
maire de la commune,
Jean-Luc Meissonnier,
entourés de nombreux
reconstituteurs (invités
entre autres par la
délégation régionale du
Souvenir napoléonien).
Couvrant le mur
d’enceinte du cimetière
municipal longeant la
route impériale, cette
fresque en peinture
minérale, longue de
94 m, représentant la vie
des soldats de la Grande
Armée, est l’œuvre de
l’artiste-peintre Claire
Aton. La réalisation
a nécessité trois mois
de travaux.
Agenda
MERCREDI 3 AVRIL À 20 H
Spectacle Mon nom était Bonaparte, avec
lectures par Robert Hossein et chants polyphoniques
corses, église de la Madeleine (75008 Paris).
DIMANCHE 5 MAI À 13 H
Assemblée générale au théâtre de l’ASIEM (6 rue
Albert de Lapparent, 75007 Paris), suivie de la
messe à Saint-Louis des Invalides (75007 Paris)
pour le 198e anniversaire de la mort de Napoléon.
La journée s’achèvera par un grand dîner de gala
à partir de 20 h au restaurant Le Train Bleu, gare
de Lyon (75012 Paris).
Visites
Photo Jean-Luc Cousquer.
Le Souvenir napoléonien a lancé pour
ses membres une toute nouvelle activité :
« les Flâneries de l’Histoire », visites
thématiques du Paris des deux empires,
commentées par des historiens. Pour
accompagner cette animation, l’association
a lancé un partenariat avec les éditions
Télémaque qui viennent de faire paraître
Paris Napoléon(s), guide du Paris des deux
empereurs par Dimitri Casali.
© Souvenir napoléonien.
Jeunesse
POUR LES 6-15 ANS : « À la découverte de l’Aigle, rejoignez
le service de l’empereur ».
Faites découvrir l’Empire avec
cette séance éducative en trois
temps : évocation d’une page
de l’histoire napoléonienne par
un historien ; présentation par
un reconstitueur en costume
d’époque de son uniforme ;
visite d’un lieu historique. Prochaines séances : samedi 16
février, « coups de foudre en Italie » avec présentation de l’uniforme de « voltigeur » et découverte du château de Malmaison ;
samedi 16 mars, « Austerlitz : de
“top” chef au maître du monde »
avec présentation de l’uniforme
de « dragon » et découverte de
la caserne de la Garde républicaine des Célestins ; samedi
13 avril, « les irréductibles grognards face aux cicatrices » avec
présentation de l’uniforme de
« chirurgien » et ses instruments
puis découverte des Invalides ;
samedi 18 mai, « à la guerre
comme à la guerre : partez en
campagne ! », bivouac des grognards à Brienne-le-Château.
65 € par personne pour le cycle
complet, soit six séances de 3 h
(ce prix inclut entrées aux mu-
LE SOUVENIR NAPOLÉONIEN Société française d’histoire napoléonienne
Reconnu d’utilité publique par le décret du 5 novembre 1982
Fondatrice : Mme Eugénie Gal (Nice, 1937) – Président d’honneur : S.A.I.R. le prince Murat – Président :
M. Christian Bourdeille – Directrice administrative : Mme Nathalie Paolucci - Secrétaire : Mme Marie-Hélène Driay
82, rue de Monceau 75008 Paris. Tél. : 01 45 22 37 32. Télécopie : 01 42 93 23 51.
Horaires d’ouverture du siège : du lundi au vendredi de 14 h à 17 h. contact@souvenirnapoleonien.org
sées et transferts en car lors des
visites hors de Paris).
ATELIER DES AIGLES : « sprint BD
Premier Empire ». Durant les
vacances scolaires, faites de
vos enfants de vrais dessinateurs de BD. Sur trois jours, des
stages de 12 h sont proposés,
sur les temps des vacances
scolaires, auprès d’un véritable
auteur de BD (au siège de l’association à Paris). Un moment
ludique et créatif à ne pas manquer ! Séances : 25-28 février
2019 ; 29 avril-2 mai 2019 ;
8-11 juillet 2019. 215 € par
personne.
