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2019-02-07 Challenges

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a.
Confidentiel
Leboncoin est évalué entre 3 et 4 milliards d’euros dans le cadre de la
cotation en Bourse d’Oslo, en avril, de sa maison mère MPI (Schibsted).
Renault évoque le scénario
d’une sortie progressive de l’Etat
Le projet de loi sur
les fonctionnaires,
annoncé pour
le 27 mars, devrait
modifier l’article 3
de leur statut pour
favoriser l’embauche
de contractuels.
Pour pérenniser l’Alliance avec Nissan,« l’Etat est prêt à revoir à la baisse sa
participation de 15 % dans Renault et à sortir sur le moyen terme, des signaux
officieux ont été donnés », explique-t-on chez Renault (actionnaire de Challenges).
Objectif : convaincre la partie japonaise, réticente à tout approfondissement des
liens avec Renault tant que l’Etat français est partie prenante. Contacté, Bercy
apporte un « démenti total » tout en faisant confiance à Jean-Dominique Senard,
président de Renault, pour « renforcer les liens au sein de l’Alliance ».
•
Le pôle entertainment
de Fimalac a été
bénéficiaire de plus
de 6 millions d’euros
en 2018. Les « gilets
jaunes » ont tout
de même coûté
100 000 euros
de pertes d’activité
au Théâtre Marigny.
Novartis va étendre
son appli reSET
(suivi des patients
souffrant d’addictions),
aux troubles
alimentaires.
Ibo/ Sipa
Barrière rempile à Enghien
Barrière a signé avec Enghien-les-Bains
le renouvellement de la concession du
casino, jusqu’en 2038. La commune touchera 15 % du produit brut des jeux et
une redevance annuelle de 2,9 millions
d’euros. Barrière construira un nouvel
hôtel pour 35 millions.
Le spécialiste du colis
Adrexo a saisi
l’Autorité de
la concurrence pour
dénoncer l’exonération
de TVA du service
universel de La Poste.
Crowdspark.Com/Afp
Barbara Frugier,
ancienne conseillère
à l’Elysée, rejoint
l’Organisation
internationale
de la francophonie
comme directrice
de la communication.
La start-up Amber
(transports sanitaires)
lève 1,5 million
d’euros. Kima, Idinvest
et Partech sont
au tour de table.
Yann Moix
poursuivi
par l’Etat
Idée de réforme qui circule à l’Elysée :
créer des parlements régionaux – remplaçant les conseils régionaux – représentés au Sénat, lui-même réformé et
fusionné avec le Conseil économique,
social et environnemental (Cese).
LIONEL BONAVENTURE / AFP
Le secrétaire général
de LREM,
Didier Medori, va
quitter ses fonctions
quelques semaines
après avoir intégré
l’organigramme
du parti.
Vers une fusion Sénat-Cese
L’Elysée crée
une delivery unit
L’application des réformes sur le terrain est
désormais suivie et formalisée par le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler,
et le directeur de cabinet du Premier
ministre, Benoît Ribadeau-Dumas. Une
fois par mois, ils convoqueront des directeurs de cabinet de ministres et des
directeurs centraux. L’Intérieur et la
Justice ont inauguré le 18 janvier la delivery unit, inspirée des méthodes de
Tony Blair.
L’Etat a décidé
de porter plainte
c o n t r e Ya n n
Moix pour injure
publique et diffamation publique
envers la police. Il demandera 1 euro
symbolique à titre de dommages et
intérêts après que l’écrivain et chroniqueur a lancé, en septembre dernier sur le plateau d’une émission de
C8, que les policiers n’avaient « pas
les c...... d’aller dans des endroits
dangereux ».
Les Chinois attaquent Airbus
La cyberattaque dont Airbus a annoncé
le 30 janvier avoir été victime a été
menée via un mode opératoire utilisé
par des hackers basés en Chine. Cette
intrusion, effectuée via un sous-traitant, ciblait des documents techniques
relatifs à la certification des avions du
géant européen.
Paris 2024 ouvre des tickets
à 150 millions
A la recherche de six sponsors de premier rang, Paris 2024 propose des tickets (avant négociation) de 150 millions
d’euros. FDJ, SNCF, Orange, EDF et
Engie sont démarchés. BPCE a déjà signé dans une fourchette de 110 à
120 millions avec utilisation du logo
dans son réseau (Caisse d’épargne,
Banque populaire) depuis le 1er janvier.
Présidente du groupe
des députés PS,
Valérie Rabault
prépare un rapport sur
la privatisation d’ADP.
Le gouvernement
a déposé un
amendement au Sénat
en vue de la création
d’un Haut conseil en
charge de la promotion
de la filière équine.
Durant les élections
européennes,
Pierre Gattaz
(BusinessEurope) fera
une tournée : après
Rome, il ira à Berlin,
Prague, La Haye
et Luxembourg.
Brigitte Bourguignon,
députée LREM
et présidente
de la commission
des Affaires sociales,
dénonce la lenteur
de la mise en œuvre
du plan pauvreté.
Bruce Buck (Chelsea
FC) doit trouver
le nouveau directeur
général de la Premier
League qui succédera
à Richard Scudamore.
Didier Quillot (LFP)
a été approché.
Christophe Castaner
lance un audit
sur l’organisation
du ministère
de l’Intérieur.
La mission est confiée
à Clotilde Valter,
inspectrice générale
de l’administration
et ex-députée PS.
Foncia a pris
le contrôle de Logdis,
spécialiste de
la location meublée
à Paris, avec
7 500 appartements
en portefeuille.
Sommaire en pages 14 et 15
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
3
Politique
Par Ghislaine Ottenheimer
Pour le président de l’Assemblée Richard Ferrand, « il va falloir vivre
avec les “gilets jaunes” », qui ne sont pas près de disparaître.
C. Lebedinsky/Challenges
Sombre
Des maires démunis,
des présidents
d’associations
dépourvus de
moyens, des élus
impuissants. En dépit
d’un engagement
sans faille. Le
« grand débat » met
en lumière les
innombrables
blessures dont
souffrent certains
territoires, en milieu
rural, dans les
banlieues. Des
territoires dont
on a identifié les
problèmes depuis
plusieurs décennies
et qu’aucune
politique publique
n’a réussi à
résoudre. A force
de répéter l’exercice
du diagnostic et des
discours de SOS,
certains ont alerté :
« On tourne en rond. »
C’est toute la
difficulté à laquelle va
être confronté le chef
de l’Etat. Sortir d’une
spirale dépressive.
Redonner un souffle.
Et de l’espoir.
A le voir défendre son bilan
d’une demi-année de réduction de la vitesse à 80 km/h
– quitte à tordre un peu les
indicateurs – beaucoup se
sont dit « Edouard Philippe prépare sa sortie ! »
D’ailleurs, depuis le début
de la crise des « gilets
jaunes », l’idée tourne en
boucle (surtout dans l’aile
gauche de la majorité) qu’il
faudrait un chef de gouvernement moins raide, plus
politique, plus social. On dit que JeanYves Le Drian s’y prépare. Et parmi les
plus hauts dirigeants de la Macronie,
on interroge : « Avant ou après les élections européennes ? Qu’est-ce qui est le
plus judicieux ? »
L’intéressé n’en a cure. Il fait le job.
Veiller à ce que les lois soient votées,
que la machine administrative fonctionne… « Il est bien dans ses baskets,
confie un proche. Il a le sentiment que
l’action va dans la bonne direction. Le
prélèvement à la source se déroule
bien. » Pas d’états d’âme donc. Le
changement de Premier ministre étant
du ressort du chef de l’Etat, Edouard
Philippe n’est pas du genre à se torturer
les méninges inutilement.
LE CHIFFRE
20000
C’est le nombre
de participants
au « vrai débat »
lancé par les
« gilets jaunes ».
AFP
EDITORIAL
Edouard Philippe condamné ?
Ni évident, ni simple
D’ailleurs, depuis le début du quinquennat, il est d’une fidélité à toute épreuve.
Avalant les couleuvres, encaissant les
milliards accordés aux « gilets jaunes »,
lui qui s’efforce jour après jour de
contenir les déficits. Désormais, il
prête main-forte au président pour animer des « grands débats », et réveiller
les publics restés en retrait : jeunes,
habitants des banlieues… Un Premier
ministre exemplaire. Jusqu’au jour où
le chef de l’Etat considérera que le
temps est passé d’un « Premier ministre d’ouverture (à droite) », comme
le confie un député LREM. Mais avec le
risque de voir les ministres de droite,
très liés à Edouard Philippe, prendre la
poudre d’escampette !
•
Contre près de
600 000 pour la
plateforme officielle
du « grand débat ».
Ce sont les sujets
touchant à
l’économie et au
travail qui suscitent
le plus de
contributions.
On y propose, pêlemêle, des peines
financières
maximales pour
les délinquants
en col blanc, un
impôt pour les exilés
fiscaux, la remise en
cause des retraites
des hommes
politiques, le
déplacement des
élus par covoiturage
et transports en
commun, la hausse
du smic, la taxation
des véhicules
polluants haut
de gamme…
SP
Rénover son palais à coups de goodies, l’Elysée y croit
Une boule
à neige
du palais
présidentiel, un
carnet décoré de
palmes dorées,
des mugs
à l’effigie
d’Emmanuel
Macron, des verres, des stylos,
des cabas, des sweaters…
Lancée en septembre 2018,
la boutique de l’Elysée
remporte un certain succès
sur Internet. Un premier bilan
vient d’être dévoilé : en quatre
mois, plus de 25 000 produits
dérivés ont été vendus,
8 600 clients ont été
comptabilisés et 90 000 euros
ont été récoltés. Une somme
qui va être entièrement dédiée
à la restauration des édifices de
la présidence de la République,
qui nécessitent de nombreuses
rénovations. Selon l’Elysée,
le palais lui-même a subi
les ravages du temps :
« Ses tapisseries perdent
leurs couleurs, ses boiseries
se fissurent sans restauration,
leur détérioration risque d’être
irréversible. » La seule
rénovation de la salle des fêtes
– une décoration moins
pompière, le taupe et le beige
ayant remplacé la moquette
rouge et les rideaux
à pompons – a coûté
500 000 euros. Des projets
de développement sont
en cours afin d’augmenter
les recettes. Les marques
devraient y vendre
des produits spécifiques.
Certains ont d’ailleurs
été officialisés, comme
une marinière Saint James,
un tee-shirt brodé « président »
signé Le Slip Français,
des bracelets Atelier Paulin,
une peluche figurant
Nemo, le chien du couple
présidentiel, réalisé
par Les Petites Maries.
Que du Made in France.•
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
5
Confidentiel
SERVICE
DES ABONNÉS
Tél. : 01-55-56-71-47
Parole d’un cacique de LR : « Sous les 12 % aux
européennes, Laurent Wauquiez payera l’addition. »
Pour joindre la rédaction
Tél. : 01-58-65-03-03
Pour avoir un poste en direct : 01-58-65 suivi
du numéro de poste. Fax : 01-58-65-03-04.
Challenges, 41 bis, avenue Bosquet,
75007 Paris. E-mail : redaction@challenges.fr
ou, directement, tapez l’initiale du prénom,
le nom puis @challenges.fr
En toute indiscrétion
Par Nicolas Domenach
DIRECTION-RÉDACTION
Anne-Marie ROCCO - grand reporter (03-30).
France David BENSOUSSAN (09-76),
Laurent FARGUES (03-21), Florian FAYOLLE
(09-96), Alice MÉRIEUX (03-23).
International Sabine SYFUSS-ARNAUD
- chef de rubrique (03-15),
Jean-Pierre DE LA ROCQUE - grand reporter (09-91).
Industrie - Finance Vincent LAMIGEON
- grand reporter (03-19), Nicolas STIEL
- grand reporter (03-32), Alain-Gabriel VERDEVOYE
- grand reporter (03-31).
High-tech - Médias Marc BAUDRILLER
- chef de rubrique (03-51), Véronique GROUSSARD
- chef de rubrique (01-44-88-35-95), Delphine
DÉCHAUX (03-20), Léa LEJEUNE (09-97),
Paul LOUBIÈRE - grand reporter (03-22).
Services - Grande consommation
Jean-François ARNAUD - grand reporter (09-72),
Claire BOULEAU (03-28), Pauline DAMOUR (03-11).
Finances privées Eric TRÉGUIER - chef de rubrique
(03-34), Virginie GROLLEAU (03-27),
Damien PELÉ (03-26).
Affaires privées
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Correspondant Philippe BOULET-GERCOURT
(New York).
Assistantes
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CHALLENGES.FR
Thiébault DROMARD - rédacteur en chef (03-07),
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(09-78), Marion PERROUD - responsable d’édition
(03-09), Rémi CLÉMENT (01-55-35-56-71),
Laure CROISET (01-55-35-56-74), Antoine
IZAMBARD (09-98), Héloïse DE NEUVILLE
(03-10), Adrien SCHWYTER (09-92), Valérie XANDRY
(01-55-35-56-72) et la rédaction de Challenges.
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et Nicolas MEUNIER (01-55-35-56-69).
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Abonnements Luc BONARDI - directeur.
Ventes aux entreprises Joëlle HEZARD.
Fabrication Christophe PERRUSSON,
Thibault QUÉRÉ.
Imprimerie Roto France, Lognes.
Les services de la garde des Sceaux Nicole
Belloubet planchent sur la tenue d’une séance
médiatisée du « grand débat » au cœur d’un
établissement pénitentiaire, si les syndicats de
surveillants le permettent. Mais c’est en souriant que la ministre de la Justice évoque la
possibilité qu’Emmanuel Macron y participe.
Il avait déjà échangé une fois avec un prisonnier, mais chacun était resté d’un côté et de
l’autre de la porte.
Péchenard avait la solution contre
les accidents de la route…
Conseiller de Paris et
vice-président de la région
Ile-de-France, Frédéric
Péchenard, qui fut délégué interministériel à la
sécurité routière, raconte
que le ministre de l’Intérieur Manuel Valls lui
avait à l’époque demandé
« une mesure choc » pour réduire le nombre
d’accidents de la route. Péchenard lui avait
alors répondu du tac au tac : « Interdisez aux
hommes de conduire. Ils sont responsables
de 9 accidents sur 10. Les femmes boivent
moins et sont moins agressives. » La mesure
fut alors jugée « genrée » et un peu excessive.
… mais pas pour obtenir
le maroquin de ses rêves
Le même Frédéric Péchenard, qui est un ami
de longue date de Nicolas Sarkozy, confirme
qu’on lui a bien proposé « un secrétariat
d’Etat à la Sécurité auprès du ministre de
l’Intérieur lors du dernier remaniement ».
Mais, s’il n’a finalement pas été nommé, « ce
n’est pas parce que François Bayrou s’est
roulé par terre et a menacé de s’immoler par
le feu, mais parce que j’ai refusé : je voulais
mon autonomie et mon cabinet. Ce qui m’a
été refusé ».
François-Xavier Bellamy @fxbellamy (3 février)
Tout au long de mes écrits, j’ai voulu dire que nous
avons besoin de retrouver un cap, un sens.
6  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
Alain Robert/ Sipa
RÉDACTION
Macron bientôt en prison
pour le « grand débat » ?
Ibo/ Sipa
Directeur Claude PERDRIEL.
Directeur de la rédaction
Vincent BEAUFILS (03-01).
Directeur délégué de la rédaction
Pierre-Henri de MENTHON (03-08).
Rédacteurs en chef
Thierry FABRE (03-12),
Gilles FONTAINE (03-52).
Ghislaine OTTENHEIMER (09-74),
Laurent UBERTIN-VALLERON - édition (03-48).
Rédacteurs en chef adjoints
Kira MITROFANOFF (03-24),
Thuy-Diep NGUYEN (03-25),
Grégoire PINSON (03-13).
Directeur artistique Thierry VERRET (03-56).
Couverture Dominique PASQUET.
Conseillers de la rédaction Patrick FAUCONNIER,
Airy ROUTIER, Nicolas DOMENACH.
Le « Robot Marine » assure
A 23 ans, la tête de liste choisie par Marine
Le Pen pour les européennes ne montre aucune appréhension des micros et caméras et
récite la doxa sans une ombre d’émotion ou
d’hésitation. Jordan Bardella a réponse à tout
et porte parfaitement son surnom de « Robot
Marine ». En référence au populaire Robot
Marie multi-usages inventé par Jean Mantelet,
le génial fondateur de Moulinex.
Batho tacle Jadot
L’ex-ministre de l’Ecologie Delphine Batho,
avec le mouvement Génération Ecologie
qu’elle dirige maintenant et son livre Ecologie
intégrale. Le manifeste (ed. du Rocher),
tourne résolument le dos à l’union de la
gauche dans laquelle « s’embourbe encore
Yannick Jadot, non pas aux européennes,
mais aux élections suivantes où il rêve encore d’alliances dépassées ». Elle va tenter de
monter sa liste sans s’encombrer de ceux
« qui ont toujours troqué leurs convictions
pour des postes ».
Les lycéens préparent
une grève mondiale
Au ministère de l’Education, on scrute les réseaux sociaux pour voir si « la grève scolaire »
du 15 mars pour « obliger les pouvoirs publics
à sauver la planète » va prendre dans nos lycées. C’est le cas en Belgique et au Canada.
Emmanuel Maurel @emmanuelmaurel (4 février)
#Macron rompt avec une tradition qui consiste
à ce que la France défende ses intérêts et
son indépendance. Médias
Par Marc Baudriller
Google a plus que triplé ses investissements publicitaires dans la presse
française entre 2017 et 2018, selon les chiffres de Kantar Média.
Pour avoir le Pass
culture dans cinq
zones tests, les jeunes
de 18 ans devaient
se signaler, donc être
déjà sensibilisés.
Le ministère de
la Culture envisage
d’expérimenter l’envoi,
dans une zone, à tous
les jeunes de 18 ans.
Aurélien Wenger,
l’arrière-petit-fils
de Marc Sangnier,
fondateur du courant
de la démocratie
chrétienne
et du journal
La Démocratie, ouvre
un restaurant sous
ce nom dans
les anciens locaux
du quotidien, boulevard
Raspail, à Paris.
Le think tank La Villa
Numeris crée
une formation
certifiante « anti-fake
news pour les pros
de la com’» avec
l’Efap, qui débutera
le 13 mars.
Sur les 3 452 films
français exploités par
nos salles de cinéma
en 2017, 3 276, soit
95 %, ont réalisé moins
de 50 000 entrées,
selon les chiffres
du Centre national
du cinéma et de
l’image animée (CNC).
Seuls cinq ont passé
la barre des 2 millions
d’entrées.
Le patron du groupe Altice, Patrick
Drahi, pourrait lâcher dans les semaines qui viennent le contrôle de
l’hebdomadaire L’Express, qu’il possède à 100 % depuis 2015. Tout n’est pas
fixé, assure le groupe. Dans le schéma
aujourd’hui le plus probable, Drahi resterait minoritaire au capital mais abandonnerait la majorité à son lieutenant
Alain Weill, PDG
d’Altice France
et directeur général d’Altice
Europe, provoquant l’ouverture
d’une clause de
cession (qui permet aux journalistes de quitter l’entreprise avec des
indemnités). Le management prendrait
quelque 10 %. Alain Weill doit s’exprimer le 11 février à L’Express.
Si ce projet se confirmait, le redressement du titre prendrait l’allure d’un défi
personnel pour Alain Weill. Le prestigieux magazine d’actualité souffre d’un
manque cruel de stratégie, d’ancrage
éditorial et d’investissements depuis de
longues années. Sa diffusion payée en
France atteint 243 948 exemplaires au
Bruno Levy/Challenges
Le futur PDG de
France Télévisions
sera nommé entre
le 22 avril et le 22 mai
2020. Mais il n’est
pas sûr que la loi
organisant un nouveau
système de
désignation soit
promulguée à temps.
Patrick Drahi est prêt
à lâcher L’Express
troisième trimestre 2018 selon l’ACPM
(Alliance pour les chiffres de la presse
et des médias), contre 405 603 exemplaires en 2014. Devant les salariés, le
28 novembre dernier, Alain Weill avait
évoqué pour 2018 une perte de l’ordre
de 15 millions sur une quarantaine de
millions d’euros de chiffre d’affaires.
Mais Drahi conserve Libération, sa
première acquisition dans les médias.
Et orchestre la relance du quotidien,
tombé à 67 400 exemplaires vendus en
moyenne en France en novembre. Objectif : « Enrayer la baisse du chiffre
d’affaires dès 2019 et atteindre l’équilibre en deux ans », annonce le directeur général de la presse d’Altice en
France, Clément Delpirou. Car l’activité est tombée de 40 à 34 millions d’euros entre 2017 et 2018, le titre perdant
autour de 5 millions. Delpirou entend
ralentir la baisse des ventes au numéro,
le papier représentant encore les trois
quarts du chiffre d’affaires, et accélérer
sur le Web avec, notamment, la création de verticales (à venir, Idées et débat ou Libé Marseille). Libération vise
70 000 abonnés numériques d’ici 2020 à
2021, contre 12 000 en novembre dernier, selon l’ACPM.
M. B. et T. M.
Le groupe Lagardère a bien vendu
son pôle médias
Environ 1 milliard d’euros : telle est la
somme qu’Arnaud Lagardère va tirer de
la vente de ses actifs médias réunis
dans Lagardère Active, sans compter la
cession de ses activités de presse internationale pour 651 millions d’euros au
groupe Hearst en 2011. C’est le double
de la valorisation estimée par les analystes financiers. En cédant fin janvier
la chaîne TNT pour la jeunesse Gulli au
groupe M 6 pour quelque 200 millions
d’euros, Arnaud Lagardère fait une
bonne opération. « Le pari d’une vente
des médias par appartement plutôt
8  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
qu’en totalité est réussi », applaudit
Jean-Baptiste Sergeant, analyste médias à Mainfirst. Outre Gulli, Lagardère
s’est séparé de ses radios internationales (73 millions d’euros), des sites
d’e-santé (50), de sa presse magazine
française (52), de ses sites Billetreduc
ou Newsweb (30) et bientôt du producteur Lagardère Studio, estimé autour
de 200 millions. « Les actifs médias
conservés par Lagardère, soit le JDD,
Paris Match, Europe 1, RFM ou la
marque Elle valent encore plus de
400 millions », ajoute Sergeant.
•
Le plan social mis
en œuvre à l’AFP a été
réduit, de 125 à
95 suppressions de
postes. Le nombre des
journalistes concernés
passe de 40 à 15,
mais de nombreux
postes techniques
et informatiques
sont visés.
Deux livres sur les
médias sortiront au
printemps : Francis
Morel et Jean-Michel
Salvator, deux anciens
du Figaro, raconteront
en mai chez CalmannLévy la mutation du
paysage médiatique
avec le digital. Antoine
de Tarlé (ex-TF1)
s’interrogera
en mars sur l’impact
des réseaux sociaux
sur l’information dans
La fin du journalisme ?
(L’Atelier).
Prisma Presse ferme
ses deux régies
digitales Advideum et
Mob Value et supprime
38 postes. Acquises
pour 30 millions
d’euros, ces deux
filiales cumulent
30 millions de pertes
qui impacteront
les comptes
du groupe. Prisma
ne reversera donc pas
de dividendes
à sa maison mère
pour la seconde année
consécutive.
Retrouvez la
chronique économique de
Gilles Fontaine
Chaque jeudi à 6h48 dans
LE 5/7 DE
MATHILDE MUNOS
Fréquence Paris : 87,8 MHz
Le graphique
Hors camions, l’Alliance
reste en tête des constructeurs
« Je suis fier d’avoir conduit Renault de
2005 à 2018 », a confié Carlos Ghosn aux
Echos du fond de sa prison. Le PDG déchu
peut revendiquer, pour la deuxième année
consécutive, le titre de premier constructeur automobile mondial : 10,76 millions de
véhicules vendus en 2018 pour l’Alliance
Renault-Nissan-Mitsubishi, que Jean-Dominique Senard, nouveau président de Renault, et Hiroto Saikawa, directeur général
L E Ç O N N ° 1
de Nissan, se sont promis, le 31 janvier à
Amsterdam, de consolider.
Si Volkswagen affiche 10,83 millions d’unités, c’est avec 233 000 poids lourds, que
l’Alliance ne produit pas. La rivalité ne va
pas cesser : Volkswagen table sur une
hausse de 25 % (en chiffre d’affaires) d’ici à
2020. L’Alliance vise plus de 14 millions
d’exemplaires à l’horizon 2022, soit une progression de 30 %.
A.-G. V.
Ventes mondiales de véhicules
12
(voitures, utilitaires et poids lourds, en millions d’unités)
GROUPE
TOYOTA
L E Ç O N N ° 2
2015
Le scandale du
« Dieselgate » plombe les
ventes de Volkswagen.
10
2017
L’Alliance accède
à la première
place mondiale
(hors camions).
2010
Toyota est
numéro un
mondial depuis
2008.
9
ALLIANCE
RENAULT-NISSANMITSUBISHI*
2010
11
12
2013
Renault signe un accord
de compétitivité qui
sécurise le site France.
10  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
13
14
15
L E Ç O N N ° 3
Nissan, passé de 4,1 à
5,8 millions, fait mieux,
profitant de sa forte
implantation en Chine
(1,56 million de
véhicules). C’est aussi
l’atout de Volkswagen :
4,2 millions d’unités
vendues en 2018
dans l’ex-empire du
Milieu, qui absorbe
40 % de ses volumes.
2016
Nissan prend
le contrôle de
Mitsubishi Motors.
7
DEPUISSOURCE
2016 : CONSTRUCTEURS
* DEPUIS* 2016 Au sein de l’Alliance,
Renault (actionnaire
de Challenges) est
passé de 2,6 millions
de ventes en 2010 à
3,32 millions en 2018
(avec sa marque
low cost Dacia et
Renault Samsung) .
Et affiche une hausse
de 27,5 %, à périmètre
comparable. Le
constructeur multiplie
les lancements : Clio IV
et bientôt V, Captur,
Mégane, Scénic IV,
Dacia Logan, Sandero
et Duster II.
Il a commercialisé
sa mini-Kwid pour pays
émergents en 2015 et
s’apprête à en lancer
une version électrique.
Mondialisation
8
2011
Le tsunami au Japon
ralentit la production
de Toyota.
L’Alliance a intégré
successivement
le russe Avtovaz
(marque Lada,
398 300 unités
en 2018), le japonais
Mitsubishi Motors
(1,22 million) et les
chinois Jinbei ainsi que
Huasong (165 600) l’an
dernier. Soit près de
1,8 million de véhicules
supplémentaires par
croissance externe.
Progression
GROUPE
VOLKSWAGEN
11
Acquisition
16
17
18
SOURCE : CONSTRUCTEURS
Regards
Exposition à la dette italienne : 285 milliards d’euros pour la France,
59 milliards pour l’Allemagne, 25 milliards pour la Belgique.
10 % du plastique produit dans le monde est recyclé.
Nombre d’attaques mortelles de requins entre 2005 et 2017 : 59.
Nombre de personnes décédées en prenant un selfie depuis 2012 : 259.
Dans les deux Amériques, 80 % de la population vit en ville.
C’est 74 % en Europe, 49 % en Asie, 41 % en Afrique.
108 milliards d’êtres humains ont jusqu’à présent vécu sur Terre.
53 % des sites Internet dans le monde sont rédigés en anglais,
6 % en allemand, 4 % en français, 2 % en chinois.
29 % des sociétés britanniques envisagent de déménager
une partie de leur activité à l’étranger en raison du Brexit.
Le bio représente 6 % des terres cultivées en France, 15 % en Italie, 23 % en Autriche.
28 % des Européens n’ont jamais restreint l’accès à leurs données personnelles
sur les applications de leur smartphone. En France, c’est 10 %.
© James - Dargaud/2018
En direct de mon Open Space, par James
12  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
N° 596 - 7 février 2019
Evénement
Les perles
de l’Etat-gaspilleur
Romuald Meigneux/Sipa
Hôpital, formation professionnelle,
Radio France… Didier Migaud, à la
tête de la Cour des comptes, épingle
la gestion des finances publiques
et sermonne l’exécutif.
p. 16
En couverture
Trouver en quelques
jours un dirigeant
pour une mission de
transition en France
ou à l’International.
Bercy pense tenir
l’arme fatale face
aux fraudeurs : un
superlogiciel croisant
des millions de
données. Et scrute les
réseaux sociaux. p. 50
C’est notre engagement.
Gérer
un projet
Transformer
une activité
Remplacer
un dirigeant
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Avant-premières
Confidentiels L’Etat sur la voie
de sortie chez Renault ?
5 Politique Edouard Philippe fait
de la résistance.
6 En toute indiscrétion
8 Médias Patrick Drahi est prêt
à lâcher L’Express.
10 Graphique Hors camions,
l’Alliance fait la course en tête.
12 Regards En direct de mon
Open Space, par James.
3
Evénement
Voir liste des postes page 6
16 L’Etat continue à gaspiller
de l’argent public Dans son
rapport annuel, la Cour des
comptes épingle les dérapages
budgétaires, la piètre gestion
des effectifs… Florilège.
Redresser
une entité
A l’affiche
Origine du papier : Finlande
Taux de fibres recyclées : 0%
Eutrophisation : PTot = 0,000 kg/tonne
de papier
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Challenges est édité par Les Editions
Croque Futur SNC au capital de
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Siège social : 41 bis, avenue Bosquet,
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Directeur de la publication :
Claude PERDRIEL.
Commission paritaire :
0622 C 81826.
ISSN : 0751-4417.
Dépôt légal : février 2019.
Fondateurs : Patrick FAUCONNIER
et Cécile AYRAL.
20 La rencontre Bill Gajda
21
22
24
26
28
(Visa Europe).
Les bruits du village
Le duo de choc Geoffroy Roux
de Bézieux (Medef) et Mounir
Mahjoubi (gouvernement).
Le come-back Nicolas Hulot.
Il l’a dit, l’a-t-il fait ? Bruno
Le Maire (Alstom-Siemens).
Bonne semaine, mauvaise
semaine. Le carnet.
Le Club Entrepreneurs Denis
Payre (Nature and People First).
Groupe Menway
14  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
Analyses
30 Le référendum d’initiative
32
33
34
35
36
37
38
39
citoyenne est plébiscité par
les Français.
Les distributeurs contournent
la nouvelle loi pour casser
les prix. Baisser la TVA,
une fausse bonne idée.
L’amendement Huawei
embarrasse les opérateurs.
Schneider vend le Made
in France aux Chinois.
Tesla bientôt profitable ?
Les écoles de commerce ont
trop peu de boursiers.
L’économiste Sébastien Jean.
Le marché immobilier donne
des signes d’essoufflement.
Les éditorialistes
Le livre Il faut achever l’euro,
de Jean Quatremer.
Sciences
International
40 Aux Etats-Unis, la nouvelle
génération démocrate émerge.
42 Au Portugal, les recettes
d’un « miracle économique ».
Notre sélection
de The Economist
44 Chypre et Malte dans
le collimateur de Bruxelles.
Ce numéro comprend un encart Voyages
Plaisir et un encart Télé 7 jours jetés
sur couverture sur la diffusion abonnés.
Isa Harsin/Sipa
La traque
fiscale 2.0
s’accélère
Avant-propos
par Vincent Beaufils
Document
Les vérités
de Tirole sur
le chômage
p. 46
Contre emploi
Eric Dessons/JDD/Sipa
Le Prix Nobel
d’économie dresse
un constat sévère
de la politique de
l’emploi en France.
Le chômage en France
Stratégie
Axa voit
grand aux
Etats-Unis
Ringo H.W. Chiu/AP/SIPA
Avec l’acquisition
de XL, le français
se renforce dans
l’assurancedommages. p. 62
L’Algérie, à deux mois de voter,
n’a pas réglé l’après-Bouteflika.
45 Leaders Voici venu le temps
de la « slowbalisation ».
Traduction : Gilles Berton.
Stratégies
62 Axa tient son grand défi pour
2019 : intégrer XL.
64 O’Tacos régale les 15-25 ans.
65 Médiprix, le réseau qui réveille
la pharmacie.
Document
66 Une école privée au secours
46 Entretien avec Jean Tirole,
des décrocheurs ruraux.
Prix Nobel d’économie.
Coulisses
En couverture
50 Le fisc passe à l’intelligence
artificielle Bercy déploie un
superlogiciel pour doper les
résultats de la lutte antifraude.
52 Darmanin renforce le rôle
des algorithmes Interview du
ministre des Comptes publics.
56 Les sujets qui attirent l’œil
des contrôleurs Immobilier,
successions, Airbnb, SCI…
58 Ils traquent les gros fraudeurs
Magistrats, flics, vérificateurs…
68 Portrait Jeremy Corbyn, leader
du Labour Party.
72 La vérité sur la passion
française pour les ronds-points.
Finances privées
75 Eviter les cyberarnaques
aux cryptomonnaies
77 L’art, par Bernard Geniès.
Saint-Valentin
78 Une sélection de cadeaux
pour hommes.
Abonnement France : un an, 58 €
(44 numéros) Etranger : nous consulter
Affaires privées
82 Tendances
84 Pour le plaisir Bienvenue dans
l’usine Bentley, qui recèle cent
ans de savoir-faire so british.
87 Livres par Maurice Szafran.
88 Tentations Offrir des fleurs.
90 Double je, de Pierre-Henri
de Menthon et Airy Routier.
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
15
B. Delessard/Challenges
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60438 Noailles Cedex
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LE PATRONAT VS LE BIEN COMMUN ? Le match qui
se joue en coulisse de la négociation sur le financement
de l’Unédic, aussi technique apparaisse-t-il, est
un exemple fascinant de la démission collective de
la France sur la lancinante question du chômage. Il y a
quelques semaines, chacun se félicitait de la réduction
du chômage en 2018 : 55 000 sans-emploi de moins
en douze mois, la belle affaire ! Il reste 3,7 millions de
chômeurs, et la France porte une dette de 35 milliards
d’euros parce que les partenaires sociaux n’ont pas
le courage de prendre le taureau par les cornes.
Il y a des thèmes qui font débat, et qui sont
soigneusement mis de côté : faut-il indemniser aussi
longtemps les chômeurs quand leur employabilité
disparaît au bout de quelques mois ? Doit-on hâter leur
retour à l’emploi en instaurant un système d’indemnités
dégressives ? Les études démontrant la baisse de
l’incitation à la reprise d’un travail en fonction de la
durée d’indemnisation ne sont-elles pas trop anciennes ?
Mais il y a un sujet qui fait consensus parmi
les économistes : la multiplication des contrats courts,
et les modes d’indemnisation des travailleurs qui se
retrouvent ainsi régulièrement au chômage, joue contre
l’emploi. Les organisations patronales ne veulent pas
le reconnaître, au point d’avoir abandonné la table des
négociations, avant d’y revenir quelques jours plus tard,
sans doute convaincues qu’elles faisaient fausse route.
Au moment où les discussions vont reprendre, pourraiton demander aux différentes parties prenantes de lire
les quatre pages de l’interview de Jean Tirole (p. 46), que
le prestigieux économiste a livré dans un des podcasts
réalisés pour Challenges (disponible dans son intégralité
sur le site Podcasts.challenges.fr) : « Les CDD sont de
mauvais emplois, martèle le Prix Nobel. Parce qu’ils ne
génèrent pas assez de formations, créent de l’instabilité
pour le salarié et l’entreprise, et créent du chômage
à cause de la permittence [ces périodes alternées
de 15 jours de travail et 15 jours de chômage]. »
C’est au nom de ce « bien commun » que Jean Tirole,
comme bien d’autres – notamment un certain Emmanuel
Macron –, recommande l’instauration d’un « bonusmalus » pour que les « licencieurs soient les payeurs.
A partir de ce moment-là, ils feront beaucoup plus
attention avant de créer des CDD, des missions
d’intérim ou d’accepter des ruptures conventionnelles ».
Qu’on ne se méprenne pas : Jean Tirole n’est pas un
de ces « économistes atterrés » qui remettent en cause
l’économie de marché, et son école, la Toulouse School
of Economics, dispose d’une renommée mondiale,
particulièrement parmi les tenants de la pensée libérale.
Raison de plus pour écouter son message et ne pas
le diluer dans des querelles de boutiquiers.•
Evénement
L’Etat continue de gaspiller
de l’argent public
Dérapages budgétaires, piètre gestion des effectifs, pilotage défaillant...
Dans son rapport annuel, la Cour des comptes dénonce les dérives
des finances publiques. Et critique Emmanuel Macron pour son laxisme.
vernement n’a pas encore traduit
dans les textes sa volonté de restreindre la baisse de l’impôt sur les
sociétés et de taxer les géants du
numérique. De même, il n’a pas détaillé les économies sur les dépenses de l’Etat, attendues à 1,5 milliard. La Cour juge donc « fragile »
la prévision de déficit à 3,2 % du PIB
en 2019, après 2,7 % en 2018.
Meigneux/ Sipa
Evénement exceptionnel
Rentrée solennelle de la Cour des comptes, au Palais Cambon, à Paris, le 17 janvier. Didier Migaud, son
premier président, pointe « l’insuffisance et la grande fragilité du redressement opéré jusqu’à présent ».
C
’est l’un des derniers coups
de semonce de Didier Migaud, à la tête de la Cour
des comptes depuis neuf
ans. Donné partant pour le Conseil
constitutionnel, l’ex-député socialiste a présenté, le 6 février, son traditionnel rapport annuel, en critiquant les dérapages, parfois
dramatiques, des administrations et
en insistant sur la récidive de certains organismes publics, déjà épinglés par la Cour (lire page 18). Il en
a profité pour sermonner le gouvernement sur sa stratégie de finances
publiques, pointant « l’insuffisance
et la grande fragilité du redressement opéré jusqu’à présent. »
Sans surprise, les magistrats s’inquiètent de l’impact des mesures
prises lors de la crise des « gilets
jaunes », qui vont alourdir le déficit
public d’au moins sept milliards
d’euros. Et encore, à condition que
les mesures de compensation évoquées soient bien prises. Or, le gou-
La France à contre-courant en Europe
u Dette publique (en % du PIB)
105
16  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
95
Zone euro hors France
et Allemagne
France
85
75
65
Allemagne
55
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018
Avec un déficit structurel au mieux à 2,3 % en 2019,
le poids de la dette publique française va encore croître.
SOURCE :: COUR
COUR DES
DES COMPTES
COMPTES
SOURCE
Mais ce n’est pas tant ce chiffre qui
inquiète les magistrats. Si la France
dépasse les 3 %, c’est en partie dû à
un événement exceptionnel : le basculement du CICE (crédit d’impôt
pour la compétitivité et l’emploi) en
allègements de charges, qui coûte
0,9 point de PIB. La Cour s’alarme
surtout de l’incapacité de la France
à réduire son déficit « structurel »,
calculé hors aléas liés à la conjoncture. Cet indicateur est considéré
comme le juge de paix de la capacité d’un pays à redresser sa situation
financière. Les règles européennes
imposent à la France de le réduire
de 0,6 point par an pour arriver sous
les 0,5 % du PIB. Or, le déficit structurel atteindra au mieux 2,3 % en
2019, comme en 2017. Seules l’Espagne et l’Italie font pire au sein de
la zone euro. Du coup, le poids de la
dette publique continue à augmenter, en décalage avec nos voisins
européens (voir graphique). Et la
Cour de conclure sévèrement : « Ce
constat ne fait que confirmer que la
France, du fait du caractère incomplet de l’assainissement de ses
finances publiques, ne dispose que
de peu de marges budgétaires pour
faire face à un retournement
conjoncturel ou à une situation de
crise. » David Bensoussan
’ancien Garde-meuble
de la Couronne n’est
plus que l’ombre de luimême. Doté d’un budget de
25 millions d’euros, le Mobilier
national, qui regroupe notamment la manufacture des Gobelins (photo ci-contre) et des
ateliers de dentelle, est aujourd’hui incapable de remplir
ses missions élémentaires.
L’inventaire de sa collection de
100 000 objets est défaillant, le
patrimoine mal entretenu et
stocké dans des conditions de
sécurité incertaines, et ses productions nouvelles n’intéressent plus personne ou
presque. L’atelier n’a produit
que 25 meubles depuis 2011,
dont les trois quarts sont inutilisés. Quant aux manufactures,
elles n’ont sorti que trois tapis
E
et six tapisseries en moyenne
par an depuis 2007, dont
cinq sont allés directement en
réserve.
« La modernisation demandée
se heurte à une culture professionnelle réticente au changement », expliquent les magistrats, dénonçant la gestion
ubuesque des 350 salariés,
dont l’ancienneté moyenne atteint dix-neuf ans. Le temps de
travail effectif, qui ne fait l’objet d’aucun contrôle, serait de
l’ordre de 30 heures par semaine. Et le nombre de jours
réellement effectués dans l’année plafonne en moyenne à 150
pour les manufactures, soit
moins d’un sur deux, voire 120
pour les ateliers de restauration. « La relativité du temps
de travail effectivement consa-
Misère et dérapages
des villes de banlieue
mmanuel Macron était à
Evry-Courcouronnes
lundi 4 février pour
l’étape « banlieue » de sa tournée « grand débat ». Mais les
griefs de ces territoires sont
connus. Le plan Borloo, en
avril dernier, en avait fait l’inventaire. En mai, c’était un rapport parlementaire qui
concluait à la faillite manifeste
de l’Etat en Seine-Saint-Denis.
La Cour des comptes ajoute
donc sa pierre à l’édifice : les
difficultés des « quartiers »
sont « structurelles ».
Elle décrit d’abord la situation
d’extrême fragilité d’une population jeune et sans le sou, qui
laisse les communes sans ressources suffisantes. Les recettes fiscales et les tarifs sont
faibles, eu égard à la pauvreté
des habitants mais aussi pour
ne pas faire fuir les rares ménages imposables. En face, les
besoins sont immenses. A Grigny ou Sarcelles, les écoles
pèsent un tiers et un quart des
dépenses de fonctionnement,
contre 15 % ailleurs. Le manque
de médecins les pousse aussi à
monter des centres médico-sociaux qui coûtent cher. Et les
programmes ambitieux de rénovation urbaine pèsent sur
leurs comptes.
« Irrégularités »
Or, face à ces défis, la rue Cambon pointe les manquements
des élus locaux, en particulier
dans la gestion du personnel.
Une vraie catastrophe à Bobigny : le « pilotage à vue », assorti d’« irrégularités » (emplois
pour des groupes politiques,
cumul de salaires) et d’« anomalies » (absentéisme, temps
de travail dérogatoire), a suscité des contentieux avec la préfecture. La masse salariale, supérieure de 34 % à la moyenne
des communes comparables,
pèse 64 % du budget. Voilà qui
pénalise toute action publique
et toute tentative de redressement, déplore la Cour. A. M.
Pierre Verdy / Afp
L
La gestion ubuesque du Mobilier national
cré par les agents à l’exercice
du métier pour lequel ils sont
rémunérés par l’Etat s’accompagne d’un laxisme quant au
respect des règles et normes
professionnelles », poursuit la
Cour, qui s’inquiète même de
« la présence de quantités importantes d’alcool sur les lieux
de travail », « loin d’être réservée à la célébration d’événements exceptionnels. » D. B.
Des urgences hospitalières
incitées… au gâchis
F
ait rarissime, la Cour des
comptes alerte sur le
manque de moyens d’un
service public. Les urgences
hospitalières, qui coûtent
3,1 milliards par an et accueillent quelque 21 millions
de patients, souffrent d’« un
sous-effectif médical générateur de tensions dans un
nombre croissant d’établissements », pointe-t-elle, cinq ans
après un premier rapport alarmiste. L’équation est implacable : en à peine quatre ans, le
nombre de patients a bondi de
15 %, tandis que les effectifs de
médecins diminuaient. Résultat, les hôpitaux se ruinent en
heures supplémentaires,
mieux payées, et recourent à
de coûteux médecins intérimaires qui peuvent gagner
jusqu’à 1 300 euros net par
journée !
Sur le fond, les magistrats de la
Rue Cambon fustigent l’incapacité des gouvernements successifs à réduire le flux des
malades aux urgences.
Quelque 20 % d’entre eux relèveraient pourtant de consultations classiques, mais se
tournent vers les hôpitaux
faute de cabinets médicaux
assurant des permanences de
nuit ou le week-end. Pis, les
urgences ne sont guère incitées à réorienter ces patients
vers des médecins de ville, dès
lors que leurs recettes progressent proportionnellement
au nombre de passages. Avec
un gâchis d’argent public à la
clé : le coût pour l’Assurancemaladie d’une consultation
s’élève à 25 euros chez un médecin de ville et à 115 euros
aux urgences. Comble de
l’ubuesque, les établissements
bons élèves sont perdants.
L’hôpital Robert-Debré à Paris,
qui a noué un partenariat avec
des médecins de ville pour désengorger ses urgences de
20 000 patients par an, a ainsi
vu ses recettes fondre de
2,3 millions d’euros ! L. F.
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
17
u
Evénement
Un marché du funéraire
opaque et hors de contrôle
L
’Insee a dénombré
614 000 morts en 2018.
13 % de plus qu’en 2000.
Sur la même période, le marché du funéraire a explosé de
75 %, à 2,25 milliards d’euros.
Une expansion anormale pour
la Cour des comptes, alors qu’il
est ouvert à la concurrence
depuis 1993 : « Insuffisamment contrôlé, le secteur se
caractérise par sa concentration, la hausse des prix et le
manque de transparence. »
Concentration d’abord. Une
douzaine de réseaux contrôle
50 % du marché. Et comme les
vendeurs de lessive, les opérateurs funéraires font l’objet de
condamnations par la DGCCRF ou l’Autorité de la concurrence. Hausse des prix ensuite.
Malgré une charte de déontologie qui impose un « prix le plus
juste », les tarifs des obsèques
ont crû deux fois plus vite que
l’inflation. Et varient du simple
au quintuple ! Si les opérateurs
publics sont moins chers, ils
n’ont pas toujours été vertueux, comme à Grenoble où,
dixit les sages, « la révision
récente des politiques d’achats
et de rémunérations de
l’équipe dirigeante a permis
une réduction de la facture
moyenne des obsèques » !
Manquements graves
Les magistrats pointent enfin le
manque de transparence du
secteur. L’obligation faite aux
entreprises depuis 2008 de délivrer des devis conformes à des
modèles n’est pas respectée. Et
si elle l’est, ces devis sont illisibles : « Comment comparer
frais de démarches et honoraires, prestation d’un maître
de cérémonie et d’un chauffeur
ordonnateur ? » interroge la
directrice générale des Pompes
funèbres de Paris dans sa réponse à la Cour. Qui insiste :
ces manquements sont d’autant plus graves que « l’acte
d’achat est réalisé par un entourage fragilisé ». A. M.
L’Afpa incapable
d’affronter la concurrence
C
réé en 1949, l’organisme
historique de formation
en France, l’Afpa, est à
la dérive. Selon la Cour des
comptes, la perte d’exploitation a atteint 507,8 millions
d’euros entre 2013 et 2017. Malgré des mises en garde répétées – les magistrats ont déjà
tiré la sonnette d’alarme à de
multiples reprises –, l’institution n’a pas su se réformer face
à l’ouverture du secteur de la
formation professionnelle à la
concurrence, il y a une dizaine
d’années. Conséquence, « la
part de marché de l’Afpa dans
la commande des régions
[principal donneur d’ordre
pour des prestations de formation] a ainsi fortement
décru, passant de 42 % en
2010 à 25 % en 2016, constate
la Cour. Dans le même temps,
la part de marché des groupements d’établissements secondaires publics (Greta) a augmenté (plus de 20 % entre
2010 et 2016), de même que
celle des organismes privés de
formation ».
En parallèle, l’Afpa n’a pas
adapté son train de vie et ses
dépenses « sont restées en
moyenne supérieures aux recettes de 100 millions » sur la
même période. Pour éviter le
naufrage, l’Etat a déboursé,
depuis trois ans à titre exceptionnel, quelque 160 millions
d’euros en plus des 110 millions d’euros de subventions
annuelles. Quant aux perspectives, elles ne sont pas bonnes :
« l’impact de la perte de marchés régionaux n’est pas encore totalement perceptible,
car il se trouve partiellement
masqué par la prolongation en
2017 des commandes » liées
au plan 500 000 chômeurs de
François Hollande. Seule solution pour la Cour : un plan de
restructuration d’ampleur avec
la vente d’une partie des 116
biens immobiliers et le départ
à la retraite de 600 agents non
remplacés. F. F.
H
istoriquement bons,
les résultats d’audience des stations
publiques France Inter, France
Info, France culture ou France
Musique n’ont pas amadoué les
sages de la Cour des comptes,
qui n’épargnent pas Radio
France. Car cette réussite a un
coût élevé. Les dépenses des
antennes ont grimpé de 7 % de
2013 à 2017 et, en quatre ans, le
nombre des journalistes a crû
de 5 %, de 826 à 867.
Une fois de plus, la Cour
épingle, derrière la station
France Info, la chaîne d’information France Info TV, dont
l’audience reste très basse,
à 0,4 % de moyenne en 2018.
« Au total, 49 postes ont été
créés pour ce projet contre 28
prévus au départ ».
Autre cible : la musique. Les
sages ne sont pas assez mélomanes pour goûter la présence
de deux orchestres, un chœur
et une maîtrise, pourtant
mieux gérés qu’auparavant.
« La décision de fusionner les
orchestres n’a pas été prise,
regrettent-ils, en dépit de la
recommandation de la Cour. »
Surtout, ils appellent à des réformes de structures. La moitié
des 232 postes qui devaient
être supprimés en 2017 l’ont
été réellement… « Le temps de
travail dans l’entreprise demeure particulièrement
faible », écrit la Cour.
Enfin, les travaux menés au
siège de Radio France n’en finissent plus de déraper. Leur
coût, initialement évalué à
307 millions d’euros en 2004
18  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
ludovic MARIN / AFP
Radio France plombée par ses orchestres et ses travaux
(chiffre contesté par Radio
France), est aujourd’hui estimé
à 583 millions. Ce dérapage va
provoquer d’importants besoins de trésorerie : « 134 millions restent à financer. » Mais
Radio France répond que l’Etat
s’est engagé, dans le projet de
loi de finances 2019, à mettre
en place « le financement ad
hoc de la réhabilitation ». Très
chère radio publique… M. B.
Actualité à l’affiche
Rencontre avec
Bill Gajda,
à Paris, le 30 janvier.
Visa Europe
fait des fintechs
ses têtes
chercheuses
Le directeur Innovation Europe
du leader des cartes bancaires planche
sur les moyens de paiement de demain.
Notamment en collaborant
et en investissant dans des start-up.
Making of
L’entretien
se déroule dans
le lounge d’un café
adossé au Palais
Brongniart, en
une quarantaine
de minutes
chronométrées.
Pierre-Antoine
Vacheron, patron
du français Natixis
Payments, est
aussi présent :
les deux hommes
promeuvent un
nouveau dispositif
de paiement clé en
main proposé aux
sites marchands…
et aux fintechs.
Preuve, selon eux,
qu’entre les
établissements de
la vieille économie
et les jeunes
pousses, la hache
de guerre
est enterrée.
Travail en mode orchestre
« Nos relations avec les fintechs et
plus globalement les géants de la
tech, comme Apple, relèvent de la
coopération bien plus que de la
compétition », assure pourtant Gajda. La preuve ? Visa travaille depuis
six ans avec la firme à la pomme
pour le développement d’Apple Pay.
« Et, en Europe, nous nous sommes
20  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
SP
M
ême pas peur ! Ce mercredi 30 janvier, Bill
Gajda, directeur de l’innovation de Visa Europe, a tranquillement arpenté les
allées du Fintech Forum de Paris.
« C’est une super opportunité pour
rencontrer des start-up et échanger
avec elles pour savoir comment
Visa peut les aider à innover », explique le Canadien de 54 ans, qui
partage sa vie entre Londres et Barcelone. Pourtant, le leader des
cartes bancaires, avec Mastercard,
semble à première vue davantage
une cible de choix qu’un partenaire
recherché pour les jeunes pousses
présentes ce jour-là au Palais Brongniart. Bankable, Eversend, Open
Banking, etc. : sous ces dénominations en « novlangue », toutes rêvent
de détourner à leur profit une part
des transactions du géant Visa, qui
se montaient à 11 200 milliards de
dollars lors de la dernière clôture
des comptes, au 30 juin 2018.
engagés l’an passé à investir
jusqu’à 100 millions de dollars
dans ces fintechs », précise-t-il. Des
sociétés comme la plateforme de
services bancaires solarisBank, en
Allemagne, et le service de paiement Klarna, en Suède, ont déjà bénéficié de ces fonds.
Visa a quelques atouts à faire valoir
auprès des têtes chercheuses fintechs, selon lui. La marque et le logo
sont mondialement connus. Et la
raison d’être de l’entreprise est de
travailler en mode orchestre, en faisant jouer ensemble établissements
financiers, consommateurs, commerçants, sociétés de haute technologie… Gajda l’a constaté dans sa
carrière précédente : ancien pilier
de l’association mondiale des télécoms mobiles (GSMA), il était notamment chargé de développer les
services financiers sur smartphones. Visa a en outre mis en place
un réseau surpuissant, par lequel
transitent 65 000 transactions par
seconde en toute sécurité. « Difficile à reproduire par les nouveaux
entrants », relève Gajda avec un
brin d’ironie. Ces derniers ont dès
lors tout intérêt à discuter avec l’entreprise de monétique.
Contrepartie de cette force de
frappe, des lourdeurs. Depuis que
Visa Europe s’est fait dévorer, en
novembre 2015, par Visa Inc., l’entité cotée aux Etats-Unis, un grand
banquier parisien relève qu’une distance s’installe avec le marché européen, que la réactivité et les
échanges s’en ressentent. Gajda assure le contraire : « Au cours de ces
trois dernières années, Visa a vraiment changé de visage, pour devenir une société plus agile et tournée
vers l’innovation. Il est loin le
temps où nous nous contentions
d’annoncer deux lancements de
nouveautés par an. » Une affirmation qui sera bientôt à l’épreuve des
faits, car l’entreprise doit réinventer
avant l’automne tout son modèle de
paiement sur Internet. A la demande
de la Commission européenne, les
banques, Visa et son concurrent
Mastercard doivent revoir le système fondé sur l’envoi d’un code
SMS de confirmation aux détenteurs de cartes. Alors que de nombreux établissements, appuyés par
la Fédération bancaire française,
font assaut de lobbying pour décaler
la mise en œuvre de ce chantier,
Gajda jure que des tests sur les nouvelles solutions seront lancés en
avril chez Visa et que le déploiement
sera prêt pour septembre.
Olivier cherche les garçons
« Il va falloir que l’on recrée un prix
réservé aux hommes de plus de 55 ans
avec un jury entièrement masculin »,
s’est exclamé avec humour
Olivier Wigniolle, directeur général
d’Icade, face au raz-de-marée féminin
de la 21e cérémonie des Pierres d’Or,
qui s’est déroulée au Trianon Elysée
Montmartre le 31 janvier devant
800 participants. Pour la première fois,
les femmes ont raflé sept de
ces dix trophées décernés aux
professionnels de l’immobilier.
Seuls trois hommes s’en sont tirés :
Christophe Cuvillier (Unibail-RodamcoWestfield), élu « Professionnel »,
Fabrice Allouche (CBRE), « Manager »,
et Tony Estanguet (JO 2024),
« Pierre d’Or du jury ». Pas si mal.
La France en première ligne
Marie-Laure cite
Beyoncé et Kim
Capture
Pour ces nouveaux dispositifs, une
masse de données sera sollicitée et
croisée en vue de rendre les transactions plus fluides : microlocalisation
de l’acte de vente, identifications de
l’ordinateur de passage d’ordre et
recours à la biométrie. « C’est un
changement profond, admet Gajda.
Jusqu’à présent, nos systèmes
confirmaient que la carte utilisée
pour une transaction existait bien,
que le code utilisé correspondait à
cette carte. Désormais, c’est l’identité du porteur de carte qui sera
confirmée. » Empreintes digitales,
reconnaissance faciale et données
comportementales : autant d’éléments qui pourront être pris en
compte avant d’octroyer le feu vert
à un paiement. De quoi donner des
frissons aux opposants au fichage
numérique ! Pourtant, Gajda en est
certain, la France, pays de la carte à
puce, sera en première ligne dans
ces évolutions. « On le voit bien
dans l’adoption du paiement sans
contact : le Royaume-Uni et la
France avancent très vite. » Pour
relever ces défis, la bonne vieille
carte plastique n’a pas dit son dernier mot : « L’objet reste incontournable pour le client, estime-t-il. Et
cela n’empêche pas de multiplier
les innovations, comme les chiffres
mobiles au dos de la carte (le « CVV
dynamique »), la double fonctionnalité débit et crédit, l’intégration
dans les smartphones, et jusque
dans les voitures. La carte a encore
de beaux jours devant elle. »
Grégoire Pinson
Lors de
son audition
le 30 janvier par
la commission
des Lois de
l’Assemblée
nationale pour sa nomination à la tête
de la Commission nationale
de l’informatique et des libertés (Cnil),
Marie-Laure Denis a souligné l’intérêt
croissant des internautes pour
la protection de leurs données :
« Le jour de la mise en œuvre
du Règlement général de protection
des données, le 25 mai dernier, ces
mots ont enregistré plus de demandes
sur le plus grand moteur de recherche
mondial que Kim Kardashian
ou Beyoncé ! Alors, ça n’a duré que
le 25 mai, mais ça prouve que, si
l’on veut que ça aille au-delà du 25 mai,
il y a une appétence qu’il convient
de nourrir. » Déjà en campagne pour
préserver le budget de la Cnil
(17,4 millions d’euros en 2018)…
En préambule du festival Séries Mania,
qui aura lieu à Lille fin mars, se tenait
un dîner de gala à l’hôtel Salomon de
Rothschild, à Paris, le 30 janvier.
« Il ne faut vraiment pas que je sois
superstitieux pour être là », a dit
d’emblée Xavier Bertrand, président
des Hauts-de-France. Allusion
à l’assassinat en ces lieux de Paul
Doumer, en 1932, qui, comme lui,
avait été député de l’Aisne et membre
de la commission des Finances.
François reste lucide
Gros succès pour François Hollande
le 30 janvier au déjeuner annuel des
écrivains les plus lus, organisé par RTL
et L’Express au Lutetia. L’ancien
président, deuxième meilleure vente de
A. Meyer/Leextra
Immoweek
Xavier se souvient de Paul
l’année dans la catégorie essais avec
Les Leçons du pouvoir (Stock), a avoué
à Amélie Nothomb, Guillaume Musso,
Joël Dicker et le Prix Goncourt Nicolas
Mathieu (photo), hilares : « Je suis
lucide, je ne suis pas un écrivain, je ne
serai sans doute pas convié à ce
déjeuner l’an prochain. A moins que
je ne publie à nouveau et que je trouve
des lecteurs, ce qui a l’air plus facile
que de trouver des électeurs. »
Frank-Walter ne décolle pas
La fiabilité allemande laisserait-elle
à désirer ? Mercredi 30 janvier,
le président de la République
allemande Frank-Walter Steinmeier est
resté coincé en Ethiopie. Motif : l’avion
gouvernemental ne démarrait pas.
C’est le troisième incident de la sorte
en quelques mois. Olaf Scholz, le vicechancelier, et Angela Merkel ont aussi
été victimes d’avaries. La chancelière
avait même manqué le début du G 20
de Buenos Aires en novembre. Seule
consolation, les pannes touchent
sans distinction les leaders des deux
partis au pouvoir, CDU comme SPD.
Mais toujours des Airbus…
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
21
Actualité à l’affiche
Duo de choc
La taxation des CDD précarise les
relations du Medef avec l’exécutif
Geoffroy Roux de Bézieux,
le patron des patrons, est
opposé au projet de bonusmalus sur les contrats
courts. Mais il est revenu à
la table des négociations.
Ambiance. Cet échange acide entre
un membre du gouvernement fort
en gueule et le patron du Medef qui
ne s’en laisse pas conter révèle le
fossé qui se creuse entre l’exécutif
et les patrons. « Le président du
Medef ne joue pas le jeu. Cela commence à irriter beaucoup de monde
dans la majorité », nous confie un
ministre. Chez les macronistes, le
« conservatisme » du patronat hérisse le poil car il ne respecte pas le
« en même temps ». « On a donné de
la flexibilité aux entreprises, on
leur demande de s’engager contre
la précarité », résume la députée
LREM Brigitte Bourguignon, présidente de la commission des Affaires
sociales.
JS/AFP
Le patronat ne joue pas
le jeu, estime la
majorité, dont Mounir
Mahjoubi, secrétaire
d’Etat au Numérique,
s’est fait le porte-parole.
U
n tweet cinglant : « Le
Medef de Geoffroy Roux
de Bézieux ne peut pas
jouer contre les Français
et contre les entreprises. Il doit apporter des réponses pour lutter
contre l’emploi précaire. C’est la
contrepartie des efforts demandés
aux chômeurs et du soutien économique de l’Etat ». Son auteur ? Un
secrétaire d’Etat de Bercy, ministère où l’on a plutôt tendance à soutenir les entreprises. Mounir Mahjoubi, en charge du Numérique, a
ainsi lancé la charge, ce 25 janvier,
contre le patronat, qui s’oppose vigoureusement au projet de bonusmalus sur les contrats courts visant
à réduire l’emploi en CDD. La réponse du Medef n’a pas tardé : « Si
vous croyez au dialogue social,
laissez les partenaires sociaux négocier plutôt que de donner des leçons de responsabilité, a tweeté
Geoffroy Roux de Bézieux. Le Medef a fait des propositions pour
sortir de la crise que les entreprises
n’avaient pas provoquée. » 22  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
JS/AFP
Volonté d’apaisement
Du côté de Geoffroy Roux de Bézieux, on minore les tensions.
Certes, le patronat a suspendu sa
participation aux négociations sur
l’assurance-chômage lorsqu’Emmanuel Macron a réaffirmé sa volonté
d’instaurer ce bonus-malus. Mais le
31 janvier, le Medef a annoncé son
retour à la table des discussions
après avoir reçu des « assurances ».
« Il n’y a pas de tension lourde. Il y
a eu une incompréhension car on
ne peut pas nous demander de négocier et annoncer les mesures qui
vont être prises avant la fin des discussions », confie-t-on dans l’entourage du patron des patrons. Où l’on
minimise la sortie de Mounir Mahjoubi, qui ne fait pas partie des poids
lourds du gouvernement. Une volonté d’apaisement liée à l’espoir
patronal de faire capoter ce projet
de taxation des contrats courts en
misant sur la réticence de Matignon.
Mais si Emmanuel Macron met en
œuvre cette promesse de campagne, alors les échanges aigres
doux entre ministres et patrons devraient se multiplier. Thierry Fabre
6
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FÉVRIER 2019 - N°866
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- MAY 8,10 € - TOM/
Actualité à l’affiche
Il l’a dit
Bruno Le Maire, ministre de l’Economie
et des Finances.
Nicolas Hulot, président d’honneur de la Fondation Nicolas Hulot.
David Niviere /Dnphotography/Sipa
Sipa
« Refuser la fusion
Alstom-Siemens serait
une erreur économique
et une faute politique »
Le come-back
R
etour à la case départ. L’ex-mi- voyage à l’autre bout du monde et a
nistre de la Transition écolo- fait savoir qu’il avait relu Victor Hugo
gique et solidaire, qui avait dé- et découvert des similitudes entre la
m i s s i o n n é a v e c f r a c a s d u Commune de Paris et l’actualité. Il est
gouvernement en août 2018, est reve- resté presque silencieux pendant ces
nu à la tête de sa fondation,
six mois, seulement interrebaptisée en son absence
rompus par des prestations
Repères
Fondation pour la nature et
sur France 2 et à la Radio
Nicolas Hulot
l’homme. Elle s’appellera
Télévision Suisse, dans le
a été nommé
président
désormais Fondation Nicobut manifeste de ne pas se
de la
faire oublier et d’apaiser ses
las Hulot pour la nature et d’honneur
fondation qu’il
relations avec Emmanuel
l’homme et il en sera le préavait créée en
1990 et quitté
Macron : « On n’est pas parsident d’honneur. Audrey
lorsqu’il avait
Pulvar, qui la dirigeait depuis
tis fâchés. »
été nommé
mai 2017, est remplacée par
Quel est son nouveau proministre. La
un compagnon de route de
jet ? Difficile de faire plus
présidence de
l’ONG
longue date, l’économiste
consensuel : « Je m’efforce(5,4 millions
Alain Grandjean. Ce retour
rai d’être aux côtés de ceux
d’euros de
s’est fait dans une sorte de
qui font émerger les solubudget) est
confiée à Alain
félicité : Hulot, qui reste la
tions pour combiner le court
Grandjean. personnalité politique favoterme et le long terme. »
rite des Français, au gouverAjoutant, depuis Londres, où
nement comme en dehors, n’a que des il participait à une Nuit des idées : « Je
amis. « Merci, merci, merci à la for- suis au service de tout le monde. »
midable équipe de la fondation », a Dégagé du monde politique et de ses
tweeté de son côté Pulvar.
contraintes, Hulot va pouvoir gérer
Hulot a rechargé ses batteries dans ses affaires, qui lui ont valu une forson refuge de Saint-Lunaire, en Bre- tune de 7,3 millions d’euros, d’après
tagne. Il a aussi réalisé, en famille, un sa déclaration de patrimoine. A. R.
24  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
Emmanuel Dunand - Afp
Il est allé à la chasse, mais
n’a pas perdu sa place
L’a-t-il fait ? Les efforts déployés par
Bruno Le Maire pour faire changer d’avis
Margrethe Vestager seront visiblement restés
vains, Bruxelles ayant prévu
de bloquer le 6 février
le rapprochement entre
le français Alstom et
l’allemand Siemens Mobility.
La commissaire européenne
chargée de la Concurrence
n’a en effet cessé d’émettre
de sérieux doutes sur l’opération, pourtant
appuyée par le président Emmanuel Macron
et la chancelière Angela Merkel. En juillet,
la Commission avait ouvert une enquête
approfondie, redoutant que l’opération réduise
la concurrence pour la fourniture de plusieurs
types de trains et de systèmes de signalisation. Or,
Margrethe Vestager. Le lobbying de Paris et Berlin
n’a pas fait plier la commissaire à la Concurrence.
ni le lobbying intense de Paris, ni les concessions
supplémentaires proposées par les deux
industriels ne se sont révélés suffisants. A Bercy
et chez l’industriel français, on dénonce une
position « dictée par des préjugés idéologiques »,
accusant la Commission de ne pas vouloir
prendre en compte l’émergence du géant chinois
CRRC au niveau mondial. La France entend
maintenant faire des propositions pour réviser les
règles européennes de la concurrence, en mettant
en place un droit pour les Etats membres de
passer outre les décisions de la Commission.
Mardi 5 février, le PDG d’Alstom, Henri PoupartLafarge, estimait qu’il était « trop tôt » pour savoir
si Alstom et Siemens attaqueraient la Commission
européenne en justice en cas de blocage, ou
« pour envisager de nouvelles opérations » de
rapprochement avec d’autres constructeurs. P. Da.
Actualité à l’affiche
Le carnet
Bonne semaine
En partenariat avec
Dennis Muilenburg
rassure les investisseurs
R. Drew/AP/Sipa
Rebecca
FischerBensoussan,
34 ans,
Essec,
devient
directrice du
développement et membre
du comité de direction
de Groupama AM.
Véronique Morali
reprend du service
SP
Thierry de Montbrial garde toute son influence
Stéphane Honig, 39 ans,
executive MBA de HEC, cycle
d’études supérieures des
affaires management des
activités bancaires délivré
par HEC et du CESB
management délivré par le
CFPB, assurera la direction
de la stratégie et sera
membre du comex de
Natixis dès le 11 février.
Damien Defforey, 47 ans,
master en gestion des
entreprises agroalimentaires
de l’Essec Igia, MBA de
l’IMD BS de Lausanne,
assure la direction générale
de C & A France.
Vous avez changé
de poste ?
Publiez l’info sur challenges.fr/
emploi /nomination
Pour la deuxième année consécutive, l’Institut français des relations
internationales, qu’il a créé et qu’il préside, a été classé par
l’Université de Pennsylvanie deuxième think tank le plus influent du
monde, derrière la Brookings Institution. Seul français de ce
palmarès annuel, il est aussi le premier en Europe, devant Bruegel
(Belgique) et Chatham House (Royaume-Uni).
La présidente de Webedia
revient à la tête de Force
Femmes, association référente
de Pôle emploi dont elle est
cofondatrice. Ce réseau aide les
femmes de plus de 45 ans à
retrouver du travail ou à
entreprendre. « En 2018, pour la
première fois, 46 % des femmes
que nous accompagnons ont
trouvé un emploi », a-t-elle
souligné le 4 février, lors des
universités de Force Femmes.
Mauvaise semaine
Guillaume Debrosse
démarre à petits pas
Directeur général du groupe
Bonduelle depuis le 1er juillet
2018, ce membre de la famille
actionnaire a publié le 4 février
un chiffre d’affaires en recul
de 1 % pour le premier
semestre de l’exercice 20182019. Le groupe, dont Christophe Bonduelle est
toujours président non exécutif, prévoit « une
croissance limitée de son chiffre d’affaires » pour
l’ensemble de l’exercice en cours.
26  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
J. Gow/TT News Agency /AFP
Christophe Van de Walle,
51 ans, ESCP Europe,
diplôme d’études
supérieures comptables et
financières, sera directeur
des opérations de La
Banque postale et directeur
de l’organisation, des
risques et de l’expérience
client du Réseau La Poste à compter du 1er mars. B. Levy/Challenges
Pascal Décary, 59 ans,
DESS de gestion de
l’université de Rouen,
est le nouveau directeur
des achats et de la
transformation de Keolis. Il
siège au comité de direction.
S. Audras/Réa
Le Goff /1001images.fr
Gaëlle de la Fosse, 44 ans,
Sciences-Po Paris, HEC, sera
directrice générale de Celio
à compter du 11 février.
Boeing, dont il est PDG, a publié
des résultats record pour 2018,
en passant le cap des
100 milliards de dollars de
ventes. Pour
2019, le
groupe
prévoit de
livrer entre
895 et 905
avions civils,
en hausse
d’au moins
11 % sur
l’année précédente. Ces chiffres
ont rassuré les investisseurs,
inquiets des conséquences des
tensions Chine-Etats-Unis et du
ralentissement économique.
Karl-Johan Persson
traverse une période
« compliquée »
Le PDG du groupe suédois
H & M a annoncé, le 31 janvier,
des bénéfices nets annuels en
repli de 22 %, à 1,22 milliard
d’euros, pour un chiffre
d’affaires en hausse de 5 %, à
20,3 milliards. Des résultats affectés par les
coûts de restructuration et les investissements
dans le digital. En France, les ventes ont chuté de
6 %, un recul supérieur à celui du marché (- 2,6 %).
Actualité le Club Entrepreneurs Challenges - Grant Thornton
partement de l’Energie correspondant à notre solution, dont nous
aurons la réponse au printemps. Il
s’agirait d’étudier son installation
pendant deux ans dans des stations
de ski du pays.
Quel est son intérêt ?
Mahema productions
Il y a un engouement pour les
batteries, mais cette solution est
loin d’être pérenne car il faut les
changer tous les sept ans. Or, elles
contiennent des métaux rares
qu’il faut extraire parfois dans des
conditions épouvantables, comme
en République démocratique du
Congo, d’où provient 63 % du cobalt.
Parier exclusivement sur les batteries revient à abandonner la souveraineté énergétique de la France.
L’hydrogène ou notre approche sont
parfaitement durables et créateurs
d’emplois localement.
Nature and People
First a une approche
durable
Denis Payre, fondateur de Business Object et de Kiala, a créé cette
start-up de stockage d’énergie renouvelable. Une alternative aux
batteries, plus respectueuse de l’environnement et créatrice d’emplois.
Challenges. Comment fonctionne
La vidéo sur
votre technologie ?
Denis Payre. Nature and People
First développe une solution de
stockage des énergies renouvelables selon le principe du pompage
turbinage hydraulique, grâce à deux
bassins en circuit fermé et séparés
par au moins 200 mètres de dénivelé. Ce système a fait ses preuves
depuis cent ans mais nécessite
beaucoup de foncier. Notre approche est celle de petites unités
d’une centaine de mégawatts qui
occupent 1 à 2 hectares maximum,
afin d’apporter de la souplesse dans
la gestion de l’intermittence.
Challenges.fr
Propos recueillis
par LaureEmmanuelle
Husson
28  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
Où sont vos premiers projets ?
Nous travaillons sur l’identification
de terrains dans les Antilles françaises, véritables laboratoires de la
transition énergétique, et aux EtatsUnis, où je suis installé. Nous avons
repéré une bananeraie à SaintPierre, en Martinique, qui pourrait
convenir. Le dossier a été présenté
à la Commission de régulation de
l’énergie. Le projet permettrait de
générer 7 mégawatts en quatre
heures, soit la consommation de
40 000 foyers, et de créer 100 emplois pendant vingt-deux mois. Aux
Etats-Unis, nous avons notamment
répondu à un appel à projets du dé-
Pourquoi investir ce business ?
Ce qui me plaît dans ce projet est
son impact environnemental et social. Alors que j’ai créé beaucoup
d’emplois pour des gens qui n’ont
pas de problème pour en trouver, je
vais maintenant en donner à des
gens qui ont plus de mal puisque
25 % du personnel sera en insertion
et 15 % de la marge ira à des projets
à vocation sociale.
Quid du financement ?
J’ai un CV qui fait que l’on m’écoute
et j’y ai investi quelques millions
d’euros. Nous avons noué un partenariat en France avec le fonds d’investissement Meridiam pour financer les trois premiers projets à
hauteur de 500 millions d’euros.
Où en êtes-vous avec la politique ?
Je reste adhérent du parti que j’avais
fondé en 2014, Nous citoyens, mais
sinon j’ai arrêté. La politique est un
sacerdoce et j’avais promis à ma famille d’être plus présent, alors que
c’était pire que lorsque j’étais entrepreneur !
Quel est votre rêve de croissance ?
Nous pensons que notre approche
pourrait prendre un quart d’un marché du stockage de l’énergie renouvelable estimé à 103 milliards de
dollars ; et nous, une partie de ce
quart.
•
UN PARTENARIAT
Actualité analyse
Un plébiscite pour
le référendum
Revendication phare des « gilets jaunes »,
l’instauration du RIC est largement approuvée par
les Français, selon un sondage Odoxa-Aviva.
AFP
A
ttention, danger ! La perspective de sortir de la
contestation des « gilets
jaunes » via un référendum est un chemin semé d’embûches. A commencer par la perspective de le programmer assez
rapidement : la date du 26 mai, le
jour même des élections européennes, évoquée par le Journal du
dimanche, semble en tout cas
prendre tout le monde de cours.
« Cela donnerait le sentiment que
tout est verrouillé », évoquait même
Marc Fesneau, le ministre chargé
des Relations avec le Parlement.
Richard Ferrand, le président de
l’Assemblée nationale, trouve également ce timing très court et peu
habile politiquement.
Pour le respecter, en effet, il faudrait très rapidement bloquer avec
le Conseil constitutionnel les sujets
qui feraient l’objet de la consultation. Bref, décider de l’issue du
« grand débat » alors que celui-ci
Emmanuel
Macron, le
4 février, à EvryCourcouronnes.
Selon le JDD,
le président
songerait
à organiser
un référendum
le jour des
élections
européennes.
vient à peine de commencer, et
qu’Emmanuel Macron et Edouard
Philippe sont en pleine « itinérance » conversationnelle. Un autre
aspect fait réfléchir le pouvoir en
place : le référendum attirerait à lui
tout l’intérêt du corps électoral, les
élections européennes ne servant
plus que de faire-valoir. Or, le scrutin européen, s’il risque d’être une
bérézina pour les partis traditionnels, pourrait offrir « un bon résul-
 Etes-vous favorable ou opposé
 Seriez-vous d’accord pour que les sujets suivants
(référendums d’initiative citoyenne) ?
Total favorable 72 % Total opposé 27 %
Puisse s’appliquer aux sujets fiscaux
à l’instauration des « RIC »
Tout à fait
favorable
23%
Plutôt
favorable
%
49
Tout à fait
opposé
(suppression ou création d’une taxe, niveau d’une taxe...)
78
20
%
d’accord
%
opposés
Puisse s’appliquer aux sujets régaliens
70
Plutôt
opposé
%
18
1 Ne se
prononcent pas
%
28
d’accord
Ne s’appliquent qu’aux sujets sociétaux
%
opposés
60 %
opposés
d accord
Ne s’appliquent qu’aux sujets locaux
34
%
d’accord
64
30  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
NSP 2 %
%
opposés
Sondage réalisé les 30 et 31 janvier auprès de 1 005 personnes en France Métropolitaine.
La proposition devrait recueillir
au moins 60 % de votants.