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www.souvenirnapoleonien.org
@Revolution.Empires
NAPOLÉON 1er / RSN 75
« [Vous trouverez ci-dessous] la
photo d’une affiche témoignant de
la conscription des ans xi et xii. Cet
important règlement permit de maintenir
une réserve suffisante de combattants
pour défendre notre mère patrie. Malgré
tout, l’“Ogre” – sobriquet que portera
l’Empereur après les grandes batailles de
l’Empire – provoqua un effort de guerre
trois fois inférieur à celui consenti en
quatre ans sur les champs de bataille
de 1914 à 1918... »
Alain Cattoire – cattoire@ferrassie-tv.com
Courrier
des lecteurs
Blocus continental qui a permis à
l’économie de la ville de croître en
devenant le principal fournisseur
de bois pour la marine britannique.
Aussi, nous avons fait connaissance
avec des personnages nés à Québec
comme le régicide et administrateur
impérial Jacques de Bréard-Duplessis,
le général ingénieur François-Joseph
Chaussegros de Léry, les capitaines de
navire Jacques Debout et Joseph Allary
ainsi que la présence de grognards
qui ont vécu à Québec, des visites
de deux neveux de Napoléon et
de nombreux compositions dont
le monument funéraire de l’Aiglon.
Cette conférence serait un filon
très intéressant pour un article. »
Jean-François Caron – jfcaron7@gmail.com
Photo Rosa Fedoulova.
AFFICHE DE CONSCRIPTION
PRÉSENCE AU QUÉBEC
« Je tenais à souligner à vos lecteurs
que j’ai eu la chance d’assister à
une conférence, le 13 mars [2018],
intitulée « La présence napoléonienne
à Québec » par l’historien Simon
Careau. Elle avait été prononcée dans
le cadre des conférences de la Société
historique de Québec. Au cours de
cette dynamique présentation, nous
avons découvert divers liens entre la
période napoléonienne et la ville de
Québec, [notamment les] influences
directes des politiques de l’Empereur
sur la ville de Québec comme le
« [En] réponse au courriel de Alain
Cattoire concernant l’affiche des CentJours [dans Napoléon 1er n° 89], le terme
“relaissement” provient d’un ancien
verbe concernant la chasse : relaisser.
Ce verbe signifiait “laisser les chiens
fatigués se reposer, les changer”,
d’où plus tard les termes de relais, de
relayer (Dictionnaire historique de la
langue française d’Alain Rey). Dans le
cas de l’affiche qui nous concerne, le
relaissement est tout simplement le
changement des fournitures usagées
et usées par des fournitures neuves. »
Jacques Bouvet – jacbouvet@wanadoo.fr
RIDEAUX IMPÉRIAUX
« Je vous envoie [deux] photos [ci-contre]
de grands rideaux du xixe siècle en soie,
représentant des abeilles napoléoniennes.
Ils sont doublés et […] de grandes
dimensions. Je souhaite les vendre. »
Rosa Fedoulova – rosa.fedoulova@dbmail.com
Photo Rosa Fedoulova.
Photo Alain Cattoire.
RELAISSSEMENT
Siège social : 48/50 boulevard Sénard 92210 Saint-Cloud. Tél. : 01 47 11 20 00. Fax : 01 47 11 21 06. (Pour joindre votre correspondant, composez le 01 47
11 suivi des quatre chiffres figurant à côté de chaque nom). Directeur de la publication : Christian Castellani. Directeur de la rédaction : Christian Bourdeille.