78%
NSP 2 %
(consommation du cannabis, PMA…)
38 %’
 Seriez-vous d’accord pour
que ces référendums s’appliquent
aux conditions suivantes ?
NSP 2 %
(justice, peine de mort, sécurité routière...)
9%
%
soient traités ou exclus du champ de ces RIC ?
tat » à la majorité, en tout cas en
termes relatifs.
Mais la mèche est allumée, et rien
ne semble pouvoir arrêter la machine référendaire, à lire le sondage
Odoxa-Aviva pour Challenges et
BFMBusiness (voir ci-dessous) :
72 % des Français sont en faveur du
référendum d’initiative citoyenne
(RIC). Et ils en font une lecture particulièrement peu restrictive
puisqu’ils sont une très large majorité à souhaiter qu’il traite de tous
les domaines, y compris fiscaux ou
régaliens, souvent exclus dans la
quarantaine de pays où le RIC est
inscrit dans la Constitution (lire cicontre). Et qu’on ne vienne pas limiter son champ d’application aux
seuls sujets locaux ou sociétaux,
une perspective rejetée par près de
deux Français sur trois !
Pourtant, comme si elles craignaient
un peu trop d’audace, les personnes
interrogées sont prêtes à des gardefous particulièrement sévères : elles
sont trois sur quatre à imaginer qu’il
faille une majorité de 60 % pour valider le résultat de la consultation,
comme au Canada. A ce compte-là,
bien peu de référendums passeraient la rampe. De quoi créer bien
des frustrations. Or, avertit Patrick
Dixneuf, directeur général d’Aviva
France, « si une consultation, que
ce soit dans un pays ou dans une
entreprise, apaise souvent les tensions, elle sous-entend une promesse forte, et il n’y a rien de pire
de ne pas tenir compte de ce qui
s’est exprimé. » Voici l’exécutif prévenu !
Vincent Beaufils
NSP 2 %
32%
Le référendum
pourrait n’être
que consultatif
75%
Le référendum
devrait recueillir
un certain niveau
de participation
A l’étranger, une
consultation encadrée Les pays qui pratiquent le RIC l’ont assorti
d’un certain nombre de garde-fous.
Q
uel référendum d’initiative
citoyenne (RIC) pour la
France ? Un modèle ouvert « à
la suisse », où les citoyens peuvent
se prononcer sur un champ très
large de questions et trancher à la
seule majorité absolue des voix
(50 % des suffrages + un vote) ?
Ou une approche contraignante,
comme en Hongrie, où les référendums ne peuvent viser la modification de la Constitution, le budget
de l’Etat, les cotisations retraites,
les impôts locaux, certaines taxes
et doivent recueillir au moins 50 %
de participation pour être adoptés
dans la loi ?
Pour l’instant, la France ne dispose
que du référendum d’initiative partagée (RIP), qui prévoit l’organisation d’une consultation à l’initiative
d’un cinquième des membres du
Parlement (185 députés et sénateurs), soutenus par un dixième des
électeurs (environ 4,5 millions de
personnes). Des conditions suffisamment contraignantes pour qu’il
n’en ait jamais été fait usage à ce
jour. Récemment, le Parti socialiste
a bien tenté le coup en proposant un
RIP sur le rétablissement de l’ISF…
Mais il n’est parvenu à réunir le soutien que de 161 parlementaires.
Des sujets exclus
Parmi la quarantaine de pays ayant
introduit un RIC dans la Constitution, une multitude de dispositions
encadrent le dispositif. En Bulgarie,
en Colombie, en Lettonie et en Serbie, les sujets budgétaires sont exclus du cadre de ces consultations
citoyennes. Dans certains pays
d’Amérique latine (Bolivie, Mexique,
Venezuela), ce sont les Droits de
l’homme qui ne peuvent être visés.
Les conditions de validation du référendum n’échappent pas, elles non
plus, à leur lot de subtilités. La majorité absolue est la règle générale,
mais elle est souvent assortie de
conditions censées garantir une
plus grande légitimité du vote : participation d’au moins un quart du
corps électoral en Colombie, la moitié en Italie… Au Venezuela, pays si
cher à Jean-Luc Mélenchon, un référendum ne peut mettre fin au mandat du président en exercice qu’en
recueillant un nombre de suffrages
supérieur à celui de son élection !
Autre garde-fou plébiscité dans
notre sondage : le modèle canadien,
ou plus précisément celui de la province de Colombie-Britannique, qui
avait imposé en 2005 à ses électeurs
une « super-majorité » de 60 % en
faveur de sa proposition de réforme
électorale. A l’époque, l’initiative
avait bien reçu le soutien des citoyens (57 %), mais sans atteindre la
barre fatidique. Ou comment inventer le référendum inapplicable !
Quant à l’idée d’Emmanuel Macron
d’adjoindre un référendum à choix
multiples aux élections européennes
le 26 mai, elle paraît directement inspirée de la Californie, où chaque
élection présidentielle est l’occasion
de soumettre plusieurs sujets au
vote des électeurs. En 2016, en plus
de choisir leur président, les Californiens avaient ainsi eu à se prononcer
sur 42 sujets aussi divers que la légalisation du cannabis ou l’encadrement du port d’armes.
Parmi toutes ces alternatives, à quoi
pourrait ressembler le RIC français ? Pour le politologue Olivier
Rouquan, le dispositif devrait être
« cadré par la Constitution », et
chaque question soumise au Conseil
constitutionnel. Faudrait-il un seuil
minimum de participation ? Pourquoi pas, mais il ne doit pas être trop
élevé : « 50 % de participation c’est
déjà ambitieux. » Quant à l’hypothèse d’un référendum purement
consultatif, c’est une fausse bonne
idée, selon le constitutionnaliste :
« Les Français n’iront pas voter. »
Rémi Clément
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
31
Actualité analyse
Foire aux idées pour
casser encore les prix
Primes, jeux dotés, cadeaux en nature…
La distribution contourne la nouvelle loi.
L
e sujet est explosif en cette
période de revendications
sur le thème du pouvoir
d’achat. Les prix du pot de Nutella
et de la bouteille de Coca-Cola augmentent à cause de la loi Egalim,
une réforme visant à améliorer les
revenus des agriculteurs, limiter les
promotions et interdire les prix cassés dans les linéaires. Mais rien ne
garantit que distributeurs et industriels vont répercuter ces gains à
leurs fournisseurs agricoles. D’autant que cela fait plus de vingt ans
que les Leclerc, Intermarché, Carrefour, Casino et Auchan se livrent
une guerre des prix impitoyable
pour attirer les consommateurs.
Déjà, les enseignes redoublent
d’imagination pour continuer à rester attractives, tout en respectant ce
nouveau cadre juridique. « C’est le
grand retour du cadeau Bonux ! »,
s’amuse Richard Girardot, le président de l’Ania, l’association des
industries agroalimentaires. Intermarché écoule des milliers de casseroles siglées Master Chef et a créé
un Monopoly récompensant ses
meilleurs clients. Leclerc offre des
millions de produits de sa Marque
Repère sur tirage au sort.
Autre astuce, les rabais spectaculaires capables d’attirer les foules ne
sont plus légaux sur le Nutella, mais
restent possibles sur les marques de
distributeurs. Ainsi, en proposant
20 capsules de café de sa marque
Planteur des Tropiques pour 1 euro,
Intermarché frappe très fort et reste
fidèle à sa stratégie de prix cassés.
« C’est sans doute de la vente à
Intermarché brade les produits
sous sa marque, telles ces
20 capsules de café pour 1 euro.
Leclerc reverse
des ristournes
à ses clients
sous forme de
primes et jeux.
perte, mais si l’usine appartient au
distributeur, c’est impossible à
prouver », explique un industriel.
Enfin, les clients peuvent s’attendre
à de gros cadeaux sur leurs cartes
de fidélité. Carrefour vient d’annoncer qu’il allait redistribuer du pouvoir d’achat à ses clients en créditant leurs cartes de 1,50 euro pour
l’achat de marques nationales. Un
professionnel s’amuse : « Maintenant, ce sont les distributeurs qui
paient des marges arrières à leurs
clients ! »
J.-F. A.
Baisser la TVA est une fausse bonne idée
Réduire le taux sur les produits de base coûterait cher, pour un résultat mitigé.
C
’est l’une des questions qui
montent dans le « grand débat national ». Pourquoi
l’Etat ne réduirait-il pas la TVA sur
les produits de première nécessité ?
Le ministre de l’Economie, Bruno
Le Maire, s’est dit ouvert aux propositions. Aujourd’hui, l’Europe autorise les pays à choisir un taux principal de TVA au-dessus de 15 % et
deux taux réduits au-delà de 5 % sur
un nombre limité de produits. Certaines dérogations ont toutefois été
accordées par le passé. Ainsi, la
France dispose d’un quatrième taux
« super-réduit » de 2,1 % (voir tableau), tandis que le Royaume-Uni
ou l’Irlande ont même pu conserver
des taux zéro sur plusieurs produits.
Mais rien ne dit que la France obtienne l’accord de ses voisins pour
de nouvelles dérogations. Surtout,
ce ne serait pas forcément une
bonne idée.
Un régime dérogatoire
 Les taux réduits de TVA en France
TAUX
SECTEURS CONCERNÉS
10 %
Œuvres d'art, restauration, musées, zoos,
entretien du logement…
5,5 %
Alimentation, théâtres et cirques, cinémas,
livres…
2,1 %
Presse, médicaments remboursables…
Bruxelles a autorisé la France à appliquer un taux
« super-réduit », à 2,1 %, sur certains produits. D’autres
pays ont même un taux nul.
SOURCE : CHALLENGES
« Réduire le taux de 5,5 % à 0 % sur
l’alimentation coûterait très cher et
profiterait aussi aux foyers aisés »,
alerte François Ecalle, ex-magistrat
de la Cour des comptes. Car les
riches aussi consomment du pain et
de la viande ! Ainsi, selon des calculs
de l’économiste de l’Insee Béatrice
Boutchenik, le taux réduit de TVA à
32  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
5,5 % permet bien aux ménages les
plus pauvres de réduire leur imposition sur leur consommation de
3 points. Mais les plus aisés en profitent aussi, à hauteur de 2,2 points.
L’Etat pourrait alors être tenté de
mieux cibler les produits de première nécessité, consommés uniquement par les moins fortunés.
Mais l’exercice imposerait de rentrer dans un niveau de détail tel que
l’on risquerait de créer une usine à
gaz. « La TVA a pour principale
vertu de dégager des recettes importantes pour financer des services publics, poursuit François
Ecalle. Pour redistribuer, il vaut
mieux octroyer des prestations sociales sous conditions de ressources ou rendre l’impôt sur le
revenu encore plus progressif. »
Cela tombe bien, l’ajout de tranches
pour les plus riches est aussi au programme du « grand débat ». D. B.
L’amendement Huawei
embarrasse les opérateurs L’encadrement plus strict des réseaux mobiles fragilise
la position du géant chinois des télécoms en France.
D
SANCTIONS
EN RAFALES
23 août 2018
Huawei est exclu
du marché 5G
en Australie.
28 novembre
Banni du marché
5G en NouvelleZélande.
13 janvier 2019
La Pologne
demande
à l’Union
européenne
d’exclure
le chinois de
ses marchés.
28 janvier
Accusations
américaines
de vol de
technologies.
Darryl Dyck/Ap/Sipa
ans le paysage français des
télécoms, Huawei a-t-il encore sa place ? La question se
pose depuis le dépôt par le gouvernement d’un amendement à la loi
Pacte, le 25 janvier, qui contraindrait
les opérateurs à demander une autorisation préalable pour tout nouveau
déploiement de matériel et toute
nouvelle mise à jour de logiciels sur
ces équipements. Les acteurs de
l’industrie voient dans ce contrôle
renforcé une manière d’écarter
Huawei des futurs développements,
notamment en vue de la mise en
route de la 5G. Le groupe chinois est
soupçonné par les Occidentaux de
se servir de ses positions dans les
réseaux à des fins d’espionnage.
Même si aucune preuve n’est jamais
venue étayer cette thèse, les EtatsUnis, l’Australie, la Grande-Bretagne ou la Pologne ont pris des
mesures plus ou moins coercitives.
En France, c’est plus compliqué.
Pas question de se fâcher avec Pékin. Le gouvernement a choisi de
mettre la pression sur les opérateurs. « L’Etat est parfaitement légitime dans sa démarche, mais
Arrestation de Meng Wanzhou
à Vancouver, le 13 décembre.
La directrice financière de Huawei
fait l’objet de 23 chefs d’accusation
de la justice américaine.
nous resterons vigilants, car il faut
maintenir une concurrence efficace
entre le plus grand nombre d’équipementiers possibles, a indiqué Didier Casas, président de la Fédération française des télécoms, lors de
la cérémonie des vœux à l’Arcep,
l’autorité régulatrice du secteur. Les
ambitions en matière de 5G sont
grandes et il faut éviter les complexités inutiles. »
En privé, les opérateurs soupçonnent le gouvernement de récidive de patriotisme économique. Car
l’Europe possède ses propres champions : le suédois Ericsson et le finlandais Nokia, qui a absorbé AlcatelLucent, l’ancien fleuron français des
télécoms. L’association GSMA, qui
fédère des opérateurs télécoms au
niveau international, a proposé la
tenue d’une réunion d’urgence pour
évoquer des projets européens visant à exclure Huawei.
Le gouvernement se défend de vouloir cibler une entreprise en particulier. Une mise à l’écart de Huawei
poserait en tout cas un vrai dilemme
aux opérateurs. Le fabricant s’est
hissé au premier rang mondial avec
ses matériels considérés par l’industrie comme les plus performants.
« C’est une erreur de le considérer
comme un équipementier bas de
gamme, il est même aujourd’hui
plus cher que les concurrents »,
confie le dirigeant d’un opérateur.
SFR et Bouygues Telecom sont particulièrement exposés. Orange et
Free n’utilisent pas de matériel
Huawei dans l’Hexagone. Mais
Orange a déployé, depuis peu, une
soixantaine d’antennes 5G de la
marque chinoise dans la région de
Montpellier. L’opérateur affirme
vouloir y mener des expérimentations à grande échelle, en circuit
fermé. Par ailleurs, Fabienne Dulac,
la directrice d’Orange France, a récemment fait le voyage à Shenzhen,
au siège de Huawei.
G. F.
Schneider réchauffe le Made in France
L
e Made in France a le vent en
poupe. C’est même un levier
de croissance pour la société
d’électroménager Admea, rebaptisée Schneider Consumer Group,
marque qu’elle a rachetée en 2015.
Et bien qu’une majorité de ses réfrigérateurs, grille-pain et téléviseurs
soit fabriquée en Chine, elle compte
revendiquer son origine française
pour attaquer commercialement ce
pays. « Nous avons commencé à
nous développer en Corée du Sud, à
Hong-kong, à Singapour et en Australie, explique Philippe Samuel,
son PDG. Schneider, comme Scholtès que nous avons acquis en 2017,
incarne cette image de qualité et de
créativité de la France qui nous
permet de nous positionner sur le
haut de gamme. » La conquête du
marché chinois est prévue pour
cette année, avec des appareils encastrables vendus dans des programmes immobiliers avec des cuisines pré-équipées.
Pour ce déploiement international,
qui doit lui permettre de doubler ses
ventes de 140 millions d’euros,
Schneider Consumer Group va relo-
Sp
Pour conquérir la Chine, la société relocalise sa production dans l’Hexagone. Four Schneider.
Le groupe
fera fabriquer
à Vendôme
et Orléans grâce
à un partenariat
avec le groupe
algérien Cevital.
caliser une partie de la production
en France. Cela, grâce à son partenariat avec le groupe algérien Cevital, qui possède deux usines à Orléans et Vendôme, spécialisées dans
les fours et les tables de cuisson.
Certes, la balance commerciale
reste très déficitaire dans le gros
électroménager. Mais, selon Xerfi,
nos exportations ont augmenté l’an
dernier en raison de « l’engouement
des consommateurs étrangers, en
particulier américains et asiatiques, pour les produits associés à
la cuisine française ».
K. M.
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
33
Actualité analyse
Le pari pas si fou de Tesla
I
l est rare qu’un directeur financier annonce sa démission en
présentant les résultats annuels.
Celui de Tesla l’a fait, fin janvier. Ce
qui porte à 40 le nombre de cadres
dirigeants ayant quitté le constructeur californien de voitures électriques depuis 2016, dont le directeur juridique et les responsables
des ressources humaines. Tesla a
encore perdu 1 milliard de dollars
l’an dernier. Ce qui est beaucoup,
mais deux fois moins qu’en 2017.
Le constructeur californien est en
pleine crise de croissance, entre les
frasques de son fondateur et actionnaire Elon Musk, sa décision de supprimer plus de 3 000 emplois (soit
7 % de ses effectifs) et d’énormes
difficultés à faire décoller la production de sa berline de grande série, la
Model 3, promise à 35 000 dollars
(53 500 euros en France). Et ce,
alors que les marques haut de
gamme Jaguar, Audi, Porsche ou
Mercedes se mettent à la voiture
électrique et performante avec leurs
énormes moyens. « La concurrence EN PLEIN
des grands constructeurs sera très VIRAGE ?
dure pour Tesla », juge Didier Le-  Résultat net
roy, vice-président de Toyota. La de Tesla en 2018
(en millions de dollars)
cause est-elle entendue ? Pas si sûr.
255
211
« Les rivaux ont deux ou trois ans
de retard, leur technologie n’est pas 1er 2e
trim. trim.
aussi bonne », relativise en effet
3e
4e
trim. trim.
Ross Gerber, président du fonds
californien Gerber Kawasaki, actionnaire de Tesla, qui affiche sa
confiance en la capacité du
constructeur de tenir ses objectifs :
« Les craintes sur sa possible fail784 - 743
lite sont largement exagérées ». Il -SOURCE
: SOCIÉTÉ
n’hésitait pourtant pas, mi-2018, à Après un second
tirer la sonnette d’alarme sur la si- semestre 2018
tuation de Tesla. Signe encoura- dans le vert,
geant pour une firme qui n’a jamais Tesla annonce
connu d’exercice annuel à l’équi- un exercice 2019
profitable.
libre : les deux derniers trimestres
Sp
Le constructeur a encore perdu 1 milliard de dollars
en 2018. Mais l’équilibre est en vue.
La Model 3. Tesla peine à faire
décoller la production de sa berline
de grande série.
2018 ont été enfin positifs. Tesla
annonce même une année 2019 profitable et des livraisons comprises
entre 360 000 et 400 000 voitures,
contre 245 000 l’an dernier.
A terme, le groupe, qui devrait dévoiler cet été un pick-up (son quatrième modèle), veut assembler
10 000 unités par semaine, dont
7 000 dans son usine historique de
Freemont et 3 000 dans la future
Gigafactory de Shanghai, qui devrait
entrer en service à la fin de cette
année. Soit plus d’un demi-million
par an. C’est beaucoup, mais cela
reste deux fois moins que BMW ou
Mercedes.
A.-G. V. et V. L.
Déficit social dans les écoles de commerce
Le peu d’étudiants boursiers fragilise l’accès à la taxe d’apprentissage.
A
u moment où le gouvernement envisage de leur raboter la taxe d’apprentissage, la
question est sensible. Les écoles de
commerce brillent par leur manque
d’ouverture sociale. Selon une note
du ministère de l’Enseignement supérieur, publiée fin janvier, elles
sont en queue de peloton pour la
proportion de boursiers sur critères
sociaux (voir graphique). Et si
HEC, l’EMLyon ou Skema parient
sur la diversité, la hausse régulière
des droits de scolarité n’y aide pas.
Un boursier d’Etat à l’échelon 7, le
plus élevé, touche 5 551 euros par
an, soit un tiers des frais de scolarité
de ces écoles.
La culture générale et l’oral au
concours sont aussi des facteurs de
discrimination pour les classes po-
pulaires. A HEC, un non-boursier a
ainsi trois fois plus de chance d’être
admis qu’un boursier (9 % contre 3 %
en 2018). « La gratuité du concours
pour ces candidats est peut-être
une explication », avance Eloïc
Peyrache, le directeur délégué.
L’école de Jouy-en-Josas fait beaucoup pour les étudiants modestes.
Grâce à sa Fondation, elle allège les
droits de scolarité des boursiers,
selon leur échelon, jusqu’à la gratuité totale. « En dix ans, leur part
est passée de 7 % à 18 % des effectifs. Et nous visons 25 %. » Mais ces
aides, qui atteignent jusqu’à
40 000 euros, inciteraient des familles à tricher. « Nous avons resserré les conditions avec l’aide de
fiscalistes », indique Eloïc Peyrache. De son côté, l’EMLyon pro-
34  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
pose à ses étudiants, avec Adecco,
des CDI intérimaires rémunérés
avec des frais de scolarité allégés.
 Part de boursiers En pleine réforme de la formation
Universités
professionnelle, le gouvernement
39,5 % pourrait priver les business schools
Classes
de la taxe d’apprentissage, invopréparatoires
quant leur élitisme. Un manque à
28,9 %
gagner considérable, puisque les
Ecoles
contrats en alternance leur rapd’ingénieurs
portent plus de 100 millions d’euros
23,8 %
par an. « Ce serait catastrophique
Ecoles de
pour l’ouverture sociale », alerte
commerce
13,5 %
Alice Guilhon, directrice de Skema,
SOURCE : MINISTÈRE DE
qui estime que la note du ministère
L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR
est biaisée. Et d’expliquer : « Près
La hausse
continue des
de 10 000 étudiants en master sont
frais de scolarité
en apprentissage dans nos écoles.
ne favorise pas
Ils ne sont donc plus boursiers. »
l’intégration
Ce sont pourtant souvent les moins
des boursiers.
riches.
K. M.
MAUVAIS
ÉLÈVES
L’ÉCONOMISTE
SÉBASTIEN JEAN, DIRECTEUR DU CEPII,
Cepii
CENTRE DE RECHERCHE SUR L’ÉCONOMIE INTERNATIONALE.
Soirée du Wine & Business Club
Mardi 19 février 2019
La guerre commerciale
de Trump est une impasse
Shangri-La Hotel Paris
10 Avenue d'Iéna - 75116 Paris
Parking : Urbis Park - 65 avenue Kleber – 75116 Paris
Le virage protectionniste pris il y a un an par le président
américain n’a pas réduit le déficit commercial de son pays.
Et les concessions affichées par la Chine sont en trompe-l’œil.
Déficit commercial des Etats-Unis avec la Chine
« Santé des salariés : quels sont les grands enjeux
pour les entreprises ? »
en présence notamment de
(moyenne mobile sur 3 mois, en milliards de dollars)
0
- 10
Bruno Obriot,
directeur général adjoint Human Care de Olmix
- 20
Laurent Bénézech,
- 30
fondateur de barmaBet
Guillaume Quaetaers,
- 40
- 50
co-fondateur de Move your buddy
SOURCE: US CENSUS BUREAU
11
12
13
14
15
16
17
19 h 00
18
Dégustation de champagne et de vins
Depuis le déclenchement des hostilités
par Trump en mars 2018, le déficit
commercial avec la Chine s’est creusé.
Champagne Perrier-Jouët, Grand Brut
Chivas Regal Extra
Coup de cœur « Le Repaire de Bacchus »
Sélection du Wine & Business Club
d’un produit assez standardisé.
Idem pour le gaz. Le déficit bilatéral
américain baisserait avec la Chine,
mais il augmenterait avec les autres.
Si la stratégie de tension avec la Chine
rencontre un large soutien aux EtatsUnis (on est plus discret en Europe,
mais on n’en pense souvent pas moins),
c’est parce que l’empire du Milieu
apparaît comme un concurrent pour le
leadership mondial et qu’il use d’armes
déloyales en forçant les transferts
de technologies et en subventionnant
son industrie. On aimerait croire que
de nouvelles règles en sortiront pour
organiser les relations commerciales.
Mais il est très compliqué d’obtenir
des concessions dans ces domaines,
au cœur du modèle économique
chinois, et les Américains n’ont pas
clairement défini ce qu’ils attendent.
Le bilan risque donc de se résumer
à une alternative entre un mauvais
accord de commerce et le piège
d’une escalade qui entraîne déjà
les deux premières économies
du monde dans une rhétorique
de guerre froide, alors qu’elles
sont étroitement interdépendantes.
Qui paiera les pots cassés ?•
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
19 h 45
Interventions
de nos invités d’honneur
Boris Derichebourg,
président Derichebourg Multiservices
Didier Michaud-Daniel,
CEO de Bureau Veritas
Remise du Prix Alfred Sauvy
par Emmanuel Stern
20 h 45
Dîner-dégustation
Dîner réalisé par Christophe Moret
chef des cuisines du Shangri-La Hotel Paris,
deux étoiles au Guide Michelin,
accompagné d’une dégustation de vins.
Intervention de
Philippe Bourguignon,
auteur de "Sommelier à mots choisis",
Editions Glénat Livres
23 h 15
Clôture de la manifestation
La conférence et les débats sont animés par
Alain Marty,
président-fondateur du Wine & Business Club.
Pour tout renseignement :
01 42 89 70 01 ou
sylviechanel@winebusinessclub.fr
Retrouvez le programme
des prochaines soirées du club :
www.winebusinessclub.com
35
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération. Offre réservée aux personnes majeures. Dress code : city chic.
E
n se donnant la date limite
du 1er mars pour conclure
un accord commercial,
les présidents Trump et Xi ont
déclenché un compte à rebours sous
haute tension. Le mois de mars, c’est le
moment que Donald Trump avait choisi
l’an dernier pour lancer véritablement
les hostilités commerciales. Quel
bilan ? Le président américain est
obsédé par les déficits commerciaux,
mais il doit admettre que celui
des Etats-Unis s’est creusé d’une bonne
dizaine de pourcents l’an passé, et un
peu plus encore vis-à-vis de la Chine.
L’ALENA, l’accord de libre-échange
nord-américain, a certes été renégocié,
mais dans des termes très proches de
l’accord transpacifique que Trump avait
déchiré dès son entrée en fonction.
Et les discussions entamées avec
les Européens sous la menace de droits
de douane sur les automobiles sont
pour l’instant très floues.
Restent, donc, les négociations avec
la Chine. Pékin fait des concessions
pour montrer sa bonne volonté, faisant
miroiter aux Américains l’exportation
de montagnes de soja, d’océans de gaz
liquéfié et de centaines d’avions.
Leurs promesses porteraient sur
1 000 milliards de dollars d’achats sur
six ans. Trump brûle de célébrer
ces engagements comme le triomphe
de son génie négociateur, et il aura,
de fait, bien besoin d’un accord pour
calmer la Bourse et les milieux
d’affaires, très inquiets de l’incertitude
créée par cette confrontation. Mais
on peut douter de l’intérêt d’un tel
accord. Si la Chine achète plus de soja
états-unien et moins de brésilien,
les Européens et les autres feront
le contraire. C’est la logique du marché
18 h 00
Conférence en partenariat avec
Actualité analyse
Coup de frein sur l’immobilier
Des Français qui hésitent à emprunter, des ventes en chute libre et des
promoteurs qui annulent leurs projets… L’année débute mal pour le secteur.
L
Quai de Bacalan,
à Bordeaux.
C’est dans
cette ville que
le pouvoir
d’achat, pour un
remboursement
de 1 000 euros
par mois, recule
le plus : - 14 m²
en deux ans,
pour tomber
à 45 m².
Frilosité à tous les étages
 Part des ménages ayant
l’intention de souscrire
un crédit immobilier (en %)
6
(tendance de la demande
de logements neufs, en %)
40
20
5
0
-20
4
3
2001
 Sentiment des promoteurs
-40
SOURCES : FBF, TNS SOFRES
04
07
10 13
16 18
-60 SOURCE : INSEE
2001 04 07 10 13
16 18
Seuls 4,2 % des ménages comptent souscrire un crédit,
un chiffre faible bien anticipé par les promoteurs.
36  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
Alain Le Bot / Photononstop/Afp
Les docks, à Nantes. Là où les
prix ont fortement augmenté
depuis 2014, le pouvoir d’achat
immobilier est passé de 74 m²
à 62 m² aujourd’hui.
Sébastien Ortola/Rea
es chiffres ont surpris les
professionnels. Ils émanent
pourtant de la respectable
Fédération bancaire française :
45,7 % des ménages ont le sentiment
que leur situation financière s’est
détériorée. Et seulement 4,2 %
d’entre eux comptent souscrire un
crédit immobilier. C’est 20 % de
moins qu’il y a deux ans… Les sceptiques peuvent dire qu’il ne s’agit
que d’un sondage, mais, objecte Michel Mouillart, professeur d’économie à Paris-Ouest, « on constate que
les ménages annoncent plutôt bien
ce qu’ils vont faire »… Concrètement, cela signifie que les banquiers
doivent s’attendre à une chute de
50 000 à 70 000 du nombre des souscriptions de crédit, et donc à autant
d’achats de logements en moins.
Soit l’équivalent d’une année de
vente de logements neufs à des propriétaires occupants ! Actuellement,
14 millions de Français remboursent
un crédit, dont 9,2 millions un crédit
immobilier : un ménage sur trois
environ. Cela représente un pic depuis le milieu des années 1990 et
une dette globale de plus de
1 000 milliards d’euros…
Cette hésitation des acheteurs a été
détectée depuis quelques mois déjà
par les promoteurs, qui ont serré les
boulons : les mises en chantier ont
baissé de 7 % en 2018 et, à la fin de
l’année dernière, les annulations de
permis ont flambé : 27 % contre 15 %
à 18 % en rythme normal. Pour JeanPhilippe Ruggiéri, directeur général
délégué de Nexity, le premier promoteur français, « il se passe exactement ce qui était prévu. Et cela va
continuer ». La chute était en effet
prévisible. Les attaques du gouvernement contre le logement social
ont entraîné un quasi-arrêt des commandes du secteur HLM, indispensables aux promoteurs pour lancer
leurs programmes.
Parallèlement, les maires, qui ont
les yeux fixés sur les élections de
2020, ont suspendu leurs stylos.
« Certains nous font signer des
papiers pour que les travaux soient
terminés avant le début de la campagne électorale. C’est illégal, mais
ils s’en fichent », explique Marc
Gedoux, président de Pierre Etoile.
« La baisse s’accélérera en 2019 »,
prévient déjà Jacques Chanut, le
président de la puissante Fédération française du bâtiment (FFB). Et
elle risque de se propager à l’ancien.
Christine Fumagalli, présidente du
réseau d’agents immobiliers Orpi, le
reconnaît : « Fin 2018, nos agences
ont enregistré des baisses de fréquentation inquiétantes, sans
doute dues au repli indéniable du
pouvoir d’achat. » De fait, les taux
des crédits ne baissent plus, ce qui
avait permis, jusqu’alors, de compenser les hausses de prix. « On a
atteint un plafond de verre », explique le président du réseau Century 21, Laurent Vimont.
Conséquence, les grandes villes
comme Bordeaux, Nantes, Lyon
enregistrent un fort recul du pouvoir d’achat immobilier. En
moyenne, en deux ans, dans les
vingt plus grandes villes de France,
les acheteurs ont perdu l’équivalent
d’une pièce, « soit entre 9 et
14 m² », souligne Maël Bernier,
porte-parole du courtier en crédits
Meilleurtaux.com. A Paris, le pouvoir d’achat a aussi reculé de 9 m² en
deux ans, mais cela n’a pas freiné
les acheteurs, où l’on retrouve beaucoup de professions libérales, de
chefs d’entreprise et d’étrangers,
notamment des Britanniques prenant le Brexit de vitesse… Il y a
quelques semaines, un appartement
de 16 pièces de 1 000 m², dans le VIIe,
a ainsi été vendu 39 millions d’euros. Record historique ! Plus que jamais, sur ce point, la capitale apparaît comme un marché hors sol,
totalement déconnectée du reste du
pays.
Eric Tréguier
L’ÉDITORIAL D’ANDRÉ COMTE-SPONVILLE
L’arrogance, chose
la mieux partagée ?
AFP
fasse preuve de trop d’aisance, de
trop de compétence (comme
récemment devant les maires ruraux),
bref et pour résumer, qu’il soit « trop
jeune et trop intelligent – arrogant
en un mot ». C’est la logique de
l’envie, du ressentiment et du bouc
émissaire. Si nous sommes tous
égaux, de quel droit réussit-il mieux
que nous ? Il faut qu’il ait profité de
quelque privilège, voire de quelque
fraude ou vilenie. La passion de
l’égalité se transforme en soupçon, en
rancœur, en détestation. Que
l’élu – du peuple ou des dieux – soit
maudit, chassé, sinon guillotiné !
Boutons-le hors de France ou du
pouvoir, et tout ira mieux !
On oppose beaucoup, ces temps-ci,
les « gagnants de la mondialisation »
aux « perdants », les « élites » au
« peuple ». Cela a au moins le mérite
de rappeler que trop d’inégalité
fragilise le corps social, et qu’il
importe – par souci d’efficacité
autant que de justice – de protéger
d’abord les plus nombreux, en
commençant par les plus faibles. J’en
suis évidemment d’accord, et le
gouvernement eut sans doute tort de
ne pas s’en préoccuper plus tôt. Mais
faut-il pour autant considérer le
succès comme une faute, l’échec
comme un mérite ? Et de quel droit
exclure les élites, réelles ou
supposées, du peuple dont elles font
évidemment partie ? Emmanuel
Macron obtint ses meilleurs scores,
lors de la présidentielle, chez les plus
diplômés, et c’est chez ceux-ci, nous
disent les sondages, qu’il reste le plus
populaire. Cela ne lui donne aucune
légitimité supplémentaire. Mais il
serait tout de même paradoxal de lui
reprocher, outre ses propres qualités,
la réussite scolaire ou universitaire
des quelques partisans qui lui restent !
L’arrogance – quand arrogance il y
a – est assurément un défaut. Cela ne
fait pas du ressentiment une vertu.•
Bien qu’il soit issu d’un
coup d’Etat, nous
n’aurions évidemment pas
intérêt à jouer la chute du président
égyptien mais, à tout miser sur lui,
nous commettrions une erreur
historique puisque la terreur et la
corruption n’ont jamais assuré la
stabilité. En Egypte comme en
Arabie saoudite ou en Syrie, il faut
aussi jouer le moyen terme. En
réaliste, c’est ce qu’Emmanuel
Macron vient de faire lors de sa visite
au Caire. Parce que le maréchal Sissi
ne peut pas se tourner vers la Chine
et se dispenser de l’Europe.
DENIS JEAMBAR
Sipa
e n’ai jamais rencontré
Emmanuel Macron. Je dispose
donc sur lui des mêmes
informations que n’importe
qui. Comment se fait-il que je
n’en perçoive pas du tout la même
chose que la majorité de nos
concitoyens ? C’est vrai spécialement
de ce « mépris », que lui reprochent
tellement les « gilets jaunes », et de
cette fameuse « arrogance » que lui
prêtent, selon un récent sondage,
76 % des Français. Je trouve au
contraire notre président plein de
respect, y compris vis-à-vis de ceux
qui ne cessent de l’injurier, et pas
plus conscient qu’il ne convient de sa
propre valeur.
Quelle arrogance au contraire, quel
mépris, quelle haine chez ceux des
« gilets jaunes » qui prétendent parler
au nom du peuple (de quel droit ? en
vertu de quel mandat ?) et accusent
nos dirigeants (du haut de quelle
compétence ?) de tous les maux,
voire de toutes les infamies ! On me
dira que mon jugement est aussi
subjectif que le leur, ce que j’admets
volontiers. Mais reste à comprendre
pourquoi une telle divergence de
points de vue, et pourquoi la haine
contre Macron prend de telles
proportions, jusqu’à faire passer
rétrospectivement l’antisarkozysme
ou le Hollande bashing pour
d’aimables bouderies.
Je trouve une hypothèse intéressante
dans un article de la sociologue
Dominique Schnapper (www.teloseu.com). Ce qu’on reproche à Macron,
explique-t-elle en substance, ce sont
moins ses défauts que ses qualités,
moins ses échecs (il est trop tôt pour
en juger) que ses succès – « il est
scandaleux qu’il soit aussi jeune et
talentueux » –, qu’il arrive au sommet
de l’Etat sans avoir connu « ni les
épreuves ni les échecs » (à la
différence de Mitterrand ou Chirac,
que cela rendait sympathiques), qu’il
BERNARD GUETTA
Si le Rassemblement
national parvenait un jour
au pouvoir, il suivrait la
même pente que ses correspondants
européens, polonais, hongrois,
tchèques ou italiens. Tous ont passé
des habits de démocrates pour
l’emporter puis, une fois la victoire
électorale acquise, leur masque est
tombé. Le scénario est classique et
n’abuse que les naïfs. On peut en
outre s’interroger sur les convictions
démocratiques d’un Jean-Luc
Mélenchon, grand défenseur d’Hugo
Chavez et de son successeur Nicolas
Maduro.
SOPHIE DE MENTHON
SP
M. Bertrand/Challenges
J
Et nos éditorialistes
invités de Challenges.fr
Les bonus-malus, la
carotte et le bâton,
deviennent un mode de
gouvernement. Cette fois, le malus
s’appliquerait aux CDD, aux contrats
courts, qui sont en forte progression,
alors que le bonus féliciterait les
bons entrepreneurs qui recrutent
uniquement avec des contrats à
durée indéterminée. Au-delà même
du manque de flexibilité induit, les
termes sont particulièrement mal
choisis. Quelle tristesse pour un chef
d’entreprise lorsqu’il recrute d’avoir
droit à un malus ! Le mal est donc
dans le recrutement…
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
37
Actualité le livre
Fini de bricoler avec l’euro !
L’Allemagne reste debout sur la
pédale de frein. Au point que Bruno
Le Maire, le 24 septembre 2018, tire
la sonnette d’alarme : « Je trouverais irresponsable et dangereux
que les Etats européens membres de la zone euro
n’accélèrent pas dans les prochaines semaines la
transformation de la zone euro » alors que les « menaces » s’accumulent. En novembre, il a pourtant dû
se contenter du minimum : l’Allemagne a confirmé
qu’elle voulait bien d’une ligne budgétaire au sein du
budget de l’Union à vingt-sept, mais seulement pour
financer des investissements dans l’innovation, la
recherche et le capital humain. Pour le reste, on
verra plus tard. Pire, Berlin a considérablement limité la taxe proposée par la Commission et Paris pour
que les géants du numérique n’échappent plus à
l’impôt, ce qui rend problématique son financement.
Et l’harmonisation fiscale et sociale n’est toujours
pas à l’ordre du jour, ce qui vide en grande partie le
budget de la zone euro de son sens.
C’est peu dire que l’hubris allemande est devenue le
problème de la zone euro. Toutes les solutions imaginées par la Commission, le Parlement, la France et
la plupart des économistes pour stabiliser la zone
euro et la démocratiser se heurtent à un puissant
« nein ». Seule la BCE, organe fédéral, a pu s’affranchir de la pesante idéologie allemande pour se comporter comme n’importe quelle banque centrale d’un
Etat fédéral. Mieux, en rachetant de la dette européenne pour un montant représentant 20 % du PIB de
la zone euro, elle a créé de la monnaie de facto…
Pourtant, les solutions pour achever la construction
de la zone euro sont simples et connues. Un budget
IL FAUT ACHEVER L’EURO,
Jean Quatremer, CalmannLévy, 666 pages, 22,50 euros.
Debby Termonia/Sp
Grand expert de l’Europe, l’auteur propose une plongée pleine d’anecdotes
dans l’histoire tourmentée de vingt ans de monnaie unique.
Et des solutions pour achever sa construction. Extraits (pages 646-648).
« L’hubris
allemande est
devenue
le problème de
la zone euro.
Toutes
les solutions
imaginées pour
la stabiliser
se heurtent à
un puissant
“nein”. »
Jean Quatremer,
correspondant du
quotidien Libération
et chroniqueur de
l’émission 28 minutes
sur Arte.
Notre avis. En dépit d’un titre
un rien racoleur, l’ouvrage
est écrit par un des meilleurs
spécialistes de la bulle
bruxelloise. Egalement connu
comme le loup blanc à
Francfort, Berlin ou Strasbourg,
Jean Quatremer a le chic pour
vulgariser les sujets les plus
ardus. Déjà, en 1999, il avait
narré, avec un journaliste
38  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
représentant plusieurs points du PIB de la zone
euro qui jouerait le même rôle que le budget fédéral
américain, un Trésor européen doté de la capacité
d’emprunter sur les marchés à des taux durablement bas, vu la taille de l’économie européenne, un
ministre des Finances contrôlant ce budget sous la
surveillance d’un Parlement de la zone euro, une
Union bancaire achevée, etc. Une telle architecture
permettrait surtout de relâcher le contrôle tatillon
et a-démocratique sur les budgets nationaux :
puisque l’Ontario, au Canada, peut faire 15 % de déficit sans que cela menace la stabilité du dollar canadien, pourquoi n’en serait-il pas de même pour le
budget italien ? Et si un Etat fait faillite, cela relève
de sa propre responsabilité et ce sera à lui d’administrer la cure d’austérité nécessaire sans que l’on
puisse blâmer l’Europe.
Bref, il s’agirait de créer une démocratie qui permette à la zone euro d’agir pour l’ensemble des citoyens européens sous leur contrôle et de laisser au
niveau national ce qui relève de ce niveau. Mais,
vingt ans après la naissance de l’euro, ces réformes
de bon sens restent du domaine du doux rêve. Seule
une crise touchant de plein fouet l’Allemagne pourrait la faire évoluer. Ou alors un refus de ses partenaires, et notamment du plus puissant d’entre eux,
la France, de poursuivre plus avant avec des solutions bricolées qui déstabilisent à chaque fois un
peu plus l’édifice. Un combat perdu d’avance ? Pas
sûr, puisque l’Allemagne sait
qu’elle serait rendue responsable
d’un échec de l’euro avec les
risques géopolitiques que cela
comporte.
allemand, les dessous de
la gestation de la monnaie
unique. Dans son dernier opus,
paru à l’occasion des 20 ans
de l’euro, il revient sur cette
histoire tourmentée, pendant
laquelle les Cassandres ont
souvent annoncé la mort de la
devise européenne « avant
Noël ». Le récit est vivant, la
plume alerte, malgré les
facilités d’écriture. L’ensemble
ressemble à son turbulent
auteur : toujours prêt à piaffer,
tempêter, se mettre en scène,
au risque de confondre son rôle
de journaliste avec celui de
justicier. A quatre mois
d’élections cruciales, l’occasion
est idéale pour lui conseiller
de sauter le pas et se présenter
aux européennes. S. S.-A.
sciences
Un anneau pour aider les cœurs fatigués
cament ! Voilà l’étonnante idée
sur laquelle travaille le Laboratoire d’actionneurs intégrés
rattaché à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne,
une unité de recherche bâtie
grâce à une donation de près
de 10 millions d’euros de la fondation helvète Werner Sie-
mens. La solution : un dispositif déformable en forme
d’anneau positionné autour de
l’artère principale du corps,
l’aorte. Composé d’un matériau
contractile capable de se défor-
ENERGIE
MATÉRIAUX
C’est une première mondiale et elle
est lyonnaise. Depuis le 21 décembre
2018, quatre hydroliennes fluviales
turbinent les eaux du Rhône à hauteur
de Calluire et Cuire. De 320 kW,
la puissance développée par les deux
turbines verticales est suffisante pour
remplir les besoins en électricité de
500 ménages hors chauffage.
Construit par HydroQuest à la suite
d’un appel à projet lancé par Voies
navigables de France, ce parc a coûté
1,7 million d’euros financés pour
moitié par l’Union européenne.
•
ETHOLOGIE
UC Berkeley
Comment le gecko réussit à galoper sur l’eau
u Il peut courir sur un marais à la vitesse d'un mètre par seconde ! Comment ?
Sa peau rugueuse repousse l'eau, facilitant la flottaison. C'est ce que vient
d'établir la biophysicienne Jasmina Nirody, de l'Université Rockefeller à New
York (Etats-Unis). Mais le gecko possède aussi un deuxième secret : il pagaie.
En frappant l'eau, ses pattes forment des poches d'air qui vont littéralement
le porter et lui permettre de se maintenir à flot.
•
Hydroquest
Des hydroliennes turbinent les eaux du Rhône
Changer le
cuivre en or.
Des scientifiques
chinois ont
fabriqué
un matériau
possédant
les mêmes
propriétés
chimiques que
l’or. Comment ?
En bombardant
une plaque
de cuivre avec un
plasma d’argon
à haute énergie.
L’opération
modifie la
structure
électronique
des atomes de
cuivre, qui sont
ensuite utilisés
pour recouvrir
des grains
de silice.
Résultat : des
nanoparticules
ayant les mêmes
propriétés
que l’or.
•
TRANSPORTS
Un 4x4 qui marche
et qui roule
u Le constructeur coréen Hyundai a
dévoilé un engin digne des films de
science-fiction : sur un chemin carrossable, ce véhicule électrique roule
à la manière d'un 4x4 traditionnel.
Mais si le terrain n'est plus praticable, les bras de suspension articu-
lés se déplient et l'engin continue de
progresser en marchant ! Sa vitesse
chute alors considérablement mais,
en contrepartie, lorsqu'il bute sur un
obstacle, il peut l'enjamber jusqu'à
une hauteur de 1,50 mètres ! Et ce,
tout en maintenant la cabine et ses
passagers à l'horizontale.
•
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
39
Hyundai
ider le cœur des personnes
A
atteintes d’insuffisance
cardiaque sans pompe ni médi-
mer associé à un ressort en titane, il alterne contraction et
relâchement pour aider le
cœur à pomper le sang.
« Notre objectif est de nous
affranchir du cœur et de parvenir à propulser le sang vers
l’aorte de manière plus efficace, sans toucher ni au sang
ni au cœur pour éviter tout
risque de caillot », résume
Yves Perriard, ingénieur spécialisé en micro-ingénierie et
responsable du laboratoire.
Reste à concevoir le dispositif
technique pour l’alimenter.
« Nous pensons à un système
d’induction magnétique, porté
par exemple à la taille, qui
transmet à distance l’énergie », précise Yves Perriard.
Premiers tests chez l’animal à
l’horizon 2022.
•
Alain Herzog/EPFL
Placé sur l’aorte, il est destiné aux patients atteints d’insuffisance cardiaque.
Actualité international
Les jeunes loups démocrates
ont les dents longues
Getty Images/AFP
Aux Etats-Unis, une nouvelle génération d’élus plus ouverts sur les sujets
de société émerge. Et se prépare pour la présidentielle de 2020.
Imagespace/Rex//Sipa
Angela Weiss/AFP
Beto O’Rourke. L’élu texan de 46 ans
est comparé à Bobby Kennedy.
Alexandria Ocasio-Cortez. L’ex-barmaid est devenue
à 29 ans la plus jeune congresswoman jamais élue.
I
l a 37 ans, un nom de famille
imprononçable, est marié à un
homme, n’est que le maire
d’une ville moyenne située
dans un Etat républicain, l’Indiana.
Ah, on oubliait : il rêve de devenir le
prochain président des Etats-Unis !
Le démocrate Peter Buttigieg a sans
doute peu de chances, mais cela ne
l’a pas empêché de se lancer crânement dans la course à la présidentielle. L’argument de « Mayor
Pete » ? Simple : « Le moment est
venu de se doter d’une nouvelle génération de leaders américains. »
Traitez-les de naïfs, d’idéalistes, de
gauchos ou tout ce que vous voulez,
mais on ne peut pas dénier aux
jeunes Turcs du Parti démocrate
une qualité : le culot. Prenez Alexandria Ocasio-Cortez. L’ex-barmaid du
Bronx s’est attaquée à l’un des démocrates les plus puissants du
Congrès pour le battre et devenir, à
29 ans, la plus jeune femme jamais
élue à la Chambre des représentants. Depuis, « AOC » ne touche
plus terre. Elle multiplie les propositions et les interviews, tout en documentant sa vie sur Instagram, où
40  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
Kamala Harris.
La sénatrice
californienne
de 54 ans réalise
un début
de campagne
remarqué.
elle détaille ses habitudes de maquillage et soin de la peau. Sa proposition de taxer à 70 % les revenus
supérieurs à 10 millions de dollars a
provoqué les hauts cris avant qu’un
sondage ne révèle que 59 % des Américains y sont favorables.
Bienvenue dans le Parti démocrate
new look… Le 6 novembre dernier,
la gauche américaine ne s’est pas
contentée d’infliger une raclée électorale aux républicains et à Donald
Trump, elle en a profité pour
prendre un sacré coup de jeune.
L’âge moyen des 60 nouveaux arrivants démocrates à la Chambre des
représentants est de 45,8 ans, contre
plus de 64 ans pour les 173 congressmen et congresswomen du parti réélus. Et le vent nouveau ne souffle
pas seulement au Congrès : parmi la
bonne vingtaine de prétendants démocrates à la Maison-Blanche en
2020, on compte plusieurs millennials (nés entre 1981 et 1996) et une
belle brochette de quadras ou
jeunes quinquas, parmi lesquels la
sénatrice de Californie Kamala Harris (54 ans), au lancement de campagne très remarqué, Cory Booker
(49 ans), Kirsten Gillibrand (53 ans)
et Beto O’Rourke (46 ans), nouveau
Bobby Kennedy charismatique venu
du Texas.
Pelosi sous pression
Que cache cette lame de fond ?
D’abord, une lassitude devant une
classe politique vieillissante. La
présidentielle, notamment, a un
côté cyclique, les électeurs ayant
tendance à installer à la MaisonBlanche un vainqueur différent
de son prédécesseur. En 2016, ils
avaient dû se décider entre Donald
Trump (70 ans à l’époque) et Hillary
Electorat renouvelé
Tous ces jeunes loups ont dans leur
ligne de mire le rendez-vous de
2020, misant sur un électorat plus en
phase avec eux. Cette année-là, les
millennials seront rejoints par près
de la moitié des 68 millions d’Américains de la « génération Z » (nés
entre 1997 et 2012) qui atteindront
l’âge de voter. Ces deux classes
d’âge sont bien plus progressistes
que leurs aînées, en particulier sur
les sujets de société. Les plus vieux
de la génération Z avaient 11 ans
quand Barack Obama est devenu
président, ils étaient adolescents
quand le mariage gay a été légalisé,
ils ont un meilleur niveau d’éducation et sont plus mixtes racialement
(près de la moitié ne sont pas des
Blancs anglo-saxons). Les millennials, quant à eux, ont vécu adolescents ou jeunes adultes la grande
récession de 2008-2009, et celle-ci a
laissé des traces. Ils sont, notamment, plus sensibles aux énormes
inégalités de la société américaine.
Ils ont affiché une participation record aux élections de novembre
dernier, et seront encore plus nombreux à voter dans deux ans.
Autrement dit, tous les signaux sont
au vert pour un virage à gauche du
Parti démocrate. Celui-ci a d’ailleurs
déjà lieu : quand Bill Clinton était à
la Maison-Blanche, 25 % des démo-
Carlos Giusti/Ap/Sipa
Photo12/Ann Ronan Picture Library/AFP
Clinton (69 ans). En 2020, place aux
jeunes ! Une soif de renouvellement
parcourt l’électorat, qui risque de
handicaper les aînés du parti briguant la présidence (lire ci-contre).
Au Congrès, Nancy Pelosi a su
mettre en valeur son expérience et
son habileté tacticienne pour s’imposer comme speaker, mais elle doit
elle aussi compter sur une relève
hyper­active. Ocasio-Cortez lui a
mis la pression sur le dossier du réchauffement climatique, tandis que
d’autres s’intéressaient à l’éthique
et aux lois électorales, cherchant
à limiter au maximum l’influence
rampante des lobbys. Max Rose,
un congressman new-yorkais de
32 ans, a introduit une proposition
de loi antilobbys tandis que Joe
Neguse, son collègue du Colorado
(34 ans), déposait un texte permettant aux 16-17 ans de s’inscrire sur
les listes électorales avant même
d’avoir atteint l’âge de voter.
Joe Biden. L’ex-vice-président est
accusé d’avoir été payé pour
soutenir un candidat républicain.
Elizabeth Warren. Elle est moquée
pour avoir fait un test ADN prouvant
ses origines amérindiennes.
La vieille garde du parti fragilisée
A
VENT DE
FRAÎCHEUR
Elus
démocrates à la
Chambre des
représentants
89
femmes (soit
38 % des élus).
58 ans
d’âge moyen.
46 ans
d’âge moyen pour
les nouveaux
élus.
en croire la
rumeur, Joe
Biden (76 ans)
est le rival que Donald
Trump craint le plus
pour 2020. Si c’est
vrai, le président
américain va peut-être
devoir changer d’avis.
Avant même de se
lancer dans la course
aux primaires, l’exvice-président de
Barack Obama s’est
vu fragilisé par un
scandale : pendant
la campagne de
2018, il a empoché
200 000 dollars pour
un discours où il a
encensé… un
candidat républicain,
qui a battu sur le fil
son adversaire
démocrate.
Elizabeth Warren
(69 ans), la sénatrice
du Massachusetts,
a, quant à elle,
hypothéqué ses
chances en tombant
dans le piège
de Trump, qui
la surnomme
Pocahontas : elle a
produit un test ADN
montrant la « forte
probabilité, sans doute
il y a six à dix
générations », qu’un
crates s’identifiaient comme « liberal » (de gauche), 25 % comme
conservateurs et 48 % comme modérés ; en 2018, le label liberal est
adopté par 51 % des démocrates, les
conservateurs ne sont plus que 13 %
et les modérés, 34 %. « C’est la première fois, dans l’histoire moderne
des sondages, qu’une majorité du
Parti démocrate se dit de gauche, et
cela aide à expliquer pourquoi tant
d’aspirants démocrates à la présidentielle ont viré à gauche », analyse William Gallston, à la Brookings Institution. Le danger ? « Un
candidat n’attirant que les liberals
ou les conservateurs ne peut pas
remporter de majorité, rappelle
Gallston. C’est une réalité que les
participants à la primaire démocrate feraient bien de garder à
l’esprit. »
Le glissement de l’électorat démocrate vers la gauche, sous la pression des jeunes générations, n’est
donc pas sans risque. Mais le « péril
jeunes » menace bien davantage un
Parti républicain de moins en moins
en phase avec une nouvelle généra-
Indo-Américain ait
figuré parmi ses
ancêtres. En politique,
le ridicule peut tuer.
Reste Bernie Sanders,
chouchou de la
jeunesse démocrate
en 2016. Mais
le sénateur du
Vermont souffre de
plusieurs handicaps :
son âge (77 ans), le
fait qu’il n’a plus un
parfum de nouveauté,
et des accusations de
harcèlement sexuel,
pendant la campagne
de 2016, à l’encontre
de plusieurs proches
conseillers.
•
tion d’électeurs de droite qui ne se
reconnaît plus dans le parti : seulement 59 % des électeurs républicains de la génération Z sont satisfaits de Donald Trump, contre 85 %
chez les baby-boomers républicains.
C’est un problème de taille pour la
droite : elle élit peu de femmes,
alors que celles-ci partent à la
conquête du Parti démocrate, ayant
vu leur nombre passer de 65 à 89 à
la Chambre des représentants,
contre 13 chez les républicains. Et
elle s’arc-boute sur des positions
« dures » concernant les sujets de
société, alors que les jeunes républicains sont bien plus accommodants.
Au final, la perspective d’un candidat démocrate en phase avec l’électorat – plus jeune, plus divers ethniquement et racialement, plus
tolérant sur les sujets de société –
est un véritable atout pour le parti.
Même si, en 2020, la qualité principale exigée du candidat démocrate
à la présidentielle ne sera pas son
âge, mais son aptitude à battre Donald Trump. Philippe Boulet-Gercourt
(à New York)
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
41
Actualité international
Les recettes
du « miracle portugais »
Après des années de purge budgétaire, le Portugal, dirigé par une
coalition de gauche, y compris les communistes, a réussi un spectaculaire
retournement. Une prouesse encensée, des libéraux à l’extrême gauche.
Armando Franca/Ap/Sipa
P
arfois, les anciens s’en
plaignent, mais c’est un rituel auquel la majorité des
Lisboètes a fini par s’habituer. Chaque jour, les paquebots de
croisière crachent, pour le pire et
pour le meilleur, des hordes de passagers au terminal Santa Apolonia,
posé sur les bords du Tage, à proximité du quartier historique de l’Alfama. Alors que le Portugal bat des
records d’affluence – 23 millions de
touristes, en progression de 50 % sur
cinq ans –, l’économie lusitanienne
affiche une santé retrouvée. Tous
les indicateurs sont au vert (voir
graphiques).
Quel retournement de situation !
Considéré comme l’un des maillons
faibles de l’Union européenne pendant la crise de l’euro, le Portugal
fait partie, sept ans plus tard, des
membres les plus vertueux avec des
comptes proches de l’équilibre. Du
coup, trois ans et demi après son
arrivée aux commandes, le jovial
Premier ministre socialiste Antonio
Costa affiche la sérénité du bon
élève. Son bilan ne cesse, en effet,
d’impressionner en Europe, notamment en Allemagne. Nommé début
2018 à la tête de l’Eurogroupe (qui
réunit les grands argentiers de l’économie européenne), son homme
fort Mario Centeno, ministre de
l’Economie, a ainsi été qualifié de
« Ronaldo de l’économie européenne » par Wolfgang Schäuble,
ex-ministre des Finances allemand,
connu pour son intransigeance en
matière budgétaire.
A gauche et même à l’extrême
gauche, la stratégie d’Antonio Costa,
fondée sur une relance de l’économie par la demande, séduit aussi. De
Le Premier
ministre Antonio
Costa (à droite)
et le ministre
de l’Economie
Mario Centeno,
à Lisbonne,
en mars 2017.
Leur bilan
impressionne
en Europe,
notamment
en Allemagne.
Hausse des salaires
Un petit paradis fiscal pour les Français
C
’est désormais une
tradition ! Tous les ans
au mois de mai,
des milliers de Français
arpentent les allées du Salon
de l’immobilier portugais
qui se tient à Paris, porte
de Versailles. Mais s’ils sont
de plus en plus nombreux
à vouloir s’offrir une villa
ou un appartement au pays
du poète Fernando Pessoa,
ce n’est pas seulement
pour admirer la beauté de
ses paysages ou s’alanguir
sur ses plages. En moins
d’une décennie, l’économie
lusitanienne s’est taillé une
place de choix au box-office
de l’attractivité fiscale. Le
retraité français qui y réside
plus de 183 jours par an
bénéficie d’une exonération
d’impôts sur sa pension
42  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
Jeremy Corbyn, chef des travaillistes britanniques, à Benoît Hamon
et même Jean-Luc Mélenchon, tous
apprécient la démonstration in vivo
qu’un projet anti-austérité, porté par
une gauche unie, est possible.
« Pourtant, lorsque nous sommes
arrivés au pouvoir, nous étions attendus au tournant ! », se souvient
Ricardo Mourinho Felix, secrétaire
d’Etat aux Finances. Trois ans plus
tard, les résultats sont là avec un
taux de chômage divisé par trois.
Antonio Costa peut se targuer
d’avoir tenu son pari politique et
économique, à neuf mois des élections législatives. Il a réussi là où ses
prédécesseurs socialistes avaient
toujours échoué : convaincre le
Parti communiste et le Bloc de
gauche (équivalent portugais de
Syriza) de soutenir un gouvernement socialiste. Et il devait répondre à un double défi : redonner
du pouvoir d’achat aux Portugais les
plus modestes tout en réduisant le
déficit budgétaire, conformément à
ses engagements européens.
pendant dix ans. Tandis que
les chefs d’entreprise qui
souhaitent s’y installer pour
y développer un business
ne sont taxés qu’à hauteur
de 20 % sur leurs revenus
professionnels. Regroupés
sous le statut de « RNH »
(résident non habituel), ces
exilés fiscaux sont environ
10 000 chaque année
à rejoindre le Portugal.
•
Lorsqu’il arrive aux commandes, le
pays reste fragile. Certes, le gouvernement de droite de Pedro Passos
Coelho qui l’a dirigé, de 2011 à 2015,
lui a évité la banqueroute. Mais la
politique de rigueur et de réformes
structurelles qu’il a dû mener en
contrepartie de l’aide d’urgence de
la « Troïka » (FMI, BCE, Commission européenne) s’est faite à un
coût social très élevé. « Les gens
modestes n’en pouvaient plus, le
fruit était mûr, Antonio Costa a su
capitaliser sur ce ras-le-bol », analyse Antonio Costa Pinto, professeur à l’Institut des sciences so-
Bony/Sipa
rence chinoise », observe Joao
Duque, professeur à l’Institut supérieur d’économie et de gestion. Automobile, biens d’équipements, textile, agroalimentaire : entre 2010 et
2017, la part des exportations dans
le PIB, en effet, a bondi de 21 à 43 %.
Afin de s’assurer la paix syndicale,
Antonio Costa a décidé de repasser
de 40 à 35 heures la durée de travail
hebdomadaire dans la fonction publique et d’embaucher 20 000 fonctionnaires dans des secteurs en tension (éducation, santé, justice).
Mais cet effort reste mesuré comparé à la purge effectuée par
l’équipe précédente (110 000 suppressions de postes pour
675 000 fonctionnaires). Côté recettes, l’exécutif actuel n’a pas tou-
ciales de l’Université de Lisbonne.
Pas question de renverser la table
pour autant. Soucieux de faire repartir une économie atone, le gouvernement décide dès son arrivée
d’augmenter les petites pensions de
retraite et de baisser les impôts
pour les foyers aux plus faibles revenus. Mais, plutôt que d’augmenter
brutalement et fortement le salaire
minimum, comme l’a fait son homologue socialiste espagnol Pedro
Sanchez avec une hausse de 22 %,
Antonio Costa a opté pour un relèvement progressif, de 530 euros en
2015 à 600 euros aujourd’hui. « Le
remonter trop fortement aurait
détérioré la compétitivité-prix des
PME, même si la montée en gamme
leur a permis de contrer la concur-
Renversement de situation
Taux de croissance annuel
du PIB (en %)
3
Taux de chômage
Solde budgétaire
(en % de la population active)
(en % du PIB)
20
2,5
2
15
15
1
10
0,5
0
13
14
15
16
17
18
5
13
14
15
16
17
18
0
-1
-2
-3
-4
-5
-6
-7
-8
13
14
15
16
17
18
SOURCES : DATASTREAM, EUROSTAT, INE, NATIXIS
Au pied du pont
du 25-Avril, qui
enjambe le Tage,
à Lisbonne,
la Lx Factory.
Cette « usine
culturelle »
regroupe plus
de 80 sociétés
des domaines
de l’art et
de la mode.
Un symbole
du dynamisme
retrouvé
de l’économie
lusitanienne.
Maillon faible
pendant la crise
de l’euro, le
Portugal figure,
sept ans après,
parmi les pays
les plus
vertueux :
croissance
solide, chômage
en net recul,
comptes proches
de l’équilibre.
ché à la TVA, qui culmine à 23 %. En
revanche, il a augmenté les taxes
sur l’essence, le tabac, l’alcool et les
sodas. « Avec la reprise de la
consommation, ce calcul s’est avéré
budgétairement payant », observe
José Luis César das Neves, professeur à la Catolica Lisbon School of
Business and Economics. Pour Ricardo Mourinho Félix, « rompre
avec l’austérité ne veut pas dire
renoncer à la rigueur budgétaire ».
Très pragmatique, l’équipe actuelle
n’est pas revenue sur la dérégulation du marché du travail réalisée
par la droite. L’exécutif souhaite
même aller plus loin en facilitant les
embauches en CDD et en offrant
aux entreprises la possibilité de puiser dans un quota d’heures supplémentaires rémunérées au tarif normal. « Pour faire adopter ce projet
inacceptable, le gouvernement est
en train de pactiser avec la droite »,
s’insurge Armenio Carlos, secrétaire général de l’intersyndicale
CGTP, équivalent de la CGT.
Dette publique excessive
A l’approche des législatives d’octobre 2019, Antonio Costa doit aussi
faire face à la pression grandissante
de ses alliés du Parti communiste et
du Bloc de gauche, pour lesquels le
compte n’y est pas sur le plan social.
Mais le gouvernement portugais refuse de lâcher du lest. Après avoir
bénéficié d’une série de facteurs favorables – rebond de l’économie espagnole et boom du tourisme lié à la
désaffection des pays d’Afrique du
Nord –, l’économie lusitanienne
n’est pas à l’abri d’un coup de froid
de l’économie européenne. « Soyons
lucides, le gouvernement Costa
n’aurait pas pu faire grand-chose
sans la politique monétaire très
accommodante de la BCE, qui lui a
permis de s’endetter à moindre
coût », juge Joao Duque. Autrement
dit, une remontée brutale des taux
d’intérêt en Europe fragiliserait de
nouveau un pays toujours handicapé
par une dette publique excessive
(120 % du PIB) et dont le secteur
bancaire reste fragile (13 % de
créances douteuses). Habile manœuvrier par temps calme, Antonio
Costa devra faire ses preuves dans
une période qui s’annonce plus agitée.
Jean-Pierre de La Rocque
(envoyé spécial à Lisbonne)
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
43
Actualité international
Bruxelles cible
Chypre et Malte
EUROPE © The Economist
P
lusieurs scandales de blanchiment d’argent ont secoué
l’Union européenne en 2018.
Celui qui a touché la branche estonienne de la banque danoise Danske
Bank compte parmi les plus importants de l’histoire. Les Etats européens ont été contraints de prendre
des mesures. Ils ont rapidement visé
Chypre et Malte, les deux plus petites économies du continent. Un
rapport de la Commission européenne sur la délivrance de passeports souligne que ce système
­expose le reste de l’Union au blanchiment d’argent. Les deux pays ont
proclamé leur volonté de s’amender. Beaucoup en doutent.
Depuis les années 1990, Chypre accueille à bras ouverts l’argent russe.
L’oligarque Viktor Vekselberg, qui
fait l’objet de sanctions américaines,
possède 9 % de la plus grande
banque du pays, la Bank of Cyprus.
Chypre a par ailleurs été évoqué à
de nombreuses reprises lors du procès de l’ancien chef de campagne de
Donald Trump, Paul Manafort, jugé
coupable de malversations financières. La réputation du secteur financier maltais s’est quant à elle
sérieusement dégradée en 2017. La
journaliste d’investigation Daphne
Caruana Galizia a été assassinée en
octobre de cette année-là après
avoir dévoilé que la Pilatus Bank,
basée à Malte, blanchissait des millions de dollars pour le compte de la
famille régnante azerbaïdjanaise et
que le gouvernement maltais fermait les yeux. Chargée d’enquêter
par la Commission de Bruxelles,
l’Autorité bancaire européenne
(ABE) a relevé plusieurs infractions
graves dans la gestion de ce scandale.
Le choc de l’assassinat de la journaliste a poussé la Commission euro-
/Darrin Zammit Lupi/Reuters
Membres de l’Union, ces deux Etats sont
accusés de fermer les yeux sur l’argent sale.
Whitehall
Mansions, à
Malte, où est
basée la Pilatus
Bank. L’Autorité
bancaire
européenne
a relevé des
infractions
graves dans
la gestion
du scandale
qui a suivi
les révélations
de la journaliste
Daphne
Caruana Galizia,
assassinée
en 2017.
péenne à agir. Les régulateurs ont
obtenu quelques résultats. La
banque centrale chypriote (CBC)
interdit désormais aux banques de
traiter avec des sociétés-écrans.
Malte a multiplié par six les moyens
de ses services antiblanchiment.
Pourtant beaucoup restent sceptiques. A Chypre, l’ancien patron de
la CBC observe que certains secteurs, parmi lesquels des « cabinets
juridiques ayant de solides appuis
politiques », restent virtuellement
intouchables. Quant à Malte, elle est
menacée de lourdes pénalités si elle
ne montre pas plus d’entrain à appliquer les recommandations de l’ABE.
Dans ce pays, la proportion de dépôts bancaires appartenant à des
non-résidents est encore de 45 %.•
© The Economist - London 2019
En Algérie, président fantôme, vote fantoche
AFRIQUE © The Economist
A
81 ans, les apparitions publiques du président algérien
Abdelaziz Bouteflika se font
aussi rares que celles du guépard du
Sahara. Depuis son AVC en 2013, il
est cloué dans un fauteuil roulant.
En avril, pourtant, il pourrait bien
entamer un cinquième mandat à la
tête du pays. Sa candidature (et sa
victoire) dépendra d’une clique de
généraux, d’hommes d’affaires et de
politiciens que les Algériens désignent indifféremment sous le
terme de « pouvoir » et qui tirent
toutes les ficelles. S’ils ont laissé le
président vieillissant à son poste,
c’est qu’ils ne parviennent pas à
s’accorder sur un successeur. C’est
sans doute pour cette raison que
beaucoup appuient une nouvelle
candidature de Bouteflika.
« Le système algérien donne l’apparence d’être stable, analyse un observateur averti. Mais il suffit de
gratter un peu pour percevoir la
lutte permanente pour le contrôle
de l’appareil d’Etat. » Bouteflika,
qui pourrait avoir perdu la parole,
n’a pas annoncé officiellement sa
candidature. Mais alors que sa nouvelle victoire se profile, le problème
de sa succession n’est toujours pas
réglé. Il n’existe pas de poste de
vice-président. Le général Gaïd
­Salah, le chef des armées, et le frère
d’Abdelaziz Bouteflika, Saïd, se sont
arrogé un pouvoir croissant à mesure que la santé du président décli-
44  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
Billal Bensalem/Nurphoto/AFP
A l’approche des élections, la succession de Bouteflika n’est toujours pas réglée.
Le président
Abdelaziz
Bouteflika,
à Alger,
en novembre
2017. Invisible
et handicapé,
il pourrait être
réélu en avril.
nait. Mais le général sera bientôt
octogénaire et nombreux sont ceux
qui, au sein du pouvoir, sont hostiles
à une succession dynastique.
Certains pensent que la fonction
suprême pourrait échoir au Premier
ministre Ahmed Ouyahia. Nul n’est
sûr de rien. A la mort du président
Houari Boumediene en 1978, les
cercles dirigeants ont été incapables
de choisir entre Abdelaziz Bouteflika et un autre candidat. Ils se sont
mis d’accord sur un troisième
homme dont le mandat a ouvert une
période de turbulences qui a permis
l’ascension de Bouteflika. Une seule
chose est sûre : les Algériens n’auront guère leur mot à dire sur le
choix de leur futur dirigeant.
•
© The Economist - London 2019
LEADERS
©The Economist
Voici venu le temps de la « slowbalisation »
Depuis dix ans, la mondialisation a ralenti, les investissements et les échanges montrant
des signes d’essoufflement. Une tendance durable qui aura des effets négatifs.
L
es Cassandre qui, lors du virage protectionniste américain il y a deux ans, prédisaient un retour aux années
1930 se sont trompées. En 2018, la
croissance mondiale a été correcte. Et
les discussions commerciales de Donald Trump avec Pékin semblent sur la
bonne voie. Mais les tensions commerciales accentuent une tendance apparue après la crise de 2008. Investissements transfrontaliers, échanges, prêts
bancaires et chaînes d’approvisionnement se sont contractés ou ont stagné. La mondialisation ralentit et cède
le pas à une ère baptisée « slowbalisation » par un chercheur néerlandais.
Plusieurs raisons à cela. Le coût du
transport a cessé de baisser. Les multinationales constatent que l’expansion
mondiale coûte cher. Autre phénomène pernicieux : les règles commerciales sont réécrites partout. EtatsUnis et Europe renforcent leur
contrôle des investissements étrangers, et la Chine n’entend pas accorder
chez elle une chance égale aux firmes
occidentales. Ainsi, les investissements chinois en Europe et en Amérique ont chuté de 73 % en 2018. La
« slowbalisation » favorise la formation de blocs régionaux. Les chaînes
d’approvisionnement européennes et
américaines se tournent vers des
sources plus proches.
Cette intégration peut être bénéfique
pour les entreprises comme pour les
consommateurs. Mais la « slowbalisation » a deux inconvénients majeurs.
Tout d’abord, contrairement à la pé-
riode 1990-2010, les économies émergentes vont avoir de plus en plus de
mal à rattraper les économies riches.
En second lieu, la « slowbalisation » ne
résoudra pas les problèmes créés par
la mondialisation. L’automatisation
réduira l’emploi en Occident. Le changement climatique, les migrations et
l’évasion fiscale seront plus difficiles à
traiter en l’absence de coopération internationale. Et la Chine renforcera
son hégémonie régionale. La mondialisation a fait du monde un meilleur endroit pour beaucoup. Mais trop peu a
été fait pour en limiter les coûts. Or la
solution qui se dessine n’améliorera
pas les choses. La « slowbalisation »
sera plus dure et moins stable que ce
qui l’a précédée. Et finalement ne fera
que nourrir les mécontentements. •
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Document
Jean Tirole
Ses vérités
sur le chômage de masse
CDI, précarité, indemnisations, temps de travail… Le Prix Nobel
d’économie analyse l’échec historique de la France en matière d’emploi
et sa « préférence » structurelle pour le chômage de masse.
E
n un an, alors que la
France n’est pas restée
immobile – 1,5 % de
croissance –, le nombre
de chômeurs inscrits a
diminué d’à peine 50 000 !
Globalement, près de
3,7 millions de personnes sont encore sans
emploi. Cette persistance d’un chômage de
masse, sur lequel les réformes du marché du travail menées par Emmanuel
Macron depuis son arrivée à l’Elysée n’ont pas encore
produit d’effet, se trouve au cœur des réflexions de Jean
Tirole. Le Prix Nobel d’économie, à l’occasion de la réalisation du premier podcast de la série « One Planet » de
Challenges (lire ci-dessous), avait disséqué les spécificités d’un marché du travail français bloqué et rongé par
les choix des « institutions françaises ». Bref, un antimodèle que ces « institutions » feraient bien d’examiner, alors que les négociations sur le futur de l’Unédic
sont en stand-by après le retrait du patronat.
Challenges. Le taux de chômage en France reste
dramatiquement élevé, à 9 %, à peine 1 point de moins
en cinq ans. Est-ce qu’il y a un problème spécifiquement
français du marché du travail ?
Jean Tirole. Pour moi, ce sont les institutions françaises
qui créent du chômage. Ces institutions, qui ont été reprises dans l’Europe du Sud, en général, ont engendré
partout un chômage important. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Inversement, on voit bien
qu’en Europe du Nord le taux de chômage est de moins
de 5 %, ainsi que dans les pays anglo-saxons.
Depuis trente ou quarante ans en France, le chômage
n’est jamais tombé au-dessous de 7 %, même dans
les bonnes périodes de conjoncture internationale,
quand par exemple l’euro a baissé ou quand le prix du
pétrole a chuté. Personne ne va nier le fait que le carnet
de commandes a de l’importance, mais les spécificités
des institutions françaises ont un impact important sur
le chômage.
La préférence française pour le chômage,
comment se manifeste-t-elle ?
Cette préférence consiste finalement à protéger les personnes en CDI par rapport à celles qui sont en CDD et
Une collection de podcasts Challenges à écouter et à réécouter
Challenges
C
46  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
et entretien est
tiré de la première
collection d’une
quinzaine de podcasts
réalisés par Challenges,
et dont l’intégralité
peut être écoutée sur
Podcasts.challenges.fr.
Jean Tirole et les
essayistes Thomas
Friedman et Fareed
Zakaria ont inauguré la
série « One Planet ».
Trois épisodes sur LVMH
ont lancé la série
« Empires ». Ils forment
l’avant-garde du projet
AEX (Augmented
Editorial Experience),
qui vise à produire des
contenus premium pour
la voiture connectée,
développés avec
Renault, raison pour
laquelle le constructeur
automobile est entré au
capital de Challenges.
•
« Les CDD sont de mauvais
emplois, ils ne génèrent pas assez
de formation et créent
de l’instabilité pour le salarié. »
jours de travail, quinze jours de chômage. Cela coûte
très cher à la société. Ce n’est pas bon pour le salarié,
mais ce n’est pas une bonne chose pour l’entreprise non
plus, parce qu’elle se sépare souvent de gens qui
donnent satisfaction. Par prudence, elle préfère les
emplois précaires pour se donner une flexibilité que le
CDI n’offre pas assez. Or il ne faut pas oublier qu’une
grande partie des allocations de chômage vient justement des fins de CDD, des missions d’intérim, etc.
Parmi les « institutions » que vous évoquez,
il y a le système d’indemnisation du chômage.
Comment le réformer ?
On voit très bien que l’assurance-chômage a une dette
de 35 milliards d’euros. Comme la dette publique, elle
sera à payer par les prochaines générations si l’on ne
redresse pas la barre. Les partenaires sociaux ont tendance à se défausser sur la collectivité. L’éléphant dans
le magasin de porcelaine, c’est quand même l’Etat.