Rédacteur en chef : David Chanteranne (22 65). Secrétaire de rédaction-iconographe : Vincent Rolin (22 64). Design graphique / maquette : Yo Le
Studio. Comité de rédaction : Jacques-Olivier Boudon, Pierre Branda, Guy Carrieu, Jacques Jourquin, Thierry Lentz, Xavier Mauduit, Charles-Éloi Vial. Ont collaboré à ce numéro : Tarik Bougherira, Pierre
Branda, Bruno Calvès, Arthur Chevallier, Patrice Gueniffey, François Houdecek, Jacques Jourquin, Éric Jousse, Élodie Lefort, Thierry Lentz, Xavier Mauduit, Henri Ortholan, Emmanuelle Papot, Chantal Prévot,
Dominique Timmermans, Jean Tulard, Charles-Éloi Vial. Directrice marketing clients : Sabine Aguera (22 96). Responsable marketing direct : Carène Petit (22 97). Vente anciens numéros : 01 45 36 20 41 –
abo.hommell@ediis.fr Vente en kiosque : Alexandre Campi (20 12). Informatique éditoriale : directeur des systèmes d’information : Christophe Denis ; adjoint : Dominique Leblay. Fabrication : Loïc Rossigneux
(22 63). Internet : Hélène Régnaud et Sabine Gros La Faige. Contact publicité : Anat Régie 9, rue de Miromesnil 75008 Paris o.diaz@anatregie.fr tél. : 01 43 12 38 15 – 06 87 93 07 95. Service abonnements, tél. : 01 47 11 22 86. Napoléon 1er Revue du Souvenir Napoléonien est édité par SOTECA SARL au capital social de 8 000 euros. Impression : Roto Champagne – 2, rue des Frères Garnier Z.I. la
dame Huguenotte 52000 Chaumont. Tél. : 03 25 87 73 13. Distribution : Presstalis. Distribution Belgique : Tondeur Diffusion. Dépôt légal à parution. Numéro de commission paritaire : 0921K79546.
ISSN : 1298-6380. IMPRIMÉ EN FRANCE
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RUBRIQUE HISTOIRE
FONDATION NAPOLÉON
PRIX ET BOURSES 2018
nationale 1792-1795 », une
thèse sous la direction
du professeur Hervé
Leuwers (Université de
Lille) ; Nebiha Guiga pour
« Être blessé au combat
et soigné dans l’Europe
napoléonienne (18051813) » une thèse sous la
direction des professeurs
Patrice Gueniffey et Sven
Externbrink (EHESS, Paris –
Universität Heidelberg,
Allemagne) ; et Francesco
Le 12 novembre 2018 a été remis
l’un des deux prix Charles Aubert
de l’Académie des sciences
morales et politiques à Thierry
Lentz, directeur de la Fondation
Napoléon, pour l’ensemble
de son œuvre, au cours d’une
cérémonie qui s’est déroulée
sous la Coupole. Ce prix est le
troisième qu’il reçoit de l’Institut
puisqu’il est déjà lauréat du prix
Paul-Michel Perret (1993) et du
prix Guizot (2013).
Saggiorato pour « La
police napoléonienne dans
l’Apennin septentrional :
le contrôle des espaces
frontaliers et montagnards
entre l’Empire français et
le royaume d’Italie (18051814) » une thèse sous la
direction des professeurs
Chiara Lucrezio Monticelli
et Vincent Denis (Université
de Rome Tor Vergata,
Italie – Université Paris I
Panthéon Sorbonne).
Cercle d’études
12 FÉVRIER 2019
Comment le monde a-t-il appris
la mort de Napoléon par
Thierry Lentz, directeur
de la Fondation Napoléon.
12 MARS 2019
L’antimilitarisme et
l’antipatriotisme de Baudelaire
par Marie-Christine Natta,
historienne.
© Fondation Napoléon.
Le 4 décembre 2018 a eu lieu
la cérémonie annuelle de
remise des prix et bourses,
cette année dans la galerie
dorée de la Banque de
France (hôtel de Toulouse
à Paris). Elle s’est déroulée
en présence de S.A.I. la
princesse Napoléon et du
gouverneur de la Banque de
France, M. François Villeroy
de Galhau. Le jury a attribué
le prix Premier Empire à
l’historienne Natalia Griffon
de Pleineville pour son
livre La première invasion
du Portugal par l’armée
napoléonienne (1807-1808),
paru chez Économica. Le
prix du jury a récompensé
l’ouvrage Sainte-Hélène
2015, de Jean Mendelson,
paru chez Portaparole.