Sipa
Indemniser des personnes sans emploi jusqu’à deux ans,
est-ce la meilleure manière d’inciter à la reprise
du travail ?
au chômage. C’est-à-dire que nos institutions favorisent
les gens qui sont en emploi stable et qui ont une plus
grande stabilité géographique. On en connaît les victimes : les jeunes de 15 à 24 ans et les personnes de plus
de 50 ans, qui font face à un très très faible taux d’emploi d’activité en France par rapport à l’étranger. Ce
sont les victimes visibles.
Que signifiez-vous avec votre phrase « Nos institutions
encouragent le chômage » ?
En réalité, les institutions encouragent un certain type
de travail, qui est le travail précaire. Pourquoi ? Les
entreprises préfèrent souvent utiliser les contrats en
intérim ou les CDD, parce que cela leur donne de la
flexibilité dans la gestion de leur personnel. Aujourd’hui,
presque 90 % des créations d’emplois se font en CDD.
Et, demain, ce phénomène pourra être encore davantage dû aux mutations technologiques rapides liées à
l’intelligence artificielle. De nombreux emplois pourront être détruits dans deux, cinq ou dix ans. Sachant
cela, les entreprises seront plus réticentes à engager des
gens avec le CDI actuel : il n’y aura plus que des CDD.
Est-ce si grave ?
Oui, car les CDD sont de mauvais emplois. Parce qu’ils
ne génèrent pas assez de formation, créent de l’instabilité pour le salarié (avec, de manière concomitante, un
accès limité au logement, en location ou en achat) et
l’entreprise, et parce qu’ils provoquent du chômage. De
plus en plus, nos emplois sont « permittents » : quinze
Pour moi, c’est un contrat social : soit on a une décroissance de l’allocation de chômage dans la durée, pour
inciter les gens à reprendre un emploi, soit – ce qui est
préférable – on se montre généreux dans l’indemnisation, mais en revanche on a une exigence très forte
pour que les bénéficiaires reprennent un emploi.
Cela dit, c’est toujours compliqué, surtout avec une
structure sociale française où l’on aime bien être
proche de sa famille, où le marché de l’immobilier est
coûteux et peu flexible (logement social, refus de la
densification dans les grandes villes, coûts élevés en
frais et taxes de la mobilité pour les propriétaires).
Tout est imbriqué.
Et en matière d’incitation à recruter de la part
des entreprises, les réformes du marché du travail
vont-elles donner des résultats ?

En Europe, une fracture Nord-Sud
 Taux de chômage
Espagne
Italie
France
14,9 %
10,9 %
9%
Royaume-Uni
4%
Allemagne
3,2 %
SOURCE : OCDE
A l’observation des statistiques
du chômage, Jean Tirole souligne
une frontière claire entre les pays
de l’Europe du Sud et ceux du Nord :
ces derniers ont su profiter des
périodes de croissance pour afficher
un quasi-plein-emploi, alors que la
France, comme l’Italie et l’Espagne, a
un fonctionnement du marché de
l’emploi qui est lui-même facteur de
chômage. La meilleure illustration est
le recours aux contrats courts (90 %
des offres des entreprises en France)
pour échapper aux contraintes du CDI.
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
47
Document
Tout d’abord, une réforme met souvent du temps
pour produire des effets, ne serait-ce que parce que les
agents économiques veulent s’assurer de sa pérennité.
Ensuite, il faut comprendre que les réformes de l’exécutif actuel sont encore incomplètes. Enfin, il ne faut pas
juger les réformes du seul point de vue du taux de chômage. Même s’il est important, il faut prendre en compte
beaucoup d’autres indicateurs : le bien-être au travail,
la flexibilité, la compétitivité, le coût pour l’Etat (un des
défis de l’exécutif est de faire en sorte que la dette de
35 milliards n’augmente pas)
Sipa
De façon générale, quand vous dites que la réforme
a été incomplète, qu’y manque-t-il ?
Sipa

« Si le progrès technologique
détruit des emplois,
il en crée aussi beaucoup,
mais avec un problème de
transition et de perdants. »
nelles. Ils utiliseront ces dispositifs quand cela sera
justifié, et non pas simplement par convenance.
Dans la montée du populisme ambiant,
la mondialisation est vécue comme une source
de chômage. Est-ce effectivement prouvé ?
Evidemment, j’en reviens à mon dada, le bonus-malus,
c’est-à-dire la responsabilisation des entreprises, et des
Des études montrent que, dans certaines régions d’Allesalariés d’ailleurs, en faveur du bien commun. Le bien
magne ou des Etats-Unis, le Midwest par exemple, des
commun consiste ici à faire en sorte que les gens
emplois ont été détruits par les importations chinoises.
ne rentrent pas dans une période de chôCes emplois ont été recréés parfois dans
mage, ou n’y passent pas trop de temps, et
d’autres secteurs, et souvent ailleurs, entre
Effet d’aubaine de la
que cela ne coûte pas trop cher à la collectiautres en Californie. Mais, à côté de la monrupture conventionnelle
vité. La collectivité, ce sont les autres entredialisation, j’ajouterais aussi dans ces causes
 Nombre de ruptures conventionnelles
prises qui paient des cotisations sociales élele progrès technologique.
(en milliers)
vées, et qui, de ce fait, créent moins d’emplois,
Ce n’est pourtant pas un phénomène
400
nouveau…
ou des emplois moins attractifs. Et c’est également l’Etat qui prendra finalement la
Cela fait effectivement déjà deux siècles que
300
charge, à un moment ou à un autre, de la
l’on observe que le progrès technologique
dette de l’Unédic. Il faut inciter les entreprend les emplois. Mais s’il est vrai qu’il en
200
prises à avoir le bon comportement vis-à-vis
détruit, il en crée aussi beaucoup. Heureusedu marché du travail, tout comme il faut les
ment, sinon nous serions tous au chômage
100
inciter à émettre moins de carbone. Le prodepuis longtemps. D’ailleurs, Keynes s’était
blème aujourd’hui est le suivant : quand les
trompé vers 1930. Il avait annoncé que vers
0
entreprises licencient un salarié ou utilisent
1965 il ne resterait que très peu d’emplois. En
2008 09 10 11 12 13 14 15 16 17 18
SOURCE : DARES
un CDD, elles ne paient rien ou presque à
fait, il avait complètement tort. Il ne faut pas
l’assurance-chômage.
être trop inquiet de la mondialisation ou du
« La rupture conventionnelle, c’est
une connivence entre le salarié
progrès technologique. La richesse globale
C’est aussi vrai en cas de recours
et l’employeur », affirme Jean Tirole.
aux ruptures conventionnelles…
augmente. En revanche, il existe un problème
La rupture conventionnelle, de manière fon- Et quand il s’agit de travailleurs âgés,
de transition mais aussi de perdants à l’intéil l’assimile à des préretraites
damentale, consiste en une connivence entre déguisées. Le succès de ces
rieur de ce phénomène.
le salarié et l’employeur pour que le salarié séparations organisées, rendues
L’intelligence artificielle, notamment,
ne risque-t-elle pas d’accélérer
puisse toucher les allocations de chômage, et, possibles en 2008, illustre le peu
les destructions d’emplois ?
de facto, une forme de préretraite dans le cas de cas que font les entreprises du
où le salarié est âgé. L’employeur l’accepte, « bien commun », raison pour laquelle
Oui, la destruction des emplois, qualifiés ou
puisque c’est la collectivité qui paiera. Il y a le Prix Nobel prône un système de
non, va être très rapide, plus qu’auparavant.
bonus-malus : « Les licencieurs doivent
d’autres exemples de cette connivence contre être les payeurs. »
C’est la seule différence que l’on peut noter
la collectivité et le bien commun, comme « la
avec ce qui s’est passé dans les deux cents
dernières années. Ces nouvelles technologies, parmi
permittence », dont nous avons déjà parlé.
lesquelles on compte l’intelligence artificielle, perLe bonus-malus, c’est l’outil du bien commun ?
Oui, il est important de faire en sorte que les licencieurs
mettent effectivement de se passer d’un certain nombre
soient les payeurs. De même que les pollueurs doivent
d’emplois qualifiés ou pas. Par exemple, un médecin
être les payeurs, les licencieurs doivent assumer le coût
généraliste aura des problèmes dans un avenir proche,
qu’ils imposent à la société. Dès lors, ils feront beaupuisqu’un logiciel bien conçu pourra effectuer une
coup plus attention avant de créer des CDD, des misgrande partie du travail.
Regardez ce qui se passe en Chine : Ant Financial, la fisions d’intérim, ou d’accepter des ruptures conventionliale bancaire d’Alibaba, permet à des millions de PME
chinoises d’emprunter jusqu’à 4 000 dollars, et donne la
« Le bonus-malus,
réponse à leur demande de prêts en une seconde. Il n’y
c’est la responsabilisation
a pas un seul humain qui soit impliqué dans ce processus. C’est simplement un logiciel, fonctionnant avec des
des entreprises
bases de données très importantes, qui prend la déciet des salariés en faveur
sion. Pas trop mal, d’ailleurs, puisque le taux de défaildu bien commun. »
lance est d’environ 1 %, un chiffre plus faible que pour
les prêts réalisés par d’autres établissements chinois.
48  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
Sipa
Pensez-vous que les robots travaillent pour ou contre
le bien commun ?
Sipa
Ce système permet donc beaucoup d’efficacité économique, mais malheureusement pas de créer des emplois
dans les banques. Les emplois créés, eux, sont ailleurs :
ces millions de PME qui, grâce aux financements obtenus, ont pu générer de nouvelles activités.
« Le taux de croissance
n’est pas une religion. Mais
on observe que chaque pays
en récession a des problèmes
sociétaux et du populisme. »
C’est une très bonne question. Ces deux derniers
siècles, le progrès technologique a enrichi nos sociétés
et tiré les gens de la pauvreté. Je suis très optimiste,
forcer les gens à travailler 35 heures au maximum qu’on
mais il ne faut pas se voiler la face. Les robots vont faire
va pouvoir garder le même pouvoir d’achat. C’est toudisparaître de nombreux emplois classiques. Mais il y
jours la même logique, la logique anti-immigrés et antiaura d’autres opportunités, d’autres postes qui vont se
importations portée par exemple par Donald Trump.
créer, et donc de la richesse collective.
C’est une logique très malthusienne, qui va à l’encontre
de la création de richesses. Le temps de travail est un
Dans le monde bancaire, par exemple, beaucoup d’emplois ont disparu du fait des technologies de l’informachoix de société, mais aussi un choix individuel. La sotion. D’autres sont apparus, mais ce ne sont pas les
ciété, à l’avenir, pourrait très bien décider de travailler
mêmes. Avec les robots, j’anticipe la même
dix-huit heures par semaine en moyenne, cela
chose. A la fois pour les postes qualifiés et
me choquerait absolument pas.
Effet retard des réformes ne
non qualifiés. Il faut voir ceci comme une
Cela ne signifierait-il pas qu’on serait alors
 Créations d’emplois en 2017
opportunité. On peut certes se fermer aux
payé moitié moins…
(en milliers)
robots, mais, dans ce cas-là, il va falloir ferOui, mais c’est tout à fait faisable à partir du
Espagne
mer nos frontières, car les autres pays vont
moment où l’on dispose du progrès technolo466
les utiliser et devenir plus efficaces que nous.
gique. On aura plus de pouvoir d’achat, on
Royaume-Uni
Il faudrait alors accepter que notre niveau de
pourra consacrer plus de temps à sa famille,
359
aux loisirs… Je ne pense pas qu’il puisse y
vie diminue, parce qu’on ne profitera pas de
Allemagne
cet apport technologique. Ce n’est pas la soavoir une durée de travail unique. Des gens qui
317
lution que je préfère, il faut donc que les gens
ont la chance d’avoir un métier qui leur plaît
puissent passer d’emplois détruits à des
peuvent travailler soixante, soixante-dix,
France
emplois créés.
quatre-vingts heures par semaine. D’autres, et
271
Est-ce une illustration que le marché
c’est tout aussi légitime, veulent pouvoir traItalie
du travail n’est pas un gâteau ?
vailler vingt heures par semaine parce qu’ils
203
SOURCE : OCDE
Effectivement, ce marché n’est pas un gâveulent passer plus de temps avec leurs enteau, avec une quantité fixe de travail qu’il « Une réforme met souvent du temps
fants. Une durée de travail unique me semble
absurde, car les goûts et des métiers de chafaudrait se partager entre nous. Si l’on vou- pour produire ses effets », rappelle
Tirole. C’était vrai pour le pacte
cun
sont assez différents.
lait résoudre le chômage sur la base de cette Jean
de responsabilité lancé par François
théorie, il suffirait de travailler dix-huit heures Hollande en 2014 : il a fallu attendre
La sauvegarde du bien commun
commande-t-elle d’augmenter
par semaine. Nous fermerions alors peut-être 2017 pour que les mesures
constamment le niveau de vie ?
nos frontières, pour ne plus importer de biens probusiness du président socialiste
étrangers, mais ce serait compliqué à mettre donnent des résultats. A cette aune,
Je renvoie la question. Derrière le voile de
en œuvre, car on ne pourrait plus exporter difficile de dire quand les
l’ignorance, voulons-nous toujours croître ?
en faveur d’un marché
non plus. Il suffirait aussi d’interdire aux im- ordonnances
L’économiste n’a pas de religion là-dessus.
du travail plus fluide, décidées
migrés de venir, ou l’on pourrait revenir au dès l’arrivée à l’Elysée d’Emmanuel
L’économie est au service du bien commun.
service militaire obligatoire. Pour pousser le Macron, se traduiront dans
Mais, sur cette question très particulière, preraisonnement à l’absurde, on pourrait égale- les statistiques des emplois créés.
nons le cas de l’environnement. L’économiste
ment demander aux femmes de quitter le
ne dira jamais qu’il faut croître au détriment
marché du travail. On voit très bien que c’est absurde :
de l’environnement. On a un choix à faire si l’on veut
la quantité de travail n’est pas limitée.
protéger la planète. Il est tout à fait légitime (et désirable de mon point de vue) d’avoir un taux de croisLes 35 heures étaient donc une mauvaise solution
si l’on vous suit ?
sance et une richesse un peu plus faibles pour protéger
la planète. Le taux de croissance n’est pas une religion.
Selon moi, il s’agit d’une mauvaise solution, mais cela
En revanche, l’on observe que chaque pays en récesne veut pas dire que les économistes doivent décider de
sion, ou dont le niveau de vie ne croît pas, ou même
la durée du temps de travail. Ce n’est pas parce qu’on va
décroît, pose des problèmes sociétaux et crée du populisme. Cela suggère que nos concitoyens veulent plus de
« La quantité de travail n’est
croissance, de pouvoir d’achat. Encore une fois, il ne
pas limitée. Ce n’est pas en
faut pas toujours respecter ce choix qui conduit à dire :
« Pourquoi avoir une taxe carbone pour protéger la
forçant les gens à travailler
planète, ce n’est pas mon affaire ? » Il faut bien définir
35 heures qu’on va garder
le bien commun. Le PNB (produit national brut) ne doit
le même pouvoir d’achat. »
pas être une religion, mais un instrument.
Propos recueillis par Vincent Beaufils
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
49
En couverture
CONTRÔLE, INFORMATIONS, POLICE…
Le fisc passe
à l’intelligence
artificielle
Pour lutter contre la fraude, Bercy déploie
un superlogiciel qui croise des millions de données
sur les particuliers et les entreprises. Objectif :
doper les résultats en berne du contrôle fiscal.
C
et argument fait
florès chez les
« gilets jaunes » :
les Français
moyens sont accablés d’impôts
alors que les
riches – les multinationales, les grandes fortunes –
arrivent toujours à les contourner.
Un ressentiment étayé par les révélations d’évasions fiscales à grande
échelle : listes HSBC, UBS, Panama
ou Paradise Papers, Football
Leaks… Et aussi par quelques affaires retentissantes de célèbres
tricheurs, dont celle de l’ex-ministre
du Budget Jérôme Cahuzac.
L’évitement illégal de l’impôt serait
compris entre 80 et 100 milliards
d’euros par an en France, selon Solidaires finances publiques, premier
syndicat des agents des impôts. A
comparer avec les 18 milliards
qu’ont rapportés les contrôles fiscaux en 2017, le manque à gagner
est colossal. D’autant que les résultats ont été gonflés par la contribution providentielle du Service de
traitement des déclarations rectificatives (STDR). Ouverte mi-2013 et
fermée fin 2017, cette cellule pour
repentis fiscaux effrayés par la fin
du secret bancaire en Suisse a permis d’encaisser facilement 8,3 milliards d’euros.
Des encaissements qui se tarissent depuis le pic de 2015
Rendement du contrôle fiscal
(en milliards d’euros)
25
Montant des droits récupérés, hors pénalités
Effectifs affectés
Impôt sur les sociétés
15 746
(en milliards d’euros, en 2017)
Impôt sur le revenu
20
TVA
15
Droits d’enregistrement
10
ISF
0
Autres
12
13
14
15
16
17
50  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
2,4
3,7
1,3
Impôts locaux
11
14 013
0,6
5
SOURCE : DGFIP
3,9
au contrôle fiscal
0,6
SOURCE : DGFIP
1,3
12
14
16
SOURCE : COUR DES COMPTES
L’évitement illégal de
l’impôt serait compris
entre 80 et 100 milliards
d’euros par an en
France, sans compter
l’optimisation agressive.
Les contrôles fiscaux,
eux, rapportent moins
de 20 milliards depuis
2016. En outre, Bercy
n’encaisse en moyenne
pas plus de 50 % des
sommes réclamées, soit
9,4 milliards en 2017.
Piscines
dans
le viseur
Capture google Earth
A Marmande (Lotet-Garonne), les
vues aériennes
accessibles
sur Google Maps
ont permis aux
services fiscaux en
2017 de visualiser
300 piscines
qui n’avaient pas
été déclarées,
représentant
environ
100 000 euros
de taxes locales.
En revanche,
l’usage des drones
par le fisc est
juridiquement
prohibé.
Pour l’instant.
Mais la manne se tarit (un dernier
milliard est rentré en 2018). Cependant, Bercy doit ouvrir cette année
un guichet sur le même modèle pour
les entreprises, qui confieraient
leurs montages douteux en échange
de pénalités réduites. « Ces régularisations en catimini sont un aveu
de faiblesse qui fait perdre au
contrôle fiscal sa mission répressive et dissuasive », tacle Véronique
Pascalidès, à la CGT. Mais ça fait
rentrer l’argent, alors que depuis le
pic de 2015 les contrôles fiscaux rapportent de moins en moins. « Le rendement reste supérieur d’environ
10 % à l’étiage d’il y a dix ans », se
défend Bastien Llorca, adjoint de
Maïté Gabet, la directrice du
contrôle fiscal. Quant au record de
2015, il était dû à « des affaires exceptionnelles ». Deux redressements avaient été notifiés, de 1,4 milliard à Vivendi et de 1,1 milliard à
Google… qui n’ont finalement jamais été encaissés. Le premier a été
abandonné, le second annulé par le
tribunal administratif (le fisc a fait
appel). En moyenne, Bercy ne recouvre pas plus de 50 % des sommes
réclamées, soit 9,4 milliards en 2017.
3 100 suppressions de postes
Au bilan, « les résultats demeurent
en retrait des ambitions affichées »,
a indiqué sobrement la Cour des
comptes en juin 2018. Ils ne reflètent
en tout cas pas l’effort de la Direction générale des finances publiques
(DGFiP) pour monter en gamme
dans la traque fiscale. Pourtant, au
fil des scandales, les gouvernements
ont fait voter en dix ans pas moins
d’une centaine de mesures antifraude… mais peu donnent de nouvelles munitions concrètes d’investigation aux agents. Et, dans le
même temps, la DGFiP a vu ses
troupes se réduire. L’engagement de
Bercy de « sanctuariser les effectifs
du contrôle fiscal » ne concerne que
les 4 500 vérificateurs chargés des
contrôles externes. Il ne s’est pas
appliqué aux autres services, les
chargés des contrôles sur pièces et,
en amont, ceux qui cherchent les
anomalies et programment les dossiers à vérifier par leurs collègues.
Depuis 2010, plus de 3 100 emplois
ont été supprimés, sur envi- 
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
51
En couverture
Le grand public l’ignore mais les grandes
entreprises et les grosses fortunes sont
déjà beaucoup plus contrôlées que le
contribuable moyen, particuliers ou petites entreprises. A peine 3 % des contribuables ont un contrôle sur l’ensemble
de leur vie. Alors que certaines entreprises du CAC 40 connaissent 10 à
15 contrôles fiscaux par an, sur des sujets spécifiques, comme les prix de transferts ou la TVA.
Bruno Levy pour Challenges
Les résultats du contrôle fiscal sont
décevants. Comment l’expliquez-vous ?
GÉRALD DARMANIN, MINISTRE DE L’ACTION ET DES COMPTES PUBLICS
“En 2022, nous réaliserons
la moitié des contrôles fiscaux
grâce aux algorithmes”
D
éterminé, sûr de lui, voire cassant, Gérald Darmanin défend
sa politique de lutte contre la
fraude fiscale, en détaillant ses
nouvelles méthodes pour traquer les
fraudeurs. Entretien exclusif.
Challenges. La fraude fiscale,
combien de milliards ?
Ce n’est pas seulement la priorité de ce
gouvernement. Les précédents ont tous,
depuis le président Chirac, fait un texte
contre la fraude fiscale pour améliorer
nos moyens d’action. Tous les quatre ou
cinq ans, il faut une nouvelle loi parce
qu’on découvre des techniques nouvelles
de fraude. Et nous l’avons fait dès la première année du quinquennat.
Gérald Darmanin. Il y a un consensus
pour dire qu’elle est très importante mais
le seul chiffre sérieux est celui des redressements fiscaux (18 milliards en
2017). Les autres estimations, des syndicats ou des ONG, ne sont pas étayées.
D’ailleurs, elles augmentent de 20 milliards par an pour atteindre aujourd’hui
100 milliards d’euros. J’ai donc décidé de
créer un Observatoire de la fraude fiscale, qui va réaliser une estimation crédible, avec des économistes, des parlementaires, ainsi que l’OCDE et la
Commission européenne.
Les Français acceptent-ils mieux
les contrôles fiscaux ?
On a l’impression que ce n’était pas
vraiment une priorité jusqu’à présent…
Faut-il contrôler les plus gros
contribuables en priorité ?
52  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
Les Français sont pour plus de contrôle
mais pas pour eux. Et ils veulent mieux
lutter contre la fraude sauf quand cela
peut potentiellement les concerner. Par
exemple, mon prédécesseur à Bercy
avait mis en place un système de contrôle
des logiciels de caisse des commerçants,
un secteur où il y a une fraude importante. Mais ces professionnels m’ont tout
de suite dit qu’ils ne voulaient pas plus de
contrôles de leurs entreprises. Chacun
regarde midi à sa porte.
La baisse des redressements en 2017 est
imputable au gouvernement précédent
de François Hollande, assez laxiste. En
ouvrant un bureau de régularisation, le
STDR, il avait accepté l’idée de régulariser des gens qui avaient fraudé le fisc.
Cela a permis de faire entrer de l’argent
dans les caisses de l’Etat, mais ce n’était
pas de la lutte contre la fraude. J’ai fermé
cette cellule. Quand on accepte trop
longtemps de régulariser ces comportements, ils peuvent devenir une habitude.
Que faut-il changer dans vos méthodes
pour être plus efficace ?
Il faut les revoir profondément. 25 % des
contrôles ne donnent rien. Certaines vérifications durent des mois mais ne débouchent même pas sur une pénalité de
retard. Il faut utiliser davantage les technologies qui nous aident à repérer les
fraudeurs, comme le data mining, ces
algorithmes traitant des masses de données sur les entreprises et les particuliers. Cette technique représentait 5 %
des contrôles à mon arrivée à Bercy.
Aujourd’hui, elle atteint 25 % et l’objectif,
en 2022, c’est d’arriver à 50 %. Cela
change fondamentalement le contrôle
fiscal, beaucoup plus ciblé et chirurgical.
Et cela évite de perturber inutilement les
entreprises, qui doivent mobiliser des
ressources humaines lors d’un contrôle.
Toutefois, la Cour des comptes déplore la
baisse des effectifs du contrôle fiscal…
C’est faux. Les effectifs du contrôle fiscal
ont été préservés, comme cela a été le cas
sous les deux quinquennats précédents.
Et cela va de pair avec une forte hausse
des moyens matériels, notamment pour
mettre en place le data mining. La baisse
de l’emploi public dans mon ministère
concerne d’autres fonctions.
Vous avez porté le projet du « droit
à l’erreur ». N’est-ce pas contradictoire
avec la lutte contre la fraude ?
Le président a essayé de faire en sorte
que les rapports entre les usagers et l’ad-
Qu’attendez-vous de l’impôt
à la source ?
Il va s’attaquer à la plus grande fraude
de l’impôt sur le revenu : la non-déclaration. Pour faire un contrôle, il faut
connaître le contribuable. Et ceux qui
ne déclarent rien ne sont pas connus
de nos services. Avec le prélèvement à
la source, nous allons récupérer entre
700 millions et 1 milliard d’euros de
recettes fiscales supplémentaires. Cela
concerne les phobiques administratifs
mais aussi tous ceux qui travaillent en
France quelques années puis repartent
à l’étranger sans déclarer.
Vous voulez utiliser Facebook
pour traquer les fraudeurs. N’est-ce
pas une atteinte à la vie privée ?
Cela ne concerne que les plus gros
contribuables qui déclarent ne pas être
résident fiscal en France. Les réseaux
sociaux, parmi d’autres sources d’information, peuvent nous permettre
d’identifier ceux qui vivent en France
sans déclarer d’impôts. Comme
d’autres pays européens, nous allons
expérimenter cette méthode sous le
contrôle de la Cnil.
Quand les géants du numérique
paieront-ils vraiment leurs impôts
en France ?
Sur les Gafa, nous sommes très offensifs. Cela n’a pas payé car nous manquons d’armes juridiques. Des centaines d’agents ont travaillé sur le
redressement fiscal de Google, mais le
tribunal administratif nous a donné
tort. La taxe, proposée par Bruno
Le Maire, va obliger ces géants du numérique à acquitter un impôt, calculé
sur leur chiffre d’affaires, alors qu’ils
arrivaient à l’éviter par des montages
sophistiqués. Dans mon ministère, cela
va ainsi libérer du personnel de
contrôle. La question n’est pas la taille
de l’armée de contrôleurs. C’est surtout
de lui permettre d’être plus efficace.
Propos recueillis par David Bensoussan,
Thierry Fabre et Gaëlle Macke
Maïté Gabet
Capture d’écran
Capture d’écran
Des geeks chez les limiers de Bercy
ministration soient désormais fondés
sur la confiance. Le « droit à l’erreur »
que l’on admet pour le contribuable et
la lutte contre la fraude vont ensemble.
Notre politique se résume dans l’adage
latin : « L’erreur est humaine. Persévérer est diabolique. » On peut faire une
erreur de bonne foi car la législation
fiscale est très compliquée. En revanche, la répéter plusieurs fois, cela
s’appelle de la fraude.
Philippe Schall
CHEFFE DU SERVICE
DU CONTRÔLE FISCAL
RESPONSABLE DE LA MISSION
REQUÊTES ET VALORISATION
Sa mission : patronne depuis
novembre 2016, elle a la pression
pour que les contrôles rapportent
plus alors que les gouvernements
mettent en avant la lutte contre
la fraude fiscale.
Ses troupes : environ 12 000 agents,
répartis dans les départements,
8 pôles régionaux et 3 services
au niveau national, pour la recherche
de renseignements, le contrôle des
grandes entreprises et la supervision
des particuliers fortunés.
Sa mission : chargé depuis 2014
de monter la cellule informatisée
d’analyse de données du contrôle
fiscal, il compte sur l’intelligence
artificielle pour aider à mieux
détecter les potentiels fraudeurs.
Ses troupes : 22 informaticiens
data-scientists (13 il y a un an), venus
du contrôle fiscal mais aussi de
l’Insee, de sociétés informatiques
privées et même du CNRS. La MRV
compte aussi des « correspondants »
dans chacun des huit pôles régionaux.
 ron 12 000 postes. Du coup, le
nombre de contrôles baisse. « La
couverture du contrôle fiscal est
mitée, on perd le contact avec le terrain, déplore Anne Guyot-Welke, à
Solidaires. Comme il faut faire du
chiffre, on n’a plus les moyens de
chasser les petites resquilles du
quotidien, qui prospèrent. » Mais, à
Bercy, on remarque que les réductions d’effectifs et du nombre de
contrôles n’ont pas affecté le rendement. « Pour mieux faire, il faut
surtout mieux cibler, juge Bastien
Llorca. Aujourd’hui, près d’une vérification sur quatre n’aboutit qu’à
un redressement peu élevé. C’est
notre point faible. »
« Double valeur ajoutée »
C’est là qu’intervient le fisc 2.0. La
DGFiP pense avoir une arme fatale :
son logiciel d’intelligence artificielle
capable de naviguer, fouiller, trier
dans une gigabase de données pour
en extraire des profils suspects. Un
projet industriel d’ampleur : 20 millions d’euros de budget ont été débloqués en cinq ans pour moderniser l’informatique et développer cet
outil. Le logiciel a été conçu par une
cellule de data mining baptisée
Mission requêtes et valorisation
(MRV), composée de 22 informaticiens de haut vol. L’équipe a commencé dès 2015 par réunir les fichiers concernant 5 millions
d’entreprises imposables,
jusqu’alors accessibles sur des applications disparates, puis à y ajouter
des données publiques disponibles
(dépôt de brevets et marques, registre du commerce…). En 2017, les
infos des 37 millions de foyers
contribuables y ont été agrégées (fiscales, bancaires, épargne, immobilier, données Urssaf, CAF, Sécurité
sociale…). Et, depuis un an, les algorithmes sont au travail.
« Nous avons une double valeur
ajoutée, explique le chef de la cellule
Philippe Schall. D’abord grâce aux
multiples croisements de données,
nous pouvons permettre à tout
contrôleur de démultiplier la pertinence de ses requêtes » : s’il cherche
à repérer des sites d’e-commerce qui
escamotent la TVA, il définira 4 ou
5 critères d’alerte et obtiendra d’un
coup un rapport d’analyse-risque
bien plus riche que s’il avait dû luimême faire des recoupements fastidieux. « Ensuite, nos algorithmes
analysent les caractéristiques de
l’ensemble des entreprises contrôlées depuis 2001, pour modé- 
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
53
En couverture
Ce qu’il faut faire en cas de contrôle fiscal
N
on, cela n’arrive pas
qu’aux autres.
Chaque année,
l’administration contrôle
environ 900 000 dossiers
fiscaux de particuliers.
Les ménages les plus aisés
sont ceux qui attirent
le plus la curiosité du fisc.
L’administration vise
d’abord les dossiers « à
forts enjeux » financiers.
C’est-à-dire les possesseurs
d’un patrimoine supérieur à
1,3 million d’euros, et ceux
dont les revenus dépassent
270 000 euros par an.
« Le fisc est aussi plus
attentif aux contribuables
qui déclarent ou paient
en retard », enchérit Pierre
Fernoux, enseignant en droit
fiscal à l’université Paris 2.
La ponctualité est donc une
arme à utiliser pour rester
sous les radars.
D’abord, rien ne sert
d’ignorer les courriers
du fisc. Au contraire. Un
contribuable a trente jours
pour se manifester
après une demande
d’éclaircissement ou de
rectificatif. Au-delà de ce
délai, l’administration
considérera l’intéressé
comme étant de « mauvaise
foi ». Une pénalité de 40 %
s’appliquera alors
Plaintes pour fraude fiscale
(nombre par catégorie socioprofessionnelle, en 2017)
Agriculteurs
5
Commerçants
44
Dirigeants d’entreprise
202
SOURCE : PLF 2019
automatiquement sur ses
impôts. L’autisme fiscal
coûte donc cher et, en plus,
il est contre-productif.
« L’administration a tous les
outils pour venir à bout de
votre opiniâtreté. Si elle veut
vous contraindre, elle le
fera », met en garde Pierre
Fernoux. Et pire encore,
il vous sera impossible a
posteriori de mettre
en avant votre intégrité.
Si le fisc sollicite un
contribuable, son intérêt est
de coopérer. Pourquoi ?
Parce que si réellement
une erreur ou une omission
a été commise, rectifier le
tir soi-même permet déjà
de réduire de moitié les
intérêts de retard. En outre,
en fonction de la clémence
des contrôleurs, les
pénalités peuvent être
fortement réduites. « On
peut aller jusqu’à leur non-
liser des indicateurs de
fraude et donc identifier automatiquement des cas suspects » : la cellule peut ainsi faire passer aux
agents d’une région la liste de toutes
les sociétés de leur zone détectées
comme ayant potentiellement dissimulé une partie de leur chiffre d’affaires, à partir d’un profil-robot de
celles qui se sont fait épingler à ce
propos depuis vingt ans.
A partir de ces explorations, la MRV
envoie chaque trimestre des milliers
de dossiers dans les services locaux,
en pointant ce qui a fait tiquer la
machine. « Les premières étaient
plutôt médiocres, critique Christophe Bonhomme-Lhéritier, à la
CFDT. La courbe d’apprentissage
est laborieuse. Le résultat dépend de
la matière première. Or, faute de
personnel, la qualité des bases de
données a tendance à se dégrader. »
uuu
204
Professions libérales
application si l’on démontre
sa bonne foi », avance
même Pierre Fernoux.
Trop de contribuables
s’imaginent qu’ils ne
peuvent contester les
redressements. Mais
c’est faux ! Un bon avocat
fiscaliste peut parfois
relever des vices qui feront
tomber toute la procédure.
Il faut toutefois que les
sommes en jeu en vaillent
la peine. Les tarifs des
bons juristes peuvent
monter de 400 à
1 500 euros l’heure.
Pour mettre fin à un
contrôle, le contribuable
peut aussi proposer une
transaction. Il s’engage à
ne pas contester en justice
le rectificatif du fisc et, en
échange, l’administration
peut lui accorder une
réduction des pénalités. Un
deal gagnant-gagnant. A. L.
Les syndicats ont surtout peur que le
règne des algorithmes ne soit un prétexte à accélérer les suppressions
d’emplois. « Cet outil doit au
contraire permettre de valoriser le
travail des agents de recherche »,
plaide Philippe Schall, qui encourage les agents à se l’approprier. Les
premiers résultats sont prometteurs.
En 2018, sur 24 000 propositions de
la MRV, 14 000 ont occasionné des
contrôles sur pièces, rapportant
100 millions, et 6 900 ont déclenché
des contrôles externes, générant
235 millions d’euros de redressements. « Près de la moitié de nos
propositions ont donné lieu à vérification, contre 10 % à 20 % avec les
méthodes d’analyses traditionnelles », poursuit-il.
Et les superpouvoirs du logiciel de la
MRV vont être décuplés par l’afflux
de données de l’étranger. Depuis un
54  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
an, après les Etats-Unis, ce sont
49 pays (dont ceux de l’Union européenne) qui pratiquent l’échange
automatique d’informations sur les
comptes de leurs citoyens, et 53 de
plus depuis le début de l’année
(Suisse, Panama…). De même, les
entreprises de plus de 750 millions
d’euros de chiffre d’affaires sont
désormais contraintes de transmettre au fisc un reporting par pays
de leur activité, effectifs, bénéfice et
impôt acquitté. « Nous avons pris le
temps de fiabiliser ces infos mais
nous commençons à les intégrer et
leur exploitation ouvre de nouvelles
perspectives », dit en souriant le
boss des geeks de la DGFiP. L’objectif : déclencher 50 % des contrôles à
partir des propositions de la MRV
d’ici à 2022, contre 15 % aujourd’hui.
Avec l’espoir de réduire de 25 % les
contrôles sans redressement.
L’œil sur les réseaux sociaux
Le prochain défi de ces limiers numériques : l’espionnage automatisé
des réseaux sociaux. Les contrôleurs consultent déjà couramment
les comptes Facebook, Instagram
ou Twitter des potentiels tricheurs,
à l’affût d’infos sur leur train de vie
ou leur domiciliation réelle. Des redressements d’entreprises ont été
notifiés sur la base de CV de cadres
dirigeants sur LinkedIn habitant à
Paris alors que la société prétendait
ne pas avoir d’établissement en
France. Et des inspecteurs entreprenants à Marmande (Lot-et-Garonne)
ont même repéré des centaines de
piscines de particuliers non déclarés
pour la taxe foncière, grâce aux vues
aériennes de Google Maps !
Mais le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, veut que ses
services aillent plus loin, que le process soit là aussi industrialisé. La
MRV vient d’envoyer une demande
d’agrément à la Commission nationale de l’informatique et des libertés
(Cnil) pour expérimenter le ratissage informatique des infos postées
sur les réseaux sociaux…. « Il s’agit
de ne compiler que les posts publics.
Mais le sujet est sensible en termes
de respect de la vie privée et constitue un vrai défi technique pour en
extraire les infos pertinentes », reconnaît Philippe Schall. Avis aux
fraudeurs, le fisc 2.0 est arrivé.
Gaëlle Macke
u
En couverture
Sept sujets qui lui mettent
la puce à l’oseille…
Notre bonne vieille déclaration de revenus est la source
principale des contrôles de l’administration fiscale. Quels sont les choix
et les omissions du contribuable qui piquent sa curiosité ?
LES REVENUS
EXCEPTIONNELS
La mise en place du prélèvement
à la source (PAS), en janvier, a fait
surgir un futur foyer de redressements. Pour cette première année
de PAS, la taxation des revenus 2018
courants est annulée par un crédit
d’impôt, le CIMR. Mais pas les revenus exceptionnels, qui sont imposés. Le problème, analyse Bernard
Monassier, notaire et vice-président
du Cercle des fiscalistes, « c’est que
les textes ne sont pas très clairs
et que ce sont les contribuables
eux-mêmes qui doivent faire le
tri entre revenus exceptionnels et
courants ». Olivier Rozenfeld, président de Fidroit et formateur de
fiscalistes et de banquiers, prévoit,
lui aussi, « beaucoup d’erreurs et
F. Esner/20MINUTES/SIPA
L
es revenus déclarés par les
contribuables sont réputés
exacts… jusqu’à preuve du
contraire. Pour s’en assurer, le fisc compare tout simplement
nos déclarations et les informations
transmises par ce qu’elle appelle les
« parties versantes », et en premier
lieu les employeurs. Depuis la mise
en place de la déclaration préremplie, le fisc reçoit ainsi 250 millions
de données, qui couvrent, selon la
députée Valérie Rabault, « plus des
trois quarts des informations
utiles ». Il y a donc peu à glaner de
ce côté. Du coup, l’administration
décortique les déclarations annexes
(les revenus fonciers notamment),
les successions et les réductions
d’impôts, qui ne peuvent pas être
recoupées par des « parties versantes ». Revue de détail de ces éléments qui peuvent déclencher un
contrôle fiscal.
d’interprétations. Même les professionnels s’arrachent les cheveux,
car cette période transitoire est tout
simplement un cauchemar ! » De
plus, certains contribuables pourraient être tentés de déguiser en revenus courants des revenus exceptionnels. L’administration estime,
en interne, qu’elle devra redresser
entre 200 000 et 300 000 déclarations
« optimisées ».