Cette année, trois bourses
d’études ont été décernées
à des sujets sur le Premier
Empire. Les lauréats
sont : Jean d’Andlau pour
« Fonder la République
par la loi. Le comité de
Législation de la Convention
Distinction
2 AVRIL 2019
La première invasion française
du Portugal en 1807-1808, par
Natalia Griffon de Pleineville,
historienne.
CORRESPONDANCE
FONDATION NAPOLÉON Reconnue d’utilité publique par le décret du 12 novembre 1987
Président : M. Victor-André Masséna, prince d’Essling - Directeur : M. Thierry Lentz - Assistante de direction :
Mlle Alexandra Mongin - Accueil : Mme Brigitte Claré - Pôle « Patrimoine » : M. Pierre Branda, chef de service
Collection : Mlle Élodie Lefort - Bibliothèque Martial Lapeyre : Mme Chantal Prévot - Pôle « Documentation
et communication numérique » : Mlle Irène Delage, chef de service - Affaires internationales :
M. Peter Hicks - Projets spéciaux : M. François Houdecek - Sites internet : Mlle Marie de Bruchard et
Mme Rebecca Young - Réseaux sociaux : Mme Valérie Durand / 7, rue Geoffroy Saint-Hilaire 75005 Paris.
Tél. : 01 56 43 46 00. Télécopie : 01 56 43 46 01. information@napoleon.org
78 NAPOLÉON 1er / RSN
Ces conférences ont lieu à 18 h
au siège de la Fondation Napoléon
(espace Baron Gourgaud), accueil
au rez-de-chaussée. L’entrée est
gratuite, sur réservation dans
la limite des places disponibles
(ouverture des inscriptions une
dizaine de jour avant chaque date)
par courriel auprès de Brigitte
Claré : ce@napoleon.org ou
par téléphone au
01 56 43 46 00.
© ANSBLA de Bordeaux.
Le 13 décembre 2018, l’Académie nationale
des sciences, belles-lettres et arts de
Bordeaux a décerné le prix Chassin-Dufourg
à la Fondation Napoléon pour la publication
de la Correspondance générale de Napoléon
Bonaparte éditée par Fayard. C’est François
Houdececk, responsable du projet, qui a
reçu le prix des mains de Jacques Battin et
de Gilles Robert, respectivement président
et membre résidant de l’Académie. Ce prix
est décerné chaque année pour un ouvrage
traitant d’un sujet d’histoire militaire locale,
régionale ou nationale.
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www.fondationnapoleon.org
www.napoleonica.org
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NAP1PP91
PUBLICATIONS
L’ENCRE DE L’EXIL
Comment faire d’un long ennui,
même impérial, un récit captivant,
au sens premier du terme ? Dans
une suprême et ultime confrontation, le prisonnier le plus célèbre
du monde s’enferme avec son
geôlier dans un huis-clos dont
aucun des deux hommes ne
sortira indemne. Pour le premier,
le combat est celui de la postérité,
pour le second, la tâche relève
de l’administration. De ce drame
fidèle aux trois unités – une île
perdue au milieu de l’océan,
sept années qui se comptent à
l’échelle des siècles et un face-àface qui ne se résoudra que dans
la mort –, Charles-Éloi Vial a tiré
de belles pages, illustrées avec
goût et à-propos.
L’histoire est célèbre. Entre 1815
et 1821, sur l’île de SainteHélène, à quelques semaines
de mer des continents européen
et américain, l’ancien empereur
des Français est sous la garde
tatillonne et souvent ridicule du
Britannique Hudson Lowe, homme
de devoir et de tracas. L’auteur a
eu accès à des manuscrits encore
inédits de Lowe, conservés pour
la plus grande part à la British
Library mais, aussi, à la Bibliothèque nationale de France : des
sources bienvenues pour enrichir
ou nuancer la légende véhiculée
par le Mémorial d’Emmanuel
de Las Cases.