LA LOCATION
DE TOURISME
C’est aussi une nouveauté 2019. Le
développement d’Airbnb a poussé
des milliers de Français à se transformer en hôteliers et beaucoup ont
omis de déclarer ces revenus. A Paris, où la Mairie est partie en croisade contre les bailleurs non enregistrés, plus de 2 millions d’euros
d’amendes ont été infligés à des
propriétaires indélicats. Ils ont aussi
reçu une notification de redressement fiscal, qui pour quelques-uns a
dépassé 30 000 euros. Certains ont
d’ailleurs migré sur Leboncoin, qui
ne nécessite pas d’enregistrement
préalable…
56  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
Immeuble à
Nantes. Gare
à l’utilisation
du déficit foncier.
A partir d’un
certain montant
de travaux, le
fisc estime que
le propriétaire
ne fait plus
de la rénovation
(déductible)
mais de la
reconstruction
(non déductible).
L’IMMOBILIER
C’est une source inépuisable de redressements. Notamment par le
biais du déficit foncier. Ce dispositif
permet de déduire de ses revenus
fonciers, puis de ses revenus globaux, une grande partie des frais
d’entretien d’un bien. Le fisc a tendance à considérer que, à partir
d’un certain montant de chantier, le
propriétaire ne fait plus de la rénovation (déductible) mais de la reconstruction (non déductible). « Il
y a beaucoup de réductions d’impôts et de crédits d’impôt dans
l’immobilier qui sont motifs à des
redressements, davantage à cause
de leur complexité que d’une réelle
volonté de fraude de la part du bénéficiaire », reconnaît Vincent Drezet, porte-parole du syndicat Solidaires finances publiques, qui
indique également que ce sont des
affaires appréciées par les agents,
parce qu’elles « réclament peu d’efforts et qu’on leur demande de
faire du chiffre ».
LE GIRARDIN
INDUSTRIEL
Ce dispositif, qui consiste à financer
du matériel pour une entreprise
d’outre-mer, permet une réduction
d’impôts immédiate d’environ 20 %
de sa mise. Mais c’est un montage
délicat, car le financeur, malgré la
souscription d’assurances, reste
responsable de la bonne utilisation
du matériel. « Mieux vaut s’adresser à un cabinet qui pratique la
chose depuis longtemps », conseille
Fabrice de Longevialle, fiscaliste et
rédacteur de Comment payer
moins d’impôts (Editions Eyrolles). Pour se lancer, il faut être
blanc-bleu sur le reste de sa décla-
Xavier Popy/RÉA
Centrale photovoltaïque en Ile-de-France. L’investissement défiscalisé dans les fermes de panneaux solaires (supprimé il y a quatre ans) a pu
laisser de très mauvais souvenirs, avec plus de 3 000 redressements fiscaux, dont plusieurs centaines sont toujours en cours.
ration, car celle de l’utilisateur du
Girardin sera toujours en haut de la
pile… Les dispositifs défiscalisants,
opérations complexes parfois proposées par des officines sans scrupule, ont toujours été de bonne
source de redressements. L’investissement dans les fermes de panneaux solaires (supprimé il y a
quatre ans) a ainsi laissé un très
mauvais souvenir, avec plus de
3 000 redressements fiscaux, dont
plusieurs centaines sont toujours
en cours…
LE PEA DES CRÉATEURS
D’ENTREPRISES
Il est possible de mettre dans son
plan d’épargne en actions (PEA) les
titres de sa société. Au bout de cinq
ans, leurs plus-values sont exonérées d’impôts. Beaucoup de créateurs de start-up ont placé dans leur
PEA des titres de leur société à des
valeurs de convenance. Qui décuplent, voire centuplent, dès lors
que la société est revendue quelques
années plus tard. « Bercy est très
remonté contre ces pratiques et attaque systématiquement en voulant imposer à 100 % les plus-values », résume un avocat qui a déjà
« Même
les professionnels
s’arrachent
les cheveux,
car cette
période
transitoire
est tout
simplement
un cauchemar ! »
Olivier Rozenfeld,
président
de Fidroit.
traité une dizaine d’affaires de ce
genre, « pour plusieurs millions
d’euros au total ».
Problème également de plus-values
pour les dirigeants d’entreprise qui
reçoivent des actions gratuites.
Ces plus-values sont normalement
taxées à l’acquisition puis à la cession. Mais si le déclarant ou l’entreprise omettent de déclarer l’acquisition (ce qui est souvent le cas quand
l’entreprise est étrangère et que le
bénéficiaire travaille alors hors
de France), le fisc taxe 100 % de la
plus-value, sans abattement, avec
40 % de majoration et des intérêts
de retard. « Le cabinet défend
actuellement un client qui a reçu
un redressement de plusieurs
centaines de milliers d’euros »,
confirme Steve Jakubowski, avocat
du cabinet Picovschi.
LES SUCCESSIONS
Elles déclenchent un contrôle automatique : « C’est ce qu’on appelle des
contrôles sur pièces événementiels », précise Vincent Drezet. L’enregistrement de la succession transmission entraîne aussitôt la
recherche d’incohérences déclaratives. Le prix de vente d’un bien est
comparé à sa valeur dans la déclaration IFI (impôt sur la fortune immobilière) et à sa valeur de marché.
C’est ce qui explique qu’Emmanuel
Macron a dû relever, l’an dernier et
à la demande du fisc, la valeur de sa
résidence du Touquet de 15 %.
LES SOCIÉTÉS CIVILES
IMMOBILIÈRES
Les SCI (sociétés civiles immobilières) sont pour le fisc des instruments diaboliques, qui considère
qu’elles permettent à la fois
d’échapper à l’impôt et de transmettre un bien sans payer de droits.
Typiquement, précise Olivier Rozenfeld, « un épargnant crée une
SCI asujettie à l’impôt sur les sociétés pour acheter de l’usufruit
sur un logement. Les revenus de
cet usufruit seront taxés à l’IS et
pas à son taux marginal d’impôt
sur le revenu ». Un gain appréciable
puisque l’impôt sera de 28 % alors
qu’il aurait été, pour un contribuable très aisé, de plus de 65 % :
45 % d’impôt à la tranche marginale,
jusqu’à 4 % de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, plus
17,2 % de prélèvements sociaux. Eric Tréguier
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
57
En couverture
Ils traquent
les gros fraudeurs
Depuis l’affaire Cahuzac, l’arsenal
législatif et les moyens d’enquête ont été
renforcés. Mais les résultats obtenus devant
les tribunaux sont encore mitigés.
C
e doit être le symbole
d’une époque révolue,
celle de l’impunité des
puissants qui ne paient pas
leurs impôts. En mai prochain, les
époux Balkany, dinosaures de la
politique française, seront jugés à
Paris pour fraude fiscale aggravée et
blanchiment. La justice les accuse
d’avoir mis en place un réseau de
fondations au Liechtenstein et de
sociétés-écrans à Panama pour dissimuler leur patrimoine : une propriété de quatre hectares, dotée
d’un moulin, à Giverny, une villa
avec piscine et jardin tropical à
Saint-Martin, aux Antilles, et un palais à Marrakech. Le tout estimé à
plus de 13 millions d’euros.
Pour coincer le maire de Levallois,
le fisc s’est bien sûr mobilisé mais
aussi le Parquet national financier
(PNF) et les enquêteurs de l’office
central de police spécialisé sur la
fraude (OCLCIFF), tandis que la
Haute Autorité pour la transparence
de la vie publique (HATVP) a aggravé l’accusation. Toutes ces institutions, aux acronymes barbares, ont
été créées après la découverte du
compte suisse de l’ex-mnistre Jérôme Cahuzac. Elles incarnent le
durcissement de la traque aux gros
fraudeurs. Une tendance accentuée
par la récente loi portée par le ministre Gérald Darmanin (lire
page 52).
Bercy reste encore le principal redresseur de torts fiscaux, en particulier son unité d’élite, la Direction
nationale des vérifications de situations fiscales (DNVSF), chargée de
contrôler, en lien avec la HATVP, les
plus riches et les élus. « Un tiers de
nos dossiers est lié à des comptes à
l’étranger ou de la fausse domiciliation fiscale, le reste concerne des
ventes de sociétés, de l’immobilier
ou des montages d’intéressement »,
explique son patron, Alexandre Gardette. Pointée du doigt par la Cour
des comptes en 2010 pour son faible
rendement, la DNVSF a depuis fait
grimper ses recettes de 320 à
803 millions d’euros. L’an passé, le
redressement médian s’élevait à
95 000 euros, le plus gros atteignant… 100 millions.
« Verrou de Bercy » contourné
Difficile de savoir qui il concerne en
raison du sacro-saint secret fiscal.
Mais cela pourrait changer avec la
loi d’octobre 2018, qui prévoit que
tous les dossiers supérieurs à
100 000 euros soient transmis à la
justice. C’est une entaille au fameux
« verrou de Bercy », qui réserve au
fisc le monopole des poursuites
pour fraude et impose de faire passer les dossiers de contribuables
indélicats par le tamis d’une commission administrative. A la tête du
PNF, la procureure Eliane Houlette
avait déjà pris l’habitude de contourner Bercy en lançant des enquêtes
pour blanchiment de fraude fiscale.
Une astuce qui avait permis de poursuivre Jérôme Cahuzac sans impliquer le fisc.
Le parquet en a aussi fait usage pour
frapper vite après les révélations des
Panama Papers, déclenchant des
enquêtes contre l’actrice Isabelle
58  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
La magistrate en chef
Eliane Houlette,
PROCUREUR DE
LA RÉPUBLIQUE FINANCIER
Son profil : passée par les sections
financières et commerciales du
parquet de Paris, cette magistrate
est devenue la première cheffe
du Parquet national financier (PNF)
en mars 2014. Elle quittera ses
fonctions courant 2019.
Ses troupes : 18 procureurs et
5 assistants spécialisés suivent plus
de 500 procédures dont 173 affaires
de fraude fiscale et blanchiment,
touchant surtout des particuliers.
Adjani, le rugbyman Philippe Sella
ou la famille Papillaud, 76e fortune
française, soupçonnée d’avoir dissimulé des millions de dividendes au
Luxembourg. « La mobilisation
rapide et médiatique du PNF a eu
un effet dissuasif, salue Alexandre
Gardette. Des grandes familles sont
venues spontanément toquer à
notre porte pour se confesser. »
Le parquet confie la plupart de ses
enquêtes aux fins limiers de l’OCL-
Bercy revoit sa
« relation de
confiance » avec
les entreprises
@ Vincentactu/Maxppp
L
CIFF et sa brigade fiscale composée
de policiers et d’inspecteurs des
impôts, dont les moyens d’enquête
sont plus larges que ceux du fisc.
« Nous pouvons mener des perquisitions partout, des filatures, localiser et placer des téléphones sur
écoute, explique Thomas de Ricolfis,
le patron de l’office, qui se félicite
des avancées législatives. Elles permettent d’étendre plus facilement
nos investigations dans le temps et
d’avoir un accès direct aux bases de
données sur l’immobilier et les sociétés. » La brigade a fait ses
preuves, bouclant 200 dossiers de-
puis 2010 dont ceux de Jérôme Cahuzac et des fraudeurs de la liste
HSBC.
Nouvelle brigade fiscale
Mais, comme les magistrats du PNF,
les 43 enquêteurs fiscaux de l’office
croulent sous les dossiers, avec
190 procédures en cours. La police
ayant du mal à pourvoir les postes,
Bercy en a profité pour réclamer sa
propre brigade judiciaire. Un vieux
rêve du fisc qui n’a jamais apprécié
de partager le pouvoir avec l’Intérieur. L’exécutif a tranché en créant
bientôt une nouvelle brigade uuu
a loi « droit à l’erreur » du 10 août
2018 a consacré une nouvelle
« relation de confiance » entre le
fisc et les entreprises. Fini, la guerre de
tranchées entre les agents des impôts,
les patrons et leurs avocats fiscalistes.
Place à la transparence et au dialogue
constructif pour éviter le matraquage
d’un contrôle fiscal a posteriori
aux dirigeants de bonne foi.
Problème, en interne, cette « révolution
culturelle » est loin de faire l’unanimité.
« Nous sommes opposés à ce que
l’administration fiscale se transforme en
prestataire de conseil auprès des
entreprises, proteste Paule Guglielmi,
de Solidaires, premier syndicat chez les
fonctionnaires des impôts. Notre
vocation est de faire appliquer la loi
fiscale. » Pis, dans un rapport interne
de mars 2018, la Direction générale
des finances publiques (DGFIP)
s’alarme du caractère ultra« chronophage » d’une première
expérimentation de « relation de
confiance » testée dans 25 sociétés
depuis 2013. « La dynamique vertueuse
ne s’est pas réalisée »,
Décrue
révèle froidement le
Vérifications menées rapport, avant de
par le fisc dans
déplorer la mobilisation
les entreprises.
de fonctionnaires pour
48 178
conseiller des
entreprises
44 287
volontaires – et donc a
priori vertueuses – au
détriment de la lutte
contre la fraude des
patrons voyous.
Face à ce constat, Bercy
a mieux ciblé son
« offre » et décidé de la
confier à d’autres
équipes que celles du
12 13 14 15 16 17
contrôle fiscal. « Nous
SOURCE : DGFIP
proposons désormais
aux grosses PME une sécurité juridique
sur leurs principales opérations “à
risque”, tel le rachat d’une activité ou un
développement à l’étranger, détaille
Edouard Marcus, chef du service
juridique de la DGFIP. Dès lors qu’elles
coopèrent et acceptent nos remarques,
elles sont protégées contre toute
mauvaise surprise. » Concernant les
grandes entreprises, une procédure de
validation de leurs principaux montages
fiscaux en amont est dans les tuyaux,
ainsi qu’un « guichet de régularisation »
pour celles qui se présenteraient
d’elles-mêmes afin de régler des cas
litigieux. En confiance. L. F.
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
59
En couverture
de 25 agents du fisc placés au
sein des douanes judiciaires à Bercy.
Ce jugement de Salomon n’a guère
convaincu le Conseil d’Etat, qui aurait préféré renforcer la brigade actuelle et redoute une guerre des polices.
uuu
Autres mesures phares de la loi Darmanin : l’allongement des délais de
prescription et le durcissement des
peines, qui vont désormais jusqu’à
sept ans de prison et 3 millions d’euros pour l’amende, voire le double
du produit tiré de l’infraction. Et,
sauf décision contraire du juge, le
verdict fera l’objet d’une diffusion
au public.
Mais, pour l’instant, les résultats
obtenus devant les tribunaux sont
mitigés. Certes, des « petits » fraudeurs de la liste HSBC ont été
condamnés lourdement et des élus
ont subi les affres d’un procès public, à l’image de Jérôme Cahuzac,
Serge Dassault (absent à l’audience)
ou encore Dominique Tian. L’ex-député LR, grand pourfendeur de la
fraude sociale, détenait un compte
en Suisse et a écopé en première instance de trois ans d’inéligibilité et
d’une amende d’1,45 million d’euros.
Mais le PNF a subi un revers cuisant
face au marchand d’art Guy Wil-
DIRECTEUR DE L’OFFICE CENTRAL
DE LUTTE CONTRE LA CORRUPTION
ET LES INFRACTIONS FINANCIÈRES
ET FISCALES (OCLCIFF)
Son profil : ce commissaire a passé
l’essentiel de sa carrière à la
brigade financière parisienne, dont
il a été le patron, puis a pris les
rênes de cet office central de police
judiciaire en septembre 2015.
Ses troupes : l’OCLCIFF rassemble
une brigade anticorruption
de 38 enquêteurs, et une brigade
de lutte contre la fraude fiscale,
réunissant 22 policiers
et 21 agents du fisc.
Simon Lambert/HAYTHAM-RÉA
Des peines plus sévères
Le super flic
Thomas de Ricolfis
denstein. Après un redressement
historique de 550 millions d’euros, il
a été relaxé en raison du flou législatif qui entourait alors les trusts.
« Pour l’instant, ce sont encore
d’anciens dossiers qui sont jugés,
nuance un magistrat. Les tribunaux
de grande instance ont la main
plus lourde, mais, en appel, le prévenu est souvent plus conciliant et
les juges ont tendance à adoucir les
peines. » Jérôme Cahuzac a ainsi
écopé de deux ans ferme au lieu de
trois, lui permettant d’aménager sa
peine et d’échapper à la prison. De
même, Arlette Ricci, héritière de la
maison de couture Nina Ricci, harponnée sur la liste HSBC, a vu sa
peine de prison ferme commuer en
VÉRIFICATIONS
PAYANTES
803 millions
d’euros
de recettes
pour la Direction
nationale des
vérifications de
situations fiscales
en 2018.
95 000 euros
montant du
redressement
médian.
100 millions
plus gros
redressement
l’an passé.
SOURCE : DNVSF
sursis, tandis que son avocat fiscaliste n’a eu qu’une amende.
En plus, le parquet doit souvent faire
face à une guérilla judiciaire. Eliane
Houlette a ainsi dénoncé une « utilisation excessive des voies de recours » dans son discours de rentrée
2019. C’est le cas dans l’affaire Wendel : un montage d’intéressement
acrobatique, qui avait permis à Ernest-Antoine Seillière, Jean-Bernard
Lafonta et douze cadres de se partager 300 millions d’euros en 2007.
Douze ans après, le procès n’a toujours pas eu lieu, la banque conseil
JP Morgan ayant fait annuler deux
fois sa mise en examen. Même le fisc
n’a pu exécuter son redressement à
cause d’une erreur de procédure.
Vertus du plaider coupable
Le contrôleur d’élite
Alexandre Gardette
CHEF DE LA DIRECTION NATIONALE
DES VÉRIFICATIONS DE SITUATIONS
FISCALES (DNVSF)
Bruno Levy/Challenges
Son profil : ancien conseiller
du ministre François Baroin à Bercy,
cet énarque a supervisé l’ensemble
du contrôle fiscal avant de prendre
la tête de la DNVSF en 2016.
Ses troupes : 300 agents sont
chargés de contrôler les ménages
gagnant plus de 2 millions d’euros
par an et ayant un patrimoine
supérieur à 15 millions.
60  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
C’est pourquoi la justice mise sur les
procédures de plaider coupable. En
2017, l’industriel de l’emballage, Gérard Autajon, 395e fortune française,
épinglé dans les Panama Papers, a
ainsi accepté une peine d’un an avec
sursis et 2 millions d’amende pour
éviter un procès. Thomas de Ricolfis
approuve : « Cette procédure permet
d’aboutir plus rapidement et parfois d’imposer des sanctions plus
élevées. » Et Christophe BonhommeLhéritier, de la CFDT, ajoute : « Cela
peut être un moyen d’améliorer le
recouvrement si elle est associée à
une obligation de régler le fisc. Mais
il ne faut pas que cela donne l’impression d’arrangements décidés
dans l’entre-soi. » David Bensoussan
Stratégie
Intégrer XL, le grand défi
d’Axa en 2019
Le français a surpris en rachetant l’an dernier l’assureur, très présent
aux Etats-Unis. Il s’applique maintenant à le convertir à ses méthodes.
Philosophie des risques
Devenu avec cette opération le leader mondial de l’assurance-dommages des entreprises, le français a
commencé à organiser, à sa main, la
nouvelle structure Axa XL. Ainsi,
Doina Palici-Chehab, présidente
exécutive d’Axa Corporate Solutions, est en première ligne pour
Capture Video Axa
L
’acquisition par Axa de XL,
assureur très actif aux
Etats-Unis, dont le siège
est aux Bermudes, a été
la plus importante opération du secteur en 2018. Pourtant, point de tambour ni de trompette pour accueillir,
en cette fin décembre 2018, les Frenchies, dans la tour qui abrite XL, près
des lieux de mémoire du World
Trade Center. De simples affichettes
roses portant le nom d’Axa sont
scotchées, sans soin particulier, sur
les bureaux, au cœur de l’open
space de XL, à New York. Les salariés d’Axa sont attendus sans fébrilité perceptible. Sans chaleur non
plus. Des dirigeants du groupe français sont sur place, dont le directeur
des risques, Alban de Mailly Nesle.
Mais ils ne font pas l’objet d’une attention particulière. Thomas Buberl,
le directeur général d’Axa, en
convient : après son annonce en
mars 2018, et sa finalisation en septembre, 2019 constituera un vrai test
pour cette union inattendue. « Cette
année sera l’année de l’intégration
de XL », a-t-il martelé le 10 janvier
devant l’Association nationale des
journalistes de l’assurance. Greg
Hendrick, patron américain du nouvel Axa XL, parie, lui, sur un chantier
de deux ans. Et l’échec est interdit :
« Si les gens ne marchent pas ensemble, les chiffres ne marcheront
pas ensemble non plus », reconnaît
Thomas Buberl.
Thomas Buberl,
directeur général
d’Axa, avec
Greg Hendrick,
qu’il a nommé à
la tête d’Axa XL.
L’Américain se
donne deux ans
pour intégrer XL
au français.
Méfiance
 Cours de Bourse
d’Axa (en euros)
28
26
24
22
20
18
2018
SOURCE : BOURSORAMA.
Le titre Axa
affiche 10 % de
moins qu’avant
le rachat de XL.
62  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
19
mener ces changements. Ce, alors
qu’Axa CS ne pèse que 2,3 milliards
d’euros de revenus, soit trois mois
de revenus de XL. Privilège de
l’acheteur, donc. La compagnie tricolore a aussi placé Matthieu Caillat, comme chef des opérations, et
un autre des siens, Noël Richardson,
à la très stratégique direction des
risques. Objectif : instiller la philosophie des risques d’Axa à sa nouvelle filiale, XL ayant pu se montrer
un peu casse-cou par le passé. « Ces
ajustements sur les risques se feront de la meilleure façon du
monde, grâce à de bonnes vieilles
discussions entre nous », relativise
Greg Hendrick, face à cette mise au
pas. Mike McGavick (60 ans), patron de XL jusqu’à l’arrivée d’Axa,
est désormais en charge des lignes
dommages au sein du comex de
l’assureur français et conseiller spécial de Thomas Buberl. Une esquisse de retraite ?
Le directeur général d’Axa veut démontrer qu’il réduit, avec de telles
méthodes, les risques d’exécution
dans cette intégration délicate.
« Oui, nous avons eu des difficultés,
ce qui est une bonne chose pour repérer les points de torsion, plaide
Buberl. Et ces problèmes ont été résolus. » Les équipes, elles, sont
moins définitives – ou plus explicites – et se livrent au jeu des sept
différences qui perdurent entre les
deux compagnies. « Nous opérons à
un niveau global, en accompagnant
nos clients dans tous les pays, relève Stephen Robb, directeur financier d’Axa XL. Axa est pour sa part
organisé en entités régionales. »
Différences culturelles
Autre dissemblance : la compagnie
française détient un réseau de distribution en propre et est en contact
direct avec ses clients, alors que XL
travaille par l’intermédiaire de courtiers. « Axa nous apportera sa puissance de frappe pour conquérir de
nouveaux clients », espère Robb. A
cela s’ajoutent les différences de
culture : « Les Français vont devoir
y être très attentifs, pointe un avocat d’affaires spécialisé dans l’assurance au sein d’un cabinet américain. XL a une logique très
entrepreneuriale, dynamique, réac-
Ringo H.W. Chiu/Ap/Sipa
Incendie à Malibu Lake (Californie), le 9 novembre 2018. Avec XL, Axa se renforce dans l’assurance-dommages aux Etats-Unis,
dans une période marquée par de nombreuses catastrophes climatiques telles que les incendies en Californie à l’automne dernier. tive ; alors qu’Axa est beaucoup plus
procédurier, bureaucratique. »
Le dosage devra donc être fin lors de
cet arrimage. Pas évident pour XL de
se retrouver dans la position du dominé. Que Thomas Buberl se montre
insuffisamment ferme, et XL conservera une autonomie gênante pour
Axa. La société a en effet une culture
forte, fruit d’une histoire pavée de
fusions et d’acquisitions, dont celle
de l’assureur Catlin, pour 4 milliards
de dollars, en 2015. Que le dirigeant
allemand soit au contraire trop brutal, et c’est l’échec assuré. « La valeur de l’entreprise tient à ses
hommes, à ses spécialistes des
risques qui connaissent leurs secteurs par cœur », reconnaît-on à
Axa. Des départs massifs videraient
XL de ses richesses.
Les marchés financiers, surtout, demandent à être convaincus de la capacité des deux jeunes mariés à bâtir
une vie commune. Le titre Axa reste
près de 10 % inférieur à sa valeur
d’avant les annonces. L’acquisition
de XL, le 5 mars, a en effet pris les
investisseurs de court. Moins d’un
an avant l’opération, Thomas Buberl
Longueur
d’avance
 Primes brutes
émises dans
le monde pour
l’assurancedommages des
entreprises
(en milliards d’euros)
Axa
Allianz
Zurich
Chubb
Retour aux sources
AIG
OBE
0
n’affirmait-il pas : « Nous nous positionnerons plutôt sur des acquisitions entre 1 et 3 milliards d’euros » ? Or, le chèque pour XL se
monte à 13 milliards d’euros. Allianz,
qui était sur les rangs pour acquérir
XL, y aurait renoncé en raison de
cette facture trop élevée. « Pour
autant, une fois digéré l’effet prix,
je pense que la stratégie de Thomas
Buberl est la bonne et que les marchés vont s’en rendre compte », analyse Marc Riez, directeur général du
gestionnaire d’actifs Vega IM.
10
20
30
SOURCES : SOCIÉTÉ (2017),
LES ECHOS, BLOOMBERG.
L’acquisition
de XL hisse Axa
à la première
place mondiale
de l’assurancedommages
des entreprises.
Thomas Buberl se défend en soulignant la cohérence de l’opération
avec la stratégie qu’il affiche depuis
sa nomination à la tête d’Axa, en
2016. Après la tentation de son prédécesseur, Henri de Castries, de
transformer le groupe en machine
financière, le dirigeant allemand
veut « pivoter » vers l’assurancedommages. Axa s’est ainsi défait
d’une bonne partie de ses activités
d’épargne et de retraites aux EtatsUnis, en les cotant en Bourse – y
compris sa participation dans le ges-
tionnaire d’actifs AllianceBernstein.
La somme obtenue a d’ailleurs été
utilisée pour l’achat de XL. Le groupe
en donne une justification claire :
« La difficulté avec ces risques financiers, c’est qu’ils s’agrègent,
font boule de neige et ont une forte
rémanence, relève Alban de Mailly
Nesle. Avec les catastrophes naturelles, ce phénomène d’agrégation
n’a pas lieu : une tempête aux
Etats-Unis n’en déclenche pas une,
mécaniquement, en Europe. Or, XL
détient un portefeuille d’assurance
en catastrophes naturelles équilibré
entre l’Amérique et l’Asie. »
Au passage, Axa revient aussi avec
XL dans la réassurance, délaissés
par Henri de Castries dans les années 2000 pour cause de trop grande
volatilité. Les détenteurs de titres
Axa devront donc avoir le cœur bien
accroché, en cette période de forte
perturbation climatique. Mauvais
début : à peine l’encre du chèque
pour XL était-elle sèche que des incendies se déclenchaient en Californie, coûtant à l’assureur plusieurs
centaines de millions de dollars.
Grégoire Pinson
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
63
Stratégie
O’Tacos fait preuve
d’un bel appétit
chez nous. C’est l’endroit détesté
des parents. »
La catégorie des 15-25 ans est clairement la cible de l’enseigne, qui a acquis une spectaculaire popularité
auprès d’eux sur les réseaux sociaux
grâce à une communication savamment étudiée. Elle compte aujourd’hui plus de 2,2 millions de fans
sur Facebook, soit trois fois plus que
Burger King en France. O’Tacos a
réussi à se faire connaître grâce à la
présence de rappeurs de renom lors
de certaines de ses ouvertures,
créant des files d’attente monstres.
Surtout, la chaîne a eu le génie de
créer le concours du Giga Tacos. Un
monstre de 2,5 kilogrammes avec
cinq viandes qui coûte 18 euros mais
est offert à ceux qui en arrivent à
bout en trois heures. Succès garanti
pour un mégabuzz sur YouTube, où
certaines vidéos atteignent plusieurs millions de vues.
Créée en 2007, la chaîne française de restauration
rapide revisite un plat mexicain. Une formule
bon marché qui fait fureur auprès des 15-25 ans.
U
président de Gira Conseil. Sa vitesse de développement est unique.
Même McDo n’a pas réussi à aller
aussi vite. Elle peut dépasser les
500 restaurants sans problème. »
Buzz sur les réseaux sociaux
Pour l’instant, la chaîne en compte
plus de 220, en France et au Benelux. Quatre tailles de tacos sont
proposées au menu, du M au XXL,
de 5 à 14 euros en fonction de la
taille choisie. Le ticket moyen est à
13 euros. L’addition nutritionnelle,
elle, est conséquente : pas moins de
1 000 calories, soit la moitié de l’apport journalier conseillé. « Sur le
rapport quantité-prix, on est beaucoup moins cher que McDonald’s,
avance Patrick Pelonero, cofondateur de l’enseigne. On assume
totalement le côté gras.
C’est ce que veulent les
jeunes qui viennent
RECETTE
GAGNANTE
220
restaurants
O’Tacos en 2018
en France.
200 millions
d’euros de chiffre
d’affaires pour
le réseau
l’an dernier.
5 à 14
euros, le prix
d’un French
Tacos.
Franchisés séduits
SOURCE : SOCIÉTÉ.
O’ Tacos
ne galette de blé rectangulaire avec à l’intérieur
une sauce fromagère et
une bonne dose de frites.
Ajoutez à cela au moins une viande,
100 % halal, à choisir parmi les six
possibilités : des filets de poulet,
de la merguez, des nuggets ou un
cordon-bleu, par exemple. Saupoudrez cela d’une sauce supplémentaire. Et si vous n’êtes pas encore
atteint d’indigestion, vous arriverez
au bout du French Tacos, la pépite
qui a fait le succès de la chaîne
O’Tacos.
La recette est aux antipodes des
tacos mexicains. Ou même de la
gastronomie française. Servi en
deux minutes montre en main, le
taco revisité est le phénomène de
mode de la restauration rapide :
« C’est une énorme réussite, juge,
admiratif, Bernard Boutboul, expert du secteur de la restauration et
Restaurant O’Tacos et le O’Tacos Montagnard. La chaîne, qui propose quatre tailles de tacos,
revendique un meilleur rapport quantité-prix que son concurrent McDonald’s.
64  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
Lancé en 2007, O’Tacos a été créé
par trois amis grenoblois, Patrick
Pelonero avec les frères Silman et
Samba Traoré. Totalement autodidactes, les jeunes dirigeants
n’avaient même jamais travaillé
dans un restaurant. La marque ne
prend son envol qu’à partir de 2015,
quand elle développe son réseau de
franchisés. En mai dernier, le fonds
d’investissement familial belge
Kharis Capital a pris une participation majoritaire pour un montant
non dévoilé.
Le chiffre d’affaires a dépassé les
200 millions d’euros, boosté par les
franchisés, qui se bousculent. « Je
n’ai eu besoin que de 300 000 euros pour ouvrir mon O’Tacos à
Nanterre, précise Fares Hadjeb.
Pour un Quick ou un McDonald’s,
la somme est d’environ 1,5 million d’euros ! » Et le franchisé n’en
revient pas : malgré les 7 % reversés
tous les mois à O’Tacos, il a remboursé son investissement seulement deux années après l’ouverture. Mohamed Soualhi, à la tête
des 20 restaurants du concurrent
Tacos Avenue, confirme la vitalité du secteur, « grâce au volume
important de clients, et malgré une
marge brute de 65 %, plus faible
que les 70 % de McDonald’s ». En
2019, O’Tacos devrait dépasser les
300 restaurants. Adrien Schwyter
Médiprix
soigne
l’officine
Face à la baisse des marges
des pharmacies, ce réseau
trublion prescrit l’innovation
marketing et le multiservices.
crédit
L
’an dernier, Laura Pierucci
a changé radicalement de
cadre. Lorsque cette pharmacienne a quitté Paris
pour s’installer à Agde (Hérault),
elle a aussi changé de regroupement
pharmaceutique – ces réseaux qui
permettent aux officines adhérentes
de mutualiser moyens et coûts.
D’une grande enseigne roi du low
cost, elle est passée chez Médiprix,
l’un des derniers-nés du secteur :
« J’ai voulu travailler avec un groupement plus humain. » Aujourd’hui,
sa pharmacie ne ressemble à aucune
autre dans les environs : devanture
avec mur végétal et dessins présentant l’équipe et les atouts touristiques régionaux, rayons colorés
avec corners éphémères et menus
services pour les malades… Ouverte depuis octobre 2018, cette officine en bordure de la D 600 a vu son
trafic décoller jusqu’à 500 clients par
jour. A ce rythme, elle pourrait dépasser l’objectif de 5 millions d’euros de chiffre d’affaires par an.
Une pharmacie Médiprix, à Toulouse. Charte graphique, mur végétal, dessins
présentant l’équipe : le réseau innove également dans sa présentation.
UN RÉSEAU
SÉLECTIF
ET JEUNE
400 millions
d’euros de chiffre
d’affaires cumulé.
105
adhérents.
1
candidature sur 4
retenue pour
rejoindre
le réseau.
31 ans
de moyenne d’âge
(contre la
cinquantaine pour
le secteur).
SOURCE: SOCIÉTÉ.
Bouleversement du secteur
Succès marketing ? « Pharmacie
gadget pour bobos », dixit un
concurrent agacé ? Trop simple.
Lancé en 2014 par deux jeunes pharmaciens, Bertrand Pagès et Jérôme
Escojido, Médiprix se veut la pharmacie de demain : 3.0 et innovante
dans son concept. La riposte aux
défis qui guettent le secteur, surtout.
Le nombre d’officines en France ne
cesse de baisser : près de 1 400 ont
mis la clé sous la porte en dix ans
(sur 22 500). Chasse aux coûts
oblige, et pour désengorger les urgences et les cabinets, les pouvoirs
publics les poussent à élargir leur
palette : vaccination, bilans médicaux. Résultat, les recettes dépendent de plus en plus des produits
en vente libre et de services, plutôt
que du prix de la boîte de pilules.
« L’officine vit ce que la station-service a vécu avec la flambée des
taxes sur l’essence, qui fait qu’elle
gagne plus d’argent avec le jambonbeurre qu’avec le plein », résume
Jörg Ohleyer, associé expert du secteur chez Kea & Partners.
S’il se dit aussi compétitif en termes
de prix que ses concurrents, Médiprix joue à fond la carte disruptive.
Une charte graphique rouge et verte,
loin du blanc aseptisé et de la croix
verte d’usage ; la mascotte Fanny
pour animer les rayons ; des bars à
eaux, une herboristerie… « La réussite du modèle repose aussi sur la
sélectivité, dit Jérôme Escojido.
L’adhérent, on ne le démarche pas,
c’est lui qui arrive avec un projet
d’entreprise et adhère à notre
charte. » Sélection aussi des fournisseurs, de préférence français : le
génériqueur Biogaran, le grossiste
répartiteur Cerp, les fleurons de la
parapharmacie Avène, Nuxe,
La Roche-Posay. Le digital est partout, pour unifier les rayons, les promotions, et traiter plus vite les ordonnances. Ubik, un réseau social
interne, permet à la communauté
d’échanger les idées et les informations en temps réel. Comme en janvier, lors du retrait de milliers de
boîtes de lait infantile après l’annonce de cas avérés de salmonelle.
« Grâce au réseau, on l’a su et on a
réagi avant les autres, raconte Laura Pierucci. Ça, les clients parents
s’en souviennent. »
Transport en Zoé
« Les études montrent que, parmi
les motivations pour entrer dans
une pharmacie, le prix arrive derrière la proximité, le temps d’attente, le conseil et la relation humaine, promet Jérôme Escojido.
Avec le temps libéré par le digital,
le pharmacien va pouvoir se consacrer au service. » Une urgence dès
lors qu’Amazon songe à vendre en
ligne les médicaments prescrits. Et
que La Poste livre les médicaments
à domicile. Avec Biogaran, Médiprix
a lancé des Renault Zoé qui véhiculent les médicaments, mais aussi
les patients jusqu’à la pharmacie
pour prendre la tension, suivre un
traitement… A terme, il imagine
même ses officines sans comptoir,
tels les Apple Store, où le client sera
dirigé dès l’entrée vers une zone de
chalandise. Plus besoin de faire la
queue derrière celui qui apporte son
ordonnance pour acheter une
brosse à dents.
Thuy-Diep Nguyen
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
65
Louis Jamin/SDP
Stratégie
Les élèves du Cours Clovis, à La Fère (Aisne). Trente élèves se répartissent de la 6e à la 4e. En 6e, ils ne savent ni lire, ni écrire, ni compter.
Quand l’école privée vole
au secours des décrocheurs
Depuis 2017, le Cours Clovis, collège hors contrat de l’Aisne, accueille
des jeunes déscolarisés issus de milieux défavorisés. Un projet hors norme
mené par des enseignants de choc et financé par des fonds privés.
C
inq nombres entiers sont
inscrits au tableau. L’exercice consiste à les ranger
par ordre croissant. Devant le tableau à craie, l’élève hésite. Les minutes passent. Le professeur patiente avant de la féliciter
d’avoir réussi cet exercice de classe
élémentaire. Mais l’élève en question, heureuse d’avoir franchi ce
cap, a 16 ans et entame en cette
année scolaire sa troisième 4e. C’est
pour des jeunes comme Elodie (son
prénom a été changé) que le Cours
Clovis, collège du nouveau réseau
Espérance Ruralités, a ouvert ses
portes en septembre 2017 à La Fère,
dans l’Aisne. A l’origine de ce projet, six jeunes adultes, très motivés,
âgés de 23 à 31 ans, qui ont décidé
de quitter la routine et le confort de
66  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
brillants parcours professionnels
pour se consacrer pleinement à cet
établissement hors norme.
Très petites classes
L’idée ? Venir en aide à cette France
périphérique théorisée par le géographe Christophe Guilluy. Depuis
la fermeture, en juin 1993, du 41e régiment d’artillerie de marine,
La Fère vit à l’heure du déclassement. « J’ai ouvert un atlas, j’ai
pointé cette fameuse diagonale du
vide et suis tombé sur ce département hyperrural, raconte JeanBaptiste Nouailhac, le directeur et
cofondateur d’Espérance Ruralités.
Ici, le taux de chômage avoisine les
50 % et celui des décrocheurs scolaires, 35 %. » Pour un quart des
élèves de l’école, aucun des deux
parents ne travaille. « C’est l’une
des spécificités de ce projet éducatif : cibler un lieu et un milieu sociologique », constate Claude Lelièvre, historien de l’éducation.
Pour reprendre les fondamentaux,
la clé, ce sont les petits effectifs.
A l’instar d’Espérance Banlieues, le
pendant d’Espérance Ruralités
dans les quartiers difficiles de nos
grandes villes, le Cours Clovis fonctionne avec des effectifs extrêmement limités : 30 élèves répartis sur
trois niveaux, de la 6e à la 4e. La
priorité ? Leur transmettre les bases
du savoir et leur redonner confiance
en eux. Cela passe par des ateliers
de bricolage pour valoriser l’intelligence de la main, par des après-midi de soutien mais aussi par le vouvoiement réciproque, par un
Louis Jamin/SDP
A la cantine. A la différence d’un contrat de fonctionnaire, les professeurs du Cours Clovis passent
35 heures par semaine avec les élèves. Ils supervisent aussi les repas et les études dirigées. uniforme très simple et par la redécouverte de leur territoire afin qu’ils
se le réapproprient et qu’ils en
soient fiers.
En arrivant en 6e, ils ne savent ni
lire, ni écrire, ni compter. Face à
ces lacunes incommensurables,
l’enseignant est obligé d’innover
dans ses méthodes. « J’utilise notamment celle d’Elisabeth Nuyts,
qui permet de verbaliser et de donner du sens à tout ce que nous entreprenons », souligne Marguerite
de Tanoüarn, professeur de français. Chaque dictée ou chaque leçon de grammaire est ainsi mimée,
afin de mieux comprendre le sens
de chaque phrase.
La réussite de ce projet tient aussi à
une gestion des ressources humaines bien différente de celle de
l’Education nationale. Autant professeurs qu’éducateurs, les six
adultes sont présents toute la journée dans le collège. « L’énorme
avantage d’Espérance Banlieues,
c’est leur liberté et leur rapidité
d’action », souligne Jérôme Saltet,
cofondateur du groupe d’édition
SDP
Méthodes innovantes
Playbac, expert en éducation, à
l’origine du collège public innovant
de Mantes-la-Jolie (lire ci-dessous). A la différence d’un contrat
de fonctionnaire, les professeurs
passent, pour la plupart, 35 heures
par semaine avec les élèves – contre
18 heures de présence en cours
pour un professeur certifié et
15 heures pour un agrégé. « Cette
grande amplitude horaire nous
permet d’accompagner les élèves
dans des cadres très variés et de
mieux cerner tous leurs problèmes », insiste Jean-Baptiste
Nouailhac. Payés environ 2 000 euros net par mois, ces enseignants de
choc exercent souvent plusieurs
Sortie en
forêt. Chaque
vendredi aprèsmidi, les élèves
sortent du
collège.
L’enseignement
n’est pas
seulement
théorique.
Un projet qui inspire l’Education nationale
L
’idée est venue du privé,
mais l’Education
nationale l’a vite
adoptée. Plutôt que de laisser
vivoter deux collèges publics
en perdition dans le quartier
du Val-Fourré, à Mantes-laJolie (Yvelines), Jérôme
Saltet, cofondateur des
éditions Playbac et animateur
du think tank Changer
l’éducation, a persuadé
la Rue de Grenelle de raser
les établissements et de
construire un nouveau collège
aux méthodes innovantes,
sur le modèle pédagogique
d’Espérance Banlieues. « Nos
grands principes tiennent sur
une feuille A4 », affirme celui
qui a réussi à réunir le
rectorat de Versailles, la ville
et le département. Au menu,
programmes parfois étalés
sur quatre ans, classes
interâges, professeurs
volontaires, cours magistraux
et ateliers. Mais l’ouverture
a été reportée à 2021 :
à la différence d’un collège
Espérance Ruralités,
les normes réglementaires
ont pris le dessus. •
matières, assurent la surveillance
de cantine et participent le soir aux
études dirigées. « Espérance Ruralités est une aventure admirable,
relève Jérôme Saltet, mais son
impact sur le système restera très
marginal, à la différence de projets
menés au sein même de l’Education nationale. »
Les frais de fonctionnement de
ce collège s’élèvent à environ
300 000 euros par an. Les familles
ne peuvent pas contribuer à plus de
10 % de ce budget. Mais l’idée n’est
pas non plus de rendre la scolarité
totalement gratuite. En versant de
25 à 50 euros par mois, les parents
sont impliqués. Pour trouver les
90 % restants, Jean-Baptiste Nouailhac s’est relevé les manches. « La
véritable originalité de ce projet
éducatif tient sans aucun doute à
son modèle économique », avance
Claude Lelièvre. Le directeur de
l’école est avant tout un spécialiste
de la levée de fonds. Il a d’abord collecté 130 000 euros en trois minutes
lors de la Nuit du bien commun.
Puis il a bouclé son budget grâce
au concours du Crédit agricole, du
groupe Saint-Gobain mais aussi de
la Fondation Bragéac, des héritiers
SEB ou de membres de la famille
Mulliez.
Modèle à dupliquer
Pour dépasser le cadre expérimental, le Cours Clovis va maintenant devoir dupliquer son propre
modèle, avec la difficulté que, « en
milieu rural, nous n’avons pas
accès au même vivier de bénévoles qu’en banlieue », souligne
le directeur. Pour mutualiser les
coûts, Espérance Ruralités vise un
développement par « plaque régionale ». Un second établissement
dans l’Aisne pourrait ouvrir en septembre 2020.
Dans son bureau, Jean-Baptiste
Nouailhac prépare son budget pour
la rentrée prochaine. Une classe
de 3e sera ouverte et un nouveau
directeur pédagogique recruté. Des
frais supplémentaires à absorber en
allant chercher de nouveaux mécènes, car les familles ne pourront
pas davantage contribuer. Le budget est loin d’être bouclé. C’est
l’autre spécificité du modèle hors
contrat : rien n’est jamais totalement acquis. Thiébault Dromard
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
67
Portrait Jeremy Corbyn, leader du Labour Party
Insulaire
Adversaire acharné de Theresa May, Jeremy Corbyn croit avant tout
en son propre destin. Ce papy du Labour, qui a un temps séduit la
génération Occupy, voit dans le Brexit l’opportunité d’arriver au pouvoir. DE LA BASE
AU SOMMET
1949
Naît à
Chippenham,
près de Bath.
1964
Adhère au Labour
Party.
1968
Volontaire dans
une ONG en
Jamaïque.
1979
Permanent
syndical.
Le 29 janvier, il n’a pas fait partie
des députés qui ont déposé une série d’amendements pour forcer la
Première ministre à retourner parlementer avec l’Europe. Quinze jours
plus tôt, alors que Westminster venait de voter à une écrasante majorité contre l’accord péniblement
négocié avec Bruxelles, infligeant
un cinglant revers à la Première ministre, il a bruyamment tancé, depuis son banc de la Chambre des
communes, « la défaite la plus sévère depuis 1920 », déposant dans
la foulée une motion de défiance
contre la conservatrice. Le lendemain, alors que celle-ci sauvait sa
peau de justesse, il reprenait la parole, la même cravate rouge révolution que la veille autour du cou,
pour s’excuser auprès de ses pairs :
« Hier, j’ai parlé du pire revers
depuis un siècle. A tort : il s’agit du
pire de tous les temps. »
Et si le leader du Labour appelle au
sursaut, s’il demande au pouvoir de
« changer ses lignes rouges », s’il
met en garde contre « la menace
d’un no deal qui abîmerait l’écono-
Lee Jones/REX Shutterst/SIPA
Pur tacticien
1983
Député
d’Islington.
2015
Leader du Labour
Party.
68  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
mie et coûterait injustement des
emplois aux travailleurs britanniques », ce n’est pas que, dans le
dossier explosif du divorce avec les
Vingt-Sept, il ait une position tranchée, ce n’est pas qu’il ait un plan B
génial. C’est simplement qu’il agit en
tacticien. Il veut la peau – et la
place – de Theresa May. L’Europe, il
s’en moque. Ou presque.
D’ailleurs, pendant tout le second
semestre 2018, il a dépensé l’essentiel de son énergie à ne pas prendre
position sur le Brexit, à cultiver
l’ambiguïté, à se taire ou louvoyer.
Fin août dernier, un journaliste de
BBC 4 lui a posé, face à la caméra,
six fois de suite la même question
– « Pensez-vous que le RoyaumeUni serait mieux en dehors de
l’Union européenne ? » –, et six fois
d’affilée il a esquivé, se contentant
de répondre, de plus en plus irrité,
qu’il aspirait à « de bonnes relations
commerciales » avec Bruxelles. « Il
est rare qu’un chef de l’opposition
soit si peu présent dans le débat
public et les médias », pointe Tim
Bale, politologue à la Queen Mary
University de Londres.
L’esquive a repris de plus belle sur la
question du second référendum.
Alors qu’il avait assuré, lors du
congrès de Liverpool en septembre,
qu’il était contre, mais qu’il se
conformerait au souhait de la majorité des militants, alors que 86 %
d’entre eux désirent revoter sur le
Brexit, lui cultive le flou. Le 20 octobre, jour de la grande manifestation pro-Europe qui a rassemblé
700 000 personnes dans les rues de
Londres, il n’est pas allé au défilé et
a interdit aux ministres de son cabinet fantôme d’y prendre part. Lui
était à Genève à une réunion onusienne sur les droits de l’homme,
avec la Chilienne Michelle Bachelet.
Aussi loin que l’on remonte, l’Europe n’a jamais été la tasse de thé de
Jeremy Corbyn. Il y a vingt ans, il
s’affichait carrément eurosceptique,
affirmant par exemple en 1996 à la
télévision que, dans l’Union européenne, « la bureaucratie est aux
commandes sans qu’elle ait des
comptes à rendre, ce qui est totalement antidémocratique. » Eurodéputé social-démocrate de la Sarre,
Jo Leinen est de la même génération
que le Britannique, avec qui il a lutté
pour le désarmement. « Il ne voit
dans l’Europe qu’un club des capitalistes, s’agace l’Allemand. Il n’a
pas réalisé que, entre-temps, elle
protège les travailleurs, les consommateurs, le climat. »
Amours de jeunesse
Lors de la campagne référendaire
de 2016, face à une base de militants
de plus en plus jeunes et europhiles,
le travailliste a mis un peu d’eau
dans son vin, faisant mollement
campagne contre le Brexit. Il jure ne
pas avoir voté « leave » (sortir). Les
causes qu’il défend, ce sont ses
amours de jeunesse : les grands
combats tiers-mondistes postsoixante-huitards, ceux du « Old
Labour », la branche dure du parti.
Ex-ministre des Affaires européennes, Denis McShane connaît le
barbu depuis trente ans. « Comme
Jeremy a eu deux épouses d’Amérique latine, il parle l’espagnol et
connaît la politique au Venezuela,
Nicaragua, en Bolivie, Colombie,
Mexique. Son internationalisme
porte aussi sur la Palestine uuu
Hannah McKay/Reuters
I
l attend son heure. Patiemment. Lui, le vegan, regarde
avec gourmandise la marmite
bouillir. Plus Theresa May
brandit la menace d’un Brexit catastrophique pour le pays, plus elle
parle d’intérêt national, moins Jeremy Corbyn coopère. Au contraire, le
patron des travaillistes attend, matois, se contentant de gesticuler,
hurlant à « la trahison du peuple »,
vitupérant contre « un gouvernement zombie », qu’il enjoint à « sortir du déni ».
Portrait
ou le Front Polisario au Sahara, mais pas sur le socialisme
progressiste européen. » Avec un
humour très british, le député labour Andrew Adonis résume : « Son
principal problème, c’est que
l’Union européenne n’est pas un
mouvement de libération latinoaméricain. Elle est trop non révolutionnaire, ennuyeuse et démocratique pour lui. »
Outre-Manche, la presse s’est déchaînée contre celui qu’elle dépeint
comme un gaucho ringard. Professeur de communication politique à
la London School of Economics
(LSE), Bart Cammaerts a étudié la
façon dont il est couvert par les
médias : « Il a été traité de manière
caricaturale, sans nuance, y compris par les journaux sérieux,
comme The Guardian et The Independent. » Ainsi, le journaliste au
Telegraph Robert Hartman le surnomme-t-il le « Castro de Londres »,
tandis que Kevin Maguire, éditorialiste au tabloïd Daily Mail, voit en
lui « un obstiné qui est resté coincé
dans les années 1970-1980 ».
uuu
1.
Mary Evans/Sipa
2.
1.Manifestation anti-appartheid
à Londres, en 1989. Cet activiste
historique du Labour est resté fidèle
aux causes tiers-mondistes.
2. Lors de la campagne législative
de 2017, à Leeds. Patron du Labour
depuis 2015, sa sincérité
plaît à la nouvelle génération.
3.
Capture Facebook @Jean-Luc Mélenchon
Jeremy Corbyn,
anti-star system
3. Rencontre avec Mélenchon à
Liverpool, en septembre 2018. Deux
prédicateurs d’une gauche radicale,
le calme en plus pour Corbyn.
Idole vintage
4.
5.
70  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
HO / PRU / AFP
5. Lors de la motion de censure
contre Theresa May, aux Communes,
le 16 janvier. Son seul objectif,
prendre sa place, l’Europe l’indiffère.
Getty Images/Afp
4. Le 11 novembre 2018, aux côtés
des ex-Premiers ministres Gordon
Brown et Tony Blair. Ce dernier
qualifie Corbyn de « dangereux ».
Et c’est justement pour ce côté vintage et sincère qu’il est devenu
l’idole des jeunes. A l’étonnement
général, lui l’obscur député qui
n’avait jamais décroché un maroquin en trois décennies a été porté à
la tête des travaillistes en 2015.
Mieux, grâce à lui et à des cotisations à prix cassé, le nombre de militants a explosé, faisant du Labour le
plus grand parti d’Europe. A
l’époque, la BBC surnomme Jeremy
Corbyn « la rock star ». Chacune de
ses apparitions publiques est un
happening, ses prises de position
enflamment les réseaux sociaux,
partout où il se déplace, il est alpagué pour des selfies. Il gagne les
cœurs en conspuant l’argent facile
et les inégalités. A l’instar du septuagénaire ultragauchiste Bernie Sanders de l’autre côté de l’Atlantique,
cette figure de papy rebelle séduit
les étudiants ulcérés par le triplement des frais universitaires imposés par Downing Street.
Surnommé « Corbynomics », son
programme économique, à rebours
de celui de la gauche réformiste de
Tony Blair, propose de rétablir les
aides sociales, de taxer les riches,
de renationaliser les compagnies de
chemin de fer et de faire tourner la
planche à billets de la Banque d’Angleterre. Professeur de théorie politique à la LSE, Lea Ypi analyse : « Il
veut ni plus ni moins revenir à
l’Etat providence des années 1970,
avec un service public qui offre des
prestations dignes de ce nom aux
citoyens, avec notamment des universités gratuites et un système de
santé à la hauteur des besoins. »
Ce qu’ils disent de lui
J. K. Rowlings, écrivain,
auteur de Harry Potter :
« Toute ma vie j’ai voté
pour le Labour. Mais là,
je ne peux pas. »
Jean-Luc Mélenchon, fondateur de
La France insoumise : « Lui et moi avons
résisté dans la durée et sommes devenus
le point d’appui de la génération suivante. »
Piètre débatteur, Corbyn est excellent dès qu’il monte à la tribune.
Ses discours sont passionnés. « Ce
n’est pas un idéologue, mais un
prédicateur, atteste Denis McShane. Mais, contrairement à JeanLuc Mélenchon, Jeremy n’est pas
cynique. » Ceux qui le fréquentent,
comme l’eurodéputé travailliste
Richard Corbett, parlent d’un
« homme affable, respectueux,
calme en toutes circonstances ».
Un de ses conseillers le décrit
comme « poli et très bien élevé ». A
Westminster, même ceux qui ne
l’aiment vraiment pas ne sont pas
d’accord pour le qualifier de sectaire. Ils préfèrent « insulaire ».
D’ailleurs, l’année de son élection à
la tête du Labour, Momentum a été
créée : sorte de structure parallèle
dévouée au leader, elle a fini de
l’isoler du microcosme.
Le professeur Bart Cammaerts détaille : « Née dans la mouvance
d’Occupy, l’équivalent anglo-saxon
du mouvement des Indignés, elle a
grandi grâce aux militants de
base, à la manière d’En marche ! à
ses débuts. » D’emblée, Momentum
a verrouillé la communication pour
la focaliser sur Facebook et Twitter.
Elle protège Corbyn de ses contradicteurs, qu’ils soient opposants
politiques, journalistes ou députés
travaillistes de base en mal de
contact. En décembre, l’idée d’un
débat télévisé sur le Brexit avec
Theresa May a été dûment torpillée.
Même les homologues étrangers
sont éconduits, à l’instar du Premier
ministre portugais, qui n’a décroché
de tête à tête ni à Londres, ni à Lisbonne.
Le noyau des plus proches, dont
certains sont d’anciens staliniens, le
protège coûte que coûte face à un
monde hostile. Editorialiste au
Landmark Media/Newscom/Sipa
Prédicateur isolé
Theresa May, Première ministre :
« Il est contre. Pourquoi ? Parce qu’il joue
à la politique politicienne. »
Alex Burghart, rival tory battu en 2015 :
« C’est un vieux gauchiste, aride mais
sympathique, totalement sincère. »
IL AIME
Faire de la
confiture. Imagine, de John
Lennon.
Le poète irlandais
William Butler
Yeats.
IL N’AIME PAS
Le nucléaire.
Les millionnaires.
Les tête-à-tête
trop techniques.
Tony Blair, ancien Premier ministre :
« Jeremy Corbyn n’offre rien de nouveau.
S’il devient Premier ministre, aux élections
suivantes notre camp subira une déroute
terrible, un anéantissement. »
Denis McShane, ancien ministre
des Affaires européennes :
« J’ai étudié ses discours à la Chambre
des communes entre 2005 et 2015.
Il n’est pas antieuropéen, mais indifférent
à l’Europe. »
Richard Corbett, eurodéputé :
« J’assiste aux réunions du shadow cabinet.
Il est avenant, prévenant. Je ne l’ai jamais
entendu crier. Il écoute beaucoup, n’entend
pas toujours. »
Times, Oliver Kamm décrit « une
organisation entriste qui est parvenue à mettre la main sur les
structures du parti ». Résultat, au
sein du Labour, une partie des élus
est déboussolée, voire hostile. Les
plus vindicatifs ont même transformé « Jez », surnom affectueux que
ses amis donnent à Corbyn, en un
sobriquet grinçant : « Jezbollah ».
Tony Blair n’a pas de mots assez
durs pour celui qu’il juge « dangereux ». Le Brexit a fini d’aiguiser les
antagonismes et de scinder le parti
travailliste en deux, au risque d’une
rupture. Ce qui désespère Seb
Dance, eurodéputé trentenaire :
« J’ai adhéré au Labour parce que
je suis profondément européen.
Tourner le dos à l’Union européenne va totalement à l’encontre
de l’histoire. J’implore Jeremy
d’écouter sa base. » Pas sûr que le
message lui arrive…
Electorat déçu
Rien ne prédestinait ce fils de la
classe moyenne, sorti du système
scolaire sans le moindre diplôme, à
arriver aux marches du pouvoir.
« Par deux fois, il a déjoué les pronostics qui l’annonçaient perdant
et créé la surprise », rappelle Lea
Ypi, de la LSE. D’abord en 2015, en
prenant la tête du parti, puis en juin
2017, en sortant vainqueur de législatives anticipées que Theresa May
pensait gagner haut la main. Depuis
cet été, pourtant, l’aura du leader a
pâli. Sa présence répétée à des manifestations pro-palestiniennes a
alimenté des rumeurs d’antisémitisme, qu’il a mis très longtemps à
démentir. Déjà déçue sur l’Europe,
une partie de la jeunesse lui a tourné
le dos. En décembre, il aggravait
son cas, traitant Theresa May de
« stupid woman », provoquant l’ire
des féministes. Début 2019, toute la
presse britannique a repris une information du Sunday Times selon
laquelle le nombre d’adhérents du
Labour aurait chuté en deux ans de
500 000 à 385 000. Jeremy Corbyn ne
décolle pas non plus dans les sondages face à une Theresa May qui se
délite. Labour et Tory restent au
coude-à-coude.
Pendant ce temps, l’heure tourne.
Le 29 mars, si Londres n’a pas trouvé d’accord avec Bruxelles, le divorce peut être sanglant. Le pays est
si perdu que tout peut arriver, y
compris des élections générales qui
placent le travailliste à Downing
Street. Lui croit en sa bonne étoile.
En septembre, dans une de ses rares
interviews, l’hebdomadaire allemand Spiegel lui demande s’il n’est
pas trop vieux pour gouverner. Réponse : « Je me sens jeune. Je fais
du jogging, je suis végétarien. Je
mange du porridge tous les matins.
Je ne fume pas, je ne bois pas, je ne
fais rien de nocif pour ma santé. »
Et de conclure : « Je suis désolé si
cela donne l’impression que je suis
ennuyeux. » Sabine Syfuss-Arnaud
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
71
Coulisses
La vérité sur…
la folie française des ronds-points
L’Hexagone compte la moitié des giratoires d’Europe. Une aubaine pour
le BTP, mais une plaie pour le paysage urbain et les finances publiques.
D
es cinq statues de vaches
qui gardaient le rondpoint de Saint-Etiennedu-Rouvray (Seine-Maritime), il ne reste que quatre sabots
tranchés net. Deux mois d’occupation, ponctués d’évacuations musclées et de réoccupations, de palettes brûlées et de saucisses trop
grillées, ont eu raison de l’œuvre
d’art qui ornait ce rond-point, ancrage, comme tant d’autres, de la
contestation des « gilets jaunes ».
Mais le rond-point, ce n’est pas que
cela : c’est aussi le symbole d’un mal
français, celui de la frénésie d’aménagement de nos élus.
Il y a quelques mois, en Picardie,
était mis en service celui de Remigny. Construit à l’intersection des
départementales RD1, RD420 et
R421, il remplace une priorité à
droite dangereuse. Son coût : 1,5 million d’euros. Fin décembre, l’aménagement d’un nouveau rond-point
était décidé au « carrefour de la
mort », sur la RN 330, entre SaintPathus et Meaux, en Seine-et-Marne,
après un nouvel accident fatal. Son
coût : 800 000 euros, dont 280 000 euros pour la région et 300 000 euros
pour le département.
Construction effrénée
Depuis plusieurs années, grâce au
logiciel OpenStreetMap, quelques
chercheurs suivent la progression
du nombre des ronds-points en
France. Ils ne sont pas déçus : en additionnant les grands, les moyens et
les petits (ceux dont le terre-plein est
franchissable), notre pays compte
un total ahurissant de 65 000 rondspoints, soit douze fois plus qu’au
Royaume-Uni, six fois plus qu’aux
Etats-Unis ! On s’imagine la France
déjà bien pourvue, proche de la
saturation ? Pas du tout : le rythme
QUI TOURNE
PLUS OU
MOINS ROND
Les trois
départements
ayant le plus
de giratoires
1. LoireAtlantique
3 075
(+ 3,8 % entre
2017 et 2018).
2. HauteGaronne
2 196
(+ 3,3 %).
3. Gironde
1 897
(+ 2,7 %).
Les trois
départements
qui en ont
le moins
1. Paris
8
(+ 14,3 %).
2. Lozère
82
(inchangé).
3. Creuse
91
(inchangé).
72  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
de construction de giratoires faiblit
à peine. « On en fait plus de 1 000
par an, c’est massif », reconnaît
Laurent Devisme, sociologue et urbanographe. Soit une vingtaine par
semaine. Pourtant, cet ouvrage routier n’est pas donné : entre 400 000
et 1 million d’euros. Il y a quelques
années, Matthieu Pigasse, banquier
et actionnaire du groupe Le Monde,
dénonçait le coût de ces équipements dans un livre sur la dérive des
comptes publics : « Six milliards
d’euros engloutis chaque année
dans les ronds-points ! » Actualisé,
cela nous donne entre 7 et 8 milliards d’euros
Obsession nantaise
Le rond-point fait partie du paysage
routier. Et un peu aussi, il faut bien
le reconnaître, de notre patrimoine
national tout court, car c’est une invention française ! Il a fait son apparition en 1906 dans la capitale, sous
l’impulsion d’Eugène Hénard, un
architecte et urbaniste, qui, faute de
feux tricolores, se débattait avec les
problèmes de priorité et de circulation parisiennes. Puis, mystérieusement, le rond-point a disparu du
paysage entre 1920 et 1970 ; il était
jugé trop coûteux et consommateur
d’espace. Mais il ne s’est pas volatilisé. Il a simplement émigré en Angleterre, d’où il nous est revenu,
sous l’appellation de « rond-point
anglais » (à cause de la priorité à
gauche).
Le premier de ce type est installé à
Quimper, en 1976, au carrefour de
Ludugris. Mais il surprend. Et il faudra une modification, en 1984, du
Code de la route pour légaliser cette
priorité à gauche. Une fois adoptée,
elle va formidablement stimuler la
création de giratoires : en dix ans,
17 000 vont naître. Surtout du côté
de Nantes, que ses habitants surnomment parfois « la ville aux mille
ronds-points ». Jean-Marc Ayrault,
ex-Premier ministre, en avait
d’abord truffé tout Saint-Herblain,
avant de migrer vers sa voisine,
Nantes, et d’y reproduire ses lubies.
« C’est vrai que, en arrivant, on a
transformé 300 à 400 carrefours à
feux », admet son adjoint pour l’urbanisme de l’époque, l’ingénieur
Yann Le Gal. Sur le logiciel
OpenStreetMap, la mesure de la densité des giratoires au niveau national
confirme la réputation nantaise. La
Loire-Atlantique possède en effet
plus de 3 075 ronds-points, soit plus
de 2 pour 1 000 habitants. Record
départemental, record régional, record national et même mondial ! A
comparer à la densité minable de la
capitale, qui n’en a que 8 en tout et
pour tout. « Il y a eu une sorte d’emballement, d’effet de mode, qui correspond bien en France à la décentralisation », observe Eric Alonzo,
chercheur à l’Ecole d’architecture
de la ville et des territoires de Marnela-Vallée et auteur en 2005 d’un très
inspiré Du rond-point au giratoire
(Editions Parenthèses).
Sécurisation contestée
Quel est le but de cette prolifération ? Mystère. La légende, une thèse
défendue par le polémiste Jean Montaldo dans Chirac et les 40 menteurs, voulait que leur objectif soit
de financer les partis politiques
grâce à des commissions occultes
versées par les sociétés de travaux
publics. Le problème, c’est que la loi
a rendu ces pratiques quasi impossibles et politiquement suicidaires.
Mais, bizarrement, les giratoires ont
continué à prospérer. Aujourd’hui,
la raison invoquée est plutôt la sécurité. En 2010, un rapport de la Com-
Google
mission européenne sur le sujet le
soulignait : « Lorsque l’on transforme un carrefour en croix en carrefour giratoire, le nombre d’accidents corporels diminue de 41 %. »
Mais les responsables de la sécurité
routière sont moins catégoriques :
« Les solutions avec îlots séparateurs et éventuellement voies de
tourne-à-gauche offrent une sécurité équivalente pour un coût inférieur, de l’ordre de seulement
10 000 euros. » Certains vont même
plus loin : pour l’ingénieur et urbaniste Yann Le Gal, « les grands giratoires sont dangereux, car la vitesse
élevée des véhicules peut être source
d’accidents, notamment par la
prise de risques nécessaire pour y
pénétrer ». Un inconvénient que
n’ont pas les mini-ronds-points qui
permettent, toujours selon le même
Yann Le Gal, de « civiliser l’espace en responsabilisant l’automobiliste qui se régule sur le piéton ».
Les élus locaux, eux, n’ont cure de
tous ces débats : ils veulent leur
rond-point. Car celui-ci a un atout
inestimable : son magnifique terreplein, qui permet de mettre en valeur
la commune, le département ou la
région et, ajoute malicieusement
Eric Alonzo, « leur intervention
manifeste ». La loi oblige en effet les
collectivités locales à consacrer 1 %
de la facture à des œuvres d’art. Et
elles ne s’en privent pas.
Décoration folklorique
Hélas, ces commandes publiques ne
sont pas toujours très inspirées. Le
ministère de la Culture en est tellement persuadé que, sur son site
consacré au « 1 % artistique », il détaille les œuvres d’art du 1 % artistique scolaire et ne fait aucune mention du 1 % artistique routier. Quel
dommage ! Il passe alors à côté de
petites merveilles que détaille avec
gourmandise Matthieu Pigasse :
« Corbeilles en rotin remplies de
coquillages, vaches en plastique
paissant sagement sur de faux
prés, sculptures abstraites, fusées,
cerfs royaux en majesté, oiseaux
géants prenant leur envol. » On finirait même par se demander si certains ronds-points ne sont pas
construits uniquement pour pouvoir
être décorés. « Il y a une forme de
marketing touristique qui s’est développée autour du rond-point, par-
Double rond-point
à Nantes. Sous
l’impulsion de
l’ancien maire
Jean-Marc
Ayrault,
de nombreux
carrefours ont
été modifiés
dans
l’agglomération.
Au point que
les Nantais
la surnomment
« la ville aux
mille rondspoints ».
fois orné de spécificités locales,
pour marquer l’identité d’une
ville », reconnaît Laurent Devisme.
Comment expliquer autrement la
présence sur un rond-point, situé
entre Bidart et Biarritz (PyrénéesAtlantiques), de la Dame de la mer,
une réalisation de l’artiste Manolo
Valdez, posée en 2010. Son installation avait provoqué de grosses tensions dans les deux communes. Pas
pour son esthétique, mais pour son
prix, plutôt salé : 500 000 euros !
L’association Contribuables associés, qui se veut « apolitique et non
subventionnée », a récemment organisé un concours du pire rond-point
de France, pour dénoncer ce « gaspillage de l’argent public ». Elle ne
s’attendait pas à un tel succès : elle a
reçu des milliers de candidatures.
Parmi les gagnants, cette Main
jaune, à Châtellerault, censée symboliser le passé automobile (aujourd’hui révolu) de la région : un
gigantesque poing jaune, brandi vers
le ciel : 25 mètres de hauteur et
20 tonnes d’acier. Hélas, ce digne
représentant de « l’art giratoire » a,
on se demande pourquoi, brûlé dans
la nuit de Noël dernier. Eric Tréguier
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
73
Le Family office pour tous
Cryptomonnaies
Comment éviter
les cyberarnaques
Les épargnants se ruent sur les monnaies virtuelles, nouvel
eldorado. Mais, sur ce marché non réglementé, gare aux escrocs !
L
a folie des cryptomonnaies
continue. Alors que la capitalisation boursière des
bitcoins, ethers ou ripples atteint
les 120 milliards de dollars, les
particuliers sont de plus en plus
nombreux à investir dans ces monnaies virtuelles. Mais, à l’instar
du marché des changes (Forex),
des diamants ou des terres rares,
celles-ci font l’objet d’un nombre
croissant d’arnaques. En 2018, en
France, 1 141 épargnants ont perdu
55 millions d’euros à cause des
escroqueries aux cryptomonnaies,
selon l’Autorité des marchés financiers (AMF). Un phénomène qui a
également entraîné l’ouverture de
plusieurs dizaines d’informations judiciaires pour escroquerie en bande
organisée et blanchiment, concernant ces fraudes principalement
orchestrées depuis Israël. « Fin
2017, les arnaques aux diamants
ont été peu à peu remplacées par
celles aux cryptomonnaies, indique
Claire Castanet, directrice des relations avec les épargnants de l’AMF.
Leur développement est exponentiel et elles touchent tous les types
de personnes : des chômeurs, des
cadres, des retraités… »
Le procédé mis au jour par les policiers et gendarmes qui traquent ces
escroqueries 2.0 est à chaque fois le
même. Des épargnants, en quête de
rendements élevés, tombent sur des
sites Web proposant de gagner
beaucoup d’argent et très vite. Ils
remplissent alors un formulaire en
Préjudices importants
Ce que dit le gendarme de la Bourse
SITES À PRÉCONISER
SITES À PROSCRIRE
www.coinbase.com
www.achat-bitcoin.com
www.kraken.com
www.akj-crypto.com
www.cryptopia.co.nz
www.bank-crypto.com
www.binance.com
www.boursebitcoin.com
www.bitfinex.com
www.cryptobankweb.com
www.coinhouse.com
www.cryptobourse.net
www.paymium.com
www.cryptoquicker.com
www.bitstamp.net
www.cryptos-house.com
www.poloniex.com
www.euro-crypto.com
www. international.bittrex.com www.good-crypto.com
SOURCE : AMF
ligne et renseignent leurs coordonnées. Ces fichiers sont ensuite vendus entre 20 et 100 euros à des
centres d’appels en Israël. Leurs
pseudo-conseillers financiers
contactent alors les futures victimes. « Les escrocs jouent la proximité, ils tutoient les épargnants,
utilisent des numéros de téléphone
délocalisés via des fournisseurs
VoIP pour leur faire croire qu’ils
appellent depuis la France, précise
un gendarme qui enquête sur ces
fraudes. Ils ont aussi des sites Internet régulièrement mis à jour depuis Madagascar ou l’Afrique francophone. Ils veulent montrer que
leurs sites sont sérieux et régulièrement actualisés. »
Une fois leur proie ferrée, ces faux
conseillers n’auront de cesse de la
persuader d’investir toujours plus,
en lui faisant miroiter des gains plus
importants, poussant même la victime à convaincre ses proches de
l’imiter. Cet engrenage infernal peut
durer de quelques jours à plusieurs
mois, jusqu’à ce que la personne
prenne conscience de la duperie et
porte plainte. Les sommes englouties peuvent être colossales : un
épargnant français a ainsi déclaré à
la justice avoir perdu 1,5 million
d’euros. « Au printemps dernier,
un agriculteur breton à la retraite
a vendu ses avoirs (tracteurs, matériel agricole…) pour investir
dans les cryptomonnaies. En deux
mois, il a perdu 500 000 euros »,
ajoute notre gendarme.
Derrière ces arnaques, il y a un vaste
système de blanchiment. Une fois
que la victime a effectué son virement, très souvent vers des banques
portugaises, espagnoles ou 
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
75
Finances privées
Nicolas B., 35 ans, chef d’entreprise toulousain, victime d’une arnaque aux cryptomonnaies
« J’ai perdu 223 000 euros en six mois »
« J’ai été contacté par téléphone
en janvier 2018 par un consultant
de la société Global Market Group,
une entreprise prétendument spécialisée
dans les cryptomonnaies basée à
Londres. Il m’avait repéré, car quelques
semaines plus tôt je m’étais inscrit
sur une plateforme de placements
immobiliers. J’avais renseigné certaines
données personnelles. Le consultant en
question m’a expliqué le fonctionnement
de son entreprise et m’a dit qu’elle était
agréée par les grandes institutions
internationales comme le Gafi (Groupe
d’action financière, un organisme
uuu polonaises, l’argent transite
ensuite vers plusieurs pays « rebonds », la destination finale de la
transaction étant principalement la
Chine. Les choses se compliquent
alors sérieusement pour les enquêteurs, puisque les fonds ressortent
essentiellement sous forme de cash,
via des groupes mafieux complices
des escrocs israéliens. « Les réseaux d’arnaques aux cryptomonnaies ont recours à un système
bancaire parallèle, basé sur des
ruptures de flux financiers, explique Corinne Bertoux, la chef de
l’Office central pour la répression de
la grande délinquance financière
(OCRGDF). Le mécanisme est le
même que pour les escroqueries au
Forex ou aux faux ordres de virements internationaux (Fovi). Les
escrocs sont rémunérés en nature
ou en divers investissements. »
intergouvernemental de lutte contre
le blanchiment d’argent). Il connaissait
bien le milieu bancaire et rien ne me
laissait présager qu’il s’agissait d’un
escroc. Je me suis laissé convaincre, et,
fin janvier, j’ai investi 20 000 euros. Il me
promettait ensuite un rendement
d’environ 5 % si je continuais à investir.
C’est ce que j’ai fait un mois plus tard en
injectant 60 000 euros supplémentaires.
Puis, en mars, j’ai fait un nouveau
virement de 50 000 euros. Le consultant,
qui m’appelait une fois par semaine, m’a
alors dit que si je parrainais des amis ou
des membres de ma famille, je toucherais
Recouvrer
sa mise
requiert
beaucoup
de
patience,
mais des
solutions
existent.
escroquerie, car ils seraient facilement identifiés, poursuit Corinne
Bertoux. Les fonds issus de ce type
d’escroquerie créditent la plupart
du temps des comptes à Hongkong
ou en Chine, gérés par certains
groupes criminels chinois. Un système de compensation moyennant
le règlement de commissions est
alors mis en place pour que les aigrefins récupèrent le produit de
leurs méfaits. » Selon l’OCRGDF,
depuis 2010, les épargnants français
ont envoyé à leur insu plus d’1 milliard d’euros en Chine à la suite des
différentes arnaques au Forex, options binaires, terres rares, diamants
ou cryptomonnaies.
Pour la victime, recouvrer sa mise
requiert beaucoup de patience, mais
des solutions existent. « Les
A NE PAS FAIRE
Réseau franco-israélien
Symbole de cette porosité entre milieux mafieux et escrocs israéliens,
l’affaire Scoot, qui a mis au jour en
2015 un vaste réseau franco-israélien d’arnaques aux Fovi à l’encontre
des entreprises françaises. Scoot a
notamment mis en lumière le rôle
crucial de la Chine, où les virements
arrivaient puis ressortaient comme
par magie en cash chez des grossistes chinois d’Aubervilliers, les
complices repartant avec l’argent
sur leurs scooters. « Les fraudeurs
évitent d’ouvrir des comptes à leur
nom ou au nom de tiers en Israël
pour percevoir le produit de leur
76  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
10 % de leur mise.
Comme mon épouse venait de toucher
de l’argent après un décès dans sa
famille, nous avons décidé d’investir
93 000 euros supplémentaires début juin.
Je n’ai jamais perçu les 10 % promis.