On sait que Napoléon avait
reconstitué la cour des Tuileries
dans un format adapté à ses
nouveaux moyens. Mais on
avait peut-être oublié l’immense
culture livresque qu’un chef
d’État pouvait alors posséder.
En témoignent les 959 ouvrages
répartis en 1 254 volumes
répertoriés par le jeune
« mamelouk » Ali, bibliothécaire
de Longwood. Au programme :
Tite-Live, Eschyle, Racine,
Voltaire, Beaumarchais, De
Staël. Comme l’écrit avec
justesse Charles-Éloi Vial,
Napoléon s’est bien évadé de
Sainte-Hélène mais seulement
par l’écrit et par la pensée.
Sa bibliothèque, qui embrasse
les siècles et rassemble les
écrivains les plus réformateurs
de leur temps, en dit aussi long
sur la curiosité d’esprit ainsi que
l’intelligence des hommes et des
choses de son propriétaire.
Il est bien possible que Napoléon
soit mort d’ennui sur une île
battue par les flots et traversée
par les vents. Mais ces flots et
ces vents ont porté au-delà de
l’horizon la renommée grandiose et tragique de celui qui,
vivant, manqua le monde pour
mieux le posséder une fois mort.
Depuis deux siècles, les succès
de l’édition – auxquels le livre
de Charles-Eloi Vial viendra se
joindre – témoignent de la justesse du mot de François-René
de Chateaubriand.
Bruno Calvès
Napoléon à Sainte-Hélène, l’encre de l’exil, par Charles-Éloi Vial, Perrin, 2018, 320 p., 29 €.
COLLOQUE
Entre 1798 et 1870, les
relations entre la France et
la Russie ont été faites de
conflits et de réconciliations.
Cet ouvrage collectif vise à
mieux comprendre la richesse
des échanges aussi bien
économiques, scientifiques que
culturels qui se sont établis
entre la France et la Russie
à l’époque des empereurs.
Vincent Rolin
Le choc des Empires, France
et Russie 1798-1870, sous
la direction de JacquesOlivier Boudon, SPM, coll. de
l’Institut Napoléon, 2018,
192 p., 18 €.
80 NAPOLÉON 1er / RSN
PORTRAIT
Tous deux membres de la
Société française et d’histoire
maritime, Yves Boyer-Vidal
et Pierre-Loïc Le Marant
de Kerdaniel retracent la vie
maritime de René-Constant Le
Marant de Kerdaniel. Ancêtre
direct d’un des auteurs, il a
navigué sur toutes les mers,
de la Révolution à Louis-Philippe.
V.R.
Un marin sur toutes les mers
de la Révolution à LouisPhilippe, René-Constant Le
Marant de Kerdaniel, par PierreLoïc le Marant de Kerdaniel et
Yves Boyer-Vidal, Éditions SPM,
2018, 262 p., 25 €.
JOURNAL
Avec son père, Emmanuel Pons de
Las Cases a participé à la rédaction
du Mémorial de Sainte-Hélène.
Il a aussi écrit ce journal de bord
de la Belle-Poule au cours des
quatre-vingt treize jours de l’expédition du retour des Cendres.
V.R.
Journal écrit à bord de la frégate
la Belle-Poule, par Emmanuel
Pons de Las Cases, Tohu-Bohu,
coll. « Collection Maritime »,
2018, 22 €.
SPORT
Enrichi de témoignages et de
documents d’archives, cet ouvrage
écrit par un journaliste propose
un récit des parcours de quelques
figures marquantes de la boxe, afin
de mieux comprendre son histoire.
V.R.
Bleu, blanc, boxe, figures
marquantes de la diversité en
boxe anglaise, par Jean-Bernard
Paillisser, Atelier Folfer, 2018,
132 p., 21 €.
LE TRÉSORIER DE NAPOLÉON
Le lecteur est habitué aux récits haletants
des grenadiers, dragons, cuirassiers et autres
hussards. Ici, Christophe Bourachot a décidé de
republier les souvenirs de Guillaume Peyrusse
(1776-1860), inspecteur puis payeur du trésor
de la Couronne. À ce titre, il accompagne l’Empereur de 1809 à 1815. Dans ses mémoires,
le baron Peyrusse raconte évidemment les
scènes militaires, les combats, les campagnes,
les souffrances. Mais, surtout, il donne une
autre version, celle d’un civil embarqué dans la
tourmente guerrière. Ses anecdotes sont à la
fois celles d’un observateur avisé et celles d’un
acteur proche de Napoléon. Grâce à de multiples
notes et de nombreux documents, le récit original
est étayé, utilement complété. Ainsi, le lecteur
appréciera les itinéraires, les réflexions et les
explications d’un comptable qui accompagna
l’Empereur jusqu’à l’île d’Elbe.
Thierry Choffat
Baron Guillaume Peyrusse, trésorier de Napoléon,
par Christophe Bourachot, AKFG, 2018, 395 p., 25 €.
ESSAI
Arthur Chevallier, écrivain-éditeur,
consacre son premier essai historique aux mille vies posthumes de
l’Empereur, qu’il présente comme
le prototype du héros moderne.
Un ouvrage décapant, au style
enlevé, qui va à l’encontre de
toutes les idées reçues et offre un
regard neuf sur la figure impériale.
V.R.
Napoléon sans Bonaparte, par
Arthur Chevallier, Le Cerf, 2018,
240 p., 19 €.
ÉTUDE
Joséphine a eu de nombreuses
passions dans sa vie, à commencer
par la botanique. Marie Petitot,
jeune historienne, s’intéresse aussi
à toutes celles (souvent secrètes)
des autres grands personnages de
l’histoire, comme Pierre le Grand,
Louis XIII ou Marie de Médicis. Un
ouvrage qui se lit comme roman.
V.R.
Royales passions, par Marie
Petitot, Tallandier, 2018,
320 p., 18,90 €.
NAPOLÉON 1er / RSN 81
PASSIONS IMPÉRIALES
« Une formidable machine
à remonter le temps »
«
À l’issue de cette visite aux
Invalides, en passant par
la boutique-souvenir du
musée, on m’a offert une
carte postale, reproduisant le
Chasseur à cheval de Géricault.
La beauté du cavalier, sa
situation extraordinaire et théâtrale ont
énormément impressionné le jeune garçon
que j’étais. J’ai fait un vœu : “Quand je
serai grand, j’aurai le même uniforme.”
À vingt-neuf ans, j’ai décidé que le
moment était venu et j’ai pris contact
avec un maître-tailleur militaire. Étant
capitaine dans l’armée de l’air, c’est
le grade que j’ai sur les manches de
mon dolman. Six mois plus tard, mon
uniforme a pris place sur un mannequin
à côté de mon bureau. C’est alors
que j’ai été contacté par un groupe
de reconstitution, le xe escadron, qui
recherchait un officier. J’ai accepté.
Dès lors, mon uniforme a quitté son
mannequin et je me suis retrouvé
82 NAPOLÉON 1er / RSN
Coll. Jean-François Rémy-Néris.
« À l’âge de six ans, ma marraine m’a emmené visiter le tombeau de l’Empereur. J’ai suivi
le guide tout autour de la galerie, passionné par ses explications et fasciné par l’aspect
imposant du catafalque. La même année, pour mon anniversaire, le 6 avril (date de
l’abdication de Fontainebleau), on m’a offert des figurines de grognards. Et mon premier
animal de compagnie, je l’ai appelé Napoléon. Le virus était pris. » Jean-François Rémy-Néris
capitaine des chasseurs à cheval de la
Garde, à sillonner l’Europe.
La reconstitution est une formidable
machine à remonter le temps. C’est
comme un livre de Job : les images
s’animent et vous vous retrouvez
parmi les personnages auprès
de l’Empereur.