J’ai donc contacté le fameux consultant
qui n’était plus joignable sur le numéro
de téléphone qu’il m’avait transmis.
Le site sur lequel je pouvais consulter
mon investissement et mes rendements
n’était également plus accessible. J’ai
alors décidé de porter plainte auprès du
procureur de la République de ma ville.
Au total, j’ai perdu 223 000 euros. »
A FAIRE
Consulter la liste noire
de l’AMF
Avant d’investir toutes
vos économies
en bitcoins, ripples
ou litecoins, vérifiez
que la plateforme qui
vous le propose est
fiable. Pour cela,
vous pouvez consulter
la liste noire de l’AMF
sur les cryptoactifs.
Régulièrement mise à
jour, elle comprend plus
de 200 sites frauduleux.
Croire aveuglément
ce que l’on vous dit
Restez continuellement
vigilant aux propositions
que l’on peut vous faire.
Des rendements
excessifs (5, 10, voire
50 %) doivent vous
mettre la puce
à l’oreille. De la même
manière, des relances
et des offres insistantes
doivent vous alerter
sur les intentions
de la personne
qui vous sollicite.
banques ont une faculté de “recall”,
qui leur permet pendant quelques
heures de rappeler les fonds auprès
de leur banque correspondante.
C’est la première chose à faire, affirme l’avocate Hélène Feron-Poloni. Ensuite, les épargnants peuvent
envisager une action contre leur
propre banque pour manquement
au devoir de vigilance, car celles-ci
procèdent parfois à des virements
en faveur de faux sites de cryptomonnaies mais ne les bloquent
pas. » Selon nos informations, deux
grandes banques françaises ont été
condamnées en 2018 à verser des
dommages et intérêts à certains de
leurs clients dans le cadre d’arnaques au Forex.
Coopération policière
La lutte contre ces réseaux devrait
aussi connaître un coup d’accélérateur ces prochains mois. Plusieurs
gérants de plateformes financières
qui revendent les « fichiers clients »
aux call centers israéliens ont été
interpellés en France. Les enquêteurs ont pu établir les liens entre
ces derniers et des escrocs basés à
Ramat Gan, la City israélienne avec
ses diamantaires et ses gratte-ciel
dans la banlieue est de Tel-Aviv.
« La coopération entre les deux
pays est de plus en plus fluide, ce
qui renforce la lutte que nous menons contre ces fausses plateformes
de cryptomonnaies », apprécie
­Corinne Bertoux. La guerre contre
les escrocs du bitcoin ne fait que
commencer.
Antoine Izambard
Christie’s Images Ltd, 2019
Jazz (1947), d’Henri Matisse. In-folio (lot n° 199)
proposé à partir de 200 000 euros chez Christie’s. Marché de l’art
Passions
éclectiques
O
n imagine le bonheur de Rosabianca Skira
lorsque son époux, l’éditeur Albert Skira,
lui offrit pour son anniversaire l’exemplaire
n° 161 (sur un tirage de 264) de l’album Jazz,
réunissant vingt planches en couleurs
exécutées par Henri Matisse en 1947. Elle prit
si grand soin de ce magnifique ouvrage qu’il est
aujourd’hui d’une fraîcheur exceptionnelle.
Il sera mis aux enchères pour une estimation
comprise entre 200 000 et 300 000 euros. C’est
l’un des lots phare de la vente que Christie’s
organise à Paris le 20 février.
Tous les ouvrages (au nombre de 248)
proviennent de la bibliothèque de l’ancien
banquier Marc Litzler. Durant des années,
et souvent sur le conseil de Bertrand Meaudre,
propriétaire de la librairie Lardanchet à Paris,
il a acquis des livres illustrés ou des livres
de peintres. Ses goûts sont pour le moins
éclectiques puisque, dès le lot n° 4, on
découvre la première édition de L’Apocalypse
de Dürer, publiée en 1498 et considérée
comme l’un des premiers livres d’artistes.
Quinze xylographies accompagnent le texte,
soit autant de chefs-d’œuvre qui font flamber
l’estimation puisqu’elle est, au plus bas, à
150 000 euros.
Autre trésor, Le Miroir de la tauromachie,
exemplaire n° 9 d’une édition de 155,
réunissant le texte de Michel Leiris et quatre
lithographies originales de Francis Bacon,
le tout édité par la galerie Lelong (estimé
entre 40 000 et 60 000 euros). De nombreuses
autres éditions prestigieuses sont inscrites
au catalogue (comme le Second Livre
de la jungle de Kipling, illustré par Paul
Jouve ; estimé à partir de 35 000 euros).
Mais on trouve aussi quelques curiosités
contemporaines, tel le premier livre de Michel
Houellebecq (consacré à H.P. Lovecraft ;
lot n° 248). Ici, les enchères débuteront
à 400 euros. Le lot trouvera-t-il preneur ?
Avec Michel Houellebecq, il faut
s’attendre à tout. Bernard Geniès
Quels fonds choisir
pour 2019 ?
Un Comité de 50 experts a
répondu à cette question
LA GESTION ALTERNATIVE
Fonds Actions
1er
2ème
3ème
Moneta Long Short
BDL Rempart Europe
Sycomore L/S Opportunities
Fonds Obligations
1er
2ème
3ème
H2O MultiBonds
DNCA Invest Alpha Bonds
Axiom Optimal Fix
Fonds Multi-Stratégies
1er
2ème
3ème
H2O MultiStrategies
JP Morgan Global Macro Opportunities
Invesco Balanced Risk Allocation
Le Grand Prix de la Finance distingue les fonds dans différentes
catégories en réunissant 50 experts représentatifs de l’investissement :
institutionnels, conseillers financiers, banquiers privés, multi-gérants
et plateformes internet.
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votre intermédiaire financier habituel.
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Une réalisation
Agence Forum News
Rédaction en chef :
Caroline Brun
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Inspiration cadeaux
Laissez négligemment traîner sur la table basse ces pages…
La personne qui partage votre vie y trouvera forcément des idées
pour vous faire plaisir… selon votre style.
Rédaction :
Guillaume Crouzet
Stylisme :
Caroline Larrivoire
Champagne 100 %
chardonnay, plein de
vivacité, aux notes
gourmandes d’agrumes,
Blanc de blancs Charles
Heidsieck. 60 euros.
Design contemporain, affichage épuré et cadran en acier mat
pour ce modèle BR03-92 de la ligne Horo, inspirée de l’aviation
professionnelle, Bell&Ross. 2 990 euros.
Toujours
trendy
Dans un flacon sobre
et massif, un tout
nouveau jus lumineux,
où la bergamote
d’Italie enveloppe
un patchouli inédit,
Montblanc Explorer.
64 euros les 50 ml.
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classique revisité par une
coupe moderne et des
coloris tendance, Boss.
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78  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
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cadrant vert, remontage
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de marche de 38 heures
et bracelet de cuir : telle
est l’édition spéciale qui
célèbre les 80 ans de la Big
Crown Pointer Date d’Oris.
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Pantalon en lin à pinces, Brunello
Cucinelli. 810 euros. https://shop.
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de chèvre, à col officier
contrasté, Mettez.
350 euros.
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Montre au look
délicieusement fifties,
l’Heritage Black Bay se
démarque par son boîtier
bronze satiné et son
bracelet tissu à bande
centrale. Mouvement
mécanique à recharge
automatique, étanche
à 200 mètres, Tudor.
3 750 euros.
100 %
sportif
Blouson teddy en
coton, détails tricolores
au col et aux poignets,
Eden Park. 130 euros.
www.eden-park.fr
Tendance écolo
Polo en coton, esprit
bowling, Lacoste.
120 euros.
www.lacoste.com
Blazer en lin et tencel
(à base de fibre
d’eucalyptus), Boggi
Milano. 399 euros.
www.boggi.com
Parfum aux notes citronnées
et fruitées sur un fond de
vétiver. Frais et persistant,
Dior Homme Sport.
60 euros les 50 ml.
Inspiré du champion du monde d’apnée, Guillaume Néry,
ce chrono submersible porte son nom. Une montre étanche
jusqu’à 300 mètres. Boîtier en titane, gravé au dos avec la
signature de l’apnéiste. Panerai. 18 900 euros.
Chemisette en 100 % lin,
Uniqlo U. 30 euros.
www.uniqlo.fr
Un bouquet d’agrumes à
l’attaque, du géranium et
de la lavande en cœur, le
tout sur un fond sensuel de
cèdre et de santal. L’Homme
Cologne bleue, Yves Saint
Laurent. 65 euros les 60 ml.

7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596  79
Dossier spécial Saint-Valentin
Blouson teddy en
nubuck, Carnet de
vol. 260 euros.
www.carnetdevol.com
Inspiré des modèles de la fin des années 1940, élégant
garde-temps à prix sage, avec deux compteurs jour et date,
et un indicateur des phases de lune. Bracelet à maille
d’acier Michel Herbelin. 550 euros.
Dandy garanti
Cardigan maille point Milano
en laine mérinos, De Fursac.
265 euros.
www.defursac.fr
Esprit audacieux
Un étonnant flacon bleu, édité en série
limitée. A l’intérieur, un champagne au
nez de pain chaud et de citron, et à la
finale discrètement épicée. Besserat de
Bellefon. 229 euros.
Cravate en jacquard
et soie, Etro sur
Mr Porter. 160 euros.
www.mrporter.com
Comme une étoile de mer, boîtier en or blanc 18 carats, cadran
guilloché à la main : la Marine Chrono 5527 est une montre
bijou, numérotée et signée. Breguet. 33 000 euros.
80  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
Assemblage de huit muscs
blancs, ce nouvel opus de
la collection Les Exclusifs
offre ses vibrations de bois
sec, miellées. Un sillage
singulier et très mixte.
1957, Chanel. 175 euros
les 75 ml.
Richelieu bout golf perforé en veau bicolore à lacets
cinq œillets sur semelle en cuir, Bowen. 355 euros.
01-78-35-10-00.
Cahier numéro un de l’édition n° 2831 du 7 au 13 février 2019
du
pour
vraiment
iMpôts cecac40que lespaientsociétés
naoMi Klein plaidoyer
un new deal vert
P. 36
Mélenchon
le leader de
la France insoumise
en robespierre
P. 63
le révolutionnaire
iMaginaire
P. 24
Sa dérive populiSte
Son autorité conteStée
SeS ennuiS judiciaireS
montage photo : Josse/Leemage et Renaud BouCheZ/soCIetY/sIgnatuRes
EN VENTE CHEZ VOTRE
MARCHAND DE JOURNAUX
Affaires Privées
7 février 2019
SDP
Chauffeuse Barcelona. Editeur : Knoll.
Design : Mies van der Rohe.
Edition limitée à 365 exemplaires.
Trois cuirs disponibles : noir, vert
et blanc crème. Prix : 8 040 euros.
Avec le tabouret : 11 880 euros.
Souvenir d’une
légende
C
SDP
e 25 janvier mourait en Floride
Florence Knoll Bassett, 101 ans.
Née Schust, la jeune femme avait
rejoint en 1941 l’entreprise fondée
trois ans plus tôt par son futur
mari, Hans Knoll. Architecte
et designer, elle en fut l’âme créative
avant d’en devenir la présidente après
le décès accidentel de Hans, en 1955.
Faisant appel aux plus grands
créateurs, Florence fit de Knoll l’éditeur
des meubles les plus iconiques du
siècle. Elle sut ainsi convaincre
Mies van der Rohe, pilier du Bauhaus
réfugié aux Etats-Unis, de permettre
la fabrication industrielle de
la chauffeuse créée pour l’Exposition
universelle de Barcelone, en 1929.
Cet indémodable fauteuil Barcelona
vient d’être réédité afin de célébrer
le 100e anniversaire du Bauhaus.
La mort de Florence Knoll en fait
également un hommage fortuit
à la grande dame du design. B. F.
Horlogerie, mode, design et coordination : Bertrand Fraysse.
Vins, spiritueux : Jean-Pierre de La Rocque. High-tech : Adrien Schwyter.
82  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
Performant
et accessible
U
n portable au design soigné et
coloré avec des composants
performants à prix modéré.
La filiale de Huawei innove avec
son View 20. Fini, l’encoche dans
l’écran pour l’appareil photo,
place désormais au simple trou
pour intégrer l’appareil photo.
Résultat : un écran
mécaniquement plus grand car
plus rempli. Les photos de jour
sont réussies avec le capteur
au dos de 48 mégapixels. Un bon
rapport qualité-prix. A. S.
Sp
Honor View 20 de Huawei. Ecran
6,4 pouces. Batterie : 4 000 mAh. Appareil
photo : 25 et 48 Mpx. Prix : 549 euros
(6 Go de RAM et 128 Go de disque dur).
Prix : 649 euros (8 Go de RAM et 256 Go
de disque dur).
Sp
Rendez-vous
avec la Lune
L
Brut de fût
S
ituée dans les Landes à Perquie,
cette propriété vinicole
familiale est notamment
connue pour ses armagnacs
embouteillés « brut de fût »
(sans ajout de sucre et sans
colorants). Son édition 1989 se
distingue par ses arômes poivrés et
mentholés, ses notes de pruneaux,
sa belle structure en bouche et
la persistance de sa finale. J.-P. L. R.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.
a nouvelle version de
la célèbre Rendez-Vous
Moon se distingue par
le nouveau visage de la Lune.
Celle-ci se détache désormais
sur un ciel étoilé, soutenue
par une sorte de mer de
nuages. La montre reprend,
par ailleurs, les codes de
la collection Rendez-Vous
comme la lunette sertie
de 60 diamants taille brillant
auxquels s’ajoutent 47 diamants
plus petits sur le cadran
intérieur. B. F.
Rendez-vous Moon de Jaeger-LeCoultre.
Boîtier : or rose. Diamètre : 34 mm.
Etanchéité : 5 bar. Calibre : 925A/1
automatique. Réserve de marche :
40 heures. Prix : 23 800 euros.
Sp
Domaine de Charron 1989 Armagnac.
47,3 %, 70 cl. Où le trouver ? La Maison
du whisky. Prix : 120 euros.
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
83
Affaires privées pour le plaisir
Visite de l’usine Bentley
Un savoir-faire
centenaire
Rares sont les usines automobiles où les ateliers de sellerie
et le travail des boiseries ont plus d’importance que ceux
consacrés à la mécanique. C’est ainsi chez Bentley, au sud de
Manchester, qui cultive son style « so british » depuis 1919.
Par Nicolas Meunier
Le travail des matières à l’usine
de Crewe, en Angleterre. Ici
n’importe quelle marqueterie
est réalisée à la demande.
Et tous les sièges sont cousus
manuellement.
Max Earey : SP Bentley
D
es monumentales
Bentley qui ont gagné cinq fois les
2 4 - H e u r e s
du Mans dans les
années 1920 et
1930, Ettore Bugatti disait qu’elles
étaient « les camions les plus rapides du monde ».
Manière un peu
dédaigneuse de pointer la robuste
construction des voitures de Walter
Owen Bentley, ingénieur qui fonde
sa propre marque le 10 juillet 1919.
Très vite, une coterie d’automobilistes fortunés, pléonasme à
l’époque, est acquise à la cause de
ces voitures puissantes. Ces « Bentley Boys », comme on les surnomme,
prennent part à des compétitions. Ce
sont eux qui remportent à cinq reprises la mythique course française
d’endurance. L’un d’entre eux, Woolf
Barnato, financier de profession,
réussit l’exploit de rallier son club à
Londres depuis l’hôtel Carlton de
Cannes plus vite que le Train Bleu.
Ce trajet de vingt-deux heures et
trente minutes lui a permis de remporter un pari, dans lequel 100 livres
sterling étaient mises en jeu.
Richard Pardon/Sp Bentley
De la période Rolls-Royce,
il demeure un héritage. Celui
de l’usine de Crewe, où Bentley
assemble tous ses modèles.
C’est à cette période des débuts que
Bentley aime aujourd’hui faire référence. Car la marque est restée pendant près de soixante-dix ans (entre
1931 et 1998) sous le joug de RollsRoyce, son propriétaire. Sous le
joug mais aussi dans l’ombre : à
quelques notables exceptions près,
les modèles Bentley de ces années
n’étaient que des Rolls, dépourvues
du Spirit of Ecstasy, cette fameuse
 A bord de la Continental GT.
Ses éléments décoratifs signent
le caractère typiquement
britannique de la marque.
statuette au sommet de la calandre,
si poétiquement déclamée par
Gainsbourg dans Melody Nelson.
Parfois, les autos au « B » ailé disposaient d’un moteur plus puissant,
suffisant pour intéresser les golden
boys, au point de dépasser les
ventes des modèles de la maison
mère. Mais l’image demeurait celle
d’une Rolls au rabais, ce que s’applique à balayer Volkswagen, qui a
acquis Bentley en 1998.
De la période Rolls-Royce pourtant,
il reste un héritage. Celui de l’usine
de Crewe, située à une trentaine de
miles au sud de Manchester. Ces
bâtiments de brique rouge ont été
érigés durant la Seconde Guerre
mondiale avec l’idée de fabriquer
des moteurs d’avion dans une région
épargnée par les bombardements
allemands. Actuellement, toutes les
Bentley y sont assemblées. Avec une
particularité : aucune autre usine
automobile au monde ne possède
des ateliers de sellerie et de boiserie
aussi importants.
Dans la « bibliothèque » des ateliers
de menuiserie, les essences de bois
sont stockées sur des étagères de
plusieurs mètres de hauteur. Débitées en fines feuilles de 0,6 millimètre d’épaisseur, elles attendent
d’être traitées par les mains expertes
d’artisans spécialisés. Il règne en ces
lieux une odeur agréable, naturelle
et inhabituelle pour une usine automobile. L’environnement ici est
­singulier. On aperçoit des jeux
d’échecs, des sculptures, des cassetête… Tous réalisés en bois précieux
par les menuisiers en formation.
O
n nous apprend qu’il ne
faut surtout pas changer d’avis dans le choix
des boiseries après avoir
commandé sa Bentley.
Celles-ci réclament en
effet cinq semaines de
mise en œuvre et leur
réalisation est le premier chantier
dans la production d’une auto fabriquée à Crewe. Tout doit être parfait
pour ces éléments décoratifs qui
signent le caractère typiquement
britannique des Continental GT
et autres Mulsanne. Les feuilles de
bois précieux vont toujours par
paire. De manière à ce que uuu
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
85
Affaires privées pour le plaisir
La 3 Litre.
Développé en
1919, fabriqué
de 1921 à 1929,
c’est le premier
modèle de
la marque.
Sa victoire aux
24-Heures
du Mans
en 1924
a convaincu
Walter Owen
Bentley de
mettre en place
une écurie
de course.
Les ateliers de sellerie sont tout
aussi impressionnants. Ils
s’étendent à perte de vue : tous les
sièges sont habillés ici, alors que la
plupart des constructeurs laissent
faire les équipementiers. Les peaux
sont examinées minutieusement,
pour relever le moindre de leurs
défauts. Puis tout est cousu manuellement. Il n’y a guère que quelques
broderies qui sont réalisées grâce à
des machines pilotées par ordinateur. Car, là aussi, Bentley peut tout
faire : n’importe quel dessin peut
être reproduit sur les sièges. Voire
n’importe quelle couleur : l’artiste
Peter Blake a ainsi fait réaliser un
cabriolet Continental GT où chaque
siège est d’une teinte différente.
1921
3 Litre
La première.
Célèbre pour
sa victoire
aux 24-Heures
du Mans en 1924.
1926
Speed Six
La plus titrée.
Deux victoires
aux 24-Heures
du Mans.
1955
La S1 Continental (1955). Entre 1931 et 1998, Bentley
appartenait à Rolls-Royce, mais ce très élégant coupé
disposait encore de carrosseries spécifiques.
Continental S1
La plus élégante.
Bentley appartenait
déjà à Rolls-Royce,
mais ce très
élégant coupé
disposait de
carrosseries
spécifiques.
1985
le motif du veinage soit rigoureusement identique entre la droite
et la gauche de l’auto. Avec parfois quelques surprises… On nous
montre ainsi la planche de bord
dont les marbrures ressemblent fort
à une tête de mort. En découvrant
cela, Bentley a eu le bon goût d’appeler son client, qui a préféré qu’on
refasse ses boiseries.
Découpage, vernis, polissage : la
mise en place de ces éléments est
un savoir-faire très spécifique, qu’on
retrouve chez peu de constructeurs.
D’autant plus que Bentley se targue
uuu
de pouvoir réaliser à la demande
n’importe quelle marqueterie,
comme un paysage de montagne
dans le Bentayga Mulliner dévoilé
au Salon de Genève en 2017. Notre
guide insiste également sur ce qu’il
appelle la « cohérence de la qualité ». Quelle que soit la configuration
choisie, un client doit bénéficier du
même luxe dans les matériaux.
­Voilà pourquoi les boiseries laquées
noir façon piano sont elles aussi
­réalisées à partir de ronce de
noyer. Même si cela est parfaitement invisible.
Turbo R
Le modèle
du renouveau.
Son moteur turbo
de 360 ch et
sa suspension
la distinguent
de sa sœur,
la Rolls-Royce
Silver Spirit.
2018
Continental GT
La dernière.
Sportive
et élégante,
elle combine
confort et hautes
performances.
L
a visite de l’usine de
­Crewe laisse voir très
peu de robots. Et pour
cause : Bentley fait pour
beaucoup appel à la
puissance industrielle du
Groupe Volkswagen, son
propriétaire, et seule la
très exclusive limousine Mulsanne
est construite à la main de A à Z.
Ainsi, les carcasses du Bentayga
sont fabriquées à Bratislava, aux
côtés des Audi Q7, Q8, Porsche
­Cayenne et Volkswagen Touareg
avec lesquels ce SUV partage des
pièces communes. Et la proximité
technique de la Continental GT avec
la Porsche Panamera fait que sa
structure est construite à Leipzig,
sur la même chaîne que sa cousine
germaine.
Preuve que la fabrication suit une
logique de groupe plus que de
marque : la rationalisation se fait
pour la production de chaque élément. Il n’est plus question de
tout réaliser sur place, comme à
l’époque de Rolls-Royce, où les autos se distinguaient davantage par
leur luxe, moins par leur niveau de
technologie. Bentley a changé d’ère
sous l’égide de son propriétaire allemand. La marque cultive le charme
britannique et la sportivité en puisant dans les racines de ses premières années d’existence. Tout en
profitant de la modernité totale de
l’outil industriel d’un géant de l’automobile. Le meilleur des deux
mondes pour des autos à part. •
Photos : SP Bentley
5 MODÈLES
MYTHIQUES
livres
Album
STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Le Paris
de Modiano
Olivier Duhamel. Son texte revient vite sur sa grande passion, la politique.
Récit
L’histoire
en famille
Dans un beau portrait croisé
de ses parents, le politologue
raconte aussi la Ve République.
Par Maurice Szafran
U
n texte fort bien écrit
d’amour – et d’admiration – filial. Une vision aiguë – et de l’intérieur – d’un
pan de l’histoire politique
sous la Ve République. Pour son premier roman – mais est-ce un roman ?
c’est en tout cas de la littérature –,
Olivier Duhamel surprend les lecteurs, ce qui est toujours un excellent point de départ pour lire un
livre jusqu’à son terme. Nous avions
l’habitude des analyses pointues du
politologue. Nous ne nous attendions pas forcément à ce qu’un fils
aimant offre un tel portrait croisé de
ses parents, Jacques et Colette.
Jacques Duhamel, jeune résistant,
conseiller politique ultra-précoce,
brillant député du Jura, ministre
d’exception (notamment à la
Colette et
Jacques, Olivier
Duhamel, Plon,
250 pages,
18,90 euros.
culture), leader centriste refusant le
simplisme de la coupure droite/
gauche, radicalement libéral (au
sens de la défense des libertés,
toutes, privées comme publiques),
très beau et détruit en quelque
temps par la maladie. Colette Duhamel, si belle aussi, si forte, si libre,
éditrice de grande qualité, amoureuse de son mari mais aussi du
« hussard » Roger Nimier, contrainte
de choisir. Une grande bourgeoise
étrangère à cette bourgeoisie et ses
lâchetés, petites et grandes, que son
fils, l’auteur de ce beau livre, décrit
non sans férocité.
Il fallait s’en douter, Olivier Duhamel en revient à sa grande passion,
la politique ou, plus précisément, la
chose publique, le service de l’Etat
et de la République. Ainsi, son livre
nous replonge-t-il dans la grande (et
la petite) histoire de la IVe puis de la
Ve République, en croisant, dans le
sillage de Jacques Duhamel, Giscard
et Mendès-France, Mitterrand et
Edgar Faure. Et comment ne pas
être poussé à la comparaison avec
les « chefs » politiques d’aujourd’hui, cette impression tenace
d’un rabougrissement sans fin ?
Sans doute nos souvenirs, et ceux
d’Olivier Duhamel aussi, sont-ils
enjolivés à l’excès, mais cette
époque, celle de l’après-guerre,
avait de la gueule, ses responsables
politiques de l’allure. Et Colette et
Jacques, une classe folle.
•
« Le Paris où j’ai vécu et que
j’aime dans mes livres n’existe
plus, confiait Patrick Modiano à
L’Obs. Je n’écris que pour le
retrouver. » Avec ce livrealbum, Gilles
Schlesser a
défié le Prix
Nobel de
littérature :
redonner vie
à ce Paris
disparu. Défi
relevé avec ce
très bel « objet » d’une grande
intelligence. « Le Paris de
Modiano, précise l’auteur, est
une ville intérieure, à la fois
précise et floue. Les époques s’y
superposent, de la nuit de
l’Occupation aux ombres des
années 1960 et de la fin de la
guerre d’Algérie. » Parcourir ce
beau livre donne envie de relire
Modiano.
Paris dans les pas
de Patrick Modiano,
Gilles Schlesser, Parigramme,
160 pages,18,90 euros.
Portrait
La touche
Serkin
Chroniqueur musical aussi
craint qu’admiré, philosophe et
romancier, André Tubeuf offre
un texte ciselé consacré au
pianiste Rudolf Serkin (19031991). Serkin ne cabotinait pas
(voir Rubinstein) et s’interdisait
la virtuosité
pour la
virtuosité
(voir
Horowitz).
Il avait la
prétention
de nous
« apprendre
à écouter »
Mozart,
Beethoven et
Schubert, ses trois musiciens de
prédilection. C’est cela qui nous
est raconté dans ces pages si
bien écrites et musicales. En
refermant cet opus, une seule
envie : écouter Serkin jouer
le concerto L’Empereur
de Beethoven.
Rudi, la leçon Serkin,
Jacques Tubeuf, Actes Sud,
224 pages, 18 euros.
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
87
Interflora/SP
Affaires privées tentations
Des fleurs pour la Saint-Valentin
Expression
florale
Immanquable
Par Rodolphe Fouano
L
a Saint-Valentin constitue l’un des pics d’activité des fleuristes et il
reste hasardeux pour les
amoureux de ne pas sacrifier à la tradition d’offrir des fleurs le 14 février, même si les prix
s’envolent ce jour-là. Mais un bouquet fait plaisir en toutes circonstances. Le poète Alexis Piron théorisait déjà sur ce point il y a trois
siècles : à Cythère, « les prêtres de
Vénus n’y parent son autel ni plus
ni moins un jour que l’autre ». Dès
lors, quel que soit « le jour où tout
cède aux appas vainqueurs », on ne
saurait résister à la joie d’orner de
fleurs « le sein » de sa « déesse »… ou
de son dieu !
Encore faut-il maîtriser le langage
des fleurs. En matière végétale,
comme disait Proust, « tout est
signe et tout signe est message » : la
pensée transmet l’affection, la pi-
voine la sincérité, le pois de senteur
le doute, la violette l’amour caché,
l’azalée la joie d’aimer, la renoncule
les reproches, la rose rouge la passion, la rose blanche la tendresse, la
tulipe la déclaration d’amour,
­l’orchidée la ferveur… Les fleuristes
traduisent, en les sublimant dans
des compositions sur mesure, les
sentiments de leurs clients. Leur
talent allie le sens de la mise en
scène à une maîtrise parfaite des
couleurs, des volumes et des
­textures.
Et parce qu’il raconte une histoire,
cet art de l’éphémère doit viser
juste, y compris dans le choix subtil
des fragrances. S’ajoutent au respect scrupuleux des produits des
normes écologiques. Des chartes
qualité ont vu le jour, imposant de
privilégier les circuits courts et la
saisonnalité. Mais l’amour cède parfois à ses raisons que la raison ne
connaît pas.
•
« La rose reste le produit
phare, symbole de l’amour »
andia.com/Eric Soudan
Mickaël Rault, artisan
fleuriste,
Meilleur Ouvrier
de
France 2018
« On peut offrir des fleurs toute l’année, aux autres ou à soi-même.
Même si la rose reste le produit phare, symbole de l’amour, les goûts
évoluent. Certaines variétés disparaissent, d’autres deviennent
tendance. La Fédération française des artisans fleuristes prépare
une refonte du langage des fleurs. Les compositions piquées dans
la mousse avec des accessoires sont passées de mode au profit
du bouquet naturel, de saison. Mais il n’y a pas de bouquet idéal.
Les couleurs, les parfums et les formes doivent être en équilibre
et cibler la personnalité en répondant aux circonstances. »
88  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
Interflora
Créé en Allemagne en 1908, implanté
en France depuis 1946, le réseau livre
30 millions de bouquets par an dans
le monde, dont 1,7 million en France.
Livraison de fleurs fraîches garantie
dans un délai de quatre heures à partir
de la commande passée par téléphone
ou sur Internet. Une gamme consacrée
aux hommes a été lancée en juin 2018
par ce « messager des émotions »
spécialiste du bouquet standardisé.
Prix : 99 euros (bouquet Cachottière,
collection Chantal Thomass).
Adresse : réseau livrant dans 145 pays.
Site : www.interflora.fr
Le + : la notoriété de la marque.
Le - : le serveur téléphonique peu réactif.
SP/Florajet
Sincérité de la pivoine, passion de la rose rouge, ferveur
de l’orchidée… Offrir un bouquet est un message d’amour
à sens multiple. Pour la fête des amoureux et toute l’année.
Appréciable
Florajet
Installé au cœur du Luberon, Philippe
Lefrancq est à la tête d’un groupe qui,
en trente ans, a révolutionné le marché
en substituant le fax puis Internet au
fleuriste transmetteur de la commande.
Il revendique le premier réseau français,
avec 6 000 partenaires, et combine un
savoir-faire efficace et une maîtrise
centralisée de la chaîne, depuis l’achat
des fleurs jusqu’à la composition d’un
bouquet type. Efficace, pratique, mais à
mille lieues du sur-mesure que l’on peut
attendre d’un artisan fleuriste.
Prix : 35 euros (calamondin en pot).
Adresse : réseau livrant dans 160 pays.
Site : www.florajet.com
Le + : la livraison 7 jours sur 7.
Le - : la standardisation.
Indétrônable
Lachaume (Paris VIIIe)
Né en 1845, Lachaume reste la référence. Marcel Proust venait
y orner sa boutonnière d’une fleur de cattleya. Entre oasis
parfumée et boudoir raffiné, tout ici est possible, avec
une « générosité créatrice incroyable », dixit Karl Lagerfeld,
habitué des lieux. Une institution familiale conduite avec
élégance par Stéphanie et Caroline, qui ont repris la suite
de leur grand-mère vénitienne. Créations originales de fleurs
stabilisées sous cloche ou en coffret.
Prix : environ 150 euros (bouquet rond).
François Passerini/SP
Adresse : 103, rue du Faubourg-Saint-Honoré.
Site : www.lachaume-fleurs.com
Le + : l’excellence.
Le - : fermeture à 17 heures les samedis et dimanches.
Responsable
Fleurs de Mars (Bordeaux)
Végétarienne et écologiste, Marcelline Smetek a fondé
boutique et atelier à son image, selon un scrupuleux
souci de préservation de l’environnement. Sans
chichis, on aime ici le style champêtre et les fleurs
odorantes de saison issues de la production locale,
à un tarif juste. Tri des déchets, bannissement
des produits chimiques et des engrais, utilisation
de papier kraft recyclé, livraison à vélo à Bordeaux.
Et pas de chambre froide !
Lachaume/SP
Prix : à partir de 20 euros.
Adresse : 1, rue de la Course.
Site : www.fleursdemars.fr
Le + : ateliers d’art floral (adultes et enfants).
Le - : livraison limitée à Bordeaux et ses environs.
Remarquable
Moulié Fleurs (Paris VIIe)
Fondée en 1870, l’entreprise est dirigée
par Julien et Thomas Moulié, qui ont
succédé à leur père Henri. Capables de
réaliser des décorations exceptionnelles
dans le monde entier, de fleurir palais
et ministères, ils satisfont aussi les
particuliers venus chercher un bouquet
de violettes, une rose démesurée
ou une brassée de mimosas.
Les végétaux débordent sur le trottoir
face à l’Assemblée nationale,
comme pour montrer le chemin
de ce jardin extraordinaire.
Prix : env. 150 euros (bouquet rond).
SP
Adresse : 8, place du Palais-Bourbon.
Site : www.mouliefleurs.com
Le + : des pépinières maison.
Le - : un peu cher.
7 FÉVRIER 2019 - CHALLENGES N°596 
89
Menthon
Routier
Double je
JEUDI 31
A Paris, l’ambassadeur russe fête
quand même l’amitié avec la France
MARDI 29 JANVIER
Le géant de la finance BlackRock
préfère l’Asie à l’Europe
R
encontre, dans une petite salle de réunion dépouillée de
l’antenne parisienne de BlackRock, avec Isabelle Mateos y
Lago, qui y officie comme global macro strategist. Passée
par l’Inspection des finances et le FMI, la Française nous explique comment l’intelligence artificielle et les algorithmes permettent au plus important gestionnaire d’actifs mondial de
scruter les médias, les notes d’investissements et la littérature
géostratégique. Elle nous dévoile sur un écran une matrice
avec, en ordonnée, la probabilité d’un péril international et, en
abscisse, son impact probable sur les marchés. On voit ainsi
dessiné une sorte de parcours de la peur.
La probabilité d’une « dislocation de l’Europe » et d’un « conflit
Russie-Otan » augmente. Ce dernier scénario n’étant pas anticipé, il provoquerait un krach plus important, par exemple,
qu’une « attaque terroriste majeure ». A l’arrivée, la stratège se
méfie de l’Europe avec « des risques importants, couplés avec
une anticipation de croissance pas terrible ». La priorité ?
« L’Asie, y compris la Chine, avec un bémol sur l’Inde. »
MERCREDI 30
Pour Alain Minc, Alexandre Benalla
aurait mérité de faire l’ENA
C. Lebedinsky/Challenges
«
D
u haut de ses 26 ans, sous la pression médiatique,
Alexandre Benalla en aurait remontré, par sa maîtrise,
à tous ces jeunes hauts fonctionnaires qui sortent de
l’ENA avec encore du lait dans le nez », nous confie Alain Minc,
qui a trouvé « éblouissant » le grand oral un peu particulier de
l’ex-garde du corps au Sénat. L’auteur de Voyage au centre du
« système » met dans le même sac Alexandre Djouhri, cet intermédiaire réputé proche de Nicolas Sarkozy, réfugié à Londres,
qui, selon lui, « est supérieurement intelligent et serait plus
performant que beaucoup de patrons du CAC 40 ».
Un peu comme jadis le parrain du capitalisme Ambroise Roux,
découvreur et soutien de Bernard Tapie, Minc admire le talent,
surtout s’il sort des sentiers battus. « Un directeur d’école aurait dû repérer Djouhri et Benalla, s’occuper d’eux, ils auraient suivi la filière d’excellence française : l’un aurait fait
Polytechnique, l’autre l’ENA. Mais, comme le système ne les a
ni repérés ni reconnus, pour réussir, ils ont pris les tangentes. » Alain Minc conseille à ses clients grands patrons de
découvrir et mettre à leur service les nouveaux Benalla, « avant
qu’ils ne partent en zone sombre ».
G
rand dîner de gala à la vodka, dans les salons parisiens de
l’Interallié. Thomas Levet, président du Cercle MBC, célèbre l’amitié franco-russe avec la secrétaire perpétuelle de
l’Académie française, Hélène Carrère d’Encausse, et l’ambassadeur de Russie, Alexey Meshkov. La première évoque les
grandes heures de cette amitié, d’Anne de Kiev à Christophe de
Margerie. Le second reprend la doxa sur « la maison européenne commune de l’Atlantique au Pacifique ».
Cash, il reconnaît de « sérieux désaccords » avec la France de
Macron, « otage de l’attitude occidentale ». Diplomate, il parle
aussi du « dialogue très actif qui a repris entre les deux pays ».
Depuis le début de son mandat, Emmanuel Macron a ainsi rencontré à cinq reprises le président russe, « du jamais-vu depuis
Jacques Chirac ». Quand au commerce bilatéral, « il a augmenté de 18 % en un an ». Alors que des musiciens virevoltent
entre les tables et que la jeune interprète de l’ambassadeur
chante à gorge déployée, on se persuade avec Meshkov que « le
tableau n’est pas si sombre dans nos relations ».
MARDI 5 FÉVRIER
Les services secrets britanniques
se ravisent sur le dossier Huawei
L
e bras de fer entre Washington et l’équipementier télécoms
Huawei (lire p. 33) sème la discorde au Royaume-Uni, où
un confrère nous assure qu’il s’agit d’une manœuvre politicienne protectionniste commencée sous Barack Obama par le
président de Cisco, très proche du président de la commission
du renseignement de la Chambre des représentants.
Au même moment, en 2010, le MI6 mettait en place à Londres
le HCSEC, une équipe de spécialistes qui a analysé en profondeur tous les produits Huawei pour vérifier s’il y avait des bugs
ou des logiciels espions. Ils n’ont rien trouvé. Les anti-Huawei
soulignent que le HCSEC était financé par l’entreprise chinoise
elle-même. Pourtant, l’organisme, dans son dernier rapport, a
conclu qu’il ne pouvait offrir qu’une garantie « limitée » sur la
sécurité de ses équipements. Actuel chef du MI6, Alex Younger
a estimé que le Royaume-Uni devrait prendre « certaines décisions ». Sans attendre, British Telecom a choisi de retirer les
équipements Huawei de son réseau central. Notons que John
Suffolk, ex-responsable de la cybersécurité à Downing Street,
a été embauché, en août 2011, par Huawei, avec le titre de viceprésident en charge de la cybersécurité. Fonction qu’il exerce
encore.
•
A la semaine prochaine
90  CHALLENGES N°596 - 7 FÉVRIER 2019
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