Pour apprécier au mieux notre activité,
il faut que les participants qui nous
entourent habitent leur rôle et leur
uniforme. Et un jour, une rencontre
a bouleversé notre petit monde :
l’Empereur. Celui qui nous a rejoints,
né en …69 – comme le « patron »
[Napoléon] – en est un sosie, avec un
charisme troublant. Il a tout de suite
été adopté ; certains d’entre nous
se sont jetés dans ses bras, en
pleurant d’émotion.
Le 2 décembre 2004, nous avons traversé
Paris en uniformes pour nous retrouver
dans Notre-Dame ; un an plus tard, en
Moravie, nous avons gravi le Santon
et chargé à cheval sur le Pratzen. En
2012, à Borodino [La Moskowa], sous
les yeux du président Poutine, nous
avons arraché la victoire aux Russes.
En 2015, sur les traces de l’Empereur, le
xe escadron, de Golfe-Juan à Grenoble,
s’est attaqué, à cheval, à la Route
Napoléon. 400 km et six jours de
neige, de glace et de souffrance.
Une de mes fiertés, après trois ans de
travail, est d’avoir, en partenariat avec le
Mobilier national, reproduit à l’identique
deux tentes de campagne de Napoléon.
À partir du mois de mars, quelques
objets militaires de ma collection
partiront en Chine pour six expositions
pendant un an et demi. M’attacher à la
mémoire de l’Empereur me permet de
rencontrer des personnes passionnantes,
de créer un réseau d’amis dans le
monde entier, de visiter des lieux
d’habitude inaccessibles. Et en
commémorant les batailles,
nous célébrons la paix. »
n
PROCHAIN NUMÉRO
le 3 mai 2019 en kiosque
DOSSIER
NAPOLÉON
AU QUOTIDIEN
© Photo Josse/Leemage.
LES ENFANTS, LA RELIGION, LA MER,
SA SŒUR PAULINE, SES GOÛTS PERSONNELS…
ÉVÉNEMENT LA RÉVOLTE DU CAIRE (21 OCTOBRE 1798)
ARMÉE LES SOLDATS CORSES
BATAILLE L’ARTILLERIE À WAGRAM (5-6 JUILLET 1809)
RECONSTITUTION LES PASSIONNÉS DE L’EMPIRE
www.napoleon1er.fr
N°92
napoleon1er
Napoléon en Méditerranée
Sur les traces de l’Empereur avec Jean Tulard
Du 8 au 19 juin 2019
Jacques-Olivier Boudon David Chanteranne
Historien
Historien
Embarquez à bord du Costa neoRiviera (650 cabines seulement) pour un voyage à travers l’Histoire
qui vous emmènera au coeur des villes qui ont marqué l’épopée napoléonienne en Corse, en Italie, en
Espagne, sur l’Ile d’Elbe... Laissez-vous emporter par les récits de nos conférenciers, grands spécialistes
de Napoléon, Jacques-Olivier Boudon, David Chanteranne, Natalia Griffon de Pleineville. Notre
invité exceptionnel Jean Tulard vous dévoilera l’importance de l’enjeu méditerranéen dans la
stratégie de conquête de l’Empereur.
Natalia G. de Pleineville Jean Tulard
Historienne
Historien
ITALIE
FRANCE
ESPAGNE
Toulon
Portoferraio
Propriano
Tarragone
Ibiza
Nice
Savone
Port Mahon
Palma de
Majorque
Porto Torres
MER
MÉDITERRANÉE
Naples
*Se référer à la brochure pour le détail des prestations et les
conditions générales de vente. Licence n° IM075150063.
Création graphique : OceanoGrafik.fr - Crédits photos : © Shutterstock.
OFFRE SPÉCIALE -200 €/pers. pour toute réservation avant le 28 février 2019 (code REVE)
soit la croisière à partir de 2 690 € 2 490 € /pers.* au départ de Nice, à bord du Costa neoRiviera
*Pension complète, conférences et taxes inclus. Vols depuis Paris en supplément.
Demandez la brochure au 01 75 77 87 48, par mail à contact@croisieres-exception.fr ou
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